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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 09:30

              L'église de Saint-Thuriau :

            N rétrogrades et autres curiosités. 

 Les faits et prouesses édifiantes de la Vie de Messire Saint Thuriau.

          Vitrail, peintures murales et retables.

 

 

 

 

I. Les sièges des fabriciens dans les stalles du choeur.

  Préférant le détail curieux aux poncifs, je ne débuterai pas par ce qui fait, à juste titre, la réputation de cette église du XV, XVIe siècle agrandie au XVIIe puis restaurée en 1877. Je m'intéresserai aux sièges placés de chaque coté du choeur, car ils conservent encore, tracés à la peinture blanche, les noms des paroissiens (souvent les notables et les cultivateurs les plus aisés) qui avaient été élus, ou bien (car je n'ai pas la preuve qu'il s'agisse des fabriciens) ceux qui avaient acheté de leurs deniers ou de leur mérite ce privilège.

  Leur intéret historique est accentué par le fait que chaque nom est associé à un toponyme, celui de leur habitat sans-doute, mais peut-être aussi celui de leur quartier, ou d'anciennes frairies, amenant à formuler l'hypothèse que chaque quartier puisse élire un représentant ; bref, il y a là une petite énigme que les historiens de la commune ont peu-être déjà élucidée, mais qui m'a retenu un moment.

 

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st-thuriau 7348c

 

 


  Ces inscriptions ne sont pas datées, mais un indice peut nous aider : il y a parmi la demi-douzaine (j'ai omis de compter le nombre exact) de sièges de chaque coté,  un seul dont le nom est inscrits en lettres d'or Et du coté doit, c'est celui du maire de l'époque, Jean-François Le Par, de Kerautuem 

 

st-thuriau-7345c.jpg

 

  Or le Bulletin des Lois de la République de 1871 vol. 36 Bn° 1588 p. 399 mentionne l'attribution du rang de chevalier de la Légion d'Honneur à "M. Le Par, maire de Saint-Thuriau, 38 ans de services municipaux dont 30 ans comme maire". A moins qu'il y ait eu plusieurs maires portant ce patronyme, nous pouvons dire que ces inscriptions datent d'après 1841, ou, en supposant que la décision de la République ne soit  publiée qu'un peu après la cessation d'activité du maire, d'après 1839.

  Or, Saint-Thuriau est une commune assez récente, créée précisément le 1er août 1839 par un arrété de Louis Philippe décrétant que la trève (sous-division d'une paroisse) de Saint-Thuriau sera "distraite" de la commune de Noyal-Pontivy. Je suppose donc que nous voyons inscrit ici le nom du premier maire de la nouvelle commune ; et, pourquoi pas, de son conseil municipal. L'idée avait déjà été évoquée en 1790, puis sans-doute préparée au début du XIXe siècle où les habitants rénovent la chapelle afin qu'elle devienne digne d'être un église paroissiale : construction des fonts baptismaux en 1821, construction de la sacristie en 1831.

  Du coté gauche, c'est Pierre Le Goevel de Perhannes qui est honoré par les lettres d'or. Je n'ai pas trouvé d'information sur ce personnage, même avec la forme Le Guevel qui est la forme attestée.

st-thuriau-7334.JPG

 

  Voici donc la liste partielle des titulaires des sièges des stalles :

1. Stalles de gauche :

  • François Le Par, du Goazu. Il faut sans-doute comprendre "du Gohazé", où se trouve la chapelle du même nom : elle figure sur une chartre de 1160, et apparaît  comme la première paroisse chrétienne fondée dans la région, à partir de laquelle la christianisation se serait étendue ; ce fut une paroisse alors que Saint-Thuriau n'était qu'une trève de Noyal-Pontivy. Le toponyme breton ar Gohazé (Coazé, Cohazé) viendrait de Gozh-, "vieux" et Mazé, où on peut voir une forme bretonne de Matthieu, ou un dérivé de Diazez, "assise" (source : toponymie de Pontivy link).
  • Toussaint Carel, du Goazé. Même commentaire.
  • Louis Le Guidevais de Coconec. Ce toponyme est mentionné par L.T. Rosenzweig dans son Dictionnaire topographique du Morbihan. Une rue actuelle porte le nom de Coet Connec.
  • Pierre Le Goevel de Perhannes (lettres d'or). Le toponyme est retrouvée dans l'actuelle rue Perhanne.
  • Charles Robic du Roch Le Mote(n). L'écluse du Roch se trouve sur le Blavet à l'ouest de la commune, suivie de l'actuelle rue de Rochmotten.
  • Jean-Marie Picard du Moulin. Il existe une rue  Moulin du Roch. Le moulin du Roch date de 1471. En 1860, le canal du Blavet fut agrandie pour permettre le passage de péniches plus fortes, et la minoterie se vit dotée d'une écluse et fut rehaussée de deux niveaux. 
  • Julie Oliviero de la Vieille-Oussaye. Le lieu-dit, puis la rue de la Vieille Houssaye se trouvent au Nord, vers la fontaine de Houssaye (sur la commune) et la Chapelle de la Houssaye (sur Pontivy). Le toponyme figure sur la carte de Cassini. On dispose d'un certificat de naissance du 11 juin 1820en la mairie de Malguenac  concernant l'enfant Guillemette, née de Pierre pierre 37 ans laboureur du village de Coëtmeur et de Julie Oliviero son épouse.

2. Stalles de droite

  • Vincent Guiguende de K/Lodet. C'est le premier exemple de l'abréviation des toponymes en Ker- par un K dont le jambage est barré. J'avais déjà rencontré l'abréviation par omission des lettre -er en épigraphie, notamment sur les murs des monuments religieux de Plogonnec, au XVIe siècle, mais son usage au XIXe siècle et l'emploi de ce signe barrant le K fait l'intérêt de cette constatation ; les autres toponymes en Ker- seront également abrégés par ce procédé. Le Lieu-dit Kerlodet est encore attesté actuellement par une Cité de Kerlodet et une rue au nord-ouest du bourg.
  • st-thuriau 7338c

 

  • Louis Le Par de K(er)autuem. Avec François et Jean-François, c'est le troisième membre de la famille Le Par, manifestement bien implanté à Saint-Thuriau. On n'emploie plus la forme Kerautuem, mais c'est Kerautem qui est toujours attesté comme l'un des quartiers de la commune.
  • Joseph Guégan de Calavre. Calavre est l'un des quartiers actuels de Saint-Thuriau : en partant de l'écluse du Roch à l'ouest et en se dirigeant vers le bourg, on empruntera les rues de Rochmotten, de Kerautem, puis de Calavre. Le toponyme figure sur la carte de Cassini (Calavre).
  • Mathurin L...
  • Pierre Guégan de K(er)ihuel. Le ruisseau de Kerihuel et le lieu-dit du même nom se trouvent au nord de la commune.
  • Jean-François Le Par de K(er)autuem, maire : déjà mentionné; le toponyme correspond à un actuel quartier de la commune.
  • Mathurin Le ...de K(er)leau.
  • Mathurin...L..NE..EK(er).  Bizarrement, tous les noms débutant par Mathurin sont partiellement effacés!
  • Joseph Le Par du Goazé , quatrième Le Par, et troisième mention du quartier de Gohazé.
  • Jean-Pierre Robic du Roch Le Motten. 

 

II. La voûte lambrissée et ses peintures: Vie de saint Thuriau.

 

  Le lambris a été peint par un peintre italien en 1779 ; mais il a sans-doute été repeint (par une main anonyme) puisque l'on sait qu'à la Révolution les "bleus" mirent le feu au mobilier de l'église, et que la voûte en était restée complètement noircie et avait du être repeinte. Quoiqu'il en soit, les peintures dont la vue est offerte au spectateur ont un charme naïf bien séduisant. En outre, les inscriptions accumulent comme à plaisir les N rétrogrades dont je suis friand. Enfin, on peut y étudier les costumes des personnages, reflet sans-doute fidèle de ceux que portaient les paroissiens. 

  Si la voûte a été repeinte, on a respecté les inscriptions des commanditaires, ce qui témoigne d'une fidélité à l'oeuvre de 1779 : ces inscriptions se trouvent à droite et à gauche du choeur, sur le lambris des bras de transept.

  A droite nous lisons "Méliau Le Féllic trésorier en charge a fait faire ce lanbri."

  "Méliau" ou Miliau ou Milio est un prénom breton renvoyant à saint Méliau, à laquelle la paroisse proche de Plumiliau est consacrée.  Méliau Le Fellic, né le 15 juin 1741 s'est marié à Saint-Thuriau le 28 janvier 1765 avec Louise Héno ; il est aussi attesté comme parrain de Méliau Héno. Il eut trois enfants, Pierre, Marie et Jacquette. Il avait donc 37 ans lors de la peinture du lambris. (source : Yasni :link)

  L'orthographe "lanbri" est fautive et non seulement désuète ; mais elle permet de découvrir l'étymologie du verbe lambrisser, à l'origine du nom. Ce verbe, sous les formes lambruschier (1175), lambroissier (1225) puis lambrisser (1449) vient du latin lambruscare, "orner avec les vrilles de la vigne", du latin lambrusca, "vigne sauvage" (Source : CNRTL, Trésor de la Langue Française). On "lambrissait" les murs par des ornements de platre ou de stuc, et non seulement par des planches de bois comme la plupart des charpentes des chapelles et églises bretonnes.

 

                                st-thuriau 7318c

 

La seconde inscription mentionne : "Messire Lebare recteur Monsieur Le Mouel curé. Le sieur Relo pretre 1779."

  Les deux derniers noms sont attestés au XVIIIe siècle sur la paroisse. (Louis le Mouel, né en 1772 et Jeanne Relo).

Le recteur de Noyal-Pontivy de 1773 à 1791 est bien Louis-Marie Le Bare.

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1. Le cycle de saint Thuriau.

  Il comporte 24 panneaux, faisant le tour de la voûte.

  La vie de saint Thuriau est décrite par Dom Lobineau (Vie des Saints, link) en 1725, ou plus précocément par Albert le Grand v. 1640 dans sa Vie des saints d'Armorique link . C'est le livre de ce dernier auteur qui semble être à l'origine de ces peintures. D'autant que le frère Le Grand était de Morlaix.

 Vue générale de la nef. Le cycle commence au fond à gauche. J'ai reconstitué l'ordre comme j'ai pu. Parmi ces six panneaux de gauche, trois s'inscrivent dans un encadrement en arc  croisé, et les trois autres dans un cadre presque carré, entourés de rinceaux de roses. Au sommet, des anges portant des écus alternent avec des quatrefeuilles et autres motifs.

peintures 7361c

 

LE JENNE St-THURIAU GARDE LES MOUTONS.

  On remarque le costume que porte le jeune Thuriau, très proche de celui des statues de saint Isidore, et donc des cultivateurs aisés de la Bretagne du XVIIIe : chapeau "breton" rond et noir, redingote ou veste longue à boutons dorés au dessus d'un gilet blanc (que l'on découvre sur les autres panneaux) et d'une chemise blanche, ; pantalon court (braies) qui n'est pas ici plissé, et dont la partie basse est serrée par  trois boutons ;  guêtres blanches et chaussures noires à boucle dargent. C'est, d'après les spécialistes, le costume de tous les paysans du royaume, sans particularité régionale avant le milieu du XIXe siècle.

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St THURIAU PRIE AU TOMBEAU DE St SAMSON.

       Saint Samson, l'un des sept saints fondateurs de Bretagne, est mort à Dol vers 565. Son tombeau se trouve dans la cathédrale de Dol.  il  avait fondé l'Abbaye de St-Samson (voir infra) et est reconnu, par tradition, comme le premier évêque de Dol.

  Albert le Grand donne cette scène comme fondatrice dans la vie de Thuriau. 

 

"Ne faisant encore que sortir d'enfance, touché de Dieu, il conçut un saint mépris pour les choses terriennes, élevant son esprit aux Célestes et Eternelles, &,voulant servir parfaitement à Dieu, il sortit de la maison paternelle en habit déguisé. & se rendit dans la cité de Dol, où il visita en grande révérence, le sépulchre de saint Samson, auquel il rendait une spéciale dévotion, fréquentant son église et priant à son tombeau : Ce qu'ayant remarqué un bon personnage de Dol, voyant la modestie, simplicité,  innocence et piété de ce jeune enfant, il le prit en affection, l'emmena avec luy, l'envoya aux champsen une sienne métairie garder ses brebis ; Présage qu'il devait un jour estre Pasteur, non de brebis et d'animaux, mais d'hommes."


peintures 7368c

 

St THIARMAIL ENTEND St THURIAU CHANTER.

  Thiarmail ou Armael était évêque de Dol ; remarquant les dispositions particulières pour l'étude du latin et des matières sacrée tout autant que sa voix mélodieuse, il l'adopta comme son fils, lui enseigna les lettres sacrées, l'ordonna prêtre puis le nomma comme successeur à la tête du diocèse de Dol.

peintures 7371c

 

 

St THIARMAIL DEMANDE St THURIAU A SON MAITRE.

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CE MONSIEUR DONNE UN PRECEPTEUR AU JEUNE St THURIAU

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St THURIAU RENONCE AU MONDE. 

peintures 7372c

 

  Quittant le coté gauche de la nef pour le bras nord du transept, nous découvrons la suite (quatre panneaux) : on retrouve les deux types d'encadrement, carré et en arc, mais un motif apparaît, celui d'un rideau de théatre frangé d'or soulignant la sollennité de la scène. On verra cette draperie culminé avec les deux dernières réalisations, l'Assomption et saint Isidore.

 

St THURIAU EST ORDONNÉ PRÊTRE.    

avec deux beaux N rétrogrades.

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St THURIAU VISITE LES MALADES.

 

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St THURIAU EST ÉLU ABBÉ DE St SAMSON.

 Avec un N rétrograde à la fin du nom SAMSON.

  Albert le Grand : " Il fut fort soigneux de conserver les lys de la chasteté (qu'il garda entière jusqu'à la mort), son humilité était très profonde ; iune simplicité si naïve et innocente que c'était merveille. Bref, il profitait si bien dans ce monastère que l'archevêque l'ayant promeu d'Ordre en Ordre jusqu'à la Prestrise, le fit Abbé du dict Monastère et Supérieur des autres clercs : à laquelle Dignité se voyant élevé, il s'humiliait et s'abaissait en soy-même, sans, en rien, se préférer à ses compagnons.."

 

On  voit que le peintre a su montrer combien Thuriau était moins dissipé que ses camarades en soutane, trop prompts à chahuter.

 

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      St THURIAU EST SACRE ARCHEVÉQUE DE DOL.

  L'exactitude éxige de préciser que saint Thuriau fut évêque, et non archévêque de Dol, le siège archiépiscopal n'ayant été créé par Nominoé qu'en 848, avant que Dol ne soit rétrogradé au rang d'évêché par Innocent III en 1208.

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  L'histoire se prolonge dans le choeur, coté gauche (deux grands panneaux), puis droit (deux autres panneaux) : elle raconte les aventures d'un certain Rivalon. Elle s'accompagne de  panneaux  décrits plus tard.

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RIVALON MET LE FEU A L'ABBAYE DE St SAMSON

  Rivalon est "un puissant et riche Seigneur, mais  fort meschant furieux et cruel" (A. Le Grand) "lequel, sans aucun sujet, par une pure malice et forcenerie, mit le feu dans un monastère". Tout y brula, sauf, O miracle, le missel où étaient les saintes évangiles, qui, échappant aux flammes, sauta de l'autel pour gagner le jardin où les bons moines regardaient brûler leur monastère. Je commençais à penser que ce détail avait été ignoré par l'artiste, mais en réalité, on voit bien, au dessus de la mitre de l'Abbé, le missel enflammé et volant.

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St THURIAU FAIT A RIVALON RECONNAITRE SA FAUTE.

        C'est ce que l'on nomme du beau nom d'admonestation, un mot issu du telescopage d'admonere (avertir) et de molestus (pénible). Les plus belles et les plus pénibles  admonestations sont vertes, et on peut gager que Thuriau admonesta vertement Rivalon en lui passant un savon. 

 

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St THURIAU IMPOSE UNE PENITENCE A RIVALON.

  Je suis décu : j'ai beau observer la peinture, je ne vois pas que l'artiste ait représenté ce détail crucial du récit de la mirifique Vie de saint Thuriau où, Rivalon ayant promis de réparer sept fois son exaction (et même de rendre au monastère "sept fois le double"), "voilà, chose admirable, une très claire et brillante colombe, laquelle rependait des rayons et une extrème clarté par toute la maison, descendit et se reposa quelques temps sur l'épaule du Saint, lui parlant à l'oreille".

  Une note du texte (de Morcet de Kerdanet) révèle qu'il s'agissait, suivant les actes, de l'archange saint Michel, qui s'était transformé en colombe. Ce qui est un prodige inouï.

 


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RIVALON TRAVAILLE A REBATIR L'ABBAYE DE St SAMSON.

Nouvel N rétrograde sur Rivalon.

 

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Bras sud du transept : quatre panneaux:


      St THURIAU FAIT PLANTER UNE CROIX.

Trois N rétrogrades, dont un sur le titulus.

  On ne comprend rien de cette image si on n'a pas le texte d'Albert le Grand pour expliquer que cette érection est destinée à commémorer une vision qu'eut le saint : car la foule de Dol qui l'accompagnait lors des processions de Rogations l'entendir crier en regardant en l'air : "Or, je vois  le Ciel ouvert et les Anges du Seigneur porter l'Arche du Testament". Une croix de pierre fut plantée à l'endroit même de la vision béatique.

peintures 7378c

 

St THURIAU RESUSCITE UNE FILLE NOMMÉE MELDO.

Outre l'orthographe "resuscite" au lieu de "ressuscite", on note deux nouveaux N rétrogrades

  Saint Thuriau rendit la vie à trois morts ; mais on n'a conservé que le nom de cette jeune Meldoc, la fille de Guiridgal, qui a eu la chance de se faire enterrer au moment où Thuriau passait en présence d'une multitude de fidèles. C'était, d'ailleurs, tout-près de cette croix que nous venons de voir dresser. Il exigea seulement à la famille d'attendre qu'il ait fini sa prédication, pui se mit à l'ouvrage et opéra le miracle. Les parents le remercièrent.

peintures 7375c

 

St THURIAU PRECHAIT AVEC ONCTION.

 Avec deux nouvelles occurences du fameux N à l'envers.

"Prêcher avec onction" et abondance de coeur, c'est prêcher en apôtre, sous l'onction du Saint-Esprit, l'onction secrète de la grâce. Lorsqu'Albert Le Grand écrivait sa Vie des Saints d'Armorique, c'était la grande période de la prédication, des foules rassemblées et édifiées par l'abbé Le Maunoir après Michel Le Nobletz. Cette onction oratoire suscitait les conversions les plus  éclatantes, les guérisons les plus extraordinaires. 


peintures 7377c

 

      St THURIAU MOURRU LE 12  JUILLET   749.

  La date communément acceptée pour le déces du saint est celle du 13 juillet. On corrigera mourru par " mourut" et on s'interessera à la veillèe mortuaire. La chambre est tendue d'étoffes noires ornées de tête de mort et d'os croisés blancs. Un crucifix est placé entre les mains jointes du défunt. Un prêtre est assis à sa droite, et un goupillon placé dans le seau d'eau bénite. On s'étonne de l'absence de cierges.

  En France, l'organisation de la cérémonie, et la capacité de procurer " draps, serges blanches et noires, velours, satins, robe de deuil, plaques, dais, chapelles ardentes, argenterie et toutes autres choses" était le privilège depuis 1641 et jusqu'à l'An II d'une Corporation des Crieurs. Ceux-ci, ou un convieur, un clochetteur, passent chez les amis, les voisins et la famille pour les inviter à la veillée mortuaire plutôt qu'à l'enterrement lui-même pour lequel  on adresse un "billet d'enterrement".

L'assistance récite le chapelet, le Salve Regina, puis à la levée du corps le prêtre asperge le corps d'eau bénite et récite le De Profundis.

 Le saint fut enterré dans la cathédrale de Dol, comme saint Samson.


peintures 7376c

 

 

Après les dix-huit panneaux consacrès à la vie du saint, on  contemple enfin le lambris de la nef, coté droit : six panneaux sont répartis en symétrie des six du coté gauche, mais se consacrent à la période posthume, aux miracles attribués aux reliques, et au culte de ces reliques :

 

 

 

DES MACONS TRAVAILLENT LA FETE DE St THURIAU.

  Là encore, difficile de comprendre cette image sans l'aide du grand Albert : mais je suis fatigué de recopier le texte, qui est ici un peu long. C'était à Paris, après que les reliques y aient révélé leurs pouvoirs : on fétait la Saint-Thuriau avec faste, mais voilà qu'un architecte mécréant ou aussi ignorant des coutumes que s'il était tombé de la lune, décida de faire travailler ses maçons en ce jour chommé. Ceux-ci "avaient plus besoin de gagner de l'argent que de gagner des pardons" et le patron les menaçait de les licencier sans indemnité. On voit le résultat : patatras ! Les maçons s'y rompirent les quatre membres alors que l'architecte se rompit le col (le cou, et non le col du fémur). C'était le chantier de l'église Saint-Etienne.

 


peintures 7364c

 

  RELIQUES DE St THURIAU EN PROCESSION POUR OBTENIR DE LA (pluie).

        Ces reliques sont figurés ici par un buste bénissant de saint Thuriau en costume d'évêque. 

  " ...la louable coutume à Paris, quand le sécheresse est excessive,de porter en solennelle procession le corps de saint Thurian, et par son intercession, ils obtiennent de la pluye."


peintures 7365c

 

LE FEU PRIT DANS L'AUBERGE ET FUT ETEINT PAR St THURIAU.

    L'incendie est tel qu'il resiste à tout : l'aubergiste a engrangé là une quantité invraisemblable de paille et de foins.  Les gens du quartier viennent de se précipiter à Saint-Germain, où les Os Sacrès de saint Thuriau sont conservés en son reliquaire sur l'autel Saint-Michel ; les bons moines leurs confient les saintes Chasses et les voilà partis. 

  Aussitôt que les reliques sont apposées aux flammes que celles-ci, "chose merveilleuse !", s'éteignent.


peintures 7362c

 

LE FEU DANS LE SELLIER DU ROI ETEINT PAR St THURIAU.

  C'est presque la même histoire : " La saison des vendanges approchant, on accomodait, es celliers du roi, les vaisseaux et fustailles destinez pour y recevoir le vin de provision : comme on faisait bouillir du goudron, de la braye, de la  poix pour poisser et cimenter lesdites tonnes, le feu se prit à la poix & étouppes, de là aux vaisseaux mêmes, puis au cellier, puis du cellier au Palais Royal, qui était tout-joignant. Mais si subitement qu'on ne put si-tost y remédier que la flamme ne se fust eparse partout ; on y accourut de toute part pour tascher à y remédier, mais en vain. On courut aux prochaines églises, d'où l'on apporta les saintes Reliques pour les apposer, comme très forts boulevards à la fureur de cet élément. " Mais ces reliques de premier secours s'avérèrent vaines, et il fallut recourir à celles de saint Thuriau, qui furent mises dans un chariot ; elles y firent miracle.

  L'église de Saint-Germain-des-Prés disposa de la puissance de cette Châsse jusqu'en 1791, où les reliques furent détruites. Une autre partie de son corps, conservée en la cathédrale de Chartres connut le même sort lors de la Révolution. C'est la raison principale de la création par Napoléon du premier corps professionnel de Sapeurs-pompiers.


 

peintures 7363c

 

LES NORMANDS FONT LA GUERRE AUX BRETONS POUR AVOIR LES RELIQUES DE St THURIAU.

        Le peintre a représenté les "normands" comme la troupe de l'ancienne province de Normandie, mais les normands qui ravagèrent le pays de Dol au IXe siècle, ce sont les "gens du Nord", les scandinaves, les Vikings, quoi! Et face à cette invasion, de nombreuses reliques, comme de nombreuses archives, furent transférés vers l'Est. Dol de Bretagne fut pillée, libérée, pillée à nouveau en 944 ou en 996, et les bandes vikings d'Olaf Lagman ne ressemblaient pas du tout aux troupes de cavaliers qui s'affrontent ici. 

peintures 7366c

 

TRANSPORT DES RELIQUES DE St THURIAU A SAINT GERMAIN LAUXERROIS.


 

peintures 7367c

 

 

III. Voûte lambrissée, les  autres peintures.

Dans les bras du transept, deux grands panneaux montrent, de manière très théatrale, du coté nord l'Assomption de la Vierge et du coté sud saint Isidore.

1. L'Assomption :

  Sous un dais de velours bordeaux couronné, doublé d'hermines, la Vierge s'élève parmi les nuées.

peintures 7385c

 

2. Saint Isidore.

  On sait que ce saint espagnol est le patron des laboureurs. Il a droit ici aux mêmes honneurs que la Vierge, au même dais couronné, mais c'est dans une niche encadrée par deux dauphins, entre les colonnes de marbre et sous les pots à feu qu'il apparaît, la faucille d'une main et la gerbe de blé de l'autre, dans son costume traditionnel. C'est le costume du paysan endimanché du XVIIIe siècle, celui qu'il porte aussi dans toutes les statues à son éffigie de presque chaque chapelle d'une région qui lui voue un culte fervent : de haut en bas le chapeau rond de feutre noir, la veste longues, à basques et  à boutons dorés ; la large ceinture de cuir sur une chemise blanche ; les braies plissées serrées sous les genoux par des rubans rouges; et puis les guêtres blanches qui sont retenues sous les chaussures noires. Bref, la litanie habituelle.

peintures 7380c

 

                                    st-thuriau 7317c

 

3. Dix autres figures du choeur :

 

  Et puis viennent dans le choeur les figures de saint Athanase et de saint Patern, des quatre évangélistes (registre inférieur), de saint Joseph tenant le lys de sa chaste pureté, d'un ange présentant un enfant, de saint Etienne (tenant trois pierres de sa lapidation), et d'une sorte de Petit Prince qui est peut-être saint Louis.

Au total, 36 panneaux, auxquels il faudrait ajouter les figures des médaillons : une vraie concurrence à la chapelle Sixtine.

 

peintures 7359c

 

Saint Joseph ; l'ange (gardien?)

peintures 7352c

 

Saint Marc et le lion ; saint Luc et le taureau.

peintures 7351c

 

peintures 7354c

 

IV. Les retables.

 

1. Bras de transept sud : saint Jean-Baptiste.

 Jean-Baptiste est entouré de saint Matthieu ...et de ?

st-thuriau 7313c

 

2. Retable bras sud du transept : le don du Rosaire.

  Au centre, tableau représentant le don du Rosaire à saint Dominique et sainte Catherine, avec les médaillons des mystères du Rosaire.

 A droite, Vierge à l'Enfant ; à gauche saint Julien.

st-thuriau 7386c

 

3. retable du maître-autel.

  Sous Dieu le Père dans une niche en situation dominante, un tableau représente l'Assomption. On retrouve, peint sur le mur, le même dais de velours rouge, les mêmes glands de passementerie et le même fond d'hermines que ceux qui présentaient, dans les lambris, saint Isidore ou la Vierge. Une inscription précise "Autel privilégié pour les défunts".

  Les niches latérales abritent la statue de saint Thuriau à gauche et celle  de saint Nicolas à droite.

st-thuriau 7391c

st-thuriau 7387c

 

 

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st-thuriau 7389c

 

 

 Un exemple des sablières :

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Pour terminer, le cadran solaire de 1636:

st-thuriau 7394c

 

 

  Lire, à suivre : église de Saint-Thuriau, le vitrail du XVIe siècle. L'église de Saint-Thuriau : le vitrail du XVIe siècle.

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Published by jean-yves cordier
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commentaires

Kergranit 09/10/2013 18:49

L’église paroissiale de Saint-Thuriau est l’une des plus belles du Morbihan. Votre étude est intéressante, mais pourquoi vos images des peintures de lambris sont-elles si fades ? Quand on pénètre
dans ce sanctuaire, on est ébloui par la beauté et les couleurs des retables et de la voûte…
Voici un lien vers une image avec les couleurs du lambris après un réglage très précis des éclairages et de la balance des blancs avec une application du zone-system basé sur la charte Kodak.

http://kergranit.free.fr/Cliche/Thuriau1

Cordialement

jean-yves cordier 09/10/2013 22:42



Je ne parviens à me trouver aucune excuse : mes photos sont bien en decà de la réalité, toujours décevantes,  et j'espère que cela encouragera chacun à se rendre sur place, s'il ne trouve
pas la porte close (j'ai profité des horaires d'un office, et j'ai fait vite). Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi c'est moi, si piètre photographe, qui me donne la peine d'offrir
gratuitement mes photos aux internautes pour les inciter à fréquenter les sites touristiques, et pourquoi on n'en trouve pas un reportage complet  par des personnes douées d'un minimum de
talent, ou par la commune. La lumière sous le boisseau, quelle pitié ! 


Cordialement


Jean-Yves Cordier


 



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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • jean-yves cordier
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué. "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha

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