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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 19:33

Histoire des noms (zoonymie) des papillons de nuit du Finistére III : Géomètres.

 

Rappel : il s'agit des papillons de nuit observés à Crozon et à Plouzané entre juillet et septembre (octobre) 2011 , sur les murs éclairés par les lampes extérieures. Les identifications ont été supervisées par Maël Garrin.

 

• Geometridae

   - Ennominae

                      Selenia dentaria

                      Abraxas grossularia

                      Lomaspilis marginata

                      Ematurga atomaria

                      Crocallis elinguaria

                      Colotois pennaria

                      Biston betularia

                      Macaria notata (ou : alternata)

                      Menophra abruptaria

                      Peribatodes rhomboidaria

                      Campaea margaritata 

                      Opisthograptis luteolata

                     

  - Larentiinae :

                       Rheumaptera undulata

                       Euphyia biangulata

                       Epirrhoe galiata  (errata)

                       Cosmorhoe ocellata

                       Xanthorhoe fluctuata

                       Xanthorhoe ferrugata

                       Hydriomena furcata

                       Chloroclysta siderata/ sp

                       Chloroclystis v-ata

                       Thera cupressata

                       Epirrita sp.

    - Sterrhinae :

                        Idaea aversata

                        Idaea rusticata

                        Scopula imitaria

                        Scopula marginepunctata

                        Rhodometra sacraria

 

 GEOMETRIDAE

 

 

Ennominae



 L' Ennomos illunaire Selenia dentaria  (Fabricius, 1775)  The Early Thorn.

Envergure :38-40mm

Vole en deux générations, d'avril à mai puis d'août à septembre.

Zoonymie :

•  Selenia Hübner, 1823 : de selene, la lune, pour les motifs blancs en croissant de lune des ailes. 

dentaria : pour le bord des ailes marqué d'indentation... ce que je ne comprends pas puisque le caractère distinctif de S. dentaria est l'absence (ou la modestie) de ces crénelures, bien plus prononcées sur l'aile postérieure de S. lunularia.

• Notre nom vernaculaire reprend celui du genre Ennomos Treitschke, 1825, qui vient du grec signifiant "dans la loi", "légal" : les papillons de ce genre respectent-ils à la lettre la régle établie par la classification de Treischke ?

  Le terme d'"illunaire " est également singulier. Une Noctuelle se nomme également Clytie illunaris, il ne s'agit pas d'un lapsus calami. Je trouve dans le dictionnaire latin en ligne  illūnĭus, a, um : qui n'est pas éclairé par la lune.

Cette signification paraît étrange pour un papillon de nuit, et je m'égare à suggerer de tenir compte de l'exemple des deux mots illuminatus, a, um : éclairé /  illuminus (de inluminus avec in privatif) : privé de lumière : l'illunaire serait un papillon "illuminé par la lune", avec un in-lunis où le -in ne serait pas privatif, mais inclusif.

Le volume 5 de l'histoire des papillons de Godart et Duponchel me détourne de cette idée fumeuse : concernant la noctuelle illunaire, ils signalent que Hübner a choisi ce terme parce qu'il n'a observé que des spécimens aux lunules éffacées. L' adjectif illunaire, avec un i privatif, s'applique aux croissants des ailes, ce qui devient parfaitement logique puisque S. dentaria est dépourvu d'une lunule de l'aile antérieure dont dispose S. Lunularia . Le nom illunaire s'explique en opposition avec celui de l'Ennomos lunaire, S. Lunularia.....Ouf.

 

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La Zérène du groseiller Abraxas grossulariata  (Linnaeus, 1758) The Magpie.

Envergure : 35-40mm

Vole en juillet-août.

Zoonymie:

 • Abraxas, Leach, 1815 :

  Abraxas est un démon, parfois représenté avec la tête d'un coq, le torse d'un homme et les pieds d'un dragon;

Formule magique et sacrée, Abraxas est, dans la Gnose grecque, le nom du dieu de l'année. Son origine est issue des sept premières lettres du nom de Dieu en hébreu, et fait référence aux sept planètes, aux sept archanges, aux sept péchés, aux sept jours, etc. Décomposées selon le système grec de numérotation, puis additionnées, les sept lettres du terme donne le nombre du cycle annuel, soit 365.
Il est donc le symbole de la totalité de la Création, du cosmos et de la Connaissance (gnosis).
Selon saint Jérôme, Abraxas correspondrait au nombre mystique et caché de Mithra, dont la somme des lettres, en grec (MEIOPAE), donne aussi 365.

Les Abraxas se présentent sous la forme d'intailles (pierres fines gravées en creux) ou de gemmes soit montées en bague, portée par les chrétiens gnostiques, puis par les maîtres du Temple qui l'utilisaient souvent comme contre-sceau, soit utilisées en sceaux. Ces pierres précieuses remontent au II siècle apr. J.-C., à une époque où vécut le célèbre philosophe gnostique Basilide d'Alexandrie dont la doctrine tenta de synthétiser les courants chrétien, égyptien, mithriaque, grec et celte.
Le mot de conjuration Abracadabra a la même source.

Grossularia mentionne la plante-hôte, le groseiller.

• Notre nom vernaculaire reprend le nom de genre Zérène attribué par Hübner, et utilisé actuellement,à des pierides d'Amérique du Nord, genre auquel l'Abraxas n'appartient donc pas... mais il appartenait à un genre Zérène de géometridés en vigueur au XIXème siècle, dont il était la seule espèce europèenne. Les autres étaient les Abraxas exotiques, remarquables par les taches jaunes et noires qui les faisaient ressembler à des panthères et des léopards (on comprend mieux le nom démoniaque d'Abraxas") et qui étaient nommés Tigrata, Panthararia, Jaguaria, Felinaria.

  Geoffroy le nommait Le Moucheté.

 

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La Bordure entrecoupée, la Marginée, Lomaspilis marginata (Linnaeus, 1758) the Clouded Border.

Envergure 30-38 mm

Vole de mai à juillet.

PHL : Peuplier (tremble), Saules.

Zoonymie :

   • Lomaspilis, Hübner, 1825 :du grec loma, "bord", et spilos, une "tache" , pour désigner la bordure maculée.

   • marginata, Linné, Systema Naturae 1758 p. 527 n° 182 : "phalaena geometra seticornis, alis omnibus albis : margine exteriore limbo fusco interrupto": seticorne ; toutes les ailes blanches, avec un bord extérieur brun , interrompu. Donc, aux ailes marginées.

   • noms vernaculaires :

- La Bordure entrecoupée, 1762, Etienne Louis Geoffroy qui traduit le latin de Linné. Hist. abr. ins. tome 2, p. 139 n° 60.

- La Marginée, 1789, Charles de Villers, Entomologie linnéenne II, p. 347 n° 533.

- La Phalène du Staphylier, 1789, Charles de Villers, Ent. linn. II p. 364 n° 570.

- La Phalène bordée, 1802, Charles Athanase Walckenaer, Hist. abr. ins. II, p. 306 n° 10.

- La Mélanippe marginée, 1830, Duponchel in Jean-Baptiste Godart, Hist. nat. Lépidoptères p. 279  n° 839

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La Phaléne picotée Ematurga atomaria  (Linnaeus, 1758)  the Common Heath.

Envergure : 22-30 mm

Vole de mai à août

PHL : bruyères (calluna, erica) et trèfles

Zoonymie :

   • Ematurga Lederer, 1853 : du grec ἦμαρ, ễmar, lui-même issu de l’indo-européen commun h₂eh₃mr̥. (copié-collé wikipédia), une forme archaïque, ou poétique, de hemera, le jour. Associé à -urga, de ergon, le travail, cela évoque les moeurs diurnes de ce "travailleur de jour" (A.E. Emmet, 1991).

   • atomaria : Linné, dans la description de 1758, Systema Naturae, p. 521 n° 140, écrit : Phalaena Geometra pectinicornis, alis  omnibus lutescentibus  : fasciis atomisque fuscis : "aux antennes pectinées, les ailes toutes boueuses (lutescentibus) ou souillées par des bandes et des corpuscules bruns" ( certes j'ai reçu le Paraclet, je parle le sancrit, le grec et le latin, mais ne prenez quand même pas mes essais pour parole d'évangile). Je me dis que ces atomes, ce sont ces petites taches brunes qui constellent la surface des ailes et que Geoffroy a nommé des "picots".

   • noms vernaculaires :

- La Rayure jaune picotée, 1762, Etienne Louis Geoffroy, Hist. Abr. ins. 2, p. 133 n° 50 . C'est plus clair en français, non?

- Les Atomes, 1789,Charles de Villers, Entomologie linnéenne II p. 305 n° 427.

- La Phalène panachée, piquée de jaune, à atomes gris 1775, de Geer, II, p. 353 pl.5 fig. 21.

- La Phaléne picotée, 1825, Guillaume Antoine Olivier Enc. meth. T 10 p. 75 n°6.

- La Fidonie picotée, 1829, Duponchel in Jean-Baptiste Godart, Hist. Nat. Lépidoptères tome 7 (2) p. 416. ( Duponchel reprend le genre Fidonia de Treischke).

 

 

 

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La Phalène de la Mancienne, la Crocalle aglosse, Crocallis elinguaria  (Linnaeus, 1758) The Scalloped Oak.

Envergure :32-41mm

Vole en juillet et août

 

Zoonymie

 • Crocallis, Treitschke, 1825 : in Ochsenheimer, Schmett. Eur. 5(2) : 431.

Georg Friedrich Treitschke (1766-1842) est cet entomologiste et musicien allemand qui a achevé le traité sur les papillons de Ferdinand Ochsenheimer. Poète, directeur de théatre, adaptateur d'opéras, il possédait certainement une culture étendue, mais la raison pour laquelle il s'en fut  chercher dans l'Histoire Naturelle de  Pline l'Ancien, Livre XXXVII, § LVI le nom d'une pierre précieuse, la Crocallis, pour l'attribuer à ce papillon restera sans-doute inaccessible à nos investigations. Pourquoi pas Cadmltis, ou Callaïs, Capnitis, Cappadocie, Callaïque, Catochitis, Catoptritis, Cépitis ou Cépolatitis, Céramitis, Cinédle,Céritis, Circos, Corsoïde, Coralloagathe, Corallis, Crateritis, Cytis, Chalcophone, Chélidoine, Chélonis, Chloritis, Choaspitis,ChrysoIampis. Chrvsopis, ou encore Cépionide ?

  Pline nous dit que la corallis ressemble à du minium, et se trouve dans l'Inde et à Syène, alors que la coralloagathe ressemble, elle, à du corail parsemé de gouttes d'or. Quand à la crocallis, " elle ressemble à une cerise".

Franchement, vous lui trouvez des allures de cerise, à  ce papillon?

  Plus finement peut-être, A. Maitland Emmet cherche l'étymologie du nom en le décomposant en crocos, le crocus, pour la couleur jaune des ailes, et kallos, "belle" : oh la belle jaune!

 

• elinguaria : l'attribution par Linné, sous le protonyme de Phalena elinguaria de cet épithète spècifique est plus facile à comprendre si on se réfère au latin elinguis, "dépourvu de langue", ce papillon étant doté d'une trompe dégénérée très bréve.

 

• nom vernaculaire 

  1-Le nom de Crocalle aglosse est la transposition du nom scientifique en passant par le mot grec qui signifie "langue" glossa et en l'associant au a- privatif. Il fut utilisé par de Villers ("l'Aglosse", Entomologie linnéenne TII,p.304 n°424) et par J.B. Godart (La Crocalle aglosse, Hist. Nat. Lépid. Papillons France, T. VII, 1829 p. 175, n°621, pl 146 n°3°)

2- Le nom Phalène de la Mancienne est utilisé par P.A Latreille en 1825 (Encycl. Meth ou Hist.Nat.:entomologie, 10 p.77) et en 1828 (Dict. classique d'hist.nat. tome 13 ). La mancienne est un autre nom de la viorne, arbuste de la famille des caprifoliacées, et Latreille écrit que la chenille "vit sur différents arbres, notamment sur  la mancienne ( viburnum lantana)".

 

 

 

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La Phalène emplumée, l'Himère plume Colotois pennata  (Linnaeus, 1761)  Feathered Thorn.

Envergure : 42-48 mm

Vole en octobre et novembre

PHL : diverses arbres et arbustes

Zoonymie :

   • Colotois Hübner, 1823 : genre monospécifique. Il existe un lézard de Ceyla nommé par les grecs kolotes, muni d'une double rangée de dents en forme de peigne : Kolotes-oide ?

   • pennaria Linné, 1761 : issu du latin penna, plume, cet épithète évoque les antennes du mâle, dont le caractère penniforme est spectaculairement développé.

   • noms vernaculaires:

- La Plume, 1789 : Charles de Villers, Entomologie linnéenne 2 : 297 n° 410.

- La Phaléne emplumée, 1825 : Latreille et Godart, Histoire Naturelle 10 : 94 n° 91.

- l'Himère plume, 1829 : Duponchel in Godart, Hist. nat. Lépid. Fr. 7(2) : 171 n° 620 pl. 146 1,2.



   Duponchel explicolotois pennaria godartque qu'il crée un genre à part, monospécifique, pour l'une des trois espèces que Treitschke avait placé dans son genre Crocallis, car ce Crocallis pennaria est trop différent de Crocallis elinguaria (voir supra) qui, comme son nom l'indique, est dépourvue de trompe alors que notre pennaria en possède une de belle taille ; en outre, les chenilles diffèrent.

   Il ne donne pas d'explication sur le choix de ce nom d'Himère. Himera est une ancienne citè grecque, fondée par les grecs de Messine (alors Xankle) à l'est de Palerme en Sicile. Elle sera confrontée à Carthage lors d'une bataille en 480 av. J.C, où elle remporte la victoire. On a retrouvé en 2009 une nécropole de 12.000 tombes de civils et de soldats, des maisons et des temples, qui pourrait dater de cette bataille. Himera est finalement détruite par les carthaginois en 409 av. J.C., et sa population massacrée.

Plouzané, 27 octobre 2011 : un mâle.

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La Phalène du bouleau, la Phalène poivrée, Biston betularia (Linnaeus, 1758) Peppered Moth.

Envergure : 35-60mm

Vole de mai à août

PHL: arbres et fleurs diverses, dont selon Linné le bouleau, l'orme et la rose.

 

Zoonymie

 

Biston, Leach, 1815 : Enycl. T. IX p. 134.

betularia : Linné, Syst. Nat. ed.10, p. 521 n°143, protonyme Phalena geometra betularia : "du bouleau" , l'une des plantes hôtes de la chenille.

• Phalène du bouleau : le terme est utilisé par les naturalistes français depuis la fin du XVIIIème siécle :première mention : 1789, Encycl. Meth. Hist. Nat. des insectes, C.J.Panckoucke, p. ccclxii, puis repris par Latreille, Lamarck (1803), Henry Milne-Edwards (1835).

• Phalène poivrée : son utilisation semble beaucoup plus récente,( mention en 1901 sur le net) sans-doute sous l'influence du terme anglosaxon de Peppered Moth et de l'étude du "mélanisme industriel du phalène du bouleau" autour des villes industrielles d'Angleterre. L'etymologie de bon-sens est d'attribuer ce terme à la couleur "poivre et sel" de cette phalène.

 

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La Philobie tachetée Macaria notata (Linnaeus, 1758) Peacock Moth

 

Envergure : 28-32 mm

Vole de mai à juin puis d'août à octobre ( j'ai donc affaire à un spécimen tardif)

PHL : Saule, Bouleau, Aulne, Chêne.

  Il est difficile de la distinguer de la Philobie alternée Macaria alternata ([ Denis & Schiffermüller], 1775)qui est censée être plus grise, avec une échancrure plus profonde et plus sombre, et qui porte quatre taches noires discales au lieu de cinq. Puisque je distingue ici cinq taches, j'ai optè pour M. notata. Mais cette espèce se distingue aussi par une ligne sombre continue sur le bord externe en amont des franges, qui est absente ici.

 

Zoonymie

• Macaria : le terme makaria signifie en grec ancien "bonheur", "béatitude". Macaria est dans la mythologie grecque la fille d'Hades et la déesse de la mort heureuse, ou la fille d'Heracles.

                  : le genre macaria a été créé par Curtis en 1826.

notata signifie "marqué", "écrit, tracé avec des lettres" ; le protonyme Phalena Geometra notata choisi par Linné page 523 de la dixième édition du systema Naturae s'accompagne de ce commentaire en page 524 : "... in salsia tertia sunt quatuor puncta aequaliter disposita inter se, quae stercora muscarum referunt " que je traduis par "quatre points équidistants qui ressemble à des crottes de mouche" !

• Philobie tachetée:

   Philobie était, selon les Panhélléniques d'Hégésippos, la femme d'un roi de Dardanus  nommé Persée. Elle nous est connue pour avoir aidée la jeune Laodicée, fille de Priam, à coucher avec le fils de Thésée, Acamas pendant la guerre de Troie. Celui-ci s'était rendu en négociation dans le camp troyen pour chercher à obtenir la restitution de la belle Hélène, et c'est cette entrevue qui avait rendue Laodicé folle de désir. Laodicé se confia à Philobie qui demanda à son mari d'inviter Acamas et de placer Laodicé dans son lit, la faisant passer pour une concubine royale :  c'est ainsi qu'elle parvint à faire l'amour avec l'ennemi de son père.

    Philobie est aussi le nom d'un genre de papillon créé par Jean-Baptiste Godart dans le tome 7 (2) de son Histoire Naturelle des lépidoptères consacrée aux Nocturnes, page 195 pour y placer sept espèces classées par Treischke parmi les Ennomos. Y figurent les Philobies alternée, éffacée, estimée, porte-coeur, jaune, signée et marquée, mais aucune philobie tachetée. Le grand savant n'a pas pris la peine de nous dire pourquoi il voulait honorer dame Philobie en lui dédiant sept papillons...

 

 

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   Ennominae, suite ; Tribu des Boarmies

 

   En 1829, Godart et Duponchel reprennaient le genre Boarmia de Treitschke pour définir leur genre Boarmie avec les caractères suivants : Antennes pectinées dans  les mâles tre pectinèes dans les femelles. Bord terminal dea ailes simple et entier. Corselet étroit et sqaumeux. Les quatre ailes également colorées et traversées par des lignes en zigzags sur un fond nébuleux. Frange des ailes plus ou moins festonnées. Palpe court et débordant à peine le chaperon. Trompe longue. Antennes des mâles terminées par un fil. Chenilles ressemblant à l'état de repos à des pédoncules ou queues de fruit. Ect... (Hist. Nat. Lépidoptères 7 (2) p. 327. Ils ajoutaient : " toutes les espèces qu'il renferme ont un tel air de famille qu' il suffit d'en connaître une pour avoir une idée des autres. Mais par cela même il est très difficile de les distinguer entre elles." Des erreurs d'identification sont là plus qu'ailleurs possibles. Ai-je confondu Peribatodes rhomboidaria et P. secundaria ? Comme mon propos est d'explorer l'origine des noms, ces erreurs seraient vénielles.

 

 

   La Boarmie pétrifiée Menophra abruptaria (Thunberg, 1792), Waved Umber.

Envergure : 36-42mm

Vole d' avril à août.

PHL : Troène, Lilas

 

Zoonymie

Menophra, Moore, 1887 : Lepid. Ceylon 3(4) : 409 : du grec mene, "la lune", et ophrus, "le sourcil" : cela se rapporterait à la série de croissants de la frange des ailes.

abruptaria Thunberg  1792 Diss. Ent. sistens Insecta Suecica (4) :59 pour la façon dont la zone brun rougeâtre qui s'étend de l'apex à la cellule discale s'interromp brutalement. (Emmet)

• nom vernaculaire : La Boarmie pétrifiée, Jean-Baptiste Godart, 1829 Hist. Nat. Lépidoptères tome VII (2), p.375 n° 683. Godart donne en référence Hübner ( Geometrica petrificata) et Treischke ( Acidalia petrificata), il s'est donc inspiré de ces prédecesseurs pour qualifier cette "boarmie" de "pétrifiée".

  Le nom boarmie provient d'un surnom d'Athena, "celle qui attelle les boeufs". Godart est le premier à utiliser le terme en langue française pour baptiser un genre de phalène, mais il reprend le "genus Boarmia" de Treitschke.

 

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   La Boarmie rhomboïdale, la Phalène à losanges, la chenille arpenteuse à losanges Peribatodes rhomboidaria  ([Denis & Schiffermüller] 1775) the Willow Beauty.

 

Envergure : 30-38mm

Vole de (avril-juin) juillet à septembre ; commune partout.

PHL :chenille polyphage sur toutes sortes d'arbres à feulles caduques.

Zoonymie :

Peribatodes Wehrli, 1943 : du grec peri, "rond" et batodes, " épineux, couvert d'épines" . A.E. Emmet ajoute : "peut-être à propos d'un habitat", mais l'habitat n'est vraiment pas spècifique de cette Boarmie. A l'occasion de la description  d'une nouvelle espèce de poisson en 2008, Araiocypris batodes, K. E. Conway donne l'étymologie suivante : "βατοδης (batodes), thorny, like a blackberry (βατομουρο)", épineux, comme une mûre.

  • rhomboidaria ([ Denis & Schiffermüller], 1775, protonyme Geometra rhomboidaria) : rhomboïdale, ( losangique)  qui qualifie la tache noire de la partie moyenne de l'aile antérieure (Spuler), "formée par le croisement des nervures médiane et postmédiane" (Emmet).

   • nom vernaculaire

- La Boarmie rhomboïdale 1829 Jean-Baptiste Godart & Duponchel , Hist. Nat. Lépidoptères p. 349 n° 673 tome 7 (2). Godart et Duponchel reprennent, comme d'habitude, le terme scientifique en l'adaptant en français : c'est le Boarmia rhomboidaria de Treitschke.

- Phalène à losanges : le nom est utilisé de nos jours pour désigner cette espèce, par exemple chez les viticulteurs pour la désigner comme ravageuse de la vigne dont elle creuse les bourgeons puis les feuilles.

  Au Moyen-Âge, ou dans le Livre de Kells, on trouve des représentations d'une phalène mangeant un losange (chrysalide) comme symbole chrystique ou de la ressurection-métamorphose, par exemple sous forme d'une broche portée par la Vierge. Mais cela n'a rien à voir avec notre boarmie.

 

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  Cette image est l'occasion de vérifier un caractère des antennes des mâles de Boarmie, " elles ne sont pectinées que jusqu'au quatre-cinquiémes de leur longueur à partir de la base, et filiformes pour le reste". (Godart et Duponchel, op.cité)

 

 

 

Le Céladon, la Perlée Campaea margaritata (Linnaeus, 1767) Light Emerald.

 

Envergure : 30-40 mm

Vole de juin à août et d'août à septembre.

PHL : diverses plantes.

Zoonymie:

Campaea , Lamarck 1816: le grec kampé signifie "la courbe, l'angulation" et a donné nos mots "jambe" et "hippocampe". En outre, le latin campe, es (issu du grec) signifie "chenille", et Emmet souligne le jeu de mot possible sur ces chenilles de géomètres qui se déplacent en se pliant et se dépliant.

margaritata : du latin margarita, "la perle", en raison de la couleur vert pâle trés lumineuse dse ailes. La terminaison -ata est ajoutée par Linné à tous les Géomètres.

• Nom vernaculaire :

- Le céladon, Etienne-Louis Geoffroy, 1767, Hist. abr. ins. 2, p. 137 n°57.

- La Perlèe, Charles  de Villers , Ent. linn. 2 p. 331 n° 498.

- Phalène gris de perle, Enc. Meth. tome X, p. 91 n° 19

- Métrocampe gris de perle, Jean-Baptiste Godart  1829, Hist. Nat. Lépidoptères vol. 7, p. 125 n° 605.

Emile Souvestre signale sa présence dans le département dans "Le Finistère en 1836" sous le nom de metrocampe gris de perle.

  

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  La citronelle rouillée Opisthograptis luteolata (Linnaeus, 1758), Brimstone Moth.

 

Envergure : 32-37 mm

Vole d' avril à Octobre.

PHL : diverses plantes

Zoonymie

   • Opisthograptis Hübner, 1823 : du grec opisthen, " au dos, derrière " et graptos, " peinte, inscrite" .

   • luteolata :  du latin  luteolus, "jaunâtre".

   • nom vernaculaire :

- Citronelle rouillée : un joli nom qui reprend à la fois l'épithète luteolata qui témoignait de la couleur jaune, et aussi indirectement le nom anglais, Brimstone (pierre de feu, le soufre) étant le nom anglais  de notre Citron. il reprend aussi le terme ferrugineis, "rouillé" de la decription des ailes par Linné : "anterioribus maculis costalibus tribus ferrugineis".

  On le doit à Étienne Louis Geoffroy 1762, Hist. abr. ins. 2 : 139 n° 59.

- Phalène de l'Alisier Charles de Villers, Ent. Linn 2 : 868 n°519;

- Phalène de l'épine, Walckenaer, Faune Paris 2 : 305 n°9

- Rumie de l'Alisier, Jean-Baptiste Godart Hist. Nat. Lépidoptères vol 7 (2) 1829 p. 119 n° 604.

 

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  Larentinae :

 

La Phalène ondulée Rheumaptera undulata  (Linnaeus, 1758), the Scallop Shell, Wellenspanner.

Syn : Hydria undulata.

Envergure : 25-30mm

Vole de juin à juillet.

PHL : Saule, Myrtille.

 

Zoonymie:

Rheumaptera Hübner 1822 (ou Hydria Hübner 1822, ou Calocalpe Hübner, 1825, ou Eulyppe, Hübner,1825...ou Melanippe Duponchel, 1829):

Le mot rheumaptera relie le mot grec rheuma, atos, flux de la mer, marée, courant (puis écoulement, catarrhe, d'où notre" rhumatisme") et le mot grec pteron, l'aile : pour traduire les ondes fluides imprimées en motif sur ses ailes.

undulata,Linné sous le protonyme Phalena Geometra undulata n° 164 de la dixième édition du Systema Naturae page 164, qui décrit "alis omnibus supra strigis convertissimis transversis undulatis fuscis" , "tout le dessus des ailes complètement balayé par des cannelures (strigis) d'ondulations brunes".

• Nom vernaculaire : 

- En 1796, Charles de Villers la nomme l'Ondulée : Entom. linn.T. II, p.338, n° 517.

- en 1825, Pierre André Latreille la nomme Phalène maillée (Enc. Meth. vol 10, p. 86 n°54 ) et remarque que la huitième ondulation est formée d'anneaux oblongs comme les mailles d'une chainette.

-En 1830, Jean-Baptiste Godart la rebaptise Larentie ondulée : Hist. Nat. Lépidoptères, T. 5 (1) p. 377 n° 877.

 

 

 

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La Cidarie-pivert Euphyia biangulata ( Haworth, 1809) Cloaked carpet.

Envergure : 25-30 mm

vole en deux générations en avril-mai et en juillet-août; (observée le 21 août à Plouzané). Fréquente la lisière des bois.

PHL : Stellaria, crataegus, prunus.

Zoonymie :

  • Euphyia Hübner, 1825. En grec, Euphuia,c'est "la bonne disposition naturelle " 'Aristote, Poétique , 22, 1459a), c'est aussi l'intelligence naturelle, l'esprit, les qualités d'un être bien fait, bien proportionné, gracieux. Thomas Tanner (1630-1682) a ainsi écrit en 1666 "Euphyia, or The acts and characters of a good nature". Pour un papillon, ce serait un hommage à l'harmonie de ses formes.

   • biangulata : s'oppose à E. unangulata , la Cidarie à bec, dont la ligne médiane forme un angle unique en son milieu, alors que celle de la Cidarie-pivert présente deux indentations.

  • Nom vernaculaire :

 - Hübner l'avait nommé Geometra picata. C'est Jean-Baptiste Godart, en 1830, dans le tome 8(1) de son Histoire Naturelle des Lépidoptères ou Papillons de France, page 329, lui donne le nom de Cidarie-pivert, en alléguant que : " Le nom de picata donné à cette espèce dérive probablement de Picus (pivert) : en effet, la couleur dominante de ses ailes supérieures est d'un vert olive foncé comme celle de cet oiseau".

  En réalitè, la forme latine picata est le participe passé de pico, enduire de poix, et signifie "poissé, enduit de poix", comme la bien mentionné A. Spuler. Le Pivert, ou pic-vert Oicus viridis n'y est pour rien.

 

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La Mélanthie du Caille-lait Epirrhoe galiata ([ Denis & Schiffermüller] 1775) Galium Carpet.

Envergure : 28 à 32 mm

Vole en juin-juillet, et en août-septembre.

PHL :gaillets

Zoonymie :

Epirrhoe : Hübner, 1825 : du grec epirrhoe, la rivière, à cause des ondulations de l'aile antérieure.

galiata : du gaillet.

• nom vernaculaire :

-La Mélanthie du Caille-lait, Jean-Baptiste Godart 1830, Hist. Nat. Lépidoptères tome 5(1) p. 268, n° 836.

- La Phalène du Caille-lait, Encycl. meth. fig. 80 n° 28.

  Le genre (et sans-doute le nom lui-même) de Mélanthie a été créé par Godart (ouvrage cité, p. 252) pour rassembler des espèces dont " le caractère principal est d'avoir la tête, le corselet et la base des ailes d'une couleur plus foncée que le reste ".

  Pas de photo, je ne donne que cette zoonymie, ayant cru observer cette espèce qui n'était qu'un Xanthorhoe ferrugata (infra).


 

   Le Lynx, la Phalène ocellée Cosmorhoe ocellata (Linnaeus, 1758) Purple Bar

Envergure : 20-25 mm

Vole en deux générations de mai à août

PHL : gaillets

Zoonymie:

   • cosmorhoe : Hübner 1825 , du grec cosmos, beau, bien agencé (comme dans cosmétique) et rhoe, écoulement.

   • ocellata: Linné, Syst.  Nat. 1758 p. 527 n° 183 sous le protonyme Phalaena Geometra ocellata et avec la description : " anticis fasciis duabus fuicescentibus maculaque apicis ocellari didyma", avec la terminaison -ata qu'il ajoute à ses géomètres.

   • nom vernaculaire:

- L' Oculéé (G. Ocellata), de Villers 1789 Entomologie linnéenne 2 : 348 ; La Découpée (G. fasciata), de Villers id. 2 : 364.

- Le Lynx (Ph. ocellata), Charles de Villers, 1789 Entomologie linnéenne 2 : 373 n° 598

- La Phalène ocellée, Pierre-André Latreille, Enc. Meth. vol 117 t.10 p. 79 n°24.

- La Mélanthie ocellée, Jean-Baptiste Godart 1830, Hist. Nat. Lépidoptères t.8 (1) p. 271 n° 837.

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La Phalène ondée, l'Incertaine, Xanthorhoe fluctuata  (Linnaeus, 1758)  the Garden Carpet.

 Envergure :27-31 mm

Vole d'avril à octobre.

PHL : crucifères.

Zoonymie :

   • Xanthorhoe : Hübner, 1825 : du grec xanthos, "jaune", et rhoe, " un courant, un écoulement". Ce nom se justifie par les lignes jaunes réparties comme des ondulations sur les ailes antérieures de quelques espèces de ce genre.

   • fluctuata  Linné, Systema Naturae 1758 p. 527 n° 185. Du latin fluctus, "vague, flots, houle" en raison des ondulations en "ripple marks " ou semblables aux trains de vague sur les flots, qui sont imprimées sur les ailes. La terminaison -ata y est accolé comme pour tous les géomètres de Linné.

   • noms vernaculaires :

-L' incertaine, 1789, Charles de Villers, entomologie linnéenne 2 :348 n° 355. Comment comprendre ce nom, pour une espèce si constante, si commune, si facile d'identification ? Je suggére ici que de Villers, fidéle linnéen s'il en fut, a voulu traduire scrupuleusement le fluctuata de son Maître suédois. Il a pris son dictionnaire et y a trouvé :Fluctuatus, a um : part. passé de fluctuo : 1 - qui a flotté (qu'il écarte car cela ne s'applique pas à un papillon) et 2- qui varie, qui ne reste pas fixe. S'il va lire , comme moi dans le dictionnaire latin-français en ligne de Hassid et Woitrain, la définition du verbe fluctuo, il trouve, en cinquième sens, "être irrésolu, incertain". Il traduit fluctuata, forme féminine, par "l'incertaine", en toute logique. Godart, le proviseur, aurait donné 20/20 à cette version.

- L' Incertaine, Jacques Louis Engramelle, Papillons d'Europe, tome VII p. 10 n° 406 : est-ce notre espèce? Godart  la considère comme sa Noctuelle flatteuse, Noctua Blanda.

- La Phalène ondée, 1825, Latreille et Godart, Encycl. meth. vol. 10 p. 80 n° 29.

- La Mélanthie ondée, 1830, Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères t. 8 p. 267 n° 835 : " La fluctuata est l'une des phalènes les plus communes : on la rencontre partout, à la ville comme à la campagne, et prsque pendant toute l'année. elle se tient pendant le jour sur les haies, les murs, les palissades, les troncs d'arbres etc..., portant les ailes étalées. "

 

 

 

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   La Rouillée Xanthorhoe ferrugata (Clerck, 1759) the Dark-barred Twin-spot.

 Envergure : 18-22mm

Vole de mai à juin puis en août

PHL : diverses plantes basses

Zoonymie : 

   • Xanthorhoe : cf supra

   • ferrugata : du latin ferrugo, de couleur rouillée, pour qualifier la bande médiane.

   • nom vernaculaire :

- La Rouillée, 1789, Charles de Villers, Entomologie linnéenne tome II p. 359 n° 559.

- l'Eubolie rouillée, 1830, Duponchel in Godart, Hist. nat. Lépid. Fr 8(1) : 181 n° 702.

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La Larentie lavée Hydriomena furcata ( Thunberg, 1784) the July Highflyer.

Envergure : 28-32 mm

Vole de mai à août.

PHL : polyphage : aulne, bouleau, saule, noisetier, prunier, hètre, rosier, myrtille.

Zoonymie :

   • hydriomena Hübner, 1825 : du grec hudria, "vase à eau", et meno, "rester".

   • furcata Thunberg, 1784 : "fourchue", car les marques noires des ailes antèrieures forment par endroit des fourches.

   • Nom vernaculaire :

-Larentie lavée : Jean-Baptiste Godart 1830, hist. Nat. Lépidoptères, vol  p. 426 n° 899 (larentia elutata) pl 200, fig 1, 2. On y lit : "Ce qui caractérise principalement  cette espèce, et sert à la distinguer de l'impluviata, qui en est très voisine,c'est une tache blanche placée au milieu de la bande qui longe le bord terminal".

   Le nom générique Larentie, créé par Godart, dérive du genre Larentia de Treitschke.

   L' adjectif "lavée" est simplement la traduction du latin elutata (si on en retranche la terminaison -ta ou -ata qui ne sert qu'à caractériser  depuis Linné les Géomètres) ; eluta est le participe passè du verbe eluo, et signifie lavé, trempé, délayé, purifié. cet épithète elutata est utilisé par Hübner et par Treitschke, mais j'ignore la raison de ce choix, même si le nom générique et les épithètes elutata et impluviata baignent tous les trois dans les mêmes eaux. La Larentie lavée est une espèce qui affectionne les endroits humides.

 

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La Cidarie roussâtre Chloroclysta truncata (Hufnagel, 1767)  the Common Marbled Carpet.

  Cette espèce ne pouvant être distinguée de C. citrata que par le dessin de l'envers des ailes, jeme contente de présumer l'identification ; mais  Chloroclysta citrata (Linnaeus, 1761) , ou Cidarie de la myrtille, présente en Bretagne, est signalée par R. Robineau comme "observée surtout en montagne" (Delachaux & Niéstlé).

Envergure : 24-30 mm

Vole en mai-juin puis d'août à novembre.

PHL : polyphage, diverses plantes

Zoonymie :

   • Chloroclysta Hübner, 1825 : du grec khloros, vert-jaune, et kluzo, "laver" / κλυστήρ klustêr, "lavement" ( d'où notre "clystère") en raison du fond verdâtre des ailes, qui fluctue selon la lumière.

   • truncata , "tronquée", ce qui qualifie selon A.Emmet la nervure médiane qui se termine brusquement dans la cellule discale.

   • nom vernaculaire :

- La Cidarie roussâtre, 1830, Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères 8(1) : 324 n° 357.

 

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   L' Eupithécie couronnée Chloroclystis v-ata (Haworth, 1809)  the V-Plug.

Envergure : 14-19 mm

Vole en deux générations d"avril à septembre. puis hiverne à l'état nymphal dans le sol.

PHL : sureau, groseilliers, diverses herbacées.

Zoonymie :

  • Chloroclystis, Hübner, 1825. Du grec khloros, "vert pâle", et kluzo, "laver" : en raison de la coloration verte fugace de certaines espèces du genre. Voir supra Chloroclysta.

   • v-ata associe la lettre v que portent, en marques noires, les ailes antérieures, à la terminaison -ata de ce groupe de Géomètres.

   • nom vernaculaire :

- l'Eupithécie couronnée, Eupithecia coronata : 1842, Duponchel in Godart, Hist. nat. Lépidoptères 4ème supplément, p. 103 n° 302. les auteurs français semblent plus avertis des auteurs allemands que des anglosaxons, et c'est au Geometra coronata de Hübner que Duponchel se réfère. Hûbner a décrit son genre Chloroclystis en prenant cette espèce comme espèce type, après l'avoir décrit en 1813 dans Samml. eur. Schmett. [5] : pl 72, f. 372-373 sous le nom de Geometra coronata, méconnaissant la description antérieure de Haworth sous le protonyme de Phalaena v-ata.

   Duponchel ne donne pas de justification au qualificatif de "couronnée".

 

  Crozon, 14 juillet 2011

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La Corythée du cyprès Thera cupressata  (Geyer, 1831)  the Cypress Carpet.

Envergure : 28-32 mm

Vole de mai à juin et de septembre à novembre.

PHL : Cyprès Cupressus leylandii et Cupressus macrocarpa

Zoonymie :

  • Thera : Stephens, 1831

  • cupressata : de cupressus, bien-sûr

 • nom vernaculaire :

- La Chésias du cyprès, Chesias cupressata 1830, Duponchel in Godart, Hist. nat. lépidoptères volume 8(1) p. 511. Duponchel donne l'origine du genre qu'il crée chez Treischke, genus Chesias. C'est sous ce nom qu' Emile Souvestre en signale la présence dans le Finistère (Voyage dans le Finistère, 1835).

- La Corythée du cyprès, 1844, Duponchel, Catal. meth. lépidopt. Europe p. 257. Plus exactement, Duponchel dans ce catalogue crée le genre Corythea (avec, en note de bas de page : "surnom de Ceres" ) puis en donne les espèces, dont C. cupressata. Corythea n'est le surnom de Ceres que  dans "un temple situé près d'Argos, sur le chemin de Régée", où elle devait être représentée portant un casque, puisque le mot grec corythé signifie "casque". Si Duponchel a choisi sciemment ce nom, on peut croire que c'est par allusion à la tête forte et presque globuleuse" des chenilles de ce genre. Mais je pense plutôt que, dans ce Catalogue, Duponchel a donné cours à un désir de renouer avec la tradition consistant à donner des noms mythologiques à de nouveaux genres, tradition que son prédecesseur Godart avait fortement réprimée. Son Catalogue est émaillé de genres tels que Acasis, Phaesyle, Eusebia, Anaîtis, Egea, Pellonia, Gléogène, Ligia, Melanthia, Melanippe, Venilia, Corycia, Ephyra, avec les notes "noms mythologiques",quand ce n'est pas Numeria "déesse de l'Arithmétique", Halia "nom d'uen Néreïde", ou Phasiane, "surnom de Cybéle". Ces attributions sont vraisemblablement sans lien avec le genre qu'elles baptisent.

Crozon, 18 octobre 2011

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Epirrita sp. 

  Les sites d'identification indiquent que face à un épirrite, on ne peut trancher avec certitude entre E.dilutata (November Moth) l'Épirrite diluée, E. autumnata ( Autumnal Moth) l'Épirrite automnale "plus foncée avec des lignes transversales plus marquées" et E christyi ( Pale November Moth) l'Épirrite de Christy, "plus petit avec des dessins plus flous". Seuls l'examen des sternites abdominaux ou des genitalia permettrait d'être formel.

Pour développer une zoonymie, je présenterai mon spécimen comme un Épirrite automnal, mais snas engagement :

L'Épirrite automnale Epirrita autumnata ( Borkhausen, 1794)  the November Moth.

Envergure : 40-42 mm

Vole de septembre à novembre.

PHL : Bouleau, aulne.

Zoonymie :

   • Epirrita Hübner, 1822 : 

   • autumnata : d'automne.

   • nom vernaculaire :

Godart et Duponchel semblent l'avoir méconnue et annéxée aux Cheimatobia, Boisduval la décrit ( Hist. nat. ins. 0) comme Oporabia autumnata en reprenant le genre Oporabia ded Stephens 1831 mais ne lui donne pas de nom français

- L'Épirrite automnale me semble être une traduction récente du nom scientifique.

Crozon, 29 octobre 2011

epirrita 2939cc

epirrita 2997cc

   Sterrhinae :

 

 L'Impolie  Idaea aversata  (Linnaeus, 1758) Riband Wave

Envergure 23-30mm

Vole d'avril à octobre (plurivoltine)

PHL : Rumex, Taraxacum

 

Zoonymie

Idaea : Treitschke, 1825 du grec Idaios, liè au Mont Ida, en Crète, qui porte lui-même le nom de la nourrice de Zeus ( c'est le sang d'Ida qui a coloré en rouge les framboises, rubus idaeus après qu'elle se soit écorchée aux épines de framboisier).

• aversata : du participe passé du verbe latin aversor, ari, atus sum, "se détourner" : on peut traduire comme "la détournée", " celle qui s'est détournée", ce qui se rapporterait selon Arnold Spuler (1910) à la ligne latérale de l'aile postérieure qui se détourne brusquement de son trajet initial.Je suis plus convaincu par A. M. Emmet qui signale que l'expression latine "in aversa charta" signifie "au dos du papier", "au verso", ce qu'il rapproche de la description de Linné

"punctum in pagina inferiore magis saturatum", le point plus marqué à la face inférieure de la "page", c'est-à-dire de l'aile.

 

• noms vernaculaires :

-c'est Charles Joseph de Villers, ou Devillers ( 1727-1810), collectionneur et entomologiste lyonnais qui a nommé cette espèce l'Impolie en 1796 dans son Entomologie linnéenne, t II p. 344 n°527 ( Carolo de Villers, Caroli Linnaei Entomologia). Parce qu'il est impoli de se détourner ?

-Jean-Baptiste Godart la nomme l'Acidalie détournée dans son Histoire Naturelle des Lépidoptères, Tome 7(2) p. 758 n° 80.

 

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 La Phalène rustique Idaea rusticata ( [Denis & Schiffermûller], 1775)  Least Carpet

Envergure : 19-21 mm

Vole de juin à août

PHL: Clematis vitalba, Hedera, arbres fruitiers,...

 

Zoonymie

Idaea : cf

rusticata : rustique, bien-sûr.

• nom vernaculaire: est-ce la Rustique de de Villers, la Dosithée rustique de Godart ?

 

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  La Fausse-Timandre Scopula imitaria (Hübner, 1799)  Small Blood-vein

 

Envergure : 26-29mm

Vole de juillet à août

PHL : Ligustrum et diverses plantes basses.

 

Zoonymie

 

Scopula Schrank, 1802, Fauna Boica 2(2) : 162.  Ce mot latin désigne à l'origine un petit balai, et Schrank l'a repris pour créer un genre de papillons dont certains mâles se caractérisent par la touffe de soies des tibias postérieurs (Emmet, 1991) .

imitaria Hübner 1799 sous le protonyme geometra imitaria dans Schammlung Eur. Schmett. pl.10 fig.51 : pour la distinguer de Timandra griseata.

 • Nom vernaculaire.

Tout d'abord, qui est la vraie Timandre ? C'est la Timandre aimèe, Timandra griseata.

A l'origine, Timandra est un prénom grec, porté dans la mythologie par la fille de Tyndare et Léda et la fille de Clytemnestre  puis Timandre est  un nom de personnage de théatre ou de roman du XVII et XVIIIème siècle, parfois féminin, le plus souvent masculin participant au commerce galant. On trouve un Timandre chez Shakespeare; Timandre et Bleuette est un conte du cabinet des Fées de la Baronne d'Aulnoy, et dans la pièce de La Fontaine Galathée, Timandre est un berger amant de Clymène et confident d'Acis. Comma Tircis et Amaryllis, il fait les beaux jours de la poésie pastorale.

   En 1829, Jean-Baptiste Godart crée le genre Timandre après celui d' Acidalie pour continuer à démembrer le genre Ennomos de Trieschke, et y place T. amataria ( La Timandre aimèe), T. imitaria (la fausse) et T. emutaria. Il décrit notre espèce à la page 229 du tome 7 (2) de l'Hist. Nat. des Lépidopt. papillons Fr, sous le n° 638 et le nom de Timandre imitée, reservant le nom de Timandre changée à T. emutaria.

  Qui a préféré le nom de Fausse-Timandre à celui donné par Godart ? Je ne sais pas.

 

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La Frange picotée Scopula marginepunctata (Goeze, 1781) Mullein Wave

Envergure : 25-28mm

Vole de juin à juillet puis d'août à septembre

PHL : Achillea millefolium, Artemisia vulgaris, Thymum, Origanum...

 

Zoonymie :

Scopula : cf

marginepunctata : " à la marge ponctuée", en raison de la ligne de points noirs qui orne la marge; cette espèce nous permet de découvrir Johann August Ephraim Goeze ( 1731-1793) zoologiste allemand, pasteur d'Ascherleben.

• nom vernaculaire : à ne pas confondre avec la Phaléne picotée, Ematurga atomaria.

 

 

 

 

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La Phalène sacrée, l' Aspilate Sacrée, la Vestale Rhodometra sacraria  (Linnaeus, 1767)  the vestal Moth

Envergure : 12-14 mm

Vole d'avril à octobre

PHL : polyphage.

Zoonymie :

   • Rhodometra Meyrick, 1892 : du grec rhodon, "rouge", et metron, "mesure", pour se référer à la ligne rouge pourpre qui traverse les ailes antérieures.

   • sacraria : de sacer, "saint, sacré" associé à la terminaison -aria propre aux Géomètres pectinicornes.Ou bien, de sacraria, "gardienne de temple, prêtresse, vestale", peut-être parce que Linné les imaginait portant une robe couleur safran, ou encore parce que la beauté pure et dépouillée des ailes lui évoqait la chasteté des vestales, qui étaient vierges ou hierodules. Les collectionneurs anglais ont opté pour la deuxiéme hypothèse en nommant cette espèce "the Vestal Moth. ( A.E. Emmet, 1991).

   • noms vernaculaires :

-La sacrée, 1789, Charles de Villers, entomol. linn. II p. 309 n° 433.

- L' Aspilate sacrée, 1830, Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères volume 8 p. 121 n° 777; le genre Aspilate est créé par Duponchel en reprenant celui d' Aspilates de Treitchske, 1825. L' Aspilate ( "sans tache") est une pierre précieuse d'Arabie mentionnée par Pline l'Ancien Livre 37 chapître 10. Démocrite en dit quelle est couleur de feu, que, portée attachée à un poli de chameau, elle est fort bonne aux oppilations de la rate, et qu'on la trouve "es nids de certains oyseaux arabeques" (Le parfaict oailler, par Anselmus de Boodt). Je pense que c'est par le sens "sans tache, immaculée", que ce nom s'applique à cette espèce.

  

     Crozon, 2 octobre 2011

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Crozon, 2 octobre 2011 : pour illustrer la posture caractéristique de repos, les ailes en toit ; et pour montrer ce spécimen aux deux points noirs alaires bien visibles.

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