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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 05:59

VIERGES ALLAITANTES VIII.

 Dans l'ossuaire de Pleyben, une statue jadis enterrée.

 

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    Je découvre l'information  dans l'article Wikipédia consacré à l'enclos paroissial de Pleyben : cette statue de  vierge allaitante du troisième quart du XVIe siècle a été trouvée lors de travaux à proximité de l'église: cette vierge couronnée, sein nu, aurait pu avoir été enterrée " à cause d'un aspect jugé trop réaliste à l'époque". 

  Cette statue présente deux détails qui me retiennent :

1) l'enfant tient dans la main un objet rond, ressemblant à un jeton. L'artiste a-t-il voulu représenter une goutte de lait ?

2). Les cheveux sont retenus par le fameux bandeau postèrieur qui est propre aux autres Vierges allaitantes de Cornouaille, qui sont plutôt du dernier quart du XVIe siècle. Ce détail intègre cette statue au groupe constitué par toutes ces Virgo Lactans. Virgo lactans ou miss Néné ? Les candidates du Finistère. Les Vierges allaitantes. Mais c'est, avec celle de Saint-Venec, la seule à être couronnée.

  J'ajoute un commentaire : elle m'évoque par sa facture et ses traits plus grossiers que les autres, la Mamm al Leiz de la fontaine de Tréguron à Gouezec : Vierges allaitantes I : Notre-Dame de Tréguron à Gouezec: les Vierges. Proviendrait-elle d'une fontaine ?

 

2. Source complémentaire.

   Ma recherche bibliographique me conduit à l'article suivant :

Christiane Prigent, Découverte d'une Vierge à l'Enfant, Bulletin Société Archéologique du Finistère 1989 pp. 209-212.

  J'y apprends que la statue a été retrouvée sous le mur de soutènement de la grille ouest située derrière l'église. Elle mesure H : 1,08m, L : 0,45m, E : 0,24m.

L'auteure envisage ensuite le thème de la statue enterrée en donnant les exemples de deux statues découvertes au pied de la chapelle Saint-Albin à Plogonnec, de trois statues en bois du XVIe siècle retrouvées au cimetière de Quéménéven, de statues de l'ossuaire de Landivisiau retrouvées dans un coin de l'ancien cimetière, ou de celles qu'un fossoyeur a découvert à Plonévez-Lochrist. Elle rappelle que les évêques de Quimper avaient relayé les consignes du Concile de Trente et elle cite Mgr François-Hyacinthe de Ploeuc stipulant dans ses statuts synodaux " Nous voulons que les images et peintures qui ont quelque chose de mutilé, de profane et d'indécent ; qui représentent des histoires contraires à la vérité de l'Écriture, ou des traditions écclésaistiques, en soient ôtées prudemment et sans scandale, et cachées sous terre en quelconque endroit du cimetiere".

   Elle rappelle également les mesures qui tentent de dissimuler aux fidèles les seins des vierges qui auraient échappées au diktat d'enterrement, ou aux mutilations comme à La Martyre (tympan du porche). J'en avais donné quelques exemples, j'en découvre d'autres :

  - La Vierge à l'Enfant du XIVe siècle link de l'église N.D de Lorette à Lanriec, près de Concarneau, présentait ainsi à l'origine son sein nu à l'enfant qui y posait la main. Mais au XVIIIe, on cru bon de recouvrir la glande mammaire "d'un corsage dait de feuillets froissés provenant d'un office à Notre-Dame" (topic-topos). Christiane Prigent constate pour sa part que "l'enfant glisse la main droite sous la pièce de bois rajoutée pour dissimuler la nudité du buste".

  - "A Sainte-Marine en Combrit, un plastron amovible en bois couvre actuellement l'échancrure de la robe, qui laissait les seins nus de la Vierge". (C.Prigent, op.cité)

 

  L'oeuvre d'un atelier de sculpture de Pleyben ? Deux pôles succesifs de production des Vierges allaitantes ?

  En 1989, Christiane Prigent décrit la statue ainsi : "On notera la turbulence de l'Enfant, inspiré des modèles nordiques. Il se rejette en arrière, bras écartés ; de sa main droite, il tient une boule, symbole de sa royauté sur le monde. Le vêtement de la Vierge composé d'une robe relevée en un volant sur un jupon, le style particulier de sa coiffure _sorte de nattes enserrées par une bande de tissu_, autorisent des comparaisons avec la statue de Notre-Dame de Gars-Varia, en Pleyben. De même que les statues de sainte Barbe, datée de 1578, et de la Vierge à l'Enfant à la chapelle de Lannelec, cette sculpture serait une production d'un atelier de sculpture sur granite, oeuvrant à Pleyben dans le dernier quart du XVIe siècle".

   En note de bas de page, l'auteure se réfère à sa thèse de 3e cycle Les statues des Vierges à l'enfant des XVe et XVIe siècles dans l'ancien diocèse de Cornouaille, Rennes, 1982 pour proposer l'hypothèse d'un premier atelier de production statuaire à Locronan responsable des Vierges de Bonne-Nouvelle à Locronan, Cast [quillidoaré], Kerlaz, qui sont les Vierges allaitantes de ma série, puis l'installation à Pleyben une quinzaine d'années plus tard d'un second atelier qui utilise alors les modèles sortis du premier centre.

  L'article se termine de manière moins convaincante pour moi : "La Vierge, d'une raideur archaïsante, paraît lourde : les mouvements du corps sont dissimulés sous les épaisses draperies, traitées en un système de gros plis simplifiés. La tête massive, d'un modelé rude, montre un visage aplati. Cette sculpture médiocre, manifestement bâtarde d'un art conventionnel, commandée probablement par les couches sociales les moins favorisées à un artisan dépourvu de culture artistique comme d'habileté manuelle, n'offre aucun interêt stylistique ; mais elle permet de saisir les niveaux forts différents de l'artisanat en Cornouaille, et au sein d'un même atelier."

  Enfin C. Prigent conclue en rejoignant un peu mon hypothèse d'une statue de fontaine : " Reste à déterminer la situation initiale de la statue dans l'édifice. Le revers plat, l'usure du granite permettent de supposer qu'elle venait se loger dans une niche extérieure, sous un baldaquin. Amoins qu'elle ne provienne d'un autre édifice ou d'un calvaire détruit ?" 



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Published by jean-yves cordier
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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 05:55

             VIERGES ALLAITANTES IX :

   Notre-Dame de Bonne-Nouvelle à Locronan.

               Itron-Varia-Kelou-Mad

Pardon le premier dimanche de septembre.

 

I. Présentation.

    Je me contenterais de recopier ici le texte des deux feuilles qui sont encadrées dans la chapelle ; j'en ignore l'auteur, mais il est tout à fait remarquable, et comme on souhaiterait trouver partout des explications aussi complètes ! On ne peut qu'en féliciter l'Association de sauvegarde :

"Au XVe siècle la piété populaire adjoignit au patron du pays (Saint Ronan)  un saint étranger qu'elle vénérait au second plan, mais avec un attachement sincère, Saint Eutrope le Saintongeais, patron des hopitaux. En haut de la rue Moal, à droite en descendant, s'élevait une chapelle placée sous son vocable et dont il ne reste que des vestiges informes. 

   En bas de cette rue se trouve la chapelle Notre-Dame de Bonne-Nouvelle (Kelou Mad) dédiée à la Vierge Marie, dénommée Madame Marie (Itron Varia). Cette chapelle était nommée "an iliz nevez" du temps où la chapelle Saint-Eutrope, sa voisine, existait.

   La fondation de la chapelle date du XVe siècle. De cette époque ne subsiste que deux portes, l'édifice ayant été remanié à plusieurs reprises au XVIe et XVIIe siècles, pour finir par son clocheton vers 1698.

   L'édifice est composé de deux parties. A l'extérieur, la séparation est marqué par le petit clocheton. A l'intérieur, une arche souligne cette division. Entre ses deux montants, une poutre de gloire a été insérée représentant le Christ en croix, entourée de sa mère et de Saint-Jean. Cette poutre marque la limite entre la partie des fidèles et celle réservée aux religieux.

   De chaque coté on remarque un autel d'offrandes. Sur celui de droite est placé une déploration, presque identique à celle de l'église paroissiale. Elle a perdu sa polychromie, mais M. Alfred Manessier a fait en sorte qu'à certaines heures de la journée l'ensemble s'anime par un jeu de lumière.

   Le retable de l'autel porte en relief en son centre l'Assomption de la Vierge Marie, et de chaque coté l'Annonciation, l'archange Gabriel à gauche annonce à la Vierge (à droite) qu'elle va donner naissance à Jésus.

   La statue de Notre-Dame trône dans une niche, à gauche du maître-autel. Cette oeuvre du XVIe siècle montre une vierge nourricière, qui ouvre son corsage pour donner le sein à l'enfant. A droite de l'autel, une statue représentant la Sainte Trinité : Dieu le Père, ceint d'une chape et d'une tiare, assis sur un trône, porte son Fils en croix. Il est surmonté de l'Esprit-Saint (la colombe).

   Les vitraux datés de 1985 sont l'oeuvre du maître-verrier Alfred Manessier. Pour lui la ligne directrice de sa création a été dans les mots "bonne nouvelle". Il a représenté la Vierge, ouvrant son manteau pour accueillir les fidèles par un bleu intense, avec un mouvement du bas vers le haut du vitrail.Mais ce vitrail peut représenter aussi la Baie de Douarnenez et la couleur bleue la mer, source de toute vie.

   Le calvaire a un socle circulaire. La croix est encadrée par deux nuages soutenant deux angelots qui recueillent le sang du Christ. Au dos se trouve une Vierge couronnée, une des rares oeuvres du Finistère taillée dans du calcaire.

   La fontaine : un fronton imposant surmonte la fontaine, sur lequel on peut lire l'inscription suivante :

CONAN. MARCHAND DE TOILE. LAN. 1698

VEN. ET DISC. MATHURIN. SENE. V.P.P.L.

Jusque dans les années 1960, la niche abritait une statue de Saint Eutrope qui a disparu.

Les années de grande Troménie, les habitants plongeaient dans cette fontaine les reliques de saint Eutrope, puis distribuaient l'eau qui avait le pouvoir de tout guérir.

   La fontaine est prolongée par un lavoir à trois bassins".

  J'ai  trouvé aussi  les informations complémentaires suivantes :

  • Un testament, celui de Jean Le Moine datant de 1439 cite cette chapelle comme nouvellement construite. La chapelle Saint-Eutrope était contiguë à un hôpital dédié au saint. 
  • Lors de la grande Tromènie de Locronan qui a lieu tous les six ans, Saint Eutrope est la première station, alors que Notre-Dame de Bonne Nouvelle en est la cinquième, sur un total de douze sur un parcours de 12 à 13 km.
  • La chapelle est classé depuis 1915, la fontaine et le calvaire depuis 1926.
  • l'édifice rectangulaire mesure 17 mètres de long. Il est couronné par un clocheton en dôme du XVIIe siècle. 
  • Lors de la révolution, la chapelle a été achetée par Guy Bernard et Sébastienne Gueguenaou, sans-doute les instituteurs de Locronan, le 23 août 1796. Ils purent ainsi la rendre à sa destination primitive en 1817, où elle se trouvait en ruine et estimée à deux cent francs avec ses dépendances, mais ils demandèrent en retour qu'on veuille bien réciter à leur intention un Pater, un Ave, un De Profundis, qu'ils disposent d'un banc à quatre place devant la statue de Notre-Dame, et qu'on fasse placer l'inscription "A la famille Bernard, conservatrice de la chapelle". Je n'ai pas observé cette inscription, et j'avoue avoir omis de réciter les oraisons. 
  • Depuis cette période, un pardon avait lieu le dimanche de la Trinité, en hommage au groupe de la Sainte Trinité représenté du coté de l'épître. A la même époque, le curé signalait à l'évêque que les offrandes faites à Bonne-Nouvelle s'élevaient à 40 à 50 écus, somme suffisamment considérable pour permettre l'entretien de l'église principale : cela témoigne de l' importance de la dévotion populaire.
  • Jean Conan (1672-1745), ce marchand de toile qui aurait fait construire la fontaine et le lavoir, avait indiqué lors de son mariage avec Suzanne Pezron en 1693 la profession de fabrique et marguiller. Il était l'un des huit enfants de Jean Conan, boucher, et d' Anne Boscher. Il eut lui-même six enfants.
  • Alfred Manessier (1911-1993) a été l'un des premiers à introduire l'art non figuratif dans les églises par sa verrière de Sainte-Agathe des Brézeux en 1948. Parmi les seize verrières qu'il réalisa, deux se situent dans le Finistère : celle de Locronan, et celle de Notre-Dame de la Paix au Pouldu. Les vitraux de Manessier ont remplacé, bien-entendu, les vitraux d'origine, dont il ne restait que quelques traces au début du XXe siècle. Il n'est pas possible de ne pas mentionner l'abbè Maurice Dilasser, frère du peintre François Dilasser et commanditaire de ces vitraux, puisque c'est lui qui a proposé à Manessier "le thème de Marie qui présente au monde d'hier, d'aujourd'hui et de demain la Bonne Nouvelle. Celui qui est venu après une longue attente... Marie dans le mystère de l'Annonciation, de la Visitation et de la  Nativité. Celui qui vient aujourd'hui apporter la lumière et la paix au milieu de nos incertitudes, de nos angoisses et de nos dissensions. Marie dans les jours cachés de Nazareth : "Heureuse celle qui a cru"... Celui qui viendra pour le salut des nations et qui nous réunira pour toujours dans la vie et la resurrection. Marie dans la gloire de l'Assomption". Ce à quoi Manessier répondra en déclarant le jour de la bénédiction lors de la petite Troménie en juillet 1985 :"Ces vitraux non figuratifs évoquent un mouvement qui part du choeur et continue avec les autres vitraux : c'est comme un manteau qui s'ouvre, un mouvement d'accueil qui vous tend les bras. Au fond le petit vitrail du pignon c'est l'echo du grand vitrail du choeur : c'est en quelque sorte la "bonne nouvelle". Dans le mouvement dessiné, le rythme est donné par les lignes de plomb" (in Hélène Claveyrolas,Les vitraux de Manessier dans les édifices historiqueslink


 

 

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Vue de la nef en aval de la poutre de gloire : à droite, la Déposition.

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La poutre de gloire :

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La Déploration :

   La pierre (kersantite)  qui a perdu sa polychromie au profit de lichens verdâtres devient assez ingrate à photographier, et l'image rend mal compte de sa réelle beauté. Voir ici le groupe similaire, en l'église de Locronan, avec toutes ses couleurs : L'église de Locronan : ma visite. On croirait assisté à l'irruption, sur la convocation d'Ulysse, sortant de cavernes obscures, des fantômes couverts de cendres de Joseph d'Arimathie, de Nicodème, de Saint Jean et de la Vierge éplorée, et de l'élégante Marie-Madeleine qui ne se dessaisit pas pour autant de son précieux flacon de parfum : l'ensemble n'en est pas moins tragique, et autour du Corps du Christ cambré par l'opisthotonos  cadavérique,  les murs couverts de salpêtre et de mousse, et les statues grisâtres semblent faire résonner les chants graves de De profundis ou de Stabat Mater pathétiques.

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      Parfois, comme le signalait le texte de présentation, quelques feux follets facétieux voltigent autour des spectres

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  Puis le feu Saint-Elme, comme effarouché par les saintes âmes, s'enfuit, et le silence des ombres retombe sur les cinq personnages figés par leur douleur.

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La partie Est de la chapelle : au premier plan, deux statues d'apôtres :

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  A gauche, un apôtre ( car il est pied nu et il tient un livre) tenant un bâton (sans-doute pas un bourdon, comme saint Jacques, ni un foulon, comme Jacques le mineur, mais plutôt le reste d'une croix  comme Philippe ?) 

  On pense, dans cette chapelle de Bonne-Nouvelle, devant ces apôtres aux pieds nus, à la phrase de Saint Paul dans son épître aux Romains (Rom X 15) citant Isaïe LII,7 : "Qu'ils sont beaux les pieds des messagers qui annoncent la bonne nouvelle! "

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 Un autre apôtre, plus facile à identifier : c'est André, avec la croix en X sur laquelle il fut supplicié.

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Le choeur : la maîtresse-vitre de Manessier, l'autel et son retable,  les deux niches de la Trinité et de Notre-Dame.

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La Trinité :

A droite, du coté de l'épître, la seconde place , une niche abrite une Sainte Trinité:


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La Bonne Nouvelle : le retable et la Vierge allaitante.


 Le retable a été réalisé en 1723 par Jean Mozin, sculpteur quimpérois qui reçu 200 livres de rétribution. Le maître-autel avec son retable consacré à des scènes de la Vie de la Vierge, et la statue de Notre-Dame, vont de pair. En effet le retable montre Marie apprenant de l'ange Gabriel la bonne nouvelle de la naissance de Jésus. Marie, à genoux devant un prie-dieu où un livre est ouvert, montre par son geste à la fois son étonnement, son acceptation, et le bouleversement de son âme. Elle est ici placée à gauche, et l'ange à droite, ce qui n'est pas habituel dans les Annonciations.

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      Au centre, l'Assomption : Marie, portée par des chérubins sur les nuées, sort du tombeau et monte au ciel. Il ne devrait pas être très difficile de retrouver quelles sont les gravures qui ont servi de modèles.

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L'ange Gabriel bénit la Vierge en lui disant "réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi". De la main gauche, il tient le lys, symbole de pureté et de virginité .

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Notre-Dame de Bonne Nouvelle :

  Elle vient ajouter à la signification religieuse de la Bonne Nouvelle telle qu'elle s'inscrit dans l'Histoire du Salut une signification bien plus humaine, la bonne nouvelle de la naissance d'un enfant, de sa croissance, de la façon stupéfiante qu'il a de s'éveiller, de téter comme un goulu , de profiter du lait, et de nous émerveiller, de tirer des larmes d'émotion à grand-père et de rendre  grand-mère gâteuse avant l'âge, de faire à dada avec papa et risette avec tonton, tant et si bien que l'arrivée du bout-chou semble l'évènement le plus important qui soit arrivé depuis que la terre tourne...

  Et la dévotion que reçoit Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, Kelou Mad, vient de ce que beaucoup viennent lui demander cette grâce d'un heureux évènement, ou la remercier de l'avoir accordé.



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        Voilà donc la neuvième vierge allaitante, dont je constate tout-de-suite que ce n'est pas elle qui sera élue Miss Néné ! Certes, elle fait le geste, comme les autres, de présenter à l'enfant le mamelon entre l'index et le majeur, mais elle a oublié de retirer sa chemisette ; et puis, à la différence des vierges précédentes, sa tête est couverte d'un voile blanc qui descend vers le dos en laissant les cheveux longs et bouclés tomber devant les épaules.

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  Par contre, elle partage avec les Vierges allaitantes de Cornouaille le corselet très cintré, ouvert en V sur une doublure intérieure fine, et qui se poursuit vers le bas en un curieux retroussé : ce qui semblait descendre comme une robe s'arrête sur une bordure en diagonale, très godronnée, pour faire apparaître les plis verticaux d'une sous-jupe dont le galon rouge et or porte une inscription difficile à lire : je devine NOTRE DAME DE BONNE NOUVELLE, bien-sûr. Ces lourds  et épais plis qui se chevauchent en accordéon recouvrent un autre dédoublement d'une dizaine de centimètres, qui semble fait d'un tissu  à grosse maille, comme un tricot beige. L'ensemble ferait penser à trois jupons superposés qu'une élégante aurait relevés jusqu'à la taille pour mieux les faire admirer, par coquetterie, mais précisément Marie est née indemne d'un tel défaut, péché originel des descendantes d'Éve.

   Ce trois rideaux recouvrent eux-même la robe proprement dite, qui est d'or mordorée, qui tombe jusqu'aux pieds ; un pied droit, justement, apparaît pour nous montrer le chaussage, simple socque renforcée d'une sangle, sur lequel vient mourir le ressac des vagues d'étoffe.

  Un manteau bleu, le manteau de la Vierge, ce  manteau bleu qui a la vastitude de l'océan et l'empan du ciel, celui-là même que Manessier a mis en lumière dans sa verrière, qui est ourlé d'or aux deux rangs de perles, tombe en un pan vertical alors qu'un doigt de la main gauche le retient avec une aisance de reine. Et c'est ce détail, non pas le petit pan de robe bleu, mais cet annulaire gauche qui fait office de patère, qui fait entrer sans probation ni parrainage Notre-Dame de Bonne-Nouvelle dans le club très fermé des V.A.C, Vierges Allaitantes de Cornouaille. 

  Le revers de ce manteau est rouge.

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  Elle est si majestueuse qu'on en oublie le Petit-Jésus, bambinet rose qui joue à la balle avec le triste monde. Il s'est saisi de notre planète comme d'une pomme ou d'un hochet et il la tend à sa maman en riant et en disant encore ! comme tous les bébés. Et maman va prendre la boule et la cacher dans son corsage, bébé va dire OHHH, avant de la faire surgir en disant coucou là voilà, comme toutes les mamans, qui n'ont pourtant jamais lu Jenseits des Lustprinzips (Au delà du principe de Plaisir, 1920) de Sigmund Freud, ni du Fort-Da, ni du jeu de la bobine, ni du petit Ernst, encore moins, Dieu merci, de la forclusion du Nom du Père. 

  Et comme ils ne se lassent pas ce ce petit jeu là, nous nous retrouvons dans l'obscurité la moitié du temps ( et nous dormirions mieux si nous réalisions que nous sommes alors contre le sein de Marie) et en plein sous la lampe l'autre moitié (et nous jouirions d'avantage de nos jours si nous avions conscience que la petite menotte de Jésus nous tient serré entre pôle et équateur).

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  La nuit mise à part, je n'ai peut-être jamais été aussi proche de la Vierge-Marie ; j'en profite (je suis monté sur un escabeau, sur la pointe des pieds car la statue est placée très en hauteur, je tiens entre les dents un projecteur de 500 Watts, et je cherche la réglage des iso et de l'ouverture sur mon reflex :  la situation est extrêmement précaire et mon quart d'heure de célébrité ne va sans-doute durer que quinze secondes). J'ai le temps de voir que les yeux ne sont pas de la couleur de ceux de Catherine Deneuve, mais bleu ciel, bien-sûr... que les manches sont en plat à Kouglof comme sur les autres statues... et c'est lorsque je commence à me demander comment l'enfant peut bien tenir sur l'avant-bras de sa mère sans être tenu que ... je reviens sur terre.

 

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 Dans l'église de Locronan est conservée la bannière de Notre-Dame de Bonne Nouvelle : curieusement, ce n'est pas une Vierge à l'Enfant, mais, sur son nuage, les bras ouverts, elle dispense généreusement ses grâces.

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 05:34

Vierges allaitantes du Finistère X.

La chapelle St-Denis à Seznec, Plogonnec.

 Je remercie les membres de l'Association de sauvegarde de la chapelle de leur chaleureux accueil.

 

I. Présentation.

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  Plogonnec était jadis divisée en huit quartiers ou cordelées (tréo en breton), dont, au sud-est près de la route menant à Quimper, celui de Seznec.

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      La porte avec la date de 1673 ; deux membres de l'Association de sauvegarde assurant l'accueil les mercredi après-midi durant l'été.

  La chapelle actuelle a été construite en 1673 (date gravée sur le linteau de la porte sud) vraisemblablement sur un édifice plus ancien. De plan rectangulaire, cet édifice de taille modeste ne reçoit sa lumière que d'une fenêtre sud et d'une baie gothique trilobée percée au dépens du pignon est. Le pardon annuel a lieu le premier dimanche de mai, alors qu'en 1940, la chapelle ayant une double attribution tutélaire,  on célébrait deux pardons, l'un pour N.D de Tréguron le premier dimanche de mai et l'autre le deuxième dimanche de juillet en l'honneur de saint Denis, et qu'au XVIIe siècle, on y ajoutait les fêtes de N.D. de la Pitié, N.D. de la Chandeleur, et, quinze jours avant le premier dimanche de Carême, le dimanche de la Sexagésime. 

  Notre-Dame de Tréguron, évoque en premier lieu pour moi le toponyme Tréguron à Gouezec où j'ai découvert la première Vierge allaitante en la chapelle de Tréguron ; et puis cela évoque les autres vierges allaitantes qui étaient aussi souvent intitulées Vierge de Tréguron comme à St Venec. Ici, on traduit ce toponyme par "trois couronnes", et les armes de Plogonnec (d'azur à la fasce d'or, chargée d'un léopard morné de gueules, accompagné en chef de trois couronnes et en pointe de trois mouchetures d'hermine, le tout aussi d'or et posé en fasce), le rappellent. Surtout, on dénomme plutôt ainsi, avec l'orthographe Trégeuren, une Vierge à l'Enfant différente de la statue principale. Mais cette ambiguïté dans la dénomination des statues est quasi constante dans nos sanctuaires bretons, où l'on ne sait jamais (voir  Vierges allaitantes II : Kergoat à Quéméneven, la Vierge.) à quelle Vierge la chapelle est consacrée ou laquelle reçoit la dévotion des fidèles, laquelle porte la dénomination éponyme de la chapelle, entre celle qui trône dans le choeur, celle qu'on porte en procession, celle qui est entourée de plaques de marbres la remerciant des bienfaits de ses grâces, celle qui attend le pèlerin à la fontaine, ou celle qu'entourent les ifs aux chandelles allumées. Et il me semble que cette ambiguïté, loin d'être troublante pour les paroissiens (je ne vois jamais aucun auteur de monographie en souligner l'évidence), relève de ces cryptes de la pensée, ce ces non-dits, non-vus et non-ouïes qui permettent de couvrir d'un voile de silence et de brume la polysémie du monothéisme, la diversité des croyances sous un même Credo, ou l'évolution à travers les siècles des dévotions locales.      Ce qui est sûr, c'est que le toponyme Treguron figure sur la carte de Cassini pour désigner la chapelle de Gouezec, et non ailleurs ; et si on le retrouve comme "hagionyme" dans tous les lieux qui possèdent une vierge allaitante, c'est peut-être que la Vierge allaitante de Tréguron à Gouezec a fait, sous la pression des nourrices, des émules : ici, on aurait dissimulé cet emprunt en le dérivant sur une statue de substitution, et en modifiant la graphie. 

  Ces "trois couronnes" que portent désormais les armoiries de la commune n'ont pas reçu, me semble-t-il, d'explications validées.

   L'intérieur de la chapelle est simple, aux couleurs de Marie avec ses sobres murs blancs et sa voûte lambrissée bleue aux motifs blancs. Mais derrière la clôture de choeur, les deux niches de bois doré encadrant l'humble autel de granit introduisent un luxe digne des deux statues de pierre qu'elles abritent, celle de la Vierge à l'Enfant et celle de saint Denis. On y trouve aussi une pietà de granit, et une photographie encadrée d'une petite statue de Notre-Dame de Trégeuren, en dépot à l'abri des vols : c'est elle qui a l'honneur de figurer, lors de la Troménie de Locronan, dans la station relevant de la chapelle St Denis . Selon M. Dilasser, ce serait une réplique de la petite vierge du retable du rosaire de Locronan.

  

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II. La Vierge allaitante.

   Elle est placée dans une  niche aux quatre colonnes torses coiffées de chapiteaux corinthiens et où grimpe une vigne métaphorique (de l'Eucharistie) avec des grappes généreuses, que picorent des oiseaux et où s'encadre un petit personnage en tenue d' Adam. Elle repose sur un socle mouluré orné d'angelots, et elle est surmontée d'un entablement à denticules sommé de pots à feu et de vases. Cette niche a été restaurée en 2003 par les Ateliers de la Chapelle à Longeron (49).

  C'est une statue de pierre qui présente plusieurs caractéristiques parfaitement typiques du groupe des Vierges allaitantes de Cornouaille : une taille proche de la grandeur nature ; le manteau bleu dont un pan croise mais est rabattu ; la robe rouge, robe de nourrice s'ouvrant en V pour dégager la poitrine ; la coiffure si constante que j'y ai consacré     cet article  Vierges allaitantes : le bandeau de cheveu., consistant en un bandeau qui retient les longs cheveux derrière la nuque tout en dégageant le dessus de la tête, qui n'est pas couverte; front et sourcils épilés ; enfant tenu du coté gauche. Ici, un restaurateur a méconnu le fameux bandeau, à l'origine peint pour figurer un tissu blanc rayé de bandes colorées, et l'a recouvert de la même couleur que la chevelure, ce qui donne l'impression d'un nattage en zig-zag tout-à-fait anachronique.

  Un élément remarquable est qu'elle est assise sur un fauteuil à accoudoir. Ses chaussures  sont bleu-gris. 

 

    Maurice Dilasser, dans Un pays de Cornouaille, Locronan et sa région, Nouvelle Librairie de France, 1979, signale que "pour remédier à la nudité de la Vierge donnant le sein à l'Enfant-Jésus, on a peint sur sa poitrine un gilet jaune et rouge". Mais actuellement (et déjà en 2003 sur les photographies de la restauration de la niche), on ne devine plus que la trace de ce gilet de pudeur, et c'est de très bon coeur et ostenciblement que l'Enfant tête le sein gauche , témoignant ainsi des dimensions prosaïques de son Incarnation, tandis que la Mère presse le sein droit et en présente le mamelon. 

  je n'ai lu aucun témoignage sur le culte que les mères soucieuses d'obtenir du lait pour leur enfant ont du lui rendre, comme ailleurs.

           seznec 5420c

 

seznec 5418x

 

  Inscription : R : SEZNEC . F : 1682 . 

  On remarque le N rétrograde conjoint avec le E. 

Je lis R SEZNEC Fabricien 1682. 

  Dans l'église paroissiale St Thurien , j'avais lu (Eglise Saint-Thurien à Plogonnec: N rétrograde et mentions de construction.)  l'inscription lapidaire Y. Seznec K(er)adily F(abricien) 1656, j'avais remarqué les mêmes lettres conjointes NE, et j'avais signalé que le manoir de Keradily était la propriété de la famille Seznec. On peut penser qu'un membre de la même honorable famille a été désigné fabricien de St-Denis en 1658. Le manoir est situé à 1,2 km de la chapelle et du lieu-dit Seznec. La carte de Cassini mentionne les deux lieux, avec l'orthographe actuelle. Le manoir, qui a été reconstruit en 1849, est classé sous la rubrique "ferme" sous la référence Mérimée IA00005916.

  On mentionne dans les travaux généalogiques :

  • Guillaume Seznec (Plogonnec 1621- Keradily 1690), Jean et Yves Seznec étant témoin lors du décès.
  • Son fils Yves Seznec ( Plogonnec 1644 -Garlan 1728), témoin du décès Hervé, Yves et René Seznec, et René le Joncour.
  • Son autre fils Jean Seznec (1637-1709)
  • René Seznec, "ménager", fils de Jean (supra), (1671-1757)

 

seznec 5419c

 

Inscription MIRE : R SEZNEC . R

On admire la graphie ornée du premier R ; le N rétrograde et conjoint avec le E.

  Je lis "Messire R Seznec Recteur". En 1682, René Seznec était recteur de Plogonnec (de 1643 à 1697), ayant succédé à Yves Toulguengat que nous allons voir mentionné sur le calvaire. Voir dans l'église St Thurien de Plogonnec l'inscription mentionnant René Seznec ici :  Eglise Saint-Thurien à Plogonnec: N rétrograde et mentions de construction. On retrouve aussi sa mention indirecte en la chapelle de St Pierre sur un bénitier ( "recteur 1644").


 

 

 

 

 

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III. La statue de saint Denis.

    On ignore pourquoi saint Denis, premier évêque légendaire de Paris et patron du monastère chargé par Dagobert de conserver les tombes des rois de France, reçoit ici un culte. On sait que la légende fait de ce Dionysius (qui explique l'orthographe Denys) l'apôtre évangélisateur des Gaules au IIe siècle qui fut décapité lors de son martyr. Cet hiver, en Normandie, à Saint-Denis-le-Vêtu, j'avais admiré sa statue céphalophore dans l'église dédiée à ce saint depuis le XIie siècle. Elle y était accompagnée de celle de saint Éleuthère et de saint Rustique, fidèles compagnons de Denys. J'avais lu la monographie de l'abbé Quenette sur cette église, mais sans y trouver d'explication sur l'origine de ce culte.

   Mais ici, à Seznec, point de saint céphalophore, point de Rustique ou d'Éleuthère,  et le personnage qui nous attend dans sa niche a encore toute sa tête : c'est celle d'un saint-évêque, assez proche du saint Germain de Kerlaz ( Vierges allaitantes IV : Kerlaz, les statues et inscriptions.), bénissant, coiffé de la mitre, et portant sa crosse (très restaurée) par l'intermédiaire du panisellus (ou sudarium, si vous préférez), ce qui est parfaitement inutile puisqu'il porte des gants. 

  Sa chape ou pluvial aux riches orfrois est maintenue par un large fermail portant quatre médaillons d'or formant une croix.


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   La niche de bois est en tout point semblable à celle de la Virgo lactans, avec les quatre colonnes torses dont une seule, celle de coté, n'est pas ornée de pampre, motif qui s'impose bien-sûr pour notre saint Dionysos. On retrouve les mêmes feuilles d'eau à leur base, les mêmes chapiteaux corinthiens, et les mêmes têtes d'angelots.

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      La première inscription porte les mots MIRE : H : QVEINEC:C:

  On notera que le N est normal, et non rétrograde comme pour l'inscription voisine, ce qui fait tomber un certain nombre d'hypothèses sur la présence de ces N rétrogrades, puisqu'ils sont manifestement executés de la même main.

Le chanoine Pérennes y a lu MIRE : H : QEINEC (Bull Dioc Hist Arch 1940). Je lis "Messire H. Queinec Curé". On sait qu'un prêtre desservait la chapelle jusqu'à la révolution. 

  La famille Le Queinnec est bien établie à Plogonnec, si proche de celle des Seznec qu'en 1713 se célébra le mariage de Guillaume Seznec avec Anne Le Queinnec : parmi les trois fils, Hervé hérita du manoir de Keradily et les deux autres furent prêtres. http://zeustl.free.fr/geneal/catco/pag140.html

  Ou bien, en 1696, Marie Le Queinnec (1674-Plogonnec Trégouré 1703) épousa à Plogonnec Yves Seznec, ménager (1678-1703). http://genea.chapuy.com/fiches/fiche396.htm#f1981

 Je retrouve aussi un Hervé Le Queinnec, né à Plogonnec en 1745, mais qui eut deux enfants. Or l'inscription Messire H. QUEINEC ne peut concerner à mon avis qu'un prêtre, auquel le titre messire est je pense réservé .

 

 

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La seconde inscription porte H :BRA.S : FAb : 1683 :

Je lis "H (Le) Bras Fabricien 1683." 

 

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  Sous l'inscription S . DENYS, on peut lire dans la partie verte qui encadre la tête de l'ange l'inscription JAQ PERENNES. 

  Un Jacques Perennes est né le 22 octobre 1645 à Plogonnec et y est décédé le 2 juin 1710 (http://froux.pagesperso-orange.fr/Roux1HTML/fiches/fiche128.htm) . Il épousa Jeanne Le Poupon en 1665.


IV. La Pietà.

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V. Le calvaire.

  C'est une oeuvre en kersanton de Roland Doré. Au centre, sous la colombe de l'Esprit-Saint, Le Christ en croix sous le titulus INRI voit son sang recueilli par trois anges aptères : l'un reçoit dans son calice le sang de la plaie du coté droit, l'autre celui de la main gauche, le troisième celui des pieds. Les bras de la croix se terminent en fleurons-boules godronnées.

  Il est encadré par deux statues géminées : face à l'ouest, la Vierge figée dans sa douleur par les lourds plis de son manteau, et saint Jean, imberbe comme il se doit, les mains croisées sur la poitrine pour exprimer sa peine ineffable. 

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  Les croisillons à culots portent les inscriptions MISSIRE : G / TOVLGVEN(G)AT RECTEVR POVR : LORS , et du coté est M F SEZNEC 1641.

  Je lis "Messire Guillaume Toulguengat Recteur pour lors  SEZNEC  1641". Guillaume Toulguengat fut recteur de Plogonnec de 1624 à 1642 , suivi de René Seznec.

 Le chanoine Perennes y a lu "Yves (sic) Toulguengat recteur pour lors" et "Seznec 1648 (?)"

       (Bull. Dioc. Hist. Arch. 1940). Le site Topic Topos lit la date de 1641. 

  

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  LE Verso deu calvaire :

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Du coté est, on voit le Christ au liens, au centre, encadré de deux "évêques" dont l'un pourrait être, en toute logique, saint Denis. Celui qui est à la gauche du Christ porte une croix et nion une crosse d'évêque ce qui est singulier. Je note aussi que les "mitres" sont presque des barrettes de clerc.

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L'Atlas des croix et calvaires du Finistère d'Y.P. Castel lit au verso "M F. SEZNEC CHAPALAIN 1641". Mais je lis pour ma part M : R : SENEEC 1641 CHAPALAIN . Il s'agit très vraisemblablement du patronyme R(ené) Seznec, où l'artiste a oublié le Z, et, troublé par le NE conjoint, a redoublé le E. Seznec et Chapalain sont sans-doute les fabriciens, car il est peu probable que le recteur René Seznec est fait graver son nom sur les deux faces des croisillons.

 

Le socle à pans  du calvaire porte une inscription difficilement lisible en lumière rasante, mais voici ce qui a été déchiffré : MORS FIT VITA ITERUM VICTRIX ... CORNIC; Je n'ai pas trouvé la traduction (littéralement "La mort - est- vie - encore - victorieux ").

 

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V. Le clocher et la cloche.

  A l'église paroissiale de Plogonnec Église Saint-Thurien à Plogonnec II : une inscription du tonnerre!. , j'avais étudié l'inscription conjuratoire du porche, invoquant saint Thurien dans ses pouvoirs de protection de la foudre. Mais à Seznec, on ne prit même pas la protection de faire pousser de la jubarbe ou de prier sainte Barbe, et ce qui devait arriver arriva : dans la nuit du 30 novembre 1937, le clocher fut découronné par la foudre. Il ne fut pas réédifié, et resta réduit à sa base et à la chambre des cloches, mais, récemment, on remplaça le vieux "maout" après qu'une paroissienne, un jour de pardon, ait été frolée par une pièce tombée du reste de clocher, et avant que la cloche ne se retrouve, comme à Ploeven, sur le plancher des vaches. Car lors de ma visite, j'ai appris qu'on désignait par le terme breton de "maout" (le bélier) ce fort madrier qui maintient la cloche.

  J'apprends aussi lors de cette visite qu'au XXe siècle, pour protéger les sanctuaires de la foudre, on plaçait au sommet une pastille de radium, et que la plupart y sont encore... Est-ce possible ?

  Je découvre alors qu'il s'agit du "paratonnerre radioactif de la société Helita à pastille d'americium 241 ou de radium 226", parafoudres spécial clocher" installés dans les années 1940 ( de 1914 à ...1987, j'hallucine) notamment au dessus (en calotte) et sur les extrémités du coq-girouette, son jabot et sa queue. Tous les renseignements ici : http://www.paratonnerres-radioactifs.fr/?page_id=1454/

 

  La cloche porte l'inscription que je déchiffre partiellement ainsi :

MARIE-YVONNE, DEDIEE A ST-DENIS  EN (PLOG)ONNEC/

  Mr J.F. LE BRAS RECTEUR. PARRAIN YVES LOUBOUTIN ...KER(A)DILY-VRAZ /

MARRAINE MARIE-RENEE ST ...DE SEZNEC. /

C. LORIT FONDEUR A QUIMPER. 1891.

  On se souvient que Guillaume Louboutin et Marie-Jeanne Seznec ont rétabli le manoir de Keradily en 1845. Ce couple eut deux enfants, Marie-Jeanne Louboutin (1850-1891) et Yves Louboutin (1861-.) Le parrain de cette cloche est donc vraisemblablement  ce dernier, demeurant à Keradily et qui aurait 30 ans lors du baptème de cette cloche..  Voir les généalogies suivantes : http://gw3.geneanet.org/nhenaff?lang=fr;p=yves;n=louboutin;oc=4

et la généalogie SEZNEC icihttp://gw3.geneanet.org/nlegrand?lang=fr&m=N&v=SEZNEC

 


 Jean-François Le Bras fut recteur  de 1886 à 1896. 

Charles Lorit était fondeur rue de Brest à Quimper.

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VI. Les vitraux.

  L'association souhaitait initialement des vitraux figuratifs représentant par exemple le saint patron, mais cela n'était pas du goût de la Commission d'Art Sacré et de Maurice Dilasser qui souhaitait faire évoluer les mentalités dans la mouvance qu'il avait initié en confiant des travaux aux artistes  de haut renom ( cf  Les vitraux de Manessier à Locronan, chapelle de Bonne-Nouvelle. et  Les vitraux de l'église Saint-Louis de Brest : 2) commentaires.

       Ce qui est en place actuellement a été réalisé par Alain Grall, de Guengat, en 1981.

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Une fontaine de dévotion est signalée en 1940 par le chanoine Pérennès "à 300 mètres Sud-Ouest de la chapelle.

  Source : BDHA 1940 p. 151 http://catholique-quimper.cef.fr/opac/doc_num.php?explnum_id=61


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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 04:58

     VIERGES ALLAITANTES DE CORNOUAILLE

                            Le bandeau de cheveu

 

    J'ai cru discerner différents traits communs aux neuf à onze Vierges allaitantes que j'intègre dans le groupe des Vierges de Cornouaille, et l'un de ces traits est la présence d'un bandeau de tissu souvent rayé ou doré, large d'une petite dizaine de centimètres, placé à la hauteur de la nuque à son arrière  afin de rassembler la chevelure, toujours longue et ondulée, avant de la libérer sur les épaules et le dos. 

 Ce "bandeau" (qui porterait actuellement le nom de "chouchou") est présent sur sept des neuf statues examinées (je n'ai pas eu accès malgré ma demande aux chapelles de Seznec à Plogonnec et de Bonne-Nouvelle à Locronan).

  Je n'ai pas trouver de représentation de cette coiffure dans les ouvrages consacrés à la mode au XVI et XVIIe siècle, notament pendant la période des règnes  de Charles IX, Henri III et Henri IV, puisqu'il me semble que la datation moyenne de ces Vierges correspond approximativement à la période de 1566 à 1592 .

  Je n'ai pas trouvé non plus (mais une exploration exhaustive est impossible) cet accessoire de mode porté par d'autres vierges de l'art religieux flamand, italien ou français.

Par contre, je le retrouve (pour l'instant) sur deux vierges du nord de la Cornouaille : 

1. La Vierge de l'Annonciation du porche de l'église saint-Germain de Pleyben.

Le premier intérêt est que ce groupe (Gabriel et Marie) encadre une date, 1588, contemporaine de mon groupe de Vierges au bandeau. Le second est qu'il se situe à Pleyben où se trouve deux vierges allaitantes, celle de Lannelec et celle de l'ossuaire, toutes les deux portant le bandeau.

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  On peut observer que le costume possède des points communs avec les vierges allaitantes, par exemple les poignets "gaufrés". Et aussi que la chevelure est dénouée et serpentine, ce qui est inhabituelle pour une vierge de l'Annonciation d'habitude plus retenue.

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2. La vierge à l'enfant Notre-Dame de Bonne-Nouvelle à Saint-Herbot en Plonevez-du-Faou.

 Je ne connais pas sa date ; Ce bandeau est particulier puiqu'il semble prolonger le voile qui entoure la tête, mais on reconnaît pourtant dans les plis godronnés du tissu qui maintient les cheveux derrière la tête ceux que nous trouvons chez les Vierges allaitantes.

   Plonevez-du Faou  est une paroisse voisine de Pleyben.

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3. La Vierge à l'Enfant de l'église Saint-Julien de Châteauneuf du Faou (16e siècle) : 

   Il reprend et confirme ce qu'indiquait la statue précédente : le voile qui ceint le dessus de la tête vient croiser le devant de la chevelure lorsque celle-ci passe derrière la nuque. Ici, les cheveux divisés en deux nattes reviennent devant les épaules.

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 04:43

   La chapelle Sainte-Marine à Combrit.

     Vierge allaitante, Bannière Le Minor

                et décors marins.

 

Cette chapelle du XVIe siècle située en bordure de l'Odet face à Bénodet a été dédié à un ermite irlandais nommé Moran ; Ce saint Moran s'est transformé au XVIIe en une Sainte Maraine, puis en Sainte Marine, ce qui est parfaitement adapté à son environnement marin et à son ornementation où s'associent les ex-voto et les sablières de poissons et de navires.

  Je m'y rendais pour découvrir la Vierge allaitante, et compléter la série des Vierges allaitantes de Cornouaille  Virgo lactans ou miss Néné ? Les candidates du Finistère. Les Vierges allaitantes.

  Mais cette vierge, belle en soi, ne rentre pas dans ce comput puisqu'au lieu d'être grandeur nature, elle ne mesure que 64 cm ; qu'elle n'est pas vêtue du corselet d'allaitement, que ses cheveux sont sagement attachés pour dégager la nuque. Elle date pourtant aussi du XVIe siècle ; elle donne le sein gauche à un petit-Jésus tout nu, en présentant le mamelon par la prise en ciseau entre index et majeur. Pas de dorure ni de galon perlé, pas d'effets de manche, pas de vertugadin, tout dans sa tenue est simplicité.

   Par rapport à d'autres vierges au lait, celle-ci est toute attentive à sa tache, au lieu de regarder le vaste monde, et pareillement l'enfant ne joue pas à la balle avec un globe terrestre ou avec une pomme, ne fait pas coucou de la main aux fidèles, ne se préoccupe pas de s'entrainer à bénir : non, simplement, il tête.

   On aurait pu la nommer Notre-Dame de la sollicitude : définition, "attention soutenue et affectueuse", et elle serait la patronne du "care", ce récent concept des sciences sociales, la patronne de tous les aidants naturels et professionnels. 

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   Pour naturel qu'il soit, le don maternel du lait est toujours ambigu, car l'être humain est ainsi fait que le sein est pour notre espèce un ojet de séduction érotique tout autant qu'une glande lactogène, un objet d'amour pour l'amant autant que pour l'enfant, et que cela fait des lustres que les deux se le disputent. Il est donc inutile de taxer les paroissiens de Combrit de pudibonderie lorsque, jusqu'en 1980, ils voilaient le charmant agrément d'une prudente étoffe. Comme disait la dame en allant chercher dans la sacristie ce voile de pudeur, ce peripectorium (si j'ose introduire ce terme fautif mais manquant à notre vocabulaire de la paramentique), "comme on connaît ses saints/seins on les adore".

  Sur le site Ar Bannour consacré au patrimoine de Combrit, je lis que cette statue avait été cachée pendant la révolution, et qu'elle est restée oubliée sous l'escalier en pierre de la maison jouxtant  l'Abri du Marin. "Exhumée après de nombreuses années elle a retrouvée toute sa fraîcheur"...mais c'est sans-doute ce souterrain séjour qui a assombri et halé son teint.

 

   La Maria lactans est placée dans la chapelle au dessus d'un tronc d'offrande, face à un if à cierge, mais surtout à coté d'une table d'offrande surmontée, pour mon grand bonheur, d'une bannière Le Minor. Je ne saurais trop féliciter l'Association en charge de Sainte-Marine de l'heureuse idée de présenter la bannière ainsi, en en dédoublant le verso du recto, plutôt que de condamner l'une des faces à rester le dos devant le mur ou le pilier jusqu'au prochain pardon, et d'obliger le visiteur à un discret coup d'oeil indiscret et frustrant.

  Le pardon de Sainte-Marine a lieu le 2e dimanche de juillet.

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  Cette bannière est datée de 1987 et elle est signée Toulhoat. Sa face principale est dédiée à Sainte Marine, qui tient joliment la chapelle dans le bras gauche alors qu'elle nous bénit de la main droite. 



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 Dans la chapelle, on trouve la statue de Sainte Marine : elle est effectivement couronnée, la couleur du manteau et celle de la robe ont été inversée sur la bannière, et le livre, pauvre de signification, a été remplacé astucieusement par la chapelle. La sainte tenait sans-doute dans la main droite la palme du martyr.

  Le manteau bleu est particulier : il associe une partie postérieure en pèlerine, habituelle, et une partie antérieure en tunique courte serrée par une ceinture à double cordon.

  Il s'agirait du semicinctium, celui qui sert de titre à l'épigramme de Martial en jouant sur le sens de cingere, et que je n'ose traduire ici :

Epigrammata, Livre 14, CLIII, Semicinctium :

Det tunicam locuples : ego te praecingere possum.

Essem si locuples, munus utrumque darem.

  Donnons plutôt comme référence Saint Paul à Éphèse dans Acte des apôtres, 19,12, mais avec un sens différent : traduit du grec  il s'agit là d'un mouchoir, une sorte de sudaria ou de manipule, mais "le sudarium était destiné à envelopper la tête pour en absorber la sueur, alors que le semicinctium se tenait à la main pour être employé aux mêmes usages que nos mouchoirs." (J.A. Martigny, Dictionnaire des Antiquités Chrétiennes, 1865). Une sorte de pallium, en sorte. L'église Saint-Exupère de Saint-Thois : les statues; le manipule. Mais cette interprétation est contraire aus sens habituel de semicinctium qui est "tablier". On lira une passionnante discussion de cela ici :link.

  


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     Il est difficile de savoir quelle est cette Marine, dont on a vu qu'elle résulte surtout d'une dérive sémantique à partir de saint Moran ou Meryn ; Est-ce Marguerite d'Antioche, nommée Marine en Orient ? Ou cette vierge martyr à laquelle Paris a voué une chapelle ? Ou Marine de Bythinie, qui rentra au couvent déguisée en garçon sous le nom de Marin ? J'y verrai plutôt une Notre-Dame de la mer, une Virgo Marina, divinité de la mer et patronne de cette communauté de pécheurs (vingt familles au XVe siècle) et de patrons de barques spécialisées dans le commerce du vin de Saintonge et de Bordeaux vers la Manche et la Mer du Nord. (12 barques au XVIe siècle fréquentant La Rochelle, et six barques à Nantes) Sources : site officiel de Combrit.

  Revenons à notre bannière : elle porte aussi l'éffigie de Saint Yves et celle de Sant Voran : 

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  Le culte rendu à Saint Yves est attesté par une statue en bois dans la chapelle, voisinant avec un ex-voto Notre-Dame de la Clarté, trois-mats carrés à brigantine de la deuxième moitié du 19e siècle. 

L'inscription St Yves est accompagnée du nom de la prestigieuse entreprise de broderie Le Minor, de Pont-L'Abbé.

 Le culte de Sant Voran est la forme bretonne de Saint Moran, mais c'est aussi le nom d'un misainier, vieux gréement restauré sur la commune et qui, sous le nom de FUIL DERO ( hanneton), a été construit en 1929 par un ligneur de Sainte Marine, Mr Le Roux: on voit que les références maritimes sont omniprésentes.

  Sous son nom, on lit celui de Toulhoat, créateur de vitraux, de faïence, de bijoux, et de bannières Le Minor depuis la première réalisée en 1953 pour Locronan.

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  On y voit aussi une canot armé à la petite pêche immatriculé GV 98 90, le port de Bénodet et Sainte-Marine dépendant du Quartier Maritime du Guilvinec (il s'agit d'une immatriculation fictive, les navires actuels portent six chiffres), qui a établi son tape-cul. Le navire n'est pas "en pêche" (absence des cônes inversés), et si on en croit le goéland perché sur la bome, il serait plutôt route terre après avoir relevé les casiers, le patron et son matelot bien content d'avoir fini.

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  Le verso de la bannière honore le patron de l'église paroissiale, Saint Tugdual avec l'inscription Sant Tugdual Pedit evidomp, Saint Tugdual Priez pour nous.

  Saint Tugdual, l'un des sept saints fondateurs de la Bretagne, évêque de Tréguier, est l'un des soixante-dix religieux venus au Ve siècle du Pays de Galles pour évangéliser la Bretagne : assimilé à Saint Tudy, il est vénéré au sud de la Cornouaille à Saint-Tudy, Loctudy, Cleden-Cap-Sizun, Douarnenez, Quimper, etc... Selon certains écrits, il se serait rendu à Rome en 548 à la mort du pape, et il fut désigné comme successeur par une colombe blanche : ceci explique la présence ici  d'une colombe sur l'épaule droite de Tugdual, et cela explique aussi qu'on le surnomme pabu (pape).

  Il est représenté en tenue d'évêque, foulant un dragon crachant le feu : c'est le monstre, symbolisant les païens, qui désolait le Trègor avant son arrivée. 


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      On voit aussi sur les parties latérales la date de réalisation, 1987, la mention Le Minor, et celle de Parrez Kombrid, paroisse de Combrit.

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La statue de Saint Pierre :    

  La chapelle continue à décliner le thème du monde marin et de ses liens avec la religion, et c'est ici la pêche qui est illustrée avec Saint Pierre, patron des pêcheurs. On le reconnaît à la clef, ici démesurée, mais aussi à son crâne où seul un "toupet" échappe à la calvitie. 

 

 

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Sainte Barbe :

        Après la pêche, c'est la marine marchande et de guerre  qui présente ici la sainte qui est leur patronne depuis l'avènement des machines à vapeur et de tout ce qui fait "boum".

  Cette statue de 103 cm date du XVII-XIXe siècle :

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   Fixée à ses cotés, la maquette qui a été offerte en 1900 porte le nom de Sainte Marine ; elle est gréée d'une brigantine , et sa muraille montre 14  sabords. Je ne suis pas qualifié pour savoir s'il ne s'agit pas de faux sabords que les navires marchands peignaient pour faire croire qu'ils étaient armés.    

 

 

 

Les sablières du XVIe siècle :

  Sur la première deux anges présentent un "cuir" portant deux poissons, alors que la seconde fait alterner les coques de navire avec des sardines. Les navires sont très creux, avec une étrave arrondie,et  un  gouvernail d'étambot sur étambot à forte quête.

 L'église paroissiale Saint-Tugdual offre des exemples de sablières comparables.


 


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Un ange présente l'inscription a (ou n)  Morvan lors fabriq attestant du rôle joué dans la réalisation de ces sablières par un fabrique ou fabricien du nom de Morvan.

 Le nom de Morvan est parfaitement attesté au XVIe siècle à Combrit, avec par exemple Daniel Morvan 1585-1635 (Geneat-net)

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 Les ex-voto suspendus :

La Victoire

datée de la fin du XVIII-début du XIXe ; ce trois-mats carré est, si j'en crois les quatorze sabords qui percent la muraille, et à la fois  le nom  martial et féminin, une frégate du XIIIe dont les pièces tirent le boulet réglementaire de 18 livres, et dont plus de la moitié ont été dessinés par l'architecte naval Jacques Noël Sané. Si on examine avec quelle précision le gréement dormant et le gréement courant est réalisé, on réalise vite qu'on a affaire à une maquette exacte, l'oeuvre d'un marin.

Les frégates qui ont portée ce nom sont (parmi celles que j'ai retrouvées) : 

Victoire, frégate de "8" de 26 canons, Levasseur, Dunkerke 1704-1743, 268 Tx 

Victoire, frégate à une batterie et demie de 28 canons, 1757-naufrage en 1759 sous le nom d'HMS Tar-Tar-Prize.

Une frégate La Victoire est aussi attestée en 1830 à Toulon, capitaine Legoarant de Tromelin.



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Cette maquette ne porte pas de nom. 

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Les cinq vitraux :

Cartons du père André Bouler, 1962. Réalisés en dalle de verre et plomb par l'atelier Juteau d'Ermont ( Mireille et Jacques Juteau, cf atelier Hermet-Juteau de Chartres, reprise de l'atelier Lorin).

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Dimensions Hauteur : 103 cm
Datation XVIIIe siècle - XIXe siècle

Si Sainte-Marine est un port de pêche où saint Pierre est vénéré, c'est aussi un port d'armement au cabotage ; or, depuis l'avènement des machines à vapeur, la patronne des marins du commerce et de guerre est sainte Barbe. À côté, trois maquettes de navires de la fin du XIXeet du début du XXesiècle sont suspendues au mur en guise d'ex-voto.


 


Sainte Marine, 16ème siècle

Edifice de plan rectangulaire comportant une nef de trois travées avec un bas côté et une chapelle en aile au nord. Agrandi par les architectes H. Péron et A. Weisbein qui ont utilisés des pierres de la chapelle de Saint Riou, en ruine de Lanriec.

La chapelle de Sainte Marine fut élevée au XVI ème siècle en l’honneur d’un ermite irlandais, Saint Moran. Elle est dédiée aujourd’hui à Sainte Marine. On y voit des frises sculptées ou des barques, entourées de poissons, qui font une pêche miraculeuse. Le pardon de Sainte Marine a lieu le 2ème dimanche dDédiée au XVIe siècle à saint Moran puis, par altération, à sainte Maraine, et enfin à sainte Marine, la chapelle actuelle est due à la juxtaposition de deux édifices emboîtés. En 1962, les architectes H. Péron et A. Wesbein réutilisent des pierres provenant des ruines d'une autre chapelle pour agrandir celle-ci. La porte en arc brisé de la première chapelle s'ouvre sur une nef à trois travées avec un bas-côté. Les colonnettes sont du XVIe siècle. La seconde chapelle forme une aile sur le flanc nord de la première. Les arcs du transept ainsi formé sont en plein cintre, et la porte du pignon en anse de panier porte la date de 1863. La sacristie vient, elle aussi, se greffer à l'ensemble sur l'un des murs de la seconde chapelle. Elle a un épannelage d'angle, et ses ouvertures sont du XVIIIe siècle. Deux poissons sont gravés au-dessus de l'arc de la porte sud, qui est obturée.e juillet.

 

Cette chapelle en bordure de l’Odet, face à Bénodet et dont on ignore encore l’origine du nom (Ste Marine – St Meryn – St Morand ou encore bien d’autres appellations) recèle quatre maquettes ainsi qu’une magnifique bannnière.

Toutes les maquettes sont des trois-mâts carré.

La première maquette, « La Victoire », est datée entre la fin du 18 ème et le début du 19 ème siècle.

La deuxième maquette ne porte pas d’indication particulière.

La troisième maquette est de réalisation plus récente car une brigantine figure à l’arrière ; les indications à la proue nous apprennent qu’elle est dédié à Sainte-Marine et qu’elle a été créée ou offerte en 1900.

Enfin la quatrième de ces maquettes, avec brigantine également, le « Notre Dame de la Clarté », date vraisemblablement de la deuxième moitié du 19 ème siècle et est très certainement dédiée à Notre Dame de la Clarté, autre chapelle de Combrit portant ce nom.

Quant à la bannière de Sainte-Marine, elle représente la Sainte et est ornée d'un bateau de pêche du Guilvinec. Saint-Yves et Sant-Voran figurent également sur cette bannière datant de 1998.

Une statue de Sainte-Barbe, patronne des artificiers et des canonniers de Marine, trône également à l'intérieur de la chapelle.

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 04:04

         L'église Notre-Dame d'Izel-Vor à La Forest-Fouesnant : Vierge de la Marée Basse et Vierge allaitante.

 

Notre-Dame de Kergornec ( fin XVIIe)

 

  

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Itron Varia Izel-Vor (fin XVIIe)

  Selon le panneau placé devant l'église à l'attention du touriste, Izel-Vor signifie Bras de mer, mais la traduction habituelle donne "basse mer". C'est celle que donne le dictionnaire breton-français de Le Gonidec : Basse mer, quand la mer s'est retirée, Izel-vôr, opposé à la pleine mer, ar môr vraz.

  Il est assez inattendu de voir une Vierge consacrée à la marée basse, et malgré les évocations poètiques de cette étale, de cette pause de la mer qui soudain n'a plus d'erre et s'immobilise, fragment d'éternité enchassé dans la course des flots dont on peut comprendre qu'on l'élève à la dignité d'une divinité, on pense à une erreur, ou à une de ces anecdotes que recèle la toponymie. Mais je semble le seul à m'interroger sur ce qualificatif marial qui s'ajoute à la litanie des métaphores naturelles, astre du matin, étoile de la mer, céleste jardin, clair parvis du ciel, source d'allégresse, refuge des pécheurs, celui, à la Forest-Fouesnant, de Notre-Dame de la Basse-Mer.

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Les bannières :

Bannière Itroun Varia Izel-Vor

avec la mention Souvenir de la Grande Guerre 1914-1918.

 

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 Bannière Itron Varia ar Penity

se réfère à la Vierge de la chapelle de Saint-Maudez ou du Penity.

 

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Bannière de sainte Anne

avec une représentation de l'Éducation de la Vierge.

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Bannière de Sainte Thérèse

Santez Thérèza ar mabik Jesus = Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.

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      Pieta (sculpteur Anthoine, 18e siècle):

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Statue du Santik Du, le Petit Saint Noir :

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Saint Egarec 

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Saint Jean-Baptiste

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Saint Amand

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Sainte Catherine

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Saint Nicolas

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      Saint Diboan :

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Saint Alain 

 

 

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Le tableau de l'institution du Rosaire (1684)

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   Lors de la création en 1680 de la Confrérie du Rosaire dans la paroisse, il fut offert par l'évêque de Quimper Monseigneur de Coëtlogon dont il porte les armes. On y voit la Vierge remettant le rosaire à saint Dominique et à sainte Catherine de Sienne, alors que le pape Pie V, le roi saint Louis assistent à la scène, en compagnie de Louis XIII qui consacra la France à la Vierge, d'Anne d'Autriche et du futur Louis XIV. En arrière plan la bataille de Lépante (1571).

  Quinze médaillons sont consacrés au mystère du rosaire.

Comme me l'indique Alain Ménard, Géraldine Lavieille (Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes, Institut des Sciences de l’Homme de l'Université Jean Moulin Lyon 3) a consacré une étude approfondie à ce tableau. En voici le résumé :

Même dans le contexte des politiques de la gloire orchestrées par Louis XIV, le portrait du roi n’est pas toujours sous contrôle de l’État. L’exemple d’une peinture de confrérie du Rosaire bas-bretonne, figurant Louis XIV précédé de son ancêtre et patron saint Louis, permet d’analyser l’iconographie religieuse du roi comme une création collective. L’étude des archives paroissiales confrontées à la représentation dévoile un procédé de commande complexe auquel prirent part les Dominicains du couvent le plus proche, la fabrique encadrée par son recteur ainsi que l’évêque de Quimper. Ces deux autorités locales se firent d’ailleurs figurer sur la toile au sein de la hiérarchie ecclésiale et face au groupe royal. La peinture n’est pourtant pas une image de la chrétienté en dévotion, et les fidèles, écartés de la représentation mais assemblés devant l’autel, se voient intégrés à un ordre social, politique et religieux qui construit une société chrétienne idéale en harmonie avec le monde céleste ; le culte local, le respect des autorités ecclésiastiques et le loyalisme monarchique sont étroitement associés dans une même quête du salut. Ainsi, dans une province éloignée du pouvoir central, récemment révoltée puis réprimée, des cadres locaux et une partie des paroissiens ont mobilisé et adapté un langage symbolique qui soulignait leur fidélité et restaurait l’ordre général. Synthèse d’influences diverses, la peinture dévoile alors l’alliance entre un catholicisme réformé triomphant et le renforcement de l’autorité royale, tout en rappelant que toute manifestation de loyalisme monarchique n’est pas nécessairement le fruit de la propagande.

— LAVIEILLE (Géraldine) 2014, "Le Rosaire de La Forêt-Fouesnant (Basse-Bretagne) : jeux de pouvoir et création collective de l’image religieuse royale sous Louis XIV"  in Revue d’histoire moderne et contemporaine 2014/2 (n° 61-2) Pages 89-119.  ISBN : 9782701190136 Éditeur : Belin

https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2014-2-page-89.htm

 

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 08:50

             LES ANGES MUSICIENS

 

              Église Notre-Dame de Bulat

               à Bulat-Pestivien (22):

              La rose de la maîtresse-vitre.

                                                                                  On n'apprécie rien si on ne le contemple pas ;

                                                                                   Ce qui manque au monde c'est la contemplation

                                                          (Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique, traduction Maël Renouard, Rivages Poche)

           

      I. PRESENTATION DE L'EGLISE 

    L'église Notre-Dame de Bulat date de 1463, mais elle succède à un premier sanctuaire fondé par les seigneurs de Pestivien ou Pennstyffyen (de penn, la pointe, et stiv, la source) à la suite d'un voeu réalisé, la naissance d'un enfant (il s'agissait bien-sûr d'un fils). Notre-Dame de Bulat, toponyme dans lequel certains reconnaissent la syncope de buguelat, qui veut dire don d'enfant" (S. Ropartz 1851) ou du verbe breton bugelat, "enfanter", devient ainsi la Vierge protectrice de la Maternité, et on compte parait-il 38 représentations d'enfants dans son église. C'est un important lieu de pèlerinage marial depuis le Moyen-Âge, et son pardon les 14, 15 et 16 septembre de chaque année voyait affluer les pèlerins, mais aussi des dons si généreux que, en 1747, la fabrique fait réaliser une statue de dévotion et de procession en argent par le plus réputé des douze meilleurs orfèvres de Rennes, Jean-Baptiste I. Buchet. Cette Vierge à l'enfant de 55 cm de haut est une pièce d'orfèvrerie exceptionnelle, non seulement par le prix de 561 livres qui fut versé par les fabriciens, mais surtout par sa dimension, et par la finesse des traits altiers de cette figure de maternité peut-être copiée de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle de Rennes (Bonne-Nouvelle étant à entendre comme annonce d'une enfant). Cette statue est toujours vénérée lors du pardon,  qui réunit, le dimanche qui suit la fête de la Nativité le 8 septembre, plus de 2000 pélerins. Le soir, c'est le tantad, le grand feu de joie, c'est la bombarde et le biniou,et le lundi suivant, c'est la grande foire aux chevaux de trait  instituée depuis 1747 et son concours de poulains qui attire... 8000 visiteurs.

   Après avoir découvert les Vierges allaitantes ou Vierges au Lait du Finistère, Virgo lactans ou miss Néné ? Les candidates du Finistère. Les Vierges allaitantes. je ne m'étonne pas d'apprendre qu'on trouve, dans l'enclos paroissial, une Fontaine des nourrices ou Fontaine au lait, que vénère lors du pardon les futures mères et les mères allaitantes pour obtenir du lait si bon et si nourrissant qu'il fasse rougir de confusion les donneuses de biberon. La petite statue de Vierge qu'on y trouve , en contrebas du cimetière, est peut-être une vierge donnant le sein.


   Sous le porche c'est cette statue de pierre blanche que l'on peut admirer : L'Enfant-Jésus est en train de jouer avec sa maman à "Je te tiens-tu me tiens-par la barbichette" mais la Mère reste de marbre.

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  A l'intérieur de l'église, dans le choeur, on découvre une autre Vierge :

 

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   La bannière de procession 

  Cette bannière est déjà originale par la représentation de l'église qu'elle présente à son verso. Mais elle est surtout marquante par son histoire, puisqu'elle a été offerte à la paroisse par un officier de la guerre de 1870 qui en avait fait le voeu s'il revenait vivant du combat contre les prussiens. Elle a été restaurée en 2011 par Patricia Hood et son atelier L'art et la Bannière d'Audierne pour la somme de 4449 Euros, récoltée par l'association Kleid Bulat. 

  L'inscription signifie-t-elle Remerciement d'un soldat ?

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II. LA MAÎTRESSE-VITRE :

 


    La lecture du Corpus Vitrearum -Vitraux de Bretagne Ed. P.U.Rennes 2005 donne une piètre idée, certainement justifiée pour des spécialistes de la Direction de l'Architecture et du Patrimoine dans une publication du CNRS, des vitraux de Bulat-Pestivien : ceux-ci se trouvent placés dans la rubrique " vitraux réduits à l'état de fragments" (p.105) et l'accent y est mis sur les éléments disparus et les travaux de restauration. Les anges musiciens n'y sont décrits que par la mention "(restaurations)". On apprend que le tympan de la maîtresse-vitre ou Baie 0 (celle qui m'intéresse ici) "appartient bien au vitrage initial" contemporain de la construction du choeur en 1463, et datée des années 1470-1480, mais les lancettes de la baie ont été modifiées en 1852 par l'atelier Le Coq de Guingamp sur des cartons de Peter Hawke (Île de Wight 1801-Tunis 1887) consacrés à la Vierge autour d'un élément central représentant l'Annonciation. La verrière a été restaurée en 1933 par l'atelier Tournel et en 1997-1998 par l'atelier de Jean-Pierre Le Bihan de Quimper.

   Pourtant, s'il est doté de jumelles, le visiteur trouve ici matière à régaler ses pupilles, et à s'instruire en histoire (héraldique) et dans sa connaissance des instruments de musique du Moyen-Âge.

 

   Je jette un coup d'oeil aux lancettes avant de me plonger dans la lecture du tympan.


 

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  Le tympan est formé de trois coeurs ou pétales : un coeur central en haut, avec seize ajours , et deux coeurs inversés en dessous, avec quatorze ajours. (Un "ajour" est une ouverture obtenue par la forme du réseau de maçonnerie : on le nomme "mouchette" si sa forme asymétrique est celle d'une flamme, "soufflet" si sa forme est symétrique, "écoinçon", souvent dans les coins, si sa forme est triangulaire à trois cotés curvilignes). A ces 44 ajours des coeurs viennent s'ajouter 10 ajours complémentaires, soit 54 verres. 

  Les seules descriptions récentes  disponibles sur Internet sont celles du blog du maître-verrier quimpérois Jean-Pierre Le Bihan, http://jeanpierrelebihan2.over-blog.com/categorie-10530858.html.

  Il y a compté 35 anges musiciens, jouant de dix instruments différents. J'y ajoute 7 armoiries, 2 anges à phylactère, 2 fleurs trilobées, 8 bouche-trous violets, et j'obtiens bien 54 verres. Ils sont numérotés de bas en haut et de gauche à droite pour les désigner, mais je me perds dans ce décompte et je les localiserai dans les trois coeurs, supérieur, inférieur droit et inférieur gauche.

 

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I. LES ARMOIRIES.

                                                                  Fou l'homme qui embrasse un nuage !

                                                                  Fou, toi qui te fais joie de vaine gloire !

                                                       Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique, op.cité.



 1°) Les prééminences d'églises, les droits de prééminence et de supériorité.


 Le coeur supérieur  est dominé par les armoiries de la famille de Bouteville, qui se trouvent ainsi en prééminence.

  Les seigneurs possédaient des droits seigneuriaux, et pour signifier leur possession sur leurs terres, leurs biens (château ou manoirs, colombier, four, moulin ) ou les édifices de leur fief (calvaire, église, chapelles) ils y apposaient leurs armoiries. En effet cela leur donnait des droits à recevoir des honneurs ou à bénéficier de privilèges. L'église a été un lieu où l'émulation ou la rivalité entre seigneurs pour affirmer leur domination s'est exercée de manière cruciale, et ce que l'on nomme les Prééminences d'église  ont du être définis avec minutie. Ceux-ci étaient souvent accordés à la suite d'une donation effectuée au profit du sanctuaire, notamment par donation d'un vitrail. Ces droits se répartissaient en :

-majores honores ou droits majeurs : 

  • armoiries en façade ou dans les vitraux.
  • droit de banc : posséder son banc-coffre ou son banc à queue dans la nef au premier rang, ou mieux dans le choeur, et surtout du coté de l'évangile (coté gauche en faisant face à l'autel). [ à distinguer du banc d'oeuvre, pour les membres de la fabrique, du banc de choeur pour les enfants de choeur ou les ministres inférieurs du culte quand ils ne se contentent pas de tabouret de chantre , ou du banc, de la banquette ou des stalles de confrérie, privilège des membres des confréries religieuses donatrices]. Le droit de banc peut être, à défaut, un doit d'escabeau avec accoudoir.
  • droit de sépulture ou droit d'enfeu (niches creusées dans la muraille avec tombe plate et parfois gisant), près du choeur.
  • droit d'oratoire : conférant l'usage d'une chapelle privée et parfois close.
  • droit de litre lors des funérailles, donnant droit lors du décès au tracé à l'extérieur et l'intérieur de l'église d'une frise peinte, la litre ou lisière.
  • Droit de patronage permettant de nommer les desservants des églises.

Minores honores ou droits mineurs :

  • droits de  procession pour venir accueillir le seigneur, droit d'être premier servi en  pain bénit  ou de recevoir l'eau bénite de la main du prêtre, droit d'être encensé, droit de prière publique pour être nommé dans les intentions de prière, 

  En matière de vitrail, une série de blasons indiquaient les différents degrés de parenté ou d'alliances de la famille fondatrice ou donatrice dont les armoiries étaint placées au sommet de la vitre, "en supériorité".

   Le respect de ces droits, et notamment du maintien du vitrail et de ses armoiries est surveillé jalousement par les ayant-droits et des Procés-verbaux  en fixent la description : l'étude de ceux-ci permet de donner un descriptif d'une verrière à une date donnée.

2°) les conflits de prééminence à Bulat-Pestivien.

  Les Bodilio ("bouquet de lierre"), vous connaissez? Les Bulatois les connaissent bien, parce ce furent les principaux seigneurs de Pestivien à partir de la Renaissance, et parce que nombre d'anecdotes courent à leur propos et à celui d'ar Combouten, les Combout, les douze fils de la châtelaine de Bodilio qui, après son veuvage, eut toutes les peines à maîtriser ces mauvais garçons. Lorsqu'ils échappaient à sa surveillance, elle faisait sonner les cloches du manoir pour avertir les fermières du voisinage à qui elle signifiait ainsi: Ma zud vad, diwallet ho pellizi, ma c'higi'zo e-mez !   "bonnes femmes, gardez-bien vos poulettes car mes coqs se sont échappés".

Sur l'histoire des Pestrivien et des Bodilio, Sigismond Ropartz 1851 : :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1107255/f196.image.r=annuaire%20cote%20du%20nord%20p%C3%A9lerinage%20bulat.langFR


 On dispose du Procès-verbal des prééminences de Notre-Dame de Bulat (16 et 17 septembre 1620)  par une copie d'un manuscrit des archives du Marquis de Kerouatz : il est établi pour départager les demandes d'une Dame du Cleuzon, de la famille de Kergorlay, d'une part, et de Messire Allain de Combout, sieur du dict lieu, d'autre part. Les armoiries des Pestivien figurent à Bulat "de temps immémorial", et cette famille se plaint de ce que le Sr de Combout a récemment fait apposer deux écussons. "Et nous a montré et  avons veut au hault de la principale vitre de ladicte chapelle au pignon du grand autel un escusson escartellé le premier et troizièsme quartier d'or à un lion de gueule rampant armé, couronné et lampassé d'azur qu'il a dict estre les armes de Pont-L'Abé le second quartier d'argent à ermines sans nombre et trois barres de gueules qu'il a dict estre les armes de Pont-l'Abé et Rostrenan dont estoit  autrefoys ladicte seigeneurie de Pestivien ce qui démontre que les dicts seigneurs de Pestivien sont fondateurs et supérieurs de ladicte chapelle comme ladicte maison de Pestivien ayant sorti desdictes maisons." Sont ensuite décrits deux blasons placés en dessous : à gauche "du costé de l'évangille" celui de Pont-l'Abbé, et à droite "du costé de l'espitre" celui de Rostrenen, comme décrit au dessus. Encore en dessous, à gauche, les armoiries litigieuses d'argent à six feuilles de lierre de sinople et à droite de gueule à un lion rampant d'argent posées récemment par Dame du Combout et qui sont les armoiries des Bodilleau (Bodilio) et Combout. Mais celles-ci, à la différence des trois premières, ne sont pas présentées par un ange, et on voit encore la chaux d'un scellement récent !

  Enfin vennaient en dessous, à gauche les armes des Pestivien, d'argent vairé de sable, et à droite celles des Seigneurs du Faouët d'argent à cinq fusées de gueules.

  Les armes des Pestivien et des seigneurs du Faouët, frappées sur des boiseries  ou retrouvées sur une pierre tombale  témoignaient de ce que les seigneurs de Pestivien étaient bien fondateurs de l'église.

  La famille de Bodilio-Combout n'avaient été seigneur du fief de Pestivien que de 1610 à 1616, et on comprend que les nouveaux acquéreurs, les Kergorlay Sr de Cleuzdon, ait été choqué de voir qu'ils avaient en si peu de temps  remplacés les armoiries des seigneurs prééminenciers par les leurs ! 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56002160/f33.image.r=bulat-pestivien.langFR

3°) Le fief de Pestivien

Le château de Pestivien était construit dans un étang où on a retrouvé les soubassements de sa double enceinte. Il joua un rôle important lors des guerres de succession de Bretagne, fut pris en 1363, par le capitaine anglais Roger David, repris et rasé par Bertrand du Guesclin la même année. 

 

Le fief de Pestivien fut tenu chronologiquement par les :
- Pestivien
- Rostrenen
- Pestivien
- Molac par mariage de Jeanne de Pestivien, (fille de Bizien de Pestivien, seule héritière) et de Guy V de Molac fin XIVe
- La Chapelle par mariage, en 1412, d'Aliette de Molac et d'Olivier III de La Chapelle
- Rohan par mariage de Pierre de Rohan et d'Isabeau de La Chapelle
- Kervéno en Plumiliau à partir du XVI°
- Combout par acquisition, le 04/09/1610, par Alain de Combout
- Kerc'hoënt de Kergournadec'h par un retrait lignager, de François de Kerc'hoënt de Kergournadec'h
- Kergorlay de la branche cadette de Cleuzdon ou Cludon (Charles de Kergorlay, aussi parent des Kermeno, l'échangea, le 14/01/1616, entre celle de Kerandraoul qu'il venait d'acquérir)
- Cleuz du Gage à partir de 1725, par mariage, de Claude de Kergorlay et de Julien du Cleuz
- Kerouartz, famille dans laquelle s'est fondue la famille précédente en 1785.

La possession de la baronnie de Pestivien fut troublée par Renée le Rousseau, femme très procédurière d'Alain de Combout, mais les Kergorlay eurent gain de cause. L'épisode des armoiries du vitrail nous en donne une illustration.

http://ns203268.ovh.net/yeurch/histoirebretonne/terre/teneur/P/Pestivien.htm

 

4°) Les armoiries actuelles :

 

Actuellement, on constate 1. les armes en supériorité des Bouteville (décrites dans le texte précédent comme les Seigneurs du Faouët), puis celles 2. de Rostrenen et 3. de Pont-L'Abbé, puis celles 4. des Kergorlay et 5. des Pestivien, et enfin celles 6. des Pestivien et 7. des Guengat en alliance avec  celles de Rostrenen. Les armes contestées, celles des Bodillo et des Combout, ont disparu, remplacées par celles des Kergorlay et des Pestivien.  Cette description est identique à celle donnée par P. Chardin (Recueil de sculptures et peintures héraldiques, Bulletin monumental de la Société d'Archéologie, Paris, 1891), ainsi que celle donnée par l'abbé E. Daniel en 1864 (Notre-Dame de Bulat-Pestivien, Annuaire des Côtes du Nord 1864 p. 3-8) ce qui assure que les restaurations du XXe siècle ne les ont pas modifiées.

   http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k310731.image.langFR.r=bulat%20%20chardin

  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k110795k/f13.image.r=annuaire%20cote%20du%20nord%20p%C3%A9lerinage%20bulat.langFR

  

 

   1. Armoiries de Bouteville d'argent à cinq fusée de gueule en fasces. Présentées par un ange, et entourée du collier de l'Ordre de Saint-Michel.

  (Je fais remarquer l'orthographe Bouteville et non Boutteville)

  Cette famille a une branche établie près de Peronne en Picardie, et une branche normande puis bretonne. Leurs armoiries sont différentes. Selon Amédée de Ternas ( Notice généalogique sur la famille de Bouteville, 1884, :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5532739x/f14.image,) Jean de Bouteville vint de Normandie en 1330 soutenir Charles de Blois dans la guerre de Succesion de Bretagne (ce qui explique que, dans l'église de Bulat, on trouve une statue XIXe de celui-ci, en cotte d'armes). Un autre Jean de Bouteville fut chambellan du duc de Bretagne François II en 1484 ( ce Sr du Faouët servait en 1464 avec sept hommes d'armes et trente cinq archers). Selon le site Infobretagne, la lignée bretonne débuta par Hervé de Bouteville, sénéchal de Ploërmel en 1270; un chevalier Jean de Bouteville participa en 1420 à la retenue de Jean de Penhoët avant d'être fait prisonnier par les anglais au Mont-Saint-Michel. En 1526, Yves, Sr du Faouët était capitaine des gentilhommes et francs-archers de l'évêché de Cornouailles.

  Un Yves de Bouteville fut abbé de Langonnet en 1518-1536.

  Les seigneurs du Faouët:  Les Bouteville étaient seigneurs du Faouët, de Kerjou, Kerjent, vicomtes de Coëtquenan et de Berragan. Leurs armes figurent sur les vitraux des chapelles Sainte-Barbe et Saint-Fiacre du Faouët. Outre ces deux chapelles, ils firent construire également les halles du Faouët. La seigneurie du Faouët fut érigée en baronnie en 1495 par la duchesse Anne de Bretagne. Louis de Bouteville, qui épousa en 1498 Jeanne du Chastel, fut Chambellan de François Ier avant de décéder en 1539. les Bouteville seigneurs du Faouët sont les descendants de Jean de Bouteville dc apr 1340//de Lezivy: ce furent :

  • Jean, né vers 1314 // Andrée de la Rivière
  • Bizien, -dc avant 1404 // Jeanne de Quelen
  • Jean, né vers 1385-dc 1463 // Isabeau de Penhoët,
  • Jean, né vers 1405 // Alix de Coëtquénan,
  • Jean // 1463 Marie de Kérimerc'h
  • Louis, -dc 1539 //1498 Jeanne du Chastel
  • Yves après1500-dc 1554 // Renée de Carné
  • René né en 1540, sans alliance ni postérité.


 

 

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2. Armoiries de Rostrenen : d'hermine à trois fasces de gueule. (à droite) présentées par un ange. Devise : Oultres et Si je puis.

  Cette famille bâtit un château sur la paroisse de Moëlou à 15 km au sud de Bulat. Celui-ci devint le siège d'une puissante baronnie s'étendant sur les communes actuelles de Glomel, Kergrist-Moëlou, Maël-Carhaix, Paulé, et en partie sur Plévin, Plouguernével, Plounévez-Quintin, Rostrenen et Maël-Pestivien.

   En 1440, Marguerite de Rostrenen, héritière, épousa Jean II de Pont-L'Abbé.

 Roland de Rostrenen Sr de Brélidy (dc vers 1502) épousa Marguerite de Bouteville, fille de Jean Sr du Faouët et de Marie de Kerimerc'h. Sans postérité.


4. Armoiries de Pont-L'Abbé  : d'or au lion de gueules armé et lampassé d'azur (à gauche) présentées par un ange. Devise : Heb chang ("sans rémission")

  Jean II (1422-1478) devint en épousant Marguerite de Rostrenen Seigneur de Pont-L'Abbé et de Rostrenen, titres qu'il transmet à Pierre IX (1443-1488) puis à Jean III (dc 1508) et enfin à Louise, dernière héritière de Pont-L'Abbé et de Rostrenen.


 4. Armoiries de Kergorlay : vairé d'or et de gueules (à droite) entourées du collier de l'Ordre de Saint-Michel. Devise : Ayde-toi Kergorlay et le ciel t'aidera 

       Cette famille tire son nom du lieu-dit de Guergorlay en Motreff (au sud de Carhaix). Ce n'est pas la branche ainée, mais la branche cadette, dite du Cleuzdon ou Cludon, qui ajouta Pestivien à ses fiefs. 

  • Charles de Kergorlay, 1580-1620, chevalier de l'Ordre de Saint-Michel // Charlotte de la Voue ca 1585
  • René de Kergorlay (1607-1653), Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel, //mariage le 9-01-1633  Louise de Guengat ca 1615, fille de Jacques de Guengat
  • Jacques Claude de Kergorlay (1636-1694),Marquis de Cludon, Comte de Guengat, Baron de Pestivien // Jeanne Pélagie d'Espinay
  • René François de Kergorlay (1677-1725), Marquis de Cludon, Mousquetaire du roi de 1694 à 1696, Capitaine général des gardes-côtes de la Capitainerie.


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5. Armoiries des Pestivien : vairé d'argent et de sable (à gauche)

      signification de "vairé" : en héraldique, hermines et vair sont des "fourrures"; le vair est une succession de motifs en cloche, et de motifs inversés en "pots", les cloches étant d'azur (bleues) et les pots d'argent (blancs). Lorsque ces motifs utilisent des couleurs différentes, on parle de "vairé", comme sur les armoiries précédentes où les cloches d'or alternent avec les pots de gueules.

  Dans les armoiries des Pestivien, le vairé est réalisé par des cloches qui ne ressemblent plus à des cloches, mais à un rectangle crénelé. Cela porte néanmoins toujours le nom de "vairé", éventuellement qualifié de billeté ( ? Ou de cannelé ?)

  Puisque c'est plus rare, profitons de l'occasion d'en découvrir ainsi un exemple.

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      6 et 7 : Portées par des anges : Armoiries des Pestivien (à droite) ceintes du collier de l'Ordre de Saint-Michel, et à gauche armoiries  des Guenguat d'azur à trois mains dextres appaumèes d'argent en alliance avec  celles de Rostrenen, elles-aussi entourées du collier de l'Ordre de Saint-Michel.

  Jacques de Guengat, le père de Louise de Guengat, était chevalier de l'Ordre de Saint-Michel.

      On remarque que les cloches et les pots du "vairé" de cette version des armoiries des Pestivien ne sont plus, comme en 5,  de forme crénelée.


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  En conclusion cet ensemble d'armoiries a été réalisé vraisemblablement au XVe siécle pour les armes 2, 3 et 6, modifié par les Kergorlay vers 1620 après le procés-verbal contre les Bodilio-Combout pour les armes 4 (Kergorlay), 5 (Pestivien), puis vers 1633 pour 7 ( Guengat) après le mariage de Kergorlay avec Louise de Guengat. Les armes des Bouteville, initialement placées en 7, se sont retrouvées en 1, en supériorité, entre 1620 et 1864, peut-être en 1633 lors de la mise en place en 7 des armes des Guengat.

  Tout cela est à prendre comme issu de ma jugeotte, curieuse mais absolument non qualifiée, et avide de remarques. 

 

II. LES ANGES MUSICIENS.

                                                                               L'âme a deux yeux : l'un regarde le temps

                                                        Et l'autre se tourne vers l'éternité.

                                                   Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique.

                                                              

Le théme iconographique apparaît au XIIIe avec l'essor du culte marial, et alors qu'auparavant les seuls anges instrumentistes étaient ceux des Jugements Derniers et des Ressurections avec leurs cors ou olifants puis leurs trompettes,  le Concert des anges accompagne alors des Annonciations et des scènes dédiées à la Vierge. Puis il devient vers 1350-1550 un symbole édenique des joies infinies du Paradis, avant de tomber sous le coup des condamnations du Concile de Trente (1545-1563) et de disparaître au XVIIe. Le vitrail de Bulat, daté de 1470-1480, est bien représentatif de cette chronologie.

    Dans tous les cas, ce concert sacré illustre l'élévation de la spiritualité, l'harmonie, la grâce, la légèreté, l'innocence  propre au monde du divin apparenté à la perfection régulière du Cosmos, ou encore le caractère immaculé de Marie   qui s'opposent aux lourdeurs, aux laideurs et aux imperfections du monde terrestre, humain et pécamineux. Je rappelle néanmoins qu'au Moyen-Âge, la musique est condamnée par l'église qui y voit motif à débordements, danses et lutinerie. (cf Catalogue de l'exposition « Instruments du diable - Musique des Anges, Images et symboles de la    cornemuse et du hautbois en Bretagne : XIVème-XXème siècle », Dastum, Rennes, 1999.)http://musiques-bretagne.com/Htm/Fete/Exposition/Fete_Exposition_E01S02.htm

  Si ce théme accompagne les fluctuations des croyances religieuses et de la pensée théologique, il suit aussi le développement de la musique  et la diffusion des oeuvres de Josquin des Prés (1440-1520), Clément Jannequin, Roland de Lassus (1532-1594), Gesualdo ou Monteverdi, ou l'apparition d'instruments. Dés 1420 et jusqu'en 1600, la musique polyphonique se développe au service des maîtrises des cathèdrales dans le nord de la France au sein de l'école franco-flamande

  Un exemple illustre mais étrange en est le Concert des anges du rétable d'Issenheim par Mathias Grûnewald (1475-1528). Il réunit un nombre varié de musiciens, 8 à Dives, 24 à Reims, 47 au Mans, parfois en paires (32 à Sens). Les instruments se répartissent en hauts instruments, au son puissant destiné à la musique festive ou à danser jouée à l'extérieur ( trompettes, cornets, cornemuses et hautbois, chalumeaux), et de bas instruments destinés à une musique savante, écoutée dans le silence et l'attention à l'intérieur ( flûtes, rebec et violes, guitares ou harpes). Ce sont ces derniers qui sont représentés à Bulat-Pestivien.

  Le théme se décline dans la peinture, la sculpture ou dans les vitraux:

 -Peinture et sculptures : je renvois à l'excellent site de Christian Brassy :http://www.instrumentsmedievaux.org/articles/anges.pdf et je ne cite que :

  • Memling, anges musiciens 1480, Koninklijk Museum Anvers,
  • Memling, Vierge à l'enfant et anges musiciens, Munich
  • Fra Angelico, rétable de Fiesole 1430
  • En Bretagne, les blochets de l'église de Bréles

-Vitraux:

  • Rouen, baie 7, Flûtet, citale, orgue portatif, cymbales, naquaire, guiterne, psalterion, tymbre, harpe.
  • Vernon, Collégiale Notre-Dame, fin XVe tympan, 11 anges musiciens
  • Cluny, église de la Varenne-Jarcy
  • Dives-sur-mer, XIVe, chalumeau-double, cornemuse, viole à archet, flûte de pan, guiterne à 3 cordes, orgue portatif, claquebois, hautbois. Superbe exemple, visible ici : http://www.dives-sur-mer.fr/v2/pdf/egliseexpo.pdf
  • Reims, Notre-Dame, grande rose de la facade occidentale, XIIIe, au dessus d'une Assomption : 24 musiciens.
  • Bourges, cathédrale St-Étienne, chapelle Ste Anne et chapelle Jacques Coeur, par Jean Lescuyer, tympan : luth, harpe, trompette, chalumeau, viole, flûtet et tambourin, , et encore orgue portatif sur un verre daté de 1451.
  • Tours, cathédrale St Gatien, rose de la findu XVe, 12 musiciens
  • Moulins,  Cathédrale  XVe, 
  • Sens,  Cathédrale,  rose nord, vers 1520 : 32 couples d'anges jouant d'instruments tous différents.
  • Mézières en Brenne,  Collégiale XIVe
  • en Bretagne l'infatigable Pierre-Yves Castel signale les vitraux de Dirinon et ceux de Pouldavid à Douarnenez.

 

A. Le coeur central

 Ses seize verres montrent quatre instruments différents

  • deux "chanteurs" à phylactère, 
  • un tympanon, 
  • deux flûtes ou chalumeaux
  • deux serpents ou tournebouts (qui ne sont pas semblables)
  • deux harpes.

Pour les étudier, j'ai fait appel au remarquable site  http://www.instrumentsmedievaux.org/pages/depart.html 

 et à http://ww2.collegeahuntsic.qc.ca/pagesdept/hist_geo/Atelier/Parcours/Muse/instruments.html

1. Les porteurs de phylactère.

                                         Je ne crois en nulle mort ; je meurs à toute heure

                                          Et chaque fois je n'ai trouvé qu'une vie meilleure.

                                                 Angélus Silesius, le Pélerin chérubinique, op cité

 

  Des phylactères ! Hélas, je ne suis pas parvenu à les déchiffrer : c'est agaçant !

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2. Au centre : le psalterion, ou le tympanon.

                                                                            Homme, si tu es encore quelque chose,

si tu sais quelque chose,

                  si tu aimes et détestes quelque chose,
                             Crois-moi, tu n’en as pas fini avec ton fardeau.

  Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique

 

   Le psaltérion : son nom vient du grec psallo, "pincer une corde" puis "chanter avec un instrument à cordes", ce qui a donné aussi "psaume". Apparaissant dans l'iconographie au XIIe siècle initialement en forme de trapèze, ils adoptent ensuite au XIIIe et XIVe celle du "groin de porc". On le joue des deux mains en le posant sur ses genoux, comme ici, ou contre sa poitrine. Il paraît proche d'un instrument vu ici :http://www.vlamarlere.com/article-23325046.html

 

   Sur un psalterion, les cordes sont généralement doubles, et métalliques. Elles sont pincées par une pièce de bois, d'os , de plume ou d'écaille nommé plectre, tenue classiquement entre l'index et le majeur.

  C'est précisément ce "plectre " qui me trouble, car j'ai bien l'impression que la tenue de l'objet incurvé que l'ange tient entre la face latérale de la deuxième phalange du pouce et la première phalange de l'index correspond à une technique de frappe,  qu'il s'agit alors de mailloches ou baguettes  et non de plectres, et que l'instrument est alors plutôt un tympanon qu'un psaltérion.

    Le tympanon est/serait apparu plus tard que le psaltérion, au milieu du XVe siècle. Son son très doux la fait nommer dulce melos, doulcemelle puis dulcimer

  Sa forme en T est ici particulièrement soulignée.

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3. les joueurs de harpe.

                                            

La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu’elle fleurit,
N’a pour elle-même aucun soin, - ne demande pas : Suis-je regardée ?

        Angelus Silesius, Le Pélerin chérubinique ou Cherubinischer Wandersmann

 

     La harpe est trés ancienne, elle se compose d'une caisse de résonance, droite, d'une colonne et d'une console souvent en col de cygne. Bien qu'on on ignore beaucoup sur la harpe médiévale, on la décrit comme une harpe triangulaire de 90 cm de haut (ce qui semble la taille de notre exemple), diatonique dont le nombre de cordes varie de 7 à 25 -ou de 21 à 28-,probablement métalliques ;  seules 10 sont représentées ici.

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4. les joueurs de chalumeau :

                                                              "Est-ce une conque? Êtes-vous un Triton?" (Cyrano, tirade du nez)

   Est-ce une flûte? Avez-vous un sifflet? Ou une anche, ce serait une muse ! Et si la anche est double, vous jouez du chalumeau. Ou, au féminin, de la chalémie.

   Je compte les trous : jusqu'à dix-sept, bigre, qu'est-ce?

   J'évalue la taille : presqu'aussi longue que le bras d'un ange, lequel a le bras long : plus de trente centimètres, ce n'est pas l'exilant qui fait tout-juste 17 centimètres, ni même une une musette qui en fait moins de trente.

   J'observe que le tuyau s'évase vers son extrémité. Pourvu que tout cela puisse dire quelque chose à un musicologue  versé dans l'instrumentarium médièval. 

Moi, tant que je peux aligner les mots nouveaux et les ajouter à mon petit répertoire, je suis aux anges. Et, à propos, ceux-ci ne jouent  ni de la bombarde, ni du cornet à bouquin, ni du sacqueboute, qui est si drôle à dire mais qui n'a rien à voir, ni du lugubre cromorne, ni du sordone, ni du cocasse cervelas, ni de la douçaine.

                                                     "Est-ce une conque? Êtes-vous un Triton?" (Cyrano, tirade du nez)

   

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5. Les joueurs de serpent.

             

 

Le ciel est en toi et aussi les tortures de l’enfer :
Ce que tu choisis et ce que tu veux, tu l’as partout.

Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique

 

Rien n'est plus contraire à l'esprit chérubinique, à la mentalité séraphinique, à l'inspiration archangélique, à la pensée gabriélique, uriélique, raphaëlique et michélique, rien n'est plus étranger au régne des Trônes et des Vertus, des Dominations, des Principautés ou des Puissances, des Intelligences ou des Idées, rien n'est plus éloigné des Messagers blancs comme neige et vêtus comme l'éclair, de la coloratura des chanteurs célestes et de la glossolalie des voix parénétiques ou théophaniques que la forme de cet instrument qui semble échapper des griffes de Samaël et que la bassesse de son timbre; et rien ne trahit plus la droiture de ces âmes pures que l'apparence tortueuse et retorse de ce membre de la famille des cuivres qui trompe son monde en prenant l'apparence d'un bois.

  Et pourtant, à moins d'accuser le zéle intempestif d'un vitrier restaurateur, il faut se rendre à l'évidence et constater que ce n'est pas un, ce sont deux joueurs de serpent qui participent au concert spirituel.

    Selon l'article Wikipédia, le serpent est un instrument dont l'invention remonterait à 1590  (le vitrail date de 1570-80) et qui était utilisé dans les églises,"pour accompagner les choeurs dont il renforçait les basses durant les offices religieux. Il remplaçait notamment l'orgue dans les lieux où il n'y en avait pas. Il était donc, dans un premier temps, essentiellement vouè à la musique religieuse dans des formations vocales jusqu'au milieu du XIXe siècle où il fut remplacé petit à petit par d'autres instruments pour accompagner le choeur. En Bretagne et en Normandie il est utilisé dans les églises jusqu'à la  Première Guerre Mondiale"

 En note, l'article donne un extrait de La Maison Tellier de Guy de Maupassant :« Devant le lutrin, trois hommes debout chantaient d'une voix pleine. Ils prolongeaient indéfiniment les syllabes du latin sonore, éternisant les Amen avec des a-a indéfinis que le serpent soutenait de sa note monotone poussée sans fin, mugie par l'instrument de cuivre à large gueule. »

  Sur son site, le musicien breton Roland Becker écrit que les instruments de Basse-Bretagne du XVIIIe siècle "existent toujours. Il y avait bien-sûr le biniou et la bombarde ainsi que le tambour, et puis il y avait des instruments moins [?] pittoresques comme le serpent, sorte de gros pipeau avec une embouchure comme celle du trombone, avec six trous. On jouait de cet instrument dans les églises... la Bretagne étant une province très écclésiastique, on a retrouvé des joueurs de serpent qui étaient là pour accompagner les cantiques dans les églises"

http://www.rythmes-croises.org/ethnotempos/articles.item.98/roland-becker.html

 

  Je ne peux manquer de signaler qu'il évolua vers un instrument doté de clefs, l'ophicléide. L'Ophicléide ! Comme quoi il était inutile d'aller chercher parmi les papillons, les libellules ou les oiseaux les jolis noms que je pouvais trouver sans battre la campagne, dans un orchestre militaire, milieu autrement sympathique.

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250px-Serpent_%28musical_instrument%29.J 

(Source Wikipédia "serpent", libre de droit)

 

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   Et si c'était un Tournebout ?

Plus je regarde l'image, plus je doute... c'était trop beau, le serpent avec les anges, l'occasion de citer Maupassant, pourquoi pas Flaubert ou Proust, non, cela ressemble à un chalumeau en trois parties, où les trous sont percés dans les deux premières qui sont droites et non dans les sinuosités... Tout faux, mais j'aurais appris quelque-chose, et je laisse le soin aux gens compétents de faire leur travail.

  Je vais quand-même regarder l'autre musicien, celui de droite : je découvre qu'il est différent, avec plein de trous dans les parties courbes, et un appendice rétrograde prés de l'embouchure heureusement souligné au jaune d'argent. Je Joue mon Joker et je fais appel au public. 

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B. Les deux coeurs latéraux.

 

Chaque coeur latéral est composé d' armoiries, d'un motif de feuilles de houx, et de 10 anges. Leurs instruments sont de haut en bas:

  • deux cornemuses entourant
  • deux clavicordes,
  • deux flûtes de tambourin entourant 
  • deux violes
  • et encore deux clavicordes.

1. Les cornemuses :

 

 

Le soleil n’a pas mal quand tu te détournes de lui
Et Dieu non plus quand tu cours à l’abîme

    Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique

 

Elles sont décrites par Jean-Luc Matte comme "sans bourdon, hautbois conique, court porte-vent."

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2. Le clavicorde ?, ou clavicytherum :

 

 

Le plus court chemin vers Dieu passe par la porte de l’amour ;
Le chemin de la science t’y mène très lentement. 

Angelus Silesius, Pélerin chérubinique

 

Je découvre un instrument à cordes frappées par l'intermédiaire d'une touche : je compte neuf touches, et autant de cordes ; celle-ci sont tendues au-dessus de la table d'harmonie qui est percée d'une ou de deux rosaces.

  Il y a donc deux instruments différents :

2a : le clavicorde à deux rosaces.

 Ce que l'on voit, ce sont les touches, les cordes, la table d'harmonie trapézoïdale (triangulaire à l"extrémité tronquée), mais ce qu'on ne voit pas, c'est si les cordes sont frappées ou pincées :

  • Frappées, c'est alors une sorte de tympanon doté d'un clavier, une forme précoce ou simple de clavicorde, qui est l'ancêtre du piano-forte.
  • Pincées, c'est une sorte de psalterion à clavier, une forme de clavicymbalum, l'ancêtre du clavecin.
  • Pincées toujours, mais à la table verticale, une sorte de harpe à clavier, c'est le clavicytherium.



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2b : le clavicorde bis : une seule rosace

  La forme de la table d'harmonie  est triangulaire et non trapézoïdale. Le nombre de corde est le même. Le premier modéle montre un clavier au sommet d'un boitier vertical assez haut.




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  3. Le rebec à trois cordes,  ou la vielle à archet qui lui a succédé, aussi appelée viole.

 

Tu dis : Quitte le temps et rejoins l’éternité ;
Mais y a-t-il une différence entre le temps et l’éternité ?

     Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique

 


  Comment vais-je faire, moi qui n'y connait rien, pour différencier le rebec, dont il est dit que l'utilisation est beaucoup plus tardive qu'on ne le pensait, jusqu'au XVIIe siècle, de la vièle ovale ?

  •   par le nombre de cordes ? Le rebec en compte trois, et la vièle de trois à cinq jusqu'au XIIIe siècle, date où le chiffre cinq a été fixé, dixit Wikipédia. Or le vitrail est du XVe.
  •  par la forme piriforme du rebec, alors que la vièle est ovale mais a tendance à se cintrer  au XVe comme le montrent les représentations de Memling (instrumentsmédiévaux.org) ? Mais il existe des vièles piriformes !
  • Parce que le corps du rebec est taillé dans la masse ? Mais le corps de la vièle est chantourné dans une planche épaisse !
  • parce que le rebec est monoxyle, taillé dans un seul morceau de bois, alors que le manche de la vièle est un élément rapporté. Ici, il est manifeste que le manche est en continuité avec le corps.
  • parce que la table du rebec est plate, et celle de la vièle voutée.
  • Mais pas : par le nombre d'orifices : le rebec n'en a qu'un, en rosace, alors que la vièle en a deux,  en forme de demi-lune ! mais l'illustration d'instrumentsmédievaux.org donne l'exemple inverse !

   Je me décide pour dire  qu'il s'agit d'anges joueurs de rebec, cet instrument apparu au XIVe, mais surtout utilisé du XVe au XVIIe, peut-être introduit par l'Espagne musulmane. Il était joué par les menestriers dans les fêtes populaires, et dans les bals et concerts de cour

  L'instrument est appuyé contre la poitrine, l'archet est rudimentaire et se résume à un arc tendu de crins, sans manche. Les deux instruments différent par leur chevillier, le premier en crosse vers l'avant se divisant en deux pointes en hameçon, l'autre en crosse arrière terminé en pomme.

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4. Le flûtet, ou Flûte à tambourin, proche du galoubet provençal.

                                                                                                                                     Pur comme le plus fin des ors,

                                                                                                                                           ferme comme un roc,

                                                                                                                                   De part en part limpide comme un cristal;

                                                                                                                        ainsi doit être ton coeur.

                                                                                                      Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique.


C'est une flûte à trois trous qui se joue d'une main (ici, indifféremment droite ou gauche) alors que l'autre main se charge de la partie rythmique sur un petit tambourin. Celui-ci apparaît sur ces images fixé par un cordon autour du poignet, ou par une lanière qui s'enroule autour de la commissure de la main.

Je l'ai déjà rencontré à Confort-Meilars sur le vitrail (début XVIe) dédié aux scènes de la Vie de Jésus ; mais la flûte y est beaucoup plus longue, à sept trous, et le tambourin est fixé à la taille:

Confort-Meilars :

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Bulat-Pestivien :

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  Les deux anges suivants sont issus du même carton. La flûte semble constituée de deux parties : un tuyau rond, surmonté d'une partie plate, élargie et percée d'un orifice rectangulaire ; en outre, celle-ci  se termine par une dilatation ressemblant à un ballonnet , après le cinquième doigt.

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C. Les mouchettes complémentaires :

  1. Joueur de harpe : 


                                                         Je ne sais pas ce que je suis,

         je ne suis pas ce que je sais :

Une chose, et pourtant aucune chose,

et petit point et un cercle


                                                     Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique 

 

   Je remarque que la console est double, ou creusée d'une gorge, à la différence des harpes éxaminées plus haut. Le nombre de chevilles, ou le nombre de cordes, reste de dix

 

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 Figure jumelle :Joueur de harpe, vêtu d'un manteau brodé et le front ceint d'un globe crucifère

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2. Joueur d'orgue portatif :

                                                               Je n'aime qu'une chose et ne sais ce qu'elle est,

Et parce que je l'ignore je l'ai choisie

                                                                                                           Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique

 

Orgue portatif à sept tuyaux

  Au XIe siècle, le moine Théophile, bien connu des amateurs de vitraux pour son traité sur les technique du verrier médiéval, a rédigé aussi un Diversarium artium schedula où il décrit toutes les étapes de construction d'un orgue d'église. C'est dire que les orgues, dont la technique se développe du XIIIe au XIVe, sont courant dans les paroisses au XVe siècle.          L'orgue portatif, lui, se joue de la main droite tandis que le bras et la main gauche maintiennent l'appareil et actionnent le soufflet. Il peut être joué debout, et accompagner ainsi une procession, en le maintenant par un baudrier, ou bien assis, posé sur les genoux, ou encore, comme dans la tapisserie de la Licorne, posé sur une table.


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Le même carton, inversé :

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3. Instrument à corde pectoral:

 


En bas de l'axe de symétrie, un couple d'anges jouent d'une boite où ils semblent pincer des cordes :

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  Essaie, ma petite colombe, on apprend beaucoup par l'exercice;

Celui qui ne reste pas assis finit par arriver au but.

Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique, trad. Maël Renouart, Rivages poches ed.

 

 


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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 00:00

 

          Un lutrin anthropomorphe

            en costume de Mouton Blanc

            à Bulat-Pestivien (22)

 

   C' était une après-midi d'hiver : je poussais la porte de l'église Notre-Dame de Bulat, soulagé de la trouver ouverte après les kilomètres que j'avais parcouru pour découvrir, après celui de Guiscriff, le deuxième lutrin anthropomorphe de Bretagne  Guiscriff : un lutrin anthropomorphe en costume breton.

  Je n'eus pas à le chercher longtemps, car il m'attendait près d'un confessionnal, derrière une rangée de chaise, dans le collatéral sud, très loin du choeur où je m'attendais à le voir remplir sa fonction et porter les Évangiles. Hum hum, je pressentis un malaise, car on ne mets pas ainsi au coin, fut-ce loin de sa paroisse, un jeune paysan vannetais dignement habillé du costume de son pays Pourleth sans raison majeur. Pourquoi le poussait-on ainsi vers le placard à balai et la poubelle ?

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   En attendant une explication de cette disgrâce ( un lutrin qui avait été exposé au Grand- Palais!), je le pris en photo, bien décidé à découvrir ce fameux costume dit "Mouton Blanc" ou "Mille Boutons", porté par les hommes de Pontivy et, plus largement, du pays Pouhlet, du Vannetais ou Gwenedour. Mille Boutons ou Bouton Blanc, je m'y perds, certains décrivent ce lutrin sous ce titre de Mouton Blanc, qui est Pontivy, alors que d'autres en font un Mille Boutons, qui est Guéméné, et je peine à démêler l'écheveau des démêlés entre pays bretons, surtout si c'est bonnet blanc et dubonnet, et de boire le bouillon.  Je ferai de mon mieux.


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   Alors que son collègue de Guiscriff a adopté la posture de l'Atlante, un genou à terre, le Vannetais se tient debout, tête haute, souriant, portant sa charge avec tant d'aise qu'il se contente de poser deux doigts sur le plateau de bois. C'est qu'il en a porté, des sacs de blé et des ballots de paille ! Et peut-être aussi tire-t-il, tel Samson, sa force de la longueur de ses cheveux.

  Au dessus d'un gilet noir où s'alignent tels des moutons à la queue-leu-leu quelques-uns des 144 légendaires  boutons argentés, il porte la veste blanche qui explique le nom de sa tenue. Elle aussi voit s'aligner des théories de boutons purement décoratifs. J'en ai compté 26 du coté gauche avant de m'endormir. Elle porte le nom de justenn ; elle est ici légèrement plus courte que le gilet, alors que l'inverse est signalé par Jean-Pierre Le Gonidec ( Coiffes et Costumes des Bretons, Coop Breizh  2005).  Les manches sont ornées d'un rectangle de velours noir en T portant trois autres boutons.

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   Des boutons, j'en découvre encore quatre le long du haut col droit, purement décoratifs, au dessus d'une boucle-agrafe qui ferme l'encolure. On devine par les plis rayonnants le caractère bouffant de cette chemise. On voit aussi que le gilet n'est fermé qu'au deux-tiers, peut-être par un laçage entre les fentes qui sont visibles. Le plastron du gilet est décoré de bandes horizontales, sans-doute de velours, dont les deux supérieures peuvent se prolonger autour du col et sur l'arrière. Je compare les trois bandes de cette image avec cette photo que je copie-colle du blog http://guemenesurscorff.blogspot.com/2011/07/blog-post_23.html

 

 

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  L'arrière de la veste fait apparaître, sous une sur-épaisseur en double arcade, douze godrons qui descendent jusqu'au bord inférieur. On signale qu'en pays pourlhet, elles s'évasaient vers le bas et qu'elle dataient de la Renaissance.

  

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  Le pantalon n'est pas le bragou bras bouffant, mais le pantalon long ou bragou berr. Il dispose de deux poches latérales identiques, découpées en fente en mandorle.

   La photographie montre les sabots, recouverts par des guêtres boutonnées (encore!) de sept boutons extérieurs. Elles se fixent au pantalon par ... un bouton. Finalement, je ne sais pas si ce pantalon descend sous le mollet .

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      Le chapeau du pays pourleth (capitale : Guéméné sur Scorff) est un chapeau rond feutré aux larges guides arrières sans boucle, alors que la boucle qui libère les deux  guides est ici bien visible. Les bords du chapeau sont larges.

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        Cette image montre la large ceinture de cuir et la boucle latérale en laiton. On découvre une poche droite supplémentaire, à rabat, horizontale et fermée par cinq boutons. N'oubliez-pas le bouton qui ferme le pantalon.

   Mes comptes :

  -chemise : 4 boutons

  -gilet : 26 boutons

   -veste : 50 boutons + 6 boutons de manches font 56 boutons

   -Pantalon : 5 boutons sur la poche et 2 boutons fixe-guêtres font 7, je n'oublie pas celui de la ceinture soit 8 boutons

   -Guêtres : 14 boutons 

_____________________________________________

Total : 4 plus 26 plus 56 plus 8 font 94, je rajoute 14 qui font 108. Mais je n'ai pas osé aller chercher les n boutons de braguettes, et les éventuels boutons de manche de chemise ou de gilet. 

Je proclame donc le résultat de CENT HUIT BOUTONS dont QUATRE-VINGT TROIS larges boutons plats argentés et SEPT larges boutons plats de guêtres, QUATRE petits  boutons ronds, et SEPT petits boutons plats, et AUCUN MOUTON.

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   Le coin arrière droit du socle cache derrière un missel (sûrement) une inscription : 

    KISELET GANT ANOTROU CHAMAILLARD chom an ROSTREN, signifiant comme chacun sait Sculpté par Monsieur Chamaillard de Rostrenen.

 

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   Bien-sûr, je me demande de quel "Chamaillard" il peut s'agir, pour découvrir rapidement qu'un Paul Chamaillard, sculpteur à Rostrenen, est l'auteur, en 1890 de le série des apôtres en bois polychrome alignés dans le porche de l'église Notre-Dame du Roncier à Rostrenen. C'est aussi l'auteur dans la même collégiale, de la cathèdre destinée à Mgr Bouche, qui fut évêque de Saint-Brieuc de 1882 à 1888, ce qui permet de dater ce fauteuil. En 1886, Mgr Bouche rend hommage à sa statue de St Jacut placée à l'entrée du monastère de Saint-Jacut. 

   De quand date ce lutrin? Un fiche des Monuments Historiques, qui l'a classé au titre d'objet en 1978, a été rédigée en 1994 et mise à jour en 2002 (ref PM 22000065). Elle donne la datation de "3e quart du XIXe ", et "vers 1860". Très bien, Paul Chamaillard aurait pu l'avoir réalisé étant jeune.

  Le frère de ce sculpteur était entrepreneur en travaux publics et privés, et a été chargé de restaurer l' église de St Michel-en-Grève (jusqu'en 1850), celle de Trémargat ou de la voûte de l'église de Kergrist-Moëlou, qui fut peinte en 1871 par Gilbert. 

  Il apparaît que c'est le fils de cet entrepreneur de Rostrenen, Émile Chamaillard, né en 1875 à Rostrenen, neveu de Paul Chamaillard dont il dut fréquenter l'atelier, qui est l'auteur de ce lutrin (source :http://marikavel.org/bretagne/bulat-pestivien/eglise-interieur.htm). Il devint chirurgien-dentiste à Paris (v.1901), et il publia en 1910 un ouvrage historique qui continue à faire référence, Rostrenen révolutionnaire

  Il ne peut donc dater, au plus tôt, que de 1895, dans la fourchette de vraisemblance de 1895-1901. Cette date approximative est très proche de celle à laquelle j'ai abouti pour le lutrin de Guiscriff.

   Le costume dit "des moutons blancs" est apparut vers 1870. Il s'agit d'un chupenn et d'un gilet de draperie blanche avec des bandes de velours noir rehaussées de broderies bleues et rouges en forme de motifs ornementaux primitifs (soleil, croix, étoiles, fleurs de lys), qui disparaîtront peu à peu. En pays pourleth, le costume initialement très proche du "mouton blanc" change  après 1870 pour devenir noir : c'est le costume "mille boutons".


 

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  A me voir tourner autour de ce lutrin pour vérifier qu'il ne lui manquait pas un bouton de guêtres, une de ces dames qu'on trouve dans ces églises désertes en train de fleurir la statue de Sainte Catherine, de redresser tendrement la crosse d'une saint-évêque qui fléchit, d'effacer un pli sur  la nappe d'autel, de tirer machinalement le rideau du confessionnal, celui de droite étant légèrement plus ouvert que le gauche, de surveiller  si les cierges de dévotion piqués sur l'if (mais oui, le support où les fidèles plantent leur bougie porte le même nom que le support de bouteilles de vin qui s'égouttent ) s'éteignaient bien, comme le commercial de la ciergerie l'avait assuré, automatiquement à 6 centimètres du bord, de prévoir mentalement la prochaine commande de veilleuse votive ( reprendre les rouges, forme tulipe, un carton de 48, l'essai de ces cylindriques couleur ambre n'a pas été heureux), bref une de ces saintes dévotes dont la relève n'est plus assurée et qui portent sur leurs humbles épaules la logistique d'une paroisse s'est approchée de moi sous prétexte qu'elle ne trouvait plus ses deux pieds de micro qui étaient pourtant toujours là, à la même place. "Ils n'ont pas pu s'envoler, tout-de-même". Non, mais je les découvris sous la statue de Notre-Dame, où elle se rappela les avoir placé. Elle avait tant de chose à faire...il y allait avoir une messe d'enterrement... le manuterge était-il plié sur la paire de burettes, ou bien ec linge liturgique, avec lequel le prêtre essuie ses doigts après le lavabo avait-il été confondu avec le corporal ? (le premier a une croix brodée dans le coin, et le second au centre...l'antépendium était-il masqué par la nappe d'autel ?... tout-à-l'heure, le célébrant trouvera-t-il tout ce qu'il faut pour superposer successivement sur le corporal le calice, puis le purificatoire, puis la patène, puis le pale, puis le voile de calice ?

  _ Eh puis maintenant, on ne peut rien laisser. Vous avez vu ce qu'ils ont fait ? Et puis ne me dites pas que ce sont des enfants qui ont fait ça

  Je suivais du regard l'index tremblant d'indignation, et il me désignait, un peu plus bas que la ceinture de notre paysan en tenue du dimanche, un dessin noir qui transformait notre paroissien bas-breton en pâtre grec ithyphallique!

  J'en fus rouge de confusion pour cette dame qui voyait ainsi toute sa peine, son dévouement, l'abnégation de ses humbles balayages, l'oraison de ses travaux ennuyeux et faciles, sa patience à exercer en son église la tradition rustique et millénaire de l'hospitalité, bafouée par le pencil ridicule d'un imbécile.

 - Et regardez le visage, qu'ils ont barbouillé comme des sauvages !

  C'est vrai que le gwenedour (vannetais) prenait des allures de petit ramoneur :

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   _Une personne a voulu le nettoyer, mais les Monuments Historiques ont dit : "Laissez le comme ça" ! Ah ben ça alors !

  Juste en face, du coté gauche de la nef, j'entendis un ricanement, comme un grincement : je traversais-genuflexion-la nef et je vis une chaire à prêcher dont la cuve  n'avait pas vu un chat depuis des lustres.

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  Et, en dessous, me fixant d'un regard glaçant, il y avait Ceci :

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  Il avait ouvert toutes grandes ses oreilles de chirioptère et n'avait perdait goutte de notre discussion. Il jubilait. Il frétillait de la queue et claquait ses griffes nerveusement.

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        Ah le Malin ! Comme il savait tramer ses coups infects jusque dans la Maison Divine ! L'Odieux !

    Scandalisé, je revenais vers le lutrin :

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   Je comprenais maintenant qu'il soit placé dans son coin, et il pouvait s'estimer heureux de ne pas être dos au mur, pour cacher ça ; imaginez-le sur l'estrade derrière la clôture du choeur, portant les Saints Évangiles ! 

   A Dieu ne plaise! Cui-ci peut pus servir à ren  avec c'truc à l'air comme s'il avait l'grand pont ouvert et la têt lessivée avec une morgat ! I vaut puz un'bolée d'cid!

 


   

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 22:02

                                             Église de Guiscriff (Morbihan) :

        un lutrin porté par un paysan en costume breton.

 

   C'était le soir de Noël, lors de ma visite à l'exposition de crèches organisée à l'église St Pierre et St Paul de Guiscriff  : un homme grand et accueillant, sans-doute le recteur, que je voyais s'affairer à donner à chacun des précisions sur les santons, voyant que je photographiais son lutrin à double plateau, me déclara : "Vous savez, il ne reste que deux lutrins anthropomorphes comme celui-là en Bretagne, et l'autre, qui est polychrome, se trouve à Bulat. Vous pouvez le dégager des branches de sapin qui le cache, vous allez voir : il est entouré de deux démons qu'il écrase. L'un tient une bouteille, il représente l'ivrognerie ; et à gauche, l'autre diable tient un biniou, pour faire danser les filles."

  Me voilà qui étreint ce diable de lutrin qui pesait un poids de voleur, en train de le faire riper à droite, riper à gauche, et sans patin, de rattraper l'énorme bouquin qu'il soutient, et de constater que Monsieur le curé disait vrai (ce dont je n'avais jamais douté) :

donc, voici le "lutrin anthropomorphe"  avant ma lutte contre le lutrin. On ne voit, au pied, à droite, qu'un des deux lutins, l'ivrogne, et l'autre, le lutin qui lutine au pied du lutrin, est dans le sapin.

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Il n'en mène pas large, l'enfant de Bacchus sous les fesses d'un Titan ; le faune ébrieux aux oreilles pointues, l'aegypan qui picole, le téteur de fiole : au pied Médor, et bas les cornes !

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  De l'autre coté du lutrin que je n'ai pas dérangé en vain, voilà le lutin turlupin au pif zinzolin, le joueur de tsoin-tsoin tout aussi velu et  cornu que son voisin, l'oreille pointue et le sourire assasin. Mais ce n'est pas un faune, mais un vieux satyre libidineux et retors, un fieffé chafouin, un gredin caprin aux moeurs de carabin,  le fils du Mâlin  à la cornemuse infernale.

 Mais le diablotin est bien incapable de jouer de son vilebrequin à danser, son engin à six trous car dès qu'il y tâte, de son crin-crin, l'atlante armoricain resserre sa prise comme un serre-joint et lui cloue le bec. 

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 Maintenant que ces babouins sont écrasés par le brodequin et peu enclins à chahuter, enfin, intéressons-nous à l'Atlas porte-atlas accroupi sur sa base octogonale : la sculpture en ronde-bosse date du XIXème siècle, on ne peut être plus précis sur la datation et on ne parvient pas, m'explique le chapelain, à dire exactement à quel pays, à quelle guise son costume appartient.

  C'est un paysan, tête nue bien-entendu puisque son chapeau rond n'aurait pas apprécié le pieux fardeau qu'il s'agit de porter, les cheveux longs , vêtu d'une veste courte et  ouverte. Je l'imagine de drap bleu, enrichie de fil de soie jaune, mais qui sait? Ses bords sont garnis d'un galon de raies horizontales, qui suit l'ensemble des contours, se repliant en chicane pour suivre le décroché du pan droit, mais courant vers le haut autour du col, et vers le bas jusqu'au dos de la veste. Les manches sont fendues et dotées d'un bouton.

   Le gilet est fermé, sur la droite, par une enfilade de boutons (j'en compte neuf visibles) en face d'autant de boutons du coté gauche. Aucune passementerie n'est visible.

  Sous ce gilet, une chemise monte très haut en col montant fermé par devant par cinq petits boutons. Je ne trouve pas ce type de chemise dans le livre de Creston, mais elle se rapproche de la chemise de paysan en chanvre ou lin de la figure 137. 

  Plus bas, nous trouvons la large ceinture de cuir ou gouriz, fermée par une boucle, puis le bragou bras, et les guêtres boutonnées à l'extérieur. Tout cela ressemble assez bien au Saint Isidore dont  j'ai décrit la statue dans l'église d'Élliant : Costumes bretons d'Elliant : vitrail et statues.  

 

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        J'en étais là de mon inspection de notre cariatide mâle lorsque je fus tiré par la manche par une curieuse femme qui, auparavant, aidait le curé en tenant un stand où elle proposait des lectures pieuses consacrées à la Nativité, aux crèches et aux arbres de Jessé, et des numéros spéciaux du Pèlerin. J'avais évité de m'en approcher, non vraiment en raison de ses traits  fripés , du bonnet de laine qui l'a coiffait jusqu'au dessus des yeux, et de la tronche de rustre basse-bretonne qu'elle affectait de prendre pour entretenir l'impression que j'étais tombé dans un conte de Noël des temps anciens, mais justement parce que je redoutais de trouver exposée la preuve même d'un retour dans les années 1950-70 : les albums Fleurette, Sylvain et Sylvette, l'hebdomadaire Bayard ou la revue Record, Je veux être prêtre, la Vie du Curé d'Ars, parmi les exemplaires de Notre Temps ou de Prions en Église.

  Elle me montra la paire de godillots du manant à genoux et elle me dit : "regardez les chaussures cloutées : avec des modèles comme ça, la sculpture ne peut pas être très ancienne". Ses yeux pétillaient, elle m'avait bien eu avec sa comédie de bonne du curé!

  Et c'est vrai que la statue ne portait pas de sabots, mais des bonnes grosses chaussures lacées ferrées à clous.

lutrin 7823cc

 

 

Le recteur, nous voyant plongés dans cette contemplation, prit à son tour la parole : Savez-vous ce qu'ils ont découvert lorsqu'ils l'ont restaurée ? Un Saint Sacrement gravé dans le dos de sa veste ! "

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  Je n'en avais jamais vu, mais j'avais lu quelque chose à ce sujet dans Creston, et , revenu chez moi, je retrouvais la page 87 de Le Costume Breton :

  " Il y a à peine cinquante ans, [ 1905, si l'article Cornouaille est paru en 1954] la mode de Rosporden se signalait par un motif  ornemental qu'elle semble bien avoir été la seule à employer, et dont l'origine paraît venir directement des ornements décorant armoires et lits clos : le Saint Sacrement et son dérivé le bouquet de fleur, le premier étant le plus ancien (fig. 48 et 49). Ces motifs, comme sur une chasuble, étaient brodés dans le dos du chupenn."

  Dés-lors, il serait possible de dater ce costume de la fin du XIXème ou du début du XXème siècle ( 1890-1910), et de le localiser comme un costume "du groupe de Rosporden", groupe auquel appartient Guiscriff.  En un mot, ce serait le costume d'un paysan de Guiscriff des années 1900.

 

N.B. Cette histoire de Noël est banale mais authentique, et j'en remercie chaleureusement les acteurs, en espérant qu'ils ne m'en voudront pas de les avoir enrôler dans cet article de mon blog.

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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 21:45

                  Exposition de crèches de Noël

           à l'église St Pierre et St Paul de Guiscriff.

 

I. La crèche principale :

 

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II. Les personnages quêteurs :

   On les trouvait jadis à coté de toutes les crèches, hochant la tête en remerciement lorsqu'on leur donnait une pièce de monnaie, à la grande joie des enfants. C'était le plus souvent des anges, mais cette exposition à aussi rassemblé un paroissien en costume breton, et un prêtre :

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  III. D'autres crèches : 

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           Toutes les photographies sont la propriété de Lavieb-aile.

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  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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