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16 décembre 2017 6 16 /12 /décembre /2017 22:53

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En 1602, le médecin, collectionneur et naturaliste Ulysse Aldrovandi publia à Bologne le premier ouvrage d'Entomologie au monde. Il y décrivit, sous le nom de "Perles", et accompagnées de planches gravées, 21 espèces de Libellules. Un nombre impressionnant, puisque Linné, en 1758, n'en décrivit que 18. La valeur fondatrice de cette publication mérite donc, plus qu'un rapide coup d'œil, un examen attentif.

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LA PUBLICATION.

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https://archive.org/stream/deanimalibusinse00aldr#page/302/mode/2up

https://www.biodiversitylibrary.org/item/10277#page/565/mode/1up

De animalibus insectis libri septem : cum singulorum iconibus ad viuum expressis / autore Ulysse Aldrovando ... ; ad sereniss: Franc. Mariam Secundum ...1602
Liber secundus de Insectis

Idem  Bonon : Apud Clementem Ferronium, 1638

J'ai tenté une traduction très provisoire, dont on se gaussera ; mais elle cédera volontiers la place à celle d'un latiniste.

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DE PERLIS VULGO DICTIS. CAP. X

Perlas vulgus nostrum vocat eiuscemodi volatilia insecta, a capitis, ut arbitror, cum rotunditate, quae perlam sive unionem aemulatur, tuum splendore nam speculi fere instar receptas extra recipit imagines.

"Nous appelons en langue vulgaire "Perles" ces insectes volants, d'après leur tête, du moins je le pense, dont la rondeur égale ou rivalise avec celle des perles, ..."

ln Lombardia Cevettoni dicuntur, ab Hollandis, ut audio, Romboudt. Volatum exercent velocissimum, alis nimirum preditae longis, robustis, cartilagineis, quatuor.

"On les nomme Cevettoni en Lombardie, et en Hollande Romboudt, comme je l'ai entendu."

"Ces insectes volent très vite, grâce à quatre ailes longues, puissantes et cartilagineuses."

 

Pomeridiano & antemeridiano tempore , nonnunquam solae plerumque ; gregatim volitant, raro alte saepissime praeter humum invicem occurentes , meridie , ardente maxime fole quiescunt, stipiti cuidam, si nancisci licet infidentes, unde natum rusticum proverbium est, « la Perla va a' sticchi », indicans prandendi tempus esse.

"Le matin et l'après-midi, seuls parfois, mais en général par troupes, ils volent, rarement très haut, mais à midi, quand le soleil chauffe le plus, ils se reposent, d'où le proverbe rustique "la Perle va déjeuner", indiquant par là qu'il est l'heure du repas.", 

Perlarum multa sunt genera, ut mirum plane sit veteres non meminisse tam frequentium, & vulgo notissimorum animantium. Differunt inter se corporis, ac alarum magnitudine; coloreque ; nec non caudae extremitate que cum plerisque ; sit bifurcata, in quibusdam tamen obtusa est, & bifurcatione caret.

"Les Perles sont de différentes sortes ;[...] Ils différent soit par leur taille, soit par la longueur des ailes, soit par leurs couleurs, mais aussi par la forme de leurs queue, car si elle est fourchue dans la plupart des cas, cette fourche en crochet peut manquer parfois."

Aliae rursus antennas habent, aliae ilis destituuntur.  Postremo loco differunt. Sunt enim, quas nisi prope aquas reperias, caeruleo fere corpore.

 "Certains au contraire ont des antennes, certains en sont dépourvus. En dernier lieu, ils diffèrent par leur habitat. Ils sont de couleur bleue azur sur presque tout le corps, non à proximité de l'eau."

Omnibus hoc commune est, ut quatuor habeant alas, alvum vero admodum proceram, quae tamen in volatu nihil prorsus incurvatur, cum alioqui curuetur facile, si manibus contrectes : quin & mas quando femellae coit plurimum incurvatur. Coeunt autem more Muscarum faeminae mare insidente, & membrum faeminae sursum immittentis recipicnte. Tenacissime coeuntes inuicem haerent , saepiusque per agros coherentes volare cernuntur. Aestate vere, ac autumno cernuntur hyeme latent,vel moriutur.

"Ce qui est commun à toutes, c'est d'avoir quatre ailes,  un abdomen en général très long,  mais qui cependant s'incurve en vol, et [...] et encore fermement attachés l'un à l'autre on les voit souvent voler ainsi collés dans les prairies. Ceci est vrai en été, car avec l'automne et l'hiver ils meurent".

 

 

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De Perli vulgo dictis, Ulysse Aldrovandi, De animalibus Insectis libri septem caput X, page 302

 

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Planche page 303 : 10 espèces décrites page 304.

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https://archive.org/stream/deanimalibusinse00aldr#page/304/mode/2up

1. — Prima earum, quae a me observatae sunt, & binis tabulis depictae exhibentur, ex mediocribus est, capite & toto corpore ruffis, alis candidis, extremo macula nigra notatis, pedibus nigris.

"La première espèce que j'ai observé et représenté sur la Planche suivante, est de taille moyenne, la tête et tout le corps de couleur rousse, les ailes blanches, les taches des extrémités noires, et les pattes noires.

2.— Secunda capite perlam, sive unionem nequaquam refert. Non rotundum est, sed acutum. Oculos habet enormis magnitudinis, subcaeruleos. Pectus admonum crassum ; alvum proceram, tenuem, Tota lutescit, nigrosque ut pictura expressit, maculatur. Alae sunt subcaeruleae.

"La seconde ... Elle n'est pas arrondie, mais pointue. Les yeux ont une taille énorme, bleuâtres. Le thorax presque entièrement épais ; l'abdomen long et étroit entièrement coloré de taches  jaune et noires comme l'indique la figure. Les ailes sont bleuâtres."

3.— Tertia alas habet breves, ad subcaeruleum inclinantes, alvum longissimam, tan subtilem, ut mirum sit, quomodo eam regere possit. Oculi quoque ut in proximo, maximi, sed caput orbiculatum. Infra candicat, per dorsum superne ad latera lutescit, in medio ferrugineo colore est. Antennas habet, admodum breves sub lavas.

"La troisième a les ailes courtes, penchant vers le bleu, l'abdomen très long, et si ténue qu'on se demande comment c'est possible. Les yeux très grands, mais.... Le dessous blanc, de couleur ferrugineuse au milieu.Elle a des antennes, généralement courtes.

4.— Quarta ex mediocrium genere est, corpore toto purpureo, aureis zonis undique inter distincto, alis plane argenteis, nigro maculatis.

"La quatrième est des plus moyennes, tout son corps est rouge pourpre, avec des zones dorées. Les ailes argentées, les taches noires."

 

5.— Quinta alas quoque habet argenteas, sed non tam resplendentes. Maculam in extremo singulas habent nigricantem. Corpus totum aurei fere coloris est, nigricantibus zonis interstinctum. Pedes sunt atri.

"Les ailes de la cinquième sont argentées, mais ne sont pas aussi resplendissantes. Les taches des extrémités sont noirâtres. Le corps est presque entièrement doré, strié de raies noirâtres. Les pattes sont noires."

6.— Ex maximis est, quae sexta in hoc ordine depingitur, speciosa ac elegans Perla, capite, pectore, ac dorso viridis, alvo tota caerulea, per quam linea fertur a dorso ad extremum usque aterrima. Alae cinereae sunt, pedes nigri.

"La sixième est la plus grande de celles qui sont représentées. La tête, le thorax et le dos de cette Perle précieuse et élégante  sont verts, l'abdomen totalement bleu, traversé par une ligne très noire. Les ailes sont cendrées, les pattes noires."

7.— Septima oculos habet virides, tota lutea, nigro maculosa.

"La septième a des yeux verts, elle est toute jaune, avec des taches noires"

 

8.— Minimarum genere est octava, alas habens argenteas, corpus viridescens.

La huitième est la plus petite du genre, elle a des ailes argentées, et le corps verdâtre.

9.— Nona ex maximis est, capite, dorsoque viridis, alvo dilute flava, primum crassa, dein tenui, alis fine maculis.

"La neuvième est très grande, sa tête et son dos est vert, l'abdomen d'un jaune délavé, d'abord épais, puis fin, les ailes ont des taches fines."

10. — Decima, ac postrema toto corpore est flavo, nigro interstincto, pedibus etiam flavis, alis cinereis splendidis.

"La dixième, dont tout le corps est presque entièrement jaune avec des traits noirs a les pattes jaunes et de splendides ailes cendrées."

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https://archive.org/stream/deanimalibusinse00aldr#page/302/mode/2up/search/perlis

https://archive.org/stream/deanimalibusinse00aldr#page/302/mode/2up/search/perlis

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Les deux espèces de la page 304.

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Ex vulgarium genere sunt,due istae separatim picta, quod praecedens tabula eas non caperet, prior alas habet subflavas, & corpore toto flavo est exceptis zonis, quae sunt ferrugineae. Altera tota viridis est, maculis quatuor candidis in alarum extremitatibus .

"Les deux qui sont représentées ici, parce qu'il n'y avait plus de place sur la première planche, sont d'un genre assez quelconque.

La première a les ailes jaunes pâles, le corps entièrement jaune excepté les marques rougeâtres.

L'autre est toute verte avec quatre taches blanches à l'extrémité des ailes. "

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Les 9 espèces de la planche page 305 (décrites page 304 inf.)

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— 1. Primo loco picta in secunda tabula, ex iis est, quae circa aquas volirat. Alas habet breves, & latas, primum virides, deinde caeruleas, cuius coloris quoque totum est corpus a capite ad anum usque, .praeter oculos, & pedes, qui atri sunt . Oculos autem habet enormiter magnos ac prominentes. Alvus in exilem acutiem, velut acum desinit.

"C'est qui est figurée en premier sur la seconde planche est de celles qui volent autour des zones aquatiques. Elle a les ailes courtes et larges d'abord vertes, puis bleues , couleur également de tout son corps de la tête à l'anus, sauf les yeux et les pattes qui sont noires. Les yeux sont extrêmement grands et proéminents. L'abdomen est très pointu à son extrémité, comme la pointe d'une aiguille."  

—  2. Secunda etiam aquas prosequitur, toto corpore viridi, nigris, exiguis zonis distincto. Oculi protuberant. Alae qua corpori haerent argenteo colore,& splendore micant, dein caeruleae sunt , & argenteis venis resertae .

"La deuxième vit aussi au voisinage de l'eau, l'ensemble du corps est vert, noir, avec des marques étroites. Les yeux sont protubérants. Les ailes qui ont la couleur argentée du corps, et un éclat splendide, sont ensuite bleu azur traversées de nervures argentées."

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—  3. Tertia minimarum generis pedes habet longissimos , Aranearam pedibus non dissimiles, sed admodum exiles. Corpore, alisque ex luteo subalbidis est cauda simplici.

"La troisième appartient aux plus petites. Elle a les pattes extrêmement longues, proches de celles des araignées, mais entièrement minces. Le corps et les ailes sont d'un jaune très pâle."

—  4. Quarta ex minimis est, tota fere viridis, sed a lateribus tergoris lutea. Oculi candicant . pedes nigri sunt.

"La quatrième est la plus petite, elle est presque complètement verte, mais avec des bords jaunes. Les yeux sont blanchâtres et les pattes noires."

 

—  5. Quinta cum secunda admodum similis, pariter aquas petit,aluo caerulea, pectore viridi, alis primum argenteis, deinde caeruleis.

"La cinquième est semblable à la deuxième, se plait dans la proximité de l'eau, a l'abdomen bleu, le thorax vert les ailes d'abord argentées, puis bleues."

—  6. Sexta ex maximis est,capite & pectore viridibus, dorsi lateribus, ubi alae enascuntur, nigris, alvo longa, caeruIea, quam nigra linea lata coloris aterrimi mediam dissecat. Pedes atri sunt .

"La sixième est parmi les plus grandes, la tête et le thorax vert les cotés du dos où les ailes virent au noir, l'abdomen long et bleu traversé par une ligne médiane noire Les pattes sont noires.

—  7. Septima mediocrium generis toto corpore viridi, aurum resplendente. In dorso nigricat: ale cinereae sunt, & argenteo micant.

"La septième est de taille moyenne, tout son corps est vert, aux reflets d'or. Son dos est noir. Les ailes sont gris-cendré avec des éclats argent."

—  8. Octava alvum habet obtusam, ac minime bifurcatam, toto corpore ferrugineo, alis candidis, a latere ferrugineis .

"La huitième a l'abdomen étroit, à peine fourchu, tout le corps rougeâtre, les ailes blanches, couleur rouille sur le coté."

— 9. Nona, ac postrema aluo est crassa, & brevi, lutea, nigris circundata Zonis , capite, pedibus, dorso, & alarum principiis ferrugineis. Alearum caetera candicant.

"La neuvième et dernière a l'abdomen épais, court, jaune avec des marques circulaires noires, la tête, les pattes, le dos  et le début des ailes rougeâtres, le reste des ailes blanc". 

 

 

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https://archive.org/stream/deanimalibusinse00aldr#page/304/mode/2up/search/perlis

https://archive.org/stream/deanimalibusinse00aldr#page/304/mode/2up/search/perlis

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II. RÉCEPTION.

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A la fin du XVIIe siècle, James Petiver s'y réfère aux pages 67 et 84 de son Musei Petiveriani pour les cinq espèces de Libella qu'il décrit

https://books.google.fr/books?id=vp05AAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q=libella&f=false

Linné FS ou SN ne s'y réfère pas .

https://www.biodiversitylibrary.org/item/129804#page/262/mode/1up

Néanmoins, il n'est pas possible pour les entomologistes  d'établir des identifications sûre  des 21 espèces décrites par Aldrovandi.

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III. COMMENTAIRES ZOONYMIQUES.

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Cette publication, la première au monde en Entomologie et donc en Odonatologie, indique les noms suivants : le nom latin Perla, le nom italien (Lombardie) Cevettoni, et le nom néerlandais Romboult.

Le nom PERLA ne fut pas repris, notamment par Thomas Moffet en 1634,  hormis en citation avec des qualificatifs laissant entendre que le mot n'est pas utilisé : "Libellis, Perlis Italis dictis" (Libellae, les Italiens disent Perlis) puis  "Libellae, nonnullis Perlae" (Libella, ou Perlae pour quelques-uns") pour John Ray en 1710.

En 1762, Geoffroy l'a utilisé pour baptiser les Phryganea  de Linné (Névroptères). Il est réservé aujourd'hui aux PLECOPTÈRES (Plecoptera).

Mes recherches n'ont pas abouti pour attester l'usage du nom "CEVETTONI" en Italien.

L'exploration du nom ROMBOUDT m'évoque les noms vernaculaires attestés par les auteurs anglais : ADDER BOULTES  chez Mouffet, ADDERBOLT chez Petiver (I have observed this beautiful Adderbolt in Cane-Wood, p. 84), et chez John Ray. Adder signifie serpent, vipère. Le néerlandais Swammerdam désigne ses libellules sous le nom de Rombouten (ici page 69), terme aujourd'hui attribué à la famille des Gomphidae, et se déclinant en Beekrombout , Plasrombout, Rivierrombout. Le nom bolt anglais, bout néerlandais, bolzen allemand désigne le trait ou carreau d'arbalète (ou le verrou). Selon Snellen van Vollenhoffen Rombouten est une forme corrompue de Korenbouten, de Koren "épi" et Bouten "flêche", ces insectes rapides comme les flêches se reposant sur les épis... 

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En somme, après une longue journée de travail, ma récolte zoonymique est maigre. Mais c'est comme cela que la science progresse, non ? Et ce sera la première transcription et la première traduction (si on veut) de ce texte fondateur de l'odonatologie, en ligne. 

Champagne !

 

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SOURCES ET LIENS.

Ma bibliographie :

http://www.lavieb-aile.com/2018/01/la-bibliographie-de-mes-articles-de-zoonymie-des-odonates.html

Thomas Mouffet 1634

https://www.biodiversitylibrary.org/item/123182#page/94/mode/1up

Petiver, Musei petiveriani

 

https://books.google.fr/books?id=vp05AAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q=libella&f=false

John Ray 1710

https://archive.org/stream/historiainsector00rayj#page/46/mode/2up

Linné, Fauna suecica

https://www.biodiversitylibrary.org/item/129804#page/263/mode/1up

Linné, Systema naturae 1758

https://www.biodiversitylibrary.org/page/727383#page/566/mode/1up

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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