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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 14:49

                 

                  N'ajoutez plus Rien!

 

                                                                              I would prefer not to. Herman Melville, Bartleby the Scrivener.

 

  Me promenant dans les couloirs de la faculté Victor Ségalen à Brest, je remarque sur la porte d'un enseignant (ces pin-up sont à la mode) un dessin humoristique où le Dalaï-Lama reçoit un volumineux paquet-cadeau de la part de ses moines et amis : il ouvre et s'écrit : RIEN! Justement le cadeau dont je rêvais !

 


 Rien devient aussi précieux, aussi rare et estimable que, sur notre planète, un coin de ciel nocturne qui ne soit pas éclairé.

 


 Rien est un bien trop recherché pour que je puisse y prétendre, et moi, qui ne délacerais pas la sandale du Dalaï, alla-t-il nu-pied, je ne peux que rêver d'un espace libre. Nos arrière-grands-pères se sont battus pour obtenir des vacances, du temps libre, mais ce fut précisément lorsqu'ils l'eurent obtenu que débuta l'Ére du Grand Remplissage et de l'accumulation des Choses que, par dérision, nous continuons à nommer des "biens".

 


  Nos armoires, dressing, tiroirs, placards de cuisines, bibliothèques et  disques durs dégorgent leurs trop-pleins dans des poubelles et des déchetteries. N'en jetez plus ! Oui, mais, d'abord, n'en ajoutez plus. 

 


  Saturation, encombrement, embouteillage, tout va de pair. [sauf les chaussettes, dont une statistique révèle que le nombre de divorce augmente de 12% par an et concerne 44,7% des couples ; or, l'ostracisme frappe encore les éléments que l'on qualifie de "dépareillés" et que l'on entasse -encore- dans un tiroir au lieu de les qualifier de "famille recomposée" et de les porter sans complexe].


  Des objets de dernière nécessité prennent toute la place qui devrait être réservée aux seuls objets indispensables, car superflus, les œuvres d'art.

 

 

 Les esthètes recherchent pour leurs lectures les éditions à Grande Marge, où le blanc de tête et le blanc de fond occupent à eux deux la même place que le corps de texte, et où le petit fond et le grand fond dépassent en largeur la justification. Ah, atteindre le Grand fond, large, immaculé, gagner les espaces marginaux et s'astreindre à n'y laisser aucune annotation ! 

  Vivre ainsi dans la Marge est un luxe que seule une manchette peut s'offrir. Et se résoudre à descendre en blanc de pied pour vivre en footnote numéroté la solitaire attente de quelque improbable  lecteur nécessite la détermination d'un Bartleby.

Le marginal outrancier pousserait le bouchon en rêvant d'un livre dont les marges seraient tellement larges, tellement hautes que... Non, de la mesure en Tout, même en matière de Rien.

 

N'être Rien, cet absolu est inaccessible ou prétentieux, et pour cette année de l'impair, je ne peux viser que le moins-que-rien, le rien-du-tout, le petit-rien ; un creux paisible de silence et de repos dans l'herbe tendre où viennent s'allonger pour des noces voluptueuses et coquines le rêve avec l'humour. 


Non, l'herbe même tendre est encore de trop. Ôtez, ôtez, il en restera toujours trop.


Seule la pierre, dans son ascèse, peut me combler.


Proue tendue vers le Rien, voguons, sans atteindre l'escale.

 




                           posto 0385c

 

 

 



    posto 0375c

 

 

 


 

    posto 0384c

 

 

           Que peut faire le temps  pour se passer soi-même ? Il suce

de durs fragments de sucre que zèbre la réglisse,

et croque des niniches dans des falaises de schistes.

                                  Puis laisse à marée basse

les bonbons tout collants qui agacent ses dents,

pour boire dans les mares l' eau de Seltz mentholée

qui suinte des rochers.

 

 

 

 

  Si j'avais le temps, moi

j'en ferais autant.

 

 

 

 

 

 

        posto 0376c

 

 


 

                       posto 0381c

 

 

 

 

 

      posto 0382c

 

 

 

 

 

        posto 0373c

 

 

 

 

         posto 0383c

 

Images prises sur le sillon de Camaret (n°1) et sur la plage de Postolonnec à Crozon.

 

  La question du Rien, comme celle du Tout, est préoccupante. Pourquoi vouloir tout ? 

  Et le rien, après tout, pourquoi pas ? 

  Les réponses tombent parfois du Ciel, mais la question, cette fois, arriva de Mer ; solidement amarrée au quai de mes préoccupations, elle brandissait son poing d'interrogation comme celui du capitaine Crochet :

                     

 

                  pourquoi-pas 0479c

 

                         pourquoi-pas 0463c 

 

 

  Il fallait mettre un terme à ces divagations déboussolées et jeter l'encre en terre ferme, cesser d'épisser et de des-épisser cette oiseuse question.

                         pourquoi-pas 0465c

 

pourquoi-pas 0477c

 

  Sinon, on tourne en rond. 

 Si  un cordier cordant veut accorder sa corde, pour sa corde à corder  trois cordons il accorde. Mais si l'un des cordons de la corde  décorde, Le cordon décordé fait décorder la corde. Si  un cordier cordant veut accorder sa corde, pour sa corde à corder  trois cordons il accorde. Mais si l'un des cordons de la corde  décorde, Le cordon décordé fait décorder la corde. Si  un cordier cordant veut accorder sa corde, pour sa corde à corder  trois cordons il accorde. Mais si l'un des cordons de la corde  décorde, Le cordon décordé fait décorder la corde.

 

 

                                                                         Nada fica de nada. Nada somos. (Pessoa)

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Published by jean-yves cordier
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  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué. "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha

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