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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 19:51

 

     La chapelle de Saint-Julien à Camaret,

           en Presqu'île de Crozon.

        Elle est située dans le hameau de Lannilien, toponyme où on peut deviner un Lann Sulien. En effet, son nom de Saint-Julien n'est que la transformation d'un ancien Saint-Sulien, Sant Sulian, répondant à la préoccupation de l' Église, notamment après le Concile de Trente, de voir disparaître les saints locaux au profit de ceux du calendrier romain. On en voit un autre exemple à Crozon avec la chapelle saint Drigent, rebaptisée Saint-Philibert.

  Que sait-on de ce saint Sulian ? Qu'il était un moine gallois du VIe siècle qui  évangélisa le pays de Galles et l'Armorique. Ce que l'on sait de mieux, c'est la liste de tous les noms sous lesquels il se déguise pour donner naissance à des toponymes et à des paroisses, comme "Saint Tyssilio" au pays de Galles, et chez nous saint Suliac, Sulliac, Séliac, Suliau, Sant Sula, Plussulien. L'un de ses tours de force —je ne parlerai pas de miracle— est de rentrer dans la composition du plus long nom de ville d'Europe, riche de 58 caractères et que, l'ayant appris par cœur, le Pr. Lavieb vous révèle aujourd'hui : Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch, comme ça se prononce. Si il vous laisse deviner le nom des habitants de cette commune galloise, c'est pour le Pr. Lavieb un jeu d'enfant de vous en donner la traduction : " l'église de sainte Marie dans le creux du noisetier blanc près d'un tourbillon rapide et l'église de saint Tysilio près de la grotte rouge".

 

  A Lannilien (mais n'en parlez-pas aux Suliaçais et Suliaçaises, des Plussulianaises et Plussulianais), on aime à penser que c'est ici que saint Sulian installa son ermitage, au bord du ruisseau, qu'il passa là de longs jours paisibles en prières et macérations, tout en faisant moult miracles, et que la chapelle fut construite sur le périmètre de sa cellule et de son jardinet.

  L'édifice actuel doit dater du XVIIe siècle, si on en juge sur son portail aux pilastres cannelés. Son clocher a été remanié, car la solide base carrée de sa tour ne s'accorde pas à son couronnement. Certains ont lu, dans les inscriptions de cette tour, la date de 1762, et d'autres, de 1666.

Cette chapelle traduit, par son clocher rectangulaire et son portail aux pilastres sommairement cannelés, l'introduction du style classique dans l'architecture du XVIIe siècle. Pendant la Révolution, jusqu'au 6 février 1792, la chapelle sert de refuge aux prêtres réfractaires. Dégradée en corps de garde le 10 févier 1793, elle perd alors sa cloche qui est fondue. Elle est réouverte au culte en 1805 . Dépendant à l'origine de la paroisse de Crozon, elle est finalement rattachée à celle de Camaret-sur-Mer en 1909 après un référendum des habitants.

 

 

 

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      La croix en granit de Tréganna (Locmaria-Plouzané) date du haut Moyen-Âge. Haute de 1,60m, à la base évasée, elle a longtemps servi à traverser, intégrée dans la maçonnerie du pont, un petit ruisseau voisin, et les habitants ont fini par en user le fût qui, au verso, en garde une large marque. Redécouverte, elle a été redressée en 1964. Elle ressemble beaucoup à une autre croix (n°179 de l'Atlas des Croix et Calvaires du Finistère) qui est érigé à Camaret au lieu-dit Croas-Very, sur l'ancienne limite du prieuré de Daoulas.

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On discerne plusieurs inscriptions sur le coté sud de la souche de clocher, en haut des quatorze marches. La pierre la plus haute porte les deux lettres T.P.

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 Un peu plus bas, la première ligne semble avoir été martelée. Je devine plus que je ne lis  TANG HR . Au dessous, chacun lit clairement MATHVRI.

 La pierre suivante porte F (François ou Fabricien) Une pierre différente porte SARBO  suivi de R : DI

  Il est imprudent de lire bout-à-bout ces pierres séparées comme les noms de Mathurin Fabricien, et du Recteur Disarbo ; et bien qu'on ne dispose pas de la liste complète des recteurs de Crozon, les noms dont nous disposons ne signale pas ce recteur Disarbo. Néanmoins, ce patronyme, avec cette graphie qui diffère de la forme actuelle Dizerbo, est attestée à 3 reprises dans les archives (Les Cahiers de l'Iroise 1964). Il peut s'agir d'un fabricien nommé R. Disarbo.

C'est néanmoins la lecture admise par le site officiel du tourime de la Presqu'île :  http://www.tourisme-presquiledecrozon.fr/decouvrir/un-patrimoine-singulier/inscrite-au-patrimoine-mondial/le-patrimoine-religieux

: "Cette chapelle dépendait à l'origine de la paroisse de Crozon. Elle est construite en 1666 comme l'indique la date gravée sur le clocher. Cette date est accompagnée des noms des auteurs de la construction : Tanguy le curé, Mathurin le fabricien et Disarbo le recteur." 

 

.

 

 

chapelle-st-Julien 6907c

 

      Intérieur de la chapelle.

   Elle n'est éclairée que par une seule fenêtre et par la porte sud, ainsi que par des ampoules électriques nues au bout de leur fil. Les murs sont en moellons apparents, surmontés d'un lambris peint en blanc. L'autel imite le marbre. Au sommet du  chevet un grand Christ en croix est entouré de l'inscription peinte O Crux Ave, , début d'une invocation de la Semaine Sainte, O Crux Ave, Spes unica  Salut, Ô Croix, unique espoir.

  Le mobilier, des plus dépouillé, rappelle que pendant la Seconde Guerre, les filles de l'école de Camaret furent reçues ici, car leur école avait été réquisitionnée.

  Le plus frappant, ce sont ces deux poutres habillées de planches peintes : on trouve des rinceaux, des calvaires, des anges, une tête couronnée, un tête de Christ et une tête de prince, un masque coiffé d'un chapeau et qui mord l'extrémité de rinceaux. un coeur, réalisant un ensemble naïf intriguant, tant qu'on n'a pas la solution : c'est le décor d'un film qui a été tourné ici vers 1975, mais dont le titre n'est pas resté dans les mémoires.

 

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      Statue de sainte-femme.

Statue en bois polychrome. J'y voyais une sainte Madeleine, en raison de ses longs cheveux et de son front coquettement épilé. Dans sa main gauche actuellement détruite, elle porterait le flacon de parfum ou d'aromates. Mais cet attribut étant perdu, on se contente de rappeler la tradition locale, pour qui il s'agit de sainte Barbe, ou de mentionner ceux qui pensent qu'elle tenait la palme du martyre.

                 DSCN0273c

Autres statues :

Hormis le Christ en croix du XVIIIe, on trouve surtout une statue en bois représentant saint Julien en évêque. Elle est très récente, puisqu'elle a été sculptée en 1968 par un artiste de Camaret nommé Job qui n'avait pas son pareil pour vous patiner son travail comme une vieille statue du fond des âges. On trouve aussi deux statues en plâtre de Notre-Dame de Lourdes et une Sainte-Anne éducatrice de la Vierge.

 

 

Liens : 

 Site Crozon-bretagne.com

Site Topic-Topos.

Site Infobretagne

Article Saint-Suliac Wilipédia.

Atlas des croix et Calvaires du Finistère : la croix porte le n° 180.

Radio Rivages, émission du 26 juin 2012 de Pierre-Yves Castel.

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Published by jean-yves cordier
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commentaires

QUEMENER PIERRE YVES 24/03/2013 08:07

Bonjour,

Et bravo encore pour votre blog que l'on lit toujours avec autant de plaisir.
Une remarque cependant sur votre présentation de saint Sulien. L'idée, développée au siècle dernier par quelques celtisants, selon laquelle l'Eglise aurait souhaité après le concile de Trente voir
disparaître les saints locaux au profit de ceux du calendrier romain, doit être à mon avis fortement nuancée.
Il n'y a eu en tout cas aucune volonté de dévaloriser le culte des saints bretons. Bien au contraire, le recours aux saints locaux était par exemple systématique dans les missions du père Maunoir.
Par ailleurs, les 17e et 18e siècles constituent l'âge d'or de l'utilisation des noms de saints bretons en prénomination. La vogue des réaffectations de patronage de nombreux lieux de culte au
cours du 17e siècle s'explique à mon sens par la préoccupation du clergé local de proposer à leurs paroissiens des modèles de foi et de piété sur lesquels on avait au moins une biographie sommaire,
qu'elle soit légendaire ou non. Les saints qui en ont fait les frais furent ceux dont ne savait plus rien.

Bien cordialement,
Pierre Yves Quémener

jean-yves cordier 24/03/2013 11:54



Merci de votre gentille appréciation et de cette correction : j'ai bien eu le sentiment en écrivant cette appréciation sur le changement de nom, de m'aventurer trop rapidement. 


Cordialement,


Jean-Yves Cordier.



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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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