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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 16:59

La Vue de Séville du volume V du Civitates orbis terrarum (1598) : généralités.

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Introduction.

La Vue de Séville de Joris Hoefnagel, planche 7 du cinquième volume (1598) du Civitates Orbis Terrarum de Georg Braun, retient surtout l'attention par la peine de justice affligée à un mari trop complaisant envers les infidélités de son épouse. Mais elle peut être considérée plus largement, comme le "contexte" ou le décor de cette scène du Cornudo patiente.

On pourra se reporter pour cette étude de l'image au site

http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000068788&page=1

pour la gravure monochrome, et au site

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1599bd5/0044?sid=999579e6819b6d3dcdf252e7cc3f7210

pour la gravure colorée.

J'indique d'emblée la conclusion de cet article, qui lui sert de fil rouge : Hoefnagel ne s'est-il pas placé à l'endroit le plus sordide de Séville et n'-t-il pas dépeint sa face cachée et vulgaire pour faire comprendre à ses amis ce qu'il ressentait face à cette scène d'humiliation d'un mari cocu, équivalent civil des jugements de l'Inquisition sur le plan religieux? Ou pour exprimer le sentiment d'oppression des néerlandais face au pouvoir espagnol ?

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DESCRIPTION.

Cette vue comporte la vue paysagère proprement dite, vue piétonnière (à hauteur d'homme) et un appareil descriptif .

L'appareil descriptif ou "paracarte".

Il correspondrait, en critique littéraire, au paratexte.   On peut y trouver la dédicace, la signature, la date, le titre, la légende, l'orientation (rose des vents), l'échelle (pour une carte géographique mais non pour une chorographie), une légende, divers éléments décoratifs et un corpus d'inscriptions. Ici, nous avons :

1. quatre indications cardinales placées aux quatre coins, et permettant l'orientation : l'ouest (occidens) est en haut à gauche, le sud (meridiens) en bas à droite : l'observateur, placé globalement à l'est de Séville, fait face à l'ouest, mais selon ses indications, sa visée suit un axe nord-ouest. Si on s'amuse, selon les techniques de navigation marine, à placer sur une carte l'amer de la Giralda entre San Juan de Aznafarache (lettre F de la vue) et Castilleja de la Cuesta (Lettre LL), dans un rapport 2/3-1/3 comme l'artiste l'indique, l'axe de visée correspond  à un cap ouest--sud-ouest de 250 °...environ, comme s'il était assis un peu au nord... de la station de métro de San Bernardo..

2. Une dédicace à Nicolas de Malepart,dans sa partie inférieure,  faisant office de signature et de datation. J'y consacre un article à part :

http://www.lavieb-aile.com/2015/03/nicolas-de-malepert-ami-de-joris-hoefnagel-a-seville-elements-biographiques-les-vues-de-seville-par-hoefnagel-volume-v-du-civitates

3. Un cadre formé par trois lignes rapprochées, incluant un cadre inférieur pour la dédicace, et supportant un cartouche supérieur où est inscrit le titre : SEVILLA. Le blason de Séville est suspendu à ce cartouche.

4. Deux arbres latéraux (appartenant au paysage), dont deux branches longent le bord supérieur du cadre et reçoivent chacun un cartouche qui y est suspendu par son anneau. Ces cartouches portent les légendes de l'illustration. A l'extrémité de chaque branche est nouée une banderole, qui va rejoindre le cartouche centrale et s'y suspendre par un de ses trous. Elles portent l'inscription Qui non ha visto , à gauche, et non a visto maravilla, à droite.

On voit là combien Hoefnagel ne respecte pas la convention de vraisemblance entre dessinateur et spectateur, mais qu'il mélange les éléments extérieurs au paysage (cadre, cartouches, légendes, inscriptions) aux éléments naturels, dans ce qui relève à la fois de l'art de l'illusion et du trompe-l'œil, et à la fois des réflexions baroques sur les frontières floues entre réalité et fiction, réalité et rêve, ou, sur une scène théâtrale, entre la pièce qui est jouée, les didascalies, et la présence de la salle.

La devise Qui non ha visto Sevilla non a visto maravilla ("qui n'a pas vu Séville n'a pas vu de merveille") est ainsi coupée entre ce qui est censé être suspendu sur la banderole entre les arbres, dans le paysage, et le cartouche qui est extérieur au paysage.

Cela relève, dès la fin du XVIe siècle, de ce que Laurence Sterne mettra plus tard en œuvre dans Tristram Shandy, brisant les codes narratifs et rompant l'illusion référentielle, ou de ce que Cervantes introduit dans la seconde partie du Don Quichotte en effaçant les frontières du songe (sueño), de l'artifice du conteur et de la fiction, ou encore de ces  limites troublées invention, rêve, croyance et réel dont s'amusera  Pedro Calderón dans La vida es sueño (1635). Hoefnagel se moque-t-il de nous ? Non, mais il joue plutôt en virtuose des ambiguïtés de son art, et de ses capacités.

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La vue paysagère : je la diviserai en quatre registres de l'arrière plan vers le premier plan :

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1. Un arrière-plan montagneux qui fait se succéder les courbes douces de collines aux pentes marquées de bosquets, de champs et de rares habitations. Séville est dessinée depuis un point-de-vue situé en hauteur à l'est de la ville. L'observateur voit donc le Rio Guadalquivir à sa gauche (Lettre E: "rio guadalquevir") qui coule sous les hauteurs de San Juan de Aznalfarache (lettre F : "St Juan del Foratce"), puis les reliefs des localités actuelles de Tomares, Camas, et de Castilleja de la Cuesta (Lettre LL). Le fleuve qui s'écoule du nord au sud, donc de la droite vers la gauche de l'image, dessinait juste après San Juan de Aznalfarache un méandre très marqué qui compliquait la navigation, après avoir reçu les eaux du Tagarete (Lettre CC : Rio Tagarette) au niveau de la Torre del Oro, puis celle du Tamarguillo (hors image).

http://personal.us.es/alporu/fabricatabaco/tagarete_fabrica.htm

 

Sur cette carte de Séville au XVIIe s; , emprunté au site ...

 http://personal.us.es/alporu/fabricatabaco/tagarete_fabrica.htm

...la position de Hoefnagel correspond au nord du faubourg San Bernardo "arrabales San Bernardo". On y repère aussi le Quemadero Inquisicion, ainsi que l'Alcantarilla San Bernardo, qui figure sur l'illustration de Hoefnagel..

 


 

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2. La ville elle-même, encadrée à gauche de la rive gauche du fleuve, où est établie (lettre A) la sinistre Quemadero de Tablada, lieu d'exécution des décisions de justice de l'Inquisition depuis 1481. A coté, (lettre B : "Nuestra Seignora de abondanza"). Puis serpentent les murailles ouest de Séville, rythmées par leurs tours, et par leurs portes fortifiées : Postigo del Carbon, Puerta de Jerez, Puerta de San Fernando, Puerta Osario, Puerta del Carne, et Puerta de Camora, correspondant à l'aqueduc (Lettre O : "Cannos de Carmona").

Intra-muros, Hoefnagel signale les points remarquables comme la Torre del Oro (lettre G),  l'Alcazar (lettre H : El Alcaçer Casa Real), la cathédrale et la Giralda (Lettre I : La yglesia maior), l'église Santa Cruz (Lettre L : Santa Crouz) qui était une ancienne mosquée et ancienne synagogue, l'église Saint Marcos, du XIVe siècle avec son clocher-minaret mudéjar (Lettre M : St Marcos), et le couvent San Agustin (Lettre N : St Augustin)   Le point extrême de la ville, à droite, est le Couvent de la Sainte-Trinité ou Convento de la Santissima Trinitad ( lettre Q :"Ste Trinitad"), qui deviendra un couvent de Carmes.

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3. En avant des murailles de Séville, la campagne s'étend de San Elmo, à gauche, jusqu'à l'aqueduc des Caños de Camora. Ce second-plan permet de découvrir successivement :

  • Les bâtiments du Quemadero

  • Les bâtiments de "St Elmo" (Lettre C), correspondant assez bien au futur emplacement du palais de San Telmo, bâti en 1682 sur des terrains appartenant au Tribunal de l'Inquisition.

  • le pont traversant le Tagarete : l'Alcantarilla San Bernardo

  • une tour ou une fortification sur la rive de cette rivière.

  • les lavandières battant le linge sur des tréteaux au bord de l'eau,

  • en arrière de celle-ci, des barrières correspondant à la Lettre KK : Quartos

  • une route menant à une porte (Puerta de San Fernando?)

  • Les Abattoirs (Lettre K : El Mattadero).

  • Une route, sur laquelle des taureaux sont confrontés à des dogues et à des lanciers.

  • Un ruisseau contournant une propriété entourée d'un jardin avec des palmiers et des plates-bandes (ou champs) ; deux personnes s'y trouvent.

  • Le Muladar (Lettre R), sur lequel nous allons revenir,

  • Les "Cannos de Carmona" et la Puerta de Camona.

  • La route de Grenade (Lettre P, Camino para Granada), correspondant au tracé de l'actuelle A92 vers Grenade.

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AncreAncre ​4. Le premier plan, où figurent 17 personnages. 12 s'entre eux sont les protagonistes de l'exécution de justice du mari cocu (Lettre S : Execution de justicia de los cornudos patientes), et du chatiment de l'entremetteuse publique (Lettre T : execution d'alcaguettas publicas). Un article sera consacré à cette scène, dont on peut dire qu'un officier de justice, à cheval, suivi de deux assesseurs, surveillent l'exécution d'un jugement condamnant un mari cocu à déambuler en public, affublé de branches en guise de cornes, et fouetté par l'épouse volage, tandis que l'entremetteuse, enduite de miel, subi les assauts des abeilles ; la foule se moquent d'eux et font le geste de la corne.

Les autres personnages sont :

  • Une femme porteuse d'eau,

  • Deux hommes élégants en qui on s'accorde  à reconnaître Hoefnagel et Nicolas de Maleperte,

  • Deux sevillanas à voile et cape noire, portant leur chapelet, l'une tenant une rose.

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Description complémentaire. San Bernardo et le Muladar.

Ancre ​Joris Hoefnagel nous montre Séville sous un angle très inhabituel, un peu comme si un publicitaire donnait une vue d'un grand hôtel en photographiant l'entrée de service, ou une présentation touristique de Paris en montrant La Villette ou la déchetterie, ou d'une autre cité en montrant sa zone industrielle . En effet, la visée choisie nous montre les commodités de la ville, le coté par lequel elle reçoit l'eau (aqueduc) et la viande (abattoir). Les rois faisaient leur entrée par la Porte de Macarena (au nord) sauf Philippe II qui pénétra par la Porte de Goles (au nord-ouest), mais le point-de-vue le plus avantageux de Séville et presque opposé à celui qui est choisi ici, il se situe à l'ouest face à la Torre del Oro et la Torre del Plata , là où toutes les richesses du Nouveau Monde débarquaient pour enrichir l'Espagne.

Le site http://personal.us.es/alporu/fabricatabaco/tagarete_fabrica.htm signale le coté insalubre du Tagarete 

 

Este riachuelo, del que ya Spannochi decía que "tiene tan poca agua que se queda casi seco, dexando a trechos unos charcos de agua podrida y hedionda, causa de corrupción de aire y mala salud para las casas que le están vecinas..."

"Ce cours d'eau, dont  Spannochi dit  quil " a si peu d'eau qui reste presque à sec, se réduisant par périodes à quelques flaques d'eau croupie et nauséabl=onde, cause de corruption de l'air et d'insalubrité pour les maisons du voisinage" ".

L'auteur de ce site ajoute : 

La insalubridad del arroyo se debía a que, desde hacía siglos, transportaba los residuos industriales que vertían el Matadero, las curtidurías y lavaderos de lana de los barrios de La Calzada y San Bernardo, varias tahonas y la misma fundición de Artillería. Para colmo, los numerosos mosquitos que crecían durante los meses calurosos extendían, en ocasiones, el paludismo. 

"L'insalubrité du cours d'eau était liée au fait que, pendant des siècles, il transportait des déchets industriels que déversait le Matadero,les tanneries et les quartiers de lavage de laine de La Calzada et San Bernardo,  de diverses minoteries et   la [même distribution de l'Artillerie]. Pour aggraver les choses, beaucoup de moustiques  y prospéraient  pendant les mois chauds et propageaient  parfois le paludisme."

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Une ville close par ses murailles n'était pas construite au hasard, mais, dès le Moyen-Âge ou surtout au Moyen-Âge,  selon des règles d'hygiène destinées à tenter d'éviter les épidémies : les vents dominants devaient emporter les miasmes, et l'eau devait être polluée par les industries en aval de la ville. La place des cimetières et des hôpitaux tenaient compte de ces impératifs. les flux de l'air et flux des eaux  faisaient l'objet de réflexions dans le choix des implantations des structures urbaines. Parmi les activités les plus polluantes pour l'eau, les auteurs citent la tannerie et la mégisserie ; la boucherie et la poissonnerie ; la blanchisserie ; sans compter les hôpitaux et les cimetières. Les bouchers intra-muros lorsqu'ils tuaient les bêtes, le faisaient en pleine rue, et le sang ou les déchets stagnaient.

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San Bernardo.

L'est de Séville est le coté où l'Abattoir a été implanté extra-muros. Juste à gauche, nous voyons les blanchisseuses lavant le linge (et polluant ainsi le Tagarete). Mais nous  avons vu aussi  que le faubourg San Bernado  était le siège des tanneries et du lavage de la laine.

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Le Muladar.

Il suffit d'examiner la partie de l'illustration correspondant à la lettre R, Muladar, pour y dénombrer cinq cadavres d'animaux et divers ossements, tandis qu'un homme déverse un panier d'immondices, et qu'un autre y mène son âne chargé, sans-doute, d'ordures. Le mot Muladar est défini ainsi  en 1737:  El lugar o sitio donde se echa el estiercol o basura que sale de las casas. Algunos le llaman Muradal, y aunque es más conforme a su origen, por estar regularmente fuera de los muros, ya más comúnmente se dice Muladar. (Dicc. RAE Autoridades 1734) : "L'endroit où sont jetés le fumier ou des déchets venant les maisons . Certains l'appellent Muradal,  plus conforme à son origine, étant régulièrement situé en dehors des murs, mais le plus souvent Muladar ".

 Le site suivant  http://personal.us.es/alporu/histsevilla/limpieza.htm#notas est consacré au thème de la saleté de Séville au XVIe siècle (La Limpieza de Sevilla en el siglo XVI ). Il signale que la saleté de Séville intra-muros était légendaire : les activités urbaines et artisanales généraient divers déchets. Les rejets des tanneurs, des teinturiers mais aussi des bouchers, des poissonniers... stagnaient dans les rues en attendant que la pluie les emporte. Les rues de la ville médiévale étaient étroites et ne recevaient pas le soleil. Certes, à la Renaissance, sont venues  d'italie des conceptions de rues larges et droites et de perspectives aérées. Le XVIe siècle ea été le siècle d'or pour les monuments de  Séville; et les bâtiments les plus importants du centre historique datent de cette période: la cathédrale (achevé en 1506), la Lonja / Archivo de Indias (1584-1598), la Giralda (clocher et Giraldillo: 1560-1568), Hôtel de ville (1527-1564), Hôpital des Cinq Plaies (1544-1601), l'église de l'Annonciation (1565-1578), l'Audiencia, (1595-1597), la Maison de la Monnaie (1585-1587) ... Les normes esthétiques d'une nouvelle architecture urbaine permirent des ouvertures plus larges dotées de balcon contribuant à lutter contre l'humidité et à introduire le soleil dans les artères urbaines. Mais les rues étroites de Séville étaient encore pleines de piétons, de chevaux, parmi les ordures, les débris, d'excréments, etc. Il était difficile de marcher dans les rues et des commerces, bordée d'échoppes, d'auvents et des sièges portatifs.

La propreté de la ville laissait beaucoup à désirer, tant par l'absence d'un service public de nettoyage que par le comportement des habitants.  Les gens avaient l'habitude de jeter des ordures dans la rue aussi bien que les tas de fumier et les cadavres d'animaux, laissant les restes de matériaux de construction, faisant des trous sans les combler, déversant des eaux usées, etc, et les marchands laissaient les aliments invendus, notamment le poisson, sur place. Les immondices qui ne pouvaient être laissées dans les rues étaient jetées de l'autre coté des murailles, sur des emplacements délimités par des poteaux, ce qui n'empêchait pas les décharges sauvages. et le volume en était si considérable, formant de véritables buttes. Le jardin de Fernando Colon, ainsi que sa maison, ont été construit sur une ancienne décharge près de la Puerta Goles, mais l'instabilité du terrain ont conduit à l'éffondrement du terrain.

A Séville,  les flaques en hiver laissaient place, en été, à la poussière et à la puanteur. Les habitants combattaient celle-ci, dans les maisons, avec une végétation luxuriante. Peraza, le célèbre chroniqueur du temps, a pu compter jusqu'à 210 vergers et jardins, dont ceux des palais et les couvents, occupant de grandes parcelles de la zone urbaine.Le village a un total de 12 000 maisons en briques, équipées de patios, des portails et des puits; dans les chantiers ne manquent pas de pots de fleurs odoriférantes ou dans les pergolas de jasmin, rose, citron, orange, plantes de myrte et d'autres et jardins fleuris. L'eau qui parvenait des Caños de Carmona et d' un certain nombre de sources à proximité alimentait de nombreuses fontaines.

DISCUSSION.

Le point de vue que Hoefnagel a choisi pour dépeindre Séville dans l'un des derniers volumes du Civitates, 26 ans après la première Vue du Volume I (1572) se révèle très étonnant, puis qu'il correspond au cours du Tagarete, ruisseau marécageux et malsain qui recevait les émanations d'un dépotoir public (Muladar), d'un abattoir (Matadero), de tanneries et de blanchisseries : le pire endroit, ou, du moins, peut-être le plus pittoresque pour l'amateur de senteurs locales, mais le plus déplaisant. Ce choix est singulier, puisqu'il n'a été précédé ou suivi par aucun des autres peintres de Séville*, et que, plus tard, c'est la vue urbaine surplombant le pont de Triana face à la Torre del Oro (donnée par Hoefnagel dans le volume III du Civitates) qui a été copiée et mise à jour par ses successeurs.

* parmi ces peintres :

a) Pedro de Medina, 1549 qui montre l'embouchure du Tagarete dans le Guadalquivir près de la Torre del Oro et de la Puerta de Jerez, deux ponts sur le Tagarete, et la machine à mâter (el Ingenio) :

http://www.lahojadelmonte.es/vistas/mesa_sevilla.GIF

b) Ambrosio Brambilla 1585 Biblioteca Nacional de España :

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sevilla_Ambrosio_Brambilla.jpg

c) Anonyme, longtemps attribué à Alonso Sánchez Coello : vue de la fin du XVIe siècle http://es.wikipedia.org/wiki/Flota_de_Indias#/media/File:La_sevilla_del_sigloXVI.jpg

d) Antoine van der Wyngaerde , 1567 : vue de Séville, National Bibliotheck de Viena: le point de vue est original, puisqu'il représente le quartier de Triana et le pont sur barques de Triana, depuis Séville.

 

 

 Le site suivant  http://personal.us.es/alporu/histsevilla/limpieza.htm#notas est consacré au thème de la saleté de Séville au XVIe siècle (La Limpieza de Sevilla en el siglo XVI ). Il donne des indications sur le Muladar.  
Antoine van der Wyngaerde, 1567, Vue de Triana depuis Séville, National Bibliotheck, Vienne., in Alcazar & Moreno, http://www.uclm.es/ab/humanidades/pdfs/1314/curso_carto/Las%20vistas%20de%20Wyngaerde%20versi%C3%B3n%20para%20pdf.pdf

Antoine van der Wyngaerde, 1567, Vue de Triana depuis Séville, National Bibliotheck, Vienne., in Alcazar & Moreno, http://www.uclm.es/ab/humanidades/pdfs/1314/curso_carto/Las%20vistas%20de%20Wyngaerde%20versi%C3%B3n%20para%20pdf.pdf

 e) Séville en 1740 : http://sites.cardenalcisneros.es/ciudadarte/2012/05/

 

 

 

Mon hypothèse est que ce choix témoigne d'une volonté d'exprimer tacitement un jugement moral sur la scène principale, celle du Cornuda Patientes, et éventuellement sur la scène de tauromachie. En outre, elle peut témoigner aussi d'un revirement des sentiments de Hoefnagel, en particulier, ou des Flamands, en général, à l'égard de la ville espagnole et à l'égard de Philippe II. Il est quasiment certain que le choix de cet angle de vue aussi peu aimable, et de cet ensemble de sujets, ne relève pas du goût pour les éléments ethnographiques pittoresques (goût néanmoins prononcé chez Hoefnagel) et qu'il témoigne d'une prise de position intellectuelle.

Si c'est le cas, la devise Qui non ha vista Sevilla : non ha vista maravilla pavoisée en couronnement de la gravure devient extrêmement ironique, la "merveille" consistant, sur le plan humain, en des mœurs judiciaires inhumains (cornuda patientes), en un rappel de la cruauté de l'Inquisition (lettre A : Quemadero) et accessoirement en l'exercice de la cruauté à l'égard des animaux (Matadero), et, sur le plan urbain, en une vue des bas-fonds où pourrissent des cadavres (Muladar).

Michel Boeglin et Vincent Parello semble partager mon avis dans leur article du Lexique de l'Espagne Moderne consacré à cette gravure : http://meticebeta.univ-montp3.fr/lexique/index.php?option=com_content&task=view&id=643

Mais — et c'est un trait constant d'Hoefnagel— cette ironie et cette dénonciation inscrite dans l'image n'est pas confirmée par des éléments de certitude : seule une lecture attentive les décèle, mais l'artiste s'abrite derrière le statut de "témoin visuel neutre et objectif". Cette ambiguïté solidement construite ne peut être levée, d'autant que le texte de présentation rédigé par Georg Braun est un éloge lisse et poli de la ville, patch-work de textes d'historiens espagnols, et semblable aux descriptions en forme de dithyrambe des autres villes. En voici un extrait :

 

"Nous ne voulons ici faire mention du havre de cette ville qui est grand et large et capable pour recevoir plusieurs vaisseaux, ni de la beauté de la rivière de Baetis, ni de l'étendue et longueur de ses aqueducs, ni quelles richesses et trésors perçoivent les habitants pour les navigations qui se font tous les ans aux Indes qu'on appelle le Nouveau Monde ni avec quelle somptuosité et dépense royale l'on y prépare et accommode les vaisseaux du Roi, ni quelles et combien de marchandises et d'autres riches et précieuses choses l'on amène tous les ans en cette ville qui viennent de pays étrangers des Indes, du Brésil, d'Ethiopie, d'Arabie et d'Afrique. Nous ne voulons disie [ici] faire aucune mention de tout cela, seulement nous sortirons un peu hors de la ville de Séville pour contempler les champs d'alentour ; auxquels on trouve tant de marques et de monuments antiques que l'on tire de dehors des entrailles de la terre, que c'est une merveille à raconter, le portrait desquelles nous t'avons ici représenté en une planche à part. Le terroir des faubourgs est fertile, où il y a des métairies, des jardins plaisants et de grand profit, des vergers plantés d'oliviers si épais et touffus que le soleil en plus ardente chaleur ne les saurait transpercer ; qui fait que l'on s'y va souvent promener à l'ombrage et s'y prendre toute sorte d'ébats et de récréation. En une place toute proche de la ville se voit une grande maison appelée El Mattadero, ou par bonne police l'on tue les bœufs, les moutons et autres bêtes, la chair desquels on rend aux habitants de Séville et à ceux alentour. Au devant de cette maison il y a du plaisir de voir s'entrebattre les taureaux qui sont forts et robustes qu'on engraisse là, contre lesquels on agace de gros chiens qui devant que les assommer les mettent tellement en furie (étant sans cela déjà assez furieux et farouches) jetant du feur par leurs narines, et frappant la terre du pied, faisant sauter de sablon en l'air, se ruent d'une grande impétuosité sur ces chiens, leur présentant toujours leur front, et les offensant de leurs cornes avec si grande rudeur qu'ils les jettent en l'air bien haut, et les reçoivent avec leur cornes quand ils retombent en bas.

Finalement on peut dire tant de choses de cette belle ville, que cela a donné l'occasion au vieux proverbe commun qui dit : « Qui non ha vista Sevilla : non ha vista maravilla. Il est écrit dans un livre intitulé le Renfort de la Foi, que Ferdinand II, huitième roi de Castille considérant que la ville de Séville était l(une des principales villes de tout le monde, pour autant que c'était le magasin de la terre et de la mer, et que pour ce il souhaitait grandement qu'elle fut remise sous l'obéissance des chrétiens. Ayant donc appelé à soi Raymond Boniface qui pour lors était amiral Lui fit commandement d'accommoder des vaisseaux pour aller par mer contre ceux de Séville, lui les assaillit par terre avec une grande armée, et ainsi la ville fut faite en état de siège par mer et par terre dix sept mois durant et finalement les Sarrazins qui étaient dedans ayant été défaits fut prise l'an 1.90 le jour de S . Clément et plusieurs villes d'Espagne alentour. Le curieux lecteur trouvera une plus ample description de cette ville de Séville en l'indice de ce livre.."

 

 

SOURCES ET BOITE A LIENS.

 http://personal.us.es/alporu/histsevilla/sevillasiglo16.htm

Muladar Sevilla : http://personal.us.es/alporu/histsevilla/limpieza.htm

 http://www.sevilladesaparecida.com/2012/12/la-huerta-de-hernando-colon-y-el-zapote.html

IMAGES :

Civitates orbis terrarum :

http://fondosdigitales.us.es/fondos/libros/3415/11/civitates-orbis-terrarum-liber-primus/

Carte de Séville :

http://www.oshermaps.org/search/zoom.php?no=32.0001#img0

http://meticebeta.univ-montp3.fr/lexique/images/stories/demoimage/zoom/hoefnagel_sevilla_color_recadre.jpg

Patientia :

http://www.spamula.net/blog/i32/hoefnagel12.jpg

Ortelius, Le Théatre de l'Univers, 1587 http://www.wdl.org/en/item/8978/view/1/1/

— Civitates Orbis Terrarum (1572-1617): 

— Les six volumes (images) numérisées :

http://www.istitutodatini.it/biblio/images/it/riccard/10939/htm/elenco.htm

— Civitates orbis terrarrum, G. Braun Cologne 1572-1617 : une centaine de vues de villes sont dues à Hoefnagel. 

http://historic-cities.huji.ac.il/mapmakers/braun_hogenberg.html

——  Civitates orbis terrarum :

– Volume I (1572) : Civitates Orbis Terrarvm Köln, 1593

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1593bd1?sid=76019c283bf2f282186232215e3ae3de

ou bien vol. i : http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000001344

– Volume II (1575?) : Civitates orbis terrarvm (2): De Praecipvis, Totivs Vniversi Vrbibvs Liber … Köln, [1575?]

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1593bd2?sid=76019c283bf2f282186232215e3ae3de

— Volume III (1593) : Biblioteca Hispanica digitalica :http://bdh.bne.es/bnesearch/CompleteSearch.do?lengua=&text=&field2Op=AND&field1val=braun&showYearItems=&numfields=3&fechaHdesde=&field3Op=AND&completeText=off&fechaHhasta=&field3val=&field3=todos&fechaHsearchtype=0&field2=todos&field1Op=AND&fechaHen=&exact=on&advanced=true&textH=&field1=todos&field2val=1593&pageSize=1&pageSizeAbrv=10&pageNumber=2

— Volume III : version allemande vol. 3 1582 Heidelberg http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd3/0002?sid=f345481cb53e9f4c9764c42ec96646b3

Volume V : Civitates orbis terrarvm (5): Vrbivm Praecipvarvm Mundi Theatrvm Qvintvm: [Coloni[a]e Agrippin[a]e. 20. die Septemb. Anno M.DC.XVII.][Coloniae Agrippinae], [1599?]

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1599bd5?sid=76019c283bf2f282186232215e3ae3de

– Volume VI : Civitates orbis terrarvm (6): Theatri Praecipvarvm Totivs Mvndi Vrbivm Liber Sextvs: [Coloni[a]e Agrippin[a]e. 20. die Septemb. Anno M.DC.XVII.] [Coloniae Agrippinae], 1618

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1618bd6?sid=76019c283bf2f282186232215e3ae3de

 

 

-- Biblioteca Riccardiana Firenze  :http://www.istitutodatini.it/biblio/images/it/riccard/10939/dida/41-10a.htm

-- Edition française du Civitates Orbis Terrarum  : National Library of Spain Biblioteca Digital Hispanica

http://catalogo.bne.es/uhtbin/cgisirsi/0/x/0/05?searchdata1=binp0000281545{001}

t. 1. Théâtre des cités du monde. Premier volume 

http://catalogo.bne.es/uhtbin/cgisirsi/6tRit3lVyR/BNMADRID/132080028/18/X001/XTITLE/a4303555

-- t. 2. Théâtre des principales villes de tout l'univers. Second volume --

t. 3.Théâtre des cités du monde  Livre troisième des principales villes du monde 1581

http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069196&page=1

-- t. 4.Théâtre des cités du monde Livre quatrième des principales villes du monde. 1583

http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069194&page=1

-- Theatre des Principales Villes de tout L'Univers Material cartográfico : Cinquième Volume :

http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000068788&page=1

 --Theatre des Principales Villes de tout L'Univers Material cartográfico : Sixieme Volume http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069188&page=1

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Published by jean-yves cordier - dans Hoefnagel
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  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué. "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha

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