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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 20:50

Marc Chagall au Musée de Grenoble. 

I. "Le Marchand de bestiaux", 1922-1923.

 Inv. AM 1988-63. Huile sur toile 99,5 x 180 cm.

 

La toile a été peinte par Chagall en 1922-1923 pour remplacer une première version du Marchand de bestiaux (aujourd'hui conservée au Kunstmuseum de Bâle) datant de 1912. Lors de son séjour à Paris entre 1911 et 1914, Chagall avait été invité à Berlin par le galeriste Herwarth Walden pour une exposition personnelle à la galerie Der Sturm. C'est à cette occasion  que le peintre avait peint cette toile. Retenu en Russie pendant la guerre, il laissa à Walden 40 toiles et plus de 160 gouaches, mais celles-ci furent vendues en son absence, et lorsqu'il revint à Berlin, il eut la désagréable surprise de n'en retrouver aucune. Il décida alors d'en peindre des répliques d'après ses croquis et des photographies. 

 

La toile, allongée comme une frise où Chagall a représenté une charrette tirée par une jument, un poulain dans le ventre de la jument, une vache-chêvre et des personnages à la manière d'une procession, est liée au souvenir d'enfance du temps où il accompagnait son oncle  Neuch se rendant au marché . Le marché était un monde animé où des jeunes filles souriantes donnaient des bonbons au petit garçon. 

 

http://www.isere-culture.fr/uploads/Document/f4/WEB_CHEMIN_12857_1297252884.pdf

Marc Chagall   "Le Marchand de bestiaux", 1922-1923. Musée de Grenoble. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall "Le Marchand de bestiaux", 1922-1923. Musée de Grenoble. Photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall   "Le Marchand de bestiaux", (détail), 1922-1923. Musée de Grenoble. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall "Le Marchand de bestiaux", (détail), 1922-1923. Musée de Grenoble. Photographie lavieb-aile.

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Une paysanne tient sur ses épaules un jeune veau : traitée de façon monumentale, elle occupe vigoureusement l'espace et prend une dimension cosmique, comme si elle devenait une constellation. Ou une figure mythologique comparable à un Hermes Kriophore (porteur d'un bélier). Le hiératisme est tempéré par l'humour avec lequel le visage de profil de la femme est singé par celui de la vache-chêvre : même front oblique, même œil "égyptien", même triangle du nez-museau. Le réalisme figuratif est sacrifié, en conformité avec la remise en cause cubiste, puisque le visage, les épaules de la femme, comme le corps des deux animaux, sont tournés vers la gauche alors que les pieds la conduisent vers la droite, sens de progerssion de la carriole.

La roue, qui n'est pas un cercle parfait, et ses rayons qui manquent de symétrie, introduisent une sorte de boiterie cocasse : nous sommes au pays des bons enfants et de la bonne franquette, et non au royaume du compas et de la règle, du point de fuite et des lois de la Perspective. Cette dernière a été renvoyée dans ses foyers. C'est l'art byzantin, celui de l'icone, privilégiant le sens et non la représentation, qui mène le jeu.

Ce qui compte, ce n'est pas la reproduction crédible du réel, mais celle de la force émotionnelle du souvenir, libérant une explosion de vitalité.

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Marc Chagall   "Le Marchand de bestiaux", (détail), 1922-1923. Musée de Grenoble. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall "Le Marchand de bestiaux", (détail), 1922-1923. Musée de Grenoble. Photographie lavieb-aile.

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Un couple, au premier plan, se congratule ou s'étreint ; lui en casquette, elle en fichu. Tous les deux représentés à mi-corps, presque hors-cadre, comme deux curieux passant devant l'objectif au moment de la prise de vue. 

Marc Chagall   "Le Marchand de bestiaux", (détail), 1922-1923. Musée de Grenoble. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall "Le Marchand de bestiaux", (détail), 1922-1923. Musée de Grenoble. Photographie lavieb-aile.

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La couleur rouge de la jument lui confère un statut surréel, et cet effet est accentué car le poulain qu'elle porte dans son ventre nous est rendu féeriquement visible. Elle devient une allégorie de la maternité, mais c'est elle que le fouet vient frapper. Les émotions suscitées sont fugitives, comme dans un rêve. Rien n'est dit, tout est chuchoté avec tendresse. Comme le petit grelot dont on entend clairement le rire tremblotant. Drelin drelin ding.

Le conducteur, cest l'oncle Neuch, frère de la mère de l'artiste. Cet oncle violoniste qui se réfugiait sur le toit de son village de Lyozno pour pouvoir jouer en paix. Un membre du Hasidim, qui recherchait l'union avec Dieu par l'extase née de la musique conjuguée au mystère du ciel nocturne.

Marc Chagall   "Le Marchand de bestiaux", (détail), 1922-1923. Musée de Grenoble. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall "Le Marchand de bestiaux", (détail), 1922-1923. Musée de Grenoble. Photographie lavieb-aile.

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II. Marc Chagall, Songe d'une nuit d'été, 1939. Inv. MG 3063.

Huile sur toile 116,5 x 89 cm. Don de l'artiste en 1951

  "Il met en scène sur un fond de paysage un couple de mariés inspiré, comme l’indique le titre du tableau, de la comédie écrite par William Shakespeare vers 1595, Le songe d’une nuit d’été. Les mariés évoquent en effet les personnages de la pièce : Bottom et Titania. Titania la reine des fées est tombée amoureuse de Bottom, un tisserand qu’un sortilège a pourvu d’une tête d’âne. Cependant, à la différence de Shakespeare, Chagall affuble son personnage d’une tête de bouc. Le bouc et la chèvre sont des animaux très souvent représentés par Chagall. Ils faisaient partie de l’univers familier du shtetl qu’il a habité dans son enfance à Vitebsk mais ils sont surtout les animaux que l’on sacrifie rituellement et représentent à ce titre le peuple juif persécuté. Cet être hybride le peintre en fait donc son double. A la date à laquelle il peint ce tableau (1939), Chagall doit déjà faire face depuis quelques années aux persécutions du régime nazi. Plusieurs de ses toiles ont été brulées en autodafé en 1933 et d’autres ont été présentées à l’exposition sur l’art dégénéré organisé à Munich en 1937.

La mariée qu’il étreint, évoque sans nul doute, sa femme, Bella, mariée à l’éventail bleu que l’on retrouve dans de nombreux autres tableaux du peintre. Les mariés ont un air grave et mélancolique, loin de l’univers féérique et joyeux de la pièce de Shakespeare. A la veille de la deuxième guerre mondiale, Chagall a voulu représenter son couple uni qui se prépare à faire front à la montée des périls qu’il pressent.

Les œuvres de Chagall avec leur juxtaposition de touches très colorées, leur composition naïve et sans perspective, leurs personnages hybrides ressemblent un peu à des dessins d’enfants. Chagall construit ainsi un espace pictural magique, onirique qui n’est ni une fiction, ni une imitation du monde réel mais une expression de son monde intérieur, nourri de son histoire personnelle et de ses bonheurs et de ses angoisses." Astrid de Brondeau, blog Les yeux d'Argus 27 juin 2013

https://lesyeuxdargus.wordpress.com/2013/06/27/songe-dune-nuit-dete-de-marc-chagall/

Marc Chagall, Songe d'une nuit d'été, 1939, Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Songe d'une nuit d'été, 1939, Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

 

J'aime retrouver de toile en toile les mêmes détails colorés revenant en leitmotiv familier. Ainsi, l'éventail bleu. J'ai tapé ces mots sur le moteur de recherche et la première occurrence a été celle...du Musée :

"Marc Chagall restera très longtemps attaché à son pays d'origine, la Russie, et même s'il passe l'essentiel de sa vie en France, d'abord à Paris puis à Vence, il y retournera et exercera des fonctions officielles de 1914 à 1922. Parmi les œuvres des artistes de l'École de Paris, l'art de Chagall reste empreinte d'une philosophie et d'une force poétique très personnelles. L'observation de la réalité quotidienne à travers le prisme des influences fauves et cubistes conjuguées se traduit par une "explosion lyrique totale" selon l'expression d' André Breton.
Chagall évolue de sa réalité intérieure vers un univers où sont rassemblés des personnages échappant à toute vraisemblance comme par exemple dans Songe d'une nuit d'été. Peint pendant la période parisienne de l'artiste, ce tableau a pour thème la comédie de William Shakespeare, que le peintre a située dans une forêt de rêve habitée de sylphes et d'amoureux. La reine des fées Titania, ensorcelée, est éprise d'un tisserand à tête d'âne, Bottom. La femme vêtue d'une robe de mariée blanche et d'un voile se retrouve presque à l'identique dans plusieurs tableaux de cette époque, parfois avec le même éventail bleu. Souvent sont également représentés des êtres ailés et des violonistes.
Le recours au merveilleux réconcilie l'image de la réalité avec la fable. La naïveté de la composition, sans perspective, s'ajoute au contraste des touches colorées juxtaposées pour créer un espace pictural "magique". "Musée de Grenoble, 

http://www.museedegrenoble.fr/TPL_CODE/TPL_OEUVRE/PAR_TPL_IDENTIFIANT/6/981-art-moderne.htm

Marc Chagall, Songe d'une nuit d'été, 1939, Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Songe d'une nuit d'été, 1939, Musée de Grenoble, photographie lavieb-aile.

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Published by jean-yves cordier - dans Marc Chagall
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philae 12/12/2015 17:43

superbe j'apprécie

Jean-Yves Cordier 12/12/2015 17:50

Merci, j'apprécie également les commentaires, et encore plus les compliments !

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