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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 12:19

         Le retable des dix mille martyrs,

              église Saint-Pierre de Crozon (29).

  Deuxième partie : étude iconographique des panneaux.

 

Voir aussi :

 
...après ces différents travaux, je n'aurais plus la lecture que je donne ici de ces panneaux.

  L'église de Crozon conserve dans son transept sud un retable du XVI ou XVIIe siècle consacré "aux dix mille martyrs" du mont Ararat, légionnaires romains convertis à la foi chrétienne et martyrisés sous l'empereur Hadrien.

   Placé au dessus de l'autel,  c'est un ensemble composite regroupant le retable lui même qui est un triptyque à volets en chêne polychrome de 5 mètres de large, avec un autre triptyque beaucoup plus petit placé au dessus de lui. De plus, les deux bas-reliefs du bel autel (il aurait été  le maître-autel de l'église jusqu'en 1754) consacrés à la Passion du Christ, quoique de facture différente participent à l'ensemble en soulignant le lien entre le martyre des soldats et les souffrances du Christ.

  Le retable, dont on pense qu'il a été réalisé par des sculpteurs locaux au XVIe siècle, est classé aux Monuments historiques à la date du 11 octobre 1906.

 

 retable 8535c (2)

 

  Le retable principal est le seul à être clairement consacré au thème très original des dix mille martyrs, thème qui donne tout son intérêt à l'oeuvre. Je le décrirai donc en premier, avant de présenter le petit retable supérieur, puis les panneaux latéraux au thème certes beaucoup plus classique, mais qui ne manquent pas d'intérêt. 

 

I. LE RETABLE DES DIX MILLE MARTYRS. 

    C'est un tryptique à volets : chaque volet comporte six panneaux, de taille plus haute dans le registre inférieur, alors que l'armoire centrale rassemble douze panneaux (o,48 x 0,62 m): soit un total de 24 scènes, dont la lecture, qui débute par le panneau de gauche de haut en bas, se poursuit par le registre supérieur de la structure centrale, puis ses registres inférieurs, avant de se prolonger sur le panneau de droite. On a dénombré quelques 400 personnages.

  L'histoire racontée est en fait  l'épisode central de la vie d'un saint peu connu, saint Acaste, ou "Acace du Mont Ararat" (car il y a huit autres saints Acace, presque tous martyrs), ou Achatius, ou Achaz, qui est fêté le 22 juin. Ce tribun romain subit le martyre en Arménie sur le Mont Ararat avec ses légionnaires dans les circonstances que l'oeuvre nous présente : 

  Elle montre en effet  le martyre par crucifixion de soldats chrétiens sur le mont Ararat en Arménie, en 120 après Jésus-Christ. À la suite d’une révolte de populations arméniennes contre l’occupation romaine, une armée de seize mille soldats est envoyée, mais l’expédition tourne à la déroute. Ne restent que neuf mille hommes pour combattre. Selon la légende, un ange leur assure la victoire s’ils se convertissent et adorent le vrai Dieu. Leur conversion faite, ils remportent triomphalement la bataille. Pressés de sacrifier aux dieux de Rome, ils refusent et affirment leur foi dans le vrai Dieu. Ils sont mis au supplice, mais aucun ne renie, au contraire ; ébranlés par leur courage, mille légionnaires les rejoignent dans le martyre et se convertissent. Ils sont finalement crucifiés.

  Les panneaux de gauche montre la campagne militaire, ceux du milieu le refus de renier leur foi, ceux de droite la mort par crucifixion  sur le Mont Ararat. 

Inscriptions.

      Peu visibles, non décrites par mes prédécesseurs, elles s'avèrent en fait assez nombreuses, puisqu'elles courent tout le long de la partie la plus  haute de l'entablement du retable, puis sur l'encadrement des volets surmontant les panneaux 2  à gauche, et 20, 21 et 23  à droite. Tracées en lettres majuscules blanches (repassant parfois au dessus de lettres noires), elles sont sans-doute postérieures à la création du retable. Je n'ai pu lire que la date 1624 (panneau 2), sans pouvoir rien déchiffrer d'autres que, fréquemment, la séquence AN. Sur le panneau 23, les marque RCEZ en noir, corrigées en RCES en blanc, peuvent laisser penser à une inscription en breton.

  Le petit triptyque supérieur porte l'inscription MAR (IE) DIX MILLE MART(YRS).

 Problèmes de numérotation. 

 La succession des panneaux  a été reconstituée au remontage du retable "après la reconstruction de l'église (1900) d'après une photographie conservée au presbytère" (Dr Corre), et des interversions ont pu être commises, mais celles  que remarquait le Dr Corre dans son article en 1901 ont été corrigée par la suite ¹. Ce dernier constatait que l'ordre des panneaux suivait d'assez près le texte de la Légende, mais émettait une réserve pour le panneau 12. Certaines difficultés de lecture et incohérences m'amènent à proposer à mon tour des suggestions de modification de l'ordre de lecture des panneaux.

¹ Après 1933, car l'article de G. Toudouze dans l'Illustration comporte une photographie du caisson central où les panneaux suivent l'organisation de 1901.

 

Mode d'étude.

 Trois auteurs m'ont précédés dans l'étude panneau par panneau de ce retable : le Dr Corre en 1901, le Dr Le Thomas en 1965, et Louis le Bras dans la monographie proposée et exposée actuellement  dans l'église et rédigée dans les années 1980 pour les visiteurs. Il m'a paru intéressant d'écrire mon propre commentaire, puis de le comparer à celui de ces auteurs, car chacun voit et même comprend différemment l'oeuvre.

  Cette confrontation des regards est instructive, notamment pour celui qui s'intéresse aux processus de réception et de perception d'une oeuvre d'art : chacun y voit le réel, mais aussi son petit cinéma intérieur ; on découvre les mots "badelaire", "mastigophore" ; les détails significatifs de l'un sont délaissés par l'autre, des éléments clairement interprétés par l'un restent confus pour l'autre. Nul doute que la profession des auteurs aiguise leur regard attentif à la sémiologie, et à une description "anatomique" de ce qu'ils découvrent. 

  Ensuite, j'ai recopié dans un découpage adapté à l'oeuvre le texte de la Légende des dix mille martyrs (dans la version tardive des petits Bollandistes de Giry-Guérin), tant sa lecture paraît indispensable à la compréhension des panneaux.

N.B : un quatrième auteur, A.H. Dizerbo, s'est livré au même exercice en 1974 (Dizerbo et Keraudren, 1974), mais en reprenant à peu près les données précédentes.

 

 

1. Volet de gauche : six panneaux.

volet-gauche 8537c

 

a) registre supérieur :

  On lit dans la partie haute de l'encadrement des lettres tracées à la peinture blanche en caractères majuscules. Ont-elles été déjà déchiffrées ? Ni Corre ni Le Thomas ni Le Bras n'en parlent.  Elles sont réduites à des fantômes d'où émergent  au dessus du panneau 2 les lettres MILKAV DR...N, et du coté gauche ...AN. et les chiffres 162/4. A.H. Dizerbo (Dizerbo et Keraudren, 1974) en mentionne la découverte "lorsque le retable a été traité et décapé, nous avons pu déchiffrer la date de 1624 sur le châssis du volet gauche" .

  En dessous, sur le panneau de gauche, la date 1624 avec un petit m entre 16 et 24. Elle a été portée très recemment (et de façon qui me semble bien peu respectueuse de l'oeuvre), après 1952, et très vraisemblablement en 1973, lorsque fut découvert l'inscription du châssis, dans un souci de publier plus clairement la précieuse information. 

 

volet-gauche 6386c

  

Premier panneau.

L'image :

Le premier panneau montre un groupe d'une douzaine de légionnaires romains derrière leur chef. On voit un soldat portant une lance, un autre portant une hache , l'autre un drapeau, alors que le chef tient un glaive et un bouclier rond. La tenue est composée d'un casque rond (à crête pour le chef), d'une cuirasse en métal doré, prolongée de lamelles métalliques sur les cuisses et les épaules, d'une tunique courte et d'une paire de bottes ou de brodequins (à revers rouge pour l'officier); les mollets et genoux sont nus, sans jambières ou cnémides. 

  Nous voyons ici un premier instrument de musique, une trompe torsadée. Les instruments en usage dans l'armée romaine  étaient la tuba, longue trompe en bronze pour sonner l'appel, et le bucin, facilement reconnaissable par sa forme en G. Mais l'artiste ne donne pas ici un document archéologique romain, et il a pu s'inspirer des instruments en usage de son temps dans l'armée. 

Ils y ont vu...

— Dr Corre : " Marche guerrière. Les soldats s'avancent d'un pas réglé, chacun à son rang. En tête, un chef au costume plus brillant que celui des autres guerriers, le bouclier au bras gauche, un sabre à la main droite. Immédiatement derrière ce chef, un personnage portant un bâton ou masses fleurdelisée. Les soldats sont armés de lances ou de piques ; l'un d'eux souffle dans une trompette recourbée ; un étendard en forme d'oriflamme flotte au vent. C'est la troupe d'Acace et des capitaines destinés au martyre, que l'artiste a d'emblée posée en scène, dans un prologue imaginé par lui. La troupe a été appelée auprès du Général ou du "Représentant de l'Empereur" pour recevoir des ordres précis, avant d'être envoyée au-devant des Arméniens révoltés". 

— Dr  Le  Thomas : "Le tribun de légion Acace Garcère en tête de sa légion auxiliaire. Défilé d'une centurie de porte-lances en tenue romaine conventionnelle : casqués, avec cuirasses dorées, dentelées inférieurement, tuniques courtes à mi-cuisse et brodequins au bas de mollets nus. A droite du premier plan, se dresse, martial, le tribun Acace, glaive court dressé dans la main droite, bouclier dans la gauche. Derrière lui marche un légat, cep fleurdelisé tenu contre l'épaule par la main droite. L'enseigne de la légion, déployée, flotte au dessus de la scène".

— Louis Le Bras : il décrit les panneaux 1 à 5 ensemble :" rassemblement de l'armée, défilé, préparation au combat: tout exprime ici la fierté et la vaillance d'Acace Garcère et de sa troupe. Les futurs martyrs sont d'excellents soldats, ni lâches au combat ni tièdes envers leur patrie et leur empereur".

 

 La Légende du martyr des dix-mille martyrs ( Les petits bollandistes, Vie des saints, d'après le Père Giry, par Mgr Paul Guérin, Tome 7, Paris, 1888 : p. 210, fête du 22 juin) :

"Au temps de l'empereur Adrien, qui avait succédé à Trajan, dès l'année 117, les Gadéréens et quelques autres peuples qui demeuraient au dessus de l'Euphrate, s'étant révoltés contre les romains, firent une armée de plus de cent mille hommes pour disputer leur liberté et se tirer de la servitude où gémissait tout le monde connu. Ceux qui commandaient pour l'empereur en Arménie et dans les provinces voisines armèrent aussitôt pour arrêter ce torrent ; mais comme les troupes romaines étaient occupées ailleurs, ils ne purent faire, malgré toute leur diligence, qu'un corps d'armée de seize mille hommes. Cependant, se fiant à la protection de leurs dieux, dont ils portaient avec eux les idoles, et au courage de ces soldats qui étaient de vieilles troupes pour la plupart, ils ne laissèrent pas de marcher avec ce petit nombre sur les révoltés. Mais quand ils virent devant leurs yeux le camp des ennemis, qui les surpassaient de plus de quatre-vingt-quatre mille hommes, ils perdirent courage, et n'osant pas les attaquer ou même les attendre, ils résolurent de chercher leur salut et celui de l'armée dans la fuite. Six mille de leurs soldats les suivirent et échappèrent, par une honteuse retraite, au danger où ils se croyaient. Mais neuf mille, animés par le tribun Acace, maître de camp et d'autres capitaines, aimèrent mieux s'exposer à la mort en combattant généreusement pour la gloire du nom romain, que de conserver leur vie par une action indigne de leur rang et de la haute réputation qu'ils s'étaient acquise. "

   Note :

Acace est qualifié de tribun ; une légion de 6000 hommes répartis en  dix cohortes est dirigée par six tribuns, qui assurent le commandement durant deux mois à tour de rôle. Le tribun commande aux centurions, chefs initialement des centuries de 100 à 300 hommes, puis des cohortes. 

            volet-gauche 8672cc

 

Deuxième panneau .

L'image :

Le deuxième panneau montre le chef de troupe (que l'on présume être Acace) en négociation devant une ville bien défendue, dont les soldats observent la scène derrière les murailles. Face à lui, un souverain, tenant le sceptre, fait un geste impératif. Acace reçoit-il son ordre de mission de l'empereur Hadrien ? D'emblée, ce retable se révèle difficile à interpréter.

  Le casque d'airain du chef, vu de profil, montre la crête ou aigrette caractéristique ( crista, ici dorée, habituellement faite en crins ou plumes  rouges ou noires). A la gauche d'Acace, un porte-lance, dont la tunique semble avoir laissé place à des braies.

 Ils y ont vu :

 —Le Dr (Armand ?) Corre décrit prudemment en face du chef "un personnage coiffé d'un bonnet haut, avec un cercle d'or dentelé qui simule une espèce de couronne, vêtu d'une longue robe et tenant dans la main gauche, appuyé contre l'épaule, un bâton de commandement" : c'est évidemment «un très grand officier» : "il vient de sortir de la ville fortifiée où il a sa résidence, et où il était inutile de faire entrer la troupe expéditionnaire (car les moments sont précieux) ; d'urgence il la dirige vers les points menacés. Dans l'ouverture de la porte, des soldats dans l'attitude d'une curiosité discrète ; des remparts émergent les têtes d'autres soldats".

 — Le Dr Louis le Thomas  : "le Promagistrat impérial donnant avant le combat  ses ordres à Garcère . Garcère est debout, à gauche, une femme à demi-flèchie. Sorti de la ville fortifiée — à remparts élevés avec créneaux — qui occupe tout l'arrière-plan. Le Promagistrat est coiffé d'une tiare à bouton terminal, cerclée d'un diadème. Il porte tunique et s main gauche tient un cep fleurdelisés appuyé sur l'épaule. La droite tend vers Garcère une sorte de volumen, peut-être quelque ordre écrit ? Derrière lui, debout dans l'embrasure d'une porte de la ville, veille  un héraut porte-lance". 

  J'adopte l'idée du promagistrat (Proconsul ou Gouverneur), puisque dans les hagiographies (Jacques de Voragine), c'est souvent lui qui mène les persécutions contre les chrétiens.

 

 

                    volet-gauche 6538c

 

 

 

b) registre moyen :

 

 

volet-gauche 6387c

 

Troisième panneau : 

 L'image :

Ce que l'on voit, c'est la troupe des légionnaires, armés de leur javelot, défilant devant les murailles avec Acace (si c'est bien lui, avec barbe, revers rouge des bottes, mais la crête distinctive du casque est absente) en avant de deux rois, dont l'un ( l'empereur Hadrien?)  fait le geste de l'index indiquant la direction à prendre. Sont-ce seulement des tribuns en tenue de parade, tenant sur l'épaule leur bâton de commandement ? On sait que les centurions se distinguaient par un tel bâton, en cep de vigne. Acace est-il l'homme en robe rouge, et non l'officier qui le précède? Je conserve ma première interprétation, d'autant que la ville en arrière plan semble être Rome, avec, à gauche, le Colisée. Sur le panneau précédent, on peut aussi identifier ainsi le monument circulaire, vu en contre-plongée.

Ils y ont vu :

 — Dr Corre décrit les panneaux 3, 4 et 5 ensemble  : "La troupe a reçu les instructions nécessaires pour aller à la rencontre de l'ennemi.  Nouvelle marche guerrière, très mouvementée, avec des groupements qui diversifient la composition dans chaque panneau. Les soldats portent la lance, la pique ou la hallebarde sur l'épaule ; les chefs sont à leur tête, avec le glaive ou le bâton fleurdelisé à la main."

— Dr Le Thomas  "Défilé de la légion (suite). Centurie de porte-lance en tenue. Au premier plan, à gauche, deux légionnaires casqués précédent deux légats barbus, en robe, coiffés d'une tiare à bouton et portant, chacun, un cep fleurdelisé dans la main droite. A l'arrière-plan, une suite de soldats en armes se presse devant les maisons de guingois d'une petite cité."

               volet-gauche 6562c

 

      Panneau 4.

  L'image :

L'allure martiale et décidée de la troupe est renforcée par le joueur d'une trompe recourbée en Z, qui n'est ni (tant s'en faut) un ophicléide anachronique, un serpent ou une sacqueboute, mais un clairon rudimentaire.

  Chez les romains, la tuba (dont jouent les tubicines), de forme droite, sonne l'appel, la charge et la retraite ; la buccina  ou corne à bouquin primitive tenue par les  buccinatores sonne  les gardes et veilles, alors que la corna que jouent les  cornicines sonne la mise en marche, et le clairon (lituus, joué par les liticines)  recourbé à l'extrémité comme un bâton augural sonne les charges de cavalerie : appelons donc ceci une corne, en pensant à nos cornets de voltigeurs.

 Le drapeau rouge n'est pas une enseigne (le terme désigne l' aigle d'or ou d'argent, ou un autre animal ou objet au bout d'une perche) mais un fanion ou vexillum : le vexillum rouge sur la tente du commandant était le signal du combat.

  La vue plus rapprochée des légionnaires permet d'observer plus de détails et notamment la tête de lion qui décore leurs épaules, ou le plumet du casque d'Acace.

Ils y ont vu :

 —Dr Le Thomas : "Défilé de la légion (suite). Le centurion en tête, au premier plan,  porte un casque à cimier ornementé, brassard au bras droit et lance à fer décoré. Au second plan, le soldat chef de file joue d'une trompette en S qu'il surélève. A l'arrière-plan, un gonfanon convoluté flotte au-dessus de la scène."

_ A.H. Dizerbo nomme l'instrument un "serpent".

                volet-gauche 6557c

 

c) registre inférieur :

 

  

volet-gauche 8537cc

 

Cinquième panneau :

      L'image :  La légion n'a perdu ni la cadence, ni le feu sacré, et marche au combat en triple ligne, avec la première cohorte, l'unité d'élite, à l'avant droit, et on reconnaît le même fanion que sur le premier panneau, les mêmes javelots, les mêmes hallebardes, le même chef aux bottes rehaussées de rouge... mais deux instruments nouveaux : la trompe droite, ou tuba, qui pouvait atteindre 1,30m et dont l'extrémité disposait d'un pavillon amovible, et la trompe retroussée sur elle-même que je classe sans tergiverser parmi les "cornes". 

  Ils y ont vu :

  —Dr Le Thomas  : "Défilé de la légion (suite). A droite du premier plan, porte-lance avec casque à cocarde, et, derrière lui, joueur de serpent. Au second rang, jouer de tuba courte, relevée obliquement. En arrière, soldats en rangs régulièrement étagés, avec gonfanonnier (sic) à droite,  hallebardier et  porte-lances. (Les figures de ce panneau sont particulièrement expressives)."

                          volet-gauche 6568c

 

                     volet-gauche 6574c

 

Sixième panneau.

L'image :

  Moment de confusion. Le tubicen a-t-il sonné la retraite ? La légion va-t-elle adopter la formation défensive en orbis, un cercle parfait, ou  former la testudo, la tortue, tous les boucliers au dessus des têtes ? Il semble plutôt que ce soit la rupture de rang, les contre-ordres dextra, dextra...sinistra... fronta, fronta..obliqua !! qui précèdent la déroute, puis la débandade. Quelque chose a surgi du coté gauche, quelque chose que nous ne voyons pas mais qu'un centurion désigne du doigt, l'horreur hallucinante, Méduse dissolvant toute ardeur (vis, viris).

  Parmi le chaos des casques vu de dos, quelques regards noirs, exorbités, crient l'horreur de cette profonde nuit. 

   Acace lui-même en conjure vainement les maléfices de son glaive tout en tournant les talons. Acace ? Non, sans-doute un autre chef, sans crête au casque ni bottes rouges.

Ils y ont vu :

  Les regards diffèrent :

— Armand Corre : " Une rencontre avec l'ennemi s'est produite. On est devant un groupe de dernier rang, sans-doute hésitant et démoralisé, car, tandis qu'un chef brandit son arme en avant, la tête et le corps à demi-retourné vers ceux qui le doivent suivre, un moindre officier ou quelque vieux légionnaire jette un regard en arrière, la main droite levée comme pour un appel, la main gauche appuyée sur une pique".

— Louis Le Thomas : "Aux approches de l'ennemi, avec les neuf mille légionnaires fidèles à Garcère. Les légionnaires, en tenue, avec casques à cocardes anachroniques, s'alignent en rangs serrés, portant lances...et hallebardes. A gauche, un centurion martial, barbe en collier, se retourne vers les soldats qui le suivent encore. Badelaire¹ dans la main droite levée, bouclier dans la gauche, il se hausse dans l'attitude guerrière du traditionnel «en avant» ".

 — Louis Le Bras : "Dans la bataille, c'est la confusion et l'abattement". 

 

¹. Badelaire : le mot a quitté les dictionnaires depuis la 4ème version de celui de l'Académie (1762)  qui indique : "Vieux mot qui s'est conservé dans le blason, pour signifier un sabre". Le dictionnaire du Moyen Français donne : " arme à lame recourbée, courte et large, à un seul tranchant"., ce qui correspond à l'image. Ce nom est à l'origine du patronyme Baudelaire.

 

 La Légende des dix mille martyrs.(Op. cit.)

         "Avant d'aller au combat, ils voulurent faire les sacrifices ordinaires pour implorer la protection de leurs dieux et s'encourager eux-mêmes d'avantage. Mais ce culte, au lieu de fortifier leur courage, l'abattit : auparavant, ils se sentaient courageux comme des lions, maintenant ils sont tremblants de crainte et éprouvent une défaillance de coeur qui les mets hors d'état de soutenir le choc des ennemis".

                   volet-gauche 6581c

 

2. Caisson central : douze panneaux.

 

L'armoire de chêne est cloisonnée horizontalement par deux étagères et verticalement par d'élégantes colonnades réunissant entre elles des têtes de chérubins, mais ne créant pas de séparation en profondeur. 

  Sur un encadrement bleu lavande cerné de rouge, les personnages sont peints en bleu, rouge, or, rose pour les carnations, noirs pour les accessoires. 

 Les retables ont été désignés comme des "théâtres d'image" : sur chaque scène, c'est ici un spectacle de mimes, à l'interprétation plurielle.

retable-principal 8633c

 

a) Registre supérieur.

 

Panneau sept.

 L'image :

Un ange au visage plein de compassion rattrape les fuyards en les touchant de la main. Derrière lui, ce sont sans-doute ceux à qu'il a déjà rendu courage et motivation, et parmi eux et le plus proche de l'ange, le tribun Acace. Les costumes ont légèrement changés puisque les bras sont désormais couverts par des manches et protégés par des cubitières dorées. Un personnage en arrière plan (au dessus des cheveux blonds de l'ange) est vêtu d'une cape pourpre au dessus de sa tunique d'or, comme un officier haut gradé.

Ils y ont vu :

- le panneau est simple à interpréter et les docteurs Corre et Le Thomas comme Louis Le Bras sont d'accord pour décrire l'intervention de l'ange rattrapant les fuyards ; A. Corre voit l'ange montrer d'une main le ciel.

 -Louis le Thomas donne la description la plus complète : "Alors que les soldats de Garcère commencent à fléchir sous le nombre des ennemis, un Ange, apparu miraculeusement dans leurs rangs, rétablit l'ordre et, en même temps, leur prêche la foi du Christ et les convertit. La victoire est, ainsi, acquise. Au centre de la centurie démoralisée, impavide marche  un Ange à ailes pennées qui de ses deux bras étendus fait irrésistiblement avancer deux soldats hésitants. Étonné, celui de gauche tourne à demi la tête. Tenu à l'épaule -et plus surpris encore- celui de droite se retourne entièrement. Au premier plan, armé d'un court javelot, un légionnaire reprend lui-aussi son élan. En arrière, le reste de la troupe suit, surmontant sa panique".

 

La Légende des Dix Mille martyrs (op. cit.):

 "Pendant qu'ils étaient dans ce trouble, un ange leur apparut sous la forme d'un jeune homme d'un port majestueux et d'une beauté extraordinaire ; il leur dit :" Vous pouvez reconnaître par la timidité que vous ressentez après l'immolation des victimes, que les idoles et les divinités imaginaires du paganisme ne peuvent pas vous rendre victorieux ; mais si vous voulez suivre mon conseil, si vous voulez avoir recours au Dieu du ciel et croire en Jésus-Christ, selon la doctrine des chrétiens vous remporterez infailliblement la victoire et reviendrez du combat chargés de gloire et de butin. Une promesse si avantageuse leur fit ouvrir les yeux; ils en conférèrent ensemble, et comme la plupart, et surtout Acace et les autres capitaines y étaient bien disposés, ils conclurent qu'il fallait embrasser le christianisme. En même temps, ils élevèrent leurs mains et leurs yeux au ciel, et protestèrent à Dieu, Souverain Maître de toutes choses, qu'ils ne reconnaissaient point d'autre Dieu que lui, et Jésus-Christ son Fils, et que c'était de lui seul qu'ils attendaient leur secours. Après cette confession, ils furent remplis de tant de force qu'étant allés à l'heure même au combat, ils défirent entièrement les révoltés, en couchèrent une grande partie sur la place, blessèrent les autres, et mirent les autres en fuite, dont les uns se noyèrent dans les lacs voisins, et les autres périrent misérablement dans les rochers et les bois, où ils se sauvèrent". 

 

 

            retable-principal 6448c

 

 

Panneau huit.    

L'image.

 Les costumes ont changé : nous retrouvons le Proconsul vêtu d'une riche robe dorée aux manches ornées, coiffé de la tiare, portant le "sceptre" ou bâton de commandement et dont la barbe grise indique un âge certain. Il élève la main droite en un geste de bénédiction, ou d'indication du ciel face à un interlocuteur  tenant ce qui ressemble à un grand couteau. Ce dernier est un militaire car il porte la cuirasse (busquée avec une arête médiane comme à la fin du XVIe siècle sous Henri IV), et son coutelas de cuisine doit plutôt être son glaive.         Comme sur le panneau précédent, l'armure se prolonge au niveau des bras par des cubitières et des canons d'avant-bras, mais aussi sur les jambes qui ne sont plus nues mais protégées par des genouillères au dessus de guêtres noires. Cet officier est très vraisemblablement notre héros, notre futur saint Acace, mais son casque m'agace : il ressemble trop à une tiare¹. Sa posture n'est pas très explicite : tend-il la main gauche ? Explique-t-il à son supérieur la manoeuvre  dite de l'hypotaxe, consistant à placer ses fantassins en équerre ? Ou encore, la manoeuvre de la Bataille de Cannes, qui a permis à Hannibal, lui aussi en infériorité numérique de un contre deux, de vaincre les troupes romaines ? On imagine le jeune officier de bonne famille (de l'ordre équestre portant la tunique à bande pourpre étroite, ou angusticlave, ou de l'ordre sénatoriale porteur de  la laticlave ou tunique à bande pourpre large) s'enthousiasmant comme Robert de Saint-Loup sur le coup de génie du Carthaginois lors de la Bataille de Cannes, et décrivant comment il disposa une ligne beaucoup plus longue que le rectangle romain, puis provoqua le contact entre ses lignes et la première ligne de l’armée romaine avant  enfin de faire reculer le centre de sa ligne de telle manière que ses fantassins forment une tenaille autour des Romains dont seule la première ligne reste en contact .

     L'image seule est insuffisante pour comprendre ce qu'éclaire le texte : ce n'est pas de stratégie militaire qu'il est question, mais de tactique spirituelle et de conflit de religion, Acace soutenant mordicus qu'il doit la victoire à un ange et refusant tout net (d'où le geste tranchant de la main) de revenir aux vieilles lunes des dieux romains que son chef lui montre, buvant l'ambroisie sur l'Olympe.

  On pourrait aussi penser qu'Acace et ses soldats sont en arrière, sur leur montagne, et que nous voyons un émissaire rendant compte au Proconsul ou à l'empereur lui-même des nouveaux événements.

  Que voit-on d'autre ? Les vestes longues et les braies, semblables au bragou braz des bretons, qu'ont adopté les autres soldats ; l'astre solaire symbole de la lumière divine irradiant les nouveaux chrétiens ; et puis les colonnettes, aux chapiteaux corinthiens sur un fût cannelé en partie haute, décoré de feuillage et d'entrelacs ou de rinceaux en partie basse.

¹ J'aimerai, avec le Dr Corre, y voir, non une tiare, mais un morion (voir infra), que je distingue encore mal d'une bourguignotte du XVIe siècle. Mais ce n'est pas une grande crête médiane et de larges bords en coque de bateau que j'observe, mais un dôme à la Montmartre avec une cerise au sommet.

 Ils y ont vu.

-Le Dr Corre : "La victoire est gagnée. Acace, la poitrine recouverte d'une cuirasse dorée, un morion doré sur la tête, le glaive haut dans la main droite, se présente au même personnage à bâton de commandement fleurdelisée et à bonnet cerclé d'or déjà représenté. Il y a de la gravité sur les visages : sans-doute les compliments du général ou proconsul se sont arrêtés devant le miracle que le nouveau chrétien n'a pas voulu taire."

-Louis Le Thomas : "Garcère, rendant compte de sa victoire inespérée au Promagistrat insiste sur le miracle de l'Ange qui l'a converti -avec tous ses soldats- à la foi chrétienne. Garcère est debout, casqué, en tenue, avec genouillères, présentant son arme dressée au poing droit. De la main gauche, il ponctue sa description du combat, insistant sur l'intervention de l'ange qui l'a converti au Christ. Le promagistrat, debout devant Garcère, est en tunique avec  laticlave inférieure atypique et coiffé d'une tiare diadèmée à bouton. Cep appuyé contre l'épaule, bras droit levé vers le ciel, il s'irrite et s'indigne, oubliant, à cause de son aversion contre les chrétiens, l'exploit glorieux de Garcère. A l'arrière-plan, les assistants, surpris, écarquillent les yeux en restant bouche bée."

-Louis Le Bras (cf Sources) écrit en commentaire de ce panneau "C'est la victoire. Acace en rend compte, mais par un geste du doigt vers le ciel, en attribue le mérite au Christ." 

La Légende des dix mille martyrs.

   La légende décrit ensuite comment Acace et sa troupe fut conduit par l'ange sur le mont Ararat pour une retraite spirituelle d'affermissement de leur foi : cela correspond aux panneaux douze et treize (on sait que l'ordre est celui choisi par les restaurateurs). Puis le texte se poursuit :

" Les généraux romains, à la nouvelle de leur victoire et de leur retraite, leur envoyèrent des députés, les priant de descendre vers le reste de l'armée, pour recevoir la récompense et les félicitations que méritaient leur valeur ; ils répondirent aux envoyès qu'il s'était fait un grand changement en eux depuis leur séparation ; que d'idolâtres ils étaient devenus chrétiens, parce que c'était par Jésus-Christ qu'ils avaient défait leurs ennemis, et qu'ainsi ils ne pouvaient plus avoir de commerce ni avec l'empereur, ni avec leurs capitaines, qui se souillaient continuellement par les sacrifices impurs qu'ils offraient aux démons. Cette réponse ayant été portée aux généraux, ils en furent touchés d'une grande douleur ; et comme il leur était survenu de nouvelles troupes, ils résolurent de forcer nos Saints de se joindre à eux et d'adorer les idoles avec toute l'armée."

 

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Panneau neuf. 

L'image. 

  Deux interlocuteurs sont au premier plan : l'un à droite, barbe grisonnante, portant le bâton de commandement,  reprend le geste d'indication/bénédiction du Proconsul précédent, mais il porte le casque et le costume d'un officier, et, curieusement, jambes et pieds nus. L'autre, également en costume de soldat, sans cuirasse, glaive suspendu à la ceinture, fait un geste particulier en posant l'index sur sa paume. Derrière eux, une troupe de quatorze soldats. 

  J'interprète cette scène comme montrant un centurion chargé de sommer Acace "de se soumettre ou de se démettre", d'obéir aux ordres et de renier sa foi, face au nouveau converti frappant sa paume en un geste de certitude résolue en ses convictions.  

 Ils y ont vu : 

- Le Dr Corre : "les mêmes personnages que tout à l'heure, mais Acace est sans glaive et paraît recevoir un ordre qui a rendu les visages des assistants très sérieux."

- Le Dr Le Thomas : "Le Promagistrat envoie un légat de l'armée impériale pour sommer une dernière fois Garcère d'adorer l'enseigne-idole légionnaire". 

- Louis Le Bras : " Un député transmet l'ordre du proconsul : Acace et ses hommes doivent venir sacrifier aux dieux. Mais ceux-ci ne bougent pas".

Le texte de la légende.

       " Ils marchèrent donc contre eux, comme contre des ennemis de leurs dieux et de l'empire. Lorsque les saints Martyrs les virent approcher, ils ne se mirent point en défense, mais sachant que Notre-Seigneur a dit qu'il "envoyait ses disciples comme des agneaux entre les loups ", après avoir imploré son secours et en avoir reçu l'assurance par une voix du ciel, ils se livrèrent eux-mêmes entre les mains de leur persécuteurs."

 

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      Dixième panneau 

L'image : 

   Le panneau est divisé en deux. D'un coté les soldats romains (en uniforme) à genoux lèvent les mains vers leur idole au sommet d'une colonne, une statue sur qui est sans-doute celle du dieu Mars (Mars campester, militaris ou Gradiuuslink . De l'autre, et tournant le dos à Mars, les chrétiens, en tunique et "en civil", prient, mains jointes et le regard tourné vers un ange tenant un phylactère dont l'inscription est effacée.

Ils y ont vu :

- Dr Corre : "Un sacrifice aux idoles a été prescrit. Dans le fond, sur une colonnette, la statue d'une divinité guerrière, droite, armée du bouclier et de la pique, le casque en tête. E droite, un groupe de soldats en costume militaire, le morion en tête, sans armes, prosternés devant l'idole. A gauche, tournant le dos à celle-ci, un groupe de chrétiens, qui n'ont gardé que quelques parties du costume militaire, agenouillés, tête nue, les mains jointes, les yeux dirigés vers le ciel, où un ange plane et déroule au dessus d'eux une banderole".

- Dr Le Thomas : " Garcère refuse en effet publiquement d'adorer une idole-enseigne légionnaire. A gauche, au premier plan, dos tourné aux païens, un groupe de soldats chrétiens est agenouillé, têtes nues avec barbe et cheveux bouclés, levées vers le ciel dans une attitude de pieux  recueillement. Car, au dessus d'eux plane un Ange, dans un phylactère. A droite, en arrière, autre groupe de soldats, mais casqués. A leur tête, le primipile ¹ élève à deux mains une enseigne-idole guerrière, casquée et armée, coiffant un socle arrondi".

¹. Primipile : du latin primus pilum, "premier javelot", centurion du grade le plus élevé d'une légion, commandant la première centurie de la première cohorte (de dix centuries), et ayant des responsabilités religieuses. Puis viennent ses supérieurs, le préfet de camp (praefectus castrorum),  les tribuns militaires (laticlaves ou angusticlaves), puis le général en chef qui est consul, proconsul ou légat.

 

 

 

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b) le registre moyen.

      Onzième panneau :

L'image :

  Treize soldats romains, dont , en tête, celui que j' identifie comme Acace, sont confrontés au Proconsul assis sur un trône ; mais ce dernier a encore changé de chapeau et de robe, ce qui ne facilite pas l'identification de ce haut personnage proche de celui des panneaux 2, 3 et 8.  Ce gouverneur de province porte ici un manteau de pourpre à la bordure d'or, et une couronne autour d'une coiffe conique. Il fait un geste d'injonction auquel Acace répond en montrant qu'il relève désormais d'une autorité supérieure dont le siège est le Ciel. Les autres, très attentifs, graves,  penchés vers le proconsul, font bloc.

  Les costumes sont finement sculptés et on peut détailler les différents casques (morions avec crête et rebord, d'autres sans rebord frontal en V, d'autres sans crête se rapprochant du cabasset, ceux du premier plan protégeant les oreilles comme les bourguignottes), ou les parties superposées des tuniques, cuirasses ou cottes et manches. Que d'indices pour un spécialiste ! 

 

Ils y ont vu

- Dr Corre : "Le proconsul est assis sur le siège de son tribunal, il a devant lui Acace auquel il adresse une dernière objurgation, et le chrétien se contente de montrer le ciel d'un geste expressif."

- Dr Le Thomas : "Garcère, ayant contrevenu à l'ordre répété du promagistrat, est condamné par lui au supplice. Le Promagistrat impérial, ceint d'une couronne fleuronnée, est assis, à gauche, en toge atypique, dans une chaire massive, main gauche étendue (dans la droite, le cep a disparu). Face à lui, Garcère, debout, incliné en avant, montre, résolu, le ciel de son index levé, les autres doigts fléchis, renouvelant ainsi sa profession de foi chrétienne. Derrière Garcère, un garde, bras croisé, reste impassible. A l'arrière-plan, un personnage en robe, debout au milieu d'un groupe de soldats sans armes, marque, bouche-bée, sa surprise, comme, d'ailleurs, plusieurs de ses voisins."

-Louis Le Bras : "Comme Jésus devant Pilate, Acace comparaît devant le proconsul : il réaffirme sa foi et sa détermination à mourir plutôt que de renier, position partagée par ses soldats.

 

Le texte de la Légende :

  "Celui qui commandait pour l'empereur leur fit de grands reproches d'avoir abandonné la religion de l'empire pour adorer un Dieu inconnu et un Homme crucifié, et les avertit de changer de résolution s'ils ne voulaient endurer toutes sortes de supplices, et être condamnés à mort pour crime de lèse-majesté divine et humaine. Acace, le chef, et tous les autre capitaines répondirent avec beaucoup de courage : «Que, loin d'être criminels de lèse-majesté divine et humaine, ils rendaient au vrai Dieu l'honneur qui lui appartenait, et à l'empereur le service qu'ils lui devaient en priant pour sa conversion et pour la prospérité de son État ; que cependant ils ne refusaient ni les tourments ni la mort, et que c'étaient avec joie qu'ils entendraient l'arrêt de leur condamnation»."

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      Douzième panneau :

L'image :

La troupe de soldats portent toujours la tenue militaire déjà détaillée et suivent un ange qui les entraînent vers la droite. Cet ange est placé sur le sommet d'un monticule représentant le Mont Ararat (5165 mètres), point culminant de la Turquie actuelle, et lieu où l'arche de Noé vint échouer après le Déluge. Le premier ex-légionnaire s'apprête à en gravir les pentes pour une période de "désert" et de retraite spirituelle.

  Les trois premiers tiennent leur main droite repliée devant eux, et la main du tout premier tient une sorte de manche doré : chacun ne portait-il pas une palme qui aurait disparu ?

  J'incline à penser que ce panneau 12, comme le suivant, prendrait logiquement sa place avant le panneau 10 pour suivre le fil du texte de la légende ; si, par contre, on recherche la cohérence des images, on devrait placer à la suite toutes celles où les chrétiens ont abandonné leur uniforme militaire pour la tunique dans laquelle ils marcheront vers leur supplice ; soit :7-14-8- 9-11-10-12-13 -15 etc...

Ils y ont vu

- Dr Corre : " Les soldats chrétiens ont repris leur costume militaire, mais sans leurs armes ; ils marchent en rang, les mains ramenés contre la poitrine, l'air calme, sous la conduite d'un ange. Ils se rendent d'eux-mêmes là où ils savent qu'on va les arrêter, les dépouiller de leurs vêtements militaires, commencer leur martyre ; ou bien ils se rendent devant le proconsul pour confesser hautement leur foi inébranlable."

- Dr Le Thomas : "Un ange accompagne le cortège des condamnés. A droite, un Ange hiératique , à cheveux torsadés, -avec ailes pennés et tunique fendue- précède, bras gauche levé, une centurie de soldats encore en tenue et casqués, mais désarmés, alignés en quatre rangs serrés. Les soldats du premier rang tiennent encore entre les mains les restes d'objets brisés."

  Le même auteur, en note, rejoint ma lecture : "Ce panneau figure peut-être, en accord plus étroit avec la légende, la retraite temporaire sur le mont Ararat de la légion de Garcère, après sa victoire [...] Remarquons toutefois que l'interprétation ci-dessus, quoique plus logique, s'intercale moins facilement dans la série des épisodes figurés."

- Louis Le Bras : "Un ange conduit nos soldats, désarmés, vers le lieu de leur supplice."

La légende : 

    Suite du texte cité dans le panneau 7 :

    " Une victoire si signalée les confirma encore dans la foi et dans la religion qu'ils venaient d'embrasser ; ils rendirent mille actions de grâces à Dieu et lui protestèrent qu'ils vivraient et mourraient à son service, sans que rien fût capable de les faire changer de résolution. L'ange qui leur avait apparu la première fois se fit voir encore une fois ; et, après les avoir loués de ce qu'ils avaient suivi son conseil, il les conduisit lui-même sur une haute montagne appelée Ararath, éloignée d'environ cinq cent stades d'une ville de ce royaume nommée Alexandrie. " 

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      Panneau treize :

  L'image .

  Parmi seize prosélytes à genoux ou assis, en adoration, quatre anges plus ou moins visibles, survolant l'assemblée ou côtoyant les convertis, prêchent la bonne parole, exaltent les coeurs et affermissent les déterminations. Main sur la poitrine, ou index sur la paume, ou tenant poing fermé un rouleau de texte sacré ou une palme, croisant les bras, levant les yeux, chacun participe à l'enthousiasme collectif.

Ce qu'ils ont vu.

- Dr Corre : " Les chrétiens sont maintenant retranchés de l'armée ; ils ont été dépouillés de leur costume militaire : ils ont la tête, les jambes et les pieds nus ; pour tout vêtement, une tunique courte ou demi-longue. On en voit un groupe dans une prison, ceux-ci agenouillés, ceux-là debout, les yeux et les mains vers le Ciel ; un ange les exhorte à persévérer courageusement dans leur foi."

- Dr Le Thomas : "Acace Garcère demande à ses légionnaires de refaire leur profession de foi. Au centre au premier plan, Garcère, en robe, coiffé désormais d'un bonnet, est agenouillé, bénissant un de ses soldats de la main droite, index et médius levés. Son partenaire, également à genoux, mais tête nue, étend la main droite en geste d'acclamation. A l'arrière-plan, divers personnages en robe applaudissent, mains levées ou ébauchent des gestes d'acclamation. Debout, au centre du groupe, un Ange, tête inclinée, bras croisés, ailes érigées, préside avec ravissement à la scène. Un second ange, voletant horizontalement, surmonte l'ensemble avec, dans la main, des débris énigmatiques d'objets."

- Louis Le Bras : " A genoux, les condamnés renouvellent leur profession de foi."

 

Le texte de la Légende :

"Lorsqu'ils y furent arrivés, les cieux s'ouvrirent au dessus d'eux, et sept autres esprits bienheureux en descendirent, qui les congratulèrent aussi de leur conversion, et se joignant au premier, les instruisirent des mystères de notre religion. Après qu'ils furent suffisamment instruits, ils les avertirent des violences que feraient les généraux de l'armée pour les faire retourner au culte des idoles, et des tourments qui leur étaient préparés. Ils leur dirent que s'ils avaient combattu jusque là pour les princes de la terre en  donnant la mort à leurs ennemis, il était temps qu'ils combattissent  pour le Roi du ciel en souffrant eux-mêmes la mort comme il l'avait soufferte pour leur salut. Ces soldats chrétiens répondirent unanimement qu'ils étaient prêts à tout, qu'assez forts pour se défendre par les armes de la cruauté des tyrans, ils étaient néanmoins résolus de ne s'en point servir, mais de les mettre bas pour être les victimes pacifiques de la gloire de leur Seigneur Jésus-Christ. Ils demeurèrent encore quelque temps sur la même montagne, sans avoir besoin d'aucun aliment corporel, parce que l'esprit de Dieu y suppléait par la force et la vigueur intérieur qu'il leur communiquait.

 

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      Panneau quatorze :

 

L'image.

  C'est ce panneau que je propose de placer après le panneau sept, celui de l'apparition de l'ange salvateur, là où on n'assiste pas à la victoire des neuf mille et où l'on passe directement au début de leurs ennuis avec la hiérarchie; celui-ci décrit donc, à mon sens cette bataille victorieuse d'Acace et de sa légion : il est fidèle au texte (les corps qui tombent, les ennemis en fuite...), et si rien ne permet de différencier les troupes romaines et les arméniennes,   le personnage au premier-plan, en cuirasse rouge, ressemble bien au tribun Acace avec le bouclier rond qu'il tenait sur le premier panneau.  Cette furia romaine qui anime les assaillants, cet accablement défait qui est celui des vaincus, ne seraient pas de mise pour illustrer comment les chrétiens furent chassés par leurs anciens collègues vers le lieu du martyre.

Ce qu'ils ont vu.

— Dr Corre : description, avec le panneau 15, donnée ici au numéro 17 : il y voit en effet les suppliciés conduits ou poussés vers le chemin semè de pointes de fer.

- Dr Le Thomas : "Trente mille hommes de l'armée impériale, envoyés pour encadrer et supplicier les légionnaires de Garcère, commencent le massacre. Au premier plan, ces soldats en tenue, casqués, marchent en rang serrés, bras droit levé et armé, celui du centre portant bouclier. A l'arrière-plan, ils s'étagent en trois rangées intriquées. En bas, deux cadavres, face contre terre, sont déjà foulés aux pieds."

 

Le texte de la Légende .

  Je replace ici le texte déjà donné panneau sept : 

  "Après cette confession, ils furent remplis de tant de force qu'étant allès à l'heure même au combat, ils défirent entièrement les révoltés, en couchèrent une grande partie sur la place, blessèrent les autres, et mirent les autres en fuite, dont les uns se noyèrent dans les lacs voisins, et les autres périrent misérablement dans les rochers et les bois, où ils se sauvèrent".

 

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c) Registre inférieur.

 

Panneau quinze .

  L'image :

  Après avoir, comme au jeu de l'oie, sauté cette case 14, nous sommes désormais rentré dans les scènes du martyre, dont les victimes ne portent pas la tenue militaire, mais celle des élus pacifiques, tête, et pieds nus, sans armes. Il règne une certaine confusion, peut-être un manque de motivation des légionnaires, qui ne sont pas non plus armés. Les victimes, loin d'être soumises et accablées, paraissent  nobles et joyeuses et  font face dignement aux soldats qui les pressent vers la droite. On cherche à reconnaître Acace, mais chaque visage est celui d'un saint, notamment le chrétien en robe rouge au premier plan, beau comme un saint Jean . 

 

Ils y ont vu :

 

— Dr Le Thomas : " Les condamnés sont entraînés vers divers supplices. A gauche du premier plan, un légionnaire en robe est tenu aux bras par le soldat casqué qui l'entraîne. Plus

à droite, deux mercenaires, à braies plicaturées, serrées à la jarretière, suivent un autre légionnaire en robe. A l'arrière-plan, d'autres condamnés attendent, passifs et résignés."

 

-Louis Le Bras : "Ils sont poussés sans ménagement, mais sans réaction de leur part".

 

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      Panneau seize.

L'image.

  Changement : les militaires s'énervent et, avec de grosses masses noires (des pierres) frappent les insoumis, qui courbent l'échine, fléchissent le genou et se protègent de la main. Deux hommes sont à terre.  Sans le texte, on ne comprend rien de plus ; on constate que les soldats n'ont plus de casque. avec le texte, on sait que les victimes sont les assaillants, car les pierres, miraculeusement (mais de façon peu évangélique !) frappent ceux qui les lancent.

 

Ce qu'ils ont vu.

— Dr Corre : "Scène de lapidation, conforme à la légende".

— Le Thomas : " Certains martyrs sont lapidés. Au centre, deux soldats, bras dressés, armès d'énormes pierres, font face à deux martyrs, tête nue, corps fortement arqué en arrière (l'un d'eux a le bras gauche étendu). A l'arrière-plan, deux autres bourreaux brandissent de même des pierres dans leurs mains élevées. En bas du panneau, deux victimes sont déjà face à terre."

-Louis Le Bras : "On les frappe avec des pierres."

  Le texte va nous revéler le contre-sens d'interprétation de ces deux auteurs, et de tout observateur candide du seul panneau.

Le texte de la Légende.

  Il vient à la suite de la déclaration éffrontée et provocatrice des nouveaux baptisés (ou convertis) faite au proconsul, donnée à propos du panneau onze et soutenant que " c'est avec joie qu'ils entendraient leur condamnation".

   "Cette liberté aigrit tellement toute l'armée qu'une grande partie des soldats, prirent des pierres pour assomer ces généreux confesseurs du nom de Jésus-Christ ; mais par un grand miracle, les pierres rejaillirent contre ceux qui les jetaient ; et, bien loin de blesser les Martyrs, elles blessèrent ceux qui se voulèrent faire leur bourreau."

 

 

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Panneau dix-sept.

      L'image :

 Elle est construite en strates obliques "vers le bas et la droite", [comme apprenaient les deux confrères Corre et Le Thomas dans leur Rouvière ( segment iliaque de l'artère mésentérique inférieure oblique en bas et à droite)] : le soleil de la bienveillance divine, dans une fraise verte et gaufrée figurant les nues,  puis la masse de quelques-uns des neuf mille martyrs, puis la double rangée d'autres  rétifs au culte des idoles ; à l'angle,  un ange, occupé à une tâche qu'on ignore encore. On pense bien reconnaître le barbu au centre, en train de gagner ses galons de saint Acace : et, avec sa tunique rouge et les mains liées, il suit le chemin de son Seigneur en sa Passion, en une Imitation de Jésus-Christ un peu zélée, mais que n'aurait pas désapprouvée Thomas a Kempis.

 La diagonale gauche est faite de méchants soldats, dont un seul a remis son casque de peur que son bâton ne lui revienne sur la tête. Mais Dieu a plus d'un  miracle dans son sac et ici, les coups pleuvent  sur les têtes butées pour la plus parfaite indifférence des victimes : les bourreaux s'épuisent, mais nous ne constatons ni plaies ni bosses. En réalité, les soldats sont chargés de forcer les victimes à marcher sur la petite chaussée grise où se trouve Acace.

  Ce que fait l'ange, nous l'apprenons dans le texte ci-dessous.

  

Ce qu'ils ont vu .

— Dr Corre : "Des martyrs, vêtus seulement d'une tunique, les bras liés derrière le dos, les jambes et les pieds nus, sont contraints de marcher sur un sol couvert de pointes ; une soldatesque brutale les entoure et les pousse. Devant deux chrétiens, qu'un bourreau menace du bâton, un ange arrache du sol les pointes de fer."

— Dr Le Thomas : "D'autres condamnés doivent marcher sur des pointes hérissant un chemin long de vingt stades. A gauche, deux soldats-bourreaux chassent devant eux, matraques levées, deux martyrs, en robe, poignets liés l'un en avant, l'autre en arrière de la ceinture, afin de les forcer à marcher, pieds nus, sur des pointes de fer acérées, fichées dans le sol. Mais à droite, un Ange, à genoux, arrache les clous devant les pieds de deux victimes. En arrière, en rangs étagés, d'autres condamnés, en robe, tête nue, attendent, résignés, le même supplice. Aux deux angles supérieurs s'inscrivent : —à droite, le soleil rayonnant, inclus dans un motif godronné; —à gauche, la lune en croissant."

— Louis Le Bras : " On les oblige à marcher pieds nus sur des points."

 

 

Le texte de la Légende :

  "Ce prodige [des pierres boomerang] effrayant le tyran, il commanda de cesser de les lapider, et fit encore de grands efforts pour les gagner par la douceur ; mais comme il vit que ses paroles ne faisaient aucune impression sur leurs esprits, et qu'ils témoignaient de plus en plus d'une ardeur incroyable de souffrir pour leur divin Maître, il ordonna de les dépouiller, de les attacher à des arbres et de leur déchirer le corps à coup de fouet : « car c'est ainsi, dit-il, que le Dieu qu'ils adorent a été traité des juifs». Cet ordre fut incontinent exécuté, au moins à l'égard d'une partie ; mais les saints ayant fait leurs prières, les mains et les bras de ceux qui s'étaient armés de verges ou de fouets pour les frapper devinrent arides, de sorte qu'ils ne purent plus leur faire de mal. Une assistance de Dieu si visible fit ouvrir les yeux à Théodore, un des chefs de l'armée impériale ; il reconnût que la justice et la vérité étaient du coté des saints Martyrs, et que le Seigneur qu'ils adoraient était le vrai Dieu,  à qui le culte souverain était dû. Il en parla à mille soldats qu'il commandait, qui, étant entrés dans son sentiment, s'écrièrent tous avec beaucoup de ferveur qu'ils étaient chrétiens, et se joignirent aux neuf mille qu'on maltraitait si cruellement pour Jésus-Christ. "

   "Le tyran fut prodigieusement irrité de cet évènement ; et, dans la rage où il était, il fit couvrir de pointes de fer une campagne de la longueur de vingt stades [3,7 kms] et commanda à son armée de contraindre les saints, à coups de bâton, d'y passer nu-pieds. Mais il ne fut point nécessaire pour cela de contrainte : les martyrs y coururent d'eux-mêmes, et regardant ce chemin comme la voie étroite qui conduit à la vie, ils y entrèrent plus volontiers qu'ils ne fussent entrés dans un lieu semé de roses ou couvert de tapis agréables et précieux."

" Cependant, ils n'y reçurent aucune blessure : car des anges, marchant devant eux, ramassèrent toutes ces pointes et les mirent en un monceau pour leur donner un passage aisé et sans incommodité."

 

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Panneau dix-huit.

 

L'image.

 Cette fois-ci, nous y sommes : les martyrs, tels autant de saints Sébastien, sont liés, vêtus pour la pudeur d'un pagne, à des colonnes —corinthiennes— pour y être frappés. L'artiste ne laisse aucun espace vide, mais sature au contraire le petit volume (50 cm sur 60) de visages casqués, de mains ou de bras, de torses ou de jambe pour accentuer la densité de tension émotionnelle, de contrainte  et de violence de la scène. La colonne, support de coercition et  appartenant aux Instruments de la Passion, est, en même temps, un symbole christique (médiation entre le terre et le ciel) et par sa rectitude, un symbole de la Foi inébranlable.

 

Ce qu'ils ont vu.

— Dr Corre : " Des martyrs sont attachés par les bras et les poignets aux colonnes d'un temple ou d'un palis ; des soldats aux regards furieux les frappent de verges, mais l'un des bourreaux a son bras qui retombe inerte et bientôt les autres éprouveront le même sort."

 — Dr Le Thomas : " En haine du Christ, le Promagistrat fait, en une parodie sacrilège, subir aux martyrs les mêmes tortures et outrages infligés à leur Maître en sa Passion. Plusieurs martyrs sont ainsi flagellés. Au premier plan, deux condamnés, tête et torse nu —avec pagne— sont adossés à des colonnes à chapiteaux. La martyr à droite, bras liés derrière le dos, est encadré par deux mastigophores¹, en tenue et casqués, bras droits levés avec, dans les mains [des]restes de fouets brisés. Le martyr de gauche, pieds entravés avec boulet, a le bras droit baissé, attaché derrière le dos, et le bras gauche levé. Au second plan, entre les colonnes, un troisième patient a les deux poignets liès au-dessus de la tête, en position d'attente."

¹. Mastigophore : "huissier de police porteur de verges, chargé d'assurer l'ordre en ville et dans les jeux publics de la Grèce antique, notamment en infligeant des chatiments corporels aux condamnés" (CNRTL, avec citation de Renan et Léon Daudet). Vient du grec mastigos, "fouet".

— Louis Le Bras : "On leur enlève leur vêtement ; on les attache et on les flagelle."

 

Le texte véridique de la Légende.

 " Le lieu où on les mena fut la ville d'Alexandrie dont nous avons déjà parlé, et qu'il ne faut pas confondre avec la célèbre cité égyptienne. Lorsqu'ils y furent arrivés, le tyran, qui travaillait encore inutilement à les ébranler par ses discours voulut éprouver contre eux tous les genres de supplice que les Juifs ont fait souffrir au Fils de Dieu : il leur fit couvrir la tête de longues épines enforme de couronnes, dont il y avait une grande abondance dans la cité voisine; il leur fit percer le coté avec de petites lances, qui tirèrent de leur corps des filets de sang ; il les fit conduire dans cet état, et les mains derrière le dos, par toute la ville et on les fouetta cruellement devant tout le peuple. La nuit suivante, les ayant fait ramener dans les grandes cours et les jardins du palais, il les abandonna à toutes les insultes et les mauvais traitements de ses soldats."

 

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3. Volet de droite : six panneaux. 

 

   Le volet est composé, comme celui de gauche, de deux parties articulées par des charnières. 

   Les panneaux  sont conçus comme des boites rectangulaires dans lequel dix à quinze petits personnages traités en moyen-relief  sont si serrès qu'il s'en dégage une deshumanisation presque ridicule, mais qui s'avère tragique.

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a) Registre supérieur

  Sur la partie grise horizontale du demi-volet extérieur, on devine une inscription, illisible ; et de l'autre coté on croit seulement en deviner une aussi.

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      Panneau dix-neuf :

L'image.

  Le personnage du premier plan gauche est, à l'évidence, et comme sur le panneau suivant, un rappel du Christ aux liens si fréquemment représenté sur les calvaires, les retables ou les vitraux de la Passion, vêtu du manteau écarlate que les soldats de Pilate lui font porter dans le prétoire pour se moquer de sa royauté, en association avec le roseau en guise de sceptre (Matthieu 27, 27-31). Le supplicié qui, comme un sosie, se trouve derrière et au dessus de lui renvoie immédiatement à l'iconographie du Couronnement d'épines, avec les bourreaux faisant levier sur des barres de bois placées en croix pour enfoncer profondément les épines. Mais la scène se répète à quatre reprise, comme dans un miroir fragmenté, et le burlesque de répétition créé par ces hommes joutant deux à deux sur la tête dont ils ont la charge se transforme en  sentiment terrifiant par l'organisation mécanique, méthodique et deshumanisée des sévices. 

  Dans une représentation plus rare, le troisième émule du Christ, celui du second plan droit, est sculpté de profil, tête violemment placée en hyperextension par un bourreau, qui le tient sans-doute par les cheveux.

 Dans le coin supérieur gauche, le proconsul en robe d'or assiste à l'exécution de ses plans et brandit le bâton de son commandement ; mais sa tiare couronnée d'une boule, parce qu'elle ressemble à un bonnet à pompon, le ridiculise un peu.

  Ce ne sont plus des légionnaires qui sont ici au travail, mais des spécialistes des supplices, puisqu'ils ne portent pas l'uniforme romain, mais des tuniques à ceintures et des toques ou bonnets. ceci est là encore conforme à l'iconographie habituelle de la Passion, où les scènes d'outrage, de dérision et de mauvais traitements font apparaître des mauvais drôles aux tenues d'acrobates ou de lutteurs. 

Ce qu'ils ont vu.

— Dr Corre : Pour tout le volet de droite : "Les derniers supplices ! On renouvelle contre les Martyrs les scènes de la passion ; on les soumet non seulement aux mêmes tourments, mais encore aux mêmes opprobres et aux mêmes simulacres d'hommages dérisoires que le Christ. c'est une abominable parodie du drame de Jérusalem."

  Et pour le panneau 19 : "Les martyrs, revêtus d'une tunique, sont couronnés d'épine ; derrière eux, des bourreaux serrent fortement les tiges tressées autour de leur crâne, avec un bâton du'ils manoeuvrent à la manière d'un garrot."

   

— Dr Le Thomas : "Quelques condamnés, étant chrétiens, subissent, par dérision, l'épreuve du couronnement d'épines. Au premier plan, sont assis deux martyrs en robe —dans l'attitude conventionnelle d'attente du supplice— et tenant, par dérision, un cep entre leurs mains liées. Aidés par des valets, deux soldats-bourreaux, usant d'une sorte de garrot, fait de bâtons croisés, ceignent d'une couronne d'épines, fraîchement cueillies, le front des victimes. En bas (sic) et à droite, un légat romain avec tiare à boule et cep appuyé sur l'épaule encourage du geste l'ardeur des tortionnaires."

—Louis Le Bras : "Le couronnement d'épines".

 

            volet-droit 8663c

 

 Vingtième panneau     

L'image.

  Le proconsul, situé à droite dans un costume encore différent, en tenue d'officier, mais identifiable à la boule —placée cette-fois sur un pédoncule— de son casque et à son bâton de commandement —qui se révèle plus tard n'être qu'un branchage tenu par son sbire—, poursuit sa sinistre parodie de la Passion avec l'épisode du Christ aux outrages : deux victimes de cette terrible mise en scène ont été placées sur un banc, revêtues du manteau écarlate (ou vert, pour le voisin, par impératif de mise en couleur), coiffées de la couronne épineuse et dotées d'un roseau en guise de sceptre tandis qu'un bouffon les afflige de ses grimaces et plaisanteries graveleuses, tirant la langue, faisant la figue ou singeant l'obséquosité d'un courtisan. 

  En arrière, comme dans un rêve, une demi-douzaine de Christ impassibles au front hérissé d'épines boivent la coupe amère de leur passion avec le courage des Saints.

  Se détachant sur le ciel, le contour tranchant d'une hallebarde préfigure une croix ;  personne ne rit, et le roi ne s'amuse pas.

Ce qu'ils ont vu.

— Dr Corre : " Devant un martyr vêtu de la tunique, couronné d'épines, assis, dans les mains duquel on a placé une palme ; un païen fait des génuflexions moqueuses au milieu des ricanements des soldats." 

— Dr Le Thomas : "Continuant leur parodie de la passion du Christ, les soldats impériaux bafouent les martyrs. Au premier plan sont assis deux martyrs en robe, couronnés d'épines, une palme enfoncée dans leurs mains jointes, lièes par des cordes grossières. Derrière eux dépassent huit têtes, ceintes également d'épines. A droite, aux pieds des condamnés impassibles se prosterne par dérision un soldat impérial lippu , en tunique, tenant une sorte de roseau. Et, près d'un hallebardier, le Promagistrat, décidemment ubiquitaire, contrôle l'éxécution savante des supplices."

— Louis Le Bras : "Un personnage grotesque s'incline devant eux, parodiant encore la passion du Christ bafoué par les soldats."

 

          volet-droit 8664c

 

 

b) Registre moyen.

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Panneau vingt-et-un.

  Il faut d'abord remarquer, à nouveau, sur le bâti encadrant ce panneau, les lettres peintes en blanc, et dont on voit qu'elles retracent des lettres identiques à la peinture noire en les modifiant parfois, plaçant un S au lieu d'un Z. On lit ainsi .RCES en blanc et RCEZ en noir. On ne déchiffre guère plus, hormis un A.

L'image.

 J'aurais été, sans-doute, incapable de la comprendre si je n'avais pas lu le texte de l'histoire, et j'aurais alors donné le même commentaire que A. Corre.

    C'est à mes yeux la représentation la plus originale du retable, et celle qui est chargée de la signification spirituelle ou théologique la plus élevée. Les scènes précédentes étaient vues comme des brimades subies par les martyrs, mais ici, l'imitation de Jésus-Christ n'est plus imposée aux convertis, elle leur survient comme un privilège, une grâce aussi insigne que celle reçue par saint François avec ses stigmates : comme Christ frappé au flanc droit par la lance du centurion Longin, ils reçoivent l'honneur d'être atteints au même endroit du corps, par une lance de légionnaire toute semblable à celle de leur Seigneur, et de verser leur sang dans un sacrifice qu' ils l'attendaient comme une gloire. Ô délicieuse plaie , s'écrierait un mystique ! ô désir de l'âme de devenir toute entière une plaie d'amour !  Car jamais Dieu n'accorde ce Don au corps, qu'il ne l'ait déjà fait à l'âme, et plus les tourments du corps sont grands, plus les joies intérieures sont intenses. 

  Aussi cette plaie sacrée est-elle ondoyante, aussi ses sucs écoulés composent-ils une eau lustrale délectable aux martyrs et un chrème déterminant , et aussi jamais signe de la croix ne fût-il tracé avec autant de coeur .

  Quittons ces sommets ethèrés inspirés par Jean de la Croix pour remarquer combien les costumes des personnages de ce retable sont changeants : les légionnaires portent bien la cuirasse (et l'un d'eux, grand comme un tambour-major, porte une cotte de maille bleue), mais ils ont emprunté aux paysans bretons leurs braies plissées, et ont rejeté leur casque morioniforme pour rester tête nue ou adopter, comme le barbu de gauche, une coiffure en Saint-Honoré à rendre jaloux Charles Bovary.

Ce qu'ils ont vu.

— Dr Corre : Des martyrs dépouillés de leur tunique, couronnés d'épines, en rangs, sont entourés de bourreaux qui labourent leur poitrine avec la pointe de leurs javelots (sic); les victimes, de leurs mains restées libres, semblent faire le signe de croix.

— Dr Le Thomas : " Les condamnés, couronnés encore d'épines, sont conduits vers le Mont Ararat, lieu final de leur supplice. Deux condamnès, torse dénudé, encadrés par deux soldats impériaux qui les blessent aux flancs de leurs javelots (sic). Chaque martyr recueille dans sa main son sang versé pour l'amour du Christ et le projette sur sa tête, en guise de second baptème : celui du martyre."

— Louis Le Bras : "A coup de lances, on leur perce la poitrine...mais le sang qui jaillit leur sert d'eau du baptème. Ceci est une allusion au coté ouvert de Jésus en croix, d'où s'échappe le sang et l'eau : la source du baptème, et de la grâce, c'est la passion de Jésus.

 

Le texte de la Légende.

" Enfin, ils les condamna tous à être crucifiés sur la montagne d'Ararath, où ils s'étaient premièrement retirés après leur victoire. Ils y allèrent comme à un lieu de triomphe, sans que pas un de cette illustre troupe perdît courage er s'ennuyât de souffrir. Les plus jeunes mêmes dire des merveilles à la louange de Jésus-Christ et de la religion chrétienne ; et lorsqu'Acace, leur chef, leur représenta avec des paroles de feu que leur supplice finirait bientôt, mais que la récompense qui leur était préparée dans le Ciel ne finirait jamais, ils lui répondirent « que la seule peine qu'ils avaient étaient de n'endurer pas assez de tourments pour la gloire de leur divin Maître»."

  "Comme le sang coulait abondamment de leurs plaies, ils en remplirent leurs mains, et, se le jetant sur la tête, ils prièrent instamment Notre-Seigneur que ce sang qu'ils répandaient pour son amour leur servit de baptème et les lavât de toutes leurs iniquités passées. Ainsi, ce fut avec une joie incroyable qu'ils tendirent les pieds, les mains, et tout le corps à trente mille soldats de l'armée qui avaient été commandés pour les crucifier."

 

                       volet-droit 8662c

 

 

 

Panneau vingt-deux.

 L'image.

 Six martyrs montent pieds nus le mont Ararat qui sera leur Golgotha, portant leur croix sans beaucoup de réalisme néanmoins comme s'il s'agissait de la  croix de bois des Petits Chanteurs du même nom. Pas d'autre particularité pour cette scène simple, illustrant le texte de la Légende venant avant la scène de l'ondoiement par le sang ; on remarquera pourtant que les chrétiens ne portent pas une tunique de supplice, mais une tenue complète associant des braies non plissées, une tunique courte (dans deux cas) ou mi-longue serrée par une ceinture, doublée au col et par devant d'un galon, et aux manches rehaussées d'un riche parement . Dans le cas du personnage à costume marron, j'ai même cru que les épaules de la tunique étaient marquées par un triple pli comme si un "padding"  généreux ou un effet " veste con  rollino" au superlatif venait renforcer la carrure de ce vétéran des troupes d'élite. Mais il me semble bien que ces quatre boudins soient les doigts du soldat qui le suit¹. On ne saurait examiner avec trop d'attention les chefs d'oeuvre du passé, mais il faut se préserver des excés.

¹ J'avais écrit cela avant d'avoir lu et recopié ceci :

Ce qu'ils ont vu.

— Dr Corre : "Troupe de martyrs chargés de leur lourdes croix".

— Dr Le Thomas : "Les condamnés, portant chacun leur croix, gravissent la pente du Mont Ararat. Des six martyrs portant leur croix sur l'épaule droite, hampe en avant, deux marchent au premier plan, précédant un joueur de tuba courte¹. Un soldat impérial casqué et armé appuie lourdement la main gauche sur l'épaule de ce dernier. A l'arrière-plan se profile une escorte de deux porte-lances."

¹. Je ne partage pas le diagnostic de mon  distingué confrère sur cette "tuba courte" qui me semble plutôt la partie verticale de la croix du martyre. Mais s'il achoppe sur un point de sémiologie musicale ou cruciale, il fait la preuve de sa compétence trés réputée en anatomie (notamment des démones d'arbre de Jessé) en  identifiant correctement les quatre doigts longs abandonnés sur l'épaule de ce faux tubicen, ce qui ne fut pas le cas de chacun. 

— Louis Le Bras : "La «montée au Calvaire»."

 

 

 

                                volet-droit 8661c

 

 

c) Registre inférieur. 

  Comme précédemment, on note des inscriptions, hélas toujours aussi indéchiffrables, sur les traverses d'encadrement : ON.LI.cc. AA CHL..M CRO ?

 

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Panneau vingt-trois.  

L'image.

   Tels des Gulliver se réveillant chez les Lilliputiens sanglés au sol des mains et des pieds, trois sosies du Christ ceints du perizonium et allongés sur leur croix observent des sortes de nains, dont les plus petits, en bas, coiffés de bonnet phrygien, sont vêtus de façon fort civile alors que les plus grands portent le casque et l'uniforme de légionnaire ; tous  travaillent vaillamment de leurs petits outils (marteaux, tenaille) à doter les martyrs des stigmates qu'ils ont mérités. Le Proconsul est venu s'asseoir à sa place à droite de l'écran et a revêtu un camail doré sur sa robe ; sa main droite devait tenir son fameux bâton à bouton floral, et sa main gauche serre quelque chose, peut-être un rouleau portant ses ordres. Derrière lui, un nouveau chrétien attend son tour, sa croix est visible au pied de l'affreux potentat.

   On s'attend presque à voir ces sept nains quitter le chantier en chantant Heigh-ho, heigh-ho, on rentre du boulot...

  La représentation n'est en aucun cas un témoignage historique, si ce n'est sur l'imaginaire chrétien de la Renaissance, puisque d'une part le crucifiement¹, peine infâmante, n'était pas appliquée aux citoyens romains (donc aux légionnaires et, à fortiori, à des tribuns), et, d'autre part, que le crucifiement se réalisait en clouant les poignets (et non au niveau des doigts, comme ici) du condamné  à une traverse (le patibulum, pesant 20 à 30 kg, qui avait été porté par le supplicié), laquelle était hissée et fixée au sommet ou près du sommet d'une poutre verticale (ou stipes) plantée en permanente sur le lieu de justice. Puis, les genoux étaient fléchis et les pieds superposés étaient cloués directement sur le stipes au niveau de l'espace de Mérat entre le deuxième et le troisième cunéiforme (travaux du Dr Pierre Barbet, 1986).

   En outre, on ne voit pas ici le titulus où s'inscrivait la sentence.

¹. Je rappelle que le terme Crucifixion désigne exclusivement la mort du Christ sur la croix : il faut donc parler du crucifiement des dix mille martyrs, à moins de les honorer d'un terme qui les confond, dans leur peine capitale, avec leur Modèle et Seigneur.

Ils y ont vu.

— Dr Corre : "Sur le plan incliné qui indique le flanc d'une montagne, des croix sont étendues ; des chrétiens nus, les reins simplement recouverts d'un linge en ceinture, la couronne d'épine sur la tête, sont couchés sur ces croix ; des bourreaux clouent sur le bois leurs pieds et leurs mains, avec une rage qu'exaspère la sérenité des victimes".

— Dr Le Thomas : Les martyrs sont mis en croix. Au premier plan, un martyr dénudé — avec pagne — est étendu sur une des premières croix encore non érigée. Deux soldats fixent sur cette croix, avec des cordes, le bras gauche et le pied droit d'un supplicié (le bras gauche restant libre). Ainsi immobilisé, la main gauche du martyr est enclouée par un premier bourreau, marteau levé. (Le second de ces détails est particulièrement rare en hagiographie comparée). Au second plan, agenouillé dans l'angle inférieur gauche, un bourreau encloue de même la main droite d'un deuxième crucifié, gisant, lui aussi, sur une croix posée à terre. Et les deux pieds de ce même crucifié sont, avec un seul clou, traversés par un dernier exécuteur, sorte de gnome, accroupi dans l'angle inférieur droit du panneau. Au troisième plan, surélevé, un dernier martyr, sur une troisième croix, à terre, elle aussi, n'a encore, paradoxalement que la main gauche enclouée, la droite, libre, pendant encore. Sur le bord droit du panneau, enfin, le Promagistrat en personne s'est encore déplacé et, le front ceint d'une couronne à fleurons triangulaires, est assis, en robe, dans une chaire avec accoudoirs, à rebords convolutés. Contempteur païen des chrétiens, il leur propose peut-être, de sa main droite étendue, le défi d'une intervention nouvelle et salvatrice de l'Ange".

— Louis Le Bras : " Les crucifixions".

 

 

                   volet-droit 8659c

 

 

      Panneau vingt-quatre.

L'image.

  C'est la dernière scène, celle de la dernière heure, et le nombre de panneau, tout comme la présence en haut à droite et à gauche du soleil et de la lune ont peut-être rapport avec ce cycle des heures, symbole du cycle de la vie et d'une boucle cosmique qui se referme. (le texte apprendras que les astres témoignent plutôt d'un seisme déclenché par le drame, comme pour la Passion).

  Trois suppliciés subissent leur agonie sur la croix, et ces trois croix des calvaires sont si habituelles à notre monde chrétien qu'elles ne représentent plus qu'une icone, celle du Golgotha; la scène de l'érection d'une quatrième croix est plus rare sur le plan iconographique, et on observe avec interêt (avouons-le) comment les soldats s'y prennent pour dresser la croix chargée du condamné. La scène inverse, celle de la Déposition, est bien connue, où le corps est soutenu par des lanières, mais ici, c'est guidés par un contremaître (à droite) que quatre soldats exècutent la manoeuvre où le madrier est glissé vers une cavité du sol tandis que les bras de la croix sont soutenues et guidées par deux fourches. ( Les soldats romains étaient, selon Jérôme Bardouille (L'importance du génie militaire dans l'armée romaine à l'époque impériale, Revue historique des armées,n° 268, 2010 p. 79) "des spécialistes du génie" commandés par un praefectus fabrorum —qui me pardonnera de l'avoir traité de "contremaître— et experts en échafaudage (catafalcum), terrassement et machines de levage).

  Le Proconsul est là, bien-sûr, il a changé de robe, bien-sûr, et a choisi la poupre impériale pour ce moment de gloire de sa carrière, mais on peut s'interroger sur le geste qu'il fait de la main gauche —j'ai hâte de découvrir ce qu'en pense Le Thomas)— car on pourrait penser qu'il est ébloui ¹ (comme les gardes romains d'une Sortie du Tombeau), ou qu'il fait le geste de l'index vers l'oeil, geste très habituel sur les Passions et signifiant qu'il est soudain descillé et qu'il réalise son erreur sacrilège.

 Parmi les différentes Crucifixions, on distingue celles où le Christ est souffrant  Christus dolens, celles où il est triomphant, Christus triomphans, et celles où il apparaît résigné ou déterminé, Christus patiens.  Les crucifiements des martyrs relèvent à l'évidence de cette dernière disposition d'âme.

¹. C'est ce que confirme le texte de la lègende : "une grande lumière les environna et les cacha aux yeux des infidèles".

Ils y ont vu.

— Dr Corre : "La scène ultime : Les martyrs sont en croix ! Les uns sont déjà élevés et expirants ; les autres prennent leur place dans la sinistre et sanglante forêt que vient d'improviser la méchanceté des hommes en haine du nom chrétien. Des bourreaux sont en train de dresser l'une des dernières croix : à droite, un soldat soutient le bras de la croix avec une sorte de bois fourchu ; à gauche, un autre tire avec effort sur une corde liée autour du bras opposé ; un troisième, penché vers la terre, essaie de faire entrer le pied de la croix dans le trou creusé pour le recevoir. A coté d'un martyr qui va mourir, un personnage à longue robe, à bonnet pointu entouré d'un bourrelet en forme de turban, élève les yeux et la main en manière de feinte pitiè ou plutôt d'ironique invocation : « Si tu es le fidèle d'un Dieu puissant, invoque-le, semble-t-il lui dire, et que ce Dieu te délivre » ; comme jadis les Juifs criaient au Christ : « Sauve-toi toi-même, si tu es le fils de Dieu ». Comme dans les anciennes représentations du Calvaire, le soleil et la lune sont les témoins de l'oeuvre d'iniquité.Mais sous un aspect de figures humaines réjouies ou ricanantes, très peu en harmonie avec le sujet représenté : le soleil, à large face ronde entourée de rayons ; la lune à figure de profil, encastrée dans un croissant à longues cornes."

— Dr Le Thomas : "Une forêt de dix mille croix hérisse finalement les pentes du Mont Ararat, leur calvaire. Au premier plan, un martyr, dénudé— avec pagne— est crucifié sur une croix verticale surélevée . Des coins de consolidation étant, au pied, enfoncés par un bourreau. Au deuxième plan, surélevé, deux bourreaux érigent une seconde croix encore oblique, l'un par traction, avec une corde, sur la traverse gauche, l'autre par soulèvement, avec une sorte de fourche, de la traverse droite. En arrière, sur un plan surélevé, deux autres martyrs sont figurés sur des croix déjà dressées. Soleil et lune-croissant occupent les angles supérieurs."

— Louis Le Bras : "La mort. La nature elle-même, lune et soleil est prise à témoin du courage des martyrs, tandis qu'un personnage ironise une dernière fois, pour rapeller celui qui se moquait du Christ en croix : « il en a sauvé d'autres, il ne peut pas se sauver lui-même !» ".

Le texte de la Légende.

  " Ce supplice, tout terrible qu'il est, ne les empêcha pas de continuer de donner des louanges à Dieu et de publier sa grandeur. Mais l'heure de la mort approchant, les cieux s'ouvrirent, les anges en descendirent visiblement, et on entendit la voix de Notre-Seigneur qui leur dit :  «Venez, les Biens-aimés de mon Père, recevez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde». En même temps, une grande lumière les environna et les cacha aux yeux des infidèles ; et au milieu de cette splendeur, ils rendirent leurs saintes âmes, qui allèrent recevoir la récompense de leurs combats et  de leurs souffrances pour Jésus-Christ. Ce fut le 22 juin, à la même heure que Notre-Seigneur est expiré sur la croix, au commencement de l'empire d'Adrien, c'est-à-dire vers l'an 120, quoique quelques auteurs diffèrent leur martyre jusqu'à la fin de son règne, qui fut en l'an 138."

   " Après leur mort, il se fit un grand tremblement de terre qui détacha leurs corps des potences où on les avaient attachés ou liès, et les anges les enterrèrent de leurs propres mains, non pas dans une fosse commune, mais chacun dans un sépulcre particulier, faisant entendre cette musique céleste qui rendit cette cérémonie plus auguste que les plus superbes obsèques des empereurs et des rois. L'Église a de tout temps reconnu et honoré ces admirables soldats de Jésus-Christ, et même autrefois à Rome, le jour de leur martyre était une des fêtes où on ne plaidait point au palais."

  

 

                 volet-droit 8660c

 

II. LE RETABLE SUPERIEUR.

 

Le Dr Corre a proposé de l'intégrer dans la numérotation des panneaux : panneau 25 pour le caisson central, 26 et 27 pour ceux du volet de gauche, 28 et 29 pour ceux de droite.

 Dr Le Thomas: " Panneau-fronton : ce motif, hors-légende, coiffe, entre les quatre figures du Tétramorphe, le retable dont il domine, de tout son rappel divin, les douloureuses étapes. "

  Il est composé d'un bas-relief placé au fond d'un caisson de dimension supérieure, et de deux volets présentant chacun deux panneaux d'une facture bien différente de tous les autres ; par contre, les couleurs des traverses (bleu-gris) et de l'encadrement rouge et or des panneaux sont les mêmes que celles du retable principal. 

  Les quatre évangélistes encadrent une scène vouée à l'Eucharistie, dans un ensemble moins anecdotique ou narratif que liturgique.

  Sur la partie la plus basse de son support, non visible du sol, une inscription à demi-effacée indique MAR (IE) DIX MILLE MART(YRS).

 

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Le caisson ou panneau 25: 

  L'image .

 Sommes-nous encore dans la Légende des dix mille martyrs? Je ne le pense pas, malgré la présence de trois soldats habillés comme les légionnaires romains des panneaux précédents, mais dont la tenue est aussi celle des combattants du seizième siècle. C'est une autre histoire qui est racontée : un prêtre en soutane, surplis court et chape blanche donne la communion à ces trois soldats agenouillés. Derrière lui, un enfant-de choeur en surplis rouge. En arrière-plan, treize personnages aux tenues diverses : deux ou trois sont casqués, deux portent clairement l'uniforme comme les trois camarades à genoux, mais un autre est torse-nu, bras droit levé, la tête encapuchonnée de blanc, couvert d'une cape dorée. Deux autres encore portent un capuchon, et l'un d'eux essuie ses larmes avec un mouchoir. 

  La taille du bas-relief, qui ne s'adapte pas exactement au caisson, peut faire penser qu'il s'agit d'un fragment d'une autre oeuvre.

Ils y ont vu.

— Dr Corre : "Un prêtre a été introduit dans la prison ; il porte une soutane et un surplis ; il tient entre ses mains un ciboire rempli d'hosties consacrées, et il donne la sainte communion aux martyrs, comme la suprème consolation." 

— Dr Le Thomas : "Un prêtre en surplis, ciboire en main, y donne la communion virtuelle à trois légionnaires agenouillés, mains jointes, devant une assemblée mouvementée. Ainsi est figurée, avec un symbolisme aussi original qu'éloquent, la communion des saints et, pour les dix mille martyrs, le passage glorieux de l'Église militante à l'Église triomphante."

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Volet de gauche .

 

Panneau 26 : Saint Marc : le Lion (ailé).

  Les trois  premiers évangèlistes sont représentés dans des cabinets de travail, comme un Saint-Jérome rédigeant la Vulgate ou comme les érudits de la Renaissance, avec un environnement de meubles, de livres, de tissus et de lutrins. 

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Panneau 27 : Saint   Matthieu : L'Ange / homme.     

 

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Volet de droite :

 

Panneau 28 : Saint Luc : le taureau (ailé).

  L'évangéliste peintre et médecin est représenté ici coiffé d'un bonnet  rond, moelleusement assi sur un coussin qui se révèle être son fidèle taureau.

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    Panneau 29 :  Saint Jean : l'Aigle.

  L'évangéliste s'est installé à l'extérieur, au beau soleil dÉphèse ou de Patmos pour recevoir l'inspiration divine. C'est, comme le veut la tradition, le seul à être imberbe, ce qui lui donne l'aspect d'un juvénile éphèbe..

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III. LES PANNEAUX SCULPTÉS DE L'AUTEL.

 

  Ce sont deux moments de la Passion. Le Dr Le Thomas les trouve "empreints, par contraste, d'une certaine sécheresse" mais souligne, en se référant aux travaux d'Alfred Maury ( Histoire des légendes pieuses au Moyen-Âge, 1843) et à l'hagiologie comparée, combien les légendes et vies des saints se sont cristallisées autour de la figure christique, et notamment de sa Passion : il en voit un exemple typique dans la légende des dix mille , "décalque typique" de la Passion.  Cristallisation ou non, le Concile de Trente a veillé à recentrer sur la figure du christ le culte chrétien, et , d'autre part, les fidèles, qui ne savaient ni lire ni écrire, qui ignoraient tout de l'Arménie ou de l'empereur Hadrien,  connaissaient parfaitement la Passion du Christ, parce qu'elle était au centre des célébrations liturgiques, et, pour les bretons et les Crozonnais en particulier, parce que le Mystère de la Passion était joué devant les églises, que le texte avait été publié en breton en 1530  (burzud braz Jezuz), et que lors des Missions le Pére Maunoir en distribuait encore les rôles principaux aux paroissiens les plus méritants. 

  C'est dire si les personnages représentés sur ces panneaux sont aussi connus pour les Crozonnais que, de nos jours, telle chanteuse ou actrice ou tel héros de sèrie télévisée : ils se nomment Dragon, Bruyant, Dantart¹, Gaddifer, an Pharizianet ou an Yuzevien, et leurs répliques, et surtout leurs jeux de scène sont connus par coeur par les fidèles.

¹. Dans la Passion de Troyes du fin XVe, au vers 5724, Malcus, Bruyant et Estonné, Dragon, Malcuydant et Goulu sont les serviteurs du grand prêtre Caïphe, alors que Rouillart, Dantart et Gaddifer sont ceux de Anne, beau-père d'Anne. 

 

1. A gauche du tabernacle : 

 Prés d'une tour ou d'une muraille (la scène se passe dans le palais de Pilate) Jésus, seulement vêtu d'un pagne, les mains attachées dans le dos à une colonne, est fouétté et battu par les soldats sous le regard d'un des prêtres ou scribes juifs. 

 Le Juif  reconnaissable à sa barbe longue, à son turban ou à sa robe, montre  le Christ de l'index. Un soldat le maintient par le bras droit et par l'oreille gauche (ou par les cheveux). Trois autres le frappent du poing  ou avec un bâton, alors qu'un quatrième, à genoux, cherche peut-être des pierres à lui lancer. Ils sont tous pieds et jambes nues, mais l'un d'eux porte des bracelets de jambe  qui évoquent un accessoire de lutte. L'un encore a le crâne rasé, ce qui est très inhabituel (c'était une marque infâmante à Rome réservée aux esclaves). 

 


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2. A droite : Portement de croix.

      La scène représente l'une des trois chutes  successives de Jèsus lors de la montée au Golgotha. Le Christ est à genoux, pliant sous le poids de la croix. Derrière lui, Simon de Cyrène  l'aide en soulevant le madrier. Un légionnaire, sans-doute un officier à la cuirasse bleue damasquinée de rouge et décorée d'une plaque en or, lui donne l'ordre de se relever en le frappant de son bâton. Il tient une corde dans la main gauche.

  Les coiffures sont variées. Le chapeau de l'officier est remarquable, c'est une toque de velours noir aux bords découpés en pièces arrondies ou fleuronnées, dont l'une, au centre porte un médaillon ("enseigne" ou "insigne" très à la mode du XIIe au XVIe). Cette toque m'évoque celle que porte un courtisan peint par Jan Mocaert en 1520 (portrait d'un courtisan http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Charles_VIII.png?uselang=fr.  

Deux autres soldats, et peut-être aussi celui que je nomme Simon de Cyrène portent un bonnet avec rabat sur les oreilles ; l'homme au premier plan, porte un bonnet simple, à bordure dorée.

Plusieurs choses sont singulières : la première, c'est que chacun est pieds et jambes nues , l'officier comme ses hommes, l'homme à demi-nu comme celui au riche manteau noir et or. La seconde, c'est cet homme qui n'est couvert que d'une tunique jaune débraillée. La troisième, ce sont ces bracelets noirs que j'ai déjà noté sur le panneau précédent, mais qui sont ici présents sur les jambes de trois personnages au statut bien différent, et au bras gauche du mastigophore (j'ai retenu la leçon) du premier plan. 

    Si ces retables sont l'équivallent de nos bandes dessinées où les bulles et textes seraient remplacés par des gestes codés, ces scènes de la Passion (flagellation, outrage, couronnement d'épines) sont à rapprocher d'un spectacle de pantomine, et, dans les Mystères médiévaux et post-médiévaux, elles devaient être un temps à part, où la grossiéretè, les allusions obscènes ou basses, l'exhibition du corps lors de prouesses acrobatiques, de lutte simulée, les cris et exclamations permettaient, dans une licence tolérée car bien encadrée, une inversion de l'ordre naturel et du respect imposé. J'en voudrais pour preuve que, si cette rupture de style est bien apparente dans les images (vitraux, bas-reliefs des retables, calvaires) elle l'est aussi dans le texte, remarquée par Yves Le Berre dans son analyse critique de la Passion bretonne de 1530 : lorsque Dragon, Bruyant et Gallifer entrent en scène, la versification, auparavant en octosyllabes (ou décasyllabes pour les parties solennelles) avec rimes internes propres au breton, renonce à cet ordonnancement pour des demi-vers, avec disparition des rimes internes.

  C'est dans cette perspective que je comprends que les jambes et les pieds soient nus, comme pour la danse et le pancrace, que j'observe les gestes déployés largement (à l'opposé des panneaux précédents où les corps étaient imbriqués et les gestes souvent limitées aux mains) dans une chorégraphie expressive, que je devine que ces bracelets insolites doivent être un accessoire de sport ou de combat. 

  On le comprendra encore mieux le regard posé par les fidèles ou par l'artiste lui-même si on lit les passages correspondants de ces scènes dans la Passion bretonne : dés que montent sur les tréteaux Dragon, Dantard et Bruyant, on sait que la récréation va débuter : 

—Dragon (s'adressant au Christ).

Querzet na lest quet hoz pidif           Avancez, ne vous faites pas prier

Pe ouz pourmenf ne grif quen           Ou je vais vous secouer, vous pouvez me croire !

—Bruyant

Sus sus hastet na fellet tro                Allez, allez, dépêchez-vous, ne trainez pas

—Dantart

Dalet a treux an quil bilen                 Prends ça dans le cul, maraud               

Da crisquif certen hoz penet              Ça te fera encore plus mal !

Querzet                                             Avance !

— Gallifer

Chetu heman aman manet                Celui-là n'en peut plus

Cza ma den quent ez tremenhet        Eh, mon gars, au lieu de passer votre chemin

Distret aman.                                    Faites donc un crochet par ici !

—Symon Syreneus

Pe da tra allas                                    Pour quoi faire, mon Dieu ?  

Dragon

Quemeret hon goas an croas man      Prends cette croix-là

Sicouert heman so poanyet                Donne un coup de main à cet homme qui n'en peut plus.

—Symon

Me                                                      Moi ?

pardonit dif ne douguif quet                Sauf votre respect, je ne veux point le faire.

—Bruyant

Ne reheut                                           Tu ne veux pas ?

Greheut pe me torro houz fry.             Tu vas le faire, ou je te casse le nez.

(La Passion et la Résurrection bretonnes de 1530 suivies de trois poèmes, textes établis, traduits et présentés par Yves Le Berre d'après l'édition d'Eozen Quilliveré, CRBC-UBO Brest 2011.)

  Les Passions en langue française ( celle d'Arras, vers 1420, d'Arnould Gréban vers 1471, de Jean Michel à Angers en 1486, ou de Troyes  donnée de 1482 à 1531) font preuve d'une truculence verbale qui n'a rien à envier au texte breton.

 

  Cette cruauté familière et bouffonne des bourreaux ne fait que ressortir, par contraste, la déréliction ressentie par leur victime, s'il n'était le Christ, et ne fait qu'accentuer dans le coeur du chrétien le sentiment poignant des souffrances subies par le Sauveur pour ses péchés. L'identification à Jésus s'intensifie, et, dans un dédoublement, le spectateur se délasse mais le fidèle voit s'accroître son sentiment religieux.

 

 

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 IV Le reliquaire.

       Son étude est indissociable de celle du retable puisque cette oeuvre de 1519 est  la première mention du culte des dix mille martyrs dans la paroisse. C'est un reliquaire en vermeil qui porte le nom de l'abbé Hervé Gouzien, recteur de Crozon 

 

   "Cette église possédait aussi deux petites châsses ou reliquaires assez précieux. Le premier est en bronze ou cuivre doré, en forme de chapelle entourée de niches et de contreforts gothiques du XVème siècle, contenant les statuettes des douze Apôtres. Il mesure 0 m. 20 de long sur 0 m. 12 de large et 0 m. 40 de haut, et porte cette inscription : Gouzien faic faire ceste reliquaire en loneur de Dieu Monsieur Saint Pierre avecq dix mille martyrs et pour la paroisse de Crauzon. Est-il contemporain du retable, ou le culte des dix mille martyrs dans la paroisse est-il antérieur à cette oeuvre  de sculpture ? (Abgrall, op. cit.) L’un des reliquaires date de 1519 (il a été fait faire par Hervé Gouzien, recteur de Crozon en 1516) et l’autre du XVIIème siècle" (id.).

 

 

 

On trouve sur le site public  http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/memoire_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_5=LBASE&VALUE_5=PM29000188 deux photographies, l'une de Henri Heuzé, plaque de v

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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