Dimanche 16 décembre 2012 7 16 /12 /Déc /2012 12:30

       Les Livres d'Heures manuscrits de la bibliothèque Les Champs Libres de Rennes (2).

  Le thème de la sage-femme: Zélomi, Salomé ou sainte Anastaise?


             Suite de : La Vierge couchée (5) dans les Nativités des Livres d'Heures de Rennes.

    Une nouvelle exploration des manuscrits conservés à la bibliothèque Municipale de Rennes révèle encore deux exemples de Vierges couchées, ou Vierges en couche, "Vierges en gésine sur son lit d'accouchée" selon la formulation de Louis Réau. Sur les 39 manuscrits religieux (5 Bibles, 26 Livres d'Heures et 8 divers), cela représente donc un total de 7 occurences, plus d'un sixième des livres d'Heures soit un chiffre très élevé si on le compare à la rareté avec lequel ce thème est traité en sculpture.

   Une recherche sur le site Enluminures (qui regroupe des miniatures des manuscrits numérisés français) donne le résultat suivant: sur 227 "Nativités" (mot clef de l'Index), la Vierge est couchée sur 65 d'entre elles : plus du quart d'entre-elles.

 Mais ces nouveaux exemples vont illustrer cette fois-ci un nouveau thème : celui de la sage-femme. Une introduction serait nécessaire, mais puisque j'ai découvert grâce à ces images ce motif iconographique, je placerai le chapitre explicatif à la fin.

I. Le Livre d'Heures de Jean de Montauban.

Livre d'Heures de Jean de Montauban, © Médiathèque Rennes MS1834, 1430-1440, artiste : Maître des Heures de Jean de Montauban. 

Folio F.47 L'Adoration des bergers. (scène secondaire : la circoncision). Photo Central Studio BIB20060602039.

                         BIB-20060602-039.img

 

Idem, détail.

                          BIB-20060602-039.imgcc.jpg

 

  1. L'enluminure.

L'image est pleine d'intéret ; tout d'abord, je constate qu'elle rappelle l'Adoration des bergers du manuscrit Rennes MS0029 ("Livre d'Heures du XVe siècle"). Même disposition du lit, même couverture rouge et or, même coussin vert, même palissade en osier, etc... Mais comme dans un jeu des sept erreurs, l'artiste a ajouté un tabouret à droite du lit, les bergers sont quatre et non plus trois, le ciel de lit est bleu plutôt que rouge, quatre anges assistent à cette Nativité,...

 Saint Joseph semble plus jeune, il n'a plus de canne, ses cheveux et sa barbe sont noirs. Un détail toujours remarquable est constitué par la bourse, ou aumonière, dont on ne sait s'il faut l'interpréter comme un accessoire de chef de famille, ou comme un indice de la judéité du saint.

 L'Enfant-Jésus est emmailloté, mais tourne son visage vers sa mère : la Vierge, attentive à son fils, est allongée ou demi-assise contre des coussins, son manteau bleu ajusté au niveau du buste s'épanouissant en une corolle dans sa partie basse ; ses cheveux s'échappent d'un turban blanc.

  Une femme, nimbée, vêtue d'une robe mauve pâle, tend les bras en se penchant légèrement vers l'Enfant. Ses cheveux sont longs. Sa taille est entourée par une sorte de repli d'étoffe, sans ceinture ni accessoire visible. C'est la présence de cette femme, une sainte comme l'atteste son auréole, qui va retenir mon attention.

2. Le manuscrit.

Source : site bibliorare.com : http://www.bibliorare.com/cat-vente_agut10-10-2001.htm

  Appartenant à la bibliothèque de l'industriel Marcel Jeanson, il a été acquis par la Bibliothèque de Rennes le 10 octobre 2001 à l'Hôtel des Ventes Claude Agutte de Neuilly. Ce Livre d'Heures selon l'usage du diocèse de saint-Brieuc (Horae secundum usum Briocensem) daté des années 1430-1440 a été vraisemblablement exécuté pour l'amiral Jean de Rohan (1412-1466), sire de Montauban et époux d'Anne de Kérenrais, puisque le commanditaire apparaît présenté par saint Jean et que les armes de la famille de Rohan-Montauban de gueules à neuf macles d’or, au lambel d’argent figurent sur une quarantaine de pages. Néanmoins, bien que l'ouvrage soit écrit pour un homme (Obsecro), Jean de Montauban a dû offrir ce livre à sa soeur Ysabeau de Montauban car  c'est son nom, avec celui de son époux Tristan du Périer, comte de Quintin  qui figurent sur le calendrier. 

 Jean de Montauban, chambellan de Charles VII et maréchal de Bretagne, bailli du Cotentin,  fit avec le duc François Ier la campagne de Normandie en 1450 et celle de Guyenne sous Charles VII. Il fut nommé Grand Maître des Eaux et Forêts et amiral de France en 1461 par le roi Louis XI et meurt en 1466.

  Le manuscrit comporte 129 folios de parchemin, et 110 miniatures dont 37 grandes compositions en pleine page. Les vingt premières sont l'oeuvre du "Maître des Heures de Montauban", enlumineur breton caractérisé par ces pages pleines, leur cloisonnement, et leurs couleurs sombres et violentes; on note l'importance de la chasse, plusieurs enluminures étant consacrées à saint Julien et à saint Eustache, avec au total 20 scènes cynégétiques. Cet enlumineur est proche du « maître des Heures de Rohan » et du « maître des Heures de Marguerite d'Orléans » dont il a subi l'influence.

 

  Les suffrages honorent un certain nombre de saints bretons, comme  Guillerme, évêque de Saint-Brieuc (10 janvier), Gildas, abbé [de Rhuys] (29 janvier), Guennolé, abbé [de Landévenec] (3 mars), Tugdual, évêque (6 juin), Mériadec, évêque [de Vannes au VIIe s.] (9 juin), Jacut, abbé [en Bretagne au VIe s.] (5 juillet), Turian (ou Turiau), évêque [de Dol] (13 juillet), Samson, évêque [de Dol] (28 juillet), Guillaume, évêque [de Saint-Brieuc] (29 juillet), Armel, ermite [en Bretagne] (16 août)…

 

Il existe à la Bibliothèque nationale (ms lat. 18026) un manuscrit provenant du même atelier, exécuté pour Jean de Montauban et sa femme Anne de Kéranrais, mais marqué aussi aux armes des Visconti, Bonne de Visconti étant la mère de Jean de Montauban.Je ne suis pas parvenu à y avoir accès. Deux livres d’heures furent ainsi apparemment réalisés pour Jean de Montauban. 

 

 

 

  II. Livre d'Heures à l'usage de Bayeux.

      Livre d'Heures à l'usage de Bayeux, Manuscrit Rennes MS0032, vers 1460, artiste :Maître de l'Échevinage de Rouen.

© Médiathèque Rennes, Folio F.102v, La Nativité, BIB20060406-055.

                  BIB-20060406-055.img

 

L'enluminure.

  Exception à ma série, la Vierge n'est pas couchée. Mais la présence à ses cotés d'une femme qui tend les mains jointes vers l'Enfant-Jésus retient mon attention. Ce n'est pas la "petite dame" en posture de commanditaire qu'a décrit Jean-Luc Deuffic dans les enluminures du Maître de l'échevinage de Rouen http://blog.pecia.fr/post/2012/10/08/La-dame-des-Heures-%C3%A0-l-usage-de-Rouen C'est à-priori une sage-femme, qui ne porte pas d'auréole, mais une grande coiffe en turban. Elle tient devant la taille un linge blanc, qui me fait considérer autrement le repli de la robe de la sage-femme du MS1834 que nous venons de voir. 

  Joseph est ici remarquable par le cierge qu'il tient ; sa posture penchée vers l'Enfant le fait participer à la scène, tout au contraire des Nativités où il est en retrait. C 'est un motif présent dans des oeuvres flamandes, chez Campin notamment. 

  L'étoffe tendue en fond derrière Marie, rouge damassée d'or, est caractéristique de l'enlumineur, tout comme la prédominance des rouges et des bleus.

Le manuscrit : 

  Le Livre d'Heures à l'usage de Bayeux Rennes MS 0032 est un manuscrit sur parchemin daté vers 1460,  rédigé en latin et en français et réalisé en Normandie. Les enluminures sont attribuées au Maître de l'Echevinage de Rouen, artiste actif entre 1460 et 1480 et aussi appelé "Maître du latini de Genève". Il est en effet l'illustrateur de nombreux ouvrages parmi la vingtaine de ceux  qui constituaient la Bibliothèque de l'Hôtel de Ville de Rouen, bibliothèque dont les livres, fixées par des chaînes, étaient consultables publiquement pour constituer une sorte d'encyclopédie. Parmi ceux-ci, on cite la Chronique de la Bouquechardière, la Cité de Dieu d'Augustin, une Bible , un Coutumier de Normandie, une Chronique de Charles VI et de Charles VII, le Trésor de Brunet Latin, le Livre des trois Eages de Pierre Choisnet ou le Cas des Nobles hommes et femmes de Boccace.  On retrouve chez lui l'influence des artistes flamands et italiens.

 

 

 

 

 

III.  Livre d'Heures à l'usage de Saint-Malo.

Nativité, Livre d'Heures à l'usage de Saint-Malo, XVe siècle, miniature mi-page, artiste inconnu. © Médiathèque  Rennes MS1510 folio F.37. BIB20091208-004. Miniature retouchée au XIXe siècle.



                                  BIB-20091208-004.img détail

 

  L'image paraît plus ancienne que les précédentes, ou plus frustes. Les repères sont plus flous : quel est ce fond carrelé bleu et rouge ? La couverture bleue est-elle le manteau de la Vierge ? Celle-ci est elle-allongée dans l'herbe ? Quel est ce paravent auquel elle s'adosse ? La Mère semble avoir les épaules nues, mais recouvertes par la chevelure, expressément longue. Est-elle en train de donner le sein gauche à l'Enfant emmailloté ? (l'examen détaillé répond par l'affirmative).

  Quelle est la femme placée à sa gauche ? Elle porte un nimbe

Joseph présente des caractéristiques déjà observées dans les Nativités précédentes: la barbe, le bonnet jaune (en capuchon ici), et la canne sur laquelle il s'appuie ; mais aussi la posture pensive, tête inclinée et regard oblique.

  On notera aussi un autre élément, la présence d'un tabouret à quatre pieds: quel en est le sens ? C'est en général le siège qu'adopte saint Joseph.

 

 Je retiens les deux détails particuliers : la Vierge allaitante ; et la présence de la sage-femme.

 

II. Iconographie de la Sage-femme dans les Nativités.

      Note : cet article s'est écrit par étapes : j'ai commencé en rapprochant ces enluminures de la collection de Rennes de  quelques autres exemples identiques seulement, puis la liste iconographique s'est accrue ; j'ai formulé assez vite l'hypothèse que ce n'était  pas Zélomi et Salomé qui étaient représentées, mais sainte Anastaise, dont j'ignorais l'existence auparavant et dont je découvris l'importance... en litterature. Peu encouragé par l'absence de mention de cette sainte dans l'iconographie, François Avril s'étant prononcé pour les sages-femmes apocryphes dans les Heures illustrées par Le Tavernier, et déçu de constater que toutes ces saintes avaient chacune une paire de mains (Anastaise n'en ayant pas), j'allais néanmoins conclure, bien solitairement, lorsque  je  découvris l'article très complet de Diane Booton qui décrivait sainte Anastaise, sans ses mains, dans la Nativité du Livre d'Heures du Maître de Spitz du Getty Center : on ne pouvait trouver meilleur encouragement. Enfin je trouvais le tableau de Lorenzo Lotto où "Salomé" tendait deux moignons vers l'Enfant-Jésus...

  Ces trois Nativités des Heures conservées à Rennes montrent une femme, nimbée dans deux cas, se tenant à gauche du lit ou de la Vierge en proximité immédiate de celle-ci et vêtue d'une robe ajustée mauve, verte ou bleu-noir à encolure arrondie.  

  Ce motif semble rare parmi les manuscrits enluminés, et la base de données du site Enluminures m'en indiquait deux exemples : 

  • Heures d'Anne de Mathefelon, Maître de Luchon, Bourges, Musée du Berry inv. 1924.4.1 f.064, 1415-1420.
  • Heures à l'usage de Paris, Carpentras, BM ms 0049 f.061, second quart du 15ème siècle. 

  Qui est cette femme ? Il n'est pas bien-sûr pas possible que ce soit une servante ou un membre de la famille (Marie et Joseph se sont réfugiés dans une étable), et la seule éventualité plausible est qu'il s'agisse de l'une des sages-femmes que mentionnent les textes apocryphes. 

L'originalité du thème a été souligné par François Avril lorsqu'il l'a décrit chez Jean Le Tavernier notamment dans sa Nativité du Bréviaire dit de Philippe Le Bon à l'usage de Paris du ms 9511, folio 43v, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

François Avril  Jean Le Tavernier : un nouveau livre d'heures  Revue de l'Art 1999 , 126,  pp. 9-22   http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rvart_0035-1326_1999_num_126_1_348471.

 Cet auteur décrivait trois autres occurences de ce thème dans les oeuvres de Le Tavernier, dans deux grisailles de la Nativité du Livre d'Heures de Philippe Le Bon de La Haye, Bibliothèque Royale, ms 76F2 folio 12 et 245, dans la Nativité de Miroir de salvation humaine, Paris, BnF Fr 6275 folio 49, et dans le premier des Livres d'heures décrits dans les catalogues de la Librairie Heribert Tenschert.

  Je trouve sur le site de la Bibliothèque royale de La Haye (parmi les reproductions proposées en carterie), un autre exemple tiré d'Heures à l'usage de Valence, CA 1462, KW 135 J 55 folio 84v (parchemin, 150x100 mm, 167 folios).

Dans Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne BNF latin 9474, le folio 218v est donné à voir, sur la base de données Mandragore de la BNf, avec le titre " Christ adoré par sa famille", titre peu compréhensible pour une image où Marie assise et tenant l'Enfant est encadrée par Joseph et par une sainte femme, derrière lesquelles se tiennent deux femmes nimbées, les mains jointes. Je propose de voir en celles-ci les sages-femmes, d'autant que l'oraison qui suit (f. 219r) rend grâce à la virginité de Marie selon la formule classique "Virgo ante partum, virgo in partu : et virgo post partum". 

 En peinture  Le modèle, la référence est constituée par le panneau La Nativité de Robert Campin (Maître de Flémalles) du Musée des Beaux-Arts de Dijon et datée de 1425. On y voit les deux sages femmes, "la bonne et la mauvaise", Zélomi et Salomè, dont l'une est de dos et l'autre de face.  Le Retable de Saint-Vaast de Jacques Daret (1433-1435) Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid montre une scène analogue, dont les détails sont étudiés sur le site http://artifexinopere.com/?p=1837. Mais une sage-femme peut aussi être vue sur une œuvre encore plus célèbre, la Nativité de Giotto pour la chapelle de Scrovegni, et deux femmes donnant le bain à Jésus sont peintes par Giotto à Assise.

 

  En réalité, le théme peut être retrouvé dans les manuscrits carolingiens, comme dans le sacramentaire de Drogon de Metz vers 845-855. Dans cet exemple qui réunit sur la même lettre historiée quatre Nativités, il y est associé à une représentation du bain donné par deux femmes.

  On peut le trouver dans la base Mandragore de la BnF dans d'autres manuscrits encore.

  Nous pouvons donc dresser la liste provisoire suivante :

1. Miniatures :

  •  Sacramentaire de Drogon, 845-855, Metz
  • Heures de Jean de Montauban, 1430-1440, Rennes
  • Heures à l'usage de Bayeux, 1460, Rennes,
  • Heures à l'usage de Saint-Malo, XVe siècle, Rennes
  • Heures d'Anne de Mathefelon, 1415, Bourges
  • Heures à l'usage de Paris, 1425-1450 Carpentras, 
  • Bréviaire de Philippe Le Bon, Bruxelles
  • Heures de Philippe le Bon, 1450-1460, La Haye, 
  • Grandes Heures d'Anne de Bretagne, Paris BNF latin 9474 f. 218.
  • Miroir de salvation humaine,  Paris, BnF ms Fr. 6275 folio 49
  • Heures de Valences, v.1460, La Haye,
  •  Missale ad usum fratrum minorum, Milan v1385-90 Paris BnF ms Latin 757 F.283 v, 
  • Vie des saints, 1425-1450, Paris BnF ms fr. 185 folio 6v 
  • Légende Dorée traduite par Jean de Vignay, 1348,  Paris BnF ms Fr 241 folio 17,
  • Légende Dorée traduite par Jean de Vignay, c1415, BnF ms 415-416
  • Légende Dorée traduite par Jean de Vignay, c1420, Bruxelle Bibl Roy. ms 9228 f.21.
  • Missel à usage de Nantes, v.1450, Le Mans BM 0223 f.014v
  • Missel franciscain, 1400-1415, Le Mans BM ms 0249 f 016v.
  • Livre d'Heures du Maître de Spitz, v.1420, Los Angeles, Getty Center MS 57 fol.84.

2. Peintures :

  • Giotto, Nativité, 1303-1306, Padoue
  • Giotto, Nativité, 1310, Assise.
  • Robert Campin, Nativité, 1425, Dijon.
  • Jacques Daret, 1435, Madrid.
  • Lorenzo Lotto, Nativité 1527, Sienne.

3. Sculpture.

  • Fragment d'une Nativité, région de Bruxelles, 1550-1559, Le Louvre.

 Il est assez aisé de distinguer deux types de représentation : soit, selon le "modèle" de Robert Campin, la femme est richement vêtue, richement coiffée (souvent d'un turban), et dépourvue de nimbe : c'est à mon sens, la sage-femme Salomé, ou la "bonne" sage-femme Zélomi. Soit encore la femme est vêtue d'une robe très simple, souvent mauve ; elle tend les bras vers l'avant, parfois pour présenter l'Enfant et sa tête porte dans deux cas sur trois l'auréole : c'est peut-être la bonne sage-femme Zélomi, (quoique je ne sache pas qu'elle ait été reconnue sainte et méritant à ce titre l'auréole), mais c'est plus vraisemblablement sainte Anastaise, dont on découvrira l'hagiographie plus bas. 

  Dans tous les cas, la gestuelle des mains des trois personnages (Marie, Joseph et la sage-femme) est soulignée, son importance est manifeste, mais malgré les interprétations qu'en ont donné certains commentateurs, jamais je ne constate explicitement que l'une des mains de la sage-femme soit incontestablement desséchée, ou modifiée.

 

 

 


Voici les images correspondantes :


• Sacramentaire de Drogon, Metz, © BnF manuscrit latin 9428 fol 24v  (scène du haut à droite) :

  lat 9428 024v BnF latin sacramentaire de Drogon Metz, entre

 

 •  Heures d'Anne de Mathefelon, © Bourges Musée du Berry inv.1924.4.1 f.064 IRHT 045715A p :

 IRHT 045715A-p Bourges musée berry inv 1924.4.1 f.064 heu

 

 

• Heures à l'usage de Paris, © Carpentras BM ms 0049 f.061. IRHT 072669 p :

                         IRHT 072669-p carpentras BM ms 0049 f 061 Heures usage Pari

 

 

• Bréviaire dit de Philippe Le Bon, et le Miroir de salvation humaine, : les deux oeuvres ayant fait parti de l'exposition Miniatures flamandes 1404-1482 de la BnF, on peut les voir sur son site, soit  dans l'album Jean Le Tavernier de la BnF ici, image 18 et 20 : http://expositions.bnf.fr/flamands/albums/letavernier/index.htm,  soit http://expositions.bnf.fr/flamands/grand/fla_155.htm 

 

 

      Grandes Heures d'Anne de Bretagne BNF latin 9474 f. 218v

      

 

 

• Livre d'Heures de Philippe le Bon, KB, La Haye :

76f2 139r livre heure phil le bon la haye Le tavernier

 

• Heures de Valences, KB La Haye :

135j55 084v naissance de Jésus La Haye

 

 

• BnF Français 185 Folio 6v, Vie des saints :

BnF français 185 6v 2eme quart 14eme siècle Vie des saint

 

 

 

• BnF Latin 757 Foilo 283v Missale ad usum fratrum minorum, Milan v.1385-1390 :

BnF latin 757 f. 283v sage femme et bain Missale ad usum fr

 

 

• Légende Dorée traduite par Jean de Vignay, 1348,  Paris BnF ms Fr 241 folio 17 :

legende dorée trad. jean de Vignay BnF français 241 f.17

 

 

 

• Missel à usage de Nantes, v.1450, Le Mans BM 0223 f.014v

IRHT 082497-p le mans ms 0223 f 014v missel usage nantes v

 


• Missel franciscain, 1400-1415, Le Mans BM ms 0249 f 016v :

IRHT 082641-p le mans BM 0249 f 016v Missel franciscain

 

• Livre d'Heures du Maître de Spitz, v.1420, Getty center MS 57 fol.84 : selon Diane E. Booton, la sainte placée à l'arrière de la Vierge n'a pas de mains, ce dont il était difficile d'être absolument certain en examinant la reproduction.

       

 

Giotto, Nativité, 1303-1306, chapelle de Scovegni, église de l'Arena, Padoue

Giotto, Nativité

 

Giotto, Nativité, 1310, Assise, fresque de l'église san Francesco. Wikipédia

 

 

 

 

• Robert Campin, Musé des Beaux-Arts de Dijon BAD 150, huile sur panneau.

Fichier:Robert Campin 003.jpg

 

• Nativité, Jacques Daret, http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Jacques_Daret_-_Adoration_of_the_Child_-_WGA5933.jpg

File:Jacques Daret - Adoration of the Child - WGA5933.jpg

 

 

• Région bruxelloise, seconde moitiè XVe siècle. Le Louvre, http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=2465

3288 s0004867.001 Louvre, sage-femme dans l'étable de la N

 

 

III. Interprétation du thème à la lumière des textes anciens.  

                                                 

  Ces différentes oeuvres montrent donc une ou deux sages-femmes assistant à la Nativité de l'Enfant-Jèsus ; mais pourtant, la présence d'une sage-femme n'est pas signalée dans les évangiles. D'autre-part, la virginité de La Vierge implique que, précisément, la présence d'une sage-femme n'est pas nécessaire. Enfin, deux des trois sages-femmes des Heures de la Bibliothèque de Rennes portent le nimbe qui atteste de leur sainteté : de quelle sainte s'agit-il ?

  Pour répondre à ces questions, il faut étudier les textes apocryphes et les hagiographies et légendes médiévales.

 

1. Les textes apocryphes.

  Ce sont ces textes qui font apparaître deux sages-femmes, Zébel (Zahel, Zélomi), la "bonne" qui croit à la Virginité de Marie, et Salomé, "la mauvaise" qui met en doute celle-ci, procède à une vérification, en est punie par le dessèchement de la main puis guérit grâce à un ange qui lui conseille de toucher les langes de Jésus. Leur présence n'a rien à voir avec la maïeutique, mais permet d'attester la naissance virginale de Jésus, et la phrase clef est celle de Zébel : "Ce nouveau-né n'a connu nulle souillure de sang, l'accouchée n'a éprouvé nulle douleur. La vierge a enfanté et après l'enfantement continue d'être vierge" . Naissance sans effraction et sans douleur ( par inversion de la malédiction d'Éve : "tu enfanteras dans la douleur"). La seconde phrase en latin, Virgo peperit filium est une citation d'Isaïe 7,14, mais elle correspond aussi à celle-ci :Virgo concepit, virgo peperit, virgo permansit, "Vierge elle a conçu, vierge elle a enfanté, vierge elle est demeurée." :  c'est la phrase que la Patrologie latine n'a cessé de reprendre pour affirmer la virginité ante partum, in partu et post partum, pour affirmer le dogme de l'uterus clos (clausus uterus) et appliquer à Marie le verset d'Ezechiel 44,2 "Il est une porte close dans la maison du Seigneur, qui ne s'ouvrira jamais". (voir Jacques Dalarun link ) Face à l'importance d'un tel dogme, et à la présentation de Marie comme une Nouvelle Éve, on voit que le rôle des deux sages-femmes n'est pas accessoire.

1. Protévangile de Jacques, (Nativité de Marie) texte grec du IIème siècle.

CHAPITRE XVIII.

Et trouvant en cet endroit une caverne, il y fit entrer Marie, et il laissa son fils pour la garder, et il s'en alla à Bethléem chercher une sage-femme.[...]

CHAPITRE XIX.

   "Et voici qu'une femme descendant des montagnes, lui dit : « Je te demande où tu vas? » Et Joseph répondit : « Je cherche une sage-femme de la race des Hébreux. » Et elle lui dit : « Es-tu de la race d'Israël?» Et il répliqua que oui. Elle dit alors : « Et quelle est cette femme qui enfante dans cette caverne? » Et il répondit : « C'est celle qui m'est fiancée. » Et elle dit : « Elle n'est pas ton épouse?» Et Joseph dit : « Ce n'est pas mon épouse, mais c'est Marie qui a été élevée dans le temple du Seigneur, et qui a conçu du Saint-Esprit » Et la sage-femme lui dit : « Est-ce que c'est véritable? » Et il dit : « Viens-le voir. » Et la sage-femme alla avec lui. Et elle s'arrêta quand elle fut devant la caverne. Et voici qu'une nuée lumineuse couvrait cette caverne. Et la sage-femme dit: « Mon âme a été glorifiée aujourd'hui, car mes yeux ont vu des merveilles. » Et tout d'un coup la caverne fut remplie d'une clarté si vive que l'œil ne pouvait la contempler, et quand cette lumière se fut peu à peu dissipée, l'on vit l'enfant Sa mère Marie loi donnait le sein. Et la sage-femme s'écria : « Ce jour est grand pour moi, car j'ai vu un grand spectacle. » Et elle sortit de la caverne, et Salomé fut au devant d'elle. Et la sage-femme dit à Salomé : « J'ai de grandes merveilles à te raconter ; une vierge a engendré, et elle reste vierge. » Et Salomé dit : « Vive le Seigneur mon Dieu ; si je ne m'en assure pas moi-même, je ne croirai pas. »

CHAPITRE XX.

Et la sage-femme, rentrant dans la caverne, dit à Marie : « Couche-toi, car un grand combat t'est réservé. » Salomé l'ayant touchée, sortit en disant : « Malheur à moi, perfide et impie, car j'ai tenté le Dieu vivant. Et ma main brûlée d'un feu dévorant tombe et se sépare de mon bras. » Et elle fléchit les genoux devant Dieu, et elle dit : « Dieu de nos pères, souviens-toi de moi, car je suis de la race d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Et ne me confonds pas devant les enfants d'Israël, mais rends-moi à mes parents. Tu sais, Seigneur, qu'en ton nom j'accomplissais toutes mes cures et guérisons, et c'est de toi que je recevais une récompense. » Et l'ange du Seigneur lui apparut et lui dit : « Salomé, Salomé, le Seigneur t'a entendue; tends la main à l'enfant, et porte-le; il sera pour toi le salut et la joie. » Et Salomé s'approcha de l’enfant et elle le porta dans ses bras, en disant : « Je t'adorerai, car un grand roi est né en Israël. » Et elle fut aussitôt guérie, et elle sortit de la caverne justifiée. Et une voix se fit entendre près d'elle, et lui dit: « N'annonce pas les merveilles que tu as vues, jusqu'à ce que l'enfant soit entré à Jérusalem."

  C'est ce que décrit Robert Campin dans sa Nativité  : Salomé se tient debout, désignant sa main droite desséchée (ou plutôt ici pendante, paralysée comme dans l'évangile arabe de l'enfance) et portant sur un phylactère Cream quum probarim "Je croirais ce que je peux vérifier" alors que l'ange sur la gauche lui dit  Tange puerum et sanaberis, "touche l'enfant et tu seras guérie". Zélomi, de dos, porte le phylactère où ses paroles sont inscrites :Virgo peperit filium, "La Vierge a enfanté d'un fils".


  Évangile du pseudo-Matthieu (Le Livre de la Naissance de la Bienheureuse Vierge Marie et de l'enfance du Sauveur), vers 550-570.  

 

Texte sur le thème de l'enfance de Jésus en Égypte et à Nazareth, et présenté dans les manuscrits comme une traduction latine faite par Jérôme d'un ouvrage grec. 

 Version médiévale  : BnF, Paris (Lat. 11867, fin XIIIe ou début XIVe s.) provenant de l'abbaye de Marmoutier.

 

      Chap. XIII, 2 -5

  "Et, après avoir dit cela, il fit arrêter la monture et invita Marie à descendre de la bête et à entrer dans une grotte où régnait une obscurité complète, car elle était totalement privée de la lumière du jour. Mais, à l'entrée de Marie, toute la grotte se mit à briller d'une grande clarté, et, comme si le soleil y eût été, ainsi elle commença tout entière à produire une lumière éclatante, et, comme s'il eût été midi, ainsi une lumière divine éclairait cette grotte. Et cette lumière ne s'éteignit ni le jour ni la nuit, aussi longtemps que Marie y accoucha d'un fils, que des anges entourèrent pendant sa naissance, et qu'aussitôt né et debout sur ses pieds ils adorèrent en disant: "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté."

3 Et Joseph, trouvant Marie avec l'enfant qu'elle avait mis au monde, lui dit: "Je t'ai amené la sage-femme Zahel, qui se tient à l'extérieur de la grotte, car elle ne peut pas y entrer à cause de la trop grande clarté." À ces mots, Marie sourit. Mais Joseph lui dit: "Ne souris pas, mais prends soin qu'elle puisse t'examiner, pour voir si tu n'as pas besoin du secours de sa médecine." Et Marie l'invita à entrer. Et, quand Marie lui eut permis l'examen, la sage-femme s'écria a haute voix et dit: "Seigneur grand, pitié! Jamais on n'a entendu ni même soupçonné que des seins soient remplis de lait alors que le fils qui vient de naître manifeste la virginité de sa mère. Ce nouveau-né n'a connu nulle souillure de sang, l'accouchée n'a éprouvé nulle douleur. La vierge a enfanté et après l'enfantement continue d'être vierge."

4 Entendant ces paroles, une autre sage-femme nommée Salomé dit: "Certes, moi je n'y croirai pas, à moins que je ne l'aie constaté moi-même." Et, s'étant approchée de Marie, elle lui dit: "Permets que je t'examine, afin que je sache si les paroles que Zahel m'a adressées sont vraies." Après que Marie l'eut autorisée à l'examiner, dès qu'elle eut retiré sa main droite, celle-ci se dessécha, et Salomé fut oppressée de douleur, et elle s'écria en pleurant: "Seigneur, tu sais que je t'ai toujours craint et que j'ai soigné tous les pauvres sans me soucier de la rétribution. De la veuve et de l'orphelin je n'ai rien accepté, et jamais je n'ai laissé partir l'indigent les mains vides. Et voilà que je suis devenue  malheureuse à cause de mon incrédulité, parce que j'ai osé mettre à l'épreuve ta vierge, qui a enfanté la lumière et est restée vierge après cet enfantement."

5 Et, pendant qu'elle parlait ainsi, un jeune homme resplendissant de lumière apparut auprès d'elle et dit : "Approche-toi de l'enfant et adore-le, touche-le de ta main et il te guérira, car il est le Sauveur de tous ceux qui espèrent en lui." Et aussitôt Salomé s'approcha en adorant l'enfant et elle toucha le bord des langes dans lesquels il était enveloppé. Et du coup sa main fut guérie. Et, sortant au-dehors, elle se mit à crier et à raconter les miracles qu'elle avait vus, ce qu'elle avait souffert et comment elle avait été guérie, en sorte que beaucoup reçurent la foi par sa prédication."

  Autre variante :  "Et lorsque l'Ange eut dit cela, il ordonna à Joseph d'arrêter la bête de somme sur laquelle était montée Marie, car le temps de l'enfantement était venu. Et il dit à Marie de descendre de sa monture et d'entrer dans une caverne souterraine où la lumière n'avait jamais pénétré et où il n'y avait jamais eu de jour, car les ténèbres y avaient constamment demeuré. A l'entrée de Marie, toute la caverne resplendit d'une splendeur aussi brillante que si le soleil y était, et c'était la sixième heure du jour, et tant que Marie resta dans cette caverne, elle fut, la nuit comme le jour et sans interruption, éclairée de cette lumière divine. Et Marie mit au monde un fils que les Anges entourèrent dès sa naissance et qu'ils adorèrent, disant : « Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté! » Joseph était allé pour chercher une sage-femme et lorsqu'il revint à la caverne, Marie avait déjà été délivrée de son enfant. Et Joseph dit à Marie ; « Je t'ai amené deux sages-femmes, Zélémi et Salomé, qui attendent à l'entrée de la caverne et qui ne peuvent entrer à cause de cette lumière trop vive. » Marie, entendant cela, sourit Et Joseph lui dit : « Ne souris pas, mais sois sur tes gardes, de crainte que tu n'aies besoin de quelques remèdes. » Et il donna l'ordre à l'une des sages-femmes d'entrer. Et lorsque Zélémi se fut approchée de Marie, elle lui dit : « Souffre que je touche. » Et lorsque Marie le lui eut permis, la sage-femme s'écria à voix haute : « Seigneur, Seigneur, aie pitié de moi, je n'avais jamais soupçonné ni entendu chose semblable; ses mamelles sont pleines de lait et elle a un enfant mâle, quoiqu'elle soit vierge. Nulle souillure n'a existé à la naissance et nulle douleur lors de l'enfantement. Vierge elle a conçu, vierge elle a enfanté, et vierge elle demeure. » L'autre sage-femme nommée Salomé, entendant les paroles de Zélémi, dit : « Ce que j'entends, je ne le croirai point, si je ne m'en assure. » Et Salomé, s'approchait de Marie, lui dit : « Permets-moi de te toucher et d'éprouver si Zélémi a dit vrai. » Et Marie lui ayant permis, Salomé la toucha, et aussitôt sa main se dessécha. Et, ressentant une grande douleur, elle se mit à pleurer très amèrement et à crier, et à dire : « Seigneur, tu sais que je t'ai toujours craint, et que j'ai toujours soigné les pauvres, sans acception de rétribution ; je n'ai rien reçu de la veuve et de l'orphelin, et je n'ai jamais renvoyé loin de moi l'indigent sans le secourir. Et voici que je suis devenue misérable à cause de mon incrédulité, parce que j'ai osé douter de ta vierge. » Lorsqu'elle parlait ainsi, un jeune homme d'une grande beauté apparut près d'elle et lui dit : « Approche de l'enfant, et adore-le, et touche-le de ta main, et il te guérira, car il est le Sauveur du monde et de tous ceux qui espèrent en lui. » Et aussitôt Salomé s'approcha de l'enfant, et l'adorant, elle toucha le bord des langes dans lesquels il était enveloppé, et aussitôt sa main fut guérie. Et, sortant dehors, elle se mit à crier et à raconter les merveilles qu'elle avait vues et ce qu'elle avait souffert, et comment elle avait été guérie."

 

L'évangile arabe de l'enfance, Ve siècle.

Le livre des miracles de notre Seigneur, Maître et Sauveur Jésus-Christ.

"Chapitre 2..... Lorsqu'ils atteignirent la grotte, Marie dit à Joseph : "Voici que le temps de mes couches est venu; il m'est impossible d'aller jusqu'au village. Entrons plutôt dans cette grotte." A ce moment le soleil se couchait. Joseph, de son côté partit en hâte pour amener à Marie une femme qui l'assisterait. Sur ces entrefaites, il aperçut une vieille femme (de race) hébraïque, originaire de Jérusalem. Il lui dit : "Venez ici, benoîte femme. Entrez dans cette grotte : il y a là une femme qui est sur le point d'enfanter." .Chapitre 3.1. La vieille femme accompagnée de Joseph, arriva à la caverne quand le soleil était déjà couché. Ils y pénétrèrent : elle était remplie de lumières plus belles que les lampes et les flambeaux, plus intenses que la clarté du soleil. L'enfant enveloppé de langes, suçait, posé sur la crèche, le lait de sainte Marie sa mère. 2. Tandis que les deux (survenants) s'étonnaient de cette lumière, la vieille femme dit à sainte Marie : "Etes-vous la mère de  c e nouveau-né?" Sainte Marie dit : "Oui." La vieille femme (lui) dit : "Vous ne ressemblez pas aux filles d'Éve. Sainte Marie dit : "comme mon fils est incomparable parmi les enfants, ainsi sa mère est incomparable parmi les femmes."  La vieille femme répondit en ces termes : "O ma Dame, je suis venue sans arrière-pensée, pour obtenir une récompense". Notre Dame sainte Marie lui dit : "Posez vos deux mains sur l'enfant." Elle les posa et aussitôt, elle fut guérie. Et elle sortit, en disant : "Dorénavant, je serai la servante et  l'esclave de cet enfant tous les jours de ma vie."

 Chapitre 4.[...]. Quant à la vieille femme israélite, lorsqu'elle eut vu ces miracles éclatants, elle rendit grâces à Dieu et dit : "Je vous remercie, ô Dieu, Dieu d'Israël, de ce que mes yeux ont vu la naissance du Sauveur du monde." Chapitre 5.1. Quand furent (accomplis) les jours de la circoncision, c'est-à-dire (quand vint) le huitième jour, la loi obligeait de circoncire l'enfant. On le circoncit dans la caverne. La vieille femme israélite prit le morceau de peau - d'autres disent qu'elle prit le cordon ombilical - et le mit dans une fiole d'huile de nard ancien. Elle avait un fils, parfumeur (de son état); elle lui en fit don, lui disant : "Gardez-vous de vendre cette fiole de nard parfumé, quand bien même on vous en offrirait trois cents deniers." C'est celle fiole que Marie la pécheresse acheta et répandit sur la tête de Notre Seigneur Jésus-Christ et sur ses pieds, qu'elle essuya ensuite avec les cheveux de sa (propre) tête. "

 


      2. hagiographie.

a) La Légende Dorée de Jacques de Voragine. 

  La Legenda Aurea en latin date de 1261-1266 mais elle n'a été traduite en français par Jean de Vignay qu'en 1333-1348 bien qu'il existe une première traduction en français à la fin du XIIIe pour Béatrice de Bourgogne BnF français 23114, ou par le pseudo-Jean Belet BnF fr.20330.

  Dans son chapitre consacré à la Nativité de Notre-Seigneur, l'auteur présente les preuves du caractère miraculeux de la naissance du Christ, et surtout de son caractère virginal : à cette occasion, il cite le Pseudo-Matthieu et la légende des deux sages-femmes. 

   "La naissance de J.-C. fut donc miraculeuse, quant à la génératrice, quant à celui qui fut engendré, quant au mode de génération. I. La génératrice fut vierge avant et après l’enfantement ; on prouve de cinq manières qu'elle resta vierge tout en étant mère : 1° par la prophétie d'Isaïe (VII) : « Voici qu'une vierge concevra et enfantera un fils. » 2° Par les figures : la verge d' Aaron fleurit sans aucun soin humain et la porte d'Ezéchiel demeura toujours close. 3° Par celui qui la garda. Joseph en la soignant toujours, reste témoin de sa virginité. 4° Par l’épreuve. Dans la compilation de Barthélemi et dans le Livre de l’Enfance du Sauveur, on lit que, au moment de l’enfantement, Joseph, qui ne doutait pas au reste que Dieu dût naître d'une vierge, appela, selon la coutume de son pays, des sages-femmes qui s'appelaient l’une Zébel, et l’autre Salomé. Zébel en examinant avec soin et intention la trouva vierge : « Une vierge a enfanté! » s'écria-t-elle. Salomé, qui n'en croyait rien, voulut en avoir la preuve, comme Zébel, mais sa main se dessécha aussitôt. Cependant un ange, qui lui apparut, lui fit toucher l’enfant, et elle fut guérie tout de suite. 5° " etc...

 

      b) Mystères médievaux.

       L'existence des deux sages-femmes est retrouvée dans les mystères médiévaux, comme le Cinquième Miracle de Nostre-Dame par personnages du manuscrit Cangé (De la Nativité de Nostre-Seigneur). 

c) Sainte Brigitte. 

Il est dit de sainte Brigitte d'Irlande qu'elle assista comme sage-femme à la naissance du Christ, assimilée en cela à sainte Bride. La légende de sainte Anastaise lui est attribuée, et elle apparaît alors sans mains pour aider la Vierge à Béthléem. Cette fusion ou confusion se comprend d'autant mieux que Sainte Brigitte de Suède (1302-1373) a décrit dans ses Révélations célestes Livre 6, chapitre 22 comment elle assista, dans l'une de ses visions, à la naissance virginale du Christ, dans un embrasement de lumière : "et la manière de l'enfantement fut si subtile et si prompte que je ne peux connaître et discerner comment et en quelle partie elle se faisait."

Meiss, décrivant le Livre d'Heures du Maître de Spitz, reconnu dans le personnage de la sage femme sainte Brigitte : "The hands of saint Bridget, joigned in prayer, have become detached at the wrist and are held by an angel that has descended from heaven. This demonstration of divine approval of Bridget's prayer and of her acceptance in heaven was unprecedented. It remained unique"

 


3. Sainte Anastaise.

                                  "Elle n'avoit nulles mains, ce dist la gent letrée" Florence de Rome.

  (Ce chapitre suit de très prés la publication de Diane Booton cité en Source : n'ayant pas été traduite en français, j'en est copié de larges extraits.)

  Cette sainte reprend partiellement la figure de Salomé à la main desséchée puis miraculeusemnt guérie, ainsi que  celle de sainte Anastasie de Syrmium* , martyre fêtée le 25 décembre, brulée vive sous Dioclétien (mais dont on dit qu'elle eut les pieds et les mains coupées) , pour fonder une légende particulière : dans celle-ci, Anastaise, née infirme, privée de bras et de mains, rencontre Joseph et Marie à Bethléem, convainc son père de leur accorder l'hospitalité, et est récompensée en retrouvant miraculeusement l'usage de ses mains pour accueillir le corps du Nouveau-Né. Son nom varie entre sainte Anastaise (Le Couronnement de Saint-Louis, v.726 ; Le Roman de la Violette v.5230), ou Anastasie, ou Onestasse (Huon de Bordeaux v.1521), Honestaise (Aliscans, ligne 26), Anestase (Couronnement de saint Louis ; Chronique de Jean d'Outremeuse), Anastace (Florence de Rome, 5704), Anastase (Le Chevalier au Cygne, 778). Elle est mentionnée aussi dans des poèmes religieux comme Le Romanz de saint Fanuel, l'Esposalizi de nostra Dona, Histoire de Marie et de Jésus.

  Sainte Anastasie est mentionnée à la date du 25 novembre dans 54 calendriers liturgiques des missels et bréviaires médiévaux (Anastasie vid. m. Rome) parmi les 515 étudiés par D. Muzerelle dans son site Calendoscope.

  

  Face à la place qu'elle occupe dans la littérature médiévale, je m'étonne (m'étonnais) de son absence dans l'iconographie, du moins sous la forme d'une image explicite d'une femme privée de bras, présente à Béthléem près de Marie, et retrouvant ses mains. Mais je propose de voir dans les images que j'ai regroupé, parmi les femmes qui portent le nimbe, une allusion directe à sainte Anastaise et à sa légende, puisque c'est la seule sainte présente à Bethléem.

 * Il y a plusieurs sainte Anastasie et une certaine confusion entre elles: Anastasie de Syrmium en Pannonie, brulée vive en 304 ; Anastasie de Rome, fêtée le 29 octobre, martyrisée sous Valérien en 253, et que mentionne la Légende Dorée , Anastasie et Basilisse (15 avril), deux matrones romaines décapitées en 68 sous Néron, souvent représentée avec ses mains tranchées autour du cou...

 

 Les textes médiévaux sur Anastaise.

1. Le Couronnement de Louis.

LI CORONEMENZ LOOÏS 

En Bethleem, la mirable cité,

La vos plot il, vrais Deus, a estre nez,

Tot veirement, a la nuit de Noel ;

Sainte Anestase vos feïstes lever :

N’ot nules mains por vo cors onorer 

Vos li rendistes tot a sa volenté.

2. Huon de Bordeaux

Hé! Dix, dist Hues, qui onques ne mentis,

Si vraiement, Sire, com te nasquis,

En Belléem,si com dist li écris,

De le pucelle roïne, Jhesu-Crist

Il n'i ot feme por vostre cors tenir,

fors une dame qui ot moult cler le vis;

Sainte Onnestase ot à non, ce m'est vis.

N'ot éu mains depuis qu'ele nasquis;

A ses moignons, Dix, fust recoillis;

Il n'i ot autre, ce set on tout de fi.

Lues que vous tint, miracles i fesis ;

tantot ot mains lons et drois et traitis,

Si biaus qu'on pot ne penser ne véir.


3. Roman de la  Violette ou de Gérart de Nevers (1227-1229) par le picard Gerbert de Montreuil

A vo naistre vint une dame,

Qui molt par estoit bonne fame ;

Onnestasse, c'estoit ses nons ;

Mais n'ot nulles mains fors moignons;

Dous dex, quant vous dit rechevoir

Lues li fesistes mains avoir

Bieles et blanches comme toile.

4. Romanz de saint Fanuel.

 Sainte Anestese ou Agnetese est dépourvue de mains et de doigts , mais aussi de pieds:

Anestese fu debonere

Moult s'entremist de lor affere

Et mex lor fust s'ele poist

de lor liz fere s'entremist

De la blanche paille et d'estrain

Mes el n'avoit ne pie ne main.

 

Elle déclare à Joseph qui lui demande d'aider Marie :

Sire, dist ele, n'est pas droiz;

Diex ! Ja n'ai je ne mains ne doiz;

Mais toutes voies ge irai,

A tout mon povair aiderai.

  Elle intercède auprès de son père pour que le couple s'abrita dans l'étable. Se présentant pour aider la Vierge, elle reçoit miraculeusement des mains "belles et blanches comme des fleurs". Son père, un grand prètre juif, apprenant cela, décide de couper les nouvelles mains de sa fille, mais il devient aussitôt aveugle, et ne recouvre la vue qu'après avoir déclaré sa foi dans le Nouveau-né. Le poëme conclue :

Seignors, bien avez oï dire

Com Jhesus nasqui de Marie

Et comme il fist miracle bele

Qu'Anaiteise qui tant fu bele

Donna tantost et mains et dois,

Jamés plus beles ne verrois.


 


5. Florence de Rome (1228-1231) Ed. Axel Wallensköld, 1907 Wikisource.

 Extrait de la Prière de Florence.

5700; Elle iert Virge devant et Virge est apellée;

Oncor est elle virge et Virge reclamée ;

La ou vous fustes nez ot grant joie menée ;

Une pucelle i vint, que mout iert esgarée ;

Sainte Anastace ot non, si fu de Romme née ;

Elle n'avoit nulles mains, ce dist la gent letrée,

Aus moignons vos vot prendre, ce fu verté provée

Vos li donastes mains, a la beneürée.

Deus ! que de cuer vos sert nel fet pas en corvée !


6. Die Erlösung.

  Ce poème anonyme haut-allemand écrit en Hesse vers 1300 a été nommé Die Erlösung (la Rédemption) par Karl Bartsch (Leipzig,1858). Il raconte l'histoire de l'homme depuis la Création jusqu'au Jugement Dernier. Anastaise se joint aux deux sages-femmes Zélomi et Salomé autour de la Vierge à Bethléem et donne à l'Enfant son premier bain. Le motif iconographique du Bain de l'Enfant-Jésus est plus rare que celui du bain de Jean-Baptiste ou de Marie dans les Nativités de la Vierge, mais méritera d'être exploré à la recherche d'indices concernant sainte Anastaise. Nous verrons qu'il a été illustré par Lorenzo Lotto.

2945 dâ bî doch ein teil frouwen stûnt nâch des kindelbettes ê, Zebel unde Salomê : die schouweten der mêre, wer dâ geborn wêre dô sie die mûter sahen, glich alle sie dô jâhen.'wâ wart diz wunder ie gesaget ? des kindes mûter ist ein maget, diz hân wir alle wol gesehen.

2956 Ein arme maget was aldâ,

geheisen Anastâsiâ,

die gerte, daz sie sulde sîn,

des jungen kindes dienerîn.

Sie was deboren sunder arm,

gemachet het sie gerne warm

deme kinde ein wazzerbat.

Nû schouwet schiere aldâ zustat

hende und arme sie gewan.

Zuhant sie sich der dinge entsan

iz wêre rehte godes sunt,

der diz wunder kunde dûn. Google books : link

"Il y avait une pauvre fille nommée Anastasia qui voulait être la servante du jeune enfant. Elle était née sans bras, elle aurait bien voulu donner un bain chaud à l'enfant. Or voici que, ici et maintenant, elle recevait des bras et des mains. Elle comprit immédiatement ce qui arrivait, c'était le fils du vrai Dieu qui lui avait accordé ce miracle."

7. Vita Christi, .

Ouvrage écrit en 1374 par Ludolphe de Saxe ou Ludolphe le Chartreux. Une édition est parue à   Paris en 1597. On cite de cet ouvrage que je n'ai pas consulté cet extrait : Joseph va frapper à la porte d'Anastasie pour demander de l'aide, mais la jeune femme lui répond "Comment l'aiderais-je, je n'ai point de mains !"

"Et adonc respond la glorieuse Vierge Marie Ne vous chaille, Anastasie ; approchez-vous tant seulement de moy et recevez l'enfant qui vient".

8. Les Mystères médiévaux.

  Les premières mentions d'une représentation thêatrale faisant intervenir Zélomi, Salomé et Anastaise date de 1333 à Toulon et Bayeux en 1351.

a Esposalizi de nostra dona Maria verges e de Jozep

drame occitan du XIIIe siècle

b. Passion Nostre Seigneur (XVe siècle)

Certes, amis se g'y aloie

Aide ne ly pourroie faire

Dont ce me vient a grant contraire.

Nulles mains n'ay que .ii. moignons

Qui sont enclos en ces manchons

Que véoir povez sy en droit.

 

8. Un cantique provençal.

Il est rapporté par Damase Arbaud, Chants populaires de Provence, Aix 1862 link sous le titre de 

Lou premier miracle :

... De long soun camin rescontro

Une filho senso bras

La Viergi eila te prego

Que la vengues assistar

Coumo vouretz que l'assiste

Siou 'no filho senso bras

Ant pas marchat un quart d'houro

Que la filh' aguet ses bras

A quo's lou premier miracle

Que Jesus-Christ ague fach

Viergi Mario.

 

Sources : Nadine Henrard, Le Théâtre Religieux Médiéval en Langue D'oc link

Diane E. Booton, Variation on a Limbourg Theme : Saint Anastasia at the Nativity in a Getty Book of Hours and in french Medieval Literature, 15Th Centuries studys vol.29, 2004, link

 

 

 

Un détail... à la manière de Daniel Arasse : la Nativité de 1527 de Lorenzo Lotto (Pinacothèque de Sienne, huile sur toile 45x26 cm).

 Cliché de Paul Combusken, détail, link

                754px-Lorenzo_lotto-_nativita_di_gesu-_dett.jpg

 

 

  Daniel Arasse avait fait remarqué, avec sa perspicacité habituelle, la présence dans ce tableau du cordon ombilical noué sur l'abdomen de l'Enfant-Jésus. Mais les mains de la sage-femme, que chacun nomme "Salomé" sont également singulières : elles sont réduites (surtout celle de gauche) à des moignons, des "mains botes", et on ne peut penser qu'il s'agit d'un effet de perspective, car le geste nécessaire pour tendre les mains vers l'enfant exigerait que les doigts soient tendus, en extension, les pouces légèrement écartès, et que le regard se porte vers lui. Ce serait d'ailleurs, en toute logique, la sage-femme (ou matrone) expérimentée qui devrait  donner les soins, et non la jeune mère. Nous sommes devant toute autre chose : Marie, confiante, tend son divin Fils vers Anastaise. On croit l'entendre dire :Ne vous chaille, Anastasie ; approchez-vous tant seulement de moy et recevez l'enfant qui vient. Celle-ci, qui connaît mieux la réalité de son infirmité que d'éventuelles prodiges, regarde, hésitante, se sentant indigne et incapable, la jeune mère pour puiser un peu d'assurance dans ses yeux. "Vraiment, je peux ? Je n'ai que deux moignons." Mais déjà, irradiées par la puissance rédemptrice et thaumaturge de l'Enfant dont la tête émet une croix de rayons de lumière, ses mains s'entrouvent, et des doigts émergent, comme attirés par cet enfant si peu ordinaire. C'est, sous nos yeux, une "conversion" digitale et manuelle à la confiance.

Par jean-yves cordier
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Lundi 3 décembre 2012 1 03 /12 /Déc /2012 19:45

 

 

Les phyllades de l'Anse de Dinan : harmonies en gris.

 

 

 

 

   De curieuses roches devant Kersiguenou.

 


 


 

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Les phyllades de Douarnenez.

    Ces roches qui me charment en laissant mon imagination divaguer sur les arborescences de leurs pétrographies secrètes sont des "phyllades". Du grec phullas, phullados,  φ υ λ λ α ́ ς,  φ υ λ λ α ́ δ ο ς "feuillage, lit de feuilles", le mot apparaît pour la première fois selon le CNRTL dans le dictionnaire de Pierre Claude Victor Boiste en 1823 avec la définition "roche primitive", quoique je le trouve auparavant en 1819 dans le Nouveau Dictionnaire d'Histoire Naturelle de Jacques Eustache de Sève link et dans le Traité de géognosie de J.F d'Aubuisson de Voisin. En fait, c'est à ce dernier auteur qu'il convient d'attribuer la paternité du mot, pour l'avoir proposé à la place du terme assez impropre de "schiste argileux" par lequel les minéralogistes français avaient traduit celui de thonschiefer allemand.

  On notera d'emblée que le mot est masculin : le phyllade.

   Plus précisément, on pourra lire qu'il s'agit de schistes durs et luisants d'aspect soyeux, des sortes d'ardoises (d'ailleurs exploitées comme telle dans les Montagnes Noires) caractérisées par leur structure feuilletée débitable en feuillet. Dans la Presqu'Île, on les désigneraient sous le nom de "tufau".

  En 1828, G. Delafosse (in Bory de Saint-Vincent) précisait que les géologues n'étaient pas d'accord entre eux sur l'application qu'ils font de ce nom de roche, mais il cite comme auteur de référence l'innoublié Louis CORDIER (1777-1861) , père de la cordiérite, mais dont les distingo subtils mais désormais caduques m'échappent. Ce qui m'intéresse, c'est de découvrir que le phyllade arénifère de Cordier (Grauwackenschiefer) est utilisée comme pierre à eau, qui sert à travailler certains outils, et que nombres d'autres phyllades procurent d'excellentes pierres à faux (ovales), pierres à rasoir et pierres à aiguiser (rectangulaires), à condition de ne pas contenir de quartz. 

 

Nos géologues actuels sont plus précis : ce môle rocheux qui apparaît au milieu de l'Anse de Dinan et qui sert d'appui aux dunes de Kersiguenou appartient aux Phyllades de Douarnenez, qui sont des schistes briovériens. Sur cette carte géologique, ils figurent en vert pomme, et le lieu de mes images, c'est le trait minuscule à droite du N de "Anse de Dinan" :

 

  Le Briovérien tire son nom de la ville de Saint-Lô, Briovera, les phyllades de Saint-Lô faisant référence. Datant de -670 à- 540 Millions d'années, ce sont les plus anciennes formations de la presqu'île de Crozon. Je vais mettre un certain temps avant de repérer ce Briovérien, une époque spécifique au massif armoricain, dans l'échelle géologique, et de comprendre qu'elle survient à la toute fin du Précambrien, la période qui débute avec la formation de la terre, avant même ce que je nommais (c'est démodé) l'ére Primaire ou Paléozoïque. A cette époque, il n'y a n'y poissons, ni animaux pluricellulaires, c'est juste avant l'explosion cambrienne, et il n'y avait que des organismes simples ou regroupés en colonies. Inutile d'y chercher des trilobites ! Tout juste des colonies d'algues unicellulaires, et la seule trace de quelque-chose de vivant sera, à la base des bancs, l'empreinte pétrifiée des courants érosifs , que l'on nomme des flute-cast. Ces figures d'affouillement, dont la pointe indique l'amont et la partie élargie l'aval, permet de connaître le sens, mais aussi la direction du courant.

  La carte montre bien que le Briovérien constitue une bonne partie de la Baie de Douarnenez, qu'on la trouve à Morgat à Porz Naye, mais que dans l'Anse de Dinan, la partie apparente est limitée au piton rocheux que j'ai explorée et à la partie sud de la plage de Goulien.

On le décrit en lithologie comme "une formation sédimentaire  schisto-gréseuse constituée d'alternances centimétriques à décimétriques de schistes gris-bleu, parfois noirs, et de termes gréseux (wackes) gris-vert, métamorphisés dans l'épizone (zone à séricite-chlorite)". (BRGM)

  Ces roches sont de nature sédimentaires liés à l'érosion des fragments rocheux arrachés par la mer aux montagnes , les courants très chargés en particule ayant donné naissance à des dépots turbidiques, ou flysch, à des profondeurs de 200 à 1000m.

 

 

Par jean-yves cordier
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Samedi 1 décembre 2012 6 01 /12 /Déc /2012 19:45

Laisses de mer de l'Anse de Dinan, l' Echinocardium cordatum (Pennant, 1777).

 

 

 

 

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        Cet objet translucide et fragile comme une coquille d'œuf est le test* d'un oursin asymétrique en forme de cœur que l'homme, peu soucieux des pléonasmes, à nommé Echinocardium cordatum (en effet cardium, comme cardiaque, signifie "cœur" tout autant que cordatum ). On n'aura guère de mal à lui trouver un nom plus commun, puisque l'animal, quoique sourd, répond aux noms de souris de mer (parce qu'il est, à l'état vivant, couvert d'épines aussi douces et soyeuses qu'un pelage, et aussi surtout parce qu'il vit, durant la journée, au fond d'un terrier creusé dans le sable à 20 cm de profondeur), de souris des sables, d'oursin cœur, d'oursin des sables, d'hérisson de mer ou bien, mais cela froisse ses goûts très simples), de spatangue cordiforme, parce qu'il appartient à l'ordre des spatangoidae. Mais elle se console, la spatangue cordiforme française, en pensant à ses consœurs d'Outre-Manche qui se font traitées de sea potatoes.

  * Je vois bien que mon public s'agite, que des fesses se trémoussent sur les strapontins, que des doigts font mine de se lever, que les visages inquiets cachent mal une impatience fébrile, mais que chacun se rassure : vous l'aurez, l'étymologie du mot test, vous connaitrez la raison de l'utilisation, pour désigner cet exosquelette calcaire, de ce mot qui semble venir du latin testis, "témoin", d' où  proviennent testicules (les deux témoins de la virilité), testament, témoignage, attester, et...test. (En ancien français, les tesmoings, c'étaient les testicules).

    Je pose donc la question qui nous taraude : ces objets s'appellent-ils tests en raison de leur forme de leur forme ovoïde évocatrice ?

 Non. Ayant interrogé le CNRTL, foin de querelles intestines, la réponse tombe, formelle : le mot test est... attesté dans cette acceptation depuis 1200 ou 1220 pour désigner une coquille (d'oeuf), une coque (d'amande), une crustace (je crée le mot) de crabe ou d' écrevisse. L'origine en vient du mot qui, au XIIe siècle, désignait les tessons, les débis de pot cassé, à partir du latin testum, "vase d'argile".

 

                095x

 

                                                                                      089c

 Puisque notre appétit de vocabulaire a été aiguisé, il est temps de lui offrir bonne chère, et de découvrir ce que sont les ambulacres (stricto sensu un lieu de promenade, de déambulation), les fascioles et les radioles, et, par défaut car la Souris de mer en est dépourvue, la Lanterne d'Aristote.

   Je l'ai dit, l'Oursin jaune s'enterre dans le sable, par petits fonds ; il se pose sur sa face plate, dite face inférieure, ventrale ou orale, alors que sa face convexe, ou aborale va communiquer avec la surface des fonds marins par un long conduit oblique s'évasant en son sommet, et donnant passage au pied ambulacraire. L'hérisson de mer est couvert de piquants qui ne piquent guère, qui sont gris beiges et soyeux et qui servent soit, sur la face supérieure, à soutenir les parois du terrier , soit à la face ventrale, grâce à leur forme spatulée en cuillère, à fouir le sable, creuser le terrier, ou guider la nourriture (du sable chargé d'élements organiques) vers la bouche.

 Durant la nuit, il sort pour se nourrir. Pour cela, il dispose d'une grande bouche, mais dépourvue de cet appareil manducateur dont son cousin Paracentrotus lividus (l'oursin commun, quoi) est pourvu et qui comporte cinq dents ; c'est cet organe qui est nommé lanterne d'Aristote.

Le test calcaire est formé de plaques de deux sortes : certaines sont perforées d'orifices qui donnent passage aux pédicellaires et aux pieds ambulacraires, pieds rétractiles munies de ventouses. Ces plaques ambulacraires s'organisent à la face dorsale pour rayonner en une fleur à quatre pétales. D'autres plaques, interambulacraires, sont dépourvues de pores.

 

La face supérieure dorsale :

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      La face inférieure ventrale :

058xcc

 

Source :

 http://mglebrusc.free.fr/textes/la%20mer/Faune/echinocardium.html

http://www.snv.jussieu.fr/bmedia/aimar2/PAGES/118.htm

 

II. Autres trouvailles.

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Par jean-yves cordier
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Dimanche 18 novembre 2012 7 18 /11 /Nov /2012 20:40

 

           La flottille de Pêche Côtière inscrite au registre d'armement du syndicat de Morgat 1945-1965. Liste et onomastique.

 

Je reprends ici, appliquée cette fois aux bateaux armés à la pêche côtière, l'étude du registre d'armement des navires de commerce du Syndicat de Morgat, Quartier de l'Inscription Maritime de Camaret, archives de la Marine 2P5 23, Brest.

  J'emploie les termes "pêche au large" et " pêche côtière" car sur le registre, les navires sont répartis, à la rubrique "nature de l'armement" en "1ère zone" et "2ème zone" puis à partir de 1955 en  "PC" et "PL" là où l'Administration demandait de distinguer "au long cours, au cabotage international ou aux grandes pêches, à la pêche au large, au cabotage, au bornage, à la petite pêche, au pilotage en mer ou en rivière".

 

I.  Liste alphabétique des 150 navires inscrits en pêche côtière (ou pour la 1ère zone de navigation) de 1945 à 1965, au Quartier de Camaret, Syndicat de Morgat.

 

 J'indique successivement le nom du navire, l'immatriculation, l'espèce du bâtiment et son tonnage, le nom du capitaine (et le prénom qui n'est indiqué qu'à partir de 1952), la puissance du moteur (à partir de l'année 1960).

  Je n'ai pas retenu TY-GUEN BR 2125 et l'AMI-GEORGES BR 1793, CLARTÉ,BR 5368 PIERROT BR 6580 présents en 1946-1950, qui n'étaient pas immatriculés à Camaret.

AMIRAL-LE-BIGOT Cm 3135, canot 3,51 tx, Joseph Ménesguen, 18cv go. (1962).

AMPHYTRITE Cm 2230, sloop 7,49 tx, Guéguéniat.

ANDRÉ-MARCELLE Cm 2447, sloop à moteur 2,8 tx, Sénéchal.

ANNIE, Cm 2862, vedette 4,68 tx, Jean Drévillon ; 16cv e.

ARRACHEUR, Cm 3054, canot à moteur 2,54 tx, Jean Morvan puis Jean Sénéchal ; 9cv e.

AURORE, Cm 2706, canot à moteur 1,76 tx, Souech ?

 AVENTIN, Cm 2822, 4,67 tx, Capitaine

BENGALI Cm 1826, sloop mixte 3,66tx, Le Bras.

BERCEAU-DU-PÊCHEUR, Cm 2720, canot à moteur, 3,82 tx, Kerspern puis Jean Kerdreux.

BONNAL Cm 2216, sloop à moteur 5,76 tx, Drévillon.

BOURLIBOU Cm 2590, sloop 11,93 tx, Kermel.

BRAVE-PETIT Cm 2730, canot, 1,36 tx, Capitaine

BRETON, Cm 2882, canot à moteur 1,88 tx, Pebern

CABRI, Cm 2934, vedette à moteur 6,72, P. Thomas.

CAPELLA Cm 2948, sloop à moteur 5,30 tx, Thomas.

CAROLINE, Cm 2711, Sloop, 16,33 tx, Guillaume.

CHARLES-DE-GAULLE, Cm 2847, vedette, 14,87 tx, Riou puis Yves Pennec, André Keraudren ; 16 cv.

CHRISTIAN, Cm 2970 1,97 tx, P. Quentric.

CIGOGNE Cm 2608, vedette à moteur 5,58tx, Maurice Boulineau ; 18cv e.

COCAR, Cm2770, Sloop, 6,05Tx, Kerspern.

COCCINELLE, Cm 2947, canot à moteur 11,94 tx, Kerdreux.

CORMORAN Cm 1939, Sloop 9,11Tx, J. Sénéchal puis Pierre Capitaine.

CRICRI, Cm 2056, sloop 13,54 tx, Menesguen.

CROIX-DE-LORRAINE, Cm 3022, pinasse à moteur 6,24 tx, Kerdreux puis François Calidec puis Thomas Guilloux

CYCLAMEN Cm 2168, sloop à moteur 8,73, Kermel.

DUMONT-DURVILLE, Cm 2639, Sloop 11,33Tx, Kerdreux.

ELIANE, Cm2904, vedette à moteur 4,52 tx, Capitaine puis hervé Rolland ; 15cv g.o.

EMMA Cm 2810, canot à moteur 1,95tx, P. Le Bretton puis 1955 Rolland puis Pierre le Bretton ; 5cv.e.

ENFANT-PRODIGUE, Cm 2028, sloop à moteur, Drévillon.

ENTRE-NOUS, Cm 3031, chaloupe à moteur 4,99 tx, Alain Drévillon puis Vincent Breu..1958.

ENTREPRENEUR, Cm 2027, Sloop, 9,89 tx, Morvan

ESPOIR, Cm 2821, canot, 0,90 tx, Kerneis puis Pierre Capitaine; 40 cv g.o.

ESPOIR-EN-DIEU, Cm 2841, vedette 5,84 tx, Pierre Kerdreux; 15cv go. (1962)

ÉTOILE, Cm 3060, canot à moteur 1,32 tx, J. Quiniou.

ÉTOILE-DES-NEIGES, Cm 2937, canot 4, 69 tx, Alain Ménesguen puis Jean Kerdreux 1958

ÉTOILE-DU-MARIN, Cm 2932,        14,94 tx, Kerdreux.

ÉTOILE-FILANTE, Cm 3048, pinasse 8,67 tx, Jean Kermel.

EXOCET, Cm 2992, canot à moteur 2,69, Hervé Lescop ; 15cv e.

FACTEUR, Cm 2742, 6,3 tx, Drévillon.

FENDS-LES-VAGUES, Cm 2708, Sloop 10,12Tx, Kermel.

FLEUR-DU-LOCH, Cm 2996, canot à moteur 1,70 tx, Thomas.

FLORENT, Cm 2228, Sloop, 8,49tx, Sénéchal.

FRANÇOISE, Cm 3152, canot 4,65 tx, François Belbeoc'h, 18cv g.o.(1965)

FRÈRE-MICHEL, Cm 3052, canot à moteur 4,88 tx, Joseph Ménesguen.

GALOPIC-BIHAN, Cm 1891 Sloop, 9,16Tx, Kerdreux.

GLADIATEUR, Cm 3105 pinasse 7,53 tx, Pierre Keraudren.

GLAZEN, Cm 2471, canot 3,02, Danielou

HÉLENE, Cm 2846, sloop 8,16 tx, Lescop.

HENRI, Cm 3015, plate 0,46, Hascoët.

HERVÉ-ODILE, Cm 2880, canot non-ponté 2,96 tx, P. Thomas.

JEAN-JACQUES, Cm 2900, vedette à moteur 11,92 tx, Louis Lescop puis Roger Marchand 16 cv. e.

JEAN-GILLES, Cm 3122, vedette 6,17 tx, Louis Thomas, 24cv g.o.

JEAN-MERMOZ (annexe ?) Cm 2666, canot à rames 3,81 tx, Drévillon

JEAN-ROGER Cm 2739, canot 1,16 Tx, Moré puis Auguste Alix.

JEANNE, Cm 2888, dundee mixte 16,25 tx, Joseph Drévillon, 36 cv.

JEANNE-D'ARC, Cm 2380, Sloop 13,51tx, Sénéchal puis Kerdreux.

JEANNE-D'ARC Cm 2272 canot à moteur 6,08, Kerdreux.

JEANNINE, Cm 3129, canot 2,10 tx, Joseph Boucharé, 10 cv e. 

JOJO Cm 2839 plate 1,22, Canerah ?

JOSEPH, Cm 2100, sloop à moteur 5,19tx, Keraudry (?)

JOSEPH-MONIQUE, Cm2528, Vedette 5,24Tx, Drévillon puis Herlé Kerspern, Jean Kerdreux, 10cv.

JOYEUX-PÊCHEUR, Cm 3084, dundee à moteur 15,74 tx, Alain Menesguen ; 75cv g.o.

JYPS, Cm 3127, canot 1,32 tx, Jean-Marie Le Soun, 4cv e. 

KADOR, Cm 2992, canot à moteur 1,88 tx, Le Bretton.

KENAVO Cm 2740 sloop 3,09, Lagadic.

LA LOUISE, Cm 2516, Sloop à voile 2,64tx, Thomas.

L'ABER, Cm 3153, canot 4,65 tx, Hervé Le Lann, 15cv go. (1965)

L'ANGELUS, Cm 2952, canot à moteur 3,86 tx, Kerdreux.

LAPÉROUSE, Cm 2849, Canot 1,78Tx, Jean Kervas ; 6cv e.

LE-PETIT-GEORGES, Cm 2961, canot à moteur 4,47 tx, Hervé Le Lann, 15cv.e.

LE ROUGET, Cm 3046, canot à moteur 3,64 tx, François Guillouroux, 10cv e.

LES-DEUX-FRERES Cm 2735, canot à moteur 1,96 tx, Sénéchal.

LES-TROIS-AMIS Cm 2662, canot 1,96 tx, Hervé Mondemer, sans moteur.

LES-TROIS-CAILLOUX, Cm 2927, canot à moteur 1,99 tx, Joseph Kerdreux.

LE-VENGEUR Cm 2578, canot 1,14, Hénaff puis Jean-Marie Euzen ; 7cv e.

L'EXILÉ, Cm 2990, canot non ponté 4,66 tx, Henri Menesguen ; 14/16 e.

L'OISEAU-BLEU, Cm 3001, canot non ponté 0,77 tx, Yves March'adour.

LOUIS-MADELEINE Cm 2761 sloop 23,97 Tx, Jean Drévillon.

MARCEL II, Cm 2796, Sloop 6,26 Tx, Drévillon.

MARCEL-CERDAN, Cm 2929, canot à moteur 3,54 tx, Bouchaie puis Corentin Sénéchal, Pierre Kerdreux. 10/12 e.

MARCELLE Cm 2976, vedette à moteur 4,93 tx, Jean Vigouroux.

MARC'H-MOR, Cm 3009, vedette 4,96 tx, René Drévillon, 24 cv g.o.

MARGUERITE Cm 2260, sloop 6,68 tx, Le Bretton.

MARGUERITE, Cm 2691, sloop 8,15 tx, Thomas.

MARIE-JOSEPHE CM 2733, sloop 13,72 tx, J. Drévillon

MARIE-LOUISE Cm 2726, sloop 1,96, Vigouroux puis Auguste Capitaine, Bernard Thomas, sans moteur. 

MARIE-MADELEINE Cm 1940, sloop 5,55tx, P. Drévillon.

MARIE-THÉRESE Cm 2721, canot à moteur 3,96Tx, Kinger puis Henri Kermel.

MASCOTTE, Cm 2055, sloop 9,66, Drévillon.

MERE-DE-MISÉRICORDE, Cm 2798, Sloop 10,56 Tx, Capitaine.

MOND-DOND Cm 2442, sloop à moteur 15,14 tx, Drévillon.

MONIQUE Cm 2581, sloop à moteur 9,27 tx, Kermel puis Hervé Rolland; 24 cv.e.

MONIQUE-ET-ALEXIS, Cm 3062, pinasse 6,75 tx, L. Kerdreux puis Herlé Kerspern

MON-RÊVE, Cm 3021, canot à moteur 1,84 tx, Kermel.

MOUETTE, Cm 2982, vedette 5,05 tx, Vincent Breu, 15cv g.o

N.D.-DE-LORETTE, Cm 2878, Sloop 7,26 Tx, Guillouroux.

NÉNUPHAR, Cm 2257, vedette à moteur 3,84 Tx, P. Thomas

NEPTUNE Cm 3091, pinasse 3,73 tx, Laurent Kinger  ; 15cv e.

NICOLE Cm 2787, sloop 9,1 tx, J. Drévillon

ODETTE, Cm 3021, canot à moteur 6,18 tx, Kerdreux.

OMBELLE II, Cm 2651, Canot à moteur 1,55 Tx, Hascoët.

PERROS, Cm 3025, canot 1,75 tx, Menesguen.

PETIT-BLEU Cm 2387, canot à voile 0,96, Euzen.

PETIT-FRANCIS CM 2239, sloop 8,00 tx, H. Lescop.

PETIT-JEAN Cm 2788, canot 1,59, Guéguéniat.

PETIT-JACQUES, Cm 2622, canot 2,98, tx, François Guéguéniat ; 10cv e.

PETIT-JOSEPH Cm 1890, sloop à moteur 11,29, Le Bretton.

PETIT-TIGRE Cm 2541, canot 1,7 Sénéchal.

PIERRE, Cm 2724 Pinasse 8,87, Riou.

PIERRE-FRANCOIS, Cm 2575, sloop 1,24, Thomas.

PIERRE-MARIE, Cm 2901 canot à moteur 2,83 tx, Louis Thomas.

PRÉSIDENT-ROOSEVELT, Cm 3112, canot 4,25 tx, Pierre Ménesguen ; 12cv g.o.

PRIMEVERE, Cm 2263, Sloop 12,82Tx, Guillouroux.

RED-AR-MOR, Cm 2603, Sloop 5,17 Tx, Etienne Capitaine ; 12cv e.

RENÉ, Cm 2663, canot à moteur 2,21 Alain Canevet.

REPT-OIL, Cm 2775, sloop à moteur 8,97, Boucharé.

RIGOULOT, Cm 2944, canot à moteur 1,96 tx  Jean Guéguéniat ; 8cv.e.

RIQUITA, Cm 3000, canot 3,98 tx, Albert Marchand puis Raymond Alemany.

RITA Cm 2598, canot à moteur 2,93 tx, Sénéchal.

RITA-II Cm 2832, canot 1,85, Hascoët.

ROSE-ÉFFEUILLÉE Cm 2716, 10,93, Menesguen puis Drévillon.

ROSIER-DE-MARIE Cm 3014, canot 3,94 tx, J.F. Lagadic puis Pierre Ménesguen, 12cv e;.

ROUÉ, Cm 2667, canot à moteur 2,21 tx Alain Canevet, 10 cv e.

ROY-D'YS, Cm 2629, Canot, 1,91 Tx, Boussaint.

SAINT-ANTOINE Cm 3019, canot 7,91 tx, Joseph Canevet, 24 cv go. (1965)

SAINT-JOSEPH, Cm 2314, Sloop 9,26, Kerdreux

SAINT-JOSEPH, Cm 2820, canot 1,00, Hascoët.

SAINT-NICOLAS, Cm 2052, Cotre 8,47 Tx, Le Bretton.

SAINT-NICOLAS, Cm 2053, sloop, 8,07 tx, A Le Bretton

SAINT-PIERRE Cm 2595, vedette 9,27 tx, Le Bretton. 

SAINTE-THÉRÈSE CM 2532, sloop 9,27 tx, Caledec.

SANTEZ-ANNA, Cm 2709, sloop 7,57, Gueguéniat.

SAPHIR-II Cm 2784, sloop 6,24 tx, Daniélou.

SAPHIR III Cm 2902, plate 1,36 tx, Daniélou.

SIRÈNE, Cm 3154 canot 6,07 tx, Victor Drévillon, 35cv g.o.

STEREDENN-VOR Cm 2636, pinasse 13,09 tx, Drévillon, 14 cv.

TI-PIERRE, Cm 2840, Vedette à moteur 4,16 Tx, Victor Drévillon ; 16 cv.e.

TIT GRIS Cm 2829, canot à moteur 1,35 tx, Kerdreux.

TOM-POUCE Cm 2838 Plate 1,1 tx, Kerdreux.

TONTON JEAN, Cm 2157, sloop 6,9, Kerdreux.

TOULERN Cm 2719, canot 1,88, Jean-Marie Le Soun

TREBOULER-II Cm 2819, canot 1,27 tx, Capitaine.

TREZ-BELLEC, Cm 2859, Canot 0,52 Tx, Colin

TURQUOISE Cm 1876, 10,77 tx, J. Vigouroux.

VA-HINI Cm 2233, sloop à moteur 3,67, Herjean.

VAINQUEUR-DES-JALOUX, Cm 2939, vedette 3,20, Etienne Capitaine, 15cv.

VALLÉE-de-JOSAPHAT, Cm 2679, Sloop, 11,65Tx, Kerdreux.

VERYACH Cm 2670, canot à moteur 1,76 tx, Keranton puis Isidore Lagadic ; 7cv e.

VOLONTÉS-DOUÉS Cm 2329, canot 1,4, Alix.

YVES-ET-JEAN, Cm 2700, canot, Laurent.

 

 

Promenade en mer.

  Dans cette liste , certains navires étaient affectés au transport de passagers pour des sorties touristiques : principalement MARIE-THÉRESE (23/16) d'Yves Kinger jusqu'en 1960, CIGOGNE (28/18) de Maurice Boulineau, TIT-PIERRE (23/6) de Victor Drévillon jusqu'en 1964, puis SIRENE (28/20) de Victor Drévillon à partir de 1965. Le premier chiffre indique le nombre de passagers pour la visite des grottes de Morgat, le second celui des passagers pour les sorties en mer (Baie de Morgat ou Cap de la Chèvre). 

  De nombreux autres bateaux armés pour la pêche côtière étaient inscrits sur le registre pour des sorties saisonnières en Baie de Douarnenez ou des sorties de pêche avec 2 à 5 passagers ( Le Vengeur, Étoile des Neiges, Charles de Gaulle, Hervé-Odile, Emma, René, Red ar Mor, Rigoulot, Neptune, etc...).

 

Les anciens navires de Douarnenez :

  18 navires de la flottille de Morgat ont été inscrits auparavant à Douarnenez, soit plus de 12% ; j'indique après le nom l'immatriculation dans ce port, le nom du patron, la date et le lieu de construction, tels que les indique le site arbbor.free.fr link

  Ces indications sont déduites de la réunion du nom identique et du tonnage identique ou très proche, mais le hasard a pu être responsable de coïncidences.

AMIRAL-LE-BIGOT : DZ3499 construit en 1941 au Guilvinec pour Etienne Bigot puis passé à Audierne.

BERCEAU-DU-PÊCHEUR : DZ2979 construit en 1929 pour Eugène Dauphart.

BONNAL, DZ 1221, patron Jean Moallic construit en 1919 à Douarnenez, .

BRETON, DZ 3585,  Jules Bramoullé dit Le Gaulois, construit en 1933,.

CHRISTIAN, DZ 3629, Alain Le Bescond, construit en 1944 à Tréboul.

DUMONT-DURVILLE, DZ 2774, Victor Nerrou, construit en 1926 à Douarnenez.

EMMA : DZ 71 : si c'est le même, (le tonnage de 1,93 tx est quasi-identique) c'est l'ancêtre de la flottille, construit en 1895 à Douarnenez, patron René Boudigou; il avait été cédé à Jean-François Trellu en 1903.

ETOILE-DU-MARIN, DZ 3367, pinasse, Emmanuel Marrec, construit en 1929 à Léchiagat (14,91 tx alors que le tonnage du Cm 2932 est de 14,94 tx).

L'ANGÉLUS, DZ 3515, Victor Vigouroux, construit en 1942 à Douarnenez.

MARCEL-II, DZ 3058, Joseph Moallic, construit en 1925 à Douarnenez.

MARCELLE, DZ 3325, Louis Cerbon, construit en 1937 à Tréboul.

MARC'H-MOR, DZ 3293, Louis Le Corre, construit en 1936 à Douarnenez.

MARGUERITE Cm 2260, DZ 2381, Alain Carnec construit en 1921 à Douarnenez, passé à Camaret en 1927.

ODETTE, DZ 2902 Jean-Pierre Tanguy, construit en 1928 à Tréboul (tonnage 6,16tx).

PIERRE, DZ 3180, Guillaume Perros, construit en 1928 à Gujan Mestras (Bassin d'Arcachon) et passé à Lorient 3006 puis à Guilvinec.

RIGOULOT, DZ 3148, construit en 1928 à Douarnenez, patron Gabriel Berre.

ROSE EFFEUILLÉE DZ 3020, Chapalain-Le gall, construit en 1930 à Douarnenez.

VALLEE-DE-JOSAPHAT, DZ 2949, pinasse, Jean Bozec, construit en 1929 à Douarnenez.



 

II. Onomastique navale de la flottille de pêche côtière à Morgat 1945-1965.

  Pendant la période 1945-1965, un total de 150 navires ont été inscrits pour la pêche côtière sur le registre d'armement du syndicat de Morgat et immatriculé à Camaret, chiffre qui peut être comparé à celui des 51 navires de la flotte de pêche au large. On en comptait 54 pour l'année 1945 et  23 en 1965.

 Je reprends pour cette étude onomastique la répartition présentée dans l'étude, parallèle et précédente, de la flottille de pêche au large, répartition inspirée de celle de D. Confolent 1993 pour la région de Granville. voir :  La flottille de Pêche au Large de Camaret-Morgat 1945-1965.

  Mais au préalable, je signale la relative rareté des  noms en langue bretonne : si on excepte les toponymes (Kador, Veryach), on ne retient que 8 noms : Galopic-bihan, Glazen, Kenavo, Marc'h-mor, Mond-Dond, Red ar Mor, Roué, Santez-Anna, Steredenn-Vor, Volontes-Doués, dont on constate la banalité ; aucun ne crée réellement un obstacle à la compréhension pour un non-bretonnant, hormis Mond-Dond. La volonté d'afficher une identité linguistique ou des convictions régionalistes apparaît inexistante. Une mention à part pour le Glazen (littéralement : "verdure, pelouse"), puisqu'une villa de Morgat construite en 1938 portait ce nom (Ar Glazen) de même qu'un quartier de Douarnenez, ar C'hlazenn, au dessus du port de Plomarc'h.

 

1. Noms liés à la Religion : 20 noms = 13,5%

 Espoir-en-Dieu, Frère-Michel (?), L'Angélus, Jeanne d'Arc (x2), Mère de Miséricorde, N.D.de Lorette, Rose-Effeuillée, Rosier de Marie, Santez-Anna, les saints Antoine, Joseph (x2), Nicolas (x2) et Pierre, Sainte-Thérèse, Steredenn-Vor, Vallée de Josaphat et Volontes-Doués. 

  La proportion est proche de celle des navires de pêche au large, mais on voit apparaître 6 saints, dont le saint patron des pêcheurs, (saint Pierre, patron de l'église paroissiale), le patron des marins et bateliers (saint Nicolas). Sainte Anne, omniprésente en Bretagne, apparaît aussi alors que son absence était remarquable pour la pêche au large. On note 4 références mariales dont le qualificatif  Maris Stella dont Steredenn-Vor est la traduction.

  Chacun de ces noms peut être retrouvé comme nom de baptême de nombreux bateaux de pêche des côtes bretonnes, à l'exception de Vallée de Josaphat qui est original. Cette vallée située près du Mont des Oliviers et de Jérusalem est évocatrice du Jugement dernier pour les Chrétiens, qui citent le prophète Joël. Ce nom a-t-il été soufflé par le recteur, ou figurait-il dans un cantique ? En réalité le nom vient de Douarnenez, de même que le bateau construit en 1929 pour Jean Bozec et passé à Camaret. Le nom est aussi attesté dans ce port par la chaloupe DZ649 construit  en 1900 et la pinasse  DZ 3324 de 1937.

La Rose Effeuillée est le titre d'un poème de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus composé en mai 1897 et mis en musique (écouter ici :link ). Il débute ainsi, tel qu'on peut l'imaginer entonné par l'équipage :Jésus, quand je te vois soutenu par ta Mère Quitter ses bras Essayer en tremblant sur notre triste terre Tes premiers pas Devant toi je voudrais effeuiller une rose En sa fraîcheur Pour que ton petit pied bien doucement repose Sur une fleur!  ...Cette rose effeuillée, c' est la fidèle image Divin Enfant Du cœur qui veut pour toi s'immoler sans partage A chaque instant. Seigneur, sur tes autels plus qu'une fraîche rose Aime à briller Elle se donne à toi..... mais je rêve autre chose: C' est m'effeuiller !... 

2. Prénoms.  48 noms, soit 32%.

  Là encore, la proportion est proche de celle de la flottille hauturière (27%), mais cette fois-ci les prénoms comportent une grande quantité de Jean et Jeanne, de Marie et Joseph, mais aussi  de Pierre et de Marcel/Marcelle, et je peux penser que la liste des prénoms est un bon reflet de ceux des enfants ou des proches des marins pêcheurs. On n'y trouve pas de prénoms exotiques ou inhabituels, tout-au-plus peut-on penser que Riquita et Rita n'étaient pas les prénoms de membres des familles des pêcheurs, et que Riquita fait référence à une chanson "qui était sur toutes les lèvres", crée en 1926 par Benech et Dumont.

3. Histoire et mythologie. 12 noms = 8%

 a) Histoire.

L'effet "lendemain de Seconde-Guerre" se retrouve ici encore avec le Charles-de-Gaulle et le Croix-de-Lorraine, avec le Président-Roosevelt, mais aussi avec l'Amiral-le-Bigot

 Jules  Maurice Le Bigot (Saint-Brieuc 1883-Paris 1965), Vice-Amiral en mars 1937 et préfet de la première région maritime à Cherbourg en novembre 1939, organisa la défense du port à l'approche des Allemands en 1940, permettant aux soldats anglais de ré-embarquer avant de reconnaître la reddition du port face à Erwin Rommel le 19 juin 1940 et d'être fait prisonnier.  Il devient Président du comité central des pêches maritimes de juin 1941 à décembre 1942, au moment où les pêcheurs ont à déplorer de nombreux accidents par faits de guerre, et où l'exercice de leur métier est difficile.

  Les autres références sont l'aviateur Jean Mermoz, les navigateurs explorateurs Dumont-Durville et Lapérouse, et enfin le champion de boxe Marcel Cerdan (1916-1949) dont la mort accidentelle en avion le 28 octobre 1949, venant clore le roman d'amour avec Édith Piaf, était dans tous les esprits.

  Je place aussi dans cette rubrique "Histoire" le nom de Rigoulot, si celui-ci rend hommage au champion d'haltérophilie et coureur automobile Charles Rigoulot ( 1903-1962), médaille d'or aux jeux Olympiques de 1924. 

b) Mythologie.

  Amphytrite, Neptune, Sirène.

4. Formules et qualifications.  25 noms = 16,6%

 Je regroupe dans cette catégorie fourre-tout l'Arracheur, Berceau-du-Pécheur, Brave-Petit, Breton, L'Enfant-Prodigue, Entre-Nous, Entrepreneur, Espoir, Fends-les-Vagues, Galopic-Bihan ["Petit-Galopin], Glazen, Joyeux-Pêcheur, Kenavo, L Éxilé, Les-deux-Frères, Les-Trois Amis, Les-trois Cailloux, Mond-Dond, Mon-Rêve, Petit-Bleu, Petit-Tigre, Red-ar-Mor, Roué, Tom-Pouce, Vainqueur-des-jaloux.

  La traduction de Mond-Dond m'a occupé quelque temps, avant de découvrir sa signification bretonne d' "aller-retour" dans un texte consacré aux navettes de l'Enez-Sun.

 5. Mer et Géographie 9 noms = 6%

Aventin, Bourlibou, Kador, L'Aber, Perros, Toulern, Trebouler II, Trez-Bellec, Veryach.

L'Aventin est une colline de Rome, Kador, l'Aber, Trez_Bellec et le Veryac'h sont des sites du littoral de la Presqu'île de Crozon.

Le curieux Bourlibou est attesté comme nom de rue, tenant son origine au XIIIe siècle de Bourg-Thiboud, Burgi Thiboudi (quartier Sainte-Avoye de Paris-12ème). C'est aussi le nom d'un quartier et ancien faubourg de Quimper sur la rive de l'Odet (actuelle rue Bourg-les-Bourgs). C'est surtout le nom d'un lieu-dit ou d'un ancien village de Douarnenez situé dans le secteur de Pouldavid. En-effet, un canot ponté Bourlibou DZ 2773 de 2,51tx a été construit à Douarnenez en 1926, mais ce n'est pas le sloop Cm 2590.

  Je n'ai pas identifié Toulern. Le toponyme Perros est attesté à Crozon.


6.Fleurs, fruits et minéraux. 8 noms, soit 5,3%

Parmi les fleurs : Cyclamen, Fleur-du-Loch, Nénuphar, Ombelle, Primevère,

et pour les pierres précieuses : Saphir-II, Saphir-III, Turquoise.

7. Animaux. 12 noms, soit 8 %

Bengali, Cabri, Cigogne, Coccinelle, Cormoran, Exocet, Le-Rouget, L'Oiseau-Bleu, Mascotte, Marc'h-Mor, Mouette, Petit Tigre.

  J'ai considéré que Bengali ne désignait pas la langue usitée au Bengale, mais le passereau Amandava amandava, aussi nommé bengali rouge.

Marc'h-mor signifie en breton "Cheval de mer", et désigne l'hippocampe.

8. Autres. : 16 noms = 10,6%

a) autres éléments naturels : 6 noms

Aurore, Capella, Étoile, Étoile-des-Neiges, Étoile-du-Marin, Étoile-Filante.

 Capella ou "chevrette" est l'étoile la plus brillante de la constellation du Cocher.

l'Étoile-des-Neiges désigne plutôt la chanson en vogue créée par Jacques Plante en 1953, et interprétée entre autre par Line Renaud ou les Compagnons de la Chanson. (je vous propose de l'écouter chantée par André Claveau :Étoile des neiges mon cœur amoureux s'est pris au piège de tes grands yeux, etc....)

 L'Etoile du Marin est aussi une chanson de la même époque quoique crée en 1921 par Bénech et Dumont (auteurs de Riquita, déjà citée, mais aussi de Nuit de Chine ou de l'Hirondelle du faubourg).

b) Inclassés: 10 noms

 Bonnal : le Bonnal était un bateau de Douarnenez, DZ 2202, construit en 1919, patron Jean Moallic, classé comme canot non ponté, et passé à Camaret en 1926. L'origine du nom serait à recherché dans son port d'origine. Un indice est représenté par un autre bateau du même Jean Moallic, DZ 2754, le Docteur-Bonnal.

Cricri

Cocar : il existe une chanson d'E. Jacques Dalcroze (1865-1950) intitulée Cocar, briscar.

Facteur; Gladiateur ; Jyps (l'acronyme de prénoms ?) ,Rept-oil (jeu de mot sur "reptile" ?); Roy d'Ys, Tit-gris, Va-hini

 

      CONCLUSION.

  Nos animaux et nos objets familiers nous sont incorporés, ils sont les extensions de notre entité individuelle. Parmi ceux-ci, ceux à qui nous attribuons des noms propres sont finalement très rares : les chiens et les chats, les chevaux, plus rarement le bétail, les maisons individuelles (rarement) ; les militaires nomment leurs chars ; nous ne nommons pas nos voitures, auxquelles nous semblons pourtant très attachés. Mais nous nommons toujours nos navires ; mieux, nous les baptisons, et la participation du clergé et d'une marraine à la cérémonie montre bien l'intensité exceptionnelle de l'anthropomorphisme qui les concerne. Seules les cloches des églises reçoivent un tel hommage : par leur noms de baptême, les navires rentrent, en quelque sorte, dans le domaine sacré, peut-être parce que la mer reste toujours profondément duelle, à la fois féconde et maléfique.

   Dès lors, l'étude des noms de bateau permet une exploration du petit univers de la société à laquelle ils appartiennent.

 L'importance des prénoms dit bien à quel point le navire de pêche est anthropomorphisé, à quel point il devient un membre d'une famille, ou encore le porteur des espoirs d'une famille : la notion même de famille est, dans le cadre temporel et spatial étudié (mais c'est en fait une réalité bien plus générale) indissociable du navire de pêche. Un navire est alors la propriété d'un groupe familial avant d'être celle d'un groupement d'intérêt. Par les termes de "tonton", de "petit" (Petit -Jean, Petit-Jacques, Petit-Joseph) parfois diminué en "ti", c'est l'intimité des liens qui est dévoilée.

 Par contraste, l'absence des termes liés à l'amour et, dans cette activité de pêche encore exclusivement masculine, la discrétion de l'évocation féminine lorsqu'elle n'est pas maternelle ou religieuse est frappante : point ici de "ma-Blonde", de "Chérie", de "Mon-Coeur", pas de Vénus", d'"Eros", ou de diminutif féminin (Riquita et Rita font exception, mais la première évoque une chanson). On remarque tout-de-même Nous-Deux.  

  Le nom de bateau est aussi le lieu de projection des valeurs et des croyances : foi religieuse ici, militantisme politique ailleurs, projection sur les héros du jour ou de toujours.

  Plus banalement, mais témoignant de manière plus fine d'une "atmosphère" fugace que le temps efface très vite, ce sont les petits détails de la vie quotidienne qui s'y inscrivent : je pense notamment aux titres des "succès", les chansons Riquita, L'Etoile des Neiges, l'Etoile du Marin, qu'il est émouvant de retrouver.

  Georges Perec avait innové en donnant dans Je me souviens (Hachette, 1978) la liste de ces petits riens qui s'incorporent pour créer notre existence; plus récemment, Orhan Pamuk, dans Le Musée de l'innocence (Gallimard,2011), a fait preuve de sa détermination à réunir dans un musée d'Istanbul tous les objets familiers et disparus qui avaient formé le cadre concret de son histoire d'amour avec la belle Füsun. Ce ne sont plus alors les êtres humains qui incorporent les objets, mais les objets qui retiennent avec eux une part de notre vécu, et qui nous le restituent lorsque, avec quelle émotion, nous les retrouvons.

  Il était intéressant de voir si il existait des différences dans la dénomination des bateaux de pêche côtière et de pêche au large , et des différences selon les régions : voici les résultats pour Morgat Pêche Côtière, Morgat Pêche au Large, et Granville:

  Morgat P.C 1945-65 Morgat P.L 1945-65 Granville 1939
Religion 13,5 7,8% 11%
Prénoms 32% 27,4% 40%
Histoire et mythologie 8% 7,8% 14%
Formules et qualifications 16,6% 9,9% 23%
Mer et géographie 6% 21,5% 4%
Fleurs, fruits, minéraux 5,3% 5,9% 0%
Animaux 8% 4% 4%
Autres. 10,6% 15,7% 4%

  L'élément frappant est représenté par la catégorie Mer et géographie, qui, en pratique, regroupe essentiellement des noms de lieux. La fréquence de ces noms passe du simple à plus du triple lorsqu'il s'agit de la pêche au large. On peut penser simplement que lorsque les pêcheurs partent pour de longues campagnes sur des mers lointaines, ils éprouvent le besoin d'identifier leur espace de vie _le bateau_ avec un coin de leur espace familier (8 des 11 noms de la flottille PL).

  Le modèle proposé par l'anthropologue Edmund Leach peut aider à appréhender pourquoi l'homme éprouve la nécessité de nommer ses navires comme il nomme ses chiens et ses chevaux, et pourquoi la pêche au large diffère de la pêche côtière : cet auteur estime que les êtres humains organisent l'espace en une série de cercles concentriques régis par des interdits alimentaires et sexuels : les espaces du familier en proximité immédiate, du domestique, de la chasse, et du sauvage. Dans le premier espace, dans la clôture autour de la maison, on ne consomme pas les animaux , et les humains s'interdisent les relations sexuelles dans la parenté. Si on sort de la maison, dans les champs et les bois, on consomme les animaux que l'on peut capturer, et c'est dans cette sphère villageoise que l'on recherche un/une conjointe. L'espace intermédiaire suivant n'est plus domestiqué, mais c'est le lieu de quête de nourriture, de chasse du gibier, ou de recherche de relation. Au delà, c'est l'espace du sauvage, frappé d'interdit de consommation alimentaire d'animaux inconnus tout comme l'étranger qui pourrait y vivre est frappé de tabou sexuel. 

  Parcourir l'espace maritime proche pour y récolter des maquereaux ou des sardines dont les bancs se rapprochent des côtes, ou ramener dans ses casiers des crabes ou des homards ne met pas en jeu les mêmes résistances, les mêmes peurs, les mêmes forces relevant du sacré que de s'approprier l'espace maritime lointain de la Mauritanie ou de la Guinée. 

  Je me garderai d'aller plus loin dans une interprétation aventureuse de chiffres basés sur une courte série, me contentant d'indiquer quels horizons se dégageaient devant moi.

 

  L'onomastique navale a Molène (29).

Un travail a été publié par Isabelle Leblic pour la flottille de Molène en 1995 A propos de l'onomastique navale : noms de bateaux et identité molénaise (Finistère-Nord). Paris, Centre d'ethno-technologie en milieux aquatiques, 1995 Cahier n° 5, pp. 185-200., 16 p. 21 cm.

  Celle-ci a réuni 568 nom de bateaux de Molène de 1800 à 1980 ; elle les a répartis selon 11 catégories, avec des résultats globaux, qu'elle a ensuite étudié par décennie. Dans le tableau suivant, je donne le résultat total, celui de la période correspondant à peu-prés à mon étude (1950-59), puis celui de la décennie 1910-19 de la Première-Guerre, et son rebond religieux. (lIsabelle Leblic a compté certains bateaux dans plusieurs rubriques et la somme des résultats dépasse 100 %) :

Onomastique navale Molène 1800-1980 1950-1959 1910-1919
Prénoms, famille 44,5 % 36 % 42,1 %
Religion 22,7 % 24 %  44,7 %
Nature, environnement 18,3 %  44 % 15,8 %
Qualités défauts 5,3 % 8 % 0
Histoire  4,2 % 0 5,3 %
Êtres vivants 3,7 % 8 % 7,9 %
Méteo, astres 2,3 % 0 0
Souhaits 1,9 % 0 0
Toponymes, lieux géogr. 1,8 % 0 0
Mythologie 1,2 % 0 0
Fatalisme 1,2% 0 0

 

 


 Les études réalisées à Granville et à Molène fournissent avec une certaine constance le chiffre de 60% pour la somme Religion = Prénoms, pour un "poste" assez représentatif de l'intimité et de la tradition. A Morgat, ce cumul n'atteint que 45 % (P.C) et 35 % (P.L) : cette différence très significative mérite d'être considérée.

 

L'onomastique navale du Quartier Maritime de Brest.

 Trois mois plus tard,'ai trouvé à la Bibliothèque Universitaire de Brest le mémoire suivant :

Stephanie LE BIAN, L'onomastique navale, le noms bretons des bateaux du quartier maritime de Brest, Maîtrise de sociologie, tuteur Philippe Lacombe, Université de Bretagne Occidentale, Faculté Victor Ségalen, département de Sociologie, T2BR500/44, s.d.

  L'auteur est partie de la liste des navires de 6 à 10 tonneaux du bureau des Affaires Maritimes de Brest, liste de 1024 navires répartis en 99 navires de pêche et 925 navires de plaisance. Le mémoire n'est pas daté et la période d'étude n'est pas précisée, mais, si on se base sur un tableau de la page 36, les années (d'immatriculation ?) se répartissent de 1960 à 1993 (ou 1994).

Elle a réparti sa série selon les rubriques suivantes (j'ai arrondi les %):

 

  bateaux de pêche (n : 99) bateaux de plaisance (n : 925)
nom consonnance bretonne 37,4 % 27,3 %
prénoms 14 % 12 %
noms géographiques 10 % 3,7 %
noms religieux / saints. 7,1 1,5
Astres, Rites 7,1 1,5
Mythes, croyances 6,1 7,2
Expressions 4,4 6,7
Divers 4,1 11,2
Animaux 3,1 4,3
personnages célèbres 3,1 4,3
Amers et lieux-dits 3,1 néant
mer, faune, flore. 1 1,5
Connotation étrangère 1 7,4
Alcool, boisson, drogue néant 1
dèpourvu de sens. néant 9

   Stéphanie Le Bian remarque que la proportion de noms "magico-religieux (religion + Mythes + Astres ) atteint 20 % des navires de pêche contre 10 % des navires de plaisance.

  La liste des noms bretons de navires de pêche débute par une perle, la mention d'AL DE BARAN. Lorsqu'on aura replacé cet Aldebaran dans la rubrique des Astres, on trouvera : Aberwrac'h, Ar Bleiz [le Loup], Asta Buen ["Dépêche-toi" : sans-doute le BR 155922, chantier naval Lastenet, Camaret 1972, actuellement au Tinduff], Beghir, Bugel ar Mor, Bugale Bihan, Cap Kornoeg, Dalc'h Atao, Dalc'h Mad, Deom Dei [ "Allons-vers-elle"], Dishual,[Libre], Dolmen, Enez Hir, Goueled Avo, Kanaouen Ar Mor [Chanson de Mer], Kein Vor, Keller, Kendalc'h ["Maintien" : confédération de cercles celtiques], Labous Mor ["Oiseau de mer"], Liou an Amzer, Louarn ar Mor, Mam Biel, Mam Goz, Men Tensel, Mouss Bihen, Nannig, Nividic, Roannez ar Peoc'h, Roc'h Avel, Strern 2, Talarmor, Tibidy, Trevors, Ty Bour, Vioben.



 

III. L'étude des noms de bateau, comme science.

L'onomastique navale n'est pas une science développée, et elle attend, comme l'héraldique ou l'histoire des couleurs l'a fait jadis, son Michel Pastoureau; pas plus que pour les noms d'animaux, où j'ai forgé le néologisme de zoonymie, elle ne dispose d'un terme spécifique pour désigner les noms de navire, et les candidats possibles (scaphonymie, navinymie) ne sont pas attractifs. Ce n'est pas mon petit travail d'amateur qui fera changer les choses...

 


  On peut lire pourtant :

 Martine Acerra  La symbolique des noms de navires de guerre dans la marine française (1661-1815) Histoire, économie et société, 1997, 16, pp. 45-61.

 

IV. Site Utile :

Liste de 4366  bateaux Douarnenistes http://arbbor.free.fr/dz_bateaux.htm

Liste des navires de pêche armés au Conquet 1943 :

Par jean-yves cordier
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Dimanche 18 novembre 2012 7 18 /11 /Nov /2012 19:43

Le moteur de Tante-Yvonne, suite.

La flottille de pêche au large inscrite à Morgat de 1945 à 1965. Liste et onomastique.

   Extrait du Registre des armements de commerce du Syndicat de Morgat, archives de la Marine, sous-série 2P,  Brest 2P5 23. Le Quartier Maritime de Camaret a été constitué en 1882, après avoir été un syndicat dépendant de Quimper (ou, au début du XIXe, de Brest). Le Syndicat de Morgat en dépend. Le bâtiment de l'Inscription Maritime était située sur le port de Morgat, sous la villa Lazard.

    Le corps des Administrateurs de l'Inscription Maritime, qui tient ce registre, a été fondé en 1905 par Camille Pelletan et supprimé en 1965 au profit des Administrateurs des Affaires Maritimes. La première page porte les signatures, " vu en inspection annuelle à Morgat" de :

  • Illisible, 14 sept 1945,
  • Delaporte, Administrateur Principal de l'I.M (officier supérieur) en nov.1951
  • Baudean en 1952
  • Illisible, 1953 et 1957
  • Pennec, Adm. de Ier classe I.M. (officier subalterne) en 1960
  • Pennec, Adm. Principal IM en 1962,
  • Berlier, Admn. Aff. Mar. 1974.

  Ce registre répartit les navires en PL, Pêche au Large et PC, Pêche Côtière, sur la période 1943 à 1969. J'ai étudié uniquement la pêche au large, de 1945 jusqu'au naufrage de Tante-Yvonne en 1965.

 

I. Les informations concernant le Tante-Yvonne.

 Je n'indique pas l'immatriculation, qui reste inchangée Cm2909.

Sa première mention du registre 1943-1969 est portée pour l'année 1949 :

Année qualification tonnage en Tx patron moteur
1949 Dundee mixte 66,68 Lescop  
1950 Dundee mixte id Lescop Louis  
1951 Dundee à moteur id Lescop  
1952 id id Lescop Louis  
1953 id id id  
1954 Dundee id id  
1955 id 72,58 id  
1956 Malamock 66,7 Lescop H...  
1957 id 66,7 Lescop H  
1958 id id Lescop H  
1959 id id Lescop Hervé  
1960 id id id 224 cv go
1961 id id id id.
1962 id id Moysan Pierre id.
1963 id 72,58 id id.
1964 id id. Kerspern id.
1965 id id Kerspern Herlé  


Le "Dundee mixte" désigne le gréement de voiliers de pêche, les dundee thonier ou dundee langoustier avec un grand-mât et un tape-cul, mais dont l'épithète "mixte" signale qu'il est motorisé.

  Le "Malamok" désigne, dans les ports du quartier du Guilvinec, des bateaux de pêche apparus par évolution de la pinasse sardinière avec un faible tirant d'eau, un pontage, une cabine, un moteur diesel, une taille de 14 à 20 mètres, et équipés d'un chalut à panneau divergent; on en comptait 75 dans ce quartier maritime en 1939. Mais cette pêche au chalut ne définit pas ce type de bateau, puisqu'il existait, à Douarnenez, Morgat et Camaret, des malamoks thoniers (comme Reder ar Moriou), ou thoniers-maquereautiers. Leur nom, qui est le surnom breton d'oiseaux du Cap-Horn, aurait été attribué à ces navires en raison de leur impressionnante capacité de pêche qui évoque la voracité des albatros. A Morgat, le nom de malamok désigne donc des navires de pêche au thon, succédant aux dundees à voile, et dont la motorisation permet de se rendre sur les lieux de pêche sans tirer des bords, et de manoeuvrer facilement lors de la pêche ; l'arrière est en cul-de-poule,  le barreur dispose d'un abri, et les voiles servent  pour stabiliser le bateau par vent de travers ou en appoint pour économiser le carburant . Reder ar Moriou et Breizh-Atao étaient les seuls Malamoks avant la guerre.

  Le Tante-Yvonne est désarmé de novembre en février en 1949 et 1950, de décembre en février en 1950-51, puis le registre n'enregistre plus de période de désarmement.

 

II. Les autres bateaux de pêche au large 1945-1965.

La puissance du moteur est portée sur le registre à partir de l'année 1960.

Les renseignements qui ne proviennent pas du registre sont portés en italique, ils proviennent du site http://arbbor.free.fr/Bateaux_alpha.pdf.

Je n'ai porté que les unités immatriculées à Camaret. J'indique les autres en annexe.

 

AMAZONE Cm 2930, Chalutier-thonier, 68,27Tx, Pierre Sénéchal, 200cv, 1959

ANDRÉ-PAUL, Cm 2165, Dundee, 40,03 Tx, Capitaine

BERYL, Cm 3147, Chalutier-thonier, 58,77 Tx, Jean Menesguen, 200cv Baudouin.  Construit à Camaret en 1959, il passera à Douarnenez DZ 4163

BON-RETOUR, Cm 3078, Thonier 120,17Tx, René Guegueniat, 1957.

BREIZH-ATAO, Cm 2707, Dundee-mixte, 65,84 Tx, Guegueniat

CHARLES-LE-GOFFIC, Cm 2925, Malamok, 61,83 Tx, Riou.

CHARLESTON Cm 3102, Langoustier-congélateur, 285,73Tx, Louis Riou, 400cv, 1959

CHLOÉ, Cm 2004, Dundee-mixte, 54,09 Tx, Lescop.

Cdt d'ESTIENNE-D'ORVES, Cm 2958, Dundee mixte 48,95Tx, Thomas, 1955, 

CONSTELLATION, Cm 3130, Langoustier congélateur,329,29 Tx, Pierre Menesguen, 420cv 1962

CORENTINE, Cm 3039, Langoustier, 66,13Tx, , Roger Marchand, 120 cv, 1965

ETOILE DU BERGER Cm 3064, Langoustier-thonier, 70,79Tx, Michel Sénéchal, 135 cv.

FLEUR-DE-MAI, Cm 2153, Dundee à moteur, 30,93 Tx, Kermel;

FOËDERIS ARCA Cm 2762, Dundee mixte, 43,66 Tx, Jh Kerdreux, 1948.

FRAÏ-LANN, Cm 3142, Chalutier-Thonier, 150,58Tx, Alain Menesguen, 225cv, 1964

GAMBAS, Cm 3078, Thonier, 120,17Tx, Pierre Kermel, 320 cv, 1963.

GISÉLE-ROGER Cm 2909, Malamok,40,88Tx, Roger Kerdreux, 120cv.

GRAND-PIERRE, Cm 3041 , Langoustier, 62,48Tx, René Guégueniat, 150cv.

GUY-ET-MILO, Cm 2978, Malamok, 45,12Tx, Auguste Sénéchal, 380cv.

INTRON-MARIA-GWELL-MOR, Cm 3088, Chalutier-thonier, 124,54Tx, Jean Morvan, 320cv, 1960

JACQUELINE-FRANCINE, Cm 2926, malamok, 34,14Tx, Quentric, 1950

JAZZ-BAND Cm 2142, Dundee mixte, 42,39 Tx, Capitaine

JEUNE AUGUSTE Cm 2141, Dundee mixte, 41,96 Tx, Kerdreux

KADOR, Cm 3097, Langoustier-thonier, 140Tx, Jean Kermel, 1959

KENAVO, Cm 2889, Langoustier-thonier, 58,06Tx, Pierre Marchand, 160cv.

KEROGAN,Cm 3128 Langoustier 78,23Tx, Joseph Thomas, 1963. Moteur Baudouin 160 cv, longueur 17,55 m. Construit en 1957 à Tréboul, immatriculé DZ 4016 patron Yves Lagadec, il est passé à Camaret en 1962.

LA BARBADE Cm 3136, Langoustier, 328,29 Tx, Joseph Riou, 490cv, 1963.

LA HOULE Cm 3141, Chalutier-thonier, 65,03tx, Jean Morvan, 320cv, 1964

LE CONDOR, Cm 3139, Langoustier 140,70tx, René  Sénéchal, 380cv, 1965.

LE MORGATOIS, Cm 3031,  Dundee mixte, 50,66Tx, 126cv, Yves le Moign.

MAÏTENA, Cm 3143, Langoustier, 162,86Tx, Francis Guillouroux, 325 cv, 1965, puis MX195448. Construit au Fret en 1964, il passera à Douarnenez DZ 4107, moteur 441 cv Marep.

PEN AR ROZ, Cm 3098, Langoustier, 39,52 Tx,  Joseph Drévillon 120cv,. 1959

PEN GLAS, Cm 3115,Langoustier 63,58 Tx,  Pierre Menesguen 150 cv,. 1963

PERE-BENOÎT, Cm 3065, Chalutier-thonier, 129,36Tx, Joseph Drévillon, 1957.

PETIT-CHARLES Cm 2205, Dundee mixte, 39,09 Tx, Kerdreux

PETITE-MARIE-FRANCOISE, Cm 2984, Dundee, Quentric, 1952

PORT-MANECH, Cm 3007, Dundee à moteur, 60,15 Tx, Kerspern, 1953.

PORTZIC, Cm 3144, Langoustier Thonier, 164,09Tx, 400 cv, Pierre Menesguen

RAYMOND-MOREAU Cm 3157, Chalutier-thonier, 66, 17Tx, Joseph Thomas, 240cv

REDER-AR-MORIOU, Dundee mixte, 59,89 Tx, Riou.

ROUERGUE Cm 3160, chalutier, 49,92Tx, Jean Drévillon, 300 cv, 1965

RUBIS Cm 3118, Langoustier congélateur, 233,48Tx, Marcel Kermel, 420cv, 1961.

SACRÉ-COEUR, Cm 3079, Dundee ponté, 41,53Tx, Jean Le Bretton, 1957. Construit en 1945 à Douarnenez pour Joseph Urvoas immatriculé DZ 1945, il mesure 17,88 m ; moteur 114cv Man. 

SANTA-HELENA, Cm 3030 chalutier-thonier, 63,86Tx, Victor Menesguen, 200cv 1958

TANTE-YVONNE, Cm 2909, Malamok, 66,68Tx, Lescop/Moysan/Kerspern, 224cv.

THAÏS, Cm3066, Langoustier, 39,84 Tx, 120 Cv, Pierre Moysan.

THIERRY-DE-MARTEL, Cm 2869, Malamok, 45,94 Tx, Salaun, 1950

TREZIC, Cm 3137, Langoustier, 148,14 Tx, H. Guegueniat, 300cv, 1963

VA BRO, Cm 2925, Malamock, 61,83Tx, Jean Drévillon, 1950.

YVETTE Cm 2580, Dundee mixte, 67,45 Tx, Drévillon

ZEPHIR, Cm 2951, Dundee à moteur, 49,51 Tx, Pierre Riou, 1951.

 

 

  Évolution de la flottille :

En 1943, par temps de guerre, seuls trois navires de pêche sont enregistrés:

  • Petit-Charles,
  • Jazz-Band,
  • Chloé.

En 1945 s'y rajoutent 5 navires, portant le total à 8 :

  • Breizh-Atao,
  • Jeune-Auguste,
  • Reder-ar-Mor,
  • Yvette,
  • André-Paul.

En 1946 s'y joint le Fleur-de-Mai.

En 1948 apparaît le Foëderis Arca.

En 1949, le nombre de navires enregistrés à la pêche au large est toujours de 8 :

  • Breizh-Atao, Chloé, Jazz-Band, Reder-ar-Mor, Yvette, Foëderis-Arca, Fleur-de-Mai,
  • et Tante-Yvonne.

En 1950 s'ajoute Jacqueline-Francine.

La flottille va passer à 13 navires en 1954, 15 en 1958, 19 en 1963, 22 en 1964, 24 en 1965, pendant que le tonnage du navire le plus fort passera de 54Tx en 1943 (Chloé) à 124Tx en 1960 (Intron-Maria) et 328 en 1965 (La Barbade et Constellation), tandis que les moteurs diesel sont de 224 cv pour Tante Yvonne en 1949, 320 cv pour Intron Maria, et 490cv pour La Barbade et Constellation. L'année du naufrage de Tante-Yvonne est aussi l'année de l'apogée des puissances des navires, et de leur nombre.

Annexe : 13 unités inscrites au regitre de Morgat mais immatriculées à Douarnenez (ou Audierne).

Je ne les ai pas inclus dans l'étude onomastique, mais ils témoignent des échanges entre les deux flottilles.

 CRAVE-BIHAN, AU 2298,  Dundee à moteur 64,91 tx Louis Thomas.

COUTINEC DZ 3961, Langoustier-congélateur 110,84 tx., Pierre Moysan.

FÉE-DES-LÉGENDES, MX 4017, Langoustier-Thonier 46,76 tx, Pierre Kermel.

GAI-COMPAGNON, DZ 3712, Dundee 63,37 tx

GUY-MOCQUET, DZ 3709, 71,41 tx

JOHANNES-BAPTISTA, DZ 2980, Dundee-mixte 49,98 tx, H. Kerspern.

KERSCAFF, CC 4203, Chalutier-thonier 42,03 tx, Jean Drévillon, 120 cv.

LA-GRACIEUSE, DZ 3779, Dundee 37,57 tx

LOUIS-KREBS, DZ 3679, Dundee voile et moteur 60,61 tx Jean Morvan.

MA GONDOLE, DZ 3377, Dundee à moteur, 48,23 tx, R. Guéguéniat.

MARCEL-CERDAN, DZ 3787, Dundee 49,30 tx Pierre Moysan.

PETITE ANNICK, DZ  3802, Dundee 38,37 tx Jean Morvan.

RAYMONDE, DZ 3440, 48,03 tx.

SACRÉ-COEUR, DZ 3678, Dundee mixte 41,53 tx J. Le Bretton.

ULYSSE, DZ 3779, Dundee 37,57 tx Joseph Ménesguen.



 

 

Onomastique de la flottille de pêche au large de Morgat 1945-1965.

  Les patrons de pêche de Morgat vouent-ils leur navire à des puissances tutélaires religieuses, mythologiques ou symboliques ? Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, les baptisent-ils du nom des héros, des lieux de bataille, ou de termes se rapportant à la Victoire, la Paix, la Concorde? On réalise vite qu'il n'en va pas exactement ainsi.

 Pour cette rapide étude des 51 noms de navire de pêche au large 1945-1965, je reprends la classification proposée par Dominique Confolent dans son article  La religion dans l'onomastique navale granvillaise (1900-1939) Annales de Normandie ,1993, Volume 43 Numéro 43-1, pp. 61-68. Cet auteur retrouvait 11% de noms religieux pour l'année 1939 à Granville, 40% de prénoms familiaux, 14% de noms d'Histoire et mythologie, 23% de Formules et Qualificatifs, 4% de noms de Mer et Géographie, 0% de Fleurs, fruits et minéraux, 4% de noms d'animaux, et 4% d'Autres.

 

  Pour notre série de l'Inscription de Morgat, je trouve :

1. Religion : 4 noms =7,8%

Föederis-Arca, Introun-Maria-Gwel-Mor, Sacré-Cœur, Santa-Helena (qui est peut-être un nom de lieu). On note l'absence de saints et de saintes, l'absence des grands cultes d'avant-guerre (Thérese, Bernadette, Jeanne d'Arc).

Föederis-Arca, "arche d'Alliance" est un épithète de la Vierge dans les litanies de Lorette ; mais c'est aussi le nom d'un trois-mâts, capitaine Richebourg, dont l'équipage s'est mutiné en 1864, et dont l'histoire a été racontée par Jacques Perret dans Mutinerie à bord, Amiot-Dumont 1953, ou par Henri Quefellec. Ce navire ayant quitté Sète pour le Mexique n'arriva pas à destination, mais huit naufragés furent recueillis dans une chaloupe ; le capitaine, le second, le cuisinier et le mousse avait péri dans le naufrage. Cette version fut contestée, et on finit par apprendre que l'équipage s'était révolté, avait tué les officiers et s'étaient enfuis avec la chaloupe. Quatre d'entre eux furent condamnés par le Tribunal de Brest, et Oillic, Léonard,Thépaut et Carbuccia  furent guillotinés en octobre 1866. On voit qu'il est difficile de savoir si le nom du thonier palangrier de Morgat honore la Vierge, ou témoigne d'un fait de mer.

Son nom est indiqué sur le registre avec un tréma sur le o, mais cette orthographe que j'ai respecté n'est pas habituelle.

Introun-Maria-Gwell-Mor, construit  en 1958, porte le nom de l'église qui fut construite à Morgat en 1958 à la place de la chapelle Sainte-Marine, Notre-Dame de Gwel-Mor (de la Mer bienveillante). Le registre porte le nom orthographié soit Intron Maria Gwell-Mor, soit Intron Maria Gwel-Mor.

  Cette proportion de 8% de noms religieux peut être comparée à celle de 16% que j'ai obtenu dans l'étude onomastique de la flottille de Groix de 1850 à 1936 (travail inédit).

 

2. Prénoms : 14 noms, soit 27,4%

André-Paul, Chloé, Corentine, Gisèle-Roger, Guy-et-Milo, Grand-Pierre, Jacqueline-Francine, Jeune-Auguste, Maïtena, Père-Benoit, Petit-Charles, Petite-Marie-Françoise, Thaïs, Yvette.

 Cette majorité de noms composés de prénoms faisant référence à la famille se retrouve dans toutes les flottilles de pêche, et témoigne sans-doute de la place de la cellule familiale dans ce milieu social. On note l'absence de prénom breton, et l'absence des prénoms Marie, Joseph et Thérèse pourtant bien attestés dans la population.

3. Histoire et Mythologie.  : 4 noms, soit 7,8%

Charles-le-Goffic, Cdt d'Estienne-d'Orves, Raymond-Moreau, Tante-Yvonne, Thierry-de-Martel.

Charles le Goffic (Lannion 1863-id,1932) est un poète et un écrivain traditionnaliste proche de Charles Maurras et de Maurice Barrés.

Honoré d'Estienne d'Orves (1901-1941) est un officier de Marine qui organisa pendant la Seconde Guerre Mondiale le réseau de résistance breton Nemrod. Trahi par son télégraphiste, en réalité membre du contre-espionnage allemand, il est arrété le 22 juin 1941 et exécuté le 29 août 1941 au Mont-Valérien.

Raymond Moreau   est un résistant de Telgruc qui fut tué lors des bombardements précédant la libération de la commune ; sa mémoire a été honorée par son ami Jean Capitaine, premier armateur du thonier.

Tante-Yvonne est, je le rappelle, le pseudonyme d'Yvonne Le Roux, résistante ayant habité à Morgat avant d'être arrétée et déportée à Ravensbruck et de décéder quelques jours après sa libération; une rue et une plaque commémorative lui sont dédiées à Morgat.

Le comte Thierry de Martel (1875-1940) est un médecin, neurochirurgien, militant d'Action Française, qui se suicida le premier jour de l'entrée des Allemands à Paris le  14 juin 1940.

 

4. Formules et Qualifications.  : 5 noms = 9,9%

Bon-retour, Breizh-Atao, Kenavo, Reder-ar-Moriou, Va-Bro.

Breizh Atao signifie "Bretagne toujours", Reder ar Moriou signifie "le coureur des mers" (avec un jeu de mot sur riou, le nom de l'armateur??), Va Bro signifie "Mon pays".

5. Mer et géographie.  : 11 noms = 21,5%

Amazone, Kador, Kerogan, La Barbade, Le Morgatois, Pen-ar-Roz, Pen-Glas, Port-Manech, Portzic, Rouergue, Trezic.

Kador est le nom de la pointe (Beg ar gador) derrière laquelle s'abrite le port de Morgat ; la baie de Kérogan désigne l'élargissement de la Rivière de l'Odet au sud de Quimper; ce navire a été construit à Tréboul. Pen ar Roz  est le nom breton du Cap de la Chèvre (Beg Penn ar Roz) ; Pen Glas ("tête verte") est le nom d'un des Tas de Pois. La plage du Portzic prolonge la Plage de Morgat en sa partie nord. 

6. Fleurs, fruits et minéraux : 3 noms = 5,9%

Beryl, Fleur-de-Mai, Rubis.

  "Beryl" est bien choisi comme nom de bateau, puisque ce mineral tire son nom du grec byrellos qui signifie "cristal de la couleur de l'eau de mer" : la variété bleue de ses cristaux porte le nom d'"aigue-marine".

7. Animaux : 2 noms, soit 4%

Gambas, Le Condor.

8. Autres:  8 noms, soit 15,7%

a) éléments naturels :  5 noms = 9,8%

Constellation, Etoile-du-berger, La-Houle, Zephyr.

b) danse et musique : 2 noms soit 4%

Charleston, Jazz-Band.

c) Divers

      Fraï-Lann 

  Je n'ai pas pu trouver la signification de ce nom. C'est aussi celui d'un Trawler de 138 Tx construit en 1964 à Camaret par le chantier Péron et naviguant sous pavillon de l'Afrique du Sud IMO 6517469.

 

Voir aussi :

La Flottille de pêche côtière de Morgat 1945-1965 ; onomastique navale.

Par jean-yves cordier
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