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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 11:44

                 Les statues et le retable de l'église d'Élliant.

   Puisque j'ai écrit un article sur le vitrail d' Élliant consacré à Notre-dame de Bon Secours, je vais continuer ma visite et faire le tour des statues. Mais d'abord, je me rends dans le choeur pour admirer le retable.

  Précédée d'un premier édifice du XVème siècle et de la construction du clocher et du porche ouest en 1660, l'église date de 1700-1712.

1. Le retable du maître-autel.

 Le retable domine le maître-autel. Il a été décrit par les chanoines Peyron et Abgrall en 1908 dans le Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie (Bdha). 

statues 5725c

 

  On y voit à droite la statue de Saint Gilles, à gauche celle de Saint Maurille, séparés par  les quatre évangélistes dans des niches.Les couleurs principales sont le bleu et le jaune des boiseries, le bleu des guirlandes, le mauve des colonnes imitant le marbre, et le vieux rose des tentures à frise bleue qui drape l'arrière de chaque niche.

Saint Gilles est le patron de l'église. Il est représenté en évêque, ou plus exactement en Abbé, avec la crosse et la mitre auriphrygiate, ou mitre précieuse,c'est-à-dire de drap d'or rehaussée de broderies d'or et d'une pierre précieuse, et doublée de soie rouge.On ne voit pas les fanons (rubans) de cette mitre. Elle est posée cavalièrement par terre, ce qui ne se fait pas : on offrait (parfois) aux évêques des plateaux à mitre pour la recevoir.

   Il porte la robe et la coule de bénédictin. On peut s'étonner si on sait que, traditionnellement, la coule des bénédictins est noire. Mais au Moyen-Âge, le noir est une couleur difficile à obtenir sur la laine et, en réalité, les Cisterciens et les Dominicains sont vêtus de gris, de brun ou de bleu (Michel Pastoureau). On remarque les manches doublées de vert, ce qui permet d'être mieux protégé du froid, un usage  que les austères cisterciens se sont interdit. L'habit, à la différence de l'habit monastique, est dépourvu de ceinture. Une chemise ou une tunique, boutonnée au col et aux manches, n'évoque pas non plus la simple et ascétique gonne ou étamine des moines. La coiffure associe les cheveux presque rasé des moines et la tonsure romaine. Au lieu de sandales, on voit les chaussures noires vernies qui sont celles des clercs, celles qu'on retrouve souvent sur les statues de Saint-Yves. Enfin, saint Gily ne porte pas de gants.

  Selon la légende, Saint Gilles, un athénien du VIIème siècle nommé  Aegidius, est un ermite qui vint vivre en Languedoc et en Provence , puis, après force miracles, créa un abbaye dans la vallée Flavienne près de Nîmes. L' Abbaye Saint-Gilles devint le troisième pèlerinage de la Chrétienté par la voie Régordane du Puy-en-Velay à Saint-Gilles. Les moines se rattacheront ultérieurement à l'ordre de Cluny. C'est dans sa vie d'ermite s'abritant  dans une grotte qu'il fut nourrit du lait d'une biche miraculeuse, biche qui est devenue son attribut pour la statuaire.

  C'est dire que le costume de Sant Gily (en breton) peut être choisi assez librement par l'artiste qui peut se  permettre, comme ici, d'imaginer un moine-évêque finalement convaincant. 

 

statues 5712c

 

   L' église Saint-Gilles renferme une autre statue du saint : on retrouve la biche,la coule monastique, la tunique (aux manches dorées), le livre sous le bras, la mitre (orfrayée), on devine la crosse d'Abbé ; il est chaussé de sandales.

statues 5734c

 

  Saint Maurille :

statues 5713c

  Saint Maurille (ou Morril ) est vraiment vêtu en évêque : la mitre auriphrygiate, la chasuble rouge au revers gris et brodée de fleurs au fil d'or, la croix pectorale, la mozette violette, le surplis blanc, la soutane violette, l'étole rouge, la croix épiscopale, les gants violets, tout y est !

  Notons bien les gants, en soie violette : c'est, avec la mitre et la crosse, le troisième insigne du pouvoir de l'évêque. C'est au IXème siècle avec les Carolingiens qu'ils sont devenus un attribut épiscopal. Et si on surnomme le fusain d'Europe Euonymus europaeus "bonnet d'évêque", deux fleurs, la digitale pourpre et l'ancolie, reçoivent le nom de "gants d'évêque" en raison de leur forme et de leur couleur.  Un gant épiscopal (ou chirothèque) n'est jamais en peau, mais en soie, "pour rappeler la tunique du Christ". Il porte sur le dos de la main des symboles religieux brodés dans un cercle, puis à partir du XIIIème siécle, la bordure est brodée et ornée d'un galon d'or. Ils lui sont remis lors de son investiture, une fois les mains ointes et bénites,  en même temps que la bague et les sandales (qui font partie des pontificalia, car elles sont portées, comme les chirothèques, lors de la messe pontificale). L'évêque ne porte les gants que durant la messe : un acolyte lui présente sur un plateau réservé à cet usage, ils les enfile après avoir passé la dalmatique, le diacre lui présentant le doit, et le sous-diacre le gauche; Il les ôte après l'offertoire. Ces gants sont donc le signe du pouvoir de l'évêque sur son diocèse, tout comme, dans la société féodale, le gant symbolise la main-mise hiérarchique, ou royale.

  La coupe de cheveux et la barbe de Saint Maurille montrent qu'il ne se soumet pas aux règles de pénitence et de pauvreté des moines : pensez-donc, c'est l'évêque d'Angers (423-453),  dont la Vita Maurilio a été écrite par Saint Maimboeuf, (ou Magnobode), également évêque d'Angers en 610-660. C'est là qu'on découvre que Maurilio est un italien de Milan qui a si bien suivi l'enseignement de Saint Martin de Tours que celui-ci l'établit évêque d'Angers en récompense de nombreux miracles, comme de guérir les mains desséchées d'un homme en traçant le signe de croix dessus, de chasser les faux dieux et de renverser les idoles à grand renfort de signes de croix.

   

   Au pied de la statue, on voit un petit enfant tout-nu et les mains jointes. Cela fait allusion à l'histoire suivante :

   Saint Maurille disait sa messe lorsqu'une mère  vint le prier de donner à son fils qui se mourait le sacrement de confirmation (que seul un évêque peut donner) afin que l'enfant puisse mourir doté de la grâce que ce sacrement confère. Le saint prélat fut long à dire sa messe, et l'enfant trépassa sans recevoir l'onction du Saint-Chrême. Pris de remords, Maurille ferma la porte de l'église à clef et partit en errance vers la Bretagne où il embarqua vers l'Angleterre, sans-doute pour y faire retraite et pénitence. Mais en pleine traversée, voilà qu'il laisse tomber les clefs de la sacristie, riche de précieuses reliques. Cette deuxième bêtise le décida à ne plus jamais retourner à son évêché tant qu'il n'aurait pas les clefs en main, et comme il savait bien que ce ne serait pas pour demain, il s'établit pauvre jardinier chez un anglais.

   Les angevins, marris de n' avoir ni les clefs du sanctuaire,ni leur évêque, partirent à sa recherche, trouvèrent dans le port breton un message écrit par Maurille sur une pierre et indiquant son embarquement, firent voile vers l'Albion qui n'était pas encore la Perfide qu'on connaît, et pêchèrent en route un gros poisson. Miracle, ils trouvèrent dans son ventre les fameuses clefs, mais au lieu de rentrer illico et de laisser leur pasteur à son potager, ils débarquèrent de l'autre coté de la Manche, trouvèrent leur évêque "cueillant une salade pour son maître" (sic), lui mirent les clefs en main, l'obligeant ainsi à respecter la promesse qu'il s'était faite de revenir à Angers, non sans se faire longuement prier, ce qui est normal pour un saint.

   Revenu à Angers, il alla pleurer sur le tombeau du petit garçon, suppliant Jésus-Christ de le ressusciter comme il avait fait pour Lazare. Jésus n'avait rien à refuser à un si saint homme, et c'est un garçonnet tout vivant qui apparut. Maurille le nomma spirituellement René, car il venait d'Outre-tombe. Il devint Saint René d'Angers, patron des sabotiers.

 

Saint Maurille est fêté le 13 septembre. C'est le second patron de l'église. On en lui en confie pas les clefs.

 

Les Évangélistes.

  C'est l'occasion de réviser leurs attributs du Tétramorphe (les "quatre vivants" qui tirent le char d'Ézéchiel, et les quatre emblèmes des Évangélistes) :

Saint Matthieu représenté avec l'homme , parce que son évangile commence par la généalogie du Christ :

statues 5714c

  Saint Jean, avec l'aigle, car son évangile débute par le mystère céleste.

statues 5717c

 

Saint Marc et le lion des déserts, en référence au troisième verset : "Voix qui crie dans le désert, préparez les chemins du Seigneur". C'est classiquement un lion ailé pour le distinguer de celui de Saint Jérome, mais ici, il n'a pas d'aile, mais une tête de bouledogue, frisée comme un mouton et au grand sourire bêta.

   statues 5716c

 

Saint Luc, le médecin, le peintre qui réalisa le premier portrait de la Vierge. Il porte sur son oeuvre  l'inscription grecque Kata Loykan, "selon Luc", et son emblème est le boeuf, en allusion au verset Luc, 1, 5 qui mentionne Zacharie, le père de Jean-Baptiste.

 _ Et alors ?

_ C'est que Zacharie est prêtre au temple de Jérusalem.

_ Quel est le rapport avec le boeuf ?

_ C'est qu'un prêtre du Temple fait des sacrifices animaux, dont, parfois, peut-être, un boeuf.

_ Ah ...

 

statues 5715c

 

 2. Les autres statues .

Saint Pierre :

Malgré son déguisement en tenue ecclésiastique, chasuble, surplis, soutane, tonsure, Saint Pierre est reconnu malgré ses dénégations itératives car il porte une clef.

  Un théoricien de la macrobiotique comme George Oshawa, alias Yukikazu Sakurazawa, aurait tout-de-suite remarqué ses yeux Sanpaku (en japonais : trois blancs), à la pupille déséquilibrée, signe infaillible qu'il ne pratique pas le régime macrobiotique et qu'il risque de gros ennuis, comme Oshawa l'avait justement prédit à John Kennedy. On peut penser que, s'il ne se convertit pas à la consommation de l'épeautre, l'apôtre risque de mourir de mort subite, par exemple crucifié la tête en bas, comme l'avait aussi pressenti le Caravage dans un fameux tableau prémonitoire de Santa Maria del Popolo.

   Que lui chaut ? C'est lui qui a les clefs du paradis !

statues 5709c

 

  Saint Antoine:


statues 5719c

 

On le reconnaît aussi malgré l'absence de son cochon et de sa clochette grâce à sa houlette en forme de Tau, et au  costume de son ordre, tunique et manteau sans ceinture avec un capuchon caractéristique. Le livre qu'il tient est la règle de son ordre monastique.

  Le régime macrobiotique, c'est bien, le seigle c'est bon, le problème c'est son ergot :claviceps purpurea, un champignon parasite du seigle qui est responsable du mal des ardents. Une récolte un peu tardive, un temps humide et frais, et voilà des populations entières qui se mettent à se précipiter aux toilettes, puis à se gratter, à se tordre de convulsions, à dire qu'ils ont le feu dans leurs membres, que leurs os se cassent, et enfin à délirer comme des déments. Ou bien ce sont les gangrènes, qui "se manifestait par des apostèmes et des abcès, attaquant peu à peu tous les membres,et, après les avoir consumés, il les détachait petit à petit, du tronc. [...] La masse du sang était toute corrompue par une chaleur interne qui dévorait les corps entiers, poussait au dehors des tumeurs qui dégénéraient en ulcères incurables et faisait périr des milliers d'hommes". (K.J.Huysmans, Sur le retable d'Issenheim). C'est le feu sacré, Ignis sacer, Ignis gehennae, le Mal des ardents, que nous nommons ergotisme, et contre cette aimable plaisanterie qu'est le feu de Saint-Antoine, un seul remède, (similia similibus curantur) : Saint Antoine. Les tortures abominables  que le démon lui a fait endurer lors de sa fameuse Tentation, qui a tant fasciné Flaubert, le rends apte à intercéder et à décrocher pour vous la guérison.

 Il a délégué pour cela  les Antonins, un corps de près de 10000 "chanoines réguliers" qui prirent comme emblème les propres béquilles des patients : la canne en T, le Tau ou croix potencée.  Vivant de l'exploitation de cochons qu'il avait le privilège de faire vaquer dans les rues pour de nourrir des eaux grasses et des détritus, l'ordre hospitalier soignait les patients par une alimentation revigorante à base de porc, bien-sûr, et de vin, par l'application de baumes dont Lavieb-aile vous livre la recette secrète ( verveine, pavot, gentiane, renoncule), par celle du Saint Vinaigre dont nous ne sommes pas autorisés à dévoilé la composition mais qui faisait merveille comme vasodilatateur, et par des cantiques dont la cantillation rythmée participait à la guérison par des voies connues de Dieu seul. A la fin du XVème siècle, il gère 370 hôpitaux. Il périclita lorsque la cause réelle de la maladie fut découverte et que les techniques de fabrication du pain furent maîtrisées, tenta une reconversion en soignant les affections de la peau, puis fut rattaché en 1776 aux Chevaliers de Malte. Entre temps, Antoine de Padoue avait fait une concurrence sévère à son homonyme anachorète (du grec ana-, "à l'écart"  et khoreo, "je vais" ), et le saint des Objets Trouvés était désormais plus souvent invoqué, à qui on s'adressait avec ce dicton: " Antoine de padoue, grand filou, rendez ce qui n'est pas  à vous !"

 Source :http://www.olivierchaudouet.com/notice-historique.pdf

 

 

 Le Saint Curé d'Ars

statues 5711c

 

  Une fois de plus, nous pouvons étudier le costume ecclésiastique, composé de la soutane, le col romain (ou le collaro), le surplis, la belle étole frangée brodée de fleurs et attachée par une cordelette à fiocchi (noeud bouffant d'étoffe), et le chapelet. Mais ce que nous voyons surtout c'est la belle tête, parfaitement réussie par l'artiste, une vrai tête de saint, à qui on donne le bon dieu sans confession, pleine de ferveur d'humour et d'humanité enflammée mais bonhomme, celle de Jean-Marie Vianney (1786-1869), qui passa sa vie de prêtre dans son confessional, n'en sortant que pour dire sa messe ou obtenir des subsides pour ses oeuvres. Et sous sa soutane, sachez qu'il porte par mortification le cilice, sous-vêtement de crin ou de toile grossière comme si la privation de nourriture et de sommeil ne suffisait pas.

 

  Saint Herbot.

statues 5720cc

 

   Ne cherchez pas Saint Herbot dans le calendrier liturgique, c'est un saint breton vénéré par les paysans de Léon, Cornouaille et Trégor, parce qu'il protége leurs chevaux et leurs bêtes à corne, dont il maîtrise parfaitement la langue. Sa fête a lieu le 17 juin.

 

Saint Adrien.

statues 5718c

 

 

  Saint Adrien de Nicomédie était un officier qui subit, comme saint Sébastien avant lui, le martyr pour s'être converti à la religion qu'il devait combattre. Et, comme Saint-Sébastien, il fait partie des saints invoqués contre la peste. C'est le patron des soldats. Il est fêté le 8 septembre.

   Cette statue provient de la chapelle Saint Adrien (ou St Dridan) détruite et déjà en mauvais état en 1782 (Abgrall et Peyron). Sa fontaine était vénérée, pour les maux d'yeux.

J'ignore ce qu'il porte dans la main gauche. Je suis intrigué par sa coiffure.

 Sainte Catherine d'Alexandrie

statues 5736c

 

   Sainte Catherine est aussi vénérée à Élliant en sa chapelle (du XVIème siècle), ancienne chapelle seigneuriale de Kéredec.

  Ses attributs sont la roue, avec laquelle l'empereur Maximien voulut la supplicier alors que les barreaux rompus vinrent frapper et aveugler les bourreaux ; l'épée, par laquelle elle fut décapitée; et le livre, témoin de ses vastes lectures spirituelles et philosophiques, qui lui permirent d'être confrontée à 50 sages, et de les convertir. Enfin la tête couronnée qu'elle piètine est sans-doute celle de son persécuteur Maximien. La statue de Sainte Catherine à Carhaix-Plouguer (Chapelle Sainte-Anne) montre un personnage couronné semblable.

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