Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 19:54

La Communion de Judas : antependium devant d'autel du XVIIe de la chapelle Sainte-Cécile à Briec (29).

Classé au titre d'objet MH le 14 novembre 1991.

Datation : première moitié du XVIIe.

La Communion de Judas ! Je me souviens avoir découvert ce thème iconographique en avril dernier sur la maîtresse-vitre de Lanvénégen (Morbihan) puis de l'avoir retrouvé sur les stalles de la sacristie de la cathédrale du Mans. De l'avoir évoqué devant ces Cènes où Judas tend la main vers le même plat que Jésus, révélant ainsi sa trahison. Mais je le retrouve sur un antependium ("devant d'autel") du 17e siècle conservé dans la chapelle sainte-Cécile de Briec (Finistère).

 Le 'antependium devant d'autel en question est un panneau de bois polychrome de 2,20m de large sur 0,74m de haut, sculpté en bas relief et actuellement placé au dessus de l'autel, sous la maîtresse-vitre.

 Cette Cène mérite un examen détaillé (cliquez pour agrandir) ; Jésus se détache nimbé sur un linge tendu derrière lui, et Jean tel un garçonnet s'est glissé entre ses bras. A la droite du Seigneur, Pierre sans-doute en discussion avec un autre apôtres. Car les douze sont réunis en groupe de deux, sauf Jean, et sauf Judas. On voit que le groupe est surpris en pleine agitation, et les disciples font de grands gestes expressifs avec leurs grosses mains de pêcheurs ; c'est que Jésus vient de leur annoncer que l'un d'entre eux va le trahir, et chacun témoigne de sa surprise, proteste auprès de son voisin de son innocence, et évoque mezzo voce ses soupçons. Six d'entre eux ont encore la serviette autour du cou, car ils sont en plein repas comme en témoignent les coupes et les cruches ainsi que l'agneau pascal dans son plat.

 

275c

 

 

Mais au centre, il y a cette diagonale tracée par les bras rouges du Christ, qui isole dans un face-à-face Jésus et Judas, avec Jean entre eux deux. Jésus tend une bouchée de pain (que l'artiste a représenté rond comme une hostie), et Judas, surpris de se voir démasqué par ce geste, cache la bourse aux trente deniers derrière son dos. Devant lui, le couteau pointe sa lame vers le traître.

Plus tard, il y aura le "baiser de Judas". Deux moments complexes et troublants où le face-à-face de l'innocent et de son ami et traître s'associe avec un moment fort de l'intimité. Donner à manger. Recevoir la nourriture. Embrasser. Recevoir le baiser. Savoir, des deux cotés, que le pire est commis, et que la condamnation à mort est engagée. 

 

272c

 

Rappel :

1) à Lanvénégen (vers 1510-1525):

Voir  Le vitrail de la Passion de Lanvénégen (56). avec sa discussion iconographique.

lanvenegen 8991v

 

 

2) Au Mans, stalles de la sacristie (première moitié XVIe siècle):

Les stalles de la sacristie de la cathédrale du Mans.

stalles 1578c

 

Partager cet article

Repost 0
Published by jean-yves cordier
commenter cet article

commentaires

kergranit 19/10/2014 19:08

La base dont vous donnez le lien contient de nombreuses erreurs et n’est malheureusement pas mise à jour. Bien des précisions ont été apportées depuis ce classement par les Monuments historiques
datant de 1991 !
Je vous précise que les enquêteurs aujourd’hui n’utilisent que les termes du Thésaurus. Les restaurateurs également.
Le terme antépendium, savant pour le commun des mortels, est utilisé trop souvent à tord par des guides afin d’impressionner le public…
C’est aussi le cas du terme sablière, la panne sablière en réalité, qui n’est dans bien des cas aucunement sculptée, car souvent cachée par une corniche qui, elle, est sculptée !
Cordialement

jean-yves cordier 19/10/2014 19:25



J'avais donc bien raison de vous donner raison. Néanmoins, la base à laquelle je fais référence est celle qui est accessible au grand public, et si les spécialistes et les pouvoirs publics
négligent leur devoir élémentaire de mise à jour des informations, de vulgarisation et de diffusion des savoirs, et laissent des données périmées, ils favorisent directement les erreurs de
langage que vous regrettez. Je ne pense pas que les guides cherchent à impressionner le public, mais qu'ils seraient ravis de voir les services de l'Etat mettre à leur disposition des données
nécessaires à leur travail souvent bénévole d'initiation à la connaissance de nos monuments.


Cordialement,


Jean-Yves Cordier


 



Kergranit 19/10/2014 18:14

Bonjour,

Une mise au point importante…

Thésaurus des objets mobiliers du ministère de la Culture :

Antépendium : Nom que l’on donne au devant d’autel lorsque ce dernier est dans un matériau souple, tissu cuir ou autre…

Ce bas-relief est un panneau fixé autrefois sur le devant de l’autel et non un antépendium !

Cordialement
kergranit

jean-yves 12/10/2016 15:34

Je corrige donc mon propos.
Merci,
Jean-Yves

Ménard 12/10/2016 15:06

Oui, mais aujourd’hui les termes utilisés ont été précisés par le nouveau Thésaurus.
Les enquêteurs des années 1970 ne distinguaient pas toutes ces nuances par manque de consignes…
L’orthographe évolue et les termes utilisés sont souvent précisés de nos jours.
Sur Internet, notre devoir est de respecter les nouvelles consignes : ici celles données par le ministère de la Culture qui reste la seule référence (oublions le passé par des termes souvent utilisés à tort et à travers !)…
Entre un devant d’autel et un antependium, c’est le matériau qui fait la différence…
Navré de cette précision qui m’impose d’utiliser les termes du ministère de la Culture et non pas les termes médiévaux…
Bien à vous
Alain Ménard

jean-yves cordier 19/10/2014 18:39



Bonjour,


vous avez bien entendu parfaitement raison, et l'étymologie (de ante- "devant" et pendo, ere, "pendre") le rappelle... mais je n'ai pas voulu me montrer plus royaliste que le roi : la
consultation du site
www.culture.gouv.fr.  mentionnant ce panneau sous le titre "Antépendium : la Cène", je ne voulais pas me montrer outrecuidant à l'égard d'un site officiel. D'autant que Maryse
Bideault, de l'URS 3103 du CNRS/ INHA précise dans l'Encyclopedia universalis que "On distingue généralement le parement d'autel au sens strict, qui est d'étoffe, et cela est confirmé par les
textes médiévaux eux-mêmes, du devant d'autel ou antependium, qui remplit la même fonction, mais qui est de bois sculpté ou peint (exemple provenant de l'église de Dale en Norvège et conservé au
musée de Bergen), de cuir (Saint-Wulfran d'Abbeville, début du XVe s.), d'or (autel de Bâle, XIe s., conservé au musée de Cluny à Paris ; devant d'autel
d'Aix-la-Chapelle, XIe s.), d'argent (Notre-Dame de Paris, XIVes., disparu) ou de vermeil (Saint-Denis, XVIIIe s.). "


J'espère que ce point formel, aussi important qu'il soit, ne vous a pas gaché le plaisir ou l'intérêt de ma lecture.


Cordialement


Jean-Yves Cordier



Présentation

  • : Le blog de jean-yves cordier
  • Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons (Zoonymie) observés en Bretagne.
  • Contact

Profil

  • jean-yves cordier
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué. "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha

Recherche