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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 12:00

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Les soixante six stalles conservées dans l'ancienne cathédrale (jusqu'en 1801) de Saint-Pol-de-Léon composent l'un des ensembles les plus remarquables de Bretagne par leur très bon état de conservation, par la richesse de leur iconographie et la qualité de leurs sculptures. Réalisées en chêne foncé, et datées du premier quart du XVIe siècle par la présence des armes de Jean de Carman, évêque de Saint-Pol de 1504 à 1514, et de Guy Le Clerc, qui lui a succédé de 1514 à 1523, elles constituent, par le nombre de stalles, le deuxième ensemble de Bretagne après Dol de Bretagne (soixante-dix-sept sièges, du XIVe siècle), mais elles ont l'avantage sur ces dernières d'avoir conservées leurs parties supérieures, c'est à dire leurs stalles hautes et leur dais. Elles furent classées MH le 11/04/1902. Elles ont été étudiées par Florence PIAT dans un article de 2007 et dans sa thèse de 2012. Je ferais un large emploi de ces publications. 

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Elles formaient jadis, comme partout, un U car un rang de sièges en retour fermait l'espace à l'ouest et séparait le chœur de la nef laissé aux fidèles. Ces rangs occidentaux étaient les plus prisés, centrés par le trône épiscopal. Ce retour a été supprimé après la destruction du jubé au XVIIIe siècle. 

Les  sièges se présentent en quatre rangées disposées par groupe de deux, de part et d'autre du chœur : 17 stalles hautes et 16 stalles basses de chaque coté. Le chœur est entouré d'un chancel de pierre contre lequel viennent s'adosser les dosserets des stalles et leur dais. L'entrée dans le chœur se fait par deux portes situées l'une en face de l'autre du coté nord et sud du chancel, entre le chœur liturgique et le chœur des chanoines. Ceux-ci se réservaient les stalles hautes, alors que les stalles basses accueillaient, par exemple, les enfants de la "psallette" ou maîtrise cathédrale.

 

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Stalles du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Stalles du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Les stalles hautes sont surmontées d'un dossier qui supporte un dais continu, en arc de cercle, repeint sur la face interne par l'atelier Nicolas de Morlaix en 1873. Ces dais sont surmontés de pinacles de trois tailles différentes et alternées (un grand, trois petits, un grand) ainsi que d'une décoration répétitive de petites armatures entrecroisées, surmontées d'un fleuron ("crête de dais"). Des pendentifs sculptés d'anges, de végétaux ou d'animaux retenus par les pattes sont situés sous les pinacles les plus grands. En dessous, les dosserets à arcades ogivales, arcades triangulaires et roses à remplage gothiques sont également compartimentés par des montants, plus forts sous les grands pinacles et qui reçoivent alors des statues en ronde bosse.

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Stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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C'est ce dais qui est encadré en haut en en bas d'une frise sculptée en haut relief : celle du haut est nommée Frise de dais, et celle du bas Frise de haut-dossier.

Ce dais est rythmé par des nervures moulurées en compartiments correspondants aux stalles qu'elles coiffent. Il y a  dix-sept stalles et donc autant  de dais individuels.  Mais la succession des pinacles et des montants découpent la succession de ces derniers en une première section pour le premier dais de l'ouest puis quatre sections de quatre dais. La frise haute, elle-même interrompue par les grands pinacles, est concernée par cette partition en cinq ensembles que je nommerai "sections".  

Les motifs iconographiques à végétaux, scènes de chasse et animaux fantastiques sont placés différemment  entre la frise de dais et la frise de haut-dossier. La première dispose ses éléments à l'intérieur des cadres limités par les pinacles et les nervures. Au contraire, la frise basse centre les siens dans l'axe des nervures et des pinacles, dont la ligne virtuelle qui les réunit  divisent les éléments des frises en leur milieu. Les éléments décoratifs des deux frises sont ainsi placés délibérément en chicane, pour une lecture plus aérée et pour rompre un alignement désagréable. Leurs thèmes  semblent indépendants, plutôt que de se répondre entre registres.

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Stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Coin ouest des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Coin ouest des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Liste des 36 éléments de décor des frises.

En raison de la disposition décalée des deux frises, les éléments de la frise de haut-dossier sont en réalité à cheval sur deux sections.

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Première section.

— frise de dais :

  • un coq
  • un lion assaillant un cheval.
  • un coq

— frise de haut-dossier.

  • Tête de dragon crachant des feuillages et un de ses petits.
  • Deux tiges de chardon.

Deuxième section.

— frise de dais :

  • feuillage
  • tête d'un homme dévoré par deux chiens.
  • feuillage, main tendue vers un phylactère

—Pendentif du grand pinacle: un lion.

— frise de haut-dossier.

  • Deux animaux affrontés aux collerettes dentelées.
  • Rapace saisissant un marcassin.
  • Chasseur sortant avec sa pique et son chien d'un buisson, 
  • tige à feuilles larges (Figuier ?)

Troisième section.

— frise de dais :​​

  • Tête 
  • Chien / feuillage
  • Renard emportant un oiseau.
  • Deux chiens attaquant un lièvre.

— frise de haut-dossier.

  • Hermine passant par les spires d'une banderole.
  • Pampre de vigne.
  • Chat se jetant sur deux souris.
  • Dragon à queue en tête  de serpent

 

Quatrième section

— frise de dais :

  • Chien mordant une corde
  • Suites de feuilles d'acanthe sur la corde.
  • Masque tenant les tiges de deux feuilles dans sa bouche.
  • Feuillages

— frise de haut-dossier.

  • Un lion attaquant le dragon de la troisième section.
  • Feuillages
  • Chien débusquant un lièvre d'un bosquet.
  • Chien surgissant derrière le lièvre précédent.

Cinquième section.

— frise de dais :

  • Masque difforme mordant la tige d'une Vigne.
  • Vigne : feuilles et grappes.
  • Vigne : feuilles et grappes.
  • Tête d'un dragon mordant l'extrémité du pampre.

— frise de haut-dossier.

  • Feuillages
  • Chien avalant la queue d'un mâtin au cou difforme
  • Serpent en tête à queue tendant la langue.
  • Un chat tourné vers le serpent.

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I. LA FRISE HAUTE OU FRISE DE DAIS.

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1°) Première section.

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Frise haute des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise haute des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un coq .

Réduit à sa partie antérieure, il tend avec vigueur son bec vers la suite de la frise, et exhibe sa crête dentelée et ses barbillons.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un lion assaillant un cheval.

Les animaux sont stylisés et figurés en raccourci, pris dans le vif de leur lutte : un lion a saisi la croupe d'un cheval, lequel se retourne avec rage. Les flammes des deux crinières et les naseaux dilatés peuvent amener d'autres commentateurs à voir ici deux dragons.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un deuxième coq.

Il est le pendant du précédent, auquel il fait face ; mais les pattes sont mieux visibles.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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2. Deuxième section.

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Feuillage (non photographié).

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Tête d'un homme attaqué par un chien et un lion.

Selon un procédé comique qui se retrouve dans les sablières, un malheureux quidam est attaqué conjointement par un chien, à sa droite, et par un lion, à sa gauche, si bien que les oreilles des deux bêtes semblent implantées sur son crâne. L'effroi de la victime est rendu par les yeux exorbités, par le réseau des rides et sillons faciaux et par le rictus de la bouche entrouverte.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Une main émerge de deux feuilles de vigne et se tend vers un phylactère aux spires enroulées.

Ce phylactère portait peut-être jadis une sentence peinte.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Pendentif du grand pinacle : un lion.

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Pendentif des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Pendentif des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Pendentif des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Pendentif des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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2°) Troisième section.

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Une tête coiffée sort d'une feuille et se tend vers la suite de la frise.

Ou bien la "feuille" n'est que le repli dentelé de la coiffe du sujet, plutôt masculin avec son nez dilaté.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un chien lancé à la poursuite d'un renard qui emporte un oiseau est arrêté par un buisson de deux feuilles en chou frisé.

Ce chien courant au pelage lisse, à la taille fine et au fouet en queue de cochon sera peut-être identifié par un amateur de chiens de chasse. Basset, briquet, est-ce que je sais ?

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le renard s'enfuit avec sa proie.

Florence Piat parle d'une poule, mais j'y vois un oiseau, au mieux une colombe.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Deux chiens attaquant un lièvre.

Les deux chiens de chasse sont assez semblables, avec des oreilles larges, un pelage lisse, une taille fine, un fouet long et fin. La seule différence est le collier de celui qui mord la patte postérieure du lièvre. 

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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C'est entre la troisième et la quatrième section que passe la ligne médiane des stalles, à droite de la stalle haute n° 9 à laquelle on accède par une volée de marche, et dont le dossier est particulièrement soigné. Le pendentif du pinacle est une composition de feuilles de vigne et d'une grappe.

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4°) Quatrième section.

La quatrième section est faite toute entière d'une frise de feuilles d'abord convexes puis aux bords retroussés et dentelés, dont les tiges naissent de la bouche d'un masque central, et qui s'enroulent sur une corde mordue, à gauche, par un chien. Ce ne sont ni des feuilles de vignes ni des feuilles d'acanthe, ni des feuilles de figuier. Kèsedon ? Kekcédon ?

 

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Chien mordant la corde qui forme l'âme de la frise de feuilles.

Ce chien est peu ou prou de même race que les chiens de chasse précédents, mais ses babines retroussés sur ses fortes dents lui donnent un air plus féroce.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Masque dont la bouche donne naissance aux tiges des rinceaux .

Ce motif, très habituel sur les sablières, entre ici en écho avec la tête mordue par deux animaux de la deuxième section, et en reprend les traits faciaux accentués, les yeux proéminents et la bouche montrant les dents.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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5°) Cinquième section.

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Un masque encapuchonné mord dans une grappe de raisin, extrémité d'une vigne qui vient de la droite, et dont la tige, passant entre les dents, donne une dernière feuille à l'extrême gauche. Là encore, un écho s'établit avec le masque coiffé de la deuxième section, dont la coiffe était aussi couverte par une feuille. Mais ici, le faciès anthropomorphe est outré, déformé par des sourcils en auvent,  par un nez dilaté en figue, par une gosse verrue et par une lèvre supérieure excessivement longue.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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À l'autre extrémité, un dragon (aux oreilles d'âne et au cou de serpent) semble libérer en un braiement la tige du pampre qui va se dérouler ensuite.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Détail supplémentaire : Montant de la jouée nord-est.

La jouée haute qui termine les stalles nord est consacrée au Jugement dernier, et on voit, en bas du montant, l'ange buccinateur. Plus haut, un ange et un masque.

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Montant de la jouée nord-est des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Montant de la jouée nord-est des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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II. LA FRISE BASSE "DE HAUT-DOSSIER".

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1°) Première section.

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Coin ouest des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Coin ouest des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Tête de dragon libérant des  feuillages où se tient un petit dragon.

La tête de l'animal sort elle-même d'un feuillage, comme sur la frise haute.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Deux tiges de Chardon aux ânes.

Ce chardon, Onopordum acanthium L., 1753, ou Onopordon (littéralement "pet d'âne") aux feuilles d'acanthe est l' emblème de l'Écosse et de la Lorraine. Répandu dans toute l'Europe, il a sans-doute  ici une valeur satirique plutôt qu'emblématique.  

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Deux animaux fantastiques affrontés.

Ils portent tous deux des collerettes dentelées, agrémentées d'une capuche à droite. Ils n'ont qu'une paire de pattes, arrières. Leur échine dentelée est celle des dragons.

 

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un rapace (faucon ?) a saisit de ses serres un marcassin qui tente de s'enfuir.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le chasseur et son chien.

Un chasseur armé de sa pique, et accompagné de son chien, sort d'un bosquet : peut-être souhaitait-il aussi s'emparer du marcassin. Le chien, au museau fin et aux longues oreilles porte un collier. Son maître est vêtu d'une courte tunique serrée par une ceinture et des chausses très ajustées ; il est coiffé d'un bonnet  qui recouvre les boucles de ses cheveux mi-longs. Il porte en bandoulière sa trompe.

C'est, hormis les têtes et masques, la seule figure humaine de ces frises.

Florence Piat y consacre la page 273 de sa thèse :

"Les stalles de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon sont sculptées de nombreux animaux, que ce soit sur les miséricordes, appuie-main ou encore dans les frises des dais ou de haut-dossiers. Ces dernières accueillent d’ailleurs toute une série de saynètes ayant pour thème principal la chasse, que celle-ci soit pratiquée par la noblesse, des chats ou d’autres créatures à la valeur symbolique forte. Dans les frises des dais des stalles hautes sud, des chiens prennent part à des scènes de chasse,poursuivant des lièvres ou des biches et accompagnés de piqueurs. Ces chiens ont une typologie très différente les uns des autre et leurs morphologies respectives permettent de distinguer un petit lévrier débusquant un lièvre, un chien courant, le fouet bien fourni, mordant la queue d’un monstre, et un limier reconnaissable à son large collier (*). Les colliers sont d’ailleurs sculptés avec précision, la boucle de certains d’entre eux étant même visible.

(*)[J. BUGNION, Les chasses médiévales. Le brachet, le lévrier, l’épagneul, leur nomenclature, leur métier, leur typologie, Paris, édition Folio, 2005, p.137-138]

Le piqueur lui-même est représenté avec beaucoup de réalisme. Sortant rapidement du buisson dans lequel il était dissimulé, suivi d’un chien, il tient entre les mains une longue pique tandis que dans son dos, on remarque l’harnachement qui lui sert à accrocher son cor, mais aussi un étui que l’on distingue sur le devant de sa tunique et qui doit probablement contenir son couteau. C’est en effet le même type de liens et de nœuds qui apparaît sur une des miniatures du ms fr. 616 du Livre de la chasse de Gaston Phébus [folio 63r]  où un piqueur arpente les bois en compagnie de son limier.

Le cor de chasse, ou cornue, est maintenu par deux liens en cuir entrecroisés formant un « X ». Le cor est un outil indispensable au piqueur, qui lui permet notamment de sonner l’hallali, une fois l’animal mort. À Saint-Pol, le piqueur se lance à la poursuite de la biche qu’il vient de débusquer et qui s’enfuit dans la frise supérieure tandis que le sanglier glane tranquillement de l’autre côté de cette même frise. À un autre endroit, des chiens se disputent un oiseau, un autre est sur le point d’attraper un lièvre et un renard repart fièrement, une volaille dans la gueule. La chasse prend un côté plus anecdotique avec l’image du chat qui réussit à tenir dans sa gueule les queues de deux souris essayant tant bien que mal d’échapper au félin. En de nombreux endroits de ces stalles, des animaux s’enfuient ou se cachent derrière des buissons." 

Voir aussi dans le Livre de chasse BnF ms fr. 616 folio 63v. ou 64r, et, pour le piqueur et le sanglier, folio 73r.

 

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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2°) Troisième section.

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Feuillages à feuilles larges.

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Une hermine passant dans les spires d'une banderole dont elle tient l'extrémité dans sa gueule.

Cette figure est une emblème ducal, largement représenté dans les édifices relevant du mécénat du duc de Bretagne, au Faouët, à Saint-Herbot ou à Quimperlé, etc..., mais à des emplacements honorifiques. Dans les stalles de Saint-Pol-de-Léon, on la retrouve sur la miséricorde de la stalle haute nord n°45. On retrouve cet emblème sur l’appui-main de la stalle n°25 (rang inférieur, côté sud) sous une forme plus limitée,  une hermine, dont le corps est entouré d’un ruban, tenant un blason vide de sa patte avant gauche .

Florence Piat s'interroge sur cet emplacement étonnant :

"L’hermine, emblème du duc depuis Pierre Mauclerc (1187-1250) se diffuse rapidement comme emblème du pouvoir ducal à partir de 1381, date à laquelle Jean IV relève l’ordre de l’Hermine. Cet ordre de chevalerie, confondu à partir de 1448 avec l’ordre de l’Hermine et de l’Épi, prévoyait pour ses membres un collier constitué d’une banderole tourbillonnant autour d’une file d’hermines passantes. Dans le cas saintpolitain, il ne fait guère de doute que la banderole portait la devise ducale « À ma vie » Les raisons de la présence de ces hermines sur les stalles de Saint-Pol peuvent être variées : affirmation de l’autorité ducale au moment du passage de la duchesse dans la cité, témoignage d’une donation ou signe d’affection de la part d’un clergé qui, même durant les conflits, est bien souvent resté fidèle à la maison ducale ou encore référence au rôle de conseiller et aumônier exercé par Guy Le Clerc comme nous avons pu le voir auparavant. Le cas saintpolitain demeure néanmoins unique et l’on peut effectivement s’étonner de ne pas trouver d’autres références au duché dans les stalles bretonnes, si ce n’est pour une cause évidente : les ducs font des donations pour des reconstructions,fondations et créations d’œuvres de dévotion, mais ne s’impliquent pas dans la commande de stalles qui ne concerne, en définitive, que les chanoines des chapitres cathédraux et, dans une moindre mesure, l’évêque." (Piat 2012 page 174)

Effectivement, bien que la duchesse Anne ait effectué son  « Tro Breizh » (littéralement « Tour de Bretagne ») en 1505 dans un pèlerinage ayant pour but  le sanctuaire du Folgoët (pèlerinage, durant trois mois, pour obtenir la guérison de Louis XII dont la santé s’était fortement dégradée suite à son retour d’Italie) mais au cours duquel  elle s’arrêta à Nantes, Quimper, Brest, Saint-Pol-de-Léon, Tréguier, Saint-Brieuc, Dinan,Vitré où l’accueil qui lui est réservé a  toujours été très chaleureux, il est un peu étonnant que "l'enthousiasme" des chanoines les ait incité à choisir des emplacements si atypiques et, pour les miséricordes, si prosaïque. 

Dans le cas de cette frise, la présence de cette hermine semble plutôt se justifier comme motif animalier parmi d'autres, et non pour une valeur honorifique, et il n'est pas certain que la banderole portait ici la devise ducale A MA VIE.

Elle est située à peu près en dessous de la main tendue vers une phylactère enroulée, de la frise de dais.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Deux pampres de vigne avec feuille, grappe et vrilles.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Chat attrapant  deux souris à la fois et mordant leur queue.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un dragon ailé à queue doté d'une tête de serpent.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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4°) Quatrième section.

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Un lion.

Ce lion  affronte le dragon placé à sa gauche, constituant ainsi le couple dragon/lion si courant sur les crossettes du Finistère.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Feuillages

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Un chien de chasse tente d'attraper un lièvre qui se cache derrière un "bosquet" de deux feuilles de figuier.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un autre chien sort d'un bosquet et se lance vers le lièvre.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Cinquième section.

 

Un chien combattant un chien-monstre.

Le chien de droite est semblable aux chiens de chasse de cette frise, hormis son fouet qui se termine par un panache. Il a saisi la queue de son adversaire dans la gueule. 

L'animal de gauche présente la même apparence, au détail près d'un cou anormalement gracile et sinueux, peut-être seulement dû à une maladresse du sculpteur pour rendre le mouvement d'un chien qui retourne la tête en arrière.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un serpent en tête à queue, tendant sa langue vers le chat.

Derrière deux feuilles proches de celles du figuier, un serpent forme un huit qui amène sa tête au dessus de sa queue. Il tire la langue vers la droite, ... c'est à dire vers le chat qui ferme la frise.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un chat.

Ce chat est tendu dans une attitude hostile, il forme donc, avec le serpent précédent, un duo pour une saynette animalière.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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DISCUSSION.

Les frises nord et sud, les panneaux des dossiers et les statues des montants, les quatre jouées qui ferment les stalles, et surtout peut-être les miséricordes et les appuie-main des sièges, qui attirent toujours l'attention des visiteurs, forment un corpus ornemental qui a été soigneusement étudié par Florence Piat.

Ici, malgré un décompte parfois hasardeux, sur les 36 éléments décoratifs à plusieurs objets,  je compte 10 à 15 feuillages, 33 animaux et 3 humains, 1 main, deux phylactères. C'est dire l'écrasante majorité des végétaux et animaux. Les végétaux sont des feuilles, ou des pampres de vigne. La liste des animaux  comprend, dans le désordre, 2 coqs, 2 chats, 2 souris, 2 lions, 1 cheval, 1 hermine, 1 rapace, 1 marcassin, 1 renard, 1 oiseau (colombe?), 1 serpent, mais surtout 10 chiens de chasse et un chien hybride, et deux lièvres. Le contingent d'animaux imaginaires comporte 3 dragons et deux têtes isolées de dragon.

La gente humaine est surtout représentée par un chasseur, mais il faut y ajouter 4 têtes ou masques, et la main isolée.

Ces données numériques rendent mal compte de la spécificité de ces frises. Il faut d'abord noter que ces animaux ne servent aucun discours moralisateur et n'illustre aucun proverbe ou aucune fable (*). Ils participent à des mises en scène décoratives où, cachés ou séparés par des feuilles qui font figures de bosquet ou de forêts, ils s'affrontent par deux ou par trois. Le thème central est bien celui de la chasse, parfaitement exposé lorsqu'un chasseur et son chien se dressent à la poursuite d'un petit de sanglier. Les 10 autres chiens répartis ailleurs sont tous des chiens de chasse. 

(*) Ainsi, le renard emportant un oiseau ne se réfère pas au thème de Renart prêchant aux poules.

Les frises des stalles sud sont globalement identiques, par leur genre et par leur thème, de celles-ci. À qui étaient-elles destinées ? 

Bien que la frise inférieure reste dans une certaine pénombre, elles étaient bien visibles des stalles qui leur font vis à vis à quelques mètres de distance. Elles se proposaient donc comme un aimable sujet de distraction aux chanoines (principaux commanditaires), enfants de la psallette et autres personnalités religieuses et civiles réunis pour les offices, et, par leur caractère familier tout comme par la neutralité de leur thème dégagée de tout discours religieux, biblique, moral, allégorique ou anagogique, elles formaient un apaisant décor, semblable à ces scènes de tapisseries murales n'ayant d'autres prétentions que de servir de support au regard qui cherche un point focal pour s'y fixer.

En cela, elles entrent en opposition avec le  décor des montants, consacrés aux saints et saintes (saint Yves, saint Roch, saint Vincent Ferrier), avec  celui des jouées, inspiré par des scènes eschatologiques (Jugement dernier),  évangélique (Annonciation) ou hagiographiques (saint Pol Aurélien asservissant le dragon), avec celui des appuie-main et des miséricordes et leurs scènes sentencieuses ou licencieuses.

En ce sens, ces saynètes s'apparentent avec l'iconographie des [ou de certaines] sablières.

Cette prudence à l'égard d'une sur-interprétation des frises semble partagée par Florence Piat lorsqu'elle écrit, à propos des végétaux :

"L’utilisation de ces modèles pour la réalisation des éléments végétaux des stalles, indifféremment appliqués à plusieurs espèces de feuilles, modère toute tentative d’interprétation symbolique de la flore des stalles. Bien sûr, dans le cas de grappes de raisins, la valeur christique du végétal, sa répétition en différents endroits,notamment sur les frises des dais et des haut-dossiers, expliquent sa présence. Mais,dans l’ensemble, il apparaît que les menuisiers des stalles se sont plus particulièrement attachés à la forme de ces « feuillaiges », tels qu’ils sont mentionnés dans les contrats,plutôt qu’à leur fonction symbolique. " (Piat 2012, page 277)

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Par contre, je ne l'accompagne pas entièrement dans son interprétation des scènes animales :

"La chasse est un thème iconographique fréquent aux XIVe et XVe siècles, en particulier dans les manuscrits, porté notamment par une littérature cynégétique florissante à cette époque. Occupation aristocratique par excellence, la chasse relève d’une symbolique ambiguë pour l’Église. Forcer l’animal, utiliser des pièges, ruser, et surtout, faire couler le sang, sont des attitudes qui assimilent le chasseur au diable lui-même puisque ce dernier utilise et abuse de ruses pour corrompre l’âme humaine. La pratique de la chasse est d’ailleurs interdite aux clercs depuis le concile d’Agde en 505, mais les rappels continuels à cette interdiction tout au long du Moyen Âge indiquent que celle-ci devait être transgressée régulièrement.

À Saint-Pol-de-Léon cependant, la chasse ne semble pas recouvrir de valeur négative, bien au contraire. Car, ce qui est mis en avant dans ces scènes de chasse, c’est une sorte de jeu de cache-cache où la traque prend une tout autre dimension, allégorique, révélée par certaines sculptures.

Sur la frise du haut-dossier des stalles nord, un chien est ainsi représenté en train de tirer sur la queue d’un animal monstrueux. Celui-ci tourne vivement la tête vers le chien, menaçant et protestant contre la morsure du limier. L’hybride ressemble à d’autres créatures monstrueuses présentes sur les stalles bretonnes, en particulier à Tréguier, mais aussi à Saint-Pol-de-Léon, qui sont toujours empreintes d’une connotation négative. Le chien de cette frise ne fait donc pas que débusquer une proie, mais bien une créature diabolique et donc le Mal lui-même. Toujours sur cette même frise, le message apparaît sans ambiguïté un peu plus loin, lorsqu’un lion se lance à l’assaut d’un dragon menaçant. Le corps serpentiforme de ce dernier est pourvu d’ailes de chauve-souris et sa longue queue se termine d’ailleurs par une tête, rappelant bien que l’animal est dangereux aux deux extrémités. Cette image est d’ailleurs une nouvelle fois mentionnée dans la miséricorde n°01 qui, comme nous avons eu l’occasion de le voir auparavant, représente un lion écrasant de tout son poids un serpent, image ayant une forte connotation christologique.

Si le caractère quasi anecdotique de la chasse de Saint-Pol-de-Léon est visible sur une partie de ses sculptures qui relatent avec précision cette activité noble, elle finit par prendre un aspect inquiétant dès lors que les créatures monstrueuses et menaçantes se multiplient et obligent le spectateur à s’interroger sur la nature même de cette chasse. Toujours est-il qu’elle est aspectée pour son côté positif et que le réalisme de certaines de ses sculptures supposent une connaissance de la pratique par le sculpteur ou plus vraisemblablement le commanditaire. Il n’était d’ailleurs pas rare que, malgré les condamnations de l’institution ecclésiastique, les chanoines s’adonnent à ce genre de sport comme en témoignent quelques documents d’époque." (Piat 2012, page 274)

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Enfin, j'ai lu avec intérêt son commentaire sur le bestiaire des stalles :

"Le bestiaire occupe une place importante : présent à seulement 21% sur les miséricordes et les appuie-main, il trouve sa place dans les frises des dorsaux ; au niveau des dais, dans des scènes de chasse.Un piqueur sort du buisson derrière lequel il était caché, précédé de son chien, le cor de chasse accroché à sa ceinture ; un chien débusque un lièvre tandis qu'une biche est déjà forcée par deux autres ; un renard s'enfuit, une volaille dans la gueule ; à un autre endroit, c'est un chat qui vient d'attraper deux souris qu'il tient par la queue ; enfin un lion pourchasse un dragon dans une approche plus symbolique du sujet. Chat, chien, bouc, ours, porc, aigle, lion, singe ne sont qu'un aperçu de la richesse iconographique du thème.

Les animaux qui peuplent les stalles de Saint-Pol ont ce point commun d'être tous sculptés de façon naturaliste, les rendant aisément reconnaissables. Par contre, les sources utilisés par les huchiers sont, quant à elles, difficilement reconnaissables, car multiples en cette fin du Moyen-Âge : littérature, traditions orales, proverbes, autres sculptures, etc. La question des sources pose le problème de l'interprétation de telles figures, interprétation qui se heurte à la polysémie et à la polyvalence intrinsèque des images médiévales. La confrontation avec d'autres ensembles de stalles et d'autres supports peut alors fournir quelques orientations à défaut de réponses claires.

Par exemple, les stalles de Saint-Pol-de-Léon comportent plusieurs représentations de chiens qui n'ont pas la même signification.

Dans la frise des dais des stalles hautes sud, des chiens prennent part çà des scènes de chasse, poursuivant des lièvres ou des biches et accompagnés de piqueurs. Ces chiens ont une typologie très différente les uns des autres et leurs morphologies respectives permettent de distinguer un petit lévrier débusquant un lièvre, un chien courant, le fouet bien fourni, mordant la queu d'un monstre, et un limier reconnaissable à son large collier. Un autre chien est représenté sur une miséricorde de la rangée basse nord. Ce chien n'a pas du tout le même aspect que ceux situés sur les frises. Vu de profil et tourné vers la gauche de la console, il est massif, ses pattes sont épaisses, ses oreilles larges et tombantes et son museau court et carré. Il tient dans sa gueule un os alors qu'un autre , cassé, est coincé entre ses pattes antérieures. Ce chien a l'apparence d'un mâtin, animal réputé pour sa force." (Florence PIAT)

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SOURCES ET LIENS.

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— PIAT (Florence), 2007, Les stalles de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Un édifice au chœur de l'édifice, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère

— PIAT (Florence), 2012, Les stalles de l’ancien duché de Bretagne, de la fin de la guerre de Succession jusqu’au concile de Trente,[thèse : Histoire de l’art], Rennes, Université de Rennes 2, 2012, 2 vol.2.

 https://www.academia.edu/34924613/THESE_UNIVERSIT%C3%89_RENNES_2_Les_stalles_de_lancien_duch%C3%A9_de_Bretagne._De_la_fin_de_la_guerre_de_Succession_jusquau_concile_de_Trente

Volume 2 Annexes :

https://www.academia.edu/34924818/THESE_UNIVERSIT%C3%89_RENNES_2_-_Volume_2_-_Annexes

http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/recherche/globale?ou=Saint-Pol-de-L%C3%A9on&type=&texte=stalles+

— Base de donnée MUSICASTALLIS.

Ce site présente plus de 850 scènes musicales sculptées dans les stalles médiévales conservées dans les églises européennes. Un module diaporama et un lexique permettent de découvrir ce monde caché des miséricordes

http://www.plm.paris-sorbonne.fr/musicastallis/

http://www.plm.paris-sorbonne.fr/musicastallis/fiche.php?id=218

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Published by jean-yves cordier
19 décembre 2017 2 19 /12 /décembre /2017 11:11

Zoonymie pré-linnéenne des Odonates : origine du nom de genre  Libellula, Linnaeus, 1758.

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Zoonymie des Odonates : voir 

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. Zoonymie des papillons I :

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Zoonymie II : Histoire des Noms de Papillons :

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Sur les libellules.

 


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Résumé :

Libellula Linnaeus, 1758, Syst. nat. :543 , est le nom créé par Linné pour désigner les Odonates. C'est un diminutif de  Libella,  nom latin qui désigna d'abord dans les temps anciens et médiévaux le « niveau », un instrument des charpentiers en forme de T. Ce nom avait été choisi par le naturaliste français Guillaume Rondelet en 1554 pour nommer le requin-marteau (libella marina « niveau marin ») en raison de la similitude de la forme en T de la ligne des yeux excentrés. Rondelet repris en 1555 ce nom pour désigner par libella fluviatilis,  « niveau des cours d'eau » les larves des zygoptères dont les yeux sont également déportés latéralement.  A partir  de Thomas Moffet en 1634, les naturalistes ont étendu l'usage de  Libella  à tous les Odonates adultes.

Linné a utilisé la première fois Libellula dès la première édition du Systema naturae (Leyde, 1735), en donnant comme synonyme « Perla » (Aldrovandi 1602) et « Virguncula ». Ce dernier nom, « petite vierge », suggère que Linné a créé une forme diminutive de Libella sur les modèles virgo /virguncula, puella/puellula, "fillette, demoiselle" et à travers eux domina/domnicella "Demoiselle" par condensation et contamination de l'image métaphorique des noms vernaculaires comparant ces insectes à des jeunes filles (français) ou des fées malicieuses (anglais ou allemand).

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Chaque mot est une aventure, chaque mot a une vie, chaque mot est un récit, si nous voulons bien lui donner la parole. Aujourd'hui, notre beau nom de Libellule.

I. CARL LINNÉ DE  1758 ... à 1736.

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  Nomina si nescis, perit cognitio rerum  "la connaissance des choses périt par l'ignorance du nom." 

 

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En 1758, Linné  créa, dans sa 10ème édition du Systema naturae, la première nomenclature scientifique des animaux. Il a regroupé les espèces, que nous regrouperons ensuite sous le nom d'Odonates avec Fabricius,  sous celui de Libellula, et a décrit 18 espèces.

Il est donc l'inventeur de ce nom de Libellula, qu'il avait déjà introduit dans sa Fauna suecica (Faune de Suède) de 1746.  Il sera traduit en français en "libellule" en 1792 par Guillaume-Antoine Olivier, ami de Fabricius,  dans l'Histoire Naturelle des Insectes t. VII (Encyclopédie méthodique des Insectes T. Panckoucke) page 555.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/32568#page/563/mode/1up

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Avant l'introduction du nom Libellula par Linné, les auteurs italiens employaient le terme "Perla" (Aldrovandi 1602), les auteurs germaniques les termes de "Wasserjungfern“, "Schleifer“ "Augenstecher“, les auteurs français celui de "Libella" puis de "Demoiselle" (Réaumur, 1738) et les auteurs anglais ceux de "Libella", (Mouffet, 1634) ou de "Dragon-fly" (Ray, 1710). On ignore quasiment tout de la façon du terme dont usait l'homme de la rue (ou des champs), et même s'il en usait ; peut-être employait-il des périphrases, ou les montraient-ils du doigt, peut-être s'en moquait-il ; car on ignore souvent ce qui ne porte pas de nom.

Ce nouveau terme de Libellula dérivait, comme nous allons le voir, de Libella, "niveau" utilisé par les naturalistes du XVIIe (Belon 1551, Salviani 1554, Rondelet 1554, Gessner 1558, Mouffet 1634, Ray 1710), et je le retrouve d'abord  sous la plume de Linné en 1743 dans un texte nommé Elenchus animalium per Sueciam observatorum et publié avec l'  Oratio de necessitate peregrinationum intra patriam page 77. Dans ce "Discours sur la nécessité de voyage en son propre pays", Charles Linné  énumère 14 types (j'hésite à prononcer le terme d'"espèce", mais il faut s'y résoudre pour être clair) de libellules, dont 13 sont en fait copiées sur l'Historia insectorum (1710) de John Ray.

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Elles ne sont pas nommées, mais décrites par une diagnose, une phrase descriptive en latin, et 12 reprennent le terme "libella" de l'auteur anglais. Deux (pourquoi ?) intègrent le terme libellula à la place de libella. Dont la seule qui ne soit pas accompagnée de cette référence à John Ray, la Libellula alis argenteis, cauda forcipata qui deviendra en 1758 L. forcipata, qui deviendra notre Onychogomphus forcipatus, une grosse bête qui n'a aucune raison d'être qualifiée d'un diminutif -ulla par rapport aux autres libella.

Comme l'Oratio  de 1743 était en fait la re-publication de l' Animalia per Sveciam observata  de Linné, qui fut d'abord publié dans les Acta literaria Sueciae, vol. 4 Uppsala 1736 , il est passionnant d'aller retrouver cette publication afin de savoir si l'on pouvait reculer à cette date l'acte de naissance de ce zoonyme. Et oui ! La liste est strictement identique entre les deux publications.

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De plus, je lis dans le texte introductif "Insecta vero fuere summæ meæ deliciae, in his arsit mea juventus. upsàliae degens ab anno 1728 ad 1734 horas vacuas hisce animalibus indagandis, contemplandis describendis impendi", [Les insectes, cependant, ont fait  le comble de mes délices dans l'ardeur de mes jeunes années. Je séjournais à Uppsala [à l'université pour ses études de médecine] de 1728 à 1734, où j'occupais mes temps libres à suivre la piste de ces animaux, à les contempler et à les décrire].  On le croira d'autant plus que dans le Fauna suecica de 1761, on trouve 1691 espèces d'insectes, pour 575 autres animaux (53 mammifères, 221 oiseaux, 77 poissons, etc.)

 

Il resterait à vérifier que pour la deuxième espèce à porter ce terme de Libellula, sa n°8 de sa liste, Libellula alis argenteis, duplici puncto marginali qui se réfère à John Ray, Ins. page 49 n°3, l'auteur britannique n'a pas utilisé le mot en question. Un click, et la réponse est : non. 

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Conclusion provisoire.

Notre joli nom de libellule est très récent, il est né à Stockholm sous la forme latine libellula sous la plume de Charles Linné, père de tous les noms d'animaux, en 1758 pour désigner d'un nom générique les 18 espèces de libella alors connues,   mais il reprenait un terme qu'il avait déjà employé dès 1736 pour désigner deux espèces observées dans la région d'Uppsala (Suède) et les différencier de 12 autres libella. Le suffixe latin -ulus étant un diminutif, mais les deux espèces n'étant pas plus petites que les autres,  a-t-il fait un lapsus calami qu'il n'aurait pas corrigé ensuite? C'est mal le connaître. A-t-il été attendri par ces petites créatures pour leur attribuer ce diminutif touchant ? Ce serait le premier exemple d'effusion sentimentale de notre descendant de pasteurs luthériens. Donc, mystère, mais coup de génie pour notre langue.

L'ironie de l'histoire est que les suédois n'aient pas repris la création lexicale de leur compatriote : ils nomment les libellules Trollslända, trollsländor "fuseau de Troll", un peu comme les Allemands qui les nommaient Teufelsnadel, "aiguille du diable". Les Troll se servaient de ces demoiselles pour coudre la paupière des gens pendant leur sommeil.

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Où j'approfondis ma recherche.

Sur la suggestion d'un commentaire de Cyrille Deliry en décembre 2108, je reprends mes plongées dans les eaux profondes des textes et je découvre que Linné avait déjà  utilisé Libellula dans la première édition du Systema naturae de 1735, publiée à Leyde ("Lugdunum Batavorum") :

https://www.biodiversitylibrary.org/item/15373#page/13/mode/1up

Le nom est accompagné de deux noms latin, "Perla" (Aldrovandi 1602) mais aussi "virguncula". Ce dernier formé de virgo "vierge" et de -cula,  et dont le synonyme est  puellula , diminutif de puella "jeune fille" peut être considéré comme la traduction de "Demoiselle".

C'est un argument de poids pour penser que Linné s'est inspiré de ces diminutifs virgo /virguncula, puella/puellula, "fillette, demoiselle" et à travers eux domina/domnicella "Demoiselle" pour former un diminutif de libella "niveau" évoquant la comparaison établie, en langue vernaculaire, entre cette classe d'insecte et les jeunes filles. Selon un procédé qui échappe à la rigueur de la construction grammaticale ou philologique pour s'apparenter à la "condensation" dans le travail du rêve : 

La « condensation » est le fait que plusieurs représentations s'amalgament et n'en font plus qu'une. Ainsi, un seul élément du rêve manifeste peut recouvrir plusieurs pensées latentes du rêve : « la condensation s'organise autour de certains des termes du contenu manifeste, sortes de points de nouage sous lesquels s'est effectuée une fusion entre plusieurs pensées latentes très différentes les unes des autres »

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Linné, Systema naturae Leyde, 1735.

 

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"La forme définitive de Libella revient à Linné qui l'applique en 1758 à toutes les espèces d'Odonates. L'origine de cette dénomination est discutée : l'édition de 1872 du dictionnaire Le Littré propose que libellule est un diminutif du latin liber, libellus, « petit livre », ce qui évoque les ailes étendues comme les feuillets d'un livre lorsque l'insecte se pose (libellules stricto sensu, c'est-à dire les Libellulidae). L'édition de 1873 du Grand Larousse propose la même étymologie mais avec une explication contraire, certaines libellules gardant les ailes relevées et jointives comme un livre fermé (caractéristique des demoiselles). Pour les dictionnaires espagnols et des auteurs comme Mac Callum, ce mot serait un diminutif de libra, « balance », en référence au mouvement d'oscillation des ailes des libellules en vol. Les dictionnaires français actuels donnent comme étymologie le latin libella qui signifie « niveau », en référence au vol plané horizontal de ces insectes. Ils reprennent l'explication du naturaliste Guillaume Rondelet (1554 et 1558) qui est le premier à avoir donné le nom de Libella fluviatilis à des larves de Zygoptères pour la similitude de corps qu'elles ont a avec le requin marteau nommé Zigæna ou Libella, allusion à la « la figure faite comme un niveau duquel usent les architectes»."

On retrouve Libellula dans la sixième édition du Systema naturae de 1748  page 62 :

https://www.biodiversitylibrary.org/item/218225#page/82/mode/1up

LIBELLULA : Drachenhuren, Wassernymphen.
Os maxillosum. Antennae breves. 
Cauda forcipata . 
1. Libellula magna alis planis. Fn. 764-771. - - (Braven=mngg.)) 
2. Libellula media alis eredis. Fn. 7 76-779. - - (Jungfer)
3. Libellula parva alis eredis. Fn. 760-767. - (Trollflan da) 

 

 

Note : Drachenhuren : drachen "dragon et huren "courtisane, putain".

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Conclusion.

Linné a créé le nom de Libellula pour désigner les insectes que nous appellerons ensuite Odonates, pour la première fois en 1735 dans la première édition du Systema naturae, en donnant comme synonyme « Perla » (Aldrovandi 1602) et « Virguncula ». Ce dernier nom, « petite vierge », suggère que Linné a créé une forme diminutive de Libella sur les modèles virgo /virguncula, puella/puellula, "fillette, demoiselle" et à travers eux domina/domnicella "Demoiselle" par condensation et contamination de l'image métaphorique des noms vernaculaires comparant ces insectes à des jeunes filles (français Demoiselles) ou des fées malicieuses (anglais ou allemand Wassernymphen).

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II. ALLELUIA ! LA DÉCOUVERTE DES ORIGINES DE  LIBELLULA .

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C'est un secret de Polichinelle : Libellula vient de Libella, lui-même dérivé du latin signifiant "niveau" : cela est désormais largement diffusé par Wikipédia :
 

"La forme définitive de Libella revient à Linné qui l'applique en 1758 à toutes les espèces d'Odonates. L'origine de cette dénomination est discutée : l'édition de 1872 du dictionnaire Le Littré propose que libellule est un diminutif du latin liber, libellus, « petit livre », ce qui évoque les ailes étendues comme les feuillets d'un livre lorsque l'insecte se pose (libellules stricto sensu, c'est-à dire les Libellulidae). L'édition de 1873 du Grand Larousse propose la même étymologie mais avec une explication contraire, certaines libellules gardant les ailes relevées et jointives comme un livre fermé (caractéristique des demoiselles). Pour les dictionnaires espagnols et des auteurs comme Mac Callum, ce mot serait un diminutif de libra, « balance », en référence au mouvement d'oscillation des ailes des libellules en vol. Les dictionnaires français actuels donnent comme étymologie le latin libella qui signifie « niveau », en référence au vol plané horizontal de ces insectes. Ils reprennent l'explication du naturaliste Guillaume Rondelet (1554 et 1558) qui est le premier à avoir donné le nom de Libella fluviatilis à des larves de Zygoptères pour la similitude de corps qu'elles ont a avec le requin marteau nommé Zigæna ou Libella, allusion à la « la figure faite comme un niveau duquel usent les architectes»."

Tout est dit, au revoir.

Voire.

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Car où serait le plaisir si tout est ainsi livré tout préparé ? Et simplifié, dépouillé de toute la chair de la complexité des choses et de tout feuilletage des dictionnaires et des livres anciens?

Je vais me payer le luxe de tout reprendre à ma façon. Car j'aime occuper  mes heures creuses à chasser les mots, les contempler, et les décrire. Comme dirait l'autre,  "horas vacuas hisce nominibus indagandis, contemplandis describendis impendi". 

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Je vais commencer par mon Gaffiot : voyons -libella :


 

 

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Dictionnaire Gaffiot 1934.

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J'élimine d'emblée la tentation de Libellulus, i,  "petit livre" malgré Tertullien et Martianus Capella qui m'attendaient dans cette loge. Et dans la foulée de -libellus, diminutif de liber, d'où nous avons tiré notre "libelle". En effet, le nom utilisé par les naturalistes est libella, au féminin, ce qui est bien normal pour ces Demoiselles.

Je porte toute mon attention à libella, ae, f. (libra). Je saute sur l'opportunité de consulter le mot -libra, quoique je connaisse très bien Libra, la constellation de la Balance :

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Dictionnaire Gaffiot 1934 page 908.

 

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Je reviens à l'article -libella de Gaffiot : le premier pied de mouche donne le sens 1. "as, asse", "petite pièce de monnaie" et le second 2. "niveau, niveau d'eau". C'est ce sens qui est illustré d'un instrument de maçon qui évoque plutôt le fil à plomb. Et c'est ce sens qui est en relation avec libra "balance", puisqu'ils ont en commun la notion de mesure et d'équilibre.

Cet usage de Libella est attesté par un auteur aussi cher à tout épicurien que Lucrèce, livre IV vers 515, pour soutenir un raisonnement que reprendra Montaigne (Essais, III) : nos sens sont nos instruments de mesure, et s'ils viennent à faillir, l'incertitude de nos sens rend incertain tout ce qu'ils produisent : 

 

Denique ut in fabrica, si prava est regula prima,
Normaque si fallax rectis regionibus exit,

Et libella aliqua si ex parti claudicat hilum;
Omniamendose fieri, atque obstipa necessum est,
Prava, cubantia, prona , supina , atque absona
tecta

"Enfin , dans la construction d'un édifice, si l'architecte se sert d'une règle fausse, si l'équerre s'écarte de la direction perpendiculaire, si le niveau s'éloigne par quelque endroit de sa juste situation, il faut nécessairement que tout le bâtiment soit vicieux, penché, affaissé, sans grâce, sans aplomb, sans proportion; qu'une partie paraisse prête à s'écrouler, et que tout s'écroule en effet, pour avoir été d'abord mal conduit : de même, si l'on ne peut compter sur le rapport des sens, tous les jugements qu'on portera seront trompeurs et illusoires."

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 Pline, dans son Histoire naturelle II, livre XXXIII, utilise le terme deux fois :  

Chap. 51 : Structuram ad norma et libellam fieri et ad perpendicularum respondere oportet

"Les constructions doivent être faites à l'équerre et au niveau, et être d'aplomb".

Chap. 63 : materia crassitudine semipedali ad regulam et libellam exigitur et est forma terrena

"à cette couche, la règle et le niveau à la main, on donne une épaisseur d'un demi-pied".

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Montrer que "libella" signifie "niveau", quelle belle affaire ! Quel jeu de bonneteau ! Puisqu'enfin, notre nom "niveau" vient de   nyviel « instrument » 1339 (Cartulaire de l'Eglise St Pierre de Lille, t. 2, p. 692) ou  nevel (  1343, Inv. de J. de Presles, Bibl. de l'Ec. des ch., XXXIX.). Il faut retenir que c'est d'abord un instrument de mesure, et que le sens figuré, qui nous est plus courant, est plus tardif   mettre a nivel (1429 Béthune, ap. La Fons, Gloss. ms., Bibl. Amiens ds Gdf.). On trouve le latin nivellum, et on ajoute nivellum sive plumbum, "le niveau ou le plomb", kif kif..

Il vient, c'est là que c'est amusant, d'une altération  (par assimilation de l'n initiale à l'l finale) de livel, liveau attesté du xiiie au xvies. et , lui-même issu du latin populaire *libellus, lat. classique libella «instrument servant à niveler, niveau» (dérivé de libra « balance à deux plateaux ou à contrepoids », puis « niveau »); cf. l'italien levello. CNRTL. Cette parenté des deux termes sonne d'avantage avec le verbe "niveler" qui a le sens de "mesurer".

Il faudrait citer le Dictionarium d'Ambrosio Calepinus (1550) auquel je renvoie, ou le très complet article du Lexicon philologum de 1697, qui cite Vitruve livre VII chapitre 3 : Longitudines ad regulam et lineam, altitudines ad perpendiculum, anguli ad normam respondentes exigantur . "Des bandes bien dressées à la règle et au cordeau, afin de faire l'enduit en mortier bien droit dans sa longueur, et d'aplomb dans sa hauteur, et que les angles soient bien d'équerre."

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Conclusion.

"Libellule" (Olivier, 1792),  "libellula" (Linné 1736), ou "libella" au sens de libellule,  et "niveau" proviennent du même mot latin libella, instrument de maçon servant à construire droit, niveau (voire selon Gessner "équerre", "règle", "plomb"). 

Les choses vont se préciser avec Rondelet 1558.

 

 

 

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III. UN DÉTOUR PAR LE REQUIN-MARTEAU OU LIBELLA OU  ZYGENA. SIX SAVANTS DES ANNÉES 1550.

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Avant d'être appliqué aux libellules, le nom  Libella  le fut à un poisson que nous appelons Requin-Marteau Sphyrna zygaena Linnaeus, 1758. J'ai consacré un article à ce requin dans Sur le nom de Genre des Zygènes, Zygaena Fabricius 1775. En effet, Fabricius a plus tard appliqué à ces papillons qu'il a nommé Zygènes et dont les antennes forment comme les deux bras d'une balance le nom grec du poisson à tête de marteau nommé par Bellon Zygaena. Ce nom grec  signifie "joug" aussi bien que "balance". Il peut donc être considéré comme l'équivalent grec du latin Libella. 

 Dans l'article en question, j'ai donné les descriptions et les illustrations du requin-marteau Zygaena ou Libella par Bellon 1555, Rondelet 1554 en latin et 1558 en français,  Gessner 1558, Aldrovandi 1638, Bochart 1663 et Willughby 1687. Je n'ai donc pas démérité, mais je peux améliorer mon score. D'une part en montrant que la première apparition du nom Libella en ichtyologie date de 1551, et non de 1555. Puis en donnant une (petite) place à Edward Wotton, qui consacre trois lignes à Zygaena-Libella en 1552.   D'autre part en faisant une place à Ippolito Salviani, et à son Aquatilium animalium historiae, liber primus de 1554.

En somme, nous avons entre 1551 et 1558, une véritable ichtyomanie (Zucker, 2013) européenne qui amène six éminents médecins, du Mans (Bellon, médecin de François de Tournon), de Montpellier (Rondelet, médecin du cardinal François de Tournon), de Rome (Salviani, médecin du pape Jules III), de Londres (Edward Wotton, médecin  de Henri VIII), et de Zurich (Gessner) [liste à laquelle il faut ajouter Aldrovandi, de Bologne] à publier des traités qui étudient les descriptions d'Aristote ou de Pline. Comprenant le grec, ils peuvent consulter et analyser en les compilant mais aussi en les critiquant et en les complétant, les sources antiques. Surtout, ils accompagnent leur description d'une illustration (gravure sur bois ou, mieux, sur cuivre), qui prend une valeur scientifique de premier plan, à coté du Nom (Nomen) grec, latin et vernaculaire avec ses commentaires, et de la Description (Descriptio). "Elle est l’identifiant du poisson, et le nom n’est plus l’ancrage ontologique et le fondement de l’animal, mais le titre historique qu’il a reçu des anciens et qui permet à la fois de le reconnaître dans la littérature, et de le désigner dans la communication." (Zucker)

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La liste dressée par A. Zucker  des mousquetaires de l'icthyologie des années fifties est la suivante :

  • Pierre Belon (1551), L’Histoire naturelle des estranges poissons marins, Paris [55 pages doubles] ;

  • Edward Wotton (1552), De differentiis animalium libri decem : cum amplissimis indicibus in quibus primum authorum nomina, unde quaeque desumpta sunt, singulis capitibus sunt notata et designata : deinde omnium animalium nomenclaturae, itemque singulae eorum partes recensentur, tam Graece quam Latine, Paris [Poissons : livre VIII, p. 136-174 – doubles- (ch. 154-196) ; Zygaena Libella est décrit en trois lignes à la page 149 .https://archive.org/stream/bub_gb_qkbj1BMhrYsC#page/n321/mode/2up

  • Pierre Belon (1553), De aquatilibus, libri duo : Cum eiconibus ad vivam ipsorum effigiem, quoad ejus fieri potuit, expressis, Paris [448 pages] ;

  • Ippolito Salviani (1554), Aquatilium animalium historiae liber primus cum eorundem formis, aere excusis, Rome, [256 pages doubles] Cuvier écrivait « ce sont les meilleurs dessins qu’on ait eus jusqu’à notre temps ; ils sont au nombre de quatre-vingt-dix-neuf «  [en réalité il n’y en a que 98, numérotés de 1 à 99, mais sans planche 54]. Salviani prit un soin particulier à faire réaliser – sur cuivre et non plus sur bois – les quatre-vingt-dix-huit planches de son ouvrage par les meilleurs artistes de la cour papale ( Antoine Lafréry pour l’essentiel, et peut-être en partie N. Béatrizet). Dans chacun de ses chapitres, il distingue régulièrement (par un intitulé en majuscules) six sections qui sont (1) nomen ; (2) descriptio ; (3) locus et partus ; (4) natura et mores ; (5) qua arte capiatur ; (6) praestantia, ut nutriat et ut condiatu . L’épître au lecteur de Salviani est datée du 1er septembre 1554.

  • Guillaume Rondelet (1554), Libri de piscibus marinis in quibus verae piscium effigies expressae sunt, Lyon [583 pages] ;Rondelet, qui place lui aussi une illustration en tête de chaque chapitre, sous le titre, la commente comme si l’image de l’animal constituait l’intermédiaire ou l’interface entre la nature et la littérature . La dédicace de Rondelet au cardinal François de Tournon est datée du 1er août 1554 (et le privilège du roy figurant en tête de son traité du 28 juin 1554).

  • Guillaume Rondelet (1555), Universae Aquatilium historiae pars altera, cum veris ipsorum imaginibus, Lyon [ 245 pages] ;

  • Olaus Magnus (1555), Historia de Gentibus Septentrionalibus, earumque diversis statibus, conditionibus, moribus, ritibus, superstitionibus, disciplinis, exercitiis, regimine, victu, bellis, structuris, instrumentis, ac mineris metallicis, & rebus mirabilibus, necnon universis penè animalibus in Septentrione degentibus, eorumque natura, Rome [Poissons : p. 697-778. Livres XX-XXI, De piscibus. & De piscibus monstrosis] ;

  • Pierre Belon (1555), La Nature et diversite des poissons, avec leurs pourtraicts, representez au plus pres du naturel, Paris [448 pages] ;

  • Conrad Gesner (1556), De piscibus et aquatilibus omnibus libelli III novi, Zürich [contient, p. 12-74, un catalogus aquatilium ex Plinio (catalogue alphabétique glosé des ichtyonymes pliniens) ; un plan de l’ouvrage de Rondelet de 1554, p. 75-92 ; et un Aquatilium animantium nomina germanica et anglica, serie literarum digesta, ou Teütsche Nammen der Fischen und Wasserthieren, p. 93-269] ;

  • Guillaume Rondelet (1558), La première [-seconde] partie de l’histoire entière des poissons, Lyon [418 pages + 181 pages] ; Voir Livre XIII chapitre X page 304 "Du Marteau ou Poisson Juif". Il s'agit de la réunion en deux livres d'un seul ouvrage du Libri de piscibus marinis et de l'Universae aquatilium historiae, traduits en français.

  • Conrad Gesner (1558), Historiae animalium liber IIII qui est de piscium et aquatilium animantium natura, Zürich. Gessner Voir ici  

Pour Aldrovandi De Piscibus libri III chapitre XLIII De Zygena (page 407) voir ici.

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A. Pierre Belon du Mans, 1551, 1553 et 1555.

1°) Pierre Belon du Mans, L'histoire naturelle des estranges poissons marins, avec la vraie peincture et description du daulphin, et de plusieurs autres de son espèce, imp. de R. Chaudière, Paris 1551. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k82816p/f90.item

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Chapitre XV page 45 : Que l'artifice des hommes puisse excuser le défaut de nature, et donner grâce au mauvais goût des poissons.

 

"Suivant ceci, je veux raconter combien l'artifice des hommes peut ajouter à nature : car les pauvres mariniers et pêcheurs, ayant pris des poissons qui d'eux même sont de saveur ingrate, comme sont les espèces de Chiens nommés en latin Galei, ou plusieurs autres cartilagineux, comme Lamia, Amia, etc. , et celui-ci que j'ai ici portrait nommé Zigena, ou Libella , ils leur savent faire une sauce si propre, que la saveur de la sauce surpasse la saveur ingrate du poisson, laquelle leur ôte la mauvaise odeur, et les rend délectables ; et ainsi que les plus riches font telles sauces avec bonnes Muscades, Girofles, Macis et Cannelle battue, Beurre, Sucre, Vin aigre, pain rôti, lesquelles choses les cuisiniers assaisonnent si bien au Marsouin que encore qu'il sentit le Renard écorché vif toute fois ils le rendront d'un goût plus friand, et d'une saveur plus esquisse que ne sont les rougets, Barbets, ou Lamproies, aussi les pauvres gens n'ayant point tant de choses à commandement, ayant seulement de l'ail et des noix, qu'ils battent avec du pain et de l'huile, et du vin aigre, ils feront une sauce à leur poisson, qu'ils rendront à leur appétit si délicieuse qu'on n'en peut manger, sinon par grande singularité et telle manière de sauce est généralement connue de touts pêcheurs qu'ils nomment vulgairement de l'Aillade."

"Le portrait de Libella que les Grecs nomment Zygena, et les Romains Balesta, c'est à dire une arbalète."

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Pierre Belon 1551 : la Libella (page 45), Bnf gallica

 

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2°) Petri Bellonii Cenomani de aquatilibus duo, cum eiconibus ad vivam ipsorum effigiem quoad ejus fieri potuit; ad amplissimum cardinalem Castilioneum (Parisii, apud C Stephanum (Ch. Étienne), 1553, pages 60 et 61.

La traduction va suivre, dans Bellon 1555 et Rondelet 1554.

"Zigaenam Graeci, Libellam Latini vocauerunt, fabrorum lignariorum et architectorum instrumentum, è quo dependente perpendiculo, rectas parietum ac lignorum facies oculorum nictu pernoscunt : cui instrumento quod is pictis (cuius hic picturam vides) velut adamussim respondeat, Oppianus, Galenus, Aetius, Plinius, caeterique doctiores Zigaenae ac Libellae nomen indiderunt : nos vulgo Nivellum appellamus : quos instrumentum inversum, quia ad arcus et tormenti bellici similitidinem accedat, Itali Balistam nominare maluerunt. Massiliensis a dentium saevite Cagnolam, atque a fe ritate Iudaeum, et fortassis a deceptione Baratellam incerta nomenclatura dicunt. Cetaceus est piscis, cartilagineus, rotundus, oblongus, horridus, ac plane monstruosus, Mediterranei ad Smirna maxima incola mustelini generis, damnosus magis quam utilis. Quamobrem natura carnem insipida, et humanis corporibus noxiam illi tribuit : dentesque (quos in quinque ordines digestos, numerosissimos, planos, ut Carcharias gerit,) sub cute ad praeda recoditos, atque oculos praeter aliorum more in pronam capitis partem excavatos, ut deorsum potius, quam sursum leonina quadam voracitate convertat. Caetera pinnis cute, ac branchis plane mustelam refert, sed tanta asperitate non horret."

Zigaena, Graecis : Libella, latinis ;  Balista , Italis ; Cagnola, Massiliensibus.

https://archive.org/stream/petribelloniicen00belo#page/60/mode/2up


 

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1553 : Libella, in Petri Bellonii Cenomani de aquatilibus duo, cum eiconibus ad vivam ipsorum effigiem folio 60

 

Libella, Petri Bellonii Cenomani de aquatilibus duo, cum eiconibus ad vivam ipsorum effigiem folio 61.

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3°)  Belon donna en 1555 trois éditions ou rééditions successives en français de cet ouvrage, avec changements, sous les titres suivants:

1° La Nature et diversités des poissons, avec leurs pourtraicts représentés au plus près du naturel (Paris, 1555, in-8);

 De la Nature et, diversité des poissons traitant de leur nature et propriétés, avec leurs descriptions et naïfs pourtraicts, en sept livres (Paris, 1555, in,-fol.);

3° L'Histoire des poissons traitant de leur nature et propriétés, avec les pourtraicts d'iceux (Paris, 1555, in-4), en latin et en français. Dans ce traité sur les poissons, se trouvent réellement les bases de l'ichtyologie moderne. 

 

Voici  La Nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraicts représentez au plus près du naturel, de 1555. 

 

"Les Provenceaulx appellent ce poisson cy apres presenté Cagnole et Juif pour sa cruaulté : par ce qu'il est plus dommageable que nulle autre beste de sa sorte. Et pour ce aussy qu'en malfaisant en la mer, il trompe et deceoit les autres poissons, et mesme les pescheurs : ils l'ont appellé Baratelle. Les Grecs et Latins pour ce qu'il ha la façon comme d'un nyveau de Charpentier ou Maçon, l'ont appelé Zigena et Libella. Les Italiens l'ont mieulx aymé nommer Arbalestre pour ceste mesme figure. Ce poisson est fort grand, rond, long et monstrueux, de chair fadde, insipide et malfaisante au corps des personnes"

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La Libella, ou Zygaena, Pierre Belon 1555 La Nature & diversité des poissons page 54.

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B.  Ippolito Salviani (1554), Aquatilium animalium historiae liber primus cum eorundem formis, aere excusis, Rome, 

Cet auteur donne en premier la gravure sur cuivre très soignée (page 128), puis le titre  DE HISTORIA AQATILIVM ANIMALIVM, 129  HISTORIA TRIGESIMA OCTAVA  / DE LIBELLA , suivi de cinq paragraphes : Nomen ; Descriptio ; Locus ; Natura et Mores ; Ut sapiat et Nutriat  [ Nom ; Description ; Localisation ; Nature et mœurs ; pour le goût et les qualités nutritives.]

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https://www.biodiversitylibrary.org/item/156187#page/277/mode/1up

 

LIBELLA, Ippolito Salviani, 1554, Aquatilium ...page 128 ; gravure sur cuivre par Antonio Lafreri.

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Ν Ο Μ Ε N

"Hic noster quadragesimus piscis, quem Romae ciambetta, et in aliquibus Italiae vocis pesce Martello , in ahiisque pesce Balestra (eo quod sua figura vtrumque repraesentet, aduertendum tamen est, non huc sed
septuagesimum sextum nostri ordinis, Roma  pesce Balestra vocari) ac Massilias peis iouzou ( quod capitis tempora ceu cornicula promineant, Iudaeorum more,qui sic colim Massiliae induebantur) in Hispania vero peis Limo et Toilandalo vocant ; a Graecis libella dicitur, (apo ---os-..

"Nam cum jugos boum iugum, et libram sive balancem, nec non librile transversum, ex quo lances dependent, significet ; hos omnibus , sui corporis forma [grecc] piscis simillimus est. Cum vero nullus latinorum (quod quidem sciam ) eius meminerit , latino nomine caret . Quamobrem Theodorus Gaza in Aristotelis versione (*) , [greccc] libellam interpretatus est.

"Verum cum Libella fabrile instrumentum sit ab Italis Arcopendolo vocatum , ad cuius similitudinem nequaquam piscis iste accedit, Theodorum (ignorata nominis Libellae proprietate ) vti libra balancem significat, ita Libellam, paruam bilancem significare ratum , [grecc] libellam vertisse suspicor ,cumm Libram potius, Librileve, aut iugum vertere oportebat.

(*) Traduction de l'Historia animalium d'Aristote par Théodore Gaza

"Hunc autem piscem nostrum, Graeorum [grecc] esse, praeter id, quod ex eius figura, Graecam nomenclaturam egregie aemulante , manifeste intelligitur ; ijs etiam omnibus declaratur, quae zygenae a veteribus tribuuntur ; vt quae ei probe respondeant.

." Quamobrem a Petro Gyllio desiciendum est, quippe qui hunc piscem nostrum ab Aristotele non [grecc] a Theodoro vero non sed [grecc] appellari arbitratur; , a Theodoro vero non Libellam seu Malleum appellari arbitratur. Ea, (vti opinor) coniectura ductus, quodalicubi ( vt diximus ) pesce Martello vocetur, quodque malleo simillimus sit; qua nos ceu leui & friuola reiecta, nonum nostri ordinis piscem [grec ] ( vt octaua hisloria docuimus ) hunc vero [grecc libella?] esse , procul dubio affeueremus . Quem vna cum Theodoro , ne nomma nouare videamur, Libella vocabimus "

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C. Guillaume Rondelet, 1554, Libri de piscibus marinis , et 1558 Histoire entière des poissons.

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Guillaume Rondelet (1507-1566), docteur en médecine, professeur royal en 1545, a été chancelier de la faculté de Montpellier ; il est connu des littéraires puisqu’il a été caricaturé par son ami Rabelais sous le personnage de Rondibilis dans Pantagruel. Il a aussi été un compagnon du cardinal de Tournon qu’il a accompagné dans beaucoup de ses voyages sur les côtes de l'Aquitaine puis à Rome en 1549.. Après avoir visité Venise et les universités italiennes il revient à Montpellier où il fait élever un imposant amphithéâtre anatomique et fait installer des viviers dans sa propriété proche de Montpellier et l’on rapporte qu’il disséquait des poissons que ses amis et élèves lui apportaient.

Avec cet ouvrage dans lequel il ébauche une classification naturelle, c'est l'un des premiers observateurs de la faune aquatique, et avec Belon, l'un des précurseurs de l'ichtyologie en France. L'ouvrage traite de tous les animaux aquatiques regroupés soue le nom de "poissons" : cétacés, coquillages, arthropodes, grenouilles et même du castor dont Rondelet décrit l'anatomie et la morphologie. A ces précisions biologiques, l'auteur a ajouté des considérations sur le milieu, les comportements, l'alimentation émaillant parfois sa description de notes gastronomiques. 

Alors que depuis l’Antiquité 117 espèces de poissons étaient répertoriées et toujours reprises, Rondelet innove en recensant  dans son œuvre 440 espèces animales aquatiques, dont 241 espèces de « vrais » poissons.

Rondelet (qui fut caricaturé par son ami Rabelais sous le surnom de Rondibilis) accueille durant 10 ans dans sa maison Charles de l'Escluse, ami des Fugger, les fameux banquiers d'Augsbourg,  puis Jean Bauhin. Il est en relation avec tous les naturalistes connus d'Europe, et chez son maître Rondelet, Clusius rencontre Laurent Joubert, anatomiste, médecin renommé et chancelier de l'Université, ainsi que Félix Plater qui sera professeur de médecine à Baie et le premier maître de Gaspard Bauhin. Puis la chaîne savante se poursuit : Après 1561, c'est Jean Bauhin qui vient demander à Rondelet des leçons d'anatomie ; puis c'est Mathias de L'Obel, fils de la Flandre française, qui brûle d'explorer la flore du Languedoc et des Cévennes. En 1565, il rencontre, toujours chez Rondelet, le médecin-botaniste Pierre Pena dont le frère Adrien est conseiller au Parlement d'Aix ; celui-ci a fréquenté les principales Universités de France et d'Italie, comme fera plus tard un autre parlementaire d'Aix, Peiresc — et les connaissances du savant et du linguiste sont aussi étendues que celles du jurisconsulte. 

Le célèbre Gesner de Zurich , ancien étudiant de Montpellier, est en rapport avec le cercle de Rondelet par l'intermédiaire de Gaspard Wolf de Zurich, alors étudiant à Montpellier.

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Mais revenons à notre Marteau.

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1°) Rondelet 1554, Libri de piscibus marinis page 389.

Notez les termes français "le plomb", l'équerre", "Niveau", "la règle", qui commente le nom Libella.
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Rondelet 1554 Libri de piscibus marinis page 389 De Zygaena, BnF Gallica

 

 

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2°) Rondelet, 1558, La Première  partie de l'Histoire entière des poissons.

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La Première [seconde] partie de l'Histoire entière des poissons, composée premièrement en latin par maistre Guillaume Rondelet,... maintenant traduites ["sic"] en françois... [par Laurent Joubert.] Avec leurs pourtraits au naïf.  Lyon : M. Bonhomme, 1558.

Cette première édition française est illustrée d'un portrait et de 439 belles gravures sur bois (d'auteur inconnu). C'est le premier grand livre en français consacré aux poissons, et l'un des plus beaux illustrés de zoologie du XVIe siècle. L'ouvrage était paru antérieurement en latin en 1554 ( Libri de piscibus marinis)https://fr.wikipedia.org/wiki/Odonata et 1555 ; il ne s'agit pas de l'œuvre originelle de Rondelet, mais d'une re- traduction  probablement due à Laurent Joubert qui fut l'élève de Rondelet. (Le livre semble avoir été écrit originellement en français par Rondelet, traduit ensuite en latin par Charles de l’Escluze pour être publié en 1554, puis retraduit en français pour l’édition française de 1558.)

Du Marteau, ou Poisson Iuif.  Chap. X.

"ΖΥΓΑΙΝΑ, en Latin Libella est nommé ce poisson de la figure qu'il a comme un instrument de maçon et charpentiers, appelé en français niveau, qui est fait d'un bois mis de travers au milieu duquel est dressé un autre, et d'icelui pend une petite corde avec un plomb au bout. Tel est la figure de ce poisson ayant la tête de travers, le corps posé au milieu d'icelle, ou bien est nommé Ζυγαινα pour la figure d'une balance ou la figure d'un joug lequel on lie de travers aux têtes de bœufs. Pour cette même façon de tête, d'aucuns en Italie est nommé Balista, d'autres Pesce martello, car il est fait comme un marteau, à Marseille Peis iouzio poisson juif de la similitude de l'accoutrement de tête duquel usaient au temps passé les juifs en Provence, en Espagne Peisz limo, Limada, toilandalo. Ce poisson est grand et cetacée, il a les ouïes découvertes aux côtés, la bouche au-dessous, la tête différente de tous les autres, à savoir mise de travers comme l'arc d'une arbalète, ou la tête d'un marteau, en chaque bout de la tête sont mis les yeux. Il a la bouche grande, garnie de trois rangs de dents, larges pointues, fortes, tendentes vers les côtés. La langue large comme la langue de l'homme. Le dos est noir, le ventre blanc. Il a deux ailes [nageoires] aux ouïes, au dos point, près de la queue il en a deux petites, la queue finit en deux grandes, inégales. Il a un col, et un long conduit par où dévale la viande en l'estomac, il est horrible à voir, sa rencontre porte malheur aux navigateurs. Il est de chair dure, de mauvais goût, de mauvaise odeur, de mauvaise nourriture."

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Du Marteau ou Poisson Iuif, Guillaume Rondelet 1558, BnF Gallica

 

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Conclusion.

C'est avec Rondelet 1554 et 1558 que nous disposons des informations les plus explicites, et, notamment, de ce que ses contemporains désignent précisément sous le nom de "libella" ou "niveau" :

 "un instrument de maçon et charpentiers, appelé en français niveau, qui est fait d'un bois mis de travers au milieu duquel est dressé un autre, et d'icelui pend une petite corde avec un plomb au bout."

Cela correspond exactement au dessin donné par Gaffiot dans son Dictionnaire latin-français, mais encore fallait-il le vérifier.

C'est aussi lui qui nous précise exactement pourquoi ce poisson a reçu ce nom, pour sa forme en T, qui évoque aussi un joug de bœuf, zygaena en grec : 

"Tel est la figure de ce poisson ayant la tête de travers, le corps posé au milieu d'icelle, ou bien est nommé Ζυγαινα pour la figure d'une balance ou la figure d'un joug lequel on lie de travers aux têtes de bœufs."

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IV. L'APPLICATION DU ZOONYME  "LIBELLA"  AUX LARVES DES LIBELLULES. RONDELET 1555 et 1558. 

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Il est bien connu depuis Jacques d'Aguilar et J.L. Dommanget (1985 et 1998) relayés par Wikipédia, que c'est Guillaume Rondelet qui a nommé Libella fuviatilis une larve de zygoptère dont il donne l'illustration. Encore faut-il étayer, illustrer et commenter cette donnée.

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1°) Rondelet 1558, Histoire entière des poissons.

Dans la même  Histoire entière des poissons  où il a décrit le Marteau et mentionné son nom latin de Libella, mais dans le Second Livre, Guillaume Rondelet décrit, page 157, dans la partie Des poissons de rivière, un petit insecte auquel il attribue le nom de Marteau ou Niveau d'eau douce. Il faut bien comprendre que ce n'est pas un Niveau d'eau, mais un Niveau (d'eau douce, par opposition à son grand homologue, marin).  C'est par comparaison des deux yeux excentrés et non contigus (qui caractérisent les Zygoptères) avec les deux yeux écartés du Requin Marteau ou Libella que Rondelet attribue le même nom aux deux espèces, l'un étant le Niveau d'eau douce et l'autre le Niveau marin, et tous les deux ayant grossièrement la forme en T d'un Niveau ou Libella de maçons et architectes..

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Du Marteau ou Niveau d'eau douce.
Chap. 35.

Ce petit insecte se peut appeler Libella fluviatilis, pour la similitude de corps qu'il a avec le poisson marin nommé Zigæna ou Libella, pour la figure faite comme un Niveau, duquel usent les Architectes, lequel aussi en Italie s'appelle poisson Marteau. Cette bête est fort petite, de la figure d'un T, ou d'un Niveau, ayant trois pieds de chaque côté. La queue finit en trois pointes vertes desquelles, et des pieds elle nage.

 

 

 

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Rondelet, 1558, Histoire entière des poissons page 157 : Du Marteau ou Niveau d'eau douce. BnF gallica

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Larve de Coenagrion puella photographie de Siga sur Wikipédia

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2°) Rondelet 1555, Universae aquatilium historiae page 213.

Dans cet ouvrage, où Rondelet décrit 100 mollusques, et qui constituera le Second livre de l'Histoire entière des poissons,  nous trouvons le premier acte de baptême de Libella fluviatilis, le Niveau d'eau douce.

 

"Insectum hoc libellam fuviatilem libuit appellare, à similitudine quae illi est cum fabrili instrumento, et cum Libella marina. Haec bestiola parva est admodum T literae figuram referens, pedes ternos utrinque habet, Cauda in tres appendices definit, quae viridi sunt colore, iisdem et pedibus natat."

[Je choisis de nommer Libella (ou Niveau) fluvial cet insecte pour sa similitude avec l'instrument de l'ouvrier  et avec le Libella marin [ou Marteau] . Cette petite bestiole a   la forme de la lettre « T », il a  trois pattes de chaque coté, des deux côtés, sa queue est divisée en trois appendices, qui sont de couleur verte, conçues pour nager tout comme les pattes ?"]

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De Libella fluviatili, G. Rondelet 1555, Universae aquatilium historiae page 213

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Conclusion.

Un an après avoir décrit sous le nom de Niveau ou Libella le Requin-Marteau, Rondelet établit, sur des critères morphologiques, une comparaison entre ce requin de près de 5 m de long et une minuscule larve de zygoptère, qui partage avec lui sa forme en T liée à des yeux excentrés, semblable au niveau du contremaître : le "Niveau fluvial" ou Labella fluviatilis est né. 

Il faudra une autre étape, avant-dernière avant le Libellula de Linné, celle qui fera de ce Libella le terme générique de toutes les libellules des auteurs du XVII et XVIIIe siècle. Place à Thomas Mouffet.

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V. LIBELLA DEVIENT LE TERME SCIENTIFIQUE LATIN DÉSIGNANT TOUTES LES LIBELLULES DÉCRITES PAR THOMAS  MOFFET EN 1634.

Après la parution des ouvrages d'ichtyologie de 1551 à 1558, et cette naissance du nom libella,  il n'y eu aucune publication significative en entomologie jusqu'en 1602, où paraît De Animalibus insectis libri septem, cum singulorum iconibus expressis d'Ulisse Aldrovandi, de Bologne. Cet ouvrage consacré aux insectes. Aldrovandi y décrit 19 libellules, mais puisqu'il utilise à leur propos le nom de Perla ("Perles", par allusion à leurs yeux saillants)et, à aucun moment des pages 302-305, le nom de Libella, nous allons le laisser dans les rayonnages de notre bibliothèque numérique.

Conrad Gessner avait été emporté par la peste en 1565 sans pouvoir publier le matériel entomologique qu'il avait réuni pour le sixième tome de son Histoire des Animaux. Il avait confié ses notes et les spécimens de ses collections à Edward Wotton, et à Thomas Penny.

Ce matériel, enrichi du travail préparatoire de Thomas Penny parvint à la mort de ce dernier  en dépôt entre les mains de son ami Thomas Moffet (Muffet, Moffet, Moufet) , qui en prépara une publication. Egalement frappé par la mort en 1604 avant de réussir à publier son ouvrage, ce dernier a été publié en 1634 sous le titre Insectorum sive Minimorum Animalium Theatrum. La page de titre ajoute après le titre "olim ab Edoardo Wottono, Conrado Gesnero, Thomaque Pennio inchoatum"  (d'après les ébauches rédigées autrefois par Edward Wotton (1492-1555), Conrad Gessner et Thomas Penny (1530-1588)), et on y fait aussi mention de Charles de l'Escluse ou Clusius, ce qui indique que toute la bande des amis de Guillaume Rondelet avait participé. Quant au londonien  Penny, qui avait étudié la médecine à Cambridge, il avait entrepris  de voyager pour rencontrer Gessner et Rondelet. Hélas, il atteint Zurich peu avant la mort de Gessner, le 13 décembre 1565 et Montpellier juste après la mort de Ronchelet.  Malgré les 80 années écoulées, des liens intellectuels et de fortes affinités relient le Theatrum Insectorum avec les publications des années 1550.

Il n'est donc pas étonnant que le terme Libella soit utilisé dans cet ouvrage, mais il sert désormais non plus à désigner la larve de libellule, mais l'ensemble des insectes 

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— MOFFET (Thomas) 1634 Insectorum, sive, Minimorum animalium theatrum. Londini : Ex officin typographic Thom. Cotes et venales extant apud Guiliel. Hope. 

Les libellules y occupent les pages 64 à 69. Elles sont classées en 8 Libellas Maximas, 6 Libellas Medias et 4 Libellas Minimas, soit 18 espèces.

Le paragraphe les concernant débute en plein texte au bas de la page 64  par une description générale :

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"Il faut maintenant dénombrer ces Mouches qui sont appelées en latin Mullei, Pavones et Libellae, et que les Grecs appellent Zygaena à cause de la ressemblance avec un poisson de même nom. En anglais ils sont nommés Adders, Boults, Dragon-flies, et Water-butterflies, et s'ils sont dits « papillons aquatiques », c'est parce qu'ils sont rarement observés dans les terres, mais toujours sur les eaux des rivières ou des étangs.

"Les Italiens les nomment Cevettoni; les Hollandais, Romdoubt: Ils ne diffèrent peu ou prou par leur formes, mais surtout par leur couleurs. Certains ont un corps qui ne mesure pas plus de deux onces de long, mais ils sont néanmoins longs et minces, en forme de pipe ou de trompe. Et on leur décrit trois parties : une tête, un thorax et le reste du corps qui forme une queue.

"La tête, avec deux grands yeux fureteurs, est de la même couleur que le reste du corps. Elle s'attache  à un cou très court, auquel les  deux pattes antérieures sont fixées, toutes les autres étant réunies au thorax. Les pattes postérieures sont les plus longues, les plus appropriées à sauter ou à maintenir le corps.

"Toutes ont des queues  fourchues par lesquelles, lors de l'accouplement, elles demeurent longtemps attachés. La plupart des naturalistes pensent que ces insectes prennent naissance à partir des vers qui poussent dans les joncs putrides ; ce que je tiendrais volontiers pour vrai, mais [à quoi servirait alors la copulation??] .   "

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La description se poursuit page 65 avant que ne débute la description particulière des  8 Libellas Maximas (pages 65 et 66), celle des 6 Libellas Medias (page 66 et 68) et celle des  4 Libellas Minimas (page 69).

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Maximae Libellae, Thomas Mouffet 1634 page 66

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Des planches sont illustrées des gravures sur bois aux figures non numérotées.

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Thomas Moffet, 1634, Insectorum sive minimorum animalium Theatrum page 67.

 

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Libellae mediae et minimae, Thomas Moffet, 1634, Insectorum sive minimorum animalium Theatrum page 68.

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En 1658 sera publiée, également à Londres,  la traduction en anglais du Theater insectorum de Moffet sous le titre The Theater of Insects, à la fin du The history of four-footed beasts and serpents de Topwell. Le terme latin de Libella n'est pas traduit et reste encore employé comme nom scientifique de cette famille d'insectes aquatiques;

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VI. LES NATURALISTES DU XVIIe ET XVIIIe REPRENNENT DANS LEURS DESCRIPTIONS LE NOM LIBELLA.

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L'apothicaire londonien James Petiver décrit dans son Musei Petiveriani de 1700 deux spécimen de Libella anglica page 64 . Sa n° 714 Libella Anglica media est comparée à la Libella media n° 6 de Moffet page 69 (sic) et sa n°715 Libella Anglica media est également rapportée à la Libella media I Moffet page 66. En 1701 ou 1703, trois Libella sont décrites page 84, sous le nom de Libella maxima et de Libella major, avec à nouveau des références aux illustrations et descriptions de Moffet.

 

 

En 1710; l'Historia insectorum de John Ray, publiée de façon posthume à Londres, décrira ses libellules page VII sous le nom de Libella seu Perla, 'Libella ou Perla" , et ses 23 espèces seront décrites par une phrase latine (diagnose) débutant par Libella. Elles renverront aux descriptions de Moffet. (exemple : Libella maxima vulgatissima, alis argenteis. Majorum tertia Moufetti

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CONCLUSION

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Le  zoonyme "Libella" a acquis ses lettres de noblesse au XVIIe et au début du XVIIIe siècle après avoir été employé par Thomas Moffet comme terme descriptif général des (futures) Odonates. Linné, qui utilisera surtout l'Historia insectorum de John Ray pour identifier ses propres spécimens et sa systématisation des libellules, reprendra naturellement ce terme.

Il ne suffira plus que les deux lettres UL pour que Libellula fasse son éclosion dans le royaume de l'Entomologie.

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ANNEXE. QUELQUES NOMS DES LIBELLULES DANS WIKTIONNAIRE.

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  • Albanais : pilivesë (sq)

  • Allemand : Libelle (de), Wasserjungfer (de)

  • Anglais : dragonfly (en)

  • Breton : nadoz-aer (br)

  • Catalan : libèŀlula (ca)

  • Cornique : nader-margh (kw)

  • Corse : filangrocca (co)

  • Croate : libela (hr)

  • Danois : guldsmed (da)

  • Espagnol : libélula (es)

  • Frison : blaujufferke (fy), blau-ynske (fy)

  • Gaélique irlandais : snáthaid mhór (ga)

  • Galicien : libélula (gl)

  • Gallois : gwas y neidr (cy)

  • Italien : libellula (it)

  • Néerlandais : libel (nl), waterjuffer (nl)

  • Norvégien (bokmål) : øyenstikker (no), øyestikker (no)

  • Norvégien (nynorsk) : augestikkar (no), augnestikkar (no)

  • Occitan : domaisèla (oc)

  • Polonais : ważka (pl)

  • Portugais : libélula (pt)

  • Roumain : libelulă (ro), calul-dracului (ro)

  • Suédois : trollslända (sv)

  • Tchèque : libela (cs), šídlo (cs), vážka (cs), vodováha (cs)

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SOURCES ET LIENS.

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1. Sur cet article.

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— "A l'origine du nom "libellule" : Rondelet 1558"

https://www.sylvestris.org/odonata/libella.htm

— AGUILAR (Jacques d'), DOMMANGET (Jean-Louis), 1998, Guide des libellules d'Europe et d'Afrique du Nord, Delachaux et Niestlé, 1998, p. 16.

— BELON DU MANS (Pierre), 1555, La nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraicts, représentez au plus près du naturel  / par Pierre Belon du Mans   A Paris. Chez Charles Estienne, Imprimeur ordinaire du Roy. M.D.LV

http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/consult.asp?numfiche=776&offset=102&numtable=B452346101_C1275&mode=3&ecran=0

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97301p/f91.image

 FLIEDNER (Dr. Heinrich), 2012,  "Wie die Libelle zu ihrem Namen kam",  Virgo, Mitteilungsblatt des Entomologischen Vereins Mecklenburg 15. Jahrgang (2012), Heft 1 H.: 5-9, 8 Abb., Schwerin.

http://www.entomologie-mv.de/download/virgo-15/virg%2015104%20Libelle_Namensherkunft.pdf

 

— GESNER, C. 1558 : Historiae Animalium Liber IIII, qui est de Piscium et Aquatilium animantium natura, cum iconibus singulorum ad vivum expressis. Froschover, Turici (= Zürich).

 

— GESNER, C. 1560: Nomenclator Aquatilium animantium. Icones animalium aquatilium in mari et dulcibus aquis degentium, plus quam DCC, cum nomenclaturis singulorum Latinis, Graecis, Italicis, Hispanicis, Gallicis, Germanicis, Anglicis aliisque interdum, per certos ordines digestae. Froschover, Turici (= Zürich).

 

JARRY, D. 1962: Die seltsame Geschichte des Namens »Libelle«. Ent.Z. 72: 60-62.

 

— KEMNER, N. A. 1942: Über die Herkunft des Namens Libella für die Odonaten sowie die ältere Geschichte dieses Namens. Lychnos. Lärdomshistorika Samfundets Årsbok 1942: 76-86.

 — MOFFET (Thomas) 1634 Insectorum sive minimarum animalium theatrum., olim ab Edoardo Wottono, Conrado Gesnero Thomaque Pennio inchohatum, tandem Tho. Moufetii Londinatis opera sumptibusque maximis concinnatum, auctum et perfectum et ad vivum expressis iconibus supra quingentis illustratum. Londini : Ex officin typographic Thom. Cotes et venales extant apud Guiliel. Hope,  Cap. XI. De Muscarum differentijs page 58

https://www.biodiversitylibrary.org/item/123182#page/88/mode/1up

 — MOFFET (Thomas), 1658,  The Theater of Insects: Or, Lesser Living Creatures, As, Bees, Flies, Caterpillars, Spiders, Worms, Ect., a Most Elaborate Work Edward Topsell, E. Cotes, 1658 - 242 pages. Publié à la suite de The history of four-footed beast :

The history of four-footed beasts and serpents describing at large their true and lively figure, their several names, conditions, kinds, virtues ... countries of their breed, their love and hatred to mankind, and the wonderful work by Edward Topsell ; whereunto is now added, The theater of insects, or, Lesser living creatures ... by T. Muffet ...1658.

https://archive.org/stream/historyoffourfoo00tops#page/n851/mode/2up

https://archive.org/stream/historyoffourfoo00tops#page/940/mode/2up

https://quod.lib.umich.edu/e/eebo/A42668.0001.001/1:14.11.1?rgn=div3;view=fulltext

NITSCHE, (Georg) ,1965: Die Namen der Libelle. (Wörterbuch der deutschen Tiernamen, hg.v. W. WISSMANN, Beiheft 3). Akademie-Verlag (Ost-) Berlin.

 

RONDELET, (Guillaume). 1554: Libri de piscibus marinis, in quibus veræ piscium effigies expressæ sunt. Bonhomme, Lugduni (=Lyon). page 389

RONDELET, (Guillaume). 1555: Gulielmi Rondeletii, Vniuersæ aquatilium historiæ pars altera, cum veris ipsorum imaginibus. Bonhomme, Lugduni (=Lyon), page 113

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97272x

—SALVIANI (Ippolito, ou Hippolytus Saluianus ), 1554, Aquatilium animalium historiae liber primus, cum eorumdem formis, aere excusis , Aretinus, Bernardus,  , illustration , Beatrizet, Nicolas,  , graveur ; Lafréry, Antoine, 1512-1577 , graveur, page 128-129 https://www.biodiversitylibrary.org/item/156187#page/276/mode/1up

— SCHÄFER, L. 1947: Deutsche Synonymik der Libelle. Diss.Univ.Marburg (masch.).

— ZUCKER (Arnaud), 2013, « Zoologie et philologie dans les grands traités ichtyologiques renaissants », Kentron [En ligne], 29 | 2013, mis en ligne le 22 mars 2017, consulté le 20 décembre 2017. URL : http://journals.openedition.org/kentron/702 ; DOI : 10.4000/kentron.702

.

2. Bibliographie des Odonates.

ZOONYMIE.

— CHARLESTON (Walter) (1619-1707), 1668, Onomasticon zoicon : plerorumque animalium differentias & nomina propria pluribus linguis exponens. Cui accedunt mantissa anatomica ; et quaedam De variis fossilium generibus. Londini : apud Jacobum Allestry ..., 1668.

Walter Charleton is best known today for his long paraphrase of the mechanical philosophy of Pierre Gassendi, known as Physiologia. He was a physician with strong royalist sympathies, a member of the Royal Society and an author. The name of the work displayed here, Onomasticon zoicon, means a dictionary of names of living things. It is a work on taxonomy and is the first English book to provide pictures of the English birds it describes and is indicative of the important role that physicians played in the study of natural philosophy.

— CHARLESTON (Walter) (1619-1707), 1677  Exercitationes de Differentiis & Nominibus Animalium. : réédition de l'ouvrage précédent. Voir page 39 Perla

https://archive.org/stream/bub_gb_DxEbaWZSsDgC#page/n61/mode/2up

http://reader.digitale-sammlungen.de/de/fs1/object/display/bsb10871319_00005.html

https://archive.org/stream/bub_gb_DxEbaWZSsDgC#page/n5/mode/2up

.

ALBARDA Herman 1889 Catalogue raisonné et synonymique des Névroptères, observés dan les Pays-Bas et dans les Pays limitrophes

http://www.eis-nederland.nl/Portals/4/pdfs/Albarda_1889.pdf

ANIMALBASE

http://www.animalbase.uni-goettingen.de/zooweb/servlet/AnimalBase/home/highergroup?id=59

http://www.animalbase.uni-goettingen.de/zooweb/servlet/AnimalBase/list/families?highergroup=59

— Jacques d'AGUILAR, Jean-Louis DOMMANGET et René PRÉCHAC. 1985. Guide des libellules d'Europe et d'Afrique du Nord. Delachaux & Niestlé. (341 pp.)

— BELIN-MILLERON, (J.), 1952,  « Les naturalistes et l’essor de l’humanisme expérimental (fin du XVIe, début du XVIIe siècle) ; de Rondelet au conseiller Peiresc ».Revue d’histoire des sciences et de leurs applications. 1952, tome 5 n°3, p. 222-233.

http://www.persee.fr/doc/rhs_0048-7996_1952_num_5_3_2944

 FLIEDNER (Dr. Heinrich), Die wissenschaftlichen Namen der Libellen in Burmeisters ‘Handbuch der Entomologie’ Non consulté hélas.

http://www.entomologie-mv.de/download/virgo-9/Virgo%200902%20Die%20wissenschaftlichen%20Namen%20der%20Libellen%20in%20Burmeisters.pdf

GEOFFROY (Etienne-Louis), 1762,  Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris. Chez Durand, à Paris 1762, in-4 (4) xxviij, 523pp. et (4), 2 volumes reliés.

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GEOFFROY (Etienne-Louis), 1799 Histoire abrégée des insectes, dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique. Tome 2 / par M. Geoffroy, C. Volland / Rémond (Paris)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1043241t/f227.image

http://archive.org/stream/histoireabrg02geof#page/216/mode/2up/search/sylvie

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LA CHESNAYE-DES BOIS (François-Alexandre Aubert de)  Dictionnaire raisonne et universel des animaux ou le regne animal etc, Volume 2  chez Claude-Jean-Baptiste Bauche, 1759 page 19

LEEUWENHOEK (Antoni van), 1695, Arcana naturae detecta, 1695 page 18

https://archive.org/stream/gri_arcananatura00alee#page/n33/mode/2up

— LINNÉ (Carl von,) 1746, Caroli Linnaei medic. & botan. prof. Upsal ... Fauna Svecica, sistens animalia Sveciae regni : Quadrupedia, Aves, Amphibia, Pisces, Insecta, Vermes, distributa per classes & ordines, genera & species, cum differentiis specierum, synonymis autorum, nominibus incolarum, locis habitationum, descriptionibus insectorum.Stockholmiae :Sumtu & literis Laurentii Salvii,1746. Bergquist, Carl, 1711-1781 , graveur. Leche, Johan, 1704-1764 , ill. 

https://www.biodiversitylibrary.org/item/129804#page/261/mode/1up

— LINNÉ ( Carl von,) 1758, Caroli Linnaei...Systema naturae per regna tria naturae :secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Holmiae : Impensis Direct. Laurentii Salvii, 1758-1759. pages 543-546.

https://www.biodiversitylibrary.org/page/727383#page/565/mode/1up

— LINNÉ ( Carl von,) 1764, Museum Ludovicae Ulricae reginaeSuecorum, in quo animalia rariora , exotica imprimis insecta et conchilia describuntur, etc. Holmiae, l764 , 2 t. en 1 vol. in-8.

— LINNÉ (Carl von), 1736, Animalia per sveciam observata, Acta literaria et scientiarum Sveciae, volume 4, Uppsala pages 97-138.

http://linnean-online.org/119957/

— LINNÉ (Carl von)  Caroli Linnaei ... Oratio de necessitate peregrinationum intra patriam : ejusque Elenchus animalium per Sueciam observatorum. accedunt Johannis Browallii Examen epicriseos Siegesbeckianae in systema plantarum sexuale. et Johannis Gesneri ... Dissertationes de partium vegetationis et fructificationis structura

https://books.google.fr/books?id=EhAAAAAAQAAJ&pg=PA77&lpg=PA77&dq=Libellula+alis+argenteis,+cauda+forcipata&source=bl&ots=S1aRpmRySJ&sig=XwiR695hPt5kIaoLEHnA-4USEUs&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiTsp7CupbYAhWLLVAKHTCzDSYQ6AEIMzAD#v=onepage&q=Libellula%20alis%20argenteis%2C%20cauda%20forcipata&f=false

NATIONAL HISTORY MUSEUM

http://www.nhm.ac.uk/our-science/data/uk-species/species/calopteryx_splendens.html

— OLIVIER (Guillaume-Antoine) 1792  l'Histoire Naturelle des Insectes t. VII (Encyclopédie méthodique des Insectes T. Panckoucke, Paris) pages 555-572.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/32568#page/563/mode/1up

—  RÉAUMUR. (René-Antoine Ferchault de), 1738 Mémoires pour servir à l'histoire des insectes, Imprimerie Royale, Paris ; tome IV, tome 4, Histoire des gallinsectes, des progallinsectes et des mouches à deux ailes dessinateurs et graveur Cl. Lucas, Filloeul, Haussard, Pl. 10, dépl., p. 160. Fig. 4 à 6 : mouche demoiselle à deux ailes.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b23002913/f12.item

—  RÉAUMUR. (René-Antoine Ferchault de), 1742, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes, Imprimerie Royale, Paris. Tome VI    11e mémoire, Des mouches à quatre aisles nommées demoiselles.  page 387-456.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k99228x/f504.image

TAXONOMICON

http://taxonomicon.taxonomy.nl/TaxonTree.aspx?src=1002&id=17481

Toussaint von Charpentier, 1840, Libellulinae europaeae descriptae ac depictae

L. Voss, 180 pages

https://books.google.fr/books?id=DoIwvgAACAAJ&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

WIKIPEDIA Neuroptera in the 10th edition of Systema Naturae

 

https://en.wikipedia.org/wiki/Neuroptera_in_the_10th_edition_of_Systema_Naturae

— Wissmann, Wilhelm [Hrsg.], Wolfgang Pfeifer und Georg Nitsche:

Wörterbuch der deutschen Tiernamen. Beihefte 1 - 4: Käfer. Schabe. Die Namen der Libelle. Spanische Fliegen und Maiwürmer. Deutsche Akademie der Wissenschaften zu Berlin. Institut für deutsche Sprache und Literatur.


Berlin: Akademie Verlag, 1963-66. 33, 40, 41, 39 S.

 

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
16 décembre 2017 6 16 /12 /décembre /2017 22:53

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En 1602, le médecin, collectionneur et naturaliste Ulysse Aldrovandi publia à Bologne le premier ouvrage d'Entomologie au monde. Il y décrivit, sous le nom de "Perles", et accompagnées de planches gravées, 21 espèces de Libellules. Un nombre impressionnant, puisque Linné, en 1758, n'en décrivit que 18. La valeur fondatrice de cette publication mérite donc, plus qu'un rapide coup d'œil, un examen attentif.

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LA PUBLICATION.

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https://archive.org/stream/deanimalibusinse00aldr#page/302/mode/2up

https://www.biodiversitylibrary.org/item/10277#page/565/mode/1up

De animalibus insectis libri septem : cum singulorum iconibus ad viuum expressis / autore Ulysse Aldrovando ... ; ad sereniss: Franc. Mariam Secundum ...1602
Liber secundus de Insectis

Idem  Bonon : Apud Clementem Ferronium, 1638

J'ai tenté une traduction très provisoire, dont on se gaussera ; mais elle cédera volontiers la place à celle d'un latiniste.

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DE PERLIS VULGO DICTIS. CAP. X

Perlas vulgus nostrum vocat eiuscemodi volatilia insecta, a capitis, ut arbitror, cum rotunditate, quae perlam sive unionem aemulatur, tuum splendore nam speculi fere instar receptas extra recipit imagines.

"Nous appelons en langue vulgaire "Perles" ces insectes volants, d'après leur tête, du moins je le pense, dont la rondeur égale ou rivalise avec celle des perles, ..."

ln Lombardia Cevettoni dicuntur, ab Hollandis, ut audio, Romboudt. Volatum exercent velocissimum, alis nimirum preditae longis, robustis, cartilagineis, quatuor.

"On les nomme Cevettoni en Lombardie, et en Hollande Romboudt, comme je l'ai entendu."

"Ces insectes volent très vite, grâce à quatre ailes longues, puissantes et cartilagineuses."

 

Pomeridiano & antemeridiano tempore , nonnunquam solae plerumque ; gregatim volitant, raro alte saepissime praeter humum invicem occurentes , meridie , ardente maxime fole quiescunt, stipiti cuidam, si nancisci licet infidentes, unde natum rusticum proverbium est, « la Perla va a' sticchi », indicans prandendi tempus esse.

"Le matin et l'après-midi, seuls parfois, mais en général par troupes, ils volent, rarement très haut, mais à midi, quand le soleil chauffe le plus, ils se reposent, d'où le proverbe rustique "la Perle va déjeuner", indiquant par là qu'il est l'heure du repas.", 

Perlarum multa sunt genera, ut mirum plane sit veteres non meminisse tam frequentium, & vulgo notissimorum animantium. Differunt inter se corporis, ac alarum magnitudine; coloreque ; nec non caudae extremitate que cum plerisque ; sit bifurcata, in quibusdam tamen obtusa est, & bifurcatione caret.

"Les Perles sont de différentes sortes ;[...] Ils différent soit par leur taille, soit par la longueur des ailes, soit par leurs couleurs, mais aussi par la forme de leurs queue, car si elle est fourchue dans la plupart des cas, cette fourche en crochet peut manquer parfois."

Aliae rursus antennas habent, aliae ilis destituuntur.  Postremo loco differunt. Sunt enim, quas nisi prope aquas reperias, caeruleo fere corpore.

 "Certains au contraire ont des antennes, certains en sont dépourvus. En dernier lieu, ils diffèrent par leur habitat. Ils sont de couleur bleue azur sur presque tout le corps, non à proximité de l'eau."

Omnibus hoc commune est, ut quatuor habeant alas, alvum vero admodum proceram, quae tamen in volatu nihil prorsus incurvatur, cum alioqui curuetur facile, si manibus contrectes : quin & mas quando femellae coit plurimum incurvatur. Coeunt autem more Muscarum faeminae mare insidente, & membrum faeminae sursum immittentis recipicnte. Tenacissime coeuntes inuicem haerent , saepiusque per agros coherentes volare cernuntur. Aestate vere, ac autumno cernuntur hyeme latent,vel moriutur.

"Ce qui est commun à toutes, c'est d'avoir quatre ailes,  un abdomen en général très long,  mais qui cependant s'incurve en vol, et [...] et encore fermement attachés l'un à l'autre on les voit souvent voler ainsi collés dans les prairies. Ceci est vrai en été, car avec l'automne et l'hiver ils meurent".

 

 

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De Perli vulgo dictis, Ulysse Aldrovandi, De animalibus Insectis libri septem caput X, page 302

 

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Planche page 303 : 10 espèces décrites page 304.

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https://archive.org/stream/deanimalibusinse00aldr#page/304/mode/2up

1. — Prima earum, quae a me observatae sunt, & binis tabulis depictae exhibentur, ex mediocribus est, capite & toto corpore ruffis, alis candidis, extremo macula nigra notatis, pedibus nigris.

"La première espèce que j'ai observé et représenté sur la Planche suivante, est de taille moyenne, la tête et tout le corps de couleur rousse, les ailes blanches, les taches des extrémités noires, et les pattes noires.

2.— Secunda capite perlam, sive unionem nequaquam refert. Non rotundum est, sed acutum. Oculos habet enormis magnitudinis, subcaeruleos. Pectus admonum crassum ; alvum proceram, tenuem, Tota lutescit, nigrosque ut pictura expressit, maculatur. Alae sunt subcaeruleae.

"La seconde ... Elle n'est pas arrondie, mais pointue. Les yeux ont une taille énorme, bleuâtres. Le thorax presque entièrement épais ; l'abdomen long et étroit entièrement coloré de taches  jaune et noires comme l'indique la figure. Les ailes sont bleuâtres."

3.— Tertia alas habet breves, ad subcaeruleum inclinantes, alvum longissimam, tan subtilem, ut mirum sit, quomodo eam regere possit. Oculi quoque ut in proximo, maximi, sed caput orbiculatum. Infra candicat, per dorsum superne ad latera lutescit, in medio ferrugineo colore est. Antennas habet, admodum breves sub lavas.

"La troisième a les ailes courtes, penchant vers le bleu, l'abdomen très long, et si ténue qu'on se demande comment c'est possible. Les yeux très grands, mais.... Le dessous blanc, de couleur ferrugineuse au milieu.Elle a des antennes, généralement courtes.

4.— Quarta ex mediocrium genere est, corpore toto purpureo, aureis zonis undique inter distincto, alis plane argenteis, nigro maculatis.

"La quatrième est des plus moyennes, tout son corps est rouge pourpre, avec des zones dorées. Les ailes argentées, les taches noires."

 

5.— Quinta alas quoque habet argenteas, sed non tam resplendentes. Maculam in extremo singulas habent nigricantem. Corpus totum aurei fere coloris est, nigricantibus zonis interstinctum. Pedes sunt atri.

"Les ailes de la cinquième sont argentées, mais ne sont pas aussi resplendissantes. Les taches des extrémités sont noirâtres. Le corps est presque entièrement doré, strié de raies noirâtres. Les pattes sont noires."

6.— Ex maximis est, quae sexta in hoc ordine depingitur, speciosa ac elegans Perla, capite, pectore, ac dorso viridis, alvo tota caerulea, per quam linea fertur a dorso ad extremum usque aterrima. Alae cinereae sunt, pedes nigri.

"La sixième est la plus grande de celles qui sont représentées. La tête, le thorax et le dos de cette Perle précieuse et élégante  sont verts, l'abdomen totalement bleu, traversé par une ligne très noire. Les ailes sont cendrées, les pattes noires."

7.— Septima oculos habet virides, tota lutea, nigro maculosa.

"La septième a des yeux verts, elle est toute jaune, avec des taches noires"

 

8.— Minimarum genere est octava, alas habens argenteas, corpus viridescens.

La huitième est la plus petite du genre, elle a des ailes argentées, et le corps verdâtre.

9.— Nona ex maximis est, capite, dorsoque viridis, alvo dilute flava, primum crassa, dein tenui, alis fine maculis.

"La neuvième est très grande, sa tête et son dos est vert, l'abdomen d'un jaune délavé, d'abord épais, puis fin, les ailes ont des taches fines."

10. — Decima, ac postrema toto corpore est flavo, nigro interstincto, pedibus etiam flavis, alis cinereis splendidis.

"La dixième, dont tout le corps est presque entièrement jaune avec des traits noirs a les pattes jaunes et de splendides ailes cendrées."

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https://archive.org/stream/deanimalibusinse00aldr#page/302/mode/2up/search/perlis

https://archive.org/stream/deanimalibusinse00aldr#page/302/mode/2up/search/perlis

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Les deux espèces de la page 304.

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Ex vulgarium genere sunt,due istae separatim picta, quod praecedens tabula eas non caperet, prior alas habet subflavas, & corpore toto flavo est exceptis zonis, quae sunt ferrugineae. Altera tota viridis est, maculis quatuor candidis in alarum extremitatibus .

"Les deux qui sont représentées ici, parce qu'il n'y avait plus de place sur la première planche, sont d'un genre assez quelconque.

La première a les ailes jaunes pâles, le corps entièrement jaune excepté les marques rougeâtres.

L'autre est toute verte avec quatre taches blanches à l'extrémité des ailes. "

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Les 9 espèces de la planche page 305 (décrites page 304 inf.)

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— 1. Primo loco picta in secunda tabula, ex iis est, quae circa aquas volirat. Alas habet breves, & latas, primum virides, deinde caeruleas, cuius coloris quoque totum est corpus a capite ad anum usque, .praeter oculos, & pedes, qui atri sunt . Oculos autem habet enormiter magnos ac prominentes. Alvus in exilem acutiem, velut acum desinit.

"C'est qui est figurée en premier sur la seconde planche est de celles qui volent autour des zones aquatiques. Elle a les ailes courtes et larges d'abord vertes, puis bleues , couleur également de tout son corps de la tête à l'anus, sauf les yeux et les pattes qui sont noires. Les yeux sont extrêmement grands et proéminents. L'abdomen est très pointu à son extrémité, comme la pointe d'une aiguille."  

—  2. Secunda etiam aquas prosequitur, toto corpore viridi, nigris, exiguis zonis distincto. Oculi protuberant. Alae qua corpori haerent argenteo colore,& splendore micant, dein caeruleae sunt , & argenteis venis resertae .

"La deuxième vit aussi au voisinage de l'eau, l'ensemble du corps est vert, noir, avec des marques étroites. Les yeux sont protubérants. Les ailes qui ont la couleur argentée du corps, et un éclat splendide, sont ensuite bleu azur traversées de nervures argentées."

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—  3. Tertia minimarum generis pedes habet longissimos , Aranearam pedibus non dissimiles, sed admodum exiles. Corpore, alisque ex luteo subalbidis est cauda simplici.

"La troisième appartient aux plus petites. Elle a les pattes extrêmement longues, proches de celles des araignées, mais entièrement minces. Le corps et les ailes sont d'un jaune très pâle."

—  4. Quarta ex minimis est, tota fere viridis, sed a lateribus tergoris lutea. Oculi candicant . pedes nigri sunt.

"La quatrième est la plus petite, elle est presque complètement verte, mais avec des bords jaunes. Les yeux sont blanchâtres et les pattes noires."

 

—  5. Quinta cum secunda admodum similis, pariter aquas petit,aluo caerulea, pectore viridi, alis primum argenteis, deinde caeruleis.

"La cinquième est semblable à la deuxième, se plait dans la proximité de l'eau, a l'abdomen bleu, le thorax vert les ailes d'abord argentées, puis bleues."

—  6. Sexta ex maximis est,capite & pectore viridibus, dorsi lateribus, ubi alae enascuntur, nigris, alvo longa, caeruIea, quam nigra linea lata coloris aterrimi mediam dissecat. Pedes atri sunt .

"La sixième est parmi les plus grandes, la tête et le thorax vert les cotés du dos où les ailes virent au noir, l'abdomen long et bleu traversé par une ligne médiane noire Les pattes sont noires.

—  7. Septima mediocrium generis toto corpore viridi, aurum resplendente. In dorso nigricat: ale cinereae sunt, & argenteo micant.

"La septième est de taille moyenne, tout son corps est vert, aux reflets d'or. Son dos est noir. Les ailes sont gris-cendré avec des éclats argent."

—  8. Octava alvum habet obtusam, ac minime bifurcatam, toto corpore ferrugineo, alis candidis, a latere ferrugineis .

"La huitième a l'abdomen étroit, à peine fourchu, tout le corps rougeâtre, les ailes blanches, couleur rouille sur le coté."

— 9. Nona, ac postrema aluo est crassa, & brevi, lutea, nigris circundata Zonis , capite, pedibus, dorso, & alarum principiis ferrugineis. Alearum caetera candicant.

"La neuvième et dernière a l'abdomen épais, court, jaune avec des marques circulaires noires, la tête, les pattes, le dos  et le début des ailes rougeâtres, le reste des ailes blanc". 

 

 

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https://archive.org/stream/deanimalibusinse00aldr#page/304/mode/2up/search/perlis

https://archive.org/stream/deanimalibusinse00aldr#page/304/mode/2up/search/perlis

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II. RÉCEPTION.

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A la fin du XVIIe siècle, James Petiver s'y réfère aux pages 67 et 84 de son Musei Petiveriani pour les cinq espèces de Libella qu'il décrit

https://books.google.fr/books?id=vp05AAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q=libella&f=false

Linné FS ou SN ne s'y réfère pas .

https://www.biodiversitylibrary.org/item/129804#page/262/mode/1up

Néanmoins, il n'est pas possible pour les entomologistes  d'établir des identifications sûre  des 21 espèces décrites par Aldrovandi.

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III. COMMENTAIRES ZOONYMIQUES.

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Cette publication, la première au monde en Entomologie et donc en Odonatologie, indique les noms suivants : le nom latin Perla, le nom italien (Lombardie) Cevettoni, et le nom néerlandais Romboult.

Le nom PERLA ne fut pas repris, notamment par Thomas Moffet en 1634,  hormis en citation avec des qualificatifs laissant entendre que le mot n'est pas utilisé : "Libellis, Perlis Italis dictis" (Libellae, les Italiens disent Perlis) puis  "Libellae, nonnullis Perlae" (Libella, ou Perlae pour quelques-uns") pour John Ray en 1710.

En 1762, Geoffroy l'a utilisé pour baptiser les Phryganea  de Linné (Névroptères). Il est réservé aujourd'hui aux PLECOPTÈRES (Plecoptera).

Mes recherches n'ont pas abouti pour attester l'usage du nom "CEVETTONI" en Italien.

L'exploration du nom ROMBOUDT m'évoque les noms vernaculaires attestés par les auteurs anglais : ADDER BOULTES  chez Mouffet, ADDERBOLT chez Petiver (I have observed this beautiful Adderbolt in Cane-Wood, p. 84), et chez John Ray. Adder signifie serpent, vipère. Le néerlandais Swammerdam désigne ses libellules sous le nom de Rombouten (ici page 69), terme aujourd'hui attribué à la famille des Gomphidae, et se déclinant en Beekrombout , Plasrombout, Rivierrombout. Le nom bolt anglais, bout néerlandais, bolzen allemand désigne le trait ou carreau d'arbalète (ou le verrou). Selon Snellen van Vollenhoffen Rombouten est une forme corrompue de Korenbouten, de Koren "épi" et Bouten "flêche", ces insectes rapides comme les flêches se reposant sur les épis... 

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En somme, après une longue journée de travail, ma récolte zoonymique est maigre. Mais c'est comme cela que la science progresse, non ? Et ce sera la première transcription et la première traduction (si on veut) de ce texte fondateur de l'odonatologie, en ligne. 

Champagne !

 

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SOURCES ET LIENS.

Ma bibliographie :

http://www.lavieb-aile.com/2018/01/la-bibliographie-de-mes-articles-de-zoonymie-des-odonates.html

Thomas Mouffet 1634

https://www.biodiversitylibrary.org/item/123182#page/94/mode/1up

Petiver, Musei petiveriani

 

https://books.google.fr/books?id=vp05AAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q=libella&f=false

John Ray 1710

https://archive.org/stream/historiainsector00rayj#page/46/mode/2up

Linné, Fauna suecica

https://www.biodiversitylibrary.org/item/129804#page/263/mode/1up

Linné, Systema naturae 1758

https://www.biodiversitylibrary.org/page/727383#page/566/mode/1up

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
12 décembre 2017 2 12 /12 /décembre /2017 22:41

La Vierge allaitante (bois polychrome, début XVIe siècle) de la chapelle de de Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Ma Journée du patrimoine 2017.

 

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Les Vierges allaitantes, ça me connait ! J'ai rédigé 13 articles sur les statues du Finistère représentant ce thème :

Liste à laquelle on peut ajouter ces articles :

 

 

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Aussi, j'ai profité des Journées du Patrimoine pour aller rendre visite à la Vierge allaitante de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre, en pleines Côtes d'Armor. 

 Il s'agit d'une œuvre du XVIe siècle  classé au titre objet le 12/09/2013. 

Trouver la chapelle ne fut pas difficile, c'était fléché :

 

 

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Plaque du Touring club rue des écoles à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Plaque du Touring club rue des écoles à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Cette Vierge  est assise sur une cathèdre et tient son Enfant sur le bras droit ; elle lui offre le sein gauche, qui s'échappe par une échancrure de son surcot, en présentant son téton entre index et majeur dans  un geste familier aux jeunes mères. Le bustier bleu est lisse, ajusté, à décolleté arrondi, et se prolonge sous la fine ceinture dorée par une robe de même couleur, mais plissée. Deux chaussures noires se dévoilent sous la bordure. La chemise blanche est visible aux poignets. Un manteau couleur chocolat couvre l'épaule droite et les genoux.

Le visage est encadré par deux nattes torsadées, sans voile ni bandeau. Le regard un peu triste et éteint de la Vierge  est légèrement dirigé vers le bas plutôt que tourné vers son Fils.  Deux anges en aube blanche viennent poser sur sa tête une couronne à fleurons.

L'Enfant est nu, aux traits peu expressifs ; l'un de ses bras est cassé, mais la main gauche se pose tendrement sur la poitrine de la maman. 

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Vierge à l'Enfant donnant le sein (bois polychrome, XVIe siècle), chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Vierge à l'Enfant donnant le sein (bois polychrome, XVIe siècle), chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Vierge à l'Enfant donnant le sein (bois polychrome, XVIe siècle), chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Vierge à l'Enfant donnant le sein (bois polychrome, XVIe siècle), chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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SOURCES ET LIENS

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— COUFFON (René), 1936, Quelques notes sur les origines de Châtelaudren et les peintures de la Chapelle N.-D. du Tertre - In: Bulletins et mémoires. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord vol. 68 (1936) p. 145-157

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4413156/f175.image

http://www.infobretagne.com/chatelaudren-notredame-du-tertre.htm

— COUFFON (René), 1938, Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Treguier  In: Bulletins et mémoires. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord vol. 70 (1938) p. 1-210

— COUFFON (René), 1940, Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) et Tréguier  In: Bulletins et mémoires. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord vol. 71 (1940) p. 1-265.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6562107x/f29.image


— COUFFON (René), 1941, Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) et Tréguier In: Bulletins et mémoires. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord vol. 72 (1941) p. 1-246

 

— COUFFON (René), 1946, Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) et Tréguier  In: Bulletins et mémoires. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord vol. 76 (1946/47) p. 163-204

 

— COUFFON (René), , 1966, Notes sur quelques vierges-mères conservées en Basse-Bretagne In: Bulletins et mémoires. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord vol. 94 (1966) p. 84-89

INFOBRETAGNE : retranscription de COUFFON 

http://www.infobretagne.com/chatelaudren.htm

 

— MES JOURNEES DU PATRIMOINE CHRISTIAN Le GAC 2015

http://www.christianlegac.com/2015/09/mes-journees-du-patrimoine-2015.html

— BASE PALISSY.

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=REF&VALUE_98=PM22000109

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=DENO&VALUE_98=statue&NUMBER=36&GRP=180&REQ=%28%28statue%29%20%3aDENO%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=3&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=200&MAX3=200&DOM=Tous

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Published by jean-yves cordier
12 décembre 2017 2 12 /12 /décembre /2017 21:55

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La grande peinture à l'huile sur bois qui occupe le mur oriental du début du bras droit du transept, ou "chapelle aux hommes" n'est pas facile à photographier sans éclairage adapté, car elle est dans une relative obscurité et soumise aux reflets brillants d'une lumière latérale, celle de la verrière sud ou baie 6. Néanmoins, c'est une œuvre  intéressante et c'est un émouvant ex-voto.

Elle mesure 1,70 m sur 1,30 m. Elle est classée au titre d'objet depuis le 07/12/1989.   

Le tableau date du deuxième quart du XIXe siècle et a été réalisé à la demande "d'un marin faisant partie de l'équipage [qui] a fait peindre et placé cet ex-voto pour l'accomplissement de son voeu" (inscription). Il est attesté en 1864 par un auteur qui mentionne qu'il était accompagné par "tous ces petits navires suspendus en ex-voto aux voûtes du sanctuaire. 

(*) On la trouve parfois attribuée à Pierre Vasserot (1887-1959)artiste peintre de Binic, mais les dates ne correspondent pas.

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J'en donnerai d'abord l'inscription votive, qui nous raconte son histoire :

 

Naufrage du brick La Perle le 27 mai 1836, en allant à Terre-Neuve, ce bâtiment battu par la tempête, reçut à 8 h du matin un coup de mer si violent qu'il fut chaviré

Au point que la carlingue fut éventrée, les vergues enfoncées plus de cinq pieds dans l'eau et tout ce qui se trouva sur le pont, emporté avec 8 hommes d'équipage ; dans cet état de détresse,

Où tout secours humain était impuissant, on eut recours au ciel, on invoqua MARIE, et tout l'équipage fit un voeu à la mère de Dieu qui exauça sur le champ leur prière. La STE VIERGE toute

Brillante de lumière redressa tout à coup le navire et daigna apparaître visiblement à un jeune enfant de l'équipage, qui en la voyant, s'écria qu'il voyait une belle dame redresser le bâtiment avec son bras.

UN MARIN FAISANT PARTIE DE L'EQUIPAGE A FAIT PEINDRE ET PLACER CET EX-VOTO POUR L'ACCOMPLISSEMENT DE SON VOEU

 

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Naufrage du brick La Perle le 27 mai 1836 (huile sur bois), chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Naufrage du brick La Perle le 27 mai 1836 (huile sur bois), chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Naufrage du brick La Perle le 27 mai 1836 (huile sur bois), chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Naufrage du brick La Perle le 27 mai 1836 (huile sur bois), chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Naufrage du brick La Perle le 27 mai 1836 (huile sur bois), chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Naufrage du brick La Perle le 27 mai 1836 (huile sur bois), chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le tableau montre un navire à deux mâts. Le mât de misaine en avant est le plus petit, il porte trois voiles déchirées :  une voile de misaine ; un petit hunier ou hunier de misaine ; et un  ou perroquet de misaine. Au pied du mât, un garçon agenouillé tend un bras vers la Vierge qui lui apparaît dans les nuées, un rai de lumière irradiant de sa main. En avant, le beaupré, où un foc affalé est sommairement amarré.

En arrière, dans la partie moins visible, le grand-mât, avec ce qu'il reste de la grand-voile, du grand hunier que deux matelots tentent de ferler, et du grand perroquet.

Un homme est à la mer en bas à droite.

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Naufrage du brick La Perle le 27 mai 1836 (huile sur bois), chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Naufrage du brick La Perle le 27 mai 1836 (huile sur bois), chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Plusieurs informations complémentaires peuvent être rassemblées (mais non vérifiées).

Le brick la Perle, de Portrieux, faisait route par gros temps vers Terre-Neuve, transportant du bois et du brai destinés à la réparation et au calfatage des bateaux bretons mouillés là-bas pendant le séchage de la morue. L'équipage se composait de huit hommes. Ce n'était pas un voilier terre-neuva se consacrant à la pêche à la morue.

Un brick est un voilier à deux mâts exclusivement : un grand mât (arrière) et le mât de misaine plus petit à l'avant, gréé entièrement en voiles carrées, avec une brigantine à l'arrière.

L' armateur se nommait  Goullé, son capitaine Michel.

Le mousse du bord, âgé de 12 ans, portait le nom de Jean Larcheveur, d'Étables-du-mer.

Sa tante, sœur de sa mère, une dame Guérin habitant Étables-sur-Mer, se nomme  Anne-Thérèse Guérin, et a été  récemment canonisée à Rome, le 15 octobre 2006, par le pape Benoît XVI, sous le nom de Mère Théodora. En effet, née à Étables-sur-Mer le 2 octobre 1798,  elle entra en religion dans la congrégation des Soeurs de la Providence, à Ruillé-sur-Loire, le 8 septembre 1825, sous le nom de Théodora et, six ans plus tard, prononce ses voeux perpétuels. Les capacités d'éducatrice et l'apostolat dont elle témoigne attirent sans tarder l'attention de sa hiérarchie qui la nomme supérieure de l'Œuvre. En 1840, elle est envoyée aux États-Unis dans une zone sauvage où sévit une extrême pauvreté. Il s'ensuit des dissensions avec l'évêque qui aboutissent à la rupture de l'Ordre avec la Mission américaine. Soeur Théodora devient alors supérieure générale et fonde la communauté des Soeurs de la Providence de Saint Mary of the Woods. En dépit des incompréhensions qui l'opposent au prélat, elle crée des écoles un peu partout dans l'Etat de l'Indiana, où elle meurt le 14 mai 1856 en odeur de sainteté. 

http://www.letelegramme.fr/ar/viewarticle1024.php?aaaammjj=20071104&article=1504061&type=ar

https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9odore_Gu%C3%A9rin

http://www.archindy.org/guerin/

L'un des membres de l'équipage se nommait Jean-Louis Houard (époux de Françoise Le Fèvre), marin de Pléguien, décédé en 1836 lors du naufrage.

 

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Naufrage du brick La Perle le 27 mai 1836 (huile sur bois), chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Naufrage du brick La Perle le 27 mai 1836 (huile sur bois), chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Naufrage du brick La Perle le 27 mai 1836 (huile sur bois), chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Naufrage du brick La Perle le 27 mai 1836 (huile sur bois), chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Un doublon à St-Quay-Portrieux ?

Un tableau de titre analogue est signalé à la chapelle de Notre-Dame-de-la-Garde à Kertugal.

"Le tableau intitulé Le Naufrage de la perle, de 2,70 x 1,80 domine l'autel et illustre un péril en mer vécu par le brick La Perle armé pour la grande pêche, dans le port de Saint-Quay. « En route vers Terre-Neuve, le bateau a essuyé une tempête en 1836. Il chavire, les hommes sont à la mer. La Vierge est apparue à un jeune mousse de l'équipage, Jean de Larcheveur et l'équipage fut sauvé. Cette peinture à l'huile rénovée en 2008 est un remerciement des marins. "

Pourtant, l'auteur du site ex-voto-marin.net remarque :" Il semblerait pourtant que ce tableau date de 1835, soit un an avant le naufrage de "La Perle". De plus, le navire représenté est un trois-mâts et non un brick. Alors cette oeuvre était-elle destinée initialement à une autre fortune de mer et a-t-elle finalement usitée pour commémorer celle de "La Perle" ?.."

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SOURCES ET LIENS.

http://sallevirtuelle.cotesdarmor.fr/inventaire/binic/Geoviewer/Data/HTML/Ill-07_22_06458_NUCA.html

http://sallevirtuelle.cotesdarmor.fr/inventaire/binic/Geoviewer/Data/html/IA22007936.html

http://artetculturearoscoff.over-blog.com/article-du-13-au-24-mai-exposition-pierre-vasserot-48668094.html

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Lantic&NUMBER=1&GRP=0&REQ=%28%28Lantic%29%20%3aLOCA%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=3&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=200&DOM=Tous

https://chapellelantic.weebly.com/

http://sallevirtuelle.cotesdarmor.fr/inventaire/binic/Geoviewer/Data/HTML/IM22005564.html

— Abbé Jean Kerlévéo, Paimpol au temps d'Islande, Lyon, Chronique Sociale de France, 16, rue du Plat, 1944, 2 vol. in-8°, xin-348 et 426 pages.

 — EX-VOTO-MARINS.NET 

https://www.ex-voto-marins.net/pages/lieupage22Saint-Quay-Portrieux.html

https://www.ex-voto-marins.net/images/photos22/22Saint-Quay-Portrieux-Chapelle-ND-la-Garde-Kertugal-Tableau-La-Perle01.jpg

 

— BINIC GRANDE PECHE

http://sallevirtuelle.cotesdarmor.fr/inventaire/binic/Geoviewer/Data/HTML/IM22005527.html

— ETABLE-SUR-MER

http://sallevirtuelle.cotesdarmor.fr/inventaire/etables/Geoviewer/Data/HTML/IM22005610.html

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Published by jean-yves cordier
10 décembre 2017 7 10 /12 /décembre /2017 14:26

Le saviez-vous ? Depuis 1885, le second C de COCA-COLA se prolonge, dans le monde entier, par un ruban qui se faufile dans la boucle du L, dans l'élégante police de correspondance commerciale "Spencerian" utilisée par Frank Mason Robinson. C'est lui qui vient ici étendre un auvent sur les trois dernières lettres de Cour.  Rien à voir avec notre sujet, comme la blague du Carambar  ou les vignettes des Malabar n'ont rien à voir avec la confiserie. J'espère seulement désaltérer vos gosiers secs par cette graphie.  

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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"Haut-lieu de pèlerinage et joyau de l'architecture bretonne, la chapelle Notre-Dame de la Cour, à Lantic, figure, avec notamment la cathédrale de Saint-Brieuc et l'abbaye de Beauport à Kérity-Paimpol, parmi les édifices religieux des Côtes-d'Armor classés monuments historiques. Commencée au XVe siècle sous le règne de Jean V, duc de Bretagne, sa construction s'est achevée durant celui de François II avec la collaboration artistique de l'évêque de Saint-Brieuc, Jean Prigent, dont les armes s'inscrivent sur le pignon extérieur. Sous la Révolution, en 1790, le sanctuaire connut plus de ravages qu'il n'en avait subis au cours des trois siècles précédents. À l'aide de marteaux, des groupes d'exaltés brisèrent la plupart des vitraux offusquant leurs idées. Deux des trois cloches qui rythmaient la vie quotidienne furent décrochées et envoyées à Saint-Brieuc. Quant aux statues représentant les douze apôtres dans des niches extérieures, elles furent brisées. Cent ans plus tard, une partie de la toiture disparaissait à son tour en même temps que la chaire et l'autel lors d'un incendie accidentel."
"Le vitrail, composé de plusieurs parties, montre des marins terre-neuvas pêchant la morue dans sa partie supérieure, tandis que la partie inférieur représente une procession à laquelle participent bien entendu des marins, en uniforme de la Royale. Il a été réalisé en 1902 par le maître-verrier parisien Louis-Charles-Marie Champigneulle, famille connue et réputée de père en fils pour ses réalisions.. En raison des risques encourus sur ces mers lointaines et souvent tourmentées, la tradition voulait qu'au retour de chacune des campagnes, les pêcheurs morutiers de Binic, qui n'était alors ni une paroisse ni une commune, accomplissent, pieds nus et la chemise sur le pantalon, un pèlerinage à la chapelle voisine de Lantic, vouée à Notre-Dame de la Cour, pour y chanter une messe d'action de grâces afin de remercier la sainte patronne du lieu de les avoir protégés et ainsi satisfait leurs voeux. En atteste le magnifique vitrail, signé de Monsieur Champigneule de Paris, où l'on voit des prêtres revêtus d'habits sacerdotaux bénissant des marins en procession ainsi que le Christ apaisant la tempête au-dessus de leur embarcation dans les eaux de Terre-Neuve. L'une des six travées de la verrière évoque également le naufrage auquel La Perle et son équipage ont miraculeusement échappé et dont une toile du peintre Vasserot, de Binic, perpétue par ailleurs le souvenir. "© Le Télégramme

 

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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DESCRIPTION.

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Cette baie qui éclaire le mur sud du transept comporte six lancettes trilobées organisées en deux registres, et un tympan de 25 ajours organisés en trois fleurs.

Les lancettes montrent dans le registre inférieur la procession de pèlerinage des marins le jour de l'Assomption, et dans le registre supérieur des marins pêchant la morue à Terre-Neuve et, au centre, leur action de grâces à Notre-Dame-de-la-Cour après leur retour de la campagne de pêche.

Cette verrière a été édifiée en 1902 par l'atelier parisien Champigneulle. Elle a été restaurée récemment, avec mise en place d'un vitrage de doublage et d'un grillage (qui marquera de son ombre mes images).

Certainement réalisée à partir de photographies, elle acquiert une valeur documentaire et ethnographique certaine comme témoignage d'une manifestation religieuse (costumes, bannières, ex-voto et statues, paramentique),  du milieu maritime (habit des marins et des pêcheurs, embarcations, gréement de pêche) et des croyances et pratiques sociales à la fin du XIXe siècle sur le littoral de la Baie de Saint-Brieuc.

 

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 Les inscription de fondation du soubassement.

 

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Une inscription court à la base des supports architecturaux tout le long des six lancettes : 

REBUS IN GALLIA 1792 PERTURBATIS DESTRUCTUM INSTAURAVIT D. ALOYSIUS LEVOYER, HUJUS PAROECIAE LANNIRII RECTOR 1902.

Tentative de traduction : "Détruite lors des troubles survenus en France en 1792, cette verrière a été refaite en 1902 par Louis Le Voyer, recteur de cette paroisse de Lantic ".

Aloysius est la latinisation de Louis. Louis Marie Francois Le Voyer, fils de Francois Mathurin  Le Voyer  et de  Jeanne Marie Cochery, et né le 4 avril 1841 à  Pordic, fut  recteur de Lantic. Il poursuivit le travail de restauration des vitraux qu'avait entrepris l'abbé Ange-Marie Leclerc en 1878 pour les baies 0 et 4, puis pour la réalisation en 1884 de 8 verrières neuves par le Carmel du Mans.

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Sur le dernière lancette de droite nous pouvons lire : CHAMPIGNEULLE PARIS.
 

En 1881, Charles Champigneulle s'installa  à Paris, à l'atelier du 96 rue Notre-Dame-des-Champs. L'atelier est alors très actif et produit de très nombreux vitraux. Charles décède en 1905 et son fils Charles-Marie Champigneulle (1880-1908), architecte et maître verrier, lui succède. 

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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I. LA PROCESSION DE L'ASSOMPTION.

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A Lantic (canton d'Etables), au diocèse de Saint-Brieuc, et sur la route de Lanvollon,  Notre-Dame de la Cour,  fut édifiée sous le duc Jean V (1399-1442) et achevée vers 1464 sous le duc François II.

La chapelle, qui fut un temps érigée en collégiale par Guillaume de Rosmadec, qui y a son gisant (1608), fut bientôt célèbre pour son pardon de l'Assomption,  l'un des plus pittoresques pardons du 15 août. 

 Vers elle affluaient autrefois de nombreux pèlerins, et surtout des marins qui accomplissaient, pieds nus et en chemise, les vœux qu'ils avaient faits pendant les tempêtes ("la chemise flottant sur le pantalon, et sans parler à personne, pas même à leurs parents."). Le 16 août, le lendemain de la fête patronale, et les jours suivants, se tenait une des grandes foires de départ  du département.

De quand date ce pèlerinage ? Fréminville n'en parle pas dans sa visite de 1837, et j'en trouve une première mention en 1864, alors que le tableau ex-voto du naufrage de La Perle date de 1836 et est attesté par la visite d'un touriste anglais, T.A Trollope, en 1840.  

"La paroisse de Lantic, dans le même canton, à Notre-Dame de la Cour, ainsi appelée probablement de ce qu'au temps de la féodalité la justice seigneuriale tenait sa cour près de la chapelle. Ce sanctuaire, qui remonte au commencement du quinzième siècle, a toutes les richesses du style flamboyant, et porte les armoiries des évêques. des abbés et des seigneurs; ce qui indique assez qu'ils prirent tous part à cette construction. [...]

"La Révolution de 93 a brisé les vitraux de cette belle chapelle, sauf la rosace du chœur, comme elle en a aussi détruit toutes les rentes de fondations, sauf une modique rente de froment; mais elle n'a pu même affaiblir la dévotion des peuples pour ce sanctuaire.

"Les populations voisines y viennent en pèlerinage; les marins surtout la visitent avant leur départ et au retour, et y font souvent célébrer une messe chantée a laquelle ils assistent religieusement. Quelquefois, dans les périls extrêmes au milieu des mers, ils font vœu de s'y rendre aussitôt qu'ils seront débarqués, et avant de parler à personne. Arrivés au port, ils se rangent en deux files; et sans dire mot aux femmes et aux enfants accourus au-devant d'eux, ils s'acheminent, parfois pieds et tête nus, vers Notre-Dame de la Cour en chantant les litanies de la sainte Vierge. De là proviennent tous ces petits navires suspendus en ex-voto aux voûtes du sanctuaire, et ce tableau de Marie descendant du ciel pour relever le navire la Perle près de sombrer.

"Les gens de terre ont la même confiance que ceux de mer en Notre-Dame de la Cour. Dans les calamités publiques ils viennent de tous côtés en procession et y font des neuvaines. Le premier dimanche de janvier, la paroisse de Lantic vient y renouveler sa consécration a Marie; tout le mois de mai, on y fait les exercices du mois de Marie, on y vient en station le mercredi des Rogations, en procession le jour du Saint-Sacrement. Le jour de l'Assomption et les trois jours suivants, on y célèbre les offices publics; et le jour de la première communion, les enfants y viennent processionnellement après vêpres se placer sous la protection de la Mère du Dieu qu'ils ont reçu le matin pour la première fois." (Notre-Dame de France ou Histoire du culte de la Sainte Vierge en France: depuis l'origine du christianisme jusqu'à nos jours. Comprenant l'histoire du culte de la Sainte Vierge dans les provinces ecclésiastiques de Bordeaux, Tours et Rennes, Volume 4 Plon, 1864 - page 507)

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Je  décrirai la procession de droite à gauche, dans le sens de progression des pèlerins.

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1. Un notable (maire ? armateur ?) et son épouse devant des femmes en costume breton ; en arrière-plan, une procession de femmes.

On y voit la coiffe à grandes ailes décrite dans Le Costume Breton de R.Y. Creston page 213 pour les communes de Lantic, Pordic, Étables, Binic, Plérin, etc. Les ailes de dentelle du bonnet descendent jusqu'aux épaules puis font retour "en ailes de pigeon" pour se superposer sur le sommet de la tête. Victor Luet a peint dans Les Costumes bretons  la coiffe à grandes ailes en lingerie de Plérin en 1910, au dessus d'un châle de laine frange de soie et d'une jupe de mérinos sous tablier de soie, une description qui semble convenir à plusieurs femmes de ce vitrail. Yann Guédon (Costumes de Bretagne) décrit pour Saint-Brieuc en 1900 page 104 "les ailes en gaze ont une envergure d'environ un mètre trente pour une dizaine de centimètres de large, leurs extrémités légèrement repliées viennent se brocher en arrière de la tête sur un fond ondulé en tulle fixé sur un chignon en catogan séparé en deux, décrivant deux grandes boucles encadrant le visage. Les boucles de ces grandes coiffes, surnommées surdos en raison de leur ressemblance avec la pièce de cuir du harnachement des chevaux dans laquelle on passait les brancards se portaient plus horizontalement au sud, plus retombantes au nord, selon Maurice Bigot". 

Voir les cartes postales du site labourhakan.

 La fillette est coiffée d'un simple bonnet.

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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2°) Les Filles de Marie vêtues de blanc portant la statue de la Vierge de l'Immaculée-Conception.

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Quatre jeunes filles, habillées et voilées de blanc, la taille ceinte, avec sur la tête une couronne de roses blanches, portent le brancard de la statue de la Vierge encadrée par un dais de roses. Quatre fillettes tiennent les rubans dorés. Les fillettes sont sans doute des premières communiantes de l'année, et les jeunes femmes des Filles de Marie, bien que je n'ai pas la confirmation de cette dénomination à Lantic. On nommait ainsi des jeunes filles qui s'engageait à une pratique religieuse, mais aussi à une conduite conformes aux exigences du recteur, moyennant quoi elles avaient le privilège d'être bien vues et de participer en bonne place à  tous les évènements religieux si nombreux à l'époque : processions pour la fête Dieu, la huitaine suivante l'octave, l'Assomption le 15 août, la Sainte Croix le 14 septembre (on montait au calvaire en faisant les quatorze stations, comme à Lourdes)… Elles étaient habillées aux couleurs mariales, en bleu ciel et blanc, ou  tout en blanc, avec des rubans bleus ciel et une médaille. Elles se réunissaient pour prier, chanter et réciter le chapelet. 

Voir http://cplittoralouest.catholique.fr/spip.php?article1580

 

 

 

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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3°) Les Filles de Marie  derrière la bannière de N.D. de la Cour.

Une fillette voilée de rose tient une corbeille de pétales de roses derrière deux jeunes filles qui portent la bannière de N.D. de la Cour ou en tiennent les rubans. Devant elles, un prêtre en surplis et soutane porte un ostensoir.

Un enfant de chœur est vêtu d'une soutanelle rouge et d'un surplis blanc ou rose serré par une ceinture rouge. Voir Yvonne Jean-Haffen, Pardon de la Troménie.

En arrière-plan, on remarque sur deux femmes (et déjà sur la photo précédente) un deuxième type de coiffe, nouée sous le menton. Est-ce le capot de travail d'été, "la capote",  "commune à toutes les campagnes littorales de la baie de Saint-Brieuc et qui se déclinaient sous plusieurs formes correspondant aux saisons, au rang de la personne et à son état social "(Yann Guesdon, op. cit.) ? Ou, assez proche, la grande coiffe à mentonnière peint et décrit par V. Lhuer page 104 ("Saint-Brieuc, 1913")  dont les brides nouées à gauche sont bordées de tuyautés et ajourées en leur centre" ? 

La meilleure image est peut-être celle de Maurice Bigot dans "100 coiffes anciennes de Bretagne" sous le titre N° 82 Saint-Brieuc" : "il existe six variantes du bonnet à brides, [...]  À Étables, dans la partie est du canton de Lanvollon et à Saint-Brieuc, les brides sont nouées étroitement sous le menton, en jugulaire". 

Voir "Coiffe du pays de Quintin et Plaintel".

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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4°) Un chanoine, une personnalité politique et un joueur de tambour précédant une foule d'hommes passent sur le placître devant le porche de la chapelle .

L'évêque du diocèse de Tréguier et Saint-Brieuc est alors monseigneur  Pierre-Marie Frédéric Fallières . Ce n'est pas lui qui préside la cérémonie, mais un chanoine en soutane, rochet, mosette et rabat, barrette tenue dans les mains (?), étole de célébrant, et décoration (légion d'honneur). 

Le notable est vêtu d'une jaquette gris-bleu ; il tient son haut-de-forme.

Le joueur de tambour accompagnait les mariages et les cérémonies, avant de se joindre au couple de sonneurs. Il a été peint par Yvonne Jean-Haffen au Pardon de la Troménie, dans le costume glazic. 

En arrière-plan, le calvaire de Notre-Dame-de-la-Cour.

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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5°) Les marins de la Royale portent un trois-mâts en ex-voto.

Le gréement semble approximatif, notamment vers la proue.

On retrouve sur les  enfants de chœur la soutanelle et le surplis rose.

 

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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6°) La procession contourne l'église, drapeau français et bannière en tête, devant les spectateurs.

Il serait bien-sûr amusant de connaître l'identité de l'homme qui a fait figurer son portrait "photographique" dans le coin gauche.

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

 

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Comparaison avec un document d'époque : le tableau de Camille Chazal  Pendant les vêpres au pardon de Lantic en 1873.  On y retrouve les coiffes en aile, les enfants de chœur roses et rouges et les marins en uniforme.

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Cette toile de dimension monumentale (380 x 450 cm) fut présentée au Salon de Paris en 1873 par Camille Chazal (1825-1875).
Camille Chazal, Pendant les vêpres au pardon de Notre-Dame de la Cour en Lantic en 1873, huile sur toile, Musée du château de Suscinio, dépôt de l'État.

 

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II. LA PÊCHE À LA MORUE À TERRE-NEUVE OU EN ISLANDE / LES MARINS RENDENT GRÂCE À NOTRE-DAME.

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Le registre supérieur montre au centre les marins-pêcheurs et les familles (parfois éplorées) rendant grâce à Notre-Dame en fin de campagne morutière, et de chaque coté deux scènes de pêche différente, la pêche en doris sous la bénédiction du Christ à gauche et la pêche à la ligne à main depuis le bord, sous la protection de la Vierge à droite. 

Les marins-pêcheurs  n'assistaient pas à la procession du 15 août, car les campagnes de pêche à Terre-Neuve, Saint-Pierre-et-Miquelon et en Islande débutaient en fin avril et se terminaient en fin août ou en octobre.

Les Paimpolais honoraient la Vierge en début et fin de campagne par le "pardon des islandais" lors de bénédiction des navires sur les bassins, ou à la chapelle Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. La chapelle de Lantic concernaient les marins de Saint-Quay-Portrieux, d'Étables-sur-mer et surtout de Binic : c'est à ce port que je me suis intéressé à partir du site de l'Inventaire général.

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En 1865 le département des Côtes-du-Nord comprend 3 quartiers maritimes (Saint-Brieuc, Paimpol et Dinan) et 3 sous-quartiers (Binic, Tréguier et Lannion). En 1885, Binic  devient un quartier maritime, avec deux syndicats : Binic, Portrieux . Le Syndicat de Binic se compose de 4 communes :  Binic (2379 h), Lantic, Etables, Pléguien. En 1927 où Binic perd son statut de quartier maritime et devient syndicat du quartier de Saint-Brieuc. Immatriculation BIN (?).

On distingue à Terre-Neuve, sur le "Grand Banc" la pêche sédentaire de morue séchée à terre par les "graviers" et la pêche errante de la morue verte pour le salage .

La pêche sédentaire à la morue sèche à Terre-Neuve puis à Saint-Pierre-et-Miquelon:

Dés 1514, les navires binicais à l'instar des Bréhatins et des Dahouëtins étaient présents pour pêcher les morues à Terre-Neuve.  Au 17ème siècle, Binic représente avec ses 7 à 12 morutiers le port le plus entreprenant de la région de Saint-Brieuc pour la pêche morutière . Au cours du 19ème siècle, Saint-Brieuc et Binic restent des ports très actifs et  en 1845, Binic était le premier
 port morutier français avec  37 navires montés par 1703 hommes, destinés essentiellement à la morue sèche. Entre 1865 et 1877, le déclin pour Terre-Neuve s'amorçait avec seulement 17 navires au départ de Binic, 2 navires en 1900, 6 navires entre 1912 et 1914 (168 marins), pour se terminer avec un seul navire en 1925. A partir de 1880, la pêche se déplaça à Saint-Pierre-et-Miquelon. 
Les navires quittaient Binic pour Terre-Neuve à la fin du mois d'avril pour revenir en octobre.


Les Binicais ont été les spécialistes avec les Malouins et les Basques du traitement de la morue sèche à terre sur des galets puis sur des échafauds en bois (établis) placés dans des chauffauds (hangars en bois sur pilotis) avec
 des cabanes pour le logement. Les hommes (souvent des paysans) qui travaillaient sur les grèves ou graves étaient nommés "graviers". Le navire complètement dégréé, toutes manœuvres dépassées, restait mouillé à l'ancre dans son havre. Les pêcheurs, moins nombreux, sortaient chaque jour en mer à proximité de la côte, soit à bord de chaloupes pour pêcher à la senne (grand filet de 1, 50 m de haut, ramené à la grève), soit à bord de petits bateaux qu'on laissait dériver, pour pêcher à la ligne à la main. Les Binicais travaillèrent depuis le 17ème siècle jusqu'en 1930 à Terre-Neuve puis à Saint-Pierre et Miquelon, dans des conditions extrêmement rudes. Cette industrie de la morue sèche déclina à partir de 1830 et en 1904, la France avait abandonné ses droits séculaires sur le "French Shore" et désormais seules les graves de Saint-Pierre et Miquelon furent utilisées par les graviers binicais.

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La pêche à Islande (à Faskrudfjordur) à partir de 1860.

Les Normands furent les premiers à puiser dans les bancs islandais, mais ils fréquentaient surtout la côte est du pays. Les premières expéditions bretonnes, à partir de 1860, firent au contraire escale dans les fjords majestueux de la côte ouest, et l'habitude en fut prise. Cette pêche se développa dans les ports du nord de la Bretagne, notamment à Binic et à Paimpol, avant de péricliter au début du XXe siècle.

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En 1865, Binic comptait 12 goélettes islandaises et 18 en 1895, 7 en 1912 avec 162 pêcheurs et seulement 5 navires en 1913 avec 135 pêcheurs. Ces navires quittaient Binic au début du mois de février après le "pardon des Islandais" pour revenir à la fin du mois d'août, avec une moyenne de 2000 morues par homme.

Entre 1880 et 1914, on relève à Binic  les armements Le Pomelec Le Suavé-Galerne (7 goélettes), Verry-Carfantan (13 goélettes), Le Cerf (2 goélettes), Besnier (5 goélettes), Chevrel-De Pincé (3 goélettes), Mancel, Bony.

 

La pêche "errante" sur les bancs

La pêche errante sur le Grand Banc était pratiquée depuis le 16ème siècle par les équipages, au large de Terre-neuve, avec un équipage de marins expérimentés, aptes à traiter la morue verte à bord pour le salage et la conservation. Cette pêche s'effectuait du bord à la ligne à main  à bord de chaloupes dés 1780,  à l'aide des  lignes flottantes,  pendant que le navire dérive lentement sous petite voilure. Ces lignes sont armées de centaines d' hameçons . Les fortes chaloupes vont être progressivement remplacées par les doris, embarcation d'origine américaine  ou basque (les chaloupes pointues à fond plat) à partir des années 1880-1885 ;  embarqués sur les trois-mâts goélettes, elles sont empilés entre le pont et le mât d'artimon. 

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La pêche à la morue verte ou pêche à la ligne dormante ou ligne de fond
Cette technique a remplaçé les lignes du bord, par une ligne dormante ou ligne de fond, déjà utilisée en Manche, pour la pêche dite "aux cordes". Le navire mouillait en pleine mer, les pêcheurs sortaient chaque jour, soit en chaloupes, soit en doris, pour tendre puis relever leurs lignes de fond, garnies d'une centaines d'hameçons. La morue était préparée et salée à bord. 
Les lignes longue d'un kilomètre étaient amorcées à bord, avant la descente en doris, tendues en mer  avant de revenir sur la goélette pour reprendre une nouvelle ligne, la reposer et ainsi pendant toute la campagne.

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Les navires .

Divers types de navires à la fin du XIXe et au début du XXe siècle ont été utilisés pour Terre Neuve, comme les dundées, les brigs, les brigs goélettes, les trois mâts carrés, mais le mieux adapté à la Grande Pêche était le trois mats goélette, de manœuvre simple et facile aux différentes allures. Le Terre-neuva moyen jaugeait 380 tx, mesurait 45 m HT, et avait 4,27 m de tirant d'eau (J. Le Bot). 

La Belle-Poule et l'Étoile sont des répliques de 1932 des  goélettes à huniers nommées goélettes islandaises. Elles mesurent 37,50 m HT, déplacent 275 Tx et leur tirant d'eau est de 3,60 m. 

Les doris furent adoptés vers les années 1880-1885 en remplacement des fortes chaloupes, lourdes et incommodes mal adaptées aux conditions des Bancs.  Ces embarcations à clins à 4 virures et à font plat mesurent (plan Le Bot p. 47) 5,95 m de long et 1,78 m de large ; leurs trois bancs et leurs trois cloisons étaient amovibles pour permettre leur empilement. Ils se manœuvrent grâce aux paires d'avirons de frêne, ou bien en gréant deux voiles au tiers et un foc.  Leur équipage était de deux hommes, le patron et l'avant de doris. Les lignes, disposées dans des mannes, sont longues de 3000 m et portent 2000 hameçons. Chacune est tendue, le soir, entre une ancre et son orin, et une bouée numérotée. Leur relève s'effectue le lendemain matin au petit jour. Un doris portait environ 5 quintaux de morues, soit 250 poissons. "

 "Une “dorissée” désigne la pêche d’une journée, l’ensemble des morues contenues dans le doris qui seront, une à une, comptées et dont le nombre sera reporté sur le carnet personnel. Le doris est l’étalon de mesure de la morue pêchée.
Départs et arrivées des doris, chaque jour répétés à l’identique, sont autant de repères temporels constituant un temps pensé et vécu de la même manière par tous les membres de l’équipage. Mais, parfois le rythme est troublé : un doris manque...
Florence Levert.

 

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—Concernant Étables, le site de l'Inventaire indique que la commune a un riche passé maritime lié à la Grande Pêche, qui se confond avec celui du Portrieux et de Binic. Les Tagarins ont largement participé aux campagnes de Terre-Neuve et d'Islande en fournissant nombre de marins et d'armateurs à cette épopée maritime qui a fortement marqué l'histoire du Goëlo (Ruellan, Mahéas). 

La chapelle Notre-Dame-d'Espérance à Etables-sur-mer qui date de 1850 sur la falaise de Vauburel conserve des ex-voto offerts par des pêcheurs terre-neuvas et islandais.

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Conclusion : au moment où cette verrière fut peinte, la Grande Pêche vient de connaître son apogée et amorce son déclin. Pierre Loti a publié Pêcheur d'Islande en 1886, et Théodore Botrel créera La Paimpolaise en 1895. 

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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A gauche : le Christ. Pêche en doris.

a) l'inscription 

Le Christ, sur une nuée et dans une gloire, trace une bénédiction. La banderole porte les mots DUC IN ALTUM ... LAXATE RETIA VESTRA IN CAPTURAM

Il s'agit du verset évangélique Luc 5:4  "Avance en pleine eau, et jetez vos filets pour pêcher".

La citation est donc particulièrement adaptée à la situation, j'en donne donc le texte élargi.

 

 duc in altum et laxate retia vestra in capturam et respondens Simon dixit illi praeceptor per totam noctem laborantes nihil cepimus in verbo autem tuo laxabo rete ...

 

"Il vit au bord du lac deux barques, d'où les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets. Il monta dans l'une de ces barques, qui était à Simon, et il le pria de s'éloigner un peu de terre. Puis il s'assit, et de la barque il enseignait la foule.Lorsqu'il eut cessé de parler, il dit à Simon: Avance en pleine eau, et jetez vos filets pour pêcher. Simon lui répondit: Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre; mais, sur ta parole, je jetterai le filet. L'ayant jeté, ils prirent une grande quantité de poissons, et leur filet se rompait. Ils firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l'autre barque de venir les aider. Ils vinrent et ils remplirent les deux barques, au point qu'elles enfonçaient. Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, et dit: Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur. Car l'épouvante l'avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la pêche qu'ils avaient faite. Il en était de même de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Alors Jésus dit à Simon: Ne crains point; désormais tu seras pêcheur d'hommes. Et, ayant ramené les barques à terre, ils laissèrent tout, et le suivirent."

 

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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b) la scène de pêche.

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En arrière-plan se voit une goélette à huniers à trois mâts, sous voile. (trois phares auriques, deux huniers sur le mât de misaine, et trois focs (trinquette, foc et  clin foc). Puis une goélette à huniers, au mouillage, se préparant à hisser un doris grâce à un palan frappé sur la bôme. 

Au premier plan, le patron tient l'extrémité d'une ligne lovée dans la manne. 

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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A droite, la Vierge devant une scène de pêche à la ligne, et un naufrage.

La Vierge, placée sur et dans  une nuée, trace une bénédiction. Les banderoles portent deux extraits d'un cantique : AMICA STELLA NAUFRAGIS signifie "étoile amie des naufragés" et 

TUTAM RECLUDE SEMITAM "ramenez-nous dans la voie que nous avons perdue."

Ils proviennent des Matines de l'Office de l'Immaculée Conception :

Praeclara custos Virginum,
Intacta mater Numinis,
Cœlesti aulae janua,
Spes nostra, cœli gaudium,
Inter rubeta lilium,
Columba formosissima,
Virga e radice germinans

Nostro medelam vulneri,

Turris draconi impervia ,

Amica Stella naufragis ,

Tuere nos a fraudibus ,

Tuaque luce dirige.

Erroris umbras discute ,

Syrtes dolosas amove :

Fluctus tot inter deviis

Tutam reclude semitam.

Jesu , tibi sit gloria Qui natus es de Virgine ; Cum Pâtre et almo Spirilu lu sempiterna saecula. Amen

"Protectrice illustre des vierges, Mère immaculée de Dieu, porte des célestes palais, notre espoir et la joie du ciel, Lys épanoui parmi les épines, colombe pleine de beauté, Vierge dont le sein produit celui qui guérira nos plaies; Tour inaccessible au serpent infernal, étoile amie des naufragés, défendez-nous contre les ruses de l'enfer, et dirigez-nous par votre lumière; Dissipez les ténèbres de l'erreur, écartez les écueils trompeurs, et malgré la fureur des flots, ramenez-nous dans la voie que nous avons perdue."

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Le choix s'est donc judicieusement porté sur des passages particulièrement adaptés à la situation dépeinte.

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La scène maritime décrit la technique de pêche à la morue depuis le bord, avec des lignes à main.

Au pied de hautes falaises (Islande ?), l'embarcation au premier plan est une chaloupe dont on aperçoit le navire à huniers en arrière. Sept pêcheurs sont représentés, les uns en cirés et suroît, les autres en uniforme bleu et béret à pompon. Ils ramènent à bord les voraces morues attrapées par leurs lignes.

A droite, peint en grisaille, sur un navire en perdition, des marins appellent des secours, et se tournent vers la Vierge.

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Au milieu : les marins revenus à terre après la campagne de mer rendent grâce à Notre-Dame.

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L'inscription de la banderole porte les mots AVE MARIS STELLA "Salut, étoile de la mer". Le titre de cet hymne très ancien (IXe siècle) est idéal pour les marins, qui entonnent le cantique lors des pardons et bénédictions ou invoque sous ce nom la Vierge dans leurs chapelles du littorales.

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Du coté gauche, nous voyons bien quatre marins, pieds nus, réaliser le vœu auquel ils se sont engagés. 

L'un est à genoux, bonnet à terre, vêtu de la vareuse et du pantalon de toile de la Marine. les trois autres, dans une tenue équivalente, tiennent des cierges et écoutent le prêtre (le recteur). Ce dernier, qui porte l'étole et le manipule, tient en main gauche un objet que je n'identifie pas.

Derrière l'autel, la statue de Notre-Dame-de-la-Cour sous son dais, telle qu'on la connaît aujourd'hui, mais dans son emplacement d'alors sur la verrière est.

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Du coté droit, la scène est plus triste, car un homme âgé est à genoux, une mère de deux enfants est accompagnée d'une femme en larmes : tout indique qu'un marin n'est pas revenu de mer et qu'il laisse deux orphelins. A l'arrière-plan, un prêtre, un moine, et un marin.

 

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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LE TYMPAN.

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Il porte les Litanies du Sacré-Cœur :

 

COR JESU FORNAX ARDENS CARITATIS 

Cœur de Jésus, brasier brûlant de charité

 

COR JESU PROPITATIO PRO PECCATIS NOSTRIS 

Cœur de Jésus, qui avez expié nos péchés

COR JESU DIVES IN OMNES QUI INVOCANT TE

Cœur de Jésus, généreux envers tous ceux qui vous invoquent 

COR JESUS SPES IN TE MORENTIUM

Cœur de Jésus, espoir de ceux qui meurent en vous

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Si ma vue est bonne, les armoiries papales de Léon XIII (d'azur au cyprès de sinople ...) sont en sommité au dessus du nimbe du Christ

Les armoiries épiscopales de Mgr Fallières d'azur au calice d'or  sont placées à gauche, avec la date de 1895.

Les armoiries épiscopales qui évoquent celles de l'évêque de saint-Brieuc Jean Prégent (mort en 1472),  — théoriquement d'azur à la fasce d'or accompagné de trois molettes de même  —  sont placées à droite. On les retrouve, dans leur version correcte sur le pignon extérieur, au sommet de la baie 4 dont il est le commanditaire, et sur la maîtresse-vitre.

Quatre monogrammes attendent un amateur d'énigmes : HF / BV / HR / BP.

Quatre blasons couronnés attendent également un amateur d'héraldique. En troisième position, ce sont celles, d'argent fretté de gueules de 6 pièces, au franc quartier , de la comtesse de Kergariou, donatrice pour la restauration de la maîtresse-vitre

 

 

 

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Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière du Pèlerinage des marins (Champigneulle, 1902), baie 6, chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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SOURCES ET LIENS.

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https://chapellelantic.weebly.com/

http://sallevirtuelle.cotesdarmor.fr/inventaire/binic/Geoviewer/Data/HTML/IM22005564.html

— Abbé Jean Kerlévéo, Paimpol au temps d'Islande, Lyon, Chronique Sociale de France, 16, rue du Plat, 1944, 2 vol. in-8°, xin-348 et 426 pages.

 

— Conditions de vie des pêcheurs d'Islande entre 1850 et 1935

https://fr.wikipedia.org/wiki/Conditions_de_vie_des_p%C3%AAcheurs_d%27Islande_entre_1850_et_1935

— BINIC GRANDE PECHE

http://sallevirtuelle.cotesdarmor.fr/inventaire/binic/Geoviewer/Data/HTML/IM22005527.html

— ETABLE-SUR-MER

http://sallevirtuelle.cotesdarmor.fr/inventaire/etables/Geoviewer/Data/HTML/IM22005610.html

— M. BRONKHORST 1927, La pêche à la morue,  Office Scientifique et Technique des Pêches Maritimes, Archive Institutionnelle de l'Ifremer.

http://archimer.ifremer.fr/doc/1927/publication-2205.pdf

LACROIX Louis (Capitaine au long-cours), 1949 - Les derniers Voiliers Morutiers Terreneuvas, Islandais, Groenlandais. Luçon, Pacteau imp. 1949, in-8° , couv. illustrée, de vi-314 pp. + 129 illustrations (cartes & planches).

— LE BOT, Jean, 1990. Les bateaux de la Bretagne Nord aux derniers jours de la voile. Grenoble : Glénat, 1990, .

— QUERRE, Christian. La grande aventure des Terre-Neuvas de la baie de Saint-Brieuc. Saint-Brieuc : éditions du dahin, 1998.

QUERRE, Christian, LERIBAUX, Philippe. Souvenirs de Binic (1900-1960). Binic : éditions du Dahin, 2004, p. 210-233.

—Exposition Doris

http://www.culture.gouv.fr/documentation/ccmf/fr/decouvrir/expositions/doris/doris2.htm

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
9 décembre 2017 6 09 /12 /décembre /2017 21:36

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Zoonymie des odonates. Les premiers noms données aux libellules par Linné dans sa Fauna suecica de 1746 puis dans la 10eme édition du Systema Naturae de 1758 .

 

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Voir 

— Zoonymie des Odonates.

 

 

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I. Zoonymie des papillons :

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Zoonymie II : Histoire des Noms de Papillons :

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— Sur les libellules.

 

 

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Aeshna mixta Latreille 1805, l'Aeschne mixte. Photographie lavieb-aile.

 

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Généralités.

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Les odonates sont un ordre d'insectes à corps allongé, dotés de deux paires d'ailes membraneuses généralement transparentes, et dont les yeux composés et généralement volumineux leur permettent de chasser efficacement leurs proies. Ils sont aquatiques à l'état larvaire et terrestres à l'état adulte.

En langue française, le terme de libellules est en général employé sensu lato pour désigner les odonates, qui regroupent deux sous-ordres : les demoiselles (zygoptères),  damselfies en anglais et les libellules stricto sensu (anisoptères),  dragonfly en anglais.

Les anisoptères (Anisoptera) constituent un sous-ordre d'insectes odonates. Ils sont caractérisés par de larges yeux composés très développés généralement joints au-dessus de la tête et un corps allongé. Les ailes antérieures et postérieures sont de formes différentes et au repos, restent dans une position perpendiculaire au corps.

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Libellule fauve Libellula fulva Müller, 1764 Scarce Chaser: Photographie lavieb-aile.

 

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Zoonymie.

Sur le modèle d'anthroponymie (science des noms de personne) ou de toponymie (science des noms de lieux),  je nomme zoonymie la science de l'étude des noms d'animaux.

Les insectes n'ont pas reçu de noms spécifiques avant que les savants ne se préoccupent de les collectionner, de les décrire et d'en organiser les caractères, au début du XVIIe siècle. Si les Papillons bénéficièrent alors précocement de quelques — rares — noms propres, les Libellules continuèrent à être désignées par des termes généraux (Demoiselles, chez Réaumur) jusqu'au coup de génie de Linné, qui organisa de façon systématisé la nomenclature des êtres vivants en 1758 dans son Systema Naturae, le Système de la Nature en trois Règnes. 

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Le tableau V de l'édition de 1748 du Systema naturae de Linné.

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I. Les premiers noms données aux libellules par Linné dans la 10eme édition du Systema Naturae de 1758

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En 1758, dans la 10e édition de Systema Naturae , Carl Linné a classé les arthropodes, y compris les insectes, les arachnides et les crustacés, parmi sa classe "Insecta". Les insectes avec des ailes à nervures ont été rassemblés sous le nom de Neuroptera (du grec ancien, composé de νεῦρον, neûron (« nerf ») et de πτερόν, pterón (« aile »), littéralement « aux ailes à nervures » ). .

Ces Névroptères sont à nouveau sub-divisés en six groupes dont le premier est celui des LIBELLULA, un terme qui fait ainsi son entrée dans le vocabulaire scientifique, avant d'être traduit en "Libellule" dans notre langue par Cuvier en 1798. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce joli fleuron de notre vocabulaire n'existait pas auparavant, et on le doit à Linné. Voir CNRTL. Son étymologie et  l'histoire de ses origines sont passionnantes mais déjà bien décrites, je ne m'y attarde pas ici. Les autres groupes sont nommés Ephemera Phryganea Hemerobius Panorpa et  Raphidia 

Sous ce nom de Libellula, Linné décrit  dix-huit espèces, qu'il décrit en citant les références des auteurs qui l'ont précédé.

Il les divise en deux groupes :

Alis patentibus acquiescentes : les 16 premières.

oculi distantes remotique : L. virgo et puella

Libellula n'est plus aujourd'hui que le nom d'un genre, alors que la Famille a pris le nom de Libellulidae, dans le sous-ordre des Anisoptera, ordre des Odonata.

Voici la liste de ces 18 espèces avec leur nom initial, leur nom scientifique, leur nom vernaculaire en français puis anglais.

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 LIBELLULA (Anisoptères et Zygoptères )

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  • Libellula 4-maculata – Libellula quadrimaculata, Libellule à quatre tâches –Four-spotted Chaser
  • Libellula flaveola – Sympetrum flaveolum ,Sympétrum jaune d'or – Yellow-winged darter

  • Libellula vulgata – Sympetrum vulgatum , Sympétrum commun – Vagrant Darter

  • Libellula rubicunda – Leucorrhinia rubicunda, Leucorrhine rubiconde.

  • Libellula depressa –Libellula depressa Libellule déprimée – Broad-bodied Chaser

  • Libellula vulgatissima – Gomphus vulgatissimus, Gomphe vulgaire.

  • Libellula cancellata – Orthetrum cancellatum, l'Orthetrum réticulé. – Black-tailed Skimmer

  • Libellula aenea – Cordulia aenea, Cordulie bronzée.  – Downy Emerald

  • Libellula grandis – Aeshna grandis, la Grande Aeschne. – Brown Hawker

  • Libellula juncea – Aeshna juncea, l'Aeschne des joncs –  Common Hawker

  • Libellula forcipata – Onychogomphus forcipatus, Gomphe à pince, Gomphe à forceps.

  • Libellula fasciata – Zenithoptera fasciata – Rainforest bluewing (Guyane)

  • Libellula umbrata – Erythrodiplax umbrata. Pas de nom français. Libellule néotropicale (Mexique, Guyane, ...)

  • Libellula dimidiata – Diastatops dimidiatus. Pas de nom vernaculaire.

  • Libellula chinensis – Neurobasis chinensis. Stream Glory. Un Calopterydae répandu en Asie (Inde, Kerala, ...)

  •  Libellula americana – Zenithoptera fasciata,–  Rainforest bluewing (Guyane)

  • Libellula virgo – Calopteryx virgo, Le Caloptéryx vierge.– Beautiful Demoiselle

  • Libellula puella – Coenagrion puella. L'Agrion jouvencelle. –Azure Damselfly

 

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Calopteryx virgo femelle, photographie lavieb-aile

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https://www.biodiversitylibrary.org/page/727383#page/567/mode/1up
https://www.biodiversitylibrary.org/page/727383#page/567/mode/1up
https://www.biodiversitylibrary.org/page/727383#page/567/mode/1up
https://www.biodiversitylibrary.org/page/727383#page/567/mode/1up

https://www.biodiversitylibrary.org/page/727383#page/567/mode/1up

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Considérations zoonymiques.

Tous ces noms en latin se terminent par -a car ils sont au féminin : ils s'accordent au nom Libellula, également féminin. 

Des noms descriptifs.

A la grande différence des Papillons diurnes, pour lesquels Linné avait puisé dans la littérature et la mythologie grecque ou parfois latine des noms de héros ou de divinités, nous ne trouvons ici aucune reprise de nom propre. Tous les noms sont des qualificatifs des espèces incriminées. 

a) 11 qualificatifs morphologiques.

Ce sont quadrimaculata "à quatre taches",  flaveola "jaune",  rubicunda "rouge",  depressa "abaissée, déprimée, aplatie"  cancellata "réticulée, forcipata "à pinces"  fasciata "fasciée", umbrata "ombrée" aenea "bronzée"   grandis, "grande" et dimidiata "séparée par moitié".. 

Ils reprennent souvent un des termes de la diagnose, la phrase descriptive en latin qui servait, avant son innovation, de description : macula, luteis (jaune), abdomine depresso-lanceolato, aeneo-viridi, fascia alba lineari , ou fascia fusca (pour umbrata).

b) Un nom de biotope.

C'est bien-sûr juncea, "des joncs".

c) Deux noms d'origine géographique.

Chinensis et americana, expliqués dans le texte "Habitat in China" et Habitat in Americana", en fonction des spécimens de la collection de Linné ou de ses correspondants.

d) deux noms liés à la répartition :

Vulga et vulgatissima.

e) deux noms en relation avec la désignation ancienne de "demoiselle".

Virgo, "vierge" et puella "jeune fille".

Il n'y a donc dans ce corpus de 18 noms aucune création poétique ou métaphorique, aucune trouvaille attachante. Les deux noms propres que Linné s'était autorisé à créer dans le Fauna suecica — et que nous allons voir maintenant — ont été abandonné. Le souci de décrire, de collectionner et d'organiser une taxinomie avec la rigueur scientifique nécessaire l'a emporté sur la verve du premier nomenclateur, qu'on a connu parfois plus inspiré.

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Libellula quadrimaculata Linnaeus, 1758. Photographie lavieb-aile.

 

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II. Les deux noms créés par Linné dans sa Fauna suecica de 1746.

En 1746, Linné avait publié sa Faune de Suède ou Fauna suecica. Il y décrivait déjà ses Neuroptera et parmi ceux-ci ses Libellula, le nom trouvant donc là sa date de naissance la plus précoce et la plus exacte.  

https://www.biodiversitylibrary.org/item/129804#page/261/mode/1up

Les seize espèces, qui portent les n° 756 à 771, sont divisées en moyennes (4 espèces), petites (4 espèces) et grandes (8 espèces), en latin  mediae  parvae et  magnae. Ils distinguent les deux premières par leurs ailes dressées au repos Libellula alis erectis sedentes (nos Zygoptères) et les dernières  par leurs aux ailes étendues au repos Libellula alis planis sedentes, qui sont nos Anisoptères. 

Elles seront reprises dans le Systema Naturae, mais après un sérieux examen critique, puisqu'elles ne correspondent qu'à 9 espèces. Ainsi, L. virgo correspond aux n° 756 à 759 du Fauna, et L. puella aux n° 760 à 763.

Ce qui m'importe, c'est ce qui concerne la zoonymie.

D'une part, les descriptions du Fauna suecica sont plus fournies, et on découvre ainsi, par exemple, que l'épithète vulgatissima de 1758 trouve son origine, dans le n° 770 du FS, dans la citation de John Ray "Libella maxima vulgatissima" dans son Historia insectorum de 1710

 Ou que L. puella tire son nom de  junfferties. Il m'a fallu un certain temps pour trouver la référence "levenb. arcan. 1695  p. 18 t. 19 donnée par Linné, mais effectivement, a été créé par A. van LEEUWENHOEK, à la page 18 de son  Arcana naturae detecta publié en  1695, écrivait "quod pueri nostrates JUFFERTJES vocant"  page 18, tandis que la planche 19 montrait une délicieuse gravure d'un accouplement de deux demoiselles. Seulement, Linné a écrit fautivement Junfferties et non jufferties, mot  se décompose en juffer, ou jungfer "jeune fille" et ties, "mouche, insecte".

Surtout, nous découvrons que Linné a donné, dès 1746, des noms "vulgo", des noms propres à deux espèces (comme il l'a fait, dans le même ouvrage, pour quelques papillons. Les espèces n° 757 et 758 sont celles qui deviendront les formes alpha et béta de sa Libellula virgo. Et ces noms sont LOVISA (Louisa) pour le n°757 et ULRICA pour le n°758. 

Cela serait anecdotique si nous ne dénichions pas derrière ces noms les prénoms de LOUISE ULRIQUE DE PRUSSE, (en allemand : Luise Ulrike von Preußen), qui devint reine consort de Suède et de Finlande en 1751, après son mariage en 1744 avec le futur roi Adolphe-Frédéric de Suède, et qui  fonda en 1753 l'Académie Royale de Suède dont fit partie Carl von Linné et soutint les arts et les sciences. 

Plus encore, c'est Linné qui avait eu en charge l'arrangement et la description des collections d'histoire naturelle de la reine.  Le Roi et la Reine avaient des collections séparées : la première à Ulricksdahl , et  l'autre, qui consistait en insectes et coquilles,  dans le palais de Drottningholm, proche de Stockholm. 

Linné publia à Stockholm en 1764, bien après en avoir rédigé le manuscrit, le catalogie intitulé  Museum Ludovica Ulrica Reginae, le Museum de la Reine Louise Ulrique, "dans lequel les animaux exotiques les plus rares, principalement les insectes et les coquilles sont décrits et déterminés". Cette collection se trouve maintenant au Museum zoologique de l'université d'Uppsala. il aurait été amusant que l'on y trouve les spécimens-types de ces libellules, mais ce n'est pas le cas. (voir ici)

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Cordulegaster boltoni Leach 1815, le Cordulegaster annelé. Photographie lavieb-aile.

 

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Mais ce n'est pas tout.

Les données publiées dans le Fauna suecica de Linné   furent diffusées en France dès 1754 dans le Système naturel du règne animal par classes, familles ou ordres,... de La Chesnaye-Desbois, pages 120-126. L'auteur nous donne une traduction en français du texte latin du Fauna suecica

Or, en 1762, le médecin et collectionneur Étienne-Louis Geoffroy publie le tome II de son Histoire des insectes . Il y décrit 14 espèces de libellules, en suivant d'assez près Linné. Il attribue à chaque espèce un nom vernaculaire, un exercice auquel il est très attaché et qui nous a valu nos plus beaux noms de papillons. Mais il suit si bien Linné qu'il nomme ses deux premières espèces la Louise et L'Ulrique (sans identifier sans-doute les références royales que ces prénoms avaient pour l'auteur suédois) avant de puiser dans les prénoms féminins (de son entourage ??) pour baptiser ses douze autres espèces suivantes. Ainsi, si la Louise était pour lui la n° 759 de la Fauna, et l'Ulrique Libellula Virgo, il nomme L. puella l'Amélie, une variante la Dorothée, une autre la Sophie, et, parmi ses Anisoptères, L. quadrimaculata la Françoise, L. flaveola l'Eléonore, un autre la Philinte, puis vient la Sylvie, l'Aminthe (L. aenea), la Justine (L. vulgatissima), la Julie (L. grandis), la Caroline (L. forcipata) et une variante la Cécile.

Ce procédé d'imitation trop servile et surtout parfaitement infondé n'aura guère de succès, bien qu'il sera fidèlement cité au XIXe siècle par les entomologistes. Et il réapparaît encore aujourd'hui, où le Calopteryx virgo se voit encore qualifié de "La Louise" sans trop comprendre pourquoi.

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Libellula depressa Linnaeus, 1758. Photographie lavieb-aile.

 

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III. Les trois sortes de Libellula décrites dans la sixième édition du Systema naturae de 1748.

Cette édition, fort réduite, se contente de citer les trois catégories de libellules magna alis plenis, media alis erectis et parva alis erectis du Fauna suecica, auquel le lecteur est renvoyé : cela n'aurait aucun intérêt si ces trois catégories n'étaient mises en regard de trois noms suédois  en lettres gothiques noires : BRAXEN MIGG. (?. Cela me renvoie à la punaise aquatique Cimex aquaticus) ; JUNGFRUR ("Vierge"); et TROLLFLÄNDA ("Demoiselle, libella, wassejungser".

 

https://www.biodiversitylibrary.org/item/83105#page/80/mode/1up

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Ischnura elegans Vander Linden, 1820, l'Agrion élégant. Photographie lavieb-aile

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CONCLUSION.

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Après cette revue des premières dénominations de libellules, nous réalisons que la zoonymie des Odonates n'aura pas le charme et la saveur de celle des Lépidoptères. Linné, après avoir tenté deux noms vernaculaires, assez pauvre par leur platitude d'hommage à un mécène, va opter pour un système binominal aux épithètes descriptifs, qui sera certes très utile mais ne nous fera pas rêver.  Geoffroy, en emboîtant le pas à son illustre modèle par la reprise de Louise et d'Ulrique sans en comprendre la signification, et en déclinant 12 autres prénoms féminins, ne va pas placer la dénomination vernaculaire française sur le chemin  des belles réussites. 

Cette funeste destinée va amener les auteurs français à se contenter de traduire littéralement les noms scientifiques dans notre langue, laissant les auteurs anglo-saxons faire preuve de davantage d'imagination et de poésie descriptive.

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Libellula maculata, par Toussaint-Charpentier, numérisation google

Libellula maculata, par Toussaint-Charpentier, numérisation google

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OUTILS ODONATES.

ALBARDA Herman 1889 Catalogue raisonné et synonymique des Névroptères, observés dan les Pays-Bas et dans les Pays limitrophes

http://www.eis-nederland.nl/Portals/4/pdfs/Albarda_1889.pdf

— ANIMALBASE

http://www.animalbase.uni-goettingen.de/zooweb/servlet/AnimalBase/home/highergroup?id=59

http://www.animalbase.uni-goettingen.de/zooweb/servlet/AnimalBase/list/families?highergroup=59

— GEOFFROY (Etienne-Louis), 1762,  Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris. Chez Durand, à Paris 1762, in-4 (4) xxviij, 523pp. et (4), 2 volumes reliés.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k991697/f615

— GEOFFROY (Etienne-Louis), 1799 Histoire abrégée des insectes, dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique. Tome 2 / par M. Geoffroy, C. Volland / Rémond (Paris)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1043241t/f227.image

http://archive.org/stream/histoireabrg02geof#page/216/mode/2up/search/sylvie

— HARRIS, Moses, 1731-1785, 1786, Exposition des insectes que se trouvent en Angleterre; comprenant les différentes classes des Neuoptera, Hymenoptera, et Diptera: ou des abeilles, mouches, et Libellulae. Londres,B. White et J. Edwards,1786.

https://www.biodiversitylibrary.org/bibliography/130967#/summary

—LA CHESNAYE-DESBOIS (François-Alexandre Aubert de ), 1754 Système naturel du regne animal, par classes, familles ...Chez Cl. J.B. Bauche, 1754, 641 pages

https://books.google.fr/books?id=K5OaIamcfcAC&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

—LA CHESNAYE-DES BOIS (François-Alexandre Aubert de)  Dictionnaire raisonne et universel des animaux ou le regne animal etc, Volume 2  chez Claude-Jean-Baptiste Bauche, 1759 page 19

— LEEUWENHOEK (Antoni van), 1695, Arcana naturae detecta, 1695 page 18

https://archive.org/stream/gri_arcananatura00alee#page/n33/mode/2up

— LINNÉ (Carl von,) 1746, Caroli Linnaei medic. & botan. prof. Upsal ... Fauna Svecica, sistens animalia Sveciae regni : Quadrupedia, Aves, Amphibia, Pisces, Insecta, Vermes, distributa per classes & ordines, genera & species, cum differentiis specierum, synonymis autorum, nominibus incolarum, locis habitationum, descriptionibus insectorum.Stockholmiae :Sumtu & literis Laurentii Salvii,1746. Bergquist, Carl, 1711-1781 , graveur. Leche, Johan, 1704-1764 , ill. 

https://www.biodiversitylibrary.org/item/129804#page/261/mode/1up

 

— LINNÉ ( Carl von,) 1758, Caroli Linnaei...Systema naturae per regna tria naturae :secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Holmiae : Impensis Direct. Laurentii Salvii, 1758-1759. pages 543-546.

https://www.biodiversitylibrary.org/page/727383#page/565/mode/1up

— LINNÉ ( Carl von,) 1764, Museum Ludovicae Ulricae reginaeSuecorum, in quo animalia rariora , exotica imprimis insecta et conchilia describuntur, etc. Holmiae, l764 , 2 t. en 1 vol. in-8.

 

— NATIONAL HISTORY MUSEUM

http://www.nhm.ac.uk/our-science/data/uk-species/species/calopteryx_splendens.html

— TAXONOMICON

http://taxonomicon.taxonomy.nl/TaxonTree.aspx?src=1002&id=17481

 


 

— Toussaint von Charpentier, 1840, Libellulinae europaeae descriptae ac depictae

L. Voss, 180 pages

https://books.google.fr/books?id=DoIwvgAACAAJ&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— WIKIPEDIA Neuroptera in the 10th edition of Systema Naturae

 

https://en.wikipedia.org/wiki/Neuroptera_in_the_10th_edition_of_Systema_Naturae

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 16:20

La verrière de saint Nicolas de Tolentino et de saint Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, par Olivier Le Coq et Jehan Le Lavanant),  baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic.

 

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Voir 

— Voir aussi, sur cette chapelle :

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Les débuts de la construction de la chapelle correspondent au temps du duc Jean V (1399-1442), qui la dota et qui en fut peut-être le fondateur, mais le chantier n'était pas achevé en 1464, puisqu'à cette date, François II accorda une remise d'impôt aux habitants du lieu afin qu'ils consacrent au parachèvement des travaux la moitié des ressources ainsi dégagées. Ce sont les armoiries de François Ii et de la duchesse Marguerite de Bretagne qui sont placées en sommité de la maîtresse-vitre, ou baie 0.

Mais Notre-Dame-de-la-Cour bénéficia aussi des largesses de l'évêque de Saint-Brieuc Jean Prégent (1450 -1472), qui finança la construction du bras sud du transept et y fit vitrer les baies 4 et 6, en y plaçant ses armoiries. Si la baie 6 fut largement détruite pendant la Révolution,  la baie 4 fut mieux préservée.

Après l'incendie qui toucha la chapelle en 1874, et à l'initiative du recteur Ange-Marie Leclerc, la presque totalité des baies furent restaurées. L'opération débuta en 1878 par cette baie 4 en même temps que  la baie 0 ; elle fut menée par l'Atelier du Carmel du Mans sous la direction de Eugène Hucher. 

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Description.

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La baie 4,  dans le bras sud du transept et au dessus de la Pietà, comporte deux lancettes trilobées organisées en deux registres, et un tympan à 1 soufflet sommital et deux mouchettes. Elle mesure 4,70 m de haut et 1,30 m de large.  Son intérêt principal vient de son iconographie , choisie vraisemblablement par l'évêque Jean Prégent vers 1460 et consacrée les deux moines Nicolas de Tolentino et Bernardin de Sienne. Choix étonnant par sa précocité si on sait que l'augustin Nicolas de Tolentino fut canonisé en 1446 par le pape Eugène IV, et que le franciscain Bernardin le fut en 1450, par  Nicolas V. Mais l'étonnement est moindre si on considère que Jean Prégent, qui avait été envoyé par le duc Jean V dont il était le conseiller comme ambassadeur auprès du pape Eugène IV en 1432, devait à ce dernier son poste d'évêque de Saint-Brieuc. Ou bien si l'on sait qu'Eugène IV avait été moine augustin, puis brièvement évêque de Sienne.

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Une symétrie organise les registres des deux lancettes puisqu'au registre supérieur Nicolas de Tolentino tenant une étoile sur son livre répond à Bernardin de Sienne tenant un livre et le monogramme embrasé IHS, tandis qu'au registre inférieur les deux moines sont représentés l'un priant et l'autre prêchant. 

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Verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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LA LANCETTE GAUCHE : SAINT NICOLAS DE TOLENTINO.

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1. Registre supérieur.

 

"La lancette gauche comprend trois panneaux consacrés à saint Nicolas de Tolentino. En haut, sous un riche dais gothique, le saint, en froc brun, se détache sur un fond bleu. Il est couronné d'un nimbe moderne à rayons en forme de flammes sur le bord duquel on lit : saint Nicolas de Tolentino. Devant le saint, à hauteur de ses mains, une étoile rouge." (Couffon 1935)

"Figure de saint Nicolas de Tolentin sous un important dais d'architecture (nombreuses restaurations) ". (Gatouillat et Hérold 2005)

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Le saint italien, moine de l'Ordre des Augustins qui fut un exemple d'humilité, d'esprit de mortification et de charité, et qui exerça son ministère à Torentino (Marches) de 1279 à 1305, est représenté tonsuré, dans l'habit de son Ordre, tenant le livre de sa Règle ainsi que son principal attribut, une étoile. C'est aussi ainsi qu'il est peint par Piero della Francesca sur un tableau de 1454-69 conservé à Milan au Museo Poldi Pezzoli, tandis que d'autres le montrent avec un soleil rayonnant sur la poitrine (Miguel del Prado, vers 1515). Le Pérugin le peint en 1507 montrant du doigt une citation des Confessions de saint Augustin : Servus tuus sum ego et filius ancille tue .

L'étoile s'expliquerait ainsi :

"Dieu voulant montrer la sainteté de saint Nicolas de Torentino, envoya une étoile qui descendit dans l'église et s'arrêta sur l'autel où Nicolas disait la messe, pour faire voir que le saint était la lumière des chrétiens. On garda cette étoile sous l'autel de Tolentino, et on la montrait tous les ans le 10 septembre jour de la saint Nicolas." Jean-Paul Kurtz Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses .

On lit aussi que s'il est représenté avec un soleil au milieu de la soutane noire, c'est parce que l'on disait  qu'une étoile brillante le suivait continuellement dans ses mouvements et illuminait sa silhouette.

 

 Marguerite d'Autriche (1480-1530) consacra au saint l'église de Brou destinée  à abriter sa tombe et celle de son époux. https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Nicolas-de-Tolentin_de_Brou

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L'inscription exacte du nimbe est  : S : NICOLLAS DE TOLLENTINO  : EREM, avec un doute sur le dernier mot.

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Verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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2. Registre inférieur. Saint Nicolas invoqué par les âmes du purgatoire. 

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En majeure partie moderne par Hucher avec remploi de quelques pièces originales dont l'inscription.

"Dans le panneau au-dessous, de petits personnages nus, sans doute des âmes, implorent le saint. Seuls, les deux du premier plan sont habillés et portent respectivement, celui de gauche une robe rouge et celui de droite une robe bleue. Un petit cartouche porte en lettres gothiques : Grand S. Nicolas de Tollenlino Salvez esleze.

Le panneau du bas est moderne. Le saint, agenouillé sur un prie Dieu recouvert d'une tenture rouge semée d'étoiles d'or, est en prières devant le Crucifix. En haut, trois anges musiciens, aux ailes respectivement rouges, bleues et rouges, l'assistent." (Couffon, 1935)

 

Le panneau supérieur montre seize personnages des deux sexes, presque nus, agenouillés et mains jointes : on peut les considérer comme des âmes du purgatoire attendant en prière  leur salut. On prie en effet saint Nicolas de Tolentino car il  délivra par ses prières des âmes du purgatoire durant son existence. Il est donc le patron   des âmes du purgatoire à qui on demande  la délivrance

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Lancette A de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lancette A de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Lancette A de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lancette A de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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L'inscription montée dans le support gauche de l'architecture.

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GRANT S. NICOL

LAS DE TOLLENTINO

SALVEZ ES CEZE

"Grand saint Nicolas sauvez les ---"

Cette inscription e n'a pas été traduite ni interprétée ; les deux derniers mots, accolés par les auteurs (Couffon, Gatouillat) résistent à la compréhension, là où on attendrait "sauvez les âmes". Faut-il y lire " Grand saint Nicolas, sauvez-les seize", puisque c'est le nombre des âmes figurées en prière ?

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Lancette A de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lancette A de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Lancette A de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lancette A de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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LA LANCETTE DROITE : SAINT BERNARDIN DE SIENNE.

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 Le registre supérieur.

"L'autre lancette est consacrée à saint Bernardin de Sienne. Sous un dais gothique semblable à celui abritant saint Nicolas, saint Bernardin, en froc brun, se détache sur un fond rouge. Il tient de la main droite un soleil d'or avec le monogramme i. h. s." (Couffon, 1935)

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Le saint, tonsuré,  est en habit franciscain, remarquable par la cordelière à trois nœuds témoignant de leur attachement à la sainte Trinité. Il tient un livre dans la main gauche où sont écrits les mots suivants  : "PATER / MANI / FESTAVI / NOMEN /  TUUM / OMINI / BUS ".

Il s'agit d'un passage du chapitre 17 de l'évangile de Jean Je 17:5-6 "Et maintenant toi, Père, [...] j'ai fait connaître ton nom aux hommes" que vous m'avez donnés. Sous cette forme Pater manifestavi nomen tuum hominibus, il s'agit d'un chant grégorien attesté dans les antiphonaires pour la fête de l'Ascension

L'inscription se retrouve sur le livre de saint Bernardin sur une huile sur bois attribuée à Bartolomeo della Gatta conservée au Petit Palais d' Avignon et peinte...en 1470. Ou bien sur une fresque de Bernardino Pinturicchio, à la chapelle Bufalini de Santa Maria di Arecoeli de Rome.  Mais pourquoi ?

Il faut savoir que Bernardin est mort le 20 mai 1444, le jour de l'Ascension, précisément alors que les Frères chantaient en chœur l'hymne grégorien Pater manifestavi... (Source) (Source 2).

Il s'agit ainsi de l'une des deux inscriptions propres au saint, avec Quae sursum sunt sapite non quae super terram (Col., 3,2).

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A la différence de Nicolas de Talentino, Bernardin de Sienne est présent sur les bases de données d'iconographie Mandragore et Enluminures : Ainsi, on trouve deux enluminures dans les manuscrits  du Civitate dei de saint Augustin (trad. Raoul de Presles), vers entre 1469 et 1473, dans les Français 18 folio 3v et  Français 19 folio 232 dans l'allégorie de la cité de Dieu, ainsi que sur le Nouvelle acquisition latine 758 fol. 2. Dans les bibliothèques provinciales, il figure dans les Heures à l'usage de Paris vers 1470 (Chambéry Ms 0001 f.190), dont on notera la coïncidence temporelle avec cette verrière. Le saint tient l'astre (sans monogramme) et le livre, et trois mitres sont posées à terre. dans le De evangelio aeterno du XVe siècle (Dole BM ms 0118 folio 003), le saint tient un livre avec le monogramme au milieu de l'astre. Dans les Heures à l'usage de Rome de 1510 (Tours, BM Ms 2104 folio 172v), Bernardin prie devant un livre et tient l'astre doré.

En Italie, je citerai l'enluminure de Giampietrino da Birago, peinte vers 1490 dans  le Livre d'Heures des Sforza folio 207v : British Library  Ms Additional 34294. Elle reprend les trois mitres, le monogramme sur un panneau, et le livre.

Le saint est aussi présent dans les suffrages du Livre d'Heures du duc de Bretagne Pierre II. Ou dans les  Heures d'Antoine de Crèvecoeur, vers 1450-55 (Leeds, University Library, The Brotheton Collection, ms.4 folio 318-319).

 

En Bretagne, on trouve une statue en l'église Saint-Nonna de Penmarc'h : je l'ai présenté ici,  avec le panneau portant le monogramme christique IHS dans un soleil d'or, et les  trois mitres à ses pieds, en souvenir de son triple refus de l’épiscopat.

L'examen de la peinture italienne confirmerait à foison que le saint  est représenté par deux  attributs de sainteté :  le monogramme du Christ I-H-S peint sur un disque,  et les les trois mitres au sol. Voir de nombreux exemples ici

Le monogramme IHS et la dévotion du nom de Jésus.

 

Vers le début du XIIIe siècle dans l'Occident latin, mais sous l'influence grecque, les deux abréviations de Jésus et Christus marquaient les figures de Jésus. Dans les fresques des églises rupestres de l'Italie méridionale on trouve des compositions de trois lettres: IHC XPC.  Au XV siècle, les Franciscains encouragèrent la dévotion au nom de Jésus et utilisèrent à nouveau le monogramme IHS comme signifiant simplement Jésus.  Les  trois majuscules grecques jadis employées par les chrétiens devinrent  les initiales de trois mots latins : Iesus, Hominum, Salvator, "Jésus, Sauveur des Hommes". Bernardin de Sienne (1380-1444), en particulier, utilisait beaucoup le monogramme dans ses prédications pour appuyer la force de son éloquence.  Il montrait aux foules un tableau peint sur bois (l'un d'entre eux est conservé à Volterra) sur lequel le symbole IHS, ou YHS en lettres gothiques, figurait au cœur d'un soleil. Le H est surmonté du tilde abréviatif, et parfois, il vient croiser la hampe du H pour former une croix. Ce symbole du Christ a ensuite eu une immense diffusion. Saint Bernardin mourut à L’Aquila (dans les Abruzzes, Italie) et la basilique où repose son corps est un hymne au monogramme IHS.

 "A la fin de sa prédication il les élevait pour bénir la foule qui à genoux adorait le nom de Jésus. Il parvint même à convaincre la commune de Sienne à remplacer les armoiries de la ville par le symbole de Jésus entouré du soleil. Plusieurs de ces tables de bois ont été conservées. L'une d'elles se trouve en l'église Sainte Marie de l'Aracoeli à Rome, près du Capitole. Les tables et les innombrables reproductions du blason de Sienne présentent le monogramme de Jésus écrit en lettres gothiques minuscules surmontées du tiret transversal. Celui-ci ornait, par exemple, l'entrée du Collège Sainte Barbe de l'Université de Paris, où saint Ignace de Loyola a certainement pu l'admirer et ensuite l'adopter, augmentant ainsi sa diffusion. En effet le fondateur de la Compagnie de Jésus l'a utilisé fréquemment au début de lettres importantes et dans d'autres écrits. Il l'a fait imprimer au frontispice de publications importantes, par exemple dans la première édition du livre des Exercices Spirituels et finalement dans le blason de l'Ordre des jésuites." (Source)

"Il introduit cette coutume à Volterra en 1424. À Bologne, Bernardin persuade un peintre, ruiné par ses sermons contre le jeu, de gagner sa vie en dessinant des tablettes, et le désir de posséder de telles tablettes est tel que l'homme fait rapidement fortune" (Source)

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Lancette B de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lancette B de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Lancette B de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lancette B de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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2. Le registre inférieur. 

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"Au-dessous, sur un fond bleu, sont trois mitres d’or, richement ornées de pierreries, avec l'inscription :" Les trois mitres signifient comment saint Bernardin fut à III évêchés".

"En bas, panneau moderne, saint Bernardin sur un tréteau prêche le peuple. Si l'on veut bien se rappeler que saint Bernardin, décédé en 1444 fut canonisé en 1450, il est très remarquable de voir, treize ans plus tard, dans une modeste chapelle bretonne, un vitrail, fait certainement d'après un carton allemand consacré au nouveau saint [Note bas de page: Il y a lieu d'observer que saint Bernardin figure déjà sur le livre d'heures du duc Pierre II (1455-1457) et que ce saint est mentionné dans le testament du duc du 5 septembre 1457 ].

Mais, d'Italie, sans doute par les couvents, les gravures de saint Bernardin se propagèrent très rapidement en Allemagne où elles furent imitées. Une gravure du Maître de Bileam (*) représentant saint Bernardin avec à ses pieds les trois mitres et les trois crosses est très peu postérieure à la canonisation du saint." (Couffon,  1935).

(*) ?. Il ne peut s'agir du Maître de Balaam, actif à la fin du XIVe sur la Bible de Wenceslas.

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Lancette B de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lancette B de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les trois mitres et les trois crosses épiscopales.

Les trois mitres illustrent les trois refus successifs par Bernardin des dignités de l'épiscopat : refus de son élection à l'évêché de Sienne, puis à ceux de de Ferrare en 1431  et d'Urbino, en  1435.

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La valse des mitres de Jean Prégent.

 

Dans une ironie à l'égard  du commanditaire, elles évoquent aussi, dans une signification opposée,  les déboires de Jean Prégent et la valse des ses mitres, puisqu'il fut  successivement évêque de Saint-Pol-de-Léon, en 1436, puis de Saint-Brieuc en 1439 ;  le siège de Nantes lui échappant en  1443 au profit de Guillaume de Malestroit,  Jean Prigent fut nommé évêque de Saint-Malo le 25 avril 1450, mais il résigna ce siège dès le 15 juillet pour devenir à la même date évêque de Vannes avant de  se résigner à regagner son siège de Saint-Brieuc .

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Lancette B de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lancette B de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Inscription:

 

CES TROIS MITRES 

 SIGNIFIE[N]T COM[M]ENT

CENT BERNARDIN RE

 FUSA III ESVEQCHES;

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Lancette B de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lancette B de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Prédication de saint Bernardin, par Hucher 1878.

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Lancette B de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lancette B de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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LE TYMPAN.

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Tympan  de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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"Dans le tympan, en supériorité, sont les armes de l'évêque de Saint Brieuc, Jean Prégent (Prigent), et, dans les deux mouchettes inférieures, des angelots tenant des phylactères." (Couffon, 1935)

"ajour sommital : armoiries de Jean Prégent."

"Mouchettes : anges porteurs de phylactères avec des fragments du Te Deum. (patrons retournés. Ange de droite assez restauré. " (Gatouillat et Hérold)

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Les armoiries figurent aussi dans le tympan de la maîtresse-vitre. Elles devraient être d'azur à la fasce d'or accompagnée de trois molettes à huit pointes de même, mais les molettes (roulettes d'éperon en forme d'étoile) ont pris ici l'aspect de besants (ou boules d'or).

L'ange de gauche tient l'inscription TE DEUM LAUDAMUS "Nous te louons Dieu", et celui de  droite  TE DOMINUM CONFITEMUR  "Nous t'acclamons Seigneur", soit les deux premiers versets du Te Deum. Je lis aussi  à droite N DIEUX EST. Couffon avait déjà noté dans le tympan de la maîtresse-vitre des passages du Te Deum.

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Tympan  de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la verrière de Nicolas de Tolentino et de Bernardin de Sienne (vers 1460-1470, Olivier Le Coq et Jean La Lavanant), baie 4 de la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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SOURCES ET LIENS.

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— ARASSE (Daniel), 1977, "Ferevat pietate populus. Art, dévotion et société autour de la glorification de S. Bernardin de Sienne",  Mélanges de l'école française de Rome  Année 1977  89-1  pp. 189-263

http://www.persee.fr/doc/mefr_0223-5110_1977_num_89_1_2389

— BARTHÉLÉMY (A) Revue historique nobiliaire et biographique T. XIII,1876 pages 177- 186.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k36918k/f180.image

— BARTHÉLÉMY (A)  / GESLIN DE BOURGOGNE, 1849; "Légende de la Vierge, à Notre-Dame-de-la-Cour", in Mémoires du Congrès scientifique tenu à Rennes en 1849, t II, p 94

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411579p/f97.image

 

— CHAPELLE N.D DE LA COUR, LANTIC. 

https://chapellelantic.weebly.com/

— CHARDIN (Paul), 1891, Recueil de peintures et sculptures héraldiques, par M. P. Chardin. - Moustern, Pont-Melvey, Pestivien, Bulat, Burtulet, Saint-Servais, Rosvillou, Gallac, Plusquellec, Saint-Gildas Kernescop, Kermaria, Bringolo, Tressignaux, Beauport, Kerpradec, Kergrist, Chapelle de Menez-Bré., Bulletin monumental vol 57 page 545-546

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k310731/f626.image.r=chardinchardin%20lantic

COUFFON (René), 1935, Contribution à l'étude des Verrières anciennes du Département des Côtes-du-Nord, Bulletin et Mémoires de la Société d'Émulation des Côtes du Nord T. 67 pages 113-114

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f138.image

 

— COUFFON (René), Recherches sur le chapitre de Saint Brieuc au XVe siècle.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_77/Recherche_sur_le_Chapitre_de_Saint_Brieuc_au_XVe_.pdf

GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les Vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII; Presses Universitaires de Rennes pages 70-72.

 

— INFOBRETAGNE : NOTRE-DAME-DE-LA-COUR. Retranscription de Morvan 1903

http://www.infobretagne.com/lantic-chapelle-notredamedelacour.htm

— MORVAN (Jean), 1903, Monographie de la chapelle de Notre-Dame-de-la-Cour, en Lantic (Côtes-du-Nord) Bulletins et mémoires / Société d'émulation des Côtes-du-Nord T. 41 pages 177-214

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207842x/f197.item

— TOULLELAN (Guy), 1978,  Toullelan, Notre Dame de la Cour en Lantic, Jos Le Doaré,  24 pages

— BASE PALISSY

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Lantic&NUMBER=6&GRP=0&REQ=%28%28Lantic%29%20%3aLOCA%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=3&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=200&DOM=Tous

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
5 décembre 2017 2 05 /12 /décembre /2017 22:27

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Avec 1 500 m2 de surface vitrée, Strasbourg détient également la deuxième place de l’architecture gothique française, derrière Chartres.

Entre  2009 et  2012, des travaux de restauration des cinq  verrières du bas côté sud de la cathédrale ont été réalisés sous la direction de Christiane Schmuckle-Mollard, architecte en chef des monuments historiques, architecte de l’OEuvre Notre-Dame,  par deux entreprises : l’Atelier Parot à  Aiseray et le Vitrail Vinum à Troyes. Ils ont été financés conjointement par l’État, l’Évêché et la Ville de Strasbourg. Une opération inédite de mécénat culturel a permis d’apporter un complément d’1,5 million d’euros, pour un coût total de 2,2 millions d’euros. L’État a porté, à la base de la 2e verrière représentant la Vie du Christ, sur la bordure inférieure de quatre lancettes, l’inscription suivante du propriétaire  : «  LA RESTAUR ATION DES VERRIERES DU BAS COTE SUD A ETE  ACHEVEE EN MMXI [2011] ». les nouvelles mesures de protection ont été retenues avec la mise en place de verrières de doublage à 4 cm des verrières anciennes.

"Dans les verrières du bas-côté sud, d’est en ouest, un vaste cycle narratif se déploie dans les lancettes de cinq verrières quadruples, chacune compartimentée en seize scènes. À la suite des épisodes de la Vie de la Vierge et de l'Enfance de Jésus se trouvent exposés ceux de la Vie publique, de la Passion et de la Vie Glorieuse du Christ, qui précèdent une représentation du Jugement dernier.

Ces verrières sont postérieures à l'incendie de 1298, qui a ravagé la série de prophètes située face à celle des souverains. L’harmonie des fonds bleu clair, les traits des visages, les rendus des vêtements, le maintien des figures, mais aussi les éléments architecturaux ou décoratifs leur servant de cadre sont typiques du début du XIVe siècle.

Une volonté de lisibilité

À la portée des fidèles pour être parfaitement lisibles, des commentaires sont inscrits et ce, sur des épisodes moins familiers. Tout cela témoigne d’une pédagogie de l’image, de la volonté d’être compris au mieux. Cette démarche rend aussi compte de la vitalité de la pensée théologique dans le contexte rhénan des années 1320, sous l'influence des ordres mendiants." Claire Lingenheim

Victor Beyer souligne les relations entre ces vitraux strasbourgeois et ceux du chœur de l’église du couvent double de Franciscains et de Clarisses de Königsfelden en Suisse,  réalisés sans doute vers 1330-1340 à Bâle .

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Cinq verrières narratives commanditées par l'évêque Jean de Dirpheim.

 

"Parmi les vitraux posés entre 1250 et 1275 dans les fenêtres du bas-côté sud, seuls les panneaux des tympans sont conservés. En 1328, l’évêque Jean de Dirpheim décida de faire remplacer les figures de l’ancien cycle des Saints par une série de cinq verrières quadruples de huit mètres de hauteur sur les épisodes de la vie de la Vierge et l’enfance du Christ (baie 26), la vie publique du Christ (baie 28), la Passion (baie 30), la vie glorieuse du Christ (baie 32) et enfin la représentation du jugement dernier (baie 34). Le programme prévu avant 1328 s’étendait non sur cinq mais sur sept fenêtres du bas-côté sud. Quelques années après le début du chantier, l’édification de la chapelle Sainte-Catherine (fondée en 1331 par l’évêque Berthold de Buchegg) consacrée en 1349 provoqua la destruction des baies 22 et 24 qui venaient juste d’être vitrées. Les panneaux sacrifiés furent conservés et réutilisés vers l’ouest où les vitraux n’étaient pas encore en place (cf. Becksmann et Ch. Wild-Block)." (Schmuckle-Mollard)

 

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Le plan suivant par Christiane Schmuckle-Mollard montre les datations des vitraux de la cathédrale : en rouge, les verrières du XIVe siècle, dont les baies 26, 28, 30, 32 et 34 dans le bas-coté sud.

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Plan de datation des vitraux de la cathédrale de Strasbourg, par Christiane SCHMUCKLE-MOLLARD, architecte en chef des monuments historiques, architecte de l’OEuvre Notre-Dame, http://docpatdrac.hypotheses.org/399

Plan de datation des vitraux de la cathédrale de Strasbourg, par Christiane SCHMUCKLE-MOLLARD, architecte en chef des monuments historiques, architecte de l’OEuvre Notre-Dame, http://docpatdrac.hypotheses.org/399

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La baie 26 comporte quatre lancettes ogivales organisées sur quatre registres  et un tympan à trois oculi et écoinçons. Elle est consacrée à la Vie de la Vierge et à l'Enfance du Christ et vouée au culte de Marie comme l'indique l'inscription latine AVE MARIA PLENA qui court sur la bordure des lancettes, initiée par le doigt de Gabriel. Le thème de l'Annonce et de l'élection divine est prépondérant. Seize scènes sont chacune encadrée par des prophètes placés dans des niches, comme dans les Arbres de Jessé du XIIIe siècle, pour souligner, dans une démarche typologique, que l'Incarnation et la Rédemption ont été annoncées par les prophéties bibliques vétéro-testamentaires.

Loin d'être une bande dessinée à l'usage de fidèles ignares qu'il faudrait instruire, cette verrière est une méditation nourrie de références bibliques et théologiques, ainsi qu'une exposition des données de la mariologie du XIVe siècle.

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Liste des seize scènes.

1. Annonce faite à Anne.

2. Annonce faite à Joachim.

3. Rencontre à la Porte Dorée.

4. Anne donne naissance à la  Vierge.

5. Présentation de Marie au temple.

6. Recherche d'un "prétendant" par le grand prêtre parmi les descendants de David.

7. Joseph désigné par le miracle de la verge fleurie.

8. Présentation de la Vierge à Joseph.

9. L'Annonciation.

10. La Nativité.

11. L'Annonce aux Bergers.

12. L'Adoration des Mages.

13. La Présentation de Jésus au temple.

14. Le Massacre des Innocents.

15. La Fuite en Égypte.

16. Jésus parmi les docteurs.

 

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— Sources scripturaires.

"De quelles sources tire-t-on les épisodes de sa vie, toutes ces scènes que peintres et sculpteurs ont eu le goût d’illustrer, surtout entre XIIIe et XVIIe siècle ? Réponse : d’une littérature plus tardive, dite apocryphe, trop entachée du goût du merveilleux pour que l’Église juge bon de la retenir dans le canon des Écritures saintes. Trois évangiles apocryphes, en particulier, mentionnent sainte Anne et dépendent étroitement les uns des autres : le Protévangile de Jacques, l’Évangile du pseudo-Matthieu et l’Histoire de la Nativité et de l’Enfance du Sauveur.

Le Protévangile de Jacques, texte grec daté des années 175, est le plus ancien des trois. Malgré sa condamnation officielle par l’Église dès le vie siècle, son succès fut considérable. Il donna lieu à de nombreuses versions remaniées en latin, notamment aux deux autres apocryphes cités, l’Évangile de l’enfance du pseudo-Matthieu, de la fin du vie siècle-début du VIIe siècle, et le Livre de la nativité de Marie, qui remonterait à l’époque carolingienne. De ces sources dépendent au XIIIe siècle Vincent de Beauvais (1190-1264) dans son Speculum historiæ et surtout le dominicain Jacques de Voragine quand il rédige, dans un style simple et imagé, sa Légende dorée [1261-1266], et notamment les chapitres concernant l’histoire de Marie." (F. Boespflug)

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— Sources picturales.

Elles sont nombreuses dans les enluminures (interrogez la base Mandragore), mais je citerai le cycle des fresques de la chapelle de Scrovegni de l'Arena de Padoue par Giotto réalisées entre 1303 et 1305, pour la proximité de datation. Cf Guiliano Pisani 2015. C'est le cycle le plus complet de l’enfance de Marie en Occident, avec douze tableaux sur le registre supérieur de part et d’autre de la nef, depuis le refus de l’offrande de Joachim jusqu’au mariage de la Vierge et de Joseph et au retour de Marie à Nazareth.

 

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VUE D'ENSEMBLE DE LA VERRIÈRE.

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" L'effet en est donc, par registre, d'une arcature en cinq éléments, arcature qui se répète dans toute la largeur de la verrière et à chaque niveau. 

Dans les panneaux des sommets des lancettes apparaissent des festons de nuages ; les panneaux de bordure présentent des prophètes en pied, accotant les panneaux droits, des prophètes assis dans la mandorle (à redents intérieurs), à l'extrados des tiers- points a et c, et des anges en bustes superposés à l'extrados des tiers-points b et d. En bordure horizontale au bas de la verrière court l'inscription onciale : + AVE. MARIA. GRACIA. BLENA., un mot dans chaque lancette . Le fonds bleu des panneaux est orné d'un quadrillage en quinconce à motifs de petits quatre-feuilles. À part quelques variantes de détails, ces principes généraux sont adoptés dans les trois verrières suivantes." (Victor Beyer p.208)

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Les verres de couleur envahissent toute la surface, et, ce n'est que plus tard que les commanditaires se soucieront de faire entrer plus largement la lumière par l'utilisation de verre blanc peint en grisaille et jaune d'argent. À ce propos, et bien qu'il soit  apparu à Paris vers 1300, le jaune d'argent n'est pas utilisé ici. Le bleu (pour le fond quadrillé) et le rouge (pour le "ciel") prédominent, suivis du jaune et du vert, mais les carnations font appel à un verre rose-bistre. L'examen panneau par panneau révèle de très belles surprises dans la gamme des rouges et des violets et sur le vert émeraude.

Les visages restent marqués par le style du XII et XIIIe siècle ; les yeux sont en virgule, les iris placés dans un coin.

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Baie 26 (vers 1328) de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Baie 26 (vers 1328) de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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VUE DES DEUX LANCETTES DE GAUCHE.

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Baie 26 (vers 1328) de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Baie 26 (vers 1328) de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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1. L'ANNONCE FAITE À ANNE PAR L'ANGE.

 

" Panneau en arc brisé Devant la porte d'une maison à bâtière de tuiles, sainte Anne agenouillée reçoit le message d'un ange surgi à mi-corps de la nuée, tenant un phylactère portant l'inscription : GOT. HAT. DICH. ER. HOERET. Au-dessus de la tête de sainte Anne : S. ANNA. Festons de nuages en bordure du panneau. Anne, tunique verte, manteau bleu- gris clair ; ange, tunique rouge, ailes roses, nimbe jaune ; muraille rose froid, toit rose-violacé. Conservation : bonne." (Victor Beyer)

(Gott hat dich erhoeret : « Dieu t’a entendue »).

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L'histoire débute in media res, occultant la mention de la stérilité du couple mais aussi de sa générosité à l'égard des pauvres,  et le refus que Joachim a essuyé lorsqu'il s'est présenté au temple avec ses offrandes. Ce dernier, vexé comme un pou, est parti dans de verts mais  lointains pâturages garder ses troupeaux, laissant sa femme qui se morfond de culpabilité pour sa stérilité. Elle vient de  confier à sa servante toute sa peine lorsque l'ange apparaît pour lui promettre un beau bébé. Ce début en plein film montre bien qu'il ne s'agit pas de raconter au bon peuple une légende, mais de leur permettre de méditer sur ces saints exemples.

Quatre prophètes PROPHETA sont logés dans des fuseaux de l'encadrement ; deux d'entre eux, imberbe et coiffés de bonnet, ressemblent plutôt à des anges.

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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2. ANNONCE FAITE À JOACHIM PAR L'ANGE.

 

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"Panneau en arc brisé H =0,98 cm — L = 0, 80. L'ANNONCE FAITE À JOACHIM L'ange annonce la nouvelle à Joachim selon la disposition traditionnelle d'une Annonciation. Il tient un phylactère portant l'inscription : KERE.W('OACHIM). V. ANNA. Deux béliers paissent à leurs pieds. Feston de nuages en bordure du panneau. Joachim, tunique jaune, manteau rose violacé ; ange, tunique rouge, manteau vert, nimbe jaune, ailes jaunâtres ; nuages et béliers blancs. Conservation : quelques réfections dans le phylactère ; la pièce  portant les lettres OACHIM est un morceau d'inscription rapportée mais ancien." (Victor Beyer page 211)

(kere nach Anna : « reviens vers Anne »).

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Joachim a enfilé sa tenue de berger, avec la houppelande et le chapeau ad hoc. Huit anges aptères prient mains jointes dans l'encadrement. Tous  ont les yeux tournés vers le centre, sauf un, plus distrait.

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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3. LA RENCONTRE À LA PORTE DORÉE.

 

 

 

"Panneau en arc brisé. H. 0,97 - L. 0,81. Devant la porte, d'où elle sort, Joachim accueille Anne en lui prenant les mains, ..." (Victor Beyer)

 

Le choix de cette porte de Jérusalem repose sur des raisons symboliques :

"elle était la porte orientale du Temple, censée demeurer close jusqu’à la venue du Messie d’après une prophétie d’Ézéchiel (Ézéchiel 44, 1-3) : « c’est par le vestibule du porche qu’il [le Messie] entrera et c’est par là qu’il sortira ». Cette entrée-sortie du Messie par une porte fermée fut interprétée dans la tradition chrétienne comme une annonce du Ressuscité entrant au cénacle toutes portes closes, mais aussi du Fils de Dieu s’incarnant dans le sein virginal de Marie – la rencontre d’Anne et de Joachim à la porte Dorée, censément close, constituant elle-même un renvoi éloquent au texte prophétique et à son interprétation patristique et médiévale.  

La scène de la porte Dorée fut sans conteste la plus populaire du cycle pendant tout le Moyen Âge, car on l’a alors associée à l’Immaculée Conception de la Vierge, privilège selon lequel Marie est née préservée du péché originel en vertu d’une grâce exceptionnelle obtenue de son Fils. L’interprétation du baiser échangé à la porte Dorée comme le moment même de la conception « virginale » de Marie par ses parents fut largement partagée dès la fin du Moyen Âge." (F. Boespflug)

La représentation de cette scène peut indiquer plus ou moins clairement que c'est à ce moment précis que débute, selon une conviction répandue, la conception de la petite Marie. Ici, pas de baiser, pas même d'étreinte chaleureuse, mais les bras tendus de Joachim viennent à la rencontre du corps d'Anne. Il y a inversion du sens de la légende habituelle, où c'est Anne qui attend devant la porte et Joachim qui arrive en courant de ses collines.

Quatre prophètes PROPHETA sont logés dans des fuseaux de l'encadrement ; l'un d'entre eux, imberbe et coiffés de bonnet, ressemble plutôt à un ange.

 

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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4. LA NAISSANCE DE LA VIERGE .

 

 

" Étendue, appuyée sur son coude, Anne tient la petite Vierge emmaillotée. Un ange surgit à mi-corps de la nuée, mains voilées, portant un phylactère avec l'inscription : S. MARIA. Derrière la tête d'Anne : S. ANNA. Festons de nuages en bordure. Anne, tunique verte, voile blanc, lit blanchâtre, couverture lie-de-vin, nimbe rouge sombre ; ange, tunique jaune, aile rosée, nimbe rouge. Conservation : quelques réparations et déplacements, dans la partie gauche surtout (la tête de l'ange est inversée par rapport au tronc). (Victor Beyer page 211)"

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La présence de l'ange tenant le phylactère S. MARIA montre que cette naissance est surnaturelle mais aussi que c'est sur injonction divine que l'enfant porte le nom de Marie. Parmi les huit anges de  l'encadrement, on retrouve celui qui regarde exprès de l'autre coté.

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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5. PRÉSENTATION DE LA VIERGE AU TEMPLE.

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"Suivie des yeux par Anne et Joachim, la Vierge gravit les marches de l'autel où brûlent deux cierges. Au-dessus de sa tête, l'inscription : MARIA. Tête de la Vierge peinte à l'extérieur. Vierge, tunique rose froid, nimbe jaune ; Anne, tunique violette, manteau gris bleuté ; Joachim, tunique rouge, manteau brun; marches de l'autel vertes, nappe jaune à bordure rouge, cierges jaune clair sur candélabres blancs. Conservation : bonne." (Victor Beyer)

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À trois ans, Marie (MARIA) gravit les degrés du temple sans se détourner vers ses parents Anne et Joachim qu'elle quitte pour s'engager au service du temple de Jérusalem .

 Présence de deux prophètes : PROPHETA.

 

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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La signification spirituelle de la scène est très riche : autonomie motrice quasi miraculeuse de la fillette,  motivation de l'enfant qui se sépare sans se retourner de ses parents, dans une entière adhésion à sa vocation ; confiance émue des parents, qui l'ont voué à Dieu bien avant qu'elle soit conçue; valeur de la montée des marches qui ajoute à la valeur initiatique du seuil celle de l'épreuve mais aussi de la pérégrination. L'artiste n'a représenté que 12 marches, mais les textes apocryphes et leurs traductions en français précisent qu'il y a ici 15 marches à gravir, autant que de psaumes des montées (Ps 120 à 134) que les pèlerins de Jérusalem entonnaient en progressant vers le temple, situé en hauteur.

 Le titre de "présentation au temple" passe un peu à coté de cette puissance de support méditatif de la scène pour un chrétien, qui rejoint celle sur le Fiat de l'Annonciation. 

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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6. LA RECHERCHE D'UN PRÉTENDANT PARMI LES DESCENDANTS DE DAVID.

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"Panneau rectangulaire H. 1,09 cm – L. 0,80. L'ATTENTE DU MIRACLE DE LA VERGE FLEURIE. Quatre hommes sont agenouillés de part et d'autre de l'autel dressé sur un socle à quatre marches. Mains jointes, ils lèvent les yeux vers la colombe qui apparaît dans la nuée. Une longue inscription en quatre lignes superposées, partant de l'arc central et se déployant au-dessus de l'autel et des têtes, définit le thème : D(I)E/DAVIT/EGCLETES SIND (D)IE. LEGINT./IR RVNT AN. VF. D(E)N. ALTER. (Die David Geschlechtes sind, die   legen ihre Ruten auf dem Altar). Vieillard à droite, tunique rouge, manteau blanc ; vieillard à gauche, tunique jaune, manteau rose clair et froid ; autres personnages, verts et jaunes ; autel, socle vert, nappe jaune à bordure rouge ; inscription blanche. Conservation : manteau du premier vieillard, à droite, en partie remplacé par des fragments de draperie des XV-XVIe siècles ; quelques lettres inversées ou manquantes.  (Victor Beyer Page 211)".

Je lis aujourd'hui :

DIE

DAVIT

EGCLETES . SIND . DIE . LECINT

IR RVONT AN . UF . DEN . ALTER.

Le phylactère est apporté par la colombe de l'Esprit Saint. L'inscription peut se traduire par : "Ce sont les descendants de David qui placent leur bâton sur l'autel" et être compris comme une injonction divine. Les quatre prétendants, mains jointes, lèvent les yeux vers la descente de la parole divine sur terre.

Le prophète de droite tient une banderole avec son nom [IER]EMIAS : Jérémie. Il faut y voire une référence aux mots latin David germen (Davit Geschlechtes) :

Jérémie 23:5 ecce dies veniunt ait Dominus et suscitabo David germen iustum Voici, les jours viennent, dit l'Éternel, Où je susciterai à David un germe juste

et Jer 33:15 in diebus illis et in tempore illo germinare faciam David germen iustitiae et faciet iudicium et iustitiam in terra En ces jours et en ce temps-là, Je ferai éclore à David un germe de justice; Il pratiquera la justice et l'équité dans le pays.

 

 

Là encore, les fidèles sont censés connaître l'histoire, car le vitrail ne raconte rien. Si bien qu'il nous faut réviser un peu les textes :

 

"Alors le Pontife fut incertain de ce qu'il avait à faire ; d'une part, il n'osait aller contre l’Ecriture qui dit: « Accomplissez  les vœux que vous avez faits » ; d'une autre part, il n'osait induire une nouvelle coutume dans les pratiques suivies par la nation. Une fête des Juifs étant sur le point d'arriver ; il convoqua alors tous les anciens ; leur avis unanime fut que dans une affaire si délicate, on devait consulter le Seigneur. Or, comme on était en prière et que le Pontife s'était approché pour connaître la volonté de Dieu, à l’instant du lieu de l’oratoire, tout le monde entendit une voix qui disait, que tous ceux de la maison de David qui étant disposés à se marier, ne l’étaient pas encore, apportassent chacun une verge à l’autel, et que celui dont la verge aurait donné des feuilles, et sur le sommet de laquelle, d'après la prophétie d'Isaïe, le Saint-Esprit se reposerait sous la forme d'une colombe, celui-là, sans aucun doute, devait se marier avec la Vierge. Parmi ceux de la maison de David, se trouvait Joseph, qui, jugeant hors de convenance qu'un homme d'un âge avancé comme lui* épousât une personne si jeune,cacha, lui tout seul, sa verge, quand chacun avait apporté la sienne. Il en résulta que rien ne parut de ce qu'avait annoncé la voix divine; alors le pontife pensa qu'il fallait derechef consulter le Seigneur, lequel répondit que celui-là seul qui n'avait pas apporté sa verge, était celui auquel la Vierge devait être mariée ." (Légende Dorée)

Le fait que Joseph (qui va être élu) soit "de la maison de David" est capital pour la démonstration typologique puisqu'il fait du Christ un descendant de David, et donc un rejeton de la tige de Jessé : c'est ce qu'expose l'incipit de l'évangile de Matthieu.

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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7. L'ELECTION DE JOSEPH À LA GARDE DE MARIE. 

"Panneau rectangulaire H. 1,08 – L. 0,80. L'ÉPREUVE DES PRÉTENDANTS Sur l'autel dressé au centre, quatre prétendants barbons déposent leur baguette sèche, tandis que, à gauche. Joseph accompagné de deux juifs en bonnets, tient une baguette feuillue. Joseph, tunique verte, manteau violacé; vieillard en premier plan, tunique rouge, manteau jaune; autel, socle blanc, nappe jaune à bordure rouge, lampe bleutée à flamme rouge. Conservation : quelques plombs de casse gênants; pièces de l'autel inversées" (Victor Beyer p. 211)

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La fin de l'histoire ?

"Joseph ainsi découvert apporta sa verge qui fleurit aussitôt, et, sur le sommet se reposa une colombe venue du ciel. Il parut évident à tous que Joseph devait être uni avec la sainte Vierge. Joseph s'étant donc marié, retourna dans sa ville de Bethléem afin de disposer sa maison et de se procurer ce qui lui était nécessaire pour ses noces. Quant à la Vierge Marie, elle revint chez ses parents à Nazareth avec sept vierges de son âge, nourries du même lait et qu'elle avait reçues de la part du prêtre pour témoigner du miracle "Légende Dorée.

 

La colombe a fait place à la lampe. Joseph, qui n'avait pas concouru parce qu'il se sentait trop vieux, voit sa verge (une tige d'arbre) reverdir et porter des feuilles, et il n'est pas le dernier surpris. Les prêtres (reconnaissables à leur bonnet conique propres aux Juifs) s'en émerveillent, et les quatre prétendants font grise mine, sans néanmoins s'emporter comme sur d'autres représentations.

Deux prophètes occupent les guérites, avec leur pancarte PROPHETA.

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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8. LA PRÉSENTATION DE LA VIERGE À JOSEPH.

 

"Panneau rectangulaire. H. 1.08 - L. 0,80.  Il ne s'agit pas du mariage de la Vierge. Ses parents la présentent à Joseph qu'accompagne un juif. Joseph porte son bonnet en bandoulière".(Victor Beyer).

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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9. L'ANNONCIATION.

 

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" Panneau rectangulaire. H. 1,09 - L. 0,80.  Selon la disposition traditionnelle, l'ange et la Vierge se font face; entre eux, sur un petit tertre, le vase d'où sort un lys vigoureux. L'ange tient un phylactère, la Vierge un livre. Vierge, tunique violette, manteau vert clair, nimbe jaune ; ange, tunique vert clair, manteau rouge, pieds roses, nimbe jaune sombre, ailes vertes jaunissantes, linge drapé blanc. Sur le manteau de la Vierge, deux points rouges, comme en 9a. Conservation :état de conservation moyen ; quelques déplacements, verre étranger (fragments de draperie) au sommet de la touffe de lys, visage de la Vierge plus tardif (fin XIVe s. ?). "(Victor Beyer page 212

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L'inscription : AVE MARIA H--

Les prophètes font signe avec leur index tendus : "je vous l'avais bien dit !".

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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Ce que j'aime ? L'élégance de la main. Tracée par enlevage du lavis de grisaille.

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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10. LA NATIVITÉ. VIERGE ALLAITANTE.

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"Panneau rectangulaire. H. 1.08 - L. 0,79. LA NATIVITÉ Étendue sur le lit, appuyée sur son coude, la Vierge donne le sein. Derrière le lit, l'âne et le bœuf se nourrissent à la mangeoire. A droite, Joseph contemple la scène, appuyé sur son bâton. Vierge : tunique bleu clair. ; lit à couverture rouge et violette, linge et draperies blanches ; mangeoire avec herbe verte. Joseph : tunique verte, manteau rouge ; étoile jaune ; âne gris-bleu, bœuf rouge nuancé. Conception du sujet assez répandu, mais composition voisine à Koenigsfelden. Conservation : nombreux plombs de casse ; quelques verres inversés dans les fonds. Type de la Vierge allaitant: verrière du bas-côté sud de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau et Psautier de la Reine Mary. Cf. F. Geyges. Der Mittelalterliche Fensterschmuck des Freiburger Munsters. Freiburg, 1931, p. 32, 34-35. - Psautier de la Reine Mary, Londres, Brit. Lib., ms Royal 2 B VII, fol. 85 ; cf. G. Warner, Queen Mary's Psalter. Miniatures and drawings by an english artist of the 14th century, London, 1912, p. 25, pl. 148. Fig. 179. » (Victor Beyer 1986) 

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Voir ma série des Vierges allaitantes et des Vierges couchées, et notamment le vitrail de Fribourg cité par V. Beyer.

Voir ici le Psautier de la Reine Mary folio 85r (entre 1300 et 1310)

 

Là encore, l'un des prophètes sort de l'anonymat et indique son nom : ESECHIEL. Mais pourquoi lui ? Et pourquoi ici ? J'ai posé la question à Duccio di Buoninsegna qui a peint en détrempe La Nativité entre Isaïe et Ezéchiel en 1308, vingt ans avant ce vitrail. Et il m'a répondu, en me montrant sur le phylactère tenu par le prophète le mot PORTA. Autrement dit, vous l'aviez deviné, Ezéchiel 44:2. Je vous aide :

et convertit me ad viam portae sanctuarii exterioris quae respiciebat ad orientem et erat clausa et dixit Dominus ad me porta haec clausa erit non aperietur et vir non transiet per eam quoniam Dominus Deus Israhel ingressus est per eam eritque clausa principi princeps ipse sedebit in ea ut comedat panem coram Domino per viam vestibuli portae ingredietur et per viam eius egredietur et adduxit me per viam portae aquilonis in conspectu domus et vidi et ecce implevit gloria Domini domum Domini et cecidi in faciem meam.

C'est clair, non ? La porte qui doit rester close, c'est le ventre de la Vierge, qui reste vierge après avoir donné naissance à son Fils. Ah, vous avez besoin de la traduction !

 

Le personnage me fit revenir du côté de la porte extérieure orientale du sanctuaire. Elle était fermée.  Alors l’Eternel me dit: Cette porte restera fermée, on ne l’ouvrira plus, et personne n’entrera par elle, car l’Eternel, le Dieu d’Israël, est entré par là. Elle restera donc fermée.  Toutefois, le prince, en sa qualité de prince, s’y assiéra pour prendre son repas devant l’Eternel; il y entrera par le portique de la porte et sortira par le même chemin.Puis l’homme me conduisit devant le Temple par la porte nord. Je regardai et je vis la gloire de l’Eternel remplir le temple de l’Eternel; alors je tombai face contre terre."

Je me suis si longuement étendu sur ce sujet à propos de l'Arbre de Jessé de la cathédrale de Sens  (1502-1503), du Noli me tangere de Martin Schongauer et de son Annonciation à la Licorne que c'est censé être connu. Y compris la présence de ce verset typologique dans la Biblia pauperum, mis en relation avec l'Annonciation.

Gageons donc que le prophète de gauche est Isaïe, pour son Ecce virgo concipiet et pariet. Is.7:14.

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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Notez les différents tons de rose des carnations humaines et animales.

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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11. ANNONCE FAITE AUX BERGERS.

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" Issant à mi-corps des nuages qui occupent les arcs trilobés, trois anges annoncent la bonne nouvelle à deux bergers qui gardent leurs brebis. L'une des bêtes broute un arbuste. Un chien est accroupi. Anges, tuniques verte, rouge et jaune, ailes jaunes et rougeâtres, nuages bleu clair; premier berger, tunique jaune ocre, manteau rouge, capeline verte, coiffe blanche, chausses gris violacé ; deuxième berger, tunique rouge, manteau vert,capeline et coiffe jaunes. Sujet assez voisin à Koenigsfelden  : chèvre broutant, chien assis; éléments semblables à Chartres. Conservation : deux fragments du XVIe siècle réemployés. " (Victor Beyer page 218)

 

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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Annonce aux bergers, verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Annonce aux bergers, verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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12. L'ADORATION DES MAGES.

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"- Panneau rectangulaire. H. 1,08 - L. 0,79. L'ADORATION DES MAGES La Vierge assise tient l'Enfant nu qui tend la main vers la coupe offerte par le vieux roi à genoux. Le plus jeune roi se tient debout, l'autre, devant lui, a mis un pied en terre. Au centre brille l'étoile. Vierge, tunique gris-bleu, manteau rose froid, voile grisâtre, nimbe ocré; Enfant, carnation rosée, nimbe rouge; premier roi, tunique bleue, manteau rouge, aumusse et calice jaune passé ; deuxième roi, tunique rouge, manteau vert, couronne ocre ; troisième roi, tunique rouge, manteau jaune, couronne jaune d'or ; étoile jaune safran. Conservation : visage du second roi effacé de même que le tracé de la draperie. Plombs de casse gênants." (Victor Beyer p. 213)

Puisque V. Beyer signale combien les plombs de casse étaient gênants, l'occasion est belle d'admirer le travail du verrier-restaurateur qui a supprimé tous ces plombs par collage bout à bout des fragments cassés.

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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13. PRÉSENTATION DE JÉSUS AU TEMPLE.

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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14. LE MASSACRE DES INNOCENTS.

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"Devant Hérode assis sur son trône, deux soldats pourfendent deux enfants en présence de leur mère ; l'une d'elles se lamente, l'autre tente d'arracher son fils. Hérode. robe verte, manteau jaune, aumusse blanche, couronne et sceptre jaune d'or, trône rouge ; soldat, cotte rouge (érodée et rembrunie), casque et épée bleutés ; autre soldat, cotte jaune ; une mère, tunique rose violacée ; l'autre, vêtements verts et bleus, linge blanc; carnations rosées." (Victor Beyer page 213)

L'un des "prophètes" porte sur sa banderole le nom d'ARISTOTELES. Aristote est considéré au Moyen-Âge comme un puits de sagesse et Saint Ephrem parle ainsi d'Aristote : « En lui fut accompli ce qui avait été dit du « sage Salomon : Que de tous ceux qui ont existé avant ou après, « il n'y en a pas un qui l'ait égalé en sagesse. » Saint Ephrem Opera, tome III p. 24.

L'inscription MARIA de la bordure est remarquable, sur fond damassé à rinceaux.

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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Les verres sont splendides. Notamment la tunique du soldat.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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15. LA FUITE EN ÉGYPTE.

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"III. 5c- Panneau rectangulaire. H. 1,03 - L. 0,75.  Tenu à la longe par Joseph, l'âne porte la Vierge avec l'Enfant qui semble vouloir s'écarter d'elle. Un petit arbuste. Type assez répandu de Joseph se retournant devant la monture. Vierge, tunique bleue, manteau violacé, nimbe jaune ; " (Victor Beyer p. 213)

 

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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Vue de détail.

Notez les verres roses des carnations.

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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16. JÉSUS PARMI LES DOCTEURS.

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" III 5 d - Panneau rectangulaire. H. 1,08 - L. 0,80. Assis au centre, sur un trône surélevé, Jésus désigne le Livre qu'il tient ouvert. A ses pieds, trois docteurs en bonnet lui donnent la réplique en se référant aux textes ouverts sur leurs genoux. Ceux-ci portent les trois premières lettres de l'alphabet hébraïque. Jésus, tunique gris-bleu clair , nimbe rouge à croisillons jaunes, livre gris-bleu, trône jaune safran clair ; docteur, tunique gris-violacé, manteau ocre ; autre docteur, tunique verte ; troisième docteur, tunique rouge brique, manteau bleu clair, bonnets grisâtres. Conservation : réparation confuse du fond entourant le buste de Jésus ; quelques réparations." (Victor Beyer page 213)

 

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En dessous, inscription BLENA de la prière AVE MARIA BLENA. Cette graphie BLENA à la place de PLENA ne semble pas avoir suscitée beaucoup de curiosité, et, s'il s'agit d'une faute d'orthographe de grande taille, elle ne semble pas avoir émue les strasbourgeois. Elle n'a pas été relevée par l'abbé Victor Guerber dans son Essai de 1848 (page 68), qui remarque néanmoins, non sans optimisme, que "les verriers savaient mieux leur religion que l'orthographe" [du nom d'Aristoteles du panneau 14].

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Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

Verrière de la Vie de la Vierge ou baie 26, vers 1328, bas-coté sud de la cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile 2016.

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SOURCES ET LIENS.

— BEYER (Victor) WILD-BLOCK (Christiane ) , ZSCHOKKE (Fridtjorf ) , 1986, Les vitraux de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg par Victor Beyer, Christiane Wild-Block, Fridtjof Zschokke avec la collaboration de Claudine Lautier ouvrage publié sous la direction du Comité français du Corpus Vitrearum collection : Département du Bas-Rhin CNRS Editions  Format in-4° 599 pages

— IDEM, compte-rendu par B. Kurmann-Schwarz dans le Bulmo.

http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1989_num_147_2_4736_t1_0195_0000_6

 BOESPFLUG (François), 2014, La sainte Anne des peintres et des sculpteurs.

https://www.institut-jacquescartier.fr/2013/01/la-sainte-anne-des-peintres-et-des-sculpteurs/.

 

— Blaise Pascal, Carlo Carena, Enrico Castelnuovo, Roland Recht The Gospel of the Gospels: Abrégé de la vie de Jésus-Christ U. Allemandi, 1 janv. 1999 - 181 pages https://books.google.fr/books?id=FHZOAAAAYAAJ&q=die+david+%22egcletes%22&dq=die+david+%22egcletes%22&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiqg6yDhPPXAhXCwKQKHd0VCnIQ6AEIJzAA

— SIEBERT (Guido), 2014, Glass painters and Manuscript Illuminators, in The Use of Models in Medieval Book Painting

publié par Monika E. Müller Cambridge Scholars Publishing, 2 juin 2014 - 235 pages , pages 58

 Kurmann-Schwarz, 2005a : Brigitte Kurmann-Schwarz, « ‘Fenestre vitree ... significant Sacram Scripturam’. Zur Medialität mittelalterlicher Glasmalerei des 12. und 13. Jahrhunderts », dans Becksmann, 2005a, p. 61-73.

— DELAHACHE ( Georges), AARON Lucien, 1910,  La cathédrale de Strasbourg : notice historique et archéologique. Paris, D.A. Longuet, 191 pages (et 1925 - 221 pages).

https://archive.org/stream/lacathdraledes00delauoft#page/162/mode/2up/search/blena

—GATOUILLAT (Françoise), , C. Loisel, P.-A. Parot, S. Piéchaud, G. Poinsot et C. Schmuckle-Mollard, 2012, Strasbourg, cathédrale Notre-Dame : restauration des vitraux du bas-côté sud, Strasbourg, DRAC Alsace, coll. « Patrimoine restauré Alsace », n° 16, septembre 2012, 29 p. Non consulté car non diffusé en ligne.

—GUERBER (Abbé Victor), 1848, Essai sur les vitraux de la cathédrale de Strasbourg, LE ROUX, Strasbourg https://books.google.com.gt/books?id=zWGFZ5boKM4C&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— JANITSCHEK (Julius), 1968, Die älteren Glasgemälde des Strassburger Münsters, in Repertorium für Kunstwissenschaft, Volume 4 Walter de Gruyter, 1968 - 539 pages pages 46-60 ?

https://books.google.fr/books?id=cYjioLBIB-gC&dq=%22Gott+hat+dich+erhoeret%22+anna&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— SCHMUCKLE-MOLLARD 2012

https://docpatdrac.hypotheses.org/tag/restauration

— LES VITRAUX ROSES

http://www.crdp-strasbourg.fr/data/albums/autres_vitraux/index.php?img=4&parent=20.

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 17:15

La Verrière de la Vie de la Vierge (vers 1480-1490) de la chapelle Notre-Dame de Kerfons en Ploubezre.

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Voir :

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La baie 0 à 4 lancettes trilobées renferme parmi de la vitrerie blanche 4 scènes de la Vie de la Vierge, ou de l'Enfance du Christ, posées à l'initiative de Guillaume de Penhoët (mort après 1470).

Je ne serai pas long. Je veux seulement mettre en ligne ces images des vitraux de la fin du XVe siècle, afin de les comparer à la maîtresse-vitre de Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic (Olivier Le Coq et Jehan Le Lavanant, vers 1460-1470), ou ceux de Saint-Nicolas-du-Pélem ou de Tonquédec, selon un regroupement stylistique suggéré par Gatouillat et Hérold 2005.

Je m'intéresse surtout aux larges visages féminins au large front épilé, aux yeux en fente étroite (surtout pour la Vierge) encadrée par d'épaisses paupières et au menton très court. Ces yeux-bananes ou en fente effilée confère un air exotique particulier à ce groupe d'œuvres.

  Mais on peut aussi noter le surcot clos blanc qui apparaît sous le manteau bleu de Marie, à décolleté arrondi et qui est fortement  cintré très haut sous la poitrine (par une ceinture dans la Présentation). Ou les cheveux des hommes, partagés par le milieu.

 

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1. Visitation.

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Visitation, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

Visitation, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

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Visitation, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

Visitation, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

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2. Nativité.

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Nativité, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

Nativité, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

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Nativité, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

Nativité, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

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3. Adoration des mages.

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Adoration des mages, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

Adoration des mages, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

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Adoration des mages, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

Adoration des mages, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

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4. Présentation de Jésus au temple.

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 Présentation de Jésus au temple, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

Présentation de Jésus au temple, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

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Présentation de Jésus au temple, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

Présentation de Jésus au temple, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.

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SOURCES ET LIENS.

 

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Inventaire général du patrimoine culturel ; Rennes : Presses universitaires de Rennes , impr. 2005

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • jean-yves cordier
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Théraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Théraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)

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