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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 13:57

Le vitrail du Credo apostolique de la cathédrale du Mans, ou baie 217 du transept nord.  I. Les lancettes : Credo apostolique et donateurs.

 

 

Liens internes à mon blog lavieb-aile :

 — la partie II de cet article:  La Rose du transept nord de la cathédrale du Mans.

Voir aussi  :

— Les stalles de la sacristie de la cathédrale du Mans.

— Le vitrail de l'Arbre de Jessé de la cathédrale du Mans.

Concernant les Credo apostoliques, voir :

— La maîtresse-vitre de l'église de Quemper-Guezennec (22).

Pour le rapprochement avec la baie 40 de Chartres :

— La baie 40 ou Chapelle de Vendôme des vitraux de la cathédrale de Chartres.

 

  L'amateur de vitraux découvrira vite que la cathédrale Saint-Julien du Mans ne le cède en rien avec sa voisine de Chartres pour l'intérêt et la beauté de ses verrières du XIIe siècle (nef), XIIIe siècle (chapelles rayonnantes)  et XVe siècle (transept nord), cette diversité suivant les aléas des campagnes de construction, des destructions par intempéries ou des agrandissements.

        Si les vitraux du XIIe siècle avec la fameuse Ascension sont bien connus, et si ceux du XIIIe viennent de faire l'objet d'une thèse remarquable de Maria Godlevskaya (Poitiers 2013), ceux du XVe, certainement parfaitement étudiés et scrutés par les spécialistes, ne font pas l'objet de descriptions complètes disponibles en ligne. Pour la baie qui nous concerne, Françoise Gatouillat a publié une étude approfondie sur ses donateurs, ses liens avec le contexte historique (guerre de Cent ans) et les cartons du Maître de Barthélémy, mais cela ne couvre pas l'ensemble de la baie, (qui comporte 124 ou 126 sujets au total) mais seulement sa partie inférieure. Le Corpus Vitrearum dans son Recensement II Centre Pays de la Loire y consacre moins d'une page, n'identifie pas les apôtres ou les patriarches et ne décrypte pas les inscriptions. De même, ces inscriptions, parce qu'elle date du XVe, n'ont pas été colligés et étudiés dans le Corpus des inscriptions de la France médiévale (vol. 24 de 2010) comme ceux du XII et XIIIe siècle. Roger Barrié, dont j'ai déjà exploité avec admiration la thèse dans mes articles sur les Passions du Finistère,  y consacre (in Mussat 1981) 7 pages remarquables qui donnent la meilleure synthèse générale sur cette baie. Au XIXe siècle, l'abbé Ledru avait déjà effectué un travail d'archive considérable, et Eugène Hucher, qui  a donné les calques des vitraux du Mans, avait exercé sa perspicacité sur certains détails.

(Post-scriptum : lorsque j'ai écrit ceci, je n'avais pas encore eu accès à la publication de J.B. de Vaivre 1993)

  J'ai fait mon miel de leurs travaux, et je les ai complété de mes petites découvertes.

— localisation : transept nord, baie du pignon nord. Baie 217 placée au dessus du triforium royal (fleurdelisé).

— Composition : une rose au dessus de deux arcatures jumelles de quatre lancettes

— Datation : entre 1430 et 1435.

— Contexte historique : guerre de Cent ans (1337-1453) et guerre civile entre Bourguignons et Armagnacs (1407-1435). Folie de Charles VI, régence de Philippe le Hardi, l'épopée de Jeanne d'Arc (1428-1430), le règne de Charles VII à partir de 1422 et son sacre à Reims en 1429.

— Contexte religieux : Le Grand Schisme d'Occident (1378-1417), l'affrontement du pouvoir royal et pontifical, le concile de Constance (1414-1418), la Pragmatique sanction de Bourges (1438).

— Surface totale : plus de 110 m2.


                     baie-217-credo-apotres-4696c.jpg

 

Ci-dessous : Image Commons.wikipedia.org

                     File:Le Mans - Cathedrale St Julien Rose.jpg

 

 


Préambule :  La construction du transept nord et son vitrage.    

 

Ledru 1879 p.69 ; Barriè 1981 p. 136 et 139.

La construction du chœur de la cathédrale s'était achevée en 1254 mais laissait l'ancien transept mal raccordé à la hauteur des voûtes. Ce transept s'appuyait sur deux tours nord et sud, dont la dernière servait de clocher au faubourg. Le chapitre cathédral du Mans décida d'abord la reprise du transept sud qui fut achevé en 1395, avant d'organiser le chantier du transept nord. Il dut alors rechercher des donateurs, aidé pour cela par une décision de l'évêque Pierre de Savoisy d'accorder des indulgences aux fidèles généreux. 

 

   Le 3 août 1392, en expédition vers la Bretagne, le roi Charles VI fut pris de sa première crise de folie en traversant la forêt de  l’Augonay et tua de son épée quatre chevaliers qui l'accompagnaient.  Ramené au Mans ligoté, il retrouva ses esprits. Il s’intéressa à la cathédrale dont on achevait le bras sud du transept et fit un don pour la reconstruction du bras nord du transept de l’édifice ;  de retour à Paris, il offrit des terres parce que : « Voulons et ordonnons, pour la grande et spéciale dévotion que nous avons à monsieur saint Julian, que pour faire la croisée de l’église, soit baillés  et délivrés dix-mil francs que nous y donnons ».  La somme était importante et permit de maintenir l’activité du chantier, le roi expédiant tous les mois des sommes dont les chanoines tenaient le compte exact.  Les crises de folie se répéteront et, lucide entre ses «absences», le malheureux roi délègue le gouvernement à son frère cadet Louis d'Orléans et la tutelle de son fils aîné, le Dauphin, à la reine Isabeau de Bavière et à ses trois oncles.

  Les fidèles contribuèrent aussi à la construction, et une commission fut nommée pour récolter les dons. En 1398, Adam Chastelain succéda comme évêque à Pierre de Savoisy, nommé évêque de Beauvais ; il obtint en 1402 du pape des indulgences spéciales favorisant les dons. Le don royal et les nombreuses contributions permirent à l’archidiacre de Sablé de bénir la première pierre en 1403, tout en offrant six écus d'or. En mars 1405, Adam Chastelain fit un don de mille livres, et obtient de nouvelles indulgences de Benoit XIII. Le Chapitre s'impose en 1406  un prélèvement du dixième du gros de leurs prébendes. En 1419, la construction menace de tomber en ruine, et des prêtres, chanoines et archidiacre amènent leurs offrandes ou effectuent des legs. En 1421, traversant la ville avec son armée, le dauphin (futur Charles VII l'année suivante) promet un don de mille livres et en verse 500 dès le mois de septembre suivant. En 1423, le chapitre sollicite la générosité "des dames de Laval" (sans-doute Jeanne de Laval-Tinténiac, décédée en 1437, et Anne de Laval 1385-1466 ). En juin 1424 débutent les dons conséquent (plus de 200 écus d'or) du cardinal Guillaume Fillastre, cumulard de divers bénéfices dont les prébendes du canonicat du Mans. 

C'est ainsi qu'au début du XVe siècle fut réalisée la construction du bras nord du transept de la cathédrale du Mans dont les deux travées furent édifiées entre 1403 (première pierre) et 1429 (charpente en 1425) sous la direction initiale de l'architecte Nicolas de l' Escluse puis à partir de 1421 de Jean de Dampmartin,* qui deviendra en 1432 architecte de Saint-Gatien de Tours. Ces dates permettent de dater les verrières qui s'y trouvent vers 1430-1435, la guerre de Cent Ans (1337-1453) n'étant pas encore achevée et les anglais occupant encore Le Mans. En janvier 1420 ou en 1424 le chapitre obtiendra un sauf-conduit des anglais pour faire venir les pierres et matériaux du chantier.

Ipsa die (XXIe januarii 1420 v.s.), receptimus in magistrum operum ecclesie nostre Johannem de Dampmartin, oriundum de Gergeau, Aurelianensis diocesis (G. Esnault 1879)

Les territoires (rose) occupés en 1429 (Wikipédia) :  220px-Trait%C3%A9_de_Troyes.svg.png

 


   A l'origine le programme de verrière du transept  s'étendait dans les quatre baies (trois fenêtres latérales et pignon) numérotées 213, 215, 217, 219, 221, chacune équipées de 8 lancettes larges de 78 cm et comportait au registre inférieur 32 donateurs agenouillés et tournés vers la grande rose et les apôtres de la baie centrale 217, qui va retenir notre attention. 

Mais  les quatre fenêtres hautes des murs latéraux : baies 213, 215, 219 et 221 ont perdu leurs vitraux, dont quelques panneaux ont été replacés dans la baie  217. Les fenêtres des parties basses, les deux baies jumelles 87 et 89 ont conservé quelques panneaux très mutilés.

  Au centre de ce bras nord se trouve donc l'immense verrière du pignon nord (17 m x 7 m), avec la rose  consacrés pour la rose au couronnement de la Vierge et au Jugement dernier, et sa galerie de huit lancettes à un Credo apostolique et dix donateurs. La rose culminant à une vingtaine de mètres, il faudra lever la tête.

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  I. LE CREDO APOSTOLIQUE.

Registre supérieur et intermédiaire des lancettes.   

   Les apôtres sont pieds nus comme il se doit, et portent (ou sont enrubannés par) un phylactère où est inscrit l'article du Symbole des apôtres qui leur est attribué par une tradition qui connaît d'ailleurs des variantes. Ils sont debout sous une niche gothique flamboyante aux montants hérissés de pinacles et dont le fond, le cul-de-four et les arches ont des couleurs différentes pour chacun. Sous la clef de voûte est suspendu une boule parfois ovoïde au dessus de la tête de l'apôtre et rappelant peut-être la langue de feu du Saint Esprit. Au dessus, dans le registre supérieur, un dais sur deux reçoit deux personnages coiffés d'un chaperon, la main à la ceinture, et tenant sur l'épaule un objet à manche. Dans le registre intermédiaire, dans des architectures crénelées, d'autres personnages sont logés et encadrés de clercs nimbés et orants. 

   La formulation du Symbole des apôtres, sa division en douze articles et l'attribution de ceux-ci à chacun des douze apôtres date d'une tradition qui remonte au Ve siècle, époque où Rufin d'Aquilée (ca.400) fait du Symbole un texte élaboré par les disciples sous l'inspiration de l'Esprit Saint et au VIe siècle, où le Pseudo-Augustin attribue chaque article à un apôtre dans son Sermo 241. Au XIIe siècle se développe parmi les prédicateurs le goût pour les images classificatrices et les séries numériques autour des chiffres sept, dix et douze dans des diagrammes didactiques ; la classification des douze articles et des douze apôtres peut s'enrichir de douze prophètes et de leurs versets.  Ce thème apparaît dans de luxueux manuscrits enluminés comme le Verger de Soulas à la fin du XIIIe siècle. En 1330, dans le Bréviaire de Belleville un verset des épîtres de Saint Paul est associé à chacun des douze articles, lesquels accompagnent la succession des douze mois du calendrier. Ces calendriers sont adoptés dans des Psautiers et Livres d'Heures comme ceux du duc de Berry (Psautier de Jean de Berry en 1380-1400 ; Petites Heures du duc Jean de Berry  en 1385-1390 ; Grandes Heures du duc de Berry en 1400-1410 ) et le Credo apostolique figure dans les vitraux de la Sainte-Chapelle du duc Jean de Berry de Bourges, construite de 1392 à 1397 par Drouet de Dammartin et investie en 1405. Il figurait aussi dans la Sainte Chapelle de Riom élevée entre 1395 et 1403 pour le compte de Jean de Berry par Guy de Dammartin, mais qui ne reçut ses verrières que vers 1445-1455.

 Jean de Dampmartin, architecte du transept nord du Mans à partir de 1421, était le fils de Drouet de Dampmartin bâtisseur de la Sainte-Chapelle de Bourges, et le neveu de Guy de Dampmartin, maître général des œuvres de Jean de Berry depuis 1360. Il est autorisé de penser qu'il avait bénéficier de l'impulsion artistique crée à Bourges par Jean de Berry (mort en 1416) autour de l'enlumineur Pol de Limbourg et des sculpteurs Beauneveu et Jean de Cambrai. Ces influences venant de Bourges et du duc de Berry sont l'une des raisons expliquant le choix du Credo des apôtres au Mans vers 1435.

Les autres vitraux consacrés à ce thème se trouvaient en Bretagne (à Quemper-Guezennec 1460-1470  et à Kergoat en Quéméneven 1475-1499), à Rouen (vers 1500) ou à Jumièges. (voir liste complémentaire en annexe). Seul Quemper-Guezennec a conservé, comme ici au Mans, sa verrière complète, après restauration.

Mais le vitrail du Mans possède une originalité : saint Paul y figure à la seconde place. Comme il ne tient pas un article du Credo, l'ordonnancement du Symbole des apôtres n'est pas décalé pour autant.

 

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Ce Credo se décrit de haut en bas et de gauche à droite.


Les huit apôtres du registre supérieur.

 

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Saint Pierre

— Fond damassé bleu à motif des tiges se divisant régulièrement. Cul-de-four bleu clair, absidioles jaunes. 

— Attribut : La clef ; le livre qui porte l'inscription : Domine ne in furore tuo argas me neque in, "Éternel! ne me punis pas dans ta colère, Et ne me châtie pas dans ta fureur", premier verset du psaume 38 de David que nous retrouverons inscrit sur le livre de prière d'Adam Chastellain au registre des donateurs. ( de Vaivre 1993 ).

— 1er Article :  Credo in Deum, Patrem omnipotentem, Creat[orem] celi et terrae. ( "Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre,")

— paléographie : sans être compétent, l'écriture gothique semble de type textura avec des lettres droites (sans aucune courbe sauf pour des portions au tracé très fin), très uniforme, aux empattements en losange. Chaque trait étant de même largeur que le vide qui suit, d'où l'effet régulier de trame ou tissu (textura), le texte est difficile à déchiffrer lorsqu'il est mal conservé. Ici, on détaillera par exemple le mot patrem, bien lisible, au A, R, E très élégants.

—Manteau rouge et robe verte. Au lieu de la calvitie caractéristique, on note des cheveux bouclés et une barbe qui ressemble à deux longs favoris. 

— Le culte des apôtres en général, et de saint Pierre en particulier, sur le plan spatial (au Mans) et sur le plan temporel (hic et nunc, au début du XVe, puis après les remises en cause des Huguenots) reste à mener, mais je remarque le nombre des églises qui leur sont très tôt consacrées : abbaye bénédictine de Saint-Pierre-et-Saint-Paul de la Couture (ca 605), chapelle Saint-Pierre dès 865 devenant la Collégiale Saint-Pierre-la-Cour, église Saint-Pierre-le-Réitéré, cimetière des Douze Apôtres, église de Saint-Pierre-l'Enterré pour ne citer que les sites les plus faciles à dénombrer. De même, les apôtres tiennent une place importante à l'intérieur même de la cathédrale, dans le vitrail de l'Ascension (XIIe s) ou sur les stalles du Chapitre, mais cette place leur revient de droit.

Plus significatif, le transept, édifié par l'évêque Innocent, de la cathédrale du VIe siècle comportait deux autels, l'un dédié à la vierge et l'autre à saint Pierre. (Mussat, 1981)

 

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Saint Paul

— Fond damassé pourpre à motif de feuilles nervurées, constellées de couronnes jaunes serties en chef d'œuvre. Voûte bleu clair et rouge. Emploi du jaune d'argent pour la bordure du phylactère (comme pour les suivants), la garde et la poignée de l'épée (le pommeau et les quillons), la barbe et les cheveux. Son regard est tourné vers la droite, dans la direction de saint Pierre.

— Manteau vert à revers blanc, nimbe bleu se confondant avec un capuchon de même couleur.

— Attribut : l'épée de sa décapitation. La calvitie fronto-pariétale respectant un toupet.

— Article : saint Paul ne présenta pas d'article de foi, mais une inscription non déchiffrée EGO SUM...IN NPOL. Hucher y a lu EGO SUM A POCTE UM GRÃ DEI que je déchiffre sur son calque peut-être Ego sum min.. apost..grã dei : 

Je propose d'y voir une version abrégée de la Ière épître aux Corinthiens 15:9 Ego enim sum minimus apostolorum, qui non sum dignus vocari  apostolus, quoniam persecutus sua ecclesiam dei, "Oui, je suis le moindre des apôtres; je ne mérite pas de porter le titre d'apôtre, puisque j'ai persécuté l'Eglise de Dieu."

 

 

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Saint André.

— Fond damassé vert à feuilles et oiseaux affrontés (visible près du pied droit) caractéristique des lampas de Lucques ; on retrouve les couronnes jaunes répartis sur le fond. Voûte pourpre et jaune. Jaune d'argent pour les cheveux et la barbe, les couronnes.

— Roger Barrié fait remarquer l'emploi de la technique des pièces en incrustation dites en chef d'œuvre pour le sertissage des couronnes jaunes. 

— Manteau bleu à revers blanc, robe rouge.

— Attribut : la croix en X ou croix de Saint-André.

 — Deuxième article : Et in IHM X~PM, Filium eius unicum, Dominum nostru[m] (et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur,)

— Notez en zoomant les deux personnages nimbés dans l'architecture en grisaille.

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Saint Thomas.

— Fond damassé à motif de fleurs proche de la fleur de lis. Voûte bleue et rouge. Jaune d'argent pour la hampe de la lance. Nimbe blanc au décor complexe.

— Premier exemple d'un carrelage : c'est ici un damier alternant les épreuves en positif et en négatif blanc-noir et noir-blanc du même motif, sur fond vert. 

— Thomas ne porte pas un manteau, mais une sorte de chasuble (sans ouverture antérieure)  bleue à revers blanc descendant bas sur les  manches et à capuche.

— Attribut : la lance.

 .— Troisième article :  qui co[n]cept[us] est de Spiritu S[an]c[t]o, nat[us] ex Mari[a Virgine], (qui a été conçu du Saint-Esprit, (et) qui est né de la Vierge Marie ). (Paléographie : emploi de l'abréviation 9 remplaçant -us, "nat 9" se lisant natus)

— Ordre des apôtres : bien que la lance identifie clairement le personnage comme saint Thomas, celui-ci est très généralement responsable du cinquième article, alors que le troisième revient à Jacques le Majeur sans exception dans la littérature française du Moyen-Âge (G. Hasenohr, in Pensées, images et communications 1993) et dans les vitraux connus. 

De fait, Jean-Bernard de Vaivre a identifié cet apôtre comme étant saint Jacques le mineur.

 

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Les quatre apôtres suivants.

 

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Saint Jean.

— Fond damassé bleu clair à rinceau sous forme de deux tiges montantes dont les grandes feuilles aux échancrures rondes délimitent des serpentins noirs. Voûte vert clair et jaune.  Jaune d'argent pour les cheveux, la coupe, les anneaux des serpents.

— Manteau rouge (la couleur propre à Jean), robe verte.

— Carrelage : sur le verre vert, dessin à la grisaille de carrés divisés en six triangles. 

— Attribut : la coupe de poison (qu'il but sans dommage pour témoigner de son élection divine), le poison étant représenté par les six têtes d'un dragon (ou six serpents) annelé. Le visage imberbe, beau et jeune comme un Apollon est aussi un attribut propre au disciple préféré du Christ. Noter ici les cheveux longs et blonds renforçant l'aspect androgyne habituel.

— Quatrième article : pass[us] sub Põcio Pilato, cruci[fixus], mort[uus], et ..pu[ltus],(a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort, a été enseveli, ). Paléographie : l'inscription sans doute très restaurée mais sans-doute aussi avec fidélité permet d'admirer de nombreuses caractéristiques comme le deux-points initial ;  la forme de la lettre P en Y carré évitant les boucles; l'abréviation "mort 9" pour mortuus, etc.

  — Les quatre personnages du sommet de la niche de l'étage du dessous sont bien visibles ici.

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Saint Philippe ?. 

— Fond damassé pourpre à motif de rinceaux, fleurs et cercles, constellé de couronnes jaunes serties en chef d'œuvre. Voûte rouge et bleue, boule centrale bleue. Nimbe bleue

— carrelage sur verre bleu : carreaux divisés en quatre triangles dont deux noirs.

— Manteau vert à revers blanc (manche) et robe rouge. Remarquez les pupilles soulignées au jaune d'argent.

— Attribut : néant . Il existe donc un doute sur l'identification. (l'attribut habituel de Philippe  est la croix à hampe) Mon identification repose sur le fait que dans quelques textes littéraires et de pastorales Philippe se voit attribuer cet article (G. Hasenohr, in Pensées, images et communications 1993 p.178).

 — Cinquième article : Descendit ad inferna ter cia die a nnortuis (sic) soit  descendit ad inferostertia die resurrexit a mortuis, ( est descendu aux enfers, le troisième jour, est ressuscité des morts ;)

—Je l'ai dit, ce cinquième article est traditionnellement celui porté par saint Thomas, ou parfois par saint Philippe. Jean-Bernard Le Vaivre identifie cet apôtre comme saint Thomas.

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Saint Jacques le Majeur.

— Fond damassé Voûte bleue et rouge. Nimbe bleu clair.

— Carrelage blanc et noir sur verre bleu, les carreaux noirs portant un dessin serpentin.

— Notez les mains en pince de crabe, que de Vaivre considère comme des moufles à deux doigts..

— Attributs : le chapeau à larges bords rabattu sur le devant, le rabat portant une coquille ; le bourdon, ici équipé de bagues ; la besace ou panetière, elle aussi ornée d'une coquille ; la pèlerine, décorée d'une douzaine de coquilles. 

— Sixième article : as[cen]dit ad celossedet ad dexter[am] Dei Patris [omnipotentis], (est monté au ciel, est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ). Paléographie : le texte commence en bas à droite, tourne autour de la tête et du bourdon et revient devant la main droite, les lettres n'étant lisibles que si on tourne autour du personnage pour suivre les circonvolutions. Le texte n'est donc pas inscrit pour être lu et déchiffré par un fidèle, censé connaître parfaitement son Credo. Le mot PATRIS peut être comparé au PATREM du phylactère de Pierre pour constater quelques différences de style.

 

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Saint  Jacques le Mineur ?.

— Fond damassé à motif de fleurs stylisées (refait à droite)  Voûte bleue et pourpre. "La terrasse comporte un gironné de pourpre et de sable" selon de Vaivre qui emploie un langage propre à l'héraldique pour désigner un motif pourpre et noir divisé en plusieurs parties triangulaires opposées par la pointe. 

— Nimbe rouge. Manteau rouge à revers blanc formant de savantes ondulations géométriques. Robe verte. Visage refait.

— Attribut : néant. Jacques le Mineur se charge d'habitude du sixième article ; son attribut est le bâton à foulon.

— Septième article : inde venturus est iudicare vivos et mortuos. (d'où Il viendra  pour juger les vivants et les morts.). Paléographie : l'inscription débute à gauche au dessus de la main droite du saint.

De Vaivre est prudent dans son identification : "Un saint, tourné vers la gauche, que l'on dit être Philippe bien qu'il ne soit présenté aucun de ses attributs classiques".

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Les cinq apôtres du registre intermédiaire.

 

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Saint Barthélémy.

— Fond damassé vert à feuillages et oiseaux de type lampas de Lucques. Voûte bleu et rouge, nimbe rouge.

—  carrelage : losanges noirs sur verre bleu.

— Pupilles soulignées au jaune d'argent.

— Attribut: une croix et un couteau, le "coutelas" par lequel il fut dépecé. La croix peut s'expliquer par ce commentaire de Jacques de Voragine dans sa Légende dorée :  « Sur le genre exact du martyre de saint Barthélémy les avis diffèrent : car saint Dorothée affirme expressément qu'il a été crucifié. Et il ajoute que son supplice eut lieu dans une ville d'Arménie nommée Albane, comme aussi qu'il fut crucifié la tête en bas. D'autre part, saint Théodore assure que l'apôtre a été écorché vif ; et il y a encore d'autres historiens qui prétendent qu'il a eu la tête tranchée. Mais, au fait, cette contradiction n'est qu'apparente : car rien n'empêche de penser que le saint a d'abord été mis en croix, puis, pour plus de souffrances, écorché vif, et enfin décapité." Bien-sûr.

— Huitième article : Credo in Spiritu[m S]anctum, ( Je crois en l'Esprit-Saint)

 

 

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Saint Matthieu.

— Fond damassé rouge à feuillages. Voûte  verte et bleue.  Sol à carreaux rose et noir.

 — Nimbe verte ornementée ; manteau bleu et pourpre. Robe verte. Pupilles soulignées au jaune d'argent. Emploi du jaune à l'argent pour les cheveux et la barbe, le manche de la hache

— Attribut : la hache 

— Neuvième article : [sanct]am Ecclesiam catholicamsanctoru[m] communione[m],  ( à la sainte Église catholique, à la communion des saints,)

 

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Saint  Simon.

 

— Fond damassé bleu à feuillages et oiseaux imitant les lampas de Lucques. Voûte vert clair et rouge. Nimbe bleu clair ornementé.

— Notez les pupilles soulignées au jaune d'argent .

— Carrelage : verre jaune à carreaux noirs.

 — Attribut : épée. J'ai hésité en me demandant s'il ne s'agissait pas d'un artefact dû à un revers du manteau, mais on distingue la poignée jaune quadrillée. L'épée est l'attribut de Paul, et parfois aussi de Mathias, mais ce dernier est toujours lié au 12ème article.  L'attribut de Simon est souvent une scie.  

— Dixième article : remissionem peccatorum, (à la rémission des péchés,). Paléographie : la seule fraction lisible de l'inscription est PRI, forme abrégée peut-être de peccatorum.

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Saint  Jude Thaddée .

— Fond damassé rouge constellé de couronnes jaunes serties en chef d'œuvre. Voûte rouge. Nimbe bleue.

— Manteau vert à revers blanc, robe rouge. Cheveux, barbe et pupilles partiellement rehaussés de jaune d'argent.

— Attribut : néant. J'attribue cet article à Jude en raison de la fréquence avec laquelle il lui est imparti traditionnellement, et après avoir attribué les autres articles à ses collègues. J.B. de Vaivre écrit : "Saint difficile à identifier dans lequel on a voulu voir saint Thaddée" .

— Onzième article : carnis resurrectionem, (à la résurrection de la chair)

 

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Saint Mathias.

— Fond damassé ocre constellé de boules rouges serties en chef d'œuvre. Nimbe bleue

— Manteau vert à revers blanc, venant recouvrir la tête ; robe rouge.

— Carrelage à carreaux noirs sur verre bleu.

— Attribut : néant. (habituellement, la hallebarde)

— Douzième et dernier article : vitam aeternam. (et à la vie éternelle.)  

 

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II. LES TYMPANS. 

Chacune des baies jumelles de quatre lancettes qui composent la galerie de la Baie 127 sous la rose est coiffée d'un tympan de deux quadrilobes et d'une rosace à deux compartiments. Dans les quadrilobes sont représentés des personnages de l'Ancien Testament enrubannés d'inscriptions, et dans les rosaces deux anges eux-aussi porteurs d'inscriptions. Deux autres rosaces latérales appartiennent à cet ensemble mais seront visibles sur la photographie de la rose. 

Ces tympans s'intègrent dans le programme comme des représentations intermédiaires entre l'Ici-bas des donateurs suivi du Dogme de l'Église ( représentée symboliquement par saint Pierre, premier évêque, et par les douze articles du Credo) et la Rose du Christ glorieux et Juge : Abraham, Noé et Moïse sont les témoins d'une Alliance renouvelée par le Christ en un Salut, et David roi, mais aussi auteur des psaumes pénitentiels et roi coupable et racheté (Bethsabée) fait la transition entre le Jugement Dernier, et les supplications des donateurs. Les anges qui sont associés à ce programme présentent le Gloria et sa double fonction, célébrer la gloire divine, et implorer pour le pardon.

Je reprends les identifications donnes par l'abbé Charles en 1880.

I. Le tympan de la baie de gauche :

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1. Abraham.

— Fond damassé bleu à feuilles "de chêne", déjà observé dans les lancettes pour saint Jean.

— Le plus admirable, ce sont bien-sûr les splendides pupilles jaunes. Je les ai mentionné à propos des apôtres.

— Inscription : ABRAHAM VOCA ATRO. IMI ....

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2. "Noé".

 

— Fond rouge à feuilles de fougères.

— Personnage coiffé d'un chaperon et vêtu de bleu et de jaune. Pupilles rehaussées au jaune d'argent.

— Inscription : NOE  NUI RFFUICI :  IT INIÃMI 

 


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3. Couple d'anges présentant le GLORIA.

— Fond damassé bleu d'un coté et rouge de l'autre.

— Robes blanches. Cheveux, emmanchure et bord de phylactère traités au jaune d'argent.

— Inscription : on distingue selon les boucles du phylactère des fragments qui composent un Gloria :  NAM EX ELSIS AMEN

 

 

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4. Monogramme IETRUS

Dans l'écoinçon qui sépare les trois groupes précédents se loge ce monogramme que je lis IETR9 , soit IETRUS : faut-il comprendre PETRUS ? On remarque la lettre T dont la barre traverse le fût à la manière d'une croix.

 

II. Le tympan de la baie de droite.

 

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1. Moïse. (Très restauré)

Il est identifié avec certitude par les langues de feu (qui ont été à l'origine du fait que l'un des attributs de Moïse soit les cornes). Celles-ci, qui "préfigurent" celles reçues par les apôtres à la Pentecôte, trouvent leur origine dans le texte biblique de l'Exode 34 :29-34 où Moïse reçoit les tables de la Loi sur le Sinaï :

 "Puis Moïse redescendit du mont Sinaï, tenant en main les deux tablettes de l'acte de l'alliance. Il ne savait pas que la peau de son visage était devenue rayonnante pendant qu'il s'entretenait avec l'Éternel. Aaron et tous les Israélites regardèrent Moïse, et s'aperçurent que la peau de son visage rayonnait. Ils eurent peur de s'approcher de lui. Alors Moïse les appela. Aaron et tous les chefs de la communauté s'avancèrent vers lui, et il s'entretint avec eux. Après cela, tous les Israélites s'approchèrent de lui et il leur transmit tous les commandements que l'Éternel lui avait donnés sur le mont Sinaï. Quand il eut terminé de leur parler, il se couvrit le visage d'un voile." (Trad. Bible du Semeur).

Ses pupilles sont également rehaussées de jaune d'argent, et, associé à ce visage rayonnant, cela prend encore plus de signification.

Les deux Tables portent des inscriptions riches en initiales dans une disposition énigmatique ; le nom Moïs(e) y figure.


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2. David.

Il est aussi facilement identifiable par sa couronne. 

— Fond rouge à feuilles de chêne. 

— Inscription : SUSTINUI QUI SIMUL CONTRISTARETUR ET NON FUIT ET QUI CONSOLARETUR:

Psaume 69 (68) : 21-23 :  in conspectu tuo sunt omnes qui tribulant me inproperium expectavit cor meum et miseriam et sustinui qui simul contristaretur et non fuit et qui consolaretur et non inveni  et dederunt in escam meam fel et in siti mea potaverunt me aceto  fiat mensa eorum coram ipsis in laqueum et in retributiones et in scandalum:

"L'insulte m'a brisé le cœur, jusqu'à défaillir. J'espérais la compassion, mais en vain, des consolateurs, et je n'en ai pas trouvé.  Pour nourriture ils m'ont donné du poison, dans ma soif ils m'abreuvaient de vinaigre."

Commentaire : cette citation évoque la Passion et fait de David une figure annonçant prophétiquement le Christ (Jn 19:29), ce qui justifie la lecture de ce passage le Jeudi saint, Ier nocturne dans le paroissien romain.

Mais il est possible d'imaginer que cela soit une allusion politique aux difficultés de Charles VII dont la royauté était contesté. Le psaume décrit l'extrême détresse d'un homme persécuté pour sa piété. Le psalmiste commence par exposer à Dieu l'horreur de sa position car s'il ne nie pas ses fautes, il  constate que c'est pour la cause de Dieu qu'il souffre ; il supplie Dieu de le délivrer, puis sa requête se change en malédiction contre ses ennemis nombreux et implacables; il se décrit, pour avoir obéi à l'Éternel, couvert d'outrages et renié par les siens.

 

On verra que, dans la partie basse de la baie (dans sa nouvelle organisation après restauration) ou dans l'ensemble du transept, on assiste à une sorte d'office religieux où sous l'égide de trois saints, les Princes et prélats de ce monde prient et méditent aux thèmes de la mort, de la culpabilité et du pardon en utilisant les psaumes du roi David : il existe une circulation verticale où les prières des Patriarches et leurs figures résonnent tantôt comme préfiguration du Christ, et tantôt comme porte-paroles des donateurs. 


 

 

3. Le couple d'anges : le Gloria.

Même disposition qu'à gauche avec un fond bleu et des ailes rouges et inversement.

Inscription des phylactères : Ange supérieur : AGNUS DEI QUI TOLLIS PECCATA MUNDI

Ange inférieur : IN MUNDI -- E.CEL.IS 

Plutôt qu'un extrait de l'Agnus Dei, "Agneau de Dieu toi qui enlève les péchés du monde, prends pitié de nous", il s'agit de la partie pénitentielle du Gloria, qui inclut ce passage.

 

 

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4. Le monogramme central : IOTES.

Son sens m'échappe ; faut-il comprendre IOHANNES ?  

 

 

 

III. REGISTRE INTERMÉDIAIRE  : LES TROIS SAINTS .

 

Apôtre Mathias ; saint pape ; saint évêque ; saint Louis.

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Je les décrirai de gauche à droite après l'apôtre Mathias qui termine le Credo par son article Vitam eternam. Un seul à été identifié formellement, le roi Saint Louis.

1. Saint René (ou saint Rémi).

 

— Fond damassé vert clair à feuillages et oiseaux comme un lampas de Lucques.

— Sol carrelé noir sur verre bleu.

—Dais rouge et jaune.

— Le saint (nimbe rouge) porte une mitre et une sorte de férule papale en forme de croix qui le désignent comme un pape, mais aucun indice ne permet une identification. La liste des papes canonisés ne permet pas de désigner un pape plutôt qu'un autre, et aucun de ceux-ci n'est en relation avec le Mans. Ce vitrail étant daté de 1430-1435, ces dates correspondent au pontificat de Eugène IV (1431-1447) qui a succédé à Martin IV (1417-1431), la chrétienté sortant avec ce dernier de la crise pontificale nommé Grand Schisme d'Occident. Pour J.B. de Vaivre, la croix "patriarcale" est celle d'un archévêque (saint Bonaventure, saint Claude ?).

—Il trace une bénédiction d'une main non gantée mais qui porte deux anneaux d'or, l'un à l'auriculaire et l'autre à l'index.

Il est vêtu d'une dalmatique (fermée sur le devant) à manches longues et larges, en étoffe blanche brodée de fleurs aux pétales contournées de digitations insolites, sur laquelle est cousue une bande bleue antérieure et sans-doute dorsale divisée en un Y sur les épaules, les clavi

 

   Les auteurs plus autorisés (R. Barrié) que moi l'identifient comme Saint René. Il faut comprendre Saint René d'Angers (424-450), saint légendaire qui doit son nom (le jeu de mot re-né) à ce qu'il avait été ressuscité par l'évêque d'Angers saint Maurille, avant de devenir lui-même évêque d'Angers puis de Sorrente (Wikipédia). Il est fêté le 12 novembre comme saint René d'Angers, et le 16 novembre comme Saint René de Naples. Voir sa biographie.

René...Anjou...Naples... inutile de chercher loin pour penser au bon roi René d'Anjou ou René Ier de Naples, né le 16 janvier 1409 à Angers et mort le 10 juillet 1480 à Aix-en-Provence, fils de Louis II d'Anjou et de Yolande d'Aragon, les donateurs du registre sous-jacent. Saint René serait ici comme puissance tutélaire de l'Anjou, particulièrement à l'honneur dans cette baie. Il avait été élevé à Angers avec son cousin le futur Charles VII, de six ans son aîné.

Pourtant, le rapprochement avec la baie de la Chapelle de Vendôme de Chartres m'incite plutôt à y voir Saint Rémi : cette baie 217 est toute entière consacrée au thème de la royauté, et l'évêque de Reims, qui a reçu du Saint-Esprit la sainte ampoule qui a servi à l'onction lors du sacre de tous les rois de France, tient un rôle essentiel aux yeux du roi Charles VII et de ses alliés, après l'héroïque sacre du roi à Reims sous la conduite de Jeanne d'Arc. La croix qu'il tient est la même qu'à Chartres.


 

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2. Saint évêque (saint Denis ?).

Saint Julien, 1er évêque du Mans ? 

A l'époque, l'évêque du Mans était Adam Chastelain (cf infra) de 1398 à 1439, mais il ne s'agit pas ici de lui.

J'ai pensé un moment à  Saint Louis d'Anjou évêque de Toulouse, fils de Charles II roi de Naples, petit neveu de saint Louis, puisque nous verrons que le registre inférieur est en bonne partie consacrée à la famille d'Anjou.

Roger Barrié suggérait  plus judicieusement Saint Maurille "objet d'une dévotion attentionné de la part de René d'Anjou" et dont nous avons vu qu'il avait, comme évêque d'Angers, ressuscité saint René.

Mais le rapprochement avec le vitrail de la Chapelle de Vendôme de la cathédrale de Chartres suggère d'y voir saint Denis. La basilique Saint-Denis est la nécropole des rois de France, et le premier évêque de Paris est, avec saint Rémi, le saint qui a le lien le plus étroit avec la monarchie française. En outre, le trio Saint Louis, Saint Denis et saint Rémi est parfaitement cohérent. 

Fond damassé pourpre à motif de feuillage. Chape bleu orfroyée, mitre orfroyée, crosse à crochets et fleuron ; robe verte et surplis. Pas de gants ni de bagues.

Le jaune d'argent des yeux n'est que légèrement perceptible.

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3.  Le roi Louis XI ou Saint Louis roi de 1226 à 1270 est la caution principale, l'Ancêtre revendiqué de cette verrière, mais aussi le bâtisseur de la Sainte-Chapelle (1248). Il apparaît en surcot à ses armes, d'azur semées de fleurs de lis d'or.

   J-B. de Vaivre en donne une belle description : "Saint Louis enfin, en armure dont on distingue les grèves et les solerets en écaille de fer ainsi que l'un des gantelets à garde, le brassard de fer et une coudière de fer damasquinés d'or dépassant d'un manteau d'azur semé de fleurs de lis d'or, doublé d'hermines. De la main droite il tient un sceptre au bâton d'argent virolé d'or. La main gauche est appuyé sur une épée dont on ne voit que la fusée d'or et le fourreau bleuté. Le visage du roi est tourné vers la gauche. Ses cheveux blonds sont longs. Le bas du visage porte une fine barbe. La couronne d'or est à cinq fleurons."

— Fond damassé rouge à ramages, sol bleu uni. 

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"Ainsi la dynastie angevine rappelait, au moyen de ces trois figurations, son origine royale, ses prétentions aux royaumes méditerranéens de Naples et de Sicile et sa place dans la diplomatie européenne" (R. Barrié, 1981).

 

 IV. LES DONATEURS DES LANCETTES DE LA BAIE 217.

Par le jeu des recompositions liées à différentes restaurations, notamment après les dévastations des huguenots en 1562, ils sont désormais au nombre de huit, certains regardant à droite et d'autres à gauche dans le désordre de leur réunion. Ce sont eux qui ont été magistralement étudiés par Françoise Gatouillat. 

"Au transept nord de la cathédrale du Mans, bâti autour de 1425, s'alignaient 32 portraits répartis en quatre fenêtres. Huit seulement ont survécu sous la rose, mais une description ancienne des armoiries permet de restituer le programme global. Dans la galerie nord, le roi Charles VII, dont l'image est conservée, accompagnait sa belle-famille d'Anjou. A l'est, une série rétrospective à la gloire de la dynastie angevine était un don de la veuve de Du Guesclin, morte en 1433. A l'ouest enfin, à côté d'une verrière offerte par le clergé local, étaient représentés des donateurs anglais, dont Edmond Beaufort, régent de France à partir de 1435. Le Maine étant sous domination anglaise depuis 1425, l'occupant a non seulement admis la mise en place de vitraux exaltant la légitimité des Valois, mais il a lui-même contribué à l'achèvement du chantier entre 1435 et 1448." (Abstract, Gatouillat 2003)

 

Lancettes de gauche, registre inférieur : je les nommerai 1, 2, 3, 4.

1 :Chanoine; 2 : l'évêque Adam Chastelain ; 3 : Louis II de Bourbon ; 4 : le cardinal Fillastre.

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Lancettes de droite, registre inférieur : 5, 6, 7, 8.

5 : Charles VII; 6 : Louis II d'Anjou 7 : Marie de Blois-Bretagne ; 8 : Yolande d'Aragon.

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Je puiserai dans ce jeu de carte selon ma fantaisie :

 

N° 5 : Le roi Charles VII. Roi de 1422 à 1461. 

      Il porte un surcot aux nouvelles armes de France d'azur à trois fleurs de lis d'or (depuis 1376) et se tient agenouillé à son prie-dieu dans la posture du donateur. Dès le 13 mai 1393, Charles VI avait donné mille écus pour ce travail qui prit alors les noms d'ouvrage du roi, d'ouvrage nouveau, d'ouvrage de la forge, et que plus tard, en 1421, Charles VII, alors dauphin, avait promis mille livres au chapitre pour le même usage au mois de mai, et en versa 500 dès septembre au chapitre (Hucher 1848 p. 369 et F. Gatouillat note 26). Cette cotte est doublé de rouge, ce qui a pu faire croire qu'il s'agissait de Louis III (Hucher) ou Louis Ier d'Anjou (de Vaivre). 

Les caractéristiques de l'armure, dont on distingue surtout les solerets à plaque de recouvrement articulées, confirment J.B.de Vaivre dans une datation de 1435-1440.

 

— Sol à grands carreaux à fleurs jaunes. Le fond est somptueux, royal, sous forme d'une tenture (un "drap d'honneur") au centre ponceau damassé de motifs de feuillages et à la bordure jaune et blanche évoquant une soierie de fils d'or et d'argent ornée de feuilles de chêne et quatrefeuilles dorées. 

— Le visage aux traits fortement soulignés du roi frappent immédiatement le spectateur : nous verrons qu'ils sont caractéristiques de l'auteur présumé des cartons, le Maître de Barthélémy.

Les yeux aux pupilles soulignées de jaune d'argent ne sont pas réservés aux apôtres et patriarche et ils aiguisent aussi le regard de Charles VII. 

 — Sur son  livre de prière se lit le verset domine salvum fac regem et exaudi nos in die qua invocaverimus te (Éternel, sauve le roi ! Qu’il nous exauce, quand nous l’invoquons !) est l'un des psaumes davidiques (Psaume XIX) attachés à la liturgie royale : on lira avec intérêt l'article Wikipédia Domine salvum fac regem concernant cette affirmation de la royauté de droit divin. Ce détail commence à préciser la cohérence de la verrière puisqu'il justifie la présence, dans le tympan, du roi David. L'article Wikipédia précise que "dès le VIIe siècle, on priait pour le roi en invoquant Abraham, Moïse et David", les trois personnages qui sont représentés au tympan (il me reste à identifier le soi-disant "Noé"). Le but de cette verrière serait d'affirmer la légitimité de Charles VII comme roi dans la lignée de Louis XI et selon l'élection du droit divin, et de souligner que sa puissance temporelle est en relation avec les puissances religieuses et divines. Un axe se dessine débutant par le Couronnement de Marie dans la Rose, passant par David couronné dans le tympan, traversant le bloc des Articles du Credo en équivalent de la force des Dogmes de l'Église dans la partie supérieure des lancettes, se prolongeant par la présence du Roi-Saint en registre intermédiaire au coté des évêques, et s'achevant par enfin Charles VII prononçant l'hymne davidique constitutif de la royauté, accompagné d'autres seigneurs et dames lisant dans leur Livre d'Heures d'autres psaumes de David.

Nous pouvons donc visualiser le massif horizontal des treize apôtres et des douze articles du Credo, traversé comme dans une croix par l'axe vertical d'une filiation royale et divine à la fois reliant le Christ-Roi et la Vierge couronnée à David, Saint Louis et Charles VII. Cette appropriation de l'espace de l'église et du dogme de l'Église  par le pouvoir royal s'exprime aussi par la clef de voûte aux armes de France couronnée en haut de la travée que ferme la rose, par les lis et fleur de lis ou par les cerfs ailés qui se retrouvent dans l'édifice. Il s'agit aussi d'une appropriation du Temps, si on songe que les douze articles du Credo apostolique ont été associés aux douze mois de l'année dans les Calendriers des Livres d'Heures.

Charles VII et Bourges.

Le  vitrail le plus illustre représentant le thème du Credo des apôtres était celui de la Sainte-Chapelle de Bourges et les manuscrits de Jean de Berry en portent les plus belles représentations. J'ai réalisé un collage d'informations issue de Wikipédia pour montrer que Charles VII, le "roi de Bourges" et duc de Berry a pu contribuer au choix de ce Credo du Mans et lui donner comme modèle celui de Bourges, dont le style était reconnu au Mans par Louis Grodecki. Mais au-delà du choix d'images pieuses, il s'agit peut-être d'une volonté, comme je viens de le dire, de reprendre le contrôle de l'Église, ce qui sera l'objet de la Pragmatique Sanction de Bourges de 1438. Pour aiguiser encore mon hypothèse, je dirai que cette baie de 1433 (F. Gatouillat), par la place qui est donnée à la royauté divine et de droit divin est un préalable de cette Sanction et de son gallicanisme, et qu'elle dérive elle-même des débats du Grand Schisme d'Occident (1378-1417) sur la supériorité des Conciles sur le Pape:

Ses fiançailles avec Marie d'Anjou sont célébrées au Louvre en décembre 1413 : les enfants, n'ont respectivement que dix et neuf ans. La mère de Marie, Yolande d'Aragon, ne souhaitait pas, depuis la sanglante Révolte des Cabochiens survenue au printemps 1413 à Paris, laisser les jeunes fiancés dans la capitale, les hôtes royaux de l'hôtel Saint-Pol étant notamment menacés par les Bourguignons. Elle réussit à emmener sa fille et son futur gendre en Anjou le 5 février 1414. Puis, au début de l'année 1415, sa belle-famille emmène Charles en Provence au château de Tarascon. Il revient en Anjou à la fin de l'année. Aussi, le prince peut-il passer, avec sa fiancée, quelques heureuses et paisibles années, jusqu'en 1417. Pendant son séjour, le dauphin Charles est instruit par les meilleurs maîtres et il leur doit d'être le prince le plus cultivé de son époque, comme son grand-père, Charles V. Charles devient dauphin de France, à l'âge de 14 ans, à partir du 5 avril 1417. À l'initiative d'Yolande d'Aragon, il était rentré à Paris au début de l'année 1417 en compagnie de son mentor, Jean Louvet, président de Provence, pour assister au Conseil de Régence. Le dauphin prend part à la régence du royaume avec ses conseillers Armagnacs. Il est fait duc de Touraine, duc de Berry et comte de Poitou . En mai 1417, il est nommé lieutenant-général du royaume, chargé de suppléer son père en cas d'empêchement. Pour échapper aux manœuvres du duc de Bourgogne Jean sans Peur, Charles VII quitte Paris dans la nuit du 29 mai 1418 et se réfugie à Bourges, capitale de son duché de Berry, entouré des fidèles officiers de la couronne affiliés au parti d'Armagnac, qui deviendront ses premiers conseillers. C'est dans cette ville de Bourges qu'il se proclame régent du royaume de France. Le dauphin Charles établit le Parlement à Poitiers et la Cour des Comptes à Bourges et prend les armes pour reconquérir son royaume.  Au XIVe siècle la ville avait été la capitale du duché de Berry, qui avait été donné en apanage à Jean de Berry ; celui-ci y avait développé une cour fastueuse et y avait attiré  de nombreux artistes parmi les plus brillants de son temps.. Son plus grand ouvrage sera la construction d’un palais ducal (grand palais) bâti sur les restes de la muraille gallo-romaine, et en continuité des restes d’un palais plus ancien appelé le petit palais (ancien palais des vicomtes de Bourges dont la construction primitive remonterait à Pépin le Bref). Ce palais sera rattaché par une galerie (galerie du cerf) à la Sainte-Chapelle (ou chapelle palatine). Le dauphin, futur Charles VII de France, ayant trouvé refuge à Bourges, va utiliser l’administration mise en place par son grand-oncle, le duc de Berry, pour pouvoir reprendre le contrôle de son royaume (hôtel des monnaies, cour de justice, siège épiscopale). Son fils futur Louis XI naîtra d’ailleurs dans le palais des archevêques en 1423. Charles VII y promulgua la Pragmatique Sanction de Bourges en 1438.

 

 


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N° 8 : Yolande d'Aragon.

Yolande d'Aragon (1381-1442), fille du roi Jean Ier d'Aragon) duchesse d'Anjou et comtesse du Maine, donatrice de la rose. Elle est identifiée par ses armoiries qui peuvent se lire parti au premier de Jérusalem et d'Anjou, au second d'Aragon qui est d'or à quatre pals de gueules, les armes de Jérusalem étant  d'argent à la croix potencée d'or cantonnée de quatre croisettes du même. 

—Fond damassé bleu à fleur de lis stylisée, encadré par un drap d'honneur d'or et d'argent (blanc et jaune) où se lisent entre des lis de France des lettres latines imitant les caractères coufiques.

—Le livre à fermoirs porte une inscription sur laquelle je vais revenir.

—Damas vert sur le prie-dieu.

— Couronne posée sur une coiffure à coques derrière laquelle flotte un voile où s'inscrit des caractères graphiques séparés par un deux-point. Pupilles soulignées au jaune d'argent. Vêtement blanc à ornementation jaune, robe rouge.

Yolande d'Aragon est surnommé la Reine des quatre royaumes en raison de ses prétentions aux trônes de Sicile, de Naples (ou de Hongrie), de Jérusalem et d'Aragon, mais elle préféra tenir sa cour à Angers et Saumur. Son mariage avec Louis II d'Anjou en Décembre 1400, à Arles , faisait partie d'un effort , réalisé dans les mariages antérieurs , pour résoudre les réclamations contestées sur le royaume de Sicile et de Naples entre les deux maisons d'Anjou et d'Aragon. Ils eurent six enfants  dont Louis III d'Anjou (1403 † 1434) - duc d'Anjou, comte de Provence, roi de Naples ; Marie d'Anjou (1404 † 1463) épouse du roi de France Charles VII, et donc mère de Louis XI ; René d'Anjou (1408 † 1480) - duc d'Anjou, duc de Bar, duc de Lorraine (par alliance), comte de Provence, roi titulaire de Sicile et de Naples, le fameux  " bon Roi René" ; Yolande (1412 † 1440), épouse de François Ier, duc de Bretagne, et Charles (1414 † 1472), comte du Maine dont le fils fut duc d'Anjou. Elle est veuve en 1417 

      Pendant toute sa vie, elle soutient la cause de cette grande maison féodale qu’est l’Anjou et cherche à la fortifier et à asseoir son influence pendant que son époux se ruine et s’épuise à conquérir le lointain royaume de Naples. Elle fait ainsi de l'Anjou un des bastions de la résistance française contre les Bourguignons et contre les Anglais. En effet, pendant  la seconde période de la guerre de Cent Ans, Yolande d’Aragon a toujours pris le parti de la France contre les Anglais et les Bourguignons. Devenue la belle-mère du Roi de France Charles VII, elle joue un  rôle important à ses côtés pendant de nombreuses années.  Après 1429,  Yolande aide le comte Arthur de Richemont de Bretagne qui combat les Anglais, qu'il chasse d'une partie de la Guyenne et de la Normandie et elle finit par secouer l'apathie de Charles VII.

Rappel : 

  • 1415 :Victoire des Anglais sur les Français à Azincourt (1415 ).
  • 1419 : Assassinat de Jean sans Peur à Montereau : le fils de Jean, Philippe le Bon lui succède et avec Henri V d'Angleterre force Charles VI à signer le traité de Troyes (21 mai 1420) qui désigné Henry comme « régent de France » et l'héritier du trône français.
  •  En 1421 , le dauphin Charles est déclaré comme déshérité .

Yolande protège  et  soutient Charles VII alors qu’il n’est encore sous le nom de Charles de Ponthieu que le fiancé de sa fille Marie, puis lorsqu’il devient Dauphin du royaume de France, alors que son trône est convoité par le Roi d’Angleterre et le Duc de Bourgogne et que sa propre mère Isabeau de Bavière est alliée aux anglais.  Entourant le Dauphin puis le jeune roi de conseillers et domestiques issus de la Maison d’Anjou et usant de son réseau d’influence, elle joue pendant de nombreuses années, le rôle de conseillère occulte de Charles VII. Elle facilite aussi l’arrivée de Jeanne d’Arc à la cour du Roi, l'impose à son gendre et devient son plus fidèle soutien et finance son armée lorsque la Pucelle part au secours de la ville d’Orléans assiégée par les Anglais. 

Sa présence au coté de Charles VII est donc un manifeste anti-anglais, pro-Anjou qui se trouve complété dans la baie 215 offerte par Jeanne de Laval en faveur du camp breton qui tente de se libérer des anglais.

Le chroniqueur contemporain Jean Juvénal des Ursins décrivit Yolande comme « la plus belle femme du royaume ». Charles de Bourdigné, chroniqueur de la maison d'Anjou, dit d'elle « Elle était considérée comme la plus sage et la plus belle princesse de la chrétienté ». Plus tard, le roi Louis XI affirma que sa grand-mère avait « un cœur d'homme dans un corps de femme ».  

 

 

 

 

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http://xenophongroup.com/montjoie/yolande.htm

 

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L'inscription du livre de prière de Yolande.

Après de nouvelles photographies au 400 mm et plusieurs heures d'effort, j'obtiens (mais J.B de Vaivre en donnait le résultat !):

DOMINE IESU / X[ST]E FILI DEI VI/ VI PONE PASSI/ONEM CRUCEM ET / MORTEM

TUAM INT[ER] IUDICI... / TUUM ET --  /INA[N]S[US] -IUNC-- IN HORA M ~ --/ NRE 

 

Domine Jesu Christe Filii Dei vivi, pone passionem crucem et mortem tuam inter judicium tuum et animam meam nunc et in horam mortis meae. 

L'oraison se poursuit par : et mihi largiri digneris gratiam et misericordiam: vivis et defunctis requiem et veniam: Ecclesiae tuae pacem et concordiam, et nobis peccatoribus vitam et gloriam sempiternam. Qui vivis et regnas cum Deo patre in unitate spiritus sancti Deus, Per omnia saecula saeculorum.

Traduction proposée :

 Seigneur Jésus-Christ Fils du vrai Dieu, interpose (pono, posui "poser") ta Passion de la Croix et ta mort entre ton jugement et mon âme, maintenant, et à l'heure de ma mort ;  et daigne m'accorder la grâce et de la miséricorde ; le pardon et la paix pour les vivants et les défunts ;  la paix et la concorde pour ton Église ; et la vie et la gloire éternelle pour nous, pauvres pêcheurs. Toi qui vis et règnes avec Dieu le Père dans l'unité du Saint-Esprit,  Dieu saint pour les siècles des siècles.

 

On trouve cette oraison :

  • dans un Livre d'Heures de la Sainte Vierge Marie à l'usage de la Sarre publié par Antoine Vérard à Paris en 1503-1505 (folio 56v) Hore beate virginis marie ad usum Sarum, dans l'Office de la sainte Croix (Horae Sancta Crucis). 
  • Dans le Livre d'heures de Maubruny, vers 1523, également pour l'Office de la Croix. Mémoires des antiquaires du Centre page 109 . Ces Heures sont d'origine inconnue mais une influence bretonne y est décelée.
  • Dans le Livre d'Heures (cf image infra)de l'University of West Ontario.
  • Dans le Livre d'Heures de l'University of South California,
  • Récitée quotidiennement par le comte Jean d'Angoulême (1399-1467).
  • dans le testament de 1410 du chanoine de Nantes Jean de la Rive.
  • etc.

Hucher l'avait trouvé dans les Heures à l'usage du Mans jusque dans l'édition imprimée en 1510

 

      image preview

Source image suivante :University of South California 

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6. Le duc Louis II d'Anjou.

(1377-1417) Roi titulaire de Naples, comte de Provence, et duc d'Anjou

On reconnaît la couronne ducale et, sur la cotte, les armoiries de Jérusalem et d'Anjou.

L'armure dont on distingue les cuissards, genouillères et jambières est "d'un type en usage vers 1435-1440" (de Vaivre, 1993).

Hucher ne distinguait déjà sur le livre que les mots nos nosti.

— Fond damassé vert à motifs de petites fleurs serrées (et d'oiseau ,) portant quatre cercles rose contenant des étoiles et des perles. Drap d'honneur à bordure orné de trois fleurs de lys et de caractères coufiques ou latins à allure coufique. Replis rouge. Sol blanc et jaune. Mains restaurées. Visage aux traits fortement soulignés propre au style du Maître de Barthélémy l'anglais.

Eugène Hucher voyait dans les caractères "coufiques" une manière exotique d'écrire des caractères latins pour rappeler que les princes figurés ici étaient souverains à Jérusalem ; il déchiffrait ici, sur la partie droite, les lettres L.R.I.I., comprises comme Louis II Roi ; Roger Barrié n'y voyait que de simples fantaisies ornementales suivant un modèle oriental incompris. On retrouve ces ornementations sur les anges de la Rose.


                       donateurs 9311c

 

 

      Calque par Hucher (1848) Gallica

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7.  Marie de Blois-Bretagne

Marie de Blois, comtesse de Provence, reine de Naples et mère de Louis II d'Anjou. Le portrait de son époux Louis Ier d'Anjou figurait certainement, selon Françoise Gatouillat, à ses cotés.

      A six ans elle fut mariée à Charles d'Espagne Le 9 juillet 1360 eut lieu le second mariage de Marie. Elle épousa Louis d'Anjou, fils du roi Jean II et de Bonne de Luxembourg et lui apporta Guise en dot. Ils eurent trois enfants : Marie (1370-v1383), Louis II (1377-1417), duc d'Anjou, comte de Provence et roi de Naples et Charles du Maine (1380-1404), prince de Tarente. (Wikipédia)

— Fond damassé rouge. Bordure blanche et jaune à motifs de feuilles (chêne, acanthe) et fleurs. Replis verts. Sol rouge foncé.

— Tête restaurée (couronne, coiffure et coiffe inspirées de celle de Yolande d'Aragon). Tunique blanche aux manches brodées d'or. Robe jaune à traîne blanche (fourrure ?). reprise du carton utilisé pour Yolande d'Aragon.

— Livre à pattes et fermoirs dorés, à la tranche dorée, entre-baillé de telle sorte que la lecture des deux pages centrales est difficile : ---LLEN---.

— armoiries parti  Jérusalem d'Anjou et de et de Bretagne (d'hermine plain) : les deux armoiries sont identiques 

 

                           donateurs 9312c

 

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N° 3 : Louis II de Bourbon.

  Portrait rétrospectif de Louis II de Bourbon (1337-1410) : tourné vers la droite, il provient de la baie  voisine 215, à l'est du transept. Les motifs de cette identification (il fit fondation annuelle à la cathédrale en hommage au corps de saint Julien , fondations attestées en 1396 et jusqu'à 1468 ; il fit partie du conseil de régence de Charles VI avec Jean de Berry et le duc d'Anjou, etc.) sont détaillés par F. Gatouillat, qui n'écarte pas la possibilité d'y voir à défaut le duc Jean Ier de Bourbon (1381-1434).

Son rôle de donateur est attesté par Ledru 1879 qui signale un don de cinq florins or.

— Fond damassé rose à motifs de fleurs contenant quatre boules vertes circonscrivant une fleur à cinq pétales. Drap d'honneur blanc et jaune à feuilles de chêne, rameau, fleur inscrite dans un cercle ; plis latéraux verts. 

— Le seigneur, aux cheveux coupés court, est agenouillé, l'épée ceinte, en armure, à son prie-dieu ; un livre est ouvert mais son inscription n'est plus lisible. Son surcot est aux armes d'azur aux trois fleurs de lys d'or à la bande de gueules. 

Jean Ier imita Charles V et remplaça sur ses armoiries le semé de lys par trois fleurs de lys

                                  donateurs 9308c

 

 


LE CLERGÉ.


N° 4 : Le cardinal Guillaume Fillastre.

  C'est l'un des donateurs les plus généreux* pour la construction du transept (il effectua des dons successifs au profit de l'ouvrage de 1423 à 1427), ce qui lui a valu cette place, ainsi que de voir ses armes placées à la première clef de voûte du croisillon septentrional du transept à coté de celles de Charles VII. Plus exactement, il n'occupait pas cette place, mais la baie 221 de la partie ouest du transept, d'où il tournait le regard vers la rose.

* Dons du cardinal Fillastre de 200 écus en 1424, de 100 écus, de 200 écus. (En 1428, il offrit 400 écus pour terminer la tour septentrional de la cathédrale de Reims, dont il avait été le doyen en 1392).

Le cardinal est agenouillé, tourné vers la gauche, à son prie-dieu devant un livre où un texte est inscrit. Il porte une chape rouge à revers blanc et se détache sur un fond damassé bleu encadré par un drap d'honneur identique aux précédents, blanc à "broderies" d'or mêlant les caractères coufiques à trois fleur de lis inscrites dans un cercle. Ce drap retombe en plis verts sur le coté. Devant lui est posé son chapeau de cardinal (galero cardinalice), et j'ai pris d'abord un gros pompon  comme  l'un des glands (houppes ou fiocci), mais ceux-ci apparaissent au premier  plan, à l'extrémité de neuf des quinze cordons. Ce galero coiffe l'écu aux armes De gueules, au massacre d'or, à la bordure bordée de même

      On ne voit pas hélas sa belle devise Liement (avec joie) qu'il avait fait inscrire dans sa maison de Cloître à Reims.

Le prie-dieu est recouvert d'une étoffe blanche à fleurs d'or. Il me resterait à déchiffrer le texte que porte le livre, mais je ne lis qu'un douteux domine ...mihi..canbr..ã. L'attentif Roger Barriè n'avait pu déchiffrer sur l'ensemble des livres des donateurs que "ici ou là un mot indiquant que le livre est ouvert à l'office des morts".

                                         


                        donateurs 9309c

 

Biographie  (P. Merlette; Wikipédia)

 Attention de ne pas le confondre avec son homonyme Guillaume Fillastre le Jeune, (1400 ou 1407-1473) peut-être son "neveu" ou fils, abbé de Saint-Bertin à Saint-Omer, évêque de Verdun de Toul et de Tournai et auteur d'un traité sur la Toison d'or. 

Guillaume Fillastre (l'Ancien) (né en 1348 à La Suze, dans le Maine - mort le 6 novembre 1428 à Rome) était un ancien chanoine du chapitre de Saint-Julien, cardinal français, canoniste, humaniste et géographe. Après un diplôme de doctor juris utriusque obtenu à Angers  où il fut maître quelques années, il gagne l'université de Paris et, comme beaucoup d'autres clercs et universitaires, il se met en ce moment là à cumuler les bénéfices, les canonicats, dans différentes églises. Il est chanoine à Angers, au Mans, chanoine et archiprêtre à Laval qui n'est pas un diocèse mais qui comporte un chapitre important, et il prend place dans le clergé de Reims, d'abord comme doyen de Saint-Simphorien, ensuite comme chanoine du chapitre cathédral de Reims, l'un des plus puissants de France. A quarante-cinq ans, il est élu doyen du chapitre cathédral et va le rester vingt-deux ans. Fillastre enseigna la jurisprudence (et les mathématiques) à Reims et, en 1392, fut nommé doyen de son chapitre métropolitain. Pendant le Grand Schisme d'Occident, il montra au début beaucoup de sympathie pour Benoît XIII . En 1409, cependant, il prit part à la tentative de réconcilier les factions au sein du concile de Pise. L'antipape Jean XXIII lui conféra ainsi qu'à son ami Pierre d'Ailly la dignité de cardinal (1411), et en 1413 il fut nommé archevêque d'Aix.

   Fillastre joua un rôle très important au concile de Constance où lui et son ami le cardinal d'Ailly furent les premiers à soulever la question de la renonciation des prétendants rivaux (février 1415). Il acquit un grand renom par les nombreux problèmes juridiques sur lesquels il donna des décisions. Le pape Martin V, à l'élection duquel il avait beaucoup contribué, le nomma légat a latere en France (1418), où il devait promouvoir la cause de l'unité de l'Église. En reconnaissance des succès qu'il avait obtenus dans cette fonction, il fut nommé archiprêtre de la basilique du Latran. En 1421, il démissionna du siège d'Aix, et en 1422 fut affecté à l'évêché de Saint-Pons de Thomières. Il mourut à Rome dans sa quatre-vingtième année, comme cardinal-prêtre de San Marco.

 Pour ma part, c'est comme humaniste bibliophile que Guillaume Fillastre m'intéresse, surtout après la lecture de Quattrocento de Stephen Greenblatt qui raconte la chasse aux manuscrits grecs encore conservés dans de vieilles bibliothèques de couvent par Poggio Bracciolini dit Le Pogge, et son sauvetage du Rerum Naturae de Lucrèce.  Le Pogge était secrétaire de la Curie employé par Jean XXIII et participa au Concile de Constance tout comme Fillastre, et c'est lorsque le pape (et désormais antipape) fut condamné et prit la fuite qu'il voyage alors pour écumer les bibliothèques plus ou moins lointaines, et pour y redécouvrir les textes de l’Antiquité classique copiés à l’époque de la Renaissance carolingienne, allant à Saint-Gall (à partir de 1416), puis à Einsiedeln, à Fulda et à Murbach, ou jusqu’à Cluny, Langres et à Cologne.

 De même, Guillaume Fillastre, grand collectionneur de manuscrits, a veillé à la constitution de la bibliothèque du chapitre cathédral de Reims en se faisant copier des livres ou des manuscrits qu'il y  adressait : l’inventaire de cette bibliothèque, qui date du XVe siècle, mentionne un recueil de discours de Cicéron, qui contient aussi des discours d’Eschine et de Démosthène ; les notes marginales de lecture laissées par Guillaume Fillastre montrent son intérêt pour les ouvrages philosophiques de Cicéron, mais aussi pour le Gorgias et le Phédon de Pllaton qu'il traduisit du grec en latin. C'est ainsi qu'il avait copié la traduction latine de la Géographie de Ptolémée (sans les cartes), qui avait été terminée par Jacopo d'Angelo da Scarperia en 1409, un manuscrit qu'il avait beaucoup de difficulté à obtenir de Florence. En même temps que ce précieux codex de Ptolémée, il fit copier à Constance et il envoya en 1418 à la bibliothèque du chapitre de Reims, qu'il avait lui-même fondée et déjà dotée de nombreux manuscrits de valeur, une grande carte du monde tracée sur peau de morse, et un codex de Pomponius Mela (Cosmographie ; Ethicus. Cosmographie ; Itinéraire dit d’Antonin. Ms 1321 de Reims).

 Ainsi Guillaume Fillastre figure, avec Jean Gerson, chancelier de l'Université de Paris, Pierre d'Ailly (Petrus de Alliaco, chancelier de l’Université de Paris et maître de Gerson), parmi les principaux membres du mouvement humaniste français sous Charles VI et Charles VII. A Constance, capitale de la chrétienté de 1414 à 1418 en même temps que capitale européenne du livre et de l’écrit,  durant les trois ans et demi de délibérations entrecoupés d'interruptions, il put rencontrer les membres de la Florence des humanistes (Poggio Braciolini ou Leonardo Bruni, mais aussi un personnage comme le Grec Manuel Chrysoloras (décédé chez les Dominicains de Constance en 1415).


 

 

 

N° 2 : L'évêque Adam Chastelain, évêque du Mans de 1398 à 1438.

Portrait  provenant de la baie 221, à l'ouest de celle-ci.

a) Des informations données par A.R. Le Paige, (1777) j'extrais ceci qui illustre les liens entre les personnages de cette verrière: La reine de Jérusalem, Yoland, comtesse du Maine, etc. permit en 1417 à l'évêque Adam de bâtir à ses frais une tour en la partie de son palais épiscopal, sur les fossés de la ville, vis à vis l'église des Cordeliers. Cette tour était destinée à protéger le palais face à l'arrivée des anglais  et forme le début d'un système fortifié  au sud de la cathédrale.

b) De la biographie de Julien Remi Pesche, (1828) ceci : La province était alors occupée par les Anglais. L'évêque Chastelain, du consentement du gouverneur de la ville pour le roi de France, alla trouver le duc de Bedford qui les commandait, pour l'exhorter à épargner les églises et les ecclésiastiques, ce que le duc lui promit.

c) de l'abbé Ambroise Ledru "Adam Chastelain évêque du Mans et le transept nord de la cathédrale (1422-1424)",  Union historique et littéraire du Maine 1ère série  t.2 n°5 mai 1874 page 82-91., j'emprunte cette description du panneau :

Le personnage chapé, nu-tête, mains jointes, est à genoux devant un prie-Dieu garni d'un tapis vert ; sur ce tapis est posé une mitre blanche à fanons rouges, rehaussée d'or, et à coté un livre sur lequel on lit Domine, ne in furore arguas me, etc. Son manipule est rouge et sa crosse très finement ornementée, est appuyée sur son bras gauche. Son écusson, surmonté d'une mitre et d'une crosse, est d'argent à trois chevrons de sable (voir la planche).

[A. Ledru analyse ensuite le texte de Hucher qui, dans ses Calques des vitraux du Mans », y voyait Pierre de Savoisy dont la famille porte De gueules à trois chevrons d'or à la bordure engrelée d'azur, et attribue cette erreur à celle des armoriaux du Maine, dont les auteurs donnaient pour Adam Chastelain, à la suite d'une mauvaise interprétation de l'Histoire des Evêques du Mans de Le Corvaisier, d'azur au château d'argent couvert et girouetté de trois girouettes de même. ] La preuve de cette erreur est apporté par l'abbé Ledru grâce à un document du 30 novembre 1400 conservé dans les archives de la fabrique de Requeil et scellé par l'évêque du Mans : ce sceau porte un écu chargé de trois chevrons et la devise DEO GRATIAS.

Le psaume 6  du livre des psaumes est attribué au roi David d'après l'indication du premier verset et fait partie des sept psaumes pénitentiels. Il est appelé en latin Domine ne in furore. Ce psaume est probablement destiné à quelqu'un qui a été frappé par la maladie, à moins qu'il n'exprime les sentiments d'Israël souffrant de l'oppression d'un autre peuple.  Dans la liturgie des Heures, le psaume 6 est récité ou chanté à l’office des lectures du lundi de la première semaine. (Wikipédia) :

 

  1 in finem in carminibus pro octava psalmus David

2 Domine ne in furore tuo arguas me neque in ira tua corripias me  Éternel! ne me punis pas dans ta colère, Et ne me châtie pas dans ta fureur.

3 miserere mei Domine quoniam infirmus sum sana me Domine quoniam conturbata sunt ossa mea   Aie pitié de moi, Éternel! car je suis sans force; Guéris-moi, Éternel! car mes os sont tremblants.

4 et anima mea turbata est valde et tu Domine usquequo  Mon âme est toute troublée; Et toi, Éternel! jusques à quand?

5 convertere Domine eripe animam meam salvum me fac propter misericordiam tuam  Reviens, Éternel! délivre mon âme; Sauve-moi, à cause de ta miséricorde.

6 quoniam non est in morte qui memor sit tui in inferno autem quis confitebitur tibi  Car celui qui meurt n'a plus ton souvenir; Qui te louera dans le séjour des morts?

7 laboravi in gemitu meo lavabo per singulas noctes lectum meum in lacrimis meis stratum meum rigabo   Je m'épuise à force de gémir; Chaque nuit ma couche est baignée de mes larmes, Mon lit est arrosé de mes pleurs

8 turbatus est a furore oculus meus inveteravi inter omnes inimicos meos   J'ai le visage usé par le chagrin; Tous ceux qui me persécutent le font vieillir.

9 discedite a me omnes qui operamini iniquitatem quoniam exaudivit Dominus vocem fletus mei  Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal! Car l'Éternel entend la voix de mes larmes;

10 exaudivit Dominus deprecationem meam Dominus orationem meam suscepit  L'Éternel exauce mes supplications, L'Éternel accueille ma prière

11 erubescant et conturbentur vehementer omnes inimici mei convertantur et erubescant valde velociter Tous mes ennemis sont confondus, saisis d'épouvante; Ils reculent, soudain couverts de honte.

On le trouve attesté dans un Livre d'Heures à lusaige du Mans folio xx publié par Vostre en 1510, mais aussi dans les Heures du XVe :

BM Toulouse Ms 2842, Livre d'Heures d'Yvon de Cugnac, XVe :

 

                                            David

Heures de Béthune 

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Je ne parviens pas à déchiffrer les inscriptions des livres ouverts devant les autres donateurs, mais cet exemple suggère que leurs textes correspondent aux pages habituelles des Livres d'Heures. 

      De quelle faute l'évêque fait-il pénitence ? Collective ou personnelle ? de ses arrangements avec l'occupant ? d'une faute secrète (rappelant l'adultère de David avec Bethsabée) ?

La prière des donateurs s'élève vers la Rose et son Christ-Juge.

 

Pour compléter la description de l'abbé Ledru, je ferai remarquer l'inscription IHS en lettres jaunes sur le capuchon de la chape, monogramme du Christ semblable à ceux que l'on trouve inscrits dans les écoinçons du tympan. Ici, la lettre centrale est surmontée d'un tilde, comme dans l'exemple suivant (Wikipédia) mais le tilde traverse ici  la hampe du H.

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                                  donateurs 9307c

 

 


 

 

 

N° 1 : Chanoine non identifié.

Ce chanoine anonyme a remplacé à une date indéterminée le portrait du comte d'Arundel Jean Fitz Alan, lieutenant du roi d'Angleterre et du duc de Bedford pour la guerre de France, mort le 12 mai 1434, et dont la présence dans cette verrière est insolite.

Sa présence ne sera pas jugée accessoire au moment même (2014) où Rachel Tapia prépare une thèse tendant à démontrer l'importance du rôle joué par le chapitre des chanoines du Mans dans la construction du transept nord.

« Librement restitué à partir des restes d'amusse en 1909 », il pourrait être celui décrit dans un manuscrit de 1798 dans la baie 215, accompagné d'armoiries d'argent à six losanges de sable placés trois, deux, un qui semblent être celles de la famille poitevine Fumée ou Fumé ( homonyme de celle du médecin de Charles VII originaire de Tours) (Gatouillat  ). Le blason est signalé plus tard à propos de Nicolas Fumée de la Perrière, maire de Poitiers en 1546, écuyer d'une famille originaire d'Anjou.

Grâce à Jean-Bernard de Vaivre, je distingue ou devine l'aumusse aux cinq queues de petit-gris que le chanoine bien fourré porte sur le bras gauche. Elles se voient mieux sur le calque de Hucher reproduit par de Vaivre dans sa figure 18.

  Comme le chaperon, l'aumusse, signe distinctif du chanoine, était initialement une coiffure et un capuchon couvrant les épâules, pour devenir un triangle porté sur le bras gauche lorsqu'on est assis, et sur le dos en position debout. Elle est de vair ou de petit-gris.  

 


                        donateurs 9306c

 

Au total, 

a) la baie 217, telle que Françoise Gatouillat la reconstitue, associait à l'origine  trois générations des ducs de la seconde maison d'Anjou associées aux souverains. Ils se succédaient dans la verrière selon l'ordre généalogique, chacune des figures étant tournés vers la gauche : depuis la droite de la galerie Marie de Bretagne agenouillée derrière Louis 1er d'Anjou, puis Yolande d'Aragon et Louis II précédés  d'u frère de marie d'Anjou ( Louis III d'Anjou et sa troisième épouse  ou René d'Anjou et de d'Isabelle de Lorraine) et en tête du cortège le roi Charles VII et la reine Marie d'Anjou : le roi et la reine étaient donc suivis de la famille d'Anjou sur trois générations :

— Yolande d'Aragon : sa fille Marie d'Anjou (1404-1463) épousa Charles VII et devint mère de Louis XI. Il manque ici son portrait (perdu).

—Son époux depuis 1399 Louis II duc d'Anjou (1377-1417), roi en titre de Naples et comte de Provence

—Les parents de Louis II : le duc Louis Ier mort en 1384 et Marie de Blois-Bretagne morte en 1404.

b) Cette verrière 217 voisinait la baie 215 où se trouvait, toujours selon la reconstitution de F. Gatouillat d'après un manuscrit de René Anselme Négrier de la Crochardière (>1562 et < 1798) :  

  • le pape Clément VII au centre (Robert de Genève devenu en 1378 Clément VII, dont l'élection par le collège des cardinaux principalement français fut à l'origine de grand schisme d'Occident. C'est grâce à lui que Louis Ier fut adopté par la reine Jeanne Ier de Naples en 1381 ; il soutint financièrement la reconquête du royaume en 1382 ; et c'est de ses mains que Louis II reçut la couronne de Naples en 1389 à Avignon.)
  • l'évêque Gontier de Baigneux, évêque du Mans de 1367 à 1385, ses armes d'or à l'orle de sable se trois pièces étant reprises 18 fois dans les peintures murales de la chapelle axiale. 
  • Jeanne de Laval-Chatillon  aux armoiries d'or à la croix de gueules chargée de cinq coquilles d'argent et cantonnée de seize alérions d'azur.épouse de Guy XII après avoir épousé Bertrand du Guesclin ; elle est entourée de ses deux époux :
  • Bertrand du Guesclin (7e lancette) dont le portrait était encore conservé au début du XIXe siècle : « On voit la figure de Duguesclin sur un des vitraux de l’église Saint-Julien au-dessus des fonts baptismaux. Ce connétable est représenté mains jointes. Sur son manteau sont peintes ses armoiries, d’argent à l’aigle déployée de sable » (Renouard p.301).
  • Guy XII de Laval
  • Olivier de Clisson (2e lancette)
  • Un chevalier dont le portrait est maintenant relégué dans le chœur portant d'hermines à trois pals ondés de gueules au franc quartier de sable au loup passant d'or ....et identifié partiellement comme « un chevalier breton du cercle blésiste » (de Charles de Blois)
  • Un chevalier aux armes «d'azur à la croix estoquée brisées en cœur d'une molette de sable » non identifié.

 La baie orientale était donc un don de Jeanne de Laval-Chatillon comme programme commémoratif de sa famille bretonne. Dans cette baie étaient réunis autour de Jeanne de Laval, qui vécut jusqu'en 1433 et qui jouissait d'une grande popularité auprès des Manceaux, des personnages morts depuis longtemps et liés plus ou moins directement aux destinés du premier duc d'Anjou et de son beau-père, le bienheureux Charles de Blois. Cette baie 215 illustre la convergence des intérêts politiques de la famille des Laval et des Valois d'Anjou. 

c) les baies occidentales 221 et 219.

— La baie 221 contenait le portrait de Adam Chastelain et de Guillaume Fillastre, qui furent déplacés en baie 217 après les dégradations de 1562. Elle contenait en outre quatre autres personnages qui y demeuraient encore par la suite et qui se distinguent par leurs armes

  • armoiries de gueules à un massacre de cerf d'argent tourné de front. (proche de celles du cardinal Fillastre)
  • Armoiries d'argent à une macle d'azur :  sans-doute celles de l'archidiacre Guezennot Tréanna cité en relation avec l'évêque Chastelain dans un acte de 1433 et qui, moyennant finances, obtint des Anglais un congé de six mois en février 1434 « pour aller à Rome et au saint concile ».
  • Armoiries d'argent à un chevron d'azur 

    accompagné de trois frelons volantes de sable ambrées d'argent : A. Ledru a  remarqué leur similitude  avec les armes parlantes de Geoffroy Freslon, élu évêque du Mans en 1258, émettant l'hypothèse d'un descendant de sa famille.

  • Armoiries 

    d'or à trois chauve-souris volantes deux et un » qui évoquent celles de la famille angevine et bretonne de Rabasté.

 Au total "la verrière 221, dont les trois donateurs identifiés sont des contemporains de la construction, peut avoir été toute entière offerte par des membres du clergé local ou ayant des intérêts locaux. Elle pouvait également comprendre le portrait du chanoine « défiguré », tôt transporté dans la baie orientale pour y boucher un trou, avant de remplir le même office au bas de la grande baie nord." (Gatouillat 2003).

— La baie 219 : participation des anglais.

Elle abritait parmi quatre autres personnages un couple de nobles anglais dont l'homme portait d'Angleterre à la bordure d'hermines et son épouse parti des précédentes et  échiquetées d'or et d'azur au chevron d'hermine et de gueules à la fasce d'or accompagné de six croix coupées de même, qui est Beauchamp. Les donateurs sont donc Eléonore Beauchamp, fille du comte de Warwick et son époux Edmond Beaufort (1406-1455), comte de Dorset, comte de Somerset en 1444, puis duc en 1448. Les armes de ce dernier permettent à Françoise Gatouillat de dater le portrait et sa donation au Mans "entre son mariage en 1434-1435, et 1444, date à laquelle il abandonna la bordure d'hermines". Elle ajoute  :

"Présent par intermittence sur le sol français à partir de 1427 Edmond Beaufort y devint l'un des principaux représentants du roi d'Angleterre en France après la mort du régent Bedford, peut-être dès la fin de l'année 1435, quoi qu'il en soit avant 1437 : en 1447, il est qualifié "d'ancien capitaine général et gouverneur des pays d'Anjou et du Maine". Sa commande de vitraux est clairement liée à la période pendant laquelle il eut la responsabilité de la province. La verrière entière fut-elle offerte par l'occupant ? Il est difficile de le prouver mais c'est probable. Parmi les personnages voisins des Beaufort se tenaient deux cardinaux qui portaient l'un et l'autre  d'argent à trois roses de gueules boutonnées d'or*  - double don d'un même prélat ? - ; les armes d'un troisième donateur, d'argent à trois lys de gueules , restent également à identifier, et le dernier était le chevalier originaire de la baie 115, maintenant conservé dans le chœur. Malgré ces incertitudes, il demeure que la donation du comte d'Arundel* ne fut pas une initiative isolée. Son effigie autrefois rapportée sous la rose provenait à l'évidence d'une des lancettes de cette fenêtre. Les chefs de l'occupation anglaise ont bien contribué, de manière concertée, à l'oeuvre du bras nord de la cathédrale, y faisant placer leur portraits".

 

 

*Edmond Beaufort (vers 1406 – 22 mai 1455), 1er comte de Dorset (1442), 4e comte (1444) puis 1er duc de Somerset (1448), fut l'un des grands capitaines anglais de la fin de la guerre de Cent Ans et du début de la Guerre des Deux-Roses. Il est le  neveu de Henri Beaufort, évêque de Winchester et régent d'Angleterre. Ces deux hommes étaient les demi-frères de Henri IV d'Angleterre et les oncles de Henri V. Entré très jeune comme commandant dans l'armée anglaise, Edmond Beaufort est capturé lors de la bataille de Baugé en 1421 et restera prisonnier de Charles VII pendant dix ans. Libéré en 1431 en échange de Charles d'Artois, comte d'Eu, il retourne en Angleterre où il se met au service de Henri Beaufort. (Wikipédia)

**   armes de la famille Le Roy de Brée, du Manoir, en Bessin (Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France de Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842); Armes de la famille bretonne Grignon, ou à celle d'Yver. Armes de la famille bretonne de Rosmorduc en Logonna-Daoulas. Aucun cardinal ne porte ces noms.

 

                    STYLISTIQUE.

Les sources d'intérêt stylistique ne manquent pas dans cette baie : 

  • rehaussement des pupilles au jaune d'argent pour la majorité des personnages sacrés mais aussi historiques,
  • fonds damassés variés,
  • multiple exemples de la technique d'incrustation de pièces rondes à l'intérieur d'une piece de verre ("en chef d'œuvre") : apôtres Paul, André,  Philippe, Jude et Mathias ; Fond de la Vierge et du Christ dans la rose.
  • utilisation de caractères coufiques ou pseudo-coufiques, encore mal expliqués.
  • identification de l'auteur d'une partie des cartons, le Maître de Barthélémy au style très affirmé.

 

 1. Les pupilles rehaussées de jaune d'argent, propre à l'ouest de la France en 1370-1430.

 je les ai déjà observé :

Cette particularité, qui confère aux personnages un caractère sacré de haute spiritualité, est propre à l'Ouest de la France dans la période 1370-1430. On le constate aussi à Dol-de-Bretagne (ca 1420) ou à la cathédrale de Quimper (ca 1415).

Roger Barrié, qui trouve déjà que le grand nombre de verres blancs des phylactères, des robes des anges et des architectures entraînait une impression "d'atonie", la grisaille des dessins étant trop grêle  "de sorte que leur fort rayonnement n'est réglé par aucun écran", juge que le rayonnement du jaune d'argent qui colore les pièces d'architecture est aussi envahissant que celui du blanc qui leur sert de

base colorée" et que "le scintillement [des couronnes d'or des fonds] recherché pour plus de somptuosité pulvérise cependant à distance les masses de couleur."


2. Les damas. Un seul atelier local exploitant un stock de cartons anciens ou récents.

J'ai détaillé les motifs des différents fonds damassés, trouvant plaisir à reconnaître les oiseaux affrontés propres aux lampas de Lucques et à les voir alterner avec des motifs à rinceaux, plus anciens et d'autres à larges fleurs. Ils témoignent des goûts vestimentaires et d'ameublement (courtines tendues dans les églises les jours de fête) pour les tissus brodés, les damas, brocarts et lampas que le développement de l'industrie textile à la fin de la guerre de Cent Ans rendait accessible. Les soieries de Lucques en Italie, d'inspiration orientale furent fabriquées dès le XIIIe siècle et si elles sont aussi imitées dans les vitraux d'Arnault de Moles à Auch (1507-1513), ces fonds se retrouvent dans les vitraux dès 1400 et pendant le premier quart du XVe siècle en Normandie à Sées, Saint-Lô, Rouen (Saint-Maclou) ou à Evreux (Cathédrale, ou église Saint-Thaurin). Ils associent des feuillages stylisées et des fleurs à des perroquets, des cygnes ou des personnages fabuleux affrontés (M. Callias Bay 2006). Plus tard, dans la seconde moitié du XVe siècle apparaissent des motifs plus grands et plus simplifiés. Ces motifs sont répétés au moyen de pochoirs rigides ou de planches dessinées ou calquées sur les tissus. Ils peuvent être peints avec les pochoirs, ou au contraire enlevés 

J'ai lu dès lors avec intérêt le commentaire qu'en fait Françoise Gatouillat (2003) :

"L'emploi d'une variété de damas plus ou moins archaïques, associé à la manière de teinter de jaune d'argent les pupilles, est l'indice que la commande de la rose a été reçue par le même atelier, que l'on peut présumer local, surtout si les verrières des deux étages ont été exécutées à un certain nombre d'années d'intervalle. Les caractères stylistiques hétérogènes de la rose prise dans son ensemble - sans les portraits rapportés - pourraient avoir pour origine les phénomènes d'association ou de sous-traitance fréquents dans le cas de chantiers importants ; ils reflètent plus certainement des pratiques usuelles, éclairées par les récentes recherches sur la genèse des œuvres de ce domaine. Comme on le sait aujourd'hui, même dans le cadre d'une commande de prestige, les peintres-verriers n'étaient pas tenus d'avoir systématiquement recours à des cartons neufs ; ils restaient libres d'exploiter, autant que faire se pouvait, les documents déjà archivés dans leur atelier, étant entendu que ceux des sujets dont les modèles ne pouvaient se trouver en stock, en particulier l' image des commanditaires, étaient dessinés pour la circonstance. Ainsi, dans la galerie de la rose, les disparités nettes entre les figures d'apôtres d'une part, et celles des donateurs princiers d'autre part, s'expliquent certainement par la nature des modèles utilisés par le ou les peintres sur verre. Les patrons des premières devaient préexister , tandis que ceux qui ont guidé l'exécution des secondes ont été produits tout spécialement. Le responsable de la réalisation a ainsi procédé à une combinaison de cartons, utilisant, selon les sujets, le travail d'un peintre contemporain ou adaptant des dessins plus anciens ayant servi pour d'autres chantiers. Il semble qu'il a agi de même avec les pochoirs à l'aide desquels ont été obtenus les damas des tentures, certainement tributaires de documents d'âges divers réunis dans son fonds d'atelier ou dans ceux de ses éventuels associés : ainsi sont juxtaposés des rinceaux de feuillage gras en usage au milieu du XIVe siècle, des « étoffes » d'inspiration lucquoise à menus motifs d'oiseaux, déjà présents bien avant 1400 à Evreux et un peu plus tard à Bourges, et d'autres à larges ramages végétaux, suivant une mode qui naît vers 1430."

 

 3. Les couleurs.

"Les verres teints dans la masse ne manquent pas de qualité : le rouge est puissant, le bleu plein de spiritualité, le vert foncé profond, le vert jaunâtre et le mauve délicats ; cette dernière couleur, obtenue par des procédés chimiques à partir du cobalt, est d'une instabilité relative entre le violet et le rose. Elle est réservée ici à des zones limités, tels la robe du Christ-juge ou les bonnets des Patriarches, comme une élégance de la gamme colorée." (R. Barrié 1981)

4. La technique picturale.

"Peu appuyée comme nous l'avons dit, elle relève d'une facture précieuse qui évite la mièvrerie : le dessin des visages, net et élégant, est extrêmement soigné pour le profil du nez, pour le pli de la bouche petite et surtout pour l'œil allongé en amande ; les modelés légers et les enlevés à la brosse concourent à donner cette suavité et cette noblesse inventées par les ateliers royaux à partir de 1380 ; les étoffes coulent avec une aisance qui ne rappelle en rien le métier de sculpteur. Enfin le jaune d'argent, seule véritable teinture dont dispose le peintre-verrier et découvert au début du XIVe siècle, accentue l'ondoiement des chevelures et des barbes dessinées en traits fins ; il colore même la prunelle des yeux de manière à donner l'acuité du regard vivant à ces calmes figures. La discrétion du modelé, la spiritualité des couleurs, les fonds damassés font référence au style manifesté à Évreux et surtout à Bourges avec les figures des apôtres de la chapelle de Jean de Berry vers 1405".

 " Par contre, les donateurs sont d'une échelle légèrement plus grande et ressortissent d'un style différent. Bien des éléments picturaux, comme les prunelles en jaune, le tracé des fleurons, les fonds, la gamme colorée, et même les caractères techniques, telle l'habileté de la mise en plomb, sont communs ; cependant le trait de peinture noire plus énergique, le dessin plus aigu et le modelé plus sommaire confèrent à ces figures une expressivité remarquable qui est accentuée par la liberté d'utilisation du jaune d'argent qui colore, en touches non délimitées par le trait, le bout d'un nez, les sourcils ou un menton. Cette expressivité qui va jusqu'à la laideur rompt avec la manière suave des ateliers royaux ; mais la ressemblance des princes et des reines entre eux appartient plutôt à un style uniforme qui affirme des caractères marqués sans recherche de la vraisemblance réelle, sans individualisation propre au portrait. Tout autant que le style noble, le style expressif est une convention, ici réaliste, sans souci avec le rapport à la réalité qui inspirera l'art de la seconde moitié du XVe siècle.[...] Aussi pensons-nous que la vitrerie est contemporaine de l'achèvement du gros œuvre avant 1430 et fut exécuté dans un atelier local s'inspirant du style des ateliers royaux. Pour la datation de la galerie des donateurs deux hypothèses peuvent être avancées [: soit immédiatement après la rose en 1430 par le même atelier; soit après la mort de Yolande d'Aragon et après la reddition anglaise en 1448] "(Roger Barrié p. 144-145)

5. Le style des figures d'apôtres.

La série des treize apôtres n'est pas homogène par son style et par les proportions des personnages. Louis Grodecki 1961 a évoqué pour une partie des apôtres, ceux dont le canon est le plus élancé, le style de l'art du début du XVe siècle, comme il s'exprime notamment dans les vitraux du Credo de la Sainte-Chapelle de Bourges. J-B de Vaivre écrit que "deux mains au moins se distinguent ...l'une a donné des personnages aux figures fines (Saint Pierre, les deux saints évêques, saint Louis)l'autre a produit des têtes de dimension importantes et aux traits plus frustres (saint Paul, saint Matthieu, saint Thomas)".

4. Les cartons du Maître de Barthélémy l'Anglais:

Je commencerai en présentant ce "Maître" actif vers 1430/1450 dont j'ignorai l'existence en empruntant sa biographie au site arts-graphiques.louvre.fr:


   "Enlumineur anonyme redécouvert à la fin du siècle dernier. Son œuvre d'enlumineur a été ressuscité par Eberhard König en 1976 (Eberhard König, « Un grand miniaturiste inconnu du XVe siècle français : le peintre de l'Octobre des Très Riches Heures du duc de Berry », Les Dossiers de l'archéologie, 16, 1976, p. 96-123.), mais sous l'attribution erronée du « peintre du mois d'octobre » du calendrier des Très Riches Heures du duc de Berry. En 1982 John Plummer (dans cat. exp. Last Flowering. French Painting in Manuscripts (1420-1530) from American Collections, New York, 1982, p. 25) l'a rebaptisé du nom de son manuscrit le plus spectaculaire, un 'Livre des propriétés des choses' de Barthélemy l'Anglais (Paris, BnF, Fr. 135-136).*"

* De proprietatibus rerum, traduit par Jean Corbichon

  "Actif dans l'ouest de la France : à Angers selon König, au Mans selon Plummer. Nicole Reynaud a élargi l'activité de l'artiste et l'a située dans l'orbite de la maison d'Anjou, en lui attribuant, entre autre, la fresque du Triomphe de la mort (Palerme, Galleria regionale della Sicilia), qu'il aurait peinte au retour d'un séjour à Naples au moment du court règne de René d'Anjou. Ses hypothèses ont été acceptées par König en 1996 (Eberhard König, 'Das Liebentbrannte Herz : Der Wiener Codex und der Maler Barthélemy d'Eyck', Graz, 1996, p. 83-86 et pl. 16), tout en identifiant le Maître de Barthélemy l'Anglais avec le peintre et brodeur de René d'Anjou, Pierre du Billant, beau-père de Barthélemy d'Eyck, le peintre en titre de René, opinion que je ne saurais partager. [Biographie rédigée à partir de la vie de l'artiste publiée par Nicole Reynaud dans 'Les enluminures du Louvre, moyen âge et Renaissance', catalogue raisonné sous la direction scientifique de François Avril, Nicole Reynaud et Dominique Cordellier, assistés de Laura Angelucci et Roberta Serra, Paris, 2011, p. 163]
Synonymes : Peintre du Livre de la propriété des choses" "Peintre de l'Octobre ." "Maître du Triomphe de la Mort". Voir le manuscrit Bnf 135 et Bnf 136

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Or,  c'est Nicole Reynaud, la meilleure spécialiste de cet artiste, qui l'a identifié comme l'auteur des cartons des nobles donateurs de la baie 217. Outre le manuscrit du Livre de la propriété des choses,(ca 1445) on lui attribue les cartons de la tenture dite des Chasses du Devonshire et la fresque du Triomphe de la Mort, réalisée peu après 1441 pour le Sénat de Palerme. Une fois de plus, je citerai Françoise Gatouillat (2003) :

   "La présence de ce peintre en Italie,probablement liée à celle de René d'Anjou à Naples à partir de 1438 ou peut-être à celle de sa femme deux ans plus tôt, contribue à fixer un terminus ante quem pour la production des cartons des vitraux du Mans. Le traitement du portrait de Charles VII, au nez fort et à la bouche charnue, se révèle, au filtre du style si étrange et véhément de ce peintre, sans contradiction avec les images célèbres qu'a laissées du roi, à un âge plus avancé, Jean Fouquet, dans le tableau du Musée du Louvre et dans l'Adoration des mages des Heures d'Etienne Chevalier. Parmi les autres portraits de la même baie, seule la représentation de la duchesse Yolande permet de saisir un autre aspect de son style, qui correspond de manière convaincante avec celui des figures féminines de la tenture de Londres . Mais l'on reconnaît encore la manière très plastique, anguleuse et lisse à la fois, du même peintre dans nombre des ajours de la rose ou dans la figure de saint Louis au registre médian de sa galerie. Les modèles des panneaux transférés depuis les fenêtres latérales ont en revanche pu être demandés à d'autres peintres. L'effigie du duc de Bourbon, importée depuis la baie 215, peut sans conteste être attribuée au peintre verrier des portraits ducaux et royaux d'après les techniques de peinture et l'emploi d'un motif de fond récurrent dans la rose ; l'auteur du carton, même si les traits du visage paraissent plus suaves que ceux du roi, paraît bien être l'artiste de cour désigné ci-dessus : Jeanne de Laval dut faire le choix de mobiliser les compétences de l'équipe qui travaillait à la fenêtre principale, ce qui renvoie encore à la complémentarité des deux programmes. À l'inverse, les portraits des deux prélats provenant de la baie 221, de proportions plus menues, paraissent de conception radicalement différente, la tension des visages aux yeux étirés et aux nez pointus renvoyant davantage aux figures rudes et conventionnelles de la « verrière historique » du chœur de la cathédrale d'Evreux qu'à l'art puissant du Maître de Barthélémy l'Anglais. Le cartonnier n'en fut sans doute pas ce dernier, bien qu'ils n'aient pas été exclus du corpus de ses œuvres par Mlle Reynaud ; cependant, d'après les pochoirs utilisés pour les fonds, il ne semble pas que leur interprète fut distinct de l'exécutant de la commande royale. Force est de constater que la durée de l'activité de l'atelier de peinture sur verre manceau est difficile à cerner et que l'identification de l'un de ses pourvoyeurs de modèles, pour l'instant mal connu, n'apporte que de minces précisions chronologiques. On se prend enfin à regretter la disparition de tout élément de la verrière anglaise, qui empêche de vérifier si ses donateurs avaient pressenti les mêmes artistes que les commanditaires français ou s'ils avaient pu importer leurs vitraux d'outre-Manche, comme il a été envisagé pour la verrière de Foulques Eyton à Caudebec."

 

Vitraux représentant le Credo des apôtres (recensement en Alsace-Lorraine et en Haute-Normandie) in Pensée, communications 1993.

  •  Strasbourg, église protestante Saint-Guillaume ; 3ème quart XVe s.
  • Strasbourg, cathédrale, chapelle Sainte-Catherine, vers 1330.
  • Walbourg, (Bas-Rhin) église, baie 4, 4e quart XVe s. 4 apôtres
  • Metz, (Moselle) cathédrale Saint-Etienne, baie 15, début XVIe s.
  • Metz, cathédrale, baie 36, 3e quart XIVe (Hermann de Munster)
  • Zetting, (Moselle) église Saint-Marcel, vitrail du choeur baie 3, 2e quart XVe s. 
  • Les Andelys (Eure) église Notre-Dame, vers 1535
  • Beaumont-le-Roger (Eure) église Saint-Nicolas, dernier quart XVe.
  • Evreux (Eure) Cathédrale Notre-Dame. Fenêtre 110, 1er quart XVIe
  • Verneuil-sur-Avre (Eure) église de la Madeleine dernier tiers du XVe s.
  • Caudebec-en-Caux (Seine-Maritime) église Notre-Dame XVe s.
  • La Mailleraye-sur-Seine (Seine-Maritime) chapelle du château. provenant de Saint-Pierre de Jumièges XIVe s.  
  • Jumièges (Seine-Maritime) église Saint-Valentin XVe s. Il reste 3 apôtres.
  • Rouen (Seine-Maritime) Cathédrale Notre-Dame : Saint Pierre, XVe ; et fin XVe s.

 

      RESTAURATIONS

En 1562 la vitre fut la cible des Huguenots et dût être restaurée,

 Une restauration a été réalisée par H. Carot de Paris en 1909-1901 (inscription).

Le vitrail a été déposé en 1997 et exposé à l'abbaye de l'Épau.


 

Conclusions.

J'ai été trop long, pour un sujet plus laborieux que fructueux qui dépasse mes compétences et dont  je n'ai pu que présenter le matériel (images) et dégager les problèmes, ou reprendre sans talent un travail déjà effectué. Une étude épigraphique des phylactères des apôtres, des patriarches et des anges, des monogrammes du tympan ou des livres tenus par les donateurs reste à compléter. La place du thème iconographique du Credo apostolique dans les vitraux et l'influence de la cour du duc de Berry et de la Sainte-Chapelle de Bourges reste aussi à explorer, tout comme la valeur possible de ce thème comme affirmation du gallicanisme qui se met en place au XVe siècle. Bien d'autres aspects attendent patiemment, dans ces verrières du transept nord du Mans, les esprits curieux mais plus avertis que le mien.

  Pire encore, je termine cet article interminable  en découvrant la parenté thématique, chronologique et peut-être stylistique avec la Chapelle Vendôme de la Cathédrale de Chartres (1417-1420) : un nouveau chapitre m'attend.

 


      Rappel : Partie II :   La Rose du transept nord de la cathédrale du Mans.

 

Sources et liens : 


 

Je place en tête de cette liste l'article principal, que j'ai cité sans modération :

— GATOUILLAT (Françoise) "Les vitraux du bras nord du transept de la cathédrale du Mans et les relations franco-anglaises à la fin de la guerre de Cent Ans " in Bulletin Monumental    2003 Volume   161 pp. 307-324 J'en donnerai le résumé : 

  "Seule la rose nord de la cathédrale du Mans a conservé des vitraux figurés ; les trois fenêtres qui l'entourent comprenaient également à l'origine un rang de portraits accompagnés d'armoiries, décrites dans un manuscrit de 1798 qui relate un état plus ancien. Le texte permet d'identifier la plupart des personnages représentés et de restituer le programme de l'ensemble. Autour de la rose offerte par le roi de- France Charles VII - dont le portrait existe encore - et sa belle-famille d'Anjou, les autres verrières étaient des dons de Jeanne de Laval, veuve de du Guesclin, du clergé local, et d'Anglais parmi lesquels Edmond Beaufort, régent de France après 1435. L'étude de cette surprenante série conduit à nuancer la perception que l'on avait des relations entre les deux camps dans la phase finale de la guerre de Cent ans. Non seulement le chantier fut mené à terme dans la ville occupée de 1425 à 1448, mais des œuvres d'art chargées d'un message de propagande politique en faveur des Valois n'en furent pas bannies."

 

— BARRIÉ (Roger) 1981 "Les vitraux" in MUSSAT (A), La cathédrale du Mans, Paris p. 139-146.

 — BERGEOT (Karine ) 2009 "Les conflits internationaux dans le vitrail en Sarthe". La foi dans le siècle, Mélange offert à Brigitte Waché. Collectif, Presses Universitaires de Rennes cf. En ligne 3 décembre 2009

BOUTTIER (Michel), 2000,  La cathédrale du Mans, Ed. de la reinette, 151 p.

— CHARLES (Abbé Robert) 1880 Guide illustré du touriste au Mans page 39 https://archive.org/details/GuideIllustrDuTouristeAuMans

— Monographie de la Cathédrale du Mans en ligne http://195.220.134.232/numerisation/tires-a-part-www-nb/0000005402304.pdf 

— ESNAULT (Abbé Gustave ) "Le Transept septentrional de la cathédrale du Mans, architectes et bienfaiteurs (1393-1430)", Bulletin monumental, 1879, p. 63-79, Gallica

FLAMAND Jean-Marie 2010 Les écoles de grec à Paris au XVe siècle Conférence donnée par Jean-Marie Flamand dans le cadre du séminaire d’histoire des bibliothèques anciennes : "Livres pouvoirs et réseaux savants à l’origine de l’Europe moderne (14e -17e siècles)", animé par Donatella Nebbiai, Paris, IRHT (26 mars 2010) http://www.europahumanistica.org/?Les-ecoles-de-grec-a-Paris-au-XVe-siecle  [ concerne Guillaume Fillastre]

—FLEURY (Gabriel) La Cathédrale du Mans page 75-76.

— FÖRSTEL Christian, Guillaume Fillastre et Manuel Chrysoloras: le premier humanisme français face au grec. [paru dans : Humanisme et culture]  http://hal.inria.fr/docs/00/90/74/28/PDF/Guillaume_Fillastre_et_Manuel_Chrysoloras_2002.pdf

— GATOUILLAT (Françoise) "Les verrières de la cathédrale du Mans" in 303. Arts, Recherches et Créations, 3e trimestre 2001, n. 70 pp 168-175.

 — GATOUILLAT (Françoise) 2005 "L'épiphanie de la gloire des Valois : le vitrail au service de la propagande royale" [Charles VI à Évreux et Charles VII au Mans] in Glasmalerei im Kontext. Akten des XXII. internationalen Colloquiums des Corpus Vitrearum - Nürnberg : Germany (non consulté)

HASENOHR (Geneviève)1993, "Le Credo apostolique dans la littérature française du Moyen-Âge, premières approches" in Pensées, images et communications en Europe médièvale, Asprodic  1993p.178).

HUCHER (Eugène) 1848 « Études artistiques et archéologiques sur le vitrail de la rose de la cathédrale du Mans » Bulletin monumental p. 345-372 Gallica 

— LEDRU  (Abbé Ambroise) "Adam Chastelain évêque du Mans et le transept nord de la cathédrale (1422-1424)",  Union historique et littéraire du Maine 1ère série  t.2 n°5 mai 1874 page 82-91.

 — LEDRU  (Abbé Ambroise)  1879 "Le transsept septentrional de la cathédrale du Mans",  Bulletin monumental  T.7 vol. 45  pp. 63-79 en ligne sur Gallica

 — LEDRU  (Abbé Ambroise) Chavanon (Jules) "La Cathédrale Saint-Julien du Mans, ses évêques, son architecture, son mobilier", Bibliothèque de l'école des chartes  1900 Volume 61 pp. 536-545 (non consulté)

 — MÂLE (Emile) Le Credo des apôtres in L'art religieux à la fin du Moyen-Âge en France page 246.

 — MERLETTE (Abbé Pierre) « Guillaume Fillastre, ami de Pierre d'Ailly et l'humaniste au concile de Constance » http://www.histoire-compiegne.com/imageProvider.asp?private_resource=11094&fn=33-17.pdf

 — RENOUARD (P), 1811 Essai historique sur la ci-devant Province du Maine, Le Mans, 1811, Tome 1 . 

TAPIA Nahmias (Rachel) "Le transept de la cathédrale du Mans : histoire et architecture", Mémoire de Master 2010 ?, thèse en cours à Paris 4 sous la direction de Dany Sandron: "Étudiante en archéologie médiévale à Paris IV Sorbonne, Rachel Tapia a réalisé son mémoire de Master 2 sur le transept Nord de la cathédrale Saint-Julien au Mans. À l’évidence, une étude exhaustive de l’intégralité de ce transept permettrait de déterminer les différentes étapes de sa construction, d’en analyser les influences et également de reconsidérer au profit du chapitre la maîtrise d’ouvrage jusqu’alors considérée comme « l’œuvre du roi ». Rachel Tapia propose de réaliser des études physico-chimiques pour enrichir ses recherches. Sa thèse de doctorat Histoire de l’art et Archéologie devrait permettre de sortir de l’ombre ce monument incontournable de l’architecture médiévale de la région du Maine."

 — THOMASSY Raymond. 1842  "Guillaume Fillastre considéré comme géographe à propos d'un manuscrit de la Géographie de Ptolémée", Bibliothèque de l'école des chartes Volume 3  pp. 515-516

VAIVRE (Jean-Bernard de),  1993 "Datation des vitraux du bras nord du transept de la cathédrale Saint-Julien du Mans" Bulletin Monumental Volume 151 pp. 497-523 Persée

— Photographies :  http://vitrail.ndoduc.com/vitraux/htm5601/eg_StJulien_217.php

 

 RAYNAUD Clémence « Ad instar capelle regie parisiensis » : la Sainte-Chapelle de Bourges, le grand dessein du duc de Berry Bulletin Monumental 2004   Volume 162  pp. 289-302      Persée

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Published by jean-yves cordier
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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 11:10

Le vitrail de la Baie 9 de l'Arbre de Jessé de la cathédrale Saint-Julien du Mans (XIIIe siècle).

 

Voir, sur la cathédrale, dans ce blog :

 

 

Voir dans ce blog lavieb-aile des articles consacré aux Arbres de Jessé de Bretagne:  

Et les vitraux : 

Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

 

 

Introduction.

    La cathédrale du Mans offre au visiteurs deux vitraux de l'Arbre de Jessé : la lancette de droite de la baie 9 dans la chapelle de la Vierge, datée de 1230-1240, et la baie 110. Cet article traite de la baie 9. C'est un travail d'amateur.

 

Sur les 11 baies de deux lancettes de la chapelle de la Vierge de la Cathédrale Saint-Julien du Mans, seules 5 lancettes ont gardé leurs verres anciens, et celle de l'Arbre de Jessé est la seule à avoir conservé sa place d'origine. La baie porte le numéro 9, et la lancette est celle de droite. Celle de gauche consacrée à Adam et Ève est du XIXe siècle. La baie mesure 5,50 x 2,70 m.

Les points forts :

  • La mise en parallèle avec les Arbres de Jessé de Saint-Denis et Chartres.
  • L'inscription au dessus de Jessé que j'attribue à Hildebert de Lavardin.
  • Le choix des prophètes.
  • La stylistique.

La lancette datée ca 1235 est composée de 21 panneaux organisés en six registres principaux : elle présente la généalogie menant de Jessé à La Vierge et à Jésus par l'intermédiaire de trois rois de Juda entourés de prophètes. Pour les photographier en amateur, j'ai été  gêné par l'éclairage intérieur de la chapelle.

               arbre-de-jesse 1664c

 

 

            arbre-de-jesse 1668c     

 

 

 

                   arbre-de-jesse 1670c

 

0. Panneaux 1, 2, 3

(numérotation selon Godlevskaya) : frise d'acanthe avec l'inscription EGREDIETUR VIRGO DE RADICE JESSE ET ... : inscription incomplètement visible pour le spectateur et qui cite Isaïe 11:1. Ces trois panneaux semble modernes.

I. REGISTRE INFÉRIEUR : JESSÉ ET GUILLAUME DE MARCÉ.

Panneaux 4, 5, 6 selon Godlevskaya.

1. Panneau 4 : Le donateur Guillaume de Marcé.

  a) Inscription

Je lis GVILLI...dE MARCEI  mais selon le Corpus des inscriptions de la France médiévale CIFM page 208 il faut lire :

GVILLM

DE : MARCEIO soit Guillelmus de Marceio, Guillaume de Marcé

Le CIFM indique que la paléographie de l'inscription est en accord avec la datation ca 1235 du support notamment dans la forme du M et du D, et donne ce commentaire : "Ecriture mélangeant les formes onciales très évoluées (G, D, E, M) et les traits droits des capitales (V, L, I). Module étroit, tracé fin, ductus complexe, écriture régulière sont les principales caractéristiques  de cette inscription. Jeu important sur les pleins et les déliés ; toutes les lettres courbes sont fermés par un trait fin. Abréviation originale pour le prénom Guillelmus : le second L est barré et la finale -us peut être suspendue par une apostrophe. Trois points séparent la préposition du toponyme. Pas de décor particulier." Puis : "on ignore tout de ce personnage en dehors de ce texte."

b) description :

Il est décrit ainsi au début du XXe siècle "Il porte l'amict, la dalmatique violette, et par dessus, une étole verte en sautoir, signe du diaconat".

 Quelques parties restaurées (chaussures ; carrelage).

c) le donateur.

Le chanoine (membre du chapitre de la cathédrale) Guillaume de Marcé nous est connu par un document qui semble prouver qu'il occupait une place privilégiée aux yeux de son évêque, puisque celui-ci, Nicolas, (46e prélat du Mans de 1214 à sa mort en 1216), donna "à l'abbaye de Saint-Vincent six sols de rente pour la pictance du couvent, à la charge de célébrer tous les ans une messe à son intention et à celle de Guillaume de Marcé, chanoine". Selon A.N et E. Didron, il mourut en 1275, ce qui n'est pas vraisemblable.

D'autres renseignements sont fournis par les actes du Capitulaire de l'évêché du Mans ("Nécrologie-Obituaire de la Cathédrale du Mans", Archives historiques du Maine VII par G. Busson et A. Ledru, Le Mans 1906 en ligne) et indique que Guillaume de Marcé était chanoine du chapitre de la cathédrale en 1192 et en juillet 1213 (Nicolas futur évêque étant dans les deux cas le doyen du Chapitre ) qu'il était "procurator" du doyen en 1192 et qu'il décéda vers 1219:

—Capitulaire de l'évêché du Mans n°1000 : 6 avril 1192. lettres dans laquelle l'évêque Hamelin confirme en les reproduisant les dispositions prises par le Chapitre à l'égard des futurs chanoines. Hec sunt nomina canonicorum […] Guillelmus de Marcé, procurator decani*, tunc temporis absentis

*note : le doyen depuis 1180 était Nicolas qui devint évêque du Mans le 27 mai 1214 et mourut le 28 février 1215.

—Capitulaire de l'évêché du Mans N° 1030 : Juillet 1213 : Lettres qui constatent l'achat fait par le chapitre d'une maison de la Grand-Rue...contenant une liste des membres du chapitre dont Wilhelmus de Marcé.

— Page 253 : Chanoines dont le décès est mentionné : vers 1219 Guillelmus de Marcé.

Ces dates sont cohérentes avec celles estimées pour le vitrail, puisque le chanoine peut parfaitement avoir fait donation au Chapitre pour ce vitrail lorsque la construction de la chapelle était envisagée, peu avant son décès.

 

Guillaume de Marcé ne fut pas, vers 1235, le seul chanoine donateur de verrières : 

a) verrière 101 (1250-1260) et verrière 105 (avant 1258):  le donateur est un membre de la famille Chamaillart ou d'Anthenaise ou Vincent de Pirmil, chanoine du Mans devenu plus tard archevêque de Tours (1257-1270) ou Hamelin d’Anthenaise,

 b) La verrière centrale (baie 200) : Geoffroy de Loudun, évêque jusqu’à sa mort en août 1255 ; elle commémore la cérémonie du 24 avril 1254. 

 c)  la baie 204 (250-1275) : Gauthier de Poillé, mort en 1276, mentionné dans le martyrologe du Mans.

 

d) baie 111, ca 1255 : Guillelmus Rolandi ou Guillaume Roland, chanoine de la cathédrale entre 1256 et 1260. 

Baie 108 (milieu XIIIe) : mention de Philippus Romanus (Philippe Romain) et de Maître Robert Pelé (?) considéré comme des chanoines du Mans

2. Panneau 5 et 6 : Jessé songeur .

 

arbre-de-jesse 1670cc

      Basilique de Saint-Denis. 1144.               Cathédrale de Chartres 1150

saint-denis 9558cc  arbre-de-Jesse 6784c

 

On peut jouer au jeu des sept différences entre les Arbres de Jessé de Saint-Denis (1144), de Chartres (1150) et du Mans (1235) mais les ressemblances sont évidentes : même fond bleu ; même posture allongée pieds nus sur un lit, la tête à demi redressée par un coussin appuyé sur un dossier et le corps tourné vers la droite ; même yeux clos et même main soutenant le menton dans une pose qui dément le sommeil et affirme la réflexion songeuse ; même visage barbu de patriarche et même bonnet hébraïque ; même tronc de l'arbre naissant de l'entre-cuisse pour bourgeonner rapidement ; même lampe indiquant la pensée vigilante ;  même couverture ou manteau rouge sur les replis godronnés du drap ; mêmes éléments architecturaux rendant présente la ville de Bethléem, dont Jessé est un riche propriétaire de troupeaux ; et même jeu d'arcades délimitant le lieu du rêve prophétique.

L'inscription indique C. : CARN / ALITER ESS(E)

                           SIE : dEVS : EX : IESSE : CE(P)..

Il s'agit d'un fragment, peut-être monté sens dessous-dessus, de Sic deus ex Jessé coepit carnaliter esse citée par Bernard de Montfaucon qui signale en 1724 (Supplément... p. 51) se souvenir de l'avoir lue sur le vitrail de Jessé à Saint-Denis. A-t-il confondu avec l'Arbre du Mans ? Etait-elle aussi inscrite jadis à Saint-Denis ? C'est discutable en raison de son origine que je vais détailler. Disons auparavant que Eugène Hucher, qui a donné le calque des vitraux du Mans (1864) en a relevé le texte qu'il transcrit aussi Sic : deus : ex : Jessé : cepit : carnaliter : esse.  

Cette inscription est précieuse puisque l'interrogation du moteur de recherche n'en donne qu'une origine : Hildebert de Lavardin, évêque du Mans entre 1097 et 1125 avant d'être archevêque de Tours de 1125 à sa mort en 1133, brillant intellectuel et poète. On trouve ces vers publiés par Migne en 1854 dans sa Patrologie sous le titre Venerabilis Hildeberti Inscriptionum christianarum libellus E ms codice 117 mod. Et 164 vet. Turon. Biblioth. XII saecul. Primum editus J.J Bourassé canonico Turon. en ligne

1232 VII Virga Jessé.

Virga parit florem, licet arida, flosque saporem

Sic Deus ex jesse coepit carnaliter esse.

Trad. ? La vierge a donné une fleur, bien que sèche, fleur et saveur

ainsi Dieu a pris son origine de la chair de Jessé ??

 

  Cette constatation est intéressante puisque l'on sait  que Hildebert avait à son service pour la reconstruction de la cathédrale non seulement le moine Jean, maître-maçon prêté par Jean de Vendôme, mais aussi un vitrier (maître-verrier), le vitrarius Guillaume ; qu'il a fait réaliser des vitraux pour son palais épiscopal et peut-être pour la cathédrale (Godlevskaya) ; et que certains spécialistes ont des arguments pour penser que les vitraux les plus anciens du Mans (la fameuse Ascension) datent peut-être de son épiscopat ; et que la présence de cette citation de son œuvre sur ce vitrail contribue donc à souligner sa place en matière de verrière, ou son importance aux yeux des chanoines du chapitre manceau. 

 Plutôt que comme bâtisseur, Hildebert  est surtout réputé comme  un auteur réputé de sermons, traités de théologie, poèmes, et d’une abondante correspondance d’un très haut niveau poétique avec ses amis ecclésiastiques (Baudri de Bourgueil, Marbode de Rennes…), un véritable humaniste, amoureux des beautés du monde terrestre et de l'Antiquité, ce qui est exceptionnel avant 1100. 

Commentaire du Corpus des inscriptions (Debais, 2010) :

Au regard de l'original, on doit admettre la possibilité de nombreuses restaurations, voire de défections complètes d'inscription. Cependant, en l'absence de critique d'authenticité, on ne peut que le supposer.[...] Le E mis pur le C dans sic est peut-être lui aussi dû à une mauvaise restauration. L'hexamètre léonin riche inscrit au dessus de Jessé et qui commente l'ensemble de la verrière semble original dans sa formulation, même si son contenu, inspiré sans-doute d' Isaïe XI,1 est très répandu dans l'exégèse médiévale commentant l'incarnation du Christ. On retrouve en revange le mot carnaliter dans d'autres vers médiévaux. On ignore si la disposition du texte est originale ou due au remontage de la baie. Si elle est originale, elle pourrait correspondre à une lecture ascendante de la baie, très difficile à attester dans les traces actuellement visibles en épigraphie. 

 

 

II. DEUXIÈME REGISTRE : Roi 1, Osée et ?

Panneaux 7, 8, 9 selon M. Godlevskaya.

Un premier roi de Juda (David si l'ordre généalogique est suivi) portant sceptre et couronne prend place dans une mandorle formé par l'écartement des tiges de l'arbre, tandis que ses pieds sont posés sur l'aisselle de la tige et que sa main droite saisit un rameau blanc. Manteau jaune, robe verte ; pieds chaussés (à la différence de Jessé). La cuisse gauche jaune vif a été refaite, en remplacement d'un bouche-trou de restauration.

Il est encadré de deux prophètes :

— Panneau 7 : Osée à sa droite. (Inscription  +OSEE : PRO ).  

 —Panneau 9 :  à sa gauche (+ A/ BDIA.S+ ). 

Les prophètes sont nimbés, tête nue, et vêtus d'une robe et d'un manteau.

 

arbre-de-jesse 1670ccv

 

 

  Saint-Denis (1144)                                                          Le Mans (1150)

saint-denis 9550c       arbre-de-Jesse 6687c

 

Là encore, la disposition est la même qu'à Saint-Denis et qu'à Chartres, mais au Mans, les rois tiennent un sceptre dans la main gauche. A Chartres, les prophètes sont Ezéchiel à droite et Osée à gauche.

 

III. TROISIÈME REGISTRE : Roi 2, Amos et Nahum.

Panneaux 10, 11, 12 selon Godlevskaya.

Deuxième roi de Juda (peut-être Salomon, fils de David), de même posture et même costume que "David" (le même carton a été repris). Il est entouré de deux prophètes:

+AMOS : +   à sa droite.

— +NAHUM (ou Naum) à sa gauche. Restauration probable de l'inscription.

arbre-de-jesse 1670ccvv

 

Saint-Denis                                                            Chartres

 

saint-denis 9551c arbre-de-Jesse 6687cc

 

 

IV. QUATRIÈME REGISTRE. LA VIERGE ET ISAÏE.

Panneaux [13], 14, 15  selon Godlevskaya.

La Vierge ne se distingue des rois que par un visage féminin encadré d'un voile. Isaïe est à sa gauche et présente un phylactère où il est inscrit ISAIAS+ (sans-doute rétabli par une restauration récente). Le prophète doit cette place à ses prophéties :

Isaïe7 : 14 propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum ecce virgo concipiet et pariet filium et vocabitis nomen eius Emmanuhel ou bien Isaïe 11:1 et egredietur virga de radice Iesse et flos de radice eius ascendet  : ce sont les versets qui annoncent la venue d'une vierge (virgo) descendant de Jessé (de radice Iesse)  qui concevra un fils (filium ; flos).

arbre-de-jesse 1669cv

 

 

arbre-de-jesse 1669c

 

Un panneau a été déposé et remplacé par un écran noir. Ce panneau manquant n°13 est sans-doute celui dont le site lrmh.culture.fr nous propose une photographie : mais l'inscription ne s'est pas laissée déchiffrée, d'autant qu'elle est à l'envers. ABOM  BO..AS ?? Guilhermy a omis de la relever lors de sa visite de 1866. Selon le CIFM, il faut lire, écrit à l'envers de haut en bas ARON :PROPHETAS. Aaron n'est pas un prophète, mais le premier Grand prêtre d'Israël et frère de Moïse. Il peut (épître aux hébreux) être considéré comme une figure du Christ par les sacrifices auxquels il procédait.

 

Photo panneau 13 ©LRMH J.P. Bozellec 1998 placé à coté de panneau 7 © lavieb-aile: 

 

DIA00098936.png  arbre-de-jesse 1670ccvvx

 

 

Saint-Denis (1144) : la Vierge entre deux prophètes.

saint-denis 9553c

 

Chartres (1150) : la vierge entre Zacharie et Daniel.                                        

arbre-de-Jesse 6689c

 

A propos du panneau manquant 13 .

M. Godlevskaya écrivait l'année dernière : 

  "J’ai appris au LRMH que le panneau absent, celui de la baie 9 (panneau 13 dans ma numérotation), représentant un prophète (que l’on peut voir entre autres sur le photomontage de la verrière) sortit du LRMH le 9 décembre 1998 et fut transporté par Didier Alliou (des Ateliers Avice-Vitrailfrance) au Musée de Tessé au Mans pour l’exposition « Le vitrail et le XIXe siècle : les ateliers manceaux ». Le retour était prévu, mais s’agissait-il du retour au LRMH ou à la cathédrale ? Ce n’est pas clair. Le fait est que maintenant le panneau ne se trouve ni dans un endroit ni dans l’autre. On ignore au LRMH où il se trouve, et la demande de renseignement que j’ai envoyé à la DRAC des Pays de la Loire à Nantes n’a pas donné de suite." !!!

 

V. REGISTRE SUPÉRIEUR : CHRIST ET SEPT COLOMBES DE L'ESPRIT; DEUX PROPHÈTES.

      Panneaux 16 à 21 selon M. Godlevskaya.

Le Christ assis sur l'élément sommital de l'arbre, pieds nus, bénit de la main droite et tient un livre de la main gauche.

Il a à sa droite le prophète Abias ou Zacharie ? (je lis LARIAS — Guilhermy a lu ABIAS— et le CIFM ZARIAS : interprété comme Zacharias) et à sa gauche le prophète Malachie (MALACHIAS).

Au dessus de la tête du Christ, les rameaux se divisent trois  fois en un fleuron triple, et sept colombes convergent vers ces bourgeons floraux. Chacune est inscrit dans une mandorle, de  couleur alternativement jaune  et verte. Chacune est nimbée, mais la colombe supérieure jouit d'un nimbe crucifère.

 

arbre-de-jesse 1668cv

 

Saint-Denis (1144)                                                                  Chartres (1150)

saint-denis 9554c  arbre-de-Jesse 6690cc

 

                     DESCRIPTIONS ANTÉRIEURES.

F. de Guilhermy fait état de la vitrerie de la chapelle de la Vierge  après l'orage de 1858 et avant la grande campagne de sa restauration dans les notes rédigées lors de sa visite à la cathédrale au début des années 1860:[...]

baie. Un diacre agenouillé, ainsi nommé : gvi~ll de marce . Il est vêtu d’une aube brune, à galons d’or ; écharpe verte ; robe de dessous également verte. Jessé couché sur un lit, au-dessus duquel brûle une lampe ; il se retourne pour parler au donateur ou peut-être pour mieux l’écouter. On lit ce commencement d’inscription : sic devs : ex iessa : ge . De Jessé sort un arbre qui porte deux rois sur les branches. Ces quatre premiers personnages n’ont pas de nimbes. Les deux rois sont escortés de deux prophètes. La Vierge nimbée, voilée,couronnée occupe le troisième rang de la généalogie. Au sommet, le Christ bénissant, placé entre Abias et Malachie ; au-dessus de sa tête, sept colombes nimbées, dont quatre bleues et trois blanches. La Vierge a certainement deux prophètes à ses côtés ; j’ai omis d’en prendre note. Le tympan est tout rapiécé (Guilhermy fol.96 v° 97 r°, in M. Godlevskaya 2013).

 

 

                     RESTAURATIONS

Les vitraux de la cathédrale ont subi beaucoup de réparations.

Après un ouragan des 9 et 10 novembre 1810, un orage extraordinaire les a dévastés en 1858.

 "Le 21 juin 1859, le ministre des cultes ouvre un premier crédit et la grande campagne de restauration débuta alors. Elle dura jusque vers 1900 et toucha toutes les verrières. Les travaux furent confiés aux peintres verriers Coffetier et Lusson, avec la collaboration du cartonnier Steinheil, puis plus tard de Champigneulle, le repreneur de l’atelier Coffetier, sous la direction générale de l’architecte Boeswillwald." (Godlevskaya page 234)

Eugène Hucher a publié en 1865 les calques des vitraux de la cathédrale. Leur comparaison avec les verrières actuelles permettent d'observer que des verres avaient été remplacés par des "bouche-trous", qui ont été eux-mêmes remplacés (par un verre moderne). C'est le cas, comme le décrit Maria Godlevskaya (fig. p.20), pour une partie de la robe du roi 1.  

Pour le XXe siècle, je ne dispose que d'informations générales sur les vitraux anciens qui furent démontés en 1939, mis à l'abri, photographiés puis remontés aux emplacements antérieurs de 1947 à 1955 après une révision générale, qui a comporté une partielle remise en plombs par Jean-Jacques Gruber et Max Ingrand. (M. Godlevskaya, 2013)

 

                                                 STYLISTIQUE

1. Rappel des notions générales sur le style au XIIIe siècle.

"Avec l’architecture gothique, les fenêtres s’agrandissent, la tonalité des vitraux peut donc se foncer et la palette du peintre-verrier se diversifier.
Le bleu est plus soutenu, le bleu-rouge domine dans les fonds, tandis que les couleurs se nuancent : vert-olive et vert-émeraude, rouge carmin et rouge vermillon ; le jaune est moins employé.
Les fenêtres basses, à portée de vue, racontent des épisodes (vie du Christ, vies des Saints), tandis que les fenêtres hautes, plus éloignées, présentent de grands personnages (Vierge, apôtres…).
Les premières « grandes roses » apparaissent sur les façades (N. D. de Paris, Chartres…). (Centre International du Vitrail ici)

N.b : au XIIIe siècle, on ignore encore l'usage du jaune d'argent. 

2. Une Ecole de l'Ouest ? Influence des ateliers de Chartres.

 

"On divise d’habitude les vitraux du XIIIe siècle de la cathédrale du Mans en trois «séries», celle des chapelles, celles du déambulatoire supérieur et celle des fenêtres hautes. Cette classification, tout à fait logique, est justifiée par le plan architectural, la chronologie des travaux, ainsi que par les différences du style des vitraux. Il est fort probable que les chapelles rayonnantes reçurent leur vitrage progressivement, puisque le nombre des baies était considérable, s’élevant jusqu'à sept pour certaines, cette supposition est aussi confortée par l’analyse stylistiques des pièces authentiques conservées. [...] En ce qui concerne les panneaux authentiques qui se trouvent actuellement dans les baies 9, 5, 3, 1, 0 et 6 de la chapelle de la Vierge, ceux qui se trouvent dans les baies 9, 5, 3 et 1 seraient tous fait par le même atelier, alors que la baie 0 présente un style différent ; les fragments authentiques présents dans la baie 6 ne comprennent pas de têtes de personnages et ne seront pas analysés ici pour cette raison.

   L. Grodecki considère que les panneaux des baies 9, 5 et 3 sont tous du même style et que leur exécution est « fort belle, à très petite échelle de coupe (notamment dans les mosaïques des fonds), la couleur est soutenue, assez variée, par la proportion importante des jaunes et des verts, le style de la peinture est élégant par l’allongement de certaines silhouettes, par la maigreur des visages, mais harmonieux plutôt qu’expressif. Il semble que ce sont là les caractères du « principal atelier » de la cathédrale vers 1235, différent de l’atelier qui fit le vitrail de saint Eloi [baie 24]. Il se rattache aux sources chartraines, et non pas à l’art parisien qui évolue déjà, à ce moment, vers un « maniérisme » plus accusé» (Grodecki 1961 p.79).

L. Grodecki ne se prononce pas sur le style de la baie 1, car la majeure partie de cette verrière est du XIXe siècle, mais l’étude du panneau authentique démonté de cette verrière et conservé actuellement au LRMH permet de constater que c’est le travail de l’atelier qui a fait les vitraux des baies 9, 3 et 1.

  Quant aux sources chartraines, l’opinion de L. Grodecki est clairement exprimée sur ce sujet : « Même s’il ne semble pas possible d’identifier à Chartres la présence des mêmes peintres-verriers, la filiation est plausible (aux vitraux de Charlemagne et de saint Jacques en particulier [vers 1220]). Vers 1240, cet art reste fort traditionnel, car les centres parisiens ou normands se sont déjà tournés, à ce moment, vers un style plus expéditif». C. Brisac, quant à elle, pense, « qu’il n’est pas étonnant que ce style chartrain, l’un des principaux de la cathédrale beaucerone, ait exercé une influence au Mans. La taille et le renom du chantier qui venait de s’y achever expliquent facilement cette attraction. Des artistes formés à Chartres vinrent vraisemblablement au Mans dès les années 1235 ». Tout en affirmant avec L. Grodecki, que le style des fenêtres en question reprend la tradition chartraine que l’on observe dans la verrière de Charlemagne (baie 7), elle considère que l’ordonnance de ces vitraux « combine, en effet, des traditions du début de ce siècle et des nouveautés apparaissant dans les années 1230-1240, dont certaines seront reprises à la Sainte-Chapelle du Palais à Paris. La composition où alternent des compartiments historiés d’inégale grandeur, s’enlevant sur des mosaïques bicolores à petite échelle et au décor floral encore soigné, l’utilisation de barlotières forgées à la forme des médaillons sont des formules passéistes. Les bordures et les encadrements réduits souvent à des filets lisses, sans peinture, comme la simplification des ornements végétaux des fermaillets ou « broches » réunissant les scènes entres elles, annoncent un changement en vue d’une exécution plus sommaire, que l’agrandissement des baies impose». La variété des manières que l’on observe dans les fenêtres basses de la cathédrale de Chartres, où plusieurs petits ateliers œuvrèrent en même temps, ne permet pas de parler de « sources chartraines » sans préciser les baies, voire les panneaux, précis. Ayant eu la chance heureuse d’étudier les quelques panneaux démontés provenant des fenêtres basses de la cathédrale de Chartres en décembre 2009 au LRMH, en même temps que les panneaux démontés des baies 5 (panneau 8b), 3 (panneau 9) et 1 (panneau 8) qui y étaient conservés, je peux confirmer une forte ressemblance entre ces vitraux du Mans et quelques panneaux de la baie 42 de la cathédrale de Chartres (panneaux 20, 21, verrière consacrée à l’Assomption de la Vierge) dont l’authenticité n’est pas en doute . On y voit la même forme de tête avec un grand front, le même dessin du nez et des sourcils larges et peu arqués, des yeux avec de grandes pupilles rondes tracés par le double contour qui ne se ferme pas à l’extérieur de l’œil. Comme la datation des verrières basses de la nef de la cathédrale de Chartres est discutable, variant entre 1205 et 1227, on peut avoir entre 30 et 8 ans d’écart avec les vitraux de la chapelle de la Vierge du Mans (si l’on admet la datation de 1235 pour Le Mans)." (M. Godleskaya pages 341-347 ; le surlignage est de moi)

Comparaison avec la baie 9 (lancette de gauche sans-doute) Panneau conservé au laboratoire de recherche des Monuments Historiques  de Champs-sur-Marne et photographié en 1998 par J.P. Bozellec. © LRMH Bozellec

(S'agit-il de Tobie guérissant son père de cécité ?)

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Comparaison avec le style de la baie 1 : ©LRMH Bozellec 1998. Jésus conduisant ses parents au temple.

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Exemple du style de la baie 3 : © LRMH Bozellec: Enfance du Christ.

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Exemple du style de la baie 5 : © LRMH Bozellec: Présentation de la Vierge au temple.

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3. Réutilisation des cartons.

  "Passons en revue les cas d’utilisation des mêmes cartons dans les vitraux du chevet du Mans en commençant par les vitraux des chapelles rayonnantes. Le seul cas que j’ai constaté provient de la baie 9, lancette droite, qui représente l’Arbre de Jessé . Ici les rois David et Salomon sont fait à l’identique en se distinguant uniquement par les couleurs des vêtements, et la majeure partie de la figure de la Vierge reprend également le même dessin. On emploi quatre cartons pour les figures des prophètes, deux pour la partie gauche (panneau 7 = panneau 13 ; panneau 10 = panneau 16) et deux pour la partie droite de la verrière (panneau 9 = panneau 18 ; panneau 12 = panneau 15). On n’utilise pas les cartons de la partie gauche à l’envers pour la partie droite et vice versa, mais on se donne la peine de créer quatre types différents, quoique ressemblants. La situation se répète à l’autre niveau (au sens figuré et propre) dans l’Arbre de Jessé du déambulatoire supérieur (lancette axiale de la baie 110)" (M. Godlevskaya 2013).

4. Couleurs. 

  Les circonstances dans lesquelles j'ai pris mes photographies ( dans la chapelle de Notre-Dame-du-Chevet abondamment éclairée par des projecteurs qui mettent en valeur l'instrumentarium des peintures murales de la voûte et leurs anges) ternissent les couleurs des verres qui ne reçoivent plus leur lumière de l'extérieur, mais de l'intérieur (sauf sans-doute à certaines heures d'un beau soleil). Alibi d'un amateur, certes. Mes images se prêtent mal à une analyse des couleurs du vitrail.

  Mais il est néanmoins évident qu'il est composé autour de l'opposition/complémentarité du bleu et du rouge : le bleu sert de fond aux mandorles qui se détachent elles-même sur fond  rouge ; les demi-médaillons latéraux au fond bleu, cerclé de rouge et de perles blanches reposent sur un arrière-plan de carreaux...rouges et bleus.

  Ces teintes principales étant mises en place, le vitriarus ne dispose plus, pour les accessoires et décors et pour les vêtements, que des autres couleurs : blanc des visages et des tiges de l'Arbre ; jaune des nimbes, des inscriptions ; vert des feuilles ; blanc, vert et jaune des robes, verres auxquels s'ajoute le vieux rose. Pour les vêtements, l'artiste n'utilise que les duos rose pourpre et vert d'une part (six personnages dont la Vierge et le Christ), jaune et vert d'autre part (trois personnages dont "David"), rose et blanc (deux prophètes) blanc et bleu (un) et blanc et jaune (un) enfin. Aucune couleur n'est utilisée à visée dévalorisante, mais le sujet ne s'y prête pas. Les valeurs pourpre ou vieux rose du donateur, de Jessé, de la Vierge, du Christ et de cinq prophètes apparaissent dotées de qualités  d'élévation spirituelle, alors que le vert, couleur des feuilles de l'arbre, porte les valeurs de croissance vitale. Le duo vert et rose pourpre pourrait se traduire par : "Force vitale de l'Esprit", cette force qui, sous la métaphore de la transmission généalogique de la vie organique, chemine dans le plan divin de Jessé jusqu'au Christ.

N.b : je remarque que M. Godlevskaya qualifie de "rouge" la couleur que je nomme faute de mieux "vieux rose" et qui varie du pourpre assez foncé au lie-de-vin. La différence est pourtant importante, car le verre rouge est toujours plaqué (mince verre rouge sur du verre incolore). Elle remarque la fréquence avec laquelle la Vierge est vêtue de "rouge" et vert, dans plus de 15 panneaux du XIIIe siècle au Mans, dont l'Arbre de Jessé de la baie 9 (p. 394). Il me semble pourtant que la couleur rosâtre de la robe du panneau 14 est bien différente du rouge franc du fond du panneau. Une part de la subtilité de l'analyse des couleurs dépend de ce "détail".

   En dehors de son emploi pour les fonds, le rouge crève l'écran par son emploi isolé pour le bonnet de Jessé, et cet exception mériterait qu'on s'y arrête ; le bonnet était vert à saint-Denis et jaune à Chartres. Placé sur la tête du songeur, cette couleur souligne sa puissance cérébrale et la force de sa vision. On peut y voir aussi, comme la langue de feu de la Pentecôte, le signe de l'élection divine.

   Puis-je prétendre, avec ces images, sans compétence technique, sans connaissance approfondie des verres authentiques, parler de l'emploi de la grisaille ? Non, mais je rends ma copie de débutant pour constater qu'elle est surtout utilisée en longs traits fins pour les plis des vêtements et les veinures des feuilles, les chevelures, ou en traits courts pour les visages. 

 

 

 

Sources et liens.

https://archive.org/stream/lacathdraleduman00fleu#page/64/mode/2up

 

Monographie de 1923 numérisée sans nom d'auteur  page 78 

BOUTTIER (Michel) 1999

BOUTTIER (Michel) (2000)

DEBIAIS (Vincent) 2010, Corpus des inscriptions de la France médiévale volume 24 Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe, (région Pays de la Loire) CNRS éditions : Paris 274 pp : texte page 206-207.

— DIDRON  (Adolphe Napoléon et Edouard) 1853  Annales archéologiques vol.13 page 357

DIEUDONNÉ ( Adolphe) Hildebert de Lavardin évêque du Mans, archévêque de Tours page 62-63 https://archive.org/stream/hildebertdelava01dieugoog#page/n79/mode/2up/search/guillaume

FLEURY (Gabriel) page 74 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6105792n/f79.image.r=jess%C3%A9.langFR

 — GATOUILLAT (Françoise),    2003, "Les vitraux du bras nord du transept de la cathédrale du Mans et les relations franco-anglaises à la fin de la guerre de Cent Ans"  Bulletin Monumental  Volume 161 pp. 307-324

 — GODLEVSKAYA (Maria) 2013  Les vitraux du XIIIe siècle de la cathédrale du Mans, aspects iconographiques et stylistiques. Thèse de doctorat Poitiers en ligne       http://www.academia.edu/4008810/these

_Les_vitraux_du_XIIIe_siecle_de_la_cathedrale_du_Mans._Aspects_iconographiques_

et_stylistiques_

— GRODECKI (Louis) 1961 in Congrès archéologique de France

GUILHERMY (Ferdinand François, Baron de) « Vitraux du Mans », Localités de France (1844), Bibliothèque nationale de France, Nouvelles acquisitions françaises 6103, folio 92 recto – 99 verso. [notes manuscrites] transcrites in Godlevskaya 2013.

 —GUYARD DE LA FOSSE , 1837 Histoire des évêques du Mans page 210 (mentionne Guillaume de Marcé)

HUCHER (Eugène) LAUNAY (Abbé Alexis René) 1864 Calques des vitraux peints de la cathédrale du Mans... par M. Eugène Hucher et l'abbé Launay. Introduction historique école primitive de peinture sur verre au Mans, par l'abbé Lottin Didron : Paris 42 pages Gr. in fol. Planche 26. (non consulté)

LEDRU (Abbé Ambroise) 1907 Cathédrale du Mans, p. 264.

— LEDRU (Abbé Ambroise) "Nécrologie-Obituaire de la Cathédrale du Mans", Archives historiques du Maine VII par G. Busson et A. Ledru, Le Mans 1906 en ligne

LILLICH (Meredith Parsons), 1994 The Armor of Light. Stained Glass in Western

France, 1250-1325, Berkeley, Los Angeles, Oxford, 1994.

LILLICH Meredith Parsons, 1973  “Three Essays on French Thirteenth Century

Grisaille Glass”, Journal of Glass Studies, Vol. 15, 1973, p. 69-78.

LILLICH (Meredith Parsons), 2001 Studies in Medieval Stained Glass and Monasticism, Londres, 2001.

LILLICH (Meredith Parsons), 2011 The Gothic Stained Glass of Reims Cathedral, University Park Pennsylvania, 2011.

PIOLIN (Paul) Histoire de l'église du Mans volume 4  en ligne : sur Guillaume de Marcé page 225, 262, et 431.

— Avant-propos de GRODECKI (Louis) 1981 Vitraux du Centre et du Pays de la Loire Corpus Vitrearum Recensement II CNRS : Paris 336 pages, 287 ill. in-4°

— Monographie des abbés Marquet (s.d) Pichon (1876), Voisin (1866)

 — WATLING Stuart http://www.medievalart.org.uk/LeMans/LeMans_default.htm

 

 

 

 

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Published by jean-yves cordier
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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 18:03

    Les 28 stalles du XVIe siècle de la Vie de Jésus, dans la sacristie de la cathédrale Saint-Julien du Mans.

 

   La cathédrale possédait au XVIe siècle 96 stalles, réparties en deux ensemble de 48 de chaque coté du chœur tandis que les bancs des enfants de chœur  étaient placés au fond, contre le jubé. En 1562, la cathédrale est mise à sac par les Huguenots qui s'en prennent au jubé, détruisent les  tombeaux, les statues, les autels, les sculptures, les vitraux, les stalles, les reliquaires, les orgues, le sépulcre du Christ, et à l'extérieur du monument, les statues des galeries du chœur, de la nef et de la grosse tour. Les chanoines décident rapidement la réfection des stalles et dès 1563, les moines de la Couture, puis, en 1571, ceux de Saint Vincent, offrirent du bois pour leur confection. Le travail fut terminé en 1576. Mais elles furent mutilées plus tard sous l'évêque Grimaldi en 1768, puis recouvertes en 1830 d'une couche de peinture jaune sous l'évêque Carron. Enfin en 1855, sous l'épiscopat de Mgr Nanquette, les dossiers de ces stalles furent définitivement démontés et 28 d'entre eux furent dressés sur les murs intérieurs de la sacristie, incorporés dans un meuble en menuiserie : il ne restait que 69 stalles y compris d'autres qui furent placées dans le déambulatoire, et on en décrit actuellement 50 au total. Leurs scènes représentent la vie du Christ, avec quelques allégories s'insérant dans les motifs de décoration, et portent les dates de 1575 et de 1576. 

 Leur intérêt repose sur :

  • l'admiration suscité par ce travail de sculpture en chêne.
  • L'éventail des motifs baroques d'ornemanistes en registre inférieur.
  • le document iconographique que ce corpus représente, à étudier pour recherche leurs sources (gravures) et leur comparaison avec d'autres supports, notamment pour moi les Passions des verrières.
  • les circonstances de leur création après le saccage par les protestants, afin d'y déceler un argumentaire lié à la Contre-Réforme (comme s'y est consacrée Laurence Riviale pour les vitraux de Normandie).

   Enfin, je rappellerai que la cathédrale de Saint-Claude dans le Jura possédait un ensemble très précieux de stalles du XVe siècle : lorsqu'un incendie le détruisit en grande partie, les chercheurs découvrirent que ce chef d'œuvre souvent célébré n'avait jamais fait l'objet de description détaillée ou d'étude approfondie. Au Mans, ces panneaux sont si disponibles aux visiteurs que je n'ai trouvé en ligne aucune étude critique récente (bien que je ne doute pas, comme on n'en doutait pas non plus à Saint-Claude,  que des travaux confidentiels soient déposés dans les services ad hoc) : n'attendons pas qu'il soit trop tard.

  C'est ici un travail de touriste, avec les photographies prises lors d'une rapide visite à midi sur ma route vers Chartres,  lors de laquelle j'ai été surpris par la qualité de ce que je découvrais, mais où les panneaux étaient peu accessibles pour certains, à contre-jour ou dans la pénombre pour d'autres : j'ai fait ce que j'ai pu, en passant. D'autres viendront j'espère pour mieux faire.

Je débute par le panneau daté 1576.

42. Noli me tangere : Jésus  apparaissant après sa résurrection  sous la forme d'un jardinier à Marie-Madeleine. 

  Chaque dossier est encadré par une architecture à arcature en plein cintre soutenu par deux colonnes. Deux figures (ici, deux têtes d'anges) occupent les coins supérieurs. Sous cette architecture, le panneau se divise en deux parties, l'une historiée selon les différents épisodes de la Vie de Jésus et l'autre décorative, qui réalise une console où s'appuie la scène.

a) Scène historiée. 

Jean, 20:11-18

                        stalles 1595c

   Ici comme dans d'autres exemples, plusieurs temps du récit trouvent place dans des registres ou des zones différentes. Jésus coiffé d'un chapeau de jardinier, mais nimbé, vêtu d'une robe ceinte à la taille, tenant une bêche à manche en T, tend la main (qui porte les stigmates de la crucifixion) vers Marie-Madeleine qui recule sous l'effet de la surprise ou de l'effroi. Elle est tombée à genoux, a lâché le flacon d'aromates, et semble pousser un cri d'exclamation. Toujours élégante, elle porte une robe dont la ceinture est centrée par une broche, une chemise au col ruché et un chaperon à longs rubans. Ce mouvement des deux personnages illustre mal le Noli me tangere, "Ne me touches pas" Jn 20:17 du Christ qui supposerait un élan inverse.

Au dessus, deux anges les regardent depuis l'ouverture de  la grotte qu'ils gardent. Au loin, le Golgotha ou Mont du Crâne, et ses trois croix.

b) motif décoratif.

Rubans dont les entrelacs savants dégagent trois orbes, recevant des fruits et, au centre, un triangle avec la date : 1576.

La date de 1576 :

  • 14 ans après la prise de la ville par les calvinistes et le saccage de la cathédrale (1562) et 4 ans après le Massacre de la Saint-Barthélémy (24 août 1572).
  •  En décembre 1575, Jean Casimir, fils du comte palatin, pénètre avec 25.000 hommes dans l'est du royaume qu'il dévaste. En 1576, la fuite du roi de Navarre assigné à la cour depuis quatre ans, l'encerclement de Paris par les troupes coalisées et leur supériorité numérique contraignent Henri III à s'incliner. La paix est signée à Etigny.

       Le 6 mai 1576, le roi accorde l'édit de Beaulieu qui répond favorablement aux revendications des Malcontents de François d'Alençon. Il accorde aux protestants la liberté de culte et des places de sûreté (garanties militaires). Il crée dans les parlements des chambres mi-parties où les protestants et les catholiques sont représentés à parts égales. Le roi indemnise également toutes les victimes de la Saint-Barthélémy.
  • Le roi est Henri III (1574-1589).
  • Épiscopat du cardinal Charles d'Angennes de Rambouillet, de 1556 à 1587.  "Charles d'Angennes est le deuxième fils de Jacques d'Angennes (m. 1562), seigneur de Rambouillet, gouverneur du Dauphiné, et le frère de Nicolas d'Angennes seigneur de Rambouillet. Il est élu évêque du Mans en 1556, mais ne prend possession de son diocèse qu'en 1560. Pendant son épiscopat, Le Mans est attaqué par les calvinistes et la cathédrale Saint-Julien est gravement vandalisée. Il est ambassadeur du roi Charles IX auprès de Pie V et ambassadeur de la France au Saint-Siège à partir de 1558. D'Angennes participe au concile de Trente à partir de 1562. Le pape Pie V le crée cardinal lors du consistoire du 17 mai 1570. Le cardinal d'Angennes participe au conclave de 1572, lors duquel Grégoire XIII est élu pape, et de 1585 (élection de Sixte V)". (Wikipédia)
  • Pontificat de Pie V.
  • Fin de la 5ème guerre de religion (1574-1576).
  • Le Concile de Trente a eu lieu de 1542 à 1563.

 

 

                             stalles 1566c

Je poursuis ma visite en me déplaçant dans la sacristie de la gauche vers la droite, (c'est à dire pour l'instant vers la sortie) : les scènes vont décrire la période qui suit la Résurrection et où le Christ se manifeste à ses disciples.

 


43. Les disciples d'Emmaüs.

a) Scène historiée.

Luc 24:13-35 

 Il faut, pour les catholiques, voir dans cet épisode évangélique une preuve de l'institution de l'Eucharistie non seulement comme sacrement (ce que les protestants reconnaissent), mais comme une célébration qui n'est pas qu'une commémoration, mais la transformation des espèces (pain et vin) en corps et sang du Christ selon le dogme de la transsubstantiation ( que les protestants ne reconnaît pas).

                    stalles 1596c

 

Deux pèlerins (bâton de marche dont l'un est un bourdon avec sa calebasse qui sert de gourde ; chapeau proche d'un bonnet à glands ; pèlerine ; besace) dont l'un se nomme Cléopas marchent avec le Christ qu'ils ne reconnaissent pas encore ; ils ne l'identifient que dans la scène supérieure où, arrivés dans l'auberge, il rompt le pain.

Luc 24:30 :et factum est dum recumberet cum illis accepit panem et benedixit ac fregit et porrigebat illis  Luc 24:35 et quomodo cognoverunt eum in fractione panis. "Pendant qu'il était à table avec eux, il prit le pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna.[...] comment ils l'avaient reconnu au moment où il rompit le pain"

Ce geste illustré dans la lunette est très important pour l'Église puisque le premier nom de la messe pour les chrétiens des catacombes  a été fractio panis "fraction du pain" (en grec klasis tou artou) qui est fractio Verbi, "partage de la Parole" et fractio Vitae, "partage de la Vie". Ce geste est une fracture tout autant qu'une fraction, et rappelle que la brisure du pain  est le préalable à son partage tout comme le sacrifice du Christ et sa mort est la condition de l'Eucharistie. 

b) motif décoratif.

Ce motif est ici remplacé, et seulement ici, par une autre scène historiée qui est une caricature violente d'un office de l'Église réformée. Vingt-deux personnages des deux sexes sont réunis, mais six démons sont aussi avec eux et leurs tendent des liens. Au centre, sous une colonne et sur un piédestal, leur chef mène la danse de sa baguette.

La traduction de la Bible en français était alors condamnable pour l'église et considérée comme une vulgarisation coupable ; a fortiori l'accès des laïcs à la lecture des textes saints, et, comble de forfaiture, par une femme est ici dénoncé.

 

 

 

Calvinisme au Mans et prise de la ville en 1562 (voir mes sources infra)

      Les premiers prédicateurs du calvinisme, dans le Maine furent Henri Salvert, qui y vint de Tours en 1559, et Merlin, de La Rochelle, un des disciples de Théodore de Bèze. Près du Mans, Mamers devint bientôt l'un des plus ardents foyers du protestantisme dans cette contrée.  La première communauté de l'église réformée selon l'Évangile  du Mans fut établie en 1561 et organisée par Pierre Merlin. On y trouve outre le pasteur, dix anciens et deux diacres beaucoup d'artisans, mais aussi des gentilshommes (près d'un huitième de la noblesse) et surtout une majorité de magistrats et d'officiers.

Le refus du Parlement de Paris d'enregistrer l'édit de tolérance ou paix de Saint-Germain signé le 17 janvier 1562 autorisant la pratique limitée du culte réformé afin d'apaiser les tensions entre les deux partis, et le massacre de Wassy par les catholiques du duc de Guise au mois de mars font échouer la politique de conciliation voulut par la régente Catherine de Médicis.  Partout en France les huguenots prennent les armes.

Le 3 avril 1562, conformément à la politique du chef du parti huguenot, le prince de Condé, les protestants du Mans prennent pacifiquement le contrôle de leur ville avec l’intention déclarée de défendre le roi contre les menées des factieux catholiques. La prise de la cité se fait sans coups férir avec l'appui des troupes de Bellesme et de Mamers. En l'absence du connétable, les chefs calvinistes s'emparent des clés de la ville et ferment les portes. Immédiatement des patrouilles se forment pour éviter tout désordre et crime.

   L'évêque Charles d'Angennes prend  la fuite en emportant une partie du trésor de la cathédrale, trésor qu'on ne retrouva jamais, et se réfugia dans son château de Touvoye. Les nouveaux chefs de la cité envoient alors un député à la reine pour lui expliquer qu'ils n'avaient agi que pour se soumettre au roi contre les menées des Guises. Mais entre temps le Parlement de Paris a déclaré les huguenots criminels de lèse-majesté, autorisant par là leur poursuite et mise à mort.
C'est à partir de ce moment que les événements dégénèrent au Mans et dans sa région. Dans la ville même la foule s'en prit aux riches couvents des Jacobins et des Cordeliers qui furent pillés et brûlés . Le 7 mai la cathédrale Saint-Julien fut à son tour mise à sac, les images profanées, les tombeaux des comtes et des évêques brisés.
Sortant de la ville les pilleurs se répandirent dans les villages alentours, affrontant quelques paysans qui s'opposaient à eux.  D'après les chroniqueurs de l'époque, les protestants firent alors régner la terreur, opprimant les catholiques,en représailles des ordres donnés par les Guises d'exterminer tout protestant dans les villes du Maine. L'un des chefs calvinistes le plus redouté était René de Rouvraye, sire de Bressault surnommé "ce diable de Bressault" qui terrorisa le Maine et l'Anjou de 1562 à 1572 date de son arrestation et exécution à Angers. S'en prenant essentiellement aux biens ecclésiastiques il pilla à la tête d'une troupe de brigands les églises et les couvents,  torturait les religieux , et portait en baudrier leurs oreilles coupées.
En 1562 il prit part au pillage de la cathédrale Saint-Julien du Mans avant de s'enfuir vers la Normandie lors de la reprise de la ville par les catholiques en juillet.  

Les objectifs de ces méfaits sont divers : financement de la guerre, enrichissement personnel mais aussi purification religieuse et pratique du  "vandalisme pédagogique" consistant à détruire les images et les croix pour faire remarquer que Dieu reste muet devant ce que les catholiques considèrent comme un sacrilège. Les destructions nombreuses d’images et d’objets sacrés s’inscrivent en effet dans une vague d’iconoclasme qui touche tout le pays, cet acharnement populaire traduisant à sa manière la condamnation calviniste des images et des reliques porteuses de pratiques superstitieuses. 

Cette situation se maintiendra jusqu’au 11 juillet, date à laquelle la ville est abandonnée, délivrance qui fut attribué à un miracle de sainte Scholastique, patronne de la ville fêtée ce jour-là.

On ne s'étonnera pas de voir de nombreux membres de cette assemblée coiffés du bonnet carré (mortier) des magistrats, lorsqu'on lira la liste des personnes qui prirent le contrôle de la ville :  le lieutenant particulier du sénéchal, Jehan de Vignolles et Marie Mestayer sa femme ; le juge magistral criminel du siège présidial, maître Thibault Bouju et Marie Trouillart, sa femme ; la plupart des gens du roi ; des gardes des remembrances ; un grand nombre des membres du corps de ville, quatre conseillers magistrats, des procureurs du roi et des avocats du roi au siège présidial, le prévôt des marchands, le contrôleur du grenier à sel, et autres personnes nantis du pouvoir.

Le Présidial du Mans, ou Tribunal de justice venait d'être institué, comme 60 autres en 1551 par Henri II ; il comprenait un Président, un Lieutenant-Général, un Lieutenant criminel : juge des affaires criminelles, un Lieutenant particulier assesseur criminel, un Chancelier ; des Conseillers (juges), des  contrôleurs, secrétaires, etc...

Sur Jean de Vignolles : voir Hôtel de Vignolles au Mans.



stalles 1620c

 

 

44. Jésus se manifeste au dix apôtres. 

a) scène historiéeJean,20:19:23

  Le soir de ce jour, qui était le premier de la semaine, les portes du lieu où se trouvaient les disciples étant fermées, à cause de la crainte qu'ils avaient des Juifs, Jésus vint, se présenta au milieu d'eux, et leur dit: La paix soit avec vous! Et quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent dans la joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau: "La paix soit avec vous! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie." Après ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit: "Recevez le Saint Esprit. Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus."

Ce texte est un argument pour la validité du sacrement de Pénitence (la Confession), alors que la confession n'est pas retenu comme un sacrement par les calvinistes. (Pour Luther, l'Eglise, par le ministère des clefs, elle a le pouvoir de pardonner les péchés.) 

b) motif décoratif :

coquille Saint-Jacques, fruits, gousse de pois, draperies.

                        stalles-2-1569c.jpg

 

 

45. Incrédulité de saint Thomas.

a) scène historiéeJean 20:24-29

Le Christ ressuscité apparaît aux onze apôtres : 

 

Huit jours après, les disciples de Jésus étaient de nouveau dans la maison, et Thomas se trouvait avec eux. Jésus vint, les portes étant fermées, se présenta au milieu d'eux, et dit: La paix soit avec vous! Puis il dit à Thomas: "Avance ici ton doigt, et regarde mes mains; avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté; et ne sois pas incrédule, mais crois". Thomas lui répondit: "Mon Seigneur et mon Dieu!" Jésus lui dit: "Parce que tu m'as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n'ont pas vu, et qui ont cru!"

  Thomas, dont le nom signifie "jumeau" en araméen, est, dans le Credo apostolique, associé au cinquième article "Il est descendu aux enfers ; le troisième jour il est ressuscité des morts" : s'il représente communément l'incrédulité (comme disent les bretons Thomas na gredas, na welas, "Thomas ne croit pas s'il ne voit pas"), il est aussi le témoin clef de la Résurrection.

b) motif décoratif : masques et fruits.

                              stalles 1598c

 

 

46. La pêche miraculeuse    

a) scène historiée Jean 21:1-14.

Une pêche miraculeuse racontée en Luc 5:1-11 survient avant la résurrection, mais ce panneau, placé dans cet ordre, fait référence au récit de Jean et au miracle survenu après la résurrection. Il s'agit encore (cf Emmaüs) d'une référence à l'Eucharistie. Mais, selon l'homélie 24 de Grégoire le Grand, c'est aussi une métaphore décrivant les apôtres appelés à devenir pêcheurs d'hommes. C'est encore là que Jésus dit à Pierre "pais mes agneaux" (pasce agnos meos ; en grec : "mes petits agneaux") puis "pais mes brebis" (pasce oves meas), en le désignant ainsi comme le berger des fidèles. Ce terme pastoral est repris par Pierre dans sa première épître : 1 Pierre 5.2 "Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement, selon Dieu; non pour un gain sordide, mais avec dévouement".

 On peut y voir la confirmation de l'apostolat de Pierre et l'institution du pouvoir temporel et spirituel de Rome, que conteste les protestants.

 Selon le texte, le filet des apôtres ramena à terre 153 poissons. Pourquoi ce nombre ? Saint Augustin dans sa glose remarqua que c'était la somme des nombres entiers jusqu'à 17 (Traité de l'évangile de saint Jean,  Migne, Patrologie Latine, tome 35, col.1963-1964 ). Or 17 est le nombre de peuples cités dans les Actes des Apôtres 2,1-11 dans le récit de la Pentecôte comme étant "toutes les nations qui sont sous le ciel" : dans cette interprétation, 153 correspond à "la multitude des chrétiens", c'est donc l'effectif du cheptel confié à Pierre. 

 Peu de détails remarquables sur la stalle elle-même ; Jean est debout devant Jésus et tient un poisson alors que Pierre est à genoux pour trier le filet, devant un grill où cuisent les poissons. La forme des embarcations, très creuses avec un château-avant défendu par des créneaux évoque les carvelles médiévales plutôt que des barques galiléennes...

b) motif décoratif :

carré central entre deux oiseaux fantasques.

 

                           stalles 1600c


 


 

 

 

47. Remise des clefs à Saint Pierre.

  a) scène historiée.

    Nous poursuivons l'évangile de Jean Jn 21:15-17

 Dans le contexte de la Contre-Réforme, ce panneau souligne comme le précédent que l'Église Apostolique et Romaine trouve le récit de son institution dans l'évangile.

b) Motif décoratif.

non photographié...

 


                       stalles 1601c

 

 

 

    48. Ascension.

a) scène historiée.

Actes des Apôtres 1:6-10.

b) Motif décoratif :

Masque cornu, têtes animales

                        stalles 1602c

 

 

49. Pentecôte.

a) Scène historiée.

Actes des Apôtres 2:1-12

Douze apôtres, la Vierge et deux saintes femmes.

b) Motif décoratif.

Comme les deux dates de 1575 et 1576, ce panneau donne une référence historique puisqu'il consiste en un monogramme H couronné. En 1576, l'épisode des guerres de religion reçut le nom de guerre des trois Henri : Henri III , roi de France, chef des royalistes ou politiques; Henri de Navarre chef des protestants; Henri 1er duc de Guise, chef des ligueurs. L'évêque du Mans étant fidèle au roi, il s'agit ici de la marque du roi Henri III.


                   stalles-2 1604c

 

On peut voir le dernier panneau n° 50   dans le chœur : c'est le dossier de l'ancienne cathèdre .

 Fin du cycle de la Vie de Jésus.

 

Le début du cycle est visible dans  le déambulatoire sud (dossiers 1 à 14) et dans le  déambulatoire nord (dossiers 15 à 20. Dans la sacristie, la série se poursuit par le n°21 :

 

Reprise du cycle de la Vie de Jésus dans la sacristie : 


     21. Jésus marchant sur les flots

a) scène historiée : 

Matthieu 14:22-33.

b) motif décoratif.

Ove entre deux oiseaux.

                            stalles 1607c

 

22. Transfiguration.

a) scène historiée.

Matthieu 17:1-8

b) motif décoratif.

"corbeille", fruits, gousses de pois, ...

               stalles-2 1606c

 

 


23. Guérison des dix lépreux

a) scène historiée.

Luc 17:12-19

Partie centrale : les dix lépreux, visage dissimulé par un foulard, et portant à la ceinture deux accessoires, peut-être un gobelet, et une sorte d'étole.

Lunette : parmi les dix lépreux guéris, un seul vient rendre grâce.

b) Motif décoratif. 


                       stalles 1611c

 

 

24. Le Christ et les petits enfants.

a) scène historiée.

Marc 10:13-16. 

Marc 10:46-52.

Dans la lunette : Guérison de Bartimée, mendiant aveugle (?).

b) motif décoratif.

Visage féminin couvert d'une guimpe.

                            stalles 1612c

 

 

 

25. Résurrection de Lazare

a) scène historiée.

Jean 11:32-44 

  A Béthanie, Jésus ressuscite Lazare pourtant enseveli depuis quatre jours, pour la plus grande joie de ses sœurs Marthe et Marie (Madeleine), alors qu'un assistant se pince le nez. C'est l'apôtre Pierre (reconnaissable à son toupet sur une calvitie fronto-pariétale élargie) qui se penche sur le tombeau; Comme d'habitude, Marthe fait sa prude sous sa guimpe tandis que Marie-Madeleine, qui a choisi la meilleure place très près de Jésus, fait la belle avec sa chemise au col ruché et sa coiffure élaborée. En haut, trois pharisiens regardent cela d'un air désapprobateur. 

b) motif décoratif.

Ove présenté par deux anges ; masque et fruits.

                           stalles 1614c

 

 

 26. Entrée à Jérusalem. Datation de 1575.

a) scène historiée.

Matthieu 21:1-11.

Comme d'habitude, cette Entrée triomphale à Jérusalem de Jésus monté sur un ânon est associée au récit de Zachée sur son sycomore Luc 19:1-10.

Cette scène est traitée de façon identique sur de multiples enluminures et gravures. 

b) motif décoratif.

cuir en médaillon (fleur de lys) tenu par deux anges ; draperies à franges. date 1575.


                               stalles-2 1570c

                                stalles-2 1616c

 

  27. Vendeurs chassé du Temple.

a) scène historiée.

Jean 2:14-22

b) motif décoratif.

Masque et griffons.

 

                               stalles-2 1571c

                      stalles-2 1618c

 


28. Guérison de l' aveugle-né ; fontaine de Siloé.

a) scène historiée

Jean 9:1-12 Partie centrale, Jésus guérit l'aveugle-né en appliquant sur ses yeux un mélange de boue et de salive. Au dessus : Jean 9:7, l'aveugle se rince au réservoir de Siloé, et y voit clair. Dans la lunette : les pharisiens reprochent à Jésus sa guérison un jour de sabbat Jean 9:35-38.

b) motif décoratif.

Médaillon : serpent autour d'une flèche.

                                        stalles-2 1572c

 

 

29. La Cène : Communion de Judas.

 

a) scène historiée : la Cène.

Jean 13:21-30

Elle adopte la disposition où la table est parallèle au bord du panneau, le Christ et huit apôtres étant placés d'un coté, deux autres apôtres en bord de table, et deux autres enfin du coté du spectateur.  

C'est l'illustration d'un passage de l'évangile de Jean, dans lequel Jésus tend une bouchée à Judas, le désignant ainsi comme celui qui va le trahir. On nomme parfois ce passage Communion de Judas, ce qui ouvre des discussions soit sur le caractère possiblement profanateur de cette communion ( mais l'Eucharistie n'est vraiment instituée que par la Passion), soit sur le libre-arbitre de Judas qui répond à un don et un partage de nourriture par la trahison.

 

Jean 13:21. Après avoir dit cela, Jésus fut troublé intérieurement et il déclara solennellement: "Oui, vraiment, je vous l'assure: l'un de vous me trahira".

22 Les disciples, déconcertés, se regardaient les uns les autres; ils se demandaient de qui il pouvait bien parler.

23 L'un d'entre eux, le disciple que Jésus aimait, se trouvait à table juste à côté de Jésus.

24 Simon Pierre lui fit signe de demander à Jésus de qui il parlait.

25 Et ce disciple, se penchant aussitôt vers Jésus, lui demanda:
    "Seigneur, de qui s'agit-il?"

26 Et Jésus lui répondit: "Je vais tremper ce morceau de pain dans le plat. Celui à qui je le donnerai, c'est lui."
Là-dessus, Jésus prit le morceau qu'il avait trempé et le donna à Judas, fils de Simon Iscariot.

27 Dès que Judas eut reçu ce morceau de pain, Satan entra en lui.
Alors Jésus lui dit: "Ce que tu fais, fais-le vite".

28 Aucun de ceux qui étaient à table ne comprit pourquoi il lui disait cela.

29 Comme Judas gérait la bourse commune, quelques-uns supposèrent que Jésus le chargeait d'acheter ce qu'il leur fallait pour la fête, ou de donner quelque chose aux pauvres.

 30 Dès que Judas eut pris le morceau de pain, il se hâta de sortir. Il faisait nuit.

  Par cette mise en évidence du libre-arbitre du disciple Judas, ce panneau peut s'inscrire dans les réflexions théologiques de la Contre-Réforme s'opposant aux thèses calvinistes de la prédestination.

 Ce choix entre les deux voies du Bien et du Mal peut trouver son illustration dans les deux apôtres situées du coté du spectateur, Judas le traître, et l'autre, dont le nom importe peu, mais qui reste fidèle.

La bouchée est ronde comme une hostie, mais elle a été prélevée dans le plat qui, au centre, contient l'agneau pascal. Un couteau, sur la table, symbolise la trahison, mais il est d'habitude placé près de Judas. Enfin le chien qui ronge quelque reste de repas peut renvoyer à Judas et à sa vile conduite, mais le plus souvent c'est un chat animal lié à Satan) qui est représenté.

 

Parmi les apôtres on identifie Jean endormi devant Jésus et Pierre qui tient son glaive. En arrière-plan, les murailles de Jérusalem.

b) motif décoratif.

Tête d'angelot, entrelacs, fruits, gousse de pois.

                                 stalles 1573c

 

 

                          stalles 1578c

 

30. Lavement des pieds.

a) scène historiée

Jean 13:1-9 et Jn 9:12-15.

b) motif décoratif.


                          stalles-2 1580c

 

 

31. Comparution devant Caïphe.

a) scène historiée.

Matthieu 26:57-66. Le "souverain sacrificateur Caïphe" (au bonnet ostensiblement hébraïque et ridicule) entend les deux témoins, dont le premier commente sur ses doigts le chiffre trois ( Jésus a dit qu'il rebâtirai le temple en trois jours). Cinq soldats amènent le prisonnier et le malmènent.

Dans la lunette : Caïphe déchire ses vêtements alors que ses gardes se livrent à une scène d'outrages. 

b) motif décoratif.

?

                     stalles-2 1581c

 

32. Comparution devant Pilate.

Pendaison de Judas ; Pleurs de Pierre.

a) scène historiée

— Scène principale Luc 23:1-4  Six soldats romains (dont l'armure damasquinée est soigneusement rendue) conduisent Jésus devant Pilate. 

Le petit chien qui dort sur sa corbeille m'intéresse puisque je l'ai déjà observé sur les Passions des maîtresses-vitres du Finistère et que j'en ai recherché les origines dans les gravures de Dürer ou de Schongauer, toujours associé à Pilate (mais, jusqu'à présent, hargneux et aboyant). Le vitrail de la Passion (Maîtresse-vitre) de l'église St-Thurien de Plogonnec (29).  J'ajoute au dossier "Chien de Pilate" d'autres références, celles de gravures de Wenceslas d'Olmütz (v.1496) ou Michel Wohlgemuth (monogramme W), inventeur de la gravure à l'eau forte : celle où Pilate est accompagné, au Prétoire, de deux chiens, et celle, qui suit la précédente, où Jésus est présenté au peuple par Pilate tandis qu'un chien montre ses dents. ici. En fait, ces gravures, comme celles de Jean de Culmbach (même référence p.383) ou d'autres d'un graveur inconnu, sont des copies de celles de la Passion de Schongauer avec un chien sur l'Ecce Homo (Unterlinden, Colmar) et deux chiens sur la Comparution. Dans cette série, le grand-prêtre est accompagné aussi par un chien.

  martin_schongauer_christ_before_pilate_f

— Dans la lunette : La pendaison de Judas (Matthieu 27:5) et les pleurs de saint Pierre au troisième chant du coq (Luc 22:62).

b) motif décoratif.

Cuir à masque central, léonin, et têtes à oreilles pointues. 

                    stalles 1627c

 


33. La Flagellation.

a) scène historiée

— scène principale : Luc 23:6-12. Jésus est attaché à la colonne de flagellation et fouetté à l'aide de deux sortes d'instruments : le flagrum " fouet à manche court portant plusieurs lanières épaisses et larges (généralement 2, parfois 3), munies à quelque distance de leur extrémité de balles de plomb ou d’os de mouton (flagrum talis tessellatum)" ou le flagellum , verges ou fouet à plusieurs cordes entortillées et nouées (ici), et un autre instrument qui ressemble ici à un fagot de tiges assemblées comme un balai. Ce supplice se déroule sous les yeux d'un responsable qui détient le bâton de l'autorité (Pilate ??) . Cette scène est tout à fait comparable aux flagellations des Passions des vitraux bretons, 

 Voir Flagellation selon Schongauer :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6951445h

— dans la lunette : comparution devant Anne (personnage à identifier à l'arrière).

b) motif décoratif.

Tête féminine en guimpe dans un cuir à entrelacs, gousses et fruits.

                              stalles 1628c

 

 

 

 

34. Ecce homo.

 

a) scène historiée

 Marc 15:16-20 Jésus revêtu en dérision de la pourpre impériale, un roseau en guise de sceptre, et couronné d'épines, est présenté par Pilate à l'assemblée des prêtres juifs et des anciens, ce qui s'écarte du texte de Marc où ce sont les soldats qui présentent ainsi le Christ "à toute la cohorte" (des soldats).

b) motif décoratif.

Dans un cuir, tête de grotesque, fruits et épis.

                  stalles 1633c

 

 


35. Le Christ aux outrages.

 

a) scène historiée

 Jean 19:4-11  le Christ toujours vêtu de la tunique pourpre et couronné d'épines est frappé par un roseau, reçoit un coup de pied, est salué avec dérision et frappé de bâtons sous le regard de quatre  Juifs.

Schongauer :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6951446x.r=pilate+schongauer.langFR

b) motif décoratif.

Encadrés de deux chimères à tête de cheval, deux serpents affrontent leurs gueules et enroulent leurs queues.

                      stalles 1636c

 

 

36. Portement de croix.

a) scène historiée

 Luc 23:26-32 Jésus porte sa croix et trébuche, battu par deux soldats dont le premier porte un pantalon à crevés. Un homme, qui ne peut être que Simon de Cyrène malgré son allure juvénile, aide à porter la croix. Au dessus du Christ, un homme armé d'un marteau semble déjà vouloir débuter la mise en croix. Un centurion à cheval accompagne la montée vers le calvaire.

— Dans la lunette, devant trois saintes femmes, Véronique présente le voile de la Sainte Face. Un homme herculéen conduit deux hommes ligotés, sans-doute les deux larrons.

b) motif décoratif.

Dans une gloire inscrite dans un quadrilobe, l'agneau divin, nimbé, porte la croix et l'étendard.

Fruits et épis au dessous.


                           stalles 1638c

 

 

37. Christ en croix.

 a) scène historiée

Jean 19:31-34. Le soleil et la lune encadrent la scène. Dans la lunette, sous des nuages vermiformes, le Christ crucifié autour des deux larrons suspendus par les bras et que rien ne différencie l'un de l'autre.

En partie basse à droite, les soldats, renonçant à partager la tunique du Christ qui est sans couture, la jouent aux dés. A leur gauche, le Golgotha avec son crâne justifiant son nom, mais qui représente aussi le crâne d'Adam. A gauche, deux saintes femmes encadrent saint Jean soutenant la Vierge en pâmoison.

 Au pied de la croix, sainte Marie-Madeleine éplorée, très richement vêtue et coiffée.

Parmi les six cavaliers, deux peuvent être identifiés, Longin qui donne le coup de lance dans le flanc droit, et le Centenier converti, qui tend le bras en s'écriant Dei filius erat iste (Matthieu 27:54).

b) motif décoratif.

Un serpent enroulé autour d'une croix comme autour d'un caducée.

                   stalles 1642c


                        stalles-1641c.jpg


38. Déposition de croix.

a) scène historiée

Marc 15:40-47

      De gauche à droite Joseph d'Arimathie; Jean, Marie, Marie-Madeleine, Marie Salomé et Marie Cléophas, puis Nicodème.

b) motif décoratif.

deux griffons ; deux masques dont la bouche libère des bouquets de fruits.

                           stalles 1644c

 

39. La Mise au tombeau.

a) scène historiée

Jean 19:31-34.

Schéma traditionnel avec Joseph d'Arimathie (bonnet, aumônière) à la tête du Christ, Nicodème (bonnet hébraïsant, longue barbe) aux pieds. Mais Joseph tient un outil, et Nicodème un flacon, comme pour procéder à l'embaumement. A droite du tombeau orné d'une tête de mort, une sainte femme, Jean, Marie, Marie-Madeleine, une sainte femme.

 

b) motif décoratif.

Deux masques ; médaillon fait de l'entrecroisement de deux rameaux et contenant un cœur dans une couronne. Fruits et gousses.

                                         stalles 1645c

 

 

 

 

40. La Résurrection.

a) scène historiée.

      Le Christ ressuscité tient la croix frappée de l'étendard et a revêtu la tunique de sa gloire. Dans une mandorle rayonnante, il trace un geste de bénédiction. Les soldats hallebardiers se détournent dans une vrille surprenante de leur corps. A terre, l'un des soldats, ébloui, se protège de son bouclier tandis que l'autre semble tétanisé, tête en extension.

Comparer avec

Schongauer : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69514532.r=christ+schongauer.langFR

- Dürer : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6951208j.r=christ+d%C3%BCrer.langFR

 motif décoratif.

Entre deux griffons, Jonas prêt à être avalé par le Poisson (ou baleine selon notre tradition). Ce passage dans le ventre du poisson est mis en parallèle avec le passage par les Limbes du Christ par l'évangile de Matthieu 12:40 :Car, de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d'un grand poisson, de même le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre.

 

                          stalles 1647c

stalles-1647cccv.jpg

 

 

41. Ange annonçant aux saintes femmes la résurrection de Jésus.

a) scène historiée

 Matthieu 28:5-8  et Marc 16:1-8 Lorsque le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des aromates, afin d'aller embaumer Jésus. Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre, de grand matin, comme le soleil venait de se lever. Elles disaient entre elles: Qui nous roulera la pierre loin de l'entrée du sépulcre? Et, levant les yeux, elles aperçurent que la pierre, qui était très grande, avait été roulée. Elles entrèrent dans le sépulcre, virent un jeune homme assis à droite vêtu d'une robe blanche, et elles furent épouvantées. Il leur dit: Ne vous épouvantez pas; vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié; il est ressuscité, il n'est point ici; voici le lieu où on l'avait mis. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précède en Galilée: c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit.

Marie-Madeleine est la seule à ne pas avoir la gorge couverte.

— Dans la lunette : Jésus Sauveur apparaissant à une femme agenouillée à un prie-dieu.

b) motif décoratif.

Médaillon ovale inscrit dans un rectangle, fruits.

                       stalles-2-1593cc.jpg

 

Poursuite du cycle : Noli me tangere, voir première figure.

 

 

                             ANNEXE

Document du début du XXe siècle numérisé par http://ali.ham1.free.fr/vmcath07.html

pp 79-84

   "Avant le pillage fait par les huguenots en 1562, le chœur était garni de 96 stalles, 48 de chaque coté, « tant hault que bas, icelles chaises ayant grant beauté de faczon et revers, et de hauteur de douze pieds ou environ ». Pour réparer le désastre de 1562, le chapitre fit travailler aux stalles en chêne que nous voyons maintenant. Elles furent achevées en 1576. Privées de leurs abats-voix et de leurs dossiers placés en partie dans la sacristie, en partie en réserve, ces stalles, à l'origine au nombre de 90 (50 hautes et 40 basses) se trouvent réduites à 76. Sur l'initiative de Mgr Grente en 1923, elles viennent d'être débarrassées d'une affreuse peinture jaune que Mgr Carron leur avait fait infliger en 1830. Les rampes en menuiserie qui bordent des deux cotés les les petits escaliers conduisant aux hautes stalles étaient autrefois accompagnées de figures fantastiques, d'enroulement etc. dont on a conservé quelques morceaux. On a remplacé au XIXe siècle ces fantaisies artistiques par des ouvrages de menuiserie en forme de volutes. Les miséricordes des hautes stalles sont ornées de sujets très variés : têtes, griffons, oiseaux, enfants, animaux. Celles des basses stalles portent des corbeilles, des coquilles et autres conceptions du même genre. Quant aux dossiers, ils retracent, sculptés en bas-reliefs, les épisodes de la vie de Notre-Seigneur : Annonciation _ Visitation _ Naissance de J

ésus-Christ _ Circoncision _ Adoration des Mages _ Massacre des Innocents _ Jésus au milieu des docteurs _ Prédication de saint Jean _ Baptême de Jésus-Christ _ Tentation de Jésus-christ _ Vocation de Simon et d'André _ Noces de Cana _ Jésus et la Samaritaine _ Miracle de Capharnaüm et belle-mère de Simon guérie _ Jésus guérit deux possédés : les démons entrent dans le corps des porcs _ Résurrection du fils de la veuve de Naïm . Guérison de la femme affligée d'une perte de sang _ Madeleine essuie les pieds du Sauveur. Pardon accordé à la femme adultère. _ Jaïre, chef de la Synagogue. Guérison d'une main desséchée _ Guérison de deux aveugles et d'un possédé _ Multiplication des pains Cananéenne _ Jésus marchant sur la mer. Saint Pierre : sa barque agitée par les flots _ Transfiguration _ Les dix lépreux guéris : un seul reconnaissant. _ Jésus bénit les petits enfants . Guérison d'un sourd-muet _ Résurrection de Lazare _ Entrée triomphale de Jésus à Jérusalem _ Vendeurs chassés du Temple. _ Aveugles guéris. Fontaine de Siloé _ La Cène _ Jésus pris et conduit chez Anne et Caïphe _ Jésus devant Pilate . Larmes de saint Pierre._ flagellation. Jésus devant Hérode _ Jésus couronné d'épines, un roseau à la main, le manteau de pourpre sur les épaules, est présenté aux Juifs. _ Les soldats outragent Jésus. _ Portement de Croix. Simon le Cyrénéen._ Crucifiement. _ Le corps de Jésus descendu de la croix._ Le corps de jésus mis au tombeau. _ Résurrection. _ L'ange annonce aux saintes femmes que Jésus est ressuscité. _ Apparition à Madeleine._ Les disciples d'Emmaüs, (cul de lampe : Assemblée protestante présidée par Satan) _ Le Christ apparaît à dix apôtres._ Apparition aux onze apôtres. _ Saint Thomas. _ Apparition de Jésus sur le bord de la mer. _ Saint Pierre reçoit les clefs. _ L'Ascension. _ La Pentecôte._ Jugement Dernier. _ La Foi, la Charité l'Espérance et la Justice. Ces quatre derniers panneaux fermaient les stalles à l'entrée du chœur. L'œuvre entière est d'une valeur inégale. Les personnages sont mal dessinés et naïvement exécutés, tandis que la partie décorative ne manque pas de mérite et indique un habile menuisier.

 

 

 

Sources et liens.

— La vie de Jésus: oeuvre anonyme datée de 1576 sculptée sur les dossiers des stalles de la Cathédrale Saint-Julien au Mans Cathédrale Saint-Julien (Le Mans, France) Association Signes des temps, 2000 - 115 pages (non consulté)

 — FLEURY Gabriel, 1910 La Cathédrale du Mans, Petites monographies des grands édifices de la France H. Laurens :Paris Gallica 

Deux liens sur le protestantisme au Mans

— http://lissillourgenealogie.pagesperso-orange.fr/guerre%20religion%20maine.html

 —TRAVIER (Didier) 1561-2001, 450 ans de protestantisme au Mans et dans la Sarthe, Nïmes 2011, 25 pages. http://data.over-blog-kiwi.com/0/18/39/52/201211/ob_b61d4c_2011-450-ans-protestantisme-sarthe-didier-travier.pdf

Iconographie :

— Dossier de stalle, Noli me tangere et date 1576 photographié en 1910 in G. Fleury page 17

— Dossier de stalle Jésus au temple photographié en 1910 page 19.

— Porte du Jubé, transformée en porte de la sacristie : Fleury fig. p.21

— Le document le plus complet, auquel je rends hommage:  La Vie de Jésus en 50 stalles de la Cathédrale du Mans : http://fr.scribd.com/doc/57062817/Vie-de-Jesus-en-50-stalles-de-la-Cathedrale-du-Mans

— http://emonnier48.perso.sfr.fr/Pays%20de%20Loire/Sarthe/lemans/cathedrale/

cathedralechapelle.htm

— https://www.flickr.com/photos/tourainesereine/5366964526/in/photostream/

 

 

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Published by jean-yves cordier
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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 15:15

        "Juchés sur les épaules des géants" :

les quatre évangélistes et les quatre prophètes de la rose sud de la cathédrale de Chartres.

Un breton de Moélan à l'origine d'une métaphore célèbre sur le savoir cumulatif, et sur la dette due aux Anciens. Son application en typologie biblique sur les verrières de Chartres.

 

 

  L'expression "nous sommes comme des nains juchés sur les épaules de géants" est une métaphore si évocatrice qu'elle appartient au langage courant, parfois réduite à sa finale "grimpé sur les épaules de géants" dans la formule anglaise  "Stand on the shoulders of giants ", alors que plus personne n'utilise la forme latine nani gigantum humeris insidentes. 

    Isaac Newton qui l'a employée dans une lettre à Robert Hoocke du 5 février 1675 , en fait une formule rhétorique de modestie scientifique : If I have seen further it is by standing on ye sholders of giants, "si j'ai vu un petit peu mieux, c'est parce que je me tenais sur des épaules de géants".

    Un peu avant lui, en 1647, Pascal avait écrit dans la préface de son Traité du vide " […] parce que, (les Anciens) s'étant élevés jusqu'à un certain degré où ils nous ont portés, le moindre effort nous fait monter plus haut, et avec moins de peine et moins de gloire nous nous trouvons au-dessus d'eux. C'est de là que nous pouvons découvrir des choses qu'il leur était impossible d'apercevoir. Notre vue a plus d'étendue, et, quoiqu'ils connussent aussi bien que nous tout ce qu'ils pouvaient remarquer de la nature, ils n'en connaissaient pas tant néanmoins, et nous voyons plus qu'eux. " C'est l'idée de l'effet cumulatif du savoir, idée nouvelle s'opposant aux paradigmes médiévaux et antiques de mimesis (imitation des Anciens sans prétendre les égaler), révolution copernicienne ouvrant les perspectives d'un savoir infini.

 

     Récemment Jean-Claude Ameisen, par le titre de son émission de France-Inter ou de son ouvrage "Sur les épaules de Darwin, le battement du temps", reprends cette métaphore dans le même sens, celui des progrès scientifiques par savoir cumulatif et plus généralement du progrès par micro-adaptation évolutive.

  L'origine de cette expression est bien connue et remonte au XIIe siècle : elle n'est attribuée à Bernard de Chartres que par le biais d'une citation de ce dernier dans le Metalogicon de Jean de Salisbury, dans le Livre III : 

 Dicebat Bernardus Carnotensis nos esse quasi nanos gigantium humeris insidentes, ut possimus plura eis et remotiora videre, non utique proprii visus acumine aut eminentia corporis sed quia in altum subvehimur et extollimur magnitudine gigantea.

  "Bernard de Chartres disait que nous sommes comme des nains assis sur les épaules de géants de sorte que nous pouvoir voir davantage [de choses] qu’eux et plus loin non certes à cause de l’acuité de notre propre vue, ou de la hauteur de notre corps mais parce que nous sommes soulevés en hauteur et élevés à une hauteur gigantesque" (III, 4) 

Bernard de Chartres ne dit pas directement que notre savoir est supérieur à celui des Anciens, mais que notre situation, notre "point de vue" est préférable

   En réalité, Priscien, grammairien du 6è siècle avait eut une réflexion comparable en écrivant que les grammairiens récents sont plus perspicaces que les anciens : quanto juniores, tanto perspicaciores.   Ce que les modernes ont en plus, c'est la perspicacité  (latin perspicax, "vue perçante", de specio "regarder" et per, "à travers").  Ce détour permet de comprendre que dans la métaphore de Bernard de Chartres, tout  tourne autour du regard, du champ de vision et de son empan. C'est d'ailleurs un élève de Bernard de Chartres, Guillaume de Conches , qui fut le maître de Jean de Salisbury, qui  cite cette remarque.

   Bernard de Chartres, Guillaume de Conches (ca 1080-1150) et Jean de Salisbury (1115 ?-1180 ?) ont été des enseignants de  la fameuse École de Chartres, une "école cathédrale"  créée pour la formation des clercs à la suite de l’impulsion de la réforme carolingienne par l' enseignement des matières profanes (trivium soit Grammaire + Rhétorique + Dialectique et quadrivium soit Arithmétique + Musique + Géométrie + Astronomie). Elle avait été fondée par Fulbert  après 1006 et ancrée, sur le plan philosophique, sur la pensée platonicienne. Dirigée par un chancelier (ou écolâtre) secondé par un chantre, son enseignement  "s’appuie sur les auteurs anciens : Quintilien, mais aussi Cicéron, Macrobe, Sénèque et Boèce par lesquels ils avaient accès à Platon (dont seul le Timée était directement accessible à cette époque).  Il s’agit de former correctement des étudiants, de faire en sorte qu’ils soient des gens imprégnés des valeurs de l’antiquité et qui soient capables de bien s’exprimer en prenant modèle sur les écrivains anciens." (P. Cibois)

   Mais si on sait que  Jean de Salisbury fut aussi évêque de Chartres, on ignore souvent que Bernard de Chartres fut évêque de Quimper de 1159 à 1167, sous le nom de Bernard de Moélan (Moélan est, au sud-ouest de Quimperlé, une paroisse littorale de Bretagne sud sur les rives du Belon). La Chronique de l'abbaye de Quimperlé fait mention de ce breton né à Moélan au territoire de l'abbaye et qui fut en l'année 1159 appelé au siège épiscopal de Quimper après avoir été chancelier dans l'église de Chartres. Bernard avait été maître de l’école épiscopale de 1114 à 1119 et chancelier de 1119 à 1124 (E. Bréhier). Il décéda le 2 août 1167, et il est l'auteur des Vitae de saint Corentin et de saint Ronan, le saints les plus considérables du diocèse. (Hauréau 1872).

Mon propos n'est pas de poursuivre une réflexion sur le sens de la métaphore du maître breton sur "les nains juchés sur les épaules des géants" dans le cadre du platonisme chartrain (cf. L. Spina 2004 U. Eco 2006 ou P. Cibois 2012) mais de montrer des images de cet aphorisme, les gigantesques prophètes portant sur leurs épaules les petits évangélistes, tels qu'ils apparaissent sous la rose sud de la cathédrale de Chartres. Car cet article n'est pas bâti de savoirs, mais de sensations : celles que connaît le navigateur lorsque, ayant quitté Port Tudy à Groix et longeant la côte bretonne aux falaises abruptes, ayant dépassé Brigneau, il scrute en vain la rive, et malgré le recours de ses jumelles, ne découvre la profonde ria de Merrien (le modeste mais enchanteur port de Moélan-sur-Mer). Plus encore que de sensations, cet article est tissé de souvenirs, celles de mes lectures adolescentes de Merveilles des Petits Ports dans lequel Jean Merrien (pseudonyme de René Marie La Poix de Fréminville, le descendant du Chevalier qui, après la mort de sa chère Caroline, avait pris l'habitude de s'habiller en femme !). Comme je rêvais alors de ces escales atlantiques, de ces ammarrages à quai ou de ces béquillages en port d'échouage! 

  Sensations encore lorsque, avec d'autres jumelles, je découvrais le vitrail de Chartres où quatre acrobates faisaient les pitres sur les épaules de leur camarade à une vingtaine de mètres au dessus de moi. Quel spectacle, amplifié par la qualité de verres Zeiss ! J'aurais voulu en faire profiter tous les touristes qui, privés de mes yeux de géants, ne regardait que la rosace ou le fanion de leur guide. C'est à défaut d'avoir, ce jour là, crié à travers les stalles Regardez ! Regardez ! C'est merveilleux ! que je mets en ligne ces images.

Sensations enfin, gustatives, que celles qui naissent de la prononciation de "juché sur les épaules" avec ce savoureux "juché" trop souvent omis. Car, initialement, et encore aujourd'hui dans les soubassements de notre mémoire, le mot est teinté d'ironie, pour avoir été utilisé d'abord dans le Roman de Renart (écrit juste après la mort de Bernard de Moélan) pour qualifier les poules sur leur perchoir ou jucheoirs. (Godefroy)

 

LES LANCETTES DES QUATRE ÉVANGÉLISTES JUCHÉS SUR LES PROPHÈTES A CHARTRES.

 

  A Chartres, sous la rose sud de l'Apocalypse, la métaphore de l'évêque de Quimper a été utilisé ou détournée dans une visée de typologie biblique pour signifier que le Nouveau Testament s'appuie sur les textes de l'Ancien, ou que les évangélistes affirment ce qu'avant eux annonçaient les prophètes ; mais je ne pense pas que le commanditaire souhaitait voir les évangélistes qualifiés de "nains" et les prophètes de "géants". On peut même dire que cette évocation est, pour l'Église, parfaitement déplacée...

   Ces images nous conduisent à considérer la fameuse phrase autrement. Jusqu'à présent nous l'entendions en nous identifiant aux "nains" liés au présent, les "géants" relevant du passé. Mais ici nous nous plaçons dans le temps du plan divin (ou hors du temps), chaque prophète et chaque évangéliste devenant deux acteurs complices du même projet : sur l'image, ils sont contemporains et co-actifs. Le "grand" (le plus ancien) et le "jeune" (le plus récent) visent le même but et leurs regards vont vers la même direction. Le plus jeune pose ses mains sur le front ou la tête du plus âgé pour s'inspirer de ses pensées et de ses écrits. A la différence d'autres représentations, on ne trouve pas ici de différenciation des prophètes qui stigmatiserait leur caractère hébraïque (longue barbe bifide, longs cheveux, bonnet juif, vêtements à franges rituelles, aumônières) mais au contraire certains prophètes, comme certains évangélistes sont imberbes et d'autres sont barbus ; les visages sont aussi nobles pour les prophètes que pour les apôtres. 

  Mais de même que les apôtres de Cluny sont représentés sur des consoles supportées par des prophètes, malgré leur connivence les évangélistes de Chartres surpassent les prophètes en actualisant leur prophéties enfin réalisées par l'accomplissement christique. 

Description. 

L'ensemble Rosace sud et lancettes des verrières hautes de la façade méridionale porte le numéro 122 et le nom de verrière de la maison de Dreux Bretagne.

Une lancette centrale représentant la Vierge à l'enfant est encadrée de quatre lancettes où les quatre évangélistes sont montés sur les épaules de quatre prophètes : de gauche vers la droite : Jérémie porte saint Luc, Isaïe saint Matthieu, Ézéchiel  saint Jean, et Daniel porte saint Marc. Ces données sont connues et mon but est de faire admirer des images suffisamment agrandies de ces couples et de les mettre à la disposition de chacun.

En dessous, mais bien plus petits, les donateurs sont représentés debout ou à genoux. Ce ne sont pas eux qui sont sur des épaules de géants, ce sont les textes de l'Ecriture. 

  Mais les nains que nous sommes aujourd'hui  devenons encore plus petits lorsqu'il nous faut lire le message typologique que les théologiens et penseurs de l'Ecole de Chartres et leurs successeurs ont inscrit sur cette verrière : pourquoi Luc est-il couplé à Jérémie, quel lien s'établit entre l'évangile de Luc et le Livre de Jérémie ? En matière d'herméneutique, nous n'arrivons pas à la cheville des grands penseurs médiévaux, et l'escabeau nous manque pour nous hisser plus haut. J'essayerai pourtant d'esquisser des pistes. Je ne crains pas le ridicule, car de si haut, ils ne me verront pas.

 

 

 

 

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1.  Saint Luc est juché sur les épaules de Jérémie. 

Eucharistie.    Proposition typologique :   Luc 22:20 Il prit de même la coupe, après le souper, et la leur donna, en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous est mis en parallèle avec Jérémie 31:31 :Voici, les jours viennent, dit l'Éternel, Où je ferai avec la maison d'Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle.

Reliques et culte chartrain. 

 A Chartres, un reliquaire dit "des Maries", offert en 1449 par Jean Bernard, archevêque de Tours rassemblait les reliques des saints restes épars qui avaient perdu leur écrin principal au cours de périodes troublées : on y trouvait des reliques des saints Paul, Barthélémy, Marc et Luc, et de sainte Marguerite. Ces reliques de saint Luc et de saint Marc provenaient vraisemblablement, comme d'autres, du sac  des églises de Constantinople par les croisés lors de la 4ème Croisade en 1204. 

Selon l'Ordinaire chartrain, saint Luc était célébré le 18 octobre avec la même solennité que les apôtres, c'est-à-dire avec neuf leçons lues au cours des offices de la journée. (C. Lautier 2005)

Inscription :   :S':LUCAS:

                           lancettes-evangelistes 2185vv

 

 

2. Saint Matthieu est juché sur les épaules du prophète Isaïe.

 

 Incarnation. La citation d'Isaïe 7,14 occupe une place centrale au début de l'Évangile de Matthieu .

 Livre d'Isaïe (7, 10-14; 8, 10) : Le Seigneur envoya le prophète Isaïe dire au roi Acaz: «Demande pour toi un signe venant du Seigneur ton Dieu, demande-le au fond des vallées ou bien en haut sur les sommets.» Acaz répondit: «Non, je n'en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l'épreuve.»

Isaïe dit alors: «Écoutez, maison de David! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes: il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu! Eh bien! Le Seigneur lui-même vous donnera un signe: Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l'appellera Emmanuel», c'est-à-dire: Dieu avec nous.

 

: Matthieu 1 :22-23  Tout cela arriva afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète : Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous.

Reliques et culte chartrain.

La cathédrale conservait la relique du chef de saint Matthieu,  issue du sac de Constantinople en 1204. Elle avait été offerte par Gervais de Châteauneuf qui avait apporté lui-même la relique à la cathédrale et avait fait également une fondation de quarante sous annuels de rente pour son anniversaire (C. Lautier). Lors de sa fête le 21 septembre, le saint était honoré par une procession la veille et, selon le rituel ordinaire de Chartres au XIIIe siècle, par la lecture à l'office de neuf lectures ou "leçons", contre trois pour les fêtes ordinaires.

Inscription : St MAT(K)S : le sigle qui ressemble au K, un h avec une apostrophe, est abréviative de MATTHEUS. 

 

                          lancettes-evangelistes 2192cv

 

  3. La Vierge et l'Enfant.

La Vierge couronnée tient l'Enfant tout en présentant ostensiblement la fleur symbole de sa virginité et de son accomplissement de la prophétie d' Isaïe 11 :1 Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines.

Entre l'arche et l'arcature trilobée, deux sphères symbolisent le soleil et la lune.

 

                 lancettes-evangelistes 1868c

 

4. Saint  Jean est juché sur les épaules du prophète Ézéchiel.

 

 

  Quatre vivants. Apocalypse.

     Le Livre du Prophète Ézéchiel débute par une vision spectaculaire de création. Il voit les cieux ouverts et au centre du cercle lumineux, quatre êtres vivants. Il les décrit comme suit: « Leur aspect ressemblait à ceci: quant à la forme de leurs visages, elles avaient toutes quatre une face d’homme et une face de lion à droite, toutes quatre une face de taureau à gauche et toutes quatre une face d’aigle » (1: 10).

Jean eut une vision similaire, rapportée dans l’Apocalypse 4: 6-: « Le premier être vivant ressemblait à un lion, le deuxième à un jeune taureau, le troisième avait un visage semblable à celui de l’homme et le quatrième ressemblait à l’aigle ».

Le texte de l'Apocalypse suggère une nouvelle explication des "nains juchés sur les épaules... : on y lit : " Monte ici, et je te ferai voir ce qui doit arriver dans la suite" (Ap.4,1). Les évangélistes, et Jean tout particulièrement, en "montant ici", en se hissant sur le niveau du ton et de l'inspiration prophétique, accèdent à un degré de vision très particulier, celui de la vision eschatologique. Ils n'écrivent pas un récit historique ou un témoignage, mais une Vision, celle du Salut. 

Inscription :  S/IO(K)ES.

Comme pour Matthieu, utilisation du signe abréviatif semblable à un K pour remplacer IO(HANN)ES c'est à dire Saint Jean.

                      lancettes-evangelistes 2189cv

 

 

      5. Saint Marc juché sur les épaules de Daniel.

 Le Fils de l'Homme dans les nuées avec puissance et gloire.

— Daniel, 7:13,14 : « Je regardais dans les visions de la nuit, et voici que sur tes nuées vint comme un Fils d’homme [et ecce cum nubibus caeli quasi filius hominis veniebat ]; il s’avança jusqu’au vieillard, et on le fit approcher devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et règne, et tous les peuples, nations et langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son règne ne sera jamais détruit. » 

 

— Marc  Mc 13,26. "Alors on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées, [ Filium hominis venientem in nubibus] avec beaucoup de puissance et de gloire." 

Le Fils de l'Homme dans les nuées figure au sommet du tympan de la Porte du Sauveur de la cathédrale d'Amiens, au dessus du Jugement Dernier.

Voir aussi Matthieu 24:36 : "C'est alors que le signe du Fils de l'homme apparaîtra dans le ciel. Alors tous les peuples de la terre se lamenteront, et ils verront le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel avec beaucoup de puissance et de gloire."

 

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Reliques et culte chartrain. 

 A Chartres, un reliquaire dit "des Maries", offert en 1449 par Jean Bernard, archevêque de Tours rassemblait les reliques des saints restes épars qui avaient perdu leur écrin principal au cours de périodes troublées : on y trouvait des reliques des saints Paul, Barthélémy, Marc et Luc, et de sainte Marguerite. Ces reliques de saint Luc et de saint Marc provenaient vraisemblablement, comme d'autres, du sac  des églises de Constantinople par les croisés lors de la 4ème Croisade en 1204. 

"Si saint Luc est fêté avec la même solennité que les apôtres, c'est-à-dire avec neuf leçons lues au cours des offices de la journée, il n'en est pas de même pour saint Marc qui ne bénéficie que d'une simple mémoire le 25 avril dans le calendrier chartrain." (C. Lautier 2005)

Inscription : -S- MARCVS:

 

        lancettes-evangelistes 1867cv

 

LES DONATEURS DU VITRAIL.

 

 

1. Yolande de Dreux.

fille du couple de donateurs, elle est née en 1218, ce qui est une indication possible de la date du vitrail. Comtesse de Penthièvre et de Porhoët, elle épousera Hugues XI de Lusignan et deviendra comtesse de la Marche et d'Angoulême.

Sa robe porte les armoiries de sa famille. Ses cheveux dénoués indiquent qu'elle n'est pas mariée.

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2. Alix de Thouars duchesse de Bretagne.

Elle est coiffée d'un touret, et porte les armoiries de son époux Pierre de Dreux qui suit. 

Née en 1201 et morte en 1221, elle est reconnue duchesse de Bretagne en 1213 à la mort de son père Guy de Thouars qui, en tant que baillistre, en assurait la régence pendant sa minorité.

 

 

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3. Armoiries des comtes de Dreux (sous la Vierge).

L'écu (en forme d'amande) est suspendu à l'arcature reposant entre deux colonnades, et est entouré de deux vases dont les effluves (ou les fleurs) sont figuré(e)s en grisaille.

Échiqueté d'or et d'azur au franc-quartier d'hermine et à la bordure de gueules.  

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 Le comte Pierre de Dreux dit Mauclerc.

Pierre de Dreux 1187-1250. Baillistre de Bretagne (assurant la gérance du Duché) au chef de son épouse Alix de 1213 à 1221, puis au nom de son fils mineur Jean de 1221 à 1237.

Selon une hypothèse, d'abord destiné à une carrière dans le clergé, Pierre de Dreux y renonce après avoir longtemps étudié aux Écoles de Paris, d'où serait venu son surnom de « Mauclerc », c'est-à-dire « mauvais clerc » qu'on lui a attribué après sa mort. C'est en souvenir de cet épisode ecclésiastique qu'il aurait brisé le blason paternel (Échiqueté d'or et d'azur à la bordure de gueules) avec un franc quartier d'hermine, alors réservé au clergé. (Wikipédia)

Bien mal en point d'avoir été défiguré d'un coup d'épée à la bataille de la Massoure (1249), il périt en mer lors de son retour de Croisade en mai 1250.

 Il est aussi le donateur de la verrière haute voisine n°120 ( La Vierge et l'Enfant dans la Rose et deux prophètes dont Osée) et de la verrière 124 ( Pierre Mauclerc dans la Rose : le prophète Michée et le prophète Malachie). Ces trois baies développent donc la pensée médiévale des liens avec les textes prophétiques. 

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Jean de Dreux

Né en 1217, il deviendra le comte Jean 1er le Roux et duc de Bretagne en titre en 1221 à la mort de sa mère, mais, comme il était âgé de quatre ans, son père assura la régence jusqu'à sa mort en 1237. Meurt le 8 octobre 1286.

N.B Pierre de Dreux et Alix de Thouars eurent un troisième enfant, Arthur de Bretagne (1220-1224) : s'il ne figure pas ici, cela indique que le vitrail est antérieur à sa naissance. Puisque Yolande y figure, cela laisse  la fourchette 1218-1220, qui est cohérente avec d' autres données. L'évêque de Chartres est alors (depuis 1217) Gautier.

 

 

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LA ROSE DE L'APOCALYPSE.

 

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   Cette rose est une illustration de la première vision de l'Apocalypse de Jean.

« Monte ici, et je te ferai voir ce qui doit arriver dans la suite. Aussitôt je fus ravi en esprit. Et voici, il y avait un trône dans le ciel, et sur ce trône quelqu'un était assis. Celui qui était assis avait l'aspect d'une pierre de jaspe et de sardoine ; et le trône était environné d'un arc-en-ciel semblable à une émeraude. Autour du trône je vis vingt-quatre vieillards assis, revêtus de vêtements blancs, et sur leurs têtes des couronnes d'or. Du trône sortent des éclairs, des voix et des tonnerres. Devant le trône brûlent sept lampes ardentes, qui sont les sept esprits de Dieu. Il y a encore devant le trône comme une mer de verre, semblable à du cristal. Au milieu du trône et autour du trône, il y a quatre êtres vivants remplis d'yeux devant et derrière. Le premier être vivant est semblable à un lion, le second être vivant est semblable à un veau, le troisième être vivant a la face d'un homme, et la quatrième être vivant est semblable à un aigle qui vole. Les quatre êtres vivants ont chacun six ailes, et ils sont remplis d'yeux tout autour et au dedans. Ils ne cessent de dire jour et nuit : Saint, saint, saint et le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant, qui était et qui est, et qui vient ! » Ap 4,1-11.

Cette vision se décline en cercles successifs sur la Rose :

 

 

 

 

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1. " Et voici, il y avait un trône dans le ciel, et sur ce trône quelqu'un était assis. Celui qui était assis avait l'aspect d'une pierre de jaspe et de sardoine ; et le trône était environné d'un arc-en-ciel semblable à une émeraude".

 Au centre de la rose se trouve le Christ en majesté, tenant la coupe du sang de la Nouvelle Alliance et entouré de deux cierges, qui figurent sans-doute la lumière qui vient de l'Ancien et du Nouveau Testament. Son fond rouge est celui de la Passion. Ce cercle central est entouré de douze fleurons blancs, ce chiffre douze pouvant être mis en rapport avec les tribus d'Israël, les apôtres, les heures ou les mois, etc. Il annonce les douze médaillons du cercle à venir.

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 2.  "Au milieu du trône et autour du trône, il y a quatre êtres vivants remplis d'yeux devant et derrière. Le premier être vivant est semblable à un lion, le second être vivant est semblable à un veau, le troisième être vivant a la face d'un homme, et la quatrième être vivant est semblable à un aigle qui vole. Les quatre êtres vivants ont chacun six ailes, et ils sont remplis d'yeux tout autour et au dedans. Ils ne cessent de dire jour et nuit : Saint, saint, saint et le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant, qui était et qui est, et qui vient !"  

 Le cercle suivant représente, alternant avec des anges thuriféraires, le Tétramorphe  : le lion, symbole de l'évangéliste Marc ; le bœuf, symbole de l'évangéliste Luc ; l'homme, symbole de l'évangéliste Matthieu ; l'aigle, symbole de l'évangéliste Jean. Ils se détachent sur un fond bleu quadrillé de rouge.

 

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 3.  "Autour du trône je vis vingt-quatre vieillards assis, revêtus de vêtements blancs, et sur leurs têtes des couronnes d'or. Du trône sortent des éclairs, des voix et des tonnerres. Devant le trône brûlent sept lampes ardentes, qui sont les sept esprits de Dieu. Il y a encore devant le trône comme une mer de verre, semblable à du cristal ."

  Une surprise m'attendait lorsque j'explorai, armé toujours de mes jumelles, le cercle suivant : je crus que, tel Dante abordant sa descente des orbes concentriques de l'Enfer, un sortilège m'avait transporté parmi les médecins à demi-fous d'une réunion d'uroscopie de l'université de Salerne, puisque je découvrais des hommes brandissant un flacon en en mirant le contenu coloré, tandis qu'ils tenaient, entre deux autres fioles, un instrument de musique. Mais un guide bienveillant m'expliqua qu'il s'agissait des vingt quatre Vieillards de l'Apocalypse ( Apocalypse 5,8) et que leur vase, rempli de parfum, symbolise leurs prières. Ils sont répartis en deux cercles de médaillons et, en périphérie, de demi-médaillons.

Entre ces deux cercles, des quadrilobes avec les blasons de Pierre de Dreux, donateur.

 

Ici, deux harpes et deux vièles. L'une des vièles est ovale et le corps de l'autre est étranglé ; l'une des harpes possède des ouvertures dans sa table.

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Idem, et  Psaltérion.

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  Trois harpes, une vièle à corps ovale, un psaltérion.

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      Psaltérion, harpe, vièle à corps ovale, vièle à corps étranglé, tenu manche vers le bas.

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  Trois vièles dont une tenue manche en bas ; un psaltérion.

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      Quatre vièles.

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Quatre vièles.    

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DATATION.

  J'ai suggéré le créneau 1218-1220. l'article Wikipédia indique, selon la notice de la direction du Patrimoine de 1992  1221-1230. Les publications de C. Lautier (2003) et C. Manhes-Deremble (1993) permettent de déduire que le chantier de la reconstruction de la cathédrale après l'incendie de 1194 s'est étalée de 1195 à 1235, les vitraux étant installés au fur et à mesure de cette construction ; ceux des parties hautes du transept (et donc la baie 122) venant assez tardivement : 

  "En 1990, une étude de dendrochronologie des restes de bois d'échafaudage situés au-dessus des tailloirs des piles, dans les bas-côtés de la nef et du chœur, a donné par l'analyse des extrémités des boulins, la date de 1195-1200 pour les bas-côtés de la nef, celle de 1210 environ pour les bas-côtés du chœur.

Les chanoines s'installèrent solennellement dans le chœur en 1221, bien que l'édifice n'ait pas totalement été terminé puisque l'essentiel de la construction ne devait être achevé que vers 1230/35.  L'érection des parties hautes de la nef est sans doute contemporaine des parties basses du chevet, suivie des niveaux supérieurs du chœur et de l'abside et, enfin, des parties hautes du transept, d'abord au côté sud puis au côté nord. Quant aux vitraux, ils furent sans doute installés au fur et à mesure qu'avançait la construction, du moins la majorité d'entre eux." (Lautier 2003)"

 

 

 RESTAURATION

La baie 122 a été restauré par les Amis de la cathédrale de Chartres et reposée en  2009 : http://www.amiscathedrale.com/Les_realisations.html

Sources et liens.

— CIBOIS (Philippe), « Sur les épaules des géants », La question du latin, 25 novembre 2012 [En ligne] http://enseignement-latin.hypotheses.org/6359  

— ECO (Umberto) 2006 A reculons comme une écrevisse Google 

SPINA (Luigi) "Nains et géants, une dialectique antique" L'Information littéraire 2004/I vol.56  http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=INLI_561_0028

— KURMANN-SCHWARZ( Brigitte)   "Récits, programme, commanditaires, concepteurs, donateurs : publications récentes sur l'iconographie des vitraux de la cathédrale de Chartres"  Bulletin Monumental  1996 Volume 154 pp. 55-71  

 — HAURÉAU   (Jean-Barthélémy) 1872 "Bernard de Chartres et Thierry de Chartres"  Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Volume 16 pp. 75-84  Persée

LAUTIER Claudine 2003 « Les vitraux de la cathédrale de Chartres. Reliques et images » Bulletin Monumental   Vol.  161

 — Description des vitraux de Chartres : 

http://www.cathedrale-chartres.fr/vitraux/rose_sud/index.php

— Site sur les évangiles :http://home.nordnet.fr/caparisot/html/marcsept.html

— Wikipédia article Des nains sur les épaules des géants. http://fr.wikipedia.org/wiki/Des_nains_sur_des_%C3%A9paules_de_g%C3%A9ants

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Published by jean-yves cordier
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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 11:16

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de la basilique Notre-Dame d'Alençon (Orne).

 

Voir dans ce blog lavieb-aile:  

Et les vitraux : 

Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

 

 

Les points forts de cet Arbre de Jessé :

  • La typologie biblique et le couple Anne / Jessé.
  • Les donateurs et la découverte de la Confrérie Angevine.
  • L'Affaire du "compas de Jessé" : symbole ou artefact ?
  • Les versets prophétiques, inhabituels.
  • La source iconographique, les Heures de Pigouchet chez Vostre.
  • Les verres rouges gravés et l'usage du jaune d'argent.
  • Les boucles et chaînes d'oreilles des rois.
  • La belle restauration de 2007-2010.

  Mises à l’abri pendant la seconde guerre mondiale, les onze verrières du XVIe siècle témoignent de l’art des peintres-verriers de la Renaissance.

  Dans la nef, dans sa partie haute, cinq verrières nord illustrent des récits bibliques et cinq verrières sud présentent des épisodes de la vie de Marie, sainte patronne du lieu.

  Mais au dessus du porche et dominant le buffet des grandes orgues, un Arbre de Jessé a été offert en 1511 par la confrérie de Notre-Dame l’Angevine qui regroupait les professions du cuir. Il s'agit de la baie 111 haute de 6,30 m et large de 5,60 m ; elle est divisée par des meneaux en 8 lancettes de 44 panneaux, et en 8 ajours. 

   Une visite trop rapide un dimanche matin alors que l'office allait débuter ne m'a pas permis de réaliser des images correctes de cette verrière alors même que, l'orgue étant démonté pour restauration la baie se trouvait mieux dégagée qu'à l'ordinaire. 

arbre-de-jesse-3780.JPG

 

   Néanmoins, un simple coup d'œil permet d'en constater toute l'originalité : de même que dans la nef, les verrières hautes alternent à gauche (nord) des scènes de l'Ancien Testament et, à droite, des scènes de la Vie de la Vierge, selon une démarche de typologie biblique, cette verrière qui surmonte le célèbre porche (qui contenait aussi un Arbre de Jessé sculpté) met en parallèle les deux temps de la généalogie de Jésus : le temps qui est attesté dans l'Ancien Testament et qui mène de Jessé à Joseph "de la maison de David" et à Jésus par la succession de douze rois de Juda (abrégé de la généalogie énoncé en Matthieu 1 :7-16), et le temps néo-testamentaire et des évangiles apocryphes qui mène d'Anne et de Joachim à leur fille Marie.

 Cette mise en parallèle des deux temps repose sur l'idée de placer à coté de la représentation classique de Jessé allongé donnant racine à son arbre généalogique, une Nativité de la Vierge, où sainte Anne allongée dans son lit  d'accouchée "répond" à son homologue de l'autre coté du meneau central.

  Loin d'être un "encart" dans le vitrail, cette Nativité y est une partie essentielle dans la réflexion théologique qui est ici proposée : Anne et Jessé font figure de Parents primordiaux du Christ, et, dans l'image, ce sont leurs deux corps couchés et féconds qui donnent naissance au registre supérieur.

  Cette partition de tout le programme iconographique de la basilique justifie que, en haut de la baie, la Vierge et son fils ne soient pas placés au sommet, mais seulement au sommet de l'hémi-baie sud, au même niveau qu'un roi de Juda du coté nord ; et cette égalité de niveau serait choquante si nous ne disposions pas de cette clef de lecture.

 


 

                 LE REGISTRE INFÉRIEUR 

  Les deux lancettes extrêmes gauche et droite abritent en deux fois deux panneaux les donateurs. Puis la Nativité de la Vierge occupe neuf panneaux, et Jessé allongé six panneaux.

 

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arbre-de-jesse 3782c

 

I. Les donateurs. 

Comme l'attestait une inscription en lettres gothiques encore visible au XIXe siècle LAN MCCCCC VNZE... LES CONFRERES DE LANGEVINE, la verrière a été offerte en 1511 par les artisans du cuir, regroupés en la Confrérie de l'Angevine ou de la Nativité. Cette confrérie de l'Angevine avait sa fête le jour de la Nativité de la Sainte Vierge, patronne de la basilique. Son nom viendrait, suivant la tradition, de ce que la fête de la Nativité (8 septembre) fut primitivement célébrée en Anjou par saint Manville, évêque d'Angers, dans le IVe siècle. Cette confrérie est aussi attestée à Vire, où elle regroupait les bourgeois les plus considérés, était dirigée par trois Majeurs, et desservie par sept puis neuf chapelains chargés de dire quotidiennement une messe, et d'assurer la musique. (Les anciennes confréries de Vire, page 7). 

A Alençon, elle regroupait les artisans du cuir, c'est à dire les tanneurs (installés sur les bords de la Briante rue des Sieurs (jadis Sueurs ou Suours, "sutoris", cordonniers), les bourreliers et les cordonniers (ailleurs regroupés en confrérie de saint-Crépin et saint Crépinien). Au XVIIe, on décrivaient (L. Duval 1886)  les corporations des bâtiers-bourreliers ; des carreleurs qui travaillaient au ressemelage des chaussures ; des cordouaniers ; des corroyeurs ; des mégissiers ; des tanneurs ; et des prud'hommes vendeurs de cuirs.

La date de 1511

Le porche flamboyant a été construit entre 1510 et 1517, et le décor vitré de la nef fut posé, pour six des dix verrières, entre 1529 et 1531. La baie 111 a donc été posée la première, sitôt le porche débuté.

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A gauche : deux cordonniers travaillent dans leur échoppe (où se voyait jadis une statuette de l'Amour).

 

 

                                  arbre-de-jesse 3783c

A droite, trois tanneurs brassent une cuve, tandis qu'un bourrelier confectionne une selle. L'industrie du cuir était florissante à l'époque pour le harnachement nécessaire aux chevaliers, cavaliers et charretiers.

I.bis : Les auteurs : les frères Juissel ?

      Cette verrière est attribuée à l'atelier des frères Guillaume et Robin Juissel, au vu d'un document du 14 avril 1516 qui les rend responsable, leur vie durant, de travaux d'entretien de l'église Notre-Dame, sans mentionner la nature de ceux-ci (Inventaire des Titres de Notre-Dame rappellant l'acte passé devant les Tabellions le 14 avril après Pâques). Au XVIe siècle, les peintres-vitriers était  chargés  de confectionner ou de réparer les accessoires que réclamaient les cérémonies religieuses. Ainsi trouvons-nous en 1508 dans les comptes de l'église Notre-Dame la note suivante : "payé aux painctres qui ont faict des langues de feu et ung pigeon pour le jour de la Pentecoste la somme de cinq sols" (in Gérasime Despierres 1891 page 480)

G. Despierres donnent les indications suivantes :

—En 1453, il était déjà fait mention de Jean Juissel, peintre-vitrier, bourgeois d'Alençon, admnistrateur de la confrérie de Toussaint fondée en l'église de Saint-Léonard d'Alençon, époux de Robine de Lanchal (Tabell. d'Alençon).

— 1506 : son fils Robin Juissel, peintre-vitrier, bourgeois d'Alençon, décédé vers 1545 et son gendre Jean Tabur.

— 1516 : Guillaume Juissel, frère de Robin et décédé le 19 avril 1538, date de sa succession.

L'Arbre de Jessé n'est donc attribué à ces artisans que par présomption et conjonction de dates.


 II. La Nativité de la Vierge. 

  Alors que la verrière a été largement restaurée, cet ensemble est authentique à 80%, ce qui donnent une bonne fiabilité aux détails de posture et de vêtements.

  Sa présence dans le vitrail s'explique pour les raisons de typologie biblique que j'ai énoncées, mais aussi puisque la fête de la Nativité de la Vierge est celle de la Confrérie.

  La scène est délimitée par une architecture à l'antique. Sous un baldaquin bleu à bordure or, Anne est sur son lit d'accouchée, la tête couverte de la guimpe qui lui est traditionnelle, main jointe. Deux sages-femmes, tête couverte d'un voile, prennent soin de la jeune Marie et lui donnent le bain. Une autre femme est agenouillée, main jointe : elle porte une coiffe en bourrelet ou turban centré par une broche, et un voile.

  Qui est la jeune personne qui se trouve au pied du lit ? Les cheveux déliés indiquent qu'elle n'est pas mariée, et sa luxueuse coiffure signale qu'elle n'est pas une servante. Cette coiffure est, comme la précédente, une coiffe à bourrelet à bijou frontal, mais elle est retenue par une bande sous le menton.

En 1842, De la Sicotière décrivait que cette jeune femme était vêtu d'hermine; qu'une femme faisait chauffer un linge sur un brasier allumé, alors qu'au milieu de l'appartement, un prêtre, près d'un bassin  rempli d'eau, semble prêt à baptiser l'enfant...

 

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III. Jessé allongé.

Sa posture est semblable à celle de tous les Arbres de Jessé contemporain, allongé sur le coté droit, adossé à un coussin damassé, la main sous la tête dans la posture du songeur, les yeux clos. Sa tenue vestimentaire est riche, hébraïsante et patriarcale associant un bonnet bleu à revers jaune, une première tunique verte, une robe jaune d'or damassée, mais dont on suit difficilement la cohérence du tracé, de son galon à perles et de son revers pour les dissocier du manteau rouge à revers bleu et galon or.

  Là où je ne vois que le repli du galon, les auteurs anciens ont pensé que Jessé tenait dans la main gauche un compas, et, s'interrogeant sur le sens de cet accessoire, ils ont suggéré que l'ancêtre pouvait en son songe inspiré "mesurer par la pensée l'espace de temps qui le séparait de la venue du Sauveur" : De la Sicotière 1842 page 105  et Jules Corblet 1860.  L'idée saugrenue a été citée telle quelle par d'autres auteurs (Bull. Monum. 1845)  Callias-Bay et David (2006) reprennent pour le Corpus cette idée, estimant y voir "Dieu mesurant le Temps et l'homme l'Espace". Je suis convaincu que le galon, ici dépourvu du cément au jaune d'argent, des deux pans droit et gauche du manteau réunis par la poigne de Jessé dessine cet artefact trompeur.

  Le tronc de l'arbre naît de la poitrine du rêveur, et c'est un tronc vert habilement choisi de la même couleur que l'habit. Il se déploie vite en une jungle luxuriante (eh, c'est que Jessé, fils d'Obed, a huit fils, pas moins, et que outre David, les arborescences de ses rêveries accompagnent les destinées d' Eliav, de Avinadav, de Chamma, de Nethanel, de Raddaï et d'Ozem, sans compter celui dont l'histoire a oublié le nom) dont les entrelacs seraient digne d'un Douanier Rouisseau ; mais cette partie du vitrail est, paraît-il, entièrement restaurée.

  

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Selon Martine Callias-Bay et Véronique David, la source de ce vitrail se trouve dans la gravure des Heures à l'usage de Rome de Philippe Pigouchet publié chez Simon Vostre à Paris le 16 septembre 1498 et dont les gravures sont dues au maître des Très Petites Heures d'Anne de Bretagne de 1498 : cela permet de vérifier l'absence de compas, mais la présence de plis divergents du manteau.

  Source : archive.org https://archive.org/stream/OEXV281#page/n33/mode/2up

 

 

LES PROPHETES.

 1. A gauche : inscription  Ysaye XL : Levate in excel[sium] oculos vestros
Isaïe 40:26. "Levez bien haut les yeux [et regardez. Qui a créé les astres ?]"

Il s'agit là d'une citation originale dans un arbre de Jessé où l'on trouve régulièrement Isaïe 7:14. Quelle est la raison de ce choix ? 


                                                   arbre-de-jesse 3784c


2. A droite : Jeremie XXIII regnabit rex et sapiens erit

 Jérémie 23:5 «[Voici venir le temps, l'Eternel le déclare, où je vais donner à David un germe juste]: il régnera avec sagesse  et il exercera le droit et la justice dans le pays". Cette prophétie est considérée par les Pères comme annonçant la venue de Marie et de son Fils.

 Elle est citée par exemple par Isidore de Séville : De fide catholica contra Judeos chap. IX § 6 Quia de stirpe natus est Christus  Migne, Patrologie latine LXXXXIII 466 a :

   

                                    arbre-de-jesse 3783c

 

 

LE REGISTRE SUPÉRIEUR : LES ROIS.

 

  On trouve, posés sur des corolles blanches et rouges, six rois de Juda à droite, et cinq autres à gauche (la place du douzième étant occupé par la Vierge). Les rois situés en périphérie à droite et au centre à gauche portent un manteau rouge, alors que les autres sont vêtus de pourpre et de bleu. Avec les deux prophètes et les deux anges adorateurs, ils forment un double escalier grimpant de Jessé au Christ.

Le costume des rois est bordé de galons dorés perlés et fermé par des mors-de-chape également doré ; les coiffures qui varient de la toque au turban sont enrichies de broches et de médaillons ou de soieries ;  les revers semblent fourrées d'hermine. Les rois   tiennent un sceptre et sont pour la plupart couronnés. Leur nom n'est pas indiqué, et aucun attribut ne permet de les identifier. En 1842, De la Sicotière remarquait "parmi eux, un nègre remarquable par sa figure et son costume", mais celui-ci a disparu en même temps que le compas de Jessé. 

  La particularité iconographique est que trois d'entre eux portent un anneau à l'oreille, et l'un d'eux une chaîne de quatre anneaux.

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LA VIERGE et l'ENFANT. LES ANGES.

Couronnée par un ange, la Vierge à la robe pourpre et au manteau bleu est une Vierge de l'Apocalypse, entourés de rayons d'or et les pieds posés sur un croissant de lune. Nimbe crucifère de Jésus en verre rouge gravé.

Un phylactère au sommet porte une inscription que je n'ai pas déchiffrée. Près de la Vierge, un ange déroule la banderole portant les mots Stirpes (brais?)

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Stylistique et RESTAURATION.

Stylistique : M. Callias-Bay et V. David signalent la présence de verres rouges dégradés, de verres  gravés sur le nimbe de Jésus, le chapeau d'un roi et sur les galons de vêtements, et de nombreux détails de vêtements teintés au jaune d'argent

Une restauration a été réalisée par Théodore Bernard en 1851.

Les vitraux ont été démontés et mis à l'abri pendant la Seconde Guerre Mondiale.

En 2006, Callias-Bay et David écrivaient  "Verrière assez restaurée (au tiers refaite, notamment une partie du personnage de Jessé, l'ange adorateur de la moucherre droite, la tête des rois situées dans les mouchettes, une partie de la scène de la Naissance de la Vierge, l'échoppe des cordonniers)"


La baie 113 a été restaurée en 2007-2010 par l'atelier VitrailFrance du Mans et remise en place lors d'une inauguration du 14 septembre 2012 :

"En octobre 2009, une analyse détaillée des vitraux sur table lumineuse, en atelier, confirme l’approche réalisée sur échafaudage : six panneaux entiers sont du XIXe siècle, dont le feuillage de “l’Arbre de Jessé” ; les retouches du XXe siècle sont ponctuelles ; le panneau “La naissance de la vierge” est authentique à plus de 80% ; les corporations ont été copiées en parties mais avec qualité (au XIX e siècle) ; les plombs de casse sont présents en quantité infime. À part quelques têtes de rois, de nombreux personnages, costumes et anges sont authentiques".

  "Cette analyse détaillée permet de mettre au jour quelques restaurations anciennes, du XVIe ou XVIIIe siècle, montrant le réemploi de verres anciens issues de verrières disparues, provenant d’un décor sans aucun rapport avec celui de la baie 113. Le morceau coloré est alors choisi uniquement en fonction de sa couleur pour combler un trou car ce sont les plombs qui assurent le dessin."

Elle a bénéficié de la suppression des plombs de casse et de collage silicone CAF, du remplacement de certains verres, de mise en place de plomb Tiffany. Afin de protéger la verrière restaurée, un doublage en verre thermoformé reprenant le réseau de plomb (atelier Debitus à Tours)  est installé derrière la face externe du vitrail et la verrière ancienne est reposée déportée sur l’intérieur. Le vide ainsi créé permet une libre circulation de l’air, qui permet une ventilation efficace entre les deux faces des verres.

— Voir articles Ouest-France 18 septembre 2009, du 30 mars 2010 et du 28 décembre 2010

— Voir reportage Fr3 26 juillet 2013

©Photographie Ouest-Fance : le verre de protection thermoformé.

Les vitraux d’Alençon bénéficient d’une technique de pointe.

http://www.ville-alencon.fr/Download/DP_Inauguration_Arbre_Jesse.pdf

 

Sources et liens.

— CORBLET (Jules) 1860, Étude iconographique sur l'arbre de Jessé Paris  page 9.

—DE LA SICOTIÈRE, 1842 "Notice sur les vitraux de Notre-Dame d'Alençon, "Bulletin monumental tome  VIII 105-115. gallica.

— CALLIAS-BAY (Martine), DAVID (Véronique), Les vitraux de Basse-Normandie, recensement n° VIII du Corpus Vitrearum, 2006, Presses Universitaires de Rennes.

DESPIERRE (Gérasime) 1891 Portail et Vitraux de Notre-Dame d'Alençon, nomenclature des peintres, peintres-vitriers au XVe et XVE siècle à Alencon  Réunion des sociétés savantes des départements à la Sorbonne vol. 15  pp 466-489

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 08:26

L'exposition Les maîtres italiens du musée des beaux-arts de Brest.

Je ne donnerai que deux images de ma visite : celles du Saint Luc peignant la Vierge (ca.1695) de Luca Giordano ; non pas pour approfondir l'étude de cette sorte d'autoportrait où le peintre utilise son saint patron, qui est aussi le patron de tous les peintres, pour se montrer au travail dans son atelier entouré de ses apprentis (déguisés en putti) et dont l'un, à gauche, prépare les pigments en les réduisant en poudre, ni pour m'intéresser au peintre napolitain surnommé Luca Fà-presto mais pour deux autres raisons qui tiennent en un détail.

 


expo-art-italien 4006c

 

Détail :

               expo-art-italien 4007c

 

D'une part, j'ai été séduit par ce jeune italien qui m'observait de ses grands yeux attentifs comme s'il avait trouvé son sujet et qu'il s'apprêtait à me croquer (et qui sait si mon portrait ne se trouve pas, depuis mon passage, à l'envers de la toile ?), et d'autre part, j'étais content de retrouver une représentation de l'appui-main ou canne à peindre, cet accessoire que Vermeer m'avait fait découvrir alors qu'il s'en servait pour peindre sa Clio (L'Art de la peinture).

 

La visite d'une exposition est souvent faite de ces micro-événements qui, par les rêveries qu'ils permettent ou par les chaînes d'évocation qu'ils déclenchent, nous comblent de bonheur. Ici, ce détail me rappelait ma lecture de L'Ambition de Vermeer de Daniel Arasse, plus loin une Judith au glaive ensanglanté m'évoquait celle de L'Âge d'homme de Michel Leiris, et ainsi de suite.

 


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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 19:34

La légende de saint Nicolas dans les vitraux de la cathédrale Saint-Gervais-Saint-Protais de Sées (Orne).

   Il s'agit des trois baies 13, 15 et 17 qui éclairent la chapelle Saint-Nicolas, l'une des quatre chapelles rayonnantes du déambulatoire autour de la chapelle axiale de la Vierge. Leur numéros impairs indiquent qu'elles sont placées au nord, à gauche du chœur.

Je les décrirai pour un visiteur qui vient de l'entrée et découvre les baies dans l'ordre 17, 15  puis 13, c'est à dire en apprenant d'abord qui est le donateur, puis en contemplant un premier épisode de la Légende de saint Nicolas de Bari, le fameux miracle des trois clercs ressuscités, puis un épisode moins connu où il sauve trois jeunes femmes de la prostitution à laquelle les livre leur père.

Alors que la cathédrale a été d'abord vitrée entre 1270 et 1280, deux chapelles ont reçu leur vitrage entre 1370 et 1375, celle de Saint-Nicolas et celle de Saint-Jean-Baptiste : toutes deux possèdent des vitraux d'un art très raffiné évoquant celui de la cour royale de Charles V, que l'on retrouve aussi à Rouen. L'habileté à manier le jaune d'argent s'y exerce de façon remarquable pour colorer les cheveux, les damas, les orfrois et parfois les yeux. (L'utilisation du jaune à l'argent débute vers 1300 à Paris puis en Normandie à Rouen, Jumièges, Dives-sur-Mer, Mesnil-Villeman en 1330).

       A Sées, les vitraux sont disposés "en litre", les panneaux colorés prenant place sous forme d'une bande horizontale, la litre, au milieu d'une vitre en verre blanc seulement divisée par un réseau de grisaille décorative, et encadrée d'une bordure colorée. Cette disposition assure à l'édifice une clarté avantageuse, et au spectateur une lisibilité lumineuse du vitrail. 

   Les vitraux des chapelles autour du chœur ont beaucoup plus souffert de la corrosion que les verrières hautes, et  ont été restaurés entre 1879 et 1895 par Leprévost qui replaça les grisailles d'origine (ou ce qui en restait) par des copies. Les verres d'origine ont été vendus et se retrouvent dans des collections américaines, où Meredith Lillich (1990) les a étudiés avec soin, attribuant ceux de la chapelle qui nous concernent à un "Maître de Saint-Nicolas" : ils sont conservés au Glencairn Museum, Bryn Athyn, P.A en deux panneaux de grisaille, l'un avec des ancolies et l'autre avec des lierres (cf Lillich fig.3 page 165). M. Lillich a constaté que cette grisaille n'était pas traitée comme un élément secondaire laissé à une "seconde main", mais qu'elle était réalisé par le maître-verrier qui réalisait les panneaux colorés, ces éléments décoratifs étant différents selon chaque artiste. Si ceux de la chapelle axiale étaient raffinés et recherchés, ceux de la chapelle Saint-Nicolas étaient, selon ses termes, seulement "corrects, relevant d'une certaine "routine" correspondant au style contenu du peintre de cette chapelle".

 


 

I. Baie 17.

Elle est composée de deux lancettes et d'un tympan ajouré et atteint 6,00 m de haut sur 1,20 m de large. La bordure alterne les carrés bleu, bleu clair et pourpre avec des carrés blancs recevant un décor (losange où s'inscrit un quatre-feuilles) et traités au jaune d'argent.

Deux personnages de haute taille, l'un en habit bleu, l'autre pourpre, sont accompagnés sous une niche architecturée à trois lobes par un personnage de taille plus réduite, et dont la couleur de l'habit est inversé, formant un ensemble homogène à la symétrie équilibrée, très aéré et très lisible.

 

                             saint-nicolas 3575c

 

 

                                saint-nicolas 3671c

 

1. Lancette de gauche : saint Nicolas et donateur.

 

a) Inscription de donation.

Une inscription en lettres gothiques fournit l'identité du donateur et la date de donation ; je la déchiffre imparfaitement: OUDI : P~BR : TRE~CEN : CAPELLANus: ~I : PUNCRECTE :I: SIGILITus : SAGIENTIS : ...COPus : FECIT : IN HONORE BEATI NICOLAUs....ANNO DOMINI : MILEO : CCC : LXX.

*Soit  Oudin presbyter trecensis capellanus in ..... sagientis episcopus fecit in honore beati Nicolaus anno domini mileo CCC LXX.

 Un docte prédécesseur, lors d'une excursion de 1914 de la Société historique et archéologique de l'Orne publiée dans son Bulletin tome 34  déchiffrait pour sa part : "? ? ? ? oudi ; pbr. trecen Capellan : i : puti Ecle : Sigilis Sagien ? cop' : fecit iieri in honore : bi Nicolaya ? no : dni mileo : ccc° txxv ? " 

Soit Oudin prêtre de Troyes chapelain ....évêque de Sées fit  en l'honneur du Bienheureux Nicolas l'année du Seigneur 1370.

 

Le chapelain (Nicolas ?) Oudin de Troyes était secrétaire de l'évêque Guillaume de Rances (48e évêque de Sées de 1364 à 1384 et confesseur de Jean le Bon) et était venu à Sées vers 1363. Rances se trouvant dans l'Aube au nord-est de Troyes, Guillaume de Rances et Oudin de Troyes sont donc des compatriotes. 

Guillaume de Rances sur Wikipédia : "Guillaume ou Jean de Rancé, né à Rances et mort en 1378 , est un évêque de Séez du xive siècle. Guillaume est entré dans l'ordre des dominicains. Devenu confesseur du roi Jean, il accompagne ce prince en Angleterre après qu'il a été fait prisonnier à la bataille de Poitiers (1356) et n'est de retour en France avec lui qu'au mois d'octobre 1360. Le roi Jean le nomme en 1364, l'un de ses exécuteurs testamentaires conjointement avec l'évêque de Beauvais, et le comte de Tancarville. Guillaume tient en 1369 un synode diocésain, où il fait plusieurs statuts pour la réformation de la discipline ecclésiastique dans son diocèse. Il unit à l' abbaye de Saint-Martin en 1372 les prieurés de Coulonges du Gast près Tanville et de l'hermitage de Chaumont dans la forêt d'Écouves. Guillaume de Rancé serait aussi l'auteur de quelques ouvrages de piété savoir: Repertoriurn Scripturse sacrze, Soliloquum et Homiliae, tous restés manuscrits."

 

.

 

 

saint-nicolas 3673c

 

      b). Description.

Remarquable fond damassé or (jaune d'argent sur fond blanc) aux oiseaux affrontés : ce motif vient des lampas (tissus de soie broché d'or) de Lucques en Italie. Il sert de fond, par exemple, au retable dit de Flémalle (v.1430)

Niche hexagonale trilobée.

Saint Nicolas : nimbe rouge ; mitre orfrayée ; chasuble bleue à revers vert ; surplis blanc orné de broderies or ; pas de gants, à moins que ceux-ci n'apparaissent que par le galon d'or du poignet ; bague d'or sur les deux majeurs ; pantoufles épiscopales ;  crosse dont la volute est ornée de crochets et se termine en feuille, et dont le nœud retient un linge blanc parallèle à la hampe, le sudarium.

L'élément le plus remarquable réside dans les pupilles rehaussées au jaune d'argent. (cliquez sur l'image pour agrandir), mais on admirera aussi avec quelle précision le jaune d'argent est peint sur les pierres ou pièces qui décorent la chasuble, sur le décor à crochets de la mitre, sur la broderie à aigle éployé de la partie médiane de l'aube, etc.

Oudin, tonsuré, porte une chasuble pourpre à l'orfroi traité au jaune d'argent, un manipule vert, et un surplis blanc.

                  saint-nicolas 3672c

 


2. Lancette de droite : éducation de la Vierge.

Sainte Anne, la tête dans une guimpe, tenant un  livre enveloppé dans son manteau, fait l'éducation de la Vierge, cheveux longs, robe bleue, qui tient également un livre. Les deux femmes se tiennent par la main.

Têtes de sainte Anne et de la Vierge restaurées. Même fond damassé or à feuillages et oiseaux. 

 

 

                   saint-nicolas 3674c

 

 

L'existence d'une chapelle vouée à Saint-Nicolas est sans-doute liée à la possession de reliques du saint évêque, reliques qui devaient être placées sur un autel de la chapelle. Ces reliques sont mentionnées dans un serment prononcé en 1153 : " serment prêté sur l'eucharistie et sur toutes les reliques de la cathédrale de Sées : «sur le bois de la Sainte-Croix et sur le sang de saint Gervais et de saint Protais et sur les reliques de saint Maurice et de saint Georges  saint Cammundus et saint Nicolas, sur le bras de saint Laumer et sur toutes les autres reliques de l'église de Sées:" (Marais et Beaudouin p.49) .

 

 

 

II. Baie 15.

      Elle est composée comme la précédente de deux lancettes et d'un tympan ajouré et atteint 6,00 m de haut sur 1,20 m de large. La bordure de carrés bleu porte des rosettes blanches et jaunes. La grisaille décorative reçoit dans un réseau de losanges des feuilles trilobées qui se développent à partir d'une tige centrale

  Au centre de la chapelle en absidiole, cette baie se consacre à l'épisode le plus légendaire de la Vie de saint Nicolas, celui qui, bientôt, va si bien effacer tous les autres que l'on identifiera le saint à la seule vue d'un personnage vêtu en évêque accompagné de trois enfants sortant d'un saloir : la résurrection des trois clercs  qu'un aubergiste a tué pour leur dérober leur argent. 

  La verrière est donc un stade intermédiaire entre les vitraux légendaires dont les nombreux médaillons relatent tous les épisodes de la Vie de saint Nicolas telle qu'elle est fixée par la Légende Dorée de Jacques de Voragine, et ceux où il suffit de représenter le saint avec son attribut, les trois "enfants" levant les bras et s'éveillant en sortant d'un baquet. Ici, c'est la scène qui précède le miracle de résurrection, celle du meurtre des trois clercs dans leur sommeil, qui est  représentée : l'homme qui a noué un tablier à la taille, lève sa hache au dessus des trois étudiants (une vision rapprochée montre qu'ils portent la tonsure des clercs) tandis que son épouse, à droite, tend une chandelle.

Que trois panneaux de la lancette de droite soient consacrés à la tavernière, à sa coiffure en barbette  et ses cheveux ramassés sous une résille, à sa grande blouse blanche au dessus d'une robe bleue montrent que l'accent est mis sur sa responsabilité dans le meurtre, comme complice. 

La leçon théologique est donc bien différente puisqu'elle insiste sur le crime commis et la responsabilité partagée des époux, alors que la scène suivante, celle du pardon par saint Nicolas est omise, et que la fameuse scène où les clercs bondissent hors du tonneau dans une belle image de renouveau donc de baptême n'est pas encore d'actualité.

Comparer avec un vitrail de 1416 :  Vitrail de Chartres : Grisaille du Miracle de saint Nicolas Baie n° 10.

 


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      Anecdote : en 1876, dans leur Essai historique page 426, Marais et Beaudouin décrivait cette verrière en y voyant l'histoire de saint Julien-l'Hospitalier tuant par erreur son père et sa mère couchés dans leur lit conjugal tandis que la comtesse sa femme tenant une lumière éclaire peut-être les pauvres qu'il a passé sur sa nacelle. Sic. 

 

 


 III. Baie 13. 

Elle est composée de deux lancettes et d'un tympan ajouré et atteint 6,00 m de haut sur 1,20 m de large. La bordure rouge  accueille des "castilles" (châteaux stylisés) . La grisaille du verre blanc périphérique est à motifs de feuilles de lierre à fermaillets (ces carreaux en losanges  qui servent de points colorés réguliers dans le panneau de grisaille) à fleurs de lys. Cette grisaille et ces fermaillets ont été refaits, le verre original se trouvant au Glencairn Museum.

 Le sujet de cette verrière est l'un des premiers épisodes de la Vie de saint Nicolas telle que la relate la Légende dorée : 

 

   À la mort de ses parents, devenu très riche, il chercha un moyen d’employer ses richesses, non pour l’éloge des hommes, mais pour la gloire de Dieu. Or un de ses voisins, homme d’assez noble maison, était sur le point, par pauvreté, de livrer ses trois jeunes filles à la prostitution, afin de vivre de ce que rapporterait leur débauche. Dès que Nicolas en fut informé, il eut horreur d’un tel crime, et, enveloppant dans un linge une masse d’or, il la jeta, la nuit, par la fenêtre, dans la maison de son voisin, après quoi il s’enfuit sans être vu. Et le lendemain l’homme, en se levant, trouva la masse d’or : il rendit grâces à Dieu, et s’occupa aussitôt de préparer les noces de l’aînée de ses filles. Quelque temps après, le serviteur de Dieu lui donna, de la même façon, une nouvelle masse d'or. Le voisin, en la trouvant, éclata en grandes louanges, et se promit à l’avenir de veiller pour découvrir qui c’était qui venait ainsi en aide à sa pauvreté. Et comme, peu de jours après, une masse d'or deux fois plus grande encore était lancée dans sa maison, il entendit le bruit qu’elle fit en tombant. Il se mit alors à poursuivre Nicolas, qui s’enfuyait, et à le supplier de s’arrêter, afin qu’il pût voir son visage. Il courait si fort qu’il finit par rejoindre le jeune homme, et put ainsi le reconnaître. Se prosternant devant lui, il voulait lui baiser les pieds ; mais Nicolas se refusa à ses remerciements, et exigea que, jusqu’à sa mort, cet homme gardât le secret sur le service qu’il lui avait rendu.

 

 

 

                                                                                                                                                                                saint-nicolas 3658c

 

      Dans le panneau de gauche, un homme est allongé, à moitié recouvert d'un drap rouge à revers or ; il a placé sa main sous sa tempe, d'un air songeur, tandis qu'une des trois femmes lui soutient la tête et le front d'un geste énigmatique, mi-tendre et mi-apaisant. Cet homme est le père confronté à une telle misère qu'il envisage (c'est l'explication de son attitude songeuse) de prostituer ses filles. Mais des pièces d'or, grosses comme des oranges, parviennent à travers une ouverture du mur et circulent de main en main, d'une fille à l'autre, jusqu'au père. On remarque la coiffure des trois jeunes filles, une résille réunissant les cheveux en un turban, et celle du père, un bonnet ou chaperon retenu par une sangle mentonnière.

Dans le panneau de droite, Nicolas, anonyme bienfaiteur, fait parvenir une autre pièce d'or par la fenêtre d'une tourelle à porte verte. Il porte une mitre de soie blanche dont les fanons flottent sur la nuque, une chasuble, une dalmaticelle et une aube blanche, le manipule au bras gauche (damas vert aux franges bleues) le bâton pastoral et les pantoufles, mais pas de gants (les ongles des longues mains sont visibles).

Le visage de chaque personnage est réalisé en un verre vieux rose sensible à l'altération.

Chaque scène est surmontée par une arcature trilobée. Le fond est bleu, en alternance avec le fond rouge de la baie 15. 

De l'ensemble de la scène se dégage une ambiance paisible dont toute condamnation agressive de la conduite morale du père est absente.

 

 

 

saint-nicolas 3661c

 

 

 

saint-nicolas 3662c

 

 

 

saint-nicolas 3663v

 

 

 

Sources et liens.

 

— CALLIAS BEY (Martine, DAVID (Véronique), Les vitraux de Basse-Normandie, Corpus Vitrearum VIII, Presses Universitaires de Rennes 2006, page 225-226.

 — LAFOND Jean  1955 Les Vitraux de la cathédrale de Sées, Paris, Société française d'archéologie.‎

 — LAUTIER Claudine, 2000   "Les débuts du jaune d'argent dans l'art du vitrail ou le jaune d'argent à la manière d'Antoine de Pise"  in Bulletin Monumental    Volume   158  pp. 89-107 Persée 

— LILLICH (Meredith Parsons) 1990  "Les vitraux de la cathédrale de Sées à Los Angeles et dans d'autres Musées américains" in  Annales de Normandie Volume 40  pp. 151-175 in Persée 

 

 — LILLICH (Meredith Parsons) The Armor of Light: Stained Glass in Western France, 1250-1325 Google, extraits.

— MARAIS (H.) BEAUDOUIN (H.) 1876 Essai historique sur la cathédrale et le chapitre de Séez  Thomas et Mention : Alençon . xxx, 449 p. Archive.org

— MAZET Jean-François 2010, Saint Nicolas, le boucher et les trois petits enfants: Biographie d'une légende en ligne.

— PERROT (Françoise) 1996  "La couleur et le vitrail" Cahiers de civilisation médiévale Volume   39 pp. 211-215  

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Published by jean-yves cordier
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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 21:13

 Le Credo prophétique et apostolique et la maîtresse-vitre de l'église de Quemper-Guezennec (22).

 

 

1. Cette verrière de Quemper-Guezennec possède une verrière consacrée à un Credo prophétique et apostolique, c'est à dire que le Credo est divisé en douze article, chacun d'entre eux présenté par un apôtre avec son attribut selon une distribution fixée depuis longtemps ; en outre, un prophète de l'Ancien Testament est associé à chacun des apôtres et présente un verset de la Bible considéré comme une préfiguration de l'article de foi. Cette succession des apôtres et des prophètes était très fréquente, notamment en sculpture dans les porches des sanctuaires, mais il est assez rare de disposer aujourd'hui de la série complète et d'un texte complet, car beaucoup de phylactères sculptés anciens ont perdu leur inscription. Cet appariement entre prophètes et apôtres suppose une profonde pensée théologique, typique notamment de la pensée médiévale, et qui s'illustre dès les débuts du vitrail religieux en France, à Saint-Denis avec Suger comme à Chartres (Prophètes de l'Arbre de Jessé). Aborder ce thème revient à embrasser un champ très large de la réflexion de l'Église depuis la Patristique jusqu'à l'École de Chartres, par exemple. C'est le premier intérêt de ce vitrail, le seul en France à présenter la série complète.

  2. En outre, il s'agit d'une verrière de 1460-1470, d'une facture comparable à celle de Lantic (22), et due aux verriers de Tréguier Olivier Le Coq et Jehan le Lavenant, et qui permet une étude stylistique intéressante.

3. Son troisième "intérêt", qui est plutôt une source de désarroi, fut de constater que la description princeps —reprise par les auteurs suivants— de René Couffon en 1935 contenait des incohérences par rapport à ma propre lecture des versets prophétiques ou de l'identification des saints personnages, et des difficultés de détermination de ceux-ci.

                                            

Cette verrière fut sauvée par une restauration du peintre-verrier Félix Gaudin de 1899, restauration très zélée au bon sens du terme mais qui, trop souvent à mon goût, "sent son XIXe siècle". Avait-elle été à l'origine de confusions ?  La version originale des citations accouplés des versets prophétiques et des articles du Credo a-t-elle été modifiée?

 

                       

                    DESCRIPTION.

 

 

C'est une baie de 8,50 m de haut et de 3,70 m de large composée de six lancettes trilobées et d'un tympan ajouré formé de trois fleurons de treize ajours, de deux mouchettes et d'écoinçons. 

                       Quemper-Guezennec 1307c

 


                    LES LANCETTES.

Le Credo illustré ici ne correspond pas au Symbole de Nicée-Constantinople (celui que l’on récite durant la Messe), mais à la formule plus synthétique du Symbole des apôtres, qui aurait été transmis directement aux apôtres par l'Esprit Saint. Son texte latin date du IIe ou du Ve siècle.

 La déclinaison du Credo débute par le haut et la gauche, m'imposant ce sens de présentation des panneaux. Je  propose la liste suivante du prophète, de l'apôtre et de son attribut, en indiquant les identifications de René Couffon en cas de désaccord. Cette lecture est, semble-t-il, la première à vérifier les sources des citations et la pertinence des identités, elle est donc sujette à caution et  souhaite déclencher une discussion.

1. Jérémie et Pierre. Clef

2. David et André. Croix de saint-André.

3. Isaïe et Jacques le Majeur. Bourdon et chapeau.

4. Daniel et Jean. Coupe de poison.

5.  Jonas et Philippe. Croix à longue hampe. (Malachie et Thomas R.C)

6.  Amos et   Thomas . La  Hache ou Hallebarde. 

7. Joël et Barthélémy. Coutelas.  (Sophonie et Barthélémy R.C)

8. Aggée et Matthieu. Plume d'écrivain. (Joël et Matthieu R.C)

9. Sophonie et Jacques le Mineur. (Michée et Jacques le Mineur R.C)

10. Zacharie et Jude Thaddée?. Hallebarde  (Zacharie et Philippe R.C)

11. Ezéchiel et Simon. La scie. (Osée et Simon R.C)

 12. Abdias et Mathias. (Ezéchiel et Mathias R.C)

 

Ces appariements et les citations prophétiques seront mis en parallèle avec ceux de :

  • Psautier de Jean de Berry, (PsJDB), BNF latin 13091, Enluminures de André Beauneveu  : 1380-1400 
  • Cathédrale de Cambrai 1404.
  • Baptistère de Sienne, fresques de Lorenzo di Pietro en 1450.

 

I. REGISTRE SUPÉRIEUR.

 

Quemper-Guezennec 1319c


1. Jérémie et saint Pierre.

"Très restaurés, dont les têtes" (Corpus Vitrearum, abrégé C.V)

a) JérémiePatrem invocab[itis] qui terram Ieremi 

 = Correspondance biblique : attribué à Jérémie, et retrouvé dans la plupart des autres Credo (Psautier de Jean de Berry, Cambray, Sienne, cathédrale de Cambrai etc.) sous la forme complète Patrem invocabitis qui terram fecit et condidit celos  (Le père vous appelle qui a fait le ciel et la terre). Mais cette citation ne correspond pas au texte de Jérémie malgré des références proposées dans la littérature Ez.3:19 ou 29:12 et 10:12 ; Isaïe 51.

"Mgr Brunod pense qu'il s'agirait d'une interprétation de Jérémie 10:12. Ce pourrait être aussi simplement une interférence entre deux textes, Jérémie3:19 et le texte que G. Durand attribue à david "A principio terram fundasti et opus manuum tuarum caeli Psaume 101:26" F. Gay, Colloque Pensée, image et communications 1993 p. 185.

-Attributs (non spécifiques) : bonnet à oreillette, barbe bifide

— Voir Psautier Jean de Berry folio 7v    : Jérémie : Patrem invocabitis qui terram fecit et condidit celos / Le père vous appele qui a fait le ciel et la terre.



b) Saint PierreCredo i[n] D[eu]m, P[a]trem omnipotentem [, creatorem caeli et terrae.].

— Article de foi : Credo in Deum, Patrem omnipotentem, creatorem caeli et terrae. "Je crois en Dieu le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre." 

—attributs spécifiques: clef ; calvitie à tonsure. Barbe frisée. Pieds nus, "attribut" propre à tous les apôtres. Nimbe, commun aussi à tous les apôtres de cette vitre, avec des variations autour d'un motif à rang de perles en périphérie. Robe, dont seule la couleur changera selon les apôtres, et manteau blanc galonné d'or, commun à tous.

— Dallage bicolore dont on suivra de panneau en panneau les variations alternant les carrés divisés en triangles, ou centrés par une perle ombrée, les damiers, les hexagones à triangles, les losanges, etc.

— PsJDB folio 8                

                                      Quemper-Guezennec 1302c


2. David et saint  André.

"Très restaurés, dont la tête de saint André" (C.V)

a) David : filius meus es ego hodie genui te

= Psaumes 2:7 : Domine dixit ad me : Filius meus es tu ego hodie genui te (Vulgate)  "Je publierai le décret : Yahvé m'a dit : Tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd'hui".

 — attributs (non spécifiques) : couronne du roi David, chape damassée, barbe et cheveux longs.

— PsJDB folio 11v : David : Dominus dixit ad me filius meus es tu/ Le seigneur m'a dit tu es mon fils (JDB). Voir Paul, Épitre aux Romains 1,4.

— A Cambrai David (II,7) : Filius es tu ego hodie genui te 

 

—  selon le recensement d'Emile Mâle :David : Dominus dixit ad me filius meus es tu.

 

 

b) Saint AndréEt in Iesum Christum Filium eius unicum , Dominum nostrum. Andreas  

— Article de foi : "Et en Jésus-Christ son Fils unique Notre Seigneur".

— attributs : croix de Saint-André.

— PsJDB folio 12

                    

 

                                           Quemper-Guezennec 1303c

 

 

 


3. Isaïe et saint Jacques le Majeur.

"Très restaurés, dont la tête de saint Jacques et le panneau inférieur" (C.V)

a) Isaïe :  Ecce virgo concipiet et pariet .

= Isaïe, 7:14, Ecce virgo concipiet et pariet filium, et vocatibur nomem ejus Emmanuel : "une vierge concevra, elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel".

— attributs : coiffure et vêtement de prêtre juif.

— PsJDB folio 13v  : Isaïe, VII, 14, Ecce virgo concipiet et pariet filium, et vocatibur nomem ejus Emmanuel : . Une vierge qui conchevra et un fix enfantera. (JDB)

— A Cambrai, ou au Baptistère de Sienne, ou pour E. Mâle, la même citation d'Isaïe est reprise.


b) Saint Jacques le Majeur : [qui conceptus est de Spirituo Sancto n]atus est Maria Virgine. Jacobus

— Article de foi : "...qui a été conçu du Saint-Esprit et qui est né de la Vierge Marie" )

 

— attributs : Bourdon (?) et besace des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle ; objet bilobé suspendu autour du cou.

— remarque : la partie haute du bâton ressemble d'avantage au bâton de foulon de Jacques le mineur qu'à un bourdon. Absence du chapeau caractéristique de Jacques le Majeur, bien que cet objet autour du cou correspond peut-être à la bride d'un chapeau jadis porté derrière la nuque sur la version initiale. Absence de coquille Sait-Jacques. Bref, aucun critère d'identification certaine.

PsJDB folio 14 : on ne voit dans l'enluminure pas de bourdon, pas d'avantage de chapeau, mais la coquille est un critère sans ambiguïté.

                                                    Quemper-Guezennec 1304c

 

 

Quemper-Guezennec 9216c


4. Daniel et saint Jean l'évangéliste.

Le  plus bel ensemble à mon goût.

a) Daniel :   Post LXII edomadas

: Daniel 9:26: et post ebdomades sexaginta duas occidetur christus :"Après soixante-deux semaines d'années, Christ sera tué"

Contexte (Trad. L. Ségond): 

21 je parlais encore dans ma prière, quand l'homme, Gabriel, que j'avais vu précédemment dans une vision, s'approcha de moi d'un vol rapide, au moment de l'offrande du soir.

22 Il m'instruisit, et s'entretint avec moi. Il me dit: Daniel, je suis venu maintenant pour ouvrir ton intelligence.

23 Lorsque tu as commencé à prier, la parole est sortie, et je viens pour te l'annoncer; car tu es un bien-aimé. Sois attentif à la parole, et comprends la vision!

24 Soixante-dix semaines ont été fixées sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour faire cesser les transgressions et mettre fin aux péchés, pour expier l'iniquité et amener la justice éternelle, pour sceller la vision et le prophète, et pour oindre le Saint des saints.

25 Sache-le donc, et comprends! Depuis le moment où la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie jusqu'à l'Oint, au Conducteur, il y a sept semaines et soixante-deux semaines, les places et les fossés seront rétablis, mais en des temps fâcheux.

26 Après les soixante-deux semaines, un Oint sera retranché, et il n'aura pas de successeur. Le peuple d'un chef qui viendra détruira la ville et le sanctuaire, et sa fin arrivera comme par une inondation; il est arrêté que les dévastations dureront jusqu'au terme de la guerre.

27 Il fera une solide alliance avec plusieurs pour une semaine, et durant la moitié de la semaine il fera cesser le sacrifice et l'offrande; le dévastateur commettra les choses les plus abominables, jusqu'à ce que la ruine et ce qui a été résolu fondent sur le dévastateur.

— PsJDB folio 15v: Zacharie 12,10: Ascipiens ad me, quem confixierunt / En moy regarderont leur Dieu lequel cruchefierent. ("ils tourneront les regards vers moi, celui qu'ils ont percé)"

— Baptistère de Sienne: Ezechiel : Signa Thau gementium  : selon une vieille tradition généralement acceptée dans les milieux patristiques, la forme de la lettre grecque tau correspond à une croix; l’extrait d’Ezéchiel est ainsi interprété comme une référence au salut du genre humain à travers le sacrifice du Christ. Voir le vitrail typologique de Saint-Denis.

— Emile Mâle : Daniel, Post septuaginta hebdomadas occidetur Christus.

 

     

b) saint Jean : Johan passus sub Pontio Pilato, crucifixius, mortuus et sepultus. 

— attributs spécifiques : visage imberbe; coupe de poison d'où sortent deux serpents ailés. 

PsJDB folio 14 

                            Quemper-Guezennec 1319cc

 

 

Quemper-Guezennec 9217c


5ème article Limbes et Résurrection. Jonas et saint Philippe.

"Refaits" (C.V)

a)  Jonas: ..nt fuit Jonas in ventrem ceti 

Sicut enim fuit Jonas in ventrem ceti est une citation de l'évangile de Matthieu 12:40. Mais il répondit et leur dit: Une génération méchante et adultère cherche un signe; et il n'y aura aucun signe sera donné d'autre miracle que celui du prophète Jonas:  Car comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, de même le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre 

Les Credo prophétiques font rarement appel à un verset tiré du Livre de Jonas, mais dans ce Livre il n'est pas fait mention de baleine (ceti) mais de poisson (pisces); les versets cités sont Jonas 2:1 ;  4:3; 4:12.

 Jonas apparaît lié au cinquième article de foi pour les raisons claires énoncées par Matthieu, comme une préfiguration du séjour du Christ "dans les Limbes" ou "aux enfers".

 René Couffon, reprit par les auteurs du Corpus, indique ici Malachie, à qui il attribut le verset sur Jonas.

— PsJDB folio 15v  : Osée 13:14 :  O mors ero mors tua morsus tuus ero inferne / Mors tu es trop dure enfer par moy sera mors 

 — A Cambrai, ou dans le Baptistère de Sienne, ou selon Emile Mâle, on cite aussi Osée  13:14 Morsus tuus eri inferne, qui renvoie à la phrase du livre du prophète O mors ero mors tua, morsus tuus ero, inferne "Oh mort sera ta mort, oh enfer sera ton châtiment" ou "Je les délivrerai de la mort...Ô mort, où est ta peste ? Séjour des morts, où est ta destruction? "

 

                     


b) saint Philippe : tertia die ressurexit a mortuis Philippe

—Article : Descendit ad inferna, tertia die ressurexit a mortuis. "Il est descendu aux enfers ; le troisième jour, est ressuscité des morts"

— attribut : la croix à longue hampe.

— Remarque : René Couffon indique "tercia die" et "saint Thomas tenant sa croix", sans-doute parce qu'il suit le Psautier de Jean de Berry ou un modèle analogue : c'est bien Thomas à qui est, traditionnellement, attribué ce cinquième article (Manuscrits du duc de Berry ; baptistère de Sienne). Mais l'attribut de saint Thomas est, traditionnellement, l'équerre. Ici, la croix est l'attribut de Philippe, et son nom est indiqué sur le phylactère.

PsJDB folio 16 : saint Thomas, qui présente sa paume droite en attestation de son texte.

[ voir PsJDB folio 22 saint Philippe, avec sa croix.]

Il m'était difficile de comprendre pourquoi Philippe prend la place de Thomas: erreur lors de la restauration, l'équerre ayant été prise pour une croix, et le nom Philippe ayant été ajouté sur le phylactère ? Variante datant du XVe siècle dans le Credo apostolique ? Dans toutes les autres versions et dans le recensement de Mâle c'est Thomas à qui revient ce 5ème article. Je reviendrai sur cette discussion.

 

                             Quemper-Guezennec 1319ccc

 

 


6ème article, l'Ascension : Amos et saint Thomas .

 

a) Amos : Qui edificiat in coeli ascensionem suam."Il édifia dans le ciel son ascension".

Source : Amos 9:6  : qui aedificat in caelo ascensionem suam et fasciculum suum super terram fundavit qui vocat aquas maris et effundit eas super faciem terrae Dominus nomen eius

 " Il a bâti sa demeure dans les cieux, Et fondé sa voûte sur la terre; Il appelle les eaux de la mer, Et les répand à la surface de la terre: L'Éternel est son nom."  

— PsJDB folio 17v : Sophonie So 3,9 : Invocabunt omnes nomen domini et servient ei / Tous lapeleront et bien le serviront.

— Baptistère de Sienne, ou Emile Mâle: Amos, même citation qu'ici, qui aedificavit in coelo ascensionem suam .

 

—Grandes Heures de Berry. : Amos : Apem [sic pour Ipse] est qui edificat ascensionem suam in celo

 

 

 

b) Saint Thomas : Ascendit ad celos, sedet ad dexteram patris

— Article de foi : Ascendit in celum sedet ad dexteram dei patris omnipotentis "Il est monté au ciel, est assis à la droite de Dieu, le Père tout puissant".

 — Attribut : la hache ou hallebarde. (Classiquement, l'attribut de Thomas est la lance ou l'équerre)

Là encore, il s'agit d'un écart par rapport à la règle qui attribut cet article à saint Jacques le Mineur. Mais la présence de la hache ou hallebarde m'imposerait d'y voir soit Jude, soit Mathias (exclu ici car il est cité pour le 12e article), d'où mon embarras. Cette hache est-elle due à une restauration ?

—PsJDB folio 18 : Jacques le Mineur. attribut l'épée.

— Baptistère de Sienne, ou Emile Mâle : Jacques le Mineur.


                              Quemper-Guezennec 1319ccccc

 

 

 

 

 

 

II. REGISTRE INFÉRIEUR.

 

 

Quemper-Guezennec 1316c

 

 


7. Joël et saint Barthélémy.

a) Joël : Sebedo ut iudicui omnes gentes

Source :Joël 3:12 consurgant et ascendant gentes in vallem Iosaphat quia ibi sedebo ut iudicem omnes gentes in circuitu  "Que les nations se réveillent, et qu'elles montent Vers la vallée de Josaphat! Car là je siégerai pour juger toutes les nations d'alentour."

Ne pas confondre avec Joël 3:2.

 René Couffon qui suit Emile Mâle indique : "Sophonie"

— Ps JDB folio 19v : Joël 2,28 : Effundam de spiritu meo super omnes carnem / Sur tous je donray mon esprit.

— Baptistère de Sienne : Joël 3:12 In valle Iosaphat iudicabit omnes gentes "Dans la vallée de Iosaphat il jugera tous les peuples".

—E. Mâle : Sophonie: Ascendam ad vos in judicium et ero testis velox 

b) saint Barthélémy : Inde venturus iudicare vivos. "D'où il reviendra juger les vivants"

— Article du Credo Inde venturus est iudicare vivos et mortuos : "d’où il viendra pour juger les vivants et les morts"

 — attribut : le couteau par lequel il fut dépecé. Nimbe, pieds nus.

Nouvel écart par rapport à la tradition qui attribue cet article à Philippe:

— PsJDB folio 20 : Philippe

— Sienne, ou Emile Mâle : Philippe

 

                                    Quemper-Guezennec 1288c


8ème article. Aggée et saint Matthieu.

 a) Aggée : Spiritus meus erit in medio vestrum

— Source : Aggée 2:6 verbum quod placui vobiscum cum egrederemini de terre aegypti et spiritus meus erit in medio Vestrum nolite timere : "Je reste fidèle à l'alliance que j'ai faite avec vous Quand vous sortîtes de l'Égypte, Et mon esprit est au milieu de vous; Ne craignez pas! "

— René Couffon identifie le prophète Joël comme l'auteur de cette citation, et il est suivi par les auteurs du Corpus Vitrearum.

— Baptistère de Sienne : même citation d'Aggée.

— PsJDB folio 21v  : Malachie 3,5 : Accedam contra vos in judicio et ero testis velox / Contre vous en jugement je venray comme tesmoign apert. 

— Emile Mâle : Joël : Effundam de Spirituo meo super omnem carnem.

 

b) saint Matthieu : Mat... Credo in spiritum sanctum.

— Article du Credo : Credo in spirituum sanctum, "Je crois en l’Esprit-Saint"

— attribut : une palme, qui est plutôt la plume de l'évangéliste

 Cet article revient traditionnellement à Barthélémy. Lorsqu'on observe le coutelas du folio 22 du Psautier de Jean de Berry, on voit qu'on peut le confondre avec une plume 

— Ps FDB folio 22 : St Barthélémy Il tient un coutelas et un livre, facile à confondre avec une plume et un livre...

— Baptistère de Sienne, ou Emile Mâle : Barthélémy.

 

                                     Quemper-Guezennec 1289x

 

Quemper-Guezennec 9224c

 

 


9ème article . Sophonie et saint Jacques le Mineur.

a) Sophonie  Se [...] haec est civitas gloriosa habitans

Source : Sophonie 2:15  haec est civitas gloriosa habitans in confidentia quae dicebat in corde suo ego sum et extra me non est alia amplius quomodo facta est in desertum cubile bestiae omnis qui transit per eam sibilabit et movebit manum suam

"Voilà donc cette ville joyeuse, Qui s'assied avec assurance, Et qui dit en son cœur: Moi, et rien que moi! Eh quoi! elle est en ruines, C'est un repaire pour les bêtes! Tous ceux qui passeront près d'elle Siffleront et agiteront la main. "

René Couffon qui suit E. Mâle indique Michée.

 — Baptistère de Sienne : Sophonie, même citation.

— PsJDB folio 23v : Amos 9,6 : Ipse est qui edificat ascencionem suam in celo / Ch'est cheluy qui edefie ou chiel son assencion. (JDB). La citation de la Vulgate est : qui aedificat in caelo ascensionem suam et fasciculum suum super terram fundavit qui vocat aquas maris et effundit eas super faciem terrae Dominus nomen eius :  Il a bâti sa demeure dans les cieux, Et fondé sa voûte sur la terre; Il appelle les eaux de la mer, Et les répand à la surface de la terre: L'Éternel est son nom.

—E. Mâle: Michée : Invocabunt omnes nomen Domini et servient ei 

 


b) Saint Jacques le Mineur. Jacobus sanctam ecclesiam

— Sanctam Ecclesiam catholicam, sanctorum communionem "à la Sainte Eglise Catholique, à la Communion des Saints"  

— Baptistère de Sienne et Emile Mâle : Matthieu. 

— PsJDB folio 24 : saint Matthieu imberbe avec la lance et le livre.

 

                     



                                 Quemper-Guezennec 1290x

Quemper-Guezennec 9225c

 


10ème article. Zacharie et Jude Thaddée (?) .

"panneau inférieur très restauré" (C.V)

a) Zacharie : Zacharias suscitabo filios tuos.

Source : Zacharie 9:13 quoniam extendi mihi Iudam quasi arcum implevi Ephraim et suscitabo filios tuos Sion super filios tuos Graecia et ponam te quasi gladium fortium "Car je bande Juda comme un arc, Je m'arme d'Éphraïm comme d'un arc, Et je soulèverai tes enfants, ô Sion, Contre tes enfants, ô Javan! Je te rendrai pareille à l'épée d'un vaillant homme."

 

— PsJDB folio 25v : Daniel 12:2  Evigilabunt omnes alii ad vita alii ad obprobium / Tous se resvelleront, les uns en gloere, les autres en oprobre.

—Baptistère de Sienne : Malachie Cum hodio (sic) abueris (sic) dimitte "Si tu la hais laisse la partir".

— La Mailleraie ou E. Mâle: Malachie : deponet dominus omnes iniquates nostras.

 

                    

 b)  Jude Thaddée (?):  remmisionem pecatoribus 

— Article de foi :  remissionem peccatorum "Je crois à la rémission des péchés".  

Attribut : la hallebarde .

Selon la tradition, cette place revient à Simon, bien identifiable à sa grande scie de scieur de long.

— PsJDB folio 26: Simon

— Baptistère de Sienne : Simon

 

                     


                                   Quemper-Guezennec 1291x

 

11. Ezéchiel et saint Simon.

"refaits" (C.V)

a) EzéchielOssa arida audite verbum Domini  

Source : Ezéchiel 37:4  : et dixit ad me vaticinare de ossibus istis et dices eis ossa arida audite verbum Domini . 

37 La main de l'Éternel fut sur moi, et l'Éternel me transporta en esprit, et me déposa dans le milieu d'une vallée remplie d'ossements.  Il me fit passer auprès d'eux, tout autour; et voici, ils étaient fort nombreux, à la surface de la vallée, et ils étaient complètement secs.  Il me dit: Fils de l'homme, ces os pourront-ils revivre? Je répondis: Seigneur Éternel, tu le sais.  Il me dit: Prophétise sur ces os, et dis-leur: Ossements desséchés, écoutez la parole de l'Éternel!

—Erreur de René Couffon qui lit Ose, arrida audite verbum Domini et l'attribue à Osée.

— description : bonnet juif vert ; index tendu vers la gauche.

— PsJDB folio 27v  Ézéchiel 37,12 : Educam te de sepulcris tuis popule meus / Je temneray mon pueple hors de vos sepulcrez 

— Baptistère de Sienne : Zacharie 9,13: Suscitabo filios tuos (Je ressusciterai tes fils).

— Emile Mâle : Zacharie : Educas te de sepulcris tuis, popule meus. Emile Mâle commet a priori une erreur d'attribution de la citation.

 

                

                                         

b) saint Simoncarnis resurrectionem Simon. 

 — Article de foi : Credo carnis resurrectionem "Je crois à la résurrection de la chair" 

— Attributs : la grande scie (scie = Simon) nimbe ; pieds nus

Article traditionnellement confié à Jude Thaddée :     

— Emile Mâle, Baptistère de Sienne : Jude Thaddée.

— PsJDB folio 28 : Jude Thaddée.

      

                                        


                               Quemper-Guezennec 1292x


12. Abdias et saint Mathias.

      "Tête refaite" (C.V)

a) Abdias : Et erit dominus regnum a  

 Source : Abdias 1:21 : et ascendent salvatores in montem Sion iudicare montem Esau et erit Domino regnum    Des sauvés graviront le mont Sion pour dominer sur les monts d'Esaü. Alors l'Eternel sera roi! Ou bien : "le régne demeurera au Seigneur". La graphie dominus du vitrail au lieu de domino ne relève pas d'une erreur de lecture de ma part.

  René Couffon attribue ce verset à Ezéchiel ; le Corpus Vitrearum reprend cette identification

—Bonnet bleu, longue barbe, longs cheveux, manteau, chausses.

— Baptistère de Sienne : Abdias, même citation (dans la version correcte "domino").

— Église de Kenton : même citation (dans la version correcte "domino")

— PsJDB folio 29v : Michée 7,19 Deponiet Dominus omnes iniquitates nostras / Toutes nos iniquités il ostera. 

 

 — E. Mâle : Daniel : Evigilabunt alii ad vitam, alii ad mortem

 

b) Saint Mathias : et vitam eternam amen Mathia.

— Article : et vitam aeternam "et à la vie éternelle. Amen".) 

— Attributs : nimbe ; pieds nus.

— PsJDB folio 30 : Mathias, une hache.

Emile Mâle, ou Baptistère de Sienne : Mathias.


                                         Quemper-Guezennec 1294x

 

Quemper-Guezennec 9222c

 

 

 

INSCRIPTIONS DE RESTAURATION.

     " L'an de grâce 1899 Murs J. Trabadon étant recteur et B. Le Mené maire de Quemper Guézennec cette verrière fut restaurée et reposée."

  "Félix Gaudin peintre-verrier à Paris a rétabli en son primitif état cette vitre des prophètes et apôtres gravement mutilée par le temps et les hommes. "

René Couffon relate ainsi cette restauration : 

"En 1869, au moment où on commençait à démolir l'ancienne église de Quemper-Guézennec, Geslin de Bourgogne fut averti que sous un enduit d'argile et masqué par des planches de sapin, il existait dans la fenêtre du chevet une verrière ancienne. Il la fit aussitôt démonter et grâce à une subvention votée par la Société d'émulation des Côtes-du-Nord dans sa séance du 9 juin 1869, elle put être nettoyée, réparée et replacée dans le chœur du nouvel édifice reconstruit en 1870. Plus tard, en 1899, ce vitrail fut complètement et habilement restauré par le maître verrier Félix Gaudin. L'on peut seulement déplorer que l'on n'ait pas restitué dans le tympan les armoiries* qui existait jadis et dont il existe plusieurs procès-verbaux."

* dont  Kervénénoy, Galehaut de Kerriou et son épouse Aliette de Garzpern.

Les auteurs du Corpus Vitrearum VII précisent aussi ceci :

" Une photographie antérieure  à la restauration de Gaudin présente une verrière incomplète et mutilée. Le registre inférieur était alors remplacé par des losanges ; une Vierge à l'Enfant se trouvait placée en bouche-trou dans la 5ème lancette. Pour atteindre son objectif, Gaudin retira les bouche-trous et les armoiries, reconstitua un soubassement et des dais d'architecture neufs calqués sur ceux des années 1460 des baies hautes du chœur de l'église St-Séverin de Paris  et inventa un tympan tandis que furent redistribuées dans la baie et largement complétées. Le classement du vitrail en 1973 permet sa dernière restauration en date, réalisée en 1988-89 par l'atelier Avice du Mans, qui se traduit par de nombreux collages".

"Les têtes et figures restituées [par Gaudin] sont copiées, voire calquées sur des parties originales. Dais et soubassements des figures sont presque entièrement de Félix Gaudin".

Ces informations ( verrière démontée, réparée d'abord en 1869 (par un vitrier ?), "verrière incomplète et mutilée", "registre inférieur remplacé par des losanges", amènent à s'interroger sur la validité des identités des apôtres et sur celle des versets et articles  de foi.

                                    Quemper-Guezennec 1336c

 

                                 Quemper-Guezennec 1337c

 

 

                            TYMPAN.

Il est entièrement de Félix Gaudin. Quatre Évangélistes, quatre anges portant des phylactères au nom des Évangélistes et parties ornementales.

 Quemper-Guezennec 1296c

 

                       DISCUSSION

I. Datation.

Selon René Couffon 1935 : 

"Cette verrière est sensiblement contemporaine de celle de N.D. de la Cour [Lantic] et de celle de Tonquédec. Les fenestrages présentent en effet entre eux de grandes similitudes, et, d'autre part, nous savons que les armes de Galehaut de Kerriou et de son épouse Aliette de Garspern y figuraient, tandis que l'on n'y voyait pas les armes de Jeanne de Kerriou et de Vincent Ruffaut son troisième mari. On peut ainsi dater le vitrail de 1460 à 1470 environ."

Rappel généalogique :

André-Yves Gourvés signale dans un message du groupe de discussion La Noblesse bretonne
"aux AD22 la liasse 1 E 2185 dans laquelle figurent une enquête diligentée en juin 1498 sur la dévolution de la terre de Kerriou et un mémoire du 27 août 1755. Le mémoire de 1755 fait mention de deux actes supposés, l'un de 1338, l'autre de 1423 qui établiraient la généalogie suivante, que je complète par l'enquête de 1498." :

— Génération 1.
Guihomarch, cité en 1338 avec ses fils Pierre et Alain qui suivent.
— Génération 2.

 1/ Pierre de Quimper-Guézennec (sic), fils aîné du précédent, cité en 1338, avec son père et son frère Alain ;

 2/ Alain de Kerriou, cité en 1338, reçoit en partage un quart des biens de ses père et mère du consentement de son frère Pierre de Quimper-Guézennec. Alain est le père de Richard, qui suit.

— Génération 3.

 
Richard de Kerriou, père d'Alain et Gallehaut, cités en 1423, qui suivent.

 — Génération 4

 
1/ Alain de Kerriou, mort sans postérité.
2/ Gallehaut de Kerriou, héritier de son frère, épouse 1°) Marie du Garspern, d'où une fille, Jeanne, qui suit ; 2°) Aliz Kerleau

 —Génération 5

 Jeanne de Kerriou, épouse 
1°) Olivier Bodin, d'où un fils Charles Bodin
2°) Vincent Ruffault, d'où un fils Jean Ruffault, qui suit

 — Génération 6

 Jean Ruffault, héritier de Kerriou.

 

II. Stylistique.


1. Selon René Couffon 1935, dont on prendra les assertions avec prudence, :

"Les grands nimbes travaillés, la coupe si caractéristique de la barbe des personnages et leur physionomies rappellent Maître Francke ou Johanne Koerbecke. C'est donc à l'école de Maître Francke, si profondément influencée par l'art bourguignon, que l'on doit semble-t-il, attribuer le carton de la belle verrière de Quemper-Guezennec. Les couleurs foncées des verres peints permettent, semble-t-il, d'attribuer cette verrière à l'atelier de Tréguier. »


2. Selon les auteurs du Corpus Vitrearum VII (2005):

"Le Credo apostolique de l'église de Quemper-Guézennec peut lui aussi être attribué au groupe Le Coq-Le Lavenant, tant est frappante la parenté avec la verrière du Lantic".(p. 31)"

"Les données concernant ces familles suggèrent de dater les parties anciennes de la verrière de 1460-1470. Cette proposition est en accord avec l'étude du style et de la technique, qui fait du vitrail de Quemper-Guézennec un contemporain de l'œuvre de Olivier Le Coq et de Jehan Le Lavenant à Lantic, d'une facture très comparable". (p.93)

Cette "facture" se définit, selon ces auteurs, à Lantic (verrière de 1462-1463), par :

"une composition narrative à registres superposés, chaque scène et chaque lancette étant encadrée et couronnée de grandes niches d'architecture aux dais très développés qui donnent à l'œuvre une tonalité très claire. Sols dallés et fonds damassés — qui éclipsent toute mention de paysage— portent des personnages assez trapus mais non dénués d'élégance ; parmi les caractéristiques principales, on note les larges visages féminins, les yeux petits et très marqués, les chevelures roulées en arrière et partagées par le milieu des hommes barbus, dégageant des fronts très hauts, les expressions intériorisées de toutes ces figures et, pour le décor, les tissus ornés de motifs géométriques et les galons larges, souvent repris au jaune d'argent."

A ce groupe appartiendraient aussi une Vie du Christ de la chapelle de Gohazé à St-Thuriau, une Crucifixion de Sainte-Anne de Boduic à Clégueréc, et, un peu postérieures, des scènes de l'Enfance du Christ de la chapelle Notre-Dame de Kerfons à Ploubezre.

3. Ces artistes apparaissent en 1484 dans les comptes de la cathédrale de Tréguier :

"item d'avoir payé à Olivier Le Coq et Jehan Le Lenevant, vitriers, pour avoir fait et habillé les deux vittres étant au cloistre, dont l'une d'icelles estoit rompue".

"Le Coq (Olivier) de Tréguier habitait dans la rue Neuve une maison qui longtemps après lui était appelée L'Ostel Olivier Le Coq, vitrier. Il est mentionné dès 1460 dans les habitants de Tréguier. Ce fut lui qui, de 1469 à 1480, fit tous les vitraux de la chapelle Saint-Yves à Kermartin. En 1484, il fit des travaux dans la cathédrale de Tréguier, savoir dans la librairie, dans le cloître, à la chapelle Sainte-Catherine, à celle de saint-Nicolas. En 1470 et 1471, il avait fait la grande vitre qui coûtat 100 livres. Un titre des Archives des Côtes-du-Nord mentionne en 1494 un Olivier dit Vittrier qui fit des travaux à l'église de Plédernec, dépendant de l'abbaye de Bégar ; je pense que ce fut le même artiste. Nous avons encore à N.D. de la Cour un magnifique vitrail sorti de ses ateliers, qui porte sa signature ainsi que celle de son collaborateur Jehan Lelenevant".

(Anatole de Barthélémy, Annales archéologiques, 1850)




III Emission et réception : Point de vue du commanditaire et point de vue du fidèle.

   Ce vitrail illustre les différences de point de vue du commanditaire et du spectateur, car il est très probable qu'aucun paroissien n'ait jamais déchiffré les inscriptions portées par les phylactères : quand il n'est pas caché par un mobilier liturgique, le vitrail est trop éloigné de la nef pour permettre une lecture, et, même avec d' hypothétiques et anachroniques jumelles, la disposition verticale des banderoles s'oppose à cette lecture, qui se complique encore des abréviations utilisées. Cela est si vrai que, manifestement, ni René Couffon, ni les auteurs du Corpus Vitrearum, ni l'auteur d'un mémoire de maîtrise sur cette verrière ne se sont donnés la peine de se tordre le cou pour les lire avec exactitude, et que René Couffon, ayant constaté que les premiers couples de saints personnages répondaient aux schéma établis, s'est contenté de reprendre pour les suivants la liste relevée par Emile Mâle en iconographie médiévale.

  On peut donc s'interroger sur le choix du commanditaire, qui savait que ces citations ne seraient pas lues. Peut-être supposait-il qu'elles étaient connues de tous, pour figurer dans les Livres d'Heures ? Mais ceux-ci étaient encore, vers 1470, réservés à la noblesse aisée.

 Sans-doute plutôt a-t-il voulu témoigner de son propre Credo, de son acte de foi dans des vérités qu'il voulait présenter comme intangibles, sans-doute a-t-il voulu donner une démonstration spectaculaire du dogme, afin que chacun considère la Foi comme un monument structuré, argumenté, sans se soucier de voir quelque curieux venir détailler chaque citation prophétique pour la discuter.

   Malgré le caractère sentencieux et sévère de cette leçon théologique, celle-ci s'accorde, dans son sens et dans son projet, avec les Arbres de Jessé, pourtant autrement plus plaisants et accessibles : il s'agit là aussi de montrer que la religion catholique était annoncée, dans ses différents articles de foi, par l'Ancien Testament, et que le Christ était vraiment celui qu'annonçait les Prophètes.

  Sur un autre plan, comme pour les douze rois de Juda, ces deux rangées de six niches aux personnages accouplés sont, très globalement et sans qu'il soit requis de lire le texte, une exaltation du chiffre douze, regroupant dans sa symbolique celle des heures, des mois et du zodiaque pour illustrer le Tout cosmique et sa pérennité : la grande structure théologique du Temps, qui, pour l'Église, se nomme le Salut. Ce lien au temps, loin d'être arbitraire, est propre au thème iconographique lui-même, qui, nous allons le voir, s'est développé d'abord dans les Calendriers des Livres d'Heures. Cette figure à 24 personnages relève d'une tradition médiévale apparue dans les enluminures de sortes d'Abrégés théologiques et dont l'art consistait à organiser en figures mémorisables les vérités chrétiennes autour de trois chiffres, sept, dix et douze. 

 

IV. Le thème iconographique des Credo apostoliques et prophétiques.

  L'iconographie des prophètes est ancienne, et les dix-neuf prophètes de l'Ancien Testament sont présents sur les ébrasements des portails des cathédrales du XIIe siècle, tout comme ils accompagnent à la même époque les  rois de Juda dans les premiers Arbres de Jessé de Saint-Denis et de Chartres, mais  c'est plus tardivement, à partir du XIIIe siècle , dans la même réflexion théologique de lecture de l'Ancien Testament comme annonçant l'avènement du Christ  et d'approfondissement de l'article du Credo (Symbole de Nicée-Constantinople)  Il a parlé par les prophètes, que se développa la tradition de "Credo prophétique et apostolique" représentant douze prophètes couplés chacun aux douze apôtres. Chacun tient un phylactère présentant, soit une citation des livres des Prophètes, soit un article du Credo. Cette représentation reprend la symbolique du chiffre douze des Calendriers (les douze mois) ou des Arbres de Jessé (les douze rois de Juda). 

 

 Il n'est pas facile de trouver la liste des prophètes et de leur texte prophétique associés aux apôtres, et à l'article du Credo correspondant ; c'est ce qui justifie mon travail où j'ai repris les transcription des correspondances selon le vitrail de Quemper-Guézennec par J.P. Le Bihan (Q.G), celle du même vitrail relevé par René Couffon, selon les fresques de la Basilique de Sienne (B.S), selon les relevés de la Cathédrale de Cambrai en 1404, (CC)* et du Psautier de Jean de Berry (JDB).  

* In Iconographie chrétienne de Montault  p. 72.   

 

 

 

 

Origine : la formulation du Symbole des apôtres, son découpage en articles et l'attribution de ces articles à un apôtre donné relève d'une tradition qui remonte au Ve siècle : je vais recopier ici un extrait de sœur G. Peters paru sur le site Patristic.org en 2007 :

" a) Rufin d’Aquilée (345-410) écrit vers l’an 400 :

  • Nos anciens rapportent (tradunt : c’est l’idée de tradition) qu’après l’ascension du Seigneur, lorsque le Saint-Esprit se fut reposé sur chacun des apôtres, sous forme de langues de feu, afin qu’ils pussent se faire entendre en toutes les langues, ils reçurent du Seigneur l’ordre de se séparer et d’aller dans toutes les nations pour prêcher la parole de Dieu. Avant de se quitter, ils établirent en commun une règle de la prédication qu’ils devaient faire afin que, une fois séparés, ils ne fussent exposés à enseigner une doctrine différente à ceux qu’ils attiraient à la foi du Christ. Etant donc tous réunis, remplis de l’Esprit Saint, ils composèrent ce bref résumé de leur future prédication, mettant en commun ce que chacun pensait et décidant que telle devra être la règle à donner aux croyants. Pour de multiples et très justes raisons, ils voulurent que cette règle s’appelât symbole.

    Commentaire du symbole des apôtres, 2. (C’est dans cet écrit que se trouve le premier texte latin du symbole).

b) Au VIe siècle, deux sermons pseudo-augustiniens (Sermo 240 et Sermo 241) qui sont sans doute l’œuvre d’un prédicateur gaulois du VIe siècle nous transmettent une pittoresque leçon de catéchisme. Nous citons le plus court, on y explique la composition du symbole :

 

  • Pierre dit : Je crois en Dieu le Père tout-puissant, 
  • Jean dit : Créateur du ciel et de la terre. 
  • Jacob dit : Je crois aussi en Jésus-Christ son Fils unique Notre-Seigneur. 
  • André dit : Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie. 
  • Philippe dit : A souffert sous Ponce-Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli. 
  • Thomas dit : Est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité d’entre les morts. 
  • Barthélemy dit : Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, 
  • Matthieu dit : D’où il viendra juger les vivants et les morts. 
  • Jacques, fils d’Alphée : Je crois au Saint-Esprit, la sainte Église catholique, 
  • Simon le Zélote : La communion des saints, la rémission des péchés, 
  • Judas, fils de Jacques : La résurrection de la chair, 
  • Matthias acheva : La vie éternelle. Amen. 

 

  "Il est facile de remarquer que ce symbole, composé par douze apôtres, a quatorze articles : je crois au Saint-Esprit, la sainte Église catholique = 2, la communion des saints, la rémission des péchés = 2. La division artificielle du symbole en 12 articles est née de la légende et risque de masquer le rythme ternaire du symbole trinitaire. 
Nous n’étudierons plus le développement et la permanence de la légende dans les siècles suivants. Mais il nous faut noter brièvement son retentissement dans l’art religieux. 
Dans une église du diocèse de Lyon, celle de Charlieu, des peintures du XVe siècle montrent chacun des 12 apôtres tenant une banderole où est gravé un article du symbole. D’autre part, dans des miniatures de la fin du XIIIe siècle, à chaque apôtre portant en banderole son article du symbole, correspond un prophète qui annonce déjà ce même article : on voit l’unité et la continuité des deux Testaments [6]. "Chaque apôtre,— dit avec ingénuité mais non sans profondeur saint Bonaventure (XIIIe siècle)—, est venu poser son article à l’endroit voulu, pierre vivante, ferme et immuable, tirée de la profondeur des Écritures" [Sentence de Pierre Lombard, Sent.3]. "


La réflexion sur les écrits prophétiques comme précurseur des écrits et de la foi était très importante dans l'Église à son début, et, dans le déroulement de la messe dans le diocèse d'Hippone sous la conduite de saint Augustin, la première moitié de l'office était consacré à l'enseignement, sous forme de trois lectures. La première de ces lectures  était celle d'un des prophètes, pour montrer comment il annonçait le religion chrétienne. Ainsi s'est constituée une base de textes, et donc de versets d'auteurs vétéro-testamentaires placés en parallèle avec l'enseignement de l'Église.

Ces Credo ont pu se développer aussi après les réflexions théologiques de Thomas d'Aquin : on connaît le texte d'un sermon qu'il prononça en 1273 à Naples, teurangelique.free.fr/livresformatweb/sermons/06credo.htm">Commentaires du Credo, où chaque article du Credo est analysé avec l'aide de très nombreuses références à l'Ancien Testament comme texte annonciateur du contenu du Symbole. 

Ces Credo apostoliques et prophétiques peuvent figurer dans des Psautiers, bréviaires et Livres d'Heures puis en sculptures à l'entrée des églises, puis sous forme de fresques (basilique de Sienne), de vitraux (Quemper-Guezennec, Kergoat à Quéméneven), ou de stalles. Leur composition autour du chiffre douze les prédisposent aussi à s'intégrer dans des Calendriers. 

 

 

                     LES MANUSCRITS.

 

 Histoire.

(il s'agit bien-sûr de renseignements glanés, qui ne découlent pas d'une compétence personnelle : voir Source).

Le thème du Credo prophétique et apostolique ne naît pas tout seul, mais dans le cadre du développement au XIIe siècle de ce que J.C. Schmitt a nommé des "images classificatrices" schématisant de manière didactique l'enseignement religieux. Cet effort  prend son essor  dans les milieux monastiques, et le résultat est soumis à une ré-élaboration systématique dans les écoles urbaines cathédrales ou canoniales ouvertes sur la société ambiante. Il découle d'un art marqué notamment par une généralisation de la logique des listes héritées d'un savoir scripturaire ou théologique plus ou moins ancien et soumis aux mêmes rythmes numériques (sept, dix, douze) qui rendent possible la mise en correspondance des données. Dès cette période aussi, ces listes sont soumises à un remarquable travail de visualisation ; c'est le cas, dans la sculpture, aux voussures des porches d'église, et dans les manuscrits, sous la forme de dessins, parfois d'images colorées au fort pouvoir mnémotechnique, contenant de nombreuses formules écrites : noms de personnages ou d'entités morales, versets bibliques, etc. La recherche d'une élucidation des vérités religieuse dans des images composites, structurées de manière géométrique et contenant des textes plus ou moins longs est déjà présente dans la miniature ottonienne. Vont ainsi  fleurir dans les Speculum theologiae des arbres (réunis dans des "vergers", et des arborescences, des tableaux, des "camemberts" ou mandalas, de roues, d'arcs radiants ou concentriques, de "tours",(Turris sapientae) des schémas en chevrons pointant vers le haut ou vers le bas, ou même de corps christique, etc.

Images empruntées au Speculum theologiae de Yale 

1r    1r    1r 1r

1r   1r  1r  1r

 

 

Ce "Catéchisme pour les Nuls" est destiné aux prédicateurs et aux confesseurs, sous forme d'exemplaires de qualité médiocre réalisées à la plume et au trait par un copiste ; mais des versions luxueuses, enluminées par des artistes, peuvent être destinées  à accompagner la pratique dévotionnelle personnelle de riches propriétaires, ou simplement à enrichir leur collection.

  Je l'ai dit, cette littérature didactique et théologie morale  connaît sa première élaboration dans les monastères dans les manuscrits enluminés : Hortus deliciarum de la moniale alsacienne Herrade de Landsberg en 1159-1175, Speculum virginum du moine bénédictin Conrad d'Hirsau au XIIe siècle, Liber floridus de Lambert de Saint-Omer v.1120, Bible de Floreffe, 1155 Ms Londres.

Hugues de Saint-Victor, (Mort en 1171), maître à penser de la principale école parisienne de la première partie du XIIe conçoit  De quinque septennis : organisation par lots de sept des  5 septénaires de l'Ecriture : 7 vices, 7 pétitions du Notre-Père, 7 dons de l'esprit, 7 Béatitudes, 7 vertus. 

Alain de Lille (mort en 1202) part de la vision des chérubins d' Ézéchiel 10:1-2 pour écrire   De sex alis cherubim. où les six ailes des chérubins servent de support à la prédication.

 Dans le dernier quart du XIIIe siècle à Paris, le franciscain Jean de Metz (Magister Johannes Metensis) élabore la Tour de sagesse appelée à un grand succès. 

 

Les manuscrits.

  • Le Psautier de Robert de Lisle (v.1330) British Library Ms Arundel 83 f.117-135 contient 24 illustrations pleine page dont le folio 128r est un superbe exemple de Credo prophétique et apostolique. 
  • Bnf latin 3438 folio 72v
  • Bnf latin 3445 folio 75
  • Bnf latin 3464 folio 173v
  • Bnf latin 3474 folio 81v
  • Bnf Latin 10630 folio 80
  • Bnf fr.9220 Verger de soulas
  • Arsenal 937 (XIIIe) folio 127v
  • Arsenal 1037 folio 6
  • Arsenal 1100 61v
  • Livre d'Heures de Jeanne II de Navarre v.1330

Calendrier des Bergers;symbole_des_apotres.jpg

 

  • Voir aussi Angers - BM - SA 3390 folio 039v-040 Credo des apôtres in Compost et calendrier des bergers

 

 Je décrirai maintenant le Verger de Soulas, en raison de la beauté des illustrations, qui en fait un superbe exemple d'un Credo prophétique  au cœur d'un corpus didactique et dévotionnel.

 

Le Speculum theologiae ou Le Verger (Vrigier) de Soulas . Bnf fr. 9220

folio 13v.

Picardie France du nord (probablement Arras), extrême fin XIIIe ; il est fait de huit feuilles de parchemin pliées en deux, soit  16 feuillets de 440 x 300 mm dont seule la face intérieure a reçu une illustration pleine page, deux pages illustrées se faisant ainsi toujours face. Il a appartenu à la librairie de Bourgogne où il est mentionné dans les inventaires de 1404 (Philippe le Hardi), 1467 (librairie de Bourgogne à Bruges) et 1487. Ce titre de "Vrigier de soulas"  traduisible en "verger de consolation" évoque le Viridarium consolationis du dominicain Jacques de Bénévent († >1271), somme des vices et des vertus sous forme d'arbres, mais son contenu en diffère.

Sur le folio 1 se trouvent le titre et l'exposé du but de l'ouvrage :"Cest livre puet on apeler Vrigiet de solas. Car ki vioult ens entrer par pensée et par estude, il i trueve arbres plaisans et fruis suffissans pour arme nourir et pour cors duire et aprendre " 

 Puis viennent seize enluminures admirables, avec emploi important de feuilles d'or, qui en font un “abrégé de la doctrine chrétienne”. C’est la tradition moraliste et scholastique qui est à l’origine de cette profusion d’arbres : folio 1v : Arbre de Jessé, folio 2 Trône de Salomon ; folio 3v : Arbor amoris, ou Arbre de vie ; folio 4 Arbre des pénitences ; folio 5v Arbre des vertus ; folio 6 Arbre des des vices ; folio 6v-7 Vision de saint Paul des peines de l'enfer ; folio 7-8v les douze peines de l'enfer ; 9v crucifix ; ; folio 10 Arbre des péchés ; folio 11v Roue des sept septénaires ; folio 12 Tour ; folio 13v Credo des prophètes et des apôtres ; folio 14 Tableau des 10 plaies d'Egypte, les 10 Commandements, les 10 plebis abusiones ; folio 15v : les 7 heures canoniques, les 7 œuvres de la Passion, les 7 dons de mémoire ; folio 16  arbre de Sagesse. (In Schmitt 1989). Les enluminures se suffisent à elles-même comme de véritable prédications ou leçons visuelles, sans texte d'accompagnement (sauf dans deux cas).

      Dans le folio 13v, se trouvent réunis sous forme d'un tableau  les 12 Prophètes, 12 "articuli fidei", et les 12 "apostoli" organisés en rangées horizontales ayant chacune une enluminure du prophète, un damier alternativement brun clair et bleu surmonté du verset prophétique, une enluminure consacrée à la vie du Christ, une nouveau espace en damier surmonté de l'article du Credo, puis une miniature de l'apôtre apparié. Chaque enluminure possède un fond doré à la feuille. Les prophètes et les apôtres sont assis sur une cathèdre à la forme simplifiée, mais seul les apôtres sont nimbés alors que la tête des prophètes est recouverte d'un large voile. La définition de l'image numérisée sur le site Gallica ne permet pas une observation minutieuse, mais les apôtres ont un attribut (Pierre:clef, André:croix latine ; Jacques M:bâton ; Jean:? ; Thomas : Bâton? ; Philippe? ; Barthélémy ? ; Matthieu :bâton ; Simon bâton ; Mathias : objet). Parmi les prophètes on ne reconnaît que la harpe de David et sa couronne.

On trouve  de haut en bas Jérémie/Pierre ; David /André ; Isaïe/Jacques Maj. ;  Zacharie/Jean ;  Osée/Thomas Amos/ Jacques Min.  ; Sophonie/Philippe ; Joël/Barthélémy ; Michée/Matthieu ; Malachie/Simon ; Daniel/Jude-Thaddée ; Ézéchiel/Mathias.

 

 

 

                ConsulterElementNum?O=IFN-08009182&E=JPE

 

 

 

      Le "Bréviaire de Belleville", un enrichissement du thème du Credo prophétique par les textes de saint Paul.

 Vers 1325, dans un bréviaire à l'usage des Dominicains, le thème du Credo prophétique s'enrichit par une présentation très originale qui associe aux douze apôtres et aux douze prophètes les douze mois de l'année, les signes du zodiaque, et surtout, sur le plan théologique douze citations des épîtres de saint Paul, citation en cohérence avec celles du Credo et des prophètes. Ainsi, face au premier article Credo in Deum, Patrem omnipotentem , creatorem caeli et terrae. et de la prophétie de Jérémie : Patrem invocabitis qui terram fecit et condidit celos se trouve Qui omnia creavit deus est de l'épître aux Hébreux. L'auteur explique clairement son projet dans une préface : "L’exposition des ymages des figures qui sunt u kalendier et u sautier, et estproprement l’acordance du veil testament et du nouvel ".

 

  Ce jeu de découpage des Écritures par série de douze et la réflexion théologique qu'il suppose s'accompagne, en iconographie, sur les enluminures de quatre manuscrits, d'une mise en scène astucieuse : en bas et à gauche de la miniature est figuré un édifice, symbolisant la Synagogue, ou l'Ancienne Loi. Sur la première peinture, correspondant à janvier, un prophète prend une pierre de cet édifice et la remet à un apôtre. Plus les mois s'écoulent, plus la "Synagogue" s'écroule, pour se retrouver en ruine pour le mois de décembre, lorsque tout le Credo a été proclamé par les apôtres qui ont utilisé tout le matériel prophétique qu'ils ont reçu.

Les textes de saint Paul sont les suivants:

1. Janvier Paulus Qui omnia creavit  Deus est, Hébreux 3, 4, Dieu est celui qui a tout créé,

2. Février Romani. Predestinatus Est Filius en virtute, Romains 1, 4, et a été utilisé comme un fils de Dieu avec puissance (par la résurrection des morts) 

3. Mars : Misit Deus Filium suum natum ex muliere Corinthi , Galates 4, 4, Dieu envoya son Fils, né d'une femme,

4. Avril : Galathi Christ crucifixus est ex infirmitate, 2 Corinthiens 13 4, le Christ a été crucifié dans sa faiblesse

5. Mai . Ephese Resurrexit propter justificationem nostram, Romains 4, 25, Il est ressuscité pour notre justification volonté, 

6.Juin Phillipenses Ascendit super omnes celos ut adimplaret omnia, Éphésiens 4, 10, il est monté au-dessus de tous les cieux, afin que tout ce qu'il (l'univers) répond

 7. Juillet  Colocenses Judicaturus  est vivos et mortuos, 2 Timothée 4, 1, Il jugera les vivants et les morts

 8. Août Thessalonicenses Dedit spiritum suum sanctum in nobis 1 Thessaloniciens 4, 8, Dieu nous a donné Son Saint-Esprit

9. Septembre Thymotheus Ipse Est caput corporis ecclesie, Colossiens 1, 18, ​​Il est celui qui est le principal organe de l'église

10. Octobre Tytus Habemus par sanguinem ejus remissionem peccatorum, Colossiens 1, 14,

11. Novembre Phylemon Omnes quidem resurgemus, 1 Corinthiens 15, 51, il est certain que nous ressusciterons tous,

 12. Décembre Hebrei Spem vite eterne promisit,  qui non mentitur Deus, Titus 1, 2, Dieu ne peut mentir, nous a promis l'espoir de la vie éternelle, 

 

 

Étudier en complément :

—La publication de Marcel de Fréville analysant les quatre ouvrages qui vont suivre:http://archive.org/stream/archivesdelartfr03sociuoft#page/144/mode/2up

Parmi ces quatre manuscrits, trois ont appartenu au duc de Berry, dont on estime qu'il était très attaché à ce Credo prophétique, apostolique et paulinien, et qu'il contribua à en diffuser le modèle. 

Le Bréviaire de BellevilleBrevarium ad usum fratrum predicatorum  1323-1326 bréviaire de Jeanne, épouse d'Olivier de Clisson, seigneur de Belleville   BNF latin 10483, Vol. 1 (partie hiver). Enluminures de Jean Pucelle : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8451634m et BNF latin 10483 et 10484. La seule page restante du calendrier comporte novembre au recto et décembre au verso : folio 6r (Malachie et Thaddée) et 6v (Synagogue en ruine, Zacharie et Mathias) (ci-dessous)


breviaire-de-Belleville-decembre.png


Horae ad usum Parisiensem [Grandes Heures de Jean de Berry]. BNF 919 : 1400-1410. Enlumineur : Jacquemart de Hesdin, pseudo-Jacquemart, Maître de Boucicaut,  Maître du duc de Bedford : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b520004510 Le couple prophète-apôtre apparaît en bas de chacune des douze pages du calendrier, exemple mars avec Isaïe/Jacques le Majeur.

—Les Petites heures du duc de Berry : BNF lat 18014   1375-1390 et 1410-1420 Horae ad usum Parisiensem ou Petites heures de Jean de Berry. Enlumineurs Jean Le Noir, Jacquemart de Hesdin, Maître de la Trinité, pseudo-Jacquemart, Limbourg.  . Même disposition que dans les Grandes Heures : voir Mars .

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8449684q/f4.image.r=Heures.langEN

—  Psautier de Jean de Berry, BNF latin 13091 . : 1380-1400 Enluminures de André Beauneveu  :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84546905/f48.image  ff. 7v-8 : Jérémie, saint Pierre ; 9v-10 : David jouant de la harpe, saint André ; ff. 11v-12 : Isaïe, saint Jacques le Majeur ; ff. 13v-14 : Zacharie, saint Jean ;ff. 15v-16 : Osée, sain Thomas ;ff. 17v-18 : Sophonie, saint Jacques le Mineur ;ff. 19v-20 : Joël, saint Philippe ;ff. 21v-22 : Malachie, saint Barthélémy ;ff. 23v-24 : Amos, saint Matthieu ;ff. 25v-26 : Daniel, Simon le Zélote ;ff. 27v-28 : Ezéchiel, Thaddée ;29v-30 : Michée, Mathias.  

  Voir aussi le calendrier des Grandes Heures .http://www.bildindex.de/obj15000020.html#|0

 

 

      Diffusion du thème iconographique du Credo prophétique en France et en Europe.

La présence des prophètes et des apôtres, non superposés, est fréquente aux ébrasements des portails et aux voussoirs des églises. On verra les piédroits de la cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle (prophètes à gauche, apôtres à droite), les sculptures côte à côte dans les fenêtres hautes de la basilique Saint-Remi, à Reims ; cathédrale des trois apôtres à Saint-Claude (stalles) ; trumeau de Chartes (apôtres) et portail nord (prophètes) ; porche de la cathédrale de Tarragone ; déambulatoire de la cathédrale d'Albi ; portail du Beau Dieu à la cathédrale d'Amiens ; portail sud de la cathédrale de Bourges, etc.
La présence des prophètes pour éclairer des scènes du Nouveau Testament est également fréquemment retrouvée dans les verrières, notamment à la cathédrale de Bourges, celle de Chartres.

Néanmoins, l'existence d'un Credo prophétique est plus rare : 

Vitrail de l'ancienne abbaye de Jumiège à la chapelle de la Mailleraye-sur-Seine. Il reste quatre des 24 figures primitives.

Vitrail de la Sainte-Chapelle de Riom.


© Isabelle Védrine, Roland Maston, Région Auvergne - Inventaire général du Patrimoine culturel, ADAGP - Sainte-Chapelle, vitrail ©Isabelle Védrine, Roland Maston, Inventaire Général du Patrimoine Auvergne ADAGP

 

Vitraux de l'abside à Saint-Maclou à Rouen. Credo apostolique, Baies 54 à 64 v.1500.

Vitraux de la Sainte-Chapelle du duc de Berry à Bourges (fragments)

Vitraux de l'église de Quemper-Guezennec. v1470

Vitraux de Kergoat en Quéméneven (29), fragments : voir  Vierges allaitantes II : Kergoat à Quéméneven, les vitraux.

Vitraux de Saint-Serge d'Angers (E. Mâle) Credo apostolique

Statues du chœur de la cathédrale d'Albi (dernier quart XVe siècle)

Chapelle de Jean de Bourbon (abbé de 1456 à 1485) à Cluny : les consoles sont ornées de 13 prophètes, qui supportaient jadis autant d'apôtres (avec St Paul) :Jérémie, Jacob, David, Joël, Amos Malachie Daniel Ézechiel,Sophonie, Michée, Osée, Zacharie, Isaïe.

Fresques du Baptistère de Sienne : Les fresques occupent les trois voûtes d’arêtes adjacentes à la paroi du fond de l’édifice: les 12 scènes correspondent chacune à un Article de la Foi; quatre par travée,. Chaque voûtin, contenant la représentation d’un Article, est accompagné dans l’angle, en bas à droite par un apôtre, et dans celui à gauche, par un prophète. 

Stalles de la cathédrale Saint-Pierre à Saint-Claude 1447-1450 par le sculpteur genevois Jehan de VitrySur les dorsaux des 22 stalles, sont sculptés douze prophètes et douze apôtres en alternance ainsi que des abbés et des saints du monastère : Jérémie, Jacob, David, Joël, Amos Malachie Daniel Ézechiel,Sophonie, Michée, Osée, Zacharie, Isaïe. Et Syméon et Zacharie le père de Jean-Baptiste.

Stalles de la cathédrale de Genève (E.Mâle) Credo apostolique

 Stalles de l'église Notre-Dame d'Evian  "reprennent le thème du Credo apostolique de Savoie initié à Genève au 15e siècle et répété dans treize églises du Duché de Savoie, Lausanne, Fribourg, Saint Claude, Saint Jean de Maurienne, Aoste."

Portail des princes de la cathédrale de Bamberg,

Fonts baptismaux de la cathédrale de Meersburg,

Cathédrale de Paderborn : cycle des apôtres

 Châsse de saint Héribert, à Cologne sous forme de médaillons juxtaposés.

Fresque romaine de Saint-Sébastien in Pallara, dont des restes de fresques du Xe s. se trouvent dans l'actuelle église Santa Maria in Pallara.

Chœur en marqueterie de la chapelle interne du Palazzo Pubblico de Sienne, exécuté entre 1415 et 1428, par Domenico di Niccolò dei Cori,

 Fresques de la Chapelle du “Sacré Clou”, à l’hôpital de Santa Maria della Scala de Sienne réalisées en 1449 par Lorenzo di Pietro plus connu comme Vecchietta.  

http://dijoon.free.fr/text-puits.htm

.  Chambres Borgia du Vatican : Chambre du Credo par Pinturicchio décrite par X. Barbier de Montault.

 

 

 

Un exemple au XIIe siècle : l'autel portatif d'Eilbert de Cologne.

 Il est cité par Robert Favreau ( Les autels portatifs et leurs inscriptions,2003). Conservé au Kunstgewerbemuseum de Berlin, il réunit 18 prophètes, patriarches et rois portant leurs phylactères avec les douze apôtres et huit scènes de la vie du Christ. Son programme typologique est clairement affiché par deux inscriptions:

CELITUS AFFLATI DE CRISTO VATICINATI

HI PREDIXERUNT QUE POST VENTURA FUERUNT.

"Inspirés par le ciel ils ont prophétisés sur le Christ,

Ils ont prédit ce qui allait ensuite arriver".

DOCTRINA PLENI FIDEI PATRES DUODENI

TESTANTUR FICTA NON ESSE PROPHETICA DICTA

"Emplis de la doctrine de la foi les douze pères

témoignent de ce que les paroles des prophètes n'étaient pas imaginaires."

Les personnages vétéro-testamentaires :

Daniel : 

Ézéchiel : 

David : Beatus est quem tu erudieris nomine Ps 94,12 "Heureux celui que tu instruis, Seigneur."

Melchisédech : Genèse 14,18  "Melchisedech roi de Salhem apporta du pain et du vin, il était prêtre du Dieu Très-Haut"

Osée : Erit numerit filiorum Israhel quasi arena maris Os, I,10 " Le nombre des fils d'Israêl sera comme le sable de la mer".

Malachie :

Isaïe : Ecce virgo concepiet et pariet filium Is.7,14 : "Voici que la vierge concevra et qu'elle enfantera un fils".

Jérémie : Visus est in terris et cum hominibus conversatus est : Baruch3,38 : "Il est apparu sur la terre et a conversé avec les hommes".

Jonas : Tolle animam meam quoniam melior est mihi mors quam vita Jonas 4,3 : "Prends ma vie car mieux vaut pour moi mourir que vivre".

Nahum : Reddidit deus superbiam Jacob sicut superbiam Israhel, Nahum 2,2 : "Dieu a rendu la fierté à Jacob comme la fierté à Israël".

Salomon : Per sapentiam sanati sunt qui placuerint domino a principio, Sg. 9,19 :" Par la sagesse ont été guéris ceux qui ont plu au Seigneur dès l'origine".

Joël : Computruerunt jumenta in stercore suo, Joël 1,17 : "Les bêtes de somme ont pourri sur leur fumier"

Jacob : Vidi dominum facie ad faciem Gn. 32,30 : J'ai vu le Seigneur face à face"

Abdias : Transmigratio jerusalem que est in bosphori possidebit civitatem austri Abdias 20 :" Les éxilés de Jérusalem qui sont dans le Bosphore posséderont les cités du Midi."

Zacharie : 

Sophonie  : 

Balaam : Ex Jacob stella prodiet et de Israhel homo surget, Nb. 24,17 "Un astre issu de Jacob surgira et un homme se lèvera d'Israël".

2. Les apôtres

Pierre, André, Jacques, Jean, Thomas, Jacques, Philippe, Barthélémy, Matthieu, Simon, Thaddée et Matthias présentent les articles du Credo.

 

      L'ordre des apôtres et leur identification à Quemper-Guezennec.

Comme je l'ai fait comprendre, j'ai été troublé de constater lors de mon examen de la verrière que la liste des apôtres, tout comme l'identification des prophètes, ne correspondait pas à ce que René Couffon (1935), puis Mireille Donnat (1993) , et enfin Françoise Gatouillat et Michel Hérold (2005) signalaient dans leurs ouvrages respectifs. Notamment, le 5e article était confié selon moi à Philippe, que j'identifiais à sa croix, mais dont le nom figurait aussi sur le phylactère. Si je me trompais, alors l'inscription était également fausse. Le sixième article était confié à un apôtre portant une hallebarde, mais je me décidais à y voir Thomas ou Jude Thaddée après avoir attribué tous les autres articles. réciproquement, le dixième apôtre, également porteur d'une hallebarde ou hache, pouvait être Jude Thaddée ou Thomas. Je rappelle la liste à laquelle j'aboutissait, en désaccord avec Couffon pour les n°5 et 10:

1. Création. Jérémie et Pierre. Clef

2. Incarnation. David et André. Croix de saint-André.

3. Annonciation. Isaïe et Jacques le Majeur. Bourdon et chapeau.

4. Crucifixion. Daniel et Jean. Coupe de poison.

5. Descente aux Limbes et Résurrection.  Jonas et Philippe. Croix à longue hampe. (Malachie et Thomas R.C)

6. Ascension.  Amos et   Thomas . La  Hache ou Hallebarde. 

7. Jugement Dernier. Joël et Barthélémy. Coutelas.  (Sophonie et Barthélémy R.C)

8. Pentecôte. Aggée et Matthieu. Plume d'écrivain. (Joël et Matthieu R.C)

9. Église. Sophonie et Jacques le Mineur. (Michée et Jacques le Mineur R.C)

10. Remission des péchés. Zacharie et Jude Thaddée?. Hallebarde  (Zacharie et Philippe R.C)

11. Résurrection des morts. Ezéchiel et Simon. La scie. (Osée et Simon R.C)

 12. Vie éternelle.  Abdias et Mathias. (Ezéchiel et Mathias R.C)

La consultation des listes les plus courantes des Credo apostoliques ne confirmait pas cet ordre. Celui-ci est, selon le Canon romain, Pierre-André-Jacques-Jean-Thomas-Jacques-Philippe- Barthélémy-Matthieu-Jude-Simon-Matthias, et selon l'orde courant la même succession se terminant par Simon-Jude-Matthias.

 Pourtant, je finissais par découvrir que l'ordre observé à Quemper-Guezennec n'était ni une fantaisie, ni une erreur de restauration. En effet :

1°) Dans les Actes des apôtres 1:13 suivi de 1:25-26 : "Dès leur arrivée, ils montèrent à l'étage supérieur de la maison où ils se tenaient d'habitude. C'étaient Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques, fils d'Alphée, Simon le Zélé[h], et Jude, fils de Jacques." Il n'y a encore que onze apôtres, Judas étant bien-sûr absent, d'où : "pour occuper, dans cette charge d'apôtre, la place que Judas a désertée afin d'aller à celle qui lui revenait. Puis ils tirèrent au sort. Matthias fut désigné. C'est lui qui fut adjoint aux onze apôtres."

L'ordre des apôtres de la verrière de Quemper-Guezennec est donc, pour la place réservée à Philippe, celui du texte des Actes des apôtres, et non celui du Canon romain. Par contre la 11e place donnée à Simon est celle du Canon.

2°) Parmi les Credo apostoliques, certains observent le même ordre pour la 5ème place donnée à Philippe :

  • Cet ordre est celui des manuels de vie chrétienne à finalité pastorale (hormis qu'ils observent l'ordre Pierre-Jean-Jacques-André , et  Simon-Jude, et non Jude-Simon) à l'usage des curés : Somme le roi de Frère Laurent (1294)  ; Doctrinal aux Simples gens (Cluny 1389) ; Le Chemin de paradis de Jean Germain évêque de Chalons, 1457 (G. Hasenorh 1993).
  • C'est aussi l'ordre d'ouvrages de théologie : Livre de dévotion ; Livre de la maison de conscience de Jean Saulnier (<1430); le Livre de grâce de Pierre Fontaine  (fin XVe-début XVIe) Ms 160 Chantilly folio 39-40.  Ces théologiens divisent le cinquième article en deux parties, dont la première est donnée à Philippe et la seconde à Thomas, ce qui impose par la suite des arrangements. Notons qu'à Quemper-Guezennec, Philippe ne tient sur son phylactère que la seconde partie de l'article 5.
  • C'est encore l'ordre de textes littéraires : Dans l'Epistre Othea (ca1400) de Christine de Pisan où les apôtres suivent l'ordre  Pierre-Jean-Jacques -André-Philippe-Thomas-Barthélémy-Matthieu-Jacques-Simon-Jude-Matthias. Même ordre dans le  Liber fortunae écrit par un curé anonyme en 1346  (G. Hasenorh 1993).
  • Les peintures murales de la cathédrale de Brunswick. Première moitié du XIIIe siècle. Pierre-André-Jacques-Jean-Philippe-Barthélémy- Thomas-Matthieu-Jacques- Jude-Simon- Matthias. Nous avons donc ici l'ordre exact de la séquence de Quemper-Guezennec. (Pensée, image et communication 1993 page 112).
  • Séries de plaques émaillées de Bamberg (Musée historique), Hanovre, Londres (British Museum), 1125-1200.

La 5eme place donnée à Philippe plutôt que Thomas  dans la verrière de Quemper-Guezennec  est attestée dans les Credo apostoliques dans les textes, ou en iconographie mais reste minoritaire, fournissant un indice précieux sur le commanditaire potentiel ou sur le modèle utilisé.

Le seul endroit où l'ordre utilisé à Quemper-Guezennec est retrouvé intégralement  est la cathédrale de Brunswick, en Basse-Saxe, ce qui peut coïncider avec l'influence stylistique suggérée par René Couffon autour du maître Francke.

 

      Les prophètes et leurs versets à Quemper-Guézennec.

1. Jérémie et Pierre. Pseudo-Jérémie Patrem invocab[itis] qui terram Ieremi 

2. David et André. Psaumes 2:7 filius meus es ego hodie genui te

3. Isaïe et Jacques le Majeur. Isaïe 7:14 Ecce virgo concipiet et pariet

4. Daniel et Jean. Daniel 9:26 Post LXII edomadas

5.  Jonas et Philippe. Matthieu 12:40 [Sicut eni]m fuit Jonas in ventrem ceti 

6.  Amos et Thomas . Amos 9:6 Qui edificiat in coeli ascensionem suam.

7. Joël et Barthélémy. Joël 3:12 Sebedo ut iudicui omnes gentes

8. Aggée et Matthieu. Aggée 2:6. Spiritus meus erit in medio vestrum

9. Sophonie et Jacques le Mineur. Sophonie 2:15 haec est civitas gloriosa habitans

10. Zacharie et Jude Thaddée? Zacharie 9:13 suscitabo filios tuos.

11. Ezéchiel et Simon. Ezéchiel 37:4 Ossa arida audite verbum Domini

 12. Abdias et Mathias. Abdias 1:21 Et erit dominus regnum missus 

 

Si je compare cette liste au tableau qui, dans Fr. Gay 1993 page 190-191, récapitule les versets cités dans 22 Credo prophétiques, je ne retrouve aucun modèle réunissant exactement le choix de Quemper-Guézennec, car le vitrail breton présente, à coté de versets utilisés presque partout ou assez fréquemment (Pseudo-Jérémie ; Psaume 2:7 ; Isaïe 7:14 ;  Amos 9:6 ; Ezéchiel 37:4), des raretés. Ainsi :

4. Daniel 9:26 Post LXII edomadas  n'est retrouvé que dans le Verger de Soulas.

5.  "Jonas" Matthieu 12:40 [Sicut eni]m fuit Jonas in ventrem ceti n'est attesté nulle part.

7. Joël 3:12 Sebedo ut iudicui omnes gentes n'est pas cité ailleurs : c'est (peut-être plutôt par erreur d'attribution) Joël 3:2 qui est mentionné dans 5 cas sur 22.

8. Aggée et Matthieu. Aggée 2:6. Spiritus meus erit in medio vestrum. Cette citation est retrouvée dans 5 cas sur 22, uniquement sur des stalles, celles de Romont, Hauterive, Moudon, Yverdon et Estavayer. Pourtant elle est aussi attestée dans le Livre d'Heures de Jeanne II de Navarre (ici)

9. Sophonie et Jacques le Mineur. Sophonie 2:15 haec est civitas gloriosa habitans. Sophonie est cité 5 fois, mais pour 1:15 et 3:9 ; 3:15 ; 3:16 ; 3;20 

10. Zacharie et Jude Thaddée? Zacharie 9:13 suscitabo filios tuos. Zacharie est cité 17 fois sur 22, mais la plupart du temps pour son verset 12:10 et jamais pour 9:13. Ce verset est néanmoins employé à Sienne et à Cambray.

12. Abdias et Mathias. Abdias 1:21 Et erit dominus regnum  

Abdias n'est cité qu'une seule fois (Autel d'Eilbertus) avec la mention Abdias 20 dans l'étude de Fr; Gay, mais on le retrouve cité à Sienne, dans le chœur de la cathédrale de Cambray (1404), dans l'église de Kenton selon un relevé de 1824, et dans un manuscrit ca 1400 cité ici. On le trouve aussi dans l'Expositio super symbolum de Thomas d'Aquin (Bibl. Univ. de Munich, Cod.Ms 84 f.82-92), etc..

 

Conclusion sur ce point : une étude comparative des citations prophétiques ne sera réellement réalisable que lorsque l'on disposera du corpus de tous les Credo prophétiques européens ; je n'ai retrouvé aucun modèle exact des citations réunies à Quemper-Guézennec, mais une exploration en ligne des différents extraits est vite fructueuse pour indiquer le travail qui attend les prochains esprits curieux. Cette exploration montre que, dans tous les cas, ces inscriptions bretonnes sont en lien avec celles d'autres Credo.


Liens et sources :

 

 

 

 http://www.patrimoines.lorraine.eu/fileadmin/illustrations/C006198_291-93.pdf

 

Émile Mâlehttp://patrimoine.amis-st-jacques.org/documents/000135_e_male_credo_des_apotres_2.pdf

—Denis Pichon Note sur les peintures murales de Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren : présence d'un Credo prophétique Société d'émulation des Côtes-d'Armor, 2000, 130, p. 115-122

Robert Favreau Les autels portatifs et leurs inscriptions, Cahiers de civilisation médiévale 2003 Volume   46 pp. 327-352 :http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ccmed_0007-9731_2003_num_46_184_2865

 — Baptistère de Sienne : http://www.viaesiena.it/fr/caterina/itinerario/battistero/articoli-del-credo/articoli-della-seconda-campata

 — Psautier de Jean de Berry, Enluminures de André Beauneveu 1380-1400 : gallica 

— RANSON (Lynn) 2002 A franciscan program of illumination Insights and Interpretations: Studies in Celebration of the Eighty-fifth .publié par Colum Hourihane  ..pp 84-89 En ligne

 —COUFFON (René)  1935, "Les verrières anciennes des Côtes-du-Nord" Bulletins et Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord t.67 pp.115-117. En ligne. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f141.image

GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel) 2005 , Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes pp.100-102. Cité sous l'abréviation (C.V)

— DONNART (Mireille)  La maîtresse-vitre de Quemper-Guézennec (fin XVe siècle) Mémoire de maîtrise Paris X-Nanterre 1990. (non consulté)

— DONNART (Mireille), 1993 "Prophètes et apôtres dans la La maîtresse-vitre de Quemper-Guézennec (fin XVe siècle)", Actes du Colloque Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon (1993). L'auteur reprend les assertions de René Couffon, ses transcriptions erronées des phylactères et ses fausses identifications des auteurs des versets prophétiques, de même que l'évocation de l'influence de Maître Francke.

— GAY (Françoise) 1993, Le choix des textes des prophètes face aux apôtres au Credo", in Actes du Colloque Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon 

HASENORH (Geneviève), 1993 "Le Credo apostolique dans la littérature française du Moyen-Âge", Actes du Colloque Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon 

LACROIX (Pierre) , Renon, Andrée,  Mary, Marie-Claude, Vergnolle, Éliane [Publ.] Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon (1993).Sommaire en ligne 

 — GAULTIER DU MOTTAY (Joachim) Répertoire archéologique du département des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, 1883-1884, extrait des Mémoires de la Société archéologique et historique des Côtes-du-Nord, nouvelle série, T.I, 1883-1884.

LE BIHAN (Jean-Pierre) "Vitraux disparus et comment ? Quemper -Guézennec, un Credo des apôtres découvert", Blog 

—LUNEAU (Jean-François) Félix Gaudin (1851-1930), peintre-verrier et mosaïste, thèse de doctorat  Université de Clermont II, 2002.

— RENON F, relevé du Credo du chœur de la cathédrale de Cambray en 1404 Revue de l'art chrétien: recueil mensuel d'archéologie religieuse, Volume 8 Arras ; Paris 1864 page 262.

SCHMITT (Jean-Claude), 1989  "Les images classificatrices", in Actualité de l'histoire à l'Ecole des chartes: études réunies à l'occasion publié par Société de l'Ecole des charte 1989 pp.311-341.


 

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Published by jean-yves cordier
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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 14:33

Les vitraux de l'église Saint-Pierre de Saint-Nicolas-du-Pélem.

L'église paroissiale Saint-Pierre est l'ancienne chapelle Saint-Nicolas du château de Pélem, qui ne reçut son nouveau vocable qu'en 1860 en supplantant l'église curiale Saint-Pierre de Bothoa. Elle porte donc la marque des anciens châtelains : famille Jourdrain, seigneur du Pélem :

Potier du Courcy : Jourdain, sr. du Pellem paroisse de Bothoa. Réf. et montres 1448 à 1543, par. de Bothoa et Carnoët, ev. de Cornouaille. D'or à la bande de gueules, chargée de trois macles d'or. Fondu dans Quélen.

Une sablière de l'église porte l'inscription "An l'an mil cccc L xx iii" (En l'an 1473) : puisqu'il est vraisemblable que la verrière ne fut installée qu'une fois l'église ait reçu sa couverture, on peut estimer qu'elle est postérieure à 1473, et les auteurs du Recensement du Corpus vitrearum retiennent la fourchette de 1470-1480.

 

Maîtresse-vitre ou Baie 0. Vitrail de la Passion et de la vie du Christ.

 Elle se compose de deux baies jumelées  formées chacune de trois lancettes trilobées de 7m de haut et 1,58m de large organisées en quatre registres, et coiffées chacun d'un tympan à 13 ajours. Les lancettes sont divisées par 5 barlotières et 15 vergettes.

Elle a été composée entre 1470 et 1480, à peu-près en même temps que la verrière de Tonquédec, dont les panneaux, sans partager exactement les mêmes cartons, sont si proches qu'on estime qu'ils ont été réalisés par un même atelier. Voir  La maîtresse-vitre de l'église Saint-Pierre de Tonquédec. pour la mise en parallèle des panneaux.

Elles se lit comme un seule ensemble, selon la lecture traditionnelle pour une verrière, de bas en haut et de gauche à droite.

 

                     vitrail 7869c


 

vitrail 7827c

 

 

 

I. REGISTRE INFÉRIEUR. DONATEURS.

1. Saint Nicolas.

Le saint patron de la chapelle seigneuriale porte sur son épaule droite les armoiries D'or à la bande de gueules, chargée de trois macles d'or (mais la bande n'est pas de gueules (rouge), mais d'argent (blanc)).

L'église Saint-Gilles de Malestroit (56). Vitrail de saint Gilles et saint Nicolas.  1400-1425

Vitrail de Chartres : Grisaille du Miracle de saint Nicolas Baie n° 10.

 

Dans le coin inférieur gauche se lit la marque du restaurateur : Restauré par Laigneau Peintre-verrier St-Brieuc 1883.

 

                         vitrail 4255c

 

2. Ecclésiastique donateur présenté par saint Jean l'évangéliste.

Saint Jean est conforme aux poncifs, imberbe, longs cheveux blonds, robe et manteau bleus, tenant son attribut, la coupe de poison d'où se dresse un serpent à forme de dragon.

Le donateur est tonsuré comme un ecclésiastique, et  il porte une chape à l'orfroi brodé d'or montrant un ange jouant de l'organon.

Armoiries sur le fermail de la chape : d'argent à trois fasces qui ont été attribuées soit aux Trogoff (Lanvaux : de gueules à trois fasces  d'argent ; Trogoff : de gueules à trois fasces  d'argent, au lambel de même), "soit de préférence à Christophe de Troguindy,  recteur de Bothoa en 1491" (Corpus Vitrearum p. 101) Pourtant les armoiries de Troguindy sont de gueules à sept besants d'or : 

Potier de Courcy, Nobiliaire et armorial de Bretagne tome 2

TROGUINDY (DE), vicomte dudit lieu, par. de Penvénan, — de Kerhamon, par. de Servel, — châtelain de la Roche-Jagu, par. de Ploëzal, — sr de Kergoniou et de Launay, par. de Camlez,— de Kerropartz et de Kerguémarc'hec, par. de SaintMichel-en-Grève, — de Kernéguez, par. de Goudelin, — du Bignon, par. de Morieuc, — de Launay, par. de Bréhant-Moncontour, — de la Ville-Hélan, par. de Plurien. Maint. au conseil en 1704, ress. de Jugon ; réf. et montres de 1427 à 1543, par. de Penvénan, Camlez, Lannion et Saint-Michel-en-Grève, év. de Tréguier. De gueules à neuf (aliàs : sept), besants d'or. (G. le B.)

Il s'agit peut-être plutôt , encore d'après Potier de Courcy de "Robiou, sr de Quilliamont, près Pontrieux, — de  Troguindy, par. de Tonquédec, — de Keropartz, par. de Ploëzal, — de Kerguézennec. Maint, par les commissaires en 1726 par arrêt du pari, de 1777, onze gén., et admit aux Etats de 1786.  D’argent à trois fasces d’azur.  Jean, procureur et miseur de Guingamp en 1553."

 


                                       vitrail 4256c

 

 

3. Baptême du Christ. 

Inscription COM(M)ENT SENT JEHAN BATISA NOT S(EIGNEUR).

Il s'agit d'un panneau du XVIe siècle placé ici en bouche-trou, et provenant d'une Vie de saint Jean-Baptiste d'une autre baie.

Fond damassé bleu.

Détail 1 : pour une fois, Jean-Baptiste n'est pas représenté comme un sauvage ermite errant dans le désert, vêtu d'une peau de bête et renonçant à se couper les cheveux ou à se raser. Sa coupe de cheveu est celle d'un gentilhomme du XVe siècle, son manteau rouge lie-de-vin, sa fine chemise et sa robe or lui font honneur, et seul l'aspect frangé ou plutôt plissé de la bordure inférieure lui donnerait un air de Davy Crockett. Paradoxalement, les rôles sont inversés et c'est le Christ, plus petit que Jean, qui, recevant les eaux du Jourdain, semble un misérable ayant bien besoin d'une bonne douche.

Détail 2 : le rendu des volumes des plis de la robe est obtenu, non pas par des densités différentes de la grisaille, mais par des hachures plus ou moins resserrées, comme le fait un graveur sur cuivre. Ces vêtements datent de la restauration par Laigneau.

Détail 3 : La traditionnelle colombe de l'Esprit, Troisième Personne de la Trinité, apparaît ici, traversant les nuées, comme envoyé le long d'un rayon d'énergie spirituelle dorée par le souffle d'un ange.


                       vitrail 4261c

 

4. Décollation de saint Jean-Baptiste .

Inscription COM(M)ENT SENT JEHAN FUT DE COLÉ.

Panneau également monté en bouche-trou.

Fond damassé bleu.

Détail 1 : alors que le saint porte la même robe et le même manteau que dans le panneau précédent, il présente désormais la longue chevelure et la barbe qui le caractérisent. 

Détail 2 : Salomé  tend le plat d'étain pour recevoir la tête du saint, tête qu'elle a obtenu d'Hérode après avoir dansé.

                      vitrail 4259c

 

 

5. Couple de donateur présenté par saint Pierre.

 

"Couple non identifié, peut-être Guillaume Jourdrain et Jeanne de Moëlou-Rostrenen (Couffon, 1935) présentés par saint Pierre (costumes et soubassement refaits)". (C.V)


                        vitrail 4258c

 

 

6. Couple de donateurs présentés par saint Sébastien.

La cote du donateur est aux armes des Jourdain, armes qui sont rappelées aussi, comme pour saint Nicolas, sur l'épaule. René Couffon suggère d'y voir  Yvon Jourdrain, fils de Guillaume Jourdrain, Sr de Pellem, du Pebel, de la Bellenoë et sa femme Isabeau de Quimerc'h, fille d'Yvon et de Jeanne de la Feuillée. A noter que saint Sébastien, patron des archers porte lui-même des armoiries d'or à l'aigle bicéphale de sable.

Si la coupe de cheveux du donateur est celle des gentilhommes de la fin du XVe siècle et si la coiffure de la donatrice est un bourrelet enveloppé dans une riche étoffe et centrée par une broche de perles, la coiffure du saint n'est pas banale. Elle ne correspond pas, comme je l'ai cru, à une stylisation de mèches blondes puisqu'elle est centrée elle aussi par un bijou carré entouré de perles.

 

 

                 vitrail 4257c

 

 


 

                  DEUXIÈME REGISTRE.  


7. Résurrection de Lazare.

Devant une assemblée de huit personnes, dont Marthe (en coiffe nouée sous le menton ou "barbette") et Marie (assimilée à Marie-Madeleine et dotée d'un nimbe), ainsi que quatre apôtres (nimbés) dont Jean (imberbe) est le plus visible, le Christ procède au miracle de la résurrection de Lazare (enseveli depuis quatre jours), dont un homme ouvre le linceul.

 Le personnage à toque noire (bleue sombre en réalité) est peut-être l'un des Juifs décrits par Jean,11 : " Jésus pleura. Sur quoi les Juifs dirent : « Voyez comme il l'aimait ». Et quelques-uns d'entre eux dirent : « lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, ne pouvait-il pas faire aussi que cet homme ne mourût point ? » .

La main gauche du Christ est serti à plomb vif ("en chef d'œuvre") sur le verre pourpre de la robe. Cela souligne le langage muet des mains, dont le verre blanc n'est jamais couvert de grisaille ou de sanguine, le geste paume de face de Jésus répondant au même geste du Juif.

Le carrelage porte deux marques noires, qui se poursuivent sur le linceul. 

 

                           vitrail 4248c

 

 

8. Entrée à Jérusalem.

                      vitrail 4249c

 

 

Comme je l'indique dans ma présentation du panneau identique de Tonquédec, ce dessin peut être rapproché d'une gravure sur bois de Guillaume Le Rouge dans son édition des "Postilles et espitres" de Pierre Desrey (Troyes,1492 et Paris, 1497 Gallica). Mais le vitrail précèderait ces éditions de plus de dix ans. La maîtresse-vitre de l'église Saint-Pierre de Tonquédec.  

Entrée à Jérusalem Postilles

 

9. Lavement des pieds.

 

                      vitrail 4251c

 

 

10. Cène.

  "Inscription incohérente (?) sur le dallage, où René Couffon lit AIGA. N. POSEA.F.SUNT AUG.1470 et dont il tire la date qu'il attribue à la pose de la verrière le 4 août 1470." (C.V)

"Lettres gothiques sur le carrelage : SA M S GA CP RO NA I GA POSEAFSUNC DCJUG+ a 70 " (Dufief et Menant 2005)

Fond damassé vert.

La table de la Cène est placée en diagonale, l'un de ses coins, en face de Jésus, étant dirigé vers le spectateur au milieu du panneau. Ainsi, les apôtres sont répartis tout autour, deux et deux en bas, trois et trois dans la partie haute, et saint Jean assoupis juste devant le Christ. On compte donc onze apôtres. Pourtant, celui qui est absent n'est pas Judas, qui est au contraire le second protagoniste de la scène. En effet, celle-ci décrit ce moment de l'évangile de Jean où Jésus désigne celui qui va le trahir en disant aux apôtres "c'est celui à qui je donnerai le morceau trempé". 

Bien que le morceau ne soit pas visible, et que Judas ne soit pas identifiable par la bourse contenant les deniers, ou par des signes de stigmatisation, cette scène est donc à rapprocher des "Communions de Judas". Ce dernier, sans être isolé du groupe et placé de l'autre coté de la table comme dans d'autres choix iconographiques, se retrouve néanmoins dans la position la plus basse de l'image dans un axe Judas/Christ centré sur le point de contact bouche de Judas/main du Christ. Les deux regards sont dirigés l'un vers l'autre. Les deux personnages portent un manteau de même couleur. La problématique théologique sous-jacente n'est donc pas l'Institution de l'Eucharistie, comme dans les Cènes où la table est parallèle au bord inférieur du panneau ou du tableau, mais celle du Libre-arbitre et du choix de Judas de trahir son co-pain, celui-là même avec lequel il partage le repas. Dans cette diagonale des regards se joue le tournant décisif de la Passion, Jésus sachant qu'il va être trahi, et ne s'écartant pas de la trajectoire du Salut, et Judas, se sachant démasqué, et ne s'écartant pas de son projet de trahison. 

Le couteau joue bien-sûr un rôle crucial comme symbole de la rupture du pacte d'amitié et d'appartenance au groupe, symbole de la trahison mais aussi symbole de la mort à laquelle cette trahison va conduire.

 

 

                     vitrail 4252c

 


11. Agonie au Jardin des Oliviers. 

Comme dans la Résurrection de Lazare, la valeur expressive de la main du Christ est soulignée par le sertissage à plomb vif de la pièce de verre blanc à l'intérieur du verre pourpre.


                     vitrail 4253c

 

12. Arrestation de Jésus, Baiser de Judas.

Deux lettres se lisent sur la lame des glaives : lettre F sur celui de saint Pierre en haut et lettre N sur celui de Malchus en bas. Lettres considérées par Couffon comme étant "certainement les initiales de l'artiste".

L'opposition/ confrontation des deux visages  est riche de sens, l'un apparaissant comme le double négatif de l'autre. La couleur jaune très appuyée de la chevelure et de la barbe de Judas, une couleur connotée négativement depuis l'époque médiévale, dénonce le traître face à la couleur brune de Jésus. Les deux regards disent la maîtrise, la compréhension et l'acceptation clémente de l'un, la duplicité et le désarroi de l'autre. 

Autour de ce doublon central, figé et fixé pour l'éternité dans le drame de cette gémellité/duplicité, se développe un tourbillon de violence fait de mains, de regards et d'armes (qui occupent les quatre coins) dans un espace très resserré.

                                       vitrail 4254c

 

 

TROISIÈME REGISTRE.

 

13. Comparution devant Pilate.

Inscription sur la manche d'un soldat au premier plan : JKXGAL F (?) déchiffré par Couffon  J. KERGAL FECIT.

                   vitrail 4242c


14. Flagellation.

      C'est une tradition iconographique de faire de cette représentation un véritable motif chorégraphique dans lequel le corps délié des tortionnaires (de jeunes athlètes aux serpentines grâces d'acrobate) s'opposent à la rectitude de la colonne de flagellation et à l'immobilité souffrante de la victime ; s'y opposent ici également les couleurs des belles étoffes en périphérie et l'axe central blanc dans la pâleur du corps glacé et parcouru par la sueur de sang.

                       vitrail 4243c

 


15. Couronnement d'épines.

      Autre tradition iconographique où l'artiste montre son savoir-faire sur un exercice différent : au lieu des lignes souples des lanières des fouets et des gestes d'élan et de frappe, la rectitude des bâtons et la force immobile, organisée en un grand X, des hommes arque-boutés pour mieux faire pénétrer la pointe des épines dans la chair. Ici, les lignes en X des leviers est complétée par les lignes divergentes des barres que tiennent les deux personnages inférieurs. L'un est peut-être Pilate tenant le bâton de pouvoir, l'autre un bourreau s'apprêtant à frapper.

                                vitrail 4244c

 


16. Dérision.

Après le moment statique précédent, la farce reprend et les bourreaux s'en donnent à cœur joie. L'opposition centre immobile/périphérie en mouvement atteint ici son paroxysme en raison de l'inquiétude menaçante et du malaise créé par le visage encapuchonné, et par la strangulation qui semble être opérée. Rien n'exprime mieux l'horreur de bourreaux pris dans l'ivresse de l'affiliation traumatique collective et de l'émulation face au bouc émissaire, et capables du pire dans une insouciance joviale et bon-enfant.

En opposition avec les scènes terrifiantes dans lesquels les bourreaux sont masqués (type Ku Klux Klan), dans celle-ci, le visage de la victime est occulté, dans un anonymat laissant la place à chacun d'entre nous. Face à ce vide, ce trou blanc, rien ne nous permet plus de nous rassurer sur ce qu'endure la victime ; l'inouï, l'inconcevable, l'insupportable peuvent trouver place sous ce drap blanc.



                            vitrail 4236c

 

 

17. Portement de croix.

Fond bleu damassé ; Jean et Marie en larmes à gauche, Simon de Cyrène en chaperon violet soutenant la croix, un bourreau frappant le Christ d'un objet doré. Le Christ porte le manteau pourpre de son supplice, conduit par une corde par un premier soldat en armure tandis qu'un autre, qui porte trois clous, le frappe d'un coup de genou.

 

                            vitrail-7846cc.jpg

18. Mise en croix.

La ronde infernale reprend : à l'immobilité de l'axe horizontal des trois visages saints (Marie, Jean, Jésus), figés dans leur souffrance, s'oppose la violence de la ronde écartelée des quatre bourreaux, en plein mouvement ; le soldat en armure qui portait les clous les enfonce à coups de marteau, et trois bougres aux visages mauvais complètent le travail.

Fond damassé rouge. Importance du verre blanc, peu de couleurs : bleu, rouge, pourpre, jaune (pas de vert).

Détail : nombreux "rivets" sur la cuirasse.

                      vitrail 4247c

 

 

QUATRIÈME REGISTRE.

 

19. Crucifixion.

Croix qui déborde sur la bordure architecturée ; crâne d'Adam qu pied de la croix. Les saints personnages sont — comme toujours— à droite du Christ : Marie, Jean, et Marie-Madeleine. En face, un personnage invraisemblable puisqu'il est habillé comme un notable juif (c'est alors Caïphe) avec manteau mauve au revers d'hermine et manches dorées, aumônière  et bonnet mais qu'il porte un glaive en forme de cimeterre. Son geste très expressif levant l'index droit comme s'il désignait le Christ crucifié et plaçant sa paume verticalement indique qu'il est l'auteur d'une phrase importante de cette scène, mais laquelle ? Ou bien l'index levé est celui du centurion placé en arrière, et qui serait le bon centenier affirmant : celui-ci est vraiment le Fils de Dieu.

                              vitrail-4233cc.jpg

 

20. Descente aux Limbes.

  Placé par erreur lors d'une restauration avant la Déposition, ce panneau représente une scène qui n'est pas signalée dans les Évangiles, mais qui correspond à la tradition selon laquelle le Christ serait descendu aux Enfers (article du Credo) où il aurait rendu visite aux Limbes des Patriarches ou limbum patrum où patientent les âmes des justes qui sont décédés avant la Résurrection. Ces Limbes, ou seuil, marge de l'Enfer, sont symbolisés en iconographie par la gueule béante du Léviathan. Adam et Ève sont les premiers à l'accueillir. 

                            vitrail 4234cc

 

21. Déposition. 

      D'habitude, Joseph d'Arimathie supporte le corps du Christ tandis que Nicodème, armé d'une pince, et monté sur une échelle, détache le clou qui maintient un bras. Ici, Joseph d'Arimathie descend de l'échelle en entourant la taille du Christ ; Nicodème retire le dernier clou qui fixe encore les pieds. La Vierge en pleurs s'apprête à embrasser la main ensanglantée de son Fils ; deux saintes femmes sont présentes.

 Les Juifs (Joseph et Nicodème) sont barbus et coiffés d'un bonnet, richement vêtus de robes à revers, chausses et chaussures fines, et, pour Joseph, d'une chape orfroyée. 

Détail : sur le dos du Christ, les marques de fouet et de verges sont représentées par des signes stéréotypés en forme de A gothique ou de lettre Π.

                           vitrail 4235c

 

22. Mise au tombeau.

Fond damassé vert d'eau.    

Selon une disposition fréquente, Marie-Madeleine est seule du coté droit du tombeau, entre celui-ci et le spectateur, mais au lieu d'être agenouillé à ses pieds, elle se penche vers la main droite. De l'autre coté, debout, Joseph d'Arimathie soutenant la tête du Christ, une sainte femme (Marie Salomé ou Marie Cléophas), l'apôtre Jean —qui ne porte plus le manteau vert précédent —, la Vierge, et Nicodème aux pieds tenant le linceul. Joseph d'Arimathie et Nicodème ne portent ni le même bonnet, ni les mêmes vêtements que dans le panneau précédent.

Les mêmes marques de supplice en forme de trépied sont visibles sur le thorax nu : peut-être celles que laisseraient les fers de l'extrémité d'un fouet, complétés par une larme de sang ? L'article Flagellation de Wikipédia indique que "Les Romains utilisaient un fouet très contondant (flagra) [flagra talaria, flagellum], formé de lanières équipées d'un plomb en H et d'osselets taillés en pointe. La plupart des condamnés succombaient à moins de 50 coups de cet instrument." Le site de la revue Kephas  précise : "chaque coup laisse une trace précise sur le corps en forme de double haltère".

Le Christ a, selon les Évangiles, été flagellé sur ordre de Pilate et donc par les soldats romains ; ceux-ci n'auraient donc pas appliqué la règle hébraïque des "quarante coups moins un" (saint Paul II Corinth.,XI,26), 13 sur la poitrine et 13 sur chaque épaule.

                             vitrail 4237c

 

 

23. Résurrection.

Fond damassé bleu.

Lettre S sur la lame du glaive du soldat du premier plan. Présence d'une arbalète, dont les carreaux à empennage ont été passés à la ceinture du soldat.

Roger Barriè, dans son étude des Passions d'origine quimpéroise, identifie l'origine de ce motif iconographique du Christ enjambant le tombeau aux gravures sur cuivre des "Postilles et exposition des Épistres" de Troyes 1492/Paris 1497.

                          vitrail 4239c

 

 

Les-postilles-Resurrection.png


24. Ascension.

par Laigneau

 

                         vitrail 4241c

 

Les Dais architecturaux.

Les niches de quatre d'entre eux comportent des saints :

1. Saint Nicolas.

                              vitrail 4229c

2. Saint Pierre et saint Paul.

 


                           vitrail 4231c

Sainte Barbe.

La sainte est identifiable à la palme du martyre mais surtout à la tour dans laquelle elle fut enfermée.

                                    vitrail 4268c

 

 

 

LE TYMPAN

Il a été entièrement refait, avec des anges tenant sur des phylactères des versets du Gloria ou présentant des instruments de la Passion, peut-être inspirés du tympan de Tonquédec.


vitrail 4216c

 

 

 

Analyse.

 

Données historiques et datation.

 

"Cette verrière historiée a été commandée par plusieurs donateurs parmi lesquels on a pu identifier les Jourdain du Pélem. Par analyse stylistique, on peut rapprocher cette verrière des verrières de Tonquédec et avancer une datation dans le 4e quart du 15e siècle, datation confirmée par un autre rapprochement avec les fresques de la voûte de l´église Notre-Dame de Kernascléden (Morbihan) réalisées vers 1470." (Dufief et Menant 2005)

Restaurations.

"Certains panneaux du 16e siècle, le 1c et le 1d, ont été réutilisés. D´après les archives, la verrière a subi 3 restaurations : la première, en 1772, est l´oeuvre d'Yves Raoult qui la remonte en plombs neufs ; la deuxième, une réparation, a lieu en 1789 ; la dernière intervient entre 1796 et 1800. En 1883, au cours d´une restauration de l´atelier briochin Laigneau, on retouche le panneau 1c et refait le panneau 4f et les panneaux des tympans à l´exception des écoinçons." (Dufief et Menant 2005)

" Depuis 1889, seule peut être signalée la restauration menée en 1962-1963 par l'atelier Scaviner de Pont-L'Abbé" (C.V)

 

Depuis, la baie zéro a été entièrement démontée et restaurée en 2008 par l’ Atelier Hubert de Sainte Marie – Vitraux HSM de QUINTIN  

Style.

"La verrière, en dépit des restaurations subies et de la disparition de certains panneaux, est dans état de conservation suffisamment bon pour nous renseigner sur l'art de J. Kergal, auteur probable de cette composition.

Sur le plan technique : la palette privilégie les teintes sourdes et les contrastes entre ces dernières et les vastes zones de verre blanc rehaussé de grisaille et / ou de jaune d'argent.

Le sertissage au plomb a été utilisé surtout pour mettre en valeur les mains, élément expressif doublement important, au niveau de la figure individuelle comme de la composition du panneau.

Le trait appuyé évoque très directement la technique de la gravure sur bois. Le traitement graphique n'est pas le seul point commun entre la verrière et certaines gravures sur bois contemporaines (voir doc. 1 et 2). On est également frappé par la ressemblance au niveau de la composition (organisation de l'espace et groupement des personnages en profondeur), la présence ou le traitement de certains détails vestimentaires (drapés plissés cassés, casques à turbans). Surtout, la force expressive des gestes et des visages est la même dans la Mise en croix de la verrière et sur la gravure. Si le modèle exact qui a pu influencer l'auteur de la verrière n'a pas été retrouvé, il semble évident que l'œuvre ne peut s'expliquer sans faire référence à la gravure sur bois contemporaine flamande. De plus, la verrière appelle de multiples comparaisons avec les œuvres géographiquement et chronologiquement voisines de Lantic* et Tonquédec**. On peut supposer que, dans la plupart des cas, les mêmes cartons ont circulé ou qu'il y a eu copie."  (Dufief et Menant 2005). 

* vers 1462-1464. Vitrail signé Olivier Lecoq et Jehan Le Lavenant 

** entre 1470 et 1486. 9 panneaux de Tonquédec sont semblables à ceux de St-Nicolas-du-Pélem, par copie ou reprise des mêmes cartons.


Je note aussi :

— la façon dont l'artiste dessine sur la racine du nez des visages masculins un anneau de chair ou, au minimum, une dilatation centré par une fossette.

— le dessin des yeux : dans le blanc de la conjonctive, un cercle noir délimite un rond blanc ou gris, occupé dans la partie supérieure par un rond noir : le rond blanc est réduit à un croissant convexe vers le haut. Cet ensemble est plus ou moins masqué par les paupières, dont les cils ne sont pas figurés.


Attribution.

Les auteurs les plus sérieux (ceux du Corpus Vitrearum comme ceux du Service Régional de l'Inventaire) reprennent l'attribution proposée par René Couffon et voient en un certain J. Kergal le verrier créateur de cette vitre. Ainsi Dufief et Menant décrivent "La signature : KERGAL J F[ecit] est en lettres gothiques sur la manche du personnage du 1er plan en 3a." et parlent de "...l'art de J. Kergal, auteur probable de cette composition. ".

   Pourtant, le déchiffrage de René Couffon peut être discuté. L'auteur est habitué à des conclusions hâtives et péremptoires qui ont souvent été clairement démenties, telle cette inscription IHS d'Erguè-Gabéric dont il avait fait une date de restauration de 1728, ou cette attribution à Jost de Negker de la verrière de La Martyre dont Jean-Pierre Le Bihan a dressé la critique ici .

Son interprétation des lettres du dallage en est un autre exemple, puisqu'il lit AIGA. N. POSEA.F.SUNT AUG.1470 là où Dufief et Menant lisent: SA M S GA CP RO NA I GA POSEAFSUNC DCJUG+ a 70 .

Ici, on lit sur la brassière de l'armure sept signes gothiques, dont aucun n'est lisible avec une certitude absolue ; la première peut être un G, la seconde un J. La troisième en forme de L avec signe inclus doit-elle être lue comme l'abréviation de Ker ? La quatrième est-elle un G ? La cinquième est sans-doute un A sans barre. La sixième a la forme d'un V et ne peut être considérée comme un L qu'en l'inclinant. La dernière semble un signe typographique plutôt qu'une lettre. 

 Si bien même on y lit "J. Kergal", pourquoi en faire la signature du maître-verrier ? Une exigence minimale serait de retrouver des traces de cet artisan, traces soit généalogiques, soit professionnelles par recoupement d'autres informations. Certes Kergal est un patronyme breton, surtout attesté en Morbihan, et qui reprend un toponyme signifiant "village des étrangers".

 

Roger Barrié, confronté aux multiples lettres inscrites sur les galons des verrières du Finistère, s'était résolu dans sa thèse  à n'y voir le plus souvent que des assemblages dépourvues de sens, ou des fragments d'antiennes ou d'oraisons. .


 

 

 Sources et liens.

COUFFON (René)  1935, "Les verrières anciennes des Côtes-du-Nord" Bulletins et Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord t.67 pp.123-128. En ligne.  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f148.image

—Cité sous l'abréviation C.V :  GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel) 2005 , Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes pp.100-102.

DUFIEF (Denise), MENANT (Marie-Dominique), 2005, Saint-Nicolas-du-Pelem, Maîtresse-vitre Baie 0 : la Passion Inventaire général du Patrimoine en ligne. http://patrimoine.region-bretagne.fr/sdx/sribzh/main.xsp?execute=show_document&id=PALISSYIM22003789

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Published by jean-yves cordier
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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 13:42

La maîtresse-vitre de l'église Saint-Pierre de Tonquédec.

 

      N.b les initiales C.V indiquent une citation du recensement du Corpus Vitrearum 2005. B.G. renvoient à Barthélémy et Guimart 1849, R.C à René Couffon 1935.

 

La baie 0 de l'église Saint-Pierre est la seule qui conserve ses vitraux anciens. Ses six lancettes trilobées et son tympan de 3 groupes d'ajours forment une verrière de 12 mètres de haut et 4,30 mètres de large. On remarque immédiatement que les verres anciens n'occupent qu'un rectangle central de quatre lancettes et les six têtes de lancettes, mais que les deux lancettes latérales et toute la partie basse reçoivent une vitrerie colorée aux tons fumés et patinés, de losanges égayés de pièces bleus et rouges. Celle-ci a été posée par l'atelier de Quentin HSM de Hubert de Sainte Marie en 1954-1955.

  L'église actuelle date de 1835, à l'exception du chevet qui date du XVe siècle. La baie de ce chevet disposait encore de ses 24 panneaux jusqu'à 1847, où la foudre frappa l'édifice. Mais la verrière a été décrite dans son état antérieur par Barthélémy et Guimart (Bulletin monumental, 1849 pp. 35-38).


                lancettes 1250c

 


                   LES LANCETTES. 

 

On dénombre donc 16 panneaux anciens en quatre registres de quatre lancettes, et six  têtes de lancettes. Leur examen est décevant à première vue mais l'un de leur principal intérêt est d'être confronté au vitraux très proches de St-Nicolas-du-Pélem, les deux œuvres s'éclairant mutuellement.

Voir :  Les vitraux de Saint-Nicolas-du-Pélem.  

Cette verrière est datée de 1470 (C.V).

                   lancettes 1251c


REGISTRE INFÉRIEUR.

 C'est le registre où figure le saint patron et trois donateurs.

lancettes 1253c

 

 

Saint Pierre.

"Partie inférieure de la composition très restaurée" (C.V)

Le patron de l'église est représenté assis sur une cathèdre, en tenue épiscopale (tiare et chape orfroyée, gants ), tenant une seule clef à l'anneau carré frappé d'un quadrilobe. Le livre qu'il tient (les Écritures) est enveloppé d'une étoffe de protection faisant étui, comme le seront les autres livres des donateurs. 

Fond pourpre, dossier vert, dalmatique rouge, chape bleue à revers blanc, surplis  blanc.


                          lancettes 1254c

 

 

Panneau perdu depuis 1837 : Le Sire de Tonquédec revêtu d'une casaque à ses armes.

"Il est à genoux devant un prie-dieu sur lequel est un livre. Derrière lui un saint vêtu de blanc avec un camail d'hermines" (B.G)

René Couffon déduit qu'il s'agit de Rolland de Coëtmen, et que le saint est saint Yves, ce qui semble judicieux.

 

Lancette 2 : donatrice présentée par sainte Marguerite.

a) L'identification de la sainte ne pose pas de problème, puisque deux attributs, le crucifix (du moins, une croix) et le dragon, désignent Marguerite d'Antioche, vierge et martyre et sauroctone  du IVe siècle qui eut à combattre les avances du gouverneur romain Olibrius ; avalée par un monstre, elle lui ouvrit les entrailles à l'aide de son crucifix, et "issa [sortit] hors du dragon". [Quelqu'un corrigera sans-doute Wikipédia 2014 qui écrit qu'on la représente "hissée sur le dragon"]. Si un doute subsistait, il suffit de lire l'inscription qui indique S. MARGARITA ORA DEORUM PRO /ME. "Sainte Marguerite, priez Dieu pour moi."

Chemise à col en petit V, robe rouge, manteau bleu, nimbe vert, chevelure blonde retombant sur les épaules.

b) La donatrice est vêtue d'une robe aux armes mi-parti de Coëtmen et d'Anger.

Nous faisons ainsi connaissance avec la famille de Coëtmen et ses armoiries de gueules aux neuf annelets d'argent, 3, 3 et 3. Sa devise était item, item ("de même, toujours de même") . Les neuf annelets d'argent (monnaie de Byzance) qui témoigneraient de la participation des Coëtmen aux croisades sont aussi sculptés à l'extérieur de l'église. A l'origine, il s'agissait d'une église seigneuriale dépendant de l'évêché de Tréguier, mais elle fut érigée en Collégiale le 17 août 1447 par Jean de Ploeuc, évêque de Tréguier. Elle fut dès lors desservie par un prévôt (doyen) assisté de 4 ou 6 chanoines formant le chapitre. Il en fut ainsi jusqu’à la Révolution. Puis elle devint église succursale, par décret du 1er frimaire de l'an XII, sous le Consulat.

La Maison de Coëtmen-Penthièvre est une famille de haute noblesse de Bretagne, issue en ligne directe des comtes de Rennes, et éteinte dans la maison de Rougé au milieu du XVIIIe siècle.

Les Coëtmen sont issus d'Henri Ier d'Avaugour, comte de Trégor et Goëlo, et de Mathilde de Vendôme. Leur premier représentant connu est Geslin, qui reçut en partage la terre de Coëtmen, à Tréméven, actuel département des Côtes-d'Armor. Issus en ligne directe de la maison de Rennes, ils font partie des comtes de Bretagne ou Eudonides. Le premier sire de Coëtmen, Geslin, épouse l'héritière anonyme de Prigent de Tonquédec, et en prend alors le nom et les titres. Ses descendants se nomment ensuite « vicomte de Coëtmen et de Tonquédec ». Il a pour successeurs:

  • Alain, vivant en 1260, son fils ;

  • Prigent vers 1270, son fils, époux d'Amée ou Amette de Léon, de gueules à sept annelets d'argent [Prigent I  épousa d'abord Eugénie, peut-être fille de Châteaubriant, et en eut Guyon, puis en 1298, Amette fille d'Hervé, vicomte de Léon, et de Catherine de Laval.]

  • Rolland Ier mort en 1311, son fils époux d'Alix de la Rochejagu ; 

  • Guy mort en 1360 son fils épouse Marie de Kergolay ;
  • Rolland II (1285-1364) épouse Jeanne de Quintin ;

  • Jean Ier (1310-1371) épouse le 8 février 1340 Marie de Dinan (1316-) dame de Runefau et de Goudelin ou du Guildo; Marie de Dinan, fille de Rolland III de Dinan, est la sœur de Rolland IV de Dinan, seigneur de Montafilant, qui épouse Jeanne de Craon (Voir Tympan, héraldique, pour l'importance de cette alliance).

  • Rolland III  (1345-1425) épouse Jeanne de Penhoët (1379-1453). Il soutint Olivier de Clisson, connétable de France  contre le duc de Bretagne Jean IV, du parti anglais, et perd ainsi son château, démoli par Alain de Pierrier, maréchal de Bretagne. En 1400, il recevra 3.000 livres d'indemnités et fait reconstruire son château à l'identique en 1406. Il porte  de gueules à sept annelets d'argent  ; cimier couronné d'une cigogne, supporté par un lion et une cigogne (B. 1849)

  • Rolland IV mort en 1470 épouse Jeanne du Plessis-Anger (la sœur de Rolland IV, Marguerite de Coëtmen épousa Olivier de Thomelin)

  • Jean II de Coëtmen, (1435-1496) épouse Jeanne du Pont. (Sépulture dans le chœur de l'église, à même le sol) La terre de Coëtmen est érigée en baronnie des États de Bretagne en 1487. Ils sont ensuite " barons de Coëtmen et vicomtes de Tonquédec" . A partir de 1472, grâce à l'octroi par le duc d'un billot, impôt exceptionnel perçu dans la châtellenie, Jean II agrandit le château de Tonquédec d'un très beau logis  à larges baies dominant la vallée du Léguer.

(Source corrigée et complétée: Wikipédia 2014)

René Couffon, qui voyait dans le seigneur du panneau perdu précédent Rolland de Coëtmen, a fait de cette donatrice son épouse, Jeanne d'Anger : Jeanne, dame du Plessis-Anger, aux armes de vair à trois croissants de gueules , épousa le 19 octobre 1430 Rolland IV Seigneur de Coëtmen, vicomte de Tonquédec (Geneanet.org).

 

Néanmoins, ces armoiries n'étaient pas visibles en 1837 pour Barthélémy et Guimart qui signalent que la vitre était cassée à cet endroit. Les armoiries sont donc de constitution récente et n'ont pas de valeur identificatrice. Disons que l'hypothèse de Couffon est plausible.

On pourrait penser que la donatrice est présentée par sa sainte patronne et qu'elle se prénomme donc Marguerite (cf. Marguerite de Coëtmen), mais sainte Marguerite est si souvent présente dans les verrières bretonnes pour présenter les épouses des seigneurs qu'il faut plutôt penser qu'elle est invoquée (comme dans les Livres d'Heures) comme appartenant aux  principales intercesseurs protégeant les femmes des dangers de la maternité, avec sainte Catherine et donc, pour la noblesse dont la transmission du titre est l'enjeu majeur, qu'elle figure ici comme la principale autorité dont il faut s'assurer les faveurs. (Elle est présente entre autre à Ergué-Gabéric). 

Puisque cette jupe héraldique "n'est pas d'époque", reportons notre intérêt sur la partie haute du panneau : la coiffe à bourrelets garnie de perles (attribut de Marguerite) et dont le sommet semble replié en arrière; le surcot garni de fourrure d'hermine, le décolleté arrondi, le collier en or, la taille très fine et l'abdomen joliment projeté en avant, et enfin la garniture en joyaux et perles de la ligne médiane.


                         lancettes 1255v

 

lancettes 9068c

 

 

Donateur présenté par saint Jean.

 

a) Là encore, Jean l'Évangéliste est facilement identifiable à son allure de bel Apollon blond et imberbe, et à la coupe de poisson d'où sort un dragon. Devant lui, le phylactère porte l'inscription : Mater Dei memento mei ad resurrectionem , "Mère de Dieu souvenez-vous de moi au jour de la Résurrection".

Fond vert, robe bleue, manteau rouge, nimbe d'or.

Détail : de la coupe sortent non pas un mais deux dragons ailés et crachant leur venin.

b) Le jeune seigneur, coiffé à la mode de la fin du XVe, a été identifié comme Jean II de Coëtmen, contemporain de la construction du vitrail, et donc, directement, son commanditaire. A genoux devant le prie-dieu (avec un bon coussin aux glands dorés), il est en armure, avec ses éperons, l'épée ceinte, et son tabard est à ses armes. "Dans ce panneau, seuls les annelets du blason ont été refaits" (R.C).

      Du site Infobretagne.com, j'extrais les renseignements suivants : 

      Dès 1457, Jean était écuyer résidant à la cour ducale, puis il servait sous les ordres du maréchal de Malestroit ; il devint vers 1461 gendarme des ordonnances et commandant de 49 hommes d’armes ainsi que de 277 archers. Il était déjà chambellan lorsqu’il héritait de son père en 1471. Successivement membre du conseil, puis grand-maître d’hôtel, le vicomte de Coëtmen tint les monstres de 1474, 1475, 1476, 1477, 1481 et 1483. Il était chargé en 1472 d’inspecter les fortifications de la ville de Dol.

Jean de Coëtmen se trouva mêlé aux dissensions qui naquirent de la haine vouée par la noblesse bretonne, à Pierre Landais, ministre de François II. [...] Au mois de mai, trois armées françaises entraient dans la province ; le duc alors à Vannes, se retirait vers Nantes où La Trimouille l’assiégeait inutilement du 19 juin au 26 août.  Dans cette circonstance, le vicomte de Coëtmen seconda vaillamment son souverain : nous voyons ses services et son dévouement authentiquement constatés dans la charte qui, au mois de septembre 1487, érigeait Coëtmen en baronnie [...] Jean de Coëtmen souhaitait vivement arriver à cette prééminence ; car, dès l’année précédente, il faisait faire partout des enquêtes dont le but évident est de faire constater ses droits et privilèges héréditaires, ainsi que l’illustration et l’antiquité de sa race .

      Le nouveau baron eut encore de hautes missions à remplir, vers la fin de sa vie : ainsi il allait en ambassade vers le roi de France en 1488 ; l’année suivante on le trouve désigné pour se rendre au devant des ambassadeurs venus d'Angleterre, enfin en 1491, il allait lui-même en Angleterre avec son fils et sa bru.

                           lancettes 1256v

 

lancettes 9065c

 

lancettes 9200v

 

 

Donatrice présentée par saint Christophe.

"Saint Christophe, en tunique violette et manteau vert, porte sur ses épaules l'enfant-Jésus nimbé , en robe violette, et tenant le globe du monde. Sur un phylactère : S. XPRIS TOFORE ORA DEO PRO ME. "Saint Christophe, priez Dieu pour moi." (R.C) 

Lorsque je lus cette description de Couffon, je dus observer longtemps le dessin avant de comprendre l'organisation de l'image, discerner le beau visage d'enfant blond, replacer le visage quasi fantomatique du saint dans le prolongement du fût blanc qui, derrière la donatrice, correspondait à la jambe nue plongée dans le ruisseau rougeâtre, et assembler mentalement ce puzzle. Je me suis aidé, par exemple, du folio 20 du Livre d'Heures de Françoise de Foix, conservé à la  Bibliothèque Rennes Métropole - Ms 2050 :

 


00_a_a_a_aRennes_2050.jpg

 

Voir aussi le Livre d'Heures de Jean de Montauban v.1430-1440 MS 1834 f. 123.

Là encore, saint Christophe, classiquement représenté en Géant, fait partie des 14 saints intercesseurs ; il est invoqué contre la peste, les tempêtes et les dangers des voyages, ou, plus généralement, contre la mort subite en état de péché.

b) La donatrice :

"Sur un fond bleu, Jeanne du Pont. A genoux devant un prie-dieu bleu, la donatrice porte en tête un chapel et est vêtue d'un surcot violet garni d'hermines et d'une jupe armoriée mi-parti au I de Coëtmen, au II coupé du Pont et de Rostrenen" (R.C) 

 Barthélémy et Guimart parlent d'armoiries D'or au lion de gueules couronné d'azur.

Les armoiries du Pont sont, depuis Jean II du Pont qui écartela les armes du Pont avec celles de Rostrenen, mi-parti  d'or au lion de gueules  qui sont du Pont et d'hermine à trois fasces de gueules qui sont Rostrenen. Ici, je vois clairement bien-sûr les armes de Coëtmen et celles de Rostrenen mais le lion de gueules m'échappe.

 

Jeanne du Pont, épouse de Jean II de Coëtmen en 1458, était la  fille de Pierre IX du Pont-L'Abbé (lui-même fils de Jean II du Pont-L'Abbé et de Marguerite de Rostrenen) et de Hélène de Rohan-Guéméné. Elle eut quatre enfants, Gillette, Louis, Marguerite, et Anne.

      Y a-t-il vraiment un prie-dieu ? Je vois surtout le bon coussin à glands dorés, et le livre (je suis sûr que ce Livre d'Heures est ouvert à la page du 25 juillet et de l'oraison à saint Christophe) est soigneusement protégé par son étui de toile fine. 

 

                                 lancettes 1257c

 

La dame est habillée comme sa belle-mère Jeanne d'Anger avec les mêmes bijoux (collier et parure de "surcot" en or, perles et larmes d'or et argent suspendues), mais elle a choisi des manches couleur bordeaux, et une coiffure à macaron. Malgré un plomb de casse malencontreux qui la défigure, un examen rapproché lui rend toute sa grâce juvénile ; on voit son front épilé, les cheveux ramassés sous un bourrelet en étoffe précieuse, et deux "macarons" latéraux. Tenterez-je le terme d'"escoffion" ? 

lancettes-9198c.jpg

 

DEUXIÈME REGISTRE 

 

 

lancettes 1262cc


Nous quittons l'étage des donateurs pour des scènes de la Vie de Jésus et de sa Passion. Comme dans toutes les Passions bretonnes ? Oui, mais avec quelques surprises.

Résurrection de Lazare .

Voilà un thème qui n'est pas si commun, bien d'Émile Mâle en ait fait le recensement (La résurrection de Lazare dans l'art, Revue des arts, 1951). Son intérêt ici est d'être comparé au panneau analogue de St-Nicolas-du-Pélem.

"Buste de Lazare et partie inférieure du panneau restaurés" (C.V)

"La figure de Lazare a été refaite ainsi que celle du personnage qui découd le suaire"

 


                    lancettes 1258c

 

       lancettes 1258c        vitrail 4248c

 

      Iconographie :

http://rouen.catholique.fr/spip.php?article762

Iconographie chrétienne.

 

Entrée à Jérusalem.

      "Une partie du coin inférieur droit a été refaite" (R.C)

Ce thème est ici, assez bizarrement, traité en deux panneaux, l'un consacré au Christ sur son ânon "sur lequel aucun homme ne s'est jamais assis" (Marc, 11:2) et l'autre aux spectateurs qui posent sur le sol leur vêtements (Marc, 11:8). 

Comme cela est établi dans la tradition iconographique, la scène de Zachée monté dans son sycomore à l'entrée de Jésus à Jéricho (Luc,19) est fusionnée à cette Entrée à Jérusalem.


lancettes 1259c lancettes 1260c

 

L'une des sources de ces panneaux me semble être une gravure sur bois de Guillaume le Rouge illustrant les "Postilles" ; l'ouvrage a été publié à Chablis en 1489, donc à une date plus tardive que celle estimée pour ces vitraux, et il existe donc peut-être une gravure antérieure qui aurait servi de modèle (outre les gravures de Pierre Le Rouge, père de Guillaume, dans son Livre d'Heures à l'usage de Rome de 1486, non consulté). Mis à part l'absence de l'ânon, la ressemblance entre la gravure et les deux panneaux est nette. C'est Matthieu 21:7 qui indique "ils amenèrent l'ânesse et l'ânon, mirent sur eux leurs vêtements, et le firent asseoir dessus", alors que Marc 11:2 ne parle que de l'ânon. La partie droite de la gravure correspond à Matthieu 21:8 : La plupart des gens de la foule étendirent leurs vêtements sur le chemin; d'autres coupèrent des branches d'arbres, et en jonchèrent la route.

 

            Entree-a-Jerusalem-Postilles.png

Comment expliquer la présence de deux panneaux ? La gravure servant de modèle est-elle parvenue aux verriers découpée en deux, et les artisans ont-ils considéré qu'il s'agissait de deux scènes ? Un argument pour le penser est qu'ils ont transformé l'un de spectateurs accueillant le Christ devant la porte de Jérusalem avec un nimbe crucifère, faisant alors figurer le Christ dans ce panneau mal compris.  Ou plutôt, ils se sont adaptés à la dimension étroite des panneaux et ont sciemment répartis la scène sur deux panneaux.

Iconographie :

Rouen.catholique.fr.

 

Le rapprochement avec le panneau de St-Nicolas-du-Pélem :

Malgré la conservation et la restauration très différente des deux vitraux, la similitude est suffisamment grande pour penser à un carton identique. L'erreur de casting de la division en deux panneaux n'a pas été reproduite à St-Nicolas-du-Pélem, mais la scène entière n'a pas non plus été restituée : peut-être posait-elle le problème de sa disposition sur un panneau trop étroit.

On remarque un élément commun à toute la verrière, la mise en valeur des mains et de la gestuelle : la main du Christ, et le geste de bénédiction, se détache avec d'autant plus de force de l'arrière-plan coloré qu'il vient couper le tronc du sycomore où est grimpé Zachée.

La version de St-Nicolas-du-Pélem permet de mieux constater l'emploi particulier qui est fait des verres incolores : ils sont disposé en diagonale avec un ensemble supérieur gauche, un ensemble inférieur droit, et la main centrale servant de conjonction.  

Détail : à Tonquédec, l'œil de l'ânon est rehaussé de jaune d'argent.

lancettes 1259c        vitrail 4249c

 

La Cène. Panneau détruit.

Selon le témoignage de Barthélémy et Guimart : "On voit le Christ entouré des douze apôtres. Son disciple bien-aimé a la tête sur son sein, et Judas sans nimbe tend la main vers lui.".

Le sujet principal de ce panneau était donc ce moment où Jésus révèle aux apôtres celui qui va le trahir : selon Matthieu 26:23, "celui qui a mis avec moi la main dans le plat, c'est celui qui me livrera".  

Voir Ugolin de Sienne, La Cène, v. 1315-1340, Metropolitan Museum of Art :

 

 

 

Le Lavement des pieds (?) (panneau détruit).

René Couffon nomme ce panneau sans le décrire, car il se fonde sur Barthélémy et Guimart qui écrivent :"Nous n'avons pu nous rendre compte de la scène suivante, qui paraît représenter le Christ et six apôtres, dont l'un tient caché dans ses mains un objet en forme de reliquaire". 


La Jardin des oliviers.

"Le Christ prie à genoux. Devant lui un ange blanc et or présente un calice surmonté d'une hostie. Les trois apôtres dorment : saint Pierre, nimbé de vert, en robe rouge et manteau bleu, a la main sur la garde de son épée ; saint Jean, nimbé de rouge, en robe verte et manteau rouge ; saint Jacques, nimbé d'or, en robe bleue. Au fond, des soldats s'approchent avec précaution". (R.C, qui suit B.et G.)

La présentation d'une coupe, celle du sang du Sacrifice, est citée par les Évangiles, comme dans Matthieu 26 :  Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, et il commença à éprouver de la tristesse et des angoisses.

38 Il leur dit alors: Mon âme est triste jusqu'à la mort; restez ici, et veillez avec moi.

39 Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi: Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.

40 Et il vint vers les disciples, qu'il trouva endormis, et il dit à Pierre: Vous n'avez donc pu veiller une heure avec moi!

41 Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation; l'esprit es bien disposé, mais la chair est faible.

42 Il s'éloigna une seconde fois, et pria ainsi: Mon Père, s'il n'est pas possible que cette coupe s'éloigne sans que je la boive, que ta volonté soit faite!

 

Mais l'hostie n'a pas vraiment sa place dans la représentation textuelle de ces versets.

 


                      lancettes 1261v

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem : 

lancettes 1261v       vitrail 4253c

 

 

Le Baiser de Judas (panneau détruit).

 

"Les soldats juifs [sic] s'emparent de Jésus-Christ. L'un d'eux lève son sabre, c'est sans-doute celui qui coupa l'oreille de saint Pierre [sic !]." (B et G)

 

TROISIÉME REGISTRE.

lancettes-1262cvv.jpg

 

 


Scène des outrages.

"Jésus est souffleté. Le Christ, vêtu comme précédemment, a la tête complètement enveloppée dans un linge dont deux bourreaux serrent les extrémités. Celui de gauche est coiffé d'un turban blanc à fond rouge, vêtu d'une veste bleue et d'une chausse l'une rouge l'autre verte et chaussé de souliers l'un vert, l'autre rouge. Le bourreau de droite porte une robe rouge à collet bleu, des chausses bleues et des bottes jaunes. A l'arrière-plan, deux autres personnages : l'un à gauche, casqué, a une casaque violette. L'autre à droite porte un bonnet vert et une robe bleue à manches rouges. La scène se détache sur un fond rouge. Ce panneau est à remarquer. Parmi les très nombreuses verrières de la Passion qui subsistent en Bretagne, c'est la seule avec celle de St-Nicolas-du-Pélem, faite d'ailleurs avec le même carton, où le Christ ait la tête complètement enveloppée. Rappelons que l'on trouve semblables représentations sur des ivoires du XIIIe siècle, et également sur des broderies telles que la chape de saint Louis, évêque de Toulouse à Saint-Maximin. " (R.C.)

Cette réflexion de René Couffon sur ce motif iconographique est intéressante; le Christ est souvent confronté à ses bourreaux avec un bandeau sur les yeux, mais plus rarement avec la tête totalement recouverte. On en trouve un exemple dans un vitrail de l'église Sainte-Madeleine de Troyes (site J. Provence).

Détail 1 : Le premier élément, très souvent retrouvé dans ces représentations des bourreaux de la Passion, est la valeur négative des mélanges de couleur (rayure ; vêtement mi-parti ; dépareillage ) ou de l'emploi du vert et du jaune. Le bleu et le rouge sont réservés au Christ, à la Vierge et aux saints, alors que le mélange vert-rouge est utilisé pour les "méchants". Cette discrimination chromatique est accentuée par la forme des vêtements, les chausses, les chaussures et les coiffures n'étant jamais portés par les "bons".

Détail 2 : opposition entre la passivité et l'immobilité du Christ en position centrale et le déploiement des gestes violents et des visages agressifs en périphérie.

 


               lancettes 1263cv

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem :


 lancettes 1263cv              vitrail 4236c

 

 

Comparution devant Pilate.


"Le Christ, vêtu comme précédemment, comparaît devant Pilate. Celui-ci, en robe rouge à perlages avec manches violettes, col d'hermine et souliers bleus est assis. Devant lui, au premier plan, un garde, dont la figure est rouge, porte un bonnet d'or, une veste verte à galons d'or et des chausses rouges. Derrière le Christ un personnage en veste bleue présente un plateau avec aiguière d'or. Les architectures sont jaunes." (R.C) 


                         lancettes 1263cc

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem.

lancettes 1263cc   vitrail 4242c

 

 

La Flagellation ; panneau détruit. 

"Notre Seigneur, attaché à une colonne, est frappé de verges". (R.C)


Le Couronnement d'épines.

      "La scène se détache sur un fond rouge. Le Christ, sans nimbe et vêtu d'une robe violette, est assis les mains liées. A gauche, un bourreau barbu en bonnet rouge, veste verte et chausses rouges, semble présider l'exécution. A droite, un autre bourreau, en veste bleue et chausses rouges, injurie Notre-Seigneur. Au second plan, trois bourreaux enfonce à force sur la tête du Christ la couronne d'épines. Celui de gauche porte une casaque bleue et rouge à manches rouges ; celui du centre à tête grimaçante est en manches de chemise et justaucorps vert et bleu ; enfin, celui de droite est en veste à manches rayées." (R.C)


 

                             lancettes 1263cccc

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem.

lancettes 1263cccc   vitrail 4244c

 

 

Le Portement de croix ; panneau détruit.

 

 

 

Mise en croix.

"Scène sur fond vert avec arbres bleus. Le bourreau au premier plan porte une veste bleue à manches rouges et des chausses rouges. Un autre, à gauche, est en robe violette ; un autre, à droite, en veste bleue à broderies d'or et en chausses rouges. Au second plan, la Vierge en robe rouge et manteau bleu garni d'hermines. Dans le fond, personnage en armure et casaque violette". (R.C)

                           lancettes 1263ccccc

 

lancettes 1263ccccc     vitrail 4247c

 

 

 

 

 

REGISTRE SUPERIEUR.

 

lancettes 1263cc (2)


 

Vierge de Pitié.

"En grande partie moderne" (C.V)

Intitulé "Descente de croix" par René Couffon : "La vierge en robe rouge et manteau bleu soutient le corps de son fils, fond jaune." (R.C)

Signalé comme panneau perdu du registre inférieur

                  lancettes 1264c

 

Crucifixion ; panneau détruit.

Déposition.


Mise au tombeau.

"Importantes restaurations" (C.V) Il s'agit peut-être de la partie supérieure, qui diffère de celle de St-Nicolas-du-Pélem, et dont le personnage de gauche ressemble plus à une sainte femme qu'à "Joseph d'Arimathie, rasé" (Couffon). Cette partie supérieure semble un collage d'une autre Mise au tombeau.

      "Au fond du panneau, la Vierge, nimbée d'or et portant un manteau bleu, se penche vers le Christ, dont elle soutient de ses mains le bras gauche. Saint Jean, auprès d'elle, est en violet. En tête du linceul, Joseph d'Arimathie, rasé, porte un turban jaune et une robe verte ; Nicodème, barbu, est en robe rouge . Au premier plan, la Madeleine, en robe rouge et manteau bleu, tient sa boite de parfum d'or et oint le bras droit du Christ. Le fond de cette scène est vert." (R.C)



                                lancettes 1264ccc

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem :

 

lancettes 1264ccc       vitrail 4237c

 

 

Descente aux Limbes.

 

 "Adam et Ève très refaits" (C.V)

 

"La porte de l'enfer est figurée par la gueule du Léviathan en gris bleu avec œil jaune. Le Christ porte un manteau rouge et tient à la main gauche une croix d'or. De la main droite il saisit Adam, derrière lequel on aperçoit Ève. Le fond de la scène est rouge." (R.C)

                                         lancettes 1264cccc

 

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem :

 

lancettes 1264cccc  vitrail 4234cc

 

Résurrection.

"Scène refaite au XVIIe s" (C.V)

   "Le Christ, en manteau rouge et tenant une bannière or et blanche, sort du tombeau dans une gloire. A gauche, un soldat, en armure argent et or et chaussures rouges, tient un bouclier gris bleu. A droite, un autre soldat, en armure argent et or, porte un pourpoint bleu à manches rouges. La scène se détache sur un fond bleu." (R.C)

                                  lancettes 1264ccccc

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem :

     lancettes 1264ccccc                 vitrail 4239c

 

 

Têtes de lancettes.

Deux exemples de ces couronnements d'architecture :


 lancettes-9087v.jpg

 

 

 

     lancettes-9089v.jpg

 

 

                          TYMPAN

  Il est composé d'anges présentant les instruments de la Passion, d'anges musiciens, d'anges présentant des armoiries, d'autres présentant des phylactères. On y trouve aussi le monogramme du Christ et la tête du Christ couronnée d'épines. Restauration en 1954-55 par Hubert de Sainte Marie, avec de nouveaux verres pour les armoiries et les figures de la partie supérieure.

 

 

tympan 1265c


I. L'Héraldique.

  Les armoiries de la verrière de Tonquédec ont été décrites dans une enquête de 1486 faite par Jean de Tonquédec, mais lors de leur visite, Barthélémy et Guimart constatent que "Le tympan est rempli d'anges tenant les instruments de la passion. Les blasons ont été brisés et remplacés par du verre blanc". Lorsque  l'atelier Hubert de Sainte Marie, qui restaura le tympan en 1954-1955, eut à remplacer ces verres blancs, au lieu de  respecter les éléments héraldiques fournis par cette documentation de 1486 (et publiée par de Barthélémy), il créa de nouveaux blasons reprenant les armoiries portées par les donateurs des lancettes, soit de gauche à droite celles des Coëtmen, puis  mi parti Coëtmen/ du Plessis-Anger [de gueules aux neuf annelets d'argent / de vair à trois croissants de gueules] , de Coëtmen, puis mi-parti Coëtmen/du Pont-Rostrenen, et en sommité les blasons fascé de gueules et d'argent et ??.

Les armoiries décrites en 1486 mentionnent "en laquelle (vitre) sont au susain lieu en deux bannières écartellées les armes pleines d'Avaulgour qui sont d'argent à un cheff de gueules et les armes de Tonquédec":

On trouvait donc, selon les explications de Barthélémy,

"au milieu les armes pleines d'Avaugour*,  écartelées de Tonquédec. Au dessous quatre bannières mi-parti de Tonquédec et de Léon, de Craon**, de Laval et de Montafilant*** : ces armoiries signalaient les alliances des quatre vicomtes qui s'étaient succédés depuis Prigent, époux d'Amée de Léon." (B.et G.)

*D'Avaugour : d'argent au chef de gueules.

**Losangé d'or et de gueules.

*** Geoffroy III de Montafilant-Dinan (v1200-avant 1260) épousa une fille de Geslin ou de Prigent de Coëtmen. Jean Ier de Coëtmen (1310-1371) épousa  Marie de Dinan,elle-même sœur de Rolland IV de Dinan, seigneur de Montafilant, qui épousa Jeanne de Craon.


 

 

tympan 9186v


Armes (modernes) de Coëtmen :

Selon Anatole de Barthélémy, les annelets, considérés par certains comme un souvenir des jeux de bague, correspondaient à des tours "vues à vol d'oiseau". J'ignore si cette hypothèse de 1849 a été confirmée.

               tympan 9161c

 

 


Armes (modernes) de Jeanne du Pont 

mi-parti  d'or au lion de gueules armé, lampassé et couronné d'azur qui sont du Pont et d'hermine à trois fasces de gueules qui sont Rostrenen

tympan 9162c

 

 

 

II. Les figures.


Tête du Christ couronné d'épines.

tympan 9172c

 

Anges presentant le Vexilla Regis.

Les anges tiennent des phylactères qui portent des vers du cantique Vexilla Regis, l'hymne de la Passion ou de la Croix pendant que d'autres tiennent les instruments de la Passion.

Vexílla Regis pródeunt,     Voici que les étendards de notre Roi s’avancent ;   

 Fulget Crucis mystérium :   Sur nous la croix resplendit dans son mystère,    

Quo carne carnis cónditor,     Où, dans sa chair, le Créateur du monde
Suspénsus est patíbulo.             Fut pendu au gibet .

Quo vulnerátus ínsuper
Mucróne diro lánceæ,
Ut nos laváret crímine,
Manávit unda et sánguine.

Impléta sunt quæ cóncinit
David fidéli cármine,
Dicens: In natiónibus
Regnávit a ligno Deus.

Arbor decóra, et fúlgida,
Ornáta Regis púrpura,
Elécta digno stípite,
Tam sancta membra tángere.

Beáta, cujus bráchiis
Sæcli pepéndit prétium,
Statéra facta córporis,
Prædámque tulit tártari.

O Crux ave, spes unica,
Hoc Passiónis témpore,
Auge piis justítiam,
Reísque dona véniam.

Te summa Deus Trínitas,
Colláudet omnis spíritus:
Quos per Crucis mystérium
Salvas, rege per sæcula. Amen.



Vexilla Regis est une hymne latine du poète chrétien Venance Fortunat, évêque de Poitiers ; elle fut chantée pour la première fois le 19 novembre 569 quand une relique de la Sainte Croix, envoyée par l'empereur byzantin Justin II à la requête de sainte Radegonde, fut transportée de Tours au monastère de Sainte-Croix à Poitiers.


tympan 9163v

 

Ange porteur de phylactère et ange porteur de l'éponge de vinaigre.

David..

tympan 9164v

 

 

 

tympan 9171c

 

 

 

 

Mugrone diro lanceae (le M est inversé).

tympan 9177v

 

impleta sunt quae

tympan 9180v

 

suspensus  est patibulo

tympan 9181v

 

Quo carne carnis conditor

tympan 9182v

Quo [vulneratus insuper]

tympan 9192v

 

 

tympan 9193v

      Monsira clavis ...?

tympan 9196v

tympan 9183v

 

tympan 9185v

tympan 9190c

an/tympan-9194v.jpg">tympan 9194v

 

 

Discussions.

I. Restaurations :

a) Après les dégâts de la foudre de 1847, regroupement des panneaux de la Passion et des donateurs en quatre lancettes encadrés des vitreries de couleur ou du verre blanc.

b) Classement MH en 1911.

c) Devant la dégradation alarmante, restauration limitée par l'atelier Tournel en 1913 : remise en plomb, restauration des panneaux, remplacement des vitreries couleur par des vitreries blanches de petit module à la demande de l'architecte en chef Haubold.

d) Remplacement de ces vitreries par des vitres claires patinées de salissures cuites.

e) Restauration par l'atelier Hubert de Sainte Marie, de Quintin, qui crée de nouvelles vitreries.

II. Datation vers 1470.

Elle a été proposée par René Couffon en se basant sur l'identité établie ou déduite des donateurs : Roland de Coëtmen, accompagné de son épouse Jeanne Anger, est décédé en 1470. Son fils aîné Olivier, qui ne figure pas sur la verrière, est décédé en 1467, ce qui fournit un terminus ante quem. Le terminus post quem est fixé par Couffon à l'annonce officielle du décès de Rolland de Coëtmen le 3 février 1470. (Pourquoi ne pourrait-il pas figurer ici, en hommage rendu par son fils commanditaire, après son décès ? Pourquoi ne pas rendre l'embellissement de l'église contemporain de la période, après 1472, où Jean de Coëtmen entreprit d'agrandir son château ? Je l'ignore.) 

Cette datation vers 1470 et après 1467 a été acceptée par les auteurs du Recensement qui considèrent qu'elle est plausible sur le plan stylistique.

La verrière, très proche, de St-Nicolas-du-Pélem est datée par estimation de 1470-1480.

Rappel : cette date correspond :

  • à Jean II de Coëtmen, Vicomte de Tonquédec en titre de 1470 à 1496.
  • au duc de Bretagne François II (1458-1488) et au Chancelier de Bretagne Guillaume Chauvin (qui cédera la place à Pierre Landais en 1481). 
  • au roi de France Louis XI (1461-1483)
  • à l'épiscopat de Christophe II du Châtel, évêque de Tréguier de 1466 à 1479 et neveu du cardinal d'Avignon Alain IV de Coëtivy. Les papes sont Paul II puis Sixte IV.

 

III. Attribution.

 Prompt à attribuer aux œuvres des auteurs, René Couffon constatant le rapprochement stylistique avec la verrière de Notre-Dame-de-la-Cour du Lantic —due à Olivier Le Coq et Jehan Le Lavenant — avait commencé par suggérer que ces deux artistes pouvaient être responsables du vitrail de Tonquédec. Mais en 1935, constatant que la verrière de St-Nicolas-du-Pélem est très proche de celle de Tonquédec et qu'il est nécessaire de leur attribuer une origine commune, Couffon renonça à cette hypothèse. Il envisagea alors une influence des gravures de l'école de Westphalie, notamment du maître de Schoppingen "en considérant la coiffure caractéristique de saint Pierre, la garde de l'épée du centurion et l'aigle à deux têtes du vitrail de Saint-Nicolas-du-Pélem", mais il concluait qu'il ne pouvait désigner l'auteur de ces verrières.

On sait que, concernant St-Nicolas-du-Pélem, il a cru déchiffrer la signature de l'auteur, un certain Kergal. 

Les auteurs du Corpus observent qu'entre Tonquédec et St-Nicolas-du-Pélem existent des rapports certains, mais sans reprise exacte des mêmes cartons : "la mise en parallèle exacte des réseaux de plomb, du dessin et de la peinture indique qu'il n'y a pas répétition exacte des patrons à grandeur." Il y a partage d'un même matériel graphique, appartenant peut-être à un seul atelier.

  


Sources et liens.

— COUFFON (René)  1935, "Les verrières anciennes des Côtes-du-Nord" Bulletins et Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord t.67 pp.123-128. En ligne.  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f148.image

 

—  GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel) 2005 , Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes pp.100-102.

— BARTHELEMY (Anatole de)  GUIMART (C.) 1849 "Notice sur quelques monuments du département des Côtes-du-Nord". Bulletin monumental. Collection de mémoires et de renseignements sur la statistique monumentale de la France - 2è série, Tome 5, 15è vol. de la Collection. pp. 35-38.

— BARTHELEMY (Anatole de) 1849 " Lettre à Mr Georges de Soultrait sur les armoiries et les monnaies des anciens comtes de Goello et de Penthievre, cadets de Bretagne ». Revue archéologique, Volume 6 partie I, Leleux : Paris 1849. pp 273-287. En ligne.

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