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4 octobre 2018 4 04 /10 /octobre /2018 12:13

Les peintures murales (fin XIVe) de la chapelle de Jean Chiffrevast de la cathédrale de Coutances.

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Le visiteur de la cathédrale de Coutances pourrait, s'il se laissait absorber par la découverte des verrières (certaines datent de 1225 et celle du Jugement dernier de 1450 !), passer trop rapidement devant la chapelle Saint-Joseph, la première du déambulatoire sud, éclairée par un pieux vitrail de la vie de Saint-Joseph, à qui elle fut dédiée en 1864. 

"En 1864, cette chapelle a été dédiée à St Joseph par Mgr Bravard. Des deux côtés de l'autel, refait dans le style du XIIIe siècle, on voit deux inscriptions ainsi  conçues:  Allare in honorent Sancti Joseph \ sponsi B. M. V. 1864; à gauche, sont ces mots : Olim capella S. S. \ Georgii et Christophori 1384, avec les armes de Mgr Bravard et celles de Sylvestre de la Cervelle. Dans la fenêtre, au-dessus de l'autel, est une jolie verrière moderne, rappelant diverses scènes de la vie de St Joseph." (Pigeon 1876)

En effet, une grille aux épais barreaux de bois lui masque partiellement une œuvre remarquable, une peinture murale sur enduit datée du XIVe siècle (1384), fortement restaurée en 1864 puis restaurée (nettoyage, consolidation et réintégration picturale) en 2006 par Romana et Corneliu Andronescu. 

Base Palissy PM50001317.

L'abbé Delamare en a donné le relevé suivant dans une publication de 1841 : 

 

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Et ce relevé correspond bien à ce que nous pouvons découvrir aujourd'hui, si nous écrasons nos joues contre les barreaux heureusement bien galbés, ou si, mieux inspirés, nous reculons de quelques mètres pour que notre ligne de vue passe au dessus de l'obstacle peint au brou de noix. Seuls alors nous échappent les deux blasons du soubassement, peints sur une fausse tenture couleur chocolat du meilleur XIXe.  Ce sont pourtant ces blasons qui nous indiquent que la chapelle, jadis vouée à saint Georges et à saint Christophe, a été fondée en 1384 par Jean de Chiffrevast (blason: bandé de sable et d’argent) et son épouse Marguerite de la Houssaye (blason  échiqueté d’argent et d’azur). Nous sommes devant la "chapelle de Chiffrevast".

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CLIQUEZ pour éviter mes commentaires et agrandir l'image.
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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Cette vue éloignée montre une chapelle gothique, avec ses piliers, ses nervures et sa voûte à croisée d'ogive. Le mur occidental, qui reçoit les peintures est une une large ogive subdivisée en deux lancettes ogivales secondaires. 

L'ensemble peut se décrire en trois registres à fonds bleu  étoilé en haut, ocre rouge au milieu et bleu-vert en dessous. Ce sera mon plan de description. Nous y verrons

 en haut I. Trône de grâce  entouré d’anges ;

  II. au milieu à gauche l’Annonciation, au milieu à droite St Michel contre le diable ;

 III. en bas à gauche Jean de Chiffrevast (gouverneur et capitaine de Valognes en 1378; fondateur de la chapelle en 1384) présenté à la Vierge par St Jean-Baptiste et Ste Catherine,

III. en bas à droite sa femme Marguerite de la Houssaye présentée par sainte Madeleine et sainte Marguerite.

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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LE TYMPAN OU AMORTISSEMENT DE L'OGIVE : LE TRÔNE DE GRÂCE.

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"Dans le tympan supérieur de la grande ogive est l'image de l'auguste Trinité. Le père éternel est assis sur un siège dans le genre de celui de la Ste Vierge, c'est-à-dire orné de pinacles et de petits cintres qui rappellent la Renaissance. Il montre une croix et sur sa barbe vénérable apparaît une colombe représentant le St-Esprit. Des deux côtés sont des anges qui, les ailes éployées et un genou en terre, lancent leurs encensoirs devant l'image rappelant dans son ensemble le mystère fondamental de la religion chrétienne. " (Pigeon 1876)

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Il ne faut pas se contenter de la désignation de "Trinité, et je viens de décrire sur la baie 8 de l'église Notre-Dame de Saint-Lô une Trinité bien différente, où les trois personnes sont figurées comme trois hommes de même taille, placés sur la même ligne horizontale, côte à côte : c'est une Trinité "triandrique". François Bœspflug , l'auteur de référence sur cette iconographie, décrit aussi la "Trinité du Psautier", où le Père et le Fils sont assis côte à côte et souvent de même dimension, surmontés par la colombe.

Au contraire, l'artiste a placé ici ses trois personnes sur une ligne verticale, et seul Dieu le Père a, si je peux me permettre, forme humaine. Le Saint-Esprit est figuré dans son aspect habituel de colombe, et Dieu tient un grand crucifix où  le Christ crucifié est de moitié plus petit que le Père. C'est un Trône de Grâce. Puisque la date de 1384 est validée actuellement par les autorités de l'Inventaire pour cette peinture  (A. Pigeon la décrit comme un travail du XVIe siècle), c'est alors un exemple fort précoce de cette représentation verticale de la Trinité, l'article Wikipédia citant un retable de Bartolo di Fredi à Chambéry datant de 1396, et le très remarquable article de Jacques de Chalendar montre une enluminure du Missel de Cambrai de 1120 puis une autre de l'évangéliaire de Jully-les-Nonnains (BM de Lyon) du milieu du XIIIe avant de préciser : "Au milieu du XIVème siècle, peut-être sous l’influence de la grande peste, la peste noire ( celle qui fit 25 millions de morts en Europe en huit ans), les artistes et leurs commanditaires mettront de plus en plus souvent l’accent sur cette Trinité souffrante."

Les auteurs du site Enluminure séparent les Trônes de grâce d'une autre type de représentation où Dieu le Père tient dans ses bras, comme les Vierges des Pietà, le Christ mort déposé de la croix, et c'est à cette représentation qu'ils réservent le terme de Trinité souffrante.

Dans la crypte de Bayeux, la peinture murale de l'enfeu de Gervais de Larchamp (1447) montre un exemple de Trône de grâce géographiquement proche de Saint-Lô. Voir l'article de Michel Niqueux)

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Copyright Michel Niqueux, ERLIS, Université de Caen Normandie

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Sources de l'iconographie en ligne :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Tr%C3%B4ne_de_gr%C3%A2ce

https://itineraireiconographique.wordpress.com/2013/09/06/images-de-la-trinite-dans-lart-chretien/

— Liste des enluminures du site Enluminure pour la recherche "trinité souffrante": 

http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_2=SUJET&VALUE_2=TRINITE%20SOUFFRANTE&NUMBER=12&GRP=0&REQ=%28%28TRINITE%20SOUFFRANTE%29%20%3aSUJET%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=9&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=100&MAX3=100&DOM=All

—Liste des 137 enluminures du site Enluminure pour la recherche "trône de grâce" :

http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_2=SUJET&VALUE_2=TRONE%20DE%20GRACE

Parmi ces dernières, seules 20 sont antérieures au XVe siècles: quelques exemples

  • Amiens - BM - ms. 0362 f.006v Etienne de Conty présenté à la Trinité par saint Etienne Novella in Decretales Gregorii VIIII 1375 , auteur Johannes Andreae
  • Arras - BM - ms. 0888 (0444) f. 077, Missel à l'usage d'Arras , XIIIe
  • Avignon - BM - ms. 0136 f. 332v, Missel dit de Clément VII/Missel d'Urbain V vers 1370
  • Avignon - BM - ms. 6733 f. 070 Livre de prières de l'antipape Clément VII/Livre de prières de Clément VII vers 1378-1383
  • Avranches - BM - ms. 0213 f. 011v. Historiae Montis S. Michaelis vers 1400
  • Cambrai, BM ms.0190 f.175, Epistolier à l'usage de Cambrai, 1266.

Voir :

La Vierge ouvrante de Notre-Dame-des-Mûrs à Morlaix (vers 1400).

Les statues de l'église Saint-Jacques de Locquirec

Le Trône de grâce de Châteauneuf du Faou (grès, XVe)

Trône de grâce du musée de Toul, 1er tiers XVe

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Le choix de cette représentation de la Trinité est  une prise de position dogmatique, ou l'expression d'un passage liturgique (ou choral, comme Qui procedis at utroque d'Adam de St-Victor, XII), ou d'un thème de prédication,  mettant l'accent sur l'histoire du Salut et de la Rédemption plutôt que sur l'égalité des trois personnes divines. La riche complexité de ce sujet peut être découverte à la lecture de F. Bœspflug et Zaluska 1994.

Il faudrait étudier ce thème dans la toponymie de la Manche, et l'influence de l'ordre des Trinitaires ou Mathurins fondé en 1194 pour le rachat des prisonniers des Maures : cette influence est mentionnée pour la commune de La Trinité au sud de Villedieu-les-Poêles, notée apud sanctam trinitatem en 1186. 

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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La Trinité est assise sur une large cathèdre gothique ( il y aurait largement la place pour trois comme elle), siège où elle reçoit les encensements de deux anges thuriféraires. 

Le Père y est vêtu d'un ample manteau rouge bordé d'or, et d'une robe gris ou chamois. Ses pieds nus sont largement écartés, notamment à droite. Son visage nimbé est christique (*), jeune, encadré de longs cheveux blonds ondulants. La barbe est  absente, et le menton s'appuie sur le sommet de la poutre verticale (stipes) du crucifix. Le regard est tourné vers le bas, et donc vers le Fils. Des traces noirâtres pourraient faire croire à des larmes.

(*) la « règle du christomorphisme » de la représentation de Dieu voulait que l’on ne donnât pas au Père d’autres traits que ceux du Christ, par respect du « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9). (F. Bœspflug)

 

À la différence de la peinture de Bayeux, le Père tient la traverse de la croix des deux mains, les bras largement étendus.

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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La colombe descend verticalement encadrée par les pans du manteau, ses ailes sont proches de celles d'une hirondelle, sa queue est étroite et trifide. Son axe laisse penser qu'elle est l'émanation ou la concrétisation du souffle ou du Verbe, échappé des lèvres roses entrouvertes. Elle forme un trait d'union entre ces lèvres (sur la statue de Châteauneuf-du-Faou, la queue de l'oiseau sort vraiment de la bouche divine) et le Christ, et elle s'inscrit dans le rectangle vertical de et la branche haute de la croix, là où se trouve habituellement le titulus.

Pour François Bœspflug, dans la miniature du missel de Cambrai,  "le tracé des ailes de la Colombe, qui joint avec minutie les bouches du Père et du Fils en croix, traduit selon toute vraisemblance le dogme occidental de la procession de l'Esprit ab utroque".  Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils  ab utroque, "par les deux". 

 

Cambrai, BM ms.0190 f.175, Epistolier à l'usage de Cambrai, 1266. cliché IRHT.

 

 

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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À gauche et à droite, un ange thuriféraire lance son encensoir vers la Trinité.

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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LE REGISTRE SUPÉRIEUR : L'ANNONCIATION et SAINT MICHEL.

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"Dans le tympan des deux ogives, on voit d'un côte la salutation angélique. La Ste Vierge est debout, l'ange est à genoux, tenant un phylactère où l'on voit ces mots : Ave, Maria, gratia plen. Dom*. tecum. L'ange est séparé de la Ste Vierge par un vase renfermant une fleur où apparaissent encore les armes de Jean de Chiffrevast, premier fondateur de cette chapelle. De l'autre côté se trouve saint Michel, debout et terrassant le démon qu'il transperce de sa lance."

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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À gauche : l'Annonciation.

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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À droite : saint Michel terrassant le démon.

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Le détail remarquable est le démon, qui repousse de sa patte l'archange et qui le menace d'un fouet.

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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III. LE REGISTRE PRINCIPAL : LES DONATEURS PRÉSENTÉS À LA VIERGE PAR LEURS SAINTS PATRONS.

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"Au premier plan, à gauche du spectateur, mais à droite, dans le tableau, est Jean de Chiffrevast, à genoux, la tête nue et les mains jointes. Il est présenté à la Ste Vierge par St Jean-Baptiste et Ste Catherine. Ces deux personnages sont debout et regardent la Vierge qui, assise dans un grand fauteuil du commencement du XVIe siècle, paraît accueillir assez favorablement le jeune chevalier qu'on lui présente. Elle tient dans ses bras l'enfant Jésus, qui semble sourire à Guillotte ou Marguerite de la Houssaye, femme de Jean de Chiffrevast, et qui lui est également présentée, à genoux, par ses deux patronnes, Ste Marguerite et Ste Madeleine." (Pigeon 1876)

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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1°) À gauche : Jean de Chiffrevast présenté par sainte Catherine et par Jean-Baptiste à la Vierge.

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La Vierge est couronnée, vêtue d'une robe bleue et d'un manteau pourpre, et assise sur un trône. Elle regarde le donateur avec bienveillance.

La présence de saint Jean s'explique par le prénom du donateur, mais celle de sainte Catherine d'Alexandrie est justifiée par le fait que celle-ci est constamment invoquée dans les Livres d'Heures ou convoquée comme intercesseur dans les vitraux où les donateurs sont des seigneurs du lieu. C'est néanmoins le plus souvent la donatrice qui est présentée par sainte Catherine.

Catherine, couronnée,  est vêtue d'un surcot ouvert au dessus de sa robe bleue : cette couronne souligne son statut de princesse, et ce surcot  la noblesse de son extraction. On retrouvera ce dernier porté par la donatrice.

Voir mon étude du surcot ouvert en annexe de cet article :

La baie 0 de la chapelle du Pénity à Locronan.

et voir aussi :

Les verres roses des vitraux datant vers 1500 de l'église Saint-Fiacre de Guengat : la baie 4.

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Jean de Chiffrevast est représenté à genoux et mains jointes devant la Vierge, vêtu d'une tunique portant ses armoiries à bandes de sable (noires) et d'argent (blanches). Son blason est à ses pieds, sommé d'un heaume coiffé d'un tortil à ses couleurs et cimé d'une tête et d'un col de bouc.

Selon Rodovid.org, il est le fils de Nicol de Chiffrevast (n.v. 1310),  Seigneur de Chiffrevast  à Tamerville (50), capitaine de Cherbourg 1354 - 1356 , et dont le premier Château de Chiffrevast fut détruit par Jean d'Harcourt entre 1353 et 1354.

http://le50enlignebis.free.fr/spip.php?article11931

Tamerville se situe au nord immédiat de Valognes

Jean ou Jehan de Chiffrevast ou de Siffrevast était né vers 1330, et fait chevalier vers 1350, date à laquelle il était  seigneur de Chiffrevast, Tamerville, Huberville, Ivetot (Yvetot), Prétreville, Bunchon, Val-de-Sie (Le Valdécie), etc. Il fut Écuyer du Roi, Chambellan de Philippe de Bourgogne, fils de France, Capitaine et gouverneur des villes et Château de Valognes. En 1395 il fut confirmé dans ses propriétés par Charles VI.

Il épousa Guillotte [Marguerite] de la Houssaye  née vers 1330 . Leur fille Huguette épousa Robert de Percy.
Ce fut  en 1384, que Sylvestre approuva la fondation des chapelles St. Georges (dit le jeune), et St.-Christophe, faite à un même autel , par Jehan de Siffrevast ou de Chiffrevast .
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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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2°) À droite : Marguerite de Houssaye présentée par sainte Madeleine et sainte Marguerite.

Guillotte de Houssaye était issue d'une ancienne noblesse de Normandie connue depuis les années 1200. Elle est la fille d'Eustache de Houssaye et de Tomasse de Beaumanoir.

Elle est présentée en premier lieu, selon l'inscription placée en dessous, par sainte Madeleine (S. MAGDALENA), mais j'ignore si cette inscription est due à un restaurateur. En effet, Marie-Madeleine est rarement représentée les cheveux recouverts par un voile. 

La seconde sainte serait sainte Marguerite d'Antioche, dont les attributs , un crucifix et un dragon dont elle s'extrait, sont absents ici. Guillotte est un diminutif de Marguerite.

La donatrice est vêtue d'un surcot ouvert rouge fourré d'hermines sur un surcot fermé rose ou pourpre. Elle est coiffée du touret et ses cheveux sont ramassés sur la tempe en deux volumineux chignons.

 

 

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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C'est l'examen de mes photos qui me permet de voir un détail singulier. La donatrice est tournée vers la Vierge, qui lui tourne le dos tandis que c'est l'Enfant qui dans un charmant mouvement, se libère des bras maternels pour tendre les siens vers dame Guillotte. Je m'aperçois qu'il lui tend (ou qu'il reçoit d'elle ?) un objet (qui m'a d'abord évoqué une tétine !). Est-ce une bague ? 

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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IV LE REGISTRE INFÉRIEUR : LES BLASONS DES CHIFFREVAST ET HOUSSAYE.

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"Sur un fond d'azur devenu verdâtre, mais encore semé de lis d'or apparaissent les armoiries des deux époux, le premier écu est bandé d'argent et de sable de six pièces; ces dessins et ces couleurs se retrouvent sur le vêtement de Jean de Chiffrevast, qui était alors gouverneur de Valognes. Les autres armes appartiennent à la jeune épouse, et sont échiquetées d'argent et d'azur." (Pigeon 1876)

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Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Peintures murales (v. 1384) de la chapelle de Chiffrevast, cathédrale de Coutances. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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SOURCES ET LIENS.

— BOESPFLUG (François), 2009, , « La Trinité dans l’art breton (xve-xviiie siècle) », Revue des sciences religieuses [En ligne], 83/4 | 2009, mis en ligne le 15 novembre 2013, consulté le 04 octobre 2018. URL : http://journals.openedition.org/rsr/441 ; DOI : 10.4000/rsr.441

— BOESPFLUG (François), La Trinité dans l’art d’Occident (1400-1460). Sept chefs d’oeuvre de la peinture, préface de Roland Recht, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2000, 22006.

— BOESPFLUG (François), « La Trinité dans l’art alsacien (XIIe-XVe siècle). À propos de quelques oeuvres, du Hortus Deliciarum à la tapisserie de Saint-Jean-Saverne », Cahiers alsaciens d’archéologie, d’art et d’histoire, XL, 1997, p. 99-123.

— BOESPFLUG (François), ZALUSKA ( Yolanta) , Le dogme trinitaire et l'essor de son iconographie en Occident de l'époque carolingienne au IVe Concile du Latran (1215)  Cahiers de Civilisation Médiévale  Année 1994  37-147  pp. 181-240.

— DELAMARE (Abbé), Essai sur la véritable origine et les vicissitudes de la cathédrale de Coutances, Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, Volume 12, 1841

https://books.google.fr/books?id=SvdbAAAAcAAJ&vq=chiffrevast&dq=band%C3%A9+d%27argent+et+de+sable+de+six+pi%C3%A8ces+chiffrevast&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— PIGEON (A), 1876,  Histoire de la cathédrale de Coutances. Imprimerie de E. Salettes Fils, Libraire-Éditeur, 392 pages

https://books.google.fr/books?id=rLEVAAAAYAAJ&pg=PA340&dq=%22peintures+murales%22+chiffrevast++coutances&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiT8qul7ufdAhVLXRoKHSAoCzsQ6AEIKDAA#v=onepage&q=%22peintures%20murales%22%20chiffrevast%20%20coutances&f=false

— TOUSTAIN DE BILLY (René), XVIIe siècle, publié en 1874 et 1180, Histoire ecclésiastique du diocèse de Coutances.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k36191f.texteImage

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k36192s/f3.item.r=chiffrevast

— 

http://le50enlignebis.free.fr/spip.php?article10246

 

http://fr.rodovid.org/wk/Personne:585638

http://cathedralecoutances.free.fr/chapelles.htm

Fiche pdf Cathédrale de Coutances :

http://www.discip.ac-caen.fr/aca/serviceseducatifs/pdf/coutances_cathedrale_fiche.pdf

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Published by jean-yves cordier - dans Peintures murales

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