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5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 22:45

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La chapelle Notre-Dame-du-Tertre renferme deux ensembles de sablières et de blochets et clefs : celles de la nef et celles du porche sud. Comme le visiteur rentre par la porte de la chapelle Sainte-Marguerite, au sud-est, il découvre d'abord la nef, puis pénètre de l'intérieur dans le petit porche sud, fermé de l'extérieur par une grille.

Datation.

Les sablières ont été sommairement décrites en 1936 par Couffon qui datent celles du porche de la seconde moitié, ou de la fin du XVe,.  Sophie Duhem, dans sa thèse, les datent par estimation, de "la fin XVe-début XVIe / 1re moitié XVIe" (Duhem p. 328), sans distinguer les deux ensembles. J.L. Matte date le motif du couple de sonneur, et donc les sablières de la nef, comme n'étant "pas inférieures à la moitié du XVIe" (cf. infra). 

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Couffon, 1936, plan et datation de la chapelle. Source BnF Gallica.

Couffon, 1936, plan et datation de la chapelle. Source BnF Gallica.

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I. LA NEF.

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Charpente sculptée de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le blochet du Bélier.

Il sort de la charpente et s'appuie de ses pattes  sur une pièce de bois comme s'il faisait son petit curieux ; et il a une bonne tête, comme ces animaux des fables à qui il ne manque même pas la parole.

Vous allez rire : je l'ai d'abord confondu avec un bouc, et j'ai dû me livrer à de longues révisions avant de corriger mon erreur. Le bouc est le mâle de la Chèvre et le bélier de mâle non châtré du Mouton. Ce sont ses cornes en spirales et annelées qui m'ont permis d'éviter de me ridiculiser (ce que je suis en train de faire).

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Cliquez sur l'image. Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez sur l'image. Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le blochet de l'Homme main sur la tête.

Cet homme, en buste et en position horizontale, pose une main sur son crâne (largement dégarni et l'autre sur son ventre. Il ne sembla pas bien vieux, avec une belle paire de moustaches et une barbe bien taillée. Il porte une veste à bouton, une chupenn.  

Sa bouche est entrouverte : lance-t-il un cri après avoir guetté l'arrivée d'un personnage, d'un navire ou d'une proie ? Vient-il d'apercevoir son bélier qui s'était sauvé ? Le cherche-t-il encore ?

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La clef pendante du Visage encagoulé.

J'y vois une femme portant la guimpe, mais arrêtez-moi si je me trompe, je ne suis plus sûr de rien pour reconnaître la femelle ou le mâle de quoi que ce soit.

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La sablière de Renard et de la Poule.

À la différence d'autres corniches, ces charpentes sculptées ne portent que deux motifs, réunis en une (très brève) saynète.

Ici, un Renard se dirige à pas de loup vers une Poule. Je mets des majuscules car il ne s'agit pas d'individus, mais, comme dans les fables, de l'animal représentant son Espèce : un Type, que dis-je, un Archétype.

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Renard ou Goupil, Vulpes vulpes, progresse vers sa proie, la gueule carnassière tendue,    salivant déjà (j'en suis sûr) et se forgeant une félicité qui le ferait pleurer de tendresse, s'il était Loup (mais comment différencier les deux ?).

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La Poule.

Elle n'a rien vu, et picore en caquetant. (Faux : j'apprends que les poules ne caquettent que lorsqu'elles pondent). Disons alors  que Poule ici  cagnette, à moins qu'elle ne claquette, ou qu'elle ne glousse.  Elle cloquera quand elle parlera à ses poussins dans l'œuf, et elle cloussera  quand elle couvera les œufs qu'elle a fini par pondre. À moins qu'elle ne  crételât.  Mais d'ici là, elle sera croquée.

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Renard et Poule font le bonheur des paroissiens depuis que les sablières existent. Je les ai vu, entre cent exemples, à la chapelle Saint-Sébastien et à la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. Sophie Duhem, qui a recensé 1252 pièces sculptées dans les Côtes d'Armor, y a trouvé 29 renards et  23 "animaux de basse-cour". Elle en a fait un article entier : "«Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la  sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle" (cf. biblio)

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Pièce de bois sculptée suivante : l'Objet mystérieux.

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Peut-être peu inspiré, l'ymagier a représenté ici quatre feuilles placées en croix, et une sorte de pain quadrillé entouré d'une couronne de fleurs.

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les deux âges de la vie : la Jeune et la Vieille.

 

 

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La Vieille.

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 "Marquise, si mon visage, 
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez vous qu'à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.
Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront
Et saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front. 
Le même cours des planètes 
Règle nos jours et nos nuits.
On m'a vu ce que vous êtes
Vous serez ce que je suis.
" Pierre Corneille, Stances à Marquise, 1658.

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Les sablières de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren.

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La Jeune.

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"Peut-être que je serai vieille
Répond Marquise, cependant
J’ai vingt-six ans mon vieux Corneille
Et je t’emmerde en attendant.
" (Tristan Bernard)

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le Hibou.

Faire la différence entre le Hibou et la Chouette, ça, je sais faire.

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le Lièvre poète.

Comme il sait s'émerveiller devant Fleurette !

"Ses deux oreilles droites marquent l'heure suprême.

Puis elles se cassent.
" (Jules Renard)

Et si c'était un Lapin ?

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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L'Écureuil qui a le sens de l'Épargne.

Comme il sait ne pas attendre l'hiver pour mettre en lieu sûr ses réserves de glands ! 

"Leste allumeur de l’automne, il passe et repasse sous les feuilles la petite torche de sa queue." (Jules Renard)

Sophie Duhem déjà citée, parmi les 1252 pièces sculptées des Côtes d'Armor, les 1895 pièces du Finistère, les 1593 pièces du Morbihan... et les 103 pièces d'Ille-et-Vilaine (ouh, ouh) ou les 37 pièces de Loire-Atlantique (...)  a recensé 393 animaux sauvages et exotiques. Parmi lesquels 100 chiens, 34 lapins, et UN seul écureuil, celui-ci. 

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le Moissonneur.

Retour chez les humains. Notre homme est vêtu d'une tunique aux manches remontées, serrée par une ceinture au dessus de brais sur des jambes  nues. Il se chausse de sabots.Quelque soit le siècle, le Moissonneur penché sur les épis et armés de sa faucille est un Type.  Il rythme les douze travaux du mois, comme ici pour le mois de Juillet par Maître Honoré (1250). Il fait chaud, et soif.

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Martyrologue-orbitaire de Saint-Germain les Prés, folio 59v : Source BnF gallica.

 

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sonneurs.

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Jean-Luc Matte en donne la description suivante :

http://jeanluc.matte.free.fr/invcbis.htm#chatelaudren

"Sc/bois : sablière, joueur de cornemuse face à un joueur de hautbois, tous deux jambes repliées et croisées. Sous le hautbois on aperçoit une forme ronde qui pourrait être un sac mais le musicien embouche directement celui-ci et la cornemuse en face est suffisamment bien représentée pour que l'on ne puisse penser qu'il s'agit d'une cornemuse et non d'un hautbois. Le joueur de cornemuse est visiblement inspiré des tableaux de Brueghel, ce qui explique les deux bourdons (sur souche commune), peu communs en Bretagne à cette époque.

Fin XVème début XVIème estimé par S. Duhem mais si l'on prend en compte l'inspiration brueghelienne (1520/25-1569), ne peut être inférieur à la mi-XVIème

Deux bourdons d'épaule (presque verticaux), accolés, de même forme et même longueur, quasi cylindriques à légers pavillons, montés sur souche commune. Hautbois de forme et taille assez similaire à celle des bourdons."

 

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Pieter Brueghel l'Ancien, La Danse des paysans (détail), 1568. https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Danse_des_paysans

Pieter Brueghel l'Ancien, La Danse des paysans (détail), 1568. https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Danse_des_paysans

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La Chauve-souris.

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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II. LE PORCHE SUD.

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Vous venez que quitter la nef, et vous pénétrez dans un espace riquiqui, blafard et lunaire, sentant l'ail, où, comme dans une fumerie d'opium d'un album de Tintin, un magot chinois vous regarde de ses yeux rouges. Kezce cek cebinz ? Aïe-aïe-aïe ! Quelle congaï de Shangaï s'accroche à votre chandail ? Bye-bye ! Pas envie de servir de cobaye au recteur et à ses ouailles.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le lotus Bleu page 103 D3 https://fr.tintin.com/news/index/rub/100/id/3853/0/l-annee-du-dragon

Le lotus Bleu page 103 D3 https://fr.tintin.com/news/index/rub/100/id/3853/0/l-annee-du-dragon

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La berlue ! Deux oniriques dragons volent  et se disputent un petit pain, après avoir renversé le sac de farine du meunier !

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Une monstruosité qui a volé le collier de perle de la Castafiore veille sur ces bestioles avec un sourire aussi débonnaire que sardonique. Qu'est-ce qui se mijote ici ? Quelle est cette Chose ?

Parfois, comme quelqu’un qui cherche, elle touchait
Le mur prodigieux de la cave du monde.
Elle serpentait, lente et souple comme une onde,
Dans l’abîme où l’esprit lit ce mot triste : Absent.
Souvent elle laissait derrière elle en passant
Le bleuissement pâle et fugitif du soufre.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

À droite du mandarin, dans cet espace restreint, un mâtin colle son tarin à l'arrière-train d'un cerf plein d'entrain. Quel tintouin. Le daguet est dans un sale pétrin.

 

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Faites cesser  cette chasse à cour ! Chercher la sortie de secours ! Arrêtez le  compte-à-rebours !   Une pluie de sang tombe du lambris et va tacher mon pantacourt.

Une forme, parfois soudain évanouie,
Puis renaissant, flottant au loin, puis s’abîmant,
Sorte de voile ayant un vague mouvement,
Glissait sous ce plafond qu’on prendrait pour un rêve.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Faire demi-tour ! C'est pire ! clairez, il fait noir comme dans un four.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Un dragon ! Un lion ! Tous les deux armés d'un rouleau à pâtisserie qui montrent bien leurs intentions : semer la désolation sans discrimination.

Lui, l’immense oeil de tigre ouvert sur l’infini....

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Et voila le pompon ! La Mesnie Hellequin ! Ce veneur du diable aux yeux hallucinés  danse une gavotte du plus mauvais effet et son bâton ne me dit rien qui vaille. Kaï kaï kaï ! Quelle racaille ! Il faut que je m'en aille.

Le démon fulgurant, dans cette transparence,
Horrible, se tordait comme un éclair noyé.
Puis la nuit revenait, glacée et sans pitié;
La vaste cécité refluait sous la voûte
De l’éternel silence et l’engloutissait toute;
Et l’enfer, un instant montré, se refermant,
Lugubre, s’emplissait d’évanouissement.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Vais-je sortir de ce Train-fantôme ? Non. Deux bêtes féroces viennent de me bousculer dans un hurlement d'enfer, un chien et un sanglier tout aussi  animatroniques que terrifiques. 

 

 

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Et ça recommence. Une licorne embroche un lion, à moins que ce brutal animal ne se soit saisi de l'appendice monumental. 

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Mais qui je vois ? Monsieur Bélier, qui a quitté la nef pour rentrer sans alibi dans ce cagibi. Il me regarde comme un zombie. Je suis cuit.

La rondeur de sa rouge et fatale prunelle
Semblait, dans la terreur de ces lieux inouïs,
Une goutte de flamme au fond du puits des nuits.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Z'avez rien vu ! C'était de la gnognotte. Du pipi de chat. Roupie de sansonnet et fantasmagorie Walt-Dysney. 

Oyez et voyez !

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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—Naïf : Qu'est-ce-que c'est ? Un cul-de-lampe ?

—Instruit : C'est la redevance du pet ? Un pétangueule ?

— Observateur : Belzébuth ? Et il nous chie dessus ?

 

—Non madame. C'est bien pire.

C'est l'infernale Lilith et sa vulve maudite.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La vaste cécité refluait sous la voûte
De l’éternel silence et l’engloutissait toute;
Et l’enfer, un instant montré, se refermant,
Lugubre, s’emplissait d’évanouissement.

 

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SOURCES ET LIENS.

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SOURCES ET LIENS.

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SITE DE CHÂTELAUDREN

http://www.chatelaudren.fr/fr/information/29512/les-lambris-peints-chapelle-rouge

http://cdn1_3.reseaudescommunes.fr/cities/169/documents/8z79rggvywtfnx1.pdf

— COUFFON (René), 1936 Quelques notes sur les Origines de Châtelaudren et les Peintures de la Chapelle N.-D. du Tertre", Bull, et mém.  de la  Société d'émulation des Côtes-d'Armor   T. 68 p.145-159. 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58027444/f181.image

— DUHEM, (Sophie), 1997,  "Les sablières sculptées en Bretagne", Presses universitaires de Rennes,  

 

— DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières, images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne, XVe-XVIIe s. Presses Universitaires de Rennes 385 p.-[16] p. de pl. en coul. Note : Bibliogr. p. 367-379. Notes bibliogr. Index . Voir pages 19, 169 (licorne), 226 et 227 (cornemuse), 238 (moissonneur), 241 (écureuil et lapin).

 — DUHEM (Sophie), 1998, "«Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la  sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle"  Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1998  Volume 105  Numéro 1  pp. 53-69 http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1998_num_105_1_3972

— MATTE (Jean-Luc), Iconographie de la cornemuse, en ligne.

http://jeanluc.matte.free.fr/invcbis.htm#chatelaudren

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
4 février 2018 7 04 /02 /février /2018 18:06

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Pour la présentation générale de ces lambris, voir l'article précédents sur les 12 Prophètes. Dans ce nouvel article, je souhaite juste corriger quelques imprécisions dans l'intitulé des panneaux, et surtout montrer comment l'artiste s'est inspiré des enluminures des Bibles historiales ou des Bibles moralisées qui illustrent largement le récit de la Création dans la Genèse. D'autre part, la mise en parallèle de ces lambris avec ceux de Merléac (fin 14e-début 15e) , à 35 km au sud de Châtelaudren, est incontournable (Maps).

 

Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les panneaux sont présentés ainsi Registre supérieur sud (à droite) : 1-Création des Anges. 2-Le Père éternel. 3-Création de la Terre 4-Création des montagnes. 5- 6. Création du soleil et de la lune. 7-Création des animaux. 8-Création d’Adam et Ève. 9-Dieu se repose. 10-Adam et Ève au paradis terrestre. 11-La tentation.12-Adam et Ève chassés du paradis.

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1-Dieu entouré de ses anges.


"Le premier tableau dont, par malheur une moitié manque, renferme la création des esprits célestes qui paraissent encore en grand nombre, vêtus de blanc, prosternés et nimbés mais sans ailes." (Geslin de Bourgogne).

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Dieu, couronné et vêtu d'un manteau rouge, bénit les anges prosternés devant lui. Comparez avec la Bible historiale BnF Français 2 : c'est la toute première enluminure sous la rubrique "hystoire sus ceste partie de  Genesis." (droits : BnF gallica)

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Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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2-Dieu entouré des légions d'anges ; la chute des anges déchus.

 

"Le deuxième nous montre Jehovah sous la figure d'un vieillard vénérable coiffé d'une riche thiare et nimbé d'or. Il repose dans sa gloire, entouré des Vertus des Puissances, et des Dominations qui siègent autour de lui dans des sortes de stalles étagées." (Geslin de Bourgogne 1848)

Geslin de Bourgogne omet la description des anges déchus. Ils sont figurés dans la Bible historiale BnF Fr 15395 folio 4v. Ou mieux  au  folio 64v des Très Riches Heures (1411-1416) du duc Jean de Berry par les Frères Limbourg. Sur cette enluminure, on voit, comme ici, Dieu assis sur un trône au centre de gradins, certains occupés par les anges, et d'autres abandonnés par les  anges déchus qui sont précipités vers un abîme enflammé. 

Mais ce qui est particulier ici, c'est que les mauvais anges prennent l'aspect de bêtes velues et cornues, mi-singes mi-chats, grisâtres ou roux. Jene suis pas parvenu à lire l'inscription du phylactère.

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Comparez avec Merléac (photo lavieb-aile): les anges déchus sont en noir.

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Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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3-Création de la Terre avec un compas.  Les deux premiers jours.

"Le troisième tableau commence la Genèse, in principio creavit Deus  cœlum et terram.  Ici le Tout-Puissant a quitté son trône, il est seul, car par lui seul tout doit être créé; de la main gauche il tient une baguette dont il touche un globe à demi forme  et de la droite il le bénit il marche sur un gazon fleuri emblème de la félicité parfaite." (Geslin de Bourgogne 1848 )

 

Genèse 1, 1-8 : "Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit: Que la lumière soit ! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour.

 Dieu dit: Qu'il y ait une étendue entre les eaux, et qu'elle sépare les eaux d'avec les eaux. Et Dieu fit l'étendue, et il sépara les eaux qui sont au-dessous de l'étendue d'avec les eaux qui sont au-dessus de l'étendue. Et cela fut ainsi.  Dieu appela l'étendue ciel. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le second jour.

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Le Monde peut être créé par l'Esprit Saint (une colombe), par un geste de la main du Créateur, par son souffle, ou par le compas. Comparez avec la même scène dans la Bible moralisée de Vienne 2554, de la première moitié du 13e siècle:

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Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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4-Création des montagnes, ou Séparation de la terre et du ciel le début du troisième jour.

Genèse 1:9-10 

 "Dieu dit: Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. Et cela fut ainsi.  Dieu appela le sec terre, et il appela l'amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon."

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Dieu étend les mains et sépare deux masses, encore informes.

Comparez avec Merléac (photo lavieb-aile):

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Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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5- Création des plantes : la suite du troisième jour.

"Le quatrième nous présente le créateur mettant en quelque sorte en ordre, de sa main,  des flots des ondes et des nuages c'est le deuxième jour  de la Genèse et de la création, le sublime ouvrier sépare les eaux d'avec la  terre; les plantes naissent de toutes parts. " (Geslin de Bourgogne)

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Genèse 1:11-13 "Puis Dieu dit: Que la terre produise de la verdure, de l'herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi. La terre produisit de la verdure, de l'herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon.  Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le troisième jour."

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Dieu bénit ce qu'il crée (les eaux s'écoulant comme un ruisseau) et plante un arbre qu'il tient entre pouce et index gauche. Comparez avec Merléac (photo lavieb-aile):

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Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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6. Création du soleil et de la lune le quatrième jour.

"Au sixième tableau vient le quatrième jour de la Genèse, le Seigneur d'un bras puissant lance un globe à travers les espaces. " (Geslin de Bourgogne 1848 )

 

Genèse 1:14-19 :

"Dieu dit: Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue du ciel, pour séparer le jour d'avec la nuit; que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années;  et qu'ils servent de luminaires dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre. Et cela fut ainsi.  Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit; il fit aussi les étoiles. Dieu les plaça dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre, pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres. Dieu vit que cela était bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le quatrième jour."

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Comparez avec la Bible historiale BnF français 8 folio 5r , Droits BnF Gallica:

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Comme dans cette enluminure, Dieu écarte les bras pour placer aux deux points extrêmes du firmament les deux astres, le soleil à gauche et la lune à droite.

Comparez avec Merléac .

 

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Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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7-Création des animaux le cinquième jour.

"Le septième tableau renferme le cinquième et une partie  du sixième jour. Le Tout-Puissant est entouré des oiseaux des poissons, des animaux de toute sorte."(Geslin de Bourgogne 1848 )

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Genèse 1:20-25:

"Dieu dit: Que les eaux produisent en abondance des animaux vivants, et que des oiseaux volent sur la terre vers l'étendue du ciel. Dieu créa les grands poissons et tous les animaux vivants qui se meuvent, et que les eaux produisirent en abondance selon leur espèce; il créa aussi tout oiseau ailé selon son espèce. Dieu vit que cela était bon. Dieu les bénit, en disant: Soyez féconds, multipliez, et remplissez les eaux des mers; et que les oiseaux multiplient sur la terre. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le cinquième jour. Dieu dit: Que la terre produise des animaux vivants selon leur espèce, du bétail, des reptiles et des animaux terrestres, selon leur espèce. Et cela fut ainsi. Dieu fit les animaux de la terre selon leur espèce, le bétail selon son espèce, et tous les reptiles de la terre selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon."

 

. Dieu bénit une basse-cour de canards, de poules, cygnes et colombes tandis que sa main gauche place un poisson dans les eaux. Les couples de mammifères déjà créés regardent la scène : cheval et chien, lion et renard ou loup. 

Comparez avec Merléac  (photo lavieb-aile)

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Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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8.-Création d’Adam et Ève le sixième jour.

"Au huitième  tableau nous passons au deuxième chapitre de la Genèse.  Adam repose endormi dans le paradis terrestre Dieu forme  la femme; c'est de sa propre main qu'il la modèle comme toutes ses autres œuvres." (Geslin de Bourgogne 1848 )

 

 Genèse 1:26-31 :

"Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. Et Dieu dit: Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d'arbre et portant de la semence: ce sera votre nourriture. Et à tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui se meut sur la terre, ayant en soi un souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Et cela fut ainsi. Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour."

 

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Adam est endormi, et Dieu extrait de son coté la femme, qu'il bénit. 

Comparez avec Merléac  (photo lavieb-aile), où seul Adam est représenté dans un premier panneau :

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Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Je termine ici cette présentation ; il reste à voir les panneaux suivants :

9-Dieu se repose. 10-Adam et Ève au paradis terrestre. 11-La tentation.12-Adam et Ève chassés du paradis.

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Published by jean-yves cordier
4 février 2018 7 04 /02 /février /2018 15:47

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L'ensemble pictural des lambris de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren est réputé et bien connu, et sa découverte reste l'un des grands moments des Journées du Patrimoine en Côte d'Armor, où les visiteurs dûment guidés se succèdent pour admirer les 138 panneaux historiés de un mètre carré environ. Par une sollicitude insigne, des transats jaune sont même installés pour que les touristes ne se cassent pas trop le cou, et c'est dans le plus grand confort qu'ils examinent soit les 96 panneaux du chœur, soit ceux des trois vies de saints de la chapelle Sainte-Marguerite : l'histoire de sainte Marguerite, de saint Fiacre et de sainte Marie-Madeleine.

Ils trouveront facilement sur place ou en ligne toutes les informations requises, notamment par le site officiel de la commune. Ils apprendront que ces lambris ont été peints entre 1430 et 1470, et les différents thèmes leur seront explicités. Que demande le peuple !

 (Je ne résiste pas à l'envie d'emprunter au site Tourisme en Bretagne l'une des photos d'Emmanuel Berthier ) :

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Copyright Emmanuel Berthier

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Il faut d'abord comprendre l'organisation des lambris. Ceux-ci sont répartis en huit rangs de 12 panneaux, quatre rangs à droite et quatre rangs à gauche. Geslin de Bourgogne proposait de les suivre de haut en bas et de droite à gauche dans le serpentin d'une sorte de jeu de l'oie : et c'est ainsi qu'on  indiquera au spectateur le déroulement des scènes :

—Registre supérieur sud (à droite) : 1-Création des Anges. 2-Le Père éternel. 3-Création de la Terre 4-Création des montagnes. 5-Création du soleil et de la lune. 7-Création des animaux. 8-Création d’Adam et Ève. 9-Dieu se repose. 10-Adam et Ève au paradis terrestre. 11-La tentation.12-Adam et Ève chassés du paradis.

 — Registre supérieur nord (à gauche): 13-Adam et Ève au travail. 14-Adam et Ève avec leurs enfants. 15-Offrande de Caïn. 16-Offrande d’Abel. 17-Meurtre d’Abel par Caïn. 18-Noé construit l’Arche. 19-L’Arche flotte sur les eaux. 20-Noé taille de la vigne. 21-Ivresse de Noé. 22-Sacrifice d’Abraham. 23-Echelle de Jacob. 25-Moïse recevant les Tables de la Loi.

—Deuxième registre sud: 25 à 30-Les 12 Prophètes.31-L’Annonciation.32 et 33-La Visitation.34-La Nativité.35- La Circoncision.

 — Deuxième registre nord: 37/38/39-Adoration des Mages. 41-Allégorie du Semeur. 42-La fuite en Egypte. 43-La présentation au temple. 44-Jésus parmi les docteurs. 45 et 46-Jésus tenté par le Démon. 47-Le Démon chassé par Jésus. 48-Le baptême du Christ.

—Troisième registre sud: 49-La Transfiguration.50 et 51-La femme adultère.52-La résurrection de Lazare. 53-Le repas chez Simon.54 et 55-Entrée du Christ à Jérusalem.56-Jésus chasse les vendeurs du temple. 57-Trahison de Judas.58-La Cène. 60-Lavement des pieds

 —Troisième registre nord: 61-Les Apôtres endormis. 62-Prière du Christ au jardin des Oliviers. 63-Baiser de Judas. 65 et 66-Le Christ conduit chez Anne. 67-Le Christ conduit chez Caïphe. 69-Le Christ souffleté par les gardes. 70-Le Christ conduit à Pilate. 71-Le Christ devant Pilate. 72-Le Christ sortant du prétoire.

—Quatrième registre nord: 85-Jésus est dépouillé de ses vêtements. 86-Jésus est cloué sur une croix. 87-La Crucifixion. 89-La mise au tombeau 90- Le Christ aux limbes. 91-La résurrection. 92-Apparition du Christ aux disciples d’Emmaüs. 93-Apparition du Christ à Marie-Madeleine. 94-Apparition du Christ à Saint-Thomas. 95-L’Ascension. 96-La Pentecôte.

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Voici une idée de ce qui vous attend :

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Mais si l'importun et taquin monsieur Lambda demande le nom de chacun des "12 Prophètes", ou la traduction des inscriptions latines qui courent sur les différents phylactères sybilins sifflant tels des serpents au dessus de sa tête, il ne trouvera réponse ni sur ce site, ni dans  les écrits des nombreux érudits bretons qui ont participé au florilège de la bibliographie ad hoc. Et c'est en vain qu'il lira les  "Quelques notes sur les origines de Châtelaudren et les peintures de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre" de Couffon (1936), ou  la description princeps de Geslin de Bourgogne en 1848, ou les écrits d' A. de Barthélémy. C'est encore en vain qu'il cherchera en ligne une documentation iconographique panneau par panneau.

Ce dont monsieur Lambda a rêvé, Lavieb l'a fait. Mais, eh !,  seulement pour une petite partie des lambris du chœur.

 

 

 

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Comme j'étais installé dans l'un des transats de gauche, j'avais devant moi les quatre rangs de droite. Et la cloche sonna la fin des visites avant que j'ai pu passer sur la coursive tribord. J'avais donc au menu, en haut, Dieu créant le monde (Genèse 1 et 2), puis les douze Prophètes annonçant la venue d'un Sauveur, puis les douze scènes de la Vie Publique du Christ, et en fin les douze premières scènes de la Passion.

 

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Quarante huit panneaux, c'était encore trop, je ne pouvais vous imposer un tel corpus. J'optais pour le deuxième rang, celui où les inscriptions latines m'attiraient par leurs sinueuses énigmes.

Je commençais (tankafer), par le début,  derrière l'autel. Adieu, transat !

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.


 

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I. LES PROPHÈTES JÉRÉMIE ET DAVID.

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1°) À gauche, le prophète Jérémie présente sur son phylactère les mots PATREM INVOCABITIS.

Il s'agit d'une citation qui ne se retrouve pas dans le Livre de Jérémie malgré des références proposées dans la littérature Ez.3:19 ou 29:12 et 10:12 ; Isaïe 51., mais qui lui est attribuée : on parle donc du "Pseudo-Jérémie". 

"Mgr Brunod pense qu'il s'agirait d'une interprétation de Jérémie 10:12. Ce pourrait être aussi simplement une interférence entre deux textes, Jérémie 3:19 et le texte que G. Durand attribue à David A principio terram fundasti et opus manuum tuarum caeli Psaume 101:26  (F. Gay, 1993 p. 185).

La création du ciel et de la terre est comme un calque du premier article du « Credo présenté par saint Pierre.

Elle est  retrouvée dans la plupart des Credo apostoliques et prophétiques (Psautier de Jean de Berry, Cambray, Sienne, cathédrale de Cambrai etc.) sous la forme complète Patrem invocabitis qui terram fecit et condidit coelo , "Le père vous appelle qui a fait le ciel et la terre". Elle débute la série des 12 prophètes et Apôtres de la verrière de Quemper-Guézennec , verrière quasi contemporaine de ces lambris car datée de 1460-1470, à moins de 30 km au nord de Châtelaudren (Maps).

 

Voir le Psautier du duc Jean de Berry folio 7v   qui date de 1380-1400

Voir le Bréviaire du roi Martin d'Aragon folio 2v réalisé en 1380-1403.

-Attributs (non spécifiques) : bonnet rouge et noir, longue barbe non peignée roussâtre.

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2°) David.

Le roi David présente le verset 7 du Psaume 2 : Dominus dixit ad me   Filius meus et tu ego hodie genui te : "Le Seigneur m'a dit : tu es mon Fils ; je t'ai engendré aujourd'hui".

Les deux prophètes et leurs citations sont présentes sur le Credo apostolique et prophétique de la maîtresse-vitre de Quemper-Guezennec.  le verset de David est aussi présent (Gay, 1993) dans 16 autres Credo prophétiques. Il est  associé à saint André et au 2ème article: « Et in Jesum-Christum, filium ejus unicum, Dominum nostrum »,

Ce verset sert d' Introït de la messe de minuit, l'office de la Nativité.

 

Attributs : couronne, manteau fourré d'hermines sur les épaules, les manches et le bord inférieur.

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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II. LES PROPHÈTES ISAÏE ET SOPHONIE.

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1°) Isaïe

Il déroule le verset ECCE VIRGO CONCIPIET ET PARIET FILIUM .

Ecce virgo concipiet et pariet filium Voici que la vierge concevra et enfantra un fils.

"Le verset Isaïe 7:14 est très fréquent dans les Credo mais figure aussi dans une trentaine de cycles des prophètes, quelque soit le thème général de l'œuvre (Vie du Christ, Nativité, Arbre de Jessé, glorification de la virginité de Marie), sans compter les représentations d'Isaïe seul." (Gay, 1993)

Isaïe est présent, après Jérémie et David, sur la verrière de Quemper-Guézennec, avec ce verset. Il y est associé à Jacques le Majeur et au 3ème article « Qui conceptus est de Spiritu Sancto, natus ex Maria virgine ».

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2°) Sophonie.

Il présente son verset So 3:9 : IN VOCABUNT  O[MNE]S NOMEN D[OMI]NI ET SERVIANT EI . La citation exacte et complète de la Vulgate est : Ut vocent omnes in nomine Domini et serviant ei umero uno "Afin qu'ils fassent tous appel au nom de l'Eternel, pour le servir d'un commun accord". Il est associé à Saint Jean et au 4ème article  « Passus sub Pontio Pilato, crucifixus, mortuus et sepultus ».

Psautier de Jean de Berry  folio 17v : Sophonie So 3,9 : Invocabunt omnes nomen domini et servient ei / Tous lapeleront et bien le serviront. 

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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III. LES PROPHÈTES  ZACHARIE ET OSÉE.

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1°) Zacharie 

 

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Zacharie donne à lire ces mots  ASPICIENT O[MNE]S AD ME  QUEM CONFIXERUNT dans lequel on reconnaît Zacharie 12:10. . Alors que le texte de la Vulgate est  et aspicient ad me quem confixerunt " Et ils tourneront les regards vers moi, celui qu'ils ont percé", la forme avec OMNES est attestée par le père Charles Cahier dans les stalles de la cathédrale de Genève et dans le manuscrit anglais  Arundel 83, associée au quatrième article du Credo. 

Ascipient omnes ad me quem confixerunt se traduit par "Ils pleureront tous sur moi qu'ils ont cloué" (cf. Gaffiot configo).

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2°) Osée.

Le prophète montre le verset  O MORS ERO MORS TUA MORSUS TUUS ERO INFERNE 

Osée 13:14  O Mors, ero mors tua, morsus tuus ero inferne  : "Mort, où est ton fléau ? Séjour des morts, où est ton pouvoir de destruction".

 

 

Dans les Credo prophétiques, le verset est mis en relation avec le 5ème article du Credo Descendit ad inferna, tertia die ressurexit a mortuis "Il [Jésus] est descendu aux enfers ; le troisième jour il est ressuscité des morts". Ce verset d'Osée est donc  considéré comme préfigurant la victoire du Christ sur la mort, après sa descente aux Limbes. On le retrouve ainsi aussi sur l'Arbre de la Croix de Taddeo Gaddi dans le réfectoire du couvent de Santa Croce à Florence.

Psautier de Jean de Berry :  folio 15v  : Osée 13:14 :  O mors ero mors tua morsus tuus ero inferne / Mors tu es trop dure enfer par moy sera mors 

 Le verset d'Osée est retrouvé dans le Credo de Cambrai, ou dans celui du Baptistère de Sienne, et au total dans treize Credo du XIIe et XIIe siècle selon F. Gay.

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On remarquera qu'Osée tient un livre, le Livre d'Osée, conformément à une tradition iconographique des prophètes bibliques.

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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IV. LES PROPHÈTES AMOS ET MALACHIE.

 

1°) Amos.

Le prophète Amos présente son verset 9: 6 : QUI EDIFICAT ASCENSIONEM SUAM IN CELO, "Il a bâti sa demeure dans les cieux".

Sur le Credo de Quemper-Guézennec, il accompagne le sixième article à coté de saint Thomas. Françoise Gay le signale sur 19 phylactères des Credo, Qui aedificat in caelo ascensionem suam [et fasciculum suum super terram fundavit], ou sur deux Arbres de Jessé de la fin du 12e siècle (Bible de Saint-Bertin et Psautier d'Ingelburge).

Baptistère de Sienne, ou Emile Mâle: Amos, même citation qu'ici, qui aedificavit in coelo ascensionem suam .

Grandes Heures de Berry. folio 3v  : Amos : Apem [sic pour Ipse] est qui edificat ascensionem suam in celo, 

 

— Cathédrale d'Oviedo (source)

 

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2°) Malachie.

Son phylactère contient son verset 3:5 : ET [ACCEDAM] AD VOS I[N] IUDICIO ET ERO TESTIS.

Et accedam ad vos  in iudicio, ero testis velox maleficis, et adulteris, et perjuris, "Je m'approcherai de vous pour le jugement .." se retrouve 13 fois dans les Credo recensés par F. Gay, mais il y est attribué à Sophonie. 

 

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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V. JOËL ET MICHÉE.

 

1°) Joël.

Le prophète Joël tient du bout des doigts le phylactère qui s'élève comme une flamme et dit : EFFUNDAM DE SPI[RI]T[U] MEO SUPER OM[N]E[M] CARNEM.

Ce n'est pas littéralement le verset Joel 2:28  "effundam spiritum meum super omnes carnem", mais plutôt la citation de Joël dans les Actes des Apôtres 2:17 , qui donne bien, dans la Vulgate, Effundam de spiritu meo super omnem carnem, "Je répandrai de mon esprit sur toute chair". 

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2°) Michée.

 DEPONET DOMINUS OMNES INIQUITATES NOSTRAS : cette forme est attestée sur les stalles de l'ancienne abbaye cistercienne d'Hauterive en Suisse, mais aussi à La Malleraye, et dans le Psautier de Jean de Berry comme dans les Grandes Heures de Jean de Berry (attribué à Malachie) . Ou dans le Credo de la chapelle de Jean de Bourbon en l'abbaye de Cluny. Ou les stalles de Saint-Pierre de Genève. Pourtant elle diffère ici de la Vulgate de  Michée 7:19  Deponet  iniquitates nostras "Il mettra sous ses pieds nos iniquités", retrouvé  dans 17 Credo recensés par F. Gay.  Il est associé à  l'apôtre  Simon et au 10ème article sur la rémission des péchés, « Remissionem peccatorum ».

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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VI. LES PROPHÈTES ÉZÉCHIEL ET DANIEL.

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1°) Ézéchiel.

Il nous montre le texte EDUCAM VOS DE SEPULCRIS VESTRIS POPULUS MEI

 Educam vos de sepulcris vestris, populus meus "Je vous ferai sortir de vos sépulcres,  ô mon peuple" est le verset  Ézéch., 37:12. Il est associé  à l'apôtre Jude-Thadée qui annonce la résurrection de la chair avec le 11ème article « Carnis resurrectionem ».

 

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2°) Daniel.

Son phylactère indique EVIGILABUNT OMNES ALII AD VITAM ALII AD OPROBUM

Il s'agit du verset  Daniel, 12:2. Comme le remarquait E. Didron dans les Annales archéologiques, le texte originel de Daniel, « Et multi de his, qui dormiunt in terra e pulvere, evigilabunt: alii in vitam aeternam, et alii in opprobrium, ut videant semper », ne fait pas ressusciter tous les morts, mais seulement beaucoup d'entre eux. En ajoutant le mot omnes,  le sens se trouve modifié et la résurrection pour le Jugement s'applique à tous : Evigilabunt omnes: alii ad vitam, alii ad opprobrium  "Tous se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l'opprobre". 

Il est associé  à l'apôtre  Mathias qui ferme le Credo  avec le 12ème article  « Vitam aeternam. Amen. » 


 

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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VII. L'ANNONCIATION.

Annoncé par les douze Prophètes, le grand moment va survenir. Tandis que Dieu envoie son Esprit sous la forme d'une colombe, l'ange Gabriel  souligne des ses gestes le sens de son phylactère : AVE GRATIA PLENA DOMINUS TECUM, Je te salue toi à qui une grâce a été faite , le Seigneur est avec toi. Luc 1, 28.

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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8. LA VISITATION.
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BENEDICTA TU  IN MULIERIBUS BENEDICTUS FRUCTUS VENTRIS TUI 

Luc 1:42 benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui. "Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni".
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Zacharie, à gauche, (l'époux d'Elisabeth et le père de Jean-Baptiste) est un personnage intermédiaire entre l'Ancien Testament et le Nouveau : certaines de ses caractéristiques ne sont pas en sa faveur ou soulignent son appartenance à la classe sacerdotale hébraïque et au Temps révolu (la canne, l'attitude courbée, la barbe blanche, la courbe de son nez, son bonnet conique tenu à la main, ou son vêtement enveloppant) et d'autres, comme la vivacité de son regard, font de lui l'auteur du Benedictus ou Cantique de Zacharie, lorsque sa langue se délia.

Les deux femmes s'opposent par leur âge et leur posture (l'une droite fière et jeune, l'autre, âgée et courbée). Marie porte un surcot ouvert, à la mode dans la seconde moitié du XVe siècle sous un manteau bleu. Elisabeth cache ses cheveux et sa gorge par un touret et une barbette ou guimpe, et ses bras par un surcot fermé.

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Lambris peints (1430-1470) du coté droit du chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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DISCUSSION.

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1°) Par l'analyse des phylactères, les Prophètes sont désormais identifiés : ce sont :

  • Jérémie et David.
  • Isaïe et Sophonie .
  • Zacharie et Osée 
  • Amos et Malachie 
  • Joël et Michée .
  • Ézéchiel et Daniel.

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2°) Le corpus des 12 inscriptions est réuni et traduit :

 

— Pseudo-Jérémie  Patrem invocabitis "Le père vous appelle [ qui a fait le ciel et la terre]".

—  David  Ps. 2:7 Dominus dixit ad me   Filius meus et tu ego hodie genui te : "Le Seigneur m'a dit : tu es mon Fils ; je t'ai engendré aujourd'hui".

—  Isaïe Is.7:14 Ecce virgo concipiet et pariet filium « Voici qu'une vierge concevra et enfantera un fils »

—  Sophonie  So. 3 :9 Invocabunt omnes nomen domini et servient ei "Afin qu'ils fassent tous appel au nom de l'Eternel, pour le servir d'un commun accord".

—  Zacharie : Za 12:10 Ascipient omnes ad me quem confixerunt  "Ils pleureront tous sur moi qu'ils ont cloué"

—  Osée Os.13:14  O Mors, ero mors tua, morsus tuus ero inferne  : "Ô Mort, où est ton fléau ? Séjour des morts, où est ton pouvoir de destruction".

—  Amos : Am 9:6 Qui edificat ascensionem suam in celo , "Il a bâti sa demeure dans les cieux".

—  Malachie  Ma 3:5 : Et accedam ad vos  in iudicio, ero testis  "Je m'approcherai de vous pour le jugement .."

—  Joel Jo 2:28  Effundam de spiritu meo super omnem carnem "Je répandrai de mon esprit sur toute chair". 

— Michée Mi 7:19 Deponet dominus omnes iniquitates nostras "Le Seigneur mettra sous ses pieds toutes nos iniquités".

Ézéchiel  : Ezech 37:12  Educam vos de sepulcris vestris, populus meus "Je vous ferai sortir de vos sépulcres,  ô mon peuple "

— Daniel :  Dan 12:2 Evigilabunt omnes: alii ad vitam, alii ad opprobrium  "Tous se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l'opprobre".

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3°) La forte relation entre ces 12 versets prophétiques et les Credo apostoliques et prophétiques est établie.

En effet, tous ces versets sont utilisés dans les Credo des apôtres et des prophètes qui associent à chacun des douze articles du Credo un Apôtre, et un Prophète avec son verset.  Et ces 12 inscriptions des phylactères de Notre-Dame-du-Tertre ne sont jamais réunis dans un autre contexte. D'autre part, les modifications apportées au texte de la Vulgate dans ces inscriptions relèvent également de cette tradition iconographique, qui apparaît sous forme d'enluminure dans les Calendriers des Psautiers, Bréviaires et Heures entre la fin du 13e siècle et le début du 15e siècle (cf. Annexe II)

Enfin, l'ensemble des 96 panneaux de ces lambris peints est organisé d'après le chiffre douze, en huit rangées de douze panneaux, et ce sont encore douze prophètes qui sont convoqués ici, dans un rapport étroit avec les douze articles de foi du Credo, mais aussi — d'où le lien avec les Calendriers enluminés) — avec les douze heures du jour, les douze mois de l'année et les douze signes du Zodiaque.

Dernier argument, la proximité de la maîtresse-vitre de Quemper-Guézennec et de son Credo, édifiée à peu près à la même époque, témoigne de l'importance de ce thème, de sa connaissance, et, peut-être, de son influence sur ce corpus d'inscription.

Un article que je n'ai jamais pu retrouver parle de cette interprétation : Denis Pichon Note sur les peintures murales de Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren : présence d'un Credo prophétique Société d'émulation des Côtes-d'Armor, 2000 ou 2002, 130, p. 115-122. Mais il faudrait parler d'un Credo prophétique sans Credo, inscrit entre les lignes (entre les images) par référence tacite et intertextualité.

On sait que les Pères de l'Église grecque et latine ont recherché dans les prophéties quelles pouvaient être les douze propositions analogues à celles du Symbole des apôtres. Comme le disait A.N. Didron, "L'ancien Testament étant le miroir où se réfléchit la lumière directe du christianisme, on devait entendre dans le texte de la Loi ancienne comme le bégaiement du symbole de la Loi nouvelle."  

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4°) Ces douze Prophètes précèdent l'Annonciation et la Visitation.

C'est donc  une démarche typologique établissant des liens entre le texte biblique de l'Ancien Testament et le texte évangélique qui est exposée ici, dans une tradition bien établie dans les Arbres de Jessé, le  Speculum humanae salvationis et les Bibles des Pauvres. Néanmoins, le choix des Prophètes et des versets est différent de ces trois traditions, et est bien caractéristique des Credo. 

Les 3 premiers phylactères parlent de la Création (premier rang à droite) et de l'Incarnation avec la naissance du Christ (Annonciation, Visitation, Anne et Joachim, etc.).

Mais les autres phylactères préfigurent la Passion et la mort du Christ, sa Résurrection, sa montée aux Cieux, et surtout son retour pour la Seconde Parousie .

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5°) Douze versets dans une vaste Horloge Sacrée.

Il faut donc les resituer au cœur du damier des 96 panneaux et considérer ceux-ci comme la présentation du Temps Sacré,  animé par l'Histoire du Salut.

Cette Histoire Sainte commence  par les 12 scènes de la Création : création du Monde et de l'Homme qui est aussi le début du Temps narratif. Et celui de la Chute.

Puis vient le Temps Biblique vétéro-testamentaire avec les 12 panneaux des Patriarches. Un temps complètement révolu pour les chrétiens du 15e siècle, qui, comme nous aussi, comptent les années à partir de la naissance de Jésus-Christ. Qui n'ont presque aucune connaissance historique de l'Antiquité, mais une connaissance intime de Caïn et Abel, de Noé, d'Abraham ou de Jacob. 

Dieu intervient dans le Temps en préfigurant par les Prophètes la nécessité d'un rachat ou Rédemption de la Chute par la naissance d'un Sauveur puis en accomplissant ce Plan : ce sont les douze panneaux des Prophètes et de la Vie de Marie.

Les autres séries de douze panneaux exposent la Passion, la Mort, la Résurrection du Sauveur, mais aussi les différentes apparitions du Sauveur et enfin son Ascension puis la Pentecôte. Le cycle s'achève donc par la réception par les Apôtres des douze articles du Credo, douze langues de feu marquant l'intervention de l'Esprit Saint.

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6°) Le passage du temps est indiqué par l'artiste: l'anachronisme comme marque d'altérité.

Les Prophètes sont représentés portant une longue barbe en désordre, souvent grise pour souligner leur âge. Ils portent tous (sauf David) un chapeau à bord retroussé, ou un chaperon enfilé en cagoule (Michée) ou scapulaire (Zacharie), ou au pan pendant dans la nuque (Daniel). Ils sont vêtus de robes et manteaux serrés à la taille par une ceinture, parfois fourrés de vair ou d'hermines, aux manches longues comme des houppelandes. Ils sont tous chaussés de chaussures à bout pointus, comme les poulaines.

Enfin, ils sont placés sur des sols à damiers et carrelages géométriques,  devant des fonds décoratifs à motif géométrique ou floral stéréotypé répété et non devant des fonds naturalistes ou damassés. 

 

Les personnages sont tous  debout, occupant toute la hauteur du panneau. La tête est légèrement tournée ou inclinée vers leur compagnon de loge. Contrastant avec leur expression austère et leurs attitudes  figées, la gestuelle   est expressive, soit qu'elle désigne de la main ou de l'index le verset de la banderole, soit qu'elle soit élocutoire ou, comme pour Malachie, qu'elle exprime l'argumentation scholastique. A contrario, les regards sont tous détournés voire torves, lourds, dépourvus de la lumière de la Révélation.

Comme l'a bien remarqué l'auteur de l'article du site de Châtelaudren, "ces caractéristiques s'opposent à celles des personnages de la chapelle Sainte-Marguerite, plus élégante et aux proportions plus harmonieuses." et  "Une distinction doit être faite entre les vêtements du chœur, qui étaient portés essentiellement dans la seconde moitié du 14e siècle et durant la première moitié du siècle suivant, et ceux de la chapelle Sainte-Marguerite, lesquels sont typiques de la mode du dernier tiers du 15e siècle." :

"Dans le premier cas, les costumes les plus représentés sont des robes, parfois surmontées de pèlerines. Les manteaux sont souvent resserrés à la taille, et tombent à mi-jambes ou sur les pieds, dessinant dans certains cas de gros plis en reliefs. Certains sont doublés de fourrure, rembourrés aux épaules ou encore munis de manches pendantes. Certains costumes, comme les chaperons à crète ou à bourrelet, les chausses et les poulaines ont continué à être portés jusqu'à la fin du 15e siècle et se retrouvent dans les représentations de la chapelle Sainte-Marguerite. Dans celle-ci, on relève notamment les pourpoints resserrés aux hanches, les hennins, les robes au corsage ajusté dont la ceinture est portée au-dessus de la taille."

Je citerai aussi Couffon :

"Les figures sont bien dessinées au trait noir, les gestes des personnages sont justes, et les scènes, pleines de mouvement, sont très décoratives. Leur inspiration est toute française. Ainsi que nous l'avons indiqué au début de ces notes, les auteurs qui ont étudié ces peintures ont été unanimes à les attribuer à la générosité de Marguerite de Clisson ; mais un examen attentif montre que cela ne peut être. Si certains des costumes représentés dénotent bien en effet la fin du règne de Charles VI, la plupart datent seulement des règnes de Charles VII et de Louis XI.

En particulier, si plusieurs personnages vêtus de robes courtes ou longues ont des manches ouvertes, beaucoup ont les manches serrées aux poignets et bouffantes à l'épaule, et plusieurs des robes ou pourpoints portent des mahoitres. Les toilettes féminines sont également décolletées en pointe avec tassel, mode due, comme l'on sait, à l'influence d'Agnès Sorel, et plusieurs dames sont coiffées du hennin, toutes choses qui dénotent la seconde moitié du XVème siècle. D'ailleurs le fait que les cavaliers portent le harnois blanc de plates qui précéda l'armure Maximilienne, viendrait confirmer cette époque s'il en était besoin et montrer ainsi que la décoration du lambris suivit de très près sa construction.

Si donc l'on s'en tient aux costumes, l'on doit dater ces peintures de 1460 à 1485 environ, et elles sont en effet, à ce point de vue, toutes semblables aux miniatures de l'école de Fouquet, de Jean Colombe, du maître de Gérart de Roussillon ou de Guillaume Vrelant, Loyset Liedet, etc. 

Vraisemblablement, c'est plutôt vers la dernière des dates précitées que l'on doit en fixer l'exécution si l'on veut bien remarquer que tant les architectures que les montants séparant les tableaux ne comportent plus rien de gothique."

En fait, l'artiste a repris pour ses Prophètes les caractéristiques des enluminures de la fin du 14ème siècle notamment commandités par Jean de Berry, et on y retrouve les poulaines, les bonnets plus ou moins coniques et les amples manteaux.

Je peux penser que cet anachronisme est délibéré, et qu'il cherche à ainsi témoigner de l'altérité temporelle du temps vétéro-testamentaire.

De même, tout oppose les visages fermés, disgracieux, voire patibulaires des Prophètes et ceux des anges, de Marie ou d'Elisabeth dans les panneaux suivants.  Avant d'y voir (mais sans l'exclure) une stigmatisation des Prophètes comme Juifs, il faut envisager la possibilité d'une recherche de rendre l'altérité de la même façon par laquelle les enlumineurs de Touraine et de Bourges le font pour indiquer la différence entre un Musulman, un Romain ou un Oriental, et un Français. Néanmoins, on ne peut oublier que dans les Credo des calendriers ( cf. illustration infra), les Prophètes détruisent mois après mois les murs de la Synagogue alors que la Foi est à l'abri des murailles de l'Église : une certaine hostilité s'exprime alors.

C'est donc dans une réflexion sur la césure entre les deux temps du Temps sacré, avant et après la Rédemption, que s'inscrivent peut-être ces différences stylistiques.

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En conclusion, ce Credo prophétique sans Credo est un exemple unique, dont la singularité peut être soulignée.

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BnF Rothschild 2529.  Breviarium secundum ordinem Cisterciencium, dit Bréviaire de Martin d'Aragon, Catalogne, 1380-1403, folio 9 copyright BnF Gallica

BnF Rothschild 2529.  Breviarium secundum ordinem Cisterciencium, dit Bréviaire de Martin d'Aragon, Catalogne, 1380-1403, folio 9 copyright BnF Gallica

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David et André, Latin 18014 Petites Heures de Jean de Berry, Paris (vers 1375) ; Bourges (1385-1390),   Credo des apôtres et des prophètes folio 1v copyright BnF Gallica.

David et André, Latin 18014 Petites Heures de Jean de Berry, Paris (vers 1375) ; Bourges (1385-1390),   Credo des apôtres et des prophètes folio 1v copyright BnF Gallica.

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ANNEXES : DEUX DESCRIPTIONS.

I. BARRAL I ALTET  (Xavier), 1987, " Décor peint et iconographie des voûtes lambrissées de la fin du Moyen Âge en Bretagne". In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 131ᵉ année, N. 3, 1987. pp. 524-567; doi : 10.3406/crai.1987.14524 http://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1987_num_131_3_14524

"Un décor exceptionnel à Châtelaudren L'église Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren (Côtes-du-Nord) conserve deux ensembles de lambris peints assez exceptionnels qui décorent, l'un la voûte du chœur et de la croisée, et l'autre la chapelle méridionale Sainte-Marguerite12 (figs. 2, 3, 4). Mentionnée en 1389 et 1428, l'église actuelle de Châtelaudren est un monument composite des xve et xvie siècles, avec des parties plus récentes. Le plan présentait à l'origine une nef prolongée par un chœur et un chevet plat, dotée d'un bas-côté méridional, d'un porche d'entrée et d'une ou plusieurs chapelles. L'attribution récente de la fondation de l'église au comte du Goëllo apparaît comme vraisemblable, avant la mention, au début du xvne siècle, comme prieuré de Saint-Melaine de Rennes. Des travaux sont signalés au cours du xvme siècle, parmi lesquels on remarque en 1730 le lambrissage de la nef et du bas-côté. Les peintures des lambris du chœur et de la chapelle Sainte-Marguerite sont signalées dès 1849 par J. Geslin de Bourgogne, avant le classement de l'église, qui intervient en 1851, et les premières restaurations des peintures dirigées par le même Geslin entre 1851 et 1853. Divers travaux de restauration sont à nouveaux entrepris de 1877 à 1881 ; ils comprennent en 1879 l'exécution de divers relevés par le peintre Charles Lameire. Après une restauration de la couverture et la reconstruction de la flèche entre 1920 et 1922, la toiture est entièrement refaite entre 1950 et 1970, période au cours de laquelle prend place la restauration générale des lambris peints dirigée par Marcel Nicaud à partir de 1963. Ces restaurations ont permis de faire des observations techniques sur l'exécution des peintures et ont redonné une unité à l'ensemble en complétant par des ébauches les parties manquantes.

La voûte du chœur couvre une surface d'environ 13 m de longueur sur 8 m de largeur. Une corniche de bois reçoit les lambris au nord et au sud, tandis qu'à l'est ils rejoignent directement la maçonnerie.

A l'ouest on trouve le cintre de bois posé lors des restaurations récentes et la bande lambrissée qui commémore les restaurations du siècle dernier. Le lambris était fixé à l'origine par des vis et maintenu par des couvre- joints. Les planchettes de chêne sont de dimensions relativement régulières (0,55 m sur 0,15 m); au xixe siècle les lambris manquants ont été remplacés par des planches plus grandes en sapin. La peinture, qui utilise l'œuf comme liant, est posée directement sur le bois sans couche préparatoire. La mise en place du décor a été organisée sur la base d'un quadrillage déterminant des cases de 1 m de côté.

Les 96 panneaux de la voûte du chœur sont distribués en huit rangées de douze panneaux chacune. Les panneaux sont séparés par des colonnes et encadrés par des arcades. La forme brisée de la voûte détermine la disposition des images suivant deux sens opposés ; de chaque côté, quatre bandes horizontales se lisent à la suite les unes des autres, d'est en ouest ou d'ouest en est, à partir du sommet méridional de la voûte jusqu'à la base septentrionale de celle-ci. Cette disposition permet au spectateur une progression régulière dans la lecture des images, simultanément des deux côtés de la voûte. Les illustrations de l'Ancien Testament occupent les vingt-quatre panneaux des deux lignes centrales de la voûte. Neuf développent le récit de la Création tandis que les huit suivants concernent les épisodes de la Chute. La postérité d'Adam et Eve occupe les quatre panneaux suivants, puis on trouve le Déluge et l'histoire de Noé. On remarque l'absence de la très populaire représentation de la tour de Babel. Abraham, Isaac, Jacob et la remise des Tables de la Loi complètent la série.

La transition vers le Nouveau Testament est symbolisée par la présence des douze prophètes qui occupent six panneaux de la troisième rangée.

Les soixante-six panneaux restants offrent un déroulement inspiré du Nouveau Testament qui commence avec l'Annonciation et la Visitation, décrit la naissance et l'enfance de Jésus en onze panneaux, insiste sur les trois tentations, résume la vie publique du Christ en six panneaux, et s'achève par le cycle de la Passion. Les trente-six panneaux consacrés à ce dernier débutent avec l'entrée à Jérusalem et accompagnent les actions du Christ jusqu'à la Mise au tombeau. On remarque que le cycle de la Passion est détaillé avec soin et que la succession des épisodes est régulière et sans manques. Cette immense bande dessinée s'achève par sept panneaux consacrés respectivement à la descente aux Limbes, la Résurrection, les trois apparitions — ici, dans l'ordre, pèlerins d'Emmaus, Marie-Madeleine, Thomas — , l'Ascension et la Pentecôte. La voûte de la chapelle Sainte-Marguerite couvre une surface d'environ 7,50 m de longueur sur 5,50 m de largeur, et le décor de la voûte lambrissée est complété par celui d'un tympan également en bois, de 5,50 m sur 2 m. L'organisation de la surface polychrome est ici plus complexe par la présence de trois programmes différents. La division de l'espace est cependant proche de celle de la voûte du chœur : six rangées de six panneaux chacune pour la voûte proprement dite, et deux registres pour le tympan. Le sens de la lecture est rigoureux, de gauche à droite et de haut en bas."

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II. GESLIN DE BOURGOGNE :

"Au-dessus du sanctuaire du chœur et de la nef se déroule l'histoire sacrée depuis le commencement des temps jusqu'au jour où le saint Esprit descendant sur les Apôtres, l'église de Dieu se trouve définitivement constituée : de  chaque côté de l'autel quatre rangs de 12 tableaux chacun, se lisent de haut en bas et de gauche à droite, de manière que chaque ligne prise au côté de l'épître [à droite] vous mène au côté de l'évangile [à gauche]. 

 Le premier rang à droite résume toute la tradition chrétienne jusqu'à la chute de l'homme. Le premier tableau dont, par malheur une moitié manque, renferme la création des esprits célestes qui paraissent encore en grand nombre, vêtus de blanc, prosternés et nimbés mais sans ailes. Le deuxième nous montre Jehovah sous la figure d'un vieillard vénérable coiffé d'une riche thiare et nimbé d'or. Il repose dans sa gloire, entouré des Vertus des Puissances, et des Dominations qui siègent autour de lui dans des sortes de stalles étagées. Le troisième tableau commence la Genèse, in principio creavit Deus  cœlum et terram.  Ici le Tout-Puissant a quitté son trône, il est seul, car par lui seul tout doit être créé; de la main gauche il tient une baguette dont il touche un globe à demi forme  et de la droite il le bénit il marche sur un gazon fleuri emblème de la félicité parfaite. Le quatrième nous présente le créateur mettant en quelque sorte en ordre, de sa main,  des flots des ondes et des nuages c'est le deuxième jour  de la Genèse et de la création, le sublime ouvrier sépare les eaux d'avec la  terre; les plantes naissent de toutes parts. Au sixième tableau vient le quatrième jour de la Genèse, le Seigneur d'un bras puissant lance un globe à travers les espaces. Le septième tableau renferme le cinquième et une partie  du sixième jour. Le Tout-Puissant est entouré des oiseaux des poissons, des animaux de toute sorte. Au huitième  tableau nous passons au deuxième chapitre de la Genèse.  Adam repose endormi dans le paradis terrestre Dieu forme  la femme; c'est de sa propre main qu'il la modèle comme toutes ses autres œuvres. Au neuvième tableau nous arrivons au 7ème jour le Très-Haut se repose sur son trône  et embrasse d'un coup-d'œil satisfait l'ensemble de la création.  Au dixième tableau Adam et Eve reçoivent du Seigneur la royauté terrestre qui met le sceau aux bontés du créateur 
pour cette créature privilégiée mais en même-temps ils  reçoivent les préceptes qui doivent conserver leur lien de dépendance à l'égard du souverain maître. Dans leur chaste nudité, ils sont plus décents que bien des tableaux soi-disant religieux de nos jours; en les esquissant, l'artiste avait compris le verset de la Genèse Erat autem  uterque nudus Adam scilicet et uxor ejus et non erubescebant . Le onzième tableau en partie effacé comme le précèdent ne nous laisse plus voir que Eve recevant la fatale pomme ici le malin est femme jusqu'à la ceinture et du reste serpent ce qu'il y a de plus curieux, c'est que tandis que notre première mère est nue dans son innocence le tentateur a eu soin de couvrir d'une sorte de voile entr'ouvert la gorge de femme dont il s'est paré. Enfin le douzième tableau nous montre le châtiment suivant de près la faute, nos premiers parents honteux sont chassés à grands coups de verges du Paradis terrestre dont la porte est revêtue de fortifications du XIVème siècle. 

Le premier rang de gauche nous présente la vie des patriarches  1° Adam travaille à la terre et Eve file; 2°. Eve allaite son premier né et Adam construit une cabane 3°. Caïn  offre un sacrifice devant un ciel vide 4°. Abel offre les premiers nés de ses agneaux et le Seigneur le regarde avec bonté; 5°. le meurtre d'Abel; 6°. construction de l'Arche; 7°. le déluge l'arche seule surnage sur les eaux 8°. Noé plante la vigne; 9°. Cham raille son père endormi; 10°. Sacrifice d'Abraham 11°. Jacob fait le songe de l'échelle mystérieuse ce tableau est fort endommagé et le suivant manque tout-à-fait. 

Le deuxième rang à droite contient toutes les prophéties relatives au Messie d'abord viennent deux à deux les grands  prophètes en six tableaux. Tous, excepté Daniel sont âgés, chacun porte un phylactère sur lequel se lit un passage saillant de leur prophéties. – Le septième tableau représente l'Annonciation puis trois tableaux manquent, et le douzième montre, avec la Présentation au temple, la prédiction  d'Anne et de Siméon.


Le deuxième rang de gauche renferme toute la vie privée du Sauveur. Les trois premiers tableaux sont consacrés aux  Mages le quatrième est fruste le cinquième nous montre  le massacre des Innocents le sixième la Fuite en Egypte; le septième l'intérieur de la maison de Nazareth le huitième Jésus-Christ au milieu des Docteurs les neuf, dix  et onzième les trois tentations dans le désert le douzième,  le Baptême par immersion du Sauveur par saint Jean. 

Les douze tableaux qui suivent et qui forment le troisième rang de droite résument toute la vie publique du Sauveur jusqu'à la Passion, en commençant par les noces de Cana. 
Le quatrième rang à droite représente la Passion depuis  l'entrevue de Jésus-Christ et d'Hérode jusqu'à l'épisode de Ponce-Pilate le livrant au peuple. 

Enfin le quatrième rang de gauche commence par le crucifiement pour finir par la descente du saint Esprit sur les Apôtres. "(Geslin de Bourgogne 1848)

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ANNEXE II. 

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LES CREDO APOSTOLIQUES ET PROPHÉTIQUES DES MANUSCRITS DE LA BNF. 

Classés par ordre chronologique  de la fin du 13ème siècle au début du 15ème, avce des extraits des Notices de la BnF.

— Français 9220 Verger de Soulas ou Speculum theologiae France nord 13e siècle,  folio 13v Articles de la Foi Articula Fides mettant en parallèle 12 prophètes et 12 apôtres, avec leurs versets respectifs

http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc570307

http://visualiseur.bnf.fr/CadresFenetre?O=COMP-1&I=30&M=imageseule

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—[Français 400 speculum humanae salvationis (trad. anonyme abrégée) 2eme moitié-fin 14e ]

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9059177c/f5.item.zoom

— Latin 10483-10484 Breviarium ad usum fratrum Predicatorum, dit Bréviaire de Belleville, 1323-1326 par Jean Pucelle fol.6r-v

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8451634m/f13.image

 

 — Nouvelle acquisition latine 3145 Horae Johannae reginae Navarrae Première moitié du XIV e siècle (vers 1330-1340) folio 4 à 9v

La décoration du volume a été attribuée à quatre artistes dont trois issus de l’atelier de Jean Pucelle . Le successeur du maître, Jean le Noir , a dirigé le travail et illustré les deux offices les plus importants : ceux de la Vierge et de la Passion : cf. Le Trésor de la Sainte-Chapelle , 2001, cat. 46 ; Rouse, II, p. 79 ; Kyunghee Pyun et Anna D. Russakov, Jean Pucelle : Innovation et Collaboration in Manuscript Painting , 2013, p. 131-148. Le quatrième artiste a été identifié à Jean Mahiet à qui l’on doit la décoration de La vie et miracles de saint Louis (BnF, Français 5716): on reconnaît sa main dans la scène représentant s. Louis et Robert d’Artois portant les reliques de la couronne d’épines au f. 102 ( Trésor de la Sainte-Chapelle , fig. 150). 
Légendes des peintures : voir la base en ligne : http://www.mandragore.bnf.fr et S. Cockerell, A descriptive catalogue of the second series of fifty manuscripts in the collection of Henry Yates Thompson , 1902, p. 167-179. 

http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc71029k

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— Latin 1052 breviarium parisiense Bréviaire de Charles V vers 1364-1370

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84525491/f25.image

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— Latin 18014 Petites Heures de Jean de Berry, Paris (vers 1375) ; Bourges (1385-1390),   Credo des apôtres et des prophètes folio 1-6v

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8449684q/f9.image.r=Horae+ad+usum+Parisiensem+ou+Petites+heures+de+Jean+de+Berry.langEN

 Enlumineurs, Jean Le Noir (13..-1380).  Jean, Pucelle (1...- 1334).  Jacquemart de Hesdin. EnlumineurMaître de la Trinité.Cinquième Maître. Pseudo-Jacquemart. Jean de Limbourg. Enlumineur1375-1390 Date d'édition : 1410-1420. 

Contributeur :  Jean Lavenant. Copiste

Paris (vers 1375) ; Bourges (1385-1390). - Écriture : littera gothica textualis formata. Patrick de Winter identifie le copiste au scribe parisien Jean Lavenant : « The Grandes Heures of Philip the Bold… », in Speculum, 57, 1982, p. 814-815 ; Rouse, Manuscripts and their makers…, 2000, I, p....

La composition du manuscrit est à rapprocher d’autres livres d’Heures de Jean de Berry : les Enseignements qui figurent aux f. 8-20 ont sans doute été copiés sur les Heures de Jean le Bon citées dans l’inventaire de 1413 au n° 968 (Guiffrey, Inventaires, 1894, I, p. 257). Le ms a peut-être servi de...Une mention inscrite sur le recto de la de la garde A ont incité les historiens à voir en Louis Ier d'Anjou le premier destinataire du manuscrit. L'ouvrage serait passé à sa mort, en 1384, à son fils Louis II d'Anjou : « … Et estoit escrit desus : Louys roy de Hierusalem et de Sicile, duc d’Anjou,...

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— Français 13091 Psautier de Jean de Berry vers 1386 par André Beauneveu, Bourges Credo des Apôtres et des Prophètes, folio 7v-8 à 29-30.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84546905/f16.zoom

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— BnF Rothschild 2529.  Breviarium secundum ordinem Cisterciencium, dit Bréviaire de Martin d'Aragon, Catalogne, 1380-1403, fol. 2v à 13v,   Credo des apôtres et des prophètes.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52000996s/f6.image

Le calendrier, qui occupe les fol. 2-13, est orné, à chaque mois, d'une miniature à mi-page qui représente l'Église et la Synagogue. Près de l'Église on voit, au mois de janvier,saint Paul, et, aux autres mois, les destinataires de ses épîtres (en février les Romains, en mars les Corinthiens, en avril les Galates, en mai les Éphésiens, en juin les Philippiens, en juillet les Colossiens, en août les Thessaloniciens, en septembre Tïmothée, en octobre Titus, en novembre Philémon, en décembre les Hébreux) ; devant la Synagogue est un personnage de l'Ancien Testament, rapproché d'un personnage du Nouveau (en janvier Jérémie et Pierre ; en février David et Jean ; en mars Isaïe et Jacques fils de Zébédée ; en avril Daniel et André ; en mai Osée et Philippe ; en juin Sophonias et Thomas ; en juillet Michée et Barthélemy ; en août Joël et Mathieu ; en septembre Agée et Jacques ; en octobre Ézéchiel et Simon ; en novembre Malachie et Thadée ; en décembre Zacharie et Mathias). Les noms des mois sont écrits en catalan.  Le calendrier contient un curieux obituaire de la famille royale d'Aragon au XIII e et au XIVe siècle. 

Manuscrit réalisé pour le roi Martin d'Aragon (1395-1410), dernier roi de la branche catalane, comme en témoignent ses armoiries, d'or à quatre pals de gueules (Aragon), aux ff. 17v., 18, 293v., 341v. et 374, la devise As a far fasses au fol. 17v. et l'obituaire dans le calendrier (de 1213, mort de Pierre II d'Aragon, à 1396, mort de Jean I d'Aragon, frère et prédecesseur de Martin). Le texte est à l'usage de l'abbaye cistercienne de Poblet, lieu de sépulture des rois d'Aragon. Le manuscrit passe ensuite à Alphonse V le Magnanime qui le fait compléter vers 1420-1430 (armoiries au f. 444v. : d'or à deux pals de gueules ; cet écu se retrouve dans d'autres manuscrits, Latin 5264 et Espagnol 8 ; emblèmes du roi : épis de millet, livre ouvert, siège périlleux de la Table ronde). Bibliothèque de Charles de Rothschild à Francfort-sur-le-Main. Collection James de Rothschild. Legs Henri de Rothschild à la Bibliothèque nationale en 1947.

 

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— Latin 919 Grandes Heures de Jean de Berry 1400-1410 [achevé en 1409].

Enlumineurs : Jacquemart de Hesdin ; pseudo-Jacquemart. Maître de Boucicaut. Maître du duc de Bedford. Le manuscrit présente aujourd’hui 24 miniatures d’allégories bibliques dans le calendrier et 28 miniatures illustrant le texte. Folio 1-6v. Calendrier avec saints parisiens en lettres d’or.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b520004510/f9.image
 

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SOURCES ET LIENS.

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— Dossier photographique restaurationshttp://www.culture.gouv.fr/public/mistral/mdp-etudes_fr?ACTION=RETROUVER_TITLE&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Bretagne%20&GRP=140&SPEC=3&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=100&MAX3=100&REQ=((Bretagne)%20%3ALOCA%20)&DOM=All&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P

— SITE DE CHÂTELAUDREN

http://www.chatelaudren.fr/fr/information/29512/les-lambris-peints-chapelle-rouge

http://cdn1_3.reseaudescommunes.fr/cities/169/documents/8z79rggvywtfnx1.pdf

— BERTHIER Emmanuel (pour la photo des transats jaunes dans son diaporama)

http://www.tourismebretagne.com/decouvrir-les-destinations/baie-de-saint-brieuc-paimpol-les-caps/les-incontournables/chatelaudren/?utm_source=Newsletter&utm_medium=Newsletter&utm_campaign=NEW_FR_novembre_15

— GESLIN DE BOURGOGNE : Bulletin Monumental, 1849, pp. 600-605.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k310344/f612.image

— A. de Barthélémy : La légende de saint Budoc et de sainte Azénor (Mémoires de la Société 
d'Emulation, année 1866, pp. 235 et suiv.).

A. de Barthélémy, J. Geslin de Bourgogne, Anciens évêchés de Bretagne, histoire et monuments, Saint-Brieuc, 1879, V, p. 52-73 ;

— A. de Barthélémy, L. Guimard, Résumé du rapport de M. de Geslin sur les peintures murales de Notre-Dame-du-Tertre, dans Bulletin monumental, XV, 1849, p. 600-605.

Gaultier du Mottay : Répertoire archéologique des Côtes-du-Nord, 1883-84.

— Abbé France :  Autour de mon clocher, etc

COUFFON (René), 1936 Quelques notes sur les Origines de Châtelaudren et les Peintures de la Chapelle N.-D. du Tertre", Bull, et mém.  de la  Société d'émulation des Côtes-d'Armor   T. 68 p.145-159. 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58027444/f192.image.r=chatelaudren%20lambris

— GAY Françoise), 1993, "Le choix des textes  des prophètes face aux apôtres du Credo" in , Colloque Pensée, image et communications ; à propos des stalles de Saint-Claude, Asprodic, p. 185-192.

— LE GAC (Christian), 2015, « Mes journées du patrimoine 2015 »

http://www.christianlegac.com/2015/09/mes-journees-du-patrimoine-2015.html

 

 

— JUREZ-LANCIEN ( Yann), Châtelaudren  (Mairie de) , 1994, La Chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren 47 p. : ill., photogr., bibliogr. ; 23 cm.

— SITE INFOBRETAGNE

http://www.infobretagne.com/chatelaudren-notredame-du-tertre.htm

 

—  MESNARD (Maurice), "Châtelaudren et sa chapelle de Notre-Dame du Tertre", Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, t. C1X, 1981, p. 9-15.

—  Thibout (Marc), 1949, , Notre-Dame-du-Tertre de Châtelaudren, dans Congrès archéologique de France, 107e session-Saint-Brieuc, 1949, p. 216-226.

— Forget, 1984, La chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren, mémoire de maîtrise, Univ. de Rennes II, 

 


 

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Published by jean-yves cordier
1 février 2018 4 01 /02 /février /2018 19:49

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Zoonymie des Odonates. Avant l'ère des noms, celle des enluminures. 39 libellules des manuscrits français (hors BnF) de la fin du XIVe à la fin du XVIe siècle.

 

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Voir aussi :

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Dans un article de 1991, l'entomologiste britannique Philip S. Corbet (1929-2008), pour dresser un bref tableau de l'histoire de l'odonatologie, décrivait six "brins" (il évitait délibérément le terme de "périodes" ou "ères" car ces Brins (Strands), une fois constitués, se poursuivaient sans s'interrompre).

Il  distinguait ainsi le   Brin de l'Exploration, principalement pré-linnéen, puis  le Brin de la Codification, apparu en 1758 avec le Systema naturae de Linné, puis le  Brin de la Classification né en 1820, le Brin de l'Intégration (1913-), le Brin de l'Intercommunication rendu nécessaire par l'explosion des informations (1970-) et enfin celui de la Préservation (1980-), imposé par les destructions des habitats  engendrés par  l'importance croissante de l'impact humain.

CORBET (Philip S​​​​​​.), 1991, A brief history of odonatology  Adv. Odonatol. 5 : 21-44 December, 1991.

Cette systématisation, comparable à l'étude des cernes de croissance d'un tronc, pourrait reconnaître une partition plus générale autour de la parution en 1758 de la 10ème édition du Systema naturae de Linné :  le brin Pré-linnéen, ou Anonyme, car les insectes en général et les Odonates en particulier sont dépourvus de nom propres, précéderait le brin Post-Linnén, ou Nomenclatural, où chaque espèce va progressivement être dénommée, et placée dans le vaste système des noms de Genre, de Famille et d'Ordre.

Le champ de la Zoonymie, étude des noms des animaux, ne débute donc en toute logique qu'après 1758. C'est d'autant plus vrai pour les Odonates, puisqu'avant cette date, le mot Libellula (et a fortiori Libellule) n'existe pas. 

Néanmoins, toute science doit explorer non seulement son objet (ici, le nom des Odonates), mais aussi le terreau qui a permis le développement de son objet (ici, la période Pré-Linnéenne).

Cette recherche peut porter sur la philologie, pour dénicher d'éventuelles appellations vernaculaires anciennes comme "Demoiselle", ou pour saluer l'apparition du nom Libella (1550) pour les larves puis les Libellules dans le langage scientifique, sur les ouvrages des naturalistes décrivant les Insectes (successivement ceux d'Aldrovandi en 1602, de Thomas Moufet en 1634, de Johann Swammerdam en 1669, d'Anton van Leuwenhoeck en 1695, de James Petiver en 1698 et de John Ray en 1710, de René-Antoine Ferchault de Réaumur en 1738 et 1742, ou de Roesel), ou enfin sur les illustrations qui permettaient de désigner un insecte en le représentant. 

Ce sont précisément sur les seules illustrations que reposent notre compréhension des connaissances acquises sur les Odonates pour la large période précédant Aldrovandi, soit toute la période médiévale et de la Renaissance avant le début du XVIIe siècle. 

 

Pour P.S Corbet, lors du très long Brin Exploratoire précédant le travail de Linné, des faits biologiques et des constatations subjectives ont été accumulés. P.S. Corbet suit les torons de ce brin dans l'art préhistorique du bronze ancien égéen, dans la poterie inca ou pré-inca du Chili et du Pérou, dans la littérature dans l'Épopée de Gilgamesh (3000-2000 av. J.C),  dans le glossaire Urra-Hubullu  des tablettes babyloniennes (à partir du XVIIIe siècle av. J.C), dans les peintures égyptiennes exécutées à partir du XVe siècle av. J.C, ou dans les symboles de libellules apparaissant en Chine sur de la vaisselle de cuivre, des carapaces de tortues ou des ossements oraculaires, de la dynastie Yin (Chang) du XVe au XIe siècle avant notre ère.

Pour la période médiévale, il mentionne les libellules, magnifiquement dépeints dans certains bréviaires médiévaux, par exemple le Bréviaire de Belleville de l'atelier de Jean Pucelle à Paris (1323-1326 ), dans l'exemplaire de Berlin de la Bible de Gutenberg de 1453,  dans les Grandes Heures d'Anne de Bretagne illustrées par Jean Bourdichon ( 1503-1508), et dans le Bréviaire Grimani (1510-1520). "Il a fallu l'invention de l'imprimerie en Europe et la libération intellectuelle de la Renaissance pour révéler ce que les observateurs contemporains connaissaient  des libellules. Les progrès au cours du 16ème siècle ont été marqués par les activités impressionnantes des encyclopédistes, parmi lesquels le Suisse Conrad Gesner, et surtout l'Italien Ulisse Aldrovandi, qui  avaient des observations intéressantes à consigner."

Mais si on se penche sur la période [0-1758] de  ce Brin Exploratoire, il devient vite évident qu'il faut placer deux jalons majeurs : la parution du De animalibus insectis d'Aldrovandi en 1602, mais aussi, pour les illustrations, la naissance de l'École de Gant-Bruges vers 1470. En effet, c'est avec cette école que vont apparaître, dans les Bordures à fleurs et insectes et les Attrapes qui la caractérisent, les premières représentations évocatrices d'espèces naturelles. 

Je complète donc ainsi la schématisation de Philip Corbet (je ne donne que quelques exemples) :

Brin Exploratoire ( < 1758) :

période médiévale 1200->1470 : Marges des enluminures et dessins médiévaux ->Miniaturistes  de Bruges. 

Bréviaire de Belleville BnF lat. 10483 de Jean Pucelle

période pré-naturaliste I. 1470->1575 : Bordures florales  "au naturel" : Miniaturistes  de Gand-Bruges -> Hoefnagel

– Jean Bourdichon,  Grandes Heures d'Anne de Bretagne (1503-1508)

– Simon Bening, Bréviaire Grimani (1510)

période pré-naturaliste II. 1575->1602 : l'insecte devient objet de science, et occupe une place central dans l'illustration. Joris et Jacob Hoefnagel

– Joris Hoefnagel, Ignis 1575-1580  et Jacob Hoefnagel Archetypa studiaque 1592

période naturaliste 1602->1758 : Aldrovandi ->Linné.

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Le corpus d'enluminure des deux premières périodes comportant des Odonates est suffisamment copieux, non seulement pour constituer un sujet d'étude à part entière, mais aussi pour devoir être diviser en plusieurs articles. Je me "limite" donc ici aux manuscrits français des bibliothèques de province (bases Enluminure et Initiales) avant de rédiger un second article à ceux de la  BnF (base Mandragore). 

 

 


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LES ENLUMINURES DES MANUSCRITS DES BIBLIOTHÈQUES  EN FRANCE .

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Le site publique Enluminure indique la présence de libellules sur six manuscrits, et le site Initiale de lRHT-CNRS sur quarante manuscrits : les voici par ordre chronologique approximatif  :

(Les textes en retrait sont des citations des notices de  l'IRHT, pour les distinguer de mes commentaires d'amateur ).

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— Lyon BM 5146, Heures, latin, France, fin 14e siècle folio 146v.

Libellule aux ailes étendues, nervurées, blanches à points orange, parmi des rinceaux, des fleurs de chardon et des fraises des bois. 

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/2568

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Lyon BM 5146, Heures, latin, fin 14e siècle folio 146v

 

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—  Chambéry - BM - ms. 0004 Bréviaire franciscain, Bréviaire de Marie de Savoie  vers 1430, Italie du Nord (Milan), folio 385.

Enluminures atribuées au Maître des Vitae imperatorum, enlumineur italien, actif à Milan dans le second quart du 15e siècle (attesté après 1428-1449). Nommé d'après un manuscrit de la traduction italienne de Suétone, Paris, BNF, ital. 131, daté de 1431. Cf. F. Lollini, "Maestro delle Vitae Imperatorum", dans Dizionario biografico dei miniatori italiani, secoli IX-XVI, éd. M. Bollati, Milan, 2004, p. 587-589.

http://initiale.irht.cnrs.fr/intervenant/1926

Lire : Anne Ritz-Guilbert, « Extrait de la deuxième partie (chapitre I) « Le Bréviaire de Marie de Savoie, un manuscrit à plusieurs mains », p. 75-93. », in Des drôleries gothiques au bestiaire de Pisanello. Le Bréviaire de Marie de Savoie, Paris, INHA/CTHS (« Les Essais de l'INHA »), 2010, http://journals.openedition.org/inha/2943

"Dans le Psautier, le Maître des Vitae ne s’est pas contenté d’enluminer les initiales historiées. Il exécute aussi la plupart des illustrations marginales, que ce soit les animaux, singe de ménagerie (f. 319), chien courant après un lièvre (f. 319v), guépard (f. 319v), paon (f. 340), sauterelle verte (f. 346v), ou encore les putti. Il n’a pas son pareil pour suggérer l’épaisseur d’une fourrure ou la délicatesse des nus enfantins. Il suffit de mettre côte à côte le putto de sa main du f. 353, aux formes rebondies, jouant de la cornemuse assis sur un coussin dans l’herbe étoilée, et celui d’un collaborateur au f. 594v, à l’ossature maladroitement saillante, assis lui aussi sur un coussin posé dans une herbe aux formes floues, pour en être convaincu. Sa virtuosité dans le rendu du mouvement et de la robe tachetée du guépard bondissant dans la marge du f. 319v  n’est en rien comparable à la manière du collaborateur qui a peint sans grand effet volumétrique, tranquillement posé sur un réceptacle d’herbe au f. 511, un autre spécimen de la même espèce. Seules les illustrations marginales du f. 367v, oiseaux et putti, et la libellule du f. 385 sont d’une qualité inférieure." Ritz-GUILBERT  Folio 009v 

La libellule occupe la  marge supérieure ; c'est un insecte à trois ailes bleues étendues (Anisoptère), au thorax et à la tête verte, à l'abdomen segmenté, au thorax ovoïde, aux yeux jaunes écartés (Zygoptère), avec quatre longues antennes en fouet.

 

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/2568

 

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Chambéry - BM - ms. 0004 folio 385 Bréviaire franciscain vers 1430. Site Enluminure.

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Tours, BM, 0218, Heures dites de Charles V à l'usage de Rome, Belgique (Bruges), vers 1450, f. 150.

 Page décorée de  fleurs dont des roses, d'oiseaux, et d'une libellule. Cette dernière, peinte de profil, a l'abdomen velu, noir à segments blancs, avec une queue en fouet. Les six pattes noires, les yeux séparés et le thorax sont convaincants, mais les ailes semblent contaminées par la forme des fleurs bleues voisines.

http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/67189

http://bvmm.irht.cnrs.fr/mirador/index.php?manifest=http://bvmm.irht.cnrs.fr/iiif/8369/manifest&canvasId=http://bvmm.irht.cnrs.fr/iiif/8369/canvas/canvas-1267234

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— Lyon MS 6022 , Livre d'Heures à l'usage de Rome, latin, France de l'ouest (Angers), vers 1450-1460  folio 74-75.

Encadrement orné, initiale ornée (en nombre), page décorée (en nombre), encadrement animé, encadrement historié, miniature en marge (24), initiale à figure (2), miniature (12), bout-de-ligne orné (en nombre), or, couleur. Attribution au Maître de Jouvenel des Ursins. 

La libellule, de profil, est gris-brun ; l'abdomen est segmenté, le thorax et les yeux imprécis, les ailes en raquettes. Les antennes longues et courbées sont irréalistes. Voir la page entière ici.

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/2600

 

 

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—  Clermont-Ferrand - BM - ms. 0084 Heures à l'usage des Antonins, France du sud-est (Savoie)3ème quart XVe s (1450-1475), folio 088 .

 Enluminure par le Maître du Prince de Piémont, enlumineur actif vers 1460-1470 en Savoie et dans le Lyonnais, au service de la maison de Savoie. Nommé d'après le manuscrit Stuttgart, Württemb. Landesbibl., ms. HB I 175, qui porte les armoiries du futur duc de Savoie, Amédée IX en tant que prince de Piémont (1439-1465). Cf. F. Avril et N. Reynaud, Les manuscrits à peintures en France 1440-1520, Paris, 1993, p. 209.

http://initiale.irht.cnrs.fr/intervenant/1997

Marge extérieure : Enfant nu assis sur une  libellule. Libellule bleue, à l'abdomen fin et segmenté, aux ailes semi-étendue, aux yeux contigus, aux trois antennes longues en fouet. Odonata sp.

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 Clermont-Ferrand - BM - ms. 0084 folio 088 Heures à l'usage des Antonins.(3ème quart XVe s (1450-1475). Enfant nu et libellule. 

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—  Marseille - BM - ms. 0112 Heures à l'usage de Troyes ( ?) France de l'est (Troyes), 3ème quart du  XVe s (1450-1475 ) folio 084 . 

Artiste du "Paris, BNF, ms. lat. 00865A", le Missale Trecense. Style archaïque par rapport à la date présumée de l'exécution du décor de ce ms. Influence des continuateurs tardifs du Maître de Bedford, rappelant l'art des années 1410-1420. Artiste dont on retrouve la main dans un certain nombre de livres d'Heures : "Paris, BNF, ms. lat. 10471", "Paris, BNF, ms. lat. 13273", "Nancy, B. m., ms. 0036", "Troyes, B. m., ms. 0117". (http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/2769?contenuMaterielId=7298)

 

La libellule occupe la marge extérieure. Insecte à six pattes, à deux ailes à allure foliaire repliées le long du corps, aux yeux séparés l'un de l'autre. L'abdomen blanc, segmenté, forme une crosse dont l'extrémité repose sur une sorte de sac beige, ouvert en entonnoir vers la droite. 

Ce qui serait fabuleux, ce serait d'imaginer que l'artiste ait voulu représenter une libellule lors de son émergence. Le sac, qui est segmenté, serait alors son exuvie, l'apparence gondolée, molle et fripée des ailes serait celle d'un insecte immature, et nous aurions alors une observation particulièrement précoce et attentive de ce stade de développement. Faut bien rêver ! Les découpes en zig-zag du thorax pourraient être liées aux stigmates des modifications qui se sont déroulées.

http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/52358

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Société Limousine d'onatologie. Tout doucement, le thorax, la tête, les pattes s’extirpent de l’enveloppe. La libellule se trouve la tête en bas, l’abdomen encore coincé. Elle s’immobilise ainsi de longs moments, comme pour reprendre ses forces.D’un violent coup de rein, elle se redresse, et libère son abdomen. Elle a alors entièrement quitté son enveloppe larvaire.

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 Marseille - BM - ms. 0112 folio 084 Heures à l'usage de Troyes (?) 3ème quart du  XVe s (1450-1475).

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—  Marseille - BM - ms. 0112 Heures à l'usage de Troyes (?), France de l'est (Troyes),  3ème quart du  XVe s (1450-1475) folio 084v .

L'artiste a reproduit en miroir sa libellule sur le verso. La peinture est mieux distincte, et mon hypothèse me semble encore plus crédible.

http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/52359

 

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— Tours, BM, 2273 A, Heures (fragment), France de l'ouest (Touraine, Tours ?), 15e s. (1475-1499)  f. 026v,

Page décorée avec une libellule et des  pâquerettes. La libellule au corps bleu ressemble à un petit poisson, mais la segmentation est soigneusement peinte.

http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/15303

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Amiens, Bibl. mun., ms. 0200,  Heures à l'usage de Paris vers 1460 (France du Nord ; Amiens?) f. 095.

 

Heures à l'usage de Paris latin , français France du nord (Amiens) vers 1460, page décorée, miniature (35), initiale ornée (en nombre), initiale champie (en nombre), initiale cadelée, encadrement animé, armoiries, couleur, orAttribution au Maître de Rambures et au Second maître des Grandes Chroniques Peinture du f. 31 par le Second maître des Grandes Chroniques selon Cat. Avril-Reynaud, du Premier Maître des Grandes Chroniques de France selon M. Gil 'Miniatures flamandes'.
Possesseur Jacques de Rambures, sire de Dompierre (destinataire) et Corbie, abbaye Saint-Pierre

Heures à usages multiples : Paris (heures de la Vierge), Thérouanne (office des morts), Amiens 

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/202?contenuMaterielId=507


Maître de Rambures, Picardie, Hesdin, enlumineur nommé d'après Amiens, BM, ms. 200, exécuté pour Jacques Rambures (mort en 1488). Actif dans le troisième quart du 15e s. en Hesdin où, vers 1460, il collabore avec Loyset Liédet, et, vers 1460-1470, en Picardie (probablement Amiens, cf. S. Nash, Between France and Flanders. Manuscript Illumination in Amiens in the Fifteenth Century, Londres, 1999, p. 194-204). Il maintient des connexions artistiques avec Bruges. Cf. T. Kren et S. McKendrick, Illuminating the Renaissance: The Triumph of Flemish Manuscript Painting in Europe, Los Angeles, 2003, p. 255-256

http://initiale.irht.cnrs.fr/intervenant/2015

Bordure de la représentation de David s'adressant à Yahvé le psaume pénitentiel n°6.  Domine ne in furore tuo arguas meParmi des fleurs bleues, rouges ou pourpres,  sont peints deux hybrides anthropomorphes musiciens.  Un joueur de cornemuse occupe la marge droite, et un autre être, aux ailes et abdomen de libellule, jouant d'un instrument à une seule corde, occupe la marge inférieure. Ce monocorde ressemble fort à la trompette marine, mais l'artiste a omis de représenter l'archet. Le musicien, entièrement bleu,  au buste de jeune garçon possède l'abdomen segmenté à extrémité effilée et les deux paires d'ailes roses aux ptérostigmas marqués par des taches saumon.

http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/91042

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Il me paraît judicieux de montrer le joueur de cornemuse  de la marge latérale droite.

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— Lyon BM 5147, Heures (Belgique, Flandres?), 1450-1499 folio 080.

Dans la très riche bordure florale, il est plus facile de reconnaître l'Ancolie ou les deux oiseaux que le frêle insecte de la marge verticale droite. Son corps losangique et ses ailes en deux éventails se distinguent néanmoins, et on ne peut qu'admirer avec quelle minutie le miniaturiste a peint chaque patte et chaque segment.

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/2569

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Lyon BM 5147, Heures (Belgique, Flandres?), 1450-1499 folio 080.

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Chaumont, BM, 0033, Bréviaire à l'usage de Langres, France de l'est (Bourgogne ?), après 1481,  f. 330. Page décorée de fleur, de fraise, et d'un enfant nu sur une (?)  libellule.

http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/10970

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Avignon, BM, 0146 Missel, avant 1585, f. 001. Page décorée, avec armes de Georges d'Armagnac, Insectes (chenille, libellule, coccinelle, mouche), fleur, oiseau, gerbe de blé. Devise : "exinanitus repleo".

La libellule est peinte en bleu, avec les ailes semi-redressées comme les Zygoptères. Les antennes en corne et le "museau", ou la position des pattes, montrent que, malgré la date tardive (Hoefnagel a peint déjà son Aeshna cyanea  parfaitement fidèle au modèle !), l'artiste se préoccupe d'avantage de la stylisation remarquable de la composition que de l'observation de la Nature.

http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/7172

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 — Chantilly, Musée Condé, 0564 (1047) Recueil de ballades et de chansons, France ou Italie, 15e s.  f.037. Tête de chien-libellule.


Prolongement marginal.  Représentation associée dans la même marge d' une tête de chien et d' une libellule (Anisoptère).

http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/78281

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Autun, BM, S 151  Pontifical romain d'Antoine de Chalon, evêque d'Autun  , France de l'est (Bourgogne) 1483-1500  f. 091


Page décorée, miniature pleine page (1), miniature (5), encadrement historié (1), encadrement animé, initiale ornée, initiale juridique, armoiries , couleur, or
Attribution au Maître des prélats bourguignons  (attesté vers 1475-1510) enlumineur actif en Bourgogne dans le dernier quart du 15e s. et la première décennie du 16e. Nommé d'après sa clientèle principale, des dignitaires ecclésiastiques d'Autun, de Langres et de Dijon. Il enlumine de nombreux livres liturgiques et livres d'heures. Cf. F. Avril et N. Reynaud, Les manuscrits à peintures en France 1440-1520, Paris, 1993, p. 393. Pour son corpus voir aussi M.-F. Demongeot-Bourdat, "Un livre d'heures inédit de la famille Berbisey", Art de l'enluminure, 13, 2005, p. 16-39. 

 http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/398?

http://initiale.irht.cnrs.fr/intervenant/1925

La libellule aux allures sommaires possède deux caractéristiques notables : les ailes bleues — comme Calopteryx virgo — et l'extrémité de l'abdomen qui est bifide, afin de représenter les appendices anaux.

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Toulouse, BM, 0135, Heures à l'usage de Rome, France du sud-est (Provence), 1480-1490  f. 035. Marge extérieure Singe tenant une libellule en laisse . Le singe est assis sur un tabouret.

Le enluminures sont attribuées à l'entourage du . Le  Maître du Coeur d'Amour épris, enlumineur et peintre actif probablement en Anjou ou en Provence, dans la seconde moitié du 15e s. Nommé d'après l'exemplaire du Livre du Coeur d'Amour épris de Paris, BNF, fr. 24399. Il enlumina aussi entre autres le Trésor des histoires, Paris, BNF, ms. fr. 1367, un Code de Justinien portant les armoiries de Pierre de Laval (Louvre) et un tableau, le Retable Beaussant (cathédrale d'Angers). Cf. Splendeur de l'enluminure. Le Roi René et les livres, dir. M.-E. Gautier, Angers, 2010, no. 28, p. 304-305. http://initiale.irht.cnrs.fr/intervenant/1984

S'il est attesté que les enfants des siècles passés s'amusaient à attraper des papillons et à y attacher un fil pour les faire voler à leur guise, je n'ai pas de témoignage de cette pratique avec les libellules, hormis, indirectement, cette enluminure. Abdomen et thorax cylindriques. Couleur bleue pour l'ensemble du corps et des ailes, qui sont divisées en quatre ou cinq secteurs frappés d'une ocelle. Décoratif mais non naturaliste.

http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/59480

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Toulouse, BM, 0136, Heures, France, vers 1480-1490  f. 159

 

Page décorée d' oiseaux dont un paon, de libellule, de pensées et  acanthe. L'artiste a distingué le thorax et la tête par une couleur brune, tandis qu'il a peint l'abdomen en bleu-vert à segments blancs. Les ailes, nervurées comme des feuilles de Plantain, sont dressées (Zygoptère) et de couleurs bleu et vert. Les appendices anaux sont ébauchés. 

http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/97621

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Amiens, BM, Lescalopier 020 Heures à l'usage de Rome France du nord (Picardie) vers 1495 f. 019v.

 

La Notice précise : "Enluminures attribuées au Maître d'Antoine Clabault. Bordures au naturel s'inspirant des modèles ganto-brugeois."

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/6051?contenuMaterielId=664

 Le Maître d'Antoine Clabault 15e s. (attesté vers 1490-1500 ), actif à  Amiens, est un enlumineur amienois actif vers la fin du 15e s. Nommé d'après un Epistolier (Paris, BNF, Arsenal, ms. 662) décoré pour Antoine Clabault (mort en 1504), échevin et plusieurs fois maïeur d'Amiens. Cf. F. Avril et N. Reynaud, Les manuscrits à peintures en France 1440-1520, Paris, 1993, p. 390-392.

N.B : l'Epistolier à l'usage d'Amiens ne comporte pas de bordures florales.

http://initiale.irht.cnrs.fr/intervenant/2006

Le Maître d'Antoine Clabault est aussi l'enlumineur de deux miniatures du Missel à l'usage d'Amiens, Amiens BM 0163 : ces miniatures possèdent des bordures à fleurs et insectes "au naturel", dont l'ombre est projetée dans un effet de trompe-l'œil donnant l'illusion que ces spécimens étaient posés sur la page. Or, ces ombres sont également présentes autour des fleurs et de la libellule du folio 19v, venant du haut et du centre du manuscrit.

 

Parmi les  fleurs se reconnaissent des  roses, des feuilles d'acanthe, des bourraches, des fraisiers, des violettes ou des pâquerettes alors que les insectes du folio 20 sont une coccinelle, et un papillon, voisinant avec un  paon  et  des noeuds d'entrelacs.

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La vue de dessus de l'insecte est rare. L'abdomen noirâtre est effilé,  les ailes blanches sont dressées, marquées de points noirs centraux. L'écartement des yeux des Zygoptères a été correctement observé.

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http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/91817

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Paris, Bibl. Mazarine, 0483 Heures à l'usage de Paris, France du nord (Paris), 15e s. (fin) f. 025v.

Page décorée initiale ornée, initiale champie, bout-de-ligne champi, marge ornée, marge 1 côté, ornementation, cloisonné, insecte, feuille d'acanthe, fleur. Fleur en bout-de-ligne. Insecte : libellule ? Alternance fond or et fond réservé.

Si nous pouvons confirmer qu'il s'agit d'une libellule, et même d'un Zygoptère aux ailes – bleues – dressées, ce sera tout, car l'artiste a donné un croquis né de son idées (vague) des Odonates mais ne s'est pas livré à une observation des espèces naturelles. 

http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/26664

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Autun, BM, S 137  Missel à l'usage d'Autun, France, 15e s. (fin)  f. 001


Page décorée, avec armes du chanoine Jacques de la Boutière Insectes (mouche, libellule), fleurs (chardon, pâquerette), perruche.

Libellule aux ailes dont le bleu métallique est plus foncé aux extrémités. Corps et yeux bleus. Thorax ovoïde, abdomen segmenté, quatre pattes noires visibles.

 

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/385

 

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Paris, Bibl. Mazarine, 0381, Psautier-hymnaire dominicain, France du nord ou Belgique, 15e-16e s. ?  folio 015. 

Page décorée, avec armes ajoutées de la famille Pardieu et Vaudricourt
Début du texte encadrement orné, encadrement animé, encadrement armorié, marge ornée, marge animée, marge armoriée, héraldique, marge 4 côtés, initiale ornée, initiale filigranée, lettre B, lettre S, lettre E, lettre N, lettre I, ornementation, coccinelle, libellule, tige, feuille, pensée, écu armorié, couronne d'épines, coeur ornemental
Les armoiries ont été ajoutées (Samaran et Marichal, 1959).

Les initiales ornées, de manière ancienne, tranchent avec les bordures peintes 'au naturel' (fleurs, fruits, insectes) de style ganto-brugeois.

Manuscrit donné en 1514 par 'soeur' Ysabeau de Waudricourt (dominicaine ?) à sa nièce, 'soeur' Marie de Pardieu (dominicaine ?), fille de David de Pardieu, gouverneur d'Eu et seigneur d'Assigny (Seine-Maritime) (CGM).

Leroquais, Psautiers..

Libellule aux ailes hyalines dressées (Zygoptère), à l'abdomen cylindrique fin bleu, segmenté. thorax bleu à bandes noires ; yeux bleus. Appendices anaux ébauchés. 

Là encore, les ombres des objets naturels sont portées pour accentuer l'effet de vraisemblance sur le fond d'or mat ponctué comme un cuir. Les deux autres insectes sont des coccinelles, les fleurs évoquent les Pensées sauvages  Viola tricolor. Tous ces objets ne sont peut-être pas exacts sur le plan botanique ou entomologique, mais sont parfaitement crédibles et la volonté d'illusion naturaliste est évidente.

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http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/80690

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Paris, Bibl. Mazarine, 0381, Psautier-hymnaire dominicain, France du nord ou Belgique, 15e-16e s. ?  folio  048.

 Encadrement orné, encadrement animé, marge ornée, marge animée, marge 4 côtés, initiale ornée, initiale filigranée, lettre D, Ps 026 (27) texte, lettre Q, lettre S, lettre U, lettre E, ornementation, papillon, libellule, tige, feuille, ancolie, rinceau, bande perlée

Libellule fine, entièrement bleue, aux ailes bleues mais transparentes dressées (Zygoptère), au thorax strié, à l'extrémité de l'abdomen bifide.

http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/80692.

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Paris, Bibl. Mazarine, 0381, Psautier-hymnaire dominicain, France du nord ou Belgique, 15e-16e s. ?  folio  067v

Encadrement orné, encadrement animé, marge ornée, marge animée, marge 4 côtés, initiale ornée, initiale filigranée, lettre D, Ps 038 (39) texte, lettre P, lettre A, lettre C, lettre L, lettre E, lettre U, ornementation, coccinelle, libellule, tige, feuille, feuille d'acanthe, rose, rinceau, bande perlée.

 

 

 

Libellule fine, bleue, aux ailes transparentes dressées (Zygoptère), au thorax strié, à l'abdomen annelé.

 

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Paris, Bibl. Mazarine, 0381, Psautier-hymnaire dominicain, France du nord ou Belgique, 15e-16e s. ? f. 167 

Les initiales ornées, de manière ancienne, tranchent avec les bordures peintes 'au naturel' (fleurs, fruits, insectes) de style ganto-brugeois.

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/6458?contenuMaterielId=8934

Libellule fine, bleue, aux ailes transparentes dressées (Zygoptère), au thorax ovoïde, à l'abdomen cylindrique.

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Auxerre, Cath., n°012 Heures, France du nord 15e-16e s,  f. 169.

Cycle de saint Marc Médaillons en marge. Cycle narratif. Représentation associée avec saint Marc écrivant. Une libellule, une mouche et un oiseau en marge. Écu tenu par un ange ; crosse épiscopale en marge inférieure. Libellule, hybrides zoomorphes, fleurs et fruits.

http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/66968

Libellule grisâtre aux ailes dressées (Zygoptère), aux yeux écartés, mais dont les proportions entre le thorax et l'abdomen ne sont pas naturelles.

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— Lyon, BM, ms. 5125. La Vie du Christ France du nord (Paris), 1506 Folio 134v

Auteur, Ludolphus Saxo. Auteur secondaire, Guillaume Le Menand (traducteur) ?  Possesseur, Philippe de Gueldre (destinataire). Premier volume (second volume autrefois dans la collection H. Yates Thompson).

 

Attribué au Maître de Philippe de Gueldre, enlumineur parisien, actif dans la première décennie du 16e siècle. Nommé d'après la Vie du Christ, enluminée pour la duchesse de Lorraine, Lyon, BM, ms. 5125. Outre la famille de Lorraine, il travailla pour Louise de Savoie et le cardinal Georges d'Amboise et fournissait des illustrations pour les imprimés de luxe d'Antoine Vérard. Cf. F. Avril et N. Reynaud, Les manuscrits à peintures en France 1440-1520, Paris 1993, p. 278.

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/2547?contenuMaterielId=7031

Libellule aux ailes hyalines  dressées aux yeux, au thorax ovoïde et à l'abdomen jaunes. Yeux écartés comme les Zygoptères.

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— Lyon, BM, 1558   Heures à l'usage de Rome,  Heures d'Anne de Bretagne et de Marie d'Angleterre , latin, France de l'ouest (Touraine) avant 1504 ? vers 1510-1515. Folio 008.

Attribution Jean Poyer. Datation ramenée à avant 1504, si on accepte cette date pour la mort de Jean Poyet.  La décoration semble néanmoins un peu plus tardive : vers 1510-1515. Possesseur : Anne de Bretagne, reine de France ; Marie d'Angleterre, reine de France. 

 

 Jean Poyer, peintre et enlumineur documenté à Tours de 1465 à 1498, mort avant 1504. Formé sous l'influence de Jean Fouquet. Sa première œuvre documentée, le retable de la chartreuse du Liget, date de 1485 ; la plupart de ses travaux, dont les manuscrits enluminés pour Anne de Bretagne [Livre de prière d'Anne de Bretagne]  et Charles VIII  datent des années 1490-1500. Il est mentionné parmi les artistes défunts par Jean Lemaire des Belges dans La Plainte du Désiré, composé en 1504. Cf. M. Hofmann, Jean Poyer: Das Gesamtwerk, Turnhout, 2004 et M. Hofmann, "Jean Poyer", dans Tours 1500, capitale des arts, dir. B. de Chancel-Bardelot, P. Charron, P.-G. Girault et J.-M. Guillouët, Tours, 2012 , p. 243-246. Voir les Heures d'Henry VIII Les Heures Petau

Le folio 8 est commenté ainsi  : "le Lion de S. Jérôme, encadrement avec fleurs, fruits, insectes dans le goût du Maître des fleurs ". Sur le Maître des Fleurs, voir J.L. Deuffic 2011. Or, le manuscrit Arsenal ms 638 folio 4v montre dans une (et une seule) enluminure du Maître des Fleurs une belle libellule.

 

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/2531
http://bvmm.irht.cnrs.fr/consult/consult.php?mode=ecran&panier=false&reproductionId=12469&VUE_ID=1333077&carouselThere=false&nbVignettes=4x3&page=1&angle=0&zoom=grand&tailleReelle=

C'est l'un des plus beaux exemples de cet inventaire. Le folio 8, le premier à être enluminé après le calendrier, est aussi le seul des 95 folio à bénéficier de cette bordure totalement étrangère à l'Antienne de saint Jérôme, docteur de l'Église, et à la scène narrative centrale, qui s'y découpe plutôt qu'elle ne s'y intègre. Le texte dit :  De Sainct Jherosme. Antienne. La scène montre un âne ou mulet bâté, le lion de saint Jérôme et, au loin, deux personnages devant une église. Aucun rapport avec la bordure. Celle-ci accueille un lys martagon, une rose ponceau, un œillet, une fraise des bois, des violettes, une paquerette et une fleur de bourrache. Outre la libellule, l'artiste a peint une coccinelle, et deux papillons. Celui de gauche, bleu et brun, est trop fantaisiste, avec ses longues antennes plumeuses, pour être identifié, mais celui de droite, à l'aile fauve à ocelle et bordure crème, possède une certaine ressemblance avec le Fadet commun Coenonympha pamphilus L.

Ce type de bordure ne se retrouve pas non plus dans les autres manuscrits enluminés par Jean Poyer, pour ceux que j'ai pu consulter : on peut penser à un emprunt ponctuel à l'art flamand, ou au travail d'une main étrangère.

L'un des éléments remarquables est l'ombre portée par les plantes et les insectes, dans une volonté de trompe-l'œil et avec une lumière venant du milieu du manuscrit. Cette ombre n'est pas appliquée sur la page de gauche, entièrement vouée à la scène hagiographique.

 

 

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—  Rouen - BM - ms. 3028 Heures à l'usage de Rome Belgique (Bruges) vers 1510-1525 et XVIe siècle ( troisième quart ?), folio 115-115v .

  Libellule/Papillons/Pensée.

Ce manuscrit est attribué à Simon Bening et à son atelier  à Bruges (Flandres) : il illustre donc le style de l'école ganto-brugeoise, dans sa période tardive. Selon les commentateurs, la présence répétée d'anémones et de tulipes – introduite en Europe occidentale à partir des années 1550– semble indiquer que le décor a été exécuté en deux campagnes. 

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Simon Bening, enlumineur né en 1483 ou 1484 probablement à Gand, mort en 1561 ; fils de Sanders (Alexander) Bening, enlumineur de Gand. Il apparaît au registre de la Guilde de Saint-Jean et Saint-Luc de Bruges en 1500 et s'installe définitivement dans cette ville en 1519. Sa première œuvre documentée, le Livre d'Heures d'Imhof (collection privée), date de 1511. Son style se développe sous l'influence de Gérard David, peintre et enlumineur de Bruges, et de Joachim Patinir, peintre d'Anvers (traitement des paysages). Il travaille pour une clientèle issue des familles royales, de la haute noblesse et de la bourgeoisie, surtout dans le domaine des Habsbourg (l'empereur Charles Quint, la famille royale du Portugal, le cardinal Albrecht von Brandenburg, et probablement Henri III de Nassau). Cf. T. Kren et S. McKendrick, Illuminating the Renaissance : The Triumph of Flemish Manuscript Painting in Europe, Los Angeles, 2003, p. 447-448. Voir : Section des Manuscrits enluminés, notice de « Rouen, BM, 3028 (Leber 0142) » dans la base Initiale. Catalogue des manuscrits enluminés, http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/5109, consulté le 29.01.2018.

 

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On notera les bouts-de-ligne en rinceau, les larges bordures "au naturel", sans encadrement,  comme si des échantillons de fleurs, des spécimens d'insectes ou de menus objets familiers (médailles, pièces) étaient conservés dans les pages où ils sont parfois épinglés ou en trompe-l'œil  (ce que reprendra Hofnagel) . Le naturalisme est parfois spectaculaire (papillon, chenille et  et souci f. 095v). Les fleurs sont parfois placées, comme cette Pensée du folio 184, dans un verre d'eau.

La libellule occupe la marge inférieure, et une fleur de Bourrache (Borago officinalis) [ou d'Ancolie ?] placée en arrière souligne la transparence des ailes. Les nervures sont représentées, mais de façon fantaisiste ; et des virgules correspondent peut-être aux ptérostigmas. Les yeux sont séparés. Le thorax, striè, est différencié de l'abdomen, un cylindre vert  à extrémité effilée, aux marques noires en ligne médiodorsale et à ponctuations noires latérales.

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Rouen - BM - ms. 3028 folio 115-115v Heures à l'usage de Rome vers 1510-1525 troisième quart XVIe

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Rouen - BM - ms. 3028 folio 115-115v Heures à l'usage de Rome vers 1510-1525 troisième quart XVIe

 

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Libellule, marge inférieure,Rouen - BM - ms. 3028 folio 115-115v Heures à l'usage de Rome vers 1510-1525 et XVIe siècle ( troisième quart ?).

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 Rouen - BM - ms. 3028 folio 160-160v Heures à l'usage de Rome Belgique (Bruges)  vers 1510-1525 et troisième quart XVIe. Fraise/Fleur/Libellule/Groseille. Il s'agit de la même libellule qu'au folio 115v.

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—  Rouen - BM - ms. 3028 folio 205-205v Heures à l'usage de Rome Belgique (Bruges)  vers 1510-1525 et  troisième quart XVIe. Marge latérale : ancolie. Marge inférieure : groseilles et libellule aux ailes redressées (Zygoptère), dont les ptérostigmas sont marqués. Abdomen segmenté de traits noirs délimitant des rectangles blancs à cercle bleu. Yeux en perle, nettement séparés. Six pattes noires ; pas d'antennes.

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Rouen - BM - ms. 3028 folio 205-205v Heures à l'usage de Rome vers 1510-1525 et  troisième quart XVIe

 

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 Foix, BM - ms. 0056 Bréviaire à l'usage de Mirepoix, France, 1522,  f.044v,

cathédrale de Mirepoix pour Philippe de Lévis, commanditaire. Lettrines Initiale D. La libellule est un Zygoptère (ailes dressées) aux ailes bleues au thorax ovoïde et au corps brun-beige.

 

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 Foix, BM - ms. 0056 Bréviaire à l'usage de Mirepoix, France, 1522,  f.045,

cathédrale de Mirepoix pour Philippe de Lévis, commanditaire. Lettrines initiale U . La libellule est un Zygoptère (ailes dressées) aux ailes bleues, au thorax ovoïde et au corps brun-beige.

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Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, 0106, Evangéliaire à l'usage de l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris (?), France du nord (Paris) ,vers 1520-1530 ? f. 188v.  Page décorée miniature, ornementation, encadrement orné, cloisonné, carré, losange, triangle, feuille d'acanthe, libellule, lambrequin, raisin, zoomorphe, fleur, campanule, pâquerette, grappe, fraisier, ancolie, rose, initiale ornée, lettre L, décor vigneté, cartouche, signe de paragraphe, bout-de-ligne champi
http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/51776

 

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Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, 0106, Evangéliaire à l'usage de l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris (?), France du nord (Paris) , vers 1520-1530 ? f. 194. 

Page décorée, ornementation, initiale champie, lettre S, initiale ornée, lettre I, décor vigneté, miniature, encadrement orné, cloisonné, feuille d'acanthe, lambrequin, zoomorphe, mordant, fraise, rose, ancolie, compagnon blanc, libellule, signe de paragraphe, bout-de-ligne champi, cartouche.


Attribué à Etienne Collault, au style proche de celui de Bibliothèque Sainte Geneviève, ms. 642 (dont le style est plus maniéré, sans doute plus tardif). Coloris lumineux, presque métallique (influence des émaux ?). Cadres des miniatures à colonnes torsades ou galbées.
Possesseur :Paris, abbaye Sainte-Geneviève (destinataire). Enluminé pour un membre de la famille Massué (cf. Cousseau, 2010) : dont les armoiries, f. 1.

  Etienne Collault ou Collaud, copiste, enlumineur et libraire, documenté entre 1523 et 1541 à Paris. Il organisa, en 1528, un groupe d'artistes pour enluminer sept Statuts de l'ordre de Saint-Michel pour François Ier ; d'après Cousseau son style individuel est représenté par les Mémoires de Philippe de Commynes, Nantes, Musée Dobrée, ms. 18. Cf. M.-B. Cousseau, Autour d’Etienne Colaud, recherches sur les enlumineurs à Paris sous le règne de François Ier, thèse, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Historiques, Paris, 2009 et M. Orth, Renaissance Manuscripts, II, Londres, Turnhout, 2015, à paraitre (A Survey of Manuscripts Illuminated in France).

http://initiale.irht.cnrs.fr/intervenant/1953

Cette libellule très décorative avec ses ailes dorées respecte quelques détails naturalistes, comme le thorax ovoïde, l'abdomen segmenté à extrémité bifide par l'ébauche d'appendices anaux, ou les yeux en "perle". Les antennes en massue dénotent.

http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/51779

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Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, 0855, Généalogie des comtes de Dreux et de Braine, France du nord ou Belgique, après 1539  p. 003

Page décorée , ornementation, héraldique, initiale historiée, lettre E, encadrement partiel, iris, libellule, pensée, papillon, oeillet, marge ornée, écu armorié, couronne.L'écu est aux armes de la maison de France.

La libellule aux ailes trop nervurées dessinées à la plume est bleue pour les yeux, le thorax, et verte à reflets jaunes pour l'abdomen. Les appendices anaux ne sont pas omis.

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— Douai, BM, 0124 Tropaire-prosaire à l'usage de l'abbaye d'Anchin France du nord (Valenciennes) 16e s. (première moitié : 1500-1549)  f. 019


Page décorée de raisin, fraises et fleurs (gesses, oeillets, violettes...), escargot, oiseaux, libellule, chenille. Attribuées à  Hubert Cailleau, enlumineur né et établi à Valenciennes, actif entre 1526 et 1579 ; travaille pour l'abbé Charles Coguin d'Anchin et les abbés Jacques de Groot et Arnould Gantois de Marchiennes ; fut également peintre de cour de Marie de Hongrie. Cf. P. D'Ancona et E. Aeschlimann, Dictionnaire des miniaturistes du Moyen âge et de la Renaissance dans les différentes contrées de l'Europe, Milan, 1949, p. 40-41. 

http://initiale.irht.cnrs.fr/intervenant/1944

Libellule à ailes transparentes redressées (Zygoptère), abdomen cylindrique marron à fins points noirs et blancs, appendices anaux représentés, thorax à bandes jaunes, yeux jaunes et noires séparés (?),  huit pattes noires.

On notera les ombres projetées sur un fond jaune ponctué donnant l'illusion d'objets naturels posés sur du cuir, comme dans le Mazarine 0381.

http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/46989

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Valenciennes, BM, 0836 , Heures, Belgique ? (Flandres ?), 16e s.  f. 046v-047.

 

Manuscrit teinté en noir écrit en lettres d'or et d'argent. Fleurs, fruits, insectes, oiseaux, lapins peints au naturel dans les marges. Quelques bordures de style ganto-brugeois découpées dans d'autres manuscrits et collées. Des miniatures illustrant la messe et la vie des saints ont été découpées et également collées. Au f. 3v, on lit "Carolus Philippus de Rodouan meus est herus ex dono clarissime et honoratissime matris sue, domine Isabelle de Bethz, anno 1573". Ce personnage mourut évêque de Bruges en 1616. https://patrimoine-numerique.ville-valenciennes.fr/ark:/29755/B_596066101_MS_0836

La libellule de la marge inférieure est représentée de profil avec ses ailes redressées (Zygoptère). Le thorax rouge à bandes noires est bien individualisé de l'abdomen. Ce dernier est rouge, segmenté de noir. Les appendices anaux sont figurés comme deux crochets concaves, les cercoïdes. Les yeux sont rouges et les pattes noires. Des petites antennes s'élèvent presque verticalement en avant des yeux. 

Cette description serait compatible avec un mâle de  Pyrrhosoma nymphula, la Petite nymphe au corps de feu, même s'il est hors de question de procéder à une détermination entomologique.
http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/95341

On sera sensible à l'ombre projetée, mais aussi à un autre procédé de trompe l'œil (que reprendra Hoefnagel), par lequel la tige de la fleur bleue semble glissée dans une fente du parchemin. 

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Au folio 11 de ce manuscrit, un papillon peut être déterminé avec précision comme la Petite Tortue Aglais urticae (Linnaeus, 1758). Le projet de rendre compte avec fidélité des espèces naturelles est ici patente, et vient renforcer la fiabilité de la compétence, et la minutie de l'artiste qui a peint la libellule. On appréciera notamment la rangée de lunules marginales bleues.

Voir aussi le criquet du folio 24, le Vulcain Vanessa atalanta du folio 27

 

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— Lyon Ms 0521 Missel à l'usage de Saint-Pol de Léon, France, fin 16e sièclefolio 058. Page décorée, initiale ornée (en nombre), initiale historiée (38), armoiries (en nombre), miniature pleine page (3), marge animée (38), or, couleur. Eléments héraldiques dans les marges ornées..Possesseur Roland de Neuville, évêque de Saint-Pol-de-Léon (destinataire).

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/2402

http://bvmm.irht.cnrs.fr/consult/consult.php?mode=ecran&panier=false&reproductionId=12340&VUE_ID=1330635&carouselThere=false&nbVignettes=4x3&page=7&angle=0&zoom=grand&tailleReelle=

http://bvmm.irht.cnrs.fr/consult/consult.php?reproductionId=12340

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RÉSULTAT.

Cette exploration me permet de réunir un corpus de 39 représentations de libellules (Odonata) sur les enluminures des manuscrits des bibliothèques publiques françaises hors BnF, appartenant à 29 manuscrits enluminés de la fin du 14e siècle à la fin du 16e siècle. 

Provenance.

Ces 29 manuscrits proviennent :

— de Belgique, ou de "Belgique ou France du Nord" dans 7 cas, dont 2 de Bruges précisément.

— d'Amiens (1), de Picardie (1) de Valenciennes (1), de Troyes (1),  de Paris (3) ou de "France du Nord" (1) dans 8 cas, soit le Nord de la France.

— d'Angers (1), de Tours (1), de Touraine (1) ou de Bourgogne (2), dans 5 cas du Centre de la France.

— de Provence (1), d'Avignon ? (1), de Savoie (1), et de Milan (1) soit 4 cas d'une origine méridionale.

— de France sans précision dans 6 cas.

Au total, l'origine en Belgique et dans le Nord de la France est prédominante, mais il faudrait comparer ces chiffres à la provenance, non pas des exemples de libellules, mais des enluminures dans leur ensemble pour affirmer que les insectes, et  notamment les libellules, sont d'avantage représentés au Nord.

Influence de l'école ganto-brugeoise.

Ce mouvement artistique d'enluminure actif à Gand et surtout à Bruges, mais aussi dans l'ensemble des Pays-Bas méridionaux entre 1475 et 1525  rayonna dans toute l'Europe occidentale, et Paul Durrieu a reconnu son influence sur Jean Bourdichon, peintre entre 1503 et 1508 des Grandes Heures d'Anne de Bretagne.  Cette école se caractérise par le développement des bordures florales, qui s'enrichissent en plantes fidèles à un modèle botanique et qui accueillent des fleurs coupées en trompe-l'œil, des petits mammifères (écureuil), des singes, des oiseaux dont des paons, des pièces et médailles, et des insectes : mouches, criquets, et surtout papillons et libellules.

Cette école est représentée de façon argumentée dans mon corpus par les enluminures de Simon Bening et de son atelier pour le manuscrit Rouen BM 3028 (1510-1525). Elle n'est pas apparente pour l'autre manuscrit venant de Bruges vers 1450, le Tours BM 0218, trop ancien. Son influence est signalée dans la notice IRHT pour Amiens BM Lescalopier 020, pour Mazarine 0381, pour Valenciennes 0836. Elle est patente à mon sens pour Douai 0124, et par le Maître des Fleurs, pour le folio 008 du Lyon BM 1558.

Les ombres portées des spécimens naturels sont retrouvées dans cinq manuscrits qui, justement, relèvent de cette école :

  • Amiens BM Lescalopier 20 (vers 1495)
  • Mazarine 0381 (15-16e siècle) (4 enluminures)
  • Lyon BM 1558 (1510-1515)
  • Douai BM 0124 (vers 1500-1549)
  • Valenciennes BM 0836 (16e siècle)

Ce sont donc six manuscrits qui peuvent être considérés comme relevant de ce courant, entre 1495 et la première moitié du 16e siècle. 

Couleurs.

Les libellules sont bleues ou vertes (soit par leur corps, soit par leurs ailes) dans  enluminures, elles sont jaunes ou brunes dans les autres cas, hormis celle de Valenciennes 0836 qui est rouge. Cela reflète la fréquence des couleurs bleu et jaune chez les espèces naturelles.

Détermination.

Les ailes sont étendues horizontalement dans 7 cas, sans que ce critère puisse classer ces libellules parmi les Anisoptères. Elles sont clairement dressées verticalement dans 25 cas, évoquant la possibilité de représentation de Zygoptères, ou Demoiselles, les libellules au corps le plus fin. Mais il ne m'est pas paru possible de reconnaître une espèce particulière, sauf dans le cas de la Demoiselle rouge du Valenciennes 0836 où la ressemblance avec Pyrrhosoma nymphula est réelle.

 

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CONCLUSION
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Cette recherche montre bien l'influence des enlumineurs flamands "naturalistes" de Bruges et Gand dans l'apparition d'une iconographie des insectes soucieuse de véracité et d'imitation des modèles naturels. Aussi est-il possible de séparer ce corpus de 39 enluminures en deux groupes.

Dans le premier, les artistes restent dans la tradition médiévale de l'illustration des manuscrits religieux dans un but ornemental ou d'agréable détente pour le ou la lectrice, en égayant les encadrements de plaisantes figures animales ou végétales, soit pour témoigner des charmes des jardins (locus amoenus), soit pour créer des saynettes, drôleries et grimaces dans lesquelles des singes ou des nains visent de leur arc des insectes, des chimères ou des dragons voisinent avec des animaux réalistes. Les libellules sont quasi constamment des Demoiselles, ou Zygoptères au corps très fins et aux ailes dressées, sortes d'elfes bleus qui ressemblent à des crevettes par leur abdomen effilé et annelé. Malgré la tentation d'y lire un projet allégorique, ces libellules sont indépendantes du texte liturgique ou de la scène sacrée, et n'ont qu'un rôle décoratif. Loin de vouloir représenter les animaux naturels, les figures sont destinées  à être reconnues comme des signaux familiers, conformes à la représentation mentale et non à la réalité. Au même titre qu'un bonhomme-têtard dans un dessin d'enfant.  

Dans le second cas inspirée par les miniaturistes flamands, le projet ornemental reste entier mais il devient plus ambitieux. La marge devient une bordure qui perd son statut marginal et participe pleinement à l'illustration. Le propos est de proposer l'objet naturel comme un sujet de contemplation et d'émerveillement, mais aussi de connaissance. Le propos allégorique ou religieux, s'il existe, peut être de  rendre hommage à la Création et à son Créateur, ou de témoigner de la finitude de l'existence, ou de convertir le fidèle à l'Humilité devant la complexité de l'infiniment petit. L'idée est séduisante mais rien ne vient la corroborer, à la différence des Natures mortes et Vanités du XVIIe siècle riches en crânes et en bougies se consumant.

A ce deuxième groupe appartiennent quatorze enluminures de  six manuscrits en lien direct avec l'école ganto-brugeoise , et, déjà, dans cette période,  entre 1495 et 1550 (?), une espèce d'Odonate est peut-être identifiable, Pyrrhosoma nymphula. C'est sous la même influence que Jean Bourdichon peint, dans les Grandes Heures d'Anne de Bretagne en 1503-1508, 91 Odonates dans ses bordures florales, avec une espèce peut-être identifiable, Libellula depressa.

C'est donc aux prémisses  de la constitution des Insectes comme objet de connaissance et aux toutes  premières représentations entomologiquement exactes — ou à peu-près exactes — d'Odonates que nous assistons au début du XVIe siècle, un siècle avant la première description scientifique d'Aldrovandi en 1602.

 

Un peu à part, je place le folio 84 des Heures à l'usage de Troyes (1450-1475) Marseille 0112, afin d'attendre la confirmation de ce que je considère comme la première illustration de la sortie d'une libellule hors de son exuvie. 

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Ce qui est vrai dans les collections de manuscrits français l'est aussi dans les collections de la BnF, et parmi les manuscrits étrangers, notamment avec le Bréviaire Grimani vers 1510 et l'Aeshna cyanea peinte par Simon Béning. La période 1495-1510  s'avère cruciale. D'autres découvertes m'attendent, l'aventure ne fait que commencer.

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SOURCES ET LIENS.

— SITE ENLUMINURES

http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr?ACTION=RETROUVER_TITLE&LEVEL=1&GRP=0&REQ=%28%28LIBELLULE%29%20%3aSUJET%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=9&FIELD_2=SUJET&VALUE_2=LIBELLULE&SYN=1&IMAGE_ONLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=100&DOM=All

— SITE INITIALE. ITHT.CNRS

http://initiale.irht.cnrs.fr/

— ECOLE DE GAND-BRUGES. WIKIPEDIA

https://nl.wikipedia.org/wiki/Gent-Brugse_stijl_in_de_boekverluchting

— LEROQUAIS (Abbé Victor ), 1924, Les sacramentaires et les missels manuscrits des bibliothèques publiques de France, Paris, 4 volumes.

https://archive.org/details/lessacramentaire01lero

https://archive.org/details/lessacramentaire02lero

https://archive.org/details/lessacramentaire03lero

https://archive.org/details/lessacramentaire04lero

 

— LEROQUAIS (Abbé Victor ), 1934, Les bréviaires manuscrits des bibliotheques publiques de France, Paris, 1934, t. 4, p. [420] - 441

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1513129d

—STONES (Alison),2008, « L'illustration des Livres Liturgiques français au Moyen Âge », Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques [Online], 139 | 2008, Online since 05 January 2009, connection on 01 February 2018. URL : http://journals.openedition.org/ashp/288

— OMONT (Henri) 1888,  Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, Rouen (CGM 2), Manuscrits 2523-3493, p. 74

https://archive.org/details/cataloguegnr021888fran

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k209231w

 

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 15:35

Quelques crossettes sculptées de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. 

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Voir aussi :

— Sur les crossettes, voir :

Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

L'église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault VII. La crossette.

L'église de Guipavas I. Les crossettes.

L'enclos paroissial de Pencran I. Les crossettes du porche (1553).

L'enclos paroissial de Brasparts. II. Le clocher et ses gargouilles. L'ossuaire et les crossettes.

La Collégiale Notre-Dame du Folgoët VI : les crossettes du Doyenné.

L'enclos paroissial de Dirinon. I. Les crossettes.

La charmante petite sirène de Saint-Urbain (29).

L'enclos paroissial de Lannédern I. Les sculptures extérieures : le calvaire, l'ossuaire et les crossettes.

Sculpture sur pierre de l'église de l'Hôpital-Camfrout : les gargouilles et crossettes du clocher, et la façade.

Sur la piste des crossettes de Landerneau.

Les sculptures extérieures de l'enclos paroissial de Sizun (29).

Le porche de l'église de Landivisiau. I. L'extérieur.

Les Sirènes et Démones de l'église de Sizun (29).

L'église Notre-Dame de Rumengol.  V : les gargouilles et crossettes. 

L'église Saint-Salomon de La Martyre. IV. L'ossuaire, les inscriptions et les crossettes.

Les sculptures sur pierre de l'abbatiale de Daoulas.

Les crossettes de l'église Notre-Dame-de-Croas-Batz à Roscoff (1522-1545).

La chapelle Notre-Dame de Berven en Plouzévédé III. Les crossettes (1573-1579).

Les crossettes des maisons du XVIe et XVIIe siècle de Roscoff. (vers 1560)

Les crossettes de l'église de Plougourvest (29).

 

 

 

 

 

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    J'ai photographié vingt-huit crossettes, ou pierres d'amortissement sculptées, de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. J'y dénombre 8 humains, 5 anges, 14 animaux dont deux chevaux, des dragons, des lions, des chiens et des oiseaux. Et un poisson.

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    Crossette n°1. Un homme ou animal assis (très érodé). 

    Crossette n°2. Animal anthropoïde (dragon) tirant la langue et tenant sa queue dans la gueule (?).

    Crossette n°3. Homme nu, tourné vers sa gauche, main entre les cuisses.

    Sculpture n°4. le culot gauche : un acrobate grimaçant.

    Crossette n°5. Un dragon ailé.

    Crossette n°6. Le cheval de gauche.

    Crossette n°7. Le cheval de droite.

    Crossette n°8. Sur l'arête de gauche : un personnage assis.

    Crossette n°9. Sur l'arête de droite : un acrobate obscène.

    Crossette n°10. Un oiseau tenant un poisson dans sa gueule.

    Crossette n°11. Un dragon tenant une âme humaine.

    Crossette n°12. Ange tenant un phylactère.

    Crossette n°13. Un lion.

    Crossette n°14. Buste d'un homme jeune coiffé d'un bonnet et présentant un phylactère muet.

    Crossette n°15. Homme barbu, en manteau plissé, tenant des deux mains un objet.


    Crossette n°16. À gauche :  Chien courant gueule ouverte.

    Crossette n°17. À droite :  Chien courant gueule ouverte.

    Crossette n°18. À gauche : un ange déroulant son phylactère muet.

    Crossette n°19. À droite : un oiseau.

    Crossette n°20. Un chien.

    Crossette n° 21. Un lion.

    Crossette n°23. Un ange (tenant un écu ?).

    Crossette n°24. Un ange aux ailes en cœur (comme sur la lucarne sud) tenant un objet.

    Crossette n°25. Un ange déroulant un phylactère portant une inscription.

    Crossette n°26. Un jeune homme accroupi.

    Crossette n°27. Un chien aboyant.

    Crossette n°28. Un lion.

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    I. LES CROSSETTES DE LA TOUR OCCIDENTALE (1509).

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    La tour du clocher est restée inachevée. Grâce à l'Association "Saint-Nonna cinq siècles d'histoire" présidée par Michelle Rohou, elle a été restaurée en 2013-2015.  Elle s'ouvre à l'ouest par deux portes cintrées  jumelées inscrites dans un portail ogival coiffé par un fronton fleuronné. On trouve au dessus une baie encadrée par deux niches à dais, désertées de leurs statues. Cette élévation est encadrée par deux contreforts, diagonaux, et ce sont eux qui vont recevoir les crossettes placées sur les arêtes.

    Le manque de recul devant cette tour ne m'a pas permis de proposer une vue d'ensemble de la tour.

    Note : le terme de crossette est parfois abusif ici, mais je le conserve pour plus de simplicité. Je leur donnerai un numéro d'ordre, qui n'est que celui de ma description. Des sculptures trop érodées ont été négligées. 

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    Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    1°) Le contrefort nord-ouest (à gauche).

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Arête gauche du contrefort.

    Crossette n°1. Un homme ou animal assis (très érodé). 

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°2. Animal anthropoïde (dragon) tirant la langue et tenant sa queue dans la gueule (?).

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Arête droite du contrefort nord.

     

    Crossette n°3. Homme nu, tourné vers sa gauche, main entre les cuisses.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    2°) L'arcade surplombant la baie.

    Sculpture n°4. le culot gauche.: un acrobate grimaçant.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    3°) Le contrefort sud-ouest (à droite).

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    C'est le plus spectaculaire, et celui qui s'offre le mieux au regard, puisque le visiteur vient volontiers du sud, où se trouve la porte d'accès à l'édifice. Il est notamment remarquable par les deux chevaux qui y sont engagés à mi-corps.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    — Arête interne gauche.

    Crossette n°5. Un dragon ailé.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les arêtes externes du contrefort de droite et leurs quatre crossettes.

    On identifiera rapidement ces quatre crossettes : deux chevaux en buste, et deux hommes nus dans des postures scabreuses.

    Mais il sera plus difficile de voir, en raison de l'érosion, sous la frise à étoiles de mer, la grande  carvelle centrale. Et, au dessus, entre les deux têtes de chevaux, une forme peu distincte dans laquelle je vois un personnage apparaissant à sa fenêtre, les bras en appui sur le balcon. Il est évident que ces six motifs forment un tout, et que l'interprétation des parties ne peut faire l'économie d'une vison globale. Or, nous achoppons précisément à proposer une lecture cohérente du tout.

     

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Arêtes externes du contrefort de droite : les deux chevaux.

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    Tout d'abord, s'agit-il de chevaux, et non d'ânes ? Les deux espèces du même genre Equus se distinguent par leurs queues, ce qui ne va pas nous aider, pas plus que l'absence de châtaignes aux postérieurs. Les yeux sont plus dirigés vers l'avant, et surtout, leurs oreilles sont plus longues. C'est relatif !

    Ici, la belle convexité de l'encolure me fait pencher (subjectivement) pour le cheval, mais les oreilles sont tout de même bien longues.

    Or, si nous reconnaissons ici un cheval, une voie royale d'interprétation se déroule comme un tapis rouge : Penmarc'h  doit son nom, qui signifie tête de cheval,a une pointe rocheuse prés de laquelle il est situé et qui a la forme d'une tête de cheval. Ce qui a donné au Pays Bigouden son ancien nom, Cap Caval. Mais selon Alain Stéphan  ce nom peut aussi faire référence au roi légendaire ; la présence d'une petite chapelle Saint-Marc à l'est de la commune de Penmarc'h, la dénomination bretonne de l'Ile-Chevalier dans la rivière de Pont l'Abbé Enez Sant Mark, et la légende tenace qui fait de Penmarc'h le lieu de la mort de Tristan, confirment cette hypothèse.

    On se rappelle alors de l'évangéliaire enluminé conservé à l'abbaye de Landevennec, où l' évangéliste Marc est représenté non pas avec le lion qui est son attribut, mais avec une tête de cheval. L'explication de cette figure originale s'explique par le jeu de mots: Marc = Marc 'h = Cheval (en breton).  Cet évangéliste évoque vraisemblablement le dieu-cheval celtique plutôt que le roi Marc'h à oreilles de cheval du cycle arthurien. Le cheval, avec tout ce qu'il comporte de réminiscences celtiques, est présent dans le Finistère plus que partout ailleurs en Bretagne. Dix noms de lieux habités l'évoquent : cinq Penmarc'h (tête de cheval), un Lost marc'h (queue de cheval) et quatre Poulmarc'h (mare de cheval). « Marc'h » est le terme générique pour désigner le cheval mâle ou le cheval au sens collectif. 

    L'orateur enchaîne alors habilement en exposant tout ce qui concerne le roi légendaire d'Armorique Marc'h, aux oreilles de cheval comme le roi Midas, sans oublier qu'il est l'oncle de Tristan. Il est le frère de Blanche-Fleur, qui est morte en donnant naissance à Tristan.

    Si les oreilles de ces chevaux sont longues, c'est par allusion au roi et à son cheval Morvac'h, "cheval de mer"

    Si, par contre, l'artiste a représenté un âne, tous ces beaux échafaudages s'écroulent.

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    J'imaginais que ces chevaux étaient les mascottes de la commune, photographiées partout, placées en effigie dans chaque commerce, et pas seulement pour la boucherie chevaline ou le centre équestre, mais mes recherches en ligne sont restées vaines, tant pour "tête de cheval"+ Penmarc'h que pour "tête d'âne".

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°6. Le cheval de gauche.

    Ses pattes antérieures sont si repliées qu'elles sont corps avec le poitrail, à la différence de son compagnon. L'harnachement est réduit à une muserole, une lanière frontale, et une seule paire de rênes, lesquelles rejoignent un collier assez épais.

    Vu de face, ces rênes, et l'absence de pattes bien visibles, créent un effet comique laissant croire que l'animal se frotte le museau. 

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°7. Le cheval de droite.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°8. Sur l'arête de gauche : un personnage assis.

    Ce personnage est assis penché en avant, les coudes en appui sur les genoux et la main sous le menton. Est-il nu ? Porte-t-il un bonnet ? Sa posture est-elle scatologique ? Henni soit qui mal y pense...

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°9. Sur l'arête de droite : un acrobate obscène.

     

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    II. LES CROSSETTES DU COTÉ SUD DE LA TOUR OCCIDENTALE (1509).

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°10. Un oiseau tenant un poisson dans sa gueule.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°11. Un dragon tenant une âme humaine.

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    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    III. LES CROSSETTES DE L'ÉLÉVATION SUD.

     

    Extrémité sud d'un muret.

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    Crossette n°12. Ange tenant un phylactère.

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    Les crossettes du sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes du sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°13. Un lion.

    Malgré la ressemblance avec un chien, j'identifie un lion à sa crinière bouclée et à sa queue passant entre les pattes postérieures et faisant retour sur le dos, selon le modèle iconographique quasi constant.

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    Les crossettes du sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes du sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    "Les murs gouttereaux portent de hauts pignons dans lesquels sont percées les fenêtres, pignons dont les rampants sont ornés de choux frisés et amortis par des fleurons donnant à l'ensemble une silhouette très découpée. Ils sont décorés de caravelles, et, le premier, de la légende de saint Nonna chassant le démon qui troublait la pêche de ses paroissiens. " (Couffon 1988)

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    Crossettes sculptées du rampant de la première lucarne.

    Le rampant à crochet du fronton-pignon de la première lucarne est amorti par deux crossettes représentant deux hommes d'âges différents.

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    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°14. Buste d'un homme jeune coiffé d'un bonnet et présentant un phylactère muet.

    Il porte la main droite à la tête, dotée d'une chevelure profuse.

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    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°15. Homme barbu, en manteau plissé, tenant des deux mains un objet.

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    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossettes sculptées du rampant d'un édicule borgne : deux chiens.

    Ces deux chiens dévalent la pente du rampant en aboyant d'un air féroce.

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    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°16. A gauche :  Chien courant gueule ouverte.

     

    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°17. A droite :  Chien courant gueule ouverte.

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    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les deux crossettes sculptées de la deuxième lucarne : un ange et un oiseau. 

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    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°18. à gauche : un ange déroulant son phylactère muet.

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    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°19. à droite : un oiseau.

    Cet oiseau pourrait être considéré comme une sphinge, mais sa tête est pourvue d'un bec .

     

    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Angle sud-est de l'église.

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    Crossette n°20. Un chien.

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    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    IV. LES CROSSETTES DE L'ÉLÉVATION NORD.

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    Crossette n° 21. Un lion.

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    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°22. Une chimère.

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    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Lucarne de la chapelle de bas-coté nord-est.

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    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°23. Un ange (tenant un écu ?).

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    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°24. Un ange aux ailes en cœur (comme sur la lucarne sud) tenant un objet.

    Cet objet est-il un encensoir ? Un poisson ? 

     

    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La lucarne suivante.

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    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°25. Un ange déroulant un phylactère portant une inscription.

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    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°26. Un jeune homme accroupi.

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    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    L'ANGLE NORD-OUEST.

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    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°27. Un chien aboyant.

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    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette n°28. Un lion.

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    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    BAS-RELIEF DU FRONTON : UNE ÉNIGME.

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    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'élévation nord de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    EN ANNEXE.

    Quelques autres...

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    Les crossettes  de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes  de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes  de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes  de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les crossettes  de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les crossettes de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    SOURCES ET LIENS.

    COUFFON (René), 1988, “Couffon, Répertoire des églises : paroisse de PENMARCH,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 24 janvier 2018, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/939.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/ab10cc2545648874044c500510a8c554.pdf

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    Published by jean-yves cordier - dans Gargouilles et crossettes
    27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 23:12

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    I. LA PUBLICATION ORIGINALE. LEACH 2015.

    En 1813, William Elford Leach (1791-1836), diplômé en médecine de l'université St-Andrews (Ecosse) après avoir étudié à Edimbourg, devint responsable des collections zoologiques du British Museum. En 1815, il rédigea la première bibliographie, extraordinairement détaillée, de l'entomologie, dans la partie historique d'un article "Entomologie" de l'Edinburgh Encyclopaedia de D. Brewster. Il publia entre 1814 et 1817 ses Zoological Miscellany, mais en 1822, atteint de dépression et de surmenage, il démissionna de son poste pour voyager.

    LEACH, W.E. (1815). "Entomology". In Brewster, David. Edinburgh Encyclopaedia. Vol. 9. Edinburgh: William Blackwood. pp. 57–172 [137] (in 1830 edition) – via Biodiversity Heritage Library.

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    482 GOMPHUS. GENUS CCCCLXXXII. GOMPHUS. Leach's MSS. 

    LIBELLULA. Linn. Donovan. 

    Wings of the male angulated at their anal edge. Abdomen clavate in both sexes. 

    Vulgatissimus

     - Sp- 1. Vulgatissimus 

    Libellula vulgatissima. Linn. 

    Libellula forcipata. Donovan. 

    Gomphus vulgatissimus. Leach's MSS. 

     

    Inhabits Europe. Is occasionally taken near London. 

     

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    Leach 1815, Edinburgh encyclopedia, numérisé par Biodiversity Heritage Library

     

     

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    II. COMMENTAIRES.

     

    a) Datation.

    L'Edinburgh Encyclopaedia publiée par William Blackwood et éditée par David Brewster   est parue en 18 volumes de 1808 et 1830, mais le volume 9 England to Fruit, qui contient l'article Entomology, est paru en 1830. Le volume 7 contient l'article Crustaceology de Leach, page 383, est également daté de 1830. Pourtant, les espèces de crustacés décrites dans le volume 7, sont mentionnés Leach, 1817, et les genres et espèces d'insectes du volume 9 sont mentionnées Leach, 1815. 

    Les articles ne sont pas signés, mais l'encyclopédie a publié dans le volume 1 (1830) la liste des contributeurs, dont William Leach pour les articles "Craniometry, &c., &c. Crustaceology, Insecta, Entomology".

    Cette datation de 1814 et 1815 s'expliquerait par les manuscrits originaux de Leach, qui portent ces dates. Les lettres MSS de la description renvoient sans doute à ceux-ci.

       Voir aussi l'édition américaine de l'Encyclopédie de Brewster, page 726 dans un tiré à part paru en 1816 ?

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     b) étude du nom Gomphus.

      Leach décrit son genre par l'angulation des ailes du mâle à leur bord anal (on distingue les mâles des femelles gomphe grâce à la forme de leurs ailes postérieures qui est anguleuse chez le mâle et arrondie chez la femelle, mais c'est aussi le cas de beaucoup d'aeschnes, de la plupart des cordulies et de  toutes les cordulégastres).

    L'autre critère est la forme en massue ("clavate") de l'abdomen chez les deux sexes. Cette caractéristique est remarquable chez Gomphus vulgatissimus, mais ne se retrouve pas chez tous les Gomphes et les Onychogomphes. Elle existe chez les deux spécimens que Leach indique dans son texte : Libellula vulgatissima de Linné 1758 actuellement Gomphus vulgatissimus ou Gomphe vulgaire, et Libellula forcipata de Donovan. 

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    Libellula forcipata peint par Donovan. https://www.biodiversitylibrary.org/item/94866#page/136/mode/1up

    Libellula forcipata peint par Donovan. https://www.biodiversitylibrary.org/item/94866#page/136/mode/1up

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    C'est donc en se fondant sur le texte originale qu'il est possible d'affirmer que le nom de genre  Gomphus vient du latin gomphus, issu de grec gomphos, "clou, coin, cheville", du fait de la forme en massue ("clavate") de l'abdomen des mâles. (Fleidner, 2009 ; Endersby 2012)

    –  grec ancien γόμφος, gómphos (« cheville (de fer ou de bois) pour lier ensemble les pièces d’un navire », et, « latte ou traverse de bois pour soutenir les planches d’un navire » mais aussi «jointure», «articulation».

    –  latin gomphus (« cheville, clou, jointure»). Gaffiot  ou latin impérial 'large cheville en forme de coin" (Alain Rey)

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    L'entomologie à coup de marteau.

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    Ces noms grecs et latins ont donné depuis le XIIe siècle notre substantif "gond", morceau de fer sur lequel tournent les pentures d'une porte. Par extension, on nomme gomphus (ou gond) la deuxième vertèbre cervicale (l'axis), dont l'apophyse est dite "odontoïde", en forme de dent; c'est sur elle que tourne l'atlas, qui porte la tête. Voyez celui-ci, qui est engoncé, parce que son cou est enfoncé dans la tête. 

      Plus tardivement, au XVIe siècle  Ambroise Paré a utilisé le terme de "gomphose" pour désigner la façon dont les les dents s'articulent dans les maxillaires : " Gomphose est faite quand un os est fiché dedans un autre comme un clou ou une cheville" (Paré IV, 43).

    En zoologie, le radical grec entrera dans la composition du nom du céphalopode GomphocerasJ. Sowerby 1839 de gomphos, massue et ceras, une corne. On peut aussi épater la galerie avec le Gomphotherium angustidens, et préciser qu'il s'agit d'un éléphant fossile du Miocène aux défenses droites... comme des clous. Mais il est plus poétique d'évoquer le Gomphose Bleu, un poisson appartenant, avec le Gomphose varié,  au  68ème genre de Lacépède (1836), les Gomphoses "au museau allongé en forme de clou ou de masse". Tous les deux ont été décrits par Philibert Commerson, en 1768, alors qu'il naviguait sur l'Étoile de conserve avec la Boudeuse de Bougainville dans leur Voyage autour du monde. 

    Les Gymnogomphes sont des animalcules infusoires rotifères. Mais ai-je mentionné les Chrysogomphes ?

    En Mycologie, nous citerons les Gomphides, Gomphidius, ces champignons nommés ainsi par le botaniste suédois d'Uppsala Elias Magnus Fries en 1836 car ils ont une forme de clou. Mais leur chapeau, la tête du clou, est particulièrement visqueuse (cf G. glutinosus), ce que n'apprécierait pas tout bon charpentier qui estimerait que ce champignon ne vaut pas un clou ; avis partagé par les gastronomes.

    En Botanique ? Nous avons le genre Gomphrena, nommé par Linné en personne. Ou le genre Gompholobium, nommé par Smith en 1798 en raison de ses gousses en forme de massue.

     

    Le grec gomphos ne devrait pas être confondu avec  le nom grec ancien γομφίος (gomphios) «dent molaire» qui a donné "monogomphe" "qui n'a qu'une dent", ou "dont chaque mâchoire n’offre qu’une seule dent saillante, fixée à cette mâchoire par la base seulement.." 

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    Bref, l'abdomen de ces Gomphus ressemble à un clou. Mais il y a clous et clous. Les clous à maugère (Scupper nails) ont la tête plate : ils servent à clouter des placards sur les dalots , ou des garnitures sur les vergues. Les clous à pompe (Pump nails), ont la tête arrondie, comme les clous à latte. La tête des clous à bec-de-cane ou clous de rimage est carrée.  Mais connaissez-vous les clous de tillac et les clous de demi-tillac ? Les  clous de guipon et de maillet ? Les clous à tête de mouche, dont la tête est découpée sous la forme de deux portions de cercles ? Les rudder-nails sont gros et courts, les clous à tête de diamant sont bien-sûr à tête pyramidale : les charpentiers de marine les emploient pour la construction des mantelets de sabord. Enfin, car je termine par eux, les clous de carvelle (ou ceux de demi-carvelle et de double-carvelle), à tête carrée, servent au bordage des ponts des navires en bois.

    Les chevilles, quant à elles,  sont en métal ou en bois, elles sont cylindriques, quadrangulaires, à barbe ou à grilles, à goupille ou à œillet, à boucle, à crochet et à boucle ;  à cosse ; à pointes, en mentonnet, à rosettes, de plates, à viroles, pour bosses, ou pour affût. Encore n'ai-je rien dit des gournables, des chevilles de commettage, d'ourdissoir, et de halage. 

    Mais la "cheville ouvrière" ? C'est, si vous voulez, la pièce qui travaille le plus tout en supportant l'effort principal. En 1694, Furetière la définit, à propos des carrosses et autres voitures de l'époque : comme la "grosse cheville de fer sur laquelle tourne le train de devant, et qui l'attache à la flèche". Dans la Marine, c'est "la tige de fer qui traverse le châssis de l'affût d'une caronade ainsi que le piton de sabord ; elle maintient l'affût contre le bord, et elle sert de pivot au châssis". Un dessin ?

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    Pour moi, un clou est un clou, avec une tête, un corps et une pointe. 

    Voici un clou : 

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    Et voici le gomphus vulgatissimus avec son abdomen en clou :

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    Christian Fischer : Gomphus vulgatissimus, in Wikipédia

     

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    c) les autres noms créés par Leach.

    La base Animalbase dénombre 42 taxons nommés par Leach et encore en usage, des Mammifères jusqu'aux Céphalopodes. Parmi les Odonates, outre Anax, il est l'auteur, en 1815,  des genres Calopteryx [Calepteryx], Cordulegaster, Cordulia, Gomphus, Lestes, et de l'espèce A. imperator. En 1811, il avait été l'auteur de Libellula scotica.

    Il faudrait ajouter à cette liste le genre Petalura, Leach 1815 (Anisoptera).Ou bien la  famille des Aeschnidae et des Libellulidae, etc.

    La nomenclature de Leach est souvent très personnelle. Il nomma 19 espèces et un genre d'après le nom de son employé et ami John Cranch, décédé en 1816 pendant qu'il récoltait des spécimens en Afrique dans l'expédition chargée d'explorer les sources du fleuve Congo. (Achaeus cranchii Leach 1817, L'Achée de Cranch ; Ebalia cranchii Leach, 1817 ou Ébalie de Cranch ;Eualus cranchii Leach 1817 ou Hippolyte bouledogue de Cranch ; Cirolana cranchi ou Cirolane de Cranch Leach 1818 Ocythoë cranchii Leach 1817, Pandarus cranchii, Leach 1819, etc.)

    Il nomma 9 genres d'après une mystérieuse Caroline (voir infra en Annexe), en utilisant les anagrammes de Carolina comme Cirolana, Conilera et Rocinela.  Il associa Cranch et Caroline pour le nom d'un crustacé isopode marin qu'il nomma en 1818 Cirolana cranchi . De nombreux genres de Leach  des noms de l'Antiquité comme Hippolyte, Eurydice et Palaemon.

    Mais les noms choisis pour les Odonates sont descriptifs des morphologies ou des comportements.

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    RÉCEPTION DU GENRE GOMPHUS.

    Le genre Gomphus fut à l'origine de la famille des Gomphidae, crée par Rambur en 1840.  Les gomphidae ont généralement des ailes sans tache et transparentes. Les triangles des ailes antérieures et postérieures sont placés à égale distance de l'arculus et orientés vers l'apex de l'aile. Les yeux sont séparés au-dessus de la tête. Cette famille contient 95 genres avec près de 1000 espèces ; cinq genres vivent en Europe. Deux se trouvent en Bretagne :  Gomphus et Onychogomphus.

    — Le genre Gomphus de Leach  est définit aujourd'hui ainsi :

    "Les espèces de ce genre sont de taille moyenne, avec un corps jaune à verdâtre marqué de noir.

    Ce genre se distingue des autres genres de Gomphidae par la ligne claire longitudinale marquant la partie supérieure de l'abdomen qui est plus étroite que la largeur de l'abdomen.

    Il est aussi caractérisé par la ligne médiodorsale quasi-continue qui lie les segments S1 à S7, voire S10.

    De plus, les ailes postérieures sont dépourvues de champ anal et une nervure perpendiculaire ininterrompue relie le subtriangle à la bordure postérieure de l’aile. Les cercoïdes des mâles sont plutôt courts (à peu près aussi longs que le segment S10) et divergent nettement. La lame supra-anale bifide est à peine plus courte et ses branches sont peu visibles du dessus, souvent cachées par les cercoïdes."

    On y trouve en Bretagne  :

    –Gomphus pulchellus Seys 1840 Gomphe joli ou Gomphe gentil

    http://nature22.com/odonates22/anisopteres/gomphe_joli/gomphe_joli.html

    – Gomphus simillimus Selys, 1840 - Gomphe semblable

    – Gomphus vulgatissimus (L., 1758) - Gomphe vulgaire

    http://nature22.com/odonates22/anisopteres/gomphe_vulgaire/gomphe_vulgaire.html

     

     

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    En 1840, Edmond de Sélys Longchamps a distingué le genre Onychogomphus . Ils possèdent sur le dessus de l' abdomen des taches jaunes du dessus de l'abdomen alternent  avec des marques noires alors que les Gomphus ont une ligne quasi-continue.  Les yeux sont largement séparés (comme tout gomphidé), mais l'abdomen, dilaté à l'extrémité (le clou...) est muni chez les mâles, de trois crochets (pince anale) de taille imposante. Ces crochets sont recourbés à angle droit vers l'intérieur. Ils sont à l'origine du nom, car Onycho vient de onyx (gr) = serre griffe du fait de la forme des appendices anaux des mâles. 

    On trouve en Bretagne :

     Onychogomphus forcipatus, ou Gomphe à pince.

    Onychogomphus uncatus, ou Gomphe à crochet.

    Voir : http://www.nature22.com/odonates22/anisopteres/gomphe_pinces/gomphe_pinces.html

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    SOURCES ET LIENS.

     

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    — GRAND (Daniel), BOUDOT (Jean-Pierre), 2006 Les Libellules de France, Belgique et Luxembourg. Collection Parthénope, Biotope 479 pages

    https://books.google.fr/books?id=cYwSCwAAQBAJ&dq=inauthor:%22Daniel+Grand%22&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

     — LEACH , W.E. (1815). "Entomology". In Brewster, David. Edinburgh Encyclopaedia. Vol. 9. Edinburgh: William Blackwood. pp. 57–172 [137] (in 1830 edition) – 

    https://www.biodiversitylibrary.org/page/17493627#page/145/mode/1up

     PRÉCIGOUT (Laurent), PRUD'HOMME (Eric), 2009, Libellules de Poitou-Charentes, Ed. Poitou-Charentes Nature, 255 pages, 

    — NATIONAL HISTORY MUSEUM

    http://www.nhm.ac.uk/our-science/data/uk-species/species/calopteryx_splendens.html

     — SELYS-LONGCHAMPS ( Michel Edmond, Baron de) 1840, Monographie des libellulidées d'Europe, Roret, 220 pages.

    https://books.google.fr/books?id=8aBIt4TdIM0C&dq=AEschna&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

     Identification :

    — ODONATES COSTARMORICAINS

    http://www.nature22.com/odonates22/index.html

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    OUTILS ZOONYMIE.

    — LSJ Site de traduction grec/anglais Liddell  Scott Jones

    https://lsj.translatum.gr/wiki/Main_Page

    https://lsj.translatum.gr/wiki/LSJ:GreekEnglishLexicon

    — ANTONIO (Costantino D’), VEGLIANTE (Francesca ) "Derivatio nominis libellularum europæarum"(PDF) (en Italien) Étymologie de 197 noms de Libellules européennes.

    https://www.researchgate.net/publication/316791278_Derivatio_nominis_libellularum_europaearum

    — ENDERSBY (IAN D. ), 2012,  : Watson and Theischinger: the etymology of the dragonfly (Insecta: Odonata) names which they published  Journal and Proceedings of the Royal Society of New South Wales, vol. 145, nos. 443 & 444, pp. 34-53. ISSN 0035-9173/12/010034-20 34

    https://royalsoc.org.au/images/pdf/journal/145_Endersby.pdf

    — ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, Etymology of the Dragonflies (Insecta: Odonata) named by R.J. Tillyard, F.R.S. Proceedings of the Linnean Society of New South Wales 134, 1-16.

    https://openjournals.library.sydney.edu.au/index.php/LIN/article/viewFile/5941/6519

    — ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, The Naming of Victoria’s Dragonflies (Insecta: Odonata,  Proceedings of the Royal Society of Victoria 123(3): 155-178. 

    https://www.academia.edu/28354624/The_Naming_of_Victoria_s_Dragonflies_Insecta_Odonata_

    — ENDERSBY (IAN D. ), 2015, The naming's of Australia's dragonflies.

    https://www.researchgate.net/publication/283318421_The_Naming_of_Australia%27s_Dragonflies

     http://dominique.mouchene.free.fr/libs/docs/GENE_origine_noms_odonates_Australie_Endersby_2015.pdf

    — FLIEDNER (Heinrich), 2009, Die wissenschaftlichen Namen der Libellen in Burmeisters ‘Handbuch der Entomologie’ Virgo 9[5-23]

    http://www.entomologie-mv.de/download/virgo-9/Virgo%200902%20Die%20wissenschaftlichen%20Namen%20der%20Libellen%20in%20Burmeisters.pdf

     

    — FLIEDNER (Heinrich),  MARTENS (Andreas ), 2008, The meaning of the scientific names of Seychelles dragonflies (Odonata) , Phelsuma 16 (2008); 49-57

    https://www.researchgate.net/publication/228819379_The_meaning_of_the_scientific_names_of_Seychelles_dragonflies_Odonata [accessed Jan 04 2018].

     — POITOU-CHARENTE NATURE (Association)

    http://www.poitou-charentes-nature.asso.fr/cordulie-bronzee/


    Derivatio nominis libellularum europaearum (Téléchargement PDF disponible). Available from: https://www.researchgate.net/publication/316791278_Derivatio_nominis_libellularum_europaearum [accessed Jan 08 2018].

    LISTE DES LIBELLULES DE BRETAGNE

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_libellules_de_Bretagne

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    Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
    24 janvier 2018 3 24 /01 /janvier /2018 22:38

    Avec du citron ! Les poissons du porche sud (1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h.

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    Voir aussi :

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    La commune de Penmarc'h, à l'extrême sud de la baie d'Audierne, occupe une position éminemment maritime et son phare, celui  d'Eckmühl, (1 éclat blanc toutes les cinq secondes) est le dernier grand signal avant les phares de la Jument et d'Ar Men ( 3 éclats blancs toutes les 20 secondes) sur la Chaussée de Sein. 

    Au sud de Penmarc'h, Le Guilvinec est l'un des premiers port de pêche après Boulogne et Lorient.

    Autant dire qu'ici, les poissons, on connaît.

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    Panneaux routiers dans Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Panneaux routiers dans Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    C'est précisément pour rester dans ce climat marin que je choisis, parmi toutes les œuvres à découvrir à Saint-Nonna , le porche sud. Pour vous faire remarquer les trois carvelles qui y sont sculptées, les poissons et oiseaux pêcheurs de l'angle nord du porche,  la crossette de l'oiseau dévorant un bar, mais surtout ...

    SURTOUT, pour vous faire partager l'expérience que je fis, lorsque, ayant franchi le porche, je me retournai et je vis, dans une lumière dorée, huit beaux poissons suivre les cintres et le pilier des deux portes. Un moment magique où le temps s'arrêta et où je fus rempli de ce que Romain Rolland a nommé "sentiment océanique". Pourquoi là plutôt que derrière tel pilier de cathédrale ?

    Dans cet aquarium ensoleillé, ai-je vu  la danse des huit  poissons d'or comme la lente ascension, le zénith,  et la descente de l'astre du Temps dans sa barque? Non, bien plus simplement en réalité, j'ai été émerveillé par la beauté de cet endroit, et rien n'est plus urgent alors dans cette émotion que de la partager.

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    Vue générale du porche sud.

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    Emplacement sur la gravure parue dans les Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France d'Isidore Taylor et Charles Nodier, milieu XIXe siècle.

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    https://fr.wikipedia.org/wiki/Penmarch#/media/File:L%27%C3%A9glise_Saint-Nonna_de_Penmarc%27h_Taylor_et_Nodier_L%C3%A9gende.jpg

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Penmarch#/media/File:L%27%C3%A9glise_Saint-Nonna_de_Penmarc%27h_Taylor_et_Nodier_L%C3%A9gende.jpg

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    Vue sud-ouest de la tour  et du  porche sud de l'église Saint-Nonna  à Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue sud-ouest de la tour et du porche sud de l'église Saint-Nonna à Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le porche sud de l'église Saint-Nonna à Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le porche sud de l'église Saint-Nonna à Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    PRÉSENTATION.

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    "Église Saint-Nonna. Très semblable à sa voisine Saint-Guénolé, édifiée vers 1488 et tombée en ruines au début du XVIIIè siècle, elle est certainement due au même maître d'oeuvre. Elle est exactement datée par l'inscription  gravée sur le porche sud :(1508 et 1509), ainsi que par le début d'une inscription du portail occidental : "L'AN MVcIX CESTE [1509]..." L'église fut construite assez rapidement ; mais, comme à Saint-Guénolé, la tour demeura inachevée faute de fonds nécessaires. La découverte des bancs de pêche de Terre-Neuve et le blocus des côtes au début du XVIè siècle portèrent un coup sensible à Penmarc'h. Il y eut légère accalmie au milieu du XVIè siècle, époque à laquelle fut construite la chapelle actuelle des fonts.".

    Le portail sud adjacent est également inspiré du porche du baptistère de Saint-Corentin ; mais les portes extérieures sont en plein cintre et le faux gable, qui les surmonte, est coupé ici par un cordon horizontal, disposition que l'on retrouve à N.D. de Confort en Meilars. Il est voûté sur ogives avec lierne longitudinale, et orné à la clef d'un écu aux armes pleines de Bretagne. Les piédroits sont décorés de poissons évoquant le métier des pêcheurs. "(Couffon 1988)

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    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    L'EXTÉRIEUR.

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    1. Les deux inscriptions lapidaires de fondation.

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    Les deux pierres devaient être jadis plus rapprochées, car les trois lignes de leur texte se lit normalement sans interruption . 

    Inscription de gauche :

     LE JOUR SAINCT RENE /

    FUT FONDEE CESTE EGLI

    MVc NEUFF DONT ESTOIT

    ....

    Inscription de droite :

    L'AN MIL CCCCC VIII 

    SE : ET LA TOUR EN L'AN

    RECTEUR : K IEGOU :

    Une fois réuni, le texte devient : 

     "LE JOUR SAINCT RENE L'AN MIL CCCCC VIII (1508) FUT FONDEE CESTE EGLISE ET LA TOUR EN L'AN MVc NEUFF (1509) DONT ESTOIT RECTEUR K(arolus) IEGOU"

    "Le jour de la Saint René l'an 1508 fut fondée cette église et la tour en 1509 dont était recteur Charles Jégou."

    En Finistère, pays de Locronan et de Saint-Renan, lorsqu'on parle de saint René, on fait allusion à saint Ronan, dont le nom avait été francisé en René. Et la fête de saint Ronan tombe le 1er juin. L'église fut donc fondée le 1er juin 1508. (Voir BDHA 1901, page 268)

    Charles Jégou était recteur de Tréoultré-Penmarch de 1498 à sa mort en 1535. J'ai décrit sa pierre tombale en l'abbaye de Daoulas, dont il avait été l'abbé, et l'inscription de son nom sur les sablières de la même abbaye :

    "Charles Jégou, originaire, sans doute, de Quimper où il possédait plusieurs maisons, rue de la Vigne, et des propriétés en Kerfeunteun. ll était recteur de Tréoultré-Penmarch, en 1498, dont il fit reconstruire la tour, qui porte la date de 1508, avec le nom de Charles Jégou. Il avait pour armes : de gueules au chevron d'argent accompagné de 3 papillons de même. Charles Jégou lut enterré à Daoulas, devant le maître-autel et l'on conserve encore dans le cimetière la pierre de son tombeau, sur laquelle on peut lire cette inscription : HIC . JACET . FRATER . ÇHAROLVS JEGOV ABBAS. HVIVS 1 MONASTERH . DE . DAVLAS ET ACQVIS1VIT. PLVRA. BONA. ET . FECIT. MULTA EDIFICIA . ET . REXIT . CA . P . XV . ANOS . OBIIT DIE DECÏÀ . MEN . JANVARIl . A . D . MV'XXXv. C'est à lui que l'on doit la belle verrière qui décorait le choeur" (BDHA 1907 p.126)

     

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    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Inscription de fondation, porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Inscription de fondation, porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Inscription de fondation, porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Inscription de fondation, porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    2°) Les poissons du coté ouest du contrefort .

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    Comme des hiéroglyphes égyptiens, huit motifs se succèdent en bas-reliefs : un poisson seul, vertical ou horizontal, ou deux poissons croisés en X, ou un oiseau mangeant un poisson qu'il maintient sous sa patte, comme un Balbuzard.

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    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les mêmes (ou à peu-près) se retrouvent sur la face sud du même contrefort. 

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    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les trois nefs sculptées.

    Cellle de gauche porte deux mâts ; une verge est visible, oblique par rapport au mât. Le château avant est prolongé par une construction imposante.

    Celle du milieu est la plus grande. Je compte au moins trois mâts et trois vergues. Au dessus du grand-mât, dont on voit l'amorce de la gabie. Une pierre très peu érodée complète l'extrémité de ce mât, avec, occupant cette gabie, deux hommes brandissant qui une masse d'armes, qui un glaive, autour du pavillon rectangulaire.

    La troisième est assez comparable, mais il faudrait bénéficier d'un éclairage rasant pour mieux la décrire.

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    Voir aussi sur les carvelles et autres embarcations sculptées : 

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    Penmarc'h et ses trois bourgs de Tréoultré, Kerity et St-Pierre eut jadis une situation florissante du XIIe au XVIe siècle, avant un déclin puis sa mise à sac par Eder de Fontenelle en 1595. En 1571, la ville comptait 14 000 habitants, et 500 bateaux dirigés par des "maîtres" ; elle comptait avec Morlaix et Roscoff parmi les principaux ports de Bretagne occidentale.

    "Entre 1520 et 1539, on comptabilise chaque année en moyenne 20 escales de navires de Penmarc'h à Arnemuiden, y déchargeant vin, blé, sel et merlus des sécheries du Cap Caval (à partir de la fin du xve siècle s'y ajoute le pastel), et chargeant des harengs pour le retour.

    D'autres bateaux sont armés par "Loctudy" (en fait l'Île-Tudy car l'agglomération de Loctudy n'existe qu'à partir du xixe siècle), Pont-l'Abbé, Bénodet (jusqu'au Premier Empire inclus, le terme de "Bénodet" désigne indistinctement les deux rives de l'embouchure de l'Odet, comprenant donc Tugdual (Sainte-Marine, Tugdual est le saint patron de Combrit-Sainte-Marine). « Quand on parle de Penmarc'h à cette époque, il s'agit en fait de l'équivalent d'un quartier maritime qui va de Léchiagat à Pors-Carn. Un maître de bateau de Treffiagat inscrit son bateau à Bordeaux comme étant de Penmarc'h ».

    Jean Fonteneau, dit Alfonse écrit vers 1544 : « Penmarc est un grand peuple et ont force navires, les meilleurs de toute la Basse-Bretagne ». Le nombre des navires de Penmarc'h est alors estimé à environ 300 embarcations de tous tonnages. Le chanoine Moreau a écrit : « Les habitants de Penmarc'h, lors en grand nombre, se glorifiaient de leurs forces, car ils pouvaient bien fournir deux mille cinq cents arquebusiers, comme voulant faire une république à part « 

    Les maîtres de barque penmarchais armaient des escaffes (barques de faible tonnage), des carvelles (de 60 à 70 tonneaux en général) qui étaient les plus nombreuses, et des caraques (de plus de 100 tonneaux et ayant un équipage d'une vingtaine de marins. Les familles Le Boutin, Le Boucal, Le Paign, Le Parfaict, Le Taro, etc.., ont fourni de nombreux maîtres de barque, dénommés encore "marchands-mariniers". Les noms attribués les plus fréquemment à leurs bateaux sont Nonna (ou Nonne), Guénolé (ou Guynolé), Marie, Trémeur, Pierre, Magdeleine, c'est-à-dire les noms des saints patrons de la paroisse de Tréoultré et des chapelles avoisinantes." (Wikipédia)

     

     

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    Carvelles sculptées du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Carvelles sculptées du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    4°) Les sculptures en ronde bosse.

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    La tête du personnage de droite a été brisée, mais j'imagine qu'il s'agit d'une étreinte amoureuse.

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    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette droite du gâble.

    Un dragon (ou peut-être un bouc) emportant quelque chose dans ses pattes.

    Malgré sa gueule largement ouverte sur une rangée de dents impressionnante, qui le classe parmi les Dragons, j'hésite à négliger l'indice de ce qui ressemble à une longue corne qui en ferait un Bouc. Dans les deux cas, c'est un Féroce.

    Ce qu'il emporte entre ses pattes, c'est, à coup sûr, une âme humaine, car c'est la fonction habituelle de ces crossettes d'avertir les fidèles de ce qui les attend.

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    Crossette droite du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Crossette droite du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Crossette droite du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Crossette droite du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La crossette de gauche : un oiseau tenant dans son bec un poisson.

    La crossette qui, à gauche, fait pendant à ce dragon au tombant du fronton représente un oiseau  tenant dans son bec un poisson. Un Cormoran ? Un Balbuzard, avec ses griffes puissantes ? 

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    Crossette gauche du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Crossette gauche du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le support de la niche (vide) à dais : 

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    Est-ce un bel écuyer ? Ou bien un ange souriant ? Sa main droite est dirigée ver le bas, et la main gauche se porte à la tempe, comme pour saluer.

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    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le culot du trumeau.

    J'y vois un acrobate, les jambes écartées, se tenant les chevilles dans une posture arc-boutée et cambrée peut-être équivoque.

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    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    L'INTÉRIEUR.

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    C'est là ! Là que, dans ce jour transfiguré,  je fus bel et bien  tenté de m'écrier, comme ce pêcheur qui jetait ses filets sur le lac de Tibériade, "Comme on est bien ici, si nous plantions la tente !" , bonum est nos hic esse si vis faciamus hic tria tabernacula ! (Matthieu 17:4) . Avec cette insistance sur bonum, kalos "beau"dans le grec original, et hic, , hode en grec, "ici sans indication de mouvement".

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    Vue générale des deux portes cintrées ornées de huit poissons.

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les deux  poissons du pilier central.

    Ils ont deux nageoires supérieures et deux nageoires inférieures.

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les quatre poissons du porche cintré de droite (oriental).

    Ils forment deux paires, tournées l'un vers l'autre.

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les deux poissons du porche cintré de gauche (occidental)

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Armoiries ducales : blason d' hermines plain, entouré de la cordelière.

    En 1508, la duchesse Anne de Bretagne, dont ce sont les armes, est reine de France, épouse de Louis XII ; en 1505, elle a effectué un voyage dans son duché, en passant par Locronan et Le Folgoët.

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    Clef de voûte du   porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Clef de voûte du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Du coté est .

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    L'œuvre récente d'un artiste doué.

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    Culot d'une niche du   porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Culot d'une niche du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Un acrobate.

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Avec du citron ! Les poissons du porche sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h.

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Vue intérieure du  porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna  de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Vue intérieure du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    SOURCES ET LIENS.

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    — COUFFON (René), 1988, “Couffon, Répertoire des églises : paroisse de PENMARCH,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 24 janvier 2018, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/939.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/ab10cc2545648874044c500510a8c554.pdf

    — FREMINVILLE.

    https://books.google.fr/books?id=8k4bAAAAYAAJ&pg=PA103&lpg=PA103&dq=penmarc%27h+lan+mil%22&source=bl&ots=z2393rZwwO&sig=ljRRag2Ouz0no3QfmbdT-_bi4v8&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjD4Pqou_HYAhWGyRQKHUbCAeYQ6AEIRzAG#v=onepage&q=penmarc'h%20lan%20mil%22&f=false

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    Published by jean-yves cordier
    20 janvier 2018 6 20 /01 /janvier /2018 17:25

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    Notre nom de Libellule n'ayant été créé qu'après celui de Libellula par Linné créé  en  1758, une question se pose : comment désignait-on ces insectes en France avant le milieu du XVIIIe siècle ?

    Lorsqu' Aldrovandi, en 1602, avait utilisé en latin le nom de "Perle"  en écrivant De Perlis vulgo dictis, il semble indiquer que ce nom, sans-doute inspiré des  yeux proéminents, ronds et brillants des libellules, était d'utilisation courante en dehors des milieux savants, du moins en Italie autour de Bologne et de Padoue. Mais je n'ai pu en retrouver l'emploi avant lui.

    Rondelet avait utilisé dès 1555 le nom de Libella fluviatilis , en français  "Marteau ou Niveau d'eau douce", pour désigner les larves des Zygoptères, par comparaison avec le Requin Marteau, nommé Libella. En 1634, à Londres, Thomas Mouffet reprend ce nom de Libella pour l'appliquer à tous ses "Papillons aquatiques", selon le terme qu'il rapporte en anglais : Water Butterflies.  En 1699 et 1710, les deux amis James Petiver, apothicaire de Londres, dans son Musei petiveriani et John Ray, dans son Historia insectorum posthume, consacrent ce terme quasi générique de Libella. Le nom de Dragonflies apparait en 1661, en note de bas de page pour Libellae muscae.   Les Néeerlandais parlent de Rombouten et les Anglais parlent d'Adder-Bolt . Les Allemands utilisaient les termes de Wasserjungfern, Spinnejungfern, Schleifer ou de Augenstecher.

     

    "D'autres noms viennent des croyances populaires sur le mode de vie et les «tâches» mythologiques de ces animaux. En Europe, les libellules ont souvent été associées au mal ou au diable. En Suède, on les appelle des Trollspindeln «fuseaux trolls», car on dit que les trolls les utilisent comme fuseaux pour tresser leurs vêtements, et aussi pour blesser leurs ennemis (d'où le nom de «perce-œil» Augenstecher)). L'idée fausse qu'ils pourraient piquer dangereusement les yeux, ou même tuer celui qui s'est endormi à l'air libre, conduit aux noms Satansbolzen « aiguille de Satan ou " aiguille du diable" Teufelsnadel . Au Pays de Galles, ils sont connectés avec des serpents; le nom gallois est "gwas-y-neidr", "Natterndiener"" . Au Luxembourg, ils ont eu le nom Siwestécher (Siebenstecher), car un être humain pourrait mourir avec sept piqûres de libellules. "

     

    Mais en France ? Je ne trouve qu'un seul nom, celui de "Demoiselle". À partir de 1682.

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    I. LES DICTIONNAIRES. Oudin 1655.

     

    Je parviens à trouver le nom Demoiselle, sinon avec l'acceptation "libellule" mais du moins avec celle d'"insecte" , pour la première fois dans les Recherches italiennes d'Antoine Oudin en 1655 :

    Baricola, une brouette ; et une insecte appellée demoiselle 

    ...repris  dans un dictionnaire trilingue italien-français-allemand de 1674

    Baricola, une brouette ; et une insecte appellée demoiselle ; ein schuhfarn. Item, ein Ungezieffer.

    Voir aussi Brendola en italien, même sens.

    Je ne retiens néanmoins pas cette date puisque la précision concernant l'insecte en question est présumée, mais non explicite. Je retiendrai donc la date de 1682 pour cette acceptation du substantif "Demoiselle" :

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    II. LA TRADUCTION DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE DES INSECTES DE SWAMMERDAM EN 1682.

    En 1669,  Jan Swammerdam, vivant à Amsterdam, publia en néerlandais son Historia insectorum generalis, ofte algemeene verhandeling van de bloedeloose dierkens chez Meinardus Van Dreunen à Utrecht. Son propos était d'éclaircir les  stades intermédiaires des Insectes avant l'age adulte, et de s'opposer à ceux qui supposaient une génération spontanée à partir de la pourriture (ou, pour les libellules, par développement sur des joncs en décomposition). Après Malphighi (1628-1694), fondateur de l'anatomie microscopique végétale et animale, il est l'autre grand anatomiste microscopique du XVIIe siècle.   Il propose de classer les Insectes en  quatre Ordres d'insectes selon leurs métamorphoses, dont il montre qu'elles correspondent à un changement de morphologie progressive et non pas brutale comme on le pensait alors.  Par ses études au microscopes, il montre que les organes de l'adulte (ailes, trompes, pattes) sont déjà repérables dans les stades intermédiaires. 

    Les insectes de son premier Ordre passe directement de l'œuf à l'état adulte,  ce sont ceux que nous nommons Amétaboles, comme les Araignées et les Iules. Les trois  autres Ordres correspondent aux Métaboles actuels (hémimétaboles dont l'œuf donne une larve souvent aquatique puis un adulte non aquatique, comme les Libellules, holométaboles passant par un stade de nymphe immobile comme les Lépidoptères et les Diptères, etc..).

    Son Second Ordre, où sont décrites les Libellules, est présenté page 86, puis énuméré page 89, en débutant par celles-ci : Il reprend les noms donnés par Mouffet (Libella) et par Aldrovandi (Perla) avant d'en donner les nos vernaculaires hollandais : Rombout, Scarbout, Naper ou Puystebijter.

    "Optellinge vande dierkens, dewelke onder de tweede order van de Natuurelijcke veranderingen, Wurm-popken genoemt, behooren. a Libella of Perla.

    Onder deese onse tweede Order van Veranderinge, stellen wy voor eerst; de a Rombout, Scarbout, Naper ofte Puystebijter." (page 89)

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    En 1682 parait à Utrecht chez  Guillaume de Walcheren la traduction de cet ouvrage sous le titre significatif de  Histoire générale des insectes ou l'on expose clairement la manière lente & presqu'insensible de l'accroissement de leurs membres , & ou l'on découvre evidemment l'Erreur ou l'on tombe d'ordinaire au sujet de leur pretendue transformation.

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    La page équivalente à la page 89 est la page 82 (et suiv.)

    "Sous cette seconde sorte de changements naturels nous comprenons une espèce [note Libella ou parla] d'insecte que l'on trouve dépeint plusieurs fois dans la table VIII suivant les divers degrés de sa formation, et à qui le commun peuple donne ce me semble, le nom de demoiselle.

    Nous en pouvons faire voir dix-sept sortes, neuf des plus grandes, cinq de moyenne taille, et trois des plus petites, dont nous trouvons une sorte décrite chez Goudart. Mais parce que cet auteur ne nous a point représenté dans ses figures ni dans sa description les boutons, qui se voient sur le dos de cet animal, et ou ses ailes sont renfermées, cela nous fait croire qu'assurément il n'a point connu la nature de cette nymphe. [En marge : b Perla. Libella. ]

    Nous ne voyons pas non plus que Hoefnagel qui nous a peint dix sortes de ces animaux, nous ait représenté aucune de leurs nymphes, quoique néanmoins il doit être très certains qu'elles ont été connues entre quelques écrivains. Car premièrement Rondelet en a eu connaissance, mais c'est très mal à propos qu'il les a nommées des cigales d'eau, ou cigales aquatiques [c. Cicade aquatier.] . Il y a bien de l'apparence aussi que cet animal provient de cette sauterelle d'eau dont parle Moufet. [d. Locusta aquat.] .

    Or pour ce qui est des vers en forme de nymphe d'où se forment ces animaux nous en pouvons faire voir de six sortes; à savoir une des plus grandes, trois de moyenne grandeur, & deux des plus petites. Nous pouvons montrer encore l'animal même, lorsqu'il est sur le point de changer, & dans lequel on peut remarquer la manière admirable dont les ailes sont pliées & resserrées dans les boutons qui les renferment. Nous en gardons aussi les œufs, qui ont beaucoup de conformité avec ceux des poissons , & qui sont divisés de même en deux parties, dont l'une est située du côté droit du ventre ou de la queue, & l'autre au côte gauche.

    Ce qu'il y a de remarquable dans cet animal, est que la nature ayant voulu qu'il prenne & proie & son aliment dans l'air, lui a donné pour cet effet deux yeux si gros, qu'ils font presque toute la tête, &, outre cela, quatre ailes admirables, par le moyen desquelles il vole et se tourne ça & là dans l'air avec autant de vitesse que les hidronnelles : il a encore deux dents renfermées en dedans, avec lesquelles il pince très fort,lorsque l'on vient à le prendre. Mais nous ne savons pas encore si sa morsure est venimeuse & si elle fait enfler la peau.

    Mais si nous trouvons admirable la manière dont cet animal attrape sa nourriture dans l'air, en le purgeant d'une infinité de petites bêtes, son accouplement l'est encore bien d'avantage. Car le mâle flottant dans l'air le fend avec vitesse en faisant plusieurs virevoltes, & sait fort adroitement joindre sa queue avec la femelle, laquelle la recevant dans cette ouverture, qui sépare ses yeux et sa tête , l'embrasse avec ses pieds, comme avec la plus grande passion du monde en fléchissant son corps vers les parties du mâle. Tellement que cette copulation s'accomplit en volant & en faisant des caprioles d'extrémité de la queue de la femelle se courbant vers le milieu du corps du mâle là ou sa verge est située, & la recevant ensuite dans l'extrémité de sa queue.

    Or nous ne parlerons pas ici d'avantage de ces, animaux, nous réservant à rapporter dans nos expériences particulières ce qu'il y a de curieux dans la structure de leur corps & particulièrement dans leurs yeux. "

     

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    Swammerdam, Histoire générale des Insectes, page 82

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    Le mot "Demoiselle" se retrouve ensuite page 170, , dans l'Explication des quatre espèces de changements par des figures.

    "Après avoir suffisamment décrit dans le livre précédent les quatre espèces des changements  qui arrivent aux Insectes; nous donnerons un exemple de chaque espèce, que nous représenterons dans nos figures & suivant cet exemple , on pourra juger de même des Insectes, qui seront compris sous la même espèce : quoique cependant on remarque quelque peu de différence dans la manière, dont ils se changent: comme on pourra voir par les expériences particulières, que nous avons faites sur les changements de la quatrième espèce, & sur les nymphes dorées, dont se forment ses chenilles, que Goudart  nous représente dans les figures.

    Dans la première espèce des changements, nous en dirons seulement le poux: dans la seconde, nous prendrons cet Insecte, que les latins appellent Mordella parla, ou libella  à qui le peuple donne le nom de demoiselle  dans la troisième espèce, qui en contient encore deux autres , nous serons voir la fourmi se changeant de la première manière, & Ie papillon de nuit , qui se change de la seconde. Enfin dans la quatrième espèce, nous représenterons une mouche. Or dans la suite nous ferons comparaison de ces changements avec l'accroissement des membres dans une grenouille, & avec la manière dont les fleurs poussent. dans leurs boutons."

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    Cette Explication annonce la Planche VIII dans laquelle sont détaillés six stades de développement d'une Libellule :  l'œuf  ovoïde (I et II), les stades larvaires  III, IV et V, avec le développement croissant des ailes, puis l'imago (VI).

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    I.  et IA . "Dans cette première figure nous faisons voir les œufs de cet insecte de la même manière, que nous les avons tirez hors de son corps ces œufs ressemblent fort bien à ceux des poissons ; & sont composez aussi d'infinité de petits grains de semence d'une figure un peu longue, comme on les voit ici épars çà & là , & représentés au naturel. Nous faisons voir encore un de ces œufs en grand à la lettre A. de même qu'il nous a paru avec le microscope : mais nous n'y découvrons rien de considérable, si ce n'est ces petits points, qu'on voit surc l'extrémité la plus aigue, & cette ressemblance que sa peau semble avoir avec ces petites écailles, & que nous avons représentée sur le corps de la lente.

    Cet animal jette ses œufs ou sa semence dans l'eau, d'où l'on voit ensuite se former un' infinité de petits vers à six pieds , qui étant parvenus à leur juste grandeur deviennent enfin des insectes de la même espéce.

    II. Et poursuivre l'ordre, que nous nous sommes proposez, nous représentons ici au naturel l'œuf ou la membrane, d'où le ver de cet insecte est sorti.

    III. En troisième lieu nous faisons voir le ver d'ou cet insecte se forme mais un peu plus grand, que lorsqu'il était immédiatement sorti de son œuf. Nous montrons dans  sa tête deux yeux avec deux cornes assez étendues: dans la poitrine nous faisons voir six jambes , dont chacune est composée de six parties , & dont l'extrémité est encore armée de deux ongles ou de deux serres: ces jambes sont velues par tout : le ventre se divise en dix anneaux, & celui de derrière est pourvu de deux petites pointes qui s'avancent.

    Nous avons remarque que ce ver ne sort pas de son œuf où de sa membrane avec tous ses membres parfaits , ce qui est commun aussi aux vers , dont nous parlerons dans les chapitres suivants : c'est pour cette raison que nous donnons à l'insecte le nom de nympha vermiculus oviformis lorsqu'il est encore renfermé dans son œuf ou revêtu  de sa membrane; comme nous avons dit ici ce qui suffira pour la suite."

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    http://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/medica/resultats/index.php?do=page&cote=07478x01&p=196

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    VI "En quatrième lieu nous représentons ce même insecte, lorsqu'il est devenu un peu plus grand , du lieu où la poitrine s'unit avec le ventre , nous voyons sortir quatre boutons, qui s'enflent & s'étendent d'une manière fort plaisante , & qui couvrent ses ailes. Ces boutons renferment ces ailes de même que les boutons des plantes en contiennent les fleurs: mais si on ouvre ces boutons dans ce même temps, on n'y découvre rien qu'une humidité superflue: & c'est ce qu'on trouve aussi dans les boutons des fleurs , qui commencent à pousser, qui ne renferment qu'une humeur visqueuse. En cinquième lieu, lorsque cet animal est parvenu à sa juste grandeur, nous le dépeignons de même , & nous faisons voir sur son dos les quatre boutons tout former, aussi bien que ses ailes qui font pliées & entortillées ensemble dans ces mêmes boutons. On découvre facilement au travers de la peau de cet Insecte les couleurs & les marques de ses entrailles : Or puisque le ver, dont il se forme, a quelques uns de ses membres renfermez à la manière des nymphes, nous lui donnerons, lorsqu'il est dans cet état  le nom-de nympha-vermiculas, c'est à dire un ver sous la forme de nymphe. 

     Nous faisons voir encore à la lettre B sa manière , dont ce ver en forme de nymphe après être sorti de l'eau , ou il avait vécu jusques alors, rampe sur la terre, & vient enfin à se dépouiller de sa dernière peau,  et à déployer ses ailes hors des boutons, où elles étaient renfermées : quoique ces ailes tout proche des épaules commencent déjà à s'étendre & à paraitre plus unies, nous remarquons pourtant qu'a leur extrémité elles sont encore plièes & entortillées ensemble."

     

     

    Planche VIII figures V, Swammerdam, Histoire générale des Insectes 1682 page 172/173

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    "Enfin nous représentons au nombre VI cet Insecte selon sa juste grandeur & dans l'état auquel il est propre à la génération : si bien que d'un ver rampant, ou qui nage il devient un ver volant. Or il faut remarquer que le changement, qui se fait aux environs des yeux,de la queue & des ailes, est fort considérable; il n'y a que les jambes qui demeurent toujours de même: mais nous traînerons ailleurs cette matière plus à fond ; nôtre dessein n'étant ici que de donner une explication claire & distincte de nos Tables."

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    Planche VIII fig. VI, Swammerdam, Histoire générale des Insectes, 1682 page 172/173.

     

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    Comparer avec Libellula fulva, photo  lavieb-aile :

     

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    La question qui vient à l'esprit de chacun est de savoir quelle espèce a été ainsi représentée par Swammerdam. Or, il est très troublant de constater que dans son Systema naturae de 1758,  l'auguste Linné l'a rapproché de sa Libellula vulgatissima, notre Gomphus vuilgatissimus, avec lequel elle ne ressemble nullement. Latreille y a exercé sans succès sa sagacité. 

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    Néanmoins, Hermann Albarda proposait de reconnaître dans la figure VI de cette planche de Swammerdam Libellula fulva Müller 1764 , la Libellule fauve : 

     

    "Jean Swammerdam traita, en 1669  en détail la métamorphose d'une Libellulide. Les figures I — VI de la planche VIII sont celles d'une femelle de la Libellula fulva Müll. Dans sa «Bible de la Nature», publiée par le célèbre médecin Boerhave, ces mêmes figures sont reproduites sur la planche XII.  Seulement l'abdomen de l'insecte parfait a été remplacé par celui d'un mâle, et ce qui est assez singulier, point de la même espèce, mais d'une Aeschna mixta Latr.

    L'auteur dit encore qu'il possède six espèces de larves de Libellulides. Il en décrit quatre, p. 226 — 228, et les figure sur la même planche, fig. IV — VIL Quoiqu'il soit impossible de déterminer les espèces auxquelles ces larves appartiennent, les figures indiquent suffisamment des larves des genres Aeschna, Libellula, Calopteryx et Agrion, ce qui prouve que les différences de structure n'ont pas échappé à cet excellent observateur. "

    Hermann Albarda  Catalogue raisonné et synonymique des Névroptères, observés dan les Pays-Bas et dans les Pays limitrophes, Tijdschrift voor entomologie 1857

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    Les oeufs de la Libellule fauve éclosent deux à sept semaines après la ponte. Les larves , qui vivent au milieu de débris végétaux accumulés au fond de l'eau ou sur les plantes aquatiques, passent deux ans dans l'eau et muent entre 11 et 16 fois. Les émergences sont synchronisées et ont lieu en quelques heures, en début de matinée au printemps.

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    Au total, "Demoiselle" est cité deux fois dans cette traduction de 1682.

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    III. LE DICTIONNAIRE DE  FURETIÉRE 1690.


    Le mmot Demoiselle n'est pas présent avec cette acceptation dans le Dictionnaire de Pierre Richelet de 1680.

    Le mot Demoiselle est absent du Dictionnaire de l'Académie française de 1694 : Demoiselle, voyez Dame".

     

    La troisième source que je peux citer est le Dictionnaire d'Antoine Furetière, dans les éditions de 1690, de  1701 et de 1727 mais non dans celle de 1684. 

    Dictionnaire de 1690.

    Dictionnaire de 1701.

    Dictionnaire de 1727.

    L'article est non seulement d'un style éblouissant, mais il est aussi d'une réelle qualité entomologique. C'est, lorsqu'on n'a pas encore réalisé qu'il s'agit d'une adaptation du texte de Swammerdam, un petit bijou digne de Francis Ponge :

    DEMOISELLE. "Espèce de petit insecte. C'est un vers en forme de nymphe, qui a deux yeux si gros, qu'ils sont presque toute sa tête, et quatre ailes admirables, qui le font tourner avec une très grande vitesse, parce qu'il prend sa proie en l'air. Il a deux dents renfermées en dedans, avec lesquelles il pince très fort.

    Sa copulation avec la femelle s'accomplit en l'air en volant, et en faisant des cabrioles ; l'extrémité de la queue de la femelle se courbant vers le milieu du corps du mâle, là où la verge est située, et la recevant ensuite dans l'extrémité de sa queue.

    Cet insecte a aussi deux cornes, et il jette ses œufs dans l'eau, qui ressemblent à ceux des poissons, d'où l'on voit sortir une infinité de vers à six pieds. Il s'en forme ensuite un vers volant, qui était auparavant rampant et nageant. Chacune de ses six jambes est composée de six parties velues partout, dont l'extrémité est armée de deux ongles ou serres. Le ventre est divisé en dix anneaux. Du lieu, où la poitrine s'unit avec le ventre, sortent quatre boutons qui s'enflent, et renferment ses ailes, comme les boutons des plantes contiennent les fleurs.

    Les Latins l'appellent libella, ou perla. Swammerdam en fait voir de dix-sept sortes, et dit que Rondelet mal à propos l'a nommé « cigale d'eau » ou ciquada aquatica ; au lieu d'une sauterelle d'eau, ou locusta aquatica, dont parle Moufet. Jonston l'appelle forsicula aquatica, qui est ce que le même Moufet appelle « puce d'eau », ou pulex marinus. C'est aussi ce que Mr Redi appelle « scorpion aquatique »"

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    Comme on le constate, l'auteur cite Jan Swammerdam (1669), Thomas Moufet (1634), Jonston (1657 réed. 1675) et Francesco Rédi (1668). 

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    "Demoiselle", Antoine Furetière, Dictionnaire françois, contenant tous les mots volume I, La Haye et Rotterdam 1690

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    IV. RÉAUMUR 1738 et 1742.

    Le meilleur vulgarisateur du terme "Demoiselle" fut René-Antoine Ferchault de Réaumur, dans ses deux tome IV (1738) et VI (1742) de ses Mémoires pour servir à l'histoire des insectes. Là encore, la lecture du texte est un véritable plaisir. Dès la première phrase, l'auteur indique que le nom de Demoiselle est très commun, et nullement savant, puisqu'il est connu dans toute la France, et même par les enfants. Il propose une explication à ce nom, en relation avec la finesse de leur taille plutôt que, plus banalement, avec leur grâce féminine. Plus loin, il souligne le contraste entre ce nom, et la férocité de l'appétit de l'insecte. 

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    https://archive.org/stream/memoirespourserv04ra#page/156/mode/2up/search/demoifelle

     

    "Les Mouches appelées ordinairement en Latin Libellae, par quelques Auteurs Perlae, et par d'autres Mordellae sont connues dans presque toute la France, même par les Enfants, sous le nom de Demoiselles : ne le devroient-elles point à la longueur de leur corps, à leur taille fine, pour ainsi dire ?  II n'est point au moins de mouches qui ayent le corps plus long & plus délié que celui des Demoiselles de plusieurs especes; on lui compte aisément onze anneaux. Si les épithetes de jolies & même de belles peuvent être données à des Mouches, c'est à celles-ci : leurs aîles n'offrent point à la vérité de couleurs aussi variées que celles qui ornent les aîles de divers Papillons; elles sont extrêmement transparentes & comme celles de beaucoup de differentes Mouches , elles paroissent de gaze, mais d'une gaze plus éclatante , qui semble de talc , ou n'être qu'un talc ouvragé : regardées en certains sens, on leur découvre du  luisant; celui des unes est doré, & celui des autres est argenté ; quelques-unes ont pourtant des taches colorées. C'est sur le corps, la tête, le corselet des Demoiselles de beaucoup d'especes différentes , que brillent les couleurs qui les parent. On ne trouve nulle part un plus beau bleu tendre, que celui qui est couché sur tout le corps de quelques-unes; d'autres n'ont de ce beau bleu qu'à l'origine & à l'extrémité du corps & sur le  corselet; le reste est brun : le corps de quelques autres est verd ; celui de plusieurs est jaune, & il y en a d'autres encore qui l'ont de couleur rouge. Ces couleurs se trouvent combinées sur le corps ; le corselet & la tête de plusieurs sont marqués par raies & par taches, avec différens bruns & du noir  ; il y en a dont les couleurs modestes font rechauffées par l'éclat de l'or qui y est mêlé. Ce ne font pas feulement les bruns & les gris de quelques-unes : dorés; les verds & les bleuâtres de plusieurs autres le font aussi ; mais on en voit qui font simplement brunes ou grifes. - Ces Mouches se rendent dans nos jardins ; elles parcourent les campagnes, elles volent volontiers le long des hayes; mais où on les voit en plus grand nombre, c'est dans les prairies, & surtout le long des ruisseaux & des petites rivières, & près des bords des étangs Si des grandes mares. L'eau eft leur pays natal; après en être sorties, elles s'en rapprochent pour lui confier leurs œufs. Quoique par la gentillesse de leur figure, par un air de propreté & de netteté, & par une forte de brillant, elles soient dignes du nom de demoiselles, on le leur eût peut-être refusé si leurs inclinations meurtrières eussent été mieux connues: loin d'avoir la douceur en partage, loin de n'aimer a se nourrir que du suc des fleurs &. des fruits, elles sont des guerrières plus féroces que les Amazones ; elles ne se tiennent dans les airs que pour fondre sur les insectes ailés qu'elles y peuvent découvrir, elles croquent à belles dents ceux dont elles se saisissent. Elles ne sont pas difficiles fur le choix de l'espece: j'en ai vu se rendre maîtresses de petites mouches à deux aîles, &. d'autres qui attrapoient devant moi de grosses mouches bleues de la viande; j'en ai vu une qui tenoit entre les dents & emportoit en l'air un papillon diurne à grandes aîles blanches. "

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    R.A.F. de Réaumur, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes volume VI (1742), Mémoire XI page 387

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    Réaumur, Mémoires t.6, Planche 35.

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    VI. LA TRADUCTION DE L'HISTORIA INSECTORUM DE SWAMMERDAM PAR JACQUES SAVARY  : L'HISTOIRE NATURELLE DES INSECTES DE 1758.

     

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    Sous l'influence probable de ces Mémoires de Réaumur, Jacques Savary, médecin de la Marine à Brest, va utiliser le terme de "Demoiselle" dans sa traduction de la Biblia naturae, sive Historia insectorum de Jan Swammerdam, d'abord publiée en édition bilingue hollandais/latin en 1737-1738 par Boerhaave, à Leyde. Cette traduction parut en 1758 dans le tome V des Editions étrangères des Collections académiques. On ne confondra pas l'Histoire Générale des Insectes (HGI) de 1682 avec cette Histoire Naturelle des Insectes (HNI) , qui enrichit la précédente de tous les manuscrits confiés par Swammerdam à Melchisédech Thévenot.  Les libellules sont toujours au nombre de 17, et les larves ("nymphes-vers) au nombre de 6, plus une libellule récoltée en cours d'émergence hors de son exuvie "dans laquelle on voit comment les ailes sont pliées dans leur fourreaux".

    Cette fois-ci, le nom "Demoiselle" est utilisé une cinquantaine de fois, aux pages 132 à 145, 177, 208, 330, 377, et dans la Planche VIII.

    La planche VIII — Tab. XII de la Biblia naturae — reprend les illustrations de l'Histoire Générale des Insectes, mais la complète de 7 figures, dont un accouplement d'Anisoptères, avec une précision de trait fabuleuse. je rappelle que l'abdomen de l'imago a été modifié et échangé avec celui d'un mâle d'Aeshna mixta.

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    Swammerdam, Biblia naturae 1738 planche XII.

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    Swammerdam, Biblia naturae 1738 Planche XII, détail.

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    VII. L'HISTOIRE ABRÉGÉE DES INSECTES D'ETIENNE-LOUIS  GEOFFROY 1762.

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    Juste après la parution de la 10ème édition du Systema naturae de Linné en 1758, le médecin-régent parisien, héritier de très belles collections d'histoire naturelle,  Étienne-Louis Geoffroy publia en deux volumes son Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris. 

    Il y reprend, mais cette fois-ci en traduction du Genre linnéen LIBELLULA, le nom de DEMOISELLE. C'est donc un changement de statut important pour le substantif qui pouvait, jusqu'à présent, être considéré comme une désignation vulgaire et non scientifique. Pour Geoffroy son genre Demoiselle a, mutatis mutandis, la même valeur nomenclaturale que celui de Libellula. 

    Sans prendre conscience que Linné a imposé une unité internationale par sa dénomination binominale latine, et que chaque auteur ne peut créer sa propre nomenclature dans sa langue nationale, Geoffroy ne va pas conférer à ses propres descriptions originales une validité taxonomique. Une ré-édition par Fourcroy conforme à la dénomination binominale tentera en 1785, un peu trop tard, de réparer cette bévue ; mais c'est ainsi que sa "Demoiselle cécile" eut l'honneur de la dénomination Ophiogomphus cecilia . 

    Description générale :

    "La demoiselle a été appellée par les Naturalistes, libella ou libellula , soit parce que plusieurs espèces de ce genre tiennent leurs ailes étendues et comme de niveau, soit à cause de la manière dont ces insectes planent en fendant l'air. Le caractère de ce genre consiste; 1°. dans la forme des antennes qui font très-courtes pour la grandeur de ces insectes ; 2°. dans les mâchoires fortes & écailleuses dont leur bouche est armée des deux côtés; 3° dans les pinces qui se trouvent à l'extrémité de la queue des mâles, & qui sont accompagnées d'espèces de lambeaux ou feuillets assez grands. De plus, les demoiselles ont les trois petits yeux lisses qui se trouvent sur la tête de beaucoup d'insectes à deux & à quatre ailes ; mais ces petits yeux ne font pas placés de même dans toutes les espèces. Les unes les portent sur le devant de la tête ; dans d'autres ils font sur le sommet entre les deux grands yeux. Je ne les ai trouvés dans aucune espèce placés sur le derrière de la tête , comme ils le sont dans la plupart des autres insectes.

    La larve de la demoiselle vit dans l'eau, elle est aquatique ; aussi rencontre-t-on plus ordinairement les demoiselles au bord des eaux, où elles vont déposer leurs œufs.

    Cette larve est très-sínguliere, c'est ce qui nous a engagé à donner sa figure. Elle est plus courte & plus ramassée que la demoiselle ou l'insecte parfait, & on peut aisément distinguer les trois parties qui composent son corps ; savoir, la tête , le corcelet & le ventre. Ce dernier fort long , quoique gros dans quelques espèces , est composé de dix anneaux. Au corcelet, sont attachées six grandes pattes , avec lesquelles cette larve va & vient dans l'eau. En-dessus du corcelet, on voit quatre espèces de boutons qui deviennent plus grands & plus apparens , à mesure que cette larve grossit & change de peau & qui ensuite s'étendent & couvrent presque la moitié du ventre lorsqu'elle est devenue chrysalide. C'est dans ces espèces de moignons que font renfermées les quatre grandes ailes dont sera parée la demoiselle. Mais de toutes les parties de cette larve , il n'y en a point de plus singulièrement construite que sa tête. On distingue dans cette tête les yeux , de petites antennes & la bouche : mais pour les voir , il faut lever une espèce de masque dur & épais qui couvre tout le devant de la tête de la larve & qui lui cache la face, si on peut se servir de ce terme pour un insecte. Cet étrange masque est creux en-dedans , irrégulier , & on y remarque les différentes cavités qui reçoivent les éminences de la tête de la larve, en sorte qu'il s'applique aussi bien & même mieux que les masques que mettent fur leurs visages les personnes qui vont au bal. Ce masque n'est point immobile ; l'insecte le remue à sa volonté ; il ne tient que par une espèce de pied long & coudé qui l'attache au col de l'insecte. Ce pied forme une charnière, par le moyen de laquelle le masque peut se. lever & se baisser. On ne conçoit pas d'abord par quelle raison la nature a donné à cette larve un tel masque , qui semble devoir l'incommoder au lieu de lui servir : mais si l'on nourrit dans l'eau quelques-unes de ces larves , on voit qu'elles tiennent leur masque baissé , & qu'elles le relèvent pour surprendre & saisir les insectes aquatiques dont elles se nourrissent. Ce masque arrête ces insectes qui font ensuite dévorés pat la larve.

    Les nymphes ou chrysalides des demoiselles ne différent presque pas de leurs larves. Seulement les boutons du corcelet, ces appendices qui renferment les aîles sont plus grandes & couvrent une portion du ventre ; elles ressemblent à quatre aîles épaisses un peu courtes , couchées fur le dessus de cette partie. Du reste cette nymphe court dans l'eau , va & vient comme la larve , & se nourrit des insectes qu'elle rencontre & dont elle est très-friande.

    Lorsque l'insecte est arrivé à sa grosseur, il subit son dernier changement. La nymphe s'approche du bord de l'eau; souvent elle en sort tout-à-fait. Sa peau commence à se fendre sur le dessus de son corcelet, peu à peu l'insecte parfait se tire de cette enveloppe , & âpres quelques instans, lorsque ses aîles sont séchées & affermies, il s'élève légèrement en l'air, où il doit dorénavant faire son habitation. On trouve quelquefois au bord de l'eau la dépouille de la larve, que la demoiselle > après s'en être tirée, a laissée attachée à quelque plante.

    La demoiselle a le corps beaucoup plus long & plus étroit que sa larve. Ses aîles au nombre de quatre sont longues & étroites. Quelques espèces du nombre des plus grandes les tiennent étendues parallèlement & de niveau avec le corps fur lequel elles font posées. D'autres au contraire les tiennent dans la même direction que leur corps; mais plus relevées & adossées toutes les quatre les unes contre les autres ; ce font les plus petites espèces. Ces dernières volent moins vite, mais les grandes ont un vol très vif & très-rapide. La nourriture ordinaire de ces demoiselles leur est fournie par la chasse qu'elles font en volant aux petits moucherons , à ces petites tipules qu'on trouve en grande quantité au bord de l'eau.

    Les demoiselles mâles se distinguent aisément des femelles par deux crochets accompagnés d'espèces de feuillets qu'elles ont à l'extrémité de la queue. Les femelles n'ont point de semblables crochets , mais seulement on remarque au dernier anneau de leur ventre qui est un peu renflé , une ouverture qui est celle de la partie du sexe. Pour les mâles, leur partie n'est point placée au même endroit , en vain l'y chercheroit-on. C'est au haut du ventre qu'elle est située, au premier anneau de cette partie qui tient au corcelet. Cette position différente des parties du mâle & de la femelle paroît singulière ôc ne semble pas commode pour l'accouplement. Aussi y en a-t-il peu qui soit aussi extraordinaire que celui des demoiselles. Lorsque ces insectes veulent travailler à la propagation de leur espéce , c'est le mâle qui fait les avances, c'est lui qui en volant poursuit sa femelle, qu'il saisit au col avec les pinces de fa queue. Telle est la manière dont ces insectes commencent à se faire l'amour. Lorsque le mâle tient ainsi sa femelle , il la serre & ne la laisse plus échapper. II n'est pas cependant encore fort avancé , il lui est impossible de porter fa partie près de celle de fa femelle qu'il tient par l'extrémité de son corps ; tant que la femelle ne se prête point à ses désirs, l'accouplement ne peut se faire. Aussi le mâle tient-il quelquefois fort long-tems fa femelle ; il l'emporte en Pair suspendue à sa queue , jusqu'à ce qu'enfin celle-ci ou fatiguée ou mise en action se rende à ses importunités : pour lors la femelle replie son ventre en-dessous , le fait passer entre ses jambes & par devant fa tête , & porte elle-même l'extrémité de son ventre contre la partie du mâle qui s'accouple avec elle fans lâcher la tête de fa femelle. Pendant cet accouplement ces insectes sont dans une attitude bien singulière ; ils forment une espéce d'anneau. La tête de la femelle est accrochée par la queue du mâle, tandis que l'extrémité de son ventre qui fait le cercle , est accouplée avec la partie supérieure du ventre de ce même mâle. Ces insectes volent dans cette attitude forcée , & ne se séparent qu'après quelque tems, lorsque l'accouplement est tout-à-fait fini.

    Les oeufs que dépose la femelle sont oblongs ; c'est dans l'eau qu'elle va les déposer, & c'est aussi dans l'eau qu'éclosent les petites nymphes qui viennent de ces mêmes oeufs.

    Les demoiselles ont en général la tête large, les yeux fort gros & le ventre gresle ; quelques-unes cependant comme l'éléonore ont le ventre plus large & moins long. Plusieurs font ornées des plus belles couleurs; dans les unes c'est un bleu ou un vert tendre, dans d'autres c'est un vert doré & comme satiné. Les ailes de quelques-unes font distinguées par différentes taches; la louise surtout a deux grandes taches bleues , qui couvrent la plus grande partie de ses aîles. Enfin, pour ce qui est de la grandeur, il y a quelques-unes de ces demoiselles qui ont jusqu'à deux pouces & plus de long."

     

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    Geoffroy suivra si scrupuleusement la cohérence de son projet nomenclatural qu'il donnera à chacune des Demoiselles quil décrit, un prénom de jeune-fille, en reprenant d'abord les deux prénoms LOUISA et ULRICA utilisé par Linné dans sa Fauna suecica pour rendre hommage à la reine de Suède Louise-Ulrique. Voici la liste de ces demoiselles :

    1. La Louise  [L. virgo]

    2. L'Ulrique : [L. virgo]

    3. L'Amélie.  [L. puella]

    4. La Dorothée :  [L. puella]

    5. La Sophie :  [L. puella]

    6. La Françoise :  [L. quadrimaculata]

    7. L'Eléonore :  [L. Depresssa femelle (et non [L. flaveola  = Sympetrum flaveolum)]

    8. La Philinte  [L. Depresssa mâle ]

    9. La Sylvie [L. depressa]

    10. L'Aminthe [L. aenea ]

    11. La Justine  [L. vulgatissima]

    12. La Julie  [L. grandis]

    13. La Caroline  [L. forcipata]

    14. La Cécile. A.F. de Fourcroy latinisa le nom en 1785 en Ceclilia et le plaça dans le genre Libellula . La demoiselle transexuelle devint monsieur le Gomphe serpentin   Ophiogomphus cecilia Geoffroy in Fourcroy, 1785.

    Ce choix des prénoms de demoiselles fut donc malheureux, et seule Cécile a accédé à la postérité. 

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    La figure 1 de la Planche XIII est la seule illustration d'une libellule adulte, accompagnée de sa larve. Geoffroy indique page 225 qu'il s'agit de son Éléonore dont il fait la Libellula Flaveola de Linné, notre Sympetrum flaveolum.   Linné (S.N; 1767) reprend cette identification à son compte.
     Il s'agit pourtant d'une femelle de Libellula depressa, comme l'ont vu Latreille puis Lamarck 1839 .

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    E.L. Geoffroy, Histoire abrégée des insectes..,2, planche XIII fig. 1 et 2, Imago et sa larve, (Libellula depressa femelle, identification lavieb-aile)

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    VIII. LES GENRES DES INSECTES DE JAMES BARBUT 1781.

    En 1781, James Barbut publie un recueil des insectes observés en Angleterre et l'accompagne des dessins des spécimens. L'ouvrage basé sur les Genres de Linné est bilingue anglais / français. Les Libellules sont décrits page 293 et suivantes et sont désignés en français par le nom de "Demoiselle". En ligne.

     

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    Genre I. LA DEMOISELLE Planche XI.

    L'auteur décrit quatre des Libellula de Linné et leur donne, dans la colonne du texte anglais, le nom latin, et dans la colonne en français, un nom vernaculaire composé de "demoiselle". Il y ajoute une cinquième espèce, de couleur rouge, qui n'a pas été décrite par Linné 

    La grande demoiselle Libellula grandis Linnaeus

    La demoiselle à quatre taches Libellula quadrimaculata Linnaeus

    La demoiselle vierge Libellula virgo Linnaeus

    La demoiselle fillette Libellula puella Linnaeus

    "La demoiselle qui reste n'est qu'une variété dans la couleur, le corps en étant d'un beau rouge". [Il s'agit vraisemblablement de Pyrrhosoma nymphula Sulzer 1776.]

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    J'en profite pour lire la description générale :.

    "Ce genre d'insectes est connu de tout le monde. L'espèce la plus grande provient d'un ver aquatique hexapode, qui jeune encore & très petit se transforme en nymphe. Cette nymphe vit dans l'eau. On croit lui avoir aperçu des ouïes comme aux poissons. Elle porte un masque aussi bien marqué que celui dont on fait usage pour le bal ; et ce masque attaché à son col & qu'elle remue à volonté, lui sert à retenir sa proie qu'elle dévore. Le temps de la métamorphose arrive, la nymphe gagne le bord de l'eau, se met en voyage, cherche un lieu convenable et se fixe sur une plante, ou s'attache à un brin de bois sec. Sa peau devenue sèche se fend sur le dessus du corselet. L'insecte ailé sort peu à peu, laisse sa dépouille, déploie ses ailes, les agite, s'envole avec grâce & légèreté. Sa taille fine & élégante, la richesse de ses couleurs, la délicatesse et le tissu brillant de ses ailes est pour les yeux un spectacle ravissant. Les parties sexuelles des demoiselles font placées différemment dans le mâle & dans la femelle: c'est fous le corps à la jonction du corselet que l'on aperçoit les parties mâles. Celles de la femelle se reconnaissent à une fente placée à l'extrémité du corps. Leurs amours se décident par un enlèvement. Le mâle en planant guette des yeux et saisit la femelle par la tête avec les deux pinces dont l'extrémité de sa queue est armée.

    Ce ravisseur traverse ainsi les airs jusqu'à ce que la femelle cédant à la force, ou plutôt au penchant, fait de son corps un cercle qui va se terminer aux parties génitales du mâle, pour remplir le voeu de la nature. Ces sortes d'enlèvements font communes. L'on rencontre souvent des demoiselles qui volent, ainsi accouplées. Elles présentent la forme d'un anneau. C'est dans l'eau que la femelle dépose des œufs d'où naissent des vers aquatiques qui subissent les mêmes métamorphoses."

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    https://www.biodiversitylibrary.org/item/208811#page/261/mode/1up

     

    James Barbut 1781, Les genres des insectes de Linné: constatés par divers échantillons planche II page 206

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    IX. LES "DEMOISELLES"  DU XIXe et XXe SIÈCLES.

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    1°) En 1854, dans la Monographie des CaloptéryginesMémoires de la Societé royale des sciences Liege.9, Bruxelles, Muquardt, Paris Roret ), Édmond de Sélys-Longchamp entreprend une démarche taxonomique : Il sépare les Odonates (alors un sous-ordre des Névroptères) en deux Tribus, les ANISOPTÈRES et les ZYGOPTÈRES.

    — Anisoptère  associe au grec -π τ ε ρ ο ς, de π τ ε ρ ο ́ ν «plume d'aile, aile, chose en forme d'aile»  le suffixe aniso-,  du gr. α ́ ν ι σ ο ς « de longueur inégale») : pour  grouper les espèces d'Odonates dont les ailes postérieures sont plus larges que les antérieures spécialement à la base.

    — Zygoptère associe au même -ptère, "aile" le suffixe  zygo-, du grec ζ υ γ ο ́ ν « joug, couple, paire ») pour grouper les Odonates  dont les ailes antérieures et postérieures sont de la même largeur, leur nervation comportant un quadrilatère et non un triangle. D'ailleurs, Sélys de Longchamp donne la description suivante dans sa publication :

    "Les quatre ailes semblables, relevées ou à demi-relevées dans le repos; sans membranule. La nervure sous-médiane sans rameau supérieur, de sorte que le triangle discoîdal est remplacé par un quadrilatère plus ou moins régulier. Tête transverse , les yeux pédicellés, très-éloignés l'un de l'autre. Appendices anals au nombre de quatre chez les mâles."

    Il est amusant de retrouver ici le terme grec signifiant "joug, paire", puisque c'est celui sur lequel est  formé le nom Zygène, mais aussi celui de Zygaena attribué au requin marteau ou Libella (pour ses deux yeux écartés), Libella marin qui fut le parrain de la larve de zygoptère nommé par Rondelet Libella fluviatilis,  pour la même raison.

    Parmi les Zygoptères tout fraîchement  créés, De Sélys s'empressa de faire entrer les Caloptérygines et les Agrionines. 

     

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    2°) Sa tribu devint un Sous-Ordre des Odonata, les Zygoptera, espèces au corps fin et qui replient leurs ailes au dessus d'elles quand elles se posent. On y trouve  les Agrions (Coenagrions) , les Lestes, les Platycnemis et les Calopteryx. 

    Comme il s'agit des libellules les plus menues, au corps longiligne aussi fin qu'une aiguille (à tricoter), c'est tout naturellement aux Zygoptères que fut réservé le terme de "Demoiselles", tandis que par opposition, on fut  amené à réserver le terme de "Libellules" stricto sensu aux  Anisoptères, ou, parmi ceux-ci, aux Libellulidés .

    En contre-partie de cette entrée dans les usages établis, le nom Demoiselle dut renoncer à toute prétention à un statut scientifique. D'ailleurs, les savants ne l'utilisèrent plus qu'avec des pincettes  (Latreille, ) et il vint animer de ses charmes les magazines de vulgarisation, les traités agricoles et les dictionnaires de la conversation.

    3°) Damselfies et Dragonflies.

    Curieusement,  notre Demoiselle, déçu de la désaffectation des naturalistes français pour les appellations vernaculaires trop vulgaires au  XIXe siècle, traversa la Manche pour vivre des jours meilleurs sous le déguisement de Damsel.   En anglais, le terme Damselfly est assez récent puisqu'il est apparu en 1810-1815, de la fusion des deux mots Damsel "Jeune femme" ou "Femme noble célibataire" et Fly, "mouche, insecte volant" entrant dans la composition de Dragonfly, Butterfly, Firefly.

    Les Damselflies recouvrent donc le sous-ordre des Zygoptères, et s'affichent désormais partout dans un cadre en forme de parenthèse après le nom latin :  Zygoptera (Damselflies).

    Mais les Anglais réservèrent à l'émigrée d'autres honneurs. Ils donnèrent à tous les membres de la famille des Calopterygidae vivants sur leurs terres (il y en a deux) les noms vernaculaires composés sur Demoiselles : Calopteryx virgo est The Beautiful Demoiselle et Calopteryx splendens , The Banded Demoiselle. Pour mesurer combien nous pouvons regretter le mépris de nos savants franco-belges  pour les noms vernaculaires, et leur manque d'imagination poétique, il faut savoir que ces deux espèces sont nommées chez nous "Calopteryx vierge" et "Calopteryx éclatant ": la transcription du latin en français.

    De même; la famille des  Coenagrionidae porte des noms composés sur -damselfly :  The Azure  Damselfly Coenagrion puella , The Blue-tailed Damselfly Ishnura elegans  et The  Small Red Damselfly Ceriagrion tenellum, etc...

    Les Lestidae sont toutes des Demoiselles Émeraudes ou Emerald Damselflies (cinq zoonymes).

    La  famille des Platycnemididae  n'est pas en reste avec la Demoiselle aux jambes blanches White-legged damselfly, Platycnemis pennipes

    Toutes leurs espèces de Zygoptera portant un nom comportant Demoiselle ou Damselflies, il leur est facile de savoir à qui ils ont affaire. 

    Au total, j'ai compté 23 noms vernaculaires anglo-saxons de Zygoptères composés sur Demoiselle et Damselfly dans la liste des espèces de Grande Bretagne, mais il faut aussi penser aux espèces des autres pays.

     

     

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    X. LES "DEMOISELLES"  DU  XXIe SIÈCLE.

     Le nom de Demoiselle est employé avec parcimonie dans les principaux guides naturalistes francophones en usage, notamment celui de K.-D.B. Dijkstra (Delachaux et Niestlé 2006) . Dans Les Libellules de France, de Belgique et Luxembourg (Biotope) de Grand et Boudot, le terme apparaît rarement dans le texte des parties générales.

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    Adieu, Gentilshommes et Damoiselles ! 

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    SOURCES ET LIENS.

    — ALBARDA (Hermann) 1857,   Catalogue raisonné et synonymique des Névroptères, observés dan les Pays-Bas et dans les Pays limitrophes, Tijdschrift voor entomologie 1857

    https://archive.org/stream/tijdschriftvoore32188889nede#page/212/mode/2up

    — BARBUT, (James) 1781, Les genres des insectes de Linné : constatés par divers échantillons d'insectes d'Angleterre, copiés d'après nature The Genera Insectorum of Linnaeus exemplied by various specimens English insects drawn from Nature by James Barbut  London : Imprimé par Jacques Dixwell, dans St. Martin's Lane, et se vend au profit de l'auteur chez J. Sewell, Libraire, dans Cornhill. Dessins de Barbut gravés par James NEWTON.

    https://www.biodiversitylibrary.org/item/208811#page/9/mode/1up

     

    DUPONT P. 2010. Plan national d'actions en faveur des Odonates 2011-2015. Office pour les insectes et leur environnement, Société française d’Odonatologie et Ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer. 170 pp.

    http://www.pnaopie.fr/odonates/wp-content/uploads/2011/01/plan_national_d_actions_odonates.pdf

    — OLIVIER, 1792,  Libellules, in Insectes, in Encyclopédie méthodique vol. 7 page 558-572

    https://books.google.fr/books?id=BrRdAAAAcAAJ&pg=PA568&dq=libellula+sophie&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjg66362ObYAhVTnRQKHTaBCVcQ6AEIKDAA#v=onepage&q=libellula%20sophie&f=false

     

    ——RÉAUMUR (René -Antoine Ferchault de) , Mémoires pour servir à l'histoire des insectes :

    — Tome IV : Histoire des Gallinsectes, des Progallinsectes et des Mouches à deux ailes, Imprimerie royale, Paris, 1738, 636 p., 44 pl. ;

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65246505.r=m%C3%A9moires%20pour%20servir%20%C3%A0%20l%27histoire%20des%20insectes?rk=21459;2

    https://archive.org/details/mmoirespourser04ra

    — Tome VI  : Suite de l'Histoire des Mouches à quatre ailes avec un supplément des Mouches à deux ailes, Imprimerie royale, Paris, 1742, 608 p., 48 pl. ;

    https://archive.org/stream/memoirespourserv16ra#page/n707/mode/2up

     

    — —SWAMMERDAM, (JAN), 1669, Historia Insectorum Generalis ofte Algemeene Verhandeling van de Bloedeloose Dierkens, 1669

    www.dbnl.org/tekst/swam001hist01_01/swam001hist01_01.pdf

    http://www.dbnl.org/tekst/swam001hist01_01/swam001hist01_01_0004.php

    http://www.dbnl.org/tekst/swam001hist01_01/swam001hist01_01_0007.php?q=libella#hl1

     

    SWAMMERDAM, (JAN), 1682, Histoire générale des insectes ou l'on expose clairement la manière lente & presqu'insensible de l'accroissement de leurs membres , & ou l'on découvre evidemment l'Erreur ou l'on tombe d'ordinaire au sujet de leur pretendue transformation, par Jean Swammerdam, docteur en médecine, avec des figures A Autrecht, chez Guillaume de Walcheren, Marchant Libraire demeurant en la place de St-Jan 1682 - 215 pages

      https://books.google.fr/books?id=bu5AAAAAcAAJ&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

      http://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/medica/resultats/index.php?cote=07478x01&p=91&do=page

      SWAMMERDAM (Jan), 1738, Biblia naturæ : sive, Historia insectorum in classes certas redacta, trad. Hieronimus David Gaubius, préf. Herman Boerhaave,  , apud Isaacum Severinum, 2 tomes.

      Biblia naturae sive historia insectorum t. 1, Leyde, 1737

      http://docnum.unistra.fr/cdm/compoundobject/collection/coll13/id/65389/rec/3

      Planche XII :

      http://docnum.unistra.fr/cdm/compoundobject/collection/coll13/id/65389/show/65384

      Biblia naturae sive historia insectorum t 2, Leyde 1738.

      http://docnum.unistra.fr/cdm/compoundobject/collection/coll13/id/68732/rec/4

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k98985f

      SWAMMERDAM (Jan), 1752, Bybel der Natur, Hermann Boerhave, Leipzig 

      http://docnum.unistra.fr/cdm/compoundobject/collection/coll13/id/114424/rec/1

      SWAMMERDAM (Jan), 1758, Histoire générale des insectes : tome V de la collection académique de la Faculté de Dijon  traduite du Biblia naturae avec 36 planches et des notes de Savary et de Guénau de Montbeillard.

      https://books.google.fr/books?id=pppr3UErJ6cC&pg=PA51&dq=savary+%22+brest%22+histoire+naturelle&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwivifrYmuHYAhWCYlAKHejsB8k4ChDoAQhCMAU#v=onepage&q=savary%20%22%20brest%22%20histoire%20naturelle&f=false

       

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      Published by jean-yves cordier
      18 janvier 2018 4 18 /01 /janvier /2018 12:09

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      I. L'épidémie de typhus à Brest en 1757 et la nomination de Savary comme second médecin de l'Hôpital Maritime de Brest en 1758 auprès de Chardon de Courcelles.

      Rappels : 

      Étienne Chardon de Courcelles, né à Reims le 9 mars 1705, mort à Brest en 1775, est un médecin exerçant pour la Marine française sous l'Ancien Régime. Il reçut docteur après des études en l'académie de médecine de Reims, le 7 décembre 1735 ; reçu agrégé en l'académie de Paris en 1741. Auteur de plusieurs traités, il est attaché au port de Brest dès 1742, avant de devenir premier médecin du port en 1756. Il participait à la fondation de l'Académie de Marine. J'ai évoqué son rôle dans le développement du Jardin de l'Hôpital de la Marine de Brest, ou la création par ses soins de l'école de chirurgie de Brest et les cours de botanique qu'il y dispensait, ou  son édition du Traité de Matière médicale de Geoffroy, ou son intérêt pour l'alimentation des gens de mer, etc.. 

      — "L'expédition de Louisbourg est une tentative britannique avortée de capturer la forteresse de Louisbourg sur l'Île Royale (actuelle île du Cap-Breton) pendant la guerre de Sept Ans et la guerre de la Conquête5. C’est un succès défensif français car une expédition aussi importante que celle venue d’Angleterre réussit à dissuader la Royal Navy d’attaquer la place en 1757. A la fin de la campagne, une violente tempête disperse l'escadre anglaise et une épidémie de typhus décime l'escadre française.  Dubois de La Motte, estimant à raison que Louisbourg ne risque plus rien, décide de rentrer lui aussi et prend la mer le 30 octobre. Le retour est très difficile. Le soir du départ, une tempête disperse l’escadre qui ne se reforme que le 9 novembre. Le mauvais temps va d’ailleurs accompagner l’escadre pendant tout le voyage. La santé des équipages ne cesse de se dégrader. Plusieurs semaines avant le départ des Anglais, les vivres commençant déjà à être comptés, le scorbut avait fait son apparition. Plus grave, c’est maintenant le typhus qui se manifeste. L’épidémie touche tous les navires et ravage les équipages pendant la traversée. A l’arrivée à Brest, le 23 novembre, trois vaisseaux ont perdu tellement de matelots qu’ils ont toutes les peines du monde à manœuvrer dans la rade et le port. L’épidémie se transforme en désastre sanitaire lorsque les 5 à 6 000 malades débarqués contaminent la ville et ses environs, faisant à peu près 10 000 morts." (Wikipédia)

       

      Cette épidémie causa la mort de deux  médecins de l'hôpital de la Marine à Brest, MM. Mauflâtre et De Préville.   Antoine Poissonnier Desperrières Traité des maladies des gens de mer page 287

      Il fallu les remplacer : 

      Maurice Delpeuch,  « L'escadre de Louisbourg et l'épidémie de Brest en 1757 », dans Bulletin de la Société académique  de Brest, 1903-1904, p. 123-204. 

      https://archive.org/stream/bulletindelasoc22bresgoog#page/n213/mode/2up/search/savary

      Correspondance échangée entre le ministre de la Marine et l'intendant maritime de Brest, Mr Hocquart, et le commandant du port M. le comte du Guay  au sujet de l'épidémie de Brest, in Maurice Delpeuch, L'escadre de Louisbourg et l'épidémie de Brest en 1757, Société académique de Brest - 1904 - ‎page 202

      Le ministre (*) à  M. Hocquart

      (*) il s'agissait encore de François De Moras, ancien contrôleur général des finances,  qualifié "tout bonnement de nullité" par Henri Martin. 

      11 mars 1758.

       

      « J'ai cherché, Monsieur, un bon sujet dont les talents et l'expérience fussent connus, pour remplir la place de second médecin à Brest, vacante par la mort de M. Mauflâtre, et, parmi ceux qui m'ont été présentés, j'ai choisi  le sieur Savary, médecin de la faculté de Paris, qui paroist réunir toutes les qualités nécessaires pour un service aussi essentiel ; mais comme il n'a pu se déterminer à accepter cette place qu'avec quelque augmentation au traitement qui y est affecté, j'ai ajouté, aux 1,8oo livres d'appointements dont il doit jouir, une gratification ordinaire de 600 livres qui sera expédiée par chaque année au moyen de cet arrangement. Le sieur Savary se rendra incessamment à Brest, où j'ai lieu de croire, par tout ce qui m'a été dit en sa faveur, qu'il secondera bien M. de Courcelles ; mais comme ces deux médecins ne peuvent pas suffire pour voir tous les malades de l'hôpital et les officiers, et en outre les malades du bagne et de la ville, il. m'a paru convenable d'établir un troisième médecin, surtout dans les circonstances actuelles où les mouvements de la guerre peuvent toujours fournir un grand nombre de malades, et j'ai nommé à cette place le sieur Maistral, médecin de Quimper, actuellement à Brest, de la capacité duquel on m'a rendu un compte très favorable. J'ai réglé qu'il jouirait de 1,200 livres d'appointements, et je vous enverrai incessamment son brevet ; il pourra être chargé de voir les malades du bagne et de la ville, et je compte qu'il donnera des preuves de son application et de son zèle.

      Dans cette partie, il y a lieu d'espérer qu'avec ces trois médecins, le service des malades sera bien rempli, et qu'on aura en tous tems, à Brest, les secours nécessaires dans les cas imprévus qui peuvent arriver. »

       

       

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      II. Sa traduction de l'Histoire des Insectes de Jan Swammerdam en 1758.

       

      "L'Histoire naturelle des insectes traduites du Biblia naturae de Jean Swammerdam, avec des notes, par MM Savary, médecin du roi, à Brest, Gueneau de Montbeillard, et M. ..." fut publiée en 1758 dans la partie étrangère de la Collection académique, dont elle forme le tome V. Elle est donnée non pas à partir du texte originale en néerlandais, mais à partir de la traduction en latin donnée par   Jérome Gaub, dit Gaubius

       

      Collection académique composée des mémoires, actes, ou journaux des plus célèbres académies & sociétés littéraires étrangères, des extraits des meilleurs ouvrages périodiques, des traités particuliers, & des pièces fugitives les plus rares; concernant l'histoire naturelle et la botanique, la physique expérimentale et la chymie, la médecine et l'anatomie. Traduits en françois, & mis en ordre par une Société de gens de lettres

      A Dijon, chez François Desventes, libraire de S. A. S. Mgr. le prince de Condé, à l'image de la Vierge, ruë de Condé. A Auxerre, chez François Fournier, imprimeur-libraire de la ville. M. DCC. LV. Avec approbation et privilege du Roi. -- ,Dijon

      Format : 13 tomes : diagrs., cartes dont cert. en depl., pl. dont cert. en depl., tableaux en depl. ; In-4

      t.5. Histoire naturelle séparée, t.2, contenant les observations de J. Swammerdam sur les insectes [du Biblia naturae] 1758.

      https://books.google.fr/books?id=J-c_AAAAYAAJ&dq=savary+insectes+collection+acad%C3%A9mique+swammerdam&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

      https://books.google.fr/books?id=jgts7hGlwOsC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

      https://books.googleusercontent.com/books/content?req=AKW5QaeKiVduf7NY7uJgxHtenlF-NJeFTA5vSgtvu6vievr0oLpcFiA9PQFKPFx5nw-YeQPInH18vzOIt3hFg93DnVKO-otDBPzNpu5QgYlvzTkwXFmzOIjBwHJGZT9uDGp86mJDGd2WelRx87YiGqzxQvkJebS6yBJy-4qHpulNd3XTsusOIgr6-m4EUHhv2Dz1RMJkVcwiv2JQmgP2R3E0_tMrRB_oa3HIQmJlUVbMRByxURB1heoXPrqZddee3b6EoDpAIZbu6Gki-2Ui-ho0KHvOqswa8g

      L'ouvrage de Swammerdam (1637-1680) a été écrit en néerlandais , puis publié en deux volumes bilingues  par Hermann Boerhaave avec une traduction en latin (Biblia naturae) par I.D. Gaubius en 1737 et 1738, publié en allemand (Bybel der Natur) en 1752, et enfin traduit en français (Histoire des Insectes) en 1758 par Savary :

       "À sa mort, en 1680 à Amsterdam, Swammerdam laisse une masse de notes et de figures soigneusement dessinées à la main. Or, ayant été accueilli et protégé en France par le renommé voyageur Melchisédech Thévenot à Issy, en région parisienne, avec qui il a toujours entretenu de cordiales relations, c’est tout naturellement à celui qui était comme son « incomparable » oracle et son fidèle ami qu’il lègue la totalité de ses manuscrits. Cependant l’érudit français eut beaucoup de difficultés à récupérer les feuillets qui étaient, pour l’heure, entre les mains d’un traducteur. Lorsqu’il les eut regroupés il se proposa de les publier mais il disparut en 1692 avant de mettre son projet à exécution. Cet ensemble devint la propriété du peintre Joubert puis de l’anatomiste Joseph Guichard Duvernay qui le conserva jusqu’à sa mort en 1730. Son collègue hollandais le célèbre médecin Hermann Boerhaave se porta alors acquéreur des précieux textes. Il les remit en forme et, enfin, les publia en deux volumes, en 1737 et 1738, à Leyde. C’est le fameux Bybel der Natur présenté en format in-folio sous forme bilingue, hollandais et latin, avec 53 planches dépliantes finement gravées sur cuivre. Ce monument, de plus de 1 000 pages, fut par la suite traduit en anglais et en allemand. Sous une forme abrégée, il parut en France (1758) dans le tome V de la collection académique de la Faculté de Dijon sous le titre Histoire naturelle des Insectes traduite du Biblia naturae avec 36 planches et des notes de Savary et de Guénau de Montbeillard. C’est ce dernier qui conte, dans l’avertissement, les péripéties du manuscrit." (J. Aguilar)

       

      Note : Cette historia insectorum ne doit pas être confondue avec l'Historia insectorum generalis ofte Algemeene Verhandeling van de Bloedeloose Dierkens, publiée par Swammerdam à Utrecht en 1669. Il y distingue les insectes à métamorphoses complètes et incomplètes et décrit avec soin ces transformations.

      http://www.dbnl.org/tekst/swam001hist01_01/swam001hist01_01.pdf

      L'Historia insectorum generalis a été traduite du néerlandais en latin en 1685 par Heinrich Christian von  Hennin, à Leyde

      https://archive.org/details/CUbiodiversity1125373

      La traduction française avait déjà été publiée, à Utrecht, chez Guillaume de Walcheren, en 1682 et chez J. Ribbius en 1685 :

      http://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/medica/resultats/index.php?cote=07478x01&do=pages

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1511558w

      .

      IV. Commentaire.

      Cette traduction en français  d'un ouvrage capital pour l'Entomologie (cf en Liens et Sources les avis de Latreille et de Lacordaire) m'ont incité à s'intéresser à l'auteur, à découvrir son prénom, à suivre sa carrière, et à découvrir qu'il s'agissait du second médecin d'Etienne Chardon de Courcelles, dont le rôle pour l'histoire de la médecine navale à Brest, mais aussi pour le développement des collections du Jardin Botanique et pour l'enseignement de la Botanique médicale (la "Matière médicale") fut considérable. 

      Pour traduire et annoter un tel ouvrage, il faut bien-sûr maîtriser le latin, ce qui va de soi pour un docteur en médecine, mais aussi être fort bien averti de l'Entomologie, et notamment, comme le précise la préface, des travaux de Réaumur, dont les Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes est paru de 1734 à 1742.

      Je suis donc amené à m'interroger sur les relations et centres d'intérêt du jeune Jacques Savary pendant ses études de médecine à Paris. A-t-il connu Réaumur, décédé en 1757 ? A-t-il connu Etienne-Louis Geoffroy, qui publiera en 1762 (sept ans après cette traduction) les deux volumes de son Histoire abrégée des Insectes, et dont le père était l'auteur de la Matière médicale publiée par de Courcelles ? 

      Pour tenter de répondre à ces questions, je ne peux que dresser la liste des autres publications de cet auteur. Certaines sont purement médicales, mais deux traitent de l'histoire naturelle : la traduction des Actes de l'Académie de Copenhague, et une description d'un cétacé échoué en rade de Brest.

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      III. Ses autres publications.

      a) Traduction du Traité du scorbut, par Lind (1749).

      b) Thèse sur la voix humaine, rapportée par le Journal des savants de juin 1757

      c) Traduction des Actes de l'Académie  de Copenhague quant à l'Histoire naturelle depuis 1671 jusqu'à 1679. Collection académique de 1757 Partie étrangère, pages 185-376 et Collection académique étrangère tome septième de 1766

      d) Traduction de l'Essai sur l'hydropisie et ses différentes espèces , par Monro , Paris, Ganeau, 1760. Donald Monro (Edimbourg 1727 -Londres 1802), est le fils d'Alexandre Monro, fondateur de l'Ecole de Médecine d'Edimbourg.

      e)  Lettre  sur le grand Vocabulaire français,  insérée dans le Journal des savants de janvier 1768 , in-4.

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      — Publication posthume :

      Description du Diable de mer, un cétacé de douze pieds de long qui a deux mains sous le ventre, composés chacun de cinq doigts articulés  SAVARY, docteur-régent de la faculté de Médecine de Paris, médecin de la marine à Brest.  Journal de médecine, chirurgie, pharmacie, & c, Volume 1774 Tome XXII page 51

       

      DESCRIPTION DU DIABLE DE MER, Par M. SAVARY, Docteur en medecine de la Faculté de Paris, Et Médecin de la Marine de Brest.  Comme le Journal de médecine embrasse aussi les objets de l'Histoire naturelle, je vous envoie , mon cher Confrere , la description d'un poisson qui ne se montre pas communément sur nos côtes , & qu'on ne connoissoit point ici. Le premier qui ait paru vint échouer sur le sable, dans la rade de Brest, près Saint-Marc , au commencement de Mars   dernier. Les paysans, qui n'avoient jamais rien vu de si monstrueux, efrayés de l'énorme ouverture de fa gueule, ľasommerent, & le couperent par morceaux. On ne put avoir qu'une partie de la tête, & deux especes de nageoires ressemblantes à des mains. Il n'en fallut pas davantage pour faire courir le bruit qu'on avoit trouvé un homme marin. Les connoisseurs, qui ont .[...] vacillantes. On diroit, au premier coup d'œil, qu'il y a deux & même trois rangées de dents à chaque mâchoire; mais en examinant la chose de plus près, on remarque qu'entre les dents les plus longues, rangées sur une même li ne, les espaces intermédiaires sont garnis de dents plus courtes, 8c placées tantôt plus en dedans,- tantôt plus en dehors. La mâchoire inférieure est plus longue que la supérieure, qui cependant est capable de s’allonger autant, étant formée de deux cartilages paralleles , joints par une membrane, au moyen de laquelle ils peuvent se rapprocher ou s'écarter l'une de l’autre"

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      — Publication avec Chardon de Courcelles le 3 mai 1768 :

      Exposition des effets d'un nouveau remède dénommé Sirop mercuriel 

      Brest le 3 mai 1768 de Courcelles, premier médecin, Savary second médecin, Dupré, Maistral, Voisin, Billard A Brest le 3 Mai 1768. Signés de | Courcelles, premier Médecin ; Savary, second Médecin ; Dupré , Chirurgien Major ; Maistral, Voisin , Aides-Majors, &

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      V. Le décès de Jacques Savary en août 1768 lors d'une épidémie au bagne et d'une quarantaine à l'île de Trébéron, en rade de Brest. 

      Histoire du Service de Santé de la Marine et des Écoles de médecine navale étudiée plus particulièrement au port de Rochefort par M.A. Lefèvre, ancien directeur du Service de Santé au port de Brest, chapitre IX, 1769 à 1779.

      Epidémie à Trébéron parmi les forçats amenés par une chaîne; mort du second médecin Savary chargé de les soigner; propositions faites en faveur de sa veuve.

       

       

      « Indépendamment des causes de maladies que produisait le mauvais régime des bagnes, d'autres se rattachaient au mode adopté pour le transfert des condamnés dans ces établissements. Le système des chaînes était alors en faveur, après avoir séjourné plus où moins longtemps dans les prisons du royaume, les détenus, réunis sur un même point, formaient le noyau d'une chaîne qui se grossissait sur la route qu'elle suivait pour se rendre au bagne. Voyageant à pied, attachés par le cou à une longue chaîne, mal vêtus, mal nourris, les forçats s'arrêtaient pour coucher, chaque nuit, dans de nouvelles prisons, où ils étaient soumis à de nouvelles influences morbifiques. Il arrivait souvent que la fièvre des prisons se développait parmi eux, exerçait ses ravages pendant \e voyage et à l'arrivée dans les ports menaçait de se propager à la population. Au mois de juin 1768, une chaîne de quatre ou cinq cents condamnés arriva à Brest, elle était décimée par une maladie de nature suspecte, aussi fut-elle envoyée immédiatement sur l'île de Trébéron où on organisa un service de quarantaine qui fut confié au second médecin Savary. Après deux mois de séjour dans cette triste résidence, on croyait la maladie éteinte, lorsque ce médecin en fut atteint et succomba rapidement. Sa mort émut la population qui savait quelle était la conséquence d'un dévouement dont Savary avait déjà donné des preuves multipliées. En rendant compte au ministre de cet événement, on lui rappela qu'on avait demandé pour M. Savary une récompense bien justifiée par ses services et que, sa veuve, restant presque sans ressources par suite du désintéressement dont son mari avait toujours été prodigue, il était juste de reporter sur elle la faveur dont ce dernier aurait été l'objet. On insistait sur la nécessité d'encourager de tels actes afin d'exciter l'émulation de ceux qui, dans de pareilles calamités, seraient tentés de les imiter. En sollicitant la bienveillance du duc de Praslin en faveur de la veuve de ce médecin, on ne dissimulait pas la crainte de ne pas réussir, parce que, disait-on, on ne pouvait établir de parallèle entre les veuves d'officiers militaires et celles d'hommes exerçant une profession où l'on n'attendait que des récompenses pécuniaires, triste exemple des préjugés qui régnaient alors  dans l'esprit des hommes qu'animaient cependant les meilleurs sentiments.

      Pendant une tournée d'inspection que Poissonnier exécuta, quelques années plus tard (1771), dans les ports de Brest, de Lorient et de Saint-Malo, ce médecin fit ressortir l'influence fâcheuse que l'arrivée de chaînes trop nombreuses pouvait exercer sur la santé publique. II obtint que les forçats ne fussent dirigés sur les bagnes que par petits détachements.

      Depuis l'application du règlement du 1er mars 1768, le maintien de la paix avait rendu les occasions d'avancement rares dans le service de santé. Cependant, plusieurs concours eurent lieu d'après les formes nouvelles et à la suite les médailles d'or furent décernées aux candidats les plus méritants. A Brest, l'école était alors dans un état remarquable de prospérité, que M. Poissonnier se plut à signaler, il s'assura de l'instruction des seconds chirurgiens et des élèves. Plusieurs possédaient des connaissances étendues en médecine et en chirurgie. Pendant son séjour, il répartit les cours de la manière suivante:

      M. de Courcelles fût chargé de l'enseignement de la matière médicale et des connaissances pratiques sur l'action des médicaments et sur les doses auxquelles on les administrait. Il devait en outre faire un cours de botanique pendant la saison favorable.

      Le second médecin, Mattel de la Brossière, qui avait remplacé Savary, devait professer la physiologie ou anatomie raisonnée.

      Le troisième médecin, Fournier, la pathologie interne ou l'histoire des maladies.

      Le sieur Vigier fut chargé d'un cours de chimie et de pharmacie, il devait initier les élèves à la pratique des manipulations médicamenteuses.

      Le chirurgien-major Dupré resta chargé du cours d'opération de chirurgie et de la démonstration des bandages et appareils.

      Le démonstrateur Herlin exerçait les élèves à la pratique des dissections et à l'étude de l'anatomie."

       

      ...

      A propos de Maistral :

      "MM. de Courcelles et Savary qui, l'un et l'autre, ont laissé dans les' hôpitaux du port de Brest une mémoire justement honorée, s'adjoignirent une foule de médecins dont nous regrettons de n'avoir pu recueillir les noms. Parmi eux était M. Maistral, de Quimper. Echappé miraculeusement, sur l'île.de Trébéron, où un hôpital avait été organisé par ses soins, à la funeste influence de l'épidémie qui moissonna 300 de ses collègues, il fut recommandé par M. de Courcelles à l'attention du gouvernement qui, quelques années plus tard, l'appela à Brest, et l'admit dans la marine , où il devint premier médecin, et où il s'est fait connaître par un Abrégé de matière médicale. Brest, R. Malassis , 1770, 2vol. in-12.

      Ses deux fils, auxquels la notice suivante est consacrée, surent, dans une carrière où le courage a aussi de fréquentes occasions de se produire, mettre en pratique les leçons de leur père et continuer les honorables traditions qu'il leur avait léguées".

      .

       .

      CONCLUSION.

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      Ce médecin de Marine, brestois durant 10 ans, est méconnu, tant pour sa traduction dont le rôle dans la diffusion des travaux de Swammerdam fut capital que pour sa place, au coté de Chardon de Courcelles, dans la lutte contre les épidémies amenées par les flottes royales dans le port de Brest, et pour son destin tragique. 

      La ville a donné à son patron le nom d'une petite rue Chardon de Courcelles du quartier Saint-Pierre, au dessus de Recouvrance, mais le médecin Jacques Savary (?-1768) est resté dans l'oubli. 

      Quand à l'Histoire de l'Entomologie (ou plus largement des Naturalistes) en Bretagne, elle n'est pas si fournie au XVIIIe siècle et se résume presque aux collections du Président   Christophe-Paul De Robien (1698-1756) à Rennes. 

       (Mael Garrin 2012)

       

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      —SWAMMERDAM, (JAN), 1682, Histoire générale des insectes ou l'on expose clairement la manière lente & presqu'insensible de l'accroissement de leurs membres , & ou l'on découvre evidemment l'Erreur ou l'on tombe d'ordinaire au sujet de leur pretendue transformation, par Jean Swammerdam, docteur en médecine, avec des figures A Autrecht, chez Guillaume de Walcheren, Marchant Libraire demeurant en la place de St-Jan 1682 - 215 pages

      https://books.google.fr/books?id=bu5AAAAAcAAJ&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

      — SWAMMERDAM (Jan), 1738Biblia naturæ : sive, Historia insectorum in classes certas redacta, trad. Hieronimus David Gaubius, préf. Herman Boerhaave,  , apud Isaacum Severinum, 2 tomes.

      Biblia naturae sive historia insectorum t. 1, Leyde, 1737

      http://docnum.unistra.fr/cdm/compoundobject/collection/coll13/id/65389/rec/3

      Biblia naturae sive historia insectorum t 2, Leyde 1738.

      http://docnum.unistra.fr/cdm/compoundobject/collection/coll13/id/68732/rec/4

      — SWAMMERDAM (Jan), 1752, Bybel der Natur, Hermann Boerhave, Leipzig 

      http://docnum.unistra.fr/cdm/compoundobject/collection/coll13/id/114424/rec/1

      — SWAMMERDAM (Jan), 1758, Histoire générale des insectes

      Swammerdam, v. 1669, Histoire naturelle des Insectes : tome V de la collection académique de la Faculté de Dijon  traduite du Biblia naturae avec 36 planches et des notes de Savary et de Guénau de Montbeillard.

      https://books.google.fr/books?id=pppr3UErJ6cC&pg=PA51&dq=savary+%22+brest%22+histoire+naturelle&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwivifrYmuHYAhWCYlAKHejsB8k4ChDoAQhCMAU#v=onepage&q=savary%20%22%20brest%22%20histoire%20naturelle&f=false

       

      — AGUILAR (Jacques), Jan Swammerdam ou le génie envoûté 

      https://www7.inra.fr/opie-insectes/pdf/i151-aguilar.pdf

      — LACORDAIRE (1838) Introduction à l'Entomologie (2) page 632

      https://books.google.fr/books?id=wLzyMohfuNgC&dq=entomologie+swammerdam&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

       

      Ces découvertes, malgré leur importance, ne peuvent être comparées aux travaux de Swammerdam, qui doit passer pour le véritable créateur de l'anatomie entomologique. Né en 1637, à Amsterdam, où il mourut en 1680, une passion, pour ainsi dire invincible, le porta de bonne heure à étudier l'organisation interne des Insectes, leurs métamorphoses et leurs mœurs. Il s'y abondonna avec un zèle qui lui fit négliger les soins de sa fortune et abrégea même sa vie. Il ne parut néanmoins de son vivant que la plus minime partie de ses travaux (2); à sa mort, ses manuscrits, qu'il avait légués au célèbre Thévenot, passèrent en France, et, au décès de ce dernier, dans les mains de Duverney, de qui l'illustre Boerhave les racheta en 1729. Après les avoir mis en ordre, il les publia en 1737 et 1738, sous le titre de Biblia naturae, avec une traduction latine en regard du texte hollandais, faite par Gaubius, professeur à Leyde. Cet ouvrage admirable est encore indispensable aujourd'hui à quiconque veut connaître l'anatomie des Insectes. Un des principaux mérites de Swammerdam est d'avoir introduit la considération des métamorphoses dans la classification. Combinée avec les caractères tirés de l'Insecte parfait, elle seule peut conduire à un arrangement naturel de la classe, et on y revient aujourd'hui après l'avoir négligée pendant longtemps. La classification de Swammerdam peut être exposée en peu de mots de la manière suivante :

      I. Point de métamorphoses. L'animal change de peau, mais garde sa première forme. Araignées , Poux , Myriapodes.

      II. Des métamorphoses.

      a. Incomplètes, L'animal est agile pendant toute sa vie : d'abord il est sans ailes; il en acquiert des rudimens pendant l'état de nymphe, et d'entières sous sa dernière forme. Névroptères, Orthoptères et Hémiptères.

      b. Complètes. L'animal est immobile pendant l'état de nymphe, mais il a des membres. Hyménoptères, Coléoptères, Lépidoptères.

      c. Resserrée. L'animal à l'état de nymphe n'a ni mouvement ni membres distincts. Diptères."

      — LATREILLE (Pierre André), 1822,   De l'origine et des progrès de l'Entomologie
      1822 https://fr.wikisource.org/wiki/De_l%E2%80%99origine_et_des_progr%C3%A8s_de_l%E2%80%99Entomologie

      "Mais si nous remontons un peu plus haut, vers 1660, commencement de notre quatrième période, l’entomologie s’épure et s’asseoit sur une base nouvelle et stable. Rédi et Swammerdam ramènent, par des observations et des expériences positives, la génération de tous les insectes à une loi commune, celle d’une génération ovipare précédée, pour la fécondation des germes, de l’union des deux sexes. Le second et Malpighi, commencent à nous dévoiler leur organisation intérieure, et souvent sommes-nous forcés de consulter encore aujourd’hui l’ouvrage, vraiment admirable pour le temps, le Biblia naturæ du naturaliste hollandais. C’est aussi à lui que nous devons des connoissances précises sur les diverses sortes de changement ou de métamorphoses qu’éprouvent ces animaux et l’idée de les faire servir à leur classification naturelle, ainsi qu’à celle d’un ordre de reptiles, les batraciens. La méthode fondée sur des caractères extérieurs prend encore une nouvelle forme. Elle est simplifiée et réduite en tableaux analytiques. "

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      Published by jean-yves cordier
      17 janvier 2018 3 17 /01 /janvier /2018 23:57

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      La visite des stalles de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon a été l'occasion de découvrir la remarquable thèse de Florence Piat sur l'ensemble des stalles de l'ancien duché de Bretagne, soutenue en 2012. Comme elle a eu la générosité de la partager en ligne, cela me permet d'en faire mon miel dans l'examen des miséricordes et des appuie-mains des 66 stalles. Mais comme c'est un menu très copieux, je consacre cet article aux seules stalles hautes du coté nord, soit 17 miséricordes (ces consoles  fixées à la partie inférieure du plateau rabattable pour autoriser une posture assis-debout), et 16 appui-mains (les accoudoirs des parcloses) qui réservent autant de surprises jubilatoires et révèlent les talents des hûchiers qui ont sculpté le chêne.

      Et puis, après avoir achevé cet article, j'ai découvert que les photographies sous plusieurs incidences des stalles, leurs mesures, et la description des miséricordes par F. Piat, étaient disponibles en ligne sur le site patrimoine.region-bretagne.fr, avec une qualité de documentation exceptionnelle. J'ai donc placé les liens vers l'étude de chaque stalle de ce site, et j'ai procédé à quelques copier-coller ... J'ai décidé de publier néanmoins mon article, car en définitive  les photos des appui-mains, et de certaines stalles, ne sont pas disponibles sur le site en question.

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      Vue générale des stalles de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Vue générale des stalles de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Plan et numérotation des stalles par F. Piat, orienté d'ouest (en bas) vers l'est, c'est à dire de la nef vers l'ancien autel et son ciborium.

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      Numérotation des stalles de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon par Florence Piat. J'ai encadré de rouge les stalles hautes nord, n° 34 à 50.

      Numérotation des stalles de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon par Florence Piat. J'ai encadré de rouge les stalles hautes nord, n° 34 à 50.

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      Vue partielle des stalles du coté nord.

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      Stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      La Première stalle depuis le transept : Stalle n° 34.

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      Première stalle haute nord, en venant de la nef. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Première stalle haute nord, en venant de la nef. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Les statues du haut-dossier.

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      Statue au dessus de la première stalle haute nord. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Statue au dessus de la première stalle haute nord. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Statue au dessus de la première stalle haute nord. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Statue au dessus de la première stalle haute nord. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Miséricorde n° 34 : un ours, attaché par sa muselière à une branche, lève la patte postérieure droite et porte à sa gueule la patte antérieure gauche.

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      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-34/26b383c4-bc57-409a-8ccc-f82dbf334b05

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      "Le côté moralisateur et didactique des figures animales constitue un aspect important de ces images, même si celui-ci est parfois teinté d’un certain humour.

      L’ours sculpté sur la miséricorde n°34 des stalles de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon est le seul représentant plantigrade sur les stalles bretonnes, alors que le motif est fréquent dans d’autres régions. Il est représenté debout, tourné vers la droite de la miséricorde, grimpant dans un petit arbre sans feuilles La gueule entravée par une muselière, une laisse le retient attaché à une branche. Il lève sa patte arrière droite comme s’il voulait grimper sur cet arbre ou se défaire de son entrave. Posant la patte avant gauche sur une autre branche, il porte sa patte droite à la gueule, léchant quelque chose qu’il y tiendrait. L’histoire et la symbolique de cet animal sont extrêmement complexes . Les encyclopédistes médiévaux insistent sur la force de l’ours, qui se situe non pas dans sa tête, mais dans ses bras, ses reins et ses jambes. Sa bipédie et sa sexualité more hominum en font une sorte de cousin de l’homme, un double négatif, symbole des pulsions et tentations non maîtrisées. En s’inspirant de saint Augustin, les auteurs des sermons médiévaux reprirent largement cette assertion que l’ours, c’est le Diable, «ursus est diabolus ».

       Le fauve apparaît ainsi comme un animal mauvais dans la pensée médiévale, et à ce titre, représentatif de nombreux péchés tels que la luxure, la gloutonnerie, la colère et l’envie. Cependant, sa force est encore objet d’admiration, et de l’union d’un ours et d’une jeune femme, qu’il aurait enlevée pour assouvir sa lubricité, naissent des êtres hors du commun et quasiment imbattables, les Hommes sauvages que nous avons évoqués précédemment. Malgré tout, l’ours apparaît à la fin de la période médiévale comme une « assez commune beste » ainsi que le dit Gaston Phébus, habitant de la forêt et également coutumier des foires et autres fêtes lors desquelles il effectue des tours sous la houlette de montreurs d’ours. Déjà, le psautier d’Utrecht et les bordures de la tapisserie de Bayeux, montraient, plusieurs siècles avant les stalles bretonnes, un ours muselé, exécutant un tour.

      L’ours se trouvant sur la miséricorde de Saint-Pol-de-Léon est d’ailleurs lui-même muselé en plus d’être attaché à l’arbre. À Saint-Pierre de Genève, une autre miséricorde représente un ours dont l’attitude est très proche de celui de Saint-Pol.  Vu de profil et tourné vers la gauche, il porte lui aussi sa patte avant gauche à la gueule comme s’il léchait quelque chose. La similitude ne s’arrête pas là puisque le cou de l’animal est ceint d’un large collier clouté. Le geste qu’effectuent les deux ours pourrait renvoyer à une des natures de l’animal décrite dans plusieurs encyclopédies et bestiaires médiévaux : lorsqu’il entame sa période d’hibernation, l’ours prend soin de tremper une de ses pattes dans du miel de sorte que, plongé dans son long sommeil, il puisse se lécher la patte et ainsi se nourrir un peu pendant ce jeûne hivernal. Néanmoins, ce geste peut aussi être interprété différemment, dans une approche plus moralisatrice. En effet, de tous les péchés auxquels la figure de l’ursidé peut être rattaché, la Colère paraît une piste envisageable pour cette miséricorde. Dans ce cas, l’ours ne serait pas en train de se lécher la patte mais bien de ronger son poing fermé, signe de colère autant que d’impuissance. La présence du collier ou, dans le cas saint-politain, de la muselière indiquerait alors la nécessité de contrôler, de maîtriser cette colère." (F. PIAT, 2012)

       

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      NB; Les enluminures d'ours attachés par une muselière et une laisse à un tronc d'arbre sont fréquentes, comme dans les Heures à l'usage d'Amiens BM Abbeville Ms 0016 (15e siècle) :

      http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_2=SUJET&VALUE_2=OURS

       

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      Miséricorde n°34, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°34, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Miséricorde n°34, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°34, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Miséricorde n°34, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°34, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n° 34  : dragon avalant un homme jusqu'à mi-taille.

      Note : la numérotation des appui-mains est différente de celle de F. Piat, qui désigne cet appui-main sous le numéro 31. J'attribue à l'appui-main le numéro de la stalle placée à sa droite.

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      Le dragon, non ailé,  s'identifie par sa gueule, mais surtout par sa queue de serpent. Le dragon est très fréquent dans le décor sculpté des églises et chapelles du Finistère, notamment sur les crossettes, mais il est particulièrement représenté à Saint-Pol-de-Léon dont le saint patron, saint Pol-Aurélien, est célèbre pour avoir débarrassé l'île de Batz du monstre féroce qui la désolait. Cette scène est représentée sur la jouée nord-est des stalles, tandis que la jouée sud-est montre sainte Marguerite sortant du dragon à l'aide de son crucifix. 

      Le fait que l'homme (ou la femme) qui est engagé(e) ici dans une mauvaise passe soit nu(e) peut évoquer la dévoration des damnés par le Léviathan, mais  la posture de l'individu à cheval sur la moulure de l'accotoir, et celle de la Bête accroupie sur la même moulure contribuent à donner à l'appui-main un troublant pouvoir d'évocation érotique ou anal.

      L'un des aspects, qui va nous intéresser tout du long, est le rapprochement de la gueule de l'animal avec les fesses de l'humain, dans une confusion des polarités tête/queue. On connaît le thème du serpent qui mange (ou mord) sa queue : l'Ourobouros, symbole très ancien des cycles naissance-renaissance ou l'éternel retour. Les dragons tenant leur queue dans la gueule sont légions sur les crossettes du Finistère. Mais ici, c'est sans-doute davantage le renversement ou la confusion des valeurs, la dénaturation et le désordre des relations contre-nature qui sont illustrés, tout comme la dissolution des frontières entre Humanité et Animalité.

      Comparer avec l'appui-main n°38, où la scène est inversée.

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      Appui-main n°34,  stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°34, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Stalle n° 35. 

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-35/e72a16c4-65e7-4a0a-96a1-40aae893872d

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      La miséricorde n° 35 : un sarment de vigne.

      En haut, trois feuilles de vigne (fortement nervurées, à cinq lobes aux découpes arrondies) servent d'auvent à un sarment ligneux et forme ainsi la pyramide de soutien de la tablette. 

       

       

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      Miséricorde n°35, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°35, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n° 35 : une feuille. (pas de photo)

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      Stalle n° 36.

      Miséricorde n° 36 : tête de  femme aux cheveux mordus par  deux dragons serpentiformes et aptères.

       

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-36/d4215012-2250-4cce-b8b5-24d18066d367

      "Sur la miséricorde : tête de femme représentée de face, autour de laquelle figurent deux serpents entrelacés qui viennent lui dévorer les cheveux. Elle ne sourit pas mais ne donne pas pour autant l'impression d'être effrayée. Les serpents forment comme une sorte de collier autour d'elle. Leurs dos sont hérissés d'une crête et ils ont de petites oreilles pointues." (F. PIAT)

      C'est la belle indifférence de celle qui "n'a pas l'air de croire à son malheur"...

      Son malheur ? Porter les cheveux longs et défaits, comme une pécheresse. La voilà déjà emportée vers les séjours infernaux.

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      Miséricorde n°36, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°36, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n° 36 : Moine au chapelet.

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      Ce moine, assis, tourné vers sa gauche, porte la main droite au menton (à moins qu'il ne lisse sa barbe). Il porte la robe et l'aumusse qui pourrait en faire un chanoine, si la longueur de sa barbe ne plaidait plutôt pour un ermite, plutôt que pour un gras chanoine issu de la noblesse. Et d'ailleurs, il ne s'agit pas de la douillette aumusse, mais d'un chaperon dont la capuche recouvre la tête chenue. Un indice important est fourni par le chapelet à gros grains. Je suggère d'y voir saint Augustin. Certes, pas de canne en T ni de signe Tau, mais le cochon avec sa clochette se trouve sur la miséricorde n°6, dans les stalles hautes sud. Presque en face.

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      Appui-main n°36, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°36, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Stalle n° 37.

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-37/1cc66e92-dd72-4f06-b96a-2159f530ff29

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      Miséricorde n° 37 : Ange montrant du doigt un phylactère.

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      Les cheveux méchés et l'amict relevé rappellent les anges sculptés par l'Atelier de sculpture sur pierre du Folgoët (1423-1509), auteur du porche sud du Kreisker de Saint-Pol-de-Léon, entre 1436 et 1472. La chevelure est retenue par un bandeau à décor géométrique (pierreries ?). Comme son collègue n° 32, c'est un ange aptère et non nimbé, mais les frou-frou de son aube et sa représentation en raccourci donnent à penser qu'il termine un vol plané quasi horizontal, comme ses compagnons peints par Giotto pour l'Arena de Padoue, et que goûtait tant Marcel Proust lorsqu'il traduisait Ruskin.

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      "L’analyse stylistique des stalles saint-politaines révèle une différence importante entre les rangs sud et les rangs nord, que ce soit sur les miséricordes ou les appuie-main. Plusieurs miséricordes sont caractérisées par le soin apporté à la réalisation des détails. Les personnages ont alors les yeux cernés et très expressifs, les sillons bien marqués et la bouche toujours ouverte et grimaçante. Cette facture ne se retrouve pas sur d’autres miséricordes où les visages des personnages mis en scène sont plus lisses,moins expressifs. La différence est particulièrement évidente entre deux anges tenant chacun un rouleau dans leurs mains et sculptés respectivement sur une miséricorde des stalles basses sud et une autre située sur les stalles hautes nord. L’ange de la stalle n°37 occupe tout l’espace de la miséricorde contrairement à celui de la stalle 32. Le visage est presque inexpressif, le front large et bombé, le nez épaté, les lèvres marquées. Les cheveux sont travaillés en mèches épaisses ramenées vers l’arrière et les plis de son vêtement sont lourds et ondulants. L’ange se trouvant sur la miséricorde 32 semble ramassé sur lui-même, mais il faut y voir un effet de perspective voulu par le sculpteur. Contrairement à l’autre ange qui est vu à partir de la taille, celui-ci est représenté agenouillé, tenant de ses deux mains le phylactère ouvert. Les détails de la chevelure, des vêtements sont plus fouillés que sur l’ange de la stalle 37, donnant une impression de mouvement à l’ensemble. L’analyse stylistique de cet ensemble a révélé qu’au moins trois artisans avaient œuvré à cet ensemble, l’un d’entre eux ayant essentiellement travaillé sur les rangs sud. De cette observation, nous pouvons émettre l’hypothèse que les quatre rangées de stalles n’ont pas été réalisés à la même époque, le côté sud étant plus ancien que le côté nord, probablement issus des anciennes stalles qui garnissaient le chœur des chanoines. Encore reste-t-il à déterminer l’époque de réalisation de l’ancien groupe en l’absence de blason ou de document. ." (F. PIAT, 2012)

       

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      Miséricorde n°37, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°37, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n°37 : chimère Animal / homme tenant un court  bâton.

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      Ce motif débute toute une série de chimères, monstres constitués de parties d'animaux ou d'êtres différents, et qui nous confrontent à leur muette énigme. 

      De face, elle se présente comme un homme, aux bonnes joues,  assez avantageux de sa personne malgré le coup de masse qui a frappé son nez. Il est nu comme un ver, mais est coiffé d'un bonnet ou d'un turban dont nous ne voyons qu'un épais bourrelet. Ses yeux aux contours ourlés nous fixent comme s'il nous posait une devinette : "quelle est la marque de cette sucette ?". Répondez qu'il s'agit, non pas d'une cuillère en bois, mais du sceptre qui témoigne de ses fonctions royales, et il sera satisfait. 

      Mais de profil, nous découvrons ses allures de Sphinx, ou Sphinge, avec ses deux pattes velues emmanchées sur un corps de taureau, agrémentées d'ailes d'aigles, tandis que sa queue de serpent se tortille et se dresse à l'assaut d'un montant du dossier. Quant à son bonnet, il révèle sa vraie nature de bigorneau. Et chacun sait  (Marie Jacob p. 112, D. Sansy 1993, F. Caroff 2002, etc.) que le bonnet conique sert moins à désigner un Juif ou un Musulman qu'à indiquer l'altérité, la différenciation ou l'étrangeté. Ce Sphinge est "oriental", il vient d'ailleurs, il n'est pas des nôtres, ce qui accroît notre égarement .

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      Appui-main n°37, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°37, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n°37, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°37, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Vue générale des sièges n° 37, 38 et 39.

       

      Vue générale des sièges n° 37, 38 et 39, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Vue générale des sièges n° 37, 38 et 39, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Stalle n° 38.

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-38/2f14da4f-f0e9-42c5-b136-38e8a60de089.

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      Miséricorde n°38 : Un paysan avec son outil.

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      "Sur la miséricorde : un homme, vu de trois-quarts et penché vers la gauche de la miséricorde, tient un bâton écoté entre ses mains. L'extrémité inférieure du bâton ainsi qu'une partie de la main gauche du personnage ont disparu. Il porte une tunique ceinturée lui arrivant aux genoux, ainsi que des chausses. Il porte également une sorte de bonnet haut, dont la forme n'est pas sans rappeler une tiare. Son visage n'exprime aucune expression en particulier." (F. PIAT)

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      Je ne suis pas convaincu du caractère écoté du bâton (pour moi, un outil ou une arme) et pas d'avantage de la ressemblance du bonnet avec une tiare. Ce bonnet, effilé, possède un rebord taillé en pointe vers l'avant. Dans l'imaginaire médiéval, tout ce qui est pointu a une connotation négative et révèle une perversion un peu diabolique, c'est même la raison pour laquelle les chaussures nommées "poulaines " étaient dénoncées par les moralistes. Or, précisément, notre homme en porte, des poulaines. Méfions-nous en : il prépare un mauvais coup.

      Dans sa thèse, F. Piat donne un éclairage complémentaire, en voyant ici un joueur [de soule ?]:

      "Les fêtes sont évoquées d’une autre manière sur les stalles de Saint-Pol-de-Léon, en particulier sur les miséricordes n°38 et 39. Sur la première, un homme, vêtu d’une tunique courte et penché en avant, tient entre ses mains un bâton, à l’extrémité brisée, qu’il brandit comme s’il s’apprêtait à frapper un objet qu’on lui lançait.  Les jeux incluant des bâtons étaient nombreux à la fin du Moyen Âge, dont le plus connu, représenté à plusieurs reprises dans l’iconographie bretonne, était celui de la pannoy, qui consistait en un jeu de force opposant deux adversaires assis pied contre pied et se disputant un bâton, placé entre eux deux, en tirant dessus. D’autres jeux nécessitant l’utilisation de bâtons ou crosses étaient par ailleurs pratiqués comme en témoignent plusieurs illustrations tirées d’un Livre d’heures flamand du tout début du XVIe siècle."

       

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      Miséricorde n°38, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°38, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n° 38 : chimère dragon / Femme au hennin.

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      Deuxième chimère, en forme de ruban de Moebius. Là encore, de face, cette sainte-nitoûche les mains croisées sur la poitrine et la tête chastement couverte recevrait le Bon-Dieu sans confession, si elle n'était pas aussi nue. Le bas de son corps, arrondi et plein comme celui d'une sirène, la trahit. Une Vouivre ? Une cousine de la Mélusine ? 

      De profil, tout est clair, ou presque : des pattes griffues, des ailes de chauve-souris, et une queue de serpent : c'en est une !

      Mais cette queue se métamorphose en cou de dragon qui, la gueule dentue largement ouverte, croque d'une seule bouchée le hennin de la brave paroissienne.

      Ce n'est pas le chien qui se mord la queue, c'est la queue qui se mord le chapeau.

      On peut bien y voir la condamnation morale de cet accessoire de mode. Je lis sur Wikipédia :

      "Le hennin ne tarda pas à atteindre des proportions tellement extravagantes qu'il devint l'objet d'ordonnances restrictives spéciales de la part de l'Église. Mais c'est seulement au début du XVIe siècle que cette mode disparut." Or, ces stalles datent de 1504. 

      Finalement, nous tenons peut-être là un fil rouge de la thématique iconographique dans la dénonciation de la nature diabolique du conique et du pointu. L'assimilation du dragon et du Malin est censée être acquise depuis le premier cours (Les Jouées nord-est et sud-est de ces stalles), mais il s'agit maintenant de voir sous quels aspects il se déguise, et quels indices peuvent nous aider. Michel Pastoureau nous a appris à le reconnaître derrière la couleur jaune et les rayures, mais l'absence de peinture nous prive de ces précieux signes. 

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      Mais quel est le commentaire de F. Piat ?

       

      "Hybridation et déformation"

      "Le bestiaire sculpté sur les stalles bretonnes ne se limite pas aux seuls animaux mentionnés dans les ouvrages médiévaux de référence et nombre de sculptures présentent des créatures monstrueuses issues de la combinaison improbable de différents éléments : pattes griffues, corps de chien ou de lion, présence d’ailes membraneuses ou non, fourrure, plumes, écailles, sabots fendus ou pieds fourchus constituent un fonds iconographique dans lequel les menuisiers puisent afin de composer de nouvelles créatures dont la variété semble infinie. Qu’elles aient des éléments humains, généralement des visages, ou uniquement animaliers, ces êtres fantastiques sont une référence aux grylles antiques si largement décrits et commentés par J. Baltrušaitis (Le Moyen Âge fantastique. Antiquités et exotisme dans l’art gothique, Paris, Flammarion, 1981 (rééd. augm. de 1955), 284 p.) Notant que ce type de monstres trouve ses sources iconographiques dans la glyptique gréco-romaine, il observe que le motif connaît un essor formidable à l’époque gothique, principalement à partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, bien qu’il ait déjà été employé dans l’architecture romane. À la fin du Moyen Âge, il constate que le thème du grylle tend à « une dislocation, une vie impétueuse encore plus intense », caractérisé notamment par les oeuvres de Jérôme Bosch où les figures monstrueuses, et souvent grotesques, abondent. Pour saint Augustin, tous ces êtres monstrueux, prodigieux ou merveilleux sont les témoins d’un Dieu créateur, à la fois artiste et artisan, qui oeuvre à surprendre et justement émerveiller l’homme. De nombreux auteurs du Moyen Âge se sont d’ailleurs intéressés à ces mirabillia, depuis Isidore de Séville jusqu’à Hildegarde de Bingen, pointant la multiplicité et l’utilité de toutes ces créatures. Si les voyages de Marco Polo et l’ouvrage de Mandeville ont popularisé les images de populations et créatures exotiques durant la période bas-médiévale, les monstres animaux, qu’ils soient à tête animale ou humaine, restent suspects et empreints d’une forte connotation négative voire démoniaque. Ainsi, pour Dante, le monstre à tête humaine est le symbole même du mal et de l’incarnation de Satan, « enseigne de fraude » et donc image mensongère de la vraie nature de la bête. Sur les stalles bretonnes, ils sont ainsi nombreux à présenter le visage aimable d’un jeune homme ou d’une jeune femme, les épaules généralement couvertes d’un capuchon, alors que leur corps est celui d’un chien (Kerjean, Boquého) ou d’un monstre serpentiforme (Saint-Pol-de-Léon, Dol-de-Bretagne, Tréguier).

      Parfois, la créature hybride semble souffrir de son état comme sur l’appui-main n°35 des stalles de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Femme jusqu’à la taille, le reste de son corps est celui d’un monstre bipède, serpentiforme et ailé se terminant par une longue queue. À l’extrémité de cette queue se trouve une tête de dragon qui, la gueule grande ouverte, est en train de dévorer la coiffe ou plutôt le hennin de la femme. Celle-ci, les bras croisés sur la poitrine, offre un visage suppliant que l’on observe mieux sur les clichés réalisés à la fin du XIXe siècle par Félix Martin-Sabon [fig. n°123]. Son attitude n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle de la jeune femme se confessant et située sur le même ensemble, que nous avons abordée auparavant.

      Cette image est ambivalente dans le sens où elle offre une double lecture : s’agit-il d’une pécheresse apeurée mais résolue à subir son châtiment ou bien est-ce une femme qui, sous des airs contrits, se révèle en fait rongée, au propre comme au figuré, par le mal ?

      D’autres appuie-main (n°34, 37, 40, 59) [ici, n° 37, 40, 43 et 53] du même groupe de stalles présentent également des grylles à visages humains. Hommes, femmes, jeunes ou plus âgés, arborent tous une expression agréable ou innocente, nous orientant plutôt vers la seconde interprétation.

      La femme est, bien entendu, suspecte aux yeux de l’Église, en particulier dans le contexte de la chasse aux sorcières que l’édition du Malleus Maleficarum en 1487 vient légitimer, entérinant un peu plus l’idée que la femme est impure par nature :

      « Tu ne sais pas que la femme est une chimère, mais tu dois le savoir. Ce monstre prend une triple forme : il se pare de la noble face d’un lion rayonnant ; il se souille d’un ventre de chèvre ; il est armé à la queue venimeuse du scorpion. Ce qui veut dire : son aspect est beau ; son contact est fétide ; sa compagnie mortelle […]. Menteuse par nature, elle l’est de son langage ; elle pique tout en charmant. D’où la voix des femmes est comparée au chant des sirènes, qui par leur douce mélodie attirent ceux qui passent et les tuent. » H. Kramer, J. Sprenger , Malleus Maleficarum : Le Marteau des Sorcières, (trad. A. Danet), Paris, Plon, 1973, p. 207. 

      (F. PIAT, 2012)

       

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      Appui-main n°38, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°38, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n°38, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°38, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n°38, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°38, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Stalle n° 39.

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-39/ee5c7633-19d2-420f-81fd-24f1a1f5a248

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      Miséricorde n° 39: deux hommes dansants.

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      " Deux hommes, dos-à-dos et penchés en avant, se tiennent par une main et lèvent leur main libre. Ils sont tous deux vêtus d'une tunique courte, ceinturée à la taille et coiffé d'un bonnet. Ils sont pieds nus. Le personnage de gauche plie la jambe droite, tout comme le personnage de droite plie la jambe gauche. Le talon du pied gauche de l'homme de gauche touche le talon du pied droit de l'homme de droite. Ils semblent effectuer un pas de danse." (F. PIAT)

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      Ces deux hommes sont coiffés d'une calotte, comme s'ils étaient tonsurés ou tondus au bol. D'autre part, ils tiennent une boule (une pierre, une balle ?) dans la main. Cet objet est peut-être un instrument de musique. 

      Plusieurs thèmes s'entremêlent : celui de la gémellité ou du désordre introduit par la duplicité et la spécularité. Celui de l'homosexualité. Celui de la danse, et de la perversion dont l'Église la suspecte. Celui de la torsion (des pieds) et de la flexion (des genoux), s'opposant à la rectitude posturale et donc morale. 

      Après les têtes à queue des chimères, voici donc un pied de nez aux valeurs, qui se retrouvent renversées . Florence Piat écrit dans sa thèse dans un paragraphe titré "Caractères du monde médiéval : Monde à l’envers, fêtes et carnaval." :

      " Les références à une certaine culture carnavalesque sont certainement l’une des caractéristiques les plus fréquentes des stalles médiévales européennes. Jongleurs, danseurs, acrobates et autres fous plus ou moins ensauvagés constituent un vivier d’images dans lequel les menuisiers des stalles de choeur piochent allègrement. Tout comme les images du corps grotesques que nous avons évoquées auparavant et auxquelles elles sont liées, les représentations de carnavals, charivari et autres festivités appartiennent pleinement au répertoire du Gothique international et connaissent un véritable succès dans toutes les cours européennes." (F. PIAT 2012)

      La référence aux travaux de Mikhaïl Bakhtine  est implicite mais évidente. Je poursuis ma lecture aux pages 304 et 305 :

      La miséricorde située juste à côté [du paysan au bâton de la stalle n° 38] représente, quant à elle, deux hommes dos à dos mais se tenant par la main et effectuant un pas de danse, l’une de leur jambe levée comme s’ils tournaient, levant chacun leur bras libre et accentuant ainsi l’idée de mouvement Vêtus de tuniques courtes et ceinturées, comme l’homme de la miséricorde 38, ils portent également une sorte de calot sur la tête. Trouver ce genre de représentations dans les stalles de choeur n’est pas rare mais la scène prend, à Saint-Pol-de-Léon, un accent tout particulier. La cathédrale était en effet le théâtre, une fois par an, d’une partie des célébrations accompagnant la fête des fous qui se tenait juste après la Noël.

      À l’issue d’un simulacre d’élection épiscopale à laquelle participaient les sous-diacres, un évêque était désigné pour le temps que duraient ces festivités. Il était alors intronisé avec tout le cérémoniel requis par les autres participants et terminait son circuit, tel un véritable représentant de l’évêché, dans la cathédrale. Les stalles accueillaient alors ce cortège grotesque et voyaient le déroulement de cette parodie de rite, au demeurant tolérée par les autorités ecclésiastiques :

      « Quelques clercs, sous-diacres et prêtres créaient un évêque ou pape, qu’ils appelaient le pape des Fous ; puis ils le conduisaient à l’église où ils entraient en dansant, masqués, avec des habits de bouffons et de femmes, et chantant des chansons dissolues. Pendant que le pape des Fous parodiait le saint-sacrifice, ils mangeaient des viandes sur le coin de l’autel, y jouaient aux dés, faisaient fumer de vieilles semelles dans l’encensoir en guise d’encens et commettaient mille autres désordres. Cette fête des Fous avait sa liturgie qui nous a été conservée ; à la fin de la messe, le célébrant, tourné vers le peuple, remplaçait les paroles : Ite, missa est, par trois braiements (ter inhannabit), auxquels le peuple répondait sur le même ton (populus verò vice : Deo gratias, ter respondebit : Hinhan, hinhan, hinhan). » (A. Guillotin de Corson, P. Potier de Courcy, G. de Mottay (et al.), La Bretagne contemporaine. Sites pittoresques, monuments, costumes, scènes de moeurs, histoire, légendes, traditions et usages des cinq départements de cette province. Finistère, Paris, Nantes, 1865, p. 71.

      Si rien ne permet de relier directement ces deux miséricordes à la fête des Fous, leur caractère joyeux est cependant indéniable d’autant que les jeux utilisant des bâtons étaient, semble-t-il, plutôt pratiqués à Noël." (F. PIAT, 2012)

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      Miséricorde n°39, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°39, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Miséricorde n°39, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°39, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n°39 : feuille enroulée.

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      Appui-main n°39, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°39, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Stalle n° 40.

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-40/bb844285-f685-41ba-9106-60bf16fad7f0

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      Miséricorde n°40 : composition géométrique pyramidale (pas de photo).

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      Appui-main n°40 : chimère Vieillard / Serpent.

      Nous retrouvons ici le principe employé dans les deux précédentes chimères. De face, nous avons affaire à un vieillard à longue barbe, la tête au front dégarni couverte par le capuchon de son scapulaire. C'est un vénérable moine.  Mais le bas du corps, nu, est celui d'une bête à pattes dotées de sabots de boucs, dont l'arrière se prolonge en une queue fine qui vient s'entortiller avec l'extrémité conique du bonnet. Une fois de plus, la nature maligne de ces bonnets coniques, version masculine du hennin, est dénoncée. Une idée fixe.

      Pourtant, il serait bien réducteur de voir dans ces miséricordes et appui-mains des expressions d'un discours moral des chanoines de Saint-Pol-de-Léon. Loin de toute attitude dévote et chagrine, ces sculptures sont les héritières de l'art des modillons romans et des drôleries des marginalia des manuscrits médiévaux : elles restent irréductiblement en marge de l'iconographie sacrée, cultuelle, ou de catéchèse, ou hagiographique. Elles résistent aussi à toute interprétation monovalente, car elles vont toujours au delà d'une lecture les reliant à des proverbes, à des sources scripturaires, à des expressions érotiques ou ésotériques, ou de la morale ecclésiastique. Elles dépassent notre entendement non pas parce qu'on ne parvient pas à les comprendre, mais parce qu'elle restent au delà de toute interprétation savante. 

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      Appui-main n°40, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°40, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n°40, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°40, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Stalle n° 41.

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-41/211d6f5b-a2ef-4994-bc56-9c88b14df551

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      Miséricorde : composition pyramidale (pas de photo).

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      Appui-main n°41 : Chimère Homme/trompe.

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      Pour moi, le sculpteur continue à décliner le thème de la chimère, de la métamorphose, et de la dissolution des formes conventionnelles au profit de figures fantasques et imaginaires. Influencée par des auteurs aussi illustres que Doroty et Henry Kraus, Florence Piat, après avoir parfaitement décrit "l'hybridation" transformant un chanoine (qui n'est jamais un musicien) en trompe, poursuit en brodant sur le thème du "canard-musicien" pourtant très peu argumenté. L'appendice qui prolonge la tête est-elle une trompe évasée en pavillon? Est-elle un long vase ? 

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      "D’autres appuie-main de l’édifice saintpolitain mettent en scène ces chanoines avec le même soin du détail, sur les exemplaires n°05, 19, 33, 42, 50, 51 et 60 [Annexe 17-G]. La plupart du temps, le chanoine, vêtu de sa robe ecclésiastique et de son aumusse tient un livre ouvert ou fermé, parfois posé sur un écritoire sur lequel il travaille. [...]

       

      L’appui-main n°38 [n°41 ici] fait néanmoins figure  d’exception car, si l’on reconnaît bien la robe portée par les autres chanoines, la tête du personnage relève du principe de l’hybridation.

      Cette sculpture, appelée le canard-musicien dans quelques publications comme celle des KRAUS et de C. PRIGENT, représente un homme assis, vêtu d’une longue robe ceinturée mais dépourvue de l’aumusse ou d’un quelconque capuchon. La tête de ce personnage n’a presque plus rien d’humain, si ce n’est les oreilles qui se dessinent encore de chaque côté, car en lieu et place du nez, une longue trompe se substitue à l’appendice nasal. Le crâne est poli, sans cheveu, et les yeux dont le contour est incisé sont en forme d’amande, rappelant effectivement ceux d’un palmipède. L’homme, le buste penché en avant, tient à deux mains ce « bec » qui lui a poussé sur le visage, essayant de s’en débarrasser. Mais la transformation est déjà trop avancée pour qu’il puisse y arriver. Plutôt qu’un canard-musicien, cette sculpture évoque vraisemblablement un joueur de trompe ou chalumeau qui serait en train de se faire happer par son instrument. Le choix du canard est, dans ce cas, une « image sonore», nous indiquant la qualité de jeu du musicien en question dont la musique tient plus du nasillement que de la mélodie céleste, à moins qu’il n’ait fait « un canard », c’est-à-dire une fausse note ou un son dissonant. Cette sculpture possède donc un certain caractère comique et peut être une évocation des chants et de la musique qui se déroulaient dans les stalles, fournissant aux musiciens un avertissement contre les fausses notes. À moins qu’il ne s’agisse d’un rappel de la condamnation de la musique festive par l’institution ecclésiastique. En1498, l’évêque de Saint-Brieuc interdit les danses accompagnées de musique « profane et scandaleuse » que les fidèles entreprennent devant des chapelles privilégiées afin de gagner des indulgences, rémanence de traditions païennes plus anciennes. Au cours du XVIe  siècle, la tendance générale est d’ailleurs à l’interdiction progressive de ces rassemblements festifs dont les débordements sont récurrents, allant même jusqu’à l’interdiction de la fêtes des Innocents à Rennes en 1562 et, en 1565, à celle des« misteres farces [et] moralitez ». 

      Dans ce sens, les instruments à vent étaient particulièrement dépréciés par rapport aux instruments à cordes et l’action même d’en jouer exposait le musicien à une situation dégradante.

       Cette image pourrait donc être celle d’un musicien corrompu par son propre instrument, perdant finalement de son humanité et, par là-même, son âme. Néanmoins, la forme du canard qui apparaît nettement sur cette sculpture nous oriente vers la première interprétation. Par ailleurs, soulignons, encore une fois, la rareté de ce thème dans les stalles médiévales car si les hybrides sont légion, ce sujet en particulier n’apparaît que sur un nombre restreint de groupes, un autre cas étant mentionné sur les stalles de Barcelone, cependant non confirmé." (F. Piat 2012)

       

       

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      Appui-main n°41, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°41, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n°41, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°41, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Stalle n° 42 : devant les marches d'accès aux stalles hautes.

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-42/6cd93d28-6a79-4349-a99e-0c2cf45462d8

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      Miséricorde n°42 : dragon polycéphale.

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      "Sur la miséricorde : un animal monstrueux à deux pattes et quatre têtes est représenté de côté, tourné vers la droite. Son corps est allongé, pourvu d'une queue et dévoré par trois des têtes : la plus grande est située sur le ventre, la plus petite sur la patte droite et la dernière, de taille intermédiaire, à l'extrémité de la queue. Chacune de ces trois têtes possède un museau aux narines protubérantes et une grande gueule ouverte, à l'intérieur de laquelle on distingue les dents. L'arcade sourcilière est elle aussi très marquée. A droite de la figure, la quatrième tête, qui peut être considérée comme le véritable chef de l'animal, est moins massive mais reprend la même typologie. La gueule est ouverte et elle possède de petites oreilles pointues. Enfin, la queue de ce monstre est recouverte d'anneaux." (F. PIAT)

       

      "À Saint-Pol-de-Léon, une troisième tête se situe sur l’une des pattes, la dévorant tout autant alors qu’à Tréguier, la tête principale s’attaque à ce second chef, essayant de l’empêcher d’atteindre son arrière-train. Au-delà du caractère monstrueux des êtres qu’elles représentent, ces images montrent avant tout que le péché et la tentation démoniaque s’inscrivent dans un cycle d’éternel recommencement car le mal engendre le mal." (F. PIAT 2012)

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      Il faut toute l'acuité d'observation de Florence Piat pour découvrir la présence de ces quatre têtes animales. Cette miséricorde reprend le thème de la confusion ou de l'hybridation tête/queue de l'appui-main 34, elle développe la figure du dragon dont la queue est terminée par une tête en poursuivant le même discours : dans la bestialité diabolique, chaque partie du corps (et chaque fonction) peut s'hypertrophier en un organe céphalique voué aux pulsions de gueules : préhension et appropriation, engloutissement, destruction , morsure, etc.

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      Miséricorde n°42, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°42, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n° 42 : un couple.

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      Il est assez facile de le décrire. Un homme (ou une femme) vêtu d'une longue robe est assis, tête légèrement tournée et inclinée vers sa droite. Il tient contre l'épaule un objet à manche long, comme un battoir ou une cuillère. Sa tête est coiffée d'une capuche ou d'un bonnet. Il est chaussé de poulaines.

      Derrière lui, un autre personnage est agenouillé, prenant appui par son ventre et sa poitrine sur son compagnon. Son vêtement est différent, c'est une tunique descendant à mi-cuisses au dessus de probables chausses. Il incline son visage joufflu et aux épaisses lèvres entrouvertes  pour le poser tendrement sur la tête du premier personnage, qui lui saisit la main.

      L'essentiel de la scène réside dans cette main, dont le pouce atteint le coin de l'œil droit, tandis que l'index s'immisce entre les lèvres  de l'homme assis. 

      L'interprétation est plus ardue. 

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      Appui-main n°42, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°42, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n°42, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°42, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Stalle n° 43.

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-43/07d8d569-fdd2-471e-a146-bf7925cedb4f

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      Miséricorde n° 43 : tête d'homme.

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       "Tête d'homme vue de face. Le visage est allongé, le front haut et dégarni, les cheveux ondulés forment une couronne autour de la tête. Les pupilles ne sont pas creusées mais les yeux sont entourés d'un cerne. Le nez est fin et droit, les joues légèrement creusées et tombantes : un pli est visible sur les côtés de la bouche. Il ne sourit pas, ses lèvres sont fines. Le personnage paraît relativement âgé." (F. PIAT)

       

       

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      Miséricorde n°43, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°43, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n° 43 : chimère .

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      Nouvel exemple, assez simple, d'une chimère homme/animal et d'une antinomie des vues de face et de profil. L'homme est un chanoine, ou du moins,  il a la tête recouverte d'une capuche comme un moine.  Sa face est tournée vers le ciel, comme s'il jouissait d'une irradiation lumineuse ou spirituelle. Cette jouissance extatique pourrait être en relation avec sa sainteté, semblable à une Thérèse d'Avila ou d'un Jean de la Croix.

         Mais de profil, sa robe ne couvre que ses épaules, au dessus d'un corps animal, nu et campé sur quatre pattes de lièvre. A y voir de près, ses lèvres épaisses et ses yeux dilatés témoignent d'une jouissance qui ne doit rien à l'ascèse ou à la contemplation divine.

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      "Ces figures monstrueuses, ces créatures hybrides et contre-nature qui associent la figure humaine et animale sont comprises comme des images du péché, de la tentation qui s’avère multiforme, trompeuse et surtout omniprésente. Dans ce cadre, les chanoines doivent rester vigilants et ne pas perdre de vue que le démoniaque se tapit bien souvent dans l’ombre du sacré. Les représentations de saints tuant ou domestiquant des dragons deviennent alors des figures militantes et des modèles pouvant servir à l’herméneutique chrétienne. Saint Paul-Aurélien ou saint Tugdual terrassant le dragon peuvent ainsi être approchés de manière littérale, en tant qu’événement historique, mais aussi allégorique, renvoyant à l’opposition antithétique du bien et du mal, le saint pouvant représenter l’ecclésiastique de manière générique. Dans un sens tropologique ou moral, c’est le combat de l’âme humaine en prise avec les tentations inspirées du Diable lui-même. Enfin, d’un point de vue anagogique, ces sculptures renvoient aux thèmes développés dans l’Apocalypse et au combat final opposant l’armée christique aux démons, élément que l’on retrouve d’ailleurs sur la jouée haute N.E. des stalles de Saint-Pol-de-Léon.

      Les représentations sacrées et les images à caractère moralisateur sont donc loin d’être anodines ou même minoritaires dans les stalles de l’ancien duché bien qu’elles se retrouvent essentiellement dans les édifices cathédraux. Si le grotesque et même le rire ont leur place dans les sculptures ornant les stalles de choeur, justifiant ainsi l’emploi du terme de « grymasses » dans le contrat de Tréguier, côtoyant ces images pleines de vie, les figures monstrueuses autant que les figures sacrées donnent une image d’un monde certes joyeux mais où le péché est omniprésent. Assis sur ces sculptures de dragons et autres créatures inquiétantes, aidés par les figures de l’Ancien Testament ou des saints ayant eu à les combattre, les membres du chapitre s’affirment comme un rempart, physique, à toutes ces présences démoniaques." (F. PIAT 2012)

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      Appui-main n°43, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°43, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n°43, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°43, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Stalle n° 44.

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-44/ec8c9b95-aa41-4cde-bf87-a9f858ddb131

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      Miséricorde n° 44 : deux feuilles.

      "Sur la miséricorde : deux feuilles, nervurées mais lissées sur les bords, sortent d'un chapiteau à section polygonale et s'écartent pour venir soutenir la console." (F. PIAT)

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      Miséricorde n°44, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°44, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n° 44 : feuille enroulée.

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      Appui-main n°44, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°44, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Stalle n° 45. 

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-45/d58a003d-7b43-40c2-b690-f8e1842b2af3

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      Miséricorde n° 45. Hermine.

      On trouve trois hermines sculptées sur les stalles de Saint-Pol-de-Léon : sur cette miséricorde n°45, sur l'appui-main de la stalle n°25, où elle est entourée d'un ruban et présente un écu, et sur la frise des hauts-dossiers des stalles nord où elle traverse les spires d'un phylactère dont elle tient l'extrémité dans la gueule.

      L' emblème des ducs de Bretagne est l'hermine au naturel,  passante c'est à dire figurée de profil et en marche, accolée de la jarretière (écharpe) frappée de mouchetures,  ou bien traversant les spires d'une banderole portant la devise A MA VIE. Seules les hermines de la miséricorde n° 45 et de la frise peuvent évoquer cet emblème, mais de façon incomplète et incertaine en l'absence de devise, de moucheture, de situation au sein d'un ensemble héraldique ou de toute référence au pouvoir ducal.

      L'hermine traversant le tunnel formé par une banderole est présente dans le chantier ducal de la basilique du Folgoët  ou dans l'église Notre-Dame de Quimperlé (1430). Mais le mécénat des ducs de Bretagne n'a pu s'exercer dans ces stalles édifiées en 1504-1520, et quant à Anne de Bretagne, alors reine de France jusqu'à son décès en 1514, elle passa à la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon en 1505, après son pèlerinage au Folgoët et avant sa dévotion à Saint-Jean-du Doigt, mais sans que cela ne soit marqué par un souvenir particulier.

      Il pourrait s'agir de la reprise d'un motif iconographique, détaché de sa signification emblématique.

      Le lien entre cet hermine et les ducs de Bretagne est donc discutable, mais, comme le rappelle F. Piat, les ducs font des donations pour des reconstructions, fondations et créations d’oeuvres de dévotion, mais ne s’impliquent pas dans la commande de stalles qui ne concerne, en définitive, que les chanoines des chapitres cathédraux et, dans une moindre mesure, l’évêque.

       

      "Sur la miséricorde : une hermine est vue de profil, tournée vers la gauche et le corps entouré dans un ruban. Elle porte également un collier et lève la patte antérieure droite." (F. PIAT)

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      Miséricorde n°45, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°45, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n° 45 : Homme assis à son pupitre.

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      "La plupart du temps, le chanoine, vêtu de sa robe ecclésiastique et de son aumusse tient un livre ouvert ou fermé, parfois posé sur un écritoire sur lequel il travaille. L’appui-main n°42 [n°45 ici] diffère cependant puisque l’on ne saurait dire si le personnage en question est un chanoine, un moine ou un ermite. Portant lui aussi la robe du religieux, sa tête est recouverte par un capuchon dont la forme évoque plutôt la coule que l’aumusse. Assis, il soutient sa tête avec sa main droite, l’air pensif, tandis que de la main gauche il égraine un chapelet. Sa longue barbe fournie, son air serein évoque indéniablement l’idée de sagesse et une sorte de plénitude et de contemplation qui lui aurait été suggérée par la prière. Tous les religieux représentés sur les stalles de Saint-Pol-de-Léon arborent le même sourire et la même attitude bienveillante, les montrant véritablement sous leur meilleur aspect." (F. Piat 2012)

       

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      Appui-main n°45, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°45, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Stalle n° 46. 

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-46/2d207309-035a-45fd-89d7-79ef58733185

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      Miséricorde n° 46. Silvani : Tête d'homme cachée derrière des feuilles.

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      "Les représentations de visages dissimulés dans des feuillages ou de personnages feuillus, les silvani, sont très fréquentes dans les stalles de la fin du Moyen Âge." (F. Piat)

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      Miséricorde n°46, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°46, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n° 46 : dragon mordant sa queue.

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      Voilà donc représenté encore une fois le dragon, dont la queue passe entre les pattes postérieures et fait retour en boucle autour du dos, où l'animal, qui se retourne, la saisit dans sa gueule. Mais l'artiste s'écarte du modèle habituel en remplaçant la mâchoire aux longues dents et à la langue protruse par un bec d'oiseau. D'autre part, il n'est pas ailé.

      Voir la crossette de Landivisiau

      Voir la crossette de Pencran.

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      "La présence démoniaque ne se cantonne pas à la seule figure humaine où elle sert à prévenir le fidèle contre la tentation et à avertir le clerc contre les différents aspects, parfois angéliques, sous lesquels le mal peut se dissimuler. Les représentations de créatures monstrueuses sont en effet nombreuses sur les stalles bretonnes, au premier rang desquelles se retrouve la figure du dragon.

      Mentionné dans les récits hagiographiques des Sept Saints fondateurs, le dragon est l’animal du bestiaire exotique le plus fréquent sur les stalles bretonnes, apparaissant à plusieurs reprises sur les groupes de Champeaux, La Guerche, Saint-Pol-de-Léon et, surtout, sur celui de la cathédrale de Tréguier où les menuisiers en ont sculpté plus d’une dizaine. Le dragon, tel qu’il est abordé ici, ne se limite pas à un seul motif iconographique, cette appellation recouvrant en fait une variété de créatures dont la morphologie s’éloigne des descriptions données dans les sources anciennes. Le thème lui-même reste populaire dans l’art breton jusqu’au XVIIe siècle, que ce soit dans l’architecture, la statuaire ou les vitraux. Par exemple, les charpentes des églises bretonnes utilisent bien souvent des têtes de dragons sur les entraits et blochets. Incarnation par excellence du mal, incarnation de Satan en personne sous la forme d’un dragon rouge dans l’Apocalypse de saint Jean, l’animal, dont la dangerosité est avérée dans de nombreux récits, voit sa morphologie évoluer durant tout le Moyen Âge. Alors que les sculpteurs romans le représentent généralement sous la forme d’un énorme serpent, sans patte ni aile, les sculpteurs du XIIIe siècle le dotent progressivement d’attributs qui, pour beaucoup, résultent d’influences orientales comme les ailes

      membraneuses, les pattes griffues ou la crête qui court le long de son échine. Ainsi, au XVe siècle, l’image la plus fréquente reste celle du dragon serpentiforme, aux larges naseaux, l’échine parcourue d’une crête et doté d’ailes membraneuses rappelant celles des chauves-souris. La créature étant aussi dangereuse à l’avant qu’à l’arrière, sa queue peut parfois se terminer par une petite tête dont la gueule est remplacée par une sorte de bec de canard. C’est sous cette forme qu’il apparaît dans les frises des stalles de Saint- Pol-de-Léon .

      Le mal dévorant est aussi le sujet sous-jacent d’autres sculptures monstrueuses où des êtres fantastiques sont pourvus d’une seconde tête qui leur dévore le ventre." (F. PIAT 2012)

       

       

       

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      Appui-main n°46, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°46, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n°46, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°46, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Stalle n° 47. 

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-47/7757b36d-b368-4a0d-b47e-70a7550ce515

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      Miséricorde n° 47. Feuillage : trois feuilles de chêne réunies à leur base.

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      Miséricorde n°47, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°47, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n° 47 : deux aigles.

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      Deux aigles se combattent, l'un dominant l'autre qui adopte une posture de soumission. Ou bien s'agit-il d'un mâle et de sa femelle. Ou d'un jeune dans la posture de demande de nourriture.

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      Appui-main n°47, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°47, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Stalle n° 48. 

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      Miséricorde n° 48 : décor géométrique.

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      Miséricorde n°48, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°48, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n° 48 : confession ???

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      "À Saint-Pol-de-Léon cependant, la majorité des images impliquant des chanoines sculptées sur les stalles de l’ancien duché de Bretagne mettent en valeur ces derniers, les montrant dans des attitudes positives, attentifs aux Écritures autant qu’à leur rôle pastoral. À ce titre, l’appui-main n°45 des stalles de Saint-Pol-de-Léon est tout à fait remarquable et, à notre connaissance, extrêmement rare dans l’iconographie des stalles de chœur en général. Deux personnages, un homme et une femme, sont en effets sculptés sur cet appui-main, l’un assis et l’autre agenouillé face à lui. L’homme, assis, porte la robe ecclésiastique, ses épaules et sa tête sont couvertes par l’aumusse qui semble dotée d’un bourrelet ceignant le tour de tête du chanoine. Il pose la main gauche sur son genou droit tandis que de la main droite, il touche avec bienveillance l’épaule gauche de la femme agenouillée devant lui, se penchant vers elle afin d’écouter ce qu’elle a à lui dire. Cette dernière est vêtue d’une longue robe recouverte par un grand manteau fermé au niveau de la poitrine. Ses cheveux sont cachés par un bonnet dont les bords, entourant son visage, sont relevés. Elle semble joindre les mains en signe de prière, mais l’expression de son visage reste difficilement déchiffrable en raison d’une usure importante de la sculpture. La délicatesse de cet appui-main haut d’une dizaine de centimètres, la finesse des détails, notamment dans le positionnement des mains est ici tout à fait saisissante." (F. Piat 2012)

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      Appui-main n°48, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°48, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n°48, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°48, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Stalle n° 49. 

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-49/916318e8-69bc-405e-9028-424fd12cd6d3

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      Miséricorde n° 49 : masque crachant des feuillages.

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      "une tête d'homme est représentée de face, portant un bonnet ourlé et crachant ou avalant deux grandes feuilles qui s'étalent de part et d'autre de son visage. Il regarde vers le bas, ses lèvres sont épaisses et l'arcade sourcilière marquée. Les feuilles sont en forme de losange, nervurées et aux bords ondulants." (F. PIAT)

      Ces masques crachant des feuillages abondent parmi les sablières. Faut-il les considérer comme une expression des forces vitales à l'œuvre dans la nature et sous-tendant la marche de l'univers ?

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      Miséricorde n°49, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Miséricorde n°49, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Appui-main n° 49 : cheval tenant un écu.

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      Un beau  cheval est sculpté à moitié, tenant dans sa gueule un écu. S'agit-il d'une allusion au nom du chanoine noble titulaire de cette stalle lors de sa commande ? 

      Il existe un autre appui-main scutifère (portant un écu), celui n° 25, mi-rangée inférieure sud : il s'agit alors d'une hermine, au corps entouré d'un ruban. 

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      Appui-main n°49, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

      Appui-main n°49, stalles nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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      Stalle n° 50.

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-paul-aurelien-stalle-50/e5607092-5ad0-4398-92f0-4cf1a729243a

      Miséricorde  n°50 : rameau à feuilles nervurées enroulées ; pas de photo

      Pas d'appui-main  à gauche, où se trouve la jouée nord-est.

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      CONCLUSION.

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      Malgré le vaste champ d'interprétation, et la recherche de sources découvrant l'origine de telle stalle dans les marges des manuscrits, dans les gravures, les alphabets ou les cartes à jouer, dans les proverbes et expressions populaires, dans les chapiteaux ou les modillons romans, il faut souligner l'art remarquable des huchiers, qui fait que chaque motif est unique, malgré le riche tissu d'influences, de réminiscences et de citations.

      Surtout, ce qui fait le charme inépuisable de ces sculptures, c'est leur caractère joyeux et libre , jamais déplaisant malgré l'irrévérence, jamais sentencieux malgré le message moral dissimulé, jamais grossier malgré le monde carnavalesque qu'elle illustre, jamais dévot malgré leur présence dans un chœur de cathédrale, jamais soumis à une prédication théologique.

      Mais je ne conclurai pas, bien sûr,  sans exprimer mon admiration pour le travail fourni par Florence Piat dans sa thèse.

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      SOURCES ET LIENS.

      Source principale :

      — PIAT (Florence), 2004,  Les stalles de la cathédrale de Saint-Pol-de Léon. Image et culture à la fin du Moyen Âge, 2 vol., mémoire de Maîtrise : Histoire de l’art (dir. X. MURATOVA) : Rennes 2, 2004. (non consulté)

      PIAT (Florence), 2007, Les stalles de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Un édifice au chœur de l'édifice, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère

      — PIAT (Florence), 2012, Les stalles de l’ancien duché de Bretagne, de la fin de la guerre de Succession jusqu’au concile de Trente, [thèse : Histoire de l’art], Rennes, Université de Rennes 2, 2012, 2 vol.2.

       https://www.academia.edu/34924613/THESE_UNIVERSIT%C3%89_RENNES_2_Les_stalles_de_lancien_duch%C3%A9_de_Bretagne._De_la_fin_de_la_guerre_de_Succession_jusquau_concile_de_Trente

      Volume 2 Annexes :

      https://www.academia.edu/34924818/THESE_UNIVERSIT%C3%89_RENNES_2_-_Volume_2_-_Annexes

      http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/recherche/globale?ou=Saint-Pol-de-L%C3%A9on&type=&texte=stalles+

      ...............................................................................................

      Bibliographie complémentaire :

       ALEXANDRE-BIDON (Danièle), 2001, « L’iconographie des stalles : partage et transmissions des modèles (enluminures, gravures...) », in K. Lemé-Hébuterne (dir.), Autour des stalles de Picardie et Normandie. Tradition iconographique au Moyen Âge, Amiens, Encrage, 2001, p. 149-166.

       

       

      —  BILLIET (Frédéric) 2001, « Un mobilier pour le chant. La vie musicale dans les stalles d’Amiens », Autour des stalles de Picardie et de Normandie. Traditions iconographiques au Moyen Âge, (ed. K. LEME-HEBUTERNE), actes du 4e colloque international de Misericordia International, Amiens, septembre 1999, Amiens, Encrage, 2001, p. 29).

      http://docplayer.fr/62357535-L-es-etudes-relatives-a-l-iconographie-des-stalles-de-choeur-ne-peuvent-ignorer.html

      file:///F:/chapelles/Saint%20Pol%20de%20L%C3%A9on%20stalles/Stalles%20blog/05_billiet_frederic_un_mobilier_pour_le_chant_la_vie_musicale_dans_les_stalles_de_la_cathedrale_dami.pdf

       

      —  BILLIET (Frédéric)  Le miroir des miséricordes: XIIIe-XVIIe siècle : actes du colloque Université de Toulouse-Le Mirail. Images et sociétés, Université de Toulouse-Le Mirail. Section d'histoire de l'art Centre européen d'art et de civilisation médiévale, 1996 - 262 pages

       

      .—  BLOCK (Elaine C.), 2003,Corpus of medieval misericords. France. XIII - XVI  century, Turnhout, Brepols, 2003,444 p. 

      E. C. Block: 'Proverbs on Choir Stalls in the Rhineland', ProfaneA. Mid. Ages, v/1 (1996), pp. 25–45

      .—  BLOCK (Elaine C.), BILLIET (Frédéric)  Stalles de la cathédrale de Rouen (Les)

      https://books.google.fr/books?id=7tThdObk0qwC&pg=PA78&lpg=PA78&dq=stalles+saint-pol-de-l%C3%A9on&source=bl&ots=tth0hiC8_3&sig=zZ9bwe1_Qj7cICq9VvvVWu8EHyY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiMjJnC-IvYAhXDDcAKHcx-DRk4FBDoAQhEMAU#v=onepage&q=stalles%20saint-pol-de-l%C3%A9on&f=false

      — BOURNOT-DIDIER (Nancy) , 2000, André Sulpice et les stalles du Rouergue Thèse de doctorat en Histoire de l'art soutenue à Toulouse 2

      "Andre sulpice, ligni faber menuisarlus fusterius, selon les textes, originaire de bourges, fut le concepteur entre 1462 et 1489-90, des stalles de la cathedrale de mende. De la chartreuse saint-sauveur et de la collegiale notredame de villefranche-de-rouergue ainsi que de la cathedrale notre-dame de rodez. D'autres chantiers lui furent longtemps attribues : les stalles de la cathedrale de bourges, de la cathedrale de vence, de notre-dame de la carce de marvejols de la cathedrale de beziers, de l'eglise de l'abbaye de loc-dieu et une partie des actuelles stalles basses de la cathedrale de rodez. Cette these declasse ces ensembles en s'appuyant, soit sur une stricte analyse comparative, soit sur l'existence de documents. Lorsqu'il ne subsiste aucun vestige, ni aucun texte d'archives les stalles ont ete definitivement ecartees des realisations possibles de l'atelier d'andre sulpice. Malgre des qualites techniques de menuiserie et de sculpture dont ont fait preuve les ouvriers particulierement experimentes de l'atelier de sulpice, son rayonnement dans le rouergue et les environs fut peu important. Seules les stalles de salles-curan refletent son influence en devellopant deja les motifs ornementaux de la renaissance, visibles depuis 1492-1498 aux dossiers des stalles consulaires de villeneuve d'aveyron, puis de conques et dans une moindre mesure a sauveterre-de-rouergue. Conjointement et systematiquement a l'analyse formelle de chaque ensemble de stalles est menee une etude sur les chapitres de chanoines, les emplacements et les questions de preseance des ecclesiastiques et parfois des laics et la liturgie propre aux stalles. Ce travail ne se cantonne pas a une description iconographique des misericordes, il aborde le fonctionnement d'un atelier de menuiserie la personnalite d'un maitre-d'oeuvre en compte la destination originelle des stalles en tant que mobilier liturgique, reflet d'une severe hierarchie capitulaire, parfois facteur de conflits politiques."

       

       

      — CHARLES (Olivier ), 2004, Chanoines de Bretagne, carrières et cultures d'une élite cléricale au siècle des Lumières, Presses Universitaires de Rennes

      http://books.openedition.org/pur/17414

       

      —  DURAND (Georges) : Monographie de l'église Notre Dame, cathédrale d'Amiens. Tome II . Yvert et Tellier, 1903.

      http://www.stalles-dg.info/Acc/durdescrip.htm

       

       

      — KRAUS (Dorothy et Henry), 1968, Le monde caché des miséricordes. Suivi du répertoire de 400 stalles d'églises de France. Paris, 263 p. Les éditions de l'amateur.

      MISERICORDIA INTERNATIONAL MEDIEVAL ICONOGRAPHY

      http://misericordia-international.blogspot.fr/

      SITES PHOTO

      http://tchorski.morkitu.org/14/stpol-01.htm

      — PELAD-OLIVIER (Monique), L'emplacement et l'organisation des stalles de la cathédrale de Rouen des origines à nos jours.

      http://docplayer.fr/62033271-L-emplacement-et-l-organisation-des-stalles-de-la-cathedrale-de-rouen-des-origines-a-nos-jours.html

      http://www.rouen-histoire.com/Cathedrale/Stalles/Index.htm

      — PEYRON (Paul), 1901,  La Cathédrale de Saint-Pol et Le Minihy Léon, Quimper, Imprimeur de l’Évêché, 1901, 248 p. (lire en ligne) ou archive.org

      https://archive.org/stream/lacathdraledesa00peyrgoog#page/n12/mode/2up/search/psallette

      — PRIGENT (Christiane)   Sculptures de danseurs et de jongleurs dans les édifices religieux, à l’époque romane et à l’époque gothique. « Représentations sculptées de danseurs et de jongleurs comme manifestation de la culture laïque dans les édifices religieux à l'époque romane et à l'époque gothique », in M.S.H.B., tome LXXI, 1994, p. 279-313.

      https://hicsa.univ-paris1.fr/documents/pdf/MondeRomainMedieval/Prigent.pdf

      — LANGLOIS (E.-H.) 1827, Notice sur les bas-reliefs des stalles de la cathédrale de Rouen et sur le Lay d'Aristote, E.-H. Langlois, Rev. de la ST. Lib. d'Em. de la S.-I., 1827, p.12.
      — LANGLOIS (E.-H.)  1838, Stalles de la cathédrale de Rouen, E.-H. Langlois, 1838.

      — LEMÉ (K.) 1994,  Stalles de Haute-Normandie, K. Lemé, Etudes Normandes, 1994/3, p. 21.
      —  LEMÉ (Khristiane), 1993, Images de la société à travers les stalles du nord-ouest de la France, XIVe http://www.theses.fr/1993PA040260

      LEMÉ (Kristiane) : Le costume au début du XVI°siècle à travers les stalles de la cathédrale d'Amiens. Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie. 4° trimestre 1996

      LEME-HEBUTERNE, Kristiane. Les Stalles de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens. Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie. Paris : Picard, 2007, tome XXVI.

      p. 17-44 ; p. 57-114 ; p. 168-173

      TOURTIER, Guy (de), PRACHE, Georges. Les Stalles de la cathédrale d’Amiens, XVIème siècle. Lyon : Lescuyercz, 1970.

      Kristiane Lemé-Hébuterne, Les stalles de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens, Paris, Picard, 2007, 28 cm, 248 p., 213 fig. en n. et b. et en coul., carte, plans, dessin. – ISBN : 978-2-7084-0792-3

      JOURDAIN (Edouard) et DUVAL (Charles) : Les stalles de la cathédrale d'Amiens. Extrait des Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie. Amiens, Duval et Herment 1843.

       — AMIENS. 1509 et 1522.

      https://inventaire.hautsdefrance.fr/dossier/stalle-du-choeur-decor-en-bas-relief-d-une-jouee-la-vierge-des-litanies/08160568-5bd4-486b-8dce-04262e6e6f4e

      https://inventaire.hautsdefrance.fr/recherche/globale?texte=Amiens+stalles

       

      https://www.richesses-en-somme.com/cath%C3%A9drale-insolite-int%C3%A9rieur/stalles-de-la-cath%C3%A9drale/

       La visite virtuelle des stalles peut se faire sur le site  http://www.stalles-dg.info/Pag/accueil.htm

      — BEAUVAIS : Inscription sur la 10ème stalle du côté gauche en haut sur une miséricorde : DE avec étoile et lune

      https://inventaire.hautsdefrance.fr/dossier/ensemble-de-83-stalles/afd61497-aa6e-4021-b20b-5c2f92980865

      SOISSONS

      https://inventaire.hautsdefrance.fr/dossier/serie-de-82-stalles/a873a336-a6d3-42a7-888e-e7f1a5ef3caa

       

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      • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Théraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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