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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 17:32

Les calvaires de Dirinon II. Le calvaire de la Croix-Rouge ou Creis Ru par l'atelier de Roland Doré (vers 1640).

 


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Voir la série sur Dirinon :

Les croix et calvaires : 

 

 

 

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"Quinze croix et calvaires sont disséminés sur le territoire communal, datant selon les cas du Moyen-Âge au XXe siècle ; Croas-ar-Vossen date du XVe siècle, de même que le calvaire de Kerminouarn ; la croix de Comenec'h date du XVIe siècle, celle de Kerménélec [lire : Kermélénec] des environs de 1550, celle de Kergavarec de 1595, Beg-ar-Groas (la Croix rouge) des environs de 1640, celle du cimetière du XVII, la Croix-de-Pencran date de 1743, celle de Kerliézec du XIXe siècle" (Wikipédia "Dirinon")

Les croix et calvaires sont décrites et numérotées 418 à 433 dans l'Atlas des Croix et Calvaires du Finistère.

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Situation :

Le lieu-dit La Croix Rouge se situe au nord-ouest du bourg, à proximité de la rive de l'Elorn (qui prend ici le nom de Rivière de Landerneau) sur une route venant  du Moulin du Roual et de Quillien, à une altitude de 110 m. La carte de Cassini (vers 1780) porte le toponyme de Creis Ru, qui se traduit, précisément par "Croix Rouge". Vers la carte de l'IGN et la carte de Cassini. La carte d'Etat-Major (1820-1866) porte le nom de Bec-ar-Groas, "Le promontoire de la croix", à ne pas confondre avec le lieu homonyme placé juste en face, sur l'autre rive de la Rivière de Landerneau. Les formes bretonnes Bec-ar-Groas et Creis-Ru témoignent d'une toponymie ancienne. Bec,  "Promontoire", peut faire allusion à une situation d'avant-garde, à l'ouest,  sur la colline où est établie Quillien, et qui culmine à 126 mètres.

N.B: Marc Patay-Lejean voit dans "Croix-Rouge" un indice d'une occupation gallo-romaine.

Cette croix ne marque pas aujourd'hui un croisement routier, mais l'embranchement de la route de la Croix-Rouge avec  un chemin vicinal. Par contre, la carte E-M montre une convergence en étoile de petites routes. Elle s'élève à proximité d'un hameau réduit à un ou deux feux (3 bâtiments sur la carte E-M, 4 sur la carte IGN). 

Nous verrons que cette croix honore des saints protecteurs de la peste et de la lèpre. Cela m'a incité à chercher sans succès, si ce lieu était connu comme une maladrerie, une "madeleine", un hospitalet, un lazaret et encore si ce nom de Creis ru (ou Croas ru)  pouvait faire référence à un village de cacous. Tout au plus peut-on penser à la croix rouge de l'Ordre hospitalier des Templiers ou Moines Rouges.

Notons que la croix la plus ancienne de la commune porte le nom de Croas-ar-Vossen, "Croix de la peste".

Le lieu tire-t-il son nom de sa croix, ou l'inverse? Le calvaire (qui ne porte aucune trace de couleur) était-il peint, ou a-t-il succédé à une croix vermillon ?

Ne retenons que deux choses : la proximité de Landerneau (où Roland Doré avait son atelier) et l'accès maritime aux carrières de kersantite, le "marbre" des calvaires bretons, autour de Loperhet.

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Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

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Le calvaire est décrit dans l'Atlas des Croix et Calvaires du Finistère sous la référence Dirinon n°420, avec son massif cubique en schiste, son fût à pans, son croisillon portant deux statues géminées, et sa croix à branches rondes et à fleurons godronnés.    

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Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

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Je débuterai par la face orientale, car elle était placée à l'ombre lors de ma visite méridienne. Je rappelle que la tradition catholique oriente le Christ en Croix face au couchant, et qu'on trouve au verso une Vierge à l'Enfant, une Vierge du Calvaire, ou un couple de saints. 

Ici, cette face orientale ne comporte aucun personnage à l'arrière du Crucifix ; à droite se tient saint Jean, et à gauche la Vierge éplorée, comme au pied des Calvaires des grandes Passions gothiques.

Jean, qu'on reconnaît à son visage imberbe et à ses cheveux longs, se tient bras croisés. Il est pieds nus, comme tout apôtre. L'attitude bras croisés se retrouve sur les calvaires de Roland Doré à Seznec(Plogonnec), Notre-Dame de Kerluan (Chateaulin), Commana, Saint-Nicodème (Ploéven), Tinduff (Plougastel-Daoulas), Saint-Vendal (Douarnenez)

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Saint Jean, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Saint Jean, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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La Vierge porte un grand manteau qui recouvre sa tête, et une robe serrée par une ceinture ; sa gorge est couverte par une guimpe. Ses yeux sont ouverts, son visage peu expressif ; seules ses mains,  jointes, doigts croisés, témoignent du caractère poignant de son affliction.

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La Vierge, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

La Vierge, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Face principale.

L'éclairage étant plus favorable, j'étudierai plus soigneusement la face occidentale.

1. Le Christ en Croix.
Il est barbu, les cheveux longs peignés comme ceux de Jean, les yeux fermés et la tête baissée, légèrement inclinée vers la droite. Il est vêtu d'un pagne. Les côtes, le nombril et la plaie du flanc sont figurées. Les pieds sont cloués par un seul clou à grosse tête polyédrique, pied droit sur le pied gauche.

Les caractéristiques de la manière de Roland Doré sont selon E. Le Seac'h :

a) la couronne d'épines aux deux brins enlacés en forme de carré

b) le pagne, noué sur le coté gauche, soigneusement croisé avec un rabat sur le haut du tissu, un pan sorti sur le coté gauche et rentré sur le coté droit.

c) le visage émacié, la barbe taillée en pointe; la moustache aux mèches fines ;  les veines du cou saillantes,

 d)le corps allongé, aux longs bras noueux,

e) le torse presque rectangulaire avec les muscles de l'abdomen en forme de poire

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Le Christ, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Le Christ, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Le titulus porte les lettres I.N.R.I, avec un point de séparation losangique .

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Le Christ, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Le Christ, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Saint Roch.

Il porte le chapeau à larges bords, la pèlerine et le bourdon des Romeux, car Roch se rendit en pèlerinage  de Montpellier à Rome avant d'exercer ses talents de médecin auprès des malades atteints de la peste bubonique. C'est sur le point de rentrer, à Plaisance, qu'il fut atteint à son tour par la peste noire. Il s'isola dans une forêt où un chien —le fameux Roquet — le nourrissait chaque jour d'un pain rond.

Comme dans toute son iconographie, Roch soulève sa robe et montre le bubon ou scrofule, ici largement ulcéré, de sa cuisse gauche. A sa droite, son chien (?), dont la tête est brisée, prend les allures d'un singe ou d'un diable à la longue queue et au large postérieur.

Il a ainsi mérité d'être invoqué non seulement contre la peste, mais aussi contre toutes les épidémies intitulées indistinctement de pestes, ou contre les épizooties. Bien que la ou les pestes , et la lèpre, soient des affections très différentes, saint Roch est aussi invoqué par les lépreux. Ainsi en 1622 à Saint-Pol-de-Léon, où, après une épidémie de peste dans le quartier de La Madeleine réservé aux  lépreux, une fontaine Saint-Roch et une chapelle Saint-Roch furent bâties . Ses statues abondent dans les chapelles et église bretonnes. (ici à Brennilis ; photo lavieb-aile)

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Saint Roch, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Saint Roch, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Saint Sébastien.

On connaît la tradition iconographique qui fait de ce saint protecteur de la peste (en raison des flèches qui le transpercèrent lors de son martyre) un jeune éphèbe apollinien triomphant par la foi des douleurs de ses blessures : c'est l'exemple même de la "belle indifférence" des grandes âmes à l'égard de la bave du crapaud, des chiens qui aboient ou des bourreaux qui s'échinent. Ce Sébastien-ci en est une spécimen parfait.

Mais, parce qu'il côtoie le Christ, il en devient un double spéculaire saisissant : le même traitement d'une  chevelure accentuant son androgynie (chevelure d'ailleurs semblable aussi à celle de Jean) en lignes parallèles de peignage , le même torse nu, le même pagne aux plis et nœuds inversés en miroir, et des jambes semblables....

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Saint Sébastien,  Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Saint Sébastien, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Une vue de coté permet de voir la corde qui lie ses mains derrière le dos, évoquant immédiatement le Christ à la Colonne.

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Saint Sébastien,  Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Saint Sébastien, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Saint Sébastien,  Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Saint Sébastien, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Saint Sébastien,  Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Saint Sébastien, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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DISCUSSION.

1. Datation : je trouve les dates de 1630 (topic-topos), et 1640 (Atlas des Calvaires).

2. Restauration : elle a été consolidée en 1989.

3.Attribution. 

Roland Doré, le virtuose du kersanton, a dirigé un atelier à Landerneau pour satisfaire les commandes de plus de 82 paroisses de 1618 à 1663. E. Le Seac'h estime qu'il a créé 50 calvaires. C'est à cet atelier qu'Yves-Pascal Castel, puis Emmanuelle Le Seac'h attribue ce calvaire de Croix-Rouge.

"Les représentations du Christ

 

 

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1907, Notice sur les paroisses : Dirinon, in Bulletin Diocesain d'Histoire et d'Archéologie, Quimper.

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/bdd181929b72800d010461e5f4ff222d.pdf

—APEVE (Association pour la Promotion des enclos paroissiaux de la vallée de l'Élorn), 2013, "Dirinon", texte, photos, mise en page : François LE MEN, Jean PRZYGODA, Pierre CHAMARD-BLOIS.

— Infobretagne "Enclos paroissial de Dirinon" : http://www.infobretagne.com/enclos-dirinon.htm

—  CASTEL (Yves-Pascal), "Dirinon" Calvaire n°420,  Atlas des croix et calvaires du Finistère, Société Archéologique du Finistère, Quimper Atlas en ligne :

http://croixetcalvaires.dufinistere.org/commune/dirinon/dirinon.html

 — CASTEL (Yves-Pascal), 1980, Atlas des croix et calvaires du Finistère, Société Archéologique du Finistère, Quimper, 370 p.

— CASTEL (Yves-Pascal), 1993, Croix et calvaires de Dirinon, Progrès de Cornouaille /Courrier du Léon 9 mars 1993

0954 Dirinon, Croix et Calvaires... 03.09.93.,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 5 février 2017, https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/2456.

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71f7516bf9d58e7cc2eaa4246f072eb5.jpg

— COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988, "Dirinon" Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/DIRINON.pdf

—FALC'HUN (Chanoine François), 1986, Dirinon, Editions Ouest-France, 32 pages, pages 30 et 31.

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIIe siècle. Coll. "Art et Société" Presses Universitaires de Rennes.

— TOPIC-TOPOS :

http://fr.topic-topos.com/croix-rouge-dirinon

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Published by jean-yves cordier - dans Dirinon Calvaires
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