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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 22:22

La chapelle de La Houssaye à Pontivy (suite).

 

I. Présentation.

Une pierre  située dans le choeur porte une inscription découverte par le chanoine Guillon (curé de 1924 à 1926) qui dit Ceste opeuvre fut commancée le XVIIe jour demay lan MCCCC.XXX.V aux,"cette oeuvre fut commencée le 17ème jour de mai 1435".

 Note : Elle est citée le plus souvent comme "ceste opure fut commencée le XVIIe jour de May l'an MCCCC.XXX.VI", mais le mot "opure" n'existe pas en moyen français, à la différence d'opère. Le mot réel comporte plus de lettres. L'orthographe "commancée" est attestée en moyen français. Le dernier chiffre devrait être "VI" et je lis "V aux", "V an"  ou quelque chose d'approchant.

la-houssaye 6364x

 

    C'est donc en 1435 que fut bâtie cette chapelle sous le duc Jean V le Sage et sous la juridiction du vicomte Alain IX de Rohan le Grand dit le Batisseur (v1382-1462) et Marguerite de Bretagne, en même temps qu'il implantait la sidérurgie aux forges de Pontivy et qu'il construisait l'église de Kernascleden. Elle comporte une nef du XVIe siècle avec un seul bas-coté sud, un transept et un choeur à chevet plat. La nef et la croisée sont séparés par un chancel surmonté d'un Christ en croix de la fin du XVe.

II. Inscription du clocher et N rétrograde.

  Si le portail occidental date de 1730, le clocher porte la dete de 1779 inscrite sous la deuxième balustrade. On y lit, coté nord, l'inscription suivante :

O : LE GUENNECPTREETCHAPLIN

Dans cette inscription O. Le Guennec prêtre et chapelain, les trois N sont rétrogrades, avec la barre transversale inclinée en bas et à gauche.

L'inscription complète serait LLE ELLOUX TRESORIAE R.S. OLE GUENNEC PTRE ET CH PET 17 L.  MLEBAR RECTEUR 1779...(?) Marie Bour (?) (Relevé des Monument historiques). 

  Je note que Louis-Marie Le Bare "bachelier en droit civil et canon" était recteur de Noyal-Pontivy de 1773 à 1791, et qu'un Le Guennec était en 1791 curé de Kerfourn, ancienne trève de Noyal-Pontivy.

 

la-houssaye 6368b

 


Le troisième étage de la tour abrite une cloche de 1934 due au fondeur de Villedieu-les-Poêles André Peeters. La flèche du clocher ne fut réalisée qu'au début du XIXe siècle.


 

III. Vierge à l'Enfant 

Façade occidentale .

  Cette statue en bois de Vierge à l'Enfant est une fidèle copie de la statue qui occupait la niche avant d'être placée à l'intérieur pour la protéger : nous la retrouverons, à droite du retable. Elle a été réalisée en 1991 par Henri Fondeville, sculpteur à Bubry.

 

la-houssaye 6365c

 


 


 

Armoiries : placées à droite de la baie du chevet

Je vois douze billettes, au canton dextre chargé d'une main en pal  , devise En Dieu ...

 

la-houssaye 6363x

 

 

 

IV. Vitraux

  1. Baie du chevet, le tympan du XVe siècle . 

Je l'étudierai de bas en haut : le "blasonnement" d'amateur n'est là qu'en note de mes efforts de déchiffrement.

 Françoise Gatouillet et Michel Herold (Les Vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, P.U. Rennes 2005) s'appuyant sur l'étude de la chapelle par André Mussat (Congrés archéologique 1983) situent sa réalisation sous le règne du duc François Ier de Bretagne et de son épouse Isabeau d'Ecosse, soit entre 1442 et 1445. La partie inférieure et principale de la baie, soit 5 lancettes trilobées, contient un vitrail de 1901 de Lux Fournier de Tours consacré à l'Assomption de la Vierge, scène offerte par l'abbé Le Beller, recteur de Noyal.

 


vitrail 7266x

 

a) en bas 5 trèfles ou trilobes contenant 8 écus sur fond de feuillage en grisaille et jaune d'argent. 

  Nous trouvons de gauche à droite :

  • Les armoiries mi-parties des Rohan de gueules à sept (ici six) macles d'or 3,3,1 et d'hermines, qui est de Bretagne , 
  • de gueules à cinq besants d'or ; les armoiries de Malestroit sont de gueules à neuf besants d'or, 3, 3 et 3, mais sont retrouvées de gueules à cinq besants en sautoir (en croix, forcément d'ailleurs) écartelées avec celles de Chateaugiron.
  • de gueules à neuf macles d'or, armes modernes de Rohan, adoptées par Henri Ier de Rohan entre 1552 et 1575.
  • de gueules à cinq besants d'or, donc Malestroit.
  • mi-parties Rohan/ ?
  • mi-parties Rohan/  Clisson ( de gueules au lion d'argent armé, lampassé et couronné d'or
  • D'azur et  trois coquilles? d'argent sur fond de gueules au chef... ?
  • quartiers Rohan / ?: d'argent à cinq macles d'or et d'argent à trois croissants d'or ?

et, au sommet des trèfles, deux blasons associant sur fond de gueules dix billettes d'argent et, en canton, une sorte de navette de gueules et un besant d'or...


b) puis deux quatre-feuilles contenant un ange portant un phylactère qui reste à déchiffrer; celui de droite est inversé, tête en bas.

 

c) puis six mouchettes : deux anges à gauche, deux armoiries, deux anges à droite.

  • 1er ange :phylactère : surgite venite ....into (surgite vigilemus venite adoremus, quia nescimus horam quando veniet dominus : pièce grégorienne)
  • 2eme ange : phylactère : ...
  • armoiries de Bretagne : d'argent à hermines  de sable. Il a été placé à l'envers, et les hermines sont tête en bas !
  • armoiries : mi-parties  Bretagne et Écosse: d'argent à neuf hermines de sable / d'or au lion rampant de gueules : cela est attribué à François Ier de Bretagne et son épouse Isabeau d'Écosse.
  • 3eme ange : phylactère : ...

 

vitrail 6321x

 

d) deux mouchettes latérales aux anges musiciens.

anges buccinateurs soufflant dans les trompettes du Jugement Dernier.

vitrail 6320xx

 

e) en haut, sous un quatre-feuille,  un groupe central de trois mouchettes :

  • Le quatre-feuille contient un ange tenant un phylactère : ...cus dominis :m 
  • à gauche, le Christ en gloire montrant ses plaies ; nimbe crucifère, manteau violet et même parme.
  • à droite, la Vierge couronnée suivie de deux saintes : manteaux blancs aux orfrois d'or.
  • au centre en position inférieure : ange portant un phylactère : ...laudamus Jésus..

 

 

vitrail 6320x

 

2. Baie 1, au nord :

Inscriptions:

-sur un pilier du pont à gauche : Lux Fournier, Tours, 1905

- en dessous ; CUNCTAS HARESES SOLO INTEREMISTI IN UNIVERSO MUNDO : antienne mariale de l'ancien rite du "missel extraordinaire" : Gaude, Maria Virgo, cunctas haereses tu sola intermisti in universo mundo", Réjouis-toi, Vierge Marie, qui as détruit à toi seule les hérésies du monde entier".

- à droite : MORT GLORIEUSE DU COMTE RENÉ DU DRESNAY SUR LE PONT DE LA HOUSSAYE.

- Sur le phylactère : qui perdiderit animam suam propter me, inveniet eam. : citation de Matthieu 10, 39 : [celui qui aura trouvé sa vie la perdra,] et celui qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera. (Bible de Jérusalem)

-en haut et au centre, Armes de la Bretagne avec la devise Potius mori quam foedari, plutôt la mort que la souillure.

 

  Il s'agit de la représentation dit de l'échauffourée tragique de Signan, le 21 avril 1594, pendant la guerre de la Ligue. Rappelons que la famille de Rohan a adopté la cause de l'église protestante, et que la forteresse de Pontivy est entre leurs mains. Or, Lézonnet, capitaine de la Ligue (le parti catholique dirigé par le duc de Mercoeur) a confié à du Dresnay seigneur de Kercourtois la tâche de conduire une délégation catholique qui se rend de Concarneau aux Etats de Lamballe. 

  René du Dresnay a la vigueur d'un chef de 25 ans qui s'est déjà illustré à la bataille de Craon. Il est à la tête d'une escorte de 150 cavaliers. Le soir du jeudi avant Pâques, la troupe arrive près de Pontivy, que la délégation préfère éviter pour passer la nuit à la Houssaye, près de la chapelle et du pont du même nom. Au matin, du Dresnay, conscient du danger, s'avance seul sur le pont et se retrouve face à Arradon de Camors avec 600 arquebusiers, qui veulent le passage. De Dresnay engage le combat, mais aucun de ses compagnons d'armes ne vient le soutenir, et c'est seul qu'il résiste contre tous sous le feu de l'arquebusarde pendant une heure durant. Mais, dans un dernier effort, son cheval trébuche sur le pont et tombe, exposant son maître aux coups. Du Dresnay meurt d'un coup d'épée au défaut de la cuirasse. Son sacrifice a permis à la délégation catholique de se réfugier à l'abri des troupes du roi et de Rohan.

  Ce récit est bien mal résumé, et on aurait tort de ne pas se rendre illico sur le site infobretagne http://www.infobretagne.com/ligue-kercourtois.htm pour se régaler des détails qu'en donne le chanoine de Quimper Jean Moreau (1552-1617) dans ses Mémoires.

  L'un de ces détails est que les cavaliers sont nommés du nom de leur casque, la "salade", casque rond prolongé à l'arrière par un couvre-nuque, et équipé à l'avant d'une simple fente pour les yeux, ou d'une visière articulée. Et je me souviens que, dans Don Quichotte chapitre XVII, Sancho Panza a utilisé cette salade comme récipient pour transporter le fromage, et que son maître, trop prompt à s'équiper pour l'un de ses combats imaginaires, place la salade sur sa tête et le fromage avec.

 



 vitrail 7257cx

 

 

 

3. Baie 2.

      Composée de quatre lancettes trilobées de cinq panneaux, en verrerie autour d'un élément central consacré au Don du Rosaire : la Vierge entourée d'anges et d'un chérubin remet le chapelet du rosaire à saint Dominique tandis que l'Enfant-Jésus en confie un autre à sainte Catherine de Sienne, ou bien lui remet une  couronne . En arrière-plan, un campanile couvert de tuile peut évoquer la campagne de Sienne.

Oeuvre signée Lux Fournier, de Tours, 1902-1903, restaurée en 1991-1993 par l'atelier de Jean-Pierre Le Bihan de Quimper.

 

 

vitrail 7258v

 

 

 

      V. Les retables latéraux.

 1. Notre-Dame de la Houssaye.

 

      Rosenweig pensait qu'elle venait d'un atelier étranger du XVe. Je remarque le front et les sourcils épilés, le port hanché et le ventre projeté en avant selon la mode de l'époque.

  Marie présente à son Fils le livre des Saintes Écritures,  mais le Livre est tenu d'un coté par la Mére, de l'autre par Jésus : ce n'est pas un enseignement qui est donné à l'enfant, c'est un accord profond des deux êtres pour donner à leur existence l'axe de l'Accomplissement des Écritures. C'est ce livre de couleur rouge que nous retrouvons sur le retable du maître-autel présenté par un ange au Christ lors de son supplice.

 

statues 7249s

 

2. Saint Joseph.


      Inscription : IVLIE IAN FABRIQV LAN 1742.

  Il tenait dans la main droite le lys qui est, en statuaire, son attribut.

                                                                     statues 7251c

 

VI Les statues.


1. Vierge de Majesté.

  Dans le guide édité par Les Amis de la Houssaye, il est expliqué qu'une première Vierge de majesté était en place dans l'embrasure droite de la verrière du chevet, mais qu'elle a disparu : elle a été remplacée, dans une niche inemployée à la droite du retable, par une statue du XVIIIe siècle qui se trouvait depuis 1730 dans une niche de la tour, exposée aux intempéries. Admirablement restaurée en 1985, elle offre aux fidèles la puissance de son port majestueux. La Mère et le Fils sont bien un peu joufflus, le regard un peu perdu vers de lointaines perspectives, mais l'ensemble est plein de noblesse. Les manches courtes  fendues sont un intéressant détail vestimentaire.

 

statues 7252x

 

 

      2. Saint-Sébastien.

 

                                                                     statues 7265x

 

 

4. Saint évêque.

  Il présente l'intérêt  d'être attribué au même atelier que le retable de la Passion et que le groupe de sainte Apolline, en pierre blanche. René Couffon avait remarqué la chape ornée d'une grande croix pectorale, motif qui le confirmait dans sa conviction qu'il s'agissait là d'un travail des sculpteurs d'Amiens.

 

 la-houssaye 7256x


5. Vierge de Pitié.

 

statues 7268x

 

 

      6. Saint Fiacre.

  La facture du patron des jardiniers est assez naïve, ce qui lui confère un charme certain.

 

                                          statues 7269x

 

7. Saint Mathurin.

      Faisant face à saint Fiacre, le saint expert en exorcismes et "rabonnissement des mégères" Les vitraux de Jacques Simon en l'église saint-Vigor de Carolles (50)  tient le crucifix dont il chasse les démons.

 

                                               statues 7273x

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Published by jean-yves cordier
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