Vendredi 1 février 2013 5 01 /02 /Fév /2013 17:20

 

                                    A plus d'un titre.

Présence de Divine Saint-Pol-Roux :

Ex-libris et ex-dono de la Bibliothèque d'Étude de Brest.

 

                                              La force suffit pour conquérir, pas pour dominer.

                                                              Vercors, Le Silence de la mer.

 

I. Nuits Noires de John Steinbeck.

B.M.Brest X D 9825.

Paris, aux Éditions de Minuit, Coll. Voix d'Outre-Monde, MCMXLIV (1944).

Exemplaire sur velin, numéroté H.C, 180 pages, 17 cm..

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 Cet exemplaire est émouvant à plus d'un titre ; lorsque l'on vient de lire, sur le fond Saint-Pol-Roux de la Bibliothèque, la description par Divine Saint-Pol-Roux de la nuit du 22 au 23 juin 1940, atroce par l'assassinat qui y est commis et par le crime sexuel qui y est perpétré, atroce par l'occupation des troupes allemandes qu'elle baptise, dans l'émotion d'alors, "la race maudite", atroce par la terreur subie, par le cauchemard d'une nuit d'horreur dans ces Hauts de Hurlevent que devient, dans ce contexte, le manoir de Coécilian déjà endeuillé par la mort du frère, et que l'on découvre quel est, cinq ans plus tard, le titre d'une les lectures de Divine, NUITS NOIRES (THE MOON IS DOWN), Aux Éditions de MINUIT,  d'étranges résonnances s'établissent entre les mots.

  Lorsqu'on lit, en outre sur la page de garde, "les volumes de la présente collection constituent la première édition publique des éditions de Minuit", et au dessus, "Ce volume, en tous points conforme à celui publié par les "Éditions de Minuit" sous l'oppression a été tiré à 3735 exemplaires pour la France "etc..., d'autres liens se tissent avec ce mot d'oppression : le mot "Minuit" parle de la clandestinité dans laquelle fut publié le premier ouvrage, Le Silence de la Mer...que Vercors a dédicacé à Saint-Pol-Roux : on sait que le livre de Brullier, alias Vercors, a d'abord été tiré à 350 exemplaires, produits 8 pages par 8 pages, en huit semaines, par un imprimeur de faire-parts, Oudeville. Son atelier du Boulevard de l'Hôpital était situé juste en face de la Pitiè, transformé en hôpital militaire allemand...

  On découvre ensuite que l'exemplaire que possède la Bibliothèque de Brest est l'un des "25 exemplaires Hors commerces, pour les collaborateurs". 

  On pense aux liens secrets entre Le Silence de la Mer et le manoir de Saint-Pol-Roux, liens qui commencent par la présence du mot "mer" du titre, alors qu'il n'est nullement question de mer dans le récit ; celui-ci parle du silence d'un français et de sa nièce, dans le pays occupé, obligés de loger un officier allemand qui cherche à rompre le silence et de témoigner de son attachement pour la France. On attendrait "Le silence de la nièce", si le drame de Camaret, du manoir face à la mer, violé et saccagé, et du poète effondré jusqu'à en mourir  devant la mise à sac de son œuvre n'avait pas, vraisemblablement, hanté Vercors lors du choix du titre.

On finit par tourner la page : on trouve, tout en bas, l'ex-libris de Divine Saint-Pol-Roux.

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  Pourquoi avait-elle reçu en 1945 cet exemplaire H.C "pour les collaborateurs" ?

  The Moon is Down avait été publié par Steinbeck à New-York en 1942. Le traduire et le publier en France était un acte de résistance car ce roman décrit une petite ville occupée par une armée étrangère, et dont les habitants font comprendre aux occupants qu'ils sont indésirables, avant de mettre en œuvre des actes de sabotage. Une version française traduite par Marvéde-Fischer a été publiée à Lausanne en 1943 sous le titre Nuits sans Lune, aux éditions Marguerat puis les Éditions de Minuit ont publié en 1944 la traduction d' "Y. Desvignes", pseudonyme d'Yvonne Paraf, en signalant dans une note des éditeurs que la version suisse avait fait l'objet de coupures et d'altérations, jugement tempéré par un article de Jean-Marc Gouanvic.

  Le nouveau titre abandonne la référence à la lune (c'était une citation de Macbeth ; la lune étant couchée, le meurtre de Duncan va avoir lieu) pour se concentrer sur la Nuit noire, la destruction des repères, mais l'attente du Jour.

 

II. Les Reposoirs de la Procession, de Saint-Pol-Roux.

  Bibliothèque de Brest cote F.B C. 682.

C'est ici un ex-dono, Divine Saint-Pol-Roux ayant offert cet exemplaire à la Bibliothèque de Brest à l'occasion du centenaire (de la naissance) de son père le 15 février 1961 (le poète est né le 15 janvier 1861). Une exposition sur Sain-Pol-Roux le Magnifique avait été organisée par la Société d'Étude de Brest et du Léon à la Bibliothèque Municipale de Brest.

  Il s'agit du premier Tome des reposoirs, publié par le Mercure de France en 1893.

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      Ce livre n'est pas le seul dont Divine Saint-Pol-Roux a fait don à la Bibliothèque Municipale de Brest, puisque celle-ci a reçu également :

1.Saint-Pol-Roux : L'âme noire du prieur blanc : naïve légende. Paris :Ed. du Mercure de France, 1893, 119 p. ; 23 cm. Ex-dono : "A la Bibliothèque municipale de Brest, cette œuvre de mon Père."

2. RES FB B 289 :

  Saint-Pol-Roux / Braque : Août Paris : Louis Broder, 1958, 41 p. : gravures ; 27 x 35 cm sous emboitage toile. Exemplaire d'auteur n°4 / 5. Cette édition originale a été tirée à 140 exemplaires, tous sur vergé d'Auvergne, numérotés 1 à 120 et I à XX signés par l'illustrateur. Les Vingt premiers exemplaires contiennent une suite des gravures sur papier ancien du Japon signés par l'artiste plus une non retenue dans l'ouvrage. A part il a été tiré une suite à grandes marges des cinq eaux-fortes originales à soixante-dix épreuves sur vergé d'Auvergne numérotées et signées par l'artiste. les cuivres ont été rayés après le tirage.

  Envoi autographe  de divine Saint-Pol-Roux : Pur la Bibliothèque de Brest, ces poèmes de mon père.

3. FB XC724.

Saint-Pol-Roux, La repoètique ; préface de Raymond Datheil. Suivie de : le Poème du monde nouveau, par Gérard Macé. Limoges : Rougerie, 1971 ; 119 p. : fac-sim. ; 24 cm. Envoi de Divine saint-Pol-Roux : Pour la Bibliothèque municipale de Brest.

4. FB XC649

 Saint-Pol-Roux, Cinéma vivant ; [texte établi et annoté par Gérard Macé] ; précédé de L'Empire du soleil, de Gérard Macé, [Limoges] : Rougerie, 1972. 119 p. : fac-sim. ; 23 cm. Envoi de Divine Saint-Pol-Roux : Pour la Bibliothèque municipale de Brest.

5. FB XC1498.

 Saint-Pol-Roux, Monodrames : Dramaturgie, Les Personnages de l'individu, Les Saisons humaines, Tristan la vie. Série Le Tragique dans l'homme, 1. Mortemart : Rougerie, 1983 ; 132 p. ; 23 cm. 

6. FB XC 1022

Saint-Pol-Roux, La Randonnée ; [publié par Gérard Macé] ; Mortemart : Rougerie, 1978 ; 87 p. ; 23 cm Partiellement extrait de la "Revue de l'Ouest", août 1932-    Envoi de Divine Saint-Pol-Roux : Pour la Bibliothèque municipale de Brest, cette randonnée Camaret-Brest-Camaret

 

 

III. Denise, Poèmes de Jean Royère.

Bibliothèque de Brest cote FB XC 1499.

Jean Royère : Denise, Poèmes, bois dessinés et gravés par Jean-Paul Dubray ; Paris, Marcel Séheur 1931 ; 67 p. :ill; 20 cm. Exemplaire numéroté  49 sur 175 sur velin d'Arches, constituant l'édition unique et définitive. Reliure.

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  L'exemplaire porte un envoi autographe d'exemplaire : Au grand Poëte Saint-Pol-Roux et à Divine, DENISE envoie ces balbutiements dans des baisers. Jean Royère. Paris, le 29 août 1931.

 

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  Cette dédicace ne se comprend que si on se réfère au titre d'un poème, A Denise balbutiante.

L'ouvrage décrit les âges successifs de la petite Denise, fille de Marguerite et Eugène Chollat; "A Denise balbutiante, qui est ma prédilection, célèbre le onzième mois de cette enfant dans une sorte de plain-chant". A cette guirlande de Denise sont associés d'anciens vers. Les poèmes sont dédiès à Valérie Larabaud, Casimir Cépède, Jean-Charles Godoy.

 

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Extrait : (Prière)

Pour boire à la grenade et mordre au caroubier,

O quéteuse, songeons à fermer notre herbier.

 

Depuis vingt ans Cézanne est avec les mésanges

Personne pour broyer ici le bleu des anges,

 

Pour azurer le Louvre et le Fontainebleau

Et mettre la pensée et la forme en tableaux.

 

Cette ville n'est plus qu'un carrefour de spectres

D'Orestes en sa nef voguant vers leurs Electres.

 

Tu pleures ? ...mes deux yeux se sont fondus en eau

Sur Mallarmé défunt et John Antoine Nau,*

 

Et c'est bien vainement qu'au bord d'un flot sinistre

persiste un moine errant à frapper sur le sistre.


* Poète symboliste mort à Tréboul en 1918. Son livre Force ennemie reçut le premier prix Goncourt, en 1903; Jean Royère, qui le surnomma l'Ange des Tropiques, publia la partie posthume de son œuvre. 

 

 

IV. Baudelaire mystique de l'amour, de Jean Royère.

Bibliothèque Municipale de Brest cote X C47.

      Jean Royère, Baudelaire Mystique de l'Amour, Edouard Champion, Paris , 1927 ; 233 p. ; 23 cm. Exemplaire sur Velin pur fil Lafuma numéroté 644 sur 697.

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  L'exemplaire porte une dédicace A ma chère petite Divine, son tonton, Jean Royère.

  La dédicace ne se comprend pas , aucun lien familial n'existant entre Jean Royère et Saint-Pol-Roux, si on ignore que ce dernier considérait Jean Royère comme "son frère en poésie". Ou encore si on oublie que Mallarmé avait, à une occasion, appellé Saint-Pol-Roux "son fils", alors que jean Royère  était le plus fidèle disciple immédiat de Mallarmé : ils étaient, symboliquement, les deux fils du même père, Mallarmé. Mais il est émouvant de voir cette image symbolique s'incarner dans cette expression où Royère se déigne comme "le tonton" de Divine.

  Jean Royère, né en 1871 à Aix-en-Provence, dirigea la revue symboliste La Phalange de sa fondation en 1906 jusqu'à sa disparition en 1914, y publiant les premires écrits de Max Jacob, André Breton, Louis Aragon, Léon-Paul Fargue, et accueillant Apollinaire, John-Antoine Nau ou Claudel. Il dirigea aussi de 1924 à 1942 la Collection La Phalange (54 titres recensés).

  Il est surtout à l'origine du "musicisme", notion de poètique qu'il caractérise par deux procédés,  la répétition, et la catachrèse (décalage du sens en écart de son sens propre), mais par laquelle il plaide aussi pour la primauté de l'eurythmie sur l'Idée, dans une harmonie parfaite du sens et du son. Son livre sur Baudelaire s'inscrit dans la droite ligne de cette poétique, puisque le musicisme n'est que la codification des exigences baudelairiennes qui demandaient dans Les Correspondances que "les parfums, les couleurs et les sons se répondent".

  Le livre est dédié "au pur poète Armand Godoy en témoignage de notre commune ferveur pour Baudelaire".

  Le Fonds Saint-Pol-Roux de la Bibliothèque de Brest conserve 54 lettres de Saint-Pol-Roux à Jean Royère, témoin de vingt années d'amitié et d'échanges.

 

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V. Les Litanies de la Vierge, par Armand Godoy.

Bibliothèque Municipale de Brest RES FB C671.

Le Litanies de la Vierge, par Armand Godoy, avec une lithographie de Mariette Lydis (1890-1970), Paris : Editions Grasset, 1934 ; 61 p : front.en couleur ; 23 cm.

  Ce livre porte un envoi autographe : "au grand, très grand  Saint-Pol-Roux et à Divine avec toute la profonde et tendre affection, Armand Godoy". 

  Ce poème religieux avait été auparavant publié dans la collection La Phalange de Jean Royère chez Albert Messein.

  Ses pages n'ont pas connu le coupe-papier : que faut-il en penser ?

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  La calligraphie de cet envoi est remarquable :

 

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   Le poète Armand Godoy (Cuba,1880 -Paris 1964) est tout aussi attaché à Baudelaire et à la musicalité de la poèsie que Jean Royère, dont il est proche,et dont il avait  financé La Phalange. Autrement dit, Royère et Godoy sont les deux grands noms du musicisme : sonorités et rythmes se conjuguant dans le respect d'un sens aisément compréhensible; polyrythmie mariant les différents mètres y compris l'impair ; rythmes frappés par la répétition des mots, des rimes,  des refrains ou des thèmes musicaux ; légèreté des vers qui doivent être pouvoir être chantés ; catachrèse qui révèle de nouveaux sens aux mots de la langue.

 Comme l'indique le titre de ce recueil, sa poèsie est un mysticisme, et un mysticisme chrétien. Mais les litanies illustrent précisément, dans la liturgie, le pouvoir incantatoire de la répétition.

Extrait :

Je te retrouve enfin , Sainte Vierge Marie,

Comme autrefois au seuil de l'enfance fleurie ;

Mais mon corps est si las, mon âme est si meurtrie,

j'ai cherché si longtemps, Sainte Vierge Marie !

 

Je te retrouve enfin, Sainte Vierge Marie.

Je viens te rappeler ma céleste patrie ; 

Mais la source d'amour est à peu près tarie.

J'ai pleuré si longtemps Sainte Vierge Marie!

 

Je te retrouve enfin Sainte Vierge Marie.

Je sens ton bon regard, je sens ta main chérie ;

Mais le vieux cauchemard hante ma rêverie ;

J'ai rêvé si longtemps, Sainte Vierge Marie!


 

    La Bibliothèque possède aussi un exemplaire dédicacé que  Armand Godoy envoya après la deuxième Guerre  : Les Sept jours de la rose : poème ; orné d'un frontispice de Henri Mondor.  Paris : Grasset, 1951 37 p. : front. ; 24 cm, Envoi autographe de l'auteur à Divine Saint-Pol-Roux.

 

VI. Autres envois à Divine Saint-Pol-Roux :

1. FB D1312

La longue houle : roman par Jean-Yves Le Guen. [Le Relecq-Kerhuon],1975, 118 pages ; 20 cm.  "Ex-libris" (selon la notice de bibliothèque) ou dédicace d'exemplaire : A Divine Saint-Pol-Roux, bien cordialement, qui a aussi bercé, au Toulinguet, les rêves de son père le poète Saint-Pol-Roux le Magnifique. 

 

 2. FB XD 3052

Jehan Despert, Un chant venu de la mer, Jehan Despert Edition, Paris : A l'enseigne des Cahiers d'Île de France, 1975 : 85 p. ; 18 cm. Envoi autographe à Divine Saint-Pol-Roux.

3. FB XC3644 

Jehan Despert. Sel : poèmes. Paris : à l'enseigne des Cahiers d'Île de France, 1980 ; 31 p. ; 21 cm. Envoi autographe à Divine Saint-Pol-Roux.

4. FB XB 871

Michel Schtakleff, La Rhétorique utopique de Saint-Pol-Roux, Paris : Université de Paris IV-Sorbonne, 1979 ; 122 f ; 30 cm Bibliogr.Mém. maitrise : Lett. : Paris : 1979.

Envoi de l'auteur : Pour Divine, la fée gardienne de vérité et inspiratrice d'amour

5. FB XD 1310

Emilienne Kerhoas, Les Marches Bordeaux : "Les Nouveaux cahiers de jeunesse", 1978 87 p. ; 19 cm. Contient un envoi autographe à Divine Saint-Pol-Roux.

6. FB X D1309

Emilienne Kerhoas, A fleur d'âme Bordeaux : "Les Nouveaux cahiers de jeunesse", 1976 ; 60 p. ; 19 cm. Envoi autographe de l'auteur à Divine Saint-Pol-Roux.

7. RES XXe D 277.

 Elsa Triolet : Elsa Triolet choisi par Aragon, Paris : Gallimard, 1960 ; 362-[4] p. ; 21 cm Introd. de Louis Aragon p. 7-62 Bibliogr. des oeuvres d'Elsa Triolet établie par Lucien Scheler p. 359-362Envoi autographe d'Elsa Triolet et d'Aragon : A Divine Saint-Pol-Roux, ses amis moins lointains que la perspective ne le prétend

 

8. FB X B 875

Jacqueline Le Gall,  L'Image chez Saint-Pol Roux, Nancy : Université de Nancy II, 1972 ; 104 f ; 29 cm : Mém. maitrise : Lett. : Nancy : 1972.  Envoi de l'auteur : A Madame Divine Saint-Pol-Roux avec toute mon admiration pour l'oeuvre de cet homme "magnifique" qu'était son père

 

9. FB X B 872

  Jean-Pierre Hélias, : Offrande à l'inconnu ou L'Univers des images à travers " Les Reposoirs de la procession " [Rennes : Université de Haute-Bretagne, ca 1966] ; 160 f ; 28 cm Bibliogr. Mém. maitrise : Lettre Envoi de l'auteur : A Mademoiselle Divine Saint-Pol-Roux avec mes hommages respectueux

 

10. FB X D 25

Léontine Drapier-Cadec, Recouvrance des souvenirs  ; préf. de Jean-Louis Bory ; dessins de Jim Sévellec  Brest : Ed. de la Cité, 1966 ; 224 p.-[15] f. de pl. : dessins ; 19 cm Envoi autographe de Léontine Drapier-Cadec et de Jim Sévellec à Divine Saint-Pol-Roux. Envoi autographe de l'auteur à Odette Dourver

11. FB X B 876

 Denis Slakta, Univers intérieur et monde extérieur chez Saint-Pol-Roux  Paris : Université de Paris, 1963 ; 192-XII f ; 29 cm Mém. D.E.S. : Lett. : Paris : 1963 Envoi de l'auteur : A Mademoiselle Divine Saint-Pol-Roux, avec mes sentiments respectueux et reconnaissants

 

12. FB X D 12964

André-Paul Antoine : Antoine, père et fils : souvenirs du Paris littéraire et théâtral 1900-1939 ; Paris : R. Julliard, 1962 ; 299 p. ; 20 cm Envoi autographe de l'auteur à Divine Saint-Pol-Roux

 

13.

Mahieu, Raymond Saint-Pol-Roux : étude des " Reposoirs de la procession " Louvain : Université catholique, 1959 ; V-135 f ; 27 cm Mém. : Philologie : Louvain : 1959. Envoi de l'auteur : A Mademoiselle Divine Saint-Pol-Roux, en hommage respectueux et reconnaissant

 

 

14.

Anne Fontaine Par-dessus la haie, front. dessiné par Henri Mondor Paris : Grasset, 1952 83 p. : front. ; 20 cm Envoi autographe de l'auteur à Divine Saint-Pol-Roux.

15. XD 463.

Georges Duhamel  Lieu d'asile Paris : Mercure de France, 1945  142 p. ; 19 cm Envoi autographe de l'auteur : A Divine Saint-Pol-Roux, en souvenir du mois d'affliction mais avec une grande confiance & une franche espérance

 


VII. Autres ex-libris de Divine Saint-Pol-Roux.

RES FB D715  :

Paul T. Pelleau, Saint-Pol-Roux le Crucifié, Nantes : Ed. du Fleuve, 1946, 2O5 p : ill ; 19 cm Ex-libris ms :à Divine Saint-Pol-Roux.

 

 

 

 VIII. Dédicace à Saint-Pol-Roux.

C'est votre histoire, de Jeanne Perdriel-Vaissière.

Bibliothèque Municipale de Brest cote FB X D 1293.

Jeanne Perdriel-Vaissière, C'est votre Histoire, Coll. La Liseuse 3Fr, Ed. Plon, Paris [1927], 184 pages, 19 cm.


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 Envoi d'exemplaire autographe : a Saint-Pol-Roux, Enchanteur de... cette humble image de Pen-Hat, de tout cœur, Jeanne Perdriel-Vaissière.

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Par jean-yves cordier
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Vendredi 1 février 2013 5 01 /02 /Fév /2013 16:21

                      I. Le drame du manoir de  Saint-Pol-Roux le 23 juin 1940 , et la mort du poète le 18 octobre 1940 : témoignage de sa fille Divine.

 

  Je suis passé cent fois devant ces ruines ; "c'est le manoir de Saint-Pol-Roux" ; je n'en savais pas plus, jusqu'à ce que je découvre, sur le site Patrimoine de la Bibliothèque de Brest, le témoignage émouvant du drame qui s'y était déroulé dans la nuit du 22 au 23 juin 1940.

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Ce drame est décrit par la fille de Saint-Pol-Roux, Divine, qui en fut l'une des trois victimes ; on peut lire sa "déposition"  : Le manuscrit a été acquis par la Bibliothèque Municipale de Brest après la vente du 20 novembre 2007 des archives de Maurice NOËLrédacteur en chef du Figaro Littéraire. [ vendues  par PARISUD-ENCHÈRES adjudication 500-700 €]. Il figure dans son riche Fonds Saint-Pol-Roux.

  Il est plus émouvant de lire l'original que la transcription que je vais en donner mais il me paraissait nécessaire que cette dernière soit disponible aussi, en ligne, pour les commodités de sa consultation ou de sa citation.

1. Le manuscrit de Divine Saint-Pol-Roux.

MANUSCRIT autographe de sa fille Divine SAINT-POL ROUX, [Publié dans le Figaro Littéraire, sans-doute le 5 septembre 1944] ; 2 pages in-4.

 

   "C'est dans la nuit du 23 au 24 juin [corrigé : 22 au 23 juin] 1940, quatre jours après l'occupation par les troupes allemandes de la Presqu'île de Crozon, que le manoir de Coecilian en Camaret-sur-mer fut ensanglanté par un drame atroce. 

  Vers 10h½ du soir, un soldat allemand qui s'était présenté en fin d'après-midi sous prétexte d'achat frappa à l'une des portes du manoir, reçue par Rose Bruteller. Il expliqua qu'il avait l'ordre de contrôler la maison des soldats allemands s'étant échappés et demanda qu'on prévint les maîtres ; sur son insistance notre servante nous fit descendre mon Père et moi. Après avoir visité touts les pièces du manoir et la cave le soldat se reinstalla dans le hall où il nous fit comprendre très difficilement, pour justifier la longueur de sa visite, qu'il attendait pour rentrer au camp qu'il attendait ses camarades occupés eux aussi à contrôler les autres maisons.

   Vers minuit alors que mon Père à plusieurs reprises s'était efforcé de provoquer  son départ, le soldat se retourna vers moi en me regardant avec insistance et m'adressa une parole qui me fit comprendre trop tard hélas la raison de sa visite. Il arma son pistolet automatique ; Mon Père voulut lui sauter dessus mais j'avais déjà l'arme bloqué sur les reins. Il y eut une courte lutte dans la cave, m'étant jetée devant mon Père que l'allemand allait abattre l'allemand se retourna vers moi et me tira dans la jambe. Ce coup de feu provoqua l'éclatement du tibia puis il s'en prit à mon Père qui luttait, m'appelant désespérément  me croyant tuée, il tira, mon Père sentit les balles lui frôler le visage, notre servante ayant du faire dévier le bras armé, à ce moment je le croyais mort et fut laissé pour tel par l'allemand qui tira ensuite sur notre servante la tuant de trois balles dans la bouche. J'assistais impuissante et horrifiée à cette scène atroce.

  L'allemand accomplit alors la seconde partie de son crime atroce il revint vers moi, je faisais la morte espérant qu'il me laisserait, je reçus un violent coup de botte dans la jambe blessée, il me remonta au salon, j'essayais de me défendre il me tordit alors la jambe et abusa de moi. je fus sauvée de la mort par mon chien l'assassin prit peur et s'enfuit dans la nuit. je pus après de longs et pénibles efforts me traîner dehors où on me trouva au petit jour.

  Après les démarches auprès des autorités allemandes et ma déposition j'arrivais à l'hôpital civil de Brest 17 heures après le drame, j'y fus opérée d'urgence, j'y fus soignée jusqu'au 15 avril 1941. Pendant toute cette période le docteur Pouliquen et son assistant luttèrent contre l'amputation. Je subis quatre opérations. Le 15 avril 1941 l'hôpital ayant été détruit par un bombardement je fus dirigée sur la clinique du docteur Pouliquen où je restais huit jours mais Brest devenant peu sûr je fus évacuée sur Camaret où je fus accueillie par les parents de notre servante, n'ayant plus de foyer. Pais mon cas nécessitant encore plus de soins j'attendis la venue de mon frère pour être transportée à Paris où je fus admise à l'Hôtel-Dieu le 30 octobre 1941 et y demeura soignée par le professeur Mondor jusqu'au 15 avril 1942.

  Le drame de juin 1940 avait fait une troisième victime, cruellement atteint par la mort de notre fidèle Rose, par mes souffrances et aussi par les coups qu'il avait reçus, mon Père dont la santé jusqu'alors avait été excellente reprenait courage et confiance lorsque je lui souriais, il venait me voir deux fois par jour il avait entrepris d'écrire une œuvre pour la grandeur de la France, œuvre intitulée "Le roi Soleil est en nous-mêmes" il avait commencé ainsi qu'un poème "archangelus" sur la mort de Rose, je n'ai rien retrouvé.

  Il faisait la navette entre l'hôpital de Brest et Camaret, une nouvelle et cruelle épreuve après tant d'autres l'attendait, il apprit un soir d'octobre que le manoir qui avait déjà été pillé venait à nouveau d'être "visité". Les diverses pièces du manoir notamment sa chambre et son cabinet de travail se trouvaient dans le plus grand désordre. Les manuscrits de plusieurs ouvrages auxquels mon Père travaillait depuis de nombreuses années avaient été les uns déchirés les autres brûles . Lorsque mon Père vit le désordre il comprit qu'il lui serait impossible de reconstituer son œuvre, il en éprouva un immense désespoir qui acheva de briser sa résistance.

  Transporté le 14 octobre 1940 à l'hôpital de Brest où je me trouvais il expira le 18 octobre à 5 heures du matin. Pendant les trois derniers jours la mère St-Hélier me descendait près de mon Père bien-aimé, la 1ère fois il me reconnût me regarda longuement de ses beaux yeux clairs et poussa un long cri "ma fille" il essaya de me rassurer mais je compris par ses paroles ; Le lendemain il ne parlait plus mais me regarda longuement et me sourit il chercha ma main et de sa main remonta jusqu'à mon épaule qu'il serra fortement, de sa belle main droite il faisait le geste d'écrire, vers le soir j'assistais le cœur brisé aux derniers sacrements il reconnut l'aumônier et lui tendit la main, la 3ème après-midi il avait les yeux clos mais lorsque les infirmiers me penchèrent sur lui pour l'embrasser il eut encore un sourire, c'était son dernier baiser, je ne devais plus revoir ce Père que j'avais tant aimé, j'étais seule, la race maudite avait tué un grand poète.

  Mon Père allait avoir 80 ans."

 

 

Le bombardement des hospices civils de Brest  du 15 avril 1941, dont parle Divine Saint-Pol-Roux, avait totalement détruit ces locaux ainsi que la maternité, faisant 56 victimes parmi les malades ou les soignants : une plaque a été apposée rue Traverse en leur souvenir ; elle a été inaugurée en 1984 par le Dr Alexis Corre, grande figure brestoise, médecin des sapeurs pompiers et membre de la Défense Passive pendant la guerre.

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  Une autre plaque, située sur la façade de l'actuelle Bibliothèque d'Étude de Brest, a été posée en 1970.

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2. La tombe de Saint-Pol-Roux dans le cimetière de Camaret : 

 

  Le poète  Pierre-Paul Roux, dit Saint-Pol-Roux (1861-1940) y est enterré aux cotés de son épouse Amélie (décédée le 4 novembre 1923), et de sa fille Divine (28 septembre 1898-30 octobre 1985).

Théophile Briant (Saint-Pol.Roux, éd. Seghers) raconte : " Il fut enterré le 21 octobre à Camaret, au milieu de cette population côtière qu'il avait conquise et qui, raidie dans ses vêtements de deuil, cachait à peine son indignation des récentes forfaitures. Le cercueil, qui avait passé la nuit à la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, fut porté à bras par quatre marins langoustiers aux visages de statue qui voulurent arrêter " Monsieur Saint-Pol" devant la tombe encore fraiche de sa servante, avant de le descendre dans la Terre Sainte de Bretagne"Sans doute au passage du cortège funèbre s'est-il trouvé quelqu'un pour murmurer la prière de Saint-Pol-Roux-le-Magnifique :

 "Allez bien doucement, Messieurs les Fossoyeurs,

 Car il était un Dieu, peut-être, ce poète ... "

 

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Cette inscription fait référence au titre du poème L'Ange de ma solitude, Manoir de Coécilian, 1924:

                                                                                             A ma fille Divine

Mage aux longs diamants cueillis dans le mystère

Et que ma foi propose à l'homme encore obscur,

J'ai reçu ta beauté de la magique terre

En laquelle m'espère mon sceptre futur

Âme toujours vibrante au cœur du solitaire

Une sainte lumière éclot de ton œil pur

je m'alimente à ton silence salutaire

Et ma parole est une étoile dans l'azur

Enfant qui m'a voué cette tutelle étrange

Où l'humaine servante se fond avec l'ange

 

Un paradis cédant à la captivité

 

Pardonne ma victoire en ta grâce éternelle

Entre l'Hymne lointain et proche de ton aile,

O fille dont le nom dit la divinité.

 (Cité par M.F. Bonneau, cf Sources)



      3. La tombe de Rose Bruteller (1897-1940) au cimetière de Camaret.

 

  On vient de lire comment Rose, qui a sauvé Saint-Pol-Roux en détournant le tir du soldat allemand, a été assassinée. Rose Bruteller était, d'une seule année, l'aînée de Divine, et avait été son amie depuis que sa mère Marie était entrée au service de la famille en 1905 (Rose avait alors 8 ans) dans un manoir qui comportait quatre chambres pour les domestiques. Puis, elle était devenue, elle-même, "servante" au manoir. Dans les années difficiles qui avaient suivies la première Guerre, le poète avait écrit : "Notre salut partiel est le dévouement ingénu de Rose. Cette enfant bénie possibilise notre vie à tous les deux : elle est toute une famille, elle est l'humanité toute entière, en son inlassable geste de jeunesse. Quand il n'y a rien à semer, elle sème quand même du rire, ce grelot de l'espérance. Mieux encore que l'Humanité, Rose c'est Dieu, mais oui, la preuve de Dieu, ô philosophes, la voici : ROSE." (cité par M.F. Bonneau, cf Sources). Il lui dédiera son premier texte rédigé après le drame, Le vrai Soleil est en nous-mêmes".

 

Si Divine, hospitalisée à Brest n'assista pas aux funérailles de Rose Bruteller le 23 juin 1940, Saint-Pol-Roux  assista bien-sûr à la cérémonie célébrée par l'abbé Jaouen, en présence des parents de Rose, Marie et Toussaint  Bruteller et de sa sœur Anne.

  La famille Bruteller est signalée par les généalogistes depuis 1616 dans la Presqu'île de Crozon, à Saint-Nic, et depuis 1718 à Camaret, exploitant une ferme à Lagatjar (avis de déces en 1834 de Jacques Bruteller, cultivateur à Lagatjar). En 1895, un Bruteller était patron d'une chaloupe de Camaret, La Providence. Généalogie Bruteller.

La tombe de Rose est celle de gauche ; celle de droite est celle de ses parents. Jean-Toussaint Bruteller (1868-1954) marié le 9-01-1898 avec Marie Rolland (1872- ).

 

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  La ferme de Lagatjar était toute proche du manoir de Coecilian. Cette maison qui fait face aux alignements mégalithique appartient encore à la famille de Rose :

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      4. Les tombes de trois amis de Saint-Pol-Roux : Antoine, Sévellec et l'abbé Bossenec.

 

a) Le chanoine Bossenec (

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b) André Antoine.

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c) Jim E. Sevellec (1897-1971).


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II. L'installation de Saint-Pol-Roux en 1898 à Roscanvel : Lanvernazal.

  En 1897, le marseillais Pierre-Paul Roux installé à Paris avec son épouse Amélie et ses deux fils Coecilian et Lorédan (1894-1960) doit faire face aux difficultés financières, et au refus de sa pièce La Dame à la Faulx par tous les théâtres parisiens, et notamment par son ami André-Antoine. A la joie causée par la naissance d'un fils, Magnus, le 2 mars succède l'effondrement, car l'enfant meurt trois jours plus tard. Tous les rêves du couple se brisent : après la rencontre, lors d'une fête foraine, d'une danseuse qui les encourage à partir pour Camaret, dont elle est native, ils partent pour ce port du Finistère. Mais c'est d'abord à Roscanvel qu'ils trouvent à se loger, en juillet 1898, dans une chaumière que leur louent Mr et Mme Petton, à la Garenne de Lanvernazal, près du manoir du même nom. 

 

Merci à Noëlle et à sa famille, accueillants habitants d'une bergerie de Lanvernazal, qui me renseignèrent si bien sur Divine et sa Chaumière.


1. La chaumière de Divine.

 

  Elle a été rénovée par son dernier acquereur, avocat de profession, et si elle garde l'appareillage en moellon de ses murs, et l'encadrement en kersanton de ses ouvertures, elle aurait perdu sa disposition intérieure typique des maisons de pêcheur, avec un couloir central en planche de bois.   Elle conserverait néanmoins  encore les panneaux où le poète a fait inscrire les maximes suivantes : La beauté, c'est l'exaltation de la vie" ; Le Style, c'est la vie" et "Or c'est ici, Divine, que tu naquis". 


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 Si elle porte, encore aujourd'hui, le nom de Chaumière de Divine dont l'a baptisée Saint-Pol-Roux, c'est qu'une petite fille y est née le 28 septembre, trois mois après leur installation : Divine Saint-Pol-Roux.

  Son nom était inscrit sur la porte avec le monogramme du poète ; la porte a été refaite "à l'identique" par le nouveau propriétaire et l'inscription y est peinte, certainement fidèlement.

 

 

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2. L'Hermitage.

 En 1900, la famille s'installe sur le port de Roscanvel, face à la rade de Brest et à l'île des Morts, dans l'ancienne maison du gardien de la briqueterie Jean-François Salomon.

 Celle-ci a été, depuis, très remaniée...

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III. Les villas voisines du manoir de Coecilian à Lagatjar.

 

Une vue moins classique du manoir de Boultous (la Lotte) ou de Coecilian et de ses quatre tourelles rebelles à la destruction:

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  Si on suit le sentier côtier qui longe le manoir de Saint-Pol-Roux vers la Pointe de Pen-Hir, on rencontre successivement quatre villas, dont les propriétaires furent donc les voisins et/ou amis de la famille Roux durant sa présence à Camaret de 1903 à 1940, et des artistes qui participèrent à la réputation artistique et culturelle du port breton. Dés le milieu du XIXe siècle, Gustave Flaubert et Maxime du Camp, Edmond About, Francisque Darcey, Vittault, Emile Gridel avaient fréquenté Camaret.cAprès Eugène Boudin qui y séjourna dès 1869 et entre 1874 et 1880, cette colonie s'était rassemblée dès les années 1880 dans le port sardinier, autour de l'Hôtel de la Marine tenu et animé par Rosalie Droso. Elle comptera, outre ceux que nous allons découvrir, les peintres Richon-Brunet, , Georges Lacombe, Vaillant ou les écrivains comme Georges Ancey et Henri Becque. La première guerre mondiale vient ternir l'éclat de la brillante Colonie, mais sous l'impulsion de Saint-Pol-Roux, Camaret accueille bientôt Max Jacob, André Breton... 

 

 

L'étoile indique les tourelles du manoir de Coecilian.

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ce sont:

1. L'ancien atelier de Marcel Sauvaige.

 

  La maison la plus proche du manoir de Saint-Pol-Roux a été occupée par Marcel Sauvaige,(...-1927)  peintre de Lille qui fut le premier à venir s'installer sur la crête de Pen Had en 1891 ; le peintre Charles Cottet vint y peindre également des toiles. Ces peintres de la "Colonie de Camaret" étaient des amis de Saint-Pol-Roux.

 Le port de Camaret, M. Sauvaige, coll. Dieppe, Château-Musée.

 

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2. La villa de Gustave Toudouze, Dirag ar Mor.

  La villa porte bien son nom de Dirag-ar-Mor, "Devant la mer". 

Gustave Toudouze séjourna chaque été à Camaret à partir de 1886.

 

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Cette villa fut aussi la propriété du fils de l'écrivain, romancier également, Georges Gustave-Toudouze, qui l'occupa avec son épouse Louise, poète, après la mort de Gustave Toudouze en 1904:

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3. La seconde villa d'André Antoine.

       Elle fut acquise par André Antoine en 1912 ; elle ne comportait alors qu'un rez-de-chaussée.

 Les deux villas furent vendues en 1935.

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4. La première villa d'André Antoine : l'Armor Braz.

  Considéré comme l'inventeur de la mise en scène moderne, André Antoine (1858-1943), fonde le Théâtre Libre en 1887 à Paris afin d'ouvrir la scène à des auteurs comme Ibsen, Tolstoï ou Strindberg,, de libérer les acteurs des conventions pour, rejoignant le naturalisme de Zola, vivre leur personnage avec spontanéité. En 1897, il installe sa troupe dans le Théâtre des Menus Plaisirs avant d'en prendre la direction et de la baptiser Théâtre Antoine, puis de diriger le Théâtre de l'Odéon en 1906. 

 André Antoine fréquentait déjà Camaret (logé au Fort Vauban) lorsque Saint-Pol-Roux y fit son premier séjour en 1892, sans néanmoins rencontrer l'homme de théâtre. En 1897, devenus amis, celui-ci refuse néanmoins de monter sa Dame de la Faulx.  Il est le parrain de Divine Saint-Pol-Roux née à Roscanvel le 28 septembre 1898, et le 5 février 1903 il est témoin avec Catulle Mendes et Octave Mirbeau du mariage de Amélie-Henriette Belorgey et de Pierre-Paul Roux (Saint-Pol-Roux) à Paris.

  Il fait construire cette première maison en 1904.

A sa mort en 1943, il fut inhumé au Pouliquen, puis ses restes furent transférés au cimetière de Camaret en 1970.

 

  l'Armor-Braz fut vendue en 1935 à un couple d'acteurs de la Comédie Française amis d'André Antoine, Gabrielle Colonna-Romano et Pierre Alcover.


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IV. Le Musée des Bretons de la France Libre et l'hommage à Saint-Pol-Roux.

 

 

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  Le visiteur qui découvre ce musée de la Pointe de Pen-Hir, voisin des quatre villas précédentes, y trouve d'abord une succession d'ancres ; sur le fût de celles-ci sont gravées des poèmes : L'un d'entre eux Les Vieilles du hameau, est dédié "A ma fille Divine" et a été lu "lors de l'enterrement de tante Lise, hameau de Lanvernazal".


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      Le second s'intitule "Oraison funèbre de Rosalie Dorso, doyenne de Camaret":

  La veuve Rosalie Dorso a tenu l'Hôtel de la Marien (actuel Café de la Marine) à Camaret de 1880 jusqu'à sa mort en 1909, à l'occasion de laquelle Saint-Pol-Roux prononça cette Oraison.

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Le troisième est une lettre à Jean Moulin :

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 On trouve aussi cet extrait de Prière à l'Océan, aux pêcheurs de Camaret :

Océan,

Catastrophe constante,

Agrégat de tourmentes,

Tragédie sans fin,

Oh fais taire tes orgues barbares du large !

Haut sur sa dune aux immortelles d'or

Un poète te parle !

 

Dis, mon grand

Si grand qu'il me semble sombrer dans ta barbe d'écume,

Dis, mon grand si grand que me voici néant,

Vaine fourmi près d'un géant,

Dis, mon grand,

J'ose, moi le veilleur à la proue du vieux monde,

T'implorer pour ceux qui labourent ton onde.

 


Sources : 

1. Travaux et publications de Marcel Burel.

2. Un Poète, avez-vous dit ? Saint-Pol-Roux 1861-1940, Marie-Françoise Bonneau, Brest 2011.

3. Inventaire général du Patrimoine :

La chaumière de Divine.

Maison du gardien du Four à Chaux, dit l'Hermitage.

Château Le Boultous, dit Château Saint-Pol-Roux.

Les Villas de la Montagne (Lagatjar).

4. Site Topic-topos :

andre-antoine

manoir-du-boultous-camaret-sur-mer

Hotel de la Marine et Rosalie Dorso

5. Wikisource:

timbre Sain-Pol-Roux.


Par jean-yves cordier
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Mercredi 30 janvier 2013 3 30 /01 /Jan /2013 22:27

 

 Florilège de la Bibliothèque d'Étude de Brest (2):

 

Un exemplaire du Poisson d'Or de Paul Féval dédicacé à Saint-Pol-Roux.

  

Sous la cote FB XD 1294 se trouve conservé à la Bibliothèque d'Étude de Brest un exemplaire de Le Poisson d'or de Paul Féval... 

— ...?

— Mais si, Paul Féval, l'auteur du Bossu ! — Ah !

— Aussi prolifique que Balzac ! — Non !

— Un second Alexandre Dumas ! — Pas possible !

— "Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi". — Eh, dites-le tout-de-suite, bien-sûr bien-sûr, Lagardère, pardi ! Paul Féval, dites-vous ?

  — Et breton avec ça, né à Rennes rue du Four-à-Chapitre. — Oh, ça change tout... Dites, ce n'est pas lui qui a écrit La fée des grèves ? Si ? J'ai lu ça quand j'étais petit et depuis, je ne peux traverser la baie du Mont-Saint-Michel sans être hanté par des souvenirs de sables mouvants dans la brume autour de Tombelaine ! Montrez-moi donc ce Poisson d'or !

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  Voyons...un cartonnage d'éditeur sans date...18 cm sur 12cm, c'est un in-12..."Nouvelle collection à deux francs", pas cher. "Œuvres de Paul Féval soigneusement revues et corrigées". Le Poisson d'Or. Paris, Société d'Éditions Littéraires et Artistiques. LIBRAIRIE PAUL OLLENDORFF, 50, Chaussée d'Antin, 50...Tous droits réservés. Ces vieilles couvertures jaunes, c'est toute une époque, non? Ma grand-mère en avait des rayons entiers. Qu'en dit Wikisait tout? Ollendorff, 2000 titres au catalogue de 1896 ! Créé la Société d'Éditions Littéraires et Artistiques en 1898... Une collection de romans populaires... Tenez, là, c'est la marque d'éditeur, le P et le O en monogramme.

  La couverture est dessinée par Géo Dupuis, (Georges Dupuis 1874-1932), on voit que ça doit parler de bretons ou de chouans, une sorte de roman de cape et d'épée avec des chapeaux ronds... pas plus de poisson que de pièces d'or... et le portrait, c'est Philippe Noiret ?

Mais non, c'est l'auteur, et voilà sa photo :

 

 

 

Et tournez la page, cher Monsieur plutôt que de dire des bêtises.


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  42, 43, 44, 45, 46 ! 46 œuvres de Paul Féval ! Le Loup Blanc, ça doit être connu, mais La Première Communion, connais-pas.  En lisant les titres, on voit tout-de-suite le genre des romans. Et sur l'autre page...Tiens, une nouvelle marque d'éditeur, elle est plus élégante, et on voit mieux le L, le O et le P... POL ? LPO ?

  La date est inscrite au crayon,1883.  N'avez vous pas lu tout-à-l'heure sur Wiki que la Société Littéraire n'avait été créé qu'en 1898 ? La première édition date de 1863 chez Hachette, Paris, et  chez G. Paetz, Paris,(Gallica) , une autre édition sort en 1878 à la Société Générale de Librairie Catholique (Gallica), puis en 1883 chez le même éditeur. L' édition de Paul Ollendorf date de 1895. 

  Tournez, tournez, mais tournez donc !

Là, je le sentais, une inscription. La Notice de la Bibliothèque Municipale la signalait comme un ex-libris manuscrit, mais n'est-ce pas plus exacte de parler de "dédicace" ? Comment ? "Vous n'avez pas fait l'École des Chartes", très bien, ne le prenez pas mal.

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Lisons : A l'aimable Saint-Pol-Roux, à l'hospitalier poète, qui offrit l'abri de son manoir breton au marquis de Keroulaz, le héros ce livre, j'adresse la légende du Poisson d'or. Souvenir reconnaissant du fils de l'auteur et de l'adaptateur* cinématographique, Paul Féval 1er septembre 1916.

* la notice de catalogue de la Bibliothèque donne par erreur "adaptation".

 C'est écrit par Paul Féval fils, est-ce encore "une dédicace" ? Ou bien "un envoi"? Pécuchet, vous êtes là ? Vous consultez le Bulletin du Bibliophile  de Nodier ? Non ? Ah, je vous connais, Juste Romain, quand vous êtes plongé dans Les Dédicaces de Barbey d'Aurevilly, rien ne vous en sort. 

— Voilà, j'ai trouvé. Pécuchet, vous m'entendez? J'ai "Envois et Dédicaces" par Gérard Farasse : "Sa forme la plus ancienne est la "dédicace d'œuvre", le plus souvent imprimée, qu'elle soit brève (mention du dédicataire) ou longue (épître dédicatoire)", non, ce n'est pas ça  "la deuxième forme est la "dédicace d'exemplaire", l'envoi manuscrit"...encore peu étudiée...mérite qu'on s'y arrête..."toute œuvre porte cette dédicace à l'encre sympathique : au lecteur", c'est bien dit, cela rappelle Baudelaire... Lisez la page 16, cela s'éclaircit, on nomme "dédicace" la dédicace imprimée et "envoi" la dédicace manuscrite, destinée à être lue par une seule personne, car comme l'écrivait Proust à Daudet à qui le Coté de Guermantes était dédicacé , on peut imprimer son admiration et sa reconnaissance par la dédicace, mais on réserve l'envoi manuscrit pour y exprimer sa tendresse

— Vous perdez votre temps, Bouvard : l'inscription du fils Féval n'est ni un ex-libris, ni une dédicace, ni un envoi, c'est un ex-dono : "ouvrage offert par qui n'y a aucune part". Et pour la peine, je vous lis la dédicace de Barbey au docteur Letourneau :

                             Un très ignorant qui se résigne à son ignorance

                             A un très savant qui ne doute de rien.

Et toc! Bien trouvé, Bartholomé, non?

  Pendant tout ce temps, dans la salle de lecture de la bibliothèque, j'avais eu le temps de me mettre à lire Le Poisson d'Or et de découvrir comment, de même que la fée Mélusine, qui est poisson par la moitié basse, a fait la fortune des Lusignan, un autre Mélu ou merlu, un poisson d'or, avait fait celle de Jean II chevalier de Penilis, de Lokeltas en l'île et de Kerpape, en l'an de grâce 1376, puis favorisé ce lignage à travers les siècles ; et comment la septième et dernière pêche miraculeuse du Poisson d'or avait eu lieu pour la septième et dernière fois au mois de juillet 1804 à l'intérieur des pages qu'il me restait à lire.

  L'ouvrage était à déguster sur place, mais j'éprouvais la nécessité de me dégourdir les jambes et, rendant le volume à la couverture ictérique à un bibliothécaire assistant spécialisé dont je fus incapable de distinguer s'il était de classe normale ou de classe supérieure, mais dont j'appréciais la courtoise efficacité de grande classe à laquelle je rends ici hommage , je sortais, descendis la rue Traverse, obliquais par la rue Louis Pasteur et, mue par un étrange magnétisme qui m'amène très répétitivement à l'intérieur de la Librairie Dialogue, je repris mes esprits : devant moi, comme dans un rêve, s'étalaient sur un petit pan de mur jaune la couverture safran du Poisson d'Or de Paul Féval, et, aux vitrines éclairées, ses livres, disposés trois par trois, veillaient comme des anges aux ailes éployées et semblaient, pour celui qui n’était plus, le symbole de sa résurrection : résurrection effective puisqu'il ne s'agissait pas moins que la réédition  de l'ouvrage paru en 1942, Ar pesk aour, traduit en breton par Roparz Hemon et illustré par Robert Micheau-Vernez. Cette nouvelle version de 2011 qui brillait de ses feux jaunes comme un gileten brodé motifs de fougères est bilingue breton-français, Pierrette Kermoal ayant assuré la relecture du texte breton ; elle vient d'être éditée par la  Librairie L'Encre de Bretagne  de  Rennes. 

Je n'hésitais pas à acquérir, pour poursuivre ma lecture chez moi, cette édition enrichie des 21 illustrations à l'encre de chine de Micheau-Vernez.

 


Photo

 

  L'histoire se déroule entre Lorient et Groix ; le marquis de Kéroulaz (chacun voit que Féval s'est inspiré pour son héros de la gwerz de Villemarqué l'Héritière de Keroulaz, Penn-Herez Keroulaz), bien appauvri, a acheté au vilain Bruant une presse à sardine située devant Port-Louis ; il l'a payé comptant mais, pour des raisons que nous ignorons encore, il n'a pas de quittance, et Bruant, qui prétend n'avoir pas été payé, veut l'obliger à lui céder...la main de sa petite fille.

  Retour à l'ex-dono

: il s'adresse "A l'aimable Saint-Pol-Roux, à l'hospitalier poète" . 

     Portrait par Iffig, artiste de Camaret.

                        DSCN9102c

Saint-Pol-Roux en 1937 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90275245.r=saint-pol-roux.langFR

L'Académie Mallarmé : portrait de M. Saint Pol Roux : [photographie de presse] / Agence Meurisse - 1

     ..."à l'hospitalier poète qui offrit l'abri de son manoir breton..." Cela fait allusion au manoir du Boultous (baudroie en breton), rebaptisé du prénom de son fils (mort devant Verdun en 1915) manoir de Coecilian, et que Saint-Pol-Roux fit construire à Camaret à la place de la maison de pêcheur qu'il avait acheté en 1903 au-dessus de la plage de Pen Had. Un manoir néo-quelque-chose, à huit tourelles, fantôme à tous les étages, tuiles vernissées vertes face à la mer. Une stèle posée devant les ruines actuelles nous en montre l'allure : 

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..."qui offrit l'abri de son manoir breton au marquis de Keroulaz, le héros ce livre,  j'adresse la légende du Poisson d'or.".

 La phrase est énigmatique : le marquis de Keroulaz est un héros de roman, et on chercherait  en vain un authentique Marquis de Keroulaz : La Villemarqué raconte dans le Barzaz Breizh qu'il a rencontré le dernier : "Il y a peu d’années, je vis passer, sur le chemin de Quimper à Douarnenez, un grand paysan de bonne mine, d’une quarantaine d’années, portant les larges braies plissées du canton et de longs cheveux blonds flottants ; frappé de son air distingué, je demandai son nom : c’était le dernier marquis de Keroulaz". C'est une famille de la noblesse bretonne,dont Potier de Courcy indique :

— KEROULAS (de), Sr dudit lieu, —de Cohars, —de Gorescour,—de Keraly, du Bourg. Anc. ext. Chev. R. 1669. 9 générations, R. 1426, 1443, M. 1481, 1503, 1534, en équipage d'hommes d'armes. Par. de Plourin, évêché de Léon.Fascé de six pièces d'argent et d'azur. Le dernier abbé de Carnouët appartenait à cette famille, aujourd'hui éteinte." (Nobilier de Bretagne, 1846).

 Saint-Pol-Roux n'a pas donné accueilli Paul Féval (1816-1887) dans ce manoir construit en 1904, mais peut-être a-t-il reçu Paul Féval-Fils ? 

"Souvenir reconnaissant du fils de l'auteur et de l'adaptateur cinématographique, Paul Féval 1er septembre 1916."

En 1916, Saint-Pol-Roux se remet de la perte de son fils Coecilian grâce à un événement heureux, le mariage de son second fils Laurédan avec une fille de Pont-L'Abbé. Lui, qui fut surnommé "le Magnifique" aux temps héroïques du Symbolisme, participant à toutes les audaces du mouvement, à toutes les luttes avec Villiers de l'Isle-Adam, Verlaine, Mallarmé, Samain, Moréas, Renard, Maeterlinck, Régnier, de Gourmont, Adam, Kahn, Barrés, lui qui publia les Reposoirs de la Procession aux débuts du Mercure de France en 1893, puis en 1899 ce chef d'œuvre du théâtre symboliste qu'est la Dame à la Faulx , lui qui ayant fui sur le simple dire d'une voyante Paris pour le Bout du Monde avait su y créer l'animation joyeuse et généreuse, apparaissant le 25 décembre 1909 habillé en Pére Noël, arrivant du large sur le port dans une barque avec une hotte sur le dos pour distribuer des jouets, était, par ces temps de guerre qui le privait de ses droits d'auteur, confronté à des difficultés financières, d'autant qu'il avait fait imprimer à fonds perdus  huit numéros d'une revue patriotique, La France Immortelle. Ne vivant plus que dans une seule pièce du grand manoir, il vendait des meubles, des objets d'art africains,, et il avait fait mettre en vente chez Bernheim les bois de la maison du Jouir de Gauguin que Ségalen lui avait rapportés des Marquises.

 L'adaptation cinématographique à laquelle Paul Féval Fils fait allusion est celle de la première version, muette, de Le Bossu par Jean Heuzé en 1910, sortie le 2 mai 1913 en France, mais aussi celle son propre roman Le Fils de Lagardère sorti  en octobre 1913 par Henri Andréani, ou celle d'un autre roman de son père, Les Habits noirs en 1914 par Daniel Riche.

 

Aujourd'hui, prés de l'alignement mégalithique de Lagtatjar et face à la Pointe du Toulinguet se dressent encore les tours nullement abolies du Prince de Camaret.

 

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  Dans l'encadrement de la baie, la dent rocheuse du Rocher du Lion, jadis nommée Le Pezeaux sur le Neptune Français, Les Questes sur la carte d'Argentré de 1588, et Îlot du Guest : on s'y rendait pour chasser les "perroquets de mer", ou "calculo" ou macareux (ma main avait écrit "camareux"!).

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  Si on se penche par la fenêtre (e pericoloso sporgersi !) on découvre la superbe plage de Pen Had.

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Épilogue:

  J'ai repris, la semaine suivante, l'exemplaire FB XD 1294 Le Poisson d'Or : il me sembla frémir d'espoir, comme ces pensionnaires d'un orphelinat qu'un couple vient chercher pour un jour, et qui imaginent déjà l'adoption. Un lecteur, le pauvre Poisson n'en avait peut-être plus connu depuis qu'il avait été parcouru par Saint-Pol-Roux ou par sa fille Divine, et qu'il avait été rangé dans les rayons de la bibliothèque d'acajou qui ne pouvait manquer de se trouver dans le Manoir. 

Mais je lui donnais une fausse joie, il le comprit et je le vit pâlir. Tristement, il retourna à la sévère incarcération des rayonnages. Les permissions lui sont interdites, et il est ici sans réduction de peine.

Peut-être mon article lui enverra-t-il un peu de visite au parloir ?

  Car j'ai terminé ma lecture du roman de Paul Féval, et plutôt que de conseiller cette lecture aux amateurs de romans d'aventure, aux lecteurs de Dumas, de Maurice Leblanc, de Jules Verne ou d'Eugène Sue, je la recommanderais aux esprits curieux de se pencher sur ce que fut le milieu royaliste et chrétien breton du XIXe siècle, sur l'esprit de la Restauration, et sur les relations de Féval avec le bretonnisme d'alors. Son roman Le loup Blanc de 1843 introduisait à des thèses indépendantistes, et sa trame était la même que celle du Poisson d'or : l'héritier d'un seigneur breton, ici déchu de ses droits par la Révolution, retrouve sa fortune, ses biens et ses titres grâce à l'aide de ses anciens manants qui lui sont dévoués corps et âme.

  C'est en effet le récit de deux seigneuries, celle des Penilis et celle des Keroulas qui ont été spoliés lors de la Révolution de tous leurs biens par "le Judas" (on ne dit pas "le Juif" mais un "Arabe") du nom de Bruant qui a tué le noble Yves Keroulaz alors qu'il tentait de fuir en Angleterre pour rejoindre les émigrés avec sa fortune, ses douze mille livres. Vincent de Penilis, noble déchu devenu matelot, apprend à lire avec l'aide de son patron de pêche qui reconnaît l'ame de ses anciens maîtres; il récupère la quittance sur le cadavre noyé au Trou-Tonnerre* d'Yves Keroulaz,, obtient la main de la fille de Keroulaz, et deviendra bientôt, dans une société monarchique retrouvée, "le contre-amiral comte de Chédéglise, membre de l'Institut, et l'un des meilleurs officiers généraux de notre marine sous la Restauration".

* Trou-Tonnerre, ou Trou de l'Enfer, se trouve sur la côte sud de Groix, près du mouillage de Saint-Nicolas.

  Le récit en est donné par un ancien avocat devenu "Excellence" (grâce aux largesses de Vincent de Penilis) à un parterre de Marquises et de Comtesses à qui il explique les particularismes du peuple : comment les matelots mange un ragoût de poisson qu'ils nomment "la cotriade", comment ils racontent leurs légendes à grands renforts de "Cric !", "Crac!", comment ils nomment leur appâts de pêche de la "boite". C'est un roman populaire à l'usage de la noblesse.

  Le roman se termine par une chasse à l'homme invraisemblable : Bruant est poursuivi par une foule de gens du peuple à la solde de Keroulaz, mais le vieux et chrétien seigneur, au seuil de la mort, demande qu'on l'épargne. Vincent et l'avocat s'opposent difficilement aux bas sentiments de haine et de vengeance des pêcheurs, et partent dans une chaloupe à la poursuite du Judas qui traverse, à la nage —c'est quand même un excellent nageur— les coureaux séparant Lorient de Groix. Celui-ci tient dans la main son testament destiné à conquerir la main de Mademoiselle de Keroulas, la jolie Jeanne. Au terme d'une nuit de poursuite jusqu'au Trou-Tonnerre de Groix, Vincent récupére le parchemin.

  Le roman s'achève par cette phrase de la Duchesse : "Ma sœur n'en a pas moins les trois cent mille livres de rente de ce pauvre Judas".

 L'Honneur est sauf.

 

Lien vers un chant royaliste Monsieur de Charette composé par Paul Féval en 1853 sur le site Forum du Trône et de l'autel pour une France catholique, royale et légitime.


Par jean-yves cordier
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Lundi 28 janvier 2013 1 28 /01 /Jan /2013 10:18

 

La Carte de Bretaigne de Bouguereau (1594).

 

 

Plan :

I. La carte de Bretagne du Théâtre Françoys de Bouguereau, Tours, 1594.

II. Réutilisation par Jean Leclerc, Théâtre géographique, 1619 et 1631.

III. Jean Boisseau, Théâtre des Gaules et Théâtre géographique, 1641-1648.

 

 

 

I. La carte de Bretagne du Théâtre Françoys de Bouguereau, Tours, 1594.

Ce n'est pas un scoop : la célèbre Carte de la Bretagne qui figure dans le Théâtre Françoys que Maurice Bouguereau a publié en 1594 n'est que la copie, à la gravure talentueuse de Tavernier, mais introduisant quelques erreurs, de la carte incluse dans l'a seconde édition de l'Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré parue en 1588 à Paris chez Jean Du Puys. 

  Puisque le CRBC de Brest possède un exemplaire de cette carte, je suis allé le photographier pour l'étudier. 

 

1. Introduction. 

 

En 1589 ou 1590, Maurice Bouguereau, libraire de Tours, a entrepris de publier un atlas des cartes des provinces de France et a conclue pour cela en 1590 un contrat avec un graveur flamand, Gabriel Tavernier, élève de Plantin (l'éditeur d'Ortelius)  à Anvers. On note que ce graveur, qui a fuit Anvers avec d'autres artisans après le saccage de cette ville par les troupes espagnoles en 1576, s'est réfugié à Paris où il logeait ...rue Saint-Jacques à l'enseigne de la Samaritaine chez Jacques Du Puys, le libraire qui a édité en 1583 et 1588 l'Histoire de Bretaigne. On ignore qui, de Tavernier ou de Bouguereau, est à l'initiative du projet.

  Cet atlas est paru en 1594 sous le nom de Théâtre françois de façon incomplète car seulement 4 cartes de France et 14 cartes de provinces ont pu être gravées avant que Tavernier, qui suivait la Cour de Henri IV, ne reparte vers Paris où il s'installera et verra son fils Melchior lui succéder.

 Trois cartes ont été crées de novo, celle du pays Blaisois, du Limousin et du Duché de Touraine. Pour les autres, "il reprend ce que les Flamands avaient tiré de nos géographes français." et il fait copier par Tavernier sept cartes du Thetrum Orbis Terrarum d'Ortelius dans l' édition de 1575 ou 1580 avant de faire copier 4 cartes du Galliae Tabulae geographicae de Mercator, paru à Duisbourg en 1586. Enfin il fit récupérer pour copie une carte de France, une carte trés ancienne du Maine (la carte du Diocèse du Maine par le prètre Marc Ogié (Ière édition 1539)), et la carte de Bretagne de d'Argentré publié par Jacques Du Puys.

Gallica offre à la consultation en ligne l'exemplaire offert par Bouguereau à Henri IV de son œuvre : Le Théâtre français, où sont comprises les chartes générales et particulières de la France, à chacune desquelles avons adjousté l'origine de la province... de leur antiquité et choses remarquables... enrichi et orné sur chacune charte d'excellents vers héroïques. (Par Maurice Bouguereau.), In fol.Tours 1594.

 La carte porte la foliation 18*, étant la dernière des 18 cartes incluant 4 cartes de France et 14 cartes de province. Comme chacune de ces dernières, elle comporte à l'envers de la double page utilisée pour la carte une notice et des poèmes.

 

  La Notice porte le titre de DU PAYS ARMORIQVE, DICTE PETITE BRETAIGNE, ANTIQVITE ET ORIGINE D'ICELVY : Des Comtes & Ducs qui y ont commandés, de ses Eveschez, départements des langues,& des choses remarquables.

Cette notice suit d'assez près "ce grand historiographe" François Belleforest dans sa Cosmographie universelle, Paris, 1575, notamment dans sa critique des origines troyennes d'un Brute, père fabuleux du peuple anglais qui secondairement peupla la Bretagne gauloise. L'auteur anonyme écrit "de ma part, je me tiendrai plutost à Strabon, Polybe et Belleforest qu'aux songes de nos fabulistes" etc...

 Vient alors une description géographique : "La Bretaigne a son étendue par la dimension astronomique de 3 degrés et demi ou de 4 pour le plus, de sa longitude et de 44 ou 45 degrés de latitu. ayant pour lieües françaises jusqu'à 120 lieües de longueur et de circuit 200. De latitude vers le pays bas 21 lieü, et vers le haut pays 40.lieües. Limitée à son Orient du Mayne et partie de l'Anjou. Au Septentrion la Mer Brtitannique & pays de Constantin, au Ponant la Mer Océane, et au Midy le Poictou. Elle est divisée en trois langues à sçavoir le Françoys, ayant pour Eveschez Nantes, Rennes, Dol : Le Breton galot parlant français et breton à leur plaisir, Vannes, Saint-Brieuc et Saint-Malo : le Breton bretonnant, Cornouailles, Léon et Tréguier, & tous les neuf Eveschez subject à l'Archevesque de Tours. "

   L'auteur rappelle ensuite comment le pays fut assujeti par Maximin le tyran et par les Romains avant d'en être délivré par les Francs puis donne sa version de la succession des Comtes; il mentionne Alain Bouchart comme l'avait fait Belleforest en parlant de "l'annaliste breton" ; puis il décline la succession des Ducs et il conclue, exactement comme l'avait fait Belleforest, par la phrase "...Anne espouse de Charles huictiesme & depuis du Roy Loys douxiesme, & par ce moyen le Duché Breton vint, & tomba en la maison de France, & à la fin a été uni à la Couronne."

  Enfin, "pour contenter les esprits curieux, et voyant le surplus de cette place vide, ne m'a semblé trop inconvénient inserer cette fable ou fiction poètique de Geoffroy Momuneteen sur l'origine de Bretaigne en la personne de Brute sacrifiant (comme dict est), un vase de vin et une biche blanche à la déesse Diane, en l'isle de Lergerie", l'auteur rapporte en latin, l'oracle de la déesse annonçant en songe à Brutus l'existence d'une île qui sera une seconde Troie. (Voir Brutus in Wikipedia).

  Le poème en latin est de Jules César Scaliger : De antiquissima nobilissimaque Britonum Gente.

  Voilà donc l'envers de la carte de Bretagne que chacun se plaît à préférer à celle de d'Argentré.

  L'Histoire de Bretaigne de celui-ci est donné comme source de cette notice par le site de Denis Janson denisjanson.fr/bouguereau, mais j'ignore sur quels arguments.

 

  L'atlas a été décrit par François de Dainville dans une publication peu disponible, et dans la réédition en 1961 du Théâtre Francoys (Maurice Bouguereau, Le Théâtre Françoys, Tours 1594. With an introduction by François de Dainville, S.J. Published by Theatrum Orbis Terrarum Ltd, Amsterdam, 1966.) La carte de Bretagne aurait été gravée au premier semestre 1591

2. La carte.

Carte de Bretagne de Maurice Bouguereau, exemplaire du CRBC de Brest, cote CA 00001, [1594], mention manuscrite v 1618 ou v.1620, portant en haut à gauche le numéro 25 : j'en donne plusieurs vues afin d'améliorer la définition des détails.

Taille : Feuille de 45 x 60 cm, carte de 36 x 47,5 cm ou 35 x 46 cm pour Pinot ; cadre de 32,7 x 46 cm. Echelle 1/750 000.

 bouguereau 0635c

 

                                bouguereau 0644c

 

                           bouguereau 0645c

 

 

                                      bouguereau 0646c

 

 

bouguereau 0655c

 

 

La parenté avec la carte d'Argentré est évidente, et la taille, l'échelle, l'échelle illustrée par un obélisque de 15 lieues, le cadre gradué en latitude et longitude, la présence de lignes verticales et horizontales, les armes de Bretagne dans un collier de l'Ordre de l'Hermine, les trois cadrans de marée, les inscriptions majuscules des pays limitrophes et de la Grande Mer Océane, et surtout le tracé des côtes et des fleuves sont identiques au modèle. 

  On peut pourtant jouer au jeu des sept différences : "Gabriel Tavernier a recopié la carte de Bertrand d'Argentré, mais il y a glissé quelques différences. Sauriez-vous les reconnaître ?" Retrouver la carte d'Argentré ici : Florilège de la Bibliothèque d'Étude de Brest : 1c : Bertrand d'Argentré et la carte de la Bretagne.

Les auteurs qui ont pratiqué ce jeu sont I.E. Jones et surtout J.P. Pinot, dont on admirera l'extraordinaire perspicacité.

 1. La première se découvre dans le titre :

DESCRIPTION . DV.  PAYS . ARMORIQVE . A . PRES. BRETAIGNE.

Le titre d'origine prend la peine d'écrire "à présent" en entier alors qu'ici le mot est abrégé par un tilde. 

Le titre s'étale sur toute la largeur de la carte, hors-cadre, dans un cartouche aux allures de "cuir". Cela n'a été possible que par une modification des côtes normandes 

Les lettres capitales sont doubles.

2. La signature.

 L'œuvre d'origine n'était pas signée ; imprudence ! Sur celle-ci, Maurice Bouguereau a apposé son nom en bas et à gauche, de l'autre coté de la Loire (pour se rapprocher de Tours ?) :

                   DSCN8954c



DSCN8953c

 

On lit Cæsaroduni Turonum in Ædibus Mauricii Boguerealdi, la mention qui figure sur les différentes cartes de l'atlas que constitue le Théâtre Françoys, et qui se traduit par " A Tours, édité par Maurice Bouguereau", Cæsaroduni Turonum étant une forme pour désigner Tours, et la formule in ædibus signifiant littéralement "dans la maison (de)".

3. Corrections d'erreurs.

l'erreur des longitudes (02° au lieu de 20°) sur l'échelle nord. Le toponyme La Gravelle.

3' Suppression d'éléments inutiles.

Une (mais une seule) des deux diagonales qui témoignaient des rhumbs a été effacée.

4. Adjonction de nouveaux toponymes.

Lac de Poytourteau ; Sesson ; La Roche-Bernard ; Noyal-sur-Vilaine (qui avait été mal placé sur l'original : martelé et limé, on avait oublié de le ré-inscrire au même endroit).

5. Nouvelles erreurs.


  • Erreur de copie transformant la presqu'île de Quiberon en une île. C'est l'ensemble du traitement du relief des côtes, très habile à en préciser les dangers sur la première gravure, qui n'est pas compris ou pas suivi par tavernier, lequel supprime toutes les hachures des eaux littorales et ne signale plus les bancs  de sable de la rade de Brest (les représentant comme des îles) ou les récifs à l'Ouest des falaises de Crozon-Camaret, qui disparaissent.
  • Erreur de copie transformant Erbignac en Erbimat, île de Sain en île de Sam, Lannilis en Lamlis, Becherel en Becherei, Lominael en Lonimael, Pornic en Porme, Bazlanec en Bazlane, Cameret en Comerer, Four en Fou, Isle ronde en Isle rond, Lantriguer en Lantraguer, Odet en Oder, Riec en Rier, Boquien en Boguien, Herqui en Hergui, Guigamp en Guincamp, Liffreen Biffre, Bazlanan en Bazlammis, Aberuiniget en Aberumige, Lannilis en Lamlis, Landiviziau en Landividiau   etc... "Sur les 324 noms que comportent les deux versions cumulées, 54 sont défigurés par Tavernier" (J.P.Pinot).
  •  Sur une plaque, le graveur peut corriger une erreur en la martelant sur l'autre face, puis en limant et polisant l'inscription fautive ; mais si le résultat est imparfait, le graveur va copié la trace mal polie en lui trouvant un sens : ainsi, Tavernier a lu la trace de correction de Basoges (Basouges-la-Pérouse) comme un Pousages qui s'établit ainsi au nord du Couesnon ! 
  • Omission des hydronymes Couesnon et Rance et du toponyme Serans
  • Absence du sigle des évêchés sur le clocher de Tréguier et Quimper.
  • Omission de la vignette de Vitré.
  • Absence des bosquets sur les collines sauf entre la Vilaine et la Loire.

 

Les erreurs sur chaque cadran de marée :

  Heureusement que ces cadrans ne servaient qu'à la décoration, sinon, gare aux échouages !

 Pourrez-vous retrouver les erreurs sur chacun de ces trois cadrans ?

 

Coté Bouguereau                                                     Coté d'Argentré :

bouguereau 0650c ex-libris---florilege-de-livres 0506c

 

bouguereau 0651c ex-libris---florilege-de-livres 0494cc

bouguereau 0647c ex-libris---florilege-de-livres 0502cc


Réponse :

a) Sur celui de la côte nord (en haut et à droite), là où le premier graveur avait placé deux Pleines Lunes le 15 et 16ème jour, au lieu d'ôter celle du 16ème jour, fautive, Tavernier a ôté le 16ème et déplacé le troisième quartier du 22ème jour (correct) au 23ème ! Ah ces terriens !

b) Sur celui du Nord-ouest, oubli du signe de morte eau (ME). 

c) Sur celui du Sud-ouest : ce sont les cercles intérieurs qui cumulent les erreurs. Si on prend les chiffres placés sous les symboles de Pleine Lune, de Pleine Mer et de Troisième Quartier on trouve 15è/VE/3/9 et sur Bouguereau 15/PL/3/8 ; 17è/VE/4/10 et sur Bouguereau 17/VE/9/4 ; 22è/TQ/9/3 et sur Bouguereau 22/TQ/ 9/2.


La première carte avait laissé passer 50 erreurs de toponymes, prédominant dans les évêchés de Vannes, Quimper et Tréguier (loin du correcteur supputé habité la région de Rennes) : celles-ci sont toutes reproduites par le nouveau graveur, qui en a ajouté 54 de son cru.

La première plaque gravée a été relue et corrigée et des toponymes en témoignent par une lettre suscrite Le correcteur, a défaut d'être bas-breton, était breton. La seconde n'a pas été gravé par un artisan connaissant les localités dont il traçait (à l'envers) le nom, mais cette plaque n'a pas été corrigée. Jean-Pierre Pinot, qui a réalisé toute cette étude, en conclue que cette seconde gravure  a été faite "au loin, sans surveillance compétente, par une équipe n'ayant pas accès au premier cuivre" lequel, de faible épaisseur, avait donné des épreuves où les corrections mal martelées pouvait induire des erreurs et dont l'encrage était médiocre. Sa conclusion définitive est la suivante : On ne peut donc que regretter que la version la plus connue de cette carte soit une copie très fautive qui donne une médiocre idée de la cartographie bretonne de l'époque." Jean-Pierre Pinot (1930-2000), alors Professeur de Géographie à l'Université de Bretonne Occidentale,  URA 903 du CNRS, in Les origines de la carte incluse dans "l'histoire de Bretagne" de Bertrand d'Argentré,  C.R.B.C., 1991  : p.195-227.

 

II. Réutilisation pour la troisième édition de l'Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré en 1618.

 Il s'agit de l'édition de Nicolas Buon, Paris, 1618, sous la direction de Charles d'Argentré, et  qui comporte l'épitre dédicatoire aux Etats de Bretagne de la première édition de 1583, la carte de Rennes Ville capitale de Bretagne par G. Closche et la table généalogique des Ducs de Bretagne ; 48 exemplaires au moins en sont connus, dont 26 contiennent la carte de Bretagne publiée auparavant par Bouguereau.

  Cela prouve que la plaque de cuivre de la première carte de Bretagne de 1588 n'était plus disponible, même pour Charles d'Argentré.

 

 

III. Réutilisation par Jean Le Clerc.

  Maurice Bouguereau n'a pas pu complété son atlas, et on ne lui connaît pas de publication depuis 1595.

Il y a trois générations de libraires nommés Jean Le Clerc établis à Paris. Jean II Le Clerc a dû quitter Paris pour Tours lors des émeutes de la Ligue, où il s'est associé à Bouguereau, participant au projet de réalisation de l'atlas national. C'est peut-être lui qui avait entrainé Tavernier à Tours et dans cette aventure éditoriale. En 1597 au plus tard (sans-doute 1594-95), il est rentré à Paris, avec les plaques de cuivre de Bouguereau.

Jean Le Clerc possède en 1603 à Paris la maison de la Salamandre rue Saint-Jacques (ou "rue saint-Jean-de-Latran*"). Il loue aussi une maison adjacente rue Frémentel, avant que ces maisons ne soient achetées par le roi pour construire le Collège Royal de France. En 1611, qualifié de "tailleur d'histoires", il passe "titre nouvel pour la maison de l'Image Saint-Claude", rue Saint-Jacques, maison renommée "Maison de l'Estoile d'or". Son fils Jean III Le Clerc est reçu libraire en 1618. (Documents...Philippe Renouard). En 1613, il publie la fameuse Carte de France dessinée par Fr. de la Guillotière, en 9 feuilles taillées en bois. Il décède en 1621-1622.

* On se souvient que c'est la rue où exerce Jacques Du Puys, l'éditeur de d'Argentré,et chez qui demeurait Tavernier en 1589. 

   Jean Le Clerc réutilise la plaque gravée par Tavernier dans son Théâtre géographique du royaume de France contenant les cartes et dispositions particulières des Provinces d'iceluy à Paris, rue Saint-Jean-de-Latran, à la Salamandre Royale, avec Privilège royal, en 1619; sept éditions jusqu'en 1632. Ce livre reprend les quatorzes planches provinciales de Bouguereau et les complète d'abord de dix-sept autres, publiant au total 37 cartes en 1619, 50 cartes en 1632, 52 cartes dans l'édition de 1632 par la veuve Le Clerc.

Frontispice sur gallica

       Le texte au verso reste identique, mais la signature de la carte change pour Joan Le Clerc excudit, signature qui se trouve désormais près de la pyramide de l'échelle des lieues; d'autre part, le titre a retrouvé sa place initiale à l'intérieur du cadre.

 


IV. Réutilisation par Jean Boisseau  avec quelques changements

 Païs armorique ou description de la haute et basse Bretagne. 33,5 x 46,6 cm,– Théâtre des Gaules, Paris : Boisseau , 1642. (7 Fi 1 - 1642), gravure par Tavernier.

  Les plaques de cuivre des cartes gravées par Tavernier pour Bouguereau furent rachetées entre 1632 et 1641 par Jean Boisseau à la veuve de Jean Le Clerc et utilisées pour son Théâtre géographique du royaume de France en 1641 [1644], qui reprend la page de titre de la veuve Le Clerc de 1632 en y collant le nom de Boisseau,  et 1631 [1647] et 1648. 

  Elles sont utilisées aussi pour le Théâtre des Gaules de 1637 [1639] et 1642.

  Jean Boisseau est inscrit en 1631 à Paris comme maître enlumineur ; c'est un éditeur de cartes géographiques.

  J. Boisseau introduit , outre le nouveau titre, de nombreuses modifications, et notamment une centaine de nouveaux toponymes du coté Est ; il trace la frontière Est que la carte de 1588 n'avait pas précisée. L'erreur de Bouguereau / Tavernier transformant Quiberon en île n'est pas corrigée. Signature Boisseau ex A paris.

 

  Selon J.P. Finot, "la dernière utilisation dans un atlas d'un tirage issu de cette planche me semble se trouver dans l'atlas de Boisseau des Archives Départementales de Loire Atlantique, in   F° 149 dans laquelle cette carte est associée à des cartes portant des dates allant jusqu'à 1647". 

 Image sur Gallica 

Site dédié : http://www.mapforum.com/02/bois.htm

Autre vue avec une définition excellente : Paulus Swaen 

 


 

      Sources:

— Sur Bouguereau : le site denisjanson.fr : http://www.denisjeanson.fr/bouguereau-homme.html

— Sur la carte de Bretagne :

  • I. E. Jones : D'Argentré's History of Brittany and its maps. Univ. of Birmingham, Dpt of Geography, Occas. Pub. n°23, 62 p. + pl. 1987.
  • Jean-Pierre Pinot :  Les origines de la carte incluse dans "l'histoire de Bretagne" de Bertrand d'Argentré,  C.R.B.C., 1991  : p.195-227.
  • François de Dainville S.J. : à défaut de pouvoir consulter son étude critique du Théâtre françoys de Bouguereau (1961), j'ai consulté :Théâtre géographique du royaume de France des le Clerc (1619-1632
  • Claude Gaudillat, Anciennes cartes marines de Bretagne 1580-1800, Coop Breizh 2003. 
Par jean-yves cordier
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Mercredi 23 janvier 2013 3 23 /01 /Jan /2013 21:21

        La carte géographique de L'Histoire de                       Bretaigne de Bertrand d'Argentré :               description et origine.

 

 

  C'était il y a un mois : consultant à la Bibliothèque d'étude de Brest l'Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré dans son édition de 1588, je découvrais, soigneusement repliée à l'intérieur, une carte de la Bretagne. Keskelféla ? demandais-je à mon bonnet qui parle le Queneau comme un vrai sorbonnard.

  Intrigué par cette découverte, je cherchais à savoir quel était, à cette époque, l'état de la cartographie de la Bretagne, pour m'apercevoir que cette "carte d'Argentré" était non seulement la première carte imprimée de ma région, mais, tout simplement, la première carte jamais tracée de cette province seule, même dans un manuscrit (quelques cartes manuscrites montrent la Bretagne, mais associée à la Normandie).

  On sait l'importance de la représentation de soi et de la délimitation d'un territoire dans la constitution d'une identité : j'avais devant moi le premier média qui permit au peuple breton de se figurer lui-même.

  Cela me paraît si fondateur et si fondamental qu'en écrivant ces lignes je doute et je me dis que, si cela était vrai, cette carte ne resterait pas pliée incognito à l'intérieur de ce vieux volume, qu'on l'exposerait, qu'on aurait splendidement organisé l'anniversaire de sa parution en 1988, que des colloques lui seraient consacrée, qu'elle rejoindrait, dans la vitrine identitaire bretonne, l'hermine et le chapeau rond, la coiffe et les galettes, le gwen ha du et les bagadou. D'autres images l'ont certainement précédé, la détrônant du titre dont je la pare...

  Mais non, pas d'erreur, c'est bien LA PREMIÈRE CARTE DE LA BRETAGNE.

 Émouvant, non ?

  Émouvant et intriguant, car une carte géographique ne sort pas toute armée du cerveau d'un juriste comme Bertrand d'Argentré plus à même de prouver la nullité d'un acte de donation que de dessiner les tracés d'un littoral et d'y placer les villes et les fleuves. Cartographe, c'est un métier!

 

  Vous me direz que la première chose à faire, c'est de la regarder, cette fameuse carte ! Je frappe "carte d'Argentré" sur le moteur de recherche : rien, avec ou sans guillemets, aucune image. "Argentré's map" ? pas mieux. "Description du pays d'Armorique" ? Vous découvrez alors une carte très voisine, sa copie éditée par Bouguereau, mais pas l'originale.

  L'originale, la PREMIÈRE, la voilà, mise en ligne pour la première fois : 


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  On voit d'emblée que ce n'est pas un travail d'amateur, une esquisse, un croquis, mais du vrai boulot de cartographe. Qui a bien pu la lever ? Par quel hasard ce document de géographie s'est-il égaré dans un livre d'histoire? Ouvrons vite les centaines de publication qui lui sont consacrées, les mémoires de maîtrise, les thèses, les revues...

  J'ai bien mal cherché, je n'ai trouvé que deux auteurs pour lui consacrer une étude :

 

  Ieuan E.  JONES, D'Argentré's history of Brittany and its maps. University of Birmingham - Department of Geography, 1987 : 62 p. - 33 fig. : ill. ; 30 cm .

Jean-Pierre PINOT  Les origines de la carte incluse dans "l'histoire de Bretagne" de Bertrand d'Argentré.  .Journées d'études sur la Bretagne et les Pays Celtiques : 1990-1991 : Kreiz 1 Brest, ED. C.R.B.C., 1991 .p.195-227; 21 cm .

  La grande qualité de ces deux travaux, dont le second émanait d'un professeur émérite de géographie de l'U.B.O. de Brest, compense le faible nombre des publications.

  Toutes les autres publications, tous les honneurs concernent sa copie publiée six ans plus tard par Bouguereau, à tel point qu'on attribue à la carte de Bretagne de Bouguereau tous les mérites de celle-ci.

 

  Je rappelle que j'ai fait précéder cet article par trois autres où on trouvera le portrait de Bertrand d'Argentré, la présentation des différentes éditions de son histoire de Bretaigne, et celle de l'exemplaire RES FB A88 de la Bibliothèque Municipale de Brest, grâce à laquelle j'ai pu photographier cette carte. Je rappelle encore brièvement que cette carte ne se trouve que dans la seconde édition de l'Histoire de Bretaigne, publiée à Paris par Jacques du Puys, et que parmi les 45 exemplaires recensés par I.E Jones de cette édition, seuls 14 possèdent cette carte. Il n'existe donc qu'une quinzaine d'exemplaires connus au monde de la carte éditée en 1588. Elle est rarissime. A Brest, l'exemplaire conservé par le CRBC de la même édition ne renferme pas cette carte ; et à Landevennec, qui possède la plus belle collection des diverses éditions de Bertrand d'Argentré, la carte est (paraît-il) incomplète.

 On ignore tout de l'auteur de la carte et du graveur qui la tailla. Elle est issue d'une plaque gravée en taille douce, et, elle précède donc comme premier exemple de carte en taille douce en France celles de Tavernier. La plaque de gravure n'a pas été retrouvée. 

 

  Pour planter le décor, et mieux me donner des repères, je propose les amers suivants :

  •   Les plus anciennes représentations cartographiques connues de la Bretagne sont la Table de Peutinger (qui est la copie du XIVe siècle d'un document datant du IIIe siècle) et celle du géographe arabe Ash-Sharif al-Idrisi, dressée en 1154. Les contours de la région y apparaissent méconnaissables.
  • 1454 : Impression de la Bible de Gutenberg.
  • 1477 : premiere impression de  la Cosmographie (traduction latine de Géographiké yphegesis) de Claude Ptolémée (90-168).
  • 1483 : Le Grand Routier de pilotage de la mer Gallica par P. Garcia Ferrande, premier hydrographe français ; il ne comporte pas de carte, mais un texte illustré par des croquis (amers, etc..).
  • 1513 : première carte imprimée d'une province de France, la Lorraine
  • 1543 à 1546 : cartes et almanachs de Guillaume Brouscon, cartographe du Conquet.
  • 1542 à 1635 : période des "hydrographes normands" : Guillaume le Testu, pilote du Havre, publie en 1556 un atlas de 56 cartes, Cosmographie universelle.
  • 1566 : carte du Berry de Jean Jolivet.
  • 1570 : premier atlas du Monde  : le Theatrum orbis terrarum d'Abraham Ortelius publié à Anvers chez Plantin : 75 cartes en 53 feuillets.
  • 1584 : premier atlas nautique imprimé : Spieghel des Zeevaert.
  • 1585 ; première apparition du terme "atlas" donné pour titre par Gérard Mercator à son Atlas, sive cosmographicae meditationes de fabrica mundi et fabricati figura. Complété, il est réédité en 1595.
  • 1588 : première carte de Bretagne par d'Argentré.
  • 1594 : premier atlas de la France, le Théâtre* Françoys par Maurice Bouguereau, Tours.
  • 1619-1632 : Théâtre géographique des royaumes de France de Jean le Clerc, Paris.
  • 1632 : Théâtre géographique des rouyaumes de France de Tavernier, Paris.
  • 1634 : Les cartes générales de toutes les provinces de france, Tassin, Paris.

* Le mot theâtre désigne au XVIe-XVIIe siècle un recueil de cartes modernes, et le terme de géographie les cartes à l'antique inspirées de Ptolémée.

 


 

  La plaque de cuivre de la carte de Bertrand d'Argentré fut peut-être perdue, mais sa carte fut recopiée à la demande de Maurice Bouguereau qui avait entrepris un atlas de la France, et avait confié les gravures des plaques à Gabriel Tavernier. Ce graveur mais aussi topographe et architecte (Anvers 1520?-Paris 1619) sans-doute chassé comme les autres d'Anvers après y avoir travaillé dans l'atelier de Plantin ( l'éditeur d'Ortelius), a travaillé à Paris avant de suivre la cour de Henri IV à Tours et d'y rencontrer Bouguereau.  a été le graveur en taille douce de "toutes les cartes du Le Théâtre francois ou sont comprises les chartes générales et particulières de la France", comme en temoigne un contrat passé entre lui et Maurice Bouguereau. Celui-ci s'était ingénié à rassembler un jeu de diverses cartes des provinces, à commencer par une carte générale de France de Guillaume Postel, et la tâche de Tavernier est de recopier ces cartes lorsque les cuivres n'étaient pas disponibles. Dix-huit cartes furent gravées entre 1590 et mars 1594,correspondant au centre Ouest du pays puis, Henri IV revenant à Paris, Tavernier  y retourna également. Son fils Melchior, apprenti chez Thomas de Leu, s'y installera comme Libraire et graveur.

 

  C'est donc sous forme incomplète qu'est publié en octobre 1594 à Tours Le Théâtre François où sont comprises les chartes générales et particulières de la France à chacune desquelles avons adjousté l’origine de la province. Chaque planche y est accompagnée à son revers d'un texte historique et de vers français et latin. Chaque planche est l'œuvre conjuguée du graveur et du libraire, mais aussi d'un homme de science compétent en géographie par ses connaissance en mathématique, en architecture ou autre science.

  Tavernier a donc copié, entre février et juin 1591 la carte de l'Histoire de Bretaigne parue en 1588 mais il l'a modifié.

  En 1618, Nicolas Buon publie à Paris une troisième édition de l'Histoire de Bretaigne avec la carte géographique, mais il utilise alors la carte de Bouguereau, la plaque de gravure de la carte originelle n'étant sans-doute plus disponible.

 Puis la plaque de Bouguereau a été utilisée par son associé et successeur Jean Le Cler dans son Théâtre géographique de 1619, puis, complétée, rognée et avec sa propre signature, par Jean Boisseau dans son Théâtre des Gaules de 1662.

 

 I.  La carte géographique de 1588.

  Alors que la carte de Bouguereau a été décrite par de nombreux auteurs (F. de Dainville, M. Navellou,M.  Pastoureau, Denis Jeanson, ...), la seule description technique que j'ai trouvée de la carte de 1588 est celle d'I.E. Jones, en anglais : c'est dire l'oubli où le désintérêt qui frappe cette carte. J'emprunte ce qui suit à cet auteur, à J.P. Pinot en complément, et à mes observations.

 

  Elle est pliée en deux dans le sens de la hauteur et en trois dans le sens de la largeur; elle est déchirée sur le bord par lequel elle est collée au livre ; la déchirure a été réparée jadis par une bande adhésive qui a laissé une trace jaunie. Elle est par ailleurs en bon état.

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 1. Echelle des lieues:

15 Lieues de Bretagne (pyramide graduée en bas à gauche) = 9 cm .

 La Lieue de Bretagne de 24 3/4 au degré et de 2300 toises de 1,949 m vaut 4,483 Km (Wikipédia), ou 4,489km (J.P. Pinot). L'échelle correspond à 1/ 748000.

2. Taille selon Jones: 35 x 47,3 cm (sans autres précisions).

La taille de la feuille de papier de l'exemplaire de Brest est de 32 x 48 cm.

la taille du cadre extérieur : 34 x 47,5 cm.

la taille du cadre intérieur : 32 x 46,8 cm.

 3. Titre.

  La carte porte le titre DESCRIPTION DV PAYS ARMORIQVE A PRESENT BRETAIGNE, placé en dessous de la bordure septentrionale.

Le titre de la carte provient, comme le fait remarquer Jones, de la Cosmographie de Belleforest, un ouvrage paru en 1595 et qui figurait dans la bibliothèque d'Argentré. La Cosmographie universelle de tout le monde, Paris, 1575, Nicolas Chesneau et Michel Sonnius, traduction en français de la Cosmographia de Sebastian Münster, est disponible en ligne, et effectivement, on trouve page 476 le début du chapitre consacré à la Bretagne, avec le titre : "description du pays Armorique, à présent Bretaigne".

  Cet emprunt d'Argentré (s'il vient de lui) est étonnant lorsqu'on lit avec quelle vivacité Belleforest attaque un "Annaliste" qui n'est sans-doute personne d'autre qu'Alain Bouchart, l'auteur des Grandes Croniques et Annales de Bretaigne : "Mais je n'y ai pas eu sitôt l'œil dessus (ô bon dieu)  que je  n'ai vu son commencement tout farci de folies et rendu indigne de foi pour l'infinité des fables qui y sont racontées. Vu qu'il fait sortir ne sait quel Brute troyen, lequel il fait père des peuples de cette île qui a prèsent se nomme Angleterre, et depuis de ceux-là il peuple notre petite Bretagne Gauloise, afin qu'elle ne peut se vanter d'être dispensée des griffes troyennes, non plus que le reste des provinces des Gaules." Il s'en prend ensuite à Geoffroy de Monmouth et ses vers sur Brutus (qu'il ne manque pas de nommer Brute), reproche à l'annaliste breton de reprendre à son compte "le bourbier du susnommé Monumeteen", et après avoir décrit le pays et ses habitants, dénonce la prétendue royauté bretonne : "Je sais bien que l'annaliste Breton, voulant chatouiller les Princes, auxquel il écrivait son histoire, et qu'il voyait affectionné à la mémoire troyenne, et prendre plaisir à se voir estimés sortis d'une si grande antiquité, s'est aussi efforcé sans nulle preuve à faire que les Ducs Bretons soient sortis d'un ne sait quel Brute, duquel nous avons fait mention ci-dessus. Mais le succès des choses vous a fait connaître combien sont éloignés du vrai ceux qui s'amusent à de telles fables et réveries de discours". Aprés avoir souligné que les Comtes bretons "confessérent franchement qu'ils tenaient le pays en fief des Roys de France", il conclue après plusieurs pages du même ton par " Le Duché breton vint, et tomba en la maison de France et à la fin a été uni et incorporé inséparablememnt à la couronne.[...] Et ainsi la Bretagne étant française, je la laisserai avec ce peu de description pour rentrer en Poitou."

 

  L'idée de placer une carte géographique dans son Histoire de Bretaigne est peut-être venue à l'esprit de Bertrand d'Argentré par la lecture de Histoire du Berry, de Jean Chaumeau, livre appartenant aussi au catalogue de la bibliothèque de d'Argentré, et dont le frontispice est semblable à celui de l'édition de 1588 de l'Histoire de Bretaigne. En effet cet ouvrage paru à Lyon en 1566 comporte la gravure sur bois d'une carte du Berry de 39 x 37,25 cm, placée entre les pages 222 et 223 et associée à un pourtrait de la ville de Bourges, comme le plan de la ville de Rennes qui accompagnera la carte de Bretagne de l'édition de 1618 de Charles d'Argentré.

 

  4. La bordure graduée.

La bordure est constituée de six lignes : une ligne extérieure délimite le cadre, doublée de deux filets rapprochés ; puis un espace sert à inscrire les degrés de longitude et latitude, et les orientations, il est divisé par les barres des degrés. Une double filet intérieur crée une bordure découpée par les barres des dizaines de degré, puis une dernière ligne délimite un dernier espace haché par les soixante traits des minutes entre deux barres de degrés.

La carte est ceinturée par ce cadre gradué en longitude et latitude, lequel porte les inscriptions SEPTENTRION, ORIENT, MIDI, OCCIDENT pour le Nord, l'est, le Sud et l'Ouest : ce sont les noms des vents, car ainsi que l'énonce J. Nicot dans le Thrésor de la langue françoise (1606), Ainsi que le monde est divisé en quatre parties principales, Orient, Occident, Septentrion, Midi: aussi sont quatre vents principaux. Les cartes de la même époque portent les termes latins Septentrio, Oriens, Méridies et Occidens.

  La graduation supérieure des longitudes est marquée 15, 16, 17, 18, 19 puis, par erreur, 02. Cette erreur n'est par répétée dans la partie inférieure. Selon cette graduation, la carte s'étend de 14°20 à 20°50, et la Bretagne de 15° (Ouessant) à environ 20° (Vitré).

  De même la graduation latérale porte les chiffres 46, 47, 48, chaque écart étant divisé en 60 sous-divisions : la carte s'étendant de 48°20' à 46°50'.

  La Bretagne s'étend, sur nos cartes, en latitude de 48°54'03 au Nord (Les Sept-Îles) à 46°51'37 au Sud (Commune de Lége, Loire-Atlantique) et en longitude de 5°08'29'' Ouest à Ouessant jusqu'à 0°55'23"" (Commune de Le Fresne sur Loire). Sur la carte d'Argentré, elle s'étend en latitude de 47°50 (Pointe du Grouin à Cancale) à 45°40 (Locmaria à Belle-Île, qui se trouve en réalité à 47°31). I.E Jones écrit que "les parallèles se situent 1½° trop au nord".

Le méridien d'origine.

  La carte donne bien des indications de longitude, mais ne précise pas le méridien de référence. 

  Rappel : 

Le méridien est, selon la définition du pilote du Havre Jacques Devault en 1583, celle-ci :"Méridien est une ligne qui se imagine de l'un des polles du monde et passe droict par dessus nostre teste auquel le soleil en y arrivant fait midi à tous ceulx qui habittent desoubz icelle ligne". 

  Les premiers cartographes prirent généralement comme origine le méridien de l'Île de Fer : cette île également connue sous le nom El Hierro ou Ferro, est la plus petite et la plus occidentale des îles Canaries, et  on la considérait comme placée à l'extrémité du monde. Cela permettait d'avoir une valeur positive pour toutes les longitudes de l'Europe. Ptolémée le premier aurait fait passé son cercle d'origine du comput des longitudes par les Îles Canaries, sans préciser laquelle, et tout en réalisant tous ses calculs à partir du méridien d'Alexandrie. La première inscription du méridien des Canaries sur une carte nautique date de 1519 avec l'Atlas dit Miller.

 Néanmoins  jusqu'à l'accord international sur le Méridien de Grennwich en 1884, divers autres "premiers méridiens" seront utilisés, centrés sur Copenhague, Amsterdam, Rome, Madrid. Les espagnols choississent Tolède, les portuguais l'île de Terceire aux Açores, les hollandais l'île de Teneriffe ou le Cap-Vert etc... L'école cartographique dieppoise (ca 1540-1560) a hésité à utiliser le méridien des Canaries et celui des îles du Cap-Vert, utilisé par Jean Rotz. Les Açores ont aussi été utilisées.

 Le 24 avril 1634 Louis XIII prend une ordonnance fixant l'origine des longitudes à L’île de Fer située arbitrairement à 20° ouest de Paris. La référence par le méridien de Greenwich place l'Île de Fer à 18°02W et Paris à 2°20'14"" E.

 Si l'on considére plusieurs cartes de Bretagne des débuts de sa cartographie, et que l'on y compare deux points extrème choisis arbitrairement (l'île d'Ouessant, IO et le Mont Saint-Michel MSM), on constate les différences suivantes :

  • Carte d'Argentré 1588 :              IO : 15°         MSM : 19°25'.
  • Ortelius par Arsenius, 1601:       IO : 15°
  • Blaeu                                          IO : 11°30     MSM : 15°25
  • Maximien de Guchen 1643 :       IO : 14°30     MSM : 18°30
  • Sanson d'Abbeville 1650 :          IO  : 14°30    MSM : 18°40
  • Berey 1654 :                              IO : 11°30     MSM : 15°30
  • Merian 1657 :                             IO  : 14°15    MSM : 18°40
  • Sanson 1660 :                           IO : 14°30      MSM : 18°40.

 

  Ces imprécisions ne sont pas étonnantes lorsque l'on sait que  la longitude fut fort difficile à mesurer, surtout en mer et qu'en 1707, le Parlement britannique offrit, par le Longitude Act, un prix équivallent à plusieurs millions d'Euros à celui qui découvrirait un moyen fiable de mesurer la longitude à bord des navires.

  Pour I.E Jones, "l'étendue des longitudes, probablement mesurée à partir d'un premier méridien situé aux Canaries, est excessive, même pour une carte dessinée avant les relevés des côtes de France de Picard et La Hire en 1664." En fait, l'abbé Picard et Philippe de la Hire relevèrent les coordonnées de Nantes et de Brest, pour la première fois, en 1679, sur mission de Colbert, et par la méthode des éclipses des satellites de Jupiter, ce qui permit aux relevés des ingénieurs préparant les cartes du Neptune Français (1694) de se baser sur des positions validées. 

 

La carte est traversée par deux parallèles et deux méridiens, ainsi que par deux diagonales.

 

5. Ornementation et Roses..

  La carte n'est pas "enluminée", mise en couleur ; elle porte quatre ornementations, dont les trois dernières font partie du corps des légendes et aides de navigation. Aucun ornement ne s'inscrit dans un cartouche.

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1. Les "Armes de Bretagne" (l'écu d'hermine plain surmonté de la couronne ducale, dont le fleuron médian forme une sorte de fleur de lys...), dont on remarquera qu'elles sont entourées par le collier de l'ordre de l'Hermine et de l'Épi, à l'hermine passante avec la devise A MA VIE,  motif ornemental, identitaire voire revendicateur d'une Bretagne ducale autonome et fastueuse, qui est repris à la dernière page de l'Histoire de Bretaigne.

2. La pyramide ou plus exactement l'obélisque servant d'échelle, graduée de 1 à 15 lieues et portant sur le piédestal Lieues de bretaigne

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3. Trois Roses des vents ou cadran des marées, sur lesquelles je vais revenir.

4. Des rinceaux qui déploient leurs volutes au large des côtes.  

 

6. Inscriptions.

  Outre le titre et les Vents, on trouve en grandes capitales les inscriptions LA GRANDE MER OCEANE, à l'Ouest, BASSE BRETAIGNE et HAVTE BRETAIGNE en deux diagonales inverses, et en caractères plus petit les provinces limitrophes PARTI DE NORMANDIE (d'un caractère typographique différent), PARTIE DV MAINE,  DVCHE DE RAIZ (érigé en duché en 1581) et PARTIE DE POICTOU ( ces trois derniers en petites capitales dont les hampes des A, R et V se prolongent).

On a compté plus de 300 noms inscrits sur la carte. Les toponymes sont écrits horizontalement pour la plupart, en caractère italique de taille grossièrement identique à l'exception des villes de Ren(n)es St Brieu, Brest, Kemper corentin, Vanes, et Nantes (Lorient ne sera fondée qu'en 1666).

 Les îles sont soigneusement nommées : Sesambre, Bréhat et Isle vert, Sept Isles, Isle de Baz, I. brach [ile Wrac'h, l'île Vierge], Ouessant, Bazlanec, Molenes, Quemenes, Biniguet, Trestan, Teuzec, Isle de Sain, l'isle Studi Benodet, Gleran et Les cases, Groaye, Belle Isle, Houat, Hiedic.

  Les écueils principaux recoivent leurs toponymes : Helle et Four dans les chenaux du même nom, Gaulec, Queroret (Querourot, Nept. Fr.1693), Les Questes à Crozon, Orozuen, La Baza Frede (Basse Froide),  Le Raz.

Les hydronymes sont inscrits parallèlement au cours d'eau et qualifiés fl. ou R. : Coisnon ; Rance;  L'Elorne, AusnOdet fl,  Ell (pour Ellè), fl. ; Blanet, fl ; Vilaine, fl. ; Aoust, fl. ; Loyre, fleuve. J.P. Pinot a fait remarquer l'absurdité du croisement de l'Ellé et du Scorff.

 On retrouve plusieurs indications Pas ou Paβ, que j'attribuerais à une abréviation de "Passage", notamment à Plougastel, et sur l'emplacement du Fret et à Roscanvel en Presqu'île de Crozon.

  La carte permet de rencontrer des formes toponymiques anciennes comme Lantriguer (la forme bretonne de Tréguier est Landreguer) dont on remarque que c'est celle qu'utilise d'Argentré dans son texte (Livre 8, chap. 3), ce qui tend à confirmer que l'auteur a supervisé ces indications toponymiques. D'un autre coté, c'est sous ce nom et cette orthographe que le port est inscrit sur les cartes de Guillaume Brouscon.  Le terme deviendra Lantragues dans la copie qu'en fera Bouguereau. On note aussi Abrach pour Aberwrach, graphie utilisée aussi par G. Brouscon. On trouve encore Aberviniguet, ancêtre de notre Aber Benoît. 

Je n'ai pas résolu ou retrouvé par exemple Les Questes*, Orozuen (ar rozven?), Queroret et Gaulec ou Goulec  en mer d'Iroise. Nous verrons que les toponymes, indiqués sur le modèle manucrit à partir de sources plus nombreuses en Basse-Bretagne, puis gravés par un étranger à la Bretagne avec les erreurs inhérentes à la méconnaissance du breton, et des nomx de pays, furent corrigés par un Haut-Breton, laissant subsister le plus grand nombre de fautes dans le Finistère. Ainsi, derrière Teuzec (au nord de Sein), il faut deviner Tevnec, notre Tévennec. De même faut-il corriger Biniguer en Biniguet, Abrach en Aberach (Aberwrac'h). Ploudalmézeau/ Guitalmeze est orthographié Guitalmozeff, mais on note la forme bretonnante. Par contre, Landeneau a été corrigé en Landerneau par un r suscrit, Golchen a été corrigé Goulchen en laissant la première forme .

* Le Gest, îlot du Guest : nom breton de la roche du Lion près de la Pointe du Toulinguet.

 

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7. Les marques ou "vignettes".

  Les points et lieux remarquables sont représentés par des signes conventionnels , vignettes ou "caractères géographiques", dont la signification n'est pas légendée par un tableau. On sait que ces signes furent gravés à l'aide de poinçons, mais je ne peux déterminer si c'est le cas ici ; ce qui est sûr, c'est que chaque marque est construit autour d'un cercle centré par un point. La forme des marques est d'une grande variété (ce qui fait douter d'un jeu de poinçons) mais sur un modèle steréotypé : un carré ou un clocher entouré de deux bâtiments latéraux, deux clochers pour une ville plus grande ; certains toits recoivent des traits verticaux comme des piquets. Le clocher de Nantes porte un long fanion. Certains clochers recoivent un signe en forme de crosse, signalant les évêchés, à Dol, St-Malo, St-Brieuc, Lantriguer (Tréguier), St-Pol, Rennes, Vannes, Nantes (le clocher de Quimper est peu lisible).

  Il n'y a aucune autre marque de moulin, de gibet, de tour, de monument ou d'industrie. Quelques rares ponts sont indiqués.

  Une carte comprend les "traits" (tracé), les "marques", et la "nature", ou indication des monts et des bois : ici, la nature est signalée par des marques en forme de bosquet pour les forêts, et par des lignes arrondies ombrées de hachures pour les reliefs des collines ; les marais de Guérande sont indiqués par la mention marestz.

  Les récifs sont indiqués par des croix.

 

 

 

8. Le filet des eaux.

  Le contour du littoral est souligné par un ombrage fait de courtes hachures horizontales. François de dainville signale que cette pratique se nomme, chez les graveurs cartographes, "couper l'eau" . Cette "eau hachée", qui est une eau salée, s'oppose aux eaux fluviales qui sont rendues en les remplissant de lignes parallèles à leur lit : l'eau n'est plus hachée, mais "filée".

  La mer elle-même dans sa vaste étendue est traitée par un pointillé qui confond par la somme de travial représenté.

    

 

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9. Le contour.

 I.E. Jones (op. cité, fig.13) a comparé les contours donnés par la carte d'Argentré avec ceux d'une de nos cartes modernes et révèle ainsi la belle performance réussie en 1588 :

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10. La partition entre Haute et Basse-Bretagne.

  La frontière linguistique  est très précisément établie par une ligne pointillé qui part de Port toriao (Portrieux) pour rejoindre Comblac (Escoublac)  au sud en contournant par l'ouest Loudéac, Josselin et Malestroit.

Arrivée au sud, cette ligne, au lieu de suivre le cours naturel de la Vilaine, délimite une enclave vers l'est sous la forme de la presqu'île de Guérande, terre alors encore traditionnellement bretonnante comme nous l'avons vu en étudiant Alain Bouchart, natif de Batz-su-mer et bretonnant.

   Cette frontière est ancienne, mais au IXe siècle, elle partait de l'embouchure du Couesnon pour atteindre Pornic. La langue bretonne a mieux résisté au nord qu'au sud à la pression du français et la frontière atteint Dinan au XIIe siècle. En 1371 la charte du duc Jean IV reconnaît la division entre Bretaigne gallou et Bretaigne bretonnante puis au xve siècle, la chancellerie pontificale, qui demandait au clergé de parler la langue des fidèles, distingue la Brittania gallicana et la Brittannia britonizans. Au XVI siècle, la ligne de front recule jusqu'à Saint-Brieuc.

        La carte de Bertrand d'Argentré  est donc un document de référence capital par la précision et le caractère complet des informations fournies sur ce point important de l'histoire de la région.

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voir Wikipédia pour la progression de cette frontière:

 

 

11. Les inconnues.

La carte est-elle commanditée par Bertrand d'Argentré, par son fils Charles, ou ajoutée à son livre sur l'idée du libraire parisien ?

Qui l'a gravée ? René Boivin qui est l'auteur du frontispice ? Tavernier, qui demeurait chez le libraire Jacques du Puys en août 1588 avant de suivre la Cour à Tours ? Des arguments s'opposent à ces hypothèses.

 

 

II.  Les rinceaux et les cadrans de marée de la carte de Bretaigne de 1588.                                                 

Le père F. de Dainville a écrit à leur propos : "Cette carte offre aux historiens de la cartographie une singulière synthèse des points de vue du terrien et du marin. Les gracieux rinceaux qui semblent orner la mer au large des côtes ne sont pas en effet fantaisie du dessinateur, mais répondent à des préoccupations précises. Ils partent des baies pour rejoindre une courbe principale qui aboutit à trois roses des vents chacune entourée de quatre cercles qui indiquent de l'extrérieur vers l'intérieur :

a) les 29 jours de la lunaison;

b) les phases de la lune et les marées de vives et de mortes eaux;

c) les heures des pleines mers;

d) celles des basses mers pour chaque jour de la lunaison.

Selon qu'il se dirigeait vers les ports compris entre Granville et Morlaix, Morlaix et Brest, Brest et Noirmoutier, le pilote pouvait savoir en consultant la rose NE, NO ou S, à quel jour de la lune, à quelle heure il jouirait de la marée haute pour rentrer dans tel port."

 

Chaque cadran est composé de huit cercles concentriques dont les trois premiers forment une rose des vents anthropomorphe, graduée en 32 aires de vent et dont le nord dirigé vers le haut est indiqué par une marque spécifique.

Les derniers cercles sont divisés par trente rayons correspondants aux trente (29,5) jours de la lunaison. Nous trouvons successivement :

  •   deux premiers cercles comportant des chiffres de 1 à 12 indiquent l'heure de la basse mer mer et de la pleine mer.
  •  le troisième  cercle où se disposent les 4 symboles des phases de la lune et des phases lunaires, et 2x2 symboles des marées de Vive-Eau et du Morte Eau.
  •  un quatrième cercle numéroté de 1 à 30 pour les trente jours de lunaison. 

 

 Grâce à elles, les pilotes pouvaient savoir à tel jour de la lune, à quelle heure la marée haute les autorisait à rentrer au port :

 " Si vous voulez savoir comment va la marée dans un port quelconque vous devez chercher d'abord si elle est à l' Est ou à l'Ouest ou à tout autre rumb et vous le trouverez en consultant la carte du littoral.  La rose des vents y est divisée en 32 parties ou quarts d'où partent des lignes qui aboutissent aux divers ports. Par exemple si vous voulez connaître la loi des marées à l'embouchure de la Tamise cherchez d'abord à la description shématique des ports anglais. Vous y verrez une ligne tracée du sud de la rose à l'embouchure de la Tamise d'ou vous conclurez que le SUD caractérise la marée de la Tamise. Vpus trouverez alors à la page SUD du Recueil un graphique de cercles concentriques : vive eau, morte eau, pleine mer et basse mer.

1°) L'âge de la lune donné par votre almanach est porté sur le cercle extérieur.

2°) Supposons le 3ème de la lune. Le cercle qui se trouve au dedans du cercle de la lune est le cercle des vives eaux et juste sous le 3 vous trouverez qu'il s'agit de la plus grande vive eau de cette période de la lune.

3°) le cercle suivant est celui du flot, et sous le 3 vous trouverez qu'il y aura pleine mer à l'embouchure de la Tamise à  11 heures un quart de l'horloge.

4°) le cercle suivant qui est celui des basses mers vous indique que la basse mer a lieu à 5 heures un quart." (Guide nautique de G. Brouscon, in Dujardin, p. 4-5). Sur les cadrans de ce guide, un système de 1 à 3 poins complète le chiffre de l'heure de marée pour donner une précision au quart d'heure.

  Le cadran fonctionne -t-il toujours ? : pour le jeudi 7 février 2013, 26ème jour de la lune, la pleine mer annoncée au Conquet par le cadran est à 1 heure et la basse mer à 7 heures, à deux jours de la morte eau. Les heures annoncées par l'officiel des marées sont de 14h42 et 21h04 en UTC +1 avec un coefficient de 61. 

 

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 Le cadran de marée pour le tiers nord-ouest de Morlaix à Brest:

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 Cadran de marée du tiers nord-est, de Granville à Saint-Jean-du-Doigt :

 Elle comporte une erreur : deux cercles de pleine lune figurent pour le quinzième et le seiziéme jour de la lune.

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Cadran de marée du tiers sud de Camaret à Noirmoutier:

 

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  Ces cadrans proviennent des almanachs des Cartographes du Conquet (29) que les travaux du Dr Dujardin ont fait connaître, et notamment de Guillaume Brouscon et de Jean Troadec. On les comparera à celles-ci :

Portulan de Guillaume Brouscon (Initiales G et BR dans les roses) in Manuel de pilotage à l'usage des pilotes bretons, 1548, Parchemin (17,5 x 14 cm) BNF, Manuscrits, français 25374, f. 25 v°:

Fichier: 039 Portulan de Guillaume Brouscon 1548.JPG

      les toponymes bretons indiqués sont pour les îles : briat, cetill, oesant,  moelene, sain, penmarc, glenan, groe, belile.

et pour les ports : S malo, dinan, guildan, daoet, s brieu, pontreo, lantreger, port blanc, lanuon, morles, s poll, abral, porsall, abirildut, conc, brest, odierne, lotudi, benodet, conc, blavet, etell, crah, morbian, le vuidan?, le croasic, poulguen

 

Deux cadrans de marées de l'Almanach de Guillaume Brouscon de 1546 : (l'original est rehaussé à l'encre rouge sur le rond correspondant à la pleine lune); les chiffres sont remplacés par des combinaisons de traits, de points et de sigles ronds, que la comparaison avec les autres cadrans permet de déchiffrer. Sur le cercle extérieur numéroté de 1 à 30, un trait vaut 1 jusqu'à quatre traits, puis la crosse vaut 5 (6 : crosse et trait, 7 : crosse et deux traits) jusqu'à 10 représenté par une croix, 15 par croix et crosse, 20 par deux croix, 30 par trois croix. Les 9, 19 et 29 se forment comme en numérotation romaine avec un trait avant la croix du 10,etc...

  Le troisième cercle porte le même système, mais certains "chiffres" sont dotés d'un point.

La comparaison des chiffres du cadran Suroest avec le cadran de marée de Camaret à Noirmoutier montre que les chiffres sont les mêmes ; ainsi pour la pleine lune du 15ème jour, on trouve de l'exterieur vers l'intérieur : 15(ème jour) ; PL ; 3 ; 9. Pour la Vive-Eau située en bas, à l'opposé, on a : 3(ème jour) ; VE ; 5 ; 11.


 Fichier: Brouscon Almanach 1546 diagrammes de marée en fonction de l'âge de la Moon.jpg

 

Le même almanach montrant les rinceaux vers les ports ; l'une des caractéristiques des portulans est d'inscrire les toponymes perpendiculairement au littoral :

  Fichier: Almanach Brouscon 1546 portant Boussole des hautes eaux dans le golfe de Gascogne quitté la Bretagne à Douvres right.jpg

 

 

      Cadran de marée du manuel de pilotage folio 25 gallica:

Depuis suest jusque à oest noroest POUR TOVTES MARES

  Par rapport au cadran de la carte d'Argentré, on retrouve le même positionnement des symboles, mais le luxueux manuscrit permet de mieux les voir, de constater la signature GB au centre et de découvrir des précisions supplémentaires comme un cercle intérieur chiffré ou porteur d'une étoile verte. On constate surtout qu'il s'agit du même cadran que celui qui est relié, sur notre carte, aux ports de Camaret à Noirmoutier, qui représente bien le secteur sud-est à nord-ouest. Je replace ce cadran en dessous pour comparaison. Pour reprendre les exemples précédents nous retrouvons 15(ème jour) ; VE; 3 ; 9 . et 3(ème jour); VE ; 5 ; 11.

  Nous avons donc trois exemples du même cadran de marée pour le même secteur et qui portent les mêmes indications.

 

 

 

                               

 

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Guillaume Brouscon (dates et origines mal connues, XVIe siècle)  un des premiers cartographes bretons du Conquet est l'auteur d'un manuscrit intitulé Traité de navigation datant de 1543, un Manuel de pilotage à l'usage des pilotes bretons datant de 1548, ainsi que quatre Almanachs pour marins (Un almanach est un calendrier où l'on peut connaître les phases lunaires ou encore la durée des jours)

Le caractère figuré du guide de Brouscon, n'imposant pas la maîtrise d'une langue, l'a rendu utilisable par les marins de nombreux pays.

 Le Conquet tirait son importance de son voisinage avec l'abbaye de Saint-Matthieu, et de l'importance du commerce de la Bretagne ducale avec l'Europe du Nord ; ce commerce perdra de son importance au XVIIe siècle.

  

 

  Sources sur G. Bouscon: 

Dr  L. Dujardin-Troadec. — Les cartographes bretons du Conquet. La navigation en images 1543-1651 

Hubert Michea, capitaine au long cours : http://hubert.michea.pagesperso-orange.fr/Pages/marteloire.htm et http://www.la-mer-en-livres.fr/brouscon.html



 III. L'origine de la carte d'Argentré.

  Une carte géographique ne s'improvise pas. Il faut d'abord accumuler une documentation en interrogeant les voyageurs (souvent les marchands) qui indiquent les distances séparant les villes, les marins pour le relevé de la côte et de ses récifs, les scientifiques, qu'ils soient mathématiciens ou autre. On cherchera des plans, des cartes à la main levées pour préparer des tarvaux civils ou militaires, des relevés de territoire dressés dans un but juridique. Il faut retrouver les descriptions donnés dans les livres, faire les listes des toponymes, échanger des correspondances, confronter les données, critiquer les sources, noircir des centaines de feuillets. Ce travail de cabinet peut dépasser les capacités d'un homme seul et exiger des secrétaires.

  On peut alors procéder à une première esquisse graphique, puis à un projet qui est réalisé à une échelle beaucoup plus grande que la carte définitive afin de travailler à l'aise. Lorsque l'œuvre prend forme, la carte est réduite à sa taille de publication, puis passée à l'encre et envoyer la carte à la gravure.

  La gravure elle-même suppose cinq opérations successives : 1) Faire le trait :  établir le calque du dessin fourni et reporter le calque sur la plaque de cuivre brunie, durcie et polie avec soin, puis tracer les méridiens et parallèles, puis décalquer le trait grâce au calque enduit de sanguine. Tracer le trait géographique des contours. Frapper les emplacements des villes avec un poinçon positionnaire. Graver au burin le trait légèrement incisé. 2) L'écriture : elle est confiée au graveur de lettres. 3) Graver les montagnes et les bois. 4) Filer ou hacher les eaux. 5) Procéder à la Finition : ornements, par un autre graveur ; pointiller les sables ou la mer ; retoucher ou reprendre et harmoniser l'ensemble ; faire la bordure.  

 Il s'agit alors de corriger les épreuves gravées avant que le commanditaire ne signe le bon à tirer.

 Enfin, ou d'abord, il aura fallu financer l'opération qui peut atteindre des sommes très élevées.

 

  Lorsque l'on constate le niveau de qualité atteint par cette première carte, on comprend vite qu'elle a fait appel à de multiples compétences ; et si on pouvait imaginer Bertrand d'Argentré dans son cabinet de travail rédigeant seul son Histoire en puisant dans sa bibliothèque, il est évident que sa Carte n'est pas de sa main. On ignore tout des cartographes auxquel il a pu faire appel, aux dessinateurs et aux graveurs qui l'ont réalisés ; mais Jean-Pierre Pinot, au terme d'une étude critique poussée de la carte, et d'une déduction de détective, a pu aboutir à la conclusion suivante : 

La plaque gravée était de faible épaisseur, d'où des corrections difficiles avec un éffaçage incomplet des erreurs. Les incisions y étaient de faible épaisseur, d'où un encrage médiocre.

1. C'est une bonne carte marine dans le style des portulans.

 "La représentation des côtes, très supérieure à tout ce que l'on connaissait jusque là, et la bonne toponymie des côtes et des îles supposent que l'on parte d'une bonne carte marine, établie selon les principes des portulans : des lignes de rhumbs, et de bonnes appréciations des distances. La plus grande précision à l'Ouest de la Bretagne indique que l'origine de ce portulan se situe en Basse-Bretagne, et tout porte à croire qu'il s'agit d'une œuvre de l'école du Conquet, c'est-à-dire de Guillaume Brouscon ou d'un de ses élèves. Les contours d'ensemble manifestement issus de la carte des côtes de Bretagne de Brouscon, la présence de cadrans de marée quasiment décalqués sur les siens, l'identité de certains détails des côtes avec ceux figurés sur l'une des tables du père Le Nobletz, celle des Cinq Talents, et l'identité de l'échelle graphique avec un figuré d'une autre table, celle de l'Exercice Quotidien, tout cela converge vers le Conquet, puisque l'on peut penser que ces tables sont dues, l'une à Françoise Troadec, l'autre à Alain Lestobec, tout deux du Conquet."

  La présence des lignes horizontales, verticales et diagonales sont selon J.P. Pinot des restes de rhumbs, qui signent l'origine maritime de la carte : ce réseau de lignes des vents formaient un réseau en toile de fond (italien mar teloio, d'où le nom français de marteloire) des portulans. Cette toile de fond n'a plus aucune utilité pour les terriens, mais susiste comme stigmate de ses origines.

  Les portulans ne fondaient pas leur utilité sur les coordonnées de longitudes et de latitudes et donc sur la capacité du pilote de faire le point, mais sur la navigation à l'estime par la mesure des distances (par le loch) et du cap (par la boussole).

  Cette origine marine, qui se moque des longitudes et latitudes, explique aussi les erreurs constatées dans les valeurs des coordonnées : Jean-Pierre Pinot est clair : "Le cadre est donc totalement fantaisiste. On ne peut déduire de la comparaison d'une échelle graphique parfaite [l'échelle en lieues et la mesure directe des distances sur la carte] et de coordonnées fantaisistes qu'une chose : les coordonnées ont été rajoutées au petit bonheur, sur un fond de carte antérieur confectionné selon des méthodes autres que celles de la mise en place de chaque lieu par l'observation des astres".

  De même, les cadrans de marée, parfaitement inutiles à l'utilisateur de cette carte, ne participent plus qu'à la décoration. 

2. Celle-ci a été complétée dans les terres d'une part par un bon connaisseur du nord de la Basse-Bretagne (Léon), d'autre part à l'aide des informations fournies par les commerçants ambulants.

Il y a eu d'abord un document de marins, et il a été complété dans les terres par les informations des voyageurs. Les toponymes sont plus nombreux et mieux placés en Léon et Trégor; la densité de paroisse diminuant de moitié entre le Léon d'une part, et le secteur Nantes-Vannes-St-Malo, d'autre-part. Celui qui a complémenté le fond de carte était vraisemblablement bretonnant puisque des formes bretonnes existent. Les commerçants itinérants ont fournis des indications de distance et de terrain autour des axes routiers, et (en dehors du Léon) les seuls hameaux figurés sont des points de passage difficiles sur les grandes routes. La source ecclésiastique semble absente, les abbayes étant soit mal placées, soit omises.

3. La gravure a été faite au loin par un graveur ne connaissant pas la région.

Le graveur était un bon artisan, presqu'autant que Tavernier, mais responsable de fautes de copies de la carte manuscrite par méconnaissance de la Bretagne. Le relief et le rendu des côtes est soigné, plus précis que la seconde gravure par Tavernier.


4. La correction a été faite par un habitant connaisseur de la Haute-Bretagne septentrionale (D'Argentré ?).

Car les erreurs corrigées prédominent dans cette région et que, inversement, les erreurs subsistent en Basse-Bretagne et région nantaise. Par ailleurs des noms de lieux ont été ajoutés après-coup et en biais dans la région de Rennes.

5. Un tirage définitif opéré hors de la surveillance de la géographie de la Bretagne.

6. Un exemplaire du tirage définitif a été corrigé par un correcteur identique ou proche du correcteur du premier cuivre. , permettant une seconde gravure (par Tavernier pour Bouguereau) améliorée.

7. Une plaque gravée perdue ou détruite (guerre...) après un faible nombre de tirage, imposant aux successeurs une nouvelle gravure, mais qui, faute d'être supervisée, accumulera les erreurs.

  En résumé, Jean-Pierre Pinot conclue à la collaboration de cartographes Bas-Bretons at d'un éditeur de Haute-Bretagne, soit en clair, des ateliers de l'école de cartographie du Conquet et de l'équipe secrétariale de Bertrand d'Argentré.

 

 

SOURCES :

L. Dujardin-Troadec, Les cartographes bretons du Conquet, la navigation en images, 1543-1650, Brest 1966.

  Ieuan E.  JONESD'Argentré's history of Brittany and its maps. University of Birmingham - Department of Geography, 1987 : 62 p. - 33 fig. : ill. ; 30 cm .

 Jean-Pierre PINOT  Les origines de la carte incluse dans "l'histoire de Bretagne" de Bertrand d'Argentré.  .Journées d'études sur la Bretagne et les Pays Celtiques : 1990-1991 : Kreiz 1 Brest, ED. C.R.B.C., 1991 .p.195-227; 21 cm .

Par jean-yves cordier
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