Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 18:31

La chouette harcelée par les oiseaux. Cinquième partie : la chasse à l'épervier et la chasse à la pipée dans le Livre de chasse du Le Roi Modus et la royne Ratio. Et les réflexions que cela inspire à la  reine...

 

 

Voir les six parties  :

Sur le hibou harcelé, voir aussi (et surtout) :

.

 

Vous mes amis que je ne connais pas

Je ne vous connais pas

Mais je vous imagine

Rien d'autre comme en moi

Qu'un rêve qui s'obstine

Hourrah

Jean Ferrat

.

Mais avant de me mettre au travail, une chose que j'aurai du faire depuis longtemps : remercier ma petite centaine d'abonnés. Un grand grand merci venant du fond de ma solitude de bloggeur de fond.

Et hop ! j'y vais.

.

 

.

Je ne reprendrai pas le résumé des parties précédentes. D'ailleurs, je n'aime pas les prétéritions. Non, je ne dirai rien de la façon dont les oiseaux diurnes harcèlent les rapaces partiellement nocturnes telles que les Chevêches. Rien de l'astuce cruelle des oiseleurs et autres chasseurs qui utilisent cette animosité pour capturer ou tuer les passereaux de toutes plumes. Rien des considérations de Hoefnagel ou de Dürer qui élèvent au rang de vertu stoïque ou chrétienne la passivité impuissante des chouettes ainsi chahutées par les foules hargneuses de volatiles énervés. Je passerai sous silence ce paragraphe du livre des déduis du Roy Modus qui traite de la "chasse au brai" (ou aux breulles) en plaçant une malheureuse chouette comme appât pour attraper les grives. Non pas parce que ces pratiques d'un autre âge sont strictement interdites par le bel Âge d'or d'aujourd'hui. Mais parce qu'il suffit de cliquer sur les liens ad hoc des cinq passionnants articles de mon chapeau.

Donc, j'attaque in media res par un paragraphe du premier livre du Roy Modus et de la royne Ratio (XIVe siècle), qui précède celui de la chasse aux grives, mais qui m'avait d'abord échappé : celui de la chasse aux éperviers, avec encore !, une chouette pour appât. Puis j'enchaîne avec la chasse à la pipée, et avec les commentaires de Madame Modus, autrement dit la reine Ratio, sur ce comportement cynégétique. 

.

I. Cy devise comment len prent espreviers a la perche : comment attraper un épervier dans un filet grâce à une chouette disposée en appât.

 

.

 

 

Le texte (d'après l'édition de Blaze 1839).

"Cy devise comment on prent espreviers a la perche.

L' aprentis demande on prent de ceste maniere les espreviers à la perche. Modus respond : Il n'est nul oysel qui tiengne perche que on ne prengne bien au laz; mais pource que les espreviers n'ont mie les jambes si grosses ne si fortes comme ont les faulcons, on ne les prent mie volentiers au laz. Et aussi ne tiennent mie espreviers leurs perches si communement comme font les faulcons ; mais on les prent à la perche en autre maniere. Si vous dirons comment.

Du temps d'yver qu'il faict grant froit, espreviers perchent volentiers ou bois, où il y a bon abry, et perchent es menues bois de fustoyes grosses comme ung homme porroit empoingner à deux mains. Et tousjours perchent emmy le bois, et perchent volentiers coste dune haye. Et te metz à l'oriere du bois au dessoubz du vent, car il vient volentiers à sa perche contre le vent, environ soleil couchant. Et se tu le vois entrer au bois, si te preng bien garde par quel endroict il se boutera. Donc approche tout bellement, toute l'oriere du bois, tant que viengnes à l'endroit où il se bouta, où tu orras comme les menus oyseaulx l'agacheront ; et quant il sera anuittié, si te boute au bois, et le quiers tout bellement parmy le bois. Et se tu le treuves, si gaitte une nuyt ou deux, pour savoir s'il tient son pays; et se tu vois qu'il le tiengne, ten tes paus, ainsi comme il est figuré comme il te sera devisé, regarde où il perche, et pren deux paus d'iraigne à trois verges. De quoy les deux bouts des deux paus se tenront à une des verges, et ès deux autres bouts aura deux verges, et seront tendues en trepié, ainsi comme à quatre affours de où l'esprevier perche, et soyent tendus en la plus clere place, et en la moins encombrée de bois que on porra trouver; et les cordeaux si peu amorsés es oches qu'ilz chiéent légierement, se l'esprevier se fiert dedens. Puis fay ung ployon de deux lies verges en la maniere que tu le vois, et hault en les deux verges aura loyé ung peu de mousse ou une chuette, si serra, et aura environ elle ung peu de plume, et au milieu de tel arcon ara voye une ligne, de quoy le bout sera porté loing, et celun qui le gaittera sera au bout du cordel enfaillolé , et s'il voit l'esprevier, il tirera a soy tout bellement la ligne, et au laisser aler la chuette branlera des aesles, et quant l'esprevier la verra, il se veura flatrir emmy les paus, Et ainsi sont prins les espreviers à la perche."

Glossaire :

perche : lieu où les oiseaux se perchent : le roi Modus avait expliqué précédemment que Faulcons prennent leurs perches ...es arbres des grands forests et es bois, et es falaises ...L'Epervier d'Europe Acciter nissus se perche en effet pour chasser dans les bois de feuillus de préférence clairsemés, près des lisières, pour y pouvoir voler : ce qui correspond au texte qui mentionne l'intérieur d'un bois, dans de petites futaies, près des orières (bordure), et à la tombée de la nuit (soleil couchant).

—paus : très vraisemblablement, forme pour  palis, paulis "pieu, poteau". 

— iraignes : filets (en forme de toile d'araignée) pour attraper les oiseaux.

fustoye : graphie fustaine (français 1301) cf. notre "futaie". Godefroy donne l'adjectif fustain, fustayne : "de bois". Le Bnf fr. 1297 emploie la forme fustaie.

affour : Godefroy afour, arfour, arrefour : "pas, enjambée".

ployon : ou ploion : Godefroy "baguette flexible servant à tendre des lacets" : ou "baguette, branche en général".

arçon : diminutif d'arc, mais ici, le mot prend le sens d'arceau, comme le montre l'enluminure. Voir aussi  Godefroy "demi-cercle qui forme le tomberel ou la tonnelle, espèce de filet à prendre les perdrix" .

enfaillolé : le ms 1301 donne enfueillolé : du verbe enfoillir : Godefroy "couvrir de feuilles, enfeuiller".

branlera : "balancer, agiter". Mais le ms fr. 1301 utilise "bavolera des esles". Voir CNRTL : [D'un oiseau] Bavoler des ailes. "Battre des ailes". Pourtant Godefroy Complément donne pour bavoler "voler bas", qui ne convient pas, ou "voltiger", mais il cite cet exemple d'un poème de J. de Baïf qui convient mieux à notre occurrence par la délicieuse évocation d'une jarretière qui s'agite : Sous le souple jarret la peinte banderole D'un jartier ondoyant sur la grève [jambe] bavole.  (Et parmi la blancheur des membres qu'elle estend Un incarnat rosin flambe s'entrejettant , etc.. in Evvres en rime.) D'ailleurs, un bavolet désigne "une coiffe paysanne ornée d'un volant couvrant la nuque" ... et battant des ailes.

flatrir : ou flatir : "se jeter, se précipiter". Voir Godefroy qui cite précisément cet exemple.

En résumé, on chassera l'épervier en plaçant, là où il a l'habitude de se percher, en confectionnant un piège fait de filets (ou "araignées") ouvert en triangle, au centre duquel sera placé sur un support une chouette (ou de la mousse ?) qui, sous l'effet d'une corde, agitera ses ailes. Lorsque l'épervier fondera sur la chouette ou son leurre, le piège sera refermé.

 .

Les enluminures.

Le Bnf français 1297 folio 84v 

Le texte décrit une chasse de nuit par grand froid d'hiver. L'artiste a donc peint un ciel bleu-nuit, et constellé, mais il a  oublié d'ôter les feuilles aux arbres. L'épervier est fidèlement peint, avec son dos gris-ardoise, sa gorge blanche striée, sa longue queue et ses ailes larges. Une touche de jaune rehausse les yeux et le bec. La chouette est posée sur un arceau, sans liens visibles. Son bec est crochue, sa tête n'est pas aussi ronde et lisse que celle d'une Chevêche, ses yeux sont blancs et noirs. Le piège du filet, dont les cordes sont manipulées par un chasseur accroupi dans un arbuste,  est retombé sur les deux oiseaux. Selon le texte, une corde devrait être reliée à l'arceau pour faire en sorte que la chouette branle des ailes.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f176.item.zoom
.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1297 folio 84v, Gallica.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1297 folio 84v, Gallica.

.

Bnf fr. 1298 folio 82r.

Cette miniature diffère peu de la précédente, même si le ciel est ici bleu clair et que l'homme qui tire la corde est debout, tourné vers la droite, et chaussé de poulaines.

.

 

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1298 folio 82r, Gallica.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1298 folio 82r, Gallica.

.

Bnf fr. 1301 folio 92v.

La chouette ne prête pas ici à confusion avec un hibou.

.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1301 folio 92v, Gallica.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1301 folio 92v, Gallica.

.

Bnf fr. 1302 folio 87r.

L'enluminure est très comparable au bnf fr. 1297.

.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1302 folio 87r, Gallica.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1302 folio 87r, Gallica.

.

Arsenal 3079 folio 210r.

C'est le dessin le plus original puisque le piège est tendu à la cime d'un arbre. Un chasseur, en tunique courte et chausses, a laissé son bonnet et grimpe à l'arbre, tandis que son collègue tient la corde du rondel. On verra que cette situation en hauteur du piège se retrouve, dans le même manuscrit, pour l'enluminure de la pipée.

.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bibl. de l'Arsenal 3079 folio 210r, Gallica.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bibl. de l'Arsenal 3079 folio 210r, Gallica.

.

Bnf français 12399 folio 86v.

L'enluminure de ce manuscrit, dont nous avons vu qu'il était considéré comme le meilleur de tous, n'apporte rien de plus pour la compréhension de la technique de chasse.

 nhttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f176.item.zoom.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 86v , Gallica.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 86v , Gallica.

 

.

II. La chasse aux oiseaux grâce au cri de la Chouette : "Cy devise Modus comme on prent les oyseaulx à la pipée".

Cette chasse à la pipée, qui se pratique en automne après la Saint Michel (29 septembre) et avant la chute des feuilles, est proche de la chasse au brai décrite dans ma quatrième partie mais elle se caractérise théoriquement par l'usage d'appeaux contrefaisant le cri de la Chouette. Mais ici, le roi Modus, ainsi que les artistes qui enluminent le texte, font intervenir la chouette elle-même, posée sur un bâton. Les appeaux sont de quatre  sortes : on débute en appelant les oiseaux avec un appeau de feuille de lierre. Puis on utilise  soit la feuille d'arbre (hêtre ou autre), soit la feuille d'herbe ou gramen  placée entre les lèvres, soit un appeau de bois.

De sorte que la différence avec la chasse aux grives de la chasse au brai repose surtout sur l'usage de gluaux, des tiges enduites de glu.

.

Le texte (d'après l'édition de Blaze 1839)

 

Cy après devise Modus comment on prent les oyseaulx à la pipée.

"L'aprentis demande comme on prent oyseaulx à la pipée. Modus respond : La Saison de piper au bois as oyseaulx si commence après la Sainct Michel archange, et dure tant comme les fueilles sont es arbres: Et quant les arbres sont descouvers de leurs fueilles, les oyseaulx se puent asseoir en pluseurs lieux où l'on ne porroit mettre gluons à quoy ilz peussent prendre, car tant plus sont les arbres couvers de fueilles, et mieulx se prennent; et aussi est la saison plus froide, et ont plus l'entente à pasturer que à eulx esbatre, ne aler à la pipée. Et de tous les déduiz qui peuvent estre à prendre oyseaulx, c'est le meilleur, le plus delictable et le plus plaisant. Si vous dirons comme il se faict : Au commencement de la saison de piper, pipers valent mieux au matin que au vespre, pour ce que le temps est gay, et ne sont mie les oyseaulx si aigres de pasturer comme ilz sont quant il fait froit. Tu dois adonc faire ta pipée ung jour ou deux avant que tu pipes, et soit faicte ou pays où les oyseaulx hantent au matin, et garde bien que tu ne faces ta pipée trop desnuée, ne descouverte, c'est à dire que tu ne coppes mie trop de branches, ne souplui ne le bois dedens la pipée, et la fay la plus couverte que tu porras, Si en sera mieux prenable; et garde que quant tu vouldras piper que tu viengnes si matin à la pipée que tu ayes ta pipée gluée à soleil levant, ou ung peu après.

Et agache premièrement de la fueille d'ierre; car c'est une chose qui moult attrait les oyseaulx de venir à la pipée. Adoncques porras tu piper de trois manières: L'une d'une fueille de fay ou d'autre arbre, l'autre si est d'erbe que on met entre ses lèvres. La tierce est d'une pipee de bois, où l'on met une teille bien parée faicte d'enton d'esglantier. Et doit on piper basset et attrait, et plus gros pour les mesles que pour les pinchons et autres menus oyseaulx.

On doit avoir une chuette ou ung autre huant mis sur ung baston, ainsi comme vous pouvez veoir en la pourtraicture pour les attraire. Les gluons à piper doivent avoir ung pic de long à pié main, et doivent estre ſichies sur la branche, que l'ung pende d'ung costé et l'autre de l'autre, si que les bolz des gluons atteignent ceulx qui vont devant, affin que l'oyseau ne se puist asseoir entre deux qu'ilz ne prengment. La pipée du soir est bonne, quant le temps est refroidi, que les oyseaulx quièrent l'abry pour eulx jucher, et si laissent les hayes et les hameaux et vont au bois oü il y a à mengier de prunelles, de chevelles, de graines de pueples, et de telles choses qu'ilz menguent volentiers. Pipe toujours où tu sauras que les oyseaulx seront, et dois commencer à piper devant soleil couchant, se les oyseaulx ne sont environt oy, et s'ilz y sont, tu pues bien piper plus tost. Ces gluons doivent estre bien déliés et doivent estre de blanc boul et jaune, et qu'ilz soient ung peu pelus, car ceux de rouges bouilliaux ne ceux qui sont grumeleux ne valent riens parce que la glu n’ y puet tenir, et s'en est ung oysel tantost desveloppé. Et la glu ne se puet desadherdre de ceux qui sont de blanc boul qui sont pelus, et pource ne s'en puent les oyseaux desvelopper ni eux en aler. Ca glu doit estre de joennes houx. La plus verde est la meilleure de toute glux,"

Glossaire :

— Adoncques porras tu piper : je lis dans les ms consultés et quant tu agachiees de la fueille dierre perchiée lors que pourras tu (fr 1297) ou Et quant tu aras agachiee de la fueille dierre perchiee donques pourras tu piper (fr 12399). Ce qui donne l'indication de la feuille de lierre percée

fay (ou fou, fr. 1297 et 12399) : "hêtre". 

teille : Godefroy renvoie à tille : "pièce"  "bois ", ficelle fait de l'écorce du tilleul". Le CNRTL donne "partie filamenteuse du bois". De tilia, "tilleul", le Lidenbaum de Schubert...

enton : pour Godefroy, qui cite en exemple notre texte "ente, greffe". La teille bien parée faicte d'enton d'esglantier serait-elle ici une lame de bois fait d'un greffon (un petit rameau nouvellement poussé) d'églantier ? J'ai des scrupules à abandonner cet enton d'esglantier — l'églantine de Proust !— qui me fait des signes désespérés  pour que j'en saisisse mieux le sens. Que font les chercheurs ? Le fr 12399 donne une pipe de bois ou len met une teille bien paree qui est faite dantem desglentier : pipe désigne un pipeau. Le ms 3079 omet le mot enton : une pippe de bois ou len met une teille bien paree qui est faite d'englentier . 

chevelles, de graines de pueples :  le ms 12399 donne "de cheneles, de graines de pinne". Chenele renvoie à cenele donné par Godefroy : "baie rouge de l'aubépine et du houx", qui convient parfaitement.

— boul : "bouleau".

.

Les enluminures.

.

  

 

.

Bnf fr 1297.

Fond or, sol vert où des herbes ou fleurs sont esquissées. Le pipeur, dont on ne voit que la tête couverte d'un chaperon rouge et la main, est caché dans une futaie de six arbustes touffus ; il porte à ses lèvres l'appeau, un objet vert (feuille, herbe ?) et ovale dont il module le son avec sa paume. Il est tourné vers les oiseaux de gauche. Les branches des arbres ont été dépouillées de leurs feuilles, sauf à leur extrémité, et équipés de gluaux bien visibles à gauche sous la forme de lignes blanches parallèles. Seul un oiseau est encore en train de voler, les autres sont englués, et celui de gauche pend, attrapé par l'aile.

A droite, un tasseau horizontal émerge du taillis, et sert de support à la chouette.

Source Bnf : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f193.item.zoom

.

.

Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1297 folio 93r , Gallica.
Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1297 folio 93r , Gallica.

Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1297 folio 93r , Gallica.

.

Bnf fr. 1298 folio 90v.

Le chasseur porte ici un chapeau de feutre gris, plus discret. Ce qu'il tient entre ses lèvres ressemble fort à une feuille. La chouette n'est pas représentée. Les arbres sont apprêtés pour la pipée, et les gluaux sont clairement visibles. Tous les oiseaux semblent s'y être posés.

 

Source bnf  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f183.item

.

Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1298 folio 90v , Gallica.

Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1298 folio 90v , Gallica.

.

Bnf français 1301 folio 101v.

Un sous-bois, une tête de pipeur, une chouette, trois oiseaux (tête grise, gorge aurore, ventre grivelé). C'est tout.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f216.item

.

Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1301 folio 101v , Gallica.

Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1301 folio 101v , Gallica.

.

Bnf français 1302 folio 95r

Assez semblable à fr 1297, avec sept oiseaux dont un seul est encore libre ; mais le fond est bleu nuit ; le bonnet du pipeur est discret. Les gluaux sont bien visibles. 

Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1302 folio 95r , Gallica.

Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1302 folio 95r , Gallica.

.

Bnf fr. 3079 folio 228v.

L'inspiration de cette peinture d'un manuscrit du XVe siècle est totalement originale, par sa technique ou son paysage d'arrière-plan, mais aussi par son sujet : la chouette (en fait, un hibou avec ses aigrettes) est placée sur un support haut placé au faîte d'un arbre. Les gluaux ne sont pas dessinés. Parmi les neuf oiseaux, on compte cinq pies. Deux chasseurs guettent, mais aucun n'est en train de piper.

Sourece bnf http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f466.item.r=du%20Monde.zoom.

Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 3079 folio 228v  , Gallica.

Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 3079 folio 228v , Gallica.

.

Bnf français 12399 folio 95v.

La réputation du manuscrit daté de 1379 n'est pas usurpée : l'enluminure sur fond d'or rehaussé de rinceaux rouge est très stylisée (feuillage représenté par trois grosses feuilles, personnage vu en pied à l'intérieur de la loge qui le dissimule, sol et loge faits de feuilles ovales alignées, ...). Néanmoins, aucune concession n'est faite à la précision didactique et à la valeur documentaire de la scène. 

Mais  le plus intéressant est la description du pipeur. Il porte un bonnet blanc, une tunique rouge courte, des bas de chausse, des chaussures à la poulaine (interdites par Charles V en 1368 mais dont la mode ne passa qu'en 1470), et un chaperon rouge rabattu. Ce dont il joue pour piper, ce n'est ni la feuille de lierre, ni celle du hêtre, ni le gramen, mais  un instrument en bois, tenu transversalement comme un harmonica, long d'une petite coudée, avec deux points noirs qui sont peut-être des trous. Il ne lui manque que le son pour satisfaire notre curiosité.

Le plus délicieux n'est pas dans sa jambe gauche passée sous la droite jusqu'à l'équin du pied, mais dans son regard orienté en haut et à gauche, cherchant le ton juste dans le lointain des feuilles qui bougent au vent, dans la concentration sur un objet doucement mobile.

.

Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 95v  , Gallica.

Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 95v , Gallica.

.

Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 95v  , Gallica.

Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 95v , Gallica.

 

Documentation : l'art de piper selon Jacques-Joseph Baudrillart.

.

Pour mieux comprendre la scène, comme je l'a fait pour la chasse au brai, je me suis plongé dans la lecture du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart ( entre 1821 et 1848). Tout en soulignant ce qui concerne la chouette.

Ainsi, je retrouve les deux temps décrits dans Le Roi Modus : le pipeur commence d'abord avec la feuille de lierre  pour attirer les petits oiseaux, en imitant le geai et d'autres oiseaux : on dit alors qu'il froue.  Puis il utilise l'herbe à piper, ou un appeau, et imite alors  la chouette : c'est alors qu'il pipe à proprement parler.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529872s/f607.item.r=appeau%20chouette

 



Page 600-601. Manière de piper et de frouer ; conduite à tenir pendant la pipée.

"En restreignant à sa propre signification le mot piper, c'est l'art d'appeler les oiseaux avec un appeau qui imite le cri de la chouette, ou celui des autres oiseaux. Ainsi, on dit, dans ce sens, qu'un oiseleur pipe bien quand, au moyen des appeaux à piper (voyez ces mots) ou d'une feuille de  chiendent, il imite bien la chouette, et qu'il réussit à attirer un grand nombre d'oiseaux ; mais cet art est très difficile , et si l'imitation n'est point parfaite, les oiseaux ne s'y laissent point tromper. Il faut que si le pipeur ait appris de la chouette même à imiter son cri.
Lorsque l'oiseleur a terminé tous ses préparatifs, il rentre dans sa loge avec ses aides et les personnes qui doivent assistera sa chasse. Un vêtement sombre et peu apparent est celui qui convient le mieux à ceux qui doivent se montrer, et le silence le plus profond est de rigueur. Avant d'imiter le cri de la chouette, il excite la curiosité des oiseaux en frouant doucement à l'aide de la feuille de lierre (voyez Appeaux) ; il exprime d'abord le cri des petits oiseaux, parce que d'après l'instinct de la nature, qui leur fait connaître l'inégalité de leurs forces, ce sont eux qui appellent les plus forts. Attentifs à ces premiers sons, qui doivent être assez forts pour être entendus de loin, et baisser ensuite à mesure que les oiseaux approchent, ceux-ci ne tardent point à y répondre ; et il arrive même quelquefois que l'oiseleur n'a pas besoin de piper , et que le seul appel fait avec l'appeau à frouer suffit pour attirer et prendre beaucoup d'oiseaux. Il imite successivement le cri du geai, cet ardent agresseur de la chouette, et au cri duquel les autres oiseaux se rallient, celui de la pie, du merle, de la grive, du pinson, de la mésange et des autres espèces les plus hardies et les premières arrivées, lorsqu'il s'agit de combattre.

Mais lorsqu'il a entendu les oiseaux répondre à ses sons, il fait entendre quelques légers cris de la chouette, au moyen de l'appeau ou de l'herbe à piper. 
Peu à peu les sons qu'il tire de la feuille de lierre deviennent plus forts et plus précipités , les cris de la chouette qu'il entremêle deviennent aussi plus aigus ; il s'agit de peindre le moment où les oiseaux s'enhardissent à attaquer leur ennemie et où celle-ci cherche à fuir, en les menaçant par ses cris. Si on avait alors quelques oiseaux vivans, il faudrait les faire crier, en leur serrant un peu les ailes ; ce qui amène ceux de leur espèce et en fait venir d'autres. 
On a remarqué que le rouge-gorge , qui fait peu de bruit, attire presque toutes les espèces ; que le pinson attire les grives , les merles, les geais et les pies, et qu'enfin les geais font accourir les pies, outre leur propre espèce. 
Lorsque le pipeur s'aperçoit que les oiseaux sont en foule autour de la loge, il fait entendre plus rarement et d'une manière plus faible et plus lugubre les cris de la chouette, comme si elle était alors réduite à l'extrémité ; les oiseaux croient que leur ennemi va succomber, cherchent à le découvrir pour achever sa défaite, et voltigeant sans cesse de branche en  branche, rencontrent les funestes gluaux.

Quelques auteurs conseillent de casser la cuisse à une chouette et d'agiter de temps en temps l'os fracturé pour la faire crier ; c'est alors que la pipée devient productive, et que la terre se couvre d'oiseaux qui se précipitent à l'envi. Ce succès a valu à ce moyen le nom de la pièce de victoire; mais il n'est pas toujours possible de se procurer une chouette pour chaque pipée, et l'on réussit sans avoir recours à ce moyen barbare. 
On conseille aussi de s'emparer promptement des premiers oiseaux qui tombent à la proximité de la loge et de les faire crier, en leur cassant une mandibule du bec, après quoi on leur retrousse les ailes sur le dos. Ce moyen n'est pas souvent nécessaire, parce que les oiseaux qui se sont abattus à terre avec  les gluaux font entendre assez de cris pour le rendre inutile. 

Oiseaux qui se prennent à la pipée. Les rouges- gorges, les roitelets, les mésanges sont les premiers à répondre au frouement ; c'est alors, ainsi qu'on l'a déjà dit, que l'on imite le cri de la chouette ; les premiers coups de l'appeau doivent avoir une demi-heure d'intervalle, ensuite on pipe et on froue alternativement. Bientôt paraissent les pinsons, les geais, les merles, les grives, les draines, les pic-verts, les fauvettes, les verdiers , les bruans, les moineaux, les rossignols , les gros-becs, etc.; les corbeaux , plusieurs espèces d'oiseaux de proie diurnes et nocturnes et généralement toutes les espèces qui se perchent et répondent à l'appeau. On n'y prend que rarement des ramiers, des tourterelles  des linottes, des chardonnerets. 
Lorsque l'heure de terminer la pipée est arrivée, les chasseurs sortent de la loge et vont ramasser les oiseaux ; il est rare qu'il s'en échappe , car ils s'entortillent tellement dans les gluaux qu'ils ne peuvent  souvent faire aucun mouvement. On doit se méfier  de certains oiseaux qui pincent très serré. "

.

On lira aussi la préparation et la tendue de la pipée (taille des arbres, préparation des gluaux) page 600

.
 

.

Les appeaux.

 

Baudrillart Page 111 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529872s/f118.item.r=%C3%A9pervier%20chouette.texteImage

"Appeaux à piper et à frouer. Dans la pipée  on a différens sons à imiter : le cri de la chouette qui attire les oiseaux, les cris de ces oiseaux , le bruit de leur vol et plusieurs bruits propres à fixer leur attention. 

Les anciens appelaient pipeaux les instrumens dont ils se servaient pour imiter le cri de la chouette, et l'on emploie encore le mot piper pour exprimer l'action de rendre le cri de cet oiseau, tandis que l'on exprime, par le mot frouer, l'action de faire rendre à des appeaux les cris et autres bruits des oiseaux qui viennent à la pipée. "

1°) Appeaux à frouer : la feuille de lierre percée.

"Frouer, c'est produire, en soufflant sur un instrument quelconque, des sons qui imitent les cris et le bruit que font les oiseaux , tels que les grives, les merles, les geais, etc. lorsque ces oiseaux, animés contre là chouette, leur ennemi commun, cherchent à se venger, réclament du secours et s'enhardissent les uns et les autres à l'attaquer: II faut que l'oiseleur s'attache à rendre par les sons de l'appeau, les sentimens dont les oiseaux sont animés, leur crainte, leur envie de se venger, leurs cris d'alarme. Il doit se rappeler quels sont les cris des geais, quand après avoir entendu la chouette ils entendent aussi le cri d'un oiseau qu'ils croient en péril, et ne pas oublier que ces cris, dans ce moment, sont bien différens de leurs cris ordinaires d'appel. On sent que pour bien frouer, quoique cet art soit moins difficile que celui de piper, il faut avoir assisté plusieurs fois à une pipée.

L'un des plus anciens et des meilleurs appeaux à frouer est une feuille de lierre disposée en cône, fig. 2 , PL 34. Sa préparation consiste à la percer dans le milieu d'un trou a, fig. 3 , à un tiers de sa longueur, du côté de la queue ; ce trou doit être assez grand pour y passer un grain de chenevis. On le fait en pliant la feuille de lierre en quatre, et en enlevant le petit coin avec ses dents, ou mieux encore en se servant d'un emporte-pièce carré. On roule cette feuille de manière qu'elle forme le cône représenté fig. 2, et pour s'en servir, on la tient entre les trois premiers doigts d'une main qui présente la pointe de ce cône à la bouche; puis on souffle par ce bout, et à l'aide des coups de langue on rend les sons que la circonstance exige. "

.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f87.item.r=planche%2033

Appeaux à frouer, Planche 34 fig. 1 à 6 par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

Appeaux à frouer, Planche 34 fig. 1 à 6 par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

.


2°) Appeaux à piper.

"On se servait autrefois des appeaux ou pipeaux représentés par les fig. 13, 14, 15 et 16 de la Pl. 33.

La fig. 13 est celle d'un appeau de la plus ancienne date, qui consiste dans un petit morceau de bois entaillé et uni dans son entaille, servant de base à une languette faite d'un petit ruban de soie, qui était recouverte par une petite pièce de bois carrée ; il y restait un intervalle où l'on aurait à peine passé la pointe d'un couteau.

La fig. 14 représente un appeau que l'on nomme pratique, à peu près aussi ancien que le précédent, et qui est fait d'une lame de fer-blanc ou de plomb, recourbée, à ses deux extrémités bb sur une autre plaque de fer-blanc, et également moins longue. Une faveur assujettie entre ces deux plaques, fait l'office de languette et sert à rendre le son qu'on veut imiter . Cet appeau est encore estimé aujourd'hui.

La fig. 12 est celle d'une feuille de chiendent, qui a servi aussi fort anciennement à la pipée, sous le nom générique de gramen, et qui est toujours employée avec le plus grand succès. Mais cette feuille, que les oiseleurs appellent l'herbe à piper, n'était pas employée dans les premiers temps avec l'habileté nécessaire, et il faut encore une longue pratique pour s'en servir avec avantage.

Le choix du chiendent est une chose importante. Les pipeurs en distinguent deux sortes ; celle qui doit être préférée est le chiendent qui croît dans les bois sombres et frais, dont la feuille est mince, couverte d'un duvet presque insensible à la vue, et dont la côte du milieu soit petite et aplatie. On prend les feuilles qui tiennent au milieu de la tige, parce que celles d'en bas, étant épaisses, résistent trop à l'agitation de l'air, et rendent des sons durs et criards , et que celles du haut de la tige sont trop tendres et peuvent se rompre lorsqu'on en fait usage, ce qui expose à donner des tons faux. On cueille ces feuilles lorsqu'elles sont vertes, cependant elles sont encore bonnes, quoique fanées.
On peut remplacer ce chiendent , qu'on ne trouve pas dans tous les bois , par une autre espèce qui lui ressemble fort, et qui n'en diffère que parce qu'elle est fort velue et que ses soies sont grandes et raides. […] Pour piper avec cette feuille, on la prend avec l'index et le pouce de chaque main et on la place entre les lèvres, en ayant soin de ne pas l'approcher jusqu'aux dents, et de ne pas la serrer avec les lèvres; la langue, en se baissant et s'élevant par intervalle contre le palais, augmente et diminue par mesure la capacité dé la bouche, et sert à modifier l'air que le pipeur pousse contre la feuille; et ces modifications lui font rendre les cris lents et plaintifs de la chouette. Quant aux tremblemens monotones que le pipeur fait de moment à autre, ils doivent venir du gosier.

Comme il est très difficile de bien piper avec le chiendent, et qu'il y a peu de personnes qui y réussissent parfaitement, on n'a point encore abandonné lès pipeaux de bois, de fer-blanc, etc.

La fig. 17 PI. 33, est celle d'un appeau à languette qui est toujours fort en usage. Il se fait avec un morceau de bois de coudrier ou de chêne vert, que l'on entaille, comme la figure l'indique ; on en polit bien la portion entaillée, puis on lève adroitement une languette de bois, que l'on amincit avec un morceau de verre ou un canif. La fig. 18 représente la pièce de bois qui doit remplir le vide de l'entaille c d de la fig. 17, dont les extrémités, coupées obliquement, la maintiennent, quoiqu'on puisse encore la fixer en la liant, aux deux extrémités, avec un fil. Cette pièce, fig. 18, est également évidée à sa face inférieure, pour laisser assez de jeu à la vibration de la languette a."

 

.
 

 

 

Appeaux à piper, Planche 33 fig. 12 à 16  par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

Appeaux à piper, Planche 33 fig. 12 à 16 par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

.

La figure 19 est celle dont la description m'évoque le plus la pipe de bois ou len met une teille bien paree qui est faite dantem desglentier :



"La fig. 19 représente un autre appeau, qui consiste en deux pièces de bois évidées, entre lesquelles on met une feuille de chiendent ou bien une pièce d'épiderme de cerisier, c'est à dire une petite peau transparente qui recouvre la grosse écorce du cerisier. On lie les deux pièces ensemble , par leurs extrémités, au moyen d'un fil.

La fig.16 est celle d'un pipeau de l'espèce précédente, qui a une languette a. On le fait soit de saule, soit de chêne, de coudrier ou de sarment. L'écorce de ce dernier sert de languette. On lie les deux pièces avec un fil aux deux pièces avec un fil, aux deux bouts, comme dans la figure précédente."

.

Appeaux à piper, Planche 33 fig. 17 à 20  par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

Appeaux à piper, Planche 33 fig. 17 à 20 par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

.

IV. Les commentaires de la reine Ratio : valeur allégorique de la chouette, et de la glue.

Feuillets CXXXJX et suivants de l'édition Blaze

"Le roy Modus vous a devise comment moult d'oyseaulx sont prins à la glus par le fait et engin d'homme. Si vous diray comment les menus oyseaulx viennent aguettier le huant ou la chuette, si sont prins à la glus telment qu'ilz ne puent voler ne bouger. Je entends par ceste glus char d'homme et de femme, car glus est si ardent et si tenant qu'il n'est riens qui desadherdre s'en puist. Elle se prent et adhert à tout ce que elle attouche, et par especial à la plume des oyseaulx. Et je entends par le huant et par la chuette aucuns grans seigneurs de ce monde. Si vous dirons comment le huant et la chuette si ne s’osent monstrer de jour, ains se tiennent es creux des arbres tant qu'il soit nuyt. Et ce font ilz pour ce qu'ilz ne pourroient durer aux menus oyseaulx qui les suichent et agachent. "

"Ainsy est il d'aucuns grans seigneurs de ce monde, car ilz ont la char si glueuse et si ardant comme est la glus qui s'adherd à la plume des petis oyseaulx. Aussy les grans seigneurs prennent et adherdent la plume des menues gens qu'ilz engluent et prennent du leur sans payer. Et quant les menues gens viennent pour demander le leur, ces seigneurs ne s'osent apparoir comme le huant, car ilz seraient aguechiez des menues gens qui crient et agachent en demandant ce que on leur doit ; ainsi sont ilz engluez par la convoitise de la char qui est trop adherdant ; et les menues gens ont les plumes si englues qu'ilz ne se puent aydier. Dont quant la char d'homme est si gluant et si adherdant, puet elle bien estre accomparagié à la glus. Plus est de telle condicion que, quant elle est mouillié, elle ne se puet prendre ne adherdre à aucune chose; aussy est il de la char d'homme. Quant la char d'homme est bien mouillié de larmes de contricion et de repentance, elle ne puet prendre ne soy adherdre fors que à ce que deu luy est de droit et de raison. Et est ce qui puet destruire à homme la mauvaise volenté de la char qui est à homme grant ennemi. Et se tu te vuelz deffendre de ces trois ennemis, c'est assavoir du deable, du monde et de la char, Sois garni de trois choses, c'est de foy, d'espérance et d'amour, et sois armé de trois armeures, c'est de confession, de repentance et de satisfaction. Ainsy ces ennemis ne te porrant nuyre ni grever. Explicit le livre des déduis des chiens et des oyseaulx que le roy Modus ordonna."

Glossaire :

— desadherdre : voir Godefroy desherdre, deshardre : "détacher, déprendre". Et voir  en vénerie harder CNRTL "attacher les chiens à la harde", et enharder "attacher par la laisse".Donc ici, desadherdre signifie détacher de la glue, décoller, mais avec une allusion aux liens reliant les chiens de chasse. 

 

Résumé :

La glue est comparée à la chair et au désir charnel entre homme et femme, désir si intense que rien ne peut le rompre. Mais les larmes de la contrition et de la repentance permettent, comme l'eau sur le plumage évite à la glue de coller, aux êtres humains d'éviter d'être assujettis à la chair. 

La chouette est assimilé aux grands seigneurs, qui se cachent durant le jour et se montrent la nuit, et qui en outre, "plument" les gens du peuple.

In fine, le diable, la chair, et  le monde sont les trois ennemis des humains, comme les appeaux, la glue et la chouette sont ceux des oiseaux. La reine propose trois protection, Foi, Espérance et Charité, et trois armures, Confession, Repentance et Satisfaction [opposé à Envie ?] . 

L'exemplaire Bnf fr 1298 du Roy Modus et la Royne Ratio place, à la fin de ce discours de la reine Ratio, une enluminure du folio 93v que la base Mandragore intitule Allégorie de la convoitise. Elle représente une autre modalité de chasse à la chouette : une chouette dans le creux d'un arbre, et un hibou sur une souche au centre d'une clairière, attirent huit oiseaux vers des tiges enduites de gluaux et tendues sur des cordes.

.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f190.image

 enluminure du folio 93v  du manuscrit Bnf fr 1298 du Roy Modus et la Royne Ratio , source Gallica.

enluminure du folio 93v du manuscrit Bnf fr 1298 du Roy Modus et la Royne Ratio , source Gallica.

.

V. Le manuscrit Bnr fr 12399 : une énigme... et sa réponse.

 

L'énigme est présentée par Elzéar Blaze dans son introduction à son édition de 1839 des manuscrits du Roy Modus et de la royne Ratio :

 

"La Bibliothèque Royale possède un grand nombre de manuscrits du Roy Modus ; la plupart sont enrichis de dessins coloriés, représentant des sujets de chasse fort curieux par les costumes du temps, les armes dont on se servait, et par les scènes diverses qu'ils représentent. Le manuscrit portant le numéro 652–12 [actuellement français 12399]  fut fait en l'an 1579. A la dernière page se trouve une rosace dans laquelle on lit les vers suivants:

Les lettres de ci environ

Si font le nom et le sournom;

Qui bien les saroit à droit mettre

Et curieux de l'entremettre,

De celui qui cest livre fist

Et du clerc qui son songe escript,

Quil a prophésie a monstré,

U checle dessus est nommé,

Qui le livre a fait et trouvé. C'est tout.

Vous croyez trouver le nom de l'auteur, et vous pensez avoir atteint le but de vos recherches, pas du tout: dans le premier cercle vous voyez douze lettres, et dans le second quinze lettres, quine forment aucun sens. Il faudrait savoir comment les placer, et le copiste ne nous en a pas donné la clé. En combinant de mille manières les vingt-sept lettres dont je viens de parler, on parviendrait peut-être à former le nom, le surnom et les qualités de quelque savant de cette époque; c'est un soin que je laisse à ceux qui sont doués d'une grande patience..."

Souhaitez-vous vous y frotter ? Voici le cercle en question, tel qu'il apparaît au folio 177v du manuscrit Français 12399 de la Bnf . Mais lisez auparavant le texte qui l'accompagne, puisque son chronogramme peut vous aider. : 

Explicit le livre du roy modus et de la royne ratio qui parle des deduis et de pestilence

Puis la souscription a été effacée, à l'exception  de la dernière ligne :

Explicit lan de grace  mille CCCLXXIX. [1379]

.

D'autre part, les lettres sont les suivantes : 

DRHIENREIESEREF
HDOSEDMISNER

et le texte inscrit dans le cercle est : Les / lettres de ci environ / si font le non et le sour/non— qui bien les saroit / a droit metreet curieux de / lentremestre —de celui qui cest / livre fist et du clerc qui son / songe escript. Qui la prophe/sie a moustre u checle des/sus est nommé qui le livre a fait et trouvé. / C'est tout.

.

Bon courage. Vous avez une heure.

.

Explicit du ms Bnf fr. 12399 folio 177v du Roy Modus et la royne Ratio.

Explicit du ms Bnf fr. 12399 folio 177v du Roy Modus et la royne Ratio.

.

La solution : Henri de Ferrières Saint-Hilaire  et son copiste Denis d'Hormes.

En 1869, un célèbre paléographe, Alphonse Chassant (1808-1907) s'arme de patience et découvre la résolution de l'énigme, ainsi qu'il en donne le récit dans le Bulletin du Bouquiniste :

"Et c'est par cette indifférence ou cet égoïsme que ce secret de Polichinelle est entré dans la tombe avec les contemporains de l'auteur du Roy Modus. Et à nous, chercheurs du XIXe siècle, postérité négligée des anciens, mais curieuse et soucieuse à bon droit des hommes et des choses du passé, à nous de faire tous nos efforts pour retrouver le nom d'un auteur qui mérite d'autant plus de nous occuper que, de l'attestation du savant éditeur de son livre, pays du monde la grande chasse porte le nom de chasse française, c'est au Roy Modus qu'il faut en attribuer l'honneur. C'est donc plus qu'un nom, c'est une illustration à exhumer.

On a vu plus haut comment il procède. II trace deux cercles concentriques, et dans leur circonférence il distribue un certain nombre de lettres, en ayant bien soin de faire observer 1° Que Les lettres de ci environ Si sont le nom et le sournom. De celui qui cest livre fist, Et du clerc qui son songe escrit . 2°) Que ces mêmes lettres sont transposées, puisqu'elles n'auront de sens que pour celui Qui bien les saroit à droit mettre Et curieux de le entremettre. 3° Que dans le cercle extérieur se trouvent les noms de l'auteur U chècle dessus est nommé Qui le livre a fait et trouvé. 4° Et par conséquent que dans le cercle intérieur sont les lettres qui forment le nom et le surnom du copiste du clerc qui son songe escrit."
D'après ces données, pas de méprises possibles. Chaque cercle renferme un nom et un surnom. Il n'y a pas à combiner de mille manières les 27 lettres, pour en former le nom, le surnom et les qualités de quelque savant de cette époque, comme le pense M. Elzéar Blaze. Il faut opérer sur chaque cercle séparément. "C'est tout".
Muni des instructions qui précèdent, et certain du lieu où chacun des deux inconnus s'était réfugié, je me lançai résolument à leur poursuite.
Le cercle extérieur fut le premier champ de mes explorations.
Quinze lettres rangées dans un ordre mystérieux, espacées à peu près à égale distance en occupent toute la circonférence.
Aucune d'elles n'affecte de prééminence, n'est précédée d'un signe quelconque pour indiquer un point de départ. Par où commencer, à quelle lettre donner la préférence? Voilà ce qu'on se demande tout d'abord, et ce qui faisait regretter à M. Elzéar Blaze de n'avoir pas la clé.
En adoptant pour la disposition de ses lettres la forme symbolique du cercle, qui n'offre ni commencement ni fin, l'auteur a voulu évidemment mettre les chercheurs dans l'embarras du choix. II ne faisait en cela qu'imiter les Grecs et les Romains qui inscrivaient sur un cercle les noms, soit de leurs dieux, soit de leurs amis, soit de leurs esclaves, à l'égard desquels ils ne voulaient laisser voir aucune préférence ou, sans remonter si haut, l'institution romanesque des chevaliers de la Table-Ronde, où l'honneur était également partagé, où l'on ne pouvait distinguer quelle était la première, la seconde ou la dernière place, avait-elle donné à notre auteur l'idée de son procédé? Qu'importe Je pris les lettres du grand cercle telles qu'elles s'offraient, et, commençant par celle qui occupe le sommet de la circonférence, je les transcrivis dans l'ordre qu'elles suivent de gauche à droite, ainsi:
F. D. R. H. I. E. N. R. E. I. E. S. E. R. E.

Ces 15 lettres comprennent donc :

  • 7 voyelles EEEEEU dont 5 E et 2 I
  • 8 consonnes DFHNRRRS dont 3 R

Ces lettres n'offrant dans leur suite aucun sens, lues à droite ou à gauche, accusent une transposition certaine. Je dus donc opérer à leur égard de la même manière que pour dégager un nom d'un anagramme. Après quelques tâtonnements, je fus assez heureux pour trouver, le jour même de mon entrée en connaissance avec le Roy Modus de M. Elz. Blaze, le nom et le surnom de l'auteur :

HENRI DE FERIERES,

Nom d'une grande famille, déjà connu dans les lettres, et où venaient si à point, et sans effort, se placer les cinq E, les deux 1 et les trois R des quinze lettres qui s'offraient à mes premières investigations.

Encouragé par ce premier succès, j'attaquai le second cercle, où était caché le copiste. Douze lettres disposées et transposées comme les précédentes se déroulaient en cet ordre de gauche à droite, en commençant par la lettre qui occupe le sommet du cercle
H. D. 0. S. E. D. M. I. S. N. E. R.

Où se trouvent :

  • 4 voyelles EEIO dont 2 E
  • 8 consonnes DDHMNRSS dont 2 D et 2 SS


J'avoue que je tournai longtemps dans ce cercle sans rien découvrir qui pût me satisfaire. J'arrivais bien à des noms acceptables, mais pour le surnom, il ne me restait pas assez de voyelles, ou j'avais trop de consonnes. Plusieurs fois, las et découragé, je renonçai à mon entreprise. Après tout, me, disais-je, qu'importe à l'histoire littéraire le nom d'un copiste? Nous avons le nom de l'auteur du Roy Modus, n'est-ce pas l'essentiel? Mais j'avais beau me raisonner ainsi, je me sentais toujours attiré néanmoins vers ce maudit cercle, pour lequel ma persistance semblait croître en raison de la difficulté. Un jour enfin, mieux inspiré, ou plus favorisé du hasard, dans une nouvelle battue, je pus saisir par les oreilles notre copiste, que depuis longtemps je' ne faisais que tirer par les cheveux. En effet, à force de retourner, combiner, agencer mes douze lettres, je parvins à les remettre à leur vraie place, et à lire le nom et le surnom seuls exacts de 

 DENIS D'HORMES.
J'avais donc complété ma découverte par ce dernier nom, qui vient révéler des rapports tels entre l'auteur et son copiste que je n'eus plus de doute sur l'identité de chacun d'eux. J'avais alors raison de persister dans mes recherches, puisque, comme si je l'eusse pressenti, cette seconde découverte devait fortifier la première.
Je vais maintenant entrer dans quelques explications et essayer de faire partager mes convictions aux lecteurs que cette question bibliographique peut intéresser, et pour ne pas fatiguer leur bienveillante attention, je m'efforcerai d'être bref sans obscurité.

Henri de Ferrières, l'auteur du Roy Modus, appartient à l'une des plus anciennes et l'une des plus puissantes familles de Normandie, qui datent de la conquête de l'Angleterre par les Normands. Le nom de Ferrières est aussi illustre dans cette île que dans notre province. Les baronnies de Ferrières, du Neubourg et de Thury-Harcourt, les terres de Livarot, Saint-Vincent du Boulay, Montreuil, Faverolles, Chambrais, etc., etc., furent jadis ses possessions en Normandie. Et aujourd'hui les lords Ferrers ou Ferrars la représentent en Angleterre

Le siège de cette famille était à Férrières-Saint-Hilaire, au Balliage d'Evreux, dans la vicomte d'Orbec (Eure, arrondissement de Bernay, canton de Broglie). Les seigneurs de Ferrières devaient au duc de Normandie cinq chevaliers. Ils avaient le deuxième rang à l'échiquier parmi les barons du bailliage d'Evreux. Leur mouvance était fort étendue. Ils prenaient le titre de barons fossiers de Normandie voulant montrer qu'ils possédaient les principales ou les plus anciennes forges de la province. Propriétaires de grands bois, voisins des belles forêts de Beaumont, de Conches, de Lire et de Breteuil, assistant aux grandes chasses royales de la contrée, les sires de Ferrières durent compter parmi eux d'habiles chasseurs, initiés à tous les secrets, exercés à toutes les ruses de la vénerie et de la fauconnerie. Aussi trouvons-nous ce passage significatif dans le livre même du Roy Modus : « En droit moy, dit l'auteur, je vis le Roy Charles  qui fu  fils au beau roy Phelippe, qui chaça en la forest de Breteul, en ung buisson, appelé la Boullaye-Guerardet, où il print six vingt bestes noires en ung jour" (feuillet 48)


A l'appui de cette citation, je pourrais, s'il en était besoin, donner la liste des rois qui, de Philippe-Auguste (1204) à Philippe VI (1331), vinrent séjourner à Breteuil, soit pour les plaisirs de la chasse, soit pour des affaires politiques. Je me contenterai de dire, d'après des documents positifs, que Charles le Bel, dont parle l'auteur du Roy Modus, se trouvait à Breteuil en 1323, en décembre 1325 et en juillet et août 1327. C'est donc à l'une de ces dates qu'il faut reporter la grande chasse royale dont parle l'auteur du Roy Modus. De La Roque, dans son Histoire  généalogique de la maison d'Harcourt (tome II page 1022), nous fait connaître les titre et qualité d'Henri de Ferrières

 

« Les échiquiers de Normandie, dit-il, et des arrêts-dates de 1321, 1341, 1374, 139, 1391, 1395, 1397, 1398 et des années suivantes, nous décrivent amplement les intérêts de cette maison (de Ferrières) avec les qualités. Isabelle de.Ferrières, dame de Saint-Martin-le-Gaillard, femme de Nicole de Hotot, chevalier, plaidant en cette cour; noble homme, monseigneur. HENRI DE FERRIÈREs, chevalier; noble et puissant seigneur Jean, sire et baron de Ferrières et de Chambrais, seigneur de Saint-Martin-le-Vieil, contre Robert de Nardo, escuyer, qui prétendait la même seigneurie, etc., etc. » Quoique la rédaction de de La Roque soit confuse, et qu'il ait groupé des dates sans application directe, c'est bien évidemment Henri de Ferrières, auteur du Roy Modus, que désignent les échiquiers de 1321 à 1390, car cet auteur, comme il nous l'apprend lui même, a vécu longtemps, puisqu'il a vu Charles IV chassant dans la forêt de Breteuil, de 1323 à 1327, et qu'il s'est fait l'historien de Charles V, qui mourut en 1380.

 


Je crois inutile de faire remarquer que le nom de Henri a été fréquemment porté du XII au XIVe siècle inclusivement.par les Ferrières. Je ne m'arrêterai pas davantage sur l'orthographe du surnom de Ferières, écrit par un seul R médial.contrairement à notre usage. Les documents du XIIIe et du XIVe siècle ne l'écrivent pas autrement . Je me hâte d'arriver à la justification du nom du copiste.

DENIS D'HORMES.

Lorsque je fus en possession de ces noms, je ne me tins pour satisfait qu'autant que j'aurais en main des documents qui appuieraient ma découverte; car j'avais besoin de me rassurer sur le nom de Denis, .peu commun dans le pays d'Evreux. J'avais déjà découvert, en m'occupant de Henri de Ferriéres, qu'un Hugues de Ferriéres et Isabelle, sa femme, avaient fait une donation, vers le commencement du XIIIe siècle, au monastère de Lyre, de deux gerbes de dîmes qu'ils possédaient à ORMES, ce qui établissait des relations des de Ferriéres avec Ormes mais cela ne me suffisait pas. Je fis des recherches sur cette localité, et je rencontrai ce précieux document dont je ne reproduis que les passages nécessaires:

«  A tous ceulx qui ces lettres verront ou orront, Pierre du Buisson, garde pour le Roy, notre sire, du scel des obligations de la vicomté de Beaumont-Ie-Roger, salut, savoir faisons que
DENIS MUTEL, Clerc, commis à OURMES [ORMES], soubz Jehan Grison, prestre, tabelliondud. Beaumont, nous a relaté et tesmoigné [par son serment] auquel nous adjoustons foy, que il avoit veu et leu, mot après mot, la copie d'unes lettres d'aveu, parmi lesquelles, etc, etc.

Nous, à la relacion dud. Commis, avons mis à ces lettres le scel dessudit. Ce fut fait l'an de grâce 1397. ..Ainsi signé collation faicte J. Grison, D. Mutel. –Scellées en simple queue et cire vert. (V. cartulaire de l'éveché d'Evreux, tit. Ourmes; Archives de l'Eure.)

Ainsi, l'auteur du Livre du Roy Modus nous donne dans un de ses cercles les noms de DENIS D'HORMES, ...du clerc qui son songe escrit «  Et voilà un titre du XIVe siècle qui constate qu'un DENIS d'Ormes, DENIS MUTEL, également clerc, est établi à Ormes, comme commis du tabelion de Beaumont-le-Roger. Si celui-ci n'est pas le Denis d'Ormes, copiste du Livre du Roy Modus, qui aurait pris alors, comme cela se pratiquait mainte fois, et comme simple clerc, le seul nom de DENIS avec celui du lieu de sa naissance ou de sa résidence, il faut convenir qu'il y aurait un singulier hasard à trouver dans les mêmes conditions de rapports, de noms et de lieux, des personnes qui n'ont rien de commun entre elles.

La seigneurie d'Ormes, que les anciens écrivaient indifféremment Ormes, Hormes, Ourmes, en français et Hulmi ou Ulmi en latin, était située dam le bailliage d'Evreux, vicomté de Conches et seigneurie de Beaumont-le-Roger. " Alphonse Chassant, paléographe : 1808-1907

.

L'hypothèse d'Alphonse Chassant a été adoptée ou confirmée par Gunnar Tilander, qui signale  que la découverte du  nom de l'auteur revient à  Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye (1697- 1781). 

La discussion a été reprise par François Remigereau en 1935.

La notice de la Bnf indique qu'on  a lu aussi dans ces lettres des deux cercles  les noms de Henri de Vergy, seigneur de Feré,  et de Jean de Melun, sieur de TancarvilleIl y a en effet  aux fol. 75-82 v°, un petit poème sur « Le jugement de chiens et d'oisiaus au compte de Tancarville.". Le clerc chargé de le contacter se rend en son château de Blandy, dans le village du même nom au nord-est de Melun. Jean II, comte de Tancarville, devint seigneur de Blandy en 1354

Plusieurs faits rendent évident que l'auteur de ce récit composé entre 1354 et 1377  était Normand : la mention de localités telles que Tancarville, Blandy, Breteuil, et la langue, parsemée de normandismes, montrent sans doute possible qu'il était Normand. Ces normandismes ont été signalés par  M. A. Thomas en 1905 , Romania Tome 34 page 111. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k16042j/f117.image

.

 

.

L'explicit du français 1297 : le folio 169r.

Le manuscrit français 1297 possède aussi, à son dernier folio, le double cercle portant les mêmes lettres. 

.

 

La chouette harcelée par les oiseaux. Cinquième partie : la chasse à l'épervier et la chasse à la pipée dans le Livre de chasse Le Roi Modus et la royne Ratio.

.

SOURCES ET LIENS.

.

BAUDRILLART (Jacques-Joseph) (1774-1832) Traité général des eaux et forêts, chasses et pêches . par M. Baudrillart,...

 3e Partie. I. Dictionnaire des chasses... par M. Baudrillart,... Ouvrage revu... par M. de Quingery ;

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529872s/f608.item.r=appeau%20chouette

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529872s/f123.item.r=arbret

3e Partie. II. Dictionnaire des chasses, par MM. Baudrillart et de Quingery. Atlas ; . Paris : Mme Huzard, 1821-1848 11 vol. et 3 atlas ; in-4

Planche 32 Appeaux : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f83.item.r=planche%2033

Planche 33 Appeaux : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f85.item.r=planche%2033

Planche 34 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f87.item.r=planche%2033

BLAZE (Elzéar), 1839, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, nouvelle édition, conforme aux manuscrits de la Bibliothèque royale, ornée de gravures faites d'après les vignettes de ces manuscrits fidèlement reproduites, avec une préface par Elzéar Blaze, Paris, Blaze, 1839, 19 p. + cxxxix f.

https://archive.org/stream/lelivreduroymod00ferrgoog#page/n285/mode/2up

CHASSANT (A),  Le livre du Roy Modus, dans Journal des Chasseurs (1869), p. 302,

CHASSANT (A). 1869, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, Bulletin du Bouquiniste, 1er juin page 291-298 et page 323

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202466h/f294.item.r=modus

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202466h/f326.item.r=modus

— GIRAUD (Sylvie) 2016,  « La Légende saint Julien l’Hospitalier. La chasse au cerf, de l’image au texte », Flaubert [Online], 15 | 2016, Online since 20 June 2016, connection on 31 May 2017. URL : http://flaubert.revues.org/2552

Et, pour le paragraphe, et l'enluminure Cy devise comment len prent les espreviers a la perche, voir du même auteur http://www.eman-archives.org/FLIM/items/show/5759
"- Lors de ses recherches à la Bibliothèque nationale à partir de novembre 1875, Flaubert a consulté l'ouvrage dans l'édition d'Elzéar Blaze, Paris, 1839 (voir Carnet de travail n° 17, f° 11 et f° 90v° à 72v°, ainsi que les notes f° 487, f° 489, f° 491, f° 491v° du dossier manuscrit de La Légende de saint Julien l'Hospitalier, BnF Mss NAF 23 663-2).
- Bien que le Carnet de travail n° 17 ne le mentionne pas, il a très certainement visité le très riche département des manuscrits médiévaux, et feuilleté quelques volumes avec pages enluminées.
- Le piège par panneau est mentionné dans l'avant-texte de La Légende de saint Julien l'Hospitalier, brouillon f° 419v°."

 — PAGENOT, (Sandrine),2009, Recherches sur l'iconographie profane à la fin du Moyen Âge: les premiers traités de chasse enluminés ("Livre du roy Modus et de la royne Ratio" de H. de Ferrières – Livre de chasse" de Febus), thèse de doctorat, Université de Paris IV-Sorbonne, 2009, 4 t.

Non consulté ! Commentaires en ligne :

Sandrine Pagenot étudie le ms. BnF, fr. 12399, de la fin du xive siècle, qui contient le Livre du roy Modus et de la royne Ratio de Henri de Ferrières. Résultat d’une collaboration étroite entre l’enlumineur et un expert en cynégétique, ce livre montre bien comment l’image peut illustrer le texte, mais aussi le compléter, voire prendre des libertés à l’égard de l’écrit (Le recours au texte pour la création iconographique profane au xive siècle: le cas d’un traité de chasse, pp. 271-282).

Sandrine Pagenot montre ainsi qu’en trois occasions Henri de Ferrière « se décharge en partie de l’explication » en renvoyant le lecteur à la miniature subséquente, à charge pour l’enlumineur de suivre fidèlement ses instructions pour la composition de l’image (p. 271 284). Dans ce type d’ouvrage, les « infidélités » des illustrateurs sont à interroger, l’image étant en général parfaitement assujettie au propos didactique.  (http://www.fabula.org/acta/document8106.php)

— REMIGEREAU (François) 1935 "Questions relatives au « Livre du Roy Modus et de la Royne Ratio » par François REMIGEREAU, Professeur à l'Université de Milan" in Mélanges de littérature, d'histoire et de philologie offert à Paul Laumonnier par ses élèves et ses amis, Droz 1935, page 57 et suivantes  Slatkine reprints 1972

https://books.google.fr/books?id=8wHSRRPfsa0C&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q=modus&f=false

— STEINFELD (Nadine), 2013,  "La traque des mots fantômes à travers les terres de La Curne et de Godefroy : un tableau de chasse chargé de trophées pittoresques extraits du Livre des deduis du roy Modus et de la royne Ratio" in Emili Casanova Herrero/Cesareo Calvo Rigual. XXVIe Congrès International de Linguistique et Philologie Romanes, Sep 2010, Valence, Espagne. De Gruyter, 7, pp.411-422, 2013

 

Résumé : Sur la base d'un échantillonnage d'une dizaine de lexèmes empruntés au Livre des deduis du roy Modus et de la royne Ratio (ca 1354-1377) par le " Godefroy " (Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle par Frédéric Godefroy, paru de 1881 à 1902), qui les a repris, pour la plupart, aux matériaux réunis par La Curne avant 1781 et qui ont été publiés par Léopold Favre (Dictionnaire historique de l'ancien langage françois, ou Glossaire de la langue françoise depuis son origine jusqu'au siècle de Louis XIV, par La Curne de Sainte-Palaye [1697-1781], 1875-1882), notre étude propose une grille de lecture pour l'identification des ghost words ou fantasmas lexicográficos, c'est-à-dire les pseudo-lexèmes disposant à tort d'un statut lexicographique (" ces mots qui n'existent pas "), les sens fantômes et les lemmatisations erronées. Les résultats convergent avec ce que l'on sait de la typologie des mots fantômes, mais ils montrent aussi qu'il faut se méfier des exemples uniques (unica / hapax) relevés de surcroît dans des manuscrits réputés médiocres ou des éditions signalées comme défectueuses. Ils ont statistiquement bien des chances d'être des mauvaises lectures de copiste, d'éditeur ou d'auteur de dictionnaire. La confrontation des attestations tirées du célèbre traité de chasse d'Henri de Ferrières par Godefroy à travers La Curne ou l'édition d'Elzéar Blaze (parue en 1839), avec le texte fourni par l'édition critique de Gunnar Tilander (publiée en 1932), nous a permis de débusquer une quarantaine de " mirages lexicographiques " qu'il conviendrait de supprimer de la nomenclature opulente du " Godefroy ". Cette communication s'inscrit dans le cadre des travaux visant à " dépoussiérer " le " Godefroy ", pierre angulaire de la lexicographie du français médiéval, bien qu'il s'agisse d'un dictionnaire âgé de plus d'un siècle, et qui ne fera jamais l'objet d'une refonte.

TILANDER (Gunnar);1932  Les livres du roy Modus et de la royne Ratio, Volume 77,Partie, Henri de Ferrières, Société des anciens textes français, 1932

 — TILANDER (Gunnar);1932  Les manuscrits des Livres du roi Modus et de la reine Ratio,Lund, Håkan Ohlsson (Lunds universitets årsskrift, n. f., avd. 1, Bd 28, Nr 5), 1932,

TILANDER (Gunnar);  Mélanges de linguistique et de littérature offerts à m. Alfred Jeanroy par ses élèves et ses amis. Alfred Jeanroy E. Droz, 1928 - 679 pages. Reprint Slatkine 1972

https://books.google.fr/books?id=_xbaRK3trFsC&pg=PA620&lpg=PA620&dq=Denis+d%27Hormes.&source=bl&ots=h_kStuhmPE&sig=q7GKgWMStXqDW4eqij5atIE29BY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjim6KthIvUAhXLPRoKHTwOD4kQ6AEIKjAB#v=onepage&q=Denis%20d'Hormes.&f=false

SMETS An, Van Den Abeele Baudouin , 1998, "Manuscrits et traités de chasse français du Moyen Âge. Recensement et perspectives de recherche" Romania Année 1998 Volume 116 Numéro 463 pp. 316-367 http://www.persee.fr/doc/roma_0035-8029_1998_num_116_463_1470

https://books.google.fr/books?id=8wHSRRPfsa0C&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q=modus&f=false

https://books.google.fr/books?id=_xbaRK3trFsC&pg=PA620&lpg=PA620&dq=Denis+d%27Hormes.&source=bl&ots=h_kStuhmPE&sig=q7GKgWMStXqDW4eqij5atIE29BY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjim6KthIvUAhXLPRoKHTwOD4kQ6AEIKjAB#v=onepage&q=Denis%20d'Hormes.&f=false

 

https://books.google.fr/books?id=FXI0LtmUTscC&pg=PA412&lpg=PA412&dq=modus+%22La+Curne%22&source=bl&ots=UfhArX-FbX&sig=BExlkF_2KOdqCZq4qSkztKm-Vyg&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwje0KzLj5rUAhXFVxoKHarlC0MQ6AEIKDAA#v=onepage&q=modus%20%22La%20Curne%22&f=false

.

MANUSCRITS ET EDITIONS

Tilander en a dénombré 32. Voir Arlima : https://www.arlima.net/eh/henri_de_ferrieres.html

Bibliothèque de l'Arsenal 3079, XVe siècle, folio 210r, 225v et 228v. 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f429.item.r=du%20Monde.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f460.item.r=du%20Monde

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f466.item.r=du%20Monde.zoom

— Bibliothèque de l'Arsenal 5197, XVe siècle : les miniatures manquent pour les paragraphes étudiés.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55010550z/f82.item.r=Arsenal%205197

Bnf fr 614 :  texte seulement, pas de miniatures

Bnf fr 615 date 1406 . pas de miniatures

Bnf fr 1297 folios 84v, 91v et 93r :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f176.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f190.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f193.item.zoom

— Bnf 1298 folios 82r, 88v, et 90r

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f167.item

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f180.item

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f183.item

Bnf fr 1300 texte seulement, pas de miniatures

Bnf fr 1301 folio 92v, 100 r et 101v

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f198.item

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f213.item

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f215.item

Bnf fr 1302 folio 87r, 94r , et  95v

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f179.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f193.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f196.item.zoom

— Bnf fr 12399 « Livre du roy Modus et de la royne Ratio, qui parle des deduis et de pestilence », folio 86v, 93v, et 96v :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f176.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f190.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f193.item.zoom

BR 10218 Bruxelles, milieu du xve s., parchemin, 183 fol., min. : Henri de Ferrières, Les livres du roy Modus . foliio 100, engin pour prendre les «mauvis» (espèce de grives) ; folio 101, la manière de prendre «les oyseaulx a la pipee au bost»;

http://belgica.kbr.be/pdf/ms/ms_10218_19_lyna.pdf

— BNF fr RES-S-596 Par Jehan Trepperel folio 88v et suivants. Bois gravés 88v et 90r

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k850314m/f193.image

 

Repost 0
Published by jean-yves cordier
commenter cet article
12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 10:18

La chouette ou le hibou harcelés par des oiseaux. La chasse avec la chouette, description cynégétique et valeur allégorique. Quatrième partie : La chasse au brai dans le livre de chasse Le Roy Modus et la Royne Ratio (vers 1354). 

.

 

 

Voir toutes les  parties de cet série  :

 

 

— Sur le hibou harcelé, voir aussi (et surtout) :

.

 

.

Rappel du point de départ de mon enquête : les chouettes, et notamment la Chevêche, qui est la plus diurne des Strigidés, puisqu'elle se perche en plein jour sur des poteaux ou des murets, et qui fuit le couvert des forêts,  sont l'objet de harcèlement très agressifs de la part des oiseaux diurnes qui se rassemblent pour les houspiller. Ce comportement a incité les chasseurs à les placer en appât pour attirer des passereaux (grives, merles, geais, pies, etc.) vers leurs pièges. Cette "chasse avec la Chouette" déjà décrite par Aristote,  a perduré jusqu'à son interdiction récente. La pratique n'a pas de nom explicite en français alors que les  italiens disposent du verbe civettare ( de l'italien civetta, "chouette" chasser les oiseaux avec la chouette dans le cadre de l' ucellagione) . De ce fait, elle est décrite indirectement par nos auteurs dans leur description  de la pipée "Sorte de chasse dans laquelle on contrefait le cri de la chouette, ou leur propre cri, pour attirer des oiseaux dans un arbre dont les branches sont remplies de gluaux où ils se prennent" liée à l'utilisation d'appeaux et d'appelants.

Les allégories échafaudées à partir de ce comportement sont multiples. Si la Chevêche est  vue comme la victime d'une foule agressive, sa figure sert d'allégorie pour la persécution, l'ostracisme, ou la patience et le stoïcisme dont elle fait preuve : c'est ainsi que Dürer l'a dessiné au dessus du Christ outragé, ou que le flamand en exil Hoefnagel s'en ait emparé comme un autoportrait de l'artiste érudit confronté à l'ignorance. 

Au contraire, pour les Italiens, c'est le comportement de la Chevêche qui provoque les oiseaux à s'en approcher, et à se faire piéger, et qui devient  une allégorie de la Coquetterie : la Civetta, c'est, proprement, "la coquette", celle qui trompe pour attirer,  civettare c'est "faire des mines, minauder" et la Civetteria désigne la Coquetterie ;  mais un proverbe toscan dit Anche le civette impaniano,  "même les chouettes se font attraper", "même les plus rusés se font avoir". Inspirés par une gravure de Franco Giacomo, des peintres du XVIIIe ont rendu cette allégorie célèbre sous le titre de La Chasse à la Chouette, avec une jolie dame sur le perchoir, et des galants au corps d'oiseaux.

Pour compléter ce très riche matériel éthologique,  iconographique, cynégétique, symbolique et linguistique, un plat de roi nous attend : le Livre de chasse ou Livre des déduits appartenant au Roy Modus et la royne Ratio. Il nous faudra encore plusieurs articles pour l'étudier. Avec passion.

Au préalable, un rappel des carreaux d'azulejos, dont je m'éloigne de plus en plus désormais. . 

 

.

Hibou harcelé par deux oiseaux, Azulejos, Salon de Charles Quint, Palais de l'Alcazar. Photographie lavieb-aile.

Hibou harcelé par deux oiseaux, Azulejos, Salon de Charles Quint, Palais de l'Alcazar. Photographie lavieb-aile.

.

 LE ROY MODUS ET  LA ROYNE RATIO (vers 1354) ET LA CHASSE AVEC LA CHOUETTE.

.

Noël Chomel avait décrit, dans son Dictionnaire de 1709, une chasse à la pipée où la Chevêche était remplacée par l'imitation de son chant par un pipeur. Mais on trouve dans l'un des premiers Livres de chasse français (*), le Roy Modus et la royne Ratio,  des descriptions de chasse aux oiseaux impliquant la présence réelle d'une chouette ou d'un hibou comme appât. Et on y trouve, surtout, des enluminures aussi soigneuses qu'instructives. C'est l'occasion de découvrir quelques chefs d'œuvres de la Bibliothèque Nationale de France. 

(*) Il précède le Roman des deduitz de Gace de la Buigne (1359), le Livre de chasse de  Gaston Phoebus (1387) et le Trésor de vénerie de  Hardoin, seigneur de Fontaine-Guérin  (1394).

.

PRÉSENTATION.

.

Deux traités successifs.

Les Livres du roy Modus et de la royne Ratio, attribués à Henri de Ferrières et écrits probablement entre 1354 et 1377, ont connu une fortune considérable puisque ce ne sont pas moins de 32 manuscrits des XVe et XVIe siècle qui nous sont parvenus. Ils font intervenir le roi Modus (la bonne manière) qui avait "le gouvernement sur toute maniere de gent", et son épouse la reine Ratio (la raison), dans deux traités successifs. Le premier, le Livre de la chasse ou Livre des déduis, est un manuel cynégétique composé après 1354, le second, le Songe de Pestilence, fut achevé entre 1374 et 1377, et évoque, en un récit allégorique, le combat des Vertus et des Vices.

 Dans le Livre des deduis, le roi Modus instruit ses « apprentis » sur les habitudes des animaux - cerf, chevreuil, sangliers, loups, goupils et autres lièvres - et les manières de les chasser. Son épouse, la reine Ratio, ajoute çà et là des commentaires édifiants et didactiques. Un long chapitre est consacré à la fauconnerie, la chasse au vol. La première concerne la vénerie du Cerf et comprend vingt et un chapitres, dont le dernier  traite des propriétés des chiens. 
La seconde partie roule sur la chasse de la biche, du daim, du chevreuil, du lièvre, du sanglier, de la truie, du loup et de la loutre; ce qui forme vingt-trois chapitres, dont les derniers, depuis le dix-huitième inclusivement, traitent des maladies des chiens. 

La tierce partie traite du déduit, royal et de plusieurs exemples qui sont dictes des cerfs, et 
comment il faut tirer de lare aux bestes sauvaiges
; ce qui forme dix chapitres. 
La quatrième partie démontre
l'art et science de Faulconnerie et des autres Oiseaux de proye, 
avec leurs maladies et médecines pour les guérir.
Cette partie est de onze chapitres. 
Dans la cinquième partie on enseigne l'art de prendre toutes sortes d'oiseaux a
u file, au latz , 
à la tonnelle, à la raitz, à la pipée,
etc. Cela est détaillé en quatorze chapitres. 

Le livre de chasse : deux mondes s'affrontent.

L'argument principal de ce traité de chasse est de comparer, entre la chasse aux chiens (la vénerie), et la chasse aux oiseaux (la volerie), celle qui procure le plus noble déduits, le plus de divertissement, dans un débat entre veneur et fauconnier. Lesquels sont les plus beaux deduis Le vol des oiseaulx bien volans Ou la chace des chiens courans.   Le débat entre deux dames se termine par un arbitrage (versifié) du comte de Tancarville en faveur des chiens. 

C'est après ce poème que débute les explications du roi sur les manières de chasser les oiseaux. Capture des faucons, puis des éperviers, des oiseaux au filet (au "roys à quatre gielles"), des faisans grâce à un miroir, des perdrix au "paveillon" ou au "tumberel à quatre chevilles", des widecos (bécasses), avant d'arriver aux paragraphes qui nous concernent et qui décrivent la chasse aux grives avec la chouette, puis des oiseaux à la pipée, avec la chouette, ou de l'épervier avec la chouette. Cet article ne traitera "que" de la chasse aux grives, "à breulier".

 

 La chasse aux grives (ou mauvis) grâce à la Chouette ou chasse au brai : "Cy devise comme on prent les oyseaulx à breulier".

 

a) le texte.

Je donne ici le texte (plus facile à obtenir en ligne) de l'édition de 1839 par Elzéar Blaze feuillet 287.  Je signale au préalable le sens des mots suivants :

Mauvis : notre grive mauvis Turcus iliacus, dont la migration post-nuptiale en France culmine en novembre-décembre, mais aussi les Grives en général ( draine, litorne, musicienne).

—Déduit : "divertissement"

Brillier : de l'ancien français brail, "piége à prendre les oiseaux". Voir le moyen français broi, « gluau, piège pour la chasse aux oiseaux" https://fr.wiktionary.org/wiki/broi dans Godefroy : http://micmap.org/dicfro/search/dictionnaire-godefroy/broi

Breuller, breulier : "prendre des mauvis dans une cage appelée breulle." Godefroy 

brillet : "piège à prendre les oiseaux".  Godefroy  Syn : breulles, breulet,  brillette, brillon, brilloir, brillon, breil, bril, brail, bret  puis brulet, breulet au XVIIe. Et brilleur : "celui qui chasse au brilloir" Godefroy . De broi, "gluau".

Godefroy définit ainsi le verbe breter : "chasser au bret, c'est à l'aide d'un berceau de feuillages duquel les oiseleurs faisaient sortir de longs tuyaux creusés et séparés en deux verges qui rentraient l'une dans l'autre et prenaient ainsi les oiseaux qui venaient se poser sur eux. Comment on prent les mauvis à breter,  Modus et Ratio f.88v Ste-Ap." Voir pour cette forme l'édition Bnf RES-S-596. Le CNRTL signale BRAITER, "chasser les oiseaux au brai". 

— Bougon : ? Je trouve une entrée du glossaire de Tollemer  du Journal de Gilles de Gouberville (1549-1562)  "je fieffe six bougons de terre" qui n'est pas explicite pour notre texte.

Fay : le hêtre (latin fagus)

 

Cy devise comme on prent les oyseaulx à briller*. [*breulier in Bnf fr. 1297]

"L'aprentis demande comme on prent les mauvis à briller. Modus respond : A prendre les mauvis à briller a très bon déduit, et se faict en vendanges, quant les raisins sont meurs; et en ce temps y viennent tant de mauvis que c'est merveilles, qui ne viennent pour mengier les raisins. Adoncques doit on faire emmy la vigne une grant loge de fueilles, où il puisse tenir trois compaignons ou quatre, tout en estant bien couvers, et à chacun brillet qu'il boute parmy la loge et son pertuis par où ilz les boutent; et doit avoir ung Huant ou une chuette sur une longue verge qui vient dedens la loge, et le doit on aucunes fois faire remuer. Et se doit on oster tous les eschalas de la vigne, qui sont entour la loge, à celle fin que les mauvis ne s'assiéent dessus. Adonc doit l'ung des compaignons aguettier et appeler les oyseaulx d'une fueille d'ierre, et après piper bien basset. Et lors les mauvis si viennent et s'assiéent sur les breulles; et ceux qui les tiennent quant la mauvis est assise dessus, il tire la cordelle, qui fait clore le brillet, et la mauvis est prinse par le pié. Et sachiez que c'est si bon déduit et si chault, que c'est merveilles. Et qui est en bon pays de mauvis, on n en prent tant comme on veult. Et quant les autres vignes sont vendengies, et il en demoure une qui n'est mie vendengiée, là fait il bon briller.

Or nous deviserons la manière comme les brillons sont fais. Qui bien veult faire ung brillon, il fault qu'il soit fait de cuer de chesne, d'ung quartier sec, sans neu, et qu'il soit fait au rabot, ainsi comme une flesche, ung peu plus gros que la verge d'ung bougon, et doit avoir quatre piez de long, à pié main, ou environ; et doit estre de deux verges ainsi faictes comme je devise, de quoy la plus grosse sera cavee tout du long, et l'autre entrera dedens si justement, que le pié du plus petit oysel du monde ne porroit yssir, et quant elles sont l'une dedens l'autre, elles sont perciées de belit, ainsi comme vous povez veoir, et y est mise une bien deliée cordelette, qui est de chanvre pignie, faicte sur le doit, affin qu'elle soit plus forte et plus ounie, et quant on la tire, elle faict clorre le brillet, et qui lascheroir la corde, l'oysel si s'en proit. Le baston où le brillet entre doit estre aussi long comme le brillet, et doit estre si grosset que on y puisse faire ung pertuis au bout, où les deux verges du brillet entreront, et seront les deux bouz des deux verges du brillet ung peu reversez. Celles qui entreront ou pertuis du baston affin que le brillet se puisse tenir ung peu ouvert. Et quant il est bouté parmy la loge, les deux verges du brillet doivent estre tenues du plat, non pas l'une sur l'autre.

Or vous avons devise comment le bril est ordonné; Si vous deviserons comment on se puet déduire et la manière. On puet faire une loge portative de branches de fay, et a on son brillet et une chouette, et va on parmy le bois, de place en place, et quant on treuve les oyseaux, on s'assiet en une place descouverte, et met on sa chuette hors d'ung coste, et son brillet de l'autre, et doit on agacher de la fueille d'ierre, et piper ainsi que nous avons dict devant. Encore vous diray une autre manière : En esté, quant il fait sécheresse, et les oyseaulx ne peuvent trouver d'eaue pour boire, se tu scez une mare en ces bois, où il y ait eaue, et vous estes deux ou trois qui ayez brillez, si faictes tant de loges comme vous serez de compaignons, à l'orière de la mare, l'ung çà, l'autre là, et mettez les brillez hors des loges, et les oyseaulx qui venront boire s'asserront dessus, si seront prins. En ceste manière puet on moult d'oyseaulx oü on a bon déduit. "

.

Cette chasse se pratique donc dans une hutte ("loge") installée dans une vigne dégagée de ses échalas, lors des vendanges, car les grives sont attirées par les raisins. Installée sur une perche, une chouette (ou un hibou) sert d'appât, et on la fait bouger pour qu'elle agite ses ailes et soit remarquée par les bandes de grives qui passent. Les oiseaux sont appelés en utilisant un appeau à feuille de lierre, bien illustré ici. Les chasseurs cachés dans la hutte tendent des perches, les "brillets" ou "breulles", dont rien n'indique qu'ils sont englués. Mais ces brillets sont faits de deux tiges, qui se rapprochent au moyen d'une cordelette lorsque les grives s'y posent, et leur saisissent les pattes.

Les  "brillons" sont décrits comme des bâtons en bois de chêne sans nœud longs d'1,20 m, faits de deux parties ajustées ou verges, dont l'une est creusée pour recevoir l'autre. Le rôle du "bâton où le brillet rentre" n'est pas clair pour moi.

.

b) l'enluminure sur velin.

J'ai profité des enluminures des exemplaires de la Bnf  numérisés par Gallica, soit Bnf français 1297, 1298, 1301, —datant de 1470-1480—, 1302 et 12399.

.

Le Bnf fr. 1297 folio 91v

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f190.item.zoom

Sur fond de ciel pourpre à rinceaux vermillon  et d'un sol vert, nous voyons une hutte de feuillages, encadrée de deux arbustes. Dans son feuillage sont dissimulés quatre hommes coiffés de chaperon, qui tendent des sortes de pinces en bois — les brillets — vers les sept oiseaux qui les entourent. Un peu plus bas dans la hutte, une tige de bois horizontale sert de perchoir à une chouette (une ébauche d'aigrette peut faire hésiter avec un hibou). Les fameux brillets sont précisément visibles, avec deux lames de bois réunies au niveau d'une pièce arrondie, dont j'ignore si elle  coulisse pour resserrer  les lames . Rien n'indique la cordelle qui fait clore le brillet. Rien n'indique non plus que j'ai bien compris  les explications du roi Modus. Il faut que j'en sache plus.

.

Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, XIVe siècle,  Bnf fr. 1297 folio 91v, Gallica

Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, XIVe siècle, Bnf fr. 1297 folio 91v, Gallica

.

J'examine maintenant l'enluminure du manuscrit Bnf fr. 1298, un exemplaire qui a appartenu à la bibliothèque de Colbert, et dont les vignettes ressemblent beaucoup à celles du Bnf Fr. 1297. L'enluminure occupe toute la largeur du haut du folio 88 v

Certes, la disposition est comparable à l'enluminure du Fr.1297, mais d'un traitement plus naturaliste, avec le ciel bleu, le paysage stylisé à l'horizon et le sol brun. La loge est identique mais l'entrée voûtée est représentée. La chouette (tête ronde sans ambiguïté) est posée face à nous, sur un bâton épineux. Les grives ne sont pas encore arrivées. Seuls deux chasseurs sont visibles, avec leur chaperon bleu ou rouge peu discret. Quatre brillets sont tendus, dont deux sont fermés et deux ouverts, et, victoire, nous voyons ici la "cordelle" ! Elle est tendue entre les extrémités distales des deux verges, et nous comprenons bien alors que, si elle fait retour vers la main du chasseur, celui-ci peut aisément en refermer le piège sur la papatte du petit oiseau.

Sous l'image, le texte, en écriture cursive bâtarde, donne pour les mot breulle et brillet   la forme "breulet". " il tire la cordelle, qui fait clore le breulet".

Source image :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f180.image

.

Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, XIVe siècle,  Bnf fr. 1298 folio 88v, Gallica

Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, XIVe siècle, Bnf fr. 1298 folio 88v, Gallica

.

Je vais même trouver mieux encore : l'enluminure 93v du manuscrit Bnf fr. 12399, datant de 1379 (et qui est l'un des meilleurs manuscrits, aux enluminures les plus belles). Ici, elle occupe la largeur d'un bas de page, sous le paragraphe Nous deviserons la maniere comment les breules sont fais. Qui bien veult faire ung breulet, il fault qu'il soit fait de cuer de quesne, d'ung quartier sec, sans neus...

Dans un cadre or, azur et vermillon, la loge se détache en vert sur un fond rouge filigrané de rinceaux, comme dans le bnf fr. 1297. On retrouve dans la loge, nos quatre chasseurs en chaperon, tous visibles et tenant en main leur breules. Mais  là, je vois distinctement que la cordelle fixé à l'extrémité passe en zig-zag d'une perche à l'autre à travers des anneaux avant de rentrer dans le manche et d'en ressortir par un orifice disposé dans la partie non divisé de l'instrument, son manche par où le chasseur le tient de la main gauche. Le chasseur s'est saisi de la cordelle et s'apprête à tirer dessus pour fermer le piège.  Les divers temps de l'opération sont représentées :

a)  En haut, deux grives s'approchent : les deux branches des breulets sont ouvertes.

b) à gauche, un oiseau s'est posé sur le breule du  chasseur à chaperon rouge ; il s'apprête à tirer la chevillette, euh, la cordelette.

c) mission réussie pour le grand chaperon bleu : son breulet, en se refermant, a capturé une grive qui, pendue par les pattes, apprend, mais un peu tard, à se méfier des chouettes.

.

Selon Gunnar Tilander, ce ms. 12399, qualifié de "magnifique, soigneusement écrit et orné d'intéressantes miniatures qui sont des chefs-d'œuvres",  est le meilleur des manuscrits et il a été copié par le ms. 1297, lui-même copié par le ms. 1300, du ms. 2573 de la Nationalbibliothek de Vienne (XVe s.), et du codex de Bruxelles.

.

 Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f190.item.zoom

 

Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Ratio, enluminure 93v du manuscrit Bnf fr. 12399.

Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Ratio, enluminure 93v du manuscrit Bnf fr. 12399.

.

Un gros plan des breulets, ouvert et fermé.

.

Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, enluminure 93v du manuscrit Bnf fr. 12399.

Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, enluminure 93v du manuscrit Bnf fr. 12399.

.

BNF Français 1301 folio 100r. Cy devise comment len prent les oiseaux du breulier.

 

Si je vous montre maintenant l'enluminure du manuscrit Bnf français 1301, vous risquez d'être déçus. Pas de cordelle, pas de détail croustillant, pas de grive saisie sur le vif par la cruelle pince à linge. Mais la scène est traitée sur le mode naturaliste (ciel bleu, sol brun modelé en paysage, loge aménagée dans un bosquet), et les oiseaux grivelés sont des mauvis assez fidèles au modèle naturel. Le rôle de la chouette semble en fait tenu par un hibou.

Le manuscrit a été réalisé dans le Nord (Valencienne ?) vers 1470-1480 et les miniatures sont l'œuvre de l'atelier du Maître du ms de Christine de Pisan de Yale.

 Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f213.image.

.

Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, enluminure 100r du manuscrit Bnf fr. 1301.

Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, enluminure 100r du manuscrit Bnf fr. 1301.

.

Bnf français 1302.

Bien sûr, nous voulons découvrir comment l'artiste qui a enluminé le folio 94r du  Bnf français 1302 s'est débrouillé. Surtout que ses enluminures sont dans le style du Maître de l'Apocalypse de Jean de Berry et, pour celle qui nous concernent, du pseudo maître de Rohan (après le feuillet 58). Le manuscrit pourrait avoir été fabriqué à Paris, et il est daté du 1er quart du XVe. 

graphie ; verbe breuler, nom breulet

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f193.image

.

 

Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, enluminure 94r du ms bnf fr. 1302 (1400-1425)

Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, enluminure 94r du ms bnf fr. 1302 (1400-1425)

.

Arsenal 3079.

 

Je termine par le manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal 3079, folio 225v. Nous n'avons plus affaire à une miniature, mais à une peinture, où la chouette ressemble à une Effraie, avec son masque facial blanc en forme de cœur. 

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

.

Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, Bibliothèque de l'Arsenal 3079, folio 225v

Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, Bibliothèque de l'Arsenal 3079, folio 225v

.

Voici pour finir un document qui m'a paru venir à point pour conclure mon enquête. Il est extrait du Dictionnaire des chasses de Baudrillart, (l'un des onze volumes de son Traité général des eaux et forêts, chasses et pêches paru entre 1821 et 1848  ), à l'entrée BRAI. J'ai fini par avoir accès à son Atlas, où la Planche 44 me donnait — j'en avais rêvé !— ) un dessin précis du brai, ou bret, ou breulle, etc... dont nos quatre chasseurs du Roi Modus font si bel usage. Tout l'intérêt est de fournir une preuve tangible de la validité des enluminures précédentes, qui associe à leurs qualités ornementales une réelle valeur didactique pour les riches  lecteurs du XIVe siècle, et surtout pour nous un témoignage irremplaçable sur les pratiques cynégétiques de cette époque.

 

 

 

 

"BRAI. Piège avec lequel on prend les petits oiseaux par les pattes. Ce nom, suivant quelques auteurs , aurait pour origine le mot bras, parce que le piège qu'il désigne ressemble à un bras tendu hors de la hutte où se place l'oiseleur, et, suivant d'autres, il aurait été imposé à ce piège, parce qu'on s'en sert en même temps qu'on imite le brai, ou le cri que fait un oiseau à l'approche d'un animal qui menace ses petits.

La chasse au brai, que l'on appelle aussi la petite pipée , paraît fort ancienne ; elle est principalement pratiquée dans les ci-devant provinces de la Lorraine, du Dauphiné, de l'Auvergne, de la Bourgogne et du Languedoc.

On y procède depuis le commencement d'août jusqu'à la chute des feuilles, au soleil levant, ou une heure avant le soleil couchant, et elle dure une heure chaque fois.

Le piège qui est représenté Pl. 44  fig- 4 est d'un mécanisme fort simple : il se compose de trois pièces en bois A b c. La première A est la poignée par laquelle on fait jouer ce piège; elle est indiquée séparément par fig. 15; sa longueur est de 6 à 7 pouces , et sa grosseur d'environ 1 pouce l'équarrissage; un trou d'un pouce de profondeur et de 6 lignes de diamètre, qui est pratiqué en a, reçoit les deux extrémités des baguettes b c, comme on le voit dans la fig. 14; une espèce de mortaise b, longue de 3 pouces , profonde de 7 lignes et large de 6, reçoit un petit morceau de bois d, qui sert de détente, et qui est fixé au moyen d'une goupille en fer, dont on voit la tête sur la poignée en ». L'autre extrémité de la détente est percée d'un trou pour le passage de la ficelle qui fait jouer le brai. On donne quelquefois à la poignée la forme d'une fourche k ( fig.19)» quand on ne veut pas être obligé de la tenir à la main.

Les deux pièces b c sont longues de 2 pieds et demi : celle b, plus grosse que l'autre, est creusée en gouttière pour recevoir la pièce c, qui est ronde et d'environ 12 lignes de grosseur. La forme de ces deux pièces se voit mieux par la fig. 16, qui représente l'extrémité d'un brai tendu. La fig. 17 représente aussi l'extrémité d'un brai tendu ; mais la pièce c est taillée en angle, et celle b est creusée dans sa longueur d'une rainure triangulaire; ce qui produit le même effet.

La fig. 14 représente le brai tendu : les pièces b c sont emmanchées dans la poignée a; une ficelle m m , ordinairement du fouet, bien savonnée, passe dans le trou de la détente d, où elle est arrêtée par un nœud , traverse les trous pratiqués sur les pièces b c , aux points 1,2, 3, et s'arrête, par un nœud qui se voit en m , sur la pièce c. La longueur de la ficelle doit être telle, que la détente d, étant tout à fait hors de la mortaise , permette aux pièces A c de s'écarter d'un demi-pouce au moins à leurs extrémités supérieures, et pour qu'en rentrant cette détente dans la mortaise, les pièces b c s'appliquent l'une dans l'autre et puissent pincer les pattes de l'oiseau, ainsi qu'on le voit par la fig. 18.

Les explications que nous venons de donner, et qui sont tirées de l'Aviceptologie et du Traité des chasses aux pièges, concernent un brai d'une confection soignée; mais quelques oiseleurs en exécutent un qui est bien plus simple : un bâton de sureau, dont ils ôtent la moelle à 3 ou 4 pouces de profondeur, et dont ils lient fortement le bout supérieur avec une ficelle, pour qu'il n'éclate point lorsqu'on y introduit les deux baguettes , forme le manche du brai. Quant aux baguettes, elles consistent en un jet d'églantier, gros comme le petit doigt, qui est fendu dans sa longueur en triangle, et de manière à présenter les deux bras du piège , qui s'appliquent l'un dans l'autre, comme dans le brai précédent : le reste du mécanisme est le même.

On se sert, à la chasse au brai, des appeaux à petits oiseaux , et notamment des appeaux à plumes, que nous avons indiqués, pour la pipée, à l'article Appeau.

Mais , pour surprendre les oiseaux , il faut que le chasseur soit caché, et, pour cet effet, on se sert de la hutte ambulante ou de la vache artificielle. (Voyez ces mots.) On se sert aussi d'une sorte de buisson portatif , que l'on forme avec trois branches bien garnies de feuilles , dont on lie les gros bouts ensemble, et qu'on écarte de manière à former l'éventail , après qu'on a coupé ou replié avec soin les rameaux qui pourraient servir de juchoir aux oiseaux. Le chasseur se cache derrière ce buisson, en présentant son piège au travers. Quelques oiseleurs se font avec de la fougère bien longue, qu'ils lient par les gros bouts, une sorte de capuchon semblable au chapeau qu'on place sur les petites meules de blé , et s'asseyant à terre, les jambes croisées comme les tailleurs , se placent ce capuchon sur la tète, de manière à en être totalement couverts.

L'oiseleur, muni de son piège, de ses appeaux et de l'appareil propre à le cacher, se rend aux lieux fréquentés par les petits oiseaux, ordinairement sur la lisière des bois , dans les broussailles, ou près des haies ; il s'établit dans sa loge, passe le brai à travers, par une ouverture qu'il y a pratiquée, le tient horizontalement et de manière que l'oiseau ne puisse se poser que sur la branche c; il fait jouer son appeau, en fixant l'œil sur le brai, et lorsqu'un oiseau vient s'y placer, il tire la détente; si l'oiseau est pris, il retire le brai pour se saisir du captif. Il recommence à piper comme auparavant et continue ses captures. Mais on fait une chasse plus fructueuse, si l'on a plusieurs brais dont la poignée a une espèce de fourche , au moyen de laquelle on la fait tenir à un bâton placé horizontalement.

Quand on n'a point l'habitude de faire jouer l'appeau , on se sert d'une chouette, que l'on place à 15 ou 20 pieds de la loge, où l'on fiche en terre un piquet de 4 à 5 pieds de hauteur, surmonté d'un bâton transversal, sur lequel la chouette puisse se percher. L'oiseau est attaché à un pied, par une ficelle de 8 à 10 pieds de longueur qui tient au piquet. Il est très utile de placer des petits oiseaux dans une cage, que l'on attache à la partie supérieure du piquet : leurs cris multipliés à la vue de la chouette attirent, près de la loge du chasseur, une foule d'oiseaux , qui, après avoir voltigé longtemps, viennent se poser sur le brai ; si la chouette ne fait point de mouvement, ou que les oiseaux se retirent ou ne viennent pas, le chasseur l'excitera à voler sur la potence du piquet, eu lui jetant, de sa loge , des petites pierres ou mottes de terre , et à chaque mouvement qu'elle fera, les cris des petits oiseaux en cage redoubleront et attireront les autres oiseaux. A défaut de chouette , on en imite le cri avec l'appeau à chouette. (Voyez ce mot.)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529872s/f159.item.r=brai

Planche 44 fig. 14 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item

 

"Brai", Planche 44 fig. 14,  Baudrillart, Atlas du Dictionnaire de la chasse. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item
"Brai", Planche 44 fig. 14,  Baudrillart, Atlas du Dictionnaire de la chasse. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item

"Brai", Planche 44 fig. 14, Baudrillart, Atlas du Dictionnaire de la chasse. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item

.

 

"Poignée du Brai", Planche 44 fig. 15,  Baudrillart, Atlas du Dictionnaire de la chasse. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item

"Poignée du Brai", Planche 44 fig. 15, Baudrillart, Atlas du Dictionnaire de la chasse. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item

.

 

"Oiseau pris par les pattes, Planche 44 fig. 18,  Baudrillart, Atlas du Dictionnaire de la chasse. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item

"Oiseau pris par les pattes, Planche 44 fig. 18, Baudrillart, Atlas du Dictionnaire de la chasse. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item

.

On lira aussi, du même auteur, l'entrée HUTTE de son Dictionnaire :

 

HUTTE. Petite loge faite à la hâte avec de la terre, du bois, de la paille,'des branches, etc. On fait différentes sortes de huttes, pour surprendre le gibier et le tuer. Il y en a qui sont fixes, et d'autres qu'on peut transporter à volonté. De cette dernière espèce est la hutte ambulante, que nous décrivons au mot Vache artificielle.

Hutte pour tirer des oiseaux de proie et autres.
On se sert, pour attirer à portée du fusil les oiseaux de proie, les corbeaux, les corneilles et les petits oiseaux, d'un grand duc vivant ou artificiel. On établit la hutte, soit près d'une forêt, sur un point un peu élevé dans les champs ; soit sur une clairière, dans une forêt ; soit près d'une faisanderie, et, dans tous les cas, non loin de l'habitation du chasseur. Cette hutte a ordinairement de 7 à 8 pieds en carré, et autant de hauteur ; elle est enfoncée à la moitié de cette hauteur dans la terre, et construite en murs ou avec des pieux garnis de planches. Elle est recouverte avec des gazons, et de manière que l'ensemble de la hutte ressemble à une petite éminence de terre. Sur l'un des côtés, est une ouverture servant de porte, que l'on bouche aussi exactement que possible avec une bourrée , et, sous le toit, il y a des trous dirigés dans tous les sens pour tirer les oiseaux qui se présentent. Dans le milieu du toit est un petit trou, par lequel on passe la perche à la- quelle le grand duc est attaché. Cette perche ou juchoir, de 4 pieds de longueur, est terminé par une palette ronde, garnie d'une peau de lièvre, ou par une croix , pour y attacher l'oiseau; elle est, en outre, pourvue, à 1 pied au dessus, d'une traverse de bois qui dépasse la hutte, de la longueur d'un pied, et qui y entre sur une longueur de 3 pieds, et au moyen de laquelle on met l'oiseau en mouvement lorsque les circonstances l'exigent. Au lieu de cette traverse en bois, on peut employer une corde que le chasseur tire à lui quand il veut remuer l'oiseau. Enfin il y a, à quinze ou vingt pas de la hutte, cinq à six perches de 20 à 30 pieds de haut, dont les branches sont disposées comme clans les pipées, pour que les oiseaux puissent s'y poser. La hutte ainsi préparée, il ne s'agit plus que d'y attendre les oiseaux, et de se servir du grand duc comme il est dit au mot Oiseaux de proie.

 

.


 

.

SOURCES ET LIENS.

 

 

 

— BAUDRILLART (Jacques-Joseph) (1774-1832) Traité général des eaux et forêts, chasses et pêches . par M. Baudrillart,... -4] 1re Partie. I-IV. Recueil chronologique des réglemens forestiers... par M. Baudrillart ; [5] 1re Partie. V. Recueil chronologique des réglemens sur les forêts, la chasse et la pêche... ouvrage publié jusqu'en 1829 inclus par M. Baudrillart et continué... par M. P.-E. Herbin de Halle ; [6] 1re Partie. VI. Recueil chronologique des règlements sur les forêts, la chasse et la pêche... ouvrage publié, depuis 1515 jusqu'à 1837 inclus, par MM. Baudrillart et Herbin de Halle, et continué... par une réunion d'employés supérieurs de l'Administration centrale des eaux et forêts ; [7] 1re Partie. VII. Recueil chronologique des réglements sur les forêts, la chasse et la pêche... ouvrage publié, depuis 1515 jusqu'à 1842 inclus, par MM. Baudrillart et Herbin de Halle et par une réunion d'employés supérieurs de l'Administration centrale des eaux et forêts, et continué, depuis 1843, par M. Théodore Chevalier ; [8-9] 2e Partie. I-II. Dictionnaire général, raisonné et historique des eaux et forêts... par M. Baudrillart ; [Atlas 1] 1ere et 2e Parties. III. Atlas des modèles d'états, des formules et des planches concernant les forêts ; [10] 3e Partie. I. Dictionnaire des chasses... par M. Baudrillart,... Ouvrage revu... par M. de Quingery ; [Atlas 2] 3e Partie. II. Dictionnaire des chasses, par MM. Baudrillart et de Quingery. Atlas ; [11] 4e Partie. I. Dictionnaire des pêches... par M. Baudrillart ; [Atlas 3] 4e Partie. II. Dictionnaire des pêches, par M. Baudrillart. Atlas . Paris : Mme Huzard, 1821-1848 11 vol. et 3 atlas ; in-4

— BLAZE (Elzéar), 1839, 

Le livre du roy Modus et de la royne Racio, nouvelle édition, conforme aux manuscrits de la Bibliothèque royale, ornée de gravures faites d'après les vignettes de ces manuscrits fidèlement reproduites, avec une préface par Elzéar Blaze, Paris, Blaze, 1839, 19 p. + cxxxix f.

https://archive.org/stream/lelivreduroymod00ferrgoog#page/n285/mode/2up

— CHASSANT (A),  Le livre du Roy Modus, dans Journal des Chasseurs (1869), p. 302,

— CHASSANT (A). 1869, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, Bulletin du Bouquiniste,

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202466h/f294.item.r=modus

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202466h/f326.item.r=modus

 

— PAGENOT, (Sandrine),2009, Recherches sur l'iconographie profane à la fin du Moyen Âge: les premiers traités de chasse enluminés ("Livre du roy Modus et de la royne Ratio" de H. de Ferrières – Livre de chasse" de Febus), thèse de doctorat, Université de Paris IV-Sorbonne, 2009, 4 t.

Non consulté ! Commentaires en ligne :

 

Sandrine Pagenot étudie le ms. BnF, fr. 12399, de la fin du xive siècle, qui contient le Livre du roy Modus et de la royne Ratio de Henri de Ferrières. Résultat d’une collaboration étroite entre l’enlumineur et un expert en cynégétique, ce livre montre bien comment l’image peut illustrer le texte, mais aussi le compléter, voire prendre des libertés à l’égard de l’écrit (Le recours au texte pour la création iconographique profane au xive siècle: le cas d’un traité de chasse, pp. 271-282).

Sandrine Pagenot montre ainsi qu’en trois occasions Henri de Ferrière « se décharge en partie de l’explication » en renvoyant le lecteur à la miniature subséquente, à charge pour l’enlumineur de suivre fidèlement ses instructions pour la composition de l’image (p. 271 284). Dans ce type d’ouvrage, les « infidélités » des illustrateurs sont à interroger, l’image étant en général parfaitement assujettie au propos didactique.  (http://www.fabula.org/acta/document8106.php)

 

— TILANDER (Gunnar);1932  Les livres du roy Modus et de la royne Ratio, Volume 77,Partie, Henri de Ferrières, Gunnar Tilander, Société des anciens textes français, 1932

 

— TILANDER (Gunnar);1932  Les manuscrits des Livres du roi Modus et de la reine Ratio, Lund, Håkan Ohlsson (Lunds universitets årsskrift, n. f., avd. 1, Bd 28, Nr 5), 1932,

— TILANDER (Gunnar);  Mélanges de linguistique et de littérature offerts à m. Alfred Jeanroy par ses élèves et ses amis. Alfred Jeanroy E. Droz, 1928 - 679 pages. Reprint Slatkine 1972

 

https://books.google.fr/books?id=_xbaRK3trFsC&pg=PA620&lpg=PA620&dq=Denis+d%27Hormes.&source=bl&ots=h_kStuhmPE&sig=q7GKgWMStXqDW4eqij5atIE29BY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjim6KthIvUAhXLPRoKHTwOD4kQ6AEIKjAB#v=onepage&q=Denis%20d'Hormes.&f=false

— SMETS An, Van Den Abeele Baudouin , 1998, "Manuscrits et traités de chasse français du Moyen Âge. Recensement et perspectives de recherche" Romania Année 1998 Volume 116 Numéro 463 pp. 316-367 http://www.persee.fr/doc/roma_0035-8029_1998_num_116_463_1470

MANUSCRITS ET EDITIONS

Tilander en a dénombré 32. Voir Arlima : https://www.arlima.net/eh/henri_de_ferrieres.html

— Bibliothèque de l'Arsenal 3079, XVe siècle, folio 210r, 225v et 228v. 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f429.item.r=du%20Monde.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f460.item.r=du%20Monde

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f466.item.r=du%20Monde.zoom

— Bibliothèque de l'Arsenal 5197, XVe siècle : les miniatures manquent pour les paragraphes étudiés.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55010550z/f82.item.r=Arsenal%205197

—Bnf fr 614 :  texte seulement, pas de miniatures

— Bnf fr 615 date 1406 . pas de miniatures

— Bnf fr 1297 folios 84v, 91v et 93r :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f176.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f190.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f193.item.zoom

— Bnf fr 1300 texte seulement, pas de miniatures

— Bnf fr 1301 folio 92v, 100 r et 101v

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f198.item

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f213.item

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f215.item

— Bnf fr 1302 folio 87r, 94r , et  95v

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f179.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f193.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f196.item.zoom

— Bnf fr 12399 « Livre du roy Modus et de la royne Ratio, qui parle des deduis et de pestilence », folio 86v, 93v, et 96v :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f176.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f190.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f196.item.zoom

— BR 10218 Bruxelles, milieu du xve s., parchemin, 183 fol., min. : Henri de Ferrières, Les livres du roy Modus . foliio 100, engin pour prendre les «mauvis» (espèce de grives) ; folio 101, la manière de prendre «les oyseaulx a la pipee au bost»;

Ms. 10218. - Bruxelles, après 1455. -Le livre du roi Modus fut composé après 1354, tandis que le Songe de Pestilence fut achevé entre 1374 et 1377. Le codex de Bruxelles est une copie très fidèle et très soignée du ms. 2573 de la Nationalbibliothek de Vienne (XVe s.), lequel remonte à son tour au ms. fr. 1297 de la Bibliothèque nationale de Paris (XIve s.). 

Les miniatures, à l'exception de la première, semblent être des copies, adaptées à la mode du jour et agrémentées de variantes, du ms. fr. 12399, de la Bibliothèque nationale de Paris, lequel est daté de 1379. Ce dernier volume, qui renferme les armoiries de la famille de Dammartin, a appartenu probablement à Charles de Trie, comte de Dammartin, compagnon d'armes du Guesclin, parrain de Charles VI. On ne sait comment il est entré dans la librairie des ducs de Bourgogne. Il s'y trouvait déjà en 1420, puisque l'inventaire de cette date le mentionne (cf. G. Doutrepont, Inventaire de la « librairie» de Philippe le Bon (1420), n° 103). Il reparaît de nouveau à l'inventaire de 1467 (Barrois, n° 1559). Voilà qui explique suffisamment comment un manuscrit français de 1379 ait pu inspirer un artiste flamand quatre-vingts années plus tard à la cour de Philippe le Bon.

http://belgica.kbr.be/pdf/ms/ms_10218_19_lyna.pdf

BNF fr RES-S-596 Par Jehan Trepperel folio 88v et suivants. Bois gravés 88v et 90r

livre du roy Modus et de la royne Racio qui parle du déduit de la chasse à toutes bestes sauvaiges , comme cerfz, biches, daims, chevreulx, lièvres, sangliers, loups, regnardz et loutres. Avec le stille de faulconnerie. Et aussi les subtillitez darcherie, contenant plusieurs manières pour prendre toutes sortes d'oyseaulx tant à la raitz à la tonelle qu'à la pipée et autres nouvelles choses trouvées pour les prendre 

(Cy finist ce present livre intitulé le Livre du roy Modus et de la royne Racio. Imprimé nouvellement à Paris par Jehan Trepperel, imprimeur et libraire, demourant en la rue neufve Nostre-Dame à l'enseigne de lescu de France

 

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k850314m/f193.image

 

 

.

Repost 0
Published by jean-yves cordier
commenter cet article
10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 21:45

La chouette ou le hibou harcelés par des oiseaux. La chasse à la pipée, description cynégétique et valeur allégorique. Troisième partie : la description de la pipée par Noël Chomel (1709), et le tableau allégorique où la "Chouette" est une belle qui attire les galants (XVIIIe).

.

.
 

Voir les  parties précédentes :

Sur le hibou harcelé, voir aussi :

.

.


 

Rappel.

Un panneau d'azulejos que l'on doit à Cristobal de Augusta vers 1577 dans le Salon de Charles Quint à l'Alcazar de Séville montre un hibou harcelé par deux oiseaux qui menacent les yeux jaunes de l'oiseau nocturne de leur bec. On retrouve ce motif de l'oiseau de nuit persécuté par les oiseaux diurnes dans la littérature naturaliste depuis Aristote et Pline, donnant lieu à des interprétations allégoriques de sagesse et de patience face à l'adversité (expliquant que l'artiste flamand Hoefnagel l'adopte comme emblème), ou d'un conflit plus général entre les puissances de la Nuit et celles du Jour. 

Comme beaucoup de thèmes iconographiques, celui-ci s'avère vite inépuisable, par ses rebondissements, ses surprises, et l'arborescence des chemins dérivés. C'est ce qui en fait le charme, mais cela explique aussi ma démarche par sauts et gambades, au petit bonheur la chance. Ainsi, la Chouette harcelée est au centre de la technique de chasse dite à la pipée, où une chouette sert d'appât aux oiseaux, à moins qu'on n'imite son chant.

Pour cet article, où je vais partir explorer le thème de la chasse à la pipée, j'ai emmené ceci dans mon sac de pique-nique : une description de Noël Chomel ; un livre de chasse du XIVe siècle avec de belles images; un tableau satirique du XVIIIe ; et un extrait du Cinquième Livre de Rabelais. 

Ou plutôt je me ravise : je ne laisse dans le sac que la description de Chomel en entrée et le tableau satirique en dessert, car le livre de chasse, qui a gonflé au fur à mesure de mon enquête, devient indigeste et exige une vrai valise pour lui tout seul : ce sera ma Quatrième partie. Je me demande où cela va bien me mener. 

.

Rappel du point de départ :



 

 

Hibou harcelé par deux oiseaux, azulejos, Salon de Charles Quint Palais de l'Alcazar de Séville. Photographie lavieb-aile.

Hibou harcelé par deux oiseaux, azulejos, Salon de Charles Quint Palais de l'Alcazar de Séville. Photographie lavieb-aile.

.
LA CHASSE À LA PIPÉE DÉCRITE PAR L'ABBÉ NOËL CHOMEL EN 1718.

Noël Chomel était "prêtre, curé de la paroisse Saint-Vincent de Lyon" (page de titre). Il décrit ici la chasse à la pipée sans chouette, car la Chevêche est remplacée par un pipeur qui en imite le chant.

La première édition du Dictionnaire oeconomique est parue en 1709. Je donne ici le texte de l'édition de 1718, parue à Paris chez Etienne Ganeau : page 590-593

https://books.google.fr/books?id=dRk-AAAAcAAJ&dq=Pr%C3%A9paratif+pour+la+Pip%C3%A9e.+noel+chomel&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

Edition revue, augmentée par M.P. Danjou  parue en 1740 à Lyon, tome II page 622 : en rouge.

https://archive.org/stream/bub_gb_g-icl__yxPgC#page/n317/mode/2up

PIPÉE.

C'est une chasse fort divertissante dans le temps des vendanges qui se fait avec des pipeaux en contrefaisant le cri des oiseaux. Cette chasse ne dure pas plus d'un mois. On y prend principalement des pies, des grives, des geais, des merles et autres oiseaux qui s'y rencontrent.

Du temps de la pipée

On peut faire la Pipée le matin, depuis la pointe du jour jusqu'au lever du soleil. Cependant il est plus à propos de le faire sur le soir une demi-heure avant le coucher du soleil jusqu'à ce que les oiseaux soient retirés.

Préparatif pour la Pipée.

Il faut avoir de la glu et un millier de gluaux, qui ne font que de petites branches d'ormeau, longues d’un pied, qu'on a soin de couvrir de glu. Il faut de plus une vingtaine de feuilles de lierre, et un petit paquet de feuilles d'une herbe qu'on appelle gramen, c'est une espèce de chiendent qui croît parmi les buissons de houx. Au lieu de cette herbe , on peut se servir d’un instrument qui est représenté au bas de la figure ci-dessous. Il est composé de deux petits morceaux de bois, b f e g , qui doivent être longs environ comme le doigt , et gros comme un demi-travers de doigt. Ils sont tellement coupés qu'on peut placer entre les deux un petit ruban h i, qui sert à contre-faire le cri des oiseaux, lorsqu'on met cet instrument à la bouche qu'on le fait jouer. En un mot cette machine est semblable au pipot des enfants avec lequel ils contrefont les marionnettes.

On peut aussi se passer de feuilles de lierre, et se servir d'un morceau de fer blanc, qui doit être recourbé de la même manière, que si on coupait un entonnoir par la moitié suivant sa longueur, et qu'après on mit la main dessus les deux bords pour les aplatir et les joindre ensemble, en donnant une figure ronde au fond, au milieu duquel il faut faire un trou gros comme un pois. Cet instrument doit être semblable à une feuille de lierre repliée.

Le bruit qu'on fait avec ce morceau de fer blanc recourbé, ou avec la feuille de lierre repliée, trouée par le milieu, en soufflant par la plus petite extrémité, ressemble au bruit que fait un geai, lorsqu'il crie contre le hibou.

Si on veut se servir de la feuille du gramen, il la faut prendre avec le pouce et le premier doigt de chaque main par les deux bouts, la mettre entre les lèvres, l’avancer jusqu’à la moitié de sa largeur, et puis en pressant les lèvres l’une contre l’autre souffler délicatement. Le bruit qui se fait de cette manière contrefait le cri de la chevêche qui est la femelle du hibou. Le pipeau de fer blanc est meilleur.

.

Comment il faut préparer le lieu pour faire la Pipée.

La Pipée se fait dans les bois taillis, qui sont forts, et qui ont du moins cinq ou six ans de coupe, il faut choisir un endroit qui soit écarté des chemins, et où il y ait un petit arbre comme A B, haut de trois ou quatre toises et éloigné des autres grands arbres, pour le moins de cinquante pas. Il le faut ébrancher tout à l'entour, à la réserve de quelques branches principales qui se rencontrait de coté et d'autre, faisant à peu prés comme une forme de coupe, ou verre à boire, de sorte que les plus hautes répondent dessus l'entre deux des baies, afin que ce qui tombera des plus élevées, ne s'arrête pas dessus les autres. Il faudra aussi ébranchiller et curer chaque grande branche, depuis le tronc de l’arbre jusques auprès des extrémités , comme on voit celle qui est marquée de la lettre C, à laquelle il ne parait point de petite branche ni feuille que vers l'extrémité. Quand toutes les grosses branches feront ainsi dégarnies de feuilles de de brins de bois, vous y ferez des entailles tout au long, en frappant de biais avec une serpe , qui fera des fentes de trois en trois doigts ; comme il se voit en la branche F, pour y ficher des gluaux 1234567. L'arbre étant préparé, coupez quelques branches de taillis qui soient droites, piquez le tout autour du tronc de l'arbre aux lieux marqués des lettres MRS T V ; en sorte que le pied de chaque brandie soit éloigné du pied de l’arbre d'environ quatre pieds , et que leurs cimes aillent toutes joindre le tronc de l'arbre par le haut à la lettre B ; ainsi qu'on peut voir par les lignes ponctuées M B R B S B T B. Il faut que cette loge soit suffisante pour placer quatre ou cinq personnes, selon qu'il s'y en rencontrera , il faudra y laisser quelques ouvertures , afin qu'une personne puisse entrer et sortir.

La loge faite, cherchez autour de l'arbre quatre ou cinq clairières de bel abord, ou bien s'il n’y en a point , vous en ferez de cette forte : coupez à peu près ai droite ligne les petites branches de taillis qui peuvent faire obstacle, commençant depuis la loge jusques à la distance de trente ou quarante pas , tout au plus , en forte que vous puissiez seulement voit , quand il y aura quelque oiseau pris sur les gluaux que vous y mettrez. Les clairières étant bien faites , choisissez tout au long sept ou huit branches unies , qui soient éloignées de six en six pas , on les fera pencher à travers la clairière , en leur donnant un coup de serpe par l'endroit qu'on jugera à propos , afin qu'elles soient de bonne hauteur pour les pouvoir ébranchiller et y faire des fentes ou entailles, comme aux branches de l’arbre , pour les couvrir aussi de gluaux , ces branches vous sont représentées de la sorte qu'elles doivent être penchées et glués par la figure marquée des lettres N O P Y L IL . II n'est pas absolument nécessaire d'avoir la vue sur toutes ces branches gluées , il faut pourtant faire attention , lors qu'il y aura quelque chose de pris aux gluaux , et le bien se souvenir du lieu où ils feront, afin d'y aller tout droit , car en courant , vous faites fuir les oiseaux qui vous voient , c'est pourquoi il faut marcher sur les mains et sur les pieds.

On peut faire cette chasse sans arbre, ayant tout au tour de soi des clairières , avec des branches gluées , comme on l'a dit. Ces branches s'appellent plaisses.

Comment en doit piper et appeler les oiseaux.

Ayant disposé de bonne heure la loge avec l'arbre et les plaisses, il faut prendre tous les ustensiles, comme la serpe, les feuilles de lierre, le chiendent, et les autres choses dont on a parlé au commencement de cet article ; il faudra couvrir du glu tous les gluaux, non pas tout au long ; mais depuis trois doigts proche le gros bout, jusques à la petite pointe, afin de les pouvoir manier sans se salir ni gluer les mains, puis menez les par paquets de deux ou trois cents à la fois dans un morceau de quelque vieux parchemin, pour empêcher qu’il ne s'y attache des ordures ; portez tous vos ustensiles sur le lieu préparé , et soyez y tout au plus tard une heure , avant que le soleil se couche , afin d’avoir le temps pour ajuster le tour en cette sorte.

Il faut qu'un homme monte au haut de l'arbre, et mette des gluaux tout au long des branches dans les entailles, comme ils sont représentés sur la branche marquée de la lettre F qui font penchés et presque couchés à trois doigts de haut sur la branche, de sorte qu'ils avancent de la moitié à coté, ou par dessus les uns des autres sans pourtant se toucher, ce que vous pouvez comprendre par les chiffres qui font marqués sur la branche F, il en faudra mettre aussi toutes les plaisses N O P Y L K qui auront été faites autour de la loge, le tout doit être en état un quart d'heure ou demi- heure avant que le soleil soit couché : Ce qui étant fait, tout le monde se retire promptement dans la loge au pied de l’arbre où il faut qu'il soit bien caché, chacun faisant le guet, de la vue et de l'ouie du coté auquel il aura été destiné pour y prendre garde, non ailleurs afin de ne rien troubler. Le silence étant exactement observé de tous, sinon de celui qui doit pipe , il commencera la Pipée en appelant avec la feuille de lierre, ou le morceau de fer blanc dans lequel il soufflera et contrefera le geai, comme on l'a dit ci-dessus, en continuant toujours de souffler dans le même instrument.

Le roitelet sera le premier oiseau qui viendra voir jusques dans la loge, après suivra la gadrille, autrement gorge-rouge , les mésanges viennent ensuite, puis les pinsons qui se prennent les premiers capables de faire venir les gros oiseaux.

D'abord que vous avez un pinson, il faut que quelqu'un le prenne et lui rompe un aile pour le faire crier de temps en temps, selon que le Pipeur l’ordonnera ; les geais et les pics, s'il y en a dans le pays, suivront les pinsons , pour lors il faudra changer de pipeau , et prendre une feuille de gramen , ou le pipet de bois et de ruban pour souffler et contrefaire la chevêche qui est la femelle du hibou. Aussitôt que les geais l'auront entendue, ils se jetteront de plein abord sur votre arbre, où ils les glueront, et tomberont à bas au pic de la loge.

Quand vous aurez un geai , rompez lui une aile et faites le crier, comme vous aurez fait le pinson, tous les autres geais et pies viendront à la foule se poser sur l’arbre, et cependant les merles approcheront sourdement autour de la loge, volant et sautant de branche en branche pour découvrir ce qu'ils entendent, tellement qu'ils se prennent sur les piailles, et tombent à bas, où on les entend crier, il faut y courir promptement , et le plus à couvert qu’on pourra. L'on a plus de peine à prendre ceux-ci que tous les autres, parce qu'ils courent et emportent le gluau , qui les empêche de voler.

Les geais font bientôt pris, ou quittent le lieu, s'enfuient, lorsqu’ils ont découvert la ruse du chasseur, les grives viennent prendre leurs places, quelques unes se prennent aux plaisses ; mais la plus grande partie se prennent sur l’arbre. Ces oiseaux ici sont les plus faciles à prendre , d'autant qu'ils se posent tout du premier coup sur l'arbre fans aucune méfiance, et tombent à vos pieds, si bien qu’on n'a point la peine de courir après.

Dès que vous avez pris un merle, ou une grive, ou bien un touret, qui est presque la même chose qu’une qu'une grive, il faut cesser de faire crier le geai, et se servir de la grive, du merle, ou du touret.

C'est le plus grand plaisir du monde de voir tous ces oiseaux étonnés et curieux du bruit qu'ils entendent , se jeter et se prendre parmi les gluaux.

Le roitelet est le premier oiseau qui vient au bruit du pipeau , mais la grive ou le touret est le dernier ; c'est pourquoi quand vous n’en verrez plus venir , quittez le lieu et vous vous en retournez jusques au lendemain à la pointe du jour que vous pourrez piquer ; il se prendra encore quelques oiseaux ou bien vous ramasserez tous les gluaux pour une autrefois, que vous désirerez faire la Pipée dans un autre bois ; car il ne fera pas bon de tendre dans ce même endroit de plus de quinze jours ; parce que les oiseaux qui auront échappé la première fois, feront épouvanter les autres , qui voudraient s’approcher ; mais quinze jours pourrait leur faire perdre le souvenir de la ruse de de l'endroit préparé. Cette chasse est une des plus divertissantes qu’on fasse de jour aux petits oiseaux."

Noël Chomel, Dictionnaire oeconomique. Ed. 1740 (Iere édition en 1709, 2eme édition 1718).

.

Illustration de l'article PIPÉE, Noël Chomel, Dictionnaire oeconomique, 1740.

Illustration de l'article PIPÉE, Noël Chomel, Dictionnaire oeconomique, 1740.

.

"LA CHASSE À LA CHOUETTE", UNE PEINTURE ALLÉGORIQUE DU XVIIIe SIÈCLE D'APRÈS UNE GRAVURE DU XVIe. 

Pour présenter cette peinture, dont il existe plusieurs exemples, je me contenterai de vous lire à haute voix le commentaire qui accompagna la vente chez Christie's en juin 1995 d'un de ces tableaux

Ecole française du XVIIe siècle La chasse à la chouette ou La Belle et ses Adorateurs Huile sur toile 
Titrée 'Le Piegeage' sur une ancienne étiquette au verso 
h: 120 w: 100 cm Provenance : Vente anonyme ; Cheverny, Orangerie du château, Me Rouillac, 11 juin 1989, n° 280 ;
Vente anonyme ; Monaco, Christie's, 30 juin 1995, n° 15 ;Acquis lors de cette vente par les actuels propriétaires ; Collection d'un couple d'amateur, Paris


Commentaire : Cette surprenante composition prend place dans un agréable jardin mais le discours qu'elle assène n'est pas aussi délicieux que nous pourrions le penser.
Il convient de décrypter notre tableau à la lumière d'une gravure de Giacomo Franco, édité au XVIe siècle, probablement à Venise, ville dans laquelle était actif ce dessinateur et graveur. Le quatrain en vieil italien accompagnant la gravure peut ainsi se traduire :
" Fuyez y imprudents jouvenceaux
Les filets d'un visage agréable et séduisant,
De peur que le Diable, avec l'appeau
De la civetta, ne vous prenne à ses pièges "
Une chouette vivante était souvent utilisée au XVIIe siècle afin d'attraper de petits oiseaux. Dans notre tableau, la femme galante est utilisée comme appât par le diable. L'homme à droite retient un chat, symbole de prudence, et par le geste du doigt qu'il porte à son œil se moque du diable et de ses ruses.
La gravure semble avoir eu un succès prolongé dans le temps puisque plusieurs tableaux s'en inspirèrent, en adaptant la mode ou l'identité des personnages, ou encore les discours accompagnant les œuvres en fonction de l'époque à laquelle ils furent peints.
Dans un article paru en 1907 Paul Perdrizet élabore une liste de quatre tableaux représentant le même sujet. L'auteur démontre que ce sujet est " une moralisation dont la pointe est dirigée contre les femmes de mauvaise vie ".
Toutes les cultures et les religions sont représentées dans les truculents portraits qui coiffent les corps d'oiseaux. De véritable portrait était parfois exécutés comme c'est cas dans la version du musée des Beaux-arts et d'archéologie de Besançon qui illustre le scandale de Jean-Baptiste Girard, jésuite recteur du séminaire de Toulon, qui fut accusé en 1730 d'avoir séduit une jeune fille et fut mis hors de cause après de longs débats au parlement."enchères.lefigaro

Les tableaux semblables sont : 

— Au Musée des beaux-arts de Calais : La chasse à la chouette ou la belle et ses adorateurs, Anonyme, école flamande, XVIIe siècle
Huile sur toile, 130X 67,2 cm, N° inv 951.48.1,

— Dans la Collection de Jean-Jacques Lebel. http://willemsconsultants.hautetfort.com/archive/2009/12/24/chouette.html

— Au Musée de Besançon  avec la notice suivante 

 http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0746/m033204_016733_p.jpg

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=M0332001458

"La scène représente une clairière. Au milieu un pieu, couronné d'un plateau, sur lequel est accroupie une jolie femme a demi nue, une draperie autour des reins, qui se regarde dans un miroir. Un satyre, accroupi à gauche, dans un buisson, fait tourner le plateau avec une ficelle attachée à la cheville droite de la femme. Vers cette femme arrivent, de toutes parts du ciel, d'étranges oiseaux à tête d'homme. Beaucoup sont posés sur des baguettes attachées, soit au montant du perchoir, soit aux arbres de la clairière. Tous, ils dévorent de regards concupiscents l'affriolant appeau. Un, plus hardi que les autres, plus jeune aussi, n'y peut tenir : il fond sur la femme et la baise à la joue : c'est un petit abbé. Contre le pieu se dresse un chien à tête d'homme. A droite passe un gros rustre, coiffé d'un feutre, en veste, culotte, bas blancs, avec de forts souliers et une chemise au col ouvert ; de l'index de la main droite, il montre son oeil ; il porte un chat au creux du bras gauche. Deux des hommes-oiseaux portent la fraise et le chapeau de feutre ; plusieurs sont moustachus et barbus ; deux , coiffés de turbans, doivent représenter des Turcs. Peinture satyrique qui illustre le scandale de Jean-Baptiste Girard. J.B. Girard était un jésuite, recteur du séminaire de Toulon, qui fut accusé en 1730 d'avoir séduit une jeune fille et fut mis hors de cause après de longs débats au parlement." © Besançon ; musée des beaux-arts et d'archéologie, 2009, © Service des Musées de France, 2013

— Au Musée des Granges de Port-Royal

.

 

 

http://webmuseo.com/ws/musenor/app/collection/record/23023
http://webmuseo.com/ws/musenor/app/collection/record/23023

http://webmuseo.com/ws/musenor/app/collection/record/23023

.

Voici maintenant la gravure de Giacomo Franco qui a inspiré ces tableaux.

— LA CHASSE A LA CHOUETTE. Gravure de Giacomo Franco. 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57805404/f202.item.r=pertrizet.texteImage

Revue de l'art ancien août 1907 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57805404/f202.item.r=pertrizet.texteImage

Revue de l'art ancien août 1907 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57805404/f202.item.r=pertrizet.texteImage

.

Et maintenant, voici l'article de Paul Perdrizet, auteur de référence  pour ces œuvres :

 

LA CHASSE A LA CHOUETTE  CONTRIBUTION A L'HISTOIRE DE LA PEINTURE SATIRIQUE. Paul PERDRIZET,   Revue de l'Art Ancien et Moderne, Paris, août 1907, pp. 143-150

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57805404/f198.item.r=pertrizet



"Il existe plusieurs répliques du tableau que l'on voit reproduit plus loin. L'une appartient à M. Franck Chauveau. Une autre est au musée de Calais . Une troisième  a été donnée au musée de Besançon, avant 1843, par le marquis de Rosières (Le marquis de Rosières appartenait à une vieille famille parlementaire de la Comté.  ). 
Une quatrième, qui m'a été signalée par le peintre Grivaz, appartenait en 1905 « a une dame des environs de Paris ». 

La scène représente une clairière. Au milieu un pieu, couronné d'un plateau, sur lequel est accroupie une jolie femme toute nue, qui se regarde dans un miroir (la réplique de Besançon, plus prude que les autres, lui met une draperie autour des reins). Un satyre, accroupi à gauche, dans un buisson, fait tourner le plateau avec une ficelle attachée à la cheville droite de la femme (réplique de Besançon), à un clou planté dans le plateau (réplique de Calais). Vers cette femme arrivent, de tous les coins du ciel, d'étranges oiseaux, des oiseaux à tête d'homme. Beaucoup sont posés sur des baguettes attachées, soit au montant du perchoir, soit aux arbres de la clairière. Tous, ils dévorent l'affriolant appeau de regards de concupiscence. Un, plus hardi que les autres, plus jeune aussi, n'y peut tenir : il fond sur la femme et la baise à la joue : c'est un petit abbé. Contre le pieu se dresse un chien à tête d'homme. A droite passe un gros rustre, coiffé d'un feutre, en veste, culotte et bas blancs, avec de forts souliers et une chemise débraillée; de l'index de la main droite, il montre son oeil'; dans la main gauche, il porte un chat, précieusement, contre son coeur. Son costume paraît indiquer le milieu du xviie siècle. 
Deux des hommes- oiseaux portent la fraise et le chapeau de feutre ; plusieurs sont moustachus et barbus; deux, coiffés de turbans, doivent représenter des Turcs. 
Je ne vois point que personne, jusqu'ici, ait bien expliqué cette allégorie. 
Dans le catalogue du musée de Calais, dont il est conservateur , M. Wiart s'exprime ainsi : «Le tableau représente la belle X. et ses adorateurs. Les oiseaux à tête humaine sont autant de personnages laïques ou ecclésiastiques du temps de la Ligue, qui essaient d'obtenir les faveurs de la belle... M. Wiart a bien voulu me faire connaître par lettre que la belle X. était, à son avis, Gabrielle d'Estrées. 

D'après Castan, la réplique de Besançon serait relative aux querelles soulevées par la bulle Unigenitus. Castan n'était pas un connaisseur sans mérite : c'est lui, notamment, qui a signalé le premier l'importance des  Très belles heures de Turin, pour l'étude de l'Agneau mystique. Mais il n'a pas toujours l'ail assez d'efforts pour se défendre contre son ingéniosité. 
Les commissaires responsables de l'inventaire des richesses d'art de la France, où Castan a publié sa description, auraient pu lui demander plus de prudence. « Au premier plan, dit-il, une 
sorte de paysan, qui semble au moment de se mettre un doigt dans l'oeil : on croit que ce personnage est le Régent. Un chien à tête humaine, coiffé d'une calotte , cherche à escalader la plate- forme : c'est probablement le P. Quesnel .Suit une longue citation du Siècle de Louis XIV. Le tableau daterait de 1715 à 1718. 

Personne ne sera surpris que la bulle Unigenitus et les querelles des acceptants et des refusants n'aient rien inspire d'aussi folâtre. Le dossier du Cabinet des Estampes relatif au jansénisme est tout  à fait austère; on n'y trouve ni femmes nues, ni petits abbés donnant des baisers polissons. 
En réalité, le tableau en question est une moralisation dont la pointe est dirigée contre les femmes, plus précisément contre les femmes de  mauvaise vie, et une moralisation qui n'a rien d'original, puisqu'elle est inspirée d'une gravure italienne du XVIe siècle. La gravure dont il s'agit est rarissime et n'a jamais été décrite. Un exemplaire s'en trouve au Cabinet des Estampes, dans ce recueil de la collection Marolles intitulé : Facéties et pièces de bouffonnerie  dont la valeur, pour l'étude du genre satirique aux XVIe et XVIIe siècles, est inestimable. 
Ce recueil est analysé dans Bouchot, le Cabinet des Estampes, p. 301-306, où la gravure qui nous intéresse est mentionnée sommairement en ces termes : « Le Piège aux amoureux, par Franco».

Cette gravure est signée Franco forma. Giacomo Franco, dessinateur et graveur, né probablement à Venise, et parent, croit-on, du peintre et graveur Giovanni Baptista Franco, travaillait à Venise vers la fin du XVIe siècle (de 1588 à 1598, suivant Zani). Sa manière rappelle celle d'Augustin Carrache, dont il était contemporain. On connaît de lui une Adoration des Bergers, Jésus en croix avec plusieurs saints, un petit Crucifiement, une Pietà d'après Michel-Ange, l'Image de Noire-Dame de Lorette, un Saint Jérôme (petite pièce gravée à Rome), seize planches tirées des Métamorphoses d'Ovide, une partie de l'illustration de la Jérusalem délivrée, publiée à Gênes en 1590, d'après les dessins de Bernardo Castelli; le portrait de Francesco Aldobrandino, une suite de portraits d'hommes illustres (1596), les planches de l'ouvrage intitulé : Il Ballorino di M. Fabritio caroso da Sarmoneta (Venise, 1581, in-4°); la suite des Habite d'huomini e donne venetiane (25 planches petit in-f°). Aucun catalogue ne lui attribue la pièce satirique de la collection Marolles ; mais la signature Franco forma, et la similitude entre l'écriture de la légende et les caractères gravés au bas des planches qu'on vient d'énumérer, ne permettent pas de douter que Giacomo Franco ne soit l'auteur de cette estampe. 

Sur le sens de la gravure, il ne saurait pas non plus y avoir d'incertitude, car Franco nous en a donné l'explication dans le quatrain suivant, en hendécasyllabes (le vers hendécasyllabique est employé dans la poésie italienne pour les devises et les sentences) : 

Fuggite, incauti giovinetti. i lacci 
D'un volto lusinghiero. anchorche bello, 
Accio clie il rio  Démon, con il cimb(ello)  
[
Rio, « méchant », du latin reus. Mot poétique. ]
Délia civella. non v' intrichi e imp(acci) Le mot est écrit en abrégé et la cédille omise : ç — z est courant dans l'italien du XVIe siècle.

c'est-à-dire :

« Fuyez, imprudents jouvenceaux, les filets d'un visage agréable et séduisant, de peur que le Diable, avec l'appeau de la civetta, ne vous prenne à ses pièges ».

Les auteurs des catalogues de Besancon et de Calais n'ont pas compris ce que faisait le satyre : il chasse à la chouette, colla civetta. Pour prendre les petits oiseaux, on se sert parfois 
d'une chouette vivante. Cette chouette sert d'appeau, zimbello :  In. Petrocchi, Nuovo Dizionario della lingua ilaliana (Milan, 1902) : « ZIMBELLO : uccelo che si fa svolazzare per richiamo. Fig. Lusinga, allettamento. ZIMBELLARE : movere la zimbullo per allettare gli uccelli.»

On l'attache avec une ficelle à une sorte de perchoir, puis, avec une autre ficelle, on la fait voleter. Les petits oiseaux détestent les chouettes. Ils accourent près de celle qui sert d'appeau, pour la larder de coups de bec ; le chasseur, les ayant à portée, s'en empare d'une façon ou d'une autre . Ni l'Encyclopédie de Diderot (t. III du Recueil des planches, pl. XIII, 2, p. 28), ni l'Encyclopédie méthodique, publiée à Paris chez Agasse (volume des Chasses, p. 153), ne décrivent exactement la chasse à la chouette comme l'a représentée Franco, et comme on la pratique en Italie. 

Généralement, le montant du perchoir où est attachée la chouette et les branches des arbres voisins sont garnis de bâtons englués. Les  petits oiseaux se prennent à cette glu [Petrocchi, op. cit. : « CIVETTA. Caccia alla civetta : specie di caccia con panioni o paniuzze, la civetta ammaestrata e una gruccia dove essa monta e scende e richiama gli uccelli. » ]. Franco n'a pas oublié ces gluaux : la plupart de ses oiseaux allégoriques y sont déjà pris. 

La langue italienne, par allusion à cette sorte de chasse, appelle civetta les coquettes et les femmes galantes [Petrocchi, op. cit. : « CIVETTA. Fig. Donna che s'abbiglia (qui se fait belle) e si mette in mostra e si lascia vagheggiare per lusingare gli uomini e una civetta. »  ].

L'Italien prête donc à un jeu de mots sur civetta. C'est ce jeu de mots qui a inspiré l'estampe de Franco: notre graveur a fait de l'esprit sémantique. Dans son allégorie, la chouette, c'est la femme galante, la courtisane (il n'en manquait pas à Venise, au temps de Franco) ; le chasseur, c'est le Diable (l'artiste lui a donné la forme d'un satyre antique, par « humanisme », le satyre étant, en quelque sorte, la forme humaniste du Diable des chrétiens) ; enfin, les oiseaux, ce sont les jeunes gens. Tous les hommes-oiseaux de la gravure de Franco représentent évidemment déjeunes hommes; l'un d'eux a une belle barbe en éventail ; les autres sont encore imberbes; ils sont coiffés, pour la plupart, de toques en velours comme les élégants en portaient à l'époque d'Henri III ; ceux qui sont tête nue ont les cheveux « mignottés » et frisés, à la mode du temps. — Le geste du jeune homme qui est représenté au premier plan, à gauche, ne signifie ni, comme l'a cru Castan, qu' «il se met le doigt dans l'oeil », c'est-à-dire qu'il se trompe, ni « qu'il se bat l'oeil », c'est-à-dire qu'il se moque des ruses du Démon et des séductions féminines, mais bien « qu'il est sur l'oeil », c'est-à-dire qu'il se tient sur ses gardes. Le geste est courant en Italie, dans ce sens. J'expliquerais volontiers de même le chat que le personnage tient sur le bras : le chat serait un emblème de prudence. 

Quant à l'inscription sur la banderole, au-dessus de l'homme au chat, je n'en vois pas l'explication. 

Le genre satirique et moralisateur n'a pas été cultivé par les Italiens autant que par les Flamands. Ceux-là ont préféré l'allégorie, qui est plus noble, plus idéale, qui s'interdit le gros rire, la plaisanterie salée. Giotto peint à la voûte de l'église d'Assise ses grandes allégories franciscaines ; Mantegna représente la Sagesse victorieuse des Vices; Lotto, Vénus et l'Amour mis en fuite par la Chasteté. L'art du Nord s'est complu dans des moralisations plus grasses et plus lourdes. Le genre satirique, tel que les Flamands l'ont pratiqué au xvie siècle, convenait à leur bon sens rude et court, à leur vulgarité de bourgeois. 

Leurs plus grands artistes à cette époque, Jérôme Bosch, Pierre Bruegel l'Ancien, multiplient les compositions satiriques et moralisantes, mettent en images les proverbes flamands. Il suffit de rappeler de Jérôme Bosch ses estampes des Aveugles et de la Chevalerie, de l'Eléphant et de 
la Baleine [1. L. Maeterlinck, le Genre satirique dans la peinture flamande, 2° éd. (Bruxelles, 1907), fig. 189 et 189 bis, 190 et 190 bis.] ; de Bruegel, ses estampes de la Cuisine des Gras et de la Cuisine des Maigres, ses Proverbes flamands, ses Vertus et ses Vices [R. Van Bastelaer et Georges H. De Loo, Peter Bruegel l'Ancien (Bruxelles, G. Van Oest, 1905).] ; ou encore le tableau attribué à Patenier, qui apprend Comment il faut traverser le Monde [Maeterlinck, op. cit., fig. 196.]. Au xviiesiècle encore, dans le coin des tableaux de Jordaens, se lisent des proverbes qui précisent l'intention satirique du peintre [Par exemple, le Concert en famille du musée d'Anvers, qui porte cette inscription: Soo d'oude songen, soo pepen de jonge (« Comme chantent les vieux, gazouillent les petits »). ]. 

La vogue de ces compositions satiriques et moralisantes des Flamands a été si grande, que je croirais volontiers que la gravure de Franco a été conçue sous leur influence plus ou moins directe. 

A quelle école appartenait le peintre qui, vers le milieu du xviie siècle, eut l'idée de s'inspirer de cette vieille gravure? C'était, je crois, un artiste des Pays-Bas. Les coiffures et les rabats de ses hommes-oiseaux se retrouvent dans les tableaux flamands ou hollandais du xviie siècle. La peinture a un précis, un fini, qui semblent bien indiquer la provenance 

néerlandaise. Ajoutons qu'à la fin du xvii° siècle et au commencement du xviiie, le goût des compositions satiriques et moralisantes, qui avait été, au xvie siècle, si général dans les Pays-Bas, n'y était pas complètement aboli : à preuve tel tableau des Proverbes flamands d'un peintre flamand du xviiie siècle [Op. cit., fig. 239.  ] publié par M. Maeterlinck. Que dis-je? Aujourd'hui même, des Flamands souhaitent, naïvement, de le voir renaître. 

M. Maeterlinck termine son livre (couronné par l'Académie royale de Belgique, et récemment réimprimé) sur le Genre satirique dans la peinture flamande, par des réflexions comme celle-ci : «Peut-être verrons-nous reparaître un jour, sur la toile ou sur les murs de nos écoles ou de nos 
édifices publics, ces compositions à la fois amusantes et moralisatrices de jadis, les illustrations de nos dictons populaires et de nos proverbes.... Il faut espérer que le genre national, à la fois familier et moralisateur, de Bruegel le Vieux renaîtra et qu'il reparlera encore au peuple, comme par le passé, le seul langage qu'il puisse comprendre.» Il est permis de souhaiter d'autres méthodes pour l'éducation du peuple ; et, d'ailleurs, l'art n'a pas à moraliser. Mais je m'égare loin de mon sujet. Il devrait me suffire d'avoir exposé ici un problème curieux de folklore artistique, sur lequel je n'ai sans doute pas tout dit. PAUL PERDRIZET. 

.

 

.

J'y ajoute cette image,trouvée sur Pinterest 

https://fr.pinterest.com/pin/76350156162487826/

La chasse à la pipée, ou chasse à la chouette, tableau début XVIIIe. Des femmes attirent des oiseaux à tête d'homme pour les punir d'avoir succombé. Hôtel d'Agar à Cavaillon.

.

https://fr.pinterest.com/pin/76350156162487826/

https://fr.pinterest.com/pin/76350156162487826/

.

SOURCES ET LIENS.

— BRAZ (Jean-Pierre), 2011, La chasse à la chouette

http://www.jpbrazs.com/__download/CRFP/PICTORIAL/CRFP_%20com_16-11-11_chouette.pdf

 

— PERDRIZET (Paul) 1907, " La Chasse à la Chouette, Contribution à l'histoire de la peinture Satirique ", in Revue de l'Art Ancien et Moderne, Paris, août 1907, pp. 143-150 

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57805404/f198.item.r=pertrizet.texteImage

—ROUSSE (M.) , 1976, L'allégorie dans la farce de "La Pipée" ,Cahiers de l'Association internationale des études francaises  Année 1976  Volume 28  Numéro 1  pp. 37-50

http://www.persee.fr/doc/caief_0571-5865_1976_num_28_1_1105

Sur un livret anonyme, Niccolo Jommelli a composé Il paratajo, Le filet à oiseaux ou La pipée. Cet intermède en deux actes a été créé à l’Académie royale de musique, à Paris le 25 sept. 1753 durant la Guerre des bouffons.

.

Repost 0
Published by jean-yves cordier
commenter cet article
9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 16:55

Quelques azulejos du Salon de Charles Quint et de la chapelle de l'Alcazar royal de Séville par Cristobal de Augusta en 1577-1578. Deuxième partie. Le hibou — ou la chouette— harcelé par deux oiseaux. La chasse à la Chevêche depuis l'Antiquité.

.

 

 

Voir les autres parties : 

 

.

Voir les autres articles sur Séville :

 

– Au Musée des Beaux-Arts de Séville :

Autres articles :

.

— Sur le hibou harcelé, voir :

.

 

 

 

.

.

Lorsque je visitai, en juin 2015, l'Alcazar de Séville, j'avais encore  en tête l'article que je venais d'écrire sur la valeur emblématique du Hibou pour Joris Hoefnagel, l'exceptionnel miniaturiste et premier naturaliste au service de Ferdinand II, du duc Albert de Bavière puis de l'empereur Rodolphe II entre 1580 et 1600 : je venais de découvrir dans son œuvre le thème du hibou harcelé par les oiseaux, allégorie de l'artiste persécuté ou incompris des Ignares, avec en filigrane celle du Christ confronté aux Juifs.

Aussi, lorsque j'aperçu sur les azulejos qui ornent les soubassements du Palais Gothique de l'Alcazar et qui furent réalisés sous Philippe II vers 1577 par Cristobal de Augusta, un hibou harcelé par deux oiseaux qui tentaient de lui crever les yeux, le rapprochement de cette scène avec celles que j'avais analysé s'imposa.

Le motif se retrouvait sur de nombreux panneaux, plus ou moins bien conservés et avec des raccords entre carreaux de faïence parfois difficiles. D'ailleurs, dans l'ensemble des 589 m2 du décor de faïence du Palais Gothique, le thème de l'agressivité des animaux semblait dominer.

 

.

Hibou harcelé par deux oiseaux, Cristobal de Augusta, azulejos, 1577-1578, soubassement du Palais Gothique de l'Alcazar de Séville. Photographie lavieb-aile juin 2015.

Hibou harcelé par deux oiseaux, Cristobal de Augusta, azulejos, 1577-1578, soubassement du Palais Gothique de l'Alcazar de Séville. Photographie lavieb-aile juin 2015.

.

 

Hibou harcelé par deux oiseaux, Cristobal de Augusta, azulejos, 1577-1578, soubassement du Palais Gothique de l'Alcazar de Séville. Photographie lavieb-aile juin 2015.

Hibou harcelé par deux oiseaux, Cristobal de Augusta, azulejos, 1577-1578, soubassement du Palais Gothique de l'Alcazar de Séville. Photographie lavieb-aile juin 2015.

.

Partant du principe que la différence entre les Chouettes et les Hiboux repose sur la présence d'aigrettes (souvent prises pour des oreilles) chez ces derniers, je considérais au vu des plumes hérissées en huppe sur la tête des Rapaces ici représentés qu'il s'agissait de hiboux. 

La couleur jaune des yeux était compatible avec cette piste et j'avais le choix entre Grand-duc, Moyen-duc et Petit-duc.

Mais l'artiste n'avait aucun souci de l'exactitude naturaliste de ses animaux (tout le contraire de Hoefnagel), comme le montrait soit l'allure des oiseaux persécuteurs  (un échassier doté d'une plume en coquille d'escargot et un improbable colibri dépourvu de queue), soit celle des libellules, des canards (semblables à des perroquets) et des hérons qui occupaient le panneau. Nous étions dans le monde semi-onirique et semi-fantastique des grotesques, où triomphait madame Imaginacion. Scènes de chasse et de prédation qui ont été signalées sur une frise gallo-romaine du Puy. 

N.B : B. Ducos a observé cette scène de la chouette harcelée sur la fameuse fresque de Raphaël Les Amours de Psyché du palais de la Farnésine.

.

J'avais mis ces images de coté, lorsque je reçus il y a quelques jours le numéro 105 de l'illustrissime revue La Hulotte, dessinée et rédigée par Pierre Déom. Sous le titre de La petite Chouette, il était consacré à la  Chevêche, Athene noctua (Scopoli, 1769). Une chouette à la tête arrondie, de la taille d'un merle, et aux yeux jaunes.

Or, j'appris à la page 12, sous le titre "La manif des oiseaux" , que :

 "Le soir, si la chevêche a le malheur de sortir un peu trop tôt, elle risque de se retrouver dans un chahut pas possible. Sitôt qu'ils l'aperçoivent, les passereaux se mettent à l'invectiver. Ils s'approchent d'elles et la houspillent en poussant des cris d'alarme. Certains font même mine de se précipiter sur elle — en prenant quand même garde à leurs plumes, car un coup de griffe est vite arrivé. Depuis la pie jusqu'au minuscule troglodyte, en passant par la mésange bleue, le merle, le pic-épeiche, tout le monde se croit autorisé à venir lui balancer des horreurs. Sous les huées, la petite Chouette reste impassible. Elle attend que tous ces casse-pieds se fatiguent et se décident à aller dormir, car la nuit tombe. Lorsqu'elle prend son bain de soleil en plein après-midi, même tapage : alors, parfois, la Chevêche en a marre. Elle s'envole de son perchoir et va se réfugier dans son trou".

.

Sur la même page, l'auteur décrivait aussi l'utilisation de ce comportement par les chasseurs, "depuis plus de 23 siècles" (au 2e ou 3e siècle avant J.C ? pendant la République romaine et la période hellénistique ?) : ils plaçaient une Chevêche apprivoisée sur un piquet et lorsque des alouettes passaient dans le ciel, ils tiraient sur une corde pour obliger leur prisonnière à battre des ailes. Les oiseaux descendaient invectiver le rapace, sans voir les chasseurs cachés dans une hutte, et leurs filets.

Ce comportement était-il propre à cette espèce ? L'artiste de l'Alcazar avait-il doté d'une crête iroquoise une brave Chevêche ? J'ai voulu en savoir davantage.

Témoignages de la chasse à la chevêche.

Le Catalogue des espèces du genre Strix, publié à la suite de la thèse de Charles Naudin soutenue en 1842 sur la végétation des Solanées, me donna une première description en note de la description de Strix passerina Linn. qui est l'ancien nom d'Athene noctua, notre Chevêche) :

"Pour faire cette chasse, un homme se blottit sous un panier assez vaste pour le cacher entièrement, tout en lui laissant la liberté de se mouvoir. La chevêche est attachée en dehors sur un perchoir d'un demi mètre de long, fixé horizontalement à la partie supérieure du panier, et disposé de manière que l'homme peut, du dedans, lui imprimer à volonté divers mouvements qui forcent la chevêche à s'agiter et à battre des ailes. A une petite distance du point où ce perchoir pénètre dans le panier, se trouve une ouverture de la grandeur de la main par la par laquelle le chasseur fait passer les deux branches entrouvertes d'une longue pince de bois qu'il tient à la main et qu'il peut fermer au besoin. Lorsque les oiseaux ont été attirés par la vue de leur ennemie, ils se posent pour la harceler, sur l'une des branches de la pince qui leur offre un point d'appui commode ; mais celle-ci venant à se fermer brusquement, ils se trouvent saisis par les pattes et deviennent aisément la proie du chasseur."

On retrouve cette pratique sous la plume de Jacques Henri Fabre , dans ses Éléments de zoologie de 1882 page 244

 

" La Chouette commune ou Chevêche a la grosseur du geai, mais elle est beaucoup plus courte, plus ramassée. Son plumage est brun avec des taches blanches, rondes ou ovales. Pour exprimer l'étonnement, la surprise, la crainte, elle fléchit les jambes, s'accroupit, puis se redresse brusquement en allongeant le cou et tournant la tête tantôt à droite, tantôt à gauche. On la dirait poussée par un ressort. Ce geste se répète coup sur coup à plusieurs reprises, chaque fois accompagné d'un claquement de bec. C'est la chouette qui autrefois était utilisée dans la chasse à la pipée. A la vue de l'oiseau de nuit, à son cri, les oisillon du voisinage accouraient pour harceler l'ennemi abhorré, et étaient pris aux gluaux. Dans le midi s'utilise toujours cette singulière antipathie : l'alouette est attirée sous le plomb du chasseur, encore mieux par la présence de la chouette lancée en l'air que par le scintillement du miroir. "

Cette description m'indique que la technique se nomme "chasse à la pipée". Mais la chevêche capturée peut être remplacée par son seul cri, ou par une imitation de celui-ci, comme le décrit J.B. Noulet dans la  Mosaïque du Midi, dans un numéro de 1840, juste à la suite de sa description de la Chevêche :

 

"Les oiseaux diurnes ont une antipathie naturelle, instinctive, contre les oiseaux de nuit, qui sont leurs plus cruels ennemis; aussi, s'il arrive que l'un de ces derniers quitte son repaire pendant le jour, il est bientôt entouré d'une nuée d'oiseaux , qui arrivent de toute part et l'entourent comme pour jouir de son embarras, l'éclat de la lumière le forçant à prendre une attitude embarrassée et grotesque ; enfin, assailli au milieu des cris divers de cette multitude courroucée, il finit par payer de la vie son imprudence ; ce n'est plus le tyran de la nuit, avide de sang , portant partout l' effroi et le carnage, c'est une victime laissée sans défense.

"La connaissance de ce fait singulier a donné l'idée de la chasse qu'on nomme pipée. On sait que la pipée consiste à faire choix d'un arbre de médiocre élévation, dans des bois de haute futaie, à portée d'un taillis de deux ou trois ans : on abat les branches les plus proches du tronc qui paraissent superflues; on n'en conserve qu'une certaine quantité que l'on dépouille de leurs rameaux jusques vers leur extrémité, ayant le |plus grand soin de laisser à cet arbre la tête de verdure la plus touffue que l'on a pu trouver. Il faut aussi autant qu'il est possible , que les branches que l'on conserve ne soient point placées dans une position perpendiculaire les unes au-dessus des autres; mais, dans leur trajet d'élévation , les supérieures doivent coïncider avec les vides qui se trouvent entre les inférieures. On fait de distance en distance, d'avant en arrière, sur les branches que l'on a dépouillées de leurs rameaux, des entailles, dans lesquelles on place une petite branche d'osier , à laquelle on a donné le nom de gluau , parce qu'effectivement elle est enduite de glu dans toute son étendue , jusqu'à un décimètre prés de son plus gros bout : on incline ces gluaux le plus près possible les uns sur les autres, et on en garnit ainsi tout l'arbre.

"Lorsque l'arbre est ainsi préparé et tendu, on élève une petite loge au bas du tronc. Cette loge n'est autre chose que quelques branches de verdure que l'on a amoncelées de manière à pouvoir se tenir dessous le moins incommodément possible: on y ménage quelques ouvertures, afin de ramasser, sans en sortir, avec un petit râteau de bois, les oiseaux qui, après s'être englués sur l'arbre, tombent tout autour et souvent sur la loge.

"On ne doit jamais commencer cette chasse qu'une heure au plus tôt avant le coucher du soleil ; et ce n'est que quand cet astre a disparu de dessus l' horizon , que l'on contrefait la voix de la chouette. C'est à ce moment que les merles , les grives, les geais, les pies, et la nombreuse tribu de becfins, etc. , accourent en foule pour harceler l'oiseau de nuit qu'ils croient entendre, et que, dans leurs diverses évolutions, que leur colère anime, ils se prennent sur l'arbre : lorsque l'on tient l'un d'eux et surtout un geai, qu'on fait crier, tous les autres accourent avec une sorte d'acharnement et de fureur, parce qu'ils croient qu'il est tombé dans les serres de la chouette ; ils vont et viennent en foule, ils crient a tue-tète, s'élancent étourdîment sur les gluaux et en tombant poussent de nouveaux cris, qui attirent vers ce lieu tous leurs semblables. J.-B. Noulet, La Mosaïque du Midi 1840, p. 21.

.

Constant Duméril (Elémens des sciences naturelles, Volume 2 page 1133), en 1830, m'apprend qu'on utilise pour imiter ce chant "en frouant, à l'aide de certains instruments ou d'une feuille de graminée". Le verbe "Frouer", dérivé de l'onomatopée frou, désigne spécifiquement l'action de contrefaire, par un pipeur, le chant de la chouette : 

"le Pipeur commence à frouer, ce qu’il fait en soufflant dans une feuille de lierre, à laquelle on fait un petit trou, en levant le côté du milieu assez près de la queue, ce qui fait le cri d’un petit oiseau, qui appelle les autres à son secours : il y a encore diverse manières de frouer. Aussitôt qu’on a froué, plusieurs oiseaux, comme des rouges-gorges, viennent se prendre." — (L’Agronome ou dictionnaire portatif du cultivateur, Rouen, 1787)

.

Ceux qui préfèrent le style de Buffon liront le passage suivant de son Histoire naturelle .

 

"Les yeux de ces oiseaux sont d’une sensibilité si grande, qu’ils paroissent être éblouis par la clarté du jour, et entièrement offusqués par les rayons du soleil : il leur faut une lumière plus douce, telle que celle de l’aurore naissante ou du crépuscule tombant ; c’est alors qu’ils sortent de leurs retraites pour chasser, ou plutôt pour chercher leur proie, et ils font cette quête avec grand avantage ; car ils trouvent dans ce temps les autres oiseaux et les petits animaux endormis, ou prêts à l’être : les nuits où la lune brille sont pour eux les beaux jours, les jours de plaisir, les jours d’abondance, pendant lesquels ils chassent plusieurs heures de suite, et se pourvoient d’amples provisions : les nuits où la lune fait défaut sont beaucoup moins heureuses ; ils n’ont guère qu’une heure le soir et une heure le matin pour chercher leur subsistance ; car il ne faut pas croire que la vue de ces oiseaux qui s’exerce si parfaitement à une foible lumière, puisse se passer de toute lumière, et qu’elle perce en effet dans l’obscurité la plus profonde ; dès que la nuit est bien close, ils cessent de voir, et ne diffèrent pas à cet égard des autres animaux, tels que les lièvres, les loups, les cerfs, qui sortent le soir des bois pour repaître ou chasser pendant la nuit : seulement ces animaux voient encore mieux le jour que la nuit ; au lieu que la vue des oiseaux nocturnes est si fort offusquée pendant le jour, qu’ils sont obligés de se tenir dans le même lieu sans bouger, et que quand on les force à en sortir, ils ne peuvent faire que de très-petites courses, des vols courts et lents, de peur de se heurter ; les autres oiseaux qui s’aperçoivent de leur crainte ou de la gêne de leur situation, viennent à l’envi les insulter : les mézanges, les pinçons, les rouge-gorges, les merles, les geais, les grives, etc. arrivent à la file : l’oiseau de nuit perché sur une branche, immobile, étonné, entend leurs mouvemens, leurs cris qui redoublent sans cesse, parce qu’il n’y répond que par des gestes-bas, en tournant sa tête, ses yeux et son corps d’un air ridicule ; il se laisse même assaillir et frapper, sans se défendre ; les plus petits, les plus foibles de ses ennemis sont les plus ardens à le tourmenter, les plus opiniâtres à le huer : c’est sur cette espèce de jeu de moquerie ou d’antipathie naturelle, qu’est fondé le petit art de la pipée ; il suffit de placer un oiseau nocturne, ou même d’en contrefaire la voix, pour faire arriver les oiseaux à l’endroit où l’on a tendu les gluaux : il faut s’y prendre une heure avant la fin du jour, pour que cette chasse soit heureuse ; car si l’on attend plus tard, ces mêmes petits oiseaux qui viennent pendant le jour provoquer l’oiseau de nuit, avec autant d’audace que d’opiniâtreté, le fuient et le redoutent dès que l’obscurité lui permet de se mettre en mouvement, et de déployer ses facultés." Buffon, Histoire naturelle, Tome XVI. Les Oiseaux. Les oiseaux de proie nocturne. 1770.

.

La description la plus précise, la plus amusante et la mieux illustrée de la pipée  est celle Noël Chomel (1633-1712) dans son Dictionnaire oeconomique de 1708 et ses nombreuses rééditions. Mais elle est un peu longuette et je l'ai réservée à la troisième partie de cet article. Notons qu'alors, vers 1708, la chevêche passe pour la femelle du hibou, ce qui coupe court à toutes les supputations naturalistes sur les illustrations qui précèdent, et notamment sur le panneau d'azulejos de l'Alcazar.

.

Comme le signalait la revue La Hulotte, cette espèce de chasse était connue des Anciens ; car vers 343 av. J.C,  Aristote l’indique clairement dans les termes suivants dans le Livre IX, chap. II, § 5 de son Histoire des animaux :

Καὶ γλαὺξ δὲ καὶ ὄρχιλος πολέμια· τὰ γὰρ ᾠὰ κατεσθίει καὶ οὗτος τῆς γλαυκός. Τῆς δ´ ἡμέρας καὶ τὰ ἄλλα ὀρνίθια τὴν γλαῦκα περιπέταται, ὃ καλεῖται θαυμάζειν, καὶ προσπετόμενα τίλλουσιν· διὸ οἱ ὀρνιθοθῆραι θηρεύουσιν αὐτῇ παντοδαπὰ ὀρνίθια.

Ou pour les latinistes :

 Die cæteræ aviculæ omnes noctuam circumvolant, quod mirari vocatur, advolantesque percutiunt. Qua propter eâ constitutâ avicularum genera et varia multa capiunt.   

Autrement dit : 

"Dans le jour, tous les petits oiseaux volent autour de la chouette; et l'on dit que c'est pour l'admirer; mais en volant autour d'elle, ils lui arrachent les plumes; aussi, les oiseleurs prennent-ils les petits oiseaux de toute espèce au moyen de la chouette, qui les attire."

Un peu plus près de nous, Pline l'Ancien rapportera ceci :

"Les Noctua [Chevêches] soutiennent avec adresse les attaques des oiseaux : entourées par une foule trop nombreuse, elles se couchent sur le dos, se défendent avec leurs pattes, et, se ramassant, protègent toutes les parties de leur corps avec le bec et les ongles. " Pline, Histoire naturelle, Livre X chap. XIX

.

 

.

Après ce passage long comme un jour sans pain, il vous faudrait quelques images, non ?

Passons donc à l'iconographie de la Chouette harcelée.

Je débuterai par le folio 55 du Pontifical d'Antoine de Chalon, Bibliothèque Municipale d'Autun BM 0129 peint par le Maître des prélats bourguignons. En marge de l'enluminure montrant la bénédiction de cloches, en relation avec le texte De benedictione signi seu campane, dans le coin supérieur droit, une chouette est harcelée par trois petits oiseaux (dont des hirondelles ?).

Puisqu'il s'agit de marginalia, nous ne pouvons pas y attribuer une intention allégorique, mais seulement constater que la scène du harcélement est bien connue des enlumineurs.

.

 

.

.

.

Chouette harcelée par trois oiseaux dont une pie.

Dans le même ordre, voici la lettrine d'un manuscrit londonien de la fin du XIIe siècle. Source : Eule, Rdklabor.de VI, 271, fig.4. ou mieux http://bestiary.ca/beasts/beast245.htm

.

British Library, Harley MS 4751, Folio 47r. Source : http://bestiary.ca/beasts/beast245.htm

British Library, Harley MS 4751, Folio 47r. Source : http://bestiary.ca/beasts/beast245.htm

.

Hibou harcelé par quatre oiseaux.

La gravure attribuée à Dürer et datée vers 1515 porte le titre de Eule, von Vögeln angegriffen. Elle montre la même scène, mais il ne s'agit plus de marginalia ou de lettrine, et la scène du Hibou harcelé par quatre oiseaux est devenu le sujet principal, et fait l'objet d'une gravure. D'autre part, la banderole dessinée au dessus de l'oiseau nocturne est destiné à une inscription qui donne à la scène une visée allégorique. La voici :  Der Eülen seyndt alle Vögel neydig und gram . Elle peut se traduire par "Le Hibou . tous les oiseaux envieux et tourmentés."

J'ai étudié cette gravure dans mon article de mars 2015 sur ce thème. J'y renvoie puisqu'il renferme déjà plusieurs exemples iconographiques.

.

Dürer, Eule, von Vögeln angegriffen, vers 1515. http://www.zeno.org/Kunstwerke/B/D%C3%BCrer,+Albrecht+%28Schule%29%3A+Eule,+von+V%C3%B6geln+angegriffen

Dürer, Eule, von Vögeln angegriffen, vers 1515. http://www.zeno.org/Kunstwerke/B/D%C3%BCrer,+Albrecht+%28Schule%29%3A+Eule,+von+V%C3%B6geln+angegriffen

.

Il reste à étudier l'iconographie concernant la chasse ayant recours à la Chevêche, ou, plus largement, la chasse à la pipée sur le double aspect de sa technique cynégétique, et de ses significations allégoriques. Ce sera l'objet de mon troisième article de cette série.

.

.

SOURCES ET LIENS.

.

— DÉOM (Pierre), 2017, La petite chouette, numéro consacré à la Chevèche. La Hulotte, n° 105, Boult-aux-Bois

— Maria Angels Roque, La cigogne et la chouette en Castille: Symboles de vie et de mort, Ethnologie française nouvelle serie, T. 19, No. 4, Mélanges (Octobre-Décembre 1989), pp. 371-381,  Presses Universitaires de France Stable URL: http://www.jstor.org/stable/40989147

Heinrich Schwarz et Volker Plagemann (1970)  Site LABOR RDK http://www.rdklabor.de/wiki/Eule

.

Repost 0
Published by jean-yves cordier - dans Séville Chouette
commenter cet article
9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 16:55

Quelques azulejos du Salon de Charles Quint et de la chapelle de l'Alcazar royal de Séville par Cristobal de Augusta en 1577-1578. Première partie.

.

Ce premier article servira d'introduction à la Deuxième partie qui étudiera le motif du hibou harcelé par les oiseaux. Je n'en dis pas plus !

.

 

Voir les autres articles sur Séville :

 

– Au Musée des Beaux-Arts de Séville :

Autres articles :

 

 

 

.

PRÉSENTATION.

Le palais Gothique de l'Alcazar, édifié par Alphonse X (1252-1284) fut réaménagé par Charles Quint, qui conserva les voûtes rythmées d'ogives du rez-de-chaussée tout en faisant percer les mûrs de larges baies. Il comporte la Chapelle, la salle des Célébrations, et la salle des Tapisseries.

  Le soubassement des murs a été décoré de carreaux de faïences ou azulejos de style Renaissance réalisés pour les plus remarquables ont été  réalisés vers 1577-1578 par le céramiste sicilien (ou né à Estella, Navarre)  Cristóbal de Augusta pendant le règne de Philippe II, sur une surface de 589 mètres carrés dans la Salle des Célébrations (ou salle des Voûtes, salle des Fêtes, Hall de Charles V) et de la Chapelle.  L’œuvre rend hommage à Charles Quint et son épouse Isabelle de Portugal, dont le banquet des noces  se déroula très probablement ici le 10 mars 1526.

 Ces carreaux de céramique stannifère ont été considérés comme les plus importants du genre existant en Espagne, associant un décor de fleurs , d' oiseaux, d'animaux fantastiques et de masques. Ils sont en partie attribués à Cristóbal de Augusta, d'une part car  Augusta apparaît fréquemment dans les dépenses du Palais comme « maître de la fabrication et des tuiles de fabrication Pisane » (dans un document de date du 9 Mars 1577, il engage à ne pas à effectuer d'autres travaux pendant la période des travaux), mais aussi car certains panneaux de personnages mythologiques ou allégoriques portent les signatures AVGSTA, AVS, dont il ne reste parfois que le A.

Je n'aurai pas la prétention de montrer l'ensemble des panneaux, et j'emprunte au site Wikipédia les photos attribuables à ANUAL qui donnent une idée de leur superficie :

La Chapelle

.

  

.

La "Salle des Voûtes (Sala de las Bóvedas ) ou plutôt Salle des Tapisseries:

.

Anual - image sur Wikipédia https://es.wikipedia.org/wiki/Cer%C3%A1mica_sevillana

.

.

Néanmoins, comme les panneaux sont répétés plusieurs fois, quelques images suffiront à rendre compte d'une bonne part de l'ensemble. On pourra consulter le lien http://www.retabloceramico.net/bio_augustacritobalde.htm pour la biographie de Cristóbal de Augusta et des clichés complémentaires.

Description.

Les murs sont recouverts jusqu’à mi-hauteur par de très beaux azulejos bleu et verts sur fond jaune d’or,  formés d’arabesques végétales et des animaux qui se terminent parfois par des figures fantastiques. Ce type de motifs, appelé grotesques, très à la mode durant la Renaissance, s’inspiraient en grande partie de peintures décoratives de la Maison Dorée de Néron qui fut découverte à Rome à la fin du 15ème siècle et qu’elle était à moitié enterrée, ressemblant à une grotte. D’où le nom de "grotesque".

Brève histoire de la céramique Renaissance à Séville.

La production de céramique à Séville a été très variée, localisée depuis l' époque romaine dans le quartier de Triana, et consolidée au cours de la période musulmane. Jusque-là, les carreaux hispano-mauresques  étaient recoupés, les couleurs vives étaient appliquées en à-plats  pour chaque pièce d'un puzzle constituant le carreau, formant des motifs géométriques non figuratifs.  Au début de la Renaissance , à la fin du XVe siècle, et sous l'influence de la majolique italienne, se produisent des changements fondamentaux pour l'évolution de l'azulejo. Les faïenciers — la ville de Faenza, centre de production important, donnant le mot « faïence » en français — utilisèrent alors une glaçure, c’est-à-dire une sorte de pâte à base d’étain, qui leur permettait de peindre comme sur un tableau des motifs de différentes couleurs sur des plats ou vases de terre cuite émaillés, puis sur des carreaux avec des décors colorés très élaborés : rinceaux, personnages, grotesques. La palette de bleu, jaune clair, jaune foncé, vert, brun, blanc, noir, violet est déclinée en introduisant les dégradés.  On passe ainsi d'une production artisanale, basée sur une répétition quasi-industrielle, à une création artistique, produisant de grands panneaux décorés, présentant des scènes figuratives et narratives trouvant leur sources érudites dans les recueils de gravures et les œuvres picturales. Ainsi, il a été montré que La Grande Prostituée, panneau de carreaux de faïence de Cristobal de Augusta. Séville, circa 1575 au monastère de la Mère de Dieu de Séville s'inspire de La Grande Prostituée, trouvée dans Figures du Nouveau Testament, publié à Lyon par Jean de Tournes en 1554.

Il vint alors à Séville plusieurs potiers étrangers, sans-doute attirés par le prestige et la richesse  dont bénéficiait la ville depuis la découverte de l'Amérique,  qui y enseignaient le nouvel art céramique, dont l' un des plus importants fut l'artiste italien Francisco Niculoso Pisano ( Pise , XVe siècle - Séville , 1529) qui s'installa dans la ville vers 1498.  On lui doit  l'introduction en Espagne des décors de grotesques récemment popularisés par Raphaël. Plusieurs de ses œuvres sont toujours en place, tels le retable de la chapelle de l'Alcazar de Séville (1504).

Cristobal de Augusta,(actif de 1569 à 84), né à Estella (Navarre), était depuis 1569 le gendre du faïencier Roque Hernandez. Il se révéla comme le grand peintre en azulejos. 

.

I. PANNEAU AUX FONTAINES ET AUX CERFS.

.

On le rencontre sur le mur à gauche de l'autel de la Chapelle, et dans la Salle des Célébrations. Il est encadré par des vases encadrés par deux lapins. Deux frises supérieures et inférieures font courir des alternances de putti, de masques et d'oiseaux en haut, et de rinceaux en bas. La bande la plus haute est ornée de couronnes royales parmi des arabesques.

.

 

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Salon de Charles Quint  de l'Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Salon de Charles Quint de l'Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

Les encadrements.

Vase au masque et aux lapins.

.

 

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Salon de Charles Quint de l'Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Salon de Charles Quint de l'Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

 

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Salon de Charles Quint  de l'Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Salon de Charles Quint de l'Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

Frise de putti menacés par des serpents.

.

 

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Salon de Charles Quint de l'Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Salon de Charles Quint de l'Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

Lion couronné tenant dans sa gueule des tiges florales.

.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Salon de Charles Quint de l'Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Salon de Charles Quint de l'Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

Le même panneau aux cerfs dans la Chapelle.

Profitons-en pour le décrire. Au centre, un entrelacs bleu renferme deux oiseaux picorant de leur bec acéré le mamelon d'un buste ailé.

Cette arabesque bleue forme plus haut un trépied qui reçoit un couple de chimères, dont le nez est mordu par des oiseaux. 

Chaque chimère tient un ruban auquel pend un bouquet floral dans un vase. Deux lapins (des lièvres si vous voulez) tiennent les rubans inférieurs.

Une fontaine laisse écouler l'eau des deux étages de ses jets dans sa vasque, gardée par deux cerfs couchés,  aux bois généreux.

.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, chapelle de l'Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, chapelle de l'Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

 

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

Même dessin ailleurs, avec des couleurs différentes (cerfs, lapins) :

.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

La fontaine aux cerfs.

.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

Le buste picoré par les oiseaux.

 

.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

 

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Panneau à la fontaine aux cerfs par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

II. PANNEAU AUX HIBOUS, PERROQUETS  ET HÉRONS.

1. Encadrements.

Les encadrements supérieurs et latéraux sont les mêmes que précédemment. En bas, une frise oppose un griffon à la langue en fer de lance et un lion mordant un serpent. Entre les queues enchaînées des lions se lit la date 1577.

.

.

Frise inférieure,  Panneau aux chouettes, escargots, perroquets et hérons par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015. Emprunt au site https://www.bluffton.edu/homepages/facstaff/sullivanm/spain/seville/alcazar/alcazar9.html
Frise inférieure,  Panneau aux chouettes, escargots, perroquets et hérons par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015. Emprunt au site https://www.bluffton.edu/homepages/facstaff/sullivanm/spain/seville/alcazar/alcazar9.html

Frise inférieure, Panneau aux chouettes, escargots, perroquets et hérons par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015. Emprunt au site https://www.bluffton.edu/homepages/facstaff/sullivanm/spain/seville/alcazar/alcazar9.html

.

Sur ce panneau, l'artiste a représenté :

– dans le registre supérieur deux hibous dont les yeux jaunes sont menacés par le bec pointu de deux oiseaux dont un échassier. Puis viennent en dessous deux lampes à huile attirant des libellules.

– dans le registre médian, deux escargots grimpent sur les arabesques des rinceaux. Deux "perroquets" à bec plat (peut-être des canards souchets, mais l'exactitude naturaliste n'est pas de mise ici) saisissent la tige terminale d'une guirlande de fruits.

– dans le registre inférieur, deux hérons prennent leur déjeuner sous la forme d'un poisson (ou serpent) ailé.

.

 

 

Panneau aux hibous, escargots, perroquets et hérons par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Panneau aux hibous, escargots, perroquets et hérons par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

Le registre supérieur : les deux hibous harcelés.

Je rappelle que ce motif sera étudié dans la deuxième partie de mon article.

.

 

Panneau aux hibous, escargots, perroquets et hérons par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Panneau aux hibous, escargots, perroquets et hérons par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

Le registre médian et le registre inférieur. Escargots, "perroquets" et hérons gourmands.

.

Panneau aux hibous, escargots, perroquets et hérons par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Panneau aux hibous, escargots, perroquets et hérons par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

 

.

III. PANNEAU AUX RINCEAUX ET ENTRELACS.

 

Les azulejos du Salon de Charles Quint de l'Alcazar royal de Séville. Première partie.

.

IV. PANNEAU AUX MÉDAILLONS ROYAUX.

Ces médaillons représentent sur fond bleu les profils de Charles Quint et de son épouse, Isabelle du Portugal.

.

 

 

 

Panneau aux médaillons de Charles Quint et d'Isabelle du Portugal, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Panneau aux médaillons de Charles Quint et d'Isabelle du Portugal, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

Le modèle de ces portraits pourrait être une médaille biface par Leone Leoni :

.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

.

 

 

 médaillon d'Isabelle du Portugal, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

médaillon d'Isabelle du Portugal, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

Le modèle de Charles Quint pourrait être son portrait à cheval à Mühlberg par Titien (1548) :

.

 

 

 

 

 

 

 

.

.

Médaillon de Charles Quint  par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Médaillon de Charles Quint par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

Bandeau emblématique.

Dans le bandeau supérieur, nous pouvons observer les blasons de Charles Quint en alternance : c’est-à-dire les 2 colonnes d’Hercule avec la devise PLVS VLTRA « plus oultre », les armes de Bourgogne bandé d'or et d'azur, bordé de gueules, et les armes de la maison d'Aragon d'or aux quatre pals de gueules .

Devise PLVS VLTRA « plus oultre », armes de Bourgogne et  armes de la maison d'Aragon, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Devise PLVS VLTRA « plus oultre », armes de Bourgogne et armes de la maison d'Aragon, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

Ailleurs, on trouve le blason de la Castille et du Léon avec le lion, celui de la Navarre avec les chaînes).

Les écus sont présentés par deux femmes, l'une tenant une épée et l'autre un pichet d'étain. Le collier de la Toison d'or, aux maillons en forme de briquets, entoure les écus.

 

Ecu aux armes du Léon par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Ecu aux armes du Léon par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

Devise PLVS VLTRA entre les Colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar).

.

 

Devise PLVS VLTRA entre les Colonnes d'Hercule  par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Devise PLVS VLTRA entre les Colonnes d'Hercule par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.
V. LES PANNEAUX LATÉRAUX À PERSONNAGES MYTHOLOGIQUES ET ALLÉGORIQUES.

De nombreux panneaux sont encadrés par des éléments verticaux représentant des personnages ; certains portent des noms, des dates, ou la signature d'Augusta. 

 

1°) Protée : PROTEO.

Protée, divinité marine assujetti à Poseïdon (Neptune), est connu comme un vieillard prophétique, ou pour sa capacité d'adopter toutes les  formes possibles. Il est décrit ainsi par Ovide dans le Livre VIII des Métamorphoses :

«Il est des corps qui, métamorphosés une fois, conservent à jamais leur nouvelle forme ; mais il en est d'autres qui ont reçu du ciel le privilège de se transformer à leur gré. C'est le vôtre, divin Protée, habitant de la mer dont les bras entourent le monde : on vous a vu prendre tantôt la forme d'un jeune homme, tantôt celle d'un lion ou d'un sanglier furieux ; on vous a vu couvert de la peau d'un serpent qu'on aurait eu horreur de toucher, ou bien, armé des cornes d'un taureau ; vous devenez tour à tour arbre et rocher ; tantôt, empruntant la liquide transparence des eaux, vous vous changez en fleuve, et tantôt vous êtes la flamme ennemie de l'onde."

L'artiste le peint ici avec un visage barbu, des bras en trompes cornues, le buste musclé vêtu d'une cuirasse romaine, et les jambes comme deux serpents ou monstres marins écailleux, dotés d'ailes ou nageoires épineuses. 

Il pourrait résumer le monde baroque, fait de chimères et d'impermanence des formes ou des points de vue.

Le dessin peut trouver l'une de ses sources dans les Emblemata d'Alciat (1551) page 196 (édition lyonnaise par Mathias Bonhomme) dont la gravure est accompagnée de l'épigramme suivant:

"Vieillard de Pallène, ô Protée, à l'air histrionique / Qui a tantôt corps d'homme et tantôt d'animal / Dis-moi quel raison te fait prendre tous les aspects / Et tant varier que tu n'as pas forme assurée ?  / — J'exhibe de l'antique et du premier âge les signes / Sur quoi chacun rêve selon sa fantaisie"

.

.

 

.

Protée, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Protée, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

Protée, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Protée, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

2°) Metra, METRA.

Ce personnage a parfois été identifié comme le dieu Mithra, mais ce n'est autre que Metra, fille d'Érysichthon. Pour s'en convaincre, il suffit d'apprendre que sa légende est décrite par Ovide dans le Livre VIII des Métamorphoses juste après le passage consacré à Protée. Et e comprendre que cette Metra est elle aussi, comme Protée, capable de se transformer en diverses formes pour tenter d'échapper à la voracité insatiable de son père. 

Le personnage peint ici n'a guère de traits féminins, et se présente plutôt comme une version juvénile de Protée ; seule la tête diffère, mais le buste et le corps anguilliforme sont identiques au panneau ci-dessus.

L'artiste, ou son commanditaire, a donc représenté deux sortes d'allégories de l'insaisissable et du mouvant

.

Metra, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Metra, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

3°) Autres figures analogues (avatars des deux précédents ?). 

D'autres panneaux représentent le sosie de Metra, mais sans la nommer. L'un d'entre eux porte la date de 1578.

.

Metra, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.
Metra, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Metra, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

4°) Pensée et Imagination.

Deux autres panneaux représentent Pensamiento, la Pensée, et Imaginacio, l'Imagination. Il est évident que l'association de ces deux entités complète parfaitement, par le champ des métamorphoses du mental et des images, les deux divinités de Protée et de Metra.

a) Pensamiento (la Pensée).

Pensamiento est une figure engainée et ailée, barbue, âgée, dont la main désigne un panier plein de boules rondes et blanches (pièces ? œufs ?).

Chronogramme 1578.

 

.

 

Pensamiento, photo Anual sur Wikimédia https://es.wikipedia.org/wiki/Cer%C3%A1mica_sevillana#/media/File:Azulejos_001.jpg

Pensamiento, photo Anual sur Wikimédia https://es.wikipedia.org/wiki/Cer%C3%A1mica_sevillana#/media/File:Azulejos_001.jpg

.

b) Imaginacion.

Il s'agit encore d'une figure engainée, mais ici féminine, souriante, dont les bras ornés de bracelets sont croisés sur le ventre. Le chronogramme est aussi de 1578.

.

Imaginacion, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Imaginacion, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

5°) Autres personnages.

Nous avons encore affaire à des gaines ou termes. Le premier est assez identique à Pensamiento. 

Pensamiento ? par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Pensamiento ? par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

 

Autre figure engainée, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Autre figure engainée, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

 

Autre figure engainée, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Autre figure engainée, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

 

Autre figure engainée, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Autre figure engainée, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

 

Autre figure engainée, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Autre figure engainée, par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

 

Pomone ?  par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Pomone ? par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

VI. CINQ  AUTRES PETITS DÉTAILS.

.

 

 

Azulejos par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Azulejos par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

 

Azulejos par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Azulejos par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

Azulejos par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Azulejos par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

 

Azulejos par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Azulejos par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

 

Azulejos par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

Azulejos par Cristobal de Augusta en 1577-1578, Alcazar royal de Séville . Photographie lavieb-aile 2015.

.

SOURCES ET LIENS.

http://azulejos.fr/

— PLEGUEZUELO (Alfonso), 2013, « Un palacio de azulejos », Apuntes del Alcázar, no 14,‎ 2013, p. 216-232 (ISSN 1578-0619)

— BOS, (Cornelis et Metsys) (1506?-1556) : gravures de style grotesque :

http://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/item/19126-redirection

Repost 0
Published by jean-yves cordier - dans Séville
commenter cet article
8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 22:23

.

 

Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

Datation.

Si on en croit une inscription d'une pierre actuellement posée sur la pelouse de l'ancien Doyenné, et portant le texte C...E CROIX FVST FAICTE EN LA MV. XL. III "Cette croix fut faite en l'an 1443", et si on relie, comme le propose E. Le Seac'h,  ce vestige au calvaire, on le date de 1443. Une reconstitution en a été proposée en 1896 par De Lorme, avec un socle hexagonal encadré de fins contreforts qui se terminaient en pinacles pyramidés, et des arcs boutants qui les reliaient au fût central. Des statues étaient disposées entre eux. 

Alain de Coëtivy, identifié au personnage agenouillé et portant un chapeau de cardinal,  est traditionnellement considéré comme le donateur du calvaire. Pourtant, il n'a été nommé cardinal que le 16 décembre 1446, et n'accéda au titre de Sainte-Praxède qu'en 1449.

Enfin, on peut aussi tenir compte de la note manuscrite de la page 61 de l'ouvrage de Miorcec de Kerdanet (exemplaire numérisé du diocèse de Quimper) datant ce calvaire de 1456, lors du don du reliquaire des dix-mille martyrs ramené de Rome, Alain est alors légat pontifical de Calixte III auprès de Charles VII pour préparer la nouvelle croisade et obtenir l'abrogation de la Pragmatique Sanction.

 

 

 

 

D'autre part, Jean-Marie Guillouet écrivait en 2007 (Congr. archeol. 2009) : 

"Enfin, les restes imposants du calvaire situé immédiatement au sud de l’édifice sont remarquables bien que leur attribution par la tradition au cardinal Alain de Coëtivy (identifié par la plupart des auteurs dans le clerc agenouillé aux côtés de la Vierge de Pitié) ne repose, à notre connaissance, que sur des éléments fragiles : le chapeau cardinalice porté par le personnage, la date stylistiquement assignable à l’œuvre et la présence ancienne de ses armes dans la vitre de la chapelle du Carman."

Enfin, il regroupe aujourd'hui des statues de kersanton disparates : dans l'ordre chronologique :

— Le cardinal de Coëtivy et le saint évêque : atelier du Folgoët , vers 1449.

— La Pietà : atelier de Bastien et Henry Prigent (1527-1577)

— Le Crucifié : Maître de Plougastel (1570-1621).

Il est décrit dans l'Atlas en ligne des Croix et Calvaires du Finistère initié par l'abbé Yves-Pascal Castel, sous le n° 520, avec trois croquis et les mentions suivantes (dont j'élucide les abréviations) :

520. Le Folgoët, église, granit, kersanton . 6 mètres. XVe siècle. et 1600. Massif architecturé octogonal avec banc, deux degrés et base à moulures prismatiques du calvaire du XVe siècle. Socle cubique à chanfrein, Vierge de Pitié, statue géminée mutilée, autre statue géminée: sainte femme-Marie Madeleine, groupe du cardinal de Coetivy avec son saint patron. (Alain de Coetivy, mort en 1474, tombeau dans l’église Sainte-Praxède, à Rome). Fût à écots. Croix à branches rondes, fleurons-boules, crucifix, angelot. [Yves-Pascal Castel 1980]

 

Reconstitution du calvaire par De Lorme, Congrés archéologique 1898, Gallica

Reconstitution du calvaire par De Lorme, Congrés archéologique 1898, Gallica

.

 

Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

1°) Le Christ crucifié. Kersanton, Maître de Plougastel (1570-1621).

Il est l'œuvre du Maître de Plougastel, auteur du fameux Calvaire de cette paroisse. Le style de ce sculpteur est caractérisé, selon E. Le Seac'h, par son hiératisme, "une note d'intériorité froide", où "la rondeur des traits imprimés aux visages donne aux sculptures une quiétude magnifiée proche de l'ataraxie de pierre".

Au Folgoët, on lui doit aussi rien de moins que  la statue de la Vierge à l'Enfant qui a été élevée à la dignité du Couronnement de 1888 sous le nom de statue miraculeuse de Notre-Dame-du-Folgoët. Il a aussi sculpté le Christ aux liens placé à l'entrée dans l'intérieur du sanctuaire. Voir mon article V.  

Outre les 167 personnages du calvaire monumental de Plougastel, il a réalisé une série de quatre croix et vingt-quatre petits calvaires.

On retrouve ici les caractéristiques communes à ceux-ci. La tête est fortement inclinée sur l'épaule droite, le visage est paisible, encadré par les longues mèches de cheveux ; la barbe dessine des parenthèses sous les narines et sous la lèvre inférieure, et ces courbes sont finement  peignées. La couronne d'épines suit les entrelacs de deux brins tressés, mais ces brins s'hérissent de boutons en guise d'épines.  Le thorax aux côtes horizontales est réduit, les flancs sont creusés, le nombril est en bouton,  les bras sont lisses, sans articulation visible. Le pagne est formé de plis plats ressemblant à des bandelettes, maintenu par un nœud simple dont un pan s'échappe vers le bas sur la cuisse droite en un serpentin de volutes, et l'autre sort par dessus avant de retomber sur la face l'externe de la cuisse. Les pieds, en rotation interne, se croisent, pied droit recouvrant le gauche. 

Ce qui attire l'attention, c'est la succession de gouttes de sang, en tronc de cône, géométriquement alignées le long de la face ventrale des avant-bras à partir des clous des poignets. Ce détail est d'ailleurs dessiné en croquis dans l'Atlas. 

Sur le pied droit, le clou fait jaillir six gouttes concentriques, semblables à des petits pointes.

La croix est écotée, les bras s'achèvent en fleurons-boules.

.

Christ crucifié, kersanton, Maître de Plougastel (1570-1621).  Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

Christ crucifié, kersanton, Maître de Plougastel (1570-1621). Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

 

Christ crucifié, kersanton, Maître de Plougastel (1570-1621).  Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

Christ crucifié, kersanton, Maître de Plougastel (1570-1621). Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

Christ crucifié, kersanton, Maître de Plougastel (1570-1621).  Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

Christ crucifié, kersanton, Maître de Plougastel (1570-1621). Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

2°) La Pietà ; saint Jean et une sainte Femme au pied de la Croix. Kersanton, Atelier de Bastien et Henry Prigent (1527-1577).

Un détail vite remarqué est caractéristique de cet atelier établi à Landerneau pour bénéficier du transport du kersanton depuis ses sites d'extraction par voie maritime sur l'Elorn. Ce sont les grosses larmes qui s'écoule des yeux des trois personnages au pied de la croix : la Vierge, Jean l'évangéliste, et une Sainte Femme. Certes, ici, la tête de Jean est perdue, mais d'autres détails stylistiques incitent à lui attribuer ces émouvants écoulements lacrymaux.

J'ai déjà décrit ce détail dans ma description du  calvaire de Dinéault et de la Pietà de Saint-Nic. 

Voir aussi d'autres œuvres de Bastien ou Henry Prigent:

 

 .

Au Folgoët, l'Atelier Prigent a sculpté le groupe (dissocié) de saint Yves entre le Riche et le Pauvre de l'angle sud-ouest de la façade, ainsi que le Christ aux liens, et les deux Vierges à l'Enfant de la façade sud : ces œuvres sont décrites dans mon article La Collégiale du Folgoët V : les statues.

.

 

 

 La Pietà. Kersanton, Atelier de Bastien et Henry Prigent (1527-1577)..  Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

La Pietà. Kersanton, Atelier de Bastien et Henry Prigent (1527-1577).. Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

La Vierge, visage recouvert par un voile-manteau et cerné par la guimpe, a les yeux baissés ; ses traits sont plus recueillis sous l'effet d'un chagrin intériorisé que bouleversés. La robe, lisse sur la poitrine, se plisse ensuite de sobres plis verticaux convergents vers la taille et sous le genou droit avant de tracer une volute plus tourmentée cachant le pied gauche. Marie soutient son Fils sous les épaules, alors que la main gauche saisit l'avant-bras gauche. Le bras droit du Christ pend, vertical, exposant la plaie dde la paume.

.

 

La Pietà. Kersanton, Atelier de Bastien et Henry Prigent (1527-1577).  Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

La Pietà. Kersanton, Atelier de Bastien et Henry Prigent (1527-1577). Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

 

La Pietà. Kersanton, Atelier de Bastien et Henry Prigent (1527-1577).  Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

La Pietà. Kersanton, Atelier de Bastien et Henry Prigent (1527-1577). Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

La Pietà. Kersanton, Atelier de Bastien et Henry Prigent (1527-1577).  Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

La Pietà. Kersanton, Atelier de Bastien et Henry Prigent (1527-1577). Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

Saint Jean l'évangéliste.

Puisque la tête du saint n'a pas été retrouvée, nous suivons plus attentivement le drapé et les détails vestimentaires ; la fente pectorale boutonnée tracée avec un soin presque gourmand par le sculpteur évoque celle des tuniques ou robes des apôtres du porche de Landivisiau

 

 

 

 

 . 

La Ceinture oppose sa ligne horizontale au tuyautage de la robe, tandis que le pan gauche du manteau se casse en une succession de plis en becs pour s'accrocher à la taille, et que le pan droit trace d'autres rythmes et d'autres mélodies au dessus de la manche bouffante. 

.

 

Saint Jean.  Kersanton, Atelier de Bastien et Henry Prigent (1527-1577).  Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

Saint Jean. Kersanton, Atelier de Bastien et Henry Prigent (1527-1577). Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

Sainte Femme au pied de la Croix.

Mêmes manches bouffantes, même pan faisant retour vers la ceinture. Le voile coqué et la guimpe découpe une fenêtre en hublot pour un visage aux yeux caves, comme à Saint-Nic. Le pli de l'encolure est le même que celui de la Pietà.

 .

Sainte Femme au pied de la Croix.. Kersanton, Atelier de Bastien et Henry Prigent (1527-1577).  Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

Sainte Femme au pied de la Croix.. Kersanton, Atelier de Bastien et Henry Prigent (1527-1577). Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

Le groupe du cardinal de Coëtivy et du saint évêque. Atelier du Folgoët (vers 1449 ?)

.

Le cardinal de Coëtivy, surnommé "le cardinal d'Avignon", a été un personnage de premier plan pour le duché et pour les relations entre le pape et la royauté. Né le 20 novembre 1407 au château de Coët-Lestremeur en Plounéventer, à 13 km au sud-est du Folgoët, il fut abbé de Redon, évêque de Dol et de Cornouaille et évêque d'Avignon en 1437 puis évêque d'Uzés de 1442 à 1447.  Conseiller du roi Charles VII en 1440, il a été créé cardinal in petto par le pape Eugène IV, et confirmé par Nicolas V en janvier 1447, puis  il reçu le titre de cardinal de Sainte-Praxède le 20 décembre 1448. Après avoir obtenu du pape en 1455 la création de la paroisse de Saint-Yves-aux-Bretons à Rome, il a joué un grand rôle dans la canonisation le 29 juin 1455 de saint Vincent Ferrier (1350-1419), ce dominicain espagnol qui vint prêcher en Bretagne à la demande du duc Jean V en 1418. C'est le cardinal qui confirma, comme légat du pape Callixte III, la canonisation de Vincent Ferrier en juin 1456 en faisant, à Vannes, l'élévation du corps (recueil des reliques dans un reliquaire).

 

La statue représente le cardinal agenouillé sur un coussin à glands, les mains jointes, un bâton ( de pèlerin ? pastoral, à la crosse brisée ?) sous le bras gauche. Il porte une tunique serrée aux poignets par six boutons ronds, et recouverte par un long mantelet sans manches formant une traîne derrière lui, comme la cappa magna.  Un chapeau rond à fond plat est maintenu derrière la tête par une forte cordelière qui vient dessiner un huit autour des coulisseaux : c'est le  galero, le chapeau de cardinal muni de ses cordons à houppe. Il est coiffé comme un moine avec une tonsure coronale. Les yeux en amande donnent l'impression que le religieux regarde vers le ciel. Les commissures des lèvres suivent la même direction. Le nez est large et épaté." (E. Le Seach p. 94)

 

Derrière lui, sur la face nord (voilà pourquoi on oublie de le photographier), un évêque est debout, relevant le manteau du cardinal d'une main et tenant sa crosse de l'autre. "Il porte une tunique longue dont l'amict est à col montant. Les plis de sa tunique se drapent en V et donnent au tissu une apparence de lourdeur et de richesse de l'étoffe. La tête est coiffée d'une mitre. Les yeux sont ourlés. Il s'agit probablement de saint Alain, patron du donateur et évêque de Cornouaille." (E. Le Seach p. 94). D'autres y voient Allain de la Rue, évêque du Léon qui a consacré l'église en 1419.

.

 

 

Le cardinal de Coëtivy , Kersanton, Atelier du Folgoët (vers 1449).  Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

Le cardinal de Coëtivy , Kersanton, Atelier du Folgoët (vers 1449). Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

 

Le cardinal de Coëtivy , Kersanton, Atelier du Folgoët (vers 1449).  Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

Le cardinal de Coëtivy , Kersanton, Atelier du Folgoët (vers 1449). Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

 

Le cardinal de Coëtivy , Kersanton, Atelier du Folgoët (vers 1449).  Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

Le cardinal de Coëtivy , Kersanton, Atelier du Folgoët (vers 1449). Calvaire de la basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Jean-Marie) 

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1dff008d90abab0badb8551ddb7a4c06.pdf

— ABGRALL (Jean-Marie), 1896, Le Folgoët (Finistère), « Livre d’or des églises de Bretagne », Rennes, 

— COËTLOGON (Marquis de), 1851, Dessins, histoire et description de l’église de Notre-Dame du Fologët, Brest, 1851

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Répertoire des églises : paroisse de LESNEVEN. Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c07f91a4317a870c35de08f576183805.pdf

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Répertoire des églises : paroisse de LE FOLGOET. Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FOLGOET.pdf

— COUFFON (René),  1948, « À quelle époque convient-il de dater l’église actuelle de Notre-Dame du Folgoët ? », Nouvelle revue de Bretagne, 5, 1948.

— GUILLERMIT (Augustin),1922  Le Folgoat Monographie paroissiale. ed. A. Lajat (Morlaix)

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8c56e3a44e19df315b7cd0de70f0f172.pdf

— GUILLOUET (Jean-Marie), 2009,  Le Folgoët, collégiale Notre-Dame, Congrés archéologique de France (2007), Finistère. 165, pp.166-176.

https://hal.archives-ouvertes.fr/halshs-00557740/document

— JOB AN IRIEN 1989, A la recherche de la vérité sur Notre Dame du Folgoët = Itron Varia ar Folgoet. Ed Minihi Levenez (Landerneau) 24 p.: ill.; 25 cm.

 

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle , 1 vol. (407 p.) - 1 disque optique numérique (CD-ROM) : ill. en coul. ; 29 cm ; coul. ; 12 cm . Note : Index. - Notes bibliogr., bibliogr. p. 373-395 Rennes : Presses universitaires de Rennes , 2014 Éditeur scientifique : Jean-Yves Éveillard, Dominique Le Page, François Roudaut. Pages 95-100.

— LÉCUREUX ,1914,  « Le Folgoët. Église collégiale. 3ème excursion », dans Congr. arch. de France. Brest et Vannes, 1914, p. 99-110.

— LORME (A. de ), 1896, « L’art breton et l’église du Folgoat », dans Congr. arch. de France . Brest, 1898, p. 218-236.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k356651/f290.item

— MIORCEC DE KERDANET ( Daniel), 1853, Nouvelle notice sur N.-D. du Folgoët et sur ses environs, J.-B. Lefournier (Brest), 144 p.; 22 cm.

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/33e093346604e23fe86b2fdaa39ca374.pdf

 

— INFOBRETAGNE :

http://www.infobretagne.com/folgoet.htm

http://www.infobretagne.com/folgoet-basilique.htm

— LES AMIS DU FOLGOËT.

http://les-amis-du-folgoet.pagesperso-orange.fr/Basilique.htm

— monumentshistoriques.free.fr

http://monumentshistoriques.free.fr/cathedrales/folgoet/descriptif.html

 

Repost 0
Published by jean-yves cordier - dans Le Folgoët
commenter cet article
7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 02:12

La Basilique du Folgoët XII. Les vitraux du XIXe siècle : la promulgation du dogme de l'Immaculée Conception par Pie IX en 1854. Baie 2, Émile Hirsch 1870.

.

 

 

.

 

 

 

 

.

Sur Le Folgoët, voir :

.

Baie à droite du chevet (baie 2) : La Proclamation du dogme de l'Immaculée Conception par Pie IX en 1854 (Émile Hirsch 1870) . Quatre lancettes surmontées de trilobes et un tympan à rosace.  La scène  figure le pape, debout sur une estrade sous un dais ponceau, entouré d' évêques et de cardinaux, tenant un rouleau avec l'inscription "Immaculée Conception".

.

La promulgation du dogme de l'Immaculée Conception par Pie IX en 1854. Baie 2, Émile Hirsch 1870. Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

La promulgation du dogme de l'Immaculée Conception par Pie IX en 1854. Baie 2, Émile Hirsch 1870. Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

Il s'agit de la représentation de la cérémonie de promulgation ex cathedra de la bulle Ineffabilis Deus du 8 décembre 1854, le 8 décembre étant la date de la fête de l'Immaculée Conception. La décision papale a été précédée d'une Congrégation antépréparatoire du 22 décembre 1848, d'un "Concile par écrit" de 1849, puis par le Consistoire secret du 1er décembre 1854. 

Pie IX se tient devant une assemblée de 12 prélats (*),  tous revêtus de leurs habits pontificaux, dont un cardinal à sa droite, 8 évêques à sa gauche, et trois hommes devant lui, dont l'un porte la calotte de pourpre cardinalice. Le rouleau dans sa main droite porte l'inscription "Promulgation de l'Immaculée Conception".

(*) il s'agissait des 12 plus anciens archevêques, dont le cardinal Macchi, doyen du Sacré Collège, le le cardinal Mattei, sous-doyen. 

Le visage du pape est manifestement inspiré d'un portrait photographique, comme celui d'Henri Le Lieure en 1860

 

.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

.

La cérémonie du 8 décembre à la chapelle Sixtine de Rome eut lieu en réalité devant 200 évêques dont 21 français. Elle fut représentée en peinture par Francisco Podesti (qui en avait été témoin) sur une fresque de la Salle de l'Immaculée Conception du  Vatican,  Si Émile Hirsch s'est inspiré de cette fresque en en modifiant le point de vue, il a commis une erreur puisque sur celle-ci les cardinaux et évêques sont tous décoiffés devant Sa Sainteté. Par ailleurs, le dais est bien rouge et or, mais le trône papal est blanc. Le décret (qui sera publié par la bulle Innefabilis Deus ) est tenu dans la main gauche car le pape en donne lecture, proclamant "que la doc­trine qui affirme que la Bienheureuse Vierge Marie a été préservée et affranchie de toute tache du péché originel dès les premiers ins­tants de sa Conception, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sau­veur des hommes, est une doctrine révélée de Dieu "

.

Je n'ai pas retrouvé d'autres vitraux de la proclamation de l'Immaculée Conception par Émile Hirsch, mais le sujet est largement traité par les peintres-verriers de la deuxième moitié du XIXe, à commencer par l'auteur de la baie 9 de la cathédrale de Quimper.

Le thème a été choisi par le recteur du Folgoët  Jean-Marie La Haye (rectorat de 1859 à 1882) après celui de la Remise du scapulaire à Simon Stock (baie 1 en 1868), et celui du Don du Rosaire à saint Dominique (baie axiale, 1868), c'est à dire dans le cadre d'un programme d'iconographie mariale parfaitement en phase avec le contexte religieux de la seconde moitié du XIXe siècle et l'influence ultramontaine (cf. Callias-Bey 2009). Ce contexte est marqué par l' apparition de la Vierge de la Médaille Miraculeuse à Catherine Labouré en 1830, apparition de la Vierge à deux bergers à La Salette (Isère) en 1846, apparition de la Vierge de Lourdes à Bernadette Soubirous en 1858,  précédent le grand mouvement de pèlerinages qui se multiplièrent en France à partir de 1872-1873, vers Lourdes et Paray-le-Monial.

Mais cette influence romaine ne doit pas faire oublier qu'au Folgoët, le thème de l'Immaculée Conception et de l'hommage à la Vierge dont la pureté est comparée à celle du Lys blanc est parfaitement logique dans un sanctuaire construit sur la tombe de Salaün ar Foll, où fleurit miraculeusement un lys dont les pétales blancs portaient les mots AVE MARIA . Voir la baie 4. 

 

 

.

 

 

 

La promulgation du dogme de l'Immaculée Conception par Pie IX en 1854. Baie 2, Émile Hirsch 1870. Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

La promulgation du dogme de l'Immaculée Conception par Pie IX en 1854. Baie 2, Émile Hirsch 1870. Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

Le pape porte la tiare  conique formée de trois couronnes superposées se terminant en ogive et surmontée d’un globe et d’une croix. Elle  symbolise  les pouvoirs du pape sur le sacré, le juridique et le politique.

.

 

Le pape Pie IX, in La promulgation du dogme de l'Immaculée Conception par Pie IX en 1854. Baie 2, Émile Hirsch 1870. Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

Le pape Pie IX, in La promulgation du dogme de l'Immaculée Conception par Pie IX en 1854. Baie 2, Émile Hirsch 1870. Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

SOURCES ET LIENS.

.

— Recensement de vitraux de l'Immaculée Conception sur le site suivant :

 

http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm/immaculeC_1.htm

http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm8/dogmeIC.htm

 

— ABGRALL (Jean-Marie) 1909 Notice sur Le Folgoat  Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie, Quimper page 175 et 209

https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1909.pdf

— ABGRALL (Jean-Marie), 1896, Le Folgoët (Finistère), « Livre d’or des églises de Bretagne », Rennes, 

— ABGRALL (Jean-Marie), 1901, L'église Notre-Dame du Folgoat, in A.Le Grand, La vie des saincts...page 88

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5038760/f126.item.r=Folgoet

 — CALLIAS-BEY ( Martine), 2009,  « Les édifices néogothiques parisiens et leurs verrières : églises et chapelles catholiques », In Situ [En ligne], 11 | 2009, mis en ligne le 24 avril 2012, consulté le 19 mai 2017. URL : http://insitu.revues.org/7052 ; DOI : 10.4000/insitu.7052 

— COËTLOGON (Marquis de), 1851, Dessins, histoire et description de l’église de Notre-Dame du Folgët, Brest, 1851

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Répertoire des églises : paroisse de LE FOLGOET. Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FOLGOET.pdf

 

— COURCY   Notice sur Notre-Dame du Folgoët, par Pol et Henri de Courcy. ln-12. Saint- Brieuc, Prud'homme; 1860

DANTEC (Dominique), 1986, La basilique de Notre-Dame-du-Folgoët : un programme classique de vitraux au XIXe siècle Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1986  Volume 93  Numéro 4  pp. 405-410

http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1986_num_93_4_3237

— GUILLERMIT (Augustin),1922  Le Folgoat Monographie paroissiale. ed. A. Lajat (Morlaix)

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8c56e3a44e19df315b7cd0de70f0f172.pdf

— GUILLOUET (Jean-Marie), 2009,  Le Folgoët, collégiale Notre-Dame, Congrès archéologique de France (2007), Finistère. 165, pp.166-176.

https://hal.archives-ouvertes.fr/halshs-00557740/document

— JOB AN IRIEN 1989, A la recherche de la vérité sur Notre Dame du Folgoët = Itron Varia ar Folgoet. Ed Minihi Levenez (Landerneau) 24 p.: ill.; 25 cm.

 

— KERBIRIOU (Louis) 1938, Un grand Sanctuaire Marial en Bretagne · Notre·Dame du Folgoët Notice descriptive, historique et archéologique, Brest, Impr. Le Grand

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c02069db4918a110fe135511d651ae02.pdf

LE GRAND (frère Albert), Les vies, morts, gestes et miracles  des Saints de la Bretagne Armorique : première édition à Nantes en 1636 chez Pierre Doriou / 1659 Rennes, Ferré, Jean Vatar / Rennes, Veuve de Ian Vatar à la Palme d'or, 1680 / édition annoté et augmenté par Miorcec de Kerdanet Brest, P. Anner et fils 1837 / édition par A.M. Thomas et J.M. Abgrall Quimper 1901.

https://archive.org/stream/LaVieDesSaintsDeLaBretagneArmorique/saints_vie_bretagne#page/n1/mode/2up/search/folgoat

 

Frère Albert Le Grand, baptisé Jean, est un frère Dominicain né à Morlaix en 1599 et décédé à Rennes en 1641. Cette Vies des Saints est la première somme hagiographique bretonne en français et comprend 78 vies de saints, trois récits et neuf catalogues épiscopaux, un pour chacun des diocèses bretons (Saint-Pol-de-Léon, Quimper, Tréguier, Saint-Brieuc, Vannes, Saint-Malo, Nantes, Dol-de-Bretagne et Rennes). L’ouvrage est réédité, augmenté sous les auspices de Guy Autret de Missirien (Rennes, Jean Vatar, 1659), qui avait collaboré avec le dominicain. Puis en 1680. Daniel-Louis Miorcec de Kerdanet en offre une nouvelle édition, sans les catalogues épiscopaux, parue en 1837 (chez P. Anner à Brest). L’édition de référence demeure celle dite « des trois chanoines », publiée en 1901 (J. Salaün, Quimper), due à Alexandre-Marie Thomas, Jean-Marie Abgrall et Paul Peyron.

 

— LÉCUREUX ,1914,  « Le Folgoët. Église collégiale. 3ème excursion », dans Congr. arch. de France. Brest et Vannes, 1914, p. 99-110.

— LORME (A. de ), 1896, « L’art breton et l’église du Folgoat », dans Congr. arch. de France . Brest, 1898, p. 218-236.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k356651/f290.item

— MIORCEC DE KERDANET ( Daniel), 1853, Nouvelle notice sur N.-D. du Folgoët et sur ses environs, J.-B. Lefournier (Brest), 144 p.; 22 cm.

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/33e093346604e23fe86b2fdaa39ca374.pdf

Ou : in A.Le Grand, La vie des saincts 1837 :

https://books.google.fr/books?id=BYITAwAAQBAJ&dq=%22La+vie+des+saints+de+la+Bretagne+armorique%22&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— PENNEC (Cyrille), 1825,  Le dévot pèlerinage de Notre-Dame du Folgoët, Rennes

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/061c8316a48418d20634b1b408c93613.pdf

 

— INFOBRETAGNE :

http://www.infobretagne.com/folgoet.htm

http://www.infobretagne.com/folgoet-basilique.htm

— LES AMIS DU FOLGOËT.

http://les-amis-du-folgoet.pagesperso-orange.fr/Basilique.htm

— monumentshistoriques.free.fr

http://monumentshistoriques.free.fr/cathedrales/folgoet/descriptif.html

 

 

Repost 0
Published by jean-yves cordier
commenter cet article
7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 02:10

La Basilique du Folgoët XI : les vitraux du XIXe siècle : la baie axiale (baie 0) : Don du Rosaire à saint Dominique en la présence de sainte Catherine de Sienne et de saint Vincent Ferrier (Émile Hirsch 1866). 

 

 

 

.

Sur Le Folgoët, voir :

 

.

 

 

 

.

Baie axiale (baie 0) : Don du Rosaire à saint Dominique en la présence de sainte Catherine de Sienne et de saint Vincent Ferrier (1866).  La Vierge figurée avec l'enfant Jésus, assise sur un trône richement orné, remet le rosaire à saint Dominique en la présence de sainte Catherine de Sienne et de saint Vincent Ferrier, évangélisateur de la Bretagne. En arrière-plan, Salaün ar Foll en "bragou braz" se balance à la branche d'un arbre. Autour de la scène principale sont repris les quinze mystères du Rosaire et, dans les formes de la rosace, les litanies de la Vierge sous les armes de Monseigneur Sergent.

 

Vitrail du Don du Rosaire, (baie axiale ou baie 0), Émile Hirsch 1866. Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

Vitrail du Don du Rosaire, (baie axiale ou baie 0), Émile Hirsch 1866. Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

 

Vitrail du Don du Rosaire, (baie axiale ou baie 0), Émile Hirsch 1866. Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

Vitrail du Don du Rosaire, (baie axiale ou baie 0), Émile Hirsch 1866. Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

La Vierge, couronnée, tenant l'Enfant sur le bras gauche, tend le chapelet du Rosaire à saint Dominique.

Le rosaire est le nom d'une prière composé de quatre chapelets d'oraison, consacrée à Marie. Au sens strict, le chapelet est un "petit chapeau" ou comme une couronne. On avait en effet coutume, au Moyen Age, de couronner de roses les statues de la Vierge, chaque rose symbolisant une prière, d'où le mot de rosaire.
 
Un rosaire comprend 150 "Je vous salue Marie", qui rappellent les 150 Psaumes, et on a longtemps appelé le Rosaire Psautier de Marie. Les 150 "Je vous salue Marie" furent partagés en trois parties, en l'honneur de la Trinité. Puis chaque partie en cinq dizaines, chacune étant précédée d'un Notre Père et suivie du Gloire au Père ou Gloria, en l'honneur de la Sainte Trinité.

Saint Dominique en répandit l'usage, prescrivant à ses religieux de porter un chapelet à leur ceinture. La grande peste de 1349, qui ravagea tous les royaumes d'Europe, amena les foules à un surcroît de piété, qui contribua également à l'essor de la piété mariale. Et c'est en fait au siècle suivant que cette prière prit le nom de Rosaire. Le Pape Pie V engagea l’Église entière à cette prière, face à l'avancée turque qui menaçait l'Europe. C'est ainsi que fut attribuée au Rosaire la victoire décisive de Lépante, en 1571.

 

C'est au frère Alain de la Roche, né en Bretagne en 1428, entré dans l'Ordre des Prêcheurs (Dominicains) que l'on doit la diffusion du Rosaire dont il  attribue l'origine du Rosaire à saint Dominique, le fondateur de son ordre, mort en 1221.  C'est aussi à lui que l'on doit la division des trois cinquantaines (Mystères joyeux, douloureux et glorieux) et en 15 mystères précis.

La fête de Notre-Dame du Rosaire, célébrée le 7 octobre, a été instituée par le Pie V en 1573, pour remercier Marie de cette victoire.

Au XIXe siècle, les apparitions de la Vierge à Lourdes ont renforcé cette dévotion. En 1883, le pape Léon XIII décrétait que le mois d'octobre de cette année-là serait entièrement consacré à "la Saint Reine du Rosaire", et depuis, le mois d' octobre est traditionnellement resté le mois du Psautier de Marie. Des congrégations liées au Rosaire, se créeront, comme les Dominicaines du Très Saint Rosaire de Sèvres (fondée par Mère Marie-Rose du Sacré-Cœur avant 1868), de Montheils, ou la Congrégation des Sœurs du Rosaire. ( D'après Jacques Nieuviarts, La Croix, et Wikipédia)

.

A droite se tient Catherine de Sienne, tertiaire dominicaine mystique. La plupart des tableaux et retable du Rosaire (un peu comme celui de l'église de Crozon que j'ai décrit ici) montre la Vierge donnant le chapelet à la fois à saint Dominique et à sainte Catherine de Sienne. Voir un autre exemple ici. Sainte Catherine est couronnée d'épines et tient un lys dans la main gauche.

Ce qui est beaucoup moins habituel, c'est la présence de saint Vincent Ferrier, mains jointes et regardant la Vierge, derrière saint Dominique. Selon un manuel du Très Saint Rosaire de 1859, presque contemporain de notre vitrail, l'auteur présente diverses modalités de récitations du Rosaire "si possible en entier" entrant dans le cadre de la dévotion du Très Saint Rosaire : les Quinze Samedis, les Quinze Mardis (précédant la fête de saint Dominique) ... et les Sept Vendredis précédant la fête de saint Vincent Ferrier le 5 avril . Un jour à son choix de ces sept vendredis assurant l'Indulgence plénière. Saint Vincent Ferrier est un dominicain espagnol qui vint en 1418 prêcher en Bretagne à la demande du duc Jean V alors qu'il était en Auvergne. Il arrive à Nantes le 8 février 1418 et se rend à Vannes, avant d'entamer une grande tournée de prédication en Bretagne, jusqu'à  sa mort à Vannes le 5 avril 1419.  Lire Jean-Christophe Cassard 1999.

.

 

 

Vitrail du Don du Rosaire, (baie axiale ou baie 0), Émile Hirsch 1866. Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

Vitrail du Don du Rosaire, (baie axiale ou baie 0), Émile Hirsch 1866. Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

Ce qui amène beaucoup de vie dans cette verrière très conventionnelle et à la dévotion très datée, c'est l'apparition de Salaün ar Foll, l'innocent mendiant qui ne savait dire que "Salaün manger pain, Ave Maria" et qui fut récompensé dans sa foi en  cette prière mariale inlassablement répétée (comme lors de la récitation du Rosaire, au fond) lorsque, à sa mort, un lys issu de sa bouche poussa sur sa tombe, portant sur ses pétales les mots AVE MARIA. La baie 4,  qui est consacré à sa Légende, m'a permis de comprendre pourquoi il est représenté se balançant en chantant sur la branche d'un chêne : pour échapper au froid après la mortification qu'il s'impose en se baignant nu dans sa fontaine. 

Il est donc bien légitime de la part d'Émile Hirsch de le représenter, jeune breton à la barbe de trois jours, vêtu de la chupenn au revers brodé ouverte sur une chemise débraillée, et du bragou,  et les reins ceints  de la ceinture de flanelle, découvrant avec des yeux émerveillés ces trois éminents théologiens à la langue d'or qui reçoivent comme consigne de piété de répéter cette simple salutation à Marie qui lui a si bien réussi et lui a valu, sinon la canonisation, du moins le titre de bienheureux. 

L' irruption de ce Robin des Bois, coiffé comme un faune d'une couronne de feuillages, dans la très respectable Transmission du Très Saint Rosaire,  a un coté transgressif qui est, somme toute, très évangélique : Heureux les simples, car ils verront Dieu.

.

 

Vitrail du Don du Rosaire, (baie axiale ou baie 0), Émile Hirsch 1866. Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

Vitrail du Don du Rosaire, (baie axiale ou baie 0), Émile Hirsch 1866. Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

.

.

SOURCES ET LIENS.

.

 

— ABGRALL (Jean-Marie) 1909 Notice sur Le Folgoat  Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie, Quimper page 175 et 209

https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1909.pdf

— ABGRALL (Jean-Marie), 1896, Le Folgoët (Finistère), « Livre d’or des églises de Bretagne », Rennes, 

— ABGRALL (Jean-Marie), 1901, L'église Notre-Dame du Folgoat, in A.Le Grand, La vie des saincts...page 88

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5038760/f126.item.r=Folgoet

 

— COËTLOGON (Marquis de), 1851, Dessins, histoire et description de l’église de Notre-Dame du Folgët, Brest, 1851

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Répertoire des églises : paroisse de LE FOLGOET. Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FOLGOET.pdf

 

— COURCY   Notice sur Notre-Dame du Folgoët, par Pol et Henri de Courcy. ln-12. Saint- Brieuc, Prud'homme; 1860

DANTEC (Dominique), 1986, La basilique de Notre-Dame-du-Folgoët : un programme classique de vitraux au XIXe siècle Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1986  Volume 93  Numéro 4  pp. 405-410

http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1986_num_93_4_3237

— GUILLERMIT (Augustin),1922  Le Folgoat Monographie paroissiale. ed. A. Lajat (Morlaix)

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8c56e3a44e19df315b7cd0de70f0f172.pdf

— GUILLOUET (Jean-Marie), 2009,  Le Folgoët, collégiale Notre-Dame, Congrès archéologique de France (2007), Finistère. 165, pp.166-176.

https://hal.archives-ouvertes.fr/halshs-00557740/document

— JOB AN IRIEN 1989, A la recherche de la vérité sur Notre Dame du Folgoët = Itron Varia ar Folgoet. Ed Minihi Levenez (Landerneau) 24 p.: ill.; 25 cm.

 

— KERBIRIOU (Louis) 1938, Un grand Sanctuaire Marial en Bretagne · Notre·Dame du Folgoët Notice descriptive, historique et archéologique, Brest, Impr. Le Grand

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c02069db4918a110fe135511d651ae02.pdf

LE GRAND (frère Albert), Les vies, morts, gestes et miracles  des Saints de la Bretagne Armorique : première édition à Nantes en 1636 chez Pierre Doriou / 1659 Rennes, Ferré, Jean Vatar / Rennes, Veuve de Ian Vatar à la Palme d'or, 1680 / édition annoté et augmenté par Miorcec de Kerdanet Brest, P. Anner et fils 1837 / édition par A.M. Thomas et J.M. Abgrall Quimper 1901.

https://archive.org/stream/LaVieDesSaintsDeLaBretagneArmorique/saints_vie_bretagne#page/n1/mode/2up/search/folgoat

 

Frère Albert Le Grand, baptisé Jean, est un frère Dominicain né à Morlaix en 1599 et décédé à Rennes en 1641. Cette Vies des Saints est la première somme hagiographique bretonne en français et comprend 78 vies de saints, trois récits et neuf catalogues épiscopaux, un pour chacun des diocèses bretons (Saint-Pol-de-Léon, Quimper, Tréguier, Saint-Brieuc, Vannes, Saint-Malo, Nantes, Dol-de-Bretagne et Rennes). L’ouvrage est réédité, augmenté sous les auspices de Guy Autret de Missirien (Rennes, Jean Vatar, 1659), qui avait collaboré avec le dominicain. Puis en 1680. Daniel-Louis Miorcec de Kerdanet en offre une nouvelle édition, sans les catalogues épiscopaux, parue en 1837 (chez P. Anner à Brest). L’édition de référence demeure celle dite « des trois chanoines », publiée en 1901 (J. Salaün, Quimper), due à Alexandre-Marie Thomas, Jean-Marie Abgrall et Paul Peyron.

 

— LÉCUREUX ,1914,  « Le Folgoët. Église collégiale. 3ème excursion », dans Congr. arch. de France. Brest et Vannes, 1914, p. 99-110.

— LORME (A. de ), 1896, « L’art breton et l’église du Folgoat », dans Congr. arch. de France . Brest, 1898, p. 218-236.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k356651/f290.item

— MIORCEC DE KERDANET ( Daniel), 1853, Nouvelle notice sur N.-D. du Folgoët et sur ses environs, J.-B. Lefournier (Brest), 144 p.; 22 cm.

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/33e093346604e23fe86b2fdaa39ca374.pdf

Ou : in A.Le Grand, La vie des saincts 1837 :

https://books.google.fr/books?id=BYITAwAAQBAJ&dq=%22La+vie+des+saints+de+la+Bretagne+armorique%22&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— PENNEC (Cyrille), 1825,  Le dévot pèlerinage de Notre-Dame du Folgoët, Rennes

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/061c8316a48418d20634b1b408c93613.pdf

 

— INFOBRETAGNE :

http://www.infobretagne.com/folgoet.htm

http://www.infobretagne.com/folgoet-basilique.htm

— LES AMIS DU FOLGOËT.

http://les-amis-du-folgoet.pagesperso-orange.fr/Basilique.htm

— monumentshistoriques.free.fr

http://monumentshistoriques.free.fr/cathedrales/folgoet/descriptif.html

 

 

 

Repost 0
Published by jean-yves cordier - dans Le Folgoët
commenter cet article
7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 01:36

 

 

INTRODUCTION GÉNÉRALE AUX VITRAUX DE LA BASILIQUE DU FOLGOËT.

a) Alain Cap, début XVIIe.

Les vitraux anciens de la Collégiale ont été réalisés au XVIIe siècle par le peintre-verrier  Alain Cap (1578-1644), originaire de Lesneven, et qui intervint aussi sur  d'autres édifices du Finistère, tels que la cathédrale Saint-Corentin, Saint-Pol-de-Léon, Notre-Dame-de-Rumengol et Cuburien (Morlaix). 

"Vers 1630, il fait des réparations « sur et autour des vitres aux frais des seigneurs prééminenciers ». Il reste peu de chose de ces célèbres vitraux, que l’incendie de 1708 abîma et que la Révolution saccagea en 1793.  On voit, au presbytère, des débris d’un vitrail, don du R.P. Raoul de Kerdanet. L’un de ces morceaux représente la figure du fameux cardinal Alain de Coëtivy." (Kerbiriou)

 Il nous reste cependant les dessins des cartons d’origine de plusieurs d’entre eux. Voir la description et dessins de ces vitraux anciens sur le blog du  maître-verrier Jean-Pierre Le Bihan

b) Émile Hirsch 1866-1889 : les six  verrières du chevet, de la chapelle sud et de la façade occidentale

Émile Hirsch,  qui remporta le concours lancé par Mgr Sergent, évêque de Quimper et Léon pour la décoration de la  fenêtre axiale de la basilique, réalisa les cartons et  les fit réaliser par trois peintres verriers : Loglet, Queynoux, Poutet .  À partir de 1889, peu satisfait du résultat, il se chargea lui-même  de la fabrication des verres, pour le vitrail du Couronnement.

 

De gauche à droite :

  • Baie à gauche du chevet (baie 1) : Notre-Dame-du-Scapulaire-du-Mont-Carmel remettant le scapulaire à saint Simon Stock en présence de sainte Thérèse (1868). La bordure inférieure reproduit les armes de Pie IX et de Monseigneur Sergent.

  • Baie axiale (baie 0) : Don du Rosaire à saint Dominique en la présence de sainte Catherine de Sienne et de saint Vincent Ferrier (1866).  La Vierge figurée avec l'enfant Jésus, assise sur un trône richement orné, remet le rosaire à saint Dominique en la présence de sainte Catherine de Sienne et de saint Vincent Ferrier, évangélisateur de la Bretagne. En arrière-plan, Salaün ar Foll en "bragou braz" se balance à la branche d'un arbre. Autour de la scène principale sont repris les quinze mystères du Rosaire et, dans les formes de la rosace, les litanies de la Vierge sous les armes de Monseigneur Sergent.

  • Baie à droite du chevet (baie 2) : La Proclamation du dogme de l'Immaculée Conception par Pie IX en 1854 (1870) . La scène sous arcature figure le pape, debout sur une estrade, entouré de sa cour, évêques et cardinaux, tenant un rouleau avec l'inscription Immaculée Conception".

  • Baie à droite du chevet (baie 4) : La Légende du Bienheureux Salaün ( 1869) offert par le recteur Le Haye.  La scène principale figure l'apparition de la Vierge à Salaün dans son arbre. De part et d'autre et en dessous, dix scènes racontent sa légende à l'exception de deux panneaux floraux et feuillagés. Chaque scène reprend un vers du cantique de "Salaün ar Folgoat" auquel sont ajoutés deux épisodes ayant trait à la véracité et à la renommée de la légende : l'abbé de Landévennec Don Jean De Langouesnou constatant le miracle, et la reine Anne priant devant l'autel.

  • Baie de la chapelle sud  dite de Coëtivy (baie 6) : Le Couronnement de la statue miraculeuse de Notre-Dame-du-Folgoët, et la rosace. (1889)

  • Baie haute de la façade occidentale (baie 100) : Quatre Donateurs. Les principaux donateurs figurent en pied sous arcature florale et sur un fond damassé violet : l'évêque Alain de la Rue, la Duchesse Anne, le duc Jean V, le cardinal De Coetivy. Le tympan reçoit les armes de ceux qui avaient contribué à l'érection de l'église, dont les blasons étaient sculptés sur la pierre, ou dont les armoiries ornaient les verrières. A la base du vitrail, deux cartouches reprennent le nom des douze paroissiens qui rachetèrent l'édifice pour le rendre au culte : sont regroupés ici tous les souvenirs historiques qui se rattachent au monument.

.

    c)  Auguste Labouret 1954 : les 14 baies de la nef.

    Auguste Adolphe Labouret est né à Laon, le 20 mars 1871 et est mort à Crozon, Finistère, le 13 février 1964. Il créa en 1933 le vitrail en dalle de verre, éclatant et cloisonné en ciment.

    Responsable de l’entretien des vitraux de Bretagne, il refit à partir de 1954, les 14 fenêtres de la nef  sur le thème des saints fondateurs des paroisses du voisinage.

    .

    Schéma de J-P. Le Bihan avec la numérotation des baies selon le Corpus vitrearum:

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    ..

    .

    .

    .

    La verrière de la Légende de Salaün le Fol (baie 4). Emile Hirsch 1869.

    .

    Localisation : elle éclaire par l'est la chapelle sud, au dessus de l'autel du Coëtivy.

    Cette verrière est composée d'un ensemble de quatre lancettes à têtes trilobées — consacrées à la Légende de Salaün —, et d'un tympan ajouré complexe — consacré à un déploiement d'armoiries — associant trois groupes principaux et de nombreux écoinçons.

    La baie a été offerte par le recteur La Haye (1859-1882) :

     

    "Dès 1860, il se met à l'œuvre: il fait dé-badigeonner les statues et les niches des apôtres, laver toute l'église, réparer les mutilations; en 1865 il aliène,, avec l'autorisation préfectorale, des terrains que la fabrique possédait en Plounéour-Trez et en Ploudaniel, et en consacre le prix à faire le dallage ; il fait une belle chaire à prêcher en bois sculpté, sur-laquelle sont reproduites des scènes de la vie de Salaün; de 1866 à 1868, il commande les beaux vitraux qui remplissent les quatre fenêtres de l'abside droite du Levant. La verrière qui Se trouve au-dessus de l'autel du cardinal de Coëtivy fut payée de ses deniers . Dans son journal il s'extasie sur la beauté de ce vitrail : «le dessin, dit-il, en' est riche et splendide, l'exécution semble l'emporter sur celle de la grande verrière. » Et il ajoute: Le Recteur en a fait don à son église. Il aime à croire er il espère, oh! il espère que cette légende vivante saura inspirer plus que de l'admiration ; oui, il espère! que, la Sainte Vierge aidant; cette poétique et religieuse peinture prêchera à plusieurs bonnes âmes, sinon l'esprit de mortification du bienheureux Salaün, du moins son esprit de simplicité et sa tendre dévotion envers la divine Marie ... et il termine en répétant, avec une joie que l'on devine, les paroles de Salaün: Ave Maria, Salaün a zeppre bara ; o Maria, o ! o ! · o ! o ! . o ! o! Maria» "

    .

     

    La verrière de la Légende de Salaün le Fol par  Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    La verrière de la Légende de Salaün le Fol par Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .
    LES QUATRE LANCETTES.

    Leurs seize panneaux associent dix médaillons racontant la vie du saint, et deux panneaux décoratifs, à un élément central montrant Salaün dans son arbre face à la Vierge.

    Histoire de Salaün ar Foll

    "Au XIVe siècle, tout ce pays était couvert par une immense forêt, qu'un incendie brûla en 1427. Dans la première moitié de ce siècle vivait au milieu des bois, sur le bord d'une fontaine, un pauvre innocent que les gens de Lesneven appelaient Salaün ar Foll (Salaün l'Idiot). Il était né au village. de Kerbriand dans la paroisse d'Elestrec, de parents pauvres. Dans son enfance, il avait fréquenté l'école; mais il n'y avait jamais appris autre chose que les deux premiers mots de la salutation angélique : Ave Maria. Après la mort de ses parents, il abandonna ~n village, et vint s'établir près de la fontaine. « La terre nue et froide était son lit ; une grosse pierre. lui servait d'oreiller; et il n'avait d'autre couverture que les feuilles d'une souche sous laquelle il se reposait la nuit. » (Langueznou). Toutes ses journées se ressemblaient ·: le matin, il assistait à la messe à Lesneven, et il s'en allait ensuite mendier de porte en porte, disant ces seuls mots qu'il accompagnait d'un sourire: «Ave Maria, Salaün a zepre bara» (Salaün mangerait du pain). Puis il revenait à sa fontaine, dans laquelle il trempait le pain qu'on lui avait donné. C'était sa seule nourriture. Il aimait à se balancer sur la branche d'un arbre, au-dessus de la fontaine, et il chantait à pleine voix: 0 o o o o o Maria, répétant six fois o avant de prononcer Maria; en même temps il se plongeait dans l'eau jusqu'aux épaules, même au milieu de l'hiver, par mortification sans doute, comme les vieux saints de Bretagne qui avaient cette coutume et dont il avait peut-être retenu ce trait raconté à l'école. « Comme un passereau tout solitaire, dit un religieux du XVII• siècle, le Père Pennec, qui écrivit le "dévôt pèlerinage du Folgoat" d'après des documents authentiques, il solfiait à sa mode les louanges de la Vierge sacrée, à laquelle, après Dieu, il avait consacré son cœur; et, de nuit, comme le gracieux rossignol, perché sur l'espine de l'austérité, il chantait mille fois: Ave Maria. » . Salaün vécut ainsi jusqu'à l'âge de quarante .ans environ, considéré par tous comme un pauvre innocent que l'on accueillait avec sympathie, car il ne faisait de mal à personne. Pendant la guerre de succession de Bretagne, il rencontra un jour une troupe de soldats qui lui demandèrent à quel parti il appartenait: «Je ne suis ni Blois ni Montfort, répondit-il ; ave Maria. » Les soldats se mirent à rire et, le traitant de fou, le laissèrent à ses manies. Un jour, le 1er Novembre 1358, ses voisins le trouvèrent mort près de la fontaine ; et, ne voulant pas se donner la peine de transporter en terre chrétienne la dépouille d'un pauvre idiot, comme le cimetière· se trouvait à une lieue de là, ils creusèrent une fosse au· pied d'un arbre, et l'y enterrèrent comme une bête, sans prêtre ni les cérémonies accoutumées de l'église.» (Yves Guillerm). Quel ne fut pas leur étonnement, quelques jours après, quand ils virent sur la tombe un beau lys aux fleurs éclatantes de blancheur, sur les pétales duquel étaient inscrites en lettres d'or le refrain de Salaün: Ave Maria. On ouvrit la fosse et l'on constata que les racines du lys plongeaient dans la bouche de l'innocent. Le miracle dura plusieurs semaines ; la renommée s'en répandit très vite aux alentours et dans la Bretagne tout entière : des ecclésiastiques, des seigneurs, des paysans vinrent en foule contempler le tombeau fleurdelisé et décidèrent qu'en mémoire de cette merveille, on édifierait une chapelle en l'honneur de Notre-Dame du Folgoat."

     

    .

    Les lancettes de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par  Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    Les lancettes de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

    Le registre inférieur.

    .

     

    Six médaillons de la Légende de Salaün ar Foll.

    De gauche à droite en partant du haut :

    — Salaün se balançant sur son arbre 

     

    Cf infra

    — Salaün à l'école, peinant à répondre au maître ;

     

    Il fut à l'école

    Mais nulle parole

    Ne le captiva ;

    Quand, tout l'importune,

    Il n'en retient qu'une,

    Ave Maria !

    — Salaün mendiant son pain, pendant que des enfants tirent sur les basques de son vêtement ;

    Chaque matin, pour entendre la messe,

    Salaün se rend, dès l'aube, au bourg voisin ;

    Il y redit le même nom sans cesse

    Et tout le temps de l'office divin.

    Puis ( car il mendie),

    Pour gagner sa vie,

    Va tendant la main,

    ...

    Objet de risée,

    La foule insensée

    le poursuit parfois ;

    La bande ennemie

    Des enfants lui crie :

    « C'est le fou du bois ! »

    — Salaün à la fontaine, plongeant son pain dans l'eau

     

    Il prend son asile

    Sous l'arbre tranquille

    Du bois qu'il chérit;

    Sur la terre nue

    Sa tête ingénue

    Repose la nuit.
    ...

    Revient à son chêne,

    Et dans sa fontaine Il trempe son pain.

    — Salaün se baignant dans la fontaine ;

     

     

    — Salaün entre partisans de Charles de Blois et partisan de Jean de Monfort.

    Au centre, deux panneaux sont occupés d'une composition à rinceaux et oiseaux stylisés à longue queue, plaçant ces six médaillons dans un environnement naturel et boisé.

     

     

     

     

     

     

    De ses parents sonne l'heure suprême;

    il resta seul, enfant abandonné ;

    Plus de refuge; il faut quitter même

    Ce pauvre toit sous lequel il est né :




     

    Depuis longtemps, le sol couvrait ses restes, Et mieux encore l'oubli couvrait son nom, Quand Dieu montra, par des signes célestes, Combien. du fou. la sainte affection Était douce et chère A son divin fils. A travers la mousse Sur la tombe pousse un blanc et beau lys . Dieu le posa gracieux sur sa· tige , Le parfuma; mais il fit plus encor; Dans son calice opérant un prodige , Le doigt divin traça des lettres d'or : Sur chaque corole Dieu mit la parole Que Salaün aima; Tous peuvent y lire, 1 Et chacun admire l'AVE MARIA!

    On accourut de toute la Bretagne Pour contempler les deux mots merveilleux; Tout le pays , la ville, la campagne Vint adorer .le lys miraculeux. I.e seigneur, ,le prêtre Au tombeau champêtre Courbent le genou; Au lieu de l'insulte . On lui rend un culte, A Salaün le Fou. En admirant la puissance divine, Les plus savants vo'ulurent découvrir . D'où s'échappait la mystique racine, Et par le, urs soins la toinbe dut s'ouvrir. 0 Grandeur suprême! · De la bouche même Sortait le beau lys ! · C'ét.ait .encore elle Qui disait, fidèle, Ces deux mots chéris ... La simple innocènce, 1\'IIeux que la science Au Seigneur sourit ; Ce sont ses mystères! ' " Bienheureux; mes frères . .: ' ' ' ,, Les pauvres ;d'esprit. ,

    Registre inférieur des lancettes de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par  Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    Registre inférieur des lancettes de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

    Je m'intéresserai à l'un des épisodes, qui m'intrigue, et qui est figuré deux fois sur le vitrail : Salaün se balançant. 

    Le médaillon de Salaün se balançant à son arbre.

    Le peintre a représenté Salaün, vêtu d'un bragou bleu et d'un manteau rouge au pan emporté par le vent, suspendu par les bras à la branche d'un chêne, sur fond d'un vague paysage de basses montagnes et d'un autre chêne étêtée. Que fait-il ainsi ? De la gymnastique ? Ce Fou est-il un Acrobate, comme dans le Tarot de Marseille où le Mat (le Fou) voisine la lame du Bateleur ? La signification de cette scène est-elle ésotérique ? Ou simplement spirituelle, louant l'aspiration à se détacher de la Terre et de s'approcher du Ciel ? 

    En un mot, qu'est-ce que c'est que ce bin's ?

    Miorcec de Kerdanet  versifie ainsi cet épisode :

    Le repas fait, de son abri paisible

    De branche en branche il gagne le sommet;

    Il se suspend au bout d'un bois flexible,

    Et sans effroi dominant la forêt,

    Avec innocence

    Dans l'air se balance

    Et chante plus fort

    Son hymne chérie ,

    Le nom de Marie ,

    Dans un doux transport.

    Autrement dit, Salaün fait de l'acrobranche pour gagner la canopée, lieu d'élection pour adresser ses chants à la Vierge. Soit.

    Les deux cantiques  de Notre-Dame du Folgoët, connus sous le titre Patronez dous ar Folgoat, car c'est bien en breton qu'il se chante,  consacrent à la scène énigmatique un couplet :

    Le premier cantique daterait de 1852.

     

    Gwechall er vro man 'veve
    Eur paour berr a spered
    Salaun ar Foll ne ouie
    Netra Koule lavared
    Daou her "Ave Maria"
    Setu e oll bedenn
    N'ehane ket d'o hana
    Diwar skourr e wezenn

    Jadis, vivait en ce pays
    Un pauvre, simple d'esprit,
    Salomon Le Fou ne savait
    Pour ainsi dire rien, sinon
    Deux mots "Ave Maria"
    Voilà toute sa prière
    Qu'il ne cessait de chanter
    Perché sur la branche d'un arbre

     

    Pell amzer, kan a zavas
    A-us d'ar wezenn deo.
    Eun deiz ar vouez a davas,
    Salaün ne oa mui beo.
    E ene gant an Elez
    Oa aet d'ho lez, Itron,
    Da gana ho madelez
    Bepred e-tal ho tron.

    Longtemps, le chant s'éleva
    Au-dessus du gros arbre.
    Un jour, la voix se tut,
    Salaün n'était plus en vie.
    Avec les anges, son âme
    Vous a rejoint, Notre-Dame, en votre cour,
    Pour chanter votre bonté
    Chaque jour devant votre trône.

     

    Le second a été composé par l'abbé Jean Guillou et fut publié par la revue « Feiz ha Breiz » du 14 juin 1873.

    https://www.youtube.com/watch?v=-MbJzQK1ubs

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c02069db4918a110fe135511d651ae02.pdf

     

    Salaün var skourr eur vezen, Evit kaout he vara, Ne lavare ken peden Nemet : ô Maria !

    Salaün sur sa branche, Pour obtenir son pain, Ne faisait d'autre prière Que : ô Maria

    .

    Nous comprenons bien que ce balancement est associé à la fois à la prière ô Maria, mais aussi au chant. Bien-sûr, il est fréquent de se balancer un peu en chantant, mais se pendre à une branche pour le faire, voilà qui est moins banal. Je ne suis pas théologien, mais c'est du jamais-vu au Royaume des Cieux, parmi les Saints et les Bienheureux, non ? 

    .

     

    Salaün suspendu à son arbre. Registre inférieur des lancettes de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par  Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    Salaün suspendu à son arbre. Registre inférieur des lancettes de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

    Le registre supérieur.

     Les quatre médaillons.

    — les voisins de Salaün le trouvent mort au pied de son arbre ;

    II passe ainsi quarante ans de sa vie,

    Sans autre abri, ni l'été, ni l'hiver,

    Soudain, frappé par une maladie,

    Plus d'un asile lui fut offert !

    Mais quitter son chêne,

    Sa chère fontaine, Salaün ne veut pas ;

    Au bois le pauvre être fait venir un prêtre ,

    Et meurt dans ses bras.

    .

    — L'abbé de Landévennec, dom Jean de Langoueznou, vient voir la tombe fleurdelisée ;

    Jean de Langoueznou, abbé de Landévennec aurait été le témoin oculaire de la mort de Salaün le Fol et aurait rédigé un écrit en latin sur ce miracle du lys fleuri sur sa tombe. Ce texte, aujourd'hui perdu, aurait été remis à l'évêque du Léon (1563-1613) Rolland de Neufville, abbé de Monfort qui l'aurait fait paraphraser en français par René Benoît et Pascal Robin . Cette paraphrase, qui a servi de source à Albert le Grand en 1636, a été publié par Miorcec de Kerdanet en 1837.  Voir sur ce poète, à qui nous devons Languentibus in  Purgatorio , l'article de synthèse de André-Yves Bougès, qui lui attribue le Chronicon Briocense : http://hagiohistoriographiemedievale.blogspot.fr/2005/11/jean-de-langouesnou-abb-de-landvennec.html

     

     

    "...Depuis donc que cet innocent fut decedé, il fut enterré, par les voisins, au lieu mesme, en la place de son lict, dessous son arbre, auprès de sa fontaine. Il advint, peu près, qu'un Lys très beau crut miraculeusement sur sa fosse, dont les fleurs representoient en elles ces mots escrits en Lettres d'Or : Ave Maria, c'est à dire en français : Je te salue Marie ! Ce qui fut cause que le bruit courut incontinent par tout le paIs circonvoisin, de sorte qu'un tel miracle fit amasser là une foule infinie de monde, tant de gens d'Église que de gentilshommes et d'auiltres personnes de tous estats, & tant d'hommes que femmes, pour admirer telle merveille, dont tous ensemble adviserent & conclurent, par deliberation & resolution prise sur la place, qu'on feraoit bastir une Église en l'honneur de la Vierge Marie, laquelle depuis, en perpetuelle memoire et commemoration de ce miracle, & du leiu où il fut veu publiquement de tosu, fut appellée, comme elle est encore dicte a present, l'eglise de Nostre Dame du Folgoat, c'est a dire du Bois ou Hermitage du Fol, nom dont on reputoit le dict saint Salaün... ; en laquele, par permission de Dieu, sont faits infinis & grands miracles, a la vue de tous les habitants voisins et pelerins y allant incessament en voyage par devotte & chrestienne affection & vray zele catholique, imitant & suivant la trace tres salutaire de leurs predecesseurs. ...

    Je, Jan de Langoezou, Abbé dudit lieu de Landevennec, ay esté present au miracle cy dessus, l'ay veu, ouy, & si l'ay mis par escrit à l'honneur de Dieu & de la Benoite Vierge Marie ; & a fin que je puisse mériter d'avoir place de repos eternel avec le simple & pauvre innocent, j'ai composé un cantique en latin pour les trepassez, auquel il y avait six fois ô Maria ô Maria ! Lequel est encores jusques aujourd'huy solennellement chanté en très grande dévotion en notre royal Moustier, & par tous les Prieurés qui en dépendent, comme aussi en plusieurs lieux, & est tel qu'il en suit en latin :

    Languentibus in Purgatorio

    Qui purgántur ardóre nímio,

    Et torquéntur gravi supplício,

    Subvéniat tua compássio :

    O María !

    [etc..]"

    .

     

    — L'évêque de Léon pose la première pierre de la chapelle.

    C'est en 1419 qu'Allain de la Rue, évêque de Léon, consacra l'église du Folgoët, bâti sur la fontaine de Salaün, mais dont la première pierre aurait été posée à la suite d'un vœu du duc Jean IV à la fin du XIVe siècle. 

    .

    — Anne de Bretagne et ses dames de compagnie à genoux devant l'autel de la Sainte Vierge.

    Anne de Bretagne vient plusieurs fois à Folgoët, en 1491, 1499, et en 1505 pour remercier Notre-Dame de la guérison du roi Louis XII d'une grave maladie.

    .

     

    Registre supérieur des lancettes de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par  Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    Registre supérieur des lancettes de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

    La Vierge apparaissant à Salaün se balançant à son arbre : les quatre panneaux centraux du registre supérieur.

    A la place centrale du vitrail, la scène mystérieuse revient à nouveau. Ah, il y tient, à sa branche ! Offrez-lui des agrès ! Le jeune athlète y poursuit si opiniâtrement ses tractions qu'il ne semble pas apercevoir la jeune femme qui lui tend les bras.

    Pour trouver la solution de mon énigme, j'abandonne les auteurs du XIXe siècle, et j'effectue une plongée dans le temps. J'atterris en plein XVIe : 

    "Or, son lict estoit seulement de terre nue, avec une pierre qui luy servoit d'oreiller sous sa teste, & icelle terre estoit amassée sous un arbre tordu & peu eslevée de terre, auprès d'icelle fontaine. Quand donc il estoit transy de trop grande froidure d'hiver, il gravissoit dans cet arbre, &, empoignant les branches souples d'icelui arbre, il se brandeloit & secouoit de telle sorte qu'au branle et mouvement qu'il se donnoit, à la façon des brandelles des rustiques, il moderoit la rigueur du froid, en chantant, à pleine bouche, ces mots par six fois continuelles : ô Marie ! ô Marie ! ô Marie ! ô Marie ! ô Marie ! ô Marie !"

    En clair, s'il se brandelait et secouait tant à la branche d'icelui arbre, c'était pour échapper au froid ! Mais il suffisait de le dire !

    Retenez : brandeler signifie, dans le DMF (1330-1500) :  1 Emploi intransitif : A  au sens propre, "se balancer, s'agiter". B. Au figuré : "être hésitant". 2. Emploi transitif : "Agiter , remuer, brandir". Voir Godefroy. ou Roman de Renart vers 19571 : "agiter" (Mes mout fu durement lassez Que des cox, que du brandeler Qu'il ot pris as vignes garder, Qu'il n'i remest os a brisier.)

    Retenez aussi : "les brandelles des rustiques" : le CNRTL donne pour brandelle : "position branlante, critique", qui est le sens donné par Godefroy, mais qui ne convient pas ici. Mais le mot apparaît sous la plume de Rabelais dans le chapitre XXII du Gargantua (1534), dans la fameuse liste des 215 jeux : ..."à sainct Cosme ie viens adorer, au chesne forchu, au chevau fondu, à la queue au loup, à pet en gueulle, à guillemain baille my ma lance, à la brandelle, au trezeau, à la mousche, à la migne migne beuf,", et "à la brandelle" est alors traduit par les spécialistes comme "à la balançoire", ce qui convient parfaitement à notre texte. Dans la revue Romania de 1888, les auteurs reconnaissent que "ce mot est peu exactement défini dans le Dictionnaire de Godefroy, et l'historique en est très incomplet. Il fallait dire que sa première signification est celle de « balançoire, escarpolette », et que de là il a passé naturellement, comme le mot balance, au sens métaphorique de « situation critique, périlleuse » .

     

    Attention : Branler : intrans. « chanceler, faiblir » , est une contraction de brandeler « vaciller » , dérivé du rad. de brandir; suff. -eler*. D'ailleurs, une branloire (1350, branlouere) désigne, comme la brandelle, une balançoire.

    Cet homme était vraiment dérangé. En plein hiver, il se baignait nu dans une fontaine, puis, il se rhabilloit, et escaladait son chêne pour se réchauffer en se balançant. Pardon, en se branslant en l'air  ainsi qu'en atteste frère Albert Le Grand:

    "Lorsqu'il faisoit froid, il se plongeoit dans l'eau de sa fontaine jusques aux aisselles et y demeuroit longtemps, chantant toujours quelque couplet ou rythme Breton à l'honneur de N. Dame : puis, ayant repris ses accoutremens, il montoit dans son arbre, &, empoignant une branche, se bransloit en l'air, criant à pleine teste : O ! Maria, O ! Maria ! "(Albert le Grand)
     

    C'est pas raisonnable, ça ; j'suis pas médecin, mais c'est un coup à vous donner des hallucinations.

    .

    Registre supérieur des lancettes de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par  Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    Registre supérieur des lancettes de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

    Mais au fond, la balançoire n'est-elle pas l'équivalent sur le plan physique de la lecture ?

    Comme l'écrivait Jacques Amyot en 1618 :

    " au moins en lisant à haulte voix : car ce que la branloire est au regard de l'exercice du corps, cela mesme en proportion est la lecture au regard du parler, remuant tout doucement & promenant la voix dedans la parole, ne plus ne moins que dedans un coche ou voitture d'autruy "

    (Les règles et préceptes de santé, Oeuvres Morales et philosophiques de Plutarque V, p. 297)

     

    Registre supérieur des lancettes de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par  Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    Registre supérieur des lancettes de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

    LE TYMPAN ARMORIÉ.

    D'après Guillermit :

    Bretagne.

    2°) Mi-parti Bretagne France (Jean V et Jeanne ).

    3°) Le Gouzillou de Kernao (d'or fascé d'azur, accompagné de trois merlettes d'azur, membrées et becquées de gueules).

    4°) Rivoalen de Mezléan (d'argent au chevron de gueules, cantonné de 3 quintefeuilles de gueules).

    5°) De gueules à la bande d'or. (Il doit y avoir une erreur. Devrait être d'azur parti de gueules a la bande d'or, qui sont les armes de Sourdis, un des fondateurs de l'église du Folgoat).

    6°) Léon (d'or au lion morné de sable).

    7°) Goulaine (mi-parti Angleterre et France. Angleterre : de gueules à trois léopards ; France : d'azur à une fleur de lys et demie d'or). 

    8°) Rohan (de gueules à neuf mâcles d'or accolées et aboutées 3, 3, 3. Devise : A plus).

    9°) Penhoët (d'or à une fasce de gueules).

     10°) Beaumanoir (d'azur à dix ou onze billettes d'argent. Devise :" J'aime qui m'aime).

    11°) De la Forest (d'argent au chef de sable).

    12°) Du Châtel en alliance avec du Juch (mi-parti fascé d'or et de gueules, six pièces (du Châtel) et d'azur au lion d'argent, armé et lampassé de gueules (du Juch).

    .

     

     

    Tympan de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par  Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    Tympan de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

     

    Tympan de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par  Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    Tympan de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

     

    Tympan de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par  Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    Tympan de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

     

    Tympan de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par  Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    Tympan de la verrière de la Légende de Salaün le Fol par Emile Hirsch 1869. Chapelle de Coëtivy, baie 4 de la Basilique du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

    LA CHAIRE À PRÊCHER.

    Elle fut commandée par le recteur La Haye entre 1852 et 1882. Elle reprend les différents épisodes de la Légende de Salaün ar Foll : 

    1. SALAUN SE BALANÇANT.

    .

     

    La Collégiale Notre-Dame du Folgoët. X. Les vitraux du XIXe siècle : La Légende de Salaün le Foll.

    .

     

    La Collégiale Notre-Dame du Folgoët. X. Les vitraux du XIXe siècle : La Légende de Salaün le Foll.

    .

    2. SALAUN ARRÊTÉ PAR LES SOLDATS..

    ... ou plutôt Salaün sommé de choisir entre Charles de Blois et Jean de Monfort lors de la Guerre de Succession ou Guerre des deux Jeanne. 

    .

    La Collégiale Notre-Dame du Folgoët. X. Les vitraux du XIXe siècle : La Légende de Salaün le Foll.

    .

    3. LA S.V. APPARAIT À SALAUN.

    Traduire S.V par "La Sainte Vierge".

    .

    La Collégiale Notre-Dame du Folgoët. X. Les vitraux du XIXe siècle : La Légende de Salaün le Foll.

    .

    4. LE LYS MIRACULEUX.

    ...avec l'abbé Jean de Langouesnou et, curieusement, le soldat du panneau 2 qui est venu déposer son épée sur la tombe du pauvre innocent.

     .

    La Collégiale Notre-Dame du Folgoët. X. Les vitraux du XIXe siècle : La Légende de Salaün le Foll.

    .

    ANNEXE .

    HISTOIRE DE LA FONDATION DE NOSTRE DAME DU FOLLCOAT, par Albert Le Grand (1636, édition 1901)

    "En Léon, le 8 Mars.

    I. L'histoire Miraculeuse de Nostre Dame du Follcoat, au Diocèse de Léon, a esté écrite par Jean de Land-Goëznou, Abbé du Monastère de Land-Tevenec, Ordre de S. Benoist, Diocèse de Cornouaille, lequel est témoin oculaire ; & de luy a prise Messire René Gaultier [ Comme on pourra le voir à l' Indication des sources où a puisé Albert Le Grand, cet historien serait non René Gaultier, mais René Benoist.] qui l'a insérée en sa Légende, & est telle : Environ Tan de grâce 1350, séant en la Chaire Apostolique le Pape Clément VI, Charles IV du nom tenant les resnes de l'Empire, & le Roy Jean régnant en France, durant le plus fort des guerres Civiles entre le Duc Jean de Montfort (depuis surnommé le Conquérant) et Charles de Chastillon, dit de Blois, Comte de Penthévre, devers sa femme, pour la Duché de Bretagne, Guillaume de Roche-fort estant Evesque de Léon, vivoit, au territoire de Les-Neven, un pauvre garçon idiot, nommé Salaun, qui signifie Salomon, lequel avoit l'esprit si grossier, qu'encore qu'il fust envoyé de bonne heure aux écolles, jamais il ne peut apprendre autre chose que ces deux mots : Ave Maria; lesquels il recitoit continuellement avec grande dévotion & consolation de son Ame.

    II. Ses parens estans décédez, il fut contraint de mendier sa vie, ne sçachant aucun mestier pour la gagner. Il faisoit sa demeure dans un bois, à l'extrémité de la Paroisse de Guic-Elleaw, prés d'une fontaine ; n'usant d'autre lict que la terre froide, sur laquelle il se couchoit, à l'ombre d'un arbre tortu, qui luy servoit de Ciel 8c de pavillon. Il estoit pauvrement vestu, deschaux la plus part du temps. Il alloit, tous les matins, à la Ville de Les-Neven, distante de demie lieuê de son bois, où il entendoit la Ste Messe, pendant laquelle, il prononçoit continuellement ces mots : Ave Maria, ou bien en son langage O ! Itroun Guerhez Mari, c'est à dire : O ! Dame Vierge Marie ! La Messe oûye, il alloit mendier l'aumône par la ville de Les-Neven, que luy donnoient volontiers les Citoyens & Soldats de la Garnison ; puis, s'en retournant à son Hermitage, rompoit son pain & le trempoit dans l'eau de sa fontaine & le mangeoit sans autre assaisonnement que le saint Nom de Marie, qu'il repetoit à chaque morceau. Lorsqu'il faisoit froid, il se plongeoit dans l'eau de sa fontaine jusques aux aisselles et y demeuroit longtemps, chantant toujours quelque couplet ou rythme Breton à l'honneur de N. Dame : puis, ayant repris ses accoutremens, il montoit dans son arbre, &, empoignant une branche, se bransloit en l'air, criant à pleine teste : O ! Maria, O ! Maria !

     

    III. Les villageois du voisiné, voyans ses déportements, le jugèrent fol, & ne l'appelloit-on partout autrement que Salaun-ar-foll , c'est à dire, Salomon le fol. Une fois, fut rencontré par une bande de Soldats qui couroient la poule sur la campagne, lesquels l'arresterent & luy demandèrent qui vive : « Je ne suis (dit-il) ny Blois, ny Montfort (voulant dire, qu'il n'estoit partisan ny de Charles de Blois, ny du Comte de Montfort), Vive la Vierge Marie! » A ces paroles, les Soldats se prirent à rire, l'ayant fouillé, ne luy trouvant rien qui leur fust propre, le laissèrent aller. Il mena cette manière de vie l'espace de 39 ou 40 ans, sans jamais avoir ofîensé ny fait tort à personne. Enfin, environ l'an 1358, il tomba malade, & ne voulut, pour cela, changer de demeure, quoy que les habitans des villages circonvoisins luy offrissent leurs maisons. Il demanda le Curé de Guic-Elleaw, auquel il se confessa, &, peu après, deceda paisiblement, le premier de Novembre, jour de Toussaints. Son corps fut enterré dans le cimetière de Guic-Elleaw (et non au lieu où il mourut, qui estoit terre prophane) sans autre solemnité. Mais Dieu vouloit que sa sainte Mère fust glorifiée en ce sien serviteur, & fit paroistre aux yeux de tous combien cette devotieuse affection qu'il portoit à la glorieuse Vierge Marie luy avoit esté agréable.

     

    IV. Car, comme on ne parloit plus de Salaun & que sa mémoire sembloit avoir esté ensevelie dans l'oubliance , aussi-bien que son corps dans la terre , Dieu fit naistre sur sa fosse un Lys blanc, beau par excellence, lequel répandoit de toutes parts une fort agréable odeur ; et, ce qui est plus admirable, c'est que dans les feuilles de ce Lys estoient écrites en caractère d'Or ces paroles : Ave Maria ! Le bruit de cette merveille courut, en moins de rien, par toute la Bretagne, de sorte qu'il s'y transporta une infinité de monde pour voir cette fleur miraculeuse, laquelle dura en son estre plus de six semaines, puis commença à se flétrir ; & lors fut advisé, par les Ecclésiastiques, Nobles & Officiers du Duc, qu'on fouiroit tout à l'entour de sa tyge, pour sçavoir d'où elle prenoit sa racine, & trouva-t-on qu'elle procedoit de la bouche du corps mort de Salaun ; ce qui redoubla l'estonnement de tous les assistans, voyans un témoignage si grand de la Sainteté & Innocence de celuy que, quelques années auparavant, ils estimoient fol.

    Lors, par délibération commune des Seigneurs qui se trouvèrent là et des Officiers du Duc, fut conclu et arresté qu'en mémoire de cette merveille on édifieroit, au lieu mesme où Salaun avoit fait son Hermitage, une Chappelle en l'honneur de Nostre Dame, qui seroit appelée Ar-Follcoat, c'est à dire le bois du fol. Le Duc Comte de Montfort, adverty de ces merveilles & de la délibération de ces Seigneurs, approuva leur dessein, & promit à Dieu & à la Glorieuse Vierge, que si, par son assistance, il devenoit paisible possesseur de son héritage de Bretagne, il luy édifieroit l'Eglise du Follcoat, la dotteroit et donneroit salaire aux Ecclésiastiques pour y faire le divin Service.

    V. Et de fait, ce Prince, ayant défiait ses ennemys à la bataille d'Auray, l'an 1364, où son compétiteur Charles de Blois fut tué, s'alla faire reconnoistre par toutes les villes de son Duché, &, estant à Les-Neven, au mois de Janvier 1365, il fit ladite fondation, & assigna des rentes pour les Doyens, Chanoines, Chappellains &, Sallette du Follcoat, fit prendre les fondemens de l'Eglise & y posa la première pierre. On continua le bastiment jusqu'à l'an 1370, que la guerre commença entre le Roy de France Charles VI [Charles V.] & le Duc, de l'obéissance duquel la plus part de ses sujets se révoltèrent, en haine de ce qu'il avoit logé des Garnisons Angloises à Morlaix, Kemper & Les-Neven, où ils commirent des insolences si grandes, que tout le païs se rua sur eux & les chassèrent hors. Cette guerre dura jusques à l'an 1381 , pendant laquelle, l'ouvrage ne s'avança aucunement, les deniers qui y estoient destinez ayant esté divertis pour subvenir aux frais de la guerre, laquelle estant sur le point de se rallumer, l'an 1388, à cause de l'emprisonnement du Connestable Olivier de Clisson au Chasteau de l'Hermine, à Vennes ; &, l'an 1392, le Roy de France Charles VI menaçant de fondre sur la Bretagne, les susdits deniers furent derechef arrestez pour survenir aux nécessitez occurrantes du pais; enfin, le Duc, mourant au Chasteau de Nantes, l'an 1399, le jour de Toussaints, en chargea trés-expressement à son fils, le Comte de Montfort, qu'au plustost que faire se pourroit il s'aquitast de cette fondation ; à quoy il ne manqua.

    VI. Car, incontinent qu'il fut de retour de France, en l'an 1404, il vint à Les-Neven ; il fit son entrée & receut les hommages des Nobles de la Comté de Léon, fut au Foll- coat, fit venir des ouvriers de toutes parts et y fit continuellement travailler, en sorte que l'Eglise, parfaite, fut dédiée, l'an 1419, par Allain, Evesque de Léon, peu avant qu'il fut transféré à l'Evesché de Treguier par le pape Martin V. Cette Chappelle est l'un des plus dévots Pèlerinages de toute la Bretagne, renommée par tout pour les grands Miracles que Dieu y a opérés par l'intercession de sa sainte Mère. Tous nos Princes, depuis Jean le Conquereur jusques à François II, y ont fait plusieurs voyages, Se, en leurs affaires les plus urgentes, s'y sont vouez. La Reyne Anne de Bretagne, estant venue faire un tour en son païs de Bretagne, y vint en Pèlerinage, l'an 1506, y fit sa neufvaine, y laissa de riches presens, comme aussi le Roy François ler, en Septembre l'an 1532, à l'issue des Estats de Vennes, où la Duché de Bretagne fut incorporée & inséparablement urne à la Couronne de France.

    Cette Histoire est prise de René Benoist, en sa légende, laquelle il a tiré d'un extrait authentique tiré du manuscrit Original, à luy envoyé par feu Rolland de Neuville, Evesque de Léon et Abbé de Mont-fort, partie aussi des mémoires manuscrits de Messire Yves Le Grand, Chanoine de S. Paul de Léon, Recteur de Ploudaniël, Aumosnier et Conseiller du Duc François II, le tout rendu conforme aux- Annales de Bretagne."

     

    .

    .

    SOURCES ET LIENS.

    .

     

    — ABGRALL (Jean-Marie) 1909 Notice sur Le Folgoat  Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie, Quimper page 175 et 209

    https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1909.pdf

    — ABGRALL (Jean-Marie), 1896, Le Folgoët (Finistère), « Livre d’or des églises de Bretagne », Rennes, 

    — ABGRALL (Jean-Marie), 1901, L'église Notre-Dame du Folgoat, in A.Le Grand, La vie des saincts...page 88

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5038760/f126.item.r=Folgoet

     

    — COËTLOGON (Marquis de), 1851, Dessins, histoire et description de l’église de Notre-Dame du Folgët, Brest, 1851

    — COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Répertoire des églises : paroisse de LE FOLGOET. Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

    http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FOLGOET.pdf

     

    — COURCY   Notice sur Notre-Dame du Folgoët, par Pol et Henri de Courcy. ln-12. Saint- Brieuc, Prud'homme; 1860

    — DANTEC (Dominique), 1986, La basilique de Notre-Dame-du-Folgoët : un programme classique de vitraux au XIXe siècle Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1986  Volume 93  Numéro 4  pp. 405-410

    http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1986_num_93_4_3237

    — GUILLERMIT (Augustin),1922  Le Folgoat Monographie paroissiale. ed. A. Lajat (Morlaix)

    https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8c56e3a44e19df315b7cd0de70f0f172.pdf

    — GUILLOUET (Jean-Marie), 2009,  Le Folgoët, collégiale Notre-Dame, Congrès archéologique de France (2007), Finistère. 165, pp.166-176.

    https://hal.archives-ouvertes.fr/halshs-00557740/document

    — JOB AN IRIEN 1989, A la recherche de la vérité sur Notre Dame du Folgoët = Itron Varia ar Folgoet. Ed Minihi Levenez (Landerneau) 24 p.: ill.; 25 cm.

     

    — KERBIRIOU (Louis) 1938, Un grand Sanctuaire Marial en Bretagne · Notre·Dame du Folgoët Notice descriptive, historique et archéologique, Brest, Impr. Le Grand

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c02069db4918a110fe135511d651ae02.pdf

    — LE GRAND (frère Albert), Les vies, morts, gestes et miracles  des Saints de la Bretagne Armorique : première édition à Nantes en 1636 chez Pierre Doriou / 1659 Rennes, Ferré, Jean Vatar / Rennes, Veuve de Ian Vatar à la Palme d'or, 1680 / édition annoté et augmenté par Miorcec de Kerdanet Brest, P. Anner et fils 1837 / édition par A.M. Thomas et J.M. Abgrall Quimper 1901.

    https://archive.org/stream/LaVieDesSaintsDeLaBretagneArmorique/saints_vie_bretagne#page/n1/mode/2up/search/folgoat

     

    Frère Albert Le Grand, baptisé Jean, est un frère Dominicain né à Morlaix en 1599 et décédé à Rennes en 1641. Cette Vies des Saints est la première somme hagiographique bretonne en français et comprend 78 vies de saints, trois récits et neuf catalogues épiscopaux, un pour chacun des diocèses bretons (Saint-Pol-de-Léon, Quimper, Tréguier, Saint-Brieuc, Vannes, Saint-Malo, Nantes, Dol-de-Bretagne et Rennes). L’ouvrage est réédité, augmenté sous les auspices de Guy Autret de Missirien (Rennes, Jean Vatar, 1659), qui avait collaboré avec le dominicain. Puis en 1680. Daniel-Louis Miorcec de Kerdanet en offre une nouvelle édition, sans les catalogues épiscopaux, parue en 1837 (chez P. Anner à Brest). L’édition de référence demeure celle dite « des trois chanoines », publiée en 1901 (J. Salaün, Quimper), due à Alexandre-Marie Thomas, Jean-Marie Abgrall et Paul Peyron.

     

    — LÉCUREUX ,1914,  « Le Folgoët. Église collégiale. 3ème excursion », dans Congr. arch. de France. Brest et Vannes, 1914, p. 99-110.

    — LORME (A. de ), 1896, « L’art breton et l’église du Folgoat », dans Congr. arch. de France . Brest, 1898, p. 218-236.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k356651/f290.item

    — MIORCEC DE KERDANET ( Daniel), 1853, Nouvelle notice sur N.-D. du Folgoët et sur ses environs, J.-B. Lefournier (Brest), 144 p.; 22 cm.

    https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/33e093346604e23fe86b2fdaa39ca374.pdf

    Ou : in A.Le Grand, La vie des saincts 1837 :

    https://books.google.fr/books?id=BYITAwAAQBAJ&dq=%22La+vie+des+saints+de+la+Bretagne+armorique%22&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

    — PENNEC (Cyrille), 1825,  Le dévot pèlerinage de Notre-Dame du Folgoët, Rennes

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/061c8316a48418d20634b1b408c93613.pdf

     

    — INFOBRETAGNE :

    http://www.infobretagne.com/folgoet.htm

    http://www.infobretagne.com/folgoet-basilique.htm

    — LES AMIS DU FOLGOËT.

    http://les-amis-du-folgoet.pagesperso-orange.fr/Basilique.htm

    — monumentshistoriques.free.fr

    http://monumentshistoriques.free.fr/cathedrales/folgoet/descriptif.html

    .

    Repost 0
    Published by jean-yves cordier - dans Le Folgoët
    commenter cet article
    7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 00:46

     

    La Basilique Notre-Dame du Folgoët. IX. Les vitraux du XIXe siècle : Notre-Dame-du-Scapulaire-du-Mont-Carmel remettant le scapulaire à saint Simon Stock en présence de sainte Thérèse d'Avila. Baie à gauche du chevet (baie 1) Emile Hirsch 1868.

    .

     

    .

     

     

     

     

     

    .

    Sur Le Folgoët, voir :

    .

    — Sur le don du scapulaire, voir :

     

     .

    .

    Il s'agit de la baie à gauche du chevet (baie 1) : Notre-Dame-du-Scapulaire-du-Mont-Carmel remettant le scapulaire à saint Simon Stock en présence de sainte Thérèse d'Avila, réalisé par le peintre, puis peintre-verrier parisien Émile Hirsch en 1868 à la demande du recteur Jean-Marie La Haye et sur recommandation de l'évêque de Quimper, Mgr Sergent. La bordure inférieure reproduit les armes de Pie IX et de Monseigneur Sergent. 

    Je ne présenterai pas longuement  le thème de la Remise du scapulaire, parfaitement traité dans l'article Wikipédia . Mais on distinguera bien ici le scapulaire de dévotion, sacramental mineur destiné aux laïcs et diffusé depuis la fin du XVIe siècle avec la promesse de protection et du salut de l'âme, et d'indulgences pour ceux qui le porterait avec dévotion, du scapulaire monastique, pièce de l'habit monastique couvrant les épaules (latin scapula = épaule) : si, selon la tradition, saint Simon Stock eut en 1251 la vision de la Vierge lui remettant la large bande de tissu  brun qui allait caractériser son Ordre des Carmes, le vitrail montre en réalité la Vierge tendant au saint deux carrés reliés par un cordon : le scapulaire de dévotion.

    Sur le vitrail, ces carrés sont bleus et on y lit le monogramme MA. Mais le véritable Scapulaire du Mont Carmel est de couleur brune. Les deux pièces de tissu sont destinées à être portées sous les vêtements, l'une sur la poitrine, l'autre dans le dos.

    L'abbé La Haye peut avoir au moins quatre bonnes raisons de choisir cette scène pour ce vitrail voisin de la baie axiale, pour laquelle il avait choisi deux années auparavant le thème du Don du Rosaire à saint Dominique en présence de sainte Catherine et de Vincent Ferrier. 

    a) Les deux scènes vont de pair : le  chapelet du Rosaire et le scapulaire du Mont Carmel sont les deux principaux sacramentaux mineurs ; leur représentation donne lieu à une disposition analogue d'un saint et d'une sainte à genoux face à la Vierge et de l'Enfant.

    b) Le programme iconographique du Rosaire, du Scapulaire et du Couronnement se conforme à l'action de Rome dans le milieu du XIXe siècle, et notamment de Pie IX pour favoriser les pratiques dévotionnelles mariales. Pie IX a accordé des indulgences liées au port du scapulaire par des rescrits des 27 juin 1847,  21 mars 1848, 19 juillet et 13 septembre 1850. 

    c) Le Don du Rosaire est lié à l'Ordre des Dominicains, tandis que la Remise du scapulaire est lié à l'Ordre des Carmes (ou du Carmel). Ces deux Ordres, l'un prêcheur, l'autre mendiant, ont été favorisés par les ducs de Bretagne, avant que François II n'adopte comme emblème la cordelière des Franciscains. Le duc Jean V favorisa les Dominicains en faisant venir en Bretagne Vincent Ferrier. Le développerai plus loin l'importances des Carmes pour le Duché.

    d) Surtout, puisque la basilique du Folgoët honore le Bienheureux Salaün, dont la seule dévotion était la répétition des deux mots Ave Maria, et le seul miracle la pousse d'un lys blanc sur sa tombe avec ces deux mots sur les pétale, le Rosaire et le scapulaire donnent une place centrale à l'Ave Maria. On sait que la récitation du Rosaire égrène  cent cinquante Je Vous Salue Marie. Mais on sait peut-être moins que la seconde partie de cette prière, est reprise des ultimes paroles prononcées sur son lit de mort par saint Simon Stock, supérieur de l'Ordre du Carmel, en 1265 : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen. »

    En définitive, les deux baies du Rosaire et du Scapulaire forment un glorieux hommage à la prière à Marie prononcée par Salaün, tout en s'inscrivant dans le contexte historique de reprise en main des pratiques liturgiques par Rome après une période de gallicanisme, et dans celui du culte marial relancé par les Apparitions (Lourdes, La Salette), les Pèlerinages (dont Le Folgoët), et plus tard les Couronnements de statues de Vierge (dont Le Folgoët en 1888).... et en témoignant d'une fidélité à l'élan des mécènes fondateurs, les ducs de Bretagne.

    .

    Les Carmes en Bretagne.

     

    La toute première congrégation des Carmes s’installa pour sa part en Palestine en 1185. Entre 1230 et 1238, ils essaimèrent en Europe, et seront admis au rang des Ordres Mendiants en 1235. Présents à Rouen en 1260, à Caen en 1278, puis à Pont-Audemer, les Carmes eurent comme général en 1247 saint Simon Stock, un anglais, qui rédigea la règle définitive validée par Innocent IV, et fut à l'origine de la dévotion au Scapulaire du Mont Carmel. Les Carmélites furent réformées par sainte Thérèse d'Avila au XVIe siècle.

    Les Carmes fondèrent leur premier couvent breton à Ploërmel.  s'installent ensuite à Nantes en 1318, puis à Rennes en 1260, à Saint-Pol-de-Léon en 1353, à Hennebont en 1379, à Pont-l'Abbé en 1383. En 1384 la Province de France se scinde et crée la Province de Touraine, qui inclut parmi ses 10 couvents ceux de Bretagne. D'autres couvents se créent à Dol en 1401, à Vannes en 1425, , Le Guildo, Quintin, Josselin,  au couvent  Saint-Sauveur en Saint-Hernin en 1644, et enfin Sainte-Anne-d'Auray au XVII siècle. Une confrérie du Saint-Scapulaire est attestée à Saint-Pol-de-Léon au XVIIe siècle.

    .

    Les Carmes et les Ducs de Bretagne.

    Jean II : sa tombe aux Carmes de Ploërmel.

    Saint Louis en 1254 revenant de la sixième Croisade, décida six Religieux à l'accompagner à Paris. Mais une tradition veut que Jean de Bretagne, Comte de Richemont et fils du duc Jean Ier, en a également amené deux à Ploërmel en 1271 où sera fondé le premier couvent breton des Carmes.

     Jean II y sera finalement inhumé le 16 décembre 1305 à l’âge de 66 ans dans le chœur du nouveau monastère. Tombeau du duc Jean II à Ploërmel.

    Arthur II : son cœur aux Carmes de Ploërmel.

    Le successeur de Jean II, Arthur II, mourut à son tour en 1312. Il poursuivit le geste de son père, en y transférant son cœur. 

     Jean III : inhumé aux Carmes de Ploërmel.

    Jean III, fils d'Arthur II confirma cette tradition à sa mort mais également de son vivant en réaffirma les privilèges de la communauté  des Carmes de Ploërmel en 1318, et, à sa mort en 1341, il souhaita à son tour y être inhumé. Le monument consacré ne sera finalement réalisé et monté qu’en 1365 par son neveu, le duc Jean IV, sous la forme d'un tombeau de marbre. Tombeau du duc Jean IV à Ploërmel .

     

    Jean IV.

    La victoire de Jean IV sur Charles de Blois profita aux Carmes, car les franciscains du couvent des Cordeliers avait soutenu le camp des vaincus.

    Jean V.

    - En 1419, le duc Jean V emprisonné se voua à Notre-Dame-du-Carmel. Libéré, il se rendit au couvent des Carmes de Nantes et y fit élever un monument. (Louis de Sambucy https://books.google.fr/books?id=EdiWq1ZHJK4C&pg=PA90&lpg=PA90&dq=%22duc+de+bretagne%22+scapulaire&source=bl&ots=IImX0M-8Vx&sig=78IEH_Vk3isy4oOHOcE3zYFDYac&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwi32oexgIPUAhXEuRQKHecPDu4Q6AEIJzAA#v=onepage&q=%22duc%20de%20bretagne%22%20scapulaire&f=false

    - Le premier couvent des Carmes de Vannes fut fondé en 1425 par le duc Jean V près de la chapelle Notre-Dame du Bondon

    Pierre II.

    La duchesse Françoise d'Amboise, veuve du duc Pierre II fonde en 1463 le premier carmel féminin de France, à Vannes.

     

    Anne de Bretagne.

    —Entre 1499 et 1507, Anne de Bretagne fait réaliser dans la chapelle des Carmes de Nantes un tombeau pour ses parents, François II de Bretagne et Marguerite de Foix.  

    —  À sa mort en 1514, Anne de Bretagne est inhumée dans la basilique Saint-Denis, comme tous les monarques capétiens, mais son cœur, déposé dans un écrin  en or, sera  placé dans la chapelle des Carmes de Nantes. à la tête du tombeau entre François II et Marguerite de Foix, dans un coffret, entouré d'un scapulaire d'étoffe.

    .

    Iconographie :

    La présence de sainte Thérèse d'Avila lors de la Remise du scapulaire  se retrouve dans diverses peintures de la seconde moitié du XIXe, comme à Saint-Bonnet-le-Château par Ravery en  1836 pour le couvent des Ursulines, ou à Bonifacio, où l'ex-voto est en réalité une lithographie éditée à Paris par Turgis.  Le Musée de Bretagne, à Rennes, conserve une bannière ancienne sur fond de soie claire représentant une Donation du Rosaire et du Scapulaire à Simon Stock et Thérèse d'Avila et provenant de la paroisse de Gévezé (Ille et Vilaine).

    .

    Notre-Dame-du-Scapulaire-du-Mont-Carmel remettant le scapulaire à saint Simon Stock en présence de sainte Thérèse. Baie 1, Emile Hirsch 1868. Basilique Notre-Dame du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    Notre-Dame-du-Scapulaire-du-Mont-Carmel remettant le scapulaire à saint Simon Stock en présence de sainte Thérèse. Baie 1, Emile Hirsch 1868. Basilique Notre-Dame du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

     

     

    Notre-Dame-du-Scapulaire-du-Mont-Carmel remettant le scapulaire à saint Simon Stock en présence de sainte Thérèse. Baie 1, Emile Hirsch 1868. Basilique Notre-Dame du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    Notre-Dame-du-Scapulaire-du-Mont-Carmel remettant le scapulaire à saint Simon Stock en présence de sainte Thérèse. Baie 1, Emile Hirsch 1868. Basilique Notre-Dame du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

    Notre-Dame-du-Scapulaire-du-Mont-Carmel remettant le scapulaire à saint Simon Stock en présence de sainte Thérèse. Baie 1, Emile Hirsch 1868. Basilique Notre-Dame du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    Notre-Dame-du-Scapulaire-du-Mont-Carmel remettant le scapulaire à saint Simon Stock en présence de sainte Thérèse. Baie 1, Emile Hirsch 1868. Basilique Notre-Dame du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

     

    e-du-Scapulaire-du-Mont-Carmel remettant le scapulaire à saint Simon Stock en présence de sainte Thérèse. Baie 1, Emile Hirsch 1868. Basilique Notre-Dame du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    e-du-Scapulaire-du-Mont-Carmel remettant le scapulaire à saint Simon Stock en présence de sainte Thérèse. Baie 1, Emile Hirsch 1868. Basilique Notre-Dame du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

    La bordure inférieure associe les armes de Pie IX, à gauche, et celles de Monseigneur Sergent à droite.

    Les armoiries papales de Pie IX, (1846-1878) sont  Écartelé en 1 et 4 d'azur au lion couronné d'or et en 2 et 3 d'argent aux deux bandes de gueules.

    .

     

    Armoiries de Pie IX, bordure de la baie 1, Emile Hirsch 1868. Basilique Notre-Dame du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    Armoiries de Pie IX, bordure de la baie 1, Emile Hirsch 1868. Basilique Notre-Dame du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

    Les armoiries épiscopales de Monseigneur Sergent, évêque de Quimper et Léon de 1855 à 1871 sont : d’azur à la Vierge entourée de douze étoiles dans une gloire et posée sur une nuée mouvant de la pointe de l’écu, le tout d’argent.

    .

    Armoiries de Pie IX, bordure de la baie 1, Emile Hirsch 1868. Basilique Notre-Dame du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    Armoiries de Pie IX, bordure de la baie 1, Emile Hirsch 1868. Basilique Notre-Dame du Folgoët. Photographie lavieb-aile mai 2017.

    .

    .

    SOURCES ET LIENS.

    .

     

    — ABGRALL (Jean-Marie) 1909 Notice sur Le Folgoat  Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie, Quimper page 175 et 209

    https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1909.pdf

    — ABGRALL (Jean-Marie), 1896, Le Folgoët (Finistère), « Livre d’or des églises de Bretagne », Rennes, 

    — ABGRALL (Jean-Marie), 1901, L'église Notre-Dame du Folgoat, in A.Le Grand, La vie des saincts...page 88

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5038760/f126.item.r=Folgoet

     

    — COËTLOGON (Marquis de), 1851, Dessins, histoire et description de l’église de Notre-Dame du Folgët, Brest, 1851

    — COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Répertoire des églises : paroisse de LE FOLGOET. Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

    http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FOLGOET.pdf

     

    — COURCY   Notice sur Notre-Dame du Folgoët, par Pol et Henri de Courcy. ln-12. Saint- Brieuc, Prud'homme; 1860

    DANTEC (Dominique), 1986, La basilique de Notre-Dame-du-Folgoët : un programme classique de vitraux au XIXe siècle Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1986  Volume 93  Numéro 4  pp. 405-410

    http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1986_num_93_4_3237

    — GUILLERMIT (Augustin),1922  Le Folgoat Monographie paroissiale. ed. A. Lajat (Morlaix)

    https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8c56e3a44e19df315b7cd0de70f0f172.pdf

    — GUILLOUET (Jean-Marie), 2009,  Le Folgoët, collégiale Notre-Dame, Congrès archéologique de France (2007), Finistère. 165, pp.166-176.

    https://hal.archives-ouvertes.fr/halshs-00557740/document

    — JOB AN IRIEN 1989, A la recherche de la vérité sur Notre Dame du Folgoët = Itron Varia ar Folgoet. Ed Minihi Levenez (Landerneau) 24 p.: ill.; 25 cm.

     

    — KERBIRIOU (Louis) 1938, Un grand Sanctuaire Marial en Bretagne · Notre·Dame du Folgoët Notice descriptive, historique et archéologique, Brest, Impr. Le Grand

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c02069db4918a110fe135511d651ae02.pdf

    LE GRAND (frère Albert), Les vies, morts, gestes et miracles  des Saints de la Bretagne Armorique : première édition à Nantes en 1636 chez Pierre Doriou / 1659 Rennes, Ferré, Jean Vatar / Rennes, Veuve de Ian Vatar à la Palme d'or, 1680 / édition annoté et augmenté par Miorcec de Kerdanet Brest, P. Anner et fils 1837 / édition par A.M. Thomas et J.M. Abgrall Quimper 1901.

    https://archive.org/stream/LaVieDesSaintsDeLaBretagneArmorique/saints_vie_bretagne#page/n1/mode/2up/search/folgoat

     

     

    — LÉCUREUX ,1914,  « Le Folgoët. Église collégiale. 3ème excursion », dans Congr. arch. de France. Brest et Vannes, 1914, p. 99-110.

    — LORME (A. de ), 1896, « L’art breton et l’église du Folgoat », dans Congr. arch. de France . Brest, 1898, p. 218-236.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k356651/f290.item

    — MIORCEC DE KERDANET ( Daniel), 1853, Nouvelle notice sur N.-D. du Folgoët et sur ses environs, J.-B. Lefournier (Brest), 144 p.; 22 cm.

    https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/33e093346604e23fe86b2fdaa39ca374.pdf

    Ou : in A.Le Grand, La vie des saincts 1837 :

    https://books.google.fr/books?id=BYITAwAAQBAJ&dq=%22La+vie+des+saints+de+la+Bretagne+armorique%22&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

    — PENNEC (Cyrille), 1825,  Le dévot pèlerinage de Notre-Dame du Folgoët, Rennes

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/061c8316a48418d20634b1b408c93613.pdf

     

    — INFOBRETAGNE :

    http://www.infobretagne.com/folgoet.htm

    http://www.infobretagne.com/folgoet-basilique.htm

    — LES AMIS DU FOLGOËT.

    http://les-amis-du-folgoet.pagesperso-orange.fr/Basilique.htm

    — monumentshistoriques.free.fr

    http://monumentshistoriques.free.fr/cathedrales/folgoet/descriptif.html

     

     

    Repost 0
    Published by jean-yves cordier - dans Le Folgoët
    commenter cet article

    Présentation

    • : Le blog de jean-yves cordier
    • Le blog de jean-yves cordier
    • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons (Zoonymie) observés en Bretagne.
    • Contact

    Profil

    • jean-yves cordier
    • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
    • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué. "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha

    Recherche