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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 07:22

              Les Vierges couchées

     de la cathédrale de Chartres.

  Cet article s'inscrit dans la succession de ceux que j'ai écrits précédemment sur les Vierges en gésine dans le patrimoine religieux de Bretagne et dans les livres d'Heures. Plus généralement, il s'inscrit dans une étude sur les éléments de la maternité de la Vierge avec la succession d'articles de ce blog sur les Vierges allaitantes de Cornouailles. Voir par exemple  Vierges couchées de Bretagne : Le Yaudet, Guiaudet et Kergrist. et les 5 articles suivants, et  Virgo lactans ou miss Néné ? Les candidates du Finistère. Les Vierges allaitantes. et les articles à suivre.

 

Source : http://www.cathedrale-chartres.fr/portails.php.

Photos Lavieb-aile.

 

   S'il est un sanctuaire qui, dés son origine, fut placé sous le signe de la Vierge parturiente, c'est bien la cathédrale de Chartres. En effet, si la première cathédrale date de la fin du IVe siècle, la tradition, recueillie par les soins de l'évêque Jean Lefevre en 1389 dans la Vieille Chronique (Tractatum de aliquibus nobilitatem et antiquam fundationem carnotensis ecclessiae tangentibus)  précise qu'elle avait été précédée par un temple fondé avant même la naissance de la Vierge et dédié par les habitants à Virgo pariturae, "la Vierge qui enfantera", car ils croyaient à la venue du Christ issu d'une Vierge ; l'église en question était desservie par les pontifes des idoles.  La Légende précise encore que la Vierge ainsi vénérée était encore à venir, qu'elle n'était pas enore née et que sa statue n'honorait que son avènement prochain. Un prince du pays de Chartres, Priscus, approuvant ce culte aurait fait faire une statue d'une Vierge portant un enfant en son giron, et cette statue aurait été vénérée dans un lieu secret à coté des idoles, à l'endroit précis où se trouve l'actuelle crypte. La légende dit aussi qu'après l'Ascension du Seigneur, la Vierge étant toujours vivante, saint Pierre envoya pour évangéliser les Gaules saint Savinien et saint Potentien, qui résidèrent à Sens. Ceux-ci déléguèrent saint Edoald et saint Altin, qui se rendirent à Orléans, puis à Chartres où ils firent de nombreuses conversions, trouvèrent l'église déjà fondée en l'honneur de la Mère du Sauveur, la sanctifièrent et nommèrent, en 33 ap. J.C, un premier évêque, nommé Aventin. Il stipula que la Vierge Marie soit nommée Dame de Chartres, domina carnotensis, et celle-ci opéra des miracles.

  Cette fondation de Chartres du vivant même de la Vierge avait été affirmée en 1330 par le comte de Dreux, en 1356 par un acte de Jean le Bon, et en 1367 par Charles V, ou en 1388 par Pierre de Craon.

 

  On voit que la préexistence d'un ancien temple gaulois et païen ou d'une ancienne statue de déesse-mère gallo-romaine, loin d'être nièe, est reconnue par l'Église comme la préfiguration prophétique de l'Histoire Sainte. Pourtant aucune certitude n'est établie sur ces anciens éléments de culte.

    Si c'est la potentialité d'enfantement qui est alors l'objet du culte, ce fut par la suite aussi l'enfantement lui-même, puis l'allaitement qui fut vénéré, à Chartres comme ailleurs comme le montre l' hymne O Gloriosa domina attribué à Venance Fortunat, et chanté à Matines et à Laudes: 

O gloriosa domina, Excelsa super sidera, Qui te creavit provide, lactas sacrato ubere ! Quod Eva tristis abstulit Tu reddis almo germine.

  En réalité, la cathédrale de Chartres est, dans son programme iconographique comme dans l'esprit de Fulbert, vouée au mystère de l'Incarnation et place la Vierge à l'Enfant au centre de cette méditation.

 

  Nous ne sommes pas étonné de trouver sur les portails de la cathédrale deux représentations de la Vierge parturiente, ou Vierge en couche, ou Vierge en gésine sur son lit d'accouchée. 

  "Elle est née de parents choisis d'En-Haut, elle a splendidement brillé par ses vertus privilégiées. Elle a donné le jour au Sauveur qui l'a glorifiée au ciel, et elle n'a jamais cessé d'exercer son parrainage en notre faveur, hommes de cette terre". Fulbert de Chartres, Sermo IV, in Nativitate B.V.M. PL 141 320p.


1. Le portail occidental ou Portail Royal.

Le Portail Royal est divisé en trois baies : c'est la baie de droite qui renferme la scène qui nous intéresse.

 C'est le portail le plus ancien puisqu'il n'a pas été détruit par l'incendie de 1194, et il date de 1142-1150. La Baie droite est consacrée à l'Incarnation.

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Dans cette baie de droite, nous examinons le tympan, où trône sous la main de Dieu Marie Theotokos, Vierge couronnée portant le Fils. Dans ce tympan, où deux linteaux sont superposés, c'est le linteau 1 qui nous concerne. Il est composé successivement des scènes de l'Annonciation, de la Visitation, de la Nativité au centre, et de l'Annonce aux bergers. 

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 Nous ne nous concentrons que sur la scène de la Nativité, et éventuellement aux bergers.

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 La scène de la Nativité est décrite ainsi par le site dédié à la cathédrale (source citée): http://www.cathedrale-chartres.fr/portails/portail_royal/baie_droite/linteau1_02.php

"Marie repose sur un lit à la manière des Vierges parturientes d'origine orientale. Elle pose une main sur son ventre pour indiquer qu'il s'agit bien d'une naissance humaine. Elle porte l'autre main à son oreille pour dire qu'elle a entendu la parole. C'est parce qu'elle a su entendre et a eu la foi qu'elle a pu enfanter. "Elle a entendu et elle a cru" (Saint-Augustin)". Ses yeux sont tournés vers la petite corbeille placée au dessus du lit où repose l'Enfant emmailloté comme au Moyen-Âge. Sa tête a malheureusement disparu. Joseph est présent à la tête du lit où sa main repose en signe de protection. Il veille sur la famille , c'est sa mission paternelle. On ne voit plus que des traces de la tête de l'âne et du bœuf qui étaient à l'origine placés au dessus de l'Enfant."


2. Le portail Nord.

De même que le Portail Royal, le portail Nord est divisé en trois baies : c'est cette fois-ci la baie de gauche que nous allons admirer. Nous sommes au cœur de notre sujet puisque cette baie est aussi celle de l'Incarnation, consacrée à la concrétisation de la Promesse faite par Dieu à son peuple d'un Sauveur : ici est illustré l'affirmation du symbole de Nicée : "Engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; par l'Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s'est fait homme".


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Dans cette baie, nous observons le tympan, et dans ce tympan, le linteau.

Au passage, nous constatons que ce tympan est consacré à l'Adoration des Mages, où Marie, assise sur un trône, tenant son Fils, est honorée dans l'épanouissement glorieux de sa maternité.

 

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 Le linteau est divisé en deux parties : celle de droite est consacrée à l'Annonce faite aux bergers, et nous constatons vite le parallélisme avec le portail sud. Mais ici, six anges tiennent une banderole de part et d'autre d'un pilier central, symbole christique qui fleurit en feuilles de la vigne eucharistique. Nous voyons aussi que Joseph est placé dans la scène de droite, à l'écart, appuyé sur un bâton ou une canne. Il est assis au pied du lit, qu'il regarde. Il ne participe en rien à la Nativité dont il n'est que le témoin privilégié.

  La Vierge en gésine, allongée sur son lit d'accouchée, vêtue d'une tunique, la tête recouverte d'un voile qui cache la quasi-totalité de sa chevelure, se redresse grâce à l'appui de coussins et de la forme du lit ; elle désigne de la main gauche l'Enfant. Celui-ci a trouvé place dans la mangeoire de l'âne et du bœuf, qui posent leur museau sur le corps emmailloté du Nouveau-né.

  Un accessoire évasé est suspendu à droite. C'est paraît-il une lampe, métaphore de la lumière que Jésus apporte au monde.

  Le visage de la Mère de Dieu n'a pas cette grâce souriante et radieuse de certaines représentations, et la partie basse, large pour ne pas dire lourde, évoque celui des Matrones romaines.

http://www.cathedrale-chartres.fr/portails/portail_nord/baie_gauche/linteau.php

 

Le vitrail de la Nativité des baies du Portail Royal (XIIe siècle).

 

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La baie 114, lancette droite : Nativité.

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Published by jean-yves cordier
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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