Du 13 au 15 mai avait lieu sur la plage de Pentrez un championnat de char à voile : camping-cars, buvette, tentes et espace restauration, sonorisation, affluence, une belle ambiance de jour de fête mais l'acces à la plage est réservé aux concurents et aux 4x4 des organisateurs: mauvais jour pour une balade naturaliste.
1_ D'autres 4x4 appartiennent à des pêcheurs à pieds professionnels qui pratiquent depuis 1980 la pêche de la telline en Baie de Douarnenez et en Baie d'Audierne. Ils étaient 36 en 2008 et ce sont eux que l'on voit arpenter la plage, comme des gens qui pousseraient des caddy de superette ou tondraient leur gazon.
La telline est ce petit bivalve enfoui dans le sable et dont on ramasse parfois les jolis coquilles opalines. On distingue Tellina incarnata, ou Telline pourpre,T.tenuis, ou telline délicate, T. pulchella, ou telline gentille, et T.nidita, ou telline onyx. Mes préférées sont les roses, aux coloris délicats non de "cuisse de nymphe émue" mais de paupières closes, dignes des Belles Endormies de Yarusani Kawabata. Mais on trouve plus souvent des coquilles jaunes, ou alliant le jaune et le lilas, ou d'autres encore de couleur coquille d'oeuf . Leur coquille est fine, fragile et translucide.
Mais c'est la Donax, Donax trunculus ou flion tronquéet Donax simistriatus ou flion semistrié, commercialisée sous l'appellation plus plaisante de telline, que récolte les pêcheurs professionnels. La forme en est plus allongée, la coquille est plus épaisse et elle est striée.
Reste à reconnaître qui est telline et qui est donax sur ces images :
Nous avons vu (" Le Tadorne de Pierre Belon") que ce coquillage fait le régal des Tadornes, qui fréquentent les estuaires à sa recherche.
On peut le cuisiner en persillade mais il est surtout apprécié de l'autre coté des Pyrénées où les Espagnols l'achètent à prix suffisant pour motiver des bretons courageux à en pratiquer la pénible récolte. Pour cela, il faut tracter à reculons,au moyen d'un harnais une drague ou chalut-rateau munie de roues qui peigne le sable pour récupérer les coquillages.
2_La plage n'étant accessible qu'en périphérie, je vais à Pors ar vag, au Sud, où je découvre un pseudorécif d' Hermelles.
Les hermelles (Sabellaria alveolata) sont des annélidés qui vivent en colonies. Chacun vit dans un tube de sédiments sableux agglomérés par ses propres sécrétions. Ces tubes accolés en gâteaux d'abeille sur un galet finissent par constituer une belle boule ou des massifs de près d'un mètre de hauteur. Cet organisme est très rare sur le plan national, on le trouve en Normandie à Carolles et à Champeaux et en Bretagne à Ste Anne, ou la colonie couvre 90 hectares, ces trois sites se trouvant dans la Baie du Mont-Saint-Michel. Ailleurs en Bretagne, il est rare, et doit être protégé, notamment des dégradations effectués par les pêcheurs à pied .
Il faut imaginer un modeste galet central, et la structure tubulaire rayonnante d'origine animale qui représente le volume principal.
3_Tout à coté, les bécasseaux sanderlings se livrent à une pêche à patte intensive au dépens de petits poissons d'argents.
Les Lançons, nom vernaculaire des ammodytes_nom qui ne signifie rien d'autre que "enfoui dans le sable"_ (Ammodytes marinus, A.tobianus, Hyperoplus lanceolatus), sont des poissons allongés et cylindriques, de 20 centimètres, aux longues nageoires anales et dorsales, qui vivent en petits groupes, passant leur existence enfouis sous le sable quand les pêcheurs de bar, de turbot et de lieu jaune ne viennent pas les y chercher par grandes marées pour appâter leurs lignes: un bar ne résiste pas à un lançon vivant bien présenté devant lui ! Les pêcheurs de bar à la palangre en utilisant 40 à 50 kilos et les pêcheurs à la ligne 5 kilos par jour, un chalutier de onze mètres, le Men Bret, pour répondre à cette forte demande, a été armé à Loctudy. On compte une centaine de canots de pêche au bar sur les quartiers d'Audierne, du Guilvinec et de Concarneau, ce qui représente beaucoup de petits lançons utilisés.
On peut aussi en faire une friture, ou les réduire en farine.
La pêche du lançon était, pour nos (arrière-grands) parents, une vraie partie de fou-rire, ou du moins toujours un loisir très animé : de nombreuses cartes-postales des années 1900 représentent la scène où des dames en robe et chapeau de plage accompagnent de fringants jeunes hommes en pantalon court et canotiers qui fouillent les ripple-marks de la plage avec leur pelle. De nos jours, où on est blasé de tout, on peut encore se rendre la nuit sur l'estran, éclairé à la torche électrique, et faire des sillons dans le sable pour débusquer les bestioles: la chasse de ces animaux paniqués cherchant à échapper à la prise en disparaissant dans le sable et décuplant sa vitesse de déplacement de 30 centimètres à 3 mètres par secondes est encore capable d'amuser certains.
C'est l'arrêté 207/2008 modifié par l'arrêté 10/2010 de la Préfecture de la Manche sur la réglementation de la pêche maritime de loisir qui fournit , après celle du couteau, du croc, du râteau à soles, du râteau à soles de Créances,du râteau à coques, de la pelle triangulaire, de la fourche, de la fourche à cailloux,de la griffe à dent, de la nasse, de la gaffe et du casier à bouquet, sans oublier la baleine de parapluie (authentique!), la description réglementaire du râteau à lançon :" largeur maximale à son extrémité : 80 centimètres. Cette extrémité est composée de dents d'une longueur maximale de 13 centimètres et espacées de 4 centimètres au minimum." Gare aux contrevenants.
(Je signale, avant que l'on me pose la question,que le couteau de Créances n'est pas un couteau particuliérement sensible à l'usure, ni aux dents longues, ni exposé au recouvrement -par la marée ou par le sable-, mais un outil large de 80 centimètres, muni d'un manche de 2 mètres, de dents non piquantes et d'une poche de filet,créé par les créançais et créançaises de cette commune de Basse-Normandie . L'usage du couteau à soles de Créances est limité au littoral de St Germain sur Ay à Anneville sur mer.)
Voici donc le lançon ; il est étonnant de le voir presque translucide quand il peut apparaître si argenté autrement :
Personne ne m'otera la conviction que c'est le lançon qui a servi de modèle à la capricieuse salamandre d'argent que Marcel Proust a vu, tapi immobile au fond d'un thermomètre à mercure avant de gravir l'échelle des degrés pour afficher,"de sa verge étincelante" le chiffre fatidique de 38°3. Mais chacun se fera son idée en lisant le récit de la mort de sa grand-mère dans Du coté de Guermantes, publié, non .au Mercure de France comme la Bible d'Amiens, mais chez Gallimard
Voilà maintenant leurs prédateurs, très actifs à saisir leur part de la pêche miraculeuse et d'aller l'emporter à l'abri des convoitises : certains tentent de gober leur poisson en entier, d'autres picorent de petits morceaux.
Allez, encore une pour le reflet :
4_ parmi les bécasseaux, deux Barges rousses femellesprolongent leur séjour de villégiature en Bretagne avant de gagner le Nord , et je peux admirer leur livrée aux harmonies de gris, certes moins rutilant que la livrée ocre-du- Rousillon des mâles, mais bien seyante tout-de-même.








































































































































