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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 11:31

Les vitraux anciens de l'église Saint-Étienne de Beauvais. La baie n°9, chapelle Saint-Claude.

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Voir :

L'église Saint-Étienne :

La cathédrale :

Beauvais :

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Le principal intérêt de la visite des vitraux de saint-Étienne de Beauvais est d'y admirer des œuvres de l'un des plus beaux ateliers de peintres-verriers, celui des Le Prince, et d'y examiner notamment leur maîtrise du jaune d'argent, un mélange de sels metalliques (qui s'incorporent au verre à la cuisson) et d'ocre appliqué au revers des pièces.  

Les trois générations  de l'Atelier Le Prince (1491-1561) de Beauvais.

1°) Le plus ancien verrier de cette famille se prénomme Lorin, il est mentionné en 1491. 

2°) La seconde génération comprend Jean et Engrand Le Prince.

 Ce sont les auteurs des verrières de Saint-Vincent à Rouen, de l'Arbre de Jessé de l'église Saint-Étienne de Beauvais et de la verrière de Roncherolles de la cathédrale de Beauvais.

—Engrand est actif de 1522 à sa mort en 1531.

— Jean est actif de 1496 à 1538. Il collabore avec Nicolas Le Prince à la verrière de Saint-Claude de l'église Saint-Étienne de Beauvais et à celle du bras nord du transept de  la cathédrale de Beauvais

3°) Nicolas et Pierre Le Prince.

— Nicolas est sans-doute le plus prolifique de 1527 à 1551.

  • Louviers, La Légende de Théophile vers 1530

—  Pierre a signé vers 1530 le vitrail de la Santa Casa de N.D de Lorette de  l'église Saint-Étienne de Beauvais ; il travaillait encore en 1561.

 

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 LA CHAPELLE SAINT-CLAUDE AU NORD : LA BAIE N° 9 : "LÉGENDE DE SAINT-CLAUDE" PAR NICOLAS ET PIERRE LE PRINCE. 1527.

 

 

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Mesurant  7,20 m de haut et ; la = 2, 90 m de large,  elle comporte quatre lancettes lancéolées  organisées en deux registres à bandes légendées  et d'un tympan de 12 ajours.

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PM60003015

Cette verrière est consacrée à la vie de saint Claude (registre supérieur) et à deux de ses miracles (registre inférieur). Cette organisation en registres est une rupture par rapport à la disposition gothique en lancettes indépendantes, où chaque personnage est placé sur un socle et sous un dais de haute taille, afin de conserver à la figure une taille raisonnable. Ici, chaque registre horizontal comporte deux scènes, qui s'étendent donc sur deux lancettes en franchissant les limites des meneaux, mais les personnages gardent une taille humaine en raison, en bas, de la bande de verre blanc portant la légende, et en haut d'un arrière-plan situant la scène dans un paysage urbain ou naturel.

Sa date de 1527 la place sous le règne de François Ier et sous l'épiscopat d'Antoine Lascaris de Tende, et avant le concile de Trente qui luttera contre les excès du culte hagiographique au profit de thèmes plus théologiques. La figure du diable verdâtre que nous allons découvrir ne sera alors plus acceptable. 

L'ancien  chœur roman de Saint-Étienne fut remplacé à partir de 1506 par un chœur gothique flamboyant à déambulatoire et à chapelles rayonnantes, et c'est en 1522 que, les parties romanes étant détruites et la partie basse étant achevée, le nouvel autel fut consacré par Jean des Pleurs, évêque in partibus de Rhusium. Le premier vitrail à être posé, celui de l'Arbre de Jessé de la baie 5, est créé en 1522 par Engrand Le Prince, puis le même artiste crée en 1524 la Fontaine de Vie pour la baie n°4 : la baie n°7 est donc la troisième à être vitrée.

C'est une assemblée de paroissiens, de marguilliers et de chanoines qui décide des travaux : c'est donc elle qui fait le choix de l'iconographie des verrières.

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Le culte de saint Claude.

Saint Oyend,  4e abbé du monastère de Condat fut vénéré dès son vivant pour ses facultés de thaumature. Durant le haut Moyen-Âge, l'on venait depuis des provinces éloignées chercher la guérison auprès du saint, qui dispensait ses bienfaits à distance par l'intermédiaire d'huile sainte ou de "billets" sur lesquels étaient écrites des injonctions "contre les démons et les maux". La ville de Saint-Oyand se développa autour de l'ancien monastère. Saint Claude, moine bénédictin, devint abbé de Saint-Oyand autour des années 648/657 et 703/712, mais ce n'est que lorsque son corps fut retrouvé intact que la ville en profite pour étendre sa renommée comme lieu de pèlerinage, prenant alors le nom de Saint-Oyand-Saint-Claude, puis seulement de saint Claude au XVe siècle. 

Le récit de sa légende figure par exemple en 1537 dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine par Claude de Rota page 187  (en latin) et dans une édition en français de 1843 page 292.

 

 

Selon le site http://sanctuaires.coldev.org/index.php?r=cons&sr=cons&id=346

"De très nombreux miracles sont attribués à saint Claude depuis le XIIe siècle, dont certains ont été consignés dans des livres de miracles. En 1480, on parlait des "magna volumina stupenda admiratione conscripta", que les pèlerins pouvaient feuilleter à l'abbaye. La résurrection fait partie des miracles attribués à saint Claude depuis l'origine de son culte. À partir du XVe siècle, on a vu se multiplier les cas de résurrections d'enfants mort-nés (répits). Les guérisons de paralytiques, muets, sourds et aveugles sont parmi les miracles les plus fréquemment mentionnés concernant saint-Claude. À la fin du Moyen Âge, les miracles liés aux captifs ou naufragés ont été de plus en plus nombreux."

L'examen des enluminures des livres de dévotion du XVe siècle

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Le saint est vénéré par le roi Louis XI, qui s'y rend avec son père Charles VII, en tant que dauphin, puis  nouveau en 1456, et à la fin de sa vie  le 21 avril 1482. En 1499, après son deuxième mariage, avec le roi Louis XII, la reine Anne de Bretagne décida de visiter ce lieu de pèlerinage, en souhaitant un héritier  du royaume de France. La reine donna naissance à la princesse Claude de France, plus tard épouse de François Ier. Je n'ai réalisé qu'après coup ce que je venais d'écrire : Anne de Bretagne donna à sa fille le prénom Claude en lien direct avec ce pèlerinage, et donna ainsi au culte du saint du Jura un lustre extraordinaire au XVIe siècle. Dans l'abécédaire qu'elle fit enluminer par Guido Mazzoni, le saint évêque est figuré avec sainte Anne devant Anne de Bretagne et sa fille Claude. Image trouvée sur Wikipédia avec une légende erronée :

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https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Ab%C3%A9c%C3%A9daire_de_Claude_de_France

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On peut garder en mémoire que Claude de France, devenue reine de France en 1515, est morte en 1524, soit très peu de temps avant la date de cette verrière.

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Saint Claude et la ressuscitation des enfants.

Outre ces repères historiques, une autre indication peut être trouvée dans l'examen des enluminures. Le site Mandragore de la Bnf ne donne que deux images issues du N.A.F. 302 et N.A.F. 392 , et il est significatif que ces deux livres d'Heures datent de 1515 et 1533, encadrant la date de décès de la reine Claude et celle de la création de la verrière de Beauvais. 

  • N.A.F 392, fol. 157, Heures ango ad usum rotomagensem (Rouen) vers 1515. L'image ne représente qu'un saint évêque, mais l'antienne indique les compétences du saint :

    Desolator consolator, captivorum liberator, resurrectio mortuorum, lumen caecorum ,auditus surdorum, mutor um eloquium, tutor nauffragantium, impotentium et languidorum sanator, medicine refugium, via errantium salus omnium in te creden tuum

    http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Mandragore&O=07911622&E=1&I=76466&M=imageseule

    • N.A.F 302 fol. 80r Heures d'Antoine le Bon à l'usage de Rome, folio 80, 1533. Le premiere remarque est que saint Claude succède ici à saint Nicolas que l'enluminure représsente en train de ressusciter les trois enfants salés par le boucher. Car c'est aussi pour son pouvoir de ressusciter les enfants que saint Claude est invoqué, puisqu'il est représenté bénissant un enfant nu agenouillé à ses pieds, et le ressuscitant.

     http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Mandragore&O=052502484&E=167&I=75638&M=imageseule

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chapelle Saint-Eustache,

vitrail des «Scènes de la vie de saint Eustache» a été offert en 1554 par le marchand-drapier Eustache de la Croix qui est représenté avec sa femme Françoise de Nully. (offert par 3 familles différentes) Donateur du premier registre : Jean de Malinguehen (ancien maire de la ville) et sa famille 1) Vision de saint Eustache 2) Pillage des biens de saint Eustache

Paris, BnF, MSS NAL 302 folio 80r http://nossl.demo.logilab.fr/biblissima/id/Illumination/Mandragore/75482

Paris, BnF, MSS NAL 302 folio 80r http://nossl.demo.logilab.fr/biblissima/id/Illumination/Mandragore/75482

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De même, sur le site Enluminure qui regroupe les trèsors des bibliothèques municipales françaises, on trouve 28 exemples de miniatures représentant saint Claude, entre 1435 et 1533. Deux d'entre elles montrent saint Claude bénissant un enfant sortant de son tombeau : les Heures à l'usage de Tours vers 1490 Bibliothèque Mazarine Ms 0507 fol.157 : le texte reprend le même  suffrage que celui cité dans les Heures ango) "liberator resurectio mortuorum" :

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 ...et les Heures à l'usage de Rome de 1533 Avignon Res. 203 fol. 1

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L'ensemble de la verrière :

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Baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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REGISTRE SUPÉRIEUR.

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Registre supérieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Registre supérieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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On me permettra de laisser la parole, dans cette description, à un auteur dont le nom porte beau, l'archéologue, musicien et royaliste légitimiste Stanislas de Gaillard de Saint-Germain (1816-1852). C'est chic et cela permet une plongée dans un style délicieusement daté.

 

Lancettes A et B, registre supérieur.

  "Issu d'une famille illustre, saint Claude était à l'âge de 20 ans membre du chapitre de Besançon ; son goût pour la science théologique et les saintes écritures, ses progrès dans la vie spirituelle le placèrent bientôt parmi les prêtres les plus éminents en savoir et en sainteté de toute la Bourgogne. Après avoir possédé 10 ans son canonicat, il fut désigné miraculeusement par la voie du ciel pour succéder à l'archevêque de Besançon qui venait de mourir ; et malgré ses répugnances, force lui fut de céder aux vives sollicitations du peuple ; on le consacra donc en 626. Toutefois une humilité si profonde ne s'accommodait pas de ces grandeurs ; entraîné par un attrait irrésistible vers la retraite, il se démit des hautes fonctions archépiscopales qu'il avait remplies pendant 7 ans, pour aller revêtir l'habit obscur de simple religieux au monastère de saint-Eugent ou Ogent sur le Jura, limitrophe du diocèse  de Besançon. Il va sans dire qu'il y devint par sa ferveur un objet d'édification pour tous les religieux. Mais comme si les promesses faites aux humbles devaient à la lettre s'accomplir en lui, plus il cherchait l'abaissement, plus aussi les honneurs venaient l'assaillir, et il avait à peine passé 5 ans au monastère, que les moines le choisirent unaniment pour les gouverner en place de leur abbé. A ce trait seulement comence le vitrail, et c'est ce que représent les panneaux supérieurs des 1ers et 2e compartiments. Saint Claude, en habits pontificaux, semble sortir d'un oratoire ; deux religieux, vêtus de coules noires, le conjurent d'accepter la charge d'abbé ; mais lui convaincu de son indignité, se refuse à leur vœu. Deux autres religieux attendent près d'une porte de l'abbaye l'issue de la négociation de leurs députés. Une église, sans-doute celle du monastère, termine ce tableau." Au bas est écrit :

 

 "  Com[m]e sainct Claude en saincteté fulgent / CINQ ans après qu'hermite se voult rendre / fut postulé abbé de sainct Eugent / comme cellui, on n'avoit que reprendre / et l'allèrent en l'hermitage prendre / pour leur prélat les moyens dudit lieu. / Religieux veulent cecy comprendre / Eureux sont ceux qui ont bon père en Dieu /"

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Notez l'adjectif de moyen français fulgent, "brillant, éclatant" (fulgor), et voyez le sens du latin fulgeo "briller" mais aussi "attirer l'attention, provoquer l'admiration".

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Lancettes A et B, registre supérieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancettes A et B, registre supérieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Une image de détail permet d'admirer la finesse de la peinture en grisaille sur un verre bleu (architectures) et sur verre rose.

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Lancette A (détail), registre supérieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette A (détail), registre supérieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette C et D du registre supérieur.

 "Le sujet peint sur les deux panneaux suivants est la mort de saint Claude. Ce saint abbé est exposé sur le lit de parade en habits de chœur avec une chape rouge. Plusieurs religieux, vêtus de blanc et de noir, entourent ces vénérables dépouilles ; l'un d'eux écrit, d'autres récitent des prières, jettent de l'eau bénite, encensent, portent les insignes épiscopaux, et procèdent aux premières cérémonies funèbres. On lit :"

Com[m]e sainct Claude fut dud[it] monastère / le père abbé par soixante cinq ans / lequel après que vie trèsaustère / eust demeuré tout le cours de son temps / le benoist sainct dage d'ung et cent ans / l'ame rendit et aux saincts cieulx ravie / Notez ch[ac]un tant petits com[m]e grans. / la bonne fin ensuit la bonne vie. 

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Jean Lafond (1929, p.93) a exprimé son enthousiasme pour "cette prodigieuse réussite dans ce domaine" :

"Avec ses blanches figures de moines, le dressoir où la vaisselle d'étain brille doucement et l'angelot "réservé" sur le lambris de chêne, la lancette de droite est l'une des merveilles de la peinture sur verre."

 

Lancettes C et D, registre supérieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancettes C et D, registre supérieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette C.

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Lancettes C, registre supérieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancettes C, registre supérieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette D.

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Lancette  D, registre supérieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette D, registre supérieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette D (détail), registre supérieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette D (détail), registre supérieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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REGISTRE INFÉRIEUR. 

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Baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancettes A et B du registre inférieur.

"On voit dans les panneaux de la fenêtre les deux grands miracles de ce saint. Une femme, nommée Poncia, caressait son enfant ; pendant cette effusion de tendresse maternelle, Satan lui apparaît : « si tu m'immoles ce fils chéri, lui dit-il, les trésors de la terre sont à toi ». Séduite par cette promesse menteuse, la misérable mère passe des témoignage de l'amour aux plus violents transports de rage, et égorge ce fils qu'elle couvrait de baisers. Le démon, à son tour, loin de réaliser ses belles paroles, veut étrangler la femme. C'est l'action que l'on voit ici. Un hideux diable vert, à tête de vache, embrasse l'infanticide d'une horrible étreinte. A ses clameurs le mari accourt tout éploré, le démon s'échappe ; mais Poncia est muette et perclue des deux bras ; Jean se confie à Dieu, mène sa femme au tombeau de saint Claude, et après beaucoup de prières et de larmes obtient le pardon pour le crime et guérison pour les maux de sa femme."

 

 Com[m]e une femme par fureur de courage / son propre enfant occist et mist [à mort] / dont le diable en vengeant cest outrage / lors étrangla la femme et mil [...] / quand le mari entre vyt cest [effort ?] / pour son refuge s'en vint à [...] / recouvra vie qui fut grand reconfort pour qui Dieu aide le diable ne [...] ..

J'ai cherché longtemps où Stanislas de Gaillard de Saint-Germain avait trouvé les prénoms du couple : Pontia et Jean. J'ai fini par trouver ce détail dans la vie De sancto Claudio confessore qui complète la Légende Dorée dans l'édition qu'en donna Claudius de Rota au début du XVIe siècle : ici et ici  : 

Mulier quedam pontia nomine thalamo suo quadas die residens filium materno affectu blandis amplexibus refovebat : et miti susurro cantilene demulcens deosculabatur eum. Sed callidus humani generis tentator veneno inuidie tabescens muliercule peccatrici foveam perditionis preparabat. Qui fenestram aduolans sub imagine corvina mulieris assistebat auricule et sub mellis dulcedine virus effundens aurum : et argentum et mundi fallentes divitias promittebat si acquiescens ei filium enecaret. Sic malignus innata calliditate maternum pectus exasperans matrem armavit in filium. Que in ora sui pignoris pollicem iniiciens : pietatis oblita guttur digitis comprimebat. Tunc inimicus innocentie in faciem evolat mulieris et ungues insigens gutturi matrem eum filio suffocabat. Quos pauco murmure vix reclamantes : commater audiens admirans quid hoc esset celeriter intravit cameram et rem inaudita oculo perspiciens exclamavit. Deinde ioannes maritus pontie post commatrem suam accurens uxorem et filium iacere vidit exanimes : et apprehendens eam mutam et manibus debilitam invenit. Et cognito a commatre qualiter uxor eius opressa a demone filium suum iugulare tentasset : profusis lacrymis illam deo et beato claudio reddidit. Quibus statim ad sepulcrum beati claudii pariter properantibus et in orationibus prostratis : infelix mulier : quia ore non poterat veniam delictorum et corporis sanitatem cordis affectu postulabat. Et paulo post consurgens manuum sanitate recepta non solum verbo simplici loquebatur : sed etiam hostis insidiantis machinam insuper dei et beati claudii magnalia expedite enarravit. 

Cela nous assure que les commanditaires de la verrière de Beauvais disposaient précisément de ce texte.

 

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ELLE TUE SON ENFANT DANS UN ACCES DE FOLIE ET RESTE PARALYSÉE ! ELLE RÉCUPÈRE APRÈS UN SÉJOUR EN RÉÉDUCATION A L'HÔPITAL SAINT-CLAUDE.

Au XVIe siècle, la plupart des infanticides sont l'œuvre de mères célibataires ou de grossesses illégitimes. Mais ici, Pontia est une femme mariée qui aime son enfant. Le drame qui est figuré peut être perçu par nos sensibilités contemporaines comme celui d'un accident neurologique spectaculaire avec passage à l'acte, paralysie et aphasie, ou bien comme une crise psychiatrique aigue avec folie meurtrière après hallucination auditive et bouffée délirante. Par exemple lors d' une décompensation de psychose puerpérale. Bref, "ça" nous parle.

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Registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette A.

Selon J. Lafond, "la tête de l'affreux monstre vert a été fort bien restaurée d'après une estampe célèbre d'Albrecht Dürer".

 

 

Lancette A, registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette A, registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette A, registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette A, registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Je ne tiens pas spécialement à vous faire faire des cauchemards, mais simplement à poser la question : comment cela est-il peint ? Le diable nous apparaît vert mais couvert de pustules comme la peau d'un crapaud. Le peintre est parti d'un verre blanc (ou bleu clair comme celui des fenêtres) sur lequel il a peint à la grisaille les détails au trait : yeux, museau et naseaux, crocs et dents, et sans-doute les tonalités plus sombres de la fourrure. Puis, il a placé au revers le jaune d'argent en touches plus ou moins rondes et larges pour rendre les pustules. Peut-être a-t-il aussi étalé un jaune d'argent plus dilué sur tout le verre pour le verdir. J'aimerais en savoir plus.

 

Lancette A, registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette A, registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette B.

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Lancette B, registre inférieur,  baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette B, registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancettes C et D du registre inférieur.

" On voit sur le panneau suivant une partie du miracle des noyés qui recouvrent la vie par l'intercession de saint Claude. Ces deux enfants sont entraînés par le courant ; la mère se lamente et s'arrache les cheveux, le père veut les sauver. Ce même sujet est traité plus complètement sur une vitre de Marissel (près Beauvais). Nous y avons emprunté quelques mots à l'inscription qui est aussi mutilée ; mais de ces deux débris, il n'est malheureusement résulté rien de parfait.

 

Sur un monument dans le lointain de ce dernier tableau, on découvre NICOL. JH, signatures de Nicolas et Jean Lepot, peintres sur verre à Beauvais. Simon a donc commis une erreur en attribuant ce vitrail a Angrand Le Prince."

Légende :

Selon Isabelle Isnard, Monuments historiques 1999 :

/ comme jadis [...] deux enfants innocens devant leurs parents / perdirent presque [...] sainct Claude vouèrent /[...] comme[...] / les enfants se noièrent [...] / ung estant mort, l'autre / incontinent [...] .

Ma leçon :

 

/ Comme jadis deux enfans innocens /  dont leurs parents perdirent presque sens /  Ce non obstant à sainct Claude vouèrent / [...] comme sein l'élancèrent /Comme l'espace d'un stade / Les enfants estoient es eaux retirés / Ung etans mort l'autre navré / incontinent fure d'alleare [pour "allègre ?]  et dispos.

Notes :
a) l'adjectif "innocent" 
b) Le terme "navré" renvoie au verbe navrer, qui, en moyen français, signifie "blesser, meutrir", et dont les rapports étymologiques avec le verbe naufrager sont discutés par le CNRTL
Ma lecture de ce texte est confirmée par le texte de la Légende Dorée qui semble avoir servi de source (à un restaurateur ?):
"Deux enfants jouaient sur le bord qu'on appelle le Doubs, et le pied leur glissa, et ils tombèrent dans l'eau ; le courant était rapide, et ils furent emportés, et leur mère courait sur le rivage en s'arrachant les cheveux et en jetant des cris de désespoir. Au bout de l'espace d'un stade, les enfants furent retirés des eaux : mais leurs parents ayant invoqué l'assistance de Dieu et de saint Claude, ils se trouvèrent aussitôt tous deux allègres et dispos".
Ce texte correspond exactement à la version de la Legenda Aurea (1535) ou Lyon 1519 et 1554 ou Rouen 1546, une  édition latine de la Légende dorée revue et augmentée par le frère précheur Jacobin lyonnais Claude de la Roue actif sous Louis XII et François Ier . 

 

 :
Duo pueruli etatis primeue innocentia simplices apud furriacum in ripa fluminis pueriliter colludebant. Quorum alter properantis aque levitatis inscius pedem fluminis immergens preceps elabitur : qui manus tremulas circunquaque iaciens mater voce consusa clamitabat. Hunc statim alter subsequitur. Tunc ambo perplexis genibus submersi tempestuoso annis in impetu rapiuntur. Hec mora filiorum parentibus innotuit naufragisi improvisi excitantur inconsulte properant : clamore obstrepunt chara pignora deo et sancto claudio tota devotio ne committunt : et puerisnon compartentibus plus spacto unius stadum currunt precipites donec advndarum superficiem redeuntes immisos fluctibus extraxerunt horum alter feminiuus : alter venis deficientibus frigidus aquis reiectis quas absorbuerant respirantes virtute dei et beati claudii patre et matre attestantibus : ad pristinum vite statum sani et hilares redierunt. (bas de première colonne de la page 134)
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Lancettes C et D, registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancettes C et D, registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette C.

 

 

Lancette C , registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette C , registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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La signature de Nicolas Le Prince.

Je ne déchiffre que les lettres NICOL, mais Jean Lafond a lu (en 1929) aussi les lettres IH, "interprêtées depuis longtemps comme les signatures de Nicolas et "Jehan" Le Prince".

Il ajoute :

"Les lettres NIC sont tracées deux fois, avec la date : MAI 1527, sur les corniches, les frontons et les cartouches de l'arc de triomphe qui décore le tympan. On y lit aussi les lettres AVE. Un fragment d'inscription QVAN[D?] est tracé sur une corniche, au sommet du tableau du diable vert. L'une des colonnettes du lit de saint Claude porte un cartouche avec la lettre N (?) coupée par le meneau". [...Ces lettres NIC ] constituent le plus ancien document que nous possédions sur la longue carrière artistique de Nicolas Le Prince. Le second en date lui ressemble beaucoup, c'est la curieuse inscription VIVE NICOL... qu'on lit à Gisors sur le vitrail de la Légende de saint Crépin et de saint Crépinien

Or, il se trouve que pour figurer à Marissel-les-Beauvais, dans le vitrail Saint Claude, le miracle des Enfants Noyés, l'auteur s'est servi du même carton qui représente à Gisors la noyade des deux martyrs dans l'Aisne. Mais l'inscription (par malheur incomplète et mal restaurée) était jadis pareille à celle de  Beauvais.

D'autre part, à Marissel comme à Beauvais, le réseau de la fenêtre est consacré au même sujet, traité de la même façon dans les deux œuvres. S'agit-il, comme l'a avancé Stanislas de Saint-Germain, du Pèlerinage de Saint Claude ? Ce n'est pas impossible, bien qu'il soit difficile de reconnaître une statue dans la figure assise qui reçoit l'hommage des pèlerins. Il nous semble plus vraisemblable d'admettre que l'artiste a représenté ici le saint archevêque de Besançon accueillant, de son vivant, la multitude des "nobles, des bourgeois et des ecclésiastiques qui venaient à lui attirés par le renom de sa sainteté et lui demandaient ses conseils pour arriver à la perfection" (Légende Dorée, supplément, trad; G. Brunet, p. 294).

Quoiqu'il en soit, le Saint Claude de Beauvais, qui porte la signature de Nicolas Le Prince, est comme la tête de toute une série  d'œuvres remarquables parmi lesquelles on signalera seulement aujourd'hui, en dehors des vitraux de Gisors et de Marissel, déjà cités, le Saint Crépin de Clermont [Oise], plusieurs verrières à Chevrières et à Guignecourt (Oise) et l'exquis Saint Théophile de Louviers (Eure), auxquels il faut joindre probablement certains vitraux de Villotran et ceux abominablement restaurés d'Agnetz.

Parmi les caractéristiques de ce groupe qui se font déjà jour dans le Saint Claude de Beauvais, on peut relever l'emploi de verres jaunes, lie de vin, bruns, etc., dans les fabriques , et l'excessive petitesse des têtes. Le visage du moine agenouillé devant saint Claude est peint sur un grand morceau de verre blanc. Aucun plomb ne souligne le contour noir du profil. Les cheveux et les traits sont modelés en grisaille brune, et la carnation est donnée par un peu de "jeancousin" appliqué à l'extérieur".

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Signature de Nicolas Le Prince, lancette C, registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Signature de Nicolas Le Prince, lancette C, registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette D.

 

Lancette D , registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette D , registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Ce qui est magique pour moi, c'est que j'ai regardé ce vitrail, je l'ai photographié, j'ai trié et cadré mes photos, je les ai mis sur cet article, mais ce n'est qu'au moment où je découvre le récit du miracle que les détails de l'image surgissent comme s'ils émergeaient soudain de la brume. Je VOIS la mère vociférant, je vois les corps des deux enfants se noyant dans le Doubs, je vois les parents étreignant leurs enfants sani et hilares

Lancette C , registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette C , registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette D , registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette D , registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette D , registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette D , registre inférieur, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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TYMPAN.

"La partie supérieure de la fenêtre, divisée en nombreux compartiments par des meneaux contournés, représente le saint évêque de Besançon en habits pontificaux, tenant de sa main gauche la double croix archiépiscopale et de la main droite donnant sa bénédiction. Deux pèlerins, les mains jointes, le bourdon sur l'épaule, sont prosternés aux marches de son trône ; dans le lointain on voit les fidèles accourir à ce pèlerinage du Jura, si célèbre au Moyen-Âge, où le corps de saint Claude , conservé intact, opérait tant de prodiges, et que le peintre aura voulu rappeler ici."

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Tympan, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Tympan, baie n°9, église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

 

 

 

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SOURCES ET LIENS.

— Les vitraux de l'église Saint-Etienne sur le site de l'Association Beauvais Cathédrale  ABC :

http://www.cathedrale-beauvais.fr/nouveausite/saintetienne/vitraux/vitrauxste.html

— Le site www.patrimoine-histoire :

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Beauvais/Beauvais-Saint-Etienne.htm

— Wikipédia :

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-%C3%89tienne_de_Beauvais

—Site therosewindow

http://www.therosewindow.com/pilot/Beauvais-st-etienne/table.htm

— 28 Enluminures des bibliothèques municipales représentant saint Claude :

http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr ACTION=CHERCHER&FIELD_98=SUJET&VALUE_98=%27Saint%20Claude%27&DOM=All

— Enluminures de la Bnf du site Mandragore : Bnf N.A.F 302 et 392

http://mandragore.bnf.fr/jsp/classementThema.jsp

  • Heures d'Antoine le Bon à l'usage de Rome , 1533, http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Mandragore&O=052502484&E=167&I=75638&M=imageseule
  • Heures ango ad usum rotomagensem (Rouen) vers 1515, http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Mandragore&O=07911622&E=1&I=76466&M=imageseule

— BRUNET (G.) 1843  La Légende Dorée par Jacques de Voragine, traduite du latin et précédée d'une notice historique et bibliographique par M. G. B[runet]. Première (-deuxième) série, 1843.

 

https://books.google.fr/books?id=vuliAAAAcAAJ&dq=miracle+%22saint+claude%22&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— CALLIAS-BEY (Martine) , Véronique CHAUSSÉ , Françoise GATOUILLAT ,Michel HÉROLD, 2001, Les Vitraux de Haute-Normandie, Corpus vitrearum ; Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Commission régionale Haute-Normandie. Nombreuses pages sur l'atelier Leprince, 48-49 etc.

— DANJOU (1847), Note sur les vitraux de l'église Saint-Étienne de Beauvais,  Société académique de l'Oise. Mémoires de la Société académique d'archéologie, sciences et arts du département de l'Oise. 1847 (T1) page 62.

http://visualiseur.bnf.fr/ark:/12148/cb32813221g/date1847

— DÉNOIX (Fanny Descampeaux Dénoix des Vergnes ) Beauvais ...Description matérielle : In-18, III-194 p. Édition : Beauvais : tous les libraires , 1868. 2e éd., page 125 et suivante.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65168165/f138.image

— HÉROLD (Michel), 1995, L'atelier des Leprince et la Normandie, Vitraux retrouvés de Saint-Vincent de Rouen , Rouen, musee des beaux-arts , 190 pages, p. 44-5

— LAFOND (Jean), 1943, Pratique de la peinture sur verre à l'usage des curieux suivi d'un essai sur le jaune d'argent et d'une note sur les plus anciens verres gravés [s. n.] (Rouen) 

— LEBLOND (Dr Victor),1921, L'art et les artistes en Île de France au XVIe siècle  d'après les minutes notariales  . Beauvais & Beauvaisis. Paris : E. Champion ; Beauvais : Imprimerie départementale de l'Oise, 1921. 352 p.-VII, VII pl. ; 25 cm.

— LEBLOND (Dr Victor) LAFOND (Jean) 1929, L'Eglise Saint-Etienne de Beauvais. / [Dr.] V[ictor] Le Blond. étude sur les vitraux par Jean Lafond.  Paris. 1929 38 grav. et 1 plan  pages 65-118.

— LEBLOND , 1924, Nicolas le Prince, verrier et tailleur d'images  : un artiste Beauvaisin au XVIe siècle / Dr Victor Leblond

— PERROT (Françoise), GRODECKI (Louis), 1978, Les vitraux de Paris, de la région parisienne, de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais , Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France Centre national de la recherche scientifique, 1978 - 275 pages

— SAINT-GERMAIN (Stanislas de ), 1843, Notice historique et descriptive sur l'église Saint-Etienne de Beauvais page 61 et suivantes.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6517959k.r=%22saint-etienne%22

 

 

 

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 23:13

L'une des caractéristiques des chapelles bretonnes se trouve être leurs pignons "à crochets". La chapelle du Sillon de Camaret va me permettre des Travaux Pratiques sur ce point d'architecture sur lequel j'ai besoin de sérieuses révisions. Mais, ce faisant, je vais faire une petite découverte jubilatoire.

J'ai choisi comme  enseignant un vieux monsieur, Eugène Viollet-le-Duc. J'ouvre son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle Éd. Bance-Morel 1854-1868 à l'article (en ligne) "Crochets". Dans le volume 4, page 400. 

https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle/Crochet

C'est ma première découverte. J'ignorai la richesse de ce Dictionnaire, mais j'y trouve le simple crochet d'architecture traité comme un prince, avec un luxe de détails, une qualité des illustrations, un souci pédagogique et une maîtrise de l'écriture qui me laissent pantois et ravi. 

CROCHET, s. m. Crosse. C’est le nom que l’on donne aujourd’hui à ces ornements terminés par des têtes de feuillages, par des bourgeons enroulés, si souvent employés dans la sculpture monumentale du moyen âge à partir du XIIe siècle. Les crochets se voient dans les frises, dans les chapiteaux, sur les rampants des gâbles ou pignons, dans les gorges des archivoltes entre les colonnettes réunies en faisceaux. Le XIIIe siècle a particulièrement adopté cet ornement ; il s’en est servi avec une adresse rare.

AncreAncreAncreAncreAncreAncre Les premiers crochets apparaissant sous les tablettes de couronnement des corniches ornent déjà certaines églises bâties de 1150 à 1160. Ils sont petits, composés, à la tête, de trois folioles retournées ressemblant assez aux cotylédons du jeune végétal. La tigelle d’où sortent ces feuilles est grosse, élargie à la base, de manière à s’appuyer sur le profil servant de fond à l’ornement . Vers 1160, le crochet se montre bien caractérisé dans les chapiteaux ; le chœur de Notre-Dame de Paris, élevé à cette époque, est entouré de piliers cylindriques dont les chapiteaux n’ont plus rien de la sculpture romane. Ce sont des feuilles sortant de bourgeons, à peine développées, et, aux angles, des crochets à tiges larges, puissantes, à têtes composées de folioles retournées sur elles-mêmes, grasses et modelées avec une souplesse charmante . Bientôt ces folioles font place à des feuilles ; la tête du crochet se développe relativement à la tigelle ; celle-ci est divisée par des côtes longitudinales, comme la tige du céleri. Si les crochets sont posés dans une gorge d’archivolte, il arrive souvent que la base de la tigelle côtelée est accompagnée d’une feuille avec son coussinet bien observé, tenant à cette tigelle  ; ce qui donne une grâce et une fermeté particulières à cette sorte d’ornementation . Vers 1220, le crochet ne présente plus qu’un bouquet de feuilles développées, mais toujours roulées sur elles-mêmes ; l’imitation de la nature est plus exacte, la masse des têtes est moins arrondie et s’agrandit aux dépens de la tige.  Vers 1230, cette végétation de pierre semble s’épanouir, comme si le temps agissait sur ces plantes monumentales comme il agit sur les végétaux. Cependant, peu à peu, les têtes de crochets tendaient à se modifier ; ces feuilles, de recourbées, d’enveloppées qu’elles étaient d’abord dans une masse uniforme, se redressaient, poussaient pour ainsi dire, s’étendaient sur les corbeilles des chapiteaux, sous les profils des frises. À la Sainte-Chapelle de Paris (1240 à 1245), on voit déjà les têtes des crochets devenues groupes de feuilles, se mêlant, courant sous les corbeilles ; des pétioles sortent des tiges côtelées .

 

Ancre

Sur le rampant des gâbles qui couronnaient les fenêtres, dès le milieu du XIIIe siècle, le long des pignons des édifices, on posait des crochets incrustés en rainures dans les tablettes formant recouvrement . En 1260, on renonçait déjà à les employer, et on les remplaçait par des feuilles pliées, rampant sur les tablettes inclinées des pignons et se relevant de distance en distance pour former une ligne dentelée. Pendant le XIVe siècle, les crochets des rampants de pignons ou de gâbles prennent plus d’ampleur ; ils se conforment, dans l’exécution, au goût de la sculpture de cette époque ; ils deviennent contournés, chiffonnés ; ils sont moins déliés que ceux du siècle précédent, mais figurent des feuilles pliées et ramassées sur elles-mêmes.

AncreAncreAu XVe siècle, au contraire, les crochets de rampants prennent un développement considérable, sont éloignés les uns des autres et reliés par des feuilles courant le long des rampants ; ils adoptent les formes contournées de la sculpture de cette époque. Mais, dans l’Île-de-France particulièrement, leur exécution est large, pleine de verve, de liberté et de souplesse ; les feuilles qui les composent sont des feuilles de chardons, de passiflores, de choux frisés, de persil, de géranium.

Ce genre d’ornement appartient à l’époque gothique, il est le complément nécessaire des formes ascendantes de cette architecture ; il accompagne ses lignes rigides et détruit leur sécheresse, soit que ces lignes se découpent sur le ciel, soit qu’elles se détachent sur le nu des murs ; il donne de l’échelle, de la grandeur aux édifices, en produisant des effets d’ombres et de lumières vifs et pittoresques. Dès que la Renaissance revient à ce qu’elle croit être l’imitation de l’antique, le crochet ne trouve plus d’application dans l’architecture. Pendant la période de transition entre le gothique et la renaissance franche, c’est-à-dire entre 1480 et 1520 ; on signale encore la présence des crochets rampants. Il en est qui sont fort beaux et finement travaillés"

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La chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour a été reconstruite au XVIIe siècle, entre 1647 (nef) et 1657 (clocher) comme l'indiquent les inscriptions lapidaires ; mais à l'intérieur, l'arc de décharge isolant  le chœur de la nef a été ajouté avec la sacristie entre 1610 et 1648. Et dans la nef, deux piliers et arcs en ogive sont  de style roman. 

En effet, la chapelle actuelle a succédé à deux édifices ; le premier remonte à 1183 et était déjà dédié à N.D de Rocamadour. Une bulle papale de 1373 atteste l'existence d'une chapelle dédiée à la Sainte Vierge sous le vocable de Rocamadour : Capella Beatae Mariae Ripeamatoris 

Le second est gothique flamboyant et date de 1527 comme l'indique une pierre de fondation en kersanton placée à l'entrée. Les deux portes de l'ouest et du sud datent sans-doute de 1527. 

Mon intérêt se porte d'abord sur la porte sud, en gracieuse anse de panier "agrémentée d'un arc en accolade soutenu par des masques grimaçants et surmonté d'un fleuron. Au-dessus du portail, une pierre est sculptée aux armes des seigneurs de Crozon, successeurs des Rohan, représentés par la famille de Goulaine." (Topic-topos). Examinant les crochets en pierre de kersanton, j'ai la surprise de constater qu'ils sont tous différents. 

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Porte sud de la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Porte sud de la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

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Le premier, en bas et à gauche, est une feuille aux bords frisés, et dont le foliole se replie sur lui-même.

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Crochet de l'accolade, porte sud de la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Crochet de l'accolade, porte sud de la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

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Le second est plus simple, ses bords sont lisses, mais ses nervures sont plus dynamiques et la feuille tend à se redresser.

Crochet de l'accolade, porte sud de la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Crochet de l'accolade, porte sud de la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

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En bas à droite, nous retrouvons une feuille timide, refermée sur elle-même, mais elle différe de son homologue de gauche car ses bords sont réguliers, juste indentés par un discret frisson.

 

Crochet de l'accolade, porte sud de la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Crochet de l'accolade, porte sud de la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

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En haut à droite, l'extrémité de la feuille (son "bourgeon" ?) reste atone, incapable de se dresser, mais elle s'épanouit, dans cette posture recroquevillée, en larges lobes comme celle de la vigne. Surtout, elle se développe à partir d'une base frisée à l'extrême, sarmenteuse et tourmentée.

 

 

 Crochet de l'accolade, porte sud de la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Crochet de l'accolade, porte sud de la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

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Surpris de voir que le sculpteur de pierre a poussé le souci d'excellence jusqu'à créer pour chaque crochet un type végétal différent, je regarde autour de moi à la recherche d'autres crochets. Ce serait drôle si...

J'aperçois le rampant du pignon est avec son monstre à la base, (on voit à chaque angle la queue de trois autres de ses semblables qui n'ont pas si bien resisté), puis trois beaux exemples de crochets. Chacun différents, mais manifestement taillès selon un principe organisateur par lequel le foliole se dresse progressivement au fur à mesure qu'il se rapproche du faîte.

Eh eh, amusant ! Je suis passé cent fois ici sans voir ce détail !

La pierre a changé, il ne s'agit plus de Kersanton et j'ignore l'expertise lithologique que Louis Chauris a du en donner.  Ces crochets datent sans-doute du XVIIe. Les feuilles frisées sont absentes, au profit d'une ligne plus dépouillée mais plus tonique, bien structurée par les nervures. Suivons du bas vers le haut leur épanouissement.

 

Rampant du pignon est , chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Rampant du pignon est , chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Rampant du pignon est , chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Rampant du pignon est , chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

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Rampant sud du pignon est , chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Rampant sud du pignon est , chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Rampant du pignon est , chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Rampant du pignon est , chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Le rampant nord du pignon était à l'ombre, mais j'ai pris plaisir à retrouver le même principe de disposition des crochets. Pas de doute, cette ouverture progressive des feuilles n'est pas l'effet d' un hasard.

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Rampant nord du pignon est, chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Rampant nord du pignon est, chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Je terminais mon tour par la porte principale du pignon occidental avec son parement de kersanton. Comme sur la porte sud, on retrouve la variété des crochets dont certains sont frisés et d'autres lisses.

Porte ouest, chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Porte ouest, chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Crochet de l'accolade, porte ouest, chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Crochet de l'accolade, porte ouest, chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

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Crochet de l'accolade, porte ouest, chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Crochet de l'accolade, porte ouest, chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

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Crochet de l'accolade, porte ouest, chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Crochet de l'accolade, porte ouest, chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

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Ah, c'est plus fort que moi, je ne peux pas quitter la chapelle sans lever les yeux vers son inscription de la base du clocher pour m'amuser de ses N rétrogrades et déchiffrer à nouveau le texte.

"Mre : A KAVDREN: RECTEVR/I: DANIEL CVRE. 1685. Y. PALVD. F." (Messire Alain Keraudren, recteur [de 1671 à 1713] . I. Daniel curé. 1685. Yves Palud Fabricien.) .

 

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Flanc sud de la tour du clocher, chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

Flanc sud de la tour du clocher, chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, photo lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

COUFFON (René), 1988,  Couffon, Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/4b3215959bb6af1be706479a2a28376d.pdf

TÉPHANY (Jean), 1904, "Une bulle de Grégoire XI relative à une chapelle de Notre-Dame-de-Rocamadour au diocèse de Quimper",  Bull. Diocésain Histoire Archéologie Quimper, pages 129-136.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1904.pdf

— Site fr. topic-topos.

http://fr.topic-topos.com/portail-sud-de-la-chapelle-notre-dame-de-rocamadour-camaret-sur-mer

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 22:42

Retour à Camaret : le cimetière de bateau du Sillon de Rocamadour.

Non, je ne vais pas refaire mon article d'avril 2013. Juste quelques clichés pour le plaisir. Souvent les mêmes qu'en 2013.

Voir :

Le cimetière de bateaux du Sillon de Camaret.

Le cimetière de bateaux du Sillon de Camaret.(2)

Les 125 articles de mon blog sur le patrimoine de la Presqu'île de Crozon. ​

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Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile

Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile

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Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile

Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile

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Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile.

Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile.

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Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile.

Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile.

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Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile.

Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile.

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Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile

Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile

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Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile.

Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile.

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Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile.

Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile.

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Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile.

Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile.

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Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile.

Sillon de Camaret,15 mars 2016, photo lavieb-aile.

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 20:53

L'hélice d'un escorteur d'escadre à Lanvéoc (29).

Z' aimez les zélices ? J'en fait mes délices !

(sur l'air de "Tes laitues naissent-elles ? Oui mes laitues naissent").

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Voir :

L'Hélice de la Jeanne-d'Arc à Morgat : entre Babar et Moby Dick.

Les 125 articles de mon blog sur le patrimoine de la Presqu'île de Crozon. ​

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A 16h51 le mardi 15 mars 2016, Le Commandant L’Herminier F791, un aviso type A69, classe d’Estienne d’Orves spécialisé dans la lutte anti-sous-marine côtière, passait entre la Pointe du Gouin de Camaret et le phare du Minou pour s'apprêter à franchir le Goulet de Brest. Or, j'ignore tout de l'hélice de ce navire. C'est frustrant. On nous cache tout. (voir en fin d'article plus d'info)

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L'Aviso Commandant-L'Herminier F791 rentrant au port à Brest.

L'Aviso Commandant-L'Herminier F791 rentrant au port à Brest.

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Les dessous chics
C'est ne rien dévoiler du tout
se dire que lorsqu'on est à bout
c'est tabou (Serge Gainsb
ourg)

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Quelques minutes auparavant, j'avais examiné, que dis-je, j'avais touché l'hélice d'un  escorteur d'escadre, réalisée en laiton haute résistance aux chantiers navals de Nantes, et je pouvais en donner le poids (10,5 T) et le diamètre (3,70 m). La Marine Nationale l'avait offerte à la ville de Lanvéoc qui, peut-être embarrassée par ce bibelot, l'avait posé sur un espace-vert urbain. Une question m'obséde encore : cette hélice a-t-elle réellement navigué? (l'absence du nom du "bâtiment de combat" sur la plaque de présentation apposée dans le square me taraudait).   En un mot, car cela lui confère toute sa valeur,  a-t-elle été portée ?

Les dessous chics 
ce sont des contrats résiliés 
qui comme des bas résillés 

ont filé.  (Serge Gainsbourg)

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Hélice d'un escorteur d'escadre, Lanvéoc, photo lavieb-aile.

Hélice d'un escorteur d'escadre, Lanvéoc, photo lavieb-aile.

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les dessous chics
c'est la pudeur des sentiments
maquillés outrageusement
rouge sang


 

Hélice d'un escorteur d'escadre, Lanvéoc, photo lavieb-aile.

Hélice d'un escorteur d'escadre, Lanvéoc, photo lavieb-aile.

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les dessous chics
c'est se garder au fond de soi
fragile comme un bas de soie

 

Hélice d'un escorteur d'escadre, Lanvéoc, photo lavieb-aile.

Hélice d'un escorteur d'escadre, Lanvéoc, photo lavieb-aile.

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les dessous chics
c'est une jarretelle qui claque
dans la tête comme une paire de claques 

 

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DOSSIER TECHNIQUE.

Cette hélice a été réalisée par la Société Nantaise de Fonderie avec de l'acier Nantial. C'est avec cet alliage que seront fondues les hélices du paquebot France.

Hélice d'un escorteur d'escadre, Lanvéoc, photo lavieb-aile.

Hélice d'un escorteur d'escadre, Lanvéoc, photo lavieb-aile.

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Cette société porte aujourd'hui le nom de Fonderie Atlantique Industrie. Son site permet de découvrir cet historique : 

http://www.fai-nantes.com/presentation.php

La société a été créée en 1908, par les frères BABIN - CHEVAYE, fils du dirigeant et fondateur des Ateliers et Chantiers de la Loire (ACL).En 1918, la société s'agrandit et prend le nom de Nantaise de Fonderie. Elle continue à s'agrandir entre 1919 et 1921 en gardant sa spécialité fer et fonte.

En 1937, une fonderie de cuivre est créée parallèlement aux activités de fer et de fonte. Cette même année, la société se dote d'un four réverbère d'une capacité de 20 tonnes. A compter de cette date, la fonderie de cuivre se spécialise dans la fabrication d'hélices de bateau en alliage cupro-aluminium, alliage déposé sous le nom de "Nantial". 

Après de nouveaux agrandissement en 1952 et dans les années 60, la Nantaise de Fonderie est touchée par la crise pétrolière et le recul de la construction navale en France et en Europe.

En 1977, c'est le dêpot de bilan après diverses tentatives de reprise, c'est le groupe britannique LANGHAM Industrie, et sa filiale française, la Fonderie phocéenne à Marseille, qui reprend la société en ne gardant que l'activité "fonte de cuivre". Cette activité sera largement soutenue par le ministère de la défense (Direction des Constructions Navales - DCN) puisque l'entreprise est la seule en France capable de fondre des hélices pour des grands bâtiments comme ce fut le cas pour les portes avions Le Foch et le Clemenceau.

En 1989, suite à la baisse d'activité LANGHAM industrie cesse ces activités en France et l'entreprise devient FONDERIE de l'ATLANTIQUE sur l'impulsion de salariés repreneurs.

En mars 2000, la société est reprise par les BRONZES INDUSTRIES et devient FAI (Fonderie Atlantique Industrie).

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Le diamètre indiqué est de 3,7 m et le poids de 9 tonnes. "Christian" m'indique en commentaire qu'il s'agirait peut-être de l'une des deux hélices du Colbert, l'autre exemplaire se trouvant à Bordeaux. Le Colbert, construit par la DCAN de Brest en 1953 et lancé en 1956, a été desarmé en 1991. Converti de 1993 à 2007 en navire musée à flot à Bordeaux, en attente de déconstruction, il a rejoint le Cimetière des navires de Landévennec de 2007 à 2016 (ci-dessous, en 2013, entre les escorteurs d'escadre DUPERRÉ et GALISSONIÈRE.) avant d'être conduit le 5 juin 2016  à Bassens, près de Bordeaux, pour y être démantelé par Véolia.

http://www.lavieb-aile.com/article-le-cimetiere-de-bateaux-militaires-de-landevennec-117060268.html

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 Un article du Sud-Ouest du 7 décembre 2012 © PHOTO ARCHIVES « SUD OUEST »

montre une photographie de l'hélice du Colbert et en indique le diamètre (4,5m) et le poids (11 à 12 tonnes) .

L'hélice du Colbert en 1994 :

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En 2013, une des hélices du Colbert était sur la base navale de Toulon où elle a été photographiée.http://www.anciens-cols-bleus.net/t5131p380-colbert-1956-croiseur

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Sur cette photo, le diamètre de 4,50 m est indiqué à la craie. 

Conclusion : l'hélice de Lanvéoc, avec ses 3,70 m de diamètre, est a priori  plus petite que celle du Colbert. A suivre.

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DOSSIER ARTISTIQUE.

Il est évident que ces hélices sont de véritables sculptures. Elles relèvent directement du patrimoine industriel, du patrimoine scientifique et du patrimoine maritime. C'est exactement le point de vue d'un chercheur de l'Université de Nantes, Jean-Louis Kerouanton, dans son article de 2009 : 

 Jean-Louis Kerouanton, « De la théorie au modèle : les hélices comme sculptures calculées, le cas des Fonderies de l’Atlantique à Nantes », In Situ [En ligne], 10 | 2009, mis en ligne le 19 mai 2009, consulté le 14 mars 2016. URL : http://insitu.revues.org/4266 ; DOI : 10.4000/insitu.4266.

En voici le résumé 

​"La découverte, l’étude et la sauvegarde partielle des bâtiments des anciennes « Fonderies de l’Atlantique » à Nantes en 2001-2002 ont permis également de révéler puis de conserver une extraordinaire collection d’objets de fonderie au sable correspondant à la fabrication des hélices et des pales d’hélice pour les plus gros navires commerciaux et militaires. La technologie de fonderie d’alliage de cuivre pour les hélices avait été adoptée en 1937 dans l’entreprise. L’ensemble des modèles en bois de pales d’hélice est d’abord apparu comme une accumulation de sculptures monumentales particulièrement épurées. L’étude technologique plus fine montre cependant que cette « beauté » réelle ne correspond nullement à la volonté d’un artiste mais relève uniquement des calculs liés pour chaque production à un projet de navire. Et c’est seulement le calcul qui permet d’expliquer les réalisations d’hélices monoblocs par troussage, sans modèle aucun ; il ne reste alors de traces que les outils du troussage. Il s’agit bien dès lors d’un patrimoine scientifique - la transposition matérielle d’un calcul mathématique - tout autant que d’un patrimoine technique et industriel. C’est cette particularité qui fait la grande originalité de l’ensemble conservé par la communauté urbaine, en attendant, nous l’espérons, une valorisation future." 

Ce qui m'a fasciné, c'est de découvrir les illustrations (© Jean-Louis Kerouanton)  de cet article : je retrouve devant ses images la même émotion esthétique qu'à Morgat ou à Lanvéoc.

 

les dessous chics
c'est des dentelles et des rubans
d'amertume sur un paravent
désolant 

 

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Z'aimez les zélices? J'en ai encore attraper une petite, sur le sillon de Camaret.

http://www.lavieb-aile.com/article-le-sillon-a-camaret-nouvelles-images-du-cimetiere-de-bateaux-116872963.html

 

 

Hélice du langoustier-thonier Notre-Dame-des-Neiges, CM 231642, photo lavieb-aile.

Hélice du langoustier-thonier Notre-Dame-des-Neiges, CM 231642, photo lavieb-aile.

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A propos du Commandant-L'Herminier.

Un article du Télégramme est paru... le 22 mars sous le titre Une femme à la barre de l'aviso. : pour en respecter le copyright, j'en donnerai l'incipit :

Quatre-vingts mètres de long, une étrave à couper au couteau et une coque passe-partout qui épargne rarement les estomacs des nouveaux venus. Bienvenue dans l'univers des avisos, devenus officiellement « patrouilleurs de haute de mer » depuis le retrait de leurs missiles mer-mer en 2009.
Si leur silhouette et leur conception rustique trahissent leur âge, les avisos continuent de rendre de nombreux services à la Marine. La plupart du temps, ils sont dédiés à l'entraînement et l'accompagnement des sous-marins. Mais ne comptez pas sur le commandant pour vous en apprendre davantage ! Parler de l'activité des avisos serait trop en dire sur les sous-marins chargés de la dissuasion nucléaire... La plupart du temps, ils participent à des missions côtières d'observation du trafic et de sécurisation des voies d'accès maritime.

...et la finale :

Femme pacha

« Ce genre de bateau reste une véritable école de la mer et de la Marine », confirme le commandant, le capitaine de corvette Audrey B. Les espaces réduits et le nombre encore important de personnes embarquées pour la taille permettent de créer une véritable dynamique d'équipage. Sur le L'Herminier, une seule femme à bord, le commandant en personne, sur un navire qui n'a jamais été féminisé. La quatre-galons est l'une des huit femmes commandant actuellement un navire militaire français.


© Le Télégrammehttp://www.letelegramme.fr/finistere/brest/l-herminier-l-aviso-fidele-au-poste-22-03-2016-11002128.php?xtor=EREC-85-[PartageTT]-20160322-[article]&utm_source=PartageTT&utm_medium=e-mail&utm_campaign=PartageTT#closePopUp#P7xkXBehiJib0iH4.99

 

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 20:40

Un coq m'a dit.

Lorsque je séjournais avec deux amis au Monomotapa, j'ai entendu  ce proverbe  : "Si tu ne sais pas, demande au coq". En dernier ressort, la sagesse animale l'emporte sur l'intelligence de l'homme.

Aujourd'hui, j'ai croisé un coq blanc derrière son grillage. Il me dévisageait du coin de l'œil.

Un coq derrière son grillage, sentier côtier de la Pointe du Gouin, Camaret, photo lavieb-aile..

Un coq derrière son grillage, sentier côtier de la Pointe du Gouin, Camaret, photo lavieb-aile..

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Je lui ai posé ma question. —Qu'est-ce qui ne va pas  ici ?

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Telle fut sa réponse.

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Bannière sauvage, faculté Victor Segalen, Brest, 11 mars 2016, photo lavieb-aile.

Bannière sauvage, faculté Victor Segalen, Brest, 11 mars 2016, photo lavieb-aile.

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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 15:55

Les vitraux du chœur de la cathédrale de Quimper IX : la baie n° 105 de Bertrand de Rosmadec.

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Voir :

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La baie n°105, fenêtres hautes du chœur, coté nord.

 

Cette baie  composée de 4 lancettes trilobées et d'un tympan à 12 ajours mesure 4,50 m de haut et 2,60 m de large. Chaque personnage ou groupe de personnages est placé devant des tentures rouges peintes de grands feuillages à nervures appuyées et feuilles de vigne , dans des niches à socles hexagonaux carrelés en noir et blanc, à montants en colonnes cannelées, et à dais coiffant les sujets d'une voûte ogivale. Ces motifs dissimulent presque complétement un "ciel" ou fond bleu qui apparaît surtout  derrière le fleuron des têtes de lancettes. Cette discretion du "ciel" permet un large emploi de la couleur bleue dans trois vêtements et un accessoire. Le rouge est reservé à la tenture, et les autres couleurs employées sont le vert clair, l'orange et le rouge lie-de-vin.

Baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, sur un plan de Chaussepied publié par Couffon 1988.

Baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, sur un plan de Chaussepied publié par Couffon 1988.

Descriptions des différents auteurs :

— Aymar de Blois 1820 : non consulté, mais il ferait de ce vitrail un don de l'évêque Gatien de Monceaux (Gatouillat 2005)

— Ferdinand de Guilhermy (1848-1862) :

"Quatre personnages, savoir : un saint moine, un saint évêque assistant un évêque agenouillé, vêtu de la chape et coiffé de la mitre, Vierge portant son fils, sainte Catherine, figures bien conservées."

— René-François Le Men (1877) page 24 :

" Vitrail de l’évêque Bertrand de Rosmadec. Quatre panneaux.

1er Panneau. — Un saint religieux, vêtu d’une longue robe blanche, et, portant une escarcelle ou aumônière de couleur bleue. Ce saint serait, d’après la tradition du chapitre de Quimper, saint Guénolé, premier abbé de Landévennec et contemporain de saint Corentin.

2e Panneau. — Bertrand de Rosmadec, évêque de Quimper de 1416 à 1445. Il est présenté à la Sainte Vierge par un saint évêque dont on ne distingue pas l’attribut, mais qui est probablement saint Corentin. Sur le prie-Dieu devant lequel il est agenouillé, est un petit écusson triangulaire portant ses armes, qui sont pallé d’argent et d’azur de six pièces.

3e Panneau. — Notre-Dame portant l’Enfant Jésus.

4e Panneau. — Sainte Catherine, la tête ornée d’une couronne. Elle était, d’après une tradition, issue des rois, de la Bretagne insulaire. Elle tient une roue, de la main droite. Catherine de Rosmadec, sœur germaine de l’évêque Bertrand avait épousé Guillaume de Lanros. "

—  Alexandre Thomas (1892)  page 119 :

"- Vitrail de Bertrand de Rosmadec 1. Saint Guénolé ; 2. Bertrand de Rosmadec présenté par saint Corentin ; 3. Notre-Dame ; 4. Sainte Catherine, patronne de la dame de Lanros, sœur de l'évêque Bertrand. "

— Louis Ottin [1896] page 173

https://archive.org/stream/levitrailsonhist00otti#page/n225/mode/2up

"1°) Religieux en blanc avec son sac bleu. 2°) Evêque D[onateu]r évêque 3°) Notre-Dame. 4°) Catherine toute en bleu."

— Françoise Gatouillat et Michel Hérold (2005) : cf. description des lancettes infra.

— Daniel Tanguy (2005) : cf

— Le Bihan (2007) http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6435433.html

"Saint Corentin et l'évêque Bertrand de Rosmadec

Au dessus du donateur qui serait Bertrand de Rosmadec, évêque de Quimper lors de la construction de la cathédrale,  se trouve un évêque. 

– Un possible saint Corentin, évêque de Quimper.

Il est probable que ce soit un saint Corentin, premier évêque de Quimper. La main droite gantée sur  le bois de sa crosse en verre incolore travaillé au jaune d'argent, dont la volute est à motif végétal, tandis que le noeud prend la forme d'une construction architecturale. il  pose la seconde main derrière le dos du donateur en geste de présentation. 
 Il revêt  la chape de couleur  verte, propre aux évêques, couleur qui  symbolise leur  indépendance et qu'on retrouvera chez des évêques dans les baies 116, 122 et131. Des orfrois, ici sans scène, aux motifs au jaune d'argent, descendent de l'encolure après l'avoir entouré. Sur la mitre aux deux cornes  apparaît une croix brodée.
 Cet évêque  tourne la tête de trois quart arrière, c'est à dire vers sainte Catherine, sa voisine de droite. La position de son corps déhanché et surtout l'inclinaison de sa tête n'est pas sans rappeler la Vierge de la Crucifixion de la baie 100. 

– Bertrand de Rosmadec, évêque et donateur.

Bertrand de Rosmadec, présenté ici de petite taille,  a pris la pose du donateur à genoux sur un coussin, ses mains jointes passent devant les bois  de sa crosse, au dessin très effacé, et de celle  de son présentateur.
 L'orfroi qui décore sa chape est très riche de dessins, et rejoint le prie-dieu où est visible un petit losange  encadré de deux autres motifs. C'est peut-être cela que Le Men avait dit voir : pallé d'argent et d'azur de six pièces.  Lors de la restauration de 1992 nous ne les avons pas trouvé, ni leurs couleurs ni leurs emplacements.
La position qu'a pris Bertrand de Rosmadec permet de découvrir un des deux fanons ( bandeau) de sa mitre qui tombe sur le haut de la chape. Celle-ci s'étale sur le sol..
Comme toutes les lancettes, pour fermer la niche, un rideau en verre rouge fleuri de damas dont certains de leurs traits  ont écaillé le couverte rouge de ce verre et laissent apparaître le support incolore de l'autre face."


 

 

 

 

Baie n°105, flanc nord  du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie n°105, flanc nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Baie n°105,  chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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LANCETTE A. SAINTE CATHERINE.

Sainte Catherine (tête moderne) en manteau bleu bordé de jaune d'argent tient la roue de son supplice (mais non de son martyre, car la roue crantée de lames acérées se brisa miraculeusement en blessant ses bourreaux). Elle tient aussi l'épée par laquelle elle fut décapitée. Sa couronne rappelle que la Légende Dorée de Jacques de Voragine fait d'elle la fille du roi Costus.

Il est inutile d'évoquer le prénom de Catherine de Rosmadec, sœur de l'évêque de Quimper, pour justifier sa présence : Catherine d'Alexandrie est la sainte la plus invoquée dans les verrières anciennes de Quimper (4 fois, autant que saint Michel, saint Paul et saint Jacques, et c'est aussi celle qui, avec sainte Marguerite et sainte Barbe, est la plus fréquemment retrouvée dans les vitraux, et aux premières places des Livres d'Heures, d'une part car elle appartient à la liste des 14 saint auxiliateurs pour protéger contre la mort soudaine sans sacrement et contre les dangers menaçant les femmes enceintes, mais d'autre part parce qu'elle, dans la représentation médiévale, une princesse de sang royal. La figure de cette vierge et martyre couronnée reprend pour elle la puissance de la Vierge reine des Cieux comme intercesseur : ici, les deux lancettes de Catherine et de la Vierge se répondent, avec le même port de tête, la même chevelure, le même manteau bleu.

Le duc Jean V attachait beaucoup d'importance à la couronne ducale, comme en témoignent les couronnes d'or qui se répêtent dans les fonds damassés de la baie 100 et de la baie 109. D'une façon générale, dans les vitraux les plus anciens de Quimper, les têtes couronnées abondent : ce sont celles de Dieu le Père (107), du duc et de la duchesse (101 et 102), de la Vierge (102, 105,110, 112 , des anciens rois de Bretagne (104), et de sainte Catherine (105, 106, 109 et 112). 

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Sainte Catherine,  lancette A, baie n°105,  chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Sainte Catherine, lancette A, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Sainte Catherine,  lancette A, baie n°105,  chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Sainte Catherine, lancette A, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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LANCETTE B, SAINT CORENTIN (?) ET BERTRAND DE ROSMADEC (?).

On voit un saint évêque nimbé de jaune-orange (verre teinté dans la masse) "et vêtu de vert (nombreux collages et inclusions), tourné vers l'ouest et présentant un évêque donateur en chape bleue (tête moderne)" (Gatouillat, 2005).

Par déduction, Le Men a identifié ce donateur avec Bertrand de Rosmadec, dont l'épiscopat (1416-1444) correspond à la période estimée de création des vitraux (entre 1415 et 1424 ?), mais on peut aussi penser que son prédecesseur Gatien de Monceaux, qui a fait voûter le chœur de la cathédrale et apposer ses armoiries en clef de voûte, a pu participer à la commande du programme et se soit fait représenter sur un vitrail. Rien ne permet d'identifier formellement le donateur. Cette baie 105 est la première des quatre baies du nord du chœur, avant les fenêtres du rond-point . Ces verrières nord accueillent des figures de saint et des donateurs qui sont exclusivement des chanoines, et il paraît logique que l'évêque figure dans la première d'entre elles.

Le saint évêque n'est pas formellement identifiable non plus, et la proposition de Le Men qui y voit saint Corentin, premier évêque de Quimper, est seulement la plus probable.

La direction du regard et du visage de ce saint est curieuse, car elle est opposée à celle de son corps, et à celle du donateur, orientés vers le centre du chœur, et au sein du vitrail, vers la Vierge. 

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Saint évêque présentant Bertrand de Rosmadec, lancette B, baie n°105,  chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Saint évêque présentant Bertrand de Rosmadec, lancette B, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Saint évêque présentant Bertrand de Rosmadec, lancette B, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Saint évêque présentant Bertrand de Rosmadec, lancette B, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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La chirothèque (le gant épiscopal) du saint est ornée, comme il se doit, sur le dos de la main d'une plaque de métal doré en quadrilobe, alors qu'une bague est portée sur le majeur. Une bague de même type est aussi enfilée sur le majeur du donateur.

Je remarque sur la poitrine du donateur un médaillon dans lequel s'inscrit un écu aux bandes horizontales blanches et noires. Des boucles dorées sont visibles au dessus. Je suggère d'y voir les armoiries palé d'argent et d'azur de six pièces  de la famille de Rosmadec, et la mitre et la crosse (ici à crochets) d'or d'un blason épiscopal. Ce détail est-il dû au zèle de l'atelier d'Antoine Lusson ou bien est-il authentique ?

Voir le Nobiliaire et Armorial de Bretagne de Potier de Courcy page 70.

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Bertrand de Rosmadec, lancette B, baie n°105,  chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Bertrand de Rosmadec, lancette B, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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LANCETTE C. SAINT YVES (ou saint Guénolé).

Cette lancettte était, jusqu'en 1990, placée en première position, à gauche. On y voit un religieux identifié comme saint Guénolé, fondateur de l'abbaye de Landevennec. Pourtant, le costume qu'il porte avec la coule blanche et le sac à procès bleu autour du bras, correspond à celui dans lequel est représenté saint Yves, soit dans les autres vitraux de la cathédrale,  soit dans les enluminures contemporaines de leur création. 

a) Voir le Bréviaire de Charles V (1364-1370) Bnf Latin 1052 folio 378 :

http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Mandragore&O=08452549&E=765&I=61822&M=imageseule

b) Heures, folio 098,  vers 1415, Anne de Mathefelon priant saint Yves, Bretagne.

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Lancette C, baie n°105,  chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Lancette C, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

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Ottin a donné dans son ouvrage Le Vitrail [1896] le dessin de sa copie de cette lancette au moment de sa restauration par Lusson en 1867-1869 :

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Ottin, Le Vitrail [1896] planche VIII.

Ottin, Le Vitrail [1896] planche VIII.

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Lancette C, baie n°105,  chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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LANCETTE D. VIERGE A L'ENFANT.

Gatouillat et Hérold (2005) décrivent cette Vierge à l'Enfant avec son nimbe vert (il est violet sur mes images), son manteau bleu galonné de jaune d'argent, et précisent que la tête de l'Enfant est ancienne, mais que celle de la Vierge est moderne. 

Tanguy Daniel décrit pour sa part le manteau vert-jaune de l'Enfant et le fruit qu'il tient dans sa main. [Une pomme de pin?].

Je compléterai en décrivant le voile au galon d'or de la Vierge, et sa robe damassée noir et or dont l'encollure à peine échancrée s'orne d'une frise d'entrelacs. 

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Lancette D, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette D, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Lancette D, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

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LES DAIS.

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Dais de la lancette A, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Dais de la lancette A, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Dais de la lancette B, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Dais de la lancette B, baie n°105, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

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SOURCES ET LIENS.

— Site infotout :

http://www.infotout.com/cathedrale_quimper/fenetreshauteschoeur.htm

Cathédrale Saint-Corentin de Quimper. Inauguration du portail occidental, 12 décembre 2008   : http://www.sdap-finistere.culture.gouv.fr/fichiers/dossiers/mon8-fasciculecathedrale2008v2ds.pdf

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne province de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820. 

A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan) 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper,  ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— COUFFON (René), 1963,  « Etat des vitraux de la cathédrale Saint-Corentin au milieu du XIXe siècle par le baron de Gulhermy », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, tome LXXXIX, p. XCVII-CII

— COUFFON (René) LE BARS ( Alfred) 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

 

— GALLET (Yves), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. L'architecture, (XIIIe-XVe sièle)", Actes du Congrès Archéologique de France  2007 de la Société Française d'Archéologie. 

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al., La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203, 

 — GATOUILLAT (Françoise), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. Les vitraux anciens."Actes du Congrès  Archéologique de France 2007 de la Société Française d'Archéologie. 

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

 

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes. 

 — LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

— LE BIHAN (Jean-Pierre.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII 

ou blog du 10 février 2010 : 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-les-vitraux-et-leurs-gravures-de-repere-en-bretagne-44640076.html

LE BIHAN (Jean-Pierre), 1995, « La restauration des verrières hautes de la cathédrale de Quimper, » Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXIV, 

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 1997,« La verrière n°100 de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXVI, p. 175-201.

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 9 juin 2007,  Blog sur la baie n°105

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6435433.html

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2009, Blog, article  sur les fonds damassés

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-29447240.html

— LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.21,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

— MACIAS-VALADEZ (Katia), 1997, "Les vitraux des fenêtres hautes de la cathédrale de Quimper : un chantier d'expérimentation et la définition d'un style quimpérois", Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, t. LXXV, p. 204-242. 

— OTTIN (Louis), Le Vitrail, son histoire, ses manifestations diverses à travers les âges et les peuples, Librairie Renouard, H. Laurens éditeur, Paris, s.d. [1896] In-4°, 376 pages,  4 planche en couleurs, 15 phototypies, 12 planches en teinte hors texte, 219 gravures, de signatures, marques et monogrammes. 

https://archive.org/stream/levitrailsonhist00otti#page/42/mode/2up

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, Quimper 170 pages,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

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Published by jean-yves cordier - dans Quimper
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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 15:13

Les vitraux du chœur de la cathédrale de Quimper VIII : la baie n°104 du Juch.

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Voir :

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La baie n°104 de la baronnie du Juch, dernier vitrail sud du rond-point du chœur. Vers 1415 ; 1867-1869 Lusson ; 1992-1993 Messonnet.

Cette baie  composée de trois lancettes trilobées et d'un tympan à 6 ajours mesure 4,80 m de haut et 2,20 m de large. On la considère comme un don de la famille du Juch, en raison des armoiries d'azur au lion armé et lampassé de gueules en partie conservées sur les tabards des donateurs des deux premières lancettes (celles de la dernière sont de fantaisie)  . 

Puisque cette baie prend place à l'extrémité sud du rond-point axial du chœur, elle forme un ensemble cohérent avec les quatre autres baies de celui-ci. Or, les n°100, 101 et 102 où la Crucifixion est vénérée par le duc Jean V et son fils (101) et la duchesse Jeanne et sa fille (102) sont une expression directe du souci de Jean V d'asseoir son autorité et sa légitimité (après une lutte contre les Penthièvre et le très pieux Charles de Blois) par l'édification de sanctuaires où s'affichent son image et ses armoiries. La verrière n°103  place le pan nord de l'hémicycle sous la tutelle de saint Jean-Baptiste (patron avec Jean l'évangéliste du duc Jean et de la duchesse Jeanne), dernier prophète annonçant le Christ, de saint Pierre premier pape de l'Église, et de saint Paul premier théologien du Christianisme. On pouvait s'attendre à ce que la verrière n°104, placée en vis-à-vis sur le pan sud, soit celle de l'évêque Bertrand de Rosmadec, mais ce dernier a été en quelque sorte "rétrogradé" dans la baie suivante, n°105. Cela laisse à penser que les seigneurs du Juch étaient particulièrement puissants ou influents, soit auprès du duc, soit dans le diocèse de Cornouailles. On retrouve leurs armoiries, en parti, dans la baie 106 (donatrice).

 

La famille du Juch.

 Hervé du Juch et son fils Henri se succédèrent comme capitaine de Quimper. Voici les informations données par Pol Potier de Courcy dans son Nobiliaire et Armorial :

 " Juch (du), baron dudit lieu. sr de Toulancoat et de Porzmarc'h, paroisse dePlouaré,   –de Pratanroux, par. de Penhars, —du Mur, par. de Saint-Evarzec,— de Liscuit, par. de Laniscat, — de Troheir, par. de Kerfeunteun.

Réf. et montres de 1425 à 1536, dites par., év. de Cornouaille.

D'azur au lion d'argent, armé et lampassé de gueules (Sceau 1365). Devise : Bien sûr, et aussi : La non pareille.

 Le sire du Juch, à l'ost du duc à Ploërmel en 1294 ; Jean, évêque de Léon, décédé en 1369- Henri, chambellan du duc en 1419, épouse Jeannette le Barbu.

La branche ainée fondue en 1501 dans du Chastel, "etc...

—Actes :

- 11 août 1414 : "Monsieur Hervé du Juch et Monsieur Henri du Juch son père, Chevaliers, jurent fidélité au duc pour la capitainerie de Quimpercorentin dont ledit Monsieur Hervé estoit gouverneur." (Lobineau I, p.1634)

- Comptes 1-2- 1412 au 1-7-1414 : Henri du Juch Chambellan 100 livres par an.[...] Grand officier de la duchesse : Henri du Juch Chambellan du duc et Maître d'hôtel de la duchesse [...] p. 879 10 août 1413 Commissions du duc de Bretagne pour renouveller les trèves avec le roi d'Angleterre Nos Henricus du Juch miles, & Petrus de l'hospitali ... Henri du Juch notre Chivaler et Chambellan ...p. 881 Nos tres chiers et feaulx Chambellains le sire de Chasteaugiron notre Mareschal, le sire de Penhoet notre Amiral, le sire du Juch et Tritan de la Lande Gouverneur de la conté de Nantes. ...p. 1200 le 19 août 1427 Remise faite à Hervé du Juch notre Chambellan    (P.H Morice, Mémoires pour servir de preuves...pages 875 et suivantes)

- 1419 : somme allouée par le duc Jean V à Henri du Juch qui a été envoyé à Rouen auprès du roi d'Angleterre (Lobineau I p. 930) Etc..

— Données généalogiques :

  • Henri du Juch (1300-?), d'où :
  • Hervé du Juch (décédé en 1369 en Espagne, inhumé aux Cordeliers de Quimper) mariè à Marguerite de Pratanroux (1330-1380)
  • Henri du Juch 1360- 17 juillet 1427 (Seigneur de Pratanroux, capitaine de Quimper en 1414), marié à Catherine de Kerguegant de Kervéguan 1360-1430 (Dame de Sugnensou), d'où
  • Hervé du Juch décédé le 1er mai 1462 - Quimper, Seigneur de Pratanroux, capitaine de Quimper en 1418, marié avec Béatrix de La Forest (†1436) , d'où :
  •  Henri du Juch ( -† Mûr 5 octobre 1480) marié avec Marguerite du Juch (†1494), d'où
  •  Hervé du Juch, (- 4 septembre 1501) Seigneur de Pratanroux, inhumé aux Cordeliers de Quimper.
  • Raoul du Juch, (-11 octobre 1534) Seigneur de Pratanroux
  • La dernière à porter le nom de cette seigneurie illustre fut Marie du Juch, dame du Chastel et de Coëtivy qui se maria en 1501 avec Tanguy, seigneur du Chastel et de Trémazan.
 

— Alliances : Henri du Juch et C. de Kervégan eurent aussi trois filles :  Louise du JUCH 1380- Mariée avec Jean du QUÉLENNEC 1375-. Jeanne du JUCH 1410- Mariée avec Guillaume IV de PLOËUC 1410-1444/. Et  Jeanne du JUCH Mariée avec Riou de ROSMADEC

Le Men cite Jean du Juch, ami du seigneur de Nevet, 1377.

—Le château du Juch, l'église et la commune actuelle du Juch près de Douarnenez:

Le Juch s’est développé autour d’un château, aujourd’hui ruiné.  Le Juch est une ancienne trève de Ploaré et dépendait autrefois de l'ancien évêché de Cornouaille. Le Juch est érigé en paroisse par ordonnance royale du 16 août 1884 et en commune en 1889.  Les seigneurs du Juch — en latin Jugum ou De Jugo (en 1254 et 1325) , en breton ar Yeuc'h « la butte »— tirent leur nom du château éponyme situé sur un éperon dominant la vallée du ruisseau du Ris (ou rivière de Névet). Abusivement appelés barons, ils ont le rang de banneret. Ils agrandirent leurs possessions par mariage et se hissèrent au plus haut dans la hiérarchie du duché de Bretagne, en devenant hommes de confiance, successivement de Jean IV de Bretagne et de Jean V de Bretagne, au début et au milieu du xve siècle.

 Les seigneurs du Juch furent donc les fondateurs et bienfaiteurs de l' église du Juch, mais ils étaient aussi fort attachés aux Pères Cordeliers de Quimper et ils possédaient dans leur église une chapelle dite du Juch, puis du Chastel, dans laquelle ils demandaient le plus souvent à être inhumés. Le nécrologe du couvent publié par M. Trévédy (1888) nous apprend que les restes d'Hervé du Juch, illustre chevalier, mort en Espagne, furent transportés aux Cordeliers de Quimper en 1369. 

— "Le blason représentant les alliances de ces deux familles est toujours visible sur l’un des vitraux de la belle chapelle Notre Dame de Kerdévot en Ergué-Gabéric. Après avoir appartenu aux du Chastel le château du Juch entra dans la propriété des seigneurs Gouyon, Rosmadec, Nevet et Franquetot de Coigny. On distingue le lion du Juch sculpté dans la voûte du porche de l’église du Juch."

 

 

Les descriptions du vitrail.

 

— Aymar de Blois (1820) :

Je n'ai pas accès à ce texte. L'auteur décrirait deux seigneurs de Juch et saint Henry empereur. Selon D. Tanguy, cet auteur a lu (vu) dans l'actuelle lancette A les armoiries de gueules à un château de trois tours d'argent qu'il attribue "à la maison de Tréouron-Vieux-Chatel, paroisse de Plonéour-Lanvern"

—Guilhermy (1848-1862) :

 "Deux donateurs assortis de leurs  patrons en mauvais état."

— Le Men (1877) :

" Vitrail de la baronnie du Juch, en la paroisse de Ploaré. Trois panneaux.

 1er Panneau. — Un chevalier armé et une dame à genoux présentés par un saint évêque. Le chevalier porte sur sa cotte rouge une croix d’or cantonnée de 4 coquilles de même. Ce sont des armoiries de fantaisie. Ce panneau a été entièrement refait lors de la restauration des vitraux en 1867. Il devait contenir l’image de saint Hervé ou de saint Henry, prénoms de plusieurs seigneurs du Juch.

2e Panneau. — Chevalier armé et dame à genoux présentés par saint Giquel (Judicaël), roi des Bretons, vêtu d’or et d’hermines, qui porte une bannière d’azur chargée d’un lion d’argent orné et lampassé de gueules. Les mêmes armes se voient sur la cotte bleue du chevalier. Ce sont les armes des barons du Juch, dont la devise était : Bien-sûr, et aussi : La Non-pareille. La dame est vêtue d’une robe de gueules (rouge) sur laquelle est un château de trois tours d’argent. Ces armoiries sont celles de la maison de Tréouron-Vieux Châtel, en la paroisse de Plonéour-Lanvern. Hervé, sire du Juch, était capitaine de Quimper, en 1414, et son fils Henry, y exerçait la même charge en 1418. C’est, comme on l’a dit, de cette époque que datent les vitraux du chœur.

3e Panneau. — C’est la reproduction du précédent. Ce panneau a été refait par M. Lusson, sans beaucoup de frais d’imagination, comme on peut le voir. "

— Alexandre Thomas (1892)

NEUVIÈME FENÊTRE. -Vitrail du Juch (côté Sud)  Un évêque présentant un chevalier et une dame. - Panneau moderne, fantaisie de M. Luçon ; 2. Hervé du Juch, capitaine de Quimper en 1414, et sa femme, de la famille de Tréouron-Vieux-Châtel, tous deux agenouillés et présentés par saint Judicaël, successivement moine et roi de Bretagne ; 3. Henri du Juch, fils d'Hervé, capitaine de Quimper en 1418, et sa femme, présentés également par saint Judicaël qui, avant la restauration du vitrail, n'était pas ainsi représenté deux fois de suite. Armes du Juch : d'azur au lion d'argent orné et lampassé de gueules 

— Louis Ottin (1880 ? [1896] :

1°) St Ronan evesque ermite (couronné). – 2°) St Houel … roi couronné. – 3°) St Hervé. Ces trois saints ont chacun un donateur et une donatrice agenouillés devant eux (l'une des plus belles fenêtres de l'église).

— Françoise Gatouillat et Michel Hérold (2005) :

"Largement restitué ; parties anciennes : dais et vêtements des personnages de la lancette centrale (complété d'après celle-ci dans le reste de la baie au XIXe siècle puis au XXe)."

 

— Tanguy Daniel (2005) :

"Restauration de Lusson en 1867-1868, dans laquelle ne subsistent que quelques éléments du XVe siècle, dans les lancettes a et b ; la lancette c est due à Lusson dans son intégralité. L'ordre actuel n'est pas celui que donnaient Le Men et Thomas (c, a, b)". 

"Les dais sont reconstitués à partir du dais de la 3e lancette qui, en mauvais état lors de la restauration de 1992-1993, a cependant pu servir de modèle à ceux des deux premières lancettes."

Discussion.

Guilhermy décrit deux donateurs avec chacun son patron : on suppose donc qu'il a vu deux lancettes. Il ne mentionne pas le caractère royal des saints patrons. C'est la seule description avant restauration (je n'ai pas eu accès au texte d'Aymar de Blois).

Le Men décrit le vitrail après sa restauration par Lusson, et après leur repose ; il ne cite pas les inscriptions (et sans-doute celles-ci sont trop éloignées pour qu'ils les déchiffre). Comme souvent, il n'épargne pas Lusson de ses critiques, notamment pour n'avoir pas suivi ses instructions, ici celle de placer saint Hervé ou saint Henri dans la première lancette (notre lancette C). 

L'abbé Thomas suit souvent le texte de Le Men ; il visite la cathédrale sans jumelles et sa description de deux saints Judicaël n'est pas fiable. Ce qu'il voit, ce sont deux saints couronnés semblables, mais il n'a pas accès aux inscriptions. 

La description de Louis Ottin est très fiable, d'une part parce qu'elle est précise, d'autre part parce qu'elle cite littéralement les inscriptions sans les extrapoler, et surtout parce qu'il a directement participé, comme membre de l'atelier d'Antoine Lusson, à la restauration de 1867. Tous les calques et tous les dessins qu'il a copié lors de ce chantier se sont avérés d'une fidélité irréprochable. Enfin, son érudition n'est pas celle d'un archiviste, d'un historien amateur d' héraldique ou d'un religieux, mais celle d'un peintre-verrier. Néanmoins, sa description est équivoque, car si elle concernait seulement les vitraux anciens, elle ne mentionnerait pas la lancette C, entièrement moderne. 

Alors que Jean-Pierre Le Bihan a laissé des documents témoignant de l'état de la vitre lors de sa restauration des baies du coté nord du chœur, son collègue Messonnet ne l'a pas fait, et nous ignorons dans quelle mesure les inscriptions ont pu être modifiées, et quel était l'état des verres.

Parmi les auteurs du XXIe siècle, aucun n'a donné le relevé complet des textes des trois banderolles. 

 

La baie 104 dans le rond-point du chœur, ajouté sur plan Chaussepied in Couffon 1988.

La baie 104 dans le rond-point du chœur, ajouté sur plan Chaussepied in Couffon 1988.

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La baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

La baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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La baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

La baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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La baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

La baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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LA LANCETTE A : SAINT HERVÉ.

Inscription : S.herve hermite.

  Le saint est nimbé et couronné, en armure recouverte d'un tabard aux armes d'hermine plain (duché de Bretagne depuis Jean III en 1316). Il tient un étendard aux armes du donateur. Cette composition est pleine d'invraisemblance, car saint Hervé, ermite aveugle, et qui refusa le titre d'abbé, ne fut jamais roi. A contraio, si l'inscription est moderne, mais qu'il s'agit d'un roi, il ne s'abaisserait pas à tenir la hampe de l'étendard de son vassal. Rien ne s'arrange si on en croit L. Ottin, pour qui l'inscription indiquait St Ronan evesque et hermite, puisque saint Ronan, qui vécut en ermite dans le Porzay, ne porta jamais de couronne.

 

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Lancette A,  baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette A, baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette A,  baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette A, baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Le couple de donateurs.

Le verre de la tête du donateur a été déposé par l'atelier de Lusson puis vendu sous forme d'un panneau d'antiquaire, retrouvé par Françoise Gatouillat : il s'agit de la tête du coin inférieur droit : 

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Tous les auteurs citent Le Men et décrivent les armoiries du Juch d'azur au lion d'argent armé et lampassé de gueules, mais pourtant nous ne voyons ni sur le tabard ni sur l'étendard les griffes et la langue rouges justifiant le terme armé et lampassé de gueules.

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Lancette A,  baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette A, baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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LANCETTE B. SAINT GIQUEL.

Inscription : St GICQUEL R- de BRET[AGNE].

Judicaël (né vers 590 - mort le 16 ou 17 décembre 647/652)  ou Gaël ou Giguel ou Gicquel ou Juzel est un saint breton. Fils du roi Judhaël de Domnonée  (un royaume qui occupait alors le nord de l'Armorique). A la mort de son père vers 605, Judicaël, pourtant le fils aîné et l'héritier, préféra se retirer au monastère Saint-Jean de Gaël que saint Méen venait d'ériger. Il quitta cependant le monastère pour prendre la direction du royaume de Domnonée puis avoir quitté sa charge, termina sa vie au monastère de saint Méen. Alain Bouchart  en 1514 dans ses « Grandes Chroniques », complète la liste des « Rois de Bretagne » dont l'origine remonte à Geoffroi de Monmouth en y incluant dans la descendance de Conan Mériadec un 10e roi à qui il attribue le nom du roi historique de Domnonée; Judicaël.  

Je rappelle que Ottin a lu (sur l'ancien panneau ?)  Houel et non Gicquel et qu'il n'a pu déchiffrer la suite. Hoël Ier de Bretagne, fils illégitime d’Alain II de Bretagne et d’une noble nommée Judith, fut comte de Nantes et duc de Bretagne de 960 à 981. Il fut le père de Judicaël de Nantes.

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Lancette B,  baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B, baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Louis Ottin a donné dans son ouvrage Le Vitrail (s.d, [1896]) planche VI le dessin de cette lancette . Curieusement, on y lit distinctement le texte restauré : S. Giquel : R : de Bretha[igne].

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Lancette B copiée par Louis Ottin, Le Vitrail [1896], Planche VI page 60bis.

Lancette B copiée par Louis Ottin, Le Vitrail [1896], Planche VI page 60bis.

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Lancette B,  baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B, baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette B,  baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B, baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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LANCETTE C. SAINT RONAN.

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Inscription : S. ronan esveque.

 

Lancette C,  baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette C,  baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette C,  baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Dais.

à trois gâbles à crochets, couronnés d'un fleuron, rehaussés de jaune d'argent, au dessus d'une voûte ogivale éclairée par des trilobes.

 

Lancette C,  baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

CONCLUSION.

L'ignorance dans laquelle nous nous trouvons sur le contenu de cette verrière lors de sa création vers 1415-1424, et la destruction de l'héraldique des tympanslors de la Révolution ne permet pas d'aller très loin dans son analyse. Elle comportait bien des donateurs, certains portant les armoiries de la famille du Juch, présentés par des patrons, tous tournés vers le centre du chœur c'est à dire vers la Crucifixion de la baie 100 encadrée par la famille ducale. La présence des seigneurs du Juch (a priori de Henri et de son fils Hervé) en première place juste après la verrière 102 de la duchesse Jeanne est parfaitement en phase avec les fonctions de Chambellans et ambassadeurs du duc, et de gouverneurs et Capitaines de Quimper qui étaient alors les leurs. Une dizaine d'années auparavant, alors que les voûtes du chœur s'achevaient, Jehan de Poulmic, gouverneur de Quimper en 1404, avait vu ses armoiries placées sur une clef de voûte médiane juste après celle de Jeanne de France, de son fils François, et de l'évêque Gatien du Monceau. C'est en 1413 que Henri du Juch était entré au conseil du duc, et en 1414 qu'il était devenu Capitaine de Quimper, Chambellan du duc et Maître d'hôtel de la duchesse.

Les saints tutélaires étaient-ils saint Hervé ou l'empereur Henry ? Portaient-ils des couronnes ? Les couples de la famille du Juch étaient-ils précédés par un premier panneau rappellant l'attachement du duc Jean V aux prérogatives royales et à la couronne, comme l'atteste encore celle qui figure sur le fond damassé de la baie 100 ? S'est-il efforcé d'affirmer, comme Alain Bouchard dans ses Grandes Croniques, qu'il avait été précédé dans ses fonctions par des Rois de Bretagne mythiques et saints ? Si ce fut le cas, cette revendication d'une tutélarité royale trouvait parfaitement sa place en baie n°104, dans ce saint des saints que représente le rond-point du chœur d'une cathédrale.

Jean Kerhervé (in D. Tanguy, 2005 pages 14-15) signale que, pour concurrencer Charles de Blois qui, le premeir avait compris l'intérêt de l'association du politique et du religieux, Jean IV s'était soucié d'associer son image à celle des saints les plus populaires dans le duché (Corentin, Brieuc, Pol, Patern, Tugdual, Gildas, Méen, Armel ou Ronan). "Il en va de même des saints rois du haut Moyen-Âge, insignes prédecesseurs des ducs, que la renommée a fait élever sur les autels, comme Judicaël ou Salomon, dont le duc ordonne, le 3 septembre 1393, de faire "enchasser partie des reliques" . 

En 1130, les reliques de Judicaël retrouvées, après un passage à l’abbaye Saint-Florent de Saumur, avaient rejoint l’abbaye de Saint-Méen : elles firent  renaître le culte de Judicaël, probablement aux dépens de celui de saint Méen, fondateur de l’abbaye. Vers 1474, un bras-reliquaire, aujourd’hui conservé dans la sacristie de l’église de Paimpont, est commandé par le duc de Bretagne à un orfèvre régional vers 1453. Le couple ducal, François II de Bretagne et Marguerite de Foix, en aurait fait don à l’occasion de leur mariage vers 1474.

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SOURCES ET LIENS.

— Site infotout :

http://www.infotout.com/cathedrale_quimper/fenetreshauteschoeur.htm

Cathédrale Saint-Corentin de Quimper. Inauguration du portail occidental, 12 décembre 2008   : http://www.sdap-finistere.culture.gouv.fr/fichiers/dossiers/mon8-fasciculecathedrale2008v2ds.pdf

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne province de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820. 

A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan) 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper,  ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— COUFFON (René), 1963,  « Etat des vitraux de la cathédrale Saint-Corentin au milieu du XIXe siècle par le baron de Gulhermy », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, tome LXXXIX, p. XCVII-CII

— COUFFON (René) LE BARS ( Alfred) 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

 

— GALLET (Yves), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. L'architecture, (XIIIe-XVe sièle)", Actes du Congrès Archéologique de France  2007 de la Société Française d'Archéologie. 

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al., La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203, 

 — GATOUILLAT (Françoise), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. Les vitraux anciens."Actes du Congrès  Archéologique de France 2007 de la Société Française d'Archéologie. 

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

 

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes. 

 — LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

— LE BIHAN (Jean-Pierre.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII 

ou blog du 10 février 2010 : 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-les-vitraux-et-leurs-gravures-de-repere-en-bretagne-44640076.html

LE BIHAN (Jean-Pierre), 1995, « La restauration des verrières hautes de la cathédrale de Quimper, » Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXIV, 

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 1997,« La verrière n°100 de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXVI, p. 175-201.

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 9 juin 2007,  Blog sur la baie n°111

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6788764.html

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2009, Blog, article  sur les fonds damassés

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-29447240.html

— LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.21,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

— MACIAS-VALADEZ (Katia), 1997, "Les vitraux des fenêtres hautes de la cathédrale de Quimper : un chantier d'expérimentation et la définition d'un style quimpérois", Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, t. LXXV, p. 204-242. 

— OTTIN (Louis), Le Vitrail, son histoire, ses manifestations diverses à travers les âges et les peuples, Librairie Renouard, H. Laurens éditeur, Paris, s.d. [1896] In-4°, 376 pages,  4 planche en couleurs, 15 phototypies, 12 planches en teinte hors texte, 219 gravures, de signatures, marques et monogrammes. 

https://archive.org/stream/levitrailsonhist00otti#page/42/mode/2up

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, Quimper 170 pages,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

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Published by jean-yves cordier - dans Quimper
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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 14:25

Les vitraux du chœur de la cathédrale de Quimper VII : la baie n°111.

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Voir :

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Baie n°111, première travée du coté nord du chœur. 

C'est une fenêtre de 4,50 m de haut et 2,60 m de large, faite de 4 lancettes trilobées de 4 panneaux chacune, et d'un tympan à 3 grands quadrilobes. Les lancettes accueillent deux saints, Antoine et Jacques le Majeur, et une sainte martyre présentant un chanoine à la Vierge à l'Enfant de la dernière lancette. 

Les points remarquables sont par exemple les gravures de repèrage, la qualité des verres (commun avec la baie 109), et celle des fonds.

En effet, les personnages sont situés dans des niches à socle carrelé et dais architecturés, à l'intérieur desquelles une riche tenture damassée semble accrochée par les coins supérieurs alors qu'elle s'incurve en son bord supérieur. Un seul motif ( une palmette) est répétée par le biais d'un pochoir. La tenture est alternativement bleue, rouge, rouge, et bleue.

Description des différents auteurs  : 

— Aymar de Blois, 1820,  :

  «  Les panneaux représentent, l'un Notre Dame, l'autre le Chanoine donateur à genoux, présenté par un St qu'on ne distingue pas bien, le 3° St Jacques apôtre distingué par son bourdon et son chapeau garni de coquilles et le St Antoine ayant un cochon près de lui qui est son attribut. Même observation que cy devant pour l'effigie du donateur. » 

— Guilhermy 1848-1862 :

« Un saint s'appuyant sur un bâton, peut-être saint Antoine, un saint en costume de cardinal, peut-être saint Jérôme, un saint martyr assistant un donateur en chape bleue, la Vierge portant son fils sur ses bras »

 

— Le Men, 1877 : 

 

"1er Panneau. — Saint Antoine et son cochon. 2e Panneau — Saint Jacques de Compostelle, appelé au Moyen Âge en Bretagne, saint Jacques de Turquie, reconnaissable à son bourdon et à son chapeau garni de coquilles. 3e Panneau. — Un chanoine à genoux présenté à la Sainte-Vierge par un saint martyr. Le haut de ce panneau a été refait. 4e Panneau. — La Sainte-Vierge portant l’enfant Jésus dans ses bras."

— Thomas, 1892 (après restauration par Lusson):

1. Saint Antoine, patriarche des moines d'Orient; 2. Saint Jacques le Majeur ; 3. Un chanoine agenouillé présenté par un saint martyr; ~- Notre-Dame.

 

— Jean-Pierre Le Bihan, 1992, lors de la restauration :

Dépose de cette baie,  en vue d'une restauration. Il nous manque 6 panneaux entiers,  sur les 12, composants le vitrail. Il s'agit  entre autres, de deux têtes de lancettes,   de deux dais et du  panneau inférieur du saint Antoine. Deux têtes sont à reprendre, celle de saint Antoine et celle de la Vierge." Cf infra lancette par lancette.

— Gatouillat et Hérold, 2005. Cf infra lancette par lancette.

— Yves-Pascal Castel, 2005. Cf infra lancette par lancette.

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La baie 111 sur un plan dessiné par Chaussepied (in Couffon et Le Bars, 1988)

La baie 111 sur un plan dessiné par Chaussepied (in Couffon et Le Bars, 1988)

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Baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

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Baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

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LANCETTE A, SAINT ANTOINE.

— Gatouillat (2005) :

saint Antoine (verre blanc peint en grisaille et jaune d'argent, nimbe et livre rouges ; très restauré sauf le bas du panneau supérieur ; dais moderne).

— Le Bihan 2009 .

"Nimbé de rouge, présenté devant une tenture jaune à damas, saint Antoine revêt le costume de l'ordre des Antonins, au ton gris, avec capuchon. Il porte la barbe, et tient un livre rouge, à la tranche dorée, dans sa main droite, au pouce énorme,  pouce qui est à rapprocher de  celui que l'on retrouve chez le saint Jean Baptiste de la baie 103. De l'autre main, il s'appuie   sur sa canne en tau,  insigne de sa dignité.  En bas,une tête de cochon apparaît sur la droite du saint, dans un panneau de la restauration de  1992-1993. Cet animal est le symbole du démon de la luxure. On retrouve saint Antoine dans la baie 116 et dans les églises de Saint-Divy et Plogonnec pour le Finistère et Langast, dans le Morbihan avec une vie de ce saint."

  

 

 

Lancette A, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette A, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette A, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette A, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette A, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Lancette A, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

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Verre d'origine (XVe) de la tête de saint Antoine, collection privée, Angoulême, publié par Gatouillat 2009.

Verre d'origine (XVe) de la tête de saint Antoine, collection privée, Angoulême, publié par Gatouillat 2009.

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Dais de la lancette A, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Dais de la lancette A, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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LANCETTE B, SAINT JACQUES LE MAJEUR.

— Gatouillat (2005) :

"saint Jacques le Majeur, en manteau blanc bordé de jaune d'argent et tunique rouge, chapeau jaune teint dans la masse orné d'une coquille blanche mise en plom (assez bien conservé)" 

—  Le Bihan (2007)

"Saint Jacques de Compostelle. Il est penché sur un livre grand ouvert qu'il tient délicatement de la main droite couverte d'un pan de son manteau de voyage. Ce manteau blanc  dont deux pans tombe presque jusqu'à terre est orné d'un galon  jaune dont le  motif d'ornementation est fait d'une série d'enroulements couronnés d'une volute, imitant la crête d'une vague ( Flots grecs),. Dessous, apparaît une robe de couleur rouge qui bien qu'elle tombe jusqu'à terre laisse apparaître les doigts de pieds du saint. Le bourdon de pèlerin de Compostelle, mais sans escarcelle, est maintenu sous son bras gauche, permettant ainsi à la main d'accompagner la lecture. Il se protège la tête avec un large chapeau brun orné de la coquille Saint-Jacques. Derrière, grand nimbe rouge vertical. Se détachant sur la tenture verte. Le sol d'origine, en partie, est de grands damiers noirs et blancs mis de biais.

On le retrouvera à la baie 124 de la nef de la cathédrale (*) et  ailleurs, dans le Finistère, à Notre-Dame du Crann en Spézet, dans le Morbihan, à Merléan et à Boqueho pour les Côtes d'Armor."

(*) et baie 112.

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Saint Jacques, lancette B, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Saint Jacques, lancette B, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Saint Jacques, lancette B, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Saint Jacques, lancette B, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Verre ancien  de ta tête de saint Jacques de la baie 111, Collection privée, Angoulême, in Gatouillat 2009.

Verre ancien de ta tête de saint Jacques de la baie 111, Collection privée, Angoulême, in Gatouillat 2009.

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LANCETTE C. Sainte martyre et donateur.

 

— Gatouillat (2005) :

"Sainte martyre en robe teintée de jaune d'argent sous un manteau vert doublé de blanc (tête refaite), et un donateur en surplis blanc et manteau bleu clair (bien conservé)."



—Le Bihan (2007)

Vierge patronne d'un chanoine
L'attribution du saint présentant le chanoine est difficile car, Le Men et Alexandre  Thomas parlent  d' « un saint martyr », comme  Aymar de Blois, mais avec réserve :  «Un  St qu'on ne distingue pas bien »
La tête qui était en place lors de la dépose en vue de la  restauration de 1992-93 était celle d'une femme nimbée. Etait-elle l'œuvre de Lusson ou d'une restauration suivante ? On ne peut vraiment  statuer.
 Il pourrait s'agir d'une pièce de Lusson, très effacée et qui aurait été reprise plus tardivement. Cette retouche a rapporté les grisailles manquantes, mais le passage au four du visage,  pour la seconde fois, avec des jaunes d'argent anciens n'a pas donné les résultats escomptés. Il a fallu l'a remplacer lors de la dernière restauration. Il fut donc rétabli un visage de femme.
Et le choix se révéla bon, car la pièce au dessous révéla une fin de natte de cheveux au jaune d'argent du XVe, et un chemisier ou haut de robe blanche avec des broderies elles aussi au jaune d'argent.
Il s'agit donc une Vierge ayant comme seul attribut la palme du martyr  et portant une robe verte doublé de blanc. Tandis que la main droite tient la tige de la palme,  l'autre main repose le long du dos du donateur, auquel aucun des trois historien de la cathédrale n'a pu fournir une identité.
Comme les autres chanoines de ce choeur, il est à genoux directement sur le sol, les mains jointes, tourné vers la Vierge Marie qu'il implore. Il n'y a pas  prie-Dieu, ni coussin, objets que nous trouverons dans le transept et la nef, en fin de siècle. Il a revêtu la chape de couleur bleue que l'on retrouve pour les deux donateurs chanoine et évêque précédents. Elle est ornée d'un galons semé d'olives et de perles blanches en enlevés sur fond de jaune d'argent. L'aube blanche aux larges manches s'écrasent en de nombreux plis sur le sol, ici de damier gris et blanc."

 

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Sainte Marie-Madeleine et donateur,  lancette C, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Sainte Marie-Madeleine et donateur, lancette C, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Sainte Marie-Madeleine et donateur,  lancette C, baie n°107, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Sainte Marie-Madeleine et donateur, lancette C, baie n°107, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Sainte Marie-Madeleine et donateur,  lancette C, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Sainte Marie-Madeleine et donateur, lancette C, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Chanoine donateur,  lancette C, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Chanoine donateur, lancette C, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

LANCETTE D. VIERGE A L'ENFANT.

— Gatouillat (2005) :

"Vierge à l'Enfant (bien conservé ; grisaille et jaune d'argent sur sur verre blanc sauf le nimbe et le haut de la robe rouges ; style voisin de celui des donateurs des baies n°110 et 112). "

— Le Bihan (2007) :

Vierge à l'enfant.
C'est un personnage élancé, portant une petit tête à l'aspect serein, drapé dans un ample manteau blanc aux nombreux plis et au galon de couleur jaune garni de grosses olives, que l'artiste nous présente ici. Rien de commun avec les autres Vierges à l'enfant, si ce n'est ce duo mère enfant. Ici Il est tout nu, assis sur le bras droit de sa mère, bras et main recouverts, délicatesse, d'un pan du manteau. Même intention que saint Jacques pour le livre des écritures La main droite de Marie fait le geste de lui tenir le genou.  Il l'écoute, la tête couronnée de cheveux d'or, tournée vers Elle. Il pose sa main gauche contre sa joue et le droite a pris un geste de dialogue.  La tache rouge du bustier de la robe force la lumière de l'enfant et de la mère. Il fait très sérieux.
Elle ne porte pas le voile des mères, elle laisse flotter ses cheveux en nattes dorées sur ses épaules, attribut des vierges. Un nimbe rouge très foncé,  de forme ronde, immense, comme on ne le verra plus dans le reste de la cathédrale, l'accompagne sur une tenture de damas bleu.  "

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Vierge à l'Enfant,  lancette D, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, lancette D, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Vierge à l'Enfant,  lancette D, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, lancette D, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Vierge à l'Enfant,  lancette D,baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, lancette D,baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

DAIS ET SOCLES.

Gatouillat, 2005 :

Dais lisses et plats, à tourelles hexagonales ornées de trois grands gâbles teintés de jaune d'argent, arcs-boutants au sommet. 

 

— Jean-Pierre Le Bihan (2007)

"Derrière cette tenture, accrochée par les deux côtés, aux piliers des colonnettes apparaît, et pour toutes les lancettes de cette baie, un choeur d'église avec une baie du chevet à deux lancettes  et oculus vitrés de montage losangé."

[...] "Le dais 
Il est le plus élancé de  ces baies hautes du côté nord ; Avec les pièces du XVe siècle encore restées dans les lancettes c et d, un dais original était aisé à recomposer, Il était impossible de se servir de ce qui restait de la restauration du XIXe siècle. Toutes les pièces en verre incolore  étaient barbouillées de grisaille recuite et de jaune d?argent soit devenu pales soit arrivé au rouge le plus lourd.
Deux pinacles encadrent une tour dont trois faces sont visibles. Chacune de ces faces est ornée d?un  gable avec fleuron, crochets et ajouré d?un quadrilobe. Le gable central est entouré de deux pinacles.  Les crochets sont  traduits décorativement  par une succession de trois grosses perles jaunes, les deux extrêmes étant plus fines.
Au dernier étage, un clocher est entouré de quatre pinacles d?or qui démarrent comme lui  d?une tour, modèle réduit du premier étage, celle ci confortée par arcs boutants et culée."



 

 

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Ce vitrail fut sans dénomination, jusqu?à la sortie de l?ouvrage récent sur les vitraux de cette cathédrale.
:
                C?est une baie à quatre lancettes trilobées dont chaque lancette est composée de quatre panneaux de vitrail. Elle se trouve être le sixième des baies hautes du côté nord en partant de la baie d?axe. 

Deux historiens de la cathédrale nous ont donné chacun leur description.
 Le relevé d?Aymar de Blois, de 1820, d?après  le registre,  plus ancien, du chanoine  de Boisbilly donne :
 «  Les panneaux représentent, l?un Notre Dame, l?autre le Chanoine Donateur à genoux, présenté par un St qu?on ne distingue pas bien, le 3° St Jacques apôtre distingué par son bourdon et son chapeau garni de coquilles et le St Antoine ayant un cochon près de lui qui est son attribut. Même observation que cy devant pour l?effigie du donateur. » 

. En 1877, la description de Le Men donne ;1er Panneau (lancette) - Saint Antoine et son cochon. 2° Panneau (lancette) - Saint Jacques de Compostelle, appelé au moyen âge en Bretagne, saint Jacques de Turquie, reconnaissable à son bourdon et à son chaperon garni de coquilles. 3° Panneau (lancette) - Un chanoine à genoux présenté à la Sainte-Vierge par un saint martyr. Le haut de ce panneau a été refait. 4° Panneau(lancette)- La Sainte-Vierge portant l?Enfant Jésus dans ses bras.


                                1992. 

Dépose de cette baie,  en vue d?une restauration. Il nous manque 6 panneaux entiers,  sur les 12, composants le vitrail

Il s?agit  entre autres, de deux têtes de lancettes,   de deux dais et du  panneau inférieur du saint Antoine. Deux têtes sont à reprendre, celle de saint Antoine et celle de la Vierge.

 Les gravures de repère.

Dans cette baie les gravures de repère sont extrêmement nombreuses, ce qui rend cette baie intéressante.

Devant le nombre de pièces qui constituent un vitrail, les verriers avaient trouvé la solution de graver au dos des pièces de verre des signes, qu?ils soient alphabétiques ou graphiques. ; chaque pièce étant maniée par les auteurs plus d?une dizaine de fois depuis la coupe jusqu?à la mise en plomb. 

Pour notre travail de restauration, cette façon de procéder nous a souvent été utile pour redonner une place à une pièce ; les restaurations précédentes les ayant parfois mélangé 
         Inventaire de ces gravures de repère.

La première lancette, celle saint Antoine, est la plus pauvre de cette baie, avec une seule gravure  dans la tête de lancette.. Le dessin est d'un graphisme proche d?un grain de café dont la fente se prolonge sur la droite. On ne peut en trouver plus, car deux des panneaux sont portés manquants.  Pour le troisième panneau, le buste de saint Antoine, il y a peu de pièces anciennes: 5, et elles sont reconnaissables.

La seconde lancette, celle de saint Jacques présente dans les deux panneaux du bas,  des petits s, et c, ainsi qu' un Is. Dans le second panneau, il y a  un e, un ZC et un S, ce dernier etant reproduit quatre fois sur les pièces du buste de saint Jacques. 

Dans la troisième lancette, celle du chanoine donateur, le panneau du bas  présente trois  X, le panneau avec le dais :  ZI, IS, trois 4 et un V, un  L, et un  X.  Cette dernière lettre est probablement une pièce provenant d?un autre panneau, procédé fréquent lors des restaurations

Dans la lancette de la Vierge à l? enfant, le premier panneau possède 6 gravures prenant comme base une croix. Le second panneau, il s?agit de 8 gravures prenant comme base un Y. Ce Y et ce X sont repris 12 fois dans le panneau du dais.Les gravures y sont plus ou moins grandes, suivant la taille de la pièce. Seules deux pièces anciennes ne sont pas gravées. A noter que la tête de la Vierge, reconnaissable, ne porte aucun repère.


Saint Antoine, 

Nimbé de rouge, présenté devant une tenture jaune à damas, saint Antoine revêt le costume de l?ordre des Antonins, au ton gris, avec capuchon. Il porte la barbe, et tient un livre rouge, à la tranche dorée, dans sa main droite, au pouce énorme,  pouce qui est à rapprocher de  celui que l?on retrouve chez le saint Jean Baptiste de la baie 103, 

De l?autre main, il s?appuie   sur sa canne en tau,  insigne de sa dignité1. s En bas,une tête de cochon apparaît sur la droite du saint, dans un panneau de la restauration de  1992-1993. Cet animal est le symbole du démon de la luxure. On retrouve saint Antoine dans la baie 116 et dans les églises de Saint-Divy et Plogonnec pour le Finistère et Langast, dans le Morbihan avec une vie de ce saint.

  

Saint Jacques de Compostelle.

 Il est penché sur un livre grand ouvert qu?il tient délicatement de la main droite couverte d?un pan de son manteau de voyage. Ce manteau blanc  dont deux pans tombe presque jusqu'à terre est orné d?un galon  jaune dont le  motif d?ornementation est fait d?une série d?enroulements couronnés d?une volute, imitant la crête d?une vague (. Flots grecques),. Dessous, apparaît une robe de couleur rouge qui bien qu?elle tombe jusqu'à terre laisse apparaître les doits de pieds du saint. Le bourdon de pèlerin de Compostelle, mais sans escarcelle, est maintenu sous son bras gauche, permettant ainsi à la main d?accompagner la lecture. Il se protège la tête avec un large chapeau brun orné de la coquille. Saint-Jacques. Chapeau brun avec coquille Saint-Jacques. Derrière, grand nimbe rouge vertical. Se détachant sur la tenture verte. Le sol d?origine, en partie, est de grands damiers noirs et blancs mis de biais.

On le retrouvera à la baie 124 de la nef de la cathédrale, .et  ailleurs, dans le Finistère, à Notre-Dame du Crann en Spézet, dans le Morbihan, à Merléan et à Boqueho pour les Côtes d?Armor. 



Vierge patronne d?un chanoine

L?attribution du saint présentant le chanoine est difficile car, Le Men et Alexandre  Thomas parlent  d? « un saint martyr », comme  Aymar de Blois, mais avec réserve :  «un  St qu?on ne distingue pas bien »

La tête qui était en place lors de la dépose en vue de la  restauration de 1992-93 était celle d?un femme nimbée. Etait-elle l??uvre de Lusson ou d?une restauration suivante ? On ne peut vraiment  statuer.
 Il pourrait s?agir d?une pièce de Lusson, très effacée et qui aurait été reprise plus tardivement. Cette retouche a rapporté les grisailles manquantes, mais le passage au four du visage,  pour la seconde fois, avec des jaunes d?argent anciens n?a pas donné les résultats escomptés. Il a fallu l?a remplacer lors de la dernière restauration. Il fut donc rétabli un visage de femme.

Et le choix se révéla bon, car la pièce au dessous révéla une fin de natte de cheveux au jaune d?argent du XVe, et un chemisier ou haut de robe blanche avec des broderies elles aussi au jaune d?argent.

Il s?agit donc une Vierge ayant comme seul attribut la palme du martyr  et portant une robe verte doublé de blanc. Tandis que la main droite tient la tige de la palme,  l?autre main repose le long du dos du donateur, auquel aucun des trois historien de la cathédrale n?a pu fournir une identité.

Comme les autres chanoines de ce choeur, il est à genoux directement sur le sol, les mains jointes, tourné vers la Vierge Marie qu?il implore. Il n?y a pas  prie-Dieu, ni coussin, objets que nous trouverons dans le transept et la nef, en fin de siècle. Il a revêtu la chape de couleur bleue que l?on retrouve pour les deux donateurs chanoine et évêque précédents. Elle est ornée d?un galons semé d?olives et de perles blanches en enlevés sur fond de jaune d?argent. L?aube blanche aux larges manches s?écrasent en de nombreux plis sur le sol, ici de damier gis et blanc.

Vierge à l?enfant.

C?est un personnage élancé, portant une petit tête à l?aspect serein, drapé dans un ample manteau blanc aux nombreux plis et au galon de couleur jaune garni de grosses olives, que l?artiste nous présente ici. Rien de commun avec les autres Vierges à l?enfant, si ce n?est ce duo mère enfant. Ici Il est tout nu, assis sur le bras droit de sa mère, bras et main recouverts, délicatesse, d?un pan du manteau. Même intention que saint Jacques pour le livre des écritures La main droite de Marie fait le geste de lui tenir le genou.  Il l?écoute, la tête couronnée de cheveux d?or, tournée vers Elle. Il pose sa main gauche contre sa joue et le droite a pris un geste de dialogue.  La tache rouge du bustier de la robe force la lumière de l?enfant et de la mère. Il fait très sérieux.

Elle ne porte pas le voile des mères, elle laisse flotter ses cheveux en nattes dorées sur ses épaules, attribut des vierges. Un nimbe rouge très foncé,  de forme ronde, immense, comme on ne le verra plus dans le reste de la cathédrale, l?accompagne sur une tenture de damas bleu. Derrière cette tenture, accrochée par les deux côtés ,aux piliers des colonnettes apparaît, et pour toutes les lancettes de cette baie, un choeur d?église avec une baie du chevet à deux lancettes  et oculus vitrés de montage losangé. 
Dais de la  lancette C, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Dais de la lancette C, baie n°111, coté nord du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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GRAVURES DE REPÈRE.

— Jean-Pierre Le Bihan :

"Dans cette baie les gravures de repère sont extrêmement nombreuses, ce qui rend cette baie intéressante. Devant le nombre de pièces qui constituent un vitrail, les verriers avaient trouvé la solution de graver au dos des pièces de verre des signes, qu'ils soient alphabétiques ou graphiques ; chaque pièce étant maniée par les auteurs plus d'une dizaine de fois depuis la coupe jusqu'à la mise en plomb. 
Pour notre travail de restauration, cette façon de procéder nous a souvent été utile pour redonner une place à une pièce ; les restaurations précédentes les ayant parfois mélangé 

 Inventaire de ces gravures de repère.
La première lancette, celle saint Antoine, est la plus pauvre de cette baie, avec une seule gravure  dans la tête de lancette.. Le dessin est d'un graphisme proche d'un grain de café dont la fente se prolonge sur la droite. On ne peut en trouver plus, car deux des panneaux sont portés manquants.  Pour le troisième panneau, le buste de saint Antoine, il y a peu de pièces anciennes: 5, et elles sont reconnaissables.
La seconde lancette, celle de saint Jacques présente dans les deux panneaux du bas,  des petits s, et c, ainsi qu' un Is. Dans le second panneau, il y a  un e, un ZC et un S, ce dernier etant reproduit quatre fois sur les pièces du buste de saint Jacques. 
Dans la troisième lancette, celle du chanoine donateur, le panneau du bas  présente trois  X, le panneau avec le dais :  ZI, IS, trois 4 et un V, un  L, et un  X.  Cette dernière lettre est probablement une pièce provenant d?un autre panneau, procédé fréquent lors des restaurations
Dans la lancette de la Vierge à l' enfant, le premier panneau possède 6 gravures prenant comme base une croix. Le second panneau, il s'agit de 8 gravures prenant comme base un Y. Ce Y et ce X sont repris 12 fois dans le panneau du dais.Les gravures y sont plus ou moins grandes, suivant la taille de la pièce. Seules deux pièces anciennes ne sont pas gravées. A noter que la tête de la Vierge, reconnaissable, ne porte aucun repère."

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Jean-Pierre Le Bihan, 1993, article paru dans le Bulletin de la S.A.F page 277, détail.

Jean-Pierre Le Bihan, 1993, article paru dans le Bulletin de la S.A.F page 277, détail.

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REGROUPEMENTS STYLISTIQUES des vitraux du chœur.

(Selon K. Macias-Valadez et Gatouillat 2009 et 2013)

— Verre blanc nacré peu sensible aux altérations, où figurent des personnages en grisaille et jaune d'argent : n°109 et 111.

—Groupe aux motifs architecturaux rehaussés au jaune d'argent analogues avec des motifs à double perle : baies 100, 105, 109 et 111.

— Visage de la Vierge de la lancette D rehaussé de jaune d'argent (œil, narine, menton) comme les figures des baies 110 et 112.

— Longs cils de la Vierge de la lancette D : aussi retrouvés sur trois autres têtes anciennes. 

 

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SOURCES ET LIENS.

Cathédrale Saint-Corentin de Quimper. Inauguration du portail occidental, 12 décembre 2008   : http://www.sdap-finistere.culture.gouv.fr/fichiers/dossiers/mon8-fasciculecathedrale2008v2ds.pdf

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne province de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820. 

A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan) 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper,  ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— COUFFON (René), 1963,  « Etat des vitraux de la cathédrale Saint-Corentin au milieu du XIXe siècle par le baron de Gulhermy », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, tome LXXXIX, p. XCVII-CII

— COUFFON (René) LE BARS ( Alfred) 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

 

— GALLET (Yves), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. L'architecture, (XIIIe-XVe sièle)", Actes du Congrès Archéologique de France  2007 de la Société Française d'Archéologie. 

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al., La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203, 

 — GATOUILLAT (Françoise), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. Les vitraux anciens."Actes du Congrès  Archéologique de France 2007 de la Société Française d'Archéologie. 

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

 

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes. 

 — LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

— LE BIHAN (Jean-Pierre.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII 

ou blog du 10 février 2010 : 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-les-vitraux-et-leurs-gravures-de-repere-en-bretagne-44640076.html

LE BIHAN (Jean-Pierre), 1995, « La restauration des verrières hautes de la cathédrale de Quimper, » Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXIV, 

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 1997,« La verrière n°100 de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXVI, p. 175-201.

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 9 juin 2007,  Blog sur la baie n°111

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6788764.html

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2009, Blog, article  sur les fonds damassés

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-29447240.html

— LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.21,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

— MACIAS-VALADEZ (Katia), 1997, "Les vitraux des fenêtres hautes de la cathédrale de Quimper : un chantier d'expérimentation et la définition d'un style quimpérois", Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, t. LXXV, p. 204-242. 

— OTTIN (Louis), Le Vitrail, son histoire, ses manifestations diverses à travers les âges et les peuples, Librairie Renouard, H. Laurens éditeur, Paris, s.d. [1896] In-4°, 376 pages,  4 planche en couleurs, 15 phototypies, 12 planches en teinte hors texte, 219 gravures, de signatures, marques et monogrammes. 

https://archive.org/stream/levitrailsonhist00otti#page/42/mode/2up

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, Quimper 170 pages,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

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Published by jean-yves cordier - dans Quimper
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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 14:20

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LA BAIE n°107, TROISIÈME TRAVÉE DU CHOEUR, COTÉ NORD (1415 ; 1869 ; 1993).

Haute de 4,50 m et large de 2,60 m, elle comporte 4 lancettes trilobées formées chacune de 4 panneaux et un tympan à 10 ajours.

Documentation : Comment a-t-elle été décrite depuis le XIXe siècle ?

— Aymar de Blois (vers 1820) décrit :

 "La Trinité, Notre Dame, St Pierre , et le chanoine donateur à genoux présenté par un Saint dont on ne distingue pas les attributs. La destruction des Ecussons ne permet plus de connoître de quelle maison étoit le Chanoine. Les Chanoines sont le plus ordinairement représentés en chape ; on en voit pourtant quelques uns en surplis, mais c'est le très petit nombre ; il est même rare que cela soit autrement, quoiqu'on puisse voir quelques exceptions à cette règle, même dans l'église de Quimper. "

— En 1877, Le Men écrit (p.23-24) :

" 1er Panneau. — Un chanoine à genoux, revêtu d’une chape bleue, et présenté par un saint dont on n’a pu reconnaître l’attribut.

2e Panneau.— Saint Pierre, apôtre, tenant d’une main un livre et de l’autre une clef.

3e Panneau. — Saint Paul, apôtre, tenant une épée à la pointe en bas.

4e Panneau. — La Sainte-Trinité représentée de la manière suivante : Dieu le Père assis, tient son Fils crucifié entre ses genoux, et le Saint-Esprit, sous la forme d’une colombe, est posé sur le bras droit de la Croix. Cette manière de représenter le symbole de la Trinité, était populaire au Moyen Âge. Il en reste d’assez nombreux exemples dans l’évêché de Quimper, à Kerfeunteun, à Plogonnec, à Spézet, etc. Mais le plus ordinairement la colombe est figurée, les ailes déployées, sur la poitrine on sur la tète du Père Éternel.

Les quatre écussons qui sont au bas des panneaux de ce vitrail, y ont été mis sur mes indications pour  remplacer ceux qui s’y trouvaient auparavant et qui ont été détruits. Ils portent les armes de Pierre du Quenquis, ou du Plessix-Nizon, de Jacques Buzic, d’Olivier de l’Hôtellerie et de Jean de Tréanna, tous quatre chanoines de la cathédrale à l’époque où ont été faits les vitraux du chœur en 1417 et 1418. Ces armes sont : l° pour du Plessix : d’argent au chêne de sinople englanté d’or, au franc canton de gueules chargé de deux haches d’armes adossées d’argent en pal ; 2° pour Buzic : écartelé aux 1 et 4, d’or au léopard de gueules, qui est Nevet, aux 2 et 3, de gueules à six annelets d’argent 3, 2, 4, qui est Buzic ; devise : Comzit mad (parlez bien) ; 3° pour l’Hôtellerie : d’argent à trois jumelles de sable, accompagnées de dix étoiles de gueules 4, 3, 2, 1 ; 4° pour Tréanna : d’argent à la macle d’azur ".

N.B : Le Men indique que les armoiries ont été mises "sur ses indications", et non parce qu'elles étaient attestées dans le passé. En bon archiviste, il a choisi parmi les noms des chanoines mentionnés dans les actes du chapitre à la période 1417-1418. 

— Vers  1896, Louis Ottin donne dans son ouvrage général sur Le Vitrail des illustrations puisées dans les calques des anciens vitraux déposés en 1867-69 par Lusson et remplacés par des copies fidèles. Sa description de cette baie se lit page 173 :

1°) Saint Jean-Baptiste avec une peau de loup sur la tête/

2°) Saint Pierre.

3°) Saint Paul.

4°) Trinité.

 

 

— Selon l'abbé Alexandre  Thomas (1892):

1. Le chanoine Pierre du Quenquis présenté par un Saint;

2. Saint-Pierre;

3. Saint-Paul;

4. La Trés-Sainte Trinité. Le Père Éternel, assis et vêtu en empereur, tient entre les mains la croix à laquelle est attaché le Sauveur; le Saint-Esprit est représenté soas la forme d'une colombe posée sur le ·bras droit de la croix. Au-dessus de Dieu le Père, deux petits anges sont en adoration.

Des armoiries figurent à la partie inférieure de ces quatre panneaux:

1°. Du Quenquis ou du Plessix-Nizon : d'argent au chêne de sinople, au franc canton de gueules chargé de deux haches d'armes d'argent adossées en pal. J'ai déjà signalé le chanoine Pierre du Quenquis comme un des plus insignes bienfaiteurs de la cathédrale; c'est la quatrième fois que nous trouvons ses armes.

2° De Buzic: écartelé aux 1 et 4 d'or au léopard de gueules (Névet) ; aux 2 el 3, de gueules à six annelets d'argent 3, 2, 1 (Buzic). Ces armoiries rappellent ici le chanoine Jacques Buzic.

3° De l'Hôtellerie : d'argent à trois jumelles de sable, accompagnées de dix étoiles de gueules 4, 3, 2, 1. Armoiries du chanoine Ollivier de l'Hôtellerie.

4° De Tréanna : d'argent à la macle d'azur. Armoiries du chanoine Jean de Tréanna."

— En 1979 paraît un article général de Katia Macias-Valadez, sans analyse baie par baie.

— La description de Couffon et Le Bars 1988 donne :

 Pierre du Quenquis

a chanoine Pierre de Quenquis à chape bleue, présenté par X

b saint Pierre , livre et clef.

c saint Paul, épée

d Trinité : le Père assis présente son fils crucifié.

les écussons Du Quenquis, de Buzic (Névet-Buzic), de L’Hotellerie, de Tréanna sont de 1867 

— En 2005, nous disposons de la description des auteurs (F. Gatouillat et M. Hérold) du Corpus vitrearum, et de ceux (Yves-Pascal Castel pour cette baie) d'une monographie sur les vitraux de Quimper.

–Selon Gatouillat 2005 :"Panneaux inférieurs à socles anciens timbrés d'armoiries qui avaient disparues avant 1850, reconstituées à partir des informations données par Le Men, archiviste de Quimper. Ce sont celles des chanoines de Pierre de Quenquis, Jacques Buzic, Olivier de l'Hostellerie et Jean de Tréanna.

Niches à dais arrondis aux voûtes visibles surmontées d'entablemens horizontaux à quadrilobes  et tourelles en poivrière, sommées d'une accumulation  de toitures et de drapeaux. Tentures unies, de teintes variées, accrochées en rectangle. Personnages plus élancés que dans la baie voisine n° 109."

– Selon Y-P. Castel, "Restauration en 1992 par Antoine Le Bihan, en particulier de la tette du Père et la colombe. ... Les fonds alternent rouges ett bleus. L

— En 2007, Jean-Pierre Le Bihan, qui a restauré cette baie en 1992-1993, consacre un article de son blog à la baie n°107. (voir infra pour le détaildes lancettes) :

"L'état en 1992,  près de 120 ans après la dernière grande restauration, n'était pas si mauvais que cela et certaines pièces de cette restauration du XIXe siècle ont pu être conservées, leurs grisailles, que cela soit au trait ou en lavis, ayant tenues. "

— En 2009 et 2015, Françoise Gatouillat rédige un article et un chapitre d'ouvrage aux vitraux du chœur, avec quelques mentions de la baie 107.

 

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Baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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LANCETTE A. SAINT JEAN-BAPTISTE et un donateur.

 

Pendant longtemps, le saint n'a pas été identifié. Quant au donateur, Thomas ou Le Bihan le donnent comme Pierre de Quenquis, alors que les armoiries (mais qui datent de Lusson) sont celles du chanoine Olivier de l'Hôtellerie. En fait, nous ne pouvons que présumer de l'identité de ce chanoine en chape bleue,  sans nous appuyer sur les armoiries, qui ont été choisies arbitrairement par René-François Le Men. C'est l'occasion de découvrir quelques membres du chapitre cathédrale du début du XVe siècle. Ce dernier était composé au XVe siècle d'un Doyen qui était, de Droit, l'Abbé de l'Abbaye de Daoulas, de cinq autres Dignitaires, qui étaient le Grand Archidiacre  ou de Cornouaille (Alain de Penquelennec en 1400), le Grand Chantre, le Trésorier, l'Archidiacre de Poher (ou Poukaer), et le Théologal ; et de douze Chanoines qui avaient des Paroisses à leur présentation, et du Bas Choeur.

Gatouillat 2005 : "Saint Jean-Baptiste, encapuchonné dans sa peau de chameau  traitée en jaune d'argent comme la robe de sparterie qu'elle recouvre, présentant un chanoine donateur en surplis blanc  et manteau bleu à motifs peints au jaune d'argent (bien conservé)."

Y-P. Castel 2005 : "Le donateur, le seul de cette fenêtre, est un chanoine en chape bleue, à genoux, les mains jointes. Derrière lui, Jean-Baptiste, avec l'agneau pascal et l'étendard de la Résurrection, est revêtu  d'un grand voile qui lui couvre la tête. [sic]. En dessous, armoiries du chanoine Olivier de l'Hôtellerie, d’argent à trois jumelles de sable, accompagnées de dix étoiles de gueules 4, 3, 2, 1  ".

Le Bihan, 2007 :
    " Nous avons le droit ici à un Jean Baptiste, au nimbe  de couleur verte, très différent de celui de la baie 103, se détachant  sur une tenture rouge.  
Est-ce sur la demande du donateur que l'artiste lui a fait revêtir une simple peau de bête dont la tête, servant de coiffure, pointe son museau au dessus du visage de l'intercesseur . 
Celui ci repose sa main droite près de l'épaule du chanoine.  L'agneau  pascal, portant le nimbe, est assis sur le livre au sept sceaux que porte saint Jean Baptiste. Il tient entre ses pattes  la croix de résurrection et dresse son museau et le regard  vers le visage de Jean Baptiste
Le possible donateur de ce vitrail : Le chanoine Pierre du Quenquis,  à genoux les mains jointes dans la pose des orants, porte une chape  de couleur bleue garnie de broderies. Comme saint Jean Baptiste, il se tourne et vers saint Pierre et vers la Sainte Trinité qui trône de face.".

Les armoiries sont celles de la famille Abraham, de l'Hôtellerie, dont le Nobiliaire et Armorial de Bretagne de Potier de Courcy donne les indications suivantes :

 "Abraham, sr de l’Hôtellerie, par. de Ploufragan, — de la Ville-Angevin, par. de Pordic, — de Bélestre, par. de Saint-Alban. — du Closmenier, par. de Coëtmieux.

Réf. et montres de 1423 à 1513, dites par., év. de Saint-Brieuc.

D’argent à trois jumelles de sable, accomp. de dix étoiles de gueules, 4.3. 2. et 1 (Sceau 1381).

Perrot, ratifie le traité de Guérande en 1381.   La branche de l’Hôtellerie fondue en 1510 dans Visdelou."

 

Le chanoine Olivier de l'Hôtellerie apparaît dans une délibération du chapître du 30 mai 1408 : "Le chapitre se réunit donc de nouveau, le 30 mai, dans la matinée. Les chanoines présents étaient : Guillaume de Kaer (1)73, bachelier-ès-lois, archidiacre ; Bertrand de Rosmadec, trésorier, maître-ès-lois et bachelier en décrets ; Olivier de l’Hotellerie, licencié-ès-lois ; ", etc.

Le Men mentionne aussi:

  "François de L’Hôtellerie, qui figure dans les actes comme chanoine de la cathédrale, pendant presque toute la seconde moitié du XVe siècle, dut contribuer à la construction de la chapelle Saint-François (1464-1485). Depuis la fin du XIVe siècle, une des prébendes de la cathédrale, appartenait à Olivier de L’Hotellerie, qui était, je suppose, oncle de François, auquel il transmit son canonicat, comme c’était assez l’usage à cette époque. Le nom patronymique des sieurs de L’Hotellerie, était Abraham. Cette famille, originaire de l’évêché de Saint- Brieuc, avait pour armes : d’argent à 3 jumelles de sable accompagnées de 10 étoiles de gueules 4, 3, 2 et 1, Ces armoiries se voient encore avec une cotice de …brochant, sur deux des meneaux de la fenêtre de cette chapelle. François de L’Hotellerie y fonda une chapellenie dont il laissa le patronage, à l’official de Cornouaille, On a mutilé, il y a quelques années, l’enfeu de cette chapelle, dont l’arcade surbaissée portait des écussons aux armes de L’Hotellerie"

Plus intéressant, Le Men rapporte un acte de 1424 qu'il traduit du latin (notre chanoine apparaît sous le nom d'Oliviero Hospitis): 

"1424. — Le 26 juillet de cette année, fête de sainte Anne, fut commencée la « nouvelle œuvre » des tours de la façade de la cathédrale. La première pierre fut posée par l’évêque Bertrand de Rosmadec, revêtu de ses ornements épiscopaux, et par Jean de Langueouez,  chevalier, chargé par le duc Jean V de le représenter dans cette cérémonies en présence de vénérables maîtres Jean Le Marc’hec, trésorier, Olivier de l’Hôtellerie, Jean de Treanna, Raoul Le Blanc (autrement Penquelennec), Pierre du Quenquis, Bertrand Symon, Jean Hascoed, procureur de la fabrique et gouverneur de la « nouvelle œuvre, » et Guillaume Maucousu, tous chanoines de la cathédrale, et d’un grand nombre d’habitants de la ville et de la campagne. "

 

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Baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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La figure la plus étonnante de cette baie est celle de saint Jean-Baptiste, dont la tête est coiffée par celle de la peau de chameau dont il est vêtu. Lors de mon examen des trois  lancettes de la baie n°103 où Jean-Baptiste est encadré par saint Pierre et saint Paul, j'avais poursuivi une réflexion sur la place donnée au culte de saint Jean-Baptiste ​dans le  programme iconographique de la cathédrale de Quimper : saint Pierre y est tourné non vers le Christ en croix de la baie 100, comme l'ensemble des autres personnages de ces verrières, mais vers Jean-Baptiste. Or, c'est exactement la même chose dans cette baie n°107 où (lancette B), saint Pierre est représenté de face mais tourne la tête vers saint Jean. Autre point commun, nos retrouvons dans cette baie les deux apôtres Pierre et Paul . J'ai écrit dernièrement ceci :

Saint Jean-Baptiste, le Précurseur annonçant le Christ, est représenté 10 fois dans les  verrières du XVe siècle. Après le Christ (25 occurrences) et la Vierge (13 fois ) mais avant Jean l'Évangéliste (7 fois) et saint Pierre (7 fois), il est présent bien d'avantage que saint Corentin, le patron de la cathédrale qui n'est représenté que 4 fois.

Nous sommes donc amenés à considérer saint Jean-Baptiste comme le saint de premier plan pour la cathédrale de Quimper au XVe siècle. 

Une hypothèse simple peut faire le lien entre ce saint et les prénoms du duc Jean V et de son épouse Jeanne de France, qui sont chacun présentés autour de la baie n°100 l'un par Jean l'Évangéliste et l'autre par Jean-Baptiste. Jean-Baptiste viendrait inscrire le prénom et le pouvoir ducal par sa représentation dix fois répétée, comme un emblème au même titre que la cordelière et le culte de saint François pour le duc François. 

Mais, dans la mesure où le saint est représenté non pas lorsqu'il baptise le Christ, mais de façon stéréotypée, tenant l'Agneau de la Rédemption, cela conduit à s'interroger sur une affirmation théologique sous-jacente, par une influence du chapître cathédrale, de l'évêque, ou en relation avec les enseignements et prêdications du début du XVe siècle. 

On avouera que cela dépasse mes compétences. Je note que le polyptique de l'Agneau mystique des frères van Eyck, achevé en 1432, a été commandé et débuté à peu près à la même époque, et que le registre supérieur montre le trio Marie / Père trinitaire /Jean-Baptiste  (alors que les Crucifixions et Poutre de Gloire montrent le trio Marie / Christ / Jean l'Évangéliste), et que le registre inférieur est centré par l'adoration de l'Agneau Mystique. 

Cette théologie de l'Agneau passe par la lecture de l'évangile de Jean 19:31-37 qui renvoie à Zacharie 12:10-14, ainsi qu'à la lecture de l'Apocalypse 1:7.

Voir aussi la lancette B de la baie 102 (Jean-Baptiste présentant la duchesse Jeanne), la lancette B de la baie n°110,  la lancette D de la baie n°113 et la  lancette D de la baie n°128 (vers 1496)

Cette nouvelle représentation de saint Jean Baptiste reprend le motif (constant sur les 6 autres exemples étudiés) de l' Agneau au nimbe crucifère, tenant l'étendard de la Rédemption, mais ici l'agneau est tenu assez tendrement contre la poitrine (et non — comme l'affirme pourtant Le Bihan— présenté sur le Livre de l'Apocalypse,). Le saint adopte, pour cette prise manuelle, une position érigée de l'index qui évoque celle qui, dans l'iconographie du XVIe siècle, sera l'un de ses principaux attributs, l'index levé vers le ciel exprimant alors l'annonce prophétique de la venue d'un Rédempteur.

Mais l'élément original est bien cette tête de chameau coiffant le saint : elle accentue et radicalise la caractérisation de Jean-Baptiste comme être sauvage, elle le situe dans un entre-deux entre le monde animal et le monde humain, de la même façon que saint Christophe présenté comme un Géant. Ce qui rapproche ces deux saints dans la représentation que leur donne le XVe siècle, c'est qu'il sont l'expression de  forces vitales pré-humaines. Christophe est surtout doté d'une force musculaire extraordinaire, mais (dans la Légende), il se déclare incapable de prier ou de jeûner, c'est-à-dire d'actes cultuels civilisés. De même, Jean se nourrit de sauterelles et de miel sauvage et s'habille de peaux de bêtes. Dans les deux cas, ils sont liés à l'eau (traversée du gué pour l'un, baptême par immersion dans le Jourdain pour l'autre), c'est à dire à des forces profondes et incontrôlées.

Les iris des yeux du saint sont teintés au jaune d'argent, comme dans les baies 106, 108 et 109. C'est pour moi une expression de la puissance surnaturelle irradiante du personnage.

Je propose  une  pause dans l'examen de la baie n°107 pour un distrayante petite revue iconographique sur saint Jean-Baptiste dans les enluminures. Rien de plus facile, il suffit d'explorer le site des images  de la Bnf :  Mandragore Classement thématique / Christianisme / S.jean.baptiste, pour trouver 280 images numérisées. Mais on constate vite que les images de notre héros le représentent souvent lors de sa naissance, lors du baptème du Christ, lors de ses prédications et, enfin, lors de sa décollation sur l'ordre d'Hérode. Nous ne nous intéresserons ici qu'aux peintures de "Jean-Baptiste dans le désert". Parmi celles-ci, je chercherai celles qui précèdent les vitraux de Quimper (vers 1417). 

a) La première qui me retient est le folio 188 du Pèlerinage de Vie Humaine de Guillaume de Digulleville, Bnf Fr. 376, de la fin du XIVe siècle.  Jean Baptiste est représenté avec des cheveux longs et chenus, une barbe blanche, pieds nus, seulement vêtu d'un vêtement de poils. Il tient l'Agneau sur le bras gauche, et le désigne de l'index de la main droite. Voilà donc l'origine de l'index tendu du vitrail de Quimper, sous sa forme première que je vais retrouver constamment sur les enluminures.

b) Toujours au XVe siècle (vers 1475), le folio 104 du Bnf Lat. 18014 appartient aux Petites heures de Jean de Berry, orae ad usum parisiensem, enluminé à Bourges. Les goûts et créations artistiques du duc de Berry dans un but de mécénat politique ont sans-doute inspirés les artistes de l'entourage du duc de Bretagne,  c'est donc un document intéressant.   Jean-Baptiste ne porte pas de peau de bête, mais un manteau bleu. Il tend l'index vers l'Agneau posé sur le bras gauche, mais celui-ci porte le nimbe radié et tient l'étendard, et il s'inscrit dans un orbe selon un shéma très ancien.

c) Toujours au XIVe siècle, jetons un coup d'œil au folio 23 du Bnf Fr. 400 : Jean-Baptiste est vêtu d'une peau en haillon, mais là encore il désigne de l'index l'Agneau, inscrit dans l'orbe centrée par l'étendard.

On voit bien que le modèle dont s'est inspiré le peintre sur verre à Quimper est fixé dans ses principales caractéristiques dans les enluminures des Livres d'Heures et autres livres de dévotion. Il suffirait de continuer à explorer le site Mandragore pour s'en convaincre définitivement. Ce stéréotype va se poursuivre au XVe et XVIe siècle.

Quittons la Bnf pour les trésors des Bibliothèques Municipales recensées sur le site Enluminure. Je sélectionne "Saint Jean-Baptiste dans le désert", et j'obtiens 102 réponses. Si je restreins à la période 1200-1420, je n'obtiens plus que 24 réponses soit 16 manuscrits. La plupart font figurer le saint pieds nus, barbu,  vêtu d'une robe de poils animaux, et présentant l'Agneau de l'index droit. Dans la moitié des cas, l'Agneau s'inscrit dans l'orbe.

Avignon - BM - ms. 0190 Folio 053 Orbe

Besançon - BM - ms. 0028 folio 110 Orbe

Cambrai BM - ms. 0190 folio 136 v Orbe

Carpentras - BM - ms. 0057 folio 067 Livre

Charleville-Mézières - BM - ms. 0107 f.361. Orbe

Châteauroux - BM - ms. 0002 folio 208

Orléans - BM - ms. 0144 folio 093

Paris - Bibl. Mazarine - ms. 0413 folio 208

Paris - Bibl. Mazarine - ms. 0416 folio 297

Paris - Bibl. Mazarine - ms. 0469 folio 056

Paris - Bibl. Sainte-Geneviève - ms. 1130 (Pèlerinage de Jésus-Christ Guillaume de Digulleville).

Reims - BM - ms. 0230 folio 153 

Tours - BM - ms. 0013 folio 151 (saint tenant une palme)

Valenciennes - BM - ms. 0838 folio 191 Orbe

 

Vesoul - BM - ms. 0027 folio 107.

Je présente ma sélection, par ordre chronologique :

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Cambrai BM 090 f. 136  Epistolaire de la cathédrale de Cambrai; vers 1266

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Reims - BM - ms. 0230 f.153 Missel à l'usage de l'abbaye Saint-Nicaise de Reims XIIIe  

 

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Carpentras BM 0057 folio 067 Heures. 1400-1410.

 

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Paris Bibliothèque Mazarine 0416 folio 297, Missel à l'usage du prieuré Saint-Martin-des-Champs de Paris, 1408.

 

 

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J'ajouterai quatre autres exemples postérieurs aux vitraux du chœur de Quimper, soit parce qu'ils proviennent d'heures à l'usage de Rennes, soit parce que Jean-Baptiste présente l'Agneau sur un livre (cf. baies de Quimper)

Paris Bibliothèque Mazarine 0506 folio 128 Heures à l'usage de Rennes vers 1460 ?

 

 

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Orléans - Musée hist. et arch. - A 5826 folio 145 Heures à l'usage de Rennes ? vers 1440-1450 : 

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Riom - BM - ms. 0076 f.061  Heures à l'usage de Sarum  XV-XVIe Flandres ?Jean, vêtu d'une mélote et d'un manteau rouge, désigne l'Agneau couché sur un livre. Animaux aux pieds de Jean : licorne, lion et monstre.

 

 

 

Tours BM ms 2104 folio 61 Heures à l'usage de Rome vers 1510

 

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Dans l'ensemble des enluminures examinées, je n'ai jamais observé que saint Jean-Baptiste ait la tête recouverte d'une tête animale.

Avant de conclure, intéressons-nous à cette fameuse peau de bête, ou à ce vêtement tissé de poils, qui est encore parfois désigné sous le nom de "mélote" (du grec) " peau de brebis ") par référence à la tenue des premiers  anachorètes d'une part, et à la tenue du prophète Elie d'autre part. Précisément, on peut penser que si les enlumineurs et les peintres verriers ne manquent jamais d'indiquer que Jean-Baptiste porte cet habit, c'est pour souligner qu'il est le nouvel Élie, comme cela est dit dans les Évangiles où Élie est le prophète le plus fréquemment cité. Dans l'Évangile de Jean, on rapporte que les pharisiens demandent à Jean le Baptiste ceci : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n'es pas le Christ ni Élie, ni le prophète ? » Dans l'évangile de Matthieu, on lit :

Qu’êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu’un prophète. Car c’est celui dont il est écrit : Voici, j’envoie mon messager devant ta face, pour préparer ton chemin devant toi. Je vous le dis en vérité, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste. Cependant, le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui. Depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu’à présent, le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent.Car tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu’à Jean et, si vous voulez le comprendre, c’est lui qui est l’Élie qui devait venir.

 

 

Cette identité est déniée par Jean le Baptiste « Qu'es-tu donc? Lui demandèrent-ils. Es-tu Élie? Il dit: Je ne le suis pas ».  L'ange Gabriel affirme pourtant, avant la naissance de Jean-Baptiste, qu'il aura l'esprit et la puissance d'Élie (Luc 1:17)

 C'est  leur costume fait de peaux de bêtes qui permet d'assimiler Jean-Baptiste et Élie . Élie est le Prophète de Yahweh, Dieu d'Israël, face au dieu des Cananéens, Baal : c'est le prophète   qui s'envole aux cieux dans un tourbillon. Il est surtout l'annonciateur du Messie à la fin des temps.

Il est  originaire de la ville de Tishbé : « Élie, le Thischbite," s'est retiré dans le désert près d'un torrent affluent du Jourdain, buvant l'eau du torrent et  ravitaillé en nourriture par des corbeaux. Le vêtement d'Élie est mentionné dans le Deuxième livre des rois 1:8 :

Achazia leur dit : Quel air avait l’homme qui est monté à votre rencontre et qui vous a dit ces paroles ? Ils lui répondirent : C’était un homme vêtu de poil et ayant une ceinture de cuir autour des reins. Et Achazia dit : C’est Élie, le Thischbite. (at illi dixerunt vir pilosus et zona pellicia accinctis renibus qui ait Helias Thesbites est).

Le manteau (pallium) d'Élie joue aussi un rôle clef après sa montée aux cieux, dans la désignation d'Élisée comme successeur (2 Rois 2:8 et 14) : entre ses mains, ce manteau, roulé et jeté contre le Jourdain, "partage ça et là les eaux" pour en permettre la traversée à sec (tulitque Helias pallium suum et involvit illud et percussit aquas quae divisae sunt in utramque partem et transierunt ambo per siccum).

. On peut donc dire que cet habit animal et sauvage de Jean-Baptiste atteste et rend métonimiquement visible sa puissance prophétique : sa peau de chameau empruntée à Élie assure à son kérygme "Ecce agnus dei" sa vérité incontestable. Dans la même image, le vêtement de poil d'une part, et l'Agneau désigné par l'index d'autre part, sont indissociables.

 

 

 

 

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Heures à l'usage de Sarum
Lancette A, saint Jean-Baptiste, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette A, saint Jean-Baptiste, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette A, saint Jean-Baptiste, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette A, saint Jean-Baptiste, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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LANCETTE B. SAINT PIERRE.

  Saint Pierre, immédiatement identifiable à la très grande clef qu'il tient en diagonale, et au livre qui est son attribut comme tout apôtre, est vêtu d'un manteau rouge sur un surplis blanc rehaussé de jaune d'argent. Une banderole tourne autour de sa tête nimbée de vert et déploie son inscription :    [ST] PIERRE / LAPOTRE. Le visage est barbu, les yeux semblent teintés de jaune d'argent, comme le sont quelques boucles de cheveux .   Le panneau du bas porte les armoiries du chanoine Pierre de Quinquis  ou du Plessix-Nizon : d'argent au chêne de sinople, au franc canton de gueules chargé de deux haches d'armes d'argent adossées en pal.

—Gatouillat, 2005 page 177:

"Saint Pierre tourné vers l'ouest, nimbe vert, grand manteau pourpre sur une tunique blanche, cheveux teintés de petites touches de jaune d'argent. Phylactère formant arc au dessus de sa tête, inscription illisible (peu restauré)."

 

— Le Bihan, 2007

 "Du travail de restauration : Ici aussi nous avons  fourni peu de pièces en 1992, car un grand nombre de celles fournies par le peintre verrier Lusson, restaurateur du XIX°, a été conservé. Notre  travail  de restauration a surtout consisté en des incrustations d'éléments de pièces peintes et cuites en raccord de ton. Par contre, le blason  d'argent, au chêne de sinople ensanglanté d'or, a du être repris mais les deux haches en gravures sur verre plaqué rouge ont été conservées.
Le personnage
Un phylactère, volant, au texte indéchiffrable, qui doit se lire Pierre  Apôtre, part de l'extrémité de la  grosse clef que l'apôtre tient  levé de la main  gauche. Tandis que sa droite tient le livre des écritures
Il est habillé d'un grand  manteau rouge, proche d'une chape, qu'il porte sur une aube blanche,  tombant jusqu'au sol.
Cet apôtre tourne la tête  sur la droite, prenant la même pose du possible saint Pierre de la baie 105.  On ne sait qui il regarde dans la lancette précédente, soit  le donateur, soit le saint Jean-Baptiste. C'est peut-être vers le premier, car ce chanoine se prénomme Pierre, si l'on en croit Alexandre Thomas. On comprend mieux alors  la scène du donateur de la scène suivante.
Quant à saint Pierre, sa silhouette au manteau rouge et nimbe vert se détache sur la tenture bleue. 
Les phylactères des deux lancettes
Le graphisme en courbe des deux phylactères est assez intéressant. Chez saint Paul, cette courbe semble l'enfermer, le protéger de l'extérieur,  le concentrer dans sa réflexion, alors que chez saint Pierre, elle ouvre la  possibilité d'une conversation avec le chanoine donateur. "

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Concernant Pierre de Quenquis, nous lisons dans le Nobiliaire et Armorial de Bretagne de Pol de Courcy tome II 

PLESSIS (DU) , en breton QUENQUIS (DU) , sr dudit lieu, par. de Nizon, — de Missirien, par. de Kerfeunteun, — de Kerfors et de Lezergué, par. d'Ergué-Gabéric.

Anc. ext., réf. 1669, huit gén. ; réf. et montres de 1426 à 1562, dites par., év. de Cornouailles.

D'argent au chêne de sinople englanté d'or, au franc canton de gueules chargé de

deux haches d'armes adossées d'argent en pal.

Yves, vivant en 1427, épouse Marie de Villeblanche.

La branche aînée fondue en 1690 dans Feydeau, puis Hersart; la branche de Missirien fondue dans Autret ; la dernière branche fondue dans La Marche. Le sr de Kerhouaz, paroisse de Lesbin-Pontscorff, débouté à la réformation de 1671. Le sr de Penfrat, débouté au conseil en 1700.

La paroisse de Nizon se trouvait au nord-ouest de Pont-Aven, à 30 km de Quimper. Le toponyme Plessis qui signifie clôture de branches tressées, a pris le sens de "motte féodale" ou de manoir fortifié.

Pierre de Quenquis fut reçu chanoine de la cathédrale le 20 janvier 1415. Il décéda en 1459, et son tombeau fut placé dans la chapelle Saint-Corentin ( depuis, chapelle Saint-Paul).   Ses armes sont aussi sculptées sur l'un des deux écussons des clefs de voûte du bas-coté nord de la nef, et en deux écussons accolés, à la naissance de la voûte du porche du  portail nord. 

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J'émets des réserves sur l'authenticité de l'inscription gothique. Elle ne pouvait en aucun cas servir aux fidèles à identifier le saint, d'une part parce qu'ils n'avaient pas accès au chœur, d'autre part parce qu'ils n'avaient pas de jumelles, et enfin parce que la clef suffisait à donner la réponse. Il me paraît plus probable que le phylactère contenait une oraison, et, notamment, l'article du Credo attribué à cet apôtre. Cette remarque vaut aussi pour saint Paul dans la lancette voisine. Si les inscriptions étaient devenues illisibles au XIXe siècle, Antoine Lusson a pu les remplacer par des indications peu inspirées, en lettres néo-gothiques. En effet, la ressemblance est forte entre ces apôtres enrubannés de phylactères, les figures des enluminures du Credo apostolique et prophétique du Psautier de Jean de Berry par André Beauneveu (1380-1400), ainsi que celles, plus tardives qu'à Quimper, des vitraux de la baie n°217 de la cathédrale du Mans : 

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Lancette B, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette B, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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LANCETTE C. SAINT PAUL.

— F.  Gatouillat 2005 :

"Saint Paul muni de l'épée (tête moderne), manteau vert très restauré et tunique blanche. Phylactère disposé comme précédemment (assez bien conservé)."

— Y-P. Castel, 2005 :

 "Saint Paul en tunique verte, livre en main droite, épée pointe en bas dans la gauche. La large banderole, qui, en montant, s'enroule autour de l'auréole, se lit en partant du bas : SAINT POUL (sic) : APOTRE. Au dessous, armoiries du chanoine Jacques Buzic : écartelé au 1 et 4, d'or au léopard de gueules , qui est Névet, ; aux 2 et 3, de gueules à six annelets d'argent, 3, 2, 1, qui est Buzic.Leur devise était Comzit mad (Parlez bien , ou dites du bien)"

 

— Le Bihan, 2007 :

"Sur cette lancette, nous avons, en 1992, remplacé très peu de pièce. Nous  pouvons  cependant signaler la fourniture de pièces peintes pour la tête du saint Paul, son nimbe et la partie de rideau au-dessus, deux pièces de la robe verte, sept pièces des colonnettes, une pièce du dais et quatre pièces du socle. Quand au blason, il a suffi de le doubler d'une pièce peinte pour lui rendre sa jeunesse.

La description du saint et l'épée

 De sa main gauche, saint Paul étreint l'épée qui est ici présentée la pointe en bas  Certes, ce glaive, attribut, rappelle l'instrument avec lequel il fut décapité, mais Il fait aussi allusion à un passage de l'épître aux Hébreux, IV. 12, où Saint Paul déclare que la parole de Dieu est plus efficace et pénétrante qu'un glaive à deux tranchants, l'état du verre ne permet pas une bonne lecture.
Le Livre.
Si sa main droite n'est pas visible sous le pli du manteau, cela semble intentionnelle. Saint Paul n'ose toucher le livre qui est doctrine, apostolat et prédication. Ce livre  doit être toujours entrouvert chez saint Paul, par respect pour la Parole Sainte qu'il contient. Cette façon de l'envelopper dans un pli de son manteau se voit dès les premiers siècles dans diverses mosaïques. 
Un ample manteau répond au bleu du nimbe orné d'entrelacs. Un phylactère monte de la droite de la lancette et se courbe au-dessus de lui pour revenir vers l'arrière de son crâne. On peut y lire difficilement le nom de Paul, apôtre."

Le chanoine Jacques Buzic.

Le Nobiliaire et Armorial de Bretagne de Potier de Courcy indique :

Buzic, sr de Lespervez, par. de Plonéour, — de Kerdaoulas, par. de Dirinon, — de Kerinec, par. de Poullan.

Anc. ext. réf. 1669, huit gén., réf. et montres de 1426 à 1562, dites par., et par. de Peumerit-Cap-Caval et Plovau, év. de Cornouaille.

Ecartelé aux 1 et 4 : d’or au léopard de gueules, qui est Névet ; aux 2 et 3 : de gueules à six annelets d’argent, 3. 2. 1., qui est Buzic. Devise :Comzit mad (parlez bien)

Mazéas, vers 1400 Léonore de Coëthamon ; Alain, épouse en 1455 Jeanne de Névet, dame de Kerdaoulas ; Jean, chevalier de l'ordre en 1650.

Fondu en 1695 dans Goësbriand.

Yvon Buzic apparaît en 1377 comme "ami et parent du sire de Nevet" .

Les seigneurs de Nevet ayant refusé en 1350 de reconnaître les prétentions des évêques de Quimper, il s’en suivit un procès qui fut porté devant le parlement de Paris, et qui, dura vingt-sept ans, comme on l’a vu plus haut. Ce fut seulement en 1377 que, par un accord passé le 15 juillet, entre Geoffroy Le Marhec et Jean de Névet, écuyer, tuteur d’Hervé, sire de Névet, son neveu, le droit de bail prétendu sur les terres de cette seigneurie, fut changé en celui de rachat, de l’avis et du consentement de Jean du Juch, Riou de Rosmadec, Guy, vicomte du Faou, Eon de Treziguidy, Guillaume de Rosmadec, Guillaume de Tregouguen, Raoul de Lanros, Salaun de Logmenguen, Yvon Buzic, et de plusieurs autres amis et parents du sire de Nevet. (Le Men, 1877)

J'offre ici encore l'image de la baie n°217 de la cathédrale du Mans en comparaison :

 

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Lancette C, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette C, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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LANCETTE D. SAINTE TRINITÉ

— Gatouillat, 2005 :

"Trinité souffrante, le Père vêtu de bleu et portant une couronne d'or aux perles reservées sur fond de jaune d'argent, tenue par deux anges (celui de droite restauré, tête du Christ moderne, le reste assez bien conservé)."

— Y-P. Castel 2005 :

"Dieu le Père couronné, assis en majesté en grand manteau bleu,  tient la croix du Fils, la colombe de l'Esprit-Saint au sommet de la croix.. Deux anges s'inclinent de part et d'autre  de sa couronne. " 


— Le Bihan, 2007 :

"Tout d'abord, nous n'y avons  rien trouvé concernant cette colombe,  vue par les historiens,  qui aurait été posée sur le bras droit de la croix.  Il s'agit d'une erreur de lecture d'une pièce car il s'agissait en fin de compte de la main droite du Père Eternel dont  l'index et le médius sont dressés . Par contre, un emplacement laissée par les pièces anciennes existait et  la peintre verrier Lusson, croyant bien faire, y avait fourni un INRI.  Nous avons fait l'échange et avons installé à la place la queue de la colombe, image du Saint Esprit. Le reste du corps  de ce Saint Esprit trouvait alors sa place dans une tête démesurée que ce peintre verrier avait fourni pour remplir l'espace au-dessus de la barlotière.
Dieu le Père, dont la seconde main, celle de gauche,  soutient la traverse de la croix, est vêtue d'un manteau de couleur bleue sur une robe blanche dont on aperçoit un morceau sur le côté droit du Christ. 
 Le corps de ce crucifié  était complet  lors de la dépose en 1989,  seule une partie du visage faisait défaut.  Dans la croix de couleur jaune, ici jaune d'argent sur verre incolore, la traverse horizontale est en bois rond  veiné alors que le bras vertical est en bois raboté. Des éléments du fauteuil où est assis le Père Eternel, se voient à droite et à gauche de la robe, par contre en verre jaune XIIIe. 
Sur le fond rouge, ou le nimbe vert se découpe autour de la couronne à fleurons exécutée au jaune d'argent, deux petits anges,  en vis à vis, sont  en adoration. Ils sont accompagnés de trois petits nuages, et terminent cette composition par une courbe. " 

Le chanoine Jean de Tréanna.

voir la présentation de ce chanoine et de sa famille dans mes études des baies n° 106, 108, 110, 112, 116 et 124, où figurent les armoiries d'argent à la macle d'azur. Sur les verrières du coté nord du chœur (coté de l'évangile) ne figurent que des saints et plus rarement des chanoines, mais jamais de laïcs (hormis le duc et son fils de la baie 101) alors que les seigneurs de la famille de Tréanna et leur épouse occupent les baies du coté sud (numéros pairs).

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Lancette D, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

3.

 

Lancette D, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.
Lancette D, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

LES SOCLES ET LES DAIS.


Le Bihan, 2007 :"Deux socles du XVe  siècle sont absents et les blasons de ces panneaux comme les sols sont l'œuvre du peintre verrier Lusson, comme il est dit plus haut, ils étaient soit effacés soit brisées. Les socles prennent le même type de balustrades mais non ajourées que la baie 103, avec les petits plants de fleurs dans les coins inférieurs."

Y-P. Castel, 2005 : "Les dais sont de hautes archittectures montrant l'intéreiur d'un édifice gothique avec ses baies, ses voûtes, ses arcs  et aussi l'extérieur avec un clocheton flanqué de tourelles séparées par des pinacles."

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Dais de la lancette A, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Dais de la lancette A, baie n°107, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

SOURCES ET LIENS.

Cathédrale Saint-Corentin de Quimper. Inauguration du portail occidental, 12 décembre 2008   : http://www.sdap-finistere.culture.gouv.fr/fichiers/dossiers/mon8-fasciculecathedrale2008v2ds.pdf

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne province de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820. 

A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan) 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper,  ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— COUFFON (René), 1963,  « Etat des vitraux de la cathédrale Saint-Corentin au milieu du XIXe siècle par le baron de Gulhermy », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, tome LXXXIX, p. XCVII-CII

— COUFFON (René) LE BARS ( Alfred) 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

 

— GALLET (Yves), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. L'architecture, (XIIIe-XVe sièle)",  Actes du Congrès Archéologique de France  2007 de la Société Française d'Archéologie. 

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al., La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203, 

 — GATOUILLAT (Françoise), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. Les vitraux anciens."Actes du Congrès  Archéologique de France 2007 de la Société Française d'Archéologie. 

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

 

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes. 

LAFOND (Jean), 1962," Le Christ en croix de la cathédrale de Quimper à Castelnau-Bretenoux",  Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France p. 36-38. 

 — LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

— LE BIHAN (Jean-Pierre.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII 

ou blog du 10 février 2010 : 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-les-vitraux-et-leurs-gravures-de-repere-en-bretagne-44640076.html

LE BIHAN (Jean-Pierre), 1995, « La restauration des verrières hautes de la cathédrale de Quimper, » Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXIV, 

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 1997,« La verrière n°100 de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXVI, p. 175-201.

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 9 juin 2007,  Blog sur la baie n°107

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6510626.html

— LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.21,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

— MACIAS-VALADEZ (Katia), 1997, "Les vitraux des fenêtres hautes de la cathédrale de Quimper : un chantier d'expérimentation et la définition d'un style quimpérois", Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, t. LXXV, p. 204-242. 

— OTTIN (Louis), Le Vitrail, son histoire, ses manifestations diverses à travers les âges et les peuples, Librairie Renouard, H. Laurens éditeur, Paris, s.d. [1896] In-4°, 376 pages,  4 planche en couleurs, 15 phototypies, 12 planches en teinte hors texte, 219 gravures, de signatures, marques et monogrammes. 

https://archive.org/stream/levitrailsonhist00otti#page/42/mode/2up

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, Quimper 170 pages,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Quimper.
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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 13:53

Comme les autres baies du chœur de la cathédrale de Quimper, la baie 103 a été vitrée en 1415-1420 pendant l'épiscopat de Bertrand de Rosmadec alors que Jean V et Jeanne de France étaient duc et duchesse de Bretagne. Avec en vis-à-vis la baie offerte par la famille du Juch (n°104), elle ferme latéralement le rond-point à cinq pans autour de la baie axiale de la Crucifixion (n°100) et les baies où le duc et son fils François (baie n°101), la duchesse et sa fille Isabelle (baie n°102) figurent comme donateurs et affirment leur influence politique.

Ces cinq baies caractérisées par leur 3 lancettes (les 8 autres fenêtres hautes du chœur en ont 4)  forment-elles une unité théologique ou politique ? Le programme de cette baie n° 103 s'intègre-t-il dans le projet de mobilisation des édifices cultuels au service de la propagande des Monfort et de l'élite qui se met à leur service ?

 

 

 

 

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Les 5 vitraux du rond-point du chœur, ajoutés à un plan de Chaussepied publié in Couffon et Le Bars 1988.

Les 5 vitraux du rond-point du chœur, ajoutés à un plan de Chaussepied publié in Couffon et Le Bars 1988.

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Cette baie mesure 4,80 m de haut et 2,20 m de large et dispose de 3 lancettes trilobées, composées chacune de 4 panneaux, et d'un tympan de 6 ajours (2 trilobes et 4 quadrilobes).  Il faut lever les yeux au delà des arcades, du triforium et de la galerie de circulation à quadrilobes pour voir, avec  de bonnes jumelles, les trois saints qui nous observent de haut dans leurs niches architecturés : saint Paul, saint Jean-Baptiste et saint Pierre. Plus haut, le tympan est une copie de la création de Lusson (tous les tympans du XVe ont été détruits à la Révolution), avec ses anges musiciens inspirés de l'Arbre de Jessé de la cathédrale d'Autun.

"Du vitrail d'origine, il ne reste que très peu de pièces : la majeure partie de la composition est l'œuvre de Lusson en 1867-1869 " (Tanguy Daniel, 1995). les socles et dais sont l'œuvre de Le Bihan en 1992-1993, ou, plus précisément, le dais est "conservé à gauche [lancette A], restauré au centre, et moderne à droite" (Gatouillat, 2005).

En 1820, Aymar de Blois écrit que "l'une des lancettes est détruite et que les deux autres représentent des éléments  des apôtres St Pierre et St Paul ».

Guilhermy, qui visita Quimper en 1848 et 1862, décrit : "Saint Jean-Baptiste et saint Pierre".

  En 1877, Le Men la décrit ainsi page 24 : " Trois panneaux. 1er Panneau — Saint Paul, apôtre. 2e Panneau. — Saint Jean-Baptiste (panneau neuf(*)). 3e Panneau. — Saint Paul, apôtre." . (*) Pour Katia Macias-Valadez, Le Men n'a pas pu vraiment observer les verrières démontées dans l'atelier, et il se trompe en croyant que saint Jean-Baptiste est "neuf" alors que c'est le personnage qui contient le plus de parties anciennes. 

Puis l'abbé Thomas corrige : " Saint Paul ; 2. Saint Jean-Baptiste ; 3. Saint Pierre. ". 

Le verrier Louis Ottin (1880, publié en 1896) qui a travaillé sur ce chantier, donne des informations plus fiables : "1°) St Paul. – 2°) St Jean-Baptiste. – 3°) St Pierre avec l'inscription sur un listel qu'il tient à la main : Ecce agnus Dei qui tollit peccata mundi. L'architecture basse et trapue de cette fenêtre qui comporte des têtes d'anges avec de longues plumes en guise de corps est des plus sauvages."

Jean-Jacques Gruber signale en 1952 que "toutes les restaurations du XIXe siècle, dont la grisaille n'avait pas été fixée à la cuisson, ont dû être reprises et recuites".

Nous disposons du témoignage précieux de Jean-Pierre Le Bihan, qui donne dans son blog des indications sur sa restauration de 1992-1993.

Selon Katia Macias-Valadez 1997 :

"La baie 103 semble en fait être une verrière remaniée. En effet, les dais d'architecture, surmontés de séraphins aux ailes plumées dans les têtes de lancette, ne se raccordent pas avec le registre suivant. Il manque toute une section architecturale entre les dais et les personnages puisque les gâbles des trois pans sont coupés dans le bas. Et comme les socles ont été entièrement refaits, il est difficile de savoir s'ils étaient aussi importants dans la lancette et, par conséquent, de savoir s'ils enlevaient de la place dans les dais, comme c'est le cas dans les baies 110 et 112.

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Coup d'œil vers la baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Coup d'œil vers la baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Coup d'œil vers la baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Coup d'œil vers la baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

LA LANCETTE A : SAINT PAUL.

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Le socle à carrelage noir et blanc est moderne (restauration en 1993 par l'atelier Jean-Pierre Le Bihan). C'est la lancette qui comporte le moins de pièces anciennes, ceux-ci se trouvant dans la tunique jaune, dans le manteau bleu du saint et dans le dais. 

Selon le blog de Jean-Pierre Le Bihan

"Le personnage de saint Paul est entièrement de 1992-1993 si ce n'est cinq  petites pièces. Visage barbu surmonté d'un nimbe vert , il est vêtu d'une robe jaune sous un manteau bleu où la pièce d'origine en est la pointe.
 De la main gauche, il tient  la poignée de son épée, ici effilée,  dont l'extrémité se découpe sur le rideau de damas au fond rouge. Un livre à fermeture est présenté de la main droite.
Etat du vitrail en 1992
Dans les premières années du XIXième siècle, les  écrits des historiens citès plus haut, signalent que "l'une des lancettes est détruite et que les deux autres représentent des éléments  des apôtres St Pierre et St Paul »
Lors de la dépose de cette baie et des travaux de restauration en 1992,par l'atelier de jean pierre le bihan,il n'a été trouvé, du saint Paul,    comme pièce d'origine, que la poignée de son épée, la pointe du manteau bleu, entourée de  trois pièces de sa robe jaune, une pièce de colonnette et sept pièces d'architectures du dais dont l'angelot formant fleuron."

 

 

 

Saint Paul, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Saint Paul, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Le dais.

Ce serait le seul ancien des trois. Comment le décrire ? J'y vois une forme hémi-hexagonale encadrée de pilastres, avec trois gâbles à crochets, le gâble central étant triangulaire et couronné d'un séraphin et les deux latéraux en forme lancéolée, et couronnés d'un fleuron. Il forme au dessus de la tête nimbée une niche à trois arcades rythmées par des fleurons à quatre pétales et des culots à perles. Eh eh, pas facile ! Aurais-je la moyenne ?

Ah, je trouve la description de Le Bihan. Comment s'y prend-il ?

"Des dais, qui ont le grand avantage d'être identique. il  restait, en 1992-1993, juste assez de pièces d'origine pour établir un spécimen type.
Il s'agit donc d'un dais trapu, présentant au premier et seul étage, trois côtés dont deux fuyants. Deux colonnes adossées, avec cul de lampe, à base carrée, et surmontées d'un chapiteau, les séparent.
Sur chaque  face est dessiné un gable à l'angle plus ou moins aigu, les deux à gauche et à droite, se terminant par un fleuron, le central par un socle supportant un ange habillé de plumes. Le ciel qui apparaît derrière eux est bleu pour les deux de côtés et rouge pour le central. "

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Saint Paul, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Saint Paul, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Saint Paul, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Saint Paul, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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La tête de saint Paul n'a peut-être pas été perdue, car Katia Macias-Valadez signale qu'elle pourrait correspondre à celle d' "un médaillon avec une tête de saint barbu dont le regard est dirigé vers le bas"  conservé au Musée d'art de Pittsburgh, en Pennsylvanie, et dont la corrosion par cratère et dont les mesures correspondraient  au portrait-robot. Elle serait reproduit dans Stained glass before 1700 in American Collections : Mid-Atlantic and Southeastern Seabord States (Corpus Vitrearum Checklist 2), Washington, National Gallery of art, 1987, p. 182. Françoise Gatouillat confirme en 2009 cette information et précise que cette tête avait été achetée à Paris en 1922. Mais je n'ai pas trouvé d'illustration de cette tête paulinienne.

On admirera aussi les fonds, caractéristiques des fenêtres hautes du chœur à l'exception des trois baies à fonds damassés : leurs larges feuilles profondément indentées qui montent verticalement le long du personnage sont particulièrement décoratives ici.

 

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Saint Paul, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Saint Paul, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Enfin, on admirera le socle réalisé par Le Bihan en parcourant son blog :

"Des socles, comme on l'a dit plus haut,  il ne restait  donc que les pièces dix-neuvième du vitrail du  peintre verrier Lusson, pièces dont il ne restaient plus que le graphisme des plombs,des grisailles aux traits et au lavis complètement délavées.  Il a été donc été décidé, lors de notre restauration de 1992-1993, de reprendre  la composition que ce peintre verrier avait proposée. Tout nous fait penser à croire qu'il en ait eu entre les mains quelques pièces, peut-être irrécupérables à l'époque.
 Les sols sont  donc à base de demis losanges  et d'un damier noir et blanc, présenté de face, puis de biais "

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Socle, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Socle, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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LANCETTE B : SAINT JEAN-BAPTISTE.

"La lancette centrale est plus haute  de quelques centimètres et donne ainsi au saint Jean-Baptiste une stature plus importante que les deux autres apôtres. qui sont saint Paul et saint Pierre. Cette importance est peut être voulue, il est celui qui annonce la venue du Messie. Il porte l'Agneau, nimbé, sur le bras gauche, sa jambe gauche sort d'une peau de chameau dont il est vêtu. Une robe rouge, couleur du martyr, comme son nimbe, descend sur la droite. Un phylactère où il est écrit : Ecce Agnus Dei, qui tollit peccata mundi  (voici l'Agneau de Dieu qui efface le péché du monde) court autour de la partie haute du personnage " (Jean-Pierre Le Bihan, Blog, 2007)

Selon Françoise Gatouillat (2005), les panneaux sont peu restaurés, avec un grand nombre de pièces anciennes, alors que Le Bihan ne signale avoir trouvé lors de sa restauration qu' "un élément de son genoux entouré de sa peau de bête jaune".

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Lancette B, saint Jean-Baptiste, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, saint Jean-Baptiste, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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L'image suivante est extraordinaire. Elle trouve sa source dans le texte de l'Évangile de Matthieu suivant lequel  ipse autem Iohannes habebat vestimentum de pilis camelorum et zonam pelliciam circa lumbos suos esca autem eius erat lucustae et mel silvestre, " Jean avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage". Nous passons ici du vêtement en poils de chameau à la peau de chameau elle-même, et c'est la queue du camélidé qui serpente sans vergogne entre les jambes augustes du Précurseur.

Lancette B, saint Pierre, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, saint Pierre, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, saint Jean-Baptiste, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, saint Jean-Baptiste, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Le dais restauré.

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Lancette B, dais à séraphin, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, dais à séraphin, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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LA LANCETTE C : SAINT-PIERRE.

 

 

 

 

Lancette C, saint Pierre, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette C, saint Pierre, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Selon le blog de Jean-Pierre Le Bihan (2007) :

"A sa gauche,  saint Pierre, présenté de profil, est tourné vers lui [Jean-Baptiste].  
Cette tête ayant disparu nous l'avons refaite suivant un dessin du livre du verrier Ottin.  De sa robe jaune et de son manteau vert nous n'avions qu'une seule pièce  d'origine, comme il est indiqué plus bas.
Avec ses deux clés, il a le pouvoir d'ouvrir et de fermer les portes du paradis. Le plus souvent, il porte ces deux clés l'une contre l'autre et rarement comme ici, l'une tournée vers le sol, l'autre vers le ciel. Ce personnage, n'est pas sans rappeler, mais plus trapu, par sa pose de profil,par le tombé de son manteau vert et son épaule jaune, le saint Jean de la baie 100. Même atelier ? on ne peut être certain, mais même esprit.

Chez saint Pierre,pour les pièces du XV°, nous avons trouvé: la clé ascendante, un  petit élément de la clé descendante, deux éléments de la tenture à damas rouge, la partie haute de sa robe jaune ainsi que la partie basse.Il en était ainsi d'un petit élément  haut de son manteau vert, d'un petit élément du sol carrelé noir et blanc, de trois pièces de colonnettes. "

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Louis Ottin, copie par calque de la tête de saint Pierre de la baie 103, Le Vitrail page 168 fig.163.

Louis Ottin, copie par calque de la tête de saint Pierre de la baie 103, Le Vitrail page 168 fig.163.

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Lancette C, saint Pierre, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette C, saint Pierre, baie 103, chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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CONCLUSION.

1. Hommage aux verriers.

Je commencerai en admirant le travail des restaurateurs, et notamment de l'atelier de Jean-Pierre Le Bihan, car si chaque détail est remarquablement dessiné et peint, l'ensemble est parfaitement composé. Six couleurs sont utilisées, le bleu, le rouge et le jaune, le pourpre, le bleu-vert et le vert. La fidélité à l'œuvre ancienne est optimale, basée chez Lusson et Ottin sur des copies soigneuses des verres trop encombrés de plombs de casse et trop encrassés et corrodés pour être (à l'époque *) reposés en prenant le soin de réaliser des calques, et basée chez Le Bihan sur une longue expérience des vitraux bretons, une érudition et une étude attentive des textes et des indices. * Jusqu'en 1970, le seul moyen de réparer un verre brisé était de glisser un plomb dans la fente.

Pour accroître encore cette admiration, on peut examiner une seconde fois les photographies en s'intéressant à la maîtrise de la disposition des barlotières et vergettes ( la tringlerie ou serrurerie) qui fixent les panneaux en contournant les plombs. Dans l'ouvrage Les Vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper, Le Bihan explique :

"Pour permettre la mise en place de doubles verrières, —vitrail ancien et verrière de doublage — et pour des raisons d'équilibre et de résistance au flambement, une option à balancier à doubles pannetons traversant le fer central et les feuillards a été adoptée. Ces barlotières doubles ont été exécutées en fer galvanisé peint de trois couches glycero. Un fer à T, dans le bas de chaque lancette, maintenant le premier panneau, assure l'ouverture de la ventilation basse. Pour la ventilation haute, en plus des aérations ouvertes à chaque barlotières, une ou deux des pièces du sommet de la lancette ont été posées de biais, cachant ainsi l'ouverture."

Il faut réaliser d'abord le travail de dépose des verres, de suppression des plombs de casse (le vitrail passe alors en moyenne de 21 kg/m2 à 13 kg/m2) et de collage, de nettoyage par bains successifs, bain de chlorure de potassium, utilisation d'acide oxalique, de doublage de verres trop brisées, de thermoformage d'un verre de doublage, de remise en plombs, de masticage à l'huile de lin et au blanc de Meudon, sur les deux faces et plomb par plomb, de créations de pièces de verres neuves peintes à la grisaille et au jaune d'argent. Puis la repose, la protection extérieure par une seconde verrière de doublage posée, comme pour la verrière ancienne, avec des vergettes en forme. 

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2. Réflexion sur le programme iconographique.

Je reviens à un détail : saint Pierre est tourné non vers le Christ en croix de la baie 100, comme l'ensemble des autres personnages de ces verrières, mais vers l'ouest. Vers Jean-Baptiste.

Saint Jean-Baptiste, le Précurseur annonçant le Christ, est représenté 10 fois dans les  verrières du XVe siècle. Après le Christ (25 occurrences) et la Vierge (13 fois ) mais avant Jean l'Évangéliste (7 fois) et saint Pierre (7 fois), il est présent bien d'avantage que saint Corentin, le patron de la cathédrale qui n'est représenté que 4 fois.

Nous sommes donc amenés à considérer saint Jean-Baptiste comme le saint de premier plan pour la cathédrale de Quimper au XVe siècle. 

Une hypothèse simple peut faire le lien entre ce saint et les prénoms du duc Jean V et de son épouse Jeanne de France, qui sont chacun présentés autour de la baie n°100 l'un par Jean l'Évangéliste et l'autre par Jean-Baptiste. Jean-Baptiste viendrait inscrire le prénom et le pouvoir ducal par sa représentation dix fois répétée, comme un emblème au même titre que la cordelière et le culte de saint François pour le duc François. 

Mais, dans la mesure où le saint est représenté non pas lorsqu'il baptise le Christ, mais de façon stéréotypée, tenant l'Agneau de la Rédemption, cela conduit à s'interroger sur une affirmation théologique sous-jacente, par une influence du chapitre cathédrale, de l'évêque, ou en relation avec les enseignements et prédications du début du XVe siècle. 

On avouera que cela dépasse mes compétences. Je note que le polyptyque de l'Agneau mystique des frères van Eyck, achevé en 1432, a été commandé et débuté à peu près à la même époque, et que le registre supérieur montre le trio Marie / Père trinitaire /Jean-Baptiste  (alors que les Crucifixions et Poutre de Gloire montrent le trio Marie / Christ / Jean l'Évangéliste), et que le registre inférieur est centré par l'adoration de l'Agneau Mystique. 

Cette théologie de l'Agneau passe par la lecture de l'évangile de Jean 19:31-37 qui renvoie à Zacharie 12:10-14, ainsi qu'à la lecture de l'Apocalypse 1:7.

Cela va m'inciter à examiner la baie n°107, dans laquelle Jean-Baptiste coiffé d'une peau de bête et un donateur retrouve saint Pierre et saint Paul devant le Père trinitaire ( Trône de grâce). Je ne vous en dis pas plus.

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SOURCES ET LIENS.

Cathédrale Saint-Corentin de Quimper. Inauguration du portail occidental, 12 décembre 2008   : http://www.sdap-finistere.culture.gouv.fr/fichiers/dossiers/mon8-fasciculecathedrale2008v2ds.pdf

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne province de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820. 

A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan) 

 BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper,  ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— COUFFON (René), 1963,  « Etat des vitraux de la cathédrale Saint-Corentin au milieu du XIXe siècle par le baron de Gulhermy », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, tome LXXXIX, p. XCVII-CII

 COUFFON (René) LE BARS ( Alfred) 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

 DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

— GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

— GALLET (Yves), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. L'architecture, (XIIIe-XVe sièle)",  Actes du Congrès Archéologique de France  2007 de la Société Française d'Archéologie. 

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al., La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203, 

 — GATOUILLAT (Françoise), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. Les vitraux anciens."Actes du Congrès  Archéologique de France 2007 de la Société Française d'Archéologie. 

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

 

 GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes. 

LAFOND (Jean), 1962," Le Christ en croix de la cathédrale de Quimper à Castelnau-Bretenoux",  Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France p. 36-38. 

 — LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

— LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (Jean-Pierre.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII 

ou blog du 10 février 2010 : 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-les-vitraux-et-leurs-gravures-de-repere-en-bretagne-44640076.html

LE BIHAN (Jean-Pierre), 1995, « La restauration des verrières hautes de la cathédrale de Quimper, » Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXIV, p.524-525

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 1997,« La verrière n°100 de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXVI, p. 175-201.

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog sur la baie n°103

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6774151.html

— LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.21,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

— MACIAS-VALADEZ (Katia), 1997, "Les vitraux des fenêtres hautes de la cathédrale de Quimper : un chantier d'expérimentation et la définition d'un style quimpérois", Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, t. LXXV, p. 204-242. 

— OTTIN (Louis), Le Vitrail, son histoire, ses manifestations diverses à travers les âges et les peuples, Librairie Renouard, H. Laurens éditeur, Paris, s.d. [1896] In-4°, 376 pages,  4 planche en couleurs, 15 phototypies, 12 planches en teinte hors texte, 219 gravures, de signatures, marques et monogrammes. 

https://archive.org/stream/levitrailsonhist00otti#page/42/mode/2up

 THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, Quimper 170 pages,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

— YEURCH (Bertrand) 2012, "Les premières entrées épiscopales en Bretagne ducale", Britannia Monastica  16, 2012, p. 93-161. https://www.academia.edu/1949697/Les_premi%C3%A8res_entr%C3%A9es_%C3%A9piscopales_en_Bretagne_ducale

 

 

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