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30 juillet 2020 4 30 /07 /juillet /2020 21:40

Les sablières (1663), l'entrait (1667)  et les statues de la chapelle de Lanjulitte exposées dans l'église Saint-Magloire  à Telgruc.

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Sur Telgruc, voir :

 

Sur les sablières, voir :

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PRÉLUDE.

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On connaît le mythe de Pygmalion ("poing" — grec qui a donné aussi Pygmée—), sculpteur qui tombe amoureux de la statue qu'il a créé ; il l'étreint et l'embrasse, et aussitôt  Aphrodite  lui confère la vie sous le nom de Galathée ("blanche comme lait"). Il l'épouse, et cette alliance de la force du poignet et de la grâce de la beauté devient féconde.

Je pourrais en proposer la version suivante :  une poignée d'amateurs, séduits par la beauté des trésors d'une chapelle, les ressuscitent et leur passion anime désormais ces sculptures de la vie propre aux belles choses. Ils se nomment, entre autre, Auguste Dizerbo, Dominique de Lafforest, Marie Bideau, Maurice Keravel, Louis Dagorn, Breiz Santel, EOST,  Eric Blanc, ou Christian Moureaux :  le récit de leur amour opiniâtre (sous la plume de Didier Cadiou) est magnifique. Le rôle d'Aphrodite serait tenu par la restauratrice d'art Hélène Champagnac .

Mais il faudrait disposer d'un autre mythe où le simple touriste tombe amoureux d'une statue et la voit  venir l'embrasser de ses lèvres mignardes.  C'est mon histoire, et mes yeux sont encore brûlants de l'azur du regard de la belle Julitte. Ses deux yeux bleus, deux flambeaux de ma vie,  dessus les miens foudroyant leur clarté, ont esclavé ma vieille liberté. Elle m'a rendu la vie et mort d'amour je suis. Transformé en un âne brayant.

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PRÉSENTATION.

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"Chapelle de la fin du 15e siècle construite sur les terres des Rosmadec. Deux socles de statue du transept sud portent des blasons : l'un d'un ecclésiastique ; l'autre, aujourd'hui muet, était peut-être peint aux armes des Rosmadec. La mise en oeuvre en petits moellons réguliers du transept sud ainsi que ses baies (avec remplage gothique) et celles du choeur témoignent de l'ancienneté de l'édifice. En 1677, la chapelle est partiellement reconstruite, notamment le pignon ouest et la charpente, à l'initiative du recteur François de Kerscao, du curé Horellou et du fabricien Jacques Le Monze dont le nom figure sur une pierre remployée à la croisée du transept et sur le pignon ouest, avec la date. C'est sans doute à cette époque que la baie du transept sud est partiellement bouchée pour mettre en place un retable. La fenêtre percée dans le mur sud du choeur est transformée en porte pour accéder à une sacristie construite après 1831, autrefois couverte en appentis. Les ruines de la chapelle ont été consolidées en 2000.

Chapelle construite en moellon de grès et de schiste avec encadrements de baies en granite. Plan en croix latine asymétrique avec aile sud profonde et petite aile au nord. Nef courte sans bas-côtés et chevet plat. Tour carrée avec chambre des cloches ajourée. Au sud, petite pièce accolée au choeur à usage probable de sacristie.

Seule chapelle de la commune conservée après la Révolution sur les quatre existantes, Sainte-Julitte possédait un riche décor de poutres sculptées et de statues en bois polychrome dont un groupe sculpté de sainte Julitte et saint Cyr, classé M.H. en 1994. Après la dernière messe célébrée en 1955, elle est laissée à l'abandon. Les ruines de la chapelle ont été restaurées par l'association Eost de Telgruc grâce à des subventions obtenues par la municipalité en 2000." (Judith Tanguy-Schröer)

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La chapelle a été restaurée au XVIIe siècle sur un édifice précédent du XIVe ou XVe siècle. Son historique a été remarquablement décrit par Didier Cadiou (Avel Gornog 2018) avec une précision de détective, et un dossier iconographique et bibliographique complet.

Les éléments de datation sont :

-1595 : une ancienne maison de prêtre est signalée au Lez voisin de Lanjulitte, avec sur le linteau de la porte nord une inscription, un calice (signalant la demeure d'un prêtre) et cette date.

-Une date de 1618 se trouve sur une pierre posée à l'envers (c'est donc un réemploi) à la base et au revers du clocheton avec la mention "G : HOREL/LOV : 1618."

-l'inscription lapidaire du linteau de la maison voisine portant le nom de "M.G. CADIOV" avec la date de 1646. Il s'agit vraisemblablement de maître Guillaume Cadiou, mentionné dans un acte de 1682 comme redevable d'une chefrente (rente perpétuelle payable en argent ou en nature au seigneur suzerain par le détenteur d'un héritage noble) à Eustache Joseph Marie du Han. 

-l'inscription des sablières avec IACQUES  FABRI et la date de 1663.

-D. Cadiou signale la date de 1663 sur une pierre de taille du chevet avec l'inscription GVIL. BOVSS/ART FAB 1663 soit "Guillaume Boussart fabricien en 1663". [un Guillaume Le Boussart (1652-1721) est mentionné par les généalogistes comme laboureur à Porslous, à moins de 1 km  au sud-ouest de Lanjullite. Il avait épousé Jeanne Le Monze. Il peut s'agir du fils du fabricien]. 

-Une  inscription lapidaire est brisée, le chronogramme est absent,  on ne  lit plus que IACQVESL / FABRI : L, comme sur la sablière de 1663.

-l'inscription lapidaire de la porte d'entrée, dont le plein cintre associe la date de 1677 sur la clef de voûte et les inscriptions gravées I LE MONZE  sur le claveau de gauche et FA --- sur le claveau de droite.

-l'inscription de l'entrait associant le nom du recteur François de Kerscao . Il n'était plus recteur de Telgruc en 1679.

-l'inscription d'un autre entrait, signalé par Dizerbo et photographié, portait l'inscription F: PAR . MOY : IACQVES : LE : MONZE : F : 1677 (Fait par moi Jacques Le Monze fabricien l'an 1677.)

-le pennon généalogique provenant de la chapelle, avec les armes de René de la Porte et Anne-Marie du Han, dont le mariage date de 1656.

-le nom du recteur Monfort sur la cloche : Maurice Monfort (1816-1890) fut recteur de Telgruc de 1865 à 1889.

-le millésime 1880 gravé sur un granite de la face sud du clocheton signalant la date de sa reconstruction.

-Une autre inscription lapidaire est brisée, le chronogramme est absent,  on ne  lit plus que IACQVESL / FABRI:L, comme sur la sablière de 1663.

On peut conclure, avec Didier Cadiou, de ce qui précède que la chapelle de Lanjulitte a fait l'objet d'une première restauration en 1618, à la fin des guerres de la igue, et qu'elle a ensuite été restaurée de façon plus importante entre 1663 et 1677. "On imagine qu'une première tranche de travaux, en 1663, a concerné l'aile sud-est et le chœur, tandis qu'une seconde tranche, en 1677, a concerné le chœur et le clocher" (D. Cadiou). Ces travaux ont été supervisés par les fabriciens Guillaume Boussart et Jacques Le ? en 1663. Ils ont été exécutés alors que René de la Porte et Anne Marie Le Han étaient les seigneurs du lieu.

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I. LES SABLIÈRES SCULPTÉES (1663).

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Les sablières sont des pièces de bois horizontale qui, à la jonction entre les murs et la charpente, reçoivent l'extrémité inférieure des chevrons dans un pan de toiture.

 

Celles de Lanjulitte n'ont pas été étudiées par Sophie Duhem, auteure de référence sur les sablières de Bretagne par sa thèse de 1997, puisque ces sablières de Lanjulitte n'étaient alors ni restaurées ni présentées.

Elles sont aujourd'hui présentées dans l'aile sud de l'église Saint-Magloire.

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Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Première sablière. Deux dragons crachant un rinceau.

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Comme pour les autres pièces qui seront examinées, les identifications des animaux représentés sont imprécises. Les seules raisons de voir ici deux dragons sont d'une part la mise en perspective avec l'iconographie traditionnelle des sablières de Bretagne (et notamment du Finistère) , où les dragons sont prédominants, et d'autre part la queue de serpent. Les deux oreilles rondes sont également traditionnelles dans ces représentations ; les  écailles seraient un indice précieux ... si on ne les trouvaient pas ensuite sur des animaux différents.

Mais libre à chacun d'y voir des crocodiles...

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Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Deuxième sablière. Inscription gravée de 1663.

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Jadis placée dans l'aile sud-est de la chapelle, elle a été restaurée jusqu'en juillet 2013 par Hélène Champagnac de l'Atelier régional de Restauration de Bignan (56), car son état nécessitait un traitement écologique contre les insectes, contre la pourriture cubique causée par les micro-champignons , et une consolidation par injection de résines époxydes.

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Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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L'inscription  est gravée en lettres capitales avec ponctuation de séparation par le deux-points:

MESIRE : HENRI : HORELLOV
PBRE : CURE : 1663.

La graphie MESIRE pour "messire" est attestée dans les manuscrits français. PBRE est l'abréviation très courante pour "prêtre" par le latin presbyter, même sens.

Soit "Messire Henri Horellou, prêtre curé, 1663". Il ne s'agit donc pas du recteur de Telgruc, mais de son vicaire. La plupart des prêtres des paroisses en étaient natifs, mais la base Geneanet ne propose aucun individu portant ce patronyme à Telgruc avant 1663. Le nom, qui dérive du diminutif du breton horell "hochement, ébranlement" ou "balle de bois pour jouer à la crosse" est d'abord attesté à Quimper et  à Primelin vers 1580, puis à Saint-Nic en 1600 et Dinéault (vers 1615).

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Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Troisième sablière. Trois animaux, et inscription  par  le fabricien de 1663.

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Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Inscription :

Elle n'est pas gravée, mais sculptée en réserve, en lettres capitales (sauf le Q), avec un S rétrograde, et une ponctuation de séparation des mots par le deux-points.

IACQVES :

FABRI : 1663.

Il est probable que IACQUES corresponde au prénom Jacques, et que le patronyme soit perdu. Pourtant, la partie brisée ne conserve pas la partie basse d'une inscription de complément, et, d'autre part, la disposition générale en deux lignes achevée par un feuillage n'est pas en faveur de cette hypothèse. Souvent, le prénom du fabricien est en initiale ou en abrégé (I. LE MONZE ou GVILL. Le BOUSSART). Pourtant, aucune autre lecture ne peut être proposée.

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Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.
Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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L'âne.

Là encore, l'identification animale n'est que probable.

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Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Deux autres animaux affrontés (dragon et renard).

Ils différent surtout par leur queue, large, à droite, comme celle d'un renard et longue, fine et enroulée à son extrémité à gauche, comme celle des dragons de la première pièce. D. Cadiou évoque l'hypothèse d'une genette. Aucune certitude n'est possible.

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Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sablières (1663) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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II. L'ENTRAIT (vers 1677) DE LA NEF.

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Inscription : 

NOBLE ET DISCRET M[ESS]IRE  FRACOYS DE K'SCAO . RECR

Soit "Noble et discret messire François de Kerscao, recteur".

—"La famille de Kerscao est une très vieille maison qu'on voit aux anciennes réformations des XVème et XVIème siècles et dont un membre messire Maurice de Kerscao figure à celle de 1427, marié à noble demoiselle Typhaine Thomas ; ils vivaient en 1415, il était fils de messire Jean de Kerscao et de noble demoiselle Marguerite Le Long. Lors de la réformation de 1660 cette maison fut reconnue noble d'ancienne extraction avec neuf générations. Armes : D'argent à deux dauphins d’azur en pal adossés. (P. A-Grancière).


— Messire François de Kerscao apparaît dans un acte de 1679 (*) comme recteur de Quimper-Corentin, et il est qualifié en 1669 de seigneur de Penanguer.

(*)1679 , à Pluguffan : Mariage de fermiers demeurant au manoir de Kerascouët. Ont signé François de Kerscao, recteur de Quimper-Corentin, Alain de Goulhezre, Jeanne et Anne de Goulhezre, René Louis de Cornouaille." ( AVENEAU DE LA GRANCIÈRE,  1895 -Notes historiques sur la paroisse de Pluguffan, ‎Revue historique de l'Ouest - Volume 11 - Page 585)

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67171p/f590.item.r=kerscao

 

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Entrait (1677 ?) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Entrait (1677 ?) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Extrémité à engoulant de la poutre : une gueule de lion ou de dragon.

Je privilégie l'hypothèse du dragon puisque c'est cet animal qui est le plus fréquemment trouvé aux extrémités des entraits des charpentes bretonnes. 

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Entrait (1677 ?) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Entrait (1677 ?) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Nœud de l'entrait : un cœur enflammé dans un cartouche à enroulement stylisé.

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Entrait (1677 ?) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Entrait (1677 ?) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Extrémité  à engoulant de la poutre : une gueule de lion ou de dragon.

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Entrait (1677 ?) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Entrait (1677 ?) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Entrait (1677 ?) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Entrait (1677 ?) de la chapelle de Lanjulitte, église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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DISCUSSION SUR LA CHARPENTE SCULPTÉE.

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Les 4 pièces (3 sablières et 1 entrait) sont datées par inscription de 1663 pour les premières, et par  estimation de 1677 pour la dernière. Si on compare ce créneau de la seconde moitié du XVIIe avec les dates des charpentes sculptées encore conservées en Presqu'île de Crozon et Aulne Maritime, nous constatons que celle de Lanjulitte sont trop tardives pour être attribuées au Maître de Pleyben (auteur des sablières de Sainte-Marie-du-Ménez-Hom vers 1575) ou au Maître de Plomodiern (auteur des sablières de l'église de Plomodiern en 1564 et de celle de Saint-Nic en 1561-1566).

Par contre, cette charpente est contemporaine de celles de l'église de Landévennec (v.1659), de Trégarvan, et des chapelle Saint-Jean (1653) et Saint-Côme (1641-1675) de Saint-Nic. Pourtant, alors que les sculptures de ces 4 charpentes ont de manifestes points communs stylistiques, — au point que j'ai proposé de les attribuer à un atelier nommé par convention celui du Maître de Saint-Nic), ces caractères stylistiques ne sont par retrouvés à Lanjulitte.

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Peut-être cela est-il dû au trop faible nombre de pièces conservées ici, mais néanmoins et inversement, les sablières de Lanjulitte ont des particularités que nous ne trouvons pas ailleurs :

- importance des représentations animales.

-dessin grossier voire naïf, pauvre en détails anatomiques.

-contraste bicolore entre le fond blanc et le bois (du moins dans la présentation actuelle, mais qui se retrouve sur les photos des sablières avant restauration)

-surtout, remplissage de toute la surface des animaux par des encoches creusées à la gouge (et, dans le cas d'un "dragon", de stries parallèles)pour rendre les écailles des dragons et/ou le pelage de l'âne et du "renard" .

Ce procédé répétitif et invariant quelque soit le sujet est primitif, mais il excelle pourtant à obtenir par le contraste du bois sur le fond blanc un effet décoratif et une lisibilité remarquables.

Nous devons donc, sous réserve d'autres découvertes, conclure à une œuvre isolée (sans équivalent ailleurs), qui pourrait être attribuée à un menuisier local si nous ne constations pas la maîtrise de la réalisation.

Mais nous ne disposons plus des sablières des autres chapelles de Telgruc (celles de Luzéoc, de Saint-Thomas à Kérédan et de la Vierge-Noire à Penhoat-Jardin, déjà absentes du cadastre de 1831), de l'église paroissiale (du XVIe-XVIIe mais détruite par un bombardement en 1944), ou de nombreux édifices religieux des communes voisines, qui auraient pu témoigner d'une activité plus riche de ce sculpteur.

 

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III. LA STATUAIRE.

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Statue de sainte Julitte. Bois polychrome du XVIIe siècle, de 105 cm de haut, restaurée en 2001 à Kerguehennec. 

Classement MH 1991/11/14.

Il pourrait  s'agir d'une œuvre des ateliers de la Marine de Brest.

Un cliché ancien (de 1994 ?) de la Médiathèque du Patrimoine montre qu'il s'agissait à l'origine d'un groupe de Sainte Julitte avec son fils saint Cyr.

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29001304

Elle tenait un objet (la palme du martyre ?) dans sa main droite ; sa main gauche est posée sur un livre. Un voile est visible sur sa tête, et il passe ensuite derrière sa nuque. Saint Cyr portait une pèlerine à larges rabats, et boutons antérieurs,  et une besace.

 

Sainte Julitte et son fils saint Cyr, âgé de 3 ou 4 ans, subirent le martyre à Tarse au IVe siècle.

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Copyright Ministère de la Culture (France), Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (objets mobiliers), tous droits réservés https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29001304

Copyright Ministère de la Culture (France), Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (objets mobiliers), tous droits réservés https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29001304

Statue de sainte Julitte provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statue de sainte Julitte provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statue de sainte Julitte provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statue de sainte Julitte provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statue de sainte Julitte provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statue de sainte Julitte provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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On peut comparer ce groupe à celui de la cathédrale Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Nevers : mais moi, j'ai ma préférée.

Cette cathédrale possède les reliques de saint Cyr et de sa mère depuis la fin du VIIIe siècle.

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Sainte Julitte et saint Cyr, pierre polychrome, XVIe siècle, cathédrale de Nevers. Photo lavieb-aile.

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Statue de sainte Julitte provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statue de sainte Julitte provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Vierge allaitante ou Virgo lactans, bois polychrome de 75 cm de haut,  XVIe siècle, restaurée en mai 2012.

Vierge couronnée, présentant à travers une fente de sa robe le sein droit à son Fils.

Ce thème est répandu en Bretagne, notamment en Finistère :

 

 

Virgo lactans ou miss Néné ? Les candidates du Finistère. Les Vierges allaitantes.

 

 

Statue de la Vierge allaitante provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statue de la Vierge allaitante provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Statue de la Vierge allaitante provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statue de la Vierge allaitante provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Saint Marc. Bois polychrome (4 niveaux successifs), XVIe siècle, restaurée en mars 2014 par l'ARR de Kerguehennec à  Brignan.

Inscrit MH au 21012/12/20

Le saint évangéliste tient un livre dans la main gauche . Il a perdu l'objet qu'il tenait en main droite et qui était peut-être un calame ou une plume de rédacteur.   Il s'identifie par le lion du Tétramorphe à ses pieds. Ce qui est particulier, c'est le bonnet de docteur dont il est coiffé. On retrouve cela en sculpture sur pierre, soit par Le Maître de Plougastel (statue en kersantite de saint Matthieu du Grand calvaire de Plougastel vers 1602 ; statue en kersantite de saint Marc du calvaire de Guipronvel), ou par Roland Doré (statue en kersantite de saint Marc su la façade ouest de Cast).

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29004260

http://www.lavieb-aile.com/2020/04/la-fin-d-une-epidemie-le-calvaire-monumental-de-plougastel.html

http://www.lavieb-aile.com/2020/03/le-calvaire-de-l-eglise-de-cast.html

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Statue de saint Marc provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statue de saint Marc provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statue de saint Marc provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statue de saint Marc provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Saint- Yves. Bois polychrome du XVIIe siècle de 107 cm de haut, 34 cm de large et 26 cm de profondeur.

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Inscrit MH 1992/01/21.

Le saint est représenté en juriste (comme avocat ou comme Official) avec la barrette de docteur, le livre de droit en main droite, le rouleau de plaidoirie ou un "placet" (requête de justice) dans la main gauche, la cotte talaire (recouvrant les talons), le surplis, et le camail couvrant les épaules et dont la capuche entoure le cou. Les manches du surplis blanc ont des revers rouges.

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— Voir aussi sur l'iconographie de  saint Yves :

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Statue de saint Yves provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statue de saint Yves provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statue de saint Yves provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statue de saint Yves provenant de la chapelle de Lanjulitte, exposée dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Pennon généalogique provenant de la chapelle de Lanjulitte et restauré en avril 2016 par Gilles Mantoux.

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Ce pennon armorié était autrefois accroché au dessus du maître-autel de Lanjulitte. Il est en châtaignier polychrome et mesure 96 cm de haut, 105 cm de large et 12 cm d'épaisseur.

Les armoiries présenté de deux aigles sont timbrés d'une couronne de marquis, et sommée d'une tête d'ange ailée entourée de volutes.

A.H. Dizerbo et D. Cadiou l'ont décrit écartelé au 1 du Han — d'argent à la bande fuselée de sable soutenant un lion morné de sable —, au 2 Le Méneust — d'or à la fasce de gueules chargée d'un léopard d'argent et accompagné de trois roses de gueules—, au 3 d'Artois —de sable au greslier enguiché d'argent — et en 4 de Goulaine —mi-parti d'Angleterre et de France—, sur le tout de la Porte — de gueules au croissant d'hermines —.

Ce sont les armes de René de la Porte, vicomte d'Artois, conseiller au Parlement de Bretagne, qui a épousé en 1656 Anne Marie du Han, fille de Jean du Han et de Claude de Goulaine et petite fille de Le Meneust. C'est elle qui a hérité du comté de Crozon et de la seigneurie de Rosmadec.

Comme on le constate, les émaux (couleurs) d'origine n'ont pas été respectés, et tous les meubles ont été peints en or sauf le croissant central, bleu-gris sur fond blanc.

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Pennon généalogique provenant de la chapelle de Lanjulitte  et exposé dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Pennon généalogique provenant de la chapelle de Lanjulitte et exposé dans l' église de Telgruc. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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SOURCES, LIENS ET REVUE DE PRESSE.

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CADIOU (Didier) 2018,  Les restaurations de la chapelle de Lanjulitte, n°27 de la revue Avel Gornog  : Dossier  Telgruc-sur-Mer (Terrug) de juillet 2018 pages 83-95.
— CHAURIS (Louis), 2018,  La chapelle de Lanjulitte : polylithisme maîtrisé, 
 n°27 de la revue Avel Gornog  : Telgruc-sur-Mer (Terrug) pages 96-98.

— COUFFON (René) & LE BARS (Alfred), 1988,  Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8a73db67e2598582bf4670b1179c0215.pdf

CHAPELLE SAINTE-JULITTE A Lanjulitte. Edifice en forme de croix latine avec aile sud profonde, aujourd'hui en ruines. La poutre de gloire portait l'inscription : " FAICT PAR MOI IACQVES LE MONZE. 1677. ", mais la chapelle a gardé une partie de son fenestrage du XVe siècle.  Le mobilier, qui a pu être sauvé, a été transporté à l'église paroissiale (autel de l'aile nord, Crucifix du XVIe siècle de la sacristie, statue de saint Yves) et au presbytère (statues en mauvais état de sainte Julitte, saint Marc, saint Sébastien imberbe, Virgo Lactans). Chapiteau monumental ancien, au presbytère.

— DIZERBO (A.-H.), 1980, Monuments et objets d'art du Finistère. Telgruc, le chapiteau. Bulletin de la Société archéologique du Finistère. tome CVII p.262-264

—DIZERBO, A. Monuments et objets d'art du Finistère - Etudes, découvertes, restaurations. Telgruc, le chapiteau. Société archéologique du Finistère, tome CXXV, 1995, p. 166 et 521-522.

— DOUARD (Christel), 2011,  L'église Saint-Magloire, dossier IA29004999 de l'Inventaire.

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/eglise-paroissiale-saint-magloire-bourg-telgruc-sur-mer/5726fa3f-adbb-4471-8b54-855ae3ca1ee2

— DUHEM (Sophie), 1997, Sablières sculptées de Bretagne : images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne (XVe-XVIIe s.) sous la direction d'Alain Croix, Rennes 2.

— MÉDIATHÈQUE DU PATRIMOINE : la statue de sainte Julitte et de saint Cyr en 1994, 29W04774. Hauteur h =105 ; XVIIe siècle (?). Il pourrait  s'agir d'une œuvre des ateliers de la Marine (de Brest). Classé au titre d'objet 1991/11/14

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29001304?base=%5B%22Patrimoine%20mobilier%20%28Palissy%29%22%5D&mainSearch=%22telgruc%22&producteur=%5B%22Monuments%20Historiques%22%5D&idQuery=%228f0b44-786c-db22-812-84a1c56aa71%22

 

—  TANGUY-SCHRÖER (Judith), 2011, Dossier de l'Inventaire général IA29005013 .

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/chapelle-sainte-julitte-lanjulitte-telgruc-sur-mer/e668da8c-0402-4e2d-be70-f4ca37c3dc55

 

"Chapelle de la fin du 15e siècle construite sur les terres des Rosmadec. Deux socles de statue du transept sud portent des blasons : l'un d'un ecclésiastique ; l'autre, aujourd'hui muet, était peut-être peint aux armes des Rosmadec. La mise en oeuvre en petits moellons réguliers du transept sud ainsi que ses baies (avec remplage gothique) et celles du choeur témoignent de l'ancienneté de l'édifice. En 1677, la chapelle est partiellement reconstruite, notamment le pignon ouest et la charpente, à l'initiative du recteur François de Kerscao, du curé Horellou et du fabricien Jacques Le Monze dont le nom figure sur une pierre remployée à la croisée du transept et sur le pignon ouest, avec la date. C'est sans doute à cette époque que la baie du transept sud est partiellement bouchée pour mettre en place un retable. La fenêtre percée dans le mur sud du choeur est transformée en porte pour accéder à une sacristie construite après 1831, autrefois couverte en appentis. Les ruines de la chapelle ont été consolidées en 2000.

Chapelle construite en moellon de grès et de schiste avec encadrements de baies en granite. Plan en croix latine asymétrique avec aile sud profonde et petite aile au nord. Nef courte sans bas-côtés et chevet plat. Tour carrée avec chambre des cloches ajourée. Au sud, petite pièce accolée au choeur à usage probable de sacristie.

Seule chapelle de la commune conservée après la Révolution sur les quatre existantes, Sainte-Julitte possédait un riche décor de poutres sculptées et de statues en bois polychrome dont un groupe sculpté de sainte Julitte et saint Cyr, classé M.H. en 1994. Après la dernière messe célébrée en 1955, elle est laissée à l'abandon. Les ruines de la chapelle ont été restaurées par l'association Eost de Telgruc grâce à des subventions obtenues par la municipalité en 2000."

—  TANGUY-SCHRÖER (Judith), 2011, Telgruc-sur-mer, Présentation de la commune. Dossier de l'Inventaire général IA29004998

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/presentation-de-la-commune-de-telgruc-sur-mer/38510869-7551-46df-8246-5459936d9f77

— FONDATION DU PATRIMOINE : Les sablières de la chapelle Sainte-Julitte.

https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/sablieres-de-la-chapelle-de-lanjulitte-a-telgruc-sur-mer

— PRESQU-ILE-DE-CROZON.COM

https://www.presqu-ile-de-crozon.com/telgruc-sur-mer/chapelle-de-lanjulitte-001.php

— WIKI-BREST

http://www.wiki-brest.net/index.php/Chapelle_Sainte-Julitte_de_Telgruc-sur-Mer

Ouest-France avril 2016. Le blason de la chapelle Sainte-Julitte a été restauré :

https://www.ouest-france.fr/bretagne/telgruc-sur-mer-29560/le-blason-de-la-chapelle-de-lanjulitte-ete-restaure-4153985

— Ouest-France mars 2014. La statue Saint-Marc a été restaurée.

https://www.ouest-france.fr/bretagne/telgruc-sur-mer-29560/la-statue-saint-marc-ete-restauree-2061292

— Le Télégramme 27 juillet 2013

https://www.letelegramme.fr/local/finistere-sud/chateaulin-carhaix/crozon/telgruc/eglise-une-sabliere-de-lanjulitte-restauree-27-07-2013-2185404.php

— Le Télégramme 2016

https://www.letelegramme.fr/finistere/telgruc-sur-mer/eglise-le-blason-a-retrouve-sa-place-08-04-2016-11023362.php

— Le Télégramme 11 septembre 2017

https://www.letelegramme.fr/finistere/telgruc-sur-mer/patrimoine-des-sablieres-a-restaurer-11-09-2017-11658497.php

— Le Télégramme 22 décembre 2017

https://www.letelegramme.fr/finistere/telgruc-sur-mer/sablieres-lancement-de-la-souscription-22-12-2017-11790919.php

— LE Télégramme février 2019

https://www.letelegramme.fr/finistere/telgruc-sur-mer/patrimoine-une-souscription-pour-restaurer-des-sablieres-08-02-2019-12204521.php

— Le Télégramme mars 2020

https://www.letelegramme.fr/finistere/telgruc-sur-mer/les-entraits-de-lanjulitte-ont-rejoint-les-sablieres-dans-l-eglise-saint-magloire-03-03-2020-12517155.php

 

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
26 juillet 2020 7 26 /07 /juillet /2020 11:05

Le calvaire (XVIe et XXe siècle) de l'église de Saint-Hernin.

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Sur les articles sur les calvaires du Finistère, utilisez l'onglet "rechercher".

Sur Saint-Hernin, voir :

 

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PRÉSENTATION.

Alors que la construction de l'église de Saint-Hernin date de 1632, le calvaire de l'enclos  date, selon l'estimation d' Y.-P. Castel, vers 1530. Le site de la commune le situe plutôt entre 1555 et 1575. 

Des rapprochements stylistiques ont été faits par R. Couffon avec le Maître de Brasparts (auteur du calvaire éponyme), tandis que E. Le Seac'h a attribué les deux larrons au Maître de Quilinen ; les deux maîtres relevant de la même veine. Enfin, la Déploration est attribué au Maître de [la Déploration de] Laz.

La proximité resserrée des trois croix se retrouve à Motreff, Mellac, Quilinen et Brasparts, mais aussi au calvaire Saint-Maudez d'Edern.

C'est dire que ce calvaire ne manque pas d'intérêt dans une perspective d'étude comparative des ateliers de sculpture, et des sites paroissiaux.

C'est de toute façon un calvaire composite, tant dans ses matériaux (granite et grès arkosique) que pour ses éléments. Il a été restauré au XXe siècle (marmousets, Jean, saint Michel).

 Il mesure 6 mètres de haut. il comprend un emmarchement à 2 degrès, un soubassement architecturé avec table d’offrande  sur la face ouest, un socle rectangulaire portant 3 fûts rapprochés et une Déploration. Le fût central, octogonal puis cylindrique, est sculpté dans la masse de trois hommes en buste, qualifiés de "marmousets", et d'un archange Michel terrassant le dragon.

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Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Crucifix (granite, vers 1530).

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Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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La Vierge (grès arkosique, vers 1530).

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La Vierge se tient les mains jointes en prière. Le cou enserré d'une guimpe, elle porte un long voile et une robe longue qui lui cache entièrement les pieds" (Le Seac'h)

Le grès arkosique ou feldspathique :

"D'autres roches [que le granite]  sont plus favorables mais elles sont très localisées dans l'espace. Ainsi le kersanton, que l'on assimile à tort à un granite, serait un peu le marbre de la Bretagne par son grain et sa dureté sans sa couleur sombre et triste. Les filons affleurent au fond de la rade de Brest dans les communes de Plougastel-Daoulas, de Loperhet et de L'Hôpital-Camfrout. À partir du XVe siècle, il contribua grandement à l'éclosion de l'art breton et de la statuaire en particulier, dans les églises et dans les calvaires 23. Des ateliers le travaillèrent dans la vallée de l'Élorn à Landerneau, et leurs œuvres embellirent les enclos paroissiaux de la Basse-Bretagne.

Le grès arkosique (dit aussi feldspathique) du Bassin de Châteaulin (Finistère) est peu connu et sa renommée est loin d'égaler celle du kersanton. Il a pourtant concurrencé avec succès celui-ci et sa place est loin d'être négligeable dans la statuaire de la vallée de l'Aulne à l'époque de la splendeur de l'art breton. C'est une pierre gris-verdâtre, à grain fin, assez tendre, très apte à la sculpture quand elle se présente en bancs suffisamment épais. Elle n'est pas sans rappeler le grès de la Rhénanie qui a donné naissance à une statuaire remarquable dans la région de Trêves à l'époque romaine." (J-Y. Eveillard 1998)

 

 


"Ces grès ont aussi été mis en oeuvre dans la statuaire : parmi bien d’autres, évoquons les statues dressées au chevet de l’église de Laz, la statue de Saint-Maudez au Vieux-Marché (Châteauneuf-du-Faou), celle de Saint-Nicolas dans la chapelle N.-D. de Hellen (Edern), plusieurs personnages du célèbre calvaire de Pleyben… Quelques éléments de la chapelle – ruinée – de Saint-Nicodème, en Kergloff, ont été remployés lors de la reconstruction de la chapelle Saint-Fiacre de Crozon, après la dernière guerre ; en particulier de superbes sculptures d’animaux ont été emplacés à la base du toit dans la façade occidentale (Chauris et Cadiou, 2002).

Cette analyse entraîne quelques remarques de portée générale.

Dans un terroir dépourvu de granite, artisans et artistes locaux ont su mettre en œuvre un matériau qui, au premier abord, ne paraissait pas offrir les atouts de la « pierre de grain » qui affleure au nord et au sud du bassin.

Ce matériau local, utilisé dans les édifices les plus variés, confère au bâti du bassin de Châteaulin une originalité architecturale. Son association fréquente aux granites « importés » induit un polylithisme du plus heureux effet. Parfois, le grès a même été exporté vers les bordures du bassin, au-delà de ses sites d’extraction.

Du fait de ses aptitudes à la sculpture, le grès vert a été très tôt recherché pour la statuaire. Il joue localement le rôle des célèbres kersantons de la rade de Brest, à tel point que, dans un musée dont nous tairons le nom, une statue du xvie siècle, a été rapportée au kersanton, alors qu’en fait elle est en grès vert : hommage inconscient à ce dernier matériau !

L’emploi de cette roche singulière, constant pendant plusieurs siècles (au moins du xvie au début du xxe siècle) paraît aujourd’hui totalement tombé dans l’oubli. Ses qualités devraient susciter une reprise artisanale, tant pour les restaurations que pour les constructions neuves." (L. Chauris

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Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Les larrons (grès arkosique, Maître de Quilinen, vers 1500).

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"Les larrons ont une jambe repliée en arrière. Le bon, situé à gauche, le corps tordu, lève la tête. Le mauvais  larron est complètement renversé en arrière. Sa barbe est comme celle de l'Apôtre Pierre [du calvaire ] de Quilinen : elle est constituée de petites boules volumineuses placées sur trois rangées et qui remontent haut sur les oreilles. La corde qui les attache au fût est reproduite d'une manière scrupuleuse. " (Le Seac'h)

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Je rappelle que la "jambe repliée en arrière" figure en réalité une jambe brisée, et les contorsions sont celles de l'agonie, par fidélité (très fréquente en Bretagne) au texte évangélique de Jean 19:31-32  Dans la crainte que les corps ne restassent sur la croix pendant le sabbat, -car c'était la préparation, et ce jour de sabbat était un grand jour, -les Juifs demandèrent à Pilate qu'on rompît les jambes aux crucifiés, et qu'on les enlevât. Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes au premier, puis à l'autre qui avait été crucifié avec lui.

J'admire la finesse de sculpture que permet ce matériau (la ceinture de la culotte du mauvais larron, ou le rabat lacé de sa braguette), et sa résistance à l'érosion.

Dossier photo complémentaire ici :

https://monumentum.fr/eglise-saint-pierre-pa00090418.html

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Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Les trois marmousets servant de consoles (restaurés au XXe siècle).

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"Les marmousets qui servent de consoles sont évidés entre les bras et le fût comme le Maître de Brasparts l'a fait pour ses calvaires. " (Le Seac'h) 

Ils sont qualifiés par les auteurs de "marmousets", terme désignant des statuettes grotesques. Mais ce caractère grotesque n'est pas présent ici. Ils portent sur la tête une console carrée, leurs cheveux bouclés encadrent leur visage, et ils sont vêtus d'un pourpoint à plastron. Bras écartés pour saisir les mains de leur voisin, ils forment une chaîne ou danse pleine de dynamisme.

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Comparaison stylistique avec Braspart, Quilinen, Motreff (et Mellac bien différent) :

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Marmousets du calvaire de Brasparts. Photo lavieb-aile.

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Marmousets du calvaire de Quilinen à Landrévarzec. Photo lavieb-aile.

 

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Marmousets du calvaire de Motreff. Photo lavieb-aile.

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L'un des deux marmousets du calvaire de Mellac. Photo lavieb-aile.

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Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Saint Michel terrassant le dragon (restauré au XXe siècle).

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"Il est sculpté sur le fût en dessous des marmousets. Ses cheveux s'étalent en mèches. Il porte une armure et un  bouclier, et, comme à Mellac, il enfonce sa lance dans la gueule du dragon dont la queue est représentée par des stries successives. Ses yeux sont d'avantage en amande qu'à Mellac, et bridés ; son visage est plus carré. Il est copié sur le style du Maître de Quilinen." (Le Seac'h)

On le trouve également à Motreff, mais aussi à Brasparts également sculpté dans le même bloc que le fût sous les marmousets. Mais le bouclier est rond dans ces deux calvaires.

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Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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La Déploration (Grès arkosique , Maître de Laz, vers 1527).

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Dans cette Déploration a quatre personnages, "saint Jean est décapité et la Vierge a perdu le haut de sa tête. Le Christ a le bras droit brisé au niveau du poignet. La statue la mieux préservée est celle de Marie-Madeleine qui porte un voile comme la Vierge. Ses cheveux ondulent jusque sur son bras. La Vierge est revêtue d'un voile à franges godronnées  caractéristique et le bord de son manteau fait des gaufrures verticales." (Le Seac'h)

Le Christ est disposé  à l'horizontale, la tête appuyée sur les genoux de Jean, le bassin sur ceux de la Vierge, tandis que les jambes pliées placent les pieds au devant des genoux de Marie-Madeleine. La Vierge lui tient la main gauche, devant l'aine, tandis que Jean soutient la tête. Marie-Madeleine porte le flacon d'aromates.

Les robes de Jean et de Marie se confondent en une seule étoffe aux nombreux plis en volutes, étoffe recouverte sous le corps du Christ d'un linge fortement plissé.

Cette Déploration est comparable à celle du cimetière de Laz, malgré plusieurs différences ; elle évoque aussi la Pietà de l'église de Briec-sur-Odet, et la Déploration de l'église de Plourac'h. Toutes sont en grès arkosique et ont reconnaît immédiatement la main du Maître de Laz par le voile aux bords frisés en petites plissures. Ce sculpteur a été actif vers 1527.

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Pietà de l'église de Briec.

 

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Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Calvaire de l'enclos de Saint-Hernin. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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SOURCES ET LIENS.

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— CASTEL (Yves-Pascal), 1980, Atlas des croix et calvaires du Finistère

http://croix.du-finistere.org/commune/saint_hernin.html

"Saint-Hernin, église, g. k. 6 m. Vers 1530. Deux degrés. Soubassement architecturé, table d’offrande. Socle rectangulaire portant trois gibets et la Vierge de Pitié. Fût central, saint Georges, marmousets, Vierge et Jean. Croix, crucifix (plus récent). [YPC 1980]"

CHAURIS (Louis), Pour une géo-archéologie du Patrimoine : pierres, carrières et constructions en Bretagne, deuxième partie : Roches sédimentaires Part two: Sedimentary rocks, in For a Geo-Archaeology of Heritage: Stones, quarries and buildings in Brittany p.171-208

https://journals.openedition.org/rao/1384

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988,  Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/67ae4592ec929b13eab4d173d2b7e36c.pdf

Dans l'enclos, calvaire du XVIè siècle (I.S.), du même atelier que celui de Brasparts. Tandis que le Christ et saint Michel en demi-relief sont en granit à gros grain, les larrons sur leurs croix et le groupe de la Vierge de Pitié posé sur le socle sont en kersantite. Au revers de saint Michel, sur une console, statue de saint Pierre portant l'inscription en caractères gothiques : " F. COENT. FIST. FAIRE. "

— ÉVEILLARD (Jean-Yves), 2001, "Les grès feldspathiques du bassin de Châteaulin dans l’architecture et la sculpture des siècles passés", La pierre en Basse-Bretagne, Brest, Université de Bretagne occidentale, CRBC, p. 41-53.

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne page 656.

— OLLIVIER,( Sophie), 1993 -L'architecture et la statuaire en grès arkosique dans la vallée de l'Aulne centrale. Mém. de maîtrise d'histoire (inédit), J.Y. Eveillard, dir., U.B.O., Brest, 2 vol. Non consulté, cité par E. Le Seac'h.

https://memhouest.nakalona.fr/items/show/17711

https://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1998_num_105_2_3988

— PATRIMOINE.BZH/GERTRUDE

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/eglise-paroissiale-de-saint-hernin-saint-hernin/2ff1320b-fd91-4caa-ba9b-cbaefef6954d

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00090418

— SITE DE LA COMMUNE.

http://www.saint-hernin.fr/accueil_st_hernin/tourisme/le_patrimoine_religieux

Le calvaire de l’enclos a été construit entre 1555 et 1575, par le même atelier que celui de Brasparts, semble-t-il. Fait en granit à gros grain et kersantite, il comprend un emmarchement à 2 marches, un soubassement appareillé avec table d’autel saillante sur la face ouest, un socle et 3 fûts rapprochés. Sur le socle, au pied du fût central, la vierge en kersantite est assise, assistée, à gauche, de saint Jean (assis) et à droite de Marie Madeleine (debout). Sur ce fût, saint Michel (en granit) terrasse le dragon en demi-relief. Puis, 3 marmousets, formant les culots du croisillon, portent, à gauche, la vierge, mains jointes, et à droite saint Jean en ronde bosse. Sur la croix, le Christ (en granit) est en haut relief. Sur les fûts latéraux, les larrons (en kersantite) ont le corps rejeté en arrière par-dessus la traverse de la croix.

Il semble, de par sa position, que ce calvaire était destiné à célébrer des offices religieux en plein air.

— Monumentum

Très beau dossier photo.

Le calvaire est du 17e siècle,

MONUMENTUM

 

https://monumentum.fr/eglise-saint-pierre-pa00090418.html

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Published by jean-yves cordier - dans Calvaires
17 juillet 2020 5 17 /07 /juillet /2020 20:09

La deuxième plaque de cocher à Quimperlé, rue de Lorient.

Voir :

Une "plaque de cocher" à Quimperlé, Chemin de Grande Communication n°16.

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Voir aussi  :

La plaque de cocher de Landerneau. Route nationale n° 164 d'Angers à Brest.

La plaque de cocher de Roscoff. Route nationale n°169 de Lorient à Roscoff. 

La plaque de cocher de La Martyre. Chemin de Grande Communication n° 35.

Une "plaque de cocher" à Plougourvest (29) : le chemin d'intérêt commun n°21 de Landivisiau à Cleder.

La "plaque de cocher" de Lanviguer-Ty Croaz à La Martyre, et le calvaire de 1565 qui va bien avec. Le Chemin de Grande Communication n°3.

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Le site remarquable et incontournable de Patrick Rollet avait déjà décrit cette plaque de cocher de Quimperlé, mais je ne l'avais pas repéré; mais en passant hier  rue de Lorient, cette plaque rouillée et dans l'ombre m'a sauté aux yeux. Je me suis arrêté pour prendre à mon tour un cliché.

Elle porte les indications suivantes :

RTE --LE N° 165 FINISTÈRE

QUIMPERLÉ

20 k <----- LORIENT

BANNALEC ----> 15k

 

 

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Plaque de cocher 32 rue de Lorient. Photo lavieb-aile juillet 2020.

Plaque de cocher 32 rue de Lorient. Photo lavieb-aile juillet 2020.

Plaque de cocher 32 rue de Lorient. Photo lavieb-aile juillet 2020.

Plaque de cocher 32 rue de Lorient. Photo lavieb-aile juillet 2020.

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Un site indélicat sur les panneaux routiers reprend mes photos sans en signaler l'origine, malgré mes réclamations ; donc, je  marque ce cliché.

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Plaque de cocher 32 rue de Lorient. Photo lavieb-aile juillet 2020.

Plaque de cocher 32 rue de Lorient. Photo lavieb-aile juillet 2020.

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La route (alors royale) est déjà bien visible sur la carte de Cassini :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53095253w/f1.item.zoom

C'est l'ancienne route royale de Nantes à Brest via Hennebont et Quimper puis Lanvéoc où un bateau vous menait à Brest, ou Douarnenez.

On la voit pénétrer les remparts, puis ressortir à l'est, traverser un pont et se diriger vers Guidel. C'est en aval du pont que la plaque se trouve aujourd'hui 32  rue de Lorient, intersection de la rue de Bourgneuf.

Ce pont est le "Pont de la ville" : "Les ouvrages successifs élevés à cet endroit étaient intimement liés à un moulin à eau qui se situait, à l´origine, sur la rive droite de la rivière de l´Isole. Servant de passage entre Nantes et Quimper (ancienne route royale puis route nationale 165), un pont en bois est détruit par une importante crue en 1776. Reconstruit en pierre peu de temps après, il figure comme « pont neuf » sur le cadastre de 1825 et jouxte le « moulin de la ville » déplacé depuis 1777 sur la rive gauche de l´Isole. Le radier du pont a été rectifié en 1895 d´après les plans de l´ingénieur Duperrier. L´ouvrage a été réparé et élargi entre 1931 et 1934 par l´entreprise Marzin, d´après les plan de l´ingénieur Troalen : démolition et reconstruction du parapet et des cordons, réemploi des matériaux, mise en place de poutrelles en fer laminé destinées à former poutres de rive et à constituer l´ossature des nouveaux parapets, poutrelles enrobées en pierre de taille et béton armé. (dossier IA29000274 de l'Inventaire)

Vers le nord-ouest elle traverse Mellac, Bannalec, Rosporden, Saint-Yvi et Quimper.

https://routes.fandom.com/wiki/Route_nationale_fran%C3%A7aise_165  

"A sa création, en 1824, la route nationale n°165 est définie comme la route de Nantes à Audierne avec embranchement sur Douarnenez. Elle succède alors à la Route impériale 185 [Nantes-Audierne tracé de 1811 à1824]

A l'origine, elle ne desservait pas Lorient mais empruntait la route directe entre Hennebont et Quimperlé, via Pont-Scorff. Ce tracé a été modifié par une loi du 14 mai 1837 qui, à la demande des conseils généraux du Morbihan et du Finistère, a interverti la domanialité des itinéraires Hennebont - Quimperlé et Lorient - Quimperlé."

Aujourd'hui, c'est la D6 au nord-ouest de Quimperlé et la D 765 au sud-est.

Voir Google maps :

https://www.google.com/maps/@47.8696863,-3.5434707,3a,90y,197.23h,94.8t/data=!3m6!1e1!3m4!1slaemwcPQCdcqkpKRuQhWQw!2e0!7i16384!8i8192

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BnF Gallica copyright.

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Published by jean-yves cordier
16 juillet 2020 4 16 /07 /juillet /2020 10:58

La chapelle Saint-Ronan de Plozévet et son sarcophage de granite.

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Voir sur Plozévet :

 

Voir sur saint Ronan :

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PRÉSENTATION.

La chapelle actuelle a dû succéder à une autre bien plus ancienne, à laquelle était adjoint un petit hôpital dont subsistent quelques témoignages (les Décimes de 1783 l'appellent l'Hôpital de Saint-Ronan).

Sur le pignon ouest de l'édifice au dessus de l'œil de bœuf, on peut lire la date de 1720. En fait, ce sont les pierres du manoir de Keringar en Plozévet, vendu en 1702 par son propriétaire de l'époque Guy de Lopriac, chantre et chanoine de Quimper, à la fabrique de la paroisse de Plozévet, qui servirent à rebâtir la chapelle et la sacristie de l'église paroissiale, ainsi que la sacristie de la chapelle de la Trinité.

La croix était accompagnée de quatre pierres ovoïdes (qui passent pour être des pierres de fécondité), près d'un curieux bénitier : elle donne à croire que l'établissement cultuel chrétien s'est installé à l'emplacement d'un lieu de culte païen ou druidique.

Voir la chapelle de la Fontaine-Blanche à Plougastel et sa pierre de fécondité .

En juillet 1795, l'église Saint-Démet et la chapelle Saint-Ronan furent vendues à deux notables, Louis Gourlaouen de Keristin et Jacques Le Goff de Mespirit. Les biens furent restitués à la commune en octobre 1803.

La légende de saint Ronan.

La légende locale dit que saint Ronan, fatigué par les nombreux fidèles qui venaient le visiter et se recommander à ses prières, sur la montagne où il avait établi son ermitage, prit un jour un gros galet et le lança à toute volée devant lui, en faisant le vœu d'aller s'installer, là où la pierre tomberait.

Elle s'abattit à trois lieues au moins de la montagne, dans un recoin écarté du plou de Demet. Saint Ronan la retrouva miraculeusement et se bâtit une nouvel ermitage en cet endroit. Lorsqu'il mourut,les voisins taillèrent pour sépulture le sarcophage de pierre qui se voit encore auprès de la chapelle.

Ses reliques opérèrent tant de miracles que les gens du Porzay, jaloux d'en profiter, vinrent chercher son corps afin de l'enterrer là où il avait d'abord vécu, sur les confins de Plonévez.

C'est pour cela qu'il repose aujourd'hui dans l'église de Locronan et que son sarcophage de Plozévet reste vide. Jadis, les fiévreux s'y étendaient pour obtenir guérison. On prie encore saint Ronan pour la même affection, en faisant un pèlerinage à sa chapelle trois lundis consécutifs. (d'après le cartel affiché dans la chapelle).

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Dessin de L. Le Guennec, 1934 in Chronique médicale.

 

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Chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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La fontaine.

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Aujourd'hui (1934) encore, saint Ronan est invoqué pour les rhumatismes et contre les maux de tête.Dans un cantique Pedenn da Zant Ronan, on lit à la troisième strophe :

Riot ive, vel guechall

Yec'hed d'ar glanvourien.

Deuit ato d'hon diouall

Ouz ar veac'h, ar vocen

Donnez aussi, comme autrefois,

Santé aux malades.

Venez toujours nous préserver

De la variole et de la peste.

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Dessin de L. Le Guennec (Chronique médicale, 1934)

 

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Chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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La statue de saint Ronan.

Chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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LE SARCOPHAGE ANTHROPOMORPHE (GRANITE, HAUT MOYEN-ÂGE ?).

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En 1929, dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, Louis Le Guennec signale "l'existence, près de la chapelle de Saint-Ronan, en Plozévet, d'un sarcophage en granit avec logette marquant l'emplacement de la tête et large couvercle. A la tête du sarcophage est gravée une croix fruste; à proximité sont trois gros galets de forme ovoïde. (Bull. SAF 1929). Il publie ailleurs un dessin.

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Ces cercueils de pierre sont connus dans l'est de la Bretagne (Morbihan), le plus souvent au sein de nécropole, alors qu'ils sont plus rares, et isolés, dans l'ouest. Ils sont trapézoïdaux et en calcaire coquillier (une trentaine de site en région rennaise), ou en schiste, ou en granite ; P. Guigon en a dressé l'inventaire en 1994. Le Finistère en compterait une douzaine, et à Telgruc-sur-mer l'un d'eux a été ré-employé en bassin de fontaine. Dans le Cap Sizun ou Cornouaille, on compte quatre sarcophages isolés (trois en sépultures rurales, un (Saint-Ronan) près d'une chapelle.

Suivant l'exemple de son confrère Euzenot qui avait décrit les sarcophages du Morbihan en 1880, le chanoine Abgrall, résolument polymathique, a décrit en 1899  pour le Finistère 5 sites. 

Philippe Guigon déclare qu'elle ne peut être datée. Il ajoute : "Le couvercle du sarcophage anthropomorphe de St-Renan en Plozévet est divisé longitudinalement en deux parties égales par une traverse en faible relief ; la cuve possède quatre tenons, deux pour chaque côté, de destination imprécise, décorative plus qu'utilitaire."

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Sarcophage de la chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sarcophage de la chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sarcophage de la chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sarcophage de la chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sarcophage de la chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sarcophage de la chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sarcophage de la chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Sarcophage de la chapelle Saint-Ronan en Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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autres sarcophages:

-Telgruc-sur-Mer :

https://www.presqu-ile-de-crozon.com/telgruc-sur-mer/fontaine-de-saint-divy-001.php

-Dol-de-Bretagne "tombeau de saint Budoc"

http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo223948

-Landévennec sarcophage en bois

https://www.persee.fr/doc/arcme_0153-9337_1986_num_16_1_1178_t1_0188_0000_3

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SOURCES ET LIENS.

— Site de la commune.

http://commune.plozevet.free.fr/index.php?static10/patrimoine

— ABGRALL J.-M., 1899. - "Sarcophages anciens". Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tome XXVI, 1899, p. 3-14, 6 fig.


SARCOPHAGES ANCIENS

Au tome VIlle du Bulletin de notre Société, année 1880, page 175 et seq., notre confrère, M. l'abbé Euzenot, alors.
vicaire à Guidel, maintenant curé-doyen de Cléguérec, a publié un mémoil'e détaillé et très savant sur les sarcopha­ges du Morbihan. Dans notre pays les cercueils en pierre ne sont pas si nombreux que dans le département voisin; les quelques exemplaires que nous connaissons méritent cepen­dant d'être étudiés, précisément' à cause de leur rareté.
M. Euzenot, dans sa notice, commence par faire un classement chronologique des différents sarcophages d'après
leurs dimensions et leurs formes. Il base ce classement sur l'autorité d'illustres archéologues qui ont traité çette ma­tière : l'abbé Martigny, l'abbé Cochet, M. P. Lacroix et M·de Caumont. Selon les données de ces savants, les sarcopha­ges de l'époque mérovingienne, à partir du VIe siècle, ont environ deux mètres de longueur, sont plus étroits à la place des pieds qu'à celle de la tête du mort, mais sont creusés droits ou carrément aux deux extrémités. Les cercueils de l'époque carlovingienne au contraire présentent un ca­ractère qui les distinguent nettement des précédents; ils ont un emboîtement, une entaille, une petite cellule évidée dans la pierre pour loger la tête. . .
Or, c'est ce détail qui semble être en contradiction avec la date que je crois pouvoir assigner au premier sarcophage dont je vais traiter. Ces caractères cités par M. Euzenot et indiqués par les archéologues sur lesquels il s'appuie sont-ils précis, absolus? ou bien n'ont-ils pas pu être employés dans une région avant d'avoir été en usage dans une autre?

M. de Caumont et les autres savants n'ont pas étudié la Basse~Bretagne. Or de même que notre architecture ancienne était différente de celle des autres provinces, de même aussi notre mobilier funéraire pouvait avoir ses formes spéciales, indépendantes de toute autre influence. Quoi qu'il en soit, j'aborde mon sujet, et dans le cours de
l'exposition je me propose de discuter les raisons pour et contre.

Saint-Jaoua .

Le premier sarcophage que .le veux examiner est celui de Saint-Jaoua, dans la chapelle de ce saint, à 500 mètres du bourg de Plouvien .
Ayant reçu commission de Sa Grandeur Monseigneur Valleau, évêque de Quimper, de regrettée mémoire, de faire
l'ouverture du tombeau -de Saint-Jaoua, pour rechercher les quelques reliques que l'on savait par la tradition y être
restées après le transport de son corps, à l'époque des invasions normandes, je m'acquittai de ce mandat le mardi 17 août 1897, en présence de M. l'abbé Léal, recteur de la paroisse, avec le concours de sept hommes requis pour faire le travail et servir en même temps de témoins.
On a commencé par enlever les différentes pièces du monument gothique qui recouvrait le tombeau. Sous ce monu­ment régnait une plate-forme en épaisses dalles de granit, lesquelles ayant été déplacées, on a découvert une longue pierre légèrement cintrée, semblant former couvercle. Sous ce couvercle était un sarcophage ou auge de pierre de faible profondeur, ayant extérieurement 2 m. 10 de longueur, et intérieurement, dans la partie creusée pour recevoir le corps, 1 m. 85. Cette partie excavée offrait à l'une des extrémités une petite logette ou cellule pour la tête, ayant 0 m. 30 de large et 0 m. 20 d'enfoncement. L'endroit des épaules mesurait 0 m. 53 de large, et le tout allait se rétrécissant pour n'avoir plus que 0 m. 40 aux pieds.
La dalle ayant servi à creuser ce cercueil n'ayant que peu d'épaisseur, il s'est trouvé que la profondeur était absolument insuffisante pour le corps qu'on devait y déposer puisqu'elle n'était que de 0 m. 08 aux pieds et de 0 m. 10 à la tête et on s'est trouvé clans l'obligation de creuser également le cou­vercle, de 0 m. 10, de manière à donner un espace total de 0m. 20 à la tête, et 0 m. 18 aux pieds, chose que l'on a pu constater sur place en retournant la dalle qui formait couvercle. Cette particularité que les archéologues n'ont observée dans aucun autre sarcophage, qui est uniquement spéciale peut-être au cas actuel, nous met à l'aise pour discuter l'autre caractère, la logette de la tête qui semble contredire nos données.
Saint J aoua qui a occupé le siège épiscopal de Léon du vivant même de saint Pol, lequel, accablé par l'âge, s'était
démis de cette charge, est mort vers l'an 590, donc en pleine période mérovingienne. Les historiens et la tradition s'accordent pour placer son tombeau à Plouvien, dans la chapelle qui porte son nom. Cette tradition est corroborée par le monument gothique du xv siècle ou du commencement du XVIe siècle qu'on a érigé sur le lieu de sa sépulture, avec son et cette inscription: effigie SAS. JOEVIN . EPUS ' LEONS. FUIT. HIC. SEPULTUS.
De temps immémorial, la vénération s'est attachée à cette tombe comme étant celle du saint évêque; on peut donc
conclure légitimement que le sarcophage trouvé sous le mo­nument sculpté est bien le cercueil en pierre dans lequel a été inhumé son corps et dont ses ossements sacrés ont été retirés pour les soustraire aux profanations des Normands, en y laissant toutefois quelques restes, comme précieux souvenir et comme objet du culte qui pouvait s'y perpétuer . Dans mes recherches, en effet, j'ai eu le bonheur d'y trouver quatre fragments d'os, dont une tête de fémur, la partie médiane du même membre et l'extrémité condylienne fendue en deux.

Donc , malgré la particularité de la petite cellule pour la tête, je me crois autorisé à avancer que ce sarcophage est
vraiment mérovingien, en dépit des observations faites par les archéologues en dehors de notre pays.

Un détail à noter pour ce cercueil, comme pour quelques autres, c'est l'existence d'un trou d'évacuation percé vers le milieu pour laisser filtrer les liquides et les matières provenant de la décomposition du cadavre . .
Il resterait encore une observation à faire à propos du sarcophage de Saint-Jaoua; il existe un autre sarcophage
bien authentique et dont la date est connue, c'est celui de Saint-Gildas, en son église abbatiale de Saint-Gildas de-
Rhuys. Cet illustre abbé est mort en l'an 565, 25 années environ avant saint Jaoua. La tombe se trouvait autrefois
sous le maître-autel dans un enfoncement en forme d'arcade basse et ouverte; actuellement, le maître-autel ayant. Été changé de place et établi plus avant vers l'entrée du sanctuaire, le cercueil de pierre se trouve absolument isolé et posé à fleur de terre. Le couvercle de ce cercueil rappelle par ses dimensions celui de Saint-Jaoua ; par sa forme il en diffère un peu, étant moins fruste, et taillé en figure de toit plat avec pentes des deux côtés et aux deux extrémités . Les dimensions extérieures sont: 2 m. de longueur. 0 m. 70 de largeur à la tête, et 0 m. 30 aux pieds. S'il avait été possible de contrôler. les dispositions intérieures, on aurait pu constater s'il y avait divers ~apports de similitude avec le sarcophage de Saint-Jaoua, tout particulièrement pour ce qui regarde la logette de la tête, et conclure à la contemporanéité des' deux monuments. Cette tombe a été ouverte en 1856, et malheureusement le procès-verbal ne fait pas mention de ce détail particulier qu'il aurait été si précieux constater en la circonstance.
Lochrist.

A l'extérieur de la chapelle de Lochrist, en Plounévez­ Lochrist, au pied du mur nord, se trouve un sarcophage en
granit dont la forme générale rappelle celui de Saint:Jaoua·: il mesure 2 m. 23 de longueur totale, 0 m 60 de largeur à la tête et 0 m. 40 aux pieds. La partie creusée pour recevoir le corps est longue de 1 m 96, large de 0 m. 47 aux épaules et de 0 m 18 aux pieds; un trou d'évacuation existe aussi vers le milieu, et pour la place de la tête est pratiquée une logette la plus caractérisée que j'aie jamais constatée, puisqu'elle mesure 0 m. 26 de longueur sur 0 m. 20 de largeur; au lieu d'être arrondie à son extrémité, cette logette est taillée carré­ment. La profondeur maxi.ma sous le dos est de 0 m 30. Ici aucune tradition ne nous dit à quel personnage a pu appar­tenir ce cercueil et nous indiquer par conséquent quel peut être son âge. Nous savons seulement que la fondation première de la chapelle de Lochrist remonte à l'enfance de saint Guénolé, en mémoire de la victoire de Mil-Guern remportée
par son père Fragan sur les pirates qui voulaient envahir le pays, mais le sarcophage en question peut être de beaucoup postérieur à ce premier établissement .
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Plougonven .
Dans le cimetière de Plougonven, contre le mur ouest, tout près du vieil ossuaire gothique, on remarque une auge
qui sert au couvreur de l'endroit à éteindre de la chaux lorsqu'il a des réparations à faire à la toiture de l'église.
Or, c'est là un vieux sarcophage qui a dû être extrait autre fois du sol de l'église ou de celui du cimetière; sa forme
spéciale et ses dimensions le démontrent bien. Il a comme longueur extérieure 2 m. 08, comme largeur à la tête 0 m. 78 et 0 m. 65 aux pieds. La longueur intérieure est de 1 m. 85, sur 0 m 58 de largeur aux épaules et 0 m. 45 aux pieds; la profondeur est de 0 m. 23. Ici il n'y a qu'un rudiment de cellule pour la tête, une simple entaille large de 0 m 25, mais n'ayant que 0 m. 05 de saillie sur le reste, et, chose remarquable, la même entaille se répète à l'autre extrémité pour les pieds. C'est une disposition exceptionnelle, en dehors des observations ordinaires des archéologues et sem­blant échapper par là même à leurs règles de classification chronologique; mais il faut cependant constater ici une certaine parenté avec les deux monuments qui nous ont occupés précédemment. '

Landeleau.

Avant 1886 existait dans le cimetière de Landeleau, à 7 ou 8 mètres en 'avant du clocher ,un petit oratoire de
4 m. 50 environ de longueur sur 3 mètres de largeur exté­rieure, désigné dans le pays sous la dénomination d' « Ermitage de Saint-Théleau », Saint Théleau ou Thélial, évêque de Landaff, en Cambrie, a, en effet, séjourné dans notre contrée. Il quitta son pays avec les survivants de son troupeau pour échapper à la peste qui avait décimé la population et qui menaçait de faire disparaître tous les habitants. Ils se réfugièrent tous en Armorique, où saint Théleau vint d'abord voir son beau­ frère Budic, comte de Cornouaille, et sa sœur, la comtesse Anaumed, et demeura quelques mois chez eux; après quoi, il poussa jusqu'à Dol pour visiter son ami saint Samson auprès duquel il resta sept ans et sept mois, (Dom Lobineau, p. 28, d'après le Liber landavensis).
Il est probable que pendant son séjour il passa par le territoire de Landeleau, où se construisit une église sous
son vocable. Il est possible même qu'il y ait demeuré quel­que temps et qu'on ait bâti un oratoire sur la place même
où il habita. La construction que j'ai vue debout portait la date de 1684; mais dans les assises du soubassement on
reconnaissait des lignes de moellons appareillés en fougères ou en arêtes de poisson et qui faisaient partie d'un édifice antérieur qui pouvait parfaitement dater du XIe siècle, peut­ être même du IXO ou du VIlle siècle.
C'est dans cet oratoire ou ermitage de saint Théleau que se trouvait le sarcophage connu de tout le monde sous le
nom de lit de saint Theleau. Saint Yves étant de passage dans cette paroisse coucha une nuit dans ce sarcophage par esprit de pénitence et pa~ dévotion pour le saint dont il portait le nom. Depuis la démolition de l'ermitage, le cercueil de pierre a été transporté dans l'église qui, elle-même,
a été récemment reconstruite. Les mesures de ce sarcophage sont: 2 32 de longueur extérieure. 2 de longueur dans la partie creusée, en y comprenant la logette de la tête, Om 50 de largeur aux épaules
et 0 m 30 aux pieds et 0m 32 de profondeur. Deux trous de scellement qu'on remarque de chaque côté de la tête semblent indiquer que le couvercle était solidement fixé sur la partie inférieure, et ces traces de scellement se retrouvent encore dans d'autres cercueils, notamment dans le beau sarcophage de Saint-Pol-de-Léon. Dans le même caractère que ceux que je viens de mentionner, c'est-à-dire avec la cellule pour la tête et largeur plus faible aux pieds, il existe encore deux autres sarcophages en granit, l'un au bas de l'église de Mahalon, servant de réservoir d'eau bénite, l'autre à la chapelle de Saint-Ronan, entre Landudec et Plozévet; on m'en a signalé un autre provenant de l'église de Saint-Trameur de Carhaix; il est à croire qu'il en existe un grand ' nombre cachés dans le sol de nos cimetières et sous le pavé de nos églises.

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Saint-Pol-de-Léon .

Le sarcophage que l'on voit à la cathédrale de Saint-Pol, dans le bas-côté midi, est dans un genre absolument différent. C'est une grande auge carrée, ornementée extérieure­ment de sculptures sur ses deux côtés et ses deux extrémités, ayant comme mesures extérieures 2 m 32 de longueur, 0m 73 de largeur à l'un des bouts et  0 m 67 à l'autre. A l'intérieur elle a pl 83 de longueur, l'extrémité de la tête taillée carrément est large de 0 55 et celle des pieds de 0 m 43 ; la profondeur est de 0 m32. Comme je l'ai dit précédemment, aux quatre angles on trouve les traces de quatre scellements en plomb pour fixer le couvercle. .
L'ornementation consiste en une série de cinq arcades à plein-cintre sur chacun des côtés, en une croix ancrée à l'ex­trémité de la tète, et en un arbuste, ressemblant à la vigne, à l'extrémité des pieds. Toutes ces sculptures sont méplates et très peu saillantes. Sur les côtés ou remarque encore quelques motifs gravés, arbuste,feuillage, chevrons, damiers, losanges. Tous ces caractères semblent devoir faire attribuer ce tombeau au XIe OU XIIe siècle. Le chanoine Toussaint de Saint Luc, en 1664, prétend avoir lu sur le couvercle
aujourd'hui disparu: HIC.JACET.ÇONANUS.BRITONUM REX tout en disant que les lettres étaient presque effacées.
Il est donc probable qu'il aura pu lire le commencement de l'épitaphe, et qu' il aura les  derniers mots. La donnée la plus vraisemblable est que cen'est point le cercueil de Conan-Mériadec, mais d'un évêque Conan dont M. le chanoine Peyron a trouvé le nom sur la liste des évêques de Léon au XlI siècle .

Je ne parle que pour mémoire du grand sarcophage provenant de l'abbaye blanche de Quimperlé ou couvent
des Dominicains devenu maintenant convent des Dames de la Retraite. Cette grande auge en pierre se trouve maintenant dans une des salles du rez-de-chaussée de notre musée départemental et a été décrite et savamment étudiée par M. l'abbé Euzenot au tome XII de notre bulletin, année 1885! page 247.
Le tombeau de Jean de Monfort trouvé dans les ruines de la même église de l'abbaye blanche a fait également l'objet d'un mémoire de M. de la Villemarqué et d'une notice de M. l'abbé Euzenot! tome XI du Bulletin, 1884, pages 278 et

Je termine en disant un mot de la sépulture que l'on dit être le tombeau du roi Grallon dans l'église abbatiale de
Landévennec. A l'angle qui se trouve entre le transept sud et le bas-côté du chœur existe une petite chapelle
carrée de 2 40 de côté à l'intérieur, couverte d'une voûte d'arêtes. On y accède par trois ouvertures donnant sur le
collatéral, sur le transept et sur la sacristie. A environ un mètre de profondeur au-dessous des seuils de ces ouvertures on descend par trois marches à une aire où l'on trouve une
tombe maçonnée en gros moellons, ayant la forme des anciens sarcophages, offrant une logette pour la tête, une
plus grande largeur pour les épaules, et se rétrécissant vers les pieds. La longueur de ce tombeau est de 1 m70.
Si l'on s'en rapporte aux caractères indiqués par M. l'abbé Euzenot, cette sépulture serait de l'époque capétienne, et il est à croire qu'elle est contemporaine de l'église dont la construction remonte à l'abbé Blenlivet, c'est-à-dire vers
l'an 1030. Ce n'est donc pas le tombeau primitif du roi Grallon, mais c'est un monument qui a pu être élevé au lieu
exact de sa sépulture. En tout cas c'est la tombe d'un personnage Important et ce n'est pas celle de saint Guénolé,
que -l'on sait avoir eu sa place dans le transept opposé, c'est-à-dire dans celui du nord .

Ce souvenir me reporte vers les sépultures vénérables de nos vieux saints dont les emplacements sont connus exactement et marqués par des monuments extérieurs: saint Ronan dans son pénity de Locronan, saint- Edern dans son église de Lannédern et saint Herbot dans sa chapelle monumentale de Plonévez-du-Faou; sainte Nonne dans sa chapelle du cimetière de Dirinon; saint Curloës, dans la crypte de Sainte­ Croix de Quimperlé .

J-M. ABGRALL,
chanoine honoraire .

— DUJARDIN (docteur Louis), 1934, "Un saint guérisseur breton, saint Ronan.",La Chronique médicale : revue mensuelle de médecine historique, littéraire & anecdotique, 1934, n° 41 Paris 

https://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/medica/resultats/index.php?do=page&cote=130381x1934x41&p=177

 

— EUZENOT P., 1880-1881. - Les cercueils de pierre du Morbihan. Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tome VIII, 1880- 1881, p. 175-203.

— GUIGON (Philippe) , BARDEL (Jean-Pierre) , BATT (Michael), 1987, » Nécropoles et sarcophages du Haut Moyen Age en Bretagne « , Revue Archéologique de l'Ouest  Année 1987  4  pp. 133-148

https://www.persee.fr/doc/rao_0767-709x_1987_num_4_1_909

"Les sépultures les plus unanimement datées du haut Moyen Age utilisant des sarcophages de différents types. Les cuves rectangulaires dérivent certainement de "prototypes gallo-romains" (Galliou,1981, p. 349), comme celles de Carhaix ou de St-Lunaire. Mais les tombeaux en granité de forme identique des cathédrales de Dol et de St-Pol, attribués aux saints évêques de ces lieux, remontent à la période romane seulement. Les sarcophages monolithes trapézoïdaux, plus larges à la tête qu'au pied, restent la part du temps caractéristiques de la période mérovingienne, même si ce type de sépulture perdure bien au-delà, comme à Quiberon et à St-Gildas-de-Rhuys (Xlème siècle). Le trapèze n'est que rarement symétrique, les angles droits à la tête et au pied sont situés sur un même côté, ceux de l'autre côté étant respectivement aigu et obtus. Cette façon de tailler deux sarcophages disposés tête-bêche semble plus économe en matériau et plus simple à mettre en oeuvre que celle qui requiert la taille d'angles non droits. Les marques des instruments, herminette ou pic larges d'environ 2 cm demeurent visibles au fond des sarcophages en calcaire ; seules les sépultures du pays nantais possèdent sur les côtés des traces de layage disposées en oblique ou en chevrons, à caractère essentiellement décoratif. La présence d'une logette céphaloïde aménagée dans un sarcophage autorise, d'après certains auteurs, un rajeunissement jusqu'à l'époque carolingienne, voire romane (Salin, 1952, p. 104), même si certains exemples sont connus deux siècles auparavant (Colardelle, 1983, p. 353). En Bretagne, cet aménagement apparaît à Crach, où de minces baguettes encadrent la tête, à St-Donatien-et-Rogatien de Nantes et à St-Lupien de Rezé, toutes des sépultures mérovingiennes. Avec l'accroissement de la cavité pour la tête, l'anthropomorphisation se fait progressivement plus sensible, jusqu'à ce que le sarcophage épouse totalement la forme du corps : un exemple mérovingien (assez douteux) est connu à St-Lupien de Rezé (Cahour et al, 1874, pi. VIII) ; le tombeau similaire de St-Renan en Plozévet demeure indatable. Ceux de Quiberon sont attribués par P.-M. Lavenot (1890) au Xlème siècle (logette céphaloïde rectangulaire) ou au Xllème siècle (extrémité de la tête "pointue", avec logette).

 

.....

La plupart des sépultures du haut Moyen Age en Bretagne, qu'elles soient isolées ou qu'elles fassent partie d'une nécropole, se situent à proximité d'un lieu de culte, cathédrale ou chapelle suburbaine, église paroissiale ou chapelle rurale. Deux fontaines (à Goulven et Telgruc-sur-Mer) réutilisent des sarcophages attribués à des saints (respectivement Goulven et Divy) : faut-il supposer une christianisation de lieux de culte de l'eau protohistoriques ?

— GUIGON (Philippe) 1994, Les sépultures du haut Moyen Age en Bretagne Institut culturel de Bretagne, Skol-uhel ar Vro, 1994 - 113 pages

 

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 07:46

Sculptures et inscriptions lapidaires (1695-1704) de l'église de Plozévet. Statues de la Vierge à l'Enfant, de la Vierge de Pitié, de sainte Marie-Madeleine et de saint Alar (Éloi).

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Voir sur Plozévet :

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Eglise Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Eglise Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Eglise Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Eglise Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Inscription lapidaire du fronton:

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LE PENNANRVN (?)

P. LE PENNEC F.1695.

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Suggestions généalogiques :

-Jean PENNARUN (1654-1703, vicaire à Plozévet, décédé au presbytère :

https://gw.geneanet.org/mcff?n=pennarun&oc=1&p=jean

-Pierre LE PENNEC (1654-1716), laboureur domicilié à Kermenguy à son mariage en 1702, et décédé à Kervinily.

https://gw.geneanet.org/eguillard1?n=pennec+le&oc=3&p=pierre

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Note : La sacristie porte l'inscription : "V. ET. D. M. I. PEN(NARVN). R/Y. GENTRIC. F. 1701." soit "Vénérable et Discret Messire Jean Pennarun Recteur Yves Gentric fabricien en 1701".

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Eglise Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Eglise Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Eglise Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Eglise Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Eglise Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Eglise Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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La tour du clocher : inscription lapidaire.

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V. M. LE PENNARVN ----GOFF P. 1704.

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Eglise Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Eglise Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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LES ARMOIRIES DE L'ENFEU (BRAS NORD DU TRANSEPT).

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"Sous la fenêtre du bras Nord du transept se trouve un enfeu, c'est une niche funéraire destinée à recevoir une tombe. Il est possible que des seigneurs  y aient été enterrés, mais nous n’en n'avons pas de preuve. Sur le mur au fond  de l’enfeu, une sculpture en bas-relief érodée, et de ce fait difficile à lire, est  placée dans un rectangle bien plus haut que large. Peut-être provient-elle de la tombe haute qui était placée dans le chœur de  l’église, « chargée de cinq écussons des armes pleines ou seigneurs de Lanavan » (Conen de Saint-Luc, notice paroissiale Mahalon 1915). 

La sculpture montre un écu en position oblique, et au-dessus, un heaume surmonté d'un "arraché de cygne" en guise de cimier. Ce type de panneau pouvait être placé sur le côté d’un tombeau.

Actuellement, deux cygnes sont encore visibles sur l'écu, représentation relativement rare en héraldique. Ils doivent être l’emblème d’une famille seigneuriale de Lanavan, manoir du Sud de Mahalon, à la limite de Plozévet. Probablement la famille GEFFROY, qui y a vécu pendant une bonne partie du XVIe siècle."

IPNS Histoire et Patrimoine raconte, Autrefois à Plozévet, n°18, septembre 2016  http://commune.plozevet.free.fr/index.php?static17/autrefois

http://commune.plozevet.free.fr/data/documents/autrefois/autrefoisaplozevet18.pdf

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Peut-on deviner les armoiries qui ont été érodées ou bûchées ? Je vois trois oiseaux  tenant dans leur bec des poissons.

 

 Enfeu des seigneurs de Lanavan dans l' église de Plozévet (Bulletin diocèsain d'Histoire et d'Archéologie , année 1931- Diocèse de Quimper)

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/9789330ac3d730aa7c3378800b833b77.pdf

1 - Le blason des PENFRAT dans l' église de Plozévet et dans la chapelle Saint-Michel de Mahalon

"Parti d’azur, à l’éléphant d’argent portant une tour d’or et au chevron d’argent accompagné de trois cignards de même".  A Mahalon, dans la chapelle Saint-Michel, à droite du choeur, une tombe sur laquelle était sculpté un éléphant portant un château (armes des Penfrat); - A Plozévet, dans le choeur, une tombe haute chargée de cinq écussons des armes pleines ou en alliance des seigneurs de Lanavan et, dans la maîtresse-vitre, un écusson parti au 1, d'azur à l'éléphant d'argent portant une tour d'or ; au 2, d'azur au chevron d'argent accompagné de trois cignards de même, 2, 1. Enfin, le blason de Lanavan se voyait à la Trinité, dans la fenêtre de l'abside, au-dessous des armoiries des Rohan et des Le Barbu.

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Enfeu de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Enfeu de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Enfeu de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Enfeu de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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LA VIERGE À L'ENFANT. Bois polychrome, XVIIe siècle (selon pop.culture.gouv).

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Elle mesure 130 cm de haut, 45 cm de large et 50 cm de profondeur.

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29004501

Inscrit M.h au titre d'objet 1989/04/12.

Elle est remarquable par le bandeau occipital, que je surnomme "chouchou", et qui se retrouve comme un leitmotiv dans tant de statues de la Vierge et de Marie-Madeleine dans la statuaire du Finistère au XVIe et du tout début du XVIIe siècle. Voir l'annexe de mon article sur la Vierge de la chapelle Saint-Sébastien de Saint-Ségal. Ce bandeau est ici large, lissé (comme toujours ou presque), et rassemble le flot de la chevelure avant qu'elle ne se libère derrière les épaules.

Bien que le genou gauche soit fléchi, le corps n'est pas hanché, et seule la tête s'incline vers la gauche.

La main droite retient le pan gauche du manteau bleu, tandis que le pan droit est fixé à la ceinture dorée qui sert de  troussouère.

Les pieds sont nus sous la robe jaune-orangé.

La Vierge ne regarde pas son Fils, mais un point du plancher, avec un regard las ou triste, tandis que Jésus, assis sur l'avant-bras gauche de sa mère, et tenant le globus cruciger des deux mains, fixe un point du plafond. Son visage est un peu gras, un peu disgracieux et trop adulte.

Cette absence de complicité, et même de destination des regards crée un malaise, comme si les deux saints personnages traversaient un moment difficile. C'est théologiquement inconcevable, mais cela confère à cette statue son climat et son originalité.

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Statuaire de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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LA VIERGE DE PITIÉ EN BOIS POLYCHROME, DU XVIe SIÈCLE.

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https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29004502

Elle mesure 82 cm de haut, 41 cm de large et 22 cm de profondeur. Elle est placée sur le tabernacle de l'autel du bras sud du transept, devant une grande toile représentant l'Ange gardien (?) ou Tobie guidé par l'ange Gabriel.

Elle est classée M.h au titre d'objet au 1989/04/12.

L'une de ses particularités est de tenir son fils tête à gauche. Elle est assise sur une cathèdre, est vêtue d'un manteau bleu et est coiffée d'un voile rabattu devant la gorge. Son regard est tourné vers la gauche, dans le vide.

Le Christ, de taille proportionnellement plus petite, est allongé sur ses genoux, jambes fléchies, bras droit soutenu par sa Mère et bras gauche pendant. Plus que le sentiment de chagrin ou de douleur, c'est l'impression d'absence, d'anesthésie émotionnelle et de dévastation qui domine.

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https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29004502

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Statuaire de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Demet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.


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MARIE-MADELEINE. BOIS POLYCHROME .

Coté nord du chœur.

Je n'en trouve pas la description sur la base pop.culture.gouv, pourtant je l'admire beaucoup. On sait que la sainte est réputée pour son élégance et sa coquetterie, véritable attribut au même titre que le flacon de parfum ou d'aromate qu'elle porte dans sa main gauche. Cette coquetterie est aussi, subtilement, celle de ses yeux, aux axes légèrement décalés. 

Je retiens d'abord de son costume les crevés de sa manche droite, et où le coude est largement entaillé pour laisser s'échapper une étoffe blanche bouffante de manière excessive et provocatrice.  Nous ne sommes plus sans doute dans la mode Renaissance qui vit apparaître ces taillades, mais dans la seconde partie du XVIe siècle sous Henri II ou un peu plus tard. Le maniérisme est patent également dans le geste précieux et affété de la main droite, ou dans la coiffure sophistiquée dont les nattes serpentines, à peine retenues par un diadème, se nouent et se dénouent.

Le cou est souple et fin, le port de tête délicat. La petite bouche minaude et le nez fin et droit contrastent avec les grands yeux largement ouverts, mais songeurs. Les sourcils et le front sont épilés, cela va sans dire. On ne peut s'empêcher de penser à Ingres.

Couffon la date du XVIIIe.

Finalement, je trouve, mais non sur pop.culture, la notice de la base Palissy (avec une photo de 2010) : selon celle-ci, elle la date du quatrième quart du XVe siècle elle est classée MH au 1991/11/19, et mesure 133 cm de haut, 38 cm de large et 25 cm de profondeur. Le dos est creux.

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29001352

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Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Sainte Barbe. Bois polychrome.

Coté gauche du chœur, à l'angle du transept.

Elle porte son attribut, la tour témoin de son attachement au dogme de la Trinité. La palme du martyre l'a quittée.

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Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Saint Éloi (sant Alar). Bois polychrome. Fin XVIe siècle (Couffon)

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On connait peut-être la légende de saint Eloi, qui, pour ferrer un cheval, trouva plus commode de sectionner la patte, d'y placer le fer, puis de la remettre en place.

La légende est un peu plus compliquée que cela, je l'ai raconté dans mon article sur le vitrail du Miracle de saint Eloi de la chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet.

http://www.lavieb-aile.com/2016/06/les-vitraux-de-la-chapelle-notre-dame-du-crann-a-spezet-la-verriere-de-saint-eloi.html

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Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Statuaire de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Une bannière de saint René. Début XXe ?

Saint René correspond à saint Ronan (celui de Locronan par exemple), qui a sa chapelle à Plozévet.

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Bannière de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Bannière de l'église Saint-Démet de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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SOURCES ET LIENS.

 

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COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Notice sur Plozévet.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/f0547dd502285d509467f930ed5105e3.pdf

EGLISE SAINT-DEMET (I.S.) En forme de croix, elle comprend une nef de cinq travées avec bas-côté nord de l'extrême fin du XIVè siècle, séparée par un arc diaphragme de la même époque d'un vaste transept, et un choeur profond à chevet plat, datant du XVIè siècle ainsi que le porche méridional.

Ce dernier est voûté sur croisée d'ogives : sur les parois intérieures, deux niches encadrées de colonnes encastrées en nid d'abeilles ; sur le fronton, inscription : ".../ LE PENNEC. F. 1695." L'arcature séparant la nef du bas-côté et comportant quatre arcades en plein cintre et une en tiers-(point provient d'un édifice antérieur remontant au XIIIe siècle et sensiblement contemporain de Pont-Croix. Les archivoltes, simplement épannelées, reposent au-dessus des chapiteaux sur des culots, dont l'un, contre le pignon ouest, est figuré. La façade ouest est du début du XVè siècle ; le clocheton date de 1793.

La sacristie porte l'inscription : "V. ET. D. M. I. PEN(NARVN). R/Y. GENTRIC. F. 1701." Mobilier : Autel en tombeau galbé installé face au peuple. Deux autels latéraux avec retables classiques à colonnes lisses (XVIIIè siècle ou XIXè siècle) et tableau : le Rosaire au nord et l'Ange gardien (?) au sud. Sur la vasque des fonts baptismaux, représentation de saint Pierre avec ses clefs, l'Ankou avec sa charrette et deux paysans au champ, illustration de l'évangile : "De deux hommes qui travaillent au champ, l'un sera pris, l'autre laissé."

Statues anciennes - en bois polychrome : Vierge à l'Enfant, XVIIè siècle, sainte Anne seule, XVIIIè siècle, sainte Marie Madeleine, saint Joseph, XVIIIè siècle, saint Ronan dit "Sant Reun", XVIIè siècle, saint Démet en évêque, XVIIè siècle, saint Alar ferrant un cheval, fin XVIè siècle, saint Corentin, XVIIè siècle, autre Vierge à l'Enfant, XVIIè siècle, saint Mathurin, XVIIè siècle, saint Jean-Baptiste, XVIIè siècle, saint François d'Assise, XVIIè siècle; - en pierre blanche : Pietà, XVIè siècle.

Vitraux : verrière du transept Nord, verre peint du XIXè siècle. Dans la fenêtre axiale à réseau flamboyant, vitrail d'H. de Sainte-Marie, 1957, qui a remplacé une ancienne Passion. Orfèvrerie : calice en argent, 1673 (C.).

 Le porche sud est entouré de deux fontaines qui sourdent sous les fondations. - A 50 m, à l'angle nord-est de l'église, autre fontaine, dite Feunteun Sant-Délo. Près de l'église, croix de granit avec Christ ressuscité au revers du Crucifix.

MONUMENTUM.FR

 

https://monumentum.fr/eglise-saint-demet-pa00090280.html

PÉRENNÈS ( Henri), 1941, Plozévet (Brest, 1941). 

http://www.infobretagne.com/plozevet.htm

— Pop.culture.gouv

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00090280

armoiries

Congrès archéologique de France - Volumes 114 à 115 - Page 228

 

 

 

Société française d'archéologie - 1956 - ‎Extraits

 LA CHAPELLE DE LA TRINITÉ par M. André MUSSAT A la limite des régions du Cap-Caval ... Voici peu encore, la maîtresse vitre gardait des armoiries : Lanavan (3), Mahalon (4) et, en supériorité, Rohan (5) et Le Barbu (6).

nnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn

ABGRALL (Jean-Marie), 1909, "Esquibien", BDHA, Quimper, Kerangall.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/f096b4a373bfb45f5ec65f9f1a363fcf.pdf

 

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l'église Saint-Démet (XIII-XIVème siècle). Il s'agit d'un édifice en forme de croix qui comprend une nef de cinq travées avec bas-côté nord du XIVème siècle, séparée par un arc diaphragme d'un vaste transept et d'un choeur en saillie datant du XVIème. Le porche méridional date du XV-XVIème siècle. L'arcature, séparant la nef du bas-côté et comportant quatre arcades en plein cintre et une en tiers point, provient d'un édifice antérieur remontant au XIIIème siècle. La façade ouest est du début du XVème siècle. Le clocheton date de 1793 et la sacristie, qui date de 1701, porte l'inscription "V. et D. MI. I. Pennarun. R. Y. Centric. F. 1701". Le vitrail de M. Hubert de Sainte-Marie à la maîtresse vitre date de 1957. L'église abrite les statues de saint Démet en évêque, saint Jean-Baptiste, saint Mathurin, saint Corentin, saint Michel, saint Alar (XVIIème siècle), saint Charles, la Vierge-Mère (XVIIème siècle) et une Pietà ;

A la "Montre" de l'Evêché de Cornouailles de l'an 1481 qui s'est tenue à Carhaix les 4 et 5 septembre, revue militaire à laquelle tous les nobles devaient participer munis de l'équipement en rapport avec leur fortune, les nobles suivants de Plozévet (Plouzevet) étaient présents :

Henry de Kerboguy, représenté par Henry son fils, en pal et vouge ;

Jehan Gourchat, en pal et vouge.

 

A la "Montre" de l'Evêché de Cornouailles de l'an 1562 qui s'est tenue à Quimper les 15 et 16 mai, les nobles suivants de Plozévet (Plouzevet) apparaissent :

Le sieur de Kersaudy, représenté par Maître Christophe de Kersaudy, garde, dict faire homme d'armes ;  Kersaudy (de). — D'azur, au léopard d'argent.

Jehanne le Flouch, default ;

Henry le Rougeart, default ;

Pierre le Goarec, default ;

La dame de Lescongar, default.

EGLISE SAINT-DEMET (I.S.)

En forme de croix, elle comprend une nef de cinq travées avec bas-côté nord de l'extrême fin du XIVè siècle, séparée par un arc diaphragme de la même époque d'un vaste transept, et un choeur profond à chevet plat, datant du XVIè siècle ainsi que le porche méridional.

Ce dernier est voûté sur croisée d'ogives : sur les parois intérieures, deux niches encadrées de colonnes encastrées en nid d'abeilles ; sur le fronton, inscription : ".../ LE PENNEC. F. 1695." L'arcature séparant la nef du bas-côté et comportant quatre arcades en plein cintre et une en tiers-(point provient d'un édifice antérieur remontant au XIIIè siècle et sensiblement contemporain de Pont-Croix. Les archivoltes, simplement épannelées, reposent au-dessus des chapiteaux sur des culots, dont l'un, contre le pignon ouest, est figuré. La façade ouest est du début du XVè siècle ; le clocheton date de 1793.

La sacristie porte l'inscription : "V. ET. D. M. I. PEN(NARVN). R/Y. GENTRIC. F. 1701."

Mobilier : Autel en tombeau galbé installé face au peuple. Deux autels latéraux avec retables classiques à colonnes lisses (XVIIIè siècle ou XIXè siècle) et tableau : le Rosaire au nord et l'Ange gardien (?) au sud. Sur la vasque des fonts baptismaux, représentation de saint Pierre avec ses clefs, l'Ankou avec sa charrette et deux paysans au champ, illustration de l'évangile : "De deux hommes qui travaillent au champ, l'un sera pris, l'autre laissé."

Statues anciennes - en bois polychrome : Vierge à l'Enfant, XVIIè siècle, sainte Anne seule, XVIIIè siècle, sainte Marie Madeleine, saint Joseph, XVIIIè siècle, saint Ronan dit "Sant Reun", XVIIè siècle, saint Démet en évêque, XVIIè siècle, saint Alar ferrant un cheval, fin XVIè siècle, saint Corentin, XVIIè siècle, autre Vierge à l'Enfant, XVIIè siècle, saint Mathurin, XVIIè siècle, saint Jean-Baptiste, XVIIè siècle, saint François d'Assise, XVIIè siècle; - en pierre blanche : Pietà, XVIè siècle.

Vitraux : verrière du transept Nord, verre peint du XIXè siècle. Dans la fenêtre axiale à réseau flamboyant, vitrail d'H. de Sainte-Marie, 1957, qui a remplacé une ancienne Passion. Orfèvrerie : calice en argent, 1673 (C.). * Le porche sud est entouré de deux fontaines qui sourdent sous les fondations.

- A 50 m, à l'angle nord-est de l'église, autre fontaine, dite Feunteun Sant-Délo.

Près de l'église, croix de granit avec Christ ressuscité au revers du Crucifix.

 

B.S.A.F. Chanoine Abgrall, 16-8-1913. - H. Pérennès : Plozévet (Brest, 1941). - A. Mussat : La chapelle de la Trinité (S.F.A. - C.A. 1957).

1903, 170, 172 (église et chapelles);

1909, 59-60 (église); 1920, 178-179 (monuments historiques);

1928, XXXII (écusson sur un cadran solaire);

1929, XVIII (sarcophage, statue de saint Ronan), XXXVI (chapelle Saint-Démet);

1934, XXVII (manoir de Kerguinaou et croix armoriée);

1956, XIX, XXII (calvaire et manoir du bourg); 1965, CV (maison du corsaire);

1966, XLVI (moulin à vent de Keringar);

1971, 440 (calice, M.C.); 1972, 670 (monuments historiques et sites).

Monumentum

https://monumentum.fr/eglise-saint-demet-pa00090280.html

Fiche Mérimée : PA00090280

Mobilier classé Monument Historique conservé dans l'édifice :

Statue : Vierge à l'Enfant
Statue : Saint Jean-Baptiste
Statue : Saint Démet
Statue : Sainte Anne
Statue : Saint Joseph
Statue : Saint François d'Assise
Statue : Saint Corentin
Statue : Vierge à l'Enfant
Statue : Saint Mathurin
Groupe sculpté : Piéta
Statue : Saint Ronan

Dernière mise à jour de la fiche Monumentum : 2020-07-10

POP

Pietà en bois polychrome  XVIe  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29004502

Vierge à l'Enfant bois polychrome XVIe

Bois : taillé, peint (polychrome)

Vierge à l'Enfant

 

H = 90 ; la = 30 ; pr = 18

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29004501

WIKIPEDIA

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ploz%C3%A9vet

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SOURCES ET LIENS.

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Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes. Sculptures
14 juillet 2020 2 14 /07 /juillet /2020 14:04

La Pietà aux trois anges de tendresse (calcaire, XVIe siècle) de l'église de Plozévet.

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— Sur les anges de compassion, et la gestuelle de l'ange, voir :

 

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— Sur les statues en calcaire du Finistère :

 

 

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PRÉSENTATION.

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S'il est bien une œuvre absolument remarquable dans l'église Saint-Demet de Plozévet, c'est à mes yeux la Vierge de Pitié. Non pas celle en bois polychrome, bien belle, et que je n'omettrai pas de décrire dans un autre article, qui est classée M.H et qui bénéficie d'une notice sur le site pop.culture.gouv, mais celle en calcaire, décrite par Couffon : "statue en pierre blanche : Pietà, XVIe siècle", et par Le Seac'h, cf infra.

On en trouve une photo dans le recensement des Pietà du Finistère sur Wikipedia, image GO69)

Elle n'est pas placée, comme la Pietà de bois, en évidence sur un autel sud, mais reléguée dans un sombre recoin nord, où il n'est pas possible de l'examiner sous toutes ses faces.

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Emmanuelle Le Seac'h, dans  Sculpteurs sur pierre de Basse-Bretagne, (2014) a souligné tout son intérêt , en lui consacrant 15 lignes de description (cf. Description infra), et une photo :

1. Elle s'intègre dans un ensemble, celui des Pietà aux anges de douceur, suffisamment rare (une vingtaine d'exemples) et homogène pour être isolé. Ces anges soutiennent la tête ou les pieds du Christ.

2. Elle est en calcaire polychrome, une pierre d'importation étrangère (a priori le "tuffeau" de la vallée de la Loire) mais taillée -dans notre cas- sur place. Dans l'ensemble précédent, ce matériau n'est retrouvé que dans quatre œuvres de cet ensemble de Pietà (Plozévet, Plonévez-du-Faou, Penmarc'h et Névez en Finistère). Et le calcaire est de toute façon bien rare dans la statuaire du Finistère.  

3. Elle est très comparable à la Pietà de Plonévez-du-Faou (mais cette dernière a bénéficié d'une restauration en 1997) : ces deux sculptures sont certainement du même auteur. Elle n'est pas étrangère non plus à celle de Ploudiry.

Pourtant, Emmanuelle Le Seac'h ne décrit à la Vierge de Pitié de Plozévet que deux anges, ceux placés à la tête du Christ, et méconnaît le troisième, comme j'ai failli le faire. Car il faut venir se placer dans l'espace exiguë (et, lors de ma visite, encombré de bancs) entre le mur et la statue et recourir à un éclairage d'appoint pour le découvrir caressant les pieds du Christ.

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Si ces arguments étaient jugés trop techniques, il en resterait un qui, pour peu que la statue soit présentée dignement, ne devrait laisser personne indifférent : l'émotion qu'elle suscite est intense, si on veut bien s'extraire du contexte de dévotion et se représenter une femme dévastée par la mort de son fils, et, délicate consolation dans cet océan de chagrin, la présence surnaturelle de trois enfants témoignant par la tendresse inquiète et compatissante de leurs gestes de l'Amour qui, malgré tout, vit encore.

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C'est pour privilégier cette émotion esthétique que je place d'abord ici les photographies, repoussant mes commentaires à la fin.

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Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Vierge de Pitié aux trois anges (calcaire polychrome, XVIe siècle) de l'église de Plozévet. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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COMMENTAIRES.

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1.Les Vierges de Pitié aux  anges de douceur : un thème iconographique breton du XVe et XVIe siècle.

Dans son ouvrage —un catalogue de la production des ateliers de sculpture sur pierre du XVe au XVIIIe siècle, issue de sa thèse —, Emmanuelle Le Seach consacre un chapitre au Maître de Tronoën, auteur du calvaire éponyme à Saint-Jean-Trolimon, en Cornouaille, vers 1470. Remarquant que la Vierge de Pitié de Tronoën  est entourée de deux anges aptères qui tiennent la tête et les pieds du Christ, mais aussi le voile de Marie, dans un geste de douceur, elle développe une étude d'iconographie comparée sur ce thème des "anges de douceur".

Elle décrit alors les quatorze pietà du Maître du calvaire de Tronoën, et parmi ce groupe, les sept qui comportent des anges, ailés ou aptères. Ce sont celles de Tronoën, du calvaire de Collorec, de l'ossuaire de Saint-Hernin, de Béron et du calvaire du Moustoir à Châteauneuf-du-Faou, du jardin de l'ancien presbytère de Laz et de l'église de Plusquellec. Ces œuvres sont en granite avec parfois des traces de polychromie, et les Pietà ont les mêmes caractéristiques stylistiques ; les anges sont au nombre de deux, debout à la tête et aux pieds, et soulèvent généralement le voile de la Vierge.

L'auteure ajoute ensuite un certain nombre d'autres exemples, mais où les anges ne touchent plus le voile de la Vierge. Le catalogue des œuvres de cet atelier donne la liste suivante :

Les  Pietà aux anges de douceur du XVe siècle :
 

  • Châteauneuf-du-Faou (29), calvaire de Béron. Pietà aux deux anges de douceur géminés aux personnages de la Crucifixion. Granite, Maître de Tronoën, vers 1470.
  • Châteauneuf-du-Faou (29) , calvaire de la chapelle du Moustoir. Pietà aux deux anges de douceur géminés aux personnages de la Crucifixion.  Granite, Maître de Tronoën, vers 1470.
  • Collorec (29), église Notre-Dame, vestige de calvaire. Pietà aux deux anges de douceur. Granite, Maître de Tronoën, vers 1470.
  • Laz (29), ancien presbytère, au dessus de la porte d'entrée du jardin. Grès arkosique. Maître de Tronoën, vers 1470.
  • Le Moustoir (22), calvaire. Vestiges de pietà accompagné de deux anges de douceur, celui à la tête du Christ est décapité. Maître de Tronoën, vers 1470.
  • Plusquellec (29), église Notre-Dame-de-Grâces. Pietà aux quatre anges de douceur. Granite polychrome. Maître de Tronoën.
  • Saint-Hernin (29), ossuaire dit "chapelle Sainte-Anne". Pietà aux anges de douceur. Maître de Tronoën, vers 1470.
  • À Carhaix (29), église Saint-Trémeur de Carhaix, une Vierge de Pitié  présente les mêmes caractères qu'à Tronoën, mais les anges ne touchent plus le voile de Marie. Granite, Maître de Tronoën, vers 1470.  https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Statues_of_Piet%C3%A0_in_Finist%C3%A8re#/media/File:Carhaix_38_Eglise_Saint-Tr%C3%A9meur_Pi%C3%A9t%C3%A0_en_granite_(milieu_XVe).jpg
  • La Vierge de Pitié de l'église de Kergloff (près de Carhaix) est en calcaire polychrome, mesure 90 cm de haut et est posée sur l'autel  nord de la nef daté de 1581. Elle porte l'inscription J. SALOMON. Le Seac'h l'attribue au Maître de Tronoën.

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Le Seac'h décrit ensuite les Pietà des "héritiers de la gestuelle de l'ange". Sept autres Pietà également recensées par Le Seac'h  reprennent ce motif des anges autour de la Vierge et du Fils, cette fois-ci au XVIe siècle. Cinq se trouvent en Finistère, et j'ai décrit dans ce blog celle de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou (en calcaire polychrome), ou celle de l'église Saint-Sauveur du Faou (à 3 anges et en granite polychrome). Aucune des sept  n'est en kersanton.

  • Plonévez-du-Faou (29), église Saint-Herbot. Pietà à deux anges. Calcaire polychrome. XVIe siècle.

  • Plozévet (29), Pietà aux trois anges. Calcaire polychrome. XVIe siècle.

  • Penmarc'h (29), église Saint-Nonna, pietà aux six anges. Calcaire polychrome. XVIe siècle.

  • Névez (29), chapelle de Trémorvézen. Pietà à 1 seul ange, placé à la tête du Christ et lui tenant la main. Calcaire polychrome. XVIe siècle.

  • Melgven (29), église paroissiale. inscription de 1499. Pietà à 1 seul ange, placé à la tête du Christ et lui tenant la main. Calcaire polychrome. fin XVe siècle.

  • Le Faouët (29), façade de l'église paroissiale. Pietà à 1 seul ange (décapité), placé à la tête du Christ et lui tenant la main. Granite, fin XVe ou début XVIe.

  • Meslan (56), chapelle Saint-Armel. Pietà à 1 seul ange, placé à la tête du Christ, lui tenant la main et soutenant la tête. Granite polychrome, XVIe.

 

 

L'inventaire de ces anges apportant leur aide et leur tendresse à la scène de la Vierge de Pitié n'est pas clos ; on peut citer ainsi:

  • le calvaire de Plovan (29), non loin de Saint-Jean-Trolimon. (Atlas Plovan 2449), et sa pietà de kersanton.
  • La Pietà de La Feuillée (29), où un ange est à la tête tandis qu'un ange recueille le sang des plaies des pieds du Christ.
  • Ploudiry (29), intérieur de l'église, Déploration avec la Vierge et Marie-Madeleine. Un ange ailé tend la main vers le visage du Christ et le caresse.
  •  Collorec (29), église. Le visage de la Vierge est proche de celui de la Pietà de Plozévet.
  • Pleyben (29) calvaire de la chapelle de la Trinité. Kersanton. Un seul ange à la tête du Christ.

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Pleyben, chapelle de la Trinité. Photographie lavieb-aile.

Pleyben, chapelle de la Trinité. Photographie lavieb-aile.

Saint-Hernin, chapelle Sainte-Anne. Photo lavieb-aile.

Saint-Hernin, chapelle Sainte-Anne. Photo lavieb-aile.

Ploudiry, église.Photo lavieb-aile.

Ploudiry, église.Photo lavieb-aile.

Ploudiry, église. Photo lavieb-aile.

Ploudiry, église. Photo lavieb-aile.

Collorec, église. Photographie lavieb-aile.

Collorec, église. Photographie lavieb-aile.

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DESCRIPTION
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Notice Palissy :

Elle est classée à titre d'objet à la date du 26 novembre 1991 . Elle mesure 82 cm de haut, 41 cm de large et 22 cm de profondeur. Elle a été restaurée en 1999, date d'un cliché après restauration.

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29001800

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/memoire/AP29W03634

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"On retrouve pratiquement la même pietà à Plozévet [qu'à l'église Saint-Herbot de Plonévez-du-Faou] dans l'église Saint-Démet, dans l'angle nord-est du transept nord. Elle est du même sculpteur. La statue, qui mesure 1,14 mètre est aussi en calcaire. La polychromie n'a pas été refaite [?]. Le Christ a ici la tête penchée vers le bas. Mais sa barbe et ses cheveux se divisent en bouclettes comme à Saint-Herbot. Son pagne est aussi rabattu en un plissé harmonieux. La Vierge a le même visage rond à la chair tremblante. Ses cheveux sont rentrés dans le col empesé du manteau. Ils sont retenus par un bandeau qui fait office de couronne. Sa robe forme trois plis cassés sur le devant et le bord en est décoré par un galon doré, relevé par des étoiles rouges au dessus. Deux anges du même coté cette fois, posent leurs mains sur l'épaule droite du Christ et lui tiennent le pouce et l'avant-bras. Cette pietà date aussi du XVIe siècle." (Le Seac'h 2014)

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Les anges sont vêtus, sur l'aube blanc-crème, d'un habit — rouge ou vert — fendu sur le coté en partie basse, à large revers de manche, et ils portent l'amict, replié en petite capuche à l'arrière et s'évasant sous le menton. Deux d'entre eux ont la taille serré par un cordon. Les cheveux sont bouclés et ces boucles courtes forment une petite houppe sur le devant. Les visages sont ronds et poupins. Ces anges sont ailés.

La main droite de l'ange supérieur gauche est tendu vers l'oreille droite du Christ, dans un geste très tendre accordé aux traits inquiets du visage.

L'ange inférieur gauche pose sa main droite sur celle du Christ, et entoure de la main gauche son avant-bras, tandis qu'il pose, très affectueusement, son menton près du coude et qu'il lève les yeux vers le visage défunt. La posture a la grâce des gestes enfantins, tout en étant empreinte de commisération.

L'ange de droite fait symétrie avec celui de gauche, entourant la jambe comme l'autre entourait le bras, et posant la main sur le talon avec plus de douceur que de force. Comme lui, il appuie sa joue contre la jambe et lève les yeux vers le Christ.

Le bloc de pierre est brisé en partie basse au niveau du pied droit du Christ, et à gauche où une partie de la joue de l'ange supérieur est amputé.

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Comparaison avec la Vierge de Pitié de Saint-Herbot.

Je renvoie à ma description :

La Pietà de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou

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L'enclos paroissial de Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. La Pietà et les deux anges de douceur (Calcaire polychrome, XVIe siècle). Photographie lavieb-aile.

L'enclos paroissial de Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. La Pietà et les deux anges de douceur (Calcaire polychrome, XVIe siècle). Photographie lavieb-aile.

L'enclos paroissial de Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. La Pietà et les deux anges de douceur (Calcaire polychrome, XVIe siècle). Photographie lavieb-aile.

L'enclos paroissial de Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. La Pietà et les deux anges de douceur (Calcaire polychrome, XVIe siècle). Photographie lavieb-aile.

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CONCLUSION.

On ne peut que rêver de la beauté que ce groupe sculpté a  pu connaître, lorsque sa polychromie aux ors rutilants, le damassé de la robe de la Vierge ou son galon étaient dans leur fraîcheur d'origine. 

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SOURCES ET LIENS.

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— CASTEL (Yves-Pascal), 

"Les Pietà les plus anciennes associent parfois des anges pour consoler s'il est possible la douleur maternelle Au calvaire de Tronoën, à Saint-Jean-Trolimon, deux acolytes relèvent délicatement les plis latéraux du voile de tête de la Mère de Dieu. De même à Saint-Hernin, et au calvaire du Moustoir à Châteauneuf-du-Faou. Ces trois oeuvres sortent de toute évidence d'un atelier unique qui travaillait le granite, vers le milieu du XVe siècle et que nous nommons l'atelier du Maître de Tronoën. A Plougoulm un ange " vient, selon la formule de Debidour, en plein vol horizontal " se saisir de la paume percée du Christ . A Langolen, des anges soutiennent le bras et le pied du Christ, sa tête et son bras à Kergloff. A La Feuillée, alors qu'un premier ange se tient près du Christ en prière, un second tend la coupe pour recueillir le sang qui découle de la blessure du pied. A Penmarc'h l'artiste, imprégné d'esprit médiéval, multiplie les angelots qui constituent une cohorte riche d'une demi-douzaine d'acolytes ailés. Au centre du socle, ils sont deux à encadrer un écu à la croix pattée, tandis que, toujours au même niveau, deux autres caressent la main et le pied du Christ. Placés plus haut, les deux derniers exercent leur office auprès de la tête et de la main gauche, une véritable action liturgique... Parmi les autres Pietà aux anges, on signalera celle de Collorec, qui a été exhumée en 1997."

http://patrimoine.du-finistere.org/art2/ypc_pieta.html

— PÉRENNÈS ( Henri), 1941, Plozévet (Brest, 1941). 

http://www.infobretagne.com/plozevet.htm

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Notice sur Plozévet.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/f0547dd502285d509467f930ed5105e3.pdf

EGLISE SAINT-DEMET (I.S.) En forme de croix, elle comprend une nef de cinq travées avec bas-côté nord de l'extrême fin du XIVè siècle, séparée par un arc diaphragme de la même époque d'un vaste transept, et un choeur profond à chevet plat, datant du XVIè siècle ainsi que le porche méridional.

Ce dernier est voûté sur croisée d'ogives : sur les parois intérieures, deux niches encadrées de colonnes encastrées en nid d'abeilles ; sur le fronton, inscription : ".../ LE PENNEC. F. 1695." L'arcature séparant la nef du bas-côté et comportant quatre arcades en plein cintre et une en tiers-(point provient d'un édifice antérieur remontant au XIIIe siècle et sensiblement contemporain de Pont-Croix. Les archivoltes, simplement épannelées, reposent au-dessus des chapiteaux sur des culots, dont l'un, contre le pignon ouest, est figuré. La façade ouest est du début du XVè siècle ; le clocheton date de 1793.

La sacristie porte l'inscription : "V. ET. D. M. I. PEN(NARVN). R/Y. GENTRIC. F. 1701." Mobilier : Autel en tombeau galbé installé face au peuple. Deux autels latéraux avec retables classiques à colonnes lisses (XVIIIè siècle ou XIXè siècle) et tableau : le Rosaire au nord et l'Ange gardien (?) au sud. Sur la vasque des fonts baptismaux, représentation de saint Pierre avec ses clefs, l'Ankou avec sa charrette et deux paysans au champ, illustration de l'évangile : "De deux hommes qui travaillent au champ, l'un sera pris, l'autre laissé."

Statues anciennes - en bois polychrome : Vierge à l'Enfant, XVIIè siècle, sainte Anne seule, XVIIIè siècle, sainte Marie Madeleine, saint Joseph, XVIIIè siècle, saint Ronan dit "Sant Reun", XVIIè siècle, saint Démet en évêque, XVIIè siècle, saint Alar ferrant un cheval, fin XVIè siècle, saint Corentin, XVIIè siècle, autre Vierge à l'Enfant, XVIIè siècle, saint Mathurin, XVIIè siècle, saint Jean-Baptiste, XVIIè siècle, saint François d'Assise, XVIIè siècle; - en pierre blanche : Pietà, XVIè siècle.

Vitraux : verrière du transept Nord, verre peint du XIXè siècle. Dans la fenêtre axiale à réseau flamboyant, vitrail d'H. de Sainte-Marie, 1957, qui a remplacé une ancienne Passion. Orfèvrerie : calice en argent, 1673 (C.).

 Le porche sud est entouré de deux fontaines qui sourdent sous les fondations. - A 50 m, à l'angle nord-est de l'église, autre fontaine, dite Feunteun Sant-Délo. Près de l'église, croix de granit avec Christ ressuscité au revers du Crucifix.

— MONUMENTUM.FR

 

https://monumentum.fr/eglise-saint-demet-pa00090280.html

— WIKIPEDIA

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ploz%C3%A9vet

—Wikipedia, Liste et photo des Pietà du Finistère.

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Statues_of_Piet%C3%A0_in_Finist%C3%A8re

 

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Published by jean-yves cordier - dans sculptures Pietà
8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 10:10

Les  vitraux en grisaille (1542-1544) de la galerie de Psyché à Chantilly.

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Voir dans ce blog sur le mythe de Psyché :

 

 

Sur le château de Chantilly et son exposition François Ier, voir :

La liste de mes 225 articles sur les vitraux.

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PRÉSENTATION.

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Les 44 vitraux provenant du château d'Écouen.

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En 1518, le banquier siennois Agostino Chigi commande à Raphaël, pour la Loggia de la villa Farnésine à Rome, des décors peints d’après le mythe de Psyché. Raphaël réalise une fresque illustrant cette histoire mythique, et ses dessins deviennent la référence de tous les artistes suivants pour l’illustration des amours de Cupidon et de Psyché.

Inspirés de L’Âne d’or d’Apulée, ces vitraux témoignent de la passion de la Renaissance pour l’idéal d’amour, la mythologie et les jeux de symboles. Ce cycle en grisaille rehaussée de jaune d’argent, traité à la manière de Raphaël, constitue un ensemble très rare.

"Le château de Chantilly conserve un ensemble unique de quarante-quatre vitraux du XVIe siècle racontant l'histoire de Psyché.

 Ces vitraux ont été exécutés de 1542 à 1544 pour décorer la galerie du château d'Ecouen, construit par l'architecte Jean Bullant pour le Connétable Anne de Montmorency (1493-1567), compagnon d'armes et ministre du roi François Ier, puis du roi Henri II.

Les vitraux furent exécutés en grisaille et jaune d'argent par un maître verrier de l'Ecole de Fontainebleau ; ils s'inspirent des gravures exécutées en Italie par Agostino Veneziano et le Maître au Dé d'après des dessins attribués à Raphaël, mais dus probablement au flamand Michiel Coxcie. Les gravures étaient accompagnées de vers italiens qui furent traduits en français par Claude Chappuys, Antoine Héroët de La Maison-Neuve et Melin de Saint-Gelais.

Les vitraux d'Ecouen furent saisis à la Révolution et transportés au dépôt de l'hôtel de Nesle à Paris ; en mai 1796, Alexandre Lenoir les réclama pour le musée des Monuments Français à Paris et obtint l'autorisation le 24 thermidor an IV (1796). Les vitraux figurent dans les descriptions du musée, notamment en 1803. Après la Révolution et l'Empire, ils furent rendus en 1816 au prince Louis-Joseph de Bourbon-Condé (1756-1818), propriétaire d'Ecouen, et conservés au Palais-Bourbon en caisse ; son fils Louis-Henri-Joseph (1756-1830), duc de Bourbon, les légua en 1830 à son petit-neveu et filleul Henri d'Orléans duc d'Aumale (1822-1897) avec le château de Chantilly où les vitraux furent transportés le 19 novembre 1843. En 1847 le duc fit élever par l'architecte Félix Duban une galerie de bois dans la cour de la Capitainerie à Chantilly pour installer les vitraux ; la galerie accueillit alors vingt-huit vitraux. Endommagés par une tempête, quatre d'entre eux furent restaurés à Sèvres en mars 1847 sous l'autorité de Brongniart et Louis-Remy Robert.

Les vitraux furent envoyés en Angleterre en 1852 auprès du duc d'Aumale en exil à Twickenham et y restèrent jusqu'en 1876. Lors de la reconstruction de Chantilly après 1875, le duc d'Aumale fit construire par l'architecte Daumet l'actuelle galerie de Psyché pour présenter les vitraux ; en 1880 et 1881 le peintre décorateur Lechevallier-Chevignard coopérait à la restauration des vitraux qui fut réalisée de 1879 à 1883 par les maîtres verriers Lefèvre et Bardon. Le duc d'Aumale fit placer les vers français du XVIe siècle sous les vitraux. Les vitraux ont été restaurés en 2005 avec le soutien de la Fondation Gaz de France." Marina Rouyer 2009, http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?

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L'histoire représentée en sept tableaux : le Mythe de Psyché.

 

En 1469 paraît à Rome la première édition italienne de L’Âne d’or d’Apulée du IIe siècle, récit également connu sous le titre Les Métamorphoses. Une seconde édition paraît en 1488, et l’ouvrage s’impose comme une référence en matière artistique. Apulée y décrit l'histoire de Psyché du chapitre IV 28,1 au chapitre VI, 24,4) . En 1518, le banquier siennois Agostino Chigi commande à Raphaël, pour la Loggia de la villa Farnésine à Rome, des décors peints d’après le mythe de Psyché. Raphaël réalise une fresque illustrant cette histoire mythique, et ses dessins deviennent la référence de tous les artistes suivants pour l’illustration des amours de Cupidon et de Psyché.

 

"Un roi possède trois filles dont la plus jeune, Psyché, décourage ses prétendants par sa beauté divine. Le roi se rend devant l'oracle, qui lui prédit que Psyché ne pourra être mariée qu'à un monstre, qui viendra la chercher sur un rocher. En effet Vénus, jalouse de sa rivale, a chargé son fils, l'Amour, de lui trouver un mari immonde. Désespéré, le roi amène sa fille sur un rocher et la quitte. L'Amour en tombe amoureux, et charge le vent Zéphyr de déposer Psyché dans son palais. Une fois arrivée, celle-ci est accueillie par des servantes invisibles. La nuit, l'Amour fréquente sa couche, sans se faire voir d'elle, afin de ne pas provoquer la colère de sa mère, Vénus, pour lui avoir désobéi. Psyché invite ses deux soeurs au Palais de l'Amour. Jalouses, celles-ci convainquent Psyché de découvrir l'identité de son mari, lui assurant que celui-ci est un serpent venimeux. La nuit suivante, Psyché, attendant le sommeil de l'Amour, approche une lampe de son visage, et découvre son identité. Mais une goutte d'huile brûlante tombe sur le corps de l'Amour. Réveillé par la douleur, blessé par cette trahison, il s'enfuit. Psyché tente de le rattraper, en vain. Elle se rend à Vénus, afin de reconquérir l'Amour. Celle-ci lui impose une série d'épreuves, dont Psyché finira par triompher. Reconnue par les dieux, elle sera divinisée et un grand banquet célébrera leurs noces.
Episode 7 : Zéphyr, envoyé par l'Amour, soulève Psyché dans les airs puis la dépose doucement dans une prairie, au pied d'un arbre où elle s'endort. Dans la partie supérieure du vitrail, on retrouve la Léda d'un tableau du Primatice." 
Marina Rouyer 2009,  http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?

 

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La première fenêtre.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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I. Une vieille femme chargée de surveiller Charite, capturée par des brigands en vu d'une rançon, lui raconte l'histoire de Psyché tout en filant. Le narrateur du récit L'Âne d'or, un aristocrate du nom de Lucius, transformé en âne au service des brigands, observe la scène.

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" Lucius apparaît au moment où, ayant déjà été enlevé et transformé en âne, il écoute la « Vieille » raconter l’histoire de Psyché à la jeune femme. Incapable de parole, Lucius ne peut qu’écouter le récit tout en étant séparé du groupe des deux femmes par le trait vertical du plomb encadrant les différents personnages. En outre, en haut du vitrail sont visibles des colonnes qui d’une part s’inspirent beaucoup de l’architecture italienne et, d’autre part, sont représentées plusieurs fois dans différents vitraux. Elles font référence au temple de l’Amour où Psyché sera par la suite emmenée. Enfin, aux pieds de la « Vieille » se trouve un chien à l’œil morne, qui semble lui aussi écouter l’histoire, la tête tristement posée sur une de ses pattes. Dans la tradition, le chien est un symbole de luxure ou de mélancolie. Il fait certainement allusion au sentiment de la jeune femme. On notera que la figure du chien est ici empruntée à une gravure de Dürer intitulée La Mélancolie (1514), où l’on retrouve la même posture de l’animal allongé de manière recroquevillée sur lui-même et situé aux pieds d’une femme" (J. Alves).

 

Icy récite Apulee ungne fable

Bien inventée & trop mieulx poursuivie

D ungne espouse elegante & amable

Par des bringans furtivement suivie

Qui fut le iour de ses noces ravies

Et lors la vieille ayant la garde d'elle

Pour divertir ung songe qui l'ennuye

Luy vinct compter de psyche la nouvelle.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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II. Parmi les trois filles d'un roi, l'une d'elle, Psyché, est d'une beauté exceptionnelle et provoque la jalousie de la déesse Vénus : elle charge son fils Amour de la venger.

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Il y avait une fois un roi et une reine qui avaient trois filles, toutes trois fort belles. Mais pour la beauté des deux aînées, quelque charmantes qu'elles fussent, on n'était pas en peine de trouver des formules de louange; tandis que celle de la cadette était si rare, si merveilleuse, qu'il y avait dans le langage humain disette de termes pour l'exprimer, ou même pour la louer dignement. Habitants du pays ou étrangers, que la curiosité de ce prodige attirait en foule, en perdaient l'esprit, dès qu'ils avaient contemplé cette beauté incomparable; ils portaient la main droite à la bouche, en croisant l'index avec le pouce, absolument dans la forme l'adoration sacramentelle du culte de Venus elle-même. Déjà dans les villes et pays circonvoisins un bruit se répand que la déesse née du sein de la profonde mer, et qu'on vit un jour sortir de l'écume des flots bouillonnants, daignait déroger à sa divinité jusqu'au point de se mêler à la vie des mortels. La terre, suivant d'autres, et non plus la mer, fécondée par je ne sais quelle influence génératrice des astres, avait fait éclore une Vénus nouvelle, une Vénus possédant encore la fleur de virginité.

Cette croyance fit en un instant des progrès incroyables. Des îles, elle gagna le continent, et de là, se propageant de province en province, elle devint presque universelle. Il n'était si grande distance, ni mer si profonde, que ne franchissent les curieux, apportant de toutes parts leur tribut d'admiration à la merveille du siècle. On oublie Paphos, on oublie Cnide; et Cythère elle-même ne voit plus dans ses parages de dévots navigateurs, empressés de jouir de la contemplation de la déesse. Les sacrifices s'arrêtent, les temples se dégradent, l'herbe croît dans les sanctuaires. Plus de cérémonies, plus de guirlandes aux statues : une cendre froide déshonore les autels désormais vides d'offrandes. C'est à la jeune fille que s'adressent les prières, c'est sous ses traits mortels qu'une divinité puissante est adorée. Le matin, lorsqu'elle sort de son palais, mêmes victimes, mêmes festins qu'en l'honneur de Vénus elle-même, dont on n'invoque plus le nom qu'en sacrifiant à une autre. La voit-on passer dans les rues, aussitôt le peuple de lui jeter des fleurs et de lui adresser des voeux.

"Cette impertinente attribution des honneurs divins à une simple mortelle alluma le plus violent dépit dans le coeur de la Vénus véritable. Ne pouvant contenir son indignation, elle secoue en frémissant la tête, et, du ton d'une fureur concentrée : Quoi ! se dit-elle, à moi, Vénus, principe vivifiant de toutes choses, d'où procèdent les éléments de cet univers, à moi, l'âme de la nature, une souveraineté partagée avec une fille des hommes ! Mon nom, si grand dans le ciel, là-bas serait profané par un caprice humain ! Il ferait beau me voir avec cette divinité en commun, ces honneurs de seconde main ! attendant des vœux qui pourraient se tromper d'adresse ! Une créature périssable irait promener sur la terre l'image prétendue de Vénus ! Vainement donc, par une sentence dont le grand Jupiter lui-même a reconnu la justice, le fameux berger de l'Ida aura proclamé ma prééminence en beauté sur deux des premières déesses ! et l'usurpatrice de mes droits jouirait en paix de son triomphe ! Non, non; elle payera cher cette insolente beauté.

"Aussitôt elle appelle son fils, ce garnement ailé qui ne respecte ni morale, ni police, qui se glisse chez les gens comme un voleur de nuit, avec ses traits et son flambeau, cherchant partout des ménages à troubler, du mal à faire, et ne s'avisant jamais du bien. Le vaurien n'est que trop enclin à nuire; sa mère vient encore l'exciter. Elle le conduit à la ville en question, lui montre Psyché (c'était le nom de la jeune princesse),  et de point en point lui fait l'historique de l'odieuse concurrence qu'on ose faire à sa mère. Elle gémit, elle pleure de rage : Mon fils, dit-elle, je t'en conjure, au nom de ma tendresse, par les douces blessures que tu fais, par cette flamme pénétrante dont tu consumes les cœurs, venge ta mère; mais venge-la pleinement, que cette audacieuse beauté soit punie. C'est la grâce que je te demande et qu'il faut m'accorder : avant tout, qu'elle s'enflamme d'une passion sans frein pour quelque être de rebut; un misérable qui n'ait honneur, santé, feu ni lieu, et que la fatalité ravale au dernier degré d'abjection possible sur la terre." (Apulée)

 

 

Un Roy et Royne ont trois filles bien nées

Et toute trois d'excellente beauté.

Les deux en sont heureusement ornées

Mais la plus ieune a les pris emporté

Car au visage eut tant de deite

Que pour Venus maint peuple l'adora

Venus contre elle a amour irrité.

Et par amour d'elle se vengera.

 

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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III. À l'inverse de ses sœurs, qui se sont mariés, Psyché est trop belle pour trouver un époux : ses parents se font beaucoup de souci.

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"Psyché cependant n'en était pas plus avancée avec sa beauté merveilleuse. Personne qui n'en soit frappé, personne qui ne la vante; mais personne aussi, roi, prince ou particulier, qui se présente comme époux. On admire ses formes divines comme on admire le chef-d'oeuvre d'art statuaire. Ses deux soeurs, beautés nullement insolites, et qui n'avaient point fatigué la renommée, trouvent des rois pour partis, font toutes deux de brillants mariages. Psyché reste non pourvue dans la maison paternelle, pleurant la solitude où on la laisse : sa santé en souffre, son humeur s'en aigrit; idole de l'univers, sa beauté lui devient odieuse." (Apulée)

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Ses deux sœurs sont proveues haultement

Et d'aultant mieulx que moins ont eu de bruit

Psyché de tous louée grandement

Demeure seule, et nul ne la poursuit

Beaulté quy deut plus ayder plus luy nuit

Et son grant heur la vend très malheureuse

Sa fleur flestrit et dessèche sans fruit

Par quoy vivoit à soy mesme odieuse.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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IV. Le papa dépité consulte un oracle. Mauvaise pioche : Psyché doit être exposée au désir d'un monstre. On voit ici les animaux offerts en sacrifice.

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"Si la fille est infortunée, le père est au désespoir. Il soupçonne quelque rancune d'en haut; et, craignant sur toute chose le courroux des dieux, il va consulter l'oracle antique du temple de Milet. Un hymen, un mari, c'est tout ce qu'il demande pour la vierge délaissée. Apollon, bien que Grec, et Grec d'lonie, du fait de celui qui fonda son culte à Milet, rend, en bon latin, la réponse que voici:

Qu'en ses plus beaux atours la vierge abandonné
Attende sur un roc un funèbre hyménée.
Son époux d'un mortel n'a pas reçu le jour :
Il a la cruauté, les ailes du vautour;
Il déchire les coeurs, et tout ce qui respire
Subit, en gémissant, son tyrannique empire.
Les dieux, dans leur Olympe, ont tous porté ses fers,
Et le Styx contre lui défend mal les enfers." (Apulée

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Le roy son père estonné et marry

Vient à l'oracle & sacrifie aux dieux

En demandant pour sa fille ung mary

On luy repond Psyché doit pour le mieulx

Avoir espoux quy soit venu des cieulx

Et sur ce mont avec le mortuaire

La faut mener sans habit precieux

Au dieu quy volle & n'a bien qu'a mal faire.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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V. La reine espérait mieux : elle sursaute sur son trône, tandis que le peuple pleure,... et que les sœurs échangent un regard satisfait.

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"Quand l'oracle eut ainsi parlé, le monarque, autrefois heureux père, revint fort triste sur ses pas, et avec assez peu d'empressement de revoir sa famille. Cependant il se décide à faire part à la reine de l'ordre du destin. Pendant plus d'un jour on gémit, on pleure, on se lamente; mais il faut se soumettre à l'arrêt fatal. Déjà se font les apprêts de l'hymen lugubre. Le flambeau nuptial jette une flamme noirâtre, et se charbonne au lieu de briller; la flûte zygienne ne donne que les notes dolentes du mode lydien; on entonne un chant d'hyménée qui se termine en hurlements lamentables. La jeune fille essuie ses larmes avec son voile de mariage. La fatalité qui s'appesantit sur cette maison excite la sympathie de toute la ville. Un deuil public est proclamé." (Apulée)

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Cette response a leu y redoublé

et ses parens ont mené tel deuil

Que le palais roial est tout troublé

le peuple crie & iecte larmes d'œil.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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VI. On mène en procession Psyché en haut de la montagne.

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"  Mais l'ordre du ciel n'en appelle pas moins la victime au supplice inévitable; le lugubre cérémonial se poursuit au milieu des larmes, et la pompe funèbre d'une personne vivante s'achemine, escortée d'un peuple entier. Psyché assiste non plus à ses noces, mais à ses obsèques; et tandis que le désespoir des auteurs de ses jours hésite à consommer l'affreux sacrifice, elle les encourage en ces mots : Pourquoi noyer dans des pleurs sans fin votre vieillesse infortunée ? Pourquoi épuiser par vos sanglots le souffle qui vous anime, et qui m'appartient aussi ? Pourquoi ces inutiles larmes qui déforment vos traits vénérables ? vos yeux qu'elles brûlent sont à moi. Cessez d'arracher vos cheveux blancs, cessez de meurtrir, vous, votre poitrine auguste, et vous, ces saintes mamelles qui m'ont nourrie. Voilà donc tout le fruit que vous aurez recueilli de ma beauté ! Hélas ! frappés à mort par le ressentiment d'une divinité jalouse, trop tard vous en sentez le coup. Quand les peuples et les nations me rendaient les divins honneurs, quand un concert universel me décernait le nom de seconde Vénus; ah ! c'était alors qu'il fallait gémir et pleurer sur moi, car, dès ce moment, votre fille était morte pour vous. Oui, je le vois, je le sens, c'est ce nom de Vénus qui m'a perdue. Allons, qu'on me conduise à ce rocher où mon sort veut que je sois exposée. Il me tarde de conclure ce fortuné mariage, de voir ce noble époux à qui je suis destinée. Pourquoi différer ? A quoi bon éviter l'approche de celui qui naquit pour la ruine de l'univers entier ?

Ainsi parle la jeune fille. Puis, sans un mot de plus, elle se mêle d'un pas ferme au cortège qui la conduit. On arrive au sommet du rocher indiqué, qui se dresse au-dessus d'une montagne escarpée; on y place Psyché, et on l'y laisse seule. La foule se retire, abandonnant les torches nuptiales, dont elle éteint la flamme dans des flots de ses larmes. Ainsi se termine la cérémonie, et chacun, la tête baissée, regagne tristement sa demeure. Quant aux infortunés parents que ce malheur accable, ils vont s'enfermer au fond de leur palais, et se condamnent à ne plus revoir la lumière ." (Apulée)

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Voyant Psiché conduite à tel aceuil

Qui neantmoins les assistans conforte

Ses noces sont obseques & cercueil

Encore vin--- a nom de femme morte.

 

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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Deuxième fenêtre.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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VII. Miracle ! le souffle du Zéphyr la soulève puis la dépose sur un gazon près d'une fontaine.

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"Cependant la solitude rend à Psyché toutes ses craintes; ses larmes recommencent à couler, quand tout à coup elle se sent caressée par le souffle amoureux du Zéphyr, qui d'abord fait seulement onduler les deux pans de sa robe. Le vent en gonfle peu à peu les plis. Insensiblement Psyché se voit soulevée dans l'air, et enfin transportée sans secousse du sommet d'un rocher dans un vallon, où la belle se trouve mollement assise sur un gazon fleuri." (Apulée)

Le doux zephyre enfle son vestement

Et la soufflée ou fortune la maine

Après avoir reposé doulcement

Elle aperceut le bois & la fontaine.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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VIII. Dans un palais enchanté, un banquet lui est servi. La  voix de l'invisible amant dit à Psyché d'aller prendre son bain.

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"Déposée avec précaution sur une pelouse épaisse et tendre, Psyché s'étend voluptueusement sur ce lit de fraîche verdure. Un calme délicieux succède au trouble de ses esprits, et bientôt elle s'abandonne aux charmes du sommeil. Le repos rétablit ses forces, et au réveil la sérénité lui était revenue. Elle voit un bois planté de grands arbres, d'un épais couvert; elle voit une fontaine dont l'onde cristalline jaillit au centre même du bocage. Non loin de ses bords s'élève un édifice de royale apparence; construction où se révèle la main, non d'un mortel, mais d'un divin architecte. On y reconnaît dès le péristyle le séjour de plaisance de quelque divinité. Des colonnes d'or supportent une voûte lambrissée d'ivoire et de bois de citronnier, sculptée avec une délicatesse infinie. Les murailles se dérobent sous une multitude de bas-reliefs en argent, représentant des animaux de toute espèce, qui semblent se mouvoir et venir au-devant de vos pas. Quel artiste, quel demi-dieu, quel dieu plutôt, a pu jeter tant de vie sur tout ce métal inerte ? Le sol est une mosaïque de pierres précieuses, chargées des tableaux les plus variés. O sort à jamais digne d'envie ! marcher sur les perles et les diamants ! À droite et à gauche, de longues suites d'appartements étalent une richesse qui défie toute estimation. Les murs, revêtus d'or massif, étincellent de mille feux. Au refus du soleil, l'édifice pourrait sécréter un jour à lui, tant il jaillit d'éclairs des portiques, des chambres et des parois mêmes des portes. L'ameublement répond à cette magnificence : tout est céleste dans ce palais. On dirait que Jupiter, voulant se mettre en communication avec les mortels, se l'est élevé comme pied-à-terre.

Psyché s'approche, attirée par le charme de ces beaux lieux, et bientôt elle s'enhardit à franchir le seuil. De plus en plus ravie de ce qu'elle voit, elle promène son admiration de détail en détail, passe aux étages supérieurs, et y reste en extase à la vue d'immenses galeries où s'entassent trésors sur trésors. Ce qu'on ne trouve pas là n'existe nulle part sur terre. Mais ce qu'il y a de plus merveilleux, c'est qu'à cette collection des richesses du monde entier on ne voit fermeture, défense, ni gardien quelconque.

"Tandis que Psyché ne peut se rassasier de cette contemplation, une voix invisible vient frapper son oreille : Pourquoi cet étonnement, belle princesse ? Tout ce que vous voyez est à vous. Voilà des lits qui vous invitent au repos, des bains à choisir. Les voix que vous entendez sont vos esclaves : disposez de nos services empressés. Un royal banquet va vous être offert, après les premiers soins de la personne, et ne se fera pas attendre." (Apulée)

 

 

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Près d'un palais faict de main plus qu'humaine

Ou une voix sans rien voir entendit

Vas te baigner Psiché et sois certaine

D'avoir icy tout pouvoir & crédit.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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IX. Psyché entre dans le bain où elle est lavée par trois servantes. Deux putti écartent les tentures du lit...

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"Psyché vit bien qu'elle était devenue l'objet d'une sollicitude toute divine. Docile aux avis du conseiller invisible, elle se met au lit; puis elle entre dans un bain, dont l'influence eut bientôt dissipé toute fatigue." (Apulée)

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Elle obeyt à la voix insidieuse

Croyant que c'est des dieux la volonté

Et c'est au baing lavée toute nue

N'y voyant rien de mal à s'en apreste.

 

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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X. Les trois servantes s'empressent à sa toilette ; on la coiffe, on la parfume, on la choie.

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Sans s'esbahir de telle nouveaulté

Son chef aussy a voulu perfumer

d'odeurs remplis de grande suavité

Pendant quand vit son cœur allumer.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XI. Un festin lui est servi, accompagné de musiciens.

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 "Une table en hémicycle se dresse auprès d'elle. C'est son dîner sans doute qu'on va servir : sans façon elle y prend place. Les vins les plus délicieux, les plats les plus variés et les plus succulents se succèdent en abondance. Nul serviteur ne paraît. Tout se meut comme par un souffle. Psyché ne voit personne; elle entend seulement des voix : ce sont ces voix qui la servent. Après un repas délectable, un invisible musicien se met à chanter, un autre joue de la lyre : on ne voit ni l'instrument ni l'artiste. Un concert de voix se fait entendre; c'est l'exécution d'un choeur sans choristes." (Apulée)

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Ung peu après revêtue et coiffée

Elle sasiée & n'aperçoit personne

La table fut de tous metz estoffée

& ung accord de plusieurs voix résonnent

Qui la récrée & grand plaisir luy donne

Mais poinct ne saict s'il ay a trahyson

Ne cy amour pour son – l'environne

Ne si c'est miel ou si c'est du poison.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XII. Elle couche avec l'homme  invisible et devient madame X.

 

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"Enfin, au milieu de tant de plaisirs, le soir vient; et Psyché, que l'heure invite au repos, se retire dans son appartement. Déjà la nuit avançait; un bruit léger vient frapper son oreille : la jeune vierge s'inquiète alors de sa solitude. Sa pudeur s'alarme, elle frémit, elle craint d'autant plus qu'elle ignore; mais déjà l'époux mystérieux est entré, il a pris place, et Psyché est devenue sa femme. Aux premiers rayons du jour il a disparu. " (Apulée)

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Quant il fut nuyt & le lit bien paré,

Psiché se couche. Amour la vient chercher

& laissant trousse & dard bien acéré

Entre ses bras nud à nud va coucher

Qui l'eust alors gardé de luy toucher

Il luy promet & iure grant serment

D'estre à jamais le sien espoux tres cher

Dont prise fut : mais voluntairement

 

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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Troisième fenêtre.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XIII. D'invisibles servantes la recoiffent, la re-parfument et la re-choient : elle est comblée.

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"Aussitôt les voix sont là pour prêter leur ministère à l'épouse d'une nuit et panser de douces blessures.

Le temps s'écoule cependant, et chaque nuit ramène la même scène. Par un effet naturel, Psyché commence à se faire à cette singulière existence; l'habitude lui en semble douce; et le mystère de ces voix donne de l'intérêt à sa solitude." (Apulée)

Puis de dormir non d'aimer assouvie

Le tour venu, estant Amoure voie

Elle est de gens invisibles servie

Et tost s'acoutre et entre dueil et ioye.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XIV. Psyché mesure la fidélité de son mari à l'aulne des richesses qu'il lui offre.

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Compte à part soye les biens qu'amour envoye

Et se maintient sur toutes bien heurée

Croiant qu'amour iamais ne se desvoye

Et que sa foy est ferme et asseurée.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XV. L'arrivée des deux jalouses transportée par le fidèle Zéphyr. Et c'est Psyché qui les réclame !

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"Cependant les malheureux parents usaient leurs vieux jours dans une douleur sans fin. L'aventure de Psyché avait fait du bruit, et la renommée l'avait fait parvenir aux oreilles de ses soeurs aînées. Toutes deux, le cœur serré, et la douleur peinte sur le visage, avaient quitté leurs foyers, empressées d'aller chercher la présence et l'entretien de leurs vieux parents.

La nuit même de leur arrivée, l'époux eut avec Psyché la conversation suivante : Ma Psyché, ma compagne adorée, la cruelle Fortune te prépare la plus périlleuse des épreuves. Ta prudence, crois-moi, ne saurait être trop éveillée. On te croit morte, et tes deux soeurs, affligées de ta perte, sont déjà sur ta trace. Elles vont venir au pied de ce rocher. Si leurs lamentations arrivent jusqu'à ton oreille, garde-toi de leur répondre, de leur donner même un coup d'oeil. Sinon, il en résultera pour moi les plus grands chagrins, pour toi les plus grands malheurs. Psyché parut se résigner, et promit obéissance. Mais l'époux n'eut pas plutôt disparu avec les ténèbres, qu'elle se lamente, et toute la journée se passe en pleurs et en gémissements. C'est maintenant qu'elle est perdue, puisque ces beaux lieux ne sont qu'une prison pour elle, puisque désormais, sevrée de tout commerce humain, elle ne peut rassurer ses soeurs désolées, et qu'elle n'a pas même la consolation de les voir.  Elle néglige le bain, ne prend aucune nourriture, et se refuse à toute distraction. Ses pleurs n'avaient pas cessé de couler, quand elle se retira pour se mettre au lit.

Son mari est à ses côtés plus tôt que de coutume; et l'embrassant tout éplorée : Ma Psyché, dit-il, est-ce là ce que tu m'avais promis ? Ton époux n'a-t-il rien à attendre, rien à espérer de toi ? Quoi donc ! toujours gémir, et le jour et la nuit, et jusque dans mes bras ? Eh bien ! satisfais ton envie, contente un désir funeste: mais rappelle-toi mes avis, lorsque viendra (trop tard hélas !) le moment du repentir. Psyché le presse, Psyché l'implore : il y va, dit-elle, de sa vie. Enfin elle l'emporte. Elle verra ses soeurs, elle pourra les consoler, s'épancher avec elles. L'époux accorde tout aux prières de la jeune épouse. Il va plus loin; il lui permet de combler à discrétion ses soeurs et d'or et de bijoux.Mais il lui interdit à plusieurs reprises, et sous les plus terribles conséquences, de jamais chercher à voir sa figure, au cas où ses soeurs lui en donneraient le conseil pernicieux. Cette curiosité sacrilège la précipiterait du faîte du bonheur dans un abîme de calamités, et la priverait à jamais de ses embrassements.

Psyché remercie son époux, et, dans un transport de joie: Ah ! dit-elle, plutôt cent fois mourir que de renoncer à cette union charmante ! car je t'aime, qui que tu sois; oui, je t'aime plus que ma vie. Cupidon lui-même me paraîtrait moins aimable. Mais, de grâce, encore une faveur. Ordonne à ton familier Zéphyr d'amener mes soeurs ici, comme il m'y a transportée moi-même. Elle prodigue en même temps à son époux les baisers, les mots tendres; et l'enlaçant des plus caressantes étreintes : Doux ami, disait-elle, cher époux, âme de ma vie... C'en est fait, Vénus sera vengée. L'époux cède, non sans regret; tout est promis, et l'approche du jour le chasse encore des bras de Psyché." (Apulée)

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"Les deux soeurs cependant se sont fait indiquer le rocher et la place même où Psyché a été abandonnée. Elles y courent aussitôt. Les pleurs inondent leurs yeux; elles se frappent la poitrine, et l'écho renvoie au loin leurs lamentations. Elles appellent par son nom leur soeur infortunée. Du haut de la montagne, leurs cris déchirants vont retentir jusqu'aux oreilles de Psyché dans le fond de la vallée. Son cœur palpite et se trouble; elle sort éperdue de son palais. Pourquoi cette douleur et ces lamentations, s'écria-t-elle ? La voilà celle que vous pleurez; cessez de gémir, séchez vos pleurs. Il ne tient qu'à vous d'embrasser celle qui les cause. Alors elle appelle Zéphyr, et lui transmet l'ordre de son époux. Aussitôt, serviteur empressé, Zéphyr, d'un souffle presque insensible, enlève les deux soeurs, et les transporte auprès de Psyché. On s'embrasse avec transport, mille baisers impatients se donnent et se rendent. Aux larmes de la douleur succèdent les larmes que fait couler la joie. Allons, dit-elle, entrons dans ma demeure : plus de chagrin; il faut se réjouir, puisque votre Psyché est retrouvée." (Apulée)

 

 

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En ce palais ses sœurs plaines d'envye

Dessus les vents descendent doulcement

Pour descouvrir la bienheureuse voye

Qu'amour vouloit mener couvertement.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XVI. L'innocente Psyché, en se confiant à ses sœurs, attise leur jalousie.

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"Elle dit, et se plaît à étaler à leurs yeux les splendeurs de son palais d'or, à leur faire entendre ce peuple de voix dont elle est obéie. Un bain somptueux leur est offert, puis un banquet qui passe en délices tout ce dont l'humaine sensualité peut se faire idée. Si bien que, tout en savourant à longs traits l'enivrement de cette hospitalité surnaturelle, les deux soeurs commencent à sentir la jalousie qui germe au fond de leurs jeunes coeurs." (Apulée)

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Psiché leur feist gracieux traictement

Mais par acceueil & trezors préférez

Impocible est d'appaiser le tourment

Que faict envie en saintes volontéz.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XVII. Les sœurs mielleuses conseillent à Psyché de couper la tête de son amant : c'est, disent-elles, un serpent !

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"L'une d'elles à la fin presse Psyché, et ne tarit pas de questions sur le possesseur de tant de merveilles. Qui est ton mari ? comment est-il fait ? Fidèle à l'injonction conjugale, celle-ci se garde bien de manquer au secret promis. Une fiction la tire d'affaire. Son mari est un beau jeune homme, dont le menton se voile d'un duvet encore doux au toucher. La chasse est son occupation habituelle; il est toujours par monts et par vaux. Et, pour couper court à une conversation où sa discrétion pourrait à la longue se trahir, elle charge ses deux soeurs d'or et de bijoux, appelle Zéphyr, et lui enjoint de les reconduire où il les a prises. Aussitôt dit, aussitôt fait." (Apulée)

Qui recepvez amoureuses doulceurs

Et les loyers d'ung labeur endure

Ne vous fiez en freres ni en sceurs

Ni en consceil d'un ami pariure.

Voyez les seurs devisage asseuré

Faindre qu'Amour est serpent deshonneste

Psyché le crut & de cueur coniuré

Délibéra de lui trencher la teste

 

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XVIII. Quatre temps : 1. Psyché se pique à la flêche d'Eros et tombe amoureuse ; 2. Elle éclaire Amour et découvre sa beauté. 3. Sa main tremble et l'huile de la lampe en coulant vient réveiller le bel amant ; 4. Il s'enfuit par la fenêtre : elle l'a trahi, elle ne le reverra plus ! 

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"Psyché reste livrée à elle-même, c'est-à-dire obsédée par les Furies. Le trouble de son coeur est celui d'une mer orageuse. Son dessein est arrêté, elle s'y obstine; et ses mains déjà s'occupent des sinistres préparatifs, que son âme doute et flotte encore. Les émotions s'y combattent : Tour à tour elle veut et ne veut pas, menace et tremble, s'emporte et mollit. Pour tout dire en un mot, dans le même individu elle déteste un monstre, elle adore un époux. Cependant le soir est venu; la nuit va suivre. Elle s'occupe à la hâte des préliminaires du forfait.

Il est nuit. L'époux est à son poste. Il livre un premier combat, prélude de sa campagne nocturne, puis s'endort d'un sommeil profond.

La force abandonne alors Psyché; le cœur lui manque. Mais le sort a prononcé, le sort est impitoyable, son énergie revient. Elle avance la lampe, saisit son poignard. Adieu la timidité de son sexe. Mais à l'instant la couche s'illumine, et voilà ses mystères au grand jour. Psyché voit (quel spectacle !) le plus aimable des monstres et le plus privé, Cupidon lui-même, ce dieu charmant, endormi dans la plus séduisante attitude. Au même instant la flamme de la lampe se dilate et pétille, et le fer sacrilège reluit d'un éclat nouveau. Psyché reste atterrée à cette vue, et comme privée de ses sens. Elle pâlit, elle tremble, elle tombe à genoux. Pour mieux cacher son fer, elle veut le plonger dans son sein; et l'effet eût suivi l'intention, si le poignard, comme effrayé de se rendre complice de l'attentat, n'eût échappé soudain de sa main égarée. Elle se livre au désespoir; mais elle regarde pourtant, et regarde encore les traits merveilleux de cette divine figure, et se sent comme renaître à cette contemplation. Elle admire cette tête radieuse, cette auréole de blonde chevelure d'où s'exhale un parfum d'ambroisie, ce cou blanc comme le lait, ces joues purpurines encadrées de boucles dorées qui se partagent gracieusement sur ce beau front, ou s'étagent derrière la tête, et dont l'éclat éblouissant fait pâlir la lumière de la lampe. Aux épaules du dieu volage semblent pousser deux petites ailes, d'une blancheur nuancée de l'incarnat du coeur d'une rose. Dans l'inaction même, on voit palpiter leur extrémité délicate, qui jamais ne repose. Tout le reste du corps joint au blanc le plus uni les proportions les plus heureuses. La déesse de la beauté peut être fière du fruit qu'elle a porté.

Au pied du lit gisaient l'arc, le carquois et les flèches, insignes du plus puissant des dieux. La curieuse Psyché ne se lasse pas de voir, de toucher, d'admirer en extase les redoutables armes de son époux. Elle tire du carquois une flèche, et, pour en essayer la trempe, elle en appuie le bout sur son pouce; mais sa main, qui tremble en tenant le trait, imprime à la pointe une impulsion involontaire. La piqûre entame l'épiderme, et fait couler quelques gouttes d'un sang rosé. Ainsi, sans s'en douter, Psyché se rendit elle-même amoureuse de l'Amour. De plus en plus éprise de celui par qui l'on s'éprend, elle se penche sur lui la bouche ouverte, et le dévore de ses ardents baisers. Elle ne craint plus qu'une chose, c'est que le dormeur ne s'éveille trop tôt.

Mais tandis qu'ivre de son bonheur, elle s'oublie dans ces transports trop doux, la lampe, ou perfide, ou jalouse, ou (que sais-je ?) impatiente de toucher aussi ce corps si beau, de le baiser, si j'ose le dire, à son tour, épanche de son foyer lumineux une goutte d'huile bouillante sur l'épaule droite du dieu. O lampe maladroite et téméraire ! ô trop indigne ministre des amours ! faut-il que par toi le dieu qui met partout le feu connaisse aussi la brûlure ! par toi, qui dus l'être sans doute au génie de quelque amant jaloux des ténèbres, et qui voulait leur disputer la présence de l'objet adoré !

Le dieu brûlé se réveille en sursaut. Il voit le secret trahi, la foi violée, et, sans dire un seul mot, il va fuir à tire d'aile les regards et les embrassements de son épouse infortunée." (Apulée)

 

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Le glaive prest tenant la lampe ardante

Psyché venoit pour tuer le serpent

Congneut Amour le voyant e se repent

Et curieuse ung peu plus que contente

 

Picque son doyt à une fleche poygnante

Puis à revoir ce petit dieu revient

Lequel brûle par huile estincellante

S'esveille & part elle en vain le retient

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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Quatrième fenêtre.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XIX.  Le retour du septième ciel est cruel : elle veut se suicider, mais le fleuve la sauve.

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"Psyché prosternée sur la terre suivit longtemps des yeux son époux dans l'espace, tout en le rappelant par ses cris lamentables; et quand un vol rapide l'eut élevé à perte de vue, elle se lève, et court se précipiter dans un fleuve voisin :  mais le fleuve eut compassion de l'infortunée, et, par respect pour le dieu qui fait enflammer même les ondes, par crainte peut-être, il la soulève sur ses flots, et la dépose pleine de vie sur le gazon fleuri de ses rivages." (Apulée)

En terre cheutée triste et – le conduit

Puis se gettant dens l'eau de haulte rive

Veult qu'une mort de tant de maulx la prive

Sa volunté le doulx fleuve esconduit

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XX. Elle rencontre le dieu Pan ; il lui conseille d'implorer Cupidon.
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"Le rustique dieu Pan se trouvait là par hasard, assis sur la berge. Il tenait entre ses mains ces roseaux qui furent jadis la nymphe Canna, et les faisait résonner sur tous les tons; son troupeau capricieux folâtrait, en broutant çà et là l'herbe du rivage.  Le dieu chèvre-pied, apercevant la belle affligée, dont l'aventure ne lui était pas inconnue, l'invite à s'approcher, et lui adresse quelques mots de consolation :  "Ma belle enfant, je ne suis qu'un gardeur de chèvres, un peu rustre, il est vrai, mais j'ai beaucoup vécu et acquis raisonnablement d'expérience; or, si je sais bien former mes conjectures (ce que les gens de l'art appellent être devin), cette démarche égarée et chancelante, cette pâleur universelle, ces continuels soupirs, et surtout ces yeux noyés dans les larmes, tout cela me dit que vous souffrez du mal d'amour.  Croyez-en mon conseil, renoncez à chercher la mort dans les flots ou par toute autre voie; séchez vos pleurs, défaites-vous de cet air chagrin, offrez vos prières avec ferveur au grand dieu Cupidon, et, comme c'est un enfant gâté, sachez le prendre et flatter ses fantaisies." Ainsi parla le dieu pasteur. Psyché ne répondit rien; elle s'inclina devant le dieu, et se mit en marche." (Apulée)

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Qui d'une part en l'aultre la conduit

Où Pan chantoit lequel de bonne sorte

A luy compter ses fortunes l'induit

Mais rien qu'amour d'amour ne la conforte.

 

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXI. Elle retrouve ses sœurs et leur fait croire qu'Amour les désire !

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" Après avoir longtemps et péniblement erré à l'aventure, elle se trouve dans un sentier en pente, qui la mène inopinément à la ville où régnait le mari d'une de ses soeurs. Aussitôt qu'elle en fut informée, elle fait annoncer sa venue. Elle est introduite, et, après les baisers et les politesses d'usage, on lui demande son histoire. Psyché commence ainsi :  Il vous souvient du conseil que vous me donnâtes, d'accord avec notre autre soeur. Abusée, disiez-vous, par un monstre qui venait, se donnant pour mari, passer les nuits avec moi, il fallait, sous peine de servir de pâture à cette bête vorace, le frapper d'un poignard à deux tranchants, et j'y étais bien décidée;  mais lorsque, toujours par votre conseil, j'approchai la lampe qui devait me découvrir ses traits, quel divin spectacle vint s'offrir à mes regards charmés ! c'était le fils de la déesse Vénus, Cupidon lui-même, endormi d'un paisible sommeil.  Éperdue, ivre de volupté, je cédais au délire de mes sens.  Tout à coup, ô douleur ! une goutte d'huile brûlante tombe sur son épaule; il se réveille en sursaut; et, voyant dans mes mains le fer et la flamme : Va, me dit-il, ton crime est impardonnable. Sors à jamais de mon lit; plus rien de commun entre nous. C'est ta soeur (et il prononça votre nom) que je veux désormais pour épouse. Il dit, et, sur son ordre, le souffle de Zéphyr me transporte hors du palais." (Apulée)

 

 

Elle pensant qu'à chacun fust permis

Venger le tort que font les envieuses

En ruinant amyes et amys

Par trahison & façons odieuses.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXII. La punition des sœurs. Bien fait pour elles!

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"Psyché n'avait pas fini de parler, qu'enivrée du succès de sa ruse, sa soeur brûle d'en recueillir les coupables fruits. Pour tromper son mari, elle feint qu'on vient de lui apprendre la mort de ses parents, s'embarque en toute hâte, et fait voile vers le rocher.  Zéphyr ne soufflait pas alors; mais, dans l'espoir qui l'aveugle : Cupidon, dit-elle, reçois une épouse digne de toi; et toi, Zéphyr, soutiens ta souveraine ! Et soudain elle s'élance de plein saut.  Mais elle ne peut même arriver morte où elle voulait aller; car les saillies des rocs se renvoyèrent les débris de ses membres, et, par un sort trop mérité, les lambeaux dispersés de son corps devinrent à moitié chemin la pâture des bêtes féroces et des oiseaux de proie.

 L'autre punition ne tarda guère. Psyché, continuant sa course vagabonde, arriva dans la ville où résidait sa seconde soeur.  Celle-ci, dupe de la même fiction, et rêvant comme sa devancière le criminel honneur de supplanter sa cadette, courut vite au rocher et y trouva même fin." (Apulée)

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Rend ses deux sœurs d'amour tant amoureuses

Et le danger du lieu tant dissimule

Quy revoler cuidoient les malheureuses

Mais mort s'approche et e-ent se recule.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXIII. Une mouette avertit Vénus : Cupidon n'a pas respecté ses ordres.

 

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"Pendant que Psyché courait ainsi le monde à la recherche de Cupidon, Cupidon, malade de sa brûlure, gémissait couché sur le lit même de sa mère.  Or, cet oiseau blanc qui rase de l'aile la surface des mers, plongeant dans les profondeurs de l'Océan, va trouver Vénus,  qui se baignait en se jouant au milieu des flots. Il lui annonce, en l'abordant, que son fils s'est fait une grande brûlure, dont la guérison est incertaine. (4) Il ajoute que les bruits les plus fâcheux se répandent sur elle et sur sa famille : La mère et le fils, disait-on, ne sont plus occupés, l'un que d'une intrigue d'amour sur une montagne, et l'autre que du plaisir de nager au fond des mers.  Adieu la volupté, adieu les grâces, adieu les jeux et les ris. Tout s'enlaidit, se rouille, s'assombrit dans la nature; plus de tendres noeuds, de commerce d'amitié, d'amour filial. Le désordre règne; ce n'est plus qu'une dissolution générale, un affreux dégoût de tout ce qui entretient l'union et fait le charme de la vie.  La volatille babillarde n'oublia rien dans son rapport de ce qui pouvait irriter Vénus contre son fils.  Ah ! dit la déesse irritée, mon bon sujet de fils a fait une maîtresse ! Voyons, toi, seule créature qui me montres du zèle, dis-moi le nom de la femme assez osée pour faire les avances à un enfant de cet âge. Est-ce une des Heures, une Nymphe, une Muse, ou l'une des Grâces de ma suite ? (8) L'oiseau jaseur n'eut garde de se taire. Maîtresse, je ne sais trop, répondit-il; mais il y a de par le monde une jeune fille du nom de Psyché, si je ne me trompe, dont on le dit passionnément épris.  Qui ? s'écria Vénus tout à fait outrée, cette Psyché qui se mêle d'être aussi belle que moi ? qui s'ingère de porter mon nom ? C'est celle-là qu'il aime ? Ce marmot, apparemment, s'est servi de moi comme entremetteuse ! c'est moi qui lui aurai mis le doigt sur cette donzelle !

 Tout en grondant, elle sort précipitamment des ondes, et se dirige vers la couche d'or où repose le dieu malade. De la porte, elle lui crie de sa plus grosse voix :  Belle conduite, en vérité, pour un enfant discret et sage ! Est-ce là le cas que vous faites des ordres d'une mère, d'une souveraine ? Au lieu de livrer mon ennemie à d'ignobles amours,  vous osez, enfant libertin, lui prodiguer vos caresses précoces, et chercher dans ses bras des plaisirs défendus à votre âge ! Vous prétendez m'imposer pour bru la femme que je déteste ! Ah çà, croyez-vous, petit drôle, séducteur avorton, enfant insupportable, que seul vous soyez en état d'avoir lignée et que moi je sois hors d'âge ? Oh bien !  Sachez que je veux avoir un fils qui vous remplacera, et qui vaudra mieux que vous. Tenez, afin que l'affront soit plus sensible, j'adopterai quelqu'un de mes serviteurs, et je le doterai de ces ailes, de ce flambeau, de cet arc et de ces flèches, que je vous avais confiés pour un meilleur usage; car tout cet équipement m'appartient, et il n'en est pas une pièce qui vous vienne de votre père.

 On vous a gâté dès l'enfance : vos mai

Dedens la mer sur deux dauphins assise,

Se promenoit Vénus environnée

De dieux marins, & de nymphes ornée

Quand la mouette a son oreille mise.

 

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXIV. 1 (à droite)  Vénus se fâche tout rouge  contre Cupidon et menace de lui rogner les ailes. 2.(à gauche), discussion savoureuse de Vénus avec Junon et Cérès.

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1. "Tout en grondant, elle sort précipitamment des ondes, et se dirige vers la couche d'or où repose le dieu malade. De la porte, elle lui crie de sa plus grosse voix : Belle conduite, en vérité, pour un enfant discret et sage ! Est-ce là le cas que vous faites des ordres d'une mère, d'une souveraine ? Au lieu de livrer mon ennemie à d'ignobles amours, vous osez, enfant libertin, lui prodiguer vos caresses précoces, et chercher dans ses bras des plaisirs défendus à votre âge ! Vous prétendez m'imposer pour bru la femme que je déteste ! Ah çà, croyez-vous, petit drôle, séducteur avorton, enfant insupportable, que seul vous soyez en état d'avoir lignée et que moi je sois hors d'âge ? Oh bien ! Sachez que je veux avoir un fils qui vous remplacera, et qui vaudra mieux que vous. Tenez, afin que l'affront soit plus sensible, j'adopterai quelqu'un de mes serviteurs, et je le doterai de ces ailes, de ce flambeau, de cet arc et de ces flèches, que je vous avais confiés pour un meilleur usage; car tout cet équipement m'appartient, et il n'en est pas une pièce qui vous vienne de votre père.

On vous a gâté dès l'enfance : vos mains n'ont jamais su qu'égratigner et battre ceux à qui vous devez le respect. Moi-même, moi, votre mère, enfant dénaturé, ne suis-je pas journellement volée par vous, et quelquefois battue ? Vous n'en useriez pas autrement avec moi si j'étais veuve; et votre beau-père, ce grand et formidable guerrier, ne vous impose même pas. Je le crois bien, au surplus : pour me faire enrager, vous vous êtes mis sur le pied de lui procurer de bonnes fortunes; mais le jeu vous coûtera cher, et ce beau mariage ne sera pas tout roses pour vous, je vous le promets. Suis-je assez bafouée ? Que faire ? que résoudre ? comment avoir raison de ce petit vaurien ? Irai-je mendier le secours de la Sagesse, elle qui m'a vue si souvent lui rompre en visière, toujours pour les frasques de ce mignon ? La créature, d'ailleurs, la plus désobligeante et la plus mal peignée... ! Ah ! j'en ai le frisson; mais il est si bon de se venger, coûte qui coûte ! Allons, j'irai trouver la Sagesse, oui, la Sagesse. Du moins, mon fripon sera châtié de main de maître. Elle videra son carquois, désarmera ses flèches, détendra son arc, éteindra son flambeau, et ne ménagera pas non plus sa petite personne. Je ne serai point satisfaite qu'elle n'ait et rasé cette chevelure dorée que j'ai si souvent peignée de mes propres mains, et rogné ces ailes, autrefois arrosées du nectar de mon sein." (Apulée)

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2. "Elle dit, et sort furieuse, tout en continuant d'exhaler sa bile. Elle est accostée par Junon et Cérès, qui, la voyant le teint allumé, lui demandent pourquoi ce sourcil froncé qui obscurcit le brillant de ses yeux. Je vous rencontre à propos, leur dit-elle : la colère pourrait me porter à quelque excès; mais, je vous en conjure, aidez-moi de tous vos efforts à retrouver cette Psyché qui s'est enfuie, envolée je ne sais où; car vous n'en êtes pas à apprendre le scandale de ma maison, et les hauts faits de celui que je ne veux plus appeler mon fils.

Les deux déesses, bien instruites de l'aventure, essayent d'apaiser la grande colère de Vénus. Mais, madame, qu'a donc fait votre fils, pour motiver cet acharnement contre lui, et cette hostilité si violente contre celle qu'il aime ? Où est le crime, s'il vous plaît, de faire les yeux doux à une jolie fille ? Vous n'ignorez pas qu'il est garçon sans doute, et, de plus, grand garçon ? Auriez-vous oublié la date de sa naissance ? ou, parce qu'il porte si gentiment ses années vous obstinez-vous à le voir toujours enfant ? Vous, sa mère, vous, femme de sens, vous iriez d'un oeil curieux épier ses amusements, lui faire un crime de ses petites fredaines, contrecarrer ses amourettes, et condamner enfin, dans ce beau jouvenceau, vos propres gentilles pratiques, et les doux passe-temps que vous ne vous refusez pas ? Singulière prétention, d'aller semant l'amour partout, et de le prohiber dans vos domaines ! d'exclure vos enfants du droit commun de prendre part aux faiblesses du beau sexe ! Ah! l'on ne vous la passera pas, ni au ciel, ni sur la terre. Ainsi les officieuses déesses prennent la défense de l'absent, dont elles redoutent les flèches; mais Vénus, qui n'entend pas raillerie sur les torts dont elle se plaint, leur tourne le dos, et précipite ses pas vers la mer." (Apulée)

 

Dit à Vénus d'un malheur je t'avise

C'est que ton filz est au lict fort blecé

Et toy icy tout le monde en devise

Qui sans toy est de grâce delaissé

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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Cinquième fenêtre.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXV. Dans un temple de l'agriculture, Psyché demande l'aide de Cérès, et essuie un refus.

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NOTEZ LA DATE DE 1542 DANS LE CARTOUCHE SOUS LA FENÊTRE.

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"Psyché cependant allait errant à l'aventure. Jour et nuit elle cherche son époux; le sommeil la fuit, et sa passion s'en exalte encore. Il s'agit pour elle non plus d'attendrir un époux, mais de désarmer un maître.  Au sommet d'une montagne escarpée, elle aperçoit un temple. Qui sait ? dit-elle, peut-être est-ce là le séjour de mon souverain seigneur : et la voilà, oubliant ses fatigues, qui court d'un pas rapide vers ce but de son espoir et de ses voeux.  Elle gravit intrépidement la hauteur, et s'approche du sanctuaire. Elle y voit amoncelés des épis d'orge et de froment, dont une partie était tressée en couronne.  Il y avait aussi des faux et tout l'attirail des travaux de la moisson; mais tout cela pêle-mêle et jeté au hasard; comme il arrive quand l'excès de la chaleur fait tomber l'outil des mains au travailleur fatigué.  Psyché s'occupe aussitôt à débrouiller cette confusion, et à remettre chaque chose en ordre et en place, persuadée qu'il n'y a pour elle détail de culte ni observance à négliger, et qu'il n'est aucun dieu dont elle n'ait à se concilier la bienveillance et la pitié.

 Tandis qu'elle vaque à ce soin consciencieusement et sans relâche, arrive Cérès la nourricière, qui la trouve à l'ouvrage : Ah ! malheureuse Psyché, s'écria-t-elle, avec un soupir prolongé,  Vénus en courroux cherche par tout l'univers la trace de tes pas; elle veut ta mort; elle se vengera de tout son pouvoir de déesse et toi, je te trouve ici uniquement occupée de mon service, et ne songeant à rien moins qu'à ta propre sûreté !  Psyché se prosterne aux pieds de Cérès, les inonde de ses larmes, et, balayant le sol de ses cheveux, implore la déesse sous toutes les formes de prières.

 Par cette main prodigue des trésors de l'abondance, par les rites joyeux de la moisson, par votre attelage ailé de dragons obéissants, par les fertiles sillons de la Sicile, par le char ravisseur, par la terre receleuse, par la descente de Proserpine aux enfers et son ténébreux hyménée, par la triomphante illumination de votre retour après l'avoir retrouvée, par tous les mystères enfin que le sanctuaire de l'antique Éleusis renferme et protège de son silence sacré, prenez en pitié la malheureuse Psyché qui vous supplie;  souffrez que je me cache pour quelques jours dans cet amas d'épis. Ou ce temps suffira pour calmer le courroux de ma redoutable ennemie, ou je pourrai du moins retrouver mes forces, épuisées par tant de fatigues.

 Cérès lui répond : Je suis touchée de tes prières et de tes larmes, et je voudrais te secourir; mais Vénus est ma parente; c'est une ancienne amie, bonne femme d'ailleurs, que je ne veux en rien contrarier.  Il te faut donc sortir à l'instant de ce temple; et sache-moi gré de ne pas t'y retenir prisonnière." (Apulée)

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Suivant Psyché de son ami la trace

Trouva Cérès shumilie & mer peine

D'ordonner faulx rasteausx orge & vene

Quelle apperçoit end ordre en la pa--

Voiant son mal indigne de sa face

Dame Cérès l'eust volontiers receuë

mais par faveur de Vénus, qui efface

Tout iujgement fut charité vaincuë.

 

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXVI. Dans un deuxième temple, elle demande à Junon son soutien : nouvel échec.

 

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NOTEZ LA DATE DE 1542 DANS LE CARTOUCHE DU FRONTON.

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" Refusée contre son espoir, Psyché s'éloigne, emportant dans son coeur un chagrin de plus. Elle revenait tristement sur ses pas, quand son oeil plongeant au fond d'un vallon, découvre un autre temple, dont l'élégante architecture se dessinait dans le demi-jour d'un bois sacré. Décidée à ne négliger aucune chance, même douteuse, de salut, et à se mettre sous la protection d'une divinité quelconque, elle s'avance vers l'entrée de l'édifice. Là se présentent à sa vue les plus riches offrandes. Aux portes sacrées, ainsi qu'aux arbres environnants, étaient suspendues des robes magnifiques; et sur leur tissu la reconnaissance avait brodé en lettres d'or, avec le nom de la déesse, le sujet de chaque action de grâces qu'on lui rendait. Psyché fléchit le genou, embrasse l'autel tiède encore, et, après avoir essuyé ses larmes elle fait cette prière :

 "Épouse et soeur du grand Jupiter, toi qui habites un temple antique dans cette Samos, si fière d'avoir entendu tes premiers vagissements et de t'avoir vu presser le sein de ta nourrice; toi que l'altière Carthage, aux opulentes demeures, honore sous les traits d'une vierge traversant les airs avec un lion pour monture;  toi qui, sur les bords que l'lnachus arrose, présides aux murs de la célèbre Argos qui t'adore; et toi, la reine des déesses, l'épouse du maître du tonnerre; toi que l'Orient vénère sous le nom de Zygie, et qu'invoque l'Occident sous celui de Lucine; ah ! montre-toi pour moi Junon protectrice ! La fatigue m'accable; daigne me préserver des dangers qui me menacent. Jamais, je le sais, tu ne refusas ta protection aux femmes sur le point d'être mères."

 Pendant cette invocation, Junon lui apparaît dans tout l'éclat de la majesté céleste. Je ne demanderais pas mieux, dit-elle, que d'accueillir ta demande;  mais me mettre en opposition avec Vénus ma bru, que j'aime comme ma fille, le puis-je vraiment avec convenance ? Et puis il y a des lois qui défendent de recueillir les esclaves fugitifs, et je n'irai pas y porter atteinte. "(Apulée)

"Découragée de ce nouvel échec, et renonçant à suivre un mari qui a des ailes, Psyché se livre à de cruelles réflexions.  Où chercher du secours, quand des déesses même ne me témoignent qu'une bonne volonté stérile ?  Où porter mes pas, quand tant de pièges m'environnent ? Quel toit, quelle retraite assez obscure pour me cacher à l'oeil inévitable de la toute-puissante Vénus ? Allons, Psyché, une résolution énergique ! plus d'illusions frivoles. Va, de toi-même, te remettre aux mains de ta souveraine : ta soumission, pour être tardive, peut encore la désarmer.  Qui sait ? peut-être celui que tu cherches va-t-il se retrouver dans le palais de sa mère. Ainsi décidée à cette soumission hasardeuse, dût-elle y trouver sa perte, Psyché déjà préparait son exorde." (Apulée)

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Devant Junon qui en son temple estoit

remply de veux & de mainte despouille

Psyché mercy demandant s'agenouille

Comptant le mal que par amour sentoit

De son travail Junon se recentoit

Et eust changé en ioye sa tristesse

Mais pour l'honneur qu'elle à Vénus portoit

La fait sortir du temple sans rudesse.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXVII. Dans son char tirée par quatre colombes, Vénus vient emprunter à Jupiter son messager Mercure, aux pieds ailés.

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NOTEZ LA DATE DE 1542 DANS LE CARTOUCHE SOUS LE QUATRAIN.

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"Cependant Vénus, qui a épuisé tous les moyens d'investigation sur terre, en va demander au ciel. Elle ordonne qu'on attelle son char d'or, oeuvre merveilleuse de l'art de Vulcain, qui lui en avait fait hommage comme présent de noces. La riche matière a diminué sous l'action de la lime; mais, en perdant de son poids, elle a doublé de prix.  De l'escadron ailé qui roucoule près de la chambre de la déesse, se détachent quatre blanches colombes; elles s'avancent en se rengorgeant, et viennent d'un air joyeux passer d'elles-mêmes leur cou chatoyant dans un joug brillant de pierreries.  Leur maîtresse monte; elles prennent gaiement leur vol; une nuée de passereaux folâtres gazouillent autour du char. D'autres chantres des airs, au gosier suave, annoncent, par leurs doux accents, l'arrivée de la déesse.  Les nuées lui font place; le ciel ouvre ses portes à sa fille chérie, et l'Empyrée tressaille d'allégresse à sa venue. L'harmonieux cortège défile, sans avoir à craindre la rencontre de l'aigle, ni du vorace épervier.

 

"Vénus va droit à la royale demeure de Jupiter, et la fière solliciteuse demande hardiment qu'il lui prête le ministère de Mercure; car il lui faut la meilleure poitrine de l'Olympe. Signe d'assentiment des noirs sourcils. Vénus revient triomphante, et, tout en descendant des cieux avec Mercure, lui dit d'un ton animé : Mon frère l'Arcadien, vous savez que votre soeur Vénus ne fait jamais rien sans vous; vous n'ignorez pas non plus que je suis en quête d'une esclave à moi qui se cache, et que je perds mon temps à la chercher. Je n'ai plus qu'une ressource, c'est de faire proclamer que je promets récompense à qui la trouvera. (4) Je compte sur vous pour me rendre, sans tarder, ce bon office. Surtout que son signalement soit clair et précis. S'il y a lieu plus tard de poursuivre quelque receleur en justice, qu'on ne puisse prétexter cause d'ignorance.  Là-dessus, elle remet par écrit à Mercure le nom de Psyché avec les indications nécessaires, et regagne son palais.

 

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Vénus du ciel par colombe portée

De Jupiter imperre son Mercure

Qui deust bannir Psyché desconfortée

Par ung cartel plein de telle escripture

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXVIII. Vénus remet à Mercure l'avis de bannissement de Psyché et elle promet 7 baisers à tout indicateur.  Mercure se rend sur terre.

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NOTEZ LA DATE DE 1542 DANS LE CARTOUCHE SOUS LE QUATRAIN.

 

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 "Mercure, empressé de s'acquitter de la commission, se met à parcourir la terre, proclamant partout ce qui suit : " On fait savoir qu'une fille de roi, du nom de Psyché, esclave de Vénus, a pris la fuite. Quiconque pourra la livrer, ou indiquer sa retraite,  recevra pour sa peine sept baisers de la bouche même de Vénus; plus, un huitième, emmiellé de ce que ses lèvres ont de plus doux. S'adresser pour la réponse au crieur Mercure, derrière les Pyramides Murciennes."  À cette annonce, on juge quelle excitation l'espoir d'un pareil prix dut produire chez les mortels. Cette circonstance acheva de détruire toute irrésolution dans l'esprit de Psyché." (Apulée)

 

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Nous bannissons Psiché pour forfaicture

De tous les lieux où soleil passera

Et ce pendant sept baisers par droicture

Vénus promect à qui l'enseignera

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXIX. Vénus soumet Psyché à trois épreuves redoutables. La deuxième : elle doit prendre la laine des brebis à la toison d'or .

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Le char de l'Aurore se montrait à peine, que Vénus fit venir Psyché, et lui dit : Vois-tu ce bois bordé dans toute sa longueur par une rivière  dont les eaux sont déjà profondes, bien qu'encore voisines de leur source ? Un brillant troupeau de brebis à la toison dorée y paît, sans gardien, à l'aventure: il me faut à l'instant un flocon de leur laine précieuse. Va, et fais en sorte de me le rapporter sans délai.

Psyché court, vole; non pour accomplir l'ordre de la déesse, mais pour mettre un terme à ses maux dans les eaux du fleuve. (Apulée)

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Pour ces labeurs Vénus non modérée

Luy monstre ung bois où paissent grand foison

De grans moutons à la laine dorée

Luy commandant avoir de leur toyson.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXX. L'épreuve de la toison d'or (suite) Psyché, aidée par un roseau parlant, déjoue le piège mortifère.

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Or, voici que, de son lit même, un vert roseau, doux organe d'harmonie, inspiré tout à coup par le vent qui l'agite et qui murmure, se met à prophétiser en ces termes : Pauvre Psyché, déjà si rudement éprouvée, garde-toi de souiller par ta mort la sainteté de mes ondes, et n'approche pas du formidable troupeau qui paît sur ce rivage.  Tant que le soleil de midi darde ses rayons, ces brebis sont possédées d'une espèce de rage. Tout mortel alors doit redouter les blessures de leurs cornes acérées, le choc de leur front de pierre, et la morsure de leurs dents venimeuses;  mais une fois que le méridien aura tempéré l'ardeur de l'astre du jour, que les brises de la rivière auront rafraîchi le sang de ces furieux animaux, tu pourras sans crainte gagner ce haut platane nourri des mêmes eaux que moi, et trouver sous son feuillage un sûr abri.  Alors tu n'auras, pour te procurer de la laine d'or, qu'à secouer les branches des arbres voisins, où elle s'attache par flocons. Ainsi le bon roseau faisait entendre à Psyché de salutaires conseils. Elle y prêta une oreille attentive, et n'eut pas lieu de s'en repentir; car, en suivant ses instructions, elle eut bientôt fait sa collecte furtive, et retourna vers Vénus, le sein rempli de cet or amolli en toison. "(Apulée)

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Un verd roseau luy dict l'ordre et raison

D'en recouvrer. Ô incroyable chose

Les fiers troupeaux dorment quelques saisons

Mais de Vénus l'ire poinct ne repose.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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Sixième fenêtre.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXXI. Le coup de grâce de Vénus : elle exige que  Psyché apporte une boite à Proserpine, épouse de Pluton aux Enfers.

 

 

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"Avec un sourire sinistre, et qui présage de nouvelles et plus périlleuses exigences, elle l'apostrophe en ces mots : il faut que tu sois magicienne, et magicienne des plus expertes, pour avoir mis si lestement de telles commissions à fin; mais voici, ma poulette, ce qu'il te faut encore faire pour moi. Prends cette boîte (elle lui en remit une au même instant), et va de ce pas aux enfers, au sombre ménage de Pluton. Tu présenteras la boîte à Proserpine, et tu lui diras : Vénus demande un peu de votre beauté, ce qu'il en faut pour un jour seulement; car toute sa provision s'est épuisée par la consommation qu'elle en a faite en servant de garde-malade à son fils. Va, et ne tarde pas à retourner; car je veux m'en servir avant de paraître au théâtre de l'Olympe." (Apulée)

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À peine estoit Psyché bien retournée

Du long travail de l'heureuse rapine

Qu'elle a trouvé une boite ordonnée

Que sa maîtresse envoye à Proserpine

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXXII. Psyché désespérée veut se jeter du haut d'une tour, mais celle-ci lui révèle comment se tirer d'affaire.

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DATE DE 1542 SOUS LE QUATRAIN.

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"Psyché crut recevoir le coup de grâce. Cette fois l'ordre était clair : c'était tout simplement l'envoyer à la mort. Comment en douter ? On voulait que d'elle-même elle descendît au Tartare et visitât les Mânes. Sans plus tarder, elle court vers une tour élevée, avec l'intention de se précipiter du sommet. C'était, suivant elle, le meilleur et le plus court chemin pour aller aux enfers; mais de la tour s'échappe tout à coup une voix : Quelle est, pauvre enfant, cette idée de se jeter ainsi la tête la première ? Pourquoi reculer devant cette épreuve et vous sacrifier sans but ? Votre âme une fois séparée du corps ira bien en effet au fond du Tartare, mais pour n'en plus revenir. Écoutez-moi :

Lacédémone, cette noble cité de l'Achaïe, n'est pas loin; elle touche au Ténare, où l'on n'arrive que par des sentiers peu connus; c'est un soupirail du sombre séjour de Pluton. Osez vous engager dans sa bouche béante : devant vous s'ouvrira une route où nul pas n'a laissé sa trace, et qui va vous conduire en ligne directe au palais de l'Orcus; mais il ne faut pas s'aventurer dans ces ténèbres les mains vides. Ayez à chaque main un gâteau de farine d'orge pétri avec du miel, et à la bouche deux petites pièces de monnaie.

Vers la moitié du chemin infernal, vous rencontrerez un âne boiteux, chargé de fagots. L'ânier, boiteux aussi, vous demandera de lui ramasser quelques brins de bois tombés de sa charge; passez outre, et ne répondez mot.

Bientôt vous arriverez au fleuve de l'Érèbe. Charon est là, exigeant son péage; car ce n'est qu'à prix d'argent qu'il passe les arrivants sur l'autre rive. Ainsi l'avarice vit encore chez les morts ! Ni Charon, ni Pluton même, ce dieu si grand, ne font rien pour rien. Le pauvre en mourant doit se mettre en fonds pour le voyage : nul n'a droit de rendre l'âme que l'argent à la main. Vous donnerez à ce hideux vieillard, à titre de péage, une de vos deux pièces de monnaie. Il faut qu'il la prenne de sa main à votre bouche. En traversant cette onde stagnante, vous verrez flotter le corps d'un vieillard, qui vous tendra ses mains cadavéreuses, vous priant de le tirer à vous dans la barque. La compassion ne vous est pas permise; n'en faites rien.

Le fleuve franchi, vous rencontrerez à quelques pas de vieilles femmes occupées à faire de la toile, et qui vous demanderont d'y mettre la main : ne vous avisez pas d'y toucher, autant de pièges tendus par Vénus, et elle vous en réserve bien d'autres pour vous amener à vous dessaisir de l'un au moins de vos gâteaux : n'en croyez pas la perte indifférente, il vous en coûterait la vie.  

Un énorme chien à trois têtes, monstre formidable, épouvantable, sans cesse aboyant aux mânes qu'il effraye sans leur pouvoir faire d'autre mal, jour et nuit fait sentinelle au noir vestibule de Proserpine; c'est le gardien du manoir infernal. Vous le ferez taire aisément en lui jetant un de vos gâteaux, et vous passerez outre.

Vous pénétrerez ainsi jusqu'à Proserpine, qui vous fera le plus aimable accueil, vous engagera à vous asseoir et à prendre part à un somptueux festin;  mais ne vous asseyez que par terre, et n'acceptez d'autre aliment que du pain noir. Vous exposerez ensuite l'objet de votre mission, et vous prendrez ce qu'elle vous donnera. Cela fait, retournez sur vos pas.  Vous vous rachèterez encore de la gueule du chien au prix de votre second gâteau. Vous repasserez le fleuve, en livrant à l'avare nautonier votre autre pièce de monnaie; vous reprendrez le chemin que vous aurez suivi en venant, et vous reverrez ainsi la voûte céleste:  mais, sur toutes choses, ne vous avisez pas d'ouvrir la boite qui vous aura été confiée, et de porter les yeux sur ce qu'elle renferme. Point de regard curieux sur ce trésor secret de la beauté divine." (Apulée)

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Pour rapporter de sa beauté divine

Ce que Psyché n'espérant pouvoir faire

De se lancer d'une tour détermine

Mais la tour parle, & dresse son affaire.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXXIII. Psyché traverse l'Erèbe sur la barque de Charon.

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 Ainsi parla cette tour prévoyante en véritable oracle. Psyché dirige aussitôt ses pas vers le Ténare. Munie de ses deux oboles et de ses deux gâteaux, elle descend rapidement le sentier souterrain;  passe, sans mot dire, devant l'ânier boiteux; donne le péage au nocher, reste sourde aux instances du mort qui surnage; ne tient compte de l'appel insidieux des tisseuses; et, après avoir endormi, en lui abandonnant son gâteau, la rage du gardien infernal, elle pénètre dans la demeure de Proserpine." (Apulée)

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Psyché croit la véritable tour

Deux pains ensembles & deux deniers appreste

Pour contenter d'aller & de retour

Le vieil Charon & le chien deshonneste.

 

 

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXXIV. Elle n'aide pas l'ânier boîteux : c'est un piège !

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(La scène précède la traversée de l'Eurèbe : inversion de panneau ?)

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Et ne voulut accorder la requeste

D'un importun errant & solitaire

Desolager une chose este

Se contentant --- de se taire.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXXV. Elle donne un pain à Cerbère aux trois têtes, sous le regard des trois Parques.

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Et se sentant par abbois advertir

Que Cerberus veult

De ses pains ung luy vient departir

Ainsi passa le danger assurée

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXXVI. Elle demande à Proserpine de remplir la boite d'un peu de la beauté des déesses.

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Ayant passé inévitable porte

Dont le retour à nul homme est permis

Devers la royne au palais se transporte

ou fait et dict ce que l'on luy a commis.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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Septième fenêtre.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXXVII. Psyché ouvre la boite : elle est perdue ! Mais Cupidon la sauve.

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" La boîte au contenu mystérieux lui est remise hermétiquement close; et, après avoir de nouveau fermé la gueule de l'aboyeur avec le second gâteau, désintéressé le nocher avec la seconde obole, elle quitte les enfers plus gaillardement qu'elle n'y était descendue,  et elle revoit et adore la blanche lumière des cieux; mais, tout empressée qu'elle est de terminer sa mission, une curiosité téméraire s'empare de son esprit. (6) En vérité, se dit-elle, je serais bien simple, moi qui porte la beauté des déesses, de n'en pas retenir un peu pour mon usage, quand ce serait peut-être le moyen de ramener le charmant objet que j'adore.

 En disant ces mots, elle ouvre la boîte. De beauté point; objet quelconque ne s'y montre : mais à peine le couvercle est-il soulevé, qu'une vapeur léthargique, enfant de l'Érèbe, s'empare des sens de Psyché, se répand comme un voile épais sur tous ses membres, et la terrasse au milieu du chemin,  où elle reste étendue dans l'immobilité du sommeil ou plutôt de la mort." (Apulée).

 

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A comme il nuict d'estre trop curieuse

Psyché pensant accroistre sa beaulté

Ouvre la boite où peste furieuse

Estoit enclose & mort & cruaulté.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXXVIII. Psyché aidée de Cupidon rapporte à Vénus la précieuse boite.

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"Cependant la blessure de Cupidon s'était cicatrisée. La force lui était revenue, et avec elle l'impatience de revoir sa Psyché. Il s'échappe à travers l'étroite fenêtre de sa prison.  Ses ailes rafraîchies et reposées le transportent en un clin d'oeil près de son amante. Il la dégage avec soin du sommeil qui l'oppresse, et qu'il replace dans sa boîte. Puis, de la pointe d'une de ses flèches, il touche légèrement Psyché et la réveille :  Eh quoi ! malheureuse enfant, encore cette curiosité qui te perd ! Allons, hâte-toi de t'acquitter de la commission de ma mère; moi, j'aviserai au reste. À ces mots, l'amant ailé reprend son vol, et Psyché se dépêche de porter à Vénus le présent de Proserpine." (Apulée)

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Et si ne feust la grande loyaulté

De Cupidon qui la relieve en vye

Elle mouroit mais ayant rebouté

Les maulx abbasé à Vénus renvoye

 

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXXIX. Amour confie à Jupiter sa peine : Psyché est une mortelle, et ne peut être à ses cotés.

Jupiter envoie Mercure convoquer les dieux.

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"Cependant Cupidon, que sa passion dévore et qui craint, à l'air courroucé de sa mère, que la Sagesse ne vienne à se mettre de la partie, se résout à tenter les grands moyens. De son aile rapide il perce la voûte des cieux, va présenter requête à Jupiter, et plaide sa cause devant lui. Le maître des dieux pince doucement ses petites joues, les attire près de ses lèvres, les baise, et lui dit :

"Monsieur mon fils, vous n'avez guère respecté en moi la suprématie déférée par le consentement des dieux : de moi le régulateur des éléments, le moteur des révolutions célestes, vous avez fait le point de mire ordinaire de vos flèches. Vous m'avez compromis dans je ne sais combien d'intrigues amoureuses avec des mortelles. En dépit des lois, notamment de la loi Julia et de toute morale publique, vous avez chargé ma conscience, aussi bien que ma réputation, d'assez scandaleux adultères. Flamme, serpent, oiseau, bête des bois, bête d'étable; il n'est métamorphose ignoble où vous n'ayez ravalé la majesté de mes traits; mais je veux être débonnaire, et me rappeler seulement que vous avez grandi entre mes bras. J'accède à votre requête; mais arrangez-vous pour qu'elle ne se renouvelle pas. D'autre part, en revanche, s'il se montre là-bas quelques minois hors de ligne, souvenez-vous que vous me devez une compensation." (Apulée)

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Amour aimant une qu'il fit amante

& esprouvant en soy comme aultre il poinct

À Jupitter faict requeste exprimante

L'ennuy qu'il a de Psyché n'avoir poinct

Et dieu qui s'est souvent veue en ce poinct

En eut pitié & commande à Mercure

Qui tous les dieux en mesme instant & poinct

Soubz grande peine assembler il procure

 

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XL. Jupiter annonce aux dieux sa décision : que Psyché rejoigne les Immortels aux Cieux !

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"Il dit, et ordonne à Mercure de convoquer à l'instant tout le conseil des dieux, sous peine pour chaque immortel absent d'une amende de dix mille écus. Grâce à la menace, on fut exact à la céleste conférence. Alors le grand Jupiter, assis sur un trône élevé, adresse ce discours à l'assemblée : Dieux conscrits du rôle des Muses, vous savez que c'est moi-même qui ai fait l'éducation de ce jouvenceau. Or, j'ai décidé de mettre un frein aux emportements de sa jeunesse ardente. Il n'a que trop fait parler de lui pour des adultères et des désordres de tous genres. Je veux ôter à cette fougue tout prétexte, et la contenir par les chaînes de l'hymen. Il a fait choix d'une jeune fille, et lui a ravi sa fleur. Elle est sa possession, qu'il la garde : heureux dans ses embrassements, qu'il en jouisse à toujours. Se tournant alors du côté de Vénus : Vous, ma fille, dit-il, ne vous affligez pas; ne craignez pour votre rang ni pour votre maison l'injure d'une mésalliance. Il s'agit de noeuds assortis, légitimes, et contractés selon les formes du droit." (Apulée)

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Tost fut rempli soit par crainte ou debvoir

Des immortels le céleste pourpris

Se prend le roy à leur faire scavoir

Qu'il a d'enfance amour et amour pris

 

Combien qu'il fust d'inconstance repris

Et que or voulant à Psyché l'arrester

Il a les deulx l'alliance entrepris

pourtant la faict par Mercure apporter.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XLI. Psyché est fêtée par les dieux, les nymphes jettent des fleurs, et c'est le grand bonheur des amants réunis.

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"Il ordonne aussitôt à Mercure d'enlever Psyché, et de l'introduire devant les dieux. Jupiter présente à la jeune fille une coupe d'ambroisie : Prends, Psyché, lui dit-il, et sois immortelle. Cupidon et toi, qu'un noeud indestructible vous unisse à jamais." (Apulée)

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Grand fut l'effet de la douce ambroisie

Qui la purgea d'impure humanité

Grand fut l'honneur l'accueil la courtoisie

Qu'elle receut de celle affinité

Là de plaisirs y eut infinité

Chascun faisant ce qu'il plus le délecte

Trois nymphes ont partout mi & iecte

Mainte fleur belle & fresche violette.

 

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XLII. Le déduit bien mérité.

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"Soudain se déploie le splendide appareil des noces. Sur le lit d'honneur, on voyait l'époux tenant dans ses bras sa Psyché; et, dans la même attitude, Jupiter avec sa Junon. Venaient ensuite tous les dieux, chacun selon son rang. Le nectar circule (c'est le vin des immortels); Jupiter a son jeune berger pour échanson; Bacchus verse rasade au reste de l'assemblée. Vulcain s'était chargé de la cuisine. Les Heures semaient partout les fleurs et les roses, les Grâces répandaient les parfums, les Muses faisaient entendre leurs voix mélodieuses. Apollon chanta en s'accompagnant de la lyre, et les jolis pieds de Vénus dessinèrent un pas gracieux, en le réglant sur ces accords divins. Elle-même avait ainsi complété son orchestre : les Muses chantaient en choeur, un Satyre jouait de la flûte, un Faune du chalumeau. C'est ainsi que Psyché fut unie à Cupidon dans les formes. Une fille naquit de leurs amours : on l'appelle la Volupté." (Apulée)

 

 

Quelle parolle escriture ou pensée

Sauroit au vray les plaisirs exprimer

d'une amytié enfin récompensée

Dont le long mal faict le bien estimer.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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Les verrières des antichambres.

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La légende de Psyché n'est pas complète dans cette série de la Galerie, car il y manque les deux autres épreuves imposées par Vénus à Psyché, celle du tri des grains de blé, et celle où elle doit puiser l'eau à la source du Styx. Il manque aussi l'épisode dans lequel Psyché, cessant de fuir Vénus, se rend à elle : elle va recevoir une rude correction.

Deux verrières, d'un style différent notamment pour l'écriture des inscriptions, répare partiellement ce manque ; elles sont dans les antichambres de la Galerie.

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ANALYSE . LE VOCABULAIRE  DE L'ECOLE DE FONTAINEBLEAU.

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Sous l'influence de François Ier de retour des guerres d'Italie (et de sa captivité), le château de Fontainebleau (et notamment la Galerie François Ier) est décoré par les peintres Rosso et Primatice de fresques dont l'encadrement en stuc et les boiseries introduit  un vocabulaire nouveau. Cette première Ecole de Fontainebleau développe à partir de 1530  l'utilisation du cartouche autour des inscriptions, (comme dans l'antiquité romaine) en l'associant aux enroulements et aux découpages du cuir, dans une alliance de la raideur et des lignes géométriques de la pierre avec les courbe et les volutes du cuir ou des rubans.

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Je retrouve dans ces vitraux de 1542, notamment dans l'encadrement des quatrains et huitains, tout le vocabulaire de cette Ecole de Fontainebleau, avec les cuirs à enroulement, et les masques de face et de profil, les bugranes, les faunes, les fruits ou légumes vus par dessous, ou les rubans, qui sont l'expression visuelle du thème des Métamorphoses si à la mode à la Renaissance ( et de la confusion des genres humains, animaux et végétaux). Celui qui, vers 1570, sera introduit en Finistère pour la décoration du château de Kerjean (Saint-Vougay).

http://www.lavieb-aile.com/2017/07/les-sablieres-de-la-chapelle-seigneuriale-du-chateau-de-kerjean-saint-vougay-finistere-par-le-maitre-de-pleyben-vers-1570-1580.html

Je ferai donc dérouler ces encadrements.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XLIV. L'épreuve des grains de blé à trier.

Dans l'antichambre suivant la galerie.

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" En proférant ces mots, elle s'élance sur la pauvre Psyché, met sa robe en pièces, lui arrache les cheveux, et lui meurtrit de coups la tête. Ensuite elle se fait apporter du froment, de l'orge, du millet, de la graine de pavots, des pois, des lentilles et des fèves. Elle mêle et confond le tout, et s'adressant à sa victime : Une servante, une créature si disgraciée doit être une habile personne pour avoir su se faire si bien venir. Eh bien ! je veux essayer ton savoir faire.  Tu vois cet amas de graines confondues ? tu vas me trier tout, séparer chaque espèce, et en faire autant de tas. Je te donne jusqu'à ce soir pour m'expédier cette tâche.  Et, après lui avoir taillé cette belle besogne, la déesse sort pour se rendre à un repas de noces.

Psyché ne songe pas même à mettre la main à ce chaos inextricable. Elle reste immobile et stupéfaite d'une exigence aussi extravagante.  Alors la fourmi, chétive habitante des champs, qui pouvait si bien apprécier la difficulté d'une semblable tâche, prend en pitié l'épouse d'un dieu, qu'elle y voit impitoyablement condamnée. Tout indignée de cet acte de marâtre, elle court convoquer le ban des fourmis de son quartier.  Soyez compatissantes, filles alertes de la terre; vite au travail ! une femme aimable, l'épouse de l'Amour, a besoin de vos bons offices.  Aussitôt la gent aux mille pieds de se ruer, de se trémousser par myriades. En un clin d'oeil tout cet amas confus est divisé, classé par espèces, distribué en autant de tas distincts; et zeste, tous les travailleurs ont disparu.

Vers le soir, Vénus revient de la fête, échauffée par les rasades, arrosée de parfums et couverte de guirlandes de roses. Elle voit avec quel soin merveilleux la tâche a été remplie :  Ce n'est pas toi, coquine, cria-t-elle, qui as fait cette besogne. J'y reconnais la main de celui à qui tu as trop plu, pour ton malheur et pour le sien. Là-dessus, elle jette à Psyché un morceau de pain, et va se mettre au lit." (Apulée)

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Vénus despite après luy fit bailler

Un grand monceau de divers grains meslez

Luy commandant de tost les demesler

Et mettre aux lieux pour eux apareillez

Or sont venus les Formiz esveillez

Pour achever ceste tasche baillée

Ce qu'ils font faict, et puis s'en sont allez

Dont trop en est Vénus esmerveillée

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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ANALYSE I. LE VOCABULAIRE  DE L'ECOLE DE FONTAINEBLEAU.

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Sous l'influence de François Ier de retour des guerres d'Italie (et de sa captivité), le château de Fontainebleau (et notamment la Galerie François Ier) est décoré par les peintres Rosso et Primatice de fresques dont l'encadrement en stuc et les boiseries introduit  un vocabulaire nouveau. Cette première Ecole de Fontainebleau développe à partir de 1530  l'utilisation du cartouche autour des inscriptions, (comme dans l'antiquité romaine) en l'associant aux enroulements et aux découpages du cuir, dans une alliance de la raideur et des lignes géométriques de la pierre avec les courbe et les volutes du cuir ou des rubans.

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Je retrouve dans ces vitraux de 1542, notamment dans l'encadrement des quatrains et huitains, tout le vocabulaire de cette Ecole de Fontainebleau, avec les cuirs à enroulement, et les masques de face et de profil, les bugranes, les faunes, les fruits ou légumes vus par dessous, ou les rubans, qui sont l'expression visuelle du thème des Métamorphoses si à la mode à la Renaissance ( et de la confusion des genres humains, animaux et végétaux). Celui qui, vers 1570, sera introduit en Finistère pour la décoration du château de Kerjean (Saint-Vougay).

http://www.lavieb-aile.com/2017/07/les-sablieres-de-la-chapelle-seigneuriale-du-chateau-de-kerjean-saint-vougay-finistere-par-le-maitre-de-pleyben-vers-1570-1580.html

Je ferai donc dérouler ces encadrements.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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LES VUES DE DÉTAIL.

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XVIII. Psyché, Amour et la Lumière.

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C'est bien-sûr la scène emblématique. Faut-il y voir clair (être lucide), ou croire au monde enchanté qu'on s'est créé ? Faut-il voir l'être aimé tel qu'il est, ou tel qu'on le rêve ? 

Faut-il éclairer l'Amour, ... et le perdre ?

Psyché éclaire Amour à la suggestion de ses sœurs. C'est pour elles qu'elle trahit son invisible amant. Quel est le rôle du Tiers dans la relation amoureuse ?

Finalement, il est toujours dangereux de prétendre "en avoir le cœur net". Et il faut, à travers une série d'épreuve, accepter de n'y comprendre rien pour s'unir à nouveau au Monde.

Etc..., etc..., etc.

 

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XLII. Amour et Psyché.

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XVIII. Psyché, Amour et la Lumière.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XIX, où Amour s'enfuit.

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XXIII. Vénus et sa mouette cafteuse.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXIII. Vénus et sa mouette cafteuse.

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XXVII.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXVIII. Mercure reçoit de Vénus l'ordre de bannissement.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXX. Obtenir la laine des brebis ; le roseau parlant à Psyché.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXXII. La tour qui parle.

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XXXIII. Dans la barque de Charon.

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XXXVII.

Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XXXVIII.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XL.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XLI. 

Notez les nymphes aux ailes ocellées comme celles des papillons.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XLII.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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XLIII.

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Galerie de Psyché du château de Chantilly. Photographie lavieb-aile.

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La galerie de Psyché à Chantilly.

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XLIV.

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La galerie de Psyché à Chantilly.
La galerie de Psyché à Chantilly.

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SOURCES ET LIENS.

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— ALVES (Jérémy), Lumière de vitrail : Chantilly, la Renaissance et l'Amour.

https://www.coupefileart.com/post/lumi%C3%A8re-de-vitrail-chantilly-la-renaissance-et-l-amour

— APULEE, traduction : Biblioteca Classica  Selecta. Traduction par Nisard 1860.

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/Apul/meta03b.html

— GARNIER-PELLE (Nicole), 2009, Les vitraux de la galerie de Psyché, l'Objet d'art, Hors-série n°43, Faton ed.

— LENOIR ( Marie Alexandre), Musée des monumens français, ou, Description ... des statues ..., Volume 6, Peinture sur verre. pages 103

https://books.google.fr/books?id=Mah_8_tpxDQC&pg=PA110&dq=entre+ses+bras+nus+a+nus&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwjRqIv00bXqAhUvxYUKHeQQAzUQ6AEwAHoECAAQAg#v=onepage&q=entre%20ses%20bras%20nus%20a%20nus&f=false

 

— [Recueil. Oeuvre de Maitre au Dé] Daddi, Bernardo (1512?-1570). Graveur Nombre total de vues : 157

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b7200155p/f77.item

 

— Trung Tran, Ce que l'emblématisation fait à la fiction : autour de l’Amour de Cupido et de Psiché (1546) , Réforme, Humanisme, Renaissance  Année 2013  77  pp. 87-111

https://www.persee.fr/doc/rhren_1771-1347_2013_num_77_1_3330

"En 1546 paraît à Paris chez Jeanne de Marnef, L’Amour de Cupido et de Psiché [L’amour de Cupido et de Psiché mere de volupté, prinse des cinq et sixieme livres de la Metamorphose de Lucius Apulieus Philosophe. Nouvellement historiée, et exposée tant en vers Italiens, que François, Paris, Jeanne de Marnef, 1546. ] . Cette édition – dont Jean Balsamo, dans une étude importante , utilement prolongée par celle d’Olivier Millet , a retracé la genèse et examiné certains des enjeux – donne à lire le récit d’Apulée sous la forme d’une suite de trente-deux huitains décasyllabiques italiens surmontés d’une gravure. En regard de cet ensemble sont apposés des huitains français, transpositions des vers originaux commandés près de dix ans plus tôt par François Ier aux poètes Antoine Heroët, Claude Chappuy et Mellin de Saint-Gelais, et qui subissent, dans l’édition Marnef, un certain nombre de retouches, dues peut-être à Jean Maugin. Ce dernier, dont on sait qu’il fut un collaborateur actif de Jeanne de Marnef puis d’Étienne Groulleau , assortit en tout cas l’ouvrage d’une épître liminaire en vers ainsi que d’une épître en prose faisant suite à sa Psyché. Le volume se clôt sur un ensemble de pièces en vers de sa composition. Les gravures copient quant à elles la série iconographique gravée par le Maître au Dé et Agostino Veneziano, et qu’accompagnaient initialement les poèmes italiens lors de leur parution en 1532 à Rome. Elle inspira, comme on sait, les célèbres vitraux d’Écouen déplacés par la suite à Chantilly . Notre Psyché adopte un dispositif icono-textuel fortement rattaché au genre emblématique  : sur le feuillet de gauche, un riche encadrement enserre l’ensemble formé par l’image et le texte dont les vers français, disposés sur le feuillet droit, constituent la transposition/traduction. Le choix de couler la fable apuléenne dans le moule formel de l’emblème a été peu commenté par la critique. "

— Photos des vitraux :

http://www.mesvitrauxfavoris.fr/Supp_f/chateau-musee-conde_chantilly.htm

— Site :

https://www.mythologie.fr/Chantilly_galerie_Psyche_presentation.htm

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 21:45

La chapelle Saint-Côme de Saint-Nic : le calvaire (Christ en kersanton, par Roland Doré vers 1630) et les crossettes.

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Voir sur la commune de Saint-Nic :

— L'église :

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— La chapelle Saint-Côme et Saint-Damien :

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— La chapelle Saint-Jean :

 

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LE CALVAIRE.

Un soubassement triangulaire à deux degrés en granite porte un socle triangulaire en granite orné d'un blason. Puis vient  un fût rond à écots, toujours en granite, sur lequel a été scellé une croix à fleurons-boules en kersantite et son beau Christ sculpté par Roland Doré, vers 1630 selon l'estimation d'Y.-P. Castel.

http://croix.du-finistere.org/commune/saint_nic.html

 

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Yves-Pascal Castel, 1980, croquis du calvaire et de son blason.

Yves-Pascal Castel, 1980, croquis du calvaire et de son blason.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Le blason.

On y a reconnu les armes des Hirgarz (d'or à trois pommes de pin d'azur) en alliance avec celle d'une autre famille. Sur son schéma, Y.-P. Castel a représenté les armoiries Hirgarz en plein.

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Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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LES  CROSSETTES.

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Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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L'inscription de 1675 au dessus de la porte nord, Alain Roignant étant fabricien.

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Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

Chapelle Saint-Côme et saint Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2020.

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Published by jean-yves cordier - dans Calvaires
2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 14:16

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PRÉSENTATION.

Cette Déploration, régulièrement dénommée à tort "Descente de Croix", a fait l'objet de deux descriptions approfondies, en 1914 puis en 2014.

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1. Jean-Marie Abgrall :

"Près de l'autel principal, dans une large niche accro­chée à un pilier, est un groupe remarquable de la descente de Croix, dont le style se rapproche singulièrement des sculptures et des peintures flamandes. Cette œuvre a-t·elle été inspirée pour les copies et gravures des compositions exécutées dans les ateliers de ce pays?  La Sainte-Vierge est assise, tenant sur ses genoux le corps inanimé du Sauveur. Elle a les mains jointes, et, plongée dans la douleur, elle  regarde la tête ensanglantée de son fils. Derrière elle saint Jean qui la soutient et Marie-Madeleine pleurant et s'essuyant les yeux avec un mouchoir ou un voile. La Madeleine a les manches serrées sur les poignets et formant bouffantes sur les épaules, la tête coiffée d'une sorte de turban retenu par une bande d'étoffe formant mentonnière .
Cette particularité se retrouve dans un des personnages du premier panneau du retable de Kerdévot, dans la mise au tombeau de l'autel Nord de l'église de Rosporden et dans une petite statue de sainte Barbe à Guengat.
Joseph d'Arimathie, qui se tient près de la tête du Sauveur, est costumé très richement; toutes les pièces de son vête­ment sont décorées de franges et de bordures; les extrémités de ses manches retombent en pointe, ainsi que les coins du camail qui lui couvre les épaules et du capuchon très original qui lui sert de coiffure. En face de lui, près des pieds du Sauveur, est Nicodème qui tient dans ses mains la couronne d'épines." (Jean-Marie Abgrall, 1914)

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2. Y.-P. Castel et J. Lubin :

« La Déploration, de grande classe, (bois polychrome, XVe siècle), était donc placé jadis dans l'angle du chœur, sur la console où se dresse aujourd'hui le Christ ressuscité, un emplacement qui avait conduit à entailler la pierre du pilier voisin. L'œuvre, couramment désignée sous le terme de Descente de Croix (Couffon) mérite plus exactement celui de Déploration ou de Lamentation, du fait que la croix elle-même n'est pas représentée, comme elle l'est, par exemple, dans la Descente de Croix de La Roche-Maurice. Les cinq statues en ronde-bosse de la Déploration de Quilinen se serrent dans un coffre, porté par de simples poteaux, une étroite bordure moulurée s'épanouissant en accolade vers le sommet. Le plafond du coffre, légèrement relevé pour accueillir le saint Jean et la Marie-Madeleine, se divise en fines baguettes croisées formant des losanges.

D'origine vraisemblablement flamande, la déploration de Quilinen, classée parmi les œuvres majeures du genre, ne manque pas de singularités. Le Christ, dont le corps est affaissé, n'est ici supporté par aucun des personnages présents. La Vierge, que soutient l'apôtre Jean, est agenouillée ; son voile à la huve, ce pli typique en creux formé au dessus du front, est bien médiéval ; visage noyé de douleur, doigts croisés exprimant sa peine, elle regarde en silence son Fils. Joseph d'Arimathie, à gauche, se distingue par un riche vêtement décoré de franges et de bordures ; les extrémités de ses manches retombent en pointes ainsi que les coins du camail qui lui sert de coiffure ; dans sa main droite pend un linge trop court pour être le linceul qu'il venait d'acheter, ainsi que le précise saint Marc (15, 46) ; l'autre main fait le geste de se poser sur le front du Christ mais sans le toucher, une invite discrète à la contemplation. Aux pieds de Jésus, Nicodème, richement vêtu lui aussi, tient la couronne d'épines dans une main voilée, non pour se protéger des épines, mais selon une manière empruntée aux rites de la liturgie, où le voile enveloppant la main marque le respect dû à l'objet présenté. Derrière la Vierge, Marie-Madeleine essuie une larme ; sa coiffure élaborée, faite d'un turban, est maintenue par une longue écharpe qui, formant mentonnière, vient lui couler sur l'épaule. Une Déploration à six personnages, mais en pierre, se voit à Locronan." (Castel et Lubin 2014)

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Néanmoins, je pense qu'on ne peut valider la datation du XVe siècle que proposent (est-ce une coquille typographique ?) Castel et Lubin : c'est plutôt une œuvre  du deuxième quart  du XVIe siècle. Et je pense que la Déploration de Locronan (pierre, XVIe siècle) que ces auteurs mentionnent en fin d'article doit être soigneusement comparée à celle de Quilinen, non pour le matériau et pour le style, bien différent, mais pour la composition, pour la posture des personnages et pour des détails vestimentaires, qui leur sont communs (Il existe en réalité deux Déplorations à Locronan, l'une à l'église, en pierre polychrome, et l'autre à la chapelle de Bonne-Nouvelle, non peinte ; elles sont identiques à de rares détails près).

La Notice de l'Inventaire du Patrimoine signale que cette Déploration (hélas , nommée là encore Descente de Croix) est classée Mh depuis le 4 décembre 1914, qu'elle mesure 191 cm de haut, 190 cm de large et 47 cm de profondeur, et qu'elle a été restaurée en 2014 par Sylvain Tury de l'Atelier du Vieux-Presbytère à Lanvellec (22), l'Atelier Pruha de Villejuif (94) et Christine Grenouilleau de Montjean-sur-Loire, sous le suivi de Cécile Oulhen. La notice est accompagnée d'une photo noir et blanc de Georges Estève datant de 1940 où l'on voit que les pieds et le quart inférieur des jambes sont brisés. On remarque aussi que Nicodème est vu de profil, car il est tourné vers le Christ. Ce point est important car c'est l'orientation adoptée pour les Déplorations de Locronan. D'autres clichés ont été pris par le restaurateur Marcel Maimponte avant et après restauration, sans indication de date.

 

 

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Vue générale.

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Déploration (bois polychrome, 2ème quart XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Comparaison avec la Déploration de Locronan.

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La composition est la même, ainsi que la découpe en un ilôt central à quatre personnage complété par deux pièces latérales indépendantes. Les jambes du Christ forment l'équerre à Locronan, mais dans les deux cas il est assis à terre et non sur les genoux de Marie. Tous les regards convergent vers un point , un lieu d'observation privilégiée des œuvres, placé à peu près devant l'épaule droite du Christ : c'est là où l'émotion ressentie est la plus vive.

Néanmoins, à Quilinen, les quatre personnages qui entourent Marie et son Fils sont de même taille, et leurs têtes sont placés sur une horizontale, faisant ainsi mieux ressortir le triangle dramatique de la Mère et de son Fils.

Je prolongerai cette comparaison pour chaque personnage.

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Déploration (kersantite polychrome, v.1525), chapelle du Penity, église de Locronan. Photographie lavieb-aile 2020.

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Déploration (bois polychrome, 2ème quart XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Le support (bois polychrome) et son blason.

 

Le blason du montant droit du support a retenu l'attention des experts :

1. Michel Mauguin :

"L’écu se situant sur un cadre regroupant plusieurs statues de la Descente de croix est assez énigmatique. Il fait penser à la branche Tréanna de Keryaval puis Tresséol installée à Penanjeun. Il est probable qu’il s’agisse de Jean de Tréanna (19), présent à la montre de 1536 et époux de N. du Guermeur (20), parents de la riche Jeanne de Tréanna-Launay de Penanjeun dont la moitié de la fortune échoit dans les mains d’Olivier de Kerguélen, en 1553, époux de Claude de Kerviher alias Kernicher.

Nota : L’artisan semble avoir rencontré quelques difficultés avec l’art héraldique pour placer correctement les meubles sur une forme d’écu peu commune. Le sculpteur a cherché à utiliser le maximum de surface pour rendre visible les meubles. Le macle est devenu billette creuse et les annelets de diverses dimensions sont agglutinés les uns aux autres.

(19) http://www.tudchentil.org/spip.php?article103. [note 42], Jean de Tréanna, tuteur de sa fille Jeanne, dame de Penayeun et Rumorvanic (auj. en Landrévarzec), de Quénéchcongar (auj. Pennerven) en Ergué-Gabéric, du Leun et de Kerguillay en Pleyben… Il rendit un aveu de Pennayen en 1537 (Arch. dép. Loire-Atlantique, B 2007/12, copié sur A 85, fol. 60 — la date de 1534 de la copie est une erreur de transcription.).

(20) http://www.tudchentil.org/spip.php?article738. La branche de Keryaval puis Tresséol a détenu les manoirs et seigneuries de Keryaval, Quenechcongar (auj. Penerven), Tresséol, Kerguillay et le Lein, Penayen et Maner Bihan, Poulhoas et Kermeur, Kermenaouet et Chef-du-Bois. Une partie de cet héritage est échue par succession collatérale à la famille de Kerguélen. Les deux possibilités de représenter cet écusson mi-parti."

http://michel.mauguin.pagesperso-orange.fr/Les%20armoiries%20dans%20la%20chapelle%20de%20Quilinen.pdf

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2. Y.-P. Castel et J. Lubin.

"[…] Un autre blason en relief, aussi énigmatique que d'autres, est plaqué sur le grand coffre de la Déploration : à dextre, une boule carrée et un croissant, à sénestre, huit annelets, quatre en bordure, quatre au centre. Tout au plus pouvons-nous dire, au vu des cotés incurvés de l'écu, qu'il pourrait s'agir d'armoiries étrangères au royaume de France .» (Castel et Lubin, 2014)

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Déploration (bois polychrome, 2ème quart XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Joseph d'Arimathie.

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Déploration (bois polychrome, 2ème quart XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Comparaison avec la Déploration de Locronan.

La posture du personnage est la même, la gestuelle de la main droite également. Le bonnet conique à rabat portant un cabochon central, et à oreillettes, est comparable. Le camail à glands de passementerie, la robe frangée fendue latéralement et à manches courtes ainsi que la tunique sont voisines. On sourira de constater que la sangle des soques ceinture les guêtres de manière similaire. 

Mais Joseph d'Arimathie est, à Quilinen, plus grand, et la tête du Christ est à la hauteur de sa ceinture. Le regard du Pharisien est tourné vers nous, et semble nous prendre à témoin de son désarroi.

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Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Saint Jean.

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Déploration (bois polychrome, 2ème quart du  siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Comparaison avec les Déplorations de Locronan.

Jean est placé dans les deux cas en arrière de l'épaule droite de la Vierge, qu'il soutient du bras gauche. Sa main droite, à Quilinen et dans la Déploration de Bonne-Nouvelle, est posée sur le bras de la Vierge, tandis qu'au Pénity de  Locronan, elle est placée sous la tête du Christ. Le vêtement est différent, et surtout le visage  du saint Jean de Quilinen relève d'un tempérament artistique très particulier, avec un ovale très pur, des traits à la grâce féminine, une bouche petite faisant la moue, des narines pincées,  des yeux en amande effilée à l'ouverture étroite, des sourcils épilés. Il y apparaît absorbé par le chagrin, comme aspiré vers une intériorité dévastée, alors que le Jean de Locronan est plus solide est plus présent.

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Déploration (kersantite polychrome, v.1525), chapelle du Penity, église de Locronan. Photographie lavieb-aile 2020.

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Déploration (kersantite, v.1525), chapelle de Bonne-Nouvelle. Photo lavieb-aile mai 2020.

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Déploration (bois polychrome, 2ème quart du  XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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La Vierge.

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Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du  XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Comparaison avec les Déplorations de Locronan.

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Dans les deux cas, la Vierge a les mains jointes et tordues par la douleur, dans les deux cas elle amorce un mouvement vers la poitrine du Fils, dans les deux cas elle porte le manteau en voile sur sa tête et la guimpe dissimule sa gorge. À Quilinen comme à Locronan son visage est jeune et beau.

Mais là encore les traits de ce visage sont, à Quilinen, d'un style troublant immédiatement reconnaissable, où la douleur est prégnante.

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Déploration (kersantite polychrome, v.1525), chapelle du Penity, église de Locronan. Photographie lavieb-aile 2020.

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Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Le Christ.

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Sa posture est celle de nombreuses Pietà des calvaires du Finistère, le tronc droit, la tête renversée en arrière, et les jambes droites, aux pieds non croisés, tandis que le bras doit pend et expose clairement le stigmate. Ici, la main gauche revient, assez naturellement, vers l'aine au lieu d'être soutenu, comme c'est souvent le cas, par sa  Mère.

Comparaison avec la Déploration de Locronan :

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Déploration (kersantite polychrome, v.1525), chapelle du Penity, église de Locronan. Photographie lavieb-aile 2020.

 

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Déploration (bois polychrome, 2ème quart XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du  XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Sainte Marie-Madeleine.

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Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Comparaison avec la Déploration de Locronan.

Nous faisons les mêmes constatations : l'emplacement derrière l'épaule gauche de Marie, la posture et le geste de Marie-Madeleine s'apprêtant à essuyer ses larmes avec un linge, la coiffure au turban maintenu en barbette sous le menton se retrouvent à Locronan comme à Quilinen. Le flacon d'aromates, attribut-clé de la sainte avec son élégance et ses longs cheveux, n'est pas visible à Quilinen. La robe y est plus simple et dépouillée (comme pour le saint Jean et la Vierge). Surtout, le visage a les caractéristiques déjà observés, il est d'un ovale plus allongé, les yeux sont de fines fentes presque occultées par des paupières sans pli, lui conférant une allure sinon asiatique, du moins étrange (on sait que l'absence de pli palpébral est propre aux asiatiques et que les femmes de Chine et de Corée recourent à une blépharoplastie pour "ouvrir le regard en lui donnant un aspect moins fatigué et plus tonique". Or, a contrario, le choix de l'artiste de sculpter des paupières supérieures sans pli donne aux personnages un aspect moins tonique, moins présent, très bien adapté à la représentation de l'anéantissement psychique propre au deuil.

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Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Nicodème.

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Le restaurateur a choisi de tourner la statue pour que le visage soit tourné vers nous. C'est à mon sens une erreur, puisque d'une part ce n'est pas conforme à la présentation de 1940 et à celle des Déplorations de Locronan, mais surtout parce que cela rompt la cohérence de la scène où tous les personnages sont tournés vers la tête du Christ, et où tous les regards convergent vers un point focal qui est le cœur émotionnel de l'œuvre.

D'autre part, la couronne d'épines, seul objet-témoin de la Passion en dehors des stigmates, est désormais orienté hors champ au lieu que son axe ne soit dirigé vers le spectateur idéal du point focal dramatique.

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Déploration (bois polychrome, 2ème quart du  XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Comparaison avec les Déplorations de Locronan.

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À Quilinen comme à Locronan, Nicodème porte la couronne d'épines posée sur un linge (comme ce sera le cas pour les reliques obtenues par saint Louis) ; dans les deux cas,  il est coiffé d'un turban entourant un bonnet (plus conique à Quilinen) retombant en oreillettes et voile derrière la nuque puis en rubans devant les épaules et le thorax ; dans les deux cas, le personnage est barbu, la barbe étant peu taillé et assez longue (à la différence des barbes de la noblesse française après que François Ier en ait lancé la mode) ; dans les deux cas, il porte un manteau (or, et frangé à Quilinen, et rouge à bords francs à Locronan) ; dans les deux cas  les manches bouffantes des bras laissent place aux manches à crevées des avant-bras ; dans les deux cas, les housseaux sont à taillades, (à rabats fendus à Quillinen, et couronnées de crevés bouffants à Locronan) ; bref, dans les deux cas, il y a un mélange surprenant des poncifs du vêtement et coiffure du "Juif" adoptés depuis le XVe siècle par les enlumineurs, et du costume du seigneur de la cour de François Ier, puisque ces taillades et ces crevés sont propres au règne de François Ier (voir son portrait par Clouet en 1530) et de Henri II (règne 1547-1559). C'est ce qui permet à Emmanuel Le Seac'h, après Debidour,  de dater les  Déplorations de Locronan de 1525 - 1530, et de les attribuer au sculpteur de la Conversion de saint Hubert de l'église de Cast, précisément par la reprise de ces détails vestimentaires.

Il paraît donc logique de dater également la Déploration de Quilinen, dans une fourchette large, de 1525-1550.

Quand au visage, les différences de style sont moins évidentes que pour les trois saints personnages entre Quilinen et Locronan, et Nicodème, comme Joseph d'Arimathie, conserve à Quilinen des traits de vieillard au regard vif, assez réaliste; Il y a donc un contraste délibéré de la part du sculpteur entre les deux pharisiens donc l'appartenance hébraïque est soulignée, et le groupe Jésus-Marie-Jean-Madeleine, réunis à la fois par le même bloc de bois et par la même métamorphose des visages, spiritualisés et défaits par la Mort.

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Déploration (kersantite polychrome, v.1525), chapelle du Penity, église de Locronan. Photographie lavieb-aile 2020.

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Déploration (kersantite polychrome, v.1525), chapelle du Penity, église de Locronan. Photographie lavieb-aile 2020.

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Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du  XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Détail : la chaussure.

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Déploration (bois polychrome, 2ème quart du  XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Déploration (bois polychrome, 2ème quart du XVIe siècle) de la chapelle de Quilinen en Landrévarzec. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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CONCLUSION.

Le rapprochement entre la Déploration de Quilinen et de celles de Locronan (deux sites seulement distants de 14 km) me semble suffisamment convaincant pour qu'on accepte l'idée de leur contemporanéité, et d'une influence réciproque. On peut aussi envisager l'hypothèse d'un modèle commun. 

Néanmoins, les spécificités des deux sculpteurs sont claires. L'idée d'une influence flamande semble solide pour l'œuvre de Quilinen.

Le style très particulier de l'artiste de Quilinen devrait pouvoir permettre de lui attribuer d'autres œuvres. Mais Emmanuelle Le Seac'h, qui a dressé le tableau et le catalogue des ateliers de sculpture sur pierre de Basse-Bretagne, n'a pas étudié cette œuvre, qui est en bois. Il reste donc devant nous du travail d'iconographie comparative et d'étude stylistique.

Si, au moins, cet article pouvait diffuser trois notions, ce ne serait pas si mal :

1. C'est une Déploration (et non une Descente de Croix, une Déposition ou une Mise au Tombeau).

2. C'est une œuvre de la deuxième quart du XVIe siècle.

3. Elle tisse avec les Déplorations de Locronan des rapports étroits.

Quatre ? C'est une œuvre splendide, et splendidement restaurée malgré mes réserves sur l'orientation de Nicodème.

Mais il est parfois moins difficile de connaître que de faire connaître.

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SOURCES ET LIENS.

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— ABGRALL (Jean-Marie) 1903, BDHA, Quimper page 75

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/4f196b88dd412e5e8404c70acf3860ca.pdf

ABGRALL (Jean-Marie) et PEYRON (Henri), 1917, Notice sur Landrévarzec, “ Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie 1917,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon,  https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/249.

 

ABGRALL (Jean-Marie) En vélo autour de Quimper page 26.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102119s/f27.image.r=quilinen

ABGRALL (Jean-Marie) BDHA 1901.

https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1901.pdf

Anonyme, 1960, "Eglises et chapelles de la Région de Châteaulin", C 1960, p. 22, I 1961, Association Bretonne, Congrès de Châteaulin - juillet 1960 - T LXIX Bulletin du 88° congrès - Conférences et mémoires

 

— CASTEL (Yves-Pascal), LUBIN (Joël), 2014, Landrévarzec La chapelle Notre-Dame de Quilinen, Bulletin de la Société archéologique du Finistère, pages 133 à 154.

COUFFON (René), 1988,  http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/LANDREVA.pdf

Statues en bois polychrome : Descente de croix avec Joseph d'Arimathie et Nicodème, dans une niche, XVIè siècle

— DEBIDOUR (V.-H.°, 1953, La sculpture bretonne, étude d'iconographie religieuse populaire, Rennes.

Dossier Monuments historiques  Dossier IA29005115 réalisé en 1992

http://www.patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/chapelle-de-quilinen-landrevarzec/a975043e-5991-4e0a-a464-ce66f82e8f58

POP-CULTURE.GOUV

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/memoire/AP29W02132

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29000426

 

MAUGUIN (Michel), 2016, Les armoiries de la chapelle de Quilinen alias Kilinenn en Landrévarzec, Bulletin SAF 

 

http://michel.mauguin.pagesperso-orange.fr/Les%20armoiries%20dans%20la%20chapelle%20de%20Quilinen.pdf

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30 juin 2020 2 30 /06 /juin /2020 11:14

La statue de sainte Anne éducatrice (pierre polychrome, 1548) de la chapelle de Sainte-Anne-la-Palud en Plonévez-Porzay, et autres sculptures.

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Voir sur cette chapelle :

Et sur le Pays du Porzay :

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PRÉSENTATION.

"Le nouvel édifice fut béni le 5 août 1866 par M, le chanoine Alexandre, délégué de Mgr l'évêque, Depuis lors il est resté tel quel sauf que son flanc gauche a été percé pour aménager l'élégant oratoire ·qui abrite désormais la statue vénérée. Fine dentelle de pierre; celui-ci a été édifié en 1903 par J-L. Le Naour, maître tailleur de pierres, sur les plans du chanoine Abgall. De très belles mosaïques l'ont enrichi récemment,

La statue vénérée en granit de Bretagne;. celle qui est, pour le pays, Santez Anna ar Palud ou Santez Anna goz, représente sainte Anne, d'après l'idée des vieilles peintures des premiers temps de l' Église : assise dans un fauteuil, grave et souriante à la fois." (J. Thomas)

La Vierge et sainte Anne sont couronnées depuis les cérémonies du couronnement de 1913, privilège obtenu par le très influent Henri Le Floch, recteur du Séminaire français à Rome : voir l'historique dans mon article sur Kerlaz.

Néanmoins, on peut préférer voir, comme moi,  les statues débarrassées de ces accessoires de quincaillerie, et de leur oratoire saturé de couleurs dans un fond de mosaïque qui occulte le chatoiement de la polychromie. Vous pouvez la découvrir sur cette photo sur Wikipédia (malgré la présence d'un collier et d'une croix moderne) :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Chapelle_Sainte-Anne-la-Palud#/media/Fichier:Sortie_de_la_statue_de_la_chapelle_avant_le_couronnement.jpg

Anne porte alors, en plus de la guimpe blanche qui cache sa gorge, un bonnet assez semblable à celui des portraits d'Anne de Bretagne au début du XVIe siècle, bien qu'il soit constitué d'un simple voile, "coqué" autour du visage et orné de rayures sur ses bords..

Le groupe serait en granite. Très lourd, il nécessite 20 porteurs lors des processions du Pardon.

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Statue de sainte Anne éducatrice, (pierre polychrome, 1548), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Statue de sainte Anne éducatrice, (pierre polychrome, 1548), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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La date de 1548 est portée par inscription à la base de la statue, à gauche.

Cela la place un siècle avant les statues de Roland Doré pour le calvaire. C'est alors la période d'activité, par exemple, de l'atelier des Prigent de Landerneau (1527-1577), après celle du Maître de Cast auteur vers 1525 de la Conversion de saint Hubert de Cast et des deux Déplorations de Locronan. Ou celle où a été produit le calvaire de Locmaria-Lan (vers 1527), celui de Notre-Dame du Traon en Plouguerneau (1511-1542), le Calvaire de Lanrivain (1548) et de Pestivien, ou le grand calvaire de Guehenno.

Néanmoins, cette œuvre n'est pas attribué à un atelier particulier.

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Statue de sainte Anne éducatrice, (pierre polychrome, 1548), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Statue de sainte Anne éducatrice, (pierre polychrome, 1548), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Sainte Anne est assise sur une cathèdre et la Vierge enfant se tient debout à sa droite, tenant dans ses deux mains un stylet pointant vers les lettres et lettrines d'un livre à la tranche dorée que lui présente sa mère.

La raideur des deux personnages et le caractère figé de leur visage, ou la forme monolithique en ogive qui les englobe sont atténués par les plis du manteau (presque une chape), qui s'ouvrent en une orbe autour du livre saint.

La riche polychromie date visiblement d'une restauration appuyée du XIXe siècle.

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Statue de sainte Anne éducatrice, (pierre polychrome, 1548), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Statue de sainte Anne éducatrice, (pierre polychrome, 1548), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Statue de sainte Anne éducatrice, (pierre polychrome, 1548), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Statue de sainte Anne éducatrice, (pierre polychrome, 1548), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Statue de sainte Anne éducatrice, (pierre polychrome, 1548), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Statue de sainte Anne éducatrice, (pierre polychrome, 1548), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Statue de sainte Anne éducatrice, (pierre polychrome, 1548), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Statue de sainte Anne éducatrice, (pierre polychrome, 1548), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Les statues entourant l'entrée dans l'enclos, coté sud.

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Saint Hervé, son loup  et son guide Guiharan.

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 Saint Hervé et son guide, (kersantite, XVIe siècle), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Saint Hervé et son guide, (kersantite, XVIe siècle), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Saint Guénolé.

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Saint Guénolé (kersantite, XVIe siècle), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Saint Guénolé (kersantite, XVIe siècle), chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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Les gargouilles.

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Gargouilles de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Gargouilles de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Gargouilles de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Gargouilles de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Gargouilles de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Gargouilles de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Gargouilles de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Gargouilles de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Gargouilles de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Gargouilles de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Gargouilles de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Gargouilles de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Crossette de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Crossette de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Gargouilles de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

Gargouilles de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.

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SOURCES ET LIENS.

BOSSUS (H) THOMAS (J.) 1935, Sainte-Anne-La-Palud (Brest)Photos Jos le Doaré

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/144a9dc886ae03a78004a6a7ebc5027b.pdf

— COUFFON (René), LE BARS, (Alfred) 1988, Notice sur Plonévez-Porzay, extrait de Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988. - 551 p.: ill.; 28 cm.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/PLONEVPO.pdf

— COUFFON, René, 1961, L'évolution de la statuaire en Bretagne après la guerre de succession du Duché - In: Mémoires. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord vol. 97 (1961) p. 1-16

— DILASSER ( Maurice), 1979, Un pays de Cornouaille: Locronan et sa région  

GARREC (Roger), Plonévez-Porzay, un territoire du pays glazik.

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/dee10b7e2354fd590df7de7d7ec877f7.pdf

 

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes. page 348

http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

PÉRENNÈS (Henri), 1942, Sainte-Anne-La-Palud (Rennes)

 POUCHOUS (A.), 1894,  Monographie de la paroisse de Plonévez-Porzay B.S.A.F, deux parties.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207627h/f115.image

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207627h/f242.image

https://societe-archeologique.du-finistere.org/bulletin_article/saf1894_0117_0141.html

 

—THOMAS (Jacques), 1946, Sainte-Anne-La-Palud, illustrations Jos le Doaré Librairie celtique Paris)

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/5d6fd75090d7beaa3c7a227eda7cc22b.pdf

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