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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 23:36

L'Arbre de Jessé sculpté de l'ancienne église de Plouégat-Moysan (29) au Musée Départemental Breton de Quimper.

 évêché, sont 

 

En 1953, Victor Henry Debidour mentionnait : "Le Musée breton de Quimper conserve deux brochettes de rois, provenait d'un Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant." Deux "brochettes" ! C'était faire peu de cas des deux branches d'un arbre de Jessé en chandelier, en chêne sculpté,provenant de l'église de Plouégat-Moysant avant que celle-ci ne soit frappée par la foudre en 1886 et que la nef, le transept et le chevet plat ne soit édifiés entre 1874 et 1879.  Certes, l'ensemble d'origine a perdu le patriarche Jessé, du tronc duquel s'élevait ces deux fois six rois de Juda, selon la Généalogie de Jésus qui débute l'Evangile seoln saint Matthieu. Certes, il a également perdu la Vierge à l'Enfant vers lequel devait s'épanouir, comme une fleur virginal, ces fils royaux de Jessé. Mais il existe au moins deux très bonnes raisons de s'arréter encore aujourd'hui devant ce qu'il reste de l'Arbre de Plouégat-Moysant :

La première raison, c'est que le Musée Départemental les a placé dans deux vitrines séparées qui occupent des loges de l'antique escalier de la Tour de Rohan. Celle-ci est la partie la  plus anciennne du palais épiscopal édifié pour l'évêque Bertrand de Rosmadec au voisinage immédiat de la cathédrale de Quimper. Autrement dit, les neuf ou dix rois de Juda de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant ont obtenu une place de premier choix. Ils jouissent d'une mise en valeur par un éclairage judicieux, que peuvent leur envié les œuvres équivalentes encore en place dans les églises et chapelles.

Car la deuxième raison, c'est que ces fragments sont un témoin précieux d'un corpus de 21 Arbres de Jessé sculptés recensés en Bretagne en 1961 par le Dr  Le Thomas. Ils servent ainsi de document pour une iconographie comparative régionale de la diifusion du thème jesséen, lui-même étroitement lié au culte marial, dans l'opposition de la Vierge conçue sans péché à la Démone chtonienne. Louis Le Thomas,  médecin natif de Landerneau qui parcourait la Bretagne en motocyclette avec son matériel photographique, décrivait en 1961  34 Arbres de Jessé bretons, dont 13 verrières et 21 arbres sculptés ( 15 haut-reliefs, 2 niches à volets,  et des bas-reliefs).  

Voici la liste de ces 21 Arbres de Jessé sculptés :

  • Cléguerec, Chapelle de la Trinité, Morbihan. XVIIe 

  • Confort-Berhet, église N-D. de Confort, Côtes d'Armor, XVIe

  • Duault, Chapelle Saint-Jean de Landugen, Côtes d'Armor, XVIe

  • Guimaec, presbytère, Finistère, fragment

  • Loc-Envel, église Saint-Envel, Côtes d'Armor, XVIe

  • Locquirec, église Saint-Jacques, XVIIe

  • Ploerdut, Chapelle Notre-Dame à Crénénan, Morbihan, XVIe siècle

  • Plouegat-Moysan, presbytère, Côtes d'Armor, XVIe, fragment

  • Plounevezel, Chapelle Sainte-Catherine, Finistère, XVIe-XVIIe

  • Plourin-Morlaix, église Notre-Dame, Finistère, XVI

  • Plouzévédé, Chapelle Notre-Dame de Berven, Finistère, XVIe

  • Priziac, Chapelle Saint-Nicolas, Morbihan, XVIe

  • Saint-Aignan, église Saint-Aignan, Morbihan, XVIe

  • Saint-Thégonnec, église Notre-Dame et Saint-Thégonnec, Finistère, XVIe

  • Saint-Tugdual, Chapelle Saint-Guen (ou Saint-Guénaël), Morbihan, XVIe

  • Saint-Yvi, église Saint-Yvi, Finistère,

  • Trédrez, Chapelle de Locquémeau, Côtes d'Armor, XVIe

  • Tréverec, église Saint-Véran, Côtes d'Armor, XVIIe

  • Trinité-Porhoet, église de la Trinité, Morbihan, XVIe ?

  • Plouegat-Moysan, ancienne église, fragment au Musée départemental de Quimper.

  • Plouharnel, Chapelle Notre-Dame des Fleurs, bas-relief en albâtre, XVIe

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Tous sont fondés sur l'interprétation par l'Église d'une prophétie d'Isaïe  "Il sortira un rejeton de la tige de Jessé et un surgeon naîtra de sa racine. Et l'esprit du Seigneur se reposera en lui" Isaïe 11,1-2 . C'est cette prophètie que les artistes médiévaux vont combiner avec la généalogie de Jésus telle qu'elle apparaît dans les évangiles synoptiques (Matthieu 1,1 et Luc 3, 23-38)   pour représenter Jessé, le père du roi David donnant naissance à un arbre sur les branches duquel sont installés les douze rois de Juda avant de culminer dans le Christ. 

  Sur les verrières des cathédrales (celle de St Denis inaugura l'iconographie) ou des églises, sur leur portail, dans les Livres d'Heures, sur les hauts et bas-reliefs de pierre ou de bois, Jessé sera debout, assis ou couché et souvent assoupi comme s'il contemplait en songe sa descendance. Les prophète Isaïe et Jérémie (pour sa prophétie "En ce temps-là je susciterai dans la race de David un rejeton, héros de la justice", Jérémie 33, 15) l'accompagneront souvent, les douze rois, souvent en réduction, s'installeront sur les branches, conduisant soit au Christ, soit à la Vierge tenant l'Enfant. Des anges ou des colombes seront placés autour d'eux.

 

Parmi les Arbres bretons, trois thémes se dégagent selon Le Thomas :

  • Le thème christique, où le Christ trône au sommet de la ramure

  • Le thème marial (1), où c'est la Vierge qui culmine, tenant l'Enfant dans ses bras,

  • Le thème marial (2), où la Vierge à l'Enfant, debout, est au centre, encadrée par deux rameaux latéraux sur lesquels sont placés les deux groupes de six rois de Juda.

   En Bretagne, les arbres de Jessé en vitrail comportent en majorité Jessé assis ou plus rarement debout, alors que Jessé est couché dans l'ensemble des haut-reliefs. Parmi les quinze haut-reliefs, treize introduisent la figure d'une démone, cornue, à la poitrine dénudée, tenant une pomme, et allongée . Ce sont ceux de Cléguerec, Duault, Guimaëc, Loc-Envel, Locquirec, Ploerdut, Plounevezel, Plourin-Morlaix, St-Aignan, St-Thégonnec (niche), St-Tugdual, St-Yvi et Tredrez. La totalité de ces arbres bretons sont du XVIe siécle, hormis 5 arbres datant du XVIIe.

Voir dans ce blog :

 

Voir la liste des Arbres de Jessé de mon blog, avec les liens nécessaires, au début de l'article Le vitrail de l'arbre de Jessé à Férel (56). 

 

 

 

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La première branche de l'arbre en  chandelier comporte cinq rois. Ils sont barbus, les cheveux longs parfois bouclés sont coiffés d'une couronne à fleurons. Ils sont vêtus d'une tunique sur des jambes nues, et chaussés pour la plupart de bottes ou de bottines. Les bras ou avant-bras , lorsqu'ils sont intacts, tiennent un sceptre (conservé dans un seul cas), ou un objet (livre ?) ou font un geste de référence qui se rapportait jadis au personnage sommital (Christ ou Vierge). Aucun attribut ne permet de les identifier, et, notamment, le roi David n'est pas identifiable par sa harpe. 

 

 


 

 

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Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

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Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

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Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

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Les quatre rois du groupe suivants sont semblables, mais deux sceptres (et l'amorce d'un troisième) sont conservés.

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Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

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Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

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Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

SOURCES ET LIENS.

Louis Le Thomas, Les Démones bretonnes, iconographie comparée et étude critique, Bulletin de la société Archéologique du Finistère t. 87 p. 169-221, 1961.

Louis Le Thomas, Les Arbres de Jessé bretons, première partie, Bulletin de la société Archéologique du Finistère 165- 196, 1963.

 — Louis Le Thomas, Les Arbres de Jessé bretons, troisième partie, Bulletin de la société Archéologique du Finistère pp. 35-72, 1963.

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Published by jean-yves cordier - dans Arbre de Jessé
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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 13:04

Liste de mes articles sur les papillons.

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I. Zoonymie :

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Zoonymie II : Histoire des Noms de Papillons :

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III Les illustrateurs de papillons : Hoefnagel, Aubriet, etc.

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IV. Les collectionneurs.

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V. Les papillons et la symbolique, l'art et la littérature.

VI. Divers

a) Rhopalocères et Zygènes.

L'Aurore de la Cardamine à Crozon

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A Crozon, les Soucis se conjuguent. Colias croceus in copula :

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Le Gazè Aporia crataegi (Linnaeus, 1758) à Crozon. 15 mai 2011

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Aporia crataegi in copula 25 mai 2011

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Les œufs et la chrysalide d'Aporia crataegi le Gazé. Crozon 1er juin 2014.

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Demi-deuil et Gazé à Crozon : le retour.

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L'Azuré du Thym Pseudophilotes baton (Bergsträsser, 1779) à Crozon.: entre Kerdreux et la plage de la Palue.

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L'Azuré du Genêt Plebejus idas (Linnaeus, 1761) à Crozon. au sud-est de Saint-Hernot. 22 juin 2014.

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L'azuré du trèfle Everes argiades à Crozon 24 septembre 2010

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Deux chenilles noires à Crozon : Mélitée du plantain et Damier de la Succise. 2 et 3 avril 2011 ; lieu Goulien, Crozon

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La Petite Tortue Aglais urticae et ses chenilles

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Le Damier de la succise et le petit collier argenté à Crozon. (Tromel), 2 juin 2013.

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Le mariage du Myrtil Maniola jurtina.: arrière-dune de la Palue à Crozon. 22 juin 2014.

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Promenade naturaliste à Crozon : Cordulie bronzée, Petite Nymphe à corps de feu, Poliste, Point-de-Hongrie, Grémil prostré, etc... 30 avril 2013

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Le Demi-deuil à Crozon. Melanargia galathea (Linnaeus, 1758) 3 juin 2011 :

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Nymphalis polychloros : le Grand Renard sur l'île Renard (Roscanvel) La Grande Tortue, 13 mars 2011.

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La chrysalide du Gazé Aporia crataegi (Linnaeus, 1758) . Crozon (Tromel), 2 juin 2013.

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Tromel à Crozon : Grande Tortue et compagnie. : 28 juin 2011

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Premier Tircis à Crozon, 22 mars 2011

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Dans les tourbières de Crozon, papillons et cicindèles. Crozon, tourbières de St-Hernot et tourbières de Tromel, zone retrodunaire de Kerziginou. 22 mai 2012. Le Damier de la succise Euphydrias eurinia (Rottembourg, 1775).Le Petit Collier argenté Boloria (Clossiana) selene ([Denis & Schiffermüller], 1775). L'Hespérie de la mauve Pyrgus malvae (Linnaeus, 1758). L'azuré commun ou Argus bleu Polyommatus icarus (Rottemburg, 1775) ; la Cicindèle champêtre Cicindela campestris Linnaeus, 1758.

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Où le damier va à dame. Euphydrias eurinia in copula

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mes papillons de juin : les rhopalo juin 2010 : Nemophora degeerella ; Demi-Deuil ;La Petite tortue, Aglais urticae, Le Tristan, Aphantopus hyperantus.Le Myrtil, Maniola jurtina. In copula. L'Amaryllis, Pyronia tithonius. Le Paon-du-jour, Inachis io.

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Papillons de printemps à Crozon. 6 avril 2011 La Grande Tortue. le Paon-du-Jour..Le Citron. La Petite tortue. Le Vulcain.Le Robert-le-diable. L'Aurore de la Cardamine.Le Piéride de la Rave. Le Piéride du Navet. La Thécla de la Ronce. Le Cuivré commun.L 'Azuré des Nerpruns. Le Tircis.

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Mes papillons de mai 2010 à Crozon

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Chrysalide de Pieride : Pieris brassicae ? Crozon, L'Aber, 3 avril 2012

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Coup de filet à Crozon : Cinq papillons sous les verts houx. 7 avril 2012. Lieu : étang de Kerloc'h, ancienne gare.

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Encore de nouveaux papillons à Crozon : La petite Violette, le Point-de-Hongrie, la Mégère 13 avril 2011

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Issoria lathonia et Aporia crataegi à Crozon : la Reine d'Espagne rend la monnaie du pape. 2 juin 2011, l'Aber.

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Bronzés à Crozon en octobre, c'est possible! Lycaena phlaeas cum Heodes tityrus.

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L' Hespérie de l'Alcée. 10 juillet 2011. Ancienne gare, Camaret

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Le Petit Sylvain Limenitis camilla à Crozon 5 juillet 2013

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Zygènes et Turquoise.

Les Zygènes et la Goutte-de-sang. 22 mai 2011

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Zygènes, chrysalides au Curnic (29) 17 mai 2010

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Noces chez les Zygènes de la filipendule : usurpation.

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Un cousin des Zygènes : la Turquoise. 28 mai 2010

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b) Hétérocères.

Zoonymie de l'Écaille martre Arctia caja. (Linnaeus, 1758). Lieu : Tal ar Groas, Crozon : 8 août 2012.

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Zoonymie du Sphinx du peuplier Laothoe populi. L'Aber, Crozon. 23 mai 2012.

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L' anneau du diable ! la chenille du Bombyx de la ronce Macrothylacia rubi. sablière de Bodonou (Plouzané) et dunes de Pen Had ( Crozon). 18 septembre 2011.

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Un nid de Bombyx cul-brun Euproctis à Camaret.

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Les chenilles du Bombyx porte-brosse. falaise de Camaret 6 avril 2011

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Mes papillons de nuit de juillet : dédié à Whistler. 5 juillet 2010 :

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Timandre aimée, la Timandra comae 7 septembre 2010 à l'Aber de Crozon

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La chenille de Depressaria daucella ([Denis & Schiffermuller], 1775). 20 mai 2014

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La chenille du Bombyx buveur Euthrix potatoria et celle du Bombyx du chêne. l'étang de Kerloc'h à Crozon le 17 avril 2011

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La chenille de la Noctuelle de la patience, Acronicta rumicis. Poraon, Crozon (29) date :21 septembre 2011

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Le Vert-Doré Diachrysia chrysitis L. Crozon 7 juin 2013

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La chenille du Petit paon de nuit à Camaret. 10 juillet 2011 Lande de Trésigneau,

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Les chenilles Processionnaires du Pin à Crozon 10 janvier 2016.

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Rhopalocères.
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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 21:11

Zoonymie de la baleine à bec Ziphius cavirostris.

A tous les équipiers de ZIPHIUS, voilier de type Flot 18 n°80 immatriculé à Cherbourg depuis 1980 et naviguant, seulement quand le temps est beau, en Bretagne Sud.

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Récemment, je me trouvais en face de Monsieur l'Administrateur des Affaires Maritimes, chef  du Quartier Maritime d'Auray. Un homme charmant. Je lui demandais de renouveler des papiers pour mon (déjà) vieux petit voilier nommé Ziphius.

— Lui : Comment ça s'écrit ?

— Moi (habitué à cette question) : avec un Z : Zoulou India Papa Hôtel India Uniform Sierra.

— Bravo ! Voyons si je trouve cela dans mon fichier...

— Il ne doit pas y en avoir beaucoup...

— Ah, Ziphiusvoila. Détrompez vous, j'en trouve plus d'une quinzaine.

— Une quinzaine ! Rien qu'en France * ! 

* Un voilier anglais de 8 m. porte le n° MMSI  235059972 

Je fus troublé de constater que je n'avais pas été le seul au monde à puiser, pour baptiser mon embarcation, parmi les noms de cétacés. C'était dans les années 70, ...

—Ah, la mort de Cloclo ! 1978 !

— Oui, mais je n'étais pas abonné à Salut les Copains, et, esprit peu précoce, j'étais plutôt sous l'emprise du Monde du Silence de Jacques-Yves Cousteau (1956) puis de ses films documentaires sur les baleines et autres mammifères marins, quand je ne lisais pas La Longue Route de Bernard Moitessier ; et comment les dauphins avaient évité à  son Joshua un naufrage sur les récifs... Tenez, voilà une photo de mon Ziphius :

 

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ZIPHIUS, Flot 18 alu n°80. L. = 7,98m. Chantier Métalu à Saint-Brévin-les-Pins, architecte Sylvestre Langevin.

ZIPHIUS, Flot 18 alu n°80. L. = 7,98m. Chantier Métalu à Saint-Brévin-les-Pins, architecte Sylvestre Langevin.

 

 

 

Décidé à donner à mon bateau un nom de dauphin, je consultais un Guide des cétacés et dauphins des côtes Atlantiques : Delphinus ? Trop commun. Steno ? A l'époque, cela évoquait immédiatement les sténo-dactylo. Ziphius ? C'est mignon, on pense à Zéphir, et la taille moyenne des Ziphiidae ou "baleines à bec" tourne autour de huit mètres, la longueur de mon bateau. Le genre Ziphius ne comportait qu'une seule espèce, la Baleine à bec d'oie, Ziphius cavirostris Cuvier, 1823.  Sans me soucier du fait que cet animal était un cétacé odontocète et nullement un Delphinidae, et sans prévoir que j'affublais ainsi mon Navire d'un nom pédant, je choisis  Ziphius comme nom définitif de l'embarcation que j'étais en train d'aménager et de gréer, sur les bords de Seine, à Vernon. J'avais du boulot avant que ne vogue la galère, et ce n'était pas le moment de consulter les articles du Net consacrés à ma mascotte totémique. D'autant que le Net n'existait pas et que ma bibliothèque spécialisée ne me proposait aucune monographie sur la baleine que je venais d'adopter.

C'est beaucoup plus simple aujourd'hui, et je découvre que j'ai fait ma vie avec un animal de bonne compagnie, tout à fait mon genre : http://www.cetaces.org/cetaces/mediterranee/baleine-a-bec-de-cuvier/

 Sa robe est gris moyen pouvant paraître marron, avec une tache claire à blanche, de la tête à l’aileron chez les individus âgés, et des rayures rectilignes. Sa tête est pourvue d’un rostre visible, au melon distinct ; la mâchoire inférieure est proéminente et recourbée; et chez le mâle, 2 dents émergent de la bouche à l’extrémité du bec. Chez le mâle seulement.  le mâle et la femelle atteignent les tailles de 6 à 7 mètres pour un poids de 5 à 7 tonnes; la femelle est de taille un peu plus forte que le mâle. 

Son aileron dorsal est postérieur, assez triangulaire et de dimension moyenne ou faible; les pectorales sont très petites.

L'animal sonde pendant  15 à 80 mn, atteignant les fonds benthiques (1500 mètres) avant de reprendre son souffle lors de périodes de 3 à 10 minutes à la surface. Mais jamais il n’expose pas sa nageoire caudale en sondant : il  courbe le dos. Comme le Cachalot, sa  chasse est diurne :  à ses heures, il chasse et traque, puis, longuement, il se repose. Il   se prétend teuthophage, parce qu'il mange des calmars longs comme mon bras (quasi édenté, il n'a droit qu'aux mollusques tout mous) . Mais il fait des entorses à ce régime, au dépens de quelques poissons des grands fonds qu'il nomme bathypélagiques.

Rarement rencontré, au large ou le long des côtes, quoique assez commun en  Atlantique nord-est et en Méditerranée,  il forme de petits groupes de 1 à 4 individus. On évitera de  confondre notre Baleine de Cuvier avec d’autres baleines à becs comme le mésoplodon : cela le froisse d''être pris pour une baleine de Blainville, de Gervais ou de Sowerby.

Attention : ici, des Mesoplodon :

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Plus rarement que moi, il vient s'échouer sur nos côtes, souvent au printemps, ce qui semble indiquer des naissance printanières, alors qu'on a vu des femelles accompagnées de juvéniles en juin et en août.   Mais il ne s'en tire pas, comme moi,  avec de simples traces sur la quille, et il y laisse sa peau. Il maudit les sonars : http://www.cetaces.org/201303/ziphius-et-sonars-en-mediterranee/

En Atlantique, ces échouages sont étudiés par le GEFMA, surtout dans les Landes, rarement au dessus de Bordeaux : en juillet 2015, un jeune mâle s'est échoué à Saint-Girons (Landes).

 

 

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Ziphius cavirostris par Bardrock in Wikipédia 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Baleine_de_Cuvier#/media/File:Wal_Cuviera.jpg

L'est-y pas migonon ?

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LA ZOONYMIE.

Abordons maintenant le chapitre, succulent pour certains, rébarbatif pour d'autres de la Zoonymie. Autrement dit, l'origine de ce nom curieux.

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1°) Conrad Gessner, 1558. 

Jugez d'abord de ma surprise lorsque je suis tombé, en feuilletant le Net, sur la gravure suivante, censée représenter notre bon Ziphius,  sous les traits d' un vrai démon : 

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En 1558, le naturaliste zurichois Conrad Gessner (1516-1565) décrivit en effet dans  le Livre IV de son Historiae Animalium (le Livre consacré aux Poissons et Animaux marins) un véritable monstre qu'il nomme Zifius ou Ziphius :

Zifius  vel Ziphius, (à Cardano Ziphus scribitur) est bellua marina, valde formidabilis, (ingens, de genere cetorum, Albertus) & omnium animalium generi valde dissimilis, forma singularis. Huius nanque caput si videris, monstruosum est omnino : si oris abyssum, fugies velut imaginem mortis : si oculos, horrebis : si reliquum corpus, nihil in rebus simili te vidisse fatebris, Author libri de nat. Rerum.  Germanice Zyffwal dici poterit : vel Suffwal à deglutiendo, quod etiam magna animalia, ut phocas, devoret.


 

 

 

Je traduirais ainsi :

"Zifius ou Ziphius, ( ou Ziphius, comme c'est écrit dans [Guillaume] Cardano) est un monstre marin, qui  est fort redoutable, (énorme, de la famille des baleines, selon Albertus) et très différent de toutes les autres sortes d'animaux par sa forme singulière.  Pour sa tête, si vous la voyez, elle est absolument monstrueuse ; pour sa bouche abyssale, elle vous fait fuir comme l'image de la mort ;  pour  ses yeux, vous frissonneriez d'horreur; mais pour le reste du corps,  je dois t'avouer que personne n'a vu nulle part quoi que ce soit de semblable , l'Auteur du traité sur la nature De natura Rerum . En allemand peut se dire  Zyffwal , ou  Suffwal à avaler il pourra dévorer  des grands animaux comme les phoques."

 

a) Gessner se réfère explicitement au médecin de Pavie Guillaume Cardano (l'inventeur du "cardan") et je retrouve en effet l'orthographe Ziphus dans le De Subtilitate de 1550. Mieux, je tombe directement sur l'édition traduite en français par Richard Le Blanc ... et édité chez Le Noir à Paris en 1556.  Les Livres de Hierosme CardanusDe la subtilité et subtiles inventions, ensemble les causes occultes, et raisons d'icelles;  Dixième Livre, Des Bestes Parfaites, page 224 :

"Le zif, en Latin Ziphus est tant grand en la mer Gétique , qu'il dévore le veau marin, dit phoca, qui ci après sera décrit pour cause de sa beauté."

b) Gessner fait aussi référence au De Animalibus  (1270) de Saint Albert le Grand  de Cologne, une vaste encyclopédie  comprenant le classement de toute la faune d’Europe du Nord connue de son temps, et qui , dans ses derniers livres,  puise largement dans les matériaux du Liber de natura rerum (1240) de Thomas de Cantimpré.

Je dois donc mettre la main sur cette citation :

Zifius  est animal maris  nulli alii simile, maximum et ingens de genere cetorum. Caput habet monstruosum, os profundum valde, oculos horribiles ; in toto corpore nulli alii simile nisi cete. 

 "Le zifius est un animal marin qui ne ressemble à aucun autre ; il est énorme et gigantesque et appartient à l’espèce des cètes : il a une tête monstrueuse, une gueule très profonde, des yeux horribles ; par tout son corps, il ressemble immanquablement à un cète et à rien d’autre."

2°)  Dans cette recherche, je parviens à une compilation de tous les textes anciens concernant les poissons, le Tractatus de piscibus (Traité sur les poissons). Ce catalogue organisé selon l’ordre alphabétique répertorie une centaine d’espèces aquatiques. C' est un des huit traités qui composent l’Hortus sanitatis (Le Jardin de santé), œuvre majeure de la fin du XVe siècle,  dont l’édition princeps a été publiée par Jakob Meydenbach à Mayence en 1491, et qui a été souvent rééditée et traduite   entre 1491 et 1547. La publication en latin de Meydenbach a été largement influencée par  l’édition princeps en allemand du Gart der Gesundheit de Peter Schöffer (Mayence, 1485) et l’édition de Johann Grüninger (Strasbourg, 1487) . La traduction française fut publiée en 1501 par Antoine Vérard sous le titre  Le jardin de santé .

 

  À la fois guide de santé et encyclopédie, l'Hortus sanitatis  constitue le dernier maillon de la science médiévale et le premier livre imprimé de sciences naturelles. C'est donc sans-doute dans cet ouvrage que Gessner trouve sa documentation. 

Or, j'ai de la chance, car l’université de Caen Basse-Normandie a mis en ligne, traduit et annoté ce De Piscibus.

Notre "Ziphius" fait l'objet des chapitres 104 et 106, accompagnés à chaque fois d'une gravure. Les deux chapitre tiennent sur la même page des exemplaires de l’Hortus sanitatis conservés dans les bibliothèques d’Épernay et de Valognes.

 

A. Le chapitre 104 du De Piscibus est consacré à trois animaux en Z : Zedrosus, Zidrach et Ziphius.

 

 

La description de Ziphius est une citation de Vincent de Beauvais 17, 138:

De Naturis rerum. Ziphius est marina belua valde formidabilis et omnium animalium generi valde dissimilis. Forma singularis : hujus namque caput, si videris, monstruosum est omnino ; si oris abyssum, fugies velut imaginem mortis ; si oculos, horrebis ; si reliquum corpus, nihil in rebus simile te vidisse fateberis.

 "Le ziphius est un monstre marin très redoutable et très différent des autres espèces d’animaux. Sa forme est singulière, car si l’on voit sa tête, elle est tout à fait monstrueuse. Si l’on voit les profondeurs de sa gueule, on le fuira comme l’image de la mort, si l’on voit ses yeux, on sera horrifié, si l’on voit le reste de son corps, on avouera qu’on n’a nulle part vu rien de semblable."

Vincent de Beauvais (Ca 1184-1264) est un frère dominicain dont l'œuvre principale est le Speculum Maius achevé en 1263. Le Speculum Naturale, ou Miroir de la nature, (vers 1244) en constitue la première partie, avec ses 32 livres. Le livre XVII traite des Poissons, avec 46 chapitres.  Si on se rapporte au texte de Vincent de Beauvais disponible en ligne dans des éditions imprimées, on lit Zephius et non Ziphius. Soit ici, page 221, ou soit ici dans une édition de Strasbourg vers 1476. Il faudrait aussi rechercher la version traduite par Jean de Vignay. 

 

Selon l'université de Caen, "le texte de Vincent de Beauvais diffère sensiblement de celui de Thomas de Cantimpré, plus long ; on retrouve cependant la dernière phrase, reprise fidèlement, et les idées de terreur et de singularité attachées à cet animal monstrueux" et "la description ne peut donner aucun indice sur la nature de cet animal. La proximité qui existe entre les noms ziphius (graphié xyfius chez Thomas de Cantimpré (TC 6, 60)) et zyfius (ch. 106) et le terme ξιφίας, nom grec de l’espadon utilisé parfois par Pline (Plin. nat. 32, 15), permet de penser qu’il s’agit de ce poisson ; mais il est étonnant que la principale caractéristique de l’animal, son épée, ne soit pas notée."

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L'illustration est curieuse : une tête grimaçante et simiesque émerge d'un corps de poisson ou de sirène. Un animal chimérique guère engageant certes, mais on a connu plus monstrueux, non ?

 

La traduction en français de 1501 , accompagnée du même bois, donne ceci : 

Chap. CIIII. De Zedroso.

Zedrosus / zidrach et ziphius. Du Livre des natures des choses. [...] Ziphius est une belue marine moult doubtable et du genre de toutes les bestes moult dissemblable. Et a une forme singulière que nulle autre beste na. Et si tu voys la teste elle est totalement monstrueuse. Si labisme de sa bouche : tu ten fuyras ainsi comme de lymage de la mort. Si les yeulx : tu te espouenteras. Et si le demourant du corps : tu confesseras ne avoir point veu en nulles choses le semblable.

L'édition française de 1539 par Le Noir est identique.

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B. Le chapitre 106 du De Piscibus est consacré au Zyfius ou Zifius décrit par Albert le Grand.

 

Zifius  est animal maris  nulli alii simile, maximum et ingens de genere cetorum. Caput habet monstruosum, os profundum valde, oculos horribiles ; in toto corpore nulli alii simile nisi cete. De Animalibus, Albertus Magnus. 

Les universitaires de Caen indiquent que , dans le De Animalibus d'Albert le Grand, le nom exact est  Xysius. Ils ajoutent : "Cet animal fabuleux semble être un mélange de cète et d’espadon (en grec ξιφίας), et son nom comme sa description poussent à le rapprocher du ziphius  du chapitre 104". 

Là encore, l'illustration étonne. L'animal a une tête de lion (avec sa crinière) ou de chouette, et un corps de porc-épic, avec ses piquants. Il nous  lance un regard desespéré par cet accoutrement. 

La traduction française de 1501, accompagnée du même bois,  donne ceci :

Chap. CVI . De zyfico.

Zyficus. Albert au livre des natures des bestes dit Zyficus est une beste de mer qui nest a nulle autre semblable , qui est tres grande et infinie du genre des balaines nommes ceste. Elle a la teste monstrueuse , la bouche moult profunde , et ses yeulx horribles. Et en tout le corps elle nest semblable a nulle autre si non a la balaine ceta. 

L'édition française de 1539 par Le Noir est identique.

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Résumons-nous

Je suis passé de Conrad Gessner 1558 à Guillaume Cardan (1550) puis à l'Hortus Sanitatis (1491) qui me renvoie par le jeu des citations à  Albert le Grand (1270), puis à Vincent de Beauvais (1244), pour constater que ce dernier citait lui-même ex Libro De naturis rerum. Je reconnais là la référence faite par  Gessner à  Author libri de nat. Rerum ?  Ne serait-ce pas Thomas de Cantimpré ? J'ai le sentiment d'avoir ferré un gros poisson.

Les deux "poissons" , le Ziphius ou Zephius de Vincent de Beauvais cité dans le chapitre 104 du Jardin de Santé et le Zifius ou Zyfius ou Zyfico  d'Albert le Grand ont été fusionné par Gessner, et cela semble justifié au vu de la proximité des descriptions.  Néanmoins, on signale une forme Xysius, du grec ξιφίας, "espadon", qui fournit une ébauche d'explication étymologique pour le zoonyme Zyphius.

 

3°) Sur les traces de Thomas de Cantimpré (1240).

Thomas Cantimpratentis (1200-1263) est un frère dominicain auteur de :

Natura rerum in diversis auctorum scriptis late per orbem sparsas inveniens cum labore nimio et sollicitudine non parva annis ferme quindecim operam dedi. Voir Arlima. La première rédaction en est "forcément" antérieure au Speculum Naturale de 1244, qui le cite.

Parviendrais-je à consulter cet ouvrage et à accéder le Livre VI et son chapitre 60 ? Aujourd'hui, je déclare forfait.

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4°) Retour à Gessner.

 

Personne ne semble s'être soucié de l'étrangeté de la gravure  : car, en effet, quel est ici le "Ziphius" ? Logiquement, c'est celui qui a dans sa gueule une sorte de bébé-phoque : celui dont les écailles sont alignées en stries longitudinales, dont la nageoire triangulaire s'élève telle une pyramide sur son dos, et dont les nageoires latérales  sont palmées . Il porte autour du cou la collerette épineuse en crinière de lion du Zifius. 

Fort bien, mais quelle est la bête qui, gueule ouverte, sort de l'eau et l'attaque sauvagement sur le flanc ? L'artiste, embarrassé de recevoir deux modèles pour le même animal, en a-t-il donné deux vues ?

Un autre détail. L'animal suivant, De Rosmaro, est figuré suivant Olao Magno. Un cartographe auquel nous allons maintenant nous intéresser.

 


 

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ZIPHIUS ET LES CARTES MARINES.

Un rédacteur de blog, John McKay, me procure un autre biais pour approfondir ma connaissance de ma mascotte. 

Ses recherches sur les "poissons" figurant sur les cartes marines anciennes l'amènent à rencontrer notre Ziphius, sous la forme monstrueuse héritée du XIIIe siècle. Recherchant les sources des figures animales placées en vignette sur la carte d'Islande d'Abraham Ortelius  appartenant au Theatrum Orbis Terrarum de 1587 il  mentionne les documents suivants :

 

  • La  Carta Marina de 1539 d' Olaus Magnus. 

  • L' Historia de gentibus septentrionalibus, d' Olaus Magnus.   d'abord publié en 1555 et de nombreuses fois par la suite. 

  • La  Cosmographia de Munster de 1545

  • La planche  Créatures marines  et terrestres de Munster [Meerwunder und seltzame Thier]  imprimée à Bâle, en 1552.

  • Les Monstres  d'Ambroise Paré, d'abord publié en 1573.

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Sur la carte, Ortelius a marqué les animaux  avec des majuscules. Ceux-ci ont été décrits dans le texte placé au dos du document. Pour chaque animal, John McKay commence par l'image et la description, poursuit  en citant certaines sources possibles pour l'image, et  termine par d'autres commentaires . 

 

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Figure  1. La Carta Marina d'Olaus Magnus (1539) .

Olaus Magnus désigne sous le nom de ZIPHIUS les deux animaux de la gravure (plus tardive) de Gessner . Il est manifeste que l'auteur des gravures de Gessner a copié celle du religieux suédois.  Pourtant, Magnus distingue l'animal D et son assaillant l'animal E par deux lettres différentes, mais aussi par deux couleurs distinctes (si tant est que la carte n'a pas été colorisé ultérieurement).

La légende se trouve dans le cadre en bas à gauche, là où les lettres A, B, C, D etc ne se rapportent pas aux animaux, mais aux secteurs de la carte. Ziphius se trouve dans le secteur D. J'ai passé une heure à trouver sur la toile une carta marina dont la définition soit suffisament bonne pour permettre la lecture de cette légende. Je l'ai trouvée sur Gallica. J'ai lu D. Monstris marinis horribile Ziphius phoca deglutiens  mais la  lettre E m'est illisible hormis le dernier mot, cetus. Dans les commentaires trouvés en ligne, on signale que Olaus Magnus n'indique pas le nom de cet animal.

 

 

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 Figure 2, la planche Meerwunder und Seltzame de Munster (1552). 

Ziphius est représenté avec la lettre H. Il s'est débarrassé de son collègue aux grandes dents, mais il semble le guetter du coin de l'œil. Son aileron dorsal a considérablement fondu. 

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Figure 3. Olaus Magna,   Historia de gentibus septentrionalibus  (1555).

Là encore, nous retrouvons la ressemblance avec la gravure de Gessner.

Selon John McKay, "Dans diverses sources j'ai lu l'allégation selon laquelle le Ziphius est une baleine à bec d'oie, un cachalot, ou un orque. Olaus, qui a utilisé le premier l'image,  pensait explicitement  que le Ziphius est un espadon (Xiphia). Il écrit qui avait des yeux horribles, un bec pointu comme une épée, un dos triangulaire arrière (un aileron), et qu'il était un étranger dans le Nord  ou il se montrait occasionnellement comme un voleur. Toutefois, il a également dit qu'il avait une tête comme celle d'un hibou [ou un crapaud dans la traduction française] et il l'a dessiné de cette façon. " Ailleurs, j'apprends que selon Magnus, l'aileron est pointu pour percer des trous dans les coques des navires. 

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Figure 4. La Carte ISLANDIA d'Abraham Ortelius (1ère éd. 1587 ; édition de 1603).

L'artiste cosmographe est Andreas Velleius, soit  Anders Sorensen Vedel.  Le "Ziphius" est représenté au sud-ouest, avec la lettre E.  Il s'est débarrassé de son double qui lui mordait le flanc et de sa nageoire en cornet de glace, mais il dévore toujours le phoque et il conserve sa tenue rayée comme celle d'un Dalton. Sa face est presque humaine. Au dos, la légende de la lettre E indique :  monstrum marine horribile, phocam nigram deglutiens Ziphius, un monstre qui avale un phoque noir en une bouchée.

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LE DÉBUT DE L'ÉRE MODERNE. LINNÉ ET CUVIER.

 

1°) Linné.

Linné avait en commun avec Olaus Magnus  d'être suédois. Johan Månsson, le frère de Magnus avait été archevêque d'Upssala, ville de Suède dont l'université, la plus ancienne de Scandinavie, a accueilli en 1741 Linné comme professeur de médecine et de botanique. A la mort de son frère, en 1544, le très catholique Olaus Magnus reçut à Rome  son titre d'archevêque d'Upsalla, mais à titre honoraire car la ville était passée sous influence de la Réforme.

 En 1758, Linné créa à la page 248 de sa 10ème édition du Systema Naturae le genre Xiphias qui contenait une seule espèce, Xiphias gladus, l'Espadon. Il indique une référence, Schelhameri Anatome Xiphii pisciis. Un ouvrage de Schelhamer publié en 1699, G. C[hristophori] Schelhameri Phocae Maris Anatome: In Academia Kiloniensi Suscepta, Mense Decembri MDCXCIX.

 http://reader.digitale-sammlungen.de/en/fs1/object/display/bsb10231885_00032.html

Ainsi, l'Espadon était habillé pour l'hiver et ne risquait plus d'être confondu avec je ne sais quel intrus aux dents longues. Il avait tiré son épingle du jeu. Et Linné avait coupé court aux tergiversations en utilisant le mot juste, car Xiphias vient du latin signifiant "espadon", , issu lui-même du grec ancien ξιφίας, xiphías (« en forme d’épée »). Quand à Gladius, on devine qu'il signifie "glaive", comme dans "gladiateur".

On eut ensuite, et je le signale en raison du risque de confusion, la famille des Xiphiidae.

Linné ayant ainsi fait un sort à l'espadon, qui ne cessait de hanter de son nom et de son épée les descriptions du Ziphius, et de tenter de faire achopper Cantimpré, Beauvais (de), Albert, Cardan ou Gessner en plaçant son X à la place du Z, la place était libre pour notre compatriote Cuvier.

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2°) Ziphius cavirostris Cuvier 1823.

Ces recherches ne sont pas simples. Il faut d'abord trouver les références de la publication :

Cuvier, G. (1823). Recherches sur les ossemens fossiles, 2nd ed., 5(1). Paris. page(s): 350, 352, pl. 27 fig.3 . Allez-y donc, vous!

Puis, il faut trouver la publication en ligne. Mais quel bonheur lorsque l'on parvient enfin à la page 351 du volume 5 (1) et qu'on aborde la lecture de l'Article II : Sur une tête pétrifiée de Cétacé d'un genre inconnu, voisin des Cachalots et des Hyperoodon, trouvée sur la côte de Provence . 

 https://books.google.fr/books?id=GHY3AQAAMAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q=ziphius&f=false

Car la première description de Ziphius cavirostris concerne un fossile, découvert par un paysan en 1803 sur le bord de la plage, signalée l'année suivante par Raymond Gorsse Ingénieur des Ponts-et Chaussée, qui le découvre entre Fos-sur-Mer et l'embouchure du Galégeon,  et conservé comme holotype au Laboratoire d'Anatomie compareée du Muséum national d'Histoire naturelle (Paris), no. CAC A33554 - CAG B II/222; Toute la partie supérieure était conservée ce qui permit à Georges Cuvier, fondateur de l'anatomie comparée, et directeur du Muséum, de constater les différences avec le genre Hyperoodon Dès-lors, il était autorisé à créer un nouveau genre. "J'appliquerai au genre dont elle (cette tête pétrifiée) devient le premier type le nom de ZIPHIUS, employé par quelques auteurs du Moyen-Âge (voyez Gessner, I. page 208) pour un cétacé qu'ils n'ont point déterminé, et je nommerai cette espèce ziphius cavirostris".

Quelle est l'étymologie de cavirostris ? Cuvier nous aide -t-il en écrivant que ce qui caractérise son espèce, c'est que l'espèce de mur de derrière les narines ne se borne pas à s'élever  verticalement, mais qu'il se recourbe pour former un demi-dôme au dessus de ces cavités ? On peut présumer que cavi vient de cavus, i "trou, ouverture" , et que, le cavum désignant le rhinopharynx, Cuvier place ce radical comme équivalent de "narines". Rostrum,i désigne certes  un bec d'oiseau,  mais aussi les objets qui ont une forme recourbée comme l'éperon retroussée d'un navire. J'en déduis que Cuvier a créé cet épithète spécifique pour résumer en un mot le caractère spécifique de ce Ziphius, la forme recourbée de l'espèce de mur derrière les narines. C'est alors à tort qu'on donne à ce cétacée le nom de "baleine à bec" et, pire, de "baleine à bec d'oie".

Cuvier décrit ensuite dans son Article III d'autres fossiles, venant d'Anvers, sous le nom de Ziphius planirostris. Et dans son Article IV , un morceau "que l'on possède depuis longtemps au Muséum", dont les intermaxillaires sont longs et etroits. Pour cela, il nomme cette espèce Ziphius longirostris. Après cette lecture, on ira voir la figure 3 de la Planche XXVII.

Ou bien cette publication :

 

 

Ostéographie des cétacés vivants et fossiles, comprenant la description et l'iconographie du squelette et du système dentaire de ces animaux ainsi que des documents relatifs à leur histoire naturelle, par MM. van Beneden [et] Paul Gervais: Paris, A. Bertrand [1880, i.e. 1868-1879], planche 22 fig. 6-7:

http://diglib1.amnh.org/etp/15015690/plate22.jpg

 

Mais terminons plus gaiement :

http://www.marinespecies.org/aphia.php?p=image&pic=20654

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http://www.marinespecies.org/aphia.php?p=image&pic=20653


 

Et Hop là !
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SOURCES ET LIENS.

 

 

 

GESSNER 

1) Edition de 1558 : page 249

Conradi Gesneri medici Tigurini Historiae animalium Lib. I. De quadrupedibus uiuiparis. -- Liber II. De quadrupedibus ouiparis. -- Liber III. Qui est de auium natura. -- Liber IIII. Qui est de piscium & aquatilium animantium. -- Lib. V. Qui est de serpentium natura. Ex variis schedis et collectaneis eivsdem compositvs per Jacobum Carronum ... Adjecta est ad calcem, scorpionis insecti historia aÌ€ D. Casparo Vuolphio ... conscripta.  ...Tigvri : Apvd Christ. Froschovervm, anno MDLI[-MDLXXXVII] [1551-1587] en cinq volumes, chacun avec une page de titre. Les quatre  premiers volumes ont été imprimés par  Christoph Froschauer respectivement en 1551, 1554, 1555, et 1558 . Le cinquième volume a été imprimé par Officina Froschouiana en 1587.

 

Gessner, Conrad, 1516-1565 auteur

Cambier, Andreas, éditeur
Belon, Pierre, 1517--156  

Rondelet, Guillaume, 1507-1566 "Continentur in hoc volumine, Gulielmi Rondeletii quoque medicinae professoris regij in schola Monspeliensi, & Petri Bellonij Cenomani, medici hoc tempore Lutetiae eximij, de aquatilium singulis scripta. Paralipomena quaedam ad finem adiecta sunt."

http://bildsuche.digitale-sammlungen.de/index.html?c=viewer&bandnummer=bsb00084602&pimage=00293&lv=1&l=fr

2) Edition de  1604 : page 210.

Conradi Gesneri medici Tigurini Historiae animalium liber IV : qui est De piscium & aquatilium animantium natura : cum iconibus singulorum ad viuum expressis ferè omnibus DCCXII. Francofurti :In Bibliopolio Andreae Cambieri,anno MDCIIII [1604] Editio secunda, / nouis iconibus, necnon obseruationibus non paucis auctior, atque etiam multis in locis emendatior.

http://biodiversitylibrary.org/bibliography/65980#/summary

page 210 http://biodiversitylibrary.org/page/42165841#page/255/mode/1up

http://biodiversitylibrary.org/page/42165841#page/256/mode/1up

3) Localisation

Berlin (De), Staatsbibliothek Preußischer Kulturbesitz 
Braunschweig (De), Stadtarchiv and Stadtbibliothek 
Düsseldorf (De), Universitäts- und Landesbibliothek 
Eichstätt (De), Universitätsbibliothek Eichstätt-Ingolstadt 
Erfurt (De), Stadt- und Regionalbibliothek 
Gotha (De), Forschungsbibliothek 
Halle (De), Universitäts- und Landesbibliothek 
Heidelberg (De), Universitätsbibliothek 
Jena (De), Universitätsbibliothek 
Leipzig (De), Universitätsbibliothek 
Lüneburg (De), Ratsbücherei 
München (De), Bayerische Staatsbibliothek 
München (De), Universitätsbibliothek 
Weimar (De), Herzogin Anna Amalia Bibliothek 
Wien (At), Österreichische Nationalbibliothek 
Wolfenbüttel (De), Herzog August Bibliothek 
Zürich (Ch), Zentralbibliothe

BEAUVAIS (Vincent de) Speculum naturale, 2 vol., [Strasbourg, s. n. (Adolf Rusch), 1476], [vol. 1, liber decimus octavus agit de piscibus et monstris marinis… livre XVII (fol. 347v-368v)]

 Munich, Bayerische Staatsbibliothek, 2 Inc.c.a. 236, 1-1 (Münchener DigitalisierungsZentrum, Digitale Bibliothek).

 

http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0003/bsb00035779/images/index.html?id=00035779&groesser=&fip=eayaenyztsxdsydeayaqrsxsweayasdasen&no=26&seite=737


DUZER (C. Van)van Duzer (2013) Sea Monsters on Medieval and Renaissance Maps. The British Library, London.

— HORTUS SANITATIS,  De Piscibus, 

a) exemplaire d'Epernay :Épernay, BM, Inc. 3017 (1491)

[Ho]rtus sanitatis, in inclita civitate Moguntina, Jacobus Meydenbach [Mayence, Jakob Meydenbach], 1491.

https://www.unicaen.fr/puc/sources/depiscibus/facsimiles

b) Exemplaire de Valognes :Valognes, BM, R 99 (Prüss1)

Ortus Sanitatis. De herbis et plantis. De animalibus et reptilibus…, s. l., s. d. [attribué à : Strasbourg, Johann Prüss,circa 1497].

https://www.unicaen.fr/puc/sources/depiscibus/facsimiles

c) exemplaire de Munich : Ortus sanitatis, Moguntiae, 1491

Munich, Bayerische Staatsbibliothek, 2 Inc.c.a. 2576. 

-Chapitre 104 :

http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0002/bsb00027846/images/index.html?seite=729&fip=193.174.98.30

-Chapitre 106 :

http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0002/bsb00027846/images/index.html?id=00027846&groesser=&fip=193.174.98.30&no=&seite=730

Edition de la version française :

- Ortvs sanitatis, translate de Latin en Francois, Paris, Anthoine Vérard, s. d. [circa 1500], 2 vol.

Paris, BNF, Res. TE1 38 24 (voir notice BNF), Gallica (Traité sur les poissons). http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b2100150b/f674.item.zoom

- Le Jardin de sante translate de latin en francoys nouvellement imprimé…, Paris, Philippe Le Noir, 1539, 2 parties Exemplaire numérisé :

Madrid, Bibliotheca de la Universidad Complutense, BH INC M-18 (Biblioteca Digital Dioscorides) [Le traicte des bestes oiseaulx poissons pierres precieuses et urines du iardin de sante] (Traité sur les poissons : f. 86r-111v [images 173-224]).

McKAY ( John J.) , 2012, The monsters of islandia, Archy; février 2012.

 http://johnmckay.blogspot.fr/2012/02/monsters-of-islandia.html
— MAGNUS  (Olaus). 1539, Carta Marina .
— MAGNUS  (Olaus).1555 Historia de gentibus septentrionalibus. Giovanni M. Viotto, Rome.
— MAGNUS, (Olaus),1561 Histoire des pays septentrionaus. Christophle Plantin, Antwerp.
MUNSTER ( S.), 1552 La Cosmographie Universelle. Henry Pierre.

Gessner, Conrad, 1516-1565 
Belon, Pierre, 1517--156 
Cambier, Andreas, éditeur
Rondelet, Guillaume, 1507-1566 "Continentur in hoc volumine, Gulielmi Rondeletii quoque medicinae professoris regij in schola Monspeliensi, & Petri Bellonij Cenomani, medici hoc tempore Lutetiae eximij, de aquatilium singulis scripta. Paralipomena quaedam ad finem adiecta sunt."
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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie.
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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 01:12

Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.

Le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. II. Le coté du chœur (coté est).

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Le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. I. Le coté de la nef (Ouest). A. La clôture.

Le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. I. Le coté de la nef (Ouest). B. La tribune.

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Voir les autres articles sur le patrimoine du Faouët:

a. Les articles sur la chapelle Saint-Fiacre :

b. Les vitraux de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët:

​c. Chapelle Saint-Sébastien

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Le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. I. Le coté de la nef (Ouest). A. La clôture.

Le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. I. Le coté de la nef (Ouest). B. La tribune.

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Voir les autres articles sur le patrimoine du Faouët:

a. Les articles sur la chapelle Saint-Fiacre :

b. Les vitraux de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët:

​c. Chapelle Saint-Sébastien

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Chœur de la chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Chœur de la chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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A tout seigneur, tout honneur, débutons par le chœur.

— Et bien-sûr par le patron des lieux, Monsieur saint Fiacre.. Ah non?

— ...

— Vous me faites signe de commencer par votre Dame ? Ah, bien-sûr, la préséance va à la  Vierge à l'Enfant.

A droite du maître-autel, ce groupe en chêne de 1,24 m date de la fin du XVe, elle est donc contemporaine du Jubé et de la fin de la construction de la chapelle. La Vierge, élégamment hanchée, est coiffée d'un voile et d'une couronne royale, vêtue d'une robe rouge-pourpre et d'un manteau doré dont le large pan revient sur la manche droite. C'est à droite que cette Mère porte son Enfant, cheveux très court, en robe blanche, qui tient un livre ; son index droit suit avec attention un passage. Il s'agit sans-doute du même passage des Ecritures que Marie lisait, sur l'Annonciation du Jubé, celui d'Isaïe 7:14 qui annonçait  Ecce virgo concipiet, et pariet filium et vocabitur eius Emmanuel, Voici que la Vierge concevra et enfantera  un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel (c'est à dire Dieu avec nous) . Comme cela sera chanté plus tard, Virga jesse floruit, Virgo deum genuit, la tige de Jessé a fleuri, la Vierge a enfanté d'un homme Dieu.

Tige, fleur, mais aussi fruit puisque la mère présente dans la main gauche un objet rond qui évoque une pomme, rappel du thème du jubé, celui de la Rédemption : par son Incarnation, le Christ rachête la faute d'Adam, le Péché originel concrétisé par le Fruit Défendu, la pomme. En même temps, cet objet rond est aussi le globe terrestre que tiendra le Christ Sauveur du Monde. La "pomme" a été dorée : jadis objet de désir, de gourmandise ou de concupiscence, elle  a désormais acquis  un statut sacré.

René Couffon a retrouvé les indices d' "une très nette influence flamande" : figure ovale de la Vierge, front bombé avec des sourcils très arqués, cheveux nattés sur le dos, haute couronne. Denise Moirez (Inventaire Général, 1975) discernait "une facture d'inspiration savante où l'influence allemande se manifeste dans la structure générale comme dans le traitement des plis. Dans tous les cas, l'une des plus belles Vierges de Bretagne.

 

 

Vierge à l'Enfant, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Vierge à l'Enfant, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Ecce Homo 

Sculpture en bois polychrome du XVIIIe siècle,  de 1,92 m, jadis placé dans une niche ou dais sculpté à gauche du maître-autel. Poignets liés, ceint de la couronne d'épines, il est seulement vêtu d'un pagne (le terme perizonium doit être reservé au Christ en croix) et du "manteau de pourpre" que mentionne l'évangile de Jean Jn 19:1-5: 

tunc ergo adprehendit Pilatus Iesum et flagellavit  et milites plectentes coronam de spinis inposuerunt capiti eius et veste purpurea circumdederunt eum  et veniebant ad eum et dicebant have rex Iudaeorum et dabant ei alapas [...]ut cognoscatis quia in eo nullam causam invenio et purpureum vestimentum et dicit eis ecce homo

Alors Pilate prit Jésus, et le fit battre de verges. Les soldats tressèrent une couronne d'épines qu'ils posèrent sur sa tête, et ils le revêtirent d'un manteau de pourpre; puis, s'approchant de lui, ils disaient: Salut, roi des Juifs! Et ils lui donnaient des soufflets.[...] Jésus sortit donc, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit: Voici l'homme. 

 

Le long roseau que l'on voit dans la main droite est mentionné par l'évangile de Matthieu Mt 27:29-30 :

 et plectentes coronam de spinis posuerunt super caput eius et harundinem in dextera eius et genu flexo ante eum inludebant dicentes have rex Iudaeorum  et expuentes in eum acceperunt harundinem et percutiebant caput eius

 Ils tressèrent une couronne d'épines, qu'ils posèrent sur sa tête, et ils lui mirent un roseau dans la main droite; puis, s'agenouillant devant lui, ils le raillaient, en disant: Salut, roi des Juifs!  Et ils crachaient contre lui, prenaient le roseau, et frappaient sur sa tête.

 Le Gaffiot donne bien pour arundo, inis : "roseau". Il ne s'agit pas d'une extrapolation.

Ce manteau royal et ce sceptre végétal tourne ainsi en dérision la royauté de celui à qui le Sanhédrin reprochait de se dire Rex Iudaeorum, Roi des Juifs, et de menacer ainsi le pouvoir des Romains sur la Province de Judée (Iudaea).

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Ecce Homo, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Ecce Homo, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Ecce Homo, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Ecce Homo, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Saint Fiacre.

Nous pouvons voir ici trois objets d'art et de culte.

D'une part, la console de granite, et les cinq fusées de gueules en fasces des armoiries  de Boutteville sur l'un des culots.

Puis la niche de 3,10 m,  à candélabres feuillagés sur les montants, surmontée d'un dais à quatre niveaux, qui fourmille de feuillages, de rinceaux à tête de chimères ou de licornes (1er niveau), de candélabres et rinceaux peuplés et de frise fleuronnée (2ème niveau), de fenêtre découpée à réseau  gothique et médaillons à l'antique (3ème niveau)  et même, tout en haut, de petits personnages et (?) de licornes autour d'un vase. 

Enfin la statue de bois polychrome de 1,41m, du XVIe siècle. Le saint est vêtu en moine, d'un scapulaire et cape noire sur la robe blanche. Il tient ses deux attributs, la pelle témoin de sa préoccupation de nourrir les malades qui le consultaient (c'est un saint thérapeute avant d'être un saint-jardinier), et le livre où il se réfugiait dans ses chères études et ses pieuses lectures lorsqu'on lui en laissait le temps. 

La pelle-bêche "modèle Saint-Fiacre" est caractéristique, mais elle n'est pas bien représentée ici : elle est en bois, mais le tranchant en métal la prolonge en écusson. J'en ai vu une, datant du 18e, au Musée de Grenoble, qui a dû lui appartenir : je l'ai reconnue tout de suite.

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Niche et statue de saint Fiacre, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.
Niche et statue de saint Fiacre, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Niche et statue de saint Fiacre, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Niche et statue de saint Fiacre, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Niche et statue de saint Fiacre, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

LE TRANSEPT.

Bras nord .

 Sainte Apolline et ses bourreaux.

C'est une statue en pierre du XV-XVIe siècle où la sainte est attachée par les cheveux à une potence, tandis que ses mains sont attachées dans le dos et que ses deux bourreaux, armés de tenailles, sont en train de lui arracher les dents. D'ailleurs, une belle molaire est encore entre les mors d'une de ces pinces.

Le martyre de sainte Apolline, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Le martyre de sainte Apolline, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Le martyre de sainte Apolline, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Le martyre de sainte Apolline, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Sainte Anne.

 

Sainte Anne, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Sainte Anne, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Bras sud du transept

Saint Antoine.

C'est saint Antoine l'anachorète, le fondateur de l'érémitisme chrétien, et représenté avec la longue barbe , la coule ou cuculle qui recouvre sa tête et descend sur son dos, sa canne en T ou plutôt en Tau et son petit cochon, qui sont toutes ses richesses, tous ses attributs.

Mais pourquoi un Tau ? Pourquoi un petit cochon ?

Rien à voir avec la vie du saint, en Égypte au IVe siècle. Mais avec l'Ordre Hospitaliers des Antonins, fondé après qu'un seigneur du Dauphiné ait ramené dans l'actuelle Isère les reliques du saint, lesquelles faisaient merveilles contre le Mal des Ardents, le feu de Saint-Antoine. Cette maladie était due à un champignon du seigle Claviceps purpurea qui vous donnait (et donne toujours) des hallucinations, car il est riche en acide lysergique (révisez l'article sur le LSD). Les moines antonins ignoraient cela, mais savaient qu'une alimentation équilibrée, riche en viande et en légumes, détournait les patients d'une mono-consommation de céréales contaminés. Ils obtinrent le privilège (exorbitant à l'époque) de la circulation de leur élevage de porcs dans les rues des villages, où ils se nourrissaient des eaux grasses et autres ordures. On reconnaissait les porcs des Antonins (et les moines eux-mêmes) à leur clochette.

Outre la viande de porc, ils utilisaient les bonnes herbes mélangées dans de la graisse...de porc  en un remède nommé le Saint Vinage : on en comptait 14, dont la scrophulaire (un anti-inflammatoire), le grand plantain et le plantain lancéolé (un anti-histaminique), l'ortie blanche (reminéralisante) le coquelicot, la verveine, et d'autres que j'ai oubliées.

Comme l'ergot de seigle et la dénutrition causaient des paralysies et des gangrènes, les moines organisés en Commanderies adoptèrent comme logo la béquille. La canne en T plus exactement, sous la forme du signe Tau. Les Antonins étaient experts en amputations et en appareillages. Ils eurent un succès fou, et bientôt on dénombra plus de 380 établissements  rattachés à la Maison-mère. L’Ordre s’enrichit grâce aux largesses accordées par les papes, les  rois, princes et puissants qui accourent auprès des reliques. Et parmi eux, Anne de Bretagne.

Saint Antoine est, avec saint Fiacre et saint Sébastien, l'un des trois saints thérapeutes contre les épidémies médiévales présents dans la chapelle. Ajoutons sainte Apolline, car il ne faut pas sous-estimer les problèmes dentaires.

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Saint Antoine,  chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.
Saint Antoine,  chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Saint Antoine, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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LA NEF.

Le Martyre de saint Sébastien.

Ce qu'il faut savoir, c'est qu'un tel groupe, où l'officier Sébastien est la cible des flêches de ses propres archers, et où il reçoit les blessures avec la belle indifférence de ceux qui mettent leur foi dans le Seigneur, est caractéristique d'un culte où le saint est invoqué contre la "peste", ce terme désignant toutes les épidémies médiévales. 

Martyre de saint Sébastien, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Martyre de saint Sébastien, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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LEVONS LA TÊTE, ON NOUS REGARDE.

1. La charpente, diaporama.

Charpente, croisée du transept, Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile
Charpente, croisée du transept, Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile
Charpente, croisée du transept, Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile
Charpente, croisée du transept, Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile
Charpente, croisée du transept, Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile

Charpente, croisée du transept, Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile

2. Diaporama

 

Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.
Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.
Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.
Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.
Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.
Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.
Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.
Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.
Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.
Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.
Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.

Suite, diaporama

 

Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.
Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.
Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.
Les sculptures de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.

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CONCLUSION.

Laurent Léna signale aussi les statues de sainte Elisabeth, de sainte Ursule et de saint Laurent. On peut comparer les statues encore conservées à Saint-Fiacre avec la liste des suffrages du Livre d'Heures du duc Pierre II de Bretagne proposée par Jean-Luc Deuffic :

f. 125v (suffrages, prières en français et en latin), martyre de S. Eutrope; f. 126v, S. Fiacre; f. 127v, S. Bernardin; f. 128v, S. Vincent Ferrier; ; f. 146v, S. Germain d'Auxerre; f. 147v, S. Dominique;; f. 148v, S. Pierre Martyr, frère Prêcheur; f. 149v, S. Thomas d'Aquin; f. 150v, S. Antoine; f. 151v, Martyre de sainte Apollonie; f. 152v, Ste MagdeIeine; f. 153v, Ste Catherine; f. 154v, Ste Marguerite; f.155v, S Julien; f. 156v, S. Christophe; f.157. S. Sébastien; f. 158v. S. Maudet ; f. 159v, martyre de S. Adrien; f. 160v, S. Michel; f. 161v, S. Jean-Baptiste; f. 162v, S. François d'Assise; f. 163, S. Gilles; f. 164v, Ste Anne, la Vierge et l'enfant Jésus; f. 165, S. Etienne; f. 166v, Ste Barbe; f. 167v, S. Donatien et S. Rogatien; f. 168v, Ste Ursule; f.169v, les Onze mille vierges; 

La chapelle n'a certainement pas conservée l'ensemble de sa statuaire du XV et XVI e siècle, mais il ne peut néanmoins nous échapper que les saints représentés ici sont ceux qui sont invoqués contre les maladies. Si on associe cette constatation à la notion d'un hôpital construit dès l'origine à proximité, à l'existence d'une fontaine de dévotion à trois bassins (dont les eaux avaient certainement un pouvoir thérapeutique), à l'existence d'un pélerinage , aux paroles d'un cantique breton à Saint Fiacre clamant que D' ar c'hlangour c'houi rè ar yec'hed ("Vous rendiez la santé aux malades"), on ne peut que porter crédit à un faisceau d'arguments présentés par Laurent Léna lorsqu'il envisage "que le service de la chapelle était peut-être assuré, ainsi que son hôpital annexe, par des hospitaliers de la Commanderie voisine. Les Hospitaliers, impliqués depuis les Croisades dans une lutte contre la lèpre, et implantés depuis le XIIe siècle dans le pays, possédaient une Commanderie de Saint-Jean, au Faouët, une Commanderie de Beauvoir à Priziac, et la Commanderie du Crosity, dans un espace de dix kilomètres environ.

Saint Fiacre est souvent présenté comme le patron des jardiniers, et, éventuellement comme le guérisseur des hémorroïdes, les "apostumes du fondement" ou "Mal saint-Fiacre" mentionné par le médecin Rabelais, ou par Antoine du Pinet dans sa traduction de Matthioli (1566). La première mention que je rencontre date de 1547.   Amboise Paré parle des "fics ou fils Sainct-Fiacre" comme des fungus de la Dure-Mère, ou des "espèces de verrues" du col de la matrice. Mais son invocation contre la lèpre,  contre les maladies de la peau, et contre toutes les maladies ne doit pas être négligée. La Molène ou Bouillon-Blanc Verbascum thapsus était jadis désignée sous le nom d'Herbe de saint-Fiacre. Elle est traditionnellement utilisée contre les maladies de la peau et de l'appareil respiratoire. On désigne aussi sous le même nom d'Herbe de Saint-Fiacre l'Heliotrope commune Heliotropium europaeum aussi nommée Herbe aux verrues. Ce lien entre Herbe de Saint-Fiacre et Herbe à verrues est attesté depuis au moins le XVIIIe siècle.

Il est attesté aussi que saint Fiacre passait pour le saint des lépreux (1684), et autres galeux, teigneux, rogneux et vérolés (1821). 

 

Culot de console, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Culot de console, chapelle saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

DIVERSES ENLUMINURES de saint Fiacre.

Amiens, BM 0201 f.140 Fin XVe siècle.

De Sainct Fiacre Anthaine

Beate Christi confessor fiacri ecce nomen tuum fulget per secula petimus.

 

Amiens BM ms 0201 f.140

Amiens BM ms 0201 f.140

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Bnf Latin 13279

 

Bnf Latin 13279

Bnf Latin 13279

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BM Chambery 001 folio 188 (vers 1470)

Beate Christi confessor fiacre cem nomen tuum. fulget per secula

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BM Chambery 001 folio 188 (vers 1470)

BM Chambery 001 folio 188 (vers 1470)

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Châteauroux BM ms 002 folio 313v heures à l'usage de Rome vers 1414.

Beatus fiacrius heremita magnus ficus [in melden si tento no sub] sanctissimu faronis epi~ protectione cons---

Châteauroux BM ms 002 folio 313v heures à l'usage de Rome vers 1414.

Châteauroux BM ms 002 folio 313v heures à l'usage de Rome vers 1414.

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Bnf Latin 1159

Qur me confessus..

Bnf Latin 1159.

Bnf Latin 1159.

Bnf Latin 10538

Qua --- confessore fiacrium fac nos semper...

Bnf latin 10538

Bnf latin 10538

Valencienne 1206 folio 193 recueil de prières 16e siècle.

Si te supplie devotement que a mon ame premierement –petre la gloire eternele Et au corps temporelement me donne sante corporele. Amen.

Item aultre oraison de [notre] sainct fiacre.

Beate Christi confessor fiacre cem nomen tuum. fulget per secula Petimus ergo ut tuis sacris precibus mereamur adm—ari a domino Ora pronobis beate fiacri.

SOURCES ET LIENS.

 — Inventaire Général des monuments et des richesses artistiques de la France. Cantons de Le Faouët et de Gourin, Morbihan. 1975.

 

— LÉNA (Laurent), 1990,  Le Faouët, la chapelle Saint-Fiacre, Presses E.T. Saint-Michel Priziac. 

Site mandragore .bnf.fr

Site enluminure.culture.fr.

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Published by jean-yves cordier - dans Le Faouët.
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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 01:01

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PRÉSENTATION.

De même que le coté ouest, le coté est du jubé est constitué de la clôture, surmonté de la tribune, elle-même formée des fausses-voûtes et, au dessus, du garde-corps.

 

 

Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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I. LA CLÔTURE.

Je n'en présenterai que la sablière. Elle est plus simple que son homologue du coté nef, et ne présente que deux figures, entourées de végétaux et de banderoles en spires.

Les deux personnages pourraient passer pour des géants écrasés par l'étroitesse de la poutre de bois, ou par le poids de la tribune. Avec leur allure de rustaud, ils ont un je-ne-sais-quoi de rabelaisien et de comique.

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Sablière de la clôture, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Sablière de la clôture, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Sablière de la clôture, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Sablière de la clôture, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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II. LA TRIBUNE.

Elle comprend cinq fausses-voûtes lambrissés, dont les cinq arcades s'achèvent sur six culots de retombés sculptés de personnages et d'animaux, et dont les écoinçons fournissent l'occasion de six scènes : deux anges porteurs d'écus et quatre humains. Puis vient une première frise végétale animée par un dragon central. Puis une deuxième frise à motifs géométriques. Viennent ensuite les dix panneaux à entrelacs multicolores, et enfin la main courante où courent des animaux fantastiques.

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Tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

A. Les arcades des fausses voûtes.

Je les décrirai de gauche à droite.

I. Le groupe de gauche.

 

 

Coté gauche de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Coté gauche de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Il faut d'abord voir le retour, coté sud.

On y voit, au dessus d'un acrobate, un homme portant sur ses épaules un mouton et tenant de la main gauche un couple de volailles (canards selon L. Léna).

Coin gauche de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Coin gauche de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Dans le premier écoinçon, nous voyons un homme (cheveux mi-longs, tunique rouge courte à ceinture, chausses bleues) qui escalade un pommier et remplit de fruits un petit panier passé au bras gauche. Cet homme qui regarde le spectateur est une allégorie du vol. Donc, il représente le péché. C'est très habile de la part d'Olivier le Loergan, car ce pommier correspond, du coté ouest, au pommier de l'Eden et à la scène du Péché Originel. Ainsi, un lien est créé entre la pomme croquée par Adam et Éve, et le fruit du (modeste) larcin, comme pour souligner que chaque écart par rapport à la loi reproduisait, par la fatalité de la déchéance de l'humanité, la désobéissance des Premiers Parents. Aussi, lorsqu'il nous regarde, c'est sans-doute pour nous dire : "Toi aussi, non ?".

 

Coté gauche de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Coté gauche de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Coté gauche de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Coté gauche de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Acrobate, Coté gauche de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Acrobate, Coté gauche de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Il y aurait beaucoup de chose à dire sur cet acrobate. Là encore, il faut se reporter mentalement au coté ouest, où tous les culots sont sculptés d'anges en train de voler, entourant à sa base l'équivalent de la Poutre de Gloire affirmant le dogme de la Rédemption. Nous sommes ici dans la face inverse de ce motif, dans sa face humaine, d'une humanité déchue et de son aspiration, non à l'élévation vers les Cieux et vers le Divin, mais vers le bas et vers l'animalité. C'est du moins l'une des interprétations possibles, car l'acrobate peut renvoyer aussi à l'inversion carnavalesque et libératrices des valeurs, du lâcher-prise qui s'exprime, traditionnement, dans les hauteurs sur les sablières. Ou bien, comme l'acrobate situé au centre du portail central de la basilique de Vézelay, au dessus et dans l'axe de la tête du Christ, qui est, selon Annick de Souzenelle, le symbole de l'homme accompli, capable de réunir ses pieds et sa tête.

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Acrobate, Coté gauche de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Acrobate, Coté gauche de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Passons maintenant à l'arcade voisine.

L'animal qui orne le culot n'a pas été clairement identifié (Inventaire Général) ou correspond (L. Léna) à "un chat avec son rat sur la cuisse" . Il me semblait voir un oiseau entre ses pattes.

Coté gauche de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Coté gauche de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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L'imposant personnage qui occupe l'écoinçon tient dans la main gauche un tonneau, alors qu'une gourde vide est figurée à droite de sa tête : c'est le péché de gloutonnerie ou d'ivrognerie. Bouche ouverte, penché en avant, une main sur la cuisse droite, il adopte  l'attitude d'un homme en train de vomir, mais c'est un renard qui est sorti de son gosier. Je n'ai pas compris immédiatement ce que je voyais : car ce renard a deux queues, ce qui indique qu'il est écorché, la partie postérieure (peinte en rouge) y compris la queue encore maintenue dans la bouche, étant dépecée, et la fourrure étant rabattue sur le dos de la pauvre bête. Cette énigme s'explique lorsqu'on apprend que depuis le XVe siècle, on disait d'un homme ivre en train de vomir qu'il "écorchait le renard". L'expression peut elle-même provenir d'une comparaison effectuée entre les fusées de vomissement et la queue  des renards ou "goupils", queue si fournie et touffue qu'elle a donnée notre terme de "goupillon". On trouve aussi au XVIe siècle "tirer au renard", et plus tard "piquer un renard" ou simplement "renarder". On la trouve pour la première fois à la fin du XVe siècle dans le Parnasse Satyrique sous la forme Renars escorchier, mais on lit déjà dans les chansons de Geste "escorchier le gorpil".

 

On trouve cette expression dans Rabelais, Livre I:6 ; Livre II :11 ; II:6 ; II:16 ; IV:41, etc...

Pantagruel II,16 : "Et tous ces bonnes gens rendoient là leurs gorges devant tout le monde, comme s'ils euffent efcorché le renard, " 

Pantagruel 6 "Tu escorche le latin, par sainct Jan, je te feray escorché le renard [rendre gorge ?]"

Gargantua I,11 : "Tous les matins Gargantua escorchoit le renard"

Gargantua I, 22 : liste des jeux de Gargantua : "Là, jouait [...] à escorcher le renard"

Marot en fait mention dans sa IIIe Epistre du Coq-à-l'asne (1536) "Et gardez bien qu'on ne l'escorche, Car ung homme bien empesché ,Seroit d'ung renard escorché.", ainsi que Mathurin Cordier : "Il a escorché le renard. Evomuit crapulam"

Le CNRTL indique :

Arg., pop., vieilli. (Queue de) renard. Synon. de vomissement, vomissure. Quelque chose qu'il ne peut pas retenir lui échappe avec la violence d'une fusée; il s'est avancé vers la portière, dans l'espoir d'y lancer son renard (Kock,Compagn. Truffe, 1861, p. 113). De grands silences se faisaient, coupés par (...) des chutes sourdes d'ivrognes (...) le vin coulait si fort depuis six heures, qu'il allait se promener sur les trottoirs. Oh! de belles fusées, des queues de renard élargies au beau milieu du pavé (Zola, Assommoir, 1877, p. 772).

♦ Loc. Aller au renard, écorcher le renard, piquer un renard. Vomir. On en avale un verre, deux verres, dix verres sans piquer de renard; mais quand on en a jusqu'au goulot, finalement, faut dégueuler (La Petite lune, 1878-79, no13, p. 2).Ça chlinguait drôlement (...). Ça (...) donnait envie d'aller au renard (Le Breton,Rififi, 1953, p. 146).

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L'Ivrogne "écorchant le renard", Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

L'Ivrogne "écorchant le renard", Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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II. Le groupe médian. 

Dans les écoinçons, les deux anges tiennent des écus qui ont été martelés à la Révolution. On peut y imaginer les armes de Boutteville , seigneurs du Faouët. Sous Jean V de Boutteville, chambellan de François II, la chatellenie fut érigée en baronnie en 1495. Et peut-être figuraient-elles en alliance avec celles  de Quimerc'h (alliance contractée en 1463).

Les ronde-bosses des culots représentent deux oiseaux, identifiés par les bons auteurs comme "une oie et un canard" . J'ignore quels sont les critères zoologiques, car les deux oiseaux me semblent identiques, mise à part la position de leurs ailes.

J'ignore aussi ce qui justifie leur présence, à une place centrale encadrant l'allée menant du portail de la clôture jusqu'à l'autel. Sont-ils héraldiques, issus des meubles des familles nobles locales? Certainement une fausse piste. Sont-ils des Phénix, symboles  du Christ réssuscité ? Des Oiseaux non spécifiés, contre-pieds naturels des Anges de la Surnature ? 

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Milieu de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Milieu de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

 

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III. Le groupe de droite. 

a) 5éme culot : un acrobate ?

 

Cinquième culot de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Cinquième culot de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Cinquième culot de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Cinquième culot de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

b) Ronde-bosse du sixième culot. Un singe.

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c) 5éme écoinçon : un couple. 

L'Inventaire Général indique "jeune couple se promenant : allégorie supposée de la luxure" . Laurent Léna décrit "un jeune homme vêtu d'une tunique bleue [qui] tient par la main une charmante jeune fille ; celle-ci est habillée d'une robe sur laquelle est drapée une jupe dont elle retient les plis de la main droite ; sa chevelure est recouverte d'un voile qui lui laisse cependant un front bien dégagé avant de retomber à la fois sur les épaules et le buste. Le jeune homme semble l'entraîner galamment. (La luxure ?)". J'ajouterai que la coiffure de la dame est peut-être un hénin ; que le jeune galant est coiffé d'un bonnet rouge sur une copieuse chevelure blonde ; mais surtout je m'interrogerai sur l'objet qu'il tenait dans la main gauche et dont il ne reste qu'un manche ou une tige. Et surtout, j'aimerais pouvoir préciser ce que font les deux mains enlacées : les époux ou amants se donnent-ils la main ? La femme tente-t-elle de puiser dans la poche de l'homme ? Ou bien le geste est-il plus ambiguë ?

 

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La Luxure, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

La Luxure, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

 

d) le dernier écoinçon. Joueur de cornemuse.

Après avoir dénoncé le Vol, l'Ivrognerie, et  la Luxure, si l'artiste offre aux regards le portrait d'un musicien, c'est sans nul doute pour participer à la dénonciation, par le clergé et l'Église, de la musique à danser et des débordements qu'elle favorise. A l'opposé des instruments joués par les anges (trompettes, mais surtout harpe et viole, flûtes et tambourins), la cornemuse est considéré comme un instrument diabolique.

Joueur de cornemuse,  tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Joueur de cornemuse, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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e) Retour d'angle : joueur de bombarde. 

Les sonneurs vont par deux, et le joueur de cornemuse ne va pas sans son comparse le joueur de bombarde, que l'on trouve donc à ses cotés dans l'angle de la tribune. Les deux portent le même bonnet rouge, la même tunique rouge courte sur des chausses bleues, et les mêmes chaussures.

Couple de sonneurs, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Couple de sonneurs, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

B. Le Garde--corps.

1. Les panneaux du garde-corps.

Ils sont semblables à ceux du coté ouest, on y retrouve les entrelacs, ainsi que la cordelière du duc François II et les hermines. Je n'en donnerai que deux exemples. 

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Panneaux du garde corps, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Panneaux du garde corps, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Le semé de moucheture d'hermines fut adopté par le duc Jean III sur ses armoiries en 1316. Hermines et cordelières sont donc antérieures à Anne de Bretagne et sont cohérentes avec la date de 1480 insctite sur le jubé du coté ouest par Olivier Le Loergan. Elles affirment l'influence du pouvoir ducal dans l'édification de la chapelle, comme le font les armoiries de la façade est.

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Panneaux du garde corps, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Panneaux du garde corps, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

2. La main courante du garde-corps.

Dans la partie gauche, un dragon ailé dont la queue se termine en une deuxième tête   se lance à l'attaque d'un homme-bête, au corps entièrement velu. Celui-ci tient dans la main gauche un miroir. 

Pour L. Léna, et pour les auteurs de l'Inventaire Général,  il s'agit d'un "basilic , sorte de dragon à queue terminée par une tête de serpent" : " l'homme se protège du venin de la bête à l'aide d'une cloche de verre qu'il porte sur le dos". Une précision me met sur la piste de cette étrange hypothèse en ajoutant "même motif à Vézelay".

Manifestement, l'auteur (Denise Moirez sans-doute) qui a fait cette interprétation s'est appuyé sur le texte d' Émile Mâle, 1922, L'art religieux du XIIe siècle en France : étude sur les origines de l'iconographie du moyen age : page 333 (avec une figure) :

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"Un chapiteau de Vézelay nous offre un sujet plus étrange.
Un personnage, qui tient devant sa face une sorte de cloche, semble s'avancer vers un animal composite, coq par devant, serpent par derrière. Il n'est pas possible de croire à une simple fantaisie d'artiste, quand on connaît le passage que le Bestiaire a consacré au basilic.
Le basilic, qui participe de là nature de l'oiseau et de la nature du serpent, naît d'un oeuf de coq couvé par un crapaud : « car il arrive que certains coqs, dans leur septième année, pondent un œuf». Le basilic n'est redoutable à l'homme que par son regard, mais qui rencontre ses yeux meurt sur-le-champ. Toutefois, le dangereux fluide ne saurait traverser le verre, et il suffit d'appliquer sur son visage une cloche de verre pour pouvoir regarder impunément le basilic ; c'est grâce à cet artifice que les soldats d'Alexandre détruisirent les basilics de l'Inde'.
"Qu'est-ce que le basilic? ajoute le Bestiaire, sinon une figure du démon : le Christ en triompha en s'enfermant dans le sein d'une Vierge plus pure que le cristal".

https://archive.org/stream/lartreligieuxdux00mluoft#page/332/mode/2up

Mais j'objecterai que si, à Vézelay, le personnage tend devant lui un récipient qui peut ressembler à une cloche, ici, à Saint-Fiacre, notre homme sauvage tient indiscutablement un miroir. D'autre part, ce miroir n'est pas "porté sur le dos", mais tenu par une main, qui pose seulement le problème qu'elle est en surnombre par rapport aux deux pattes antérieures. Il est bien connu que rien ne peut vaincre le Basilic, qui tue par la seule puissance de son regard, si ce n'est de lui renvoyer ce regard en lui présentant un miroir : c'était déjà la ruse que Persée utilisa pour venir à bout de Méduse aux mille têtes.

Peut-on en toute confiance, sur la seule foi de quelques lignes d'Émile Mâle, partir à la chasse au basilic armé d'une seule cloche de verre, si tant est qu'on en dispose d'une ? Je ne le conseille pas. Mâle s'est fondé sur Cahier, qui évoque Grégoire le Grand, mais il faut aussi consulter son Physiologus, son Pline, son moine Théophile (dans son Shedula diversarium artium) et on ne revient pas tout à fait indemne d'un tel parcours. Agrémenté d'un détour incontournable par le De Serpentibus d'Isidore de Séville (Etymologiae Livre XII, De Animalibus)

Prenons Charles Cahier. C'est lui qui décrivit le chapiteau de Vézelay, et qui en a donné une belle (mais très infidèle) illustration dans ses Nouvelles . On la comparera à la réalité (source image) pour en mesurer l'écart :

Mais surtout, le texte des Nouveaux Mélanges d'Archéologie permettra de constater que l'abbé Cahier est fort perplexe devant ce chapiteau. 

Dans les Mélanges d'Archéologie parus 30 ans auparavant, Cahier se rapportait à un auteur latin selon lequel  Alexandre le Grand en rencontra lors de son expédition en Inde. Il les vainquit en faisant faire des cloches de verre interceptant leur regard, coiffées par des cavaliers qui ont pu ainsi les tuer à coups de lance.

 : "Voici donc ce que disait Brunetto Latini  dans son Trésor, chapitre De toutes manières de serpens : "Basiliques est li roys des serpens, et est si plains de venin...que le veoir et le flairier de lui en porte venin et lonc et près...Et tel a qui de son odour ochist (occit) les oisiaus volans, et de son veir (de son regard) les hommes quand il les voit : ja soit ce ke li anchyen dient quu'il ne nuyst pas à chelui qui voit primes les basiliques que il eaus (qui le voit avant d'avoir été vu par lui) Et sachés que Alixandre les trouva, et fist faire grans ampoles de voirre (bouteilles ou cloches de verre) où hommes entroient dedens qui véoeint les basiliques, mais il ne véeoit aus ; qui les ochioient de saiettes (sajettes?). Et par tel engien en fu délivrés il, et son fort ost (son armée) »"

 

Muni de ce texte, il interprétait le chapiteau ainsi :  

 

"Avec ces renseignements, sans plus, nous saisirons la mise en scène du bas relief. Une sauterelle monstrueuse et un homme marchent comme de concert au devant du basilic ; et l'homme, pour affronter sans danger le terrible regard de son ennemi, s'apprête à se couvrir les yeux et la tête d'une cloche de verre."

 

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Chapiteau du Basilic, Vézelay, selon C. Cahier, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5698889x/f242.item.r=v%C3%A9zelay

Chapiteau du Basilic, Vézelay, selon C. Cahier, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5698889x/f242.item.r=v%C3%A9zelay

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Main courante,  tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Main courante, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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 tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Il est néanmoins possible que le chapiteau de Vézelay, ou sa copie  sur quelque cahier d'ymagier, vienne expliquer les bizarreries de ce personnage entiérement velu et à trois bras, s'il trouve son origine dans la fusion du poisson-sauterelle et de son cavalier sculpté à Vézelay.

 

 

Lutte contre le Basilic, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Lutte contre le Basilic, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Le personnage suivant est pour moi un paysan aux cheveux roux se protégeant du montre voisin à l'aide d'une branche de bois, mais les auteurs ont jugés qu'il avait un faciès de singe (L. Léna) et l'ont décrit (Inventaire Général) comme un "singe parmi les branchages". 

tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Bêtes sauvages, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Bêtes sauvages, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Bêtes sauvages, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Bêtes sauvages, tribune du Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

 — Inventaire Général des monuments et des richesses artistiques de la France. Cantons de Le Faouët et de Gourin, Morbihan. 1975.

—  CAHIER (Charles), 1847-1849, Deux chapiteaux historiés du XIIe siècle,, in Mélanges d’Archéologie, d’Histoire et de Littérature, vol. 1, Paris, Poussielgue-Rusand page 153-156.

—  CAHIER (Charles), 1874-1877, Nouveaux mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature sur le Moyen-Age.... Curiosités mystérieuses /  Didot (Paris)   page 203-205.

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5698889x/f242.item.r=v%C3%A9zelay

DUFIEF-MOIREZ (Denise), 1989,  "Olivier Le Loergan un maître trégorrois du XVe siècle". ArMen la Bretagne, un monde à découvrir. n°21 juin 1989 pp. 50-58.

HABLOT (Laurent), 2004,« Pour en finir, ou pour commencer, avec l’ordre de la Cordelière », Actes du colloque Pour en finir avec Anne de Bretagne, Archives départementales de Loire-Atlantique, dir. D. Lepage, Nantes, 2004, p. 47-70.

— LÉNA (Laurent), 1990,  Le Faouët, la chapelle Saint-Fiacre, Presses E.T. Saint-Michel Priziac. 

— MOIREZ (Denise), 1973, Le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët, Revue de l'art n°20

 

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Le Faouët.
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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 23:59

La tribune.

Jadis, à l'angle sud-est,  un escalier droit plaqué contre le mur ouest du bras sud du transept permettait à un lecteur d'y accéder et de s'adresser aux fidèles. Il a été supprimé par Lebrun en 1862-1866. 

En encorbellement sur les deux faces de la clôture, la tribune est décomposée  en deux niveaux séparés par deux frises, l'une à décor végétal et animal, l'autre à décor géométrique ajouré  :

– En bas, cinq fausses voûtes lambrissées à arc d'ogive : le décor y est localisé sur les écoinçons, sur les six culots des retombées (avec leurs anges suspendus en vol) et sur les clefs. On compte cinq autres fausses voûtes du coté est.

– En haut, un garde corps aligne onze panneaux carrés à motifs géométriques, séparés par autant d'accolades à fleurons et crochets. A chaque arcade des fausse-voûtes de l'étage inférieur correspond donc deux arcades.

Le garde corps s'achève en haut par une main courante de 25 cm, dont les sculptures répondent à celles de la frise sculptée de la clôture.

La façade ouest présente aux fidèles rassemblés dans la nef les cinq personnages d'une Crucifixion : le Christ en croix au milieu des deux larrons, à la hauteur du garde-corps. Et la Vierge Marie et saint Jean, au niveau des fausses-voûtes.

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Tribune et clôture, Jubé de saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Tribune et clôture, Jubé de saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Tribune, Jubé de saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Tribune, Jubé de saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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"Ce n'est pas un hasard si Mérimée et Viollet-le-Duc se sont intéressés au jubé de Saint-Fiacre. Bien intégré à la chapelle, au décor de laquelle il emprunte plus d'un motif , ce jubé, le plus ancien des jubés de bois bretons actuellement conservés, retient l'attention à plus d'un titre : la composition équilibrée est caractérisée par le jeu des formes qui, de la clôture à la tribune, se répondent en s'emboîtant ; la vision en perspective des fausses voûtes de la tribune anime l'ensemble en lui donnant du relief, impression à laquelle contribue la distribution, sur la face principale, des cinq personnages de la Crucifixion, sur trois registres et en quinconce. L'unité de style, (exception faite des vantaux Renaissance, est très nette, même si le décor héraldique porte logiquement à échelonner l'exécution de l'ouvrage sur une dizaine d'années après la date inscrite (1480) ; et la sculpture ornementale flamboyante reste étroitement liée au schéma architectural qu'elle souligne. Enfin, le programme iconographique choisi répond sans nul doute à un but didactique. Si certains détails restent difficiles à identifier, du moins peut-on définir les thèmes essentiels : sur la face Ouest, le Péché Originel, la Rédemption par l'Annonciation, le Roman de Renart ; sur la face Est, les Vices en symboles imagés, et divers animaux du Bestiaire." (Inventaire Général, 1975)

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Garde-corps de la tribune, Jubé de saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Garde-corps de la tribune, Jubé de saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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 Les cinq personnages de la Crucifixion. 

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Tribune, Jubé de saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Tribune, Jubé de saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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I. Historique.

 

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Une inscription (remise à jour en 1971) est  gravée sur l'écu tenu par l'ange  ornant la clef de voûte de la tribune à gauche de la Vierge  : L'AN MIL IIIJcc IIIIxx [1480] FUT FAIT CEST HEVPVRE  P[ar] OLIVI[er] / LE LOERGA[N] OVPVRIER . L'exécution de l'ouvrage, commencée sous François II, dut se prolonger au début du règne de sa fille Anne, duchesse de Bretagne et reine de France, en 1492, comme en témoigne l'association dans la tribune de cordelières [cet accessoire, allusion au Cordeliers ou Franciscains avait été adopté en emblème par François II ], d'hermines et de fleurs de lis.

— Le terme d'Hevpvre ou Heupvre doit se lire pour "œuvre". Cette forme n'est trouvée qu'ici. Les formes en ancien français sont ovre, euvre et uevre (XIIe), oevre (XIVe) .  Quelle est l'acceptation ici du substantif "oeuvre" ? Le CNRTL en propose 10 :

1. 1re moitié XIIes. «objet créé par l'activité, le travail de quelqu'un»

2. ca 1145  «action, fait de faire quelque chose»

 3. 1160-74 «production artistique ou littéraire»

 4. 1174-77 «union charnelle de l'homme et de la femme»

5. ca 1208 «tâche, action propre à quelqu'un ou à quelque chose»

6. 1225-30 «action considérée dans sa valeur morale ou religieuse» 

 7. fin XIIIes. «travail artistique d'une oeuvre d'orfèvrerie» 

 8. 1379-80 euvre «fabrique d'une église» (Compt. de la fabriq., Arch. Aube, G 1559, fo41 rods Gdf.); 1611 «banc des marguilliers dans l'église» (Cotgr.); 

9. 1611 maistre des hautes oeuvres (ibid.);

10.1567 marine. oeuvres mortes  oeuvres vives.

— Le terme d' Ovpvrier ou Oupvrier renvoie au terme Heupvre, car "ouvrier" et "œuvre" ont la même étymologie, venant du latin operarius qui mène à "ouvrier" ,  opera à "œuvre", et operari à " œuvrer".Celui qui œuvre à une chose est celui qui la crée, son auteur  et son artisan. "Ouvrier" ne désigne pas seulement un exécutant, une "main d'œuvre", mais le noble concepteur de l'ouvrage.

C'est la même réflexion qui s'applique au vitrail de la Vie de Saint-Fiacre de cette chapelle, où P. Androuet signe son travail avec la mention "P. Androuet, ouvrier demeurant à Kemparalé 1552".

— Olivier Le Loergan a laissé son nom en 1474 sur l'une des sablières de Saint-Nicolas-du-Pelem  : "Lan de grâce mil iiii c l xx iiii , estoit recté de céans M. J. de la Roche, Yvon Le Pennec en estoit le fabrique : q(uand) cest oupvre cy fist loupvrier nome Le Loergan 0llivier ".  On y retrouve les deux substantifs "ouvre" et "oupvrier". La même année, son nom apparaît sur une sablière de l'église de Canihuel et est transcrite ainsi : " fait faire en 1474 par le recteur M. J. de La Roche, et Yvon Le Pamel, de la fabrique, par l'ouvrier Olivier Loergan ". Originaire du Merzer (22, au nord-est de Guingamp), il  figure sur une liste d'annoblis de 1469 par François II, ce qui témoigne que son statut n'est pas celui d'un simple ymagier ou menuisier-sculpteur, et que ses mérites ont été récompensés 11 ans avant qu'il ne signe le jubé de Saint-Fiacre. 

 

 

 

Les commanditaires du jubé sont inconnus : leurs armoiries qui figuraient sur la tribune, à l'Est, ont été martelées à l'époque révolutionnaire. 

 

 

 

Inscription-signature, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Inscription-signature, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Puisque j'ai présenté cette inscription, il me faut montrer aussi celle qui lui est couplée, à droite de saint Jean.

TOUZ CEULX 

 QVI CEANS AN

TRERES AIES ME

MOIRE DTREPASSs

Soit : "Tous ceux qui ici entrerez, ayez mémoire des trépassés".  On doit garder en mémoire que les deux anges porteurs d'inscriptions surplombent le portail du jubé qui donne accès au chœur.

 

Inscription, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Inscription, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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II. Les six  anges des fausses voûtes.

 Je débuterai ma description par la présentation des anges des fausses voûtes, car lors de ma première visite, ce sont eux qui sont venus en premier, pieds nus comme des enfants en pyjama, virevolter autour de moi et me charmer de leur allures d'elfes aux chorégraphies d'acrobates, me présentant sur des phylactères leur invisible mais insistant message.  Quoiqu'il arrive, ces joyeux compagnons aux boucles d'or et aux yeux d'azur  ont toujours le sourire , et mènent sans se lasser de témoigner de la grandeur des Cieux.

Brassant l'air à la base de la tribune, ils en sacralisent l'atmosphère à la manière de l'encens et préparent, sur la tribune, l'énonciation de la parole divine. Inutile de tendre l'oreille pour savoir qu'une musique s'élève ici, vive comme le mouvement de leurs ailes, tendue comme l'arc de leur dos, capricante comme les courbes de leurs saltos, joyeuse comme du Mozart, exaltée comme du Bach.

Ces figurines de 33 centimètres  sont sculptés en ronde bosse sur lrs culots de retombées des fausses-voûtes .

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Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Culots des fausses-voûtes, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Après ce prélude musical, il faut passer à un sujet non moins joyeux, mais néanmoins plus grave : la Rédemption. Car c'est à ce mystère qu'est consacré toute la face ouest du Jubé. Vais-je savoir le présenter, alors que je ne suis qu'un amateur de grâce et de beauté ?  La rhétorique, si fréquente qu'elle est quasi constante dans le décor des sanctuaires du XIIe au XVIe siècle, est la suivante : Adam et Éve, en désobéissant à Dieu par le Péché Originel, ont dégradé la nature humaine et ont corrompu l'humanité. Dieu "rachète" (le latin Redemptio  veut dire "rachat" ) l’homme de l’esclavage du mal et du péché, afin de lui rendre sa liberté. Pour cela, Il s'incarne en un homme, Jésus-Christ, qui naît de la Vierge Marie. Par son sacrifice sur la croix lors de la Passion , Jésus rachète l'humanité. Les trois temps sont donc 1) la Chu​te, 2) l'Incarnation et 3) la Passion. Ces trois temps sont dramatiquement présentés dans le Jubé par un triangle spectaculaire avec  à la base 1)  Adam et Éve à droite, 2)  l'Annonciation faite à Marie à gauche (cotè noble dans une église) et au sommet 3) le Christ sur la croix.  

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Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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I. La Chute : Adam et Éve chassés du Paradis.

Cet épisode est traité de façon originale, dans le passage d'un arbre à un autre : du Pommier au Figuier. Ce traitement le rend passionnant.

a) A droite, le Pommier.

On reconnaît ses fruits ronds et rouges, mais aussi ses feuilles propre au genre Malus. Il joue ici le rôle de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Dans le jardin d'Eden, il y avait toutes sortes d'arbres aux fruits délicieux, mais aussi deux arbres bien particuliers :

 "Puis l'Éternel Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait formé.  L'Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l'arbre de la vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal."

— (Genèse 2:8-9)

On connaît la suite, mais il est toujours utile d'en relire le récit biblique :

Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l'Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? La femme répondit au serpent: Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.  Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n'en mangerez point et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. Alors le serpent dit à la femme: Vous ne mourrez point; mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.  La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu'il était précieux pour ouvrir l'intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d'elle, et il en mangea. Les yeux de l'un et de l'autre s'ouvrirent, ils connurent qu'ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des ceintures." (Genèse 3:1-7)

On voit que le texte ne précise pas de quelle espèce est l'Arbre de la Connaissance, et le Fruit Défendu est figuré, selon les cultures et les traditions, comme une grenade, une figue, ou (dans l'Occident médiéval) comme une pomme.

  Le Pommier est un arbre autochtone en Europe et notamment en France depuis la plus haute antiquité et l'espèce Malus domestica a donné au XVIe siècle deux variétés porte-greffe, le Pommier Paradis Malus pumila ("nain")  et le Pommier Doucain. 

Le sculpteur a représenté, enroulé autour du tronc de ce pommier, un serpent, dont on croit distinguer la tête en bas à droite. Mais si on suit les orbes et méandres de la Tentation, on parvient à la face de pleine lune cachée dans les ramages, avec ses deux oreilles sinueuses et pointues. L'animal malin est bien camouflé, et son l'éventail crenelé de son aile de chauve-souris en abuserait pour un effet de feuillage.

Un  Ange aux ailes bleues lève son épée flamboyante à la fois pour chasser Adam et Éve, et à la fois pour s'opposer à Satan.

L'Arbre, l'Ange et le Serpent s'alignent sur un axe vertical commun, qui s'élève de l'angle de la voûte et se prolonge vers le garde-corps.

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L'Ange chassant Adam et Éve du Paradis. Photographie lavieb-aile.

L'Ange chassant Adam et Éve du Paradis. Photographie lavieb-aile.

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L'Ange chassant Adam et Éve du Paradis. Photographie lavieb-aile.

L'Ange chassant Adam et Éve du Paradis. Photographie lavieb-aile.

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b) Le Figuier.

Plutôt que de figurer, comme cela est habituel, Adam et Éve autour du pommier et croquant le fruit, l'artiste les représentent chassés du Paradis, et entourant un autre arbre, le Figuier, bien reconnaissable là encore tant à ses feuilles qu'à ses fruits.

Cela lui permet d'opposer les deux essences et de faire du figuier l'arbre de la honte d'être nu ; de la culpabilité ;  de la malédiction ; de la finitude (tu retourneras dans la poussière) ; du travail (c'est à la sueur de ton front que tu gagneras ton pain) ; et de l'exil.

Ce choix d'opposer Pommier et Figuier est original, puisqu'au contraire, dans la tradition rabbinique, le figuier est assimilé à l'Arbre de la Connaissance du Bient et du Mal. Ce choix évoque la mauvaise réputation du figuier lorsqu'il est maudit par le Christ dans la parabole du figuier stérile de l'évangile de Luc 13:6-9. Mais à l'opposé, la parabole du Figuier en bourgeons (Luc 21:29-33) fait du bourgeonnement l'annonce de la fructification, métaphore eschatologique du Royaume de Dieu.

Les deux arbres se dressent en parallèle sur leur fausse-voûte respective, mais les larges feuilles trilobées du Ficus carica rappellent l'aile du Malin dissimulée dans le Pommier.

 

 

Adam et Éve sous le figuier. Photographie lavieb-aile.

Adam et Éve sous le figuier. Photographie lavieb-aile.

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Adam et Éve sous le figuier. Photographie lavieb-aile.

Adam et Éve sous le figuier. Photographie lavieb-aile.

II. L'Annonciation.

La présentation de la scène est ici conventionnelle, bien que la Vierge soit ici placée à gauche alors qu'elle est à droite dans la majorité de l'iconographie. L'Ange Gabriel, agenouillé, tient le lis de la pureté virginale et le phylactère des paroles de l'Annonciation : Ave Maria plena gratia Dominus tecum benedicta tu in mulieribus. On lisait peut-être quelques-un de ces mots aujourd'hui effacès.

 

L'Annonciation, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

L'Annonciation, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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L'Annonciation, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

L'Annonciation, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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L'Ange Gabriel, Annonciation, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

L'Ange Gabriel, Annonciation, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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De l'autre cotè de l'arcade, Marie est agenouillée devant un livre posé sur un pupitre. Alors qu'elle lève la main droite en signe d'acceptation (Ecce ancilla Domini fiat mihi secundum verbum tuum), et que la colombe du Saint-Esprit "la féconde par l'oreille" et témoigne de l'intervention divine, elle pose l'index sur une ligne du texte (biblique) et réalise que ce qui lui arrive était annoncé dans les Écritures. Le vase posé devant elle est le vase intact  de son sein virginal, les fleurs qui s'y épanouissent témoignent de la fécondité annoncée par l'ange, la blancheur des lis (martagon) renforce l'idée de virginité, et enfin, les fleurs renvoient aussi (surtout) à la prophétie d'Isaïe  :

Egredietur virga de radice Jesse, et flos de radice eius ascendet. Et requiescet super eum Spiritus Domini.

Une tige sortira de la racine de Jessé, une fleur s’élèvera de ses racines. Et sur elle reposera l’Esprit du Seigneur. [Is. XI, 1-2]

Il ne s'agit pas là d'une sur-interprétation, car le prophète est sculpté sur le coté du même pilier, tenant en main le livre de ses Prophéties. Quelques centimètres seulement séparent Isaïe et Marie, comme le recto et le verso d'une même image, taillés dans le même bloc de bois.

J'ai omis de prendre la photo d'Isaïe. Une autre fois ?

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Marie, Annonciation, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Marie, Annonciation, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Marie, Annonciation, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Marie, Annonciation, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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III. La Passion.

1°) La Vierge et saint Jean au pied de la Croix.

 

La Vierge et saint Jean,  Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

La Vierge et saint Jean, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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La Vierge. 

Statue de 0,81 m sur l'écoinçon gauche de l'arcade centrale. La Vierge a la tête recouverte d'un voile. Elle est pieds nus.  

 

La Vierge, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

La Vierge, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Saint Jean.

Statue de 0,7m. occupant l'écoinçon droit de l'arcade centrale. L'évangéliste Jean, fils de Zébédée et frère de saint Jacques le Majeur, "disciple que Jésus aimait", figure ici en raison du passage suivant de l'évangile de Jean, Jn 19:25-27 :  

 "Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie la femme de Clopas et Marie de Magdala.  Jésus vit sa mère et, près d'elle, le disciple qu'il aimait. Il dit à sa mère: «Femme, voici ton fils.»  Puis il dit au disciple: «Voici ta mère.» Dès ce moment-là, le disciple la prit chez lui."

Avant la construction des jubés et après leur destruction, le groupe de la Vierge et de saint Jean autour du Christ crucifié figurait sur la poutre de gloire, en latin trabes doxalis. Doxalis vient du grec δόξα, doxa, "gloire" mais aussi "opinion".   Le latin  trabs, es renvoie certes à "poutre", mais, par sa racine indo-européenne *tr-b, à l'idée de poutre-maîtresse soutenant l'ensemble de la toiture. Elle reliait les impostes de l'arc triomphal marquant l'entrée dans le chœur des basiliques. On voit que ce groupe trinitaire Christ + Vierge + Jean a été considéré précocément comme une affirmation doxologique (de louange, de gloire ou de proclamation) de la Foi, comme son résumé glorieux.

Dans l'iconographie de ce motif, la Vierge porte toujours un manteau bleu, et Jean toujours un manteau rouge. De même, Jean est toujours imberbe et souvent beau, bouclé, apollinien. C'est donc le cas ici. L'apôtre lève les yeux et les paumes vers la croix, en signe de reconnaissance du caractère crucial de ce qui s'accomplit devant lui de la manière claire et révélatrice d'un kérygme.

Ce qui m'intéresse plus, c'est sa ceinture. Non pas la façon dont la partie libre trop longue, après que l'ardillon de la boucle ait été bloqué dans le trou qui lui convenait, a été  nouée cavalièrement , et à défaut de passant, sur elle même avant de venir retomber sur la robe vert-bronze. Mais les accessoires que le saint, émule anachronique des boy-scout, y a suspendu.

Nous trouvons d'abord son livre, celui qu'il est en train d'écrire, l'Evangile selon Jean. Il est introduit dans une poche de protection dont l'étoffe est bloquée par un arceau de métal ou de cuir. Lors de la lecture, les pans libre de l'étoffe se rabattront de chaque coté des plates de couverture.

Puis, à sa gauche, il a suspendu son encrier, à forme de clochette.

Enfin vient son plumier, accompagné de son grattoir qui lui permet d'effacer ses fautes. Pourtant, puisqu'il écrit sous l'inspiration divine, il ne peut commettre que des erreurs de transcription.

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Saint Jean,  Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Saint Jean, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Saint Jean,  Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Saint Jean, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

2°) Le Christ en croix et les deux larrons.

Le Christ est crucifié sur une croix à peine écotée mais dont la traverse se termine par un trilobe. Il est couronné d'épines, il porte le perizonium. Sur le titulus , l'inscription INRI est effacée.

Les Larrons ne sont pas crucifiés, mais suspendus par les bras . A la droite du Christ, le Bon Larron tourne son visage vers lui, et, pour cet acte de foi, il sera sauver. Ses traits sont paisibles.

A l'opposé, le Mauvais Larron s'est détourné. Il sera damné. Ses traits grimaçants témoignent d'une agonie tourmentée.

Crucifixion, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Crucifixion, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Le Mauvais Larron.

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Le Mauvais Larron, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Le Mauvais Larron, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

3°) La main courante.

La moitié gauche.

Les motifs de cette main courante restent mystérieux. Elle débute à gauche par un homme qui sort d'une structure en accordéon assez semblable à la gueule d'un Léviathan. Puis vient un  manoir fortifié à quatre tours crénelées à meurtrières, puis deux femmes lenant la tête vers un homme.  

Main courante, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Main courante, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Un personnage coiffé d'un bonnet tient un morceau de bois. Derrière le larron, un autre découvre partiellement son visage.

 

 

Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Puis viennent deux anges (un vert puis un rouge) volant vers la droite séparés par des feuilles de houx.

 

Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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La moitié gauche. 

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Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Derrière le mauvais larron, deux hommes semblent le narguer, ou le convaincre de se convertir. 

Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Puis, nous voyons un homme blond levant les bras, puis un cerf broutant un buisson.

 

Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Main courante de la tribune, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Avant de conclure, il me reste à montrer deux panneaux du garde-corps.

Le premier porte les hermines et la cordelière. L'hermine figure en plain dans les armoiries des ducs de Bretagne depuis 1316 et Jean III dit Le Bon. 

La cordelière était une corde à plusieurs nœuds comme celle que les franciscains, d’où leur surnom de cordeliers, utilisaient comme ceinture. Cette figure apparaît en Bretagne sous le règne du duc François Ier. Elle décore les manuscrits, les écus, les intérieurs de tous les ducs et duchesses ultérieurs et symbolise leur attachement à l’ordre franciscain. Dans les armoiries d'Anne de Bretagne, les nœuds franciscains seront remplacés par des lacs d'amour. Ce n'est pas le cas ici.

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Panneau à la cordelière,  Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Panneau à la cordelière, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Ce panneau porte non seulement le monogramme christique IHS, mais aussi les fleurs de lis qui incitent à retarder la datation à la période à laquelle Anne de Bretagne était reine de France, donc après le 8 février 1492.

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Panneau à la cordelière,  Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Panneau à la cordelière, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

Inventaire Général des monuments et des richesses artistiques de la France. Cantons de Le Faouët et de Gourin, Morbihan. 1975.

ABGRALL (Jean-Marie), 1904,  Architecture Bretonne: Etude Des Monuments Du Diocese de Quimper  cours d'archéologie professé au grand séminaire.  Quimper : imprimerie Arsène de Kérangal, 1904.

http://www.archive.org/stream/architecturebre00abgrgoog#page/n225/mode/2up

Ou bien p. 325:

 http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1902.pdf

— Excursion au Faouët, Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan 1909-1911, Vannes, 916 pages, https://archive.org/stream/bulletinpoly190911sociuoft#page/n15/mode/2up

CAYOT-DELANDRE (F-M.), s.d [1847], Atlas du Morbihan, Cauderan,Vannes, page 451

— BRETEAU (V.), «Olivier Le Loergan et le jubé de Saint-Fiacre du Faouët», Artistes, artisans et production artistique en Bretagne au Moyen Age, Rennes, 1983, p. 47-50 .

LENA (Laurent), 1990,  Le Faouët, la chapelle Saint-Fiacre, Presses E.T. Saint-Michel Priziac.

WAQUET (Henri), Art Breton, 1960 page 50

HILARIO ( Franco Júnior), 2006,, « Entre la figue et la pomme : l’iconographie romane du fruit défendu », Revue de l’histoire des religions : http://rhr.revues.org/4621 

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Le Faouët.
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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 23:58
Jubé vue de la nef, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Jubé vue de la nef, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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GÉNÉRALITÉS.

 

Paraphrasant l'auteur des articles Jubé et Chapelle de Saint-Fiacre de Wikipédia, je dirais que ...

 

Dans une église, le jubé est une tribune et une clôture de pierre ou de bois séparant le chœur liturgique de la nef. Il tient son nom du premier mot de la formule latine « jube, domine, benedicere » qu'employait le lecteur avant les leçons de Matine. Le jubé se compose de trois éléments : la tribune (le jubé proprement dit), la clôture (dite « chancel ») et le groupe sculpté de la crucifixion, surmontant la tribune dont elle est l'ornement principal, tournée vers les fidèles. .

La clôture/chancel a pour fonction d'isoler le chœur (réservé aux clercs et aux seigneurs prééminenciers) des fidèles qui, du fait de sa présence, voient peu ou pas du tout le maître-autel. De la tribune, on lisait l'Évangile et on prêchait, la chaire lui succède dans cet emploi. 

Il ne reste en France que très peu de jubés, mais la Bretagne en conserve une vingtaine : Wikipédia donne une liste de 33 sites hors de Bretagne et de 20 jubés bretons. Le jubé en chêne de Saint-Fiacre est plus ancien et le plus illustre des jubés de bois de Bretagne aujourd'hui conservés.

AncreAncreAncre Concernant les objets conservés, la chapelle est surtout célèbre pour son exceptionnel jubé en bois polychrome de style flamboyant réalisé de 1480 à 1492. Ce jubé est classé au titre des monuments historiques par la liste de 1862. 

 Commencé sous François II et, sans doute, achevé sous le règne de sa fille Anne, duchesse de Bretagne en 1488 et reine de France en 1492, il est dû au sculpteur Olivier Le Loergan dont le talent lui vaut d'être anobli par François II dès 1469.  La tribune est construite en encorbellement de part et d'autre de la sablière sur laquelle elle repose par de fausses voûtes d'ogives et qui la relie à la clôture.

Restaurations.

Classée dès 1862, la chapelle fut restaurée à plusieurs reprises. Le Jubé fut vraisemblablement repris au cour des siècles. Entre 1862 et 1866, les boiseries ont été restaurées par le sculpteur lorientais Lebrun puis repeintes à partir de 1866 par Lorgeoux ; l'artisan avait inscrit sur l'écriteau que porte l'ange à droite de saint Jean "Tous repeint en 1866. Lorgeoux peintre 1866". En 1951, on tenta d'atténuer l'agressivité des tons "peinturlurés d'une façon abominable" (A. de la Borderie) par Lorgeoux . 

La dernière restauration date de 2001, lors d'une opération d'un montant de 5,5 millions de francs qui reçut un soutien financier des fondations Velux pour un montant de 1,5 millions de francs.

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INCROYABLE ! LE JUBÉ A[URAIT] CHANGÉ DE PLACE !

Denise Moirez puis Laurent Léna ont levé un liève énorme : le jubé de saint-Fiacre aurait pu   occuper autrefois un autre emplacement, et fermer le chœur, le séparant de la croisée du transept. Devant l'escalier à vis percé dans le mur, qui donnait ainsi accès à sa galerie supérieure. Pour l'installer ensuite dans sa position actuelle, entre les deux piliers de la première travée de la nef, il a fallu condamner et entailler une crédence  située à l'angle nord-ouest de la croisée du transept, et qui accompagnait l'autel (actuel) du martyre de saint Sébastien. Il a fallu en outre fermer aussi le bas-coté nord par une clôture en bois. Et murer la petite porte qui donnait sur le bras sud du transept. 

 

PRÉSENTATION.

Présentons-nous d'abord au noble personnage agenouillé au pied de ce jubé. Il occupe en vérité l'un des "autels" latéraux, qui me semblent plutôt être des tables d'offrande. Cette statue en chêne du XVe siècle représenterait le duc Jean V, duc de Bretagne de 1399 à 1442,  identifié par le cercle ducal qui le coiffe et par la houppelande semée d'hermines "datant de la première moitié du XVe siècle" (Inv. Gén.) , à carcaille (col montant en fourrure) au dessus d'une robe rouge et de manches longues, en or, à huit boutons ronds. Agenouillé sur un coussin de velours gris et à glands d'or, il a la posture du donateur. 

Un "cercle ducal", dites-vous ?

C'est ce qu'affirme l'Inventaire Général.  Lisons dans l'Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré la description du couronnement du duc François III en 1532 :

 "L'évêque lui tint le fourreau de la dite épée, puis après mis réverentement sur la tête du Prince un bonnet de velours de couleur pourpre fourré d'hermines, puis après lui mit dessus une couronne d'or enrichie de pierreries de grande valeur, à fleurons tous d'une hauteur, qui est la couronné que les ducs ont porté depuis qu'ils ont laissé le titre de Roi : les écclésiastiques en leur cérémonies l'appellent le cercle Ducal. Ce fait l'évêque dit à moyenne voix ces mots : Reçois le cerle Ducal qui t'est mis et imposé par nos mains. "

 François 1er avait fait faire le cercle ducal en or pour un coût de 219 livres tournois et 9 sols. Les bourgeois de Rennes s'étaient cotisés pour offrir au duc "une hermine d'or de grandeur naturelle, reposant sur une terrasse émaillée, entre six beaux lis entourés de la couronne ducale, emblème de l'union de la Bretagne à la France", une oeuvre de l'orfèvre rennais Pierre Even .

De même, Richard Cœur-de-Lion avait, comme  Duc de Normandie reçut de l'archevêque de Rouen son cercle ducal fleuronné de roses d'or.

— Je ne vois guère de fleuron, et le Catalogue décrit cette coiffure comme un simple tortil, un bourrelet en torsade  décoré de perles.

— Un "tortil", soit, voilà qui est plus exact.

 La statue serait donc légèrement antérieure à la construction de la chapelle, et pourrait provenir d'un autre édifice, car sa disposition sur cette table d'offrande n'est pas naturelle.

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Statue de "Jean V", chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.
Statue de "Jean V", chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Statue de "Jean V", chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Le visiteur doit d'abord repérer visuellement les deux ensembles qui composent le jubé, la tribune en haut et la clôture en bas. 

Jubé vue de la nef, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

Jubé vue de la nef, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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Puis, il faut découvrir la structure de chacun de ces ensembles. 

 

La clôture est faite d'une porte centrale à deux vantaux (datant de 1864) et de six baies latérales : baies en accolade, à fleurons, choux et cordelières s'inscrivent dans un tympan rectangulaire ajouré à réseau flamboyant. Les montants des baies sont sculptés de colonnettes et de dais abritant des statuettes : six figurines en haut relief (26 cm) représentent des personnages pieds nus tenant un volumen, dont il est admis qu'ils représentent les apôtres. Dans l'encadrement de la baie centrale, deux figurines en haut relief de 40 cm sont identifiés par leur attribut : saint Pierre à droite et saint Paul à gauche. La clôture est délimitée dans sa partie haute par une sablière sculpté de 25 cm de haut sur 6 mètres de large, qui sera décrite en détail.

La tribune. (voir partie B)

 

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LA CLÔTURE ou CHANCEL.

Je décrirai ici uniquement la sablière, en multipliant les clichés car le défaut d'éclairage naturel rend la prise d'images difficile à un amateur.

 

Vue de la sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Vue de la sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

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Vue de la sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Vue de la sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

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La partie gauche de la sablière.

Je décrirai 4 scènes numérotées de 1 à 4 de gauche à droite.

Vue de partie gauche de la sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Vue de partie gauche de la sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

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1. Un homme et une femme.

Un homme, mains jointes, cheveux longs, robe rouge, se tourne vers le coté nord comme s'il voulait sortir de cette sablière, et lance un regard latéral desespéré vers une éventuelle issue. Tente -t-il d'échapper à la femme qui, mains jointes également, et comme agenouillée, sourit de manière énigmatique. Ou ce couple adresse-t-il ses prières à un personnage jadis placé à gauche. Dans tous les cas, on admirera l'art par lequel le sculpteur fait surgir les personnages de la poutre de bois pour les rendre crédibles et vivant au spectateur placé plusieurs mètres plus bas : voyez notamment le plissé de la robe.

Pour l'Inventaire Générale : "femme suppliant un homme".

Pour Didron, cela pourrait être saint Martin, dont il est dit dans sa Vita qu'il était "difforme dans ses vêtements et méprisable de figure". Il s'agirait du début de la scène suivante, et la femme viendrait ici troubler l'ermite en sa retraite de Liguré pour qu'il accepte de  se rendre auprès de son fils qui vient de décéder sans avoir eu le temps de recevoir le baptème. La légende dit : "Un jeune homme étant mort, sa mère vint prier saint Martin pour le rendre à la vie". J'adopte cette hypothèse, qui est la seule qui intègre cette scène dans un ensemble cohérent où toute la moitié nord de la sablière serait consacrée à la vie de saint Martin. 

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Scène 1,  sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Scène 1, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

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Scène 2. Scène de la vie de Saint Martin : baptème d'un catéchumène à Ligugé.

 

Nous trouvons ici représenté  le miracle le plus connu de Saint Martin,  la résurrection d'un jeune disciple qui se préparait au baptême : un "catéchumène". Le récit de ce miracle a été rapporté par son disciple et biographe  Sulpice-Sévère. L'histoire se passe à l'abbaye de Ligugé près de Poitiers, la plus ancienne communauté monastique de la Gaule, crée par saint Martin, et où il s'était retiré entre 361 et 370, avant d'être nommé évêque de Tours. 

Selon De Guilhermy, "Le saint avait quitté pendant quelques jours le monastère qu'il venait de fonder à Ligugé. A son retour, les moines accourent pour lui apprendre qu'un catéchumène, qui l' avait suivi jusqu'à ce lieu, était mort sans baptême. Déjà, selon la légende, deux anges conduisaient aux régions ténébreuses la pauvre âme non régénérée, quand Martin lui vint en aide". On doit ajouter que c'est à la demande du père et de la mère du jeune homme que Martin procède à cette résurrection.

La même scène est figurée sur les sablières de la chapelle Saint-Sébastien, au Faouët.

 

On voit saint Martin (tonsuré, en tenue monastique avec la tête couverte par un scapulaire) poser la main sur le front  du catéchumène qui est à genoux, en robe à ceinture, mains jointes. Saint Martin tient dans la main gauche un objet, qui doit être le flacon de saint-chrême. Il est curieusement adossé à une sorte de pupitre. Je propose de considérer que cet élément triangulaire appartient plutôt à la partie gauche de la scène, où un homme vêtu d'une cagoule rouge se redresse. On y a vu un moine de la communauté de Ligugé. Cela pourrait être aussi le « sponsor » du catéchumène, « celui qui pousse », qui fait office de parrain. Ou bien, le défunt qui, ressuscité, se redresse : le "pupitre" serait alors son cercueil.

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Au IVe siècle, lors de ce miracle, nous sommes alors dans la Gaule Romaine, avant les Francs, bien avant les Mérovingiens : en 362, nous sommes 50 ans à peine après la conversion de l'empereur Constantin, 32 ans après le Concile de Nicée, et donc tout au début de l'Église d'Occident et de la christianisation des Provinces Romaines. L'ex-légionnaire romain Martin (qui est né en 316) est le disciple de saint Hilaire évêque de Poitiers, mais il est plus jeune que de glorieux Pères de l'Église comme saint Amboise de Milan (333-394), saint Jérome (347-420, saint Augustin (354-430), saint Jean Chrysostome, saint Grégoire de Nysse et saint Grégoire de Naziance. Bref, il peut représenter, pour les chrétiens du XVIe siècle de la paroisse bretonne, quelque-chose comme le Patriarche fondateur, d'autant que le diocèse de Quimper, dont dépend le Faouët, est rattaché à l'archi-diocèse de Tours.

La scène du baptème /résurrection du catéchumène est placée juste au dessus du cintre de la porte donnant accès au chœur, comme pour montrer que le fidèle est appelée à une conversion lui donnant accès à la vraie vie auprès du Christ.

Rappelons brièvement ce qu'était le catéchuménat , qui se mit justement en place au IVe siècle. Il s'agissait de la longue période de formation des adultes — 2 ou 3 ans — avant le baptême, accompagnées d'actes rituels et initiatiques, avec ascèses (pénitences, jeûnes, aumônes, abstinence de bains et de relations sexuelles, fréquentes veillées nocturnes de prière), et  examens de contrôle, appelés scrutins. Le baptême devait consister en un premier temps d'immersion complète, suivi d'un second temps d'onction par huile d'olive. C'est ce dernier qui est représenté ici.

 

 

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Scène 2,  sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Scène 2, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Scènes 3 et 4. La Messe de Saint Martin.

Dans la scène 4, un dragon tend la patte antérieure gauche en avant, et tourne la tête en arrière. Il a le même rictus, la même queue trifide, le même pelage écailleux et verdâtre et les mêmes oreilles crénelées que le diable qui suit, si bien qu'il en est la présentation.

  Dans la scène 5, deux femmes voilées — deux commères — discutent, tandis qu'un diable recopie sur son parchemin les propos médisants de ces dames afin qu'elles en rendent compte lors du Jugement, et qu'il procure ainsi à son patron Satan deux recrues de choix pour les flammes de l'Enfer. Il tient la plume de la main droite, alors que sa main gauche tient non seulement l'encrier, mais aussi la lanière du plumier (plumes, grattoir). A défaut de se frotter les mains, il retrousse ses babines sur un sourire radieux. Pour lui, c'est du nanan ! 

Voir un autre diable similaire, en train de noter le nom des danseurs au Pardon de Saint-Sébastien du Faouët : il porte ici son matériel d'écrivain à la ceinture.

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Le baron de Guilhermy  fait observer que cette scène renvoie à l'anecdote dite de la Messe de Saint Martin, et il cite le Gargantua de Rabelais, écrit en 1534 :

.."mesmement que le diable, à la messe de Sainct Martin, escripvant le caquet de deux gualoises* , à belles dentz, alongea son parchemin"...Gargantua, I, VI

(*) Gualoises = gauloises : désigne depuis toujours les femmes publiques, de mauvaise vie.

Pour comprendre un peu plus l'allusion, qui   ne figure pas dans la Légende dorée de Jacques de Voragine, on peut lire les vers écrits par Pierre Grosnet en 1553,  :

Notez, en l'ecclise de Dieu,

Femmes ensemble caquetoyent,

Le diable y estoit en ung lieu

escripvant ce qu'elles disoyent.

Son rollet plain de poinct en poinct,

Tyre aux dens pour le faire croistre.

Sa prinse eschappe et ne tient poinct,

Au pillier s'est cobby la teste .

P. Crognet, Mots et sentences dorés du maistre de sagesse, Cathon, Lyon et Paris 1553.

A quoi on ajoute que :  "saint Martin, dans le temps qu'il se tournoit vers le peuple pour dire Dominus vobiscum, ayant vu cela, se mit à rire ; ce qui ayant surpris, donna lieu, après la messe, de lui en demander la raison ; qu'alors le saint révéla sa vision, et c'est de là qu'on a su l'histoire. Les contes d'Eutrapel la touchent en passsant, chapitre de la goutte, et même on l'a vue, au moins jusqu'en 1678, représenté à Brest, dans l'église de la Recouvrance, en un tableau qui en contenoit aussi le récit en françois et en bas-breton." Tous ces renseignement ont été rassemblés par Esmangart et Johanneau dans leur édition critique du Gargantua de 1823, mais ils reprennent textuellement celle de Le Duchat de 1741.

Dans les Annales archéologiques de 1845, Victor Didron fait accompagner l'article de Ferdinand de Guilhermy par une présentation des Tapisseries de la Collégiale de Montpezat par l'archiviste Devals.

— Et alors ?

— Cette tenture (23 m sur 2,8 m)  porte les armoiries épiscopales de Jean IV Des Près, évêque de Montauban de 1519 à 1539 . Elle a été  conçue pour la Collégiale de Saint-Martin à Montpezat-de-Quercy (Gard) où elle a été accrochée dès 1520. Elle comporte 5 pièces de 3 tableaux, chacun surmonté d'un octosyllabe. La quinzième tapisserie s'intitule La Messe de Saint Martin, et elle montre précisément la scène en entier, avec saint Martin disant la messe, les deux femmes qui papotent derrière son dos, et le diablotin au dessus d'elles qui prend ses notes. Je vous en montre la gravure juste après ma photo de la sablière.

Scènes 3 et 4,  sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Scènes 3 et 4, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

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Voici donc la gravure de la tapisserie de Montpezat : La légende en lettres gothiques dit :

Martin chantant, Brice servoyt, 

Et se ryoit en ung toucquet

Voyant que le diable escripvoyt

Des deux commères le cacquet.



 

La Messe de saint Martin, Tapisserie de Montpezat, Annales archéologiques http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k203412j/f100.item.r=

La Messe de saint Martin, Tapisserie de Montpezat, Annales archéologiques http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k203412j/f100.item.r=

On y notera, sur le retable devant l'officiant, un petit personnage : Moyses cornutus. Le calice est renversé, mais cela indique seulement que la messe n'a pas atteint l'offertoire, le moment ou saint Martin lit ("chante") l'évangile. Brice sert la messe : ce disciple succédera à Martin comme évêque de Tours , mais sur la tapisserie, c'est lui, et non saint Martin, qui observe les deux pipelettes et qui en rigole. Il rigole "en ung toucquet", c'est à dire "dans un coin".

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Partie centrale au dessus de la porte principale. 

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Je la diviserai en deux scènes numérotées de 5 à 6 .

Scène 5.  Messe de saint Grégoire.

Laurent Léna (1990) et les auteurs de de l'Inventaire Général (1975) voient ici la représentation de la Messe de saint Grégoire. On sait qu'on désigne ainsi le sujet iconographique et légendaire de l'Eurpoe médiévale dans lequel  le pape Grégoire le Grand (540-604), soucieux de devoir convertir une personne doutant de la présence réelle du Christ sous les divines espèces lors du sacrement de l'eucharistie, l'hostie se transforme en un doigt sanglant (version de Paul Diacre, VIIIe siècle et de Jean Diacre au IXe siècle) . Dans les siècles suivants, notamment sosu l'influence de la légende Dorée, c'est le Christ en personne qui apparaît, sous la forme du Christ de douleur. La gravure de Dürer en 1511 participe à la diffusion du thème.

https://www.gallery.ca/fr/voir/collections/artwork.php?mkey=13370

 

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J'aurais aimé y voir plutôt la figure d'une "Messe de Saint Martin" (i y en a plusieurs) au cours de laquelle un pauvre sollicite Martin alors qu'il s'apprétait à célébrer la messe. Jacques de Voragine raconte la scène :  Le saint demande à un archidiacre de lui donner des habits. Celui-ci tardant, Saint Martin se déshabille dans la sacristie et donne ses vêtements au pauvre. L'archidiacre qui ignorait que Martin ait donné ses habits, arrive avec quelques hardes. Le saint s'habille avec elles mais elles ne le couvrent pas entièrement. Il célèbre la messe ainsi vêtu. Au moment de l'élévation de l'hostie, l'assemblée des fidèles voit une boule de feu qui symbolise la charité du saint. Ce dernier se trouve alors vêtu correctement. 

L' homme que nous voyons nu sur la sablière de Saint-Fiacre aurait pu être le pauvre de ce récit, et le prêtre célébrant la messe aurait pu être saint Martin. Mais d'une part nous ne voyons pas de boule de feu, et d'autre part ce pauvre n'aurait aucune raison de se trouver dans une cuve.

Guilhermy a pensé que l'homme dans le cercueil était le catéchumène de la scène précédente.

Mais la Messe représentée ici est trop proche de la gravure de Dürer (un prêtre levant les yeux au ciel,trois clercs assistant le célébrant, le Christ à la tête ceinte d'épines, ...) pour ne pas souscrire à l'interprétation admise. Nous pouvons seulement souligner que la proximité des thèmes permet, comme dans le travail de rêve, des condensations, des glissements et des fusions qui créent une continuité et une cohérence au sein de cette sablière, 

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Scène 5 et 6, Messe de saint Grégoire,  sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Scène 5 et 6, Messe de saint Grégoire, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Scène 5, Messe de saint Grégoire,  sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Scène 5, Messe de saint Grégoire, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Scène 6. Moine en prière (L. Léna).

 

Scène 6,  sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Scène 6, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

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Partie de droite. Le renard prêcheur et les poules.

Scène 7. Renart déguisé en frère prêcheur devant les poules..

Jusqu'à présent, le thème ornemental concernait l'église d'Occident et ses deux grandes personnalités, saint Martin et saint Grégoire. Ces deux saints étaient convoqués ici pour illustrer deux sacrements, le Baptême et l'Eucharistie, deux métamorphoses en relation avec l'idée de renaissance et d'accès à un autre niveau de vie : rien de plus logique pour une poutre ou un linteau placé — comme les portails des églises — au point de transition entre l'espace encore profane (la nef) et l'espace sacré reservé au cute et aux clercs (le chœur). 

Mais la partie droite offre à notre regard des renards dans une basse-cour : quel étrange changement de registre ! Certes la partie gauche ne répugnait pas à la gaudriole, mais c'était pour dénoncer les œuvres du Malin. Le sculpteur (et son commanditaire, membre de la fabrique de la chapelle, ou seigneur noble) souhaitait-t-il soudain distraire son public et lui offrir une récréation inspirée des fabliaux médiévaux ?

A première vue (vous le lirez partout), les scènes semblent inspirées du Roman de Renart. Un renard se déguise en moine prêcheur pour pénétrer dans une basse-cour, puis s'élance hors de sa chaire pour dévorer quelque tendre géline, mais les poules contre-attaquent et, aidées du coq, obligent le renard à lâcher prise,  le dépècent et l'émasculent.  Mais le Roman de Renart ne contient pas d'épisode semblable. Nous n'avons pas affaire à une farce, et encore moins à une dénonciation du caractère fallacieux des moines ou du clergé. D'un bout à l'autre, c'est une mise en garde contre le diable (dont le Renart est la métaphore), et sa duplicité, et un appel à la vigilance à l'égard des déguisements. Et c'est une célébration de la victoire du bien (par le truchement des saints à gauche, de celui des fidèles à droite) contre le mal. Comme l'écrivait Ferdinand de Guilhermy, 

« Il n'aurait pas été difficile à un archéologue tant soit peu voltairien de lire dans ces figures bizarres une satyre assez sanglante contre le clergé ; mais il nous semblerait peu probable que l'artiste se fut permis de venir insulter le prêtre jusqu'en face de l'autel. Je suis assuré d'avoir rencontré plus juste en reconnaissant ici, sous forme symbolique, ce qui se lit en ttermes clairs sur la face antérieure du jubé, c'est à savoir que les ruses du diable finissent par tourner à sa honte."

Le même auteur donne comme argument de cette interprétation ces vers du Bestiaire :

C'est Goupil qui tant set mal art (tromperie)

Que nos ci apelons Renart,

Sénéfie le male goupil (le démon)

Qui le peuple met à essil

Il n'en demeure pas moins que c'est au succès du Roman de Renart que l'on doit le développement d'expression telles que "Renard qui prêche les poules" , "Se confesser au renard" . ou  "Il n y a si fin regnard qui ne trouve plus finard."

 J'ai étudié en détail ces scènes dans mon article sur les sablières de la chapelle de Saint-Sébastien du Faouët, (où elles sont représentées de la même façon) en citant les travaux de Sophie Duhem. 

Scène 7. Renart prêchant aux poules, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Scène 7. Renart prêchant aux poules, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

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Scène 7. Renart déguisé en frère prêcheur, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Scène 7. Renart déguisé en frère prêcheur, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

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Scène 8 : Renart attaqué par le coq et les poules.

 

 

Scène 8. Renart attaqué par poules, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Scène 8. Renart attaqué par poules, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Scène 8 et 9. Renart attaqué par poules, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Scène 8 et 9. Renart attaqué par poules, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

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Scène 9. Renart dépecé par les poules et le coq.

Scène 8. Renart attaqué par le coq et les poules, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

Scène 8. Renart attaqué par le coq et les poules, sablière de la clôture, photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

GUILHERMY (F de) , 1845, Iconographie des fabliaux. Description du jubé de Saint-Fiacre en Bretagne. Le Diable et le Renard.  Annales archéologiques, Paris, Didron, Volume 3 page 22

https://books.google.fr/books?id=nVNfAAAAcAAJ&pg=PA22&lpg=PA22&dq=escripvant+le+quaquet+de+deux+gualoises,+%C3%A0+belles+dentz&source=bl&ots=TJ_SMjUec0&sig=MQXhejvSGAUAhyDvU3ZKV-AXhFQ&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjJha6eotnKAhVLcRQKHRiwDbEQ6AEIIjAA#v=onepage&q=escripvant%20le%20quaquet%20de%20deux%20gualoises%2C%20%C3%A0%20belles%20dentz&f=false

 DUHEM (Sophie), 1998, « Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la  sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle"  Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1998  Volume 105  Numéro 1  pp. 53-69http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1998_num_105_1_3972 

 HARRIS (Anne F.) 2014,  Water and Wood: Ecomateriality and Sacred Objects at the Chapel of Saint-Fiacre, Le Faouët (Brittany) Journal of Medieval and Early Modern Studies 44:3, Duke University Press.

https://www.academia.edu/9021250/Water_and_Wood_Ecomateriality_and_Sacred_Objects_at_the_Chapel_of_Saint-Fiacre_Le_Faou%C3%ABt_Brittany_Journal_of_Medieval_and_Early_Modern_Studies_

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Published by jean-yves cordier - dans Le Faouët.
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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 23:56

PRÉSENTATION.

Pourquoi ne pas lire en introduction ce qu'écrivaient les auteurs de l'Inventaire général de 1975 ? 

"Les origines de la chapelle et du culte local de saint Fiacre sont mal connues. Il est probable que les Boutteville, originaires de Normandie, ont favorisés l'introduction de son culte au Faouët ; il est déjà attesté à Radénac (56) en 1460 et une chapelle de Melrand lui est dédiée ; mais il n'est étendu en Bretagne qu'au XVIIe siècle. Une chapelle a peut-être existé avant la chapelle actuelle, et un hôpital fut vraisemblablement construit près de là, comme l'indique l'inscription portée par une pierre réemployée dans une maison voisine : L AN MIL CCCC XXXVI FUT FAIT CEST OSPITAL PAR C(BOUTE)VILLE. L'existence d'un hôpital peut être lié, comme à Kerascleden, à un pèlerinage."

 

On estime que la chapelle Saint-Fiacre fut bâtie à la fin du XVe siècle. Le début des travaux peut être estimé vers 1450 en se fondant sur une inscription du jubé datant celui-ci de 1480. Le vitrail le plus ancien, celui de l'Arbre de Jessé, date de la même époque, alors que les autres baies reçurent leurs vitraux actuels en 1550-1557. Tous les vitraux portent les armoiries de la famille de Boutteville, en sommité, et de leurs alliances. Le vitrail de la vie de saint Fiacre dénote parmi ces vitraux Renaissance des années 1550, car il reprend la disposition médiévale des vitraux historiés à texte inscrit en légende à leur base.

Avant même la chapelle, un hôpital avait été construit, et une inscription d'une maison située à quelques mètres du sud de la chapelle énonce : "L'AN MIL CCCC XXXVI FUT FAIT CEST OSPITAL PAR C BOUTEVILLE". La famille de Boutteville a donc fait ériger à la fois un hôpital (en 1436) et une chapelle (1450 ?), et  les deux édifices avaient quelque chose à voir avec saint Fiacre. 

En 1427, Jean III de Boutteville était captif des anglais au Mont Saint-Michel. Ce seigneur, ou sa fille Clémence, firent-ils alors le vœu de fonder cet hospice pour les pauvres ? et d'invoquer saint Fiacre, grand saint thérapeute pour toutes sortes de maux du corps et de l'âme ?

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Rappel sur la famille de Bouteville.

 

Les Bouteville (ou Boutteville) sont originaires de Normandie. Puis ils se scindèrent en une branche anglaise qui, sous le nom de Botfield, conserva le  blason, et une branche bretonne qui suivit Pierre de Dreux lorsque celui-ci fut nommé duc de Bretagne en 1213, et adoptèrent les armoiries d'argent à cinq fasces de gueules. Ils alors devinrent seigneurs du Faouët par alliance, et y disposèrent d'un château. Le château fort des Boutteville au Faouët, que le chroniqueur médiéval Jean Froissart qualifie de « petit fort », fut assiégé en 1342 par les troupes du roi d'Angleterre Édouard III pendant la guerre de Succession de Bretagne. Une garnison anglaise s'y installa mais le château fut successivement repris par les partisans de Charles de Blois et de Jean de Montfort. À la fin de la guerre, le château était ruiné et les seigneurs du Faouët firent de leur manoir à Le Saint leur résidence principale. Ils ne se réinstalleront dans la petite ville qu'au milieu du xvie siècle. 

Les Bouteville seront toujours de fidèles alliés des ducs de la dynastie des Montfort. Ils en seront récompensés en figurant parmi les chambellans de la cour ducale sous le duc François II et en étant honorés du titre de barons par la duchesse Anne.

 

  • Hervé, sénéchal de Ploërmel et Broërec en 1270, est sans-doute celui qui épousa l'héritière du Faouët.

  • ... 

  • Jean I de Bouteville, seigneur du Faouët, marié à Andrée de la Rivière

  •  Jean II, marié en 1373 à Jeanne de Quélen.

  •  Jean III, marié à Isabeau de Penhoet. En 1420, il prit les armes pour délivrer le duc Jean V, alors prisonnier des Penthiève. En 1427, il fut capturé par les anglais au Mont Saint-Michel

  •  Jean IV  (1405 -, marié à Alix de Coetquénan.

  • Jean V de Bouteville, seigneur du Faouët et de Barrégan, vicomte de Coetquénan, chambellan du duc François II. Il épousa  le 28 novembre 1453  Marie de Quimerc'h, la fille de Charles, seigneur de Kerimerc'h (1415 - 1485). Ils eurent onze enfants dont Catherine et Louis. 

  • Louis de Bouteville (- 18 mars 1539), épousa le 19 janvier 1498 Jeanne du Chastel (fille d'Olivier du Chastel et de Marie du Poulmic). La famille du Chastel porte fascié d'or et de gueules de six pièces. On trouve leurs armoiries sur les vitraux de Saint-Fiacre.

  • Yves de Bouteville (aveu du 4 juin 1542), marié avec Renée de Carné. Il commandait en 1546 le ban et l'arrière-ban de l'évêché de Cornouaille .

  • Jeanne de Bouteville,  dame du Faouët, vicomtesse de Coëtguenan †1572 , mariée en secondes noces en février 1559 avec Claude, marquis de Goulaine, 1512-1579 

Les successeurs à la seigneurie du Faouët. Goulaine et du Fresnay.

  La famille Goulaine succède aux Bouteville, par alliance, à partir de 1559. 

La baronnie du Faouët sera rachetée par Sébastien du Fresnay, conseiller du roi au Parlement de Bretagne avant 1644.

On constate que la construction de l'hôpital "de Saint-Fiacre" (cest moi qui le nomme ainsi) date de Jean IV de Bouteville, et la construction de la chapelle de Jean V de Bouteville et Jeanne de Kerimerc'h, (François II étant alors duc de Bretagne), tandis que la seconde campagne de création de vitraux (1550-1557) correspond à Yves de Bouteville (la Bretagne étant alors rattachée à la France). 

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Le culte de saint Fiacre et les soins aux malades.

Nous constatons que saint Fiacre n'est pas invoqué dans les Livres d'Heures d'Anne de Bretagne. Il l'est, par contre, dans celui de Pierre II, duc de Bretagne. de 1450 à 1457 et fils de Jean V.

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La baie 6 est composée de quatre lancettes et d'un tympan à 13 ajours : elle est haute de 4,40 m. et large de 2,20 m. On la décrit en huit panneaux organisés en deux registres, qui sont consacrés au récit hagiographique de saint Fiacre, patron de la chapelle. 
Livre d'Heures de Pierre II de Bretagne, Bnf, Ms 1159, f.126v,  image Bnf recadrée.

Livre d'Heures de Pierre II de Bretagne, Bnf, Ms 1159, f.126v, image Bnf recadrée.

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 Si saint Fiacre est surtout connu aujourd'hui comme saint patron des jardiniers, c'est surtout un saint guérisseur , non seulement  des hémorroïdes et autres fics ou tumeurs, mais aussi de toutes sortes de maladies "dont médicin ne peult garir" . En témoigne une oraison qui apparaît assez tardivement dans les Livres d'Heures, au XVIe siècle : 

Sainct Fiacre, patron de Brie,

seul de ce nom, je te deprie,

quë envers Dieu, le Créateur,

tu soyes mon mediateur.

Glorieux sainct, d'Escosse né,

Certains suis que Dieu t'a donné,

pouvoir sur hommes et sur femmes,

et par toy leurs corps et leurs ames

de grands dangier sont boutés hors :

quant a la partie des corps,

par toy sont garys langoureux,

plains de fievres, crancheux, ficqueux,

desrompus et plains de gravelle,

qui est maladie mortelle,

polipeux, plains de pourriture,

de broches, de ficq et d'ordure,

qui dedans le corps humain entre,

de fleux de sang, de cours de ventre,

de fleux mentrueux et de vers ;

et aussi d'autres maulx divers

dont medecin ne peut garir,

Fiacre tu peulx secourir.

 Pierre Rézeau 1983, Les prières aux saints en français à la fin du Moyen Age: Tome 2, Volume 2  page 215

 

C'est en effet pour nourrir les malades qui affuaient que saint Fiacre s'est préoccupé, nous allons le voir,  de se doter d'un jardin et de manier la bêche. C'est aussi  sa protection que sont placées un certain nombre de maladreries et léproseries : ainsi, quatre chapelle de Loire-Atlantique : http://www.infobretagne.com/leproseries-saint-fiacre.htm

Il est donc probable, ou du moins plausible, que l'hôpital fondé par "C. de Bouteville" fut placé d'emblée sous le patronyme de saint Fiacre, et que la chapelle était destinée à assurer aux malades le bénéfice des prières et des dons des fidèles. 

Un détour par Robert Gaguin : où saint Fiacre s'emporte contre les femmes et leur ferme la porte.

Robert Gaguin (1433-1501) est un religieux, humaniste et historien auteur du Compendium de Francorum origine et gestis,  grande histoire de la monarchie franque, puis française, depuis les origines légendaires  jusqu'au 9 janvier 1500 et dont  la première édition fut imprimée en 1495, avant de voir son texte  étoffé dans les  éditions imprimées qui se sont succédées de 1495 à 1500

Or, dans son chapitre consacré au règne de Dagobert, Liber III folio XV (je le trouve dans une édition de 1504) Gaguin écrit ceci :

  Huic clotarii aetate fiacrus venit Scotus i briam que dum solitariu sibi locu quaerit : a sancto faro ne meldensiu pontifice susceptus et loco ubi nunc ob sanctitatis merita religiose colit donatus est. In cuius facellum foemina non ingredit. quae emmaliqñ ingredi temere tentavit in rabiem versa est. De hoc sancto heremita qu-dam hoc disticon composit « Foemina quae laesit blasphemo murmure sanctum : Fecit quod sancti non intrat foemina templum". 

En 1525, le Compendium fut traduit en français sous le titre de La mer des croniques et miroir historial de France, ce qui nous permet d'obtenir la traduction : Livre III folio XXVII

"Sainct Fiacre escocote hermite.

"Au temps diceluy Clotaire Sainct Fiacre escossoye vint au pays de Brye lequel querant long lieu solitaire fut devotement receu de sainct Pharon evesque de Meaulx qui luy donna lieu auquel maintenant pour les merites de sa saincteté est revere et honore. Et en la chapelle de ce benoist sainct ne entrent point les femmes : pour ce que celle qui follement sefforca austreffoys y entrer enragea. De ce devot hermite Sainct Fiacre auscun versificateur fist et composa ces deux vers :

femina qui fecit blasphemo murmuro sanctum.

Fecit quod sancti non intrat femina templum.

La femme qui blessa saint Fiacre par le blasphème de murmure feist et causa que auscune femme ne entre poinct au temple ou eglise de ce benoist sainct."

Ce passage donne plusieurs indications : 1. Saint Fiacre avait suffisament d'importance pour que la création de son ermitage soit signalé comme un des évenements notables de la période mérovingienne. 2. Peu avant que ne soit peint le vitrail de la Vie de saint Fiacre de la chapelle du Faouët, il était acquis que saint Fiacre était écossais ("escossoye"). 3. L'interdiction faite aux femmes de pénétrer dans les sanctuaires voués à saint Fiacre était l'un des éléments saillants  concernant son culte. 4. Ces données bénéficièrent de la publicité d'un ouvrage trés renommé, et  de la diffusion permise par l'imprimerie et par la traduction française.

Certes, Gaguin se contenta en partie de reprendre le texte des Grandes Chroniques de France conservées à Saint-Denis.

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Un Mystère de saint Fiacre.

L'existence d'une Vie de monsieur sainct Fiacre filz du roy descosse par personnaiges publiée en 1529 à Paris (exemplaire de la Bibliothèque nationale de France  RES-YF-1605), et d'une Vie Monseigneur sainct Fiacre  en 1260 vers et 25 personnages (Manuscrit, Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris, ms 1131)  témoignent du fait que des Mystères de saint Fiacre étaient joués devant un public pendant la période historique qui nous concenre (1450-1550).

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ÉTUDE DU VITRAIL PANNEAU PAR PANNEAU.

 

La baie 6 est composée de quatre lancettes et d'un tympan à 13 ajours : elle est haute de 4,40 m. et large de 2,20 m. On la décrit en huit panneaux organisés en deux registres, qui sont consacrés au récit hagiographique de saint Fiacre, patron de la chapelle. 

 

 

 

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PREMIER REGISTRE.

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Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

REGISTRE INFÉRIEUR.

 

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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1. Enfance de saint Fiacre.

Françoise Gatouillat et Michel Hérold décrive ici "Saint Fiacre en prière devant ses parents le roi et la reine d'Irlande". Mais rien n'atteste sur le vitrail  que les deux personnages soient les parents du petit Fiacre, ou qu'ils  soient irlandais. Selon la tradition, saint Fiacre serait un moine d'origine celte (les Scots) et qui serait apparenté à saint Kilien, fils lui-même du roi d'Écosse ; et certains auteurs, des plus autorisés, fournissant des pièces justificatives, donnent saint Fiacre comme étant le fils du roi d’Ecosse Eugène III . Ou même d'Eugène IV .

Ce que nous voyons, c'est un enfant (notez le plumier suspendu à la ceinture) agenouillé devant un couple de souverain ; la reine pose la main gauche sur l'épaule droite de l'enfant et lui dnne sa bénédiction tracée par la main gauche . Le roi, coiffé d'un turban à oreillette, tient un sceptre particulièrement long.  Nous sommes tentés de penser que papa et maman Fiacre sont ravis d'avoir engendrés un fils si pieux, mais dans les Mystères, ils se lamentent plutôt de voir leur fiston se confire en dévotion, ou se morfondre en mortifications, ascèses et macérations, et ils se préoccupent plutôt de le marier ; ils envoient un chevalier quérir une belle pucelle. Mais la Vierge envoie saint Gabriel qui donne l'ordre à Fiacre d'aller en France. "Se dérobant à la cour à l'insu du roi", et prenant le bateau à la ckloche de bois, il traverse The Channel , avec quelques compagnons et peut-être sa sœur la belle Sira. C'est ainsi que nous allons le voir, dans les panneaux suivants, devant Faron, le saint évêque de Meaux. Après 49 heures de route (sans bouchons) entre Boulogne et Meaux, par la Chaussée Brunehault. 

— Inscription :

—  Cõe . Sait fiacre enfant. Priot. Lue comme : "CO(M)E SAI(N)T FIACRE ENFANT PRIOIT.", ou en clair "Comment saint Fiacre priait".

— P. ANDROVET OVVRIER DEMEVRANT A / KEMPARALÉ 1552

Cette inscription a été manifestement restaurée, mais la partie "P. ANDROUET, ouvrier à Kemparalé" a été relevée telle quelle en 1849 (Bull. arch. Assoc. Bret.). Kemparalé est assimilé à Quimperlé, mais pourtant cette forme n'est attestée nulle part ailleurs. Les généalogistes ne signalent pas de famille portant ce patronyme à Quimperlé.  En outre, le prénom n'est pas précisé. Pourtant, les auteurs du volume du Corpus Vitrearum considère qu'il s'agit de la signature de "Pierre Androuet de Quimperlé" ; les auteurs du Bulletin de la Société archéologique du Morbihan placent en 1858 "Pierre Androuet de Quimperlé, peintre verrier" dans une liste d'artisans. Les auteurs du Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine  1878 page 320 s'en étonnent :

On a voulu voir dans Pierre Androuet l'ouvrier auteur de ces beaux vitraux, et dans l'indication de sa demeure la ville de Quimperlé; mais quelqu' importante que serait une indication de cette nature, d'autant plus précieuse qu'elle serait plus rare et plus inusitée, il faut renoncer à cette illusion. L'ouvrier est ici le maître d'œuvre , gouverneur ou fabricien , qui a ordonné et dirigé la pose des vitraux, et qui, suivant un usage assez constant, a perpétué par cette inscription la mémoire de son office. Aucun document certain n'indique d'ailleurs à Quimperlé la présence de peintres-verriers. Quant à expliquer ce nom de lieu, qui ne se rapporte à aucune localité connue, c'est difficile. Peut-être n'y faut-il voir que soit une mauvaise leçon, soit une incorrection d'écriture ou d'orthographe, rendant le mot incompréhensible. [...]

On retrouve encore, vingt-cinq ans environ plus tard, dans l'église de la Trinité de Langonnet, le même nom d'Androuet. Au bas de l'une des fenêtres du chœur est l'inscription suivante : LE : XXIII : DE : MARS : P : ANDROVET : 157.: Mais il ne faut y voir également qu'un nom, commun dans le pays, désignant un fabricien.

Ces vitraux de la Trinité de Langonnet, avaient été en partie offerts par un Boutteville. Autrefois vendus, des éléments de ces verres ont été retrouvés dans la chapelle de Kerozer, commune de Saint-Avé, et une série d'anges musiciens ont une grande parenté stylistique avec ceux de Saint -Fiacre. 

 

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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2. Saint Fiacre demande à saint Faron, évêque de Meaux, un espace pour construire  son ermitage :

moderne, par Marcel Delon 1912.

Inscription Cõe St fiacre . demanda à St faron . un emplace / ment p~r : bastir un ermitage. 

Le frère Fèfre (Fefrus, forme ancienne de Fiacre jusqu'au XIe siècle) fut reçu avec bienveillance par Faron, qui lui donna une de ses vastes propriétés appelée Breuil, à deux lieues de Meaux,où le jeune homme créa un monastère (ou un ermitage). Il attira du monde.

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Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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3. Deux femmes sont semoncées pour avoir voulu troubler la solitude de saint Fiacre.

Le livre tenu par saint Fiacre porte le monogramme M.D. du restaurateur. Seule la partie supérieure de la scène est ancienne.

Inscription Cõe . deux . dames s / punies : pour avo / voulu : petruire / l'ermitage.

Le texte est douteux en raison du mot "petruire". L'Inventaire donnait en 1975  la lecture suivante (avec entre parenthèses les lettres ou mots manquants) : "Co(m)e deux d(ames furent) punies p(avoir) voulu (pénétrer) dans l'ermitage". La partie du texte actuel qui diffère du texte relevé en 1975 correspond à un verre indépendant séparé de son voisin par un plomb, et qui a du être restauré depuis. Or, il est peu probable, par rapport aux éléments de la Légende de saint Fiacre,  que des femmes soient accusées d'avoir détruit l'ermitage. Je propose de lire "Comme deux dames sont punies pour avoir voulu pénétrer dans l'ermitage."

J'ai déjà dit comment Robert Gagnin avait relaté l'interdiction faite aux femmes de pénétrer dans les sanctuaires de saint Fiacre en raison d'un mystérieux "blasphème du murmure" : femina quae laesit blasphemo murmuro sanctum. Fecit quod sancti non intret femina templum. La femme qui blessa saint Fiacre par le blasphème de murmure fit et causa qu'aucune femme n'entre point dans l' église de ce  saint. Le distique eut un retentissement certain, car il fut cité par les auteurs protestants comme les frères Zwinger.

Le tort de la femme (la Becnaude") fut de devenir enragée (in rabiem versa) de colère, et en voici la cause et le récit :

 

"Le nombre des pèlerins et des pauvres qui venaient implorer la charité de saint Fiacre, augmentant de jour en jour, il se trouva dans l'impossibilité de les recevoir tous sans un nouveau secours de saint Faron. Il l'alla trouver pour le prier de lui donner dans la forêt un terrain suffisant pour y semer des légumes, avec lesquels il pût subvenir aux nécessités de ses hôtes. Ce prélat acquiesa à sa demande, et lui accorda auprès de son ermitage autant de terre qu'il pourrait, en creusant lui-même un jour entier, en entourer d'un petit fossé : tout ce qui se trouverait renfermé dans l'étendue de cette circonvallation lui appartiendrait en propre et comme un bien de patrimoine. Dieu permit qu'on lui prescrivit cette condition, afin de faire éclater davantage la sainteté de son serviteur ; car saint Fiacre ne fut pas plus tôt de retour en sa solitude, que, prenant un bâton à la main, après avoir adressé à Dieu une prière pleine de confiance, il traça sur la terre une ligne pour faire le circuit du jardin qu'il désirait. Mais, par un prodige surprenant et presque incroyable, à mesure qu'il avançait, la terre s'ouvrait d'elle même , et les arbres tombaient de coté et d'autre. Pendant cette merveille, une femme, vulgairement appelée la Becnaude, qui, ayant vu la terre s 'ouvrir à la seule présence de l'homme de Dieu, courut propmptement à l'évêque lui dire que cet ermite, qu'il considérait tant, n'était qu'un magicien et un enchanteur, et qu'elle l'avait vu faire des sortilèges inouïs ; puis, retournant sur ses pas à la forêt, elle entreprit le saint, et, après avoir vomi mille injures contre lui, elle eut l'effronderie de lui interdire son travail au nom de l'évêque de Meaux auquel elle l'avait dénoncé, et de lui déclarer avec fierté que lui-même allait venir pour lui faire défense de passer outre. A ces paroles, saint Fiacre s'arrêta et cessa son travail, quoique fort affligé de cette calomnie ; mais, comme il voulut s'asseoir sur une pierre, pour se reposer en attendant la venue du prélat, les prodiges se succédant les uns aux autres, la pierre se creusa d'elle-même, en forme de chaise , présentant une surface concave plus commode au saint. On la voit encore dans l'église qui fut, depuis, bâtie en son honneur, où elle se conserve pour servir de monument et de ce prodige et de la bonté divine qui se manifeste envers ceux qui, travaillés par certaines douleurs, et, s'y asseyant, avec foi, sont guéris de leurs infirmités.

Cependant saint Faron arriva, et, voyant la vérité de toutes ces merveilles, il fut encore plus persuadé qu 'auparavant du grand mérite et de la sainteté du bienheureux ermite : il l'en aima plus tendrement que jamais et l'honora depuis toute sa vie, d'une singulière familiarité.

La malice et l'indiscrétion de cette femme furent cause que saint Fiacre défendit l'approche de son monastère à toutes les femmes ; il demanda même à Dieu que toutes celles qui, à l'avenir, auraient la témérité d'y entrer, fussent punies sur le champ de quelque infirmité corporelle : ce qu'il lui accorda et ce qui a été confirmé par plusieurs miracles ; car une dame de qualité, qui n'ajoutait pas foi a ce qu'on disait de cette merveille, voulant faire l'expérience de ce qui arriverait à une femme qui entrerait dans le monastère de notre saint, poussa un jour sa servante dedans ; mais à l'instant même, la dame qui violait ainsi la cloture perdit un œil, en punition de son attentat et de son incrédulité."

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On comprend mieux ce qui est représenté : la "dame" de peu de foi porte la main devant ses yeux, car elle perd la vue. Saint Fiacre la repousse dédaigneusement et se plonge dans son bréviaire. La deuxième femme, moins bien habillée est a priori la servante.

 

 

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Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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4. Saint Fiacre reçoit et nourrit les pauvres.

avec signature M. Delon 1910 dans le cartouche explicatif .

Inscription : Cõe ​Sai~t fiacre re/cevoit et nourrissoit les po(u)vres .

"Il partageait avec les pauvres le fruit de son travail. Guidé par les vertus du christianisme, la charité et la mortification, il mangeait peu, pour avoir plus à donner aux pélerins. Il fit bâtir, à quelque distance de sa cellule, une espèce d'hôpital pour les loger. On lui amena de toutes parts des énergumènes et des infirmes travaillés de diverses sortes de maladies. Et, par la vertu de ses prières et l'imposition de ses mains, il délivra les uns et rendit aux autres une parfaite santé." (Abbé R..., aumônier des Dames de la Conception, à Carpentras, 1865)

 

 

 

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Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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REGISTRE SUPÉRIEUR.

Deuxième registre, Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre, Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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5. La Becnaude accusant saint Fiacre devant l'évêque de Meaux.

Inscription : Cõe la vieille vint p/laindre et accuser saint / fiacre a levesq de Meaux : disãt q.la gaste so(n) bois.

Dans la Vie de saint Fiacre, cet épisode vient après  la scène relatée dans le panneau suivant, et avant celle de la punition de la femme incrédule. On peut suspecter une erreur de remontage. On se reportera au texte de la légende donné précedemment.

L'inscription témoigne  d'une version un peu différente, dans laquelle la Becnaude accuse Fiacre "de gâter son bois". 

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

6. Saint Fiacre délimite son jardin avec l'aide d'un ange.

Inscription : Cõe . sai~t . fiacre traça / le circuit de son jardin / avec . l'aide de Dieu. 

Dans la Légende initiale de saint Fiacre , ce dernier traçait son jardin avec un bâton, mais dans les versions plus tardives, c'est une bêche qui fut l'outil de cette miraculeuse enceinte. La bêche est ainsi devenue l'attribut du saint, sur d'innombrables statues des église et chapelles bretonnes, où saint Fiacre devenait le patron des jardiniers, à coté de saint Isidore, patron des agriculteurs dont l'attribut est la faucille.

 

 

 

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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7. Saint Fiacre guérissant les aveugles.

Inscription : Cõe . sai~t .  fiacre / gerissoit . / les aveugles:

Voir le commentaire plus haut. 

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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8. Entretien de saint Fiacre et de la Becnaude.

Inscription : Cõe la vieille tãsa sai~t / fiacre po l'amour qu'il / abatoit le / bois s. q. le fit céder de par die/u et il cessa.

 

 

 

 

 

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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Décor d'architecture Renaissance  à cartouches (vides) et masques. Grisaille et jaune d'argent.

 

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Vitrail de la vie de saint Fiacre, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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LE TYMPAN

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Tympan à treize ajours et à écoinçons. 

 

Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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Trois ajours supérieurs : armoiries modernes . Boutteville en sommité, d'argent à cinq fusées de gueules en fasce , Boutteville et alliance à gauche, armoiries Du Chastel fascé d'or et de gueules  à droite.

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Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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Ajours des rangs inférieurs : 6 anges musiciens, en surplis plissés blancs et or. 

Joueur de (harpe).

Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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Joueur de viole à archet. 3 cordes, 4 ouïes.

 

Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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Joueur de flûte traversière.

 

Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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Joueur de chalemie.

 

Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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Joueur de chalemie.

 

Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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Ange offrant une corbeille de fruits.

 

Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie 6, chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

 Le Faouët et Gourin, inventaire topographique, 1975, Secrétariat d'État à la Culture, Paris, Imprimerie Nationale. page 41 et fig. 118 et 119 page 288.

— GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel), 2011, Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes, 

— LENA (Laurent), 1989, Le Faouët, la chapelle Saint-Fiacre : son histoire et ses merveilles, Priziac, Presses de Saint-Michel,‎ 1990, 104 p.

— Abbé R..., aumônier des Dames de la Conception, à Carpentras, 1865 La Vie et les miracles de Saint Fiacre ... d'après les Bollandistes. Paris, Charles Douniol ed.. 

https://books.google.fr/books?id=WfxfAAAAcAAJ&dq=saint+fiacre&hl=fr&source=gbs_navlinks_s 

 

Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine vol. 12 1878 page 319-320

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f344.image

Bulletin archéologique de l'Association bretonne, Volume 1, 1849

— Vie de saint Fiacre, Acta sanctorum 30 août : 

https://www.heiligenlexikon.de/ActaSanctorum/30.August.html

— Les vitraux de Dreux, XVIe siècle : la Vie de saint Fiacre, 9 panneaux. 

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Dreux/Dreux-eSaintPierre_v10.htm#SFiacre

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Le Faouët.
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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 23:51

C'est une baie de quatre lancettes trilobées et un tympan de 15 ajours,  haut de 3,80 mètres et large de 2,30 mètres, datant de 1550 et restauré en 1912. La verrière est consacré au thème de la Sainte Parenté, c'est à dire à la descendance de sainte Anne et de ses trois maris. Du fait de ce motif généalogique, l'espace est structuré de haut en bas en pyramide tronquée où les maris sont repoussés sur les cotés, les deux lancettes centrales étant resérvé aux saintes femmes et aux fils. Enfin, les personnages sortent des limites des panneaux cadrés par les barlotières. 

 

 

 

Baie 7, verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Baie 7, verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

I. Vue générale des lancettes.

Les lancettes sont organisées sur deux niveaux où chaque personnage est identifié grâce à la présence d'un phylactère qui porte son nom en capitales romaines. En haut et au centre, la Vierge tenant l'Enfant et Sainte Anne. A leur gauche, saint Joseph, mari de la Vierge. A leur droite,  les trois maris – successifs– de sainte Anne, Joachim père de la Vierge, mais aussi Cléopas et Salomas. Cliquez ici pour réviser la Sainte Parenté.

Puisque Anne a eu une fille avec chacun de ses maris, la Vierge a deux sœurs : Marie-Jacobée (fille de Cléophas) et Marie-Salomé (fille de Salomas).

Ces deux sœurs occupent l'étage inférieur, avec leur mari et leurs enfants. C'est donc l'étage des oncles, tantes et cousins de Jésus. Les deux chambres de gauche sont occupées par les six  Marie-Jacobé. Les deux chambres de gauche sont, on l'a deviné, occupées par les Marie-Salomé (ils sont quatre). 

En tout, cette belle famille recomposée réunit 17 personnes.

 Je commencerai donc par l'étage supérieur.

Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

II. L'étage supérieur.

Au centre, comme dans un groupe d'Anne trinitaire, la Vierge, couronnée,  est assise, tenant sur ses genoux l'Enfant-Jésus, en face de sainte Anne. Deux anges aussi frisés que leur surplis écartent une tenture verte.

Vierge à l'Enfant, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

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Sainte Anne.

Vêtue de pourpre, et coiffée de la guimpe, elle tend les bras vers son petit-fils.

Sainte Anne, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Sainte Anne, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

A gauche, saint Joseph.

Il tient une canne pour souligner qu'il n'est pas tout jeune ; il a ôté son chapeau. 

Joseph, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Joseph, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Le groupe de droite. Joachim, Cléophas, Salomas.

 

Joachim, Cleophas, Salomas, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Joachim, Cleophas, Salomas, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

L'ÉTAGE INFÉRIEUR.

I. Du coté de Marie Jacobé.

Marie Jacobé a épousé Alphée. Ils ont eu quatre garçons : Jacques le mineur (qui deviendra apôtre), Joseph Barsabas, Simon le Zélote, et Jude (qui sera apôtre comme son grand frère).

Tout à gauche, le papa, DALPHEVS est avec son fils aîné Jacques le mineur (qui porte déjà l'auréole).

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Alphée et Jacques le mineur, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Alphée et Jacques le mineur, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Marie Jacobé et ses trois autres enfants. Les trois petits saints.

Elle porte ici le nom de MARIE CLEOPHAS, mais c'est pareil. Cléophas, c'est le nom de son père, mais ce Cléophas s'appelle aussi Jacob (ou Jacques, c'est pareil). Elle semble un peu débordée, et même franchement excédée, alors qu'elle lisait à ses enfants une histoire avant qu'ils aillent se coucher.  JOSEPH LE IUSTE (c'est son surnom, en vrai il se nomme Joseph Barsabas) trouve que c'est pas juste . Marie Jacobé va-t-elle lui ôter son auréole ? 

S[aint] SIMON lui fait un pinçon.

S[aint] IVDE  lève la main (je crois qu'il est gaucher) et regarde sa mère en criant : "une histoire, une histoire". 

Joseph, Simon, Jude, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Joseph, Simon, Jude, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

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Sans commentaire.

 (heureusement, elle n'habite pas, comme sa sœur, à Capharnaüm)

 

Marie Cléophas, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Marie Cléophas, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Une coupe verticale de l'immeuble : Je plains les locataires du dessus !

Attention : grâce à lavieb-aile, évitez-vous le ridicule de demander "ça veut dire quoi, ISSO, marqué là ?".

Lisez  : 1550. Et ajoutez : "L'année de construction du vitrail. Sous le règne de Henri II."

La classe.

Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

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II. Du coté de Marie Salomé.

MARIE . SLOME . Elle a épousé Zébédée et s'en félicite. Elle n'a eu que deux enfants mais ils sont sages comme des images. Son grand, c'est Jacques  (quand il sera majeur on le nommera Jacques le majeur), qui est dans sa chambre en train de ranger sa collection de coquille. Pour l'instant, elle n'a que le petit Jean, qui, lui, sera appelé Saint Jean l'Évangéliste quand il sera allé en vacances à Patmos (SAI~N LE .VANGELISTE). En attendant, il fait des tours de prestidigitation en faisant apparaître des dragons dans le vase à fleur. Toute sa vie, il gardera sa frimousse de garçonnet blond, imberbe. Ce sera le préféré de son cousin Jésus.  

Regardez comme cette Marie a soigné sa coiffure. Elle a choisi une étoffe à rayures, très à la mode pour cet usage, l'a pliée en bandeau et glissée derrière sa nuque. Les deux parties de sa chevelure, d'abord divisées par une raie au milieu, se sont ainsi trouvées rassemblées. Alors — c'est tout le chic— elle a ramené la pointe du bandeau vers l'avant, et l'a fixé au dessus du front (discrètement mais coquettement épilé) par une broche en étoile dorée. 

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Marie Salomé, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Marie Salomé, Verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

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Marie Salomé et Jean l'Évangéliste, verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Marie Salomé et Jean l'Évangéliste, verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

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Zébédée et Jacques le Majeur.

Marc l'évangéliste mentionne Zébédée en Mc 1:19 : "Etant allé un peu plus loin, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui, eux aussi, étaient dans une barque et réparaient les filets. Aussitôt, il les appela; et, laissant leur père Zébédée dans la barque avec les ouvriers, ils le suivirent. "  Zébédée possède donc une ou plusieurs barques, ou même une entreprise de pêche ("des ouvriers !)  sur le lac de Galilée, et quand ils seront plus grands, il compte bien y employer Jacques et Jean. 

Mais qu'est-ce-qu'il a, Jacques ? Il a taillé un bâton, et il veut à tout prix que papa y attache une courge séchée ! Il répète "bourdon, bourdon", et papa ne comprend rien, car le bourdon de pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle, avec ses deux pommeaux et son crochet pour fixer la callebasse , est encore terriblement anachronique. Attends un peu, petit Jacquet !

Jacques le majeur et son père Zébédée, verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Jacques le majeur et son père Zébédée, verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

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LE TYMPAN
 

En haut, un fleuron à six mouchettes autour d'un ajour central en étoile. Ce dernier contient un écu aux armoiries de Boutteville d'argent à cinq fusées de gueules en fasce. Dans les deux mouchettes qui l'encadrent, un écu parti de Boutteville et de Kerimerc'h (d'hermines au croissant de gueules) , et à droite un écu parti de Boutteville et Du Chastel (fascé d'or et de gueules). Les autres ajours accueillent deux anges chantant et battant des mains (mais non, ils prient, les mains jointes) , et deux anges joueurs de vieille. Latéralement, deux anges buccinateurs (j'adore le placer).

En dessous, six anges musiciens  : deux groupes symétriques avec inversion des cartons

  • viele à archet ou plutôt viole de gambe
  • viole de gambe
  • flûte traversière.

 

 

 

Tympan, verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

Tympan, verrière de la Sainte Parenté, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photo lavieb-aile.

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Published by jean-yves cordier - dans Le Faouët.
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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 23:50

Il s'agit d'une baie située au nord du transept, fenêtre nord,  à trois lancettes et tympan de sept ajours, réalisée au milieu du XVIe siècle et consacrée à la Vie de saint Jean-Baptiste. La verrière a été restaurée en 1912 par le peintre-verrier parisien Marcel Delon, comme indiqué par l'inscription RESTAURÉ EN 1912 PAR M. DELON.  

Hauteur 4 mètres, largeur 2,01 mètres.

Les lancettes sont divisées en une base en grisaille puis en trois registres, créant neuf panneaux .ou scènes. Le fond est bleu ciel, les vêtements jaune ou rouge, plus rarement bleu soutenu. Le vert est de façon générale reservé à l'arrière fond (tenture ou verdure).

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Baie n°3, Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

Baie n°3, Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

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I. REGISTRE INFÉRIEUR.

1. Naissance du saint.

Rappel préalable. Selon les évangiles (Luc, 1), Jean-Baptiste est le cousin du Christ. Il est né six mois avant lui; Sa mère Elisabeth, "d'entre les filles d'Aaron",  est la cousine de Marie, et sa grossesse tardive et inespérée est une grâce de Dieu. Son père Zacharie est un prêtre juif "sacrificateur, de la classe d'Abia".

Cette scène est considérée comme la "naissance du saint" par Françoise Gatouillat et Michel Hérold. Mais celui-ci est absent, et on ne voit qu'une femme alitée ( a priori Elisabeth) à laquelle une autre femme (soit sa cousine Marie, soit une servante ou une sage-femme) propose un plat. On voit dans ce plat du raisin et des fruits ressemblant à des pommes ou des oranges, alors que c'est un "brouet" (un potage) qui est servi à la femme après l'accouchement. 

Les deux femmes ont les cheveux couverts par un voile bien particulier (et qui m'intrigue à chaque fois que je le rencontre) car il laisse la grande partie de la tête non couverte, qu'il rassemble les cheveux à l'arrière de la nuque en passant devant cette dernière, et autorise les boucles blandes à retomber sur les épaules et le dos. 

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 Élisabeth après la naissance de Jean-Baptiste, détail de la Naissance de saint Jean-Baptiste du maître de Villalcazar de Sirga, musée diocésain de Saragosse.

 

5 Du temps d'Hérode, roi de Judée, il y avait un sacrificateur, nommé Zacharie, de la classe d'Abia; sa femme était d'entre les filles d'Aaron, et s'appelait Élisabeth. Tous deux étaient justes devant Dieu, observant d'une manière irréprochable tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur.  Ils n'avaient point d'enfants, parce qu'Élisabeth était stérile; et ils étaient l'un et l'autre avancés en âge. Or, pendant qu'il s'acquittait de ses fonctions devant Dieu, selon le tour de sa classe, il fut appelé par le sort, d'après la règle du sacerdoce, à entrer dans le temple du Seigneur pour offrir le parfum. Toute la multitude du peuple était dehors en prière, à l'heure du parfum. Alors un ange du Seigneur apparut à Zacharie, et se tint debout à droite de l'autel des parfums. Zacharie fut troublé en le voyant, et la frayeur s'empara de lui. Mais l'ange lui dit: Ne crains point, Zacharie; car ta prière a été exaucée. Ta femme Élisabeth t'enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. Il sera pour toi un sujet de joie et d'allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance. Car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante, et il sera rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère; il ramènera plusieurs des fils d'Israël au Seigneur, leur Dieu; il marchera devant Dieu avec l'esprit et la puissance d'Élie, pour ramener les coeurs des pères vers les enfants, et les rebelles à la sagesse des justes, afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé. Zacharie dit à l'ange: A quoi reconnaîtrai-je cela? Car je suis vieux, et ma femme est avancée en âge.  L'ange lui répondit: Je suis Gabriel, je me tiens devant Dieu; j'ai été envoyé pour te parler, et pour t'annoncer cette bonne nouvelle. Et voici, tu seras muet, et tu ne pourras parler jusqu'au jour où ces choses arriveront, parce que tu n'as pas cru à mes paroles, qui s'accompliront en leur temps. Cependant, le peuple attendait Zacharie, s'étonnant de ce qu'il restait si longtemps dans le temple. Quand il sortit, il ne put leur parler, et ils comprirent qu'il avait eu une vision dans le temple; il leur faisait des signes, et il resta muet. Lorsque ses jours de service furent écoulés, il s'en alla chez lui. Quelque temps après, Élisabeth, sa femme, devint enceinte. Elle se cacha pendant cinq mois, disant: C'est la grâce que le Seigneur m'a faite, quand il a jeté les yeux sur moi pour ôter mon opprobre parmi les hommes. Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d'une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie. L'ange entra chez elle, et dit: Je te salue, toi à qui une grâce a été faite; le Seigneur est avec toi. Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation.  L'ange lui dit: Ne crains point, Marie; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n'aura point de fin. Marie dit à l'ange: Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme?  L'ange lui répondit: Le Saint Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. Voici, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois. Car rien n'est impossible à Dieu. Marie dit: Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon ta parole! Et l'ange la quitta.Dans ce même temps, Marie se leva, et s'en alla en hâte vers les montagnes, dans une ville de Juda. Elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth. Dès qu'Élisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint Esprit. Elle s'écria d'une voix forte: Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni. Comment m'est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi? Car voici, aussitôt que la voix de ta salutation a frappé mon oreille, l'enfant a tressailli d'allégresse dans mon sein. Heureuse celle qui a cru, parce que les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur auront leur accomplissement.

[...]

56 Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois. Puis elle retourna chez elle. Le temps où Élisabeth devait accoucher arriva, et elle enfanta un fils.

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5 Du temps d'Hérode, roi de Judée, il y avait un sacrificateur, nommé Zacharie, de la classe d'Abia; sa femme était d'entre les filles d'Aaron, et s'appelait Élisabeth.

6 Tous deux étaient justes devant Dieu, observant d'une manière irréprochable tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur.

7 Ils n'avaient point d'enfants, parce qu'Élisabeth était stérile; et ils étaient l'un et l'autre avancés en âge.

8 Or, pendant qu'il s'acquittait de ses fonctions devant Dieu, selon le tour de sa classe, il fut appelé par le sort,

9 d'après la règle du sacerdoce, à entrer dans le temple du Seigneur pour offrir le parfum.

10 Toute la multitude du peuple était dehors en prière, à l'heure du parfum.

11 Alors un ange du Seigneur apparut à Zacharie, et se tint debout à droite de l'autel des parfums.

12 Zacharie fut troublé en le voyant, et la frayeur s'empara de lui.

13 Mais l'ange lui dit: Ne crains point, Zacharie; car ta prière a été exaucée. Ta femme Élisabeth t'enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean.

14 Il sera pour toi un sujet de joie et d'allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance.

15 Car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante, et il sera rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère;

16 il ramènera plusieurs des fils d'Israël au Seigneur, leur Dieu;

17 il marchera devant Dieu avec l'esprit et la puissance d'Élie, pour ramener les coeurs des pères vers les enfants, et les rebelles à la sagesse des justes, afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé.

18 Zacharie dit à l'ange: A quoi reconnaîtrai-je cela? Car je suis vieux, et ma femme est avancée en âge.

19 L'ange lui répondit: Je suis Gabriel, je me tiens devant Dieu; j'ai été envoyé pour te parler, et pour t'annoncer cette bonne nouvelle.

20 Et voici, tu seras muet, et tu ne pourras parler jusqu'au jour où ces choses arriveront, parce que tu n'as pas cru à mes paroles, qui s'accompliront en leur temps.

21 Cependant, le peuple attendait Zacharie, s'étonnant de ce qu'il restait si longtemps dans le temple.

22 Quand il sortit, il ne put leur parler, et ils comprirent qu'il avait eu une vision dans le temple; il leur faisait des signes, et il resta muet.

23 Lorsque ses jours de service furent écoulés, il s'en alla chez lui.

24 Quelque temps après, Élisabeth, sa femme, devint enceinte. Elle se cacha pendant cinq mois, disant:

25 C'est la grâce que le Seigneur m'a faite, quand il a jeté les yeux sur moi pour ôter mon opprobre parmi les hommes.

26 Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,

27 auprès d'une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie.

28 L'ange entra chez elle, et dit: Je te salue, toi à qui une grâce a été faite; le Seigneur est avec toi.

29 Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation.

30 L'ange lui dit: Ne crains point, Marie; car tu as trouvé grâce devant Dieu.

31 Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus.

32 Il sera grand et sera appelé Fils du Très Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père.

33 Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n'aura point de fin.

34 Marie dit à l'ange: Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme?

35 L'ange lui répondit: Le Saint Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.

36 Voici, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois.

37 Car rien n'est impossible à Dieu.

38 Marie dit: Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon ta parole! Et l'ange la quitta.

39 Dans ce même temps, Marie se leva, et s'en alla en hâte vers les montagnes, dans une ville de Juda.

40 Elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth.

41 Dès qu'Élisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint Esprit.

42 Elle s'écria d'une voix forte: Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni.

43 Comment m'est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi?

44 Car voici, aussitôt que la voix de ta salutation a frappé mon oreille, l'enfant a tressailli d'allégresse dans mon sein.

45 Heureuse celle qui a cru, parce que les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur auront leur accomplissement.

46 Et Marie dit: Mon âme exalte le Seigneur,

47 Et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur,

48 Parce qu'il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. Car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,

49 Parce que le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses. Son nom est saint,

50 Et sa miséricorde s'étend d'âge en âge Sur ceux qui le craignent.

51 Il a déployé la force de son bras; Il a dispersé ceux qui avaient dans le coeur des pensées orgueilleuses.

52 Il a renversé les puissants de leurs trônes, Et il a élevé les humbles.

53 Il a rassasié de biens les affamés, Et il a renvoyé les riches à vide.

54 Il a secouru Israël, son serviteur, Et il s'est souvenu de sa miséricorde, -

55 Comme il l'avait dit à nos pères, -Envers Abraham et sa postérité pour toujours.

56 Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois. Puis elle retourna chez elle.

57 Le temps où Élisabeth devait accoucher arriva, et elle enfanta un fils.

Baie n°3, Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

Baie n°3, Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

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2. Le premier bain.

Cette scène est intéressante à plus d'un titre. D'une part, comme la précédente, elle crée un lien avec les autres saintes Nativités,  celle du Christ, et surtout celle de la Vierge. D'autre part, elle montre un rite de purification. Par ailleurs, elle préfigure le baptème par l'eau. Ces associations sont bien conscientes dans l'esprit de l'artiste, puisqu'il a figuré un agneau qui tente de monter dans le bassin. Cet agneau, animal qui sert d'attribut d'identification à Jean-Baptiste, fait allusion au Christ qui le suit.

Selon la légende dorée, la Vierge serait restée auprès d'Elisabeth : " La Sainte Vierge demeura donc avec sa cousine pendant trois mois, elle la servait : ce fut elle qui de ses saintes mains reçut l’enfant venant au monde, d'après le témoignage de l’Histoire scholastique *, et qui remplit avec les plus grands soins l’office de garder l’enfant." On peut donc imaginer qu'elle est représentée ici.

 

Baie n°3, Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

Baie n°3, Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

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3. Circoncision.

La circoncision de Jean, rituelle pour tout enfant juif, n'aurait pas à être illustrée, mais c'est à son occasion que Jean reçoit son nom dans l'évangile de Luc, que son père Zacharie est guéri de sa mutité, et qu'il prophétise un grand avenir à son fils :

 

Luc, 1:58-79 Ses voisins et ses parents apprirent que le Seigneur avait fait éclater envers elle sa miséricorde, et ils se réjouirent avec elle. Le huitième jour, ils vinrent pour circoncire l'enfant, et ils l'appelaient Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère prit la parole, et dit: Non, il sera appelé Jean. Ils lui dirent: Il n'y a dans ta parenté personne qui soit appelé de ce nom. Et ils firent des signes à son père pour savoir comment il voulait qu'on l'appelle. Zacharie demanda des tablettes, et il écrivit: Jean est son nom. Et tous furent dans l'étonnement. Au même instant, sa bouche s'ouvrit, sa langue se délia, et il parlait, bénissant Dieu. La crainte s'empara de tous les habitants d'alentour, et, dans toutes les montagnes de la Judée, on s'entretenait de toutes ces choses. Tous ceux qui les apprirent les gardèrent dans leur coeur, en disant: Que sera donc cet enfant? Et la main du Seigneur était avec lui. Zacharie, son père, fut rempli du Saint Esprit, et il prophétisa, en ces mots:

Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, De ce qu'il a visité et racheté son peuple,

 Et nous a suscité un puissant Sauveur Dans la maison de David, son serviteur,

 Comme il l'avait annoncé par la bouche de ses saints prophètes des temps anciens, -

 Un Sauveur qui nous délivre de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent!

 C'est ainsi qu'il manifeste sa miséricorde envers nos pères, Et se souvient de sa sainte alliance,

Selon le serment par lequel il avait juré à Abraham, notre père,

 De nous permettre, après que nous serions délivrés de la main de nos ennemis, De le servir sans crainte,

En marchant devant lui dans la sainteté et dans la justice tous les jours de notre vie.

 Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très Haut; Car tu marcheras devant la face du Seigneur, pour préparer ses voies,

 Afin de donner à son peuple la connaissance du salut Par le pardon de ses péchés,

Grâce aux entrailles de la miséricorde de notre Dieu, En vertu de laquelle le soleil levant nous a visités d'en haut,

Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, Pour diriger nos pas dans le chemin de la paix.

 

La tête de Jean-Baptiste enfant est moderne.

 

 

 

 

Baie n°3, Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

Baie n°3, Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

Deuxième registre. 

1. La Prédication

Elle s'étend sur deux lancettes.

Remarquée l'inscription de restauration  MD 1912.

 

La scène s'interprète selon le texte de l'évangile de Luc :  

-la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Et il alla dans tout le pays des environs de Jourdain, prêchant le baptême de repentance, pour la rémission des péchés,  selon ce qui est écrit dans le livre des paroles d'Ésaïe, le prophète: 

C'est la voix de celui qui crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, Aplanissez ses sentiers.  Toute vallée sera comblée, Toute montagne et toute colline seront abaissées; Ce qui est tortueux sera redressé, Et les chemins raboteux seront aplanis. Et toute chair verra le salut de Dieu.

Ancre Il disait donc à ceux qui venaient en foule pour être baptisés par lui: 

Races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir?  Produisez donc des fruits dignes de la repentance, et ne vous mettez pas à dire en vous-mêmes: Nous avons Abraham pour père! Car je vous déclare que de ces pierres Dieu peut susciter des enfants à Abraham. Déjà même la cognée est mise à la racine des arbres: tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu.

 La foule l'interrogeait, disant: Que devons-nous donc faire? Il leur répondit: 

— Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a point, et que celui qui a de quoi manger agisse de même.

 Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent: Maître, que devons-nous faire?  Il leur répondit: 

N'exigez rien au delà de ce qui vous a été ordonné.

 Des soldats aussi lui demandèrent: Et nous, que devons-nous faire? Il leur répondit:

Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et contentez-vous de votre solde.

 Comme le peuple était dans l'attente, et que tous se demandaient en eux-même si Jean n'était pas le Christ, il leur dit à tous: 

Moi, je vous baptise d'eau; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint Esprit et de feu. Il a son van à la main; il nettoiera son aire, et il amassera le blé dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint point.

C'est ainsi que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple, en lui adressant encore beaucoup d'autres exhortations. Mais Hérode le tétrarque, étant repris par Jean au sujet d'Hérodias, femme de son frère, et pour toutes les mauvaises actions qu'il avait commises, ajouta encore à toutes les autres celle d'enfermer Jean dans la prison."

 


Dans ce panneau, Jean-Baptiste, appuyé à une barrière, lève l'index vers le ciel, dans un geste qui lui est presque un attribut tant il a été peint par Léonard de Vinci et de nombreux autres peintres. La foule de ses disciples (dont un roi) est assise et l'écoute . Mais sur l'autre lancette, des auditeurs debouts, à moitiè cachés derrière un poteau, sont contrariés de s'entendre traités de "race de vipères" et s'offusquent de ses propos.  

 


 

Baie n°3, Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

Baie n°3, Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

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un prophète dont Dieu lui-même prophétise ? Tous les prophètes avaient. prophétisé de J.-C. au lieu que Jean ne prophétisa pas seulement de J.-C., mais les autres prophètes prophétisèrent de lui : tous ont été les porteurs de la parole, mais lui, c'est la voix elle-même. Autant la voix approche de la parole, sans cependant être la parole, autant Jean approche de J.-C. sans cependant être J.-C. » D'après saint Ambroise, la gloire de saint Jean se tire de cinq causes, savoir de ses parents, de ses mœurs, de ses miracles, des dons qu'il a reçus et de sa prédication. D'après le même Père, la gloire qu'il reçoit de ses parents est manifeste par cinq caractères : Voici ce que dit saint Ambroise : «L'éloge est parfait, quand il comprend; comme dans saint Jean, une naissance distinguée, une conduite intègre, un ministère sacerdotal, l’obéissance à la loi, et la preuve d'oeuvres pleines de justice. » 2° Les miracles : Il y en eut avant sa conception, comme l’annonciation de l’ange, la désignation de son nom, et la perte de la parole dans son père il y en eut dans sa conception, celle-ci fut surnaturelle ; sa sanctification dès le sein de sa mère, et le don de prophétie dont il fut rempli. Il y en eut dès sa naissance, savoir : le don de prophétie accordé à son père et à sa ère, puisque sa mère sut son nom, et que le père prononça un cantique : la langue du père déliée ; le Saint-Esprit qui le remplit. Sur ces paroles de l’Evangile : « Zacharie son père fut rempli du Saint-Esprit », saint Ambroise s'exprime ainsi : « Regardez Jean: Quelle puissance dans son nom ! Ce nom rend la parole à un muet, le dévouement à un (156) père; au peuple un prêtre. Tout à l’heure, cette langue était muette, ce père était stérile, ce prêtre était sans fonctions ; mais aussitôt que Jean est né, à l’instant, le père est prophète, ce pontife recouvre l’usage de la parole, son affection peut s'épancher sur son fils, le prêtre est reconnu par les fonctions qu'il remplit. » 3° Les mœurs. Sa vie fut d'une sainteté éminente. Voici comme en parle saint Chrysostome : « A côté de la vie de saint Jean, toutes les autres paraissent coupables: car de même que quand vous voyez un vêtement blanc, vous dites : ce vêtement est assez blanc, mais si vous le mettez à côté de la neige, il commence à vous paraître pâle, quoique vraiment il n'en soit pas ainsi, de même à comparaison de saint Jean, quelque homme que ce fût paraissait immonde. »

Il reçut trois témoignages de sa sainteté. Le premier fut rendu par ceux qui sont au-dessus du ciel, c'est-à-dire par la Trinité . elle-même: 1° Par le Père qui l’appelle Ange. Malachie dit (III) : « Voilà que j'envoie mon ange qui préparera ma voie devant ma face. » Ange est, un nom qui désigne le ministère, mais qui n'explique pas la nature de l’ange. Or, si saint Jean est appelé ange, c'est pour marquer le ministère qu'il a rempli, parce qu'il paraît avoir exercé le ministère de tous les anges. Il remplit celui des Séraphins : car séraphin veut dire ardent, parce qu'ils nous rendent ardents et qu'ils brûlent plus que d'autres d'amour pour Dieu'; c'est pourquoi il est dit de Jean : « Elle s'est élevé :comme un feu, et ses paroles brûlaient comme un flambeau ardent » (Ecclés., XLVIII), « car il est venu avec l’esprit et la vertu d'Elie. » 2° Il remplit le (157) ministère des Chérubins, car chérubins veut dire plénitude de science: or, Jean est appelé Lucifer ou étoile du matin, parce qu'il fut le terme de la nuit de l’ignorance, et le commencement de la lumière de la grâce. 3° Il remplit le ministère des Thrônes qui ont pour mission de juger, et il est dit de Jean qu'il reprenait Hérode en disant : « Il ne vous est pas permis d'avoir pour femme celle de votre frère. » 4° Il remplit le ministère des Dominations qui nous enseignent à gouverner ceux qui nous sont sujets ; or, Jean était aimé de ses inférieurs, et les rois le craignaient. 5° Il remplit l’office des Principautés qui nous apprennent à respecter nos supérieurs et Jean disait eu parlant de lui-même : « Celui qui tire son origine de la terre est de la terre, et ses paroles tiennent de la terre » ; et en parlant de J.-C., il ajoute : « celui qui est venu du ciel est au-dessus de tous. » Il dit encore : « Je ne suis pas digne de délier les cordons de sa chaussure. » 6° Il remplit l’office des Puissances qui sont chargées d'éloigner les puissances de l’air et du vice, lesquelles ne purent jamais nuire à sa sainteté. Il les repoussait aussi loin de nous, lorsqu'il nous disposait au baptême de la pénitence. 7° Il remplit l’office des Vertus par lesquelles s'opèrent les miracles : or, saint Jean montra en sa personne de grandes merveilles, comme manger du miel sauvage et des sauterelles, se couvrir de peau de chameau, et autres semblables. 8° Il remplit l’office des Archanges, en révélant des mystères auxquels on ne savait atteindre, comme, par exemple, ce qui regarde notre rédemption lorsqu'il disait : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui ôte les péchés (158) du monde. » 9° Il remplit l’office des Anges : quand il annonçait des choses moins relevées, comme celles qui ont trait aux moeurs ; par exemple : « Faites pénitence » ; ou bien: « N'usez point de violence ni de fraude envers personne (Luc, III). » Le second témoignage lui fut rendu par le Fils, comme on lit dans saint Mathieu (II), où J.-C. le recommande souvent d'une manière étonnante, comme quand il dit entre autres choses: « Parmi les enfants des hommes, il n'y en a pas de plus grand que Jean-Baptiste. » « Ces paroles, dit saint Pierre Damien, renferment l’éloge de saint Jean; proférées qu'elles sont par celui qui a posé les fondements de la terre, qui fait mouvoir les astres et qui a créé tous les éléments. » Le troisième témoignage lui fut rendu par le Saint-Esprit, lorsqu'il dit par la bouche de son père Zacharie : « Et toi, enfant, tu seras appelé le prophète du Très Haut. » — Le second témoignage de sainteté lui fut rendis par les anges et les esprits célestes. Au premier chapitre de saint Luc, l’ange témoigne pour lui une grande considération quand il montre : 1° sa dignité par rapport à Dieu : « Il sera, dit-il, grand devant le Seigneur. » 2° Sa sainteté propre, lorsqu'il ajoute : « Il ne boira pas de vin ni de liqueur enivrante, et il sera rempli de l’Esprit-Saint. dès le ventre de sa mère. » 3° Les grands services qu'il rendra au prochain : « Et il convertira beaucoup des enfants d'Israël. » Le troisième témoignage de sainteté lui fut rendu par ceux qui sont au-dessous du ciel, c'est-à-dire, les hommes, témoin son père, ses voisins, et ceux qui disaient : « Que pensez-vous que sera cet enfant? »

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Quatrièmement, la glose de saint Jean se tire des dons qu'il a reçus dans le sein de sa mère, à sa naissance, dans sa vie et à sa mort. Dans le sein de sa mère, il fut avantagé de trois dons admirables de la grâce : 1° De la grâce par laquelle il fut sanctifié dès ce moment ; puisqu'il fut saint avant que d'être né, selon ces paroles de Jérémie (I) : « Je vous ai connu avant que je vous eusse formé dans les entrailles de votre mère. » 2° De la grâce d'être prophète, quand, par son tressaillement dans le sein d'Elisabeth, il connut que Dieu était devant lui. C'est pour cela que saint Chrysostome, qui veut montrer que Jean-Baptiste a été plus que prophète, dit : « Un prophète mérite par la sainteté de sa vie et de sa foi de recevoir une prophétie; riais est-ce que c'est l’ordinaire d'être prophète avant d'être homme ? » C'était une coutume d'oindre les prophètes; et ce fut quand la Sainte Vierge salua Élisabeth que J.-C. sacra en qualité de prophète Jean dans les entrailles de sa mère, selon ces paroles de saint Chrysostome : « J.-C. fit saluer Elisabeth par Marie afin que sa parole sortie du sein de sa mère, séjour du Seigneur, et reçue par l’ouïe d'Elisabeth, descendit à Jean qui ainsi serait sacré prophète. » 3° Il fut avantagé de la grâce par laquelle il mérita pour sa mère de recevoir l’esprit de prophétie. Et saint Chrysostome, qui voulait montrer que saint Jean fut plus qu'un prophète, dit : « Quel est celui des prophètes, qui tout prophète qu'il fût, ait pu faire un prophète ? » Hélie sacra bien Elisée comme prophète, mais il ne lui conféra pas la grâce de prophétiser. Jean cependant n'étant encore que dans le sein de sa mère (160) donna à sa mère la science de pénétrer dans les secrets de Dieu ; il lui ouvrit la bouche et elle confessa reconnaître la dignité de celui dont elle ne voyait pas la personne, quand elle dit : « D'où me vient ce bonheur que la mère de mon Seigneur me vienne visiter? » Il reçut trois sortes de grâces, au moment de sa naissance : elle fut miraculeuse, sainte et accompagnée de joie. En tant que miraculeuse, le défaut d'impuissance est levé; en tant que sainte, disparaît la peine de la coulpe; en tant que accompagnée de joie, elle fut exempte des pleurs de la misère. Selon Me Guillaume d'Auxerre, trois motifs font célébrer la naissance de saint Jean : 1° sa sanctification dans le sein de sa mère; 2° la dignité de son ministère, puisque ce fut comme une étoile du matin qui nous annonça la première les joies éternelles; 3° la joie qui l’accompagna : car l’ange avait dit : « Il y en aura beaucoup qui se réjouiront lors de sa naissance. » C'est donc pour cela qu'il est juste que nous nous réjouissions pareillement en ce jour. Dans le cours de sa vie, il reçut de même grand nombre de faveurs et la preuve qu'elles furent des plus grandes et de différentes sortes, c'est qu'il réunit toutes les perfections. En effet il fut prophète quand il dit : « Celui qui doit venir après moi est plus grand que moi. » Il fut plus que prophète quand il montra le Christ du doigt; il fut apôtre, car il fut envoyé de Dieu; apôtre et prophète c'est tout un. Aussi il est dit de lui : « Il y eut un homme envoyé de Dieu qui se nommait Jean. » Il fut martyr, parce qu'il souffrit la mort pour la justice; il fut confesseur, parce qu'il confessa et ne nia pas ; (161) il fut vierge, et c'est en raison de sa virginité qu'il est appelé ange dans Malachie (II) : « Voici que j'envoie mon ange. » En sortant du monde il reçut trois faveurs : d'abord il fut un martyr invaincu. Il acquit alors la palme du martyre ; il fut envoyé comme un messager précieux, car il apporta à ceux qui étaient dans les limbes une nouvelle précieuse, la venue de J.-C. et leur rédemption ; sa fin glorieuse est honorée par tous ceux qui étaient descendus dans les limbes et c'est l’objet spécial d'une glorieuse solennité dans l’Église.

Cinquièmement, la gloire de saint Jean se tire de sa prédication. L'ange en expose quatre motifs quand il dit : « Il convertira plusieurs des enfants d'Israël au, Seigneur leur Dieu ; et il marchera devant lui dans l’esprit et la vertu d'Elie, pour réunir les cours des pères avec leurs enfants, pour rappeler les incrédules à la prudence des justes, et pour préparer au Seigneur un peuple parfait. » Il touche quatre points, savoir le fruit, l’ordre, la vertu et la fin, d'après le texte lui-même. La prédication de saint Jean fut triplement recommandable. Elle fut en effet fervente, efficace et prudente. C'est la ferveur qui lui faisait dire : « Race de vipères, qui vous a avertis de fuir la colère à venir ? Faites donc de dignes fruits de pénitence. (Luc, III.) Or, cette ferveur était enflammée parla charité, parce qu'il était une lumière ardente; et c'est lui qui dit en la personne d'Isaïe (XLIX) : « Il a rendu ma bouche comme une épée perçante. » Cette ferveur tirait son origine de la vérité, car il était une lampe ardente. C'est à ce propos qu'Il est dit dans saint Jean (162) (V) : « Vous avez envoyé à Jean; et il a rendu témoignage à la vérité. » Cette ferveur était dirigée par le discernement ou la science : voilà pourquoi en parlant à la foule, aux publicains et aux soldats, il enseignait la loi, selon l’état de chacun. Cette ferveur était ferme et constante, puisque sa prédication le mena à perdre la vie. Telles sont les quatre qualités du zèle, d'après saint Bernard : « Que votre zèle, dit-il, soit enflammé par la charité, formé par la vérité, régi par la science et affermi par la constance. » 2° Il prêcha avec efficace, puisque beaucoup se convertirent à ses prédications. Il prêcha  en parole et ne varia jamais dans son enseignement. Il prêcha par l’exemple, car sa vie fut sainte ; il prêcha et convertit par ses mérites et ses prières ferventes. 3° Il prêcha avec prudence ; et la prudence de sa prédication consista en trois points : 1° en ce qu'il usa de menaces afin d'effrayer les méchants; c'est alors qu'il disait : « Déjà la cognée est à la racine de l’arbre » ; 2° en usant de promesses, pour gagner les bons, quand il dit: «Faites pénitence : car le royaume des cieux approche » ; 3° en usant de tempéraments pour attirer peu à peu les faibles à la perfection. Aussi à la foule et aux soldats, il imposait de légères. obligations afin qu'ensuite il les amenât à s'en imposer de plus sérieuses ; à la foule, il conseillait les oeuvres de miséricorde ; aux publicains, il recommandait de ne pas désirer le bien d'autrui ; aux soldats de n'user de violence envers personne, de ne pas calomnier et de se contenter de leur paie.

Saint Jean l’Evangéliste mourut à pareil jour; mais (163) l’Eglise célèbre sa fête; trois jours après la naissance de J.-C. parce . qu'alors eut lieu la dédicace de son église; et la solennité de la naissance de saint Jean-Baptiste conserva sa place par la raison qu'elle fut déclarée un jour de joie par l’ange. Il ne faut pourtant pas prétendre que l’Evangéliste ait fait place au Baptiste, comme l’inférieur au supérieur; car il ne convient pas de discuter quel est le plus grand des deux : et ceci fut divinement prouvé par un exemple. On lit qu'il y avait deux docteurs en théologie dont l’un préférait saint Jean-Baptiste et l’autre saint Jean l’évangéliste. Ou fixa donc un jour pour une discussion solennelle. Chacun. n'avait d'autre soin que de trouver des autorités et des raisons puissantes en faveur du saint qu'il jugeait supérieur. Or, le jour de la dispute étant proche, chacun des saints apparut à son champion et lui dit : « Nous sommes bien d'accord dans le ciel, ne dispute pas à notre sujet sur la terre. » Alors ils se communiquèrent chacun sa vision, en firent part à tout le peuple et bénirent Dieu. — Paul, qui a écrit l’Histoire des Lombards, diacre de l’Eglise de Rome et moine du mont Cassin, devait une fois faire la consécration du cierge, mais il fut pris d'un enrouement qui l’empêcha de chanter ; afin de recouvrer sa voix qui était fort belle, il composa en l’honneur de saint Jean-Baptiste l'hymne Ut queant laxis resonare fibris mira gestorum famuli tuorum, au commencement de laquelle il demande que sa voix lui soit rendue comme elle l’avait été à Zacharie. En ce jour quelques personnes ramassent de tous côtés les os d'animaux morts pour les brûler : il y en a deux raisons, (164) rapportées par Jean Beleth * : la première vient d'une ancienne pratique : il y a certains animaux appelés dragons, qui volent dans l’air, nagent dans les eaux et courent sur la terre. Quelquefois quand ils sont dans les airs, ils incitent à la luxure en jetant du sperme dans les puits et les rivières; il y avait alors dans l’année grande mortalité. Afin de se préserver, on inventa un remède qui fut de faire des os des animaux un feu dont la fumée mettait ces monstres en fuite; et parce que c'était, dans le temps, une coutume générale, elle s'observe encore en certains lieux. La seconde raison est pour rappeler que les os de saint Jean furent brûlés à Sébaste par les infidèles. On porte aussi des torches brûlantes, parce que saint Jean fut une torche brûlante et ardente ; on fait aussi tourner une roue parce que le soleil à cette époque commence à prendre son déclin, pour rappeler le témoignage que Jean rendit à J.-C. quand il dit : « Il faut qu'il croisse, et moi que je diminue.» Cette parole est encore vérifiée, selon saint Augustin, à leur nativité et à leur mort : car à la nativité de saint Jean-Baptiste les jours commencent à décroître, et à la Nativité de J.-C. ils commencent à croître, d'après ce vers : Solstitium decimo Christum praeit atque Joannem **. Il en fut ainsi à leur mort. Le corps de J.-C. fut élevé sur la croix et celui de saint Jean fut privé de son chef.

Paul rapporte dans l’Histoire des Lombards que Rocharith

 

* Cap. CXXXVII.

** Dix jours avant le solstice, arrivent la Nativité du Sauveur et celle de saint Jean.

 

165

 

roi des Lombards, fut enseveli avec beaucoup d'ornements précieux auprès d'une église de saint Jean-Baptiste. Or, quelqu'un, poussé par la cupidité, ouvrit de nuit le tombeau et emporta tout. Saint Jean apparut au voleur et lui dit : «Quelle a été ton audace de toucher à un dépôt qui  m’était confié? tu ne pourras plus désormais entrer dans mon église. » Et il en fut ainsi; car chaque fois que le larron voulait entrer en cette église, il était frappé à la gorge comme par un vigoureux athlète et il était jeté aussitôt à la renverse *.

 

 

 

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

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Baptème du Christ.

remarquez :

La colombe, signe de la participation de Dieu le Père

L'ange qui tient la tunique

Les nimbes en éllipse pleine (comme depuis Massacio, début XVe)

La peau de bête (jaune) sous le manteau rouge.

Le texte de l'évangile de Luc est celui-ci :

 Tout le peuple se faisant baptiser, Jésus fut aussi baptisé; et, pendant qu'il priait, le ciel s'ouvrit,  et le Saint Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix fit entendre du ciel ces paroles: Tu es mon Fils bien-aimé; en toi j'ai mis toute mon affection.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

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TROISIÈME REGISTRE.

 

1. Décollation.

 

 

Remarquez le parallélisme entre le geste de Jean-Baptiste baptisant le Christ et celui du bourreau levant son épée. S'il n'est pas fortuit, il peut suggérer que Jean reçoit ici le baptème par le sang.

Rappel : Marc 6:14-

Le roi Hérode [Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et de Pérée ] entendit parler de Jésus, car sa réputation se répandait partout. On disait de Jésus:

---C'est Jean-Baptiste qui est ressuscité d'entre les morts! C'est pour cela qu'il détient le pouvoir de faire des miracles.

D'autres disaient:
---C'est Elie.
D'autres encore:
---C'est un prophète comme il y en avait autrefois.

De son côté, Hérode, qui entendait tout cela, se disait:
---C'est celui que j'ai fait décapiter, c'est Jean, et il est ressuscité!

 En effet, Hérode lui-même avait fait arrêter Jean, l'avait fait enchaîner et jeter en prison, à cause d'Hérodiade, la femme de Philippe, son demi-frère, qu'il avait épousée. Car Jean disait à Hérode:

---Tu n'as pas le droit de prendre la femme de ton frère!

 Hérodiade, furieuse contre lui, cherchait à le faire mourir, mais elle n'y parvenait pas, car Hérode craignait Jean. Il savait que c'était un homme juste et saint. Il le protégeait donc. Quand il l'entendait parler, il en restait fort perplexe. Et pourtant, il aimait l'entendre. Un jour cependant, Hérodiade trouva une occasion favorable, lors de l'anniversaire d'Hérode. Celui-ci organisa ce jour-là une grande fête à laquelle il invita les hauts dignitaires de sa cour, les officiers supérieurs et les notables de la Galilée. Au cours du banquet, la fille d'Hérodiade [ La tradition retient le nom de Salomé] entra dans la salle: elle dansa, Hérode et ses invités étaient sous son charme. Le roi dit alors à la jeune fille:

   ---Demande-moi ce que tu voudras et je te le donnerai.

 Il alla même jusqu'à lui faire ce serment:

—Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, même si c'est la moitié de mon royaume.

 Elle sortit pour prendre conseil auprès de sa mère:
---Que vais-je lui demander?
---La tête de Jean-Baptiste, lui répondit celle-ci.

 Aussitôt la jeune fille se hâta de retourner auprès du roi pour lui exprimer son vœu en ces termes:
---Je veux que, tout de suite, tu me donnes sur un plat la tête de Jean-Baptiste.

Le roi en fut consterné, mais à cause de son serment, et de ses invités, il ne voulut pas le lui refuser. Il envoya donc aussitôt un garde en lui ordonnant de rapporter la tête de Jean. Celui-ci s'en alla décapiter Jean dans la prison. Il apporta la tête sur un plat et la remit à la jeune fille, et celle-ci la donna à sa mère. Lorsque les disciples de Jean apprirent ce qui s'était passé, ils vinrent prendre son corps pour l'ensevelir dans un tombeau.

Nous assistons donc ici à la décollation de Jean par le bourreau, mais celui-ci rengaine son épée, et  la tête est déjà sur le plateau, entre les mains de Salomé et d'Hérodiate. Les trois lancettes représentent une seule scène. 

 

 

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

2. Festin d'Hérode sur deux lancettes.

Présence de verre marbré.

Sur cette lancette, la jeune et jolie Salomé amène sur un plateau la tête de Jean à sa mère Hérodiate, qui assouvit sa haine en plantant un couteau dans l'œil du saint. 

Au bout de la table, Hérode, devant un plat d'or contenant peut-être un agneau, lève l'index . Il ne semble pas content content.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

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TYMPAN.

 

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

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Ajour supérieur :

Les armoiries (restaurées) de Boutteville d'argent à cinq fusées de gueules en fasce sont tenues par un guerrier  dans une couronne de feuillage. 

 

 

 

Tympan, verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

Tympan, verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

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Quatre ajours centraux : armoiries portées par des anges (patrons retournés) : alliance Boutteville, Kerimerc'h, (en partie refaites), Coëtquenan (modernes) et Du Chastel répétées (celle de gauche est ancienne). Anges jouant de la flûte sur les ajours latéraux (patron retournés). 

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Tympan, Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

Tympan, Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, photographies lavieb-aile.

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