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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:32

 

                 Vierge allaitante II :

  Chapelle Notre-Dame de Kergoat, Quéméneven:

                

                                                            I. LES VITRAUX .

 

   Si la chapelle actuelle date du XVIe siècle, date à laquelle elle fut reconstruite, elle conserve en baie 5, 8 et 11 des vitraux du XVe siècle venant du sanctuaire antérieur. 

    Si la chapelle actuelle date du XVIe siècle, date à laquelle elle fut reconstruite, elle conserve en baie 5, 8 et 11 des vitraux du XVe siècle venant du sanctuaire antérieur. 

    Vers 1600, une première redisposition des panneaux eut donc lieu lors de la construction de la chapelle, puis en 1841 Guillaume Cassaigne, peintre et vitrier de Quimper (dont on trouve aussi le nom sur le buffet d'orgue) modifia les verrières au goût du jour (souvent on les trouvait trop sombres -avant l'électricité !) en remplaçant les vitres du choeur par des verres vivement colorés, et en transférant les vitraux anciens dans les fenêtres des collatéraux de la nef, insérés dans de larges bordures façon Cassaigne. En 1901, l'atelier parisien de Félix Gaudin restaure les vitraux du coté nord (impairs) et en 1922-23 l'atelier Labouret se charge des verrières sud (paires). Les vitres sont toutes démontées et mises à l'abri en 1942, puis remises en état et replacées en 1954 par J.J. Gruber.Le résultat est un pèle-mêle compliqué encore par les pertes et les bris, et l'utilisation de verres bouche-trous.

  En 2009-2010, l'atelier Anne Pinto de Tussau (Charentes) qui se charge de restaurer et surtout de protéger les vitraux. En effet, ceux-ci s'altèrent avec le temps : soit la peinture s'efface, soit la condensation (air froid extérieur, air chaud intérieur) ruisselle sur la face interne et lessive la peinture, soit celle-ci facilite le développement de micro-organismes (lichens et algues) qui rongent le verre.

  La protection mise en oeuvre par l'atelier Pinto consiste en la pose d'une verrière de protection à la place du vitrail, lequel est décalé de 3cm vers l'intérieur pour créer une ventilation : c'est désormais sur la face interne du verre de protection que l'eau de condensation se forme et s'écoule. En outre, le vitrail est désormais à l'abri des garnements qui lancent des pierres, de la grêle, du vent ou de la pollution.

   Mais l'atelier a aussi procédé à la restauration du vitrail lui-même. Des verres avaient été brisés ; certains fragments avaient été fixés par des "plombs de casse", plomb ficelle ou aile de plomb,  qui, s'ils sont trop nombreux, finissent par altérer le dessin d'origine. Les soigneurs de vitraux en ont compté en moyenne  750 par verrière ! Ils les ont déposé au profit d'un collage bord à bord par résine silicone.

   L'accumulation de poussières et de lichens avait encrassé les panneaux, en les noircissant ou les verdissant. Pire peut-être, la masse du verre se trouvait piquée de taches blanchâtres ou noires, surtout les bleus du XVe, alors que ceux du XVIe résistaient mieux. Un nettoyage au pinceau puis au coton-tige. Et puis l'ancien mastic très dur a été retiré, les verres bouche-trous ou les lacunes ont été remplacés par du verre soufflé maintenu par des cuivres Tiffany.

   J'ai appris tout cela en lisant les panneaux exposés dans la chapelle et réalisés par l'atelier Anne Pinto http://www.pinto-vitrail.com/

 

 

 Les baies sont numérotées avec des chiffres pairs pour la partie droite de la nef, impairs pour la gauche : nous partirons du choeur sur la droite vers le fond (6 à 10) , et nous reviendrons par le collatéral gauche du fond vers le choeur ( 11 à 5).

  Source : Corpus Vitrearum, Françoise Gatouillat & Michel Hérold, PU Rennes, 2005 (avant restauration).

  Baie 6, les Saints  

Datation : milieu XVIe siècle.

- Tympan : Dieu le Père bénissant daté vers 1500? sur fond moderne. Les écoinçons sont remplis par des fragments ( soldats ).

- lancette de gauche : en bas,saint-évangéliste écrivant ; au dessus, saint-évêque.

-lancette de droite : en bas, Saint Michel en cuirasse maîtrisant le dragon. En haut, ce serait Saint Barthélémy.



 

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Baie 8 : Enfance du Christ et Passion.

Datation : fin XVe et début XVIe.

-Tympan: Buste de la Vierge à l'enfant, (1500-1510); Écoinçons : deux anges (XVIe)

- lancette de gauche : en bleu, sainte abbesse (?, pas de crosse), ou Sainte Anne lisant (vers 1480) Auréole en verre rouge gravé. Au dessus, scène de Nativité avec une sage-femme tenant la tête de l'enfant, des anges en chape épiscopale et deux bergers (vers 1500-1510). Le Corpus signale "nombreux plombs de casse" : on peut évaluer la restauration.

- lancette de droite : en bas, le baiser de Judas et l'agonie du Christ au jardin des Oliviers (4e quart XVe)


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Baie 10 : Saints et anges

Datation : 2e moitié XVe et XVIe

Tympan  : Christ montrant ses plaies; écoinçons : fragments d'anges.

-lancette de gauche en bas: Saint Jean-Baptiste avec l'agneau.

                             au milieu : saint diacre ; Saint Laurent selon Abgrall 1914.

- lancette de droite en bas : Saint Pierre (fin XVIe). Le verre rouge gravé fait symétrie avec celui du panneau de gauche (Jean Baptiste) et les deux scènes semblent correspondre. Elles étaient à l'origine les ajours d'un tympan, et ont été environnées de débris pour réaliser un panneau rectangulaire.

- en haut : deux anges tenant des couronnes présentant les instruments de la Passion.

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Baie 11 : Histoire de Joseph.

Datation : vers 1500 et fin XVIe.

 - Tympan : Christ de la résurrection (XVIe). Écoinçons : deux anges musiciens.

- lancette gauche : En bas, Joseph et la femme de Putiphar. Genèse, 39 : " Un jour qu'il était renté dans la maison pour faire son ouvrage, et qu'il n'y avait là aucun des gens de la maison, elle le saisit par son vêtement en disant : Couche avec moi! Il lui laissa son vêtement dans la main, et s'enfuit au dehors". Nous la voyons qui sort en tenant sur son épaule le vêtement rouge de Joseph, grâce auquel elle va l'accuser, et il sera jeté en prison.

                         : au milieu, Joseph vendu aux marchands. Genèse, 37, 28 : "ils tirèrent et firent remonter Joseph hors de la citerne ; et ils le vendirent pour vingt sicles d'argent aux Ismaélites, qui l'emmenèrent en Égypte."

                         : en haut, Joseph explique un songe à ses frères. C'est ce qui va attiser leur jalousie : Genèse 37, 7 "Nous étions à lier des gerbes au milieu des champs ; et voici, ma gerbe se leva et se tint debout, et vos gerbes l'entourèrent et se prosternèrent devant elle"   

- lancette droite   : en bas : fragment d'un Roi d'un Arbre de Jessé. Pendant longtemps, je croyais qu'il s'agissait d'une vieille bretonne en coiffe avec le penn bazh ! Mais c'est un roi couronné tenant le spectre et un phylactère que j'enrage de ne pouvoir déchiffrer.

                          : au milieu, les frères de Joseph rapportent à son père Jacob la tunique ensanglantée. Genèse 37, 1 : Ils prirent alors la tunique de Joseph, et, ayant tué un bouc, ils plongèrent la tunique dans le sang. Ils envoyèrent  à leur père la tunique de plusieurs couleurs, en lui faisant dire Voici ce que nous avons trouvé ! reconnais si c'est la tunique de ton fils, ou non. Jacob la reconnut, et dit : C'est la tunique de mon fils! une bête féroce l'a dévoré! Joseph a été mis en pièces!

                       : en haut, Joseph est descendu dans le puits par ses frères, avant qu'ils ne se décident à la vendre à une caravane de marchands. Genèse, 37,24.


     Le vitrail décrit le costume paysan de la fin du Moyen-Âge : une chemise de lin  ou de chanvre, un caleçon de toile ou braies longues ou courtes qui deviennent collantes  au XIIe siècle, une tunique courte (mi-cuisse) serrée à la taille par une ceinture, une pèlerine à capuchon, et sur la tête un chaperon savamment enroulé autour de la tête pour retomber sur les épaules, ou un bonnet évoquant un bonnet phrygien proche peut-être de celui que portaient les marins pêcheurs du Finistère. Le chaussage associe des chaussures qui paraissent souples et des chausses entourant le pied par une étrivière. Ces chausses sont retroussés sous le genou en un large revers. Les couleurs sont certainement dictées par les impératifs esthétiques du maître-vitrier et ne reflètent pas la réalité d'un costume souvent gris ou écru.

 

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Baie 9, Jugement dernier et donateur :

Datation : vers 1540 et vers 1560.

-Tympan : trigramme du Christ entouré de séraphins. Écoinçons ornés d'anges et de chérubins.

- Lancette de gauche : en bas, donateur présenté par un ange. Ce personnage à la barbe et moustache de taille très particulière et très élaborée est vêtu comme un ecclésiastique, avec court surplis, courte soutane noire, chape orfrayée présentant les douze apôtres, barrette posée à coté du livre d'heures, présente sur son prie-dieu des armes reconnaissables, celles de Henri (de) Quoetsquiriou, recteur de Quéménéven. 

  A la montre de 1481 en Cornouaille, la noblesse de Quéménéven est représentée par Riou de Quoetsquiriou, seigneur du dit lieu,archer en brigandine, et Olivier de Quoetsquiriou par son fils Hervé. 

  Le toponyme Coat Squiriou figure sur la carte IGN au sud-est de Quéménéven, alors que la carte Cassini de 1750 mentionne "coasquiriou" avec l'indication d'un hameau. Il y existerait une parcelle dite "ar ch'astellic" avec reste d'une motte féodale (Ann. Bret. n°1 à 2, 2008). Le toponyme est construit avec les mots coat-, "bois", et -squiriou, "éclat de bois".

  C'est par un aveu de 1566 indiquant ses armes, "un chesnier glanné chargé au pied d'un lépureau ou connil et sommé d'un héron" ( Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne volume 24 et 25, 1944) que le chanoine Pérennès est parvenu à identifier ce recteur.

                                               : en haut, sous les trompettes de la résurrection dont on ne voit que les pavillons, et sous les chérubins rouges et les nuages blancs, un ange à la chape avec orfroi brodé aide un ressuscité tonsuré à s'extraire de terre alors qu'un démon griffu lui dispute cette proie à l'âme  peut-être pas irréprochable. D'autre élus émergent de leur linceul.

 

-lancette de droite                : en bas, la gueule du Léviathan, conforme à de nombreuses iconographies semblables, notamment sur les calvaires. Un malheureux damné déjà lacéré et transpercé continue à être frappé par la masse d'arme d'un démon, alors qu'il crache un animal (classiquement un crapaud). Ce corps, et les deux visages près de son ventre, est d'un artiste du XVie, alors que toute la partie gauche avec la tête du monstre date... de 1922, travail d'un artiste de l'atelier Labouret particulièrement doué pour l'imitation illusionniste de l'ancien.

                                               : au milieu, les élus, avec une première rangée de saintes et bienheureuses, et parmi elles Sainte Marie-Madeleine qui libère les effluves de son flacon de parfum. Au dessus, les saints, avec Saint Pierre (les clefs) et Saint Jean (le calice).

                                                : au sommet, les trompettes de l'Apocalypse. 

            

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Baie 7 : Jugement dernier

Datation: vers 1540. Proviendrait du transept

Tympan : Christ présentant ses plaies au sortir du tombeau. Deux anges.

- lancette gauche : en bas, un bel ange "buccinateur", utilisant ses muscles du même nom (musculus buccinatorius que les joueurs de buccin et autres cuivres     nomment "muscle trompetteur") pour annoncer haut et fort que l'heure du jugement est sonnée.

                         : au dessus, l'assemblée des élus se congratule d'en être. J'avais reconnu Saint François, toujours prêt à montrer ses stigmates, mais le personnage en rouge m'intriguait, avec ses oreilles de Mickey ou son bonnet à pompon sur sa tonsure ; en outre, il présentait de la main droite un champignon ou un chou à la crème (un Saint-Honoré sans-doute) dont il conservait une bonne réserve sous le coude.

   Je ne connaissais pas encore ce tableau de Giotto :

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  Il vient du Horne Museum et représente, selon http://rouen.catholique.fr/spip.php?article1269,   Saint Etienne. Mais pourquoi donc? pour représenter tant bien que mal les pierres dont il fut lapidé.

  Donc, nous avons affaire à Saint Étienne  et Saint François

                       

                                            : au dessus, la Vierge et Saint Jean-Baptiste.

- lancette de droite : en bas, une jeune femme qui vient de ressusciter cherche à échapper au triste sort que lui a valu ses péchés (la luxure, certainement la luxure vu la longueur de ses cheveux) et tend les bras vers un gros ballon rouge qui ne lui sera d'aucun secours.

                              : au milieu, l'assemblée des saints se poursuit. Saint Sébastien s'est laissé pousser la barbe mais n'a toujours pas oté ses flèches et à l'arrière, son voisin proteste qu'il a failli être éborgné. Ce n'est autre que Saint Laurent, qui en a vu d'autres, lorsqu'il grillait sur le barbecue de ses bourreaux. Il a beau n'être que le diacre de Saint Sixte, il lui a volé la vedette.

                               : en haut, d'autres saints et apôtres, dont saint Paul tenant l'épée de sa décollation.

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Baie 5 : Credo apostololique et prophétique

       Datation : 4e quart du XVe et XXe.

—Tympan : buste du Christ bénissant et globe crucifère. : écoinçons: 2 rois d'un Arbre de Jessé, couronnés, dotés du sceptre, tenant le phylactère indiquant leur nom : Ezechias et Lechonias (4e quart XVe)

— lancettes : fragment d'une verrière consacrée à un Credo où les huit figures, soit apôtres, soit prophètes de l'Ancien Testament, tiennent une phylactère où est inscrit leur nom et un article du Credo.

-lancette de gauche : panneau inférieur : Saint André et Baruch. 

                           : panneau supérieur : Saint Jacques le Majeur (avec son chapeau portant la coquille, son bourdon ) et un prophète;

-lancette de droite : panneau inférieur : Malachie et un apôtre, Philippe, tenant une croix

                            : panneau supérieur : Saint Pierre et Jérémie (têtes modernes)

                            

 

 

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Le thème du "Credo apostolique et prophétique"  et son illustration sur le vitrail de Kergoat.

       J'ai décrit cette baie 5 d'après le éléments de bibliographie disponibles, et notamment du Corpus Vitrearum de 2005 rédigé avant la restauration de l'atelier Pinto. Je vais reprendre cette description à la lumière de mon propre examen des images une fois restaurées, et de l'étude du thème iconographique, assez original sur les vitraux du Finistère puisque je le rencontre pour la première fois.

   Je découvre ainsi que cette iconographie s'est développée au XIIIe siècle à la suite de réflexions théologiques montrant que les articles du Credo trouvent leur fondement dans le Nouveau Testament, par des références à des textes des Évangiles, des Épîtres et des Actes des Apôtres, mais aussi dans l'Ancien Testament par des citations des Prophètes, ce qui fonde le Credo non pas sur tel ou tel Concile, mais sur la parole de Dieu.

  a) Le Symbole des Apôtres

Ce Symbole des apôtres, souvent appelé Credo comme celui de Nicée, était récité quotidiennement par les clercs dans la lecture de leur bréviaire, et, depuis le Missel Romain de 2002, il peut être récité à la place du Credo lors de la Messe.  

  Il est la traduction, latine puis française, d'un texte grec. On le reconnaît dès le premier article qui dit Je crois en Dieu le Père tout-puissant (Credo in Deum, Patrem omnipotentem) alors que le Credo énonce Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant (Credo in unum deum ).

Il s'agit  ici non pas du Credo à proprement parler, celui qui est récité à la messe et qui est le Symbole de Nicée-Constantinople, mais le Symbole des Apôtres, une profession de foi qui, selon la tradition, proviendrait directement des Apôtres et qui serait donc inspiré par l'Esprit-Saint. La légende développée dès le IVe au VIe siècle veut même qu'à la veille de leur dispersion, chacun des douze apôtres en ait récité un article : il compte donc douze articles de foi. On trouve cette tradition chez Ambroise de Milan (339-397) puis chez Rufin d'Aquilée (345-410), l'auteur qui donne le premier texte latin du symbole. celui-ci écrit dans Commentaire du symbole des apôtres (v.400) " Nos anciens rapportent qu'après l'ascension du Seigneur, lorsque le Saint-Esprit se fut reposé sur chacun des apôtres sous forme de langues de feu, afin qu'ils puissent se faire entendre en toutes les langues, ils reçurent l'ordre de se séparer et d'aller dans toutes les nations pour prêcher la parole de Dieu. Avant de se quitter, ils établirent en commun un régle de la prédication qu'ils devaient faire afin que, une fois séparés, ils ne fussent exposés à enseigner une doctrine différente à ceux qu'ils attiraient à la foi du Christ ; étant donc tous réunis, remplis de l'Esprit -Saint, ils composèrent ce bref résumé de leur future prédication, mettant en commun ce que chacun pensait et décidant que telle devra être la règle à donner aux croyants. pour de multiples et très justes raisons, ils voulurent que cette règle s'appelât symbole."

http://www.patristique.org/Historique-du-symbole-des-apotres.html

  Au VIe siècle, à la suite de deux sermons pseudo-augustiniens (Sermon 240 et 241) d'un prédicateur gaulois, chaque article fut attribué à un apôtre particulier : ce point est important , puisqu'il va nous aider à déchiffrer le texte du phylactère si nous identifions l'apôtre. Voici la répartition selon le texte latin, celui qui nous interesse :

1- St Pierre : Credo in Deum, Patrem omnipotentem, creatorem caeli et terrae

2- St  André : Et in Iesum Christum Filium eius unicum , Dominum nostrum

3 - St Jacques le Majeur : qui conceptus est de Spirituo Sancto natus est Maria Virgine

4 -St Jean : passus sub Pontio Pilato, crucifixius, mortuus et sepultus

5 -St Thomas : descendit ad inferos, tertia die ressurrexit a mortuos

6 -St Jacques : ascendit ad caelos ; sedet ad dexteram patris Dei Patris omnipotentis

7 -St Philippe : inde venturus est iudicare vivos et mortuos

8 -St Barthélémy : Credo in Spirituum Sanctum

9 -St Mattieu : sanctam ecclesiam catholicam

10 -St Simon : sanctorum communionem, remmisionem pecatoribus

11 -St Jude : carnis resurrectionem

12 -St Matthias : vitam eternam.

  Ce Credo apostolique est représenté en Bretagne dans le porche ou sur le calvaire de trés nombreuses chapelles et églises (je citerai le calvaire de Saint-Venec en Briec, l'ossuaire de Sizun, le porche de Saint-Herbot à Plonevez-du-Faou, saint-Mélaine à Morlaix, mais la rencontre de l'alignement de leurs niches est trop fréquente pour qu'une liste soit exsaustive.) Voici par exemple Saint Jacques  à Saint-Venec, avec un fragment de l'article ascendit ad c(a)elos :


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 b) Le Credo prophétique.

  Il reléve, sur le plan théologique, de la typologie biblique, ou recherche de la correspondance entre l'Ancien et le Nouveau Testament, conformémément à la phrase de Saint-Augustin dans Questions sur l'Heptateuque,2, 73 "Le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien, et l'Ancien se dévoile dans le Nouveau". Cette exègése était particulièrement nécessaire pour le Credo, dont un article du Symbole de Nicée affirme : "Je crois en l'Esprit Saint [...] il a parlé par les prophètes". J'ignore à quelle date les théologiens (pour Emile Male, "quelque théologiens contemporains de St Thomas d'Aquin au XIIIe) ont cherché dans les textes des Prophètes les verset qui préfigurent les articles du Credo, mais dès le XIVe et surtout au XVe siècle, cette correspondance se trouva illustrée soit dans les miniatures et enluminures (Heures du Duc de Berry), les gravures des incunables (Calendrier des Bergers, XVe), les peintures murales (Génicourt, Meuse, XVIe), les stalles (dès 1280-1290 à Pöhlde, Basse-Saxe; consoles de la chapelle Bourbon à Cluny  et au XVe à la cathédrale Saint-Claude de Genève, comme à Saint-Ours d' Aoste en Savoie ; "credo savoyard" de la cathédrale de Saint-Jean de Maurienne), les sculptures (portail de la cathédrale de Barmberg, fonts baptismaux de celle de Meersburg, chesse de St Héribert à Cologne, piedroits de la cathédrale Saint-Jacques de Compostelle, fenêtres de la basilique Saint-Rémi de Reims, trumeau et portail nord de Chartres, porche de la cathédrale de Tarragone, déambulatoire de la cathédrale d'Albi, portail du Beau Dieu d'Amiens, portail sud de la cathédrale de Bourges...) et les vitraux (infra).

L'une des bases théologiques est le Commentaire du Credo par Thomas d'Acquin.

  Deux thèmes iconographiques relèvent de la même analyse typologique, et ces deux thèmes sont organisés autour du chiffre douze: l'Arbre de Jessé, dès le XIIe siécle, avec les douze rois de Juda préfigurant la royauté du Christ. Et les douze Sibylles qui ont prophétisé l'avènement du Christ.  C'est ce qui rend bien intéressant la présence des deux rois au tympan de la baie 11, et qui laisse imaginer deux vitraux à Kergoat, l'un consacré au Credo apostolique, l'autre à l'arbre de Jessé.

 

  L'une des plus belles, des plus grandioses et des mieux conservés de ces représentations du credo prophétique se trouve à Sienne, à quelques mètres du célèbre pavement du Duomo consacré aux Sibylles : c'est la voûte du Baptistère, réalisé de 1415 à 1428 par Lorenzo di Pietra dit Vechietta. Les apôtres, portant leur phylactère, sont placés en vis-à-vis de leur précurseur.http://www.viaesiena.it/fr/caterina/itinerario/battistero/articoli-del-credo/articoli-della-terza-campata

   Les vitraux ne sont pas en reste : Vitrail de la Sainte Chapelle de Bourges, de la cathédrale de Chartres, de l'église Saint-Marcel à Zetting (57), 2e quart XVe), de la chapelle de la Mailleraye à Jumièges, et en Bretagne celui de Quemper-Guezennec (Cotes d'Armor) datant de 1460-1470 décrites par Jean-Pierre le Bihan  http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-35934749.html

    A la différence de celle des apôtres, la liste des versets prophétiques n'est pas fixée, mais on retrouve néanmoins une certaine constance. Je m'appuierai sur le relevé de J.P. Le Bihan à Quemper-Guezennec (Q.G) et sur le texte du baptistère de Sienne (B.P) 

1-St Pierre : Jérémie : Patrem invocavit qui terram fecit (Q.G) (citation erronée)

2-St André : David : Filius meus es tu ego hodie (Q.G)

          = Psaumes, 2, 7 : Domine dixit ad me : Filius meus es tu ego hodie genui te (Vulgate)

             "Je publierai le décret : Yahvé m'a dit : Tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd'hui".

3-St Jacques le majeur : Isaïe : Ecce virgo concipiet et pariet (Q.G) :

            = Isaïe, VII, 14, Ecce virgo concipiet et pariet filium, et vocatibur nomem ejus Emmanuel : "une vierge concevra, elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel".

4-St Jean  : Daniel : Post LXX hedomadas, accidetur Christus (Q.G)

                    : Ezechiel : Signa Thau gementium (B.S)

                : Zacharie 12,10: Ascipiens ad me, quem confixierunt (Autre)

  = Zacharie, 12, 10 : ascipient me, quem confixierunt :"ils tourneront les regards vers moi, celui qu'ils ont percé" 

5-St Thomas   : Malachie : Et fuit Jonas in ventrem ceti (Q.G)

                 : Osée, 13, 14 De manu mortis liberado eos...ero mors tua, o mors, ero morsuus tuus, inferno (autre) : "Je les délivrerai de la mort...Ô mort, où est ta peste ? Séjour des morts, où est ta destruction? "

6 -St Jacques  : Michée : Ce ... et erit civita gloria (Q.G)

                  : Amos : qui aedificavit in coelo ascensionem suam (B.S)

7 -St Philippe   : Zacharie : Acharias, suscitabo filios tuas (Q.G)

                      : Joël : In valle Iosaphat iudicabit omnes gentes (B.C)

8 -St Barthélémy : Sophonie : sedebo ut judicui omnes gentus (Q.G)

                   : Aggée : Spiritus meus erit in medio vestrum (B.C)

9 -St Matthieu : Joel : Spiritus meus erit une medie vestrum (Q.G)

                 : Sophonie : Hic est civitas gloriosa qui dicitur extre me non est altera (B.S)

10 -St Simon     : Osée : Ose, arida audite verbum Dominum  (Q.G)

                 : Malachiecum hodio abueris dimille ( B.S)

                  : Malachie : deponet dominus omnes iniquates nostras.(La Mailleraie)

 11 - St Jude        : Amos : qui aedificat in caelo ascensionem suam. (Q.G) (La Mailleriae)

                  : Zacharie : Suscitabo filios tuos (B.S)

12 -St Mattias    : Ezechiel : Et erit dominus regnum missus.(Q.G)

                   : Abdias : Et erit domino regno (B.S)

    On peut trouver une magnifique illustration sur le Psautier de Jean de Berry (Gallica).

 On constate que les citations sont parfois fautives, souvent multiples. C'est néanmoins à ce matériel que nous allons confronter les textes de nos huit personnages, en les reprenant :

1. Jeremias : patre(m) (in)voca/ .is..et v..me 

   . S : petrus Credo i(n) deu(m) patre(m)

Nous avons bien affaire au premier article du credo présenté par Saint Pierre préfiguré par Jérémie et sa citation Patrem invocabit qui terram fecit

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2. Andreas : Credo ...filiu(m) ei(us) fragment du deuxième article Et in Iesum Christum Filium eius unicum , Dominum nostrum

    (B)aruch :                    go     autius 

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3 Jacobus. Qui ...natus ..est de :  fragment du troisième article qui conceptus est de Spirituo Sancto natus est Maria Virgine

  Isaias :   Credo  virgo co(n)cep...pa(r)iet. fragment de Isaïe, VII: 14, Ecce virgo concipiet et pariet filium

 

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7. Malachias onus  inquitate. Il ne s'agit plus de la même écriture, le deux-point a disparu, les abréviations également : ce texte est-il fidèle à l'original ? Le terme iniquitate se retrouve dans Malachie 2:4 Lex veritatis fuit in ore eius, et iniquitas non est inventa in labiis eius; in pace et in aequitate ambulavit mecum et multos avertit ab iniquitate.  "La loi de la vérité était dans sa bouche, Et l`iniquité ne s'est point trouvée sur ses lèvres; Il a marché avec moi dans la paix et dans la droiture, Et il a détourné du mal beaucoup d`hommes".  

S : Philippe / iudicare vivos et mo... fragment du 7ème article inde venturus est iudicare vivos et mortuos

Dans la salle du Credo des appartements Borgia du Vatican, Philippe est associé à Malachie ascendam at vos in iudicio et ero testis velox ou bien  Ascipient in me deum suum quem confixerunt. Ce prophète est aussi associé, dans le même Credo Borgia, à Simon au 10ème article pour le verset Cum odio habueris, dimitte.

 


vitraux 3968vc

 

 En outre, si on observe avec soin, sur le galon de la tunique de St Jacques se lisent les mots :

 

...nus  deus... ANO...???

 vitraux 3967vcc

 

 

  Nous avons bien affaire à un fragment de Credo apostolique et prophétique où les apôtres sont clairement identifiables, présentant les articles 1, 2, 3 et 7 du Symbole des Apôtres, selon une forme abrégée voire conventionnelle, et selon une graphie gothique qui associe au moins deux styles différents (restauration?). L'écriture la plus difficile à déchiffrer est la plus belle en terme de calligraphie, mais elle multiplie les procédés d'abréviation, les omissions par tilde, les lettres conjointes, les lettres souscrites pour placer un texte de plusieurs mots sur un emplacement réduit. C'est ce qui en fait sa richesse.

Les apôtres devaient être disposés selon deux rangs verticaux, puisque les apôtres des six premiers articles se trouvent à droite, et inversement pour Philippe qui appartient aux six apôtres suivants.

  Le Credo prophétique est d'autant plus ardu à décrypter que le verset qui leur est attribué n'est pas fixé, et que les prophètes ne sont pas identifiables, comme les apôtres, par des attributs. Là encore, les autres exemples de Credo de l'iconographie montrent que la réduction du texte peut aller jusqu'à l'omission de mots ou  de plusieurs lettres des mots, ce qui rend le déchiffrement du verset trop inaccessible à un néophyte.

Voir :  La maîtresse-vitre de l'église de Quemper-Guezennec (22).

 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:30

                               Vierge allaitante II :

              Chapelle Notre-Dame de Kergoat, Quéméneven:

                        NOTRE-DAME DE KERGOAT

 

 

  Elle apparaît comme au théâtre, dans la pompe d'un Roi Soleil ou dans le pourpre d'un Empereur romain, sur fond d'hermine, sous un dais factice aux rideaux  rouges. Suspendu à un ciel de lit convexe d'où descendent cinq étendards blancs frappés d'un quatre feuille d'or et terminés par des glands de clé dorés, ce dais laisse tomber ses rideaux de velours parés de frange moulinée en une large révérence avant de les renvoyer vers les patères latérales où ils sont noués sur des embrasses câblés. Quatre lourds glands aux fils d'or étranglés d'un robuste postillon pendent à l'extrémité des embrasses, accompagnant dans leur chute serpentine les plis des rideaux au bord doublés d'un galon, toujours d'or. Deux anges roses et joufflus, pudiquement voilés d'une étoffe, en or comme leurs ailes, feignent de le tenir écarté, à moins qu'ils ne soutiennent par d'invisibles fils la couronne fermée de leur Reine. Acrobates aériens, ils font de l'équilibre sur des nuages blancs d'où émergent les têtes géminées de tendres chérubins. La parure rouge et or est reprise en deux bandes parallèles à la glorieuse statue qui s'effacent derrière deux bouquets de six roses. 

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Notre-Dame  mérite bien ce décorum somptueux qu'elle dépasse par la splendeur de ses habits. C'est, d'abord, un manteau d'or doublé de satin rouge, qui tombe sur le sol en plis tubulés ; à gauche, ces plis reviennent vers la main de la Vierge, qui les rassemblent d'un annulaire discret. C'est, ensuite, la robe, évidemment  en or, étranglée à la taille au dessous de laquelle elle s'évase comme sous l'effet d'un vertugadin en un magnifique drapé. Les manches, certainement rapportées, sont pendantes et s'ouvrent sur un élément en moule de Kouglof qui peut être une batiste gaufrée, une ruche chicorée, que sais-je ? Et puis le corselet, qui s'entrouvre en un grand V déboutonné jusqu'à la taille, laisse apparaître le sein droit dont la Vierge présente à l'enfant le téton par ce geste spécifiquement maternel, entre l'index et le majeur, et la paume englobante. Une riche et rouge chemise est repoussée par ce geste sur le coté, et vient bouffer sur le col.


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  Je n'aurais rien décrit si j'oubliais la coiffure, si particulière aux Vierges allaitantes de Cornouaille qu'elle en est un signe distinctif, la longue et ondulante coiffure qui s'échappe du beau bandeau doré pour s'épandre et donner cours à la puissance de la comparaison entre sa luxuriance et la prodigalité féconde et nourricière du fleuve de lait promis à l'enfant, et, en supplément, à l'humanité.    

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     Sur le visage de la jeune mère, la peinture s'est altérée mais laisse voir les joues rosies, les lèvres incarnats, les sourcils et le front épilés, l'ovale régulier et le regard attentif. L'enfant approche une main timide vers l'objet de son désir.

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  On pourrait percevoir une certaine ferveur dans ma description...un émoi, une emphase devant "l'enflure de ce marbre où fleurit une fraise" (P. de Marbeuf), mais c'est celle de tout être face au Mystère de la Maternité dont l'allaitement est la plus belle icône.

                                            §§§§§§§§§§

 

Mais il existe une confusion dans mon esprit. Qui est Notre-Dame de Kergoat ? Est-ce cette Virgo lactans royale et généreuse, mais dont la présence dans la chapelle peut échapper, comme cela fut mon cas, à un visiteur dont l'attention est retenue par la statue de la Vierge à l'enfant placée devant l'entrée ? Est-ce cette Vierge allaitante, qui n'apparaît dans toute sa splendeur que si on pénètre dans le choeur et qu'on contourne l'autel et son grand baldaquin qui la masque?

    Tout semble au contraire désigner pour ce titre celle qui, plus bas, dans la nef, est entourée d'ex-voto, celle dont la statue est portée en procession lors du pardon, celle qui est représentée sur la bannière, celle qui est sollicitée pour guérir d'hémorragies, celle qu'on vénère à la fontaine, et que l'on entretienne néanmoins la confusion pour ne pas froisser le Vierge Au Lait déjà déçue de ne pas voir les nourrices et les mères soucieuses d'obtenir une belle montée de lait, qui s'en vont prier Notre-Dame de Bonne-Nouvelle à Locronan ou à Quillidoaré. 

 

    Pourtant, j'ai trouvé un indice qui prouve que jadis, elle ne restait pas à se morfondre des jours durant en rêvant que la visite improbable d'un photographe fantasque vienne abolir sa solitude : c'est à la page 82 du livre Pardons et Pélerinages de Bretagne écrit par André Cariou et Philippe Le Stum,  éditions Ouest-France, 1997 que j'ai trouvé la reproduction d'une carte-postale des Editions d'art Hamonic . Elle porte la mention 4053 - N.D. de Kergoat - Chapelle Kergoat (F.)  et Coll. E. Hamonic

 Le photographe Emile Hamonic a fondé sa maison d'édition à Saint-Brieuc en 1893, et il la confia à son fils Amaury en 1922 : il édita 10 000 cartes postales, et fut le premier à introduire la légende en breton au dos de la carte, avec la mention Karten Bost plutôt que Carte Postale. Cette carte numérotée 4053  date donc de la période 1893-1922. Elle est visible au Musée de Baud et sur le site Cartolis ici :http://www.cartolis.org/search_simple.php

    Elle montre sous le titre " Notre-Dame de Kergoat " notre Vierge allaitante (c'est donc elle qui porte ce nom) entourée de tiges fleuries, l'enfant Jésus disparaissant sous une couronne florale ; on ne constate aucun habillage ni aucune dissimulation du sein. Surtout, cette Vierge est entourée d'ex-voto de cire, posés à ses pieds ou calés près de sa taille et de sa poitrine. Je dénombre 3 "mains" ( ensemble main-poignet-avant-bras), 3 "jambes", et sept statuettes. Ces dernières sont grossièrement façonnées en corps apparemment féminin et nu, les mains repliées sur la poitrine

   La même tradition est attestée à Trèguron (Gouezec).

  Ces ex-voto étaient vendues en sacristie, et on achetait la partie du corps dont on désirait la guérison, où dont on avait promis l'offrande en remerciement de celle-ci (ex-voto suscepto = "suivant le voeu fait") : main, pied, tête. Mais Felix Régnault a rapporté en 1914 l'usage d'acheter un cierge, de pétrir la cire ramollie en une figure qu'on offre au sanctuaire. 

  La pratique n'est pas propre au christianisme, et on la retrouve dans l'antiquité dans les sanctuaires de guérison (temple d' Esculape) ou dans la Gaule des premiers siècles dans le culte rendu à Mithra, avec inscriptions votives, ex-voto anatomiques (oeil, nez, bouche, oreille...) dépôt de figurines animales ou humaines. Remarquons que la principale figurine des sanctuaires,  des sources et des bassins est Vénus anadyomène, baigneuse sortant des eaux, ses longs cheveux ondulant comme une source, modèle de la fluidité féconde qui n'est pas sans rapport avec l'iconographie de nos Vierges allaitantes, et dont les statuettes votives  fabriquées par les potiers en très grande série  ressemblent aux ex-voto accrochés dans la robe de N.D. de Kergoat.

  A Trèguron, les volets de la niche de Notre-Dame, ou la statue elle-même recevaient en ex-voto des seins en cire.

  

  Il resterait à étudier l'étrange fascination exercèe par la cire, la curieuse ronde de ses métamorphoses successive, et la place centrale que cette matière occupe dans les sanctuaires du monde entier.

  

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:20

 

                Vierges allaitantes III:

       Notre-Dame de Bonne-Nouvelle,

                Chapelle de Quillidoaré à Cast.

 

   1. Toponymie.

   La chapelle Notre-Dame de Quillidoaré est située à la sortie de Cast en direction de Douarnenez. Le  toponyme, orthographié Quilliodaré sur la carte de Cassini en 1750 et Quillidouaré sur la carte IGN vient selon le recteur de Cast en fonction en 1856, d'une contraction du breton "Kelou e Doaré", c'est à dire "Bonne Nouvelle" ; et la Bonne Nouvelle n'a pas à voir avec les Évangiles (du grec eu-vangelos, "bonne nouvelle"), mais avec l'annonce de l'attente d'un enfant, ou de la délivrance : Notre-Dame de Bonne-Nouvelle est la Vierge de la Maternité.

   Kelou e Doaré, vous trouverez partout cette étymologie, recopiée de la plume des chanoines Abgrall et Peyron dans la Notice qu'ils ont consacré à Cast  dans la parution de 1905 du Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie. Mais faut-il les suivre sans réflexion? Car la racine Quilli- est plutôt considérée en toponymie et anthroponymie comme venant de Killy, "bocage, bosquet", par le moyen breton celli, cilli, correspondant au gallois celly et au cornique kelly, et il est à l'origine des noms comme Le Guilly, , Quillly, Quily, Quilliou, Quillivic, Quillien, Guillec, Quillivéré, ou Penguily. (Albert Deshayes, Dictionnaire des noms de famille, Ed Le Chasse-Marée-ArMen 1995 p. 424 et  Albert Deshayes, Dictionnaire des noms de lieux bretons, p. 102). Quand à la racine doaré, "aspect, manière", elle est à l'origine du patronyme Le Doaré attesté à Quimper en 1681. Quillidoaré ne signifierait-il pas tout bonnement "le bosquet de Le Doaré" ? 

 Ce toponyme n'est pas retrouvé ailleurs.

2. Une chapelle vouée à la fécondité...et à l'allaitement.

   Mais qu'importe au fond l'étymologie réelle ? Si non e vero, e ben trovato ! Fondée ou pas, la trouvaille de Jean-Guillaume Thalamot, recteur de Cast en 1856, montre que cette chapelle est toute entière dédièe à la Maternité et à la Nativité. En témoignent la statue de la Vierge gothique surmontant la porte, les têtes d'âne et de boeuf sculptées sur un des côtés de l'édifice, le choix des statues consacré à la Sainte Famille ( St Joachim et Ste Anne les grands parents, Joseph et Marie les parents), le panneau sculpté de l'autel représentant une Adoration des bergers, et, surtout, bien-sûr, la statue de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle en Vierge allaitante.

  La chapelle date du début du XVIe siécle, (les experts datent les vitraux de 1510-1520, et la statue de Notre-dame du XVIe siécle) mais elle a été reconstruite au XVIIe avec adjonction d'un clocheton ; la sacristie date de 1871-72.

   Le jour d'hiver 2011 où je la visitais,  elle n'était plus qu'un vaste chantier, car la Mairie de Cast avait décidé d'entreprendre une restauration générale : le lambris de la voûte avait été déposé, les statues et mobiliers étaient bâchés, et on crut que si je venais ainsi par un sombre mardi de décembre, c'était pour répondre à un appel d'offre.

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  Mais heureusement  Notre-Dame était encore visible, et j'ai pu admirer la statue de pierre polychrome grandeur nature (1,68m) et retrouver les différents caractères de ces vierges allaitantes de Cornouaille vraisemblablement  issues d'un même atelier. 



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  Ainsi sa longue chevelure ondulante, le bandeau particulier qui la retient derrière la tête (ici blanc et or), le front et les sourcils épilés, le manteau dont un pli est ramené vers la taille par un geste élégant de deux doigts de la main gauche, la taille fine serrée par un corselet qui s'ouvre en V sur la poitrine, tout cela reprenait les éléments que j'avais découvert à Tréguron, ou à Kergoat, ou à Kerlaz, ou à Lannelec, ou à Kerluan, ou encore à Saint-Venec. Virgo lactans ou miss Néné ? Les candidates du Finistère. Les Vierges allaitantes.

  Ses particularités étaient le visage sévère ou inexpressif, la main qui présentait le sein mais sans faire sourdre la goutte de lait des autres statues, l'attitude de l'enfant qui se détourne pour regarder un fruit (une poire, dit-on) et son allure peu attendrissante, le pyjama blanc aux quatre-feuilles d'or dont il était vêtu, le bleu constellé d'or du manteau, les gemmes disposés le long du décolleté, la manière dont la robe se retrousse pour dévoiler une deuxième robe beige décoré de ronds et de pois...

  Sa particularité était surtout l'inscription qui la nommait en lettres minuscules du XVIe siècle notre:dame : debone-nouve... sur le galon d'or de la robe.

 

 

cast-quillivoare 8728c

 

  A cette Vierge était associée une fontaine (voir ici :http://martheknockaert.unblog.fr/2010/03/08/) dont on peut parier qu'elle faisait l'objet de pratiques cultuelles semblables à celle de Tréguron.

   Ce qui retenait aussi l'attention, c'est que le sein était faussement mais pudiquement peint d'un tissu factice, une sorte de sous-vêtement grège à col rond dont on comprend qu'il puisse rendre perpléxe le petit homme qui, placé ainsi devant une injonction paradoxale, en vienne à préférer une poire pour sa soif plutôt que le destin schizophrène auquel le destinerait selon Bateson ce double bind *.

* en anglais dans le texte.

   Mais on revient de loin, et c'est presque un secret de famille qui s'est développé au siècle précédent où le sein malencontreux s'est vu voilé, dénié, confiné à l'état de fantôme, muré dans une cuirasse cryptique où son absence était criante, la cuirasse du costume breton.

  C'est Annick Le Doucet qui a levé le lièvre, et révélé photo à l'appui que cette statue avait été revètue d'un costume traditionnel qui masquait sa fonction allaitante, même si on pouvait le suspecter lorsqu'en 1914 Octave Dossot écrivait à propos du calvaire de Plougastel où les personnages de la Passion sont vêtus de costumes bretons " à Ploudalmézeau, la vierge est représentée avec une coiffe bretonne, et à Cast, dans la chapelle de Quillidoaré, vêtue à la mode du pays, c'est-à-dire légèrement décolletée". Ou bien lorsqu'en 1905 Abgrall et Peyron la décrivait " habillée d'étoffes et de rubans". C'était suffisamment dit pour donner bonne conscience au rédacteur, et suffisamment tu pour laisser la réalité traumatique à l'abri sous l'habit dont elle était revê-tue.

 

 

   Je rappelle  que ce travail d'Annick Le Douget Chapelle Notre-Dame de Clohars-Fouesnant : la tradition de l'habillement de la Vierge du Drennec ,sd:

 http://www.cc-paysfouesnantais.fr/var/cc_paysfouesnantais/storage/original/application/phpkPxYwd.pdf nous révèle que la statue de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle de Quillidoaré à Cast était habillée, ainsi que son enfant, d'un costume breton. Mais comme le bras droit qui présente le sein sur la statue ne s'intégrait pas à la nouvelle posture de sage paysanne endimanchée, un bras postiche avait été ajouté. A la page 7, on en voit la photographie parue  en 1939 dans La Bretagne d' Octave-Louis Aubert; et j'ai même l'impression que ce sont les deux bras qui sont factices, afin de les croiser pieusement sur le ventre.

  Je me permets de reproduire ici ce document, d'accès libre en ligne :

vierge-habillee-quillidoare.png

    Avant de me rendre à Quillidoaré, j'avais commencé par aller admirer, à l'église paroissiale où elle est conservée, la bannière de procession dédièe à la bonne Vierge, Itroun Varia Quillidoaré : la voici : c'est, on s'en doute, une version très "habillée".

bannieres 8634c

 Il est difficile de déterminer quelle est la cause de cet habillement. Une réaction de pudeur, venant plutôt du clergé, datant du XIXe siècle comme à Kerluan? Un acte de ferveur populaire s'exerçant au contraire des consignes du concile de Trente et cherchant à s'approprier la divinité en la parant du costume local? Une tradition beaucoup plus ancienne, comme celle qui s'est exercée à Dijon depuis des siècles sur la statue du XI-XIIe siècle de Notre-Dame du Bon-Espoir ?

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Notre-Dame_Dijon_Vierge_noire.JPG

La Vierge de Dijon sans sa parure laisse voir des formes qui, tout en étant habillée, sont peut-être trop évocatrices:

http://www.univ-montp3.fr/pictura/GenerateurNotice.php?numnotice=A0570


        La pratique d'habiller les statues de saints et de divinités remonte  probablement au début du christianisme ou à la période pré-chrétienne. Elle a été étudiée à Perpignan, à l'occasion de la découverte de la garde-robe  d'une vierge-mannequin du XVIIIe à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste ; on assure que tous les sanctuaires du diocées de Perpignan possèdent une telle statue mannequin, qui n'était habillée que lors des processions. Elles étaient parées des plus beaux atours, empruntées ou offertes par les personnes les plus fortunées. Cela incite à penser qu'à Quillidoaré, les paroissiens auraient pu vouloir honorer leur Vierge en la revêtant du plus beau parmi leurs costumes de cérémonies. Ou bien qu'une paroissienne ait formulé le voeu de lui offrir son plus précieux costume en remerciement d'une grâce obtenue.

  On retrouve facilement de très nombreux exemples de cette pratique, mais le plus souvent ce sont des mannequins, alors qu'à Quillidoaré et à Dijon ce sont des statues en pied, déjà habillées mais dont les formes féminines sont (trop) soulignées qui sont vêtues de pied en cap.

Nostra Senyora de la Sagristia de Perpignan : http://www.mediterranees.net/vagabondages/divers/habit_vierge.html

 

     Quoiqu'il en soit, si j'évoque plaisamment combien ce sein nourricier caché, ainsi que toute séduction féminine, sous le lourd carénage d'un costume breton me fait penser aux problématiques d'un secret de famille, c'est que cette chapelle raconte les difficultés d'une  transmission transgénérationnelle d'une histoire , celle des exactions légendaires d'un Seigneur de Pontlez, de l' expiation qui finira par s'imposer à Marie-Gabrielle, une lointaine descendante, et de la douloureuse problématique à laquelle sera confrontée chacun des membres de cette longue chaîne de transmission : avoir un enfant, avoir un fils à qui confier les fiefs et  les titres, les armoiries, les droits seigneuriaux, les prééminences, le nom, mais aussi la patate chaude du secret.

  Cette histoire, inscrite sur les vitraux ou dans les registres de Quillidoaré et de Cast, vous interesse ? Je la raconte bientôt dans l'article suivant : Les Vierges allaitantes III, la légende et les Seigneurs de Pontlez.  Vierges allaitantes III : Quillidoaré, la légende du Marquis de Pontlez et l'histoire.

 

 

 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:19

           

               Vierges allaitantes III:

      Notre-Dame de Bonne-Nouvelle

                 à Quillidoaré (Cast) :

 

        La chapelle et  les vitraux.

 

   I. LES VITRAUX.

 Les cinq fenêtres de la chapelle Notre-Dame de Bonne-Nouvelle à Quillidoaré ont été dotées de verrières à sa construction au début du XVIe siècle, époque où furent aussi posés ceux de Tréguron (1570) Kergoat (avant 1566) ou Lannelec (1500), ou ceux de Guengat (1500-1525), Plogonnec (1520), Confort-Meilars ( 1530), N.D. du Crann à Spezet (1560), parmi tant d'autres.

   Je n'ai pu découvrir que la maîtresse-vitre, ou baie 0, la plus riche. Elle se compose de quatre lancettes, contenant des scènes de la Passion datées de 1510-1520 et de verres composites, et un tympan armorié  qui amène à étudier les seigneuries locales. 

 



cast-quillivoare 8756c

 

I. Le tympan.

 

Il se compose de cinq ajours armoiries et de cinq écoinçons en verre de remplissage.

  Les ajours contiennent cinq armoiries qui ont été adaptèes ultérieurement à la construction initiale en les entourant de fragments de vitres. Ces cinq blasons sont placés dans des couronnes de feuillage et de fruit nommés "chapeau de triomphe" et qui témoignent d'un vocabulaire stylistique renaissance d'influence italienne (ils entourent souvent des médaillons ou des bustes en ronde bosse).

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  Les deux écussons du haut : 

  Leur position indique une prééminence des familles représentées .

- A gauche :  écartelé   au premier et quatrième d'azur au serpent volant d'or qui sont  Le Gentil Sr de Pontlez, et au second et troisième d'argent au greslier de sable accompagné de trois molettes de même, qui est de Pontlez. (Note 1)

- A droite : d'argent au sanglier de sable en furie, qui est de Tréouret. (note 2)

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Notes : 

1. L'histoire de la famille Le Gentil est longue, mais elle est au coeur de cet article. Je vais la détailler plus loin. Disons  d'emblée que l'identification des armes des Le Gentil est donnée par Abgrall et Peyron 1905 et reprise par tous, tandis que je ne parviens à identifier les secondes armoiries qu'aujourd'hui, après m'être égaré sur les pistes de Kergadalan (d'argent au greslier de sable, cf  Les vitraux de Plogonnec II : le Jugement dernier.), des Sr de Kerloüet et de la famille de Canaber, (armoiries : d'argent au greslier de sable accompagné de trois molettes ou plutôt de merlettes de même ), ou de celle de La Fruglaye de Lourmel, de celle des de Jourdain ou de Jourdren ou Jourden, des Jourdain de Couëdor avant de trouver la solution ici :http://www.laperenne-zine.com/articles.php?lng=fr&pg=903

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206472f/f121.image.r=grelier+pontlez.langFR

 2. La famille de Tréouret (Cast), seigneur de Penanouaz (Loperec), Penfoulic (Fouesnant), Coatlez et Trohannet (Briec), du Pouldu et de Kerigonan (Quemeneven), Kerstrat (Chateaulin) , porte d'argent au sanglier de sable en furie, allumé et défendu d'argent. Sa devise est "Sovit, furit et ardet", il est en furie, se rue et arde. (Source : base héraldique de FranceGenWeb). Le sanglier est symbole de courage. il est "allumé" si son oeil est d'un émail particulier, et "défendu" si ce sont ses défenses qui sont d'un émail différent du corps, lequel est toujours représenté de profil, et de sable (noir).

   Marie de Tréouret-Kerfrat épousa le 12 avril 1509 Jean le Gentil, Seigneur de Coëtninon en Plomodiern.

 

Les trois blasons inférieurs :

_ A gauche : écartelé en premier d'azur au serpent volant d'or, qui est  Le Gentil, en deux d'azur au léopard d'or, qui est le Faou, en trois de sable au greslier d'argent accompagné de trois molettes de même, qui est le Pontlez, et en quatre  d'azur à la tour ou à la gerbe d'or. (note 1)

_ Au milieu : ?? je penche pour de simples fragments à motifs d'architecture

_ A droite : Troisiéme blason, incomplet : en un, d'argent  au sanglier de sable  en furie, qui est de Tréouret...en trois , d'or à  trois tête de sable ????

note 1 :

a) la lecture du deuxiéme quartier est celle d'Abgrall et Peyron. Je ne peux identifier un léopard d'or ; je note que les armes de Kergoët sont les mêmes que celles du Faou, avec un croissant pour brisure. 

b) on retrouve en quatre le blason décrit sur la baie 2 par le Corpus Vitrearum.

c) Les armes des Tyvarlen sont d'azur au chateau d'or ; Yves le Gentil, décédé en 1537 -ou 1543- épousa Louise de Tyvarlen.

 

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II. Les armoiries mentionnées dans les autres baies : 

Source : Corpus Vitrearum 2005:

_Baie 2 : trois écus : en haut, armes écartelées des Le Gentil de Pontlez ; à gauche, armes parti des précédentes, "d'or, au croissant de gueules" ( ?) au 3 et de Tréanna, au 4; à droite, parti des premières, "d'azur au léopard d'argent" au 3 ; "d'azur à la tour ou à la gerbe d'or," au 4 (armes intactes).

 

III. Les lancettes :

   Leurs panneaux d'origine ont été complétés par ceux qui furent récupérés d'une chapelle désaffectée depuis 1835 , Saint-Géniste de Loctinidic, consacrée à Saint Tinidic. En 1840, M.Guizouarn écrivait à propos de St-Géniste dans une lettre (Notice consacrée à Cast, J.M. Abgrall et P. Peyron, Bdah 1905 p. 120) "le grand vitrail s'est éboulé sur l'autel". 

  La vérrière a été restaurée au XIXe, puis en 1933 par Labouret ; elle a été déposée en 1942 et réplacée en 1955 par Jean-Jacques Grüber. Son mauvais état, les nombreux plombs de casse et l'encrassage des verres montrent qu'il n'y a pas eu de restauration récente.

   La lancette de gauche donne à voir une comparution devant Pilate ; les autres lancettes montrent une Crucifixion sur fond rouge, 

      Lancette de gauche :

 

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Lancette B, deuxiéme depuis la gauche : Crucifixion, le bon larron :

  Son âme s'échappe de sa bouche, et deux anges, dont on ignore la partie haute, l'amènent vers les cieux.

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  En dessous, un cavalier romain casqué de bleu, au manteau rouge et au camail vert orné d'un gland d'or à franges, chevauche un cheval blanc richement arnaché. Sa lance pointé vers la thorax du Christ le désigne comme Langin. Parmi la foule, le visage d'un soldat nous regarde : ne serait-ce pas ce centenier  qui s'écria " Vraiment, cet homme était juste ! (Luc, 23 :47).

   En dessous, les visages des saintes femmes éffondrées essuient leurs larmes. Le visage blond auréolé et non voilé est celui de Saint Jean, au manteau rouge.

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Lancette C, troisième depuis la gauche : Christ en croix.

  Sur fond rouge (comme c'est souvent le cas dans les Passions du Finistère), le Christ apparaît en son agonie, coiffé de la couronne d'épine, barbu, cheveux longs, le flanc droit percé, la taille ceinte du perizonium, surmonté du titulus et encadré par deux oriflammes. On remarque l'auréole crucifére, et une forme blnache au dessus du titulus où J.M. Abgrall et P. Peyron ont reconnu un pélican, symbole christique de la réssurection.

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  Au dessous, c'est une foule où se mèlent pharisiens ou chefs en turban, cavaliers romains en cuirasse, témoins. 

vitraux 8750c

 

Lancette D, à droite : le mauvais larron 

  Il a bien la tête de l'emploi, le mauvais larron avec sa barbe bifide et ses yeux globuleux, et son âme que n'a pas sauvée le repentir est emportée sur le dos d'un démon verdâtre. Elle crie, l'âme rétive au remords et au rachat, elle hurle en voyant déjà les horizons atroces vers lesquels elle est conduite, mais il est trop tard : l'occasion s'est éloignée, et elle est chauve par derrière.

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        Quel est le riche personnage enturbanné, au manteau d'or doublé de fourrure qui regarde la scène ? Un pharisien ? Joseph d'Arimatie?

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        II. LA CHAPELLE : Autel et statues:

 

 Je l'ai dit, lorsque je visitais la chapelle de Quillidoaré, tout ou presque était bâché pour les travaux de restauration. J'ai pu néanmoins voir : 

Le Christ rédempteur du maître-autel:

   C'est le Christ ressuscité au flanc transpercé, vêtu d'un large linge évoquant le linceul et tenant en main la croix pastorale ; il marche sur le globe planétaire en écrasant du pied gauche la tête du serpent dont la gueule mord la pomme du péché originel. Il lève la main droite en un geste qui n'est pas celui de bénédiction (les trois doigts cubitaux sont fléchis), et nous laisse hésiter entre l'index imprécateur, le doigt prophétique, ou, plutôt, l'index qui emmène le monde à sa suite et le guide tel le berger.

cast-quillivoare 8766c


La statue de Saint-Joseph :

    C'est une statue en bois peint du XVIIe-XVIIIe, grandeur nature : la figure du Saint charpentier est belle, vigoureuse, avec ses cheveux longs et bouclés, sa barbe taillée soigneusement en dessinant une barbiche sous la lèvre. Le manteau est ample et ses plis sont emportés par l' envolée d'un geste fougueux du bras. Il est élégamment maintenu par un large ruban qui, en se nouant sous le col, vient former une sorte de lavallière avant l'heure. La longue tunique verte est constellé de quatre feuilles d'or. Sa ceinture, lacée assez haut, ressemble au ruban du manteau et vient sonner en écho en l'animant le branle du brin libre.  Et puis il y a l'élégance de la manche, la façon par laquelle elle s'évase, et se fend.

 cast-quillivoare 8737c

 

Le bas-relief du maître-autel : Adoration des bergers.

  Il date de la dernier quart du XVIIe siècle, et est l'oeuvre des ateliers de la Marine à Brest. La Vierge est prise par un mouvement de tendresse et d'adoration vers le divin enfant, alors que Joseph reste en retrait, présentant le nouveau-né de la main. Un ange se pâme d'émotion. L'âne et le boeuf tiennent leur place. Mais ce sont les deux bergers qui apportent une vie et une originalité particulière. L'un, à genoux, -peut-être une bergère- caresse l'agneau qu'il va offrir tandis que l'autre, curieusement, détourne son regard. Peyron et Abgrall écrivent qu'il joue de la cornemuse, peut-être un peu rapidement car l'outre gonflée qu'il tient n'est à mon avis qu'un sac de blé.

   Un travail de l'atelier de sculpture de la Marine? Les arsenaux de la Marine exigeaient de bénéficier, pour la réalisation et la décoration des navires, de maître-sculpteurs de talent, et une rue principale de Brest conserve la mémoire de l'un d'eux, Yves Collet, (1761-1843)qui dirigea l'atelier des Arsenaux pendant 43 ans et réalisa de nombreuses figures de proue et des bustes de marins. On doit aussi à son père Jacques Etienne (1721-1808) quelques-unes des figures de proue conservées dans nos musées. Mais j'ignore pourquoi ces menuisiers, ou du moins les ateliers qu'ils dririgeaient, ont réalisé des ouevres pour les église du Finistère : rétables de Rumengol et Lopérec, statue de St Jean à Rumengol, statues à 

 A Commana, les statues du baptistère de 1683 sont signées Honoré Alliot, maître sculpteur de la Marine en 1701, Nicolas Renard était le chef de l'atelier de sculpteurs de l'Arsenal. Les frères Jean et Pierre le Déan, sculpteurs du roi, travaillèrent à Bodilis, à Pleyben, à Pont-Croix, à Goulien, à Plogonnec, à Cast (statue de Ste Marguerite)  ...et à Quillidoaré où ils réalisérent  le bas-relief de l'autel. Lorsque les sculpteurs n'ont pas réalisés eux-même les oeuvres, ils ont marqués de leur influence les artisans qui ont réalisés le retables des enclos paroissiaux.

cast-quillivoare 8736c

 

 

                    Article suivant : Vierges allaitantes III : Quillidoaré, la légende du Marquis de Pontlez et l'histoire.

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:00

                 Vierges allaitantes III

 

La chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle à Quillidoaré, Cast.

 

               La légende du Marquis de Pontlez et l'histoire.

 

 

 

 

 

 

 

  Si on consulte sur le site de la mairie de Cast les informations concernant Quillidoaré, on lit ceci :

    " La chapelle, construite en granite de Locronan, date du XVème siècle. Elle fut fondée par Marie-Gabrielle de Lescu, dame de Pontlez, sans doute en réparation de tous les crimes du seigneur de Pontlez qui, après un voyage en Terre Sainte, revint à Pontlez sous forme de fantôme et défendait le passge du pont. Il précipitait dans le ruisseau tous ceux qui voulaient passer par là. Elle ferait partie de ces édifices religieux d'inspiration, de conception, de composition et de financement peu ou prou nobiliaires, témoignage de reconnaissance ou accomplissement de voeu."

 

 

 

          J'ai promis dans un article précèdent Vierges allaitantes III : Chapelle de Quillidoaré à Cast, la Vierge..  de débrouiller l'écheveau d'une histoire de transmission transgénérationnelle de la honte due à la mauvaise conduite d'un ancêtre, de la hantise des secrets de famille qui tourmentent les descendants comme des fantômes, et d'une problématique de la fécondité et de l'attente d'un enfant héritier, organisée autour de cette chapelle de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle (ou du Bon espoir d'une naissance), à Quillidoaré : en voici les éléments :

 

I. Pont Lez ou Pontlez : géographie et toponymie :

 

ign pontlezc

 


 

  Le lieu-dit de Pont Lez existe bien, sur la grand-route qui relie Cast à Quéménéven, pas très loin de Quillidoaré : le toponyme Pont Lez voisine celui de Moulin de Pont Lez, où on  trouve aujourd'hui  une entreprise de menuiserie PVC du nom d' Océane Alu Service. C'est une zone humide avec un étang alimenté  par un cours d'eau, lequel est franchi par un pont.

  Le ruisseau est un affluent du Steir, qui se jette dans l'Odet. Il draine le Haut-bassin du Steir.

 

 carte ign pontlezc

 

 

      

   C'est certainement le fief de la seigneurie, authentique, de Pontlez.

 

Toponymie de Pont Lez.

  Orthographié Pontlez en 1750 sur la carte de Cassini. Il est retrouvé à Treflez (hameau de Pontlez et pont gaulois Pont Lez).

  Si on consulte le Dictionnaire des noms de lieux bretons d'Albert Deshayes, on trouve deux significations possibles de -lez , qui devient -les devant une consonne :

  -Lez : "cour seigneuriale est un terme d'emploi fréquent au Haut Moyen-Âge, que l'on rend dans les actes par le latin  aula "habitation enclose ; palais, château, cour". Ce terme a pu s'appliquer aux premières constructions défensives des mac'htierns bretons qu'étaient les mottes élevées sur buttes artificielles pour se défendre des envahisseurs ou des ennemis en général. Il procéde du vieux breton lis "habitation enclose" et correspond au gallois llys et au cornique lys "manoir, cour". (p. 159) On peut citer le nom de la commune de Bréles (29), brenn "colline" et -lez.

- -Les : "lisière, orée" et "limite" en général se présente comme premier élément associé à 77 termes dont koad ou son équivalent vannetais koed à 35 reprises dans lescoat, lescoet ou lescouet. Puis viennent loin derrière gwern à 9 reprises, dans lesvern ou leshuern, lec'h à 6 dans leslec'h, dreseg, le loc'h et menez à 5 reprises respectivement dans Lestrévezec, Leslé, Lesloc'h et Lesménez, krann, traon trev dans Lescran, Lestaron et dans Lestré- suivi d'un nom d'homme, etc. Ce terme est toujours suivi d'un terme descriptif mais aussi d'élément caractéristique du paysage comme un pont dans Lespont, un four dans Lesforn en Mellac (29), id en 1540, ou Lesvorn en Ploudalmézeau (29), id en 1656, une pierre levée dans Leslia en Quéménéven (29), id en 1480, etc. Le second élément peut aussi être un nom de rivière comme l'Aulne dans Lezaon en saint-Ségal (29), Lesaon vers 1600, le Dourdu dans Lestourduff en Lanmeur (29), et en Plouider (29), Lesdourdu en 1446, l'Ellé en Arzano (29), Lezele en 1621, le Goyen dans Lesvoyen en Meilars, Lesgoezian en 1446, le Steïr dans Lez-Steir en Quimper (29), Lesteyr en 1227. (p.34)

 

Enfin, accessoirement, un forum de discussion      http://www.arbre-celtique.com/forum/viewtopic.php?f=5&t=4573 a étudié les hydronymes (noms propres des cours d'eau, à la différence des toponymes attribués à des cours d'eau anonymes) en laize, liz, leize, lis, lys, et leur origine possible dans le celtique gaulois led-, lez.

 

  Notre Pont-lez, établi près d'une colline, et attribué à une seigneurie, peut très bien procéder de la première signification témoignant d'une motte féodale ou d'un manoir datant du Haut Moyen-Âge. Mais, il peut signifier aussi "près du pont", puisqu'il désigne un lieu-dit situé sur un cours d'eau près d'un pont ; mais on trouverait alors plutôt lespont.

 

   Sans vouloir compliquer les choses, je dois signaler que le nom Pontlez est régulièrement trouvé dans les actes généalogiques ou les nobiliaires, transcrit Poulletz ou Poulles, le seigneur de Pontlez devenant seigneur de Poulles. Ainsi (liasse B1152 dela chambre des comtes, répertoire AD Loire-Atlantique) "le lieu, le manoir et la seigneurie de Pontlés, possédés par Yvon fils de Geoffroy Poulles etc."

 

 

II. La légende du Marquis de Pontlez.

 

   La légende, ou les légendes ? Car ce marquis semble avoir été, comme le marquis de Carabas, un personnage autour duquel les habitants de Quéménéven ont bâti toutes sortes d'histoires ;

 

 

 

  Je disais qu'il existait plusieurs légendes, ou plutôt deux versions décrivant les exactions du marquis de Pontlez : la première  a été rapportée par Paul Peyron en 1874 dans le bulletin de la Société archéologique du Finistère sous le titre le marquis de Pontlez, légende.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207710t/f346.r=pontlez.langFR

Elle a été repris récemment par François Cadic dans Contes et légendes de Bretagne, 2000, et a fait l'objet d'un article de la revue La France Pittoresque n°17 en 2006.

  La seconde, la plus truculente, se trouve dans le tome II du recueil d'Anatole Le Braz La légende de la mort chez les bretons, 1902, CV, p.305-306 sous le titre Le marquis de Pont-Lez. http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Le_Braz_-_La_l%C3%A9gende_de_la_mort_chez_les_Bretons_vol_2_1902.djvu/318

  Il prétend la tenir de l'aubergiste de Quéménéven ; pourquoi pas?

 

a) la légende du Marquis de Pontlez selon Paul Peyron :

    Puisque j'ai mis un lien vers la version originelle, je ne la reprends que pour mentionner les détails orientant vers une base géographique et historique réelle. Mais ne laissez pas passer l'occasion de cliquer sur ces liens pou entendre ces deux contes racontés avec toute leur saveur par les deux auteurs.

   Le chanoine Peyron débute son histoire en la situant géographiquement ; c'est, dit-il, pour expliquer la présence d'une croix de pierre "sur la route de Quéménéven à Cast, avant de descendre au ruisseau de Pontlez" ..." au haut de la petite colline" qu'il nous la raconte.

      Ce marquis de Pontlez, seigneur du Breil, vivait dans son chateau ou manoir de Pontlez dans la paroisse de Cast, où il terrifiait ses vassaux et la population par ses exactions et cruautés si bien que le baron de Nevet qui possédait droit de haute justice, le condamna à raser les cîmes de tous ses arbres. Le marquis furieux tue de son arquebuse le messager qui lui présente la sentence, mais les seigneurs du voisinage assiègent le manoir et ne laissent la vie sauve au marquis qu'à condition qu'il fasse, sur son cheval blanc, pélerinage vers la Terre Sainte. On n'entend plus parler de lui jusqu'au jour où un tailleur revenant de la foire de Saint-Gildas et passant au Pontlez  reconnaisse le cheval blanc et le chevalier vêtu de son armure. Il s'approche, rentre en propos avant de s'apercevoir qu'il a affaire à un cadavre. 

   Depuis ce temps, "il se tient d'ordinaire sur le petit pont du moulin de Pontlez" où il précipite dans le ruisseau d'un coup de lance ceux qui prétendent passer sur le pont.

 

b) La légende selon Anatole le Bras :

  Elle en constitue une suite puisqu'elle explique comment le recteur Coatmen, de Quéménéven, expert en sorcellerie, réussit à débarrasser la paroisse d'un fantôme qui se tenait aussi mal que le marquis en chair et en os, en le maintenant dans l'étang de Poulhalec. 

 

c) les bases géographiques sont assez prècises puisque le lieu réél se trouve entre les deux paroisses mentionnées, Cast et Quéménéven, que le pont et le moulin mentionnés dans le texte existent bien. La foire de Saint-Gildas est sans-doute la foire aux chevaux de cette commune des Côtes d' Armor. Les seigneurs de Nevet possédaient leur chateau à Lézargant en Kerlaz, à quelques kilomètres de Quéménéven, et l'article Wikipédia Névet mentionne pour ces seigneurs un droit de haute, moyenne et basse justice et un auditoire de justice.

   - Sur le plan historique, une telle histoire d'exactions commises par un seigneur évoque bien-sûr en premier lieu Fontenelle, et donc la période de la Ligue. Mais en 1597, c'est l'inverse qui se produisit, lorsque Guy Eider de Fontenelle coupa et décima tous les arbres du seigneur de Nevet et rasa le chateau de Lézargant.

  La période plausible pour les méfaits de ce seigneur de Pontlez serait donc 1576-1594, dates des guerres de  la Ligue.

- le receur Coatmen est un personnage authentique : Rolland Coatmen , s'il ne fut pas recteur à Quéménéven, en fut le vicaire avant de devenir recteur d'Ergué-Gaberic de 1792 à 1795 et à Quilliou (actuellement rattaché à Plonevez-Porzay) en 1803. (Source : site Grand Terrier).

- Il n'y eut pas d'autre Marquis de Pontlez que le Marquis le Gentil de Paroy, en 1754, qui était seigneur de Barvedel en Ploeven, de Pontlez et de Kercaradec en Quéménéven, de Coëtninon en Plomodiern, de Kerleven en Quimerch, de Rosmorduc en Logonna, de Quelern en Crozon, des Rochers, de Pencran, de Kerougant, du Tromeur et de la Barbinais (Pol Potier de Courcy, Nobiliaire et Armorial de Bretagne, T I, p. 442)

 

 

 

 

 

 

  III . La fondation de Quillidoaré par Marie-Gabrielle de Lescu.

 

   C'est la Notice rédigée par Abgrall et Peyron dans le Bulletin d'histoire et d'archéologie de 1905 qui donne cette information en donnant la copie de l'acte suivant :

  "ce jour, 3e juillet 1673, ont été faites les cérémonies requises et nécessaires par vénérable et discrète personne Missire Louis Deshayeux, official et grand-vicaire de Cornouaille, pour la bénédiction d'une cloche pour la chapelle de Notre-Dame de Quillidoaré située en la paroisse, laquelle cloche a été bénite en l'église paroissiale dudist Cast et nommée Marie-Françoise par écuyer François du Bois, Sr du Rest et damoiselle Marie-Gabrielle de Lescu, dame de Pontlez, fondatrice de la dite chapelle, ses parrains et marraines, qui signent :

Marie-Gabrielle de LESCU,

François du BOIS,

TANGUY, prêtre de Landerneau   

Sebastien de MOLLIEN  ,

François de LESCU,

CARIOU, prêtre fondateur,

Louis DESHAYEUX, official de Cornouaille."

 

 

François du Bois, Sr de Tresseol (paroisse de Locronan), Sr du Rest, de Trévignon, de Kergaradec est décédé le 16 avril 1681. Il epousa Ursulle (dite Isabelle) de kergoat, décédée le 26 novembre 1682 à Landerneau. Son fils François-Joseph eut, par son mariage avec Marie-Anne du Plessis, une fille, Ursulle-Jacquette du Bois de Tresseol, baptisée le 6 mars 1681.

 

  Cette famille Du Bois de Trésseol est une branche cadette des du Bois du Dourdu, paroisse de Plougoulm. (armoiries : d'argent au lion d'azur, armé et lampassé de gueules, Nobiliaire de Bretagne 1846)

 

 

Marie-Gabrielle de Lescu est la fille de Louis de Lescu, Seigneur du Breil (Gévézé, 35), Sr de la Mancelière, de Pontlez, de Barvedel,  et de Françoise de Hirgarz.  Elle épousa 1°) Louis de Kernezne, Marquis de la Roche et 2°) en 1690 Jean d'Acigné, marquis de Carnavalet. Elle est décédée en 1705, sans descendance.

 

François de Lescu est le fils de Jean de Lescu, décédé en 1677, frère ainé de Louis de Lescu. Jean et Louis de Lescu étaient les fils de Jacques de Lescu, décédé en 1638, qui épousa Marguerite de la Fontaine en 1605. Jean de Lescu eut, de son mariage en 1645 avec Renée Bonnier, un fils, Pierre, décédé à cinq ans, et ce fils François, décédé jeune sans descendance.

  François de Lescu est donc le cousin germain de Marie-Gabrielle, et partage avec elle le fait de ne pouvoir transmettre les noms et les titres dont ils sont les héritiers.

(Source : généalogie établie par A. de la Pinsonnais, en ligne)

 

  Il nous faut comprendre pourquoi Marie-Gabrielle est mentionnée comme fondatrice de la chapelle (alors que celle-ci a été fondée au XVIe siècle), et par quelles successions elle se retouve qualifiée de dame de Pontlez.

 

Louis de Lescu, père de Marie-Gabrielle est mentionné dans les registres de Cast le 28 décembre 1659 comme parrain.

 Les armes de la famille de Lescu sont d'azur à six billettes d'argent 3.2.1, au chef d'azur chargé de trois targes d'argent.

  C'est par son ascendance paternelle qu'il est seigneur de la Mancelière, le fief  situé en Baguer-Pican, alors que le fief d'origine de la famille se situe en Lanvallay (22) : rien qui puisse expliquer sa présence à Cast. Mais c'est par son mariage avec Françoise Hirgarz qu'il devient seigneur de Pontlez et  de Barvedel. 

  Cette alliance prend toute son importance lorqu'on sait que les vitraux de la chapelle, placés 150 ans avant l'acte que nous étudions, porte les armoiries de la famille Le Gentil. Les Le Gentil ont été seigneur de Barvedel depuis leurs origines en 1334, puis Seigneur de Pontlez depuis 1438, avant que ces titres ne soient repris par la famille de Hirgarz au XVIe siècle. 

 

 

  II. Les Seigneurs de Pontlez du XVe au XVIIIe siécle : Familles Le Gentil, de Hirgarz puis du Chastel.

 

   1. La famille le Gentil.

 

-Armoiries : d'azur au serpent volant d'or.

Dans un message du 10 mai 2008 d'Hervé Trouchet sur la liste de discussion yahoo "noblesse bretonne", celui-ci écrivait : "De mon point de vue, la combinaison or-azur des armes des Le Gentil, ainsi que leur patronyme, ne laissent aucun doute qu'il s'agit d'une famille implantée à l'époque de Mauclerc ou de son fils Jean le roux au XIIIe. Or-azur est un "marqueur" ducal à cette époque, comme je crois l'avoir démontré dans l'introduction de ma nouvelle édition de l'Histoire de Bretagne de Bertrand d'Argentré."

-Devise : Spargit undequaque venenum : "mon venin se répand de tout cotés" (voir Ovide, Métamorphoses II, XVIII, 5 où le serpent et la forme prise par l'Envie)

et : suis nititur alis.  "repose sur ses ailes" ?

  L'une serait  devenue celle des Le Gentil de Quelern et l'autre celle des Le Gentil de Paroy, les deux branches issues de Jacques le Gentil//Mauricette le Pleuc, ou bien les deux sont attribuèes au marquis de Paroy.

 -   Le fief de cette famille est le manoir de Barvedel à Ploéven, commune où ces seigneurs ont disposés de droits préeminenciers (d'écusson, d'escabeau, de sépulture etc...). Le premier seigneur de Barvedel dont on retrouve la trace est

Hervé le Gentil, écuyer, existant en 1298 et 1334. Puis viennent :

Yvon, écuyer existe en 1350,

Yves II, existe en 1381 où il fait donation à l'abbaye de Landevennec, sans postérité,

Olivier, capitaine à la bataille de Montiel en 1369

Jean I, frère de Yves II,

Geoffroy, homme de guerre, une fille prénommée Aliette est mentionnée en 1395,

Jehan, chevalier, existe en 1401, figure parmi les chevaliers enrolés dans la Compagnie de du Guesclin, et figure à la montre de du Guesclin en 1371 à Pontorson. Il épouse Anne de Coetbilly, dont trois fils: Yves III, sans postérité, Jean III qui suit, et Henry, auteur d'une lignée normande.

Jean II , décédé le 17 avril 1451. Il épouse Marie de Lescuz ( de gueules à trois fers d'espiers d'argent).

 

                 La famille se divise alors en deux branches, la branche  issue de Guillaume le Gentil, et celle des seigneurs de Coetninon issue d'Yves Le Gentil : les deux se disent seigneurs de Pontlez et de Barvedel.      

 

   a) branche ainée  des seigneurs de Barvedel :

  •  Guillaume, Sr de Barvedel. Il épouse en 1438 Alix de Pontlez  et devient alors seigneur de Poulletz, ou Poulles ou Pontlez.
  •  Yves , décédé en 1528. Il épouse le 1er avril 1476 Louise de Tréanna (d'argent, à la macle d'azur), fille d'Alain de Tréanna, Sr de Keryaval. Outre Jean III, qui suit, ils auront deux autres enfants : Geoffroy, recteur de Cast en 1517, et Louise, qui fut fille d'honneur d'Anne de Bretagne avant d'épouser Charles d'O, Sr de Maillebois, chambellan et gouverneur de Caen.
  • Jean III, grand bailli de Cornouaille avant 1536, décédé en 1543, époux de Louise de Tyvarlen ( d'azur au château d'or) . "Il fut interdit de ses biens l'an 1543 et mourut la même année" (Autret de Missirien). Ils eurent 5 enfants, Jean, Louis, Marie, Catherine et Jeanne :
  • Jean IV, (mention 1558, 1562) épousa Louise du Quélennec, un fils Louis décédé sans postérité.
  • Louis , décédé en 1571-72, sans postérité.
  • Catherine épousa Jean le Scauf, sr de Kérears : leur fils Pierre le Scauf recueillit la succession de son cousin germain Louis:
  • Pierre le Scauf eut  de son premier mariage :
  • Marie le Scauf, dame de Poulles et de Barvedel : sa fille Jeanne Euzennou mourut au berceau, et l'héritage revint à 
  • Marguerite le Gentil, héritière, (veuve en 1559, 1562, 1567) transmet les fiefs à la famille le Hirgarz par son mariage avec Jean Hirgarz, fils d'Alain lui-même fils de Jean.

 

         b) branche des le Gentil Sr de Coetninon :

  • Yves le Gentil, existe en 1480 et 1485, épouse Marguerite de Pontlez ou de Poulles, "fille ainée et soeur de deux Yvon" et fille de Yvon (existe en 1470) lui-même fils de Geffroy Poulles fils d'Yvon (1426).
  • Jean, écuyer. Il épouse Marie de Tréouret (d'argent au sanglier de sable en furie) le 12 avril 1509.
  • Guillaume, écuyer ; il figure à la montre de Quimper de 1536. Il épouse Catherine de Kergadou.
  • Jean, écuyer, sr de Coëtninon, de Péneran (Pencran?) et de Lauvinault. Il épouse Marie Geoffroy. Leur fils cadet Michel fonde la branche le Gentil de Kerleven.
  • Jean, écuyer. Il épouse Jeanne de Kerleguy. Leur fils Jean est aumonier de la reine.
  • Allain, décédé en 1647. Il épouse le 19 octobre 1608 Anne de Rosmorduc et ajoute à ses titres celui de seigneur de Rosmorduc.
  • Jacques. Il épouse Mauricette de Pleuc. Outre Alain, qui suit, leur fils Tanguy fonde la branche le Gentil de Quelern, et leur fils Michel celle des le Gentil de Paroy.
  • Alain. Il épouse le 2 juillet 1687 Barbe le Bigot.
  • Yves-René, capitaine de dragon. Il épouse Marie-Joseph le Drouden
  • René Hiacynthe.sp.

 

Famille (de) Hirgarz 

  Armoiries : d'or à  trois pommes de pin d'azur:

      Jean Hirgars, père de :

      Alain Hirgars,  mentionné à la réformation de 1536 à Crozon : "les hoirs d'Allain Hirgars, sr du dict-lieu". Père de :

  • Jean Hirgarz , sr du dit-lieu, devient seigneur de Bardevel et  de Pontlez par son mariage avec Marguerite le Gentil. D'où :
  • Jean Hirgarz. Il épouse Catherine de Kerlech.
  • Maurice. Il épouse Marie de Kerléan.
  • Alain : sans postérité?

  Je perds la trace généalogique pour retrouver :

Françoise Hirgarz, dame de Barvedel et de Pontlez: elle le transmet à Louis de Lescu Sr de la Mancelière, sr du Breil (existe en 1659); sa fille Marie-Gabrielle de Lescu décédée en 1705 n'a pas de postérité de ses deux mariages, et le titre revient, par Anne Hirgarz , à Alain du Chastel, Sr du Rusquec, de Barvedel et de Pontlez (aveu le 6 avril 1715), neveu de Marie-Gabrielle, puis à Joseph et Elisabeth du Chastel (1735) et Marie-Josephe fille d'Alain du Chastel et veuve Avril de la Chauvière (1752)

 

 

 

 

          Parmi cette riche généalogie ou succession des seigneurs de Pontlez/Poulles, qui aurait pu inspirer le personnage légendaire du Marquis de Pontlez ? Ceux qui existaient pendant les guerres de la Ligue ? Jean III, qui fut interdit de ses biens en 1543 ?  

   Ce marquis de Pontlez est dit "seigneur du Breil". C'est le titre de Louis de Lescu, père de Marie-Gabrielle, mais cette histoire peut-elle se passer à la fin du XVIIe siècle ? Non, bien-sûr.

   Qui fonda vers 1520, la première chapelle consacrée à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle ?         Jean II, Sr de Coetninon et Marie de Tréouret, mariés en 1509, en remerciement de la naissance de leur fils Guillaume ?  C'est possible puisque les armoiries des deux familles figurent sur les vitraux. Et alors, les armoiries de Pontlez "d'argent au greslier de sable accompagné de trois mollettes de même", sont celles de Marguerite de Poulles (lire : Pontlez), leur mère et belle-mére? Mais Marie-Gabrielle de Lescu n'est pas descendante de cette branche des seigneurs de Coetninon, mais de celle issue de Guillaume le Gentil //Alix de Pontlez et de leur mariage en 1438, puis de Yves le Gentil mariée à Louise de Tréanna. 

   Et en vertu de quel voeu, sous le poids de quelle culpabilité ou par l'effet de quelle dévotion Marie-Gabrielle de Lescu se consacra-t-elle au rétablissement de cette chapelle? Un ardent désir d'enfant ? La conviction qu'une malédiction pesait sur ce lignage ? Je laisse à chacun le soin de se faire une opinion en fonction des données que j'ai rassemblées.

   On pardonnera mes erreurs de débutant. 


 

 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 16:01

             Vierges allaitantes IV :

            Église Saint-Germain à Kerlaz: 

                            La Vierge

 

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      L'inscription se déchiffrerait ainsi : (II ou)  L : M : Vcc.LXVI : GVIDAL : FABRI (ou GIVDAL)

  soit : L'an  1566 Guidal Fabricien.

 Guidal est un patronyme attesté à Kerlaz, par exemple Germain Guidal, né en 1691-marié à Kerlaz, décédé en 1761 à Kerlaz, fils de Denis Guidal.

   On peut remarquer  l'écart entre ce socle (1566) et celui de Notre-Dame de Trèguron à Tréguron (1654) alors que tout semble indiquer que l'ensemble des Vierges allaitantes sont à peu-près contemporaines : cela confirme que la date du socle n'indique pas celle de la statue : elle a été placée là, sans-doute à la place d'une autre.

   


          Puisque c'est la quatrième Vierge allaitante à qui je rends visite, je ne suis pas surpris de retrouver les traits caractéristiques de celles qu'on nomme  Notre-Dame de Tréguron, la statue de pierre polychrome grandeur nature, la position debout, la longue et ample chevelure qu'on dirait dénouée si le bandeau de tissu précieux ne la rassemblait pas derrière la nuque, les yeux bleus, le manteau à plis tombant sur le sol mais retenu à gauche , le corselet ouvert en V profond et la taille étroite serrée ici par une ceinture... Comme à Quillidoaré, mais avec moins de discrétion et de vraisemblance encore, les parties dénudées sont peintes d'un cache-sein bleu aux étoiles d'or, qui n'empêche pas la Mère de faire sourdre du téton la goutte de lait à trois perles. Comme à Quillidoaré encore, l'enfant Jésus porte une chemise de nuit blanc-beige à fleurs dorées, il  reste  indifférent à la proposition de repas qui lui est faite, et ici  il fixe l'assemblée, la main sur le coeur, prêt à débuter une déclaration les yeux dans les yeux.  Il est étonnant de constater comment, plus on s'éloigne de Tréguron en Gouezec, plus l'enfant se détourne un peu plus du sein et moins il ressemble à un poupon affamé pour s'affirmer comme un grand garçon déjà  investi de sa mission. Mais cet effort de moralisation ou de prosélytisme  donne un effet peu naturel à l'ensemble, comme si un sculpteur armé d'un ciseau tridentin avait corrigé le tendre tableau d'intimité de la mére et de l'enfant pour le rendre théologiquement correct.*

 

* p.s je découvre la notice de l'inventaire des Monuments Historiques ref. 29001212 de 1978 qui indique que si la statue est en granite polychrome du XVIe (?) et qu'elle sort du même atelier que celle de Saint Germain qui lui fait face, l'enfant Jésus est en bois et a été "rapporté" au XIXe siècle. Je serais curieux d'en apprendre plus, mais il est peu probable que la statue soit, à l'origine, dans cette posture d'allaitement sans qu'un enfant soit figuré tendant la main vers le sein. Soit il a été brisé, soit il a, comme je le suspecte, été volontairement détourné de la glande mammaire jugée indigne, et orienté vers des objets plus conformes à sa divinité ou à la théologie de l'époque.

 

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        J'ai interrogé les personnes qui venaient préparer l'église pour la prochaine cérémonie sur la trace disgracieuse que je voyais sur le front de l'Immaculée ; elles parurent la découvrir, s'en étonnèrent et se promirent de demander à un homme fort de la commune de grimper sur une échelle pour voir ça. Mais les hommes forts, me dirent-elles, à l'église, ils se faisaient parfois attendre  longtemps. Et les jeunes ? Ah, les jeunes! Elles leur avaient demandé, aux jeunes, de donner un coup de main : eh bien, elles attendaient encore , et c'étaient elles, à leurs âges, qui passaient le balai, astiquaient le sol, dépoussiéraient les bancs et regardaient avec honte les toiles d'araignées sur les vitraux, qui restaient hors de portée de leurs tête-de-loup.

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 15:58

             Vierges allaitantes IV :

         L'église Saint-Germain à Kerlaz.

 

   II. L'église : inscriptions,

                      : statues,

                      : sablières et blochets.

 


      Présentation, toponymie.

   Kerlaz est une ancienne trève de Plonevez-Porzay devenue paroisse en 1874, puis commune en 1932. L'origine du toponyme est d'autant plus discutée qu'on ne dispose pas d'attestation avant la forme Kerlaz de 1653, suivie de Kerlas en 1670, Ker-las en 1780 et Kerlas en 1815. La tentation est grande de rapprocher ce nom du nom latin Oppidium Occisionis, le chateau du meurtre (occidio, onis, f. assassinat), mentionnée le 26 juin  1518 dans une délibération écrite en latin (mais traduite du breton en usage) du Général (ou Conseil de Fabrique) de Plonevez-Porzay et d'y voir, comme Abgrall et Peyron en 1915 dans leur Notice du Bulletin diocésain, l'étymologie bretonne kêr-, lieu fortifié et -lazh,  le meurtre. Ils reprenaient là les travaux de l'abbé Horellou, qui n'avait pas encore publié son "Kerlaz, son histoire, ses légendes, ses familles nobles" (1920) mais  qui signalait que le nom ancien était Treffri, ou Treffriot, et qu'il avait été modifié pour garder la mémoire du jour où, à la suite d'une rixe entre l'équipe de foot (alors nommé la soule, avec un ballon en pierre...) du village du Juch et celle de la future Kerlaz, la saine émulation sportive chère au Baron de Coubertin se transforma en un sanglant pugilat.

  "Non non,_ rétorquait le recteur de Plonevez-Porzay, Monsieur Pouchous, autre érudit local, ce n'est pas cela du tout, je vais vous raconter : c'était un dimanche, et voilà que les agents seigneuriaux s'en viennent tondre la laine des pauvres paroissiens et exiger d'eux le versement d'une nouvelle taxe ! Les kerlasiens voient rouge, ils lâchent le goupillon pour le sabre, ou pour la fourche ou le penn bazh, et massacrent les percepteurs indélicats (un dimanche, toud-même !). Monsieur le recteur voit tout-de-suite qu'ils viennent de commettre une grosse boulette, il prend lui-même la bannière dédiée à Sant Jermen et se met à la piétiner et la lacérer, puis il décroche la grande croix en argent, la fracasse contre le sol, la tord sur ses genoux, et réunit ses ouailles dégrisés pour leur déclarer : "on dira à M'sieur l'baron que ses gendarmes nous ont attaqué en pleine procession, qu'ils ont voulu s'emparer de nos reliques et de la bannière de Pardon, et que c'est pour défendre ces biens sacrés que nous avons affronté ses soldats !"  Voyant qu'il ne pourrait contester une si sainte version, le seigneur (peut-être Yvon du Quelen, baron du Vieux-Chastel) trouva sage de se contenter d'exiger le versement de son champart, et de son cens et  de son droit de moulin, du droit de four, ajouté aux arrérages du droit de pressoir, d'y adjoindre les novales sur les terres mises en friche, et de retrouver une facture impayée de quelques droits d'afforage sur des tonneaux mis en perce à la Saint-Jean et dont les droits de bouchon avaient été négligés. Pourvu qu'on n'oublie pas de lui apporter sa part des bénéfices du Pardon de juillet dernier, et il passait l'éponge. Ah, il ajoutait ceci : désormais, cet endroit se nommerait Kerlaz, et ce nom sinistre persécuterait les toponymistes de tout poil pendant des générations.

Source, cuisinée façon lavieb : http://catholique-quimper.cef.fr/opac/doc_num.php?explnum_id=36 

 

    Mais les linguistes suggèrent qu'il puisse s'agir d'une forme mutée du breton kerglas ( à St Jean-du-Doigt un lieu-dit Kerlaz était  noté Kerglas en 1543) qui signifie kêr-, village et -glas, "vert, bleu, gris". Ou bien -laz serait un nom de personne et Kerglaz serait "le village de Laz". Encore une fois, personne ne peut trancher le noeud gordien à défaut de forme attestée ancienne. On se consolera en pensant à la commune de Laz (13,5 km de Pleyben), qui ne parvient pas non plus à résoudre l'énigme de son nom, et qui, de guerre lasse, pense l'attribuer au vieux breton lath-, "baguette, lance", évoquant peut-être une borne ou un menhir.

 

   L'église .

Ce qui est sûr, c'est que l'église est dédiée à Saint Germain, le mérovingien (380-448), qui fut un si dévoué agent impérial et qui participa si bien aux conciliations territoriales entre Francs et Bretons qu'il fut nommé évêque d'Auxerre en mai 418. Certains le croient breton parce qu'il est né en "Armorique", mais il s'agit de l'Armorique gallo-romaine du Ve siècle, qui inclut Auxerre dans les cinq provinces lyonnaises, sénonaises et d'Aquitaine. D'autres croient qu'il évangélisa la Bretagne parce que, en 429, Céléstin Ier l'envoya avec Saint-Loup de Troyes lutter contre l'hérésie pélagique qui sévissait outre-Manche, mais c'est, bien-sûr, de la Grande-Bretagne qu'il s'agit. C'est au cours de ce voyage que, s'arrétant à Nanterre, il décela les saintes dispositions d'une enfant nommée Geneviève, qu'il consacra : elle devint Sainte Geneviève. 

  Saint Germain est aussi le patron de l'église de Pleyben, de Laz et de Plogastel-Saint-Germain, des chapelles de Plougonven ou de Saint-Martin à Morlaix ou des chapelles du temps jadis à Crozon ou Clohars-Carnoet (René Couffon). Il est fété le 31 juillet. Il appartient à la série des saints exorciseurs et guérisseurs ; à Glomel, devant sa statue, des parents suspendaient leur enfant épileptique par les pieds au dessus des fonts baptismaux. Aucun témoignage de ce type à Kerlaz, tant à l'église qu'à la fontaine de saint Germain, Dour feunteun Sant Germen.

   L'église conserve de sa construction au XVIe siècle son porche sud (1572, 1576), son ossuaire d'attache où ont été placés depuis les fonts baptismaux, et le chevet plat. Un arc de triomphe de 1558 donnait accès au cimetière, d'où des pierres tombales de 1539 ont été placées en dallage dans l'église.Au XVIIe, le pignon ouest a été reconstruit en 1620, 1630 et 1635 en l'ornant de colonnes supportant un fronton triangulaires. La chambre des cloches fut construite en 1635, la cloche date de 1644. L'une des deux tourelles d'escalier porte la date de 1677.



http://catholique-quimper.cef.fr/annuaires/patrimoine/K.html

http://www.douarnenez-tourisme.com/fr/bienvenue/dsp/771

 

I. LES INSCRIPTIONS :

 

A l'exterieur :

  au dessus du portail ouest à fronton :

 

M:P:BOCER. P. DE  PLONEVE & C

P.BRELIVET. FAB 1620

  Le nom Bosser ou Le Bosser est courant à Plonevez-Porzay, et on peut retrouver par exemple un Guillaume le Bosser né en 1666. Brélivet est un anthroponyme attesté à Kerlaz, et qui figure toujours dans l'annuaire de cette commune.

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      Sur la face ouest de la tour :

  Y (?) LVCAS : F : 1630  

Un Bernar Lucas a fait inscrire son nom en 1653 comme fabricien de l'année sur le calvaire du placître de la chapelle Sainte-Anne La Palud, qui dépend comme Kerlaz alors de la paroisse de Plonevez-Porzay. Le nom Lucas, toujours en vigueur à Kerlas, est ainsi attesté à Plonevez ; Sébastien Lucas est signalé à Kerlaz comme décédé avant 1760.

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Sur le linteau ouest de la chambre des cloches :

M.G.AVAN.RECTEVR.G.QUINIOV.F. 1631 

  Le seul nom compatible avec -AVAN me semble être PICHAVANT, attesté à Kerlaz et à Plonevez. (Un Jean Pichavant fut recteur de Meilars -Confort en 1691). J'ai bien conscience qu'il est difficile de transformer AVAN en Pichavant. La fontaine Saint-Germain (sur la route de Trezmalaouen) porte l'inscription bien lisible I. AVAN : F 1639 (avec un bel exemple de N rétrograde) : il ne peut donc s'agir d'une erreur. Mais nous apprenons qu'il s'agit du fabricien et non du recteur. Si le V se lit U, nous obtenons AUAN qui ne nous avance pas.

Quiniou est un nom toujours en usage à Plonevez.

Sur la cloche : Nommée Marie-Françoise par François Ma..et Marie-Anne G...

  L'autre cloche daterait de 1644.

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Socle de la statue de Saint Sébastien : 1569 entourant dans un entrelac les armoiries qui me semblent à trois à cinq fasces.  Est-ce le blason de la famille de Quelen, "burelé d'argent et de gueules de 10 pièces" qui est  :

 (Michel mauguin, histoire de Lez-quelen) Leur devise est E peb amzer, Quelen : de tout temps, Quelen.

   En 1569, c'est le régne de Charles IX (1560-1574) qui a alors dix-neuf ans. Les guerres de religion aboutiront au massacre de la Saint-Barthélémy (24 août 1572).

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       Sur le sol devant cette statue : 1539 : la date la plus précoce de toute l'église ? Elle proviendrait d'une dalle funéraire du cimetière réemployée comme pavement : 

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      Sur le mur nord de la nef : IA : BRILIVET : FA 1603

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  Sur le même mur : une très belle inscription cachée par l'art saint-sulpicien, et par l'absence d'éclairage adéquat pour la mettre en valeur. Pourtant on voit les deux registres séparés par une barre, les lettres gothiques qui, au lieu d'être régulières, s'harmonisent avec le cadre, un beau R et un superbe H en onciale dont la hampe revient sous la ligne.  Ce serait G.BOVRCH.1588 . Actuellement, c'est la forme Le Bourch qui est attestée à Plonevez-Porzay (annuaire Pages Blanches 2011).

  La graphie ressemble à celle de l'inscription du portail sud qui porte PHILIBERT CARADEC F; 1572 que je n'ai pas photographiée..

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  Sur le mur du bas-coté nord ont été réemployèes des pierres portant les inscriptions :

   H. Cobnan en onciale, hormis le N central. Elle est lue H.Connan dans le Nouveau Répertoire de René Couffon et Alfred Le Bars. Le patronyme Cobnan n'est pas attesté, mais la lettre b semble indiscutable.

 

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A coté : H. Lorans : F

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  Les fonts baptismaux ont été placés dans l'ancien ossuaire d'attache. On lit tout autour de la cuve :LMVcLXVII. MOR : AVTRET : FAB , c'est-à-dire 1567 MOR : AUTRET : Fabricien. A comparer avec la date 1569 en chiffres arabes du socle de St Sébastien, et avec la graphie de la  date LMVccLXVI (1566) du socle de la Vierge.

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Un bénitier : 1779 Y G  dans un placard en creux, sur une cuve ornée de denticules et  posée sur un fragment de colonne réemployé.

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II. LES STATUES : 


  1°) Saint Germain : 

       Statue en granit polychrome du XVIe-XVIIe située à gauche du choeur dans une niche en bois du XVIIe (?) siècle. Inscription non déchiffrée sur le socle. Le commentaire des Monuments Historiques lors de l'enquête 1978 indique, sous la référence 29001214 que c'est l'oeuvre du même atelier que la Vierge qui lui fait face à droite du Choeur dans une niche analogue et avance une datation du XVIe assortie d'un point d'interrogation.

  La niche associe, sur un beau travail de restauration de la menuiserie, des éléments classiques comme les colonnes cannelées à la base peinte en faux-marbre et les chapiteaux corinthiens,  avec des rinceaux qui se rejoignent en encadrant des armoiries épiscopales stylisées. Il subsiste un pot à feu,  symbole de charité qui voisine avec un décor floral.

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  Le saint est représenté comme il se doit en évêque, bénissant de la main droite, tenant la crosse à gauche, coiffé de la mitre, revêtu d'une lourde chasuble orfayée, portant l'étole au dessus d'une tunicelle et d'une soutane ou d'une robe violette.

   Les deux fanons de la mitre, à frangés bouillon de cannetille or, encadrent le cou comme les barbes d'une coiffe bretonne.  

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   Il apparaît  que la hampe de la crosse épiscopale est tenue par l'intermédiaire d'un linge.  C'est le sudarium, parfois fixé à la hampe par un crochet aménagé par les motifs ornementaux . Il figure sur les armoiries des abbés et des prélats inférieurs aux évêques, qui ne portaient pas de gants initialement. Ce voile, autrement nommé velum ou panisellus, servait à éviter de toucher le bois ou le métal précieux avec des mains moites. 

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 Les gants épiscopaux ou chirothèques sont parfaitement représentés, avec l'anneau épiscopal (où un chrisme est ébauché) qui se porte au dessus, le motif doré en quatre-feuille sur le dos du gant, et le gland qui s'oppose aux plis de l'évasement sur le poignet. Mais quelque-chose ne va pas : un anneau épiscopal se porte à la main droite, et toujours sur l'annulaire alors que ce carré doré est placé sur les majeurs des deux mains. J'ai déjà noté cela à Plogonnec sur la statue de St Thurien  Église de Plogonnec : statues et bannières. Les premiers chrétiens portaient de nombreux anneaux, ornés de symboles chrystiques comme le poisson, la nef, et les dignitaires reprenaient l'usage romain des annuli sigillarii ou annuli signatarii pour frapper de leur sceau leurs documents : Clovis en confère le droit aux évêques, et saint Augustin fait allusion à cet usage. Les docteurs médiévaux portaient un anneau au pouce droit pour témoigner de leur doctorat.

   L'anneau épiscopal est remis à l'évêque lors de sa consécration en signe de l'étroite alliance qu'il contracte avec l'Église comme un époux. Mais autrefois il ne pouvait le porter à l'annulaire droit que lorsqu'il célébrait la messe, et ils le plaçaient au pouce le reste du temps. Aucun autre écclesiastique ne peut porter un anneau, du moins durant la messe. (Abbé André, cours de droit canon, article "anneau", 1860).

 Puisqu'il était porté au dessus du gant, il pouvait glisser, et il était parfois assuré par un deuxième anneau de sécurité.

  

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      Dans l'église de Cast, une statue de Saint èvêque montre également le sudarium, et une main gauche portant une bague sur le majeur et sur l'auriculaire.


 2°) St Even :

  Selon Wikipédia, qui sait tout, Saint Even ou Ewen n'est autre que Saint Ouen, plus simplement nommé Dadon mais néanmoins chancelier ou référendaire (garde du sceau) du roi Dagobert et donc collègue de l'orfèvre Éligius, dit Saint-Éloi. 

   Mais selon Monsieur Pouchous,  le recteur de Plonevez-Porzay de 1832 à 1885 après avoir été celui de Rumengol, an aotrou person, ce Saint Even serait un ermite né à Quimper de parents nobles qui le chassèrent de leur manoir néobreton tant ils n'en pouvaient plus de le voir, à seize ans, réciter le chapelet au lieu d'aller jouer à la soule avec les autres, faire pénitence du samedi au jeudi en plus du vendredi réglementaire, donner aux mendiants l'argenterie armoriée familiale plutôt que de mettre le couvert, et regarder tristement sa mère en se signant lorqu'elle allait danser. Maman  lui donna son argent de poche et Papa le jeta dehors. Bien-sûr, Even commença par s'agenouiller pour se recommander à Notre-Dame et à Saint Corentin,  puis chercha si bien qu'il trouva une famille éplorée pour distribuer ses économies, et le coeur et la bourse légère, il s'enfonça dans la forêt de Nevet (celle de Locronan) pour y camper et faire des feux de bois.  Et selon les termes de M. Pouchous " il vécut saintement dans son ermitage, il y mourut vénéré des voisins" et cette vie exemplaire lui valu, non seulement une statue à Kerlaz, mais une chapelle à son nom, et son pardon le troisième dimanche de septembre. (voir Abgrall & Peyron, Notice, Bdha 1915, p. 17).

  Independamment de cette tradition auriculaire précieusement recueillie par l'abbé, on peut aussi noter que Saint Even est le patron de la paroisse de Ploéven, Plou-Even, paroisse dont dépendait Kerlaz avant la création de celle de Plonevez-Porzay. 

  Dans les profondeurs de Koad-Nevet, ancien nemeton gaulois où tout baigne dans une mystérieuse ambiance druidique et sacrée se trouve la fontaine de saint Even, Feunteun Sant-Even, dont les eaux sont, c'est la moindre des choses, miraculeuses.

 

   D'ailleurs, cette statue vient directement de la chapelle Saint-Even, tombée en ruine dans le bois de Nevet : c'est tout-à-fait lui, en habit monastique avec son bourdon de pélerin avec lequel il arpentait landes et taillis, garennes (Ar Waremm) et marais, empruntant hent-ar-Spern et hent-ar-Louarn, hent-ar-Maro et hent-ar-Kreiz, hent-ar-Stankou et hent-plas-ar-Lochou, tous ces chemins de Koad-Nevet.(http://www.ofis-bzh.org/upload/travail_fichier/fichier/69fichier.pdf)  .

  Elle est estimée datée du XVII-XVIIIe par les Monuments historiques, qui signalent une inscription de restauration à l'arrière : MARC F. 1885.


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 3°) St Sébastien : (placé sur le socle daté 1569)

... que les chanoines J.M. Abgrall et P. Peyron intitulérent Ecce Homo pour un motif inexplicable, puisque les plaies sont celles des flêches du martyr de Saint Sébastien. A leur décharge, reconnaissons qu'il est inhabituel que les jambes du saint ne soient pas entravées et lièes sur la colonne (aux allures de palmier) où les mains sont nouées, et encore plus inhabituel que l'éphèbe apollinien porte la barbe.  J'ai pourtant un doute puisque les Monuments Historiques y ont vu aussi en 1994 (ref PM 29000385) un Christ de Pitié ! J'examine comme un médecin légiste les onze ou douze plaies sanguinolentes, elles sont punctiformes, arrondies, elles ne peuvent correspondre à une flagellation par fouet (fut-il muni de boules de plomb) ou par branches d'épineux, et sont celles crées par la sagittation. Enfin, aucune couronne d'épine n'est présente. 

  Mais (rien n'est simple) les mêmes services MH classent sous la référence IM29001220 avec une notice rédigée par Jean-Pierre Ducouret un Saint-Sébastien statue en bois repeint daté "limite 16e-17e siècle (?)" de 140 cm avec la "mention du classement : s'agirait-il du Christ de Pitié, statue en bois de 1569 ?" dont la taille était de 131cm. 

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  4°)  Saint Michel terrassant le dragon : XVIe siècle.

 

  Certainement l'une des belles pièces de l'église, cette statue en bois peint de 1,08 m représente le chef des milices célestes brandissant son épée de feu et tenant de la main gauche la balance avec laquelle il pèsera nos âmes le jour fatal des ultimes bilans. (Un sortilège du Malin a rendu cette balance invisible).

  Cheveux longs à la mode du début XVIe, les lèvres peintes, il porte le manteau rouge à galon d'or qui le caractèrise et dont il montre la doublure blanche à fleurs, au dessus de la courte armure Renaissance. N'étant pas expert, je ne m'aventurerai pas à décrire la tunique bleu-métal portant le christogramme IHS sans savoir s'il ne s'agit pas d'une brigandine, ce pourpoint de cuir recouvert de lames de métal superposées en tuiles et d'une finition extérieure en cuir, en velours ou en soie que tant de seigneurs bretons portent lors des Montres. Les canons d'avant-bras, les cubitières ou les genouillères rivetées sont peints de la même couleur métallique, alors que les cuissots, les grèves et solerets semblent remplacées par des chausses et des bas très ajustés sur de courtes chaussures. Les bandes dorées pourraient être damasquinées, ou seulement brodées. 

  Autour de la taille, une pièce protégeant bassin et trochanters  réunit braconnière et tassettes en une petite jupette bien seyante.

  Mais bien-sûr, la star involontaire est cet espèce de dobermann mâtiné de Pluto qui fait office de dragon et que son maître chatouille du pied, non sans provoquer moult aboyements et gémissements de plaisir.

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5°) Groupe de la crucifixion : la Vierge

   Cette statue en bois de la Vierge fait partie d'une Crucifixion dont les trois éléments, vierge, crucifix et saint Jean, ont été séparés.

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      6°) Groupe de la crucifixion : Saint Jean.

  Il indique qu'il est Jean l'évangéliste en tenant le livre de son évangile. D'habitude le manteau bleu est reservé à la Vierge et lui porte un manteau rouge, mais cette couleur est placée ici en doublure interne.  Il est imberbe, comme tout Jean l'évangéliste qui se respecte, et comme c'était la mode à la fin du XVe avec la coiffure page et l'association menton rasé-cheveux longs qui allait s'inverser vers 1520. Le cheveu est taillé court sur le front en une curieuse épilation des golfes temporaux formant une pointe, avant de liberer les mêches bouclées.

   La robe boutonnée comme une soutane est bordée en bas et aux manches  de fourrure.

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 III. Les sablières et les blochets.

  Elles valent à elles seules le détour, d'autant qu'elles ont été parfaitement restaurées en même temps sans-doute que le beau lambris de recouvrement de la charpente. Là, pas de boitier élécrique gris, pas de cables munis de cavaliers, pas de projecteurs mal placés, du beau travail.   Ces sculptures de chêne datent de la deuxiéme moitié du XVIe siècle et sont donc contemporaines des différentes inscriptions et statues que nous avons vu. 

        A la croisée du transept, quatre personnages vêtus de bleus contemplent le choeur. Le fait qu'ils soient barbus, sauf un (Jean) me fait penser aux quatre évangélistes.

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 Cet apôtre (?) semble singer par une frise de visages qui font les acrobates entre des angelots.

 

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   Le personnage suivant subit la même dérision de voir son portrait démultiplié par un écho visuel semblable aux éclats capricants d'un vaste rire.

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      Ici, c'est une figure ailée aux pommetes saillantes, chevelue, couronnée de feuilles, les mains jointes, à mi-chemin entre un chérubin et une renommée;

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   Le mystère et l'étrangeté, qui sont les charmes des sablières de nos chapelles, s'accentuent face à cette sorte de rébus où un cuir ou un drap est présenté à doite par une femme dépoitraillée comme une Bacchante et à gauche par une ange : deux mains, deux pieds, un coeur. Comprenne qui pourra. Mais là encore, le visage de la femme et celui de l'ange reprennent par ricochet ironique les traits du personnage qui se tient debout.

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Et que dire de ce visage coiffé d'un chapeau rond et que deux animaux écailleux encadrent ?

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  On se  retrouve plus serein face aux  anges orants et adorants :

 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 15:56

 

                  Vierges allaitantes IV:

             église Saint-Germain à Kerlaz:

                   des vitraux édifiants.

              Première partie, Baie 0 et Baie 2

 

 

      Ces  verrières ont été réalisées par le peintre-verrier Gabriel Léglise en 1917-1918.

   Leur commanditaire et donateur est le Révérend-Père Henri le Floch, originaire de Kerlaz, spiritain  et supérieur du Séminaire français de Rome.  La connaissance de la biographie et des convictions de cet homme d'église me semble importante pour comprendre la cohérence de cet ensemble de vitraux. Mais pour ne pas trop retarder la découverte des images, je la reporte à une deuxième partie.

   Deux vitraux, dont la maîtresse-vitre, portent une inscription indiquant qu'ils sont le don du T.R.P. le Floch, et deux autres sont signalés offerts par "Mlle Floch": il s'agit d'Anne-Marie Le Floch, , soeur du Très Révérend Père et elle-même soeur de la Congragation du Saint-Esprit sous le nom de Soeur Saint-François.

   C'est à peu-près comme si une bande dessinée nous faisait pénétrer à l'intérieur du grand livre d'images et d'histoires que chacun d'entre nous élabore dans son psychisme pour lui permettre de participer en y croyant aux grandes fictions consensuelles de son époque et de son groupe d'appartenance : nous allons découvrir les Grands Récits et la Legenda Aurea qui déterminerent une vie, celle d'Henri Le Floch,  sa réussite dans la Ville Eternelle dans l'ombre du Vatican jusqu'en 1927 puis la fracture que ces fidélités imposèrent. 

   Mais  nous allons aussi découvrir comment un homme devenu  influent à Rome a pu revenir en son Porzay natal pour proposer à sa  paroisse sa vision du monde et de  l'Histoire.

  Une troisième personne doit être présenté : Germain Horellou, natif de Kerlaz comme son prénom peut le faire deviner : cet Aumonier de la Retraite de Quimperlé (et non comme je l'avais cru "à la retraite")  fut  un proche du Révérend-Père Le Floch, et tous les deux apprirent le latin en même temps sous la férule du recteur de Kerlaz. Tous les deux partagèrent au début du XIXe siècle un intèret pour leur terroir, et sous les injonctions du Père le Floch, l'abbé Horellou rédigea en 1920 une brochure de 242 pages intitulée Kerlaz, son histoire, ses légendes, ses familles nobles, Brest, Imprimerie de la Presse Libérale. Cet ouvrage contient sous forme écrite toute la mémoire qui est ici réinterprétée sous forme de vitraux, et la trilogie de son titre livrerait les  axes de force du commanditaire : Histoire, Légende, Noblesse, s'il ne manquait le principal : le Catholicisme.

  On trouve dans cette monographie p. 66 à 75 une des rares (je n'en ai pas trouvé d'autre, sauf sur le site de Jean-Pierre Le Bihan) descriptions de ces verrières et quantités de  renseignements précieux à leur compréhension. Du fait de la proximité de l'auteur avec le commanditaire, on peut être certain que la description des scènes est  juste, c'est à dire conforme au projet initial. On y trouve aussi bien-sûr une biographie, élogieuse, d'Henri Le Floch.

  Enfin, le programme de ces verrières a certainement été influencé par les publications concernant la paroisse de Kerlaz dans les années précédents la commande, et notamment la Notice parue dans le Bulletin Diocésain d'histoire et d'archéologie parue deux ans auparavant, en 1915 par les abbés Abgrall et Peyron http://catholique-quimper.cef.fr/opac/doc_num.php?explnum_id=36 et qui constatait la disparition des vitraux anciens, et déplorait la vente d'une statue primitive  de St Hervé.

 

   Les anciens vitraux du XVIe siècle ont été progressivement détruits par le temps, on signale une Passion de 1541 au chevet ; le maître-vitre portait en 1788 les armoiries de la famille Halna du Fretay du Vieux-Chastel et de Coatanezre. En 1880, l'abbé Pouchous peut encore voir ce qu'il reste de la Passion de 1541 avec un écusson d'azur aux trois poissons d'argent que voit encore l'abbé Abgrall avant qu'en 1913 des enfants ne détruisent les verres restant. 

   En 1917-1918, ces nouveaux vitraux furent réalisés et posés; le 13 août 1918, Sa Grandeur Mgr Duparc, évêque de Quimper et de Léon, répondit à l'invitation de leur commanditaire à venir les bénir solennellement, accompagné du chanoine Jean-Marie Abgrall, des recteurs voisins et d'une foule de fidèles. Ce fut l'occasion pour Henri Le Floch de faire profiter les paroissiens de ses talents oratoires réputés, rendant hommage à "l'Évèque très aimé de Benoît XV, comme il le fut de Pie X ", pour lui remettre " l'oeuvre harmonieuse de ces verrières, déployées comme un grand livre ouvert au regard des fidèles.Elles ont pour objet l'histoire religieuse locale, elles ont pour but de le rappel à la foi des ancêtres. Je me flatte de penser que cet objet et ce but ne sont pas pour déplaire à l'Évêque qui, mieux que personne, sait ce qu'il y a de fécond et d'opportun dans le réveil du régionalisme breton.Que votre bénédiction, tombant sur ces visions de beauté artistique,en fasse une exhortation permanente à la fidélité, à la foi, à la piété, à la vertu, à la sainteté" (G. Horellou, p. 77-78).

  Le programme tient en ces quatre phrases : 

_ l'objet ? : l'histoire religieuse locale, rencontre de l'Histoire profane et de l'Histoire Sainte

_le but ? : le rappel à la foi des ancêtres

_ le but ? : le réveil du régionalisme breton

_ le but ? : la Propagation de la Foi par le déployement d'un grand livre ouvert

- le but ? l'édification des fidèles : Foi, Fidélité, Piété, Vertu, Sainteté. Il ne manque que le mot Tradition, pour ceux qui ne l'entendent pas sous le mot Fidélité.


    Malgrè une restauration des vitraux avant 1960, le vandalisme entraina leur mauvais état constaté en 1972, et c'est l'atelier Jean-Pierre le Bihan de Quimper qui procéda à leur complète remise en état (avant 2008).

   

Il ne reste qu'à vous laisser guider devant le livre d'images et d'en découvrir l' Enseignement : 


DESCRIPTION DES VERRIERES.

 


I. Baie du  chevet :

   Elle porte en bas à gauche l'inscription "offert par le T.R.P. H. Le Floch Supérieur au Séminaire français de Rome . 1917" et en bas à droite :" G. LEGLISE Paris 1917.

Nota : la titulature  "Très Révérend Père" est réservée aux supérieurs de communautés religieuses, comme les Pères  Abbés.


  Les quatre lancettes montrent de façon conventionnelle des scènes de la Passion : couronnement d'épine, Jésus rencontrant sa mère alors qu'il porte sa Croix, Crucifixion et Pieta. Ce qui est particulier, c'est le traitement dramatique du ciel organisé en trainées obliques, jaunes, violettes et rouge comme si l'univers était embrasé par un feu cataclysmique.


   Notre mentor,  l'abbé Horellou nous fait remarquer que ces scènes reproduisent celles de l'ancien vitrail, à l'exception d'une seule. Laquelle ? Celle où Saint-Jean-Baptiste présente le chanoine donateur avec un écusson d'azur aux trois poissons d'argent. Mais le R. P. Le Floch, chanoine honoraire du diocèse de Quimper a eu l'humilité de ne pas figurer sur son vitrail, et de se contenter de l'inscription de son don. Quand aux armoiries d'azur au cerf d'or, il les a placé dans le vitrail consacré au Marquis de Nevet.

 

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  Les six ajours du réseau sont plus interessants. Dominés par un menhir christianisé par une croix ("le Christianisme supplantant le paganisme en Bretagne"), ils représentent en haut une soeur en cornette apportant le réconfort de la religion à un soldat à l'agonie (le vitrail est réalisé pendant la Première Guerre Mondiale) avec à l'arrière-plan une église en flamme, et pour l'autre médaillon  un missionnaire en soutane et camail noirs (!) placé en supériorité qui prêche à des africains représentés de façon plus que caricaturale puisque l'un d'eux tient une massue comme un homme préhistorique, alors que les autres sont armès de sagaie et vêtus de pagnes. L'abbé Horellou précise : "un missionnaire évangélisant une peuplade de sauvages". 

   Il faut certainement voir dans ce missionnaire  un pére spiritain, un membre de la Congrégation du Saint-Esprit qui se consacra à partir de 1799 à l'évangélisation du Sénégal, puis de la Réunion et de bien d'autres pays. Parallélement, une congrégation proche des pères spiritains,  les Filles du Saint-Coeur de Marie, s'établit à Dakar et deviendra la première congrégation autonome d'Afrique. En effet, le Révérend-Père Le Floc'h était spiritain et exerça des responsabilités importantes à Rome dans cette Congrégation.

  Au dessous,

  • Saint Louis se rend, pieds-nus, en procession avec la couronne d'épine à la Sainte-Chapelle.
  • Une femme tenant un glaive d'une main et une croix de calvaire de l'autre se détache sur un ciel d'apocalypse et une falaise bretonne façon Étretat. Au pied de la croix, les armoiries de la Bretagne ducale et la devise Potius mori quam foedari, plutôt la mort que le deshonneur, qui est la devise d'Anne de Bretagne soit en breton Kentoc'h mervel eget  bezan saotret.

        Cette femme serait, selon J.P Le Bihan, Jeanne la Flamme, mère du duc Jean IV, qui                     combattit en 1342 avec Jean de Monfort les troupes de Charles de Blois. Pour le

          porte-parole du commanditaire, c'est seulement "une Bretagne allégorique".

  • Une troupe de chevaliers portant trois étendards aux armes de la Bretagne, et une croix sur leur pourpoint : des Croisés apparemment. En effet, G. Horellou décrit "les chevaliers bretons à cheval partant pour la Croisade. On sait que plusieurs seigneurs de la trève ont participés aux Croisades. Parlant de la famille de Qelen du Vieux-Chastel, le Nécrologe des Cordeliers de Quimper lui consacre cette phrase élogieuse : Omnes fuerunt milites in Terra-sancta. Tous combattirent en Terre-Sainte. En 1248, quatre frères de Quelen, Eon, François, Christophe et Jean partirent pour la septième Croisade. Trois d'entre eux furent tuès à la bataille de Massoure (1250). Eon seul réchappa. Vingt ans après, Eon partait de nouveau pour la huitième croisade avec ses quatre fils, dont trois moururent de la Peste devant Tunis. Il fut inhumé en 1278 aux frères mineurs de Quimper (vérifié p. 28  de la généalogie de Quelen ici :http://www.quelen.fr/UserFiles/File/6_Genealogie_de_la_maison_de_Quelen.pdf )

  Les ciels des six ajours sont jaunes et rouges et placent ces vignettes dans un contexte dramatique ou eschatologique identique aux scènes de la Passion, comme pour representer comment les épisodes de l'Histoire situaient ces combats dans une Passion de l'Église, seconde Passion du Christ vécue dans son corps mystique qui est l'Église. 

   RETENEZ : Ce tympan associe le théme du combat guerrier contre l'envahisseur avec le thème du combat pour la propagation de la Foi, tissés avec des références à la Monarchie et d'autres avec le régionalisme breton. L'univers est la scène où se déroule le combat du Chistianisme contre le Paganisme, la lutte des Fidèles contre les Infidèles, une Croisade destinée aux âmes d'élite, que celles-ci soient celle du roi-saint, celles des nobles seigneurs, des spiritains chez les sauvages ou des Soeurs de Charité soutenant les soldats combattant l'ennemi.


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II. Baie 2, transept coté sud : mission du père Maunoir.

      Mention en bas à gauche : "Don du T.R.Père Le Floch, Supérieur du Séminaire Français de Rome"

  et au dessus: "Le Vénérable Père Maunoir prêchant à Kerlas la grande mission de 1658."

 Il s'agit là, pour la Basse-Bretagne, d'une référence majeure aux Missions d'évangélisation, et le Père Maunoir constitue un exemple pour les missionnaires de la Congrégation du Saint-Esprit.

      Le père Julien Maunoir (1606-1683) est un jésuite breton qui fut désigné par Dom Michel le Nobletz comme son successeur dans son rôle de missionnaire des campagnes bretonnes ; il apprit le breton et mena une première mission à Douarnenez en 1641, en utilisant les tableaux d'images spectaculaires de Michel le Nobletz, ses taolennou, mais aussi les cantiques et les processions costumées inspirées des mystères médiévaux. De 1640 à  son décès en 1683, il réalisa 439 missions, prêcha à 40 000 personnes. Il édita un dictionnaire français-breton-français et un Cathéchisme en breton. C'est la mission de 1658, au cours de laquelle il s'arréta à Kerlaz, qui est représentée. Cette Mission concerna outre quatre paroisses à St Brieuc et Tréguier, celles de Plouäré, Quernevel, Guengat, Pouldregat, Tréméauc, Querlaz, N.D. du Juch, l'isle de Sizun [Sein], N.D. de Quillinen". (Le Parfait Missionnaire, ou la vie du R.P. Julien Maunoir, Antoine Boschet, Paris 1697),  link. G. Horellou commente : " C'est pendant cette mission que le saint religieux tomba dangereusement malade et qu'il fut guéri par les prières de trois pieuses femmes." et il nous explique comment les trois veuves de Douarnenez, Marguerite Poullaouec, Catherine Daniélou et Thomase Rolland prièrent Dieu qu'il fasse retomber sur elles la maladie dont le Vénérable était frappé : le soir même elle furent saisis de frisson, alors que le Vénérable parfaitement guéri retournait prêcher à Kerlaz.

   L'abbé Horellou nous confie aussi un élément capital : le Révérend Père Le Floch a fait représenter son père, son grand-père et sa mère parmi les personnages. Le père et le grand-père semblent faciles à identifier comme étant ces deux dignes bretons en costume glasig qui s'alignent dans l'axe du clocher. La mère est-elle cette femme à genoux?


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    Le tympan est formé de trois médaillons, que j'ai négligé de photographier correctement ; pourtant, ils ne manquent pas d'intéret, l'un représente un ange tenant le mot CREDO, l'autre le roi Gradlon et Saint Guénolé à cheval allant voir Saint Corentin dans sa solitude de Plomodiern, et le troisième le marquis de Névet passant une revue dans la plaine de Kerlaz. (G. Horellou p. 71) Les aventures des  saints ermites qui fréquentaient le Bois de Nevet et ses alentours, les marquis et leurs chevauchées, les anges et le cathéchisme, voilà en trois médaillons le monde merveilleux d'un enfant né à Kerlaz en 1862. Ces médaillons dominent une vérrière où le père, la mère et le grand-père de l'auteur du livre d'image sont penchès sur une tombe , face à un prédicateur hanté par le péché et les combats contre le satanisme.  Que faut-il ajouter ?

 

  Le mot CREDO, placé en superiorité, peut être compris comme l'affirmation des véritès dogmatiques que le Missionnaire doit enseigner. Il peut aussi signifier un message du commanditaire : "voici ce que je crois", et témoigner de la foi en l'esprit missionnaire de celui qui venait de publier " Les élites sociales et le sacerdoce" et d'appeller les plus hauts esprits à se consacrer à la propagation de la foi : "je crois en Saint Corentin et en Saint Guènolé, je crois à la capacité des élites nobles à commander, je crois à la nécessité d'instruire le peuple comme Julien Maunoir l'a fait en Bretagne pour combattre le démon du paganisme". Mais il est dangereux de faire parler les images.

 Le déroulement d'une Mission :

http://books.google.fr/books?id=nXzN4Kj7zNYC&pg=PA265&dq=p%C3%A8re+maunoir&hl=fr&sa=X&ei=0-cyT8ThBtGZhQfnrryVBQ&ved=0CDsQ6AEwAg#v=onepage&q=p%C3%A8re%20maunoir&f=false

     Elles sont nées des décisions du Concile de Trente (1545-1563) de réaffirmer l'existence du péché originel, du purgatoire, du salut de l'âme  et des sept sacrements, d'insister sur la valeur du Saint-Sacrement et sur la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, , de former le clergé (premiers séminaires en 1650, publication du Missel romain-1570 de du Bréviaire romain-1568) et de remotiver les prêtres et les évêques (obligation de résider dans sa paroisse et de prêcher le dimanche, obligation d'être présent dans son évéché et de faire une tournée pastorale), mais surtout pour notre propos de se consacrer à l'instruction des fidèles en suscitant des écoles parroissiales gratuites, en publiant le Cathéchisme romain (1601 en français), et en organisant l'évangélisation des provinces françaises par des missions où les prêtres, arrivant dans une paroisse à plusieurs (4 à 8), se préoccupaient d'apprendre à la population les quatre oraisons (Ave, Pater, Credo et Confiteor), de susciter les conversions, de dépister et de lutter contre les superstitions, les hérésies ou  le paganisme, d'enseigner les rites, et de ne pas quitter la paroisse sans en avoir confessé les membres.


 

      La mission est préparée soigneusement, et le Père Maunoir a pris contact avec les paroisses, s'est assuré l'aide de prêtres et des femmes dévouées qui l'assistent, a prèvu l'hébergement et l'intendance. Il dispose de près d'un millier de volontaires, jeunes prêtres, grands vicaires, officiaux, recteurs, curés à la retraite, évêques même, laïcs érudits, dont il organise les interventions en leur fixant rendez-vous. Il a pris soin de faire annoncer par les recteurs les dates de sa venue, et que chaque fidèle qui viendrait communier  sauverait ainsi du purgatoire un membre décédé de sa famille, aussi les bretons affluent sur les routes. Chaque mission concerne un "canton" de plusieurs paroisses, y reste  environ  un mois, et le Pére Maunoir en dirige dix par an. 

  Combien de personnes assistent à une mission ? La population de la paroisse ? 1500 fidèles ? Beaucoup plus ! Et la fin de mission, avec les indulgences qui y sont délivrées, la Communion Générale et la grande procession théatralisée de cloture, attire les foules de toute la contrée. Deux chiffres donneront une idée : lors de la mission de Landivisiau, sept prêtres distribuèrent sans s'arréter la communion à la foule, et cela dura de six heures du matin à 3 heures de l'après-midi (A. Boschet, p. 318). Et en 1638, le Père Maunoir calcula que 30 000 hosties avaient été distribuèes lors de la Communion Générale de fin de mission. 

   Lorsque le Vénérable arrive avec toute son équipe, un dimanche soir après les Vêpres,  il organise une procession où le Saint-Sacrement est porté, puis il monte en chaire et  il donne lecture de la bulle d'indulgence, "montrant l'avantage qu'il y aurait à les gagner et la punition que mériteraient ceux qui par une néglgence riminelle laisseraient échapper une occasion si favorable et perdraient un temps de grâce et des jours de salut" (A. Boschet, p. 274). 

  Le lendemain, les cloches appellent chacun à l'église à quatre heures du matin. Tandis que les prêtres assistants s'installent dans les confessionnaux et commencent à recevoir la confession auriculaire des nombreux fidéles, d'autres, dont le Père Maunoir disent leur première messe, en se répartissant les autels. Puis le Père donne une première conférence, discours discontinu et dialogué qui diffère du sermon qui est continu et monologué : il interroge son assistance, il répond aux questions et sonde ainsi les reins et les coeurs, apprenant l'ignorance, les superstitions, les méchantes coutumes, les désordres et l' état de la paroisse" ( A. Boschet p. 283). Ayant appris le mal, il administre  le remède sous la forme d'un premier sermon qui expose à ses auditeurs "le nombre et l'énormité de leurs fautes", ébranlant les uns, convertissant les autres, et provoquant tant de repentirs que chacun veut se précipiter déjà vers les confessionnaux saturés. On les conduit hors de l'église vers le cimetière où un membre du clergé va leur apprendre les Canticou spirituels que le Vénérable a composé en breton et où il a mis en musique (sur des airs légers que chacun connaît) les Vérités de la Foi  et le tableau des souffrances endurées par le Sauveur pour leurs péchés. Marins ou paysans, artisans ou notables, les hommes sont soigneusement séparés des femmes, et des religieux détaillent à l'aide d'une longue baguette blanche l'enseignement des "tableaux énigmatiques" où sont exposès les chemins qui mènent au paradis et les atroces tourments de l'enfer.

  Vers dix heures, ils écoutent un deuxième sermon par un écclésiastique, puis ils entonnent l'un des cantiques qu'ils viennent d'apprendre pour se préparer à recevoir la sainte communion. "Et le Père, debout sur le marchepied du grand autel, disposait les communiants à une si sainte action...Le Père animait ses paroles d'un visage si enflammé, d'un ton si effrayant que c'était avec vérité que tous répondaient Nous tremblons." (A. Boschet, p. 286). Vient alors l'action de grâce, un second cantique, l'adoration du saint-sacrement, l'Angelus, la récitation du Te Deum, avant la pause du déjeuner.

   L'après-midi débute par "une conférence par manière de récréation" sur le sacrement de Pènitence, puis le Père fait le cathèchisme au peuple. Il partait toujours du principe que les gens étaient ignorants de tout, et leur donnait instruction des mystères sacrés en partant des bases, et en utilisant ses cantiques où toute la doctrine chétienne était exposée. "Et il instruisait si parfaitement en un mois tout un canton qu'il ne s'y trouvait plus personne qui ne sût ce qu'il devait croire, ce qu'il ne devait pas faire, et ce qu'il devait faire pour être sauvé." ( p. 291). Les confesseurs retrouvent leur isoloir et la cohorte des pécheurs, tandis qu'un prêtre vient apprendre aux autres à dire la prière, à réciter le chapelet à deux choeurs, ou à chanter. A quatre heure (cinq en été), c'est le troisième sermon. La première semaine, le Père parle de la mort, du jugement dernier, de l'enfer et du paradis, "tout sujet bien propre à remuer lâme et à persuader la pénitence." (p.291) puis quand les esprits sont disposés, il prêche "sur les occasions dangereuses, et on enseignait à les éviter ; sur les tentations, et on apprenait à les vaincre ; sur les mauvaises habitudes, et on montrait à les déraciner ; sur la rechute, afin de la prière ; sur la prière, que l'on proposait à tous les maux du corps et de l'âme, et dont on ordonnait l'usage en touit temps, en tout lieu, et en toute occasion , et sur la persévérance, qui couronne le juste et met le sceau à notre prédestination." (p.292). La journée s'achève sur le Salut où on adore le Saint-Sacrement, la prière du soir, et des cantiques que le Père avait composé exprès. Vient l'heure de retour au logis, où les missionnaires, soupant en silence en écoutant une sainte lecture, bénéficient d'une conférence "qui tenait lieu de récréation, et qui en était une, car le Père était d'humeur gaie" : ainsi un recteur jouait à être un pénitent, contrefaisant la manière des paysans, ou d'un grand seigneur, ou d' un sergent, ou d'un vieillard, et leurs différentes espèces de péchès. Un autre jouait le rôle du confesseur  et devait dire comment l'interroger, de quels remèdes, de quels préservatifs il fallait user, comment l'exhorter, quand il fallait lier, ou quand il fallait délier (Mat.16, 19) et  quelle pènitence il prescrivait. Sur quoi chacun donnait son avis, disait au confrère en quoi il avait fauté, et ainsi tous passaient une soirée aussi distrayante qu'instructive (p. 295) 

    Quelques jours avant la fin de la mission, la fièvre s'empare de tous ; car chacun se prépare à la Communion Générale, par laquelle ceux qui avaient communiè séparément, s'assurant ainsi du bénéfice de l'indulgence pour leur propre compte vont communier tous ensemble pour les âmes du Purgatoire : aussi les confesseurs ne quittent plus le surplis et l'étole violette de quatre heure du matin jusqu'à huit heures du soir, et se dispensent, comme ils le sont autorisés en cas Ld'affluence, du Misereatur, de l'Indulgentiam et du Passio Domini.

   Mais le grand moment, l'action la plus éclatante de la mission dont elle est l'âme depuis le premier jour, c'est la Procession Générale : le Père en a confiè les plus beaux rôles aux plus assidus parmi les chanteurs de ses canticou, aux plus fervents pour reprendre ses prières, aux plus emprèssés au chapelet, distribuant en récompense à tel jeune garçon de jouer l'ange qui tiendra la couronne d'épine, à telle jeune fille de jouer Sainte Hélène, à tel grand gaillard barbu de faire le Saint Pierre dans  cette nouvelle version des drames et des Passions médièvales qui se jouera alors. On se rassemble tous dans un pré ou un jardin valloné où sera représenté le jardin des Oliviers ; il y aura Jacques, et Pierre, et Jean, et le plus digne parmi les prêtres qui fera Jésus, et le Père expliquera la scène au public encore trop ignorant. Et puis on s'élancera, Père Maunoir en tête, et le Christ, les Prophètes qui ont annoncé son règne,  et les apôtres, Saint-Jean-Baptiste qui porte une peau de chêvre, les septante-deux disciples, les anges qui portent les instruments de la Passion et parmi eux notre beau garçon de tout-à-l'heure tout fier de tenir sa branche de prunellier qu'il a nouer en couronne ;  Les Saintes, et  Sainte-Hélène toute intimidée, puis les soeurs du Tiers-Ordre, deux groupes de vierges habillées de blanc et deux groupes de Martyres vêtues de rouge, et tout ce monde  frissonne d'émotion, pousse le cantique un peu plus aigu qu'il ne faut, retient des rires nerveux, réajuste sa tenue, et sent vibrer cette âme collective qui déplace les montagnes ; mais on s'arrête : Le Christ est devant Pilate, qui crie bien fort Ecce Homo ! et le Père explique en breton ce que c'est, et on repart, une Véronique se précipite pour éssuyer le visage du prêtre-Christ qui dégouline de sueur depuis qu'il porte la Croix, on s'arrète encore car voici que Jèsus arrive devant trois femmes : on reconnaît Marie du Bois, Catherine Burlot, et celle-là c'est Marie la soeur à Jacques Burlot, mais on en les reconnaît plus car elles sont la Vierge Marie, Sainte Marie-Madeleine et Marie-Salomé, et elles sont si transformées qu'auucune ne pourra revenir à la ferme et qu'elles rentreront chez les Ursulines de Quimper. Tout le cortège repart, défile devant les Filles de Jérusalem, devant Joseph d'Arimathie, devant ce nigaud de Nicodème, jusqu'à ce que l'on arrive devant la chapelle, où une grande scène a été montée. Le Père Maunoir est déjà à la chaire, et il raconte la Passion.

   Il fait monter le prêtre celui qui joue Jésus : celui-ci, livide, s'écroule sous le poids de la Croix et reste à terre tandis que le Père s'adresse à la foule : " Le voyez-vous ce Dieu-homme que vous avez crucifié ? C'est vous qui avez enfoncé cette couronne d'épine dans ce chef sacré où réside toute la sagesse de Dieu ; c'est vous qui avez mis sur les épaules du sauveur cette pesante croix qui l'accable. Voilà quel est le fruit de vos crimes !  Regardez cette face adorable que les Anges souhaitent de voir. Voyez comment vous l'avez défiguré ! "  Les trois saintes femmes se mouchent, le grand Saint Pierre essuie sa larme, et un ange de douze ans renifle bruyamment. La mère à Denis le Guidal qu'on croyait si forte tombe à genoux et verse des torrents de larme, et sa voisine Marie Marchadour l'imite, les deux frères le Joncour lévent leurs grands bras maigres en criant, le vieux père Cornic se mèle au concert de lamentation, et puis c'est Jean-Marie l'Helgouac'h, de Toulfeuteun, c'est Jacques Brélivet, de Kerguilligui, c'est Madame Louboutin et Madame Bescond de Talac'hoat, c'est toute la paroisse qui se surprend à chialer en choeur, si bien que le Père doit s'interrompre car on ne s'entend plus. Puis il reprend "Que serait-ce donc si vous voyiez Jésus lui-même chargé d'une croix beaucoup plus pesante que celle-ci ? Que serait-ce s'il vous parlait, s'il vous reprochait son amour, et votre perfidie?"

  C'est le coup de grâce, le Père doit cesser de prêcher et il reprend la tête de la procession devant une foule déconfite, qui marche en baissant le front en méditant sa faute, tandis que certains se hâtent de voir s'il reste des places pour la confession... 

  Une autre fois, à Plouhinec, (1) le Père jugea à propos d'affermir le canton par une crainte proportionnée à l'importance de sa faute ; il venait de composer ce cantique instructif et pathètique sur les tourments de l'enfer où les humains interrogent ceux qui souffernt dans les enfers et leur demandent quelles sont leurs peines, et qu'elle en est la cause. Il décida de faire monter sur la scène des enfants, qui allaient poser les questions aux damnès, et de dissimuler sous les trétaux des hommes et des femmes qui répondraient depuis les enfers. Il débuta en s'adressant à l'assemblée : "Descendons en enfer pour voir quels supplices effroyables endurent les âmes damnées que la colère de Dieu tient enchaînées au milieu des flammes,pour avoir abusé de ses grâces en ce monde ! C'est un abîme profond plein de ténèbres sans la moindre clarté ! 

   Ann tan zo var ho gorre, ann tan zo dindan ho

   Ann tan zo a bep koste hag ho devo ato.

   Des flammes sur leur tête, des flammes sous leurs pieds,

   Des flammes de tous cotès qui les dévorent à jamais !

   Ha Kignet vo ho c'hrorc'hen, hag ho chik difreuzet,

   Gand beg ann aeren-wiber, kouls ha dend ann diaouled

   Leur peau sera écorchée, leur chair sera déchirée

   Par la dent des serpents, par la dent des démons! (2)

                     

  Alors le Père place les enfants devant tous les paroissiens, et les petits récitent leur couplet :

                 Malheureuses créatures

                 Que le Dieu de l'Univers 

                 Par d'eternelles tortures,

                 Punit au fond des enfers,

                 Dites-nous, dites-nous,

                 Quels tourments endurez-vous ?

  Alors, des profondeurs de la terre surgissent des voix lugubres qui répondent :

                 Hélas, hélas, mortels, ne nous suivez pas! 

  Chacun frémit, tremble d'horreur, tous les regards glacés se tournent vers le Père qui dit aux Vivants : "continuez" :

                Les Vivants : Parlez, de chaque victime, racontez-nous les malheurs,

                                   Et du ténébreux abîme retracez-nous les horreurs,

                                   Dites-nous, dites-nous, quels tourments endurez-vous ?

                Un Réprouvé, d'une voix caverneuse : Ah, pour des plaisirs infâmes, 

                                   Qui n'ont duré qu'un moment, Il faut, au milieu des flammes,

                                    Bruler éternellement ! Hélas, hélas mortels, ne nous suivez pas!

                Les Vivants :  Pécheurs, dont l'intempérance, fit mépriser tant de fois,

                                    D'une faible pénitence, les douces et saintes lois,

                                    dites-nous, dites-nous, quels tourments endurez-vous ?

                Un Réprouvé (con dolore & con fuoco) : Hélas, la faim nous dévore,

                                     La flamme est notre aliment. Une soif brûlante encore,

                                    Achève notre tourment. Hélas, hélas mortels, ne nous suivez pas!

                Les Vivants : Et vous, jureurs d'habitude, qui dans vos emportements

                                  Faisiez une multitude d'épouvantables serments :

                                   dites-nous, dites-nous, quels tourments endurez-vous?

                Un Réprouvé ( disperato) : Les pleurs, les sanglots, la rage,

                                   les transports continuels, font notre horrible partage 

                                   dans ce brasier éternel. Hélas, hélas, mortels, ne nous suivez pas

                  Tous (patetico) : Le tourment le plus horrible, n'est pas le tourment du feu.

                                    Il en est un plus horrible,c'est de ne jamais voir Dieu.

                                    hélas, hélas, mortels, ne l'éprouvez pas !

                  Les Vivants, serrés les uns contre les autres : Jamais, est-ce bien possible ?

                                   Nos âmes, à ce mot terrible, s'épouvantent et se confondent.

                                   Hélas, Hélas, Seigneur, ne nous damnez pas ! (3)

            

     C'est, dans le public, la consternation la plus complète et chacun, épouvanté, à genoux, se frappe la poitrine et se signe en tendant devant soi la croix de son chapelet. Il y a ceux qui restent prostrés, et il y a ceux qui hurlent. Ceux qui croient que le Jugement Dernier est arrivé, et ceux qui croient à un miracle. Et les recteurs, qui ne sont pas dans le secret, cramponnent la bannière de la sainte Vierge. Mais le vent, qui soufflait déjà bien fort, augmente tant en apportant une averse si violente que tous les paroissiens retrouvent leurs esprits et se précipitent vers la chapelle en courant. Le vent se calme tout-à-coup.

  Mais, selon l'abbé Boscher, il y eut ce jour là parmi les 4000 personnes qui avaient assisté à ce prêche, plus de conversion et plus de pénitence qu'aucun autre jour.

         J'ai romancé ce récit à partir de ces sources :

(1) Le Parfait  Missionnaire, Antoine Boschet, p.166

(2) An Ifern, l'Enfer : Barzaz Breiz, de la Villemarqué, http://fr.wikisource.org/wiki/Barzaz_Breiz_1846/L%E2%80%99Enfer/Bilingue

et les commentaires de : http://chrsouchon.free.fr/ivernf.htm

(3) Nouveau recueil de cantiques pour les missions,  1824, n°42 ,http://books.google.fr/books?id=3F_fwinmQlAC&pg=PA46&lpg=PA46&dq=dialogue+des+âmes+réprouvées+enfer&source=bl&ots=14UlgotxA9&sig=r1M0-rGimXCk31njYRGHAXiYBH0&hl=fr&sa=X&ei=kXQ2T8jkEMu08QP92cS7Ag&ved=0CCI

                                    

        Réalité du paganisme breton du XVIIe siècle ?

      On peut s'interroger sur la réalité du constat de paganisme et d'ignorance religieuse qui justifièrent ces missions : les bretons s'étaient-ils détournès de la foi ? Avaient-ils oublié leurs prières ? Méconnaissaient-ils l'Histoire Sainte et les bases du christianisme ? La pratique religieuse s'était-elle affaiblie considérablement ?

   Je ne suis pas habilité à répondre, mais ces questions ont déjà été posées, par exemple par exemple par Louis Kerbiriou (Les missions bretonnes, histoire de leurs origines mystiques, Brest 1933) qui remet en cause le shéma d'une région retournée à l'indifférence religieuse puis reconquise par de nouveaux apôtres comme Michel le Nobletz ou Julien Maunoir, pour penser qu'un fond religieux restait bien vivant, comme le montre l'éclat de l'art chrétien, mais mélangé à des pratiques superstitieuses. Gabriel le Bras dans son étude critique de cette publication estime que "la vérité, c'est que les désordres de la Réforme et de la Ligue avaient agité la province et que les âmes étaient abandonnées comme partout à un clergé sans formation sérieuse."

   Mon examen des inscriptions et statues de Kerlaz dans l'article Vierges allaitantes IV : Kerlaz, les statues et inscriptions.  montre que la mission de Maunoir en 1658  a été précédée d'une intense activité de construction et d'embellisement du sanctuaire, qui ne put être réalisée sans une forte contribution financière des fidèles, et donc une dévotion et une foi très vivante : j'en donne la liste pour  témoigner de l'absence d'infléchissement des investissements au XVIIe siècle avant la mission du père jésuite. Au contraire, aucune date n'est relevée après 1658...jusqu'aux vitraux du Très Révérend Père Le Floch.

   16eme siècle, statues de St Germain, Notre-Dame, St Michel, St Even, St Sébastien, groupe de Crucifixion. Réalisation des sablières

  • 1539 : date sur plaque tombale.
  • 1541 : verrières,
  • 1558 : arc de triomphe placître,
  • 1550 : ossuaire,
  • 1566 socle Notre-Dame de Trèguron
  • 1567 : fonts baptismaux,
  • 1569 socle St Sébastien,
  • 1572, porche sud Caradec
  • 1576, porche sud
  • 1588  construction par Bourch

17eme siècle, reconstruction du pignon occidental 1620-1635

  • 1603, construction clocher Brelivet
  • 1606, clocher,
  • 1609, contrat de fondation de 60 sols aux prêtres de la trève pour faire dire deux services par an pour le repos de âmes de Paul Kersalé et Dagorn, sa femme.
  • 1620, clocher, Lucas,
  • 1626 porche ouest
  • 1631,
  • 1639 fontaine Saint-Germain
  • 1644 : cloche
  • 1645, croix du cimetière, Hierosme Le Caro.

  Quatorze ans avant le passage de Julien Maunoir, en 1644, la cloche avait été posée avec cette inscription : 1644 : S. GERMAIN P.P.N : LORS ETAIT RECTEUR GUILLAUME VERGOZ ET HENRI KERSALE, CURE. J. CARADEC F. : pour une trève de la paroisse de Plonévez-Porzay, les fidèles disposaient d'un recteur, d'un curé et d'un fabricien, pour ne pas parler des deux chapelains, l'un au Ris-Huella et l'autre au Coty, et des desservants des chapelles des manoirs, comme la chapelle Saint-Louis du château de Lezargant. Et nous ne disposons pas (à ma connaissance) des comptes de fabrique qui nous renseignerait sur les confréries en activité, sur le montant des dons et, indirectement, sur la ferveur des paroissiens.

   On remarque que la mission de 1658 a lieu à la trève de Kerlaz et non à la paroisse, qui est  Plonevez-Porzay. Est-ce parce que kerlaz est le siège d'un Pardon, le dimanche de la Pentecôte ? J'ignore quand celui-ci a été institué. 

 

  Il reste l'accusation de superstition. Le Porzay , s'il est le lieu de deux des plus fameux et anciens pardons de Bretagne (Ste Anne-La-Palud et Locronan) est l'une des régions de Bretagne où les rites chrétiens sont les plus contaminés par des pratiques prèchrétiennes qui ont été christianisées, et où les légendes de saint Ronan ( fondant la tromènie de Locronan), de Saint Corentin (patron du diocèse de Quimper), de Saint Guénolé avec celle de Gradlon et de la ville d'Ys, de Saint Théleau, Saint Even, Saint Hervé reprennent d'anciens cultes, d'anciennes pratiques de guérison (cloche de Ronan), d'anciens rites autour des animaux (Corentin et le poisson, Théleau et le cerf, Hervé et le loup), des sources et des fontaines, des arbres et des pierres. Le développement de Locronan n'est pas tant dû à la présence des reliques de St Ronan qu'en la vénération de ce sanctuaire par les Ducs de Bretagne en mal de postérité, ou qui venaient remercier d'une naissance : car de tout temps le nemeton gaulois, la forêt de Nevet, ses sources et ses pierres ont  été vénérés pour leur puissance fécondante, fécondité du dieu Lug celte ou du dieu gallo-romain Mercure. Lors de la Tromènie de Locronan, les femmes désirant avoir un enfant venaient, ou viennent, se frotter le ventre ou s'asseoir sur une pierre mégalithique, la Jument de pierre. Et à Kerlaz, lors du pardon, il était coutumier d'aller s'asseoir sur Kador sant Jermen, la chaise de saint-Germain.

   Le sujet de ces articles sur les Vierges allaitantes en fait preuve, et les Vierges s'inscrivent sur moins de 30 km autour de Locronan  et de sa Vierge de Bonne-Nouvelle et de ses routes principales : vers l'Ouest (Kerlaz), vers le Sud (Seznec à Plogonnec), vers le Nord-Est (Quillidoaré à Cast, St-Venec à Briec, Kerluan à Chateaulin,) ou l'Est -Nord-Est ( Kergoat à Quéménéven, Trèguron à Gouezec, Lannelec à Pleyben), non sans rapport avec un culte du lait, de l'eau de de la cire qui s'enracine dans celui de Vénus anadyomène.

   Le Concile de Trente souhaitait épurer la religion de cet enracinement prè-chrétien. Les missions du Père Maunoir y ont-elles contribuè ? Leur succés vient-il de l'instruction théologique donnée aux fidèles ? Des injonctions à la pratique d'une vie évangélique ?  Ou de l'utilisation de la peur de la mort et de l'enfer,  des indulgences accordées à ceux qui se confessaient et communaient, et des pratiques d'exorcisme contre les suppots de satan, et leurs sabbats?


Retour au vitrail :

 Il représente le Père Maunoir qui porte une courte barbe en pointe, en train de prêcher, en désignant le Ciel, à l'assemblée des paroissiens en costume bretons de la fin du XIXe siècle, tandis que deux nobles, à droite, contemplent la scène. Le clocher de Kerlaz est en arrière plan, et le Père est monté sur un des degrés du calvaire, sur lequel on peut distinguer des armoiries avec un léopard, très vraisemblablement celle des seigneurs de Nevet.

   Je ne sais ce que le Père Maunoir tient dans la main gauche. Mais l'espace de terre remuée qui lui fait face, et que tous les paroissiens fixent des yeux, c'est une tombe sur laquelle deux couronnes et un ruban ont été déposées. Il prêche donc sur la mort, sur le sens de la mort pour un chrétien, et sur les moyens de si préparer. S'il ne connaît pas encore l' Oraison Funèbre que Bossuet prononcera en 1669 pour Henriette de France, ni ses Sermons sur la mort, préchès lors du carème 1662 devant la Cour, son talent oratoire lui inspire certainement de développer des arguments analogues.

  Mais puisque Henri Le Floch a fait figurer son père Mathurin Le Floch (1813-1916), agriculteur aisé dont l'exploitation s'est développée dans ce riche Porzay agricole qui incline ses pentes fertiles vers la Baie de Douarnenez, puisqu'il a figuré, face à cette sépulture, son grand-père, s'il y a placé sa mère Marie Le Joncour (1838-1871), mère de huit enfants, qui est morte lorsqu'il avait 9 ans, je pense que ce CREDO qu'il a fait inscrire au sommet de la vitre concerne cet acte de foi chrétienne, cette espèrance confiante d'une vie après la mort, espèrance confiante dont sa mère l'a nourri et grâce à laquelle il a surmonté ce deuil de l'enfance. Mais s'il pense à sa mère, il pense aussi à son père qui vient tout juste de décédé, et par l'héritage duquel il peut aujourd'hui offrir ces vitraux à la patrie de ses ancêtres. 

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Etude des costumes :

  Ce sont les costumes du pays Porzay, appartenant à la mode de Quimper : les hommes sont surnommés glazik avec leur costume bleu, et les femmes borleden du nom de leur coiffe.

       Les deux hommes au premier rang portent le costume glazig, "petit-bleu" de la mode de Cornouaille sud. En 1917, les bragou braz, ces larges culottes  de droguet (chanvre et laine) marron ou de toile de lin blanc l'été ne sont plus portés depuis les années 1860-70 par les jeunes générations. Elles sont si plissées et si larges aux genoux qu'on peut sans-doute les nommer bragou ridet, ces culottes dont on fixait les  plis en les plaçant dans le four à pain encore chaud de la dernière fournée, et qu'on ne lavait jamais. 

   Sous les bragou se trouvent les guêtres ou gamachou portés sur des sabots ou des chaussures à boucles.

  Les pantalon sont retenues par ces ceintures en peau de buffle nommées gouriz, aux fermoirs de cuivre ciselé d'un motif floral.

Le costume comporte aussi :

  • une chemise blanche à col haut,
  • un gilet (jiletenn) à deux plastron, boutonné par six boutons, et dont l'encolure porte une bande de velours noir,
  • peut-être une sous-veste,
  • une veste sans manche (?) dont le bord (bruskou) et l'encolure sont doublés de velours noir sur lequel se détache une alternance de boutons dorés ronds  et de larges boutons argentés. Les manches du gilet sont également rehaussées d'une bande de velours noir brodée d'un zig-zag orange.

 Un autre homme porte un costume identique, mais les boutons sont remplacés par des zig-zag brodés sur l'encolure du gilet et sur deux bandes de velours de la veste. Il porte un penn bazh dans la main gauche. On remarque les cheveux longs.

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  Le costume féminin du personnage debout de profil : il se caractérise par une longue jupe rouge plissée sur l'arrière et le coté, d'un corsage ou manchou de drap rouge, ouvert et sans manches, et de gilets dotés de manches retroussées et étagées décorées de broderies de rubans et de galons de lin brodé de fil argenté (galons de fehl).  La ceinture est également de passementerie métallique et se prolonge dans le dos par deux longs pans. A l'arriere-plan, la femme porte un gilet brodé de motifs floraux de  cannetille et de perles, à l'encollure rectangulaire, et une parure de cou avec un coeur en cuivre ciselé et une "croix-jeannette".

  On ne peut que remarquer la richesse de ces costumes, et de la surabondance (qui ne plaisait pas au clergé) des perles, verroteries, paillettes, fils d'or et cannetilles. Ce sont plutôt des costumes de noce, mais ils pouvaient être portés lors des pardons. 

  On peut encore observer de nombreux détails sur ce vitrail, détailler les coiffes (dont une sorte de cape très simple, une coiffe de deuil ou un capot contre la pluie chez une personne plus agée en robe sombre et dépuoillée ), le costume et le bonnet des enfants...

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   La femme  à genoux ( qui représente peut-être la mère, décédée à 33 ans, du Père Le Floch) porte une robe noire et un tablier de tissu léger à carreaux bleus et blancs ornés d'étoiles. Elle porte aussi un gilet de drap gris, aux deux manches larges richement brodées d'or qui s'arrêtent sous le coude pour libérer la chemise aux poignets gaufrés, un corsage sans manche, descendant en croisant sous la poitrine selon une mode des annèes 1880. La parure de cou est intéressante à détailler : un ruban de velours noir est aggrafé sous le menton ; il se prolonge par un élément de dentelle rectangulaire qui fait ressortir le coeur de cuivre , et la croix-jeannette. Cette parure de cou posséde une vertu protectrice religieuse identique aux scapulaires, ces bandes d'étoffe qui protégeaient les carmes ("quiconque  mourra  revêtu de cet habits sera préservé des flammes éternelles") ou les Croisés, et devenus dans la guise de Quimper un élément du costume féminin. D'ailleurs, cette femme semble porter, outre la parure de cou, une paire de scapulaires, formée par ces rectangles dorés aux petits carrés blancs qui se prolongent par des bandes de tissu gallonés de fehl et brodés d'épis  qui descendent dans le dos. 

  Bien-entendu, il serait plus judicieux que ces descriptions soient données par des personnes plus compétentes que moi : prenez-les à défaut de mieux.

    On remarque aussi le couple présent à droite, les seigneurs locaux en tenue Louis XIV avec perruques, chapeau à plume, dentelles, crevés, etc. Le rôle de la noblesse est ainsi soulignée. G. Horellou nous précise qu'il s'agit du pieux marquis  René  de Névet, dont nous reparlerons longuement, et de la marquise Renée de Névet née Anne Guyon de Matignon. 


 

 

  On admettra que l'exercice auquel je me livre n'est pas toujours aisé ; on me reprochera peut-être mon manque de légitimité pour m'y aventurer. Que l'on veuille bien pardonner mes maladresses.


                                                             A SUIVRE : LES VITRAUX DE KERLAZ, DEUXIEME PARTIE


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Published by jean-yves cordier
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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 15:55

        VIERGES ALLAITANTES IV 

       Église Saint-Germain à Kerlaz,

                     Des vitraux édifiants :

 

                 Deuxième partie

 

 

       première partie :  Vierges allaitantes IV, Kerlaz, église Saint-Germain, les vitraux, 1ère partie..

 

 

 

III. Baie 3, transept nord : la légende de Saint Even.

 

"Don de Mlle Floch"


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 a)  Tympan : 3 ajours  dont le soufflet central montre une procession au XIXe siècle (paysans en bragou braz) à la fontaine de Saint-Even.

b) deux lancettes cintrées de trois panneaux  légendés:

  • Saint Even chassé de la maison paternelle à cause de ses sentiments religieux.
  • Saint Even après avoir érré plusieurs jours se présente au manoir de Lezascouët.
  • Le seigneur de Lezascouët l'accueille dans son manoir comme pâtre.
  • Frappé par ses qualitès, le seigneur de Lezascoët lui donne sa fille en mariage. 
  •  Saint Even précipité par son oncle dans la mer gagne le monastère de  l'Île Tristan.
  • Saint Corentin apparaît à Saint Even et lui dit de réintégrer son manoir. Il meurt à son arrivée.

   A l'occasion de la découverte de la statue de St Even dans cette èglise Vierges allaitantes IV : Kerlaz, les statues et inscriptions. , j'ai présenté la version de Mr Pouchous sur  la vie de Saint Even ou Ewen. Celle-ci est assez différente, et j'ignorais quelle en était la source : peut-être l'histoire que Henri Le Floch a pu recueillir de ses parents ou autour de lui à Kerlaz ?

  b1  A propos de Lezascoët:

Lezascoët ou Lezaskoed (lieu de naissance de Germain Horellou) est actuellement un lieu-dit de Kerlaz. Sous la forme Lezharcoët attestée en 1332, c'est l'un des plus anciens toponymes de la commune, où on reconnaît la racine -lez (dont j'ai discutée à propos de Pontlez  Vierges allaitantes III : Quillidoaré, la légende du Marquis de Pontlez et l'histoire.) qui signifie " cour seigneuriale" du haut Moyen-Âge (avant Xe siècle) , racine -lez qui est associée au patronyme -Harcoët lui-même dérivé du vieux-bretonhoarn, "fer" et skoed, "écu, bouclier" pour désigner un guerrier au bouclier de fer. http://www.ofis-bzh.org/upload/travail_fichier/fichier/69fichier.pdf

   L'existence d'un domaine seigneurial à Lezascoët est donc parfaitement plausible. Mieux, le Père Grégoire de Rostrenen déclare avoir trouvé en 1701 les pierres de taille de ce chateau, marquées des caractères "d'un ancien alphabet des bretons d'Armorique". Plus exactement, l'histoire, que je découvre alors que je rédige ce texte, est la suivante, selon, toujours, Germain Horellou qui en a écrit 28 pages (pp. 204-232) : Ce manoir de Lezarcoët a été le fief d'Olivier de Lezarscoët cité en 1332 dans le Cartulaire de Quimper, puis des Languéouëz, puis de Jacques de Guengat (voir Plogonnec: Les vitraux de Plogonnec I : Saint Sébastien ), puis de René de Kergorlay du Cleuzdon (voir Buhat-Pestivien : Les vitraux de Bulat-Pestivien : les Anges Musiciens.) et du Cleuz du Gage (id), des de Roquefeuil et de Quemper de Lanascol jusqu'à la Révolution. Mais le manoir a disparu, ne laissant que les murs de cloture, une petite ferme nommée Koz-Maner  et une éminence nommée Plas-ar-Maner. Un baron du Fretay y a fait des fouilles en 1895 et a dégagé un édifice de 58m sur 14, datant du XVe siècle selon P. Peyron avec réemploi de pierres d'un édifice médiéval. Julien Maunoir aurait été le premier en 1658 à être frappé par les inscriptions curieuses, où il aurait vu un alphabet breton ancien ; l'abbé Grégoire les  retrouve en 1702, Dom Le Pelletier donne dans son dictionnaire deux spécimens d'alphabet celtique ancien d'après ces signes, et finalement le chanoine Peyron, le fameux auteur des Notices du Bulletin Diocvesain y reconnaît.... des marques de tacheron que les tailleurs de pierre payès à la tache utilisent pour identifier leur travail ! Voir Abgrall & Peyron, Notice sur Kerlaz, 1915, http://catholique-quimper.cef.fr/opac/doc_num.php?explnum_id=36


  Un monastère est suspecté sur l'Île Tristan en vertu d'un texte du XIIe siècle où Robert, evêque de Quimper, fait don au monastère de Marmoutier de l'ïle de St Tutuarn, qu'on assimile à Tristan.

   b2. A propos de cette version

Je découvre page 212 de mon livre de chevet que cette version de la légende est issue d'un gwerz sant Even, dont "l'original appartenait à une personne de Douarnenez. La traduction fut faite par le chanoine Millour [ mentionné à Plonevez-Porzay au grand pardon de 1895 où il bénit une cloche] à la prière de M. du Fretay.". L'abbé Horellou explique que cette vraie légende où le héros est saint Even a été pillée au profit d'un autre héros, le seigneur de Pramaria, et publiée par le Pére Maunoir dans sa Vie de Catherine Daniélou , puis reprise par le chanoine Peyron dans le Bulletin diocésain d'histoire et d'Archéologie Bdha de 1909. Effectivement, cette référence est exacte :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1099887/f252.r=catherine+danielou+peyron.langFR

  Henri Le Floch a très bien pu lire en 1910 la publication du chanoine Peyron, qui a pu lui rappeller la légende qui se racontait à propos de saint Even à Kerlaz, et décider de l'illustrer par un vitrail.

    Dans la version de Kerlaz rapporté par Horellou page 215, le saint est chassé en raison de sa foi chétienne par sa mère "païenne et dénaturée". Il est recueilli comme pâtre chez le Sr de Lezascoët, qui le marie avec sa fille. Mais le frère du seigneur, l"oncle", est jaloux du jeune héros et lors d'une partie de chasse, le jette du haut des falaises de Lanévry. Il gagne l'Île Tristan, y reste 4 ans, puis saint Corentin lui apparaît pour lui demander de retourner auprès de son épouse qui se languit de lui. Il revient chez lui et meurt subitement.

   Dans la version beaucoup plus détaillée de P. Peyron, c'est le père qui prend en grippe son fils ainé, Joseph-Corentin de Coetanezre et le chasse, avec l'accord de son épouse. C'est ensuite une succession de dévotion à la Vierge et à Saint Corentin, nommémént dèsignés comme substitut de la mère et du père, qui lui apparaissent sous des formes diverses, qui le secourent miraculeusement, pendant que le jeune homme suit la trame de l'histoire précédente, épouse la fille du seigneur de Lezascouët, est poussé dans la mer par l'oncle, accoste sur l'îlot Trévinec, revient cinq ans plus tard chez lui où , il doit verser le prix des miracles dont il a bénéficier : sa vie, et celle de son fils.

 


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IV. Nef : baie de deux lancettes cintrées : éducation de la Vierge

 Don de Mlle le Floch (soeur du T.R.P.Le Floch)

    Sous ce titre d'allure banale, les commanditaires placent dans le programme de vitrail une référence capitale pour leur foi, et pour toute la région du Porzay : celle du sanctuaire de Ste-Anne la Palud, et de son Pardon. 

  Ce sanctuaire a tant d'importance que ce sera lui qui, avec Krelaz, bénéficiera des efforts du Très Révérend Père Le Floch. En effet, alors qu'en 1913 il avait déjà aidé à obtenir le couronnement de la statue de Sainte-Anne, c'est par l'utilisation de son influence dans les spères romaines qu'il obtint de la basilique romaine Saint-Paul-hors-les-Murs un fragment de côte et de l'église d'Apt un fragment de doigt de Ste Anne, reliques qui seront transférées en grande pompe à la Palud en août 1922. Cela plaçait le sanctuaire à l'égal de Ste-Anne d'Auray, qui possédait déjà des reliques d'Apt.

   Cette importance s'accroit aux yeux de la famille Le Floch car c'est à Ste Anne La Palud que l'abbé réfractaire Garrec, recteur de Kerlaz et arrière grand-oncle, a continué à exercer son sacerdoce après la fermeture de la chapelle de Kerlaz.

  On peut aussi penser que Henri Le Floch ayant perdu sa mère quand il avait 9 ans, ce sont ses grands parents qui ont participé à son éducation.

 Réseau : soufflet central, scène devant la chapelle de Sainte-Anne-la-Palud, des femmes font l'aumone à un mendiant. Costume masculin : bragou braz, sabots, chapeau rond à deux guides. Costume féminin : châle, coiffe courte (penn sardin ?)

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Lancette

Mention:"Éducation de la très sainte Vierge"

  Sainte Anne donne des conseils à Marie.

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 V. Baie  sud : St Hervé

 une lancette

Mention "Saint Hervé bénissant les fidèles" 

Mention : Gl Léglise Paris 1918.

  Là encore l'abbé Horellou nous donné une prècision : "Cest la reproduction sur verre, aussi exacte que possible, du groupe en granit qui a disparu de l'église il y a une vingtaine d'annèes."Effectivement, la Notice des chanoines Abgrall et Peyron de 1903 sur Kerlaz mentionnait la disparition d' "un groupe en pierre, très curieux et très primitif représentant saint Hervé, le chanteur aveugle guidé par son petit compagnon Guic'haran qui conduit le loup traditionnel et le menace d'un fouet armé de gros noeuds. Sous couleur que c'était une oeuvre de style un peu barbare, on a cédé pour une destination profane cette statue qui avait été vénérée pendant quatre siècles par les paroissiens de Kerlaz. Ce groupe provenait de la chapelle de Saint-Mahouarn de Lezoren (Plonevez)." 

  Saint Hervé est un saint breton dont l'hagiographie a été écrite par Albert Le Grand au XVIIe siècle : né vers 520, aveugle de naissance, il est souvent représenté avec un loup et un petit garçon. Celui-ci est son guide, du nom de Guic'haran, et l'histoire est celle-ci : un jour, l'oncle de Saint-Hervé, saint Wiphroëdus, qui l'heberge en son petit monastère, doit partir en voyage et confie à son neveu et à l'enfant le soin de labourer le champ et de veiller sur son âne. Mais "le loup, l'ayant trouver à son avantage, le dévora". Guicharan crie, appelle son maître, mais Hervé se contente de prier avec ferveur le Bon-Dieu d'épargner cette perte à son oncle Wiphroëdus. (si vous ne comprenez pas à la première lecture qui est l'âne, le loup, l'oncle, le champ et l'aveugle, et qui a mangé qui, c'est que je ne suis pas le seul ). Or donc " Comme il prioit ainsi, voilà venu le loup à grand erre; ce que voyant Guiharan crioit au saint qu'il fermast la porte de la Chapelle sur soy ; mais le saint lui répondit : "non non, il ne vient pas pour mal faire, mais pour amender le tort qu'il nous a fait ; amenez-le,& vous en servez comme vous faisiez  de l'Asne", ce qu'il fit".  

 Et maintenant, la phrase que je préfère ( certainement celle que le petit Henri Le Floch demandait à sa grand-mère : "encore, Mamm Goz, encore là où le loup traîne la charrue!"):

" & estoit chose admirable de voir ce loup vivre en mesme estable avec les Moutons, sans leur faire de mal, traîner la charrue, porter les faix et faire tout autre service comme une beste domestique". (Albert le Grand, les Vies des saints de la Bretagne Armorique, Ed J. Salaün, Quimper 1901 p. 234)

 Et sûr que Mamm Goz n'omettait aucune esperluette, aucun "estoit chose admirable", et qu'elle disait Asne au lieu d'"âne", mesme estable au lieu de "même étable" beste au lieu de "bête", et sûr  que le petit Henri rigolait sous ses draps d'entendre une grande personne massacrer l'orthographe  et sûr encore qu'il se disait qu'estoit chose admirable que ce fut permis.

 

   En ce temps là, le martinet avait dèjà été inventé, et Guiharan en menace Messire Loup en lui disant "au pied". Et Saint Hervé bénit avec trois doigts, en signe de la Sainte Trinité, guérissant à l'aveugle les maladies des yeux (sauf la sienne), les peurs et les angoisses, les dépressions majeures caractèrisées et les dépressions masquées qu'il démasquait sans le DSM-IV, les possédés des démons, les chevaux vulnérables et les grenouilles, à condition qu'elles coassassent. Car il leur disait, je crois "croissez pour peu que vous ne coassassiez ".

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                              A SUIVRE,  LES VITRAUX DE KERLAZ : TROISIEME PARTIE :

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Published by jean-yves cordier
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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 15:54

                    VIERGES ALLAITANTES IV 

              Église Saint-Germain à Kerlaz,

                  Des vitraux édifiants :

         Troisième partie : le marquis de Névet .


  Résumé : l'ensemble des vitraux de l'église Saint-Germain de Kerlaz a été réalisé pendant la Première Guerre Mondiale par Gabriel Léglise sur la commande et grâce au don de deux enfants du pays, un frère et une soeur, après que leur père,  exploitant agricole du Caouët, soit décédé. Ces co-héritiers étaient l'un Supérieur du Séminaire Français de Rome, l'autre religieuse, tous les deux  spiritains de la Congrégation du Saint-Esprit à vocation missionnaire, et en 1916, ils n'héritèrent pas que de biens meubles ou immeubles, mais aussi des traditions et légendes de ce territoire qui s'adosse à la montagne de Locronan et au "nemeton" (territoire gaulois sacré) de la foret du Nevet, et dont la foi et la pratique religieuse a incorporé un matériau prè-chrétien considérable. Ils héritèrent d'un catholicisme qui accueillait avec  un enthousiasme et une ferveur allant jusqu'au sacrifice les missionnaires et les recteurs qui organisaient des Grands Pardons (celui de Ste-Anne-la-Palud, tout proche, mais aussi celui de Kerlaz, sans parler de Rumengol), qui assuraient aux participants des indulgences plénières, reprenant des circumductions rituelles allant de mégalithes christianisés en anciens sanctuaires de la fécondité  et de source en statue de saints (Eutrope, Ouen, Germain)  lors de la Grande Troménie de Locronan, prenant la tête de processions, validant le légendaire développé autour des saints locaux, Corentin, Ronan, Guénolé, Theleau, Hervé, Thuriau et leur animal dédié, se procurant, avec l'appui des Ducs ou des seigneurs, de saintes reliques. En un mot, il reçurent (notamment de leur mère qui les menaient aux pardons) ce Merveilleux breton qui a su laisser dans l'art religieux comme dans les âmes le plus beau et le plus exaltant des trésors, trésor d'autant plus riche qu'il se mêlait aux légendes et aux haut-faits des écuyers et des chevaliers qui devinrent leurs seigneurs, frappant le fronton et les vitraux des églises de leur armoiries, enrichissant le territoire du panache de leurs noms et de leurs titres, partant en Terre-Sainte quérir la gloire et les reliques, et s'affrontant en combats magnifiques. 

   Mais s'ils héritèrent de cette profusion de Saints et de Héros de légende, ils reçurent aussi lors des veillées  les récits de plaies que la grande Histoire avait laissée en passant : épidémies de pestes diverses, famines, Guerres de religion et violence de la Ligue (Fontenelle dévastant le château de Lezargant situé su la paroisse), Révolte du Papier Timbré,  Révolution, Constitution Civile du clergé. C'était une histoire familiale, mémoires des arrières grands-parents ou d'arrières-grands-oncles : 

    Ces plaies non refermées dont l'Histoire avait balafré leur passé se sont associées aux légendes merveilleuses pour composer cette romance avec laquelle nous enchantons nos vies, et avec laquelle ils affrontèrent la leur. 

   Les images qu'ils nous ont laissé en sont le témoignage. Passionné et passionnant.

 


V.  Baie coté nord : Mort de René de Nevet.

 "René de Nevet, lieutenant du roi et colonel de l'arrière-ban en Basse-Bretagne, meurt le 13 avril 1676 plein de mérites et de vertus en son château de Nevet et pleuré par ses vassaux."

  Ce vitrail est encadré de quatre écussons, qui sont :

  • en haut à gauche, le lion rouge sur fond jaune se lit "d'or au léopard morné de gueules" (je reprends là-dessus l'abbé Horellou qui écrit "le léopard d'or morné de gueules ": Oh !).  Ce sont les armes des Nevet, et on lit leur devise, Perak ?, "pourquoi ?" [inscrit Perac].


  • en haut à droite le château fort se lit " d'azur au château d'or, sommé de trois tourillons de même", qui est Vieux-Chastel ou Koz Kastel. La devise est lue par G. Horellou comme Trementem pungo, "je tue celui qui tremble, je tue le lâche" en signalant que quelques armoriaux portent Prementem pungo, "je tue l'oppresseur", et que Claude de Lannion du Vieux-Châtel (sic) était grand amateur d'antiquités et généalogiste émérite. Mais l'inscription exacte est Prementem pugno (et non pungo), associant le verbe pugno, "combattre" (ou le nom pugno, "le poing" avec l'accusatif singulier de premens, "pressant", "la poursuite"). C'est la devise de la maison de Lannion, et non celle de la famille de Vieux-Chastel, mais elle a pu être empruntée à Claude de Lannion (mort vers 1621)  qui épousa Renée de Quelen, dame du Vieux-Chastel.


  • en bas à gauche, selon Horellou, les armoiries des Quelen du Vieux-Chastel "burelé d'or de six pièces d'argent", que je corrige en "burelé d'argent et de gueules de dix pièces" avec la devise E peb amzer Quelen, "De tout temps Quelen" qui joue sur le sens de quelen en breton, "le houx", toujours vert. Mais le vitrail porte Quelen atao, "Quelen toujours", qui n'est pas la devise héraldique.

          Je remarque que ces armoiries sont proches de celles que j'ai vues dans l'église de Kerlaz en socle du saint-Sébastien avec la date 1569 :  Vierges allaitantes IV : Kerlaz, les statues et inscriptions.  Au lieu d'être entières, elles sont divisées par une ligne médiane en deux parties très proches mais néanmoins dissemblables et décalées , et dont seule la partie gauche semble être dotée des dix burèles ( on nomme burèle une bande horizontale ou fasce dont la largeur est diminuée, et employée en nombre pair supérieur ou égal à dix). Le blason débute en haut par une burèle d'argent (blanche) masquée sur ma photo par la barlotière. 


  • en bas à droite, un blason qui se lit "d'azur au cerf d'or" et qui n'est pas surmonté de couronnes, mais d'un cimier. Selon G. Horellou, il a été composé  par le R.P. Le Floch pour attribuer des armoiries à l'abbé Le Garrec (du breton gar, "jambe" garreg "celui qui a de grandes jambes"). Il lui a aussi attribué une devise, " Difennour ar feiz", "défenseur de la foi".    Je serais enclin à penser qu'on peut y voir la devise  que le Père Le Floch s'est choisie pour figurer dans ce carré de noblesse.  Le cerf blanc, parfois doté d'un collier d'or,  est, dans le roman breton, le messager des fées et du monde surnaturel, l'animal psychopompe qui guide le héros naïf vers les contrées boisées où il  accédera au Merveilleux où il devra se dépasser et se transformer. Diffenour ar feiz  peut sans-doute se traduire par "confesseur de la foi", titre réservé à un chrétien qui a été persécuté pour sa foi, qui a subi des blessures mais qui a survécu : ce sens s'applique alors à l'abbé Garrec.

  Il reste que ce "détail", l'invention d'armoiries et  d'une devise pour faire figurer les prêtres de Kerlaz à partie égale à l'un des quatre coins d'une représentation imagée du monde (symbolique du nombre quatre) avec les familles nobles ( 1.Kerlaz, 2.ses légendes, 3.ses familles nobles, 4.son clergé) est si singulier, si contraire à l'héraldique nobiliaire, si incongru et, quoique bien dissimulé, si hénorme qu'on ne peut faire l'impasse sur son interprétation. La plus banale serait d'y voir l'équivalent des vitraux du XVIe siècle où le donateur, un noble chanoine comme à Kergoat, figure dans le coin inférieur avec son saint intercesseur et ses armoiries. La plus élaborée partirait de la biographie et de l'étude critique de la pensée d'Henri Le Floch pour déchiffrer un message : ce qui est hors de mon propos.

 


 Description :       

   On  voit un homme alité dans un lit à baldaquin, recevant les derniers sacrements sous les regards d'une femme noble qui doit être son épouse. Une petite fille  est agenouillée devant nous, dont le costume breton contraste avec celui de trois autres enfants plus âgés, vêtus comme des enfants de seigneurs. Deux hommes se tiennent derrière eux, l'un en tenue de mousquetaire. Un paysan breton est visible tout au fond, près de la porte, affichant une attitude plus humble et respectueuse que les autres. Si on ne dispose pas d'autres explications, on conclue à une représentation à quatre composantes, la mort, la religion catholique, la noblesse, la paysannerie bretonne, sans comprendre pourquoi cette scène nous est montrée. 

  Parmi les deux personnages nobles qui assistent à la scène, l'un, en tenue de soie bleue et au chapeau de feutre empanaché, porte le ruban de l'Ordre du Saint-Esprit. Cet ordre ne comporte que 8 commandeurs, tous ecclésiastiques, qui portent le ruban en sautoir, et cent chevaliers, qui portent le large " ruban de soye de couleur bleue céleste" en écharpe sous le bras gauche, pour permettre la chevauchée. A ce  cordon bleu moiré s'attache le "placard" où est brodée d'argent la croix de Malte portant une colombe du Saint-Esprit. Ce sont les chevaliers des ordres du roy, qui sont toujours institués chevaliers de l'ordre de Saint-Michel avant d'être décoré de cet ordre.  La liste en est limitée, au XVIIIe siècle on n'y trouve pas de nobles bretons mais des princes, des maréchaux, des pairs de France, des ducs, des évêques et archevêques, des gouverneurs. Deux personnages proches du marquis de Névet ont porté le cordon bleu du Saint-Esprit, ce sont son beau-père François Goyon de Matigon, Comte de Torigny et Lieutenant-général de Normandie, mais qui mourut en 1675, et  Charles d'Albert duc de Chaulnes son supérieur hiérarchique. Ce serait donc lui qui est représenté ici, bien qu'il n'ait pas assisté au déces de René de Névet. 

  A ses cotés, en habit rouge, nous pouvons penser qu'il s'agit de M. de Tréanna, Sr de Lanvillio. 

  René de Nevet n'avait que deux fils, âgés à sa mort de 3 et 5 ans. Et celui qui l'a accompagné dans ses derniers instants, M. de Tréanna, à la Retraite de Quimper, ecrit qu'il a fait le récit de cette mort pieuse à son épouse, qui était donc absente. Mais un vitrail n'est pas un document historique, mais une représentation artistique. En outre, nous allons le voir, ce qui est montré ici n'est pas un fait réel, mais une légende développée autour d'un personnage historique

   


 

 

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La famille de Névet : éléments historiques :

      Dans la monographie de l'abbé Horellou Kerlaz, son histoire, ses légendes, ses familles nobles , Brest 1920, les pages 110 à 124 sont consacrées à la forêt de Nevet, et les pages 125 à 191 à l'histoire des seigneurs de Nevet : c'est dire l'importance du vieux territoire gaulois devenu ermitage de saint Ronan pour la paroisse de Kerlaz, et de l'histoire de cette famille illustre dont la seigneurie s'étend de 1270 à 1721.  Horellou lui-même reprend les travaux des chanoines Abgrall et Peyron, auxquels on peut se reporter. Enfin, Gérard Le Moigne a publié en 1999 dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère CXXVIII un article sur les seigneurs de Névet.

   Cette seigneurie étendit progressivement son fief sur soixante dix paroisses. Elle agrandit au cours des siècles le château de Lezargant qui finit par comporter deux grands corps de logis et un pavillon. Elle dirigea la Capitainerie de Quimper au XVIe siécle, celles de Quimper et de Douarnenez au XVIIe lors de la Ligue.

  


  • La famille de Névet date ses origines de la période précédent l'introduction du christianisme en Bretagne et estimaient être à l'origine du nom de la grande forêt de Névet, forêt où ils auraient accueilli sur leurs domaines de Plogonnec, Plonévez et Locronan Saint Corentin, Saint Ronan et Saint Guénolé.C'est Hervé VI de Névet (1424-1444) qui après de démêles avec l'évêque de Quimper, fit démonter son château pour le reconstruire pierre par pierre à Lezargant, sur la trève de Kerlaz. puis vinrent :
  • Jean Ier de Nevet (1444-1462), sans postérité : son frère lui succède :
  • Henri Ier de Nevet (1462->1480), seigneur de Névet : il épouse Isabelle de Kerhoent, puis Jeanne du Chastel, puis à nouveau Isabelle de Kerhoent.
  • Jean II de Nevet (>1480-1493), sans postérité, son frère lui succède :
  • Hervé VII de Névet (1493-1494)
  • Jacques Ier de Nevet (1494-1555), seigneur puis baron de Nevet, Sr de Coat-Nevet, de Lezargant, de Pouldavid, de Kerlédan, de Langolidic, Gouverneur de Quimper en 1524 et en 1543, il épouse Claudine de Guengat. Il est de religion réformée.
  • René de Névet (1555-1585) il abjure le protestantisme à la mort de son père. Gouverneur de Quimper. Son frère lui succède :
  • Claude Ier de Névet (1585-1597),Gouverneur du Faou, de Douarnenez et de Quimper en 1585.
  • Jacques II de Névet (1597-1616), il est assassiné le 28 octobre 1616 à la sortie des États de Bretagne à Rennes par le sire de Guémadeuc.
  • Jean III de Névet (1616-1647), baron de Névet, Chevalier du roi et gentilhomme ordinaire de sa Chambre, il épouse Bonaventure de Liscoët dont il eut dix enfants. Auteur de l'aveu du 6 juin 1644.
  • François Ier de Névet (1647-1647), son frère lui succède :
  • René II de Névet (1647-1676), baron puis Marquis de Névet
  • Henry-Anne Ier de Névet (1676-1699), colonel du régiment de Royal-Vaisseaux, sans postérité : son oncle, frère de René, lui succède :
  • Malo Ier de Névet ( 1699-1721), longtemps ermite à Plogonnec, avant d'épouser Marie-Corentine de Gouzillon ;  Le titre passe à la famille de Breil de Pontriant.

Éléments historiques sur René II de Névet.

  On les trouve dans les articles rédigés par le chanoine Peyron en 1919,  soit l'annèe suivant la réalisation des vitraux de Kerlaz, dans le Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie sous le titre Les derniers Seigneurs de Névet. : Bdha 1919 p. 19-48 et 90-96 :http://catholique-quimper.cef.fr/opac/doc_num.php?explnum_id=40 .

Le contenu de cet article est reproduit  dans la monographie de G. Horellou Kerlaz, son histoire, ses légendes, ses familles nobles, Brest 1920. 

  Les trois ecclésiastiques Henri Le Floch, chanoine honoraire de Quimper, Germain Horellou son ami d'enfance, aumonier à Quimperlé et Paul Peyron, chanoine de Quimper ont sans-doute travaillé de conserve sur les mêmes thématiques, et si les vitraux ont été exécutés en 1917-1918 avant la publication de l'article de Peyron en 1919 et de l'ouvrage d'Horellou en 1920, les deux derniers citant les vitraux de Kerlaz, il est très vraisemblable que les recherches historiques aient été réalisées par Paul Peyron avant le début de la Guerre et communiquées au Père Le Floch lorsqu'il développa son projet. En effet, le chanoine Peyron écrit dans sa Notice sur Kerlaz, qui date de 1915, "nous parlerons plus au long de la maison de Névet dans la notice de Locronan". On peut aussi penser que, appartenant au même catholicisme breton, ils appréhendaient l'Histoire avec les mêmes options.  De là à faire de Paul Peyron l'inspirateur d'Henri Le Floch...

  A la réflexion, reprenant ce texte, je constate que mon hypothèse est une évidence puisque l'inscription légendée qui figure sous le vitrail,  "René de Nevet, lieutenant du roi et colonel de l'arrière-ban en Basse-Bretagne, meurt le 13 avril 1676 plein de mérites et de vertus en son château de Nevet et pleuré par ses vassaux."est une citation de l'article de P. Peyron.

   Sur René de Névet, P.Peyron nous indique ceci : 

"René, marquis de Névet, né le 26 octobre 1641, il fut élevé par les Jésuites, pour lesquels il conserva un profond attachement pendant toute sa vie. A l'âge de 30 ans, vers l'année 1670, il épousa Anne de Guyon de Matignon, fille de François de Guyon de Matignon, et petite fille d'Éléonore d'Orléans de Longueville, apparentée à Louis XIV." Sa pierre tombale à Locronan apprend aussi qu'il était garde-coste général de l'évêché, donc chargé de la Capitainerie.

   "Il était lieutenant du roi et colonel de l'arrière-ban de l'évêché de Cornouaille. C'était un gentilhomme foncièrement bon, doux et charitable. Il était adoré de ses vassaux et rendit à son pays les plus éminents services, notamment pendant la révolte du papier timbré en 1675. Quatorze paroisses s'étaient révoltèes de Douarnenez à Concarneau et avaient pris le Code Paysan comme résumé de leurs revendications. Or, l'influence de M. de Névet fut telle que, sans avoir combattu, mais non sans avoir encouru quelques dangers, il obtint, des paroisses rebelles, la promesse de ne plus prendre les armes, d'empècher de sonner le tocsin, et les détermina même à brûler le Code Paysan. Sur ces entrefaites, à la fin du Carème 1676, sentant la mort approcher, il vint à Quimper chez les Pères Jésuites pour y préparer une dernière retraite. Il y retrouva M.de Tréanna, un autre saint homme qu'il avait choisi comme éxécuteur testamentaire."

  Décédé en son château de Lezargant le 13 avril 1676 et fut enterré le lendemain en l'église de Locronan, en son tombeau prohibitif, au milieu du choeur, face au maître-autel. Ce tombeau fut violé pendant la Révolution et les pierres dispersées. Le recteur Brisson en récupéra deux, que l'on peut encore voir dans l'église de Locronan :

 

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  On y lit ceci : CI-GIST : MESSIRE : RENE DE NEVET : CHEVALIER : MARQVIS : DE : NEVET : COLONEL : DU : BAN : ET : ARRIERE : BAN : ET : GARDE : COSTE : GENERAL : DE : L'EVECHE : DE :  CORNOVAILLE : COMMENDANT : POUR : LE : ROY : DANS : LE : MESME :  EVECHE : IL : ETOIT : FILS : DE : MESSIRE : IEAN : DE : NEVET : ET : DE : HAVTE : ET : P :  DAME : BONAVENTVRE : DV : LISCOVET : IL : EST : MORT : DANS : SON : CHATEAV : DE : NEVET : LE : 13 : AVRIL : 1616 : AGE : DE : 34 : ANS. CY GIST : AVSSI : MESSIRE : DE : NEVET : SON : PERE : FILS : DE : MESSIRE : JACQVES : DE : NEVET : ET : DE : DAME : COISE : DE : TREAL : HERITIERE : DE : BEAVBOIS : IL : EST : MORT : LE : 10...S AGE : DE : 34 : TOUS : LES : SEIGNEVRS : DE : NEVET :..IS  :ONT : AVSSI : ETE : MIS : DANS : CE : TOMBEAV : DE : LEVRS : ANCE...

La seconde pierre porte inscrit : Est apporté le coeur de Messire Henry-Anne de Nevet, colonel du régiment Royal-Vaisseaux et du ban et de l'arrière-ban de l'évesché de  Cornouaille, et garde-costes général, chevalier, marquis de Névet. Il était fils de Messire de Névet et de dame Marie-Anne de Matignon. Il est mort en son château de Beauboys le 12 décembre 1699, agé de 29 ans.

 


           Un lieutenant du roi est, dans une province, le représentant du roi. La Bretagne était gouvernée par un Gouverneur, alors le Duc de Chaulnes, qui a sous ses ordres trois lieutenant du roi, l'un pour le comté Nantais, l'autre pour la Haute-Bretagne, le dernier Lieutenant du roi pour la  Basse-Bretagne : ce fut le marquis de la Coste, puis en 1675-1676 René de Névet. C'est donc un poste considérable, qui donne la responsabilité de toute l'administration civile et militaire. 

  Le poste de colonel du ban et de l'arrière-ban confère la responsabilité de convoquer pour une action militaire face à un péril, ou pour une Montre pour vérifier l'équipement et l'état des troupes, les vassaux du roi (ban), et l'ensemble des hommes pouvant être armès mais qui que le roi ne peut convoquer directement. L'ensemble représente les hommes fiéffés du roi. Les derniéres convocations (exceptionnelles depuis Henri II) dataient de 1674, sur la Meuse. Ce poste de colonel du ban correspond donc à la plus haute charge militaire. René de Névet siégeait à l'état-major en qualité de premier officier.

  Germain Horellou consacre quatre pages au "rôle joué par le Marquis René de Névet pendant la révolte du papier timbré" en citant l'Histoire de Bretagne de La Borderie et B. Pocquet, tome V, chap. 32 et 33,  1913. 

  C'est, sur le plan historique, l'élément crucial si on pense interpréter ce vitrail comme un testament moral et politique, comme un acte de foi dans la valeur de la religion, et de la noblesse : un noble breton meurt en chrétien, "ayant reçu les derniers sacrements nécessaires à son salut par le vicaire perpétuel de la ville de Locronan" (registre paroissial), entouré des siens et respecté des paysans dont il était aimè. Les chanoines de Quimper citent M. de Tréanna un seigneur converti par les Jésuites qui témoigne de la sainteté de ses sentiments, ou s'appuient sur l'Histoire de Bretagne de La Borderie, père de l'historiographie bretonne, mais catholique monarchiste et antirépublicain dont Henri Le Floch partage les opinions.  

  Voilà les éléments historiques présentés par La Borderie en les résumant à l'extrème puisque chacun peut consulter en ligne la source citée :

  • La misére des peuples dans la seconde partie du XVIIe siècle était réelle,
  • Beaucoup de seigneurs commettent des exactions abusives de leurs paysans et exigent d'eux des corvées excessives,
  • Mais il faut se garder de généraliser, un mauvais seigneur fait plus de bruit que cent bons.
  • Il est juste de dire que la noblesse ne remplissait plus son rôle d'autorité sociale,
  • Plus que contre les nouveaux impots (taxe sur le papier timbré, sur le tabac, sur la vaiselle d'étain) éxigés par le roi, c'est contre les membres de la noblesse et contre le clergé que la colère du peuple s'exerça : "il tournent plus leur colère contre les gentilhommes que contre l'autorité du roi ; ils ont rendu à quelques uns les coups de bâton qu'ils en avaient reçu",
  • mais "les celtes de la Basse-bretagne sont particulièrement fiers, susceptibles,orgueilleux et égalitaires.C'est un pays rude et farouche, et qui produit des habitants qui lui ressemblent, ils entendent médiocrement le français et guère mieux la raison.
  • Les bas-bretons différent beaucoup entre eux : autant le Léonard est profondément religieux, il aime et vénère ses prêtres, il s'incline avec déférence devant les supèriorités sociales, il respecte le seigneur, autant le natif de Cornouaille, autour de Quimper, Quimperlé et Chateaulin, est frondeur, rebelle à toute autorité, il deteste toute supériorité sociale et surtout les chatelains. Les nobles sont pour lui l'ennemi.
  • En mai 1675, une émeute éclate à Guingamp, et le Marquis de la Coste, Lieutenant du roi, s'y rend et fait punir trois meneurs (une femme est pendue et deux hommes condamnés au fouet et au bannissement).
  • le 5 juin, M. de la Coste se rend à Chateaulin où les esprits s'échauffent ; le tocsin sonne dans plus de trente paroisses et des bandes de paysans armès se rassemblent. Face à un huissier insolent qui présente les revendications de la foule, M. de la Coste lui passe son épée au tarvers du corps. Lui-même bléssé, il se réfugie dans une maison où, assailli, il promet la révocation des édits.
  • La révolte éclate dans vingt paroisses de Quemenéven, Cast, Plogonnec à Elliant. Laurent Le Quéau, meunier à Quéménéven, et Alain Le Moign, laboureur à Briec prennent la tête des révoltès ; les recteurs de Briec sont malmenés, le château de la Boixière est attaqué. Un véritable foyer d'insurrection se forme entre Concarneau, Douarnenez, Chateaulin, Chateauneuf-du-Faou et la mer (qui inclut donc le Porzay et Kerlaz) avec de nombreux attentats de juin à août 1675 : pillages, attaques contre des gentilhommes, meurtre du seigneur de Cosquer en Combrit, attaque du château de la Motte à Douarnenez où le gardien est tué, attaque des notaires où le papier timbré est brûlé, "et ils n'en veulent pas moins à leurs recteurs et leurs curés. En juillet 1675, quarante paroisses se sont révoltées, vingt mille hommes ont pris les armes. Ces "Bonnets bleus" (pays bigouden) et "Bonnets rouges" (pays de Poher) furent les maîtres du pays pendant trois mois, les nobles se réfugiant dans les villes, le Duc de Chaulnes en la citadelle de Port-Louis. 
  • Un Code paysan en 14 articles rassemble les revendications de 14 paroisses, ainsi qu'un Code Pesovat "un véritable programme social, éxigeant non seulement la supression des nouvelles taxes, mais l'affranchissement des impositions royales, des droits seigneuriaux et de dîmes ecclesiastiques".
  • Le Duc de Chaulnes nomme le marquis de Névet au commandement des milices de l'évêché en remplacement du marquis de la Coste, blessé. Mais jusqu'à juillet, il n'y eut aucune répression, le duc de Chaulnes restant enfermé à Port-Louis, le marquis de la Roche (Gouverneur de Quimper) à Quimper, le marquis de Névet dans son château de Lezargant, anxieux, sans troupes, vivant dans la crainte perpétuelle d'une attaque et ne songeant point à réprimer une attaque.
  • Les paysans, n'ayant ni chefs, ni organisation et pressés par leur récolte, se dispersent alors que le duc de Chaulnes reprend l'initiative habilement, tente de diviser les insurgés, promet l'amnistie à ceux qui déposeront les armes, donnant des instructions en ce sens à La Roche et à Nevet, ainsi qu' au P. Lefort, supérieur des Jésuites de Quimper,qui parcourait plusieurs paroisses rurales. M. de Nevet fit même arréter, juger, exécuter et pendre, aux fourches patibulaires de Névet, les meurtriers du garde du château de La Motte.
  • D'autres essayaient de négocier: "M. de Névet très bienveillant et très aimé", reçut le 19 juillet 1675 la visite d'un délégué de vingt paroisses de la région de Chateaulin demandant miséricorde au roi.  M. de Névet "la trouve fort juste" : "ils ne font plus condition ni pour les édits, ni autrement, mais seulement demandent justice de la méchante noblesse, juges et maltôtiers". Le duc de Chaulnes pense aussi que les paroisses devraient se soumettre, se plaignant "seulement des mauvais traitements qu'elles recevaient des gentilhommes et des curés", et de se libérer de leurs véxations, "et il est certain qu'elles sont grandes", mais demande qu'on lui envoie les troupes nécessaires pour appliquer aux mutins une punition exemplaire.
  • La Remontrance des vingt paroisses "vers Chateaulin" que reçut René de Névet et qu'il trouve fort juste est cité en note page 505 : les paysans se plaignent :  1. du manque de justice , "les juges n'ayant aucune considération ny pour les pauvres, ny mineurs, ny pour la pauvre populace". 2. du champart, prélèvement en nature sur les récoltes. Wikipédia donne le chiffre d'une gerbe sur huit, et on trouve ici les chiffres de une sur trois, sur cinq, ou de cinq à est selon les seigneurs. 3. du droit de moulin. 4. du droit de pâtures de brebis et autres bestiaux que les nobles font paître occasionnant des dégats dans les champs de blés, parcs et terres. 5. des Corvées. 6. des pigeons qui mangent les blés sans qu'ils aient le droit de les chasser. 7. Des nouvelles taxes : "comment veut-on que nous payons les nouveaux édits, n'étant pas capable de soutenir ceux qui y étaient?".
  • Les révoltes menées  dans le Porhay par le notaire Le Balp et dans la région de Carhaix sont décrites, ainsi que la riposte "incontestablement habile" du duc de Chaulnes retranché à Port-Louis : envoyer dans les paroisses révoltées les prêtres et des religieux chargés de "prêcher des missions" (les guillemets sont de La Borderie) : après le Père Lefort, Supérieur des Jésuites, c'est le Père Maunoir qui prêche à Plouguernevel, essayant d'amener à resipiscence les paysans révoltès, " apaisant les esprits, et la procession, représentant les scènes de la Passion, obtint son effet habituel, d'émotion et d'attendrissement sur ces rudes et simples esprits". Le texte renvoie, en note, vers le Parfait Missionnaire du Père Boschet, pp 360-364 :link dont la lecture est édifiante. On y lit combien "le duc de Chaulnes fut très content du Père Maunoir", comment le Père Maunoir accompagna le duc lorsque celui-ci "entra dans le pays en état de faire tout plier et de châtier les plus coupables" afin d'assister religieusement les suppliciés et de convaincre de docilité la population, car "Dieu bénit aussi ces missions militaires" et comment il se félicita qu'allant prêcher à Pontivy après que "quelques paysans y ayant été tués dans la chaleur de leur crime et d'autres venant d'être exécutés", cela provoqua plus d'ardeur dans les conversions à la foi, évoquant dans l'esprit du zélé missionnaire le verset du Psaume 77, verset 34 : "on les tuait, et ils retournaient à Dieu".
  • M. de Névet est encore mentionné pour avoir adressé des courriers au chef des révoltès (Le Balp) pour le détourner de marcher sur Morlaix. Mais Sébastien le Balp, installé au château de Tymeur à la tête de 30 000 hommes et avec 2000 bonnets rouges, est tué par le marquis de Montgaillard le 3 septembre 1675.
  • De l'avis de La Borderie (p. 517) comme du duc de Chaulnes "la révolte des paysans bretons méritait une répression énergique" mais entre ceux qui traitent le duc de tyran sanguinaire et cruel et ceux qui en font un saint, le chartriste historiographe juge avec impartialité qu'il était "un administrateur très fin, plutôt doux par caractère, bienveillant même quand cela ne nuisait pas à ses intérets personnels, ne faisant le mal que quand on le lui commandait, mais capable alors d'aller jusqu'au bout, ne dédaignant pas d'ailleurs les petits profits, et surtout attentif à soigner sa carrière. Ce n'était point à coup sûr un Néron, encore moins un Saint-Vincent-de-Paul, bien qu'il fut devenu sur le tard fort dévot : c'était un parfait fonctionnaire, et ce terme moderne le dépeint tout entier". (p. 518) Terme si moderne qu'il évoque certaine publication sur la banalité du mal...
  • Les quarante paroisses qui avaient participé à la révolte furent divisées en trois groupes : cetaines furent pardonnées, non sans avoir envoyè des suppliques signées des principaux habitants et promettant de se soumettre, et avoir dédommagé les victimes nobles ou du clergé. D'autres durent livrer "deux ou trois coupables", remettre leurs armes, descendre leurs cloches, payer des droits. Les troisièmes, instigatrices des révoltes, furent exclues de toute amnistie et de toute pitié. Parmi elles, 38 paroisses de Cornouaille, (parmi lesquelles ne figure pas Plonevez-Porzay et donc Kerlaz, mais Cast, Quéménéven, Plogonnec, Plomodiern et Doaurnenez), soit 79 personnes dont quatre prêtres.Voir la liste : link On sait  que six clochers du pays bigouden furent décapités.
  • on ne trouve pas d'autres mentions que celles cités précedemment  sur le rôle de René de Nevet dans cette répression. On sait qu'il devint fort dévot, et il est cité p. 592 parmi les collaborateurs du Père Maunoir, avec Saluden de Trémaria, Hingant de Kerisac, Jean de Treanna seigneur de Kerazan en Cap Sizun, ou le marquis de Pontallec, autant de nobles qui, parfois après une vie trés dissolue, devenus veufs ou ruinés par les créances, abandonnent la vie mondaine, se font parfois ordonnés prêtres et mènent auprès des Jésuites une vie de dévotion, de macération et de charité en collaborant à l'effort missionnaire.

 

Le vitrail de René de Névet, une autre interprétation :

  Plutôt que de voir ce vitrail comme la représentation d'un fait historique, la mort chrétienne d'un acteur de la Révolte des Bonnets Rouges (ce qu'il est), il est possible de le voir comme l'image illustrant une complainte bretonne, une gwerz  qui ne respecte pas toujours l'exactitude historique mais qui séduit par son effet de vérité et par sa puissance émotive. La chanson est tirée du Barzaz Breiz de La Villemarqué et se nomme Maronad ann otrou Nevet, Élégie de monsieur de Nevet : voir ici : link

 

 

_Savet, savet, otrou person ! 

Ann otrou Nevet a zo Klaon ;

Kaset gen-hoc'h ar groaz-nouen,

War ann otrou koz a zo tenn.

_ Chetu me deut, otrou Nevet,

Tenn eo war 'n hoc'h am euz klevet.

Ar groaz-nouen zo gan-ime

D'ho konforti, mar gallann-me.

_ N'em euz konfort bet da gahouet

Enn tu ma c'horf e-barz ar bed ;

Enn tu ma c'horf me n'am euz ket,

Enn tu ma ene, larann ket _

 

 

_Levez-vous, levez-vous, monsieur le Recteur ! M. de Nevet est malade ;

Portez avec vous l'extrème-onction, le vieux seigneur souffre beaucoup.

_ Me voici, monsieur de Nevet, vous soufferz beaucoup, me dit-on ?

J'ai apporté l'extrême-onction pour vous soulager si je puis.

_ Je n'ai aucun soulagement à attendre à l'égard de mon corps en ce monde ;

Je n'en attends aucun à l'égard de mon corps ; à l'égard de mon âme, je ne dis pas._

Après avoir été confessé, il dit au prêtre : _Ouvrez aux deux battants la porte de ma chambre, que je vois tous les gens de ma maison.



Ma femme et mes enfants tout autour de mon lit ; Mes enfants, mes metayers et mes serviteurs aussi.

Ma friet ha ma bugale Tro-war-dro demeuz ma gwele. Ma bugale, ma meriounen, Kerkouls ha ma servichourien

 

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Que je puisse, en leur présence, recevoir Notre-Seigneur avant de quitter ce monde_

La dame et ses enfants, et tous ceux qui étaient là, pleuraient ;

Et lui, si calme, les consolait et leur parlait si doucement !

_ Taisez vous ! taisez vous ! ne pleurez pas ; c'est Dieu le maître, ô ma chère femme !

Oh ! taise-vous, mes petits enfants ! La sainte Vierge vous gardera !

Mes métyers, ne pleurez pas : vous le savez, gens de la campagne,

Quand le blé est mûr, on le moissonne ; quand l'âge vient, il faut mourir !

Taisez-vous, bons habitants des campagnes ; taisez-vous, chers pauvres de ma paroisse ;

Comme j'ai pris soin de vous, mes fils prendront soin de vous.

Ils vous aimeront comme moi ; ils feront le bien de notre pays.

Ne pleurez pas, ö bons chrétiens ! nous nous retrouverons bientôt !_

Voilà l'extrait de ce chant composé par le mendiant Malgan, l'un des dix mille parmi les pauvres gens qui assistaient à son enterrement, ce chant "en l'honneur du seigneur de Névet, du seigneur de Névet béni, le soutien des Bretons :

D'ann otrou Nevet benniget,

A oa kendalc'h ar Vretoned."

 

  Bien-entendu, le chanoine Peyron, infatigable fureteur, s'est interrogé sur l'identité de ce Monsieur de Névet, ( link ,p. 91) retrouvant les publications dans lesquelles Gaston de Carné ( link ) et de M. de Trévédy (link) dans la Revue de l'Ouest de 1888 proposent d'y voir l'un Malo, le frère de René de Névet, parce qu'il était le seul à avoir atteint l'age d'être qualifié d' ann otrou koz, de vieux monsieur, l'autre Jean, le pére de René et de Malo, en objectant que Malo n'avait pas eu de fils, et seulement une fille. Paul Peyron rétorquait que le terme breton otrou koz était parfois appliqué pour des hommes jeunes, et optait pour y voir la description de la mort de René de Névet, pour tenir compte de la strophe III chant qui dit Dar iou vintin, otrou Karne, "Sire de Carné ce jeudi matin / de la fête de nuit / Sur son cheval blanc revenait / vêtu d'un habit gallonné / tout de velours d'un rouge ardent " (Tr. C. Souchon). Ce monsieur de Carné en habit rouge est peut-être celui que nous voyons sur le vitrail. L'indice que retient P. Peyron, c'est cette nuit de fête, alors que Malo et Jean sont décédés soit au Carème, soit pendant l'Avent, périodes où les fêtes ne sont pas de mise. Au contraire, la date du décès de René de Névet tombe, selon le chanoine, le lundi de Pâques, ou lundi de la Quasimodo, jour de fête. Le fait que le texte parle d'un jeudi matin et non d'un mardi matin ne semble pas le déranger. De toute façon, inutile de rechercher un exactitude stricte puisque le chant se conclue par l'enterrement du défunt au cimetière, et qu'aucun seigneur de Nevét n'a jamais été enterré ailleurs qu'aux Cordeliers à Quimper ou en l'église de Locronan. Quoiqu'il en soit, pour le chanoine Peyron, un monsieur de Névet à la mort si chrétienne ne peut être que le marquis René de Névet.

  En 1921, c'est Louis Le Guellec qui reprend la réflexion dans le bulletin de la Société Archéologique du Finistère pour réfuter les arguments de l'abbé Peyron (René était vraiment trop jeune pour être qualifié ann otrou koz ; et il n'avait que deux fils, alors que le chant en mentionne d'avantage ; et son épouse n'a pas assisté à son déces ; et il n'a pas été enterré au cimetière..) pour conclure tout à trac "que cette élégie est une oeuvre d'imagination, et non un document historique, qu'elle a été composée seulement au XIXe et que par suite elle manque d'authenticité". Ou bien que " La Villemarqué a réllement découvert des lambeaux d'une gwerze ancienne sur la mort d'un seigneur de Névet _probablement ce René qui trépassa dans de si touchants sentiments ..." et qu'à partir d'informes débris décousus il a peint de chatoyantes couleurs le tableau de la mùort du Juste qui venait en contrepoint de la figure sinistre du marquis de Guerrand, qui la précède. Ayant débuté son article par un reproche adressé à l'abbé Horellou et "à son interessante notice Kerlaz, ses légendes, ses familles nobles", lequel a reproduit intégralement l'élégie sans avoir remis un instant en cause l'authenticité du récit et sans en confronter les données "à la généalogie de cet antique estoc" (sic), Germain Horellou décida de montrer par l'étude des manuscrits de collecte de La Villemarqué que celui-ci ne disposait pas de fragments rapsiodiés, mais qu'il avait transmis le chant fidélement. Mais, malade, il décéda en 1923 sans avoir fait publié sa réponse (qui reste inédite).

  Article de Louis le Guennec : : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441279g/f210.image.r=arch%C3%A9ologique%20Finist%C3%A8re.langFR

  

   Ce qui m'étonne, c'est que tous ces auteurs cherchent l'identité du défunt, mais ne s'interrogent pas sur celle de l'auteur de la chanson, et qu'ils admettent l'histoire d'un chant composé par un mendiant (La Villemarqué : "son oraison funèbre a été composée par un mendiant, et la voici telle qu'on la chante encore aujourd'hui".) Car il me paraît évident que le style est plus proche du style jésuite que de celui d'un mendiant, et je me demande si ce chant n'a pas été composé au XVIIe siècle par M. de Tréanna, Julien Maunoir, ou un de leurs amis en simulant une version populaire, imprimé à Quimper comme feuille volante pour être vendue ou chantée lors des pardons et des missions, et si, la feuille, support fragile, une fois  perdue, la chanson colportée, patinée par l'usage, retouchée pour introduire le personnage du mendiant ou la mention du cimetière,  n'a pas été collectée par La Villemarqué auprès d'un authentique chanteur populaire. Je me permets cette hypothèse en l'étayant sur une note n° 10 d'un article en ligne de Daniel Giraudon, professeur à l'U.B.O link qui écrit : " On peut considérer que la pratique qui consista à imprimer des chansons en langue bretonne et les vendre sur la voie publique remonte au moins au XVIIe siècle, c'est à dire au moment où la Bretagne connaît une activité religieuse intense. Elle semble en effet avoir été inaugurée dans le cadre des missions qui se déroulèrent à cette époque. Les Jésuites, à l'origine de ce coup de fouet religieux, prenant modèle sur l'église réformée, virent tout le bénéfice qu'ils pouvaient tirer en faisant chanter et vendre des cantiques à leurs ouailles. Celles-ci se prêtèrent d'autant plus volontiers à cet exercice que les cantiques étaient chantées sur des airs populaires." Ne seraient-ce pas eux qui, à l'origine, voulurent écrire "la mort chrétienne d'un seigneur aimé de tous" ?

  Les publications de Donatien Laurent et celle de Francis Gourvil donnent les antériorités, les autres versions et les données complémentaires sur de nombreux chants du Barzaz Breiz, mais je n'y est rien trouvé sur l'Élégie de Mr de Névet, si ce n'est une mention de la source auprés de qui elle a été colléctée : un seul mot sur les "Tables des matières" manuscrite :mr de nevet, un étrangé.

    La Villemarqué lui-même donne, après son "argument" initial, donne un commentaire en note : après avoir surenchéri sur le caractère illustre de la famille de Névet, son zèle héroïque, sa "passion inviolable à conserver les droits et immunitéz de la Bretagne", ou sur la famille de Carné, " seigneurs braves, galants et généreux", il cite Augustin Thierry : "Les gens du peuple en Basse-Bretagne n'ont jamais cessé de reconnaître dans les nobles de leur pays des enfants de la terre natale ; ils ne les ont point haïs de cette haine violente que l'on portait ailleurs à des seigneurs de race étrangère ; et sous les titres féodaux de Baron et Chevalier, le paysan breton retrouvait encore les tiern et les machtiern du temps de son indépendance. Il leur obéissait avec zéle, dans le bien comme dans le mal, par le même instinct de dévouement qu'avaient pour leur chefs de tribu les Gallois et les Montagnards d'Ecosse".

  Et La Villemarqué verse cette Élégie de monsieur de Nevet "à l'appui du jugement[...] sur les bons rapports qui ont toujours existé entre l'aristocratie bretonne et les habitants de nos campagnes", tout comme d'ailleurs "on dirait que les descendants des anciens celtes ont conservé aux prêtres catholiques la vénération que leur père avaient pour leurs druides" (Barzaz Breiz, 1839, Prêtre Exilé, tome II p. 153). 

  Si bien que l'on se demande, dans cette Cornouaille idylique où un esprit clanique et religieux ancestral fait régner un Âge d'or de cohésion sociale quasi familiale (Nelly Blanchard, Barzaz Breiz, une fiction pour s'inventer, P.U.Rennes 2006), quelle réalité ont eu les révoltes paysannes, le pillage du château de Roscannou à Gouezec en 1590 et le massacre de soixante dix gentihommes, la révolte des Bonnets Rouges contre les nobles et l'attaque du hâteau de Ty meur par Le Balp entre mille exemples, et surtout pourquoi, si le bon peuple aimait tant son clergé et sa noblesse, pourquoi ceux-ci s'unirent-ils pour les punir et les réprimer si sévèrement.



 

 

VI. La légende de la ville d'Ys et du roi Gradlon.

"St Guénolé abbé de Landevennec sauve le roi Gradlon lors de la submersion de la ville d'Ys"

  Les sources litteraires et iconographiques de ce vitrail sont claires :

 -1. en 1845, dans la seconde édition du Barzaz Breizh, Théodore Hersart de la Villemarquépublie Livaden Geris, Submersion de la ville d'Is, avec l'argument suivant : "La ville d'Is, capitale du roi Gradlon était défendue contre les invasions venues de la mer par un puits ou bassin immense destiné à recevoir les eaux de l'océan lors des grandes marées comme autrefois le lac Moeris celles du Nil. Ce puits avait une porte secrète dont le roi seul avait la clef, et qu'il ouvrait ou fermait lui-même quand cela était nécessaire. Or, une nuit, pendant qu'il dormait, la princesse dahut, sa fille, voulant couronner dignement les folies d'un banquet donné à un amant, lui déroba la clef du puits, courut ouvrir la porte, et submergea la ville. Saint Gwénolé l'avait prédit". ,

-2.  En 1850, Olivier Souvestre fait paraître un chant en breton qu'il a composé à 19 ans: Ar Roue Gralon ha Kear Is, Le roi Gradlon et la ville d'Ys. voici le passage que décrit le vitrail  (trad : Christian Souchon link)


  "Qui donc vois-je là-bas dans la rue, dans une cavalcade éperdue, sur un cheval noir dont le galop  fait jaillir le feu sous ses sabots?

C'est le messager de Dieu, député au roi d'Is ; c'est l'apôtre de la foi, saint Gwennolé, aimé dans la Bretagne.

Je le vois approcher, sa crosse d'abbé à la main gauche, et une étole d'or sur sa robe blanche, et un cercle de feu autour de la tête.

Le voilà au seuil du palais où dort le père d'Ahes, et, sans descendre de cheval, il appelle, à haute voix dans la nuit :

Roi Gradlon, lève-toi sans tarder ! Lève-toi pour suivre Gwénnolé, Debout et fuis devant la mer verte car les écluses d'ys sont ouvertes.

Et le vieux roi, troublé s'est élancé de son lit : A moi, mon cheval le plus rapide !... Hélas, c'en est fait de cette ville!...

Et bientôt à cheval, il court sur les traces de son ami, et, derrière eux, mugissante, ils entendent rouler la mer.

En ce moment, la princesse débauchée dont l'amant avait disparu errait par la ville d'Is, les cheveux épars.

En entendant, au milieu de ses angoisses, le galop des chevaux fuyant la mer, elle reconnut, à la lueur des éclairs, son père et le saint.

Mon père ! mon père ! Si vous m'aimez, emportez-moi sur votre cheval léger !

Va zad, va zad, ma em c'harit Var ho marc'h skanv va c'hemerit !

_Et, sans prononcer une parole, le père, dans sa tendresse, prend sa fille en croupe.

Aussitôt, les vagues accourent plus rapides, et Gwennolé en tremblant s'écrie :

_Grallon, Grallon, au nom de Dieu, hâte-toi de noyer cette couleuvre ! 

Gralon, tôl an diaoul-ze "Divar dailler da hinkane!..."

Cependant, plein d'une mortelle inquiétude, le père tient encore embrassée la pécheresse, mais le saint fait le signe de la croix, et la touche du bout de sa crosse.

A l'instant même, l'amante du démon roule dans les flots écumants et le vieux roi entend à ses cotès un rire bruyant dans la nuit. Eur c'hoarin skiltre e kreiz an noz...

Mais allégé de ce fardeau, il ne tarde pas à rejoindre Gwénnolé, et son cheval, les quatre jambes mouillées, s'élance sur le rivage."

  Certains disent qu'il arriva à Quimper, en fit sa capitale où il vêcut jusqu'au restant de ses jours.

  Mais Anatole le Braz (Au pays des pardons) raconte que Gradlon desespéré d'avoir sacrifié sa fille se retira à l'orée de la forêt du Cranou et vécut en ermite. Ses dernières volontés furent qu'on éleva une église dédiée à la mère douloureuse du Christ pour que les malades y trouvent guérison et les affligés, miséricorde : ce voeu fut accompli et l'église de Rumengol accomplit son premier miracle en guérissant le vieux roi de son terrible remords.

 


- 3.  Évariste-Vital Luminais expose vers 1884 au Salon La fuite du roi Gradlon, actuellement exposé au Musée de Quimper avec une étude préparatoire. Études présentées également aux musées de Rennes et de Nantes.

 La légende peut s'interpréter de mille façons, mais  cette image m'inciterait à y voir les saints et le clergé  arrachant la  Bretagne de l'emprise diabolique du paganisme : une nouvelle image des Missions.

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 Liens :

 1. Christian Souchon, texte et étude critique des gwerz de Souvestre et de La Villemarqué : http://chrsouchon.free.fr/chants/keris1.htm  et http://chrsouchon.free.fr/kerizf.htm

2. Tableau d'Évariste-Vital Luminais La Fuite du roi Gradlon au Musée des Beaux-Arts de Quimper : http://www.bretagne-musees.fr/Les-musees/FINISTERE/Quimper/Musee-des-beaux-arts-de-Quimper/La-Fuite-du-Roi-Gradlon

   étude préparatoire vers 1884 :http://www.bretagne-musees.culture.fr/index.php?p=reserve/fiches/oeuvre&l=1&NumOeuvre=15

3. Réception de la Gwerz de Souvestre par J.M.Déguinet vers 1851-54 :http://grandterrier.net/wiki/index.php?title=La_gwerz_de_la_ville_d'Ys_chant%C3%A9e_par_D%C3%A9guignet#_ref-0

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