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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 08:28

  Je mets ici cette photographie de Souci, Colias croceus Fourcroy, 1785, malgré la qualité mèdiocre de l'image, en raison du caractère précoce de cette observation de deux individus à Roscanvel le 29 mars :

 

souci-7723c.jpg

 

    Selon Jean David qui gére la base de donnée de Bretagne Vivante, c'est la mention la plus précoce de ce papillon, et la seule en mars, l'ensemble des observations se situant entre juillet et septembre, avec quelques exceptions en fin avril.

 

 

 

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 19:08

 

 

   On peut s'intéresser aux pattes des mouches, et à leur anatomie, certes remarquable par la présence de ces coussinets à la base des griffes, qui se nomment pulvilles , des ventouses ou pelotes de soies adhésives (les "soies" en entomologie sont des poils qui sécrètent une substance) qui collent à tous les plafonds ; ou on peut chercher l'empodium de soie placé entre ces pulvilles. Cela permet d'ajouter deux noms nouveaux à la collection ( le mot pulville est attesté en ancien français sous le sens de "compresse" dans le dictionnaire de Moyen français (CNRTL) et dans un ouvrage de 1320 du chirurgien de Philippe le Bel et de Louis le Hutin, Henri de Mondeville).

Mais impossible de dicerner les dites pulvilles sur mes photos :

 

mouches 8357c

 

  Pour tout comprendre sur "pourquoi les mouches peuvent-elles marcher au plafond", il faut lire l'article ayant ce titre, dans la revue Insectes de l'Opie : http://www.inra.fr/opie-insectes/pdf/i122guillaume.pdf

 

     A défaut de mouche sous la main et de binoculaire pour les pulvilles et les empodium, je me tourne vers ce que j'ai : un clavier. Et si le climat de Brestdistribue si parcimonieusement les jours de pluie qu'il oblige le naturaliste à parcourir les dunes pour ne pas laisser passer une chance de saisir l'oiseau rare dans le filet à papillon et le lépidoptère non descriptus dans l'oculaire de sa longue vue (ou inversement), aujourd'hui, Deo gratias, il pleut: un jour à ramasser les pieds-de-mouche à grand coup d'ordinateur.

   Si on voulait faire de l'entomologie typographique, on étudierait l'écriture en patte de mouche, les pieds de mouche (lettres très menues et mal formées utilisées par cryptographie par les médecins), bien-sûr, mais surtout les

Pieds-de-mouche et les Puces.

 

     Que sont les puces ? Les Puces naissentde l'accouplement de la touche alt et du chiffre 7 du clavier, qui produit l'éclosion d'innombrables puces : • • • • •, qu'on utilise en typographie en alternative au tiret demi-cadratin qui est - - - - . Mais les puces s'ordonnent en ligne verticale dans une énumération :

  •

  •

  •

 

   Les Pieds-de-mouche naissent du même clavier pangenerator, des noces d'alt et de 0182 , ce qui donne :¶  ¶  ¶

   Il servent aux typographes à lutter contre les veuves et les orphelins.

   Quoi ? lutter contre la veuve et l'orphelin? Vite, S.O.S Veuvélorf, allo, c'est un scandale !

   Oui, les typographes affichent cyniquement leur adage : " le bon typographe ne défend pas la veuve et l'orphelin, mais les combat et les chasse énergiquement "

 

  La veuve, désigne en effet "la dernière ligne d'un paragraphe, qui se trouve seule au haut d'une page, le reste d'un paragraphe se trouvant sur la page précédente ".

 

L'orphelin, lui, n'est rien d'autre que " la première ligne d'un paragraphe se trouvant seule en bas d'une page, le reste du paragraphe se trouvant sur la page suivante " : la honte.

 

  Le pied-de-mouche, avec ses tirets demi-cadratin sans lesquels il n'est qu'un presque rien, sert à signaler au typographe le dèbut et la fin d'un paragraphe.

 

   a) le pied-de-mouche médiéval.

Du temps de jadis où les moines copistes écrivaient à la plume d'oie sur des parchemins sans aucun espace entre les mots et sans retour à la ligne les pieds-de-mouche servaient à s'y retrouver un peu, à moins qu'un capucin inculte se charge, et cela s'est vu, de creuser le plein du symbole en le grattant car il pensait qu'il s'agissait de la lettre q dont l'encre avait bavé.

   Prenons par exemple le Tracatus Astrarii, le traité des Astres de Giovanni Dondi, ce médecin, astronome et horloger de Padoue, ville qui doit l'horloge de son campanile à son  père  Jacopo. Ce traité d'horlogerie planétaire médiévale fut écrit dans les années 1380, et son manuscrit est conservé à la Bibliotheca Capitolare di Padova. S'il n'a pas été écrit par des frères copistes, il donne à voir des titres rubriqués précédés de pieds-de-mouche d'une belle couleur bleue : c'est le travail du rubrificateurresponsable des légendes des figures, des titres des chapitres, et des pieds-de-mouche : lorsqu'ils précédent les titres des figures, ils sont en bleus, et lorsqu'ils parsémentle texte pour indiquer au lecteur un paragraphe, le scribe en a indiqué l'emplacement par deux petits traits obliques, et le peintre en lettres en alterne la couleur, l'un rouge, l'autre bleu. Ce n'est pas simple, car l'artiste commence par peindre tous les signes typographiques rouges, tout en en profitant pour rehausser de rouge quelques lettres capitales intermèdiaires; puis il passe à la couleur bleu, mais s'aperçoit qu'il a fait des erreurs, et qu'on va voir deux pieds-de-mouche rouge, ou deux bleus, consécutifs. Alors il ajoute des pieds-de-mouche supplèmentaires là où ils ne sont pas indiqués...

 

b) le pied-de-mouche imprimé.

    Au risque de vous laisser penser que je dispute sur un pied de mouche(proverbe usité pour souligner qu'une discussion porte sur des broutilles, des pécadilles ou des vétilles), ou que je ne me mouche pas du pied (que jem'la joue, que je suis imbue de moi-même avec mes prètentions culturelles), je poursuivrais mes recherches sur ce pied singulier.

   Quand l'imprimerie fut inventé ( la fameuse B42, la Bible à 42 lignes de Gutenberg en 1455), on reprit les usages médiévaux, les abréviations pour économiser le papier ou la sueur du copiste, l'absence de paragraphe, de page de titre, de reliure, et on plaçait ses pieds-de-mouche à l'ancienne, en jouant sur les couleurs, un bleu, un noir, un rouge : ce qui nécessitait de confier l'ouvrage à un rubrificateur qui mettait en rouge les têtes de rubrique (d'où le nom) et les pieds-de-mouche. Bien la peine d'inventer  Gutenberg s'il faut reprendre le texte à la plume, puis le donner au miniaturiste qui allait faire ses enluminures sur les capitales ! C'était le temps des Incunables, ces livres imprimès de 1450 à 1501, le berceau (incunabulum) de l'édition : vendus en cahiers non reliés comme nos livres actuels, certes imprimés recto-verso sur papier mais avec un texte placé en deux ou trois colonnes de 30 à 70 lignes par colonnes, en lettres gothiques, avec jusqu'à 202 caractères différents et 10 sortes de lettres a pour optimiser la mise en page. Mais au moins, les corrections étaient faciles, alors que le calligraphiste qui se trompait après des heures de tarvail sur une page était réduit à inscrire le punctum delens, le "point effaçant" des manuscrits irlandais.

   Au seizième siècle, on licencia les rubrificateurs, et  on procéda à des réformes :

- Les pieds-de-mouche, tous en noir, et pas d'histoire.

- Suppression des ligatures : elles étaientutiles pour la lisibilité des manuscrits, ces lettres particulières remplaçant deux lettres qu'on pouvaient confondre, les ae, oe, ff, ii, fs, ffi, qu'on remplaçaient par des eperluettes (& pour et) des ij à la place de ii surtout quand on omettait les points sur les i.

- suppression des abréviations, et Dieu sait combien les moines en avaient inventé, des abréviations : notamment le tilde, le titulus latin, qui , placé sur une lettre, permettait d'omettre le n qui devait suivre : plutôt que d'écrire bon, on écrivait  au dessus du o le signe ~, (bien connu pour l'espagnol : doña par exemple).

- réformes orthographiques réglementation de l'usage des accents, de la ponctuation, et, en 1549, le Défense et illustration de la langue française, de Joachim du Bellay.

- surtout peut-être, la spécialisation des métiers : au lieu que chaque imprimeur fonde ses propres caractères, on voit des graveurs qui les fabriquent et les proposent. C'est  le travail de Claude Garamont en 1530 qui invente la police de caractère Garamond, base de l'imprimerie d'auteurs latins de la Renaissance. Avec Alde Manuce de Venise qui utilise la  police de caractères penchés nommée italique ou aldine créé par le graveur  Jean de Bologneet qui permet d'éditer les textes classiques de la culture humaniste en petit format in 8°, ils imposent après ce qu l'on nomme les humanes (des caractères inspirés de la minuscule caroline, restaurant l'écriture latine _celle de la lapidaire des monuments romains, pour les lettres capitales_, et s'opposant aux lettres gothiques des imprimeurs allemands), les caractères nommés de la fusion de leur nom, les garaldes aux empattements triangulaires, et aux pleins et déliés bien contrastés.

 

copie-pied-de-mouche-gessner.jpg

    Un pied-de-mouche à la page 25 de Historiae animalium qui est de avium natura, Conrad Gesnner, 1555.

 

   Au XVIIème siécle, le pied-de-mouche ne fut plus utilisé pour signaler les paragraphes, qui se signalaient eux-même par la mise en page:  c'est le rôle de l'alinéa. Cette marque typographique de dèbut de paragraphe (à ne pas confondre avec la subdivision de paragraphe d'un texte administratif ou juridique ) peut se faire par un simple retour à la ligne (l'alinéa aligné), ou en laissant un interligne (l'alinéa se nomme alors pavé), mais plus communément  par un retour à la ligne (a linea en latin)et la création d'un espace équivalent au tiret long _ , nommé cadratin : c' est l'alinéa rentrant. Pour les publications de luxe, prodigues d'espace, les typographes peuvent laisser en blanc le quart, la moitié de la ligne, c'est la justification. Aller, c'est la fin du paragraphe, je vais à la ligne, je vous offre un pied-de-mouche, et un alinèa rentrant de la valeur d'un cadratin. Et sans veuve ni orphelin, s'il-vous-plaît!

 

 ¶  Désormais désuet, Il ne fut employé que pour signaler un point particulier dans un traité de droit, ou bien pour séparer dans un dictionnaire les différentes acceptations d'un même mot. Mais, me direz vous, à juste-titre puisque c'est moi qui vous le souffle,  le symbole typographique nommé "paragraphe", le § alors, à quoi sert-il ?

   Je vais d'abord en mettre quelques uns avec mon clavier magique  : § § § § ; Ce "paragraphe" est utilisé pour désigner dans les renvois bibliographiques : " Lisez les Observations sur la reproduction parthénogénésique chez quelques larves d'insectes diptèrespar MM. N. Wagner, Meinert, Pagenstecher et Ganine, § 1, p.252, dans les Annales de Sciences Naturelles, cinquième série, Paris 1865 : on y donne une excellente description des pattes de mouche "  ou bien en doublant :"consultez  le Traité de la typographie d'Henri Fournier, Partie I, chap.I,§§ 8 à 11 " .

   Mais il fut aussi utilisé dans le texte lui-même d'un livre "pour servir de titre à une classe de subdivision, et en général de dernier ordre" (Henri Fournier, Paris 1824, op.citè, p.50), comme on le voit d'ailleurs dans les Annales de SciencesNaturelles où ces derniers servent de subdivision ( Ann. Sc. Nat. 1865, op. cité).

 

   Mais ne partez pas, ce n'est pas fini, et c'est là où je suis récompensé d'étudier les clopinettes : car le paragraphe §

  sert aussi, en zoologie, à  représenter le type nomenclatural. Le type nomenclatural ! Celui que j'avais étudié dans mon article sur la taxinomie et les collections des muséums ! Taxidermie et collections ornithologiques au XVIIIè et XIXè (3)  

 

 

c) Le pied-de-mouche contemporain et le traitement de texte.

 

   Désormais, le pied-de-mouche est tombé en désuétude dans l'édition, mais il n'est pas obsolète pour autant, car nos logiciels de traitement de texte les utilisent régulièrement pour frapper de leur sceau la fin d'un paragraphe, sans qu'ils soient imprimés. Et sur la barre d'outil de mon traitement de texte, je le trouve, le pied-de-mouche, tenant compagnie à la boussole, à la loupe et à la paire de jumelles : lorsque je clique, il fait apparaître ou disparaître à mon grée les caractères non imprimables : ses collègues pieds-de-mouche du texte, le point devant chaque mot indiquant que .pied .de .poule en trois mot  différe de .pied-de-poule en un mot, la sinuosité rouge sous les fautes d'orthographe et autres symboles.

 

 

 

 

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 12:22

     Faire ses débuts en entomologie nécessite de connaître le B.A.BA : comment différencier un diptère d'un hyménoptère, ou, plus concrétement , reconnaître une mouche ayant l'aspect d'une abeille : les diptères ont deux ailes, l'une à droite et l'autre à gauche ..., et les hyménoptères deux paires d'ailes.

 

I. Les Brachycères.

 

   Compter les ailes  me permet de ne pas me faire piéger par Éristalis tenax (Linnaeus, 1758), l'Éristale gluante,de la famille des Syrphes ou Syrphides, dont les membres se plaisent à porter les vives couleurs et les rayures des hyménoptères. Celle-ci se contente de deux bandes orangées sur l'abdomen, peu visibles ici.

 

mouches 8247c

 

Le premier détail qui éveille ma curiosité, ce sont les antennes. En comparaison, voilà les antennes d'un hyménoptère :

 

hymenopteres-8307c.jpg

 

 

Les antennes des mouches du groupe Brachycera, comme l'Éristale, sont courtes (brachy-, courte, ceros, corne), et constituées de trois articles : le troisième est dotée d'une longue soie, ou arista, ou encore chète antennaire. Cette antenne aristée , les diffère des nématocères, aux antennes filiformes (nematos= fil). Le chète peut être velu (chez E. pertinax, l' E.opiniâtre), ou glabre chez E. tenax. Les deux sont communes : alors Obstinée, ou Tenace ?

   Voyons : • une bande de pilosité est visible entre les deux yeux ? Tenace !

                   • les pattes sont noirâtre mais la base des tibias et genoux est jaunâtre ? Tenace !

                   • le ptérostigma est court ? ( c'est le point noir du bord de l'aile) Tenace !

                   • le chète antennaire est nu ? Tenax, tenaxior, tenaxissime !

   Donc une mouche cosmopolite de 14 à 16 mm, grande pollinisatrice des fleurs.

tout cela grâce à :

       http://aramel.free.fr/INSECTES15terterter.shtml

  

 

mouches 8296c

 

 

Mais ces Éristales sont surtout réputées pour leurs capacités de vol ; elles peuvent réaliser un vol stationnaire surtout en plein soleil , immobile au dessus des ombelles des fleurs, ou encore voler latéralement, et planer à la perfection.

   Les ailes des mouches sont mues par des muscles puissants qui leur permettent du 200 battements/secondes, des vitesses de 7 km/h, et de parcourir 10 km par jour . Mais les Sylphes sont des championnes capables de migration au long cours.

 

  Je vais donc regarder cette aile de plus près :

 

mouches 8256cc

 

 C'est une vraie voile de windsurf, très rigide, et qui a une particularité : la vena spurae ou spuria propre aux Syrphes : c'est une fausse nervure (elle n'est reliée à aucune autre),un épaississement de la membrane alaire qui passe entre la nervure radiale et les nervures médianes.. Pour comprendre cela, il me faut d'abord découvrir le Système Comstock-Needham, du nom de deux entomologistes de la première moitié du XXème siècle, qui ont donné une nomenclature des nervures des ailes qui s'applique à tous les insectes et en démontre l'homologie.

   Dans ce système, on part du bord antérieur de l'aile et on nomme successivement les nervures

   • Costa abréviation C, le bord antérieur

   • Subcosta, abr. Sc,

   • Radius, abr R, divisée en R et en Secteur radial,

   • Media, abr. M. divisée en M1,M2...

   • Cubitus, abr. Cu, donnant Cu1, Cu2,

   • Veines anales 1A, 2A, 3A.

 Ces nervures sont réunies par des transversales, par ex. médiocubitale m-cu, etc... qui délimitent des cellules costale, subcostale, radiale, médiane, cubitale ou anale.

   Elles sont, pour les plus grosses, capables de contenir des nerfs, des trachées, et de l'hémolymphe, et donc de se gonfler pour cambrer ou aplatir l'aile comme le plus fin des régatiers creusant ou aplatissant sa voile selon le vent.

 

 Le Vena spuria, (latin spurius,a,um :bâtard, illégitime, faux) c'est cette marque sombre, ce faux pli épais et droit qui court au milieu de l'aile.

   Une autre particularité, c'est que les nervures, les vraies, au lieu d'atteindre le bord de l'aile, se rèunissent entre elles : ces arcades caractéristiques se nomment les faux bords.

 

 Je vais chercher dans mes archives, quand le lierre fleurissait, une image qui montre les marques oranges typiques de l'abdomen.

DSCN2832

 

 

   Avant de laisser ces tenaces éristales, "saviez-vous que" deux Éristales du Costa Rica ont été nommées par Chris Thomson, l'une du nom de Bill Gates, l'autre du nom de son associé Paul Allen ? Ce sont Eristalis gatesi, Thomson, 1997 et Eristalis alleniThomson, 1997, qui témoigneront pour la postérité de tout ce que ces deux philanthropes ont fait pour la Diptérologie.

 

 

II. DES  NÉMATOCERES : LES BIBIONS.

 

Les Bibions, ce sont les mouches de Saint-Marc, et comme la Saint-Marc se fête le 25 avril, cela signifie qu'on voit ces petites mouches apparaître en masse au début du printemps.

   Le genre Bibio, que l'on doit à Geoffroy (1762) compte 25 espèces européennes, et comme on en trouve 18 en France, j'ai deux chances sur 18 de ne pas me tromper en nommant celle-ci Bibio marci, la plus commune, ou B. lanigerum, avec ses poils laineux sur l'abdomen ; mieux, je vais même affirmer que c'est un mâle, avec sa grosse tête et ses yeux qui se touchent : 

 

mouches 8319c

 

 

   Mais si Saint Marc ne m'a pas bien conseillé et que je me suis trompé dans mon identification, je compte sur vous pour rectifier ; car ce qui me chaut, à moi, ce sont les haltères. Oui, je ne vais pas m'intéresser à ces deux belles ailes antérieures et à leurs nervures, mais à ces reliquats des ailes postérieures que possèdent toutes les mouches mais qu'elles cachent le plus souvent : ces deux masselottes noires ici bien visibles.

 

   Les balanciers ou haltères sont drôlement intéressants. Je vais me permettre du copiè-collé de Wikipédia car je ne vois rien de plus à dire que :

      "Les haltères fonctionnent comme des gyroscopes à structure vibrante : les haltères en vibrant tendent à maintenir leur plan de vibration, et si le corps de l'insecte tourne ou change de direction en vol, une force de torsion se développe que l'animal détecte avec des organes sensoriels connus sous le nom de sensilles campaniformes localisées à la base des haltères.

Les haltères agissent ainsi comme un système d'équilibration et d'orientation, aidant les mouches à réaliser leurs acrobaties aériennes rapides. Elles jouent un rôle important en stabilisant l'assiette de ces insectes durant le vol et fournit également un rétro-contrôle aux muscles des ailes pour stabiliser les moments des forces aérodynamiques. Ce sont les équivalents des indicateurs d'attitude dans un avion."

 Bien-sûr, on a envie de savoir ce que sont ces sensilles campaniformes (en forme de cloche) : ce sont des mécanorécepteurs, tout simplement.

 

 

P.S Attention, aucune identification de diptère n'est sérieuse sans une bonne compètence, une clé d'identification, et une loupe binoculaire : je ne dispose d'aucun de ces trois outils. 

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 11:27

  DSCN4059c

 

 

  Mais kékcékça ? Sur le capitule de ce pissenlit,  cet insecte grisâtre tout en longueur, qui ressemble à un papillon de nuit ou à une mite avec ses ailes enroulées en cigarette autour de l'abdomen, ses gros yeux proéminents et ces longues, longues antennes ?

 

plecoptere 8563c

 

    Je regarde mon guide : est-ce un plécoptère, aussi nommé perle en raison des formes de bille des yeux?

   Je joue mon joker, et soumet mon image au forum de Bretagne Vivante, au rayon " invertèbrés" : c'est Mael Garrin en personne qui, dans la demi-heure, me répond, comme il l'avait fait pour le symphite que j'avais pris pour une chenille : ce n'est pas un plécoptère, dont les ailes sont pliées à plat sur le dos, mais un trichoptère, dont les ailes sont placées en toit. Mais savoir lequel, il ne sait pas.

 

   Je vais vite me renseigner sur ces bestioles : elle tirent leur nom de tricho-, poil, et -ptère, aile , car à la différence des mites et des papillons, leurs ailes ne sont pas faites d'écailles (lépido-) mais de poils.

  Je vérifie en zoomant ma photo, et je vois effectivement que les ailes ont des cheveux hérissées sur la tête (si je puis dire).

 

   Si Mael Garrin ne peut préciser l'espèce en question, inutile de dire que ce n'est pas moi qui vais trouver. Des trichoptères, il en existerait 89 espèces dans le Finistère.Mais je trouve un site excellent sur les trichoptères, très complet et pas avare sur les schémas, chez Opie-benthos: jetez-y un coup d'oeil :

http://www.opie-benthos.fr/opie/pages_dyna.php?idpage=841

 

  J'ai observé l'animal à Roscanvel, devant l'île Renard, entre la grève et la cuvette humide constituée derrière  la digue qui relie l'île. Or, sur le site Opie-benthos, il est spécifié que dans les "mares en zone littorale (dune) " se trouvent des trichoptères du groupe des Limnephilidae, notamment Lilmnephilus affinis Curtis, 1834. Si il s'agit ici d'un Limnephilidae, je dois trouver à coté des yeux composés des ocelles : oui, je crois les voir. (j'ai la foi).

 

  De toute façon, cela me permet d'apprendre que ce sont des insectes holométaboles, caractérisés par un cycle vital alternant une phase terrestre adulte, la ponte d'oeufs, et une phase aquatique d'abord sous forme de larves différant beaucoup des adultes et qui sont mobiles (stade actif), puis sous forme de nymphe aquatique immobile, avant l'émergence d'un nouvel adulte  terrestre.

     Ce sont les larves qui sont bien connues, surtout des pêcheurs à la ligne qui s'en servent d'appât pour la truite : ce sont les phryganes.  Sitôt écloses, elles construisent grâce à des glandes séricigènes situées sous la bouche une gaine de soie sur laquelle elles viennent coller des éléments hétéroclites, petits graviers, morceaux de bois ou de végétaux, un vrai "land-art" en bois flotté qu'elles ajustent au fur et à mesure de leur croissance en élargissant le devant et en sectionnant l'arrière trop étroit . elles vont faire évoluer cet étui fait-maison jusqu'au cinquième stade larvaire, puis vont connaître la mue nymphale. La nymphe va rester dans son étui jusqu'à l'émergence.

 

 

  plecoptere 8580cc

 

 

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 18:05

 

      

  

 

 

fleurs 8600c

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 11:13

   TOUT FAUX !!! : j'ai décrit ici sous le nom de Palomena une autre punaise, Piezodorus lituratus (Fabicius, 1794), et je dois à la gentillesse et à la compétence de Mikaël Buord de pouvoir faire ici amende honorable. J'aurais pu m'en douter, pusique la Piezodorus se nomme Punaise de l'ajonc, Gorse Shield bug.

 

Elle est courante, banale, très répandue, la punaise verte Palomena prasina (Linnaeus, 1761) !  Et pourtant je ne la découvre vraiment qu' aujourd'hui, en scrutant les ajoncs où elle a le talent de se cacher si bien que je peux regarder longtemps les petites flammes jaunes sans la trouver.

  •  Et il y a ceci de curieux qu'elle est verte, d'un beau vert pomme, et qu'une fois prise en photographie elle apparaît argentée dans sa cuirasse nickelée niéllée de petits points .

  •  Ou encore ceci de curieux : les différents aspects que peuvent prendre sa larve, du stade I au stade V, ce qui en fait un jeu amusant lorsqu'il faut les trouver dans la nature. Voir ici : http://www.britishbugs.org.uk/heteroptera/idcards/life_stages.html

   Mais comment reconnaître les larves des adultes ? parce que seuls les adultes ont des hémélytres qui sont les ailes antérieures. Il s'agit moins de larve que de stade nymphal, les punaises étant des insectes hetérométaboles sans stade immobile entre larve et adulte: les cinq  larves ressemblent à l'adulte à l'exception des ailes et des organes génitaux qui se développeront progressivement. Ce sont des paumétaboles, les larves et les adultes partageant le même milieu, alors que les hémimétaboles envoient , par exemple, leurs larves en session aquatique jusqu'à leur majorité.

  Ce sont des pentatomidès, car ces punaises ont des antennes composées de cinq (penta) articles.

  •  Ou bien cela : elles sont brunes à l'approche de l'hiver et deviennent vertes au printemps.

 

Son protonyme, celui qui a été attribué par Linné, me semble être, si j'en crois Geoffroy, Cimex subrotundus viridis, mais il se réfère au Fauna svec. n°648 et au Syst. Nat. de 1758. Le  Fauna Svecica de 1761 mentionne, page 254 sous le n°950 le Cimex campestris, "apud nos frequentissimus", et ressemblant au Cimex pratensis en plus petit mais dépourvu de points à l'extrémité des élytres. C'est mon meilleur choix. Mais Palomena fut aussi nommé Pentatome dissimilis par Latreille, Cimex dissimilis . Je trouve sans-doute mon bonheur avec :

Pentatoma dissimile : Cimex dissimilis Fabricius Syst. Rhin.p. 157, n.59. Cimex prasinus, Fabricius, Syst. Rhin. p.166, n.58 ; Linnaeus, Fauna svecica, n.731.(in Blanchard et Brullé, hist des insectes, T 3, 1860).

  Je donne donc comme protonyme : Cimex prasinus. (je ne trouve pas l'acces aux banques de données taxonomiques.)

Mais cela ne me donne pas l'origine du nom Palomena, attribué au genre par Etienne Mulsant, auteur avec Claudius Rey  d'une Histoire Naturelle des punaises de France (Deyrolle 1765).

 

    Après avoir recherché le sens de son nom scientifique (prasina vient du latin prasinus, a, um : de couleur verte), on peut s'amuser à la distinguer de :

                     -Nezara viridula, plus grande, à l'abdomen caréné, et qui porte 5 petites taches blanches à la base du scutellum.

          

                    -Palomena viridissima Poda, 1761 : très semblable, mais dont la marge anterolatérale du pronotum est légèrement convexe (légèrement concave chez P. prasina) et jamais soulignée d'orangé, et dont le deuxième article antennaire est 1,5 à 1,8 fois plus long que le troisième article, alors que ces articles sont de même longueur chez prasina. (Auguste Puton, Annales de la Société entomologique de France, 1881, 5 : 44-45)

 

   Amusant, oui, à condition de connaître cela :

punaises 8334cc

 

  Et voici ma punaise :

 

DSCN3992c

 

DSCN3993c

 

 

DSCN3994c

 

 

    Ici, c'est bien Palomena prasina :

 DSCN3582cc.jpg

 

 

DSCN4071c.jpg

 

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 21:32

 Trente-six vues...du Port de Brest.

 

 

  Je pense que nous sommes tous comme ça, lorsqu'on admire une oeuvre, cela donne envie de faire pareil, à son petit niveau. En tout cas, cela donne des ailes à l'inspiration. 

   Lorsque j'ai vu la belle image que Pascal a réalisé du remorqueur Abeille Bourbon qui stationne quai Malbert au port de Brest cela a réveillé de vielles démangeaisons de photographier le port, qui est à dix minutes de voiture pour moi.

   Bien-sûr, le résultat n'a rien de comparable, mais je me suis fait plaisir, et c'est ça qui compte, non?

http://www.regardelamer.com/article-abeille-bourbon-illumination-de-la-retine-69628753.html

 

Bizarrement, j'ai continué à utiliser pour la plupart des images l'objectif macro que je venais d'utiliser pour la coccinelle : je voulais voir si c'était utilisable, en emmenant un seul appareil en balade.

   Ce sont les bittes d'ammarage qui m'ont inspiré, et j'ai donné à cet article le titre Trente-six vue...du Port de Brest, comme Hokusai et Hiroshige avec leur Trente-six vues du Mont Fuji, ou Henri Riviére aves ses Trente-six vues de la Tour Eiffel.

 

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 20:41

C'est une coccinelle minuscule, de 5 mm de long, que j' ai repéréesur le tronc d'un arbre le long de l'étang de Pontavennec à St Renan, et que j'ai eu bien du mal à photographier vu sa taille, malgré que je sois en train d'étrenner un objectif macro Canon 100mm  1: 2,8 L IS.

  Les anglais la nomment Heather Lady Beetle, coccinelle des bruyères, ou Twice-stabbed Lady Beetle et les scientifiques Chilocorus bipustulatus Linnaeus, 1758,en raison des deux taches rouge orangé  sur les élytres. Ces deux bandes sont parfois constituées de trois punctuations presque confluentes.

C'est une redoutable prédatrice de pucerons et autre cochenille, aussi a-t-elle été utilisée dans la lutte biologique.

  

 

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 20:13

22 mars à Kerloc'h, Crozon : j'aperçois mon premier Tircis :

 

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  Le Tircis est un Nymphalidé : Pararge aegeria (Linnaeus, 1758): Speckled wood des anglais.

   Les mâles de ce papillon sont connus pour leur stratégie dite "bourgeoise" d'entrer en compétition pour des territoires de reproduction qui sont des taches ensoleillées : leur lutte consiste en vols brefs vers le haut au cours desquels chacun des adversaires tournent en spirale autour de l'autre. Le perdant est celui qui quitte le rayon de soleil le premier. Mais c'est toujours le premier occupant, le "résident", qui gagne ( Davies, 1978).

   En effet, dés le début d'une matinée ensoleillée, chaque mâle prend position d'un perchoir sur une feuille ensoleillée et y guette le passage d'une femelle. La course du soleil fait que, régulièrement, chaque perchoir se retrouve à l'ombre et que son propriétaire doit courir (ou plutôt voler) vers un nouveau perchoir, un peu comme dans un jeu de société du genre des chaises musicales ou d' Un, Deux, Trois, Soleil. Cela engendre inévitablement - c'est cela qui est amusant-son lot de conflits territoriaux et de stratégie "bourgeoise", qui sont certainement autant d'échanges de messages chimiques. Ce qui amuse d'avantage les savants, c'est de s'arranger pour faire croire à deux mâles en même temps qu'ils sont les résidents du perchoir, et d'observer en se tapant sur les cuisses tellement c'est comique que le vol en spirale vers la canopée peut durer pendant des heures ; enfin, pendant plusieurs minutes.

 

   Je m'interromps car j'ai fait jadis un voeu que je suis obligé de réaliser : j'ai un jour promis à Saint Robert de donner l'étymologie de  "canopée" la première fois que j'écrirais ce nom. Donc, voilà:

 

Le nom "canopée" désigne la cime des arbres , l'étage supérieur de la forêt. Il tient son nom de l'anglais canopy, désignant le ciel de lit ou baldaquin, à rapprocher de notre canapé. Ces deux noms viennent du grec désignant la moustiquaire et dérivé de kounoupi, moustique.  Il a fallu passer par le latin conopeum, conopium, moustiquaire, par le latin médieval canapeum, XIVème siècle, par l'ancien français conopé   "rideau de lit" (1180), ou canope (1508).   Canopée et canapé sont donc cousins, mais ils cousinent aussi avec le terme conopée qui désigne le tissu qui recouvre le tabernacle dans les églises chrétiennes.  On peut y ajouter l'utilisation du mot canapé en art culinaire dès 1787 pour nommer ces petits pains garnis de caviar, de pâté ou d'anchois.        Une telle descendance   pour un moustique, étonnant, non?                                                                                      

 

   Certains mâles de Tircis adoptent une autre stratégie de drague que celle du perchoir et patrouillent à la recherche des meufs... et Jeremy Thomas ( Butterflies  of Britain and Ireland) soutient que ceux qui ont quatre points sur l'aile postérieure sont des percheurs, et ceux qui n'en ont que trois sont les patrouilleurs. Vraiment étonnant ! Mais mon Tircis n'a que trois points et c'est un percheur.

   Les mâles ne s'en prennent qu'aux papillons de leur espèce, et ignorent les autres papillons.

Lorsqu'une femelle interceptée est réceptive, elle se pose sur une feuille et étend ses ailes. Le mâle la survole en frôlant ses ailes postérieures : les papillons ont des récepteurs olfactifs situés sur les pattes et on pense que ce rituel lui permet de flairer sa partenaire pour savoir si son émergence est récente. Information capitale puisqu'une jeune femelle a devant elle une espérance de vie prolongée et pourra produire un plus grand nombre d'oeufs.

   L'accouplement survient en fin de matinée et dure une heure environ.

  Les tircis adultes se nourrissent de miellats (sécrétions de pucerons)  sur la face supérieure des feuilles de chêne, de frêne ou de noisetier, et ne butinent pas les fleurs, sauf en fin d'été.

 

 Lépidoptéronymie.

 

  •  Le zoonyme Pararge  nous vient de Jakob Hübner, 1819, il est formé du grec para-, "à coté, proche de-", pour indiquer selon A. Maitland  Emmet (1991). les affinités avec le genre Arge  Schrank, 1802 qui regroupe ...des hyménoptères symphites comme les tenthrèdes. J'ignore quelles sont les affinités en question. Arge, que j'aurais rapproché à tort d'Argus, signifierait en grec  "blanc", et on le retrouve dans Melanargia galathea, le Demi-deuil, qui est noir et blanc. Mais ni les tenthrèdes ni notre Tircis ne sont blancs : ce sont les mystères de la science.

 

•  L'épithète aegeria, que l'on doit à Linné,renvoie à Égérie. Ce nom qui est devenu  dans notre langue un nom commun désignant l'inspiratrice d'un homme de pouvoir est d' abord le nom d'une Camène, ces nymphes des sources et des bois de l'ancienne religion latine. Le deuxième roi lègendaire de Rome (après Romulus) Numa Pompilius fit  croire au peuple latin que c'est Égèrie qui lui inspirait toutes ses décisions politiques lorsqu'il fonda les institutions religieuses romaines : il se rendait dans le bois d'Aricie, où elle résidait . Mais Ovide suggère qu'il y rencontrait sa maitresse...

   De toute façon, cela n'a rien n'a voir avec ce papillon, qui n'a été ainsi baptisé par Linné que parce que celui-ci l'avait classé parmi les Nymphalidés et a donc attribué des noms de nymphe au petit bonheur aux spécimens qu'il était en train de classer pour la postérité dans son Systema Naturae.

 

   •  Le Tircis  tient son nom d'un berger de la mythologie grecque, tel qu'il apparaît dans les Idylles de Theophraste ou chez Virgile. Ce berger Tircis ou Thyrsis est réputé pour ses chants bucoliques. Son nom s'inspire du thyrse, un bâton surmonté d'une pomme de pin et d'un bouquet de feuilles de vigne ou d'une touffe de lierre, noué par un ruban.

   Aucun rapport clair n'est à établir entre ce papillon et ce héros grec ou avec son espèce de caducée, sauf à considérer que les feuilles de lierre sont les canapés (j'ai réussi à le placer) de prédilection des Pararges pour leur sieste au soleil.

    La septième Églogue des Bucoliques de Virgile, imitée de la huitième idylle de Théophraste, présente la joute poétique de deux bergers, Corydon et Thyrsis, qui invoquent dans des couplets de quatre vers alternés successivement les Muses, Diane, Priape, avant de chanter Galatée, puis les saisons, puis Alexis, Phyllis et Lycidas, avant que Corydon soit déclaré vainqueur.

Ce nom Tircis a été attribué en 1821 par Godart sous la forme Satyrus tircis  à une sous-espèce. Mais il l'a emprunté à Etienne Louis Geoffroy qui l'utilise pour la première fois dans son Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris, Paris, 1762, Tome 2,p. 48 : après avoir donné les noms de Silène, de Baccante et de Tristan aux papillons de sa Première famille, il nomme le Tircis et renvoie aux descriptions de la dixième édition de Linné et à l'Histoire des insectes de Réaumur I; t.27,f.16-17.

   En choisissant ce nom de berger pour baptiser un  papillon, Geoffroy rend d'abord hommage à Virgile et aux églogues de ses Bucoliques. Il nommera le papillon suivant Corydon, puis viendra Myrtil, puis Amaryllis, la belle Amaryllis de la première Églogue. Je note que la sixième Églogue porte le titre de Silène.

 On a peut-être oublié la place que tenait Virgile en France et dans toute l'Europe du seizième au dix-neuvième siècle, l'importance des antiquités grecques et latines dans la formation scolaire de l'élite intellectuelle, comment la maîtrise du latin et des auteurs latins remplissait le rôle qu'occupe actuellement les mathématiques dans la sélection des meilleurs esprits, en un temps où les doctorats se soutenaient dans cette langue. On a aussi sans-doute oublié l'importance de la poésie pastorale et du roman pastoral qui s'inspirèrent des oeuvres latines pour divertir avec de charmantes histoires de bergères et de berger, de moutons et de houlettes, de rossignols et de fleurettes. Pourtant ces idylles roucoulantes tiennent une place considérable dans notre littérature, et puisque par convention le berger s'ynommait régulièrement Tircis, on trouve Tircis chez Guillaume Colletet, chez Honoré d'Urfé et son Astrée , chez La Fontaine ( Tircis et Amarante, Fables VIII, 13, Le berger et la mer, Fables, II,2, Contre ceux qui ont le goût difficile Fables II, 1, Les Poissons et le berger qui joue de la flûte, Fables X, 10), chez Fontenelle ( 23 occurrences dans le premier volume de ses Poésies), chez Molière ( dans les Intermèdes de Georges Dandin, dans l'Eclogue (sic) qui ouvre le Malade Imaginaire, dans Le Sicilien ou l' amour peintre, dans les Amants magnifiques...), chez Pierre Corneille (dans Mélite ,1629), chez Houdart de la Motte, chez Berquin,et chez une quantité innombrable d'auteurs de Bergeries ou d' Idyllies un peu moins connus, où Tircis  dialogue avec Corydon ,Doristée, Eraste, Cléon, Climène, Daphné ou Dorillas.

   Lorsque Geffroy écrit son Histoire abrégée, la mode des bergers bat son plein, accompagnant un mouvement plus général de retour à la nature, favorisé par le rousseauisme et la Nouvelle  HéloÏse, et on trouve une illustration de l'importance de cette mode dans la construction au château de Chantilly, au château de Rambouillet ou au Petit Trianon de fermes dotées, non de bergeries, mais de laiteries où les nobles  vont "jouer à la vacherie". Signalons encore que les fauteuils dits "bergères" reçurent ce nom en 1725.

 

 

  Mais revenons à nos moutons  ( c'est le conseil que l'on donna à Mme Deshouillières (1633-1694) qui avait écrit auparavant une idylle à succès, Les Moutons, après qu'elle se soit aventurée à faire paraître Genseric, une tragédie pitoyable) et retrouvons Tircis au dix-neuvième siècle sous la plume de Paul Verlaine dans ses  Fêtes galantes :

 

                                                    Mandoline

      Les donneurs de sérénades
      Et les belles écouteuses
      Échangent des propos fades
     Sous les ramures chanteuses.

 

      C’est Tircis et c'est Aminte,, 

      Et c’est l’éternel Clitandre,,
      Et c’est Damis qui pour mainte
      Cruelle fait maint vers tendre.

 

      Leurs courtes vestes de soie,
      Leurs longues robes à queues,
      Leur élégance, leur joie
      Et leurs molles ombres bleues

 

      Tourbillonnent dans l ’ extase
      D ’ une lune rose et grise,
      Et la mandoline jase

      Parmi les frissons de brise.

 

 

 

 

 

 

Source :

http://www.learnaboutbutterflies.com/Britain%20-%20Pararge%20aegeria.htm

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 22:09

22 mars, dunes de l'Aber à Crozon : les petits sentiers qui parcourent la dune sont, à certains endroits, envahis par des centaines d'abeilles des sables. Au total, certainement plusieurs milliers d'hyménoptères peu agressifs mais très actifs.

 

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  Mais  prendre en photo une des danseuses du ballet s'avère difficile. heureusement, je repère un accouplement :

 

 

 

 

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   Quelles sont ces abeilles? Si ce sont des abeilles à langue courte, j'ai le choix entre  Andrenidae, Colletidae, Halictidae. Pour être si précoces, ce sont peut-être des andrénes Andrena vaga, ou bien des Colletidae, Colletes cunicularius, par exemple. Et pour bien les différencier, il faut que je recherche la nervation alaire :

Est-elle caractéristique des Colletes :

  - la deuxième cellule submarginale plus grande que la troisième,

  - la nervure basale  relativement courte; "importante le long de la cellule discoïdale et plus courte le long de la cellule cubitale".

  - la deuxième nervure récurrente en forme de S .

... ou bien  cette fameuse deuxième récurrente est-elle droite comme chez les andrènes ?

 

Allons-y voir :

    La deuxième cellule submarginale me paraît en effet légèrement plus grande que la troisième. ( J'ai indiqué aussi  le ptérostigma, dont je découvre l'existence chez les abeilles après l'avoir rencontré chez les libellules.)

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  Et voilà ce que l'on nomme la deuxième récurrente :

 

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    Pour moi, cette deuxième récurrente est droite : je baptise mes abeilles Andrènes, et comme il y a des saules en fleur à moins de 300 mètres, j'en fais, allez, pourquoi pas, des Andrena vaga Panzer, 1799. Sous toute réserve et en attendant qu'un gentil correcteur vienne redresser mes erreurs. Cela va me permette de donner l'étymologie du joli nom d' Andrène, qui vient du latin scientifique andrena lui même issu du grec anthrênê, "frelon".

 

  • Le genre Andrena a été décrit par J.C.Fabricius en 1775 dans Systema entomologiae, sistens insectorum classes, ordines, genera, species, adiectis synonymis, locis, descriptionibus observationibus, Libraria Kortii, Flensburgii et Lipsiae, 832pp, page 376. Le type est Apis helvola Linnaeus , 1758.

 

  • L'espèce a été décrite par Georg Wolfgang Franz Panzer (1755-1829) dans Fauna insectorum germanicae initia, oder Deutschlands Insecten,VI, P.64, T.18, 1799 . (publié à Nuremberg :Felsecker 1792-1823 et illustré de 2600 gravures coloriées à la main par Jakob Sturm )

   Georg Panzer était un médecin  allemand exerçant à Hersbruck. Botaniste et entomologiste, il constitua un herbier réputé, et une très vaste collection d'insectes.

  Andrena vaga fut aussi nommée Apis pratensis Müller, 1776; Andrena ovina Klug, 1810; Andrena nitidiventris Blanchard, 1840;Andrena leucothorax Herrich-Schäffer, 1840; Andrena nitidiventris_homonym Dufour, 1841; Andrena atricula Bischoff, 1922.

 

• l'andrène vague est une abeille solitaire  qui vole exclusivement de mars à mai : le pic d'activité des femelles correspond avec la floraison des saules (Salix sp) qui fournit le pollen nécessaire à l'alimentation des larves. Les saules ne doivent pas être distants de plus de 245 mètres du nid.

  Elle construit son nid dans le sol sablonneux souvent en légère pente, en situation sèche et ensoleillée. A l' entrée du nid le sable évacué forme  un petit cône. Ces nids sont toujours individuels mais se regroupent en "bourgades" parfois importantes (plusieurs milliers de nids, une cinquantaine par mètre carré). La galerie principale descend à la perpendiculaire du sol jusqu'à 25 à 50 cm, et se divise en couloirs accessoires encore plus profonds avant de s'élargir sur la chambre .

 

• C'est une grande abeille (13mm : 11-16mm) au thorax couvert de poils denses gris-blancs et à l'abdomen à peine velu et noir brillant. Les mâles sont plus petits et se remarquent par leur belle moustache grise et par leurs mandibules supérieures en forme de sabre.

 

• Seule la femelle récolte le pollen, grâce aux poils très denses dont sont équipés ses fémurspostérieurs. ( ces brosses de poils à la base des fémurs des troisièmes pattes sont nommées floccus)  Elle dépose dans le nid un mélange de pollen et de nectar qui servira au couvain.

 

• Les oeufs éclosent en larves qui se nourrissent du mélange nectar-pollen, grossissent jusqu'à la fin du printemps et forment un cocon , se nymphosent, et émergent en abeilles adultes  qui attendront le début du printemps pour sortir du nid. 

 

• Ses sites de nidification sont semblables à ceux deColletes cunicularius [ cunicularius: "mineur, sapeur, pionnier", creuseur de galerie ], aussi rencontre-t-on souvent les deux espèces en étroit voisinage.

 

• comme d'autres, cette abeille possède son "abeille coucou"  : c'est Nomada lathburiana Kirbi,1802, une abeille aux allures de guèpe avec son abdomen rayé jaune et noir et ses pattes rougeâtres. elle pratique le cleptoparasitisme en venant pondre ses oeufs dans les nids des Andrènes. Sa larve, dont l'éclosion est un peu plus précoce que celle de sa victime  se dirige dans le nid et se nourrit du pollen accumulé, au dépens de la larve d'andrène.

   Un autre parasite serait Bombylius major, le Grand Bombyle, un diptère ressemblant à une abeille et doté d'une très longue trompe. On cite aussi Sphecodes gibbus (qui parasite les halictes)comme parasite probable.

 

  Si bien même ce n'est pas un couple d'Andrena vagaque j'ai photographié, j'aurais du moins appris quelque chose... 

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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