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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 19:42

 

        Zoonymie (étude du nom) du papillon le Demi-Argus ou l'Azuré des Anthyllides Cyaniris semiargus.

La zoonymie (du grec ζῷον, zôon, animal et ónoma, ὄνομα, nom) est la science diachronique  qui étudie les noms d'animaux, ou zoonymes. Elle se propose de rechercher leur signification, leur étymologie, leur évolution et leur impact sur les sociétés (biohistoire). Avec l'anthroponymie (étude des noms de personnes), et la toponymie (étude des noms de lieux) elle appartient à l'onomastique (étude des noms propres).

 

Elle se distingue donc de la simple étymologie, recherche du « vrai sens », de l'origine formelle et sémantique d'une unité lexicale du nom.

 

Résumé. 

 

— Cyaniris Dalman, 1816 est formé sur l'adjectif latin  cyaneus signifiant "bleu foncé, bleu azuré", et qui figure dans la description originale pour qualifier la couleur de la face supérieure des ailes des mâles. La finale -iris n'a vraisemblablement aucune relation avec la déesse Iris mais avec un souci de cohérence avec les autres noms de genre cités par Dalman comme Limenitis, Aglais, Argynnis, Doritis, Ganoris, ou Aurotis.

— semiargus (Rottemburg, 1775) est l'adaptation latine du "Demi-Argus" de Geoffroy (1762), dont la description n'est pas valide malgré une diagnose en latin par manque du nom spécifique dans cette langue. Geoffroy a créé une série de cinq Argus caractérisés, comme le géant éponyme aux cent yeux répartis sur le corps, par les yeux de leurs ailes : son Argus Bleu en porte une multitude, et, par comparaison, le Demi-Argus qui ne dispose que d'une "seule bande de petits yeux disposés en arc", n'est qu'une demi-portion.  Au contraire de Geoffroy, Rottemburg ne décrit pas d'autres espèces nommées "argus", hormis le papilio bellargus, ne décrit pas les ocelles dans son texte, et la logique de la dénomination en est affaiblie.  Voir Plebejus argus.    

— Le nom de "Demi-Argus" (Geoffroy, 1762) fut repris par Engramelle (1779) qui l'explicita :   "Il a une rangée d'yeux au milieu de chaque aile, et n'en a point du tout au bord ; ce qui lui a fait donner le nom de Demi-Argus". Puis Latreille employa en 1818 le nom de "Polyommate Demi-Argus" et Godart (1819) celui de "Polyommate Acis" (du nom synonyme  papilio acis, Denis & Schiffermüller, 1775, invalide) . En 1986, Gérard Luquet créa le nom de "l'Azuré des Anthyllides", l'un de ses 62 "Azurés" dont le nom souligne la couleur bleu des ailes des mâles alors que "Anthyllides" renseigne sur l'une des nombreuses Fabacées dont se nourrit la chenille, l'Anthyllide Vulnéraire ou "Trèfle jaune". Patrice Leraut (2009), attendant la confirmation d'autres plante-hôtes que Trifolium pratense, reste fidèle au nom de "Demi-Argus" de Geoffroy.

— "The Mazarine Blue" : dans la langue anglaise, Mazarine Blue  désigne un bleu foncé : il entre en 1675 dans le dictionnaire de Bailey, témoignant d'un usage déjà établi, avant même que la Duchesse de Mazarine ne s'établisse en Angleterre, et l'origine de ce nom de couleur ne peut pas être précisé. Il qualifie d'abord des vêtements (1761) puis est employé dans les Sciences Naturelles depuis 1773, notamment par Drury pour décrire les ailes des papillons. Utilisé par Haworth en 1803 comme nom du Papilio Plebejus cimon/cymon préalablement nommé "The Dark Blue" par Lewin en 1175, il fut repris par les auteurs anglo-saxons et est devenu le nom vernaculaire consensuel du Cyaniris semiargus. Les Gallois l'ont repris sous la forme "Glesyn masarin". 

 

 

1. Famille et sous-famille.

a) Famille des Lycaenidae, William Elford Leach, 1815. Les Lycénides ou Lycènes.

 

       Leach, William Elford, 1790-1836  "Insecta" pp. 329-336."Entomology". pp 646-747 in D. Brewster éditeur, Brewster's Encyclopaedia Edinburgh, [Edinburgh, volume 9, 1, 04/1815 pp. 57-172  : selon Sedborn 1937] [Philadelphia, E. Parker,1816? selon BHL Library]  page 718. [ Article publié anonymement et attribué à Leach, qui avait annoté son propre manuscrit]

La famille Lycaenidae tient son nom du genre Lycaena de Fabricius (1807). Elle comprend les Blues ou Azurés, les Coppers ou Cuivrés et les Hairstreaks ou Thécla, et nos Argus :

  • Sous-famille des Theclinae Butler, 1869 : [Thiéclines : Théclas ou Thècles et Faux-Cuivrés].
  • Sous-famille des Lycaeninae [Leach, 1815] : [Lycénines : Cuivrés].
  • Sous-famille des Polyommatinae Swainson, 1827 : [Polyommatines : Azurés, Argus et Sablés].

b) Sous-famille des  Polyommatinae Swainson, 1827.

Elle tient son nom du genre Polyommatus créé par  Latreille en 1804; "Tableau méthodique des Insectes" in Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle appliqué aux arts, principalement à l'Agriculture et à l'Économie rurale et domestique, par une Société de naturalistes et d'agriculteurs ; avec des figures des trois Règnes de la Nature, Paris : Deterville, an XII [1804] 24 (6) p. 185 et 200, espèce-type: Papilio icarus Rottemburg.

Polyommatus vient du grec polus "beaucoup", et omma, ommatos, "œil" : c'est un qualificatif du géant Argos qui disposait de cent yeux, dont cinquante étaient toujours ouverts. C'est lui que la jalouse Héra envoya surveiller Io, transformée en génisse après ses amours avec Zeus.

  Ce nom est en rapport avec les nombreux ocelles des ailes des papillons bleus.

Cette sous-famille contient, en France, 18 genres :

  •  Leptotes Scudder, 1876
  • Lampides Hübner, [1819]  
  • Cacyreus Butler, 1897
  • Cupido Schrank, 1801
  • Celastrina Tutt, 1906
  • Maculinea Eecke, 1915 
  • Pseudophilotes Beuret, 1958
  • Scolitantides Hübner, [1819]
  • Iolana Bethune-Baker, 1914
  • Glaucopsyche Scudder, 1872
  • Plebejus Kluk, 1780 
  • Aricia [Reichenbach], 1817
  • Plebejides Sauter, 1968
  • Eumedonia Forster, 1938
  • Cyaniris Dalman, 1816
  • Agriades Hübner, [1819]
  • Lysandra Hemming, 1933
  • Polyommatus Latreille, 1804.

 

    2. Nom de genre : Cyaniris, Dalman, 1816.

 

a) Description originale :


Cyaniris Dalman, 1816 : Kungl. Svenksa Vetenskapsacademiens  handlingar  1816 (1) page 63

Antennarum clava brevior distinctior. Alae rotundatae posteriores ad angulum ani non productae. (Color saepius supra cyaneus, coeruleus, 1. obscure fuscus, subtus canescens, punctis ocellaribus. Z[ephyrus] argianus &c.

Traduction sommaire (texte supra complété de la description plus précise que donne Dalman page 94)   : Massue des antennes plus courtes et plus distinctes. Ailes arrondies à l'arrière sans angulation anal [ni queue]. (Couleur des ailes supérieures souvent bleu-cyan ou bleu-ciel au dessus, plus rarement brun-sombre. Ailes inférieures  blanchâtres, ponctuées d'ocelles. Z [ephyrus] argianus etc.

 J.W. Dalman a redéfini les genres selon des critères plus précis, en répartissant les papillons diurnes en Limenitis, Aglais, Argynnis, Melitaea, Amaryssus, Doritis, Ganoris, Zephyrus , Hesperia. Le genre Zephyrus, qui regroupe des Plebejus de Linné est lui-même divisé en trois sous-genres, Aurotis (= Thecla Fabr. = Polyommatus Latr.), Heodes, et Cyaniris

Après cette systématisation des genres, les espèces du genre Zephyrus sont décrites en détail pages 90 à 102 ; le sous-genre Cyaniris débute page 94 avec le n°13 "Zephyrus arion" et se termine page 101 avec le n°26 Zephyrus argus. On voit par là que, malgré la formule abrégée "argianus &c" qui clôt la description du genre Zephyrus, le sous-genre Cyaniris est riche de 13 espèces [arion, alcon, cyllarusargianus, argiolus, alsus, icarius, alexis, agestis, eumedon, optolete, battus, argus] et que son espèce-type ne peut être déterminée "par monotypie".

          Voir  Crotch, G. R. 1872. "On the generic nomenclature of Lepidoptera". Cistula Entomologica, 1: 59-71. page 71, et Cowan (1970 : 45).

Enfin, l'espèce n°16 Zephyrus argianus est décrite page 95 ainsi :

Alis integris coeruleis (feminae fuscis) margine nigro : subtus cinereis striga punctorum ocellatorum.

Hesperia argiolus Fabricius Entomologia s. III I 295. 123

Papilio argiolus Hübner, pap. Planche 56 fig.269âle, 271-271 femelle.

Papilio semiargus herbts XI page 177 planche 310 fig. 1,2,3 (In Planche pap. Acis) Papilio acis Wiener Verzeichniss sec. Descriptionem, (« non sec. Specimen Miusei D. Schiffermülleri ! Teste Ochsenh.)

Habitat in Pratis, non infrequens.

 Mâle : alis obscure coerulescentibus. Femelle : obscure fuscis, immaculatis.

 

 

b) Type spécifique :

  — Type spécifique:  Papilio semiargus Rottemburg, (Der Naturforscher 6: 20) 1775 par désignation subséquente par Crotch 1872. Cist. ent. 1(4): 71 et   Cowan (1970 : 45 (NHM) :  [cette espèce-type remplace l'espèce-type Cyaniris argianus Dalman, 1816, donnée par Hemming 1967: 132]. 

 

 

 

b) Origine du nom Cyaniris :

 

— A. Spuler 1901-1908  p.69 :

"Von κὐανος blau, und ιρις die Götterboten [Hürter ajoute : (sic!)]" 

 — August Janssen (1980) page 44 :

"kuanos = blauw ; iris = stralend."

—A. Maitland Emmet (1991) page 151 : 

"kuanos, "dark blue" ; iris, "Iris", the personification of the rainbow : from the iridescent violet-blue male of the species semiargus."

— Hans A. Hürter (1998) page 383: 

          "Deutung : Die Nymphe Cyane hat bei der Namensgelbung sicher keine Rolle gespielt. Die Gattung "besteht aus 2 Arten, von denen eine auf Zentralasien beschränkt ist (F-W II, S.98). Es erscheint durchaus möglich, daß Dalman den Namen nach dem Aussehen der Flügeloberseite geschaffen hat. Die in Mitteleuropa fliegende Art  (C. semiargus Rott.) weist ein Blau auf, das tatsächlich als cyanblau bezeichnet werden kann. Da es zudem in der Sonne auch noch ein wenig schillert, die Kombination Cyanblau und RegenBogen zutreffend."

Interprétation: La nymphe Cyane ne joue aucun rôle dans ce nom de genre. Le genre "se compose de deux espèces, dont l'une est restreinte à l'Asie centrale (FW II, p.98). Il semble tout à fait possible que Dalman ait créé le nom d'après l'aspect de la surface de l'aile. L' espèce qui vole en  Europe Centrale (C. semiargus Rott.) a le dessus bleu , qui peut effectivement être appelé bleu cyan. En outre, en plein soleil et avec un peu de chatoiement, la combinaison de cyan et de l'arc-en-ciel est applicable.

—Luquet in Doux et Gibeaux (2007) page 212 : 

"du grec kuanos, "bleu-foncé" et iris "Iris", fille de Thaumas et d'Électre, messagère des dieux, personnification de l'arc-en-ciel, par allusion au bleu-violet iridescent du mâle de C. semiargus. "

— Perrein & al. (2012) page 245 : 

"Étymologie : du grec kuanos, "bleu foncé" et iris, personnification de l'arc-en-ciel dans la mythologie."


Discussion.

 

a)  Zephyrus Dalman, 1816 est un nom de genre invalide, comme synonyme objectif junior de Thecla Fabricius, 1807.  Ce nom honorait Zéphyr, personnification du vent d'ouest, vent favorable dans l'Antiquité et qui, dans la Naissance de Vénus de Boticelli, pousse de son souffle la déesse vers les rivages de Chypre. Il a été repris sous la forme Neozephyrus Sibatani & Ito, 1942 . Tenthredo, Kyoto 3(4) : 324, et Favonius (nom latin du Zéphyr) Sibatani & Ito, 1942 . Tenthredo, Kyoto 3(4) : 327.

 

b) On reconnaît dans le nom Cyaniris l'adjectif latin employé par Dalman dans sa description originale "color saepius cyaneus, coeruleus". Le dictionnaire indique que Cyaneus vient du grec ancien κυάνεος, kyáneos et signifie "bleu foncé, bleu azuré", alors que caeruleus, [pour caeluleus, de caelum (« ciel ») « bleu-ciel, azur, azuré »] signifie "bleu foncé, bleu sombre, obscur, sombre, noirâtre" . Les deux adjectifs de couleur sont donc proches et qualifient le bleu foncé de la face supérieure des ailes des mâles.

On examinera l'ensemble des noms de genre employés par Dalman : Limenitis, Aglais, Argynnis, Melitaea, Amaryssus, Doritis, Ganoris, Zephyrus [Aurotis, Heodes, Cyaniris] et Hesperia : dix d'entre eux se terminent par -is, -us, -es. Il me semble que Cyaniris est simplement composé de l'adjectif cyaneus auquel vient s'adapter une finale  -iris afin de créer la même sonorité pour Zephyrus, Auroris et Cyaniris. Rien, dans la description originale de Dalman, ne vient suggérer une iridescence ou un chatoiement qui justifierait la lecture faite par Spuler et Emmet (1991) interprétant cette finale comme le nom de la déesse Iris. La conclusion du texte de Hürter montre qu'il faut un bon soleil, un reflet adéquat, et beaucoup de bonne volonté pour constater une iridescence qui n'est signalée par aucune description. Ces phénomènes optiques viennent créer une palette de couleurs (arc-en-ciel) semblable à celle de la robe de Gargantua (Rabelais, Gargantua VIII p. 26 Pléiade) : "dont par juste perspective yssoit une couleur innominée, telle que voyez es coulz des tourterelles". Ce n'est pas le cas pour l'espèce-type du genre Cynaniris.

 

 

 

 3.  Nom d'espèce : Cyaniris semiargus Rottemburg, 1775.

 

 

a) Description originale

Papilio semiargus Rottemburg, 1775 : Rottemburg, S. A. V. 1775. Anmerkungen zu den Hufnagelischen Tabellen der Schmetterlinge. Erste Abtheilung. Der Naturforscher, 6: 1-34.page 20.

— Description :

6. Pap. Semiargus. Plebejus Ruralis.

Diesen Vogel hat Geoffroy in seiner Histoire abrégée Th. 2 S.63 Nr 31. beschrieben, und nennet ihn le demi Argus. Rösel hat das Männchen von diesem Vogel Th.3 Taf. 37. Fig. 4. aber von der untern Seite vorgestellet, denn Fig.3 und 5. stellet eine andre Art vor. Nur hat er bei seiner Abbildung den kleinen schwarzen Strich vergessen, so dieser Vogel in der Mitte der Unterflügel führet. Auf der Oberseite ist das Männchen ganz dunkelblau, und spielet etwas in das violette. Am Rande sind alle vier Flügel schwarz eingefaßt, und haben überdem einen schmalen weissen Saum. Das Weibchen ist oben ganz dunkelbraun, unten dunkel graubraun, im übrigen aber eben so, wie das Männchen gezeichnet. Es zeiget sich dieser Vogel im Monath Junio in den Gärten und auf den Wiesen, jedoch lange nicht so häusig, als der gewöhnliche Argus Linn.

 

Traduction sommaire :

6. Pap. Semiargus . Plebejus Ruralis.

 "Geoffroy a décrit cette espèce dans son Histoire abrégée Tome 2 n ° 31 page 63  et il l'a appelé le Demi Argus. Rösel a donné le mâle de cette espèce Tome 3 Planche 37 Fig. 4, mais la partie inférieure de la page comme les figures 3 et 5 concerne un autre genre. Seulement, il a oublié dans sa figure  la petite ligne noire  que ce papillon porte au milieu de l'aile inférieure.  Le dessus des ailes du mâle est bleu très sombre, et quelque chose tire vers le violet. Sur le bord des quatre ailes sont bordées de noir, et ont en outre une bordure blanche étroite. La femelle est en dessus entièrement brun foncé, et en dessous gris-brun foncé, mais comparable sinon au mâle. Ce papillon se montre au mois de juin  dans les jardins et les prés, mais pas aussi souvent que le banal Argus de Linné."

 

 

 c)   Localité-type et description.

—Localité-type :  environs de Berlin, Allemagne (lieu de parution de la revue Der Naturforscher qui a publié l'article de Rottemburg)

— Selon Dupont et al. 2013, cette espèce a une répartition paléarctique. Elle est signalée presque partout en France. Les chenilles s’observent sur diverses Fabaceae.

— Selon Wikipédia :

C'est un petit papillon qui présente un dimorphisme sexuel, le dessus du mâle est bleu foncé bordé d'une frange blanche, celui de la femelle est marron avec la même frange blanche. Les femelles de la forme Polyommatus semiargus parnassia et encore plus de Polyommatus semiargus helena présentent une ligne sub marginale de points de couleur orange. Le revers est ocre marqué d'une ligne de points noirs cerclés de blanc. Les femelles de Polyommatus semiargus parnassia et de Polyommatus semiargus helena présentent la même ligne sub-marginale de points de couleur orange que sur le recto. Il vole en une génération, d'avril à fin juin. 

 La chenille, petite et trapue, possède une tête rétractile noire et un corps vert clair avec une ligne dorsale vert foncé. Ce papillon hiverne au stade chenille. Les chenilles et les nymphes sont soignées par des fourmis, des Lasius alors que celles de Polyommatus semiargus helena sont soignées par Campanostrus vagus et Campanostrus aethiops. Sa plante hôte est Trifolium pratense et Trifolium physodes pour la forme Polyommatus semiargus helena.

Il est présent en Europe, au Maroc, en Turquie, au Moyen-Orient et dans toute l'Asie tempérée. En France métropolitaine il est présent dans tous les départements sauf le Finistère, les Côtes-d'Armor, le Pas-de-Calais, le Loiret, le Gers et la Corse.  Son habitat est constitué de prairies et lieux broussailleux humides où pousse la plante hôte de sa chenille.

 

 

d) Synonymes et sous-espèces.

  • Cyaniris antiochena helena (Staudinger, 1862)
  • Cyaniris bellis Freyer, 1842
  • Cyaniris semiargus meyerdueri Vives Moreno, 1994
  • Cyaniris semiargus montanagrandis Tutt, 1909
  • Cyaniris semiargus savoiensis Leraut, 1980 : Liste systématique et synonymique des Lépidoptères de France, Belgique et Corse. Supplément à Alexanor et au Bulletin de la Société entomologique de France, Paris. 334 pp. Page 129.
  • Cyaniris semiargus semiargus (Rottemburg, 1775)
  • Lycaena acis (Denis & Schiffermüller, 1775)
  • Lycaena semiargus (Rottemburg, 1775)
  • Nomiades semiargus (Rottemburg, 1775)
  • Papilio semiargus Rottemburg, 1775
  • Polyommatus semiargus (Rottemburg, 1775)
  • Papilio acis Denis & Schiffermüller, 1775 :  [Denis, J. N. C. M. & Schiffermüller, I.] 1775. Ankündung eines systematischen Werkes von den Schmetterlingen der Wienergegend, herausgegeben von einigen Lehrern am k. k. Theresianum.. Vienne. 322 pp. Page 182

          N°5 Vollblauer (das Männchen) oder schwarzbrauner (das Weibchen) unten aschgrauer Falter  : Papilio Acis

        Le nom - Papilio acis [Denis & Schiffermüller], 1775 - n' est pas valide, car c'est un homonyme du nom Papilio Acis Drury, [1773] (Illustrations of natural History 1:... Index et 2). Même si ce nom ne avait pas été invalide de cette manière, il n' aurait pas encore été le plus ancien nom disponible pour l' espèce présente, au titre de la décision rendue par la Commission dans son avis 516 stipulant qu'il convient d'accorder la priorité aux noms publiés par Rottemburg en 1775 dans la revue Der Naturforscher sur les noms publiés dans la même année par Denis & Schiffermüller dans leur Ankündung.


Sous-espèces :

Leraut  retient la présence de quatre sous-espèces en France :

  • semiargus Rottemburg, 1775.
  • meyerdueri Vives Moreno, 1994. Localité-type : Suisse.
  • montanagrandis Tutt, 1909. Localité-type : Arolla, Valais, Suisse.
  • savoiensis Leraut, 1980. Bonneval-sur-Arc, Savoie.

e) Origine et histoire du nom semiargus.

          Les interprétations des étymologistes :

— Gustav Ramann (1870-1876), page 43 :

"Halbargus" 

— Anton Spannert (1888), page 30 :

"semi halb, fast, in der Zusammensetzung, fast wie Argus aussehend ; er führt unten weiniger Augen"

— Arnold Spuler ( 1908)  page 67 :

"von semi halb und argus"

 — August Janssen (1980) page 44 :

"half argus"

 

— Emmet (1991) page 151 :

"semi-, half ; Argus, cf. ; from the presence of fewer eye-spots on the underside than in Plebejus argus. "

 

— Hans A. Hürter (1998) page 393 :

"Deutung : Den Namen hat v. Rottemburg 1775 willkürlich gewählt : so wie P. argus L. keinen Bezug zum Falter hat, so auch C. semiargus nicht. Eine wörtliche deutsche Übersetzung "Halb-argus" ergibt keinerlei Sinn. Auch hier gilt : "Namen sind zum Nennen da !" Die Ûbersetzung von semi- mit fast, wie Spannert sie angibt, ist in keinem einschlägigen klassischen Werk zu finden ; seiner Erklärung "fast wie Argus aussehend" kann nicht gefolgt werden".

"Interprétation : Le nom a été choisi au hasard par von Rottemburg en 1775 : de même que le papilio argus de Linné n'a aucun rapport avec le papillon, ainsi  C. semiargus n'en n'a pas non plus. Une traduction littérale allemande "demi-argus" n'a  aucun sens. La formule  s' applique encore une fois  ici  : "Les noms sont là pour nommer!".   La traduction de semi- par "presque" qu'indique  Spannert, n'est pertinente dans aucun ouvrage classique ; sa déclaration "presque prospectif comme Argus  " ne peut pas être acceptée ".


Luquet in Doux et Gibeaux (2007) page 212 :

"du latin semi, "demi" et argus (voir ce mot)."

 

  —Perrein & al (2012) page 245 :

"Étymologie : du latin semi, "à demi", emprunté au grec hemi, même sens, et argus, nom linnéen d'un Lycène (voir Plebejus argus), d'Argus, le prince argien aux cent yeux."

 

 

Discussion 

 

          Rottemburg signale dès le début de sa description originale qu'il se réfère au papillon décrit par Geoffroy sous le nom de "Demi-Argus", dont son papilio semiargus est l'adaptation latine.  Geoffroy (1762), dont la description n'est pas valide malgré une diagnose en latin par manque du nom spécifique dans cette langue,  a créé une série de cinq Argus caractérisés, comme le géant éponyme aux cent yeux répartis sur le corps, par les yeux de leurs ailes : son Argus Bleu en porte une multitude, et, par comparaison, le Demi-Argus qui ne dispose que d'une "seule bande de petits yeux disposés en arc", n'est qu'une demi-portion.  Au contraire de Geoffroy, Rottemburg ne décrit pas d'autres espèces nommées "argus", hormis le papilio bellargus, ne décrit pas les ocelles dans son texte, et la logique de la dénomination en est affaiblie.  Voir Plebejus argus ; et voir infra les Noms vernaculaires.

          Il est donc impossible d'interpréter correctement ce nom si on ne consulte pas la description originale de Rottemburg et la phrase clef  "Diesen Vogel hat  Geoffroy in seiner Histoire abrégée Th. 2 S.63 Nr 31. beschrieben, und nennet ihn le demi Argus". 

Le renoncement de Hans A. Hürter à attribuer un sens à ce nom semiargus témoigne de l'importance, en Zoonymie, du recours au texte original de l'auteur.

 

 

f) Origine et signification du nom Acis ([Denis & Schiffermüller], 1775).

        Rappel supra :

  • Papilio acis Denis & Schiffermüller, 1775 :  [Denis, J. N. C. M. & Schiffermüller, I.] 1775. Ankündung eines systematischen Werkes von den Schmetterlingen der Wienergegend, herausgegeben von einigen Lehrern am k. k. Theresianum.. Vienne. 322 pp. Page 182 : 

   N°5 Vollblauer (das Männchen) oder schwarzbrauner (das Weibchen) unten aschgrauer Falter  : Papilio Acis.

            Le nom Acis apparaissant parmi les noms vernaculaires ("Le Polyommate Acis", Godart, 1821) par reprise du nom scientifique employé par Denis & Schiffermüller, il est nécessaire d'en étudier la signification. Je rappelle que ce nom avait été utilisé auparavant par Drury pour une autre espèce.

L'origine de ce nom se trouve dans les Métamorphoses d'Ovide Livre XIII :750 qui raconte la légende d'Acis et Galathée :

 Acis était un jeune berger de Sicile, fils du dieu Pan et de la nymphe Symaethis, et l'amant de Galatée, une des Néréides (nymphe marine), fille de Nérée et de Doris.

Mais Acis fut victime de la jalousie du cyclope Polyphème, également amoureux de Galatée mais disqualifié par ses traits monstrueux. Polyphème, ayant surpris les deux amants, arracha un rocher de l'Etna et le précipita sur Acis. Galatée, voyant des filets de sang sourdre sous le rocher, les changea en rivière, afin de pouvoir s'y baigner tous les jours. Cette version fut chantée par Théocrite dans sa onzième Idylle.

 

Ovide, Met.XIII:750 :

« Acis erat Fauno nymphaque Symaethide cretus, 

magna quidem patrisque sui matrisque uoluptas,

nostra tamen maior ; nam me sibi iunxerat uni.

Pulcher et octonis iterum natalibus actis

signarat teneras dubia lanugine malas. 

 

 


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Je rappellerais que si Ignaz Schiffermüller, le collectionneur et dessinateur principal, était professeur d'architecture, son collègue Michael Denis était professeur de Belles-Lettres après avoir enseigné le latin. Il s'est attaché à composer les noms propres des nouvelles espèces, en prenant un nom modèle chez Linné et en recherchant, dans la littérature latine, des noms semblables au modèle soit par la lettre initiale, soit par le nombre de lettres, soit par la rime finale. Dans la famille N le modèle linnéen est le papilio arion, et les noms forgés en imitation sont  Alcon, Aegon, Acis, Alsus, Adonis, Amyntas et Agestis (débutant par A) et  Damon (se terminant en -on). Acis débute, comme Arion, par un A, et, avec ses quatre lettres, se rapproche des cinq lettres du modèle.

 

 

 

              III. Noms vernaculaires.

 

 

 

 

 

I. Les Noms français. 

 

 

 

Introduction.  Sur le nom Argus.

Le premier à établir la comparaison entre les ailes couvertes d'ocelles d'un papillon et le géant Argus, qui dispose de  cent yeux répartis sur tout le corps, dont la moitié restent ouverts pendant son sommeil, est l'anglais Thomas Moffet en 1634, bien qu'il ait peut-être emprunté l'idée au suisse  Gessner dont il décrivait la collection. Mais c'est le londonien James Petiver qui créa le premier nom vernaculaire The Little Blew-Argus en 1695, avant de créer un groupe en 1704 avec  The Blue Argus, The pale Argus, the mixt' Argus et The edg'brown Argus. John Ray en 1710 repris les noms de Petiver, puis Linné en 1746 s'en inspira à son tour dans sa Fauna suecica pour quatre espèces, Argus oculatus, fuscus, myops, et caecus : Argus oculatus (Argus ocellé, "couvert d'yeux", subtus ocellus numerosis), fuscus ("brun" subtus ocellus numerosis , idem), myops ( subtus punctis nigris quadraginta duobus : "42 points noirs à la face inférieure") et caecus ("aveugle", subtus viridis immaculatis : "dessous vert sans tache, sans yeux"). Dans son Systema Naturae de 1758, il ne donne plus le nom Argus qu'à une seule espèce Papilio Plebejus argus "au dessous des ailes postérieures à bordure brun-rouille et à ocelles bleu-argenté".  

  En 1762,  Étienne-Louis Geoffroy  a donné le nom générique d'ARGUS (en français) au troisième groupe de sa seconde famille des "Papillons à six pieds" .  Huit espèces figurent dans ce groupe, dont cinq portent le nom d'Argus : Argus bleu, brun, myope, vert et Demi-argus.

 En 1795, Willam Lewin dans son The Papilios of Great-Britain, édition anglais/français,  décrit neuf papillons portant le nom d'Argus.

 

 1. Le Demi-Argus Argus, Geoffroy, 1762.

 Étienne-Louis Geoffroy  1762. Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris: dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique ; Paris : Durand 1762 Tome second Planches XI à XXII  colorées à la main par Prévost gravées par Defehrt page 63.

Geoffroy décrit ici cette espèce :

"Papilio alis rotundatis  integerrimis coeruleis, subtus ocellorum fascia solitaria.

Les ailes en dessus sont d'un bleu un peu pourpre, en dessous elles sont grises avec une seule bande de petits yeux disposés en arc. Ces yeux sont noirs entourés d'un cercle blanc. Le bord de l'aile n'a point de taches fauves. Ses antennes, comme celles des papillons de cet ordre, sont composées d'anneaux alternativement blancs et noirs, et terminées par une masse allongée. "

Il donne comme référence :

  • John Ray, Historia insectorum n°17 : papilio minor alis supinis purpureo-caeruleis, pronis ocellis aliquot pictis.
  • De Geer insectes I T.4 fig. 14-15.
  • Roesel, Insecten Belustigung vol.3 supplem. 1 Tab. 37 fig.4.

Geoffroy n'explique pas pourquoi il ne donne à cette espèce qu'une demi part d'Argus, mais, ce nom propre faisant référence aux ocelles des ailes, il y  a lieu de penser que le motif se trouve dans la phrase "avec une seule bande de petits yeux disposés en arc". L'Argus bleu, que Geoffroy vient de décrire, présentait, lui, "un nombre considérable d'ocelles". Ici, les ocelles ne forment qu'une bande isolée, "fascia solitaria". Nous sommes loin des cent yeux du légendaire Argus : une moitié d'Argus alors ? L'image sera prolongée avec l'argus myope, chez qui Linné avait compté 42 yeux, moins de la moitié du vrai grand Argus.

 

On sait que le grand tort de Geoffroy fut de ne pas accompagner ses descriptions d'un nom latin conforme aux critères de Linné, ou du moins à ceux exigés par l'ICZN pour reconnaître à un auteur la paternité de la description d'une espèce. En 1785, lorsque Fourcroy donnera une édition de l'Histoire abrégée des insectes de Geoffroy dotée de ces noms latins, il sera trop tard et ses créations auront été décrites par d'autres. C'est le cas ici, où Rottemburg reconnaît sa dette dans sa création du Papilio semiargus, latinisation du nom Demi-Argus. L'édition de Fourcroy page 245 n°31 donne comme nom " P[apilio] semi-argus. Le Demi-Argus."


2. Le Demi-Argus,  Engramelle, 1779.

Jacques Louis Engramelle 1779 Papillons d'Europe, peints d'après nature, Volume 1    page 181 n°42   planche XLII fig. 88 a-d, dessinée par  J.J Ernst et gravée par J. Juillet.  

Engramelle est plus explicite que Geoffroy, dont il reprend le nom, pour le commenter : 

  Il a une rangée d'yeux au milieu de chaque aile, et n'en a point du tout au bord ; ce qui lui a fait donner le nom de Demi-Argus.

            Pour le reste de sa description, on tiendra compte du fait que Engramelle est persuadé que, chez les Lycènes, les mâles ont les ailes brunes et les femellles les ailes bleues. Cette erreur sera rectifiée par Latreille.


 3. Polyommate Demi-Argus  Latreille, 1818.

Nouveau dictionnaire d'Histoire naturelle tome 27 page 501 .  

 

 

4. Le polyommate Acis, Latreille et Godart 1819

Latreille et Godart Encyclopédie méthodique, Paris : Vve Agasse tome 9, page 703 n° 245 .

Cet article permet de disposer de l'ensemble des références bibliographiques sur cette espèce, notamment par les auteurs germaniques, autrichiens ou suisses.

 

 

5. Le Polyommate Acis, Godart 1821.

      Jean-Baptiste Godart, Histoire naturelle des lépidoptères ou papillons d'Europe, Paris : Crevot 1821 page 224  n°79 planche 11 secund fig. 7 et planche 11quart. fig. 4 peinte par Vauthier et gravée par Lanvin.


LXXIX POLYOMTTE [sic] ACIS

Hesperia argiolus (Fab.)

Le Demi-Argus (Geoffr.)

Envergure 12 à 13 lignes (=27 à 29 mm).

Le dessus du mâle est d'un bleu-violet avec une légère bordure noire. Le dessus de la femelle est d'un brun noirâtre, avec l'origine faiblement teintée de bleu. 

Le dessous des deux sexes est comme le cyllarus, excepté que la base des ailes inférieures a très peu de bleu, et que leur milieu offre un arc noir bordé de blanchâtre.

Ce Polyommate paraît en juin et au commencement d'août. Il est assez commun dans les prés et les clairières des bois.


                   n314_w358


                  n322_w358       

 

 

            13881

              

6. Polyommate Acis = Demi-Argus, Bernard Bertrand  1835

Au contraire, Pierre Boitard écrit en 1843 dans son Nouveau manuel complet d'entomologie page 223 :

Le Polyommate Demi-Argus = Polyommatus Argiolus Latreille

Le Polyommate Alcis = Polyommatus Acis Latreille

 

 

7. La revue des noms vernaculaires par Gérard Luquet en 1986 et le nom vernaculaire actuel.

 

  Dans la révision des noms vernaculaires français des rhopalocères parue dans la revue Alexanor en 1986, Gérard Christian Luquet créait comme nom principal pour Cyaniris semiargus "l'Azuré des Anthyllides", acceptait aussi "le Demi-Argus" et réfutait "l'Argus violet" de Rappaz en commentant cette opinion d'une note 42.

[42] L'emploi du nom "l'Argus violet" doit être prohibé, dans la mesure où celui-ci a servi à désigner non seulement Helleia helle, mais aussi Cyaniris semiargus. Dans le cas de C. semiargus,  l'attribution  du nom "Argus violet" est sans-doute imputable à une traduction approximative du nom vernaculaire allemand de cette espèce, "Violetter Waldbläuling".

 

              Parmi les 73 Polyommatinae ou Polyommatines français nommés par Luquet, on compte outre le Collier-de-Corail, 62 Azurés, 7 Argus, et 14 Sablés, tous construits sur la structure habituelle à cet auteur, Nom de groupe + Plante-hôte ou Nom de groupe + adjectif géographique ou descriptif. Ainsi, il existe plus de 40 "Azuré + Plante-hôte".

 Le terme "Azuré"  souligne la couleur bleu-azur des mâles. Azur était, en minéralogie, le nom donné anciennement au lapis-lazuli appelé aussi quelquefois pierre d'azur ; par extension, le terme désigne aussi, dans l'industrie chimique des colorants, une matière colorante d'un bleu très foncé fabriquée à partir du verre. "Bleu d'azur" désigne aussi un bleu intense, avec des évocations de clarté céleste et de luminosité :  l'azur des cieux, l'azur des mers; la Cöte d'Azur. La grotte d'Azur de l'île de Capri. 

 Son étymologie est liée à lazur, forme déglutinée issue de l'arabe lāzaward « lapis lazuli », lui-même issu du persan lāzward « id. ».  remonte à la seconde moitié du XIe siècle par une origine judéo-française : lazur « couleur bleu clair ». On  trouve la forme nominale azur ca 1100 dans Roland :  Tut li trenchat le vermeill et l'azur. L'adjectif  azur « de couleur bleu clair » est signalé vers 1210 alors que le substantif désignant métaphoriquement le ciel date de 1794 par l'intermédiaire du latin médiéval azurium . (Trésor de la Langue Française).

 

Parmi les Fabaceae, les Anthyllides forment un genre Anthyllis L., 1753 qui comportent de nombreuses espèces dont, dans la flore française, A. barba-jovis ou Barbe-de-Jupiter qui ne se rencontre que sur les  îles d'Hyères, Porquerolles et la Corse, ainsi que le Massif des Maures, A. montana ou Vulnéraire des montagnes(Alpes et Pyrénées), A. hermanniae ou Anthyllide d'Hermann (méditerranée), et, surtout, A. vulneraria  ou Anthyllide vulnéraire ou "Trèfle jaune".

C'est cette Anthyllide vulnéraire qui pousse sur pelouses aérohalines submaritimes atlantiques sur l'aire  atlantique septentrionale : ces plantes ressemblent à de gros trèfles, mais leurs calices duveteux expliquent peut-être leur nom, du  grec anthos = fleur + ioulos = duvet. C' est la ou une des plantes hôtes des chenilles des Lycènes comme la  Thècle de la ronce ou Argus vert, Callophrys rubi, l' Argus frêle, Cupido minimus, l' Azuré grenadin, Cupido lorquinii, l' Azuré de l'Atlas, Polyommatus atlantica et Azuré de la Vulnéraire, Polyommatus bellis. Le nom vernaculaire de ce dernier papillon, Azuré des Vulnéraires, est très proche de celui d'Azuré des Anthyllides. 

On voit par là que le Cyaniris semiargus n'est pas le seul à se nourrir des Anthyllides. De même, ces plantes ne sont pas les seules à nourrir ses chenilles, qui trouvent aussi leur bonheur sur le Trèfle des Prés Trifolium pratense et sur d'autres Fabacées.

 

 

 

                                         alt=Description de cette image, également commentée ci-après

 

 

 

7. Étude zoonymique des auteurs français :

— Luquet in Doux et Gibeaux 2007  page 212 :

-Azuré : terme descriptif faisant allusion à la couleur bleu de l'imago. Les anciens utilisaient concurremment les termes  "Azuré", "et "Azurin" pour désigner les "Argus bleus".

-Anthyllides : plantes nourricières de la chenille.

 

8. Noms vernaculaires contemporains :

 

  Charles Oberthür et Constant Houlbert , dans leur Faune armoricaine de 1912-1921, utilisent le nom scientifique de  Lycaena semiargus Rott (= acis Schiff.)   puis citent dans leur texte page 224  le nom vernaculaire de "Le Demi-Argus d'Engramelle".

—Bellmann / Luquet 2008 : "Azuré des Anthyllides" .

— Chinery / Leraut  1998  : absent

— Doux & Gibeaux 2007 : "L'Azuré des Anthyllides ".

— Lafranchis, 2000 : "Le Demi-Argus, l'Azuré des anthyllides" .

— Perrein et al. 2012 : "Azuré des Anthyllides, Demi-Argus ".

— Tolman & Lewington / P. Leraut 2009 : "Demi-Argus".   N.b : ces auteurs signalent une seule plante-hôte, Trifolium pratense (et, en Grèce, Trifolium hysodes ; ou "en élevage, de nombreuses espèces de Trifolium"). Ils ajoutent : "la confirmation de l'emploi d'autres Fabacées souvent citées  reste à faire" : cela explique peut-être leur refus de reprendre le nom d' "Azuré des Anthyllides".

— Wikipédia : " L'Azuré des anthyllides ou Demi-Argus ".

 

 

III. Les noms vernaculaires dans d'autres pays.

 

  • "Mazarine Blue" en anglais 
  • "Rotklee-Blaeuling" en allemand
  • "Falsa Limbada" en espagnol
  • "Cobalt" en catalan
  • "Klaverblauwtje" en néerlandais
  • "Niittysinisiipi" en finnois 
  • "Modrásek lesní" en tchèque
  • "Engblåvinge" en norvégien
  • "Ängsblåvinge" en suédois
  • "Engblåfugl " en danois
  • "Meža zilenītis" en letton
  • "Modraszek semiargus" en polonais
  • "Mazarinmavisi" en turc
  • "Pilkasis melsvys" en lituanien
  • "Modráčik lesný" en slovaque
  • "Голубянка семиаргус" en russe
  • "Aprószemes boglárka" en hongrois 
  • "Vizantijski plavac" en serbe.

 

Langues celtiques  : 

1. langues gaéliques :  irlandais (gaeilge) ; écossais (Gàidhlig ) ; mannois ( gaelg :île de Man).

  •  en irlandais

  •  en mannois.
  • "" en gaélique écossais*

2. Langues brittoniques : breton (brezhoneg) ; cornique (kernevek); gallois (Welshcymraeg).

  •  pas de nom en breton ; 

  • "Glesyn masarin" en gallois.

 *Liste des noms gaéliques écossais pour les plantes, les animaux et les champignons. Compilé par Emily Edwards, Agente des communications gaélique, à partir de diverses sources.   http://www.nhm.ac.uk/research-curation/scientific-resources/biodiversity/uk-biodiversity/uk-species/checklists/NHMSYS0020791186/version1.html

 Voir aussi :http://www.lepidoptera.pl/show.php?ID=70&country=FR

 

 

Les noms vernaculaires en anglais selon M. Salmon (2000).

 

          UK Butterflies : "Quoiqu'il soit répandu et assez commun sur le continent, ce papillon est éteint dans les Îles Britanniques. Il a été constaté dans la moitié sud de l'Angleterre - bien que ceux trouvés sur la côte sont supposés être des immigrants et que ceux trouvés  à l'intérieur des terres sont considérés comme des introductions accidentelles ou délibérées.

Cette espèce a été mentionné pour la première fois comme britannique en 1710 et il y a eu plusieurs centaines d'observations enregistrées jusqu'à la fin du 19ème siècle. Différentes dates sont données comme celles de la dernière observation, bien que tous sont liés à une région particulière. La fin du 19ème siècle semble marquer un tournant, après quoi il y a eu  très peu d'enregistrements. Cette espèce est éteinte dans les îles britanniques. Une cause possible de l'extinction est liée à des changements à la fenaison qui ont abouti à ce que les trèfles soient coupés par inadvertance alors que cette espèce était encore dans ses stades immatures."

Première description en Angleterre Moffet 1634 ?

Ray, 1710, Historia insectorum :

Papilio minor, alis supinis purpureo-caeruleis, pronis ocellis aliquot pictis. An Diurnarum minimarum tertia ?Mouffeti, pag. 105 n°3. Alae supinae ad exortum caerulescunt ; inferius a fusco albicant ; Ocelli sex septemve in singulis alis.  A.D. Dale capta nobisque ostenta est.

Cette description a été considérée par P.B.M. Allan comme étant celle du Cupido minimus, par E.B. Ford comme celle du Cyaniris semiargus, et C.E. Raven comme celle d'un Plebejus argus.

  • "The Dark Blue" : Lewin, 1795.
  • "The Mazarine Blue", Haworth, 1803, et les auteurs suivants.

 

 A propos du nom The Mazarine Blue.

En 1795, William Lewin 1795  décrivit dans The papilios of Great-Britain page 80 planche 38 figure 6 et 7 le papilio semiargus sous le nom synonyme de papilio Cimon, du nom du héros de l'opéra Mickael Arne Cymon (1667), lui-même basé sur la nouvelle Cimon et Iphigénie du Décameron de Boccace (vers 1350), cinquième journée première nouvelle, illustrée par Rubens (vers 1617) ou par Boucher (1757). Le poète John Dryden écrivit un poème sur cette nouvelle.

 


Cyaniris-semiargus-papilio-cimon-Lewin-pl.38-fig-6-7.png

 


William Lewin qui publie son ouvrage en version bilingue avec des noms vernaculaires anglais et français, nomme ce papilio cimon "The Dark Blue" et "Le Bleu Obscur".

Haworth dans ses Lepidoptera britannica de 1803, page 64, reprend la description du papilio cimon de Lewin, sous la graphie papilio cymon, mais en  créant le nomvernaculaire "The Mazarine Blue"

  "Mazarine Blue"  est un adjectif de couleur anglais, qui n'est traduit "Bleu Mazarine" que par anglicisme. On ignore la raison pour laquelle le nom propre Mazarine a été associé à la couleur bleu, mais comme il n'existe aucun personnage britannique de ce nom, il ne peut provenir que du nom Mazarin désignant  soit le cardinal Mazarin (1602-1661), soit Hortense Mancini (1646-1699) , nièce du précédent, qui porta le titre de Duchesse de Mazarin après son mariage avec le duc de la Meilleraye en 1661 et qui séjourna en Angleterre à partir de 1675 où elle fut, entre autre, la maîtresse de Charles II. 

Ces dates sont importantes puisque les dictionnaires de Nathan Bailey mentionnent différents dérivés utilisant "Mazarine" dès 1675 : An Universal Etymological English Dictionary: Comprehending the Derivations (London, 1675) ; Dictionarium Britannicum Or a More Compleat Universal Etymological English ...(London, 1736)

  • Mazarine : a famous cardinal who was regent of France during the minority of Louis XIV. [1675]
  • A la Mazarine (in cockery) : a particular manner of dressing several sorts of fowls [1675] ; a particular way of dressing fowls [ 1736]
  • Mazarines : little dishes to be fet in the middle of a large dish ; also a sort of small parts foilled with sweet meats. [1675]
  • Mazarine blue, a deep blue colour [1675], a blue of a deep colour [1736]
  • Mazarine Hood, a hood made after the fashion of that worn by the dutchess of Mazarine [1675 ; 1736].

 

220px-HortenseManciniGodfreyKneller.jpg  Image illustrative de l'article Jules Mazarin

 

Ce n'est que postérieurement que la langue française emploiera les termes  "assiettes à la mazarine" ou simplement "mazarines" pour désigner en 1680 "les premières assiettes creuses, dans lesquelles on mangea le potage, que jusque-là on avait servi dans des écuelles", Invention de Henri de Béthune, archevêque de Bordeaux. Et en 1735 un "Gâteau fait de pâte à génoise, de fruits confits en petits morceaux, d'amandes et de marmelade", invention de madame Martiny. En 1739, le Nouveau Traité de cuisine de Menon mentionne des "Patés à la Mazarine", et au XIXe siècle apparaissent de nombreuses recettes de plats "à la Mazarine" ( se dit de petites pièces de boucherie garnies de riz, de champignons de Paris et de fonds d'artichaut emplis d'une jardinière de légumes étuvée au beurre).  

Mais le nom de couleur "Bleu Mazarine" ne traverse pas la Manche. Suivons-en donc les aventures sur l'autre rive du Channel. 

— En 1734, dans un ouvrage de Thomas Short,  The Natural, Experimental, and Medicinal History of the Mineral Waters , on peut lire:

"Tincture of Galls put to a Solution of a very little of the Salt. the Liquor was of a fine deep mazarine blue, and precipitated a black Sediment, the Liquor above was blue."

— En 1761, dans The London Magazine l'adjectif est utilisé pour qualifier la robe en soie de Conseillers de la Cour des Common Council de la Corporation de la City de Londres :

"That the gown' of the common-council men be of silk, of mazarine blue, and furred on the sleeves."

En effet, les membres de cette Cour apparurent pour la première fois dans cette tenue le 18 septembre 1761, lorsque ceux-ci présentèrent leurs félicitations au cours du mariage de Charlotte-Sophie de Mecklembourg-Strelitz et du roi Georges III.  

                   220px-Queen_Charlotte_by_Benjamin_West%2  Mazarine-Blue-Common-Councilman.png source

 

La même tenue est mentionnée en 1764 : "They were accompanied by half a dozen common- councilmen in mazarine blue gowns — whence they obtained the nickname of " Mazarines," then commonly applied to them." Les membres du Conseil la portent lors du Lord Mayor's Day.

En 1797, lors d'une cérémonie "The King appeared in blue and gold ; the Queen in mazarine blue, with a diamond head-dress; the Princesses in the fame coloured vests, with chained head-dresses of gold and white feathers".

On rencontre ce nom de couleur ensuite comme couleur de tissu, et il est attesté dans des Catalogues de vente.  

 


Mazarine Blue dans les Sciences naturelles.

 

 a) En 1773,  D. Drury décrit des papillons 1773 reçus de Chine : "the wings have their anterior edges of a fine mazarine blue. … The Head, Neck, and thorax are of a dark mazarine blue". L'ouvrage de Drury est en version bilingue anglais et français, et la phrase correspondante dans le texte français mentionne « une couleur bleue mazarine ». On compte dix occurences de ce nom de couleur  en tout dans le texte Illustrations of natural history   page 4     

b) en mai 1773, lors d'une escale à Tahiti, un oiseau est décrit sous le nom de Poy-bird : " We called this bird the poy-bird, on account of two little tusts of curled hair which hang under its throat, called its poies, which is the Otalieitan word for ear-rings. <

strong>The feathers of this bird are of a fine mazarine blue, except those of his neck which are of a silver grey."  James Cook,Tobias Furneaux A Voyage towards the South Pole and round the world Volume 1.    

c) Le national History Museum conserve une illustration par Thomas Watling, datée de 1792-1797, du Perroquet turquoise , The Turcosine Parrot qui est décrit ainsi :  

"The feathers of the head, and shoulder of the wing, are of the most brilliant lightest axure. The strongest quill feathers are equals as to cleanness of colour, but a middling deep mazarine blue, tipped with black. The whole of the bird's colours are de- lightful; but these most especially, the best artist must ever despair of equalling."  

                            [Turquoisine Parrot : Neophema pulchella ] 

 

 

Conclusion sur "Mazarine Blue".

Je pense que nous en savons suffisament maintenant :  dans la langue anglaise, Mazarine Blue, parfois abrégé en Mazarine si le contexte est évident, désigne un bleu foncé : il apparaît en 1675 dans le dictionnaire de Bailey, témoignant d'un usage déjà établi, avant même que la Duchesse de Mazarine ne s'établisse en Angleterre, et l'origine de ce nom de couleur ne peut pas être précisé. Il qualifie d'abord des vêtements (1761) puis est employé dans les Sciences Naturelles depuis 1773, notamment par Drury pour décrire les ailes des papillons. Utilisé par Haworth en 1803 comme nom vernaculaire d'espèce d'un Papilio Plebejus cimon/cymon préalablement nommé The Dark Blue par Lewin, il fut repris par les auteurs anglo-saxons et est devenu le nom vernaculaire consensuel du Cyaniris semiargus. Les Gallois l'ont repris sous la forme "Glesyn masarin". 

Il resterait à s'interroger sur la possible transformation de "Marine" en "Mazarine". Mais notre nom de couleur "Bleu marine" ne date que de 1887, et le nom équivalent "Marine Blue" des années 1880. Ces noms n'ont donc pas pu agir par contamination.

 

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             Bibliographie, liens et Sources.

 

 

— Funet : polyommatus 

— Inventaire national du patrimoine naturel (Muséum) : cyaniris semiargus.

— UK Butterflies : cyaniris semiargus.

— lepiforum : cyaniris semiargus.

— Jardinsauvage :  cyaniris semiargus.

 

Bibliographie de cet article :  Zoonymie des Rhopalocères : bibliographie.

 

               

 

 

 

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