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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 09:38

La coccinelle asiatique ! Depuis le temps qu'on signale les progrès de son "invasion", je ne l'avais jamais vu, et voilà qu'à l'occasion d'un séjour à Carolles (Manche), ma cousine me la signale dans sa maison : j'accoure, et effectivement je découvre, dans sa cuisine,  arpentant le plafond ou agglutinées dans les coins des murs, les fameuses Harmonia axyridis(Pallas 1773).

    On aura compris que je ne tiens ce blog que pour m'amuser, eh bien, l'occasion était fameuse ce soir là : soutenu par un cousin _lorsqu'il ne se précipitait pas à la recherche d'un autre spécimen_  et par deux de mes cousines ( question fécondité, notre famille n'a rien a envié aux coléoptères que nous poursuivions), et grimpé sur une chaise, je tachais de saisir une bestiole dont le forme lisse dépourvue de prises échappait à mes doigts et qui, malgré mes ruses, parvenait à choir sur le carrelage rouge-brique avec lequel elle se confondait. Renonçant à celle-ci, je traquais celle que mon cousin avait fait sortir d'un amas, mais elle s'envolait vers les faïences de l'évier et y grimpait avec une célérité telle que je n'obtenais d'elle qu'un cliché bougé. Ou encore on me l'a présentait saisie entre pouce et index, et je réalisais une belle image de dermatoglyphes et d' unguis sordida. Placée dans une coupelle métallique, elle disparaissait parmi les reflets ; trop éloignée du pauvre néon de cuisine, elle s'assombrissait tant que, comble pour une coccinelle, on ne dénombrait plus ses points. Enfin j'en tenais une qui, entre le robinet et le crochet à torchon, interrompait sa course vers ses collègues amassées pour reprendre son souffle, las, c'est alors qu' un de mes assistants me mettait sous le nez sa paume afin que je sente l'odeur prétendument nauséabonde (un doux parfum de feuille séchée ou _et c'est la même chose_ de tabac ) que l'animal laissait derrière lui sous forme d'un liquide jaunâtre afin  -m'assurait-on de prévenir par un message phéromonal ses congénères.

   Le but de ces grandes manoeuvres était de contempler le pronotum de ces dames (les coccinelles, pas mes cousines), cette région du thorax qui porte les signes distinctifs de l'espèce mais qui n'est pas plus grosse que la moitiè d'une tête d'allumette  : on y cherchait "la patte de chat" ou le M caractéristique qui associés à la couleur rousse des pattes, à la taille supérieure au modèle habituel et à cette façon de se réfugier à  l'intérieur des maisons, allait nous permettre d' authentifier l'identité de nos hôtes. Après bien des combats, j'obtenais de piètres images qui allaient servir de preuve  :c' en étaient !

 

 

 

   Le "M" ou "W" :

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  La "patte de chat" incomplète, il manque l'élément central.

 

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   Il me faut revenir sur un point : ce liquide jaune qu' avait produit l'aimable insecte n'était pas du tout  une phéromone (composé sémiochimique à action intraspécifique), et nous venions d'assister à des "pleurs de sang", une "saignée réflexe ", une autohémorrhée : moyen de défense exclusif des coccinelles et des chrysomèles consistant à sécreter de l'hémolymphe riche en alcaloïdes toxiques au niveau de l'orifice buccal ou des articulations fémoro-tibiales. Moore & al 1990 ont montré que l'hémolymphe est non seulement riche en alcaloïdes (22 alcaloïdes ont été décrits chez les coccinellideae dont la coccinelline et l'adaline) mais aussi en alkylmethoxypyrazines volatils agissant comme signal d'alerte spécifique.

  ( L'autre technique face à un agresseur est la thanatose où la bestiole fait le mort.)  

Dans leur article publié dans Behav Ecol Sociobiol (2007) 61:14011408  ",Elytra color as a signal of chemical defense in the Asian ladybird bettle Harmonia axyridis",  Alexander L.Bezzerides & al ont travaillé sur les rapports entre l'intensité de la coloration rouge des elytres, due à la quantité de pigments caroténoides, et la concentration de l'alcaloïde propre à la coccinelle asiatique, l'harmonine : chez cette coccinelle, le nombre de tache varie de zéro à 22, et la couleur elle-même peut aller de l'orange pâle au rouge brillant. Les mâles ont des élytres plus petites mais la proportion de taches est moins élevé que pour les femelles, et ces taches sont moins sombres.

   Parmi les pigments responsables de la couleur des élytres, on connaît les ptérines, extraits dés 1889 des ailes de papillons, obtenus à l'état pur (xanthoptérine) des ailes du Citron en 1924 par H.O Wieland, et formant une classe de pigments allant du jaune au rouge, ou au blanc.

  D' autres pigments, responsables de colorations orange à rouge, sont les caroténoïdes, molécules antiradicalaires, immunostimulantes et photoprotectrices : une forte concentration est donc un avantage en terme de survie.

  La troisième classe est représenté par les pigments mélaniques des taches sombres. Les coccinelles  les plus mélaniques absorbent mieux l'energie solaire, et sont donc plus actives .

  On sait que la couleur rouge des insectes fonctionne comme signal aposématique avertissant les prédateurs de la toxicité et des désagréments qu'encourrait l'oiseau, par exemple, à avaler l'insecte. Alexander L. Bezzerides a effectivement prouvé que les coccinelles Harmonia les plus rouges, avec le moins de taches et les taches les moins foncées, si elles étaient les moins actives, étaient plus attractives sexuellement et mieux défendues chimiquement par un taux plus élevé d'alcaloïde harmonine . Certes les coccinelles ne distinguent pas la longueur d'onde rouge, mais on pense qu'elles sont sensibles au contraste rouge-noir.

   Une espèce qui présente à la fois des formes rouge vif, et d'autres moins, et des formes avec un nombre élevé de taches (formes mélaniques) et d'autres non-mélaniques, dispose donc à priori d'une superiorité adaptative sur d'autres espèces aux caractères pigmentaires stéréotypées.

 

   On distingue sur ce cliché une gouttelette de cette arme de la dernière chance :

 

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   Nous en étions là, à raconter des histoires de coccinelles qui ont des points de cotè, où à deviser sur ce coléoptère adiphiphage (mangeur de pucerons) d'origine chinoise utilisé pour la lutte biologique en Amérique depuis 1916, en Europe depuis 1990, devenu soudain invasif en 1988 en Amérique du Nord-Est par un foyer initial qui, selon l'INRA, servit de tête de pont pour s'installer en Europe où la population présente actuellement 60% de matériel génétique "américain" et 40% de la souche originaire importée par l'INRA en 1982, lorsque j'en vins à parler de la punaise  californienne inféodée aux pins que le site d'André Lequet, insectes.net avait magnifiquement présenté récemment. La propriétaire de la cuisine leva les bras et s'écria : "des punaises ? mais j'en suis envahi dans ma chambre sous le grand pin !" Elle gravit l'escalier avec la rapidité enthousiaste que procurent les grandes révélations et revint en brandissant un grand insecte aux antennes proéminentes : comme dans le plus beau de mes rêves, j'avais, à n'en point douter, devant moi, l'illustre Leptoglossus occidentalis !

  Encore fallait-il voir replié sous son abdomen, le long rostre ventral qui, déployé en avant, permettra à un stylet de perforer le végétal afin de sucer la substantifique sève. Et je le vis, le rostre qui vaut à cette punaise le doux nom de lepto (fine) glossus (langue).

 

je vous passerai la séance photo autour de la lampe halogène, les commentaires sur ses cuisses de grenouille à épines, ou sur ses tibias en forme de feuille :la voilà, avec son zigzag blanc sur ses hémiélytres :

 

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   Je rappellerai que ce "bug" (punaise) californien, après avoir conquis toute Amérique et y avoir reçu le titre de ravageur des plantations de conifères (la "peste" californienne") est apparu en Italie en 1999, en France en 2005 où il remonta rapidement la vallée du Rhône et fut noté le 9 août 2008 à Trouville. Le 17 août 2008 Mael Garrin le découvre dans son appartement rennais, et cette année il a été remarqué dans toute la Bretagne.

 

Puisque le hasard a réuni une coccinelle, qui appartient à l'ordre des coléoptères, et une punaise, de l'ordre des hémiptères (les insectes, comme les congrégations religieuses, appartiennent à des Ordres et si une âme pieuse  ne confond pas un picpusien avec un caracciolin, un bénédictin, un franciscain ou encore un barnabite,de même les Collemboles,les Orthoptères, les Thysanoptères, et  les Phasmoptères, s'ils sont tous frères, n' ont pas prononcé les mêmes voeux),  j'en profite pour réviser mon entomologie sous l'égide de son Prince, Pierre-André Latreille. 

     En 1822, son Histoire naturelle  et iconographie des Insectes coléoptères d'Europe  nous définit en effet les coléoptères comme ayant "deux ailes membraneuses pliées transversalement sous deux élytres crustacés" d'où leur nom tiré du grec coléo, étui, remplaçant, avantageusement sans-doute le"vaginipenne" que les auteurs latins utilisaient pour rassembler ces scarabées.  Mais ces critéres doivent être complétés par la présence d' une machoire, car ce sont des masticateurs et non des suceurs.

   Tout au contraire, les hémiptères qui incluent les punaises et les cigales, les cicadelles, les pucerons et les cochenilles sont des suceurs qui ont, toujours selon notre pape de l'entomologie,deux paires d'ailes dont l'une, en partie cornée, est transformée en hémiélytre, et des pièces buccales piqueuses avec un long rostre, ce bec tubulaire articulé et courbé en dessous.

  Or notre Latreille, illustre enfant de Brive-la-Gaillarde qui le vit naître d'une union illégitime du baron d' Espagnac et y être abandonné à son sort vagissant, s'est longtemps occupé de ranger les collections d'insectes du Museum National d' histoire naturelle avant de diriger en 1833 la chaire d'Histoire naturelle des crustacées, arachnides et insectes,  puis d' être le premier président de la Société Entomologique de France ; c'est lui l'auteur taxinomique du sous-ordre des Heteroptères, de la famille des coccinellidae (1807), de la sous-famille des coccinelinae, mais aussi de la super-famille des cucujoidae (1802) ! En matière de coccinelle, de punaise  et de cucujii (je crois que cucujus est le  nom brésilien d'un insecte qui a servi a baptisé cette famille à laquelle appartiennent les coccinelles ), on peut lui faire confiance, non ? Mieux vaut avoir à faire au Bon Dieu qu'à ses saints quand il s'agit de sa bête à lui, la bête à Bon Dieu.

 

Notre rubrique etymologique pour finir.

 

1)Coccinelle

 

Le  Robert  historique de la langue française fait remonter au grec kokkos, "noyau, pépin", noyau dont la forme de coque fait attribuer à la cochenille, puis à la teinture écarlate qu'on en tire le nom de kokkinos . Le latin impérial coccinusqui en est issu avec la même signification d'écarlate a été utilisé par Linnépour créer coccin/ ella en 1740 et en baptiser la bête à bon dieu Coccinella septempunctata en 1758.

   Mais quel terme utilisait René-Antoine Ferchault de  Réaumur ?  Vivre avant Linné, n'est-ce pas vivre avant Adam? Celui-ci n'est-il pas sensé avoir nommé toute chose ? Quelle existence y a-t-il sans le mot coccinelle ?

   Nos ancêtres parlaient-ils (site l'écho des Chênaies) de la vache de Dieu, la poulette de Dieu, la poulette de la Madone, des oiseaux de la Vierge, des petits veaux du Seigneur, de la Géline du bon Dieu, de la bête du paradis, des catherinettes , ou bien chantaient-ils comme dans le Comté de Nice :

      Catarineta, vola, vola,vola,

      Catarineta, vola volera ,   ?

  En Bretagne on parlait de Buoc'h Doué, Yarig-Doué, C'hwilig-Doué,  (vache de Dieu, dindonneau de Dieu, scarabée de Dieu ), et on récitait :

       Buoc' hig-Doue me ho ped

       Va zremenit dreist d'ar gloued

       Va c'hasit d'ar baradoz

        Me ho ped deiz ha noz.

      

      (Coccinelle, je t'en prie,

        fais-moi passer la barrière

       emportes-moi au paradis

       Je t'en prie jour et nuit )

 

  

 

    Les anglophones y voient une lady : ladybird pour les anglais, ladybug pour les américains, lady beetles pour les entomologistes qui se refusent à prendre les coccinelles pour des oiseaux ou des punaises. Que diraient-ils à ceux qui les désignent par des ladyclock, ladycow, ou ladyfly ? Mais l'essentiel semble d'utiliser le mot lady.

Puisque nous rencontrons le mot beetle (coléoptère,scarabée, ), signalons que les Beatles doivent leur nom à la fusion de beetle et des rythmes beat .

 

Le mot coccinelle vient donc de la couleur de ses élytres , couleur qui lui a valu d'être comparé à la teinture rouge qu'on obtient en broyant des cochenilles desséchées.

Les cochenilles sont des insectes phytophages. Notre cochenille méditerranéenne,Kermes vermilio

 (petit ver) ou Kermes des teinturiers est un parasite du chêne vert et du chêne kermes. Le femelle était récoltée dans le Languedoc et en Provence et produisait une teinte rouge-sang (vermilio a donné vermillon) ; il fallait 1kg de cochenilles pour 10 à 15 grammes de ce pigment qui servait à teindre les étoffes royales. L'invention de l'alizarine, pigment de synthése, a mis fin à cette production.

Son concurrent est la cochenille d'origine méxicaine, Dactylopus coccus, qui parasite les cactus et notamment le figuier de barbarie, Opuntia ficus-indica. Avec 70 000 insectes riches en ac. carminique on obtient une livre de teinture " Rouge cochenille", de couleur carmin. Le Pérou et les Iles Canaries continuent à élever ces dactylopus et à exporter le colorant, c'est l' E120 des saucisses de francfort et de l'Orangina rouge.

 

   Sans-doute a-t-on jadis tenté de récolter de milliers de coccinelles pour en faire une teinture ?

 

    Cela peut servir : pour jouer, non au tarot ou à la belote, mais au petit entomologiste, comment compter les points ?Face aux espèces de coccinelles nommées Calvia 14-punctata, Coccinella 11-punctata, ou encore Psyllobora 22-punctata, voici comment prononcer ces chiffres:

1 à 9 : . duo. quatuor quinque . septem .   ex : Chylocorrus 2-pustulatus, Exochomus 4-pustul, Coccinella 5-punctata, .

10 : decem                                                 ex Adalia 10-punctata

11 : undecim

12 : duodecim,

13 : tredecim

14 : quatuordecim                                    ex : Propylea 14-punctata, Calvia 14-guttata, Harmonia 14-punctata

15 : quindecim

16 : sedecim                                              ex  ; Halyzia 16-punctata, Tytthaspsis 16-punctata

17 septendecim

18 duodeviginti                                           ex : Myrrha 18-guttata

19 novemdecim ou undeviginti                ex : Anisosticta 19-punctata (Coccinelle des roseaux)

21 viginti unus

22 vigintiduo                                                 ex Psyllobora 22 -punctata, Thea 22-punctata

24 vigintiquatuor                                         ex : Subcoccinella 24-punctata

 

 

  Quelques images de notre Coccinella septempunctata. Ce qu'il y a de délicat pour ce genre de photos, c'est bien-sûr...la mise au point:

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 2) Punaise:

Selon le Robert historique de la langue française , le mot, qui date des années 1200, est le féminin substantivé de l'adjectif  punais qui signifie "puant , fétide", issu lui-même du latin putinasius, "qui pue" composé de l'adjectif putidus 

 "gâté, fétide" dérivé de putere "pourrir, se corrompre" et qui a donné aussi "pute" et "putain", et de nasus, le nez. Charmant !

 

 

 

  Mes bonnes lectures :

    - Synthèse bibliographique 2010 sur l'écologie chimique des coccinelles par l'Unité d'entomologie fonctionnelle de l'Université de Liège : http://www.pressesagro.be/base/text/v14n2/351.pdf

     - l'article Wikipédia sur les glucosinolates : les moyens de défense du chou et des crucifères contre les prédateurs et l'adaptation du puceron et de la piéride de la rave.

 

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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 18:25

  Vu à Plouzané en octobre sur mon drap piège-à-lumière : 

 

 

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 18:30

Nous sommes le 28 octobre, et on voit encore des Vulcains, des Tircis, ...et des Piérides qui me serviront de prétexte pour parler de Victor Hugo.

 

pieride 9717

 

  C'est au début de la cinquième partie des Misérables, intitulée Jean Valjean, dans le premier chapitre du livre premier , la description de l'émeute  de juin 1832 :

 

    " L' éblouissant soleil de juin inondait de lumière cette chose terrible.

 C'était la barricade du faubourg du Temple.

[ ...]

De temps en temps, si quelqu'un, soldat, officier ou représentant du peuple, se hasardait à travers la chaussée solitaire, on entendait un sifflement aigu et faible, et le passant tombait mort ou blessé, ou, s'il échappait, on voyait s'enfoncer dans quelque volet fermé, dans un entre-deux de moellons, dans le plâtre d' un mur, une balle. [...] Presque tout coup portait. Il y avait quelques cadavres çà et là, et des flaques de sang sur les pavés. Je me souviens d'un papillon blanc  qui allait et venait dans la rue. L'été n'abdique pas. "

 

C'est bien-sûr moi qui souligne, pour pointer ces deux phrases singulières. L'irruption de "je" est étrange, et semble indiquer, comme le suggère Mario Vargas Llosa  (La tentation de l'impossible, Gallimard 2008) un souvenir , une "chose vue" par Victor Hugo lui-même, dont nous savons qu'il s'est effectivement trouvé le 5 juin 1832 face à la révolte parisienne, avant de mener lui-même au feu les gardes mobiles contre les insurgés le 23-24 juin 1848 en tant que député commis par la Constituante. Et ce détail m'émeut, tant il témoigne de la force de certaines rencontres avec les animaux, lorsque les circonstances nous rendenthypersensibles à leur présence. Ici c'est le face-à face avec la mort, c'est le sang qui donnent à la présence de ce papillon une réalité frappante, inoubliable, et c'est à nous d'imaginer pourquoi : la légèreté, l'innocence, la candeur du papillon, ou son caractère éphémère et sa fragilité ?

 

   Au chapitre XIV du même Livre, Victor Hugo nous décrit le Jardin du Luxembourg le 6 juin 1832 à "cet instant du solstice [où] la lumière du plein midi est, pour ainsi dire, poignante." et nous en donne une description édénique : " Tout rit, tout chante et s'offre. On se sent doucement ivre. Le printemps est un paradis provisoire ; le soleil aide à faire patienter l'homme." et il y remarque"l 'avant-garde des papillons rouges de juin fraternisait avec l'arrière-garde des papillons blancs de mai."

 

   Opposition complémentaire du rouge-sang, qui est aussi le rouge des insurgés, ce rouge avec lequel ils ont mené les obsèques du Général Lamarque, et du blanc du mois de Marie, de la pureté, mais aussi de la monarchie, opposition des couleurs comme, en l'homme politique Hugo, il y eut  ces tensions qui lui firent écrire en 1848 "Je suis rouge avec les rouges, blanc avec les blancs, bleus avec les bleus. En d'autres termes je suis pour le peuple, pour l'ordre et pour la liberté."

   Il se pourrait bien que ce papillon qui voletait dans la rue barricadée et ensanglantée ait  condensé la terrible ambiguité de l'homme Victor Hugo confronté à un choix impossible entre le Peuple, qui allait être réprimé, l'Ordre, qui allait procéder aux arrestations, à l'état de siège, aux jugements et aux déportations, et la Liberté, à laquelle il ne restera plus qu'à croire tout en y renonçant.

 

   La seconde phrase est aussi ambiguë, elle n'est pas logique car nous sommes encore, le 5 juin, au printemps, elle peut évoquer le roi Louis-Philippe qui, cette fois là, n'abdiquera pas, ou bien elle témoigne de la force irrépressible de la Nature, qui fait apparaître ce papillon, élément vital insouciant, au moment où règne la mort , et dans des circonstances si historiques, si humaines, que toute présence non-humaine semble incongrue : L'été n'abdique pas, les troubles humains sont dérisoires à l'échelle des forces vitales.

 

Le choc au rouge.

 

   On pourrait s'amuser à voir dans l'irruption dans le texte narratif de cette micro-souvenir  l'équivalent de ce que l'on nomme, dans l'interprétation du test de Rorschah, le choc au rouge, lorsque certains sujets réagissent à la présentation des planches II et III ( qui associent la couleur rouge à la couleur noire des autres planches ) par une manifestation de sidération : un "blanc"  (ou une extinction, un "black-out") qui se traduit par un silence prolongé, un temps de latence exagérément long, une fuite vers un "dbl", un détail blanc, lacunaire. Ce choc traduit l' impact intense de la couleur sur le psychisme.

   La couleur rouge n'est évoquée  qu' indirectement dans ce texte des Misérables par les flaques de sang sur le pavé, mais nous savons que la confrontation à la mort, aux cadavres et au sang des condamnés a été une expérience très marquante pour le jeune Victor et qu'elle a déterminé son opposition radicale et inébranlable à la peine de mort. Mario Vargas Llosa énumère les expériences qui ont marqué notre auteur : bandits pendus, spectacle de l'échafaud de Burgos en 1812, exécution de son parrain, le général Lahorie, exécution capitale de l' assassin du duc de Berry, puis d'un parricide, puis de malfrats, vision de la guillotine et du bourreau le décidant à écrire, en 1829, Le dernier jour d'un condamné.

 

Les dominos au lieu du papillon : Blanc partout. 

 

    Mais ce coq à l'âne pourrait être aussi un effet de style maîtrisé . Comme les piérides ne sont pas tout-à-fait blancs mais qu'ils sont marqués de points noirs sur l'aile antérieure, ils sont comme des tuiles d'un jeu de dominos, le mâle figurant un double-un et la femelle un double-deux : et les dominos,cela me fait penser à ce passage d'  Autour de la lune de Jules Verne où  le blanc surgit dans la narration pour surprendre le lecteur par le dénouement inattendu d'une situation dramatique : Nous sommes à l'avant-dernier chapitre du roman, Le sauvetage.

       Le Susquehanna a été affrété pour repêcher l'obus qui a été envoyé vers la lune par un canon, et où ont embarqué le président du Gun Club de Baltimore, Imley Barbicane, le capitaine Nicholl, l'impétueux Michel Ardan et les chiens Diane et Satellite. Les recherches n'aboutissent pas et on fait route terre lorsqu'un matelot signale une bouée portant pavillon américain ; on s'approche :

 

          " L'émotion était portée au comble. Tous les coeurs palpitaient, tandis que les canots s'avançaient vers le projectile. Que contenait-il? Des vivants ou des morts ? Des vivants, des vivants, oui ! à moins que la mort n'eût frappé Barbicaneet ses deux amis depuis qu'ils avaient arboré ce pavillon !

             Un profond silence régnait sur les embarcations. Tous les coeurs haletaient. les yeux ne voyaient plus. Un des hublots du projectile était ouvert. Quelques morceaux de vitre, restés dans l'encastrement, prouvaient qu' elle avait été cassée. Ce hublot se trouvait actuellement placé à la hauteur de cinq pieds au dessus des flots.

    Une embarcation accosta, celle de J.T Maston. J.T. Maston se précipita à la vitre brisée...

   A ce moment-là, on entendit une voix joyeuse et claire, celle de Michel Ardanqui s'écriait avec l'accent de la victoire :

     "Blanc partout, Barbicane, blanc partout ! " 

   Barbicane, Michel Ardan et Nicholl jouaient aux dominos. "

 

 

Comme dans Les Misérables, on retrouve la survenue d'un motif blanc inattendu au décours d'une situation ou régne l'angoisse de mort, mais on voit bien ici que cela ressort entierement de la technique romanesque, de l'anecdote humoristique qui vient conclure le chapitre, alors que le papillon de Victor Hugo semble devoir sa présence à des motifs moins conscients.

 

 

 

Mon double-un :

 

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Etymologie du nom Pieride.

 

Le genre Pieris est nommé par Franz von Paula Schrank en 1801 dans sa Fauna Boica 2(1) : 152, 161. Ce jésuite et naturaliste allemand (1747-1835) décrivit et prit en charge le Jardin Botanique de Munich.

    Les Piérides, en mythologie grecque, sont les filles du roi Piéros : Leur histoire est racontée par Ovide dans le Livre V de ses Métamorphoses (250-669), mais aussi par Apollodore et Pausanias

 Le roi macédonien Piéros, fils du Thessalien Magnés, donne  son nom au mont Piéros situé au nord de l'Olympe. Selon les Métamorphoses d'Ovide, ce souverain de Pella après avoir appris l'existence des Muses par un oracle, en Thrace, en introduisit leur culte dans son pays. Il épouse Evippé qui lui donnera neuf filles, les Piérides. Ces dernières défieront les Muses dans un concours de musique, sur le mont Hélicon, arbitré par Apollon, Pallas et les nymphes. Les Muses sont déclarées gagnantes à l'unanimité. Les vaincues se répandent alors en injures,et suscitent la colère des Muses qui décident de les punir :

 

              "  Les filles d'Emathie se moquent et dédaignent [leurs ] menaces

    Tandis qu'elles cherchent à parler et qu'elles tendent éffrontément les mains,

     En poussant de grands cris, elles aperçoivent que des plumes

     Sortent de leurs ongles, et que leurs bras aussi se couvrent de plumes;

     L'une voit le visage de sa compagne s'accroître d'un bec rigide

     Et des oiseaux d'un genre nouveau se diriger vers les forêts.

     Voulant se frapper la poitrine, soulevées par leurs bras en mouvement

     Elles planent dans les airs : ce sont les pies, menant grand tapage

    Dans les bois; De nos jours encore, ces oiseaux ont conservé

     Leur faconde d'antan, leur caquetage rauque et leur infini désir de parler. "

    Ovide, les Métamorphoses, Livre V, 669-678, trad A.M Boxus et J.Poucet, 2006

 

   On peut voir au Musée du Louvre le tableau de Rosso Fiorentino réalisé en 1524-1527 et nommé Le défi des Piérides.

 

 

 

En botanique, David Don a nommé Pieris en 1834 un genre d'érichacée : nous en connaissons l'Androméde, ou Pieris japonica.

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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 19:41

   C'est une histoire plaisante : le 23 juillet, j'avais vu une belle chenille jaune sur un saule lors de ma visite des tourbières de Kerfontaine (56). Elle était si caractéristique que j'étais persuadé de l'identifier rapidement, mais je revins bredouille de la consultation de mes guides sur les papillons et leurs chenilles, et je plaçais les photographies que j'avais prises dans la rubrique "à identifier".

   Tout récemment je découvrais le Forum du site de Bretagne Vivante et je m'y inscrivais : je ressortais ma chenille de ses oubliettes et je la soumettais à l'identification des membres de l'association : mon appât n'est pas resté longtemps inaperçu et j' avais presque instantanément la réponse de Mael Garrin, "moderator" des rubriques lépidoptéres et odonates : " c'est normal que tu n'aies pas trouvé cette (superbe ) chenille dans tes bouquins sur les papillons et pour cause, ce n'est pas une chenille mais une larve d'hyménoptère symphyte. Je me base sur plusieurs critères d'aspect difficiles à décrire. Le mieux a retenir (bien qu'on le distingue à peine sur la photo) est que les chenilles n'ont jamais plus de cinq paires de fausses pattes abdominales ; tandis que les larves de symphytes en ont au moins six ."

 

   Dès le lendemain Mael Garrin me donnait la proposition de détermination d'espèce : Cimbex lutea.

 

    

   Il me restait à découvrir ce sous-ordre de l'ordre des Hymenoptères, les Symphytes ( c' est-à dire les insectes "associés aux végétaux"), et dans ce sous-ordre, la super-famille des Tenthredinidae, Latreille,1802, le mot tenthredos étant tout droit venu d'Aristote qui désignait ainsi une guèpe nidifiant au sol.

   Sur Obsnorm2, Peter Stallegger décrivait récemment les symphytes comme "des guêpes sans taille de guêpe à régime larvaire phytophage"

    J'apprends d'un dossier du Gretiaqui leur est consacré que ce manque d'étranglement entre le thorax et l'abdomen est en effet distinctif parmi les hyménoptéres, que les symphytes sont aussi nommées mouches à scie (sawflies en anglais alors que les allemands préfèrent Blattwespen, guêpe des feuilles) en raison de la forme en lame de scie des valves de l'ovipositeur des femelles, grâce auquel elles pondent dans une feuille. Les adultes ont des moeurs diurnes, se nourrissent de pollen ou de nectar.

   Je lis encore avec soulagement que les larves, toutes phytophages, ressemblent beaucoup aux vraies chenilles des lépidoptéres, mais en différent effectivement par le nombre de fausses pattes abdominales compris entre six et neuf.

  Je m'amuse à découvrir le monde des entomologistes, qui ressemble à celui des agents secrets : lorsqu'ils ne manipulent  pas les redoutables "pièges jaunes" ou les "pièges Barber", ils manient le "filet fauchoir", le" parapluie japonais" et la "tente Maltaise" !

 

 

    Revenons à nos tenthrédes : on en découvre l'organisation taxonomique en parcourant la "liste systématique des hyménoptères Symphytes de France"  (2004, mise à jour 2007) de Thierry Noblecourt, l'un des rares  "Monsieur Symphyta" , avec Henri Chevin qui prépare actuellement un Atlas des Symphytes de haute-Normandie.

   Si je n'ai pas pris la peine de compter les espèces de cette liste de 80 pages, j' ai trouvé dans le dossier Gretia le chiffre de 791 taxons connus en France.

    Parmi les tenthredinoidea, on trouve la famille des Cymbicidae, Kirby 1837, chez qui nous ignorerons les corynynae et les abiinae : la sous-famille qu'il nous faut ce sont les cimbicinae, riche en France d'un seul genre, Cimbex sp,Olivier 1791 et comportant :

  _Cimbex connatus(Schrank 1776)

  _C. fagi, Zaddacch 1863,

  _ C femoratus(Linné 1758)

 

 et, last but not least,  notre

 

                                                Cimbex luteus (Linné 1758) :

 

 

  DSCN0406

 

  Si la larve de Cimbex luteus eut, en 2002, l' honneur de faire la couverture de la revue Insectes (n° 126), c'est dans le numéro 151 que Lucas Baliteau et Henri Chevin décrivent ces larves éruciformes, unicolores, à la tête globuleuse, dotées des deux paires de fausses pattes abdominales de plus que les chenilles, et  posées sur des feuilles de saule.

 

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 Ces larves mesurent jusqu'à 5 cm.

 

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  Ces larves se nourrissent des tissus foliaires durant 5 ou 6 semaines, hivernent au stade larvaire et se nymphosent sur l'arbre dans un grand cocon de 16 à 25 mm.

Si Cimbex luteus adopte le saule (salix alba, S. caprea) ou le peuplier tremble, Cimbex connata affectionne l'aulne. Si on trouve des tenthrèdes dans tous les types d'habitats, on les voit fréquemment dans les milieux frais et humides ( comme, pour celle-ci, en tourbière ). 

  L'imago ne passe pas inaperçu par sa taille, et cette grande guêpe glabre,de 15 à 25 mm , aux ailes fumées presque  transparentes, aux antennes en forme de massue, est noire. l'abdomen de la femelle est jaune.  L'abdomen est légèrement aplati. Dans sa description princeps du Systema naturae, page 555, Linné le décrit ainsi sous le protonyme de Tenthredo lutea :  " antennis calvatis luteis, abdominis segmentis plerisque flavis ... habitat in Salice, Alno, Betula "

  Ils volent au printemps et au début de l'été .Ils ne vivent que quelques jours en se nourrissant de la sève ponctionnée dans les feuilles. La femelle pondra 50 à 80 oeufs cylindriques  de 3mm de long.

 

 

 

    Un grand merci admiratif à Mael Garrin.

 

 

 

 

 

 

 

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 16:54

    Sur la Rivière de l'Aber  :

 

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   Avec ces couleurs métalliques, c'est un leste : pour choisir parmi les différentes espèces, on regarde les ptérostigmas : ils sont bruns clairs, c'est donc un Leste vert.

 

 

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  On vérifie qu'il présente une pointe sombre sur le thorax, sous les bandes latérales : ici, elle est particulièrement longue.

 

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   C'est un mâle, les appendices anaux sont très clairs : les deux cercoïdes forment un anneau, et le cerque au centre est petit et sombre.

Les derniers segments sont de la même couleur que le reste de l'abdomen, un vert cuivré de fin de saison, sans être recouvert de cette pruine bleuâtre qui caractérise le leste verdoyant

 

 

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   L'autorité taxonomique de Lestes viridis est Pierre Léonard Van Der Linden (ou Vander Linden).

Cet entomologiste belge (1797-1831), titulaire d'un doctorat en médecine à Bologne puis à Louvain,et qui fut le premier Professeur de zoologie de Belgique, s'est surtout intéressé aux hyménoptères mais a décrit en 1825 ce Leste vert.

    Il est émouvant  de retrouver la page 36 de la Monographiae Libellulinarum Europaearum Specimen, Frank, Bruxelles, 1825, 42 pp : sous le nom d' agrion viridis, Linden nous fait la description en latin du specimen de sa collection :

 

 "Caput viridi-aeneum, ore flavo, apice nigro. Thorax et abdomen supra et lateribus viridi-aenea subtus flavencentia : ultimis abdominis segmentis fere totis aeneis. Appendices anales superiores albidae; apice fuscae, inferiores breviores totae fuscae. Pedes rufescentes,femoribus extus, tibiis intus tarsique nigris.Alae albae in quiete patulae , macula marginali rufa.

  Femina : mari similis appendicibus analibus minimis, aeneis." 

(viridi aeneum signifie vert-bronze)

 

   Bien vu, non ?

Ah, pour un peu, je chanterai en paraphrasant la Tempête dans un bénitier de Georges Brassens :

 

   Ils ne savent pas ce qu'ils perdent

   Tous ces fichus crétins

    Sans le latin, sans le latin

    La science nous emmerde

    A la fête odonatologique,

    Plus d'analibus soudain

    Sans le latin, sans le latin,

    Plus de mystère magique

    Le rite qui nous envoûte

    S'avère alors anodin

    Les Museums s'en foutent

    O Johan  Fabricius de

   Copenhag', dites à ces putains

   De savants qu'ils nous emmerdent

   Sans le latin.

 

Sauf vot' respect.

 

 

 

 

 

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 20:11

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  C'est quoi, ce dragon chinois ?  La chenille de la Noctuelle de la Patience, Viminia rumicis L.1758, ou Acronicta rumicis, la Cendrée noire, si j'en crois mon guide.

 

 

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   Elle appartient à ces chenilles susceptibles qui se mettent en boule sitôt qu'on veut les saluer.

 

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   Noctuelle est le titre de la première pièce pour piano appartenant  au cycle des cinq Miroirs de Maurice Ravel. Elle est dédiée à Léon-Paul Fargue, avec comme épigraphe l'extrait d'un poème de cet auteur :

 " Les noctuelles d'un hangar qui partent d'un vol gauche cravater d'autres poutres"

     C'est une oeuvre impressionniste, toute en harmonies floues, en bruissements furtifs, en glissements obscurs : une confidence nocturne par une chaude nuit d'été, quand viennent nous froler les papillons de nuit. Mais rien, dans cette chenille de carnaval, ne préfigure l'émergence de ces noctuelles grises dont les ombres inquiétantes et douces viendront hanter nos soirées.

 

  Étymologie de Viminia rumicis.

 

   Je ne la trouve pas, il me reste à la proposer à partir des plantes hôtes de la chenille, le saule marsault, Salix caprea et  la patience sauvage, Rumex obtusifolius : Viminia pourrait être rapproché du latin vimen, viminis, l'osier _ l'osier vert ou osier des vanniers se nomme salix viminalis _ et rumicis est le terme latin pour rumex.

 

P.S je vérifie plus tard mon hypothèse dans l'ouvrage d'A.Maitland Emmet, The scientific names of the British Lepidoptera, 1991 : C'est la dénomination Acronicta rumicis qui y figure :

   Acronicta, Ochsenheimer 1816, vient de akronux, (acros : l'extrémité, le sommet / nux, la nuit) :crépuscule, bien que ces papillons de nuit ne soient pas crépusculaires.

  Rumicis renvoie bien au rumex, "l'une des plusieurs plantes données par Linné comme plante-hote."

En index de l'ouvrage, on trouve en cherchant viminia un renvoi vers Brachylomia viminalis, dont la plante-hote est l'osier, comme elle l'est pour Coleophora viminetella , Stigmella vimineticola, Phyllonorycter viminiella, ou Phyllonorycter viminetorum !

 

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 09:27

J'avais du stationner sous un chêne, ou secouer en roulant dans un chemin des branches basses : j'ai trouvé , posé sur l'essuie-glace de ma voiture, ce monstre en miniature (13 à 18 mm ) qu' il a fallu identifier : un Ledra aurita, Linnaeus 1758 , alias Grand diable. C'est une cicadelle, un insecte qui se dissimule sur l' écorce des arbres, où il devient indétectable, et suce la sève grâce à son rostre, ce prolongement  de la bouche qui sert de guide aux stylets perforant l'écorce.

   Il est bien reconnaissable par les deux appendices de son pronotum en forme d'oreille, qui lui a valu son qualificatif de aurita et son nom vernaculaire de Grand diable (depuis les représentations médiévales, les grandes oreilles velues et élancées sont un attribut diabolique ).

  J'ai pu m'assurer en le soumettant à la question (c'est à dire en le confrontant au miroir de mon objectif photographique, ce que tout être satanique abhorre ) qu'il est un excellent sauteur, et qu'il émet une stridulation comme les cigales.

   Il est doté de faux yeux au dessus des vrais, et d'une lame dentée externe sur le tibia postérieur (aramel.free.fr).

 

   Il me reste à relire mon Malleus maleficarum(Marteau des sorcières ) afin de soutirer à l'animal d'autres aveux, noter d'autres marques du diable, obtenir une confession spontanée des sabbats auquel il se livre, el le reconduire aux frontières.

 

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 20:27

       La F.A.O a fait les comptes : Cent grammes de boeuf fournissent 20,2g de protéines alors que cent grammes de sauterelles en procurent 26,3 g. Pour produire un kilo de boeuf, il faut 9 kilos de végétaux et pour produire un kilo d'insectes comestibles, seulement  un à deux kilos de végétaux. La respectable Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture propose donc de nous convertir à l'élevage intensif d'insectes. Le japon, la Thaïlande , l'Afrique du Sud et le Mexique sont cités en exemple, et un producteur anglais propose déjà des tarentules braisées, des sauterelles au curry ou des sucettes au scorpion.

 

     Mecostethus grossus ne se trouve pas encore au fast-food du coin, aux Dieux ne plaisent, et je me suis rendu dans les tourbières du Venec en Brennilis pour le découvrir. Ce grand criquet de 2 à 3 cm de long est remarquable par son tibia postérieur annelé de jaune et de noir et par la bordure rouge vif de son fémur postérieur. On le trouve exclusivement dans les  zones humides, notamment les tourbières.

Selon Alain Guéguen et Bernard Clément ( Revue Penn ar Bed n°117 consacrée aux tourbières et bas-marais, 1984, page 88) dans leur article "Les criquets et sauterelles d'un marais tourbeux " signalent qu'on le trouve autant dans la cariçaie, milieu fermé à végétation touffue et haute, que dans la tourbière, milieu ouvert à végétation rase : ceci s'explique par la biologie de ce criquet dont les femelles déposent leurs oothéques dans le feutrage des coussinets des sphaignes où les oeufs passeront l'hiver, alors qu'en vieillissant la population tend à coloniser la végétation plus haute, où elle trouve son alimentation. la consommation des carex et des graminées permettra aux adultes _ je recopie ici leur article_d'assurer leur maturation sexuelle.

    J'ai aussi admiré les rateaux qui équipent tibias et fémurs.

 

On nomme aussi cet orthoptère le Criquet Ensanglanté.

 

 

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Si vous voulez vous amuser avec un criquet ou une sauterelle, essayez de la photographier de profil lorsqu'il grimpe le long d'une tige ; vous le verrez tourner de telle façon qu'il restera toujours de face, caché derrière son petit doigt, mais si malin que vous aurez bien du mal à prendre à défaut sa stratégie. Ce qui nous donne ces images :

 

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  A coté, un autre criquet plus petit, que je n'ai pas identifié, mais qui sautait dès que j'approchais mon objectif : dans le creux de ma main, il s'est laissé faire ;;;et puis hop!

 

 

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Qui veut bien m'indiquer son nom ?

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 15:14

Un peu partout autour des plans d'eau, des libellules passent à vive allure, tournent autour des saules, montent dans le ciel, partent vers les fossés, les étangs. Des Anax, des Aeschnes, sans-doute et même certainement quand je parviens à les observer avec les jumelles malgé leur vivacité, mais j'en vois qui passent accouplées et se posent sur le sol : là, j' identifie des sympetrums, et un coup de filet me permet de préciser : sympetrum striolatum (sous réserve, bien-sûr, sous  toutes réserves...)

Voilà donc les images, plus faciles à regarder qu'à prendre : l'accouplement, et la ponte en duo .

Tout d'abord, l'identification :

Le mâle :

 

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La femelle :

 

 

 

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Dans les terrains sablonneux des herbus de l'anse de Kernig à Plouneour-Trez :

 

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...ou autour de l'étang de Curnic à Guissény :

 

 

 

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Et maintenant la ponte, avec beaucoup de photos pour  donner une idée de ces flèches orangées vire-voltant, tantôt ici, tantôt là, non là ! ici ! là!

 

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 11:11

Le Bronzé, c'est  lui : le Cuivré commun, Lycaena phlaeas :

 

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   Le plaisir de l'observation d'un animal ne serait rien  sans son identification, et il est étrange de constater combien nous sommes peu capable de nous satisfaire de la contemplation pure  des formes, des couleurs et des mouvements ; il nous faut joindre , Augustin d' Hippone l'avait déjà observé, à la libido sentendi la libido sciendi, le plaisir de savoir, par lequel les naturalistes satisfont, sous une forme forme pacifique et respectueuse, leur libido dominandi.

  Donc, tenant un papillon, il nous faut, renouvelant la clameur inaugurale du vieil Adam, lui attribuer un nom, que l'on recherche fébrilement dans les guides lorsqu'on est encore potache au Lycée papillon.

    C'est Buffon qui imposa l'usage de la nomenclature pour désigner sans ambiguïté un ensemble fini d'objet dans le cadre d'une science, alors que dans la Rome antique, le nomenclator était l'esclave qui clamait les noms des plats que l'on servait, ou, tel l'huissier "habillé de noir comme un bourreau" de la Princesse de Guermantes,annonçait les personnes qui rentraient.

  ( On se souvient de l'embarras du héros de Marcel Proust : " L'huissier me demanda mon nom, je le lui dis aussi machinalement que le condamné à mort se laisse attacher au billot. Il leva aussitôt majestueusement la tête et avant que j'eussepu le prier de m'annoncer à mi-voix pour ménager mon amour-propre si je n'étais pas invité, et celui de la Princesse de Guermantes si je l'étais, il hurla les syllabes inquiétantes avec une force capable d'ébranler la voûte de l'hotel. "A la Recherche du Temps Perdu, Sodome et Gomorhe )

 

  Et bien ce n'est pas le moindre de nos plaisirs de naturaliste que de jouer -in petto- à l'aboyeur  et de "hurler" le nom vernaculaire et le nom bi-nominal de l'individu ailé que nous tenons au bout de nos jumelles, de notre objectif ou dans le repli de tulle de notre filet.

 

Tel le hérault d'armes qui, possédant à fond son armorial, sait dire à son Seigneur l'identité d'un chevalier, son rang, et sa maison par l'observation de son écu, de sa bannière et de ses pennons , il nous faut blasonner les ailes de notre specimen jusqu'à pouvoir crier comme une Eureka : " Cuivré commun!"

 

   Et c'est précisément là que tout s'effondre : commun, notre beau bronzé ! Commun,celui que toute l'onomastique lépidoptériste s'accorde à placer sous le triple portique du Loup fauve ( lycaena : de lycos, le loup ), du Métal (en français le cuivré, en anglais small copper, en italien argo bronzeo ) et du Feu (phlaeas viendrait du grec phlego, enflammer, qui donne aussi phlegme -humeur issue de l'inflammation- et phlégmon - collection de phlégme-, son nom allemand feuerfalter signifie papillon du feu, le nom néerlandais vuurvlinder associe aussi vuur, le feu et vlinder le papillon ) !

  Commun,comme l'Azuré commun ou le  Fadet commun  qui se sont vu aussi affligés de ce qualificatif blasé qui en rabat tant sur la fierté et le bonheur de notre découverte qu' aussitôt l'émerveillement s'émousse !  Ah, non! Il aurait fallu la verve d'un Cyrano, les adjectifs dithyrambiques, le feu, la flamme, le panache, le cri admiratif , l'emphase !

  On eut pu, là, tout de go, le comparer en superlatif , non pas même à Rabbi Yo'hanan, mais à sa soeur !

             Ah, vous n'avez pas lu le Baba-Metsia, ce récit talmudique qui raconte la vie de Rabbi Yo'hanan Bar Narphela ?

Cet amora, interprète vénéré qui a contribué au Talmud, vivait au troisième siècle. Il était jeune il sentait peut-être le sable chaud mais en tout cas  il était si beau qu'il se vantait d' être "un reste des spendeurs de Jérusalem", et si son nom ne figure pas dans la liste des cent plus beaux rabbi , c'est que cette liste ne mentionne que les barbus. Lui, il était parfaitement imberbe, si imberbe qu'alors qu'il se baignait dans le Jourdain, Rech Lakish, qui n'était pas encore le docteur dont les sentences émaillent le Talmud de Jérusalem et celui de Babylone, mais un vil gladiateur, plongea pour le rejoindre en croyant pouvoir conquérir une jolie jeune fille. Est-ce pour le repousser que Yo'hanan lui déclara qu'il avait une soeur encore plus belle que lui et que Rech Lakish pourrait l'épouser pour peu qu'il veuille bien renoncer aux armes et consacrer ses forces à l'étude de la Torah ?

 

   Vous lirez ailleurs comment ces beau-frères se fâchèrent, comment Rech Lakish mourut et comment Yo'hanan se consumma de chagrin pour ne plus rencontrer, face à se opinions, que vingt-quatre louanges à la place des vingt-quatre objections que lui opposait Lakish, exigeant vingt-quatre réponses !

Là n'est pas mon propos, mais de citer Baba-Metsia 34 : "Si on veut contempler une beauté comparable à celle de rabbi Yo'hanan, qu'on prenne un gobelet d'argent à peine sorti des mains d'un orfèvre, qu'on le remplisse des grains d'une grenade rouge, qu'on l'orne de roses rouges et qu'on le pose entre ombre et soleil , et vous n'aurez encore qu'un simple reflet de la beauté de Rabbi Yo'hanan !"

    Voilà comment on aurait pu décrire la beauté de Lycaena phleas plutôt que de le qualifier de "commun".

 

 

 

 

A ses cotés volait aussi le Cuivré fuligineux, Lycaena tityrus, Poda 1761.

  Il s'agit de la femelle. Eh bien, que faut-il ajouter au gobelet d'argent, aux grains de grenade rouge, aux roses rouges et au vermeil des jeux du soleil pour l'égaler ?

 

A une époque où on savait son Virgile par coeur, un savant déjà émerveillé sans-doute par l'Amaryllis (grec amaryssein: resplendir) a baptisé notre fuligineux du doux nom du chevrier joueur de flûte de la première églogue des Bucoliques : Tityre.

      " Melebeus:

                        Tityre, tu patulae recubans sub tegmine fagi

                        silvestrem tenui Musam meditaris avena

                        nos patriae finis et dulcia linquimus arua;

                        nos patriam fugimus ; tu, Tityre, lentus in ombra

                        formosam resonare doces Amaryllida siluas. "

 

  ( Couché sous le vaste feuillage de ce hêtre, tu essayes, ô Tityre, un air champêtre sur tes legers pipeaux. et nous, chassés du pays de nos pères, nous quittons les douces campagnes, nous fuyons la patrie. Toi, Tityre, étendu sous de fraisombrages, tu apprends aux échos de ce boisà redire le nom de la belle Amaryllis. Trad M.Nisard, 1850.)

 

Ce qui est interessant, c'est que les Bucoliques ont pour cadre l' Arcadie, province grecque quasi-mythique, dont Tityre et Mélibée sont deux bergers.

  Or on lit dans l'article consacré à Lycaena phlaeas dans Butterflies of British Columbia de Crispin Spencer Guppy, à propos de l'étymologie de lycaena : " the name lycaena is most likely derived from the greek Lucaios (Arcadian) , as several of the species names are those of Arcadian shepherds (Emmett 1991) "

 

Le Mont Lykaion est le plus haut sommet d'Arcadie, et c'est sur ses pentes qu'un culte était rendu à Zeus Lukaios, culte décrit par Platon en République 565D-e. Les Lykaïa étaient des fètes archaïques où des éphèbes subissaient des rites de passage incluant le cannibalisme. 

   Mais depuis Théocrite (280 av J.C) et surtout Ovide et Virgile, l'Arcadie n' évoque pas le déchainement de sauvageries et de scénes de loup-garou, mais un lieu primitif et idyllique peuplé de bergers, et un Age d'or , un monde pastoral d'union avec la nature et de démocratie. Le Mythe acadien joua un rôle majeur à la Renaissance,  au siècle des Lumières et jusqu'à nos jours.

    Il est donc légitime de penser que les savants qui ont baptisé nos papillons, très shématiquement entre 1750 et 1850 ont été inspirés par ce mythe et les noms propres, de lieu, de personne ou de figure légendaire, comme ils ont puisé aussi dans la mythologie gréco-latine. Fabricius, qui a créé le genre lycaena, publiait en latin.

 

 

 

 

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Il y avait encore l'Argus bleu, Polyommatus icarus, ci-devant azuré commun : bof, que c'est banal !

 

 

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Et puis, dans la même prairie, cette chenille oursonne (d'écaille ?)

 

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Et aussi cette sauterelle, que j'ai emmené voir la vue du haut du Four à Chaux de l'Aber : elle a crié "Banzaï" et elle a sauté !

 

 

 

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Enfin les cuivrés, l'argus, la sauterelle, la chenille et le grillon des bois  avaient ce compagnon au teint rouillé :

 

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