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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 09:27

Le gisant (kersanton, 1460) de Jean de Kerouzéré en l'église de Sibiril (Finistère) par le Maître du Folgoët (1423-1509).

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 "Les tombeaux de saints très populaires et de membres de l'entourage princier témoignent de la volonté du pouvoir ducal sous Jean V de mettre l'art à son service. On peut penser que les commandes adressées en ces circonstances laissent une faible marge de manœuvre aux artistes" (Le Seac'h p. 91)

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— Sur les gisants, voir aussi ici :

et aussi :

-- Le gisant du seigneur de Liscoët en Botquélo (22), limite XIV-XVe.

-- Le gisant de Perronelle de Boutteville et Bertrand de Trogoff (église Notre-Dame-de-l'Assomption au Faouët par l'atelier du Folgoët.  Début XVe, granite, h. 1,70, 1. 0,86. Gisants représentés sur un lit funéraire : à gauche, personnage masculin (Bertrand de Trogoff?), coiffé en calotte, vêtu d'une armure; à droite, personnage féminin (Perronnelle de Boutteville,?) portant une coiffure à cornes.

-- Le tombeau de saint Ronan dans la chapelle du Pénity de l'église de Locronan, partiellement par l'atelier du Folgoët.

-- Le tombeau de saint Jaoua à Plouvien par l'atelier du Folgoët.

--Le tombeau du chanoine de Nantes Laurent Richard en l'église de Plouvien vers 1555.

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— Sur les réalisations de l'atelier ducal  du Folgoët entre 1423 et 1509, voir :

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Ce tombeau a été superbement décrit par Emmanuelle Le Seac'h dans sa thèse, publiée en 2014. Je ne saurai mieux rendre hommage à la qualité de son travail qu'en citant sa description (en retrait et entre guillemets), qui est un modèle du genre.

PRÉSENTATION.

C'est "un tombeau à élévation droite sur lequel repose un gisant, mesurant  0,95 m de haut, 2,21 m de long et 0,50 m de profondeur" (inventaire général du patrimoine). Il occupe le coté sud de l'église de Sibiril, à 1 km au sud du château de Kerouzéré (Maps). On demandera les clefs à la Mairie. Mais si, comme moi, vous oubliez votre matériel photo après avoir glissé les clefs dans la boite à lettre de la mairie en fin de journée, sachez qu' une habitante demeurant sur la place en possède un double. Merci à la très aimable bouchère-charcutière qui m'a donné ce renseignement et m'a permis de récupérer mon pied télescopique.

 

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"À Sibiril, dans l'église Saint-Pierre, qui est très commune, se cache un tombeau du premier atelier du Folgoët [1423-1468] d'une excellente facture. Appuyé contre un pilier séparant la nef du bas-coté sud, il est constitué d'une dalle qui repose sur un coffre formé de deux plaques latérales divisées chacune en quatre panneaux et d'une petite sous la tête du gisant. [...] Le tombeau s'inspire de celui du seigneur de Liscoët à Boquého, paroisse près de laquelle Jean de Kerouzéré avait hérité de la terre d'Avaugour en Plésidy (Copy, 1986)" (Le Seac'h)

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Jean de Kerouzéré, mort en 1460 sans héritier mâle, était échanson de duc Jean V. Il participa au siège de Champtoceaux le 5 juillet 1420. En récompense, il reçut les faveurs du duc.


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a) Le duc Jean V captif à  Champtoceaux . 

Le 13 février 1420, la famille de Penthièvre invite son rival Jean de Montfort (le duc Jean V) sur ses terres et l'enlève. Le duc est détenu à Champtoceaux, puis promené en France de prison en prison.

Durant la Guerre de Succession de Bretagne entre Penthièèvre et Montfort, Marguerite, fille du connétable Olivier V de Clisson et dame de Champtoceaux est la prétendante des Penthièvre. Elle aspire au titre de duchesse de Bretagne, et avec l'aval du dauphin, le futur Charles VII, elle capture Jean V de Bretagne par la ruse et l'enferme dans la Tour du Diable de sa citadelle de Châmptoceaux.  Le siège de 1420 de Champtoceaux  s'étalant sur près de 3 mois,  se termine par la victoire de l'armée du duc de Bretagne. Au terme du siège, le château et la ville sont totalement rasés par les forces bretonnes. Le prisonnier libéré fera démanteler totalement la citadelle avec interdiction de reconstruire à l'intérieur de l'enceinte. 

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b) Le duc Jean V récompense les membres de la noblesse qui lui ont assuré leur appui et ont permis sa délivrance.

La petite noblesse se caractérise dans son ensemble par sa fidélité aux Montfort. Par le domaine ducal, le duc est parfaitement implanté dans tout le duché et possède de très nombreux vassaux. Par ailleurs, les faibles revenus d'une grande partie de la petite noblesse l'obligent à servir le duc pour rehausser son niveau de vie, dans la garde, l'armée et l'administration. (Coativy) Parmi les anoblis ou les familles fraîchement enrichis par la faveur ducale, on compte les Kerouzéré.  En l'espace de deux générations, cette famille passa de la moyenne à la haute noblesse, grâce aux faveurs du duc et se paye un château de pierre, une haute justice (1445) et des foires. En 1457, le duc Arthur III donne ainsi "congé au sire de Kérouzéré de fortifier la place et la maison de Kérouzéré". Puis en 1459 et 1468, François II accorde deux mandements ducaux relatifs à la fortification de Kérouzéré.

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Preuves de Dom Morice coll. 1094 Donation faite par le Duc à Jean de Kerouzéré, son eschanson: 

"Jehan par la grâce de Dieu Duc de Bretaigne, comte de Montfort et de Richemond...salut. Comme aucunes fois nous bien acertennez des bons & notables services que nous avaient faictz nostre bien amé & féal Conseiller Eon de Kerouzeré nostre President, & nostre bien amé & féal Escuier & Eschanson Jean de Kerouzéré filz dudit Eon, & en special au faict du recouvrement de nostre personne prinse & empeschée par très-faulce & desloyale trahison par Olivier de Blays, & Charles son frère, & au vengement de celle trahison, scavoir ledit Eon en conseillant & adverissant & faisant les dilligences qu'il pouvait faire, & ledit Jean employant son corps en péril & adventure, lui accompagné de plusieurs de ses amis en guerre que avoeint faicte nos bons, vrais & loyaux cousins, féaux subjectz de nos Barons, Chevaliers & Escuyerrs ausd. De Blays, & à leur mère soustenant ceste trahison, tellement mercy à Dieux que par les dilligences que avoeint faicyte nos dits cousins, féaux & subjectz la delivrance de nostre personne s'estoit ensuivie, desquelz services & à bon droicts nous nous tenions pour bien contens, & encore faisons : ...desirant l'avancement de nostredit Escuyer & Eschanson, à luy & à ses hoirs masles procréés ou à procréer en mariage en perpetuel à jamais à héritaige cinquante livres de rente, vallentes & levantes chacun an à jamais sans faillir ; & avecques cinquante livre de rente vallentes et levantes chacun an à la vie dudit Jean tant seulement à estre assises et assignées audit Jean en la chatellenie de Chastelaudren en heritaiges qui furent audit Olivier de Blays....A Vannes le 2 jour de juin l'an 1421."

"Olivier de Blays" désigne Olivier de Blois, comte de Penthièvre.

Voir aussi l'Histoire de Bretagne d'Argentré.

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c) Armorial et Nobiliaire :

 

"Kerouzéré (de), baron dudit lieu et sr. de Kersauson, en Sibiril, — de Kerménaouet et de Menfantet, en Cléder, — de Trogoff, en Plouescat, — de Kerandraon et de Keraliou, en Plouguerneau, — de Kerdrein, — de Kernavallo, — de Kerangomar, en Taulé, — de Trévéhy et de Tromanoir, en Plouénan. Réformes et montres de 1426 à 1534, dites paroisses, évêché de Léon. Blason : De pourpre, au lion d'argent. Devise : List, list (laissez, laissez).

Kerouzéré a produit :

— Eon, président universel de Bretagne en 1390.

— Jean, son fils, échanson du duc Jean V, qui bâtit le château de Kerouzéré, épousa Constance Le Barbu, dame de Trévéhy.

— Yvon, conseiller et chambellan du duc François II, en 1462.

La branche aînée fondue, en 1527, dans Kerimel de Coëtnizan, d'où la baronnie de Kerouzéré a passé par alliance aux Bois-Eon. "

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d) les titres de Jean de Kerouzéré

Échanson : ou Premier échanson, puisque les ducs de Bretagne n'eurent que des premiers écuyers et premiers échansons : voir la liste des échansons sur Infobretagne. 

Écuyer : "Les plus grands seigneurs (du duché de Bretagne) ne prenaient pas d'autre titre que celui d'écuyer, avant d'être parvenus aux honneurs de la chevalerie."  

Homme d'armesOn doit à Charles VII la constitution de la première armée de métier permanente en Europe, par la grande ordonnance de 1445 qui crée les compagnies d'ordonnance pour former la cavalerie de l'armée de campagne. Sont alors créées 15 compagnies de 100 lances, une lance étant un groupe de 6 hommes : un homme d'armes, qui dirige la lance, un coutillier (fantassin armée d'une coutille, dague qui peut être fixée à une hampe) , trois archers et un page.

Un homme d'armes est un cavalier : pour combattre, il monte un cheval de guerre ou  coursier, mais il doit posséder aussi un cheval de somme, le sommier, pour porter ses bagages. 

Pour être homme d'armes, il fallait être bon gentilhomme et avoir au moins quatre quartiers de noblesse.  Une ordonnance de Pierre de Bretagne de 1450 précise les équipements requis pour la montre, selon les richesses estimées allant de 140 à 500 livres de rentes : au minimum, être " en estat et appareil d’homme d’armes pour sa personne, bien armé son corps et bon cheval, avec un coustilleur et un page montez, les chevaulx compétantz,", pour d'autres "brigandines, bonnes salades ou à tout le moins bons paletocs armés de nouvelle façon, sans manches à lesches de fer ou mailles sur le bras, avec bons jusarmes ou arcz s’ils s’en scavent aider" et pour les plus fortunés, trois archers, un jusarmier, un coustilleur et un page " 

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Dalle du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Dalle du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La partie supérieure (dalle ou gisant).

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"L'homme d'armes se tient les mains jointes, à plat, les manches serrées. Le col de son bliaud remonte haut sur le cou, rigide et échancré au niveau de la pomme d'Adam. Il porte sur les épaules un camail, petite cape sans manches, dont les plis en volutes richement travaillés s'arrêtent au niveau du coude." (Le Seac'h)

Il me semble que le "bliaud" et le "camail" sont en réalité un seul vêtement, la  "cotte d'armes", ou tabard, sorte de tunique mise au dessus de l'armure et portant des armoiries : Selon Wikipédia, "Aux XVe et XVIe siècles, la cotte trouve sa forme classique, composée de quatre pans inégaux de tissu : deux grands et deux petits, formant les manches. À cette époque, on voit apparaître des cottes à la finalité clairement somptuaire, faites de draps d'or, satins et damas de soie, richement brodées et frangées; cela a pour principale conséquence de rendre le vêtement lourd, rigide et peu commode sur les champs de bataille. De fait, au XVIe siècle, on le retrouve plus dans l'iconographie que sur le front. C'est ainsi le vêtement par excellence du chevalier se faisant représenter en donateur dans les œuvres de dévotion, tableaux, et vitraux."

La chemise ou la tunique, très ajustée aux poignets, n'apparaît que sous le coude, et au niveau du bassin, sous forme de pointes triangulaires.

L'écuyer ne porte ni casque, ni gants, ni éperons.

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La tête du gisant.

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"La tête du gisant repose sur un coussin dont le moelleux est rendu par une house aux motifs quadrillés. Quatre pompons sphériques dont deux ornés de pampille, parachèvent la décoration soignée.

Les cheveux du gisant sont coiffés à la manière du Folgoët. Ils partent d'un point sur le haut du crâne et s'étalent en mèches ondulées puis tombent en boucles sur les cotés du visage et s'arrêtent à hauteur de mâchoire.

Le front est ceint d'un mince bandeau torsadé. Le visage est taillé en ovale avec le philtrum et la fossette mentonnière creusés. Le sillon naso-génien est légèrement creusé. Le nez est droit avec la pointe épaisse. Les yeux bridés en amande sont surlignés de paupières et les arcades sourcilières sont nettes." (Le Seac'h)
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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Les anges.

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"Deux anges assis posent leurs mains sur le crâne avec délicatesse . Ils sont vêtus d'une aube et d'un manteau dont les pans superposés forment des plis fluides qui laissent à découvert le bout de leurs pieds. Leurs ailes sont repliées dans le dos en forme de coquillage.

Les deux anges sont coiffés pareillement avec aussi un mince bandeau qui leur enserre le crâne. Leur visage est empreint d'une douceur enfantine avec des joues pleines et rondes, le nez camus. Les lèvres sont sculptées en une moue plus triste pour celui de gauche du gisant, à droite, elle est plus gourmande." (Le Seac'h)

 

 

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le geste de compassion et de tendresse des deux anges.

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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L'ange de gauche.

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le milieu du corps.

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"Le gisant est revêtu d'un bliaud dentelé et aiguisé dans le bas, resserré à la taille par une ceinture de chevalerie à boucle carrée imitant le métal et décoré sur son pourtour de la devise de la famille inscrite en caractères gothiques : « LIST, LIST » qui signifie « Laissez, laissez »." (Le Seac'h)

Je trouve dans le dictionnaire de Le Gonidec le verbe leuskel ou lezel « laisser, abandonner » ou encore dilezel, « abandonner, quitter, céder, se désister » :   https://books.google.fr/books?id=YYkCAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=dictionnaire+breton&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjPx8iSsffVAhWCVBoKHeDPC4MQ6AEIJzAA#v=onepage&q=laisser&f=false

Faut-il le comprendre comme un cri de guerre adressé à l'adversaire : "Abandonne ! Abandonne ! " ou bien, ce qui semble mal convenir et être anachronique, comme une injonction personnelle de lâcher-prise ?

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La ceinture et la devise.

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Les armes.

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"Il est équipé de genouillères et de solerets et est fortement armé avec une épée sur la hanche gauche, dans son fourreau, maintenue par une lanière passée dans la boucle de la ceinture, un sabre posé à plat entre ses jambes et une dague glissée sous la ceinture du coté droit dans une bélière* ronde qui en accueille la garde ." (Le Seac'h)

* bélière : "Anneau servant à suspendre ..., un sabre ou encore la courroie servant à attacher le sabre au ceinturon."

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Emile Souvestre  emploie en 1836 le terme d'épée portée au coté, de "jacquemart" placée au centre,  "dague" ou "miséricorde" dans sa description du gisant.

Les deux épées ne diffèrent que par leur taille (plus courte au centre) et par leur garde (avec pommeau en cœur à gauche). Elles sont toutes les deux à double tranchant (excluant le terme sabre, lame à un seul tranchant). La garde est recourbée aux extrémités. Ces lames à profil triangulaire à tranchants larges sont celles d' épées du XVe siècle,  adaptées à l'estoc et à la taille .(l'estoc est l'acte de frapper l'adversaire par la pointe de l'arme, pour le transpercer et menacer ses organes vitaux. la taille est l'acte de frapper avec le tranchant de la lame, et de causer de longues entailles).

L'une des deux épées  est peut-être plutôt une épée d'estoc, plus longue et  qui fait office de lance, et l'autre l'épée d'armes pour frapper de taille. "Les hommes d'armes des compagnies d'ordonnance avaient l'estoc accroché à un arçon de la selle, la masse d'armes à l'autre, l'épée d'armes à la ceinture, et la lance au poing" (René de Belleval, La panoplie du XVe au XVIIIe)

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L'épée est portée à gauche, comme le veut l'usage. Je distingue le fourreau et sa chappe (partie haute, triangulaire)   La lanière est bien visible, elle passe dans deux trous de la ceinture. 

 

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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L'épée placée entre les jambes.

Emile Souvestre la désigne sous le nom de "jacquemart", synonyme rare de braquemard ou braquemart, nom d'une "épée large et courte à deux tranchants" devenu synonyme d'épée depuis Montaigne.

[Le mot braquemard apparaît au Moyen Âge et proviendrait du mot néerlandais désignant un couteau. Celui-ci devait ainsi être robuste avec une lame courte, large et forte. Il prend la signification d’épée dans la langue française grâce à Michel de Montaigne, qui emploie le mot braquemart pour traduire l’épée des escrimeurs allemands. Par extension, le mot a servi à désigner le pénis en argot.]

Cette épée très proche de celle portée à gauche mesure une soixantaine de centimètres. Ce qui est particulier, c'est la manière dont la poignée retrousse le bas de la cotte d'armes en deux plis qui lui forment un pavillon. Je ne m'éternise pas.


 

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Les pieds chaussés de solerets posés sur un lion tenant un os.

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"Les pieds s'enroulent autour du corps d'un lion couché qui regarde vers lui, les pattes antérieures posées sur un os.

Cette façon d'enrouler les pieds et le geste des anges posant leurs mains avec sollicitude sur le cousin  et les bras du gisant se retrouvent aussi sur les tombeaux de Haute-Bretagne comme celui du seigneur Guillaume Le Voyer, mort en 1415, inséré dans le nu d'un mur de l'église de Trégomar dans les Côtes d'Armor." (Le Seac'h)

 

Ce lion est stéréotypé : avec sa gueule débonnaire, sa crinière méchée jusqu'à mi-corps, sa queue passant dans l'entre-pattes et étalant sur le dos son extrémité à trois pointes, et surtout l'os placé entres ses antérieures, c'est le "lion de crossettes", celui qui, à coté du dragon ou de l'Ankou, montre aux fidèles, sur le toit des églises et chapelles, que la mort menace chaque homme, qui doit veiller à s'assurer qu'il ne meure pas en état de péché.

Cet os n'a rien à voir avec celui qu'aurait dérobé un chien : il affirme la fonction psychopompe du lion, veillant à guider les défunts. 

Ce lion n'a rien à voir, non plus, avec le meuble héraldique des armes des Kerouzéré, puisqu'on le trouve au pieds de tous les gisants, depuis que l'art funéraire nobiliaire  a été établi par les sculpteurs des tombeaux des ducs de Bourgogne à Champmol.

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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LE SOUBASSEMENT ET ES ARMOIRIES.

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"Sur ses plaques sont figurées, en alternance, les armoiries de la famille — « de pourpre, au lion d'argent », — un casque orné de lambrequins et d'un cygne pour cimier surmontant un écusson couché figuré d'un lion. L'ensemble figure dans le même ordre des deux cotés, le lion en écu puis le casque, en partant de la tête du gisant. Le lion se retrouve ainsi à onze reprises sur le tombeau, neuf fois sur les trois faces visible du coffre du tombeau, le dixième aux pieds du tombeau, le dernier en bas-relief sur le bliaud de l'homme d'armes." (Le Seac'h)

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Le coté droit (par rapport au gisant).

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Coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le premier motif : le blason au cygne.

 

Il est décrit par Le Seac'h comme "un casque orné de lambrequins et d'un cygne pour cimier surmontant un écusson couché figuré d'un lion". Il reste à remarquer la présence du tortil au dessus du casque, et les étoiles timbrant le lambrequin.

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Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le deuxième motif : le lion

On regrette l'absence de couleur, car celle du champ du blason des Kerouzéré, le pourpre, est très rare :  elle ne se retrouve en Bretagne que dans trois cas : Kerangomar, Kerouzéré, et Tromanoir.

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Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

 

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2°) Le coté gauche du gisant.

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Le coté gauche du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Le coté gauche du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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3°) Le petit panneau du soubassement, coté tête.

Il porte le même blason incliné sous un heaume à cygne.

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Petit coté  du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Petit coté du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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SOURCES ET LIENS.

— Base Palissy : objet classé Monuments historiques 1922/01/28.

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palsri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=IM29000914

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palsri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PM29001134

— COPY (Jean-Yves, 1986, Art, société et politique au temps des ducs de Bretagne : les gisants hauts-bretons. Aux amateurs de livre, 294 pages, page 140.

— INFOBRETAGNE, "Sibiril":

http://www.infobretagne.com/sibiril.htm

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle , 1 vol. (407 p.) - 1 disque optique numérique (CD-ROM) : ill. en coul. ; 29 cm ; coul. ; 12 cm . Note : Index. - Notes bibliogr., bibliogr. p. 373-395 Rennes : Presses universitaires de Rennes , 2014 Éditeur scientifique : Jean-Yves Éveillard, Dominique Le Page, François Roudaut. Pages 91-92.

— Bulletin SAF 1914 page 18 :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207714b/f81.image

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Published by jean-yves cordier - dans Gisants
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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 20:27

Les sablières, les blochets et les statues de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. I .

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Voir sur l'église de Le Tréhou :

Les deux crossettes de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou (vers 1555)

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—Sur  les sablières bretonnes :

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A la naissance des Monts d’Arrée, la richesse du Tréhou s’est construite essentiellement grâce à la culture et surtout au tissage du lin entre le XIIIe et le XIXe siècle. La commune était d’ailleurs, comme d’autres, sous l’influence des «Juloded», paysans-marchands acheteurs de lin et revendeurs de toile, attestés dès le XVe siècle. On y dénombrait 27 « kandi », ces abris permettant le rouissage du lin dans un bassin, et 141 métiers à tisser. L’église Sainte-Pitère, construite au 16e siècle, est remaniée au siècle suivant.

" L'église, en forme de croix latine, comprend une nef de six travées avec bas-côtés et un choeur terminé par un chevet à pans coupés. Au droit de la troisième travée, plus longue, deux chapelles en ailes forment faux transept. L'édifice actuel, du type à nef obscure et lambrissée, date du XVIIe siècle et a été remanié au XVIIIe siècle. Les grandes arcades en tiers-point pénètrent directement dans les piliers octogonaux sans chapiteaux. Dates relevées : 1753 sur le pilier sud du choeur, 1772 dans la nef" (Couffon)

Mais il faut ajouter que si le clocher porte la date de 1649,  le chevet porte celle de 1555,  le calvaire la date de 1578, la sablière du porche sud celle de 1610. Enfin, la statue du Christ aux liens (infra) est datée de 1547.

Les sablières Renaissance, les blochets et les statues les plus anciennes de l'église peuvent donc être datées entre 1547 et 1610.

Je vais faire un tour de l'église, attentif à toutes ses sculptures intérieures, mais les éléments les plus remarquables sont :

Sablières : les deux licornes (au nord) et la scène de labour (au sud)

Statues : le Christ aux liens (1547) ; sainte Marguerite ;  les saints Adrien, Sébastien et Roch invoqués contre la peste  ; sainte Pitère.

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Premier entrait à engoulant  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Premier entrait à engoulant de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le premier entrait à engoulant.

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Premier entrait à engoulant  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Premier entrait à engoulant de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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LES BLOCHETS DE LA NEF.

Ils représentent   tous  des hommes barbus tenant un livre sous le coude, et, la plupart, un bâton brisé (croix ? crosse ? canne ? ). La partie inférieure du corps manque. Ils sont vêtus d'un manteau dont il tienne l'un des pans, et d'un pourpoint à boutons ronds médians. On peut penser aux apôtres, ou à des pèlerins.

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Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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LES SABLIÈRES ET BLOCHETS DES BAS-COTÉS .

Les sablières du Tréhou en bois polychrome ne manquent pas d'intérêt, et Sophie Duhem, dans son étude des sablières sculptées de Bretagne de 1997, y a consacré plusieurs pages, soulignant l'intensité des couleurs et surtout l'emploi de la technique du dégradé, comme à Saint-Thomas de Landerneau : des dégradés délicats assurent en effet la transition des tons.

Deux scènes sont particulièrement remarquables, celle des licornes affrontées tenus par un homme (bas-coté nord) et celle du labour (chapelle du bas-coté sud) à laquelle je consacre un article séparé.

Mais le déploiement du vocabulaire Renaissance mérite aussi l'attention, avec les mascarons, les cuirs, les putti, les volutes.

 

 

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Les quatre sablières sculptées du bas-coté nord. N1 à N4.

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Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Première sablière sculptée N1 .

Vue générale.

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Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Vue de détail de N1  : main tenant un phylactère AGNUS DEI et ange allongé tenant un panneau muet.

Dégradés bleu, jaune, rose de la tunique de l'ange.

 

Première sablière sculptée du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Première sablière sculptée du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Deuxième sablière nord : N2. mur ouest de la chapelle du bas-coté nord.

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Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sablière N2 : feuillage, cuir découpé, bande à volute, anges présentant un panneau.

Note : seule la moitié supérieure est conservée. 

 

Deuxième  sablière sculptée du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Deuxième sablière sculptée du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Troisième sablière nord N3. 

Vue générale.

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Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La sablière N3 : masque animal puis homme tenant les cornes de deux licornes.

 

"L'origine des modèles ne fait aucun doute : tous [grylles, sirènes, centaures] proviennent de l'imagerie bas-médiévale européenne. Ce que nous avons observé pour la sirène, et qui s'avère valable pour les centaures et les licornes.

Ces dernières apparaissent sur une trentaine de sablières sous l'apparence commune de chevaux dotés de cornes frontales. Si quelques licornes sont représentées isolées ( à Gourin, Malestroit, Plouaret, chapelle Saint-Eloi de Saint-Nicolas-du-Pélem, Ch. de Burtulet à Saint-Servais), la plupart sont insérées dans des saynètes classiques de l'iconographie médiévale. L'image de la licorne affrontée au lion [se trouve à ] Châtelaudren, Grâces-Guingamp, Trémeur et Locmalo (Ch. de Kerlénat) [ou en 1652 à la chapelle N.D de Crénénan à Ploerdut.] Sur quelques poutres, le lion est remplacé par une hydre ou un dragon comme à Kerpert, Grâces-Guingamp et Saint-Gilles-Pligeaux (Ch. St-Laurent)]. Une autre variante existe à Lanmérin, sous la forme d'une licorne pourchassée par une meute de chiens. (La scène est représentée sur un entrait de la chapelle Saint-Jérôme).

Les artisans actifs autour de Kerlénat ont préféré la représentation moins classique de deux licornes affrontées, disposées de part et d'autre d'un homme en buste tenant leurs barbiches. Ce thème est illustré sur les charpentes de Locmalo, de Bieuzy, de Baud, de Guern (Ch. St-Jean), et il semble qu'il ait également inspiré les sculpteurs de Cléguérec, (Ch. de la Trinité), de Guengat et du Tréhou.

Deux exemples, qu'il faut rattacher aux nouveautés du répertoire renaissant, s'écarte des modèles habituels : à Confort-Berhet, l'animal sort d'une corne d'abondance, et à Pleyben, son corps est végétalisé. 

La plupart des représentations sont donc relativement stéréotypées, et conformes aux sujets en circulation à partir de la fin du XVe siècle."  S. Duhem page 169. 

Je remarque que cette scène n'a rien de commun avec le thème (religieux ou mystique issu du Physiologus)  de la Licorne de l'Annonciation, ni avec celui de la Chasse de la Licorne, tous deux en relation avec la croyance que la licorne, pour être chassée, devait être "appâtée" par une jeune fille vierge.

 

Voir l'Annonciation à la licorne ou  Chasse mystique de Schongauer à Colmar (v.1480) et 

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de la cathédrale de Sens.

Au contraire, nous sommes ici dans le domaine profane et ornemental qui recherche dans les créatures chimériques, imaginaires ou exotiques des sujets distrayants propres à séduire l'imagination. Malgré notre avidité à trouver du sens à ces images, et malgré notre réticence à accepter que le sacré voisine avec les drôleries (ou les obscénités), nous sommes invités à accepter les changements de point de vue et  à découvrir ceux de  nos ancêtres : ce n'est pas la moindre des aventures auxquelles la visite d'une église bretonne nous convie.

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Homme tenant les cornes de deux licornes, sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Homme tenant les cornes de deux licornes, sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Quatrième sablière nord N4. 

Vue générale.

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Quatrième sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Quatrième sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sablière N4 : masques anthropoïdes et animaux ; homme mordu par deux oies.

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Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Détail de N4 : masque anthropoïde de profil dont le nez et l'oreille sont mordus par deux oies.

Un autre exemple de dégradés entre les bleus et les roses.

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Détail de N4 : masque anthropoïde de profil dont le nez et l'oreille sont mordus par deux oies, sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Détail de N4 : masque anthropoïde de profil dont le nez et l'oreille sont mordus par deux oies, sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le bas-coté sud (de l'est vers l'ouest) : les trois sablières S3 à S1.

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La troisième sablière sud S3.

Vue générale.

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Bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Vue générale rapprochée.

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Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La sablière S3 : Un cuir à enroulement portant la sainte Face ; un ange entre deux têtes animales ; un putto tenant un voile.

Si il s'agit bien de la tête du Christ portant la couronne d'épines, c'est alors le seul motif religieux avec l'ange de N1 et celui qui suit.

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Sablière S3 du bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière S3 du bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sablière S3 du bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière S3 du bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Deuxième sablière sculptée sud S2.

Vue générale (S2 à droite).

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Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Deuxième sablière sculptée S2 : masque anthropoïde de profil végétalisé et tenant des tiges florales ; masque à oreillettes (bandeau frontal noué en boucle sur les deux oreilles) ; feuillage et ?

Seule la moitié supérieure est conservée.

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Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le blochet de la sablière S2. Pieuse femme, portant une fraise autour du cou,  mains jointes.

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Blochet du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La chapelle latérale sud et la sablière S1 encadrée de deux blochets.

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Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La sablière S1 : un masque de profil tenant dans sa bouche des tiges végétales. Blochet : un ange tenant un phylactère muet. Un semeur et son van. Scène de labour. Blochet de droite : saint Augustin.

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Cette sablière fera l'objet de l'article suivant.

 

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Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint Augustin vêtu en évêque d'Hippone (crosse, mitre), un livre pendu à sa ceinture dans son sac, et  présentant son cœur.

... comme à gauche du porche de l'église de  Daoulas.

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Blochet  du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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LES STATUES ET RETABLES.

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Saint Jean-Baptiste. Bois polychrome.

tenant l'Agneau de Dieu. Bras droit perdu.

Saint Jean-Baptiste, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Jean-Baptiste, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Autel de la chapelle du bas-coté nord et retable de sainte Anne. 

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Autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sainte Pitère dans la niche à gauche de la toile peinte. Bois polychrome.

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Notez le voile blanc couvrant l'arrière de la tête avant de revenir derrière la nuque pour rassembler les nattes avant qu'elles ne se libèrent en rivières d'anglaises blondes sur les épaules.

Sainte Pitère est la patronne de l'église, et elle a aussi sa statue dans le chœur, sa statue de pierre au dessus du porche sud, ou sur le calvaire. Cette vierge espagnole du VIIIe siècle est représentée tenant une palme (de martyre) d'une main et un livre de l'autre. 

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Sainte Pitère,  autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sainte Pitère, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sainte Pitère, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sainte Pitère, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sainte Pitère a aussi sa bannière, où, misère !,  elle a perdu son livre de prière.

En velours ponceau et rinceaux brodés au fil d'or, lambrequins à redans, frange de cannetille, pompons de même, et avec l'inscription SANTEZ BIZER PEDIT EVIDOMP (*) et le monogramme SB.

(*) "Sainte Pitère priez pour nous".

https://www.argedour.bzh/sainte-pitere-santez-bizher-5220917/

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Bannière de sainte Pitère, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bannière de sainte Pitère, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint diacre en chasuble dans la niche à droite de la toile peinte. Bois polychrome.

Ce diacre est peut-être saint Laurent, mais aussi saint Yben.

Le manipule passé au dessus du poignet gauche est un indice précieux du diaconat.

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Saint diacre, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint diacre, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint diacre, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint diacre, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint évêque. Bois polychrome.

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Saint évêque, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint évêque, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint évêque. Bois polychrome.

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Saint évêque, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint évêque, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sainte Marguerite. Bois polychrome.

 

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Pour bien comprendre ce qu'on voit, il faut savoir que Marguerite d'Antioche a été avalée par un dragon, toute habillée. Mais aussitôt dans le ventre infect de la bête, elle a procédé à une laparotomie et est sortie par l'incision, faite au moyen d'un petit crucifix dont elle ne se séparait jamais (j'ai toujours pensé que c'était celui de son chapelet). On voit donc l'extrémité de la robe rouge, qui pend de la gueule du monstre, et que j'ai longtemps confondu avec la langue (rouge également, mais fumante) de l'animal. Mais lorsque Marguerite va cesser sa prière à genoux, et qu'elle va vaquer à ses saintes occupations, elle va tirer sur l'étoffe, qui va vous ramoner l'estomac du méchant et trop gourmand reptiloïde. Voilà qui lui servira de leçon.

Comment briller en société ? En rappelant qu'on ne dit pas que sainte Marguerite est figurée ici "sortant du dragon", (et encore moins "se hissant hors " du dragon), mais "issant  du dragon". Car elle se réserve le privilège de l'emploi du participe présent d'issir, ne le partageant qu'avec quelques féru en héraldique.

Le vieux verbe issir, "sortir" était déjà hors d'usage à l'infinitif en 1680, lorsque Pierre Richelet indiquait qu'il n'est usé qu'à son prétérit "je suis issu". 

Notez aussi le serre-tête orné d'une pièce frontale, accessoire souvent porté aussi par saint Michel.

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On trouvera de nombreuses statues semblables, mais j'ai en mémoire celle du jubé de La Roche-Maurice. Sainte Marguerite appartient avec sainte Catherine et sainte Barbe aux grandes saintes auxiliatrices présentes dans tous les livres d'Heures : son intercession est demandée devant les dangers de la grossesse et de l'accouchement. 

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Sainte Marguerite issant du dragon, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sainte Marguerite issant du dragon, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sainte Marguerite issant du dragon, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sainte Marguerite issant du dragon, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sainte Marguerite, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sainte Marguerite, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint Sébastien. Bois polychrome.

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Vue générale.

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Saint Sébastien, pilier gauche de la nef, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Sébastien, pilier gauche de la nef, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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L'éphèbe vêtu d'un short doré est lié à un arbre, main droite derrière le dos, bras gauche levé, selon une tradition tenace. Il est parfaitement indifférent aux flèches que lui décochent les archers dont il est l'officier, et dont une plaie est bien visible sur la face externe de la cuisse droite.

C'est l'un des saints auxiliateurs, dont l''aide est demandée face aux épidémies (qui pleuvent sur les humains comme des flèches).

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Saint Sébastien, pilier gauche de la nef, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Sébastien, pilier gauche de la nef, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint  Adrien  . Bois polychrome.

Couffon suggère saint Mélard. Mais c'est bien saint Adrien de Nicomédie qui est représenté ici en officier, — ou plutôt en homme d'armes du XVIe siècle — avec son casque aux bords relevés, sa cape à fermail, son armure, son épée, une enclume et un marteau. 

Pourquoi une enclume ? Pourquoi un marteau ? Est-ce là le grand saint Éloi ?  Non pas, mais parce qu'il subit, nous explique Benoît Ruteau en 1637, l'affreux tourment du Crucifrage. "

"Le crurifrage était un supplice, auquel on rompait les jambes du coupable sur une enclume avec des leviers de fer, ou de bois."

Eh voilà, un mot nouveau en plus ! Mais pourquoi le crucifragea-t-on ?

Adrien était un noble, officier romain  dans l'armée de l'empereur Maximian  Galère qui faisait appliquer avec zèle les  édits de persécution des chrétiens décrétés par Dioclétien. Vers 306, alors qu'Adrianus avait vingt-huit ans, et devant le courage de trente-trois chrétiens de Nicomédie que Galère avait ordonné de supplicier, il se convertit avec son épouse Nathalie .

Apprenant cette conversion, l'empereur fit emprisonner Adrianus avec les autres chrétiens puis, quelque temps après, le fit comparaître devant lui en présence de ses compagnons pour le faire bastonner ; les coups furent si violents qu'à la fin les entrailles d'Adrianus sortaient de son corps. C'est ainsi qu'il est représenté, entrailles béantes,  à la chapelle Saint-Adrien de Plougastel. Puis Adrianus et ses compagnons furent de nouveau jetés en prison.

L'empereur Galère ordonna qu'on tranche les pieds puis les jambes des prisonniers puis qu'on fasse brûler leur corps. Adrianus fut le premier supplicié et on lui coupa également une main, en présence de Nathalie son épouse. 


 

L'empereur ordonna qu'Adrien et ses compagnons seraient rompus vifs à coups de massues de fer sur une enclume ...Sainte Natalie obtint que l'exécution commence par son mari. Saint Adien étendit avec gaieté ses jambes sur l'enclume, et souffrit constamment que le bourreau les brisât à coups de massue, et en coupât les pieds, que la généreuse Natalie eut la fermeté de tenir sur l'enclume.Ensuite à la prière de son épouse pour achever son sacrifice, il étendit pareillement son bras droit pour être brisé et coupé par le bourreau. Abrégé de la vie, martyre, translations,&miracles du glorieux martyr Saint Adrien, Louvain 1722

 

 

 

 

Une partie de ses reliques furent transportées au monastère de Grammont en Flandre, dont le lion est l'emblème.  

On comparera cette statue avec le dessin de Hans Holbein le Jeune (1497-1543) :

https://www.photo.rmn.fr/archive/91-004949-2C6NU0H5HXY2.html

Il est particulièrement intéressant de savoir qu'Adrien est l'un des cinq saints invoqués contre la peste, tout comme saint Sébastien, et saint Roch. Car, au Tréhou, les trois statues de ces saints sont placées en encadrement  à l'entrée du chœur, complétées par celle de sainte Pitère.  

La peste (ou les épidémies de pestilence qu'on désigne sous ce terme) est attestée en Bretagne au XVIe siècle à Nantes en 1501, 1522, 1523, 1529, 1530, 1567, 1568, 1569, 1570 et 1576, à Rennes en 1560, à  Quimper en 1533, 1564, 1565, 1586, 1594 et 1595, à  Plougastel-Daoulas en 1598.

Le développement des enclos paroissiaux, le choix de leur décors ou de leurs saints ne s'explique pas seulement par la grande prospérité économique liée au commerce du lin et du chanvre, et par les voies d'échanges maritimes avec l'Espagne et le Languedoc et avec l'Europe du Nord (Flandre), mais aussi avec le climat de peurs liées aux disettes, aux épidémies et aux guerres, au XVe siècle comme le souligne Jean-Pierre Le Guay  mais aussi au XVIe siècle.

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Saint Adrien est honoré à Spézet (fontaine Saint-Adrien ou Sant-Rien) , à la chapelle Saint-Adrien de Plougastel, à celle de Scaër , à la chapelle Saint-Maudé de Guiscriff (Morbihan)

La chapelle Saint-Adrien à Saint-Barthélémy (56), accompagnée de sa fontaine, contient une statue d'Adrien et de son lion. J'emprunte la photo au site https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/chapelle-saint-adrien-a-saint-barthelemy

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J' avais pris à la chapelle Saint-Adrien de Saint-Barthélémy la photo suivante :

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Après-coup...

Je découvre l'article de l'abbé Yves-Pascal Castel qui complète ma description, mais méconnaît  le motif de l'entérophorie.

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Saint en armure, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint en armure, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint Éloi, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Éloi, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint Éloi, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Éloi, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La chapelle nord formant  faux transept.

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Les sablières, les blochets et les statues de l'église de Le Tréhou. I.

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Vierge ou sainte femme, bois polychrome, chapelle latérale nord.

 

Vierge, chapelle à gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vierge, chapelle à gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Vierge, chapelle à gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vierge, chapelle à gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le chœur : le retable de la Montée au Calvaire du XVIIe siècle 

Notice base Palissy.

 

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Le chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Le chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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J'ai omis de photographier deux belles statues, de sainte Pitère et de saint Michel terrassant le dragon.

Le chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Le chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Dieu le Père, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Dieu le Père, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Dieu le Père, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Dieu le Père, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint apôtre ou évangéliste (comparable aux blochets de la nef avec son livre, son attribut brisé en forme de bâton ... ou de clef ?)

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Apôtre,  chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Apôtre, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint André et sa croix en X.

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Saint André,  chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint André, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint Roch et son fidèle Roquet.

C'est le troisième saint qui protège des épidémies de peste, puisqu'il  a été victime lui-même de la peste noire ou bubonique. Et c'est bien le bubon de sa cuisse droite qu'il nous montre en soulevant sa tunique. Il est vêtu comme il se doit en pèlerin (il s'était rendu de Montpellier à Rome) avec la pèlerine, le chapeau, la besace à la ceinture, et le bâton ou bourdon, qui a été brisé. S'étant retiré dans les montagnes par mesure d'isolement, il a été miraculeusement nourri par Roquet, le chien d'un seigneur local, qui lui apportait un pain rond chaque jour. 

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 Avant de nef et chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Avant de nef et chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint Roch, dernier pilier droit de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Roch, dernier pilier droit de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint Roch, dernier pilier droit de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Roch, dernier pilier droit de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le Christ aux liens. Pierre polychrome, 1547.

La Notice de la base Palissy indique une taille de 112 cm. La statue est classée au 20/05/2010.

On fera le parallèle entre ce Christ aux poignets liés, les reins ceints d'un pagne, la tête couronnée d'épines, le corps sanguinolent des blessures du fouet clouté, et le saint Sébastien vu précédemment. Avec, en filigrane, l'idée que cette représentation du corps divin souffrant n'est pas étrangère à la recherche d'une protection contre les épidémies et les blessures.

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Christ aux liens (1547), bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Christ aux liens (1547), bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sainte femme tenant un livre ouvert. Kersanton. 

Sainte ? Anne ? Vierge ? La femme porte un collier,  est voilée et enveloppée dans un manteau.

Sainte, kersanton, bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sainte, kersanton, bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La chapelle latérale sud et le retable du don du rosaire.

Notice de la base Palissy.

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Retable de la chapelle latérale sud  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Retable de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Retable de la chapelle latérale sud  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Retable de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La sablière S1 et ses deux blochets.

On y trouve successivement un masque de profil libérant des tiges florales par sa bouche, le blochet d'un ange présentant un phylactère, un paysan lors des semailles, un panier en main et puisant dans un sac de graines, puis la scène de labours, et enfin le saint évêque du blochet d'angle .

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Je consacre l'article suivant à cette scène du labour et à ses difficultés d'interprétation.

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Sablière S1, coté ouest de la chapelle latérale sud  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière S1, coté ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sablière S1, coté ouest de la chapelle latérale sud  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière S1, coté ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le blochet d'angle de la chapelle latérale sud : saint Augustin.

Objectivement, c'est un saint évêque (crosse, mitre, sac dans un étui pendu à la ceinture) qui tient un cœur sur la poitrine. C'est ce cœur qui permet l'identification, car c'est l'attribut de saint Augustin, évêque d'Hippone. Voyez sa statue du contrefort  gauche du porche du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, tenant un cœur enflammé.

 

Saint Augustin, blochet d'angle de la chapelle latérale sud  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Augustin, blochet d'angle de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

SOURCES ET LIENS.

— APEVE

Sablières et statues : http://www.apeve.net/spip/spip.php?article141

Statues de sainte Pitère : http://www.apeve.net/spip/spip.php?article142

http://www.apeve.net/spip/spip.php?article130

http://www.apeve.net/spip/spip.php?article133

Christ aux liens : http://www.apeve.net/spip/spip.php?article143

 

— BASE PALISY :

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Le%20Tr%e9hou&DOM=Tous&REL_SPECIFIC=3

— BEAULIEU (François de), Les enclos paroissiaux de Bretagne, article du 11 janvier 1997 du Courrier du Léon.

https://static.fnac-static.com/multimedia/editorial/pdf/9782737369353.pdf

— CASTEL (Yves-Pascal), 1997, Le Tréhou. Saint Adrien. Identification d'une statue. 

“1281 Le Tréhou, identification d'une statue... 11.01.97.,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 15 septembre 2017, https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/2797.

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/18875f74c37fb063526f777bfb3fbb3e.jpg

— COUFFON (René), 1988 

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/56a53f3ee05cfb4060f6a6fa70341225.pdf

“Couffon, Répertoire des églises : paroisse de LE TREHOU,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 15 septembre 2017, https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/909.

— DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne (XVe-XVIIe s.), Presses universitaires de Rennes, 1997 - 385 pages, pages 169, 220, 231 à 236, etc.

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 22:11

Les deux crossettes de l'église du Tréhou (Finistère).

 

 

 

Sur les crossettes, voir :

Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

 

 

 

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La description des crossettes de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou ne devrait pas être longue, car cet édifice n'en compte que deux, de crossettes,  encadrant la sacristie : à gauche, un soldat tenant son épée, et à droite, un lion tenant un os. 

— Et bien  voilà la belle affaire, le travail est fait ! Je vous les mets avec les six gargouilles en forme de canon, sur le clocher, et n'en parlons plus.

— Où kelles sont, où kelles sont, j'les vois pas !.

 

Les deux crossettes (pierre de Logonna, vers 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Les deux crossettes (pierre de Logonna, vers 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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— Là, juste devant toi !

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Les deux crossettes (pierre de Logonna, vers 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Les deux crossettes (pierre de Logonna, vers 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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— Et sous la fenêtre, y'aurait-y pas une inscription ? Prête voir tes jumelles un peu. Je lis " 1555 : AVANCE : 1720".

— C'est-y de 1555 ou c'est-y de 1720 ? De toute façon, c'est ben vieux.

— Et l'ange frisé, il dit quoi sur son écriteau ? Ah, c'est des lettres : LAN : MIL : VCC LV : CESTE  VITRE : FETTE.

— Des chiffres romains ! "L'an 1555 cette vitre fut faite".

— Allez, tu inventes à moitié ! De toute façon, 1555 ou 1720,  ce sont les dates du chevet, mais pas celles des crossettes de  la sacristie. 

— Tout comme celle du pan coupé gauche du chevet : N : E T : DISCR[E]T / MRE : DE K[ER]M / ABON : RECTE / VR . L AN 1720

— "Noble et discret Messire de Kermabon, recteur en l'an 1720". Une famille issue de Plougasnou et dont les armoiries, selon de Courcy, sont un écartelé en 1 et 4 d'or à trois fasces d'azur, alias chargé de 8 étoiles d'or qui est Kermabon, et en 2 et 3 fretté d'or et de sable, qui est Guenguizou de Kerprigent. On connait un Jean de Kermabon fut recteur de Malguenac et mourut en 1624. Ou un Sr de Kermabon qui fonda en 1672 la chapelle Saint-Michel en Braspart.

https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1904.pdf

—T'es savant ! merci Internet !

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Ange et inscription (kersanton, 1555 et 1720)  de la baie du chevet  de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Ange et inscription (kersanton, 1555 et 1720) de la baie du chevet de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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Inscription (kersanton, 1720)  du pan du chevet  de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Inscription (kersanton, 1720) du pan du chevet de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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Les deux crossettes, comme les pierres du mur lui-même, sont en pierre jaune de Logonna, une microdiorite quartzique d'aspect veinée extraite du site du Roz à Logonna-Daoulas.

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1. Le soldat dégainant son épée.

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À gauche, un soldat ou un seigneur, allongé pour répondre aux impératifs de forme de toute crossette, se tourne vers son coté gauche et fait face au spectateur placé à l'est. Il tire son épée de son fourreau, lequel est suspendu à sa ceinture, sur son coté gauche. Il empoigne la poignée sous le gros pommeau sphérique, mais pour l'instant l'épée, qui est aussi longue que la jambe (90 cm), reste engagée, la garde en butée contre le "protège-pluie". La ceinture est nettement sculptée, et, sur le coté droit, une dague ou miséricorde devrait être attachée, mais mon cliché ne la montre pas.

Notre homme est barbu, les cheveux mi-longs descendants en deux masses bouclées jusqu'à la hauteur de la bouche. Les yeux en amande sont surlignées par les deux paupières.  Le visage est triangulaire dans sa moitié inférieure, les pommettes sont saillantes, le nez droit et fin. La moustache dessine un V inversé dont le sommet débute sous les narines. La barbe est peignée en mèches verticales.

Il est vêtu d'une tunique épaisse, plissée aux manches, retroussée aux poignets, et descendant peu en dessous de la ceinture. Les jambes sont vêtues de braies (à moins que les anneaux concentriques soient les pièces d'une armure). Il faudrait multiplier les photos à diverses heures pour bien distinguer les détails.

Sur 371 crossettes et gargouilles étudiées par Emmanuelle Le Seac'h dans quatre cantons du Finistère, 67 sont des représentations humaines, et parmi celles-ci, cinq sont des soldats tirant leur épée, à Plougourvest, Saint-Servais, Locmélar, Le Tréhou et Landerneau. Ces soldats portent des chausses collantes, des pourpoints, un casque (Locmélar), des chaussures à semelles épaisses  (Locmélar) ou des poulaines (Le Tréhou). Si on ajoute à ces cinq crossettes-soldats celle de Notre-Dame-de-Berven en Plouzévédé (infra), cela constitue un corpus de six crossettes-soldats attestées pour le Finistère. On remarquera la proximité des six paroisses concernées.

 

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Le soldat,  crossette (pierre de Logonna, vers  1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Le soldat, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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Mais là où on s'attendrait à trouver de bons brodequins de fantassins, ou bien les solerets d'un homme d'armes protégeant les pieds du combattant, l'artiste a sculpté des chaussures dont l'extrémité se relève en bonnet de nain !  Bref, ce sont des poulaines, qui furent à la pointe (retroussée) de la mode jusqu'en 1470.

Est-ce, en 1550 ou 1720, une facétie du sculpteur ? A-t-il voulu représenter un seigneur du XVe siècle ? 

C'est lorsqu'on commence à trouver des relations avec d'autres œuvres que l'iconographie devient passionnante. Ainsi, à la Maison des Gardes de La Martyre, un "acrobate" porteur de phylactère porte les mêmes chaussures, mais aussi les mêmes vêtements (photo lavieb-aile ).

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Le soldat,  crossette (pierre de Logonna, vers  1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Le soldat, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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Ou bien, nous pouvons comparer notre bonhomme irascible à celui d'une crossette (vers 1576) de Notre-Dame-de-Berven (photo lavieb-aile). Même barbe, même tenue de la poignée de l'épée et du fourreau. 

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Ou bien le comparer à celui de l'église Saint-Pierre de Plougourvest (photo lavieb-aile):

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Le soldat,  crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Le soldat, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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La comparaison s'établit aussi avec le seigneur "TIRE-TUE" d'une maison de la rue François Pengam à Landerneau (Photo lavieb-aile). Même matériau (pierre de Logonna), même posture, même gestuelle, même chevelure, mêmes yeux, même barbe (ici déviée vers la droite), même tunique aux manches molletonnées. Mais pas de poulaines.

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Le soldat,  crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Le soldat, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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2. La seconde crossette de Le Tréhou est un lion tenant un os. 

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Ce lion est vu de profil mais avec la tête de face (en terme héraldique, nous dirions qu'il est léopardisé) et sa langue pendante sort de sa gueule hérissée de crocs. Ses grands yeux surmontés de sourcils proéminents sont adoucis par la tignasse de son front dont les boucles lui font une auréole. La crinière est rendue en mèches épaisses, précédant l'arrière-train parfaitement lisse, et sur lequel vient  se poser, après s'être faufilée entre les pattes, la queue à plumeau trifide.

Les pattes antérieures inclinées comme lors de la course prennent appui sur un ossement, rejoignant en cela les pattes postérieures. Cette posture donne à la fois l'impression que l'animal court, et à la fois qu'il se tient en équilibre sur son os comme un animal de cirque.

Bref, c'est LE lion de crossette, celui que l'on observe presque invariablement sur les pierres d'amortissement des églises et chapelles bretonnes, même si l'os n'est pas toujours présent, ou pas toujours aussi visible et complet qu'ici. Et c'est la présence de cet os qui m'amène à voir dans cette figure un serviteur de la mort, la forme animale de l'Ankou ...

— Ah non, tu ne vas pas recommencer ! Tu nous sers ton discours à chaque article !

— Oui mais c'est si criant, ici !

— Un bâillon, mettez-lui un bâillon !

— Hmm hmm osse---ment hmm mort mmm...

— Serrez plus fort !

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Le lion tenant un os,  crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Le lion tenant un os, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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Le lion tenant un os,  crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Le lion tenant un os, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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Même si le lion est omniprésent, ce n'est peut-être pas un hasard si, à Landerneau, rue François Pengam, à quelques mètres du soldat TIRE-TUE, nous trouvons, toujours en pierre de Logonna, un lion parfaitement identique à celui du Tréhou (photo lavieb-aile) . C'est frappant, non ?

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Hélas, comme nous ignorons de  quel édifice ces deux sculptures de la rue Pengam tirent leur origine, et comme, donc, nous ne pouvons en connaître la date, cela ne permet pas de préciser la datation, et encore moins l'auteur, des crossettes du Tréhou.

Je me prononce néanmoins pour la date de 1555. Au pif.  Ces crossettes auraient été réutilisés lors de la reconstruction du XVIIe et du remaniement du XVIIIe.  

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Le lion tenant un os,  crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Le lion tenant un os, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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SOURCES ET LIENS.

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— COUFFON (René), 1988, Répertoire des églises : paroisse de LE TREHOU. Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/56a53f3ee05cfb4060f6a6fa70341225.pdf

LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

LE SEAC'H (Emmanuelle), 1997, Les crossettes et les gargouilles dans quatre cantons du Finistère : Landerneau, Landivisiau, Ploudiry, Sizun. Mémoire de maîtrise d’histoire,  2 vol. 359 p. + 135 p. : ill. ; 30 cm.

 

— WIKIPEDIA

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Sainte-Pit%C3%A8re

 

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 09:10

Le gisant de Troïlus de Mondragon au Musée Départemental Breton de Quimper (vers 1545).

Le gisant d'Olivier de La Palue au château de Kerjean (Saint-Vougay), (vers 1505).

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Les gisants sont un sujet iconographique à part entière. Un article Wikipédia recense les gisants de France, dont 50 en Côtes d'Armor, 28 en Finistère, 11 en Ille-et-Vilaine,et 9 dans le Morbihan. Mais Jean-Yves Copy a dénombré en 1986  272 tombeaux existants ou connus pour la seule Haute-Bretagne. 

On peut y distinguer les gisants des saints légendaires (St Herbot en sa chapelle éponyme, st Ronan à Locronan,  ste Nonne à Dirinon) et des dignitaires religieux (les évêques dans leur cathédrale) de ceux des nobles seigneurs.  Parmi ces derniers, la Liste des Gisants cite, en Finistère, celui d'Yves de Launay  à Lanhouarneau (+ 1460), de Jean Barbier à Kerjean (+ 1537), d'un seigneur de Com en Lannilis, de Jean de Kerouzéré à Sibiril (+1460), celui d'Olivier de La Palue ( + 1505 ?) que je montre ici en fin d'article. Et celui que je vais étudier ici, celui de Troïlus de Mondragon (v. 1540).

Quatre d'entre eux, en kersanton, sont attribués par E. Le Seac'h au Grand atelier ducal du Folgoët (1423-1509) : celui de saint Ronan (1423-1433), celui de sainte Nonne (vers 1468), et celui de Jean de Kerouzéré (vers 1460), et, non cité encore, celui de la chapelle saint-Jaoua de Plouvien (vers 1423-1433).

Celui de Troïlus de Mondragon, en kersanton également,  n'est pas attribué. Sa date le place dans la période d'activité de l'atelier des frères Prigent de Landerneau, connu pour avoir réalisé le gisant du chanoine Laurent Richard à Plouvien. 

Au XVIIe siècle, le grand sculpteur Roland Doré (actif en 1618-1663) réalisera aussi, en kersanton, neuf gisants dont six à Saint-Brieuc. Celui de Jacques Barbier, seigneur de Kernaou en Ploudaniel, date de 1638 et  est visible au Musée de Lesneven.

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Rappel généalogique.

Voir mon article L'église de Saint-Divy (29) . II. Les vitraux du XVIe siècle (vers 1530 et 1550) de la maîtresse-vitre ou Baie 0. qui m'a amené à faire connaissance avec Hervé de la Palue, oncle de l'épouse de Troïlus.

Le couple Olivier de la Palue / Jeanne Guyomarch.

 Olivier de La Palue, seigneur de la Grande Palue, gouverneur et capitaine de Brest, et qui était présent à la montre de Dinan le 2 septembre 1489 est mort en 1505 : son  gisant provenant de l'ancienne église de Saint-Houardon de Landerneau, se trouve désormais au château de Kerjean.  En épousant en 1460 la fille de son voisin Olivier Guyomarch ou Guiomar , ( seigneur de la Palue,  de sable semé de billettes d'argent au poisson en pal du même), Jeanne Guyomarch, il agrandit son domaine de celui de la Petit Palue.  Leur fille, Marguerite de La Palue, épouse Jan du Mescam, seigneur de Mescaradec entre 1485 et 1500. Leur fils François, qui suit :

Le couple François de la Palue / Marguerite de Trésiguidy.

Le fils et héritier, François de la Palue (décédé en 1553), aura [quatre] enfants  de sa femme, Marguerite Christiane de Trésiguidy (d'or, à trois pommes de pin de gueules),  dont une fille, Françoise.

Marguerite de Trésiguidy se remariera avec Charles Lespervier de la Verrière, écuyer tranchant  de la reine Anne de Bretagne, et aura une autre fille,  Jeanne Lespervier, qui épousera André Gallery, seigneur du Bois-Jouan.

Le couple Françoise de la Palue / Troïlus de Mondragon.

Françoise, "dame de La Palue, de Tréziguidy, des Salles" , née vers 1495, épouse  en 1520 un gentilhomme espagnol, Troïlus de Mondragon (vers 1490 -vers 1543). Le  gisant de ce dernier, décédé vers 1540-1548,  se trouvait dans l’église de Beuzit-Conogan avant d'être déposé au Musée départemental breton de Quimper. 

Selon Potier de Courcy : 

MONTDRAGON (DE) (bâtard de Montdragon en Espagne), sr de Hallot et baron de Hauteville, en Normandie, — vicomte de Loyaux, par. de Fresnay, — sr de la Palue, par. de Beuzit-Conogan , — de Trésiguidy, par. de Pleyben, — des Salles, par. de Plouisy, — du Prat, par. de Brélévénez, — de Coatquéau, par. de Scrignac.

Réf. de 1535 à 1543, par. de Plouisy et Brélévénez, év. de Tréguier, et Scrignac, év. de Cornouailles.

D'argent au lion de gueules, accosté de deux peupliers de sinople; alias : d'argent au peuplier de sinople, soutenu de deux lions affrontés de gueules.

Antoine, l'un des capitaines envoyés par Ferdinand et Isabelle au secours de la duchesse Anne, en 1488; Jean, vicomte de Loyaux, capitaine de Nantes et de Rennes en 1510; Troïlus, colonel de quatre mille hommes de pied, marié à Françoise de la Palue, dame dudit lieu et de Trésiguidy, depuis 1543 et enterré à Beuzit-Conogan.

Fondu dans Montmorency-Bouteville, puis Rosmadec."

Voir l'Histoire de Bretagne de Pierre Le Baud (1638).

Françoise de la Palue et Troïlus de Mondragon eurent une fille, Jeanne de Mondragon, qui épousa en 1543 François de Montmorency-Hallot, seigneur de Hallot, de Bouteville.

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LE GISANT DE TROÏLUS DE MONDRAGON AU MUSÉE DÉPARTEMENTAL BRETON DE QUIMPER.

"Gisant gisant de Troïlus de Montdragon, époux de Françoise de la Palue, dame héritière de la Grande Palue en Beuzit-Conogan (Landerneau en Finistère), les époux sont cités en 1527. Chevalier, tête nue, épée à gauche, un ange tenant un oreiller sous la tête, un lion au pied, un ange de chaque côté, flancs armoriés. Primitivement dans l'église de Beuzit." (Wikipédia)

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Historique.

Le Chevalier de Fréminville, dans ses Antiquités du Finistère, fut sans doute le premier, en 1832, à décrire le monument et à attirer l'attention des lettrés sur ce tombeau qu'il attribuait par erreur à Olivier de la Palue, grand-père de l'épouse de Troïlus de Mondragon.

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Ce gisant sculpté vers 1540 et qui reposait "dans un petit taillis qui précède  l'église" (Vallin) de Beuzit-Conogan, paroisse de La Grande Palue,  où  Cleuziou l'avait fait dessiné en 1886 (Bretagne, le pays du Léon) ,  a été vendu en 1923  à un antiquaire parisien par Mr de la Couture, propriétaire de Kerlorec, et racheté grâce à une souscription lancée par Henri Waquet, et à l'action de la Sauvegarde de l'Art français pour le compte de la Société archéologique du Finistère (SAF), en 1926. Dès 1923, le Bulletin de la SAF s'en alarmait, signalant qu'il avait été enlevé clandestinement de La Palue et allait être expédié aux Etats-Unis sans l'intervention du Préfet et une demande de classement. Celui-ci intervint le 2 févier 1924.

Louis Le Guennec donne un première description dans le Bulletin de la SAF de 1925 :



LE TOMBEAU.DE TROÏLUS DE MONDRAGON 

"Le plus beau des anciens tombeaux à effigie du , Finistère était sans conteste celui de Troïlus de Mondragon, qui se voyait encore, il y a deux ans, au pied du vieux clocher  isolé de Beuzit-Conogan, près de l'Elorn, en aval de Landerneau, sous les ombrages du parc de Kerlorec. Sur ce magnifique mausolée de fin kersanton s'allongeait la statue couchée, en grand costume de guerre, de l'illustre seigneur  dont elle abritait les restes. A la tête, aux pieds et sur les deux faces latérales, des arcades du gothique le plus fleuri encadraient les armoiries de sa famille et de ses alliances.  Les solerets cuirassés de l'homme d'armes s'appuyaient au flanc d'un lion, et un petit ange était assis sur son épée nue posée près de lui. . . . 
A vrai dire, on sait fort peu ce que fut jadis Troïlus de Mondragon. L'héroïque sonorité de son nom enchantait  José-Maria de Hérédia, et notre cher poète Frédéric  Le Guyader lui a consacré dans sa Chanson du Cidre, une  complainte savoureusement fantaisiste qui le montre bien moins fidèle quoiqu'il rachète sa vie orageuse par. une vaillante mort au service de Mars qu'à celui de Vénus . 

D'après les généalogies, Troïlus serait issu d'Antoine de Mondragon, bàLll.rd lui-même d'une fameuse lignée castillane, l'un des capitaines espagnols envoyés par Ferdinand et Isabelle au secours de la duchesseAnne en 1488, à moi)1s qu'il ne fût fils de Jean de Mondragon, vicomte de Loyaux, capitaine de Nantes et de Rennes en l504. Ce qu'il y a de certain, c'est que M. de Mondragon se qualifiait de seigneur du Hallot et vicomte d' Auteville en Normandie, et commandait un régiment de 4.000 hommes de pied au service de la France, lorsqu'il vint, vers 1520, épouser au fond de la Basse-Bretagne, une riche héritière landernéenne, Françoise de La Palue, dame de La Palue, en Beuzit-Conogan, de Trésiguidy en Pleyben et des Salles près Guingamp. 
La maison de La Palue se prétendait branche cadette ou « ramage» des sires de Lèon, dont elle portait sur son écu le lion héraldique surmonté d'un « lambel » en signe de « juveignerie ». Olivier de La Palue, vivant en 1460, avait  épousé Jeanne Guiomar, dame de la Petite-Palue (manoir tout voisin, passé plus tard aux de La Fitte, Le Borgne de Trévidy.et du Rozel) dont le blason, un poisson sur un ,semis de billettes, charge l'un des écussons du tombeau, Leur fils Hervé de La Palue, sénéchal de Léon, qui se fit peindre au début du XVIe siècle sur la maîtresse vitre de l'église de Saint-Divy, parait avoir eu pour femme l'héritière des Trésiguidy, vieille race cornouaillaise connu surtout par le  champion qu'elle fournit en 1351 à l'immortel combat des Trente. Les armes des Trésiguidy, trois pommes de pin, se remarquaient aussi sur la face sud de la tombe, pleines et écartelées d'un écu chargé de sept meubles d'une forme particulière, 2, 3, 2, ressemblant à un T renversé. A coté, un autre écusson était chargé des cinq fusées en faxe de la maison de Bouteville, qui se rapportaient sans doute à une alliance antérieure. 
Sur la face Nord du mausolée se voient les armes de la famille de Mondragon, un lion accosté de deux arbres, plei­nes, écartelées d'un chevron accompagné de trois coquilles, et mi-parti de la Palue ; et celles des La Palue mi-parti écartelèes de Trésiguidy, écartelées elles-mêmes des sept pièces mentionnées plus haut , Enfin, le grand écusson timbré d'un heaume et chargé des armoiries des Mondragon, qui décore l'extrémité de la tête du tombeau offre sur ses lambrequins les blasons de Léon, de Bouteville, du Lech, de Bretagne, de Kerret et Guiomar. 
Le manoir de La Palue dresse encore ses hauts pignons et son pavillon d'angle, où s'ouvre à la base une belle porte gothique. Les seigneurs du lieu étaient «fondateurs » de l'église de Beuzit et y possédaient dès sépultures sur lesquelles Troïlus de Mondragon fit ériger de son vivant cette belle tombe. Quand son tour vint d'y reposer, il ne laissa qu'une fille unique, Jeanne de Mondragon, dame du Hallot, La Palue, Trésiguidy, marié avant 1543 à François de Montmorency, seigneur de Bouteville. 

Aujourd'hui le monument de Troïlus a quitté les rives de l'Elorn. Vendu par le châtelain de Kerlorec à deux antiquaires parisiens, il gît démonté dans quelque coin de la banlieue. attendant un acquéreur. Celui-ci ne pourra d'ail­leurs le transporter hors de France, les actives démarches de M. Desmars, préfet du Finistère, ayant fait prononcer en temps utile le classement de ce mausolée. La meilleure solution serait sans doute le retour en Bretagne dudit tombeau, auquel le musée départemental de Quimper offrirait dans ses salles basses, déjà peuplées de sépultures de che­valiers ou d'évêques, un asile à souhait. Mais cette ques­tion est purement financière. Le musée, avec ses faibles  ressources ordinaires, ne peut rien ; d'autre part le modeste budget de la Société archéologique ne lui permettrait que de contribuer d'une petite somme à ce rachat si désirable. Du 
moins son bureau adresse-t-il un pressant appel à la générosité des membres de la Société et de toutes autres personnalités finistériennes et bretonnes désireuses de s'asso­cier à eux dans ce but. Il y a lieu d'espérer que le Conseil Général voudra bien également témoigner de son intérêt pour le patrimoine d'art du Finistère. Ce patrimoine, naguère si riche, subit en ce moment de cruelles, d'irréparables pertes. Il est grand temps d'intervenir. Nos vieilles chapelles, abandonnées, pillées impunément, croulent de toutes parts; les marchands de biens rasent nos futaies séculaires; des collec­tions d'antiquités sont transportées dans la région parisienne. 
En présence de telles constatations, il n'apparaît que plus urgent encore de travailler au sauvetage de ce qui peut être encore préservé et défendu. En récupérant le tombeau de Troïlus de Mondragon, nous aurons assuré la conservation, aussi près que possible de son lieu d'origine, de ce chef­ d'œuvre de la statuaire basse-bretonne du XVIe siècle, et donné la meilleure des leçons aux collectivités comme aux individus qui, par ignorance, négligence, ou cupidité, se lais­sent si lamentablement déposséder de ce qu'ils possèdent sou­vent de plus précieux et de plus respectable, et sans avoir toujours essayé de le vendre dans le pays même." L. LE GUENNEC . 

 


 

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On peut lire également  le compte-rendu du Bulletin Monumental de 1926 page 406-407:

 

" Dans une  courte notice, M. L. Le Guennec signale le très beau tombeau qui, naguère encore, se voyait dans le parc de Kerlorec, sur les rives de l'Elorn, en aval de Landerneau. Il nous apprend qu'il s'agit d'un mausolée de fin kersauton, dont les faces latérales sont garnies des armoiries de la famille du défunt qu'encadrent "des arcades du gothique le plus fleuri ", et, que, au-dessus, repose la statue couchée de Troïlus de Mondragon « en grand costume de guerre ». Cette description trop laconique ne donnerait qu'une faible idée du monument si elle n'était accompagnée d'une bonne photographie, qui apporte des précisions. On comprend alors que les « arcades du gothique le plus fleuri » sont, en réalité, des accolades surmontées d'un réseau flamboyant et que le « grand costume de guerre est une armure du XVIe siècle ». Détail curieux, un petit ange est assis sur l'épée placée à côté de l'image du défunt. 
II faut savoir que ce tombeau fut vendu dernièrement à deux antiquaires parisiens. Heureusement, à la suite de démarches pressantes, il fut l'objet d'un arrêté de classement. Le faire revenir en Bretagne est la tâche que se sont imposée la Société archéologique du Finistère et son actif président, notre confrère M. H. Waquet. Secondé généreusement par « la Sauvegarde de l'Art français » dont l'action est de plus en plus féconde, M. Waquet a organisé une souscription, réuni des sommes importantes, et le tombeau de Troïlus de Mondragon va trouver si la chose n'est pas déjà réalisée, un asile définitif et digne de lui, dans le musée départemental de Quimper. Bull. de la Société archéologique du Finistère 1923."

 

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Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1543-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1543-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

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https://sites.google.com/site/buzicrosserf/home/troilus-de-mondragon

https://sites.google.com/site/buzicrosserf/home/troilus-de-mondragon

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I. LE GISANT : TROÏLUS DE MONDRAGON.

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Le chevalier est représenté en armure, mains jointes, tête posée sur un oreiller à glands, recouvert par un linge plissé tenu par deux anges.

Un autre ange est assis sur la lame de l'épée et tient un phylactère (cela a été dessiné, avec la tête de l'ange intacte, par Théophile Busnel dans la Bretagne : le pays du Léon  (1886-1887) de Henri Raison du  Cleuziou).

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102384x/f107.image

Les détails de l'armure et jusqu'aux boucles des courroies des jambières, sont sculptés avec précision. Les solerets de l'armure s'appuient sur le corps d'un lion.

Tous ces détails n'ont rien de propre au défunt, ils répondent au stéréotype des gisants, fixés depuis les tombes des ducs de Bourgogne réalisés par Jean de Marville, Claus Sluter et Claus de Werve, pour le tombeau de Philippe le Hardi, 1381-1410, puis par Jean de la Huerta et Antoine le Moiturier, pour le tombeau de Jean sans Peur et Marguerite de Bavière, 1443-1470, en la collégiale de Champmol.

https://beaux-arts.dijon.fr/sites/default/files/Collections/pdf/les_tombeaux_des_ducs_de_bourgogne__livret.pdf

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Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

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L'absence de barbe et la coupe de cheveux en deux longues masses latérales et une frange droite  ne correspond pas à celle en vigueur sous François Ier vers 1540. En faisant mon marché sur les images en ligne, je la retrouve sur un portrait de Charles VIII (mort en 1498) ou de Louis XII (mort en 1515) ,  sur un portrait du futur Charles Quint, mais datant de 1515. Ou de Philippe Ier le Beau, vers 1500. Sur un portrait de Nicolas Kratzer datant de 1528. Sur celui de Charles III de Bourbon (mort en 1527), etc.

On peut en conclure soit que le sculpteur a représenté le chevalier espagnol de façon idéalisée et à son jeune âge, en s'inspirant par exemple d'un portrait datant des années 1500-1520, soit qu'il a suivi, en cela comme pour le reste du gisant, pour le port de l'armure, et le placement de l'épée, d'un archétype ne cherchant pas à représenter le défunt lui-même, mais son image sociale .

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Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

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Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1543-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1543-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

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Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1543-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1543-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

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La crinière du lion est faite de boucles épaisses, comme les poils du dessus de la tête. La toison des pattes est soigneusement représentée.   Sa gueule ouverte est redressée. La queue s'enroule sur le dessus du dos en se divisant en trois pointes. Ce lion n'a aucune signification allusive en termes héraldique, il appartient au vocabulaire des gisants seigneuriaux. Il a tout les traits des lions sculptés sur les crossettes des églises, et, en cela, il témoigne d'une valeur psychopompe.

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Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

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Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

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2°) La cuve ou soubassement du gisant de Troïlus de Mondragon.

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a) le devant de la cuve

Cinq accolades du gothique flamboyant accueillent chacune un blason des ancêtres ou des alliances du couple Françoise de La Palue / Troïlus de Mondragon.

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Soubassement du gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

Soubassement du gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

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Ce sont successivement de gauche à droite :

a) Le blason  de Bouteville, d'argent à cinq fusées (ici quatre) de gueules posées en fasce

b) Blason écartelé en I et IV d'or à trois pommes de pins de gueules, qui est Trésiguidy, en II et III  de vair plain qui est de Lohéac

c) Blason de Guiomar, seigneur de la Petite-Palue,  de sable à un bar d'argent en pal (?), l'écu semé de billettes de même.

Armoiries de la grand-mère paternelle de Françoise de la Palue, Jeanne de Guiomar, fille d'Olivier de Guiomar.

"Guiomar, sr de la Petite-Palue, par. de Saint-Houardon, — du Forestic et du Quenquis, par. de Plouédern. Réf. et montres de 1426 à 1481, par. de Bauzit-Conogan et Plouédern, év. de Léon.

De sable, semé de billettes d’argent, au poisson de même en pal (G. le B.). Devise : Quémer quélen. ("Prendre conseil").

Hervé, doyen du Follgoat en 1453.

La branche aînée fondue dans Carn, d’où la seigneurie de la Palue a passé successivement aux Léon, Montdragon, Léon, Lagadec, la Fite, le Borgne et du Rosel."

Potier de Courcy https://fr.wikisource.org/wiki/Nobiliaire_et_armorial_de_Bretagne/G

d) Blason de Trésiguidy d'or à trois pommes de pins de gueules.

soit les armoiries de la mère  de Françoise de La Palue, Marguerite de Trésiguidy.

e) Blason de La [Grande] Palue qui reprend les armes de la seigneurie de Léon, barré d'un lambel :  d'or au lion morné de sable au lambel de trois pendants de gueules en chef.

soit les armes de François de la Palue, père de Françoise de la Palue. 

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Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

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Ici,  le blason des seigneurs de la Grande Palue, qui reprend les armes de la seigneurie de Léon, barré d'un lambel :  d'or au lion morné de sable au lambel de trois pendants de gueules en chef.

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Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

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b) Le panneau latéral, coté des pieds. 

On y voit le grand écusson des Mondragon, dont le blason est martelé,  avec le heaume tenu par deux lions, recouvert d'un tortil tenu par un aigle,  et sur ses lambrequins les blasons de Léon, de Bouteville, du Lec'h, de Bretagne, du Kerret (?), et Guiomar (la Petite Palue).

— A gauche de haut en bas :

  • Seigneurie du Léon : d'or au lion morné de sable.
  • de Bouteville, d'argent à cinq fusées (ici quatre) de gueules posées en fasce
  • du Lec'h, d'or à trois trèfles de gueules 

— A droite, de haut en bas :

  • Bretagne, d'hermines plain.
  • du Kerret (?), d'or au lion de sable à la cotice de gueules brochant
  • Guiomar, sr de la Petite Palue :  de sable à un bar d'argent en pal (?), l'écu semé de billettes de même,

 

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Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

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Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

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Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

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c) le panneau latéral du coté de la tête.

Le blason est ici conservé, incliné de coté, suspendu par une sangle au gorgerin surmonté d'un tortil lui-même tenu par les pattes d'un aigle. Les lambrequins sont vierges, ils se terminent par des glands à pompons. Seules les pattes des lions, brisés et  qui tenaient le heaume, sont visibles.

L'écu est un écartelé avec "aux I et IV un lion accosté de deux arbres, aux II et III un chevron accompagné de trois coquilles".

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Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de Troïlus de Mondragon (vers 1540-1550), kersanton, Musée Départemental Breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2017.

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LE GISANT D'OLIVIER DE LA PALUE AU CHÂTEAU DE KERJEAN (SAINT-VOUGAY) (vers 1505).

 

« Gisant donnée pour être celui de Olivier de la Palue, seigneur de la Grande Palue (Beuzit-Conogan en Finistère) et grand-père  de Françoise de la Palue, épouse de Troïlus de Montdragon (voir son tombeau à Quimper). Provenance : église de St Houardon en Landerneau. Chevalier armé de toutes pièces, tête et mains nues, épée au côté gauche, poignard à droite, deux anges tenant un oreiller sous la tête, un lion au pied." (Wikipédia) 

 

Olivier, seigneur de  "La Grande Palue", possédait son manoir en l'ancienne paroisse de Beuzit-Conogan, actuellement rattachée dans sa majeure partie à Landerneau.  Sa famille était un ramage de la famille de Léon, dont elle portait les armes :"d’or au lion morné de sable " brisé en chef d’un lambel de gueules". Olivier était présent à la montre de Dinan le 2 septembre 1489. 

Olivier de La Palue, seigneur de la Grande Palue, gouverneur et capitaine de Brest, et qui était présent à la montre de Dinan le 2 septembre 1489 est mort en 1505. Il possédait son manoir en l'ancienne paroisse de Beuzit-Conogan, actuellement rattachée dans sa majeure partie à Landerneau.    En épousant en 1460 Jeanne de  Guiomar, la fille de son voisin Olivier Guyomarch ou Guiomar ,  seigneur de la Petite Palue,  il agrandit son domaine de la Grande Palue de celui de la Petit Palue.  Leur fille, Marguerite de La Palue, épouse Jan du Mescam, seigneur de Mescaradec entre 1485 et 1500. Leur fils François épousa Marguerite de Trésiguidy : c'est le beau-père de Troïlus de Mondragon.

 

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Gisant d'Olivier de la Palue, château de Kerjean (Saint-Vougay). Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant d'Olivier de la Palue, château de Kerjean (Saint-Vougay). Photographie lavieb-aile 2017.

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Gisant d'Olivier de la Palue, château de Kerjean (Saint-Vougay). Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant d'Olivier de la Palue, château de Kerjean (Saint-Vougay). Photographie lavieb-aile 2017.

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ANNEXE. UN INTERVIEW ACCORDÉ À LAVIEB-AILE...

... par Troïlus de Mondragon, d'Outre-tombe, avec la participation d'Ana-Isabel, porte-parole de piochages en ligne, et  de Pierre-Yves Quémener, Ludovic de Porsbihan et Jérôme Caouën  également présents à cette visioconférence qui a pillé leur fil de discussion sur le site Yahoo! groupes "Histoires de Bretagne" de 2012 .

Les liens sont ajoutés par la rédaction.

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Le prénom Troïlus.

 

— Lavieb : Bonjour Troïlus,  pouvez-vous expliquer à nos lecteurs l'origine de votre curieux prénom ?

— Troïlus :  Ah, vous savez sans-doute que  Troïlos ou Troïlus est  le nom d'un prince troyen  de la mythologie grecque, fils de Priam d'après Homère, fils d'Apollon et de Cassandre selon d'autres !
Eh bien, on dit que mes parents se sont  inspirés par une mode qui s'est développée avec la Renaissance italienne dès la fin du 15ème siècle lorsque les Grands ont commencé à donner à leurs enfants des noms puisés dans la littérature de l'Antiquité. Souvenez-vous qu'à la même époque en Espagne (et Italie), nous avons les exemples célèbres de César Borgia (né en 1475) et de sa sœur Lucrèce. Vers 1380, Chaucer avait fait paraître son poème Troïlus et Cryseide que reprendra Shakespeare en 1602 avec   sa pièce Troylus et Cressida. Mais c'est surtout le Roman de Troie de Benoît de saint-Maure, (1165), traduit en espagnol sous le titre de Historia troyana polimetrica (1270) et dans la Version d'Alphonse XI (1350)  qui eut une influence considérable dans tous les esprits lettrés. 

— A-I. Mais oui, tenez :  On lit dans le Roman de Troie au vers 7753 "Troïlus fut moût bien armez, S'ert sis chevaus d'Espaigne nez, Merveilles coranz e isneaus. Armes aveit a leonceaus D'azur en or vermeil asis.", et dans l'Historia Troyana  E venia Troylo muy bien armado sobre vn buen cauallo muy corredor e muy ligero, que fuera de España, e traya las armas de oro e el canpo de azul.

Mais les parents de Troïlus ont plutôt pu lire le texte de  Pedro de Chinchilla, qui écrivit en  1443 son Ystoria Troyana, ouvrage qui servira à la première édition de 1490. Néanmoins, ils n'ont pas retenu la forme espagnole Troilo, mais la forme  française. 

Et Troïlus de Mondragon devait en être fier, car comme le fait remarquer E. Carillo-Blouin, il fut probablement de parrain de Troilus de la Roche de Mesgouez (né en 1536 à Landerneau), futur explorateur du Canada et qui laissera même son nom à un lac du Québec (le lac Troilus).

 

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Le nom de Mondragon.

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— Lavieb : Merci de ces explications sur votre prénom. Mais votre nom, Mondragon,  si romanesque, vous l'avez déniché aussi dans les romans médiévaux ?

— Troïlus : Mais pas du tout, ce nom est illustre dans tout le pays basque ! Il vient du nom d'une ville, aujourd'hui Arrasate / Mondragón en Guipúscoa et de nombreux membres de ma famille l'ont porté. L'un des plus connus fut Juan Ibáñez de Mondragón, né dans cette ville,  richissime maestrescuela  de la cathédrale de Tuy et chanoine de Saint-Jacques-de-Compostelle, où il y fonda en 1521 la chapelle de la Miséricorde (Capella de Mondragón )  qui se visite toujours. Il est mort en 1531, et je n'ai jamais su les liens exacts sur notre arbre généalogique de celui qui fut mon contemporain, mais c'était une descendance d'Erezmusketa marié à Echeberria, et qui a adopté le nom de Mondragón.

— Ana-Isabel. Son neveu le cardinal Juan de Mondragón lui succéda, qui acheva en 1576 la chapelle de la Miséricorde et bâtit son palais à Saint-Jacques de Compostelle. Puis ce fut le neveu  chanoine Pedro de  Mondragón, le neveu Mateo, et à partir de lui, nous disposons de la généalogie . Il faut aussi parler du Pazo de Ortigueira, une tour et un jardin acquis par le chanoine Juan à Santa-Cruz de Ribadulla : un descendant de cette famille, Andrés Ibáñez Mondragón, a reçu en 1681 , du roi Charles II, le titre de marquis de Santa Cruz de Rivadulla .

— Troïlus : Ravi de l'apprendre ! J'étais couché depuis longtemps!  Mais il parlez-moi aussi du pirate Pedro de Mondragon : il m'a fait rêver, et je me demande même si la fortune de ma famille ne provient pas d'un trésor dont nous aurions hérité ! 

 

Ana-Isabel. Pierre de Mondragon ? Un roman n'y suffirait pas ! Je cède la parole à Pierre-Yves Quémener :

 

"Pedro de Mondragon est originaire de la province basque de Guipuzcoa (capitale San Sebastian). En 1508, il s'empare d'un navire dans la baie de Cadix avec lequel il pratique la piraterie au large des côtes portugaises, près du cap Saint Vincent. Après s'être enrichi, il se retira en Navarre, d'où il passa ensuite en France pour éviter sa détention ordonnée par Ferdinand le Catholique (Inaki Bazan, "Las hermandades vascas y la lucha contra la pirateria en la Baja Edad Media", Istas memoria, Revista des Estudios Maritimos del Pais Vasco, 2006, p. 66-93).
On le rencontre sur les côtes bretonnes en 1508 : "On trouve encore, en 1473, deux navires bretons, l'un de Quimper, l'autre de Groie, pillés sur mer par des Espagnols, et, en 1508, un pirate de cette nation appelé Mondragon (quel nom de pirate !) rôdant sur les côtes de Bretagne." (Arthur de La Borderie, "Le commerce et la féodalité en Bretagne", Revue de Bretagne et de Vendée, tome 5, 1859, p. 433-455).
Il semblerait qu'il ait commencé ses activités dès 1506 : "Au moment où Tristan da Cunha ralliait, dans le canal de Mozambique, les seize vaisseaux emmenés le 6 mars 1506 de Lisbonne, surgit comme un démon Pierre de Mondragon, dont le bâtiment de Job Queimado en un instant devint la proie.
Au retour de Mondragon en Europe, les coups de main succèdent aux coups de main. Une surprise nocturne, en novembre 1508, le rend maître du plus beau des bâtiments à l'ancre dans la baie de Cadix : un peu plus tard, au cap Saint-Vincent, une carraque portugaise lui livre la riche cargaison d'épices et de soies qu'elle rapporte de Calicut. Le roi de Portugal, le roi d'Espagne s'émeuvent. L'un lui fait donner la chasse, l'autre le poursuit de ses mandats d'arrêt jusque dans les ports de Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, cependant que l'heureux capteur écoule son butin à Pampelune." (Charles de la Roncière, Histoire de la marine française, 1906, p. 137-138)
Une bataille mémorable se déroule au cap Finisterre, au large des côtes de la Galice, le 18 janvier 1509, où il affronte la flotte du commandant portugais Duarte Pachecho Pereira. Certaines pages sur le net disent qu'il serait mort pendant la bataille mais c'est inexact. Voici le récit de l'évènement donné dans l'"Histoire universelle depuis le commencement du Monde" (tome 15, 1748, p. 454) : "un corsaire françois, appelé Mondragon, couroit en ce temps-là la mer, entre autres vaisseaux, il en enleva un portugais qui venoit des Indes richement chargé. Emanuel en fit porter des plaintes au roi Louis XII, qui étoit alors engagé dans la Ligue de Cambrai contre les Vénitiens. Mais n'aiant pas reçu une aussi prompte satisfaction qu'il attendoit, il ordonna à Duarte Pachecho d'aller avec six vaisseaux à la recherche du corsaire, qu'il attaqua proche du Cap de Finistere. Mondragon, dont le métier étoit de combattre, se défendit vigoureusement; mais à la fin Pachecho coula à fond un des vaisseaux ennemis, prit les trois autres et fit Mondragon prisonnier, qu'il emmena à Lisbonne. Le roi aiant reçu une pleine satisfaction, remit le corsaire en liberté, après avoir exigé de lui sa parole qu'il respecterait à l'avenir le pavillon de Portugal."
On trouve un récit quasiment similaire en portugais dans le "Quadro elemental das relaçöes politicas et diplomaticas de Portugal" publié en 1843 par l'Académie royale des Sciences de Lisbonne (tome 3, page 172) avec référence aux Chroniques du roi Manuel par Goes.
Les arrêtés du roi Ferdinand à l'encontre de Pedro de Mondragon, accusé d'avoir volé sur la mer beaucoup de ressources du royaume d'Espagne et de royaumes amis (por haber robado en la mar muchas naos de naturales de Espana y de reinos amigos) ont été répertoriés par l'Instituto de Historia y Cultura Naval : ils sont datés du 29 décembre 1508 (Caceres), du 5 février 1509 (Valladolid) et du 11 mai 1509 (Valladolid), preuve que le corsaire n'était pas mort au cap Finisterre. On peut penser que c'est à cette époque qu'il se réfugia en France, peut-être en Normandie où il pouvait trouver des protecteurs."

Le 13 novembre 1526, un capitaine Mondragon doit envoyer à Marseille deux carraques armées et équipées pour accompagner la nef La Grande Maîtresse et l'escadre de François Ier commandée par Anne de Montmorency vers Gênes. Rien ne dit qu'il s'agit de notre pirate.

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Les armoiries.

— Lavieb : Parlons maintenant, si vous le voulez, de vos armoiries, du moins celles qui figurent sur votre gisant. Mais le sujet va surtout concerné Ann-Isabel, non ?

— Ana-Isabel : Effectivement.  Nous avons sur le tombeau de Troïlus un  blason écartelé avec aux I et IV un lion accosté de deux arbres, aux II et III un chevron accompagné de trois coquilles.  Mais curieusement, pour d'Hozier, en 1638,  (Histoire de Bretagne, par Pierre Le Baud) Troilus de Montdragon portait "d'argent à un arbre de synople accosté de deux lyons de gueulles affrontez" (un arbre vert entre deux lions rouges qui se font face).  Les figures ont donc été inversées. En outre, les armes décrites par d'Hozier sont exactement les mêmes que celles des Boispéan de Frossay , famille du pays guérandais possessionnée à Frossay et à Saint-Père-en-Retz.

: http://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_du_Boisp%C3%A9an

Guy Le Borgne dans son Armorial breton, 1667, p. 209 indique pour sa part "C. d'or au lion de sable, armé et lampassé de gueulle" (lion noir tirant la langue sur fond jaune).

Mais il faudrait aussi comprendre la deuxième part du blason, au chevron accompagné de trois coquilles (des coquilles de Saint-Jacques de Compostelle). J'ai interrogé en vain la Liste des armoiries comportant des coquilles saint-Jacques : http://www.guides-cheminsdecompostelle.com/guide-chemin-compostelle_blasons-familles.htm

Il faut maintenant mentionner la découverte, parfaitement inopinée en 2005 par Elsa Carillo-Blouin, d'armoiries identiques à la partie I et III, à Vitoria, en Pays Basque, donc à proximité de la ville de Mondragón : un animal (lion? dragon ?) de profil est tourné vers un arbre à long tronc nu et feuillage en feuille de laurier, alors qu'un arbre identique est sculpté derrière lui. 

Enfin, il faut remarquer une similitude avec les armoiries qui apparaissent sur l'article Wikipédia en espagnol consacré à  la famille de Mondragón, et à la ville d'Arrasate-Mondragón. Un dragon d'or  est figuré sous deux arbres verts, de même forme (proche des cyprès de l'art arabo-andalou). De même, les quartiers II et III du blason du gisant de Troïlus, à un chevron et trois coquilles évoquent ceux de gueules à un chevron d'or et trois dragons de même, qui sont attribués aux Mondragons ou à la ville de Mondragon en Guipuzcoa sur un site héraldique espagnol Linajes.net.   Par ailleurs, selon P-Y. Quéméner, les Mondragon du pays Basques sont à l'orgine des Mondragons d'Arragon qui blasonnent un chevron accolé à trois têtes de lion.
 Le remplacement des lions ou des dragons  par les coquilles pourraient rattacher Jean de Mondragon au chanoine de Compostelle Juan Ibanez de Mondragon.

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De Heralder - [1] and File:Escudo-arrasate.gif, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=32700345 .

https://es.wikipedia.org/wiki/Mondrag%C3%B3n#/media/File:Coat_of_Arms_of_Mondrag%C3%B3n.svg.

 

Armoiries de Mondragón,  De Heralder - [1] and File:Escudo-arrasate.gif, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=32700345 .

Armoiries de Mondragón, De Heralder - [1] and File:Escudo-arrasate.gif, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=32700345 .

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Les parents de Troïlus.

 

Lavieb : Mon cher Troïlus, vous n'avez livré aucun des secrets de vos armoiries, mais pouvez-vous nous dévoiler vos origines familiales ? Et depuis quand votre famille est-elle arrivée en France ? 

Troïlus : Hélas, mes origines sont devenues très floues dans ce qui me reste d'esprit. Je crois être né vers 1490 et être mort vers 1543. Mais c'est si loin ! Des archives, mon gisant pour des archives !

Jérôme Caouën :Tenez, voici un acte qui vous concerne : ADD 22 cote 85J 

"Document du 24, 25 et 27 août 1539 en la cour de Kerahes [Carhaix] pour des terres sur Coatqueau, Botmel et Bolazec de noble et puissant Tréolus de Mondragon en son nom comme procureur spécial pour noble et puissante damoiselle Françoise de la Pallu femme et compagne épouse dame desdits lieux de la Pallue, Treziguydy et des Salles et Noble André Gualery chevalier seigneur de Boisjouan, de Coybon ?,et de Allerac en son nom comme procureur pour Dame Janne L'esprevier sa compagne et femme a dit baillé acte valable et icelle au dit Montdragon.
Celui fait suite à un premier accord du 3 septembre 1516 contrat et transaction entre noble et puissant Messire Jan de Mondragon en son vivant chevalier chambrelain (pas sûr de ce mot) et conseiller du roi, sieur du Hallot, de la Salle, capitaine de Nantes et de Rennes père et garde naturel dudit Troillus de Mondragon son fils et curateur de la dite Damoiselle Françoyse de la Pallue lors mineure femme et compagne dudit présent sieur de Mondragon d'une part et défunt noble homme Charles L'esprevyer sieur de Verraier (pas sur de ma lecture) en son vivant écuyer tranchant de la feue Raigne (reine, je pense) que dieu absolue et capitaine de ? (je n'arrive pas à lire ce lieu) comme garde naturel de la dite Janne Lesprevyer sa fille de lui procréé en feue damoiselle Marguerite Treziguydy sa femme en seconde noce, en son vivant dame du dit lieu de Treziguidi, des Salles.
Advenant et appartenant à la dite Janne Lesprevyer en la dite feue damoiselle Marguerite de Treziguydi mère des dites Damoiselles Françoise de la Pallue et Janne Lesprevyer."

— Lavieb : Vous voyez, votre père se nommait Jean de Mondragon, il était en vie en 1516, chevalier, chambellan et conseiller du roi, sieur du Hallot et de la Salle, capitaine de Nantes et de Rennes. Quand à  Françoise de Palue, votre épouse, elle était mineure en 1516. Ces actes parlent de la succession de Marguerite de Tréziguidy, mère de Françoise de la Palue par son premier mariage, et mère de Jeanne Lespervier par son second mariage avec Charles de Lespervier, seigneur de Vérrières. On voit aussi participer le mari de Jeanne Lespervier, André Gallery, seigneur de Bois-Jouan (par. de Saint-Mars-de-Coutais), d’Allerac, ( par.de Saint- Just) — de Couësbo, (par. de Guer). Cela ne vous dit rien ?

La tutelle de Françoise de la Palue avait fait l'objet d'un mandement du  14/11/1503,  impétré par demoiselle Marguerite de Tréziguidy et Hervé de la Palue pour se faire rendre Françoise de la Palue mineure sa fille, de laquelle elle est la tutrice, qui estoit détenue par Hervé le Hech.

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Vous semblez avoir des attaches normandes puisque votre père se dit sieur de la Salle (en empruntant ce titre à sa brue Françoise de la Palue qui en possède le manoir, par héritage de sa mère) mais aussi sieur du Hallot il s'agit d'une terre en Normandie que Jean de Mondragon a acquis de Jean Amiot au début du XVIème siècle. Et un acte du 25 juillet 1534, vous fait intervenir, vous  Troylus de Mondragon, seigneur du Hallot, de Civières, Aubegny, Le Mesnil, Flumesnil et Verguelivre qui rend aveu à Jacques de Montenay, baron de Garancières les Baudemont.. Civières, Le Mesnil-Milon et Aubigny sont, comme Flumesnil,  des villages du nord-est de Vernon (Eure), alors que le Hallot que je trouve se place au sud-est de Vernon.

 

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Ana-Isabel : en janvier 1501, un Montdragon reçoit 600 livres à titre de dédommagement (tome 3 des Preuves de Dom Morice col 856). Puis,  un  Jehan de Mondragon, chevalier, capitaine de Rennes et de Nantes, est cité en 1510 (tome 3 des Preuves de Dom Morice col 901) et 1512 (tome 3 des Preuves de Dom Morice col 904). On peut fixer sa date de naissance approximativement vers 1460.

Preuves de Dom Morice coll 856.

Extrait d'un compte de Tresorier général de Bretagne pour deux ans commencés le premier Janvier 1501.

...600 livres à Montdragon, outre sa place de Gentilhomme de l'Ostel de la Royne

Preuves de Dom Morice Coll 900-901

Extrait des Registres de l'Hôtel de Ville de Rennes.

"Au conseil, Assemblée & Congrégation des nobles Bourgeois & manans de la Ville de Rennes, auxquels estoient Jehan de Mondragon Chevalier Seigneur dudit lieu, Capitaine de Rennes & Vicomte du Loyaux, Artur du Pan Escuyer Seigneur du Parc, et Gilles de Beaulieu Connétable d'icelle Ville, ...le 21 mars 1510."

Le vicomté de Loyaux (paroisse de Fresnay-en-Retz, Loire-Atlantique)  semble être la première seigneurie des Mondragons en Bretagne. 
Il  semble que Jean de Mondragon ait été nommé capitaine de Rennes en 1502  et de Nantes en 1504.

Preuves de Dom Morice coll. 904.  en 1512 :

" Lettres du Roi Louis XII, adressées à son cher et très aimé cousin le Sire de Rieux Maréchal du Duché de Bretagne, ...Jehan de Mondragon Chevalier, Capitaine de Rennes & de Nantes, ...à ce qu'ils ayent à faire assembler les Estats de la Province pour y establir un fouage et un impost sur les vins et les cidres...pour de l'argent qui en proviendra faire amas de slodats & autres gens de guerre pour résister aux Anglais & autres ennemis du Royaume, qui se sont ligués pour la perte d'icelui. Du 19 aoust 1512."

 

En outre, il apparaît comme une sorte de diplomate, car, le 22 août 1504, Jean de Mondragon, capitaine de Nantes, a reçu un don de la Reine Anne pour, le remercier « des bons et loyaux services qu'il a faits en plusieurs affaires et voyages qui lui ont été confiés » (ALA B 5 1 f 54).

L'Histoire de Rennes publiée en 1845 par D. Maillet et E Ducrest de Villeneuve nous apprend aussi  qu'en 1502, la duchesse Anne "députait alors en Bretagne le sieur de Mondragon pour visiter en son nom les villes, cités et forteresses du duché, aux frais des habitants, et lui en faire un rapport détaillé qui l'instruisit des forces sur lesquelles elle pouvait compter."

Plus loin, après 1511, "les Anglais inquiétèrent les côtes bretonnes. Le capitaine de Rennes, Jehan de Mondragon, reçut l'ordre de se mettre en mesure." (page 211)

Après la mort d'Anne en 1514, le roi Louis XII dépêcha à Rennes en 1515 un commissaire pour recevoir le serment des officiers de la ville. Jean de Mondragon est maintenu dans ses fonctions et reçut son "présent d'installation." . 

"A peine les bourgeois de Rennes avaient-ils célébré le service funèbre pour le repos de l'âme de la duchesse-reine , qu'un commissaire vint au nom de Louis XII comme père et tuteur de madame Claude, duchesse de Bretagne, prendre le serment des officiers et gens de  la ville. On offrit comme présent d'usage audit commissaire une pipe de vin d' Anjou. Le capitaine Jehan de Mondragon reçut aussi son présent d'installation, consistant en deux grands pots d'argent du poids de 45 marcs." (page 212)


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—  Troïlus : tout cela est fort émouvant et ne me laisse pas de marbre.  "Papa, papa !" 

 

 

Un certain Antoine de Mondragon.

— Lavieb : "Papa" ? Doucement, l'honneur d'être votre géniteur n'est attribué à Jean de Mon[t]dragon que par présomption, en se basant sur le fait que vous n'auriez pu épouser Françoise de La Palue sans être le fils d'un haut personnage ! Mais certains auteurs  ont remarqué qu'il existe un autre Mondragon breton, un certain Anthoine.   Selon Potier de Courcy, Antoine était l'un des capitaines envoyés par Ferdinand et Isabelle au secours de la duchesse Anne en 1488. Cet épisode de la Guerre Folle fait intervenir Alain d'Albret, prétendant à la main de la jeune Anne de Bretagne. Acculé à la défaite par les troupes du roi Charles VIII dirigées par le vicomte  de Rohan puis de Louis II de la Trémoilles,   le duc François II avait, en 1488, besoin de l'appui d'Alain d'Albret :

 

Selon Clément-Simon (1874) Alain était devenu puissant. Sa fortune avait encore  grandi. Du chef de sa mère, il possédait des terres considérables en Bretagne il était seigneur du Périgord, du Limosin, de l'Albret, d'une partie du Condomois et de l'Agenais. 
Tous ces pays lui fournissaient des soldats. La Navarre ajoutait à son influence. Le roi lui avait donné le commandement d'une compagnie de cent lances garnies dont il pouvait disposer  même contre le roi  Sa compagnie de  cent lances était entrée en Bretagne avec les autres Français.  Il dépendait d'Alain de la faire passer dans le camp des princes.  Il fallait donc le gagner à tout prix. 

Alain ne résista plus. Il se croyait déjà duc de Bretagne. Il touchait enfin à cette couronne qu'il convoitait depuis de si  longues années. Au lieu de se rendre, vers Charles VIII il se dirigea avec plusieurs milliers de soldats du côté des princes, 
mais en traversant le Limousin il trouva l'armée du roi qui l'empêcha encore de passer. Plein de dépit, il revint en  Gascogne, en rendit de là en Navarre, puis en Castille pour  augmenter son armée. Le roi Ferdinand s'intéressa à son projet et procure des subsides. Alain gagne par le Golfe de Gasgogne la Bretagne avec 5000 hommes. 

La guerre reprend fin mars 1488. Le 7 avril, François II ordonne le rassemblement des troupes bretonnes à Rennes.  l'armée bretonne du maréchal de Rieux, qui s'était mise en marche dans l'espoir d'aider Fougères, hésite à livrer une bataille rangée. C'est finalement le cas le 28 juillet, à Saint-Aubin-du-Cormier. La bataille qui s'ensuit sonne le glas des troupes bretonnes et de leurs alliés : cinq à six mille Bretons perdent la vie, contre 1 500 Français . Alain d'Albret fut plus heureux  et parvint à s'échapper avec son lieutenant Cardaillac. Le Traité du Verger est signé le 19 août 1488.

— Ana-Isabel : Pourtant, aucun document ne confirme l'affirmation de Potier de Courcy qui fait d'Antoine de Mondragon l'un des espagnols conduits par d'Albret. Au contraire, on le voit cité dans le camp adverse, celui du roi Charles VIII. 

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C'est dans le tome 3 des Preuves de Dom Morice, qu' Anthoine de Montdragon est cité comme archer aux montres tenues à Dinan le 12 mars 1489 (col 636) et le 2 septembre 1489 (col 633). Donc 8 mois  ou 14 mois après Saint-Aubin-du-Cormier. Mais surtout, dans les troupes royales, et non dans celles d'Alain d'Albret ni celles du duc de Bretagne (décédé le 9 août 1488) et ni encore  d'Anne de Bretagne, devenue duchesse le 15 février 1489.

 

a) Preuves de Dom Morice coll 633 : la Montre du 2 septembre 1489

"Rolle de la monstre et revue faicte à Dinan le 2 jour de septembre 1489 de 39 hommes d'armes et 80 archers du nombre de 40 lances fournies de l'ordonnance du Roy nostre Sire, estant soubz la charge & conduite de Messire Jehan Blanchier Chevalier, Roi d'Yvetot icelle servant à l’acquit de Jehan Le Gendre aussi conseiller et trésorier des guerres du Roi pour le quartier Avril, May et  et Juin passé...archiers : ... Anthoine de Mondragon."

Jehan Baucher Ier (†1500), seigneur de la Forest, conseiller et chambellan du roy  est dit "roi d'Yvetot" car le royaume d'Yvetot est un alleu souverain, un territoire libre de tous droits féodaux. Il mène une compagnie d'ordonnance,  premières unités militaires permanentes (et donc professionnelles) à disposition du roi de France depuis 1445. En 1483, Louis IX disposait de 4000 lances en 58 compagnies. Le nombre de lances par compagnies, d'abord de 100, peut atteindre 50, 40 ou même 25 lances. 

la lance se compose d'un lancier ou homme d'armes, qui la dirige, d'archers,  de coutilier armé d'une lance et d'une dague,  et d'un page.  Dans le texte de Dom Morice, on constate qu'une lance équivaut à 2 archers. 

Quand l’armée n’était pas en campagne, les lances d’ordonnance étaient assignées dans des villes désignées à l’avance, avec l’obligation d’être disponibles immédiatement en cas de besoin, au complet et équipées. Pour la qualité de l’équipement et les effectifs (certains hommes d’armes gardant pour eux le salaire des valets ou d’un archer qu’ils n’engageaient pas), des revues (montres) sont confiées, chaque trimestre, à un maréchal. C'est ici le cas à Dinan.

Les archers étaient équipés de casques appelés barbute (casque sans visière), de protections de bras, d'arcs ou d'arbalètes. Ils devaient manier aussi l'arme d'hast. L’homme d'armes n'était pas nécessairement noble, il s'agissait d'une personne qui avait les moyens de fournir l'équipement demandé. Il n'est donc pas rare de voir dans les rangs des archers ou des coutiliers des nobles qui ne pouvaient se payer l’armure qui était extrêmement chère. (D'après Wikipédia Compagnie d'ordonnance"

 

b) Preuves de Dom Morice coll 636 :

 

"Rolle de la monstre et reveue faicte à Dinan le 12 jour de Mars l'an 1489 de 40 hommes d'armes et 80 archiers faisant le nombre de 40 lances fournies de l'ordonnance du Roy nostre Sire, estant soubz la charge & conduite de François Seigneur d'Avaugour ...pour le quartier de l'Ost Novembre et Décembre passé ; Hommes d'armes, mondit Sieur d'Avaugour capitaine, Messire Jehan Baucher, ….Archiers ...Anthoine de Mondragon."

Bien que placé sous le commandement de François Ier d'Avaugour , fils bâtard du duc François II, cette compagnie a, comme la précédente, comme Homme d'armes Jehan Baucher roi d'Yvetot ; elle comporte le même nombre de lances, et on retrouve les mêmes noms  cités  dans le même ordre et à la suite dans les deux montres, avec des petites modifications de graphie ou de prénom : Jehannot de Saincton Mathurin de Saint Aignen, Bernard de Barbazan Michau le Catu, Guiot Fauveau, Loys Grestoir, Jacques (ou Jehan) de Tessé, Pierre Paté ou Parhé, Huguet de la Garrigne, , Guillaume le Vasseur, Pierre le Barbier, Jacques (ou Jehan) le Pelletier, Leonard Gageron ou Gageiron, Regnaud de Louancourt ou de Loingcourt, Alain Ruete, Anthoine du Buisson, Jehan Robert, le Bastard du Guay, etc. On remarquera que ces noms ont une consonance française ou normande et non hispanique : ces compagnies ne sont pas faite de recrues espagnoles.

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— Lavieb : mais, en lisant les Preuves au dessus de votre épaule, je remarque, deux colonnes au dessus, le nom d'Olivier de La Palue, dont nous venons de réanimer le gisant pour le placer à coté de celui de Troïlus, son successeur comme seigneur de la Palue. 

 

c)  Preuves de Dom Morice Coll 631 :

"Rolle de la monstre et reveue faicte à Dinan le 2 jour de septembre l'an 1489 de 99 hommes d'armes & 200 archiers du nombre de 100 lances fournies de l'ordonnance du Roy nostre Sire, estant soubz la charge & conduite de Monseigneur de Rohan ...Et premièrement : Hommes d'armes Monseigneur de Rohan ….Olivier de la Palue, etc...

Donc, Olivier de la Palue était à la montre de Dinan le 2 septembre 1489 (près de 15 ans avant son décès) comme homme d'armes, dans une autre compagnie mais le même jour qu'Antoine de Mondragon. On retrouve son nom (sous la graphie La Pallue) en 1480

d) Preuves de Dom Morice coll. 389 

"Les 60 lances et 90 archers de Monsieur le Maréchal y compris 20 lances et 30 archiers qui voulaient être en la compagnie de Jehan de Launay ."Monsieur le Maréchal a donné la soulde de sa lance à ...Olivier de la Pallue"

Il était déjà présent à la montre tenue à Vannes le 28 juillet 1474 comme homme d'armes du Maréchal de Rieux :

e) Preuves de Dom Morice coll 271 :

 

"La monstre des gens de l'ordonnance du Duc, sous la charge de Mons. De Rieux Mareschal de Bretagne, qui ne sont comparus en la Monstre d'Ancenix rapportée ci-devant, tenue à Vannes par Thomas de Kerarzet Prevost des Mareschaux, commis quant à ce, le 28 jour de Juillet l'an 1474, present à ladite Monstre Jacques le Moyne Lieutenant de mondit Sieur le Mareschal. Et premier. Hommes d'armes Charles de Coëtmen, ...Olivier de la Palue, ..."

— Troïlus : cet archer Antoine de Mondragon, qui a peut-être bien connu le grand-père de ma chère épouse Françoise, serait-il  le même qui sera désigné plus tard sous le prénom de Jean (on peut avoir deux prénoms, nous venons de le voir) ? Lui aurait-il rendu un mémorable service ?

— Ana-Isabel : Cet Antoine a du naître vers 1460, s'il avait une trentaine d'année comme archer en 1489. Olivier de la Palue a du naître vers 1440 ou 1450. Moi-même, je pense être né vers 1490. Antoine ne peut être mon grand-père.  Mais s'il ne faisait qu'un avec Jean de Mondragon, d'où peut venir cette subite richesse et reconnaissance en l'espace d'environ 10 ans ? Il y aurait eu en effet une ascension fulgurante de simple archer de 1489 sous le prénom d'Antoine à capitaine de Rennes et Nantes   en 1502 et 1504 mais encore présent au service du roi en 1515.  

— Troïlus : Assez, assez!  trouvez-moi quelqu'un qui me fasse une synthèse de tout cela !

Pierre-Yves Quéméner :

"Je proposerais bien une reconstitution de généalogie comme suit :

- Antoine est cité comme archer en 1489, on peut lui donner une date de
naissance approximativement vers 1460
- Françoise de la Palue est dite mineure en 1516 (doc de Jérôme), on peut
lui donner une date de naissance vers 1495
- Troilus, son époux et fils de Jean de Mondragon, pourrait être né à peu
près à la même époque, c'est-à-dire vers 1490. Il meurt vers 1543.
- Jeanne de Mondragon, qui fait partie de la suite de la reine Anne en 1506,
pourrait également être née vers 1490.

On peut donc envisager qu'Antoine de Mondragon, dit Jean, est père de
Troilus et de Jeanne, tous deux nés en France, d'une mère inconnue mais
vraisemblablement bretonne."

 

 

 — Troïlus  :  Merci Pierre-Yves pour ce point final. ,Et bien moi, mes enfants,  je me remets à l'horizontal. Dormir, ah dormir dans le gris  silence de kersanton ! Et gésir ! Gésir !

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL, Notice sur Beuzit-Saint-Conogan, BDHA,

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/62128ce646aa9726db4a47d6e54fe87a.pdf

Notice sur Landerneau page 313

https://www.diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/e8e8e84cf9484183b6117713f6b2b97d.pdf

 

— CARRILLO-BLOUIN (Elsa) , 2006,  "Troilus de Mondragón: Pistas de investigación para un caso de integración social y cultural temprana. Presencia del País Vasco español en Bretaña durante el siglo XVI", Sancho el Sabio, 25, 2006, p. 233-250. 

 

Résumé : A première vue, il ne reste plus rien de Troïlus de Mondragon, si ce n'est un magnifique gisant de style gothique dans le Musée Départemental de Quimper. Pourtant, les pistes de recherche qu'offrent ses traces dans le Finistère, nous permettent de penser que Troïlus provient d'une lignée importante du Pays Basque Espagnol et, qu'à son tour, il se lie et s'intègre rapidement à la noblesse du Léon en plein XVIème siècle. Sur ses origines, nous n'avions que des suppositions sur la Vallée de Mondragón en Espagne, à partir surtout de l'approximation toponymique. En ce qui concerne sa descendance, là aussi, les auteurs qui évoquent son nom, semblent tergiverser, selon les contextes, en faisant fi de sa lignée, comme si celle-ci n'avait jamais existé. Ou bien en le citant tantôt comme le père, tantôt comme le parrain d'un important personnage de la région, très proche de la cour de Catherine de Médicis et premier vice-roi de la Nouvelle France. Notre voyage à Vittoria afin de présenter ces éléments en mai 2005, nous ont permis de vérifier sur place - et tout à fait par hasard - , l'existence en plein Pays Basque, du blason avec lequel Troïlus de Mondragon a souhaité rester dans l'histoire Bretonne ; blason qui en même temps l'ancre dans le paysage local, et le laisse étranger de par les "mystères" qui semblent entourer sa vie.

— NOTICE Base Monuments historiques

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palsri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PM29000927

 

— VALLIN, Édouard, 1859,  Voyage en Bretagne, Finistère : précédé d'une notice sur la Bretagne au XIXe siècle / Édouard Vallin Comptoir de la Librairie de province (Paris) 1859 page 196.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k105374d/f211.item.r=beuzit

 

"Enfin, la chapelle de Beuzit, dont le clocher à jour semble annoncer un édifice beaucoup plus considérable que celui dont il dépend. Dans un petit taillis qui précède la chapelle, se voit un tombeau en kersanton entouré d'arcades gothiques et d'écussons. Sur le dessus du monument est une statue couchée représentant Olivier de la Palue [sic]. Le chevalier est recouvert d'une cotte de mailles, a les mains jointes et les pieds posés sur un lion son épée nue est placée à coté de lui."

 

 

 

En 1591, alors que la Guerre de religion s'éternise et que le Duc de Mercœur, prétendant baillistre du Duché de Bretagne, prépare avec les milices de la Sainte Union bretonne le débarquement des soldats catholiques du général Juan d'Aguila contre le « roi hérétique », une nouvelle église, de style renaissant léonard, est inaugurée à l'emplacement de l'ancienne, dont seule la base est conservée5. C'est pour célébrer un mariage entre deux familles anciennes, celui qui a été prononcé à La Trinité-Porhoët entre Hervé de Parcevault, neveu et héritier d'un conseiller du Parlement qui avait acquis la principale seigneurie de Beuzit, La Palue, et Renée de Coëtlogon, veuve de vingt neuf ans riche de cent mil livres de rente. Le droit breton transmettant l'héritage aux femmes aussi bien qu'aux hommes, le mari n'étant pas nu propriétaire des biens de sa femme, c'est un écu parti Parcevaux et Coëtlogon qui est sculpté sur la façade de l'église, signe que le principal donateur est l'héritière.

L'activité toilière du lin et du chanvre du Haut-Léon, basée sur l'armement saisonnier pour les ports hanséatiques d'Anvers, Lübeck et Libau, a aussi concerné Beuzit-Conogan. Un témoignage en est donné par l'inventaire après décès des biens de Jean Gourvès, un « julod » (le terme ne sera inventé qu'au xixe siècle) né en 1678 et mort le 14 janvier 1745 à Kervalguen, en la paroisse de Beuzit-Conogan. Il fait état, pour un montant de 20 618 livres, d'une grande quantité de fil et de toile, d'un ourdoir avec son chevalet, de formes à dévider avec leurs fers, d'outils à tisserands, d'une maison à buée, etc.6

 Les crées (du breton crez, chemise), ces longues toiles de lins recherchées pour leur finesse et leur éclat inégalé du a un procédé de blanchiment du fil, sont ici exportées par le port de Landerneau, auquel l'accès donne lieu au paiement d'une taxe d'octroi7. De là, elles sont embarquées prioritairement vers Bilbao et Séville en vertu d'un privilège acquitté auprès de la Couronne d'Espagne par une guilde morlaisienne qui assure le contrôle de la qualité et l'application de normes selon un cahier des charges8. Elles sont destinées principalement à la confection du linge, exceptionnellement à servir de voilure. Leur commercialisation profite de l'ouverture du marché du Portugal, dont l'amiral avait été à la fin du xve siècle le morlaisien Jean Coatanlem, et bénéficie en Espagne d'une position de monopole depuis que le roi Philippe a accordé au Duc de Mercœur, en 1595, que des lettres patentes soient signées.

Jehan Bazin, ignorant délibérément l'usine d'alginate construite après guerre, décrit ce manoir en 1968 :

« Une demeure seigneuriale du xve siècle qui présente sa façade en équerre au midi et à l’est (...) Tout autour du manoir et s’étendant fort loin, prés, champs, prairies, taillis et bois de haute futaie, sans compter jardins et vergers (...). Tout autour du manoir et s’étendant fort loin, prés, champs, prairies, taillis et bois de haute futaie, sans compter jardins et vergers16. »

 Désormais le manoir est enserré de constructions industrielles diverses. Le site est totalement défiguré. C’est pourtant dans ce manoir que vécurent les seigneurs de la Palue, ramage de la famille de Léon qui portait d'or au lion morné de sable, brisé en chef d’un lambel de gueules17, et dont la devise était Que mon supplice est doux18.

Provenant de l'ancienne église de Saint-Houardon de Landerneau, détruite en 1857, le gisant d'Olivier de La Palue, seigneur dudit-lieu en Beuzit-Conogan qui était présent à la montre de Dinan le 2 septembre 148919 et est mort au début du xvie siècle, se trouve désormais dans le pavillon de la chapelle du château de Kerjean20. Vassal du maréchal de Rieux, Olivier de la Palue, de par la fidélité due au suzerain mais comme la plupart des seigneurs léonards fidèles au souvenir de la guerre pour leur indépendance de 1235, est, dans la conjuration de Montargis, du parti des Penthièvre, opposé au centralisme ducal. En épousant la fille de son voisin de haut lignage, Jeanne Guyomarch, il agrandit son domaine de celui de la Petit Palue.

Leur fille, Marguerite de La Palue, épouse Jan du Mescam, seigneur de Mescaradec entre 1485 et 150017. Le fils et héritier de la Palue, François, a de sa femme, Marguerite de Trésidy, une fille, Françoise, laquelle épouse vers 1520 Troïlus de Mondragon, un vieux capitaine au service de feue la Duchesse Anne. Le magnifique gisant de ce beau fils, actuellement déposé au Musée départemental breton de Quimper, se trouvait dans l’église de Beuzit-Conogan.

 La fille de Troïlus de Mondragon, Jeanne de Mondragon, après avoir épousé en 1543 François de Montmorency Hallot, vend, sans la Petite Palue, la Grande Palue, qui n'est guère utile à la fortune des Montmorency, au sénéchal du Léon, Maurice de Parcevaux ou au fils de ce dernier, Yves, conseiller au Parlement. Les deux Palue sont de nouveau séparées. La petite fille du neveu et héritier d'Yves de Parcevaux, orpheline à l'âge de deux ou trois ans et héritière de la Grande Palue, est placée comme dame d'honneur de la reine Anne d'Autriche, et est mariée en 1627 au richissime marquis de Kerjean, René Barbier.

 De 1824 à 1830, la Grande Palue fut propriété de Philippe Julien de Roujoux, sieur de Keralan et acquéreur en 1833 de La Petite Palue, laquelle fut de nouveau détachée de la Grande Palue à sa mort21.

 

— ARGENTRÉ (Bertand d'), 1588, L'Histoire de Bretaigne Livre I page 65

 http://books.google.fr/books?id=iSVhE84AQisC&pg=PR8-IA8#v=onepage&q&f=false

 

— DU CHESNE (André) ) Histoire De La Maison De Montmorency page 311

https://books.google.fr/books?id=W9FDAAAAcAAJ&pg=PA311&dq=%22troylus+de+montdragon%22&hl=fr&sa=X&ei=9cqtUMyXIcyb1AXrg4G4Dw&ved=0CDcQ6AEwAQ#v=onepage&q&f=false

— CLEUZIOU (Henri Raison du) 1886-1887, Bretagne : le pays de Léon. Partie 1 ,  ill. de Th. Busnel  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102384x/f107.image

— LE STUM (Philippe), 2005,  La sauvegarde de l'art français et l'achat d'un tombeau breton en 1925, Cahier - La sauvegarde de l'art français, Numéro 18, Picard, pp. 22-27.

— LE BAUD (Pierre), revu par d' HOZIER 1638, Histoire de Bretagne, avec les Chroniques des maisons de Vitré et de Laval ...chez Gervais Alliot, 1638 page VIII

https://books.google.fr/books?id=iSVhE84AQisC&pg=PR8-IA8#v=onepage&q&f=false

— Académie des sciences, belles-lettres et arts d'Angers 1912

https://archive.org/stream/mmoiresacadmied00unkngoog/mmoiresacadmied00unkngoog_djvu.txt

 

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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 17:25

En attendant le train en gare d'Hanvec à Roudouhir : la locomotive V212R.

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Il faisait beau ce jour-là, et j'attendais en gare d'Hanvec le train de 13H38 à destination de Landerneau. De là, " je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir."

Oui, il faisait beau, et même chaud, voire lourd.

"Comme il faisait une chaleur de 33 degrés, le quai se trouvait absolument désert."

La gare d'Hanvec, photographiée en août 2017 par lavieb-aile.

La gare d'Hanvec, photographiée en août 2017 par lavieb-aile.

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La locomotive qui s'immobilisa devant moi comme dans un rêve semblait, en fait, avoir toujours été là.

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La locomotive V212R, photographiée en gare d'Hanvec  en août 2017 par lavieb-aile.

La locomotive V212R, photographiée en gare d'Hanvec en août 2017 par lavieb-aile.

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J'entendis une voix dont il m' était difficile de dire si elle venait d'un haut-parleur : "Attention c'est  la locomotive V deux cent douze R ...V deux cent douze R ...V deux cent douze R."

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La locomotive V212R, photographiée en gare d'Hanvec  en août 2017 par lavieb-aile.

La locomotive V212R, photographiée en gare d'Hanvec en août 2017 par lavieb-aile.

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Ce qui était bizarre, c'est que je ne voyais aucun wagon de voyageur. Et quelle chaleur !

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La locomotive V212R, photographiée en gare d'Hanvec  en août 2017 par lavieb-aile.

La locomotive V212R, photographiée en gare d'Hanvec en août 2017 par lavieb-aile.

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Mais soudain j'entendis une voix forte me crier :

"Le service voyageur a cessé au début des années 2000, plus aucun train de voyageurs ne s’y arrête." 

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Et un peu plus tard quelqu'un diffusa l'annonce suivante :

"La ligne est finalement fermée entre Quimper et Landerneau pour rénovation du 11 décembre 2016 au 9 décembre 2017. Les circulations ferroviaires sont TOTALEMENT INTERROMPUES."

J'allais louper ma correspondance pour Brest, où selon le télégramme que j'avais reçu, ma tante Pécuchet avait été hospitalisée. 

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Et encore cette voix nasillarde qui reprenait :

"Sur les 70 km de voies renouvelées,  140 km de rails seront posés en Long Rail Soudé (LRS),  100 000 tonnes de ballast seront nécessaires, ainsi que  95 000 traverses,  7 aiguillages. 8 ouvrages d’art seront rénovés et  85 km de fibre optique seront posés. Le bâtiment voyageur Dirinon-Loperhet sera démoli . Les circulations ferroviaires sont TOTALEMENT INTERROMPUES."

 

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Malgré ses couleurs jaune et orange, la locomotive  V212R diffère peu de la V212 Pichenot-Bouillé ou  Vechietti, mais quand même.  Avec une tare de 62 T, elle peut atteindre la vitesse maxi (HLP) de 100 km/h. Si je vous dis que le nombre d'essieux pouvant être freinés est de 130 (cent trente !, c'est considérable), et que sa masse freinée totale est  V : 65T, M : 57 T, je pense qu'elle ne pourra vous laisser indifférent(e).

Son boulot, c'est de tracter des trains de fret ou des trains de travaux, comme pour les RVB. Excusez-moi, les Renouvellement Voie Ballast. Avec ses bourreuses, et ses wagons-trémies. 

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La locomotive V212R, photographiée en gare d'Hanvec  en août 2017 par lavieb-aile.

La locomotive V212R, photographiée en gare d'Hanvec en août 2017 par lavieb-aile.

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La locomotive V212R, photographiée en gare d'Hanvec  en août 2017 par lavieb-aile.

La locomotive V212R, photographiée en gare d'Hanvec en août 2017 par lavieb-aile.

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La locomotive V212R, photographiée en gare d'Hanvec  en août 2017 par lavieb-aile.

La locomotive V212R, photographiée en gare d'Hanvec en août 2017 par lavieb-aile.

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QUELQUES LIENS :

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http://railbreopdl.forumactif.org/t2934-a-hanvec-debut-des-travaux

http://trainjoel.canalblog.com/archives/2012/08/17/24914285.html

http://www.colasrail.com/entreprise/moyens-materiels.php

— Localisation :

https://remonterletemps.ign.fr/comparer/basic?x=-4.134998&y=48.341189&z=17&layer1=ORTHOIMAGERY.ORTHOPHOTOS.1950-1965&layer2=GEOGRAPHICALGRIDSYSTEMS.MAPS&mode=doubleMap

— Wikipédia :

Établie à 91 mètres d'altitude, la gare d’Hanvec est située au point kilométrique (PK) 740,361 de la ligne de Savenay à Landerneau, entre les gares de La Forêt-du-Cranou (fermée) et de Daoulas (fermée). Les gares ouvertes les plus proches sont Pont-de-Buis (en direction de Quimper) et Dirinon - Loperhet (en direction de Landerneau)1.

Gare d'évitement, elle dispose d'une deuxième voie pour le croisement des trains.

La modernisation de la ligne entre Landerneau et Quimper a été décidée le 2 novembre 2010 avec le bouclage du budget de cette opération. La gare d’Hanvec sera l’une des extrémités de l’évitement « dynamique » de 13 km de long qui sera créé entre Hanvec et Irvillac. Il pourrait se greffer à ce projet de modernisation la réouverture d’un arrêt, pas nécessairement à l’emplacement actuel, mais à un endroit à définir en fonction des souhaits des différentes communes exprimant la volonté de voir de nouveau s’arrêter un train dans leur commune (Hanvec, Irvillac, Daoulas)."

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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 18:29

Liste des 160 articles de ce blog décrivant les vitraux.

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AMIENS.

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de la cathédrale d'Amiens.

ANGERS.

BEAUVAIS.

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BOURGES.

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CHARTRES.

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ÉVREUX

 

 

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LE MANS

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MOULINS

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SAINT-DENIS.

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SÉES

 

 

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SENS.

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SÉVILLE.

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TOURS.

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NORMANDIE.

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MARC CHAGALL.

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EN BRETAGNE.

QUIMPER.

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CÔTES D'ARMOR.  

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MORBIHAN.

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ILLE-ET-VILAINE

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Le vitrail de l'Arbre de Jessé de l'église Notre-Dame de Vitré.

 

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PAR THÈMES.

ARBRE DE JESSÉ 

En Bretagne:

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Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

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LES 28 PASSIONS FINISTÉRIENNES.

 Beaucoup d'entre elles sont dues à l'atelier Le Sodec à Quimper. Le Corpus Vitrearum VII permet d'en dresser une chronologie :

 

 

et dans le Morbihan :

 

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On attribue aussi à l 'atelier des Le Sodec les vitraux suivants :

 

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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 09:54

L'église de Saint-Divy (29) . II. Les vitraux du XVIe siècle (vers 1530 et 1550) de la maîtresse-vitre ou Baie 0. 

 

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A. Sur l'église de Saint-Divy, voir aussi :

 

B. Sur les vitraux décrits dans ce blog, voir cette liste :

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La maîtresse-vitre de l'église Saint-Divy comporte quatre lancettes lancéolées de quatre panneaux chacune, et un tympan de sept ajours et écoinçons. Elle mesure 3,20 m de haut et 2,00 m de large. Elle est classée au titre d'objet depuis le 10 / 11 / 1906.

Les vitraux sont estimés vers 1530 (d'après une inscription de 1531) et vers 1550. A la Révolution, en 1791, les armoiries du tympan furent détruites. Elle fut restaurée une première fois au XIXe siècle, sans-doute lors de l'intervention de Julien-Léopold Lobin en 1866, qui créa des nouveaux vitraux pour l'église. Une seconde intervention eut lieu en 1937, (par l'atelier Rault ?) et les vitreries colorées posées pour combler les armoiries du tympan furent remplacées par des ornements et symboles. Elle a été déposée et mise à l'abri en 1939-45. Enfin, en 2002-2003 elle a été  restaurée par l'atelier HSM de Quintin : "Lors de sa restauration, les moyens informatiques ont permis de retrouver sa composition initiale. C'est ainsi que plusieurs personnages dont des éléments manqués ont pu être reconstitués intégralement en mettant à leur place des morceaux qui avaient été placés ailleurs par erreur.La restauration a consisté à nettoyer les composants, refaire les joints en plomb" (Mairie de Saint-Divy).

La vitre actuelle est une mosaïque de plusieurs compositions, notamment un Couronnement de la Vierge et un Jugement dernier, œuvre datée vers  1531 dont subsiste essentiellement des figures de la cour céleste au registre inférieur. On trouve aussi des fragments d'une scène de festin (Hérode ?) et un donateur. 

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Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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I. LA LANCETTE DE GAUCHE.

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Registre inférieur : le portrait d'un donateur (vers 1550 ?).

Un donateur est agenouillé à son prie-dieu, présenté par saint Michel en cape rouge et  cuirasse dorée, dont on ne voit plus que le bas du corps et le bras tenant la lance. Une observation attentive permet de remarquer un petit bonhomme vert levant la main vers la jambe droite : c'est bien-sûr le diable ou le dragon terrassé par le pied de l'archange. Devant lui, les courbes d'un phylactère portent les fragments d'une inscription en lettres gothiques cursives : au mieux, j'y discerne le mot FU[N]DA[VIT ?]  et l'abréviation DNE. 

Le donateur est vêtu d'une robe rouge doublée de fourrure (une pelisse, donc) sur lequel passe une écharpe ou étole violette. Une chaîne en or portée en collier se devine dans l'encolure.   Ses cheveux mi-longs correspondent à la mode du début du XVIe siècle, sous Louis XII. 

Le même motif de rangées d'ovales se retrouvent sur l'écharpe, sur ce qui est peut-être une aumônière sous la ceinture, et sur l'étoffe du prie-dieu. Devant cette dernière, sont placées cinq pièces de verre hétéroclites : un chapeau bleu, une "coupe" dorée, un rectangle jaune portant des motifs noirs (animal ? lettres ?), la courbe d'un petit bout de corde tressée, et un support blanc crème. Rien ne permet d'y reconnaître des signes d'identification.

Les auteurs actuels (Jean Bozec, APEVE, site de la Mairie, notice de la base Palissy, etc..) y reconnaissent un certain Hervé de la Palue, sans-doute sous l'inspiration de René Couffon qui écrit dans sa Notice de 1988 :" On y distingue le portrait du donateur, messire Hervé de la Palue, docteur ès droits, recteur de Plouguernével et prieur commendataire de La Forest. Avant sa dépose en 1939, l'on pouvait y lire l'inscription : " HERVEUS PALUDANUS IURIS UTRIUSQUE DOCTOR DOTAVIT 1531. "

Pourtant, cette identification ne va pas de soi car  Gatouillat et Hérold, font remarquer que le style de ce panneau semble trop tardif pour correspondre à la date de 1531. Ils  datent ce panneau de 1550. Pour eux, l'inscription de 1531 concerne le vitrail en entier, mais le donateur agenouillé ne serait pas assimilable à Herveus Paludanus. Pourtant, ils reprennent textuellement les allégations de René Couffon concernant les qualités de ce dernier.

J'ai eu beaucoup de difficultés à trouver la confirmation  des  précisions données par Couffon. L'inscription latine est bien attestée, par deux auteurs sérieux, Miorcec de Kerdanet en 1837 et le chanoine Abgrall en 1904 : 

Miorcec de Kerdanet : "Inscription sur la maîtresse-vitre Herveus Paludanus juris utriusque  doctor dotavit 1531 .Cet Hervé Paludanus est l'un des seigneurs de La Pallue, en Beuzit-Conogan, non loin de St-Divy" 

Abgrall : "Maîtresse -vitre : Couronnement de la Sainte -Vierge, entourée d'anges, ainsi que des Saints et Saintes du paradis. Au bas, on lit cette inscription : HERVEVS : PALVDANVS : IVRIS : VTRIVSQVE : DOCTOR : DOTAVIT . 1531.  Ce donateur était donc de la Palue, en Beuzit-Conogan, près de Landerneau, au bord de l'Elorn."

Le relevé consciencieux de la graphie et de la ponctuation par Abgrall, premier auteur à s'être préoccupé des inscriptions anciennes du Finistère, augmente la crédibilité du  témoignage. Par contre, si les deux auteurs font le rapprochement avec les seigneurs de La Palue en Beuzit-Cogogan, ni de Kerdanet ni Abgrall n'ont tenté de mieux identifier ce donateur. Et aucun n'affirme que ce dernier est le personnage représenté agenouillé.

 

C'est donc Couffon qui franchit cette étape, et qui affirme que ce personnage était :

" messire Hervé de la Palue, docteur ès droits, recteur de Plouguernével et prieur commendataire de La Forest. "

En 2005, Gatouillat et Hérold reprennent ces affirmations en citant quasi à la lettre Couffon, mais en  y associant le titre de Sénéchal :

"HERVEUS PALUDANUS IVRIS UTRIUSQUE DOCTOR, c'est-à-dire Hervé de La Palue, « sénéchal de Léon, docteur ès droit, recteur de Plouguernevel et prieur commanditaire de La Forest"

 

c) Or, je trouve un recteur nommé Hervé de la Palue, mais celui-ci occupa la cure de Plouguerneau, et non de Plouguernevel, et ce fut (d'après H. Pérennès qui donna la liste des recteurs de Plouguerneau) "vers 1600". Il mentionne que ce poste avait été occupé  en 1541-1562 par François Parcevaux, chanoine de Léon, archidiacre d'Ac'h, recteur de Plounéventer de 1550 à 1570, de Plouédern, et de Cléder .

d) Par ailleurs, aucun sénéchal de Léon ne porta ce nom, et on trouve successivement à ce poste Maurice de Parcevaux, en 1472, puis Jean le Scanff en 1500, puis Yvon de Parcevaux (décédé en 1519, et enfin son fils Maurice II de Percevaux (1485-1511), seigneur de Mézarnou ... et de La Palue.

e)  La famille des seigneurs de La Palue est originaire de Beuzit-Conogan en Landerneau et ses armes sont  d'or au lion  de sable au lambel à trois pendants de gueules en chef.  

Le couple Olivier de la Palue / Jeanne Guyomarch.

 Olivier de La Palue, seigneur de la Grande Palue, gouverneur et capitaine de Brest, et qui était présent à la montre de Dinan le 2 septembre 1489 est mort en 1505 : son  gisant provenant de l'ancienne église de Saint-Houardon de Landerneau, se trouve désormais au château de Kerjean.  En épousant en 1460 la fille de son voisin Olivier Guyomarch, ( seigneur de la Palue,  de sable semé de billettes d'argent au poisson en pal du même), Jeanne Guyomarch, il agrandit son domaine de celui de la Petite Palue.  Leur fille, Marguerite de La Palue, épouse Jan du Mescam, seigneur de Mescaradec entre 1485 et 1500. Leur fils François, qui suit :

Le couple François de la Palue / Marguerite de Trésiguidy.

Le fils et héritier, François de la Palue (décédé en 1553), a de sa femme, Marguerite Christiane de Trésiguidy (d'or, à trois pommes de pin de gueules), quatre enfants, dont une fille, Françoise.

Le couple Françoise de la Palue / Troïlus de Mondragon.

Françoise, "dame de La Palue, de Tréziguidy, des Salles" , épouse  en 1520 un gentilhomme espagnol, Troïlus de Mondragon. Le  gisant de ce dernier, décédé vers 1540-1548,  se trouvait dans l’église de Beuzit-Conogan (près de Landerneau) avant d'être déposé au Musée départemental breton de Quimper. 

Selon Potier de Courcy : 

MONTDRAGON (DE) (bâtard de Montdragon en Espagne), sr de Hallot et baron de Hauteville, en Normandie, — vicomte de Loyaux, par. de Fresnay, — sr de la Palue, par. de Beuzit-Conogan , — de Trésiguidy, par. de Pleyben, — des Salles, par. de Plouisy, — du Prat, par. de Brélévénez, — de Coatquéau, par. de Scrignac.

Réf. de 1535 à 1543, par. de Plouisy et Brélévénez, év. de Tréguier, et Scrignac, év. de Cornouailles.

D'argent au lion de gueules, accosté de deux peupliers de sinople; aliàs : d'argent au peuplier de sinople, soutenu de deux lions affrontés de gueules.

Antoine, l'un des capitaines envoyés par Ferdinand et Isabelle au secours de la duchesse Anne, en 1488; Jean, vicomte de Loyaux, capitaine de Nantes et de Rennes en 1510; Troïlus, colonel de quatre mille hommes de pied, marié à Françoise de la Palue, dame dudit lieu et de Trésiguidy, depuis 1543 et enterré à Beuzit-Conogan.

Fondu dans Montmorency-Bouteville, puis Rosmadec.

Voir l'Histoire de Bretagne de Pierre Le Baud (1638).

Françoise de la Palue et Troïlus de Mondragon eurent une fille, Jeanne de Mondragon, qui épousa en 1543 François de Montmorency.

f) J'en viens au titre de "prieur commanditaire de La Forest" : pour augmenter ma confusion, l'article Wikipédia sur La Forest-Landerneau, sur la rive droite de l'Elorn, indique :

"Un document de 1332 évoque un prieuré dénommé "Goélo-Forest" : ce fut semble-t-il un prieuré régulier, habité par des moines sans doute jusque dans le courant du XVIe siècle. Le prieuré est alors en commende. À la fin du XVIIe siècle, le prieur commendataire est Hervé de la Palue, docteur en droit, recteur de Plouguerneau et décimateur. Les prêtres desservants, recteurs et vicaires perçoivent seulement la portion congrue, les honoraires de messes et le casuel liés à leur ministère".

En effet la paroisse de La Forest a le statut de Prieuré de l'Abbaye de Saint-Mathieu, abbaye (dont deux abbés portèrent le nom de Yves de La Palue en 1315).

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g) Mes recherches pour valider les données apportées par René Couffon allaient rester vaines, lorsque je trouvai après "plusieurs heures" (je ne les compte pas) cette page datant de 1810 : 

"On trouve dans les archives de Mr Le Forestier de Quillien une pièce intéressante datée du 15 septembre 1531 et souscrite au treff et dans l'église Saint Ivy.

C'est un acte notarié, passé à la suite de travaux importants exécutés par les tréviens : la construction d'un nouveau pignon « au bout suzain de l'église », et d'une chapelle « du costé devers l'epistre » ; et aussi « la réparation de la chapelle du costé de l'Evangile ».

Cet acte est dressé en présence de Missire Hervé de la Pallue, docteur ès droictz, protonotaire du St Siège apostolique, Recteur de Ploué Kernevel, et prieur commendataire de la Forest, en privé nom et comme stipulant pour damoiselle Françoise de la Pallue dame des Palues, de Trésiguidy et des Salles, sa nièce. Il s'intitule fils de la maison de la Palue, la plus grande après Mr le Vicomte de Rohan, seigneur de Léon.

Les autres personnes assistant à cette réunion sont, outre les paroissiens : Missire Guillaume Keraval « subcuré ou treff eclélasial de Sainct-Ivy » Missire Louis Delart « pbre et chapellain en la d. esglise. », Jan Barbier sgr de Kerjan époux de Jeanne Kersauson, les sr de Mesgral, de Keraudy, de Botiguery, de Penanlouch, de Kerberiou, de Kerouzault, de Beaurepos. 

Hervé de la Pallue y prend l'engagement de vitrer la grande fenêtre du chevet de l'Eglise, dans laquelle figureront en supériorité les armes du vicomte de Rohan, puis celles de la Palue, enfin celles des Barbier et des Kersauson.

Il fonde une rente de 20 sous monnaie pour l'entretien de cette vitre.

Hervé de la Pallue s'acquitta généreusement de ses engagements : c'est à sa libéralité que nous devons le magnifique vitrail que l'on peut encore admirer à St Divy, et qui porte son nom et la date 1531."

." Revue de Bretagne, de Vendée & d'Anjou, Volumes 43 à 44 Émile Grimaud J. Forest, aîné, 1810 page 306

Cela signifie que Hervé de la Palue est l'oncle de Françoise de la Palue, l'épouse de Troïlus de Montdragon. Serait-il un frère cadet de François de la Palue ?

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Ce document cité partiellement  dans la Revue de Vendée ... peut être compléter car le contenu de ce dernier a été publié textuellement  par Jean-Christophe Cassard : 

 

"Sachent tous que par nos cours de Landerneau et officialité de Léon, & et par chacunes d'icelles, sans que l'execution de l'une puisse empecher ni retarder l'execution de l'autre, ains pourront conclure ensembleme[en]t. Furent presents en droict, & personnalem[en]t establys venerable & discret Missire Hervé de la Palue docte[ur] es droicts, prothonotaire du S[ain]ct Siege Apostolique, Recte[ur] de Plouguerneau & prieur commendataire de la Forest, Missire Keravel  « sous curé du tref ecclésial de Saint-Divy » et Louis Jélart, « prêtre et chapelain de ladite église »

La partie sollicitée – la noblesse – est constituée de neuf familles invitées à contribuer à l'achèvement de l'église. Toutes n'ont pas leur résidence dans la paroisse de La Forest mais y possèdent des terres :

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"& comme stipulent po[ur] Damoiselle Françoise de la Palue dame des Palues, de Tresiguydy et des Sales, Maistre Jean Barbier escuyer seigneur de K[er]jean au nom & comme pro[cureu]r de la cour de Landerneau & en son privé nom.

"Damoiselle Adelice Gouriou dame de Mesgral au nom & comme tutrice d'Olivier Encuff son filz, François K[er]audy sieur de K[er]audy, Yvon le Jeune, sieur de Botiguiry, Louys K[er]velec, sieur de Penaneac, Hervé le Maucare sieur de K[er]biriou, frere Christophle K[er]oudault curateur d'Yvon K[er]oudault son nepveu sieur de K[er]oudault, Maître Jan le Mercier sieur de Beaurepos & chacun d'eux pour son interest, & en ce qui touche d'autre partve se sousmettans & se


"Auroint assigné ce jo[ur] la noblesse po[ur] demender secours & aide a vitrer & faire vitrer lesd[ictes] fenestre & distribuer par entre eux les préminances d'icelles supplians & ont suplié estre d'ordre procédé. Pourquoy le sieur prothonotaire prieur dudict prieuré de la Forest en son privé nom filz de la Maison de la Palue la plus grande : Après Mons[eigneu]r (sic) le vicompte de Roan" (Cassard, 1996) 

L'assignation a lieu à l'église même de Saint-Divy, un dimanche après midi.

 

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J.C. Cassard remarque  1) que les revenus de la fabrique étaient importants : Saint-Divy, à mi-chemin de Landerneau et de Brest, était alors dans la zone de production des « crées », les toiles de lin qui faisaient — et qui feront encore longtemps — la richesse de la vallée de l'Aulne et du haut Léon.

2) que Jean Barbier, écuyer, seigneur de Kerjean, procureur de la cour du Vicomte de Rohan à Landerneau, était le frère du fameux chanoine Hamon Barbier, titulaire d'un nombre considérable de bénéfices et l'époux, en seconde noces, depuis 1523, de Jeanne de Kersauson. Les autres familles nobles sont de La Forest même (Mesgral et Kerbiriou) ou de Guipavas (Keroudaut et Beaurepos), de Saint-Thonan (Botiguiry), de Plounéventer (Keraudy) et de Plougastel (Pennaneac'h).

Nota bene : juste en face de la Palue de Landerneau, sur la rive opposée de l'Elorn, se trouve le lieu-dit de Penarcreac'h, et, à une centaine de mètres, la croix de Mondragon. Voir : 

E. Carrillo-Blouin, "Troilus de Mondragón: Pistas de investigación para un caso de integración social y cultural temprana. Presencia del País Vasco español en Bretaña durante el siglo XVI", Sancho el Sabio, 25, 2006, p. 233-250. 

 

Conclusion : le portrait du donateur est peut-être celui d'Hervé de La Palue, qui était bien docteur en droit, protonotaire apostolique, prieur commandataire du prieuré de La Forest, recteur de Plouguerneau, et oncle de Françoise de la Palue, épouse de Troïlus de Mondragon. Mais c'est peut-être aussi celui d'une des autres familles nobles qui firent apposer leurs armes en prééminence sur le vitrail en contre-partie de l'aide apportée à la pose de vitraux sur les baies de la nouvelle église.

La coiffure, et même les traits, du personnage diffèrent peu de ceux de Troïlus de Mondragon, sur son gisant qui date de 1540-1550.

 

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Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Registre moyen : l'archange saint Michel .

Je remarque surtout dans cette macédoine les démons de la partie basse.

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Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Partie supérieure de la lancette gauche.

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Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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LES TROIS LANCETTES DE DROITE.

 

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Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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1°) Le registre inférieur : la Cour céleste, sur des nuées.

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Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Saint François d'Assise présentant ses stigmates.

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Saint Antoine s'appuyant sur sa canne en T (le Tau est son attribut) et tenant son chapelet.

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Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Sainte Catherine d'Alexandrie (couronnée et tenant un livre).

Vierge et martyre (tenant la palme)

Sainte Barbe (tenant la tour à trois fenêtres).

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Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Saint Jérôme bras nus et tenant un crucifix.

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Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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La partie haute du registre inférieur.

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  A gauche : Trois apôtres (restaurés au XVIIIe siècle). Je reconnais saint Pierre à sa calvitie et à sa clef. Saint Paul doit être son voisin. le troisième n'est pas un apôtre, mais saint Jean-Baptiste, qui tient l'Agneau.

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Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le blond saint Sébastien tenant une flèche et montrant ses blessures.

 

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Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Trois Pères de l'Église (ou : un pape, un évêque et un cardinal)

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Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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2°) Le registre supérieur. 

La Vierge est couronnée par Dieu le Père (en manteau rouge) et par le Christ (en bleu), sous la colombe de l'Esprit-Saint volant sur un livre où est écrit UNG DIEU, UNG FOY, UNG LOY.

Marie, agenouillée, mains jointes, est au centre d'un cercle de chérubins et abritée par un pavillon vert à rideaux rouges.

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Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Saint Michel pesant les âmes. 

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Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Maîtresse-vitre (baie 0) vers 1530 et 1550, église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, page 343 :

"Saint- Divy. — Maîtresse -vitre : Couronnement de la Sainte -Vierge, entourée d'anges, ainsi que des Saints et Saintes du paradis. Au bas, on lit cette inscription : HERVEVS : PALVDANVS : IVRIS : VTRIVSQVE : DOCTOR : DOTAVIT . 1531.

Ce donateur était donc de la Palue, en Beuzit-Conogan, près de Landerneau, au bord de l'Elorn."

http://www.archive.org/stream/architecturebre00abgrgoog#page/n377/mode/2up

— MIORCEC DE KERDANET (Daniel-Louis), 1837,  Eglises et chapelles de N.D en l'évesché du Léon,  La Vie des Saints de la Bretagne Armorique, page 520 note 3.

"Inscription sur la maîtresse-vitre Herveus Paludanus juris utriusque  doctor dotavit 1531 .Cet Hervé Paludanus est l'un des seigneurs de La Pallue, en Beuzit-Conogan, non loin de St-Divy" (K)

https://books.google.fr/books?id=YSvBi_0z3gsC&pg=PA520&lpg=PA520&dq=herveus+paludanus+1531&source=bl&ots=H2fiNc5ePI&sig=wq6EBMqPP8AdJdZ7Z1717OLdMLY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwis04WHnN_VAhWMChoKHdYvDlMQ6AEINDAC#v=onepage&q=herveus%20paludanus%201531&f=false

— BOZEC (Jean) / APEVE :

"Ce vitrail est daté de 1531... Il a été souvent restauré. II faut y regarder de près pour voir la finesse de l’œuvre. Ce vitrail est antérieur de quelques années à celui de La Martyre ou de La Roche Maurice. Il est le témoin de l’activité des verriers bretons en ce début du XVIe siècle. Les aléas politiques (rattachement de la Bretagne à la France) n’ont pas encore modifié la place de la Bretagne en Europe. Ce vitrail porte bien les empreintes de Dürer et d’autres grands maîtres flamands.

Sur les trois lancettes de droite, le sujet principal du vitrail, l’Assomption de Marie, montre aussi la place de cette croyance dans le culte bien avant la proclamation du dogme de l’Assomption, au milieu du XXe siècle. La foule (nous avons compté 82 personnages) est bien présente. Sur la lancette de gauche, le donateur, Hervé de La Palue, se donne une place éminente. Il est surmonté d’un saint Michel combattant les démons. Selon toutes données archivistiques, ce vitrail a été réalisé dès la fin de la construction de l’église. Il est contemporain de plusieurs statues présentées dans la rubrique  « statuaire »."

http://www.apeve.net/spip/spip.php?article109

— CASSARD (Jean-Christophe), 1996  : Le financement des constructions religieuses sous l'Ancien Régime : l'exemple de Saint-Divy au XVIe siècle in Bretagnes:  art, négoce et société, de l'Antiquité à nos jours : mélanges offerts au professeur Jean Tanguy, Association des Amis de Jean Tanguy,  518 pages, page 86-89.

— COUFFON (René), Le Bars (Alfred), 1988, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper,

" Vitraux : maîtresse vitre consacrée au Couronnement de la Vierge et comprenant actuellement une mosaïque de vitraux (C.). On y distingue le portrait du donateur, messire Hervé de la Palue, docteur ès droits, recteur de Plouguernével et prieur commendataire de La Forest. Avant sa dépose en 1939, l'on pouvait y lire l'inscription : " HERVEUS PALUDANUS IURIS UTRIUSQUE DOCTOR DOTAVIT 1531. " Il est à remarquer également dans cette verrière un buste de saint Sébastien, le nez retroussé et les oreilles cachées par les cheveux, semblable aux cinq Apôtres de Guengat, un buste de saint Jérôme tenant le Crucifix, et un pape provenant d'un Jugement dernier. Les autres vitraux, figuratifs également, sont dus aux ateliers Lobin (1866-1867) et Rault (1931)."

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/5eb27adca1ceb10a93836495d298f812.pdf

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les vitraux de Bretagne, Corpus vitrearum Medii Aevi: Centre national de la recherche scientifique, Presses Universitaires de Rennes page 189.

— Notice base Palissy :

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=REF&VALUE_98=PM29000988

— MAIRIE DE SAINT-DIVY.

 

"Le maître-vitrail ci-dessus constitue une des pièces majeures de l'église. Il date de 1531 et fut offert par Hervé de La Palue. Il représente la Vierge agenouillée recevant les louanges des cieux. Des angelots lui font un cortège. Les personnages au nombre de quatre vingt dix que sont les archanges, les apôtres, vierges et martyrs sont répartis dans seize compartiments.

Celui-ci apparait toujours lumineux et éblouissant, malgré les dégâts commis en 1791 pour effacer les armoiries.

Classé monument historique en 1909, il fut déposé pendant l'occupation, comme bon nombre de vitraux classés. Il ne fut pas recomposé exactement à l'identique, car la complexité de l'ouvrage rendait difficile la remise des morceaux à leur place initiale.

Lors de sa restauration en 2003, les moyens informatiques ont permis de retrouver sa composition initiale. C'est ainsi que plusieurs personnages dont des éléments manqués ont pu être reconstitués intégralement en mettant à leur place des morceaux qui avaient été placés ailleurs par erreur.La restauration a consisté à nettoyer les composants, refaire les joints en plomb. Elle a été réalisée par HSM Ateliers Sainte-Marie à QUINTIN dans les Côtes d'Armor."

https://www.saint-divy.fr/vitraux.html

— OTTIN (Louis), s.d. [1896], Le Vitrail, son histoire, ses manifestations diverses à travers les âges et les peuples, Librairie Renouard, H. Laurens éditeur, Paris,  In-4°, 376 pages,  4 planche en couleurs, 15 phototypies, 12 planches en teinte hors texte, 219 gravures, de signatures, marques et monogrammes.  page 250.

https://archive.org/stream/levitrailsonhist00otti#page/250/mode/2up

 

—  Note de M.D.-B. et T.D. dans le Bulletin de la S.A.F., 1977, p.183-185.

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
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15 août 2017 2 15 /08 /août /2017 13:39

La chapelle Notre-Dame de Berven en Plouzévédé III. Les crossettes (1573-1579).

 

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"Dis-moi quelles sont tes crossettes, je te dirais qui tu es". Proverbe bas-breton.

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— Sur les crossettes, voir :

Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

 

 

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— Sur la chapelle Notre-Dame de Berven, voir :

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– Datation : j'adopte le créneau 1576-1579, en me fondant sur Couffon :

"L'édifice fut construit par l'atelier de Kerjean à la suite d'une délibération des paroissiens de Plouzévédé du 21 juin 1573. Le clocher, remarquable, a eu une très grande influence sur l'art breton. .... A la base, portail à claveaux rustiques daté 1576 et, au-dessus, niches du type de Kerjean. Sur la longère nord, le couronnement des fenêtres est également inspiré de Kerjean ; on y lit la date de 1580. "

Les sablières (pièces de la charpente, dont l'exécution suppose que tes rampants soient achevés) portent la date de 1579.

– Matériau : granite.

 

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Liste des crossettes de Berven :

 

1. Soldat tirant son épée.

2. Animal tenant entre ses pattes un objet.

3. Femme nue, main sur le pubis.

4. Homme.

5. Femme nue tenant un miroir.

6. Lion

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Je suivrai l'ordre que j'ai naturellement adopté lors de ma visite. Passant sous l'arc triomphal, contournant la tour-clocher par l'ouest, longeant ensuite le coté sud de la chapelle, j'ai aperçu la première crossette sur le rampant est de la sacristie, au dessus de l'oratoire du Pénity..

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Crossettes de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Crossettes de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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1. La crossette du Soldat tirant son épée. Rampant droit de la sacristie.

C'est un soldat, coiffé d'un bonnet, barbu, à cheveux longs, vêtu d'une tunique à manches courtes. 

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Crossette du Soldat tirant son épée,  sacristie de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Crossette du Soldat tirant son épée, sacristie de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Crossette du Soldat tirant son épée,  sacristie de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Crossette du Soldat tirant son épée, sacristie de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Il faut que je progresse pour voir, sur son coté gauche,  l' épée qu'il est en train de dégainé de son fourreau. 

On trouve son homologue à Landerneau, avec l'inscription : TIRE-TUE .

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Crossette du Soldat tirant son épée,  sacristie de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Crossette du Soldat tirant son épée, sacristie de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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2. La crossette de l'Animal tenant dans ses pattes un objet.  Rampant droit du pignon du bras sud du transept.

J'emprunte à Wikimedia commons cette photo de Kergoulay qui montre, sur le coté gauche, le toit du bras sud du transept, et, à l'extrémité du rampant, cette crossette :

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On y voit un animal, peut-être un chien, aux longues pattes postérieures comme celles d'un lapin, dont la tête semble coiffer d'un bonnet, et qui tient dans ses pattes antérieures un objet. Est-ce  son petit , ou un petit être dont on verrait surtout la tête, le tronc et les bras?  L'objet ne ressemble pas à un blason.

La tête de l'animal est tournée vers le sud.   Il prend appui sur un support en arc.

 

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Crossette de l'Animal tenant un objet,  rampant du bras sud de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Crossette de l'Animal tenant un objet, rampant du bras sud de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Crossette de l'Animal tenant un objet,  rampant du bras sud de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Crossette de l'Animal tenant un objet, rampant du bras sud de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Plus loin, les rampants du pignon oriental, percé d'une baie ogivale, sont amortis par deux crossettes peu banales. 

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Les deux crossettes du chevet de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Les deux crossettes du chevet de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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René Couffon  désignait ces crossettes sous le terme d'acrotères, et y voyait "Adam et Ève".  Pourtant, aucun serpent , aucune pomme ou aucun pommier ne permet de valider cette interprétation. Surtout, les crossettes de Basse-Bretagne ne représentent jamais des personnages bibliques. Mais alors, qui sont-ce donc ?

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3. Le rampant gauche du pignon oriental :  Femme nue, main sur le pubis.

Pour elle, mon jugement sera expéditif : c'est une pécheresse. N'imitez pas sa conduite si vous ne souhaitez pas un ticket pour l'Enfer. Voyez ses traits grossiers, presque vultueux, ses cheveux longs défaits, sa poitrine tendue, ses jambes fléchies, sa main qui caresse (ou masque) son sexe. Vade retro !

On trouvera ses sœurs en lubricité sur une crossette de la chapelle Notre-Dame des Trois-Fontaines à Gouezec, ou de  la chapelle Saint-Hervé de Gourin (56), ou encore sur le rampant d'une fenêtre passante nord de l'église Sainte-Nonne à Dirinon, et sur le porche sud de l'église de Landivisiau. Sans parler des bustes de femmes nues, de la cariatide de La Martyre, de toutes les sirènes, ou des démones sculptées en pierre dans les sanctuaires de Bretagne.

Voir aussi la photo de Kergoulay sur Wikimedia en avril 2016. Ce photographe s'est fait prêter un Canon EOS 6D par Wikimedia dans le cadre du projet Sterenn :

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Crossette_Chapelle_Notre-Dame-de-Berven_-_02.jpg

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La Luxure, crossette gauche du rampant du chevet de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

La Luxure, crossette gauche du rampant du chevet de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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La Luxure, crossette gauche du rampant du chevet de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

La Luxure, crossette gauche du rampant du chevet de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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4. Le rampant droit du pignon oriental : l'homme.

Contre l'hypothèse de voir ici Adam, cet homme n'est pas nu. Il porte un bonnet, une ceinture (une corde, très basse), des chaussures. En outre, il est barbu, ce qu'Adam ne fut jamais, ce dont je viens encore de m'assurer auprès de mon agent spatio-temporel, qui a fait l'aller et retour. Mais s'il n'est pas nu, pourtant, son sexe est bien mis en évidence, sous l'effet de la mode vestimentaire des braguettes rembourrées qui subsista sous la Renaissance jusqu'aux années 1580 : précisément celles de ces crossettes .

Il a placé sa main gauche dans son dos, et l'autre tient un objet mystère contre sa poitrine. (Peut-être le pommeau de son épée, si on interprète ainsi la barre horizontale au dessus de sa jambe).

Voir aussi la photo de Kergoulay sur Wikimedia en avril 2016 :

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Crossette_Chapelle_Notre-Dame-de-Berven_-_01.jpg

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Crossette gauche du rampant du chevet de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Crossette gauche du rampant du chevet de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Crossette gauche du rampant du chevet de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Crossette gauche du rampant du chevet de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Crossette gauche du rampant du chevet de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Crossette gauche du rampant du chevet de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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5. Une femme nue tenant un miroir.

Là encore, cette identification, loin d'être une certitude,  n'est que ma meilleure hypothèse, basée surtout sur cet objet rond tenu par la main droite, tandis que la main gauche est posée sur le pubis. La poitrine est plate, comme sur la femme nue de Dirinon (crossette n°3).

Elle cumulerait donc la Coquetterie avec la Lubricité .

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Voir aussi la photo de Kergoulay sur Wikimedia en avril 2016 :

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Crossette_Chapelle_Notre-Dame-de-Berven_-_03.jpg

 

Crossette  de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Crossette de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Crossette de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Crossette de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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6. Un lion appuyé sur une console.

C'est certainement un lion, comme en témoigne la crinière. Ses longues pattes ou jarrets sont identiques à celle du (chien ?) de la crossette 2. Il prend appui sur un support arqué.

Ma photo a été prise à contre-jour : cette fois-ci, allez voir sans hésitation la photo de Kergoulay :

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Crossette_Chapelle_Notre-Dame-de-Berven_-_04.jpg

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Crossette de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Crossette de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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CONCLUSION.

Nous avons ici six crossettes dont quatre sont des représentations humaines, et deux des représentations animales. Si je prends le risque de valider mes  hypothèses d'identification de ces sculptures, les quatre humains sont le Soldat tirant son épée, la Lubrique, la Coquette et un Homme non identifié, tandis que les animaux sont le Chien et le Lion. Ce programme est représentatif de l'ensemble des crossettes de Basse-Bretagne, et, selon mes clefs de compréhension, il témoigne de l'inscription dans la pierre de la mise en garde adressée aux fidèles contre le risque de mort subite en état de péché, et celui d'être emporté par la gueule d'animaux vigilants au service de la Mort vers l'Enfer et la Perdition.

Mais une bonne part de la fascination qu'elles exercent est due à leur coté énigmatique. 

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SOURCES ET LIENS.

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 Sur Notre-Dame-de-Berven :

— Photographie Wikipédia de juillet 2012   :

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a0/Plouz%C3%A9v%C3%A9d%C3%A9_%2829%29_N.D._de_Berven_Arbre_de_Jess%C3%A9_01.JPG

— Très belle présentation de la chapelle  sur le site :

http://www.expression-bretagne.com/suiviprojets-bat/PLOUZEVEDE-CHAPELLE/CHAPELLE-ESSAI/chapelle-berven-OK.html

"A noter, sur l'angle droit de la toiture de la sacristie, au-dessus de l'oratoire du Pénity, une crossette prenant la forme d'un homme, barbu, casqué et ayant la main droite sur la garde d'une épée."

"La fenêtre du chevet est divisée par trois meneaux (élément vertical qui divise la baie d'une fenêtre). La partie haute du remplage (armature en pierre taillée d'une baie) est caractéristique de la dernière phase de l'art gothique, le gothique flamboyant. 
De part et d'autre de ce chevet se trouvent deux personnages réputés être, à gauche Eve et à droite Adam."

 

 — COUFFON (René) 1948, L'architecture classique au pays de Léon, 1573-1700 l'atelier de l'Elorn : l'atelier de Kerjean .Éditeur: [S.n], 1948 1 vol

COUFFON (René), 1988, Notice sur Plouzévédé :

 

"En forme de croix latine, elle comprend une nef de quatre travées avec bas-côtés, un faux transept et un choeur peu débordant à chevet plat. Entre les bas-côtés et le transept, arcs diaphragmes. L'édifice fut construit par l'atelier de Kerjean à la suite d'une délibération des paroissiens de Plouzévédé du 21 juin 1573. Le clocher, remarquable, a eu une très grande influence sur l'art breton. Une haute tour porte le beffroi à deux étages de cloches et deux galeries, beffroi couronné par un dôme amorti par trois lanternons superposés. A la base, portail à claveaux rustiques daté 1576 et, au-dessus, niches du type de Kerjean. Sur la longère nord, le couronnement des fenêtres est également inspiré de Kerjean ; on y lit la date de 1580. Au bas des rampants du chevet, acrotères représentant Adam et Eve."

 http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/PLOUZEVE.pdf

BASE MERIMÉE : la Chapelle est classée au titre des Monuments Historiques. Mérimée, référence PA00090273.

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PA00090273

"La chapelle était réputée pouvoir faire marcher les enfants de bonne heure. Ils y étaient conduits trois lundis de suite pour en faire le tour neuf fois. L'édifice a été bâti de 1567 à 1575. Il comprend une nef avec bas-côtés, un transept, le tout couvert de lambris. Le choeur est entouré d'une clôture en bois sculpté. Le clocher présente une partie supérieure ajourée, surmontée d'une petite coupole et de clochetons. Un important arc triomphal du 17e siècle forme l'entrée principale du cimetière. Il se compose de trois arcades décorées de colonnes avec chapiteaux corinthiens. La fontaine est entourée d'une enceinte et surmontée d'un édicule coiffé d'une calotte hémisphérique. Une croix ajoutée en 1936 la surmonte. Dans une niche se trouve une statue de la Vierge tenant l'Enfant Jésus. Le bassin est rectangulaire et l'accès s'effectue par deux marches.

Chapelle, avec la clôture et les stalles du choeur : classement par arrêté du 14 juin 1909 ; Arc de triomphe compris dans la clôture du cimetière au centre duquel se trouve la chapelle, et clôture du cimetière : classement par arrêté du 23 juillet 1909 ; Fontaine dite de Notre-Dame-de-Berven (cad. non cadastré ; domaine public) : classement par arrêté du 27 novembre 1968"

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 22:58

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Tchao bambins, je change d'univers !

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Tchao bambins, je change d'univers !

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Tchao bambins, je change d'univers !

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D'où vient ce rêve étrange et pénétrant ? 

De ma visite à la Maison des Minéraux de Saint-Hernot à Crozon, et de sa salle aux roches fluorescentes.

 

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 19:01

La chiastolite, une andalousite des Salles de Rohan à Sainte-Brigitte (56) à l'origine des macles des Rohan.

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Dans mon article  Sur la piste du "A couronné" de Jehan II de Rohan : I. L'inscription de fondation du pont habité de Landerneau., j'avais appris que les  macles qui formaient le meuble de cette famille depuis le XIIIe siècle venaient d'une pierre caractéristique des terrains entourant la motte féodale d'Alain Ier de Rohan, à Sainte-Brigitte, dans le Porhoët. Ce château "des Salles de Rohan" contrôlait un site très riche en fer, et les Rohan développeront la métallurgie bretonne, sous forme de "forges à bras" mobiles dans la forêt, ou, au XVIIe siècle, avec la construction en 1621-1623 des Forges de Salles par le duc Henri II de Rohan.

J'avais alors regretté de ne pas disposer de clichés de ce minéral, une andalousite qui portait le nom de Chiastolite, du grec kiastos, "croix". Lors de ma visite de la Maison des Minéraux de Crozon, j'ai pu admirer un beau bloc de cette roche, et la photographier.

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PRÉSENTATION A BASE DE COPIER-COLLER ET DE LIENS.

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En débutant par l'orfèvre en la matière :

— Louis Chauris, « Pour une géo-archéologie du Patrimoine : pierres, carrières et constructions en Bretagne », Revue archéologique de l'Ouest [En ligne], 27 | 2010, mis en ligne le 25 février 2012, consulté le 13 août 2017. URL : http://rao.revues.org/1384 ; DOI : 10.4000/rao.1384

"En Bretagne, les schistes appartiennent à toutes les époques de son évolution géologique, depuis les temps briovériens jusqu’à la fin de l’ère primaire. Les différences dans les conditions de sédimentation, puis dans les contraintes tectoniques subies, les modifications introduites éventuellement par le métamorphisme, voire par les influences météoriques, ont conduit à la genèse de multiples variétés.

Parmi les critères de distinction, celui de la coloration est sans doute le plus frappant. Les nuances les plus fréquentes oscillent dans la palette des bleus – du bleu-gris pâle au bleu-noir – mais on connaît aussi des schistes noirs, mauves, violacés, rosés, rouges à lie-de-vin, verts, gris, mordorés… L’alternance de minces lits gréseux clairs dans le fond schisteux sombre entraîne la formation de schistes « zébrés ». Au contact d’intrusions granitiques, le métamorphisme conduit à l’apparition de schistes tachetés, noduleux, ou fortement enrichis en andalousite (faciès chiastolite) ; ces roches seront cependant évoquées ici, avec les schistes sédimentaires dont elles conservent de nombreux caractères, y compris parfois la présence de fossiles. Dans la chiastolite, le silicate d’alumine cristallise en baguettes à section carrée dont la cassure transversale montre des inclusions carbonées ; leur répartition régulière mime une croix sombre sur fond clair ."

 

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— Géocaching :

https://www.geocaching.com/geocache/GC6910N_dans-la-famille-andalousite-la-chiastolite?guid=7b195775-07bd-42fc-b6f6-9c44c32459af

— Les Salles des Rohan : 

http://csem.morbihan.fr/dossiers/sigm/FicheSiteGeol18.htm

— Sortie de Vivarmor 

http://vivarmor.over-blog.com/article-sortie-51-du-groupe-patrimoine-geologique-22-metamorphisme-de-contact-autour-du-massif-de-rostre-107034595.html

— Sainte-Brigitte sur la carte IGN et la carte de Cassini : 

https://remonterletemps.ign.fr/comparer/basic?x=-3.136088&y=48.175156&z=14&layer1=GEOGRAPHICALGRIDSYSTEMS.CASSINI&layer2=GEOGRAPHICALGRIDSYSTEMS.MAPS&mode=doubleMap

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LE BLOC DE CHIASTOLITE DE LA MAISON DES MINÉRAUX DE SAINT-HERNOT À CROZON

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Chiastolite (Andalousite), Sainte-Brigitte (56), Maison des Minéraux de Crozon. Photographie lavieb-aile août 2017.

Chiastolite (Andalousite), Sainte-Brigitte (56), Maison des Minéraux de Crozon. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Dans le bloc exposé, les marques blanches à reflets jaunes qui se détachent sur le fond noir adoptent des formes diverses, en lignes sagittées, en losanges, en croix pattée ou de Malte, toutes centrées par un losange ou un croisement de lignes noires .

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Chiastolite (Andalousite), Sainte-Brigitte (56), Maison des Minéraux de Crozon. Photographie lavieb-aile août 2017.

Chiastolite (Andalousite), Sainte-Brigitte (56), Maison des Minéraux de Crozon. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Chiastolite (Andalousite), Sainte-Brigitte (56), Maison des Minéraux de Crozon. Photographie lavieb-aile août 2017.

Chiastolite (Andalousite), Sainte-Brigitte (56), Maison des Minéraux de Crozon. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Chiastolite (Andalousite), Sainte-Brigitte (56), Maison des Minéraux de Crozon. Photographie lavieb-aile août 2017.

Chiastolite (Andalousite), Sainte-Brigitte (56), Maison des Minéraux de Crozon. Photographie lavieb-aile août 2017.

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"Alors que les schistes « classiques », du fait de leur fissilité plus ou moins accusée, se révèlent le plus souvent inaptes à l’obtention de moellons bien équarris, les schistes à andalousite (faciès chiastolite), par suite de leur texture de type cornéenne, constituent de bons matériaux de construction, susceptibles parfois de fournir des pierres de grand appareil. Un remarquable exemple est donné par l’abbaye de Bon-Repos (Saint-Gelven, Côtes-d’Armor), érigée non loin de l’étang des Salles de Rohan : la façade principale des bâtiments conventuels a fait un large appel aux schistes truffés de chiastolite qui lui confèrent un aspect des plus singuliers.

Mais ici la minéralogie confine à l’héraldique. Les cristaux de chiastolite étaient connus par les anciens auteurs sous le nom de « macles » (parfois orthographié « mâcles »). Comme le rappelle le minéralogiste A. Lacroix (1893), « il semble que l’introduction de ce terme dans la langue héraldique tienne à ce que les Rohan sur les terres desquels se trouvait le célèbre gisement des Salles, au pied du château, les avaient représentés dans leurs armes ».

Marc Vulçon de La Colombière (cité par Lacroix) écrivait en 1744 : « J’estime que les seigneurs de Rohan, qui sont les premiers à mon advis qui ont porté ces figures dans leurs armes… les ont prises, pour ce que dans le très ancien vicomté de Rohan… il y a quantité de petits cailloux, lesquels estant couppez en deux, l’on y voit dedans cette figure marquée… Ce qui estant extraordinaire et particulier à cette contrée, ce n’est pas sans sujet que les anciens Seigneurs d’icelle ayans remarqué cette merveille, ont pris ces figures pour leurs armes, et les ont transmises à leurs descendans, et leur ont donné le nom de Macles, qui vient du latin Macula, qui signifie tache, une macule ou une marque ; d’où quelques uns de cette maison ont pris pour devise sine macula macla… » . Bien plus à l’ouest, dans la région de Morlaix – Pleyber-Christ – Plourin (Nord-Finistère), les schistes à chiastolite ont là aussi été fréquemment recherchés pour le bâti, tant en ville qu’en zone rurale.." (Louis Chauris, idem)

 

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La forme en macle héraldique n'est pas la plus fréquente, mais c'est la plus spectaculaire.

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Chiastolite (Andalousite), Sainte-Brigitte (56), Maison des Minéraux de Crozon. Photographie lavieb-aile août 2017.

Chiastolite (Andalousite), Sainte-Brigitte (56), Maison des Minéraux de Crozon. Photographie lavieb-aile août 2017.

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