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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 20:34

                                           Ne pas oubier que ceci est un travail d'amateur: non pas baclé par dessus la jambe, mais éffectué au pied levé, la jambe lègére et l'oeil polisson.

                                 Pierre Dumayet : "Je suis amateur de peinture et de bons vins : je sais distinguer un Chagall d'un Saint-Émilion".

 

 

 

                         L'église Saint-Thurien de Plogonnec :         

                    Les statues et les bannières.

 

 Puisque le vitrail de la Baie 7 va nous amener à découvrir 7 saints, je propose de faire auparavant le tour de l'église pour y découvrir à quels saints la paroisse a consacré ses statues et bannières :

  I. Les statues de l'église Saint-Thurien.

  Si Saint Thurien est le patron de l'église, c'est par contre Saint Conec, ou Connec, parfois assimilé à saint Thégonnec, qui donne son nom à la paroisse (plou) de Plo-gonnec. En outre, les chapelles de l'église ont été vouées, au fil du temps depuis sa fondation au début du XVIème siècle à Saint-Michel, Saint Herbot, Saint Claude, Sainte Barbe et Saint Maudez (XVIIème), puis au XIX-XXème siècle à Saint Maudez, saint Sébastien, Sainte Anne, Sainte Marguerite, Saint Joseph et à N.D du Rosaire. 

 

1) De part et d'autre du choeur : Saint Thurien et Saint Étienne :

Il s'agirait selon les diverses sources de statues en pierre polychrome du XVIIIème siècle, datation sans-doute attribuée d'après leur socle, bien que, sur le plan de l'église au XVIIème siècle donné par Roger Barriè dans son article Mobilier de Bretagne, les statues de saint Thurien et de Saint Étienne (sous le nom de Saint Stephan) sont indiquées à cet emplacement du XVII au XXème siècle.

Saint Thurien ou Saint Thuriau ou Thurial, Sant Turio.

Fiche site Grand Terrier :http://arkaevraz.net/wiki/index.php?title=Sant_Turio

Ancien archevêque de Dol au VIIIème siècle, invoqué pour combattre les fièvres, il est représenté en évêque avec mitre précieuse ou orfrayée, crosse et gants épiscopaux, bague sur le majeur des deux mains (et non, comme l'anneau épiscopal, qui est portée à l'annulaire après avoir été placé depuis le IVème siècle à l'index droit, et qui sert pour les bénédictions alors qu'il est ôté pendant la messe) et porté par dessus les gants comme cela se doit, soutane lie-de-vin, aube blanche, croix formée de cinq cabochons rouges dont le gemme central est quadrilobé, dalmatique frangée, chape de cérémonie rouge au revers vert et à la large bordure dorée.

   Les gants se terminent, vers la manche, par un ourlet d'or qui s'achève par un gland bilobé.

   La crosse  est tenue par la hampe, laquelle est surmontée par un noeud octogonal limité par deux viroles lisses, l'une ronde et l'autre polygonale : le crosseron enroule sa volute 

 

 statues 4444c

 

  Si cette inscription indique la date de la statue et le nom du commanditaire, le statue est bien du XVIIIème. Kernaleguen est un patronyme de Plogonnec. Corentin Kernaguelen, né le 6 janvier 1739 à Keranou en Plonevez-Porzay, ordonné prêtre à Pâques 1767, devint recteur/vicaire à Berrien de 1787 à 1803 :pendant la Révolution il fut détenu au château de Brest du 11 décembre 1791 au 11 août 1792, puis déporté en Espagne à Mondonedo. Il est nommé recteur de Plogonnec le premier janvier 1804, succédant à Nicolas Louboutin, et remplissant cette charge jusqu'en 1805. (Source :archives du  de diocèse de Quimper, Bdha 1903, Berrien, et 1940, Plogonnec)

statues 4445c

 

Saint Étienne.

  Ou Saint Stephan, Sant Stephan en breton. Fêté le 26 décembre.

Hagiographie sur Grand Terrier :http://arkaevraz.net/wiki/index.php?title=Sant_Stefan

 C'est le premier diacre consacré par les apôtres : il est représenté en tenue ecclésiastique avec une aube blanche ourlée d'or et une tunique dorée à larges manches. Je n'identifie pas ce qu'il porte de la main droite.

statues 4442c

  La plaque ne porte pas de date mais semble contemporaine de celle de la statue de Saint-Thurien. On note l'orthographe Saint Etiene. Décidément, entre le N omis remplacé par le tilde, le N rétrograde et le N oublié, la quatorzième lettre de l'alphabet est la mal-aimée des épigraphistes.

   Le fabricien, Louis Cosmao, est né le 6 février 1750 à Locronan, a épousé le 19 juillet 1774 à Plogonnec  Perrine Bernard (2-07-1758 Plogonnec/8-05-1797 Plogonnec) , a donné naissance à Perrine Cosmao le 21 septembre 1782 et est décédé à Plogonnec à 56 ans le 2 février 1807.

 

statues 4443c

 

Saint Maudez , Sant Maodez

  Hagiographie : http://arkaevraz.net/wiki/index.php?title=Sant_Maodez

  Ce saint venu d'Irlande au VIème siècle pour évangéliser la Bretagne se retira sur l'île qui porte son nom dans l'archipel de Bréhat, l'île Modez où il vécu en ermite. Rien ne justifierait sa tenue d'évêque, si ce n'est qu'on lui attribue la fondation d'un prieuré dont il serait l'Abbé.

Statue de granit du XVIème siècle qui me semble assez proche de celle de saint Thurien. Même mitre (mais les fanons sont ici larges et bien visibles), mêmes gants (mais la bague laisse la place à un bijou en or sur le dos du gant, là où les chirothèques portent une plaque circulaire crucifère), même croix pectorale, même succession de l'aube, de la soutane, de la dalmatique largement brodée et de la chape rouge, et jusqu'à l'ornementation de l'orfroi qui borde la chape qui associe pareillement deux points, et un ovale.

  Les gants, comme cela est devenu courant à la fin du Moyen-Âge, s'évasent en un brassard qui pend sous le poids d'un gland ou d'une cloche d'or (à moins qu'il s'agisse d'un noeud de passementerie avec sa houppe).

La crosse ressemble aussi à celle de Saint Thurien, mais le crosseron est ici  hérissé de crochets figurant des bourgeons, et il ferme sa volute autour d'une feuille découpée : feuillage et bourgeons symbolisent la vigueur et la fécondité de l'action épiscopale ou, ici, de celle de l'abbé.

  Enfin la soutane donne à apercevoir les"sandales pontificales", que j'imaginais comme les sandales des moines mais qui sont des chaussures fermées à talon plat, parfois enrichies de galons, de bandes gemmées ou de broderies, ce qui n'est pas le cas ici.

statues 4418c

 

 Saint Herbot???

 

statues 4428cc

 

Saint Claudius : Saint Claude le thaumaturge

Évêque de Besançon et Abbé de Saint-Oyand au VIIème siècle sous Clovis, fêté le 6 juin.

  Statue de pierre polychrome du XVIème siècle. 

Nouvel exemple de tenue épiscopale avec mitre à longs fanons, gants évasés à l'emmanchure, et (je me lance) autour du cou l'amict, "bande d'étoffe servant de col pour protéger la chasuble", et puis la soutane rougeâtre, un surplis, la dalmatique verte et, si l'étoffe en forme de croix est indépendante de la chasuble, je pourrais la nommer comme étant le pallium,que portent les archevêques et le pape.

statues 4422c

 

???

Statue en bois, XIXème ? permettant de compléter l'étude des costumes avec un bel exemple de chasuble noire et blanche et de manipule, linge long et étroit frangé et orné d'un galon et d'une croix porté au poignet gauche lors de la célébration eucharistique.

 

statues 5529c

 

 

                    statues 3597c

                                     Sablière, Plogonnec

 

II. Les bannières de l'église Saint-Thurien.

 Le Nouveau Répertoire des églises et chapelles du Diocèse de Quimper et de Léon de René Couffon (édition 1988) n'en mentionne aucune, et la thèse de C. Hermelin Guillou non plus, ce qui ne va pas m'aider. (Plus précisément, R.Couffon signale une bannière de SaintAubin du XVIIème dans la chapelle éponyme, et C. Guillou signale les comptes de fabrique de la paroisse avec 296 livres versés en 1625 à Julien Julle ou Jule de Quimper pour une bannière de velours vert et rouge, puis de petites dépenses d'entretien) Voyez cela comme une ébauche, un canevas, et aidez-moi de vos commentaires.

  Une bannière bretonne se caractèrise par son matériau de prédilection, le velours, par la partie supérieure qui forme gousset pour une traverse dotée à chaque extrémité de pommes métalliques ou de bois doré ou passementé et d'où s'attachent les cordelières qui servent de haubans, par la partie inférieure ou lambrequin découpée en trois à sept festons bordés d'une frange de cannetille, ou plus rarement de tresses, par l'opposition enfin entre un panneau central ou un personnage en soie ou lin brodé, parfois en toile peinte, et une bordure où les motifs floraux ont libre cours. Et si on s'amuse à prendre l'une de ces parties, par exemple les festons, sur chacune des sept bannières présentées ici, on constatera qu'aucune ne ressemble à l'autre. Dans les creux des festons sont parfois dissimulés des grelots ou clochettes cachés par la passementerie.

Elles mesurent entre 120 et 140 cm de large et 170 et 190 cm de hauteur. La couleur du velours est soit le vert (ici, ste Anne), soit le rouge (4 sur 7) ou le brun, et pour Marie, le bleu. Elles ont deux faces, et sont donc l'accolement de deux éléments dont les représentations sont différentes, même si, dans les églises, une seule face est examinable.

  Il est difficile de savoir qui les a réalisées : maître-brodeur, couvent de Carmélites ou d'Ursulines ? Pour le Léon et la Cornouailles, René Couffon cite quelques noms seulement de maître-brodeurs: Floc'h à Quimper, Landais à Lannion, Le Gall et Tuberville à Morlaix. Depuis 1953, la maison Le Minor de Pont-L'Abbé en a réalisé 35 pour les paroisses bretonnes, notamment Locronan. Je les trouvent superbes. Treize sont de Pierre Toulhoat, d'autres de Patrice Cudennec.

  Lorsqu'elles n'étaient pas utilisées, elles étaient conservées dans des armoires à bannières en forme de T caractèristique (avec l'élément droit central pour les hampes), dont on observe parfois des exemplaires anciens.


  Saint Thurien :

  C'est la bannière de la paroisse, ou Banniel bras. Elle est de facture récente, (Le Minor ?) avec les broderies de fils orange-fort, vert, jaune et bleu qui dessinent des lignes ondulées, des planètes et des soleils ou des palmettes, mais la pièce principale, au centre, paraît plus ancienne. Saint Thurien est en évêque comme sur la statue avec chasuble et pallium frangé.

 

bannieres 5475


 Saint Thégonnec :

  Sant Thegonnec pedit evidomp, "Saint Thégonnec priez pour nous" : Saint Connec est donc ici évoqué pour tenir compte du nom de la commune, ou c'est Saint Thégonnec lui-même en raison de la présence de la chapelle Saint-Thégonnec à Plogonnec.

 Ce saint serait né à Kerfeunteun en Plonevez-Porzay, commune voisine, et aurait établi son ermitage à Plogonnec après avoir promis aux gens de Kerfeunteun qu'ils seraient persécutés par les chiens érrants pour les punir de leur méchanceté. Plus tard, il partit dans le Léon vers la paroisse qui porte actuellement son nom, apprivoisant un loup qu'il attela à sa carriole. On voit à ses pieds un animal qui ressemble d'avantage à un chien (l'eau de sa fontaine guérit de leurs morsures) qu'un loup.

 

bannieres 4430c

 

Saint Étienne :

Sant Stephan pedit evidomp, "Saint Étienne priez pour nous", bannière au beau travail de broderie avec les anges de fil rose, les armes du duché de Bretagne entre deux deux lévriers, un arc de triomphe avec deux niches où veillent deux apôtres (sans-doute) encadrant le diacre portant la palme du martyr,et deux colonnes ornées à leur base de séraphins. Les rinceaux alliant la pampre et les épis de blé, l'alternance d'étoiles et d'épis sur les sept festons, le christogramme IHS sont encore autant d'éléments à admirer, comme la banderole "paroisse de Plogonnec" et surtout les deux blasons qui nous permettent une datation.

  Le blason de droite est celui de Monseigneur Dubillard, évêque de Quimper du 14 décembre 1899 à sa nomination comme archevêque de Chambery en 1907. Il porte "d'azur à trois épis d'or, tigés et à la feuille ployée d'argent" et sa devise est Deus adjuvat me. (il me semble lire une autre devise).

  Le blason de gauche est celui du pape Léon XIII, "d'azurro, al cipresso piantato su una pianura, il tutto di verde, alla fascia d'argento attraversante, accompagnata nel cantone destro del capo da una stella cometa d'oro disposta in banda e in punta da due gigli del medecimo". "d'azur au cyprés de sinople planté sur une plaine de même accompagné au franc quartier d'une comête et en pointe de deux fleurs de lys, à la fasce d'argent", dont la devise est Lumen in coelo. Il fut pape de 1878 à 1903.

  Cette bannière date donc de la période 1899-1903.


 

bannieres 4431c

 

Jeanne d'Arc :

  La bannière est frappée de la croix à deux traverses égales qui est la croix de Lorraine ou croix des ducs d'Anjou puis de Lorraine. Elle porte aussi les prétendues armoiries de Jeanne d'Arc, qui était roturière, s'est toujours défendue, notamment lors de son proces, d'en porter. Voir :http://www.blason-armoiries.org/heraldique/j/jeanne-d-arc.htm

  

bannieres 4429c

 Sainte Thérèse : 

La bannière porte le blason épiscopal de Mgr Duparc, évêque de Quimper de 1908 à 1946 : on le décrit comme "parti : -1) d'azur à l'agneau d'argent -2) d'or au lion de sable, tenant une crosse  -Sit) un chef d'hermines". Sa devise en breton est Meulet ra vezo jezuz krist "que soit loué Jésus-Christ".

  Le blason papal est celui de Pie XI, pape de 1922 à 1939. Il est "troncato : nel primo d'oro, all'aquila col volo abbassato di nero, membrata e imbeccata del campo ; nel secondo d'argento, a tre palle di rosso disposte due e una", soit "coupé en 1 d'or à l'aigle de sable et en 2 d'argent à trois besants de gueules". Sa devise raptim transit est tirée de Job 6,13 et peut signifier "il passe rapidement" (dans Job, la phrase frates mei praeteriunt me sicut torrens qui raptim transit in convalibus signifie "mes frères ont passé devant moi comme le torrent qui traverse rapidement les vallées." )


La bannière est donc datable de 1922 à 1939. 

bannieres 4432c

 

bannieres 4432cc

 

Santez Anna sainte Anne :


 

bannieres 4453c

 

La bannière de la Vierge.

Elle représente la Vierge de l'Apocalypse (sur le croissant de lune) avec la couronne de sept étoiles, adaptation de la citation d'Apocalypse 12,1 "Un signe grandiose apparut au ciel : une femme ! le soleil l'enveloppe, le lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête. Cela tient sans-doute compte de l'apparition de la Vierge de Guadaloupe au Méxique, mais cet emblème marial couronné de sept étoiles sur fond d'azur est bien plus ancien et le chiffre sept renvoit aux sept sacrements de l'église ou à Notre-Dame des sept douleurs.


bannieres 4433c

 

 

   Conclusion : 

On pourrait étudier comment une paroisse adapte son architecture et son ornementation en fonction de l'évolution des données théologiques ou des mouvements de la foi populaire, et très shématiquement à Plogonnec les saints guérisseurs ou protecteur de la peste, des fièvres, des zooties, de l'orage ou autres malheurs ( Sébastien, Thurien, Hernot, Barbe, Catherine, saints martyrs, archange Saint-Michel) laissent la place après le Concile de Trente au culte marial, à Notre-dame du Rosaire, à Sainte Anne puis au XIXème au culte de Saint-Joseph, du Sacrè-Coeur, de Notre-dame de Lourdes, puis à celui de Saint Thérèse de Lisieux et Jeanne d'Arc.  Le travail publié par Roger Barrié Mobilier cultuel et décor intérieur en Basse-Bretagne 1983 permet de suivre cette évolution, et l'examen des statues et des bannières y contribue modestement.

 

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Published by jean-yves cordier
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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