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18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 10:57

 

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Je  découvre ces fonts baptismaux dans la pièce (qui sert de débarras et est encombrée de meubles, bannières démodées et panneaux) qui se trouve immédiatement à gauche de la porte d'entrée.

Il s'agit d'une cuve de kersanton (?), ovoïde, à la base creusée de 16 ou 18 godrons, scellée à un fût cylindrique (plus ancien ?) dont la tête et le pied sont sculptés de rinceaux et de masques. Quatre chérubin marquent le centre des quatre faces, et, inspiré par l'exemple tout proche des fonts baptismaux de l'église du Faou, on peut penser qu'ils représentent les quatre fleuves du Paradis. Néanmoins, ici, ils ont la bouche fermée et n'ont jamais servi à l'évacuation de l'eau. Sur une des faces est sculpté un blason au lion ou plutôt au léopard (la tête est vue de face) passant . Ce sont les armoiries des vicomte du Faou, d'azur au léopard d'or.  C'est Marie Françoise de Guémadeuc, nièce de Toussaint du Beaumanoir, qui en sa qualité d'héritière du titre donna l'autorisation de placer des fonts baptismaux dans l'église de Rumengol (Billant, 1924).

 

 

Une cuve déversoir est placée à son flanc sud. Toutes les deux sont fermées par un couvercle en plomb.

Ma première tâche est d'en relever l'inscription qui en fait le tour, en capitales romaines sur un cartouche en réserve.

 

Y : BAVT : F :  1660 : A NOSTRE : DAME : DE : TOVT : REMEDE.

"Y[ves] Baut. F[abricien]. 1660. A Notre-Dame-de-Tout-Remède"

Cette inscription a déjà été relevée par André Mussat puis par René Couffon, avec une seule erreur (A. BAUT), le remplacement des deux-points par des points, et du V par un U :  "A. NOTRE. DAME. DE. TOUT. REMEDE. A. BAUT. 1660".

 

Au XVIIe siècle, Rumengol continue à être un célèbre pèlerinage : en 1660, le Père Maunoir, le grand prédicateur jésuite, prêche une mission à Hanvec, d'où dépendait toujours la « trêve » de Rulmengol, et son disciple  M. de Trémaria,  conduisit au pèlerinage de la Vierge une procession de dix mille pèlerins.

La mention du nom de la Vierge vénérée ici est intéressante puisqu'elle succède de peu à celle du cadran solaire : en 1638, celle-ci indiquait A NOTRE DAME DE REMETOLL. J'emprunte à l'article Wikipédia Rumengol son commentaire étymologique :

 

"Les graphies françaises varient de Remangol (1173), à Rumengol (1225), Runmengol (1460), Remungol (1535), Rumengoll (1686), transcriptions plus ou moins fantaisistes d'un breton surtout oral. De même le sens du toponyme est resté mystérieux et a donné naissance à des interprétations aussi nombreuses que fantaisistes.

Certaines propositions, édifiantes, datent du XVIIe siècle. Une étymologie populaire fait notamment référence à Notre-Dame de Remet-Oll (« Notre-Dame de Tout Remède). Le cantique breton "Itron Varia Rumengol" (Madame Marie de Rumengol) fait référence à cette "puissante vierge de tout-remède" (Gwerc'hez galloudus Remed-oll, en breton) "pour la santé du corps et de l'âme" (yehed ar horv hag an ene)."

Je complète cela du texte rédigé en 1924 par l'abbé Billant, dont la synthèse n'en est pas moins dépourvue de parti-pris :

1°) Les uns, à la suite d'Albert Le Grand et de Fréminville, proposent  ru mean gou-lu , (la pierre rouge de lumière), par allusion au dolmen rougi de sang et consacré à Teutatès, le dieu père de la lumière. C'est l'explication qui s'accorde le mieux avec la poésie et la légende.

2°).- D'autres, s'appuyant sur le cartulaire de Landévennec, citent un passage où il est fait mention de la pierre de Guénolé, et proposent  ru mean Guenol , (la rouge pierre de Guénolé), Saint Guénolé ayant en effet , transformé la pierre druidique en un sanctuaire chrétien. (Le cartulaire, fixant les limites d'une donation de terrain, émet ces termes: « usque ad petram quae dicitur Padrum Sancti Vingolei in quâ sculptum est signum '' sanctae crucis », c'est-à-dire, «  jusqu'à la ''pierre dite Pierre de Saint Guénolé, dans laquelle est sculpté le signe sacré de la  croix ". (Donation faite par une charte du comte Grallon vers 930).

-3°). D'aucuns ont dit: run-mean-oll  , (la hauteur toute pierreuse), par allusion à la topographie du lieu et à la nature du terrain.

4°). Plusieurs font remarquer que l'emploi du mot Remengoll est aussi ancien et aussi répandu que celui de Rumengol, (les comptes et actes des XVIIe et XVIIIe siècles en font foi), et croient que l'on a d'abord prononcé  Intron Varia re 'n em goll , (Notre- Dame de ceux qui périssent, ou plutôt,  de ceux qui vont périr).

. 5°). - Enfin, le sentiment qui a prévalu et· semble avoir été adopté depuis de longues .années est que "Intron Varia. Rumengol " serait venu de Intron Varia remed oll , (Notre-Dame de Tout Remède). Le cadran solaire qui domine le portail sud est surmonté d'une inscription conçue en ces termes: « A Notre-Dame de Remet-oll, 1638 "· Aux fonts baptismaux l'on trouve la même inscription en français: « A Notre-Dame de Tout Remède, 1660 ". Enfin un grand nombre d'actes du XVIe et du XVIIe siècle désignent l'église de Rumengol sous le nom ·de « chapelle de Notre-Dame de Tout-Remède ». , Il semble que cette dernière interprétation adoptée au moins depuis trois cents ans a pour elle une prescription suffisante pour être maintenue; et quoi qu'il en soit des autres versions, celle-ci nous apparaît comme un titre de gloire pour le premier sanctuaire érigé à la Sainte Vierge parmi nous.

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Je ne trouve pas de renseignement sur Y[ves] Baut, mais je remarque qu' au Faou (à 3 km d'ici) la maison, située 2, place des Halles (XVI-XVIIème siècle), était en 1630 propriété de Allain Le Bault et de Francoise Bellanger.

Il faut élargir la recherche avec les graphies LE BAUT, LE BAULT , LE BOT et LE BAOT.

On trouve alors sur un forum généalogiste par Joel Morvan les indications suivantes concernant  Yves Le Bault et son frère Jean, demeurant Kerazeas, à Rumengol (alors trève de la paroisse de Hanvec) et leur frère Jean demeurant Rulann à Rumengol, fils de Jean Le Bault et d'Amice TROMEUR (née le 14 février 1631 à Quimerc'h). Cet Yves Le Bault est né en 1676, il n'est donc pas l'auteur de l'inscription. Néanmoins, la consultation de ces documents permet d'attester l'existence de ce patronyme à Rumengol, de connaître les lieux-dits qui lui sont associés, et les alliances de cette famille. Notamment celle avec Jacques Ballay, de Penanprat en Rumengol, auteur de l'inscription de la sacristie de l'église de Rumengol en 1694.

 

http://www.cgf-forum.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=20410&start=15  :

http://www.cgf-forum.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=11514

Les aveux concernant la terre de Kerandistribil en Quimerch retrouvés en série 57 J 81 (Fonds Traounouez), notaire au Faou)

" 30//11/1684 : IMG 8353/8354/8355/8356 
Devant nous nottaires de la cour et vicomté du Faou avec debeüe soubmission et prorogation de juridiction y juré ont comparus en leur personnes JAN LE BAULT &
YVES LE BAULT du lieu de Kerazeas paroisse de Hanvec, faisant tant en privé que pour autre JAN LE BAULT leur frère du lieu de Rulann audit Hanvec et autres leurs consorts, FRANCOIS QUINTIN du lieu de Pennanoat en la dite paroisse de Hanvec, JAN BALLE du lieu de Pennaprat Rumengol faisant pour soy et pour ANNE LE GALLOU du lieu de Garzangoff paroisse de Quimerch en consortie avec le dit YVES LE BAULT et FRANCOIS LE GOASGUEN du bourg de Rumengol faisant tant pour soy que pour DENIS LE GOASGUEN, GUILLAUME LE GOASGUEN, FRANCOISE LE GOASGUEN & JACQUETTE LE GOASGUEN ses frères et soeurs, lesquels sont confessants et cognoissants avoir tenir et que defaict ils tiennent de et soubs Escuier Hervé Du Bot Seigneur du dit lieu, les Salles, Lohan, ...scadec et Kerlecun en seigneurie de ligence avec les debvoirs seigneuriaux lors que le cas y eschoit, le dit lieu et village de Kereuzennic et terres en dépendants, ainsi qu'ils sont cy après describés, scavoir : 
Les dits
JAN & YVES LE BAULT une 1/9 ème partie … escheues aux dits LE BAULT par acquest de deffuncts NICOLAS QUINTIN & JAN QUINTIN père et fils, le dit FRANCOIS QUINTIN les 2 parts dudit lieu et terres ... escheues audit QUINTIN par acquest de YVES LE GOFF et de la succession de PAOL QUINTIN son père, et audit JAN BALLE audit nom est eschue par acquest fait de SEBASTIEN GUILLOU et YVES GALLOU un parc ..., à la ditte ANNE LE GALLOU est escheu de succession de NICOLAS LE GALLOU son père ..., plus est escheu audit YVES LE BAULT la moitié d'un journal à faucheur … par acquest faict de SEBASTIEN GUILLOU et YVES GALLOU ..., plus audit JAN LE BAULT faisant pour soy et pour MARYE LE GOFF mère et curatrice de ses enfans mineurs de son mariage avec feu HERVE TRELLU son mary de la paroisse du Tréou diocèse de Léon, soubs laquelle il est fermier, est escheu en consortie avec le dit YVES LE BAULT par acquest fait de FRANCOIS TRELLU & FRANCOISE TRELLU ..., et ledit FRANCOIS LE GOASGUEN audit nom le total d'un parc …, de plus les dits JAN & YVES LE BAULT en privé et faisants pour leurs consorts déclarent tenir soubs le dit Seigneur à mesme tiltre de cheffrante les héritages et terres cy après spécifiés, leur appartenant, scavoir la moitié par succession de deffunct JAN LE BAULT leur père, l'autre moitié par acquest faict de deffunct Escuier Jacques Du Bot son prédécesseur, en premier …, pour payer par an en contribution avec les dits BALLE, QUINTIN, TRELLU et GALLOU scavoir cinq sols monoy d'ancienne cheffrante sur la totalité dudit lieu de Kereuzennic et les dits BAULT en paier sur le dit acquest quatre livres tournois à chacun jour et terme de St Michel au mois de septembre en la maison du Bot à paine du double de la dite cheffrante de cinq sols monoy. Tout ce que dessus les dits advouants cognoissent et confessent contenir vérité, s'obligeants …, faict et le gré pris au bourg de Rumengol soubs les signs des dits JAN & YVES LE BAULT pour soy, de JAN BALLE et FRANCOIS LE GOASGUEN pour soy et celuy de Missire NICOLAS LE BAULT prestre requérant le dit FRANCOIS QUINTIN affirmant ne scavoir signer, à nous nottaires le trentiesme novembre mil six cents quatre vingts et quatre …" 

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" 16/02/1713 : IMG 8357/8358/8359/8360 
Aveu et déclaration spéciffique par tenants et aboutissants des terres et hérittages que jouissent et proffittent au lieu de Thy Kereuzennic ou Kerendistribil sittués en la paroisse de Quimerch, JACQUES
LE BAULT en privé et comme tuteur des enffants mineurs de + GUILLAUME MILLIN et MARIE LE BAULT sa femme, FRANCOIS LE BAULT et CATHERINE LE BAULT veuve de + BERNARD PAPE décédé puis les 3 ans, icelle BAULT épouze dudit MILLIN décédé puis les 6 ans demeurant au lieu de Kerezeas, FRANCOIS QUINTIN veuff de deffunte ANNE GRALL décédée puis les 8 ans demeurant au lieu de Pennanoat, JACQUES BALLAY fils hérittier de deffunt JAN BALLAY faisant en privé et Messire MATHURIN BALLAY, PIERRE BALLAY, JAN BALLAY & YVES BALLAY ses frères demeurant au lieu de Pennanprat Rumengol, NICOLAS LE BAUT faisant pour JAN LE BAUT son père demeurant au lieu de Rulann, SEBASTIEN LE CAM faisant en privé pour DENIS LE GOASGUEN & JANNE LE GOASGUEN enffants de deffunt FRANCOIS LE GOASGUEN décédé puis les « non inscrit » ans et comme mary de JACQUETTE LE GOASGUEN sa femme demeurant au bourg de Rumengol tous paroissiens d'Hanvec et JOSEPH LE BAUT demeurant au lieu de Kereuzennic fils et hérittier de deffunt YVON LE BAUT décédé puis les 3 ans, à Messire Jacques Joseph Du Bot Cheff de nom et d'armes Seigneur dudit lieu du Bot, Escuyer et noble d'ancienne extraction Chevallier et conseiller d'honneur au siège présidial de Quimper et Seigneur des Salles, Lohan, Kerleuz, Kerascoet, Messamer, Stangarbot et autres lieux demeurant en son manoir du Bot susditte paroisse de Quimerch, scavoir lesquels JACQUES LE BOT & JOSEPH LE BOT une neuffiesme partye du lieu et terres comme cy après …, escheus aux dits BAUD des successions de JAN (?) & YVES LE BAUT acquéreurs de JAN QUINTIN & NICOLAS QUINTIN père & fils, et le dit FRANCOIS QUINTIN les deux tiers du dit lieu et terres scavoir … par acquest de YVES LE GOFF et de la succession de PAUL QUINTIN son père décédé puis les « illisible », et audit JACQUES BALLAY en privé et au dit nom de la succession de feu JAN BALLAY son père décédé puis les 10 ans appartient un parc ..., plus audit JOSEPH LE BAUT comme hérittier dudit feu YVES LE BAUT dcd environ 12 ans acquéreur de ANNE GALLOU en son vivant deux journeaux de terre froide …, avec de plus la moitié d'un journal de faucheur dans la prée nommé « foennec trellu » acquis par le dit deffunt de SEBASTIEN GUILLOU …, et aux dits FRANCOIS LE BAUT & CATHERINE LE BAUT en privé et comme curatrisse des enffants de son mariage avec ledit PAPE décédé comme dit est puis les 3 ans comme acquéreur des hérittiers de HERVE TRELLU embonné comme devant …, … escheux aux dits GOASGUEN par la succession de FRANCOIS LE BAOT leur ayeul et bisayeul décédé puis les 33 (?) ans, de plus lequel JACQUES LE BAUT en privé et au dit nom et JOSEPH LE BAOT et NICOLAS LE BAOT au dit nom déclarent tenir soubs le Seigneur du Bot l'autre moitié par acquest de feu Messire Jacques Du Bot Seigneur du Bot une garaine … " 

 

 

Cela confirme (si besoin) que les fabriciens étaient choisis parmi les propriétaires terriens aisés de la paroisse, reliés par des liens familiaux étroits, et dans un périmètre réduit autour de l'église .

 

 

 

Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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Ce qui m'impressionne, c'est que les deux cuves sont taillées dans un seul bloc. J'ai cherché en vain des traces de scellement, mais non.

 

Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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Attribution ?

Je ne crois pas que ces fonts ont été attribués à un atelier de sculpture particulier. L'année 1660, appartient  à la période d'activité de Roland Doré, entre 1618 et 1663, et Emmanuelle Le Seac'h  indique que le sculpteur landernéen a réalisé du mobilier liturgique pour les fabriques de Plouédern et de Bodilis, dont les Fonts baptismaux  de Plouédern (1641, avec une cuve godronnée comme à Rumengol) et en partie le baptistère de Bodilis.

Liste chronologique de quelques fonts baptismaux du Finistère (Agrall, 1904):

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Baptismal_fonts_in_Finist%C3%A8re

  • Saint-Jean-du-Doigt fin XVe
  • Plonéour-Lanvern, fin XVe
  • Quimperlé, N-D. De l'Assomption, fin XV
  • Penmarc'h fin Xve
  • Plouégat-Guérand fin XVe
  • Le Faou v.1570
  • Locmaria-Plouzané 1583
  • Pencran 1619
  • Plouedern 1641
  • Lampaul-Guimiliau 1650-1651
  • Commana 1656
  • Guiclan 1658
  • Saint-Rivoal 1661
  • Crozon, 1742

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Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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Le couvercle en plomb est orné de huit chérubins. On distingue sur le bord en pierre quatre trous carrés, plutôt destiné à la fixation d'un couvercle en bois ou de ferrures qu'à un écoulement.

Il y a 25 ans environ, les boiseries des fonts baptismaux  ont été déposées  sans qu' aucune photographie de cet ensemble en place ne semble avoir été prise avant le démontage. En 2011, l'entreprise Le Ber (menuiserie et restauration) avait été chargée d'effectuer une étude sur la possibilité de restaurer et reposer les boiseries. 

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Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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Il faut parler maintenant du long procès que ces fonts entraînèrent.

"En 1660 commence une longue procédure où l'on voit les tréviens de Rumengol essayer de se dégager de leurs obligations envers le prieuré-cure de Hanvec. En 1669, en effet, l'évêque de Quimper et la comtesse douairière du Faou donnent l'autorisation d'élever dans l'église des fonts baptismaux, ce qui provoque une contre-requête du curé de Hanvec. Le différend dura près de trente ans et alla jusqu'au Parlement de Rennes. En 1674, l'officialité de Quimper avait confirmé le caractère trévial de la chapelle, attribuant au recteur (le prieur était alors Urbain de Kerouartz, 1666-1680) le tiers des revenus y afférant. Mais ce n'est que le 21 juillet 1685 que, sur la requête des tréviens, ces fonts furent bénis, et en 1699 enfin on garnissait la piscine." (A. Mussat, 1957)

 

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SOURCES ET LIENS.

ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, Quimper, Ar de Kerangal.

https://archive.org/details/architecturebre00abgrgoog

BILLANT (Abbé N.), 1924, Rumengol, son sanctuaire et son pèlerinage, Brest, Imprimerie de la Presse Libérale

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/eb755cd60bfa806ccd9513f01749829c.pdf

— COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988,  Notice du Faou, Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FAOURUME.pdf

 

MUSSAT (André), 1957, article -Rumengol, in Société française d'archéologie. Congrés archéologique de France. CXVe Cession, 1957,  Cornouaille. page 165.  In-8° (23 cm), 285 p., fig., carte, plans. H. c.Orléans : M. Pillault, 37, rue du Pot-de-Fer (Nogent-le-Rotrou, impr. Daupeley-Gouverneur).

Notre-Dame de Rumengol Éditeur: s.n., s.d..

Infobretagne :

http://www.infobretagne.com/faou.htm

— http://nd-rumengol-quimper.cef.fr/index.php/vie-de-la-paroisse/ensemble-paroissial/34-rumengol

Photographie des fonts par Henri Moreau en 2008 :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:175.Rumengol.Eglise.Le_baptist%C3%A8re.JPG

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Published by jean-yves cordier - dans Rumengol Inscriptions Fonts baptismaux
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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 17:31

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Ce porche est en partie semblable à celui de La Martyre, en vallée de l'Élorn, et daté vers 1450-1468. Ils sont tous les deux en pierre de kersanton, ils disposent tous les deux, au dessus d'une porte en arc déprimé, d'un tympan représentant une scène de l'Enfance du Christ (Nativité à La Martyre, Adoration des Rois à Rumengol), tous les deux (mais comme partout) d'un Credo apostolique à l'intérieur, et enfin, ce tympan et ces Apôtres sont tous les deux issus du même atelier, actif au Folgoët entre 1423 et 1468.  Ces datations, comme celle du calvaire (entre 1433 et 1457) montrent qu'une partie de l'église date du XVe siècle, et est est antérieure à la date de fondation de 1531 qu'indique l'inscription gothique placée à sa gauche.

 Par contre, à Rumengol,  un tympan intérieur au dessus d'une double porte montre une remarquable Annonciation de pierre , qui ne sortirait pas de cet atelier du Folgoët bien qu'elle soit comparable à celle de La Martyre, et témoigne du grand courant e l'influence ligérien qui traversa alors la Bretagne et n'est absent d'aucun de ses grands sanctuaires" (Mussat 1957) 

Les armoiries qui en ornaient l'intérieur et l'extérieur (sommet et à droite de l'arcade) ont été martelées à la Révolution, mais si on se rapporte à l'écusson du calvaire, ou aux éléments héraldiques les plus anciens des vitraux, on obtient des indices sur la famille du Quélennec, vicomtes du Faou, dans leur alliance avec les Poulmic et les du Chastel. Or, Jean III du Quélennec a épousé Marie de Poulmic en 1433, leur fils Guyon, marié en 1440 avec Jeanne de Rostrenen mourut en 1478, laissant son titre à son fils Jean VI, auquel succède Charles Ier du Quélennec, mariée le 7 février 1518 à Gilette du Chastel. Ces éléments donnerait pour la datation du porche une fourchette de 1433-1518, et  c'est bien l'étude stylistique de la sculpture qui le date de la seconde moitié du XVe siècle.

Je décrirai donc :

1. L'Adoration des Mages (vers 1470).

2. La galerie des Apôtres (vers 1468).

3. L'Annonciation.

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Sous un fronton au gable orné de crochet et fleuron (et d'un cadran de 1638), une arcade gothique surligne le tympan ogival qui surmonte la porte en arc déprimé. 

A droite de l'arcade, un blason est martelé, mais il reste suffisamment lisible pour y distinguer les armes de la famille  de la Bourdonnaye  de gueules à trois bourdons d'argent posés en pal  (Bourdon = bâton de pèlerin muni de deux pommes -sphères-, l'une au trois quarts, l'autre au sommet). Elles sont aussi visibles sur le pignon de l'église du Faou . Voir ici la source de ces info et de l'image

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Ce sont donc les armes de Marie-Flore de la Bourdonnaye-Montluc (née vers 1735) épouse de Nicolas II Magon de la Gervaisais, et Vicomte du Faou . (Louis-Armand de Richelieu, héritier de la Vicomté du Faou, la vendit en 1736 au duc de Rohan, prince de Léon. Les Rohan revendirent en 1762 la vicomté au sieur Magon de la Gervaisais, conseiller au Parlement, en faveur duquel la vicomté du Faou fut érigée en marquisat en 1768 

 

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Porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Armoiries martelées de la famille de la Bourdonnaye, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Armoiries martelées de la famille de la Bourdonnaye, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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I. L'ADORATION DES MAGES (vers 1470).

 

 

Le tympan extérieur est limité en bas par une corniche, soulignée par une frise de feuilles d'acanthe ; en haut par les voussures de l'arc ogival, qui s'ornent d'une étoile et de deux anges thuriféraires. L'ensemble est en pierre de kersanton, mais conserve des traces de polychromie.

En effet, le porche a été repeint dans ses couleurs initiales – comme le calvaire– par le peintre et doreur Ollivier Grall de Landerneau entre 1723 et 1730. Le contrat précisait que le peintre devait faire les personnages "de la mesme forme qu'ils ont été ci-devant, scavoir les robes et les manteaux dorés et le tout de bonne couleur appliqué suivant l'art".

  La couleur rouge du fond et même des personnages pourrait être en rapport avec l'une des étymologies possibles de Rumengol , le breton Ru men goulou (deiz), "la pierre rouge de la couleur du point-du- jour" . Cf Rémungol (56) in H. Abalain. Cette idée de "pierre rouge" et ces mots bretons men ru, mean ruz  évoquent des sacrifices druidiques sanglants dédiés à Toutatès, repris dans le cantique de pèlerinage  Itron Varia Rumengol composé par Guillou Merrer: Var ar mean ruz e skuillet goad, Hag er Chrannou e kreiz ar cboat, A zindan derven Teutatès, Tud veze lazet eb truez. ("Sur la pierre rouge, en tuant sans pitié vous apaisez Teutatès au milieu de la forêt du Crannou").

L'Adoration des Mages illustre le texte de l'évangile de Matthieu 2:1-12 , commémoré lors de l'Épiphanie:

Jésus étant né à Bethléhem en Judée, au temps du roi Hérode, voici des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem, et dirent: Où est le roi des Juifs qui vient de naître? car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer.

Le texte de la Vulgate emploie le terme de magi, issu du texte  grec qui emploie  μάγος . Un mage désigne à l'origine un prêtre perse ou mède (par exemple, originaire de Babylone), réputé pour sa connaissance en astronomie et astrologie. Leur nombre va se fixer à trois, symbolisant les trois âges de la vie. Le plus âgé sera toujours le premier, agenouillé devant l'enfant et lui offrant de l'or.  Pour Bède le Vénérable,  Mystice autem tres Magi tres partes mundi significant, Asiam, Africam, Europam, sive humanum genus, quod a tribus filiis Noe seminarium sumpsit.  :  selon le sens mystique, les trois mages  représentent aussi les trois parties du monde : l'Asie, l'Afrique et l'Europe, c'est à dire le genre humain, qui est issu des trois fils de la semence de Noé". C'est à partir de ces trois fils que la toute la terre fut peuplée, selon le récit de la Genèse (IX, 18-19)

 

 Cette interprétation sera reprise au XIVe siècle, le vieillard Melchior offrant l'or de la royauté du Christ figure l'Europe, alors que le jeune et imberbe Gaspard, qui porte l'encens de la fonction sacerdotale du Christ, figure l'Inde et que Balthazar au teint sombre, qui porte la myrrhe de l'embaumement rappelant l'humanité mortelle de Jésus, figure l'Afrique.

http://www.lexilogos.com/epiphanie.htm

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Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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A gauche, nous trouvons d'abord saint Joseph, de face, barbu et tenant un bâton pour signifier son grand âge. Il est coiffé d'un bonnet évasé.

Puis vient la Vierge, assise, de profil, vêtu d'un manteau qui recouvre sa tête et retombe en plis à volutes. Elle tient l'Enfant-Jésus vêtu d'un petit pagne, légèrement penché vers Melchior qu'il regarde. La chevelure de l'Enfant, en masse arrondie plus épaisse sur les cotés est caractéristique. 

Melchior, selon un mode souvent retrouvé en iconographie, a enfilé sa couronne autour de son poignet gauche. Agenouillé, il regarde l'Enfant et lui présente un coffret. Selon E. Le Seac'h, ses cheveux sont tressés en bandeau et le reste du crâne est lisse, mais je vois plutôt ici un bonnet royal à turban. Sa barbe témoigne de son âge.

La position des deux animaux, de face, en hauteur,  évoque la Nativité du porche de La Martyre :

 

 

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Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Le roi Balthazar, couronné, barbu, vêtu d'une robe serrée par une ceinture, désigne l'étoile de la main droite et tient un ciboire de la main gauche.

Ce mage est proche du Balthazar du porche du Folgoët (1423).

http://a141.idata.over-blog.com/3/43/88/27/epigraphie-tilde/le-folgoet/le-folgoet-4334c.jpg

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Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Le roi Gaspard (l'ordre a-t-il été inversé lors de la repose ? Non, puisqu'on le retrouve au Folgoët), couronné, jeune, imberbe, de face mais les pieds dirigés vers la gauche, tient la cassolette à couvercle de l'encens. Il est vêtu d'une tunique courte mais épaisse serrée par une ceinture.

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Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Dans les voussures, sont représentés deux anges thuriféraires, et l'étoile qui a guidé les Mages. Là encore, il est intéressant de les comparer à ceux du porche de La Martyre. 

Dans la liturgie, un thuriféraire est l'acolyte qui tient et se sert de l'encensoir, récipient contenant l'encens fumant, et qui a été rempli à partir de la navette tenue par un autre servant de messe, le naviculaire. "Le thuriféraire tenant l'encensoir de la main droite par le haut des chaînes, lui donne d'abord de la main gauche un léger mouvement vers la chose ou la personne qu'il encense ; il élève aussitôt après l'encensoir en le lançant devant lui ; puis, le retirant à soi, il le ramène sous le bras droit, observant entre chaque coup d'ostensoir une pause convenable." Cérémonial à l'usage de l'Église du Puy, 1836 .

A La Martyre, les anges tiennent à la fois les chaînes de l'encensoir de la main droite, et la navette de la main gauche : ils sont thuriféraires ET naviculaires. Leur brûle-parfum est représenté en hauteur, lors du geste du lancer.

http://a141.idata.over-blog.com/3/43/88/27/epigraphie-tilde/la-martyre/la-martyre-1922.JPG

Ici, ils ne tiennent que l'encensoir, qu'ils balancent devant leurs jambes. L'un le tient de la main droite, l'autre de la main gauche. L'encensoir ressemble  à une raquette dotée d'une poignée en T.

Ils sont vêtus de l'amict (autour du cou), d'un surplis court, et d'une aube. Ils reposent sur des petits nuages. 

Il est très instructif d'examiner leur chevelure : elle est sculptée en trois macarons (l'un frontal, les autres temporaux) à stries en spirale. Proche de celle de saint Jean sur le calvaire de Rumengol, et assez proche de celle de trois anges du porche de La Martyre.  Emmanuelle Le Seac'h en a fait l'un des traits stylistiques de l'atelier ducal du Folgoët ("autel des Anges" de la basilique), qui aurait été inspiré du tombeau de l'évêque de Quimper Gatien du Monceau, mort en 1416. Ces coiffures flamboyantes, exubérantes, témoigneraient-elles — comme les "cornes" de Moïse — de l'emprise de l'inspiration divine ? 

 

 

 

 

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Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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II. LE CREDO APOSTOLIQUE.

Voir aussi :

Le credo apostolique de l'ossuaire de Sizun. (1585).

Les statues des douze apôtres, d'un mètre de haut, sont contenues dans des niches à coquilles sous des dais gothiques au pinacle élevé pour huit d'entre eux. En 1793, trois apôtres furent décapités et la série fut déplacée.

Saint Pierre est reconnaissable à droite près de la porte d'entrée (c'est sa place habituelle) grâce à sa clef , et il permettra de les décrire en les numérotant en lui attribuant le numéro 1.

Les statues de kersanton ont été peintes, mais il persiste aujourd'hui surtout la couleur blanche, et des teintes roses ou parfois ocres, de rares lèvres carmin, et des verts qu'il est difficile de distinguer de moisissures verdâtres des murs. Il en résulte, sur les photographies, ces allures fantomatiques et surexposées.

 Ils sont tous pieds-nus (c'est une caractéristique des apôtres), tous sont barbus (sauf Jean), et tous ont les cheveux longs. Cinq (quatre à droite) ont une houppette implantée, comme deux tortillons, sur le front dégarni, un privilège habituellement propre à Pierre et à Paul. Certains tiennent en main un attribut qui permet de les identifier alors que cinq autres tiennent un livre et restent anonymes. Ils sont vêtus d'un manteau, et d'une robe qui, pour les six de droite et un de gauche, est serrée par une ceinture. Les plis sont variés, serrés à la verticale, ou en volutes, à bec. La forme des yeux, mieux détectacle lorsque la polychromie est effacée, est en amande avec des paupières ourlées. 

 Chacun tient aussi une banderole où est inscrit un des douze articles du Symbole des apôtres, parfois nommé plus ou moins à tort Credo. Comme l'attribution de chaque article est fixée par la tradition chrétienne, la lecture des banderoles est un autre moyen de connaître le nom de son titulaire... mais il existe une variation des attributions des ... attributs et des articles qui complique les choses. Un autre moyen est de comparer ces statues aux groupes d'apôtres clairement identifiés d'autres églises et chapelles bretonnes, comme sur l'ossuaire de Sizun.

Les apôtres reconnaissables sont :

à droite

  • le numéro 1, saint Pierre,

  • le numéro 4, saint Jean (il est toujours imberbe) 

  • le numéro 6 : il tient une lance :  saint Thomas (Saint Matthieu pour E. Le Seac'h).

à gauche,

  • le numéro 7 : il tient un coutelas, c'est saint Barthélémy.

  • le numéro 8 tient une croix en X, c'est saint André.

  • Le numéro 10 porte un bourdon et un chapeau à coquille, c'est Saint Jacques le Majeur.

Ils ne sont pas placés dans l'ordre qu'ils devraient adoptés dans la succession des articles. Certes, Pierre porte sur son phylactère des bribes du 1er article Credo in Deum Patrem omnipotentem, creatorem coeli et terrae, mais le 2ème article [Et in ] JESVM CHRISTVM FILIVM EIVS VNICVM [Dominvm nostrvm]  est enrubanné autour de Saint André, notre n° 8. Ce 2ème article est bien attribué selon la tradition à André. Il y a lieu de penser que la disposition initiale suivait la tradition établie, et qu'André 'était jadis le voisin de Pierre. 

Si ce prémisse est admis, les versets déchiffrés sur les banderoles des apôtres non identifiés pourraient nous aider à connaître leur nom. Mais comme les inscriptions ne sont pas gravées, mais peintes, elles n'attestent pas du texte d'origine. Des tentatives de correction ont entraîné des mots peints par dessus les autres. Le résultat, c'est que l'ordre et les identités des apôtres ne nous sont plus accessibles.

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Porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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A. Le coté droit du porche.

 

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Apôtres de droite, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Apôtres de droite, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Apôtres de droite, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Apôtres de droite, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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1. Saint Pierre.

Il tient par une courroie deux énormes clefs pendues à son poignet.

On lit des bribes de son verset 

Credo in Deum Patrem omnipotentem, creatorem coeli et terrae.

"Je crois en Dieu le Père tout-puissant créateur du ciel et de la terre".

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Saint Pierre,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Pierre, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint ---

– Son phylactère indique : DESCENDIT AD INFEROS (tertia die RESVRREXIT A MORTVIS . 

C'est le cinquième article, attribué à saint Matthieu (à Rome à la fin du XVe sous le coupole de l'Hôpital du Saint-Esprit de Rome), ou à saint Thomas (E. Mâle, calendrier des Bergers).

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Deuxième Apôtre , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Deuxième Apôtre , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Deuxième Apôtre , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Deuxième Apôtre , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint Jean.

– Identification : par l'absence de barbe.

– Inscription : Et passus SVB PONTIO PILATO CRVCIFIXVS Mortvvs  Article n°4 . Attribution conforme à la tradition (Calendrier des Bergers)

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Saint Jean,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint ? Simon.

– Identification par l'inscription : Article n° 10 : REMISSIONEM PECCATORVM

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Cinquiième Apôtre , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Cinquiième Apôtre , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint Matthieu ? Thomas ?.

 — La lance : est l'attribut de saint Matthieu, mais aussi de saint Thomas (Calendrier des Bergers).

–deux inscriptions superposées en sens inverse :

ASCENDIT AD COELOS SEDET AD DEXTERAM PATRIS OMNIPOTENTEM  traditionnellement confié à  Jacques le mineur

VNDE VENTVRVS EST IVDICARE  VIVOS ET MORTVOS  traditionnellement confié à Philippe.

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Cinquième apôtre (Thomas ?),  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Cinquième apôtre (Thomas ?), porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Les apôtres du coté gauche.

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Apôtres du coté gauche , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Apôtres du coté gauche , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Dais gothique polychrome, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Dais gothique polychrome, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint Barthélémy ?

— Identification : par le coutelas, instrument du dépeçage, mode de supplice de Barthélémy.

Pas d'inscription.

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Apôtre Barthélémy,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Apôtre Barthélémy, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint André.

– Identification : par la croix en X, dite de Saint-André.

– et confirmé par l'inscription de l'article n° 2 : [Et in ] JESVM CHRISTVM FILIVM EIVS VNICVM [Dominvm nostrvm].

 

L'apôtre André , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

L'apôtre André , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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6. Saint Jacques le Mineur.

— Il tient  un livre beaucoup plus épais que les autres.

— Je lis les lettres AS : 

ASCENDIT AD COELOS SEDET AD [dexteram Dei patris omnipotentem]  qui permettent l'identification (Calendrier des Bergers).

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Saint Jacques le Mineur, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Mineur, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint Jacques le Majeur.

– Identification : par les attributs : chapeau à coquille sur le rabat, bourdon.

– Inscription cohérente avec l'attribution traditionnelle (E. Mâle) du Credo apostolique donnant à saint Jacques le Majeur le 3eme article :QVI CONCEPVS EST DE SPIRITVO SANCTO NATUS EX DE MARIA VIRGINE.

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Saint Jacques le Majeur,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint Jacques le Majeur,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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12. Saint Matthias.

– Identification : par la banderole :  Il s'agit de l'article n°12 qui termine le Symbole des Apôtres :  VITAM AETERNAM  AMEN

Il devait donc occuper la dernière place.

 

 

Saint Matthias,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Matthias, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Matthias,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Matthias, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Dernière statue.

– Inscription : superposition de lettres en partie effacées.

 

Saint apôtre,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint apôtre, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint apôtre,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint apôtre, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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III. L'ANNONCIATION.

Ce groupe occupe l'intrados de l'arcade ogivale au dessus de la double porte d'entrée du porche sud.

Le thème est parfaitement logique pour un grand sanctuaire de pèlerinage dédié à la Vierge, témoignant de son élection, de sa virginité, et, pour beaucoup, de sa conception immaculée. Ce thème figure aussi en bas-relief de la fontaine miraculeuse. L' Annonciation est aussi une fête liturgique, le 25 mars, et cette date était (est) celle d'un des quatre grands pardons de Rumengol avec le jour de la Trinité (le dimanche après la Pentecôte), l'Assomption (15 août), la Nativité de la Vierge (8 septembre) et la Conception de la Vierge ou Immaculée Conception (8 décembre) .

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

L'ensemble en pierre polychrome est sobrement composé de trois "personnages" et d'un meuble central.

En haut, porté par les circonvolutions des nuées,  Dieu Le Père, couronné,  tient le globus cruciger dans la main gauche et trace une bénédiction de la main droite. Ce qui est remarquable, c'est que, de sa bouche, se frayant un trajet au sein de la divine barbe et y laissant un sillage, l'Esprit-Saint, sous sa forme habituelle de colombe, prend son envol et se dirige vers Marie. Ainsi est illustré le fait que c'est la Parole de Dieu, le Verbe, qui va féconder la Vierge, bien que cette formulation ne soit peut-être pas théologiquement correcte.

Plus bas, "sur terre", Marie est agenouillée, à notre gauche, devant son prie-dieu face à l'ange Gabriel qui a fait irruption dans sa chambre. Au milieu, un vase contient un lys à trois boutons dont un seul est ouvert, réunissant ainsi deux symboles de la virginité, le vase (utérin) qui resta clos et la fleur immaculée et qui n'a pas d'étamine, vierge avant, pendant et après l'enfantement. (Virgo concipit, virgo gravida, virgo  cum parturit,/  virgo ante partum, in partu, post partum).

(Saint Augustin, Sermo XXV, Oeuvres T X, )

 

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Dieu le Père et le Saint-Esprit.

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Comme pour la série des apôtres, la décoloration de la polychromie, la perte des ors, l'affaiblissement des rouges, des ocres et des lilas transforme la scène en une apparition évanescente, presque onirique, irréelle, irradiée de blancheur et de silence. 

Dans cette absence de décor et de couleurs, la Vierge a la gravité éloquente d'un pantomime et le Fiat que ne prononce pas sa bouche est proclamé par le geste parfait de ses deux mains. 

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Inutile de tenter de lire la banderole aux lettres humaines et dérisoires alors que l'index angélique est posé, comme sur des lèvres, pour délivrer le message de l'Ave Gratia Plena.

J'ignore encore, au moment où j'écris, quelle est la datation proposée par les experts pour cette Annonciation, et à quel atelier est attribué cette sculpture en pierre de Loire. Mais je suis frappé d'y retrouver la chevelure en mèches entortillées, en petites cornes tressées, qui est celle des anges de kersanton du Folgoët, du porche sud de la cathédrale de Quimper (1424-1442), de celui de La Martyre (1450-1468), de l'Adoration des Mages de Rumengol (v.1468), et dont le modèle fut le tombeau de Gatien du Monceaux :

"Probablement importé, [ce tombeau] daterait des années 1420 et a été réalisé par un sculpteur important qui a copié les anges sculptés par André Beauneveu pour le duc de Berry. Taillé dans le calcaire de la Loire, il a contribué à la diffusion de l'art ligérien en Bretagne. L'atelier du Folgoët s'est à son tour inspiré de ces anges, a intégré leur chevelure et en a fait une marque stylistique qui a à son tour été copiée par un artiste local pour le tombeau d'Alain de Lespervez par un sculpteur local." (E. Le Seac'h, 2014, p. 61).

Comparer aussi cette Annonciation à celle de La Ferrière (22) : la coiffure de l'Ange y est aussi méchée et ébouriffée qu'à Rumengol. Ce serait, réalisé entre 1423 et 1468, une autre réalisation d l'atelier du Folgoët) :

 

http://a398.idata.over-blog.com/3/43/88/27/epigraphie-tilde/La-Ferriere/statues/statues-4154c.jpg

http://www.lavieb-aile.com/article-l-arbre-de-jesse-de-l-eglise-de-la-ferriere-107329857.html

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Nous pouvons aussi nous livrer à une autre comparaison avec l'Annonciation du porche de La Martyre. La Vierge est représentée dans la même posture d'acceptation, le prie-dieu est le frèere jumeau de celui de Rumengol, mais un détail de l'ange Gabriel, sa tunique à manche fendue, est encore plus convaincant : les deux tuniques sont parfaitement semblables. De même, la tenue de la banderole est très comparable. L'auteur de l'Annonciation de La Martyre (vers 1450) aurait pu prendre modèle sur celle de Rumengol ...ou réciproquement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

 

— ABALAIN (Hervé), 2000, Noms de lieux bretons. Ed Gisserot.

https://books.google.fr/books?id=IG0fUrAqvMAC&dq=Ru+men+goulou+deiz&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 

— BILLANT (Abbé Nicolas)  Rumengol, son sanctuaire et son pèlerinage, 1924, sn.  Brest, Imprimeries de la Presse Libérale.

(L'abbé Billant de Saint-Urbain fut recteur de Rumengol de 1920 à ? après avoir été recteur de l'Île Tudy.)

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/eb755cd60bfa806ccd9513f01749829c.pdf

 

 ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, Quimper, Ar de Kerangal.

https://archive.org/details/architecturebre00abgrgoog

— CASTEL (Yves-Pascal), 1991,.Essai d'épigraphie appliquée. Dates et inscriptions sur les croix et calvaires du Finistère du XVème au XVIIIème siècle Ouvrage: Charpiana : mélanges offerts par ses amis à Jacques Charpy..Fédération des Sociétés Savantes de Bretagne, 1991.

— COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FAOURUME.pdf

 

— LECLERC (Guy), 1996-97, Monuments et objets d'art du Finistère (année 1996) : Le Faou, églises Notre-Dame de Rumengol et Saint-Sauveur du Faou  Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (126, p. 145-149)

— LECLERC (Guy), 2000, Monuments et objets d'art du Finistère. Etudes, découvertes, restaurations (année 2000) : Le Faou, église Notre-Dame de Rumengol, porche méridional, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère 2000, (129, p. 59-62)

MUSSAT (André), 1957, article -Rumengol, in Société française d'archéologie. Congrés archéologique de France. CXVe Cession, 1957,  Cornouaille. page 165.  In-8° (23 cm), 285 p., fig., carte, plans. H. c.Orléans : M. Pillault, 37, rue du Pot-de-Fer (Nogent-le-Rotrou, impr. Daupeley-Gouverneur).

—Inventaire du Patrimoine architectural. Région de Bruxelles (Glossaire)

http://www.irismonument.be/fr.p.glossary.14.html

—  Rumengol son sanctuaire et son pélerinage, 1924, Brest, Presses de la Presse Libérale, .

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/eb755cd60bfa806ccd9513f01749829c.pdf

— Infobretagne :

http://www.infobretagne.com/faou.htm

— Médiathèque des Monuments historiques

 http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/mdp_fr

— La fontaine : 

http://fontaines.bretagne.free.fr/view.php?id=72&total=367

—— Sur le Credo  apostolique :

 

— Grant Kalendrier et compost des bergiers , 1529, imprimé à Troyes.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86095054/f89.item.zoom

 

 Émile Mâle http://patrimoine.amis-st-jacques.org/documents/000135_e_male_credo_des_apotres_2.pdf

 

— DIDRON Adolphe Napoléon et ,Edouard, ,Xavier Barbier de Montault, 1855,  Annales archéologiques, Volume 15 :page 239 : le Credo du tambour de la coupole de l'Arcispedale Santo Spirito  de Rome

https://books.google.fr/books?id=gbKfAAAAMAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

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Published by jean-yves cordier - dans Rumengol Sculpture
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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 15:41

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Ce calvaire avait été déplacé en 1880 dans le cimetière, mais  a regagné sa place initiale dans le placître en 2008. Ainsi que son orientation, le Christ tourné vers l'Ouest, de manière que le fidèle qui le prie soit tourné vers l'est, symbole de la Résurrection. C'est très bien, puisqu'il s'agit d'un des plus anciens calvaires de Bretagne (vers 1450), qualifié d' "œuvre capitale pour l’histoire de la sculpture dans la première moitié du XVe siècle." (Y-P. Castel). Classement Mh 1985.  Site inscrit des "Monts d'Arrée" site Pluricommunal, arrêté du 10 Janvier (1966).

 

 

 

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Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

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 Son socle est cubique, marqué  des rais d’un cadran solaire tracés sur le plat, avec les chiffres XI XII et  I.

L'emmarchement est principalement en pierre ocre et veinée de Logonna, tandis que le reste est en kersanton gris-sombre, formant ce mélange royal à deux tons opposés de la sculpture du Finistère.

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Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

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Des rais d’un cadran solaire tracés sur le plat, avec les chiffres XI XII et  I. Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

Des rais d’un cadran solaire tracés sur le plat, avec les chiffres XI XII et  I. Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

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Le fût polygonal à pans coupés  conduit au premier nœud octogonal, et au croisillon qui sert  de gibet aux larrons. Puis, un second nœud tronconique présente de petites consoles où sont installés la Vierge et Jean. Monte alors la croix  portant le Crucifié, avec au  revers la Vierge à l’Enfant couronnée par un ange. Il culmine en un dais carré gothique avec des arcs en accolades. Les  branches des fleurons sont à choux carrés. Les archives 1710-1730 de la paroisse signalent qu'en 1723, Ollivier Grall, sieur de Messyven, "blazoniste, doreur et maître peintre" de Landerneau , lui avait restitué  sa polychromie initiale.

Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

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1°) armoiries et datation.

 

Le calvaire de l'enclos paroissial de Rumengol en serait le témoin de plus ancien, antérieur à la date de 1536 inscrite sur la plaque de fondation, et antérieur aussi au porche sud (vers 1468). Certes, il ne porte  pas de date inscrite, mais, sous les pieds du Christ, un blason présentait jadis les armoiries mi-parties des Faou-Quélennec, d'azur au léopard d'or, en alliance avec celle des Poulmic, échiquetées d'argent et de gueules (un damier de carrés blancs et rouges). L'alliance de ces deux familles nous conduit au couple formé par Jean de Quélennec, Vicomte du Faou,  amiral de Bretagne, qui épousa en 1433 Marie de Poulmic. Leur descendant et héritier du titre sera Jean ou Guyon du Quélennec ( † avant 1478), seigneur du Quélennec, vicomte du Faou, héritier des charges d'amiral de Bretagne, de chambellan du duc François II et de capitaine de Brest, marié en 1440 avec Jeanne de Rostrenen.

Ces informations données par E. Le Seac'h (2014) sont reprises d'André Mussat (1957) : 

"Un procès-verbal des juges de la vicomté du Faou, en 1740 –dont la copie se trouve aux archives paroissiales–, indique que ce calvaire est armorié d' »un écusson parti au Ier du Faou, au 2nd de Quélennec, et au 3ème de échiqueté d'argent et de gueule. Ces armoiries existent en effet, au pied du Christ sur la face principale. Elles se rapportent à l'alliance Faou-Quélennec et Poulmic, (qui est le 3ème). Il s'agit donc de Jean du Faou-Quélennec, amiral de Bretagne, marié en 1433 à Marie du Poumic, morte en 1457. » (cité par Hervé Torchet "La Famille du Faou")

Cela se vérifie selon la généalogie de Missirien :

 "Jan du Quélennec vicomte du Fou, amiral de Bretagne aux années 1432, 1442, 1450, 1461, 1471, et mourut 1474, il épousa Marie de Poulmic, fille de Jan, seigneur de Poulmic, et de Janne de Kersaliou." (Généalogie par Missirien in Tudchentil).

 

Attention de ne pas confondre avec Marie du Poulmic, épouse depuis 1459 d'Olivier du Chastel, et  fille de Jean III du Poulmic et de Charlotte de Beaumanoir. L'arbre généalogique proposé par Christian Gauthier fait figurer deux "Marie du Poulmic" différentes mais sans permettre de concordances avec Missirien. Voir aussi Potier de Courcy, "Poulmic"" et Wikipédia "Famille du Quélennec". L'épouse de Jean du Quélennec serait la fille de Jean de Poulmic et de Constance de Kerlaouénan (Carré des As) .

Le raisonnement de Le Seac'h et de Mussat est d'établir une fourchette de datation pour ce calvaire entre 1433 (mariage Quélennec-Poulmic) et 1457 (décès de Marie du Poulmic). Cette fourchette fait du calvaire "l'un des plus anciens de Bretagne". L'Atlas des Croix et Calvaires indique "vers 1450".

André Mussat confirme l'importance de cette alliance Quélennec-Poulmic en découvrant leurs armoiries, et celle de leurs alliances, dans les vitraux de l'église, comme l'indique les archives. Il cite un autre procès-verbal du 25 mai 1732 :

"Au soufflet supérieur de la dite maîtresse-vitre [de Rumengol] sont les armes de Bretagne, au second soufflet du coté de l'évangile il y a un  écusson au chef de gueules chargé de trois fleurs de lys d'or, au 3ème soufflet il y a un écusson au léopard d'or, au 4ème soufflet d'or fascé de Bretagne, au 5ème soufflet d'azur à dix macles d'argent, dans l'ordre c'est Bretagne, Quélennec, Le Faou, les deux dernières non identifiées |...] Ces armoiries ont disparus, sauf la 10ème qui est Pennarun en Quimerc'h".

Mais dans les soufflets des verrières modernes, mélangés à des armoiries du XIXe, on trouve quelques écus anciens.

"A la vitre nord, un écusson écartelé Faou-Quélennec, un écusson parti Faou-Quélennec et Mauny-Goyon (d'argent au léopard de gueules avec croissant de même), un autre enfin parti au 1  Faou-Quélennec et au 2 du Chastel (fascé d'or et de gueules de six pièces). Dans une des fenêtres méridionales se trouvent les armes du Bot (d'argent à la fasce de gueules). Ceci correspond au procès verbal de 1732 qui parle aussi "des armes du Faou avec ses alliances".

 

 

On trouvera en annexe ces armoiries des vitraux actuels.

Aujourd'hui, la moitié droite des armoiries échiquetées d'argent et de gueules est encore bien visible, mais l'autre moitié ne montre que les meubles héraldiques que composent les lichens.

Il faut aussi remarquer un "détail" qui n'est pas signalé par Mussat et par Le Seac'h. Sur le calvaire de Rumengol, les armoiries comportent un lambel en chef, parfaitement dessiné sur l'Atlas des Calvaires, Le Faou n°502. Or, "À la base, le lambel servait de brisure pour les armes des fils aînés du vivant de leur père, seuls ayant droit à porter les "armes pleines" de la famille à titre personnel". J'ignore si, pour les héraldistes, ce lambel incite à penser à  Guyon de Quélennec, décédé en 1478, mais il est certain qu'il doit figurer dans la discussion. J'ai tenté d'en rassembler les données.

 

 

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Armoiries, Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.
Armoiries, Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

Armoiries, Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

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2°) Description.

Le Christ est vêtu d'un pagne long ( mais au dessus des genoux), ce qui est un indice de l'ancienneté de la sculpture, tout comme les genoux fléchis, les pieds réunis l'un sur l'autre en rotation externe, pied droit sur le pied gauche. (les perizonium du XVIe siècle seront courts). Le corps est maigre, la taille très pincée, mais sans thorax creusé ni relief des côtes marqué. 

La couronne est une simple torsade tressée, sans épines, au dessus de cheveux longs se divisant en mèches . Le visage est paisible, le nez fin voir pincé, les yeux fermés réduits à de fines fentes, la bouche fermée aux lèvres fines.

Les mains sont en supination, clouées en pleine paume.

La Vierge, les mains jointes, porte une tunique et un long manteau recouvrant la tête comme un voile. Les traits du visage sont réduits à quelques indications, deux amandes à peine gravées, une bouche courte, qu'elle est comme absentée, rendue évanescente par son chagrin. Un seul pli médian d'étoffe tombe, vertical, long V de béance et d'effondrement.

 

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Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

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Jean s'oppose à Marie. Face à l'effacement de l'une, le bouillonnement de l'autre : chez lui, les cheveux méchés et frisés forment un halo de petits macarons hérissés et qui se repèrent d'emblée. Chez lui, les doigts croisés en petits crochets nerveux rendent encore plus sensible l'apaisement (le Fiat qui s'accomplit) de la main gauche de Marie. Chez lui, les plis pourtant fluides et calmes au centre se boursouflent avec tumulte sur les manches. Ses yeux ouverts regardent vers la droite, sous des sourcils bien marqués.

Vus du revers, Jean et Marie diffèrent encore plus (image infra).  Elle n'est plus qu'une cape et trois plis, trois fleuves figés. Lui, de sa tête, envoie à tous les diables les flèches ou les éclairs zébrés de sa chevelure en bataille. Les plis horizontaux de son manteau le secouent de leurs sanglots et de leurs spasmes avant de s'immobiliser dans la pétrification de gours concentriques . Elle est fons, il est petra.

 

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Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

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Saint Jean, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Saint Jean, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

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Les larrons.

Les gibets des deux larrons sont en forme de petite croix latine, à la traverse de laquelle ils sont suspendus par les bras. Les pieds ne sont pas cloutés. tout cela est conforme à la tradition iconographique. "Leurs visages sont moins fins que ceux des autres personnages. Les corps sont plus larges dans les proportions, les hanches épaisses. Un sculpteur moins habile a travaillé ici." (E. Le Seac'h 2014 p.92)

Celui de gauche est le bon larron, "Dismas", mais rien ne l'identifie comme tel, si ce n'est sa place à la droite du Sauveur. Il est imberbe. Il porte un pagne très court. Sa représentation frontale (aucun mouvement pour se tourner vers Jésus), sa stricte symétrie  corporelle, ses yeux fermés, lui confèrent l' aspect d'un petit dieu archaïque. 


 

 

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Le bon larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Le bon larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

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Le bon larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Le bon larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

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Le mauvais larron.

Il est barbu, qu'a-t-il d'autre contre lui ? Il a les yeux ouverts. Pour lui, ce n'est pas encore la fin des souffrances. Il en a pour l'éternité, sauf si un surcroît de miséricorde, un jour, peut-être, le gracie.

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Le mauvais larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Le mauvais larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Le mauvais larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Le mauvais larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

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Le revers.

Au revers, ou face est, Une Vierge à l'Enfant est taillée dans le même bloc de pierre que le fût de la Croix et que le Christ. La tête de l'Enfant a été brisée, mais on voit sa robe longue à gros plis au dessus de pieds nus, sa main droite levée vers sa Mère, la main gauche refermée sur un objet. Il est porté sur le bras gauche de Marie, qui soutient de sa main ses cuisses.

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Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

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La Vierge est coiffée, par un ange plongeant de sous le dais, d'une couronne à cercle lisse et à fleurons. Sa tête est recouverte d'un voile qui, plus bas, devient un manteau très épuré, qui fait replis sur le bras droit. La main droite, dont on aperçoit la manche serrée au poignet, tient un fruit rond (pomme ?).  Sous le manteau, une robe, à l'encolure ronde très près du cou, dispose d'une ouverture (soigneusement serrée)  devant la poitrine. Ses plis viennent converger vers la hanche gauche, selon un motif habituel en statuaire bretonne. Seules les pointes des chaussures sortent sous la robe.

Le visage est peu expressif, les yeux globuleux sont ouverts mais éteints. 

L'ange "porte les cheveux crêpés comme à Quimper [Ange sous la console portant la Vierge, Tympan du porche sud de la cathédrale, 1424-1442], au Folgoët , à La Martyre [Voussure de la Nativité, tympan du porche sud, 1450-1468] et il a le même visage que l'Enfant de l'Adoration des Mages de Rumengol [porche sud, vers 1468] ". (E. Le Seac'h 2014 p.92).

Nous trouvons donc associé ici deux thématiques mariales :

1) La pomme présentée à l'Enfant inverse la scène de la Tentation, et Marie apparaît alors comme une Nouvelle Éve, permettant à l'humanité d'échapper, par son Fils Rédempteur, à la malédiction du Péché Originel. Cette thématique est présentée sous une autre forme dans la statuaire bretonne par les Vierges à la démone tenant une pomme. Elle n'est pas étrangère au développement de l'adhésion à l'idée de l'Immaculée Conception.

2) Le Couronnement de la Vierge, qui ne figure pas dans le Nouveau Testament est inspiré par certains textes des Psaumes et du Cantique des cantiques, puis favorisé par la piété mariale de Bernard de Clairvaux au XIIe siècle. Sa représentation remonte à la seconde moitié du XIIe siècle, devient très populaire à partir du XIIIe siècle et jusqu'au XVe siècle. Durant la seconde moitié du XIXe siècle, le culte  réapparaît sous la forme du couronnement des statues de la Vierge, ce qui concerne tout particulièrement Rumengol qui fut la seconde église bretonne à en recevoir le privilège :

 

"Au XIXe siècle, le renouveau du culte marial et la survenue d'apparitions à La Salette, Lourdes ou Pontmain ainsi que l'institution du dogme de l'Immaculée Conception conduisirent les autorités ecclésiastiques à solliciter l'octroi par le pape Pie IX d' une couronne pour certaines statues, signe de leur vénérabilité. La première Vierge de Bretagne à être couronnée fut Notre-Dame -de-Bon-Secours à Guingamp en 1857, puis ce fut Notre-Dame-de-Rumengol en 1858. La fête du Couronnement attirait une foule considérable (100 000 personnes à Rumengol) et était suivie par une renommée et un accroissement de la renommée et de la fréquentation du sanctuaire. En 1865, Notre-Dame-d'Espérance à Saint-Brieuc obtient la couronne d'or. En 1868, Notre-Dame-du-Roncier.  En 1888, le couronnement de  la Vierge du Folgoët attira 60 000 pèlerins. En 1868, cet honneur que le pape réservait à la vierge est accordé à sa mère, Sainte Anne, pour son pardon à Auray, premier lieu de pèlerinage en Bretagne." ( Henri Le Floc'h)

Dans l'iconographie, la Vierge est  couronnée soit par le Christ soit par  un ou plusieurs anges, lors de son Assomption soit par /en présence de la Sainte Trinité au XVe et XVIe siècle. Or, les quatre  Pardons de Rumengol avaient lieu (en 1901) le 25 mars (Annonciation), le 30 mai (Sainte-Trinité), le 15 août (Assomption) et le  24 décembre ( Nativité). 

La vierge couronnée souligne son lignage royal avec la maison de David, point capital de typologie au Moyen Âge, illustré aussi par  l'arbre de Jessé.

Pour la période concernée par ce calvaire, je citerai :

L'association du Couronnement de la Vierge à un Calvaire est un cas particulier de ce grand thème  : alors que le calvaire traite de la Passion place le Christ mort sur la Croix au centre de la dévotion (au centre des quatre coins de l'Univers par la Croix), le Couronnement "détourne" (si je puis dire) la dévotion vers Marie comme Médiatrice. On trouve cette association sur deux calvaires de l'enclos paroissial de Pencran, en vallée de l'Élorn, celui du nord étant daté de 1520.

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Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

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Revers du Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Revers du Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

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Ange couronnant la Vierge, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Ange couronnant la Vierge, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

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Vierge courronée, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Vierge courronée, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

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Cette vue oblique montre clairement que l'objet tenu par la Vierge est un fruit rond qui ne peut être qu'une pomme.

 

Pomme tenue par la Vierge à l'Enfant, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Pomme tenue par la Vierge à l'Enfant, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

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3°) L'attribution.

Ce calvaire présente des analogies évidentes avec celui de Plomodiern (vers 1457) dans le canton de Châteaulin (Atlas des Croix et Calvaires  n°1606), où Saint Jean présente également sa tête ébouriffée par de petits épis ronds. On  y retrouve aussi les silhouettes schématisées, la traverse supérieure moulurée et terminée par des fleurons, et le dais très ouvragé. La position des mains est cependant différentes. Pour Emmanuelle Le Seac'h, ces deux calvaires relèvent, comme ce qui reste de celui du Folgoët (vers 1443), du premier atelier du Folgoët, dont l'activité s'étend de 1423 à 1468, et qui appartient à ce qu'elle nomme le " grand atelier ducal du Folgoët (1423-1509)" :

"Le calvaire de Rumengol a inspiré celui qui se trouve à coté de l'église de Plomodiern dans l'évêché de Cornouaille. il est à dater de la même période entre 1433 et 1457. Le sculpteur produit ici un second calvaire très ressemblant du point de vue stylistique même s'il est dépourvu de larrons. Les deux structures, par contre, varient. L'emmargement est constitué ici d trois degrés, soit un de plus qu'à Rumengol. [...] A Plomodiern, le crucifix est sous un dais rectangulaire à accolade. Sur l'avers, on reconnaît les curieuses mèches qui sont la marque de fabrique du Maître du Folgoët ; les cheveux se partagent sur le milieu du crâne, s'étalent en mèches bouclées pour se terminer en un halo hérissé autour de la tête d Jean. La Vierge et Jean sont dans une posture hiératique contrairement à Rumengol où ils sont légèrement inclinés. Le pagne flottant du Crucifié, les cheveux tombant sur les épaules et la couronne tressée sont identiques à ce qu'on voit sur le calvaire de Rumengol. Sous ses pieds, une pietà à deux personnages est sculpté en bas-relief. La Vierge au voile coqué pose la main sur le corps du Christ couché devant elle." (E. Le Seac'h 2014 p. 93)

Ce premier atelier ducal du Folgoët , ou "atelier du père" pour le différencier d'un "atelier des enfants" plus tardifs (1458-1509), se développe sous l'effet du mécénat du duc Jean V (1399-1442). Tel que le définit Emmanuelle Le Seac'h, il touche les trois diocèses de Léon, de Cornouaille et de Saint-Brieuc, et son rayonnement s'étend du Folgoët à La Ferrière au nord et de Quimper à Kernascleden au sud. Il s'exerce à la basilique du Folgoët, mais sa manière de sculpter se retrouve sur le porche sud de la cathédrale de Quimper, celui de l'église de La Martyre, sur des galeries des  Apôtres et des Vierges à l'Enfant ou des statues d'applique. Ses différents sculpteurs ont en commun la façon de représenter les anges, des visages resserrés au niveau de la mâchoire et des mentons épais, des joues creusés par le rehaussement des pommettes,  une manière propre de sculpter les cheveux de a Vierge et de l'Enfant, et enfin une forme marquante de yeux, dont les paupières sont doubles et en amande, ce qui confère aux personnages un regard profond. 

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On peut ajouter que l'un des grands chantiers du duc Jean V fut la cathédrale de Quimper. Or, 

1°) le blason de Jean de Poulmic, qui fut gouverneur de Quimper en 1404, figure en très bonne place à la voûte du chœur, juste derrière celle du duc, de son épouse et de son fils. et des deux évêques Gatiende Monceaux et Bertrand de Rosmadec.

http://www.lavieb-aile.com/2016/02/les-vitraux-du-choeur-de-la-cathedrale-de-quimper-i.html

2°) le blason du seigneur de Quélennec figure avec ceux des trois autres principaux vassaux, les seigneurs de Nevet (Plogonnec), de Botigneau (Clohars-Fouesnant, de Guengat,  au dessus  du porche occidental, qui date de 1424, à coté de ceux du duc, de Jeanne de France, et de ses trois fils,  de celui de l'évêque Bertrand de Rosmadec . A cette date, c'est bien celui de Jean III de Quélennec, époux de Marie de Poulmic. Il possède le privilège (avec les seigneurs de Nevet, de Bodigneau et de Guengat), de porter le siège de l'évêque lors de son entrée inaugurale dans sa cathédrale. 

3°) Ces armes se retrouvent de la même façon au dessus du porche sud, dit "De Sainte Catherine", porche qui est sculpté par le premier atelier du Folgoët d'une Vierge entourée d'anges à la chevelure ébouriffée typique de son style.

Ces éléments attestent d'une part la proximité des familles de Poulmic et du Quélennec avec le pouvoir ducal et épiscopal, d'autre part que, dès 1424, Jean III du Quélennec pouvait être, en raison de cette proximité, en lien avec les sculpteurs du Folgoët et leur commander une œuvre pour son propre champ de mécénat-propagande.

 

 

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ANNEXE. LES ARMOIRIES DES VITRAUX de l'église .

1. Fenêtre nord :

— Couronne gauche MARIA GRATIA PLENA : Le Faou d'argent au léopard de gueules / De Mauny d'argent au croissant de gueules  / de Quélennec  D'hermine, au chef de gueules chargé de trois fleurs-de-lis d'or / Goyon D'argent au lion de gueules .

Famille de Mauny : https://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_de_Mauny

Famille de Goyon : https://fr.wikipedia.org/wiki/Maison_de_Goyon

— Couronne centrale : Le Faou d'argent au léopard de gueules / Chastel  fascé d'or et de gueules de six pièces .   / de Quélennec  D'hermine, au chef de gueules chargé de trois fleurs-de-lis d'or

— Couronne droite : écartelé Faou-Quélennec.

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Diaporama des armoiries, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Diaporama des armoiries, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Diaporama des armoiries, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Diaporama des armoiries, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Diaporama des armoiries, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Diaporama des armoiries, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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2. La maîtresse-vitre :

De Bretagne : d'hermines plain

Vicomte du Faou :d'azur au léopard d'or,

de Quélennec  D'hermine, au chef de gueules chargé de trois fleurs-de-lis d'or

 

Non identifiéd'azur à dix macles d'argent (les rares  armoiries à dix macles sont celles d'Olivier IV de Rohan-Montauban, mais les macles des Rohan sont d'or, sur fond de gueules) 

 

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Maîtresse-vitre, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Maîtresse-vitre, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Maîtresse-vitre, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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4. Vitre sud.

Entre des armoiries papales et épiscopales modernes sont en haut  les armes du Bot (d'argent à la fasce de gueules).

Puis viennent les armes du Faou avec ses alliances :

Faou / Quélennec / Poulmic".

Faou / De Mauny / Goyon

Faou / Quélennec / du Chastel.

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Vitre sud, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Vitre sud, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Vitre sud, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Vitre sud, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Vitre sud, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Vitre sud, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, Quimper, Ar de Kerangal.

https://archive.org/details/architecturebre00abgrgoog

 

— CASTEL (Yves-Pascal), 1991,Essai d'épigraphie appliquée. Dates et inscriptions sur les croix et calvaires du Finistère du XVème au XVIIIème siècle Ouvrage: Charpiana : mélanges offerts par ses amis à Jacques Charpy..Fédération des Sociétés Savantes de Bretagne, 1991.

 CASTEL (Yves-Pascal), "Le Faou / Rumengol" Calvaire n°502,,  Atlas des croix et calvaires du Finistère, Société Archéologique du Finistère, Quimper Atlas en ligne :

http://croixetcalvaires.dufinistere.org/commune/le_faou/le_faou.html

— CASTEL (Yves-Pascal), 1980, Atlas des croix et calvaires du Finistère, Société Archéologique du Finistère, Quimper, 370 p.

— COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FAOURUME.pdf

— LECLERC (Guy), 1996-97, Monuments et objets d'art du Finistère (année 1996) : Le Faou, églises Notre-Dame de Rumengol et Saint-Sauveur du Faou  Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (126, p. 145-149)

— LECLERC (Guy), 2000, Monuments et objets d'art du Finistère. Etudes, découvertes, restaurations (année 2000) : Le Faou, église Notre-Dame de Rumengol, porche méridional, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère 2000, (129, p. 59-62)

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIIe siècle. Coll. "Art et Société" Presses Universitaires de Rennes, pages 74 et 92.

MUSSAT (André), 1957, article -Rumengol, in Société française d'archéologie. Congrés archéologique de France. CXVe Cession, 1957,  Cornouaille. page 165.  In-8° (23 cm), 285 p., fig., carte, plans. H. c.Orléans : M. Pillault, 37, rue du Pot-de-Fer (Nogent-le-Rotrou, impr. Daupeley-Gouverneur). Pages 161-177.

— VIOLLET-LE-DUC "Vierge", Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle

— Infobretagne :

http://www.infobretagne.com/faou.htm

— Médiathèque des Monuments historiques

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/mdp_fr

— http://monumentshistoriques.free.fr/calvaires/rumengol/eglise.html

— http://www.cc-aulne-maritime.fr/patrimoine.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by jean-yves cordier
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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 19:54

L'église Notre-Dame de Rumengol (29).  I. Les inscriptions lapidaires.

Épigraphie lapidaire gothique XVIe siècle.

 

Voir aussi :

 

 

Et sur Rumengol :

 

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J'explore ici les inscriptions visibles à l'extérieur de l'église de Rumengol.

 

L'église Notre-Dame de Rumengol, lieu de pèlerinage attesté dès le 14e siècle, est un monument historique classé depuis 1985. La construction de l'édifice originel est attribuée au roi Grallon (5e siècle) et à saint Guénolé. La notice de la Base Mérimée PA00089926 © Monuments historiques, 1992 indique que   "L'édifice date du XVIe siècle (les deux porches, les portes et fenêtres, les murs du transept) par les Quelennec, vicomtes du Faou et fut largement reconstruite au XVIIIe siècle entre 1731 et 1754 (chœur, ajout des bras du double transept)."

Pourtant, le calvaire porte des armoiries qui le font dater entre 1433 et 1457, et les sculptures du porche sud ont conduit A. Mussat puis E. Le Seac'h à le dater vers 1468.

La première date inscrite sur l'église ne doit donc pas être considérée rapidement comme celle de sa fondation.

 

I. L'INSCRIPTION DU REBORD DE FENÊTRE SUD. 1523.

 

Sur la pente de l'appui de la fenêtre sud située à droite du porche, devant le calvaire,  on peut apercevoir une inscription en lettres onciales gothiques, dont la première ligne est en partie masquée par le grillage de protection du vitrail.

 : LAN : MIL :

- Vcc XXIII [Q]A (ou plutôt VccXXIJ A = 1524, à )

- H : GOUV  

- DE C  : FIST -

-- : C [3?]  : PIER

CIL. 

La lecture de cette inscription est incertaine. Sa transcription l'est encore plus . Le site Infobretagne donne : « L’an mil cinq cent vingt trois, Q(uéné)ah ( ?), gouverneur) de c(éans) tailla c(ette) pierre ». 

 

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Inscription de la pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de la pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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II. L'INSCRIPTION DE FONDATION. 1536.

 

Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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La première chose qui apparaît avec évidence lorsqu'on la découvre, dans la lumière tamisée par les pins du placître, c'est sa beauté. Si on s'en approche, on pressent qu'il s'agit d' un chef-d'œuvre de sculpture. 

1. Description.

Je décrirai d'abord son installation dans une fausse porte en anse de panier, inscrite sous une arcature gothique. Un rinceau de vignes alterne une marge feuille et son cep avec une grappe à une dizaine de reprise.

La pierre sculptée est rectangulaire, plus large que haute. C'est une pierre de  kersanton à grain fin, dont les caractères sont sculptés en réserve et donc en relief. On évalue sans peine la qualification nécessaire pour découper la pierre en préservant les fûts graciles des lettres. Elle comporte six lignes horizontales sans cadre, ni marges ni réglures,  d'une écriture gothique arrondie. Les quelques 75 à 78 lettres sont des majuscules gothiques pour la plupart, et seules les lettres D, G et H sont en onciales. Le style n'est pas le même pour les deux dernières lignes, dont les lettres sont moins hautes, plus épaisses et moins ornées. L'ensemble est, globalement, en très bon état de conservation, malgré quelques réserves qui seront faites plus loin.

–Dimensions : 58 cm de long sur 47 cm de large.

–Hauteur des lettres : 8 cm pour les 3 premières lignes. 5,5 cm pour les deux dernières.

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Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Examinons les premières lettres : LA

Le fût ou haste du L est perlé par l'adjonction d'une perle entière de chaque coté. Chaque extrémité du fût se termine en fourche dont chaque branche reçoit un empattement, ce qui forme à la base et au sommet un triangle à peine ouvert ou un losange. Ces extrémités  en losange évidé se retrouveront sur chaque lettre à la place des empattements habituels. Ces élargissements distaux évoquent aussi ceux de la croix dite "pattée".  Je les désignerai faute de mieux sous le nom de "patte en carreau" (de carte à jouer). 

 La traverse horizontale du L est remplacée par un crochet à deux  pattes à carreau.

Le A est doté au niveau de sa pointe d'une traverse ou plateau débordant et d'une barre transversal à chevron. Ce chevron forme une boucle à son sommet. 

Les fûts de ces lettres sont droits, mais leurs bases élargies par les "pattes à carreau" leurs donnent un aspect convexe. 

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Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Ponctuation.

Chaque mot est séparé du voisin par un deux-points. Sur la première ligne,  les deux points de ces derniers sont réunis par une ligne en "ouïe de violon" ou en "f", selon un procédé retrouvé aussi en la chapelle de Rocamadour à Camaret (1527), et à l'église Saint-Sauveur du Faou (1593). 

Seulement, la ligne en question s'est brisée et n'apparaît plus qu'en pointillé. Cela s'est peut-être produit lors de la sculpture de la première ligne, amenant l'artisan à se contenter ensuite de d'un point en losange plein sur la seconde ligne, de retenter un eux-points en "ouïe de violon" en fin de ligne, puis d'y renoncer ensuite au profit d'un deux-points en losanges pleins.

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Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Sur l'image précédente, j'ai cerclé aussi le caractère en forme de 3 que je lis comme une lettre Z gothique du mot CENTZ (voir Lecture infra), agrémentée de son empattement.

 

 

 

Exemple de graphie : A deiz en deiz (Catholicon, 1521)

L'orthographe "centz" se trouve dans l'Histoire de Bretaigne d'Argentré, ed. 1588. 

Ou tout simplement sur la plaque de fondation de la chapelle de Bonne-Rencontre à Rohan, dans l'écriture du chiffre 1510  sous la forme" mill cinq centz X"

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On comparera cette écriture gothique où prédominent les  majuscules en dentelle courbe, gracile et exubérante avec celle, beaucoup plus sobre  de la fondation par Jehan II de Rohan du Pont de Landerneau (1510), en minuscules gothiques aux fûts droits serrés, et réguliers mais non dépourvus d'ornementation, et avec celle de l'église toute proche de Saint-Sauveur du Faou, plus tardive (1593) , en minuscules gothiques à empattements très discrets, aux fûts également droits comme une gothique textura, mais dont les jambages s'envolent en courbes gracieuses.

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2. Sa lecture et son interprétation.

Le XVIe siècle n'est pas si éloigné de nous. Pourtant, déchiffrer une inscription lapidaire, sur le mur d'une église bretonne, peut s'avérer un exercice plein d'embûches. Celle de Rumengol m'en offre un nouvel exemple. Malgré une similitude apparente des transcriptions des auteurs de référence en matière de description du patrimoine religieux du Finistère, un examen attentif montre des différences infimes, mais significatives.

1°) Le premier sans doute à la relever fut le chevalier de Fréminville en 1832. Il écrit :

"L'église de Rumengol, comme toutes les autres en ce pays, fut d'abord  en bois  ; celle qu'on y voit aujourd'hui bâtie en pierre le fut en 1536 : elle est grande et assez belle, et son intérieur est  décoré d'une profusion de sculptures de mauvais goût d'ailleurs, et toutes dorées. Le clocher élevé et travaillé à jour est d'un style élégant et hardie. Sur une pierre placée près de l'angle de sa façade, on lit cette inscription sculptée en lettres majuscules gothiques fleuronnées :

 

L'an mil ciq cens trente  VI, le XIIII jour de may fust fundé. Guenolé go. H. Inisan Fabrique frt lors.

Il faut la lire ainsi : L'an mil cinq cens trente six, le quatorzième jour de may fust fundé. Guenolé gouverneur et H. Inisan fabrique furent lors.

Ce relevé est précis, les tildes sont figurées, mais il ajoute une apostrophe (L'an), écrit cens plutôt que centz,   et introduit une ponctuation arbitraire. Il lit "Inisan" et non "Inison". Il corrige les V en U. Dans sa transcription, il mélange les tournures et orthographes de moyen français avec sa propre lecture. Surtout, il détermine la phrase dans un sens particulier, qui va être suivi par les successeurs.

2°) Le second à se donner la peine de relever ce texte fut le chanoine Abgrall, en 1896. Il publia son relevé en 1898 puis en 1916 (figure). 

 

 

 

 

 

 

 

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Comme rien n'est facile, nous constatons un meilleur respect du texte (pas d'apostrophe, respect partiel de la ponctuation par deux-points). Mais le Z de centz est omis,  il lit aussi "Inisan" et surtout, il introduit une erreur de date en écrivant TRENTE VII au lieu de TRENTE VI. 

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3°) René Couffon et Alfred Le Bars (1988) écrivent :

Près du porche, une inscription en lettres gothiques fleuries donne la date du début des travaux : "LAN. MIL. CIQ / CENTS. TRENTE VI. /LE. XIIII. IOVR. DE/ MAY. FVST. FVNDE. / GVENOLE. GO. H. INISON / FABRIQVE. LORS."

La lecture d'"Inison" est correcte. L'ancienne graphie V est reprise. Les deux-points sont réduits à un point. Les auteurs ne se risquent pas à une transcription.

4°) Le site remarquable d'Infobretagne (consulté en 2016), avec un superbe dossier photo, écrit :

" Lan Mil Ci(n)q cents trente VI, le XIIII jour de may fust funde Guenole Go. H. Inisan Fabrique lors ".

  (Gwénolé Gouverneur Hervay Inisan fabrique alors ». 

Le relevé du texte est scrupuleux mais omet les deux-points, et reprend la faute sur Inisan. Surtout, la transcription attribue un prénom (Hervay) à cet Inisan sans l'argumenter. (Je découvrirai la source de cette transcription : la brochure de l'abbé Billant en 1924 p.38)

5°) L'article Wikipédia propose

« L'an mil ciq cens trente VI, le XIHI jour de may fust fundé. Guenolé go. H. Inisan Fabrique. »

et achoppe donc sur la lecture de XIIII, les deux I aux fûts perlés en abusant pour un H.

6°) Emmanuelle Le Seac'h (2014), très attentive et précise dans sa lecture des inscriptions, donne en note de sa description du porche le relevé suivant (p. 106) :

"LAN :MIL :CI[N]Q / CENTS : TRENTE VI : / LE XIIII : IOUR : DE / MAY : FVST : FUNDE / GVENOLE : GO (VERNEUR) : H : INISON / FABRIQUE : LORS".

Presque sans faute, malgré la modification du Z de CENTS et l'omission de 2 ou 3 signes entre FABRIQVE, et LORS.

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Et maintenant, monsieur le donneur de leçon, voyons comment vous allez vous en tirer. 

Je lis :

LAN : MIL : CI[N]Q

CENTZ :TRENTE . VI :

LE : XIIII : IOVR : DE

MAY : FVST : FVNDE

GVENOLE : GO : H : INISON

FABRIQVE T---LORS

"L'an mil cinq cent trente six, le 14 jour de mai fut fondé Guénolé Go H. Inison fabrique -- lors".

La date du 14 mai 1536 nous place sous le règne de François Ier, et cinq jours avant la décapitation d'Anne Boleyn par ordre de Henri VIII. Dans l'histoire de l'écriture et de la typographie, nous sommes 85 ans après le premier livre imprimé par Gutenberg (1451), 35 ans après les derniers incunables (1501) – parmi eux, le Catholicon de Jehan Lagadeuc date de 1499–, 7 ans après la parution du Champ Fleury de Gabriel Tory (1529),  mais avant la création des caractères typographiques de Claude Garamont, fils de l'imprimeur morlaisien Yvon Garamour. 

Plus significativement, nous sommes alors 15 ans après la parution du Catholicon édité à Paris par Yvon Quillivéré (1521). Ce qui permet de comparer les lettres gothiques majuscules :

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Si nous cherchons à situer cette inscription dans l'organisation de la sculpture sur pierre du Finistère mise au point par E. Le Seac'h, la date de 1536 peut correspondre :

  • à l'atelier de Landerneau de Bastien et Henry Prigent
  • à divers petits sculpteurs de la Renaissance bretonne de 1511 à 1542 (Toinas et Conci 1511, Maître de Cast v.1525, S. Coëtdeleu v.1527, ),

mais exclut totalement le célébrissime sculpteur de kersanton Roland Doré (1618-1663).

La date du 14 mai 1536, près d'un mois après Pâques, qui tombait alors le 16 avril, peut être celle de la pose de la première pierre de la nouvelle église ("fut fondée") plutôt que celle de sa dédicace. Soit cette date était fixée longtemps à l'avance, soit la pierre a été sculptée dans l'année ou les quelques années suivantes : le travail de sculpture peut dater de 1537-1538. 

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L'interprétation habituelle du texte peut être soumise à discussion. En effet, sa seconde partie est ambiguë. Dans son acceptation acceptée communément "L'an 1536, le 14ème jour de mai fut fondé Guénolé Gouverneur H. Inison Fabrique  lors", le verbe n'a pas de sujet.

Dans les autres exemples suivants, le sujet n'est pas omis. :

"Le 18e jour de mai l'an 1544, furent ces chapelles fondées J. Elez fabrique" (Saint-Sauveur, Le Faou)

"Y. Quelfellec . fab. Ce pingnon fut parachevé lan mil cix cent quatre, le 8 juillet." (Rosnoën)

"L'an 1527 fut fondée la chapelle Notre-Dame du roc" (Rocamadour, Camaret)

"Y : VIGOVROVX : FF : FAICT : FAIRE : CETTE CHAPE(LLE) P 1581 " (chapelle Saint-Trémeur à Plougastel.

" Y[ves] toux  procureur lan mil CCCC IIII XX  + cinq [1485] : au cõmenceme[n]t   de . ceste . chappele". (Église de Brennilis)

Il est donc nécessaire d'envisager, ne serait-ce qu'une fois, la possibilité que "Guénolé" soit le sujet du verbe . Nous aurions "L'an 1536, le 14ème jour de mai fut fondé Guénolé  Go,  H. Inison Fabrique pour  lors". On sait que saint Guénolé est à l'origine, avec le roi Gradlon, de la fondation de Rumengol selon la légende, que sa statue se trouve sur la fontaine de pèlerinage, et son effigie sur un vitrail, certes tardif, de l'église. 

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Enfin, il faut s'interroger sur les 2 ou trois derniers caractères qui précèdent LORS sur cette inscription, et dont le relevé est parfois omis. Juste après le E de FABRIQVE vient la lettre T, (j'ai cru d'abord à un P) dont la moitié gauche de la traverse est brisée  lecture est certaine. Puis vient un 3 auquel vient s'accoler un S inversé et informel. Ces deux caractères qui n'en forment peut-être qu'un échappent à mes tentatives de déchiffrement. 

In fine, j'adopte la suggestion de l'abbé Billant, auteur d'une brochure de 1924 qui voit en ce Guénolé le gouverneur, et en Henri Inison le trésorier. D'où les deux lettres TR après FABRIQVE.

Donc ma transcription est :

"L'an 1536, le 14ème jour de mai (cette chapelle) fut fondé(e) (par) Guénolé Go(uverneur)  H. Inison fabrique tr(ésorier) lors".

 

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Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Discussion.

Notons d'abord que le Finistère ne dispose pas de datations épigraphiques pour la période 1150-1420, que les seules dates épigraphiques du XIVe siècle se trouveraient sur une croix de Plogonnec (1305) et sur un calvaire à Plozévet (1400). Les inscriptions épigraphiques sont recensées sur le plan national par le Corpus des inscriptions de la France médiévale, mais le champ d'étude de ce dernier s'arrête au XIIIe siècle. Le volume 23 du Corpus, paru en 2008,  concerne les régions Bretagne et Pays de la Loire : sur les six départements, le Finistère ne totalise que 15 inscriptions (dont 8 disparues !), alors que la Vendée en compte 38 et la Loire-Atlantique 59.

Un atlas iconographique de l'épigraphie lapidaire  du Moyen-âge tardif et de la Renaissance pour les 333 églises, 465  chapelles, et 23 ossuaires du Finistère, manque ici "cruellement". La meilleure source reste la liste du chanoine Abgrall dressée en 1896 et publiée en 1898; elle totalise 337 inscriptions relevées sur 86 paroisses et 149 monuments religieux ou civils. L'auteur la compléta en 1915-1916 avec un total de 505 inscriptions, du XVe siècle et au delà. 

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III. LA DATE DE 1631 SUR LE COTÉ NORD-EST.

La chambre forte au nord a été rajoutée en 1631.

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1631, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

1631, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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IV. LE CADRAN SOLAIRE DE 1638 

Le cadran solaire gravé sur ardoise.

Inscription :

A NOTRE DAME DE REMETOLL. 1638. IESVS AVE MARIA.

Le mot REMETOLL vient du breton remed-holl qui signifie "tout remède". Le nom de Rumengol a été relu par l'étymologie populaire pour venir prier dans cet ancien sanctuaire druidique "Notre-Dame-de-tout-remède", qui guérit tout.

Cf Olivier Escuder, "Paroles de soleil Devises des cadrans solaires en France" Tome I, , Edition Le manuscrit 2005.

https://books.google.fr/books?id=T62V8zfcKtwC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

Michel Laos, Cadrans solaires du Finistère

http://michel.lalos.free.fr/cadrans_solaires/autres_depts/finistere/cs_finistere_chateaulin.php

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Cadran solaire de 1638, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Cadran solaire de 1638, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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V. L'INSCRIPTION DE LA SACRISTIE. 1694.

Elle est sculptée dans le linteau de la fenêtre à barreaux de la sacristie. Le texte est sculpté en relief sur deux lignes placées dans des cartouches en creux. Lettres capitales romaines (et b minuscule) et chiffres arabes. Ponctuation : deux-points. Langue latine pour la ligne supérieure. Non relevée par Abgrall.

HANC  : F : CVRAVIT

IAC : bALLAY : 1694

"Jacques Ballay a surveillé en 1694 la construction de ceci."

(Curavit vient du verbe curo, as, are : "avoir soin, veiller, s'occuper de, veiller à l'exécution (d'un pont par ex.)". Accessoirement car ce n'est pas le sens ici, le participe passé de curo, curatus, à donner le mot "curé", celui qui veille (sur les âmes). A l'ère gallo-romaine, la formule facere curavit, faciendum curavit  "a pris soin de faire"  était si courante qu'elle s'inscrivait sous forme d'initiales sur les monuments : F.C. ou, pour un autel, H.A.F.C Hanc aram faciendam curavit.

La sacristie, avec toiture en carène renversée, date donc de 1694. 

On trouve la famille Ballay ou Balay établie à Rosnoën et le Faou, avec des mentions d'un Jacques Ballay en 1697 (Jacques Ballet), 1699 et 1704 sur ce forum généalogique.

http://www.cgf-forum.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=18525

Jacques Ballay,  époux de Marguerite Le Jollec (née le 14-02-1667, du manoir de Kermorvan en Quimerch ) et père de Mathurin Ballay qui fut procureur à Châteaulin, demeurait à Pennanprat à Rumengol. Vivant en 1708 et en  1730 où il était témoin du mariage de son fils.

Voir aussi Jacques Balay, né en 1670, demeurant à Penanprat, fils de Jean Balay et de Marguerite Cevaer, dans la généalogie Poulmarc'h/Le Bault par Joel Morvan :

http://www.cgf-forum.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=20615

Et voir dans ce blog  l'inscription des Fonts baptismaux de 1660 de l'église Notre-Dame de Rumengol : "Y : BAVT : F : 1660 :  A NOSTRE : DAME : DE : TOVT : REMEDE" incitant à découvrir les liens entre les familles LE BAULT et BALLAY. 

 

 

 

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Sacristie 1660, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Sacristie 1660, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Inscription de la sacristie, 1694, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Inscription de la sacristie, 1694, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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VI. LE PORTAIL DU PORCHE OUEST. 1698.

Je conviens qu'il ne s'agit pas d'une inscription lapidaire, mais je la cueille au passage. Il paraît incroyable que le portail en bois du porche ouest date de 1698. L'inscription a plutôt été recopiée sur la porte récente. On lit néanmoins : 

- - L GVERMVR 1698.

J'ai cru à une erreur pour Guermeur, mais un forum mentionne une Isabelle Le Guermur, marraine en 1712 d'un fils de meunier de Hanvec (tout proche de Rumengol qui en était la trève)

BRELIVET Laurens né le 25/12/1725 au moulin de Bodellec à Hanvec fils de rené et SALAUN Isabelle. C'est également un fils de meunier. 
Le couple BRELLIVET René x SALAUN Isabelle a eu d'autres enfants tous nés au moulin de Bodellec: 
Le 22/08/1712 Salomon dont le parrain était Brellivet Salomon marraine Le Guermur isabelle   

En 1628, un Jean Guermeur était gouverneur de l'église du Faou et y a apposé son nom.

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VII. LE BONUS.

Ce petit animal  à la tête de chauve-souris et la queue de serpent peut être aperçu sur le pignon sud du transept.

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pignon sud du transept, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

pignon sud du transept, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Jean-Marie) 1915, Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments recueillies par M. le chanoine Abgrall, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère T. 42. page 189.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077163/f241.item

 

— ABGRALL (Jean-Marie) 1916, Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments recueillies par M. le chanoine Abgrall (suite), Bulletin de la Société Archéologique du Finistère page 95.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077197/f126.item

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077197/f155.item

 

— ABGRALL (Jean-Marie) 1898, Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments du Finistère, par M. l'abbé J.-M. Abgrall. Congrès archéologique de France : séances générales tenues à Morlaix et à Brest ... par la Société française pour la conservation des monuments historiques Société française d'archéologie. Derache (Paris), A. Hardel (Caen) 1898 page 155. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k356651/f222.image

 

— BILLANT N Abbé .1924, Rumengol, son sanctuaire et son pélerinage Éditeur: Impr. de la Presse Libérale, 1924.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/eb755cd60bfa806ccd9513f01749829c.pdf

 

— CAMBRY (Jacques), SOUVESTRE (Emile), 1835,  Voyage dans le Finistère page 62.

https://books.google.fr/books?id=Rm32310wpkIC&dq=%C3%A9tymologie+Rumengol&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— CASTEL (Yves-Pascal), 1991,.Essai d'épigraphie appliquée. Dates et inscriptions sur les croix et calvaires du Finistère du XVème au XVIIIème siècle Ouvrage: Charpiana : mélanges offerts par ses amis à Jacques Charpy..Fédération des Sociétés Savantes de Bretagne, 1991.

— CHAMARD-BOIS Pierre ; HAMON Jean-Yves ; HERVE Gusti .2001,  Puiser à la source. Notre-Dame de Rumengol Éditeur: (s.n.), 2001.

— COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FAOURUME.pdf

— FAVREAU (Robert), 1979, Les inscriptions médiévales .Éditeur: Brepols, 1979. 

— FRÉMINVILLE (Christophe-Paulin de la Poix, Chevalier de), 1832,  Antiquités de la Bretagne, Finistère. Brest. Volume I page 282.

https://books.google.fr/books?id=d04bAAAAYAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

— JADART 1898, Les inscriptions commémoratives de la construction d'églises dans la région rémoise et ardennaise, par MM. H. Jadart et L. Demaison
Société française d'archéologie. Auteur du texte. Bulletin monumental / publié sous les auspices de la Société française pour la conservation et la description des monuments historiques ; et dirigé par M. de Caumont. 1834.1898 (SER7,T3 = VOL63).

— LAGADEUC (Jeahan), 1521,  Catholicon, Yvon Quillévéré, 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k122841f/f4.image

LECLERC (Guy), 1996-97, Monuments et objets d'art du Finistère (année 1996) : Le Faou, églises Notre-Dame de Rumengol et Saint-Sauveur du Faou  Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (126, p. 145-149)

LECLERC (Guy), 2000, Monuments et objets d'art du Finistère. Etudes, découvertes, restaurations (année 2000) : Le Faou, église Notre-Dame de Rumengol, porche méridional, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère 2000, (129, p. 59-62)

— MUSSAT (André), 1957, article -Rumengol, in Société française d'archéologie. Congrés archéologique de France. CXVe Cession, 1957,  Cornouaille. page 165.  In-8° (23 cm), 285 p., fig., carte, plans. H. c.Orléans : M. Pillault, 37, rue du Pot-de-Fer (Nogent-le-Rotrou, impr. Daupeley-Gouverneur).

— TREFFORT Cécile ; DEBIAIS Vincent ; FAVREAU Robert ; MICHAUD Jean ; BROUARD Jean-Pierre . 2008, Corpus des inscriptions de la France médiévale. : Côtes-d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan (région Bretagne), Loire-Atlantique et Vendée (région Pays de la Loire). Éditeur: CNRS Editions, 2008. 

 

Notre-Dame de Rumengol Éditeur: s.n., s.d..

Infobretagne :

http://www.infobretagne.com/faou.htm

Médiathèque des Monuments historiques

 

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/mdp_fr

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 13:29

 

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Le Faou (du latin fagus « hêtre ») s'étire depuis le XIe siècle en longue rue commerçante au fond d'une ria de la rade de Brest, sur la "rivière du Faou", en face de Landévennec  sur la route Brest-Quimper qui relie le pays de Léon à celui de la Cornouaille. Comme dans toutes les rivières maritimes, un pont s'est établi à la limite de la remontée du courant de flot. Là, dominant la rivière, trois églises au moins se sont succédé. 

L'église Saint-Sauveur, à nef courte et  chevet plat   a été  achevée en pierre ocre de Logonna au milieu du XVIe siècle  et son porche sud a été érigé entre 1593 et 1613. Le massif occidental, la tour, et le clocher ajouré,  amorti de son dôme à lanternon furent construits entre 1628 et 1647. En 1677-1680, le  chevet plat d'origine a été transformé en chevet à pans multiples (chevet Beaumanoir), une  sacristie a été ajoutée au nord et les baies du chœur et du transept furent obstruées lors de la mise en place de retables et de lambris. C'est au 18e siècle quel le transept fut doublé avec remploi d'éléments datant du milieu du 16e siècle. Une sacristie fut construite en 1877 au sud, sur l'emplacement d'une sacristie datant de 1677. L'ossuaire qui datait de 1603 fut démantelé en 1892 lors de l'élargissement de la route. Une litre funéraire peinte couvrant les murs de la nef et figurant les armoiries de Nicolas Magon de la Gervaisis est encore en place au début du 20e siècle. Le site est classé depuis  le 9 juillet 1927.

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Leclocher de l'église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.
Leclocher de l'église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Leclocher de l'église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Pour chacun de ces travaux, une ou plusieurs inscriptions ont transmis une date, le nom d'un membre de la fabrique ou d'autres informations. Ce sont elles dont je propose la découverte dans cet article, afin de faire partager mon admiration et mon émotion devant ces messages que nous adressent nos prédécesseurs.

Elles ont été relevées ou transcrites par Abgrall 1909,Castel et Deuffic 1983,  Leclerc 1991 à 2003, Danguy des Déserts 2001. 

Je suivrai leur ordre chronologique .

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1526. Le socle du Calvaire.

Bien qu'il ne soit plus visible dans l'enclos paroissial, mais dans le cimetière communal où il a été déplacé, sa description trouve sa place ici. Ce sont les vestiges provenant de la croix de l'ancien cimetière désaffecté à partir de 1866. La date de 1876 correspond à la croix.

 

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 Croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

Croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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Il est décrit dans l'Atlas de Croix et Calvaires du Finistère sous le n° Le Faou 501 avec la lecture  "+ Y COZKELEC (?) FIT FAIRE LAN MIL V CTS XXVI "

http://croixetcalvaires.dufinistere.org/commune/le_faou/le_faou.html

L'Inventaire du Patrimoine relève " LAN 1526[?]Y.COZKERLEC FIT FAIRE."

C'est un bloc de kersanton cubique de 66 cm de coté à la base, mais aux angles biseautés, si bien que l'inscription qui court sur son bord supérieur occupe les quatre faces et les quatre biseaux d'un octogone de 18 à 21 cm de coté. Les lettres gothiques minuscules (onciales) sont sculptées en bas-relief sur une seule ligne, avec un cartouche partiel de Y à  KLEC. Les deux-points sont  en losanges évidés (il semble abusif d'y voir "les macles des Rohan") reliés par une ligne en "ouïe de violon". On trouve aussi une ponctuation de séparation de mots par un point simple, losangique plein. Les lettres mesurent 9 cm de haut ou 15 cm pour les L de MILL.

  On lit d'abord un monogramme AX surmonté d'une croix et d'une ligne sinueuse, que je note [**], puis :

 

 [**] : Y : COZKLEC : FIT : FAIRE : LAN : MILL : Vcts : VI

"Y[ves] Cozkerlec fit faire l'an 1526."

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Chacun des six pans de pierre entraîne  des exclamations admiratives. Car chacun des lettres est différente, tracée par la main très sûre d'un maître tailleur de pierre calligraphe, qui dessine des caractères avec une élégance pleine de désinvolture nonchalante et d'humour . Or, en 1526, nous  sommes 13 ans avant l'inscription de fondation de Rumengol (1536), très belle mais qui, par comparaison, va paraître gracile, mièvre, compliquée voire laborieuse. Elle n'a pas non plus la rectitude presque mécanique (malgré ses ornementations) de l'inscription de fondation du Pont de Landerneau (1510). 

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Premier pan. 

L'inscription débute (ou s'achève) par un monogramme qui pourrait se lire comme un A et un X entrecroisé pour dessiner un losange, avec une croix plantée au centre, et une virgule en hameçon accolée à cette croix. 

L'hypothèse la plus tentante est d'y voir la marque-signature du maître-tailleur de pierre, comme celles laissées sur la cathédrale de Strasbourg : non pas une marque identitaire de rémunération, mais une "marque de maître". Deux blasons de l'église de Rumengol ont des traits de ressemblance avec cette marque.

Le A et le X ou le V peuvent faire allusion à l'entrecroisement du compas et de l'équerre, la croix et la virgule à une règle en T et à un "perroquet". Y-P. Castel voit ici "un copeau arraché sur une croix".

Pour l'instant, je soumets cela à la sagacité des internautes.

Puis  un cartouche en surépaisseur (bas-relief) haut de 12,5 cm, porte un  deux-points (encore sobre, aux losanges non évidés) et surtout le bel Y, vif et allègre, initial de quelque Yves ou Yvon.

 

Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile
Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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Deuxième pan coupé.

Voici le nom du commanditaire-donateur. 

La formule "fit faire" indique que le patronyme désigne le commanditaire de ce socle (et de la croix qu'elle portait), et non l'artisan qui la réalisa.


Si on lit COZKLEC en considérant, comme c'est fréquent, que la lettre K est abréviative pour KER, on obtient Coskerlec. Ma déduction rejoint celle d'Yves-Pascal Castel, qui lit ici "Yves Coskerlec".

Mais le patronyme Coskerlec ou Cosquerlec n'est pas attesté. Le toponyme Cosquerlec et sa forme Cozquerlec est bien attesté, mais pas dans la région du Faou.

En outre, la lettre qui a été lue comme un L jusqu'à présent n' a pas du tout la forme du L minuscule gothique, dont nous allons trouver un très bel exemple (MILL). 

On pourrait lire donc aussi "COZKERT", ou "COZKERC". Il existe aujourd'hui un lieu-dit et un lotissement correspondant au toponyme "Le Cosquer" au Faou. On trouve mention de seigneurs du Cozker, ou de sieur du Cozker, ou de l'évêque de Tréguier Mathias de Cozker (Matthieu du Kosker, né à Lannion, 1417-1422), etc...

Les lettres Z et K s'accordent comme un couple de danseurs. Le deux-points, aux losanges évidés, s'appuie sur un fût droit, peut-être la fin d'un cartouche.

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Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile
Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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3ème pan 

C : FIT

Le cartouche qui avait débuté au 1er pan s'achève ici par une barre sur laquelle s'épaule un très beau deux-points en losanges évidés. 

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Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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Quatrième pan coupé.

 

Le mot FAIRE est écrit sans chichi, mais non sans renoncer à un clin d'œil à l'amateur de belles lettres : le f transforme sa barre en une petite bille bien ronde.

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Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile
Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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Cinquième pan.

Le Mot LAN vient abriter deux de ses lettres sous un préau.  

Yves-Pascal Castel (1991) y  voit judicieusement  une marque professionnelle en forme de doloire (CNRTL : Cognée à taillant droit, à large lame plane dont le tranchant n'a qu'un seul biseau, oblique par rapport au manche court et un peu courbé), et imagine, en se livrant ici à des extrapolations, judicieuses mais non fondées sur des données attestées 

"La doloire du cimetière du Faou pourrait appartenir à un charpentier naval, YVES COSKERLEC, constructeur de navires sur la rivière en 1526."

Yves-Pascal Castel (1997) précise son idée :

"L'arrachage d'un copeau sur la croix, la doloire, et les macles désignent Cozkerlec comme un charpentier ; peut-être constructeur de vaisseaux travaillant sous la mouvance des Rohan."

On peut aussi penser à la signature parlante d'un tailleur de pierre nommé Calvez (patronyme signifiant "Charpentier"). C'est ainsi que l'imprimeur Calvez, dans son édition de 1499 du Catholicon, place dans une targe ses armes avec le J initial de son prénom Jehan suivi d'une équerre et d'une hache semblable à celle-ci. 

 

 

 

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Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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Sixième pan.

Le M de MILL en vaut mille. Les deux premiers fûts se referment en parenthèse, comme un compas, une brève traverse relie ces deux frères au troisième fût, qui, lui, s'offre un jambage qui fait la révérence.

La lettre I, avant d'aligner son piquet, avec les L qui suivent, et de marquer la cadence par un empattement carré, prend appui sur le ventre du M, ou lui tape amicalement sur l'épaule. 

Et les deux L s'élancent, pointant leurs fourches comme les cimes de deux peupliers, non sans avoir émis deux surgeons latéraux.

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Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile
Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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Septième pan

Un deux-points à losange évidé et ligne que je fais comparer pour changer au signe forte d'une partition :

 

 

 

 

Tailler dans la pierre un tel signe, avec une telle régularité et de tels arrondis relève sans doute de la prouesse.

Puis le V du chiffre romain cinq, dont le premier fût s'élance pour former une hampe inattendue, qui salue avec panache en une boucle et une goutte d'eau.

Le mot "cent" est suscrit, associant un petit C, puis un E, un tilde, et un Z : "CENZ".

Le deux-points suivant se paye le luxe d''une ligne de liaison fleuronnée par une petite barre.

Notre maître sculpteur n'a rien à envier aux calligraphes des stèles chinoises (cf. Jean-François Billeter, L'art chinois de l'écriture, 1989). Nos yeux ressentent et transmettent à nos muscles le plaisir et la grâce du geste d'écriture qui a été tracé ici voici près de 500 ans.

 

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Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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Voyez maintenant ces deux X qui se suivent sans se ressembler. Voyez la fusion presque naturelle du V et du J qui forme le chiffre 26. 

Quelques remarques :

a) le texte est en français, comme partout (et non en breton, qui fait exception dans l'épigraphie du temps, ou en latin). On n'a pas attendu l'ordonnance de Villers-Cotteret (1539)

b) l'écriture est gothique :  Y-P. Castel n'a constaté, sur les croix et calvaires du Finistère, qu'une seule inscription en lettres romaines ( en 1511 à Plouguerneau) antérieure à notre date de 1526 . encore est-elle signée par deux Italiens, Toinas et Conci. Ce ne sera qu'à partir de 1562 que le gothique sera définitivement abandonné en épigraphie finistérienne sur les calvaires, et en 1628 dans le corpus des inscriptions lapidaire de l'enclos paroissial du Faou . Dans l'histoire de l'imprimerie, les caractères romains ont été créés à Venise  par Nicolas Jenson en 1470 dans son Eusèbe et dans son Epistolæ ad Brutum de Cicéron. Mais c'est en 1530 / 1540 que Claude Garamond créa les poinçons de ses caractères romains pour l'imprimeur Henri Estienne.  

c) les chiffres sont romains. Les premiers chiffres arabes sont apparus sur les croix du Finistère en 1515, à Logonna-Daoulas. Sur les inscriptions lapidaire de l'enclos paroissial du Faou, les chiffres arabes s'introduisent en 1603. 

 

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Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile
Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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La partie la plus ancienne de l'église porte le nom de Chapelle de la Dame. Elle est aujourd'hui intégrée au transept, et sa porte murée encadrée de colonnes en nids d'abeille est visible à droite du porche sud. Voici une inscription qui la concerne :

1544. La deuxième inscription.

En 1990, Yves-Pascal Castel annonçait dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère qu'en déplaçant une grande armoire de la sacristie [sud-est], une inscription avait été découverte. Comme la sacristie actuelle est plus haute que la précédente, la pierre sculptée se montrait autrefois à l'extérieur. II écrit : "Étalé sur cinq lignes, le travail du graveur a été effectué avec un soin particulier. La capitale romaine "fleuronnée" s'agrémente d'échancrures et de barres. Sans atteindre l'élégance du célèbre panneau de l'église voisine de Rumengol, 1536, celui du Faou, 1544, témoigne de l'habileté des tailleurs de pierre de kersanton. Jean-Luc Quentel nous a fait remarquer que le 18 mai, veille de la Saint-Yves, tombait, cette année-là, un dimanche. En revanche, on ne connaît pas le fabrique J. Elé, ni la signification du curieux symbole qu'accompagne son nom. Serait-ce une simple fleurette ?"

Il propose la leçon suivante :  LE XVIII IEME IOVR / DE MAI L MVXL/ IIII FVRENT CETTES / CHAPPELLES FOVND / EES J. ELE FABRICQ

Ce "curieux symbole aprés "I. ELE" est soit un Z, soit une abréviation, fréquente en épigraphie latine, mais plus étonnante sur un texte français. En outre, une lettre -c- (pour "cent") est inscrite à l'intérieur du V.

J'en donne ici ma propre transcription :

LE XVIII IEME IOVR

DE MAI LMVcXL
IIII FVRENT CETTES
CHAPPELLES FOVND

EES J. ELEZ FABRICQ

"Le 18e jour de mai l'an 1544, furent ces chapelles fondées J. Elez fabrique."

Je rapproche le nom J. Elez de celui qu'on découvrira sur une inscription de 1633 mentionnant un Auffroy Ellez sieur de Kovrin. 

La lettre L qui précède la date MVcXL doit être interprétée comme une forme abrégée de LAN.

L'article est illustré par une photographie, qui est reproduite sur le panneau explicatif que trouve le visiteur à l'intérieur de l'église. J'en reproduis à mon tour l'image.

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1544. Inscription dans la sacristie. église Saint-Sauveur, Le Faou.

1544. Inscription dans la sacristie. église Saint-Sauveur, Le Faou.

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Le portail sud. 1593.

Le portail sud fut débuté en 1593 mais sa construction fut interrompue en raison des guerres de la Ligue. La ville fut pillée en 1593 et 1595.

"Anne de Sanzay, comte de la Magnane, lors marié à la dame de Penmarc'h en Léon, tenant le parti de l'union dite catholique, sous l'autorité du duc de Mercœur. Ayant quelques troupes de gens ramassés, arrive de nuit de devers Morlaix en la ville du Faou, qu'il prend et pille et y prit des prisonniers, et se tint là quatre à cinq jours attendant de trouver les moyens de passer la rivière de Châteaulin pour entrer en la juridiction de Quimper, où il savait le pillage être bon."  (chanoine Jean Moreau, publié en 1960 par Henri Wacquet , Mémoires du chanoine Jean Moreau sur les guerres de la ligue en Bretagne.)

 

En octobre 1595, une troupe d'Anglais ravage la région. « Il y a eu toujours grand nombre de soldats, comme à Craouzon [Crozon], Douarnenez ou Le Faou, qui ordinairement viennent à l'abbaye [de Landévennec], ravagent et pillent tout ce qui s'y trouve, comme ils le font dans le plat pays, de façon que tout le canton est dénué des hommes qui y demeurent obstant la cruauté et tyrannie des gens de guerre, tellement que le cartier [quartier] est demeuré en friche sans estre semé, travaillé ny labouré».

Pendant les guerres de la Ligue (1562-1598), Anne de Sanzay, comte de la Magnane, connu pour être « un bon voleur tant sur mer que sur terre »39 et qui était du parti de la Ligue, « profitant de la licence des guerres civiles pour exercer toutes sortes de brigandages », « pille Le Faou, bat les habitants des communes voisines, indignés de ses excès et leur tue plusieurs centaines d'hommes ». Il en tua même entre 1 400 et 1 500 en deux combats si l'on en croit Eugène Bonnemère. Il soumit aussi la ville du Faou à rançon. (Wikipédia, "Le Faou")

 

La portail  fut terminé avec beaucoup plus de simplicité entre 1612 et 1613.

L'inscription en lettres gothiques, la plus belle de l'édifice, occupe une pierre d'angle en kersanton dont les deux faces sont taillées. La taille est faite en relief ("en réserve"), ce qui favorise l'accrochage de la lumière. Selon l'heure du jour et l'ensoleillement, leur apparence et leur lisibilité va beaucoup changer, ce qui m'amène à multiplier les clichés.

 

La face principale mesure 78 cm de long et 35 cm de haut. Elle est divisée en deux lignes par deux cartouches en creux préservant une marge de 1 cm en haut, et 3 cm en bas. Les lettres en onciales  mesurent 9 cm de haut et 4 cm de large (lettre A), les lettres à jambages 13 cm de haut (ceST). La ponctuation entre les mots se fait par le deux-points à losanges évidés,  réunis par un signe en "ouïe de violon" pour les trois premiers.

La face latérale mesure 34,5 cm de long et 35 cm de haut. Elle est creusée d'un seule cartouche préservant une marge de 1 cm. Les lettres mesurent 5 cm pour le premier -e-, 8 cm pour le -g-.

On y lit : 

 "LAN : MILL : V Cns : XCIII : FUST : FONDE : CEST : PORCHES.

ESTÃT : LORS : G : LE : DERE / DEC : FABRIC / QUE".

"L'an 1593 fut fondé ce porche, G. le Deredec étant alors fabricien".

Je rappelle que (Wikipédia)  la fabrique d'une paroisse désigne un ensemble de « décideurs » (clercs et laïcs) nommés pour assurer la responsabilité de la collecte et l'administration des fonds et revenus nécessaires à la construction puis l'entretien des édifices religieux et du mobilier de la paroisse : église(s), chapelle(s), calvaire(s), argenterie, luminaire(s), ornement(s), etc. Les membres du conseil de fabrique sont donc des administrateurs désignés plus spécifiquement par les termes de marguilliers et de fabriciens. Les revenus de la fabrique provenaient des quêtes, offrandes, dons en nature, loyers et fermages, legs mais aussi de la location des places de bancs dans l'église qui fournissaient un revenu régulier (bien souvent perçu annuellement à date fixe) pour la fabrique. Le "fabrique", ou fabricien,  élu ou désigné pour l'année parmi les  paroissiens les plus honorables et les plus aisés devient ainsi le maître d'ouvrage des constructions ou reconstructions de l'église.

 

On retrouve   dans les Extraits des Registres et Garants de l'église de Saint-Sauveur relevés par le chanoine Abgrall cette mention qui permet d'affirmer le prénom du fabricien :

" 24 Août 1580: Fondation de 50 sols, par Guillaume Dérédec, marchand, bisaïeul maternel de la demoiselle de Lezuzar Flaman."

Et plus tard dans le même Registre :

"11 Juillet 1649 : Maître Jacques Le Baron et Yvonne Le Dérédec, sa femme, fondent 3 livres 4 sols, pour jouir de la tombe où fut enterré Missire Mathurin Le Baron, leur fils, recteur de Rosnoën"

Le Faou était une trève de la paroisse de Rosnoën jusqu'en 1801.

Le nom du recteur  est connu pour 1593 : il s'agissait de François Tanguy.

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Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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La pierre utilisée, la kersantite extraite en Rade de Brest dans la Rivière de Daoulas, est le matériau de choix pour la finesse de son grain, sa facilité à être sculptée, et sa résistance à l'usure. Surtout, la couleur grise entre en contraste avec l'ocre de la pierre de Logonna, autre localité maritime voisine de la Rade. 

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Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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L'inscription de 1593 après estampage humide.

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Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Au dessus et à gauche du porche sud : 1613. 

Au haut du même contrefort qui porte l'inscription précédente, et placé sur les deux cotés de l'angle également, un lanternon ou pilastre en kersanton porte une date d'achèvement du porche. Abgrall y a lu au début du XXe siècle "Ce porchet fait achever en 1613".  Couffon et Le Bars 1988, comme Castel et Dieuffic 2003 proposent : "CE. PIGNON. FUST. ECHU. EN 1613. H. BECCAM. F." Je lis peut-être :

"Cepignon /  fust achi|ver] en 1613 / h beccam f ."

Notez que -gn- sont des lettres conjointes. La lettre qui suit "fust" est clairement un -a- , et celle qui suit "ach" est clairement un -i-, avec un point bien visible.

L'orthographe achiver ou achiever est attestée dans Godefroy.

Je propose la lecture suivante : Ce pignon fut achevé en 1613 par H. Beccam, f[abricien]

Le nom "Le Beccam", avec cette orthographe, est attesté au Faou au XVIIe siècle.

En 20 ans, la graphie de l'inscription s'est simplifiée mais conserve de l' élégance.

On comparera cette pierre à celle de l'église de Rosnoën, datant de 1604 et qui dit : "Y. Quelfellec . fab. Ce pingnon fut parachevé lan mil cix cent quatre, le 8 juillet."

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Inscription lapidaire sur le porche sud (1613), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire sur le porche sud (1613), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Inscription lapidaire sur le porche sud (1613), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire sur le porche sud (1613), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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L'ossuaire (ou reliquaire) de 1603.

Typiquement finistérien, l'enclos de Saint-Sauveur comportait un cimetière entourant l'église, un arc de triomphe ou Porz ar Maro, et un ossuaire dont les ouvertures cintrées étaient séparées par des pilastres en gaîne en fin kersanton. Cet ossuaire a été dressé en 1603 à l'angle sud-ouest de l'église. Il a été démoli en 1892 pour élargir la chaussée. La clef de voûte portant l'inscription en lettres minuscules, encore gothiques, est visible à la mairie. J'utilise ici la photographie exposée sur le panneau explicatif dans l'église.

Ce relicquere : fust : faict /estant lors : o : flamanc : fabricq : 1603.

"Ce reliquaire fut fait alors que O Flaman était fabrique en 1603."

Les Registres et garants de l'église font mention deux fois à la famille Flaman : la première fois en 1580 pour signaler que Guillaume Dérédec est le bisaïeul maternel de la demoiselle de Lezuzar Flaman . La seconde fois le 18 Octobre 1625 : "En reconnaissance des services lui rendus, dame Hélène de Beaumanoir, vicomtesse du Faou, accorde au Sr. Sébastien Flaman et Jaouenne Le Gac, sa femme, Sr. et Dme. du Stang, deux tombes prohibitives à Christ dans la chapelle de La Dame. Sur lesquelles ils pourront apposer leurs armoiries."

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1603. Clef de voûte de l'ossuaire,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1603. Clef de voûte de l'ossuaire, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Le clocher en quatre campagnes de travaux. 1628-1647

Ces travaux eurent lieu sous le règne de Louis XIII (1610-1643) et sous la régence d'Anne d'Autriche (1643-1651).

Pour suivre les quatre campagnes de construction de la tour du clocher entre 1628 et 1647, j'emprunte une illustration parue en 1982 dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère et reproduite dans l'église sur un panneau à la disposition des visiteurs :

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Inscriptions du clocher de l'église Saint-Sauveur, Le Faou.

Inscriptions du clocher de l'église Saint-Sauveur, Le Faou.

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I. LA CAMPAGNE DE TRAVAUX 1628-1631.

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1628. Massif  occidental servant de base à la tour au dessus du porche ouest. Deux inscriptions.

Au dessus du porche de plein cintre souligné par une arcade gothique se trouvent trois carrés sculptés : les deux plus bas comportent des inscriptions. Le troisième contenait un blason qui a été martelé. On devine encore une couronne et un collier. En 1628, la vicomté du Faou est détenue par Marie-Françoise de Guémadeuc (De sable au léopard d'argent accompagné de six coquilles de même, 3 en chef et 3 en pointe, le tout d'argent.) mariée depuis 1626 à François II de Vignerot du Plessis de Richelieu («Écartelé : aux 1 & 4, d’or, à trois hures de sanglier de sable (Vignerot) ; aux 2 & 3, d’argent, à trois chevrons de gueules (du Plessis de Richelieu)»).

Le curé (vicaire) est alors, de 1618 à 1628, Nouel  Abodès.

 

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Porche occidental , église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Porche occidental , église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Porche occidental , église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Porche occidental , église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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1°)  A gauche :

O QVAM. METVENDVS. EST. LOCVS / ISTE. VERE. NON / EST/ HIC ALIVD / NISI. DOMVS. DEI / ET/ PORTA. CELI .

O quam metuendus est locus iste vere non est hic aliud nisi domus dei et porta celi.

Il s'agit d'une citation partielle du verset 17 du chapitre 28 du Livre de la Genèse racontant comment Jacob passe la nuit à Béthel, prend une pierre comme chevet et y a la vision d’une échelle atteignant le ciel et de Dieu se tenant en haut de cette échelle.

 [pavensque quam terribilis inquit] est locus iste non est hic aliud nisi domus Dei et porta caeli

"Jacob s'éveilla de son sommeil et il dit: Certainement, l'Éternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas! Il eut peur, et dit:

Que ce lieu est redoutable! C'est ici la maison de Dieu, c'est ici la porte des cieux!

Et Jacob se leva de bon matin; il prit la pierre dont il avait fait son chevet, il la dressa pour monument, et il versa de l'huile sur son sommet."

https://bildsuche.digitale-sammlungen.de/index.html?c=viewer&bandnummer=bsb00072000&pimage=35&v=100&nav=&l=en

Mais le remplacement de terribilis par metuendus ("redoutable") dans la forme inscrite ici  est retrouvée dans l'Antienne de la cérémonie de consécration ou dédicace d'une église (Bréviaire romain). Elle indique peut-être que la dédicace de l'église du Faou a eu lieu en 1629. Ou, plus banalement, elle incite le fidèle au respect du sanctuaire.

Il se trouve que cette Antienne a été mis en musique sous la forme du motet en 1585 par Tomás Luis de Victoria (Motecta festorum n°33) et par Luca Marenzio  (Motectorum pro festis totius anni, Rome 1585) , par Jacob Handl (1550-1591) qui fut maître de chapelle de l'évêque d'Olomuc en Moravie de 1579 à 1585, et enfin par  Orlando de Lasso, maître de chapelle de Guillaume V de Bavière et dont le recueil   Cantiones quinque vocum fut publié en 1597 trois ans après sa mort.

On peut en conclure, soit que le commanditaire de l'inscription était amateur de musique polyphonique sacrée, soit que cette Antienne était alors à la mode.

La date qui figure sur la pierre voisine (19 mars 1628, jour de la Saint-Joseph, un peu avant Pâques qui tombait le 3 avril) ne correspond en tout cas pas à la Fête de la Dédicace de la basilique de Latran, célébrée le 9 novembre. Les diocèses célèbrent aussi la dédicace de leur cathédrale : le 22 octobre pour Quimper, le 6 mai pour Rennes, le 16 septembre pour Saint-Brieuc...mais le 17 mars pour Vannes.  

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Inscription de dédicace, porche occidental,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Inscription de dédicace, porche occidental, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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2°)  à droite : 1628 :

CESTE:THOVR:A/:ESTE:FONDEE:LE/:9:MARS:1628:ES/TANT:POVR:LORS:/GOVERNEVR:IAN/GVERMEVR

"Ceste thour a esté fondée le 19 mars 1628 estant pour lors gouverneur Ian Guermeur."

"Cette tour a été fondée le 19 mars 1628, Jean Guermeur étant alors Gouverneur."

Le terme de "Gouverneur" peut être assimilé à celui de "fabricien" sur l'inscription de 1593.  Voir :

http://www.lavieb-aile.com/article-l-eglise-saint-pierre-de-pleyber-christ-epigraphie-et-n-retrogrades-90588330.html

Le patronyme Guermeur est mentionné au Faou sur un acte de baptême relevé par J.M. Abgrall : 

" 17 Avril 1689 : Baptême de François-Marie, fils d'écuyer François de Keryvon, Sr. de Kervennic, Coatimoric, Keriliou, etc., et de dame Marie de Kerret, dame du dit lieu. Parrain et marraine, honnestes gens, Olivier Guermeur et Marie Pierrée, qui ne savent signer."

Cet Olivier Guermeur serait le fils de Ian (Jean) Guermeur, comme l'indique ce fil d'un forum généalogiste : http://www.cgf-forum.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=11087

" Jean Guermeur, veuf de Marie Quenquis qui dut mourir en 1647/1648 juste après la naissance de sa fille Perronnelle, s'est remarié avec Marguerite Desloges, dame de Launay, native de St Renan. De sa 1ère union il a eu au moins Jaouenne, Louise, Marguerite, Catherine, et probablement Alain époux Le Roy. Le couple HH Jean GUERMEUR et Marguerite DESLOGES se marie au Faou en 1648, et a ses enfants au Faou entre 1649 et 1662 ...  et de cette seconde épouse il a eu de nombreux enfants, dont Olivier baptisé le 08/02/1652, et Jacquette,"

 

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Inscription de fondation de 1628, porche occidental,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation de 1628, porche occidental, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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1629. Face ouest du premier étage de la tour.

Juste au dessus du groupe des trois pierres sculptées précédentes, se lit l'Inscription sur pierre de Kersanton en lettres majuscules sur trois lignes :

LAN:1629 HONORABLE:HOMME:IAN /

DE:GOFF:GOVERNEVR:FABRIQVE: /

A:FAICT:TRAVAILER:SVR:CETE:TOVR

   "L'an 1629  Honorable Homme Jean  Le Goff, gouverneur fabrique a  fait travailler sur cette tour." 

Furetière indique non sans malice dans son Dictionnaire de 1690  :  "honorable homme est un titre que l'on donne dans les contrats à ceux qui n'en ont point d'autre". 

Le Généadico du  Centre Généalogique du Finistere indique :

 

"HONNETE HOMME, HONORABLE HOMME, NOBLE HOMME : - Le qualificatif employé servait à définir, selon l’état de la fortune, une certaine échelle sociale, une hiérarchie parmi les roturiers avec au sommet le « noble homme ». Il est ainsi donné à des petits bourgeois, des marchands, des artisans, des notaires, des procureurs fiscaux, des laboureurs un peu aisés, à des personnes sans charges honorifiques ni seigneuries afin de les distinguer. On souhaitait par l’un de ces qualificatifs marquer de la considération à une personne pour une raison ou pour une autre : notables locaux, reconnaissance dans une profession, instruction, situation de fortune, etc. Il ne désigne jamais en Bretagne un noble quand les termes « noble homme » sont utilisés"

 

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Inscription de construction de 1629, face  occidentale de la tour,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Inscription de construction de 1629, face occidentale de la tour, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Inscription de construction de 1629, face  occidentale de la tour,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Inscription de construction de 1629, face occidentale de la tour, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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1630. Face sud du premier étage de la tour.

Au dessus du toit, sur la face sud de la tour, on lit sur une longue pierre de Kersanton et une petite pierre initiale, une inscription en deux lignes .

 

 

1630. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1630. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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1630. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1630. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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LAN // 1630 : IAN : LE : BRIZ : GOVERNEVR

FABRIQVE : A : FAIT : bâTIR : SVR : CETE : TOVR

"L'an 1630, Jean Le Bris gouverneur fabrique a fait bâtir sur cette tour."

On voit encore dans le bourg une maison située 39, rue du Général-de-Gaulle et qui était la propriété de la famille Le Bris en 1660. Il s'agissait d'une famille de marchands de drap et de soie.

http://fr.topic-topos.com/maison-de-pays-le-faou

 

Cette inscription est écrite en caractères soignés (I perlé de IAN, point du I inclus dans le fût, signe du deux points en losange, fluidité adaptative qui permet d'inclure des lettres minuscules comme le b, le â et le t parmi les majuscules, convexité du fût de certains E, jovialité du Q ) à l'intérieur de deux cartouches en creux. La formulation est copiée sur la précédente mais elle est plus moderne (j'oserai "plus jeune") par l'abandon de la formule Honorable Homme, par la forme "fait" plutôt que "faict". 

L'introduction du circonflexe de "bâtir" plutôt que "bastir" est remarquable. En 1558, Du Bellay écrivait bien-sûr encore Plus me plaist le seiour qu'ont basty mes ayeux . Jean Nicot écrit aussi bastir dans  Le Thresor de la langue francoyse  de 1606. On trouve les formes bastir, batir (sans accent) dans l'Invantaire des deus langues, françoise et latine de  Philibert Monet (Lyon, 1636) . En 1679, lorsque La Fontaine publie la fable Le Vieillard & les trois jeunes hommes, on y lit le vers fameux :

 Un octogenaire plantoit.
Paſſe encor de baſtir ; mais planter à cet âge !

Diſoient trois jouvenceaux enfans du voiſinage,

Je trouve néanmoins "bâtir" en 1560 dans une édition de l'Amadis de Gaule, mais l'éditeur est Christophe Plantin, à Anvers. Il reste encore confidentiel de 1600 à 1630, malgré les 38 occurrences du mot dans Les triomphes de l'amour de Dieu, Paris, 1625.


 


 

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1630. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1630. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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1631. Face sud du premier étage de la tour.

Dans le même programme de construction, et sur la même face sud, on trouve sous la corniche en encorbellement une inscription :

: M : Y :  DIROPP / G. FA 1631

"Messire Y[ves] Diropp Gouverneur fabrique 1631."

Les Archives du Finistère conservent les dossiers de Maître Diropp, Notaire au Faou 1600-1619.  

Au 6 de la rue Général-de-Gaulle au Faou, on voit encore la maison où Françoise Diropp, veuve de Maître Lunven, établit en 1632 une fondation. 

photo : http://fr.topic-topos.com/maison-du-xvie-siecle-le-faou

Un "post" de Joel Morvan sur la généalogie Le Bault mentionne un couple Marie Le Bault / Yves Le Diropp, vivant au Faou, d'où trois enfants : Jan : o 1653 Le Faou ;   Marie : o 1657 Le Faou  ; Jacques Thomas : o 1660 Le Faou . On trouve dans le même échange de courriel la mention des noms Goff et Becam...

http://www.cgf-forum.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=8917&start=15

 

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1631. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1631. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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1631. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1631. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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II. LA DEUXIÈME CAMPAGNE DE TRAVAUX EN 1633. LE DEUXIÈME ÉTAGE DU CLOCHER.

Elle permet de dresser la première chambre des cloches, à longues ouvertures.

 

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Les  inscriptions lapidaires de l'église saint-Sauveur du Faou (29).

 

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On y lit:

1°) sur la chambre des cloches, côté sud, à gauche,

"AVFROY : ELLEZ /

Sr DE KOVRIN /

MA. Ft MONTER. 1633"

Comme je l'ai appris dans mon étude des inscriptions de l'église de Saint-Thurien à  Plogonnec, la lettre K est abréviative pour Ker, et il faut lire :

Aufroy Ellez, sieur de Kerourin m'a fait monter 1633.  

Aufroy est une variante d'Auffroy,  Auffray, etc, prénom qui est à l'origine des patronymes Auffray, Auffret, Auffredou.

"Sieur" est un qualificatif précédant le nom de l'habitation d'un paroissien respectable. Le préfixe "Ker-" désigne un groupe de maison, un hameau voire un village.

Kerourin n'est pas un lieu dit connu au Faou, mais le Registre et Garants de l'église mentionne à la date du  17 mars 1553 une fondation "sur Kerourien, en Rosnoën".

1633. Première chambre des cloches, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1633. Première chambre des cloches, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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2°)   sous la corniche, au haut de la première chambre des cloches : 

 "IAN LE MENEZ.1637 (?)"

"Jean Le Ménez. (1637)"

1637 ?  Première chambre des cloches,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1637 ? Première chambre des cloches, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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III. TROISIÈME CAMPAGNE DE TRAVAUX. TROISIÈME ÉTAGE.

En 1638, les finances permettent l'édification de la chambre haute des cloches, "audacieusement ouverte par de larges arcs en plein cintre (Castel & Deuffic), sous la direction de Moreau.

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1638. chambre haute des cloches,église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1638. chambre haute des cloches,église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Face sud de la chambre haute des cloches, à gauche ;

MOREAV 1638. 

1638. Face sud de la  chambre haute des cloches, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1638. Face sud de la chambre haute des cloches, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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IV. QUATRIÈME TRANCHE DE TRAVAUX DU CLOCHER. LE DÔME .

Le travail progresse, et peu à peu la tour s'élève, svelte et hardie dans son style classique, afin de culminer à 31 mètres par un dôme à lanternon encadré, aux quatre angles de la deuxième chambre de cloches, par des ornements en forme de canons.
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"La pierre rejetée par les auteurs"...

Sous la corniche du dôme, une inscription n'a pas été décrite. Elle est rongée par un beau lichen jaune d'or, mais on discerne quelques lettres.

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Base du dôme à tambour, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Base du dôme à tambour, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Je discerne ceci :

OVOV 3

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Base du dôme à tambour, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Base du dôme à tambour, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Dôme à lanternon,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Dôme à lanternon, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Tambours octogonaux, dôme aux arêtes ponctuées de crochets, lanternon supérieur où se plante la croix.

16 /M. DE MONVAL /46

G.............................F

1646. M. de Monval, Gouverneur fabrique.

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1646, tambours du dôme ,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1646, tambours du dôme , église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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V. CINQUIÈME CAMPAGNE SUR LE CLOCHER. 1647.

La touche finale du clocher consiste en la pose de la balustrade, car les échafaudages ne permettaient pas de la placer auparavant.

On y voit sur la face ouest, à 14 mètres du sol, au dessus des cinq arcades droites l'inscription :

"VENERABLE : PERSONNE : MISSIRE : MATTVRIN : LE : BARON : RECTEVR.

FINIS CORONAVIT OPVS/ . NOBLE JACQVE DEN GV  /1647".

Les chiffres 1, 6, 4 et 7 se trouvent sur la retombée des arcs des deux dernières balustrades.

cf la mention déjà citée du Registre paroissial   11 Juillet 1649 : Maître Jacques Le Baron et Yvonne Le Dérédec, sa femme, fondent 3 livres 4 sols, pour jouir de la tombe où fut enterré Missire Mathurin Le Baron, leur fils, recteur de Rosnoën."

Les mots latins Finis coronavit opus "Voici comment la fin vient couronner l'œuvre", est une formule utilisée en guise de conclusion , comme me l'indique le moteur de recherche pour des ouvrages littéraires datant de 1696, 1700. Sous la forme Finis coronat opus, je le trouve dans la Liste des locutions latines (Wikipédia) avec le commentaire : "« La fin couronne l'œuvre. » S'emploie en bonne ou en mauvaise part. Peut se comprendre, par exemple comme In cauda venenum, ou comme La fin justifie les moyens." Sur Wikionary, je lis "traditionnellement attribué à Ovide. La valeur réelle d'une entreprise ou d'une œuvre d'art ne peut pas être complètement discernée jusqu'à ce qu'il soit terminé."

C'est l'occasion de se régaler d'un passage de "l'opus" de Jules Renard, afin de ne plus passer devant ce parapet sans penser à Poil de Carotte :


 

"Coronat.

Autrefois, il y a des années, le régisseur Hubert, jeune alors et plein de vie, ne manquait jamais de dire, à la fin de chaque repas :

— Finis coronat opus.

De ses courtes études au collège, il n’avait guère retenu que ces trois mots. Il pouvait les traduire exactement : Finis, la fin, coronat, couronne, opus, l’œuvre. Cela signifiait :

— J’ai bien mangé, avec appétit, d’un bout à l’autre de mon déjeuner. La dernière bouchée ne valait pas moins que la première. La fin était digne du début.

Longtemps cette maxime lui parut claire et commode. Il l’expliquait en famille, aux amis, sans se tromper, comme pour dire :

— Vous le voyez, il me reste quelque chose du latin que j’ai appris.

Ce fut le sens du mot opus qui s’obscurcit d’abord. Hubert ne trouvait qu’avec peine le mot correspondant. Il le perdit tout à fait. Opus n’était plus qu’un sou étranger, percé, cassé, rouillé, sans valeur.

— Supprimons opus, se dit Hubert.

Et il prit l’habitude de refuser une moitié de pomme, un verre de liqueur en ces termes :

— Finis coronat !

Cela suffisait. Personne ne regrettait le reste. On devinait encore qu’Hubert voulait dire :

— Merci ; assez pour une fois. J’en ai jusque-là.

Et ceux qui avaient la tête le plus dure, comprenaient au moins l’un des deux mots, le mot finis : finis, j’ai fini, ça va de soi, n’importe qui, un enfant saisirait. Quant au mot coronat, peu à peu inintelligible, il frappait par sa sonorité et son mystère. Quel sens lui donner ? À quoi servait-il ? Nul ne savait, mais chacun souriait de confiance, car il faisait bien à sa place.

Il fit mieux encore, dès qu’Hubert s’avisa de le prononcer seul. Il rejeta décidément finis, inutile et banal, et ne garda que coronat.

Et, aujourd’hui, la marque originale d’Hubert devenu vieux, ce qui le distingue des autres hommes du village, c’est de répondre à tout propos : Coronat, coronat.

Il ne dit plus ni oui, ni bonjour, ni : ça va ? ni : au revoir ! il dit coronat. Il remue sa tête blanchie et pousse son coronat comme un grognement familier appris en classe ou en nourrice." (Bucoliques, 1905 : Gallica)


 


 

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1647  face ouest de l'appui de la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1647 face ouest de l'appui de la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1647, face ouest de l'appui de la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1647, face ouest de l'appui de la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1647, face ouest de l'appui de la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1647, face ouest de l'appui de la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Les gargouilles encadrant la balustrade.

 

Les gargouilles encadrant la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Les gargouilles encadrant la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Les gargouilles encadrant la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Les gargouilles encadrant la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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1680. Pignon est.

 

1680. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

1680. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Au  Nord du chevet, à droite de la fenêtre murée.

H.H.F /  CREVEN / GDSA

Mad Danguy des Déserts parle au sujet de cette inscription d'un véritable rébus qu'elle déchiffre ainsi :

Honorable Homme François Creven, Gouverneur de Saint-Antoine. 

Elle explique qu'une chapelle dédiée à saint Antoine, patron de l'hôpital du Faou s'élevait au nord du chevet. La chapelle est mentionnée en 1643. Il existe encore un autel dédié à ce saint à gauche du chœur.

On lit dans le registre de l'église :

"1562 : Jane Monfort, veuve de Philippe Le Gac, fait fondation pour obtenir trois tombes prohibitives dans l'église de Christ, dont deux s'eutrejoignant, proche du marchepied du maître-autel, l'autre à l'entrée de la chapelle de Saint-Antoine."

 Le premier Janvier 1639 ... Je, Jan Le Gac, Sr. de Reuniou-Beuzit, Je donne ... A l'hôpital du Fou dédié à saint Antoine, 3 livres de rente et 3 livres aux pauvres du dit hôpital, le jour de mon enterrement. ». 

Ce F[rançois] Creven est-il le fils de Charles Creven ? Ce dernier  épousa  Françoise Mallégol (née vers 1630), demeurant Kerlano à Rosnoën. Ils eurent  au moins cinq enfants : Louise (o 1651 au Faou), Marie (o 1656 au Faou) , Jean (né le 8.6.1663 à Rosnoën ) qui devient Prêtre, Jeanne (o 1666 Rosnoën) et ... François (témoin au décès de sa mère). Jean Creven (frère de François), prêtre à Rosnoën puis recteur à Sizun, est mentionné sur une inscription lapidaire que j'ai relevé sur l'église de Rosnoën avec la date de 1674. 

http://famille.mallegoll.pagesperso-orange.fr/pageadditif.htm

http://www.chtimiste.com/genealogie/bernard/dat1.htm


 

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Inscription au nord du chevet, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Inscription au nord du chevet, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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La Vicomté du Faou.

Dès le XIème siècle, les vicomtes du Faou tiennent une position enviable entre le Nord et le Sud de l´actuel département du Finistère. Ils s´appuient sur les sites fortifiés du Faou, de Daoulas et de La Roche Maurice et contrôlent l´arrière-pays qui va de la rade des monts d´Arrée entre les estuaires de l´Aulne et de l´Élorn.

Autour de 1400, la vicomté s´étend sur dix-sept paroisses, mais en 1682, elle n´en comprend plus qu´une dizaine. Les Richelieu cèdent la vicomté en 1736 aux Rohan-Chabot qui, à leur tour, la vendent aux Magon de La Gervisais en 1762. Sous ce nom, Le Faou est érigé en marquisat en 1765.

 L´inventaire topographique du patrimoine architectural et mobilier du canton du Faou - Conseil régional de Bretagne 1997.

http://poudouvre.over-blog.com/article-la-famille-de-beaumanoir-110903302.html

Charles du Quélennec, baron du Pont, vicomte du Fou, épousa Catherine de Parthenay, dame de Soubise, il fut tué à la Saint-Barthélémy
—Jeanne du Quélennec, héritière de son frère, épousa Jacques de Beaumanoir, vicomte du Besso,

Jacques de Beaumanoir,  Chevalier, vicomte du Besso, de Médréac, seigneur de Villaines, échanson du roi Henri II et gentilhomme ordinaire du dauphin en 1559 & 1560 , il épousa en seconde noces le 12 février 1550 Jeanne de Quellenec, fille de Jean, baron du Pont et de Jeanne de la Maure. De ce second lit naquirent deux  autres enfants :  Toussaint de Beaumanoir , et Jacquemine de Beaumanoir,

Toussaint de Beaumanoir (1554-1590) , Chevalier, vicomte du Besso, Baron du Pont, de Rostrenen. Marié à Anne de Guémadeuc, héritière de la seigneurie à Sévignac, il n'eut qu'une fille , Hélène de Beaumanoir.

 —Hélène de Beaumanoir, Baronne du Pont & de Rostrenen,  vicomtesse du Faou épousa successivement 1° René de Tournemine, Baron de la Hunaudaye puis 2° Charles de Cossé, marquis d'Acigné.

Il n’hésita pas à prendre pour épouse Hélène, jeune et riche veuve. Mais, à peine marié, il se livra à de folles prodigalités, causant presque leur ruine.  Pour fuir ses violences, Hélène se réfugia dans sa baronnie de Rostrenen, non à Rostrenen même, le château n’ayant pas été relevé de ses ruines, (en effet, suite à la Ligue où Mercoeur le fit assiéger et après 4 sièges soutenus pendant 3 ans, il fut brûlé en 1593 en l’espace de 7 jours entiers), En 1621, le marquis d’Acigné redoubla de mauvais traitements envers elle, la séquestrant dans des places fortes, la forçant à s’engager dans des aliénations et des dettes, faisant abattre les arbres de ses terres, la menaçant même de mort. Elle trouva le moyen de faire porter ses plaintes au roi Louis XIII qui la fit mettre en liberté. En 1628, le marquis était banni du royaume par un arrêt du Parlement de Paris.

En 1629, Hélène  laisse le soin de ses affaires à :

 Marie-Françoise de Guémadeuc,~1611 + ~1674 (Fille d’Honneur de la Reine Marie de Médicis) 
 sa nièce et héritière (de sable au léopard d'argent accompagné de six coquilles de même). Elle épousa en 1626  François de Vignerot (1609-1646) marquis de Pont-Courlay, général des galères (d'argent, à trois chevrons de gueules). Devenue veuve, elle épousa Charles Grivel de Gamache, comte d'Ourouer, qui porte d'or à la bande échiquetée de sable et d'argent à deux tires.

Armand-Jean Vignerot du Plessis de Richelieu, 2e duc de Richelieu, né le 3 octobre 1629 au Havre de Grâce et mort le 20 mai 1715 à Paris.  Il est pair de France, prince de Mortagne, marquis du Pontcourlay, comte de Cosnac, de Barbezieux, de Cozes et Saujon, seigneur propriétaire de la juridiction et vicomté du Faou, Irvillac, Logonna et Villeneuve, baron du Pont. Officier de marine, il devint Général des galères Héritier d'un bien considérable, il dépense tout, et se retrouve bientôt criblé de dettes. En 1661, il vend pour 200 000 livres sa charge de général des galères. Il abandonne aussi son titre de gouverneur du Havre. En 1675, durant la révolte des Bonnets rouges, son château de Pont-l'Abbé est pillé, puis incendié . En 1685, il vend sa baronnie du Pont. 

— Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis , duc de Richelieu (1696-1788)

—  Les Richelieu cèdent la vicomté en 1736 au duc de Rohan-Chabot

—  En 1756, aux décès du chevalier Louis Bretagne Charles de Rohan-Chabot, prince de Léon, et de sa sœur Gabrielle-Sophie de Rohan-Chabot, les terres et seigneuries du Faou, de la Villeneuve, de la châtellenie d'Irvillac et Logonna (aux paroisses de Rosnoën, Hanvec, Guimerch, Lopérec) revinrent aux familles de Châtillon, d'Enrichemont, de Broglie et de Poiryanne. Elles étaient louées, avec leurs greffes — de 1750 à 1759 — pour 16.750 livres à M. Le Roy, sieur du Pontois.

 

Ces propriétés furent vendues le 11 septembre 1762 par les mêmes héritiers, au-dessous de la moitié de leur valeur, pour 83.336 livres à messire Nicolas Magon, seigneur de la Gervaisais et de la Gicquelaye, conseiller au Parlement, lieutenant général des armées du Roi (1671-1765). C'est alors qu'elles portèrent le nom de « marquisat de la Gervaisais et du Faou ».  Archives départementales 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Magon_de_La_Gervaisais
Décoré de l'Ordre de Saint-Louis. 

Sur le crépis qui mure l'ancienne baie nord, on trouve un blason  qui associe sous la couronne de marquis les armoiries à mi-parties des Magon de la Gervaisais D'azur au chevron d'or acc en chef de deux étoiles du même et en pointe d'un lion aussi d'or couronné d'argent et de la Bourdonnaye  de gueules à trois bourdons d'argent posés en pal  (Bourdon = bâton de pèlerin muni de deux pommes -sphères-, l'une au trois quarts, l'autre au sommet). Voir ici la source de ces info et de l'image


Ce sont donc les armes de Nicolas II Magon de la Gervaisais, fils de Nicolas I de la Gervaisais, (né le 21 août 1721 à Saint-Servan), marié le 28 avril 1762 à Rennes-Saint-Aubin avec Marie-Flore de la Bourdonnaye-Montluc (née vers 1735), conseiller-secrétaire du Roi près le Parlement de Bretagne, qui fut propriétaire depuis 1767 de la vicomté du Boschet en Bourg-des-Comptes.

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Armoiries de Nicolas Magon de La Gervaisais, et de son épouse, Marie-Flore de La Bourdonnais, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Armoiries de Nicolas Magon de La Gervaisais, et de son épouse, Marie-Flore de La Bourdonnais, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Sculptures extérieures.

Les  inscriptions lapidaires de l'église saint-Sauveur du Faou (29).
Les  inscriptions lapidaires de l'église saint-Sauveur du Faou (29).
Les  inscriptions lapidaires de l'église saint-Sauveur du Faou (29).
Les  inscriptions lapidaires de l'église saint-Sauveur du Faou (29).
Les  inscriptions lapidaires de l'église saint-Sauveur du Faou (29).
Les  inscriptions lapidaires de l'église saint-Sauveur du Faou (29).

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Je conclurai – finis coronat opus !– par la Vierge de Pitié de l'église. Datant du XVIe siècle, classée au titre d'objet le 05/09/1969, PM29000249, elle est remarquable notamment par la présence de trois angelots qui soutiennent, l'un le pied, l'autre la main, et le troisième la tête du Christ.

Elle mériterait une restauration.


 

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Vierge de Pitié, XVIe siècle, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Vierge de Pitié, XVIe siècle, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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Vierge de Pitié, XVIe siècle, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

Vierge de Pitié, XVIe siècle, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

 

—  Anonyme, Monuments et objets d'art du Finistère (année 1979) : Le Faou, église Saint-Sauveur Anonyme 1979 Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (107, p. 324-325)

— CASTEL (Yves-Pascal), 1978, Monuments et objets d'art du Finistère (année 1979) : Le Faou, église Saint-Sauveur, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (106, p. 300-301)

— CASTEL (Yves-Pascal) et DEUFFIC (Jean-Luc , 1983, La construction du clocher du Faou en quatre campagnes de travaux de 1628 à 1647, Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tome CXII, pages 117-122.

— CASTEL (Yves-Pascal), 1990, Monuments et objets d'art du Finistère (année 1990) : Le Faou, église Saint-Sauveur Yves-Pascal Castel 1990 Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (119, p. 146)

— CASTEL (Yves-Pascal), 1991,.Essai d'épigraphie appliquée. Dates et inscriptions sur les croix et calvaires du Finistère du XVème au XVIIIème siècle Ouvrage: Charpiana : mélanges offerts par ses amis à Jacques Charpy..Fédération des Sociétés Savantes de Bretagne, 1991.

— CASTEL (Yves-Pascal), 1997, En Bretagne. Croix et Calvaires  / Kroaziou ha Kalvariou or Bro

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c7ab1cc53d0ef299b5bb65ed3764d18c.pdf

— CENTRE GÉNÉALOGISTE DU FINISTÈRE . Les outils du généalogiste. 

http://www.cgf.asso.fr/users/cgfadmin/lesoutils/

COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FAOURUME.pdf

— DANGUY DES DESERTS (Mad), 2001, avec la coll. de  Y-P Castel , Le Faou. L'église Saint-Sauveur 1544-1680. Edité par l'Association Ar Faou, Imprimerie Sofag, Le Faou, 32 pages.

— DOUARD Chrystel, 1995, inventaire topographique, Inventaire général.

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_8=REF&VALUE_8=IA29000017

— LECLERC (Guy), 1991,Monuments et objets d'art du Finistère (année 1991) : Le Faou, église Saint-Sauveur Guy Leclerc 1991 Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (120, p. 155-159 et p. 161-164) ;

— LECLERC (Guy), 1996-97, Monuments et objets d'art du Finistère (année 1996) : Le Faou, églises Notre-Dame de Rumengol et Saint-Sauveur du Faou  Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (126, p. 145-149)

— LECLERC (Guy), 2000, Monuments et objets d'art du Finistère. Etudes, découvertes, restaurations (année 2000) : Le Faou, église Notre-Dame de Rumengol, porche méridional, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère 2000, (129, p. 59-62)

— LECLERC (Guy)  2003, Monuments et objets d'art du Finistère,  Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (132, p. 129-135)

— MOREL  David, 2005, « Signes lapidaires, techniques et qualifications en Auvergne au XIIe siècle », Siècles [En ligne], 22 | 2005, mis en ligne le 07 juillet 2014, consulté le 24 novembre 2016. URL : http://siecles.revues.org/1952

 

— PÉRON & ABGRALL (Jean-Marie), 1909, Notices... Le Faou, Bulletin de la Commission Diocésaine d'architecture et d'archéologie , Kerangal (Quimper), page 123:

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1099887/f121.image

— RENARD (Jules), 1898, Bucoliques, P. Ollendorf, Paris, 1 volume 343 p. pages 152-154

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5445880d/f162.item.r=coronat.langFR

— Ržiha (Franz ),1889, Studien über Steinmetz-Zeichen (1889, réédition allemande en 1983)  Études sur les marques de tailleurs de pierre (la géométrie secrète, l'histoire, les rites & les symboles des Compagnons tailleurs de pierre du Saint Empire Romain Germanique & de la Grande Loge de Strasbourg).

Jean-Pierre Laurant, « Franz Ržiha, Études sur les marques de tailleurs de pierre, la géométrie secrète, l'histoire, les rites et les symboles des compagnons tailleurs de pierre du Saint-Empire romain germanique et de la Grande Loge de Strasbourg », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 156 | octobre-décembre 2011, document 156-99, mis en ligne le 17 février 2012, consulté le 24 novembre 2016. URL : http://assr.revues.org/23561  http://compagnonnage.info/blog/blogs/blog1.php/2010/12/03/rziha-etudessurlesmarquesdetailleursdepierre

— VIOLLET-LE-DUC (Eugène) , "Clocher" in Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle. Edition Bance-Morel de 1854 à 1868.

https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle/Clocher

— Infobretagne :

http://www.infobretagne.com/faou.htm

— Topic-topos :

http://fr.topic-topos.com/eglise-notre-dame-le-faou

— Médiathèque des Monuments historiques

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/mdp_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=LMER,LPAL&VALUE_98=PA00089925

— Marques de tailleurs de pierre :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marque_de_t%C3%A2cheron

http://www.compagnonnage.info/compagnons-tailleurs-de-pierre/reseaux.htm

— Marques en la cathédrale de Strasbourg sous le règne du Maître d'Œuvre Hans Thomann Uhlberger (1565-1608)

http://judaisme.sdv.fr/synagog/basrhin/a-f/bischhei/miqve.htm

— Marques de la cathédrale de Strasbourg:

http://www.strasbourgphoto.com/marque-des-tacherons/

—http://www.compagnonnage.info/compagnons-tailleurs-de-pierre/traces.htm

— http://www.editionsgaud.com/download/chantier.pdf

— Yves Esquieu Andréas Hartmann-Virnich, Anne Baud Frédérique Costantini Rollins Guild Dominique, Pitte Daniel Prigent Isabelle ParronNicolas Reveyron Benjamin Saint-Jean-Vitus Christian Sapin Joëlle Fardieu, "Les signes lapidaires dans la construction médiévale : études de cas et problèmes de méthode" Bulletin Monumental  Année 2007  Volume 165  Numéro 4  pp. 331-358

http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2007_num_165_4_1489

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Published by jean-yves cordier - dans Inscriptions Le Faou
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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 16:27

Les fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou (29).

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La cuve baptismale de l'église Saint-Sauveur du Faou est, de l'avis général, d'un intérêt exceptionnel. Elle est classée par les Monuments historiques depuis le 10/11/1906 :

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/memoire_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_5=LBASE&VALUE_5=PM29000246

Chrystel Douard, Inventaire général 1995 :

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palsri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=IM29003537

 

Ces fonts baptismaux sont en pierre de kersanton, issue d'une carrière voisine en Rivière de Daoulas.

Kersantite : Louis Chauris distingue 4 faciès de cette roche remarquable par sa facilité initiale  de taille, et sa dureté ultérieure: celui de Kersanton (Loperhet) de couleur noir verdâtre, c’est le plus tendre ; celui de Rosmorduc (Logonna-Daoulas) gris foncé, presque noir, grain très fin, très dur celui de la pointe du Château (Logonna-Daoulas) gris bleuté, grain fin, très dur ; et celui de Rhunvras (L’Hopital-Camfrout) gris bleu à gris vert, grain moyen et de bonne tenue à l’altération. C'est la pierre de prédilection des plus grands sculpteurs de calvaires et de statues de la région (Roland Doré et Julien Ozanne).

Ils sont installés depuis le XIXe siècle au centre d'un baldaquin en bois, au pavement octogonal,  qui les mettent en évidence mais ne facilite pas leur examen. (C'est à quatre pattes dans l'étroit couloir que je terminerai ma visite). A contrario, une minuterie procure un éclairage efficace, et deux panonceaux explicatifs illustrés procurent les informations souhaitées. Elle résument les travaux d'un érudit local,  Guy Leclerc, Frère de la Congrégation des Frères de l'Instruction chrétienne de Ploërmel. Professeur d'histoire à la retraite (en 2006), auteur d'ouvrages et d'articles dans le domaine du patrimoine religieux. 

 Cette " cuve baptismale aux serpents" polychrome est grossièrement ovalaire, avec deux faces principales (sud et nord), à couple de serpents,  et deux faces plus étroites formant l'arrondi. Le décor de la face est (vers l'autel) a été martelée (armoiries ? on y relève encore des traces de polychromie et de dorure). Le coté opposé (vers le fond de l'église) est relié par un tuyau de plomb à un réservoir en granite qui sert de déversoir. Ces quatre faces sont centrées par de blonds et frisés chérubins.  Des banderoles portent des  inscriptions. 

Vue de profil, elle est évasée de forme semi-ovoïde et est scellée à une base rapportée en granite, cylindrique. Ses dimensions sont les suivantes (Inventaire général 1995) :  hauteur = 92cm ; largeur 90cm ; profondeur 67 cm ; dimension du petit bassin 52 cm de haut. Socle rapporté de 53 cm de haut.  

En réalité, il s'avère qu'il s'agissait de l'ancienne vasque de fontaine datant de la seconde moitié du 16e siècle et qui fut transformée, depuis une date non déterminée, en fonts baptismaux.  Selon Chrystel Douard, "Socle, cuve secondaire, parties en plomb et en bois pourraient être contemporains du baldaquin mis en place en 1881 ; l'inscription a été restaurée (ou mise en place ?) à la même époque. Le symbolisme des quatre fleuves et du paradis terrestre, pas nécessairement lié au baptême, pouvait déjà figurer sur ces vestiges de fontaine civile dont on ignore l'origine. Le léopard pourrait être une allusion héraldique à la famille du Faou dont les armoiries étaient d'azur au léopard d'or. Les quatre têtes d'angelots aux bouches percées (obstruées depuis l'usage en tant que fonts baptismaux) servaient à cracher l'eau."

 

Rappel :

 

Le terme fonts baptismaux est composé de deux mots : l’un emprunté au verbe grec baptizô signifiant "plonger, immerger", et l’autre au mot latin fons signifiant "source, fontaine", et donnant au pluriel fontes.

Au cours des premiers siècles, on baptisait dans les rivières, les fleuves. Plus tard, le baptême s'effectua dans des fonts placés dans les églises d'abord  par immersion : c'est à dire en plongeant le catéchumène dans l'eau ; puis vers le XIIIe siècle  par infusion (ou effusion) : en versant de l'eau sur la tête (le front) du néophyte. Nous avons ici des Fonts baptismaux par infusion.  Les églises sont orientées d'ouest en est et les fonts baptismaux se trouvent, le plus souvent, à gauche de l'entrée principale, souvent protégés par une clôture en bois ou en fer. Les fonts baptismaux en pierre, en marbre, en cuivre, en fonte, en plomb, varièrent de forme et d'ornementation suivant les siècles.

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Vue par l'est des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Vue par l'est des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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La vue de haut montre la vasque au bord habillée d'un couvercle en bois fixé par des tiges en fer, et ses deux couvercles de plomb correspondant à la grande cuve bipartite de plomb. L'un est destiné à conserver l'eau baptismale, et l'autre (qui se vide par le tuyau de plomb du coté ouest) permet l'évacuation de l'eau versée sur la tête du nouveau baptisé. Le couvercle oriental est lui-même doté d'un couvercle carré à anneau. La cuve est pourvue d'anneaux dont quatre ont disparu.  La petite cuve liée aux fonts par un déversoir en plomb qui, lors de la pose, a abîmé la bouche de l'angelot.

 

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Face supérieure des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Face supérieure des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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La lecture des phylactères débute par le coté droit de la face sud. Rédigée en lettres capitales, elle est disposée sur deux lignes interrompues par les replis de la banderole. On lit ainsi facilement :

PHISON  CEST

LA : TERRE DE

Pour lire la suite, il faut, armé de son calepin, faire, accroupi comme un indien sur le chemin de la guerre,  le tour de la cuve. Je me suis plié (au sens littéral) à ce rituel, pour constater que le chanoine Abgrall, qui m'y avait précédé en 1896, n'avait rien omis, si ce n'est la ponctuation. Nous avons donc chacun  lu et remis dans l'ordre, et transcrit (ponctuation) ceci :

 

"Phison c'est celuy qui environne toute la terre de Hévila, là où croist l'or —

Gehon, c'est celui qui circuit toute la terre d'Ethiopie.

Tigris, c'est le troisième fleuve, va vers l'Assyrie.

Euphrates, c'est le quatrième fleuve."

Chrystel Douard a lu plus précisément :  GEHON CEST CELUI QUI/ CIRCUIT PHISON CEST CELUY/QUI ENVIRONNE TOUTE/TOUTE LA TERRE D'ETHIOPIE LA/TERRE DE HEVILA LA OU/CROIST L'OR (face sud). EUPHRATES ET LE TIGRIS CESTUY/ VA VERS [LE] QUASTRIEME FLEUVE IHS/ASSURIE TROISIEME FLEUVE (face nord)

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Sur cette photo, nous voyons aussi à gauche une autre partie de l'inscription.

CELUI QUI /  CIRCUIT :

D ETHIOPIE

 

 

Le chérubin a —comme ses trois collègues –  la bouche ouverte, comme la gueule d'une fontaine, ce qui fait de lui l'allégorie d'un des quatre fleuves  du Paradis mentionnés sur les banderoles. 

Deux serpents, allégories des puissances du Malin auxquelles le catéchumène va échapper par le baptême, croisent leurs queues, et dardent leur langue vers le texte biblique.

Au dessus de l'ange, un oiseau en vol (une colombe si on veut) s'oppose aux serpents, qui relèvent des forces chthoniennes (souterraines). Il symbolise les forces aériennes, célestes –ouraniennes – et la victoire de l'âme libérée. De son bec, la colombe tient l'extrémité du rouleau d'écriture, mais aussi la tige d'un rameau d'olivier, évoquant bien-sûr ce symbole de la Paix et de l'Espoir qu'est devenue la colombe de Noé, de retour vers l'Arche pour annoncer la fin du Déluge et la nouvelle Alliance de Dieu avec l'Humanité. Elle évoque aussi la colombe qui vint se poser au dessus du Christ lors de son baptême, et, par là, l'Esprit-Saint :

 "voici que les cieux s'ouvrirent et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux une voix disait: " Celui-ci est mon Fils bien-aimé : en Lui j'ai mis tout mon amour."" (Matthieu chap. 3 versets 13 à 17)

 

 

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Vue sud des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Vue sud des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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Sur la vue est, nous retrouvons un deuxième chérubin (le front peut-être orné d'une broche), au dessus de fleurs, à coté d'un serpent enroulé sur lui-même, et, à gauche, les inscriptions  suivantes :

CELUY QVI / ENVIRONNE TOVTE

HEVILA : LA OV /CROIST LOR:

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Vue est des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Vue est des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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La vue nord montre d'abord la suite du serpent précédent, et l'inscription:

EUPHRATES / ET LE

E QVATRIESME / FLEVVE/

IHS

La langue du serpent est dardée vers le monogramme du Christ.

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Vue nord-est des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Vue nord-est des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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La vue suivante montre le deuxième serpent de cette face, visant de la langue cette-fois l'aile de la colombe.

L'inscription est ici :

TIGRIS CEST V

ASSYRIE

L'angle de vue permet de constater que les fleurs et rinceaux déjà observés constituent en réalité un véritable arbre. Comment ne pas penser aux deux arbres de l'Eden, "l’arbre de vie au milieu du paradis, avec l’arbre de la science du bien et du mal."

 

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Vue nord-ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Vue nord-ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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La vue ouest montre bien-sûr le quatrième chérubin, le tuyau d'évacuation du récipient d'eau bénite, le quatrième oiseau, et les inscriptions :

IESME FLEVVE // GEHON

TOVTE

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Vue ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Vue ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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Puisque notre tour est (presque) achevé, il est temps de réfléchir au texte des quatre inscriptions. Il s'agit des versets 11, 13 et 14 du deuxième Chapitre de la Genèse  relatant la Création du Monde et décrivant l'Eden. Le Géhon, le Phison, le Tigre, et l'Euphrate sont les noms des quatre fleuves du paradis.  Tigre et Euphrate sont les fleuves de la Mésopotamie, et le Phison, et le Geon étaient identifiés au Moyen Âge comme le Nil et l'Indus. Ces verset suivent immédiatement ceux-ci :  " L'Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l'arbre de la vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras."

Il s'agit de la traduction du texte latin : 

 nomen uni Phison ipse est qui circuit omnem terram Evilat ubi nascitur aurum [...] et nomen fluvio secundo Geon ipse est qui circuit omnem terram Aethiopiae  nomen vero fluminis tertii Tigris ipse vadit contra Assyrios fluvius autem quartus ipse est Eufrates.

La relation entre ces quatre bras du fleuve primordial et l'immersion ou infusion du baptême est évidente. Au delà du Jourdain dans lequel le Christ fut baptisé, de la Mer Rouge dont la traversée fut fondatrice pour le peuple hébreu, du Jourdain que traverse l'Arche d'alliance  sous la conduite de Josué, le Fleuve de l'Eden représente une référence fondamentale, d'autant que sa division en quatre fleuves ouvre la symbolique du nombre quatre : quatre horizons, quatre Évangiles, mais surtout les quatre temps du signe de croix par lequel le fidèle fait profession de foi chrétienne. Les quatre fleuves peuvent représenter l'ensemble de l'univers, comme dans la mosaïque de l'ancien palais épiscopal de Die (Drôme). Leur figuration peut alors faire des fonts baptismaux  une délimitation d'un espace sacré cosmique au sein duquel le sacrement va se dérouler. 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Accueil_principal

On trouve ces quatre fleuves mentionné dans le rituel du baptême de l'Ordo Romanum. Ils servent de base aux fonts baptismaux d'Hildesheim en bronze, de 1226 : 

Ces fonts, larges d'environ un mètre pour deux mètres de hauteur, comprennent deux parties, la cuve et le couvercle. À la base de la cuve sont représentés les quatre fleuves du paradis, qui sont mis en relation avec les quatre vertus cardinales, les quatre grands prophètes, les quatre évangélistes. Quatre scènes figurent sur la cuve : Vierge à l'Enfant avec le donateur, passage de la mer Rouge sous la conduite de Moïse, baptême de Jésus par Jean, Josué et l'arche d'alliance passant le Jourdain pour entrer en la Terre promise. Sur le couvercle on a les quatre genres de baptême : l'eau, le martyre, la pénitence et les bonnes œuvres. Quatre vers expliquent l'iconographie de la cuve et quatre celle du couvercle. Aux quatre points cardinaux les personnifications des fleuves «irriguent le monde» avec leurs jarres renversées d'où l'eau s'écoule. Au-dessus de chaque fleuve est associée étroitement, dans un médaillon, une vertu cardinale, ces vertus qui à leur tour «baignent les cœurs libérés du péché».  Phison est assimilé à la Prudence, Le Géon, ouverture de la terre, désigne la Tempérance, le Tigre rapide signifie la Force, et l'Euphrate  fertile indique la Justice».

https://en.wikipedia.org/wiki/Baptismal_font_(Hildesheim)

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Fonts baptismaux 'Hildesheim (Basse-Saxe) in Favreau http://www.persee.fr/docAsPDF/ccmed_0007-9731_1995_num_38_150_2609.pdf

Fonts baptismaux 'Hildesheim (Basse-Saxe) in Favreau http://www.persee.fr/docAsPDF/ccmed_0007-9731_1995_num_38_150_2609.pdf

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Ce sont eux que les spécialistes reconnaissent généralement dans les quatre bustes anthropomorphes qui ponctuent les angles de nombreux fonts baptismaux, notamment ceux réalisés en pierre bleue de Tournai au XIIe siècle :

Ces fonts baptismaux peuvent être mis en relation avec une série d'œuvres similaires par la forme, le décor et l'utilisation de la pierre calcaire de Tournai dite pierre bleue et sont datables de la 2e moitié du 12e siècle ou du début du 13e siècle. De nombreuses églises en Thiérache conservent de semblables fonts, ainsi à Jeantes, Bancigny, Saint-Clément ou Martigny. Ces œuvres ont été exécutées dans le cadre des centres de production du Nord de la France et de la vallée mosane du 12e siècle. Elles sont parmi les créations les plus originales de la sculpture romane du 12e siècle. Le décor de têtes anthropomorphes sous un réseau d'arcatures, d'animaux fabuleux affrontés et de rinceaux a fait l'objet de plusieurs interprétations iconographiques et symboliques, le combat des deux animaux seraient ainsi une allusion à la lutte du Bien et du Mal.  (Inventaire Général de Picardie)

DATATION.

Le panonceau de l'église indique : "L'église est rebâtie entre 1544 et 1680. Classée en 1996 (? Erreur, le classement date de 1906) , cette cuve date probablement du début du XVIe siècle et se trouvait dans l'église précédente dont il reste quelques traces."

Cette datation n'est pas approuvée par Chrystel Douard, ingénieur d'études au ministère de la Culture et ensuite à la région Bretagne au service de l'inventaire du Patrimoine dans sa mission de 1995. Elle propose de  dater la vasque de fontaine de la seconde moitié du XVIe siècle, soit 1550-1599, et sa transformation en fonts à une date non déterminée. 

Si on considère que les inscriptions sont authentiques, je voudrais faire remarquer que leur texte procure des informations importantes.

En effet, ce texte est une traduction en français de la bible latine.

a) La première Bible imprimée fut celle de Lefèvre d'Étaples en 1530. J'y lis, pour les versets incriminés, ceci :

A ung est nommé Physon. Cest celuy qui environne toute la terre de Evilath la ou croist lor. Et le second fleuve est nommé Geon, cestuy est lequel environne toute la terre de l'Ethiope. Et le nom du troisième fleuve est Tigris : cestuy va contre les Assyriens." La Saincte Bible, Martin Lempereur, Anvers sur  Gallica

b) En 1535 paraît La Bible qui est toute la saincte escriture en laquelle sont contenus, le Vieil Testament et le Nouveau, translatez en Francoys, par Olivétan. Au verso du titre se trouve une épître latine de Calvin (alors âgé de vingt-cinq ans) : À tous empereurs, rois, princes et peuples soumis à l'empire de Christ. Dans cette épître, Calvin revendique pour chacun le droit de lire l'Écriture.

A lung est nom Phison. Cest cestuy qui environne toute la terre de Hevilach làou croist lor. Let le nom du second fleuve est Gehon : cestuy est qui circuit toute la terre de Ethiope. Et le nom du troysiesme fleuve est Hidekel : cestuy va vers Assyrie. Et le quatriesme fleuve est Euphrates

c)  En 1550, nous disposons de la "Bible louvaniste" :La Saincte Bible nouvellement translatée de latin en françois, selon l'édition latine, dernièrement imprimée à Louvain, reveue, corrigée & approuvée par gens sçavants, à ce députez : à chascun chapitre sont adjouxtez les sommaires, contenants la matière du dict chapitre, les concordances, & aucunes apostilles aux marges par Bartholomy de Grave (Louvain)  Anthoine Marie Bergagne (Louvain) et Jehan de Uvaen (Louvain) 1550

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k53708d/f17.item.zoom

Le texte n'est pas non plus celui du Faou :

A ung est nom Phison. C'est celuy qui environne toute la terre de Hevilath, là où croist l'or.Et le nom du second fleuve est Gehon. C'estuy est, lequel environne toute la terre d'Ethiopie. Et le nom de troisiesme fleuve est Tigris. Cestuy va contre les Assyriens

d) La Bible de Jean de Tournes de 1561 doit être écartée également. Certes on trouve: "qui circuit toute la terre d'Ethiopie" Mais aussi "Et le nom du troisiesme fleuve est Hiddecel".

e) Par contre La Bible publiée par Jean de Tournes à Lyon en 1557 est très proche de notre texte faouiste (je voulais le placer) :  

L'un est nommé Phison : c'est c'il qui environne la terre d'Hevilach, là où croist l'or. Le nom du second fleuve est Gehon : c'est celui qui circuit toute la terre d'Ethiopie. Le nom du troisieme fleuve est Tigris : cestui va vers Assyrie. Et le quatrième fleuve est Euphrates

Je le confronte au texte des banderoles :

"Phison c'est celuy qui environne toute la terre de Hévila, là où croist l'or —

Gehon, c'est celui qui circuit toute la terre d'Ethiopie.

Tigris, c'est le troisième fleuve, va vers Assyrie.

Euphrates, c'est le quatrième fleuve."

Il n'y a pas identité, mais la plupart des caractéristiques sont réunies.

 

f) Par contre il faut écarter  La bible qui est toute la sainte escripture. etc. (Les pseaumes mis en rime francoise par Clement Marot et Theodore de Beze.)- Geneve, Sebast. Honorati  parue en 1570 et qui parle d'"Hidekel"

L'un est nommé Phison : c'est celuy qui environne toute la terre d'Hevilath, là où croist l'or . Et le nom du second fleuve est Gehon : c'est celuy qui circuit toute la terre d'Ethiopie. Et le nom du troisième fleuve est Hidekel : c'estuy-la va vers l'Orient d'Assyrie. Et le quatrième fleuve est Euphrates.

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En conclusion, il me parait possible d'affirmer que les inscriptions sont celles de la vasque d'origine, et qu'elles ont trouvé leur source dans une bible en français traduite vers 1557 ; et peut-être même adaptée de la Bible de Jean de Tournes parue à Lyon en 1557. Une date plus tardive est moins probable, puisque les traductions abandonnent les formes troisiesme, quatriesme, cestuy, etc et  introduisent les c et l apostrophes .

Cette démarche abonde dans le sens de Chrystel Douard et propose une fourchette plus resserrée entre 1555 et 1570. 

Mais surtout, cela fait apparaître un élément essentiel : les inscriptions de la vasque se réfèrent au mouvement de traduction du latin en français qui est celui des humanistes (le catholique Jacques Lefèvre d'Étaples, 1450-1537) puis de la Réforme (Olivétan, 1506-1538, cousin de Jean Calvin). L'imprimeur lyonnais Jean II de Tournes (1539-1615) , Imprimeur du Roi, était un protestant huguenot dot les presses furent saccagées en 1564 lors des Guerres de Religion tandis qu'il était emprisonné durant deux mois. Il fut emprisonné à nouveau en 1572, mais échappa à la Saint-Barthélémy. En 1585, il s'installa à Genève.

Or, il est intéressant de noter que les vicomtes du Faou appartenaient à la famille du Quélennec. La seigneurie du Fou est une très ancienne vicomté en l’évêché de Cornouaille en Basse-Bretagne, les seigneurs d’icelle portaient le nom de leur terre et en armes d’azur au léopard d’or.  Quels sont les seigneurs vers 1550-1600 ?

a) Jean V du Quélennec (né vers 1520), seigneur du Quélennec, baron du Pont, et de Rostrenen, vicomte du Faou et de Coëtmeur, mariée en 1538 à Jeanne de Maure. Or, cette dernière était protestante : "et habite son manoir de la Clarté avec ses enfants. Elle vient parfois en l'église de Cornillé assister au prêche. Elle le fait faire par un ministre qu'elle amène avec elle et fait monter en chaire, usant du droit que lui donne la qualité de son fief d'y faire exercer son culte." (Wikipédia)

b) Charles II du Quélennec, dit de Soubise (1548 † Assassiné le 24 août 1572 - Paris, pendant les Massacres de la Saint-Barthélémy peu après l'Amiral de Coligny), seigneur du Quélennec, vicomte du Faou, baron du Pont, et de Rostrenen. Il embrasse la religion réformée, chasse les chapelains de la chapelle de Saint-Tudy en son château du Pont, et fait faire des prédications par le pasteur protestant Claude Charretier. Il prend le nom de Soubise après son mariage avec l'héritière des Parthenay, mais il est fait prisonnier à Jarnac. Il s'évade et reprend le combat sous les ordres de René de Rohan, mais il est accusé d'impuissance par son épouse ; menacé d'un procès, il l'enferme dans son château de pont avant de trouver la mort au Louvre après avoir combattu vaillamment en étant défenestré. Marié le 20 juin 1568 (Château du Parc - Mouchamps) à Catherine de Parthenay-L'Archevêque (22 mars 1554 - Parc en Poitou † 26 octobre 1631 - Parc en Poitou), dame de Soubis  e. Veuve à 18 ans,  celle-ci se remarie en 1575 avec René II de Rohan, élevé dans le culte réformé , et aménage les principales résidences des Rohan (Blain, Pontivy et Josselin) tout en y développant des églises protestantes.

c) Jane du Quélennec, héritière de son frère Charles, épousa Jacques de Beaumanoir, vicomte du Besso.

Pendant les guerres de la Ligue (1562-1598), Le Faou fut pillée  et soumise à rançon par Anne de Sanzay, comte de la Magnane, notamment en novembre 1593.

La vasque de kersanton fut donc sculptée dans la seconde moitié du XVIe siècle, alors que les versets de la Genèse qui y furent gravés en français étaient copiés de Bible issues de la Réforme, et  au moment même où les vicomtes du Faou étaient protestants. Leur blason d'azur au léopard d'or figurait  peut-être sur la vasque, là où la pierre a été martelée.

Qu'en conclure ? Je l'ignore... mais ce léopard d'or me fait me souvenir qu'un lion figure, selon les commentateurs, sur ces fonts, et que je n'y ai pas prêté garde. Mais, j' y pense, ne parlaient-ils pas aussi d'un chien ? Et d'un cerf ?

Vite, j'y retourne.

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OÙ JE ME LANCE À QUATRE PATTES SUR LA PISTE D'UN LION, D'UN CHIEN ET D'UN CERF.

Je trouve le lion assez facilement. Il m'attendait, dressé sur ses pattes de derrière, à la gauche de la face sud. Il est rampant et non passant, c'est à dire qu'en terme héraldique il n'est nullement léopardé et n'a rien à voir avec le meuble du blason des vicomtes du Faou. Par sa langue et par sa queue au pinceau de poil particulièrement touffue, il semble se défendre contre l'attaque du serpent. Par contre, ces pattes avant tiennent un phylactère qui devait être plus lisible avant l'adjonction d'un déversoir. On y lirait alors JESUS / MARIA / ANNA, la banderole étant tenue de l'autre coté par  une main coupée.

Le panonceau de l'église  suggère que l'inscription devait être différente jadis.

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Vue sud des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Vue sud des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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Émile Mâle a écrit de belles choses sur le Lion, symbole de résurrection, en raison de la croyance commune dans les Bestiares du Moyen Âge  que la lionne mettait bas des petits qui semblaient morts-nés. Pendant trois jours, les lionceaux ne donnaient aucun signe de vie, mais le troisième jour, le lion venait et les ranimait de son souffle puissant. Ainsi, la mort apparente du lionceau s'apparentait au séjour du Christ dans son tombeau, avant sa Résurrection tertia die. Voir Sancti Epiphani ad Physiologus,  Christophe Plantin, Anvers 1588

 

Vue sud des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Vue sud des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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Pour voir le chien, il faut repérer sa queue en crochet rougeâtre sous la patte avant du lion. Lorsque vous la tenez, ne la lâchez plus et accroupissez-vous dans la poussière. Vous comprenez que ce que vous preniez pour la tête d'un bouquetin sont les pattes arrières en pleine course d'un chien de chasse. 

Ce n'est pas le moment de faiblir.

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Vue sud-ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Vue sud-ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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Vue ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Vue ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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Vue ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Vue ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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Coincé dans un minuscule espace entre la balustrade du dais, la cuve, et le déversoir, vous allez devoir maintenant passer de l'autre coté du tuyau, où il est devenu évident que vous allez découvrir le cerf. Mais l'éclairage de la minuterie laisse cette partie dans l'ombre, et l'affaire se transforme en une équipée spéléologique dans des grottes rupestres . De fantastiques images se dévoilent en ocre sur la paroi de calcite et vous admirez comment, voici des millénaires, l'artiste a su profiter des reliefs naturels de la cuve pour faire frémir le flanc de l'animal qui, haletant, vous jette un regard complice (oxyde de manganèse et charbon de bois ?).

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Vue depuis le point vernal  des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Vue depuis le point vernal des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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Vue depuis le point nemo  des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Vue depuis le point nemo des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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A bout de souffle, vous tentez l'impossible pour obtenir sur le même cliché le chien et le cerf. Vous installez votre appareil entre le tuyau de plomb et la cuve et tentez d'accéder au commutateur. Clic.

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Vue acrobatique des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Vue acrobatique des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Longtemps, les aboiements de la meute ont retenti à ses oreilles (c'est le sens du grec katêkhéô, « faire retentir aux oreilles» ​​​​​​, qui a donné catéchumène). Le cerf a traversé à la nage le fleuve Géhon dont le nom signifie en hébreu "l'impétueux". Il est sauvé. Il devient un magnifique symbole de la renaissance et de la libération spirituelle. Pour d'autres, Géhon ou Gi'hôn vient du sumérien GIEN qui signifie "Les grands Ancêtres". Ce passage initiatique  à travers les eaux lustrales, primitives et ancestrales font de lui un Éveillé.

 

 

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Chérubin des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

Chérubin des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

Sur les fonts de l'église du Faou :

— Topic-topos.

http://fr.topic-topos.com/cuve-baptismale-le-faou

— ABGRALL (Jean-Marie), 1898,  "Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments du Finistère recueillies par M. l'Abbé J-M. Abgrall, Chanoine honoraire". In Congrès archéologique de France; LXIIIe séssion. Séances générales du  tenues à Morlaix et à Brest en 1896 par la Société française d'archéologie Paris, Caen 1898, page 123

https://archive.org/stream/seancesgenerales1896cong#page/122/mode/2up/search/phison

— COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FAOURUME.pdf

— http://pormenaz.free.fr/Le-faou.php

Sur les fonds baptismaux :

— Dossier pdf "Cuves baptismales et fonts baptismaux : évolution formelle avant le XVIe siècle"

http://www.culture.gouv.fr/documentation/memoire/CATALOGUES/fontsbapt/fontsbapt_histav16e/html/fontsbapt_histav16e.html

— Dossier pdf "Cuves baptismales et fonts baptismaux : environnement des fonts"

 http://www.culture.gouv.fr/documentation/memoire/CATALOGUES/fontsbapt/fontsbapt_envir/html/fontsbapt_envir_image_1.html

— https://fr.wikipedia.org/wiki/Fonts_baptismaux

— Les Fonts baptismaux d'Hildesheim (Ier tiers XIIIe) :

La bande la plus basse montre quatre figures humaines, qui soutiennent toute la cuve. Ce sont des personnifications des quatre fleuves du jardin d'Eden ( Genèse 2: 10-14 ). Chacun d'eux se déverse sur l'eau de la vie: Les quatre figures sont clairement distinctes par les vêtements, la posture, et la coiffure et symbolisent les différentes classes et phases de la vie. Dans une petite zone au- dessus de leurs têtes, ils sont identifiés par les vertus cardinales : la modération, le courage, la justice et la sagesse. 

https://en.wikipedia.org/wiki/Baptismal_font_(Hildesheim)

— Les fonts de Saint-Clément (Aisne) :

https://inventaire.picardie.fr/dossier/fonts-baptismaux-cuve-baptismale-a-infusion/395d3f40-a71e-4372-88ef-07dc9b844074

— A_Twelfth_Century_Baptismal_Font_from_Wellen_The_Metropolitan_Museum_Journal_v_44_2009 (1).pdf

Baptismal font. Wellen, Limburg, Belgium, 1155–70. Bluestone . The Metropolitan Museum of Art, The Cloisters Collection

In the Ordo romanus, the ritual of blessing the baptismal water alludes to the four rivers of Paradise—the Gehon, the Phison, the Tigris, and the Euphrates—that “water all of the earth,” like the waters of holy baptism. Patrologia Latina, vol. 78, “Romani Ordines,” 21, cols. 1015–16, and 42, col. 956. In early Christian iconography, the rivers of Paradise, associated with the Evangelists in the prayers of Saint Cyprian (ca. 200–258) and by Saint Augustine in the City of God,( Ibid., vol. 3, col. 1110, and vol. 31, col. 395) issue from human or lions’ heads. The four human heads on the Cloisters font are homogeneous enough in design to permit an interpretation of them as personifications of the rivers of Paradise, but the diversity among the heads on a number of other fonts prevents any such generalization. Despite their rather reassuring features, the heads may also have served an apotropaic function.

FAVREAU (Robert), 1995, Les inscriptions des fonts baptismaux d'Hildesheim, Baptême et quaternité Cahiers de civilisation médiévale  Année 1995  Volume 38  Numéro 150  pp. 116-140

http://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1995_num_38_150_2609

— MÂLE ( Émile), 1922 L'art religieux du XIIe siècle en France : étude sur les origines de l'iconographie du moyen age

https://archive.org/details/lartreligieuxdux00mluoft

— MÂLE ( Émile),  L'art religieux du XIIIe siècle en France: étude sur l'iconographie du Moyen ... 1898

https://archive.org/stream/lartreligieuxdu00mlgoog#page/n7/mode/2up

page 20 : https://archive.org/stream/lartreligieuxdu00mlgoog#page/n45/mode/2up/search/lion

page 55 Honorius d'Autin  :https://archive.org/stream/lartreligieuxdu00mlgoog#page/n79/mode/2up/search/lion

page 149 Fonts baptismaux 4 fleuves https://archive.org/stream/lartreligieuxdu00mlgoog#page/n175/mode/2up/search/fonts

—MÂLE ( Émile), 1922, L'art religieux de la fin du Moyen Age en France : étude sur l'iconographie du Moyen Age et sur ses sources d'inspiration, 1922,

https://archive.org/stream/lartreligieuxdel00mluoft#page/n7/mode/2up

— BOGAERT (P-M.) J.-Fr. Gilmont La première Bible française de Louvain (1550)  Revue théologique de Louvain  Année 1980  Volume 11  Numéro 3  pp. 275-309

http://www.persee.fr/doc/thlou_0080-2654_1980_num_11_3_1779

REUSENS, (Edmond Henri Joseph),1885, Éléments d'archéologie chrétienne :

https://archive.org/stream/lmentsdarchologi01reus#page/178/mode/2up/search/fleuves

— Fonts baptismaux de la Somme :

http://www.richesses-en-somme.com/patrimoine-des-%C3%A9glises/fonts-baptismaux/fonts-bapt-du-10e-au-13e-si%C3%A8cle/

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Published by jean-yves cordier - dans Le Faou Peintures murales Inscriptions
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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 18:44

Le retable de  la Déploration (1517) de l'église de Pencran (29).

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"A gauche du chœur se trouve un retable célèbre qui attire les regards. C’est une sculpture en bois représentant en plein relief une Descente de croix. Abrité dans une niche à dais sculpté, cet ensemble est composé de onze personnages.  Au centre est la Vierge, accablée de douleur : Elle tient sur ses genoux le corps inanimé de son Fils. Près d’elle, saint Jean et la Madeleine, agenouillés, partagent sa souffrance. Au second plan sont groupés les Saintes Femmes éplorées, Joseph d'Arimathie, Nicodème, et deux serviteurs dont l’un porte la Couronne d’épines." (H. Pérénnes).  « Ce sujet, note M. le chanoine Abgrall, a été noblement traité dans plusieurs de nos églises, notamment à Bodilis, Lampaul-Guimiliau, Locronan, Ploéven, La Forêt-Fouesnant, Pont-Croix, Quilinen, mais nulle part on n’a atteint à un si haut degré l'expression de douleur profonde, de compassion et d'adoration pour le divin Rédempteur » .

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Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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INSCRIPTION.

L'inscription en lettres gothiques minuscules dorées sur fond blanc dit ceci :

En lã mil Vcc  XVII : cest histoire fust  complet f diouguel :  vioy. ist.

"En l'an 1517 cette histoire fut complet f Diouguel ---." Les lettres qui suivent sont superposées en deux lignes et ont été lues comme deux syllabes moy et ist, "qui pourraient être une marque d’ouvrier.". On pourrait y lire des chiffres (VI) ; le dernier sigle pourrait être une étoile ; deux points s'inscrivent en dessous.

Le patronyme Le Diouguel est attesté à Morlaix au XVI-XVIIe, celui de Le Diouguel de Penanru à Landerneau-Saint-Houradon et à Morlaix au XVIIIe. Un François Le Diouguel sieur de Poulfanc a été maire de Morlaix  en 1635, et son fils François Le Diouguel lui a succédé à ce poste en 1673-74.  On cite aussi Me Guillaume Le Diouguel, notaire royal et apostolique de Morlaix et de Bodister. Un acte en date du 31 janvier 1651, fut passé devant Diouguet et Salaun, notaires royaux à Morlaix. Etc...

Le Nobiliaire de Bretagne mentionne pour Diouguel (le),

sr de Lanrus, — de la Fontaine-Blanche, par. de Saint-Martin-desChamps, — du Penhoat. — du Tromeur, — de Térennez, de Kerbasquiou, de Kergreis et de Lantréouar, par. de Plougasnou, — de Keiïstin, par. de Plouézoch, — de Kerozal. Maint, à l’intend. en 1699, ress. de Morlaix.

Echiqueté d’or et d’azur ; au chef d’argent, chargé de trois tourteaux de sable. François, gouverneur du château du Taureau en 1623 épouse Marguerite Noblet. 

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Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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Groupe inférieur : Déploration. 

Le motif iconographique est fondé sur l'Évangile de Jean 19:25-27 et 19:38-42:

Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie la femme de Clopas et Marie de Magdala. 26 Jésus vit sa mère et, près d'elle, le disciple qu'il aimait. Il dit à sa mère: «Femme, voici ton fils.» 27 Puis il dit au disciple: «Voici ta mère.» Dès ce moment-là, le disciple la prit chez lui."

" Après cela, Joseph d'Arimathée, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des chefs juifs, demanda à Pilate la permission d'enlever le corps de Jésus. Pilate le lui permit. Il vint donc et enleva le corps de Jésus. 39 Nicodème, l'homme qui auparavant était allé trouver Jésus de nuit, vint aussi. Il apportait un mélange d'environ 30 kilos de myrrhe et d'aloès. 40 Ils prirent donc le corps de Jésus et l'enveloppèrent de bandelettes, avec les aromates, comme c'est la coutume d'ensevelir chez les Juifs. 41 Or, il y avait un jardin à l'endroit où Jésus avait été crucifié, et dans le jardin un tombeau neuf où personne encore n'avait été mis. 42 Ce fut là qu'ils déposèrent Jésus parce que c’était la préparation de la Pâque des Juifs et que le tombeau était proche."

Le retable représente non pas une Descente de Croix stricto sensu mais une Déploration.

Au premier plan, la Vierge tient son Fils sur ses genoux, saint Jean et Marie Madeleine portent respectivement la tête et les pieds du Christ. Une Sainte Femme (Marie, femme de Cléophas ?) se penche vers la tête de Jésus.

Marie et sa voisine sont voilées, mais Marie-Madeleine porte une coiffe.

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La Déploration, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

La Déploration, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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Groupe supérieur. 

Derrière, les saintes femmes, Joseph d'Arimathie et Nicodème sont accompagnés de deux assistants, dont l'un porte la couronne d'épines. L'autre, à gauche est coiffé d'un bonnet à riche bijou frontal en or. Il porte le chaperon ramassé sur l'épaule droite. Le geste de ses mains exprime l'émotion poignante à laquelle il participe.

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Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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Joseph d'Arimathie.

 

Le personnage à gauche de la croix, dont le geste de la main droite correspond peut-être à une codification qui nous échappe,  est vraisemblablement Joseph d'Arimathie, qui, dans les Mises au Tombeau, se tient la tête du Christ. Il est coiffé d'un bonnet pointu aux pans et à la pointe munies de glands. Cette coiffure le détermine, sans stigmatisation,  comme juif, membre du Sanhédrin :

Selon Wikipédia "Le chapeau juif, connu aussi sous les noms de coiffe juive, Judenhut en allemand et de pileus cornutus (calotte à cornes) en latin, était un chapeau pointu en forme de cône, blanc ou jaune, porté par les Juifs dans l'Europe médiévale et parfois dans le monde islamique. D'abord porté traditionnellement et volontairement, il fut imposé aux hommes juifs quelques années après le concile de Latran qui exigeait en 1215 que les Juifs soient reconnaissables par leurs vêtements afin de pouvoir les distinguer des chrétiens.

 La forme du chapeau est variable. Quelquefois, spécialement dans le courant du xiiie siècle, il ressemble à un bonnet phrygien mou, mais plus couramment, surtout au début, c'est un chapeau conique se terminant en pointe, avec à sa base un bord circulaire rond, apparemment rigide. On trouve aussi des versions plus petites, se fixant sur le sommet de la tête. Quelquefois, un anneau encercle le chapeau quelques centimètres au-dessus de la tête. Au XIVe siècle, une balle ou un pompon est fixé au sommet du chapeau, et le bout effilé devient alors une queue de diamètre constant..

À la fin du Moyen Âge, le chapeau est progressivement remplacé par une large variété de couvre-chefs, y compris des chapeaux évasés exotiques de style oriental, des turbans et à partir du XVe siècle de larges chapeaux plats et de larges bérets. Une des principales sources d'informations provient des manuscrits et de leurs enluminures. Dans les images de scènes bibliques, les artistes représentent souvent les personnages avec des habits de leur époque, ce qui permet de les étudier comme des scènes européennes contemporaines.

Le chapeau juif est fréquemment utilisé dans l'art médiéval pour représenter les Juifs de la période biblique. Souvent les Juifs représentés ainsi, sont ceux qui sont présentés de façon plutôt négative dans l'histoire, mais ce n'est pas toujours le cas. "

Voir Joseph d'Arimathie sur le vitrail de Beignon , 1er registre.

http://www.lavieb-aile.com/article-l-arbre-de-jesse-de-l-eglise-de-beignon-107396584.html

La barbe bouclée et longue participe du même souci de détermination. (En 1517, le port de la barbe, longtemps banni par l'Église, n'est pas encore relancé en France, et elle ne le fut, par François Ier, qu'à partir de 1521). http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/comment-le-roi-francois-ier-a-relance-la-mode-de-la-barbe-7779174808

Le reste du costume répond à la mode française contemporaine. La chaîne (plutôt dorée) est portée volontiers en collier. La cape aux pans serrés par un fermail en losange, s'évase en larges manches courtes sur un habit ajusté aux poignets par des boutons.

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Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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A droite de la croix, Nicodème, pharisien, membre du Sanhédrin et disciple de Jésus, fait, en regardant la croix,  le geste du comput digital ou du décompte d'argument. Peut-être se remémore-t-il quelque prophétie biblique dont il constate la réalisation ? Ou bien, comme dans Jn 3:1-21, s'interroge-t-il sur un point de la Religion?

Là encore, sa coiffure caractérise son appartenance aux Juifs mentionnés par l'Évangile de Jean (Jn 3:1 : "Mais il y eut un homme d'entre les pharisiens, nommé Nicodème, un chef des Juifs") .

Il ne porte pas la barbe ; il est vêtu d'un manteau vert à revers rouge et ses épaules sont recouvertes d'une chape. Une aumônière est suspendue sur son coté droit, c'est encore un détail significatif.  

Les deux femmes sont  richement vêtues.

La coiffure de celle qui tient un linge blanc et dont le visage est empreint de chagrin est remarquable. Les cheveux épilés sur le front, ramenés en arrière et nattés en deux pelotes temporales sont modelés par une résille aux larges mailles dorées. Une couronne de tissu bleu rembourrée d'étoupes ou de coton s'enrichit de tours d'étoffes dorée et, au centre, d'une émeraude sertie. Des mèches s'échappent en arrière pour tomber sur les épaules.  Cette coiffure est bien celle des femmes élégantes de la fin du XVe siècle.

Celle de sa voisine est plus singulière. C'est d'abord une coiffe ajustée, semblable à celle qu'Anne de Bretagne a rendu célèbre, mais, après un cercle d'or, elle s'évase en diabolo ; un médaillon à motif concentrique est épinglé sur le coté. Cette singularité, plus remarquable que gracieuse, s'accorde au reste du costume, avec une robe violette et de larges manches rapportées jaune, mais surtout une courte pèlerine sur les épaules, à fermail, et à bords frangés, qui pourrait faire d'elle la compagne de Nicodème.

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Retable de la Déposition, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Retable de la Déposition, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Retable de la Déposition, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Retable de la Déposition, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie)1904, Architecture Bretonne, Quimper 1904

https://archive.org/stream/architecturebre00abgrgoog#page/n271/mode/2up/search/pencran

—COUFFON (René) & LE BARS (Alfred), 1988, "Pencran" in  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/PENCRAN.pdf

—PÉRÉNNES (Chanoine Henri), Notice sur Pencran, BDHA 1938 page 51 et suivantes

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/3c650c05ef86fe15d59ddb6b528d5f93.pdf

— BDHA 1901. page 268.

— BDHA 1903:page 33

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1903.pdf

— Infobretagne "Pencran"

http://www.infobretagne.com/pencran.htm

— Topic-topos "Pencran"

http://fr.topic-topos.com/descente-de-croix-pencran

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Published by jean-yves cordier - dans Retable Pencran
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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 17:30

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Au Moyen Âge, et encore à la Renaissance, les paroissiens défunts cherchent à être inhumés au plus près du centre vital de leur église. Les nobles les plus puissants obtenaient d'être ensevelis dans le chœur, les seigneurs locaux dans l'enfeu de leur chapelle privative, et les autres étaient inhumés sous les dalles de la nef. Mais bientôt la place vient à manquer, et un cimetière fut créé, à l'extérieur de l'église, mais à l'intérieur d'une enceinte sacrée, l'enclos paroissial.

Les défunts avaient — enfin!— le privilège de pénétrer dans l'enclos par l'Arc Triomphal, la Porte des Morts, Porz ar maro : celle qu'on ne franchit que les pieds devant. 

Pour visiter cet ossuaire, je me suis adjoins l'aide du chanoine Jean-Marie Abgrall, qui a rendu compte de sa visite en 1910. Après l'avoir recopiée à la main, j'ai découpé sa description au gré de mes images. Voici ce qu'il dit du Credo apostolique de l'ossuaire de Sizun 

"Le second étage de cette façade est formé par une longue suite de douze niches, séparées par des pilastres, doriques cannelés, lesquelles enferment les statues de douze apôtres, tenant chacun une banderole avec un article du Credo. C'est ce qui fait la richesse de cet ossuaire, car aucun des autres monuments de ce genre ne possède ces statues, pas même celui de St-Thégonnec. "

 "Cet édifice forme une véritable chapelle comme à Lampaul, Landivisiau , Guililiau , Saint-Thégonnec et la plupart des paroisses de cette contrée. Il est situé dans la partie Ouest du cimetière, entre le clocher et la grande place du bourg", adossé à l'Arc de Triomphe.
 
Le voici, vu du placître :.

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Vue générale de l'arc de triomphe et de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Vue générale de l'arc de triomphe et de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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La façade ouverte vers l'est, et donnant sur le placître, est d'une ornementation très riche. Sur un soubassement décoré de cupules et habillement mouluré, se déploie une série de 7 baies à plein-cintre séparées par des pilastres à gaines, les uns cannelés, les autres taillés en cariatide. 

Elle est divisée en trois registres que viennent couper, entre les deux baies de gauche et les cinq baies de droite, la porte et son fronton triangulaire. C'est le troisième registre, sous la toiture, qui accueille les douze apôtres.

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L'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

L'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Le troisième registre : une photo pour lui tout seul :

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Le troisième registre de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Le troisième registre de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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"En tête de cette série d'apôtres, au contrefort sud-est, se trouve la state d'excellent style de saint Suliau, représenté en chasuble antique, tenant un livre de la main gauche et de la droite son faisceau de quatre verges ou houssines."

Le saint patron de l'église est fêté le 1er octobreSaint Suliac, appelé aussi saint Suliau ou Sulian ou Silio ou Sulien, est un moine gallois évangélisateur du pays de Galles et de l'Armorique au VI e siècle dont le culte est très localisé puisqu'on trouve, outre la paroisse de Sizun, une chapelle à Plomodiern ; une autre chapelle, à Pleyben, a disparu. Il est aussi le saint éponyme de Saint-Suliac. Voici comment le chanoine Abgrall décrit sa statue, et explique l'objet qu'il tient en main.

 

"Au fond du porche Midi de cette église nous trouvons sa statue en bois, drapée de la chasuble antique, aux plis souples et gracieux, ayant la figure jeune et imberbe, tenant un livre de la main gauche. La main droite a disparu ; si elle avait existé, nous y aurions constaté sans aucun doute le même emblème que l'on voit dans les trois autres statues du même saint. En effet, la statue en bois du chœur, celle en pierre qui se trouve au-dessus de la porte de l'ossuaire, et une autre plus petite, sur la face Sud de la sacristie, tiennent dans leur main droite quelque chose comme une petite botte d'asperges, quatre chevilles ou courtes brochettes. Pour en avoir le sens, il faut recourir à l'histoire du saint, qui nous en donne l'explication. Voici ce que nous lisons dans sa vie, par Albert Le Grand, édition de 1901, p. 434 :


« Ayant obtenu autant de terre qu'il luy en fallait pour bastir un Hermitage pour lui et pour ses confrères (au bord de la Rance, au lieu où l'on voit encore l'église de Saint-Suliac), il commença à travailler, et, en peu de jours édifia une petite Chapelle et quinze petites cellules pour se loger lui et ses religieux ; et ayant labouré de ses propres mains une pièce de terre qui luy restait dudit don, il y sema du bled, lequel crût fort beau ; mais le bétail qui d'ordinaire, paisait ès prochains marests, se jetta, une nuit, dans ce champ qui n'était pas fermé et en gâta une partie ; le matin on vint en avertir S. Suliau, lequel ne s'émût pas beaucoup ; seulement, il se mit en prière, et puis prit son bâton, dont il traça une ligne tout à l'entour du champ, et, aux quatres coins d'iceluy, planta quatre petites houssines pour toute haye et fossé ; priant Dieu de ne permettre que le bétail outre-passât ces bornes, pour endommager les semailles de ses serviteurs. Dieu exauça son Oraison, et, la nuit suivante, les mêmes animaux sortans des marêts et paturages, se voulurent jetter sur le dit champ ; mais (chose merveilleuse si-tost qu'ils touchèrent cette ligne que le Saint avait tracée tout à l'entour de son champ, ils devinrent tous immobiles, sans se mouvoir, n'y remuer, non plus que s'ils eussent été de marbre ou de bronze. Le matin, les païsans du voisiné, ne trouvans pas leur bestail dans les marêts, les trouvèrent en cette posture tout à l'entour du champ de S. Suliau ; et le bruit de cette merveille ayant couru par le pais circonvoisin, une grande multitude de peuple se rendit en l'hermitage pour voir une chose si étrange. Le S. Abbé, craignant que cette affluence de monde n'interrompit les exercices de ses Religieux, s'en allant devers le champ, donna sa bénédiction à ces animaux, et leur deffendit désormais de venir ravager son bled, ce qu'ils observèrent invariablement et se retirèrent dans les marêts ».

"Ce sont donc ces quatre houssines ou piquets plantés par saint Suliau au coin de son champ que les sculpteurs lui ont donnés comme caractéristique."

La statue montre aujourd'hui un saint vêtu d'une courte dalmatique aux clavi caractéristiques, à la chevelure frisée, tenant son livre de la main gauche ; mais ses "houssines" se comparent, non plus à des asperges comme en 1910, mais à deux petits pains ronds.

 

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Saint Suliau, ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Suliau, ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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LES APÔTRES.

Tous les apôtres ont les pieds nus comme il se doit, et sont tous barbus, sauf saint Jean comme il se doit également. Chacune des barbes est différente des autres, ce qui en fournit une jolie collection.  Ils portent tous un livre, fermé (sauf un). La plupart portent un habit à gros boutons,  parfois sous un manteau et nombreux sont dotés de ceintures, sangles ou baudriers. 

1. Saint Pierre.

Il tient la clef qui marque sa primauté, et un livre. Il est aussi identifiable au célèbre "toupet" qui fleurit sa calvitie frontale.

Pas de texte sur le phylactère. On devrait trouver Credo in Deum Patrem omnipotentem, creatorem coeli et terrae.

"Je crois en Dieu le Père tout-puissant créateur du ciel et de la terre".

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Saint Pierre ; Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Pierre ; Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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2.  Saint André.

Le livre et la croix ...de Saint-André. . 

[Et in ] JESVM CHRISTVM FILIVM EIVS VNICVM [Dominvm nostrvm]

"Et en Jésus Christ son fils unique notre Seigneur."

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Saint André. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint André. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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3. Saint Jacques le Majeur.

Livre ouvert. Pèlerine, chapeau, coquilles, bourdon, besace  .

QVI CONCEPVS EST DE SPIRITVO [sancto natus ex de Maria virgine].

"Qui a été conçu du Saint-esprit, est né de la Vierge Marie"

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Saint Jacques le Majeur. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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4. Saint Jean.

Le calice et le livre. L'écritoire ?

Et passus SVB PONTIO PILATO CRVCIFIXVS Mortvvs .

"A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort"

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Sait Jean. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Sait Jean. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

 

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5. Saint Thomas.

La lance et le livre. Saint Thomas tient la lance dont il a été frappé dans le dos. C'est avec cet attribut qu'il est représenté dans le Compost et Calendriers des Bergers.

DESCENDIT AD INFEROS (tertia die resvrrexit a mortvis). 

" est descendu aux Enfers, le troisième jour est ressuscité des morts."

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Saint Thomas.  Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Thomas. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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6. Saint Jacques le Mineur.

Bâton (foulon), livre.

ASCENDIT AD COELOS SEDET AD [dexteram Dei patris omnipotentem]  

"est monté au ciel, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant"

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Saint Jacques le Mineur. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Mineur. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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7. Saint Philippe.

La croix à longue hampe. Le livre.

VNDE VENTVRVS EST IVDICARE  [vivos et mortvos ]

"d'où il viendra juger les vivants et les morts".

 

Saint Philippe. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Philippe. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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8. Saint Barthélémy.

Le coutelas (de son dépeçage)  et le livre.

CREDO IN SPIRITVM SANCTVM.

"Je crois en l'Esprit-Saint"

 

Saint Barthélémy. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Barthélémy. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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9. Saint Matthieu.

La balance et le livre

[Sanctam Eccles] IAM CATHOLICAM SANCTORVM [commvnionem]

"En la Sainte Église Catholique, en la Communion des Saints"

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Saint Matthieu. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Matthieu. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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10. Saint Simon.

La scie et le livre.

REMISSIONEM PECCATORVM

"En la rémission des péchés"

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Saint Simon. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Simon. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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11. Saint Jude.

Le coutelas à forme d'hallebarde et le livre.

CARNIS RESVRRECTIONEM

"En la résurrection dela chair"

 

Saint Jude. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Jude. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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12. Saint Matthias.

L'équerre et le livre.

VITAM AETERNAM AMEN

"En la Vie éternelle, amen".

Saint Matthias. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Matthias. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Commentaire.

Le texte latin est celui des douze articles du Symbole des apôtres.

L'identification n'est pas celle que propose le texte du site Infobretagne (source ?) , mais repose sur l'attribution, depuis le haut Moyen-Âge, d'un article à chaque apôtre selon un ordre précis. Le désaccord porte sur le n°5, Thomas,(Matthias pour Infobretagne) et le n°12, Matthias (Thomas pour Infobretagne). Certes Thomas est souvent porteur d'une équerre, comme ici pour le n°12,  mais la lance est un autre de ses attributs. Néanmoins, les attributions d'accessoires (comme dans le Calendrier des Bergers, figure infra), ou l'ordre de succession (comme sur la verrière de Quemper-Guezennec) sont souvent fantaisistes. 

1- St Pierre : Credo in Deum, Patrem omnipotentem, creatorem caeli et terrae. La clef.

2- St  André : Et in Iesum Christum Filium eius unicum , Dominum nostrum. La croix en X.

3 - St Jacques le Majeur : qui conceptus est de Spirituo Sancto natus est Maria Virgine. La tenue de pèlerin de Compostelle.

4 -St Jean : passus sub Pontio Pilato, crucifixius, mortuus et sepultus. Le calice.

5 -St Thomas : descendit ad inferos, tertia die ressurrexit a mortuos. La lance.

6 -St Jacques : ascendit ad caelos ; sedet ad dexteram patris Dei Patris omnipotentis. Le foulon.

7 -St Philippe : inde venturus est iudicare vivos et mortuos. la croix à grande hampe.

8 -St Barthélémy : Credo in Spiritum Sanctum. Le coutelas.

9 -St Matthieu : sanctam ecclesiam catholicam. La balance.

10 -St Simon : sanctorum communionem, remmisionem pecatoribus. La scie.

11 -St Jude : carnis resurrectionem. Le couteau.

12 -St Matthias : vitam eternam. L'équerre. 

Voir d'autres développements en Annexe.

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La porte de  l'ossuaire et son fronton.

 

 

"La ligne d'arcatures est coupé par une porte accostée de deux colonnes cannelées, coiffées de chapiteaux corinthiens écourtés, lesquels portent un entablement et un fronton triangulaire montant jusqu'à la corniche haute.

 

 

La porte de  l'ossuaire et son fronton. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

La porte de  l'ossuaire et son fronton. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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"Au dessus de l'entablement, dans la frise curant au dessus du cintre de la porte, on lit : MEMENTO. MORI ("Souviens-toi qu'il faut mourir").

Sur la petite frise d'entablement est une longue inscription en caractères très fins, dont la plupart des mots sont invisibles, empâtés qu'ils sont par la peinture. Sur la corniche faisant la base du fronton, est gravée cette sentence :

VOVS.NOS. ANFENS. QVI. PAR. CY. PASSÉS.

SOVVENES.VOVS.QVE.NOVS.SOMMES.TRÉPASSÉS.

"Vous nos enfants qui par ici passés, souvenez-vous que nous sommes trépassés". 

N.B. J'ai cherché en vain cette sentence décrite par J.M Abgrall "sur la corniche faisant la base du fronton".


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Inscription Memento Mori. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Inscription Memento Mori. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Fronton de l' ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Fronton de l' ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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"Au haut du champ du fronton, est une petite statuette minuscule de saint Suliau, tenant son faisceau de houssines ou de petites baguettes."


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Saint Suliau. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Suliau. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Dans les écoinçons, ou triangles extérieurs, deux autres statuettes : Saint François d'Assise, montrant ses stigmates, et un autre saint franciscain tenant un ciboire ou calice, très probablement saint Pascal Bayon, populaire pour sa grande dévotion à l'eucharistie, et que l'on retrouve au églises de Bodilis, La Roche-Maurice, Brennilis, etc..."

 

Saint François d'Assise montrant ses stigmates, Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint François d'Assise montrant ses stigmates, Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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L'identité du franciscain tenant un calice est délicate à préciser. A Brennilis, où le même problème se pose, j'ai écrit :

  • Parmi les moines franciscains béatifiés, nous trouvons saint Fidèle de Sigmaringen (mort en 1622), prêtre et martyr souabe, mais le calice, témoignant de l'importance accordée à l'Eucharistie, correspond davantage à saint Pascal Baylon (1540-1592). On peut aussi penser à saint Antoine de Padoue (1195-1231), bien que son attribut soit le cœur enflammé ou le lys.

Les deux statues, l'une de saint François, l'autre d'un cordelier tenant un calice forment un duo qui  se retrouve à Bodilis, (église), à Sizun, (fronton de l'ossuaire,1588), à Lanneufret (église) et à La Roche-Maurice, témoignant de l'implantation des Franciscains dès le XIIIe siècle dans le Léon. L'identité du deuxième moine est régulièrement discutée dans chacun de ces sanctuaires.

Ce qui pose problème à Sizun, c'est qu'en 1585-1588, saint Pascal Bayon, le meilleur candidat en raison de son attachement à l'eucharistie, n'était pas encore mort,  et  bien loin d'être béatifié (1618) et a fortiori d'être canonisé (1690).

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Saint franciscain tenant un calice, Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint franciscain tenant un calice, Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Le fronton est centré par un cuir accueillant dans un blason carré les neuf macles (martelées mais distinctes) des Rohan, avec la date de 1588. Les armes du vicomte Jehan de Rohan comportaient sept macles, alors que les armes  de gueules à neuf macles d'or, posées 3, 3, 3 furent adoptées par Henri Ier , 19ème vicomte de Rohan entre 1552 et 1575. 

Juste au dessus, sur la corniche en bois, deux lions tiennent les mêmes armoiries, intactes.

Armes des Rohan. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Armes des Rohan. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Ces armoiries des Rohan et cette date de 1588 amènent à préciser ceci :

— Le 18ème vicomte de Rohan fut René Ier de Rohan-Gié (1516-1552), prince de Léon, comte de Porhoët, marquis de Blain, seigneur de Beauvoir et de La Garnache, chevalier de l'ordre du Roi et capitaine d'une compagnie d'ordonnance. Il  épousa Isabeau d'Albret, tante de Jeanne d'Albret, reine de Navarre. Isabeau d'Albret se convertit au protestantisme en 1558, qu'elle  introduisit  dans son château de Blain où s'organisa la première église protestante bretonne. Isabeau reçoit du roi, en 1560, la liberté de conscience pour elle et pour toute sa Maison.

 Le couple eut quatre enfants, Henri, Jean, Françoise et René qui résidèrent au château de Blain.

— Le 19ème vicomte de Rohan est Henri Ier de Rohan (1535-1575). Il épousa Françoise de Tournemine puis le titre passa  à son frère :

— Le 20ème vicomte de Rohan est René II  (1550-1586) dit Parthenay, du nom de sa seconde épouse l'humaniste Catherine de Parthenay d'une puissante famille protestante du Poitou

— C'est avec le 21ème vicomte de Rohan que nous arrivons à la date de 1588. En effet, il s'agit de Henri II de Rohan (Blain le 21 août 1579- 13 avril 1638), fils de René II. Mais il avait 9 ans à la date gravé sur le fronton de l'ossuaire.  Élevé dans la religion réformée par sa grand-mère Isabelle d'Albret et par son père René II de Rohan, instruit dans les humanités par sa mère, cousin germain de Henri IV,  il fut le chef de guerre des rébellions huguenotes contre le pouvoir royal catholique. En 1590 le Duc de Mercoeur et 4000 espagnols assiégea son château de Blain. Le roi  Henri IV érigea en 1603 la vicomté de Rohan en duché-pairie et lui fait épouser en 1604 Marguerite de Béthune, fille du futur duc de Sully. Il devient alors Henri Ier en tant que premier duc. Après l'assassinat du roi par Ravaillac, il est condamné à l'exil par l'hostilité de Richelieu, qui fait abattre une partie de son château de Josselin. 

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Armes des Rohan. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Armes des Rohan. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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LE DEUXIÈME REGISTRE.

Situé au dessus du registre inférieur appareillé en pierres en granit jaune alvéolé, c'est une série de fenêtres en plein cintre, séparées par des pilastres à gaines.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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A main droite de la porte, selon l'usage traditionnel de nos ossuaires, est un bénitier finement sculpté, surmonté d'une accolade de rubans aux extrémités enroulées en volutes."

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Les cariatides sont intéressantes, en ce qu'elles viennent confirmer la vogue populaire du décor en spirale ; l'une d'elles porte la date de 1585

 

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.
Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.
Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.
Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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ANNEXE.

 

LE CREDO APOSTOLIQUE.

Cette iconographie s'est développée au XIIIe siècle à la suite de réflexions théologiques montrant que les articles du Credo trouvent leur fondement dans le Nouveau Testament, par des références à des textes des Évangiles, des Épîtres et des Actes des Apôtres, mais aussi dans l'Ancien Testament par des citations des Prophètes, ce qui fonde le Credo non pas sur tel ou tel Concile, mais sur la parole de Dieu.

 Le Symbole des Apôtres

Ce Symbole des apôtres, souvent appelé Credo comme celui de Nicée, était récité quotidiennement par les clercs dans la lecture de leur bréviaire, et, depuis le Missel Romain de 2002, il peut être récité à la place du Credo lors de la Messe.  

  Il est la traduction, latine puis française, d'un texte grec. On le reconnaît dès le premier article qui dit Je crois en Dieu le Père tout-puissant (Credo in Deum, Patrem omnipotentem) alors que le Credo énonce Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant (Credo in unum deum ).

Il s'agit  ici non pas du Credo à proprement parler, celui qui est récité à la messe et qui est le Symbole de Nicée-Constantinople, mais le Symbole des Apôtres, une profession de foi qui, selon la tradition, proviendrait directement des Apôtres et qui serait donc inspiré par l'Esprit-Saint. La légende développée dès le IVe au VIe siècle veut même qu'à la veille de leur dispersion, chacun des douze apôtres en ait récité un article : il compte donc douze articles de foi. On trouve cette tradition chez Ambroise de Milan (339-397) puis chez Rufin d'Aquilée (345-410), l'auteur qui donne le premier texte latin du symbole. celui-ci écrit dans Commentaire du symbole des apôtres (v.400) " Nos anciens rapportent qu'après l'ascension du Seigneur, lorsque le Saint-Esprit se fut reposé sur chacun des apôtres sous forme de langues de feu, afin qu'ils puissent se faire entendre en toutes les langues, ils reçurent l'ordre de se séparer et d'aller dans toutes les nations pour prêcher la parole de Dieu. Avant de se quitter, ils établirent en commun un règle de la prédication qu'ils devaient faire afin que, une fois séparés, ils ne fussent exposés à enseigner une doctrine différente à ceux qu'ils attiraient à la foi du Christ ; étant donc tous réunis, remplis de l'Esprit -Saint, ils composèrent ce bref résumé de leur future prédication, mettant en commun ce que chacun pensait et décidant que telle devra être la règle à donner aux croyants. pour de multiples et très justes raisons, ils voulurent que cette règle s'appelât symbole."

http://www.patristique.org/Historique-du-symbole-des-apotres.html

  Au VIe siècle, à la suite de deux sermons pseudo-augustiniens (Sermon 240 et 241) d'un prédicateur gaulois, chaque article fut attribué à un apôtre particulier : ce point est important , puisqu'il va nous aider à déchiffrer le texte du phylactère si nous identifions l'apôtre, et inversement. Voici la répartition selon le texte latin, celui qui nous intéresse :

1- St Pierre : Credo in Deum, Patrem omnipotentem, creatorem caeli et terrae

2- St  André : Et in Iesum Christum Filium eius unicum , Dominum nostrum

3 - St Jacques le Majeur : qui conceptus est de Spirituo Sancto natus est Maria Virgine

4 -St Jean : passus sub Pontio Pilato, crucifixius, mortuus et sepultus

5 -St Thomas : descendit ad inferos, tertia die ressurrexit a mortuos

6 -St Jacques : ascendit ad caelos ; sedet ad dexteram patris Dei Patris omnipotentis

7 -St Philippe : inde venturus est iudicare vivos et mortuos

8 -St Barthélémy : Credo in Spiritum Sanctum

9 -St Matthieu : sanctam ecclesiam catholicam

10 -St Simon : sanctorum communionem, remmisionem pecatoribus

11 -St Jude : carnis resurrectionem

12 -St Matthias : vitam eternam.

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Bibliothèque Municipale Angers Compost et calendrier des bergers, 1493  - BM - SA 3390, f. 039v-040

Les attributs des trois derniers apôtres sont ...inhabituels.

 

 

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 Ce Credo apostolique est représenté en Bretagne dans le porche ou sur le calvaire de très nombreuses chapelles et églises (je citerai le calvaire de Saint-Venec en Briec, l'ossuaire de Sizun, le porche de Saint-Herbot à Plonevez-du-Faou, saint-Mélaine à Morlaix, mais la rencontre de l'alignement de leurs niches est trop fréquente pour qu'une liste soit exhaustive.)

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SOURCES ET LIENS.

ABGRALL (Jean-Marie), 1910, « L´église paroissiale de Sizun et ses annexes », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, Quimper, Société archéologique du Finistère, t. 28,‎ 1910, p. 129-138

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207696j/f176.image

— COUFFON (René), LE BARS ( Alfred), Diocèse de Quimper et de Léon : Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association Diocésaine de Quimper, 1988, p. 416-420.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/54730d797d70be488e00757c7d0fcef7.pdf

— Inventaire du Patrimoine :

— http://monumentshistoriques.free.fr/calvaires/sizun/sizun.html

— Topic-topos :

http://fr.topic-topos.com/ossuaire-sizun

— Infobretagne :

http://www.infobretagne.com/sizun.htm

http://www.infobretagne.com/enclos-sizun.htm

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Sur le Credo apostolique :

Site http://idlespeculations-terryprest.blogspot.fr/2014/02/the-apostles-creed.html

— Grant Kalendrier et compost des bergiers , 1529, imprimé à Troyes.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86095054/f89.item.zoom

 

 Émile Mâle http://patrimoine.amis-st-jacques.org/documents/000135_e_male_credo_des_apotres_2.pdf

—Denis Pichon Note sur les peintures murales de Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren : présence d'un Credo prophétique Société d'émulation des Côtes-d'Armor, 2000, 130, p. 115-122

 Robert Favreau Les autels portatifs et leurs inscriptions, Cahiers de civilisation médiévale 2003 Volume   46 pp. 327-352 :http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ccmed_0007-9731_2003_num_46_184_2865

 — Baptistère de Sienne : http://www.viaesiena.it/fr/caterina/itinerario/battistero/articoli-del-credo/articoli-della-seconda-campata

 — Psautier de Jean de Berry, Enluminures de André Beauneveu 1380-1400 : gallica 

— RANSON (Lynn) 2002 A franciscan program of illumination Insights and Interpretations: Studies in Celebration of the Eighty-fifth .publié par Colum Hourihane  ..pp 84-89 En ligne

 

— GAY (Françoise) 1993, Le choix des textes des prophètes face aux apôtres au Credo", in Actes du Colloque Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon 

 HASENORH (Geneviève), 1993 "Le Credo apostolique dans la littérature française du Moyen-Âge", Actes du Colloque Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon 

 LACROIX (Pierre) , Renon, Andrée,  Mary, Marie-Claude, Vergnolle, Éliane [Publ.] Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon (1993).Sommaire en ligne 

 — GAULTIER DU MOTTAY (Joachim) Répertoire archéologique du département des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, 1883-1884, extrait des Mémoires de la Société archéologique et historique des Côtes-du-Nord, nouvelle série, T.I, 1883-1884.

 

— RENON F, relevé du Credo du chœur de la cathédrale de Cambray en 1404 Revue de l'art chrétien: recueil mensuel d'archéologie religieuse, Volume 8 Arras ; Paris 1864 page 262.

—  RITZ-GUILBERT, Anne 1993 ; "Aspects de l'iconographie du Credo des apôtres dans l'enluminure médiévale", Pensée, image & communication en Europe médiévale : à propos des stalles de Saint-Claude; Besançon; Asprodic L'auteur analyse les Credo typologiques apparus dans l'enluminure du 13e siècle, puis la version originale qu'en donne Jean Pucelle dans le Bréviaire de Bellevill (Paris, B. N., ms lat. 10483) aux environs de 1323-1326. Le peintre a utilisé le Credo des apôtres comme attribut de la vertu personnifiée de la Foi

SCHMITT (Jean-Claude), 1989  "Les images classificatrices", in Actualité de l'histoire à l'Ecole des chartes: études réunies à l'occasion publié par Société de l'Ecole des charte 1989 pp.311-341.

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Published by jean-yves cordier - dans Sizun Credo Rohan
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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 14:43

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Plan :

  • L'interversion des deux noms des Sibylles
  • L'étude du texte de leur phylactère
  • L'inscription MEIAPAROS
  • L'Infante Isabelle du Portugal, modèle de la Sibylle de droite.

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Chacun connaît le polyptyque de  l’Adoration de l'Agneau mystique de la cathédrale de Gand, débuté vers 1420 par Hubert Van Eyck et achevé de 1426 à 1432 par son frère Jan. En effet, ce  chef-d'œuvre de la peinture des primitifs flamands, inscrit sur la liste du patrimoine culturel mondial par l'UNESCO, est mondialement connu, et a été étudié dans ses moindres détails, ce qui représente une lourde tâche  pour un ensemble de 24 panneaux mesurant  3,75 m sur 5, 20 m. 

Et pourtant, et pourtant, ce retable si fameux dissimule (visible comme le nez au milieu du visage) une belle erreur dont les peintres (où quelque restaurateur) se sont rendus coupables. Et dont les auteurs des articles encyclopédiques ( et même les auteurs du beau livre  Van Eyck par le détail) ne rendent pas compte, si j'excepte l'article Wikipédia en ..japonais. 

Cette "bavure" porte sur les deux Sibylles peintes en grisaille sur la face extérieure des volets.

En effet, le retable était ouvert les dimanches et fêtes, montrant en haut la Déisis et en bas l'Adoration de l'Agneau de Dieu, mais les volets  étaient fermés les jours de semaine et montraient une scène composite à tris registres. Au milieu, l'Annonciation ;   en bas le couple de donateurs  Joost Vijdt et  Lysbette Borluut autour de  saint Jean-Baptiste et saint Jean l’Évangéliste.  C'est en partie haute, au dessus de l'Annonciation, que nous trouvons sur les cotés deux prophètes dans des panneaux en demi-lunes et au centre les deux Sibylles occupant les deux moitiés de la  même arcade. Si les prophètes ont, pour l'Église, annoncés par leurs oracles la venue du Sauveur au monde hébraïque, les Sibylles ont prédit par leurs vaticinations le même événement aux "Gentils" (païens) d'Europe, d'Afrique et d'Asie. Si les deux prophètes et les deux prophétesses sont venus occuper les combles au dessus du plafond de la chambre de la Vierge, c'est précisément parce qu'ils ont prévus depuis des lustres ce qui est en train de s'y dérouler : une jeune fille vierge va devenir enceinte par l'opération du Saint-Esprit et donner naissance au Sauveur dont  l'humanité attend sa rédemption. Le texte de leurs prévisions, qui le démontre, se déroule en paperolles au dessus de leurs têtes.

Alors, cherchons l'erreur ? En chemin, nous découvrirons des détails inattendus. Et des énigmes mal résolues.

Quelques images préalables pour situer les lieux.

 

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https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Agneau_mystique#/media/File:Lamgods_closed.jpg

 

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https://ja.wikipedia.org/wiki/%E3%83%98%E3%83%B3%E3%83%88%E3%81%AE%E7%A5%AD%E5%A3%87%E7%94%BB#/media/File:Ghent-altarpiece-Lunetes-left.jpg

 

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I. "SIBILLA ERITREA", panneau de 212 cm x 37.1 cm. Une inversion des noms avec la Sibylle de Cumes.

http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=53&id2=0

Dans le panneau central de gauche, une femme à genoux et tournée vers la gauche  est vêtue d'une robe blanche bordée d'or très semblable à celles de la Vierge et de l'Ange et formant ainsi une triangulation.  Un châle  noir est noué autour de son cou . Sa tête est recouverte d'un turban blanc rayé de bleu. Celui-ci retient un voile jaune d'or, à bord échancré et ourlé de noir, et  qui recouvre ses épaules, son dos et ses reins. Une perle pend par un anneau à son oreille droite. Un bracelet est passé à son poignet gauche : c'est un épais demi-jonc en or, constellé de brillants.

Il est écrit sur la banderole  au dessus de sa tête : NIL MORTALE SONANS AFFLATA...ES NUMINE CELSO . La traverse au bas du compartiment porte l'indication  SIBILLA ERITREA.  En réalité, l'inscription est tirée du Livre VI de l'Énéide de Virgile et se donc rapporte à la Sibylle de Cumes. A l'évidence, il y a eu une interversion des panneaux et des noms des sibylles, puisque la prophétesse voisine porte sur la traverse inférieure l'inscription qui conviendrait ici,  SIBILLA CUMANA. Nous allons voir que c'est une interversion des inscriptions des traverses, et non des textes des banderoles,  et que la sibylle représentée ici est bien celle de Cumes. Cette interversion a été remarquée et argumentée en 1945 par Jean Gessler (1878-1952), professeur à l'Université de Louvain, dans une brève communication dans la Revue belge de philologie et d'histoire. On peut aussi arguer d'une confusion flottante, depuis Saint Augustin et toujours au XVe siècle, entre la Sibylle de Cumes et celle d'Érythrée avant de penser à une erreur.

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1. L'origine et le sens du texte de la banderole : l'Énéide de Virgile.

Nil mortale sonans afflata es numine celso  est une citation partielle et détournée d'une épopée extrêmement célèbre du poète latin Virgile, l'Énéide, racontant les aventures du héros troyen Énée, fils d'Anchise et de la déesse Aphrodite. Anchise, que son fils a enterré en Sicile, lui apparaît et lui demande d'aller voir la Sibylle de Cumes afin qu'elle le conduise aux Enfers, où il pourra lui parler. Il se rend donc avec son navire à Cumes, près de Naples (Italie), où se trouve l'antre de la Sibylle. Le Livre VI est celui de cette "catabase", ou descente aux Enfers ; il débute par l'arrivée devant le temple d'Apollon :

"Le pieux Énée de son côté gagne la hauteur que domine le haut Apollon et, plus loin, l'antre immense, la retraite de l'effrayante Sibylle, à qui le prophète de Délos [Apollon] insuffle grande intelligence et grande énergie, et lui découvre l'avenir." ...

"Le flanc immense de la roche euboïque [golfe d'Eubée] a été creusé, formant un antre, où conduisent cent larges accès, cent portes, d'où surgissent autant de voix, les réponses de la Sibylle. On était arrivé au seuil, lorsque la vierge déclara : « C'est le moment d'interroger les destins ; le dieu, voici le dieu ! »

C'est ici que se situe le vers qui nous occupe  : celui de l' Énéide Livre VI vers 50 :

Cui talia fanti ante fores subito non uoltus, non color unus, non  mansere comae ; sed pectus anhelum, et rabie fera corda tument ; maiorque uideri, nec mortale sonans, adflata est numine quando iam propiore dei

"Pendant qu'elle parle ainsi devant les portes, ses traits, son teint subitement se décomposent, ses cheveux en désordre se soulèvent, tandis que sa poitrine se fait haletante, et son cœur déchaîné se gonfle de rage ; elle apparaît plus grande, sa voix n'est plus d'une mortelle, puisque l'atteint le souffle puissant du dieu déjà tout proche." 

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/Virg/V06-001-263.html

Ce rôle de la Cumméenne comme passeuse vers les Enfers fut si réputé dans tout le moyen Âge que Dante choisi Virgile comme guide dans l'Enfer de sa Divine Comédie (et selon Manetti, la "forêt obscure" du vers fameux Nel mezzo del cammin di nostra vita / mi ritrovai per una selva oscura / ché la diritta via era smarrita se situe entre Naples et Cumes).

Mais le vers a été modifié et le mot celso (de celsus "haut, élevé") a remplacé l'expression quando iam propiore dei. De même, Nec ("Ni, et ne") est remplacé par Nil ("rien, en rien, nullement").   Et Est, "elle est" se transforme en es "tu es".  Je traduis donc la banderole librement ainsi : " Tu ne prononces aucun des mots d'une mortelle, tu es inspirée par les signes d'en haut". Le Numen est, au départ, le signe de tête d'un Dieu qui marque sa volonté inflexible. 

Le vers de Virgile, simple description de la transformation de la Sibylle sous le coup de l'inspiration divine, est transformé par ces petits changements en une vaticination adressée à...Mais à qui ?

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 La Sibylle de Cumes, volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

La Sibylle de Cumes, volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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Mais à qui s'adressent ces mots ? Ils ne peuvent, dans ce contexte, s'adresser à la Sibylle, puisque c'est elle qui parle. Pourtant, ils semblent définir l'action même de prophétiser : du latin tardif prophetizo, emprunt de l'ancien grec, variante hellénistique de propheteuo de πρό- ‎(pró-, “avant”) +‎ φημί ‎(phēmí, “J'annonce, je déclare, je parle ”). « j'annonce les desseins de Dieu, par inspiration spéciale» (en français dès 1155).

Il pourraient s'adresser à l'ange Gabriel, mais un indice montre qu'ils s'adressent à la Vierge : Dans l'Annonciation du Polyptyque, les paroles prononcées par l'ange Gabriel AVE GRATIA sont écrites à l'endroit, de même que leur suite écrites sur la fenêtre et la colonne voisine PLENA DNS TECU[M], alors que celles prononcées par la Vierge sont écrites doublement à l'envers (en miroir et donc en rétrograde et tournées vers le haut)  ECCE ANCILLA DNI. 

Cette subtilité, est reprise dans l'Annonciation de Van Eyck aujourd'hui à Washington, et peinte deux à quatre ans après l'achèvement du Polyptyque.

L'inscription inversée a été  interprétée comme "écrite à l'envers pour que Dieu puisse la lire du ciel" (!) ou "destinée à la colombe du Saint-Esprit" qui plane au dessus de la tête de Marie. En réalité, si nous considérons cette double inversion comme une représentation picturale du Nil mortale sonans, et du fait que les paroles qui sortent de la bouche de la Vierge sont inspirées par l'Esprit-Saint comme paroles non humaines, mais sacrées, nous atteignons des sommets de théologie et de spiritualité. Cette simple écriture rétrograde et renversée témoigne alors que la Vierge "per-phétise", rend actuel ce que la Sibylle a pro-phétisé, qu'elle accomplit la vaticination sibylline telle que l'a écrite plus haut le peintre.

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http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=49&id2=0

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http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=61&id2=0

 

 

 

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L'Annonciation de Jan Eyck de 1434-36 à Washington :

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6a/Jan_van_Eyck_-_The_Annunciation_-_Google_Art_Project.jpg

 

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 La Sibylle de Cumes, volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

La Sibylle de Cumes, volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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Les auteurs de la fin du XVe siècle (F. Barbieri) ne feront pas référence, pour la Sibylle de Cumes, au texte de l'Énéide, mais à trois autres textes : la légende des Livres et de Tarquin, les Métamorphoses d'Ovide, et les Bucoliques de Virgile. 

a) L'histoire de l'acquisition des livres sibyllins par Tarquin le Superbe, dernier roi de la monarchie romaine , ou Tarquin , est la suivante : une vieille femme "qui n'était pas originaire du pays"  arrive un jour à Rome et propose à Tarquin d'acheter neuf livres de prophéties ; et comme le roi refuse de les acheter, en raison du prix exorbitant qu'elle demandait, elle en brûle trois. Elle offre les six restant, pour le même prix. Nouveau refus du roi. Elle en brûle à nouveau trois, décidant ainsi le roi a acheter les trois derniers. C'est l'origine des Livres Sibyllins, les textes sacrés de l'État romain, conservés au Capitole et que l'on consultera lors des grands dangers car ils sont censés contenir les destinées de l’État.  Les livres sibyllins exposaient la doctrine de l'éternel retour : à la fin de chaque cycle, ou Grande Année, les astres retrouvent la même place dans le ciel, ce qui amène le retour des événements dans le même ordre.

 La vieille femme n'était autre que la Sibylle de Cumes.

b) Le Livre XIV des Métamorphoses d'Ovide reprend l'épopée d'Énée. Il se rend à Cumes, où sa réputation d'homme valeureux lui vaut la faveur de la Sibylle à qui il a demandé de pouvoir visiter  les mânes de son père. La Sibylle lui fait couper un rameau d'or, lui permettant l'accès au royaume des morts et la possibilité d'apprendre de la bouche d'Anchise les lois de l'au-delà et d'autres révélations sur les dangers qui l'attendent encore sur terre. Après quoi, il quitte le monde souterrain en compagnie de la prêtresse. (14, 101-121)

Chemin faisant, il promet à la Sibylle de lui élever un temple pour lui montrer sa reconnaissance. Précisant qu'elle n'est pas une divinité, la Sibylle lui raconte son histoire : elle inspira un jour une vive passion à Apollon qui, pour la séduire, lui proposa d'accomplir le vœu qu'elle choisirait ; elle souhaita vivre autant d'années qu'il y avait de grains de poussière dans une poignée de sable, sans spécifier qu'il s'agissait d'années de jeunesse. Le dieu, qui n'était pas arrivé à la séduire, tint pourtant sa promesse. C'est ainsi que la Sibylle, âgée de sept siècles déjà, toujours solitaire et vierge, doit encore vivre trois cents années avant de n'être plus qu'une voix. (14, 122-153)

c) Dans la quatrième Églogue de Virgile se trouve le célèbre vers : Ultima Cumaei uenit iam carminis aetas « Le voici venu, le dernier âge de l'oracle de Cumes »  Buc., 4, 4  . Les vers suivants annoncent qu'une vierge venue des cieux donnera naissance à un enfant qui renouvellera le monde. Au sens littéral et historique la quatrième Églogue est un message de félicitation adressé au consul Pollion, l'ami de Virgile, avant la venue au monde de son enfant. Le passage s'adresse à Lucine, protectrice des accouchées.  Et Virgo désigne Astrée, fille de Zeus et de Thémis, qui pendant l'âge d'or, habitait la terre, avant de prendre place parmi les constellations. Mais depuis Saint Augustin et les Pères de l'Église, les chrétiens, inspirés par  la consonance avec la prophétie d'Isaïe, 11, 1 : '" Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines",  s'accordèrent à y voir la prédiction par Virgile / par la Sibylle italienne de la naissance du Christ. Par une vierge (virgo). Le chant de la Cuméenne – Carmen cumaeum–  devient annonce messianique.

Ultima Cumaei venit jam carminis aetas ;

Magnus ab integro saeclorum nascitur ordo.

Jam redit et virgo, redeunt Saturnia regna,

Jam nova progenies cœlo demittitur alto.

Casta, fave , Lucina, tuus jam regnat Apollo. Virgile, Bucoliques 4, 4-10.

"Il est venu, le dernier âge de la prophétie de Cumes  le grand ordre des siècles naît sur de nouvelles bases Déjà revient aussi la Vierge, revient le règne de Saturne, déjà une nouvelle race est envoyée du haut du ciel. Toi, du moins, à l'enfant qui naît par qui la race de fer finira enfin et surgira une race d'or dans le monde entier, chaste Lucine, accorde ta protection ; déjà règne ton [frère] Apollon" http://fleche.org/lutece/progterm/virgile/eglogue4.html

 

d) Cette réputation de l'Églogue de Virgile datait de saint Augustin,  au IVe siècle : d'après Jean-Michel Roessli, :

La conception qu'Augustin se fera des sibylles, découle de sa lecture chrétienne de la quatrième Églogue qui se profile déjà dans le premier texte où il y fait référence, soit dans l'ep. Rom. inch., § 3, rédigée vers 394-395. Dans ce petit traité exégétique, le futur évêque d'Hippone explique qu'il y eut, au cours de l'histoire, des prophètes qui n'étaient pas à proprement parler des interprètes de la Parole de Dieu, mais qui ont entendu des prophéties relatives au Christ et les ont chantées. C'est à cette catégorie, dit-il, que l'on rattache la Sibylle, rapportant ainsi une opinion apparemment fort répandue. Augustin s'empresse ensuite d'ajouter qu'il aurait du mal à y croire si le plus noble des poètes latins, à savoir Virgile, n'avait lui-même parlé du renouvellement du monde en des termes qui évoquent le règne de Jésus-Christ. Or, la source d'inspiration à laquelle Virgile se réfère n'est autre que le carmen Cumaeum, naturellement identifié par Augustin à un oracle de la Sibylle du même nom . 

« Il y a eu en effet des prophètes qui n'étaient pas les prophètes de Dieu et dans lesquels on trouve également quelques oracles prophétiques chantant les oracles qu'ils avaient entendus sur le Christ, comme on le dit aussi de la Sibylle ; ce que je ne croirais pas facilement, si l'un des poètes les plus nobles de la langue latine, célébrant l'avènement d'une ère nouvelle en termes qui paraissent assez correspondre et convenir au règne de Notre Seigneur Jésus-Christ, n'avait commencé par ce vers : “Le dernier âge de l'oracle de Cumes est enfin venu” (Virgile, Églogue, 4, 4). Or, personne ne doutera que l'oracle de Cumes est un oracle de la Sibylle. »AUG., ep. Rom. inch. 3 (PL, 35, col. 2089) 

Augustin reprend cette idée dans la lettre 258 à Marcianus : 

« Votre vie présente vous rend digne de recevoir, par les eaux salutaires du baptême, la rémission de vos péchés passés. Car c'est seulement à Notre Seigneur Jésus-Christ que le genre humain peut dire : “Sous ta conduite, s'il reste encore quelques traces de nos crimes, / elles disparaîtront, et la terre n'aura plus rien à craindre” (Virgile, Églogue, 4, 13-14). Virgile avoue qu'il a emprunté ces deux vers à l'oracle de Cumes, c'est-à-dire à la Sibylle. Peut-être cette prophétesse avait-elle, par une inspiration, appris quelque chose sur notre unique Sauveur, et avait-elle été forcée de le révéler. » AUG., ep. 258, 5 (CSEL, 57, p. 609, l. 11-17-p. 610, l. 3) 

Et à nouveau ici dans la Cité de Dieu Livre X chap. 27

« Car il ne t'aurait pas trompé celui que “vos propres oracles”, comme tu l'écris toi-même, ont reconnu saint et immortel : lui dont a parlé le plus illustre des poètes, en poète il est vrai, car il traçait l'ébauche d'un autre personnage, mais non sans vérité, si on rapporte au Christ ces vers : “Sous ta conduite, s'il reste quelque trace de nos crimes, / elle sera effacée et la terre délivrée de son perpétuel effroi” (Virgile, Églogue, 4, 13-14). Il s'agit ici de ce qui, en raison de l'infirmité de cette vie, peut subsister sinon de crimes, du moins de traces de crimes, même chez les plus avancés dans la vertu de justice et que seul peut effacer le Sauveur désigné par ces vers. Qu'il ne parle pas en son propre nom, Virgile lui-même l'indique au quatrième vers, je crois, de son Églogue en disant : “Déjà voici venu le dernier âge de l'Oracle de Cumes” (ibid., 4, 4). D'où il apparaît immédiatement qu'il parle ainsi d'après la Sibylle de Cumes », AUG., ciu., X, 27 (CSEL, 40, 1, p. 492, l. 29-p. 493, l. 14) :  traduction de G. Combès [BA 34], Paris, 1959, p. 523-524).

 

Le vers Jam nova progenies caelo de mittitur alto "Déjà une nouvelle progéniture est envoyée du haut du ciel" figure au portail gauche de la façade occidentale de la cathédrale de Laon au XIIe siècle , ou dans les peintures murales romanes récemment découvertes des Salles-Lavauguyon en Limousin, ou dans les stalles de la cathédrale d’Ulm au XVe s, etc.

Si les frères Van Eyck font figurer la Sibylle de Cumes au dessus de l'Annonciation et en référence avec elle, c'est bien-sûr à cause de ces vers de la 4ème Églogue. S'il n'ont pas choisi d'inscrire ces vers sur la phylactère, c'est qu'ils étaient connus de tous les lettrés, et que leur choix de détourner les vers du Livre VI de l'Énéide leur permettait de donner une dimension spirituelle nouvelle à l'ensemble des panneaux.

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La Sibylle de Cumes et la Vierge de l'Annonciation, Van Eyck, Polyptyque de l'Agneau Mystique, http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=53&id2=0

La Sibylle de Cumes et la Vierge de l'Annonciation, Van Eyck, Polyptyque de l'Agneau Mystique, http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=53&id2=0

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2. Le port de la boucle d'oreille par la Sibylle de Cumes.

La boucle d'oreille est, dans la peinture médiévale et plus tardive, non un ornement, mais un signe distinctif indiquant une marginalité ou l'appartenance à un peuple ou une religion différentes de ceux de la chrétienté. On la trouve sur l'oreille du mage Balthasar parce qu'il est noir de peau, à celle de sainte Marie-Madeleine parce qu'elle a été une prostituée, ou à celle de la Vierge pour signifier sa judéité (voir l'Annonciation d'Ambrogio Lorenzetti) . Ici, elle est particulièrement ostensible sur le lobe de la Sibylle, témoignant, comme le turban, d'une appartenance à la fois au monde païen, et à l'Asie (bien que Cumes soit en Italie, c'est une colonie grecque). Néanmoins, c'est une perle de belle taille et de belle eau qui est suspendue à l'anneau. La perle  est un symbole pluriel, attribut de la déesse de l'Amour, mais aussi un modèle de pureté, de limpidité  et donc de virginité et d'innocence, autant de qualités propres à la Vierge. Dans le panneau de l'Annonciation, Marie porte un diadème de dix perles (et cinq autour d'un saphir) et une broche de huit perles autour d'une émeraude. L'Ange en porte six autour du saphir du serre-tête et quatre sur le fermail de sa cape.

Les trois personnages partagent donc non seulement le même vêtement blanc orné d'or, mais aussi les mêmes perles de leurs bijoux. A mon sens, c'est elle qui est associée à l'Annonciation, et donc au Polyptique fermé, alors que sa collègue sera associé au Jugement, et à la peinture du Polyptyque ouvert. Elle est déjà par elle-même une préfiguration de la Vierge.

Les  mains de la Sibylle sont expressives. L'une présente la banderole portant l'oracle, alors que l'autre, la gauche, posée sur le genou droit dans une posture naturelle, tend néanmoins l'annulaire vers la chambre de Marie placée au dessous d'elle.

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 La Sibylle de Cumes, volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

La Sibylle de Cumes, volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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3. Le prophète Zacharie.

Cette Sibylle est couplée (par voisinage) avec la lunette voûtée de gauche qui abrite le prophète Zacharie. Le prophète tend le doigt vers un livre ouvert, dont il tourne une page, tandis qu'une banderole cite le verset du Livre de Zacharie 9:9 :   EXULTA SATIS FILIA SYO[N] JUBILA ECCE REX TUUS VE[N]IT 9°  "Exulte de joie, fille de Sion, voici que ton roi vint à toi. [chap.] 99

La Vierge est reconnue "Fille de Sion" par les exégètes et par la liturgie après qu'il ait été reconnu dans le texte de l'évangile de Luc sur la Nativité et la Visitation (Lc 1:28-33 et Lc 1:46-54) des références avec les oracles prophétiques bibliques de Sophonie 3,14-17; Joël 2,21-27; et Zacharie 2,14.-15; 9,9-10 annonçant la  joie  qui se répandra sur Israël, quand YHWH accordera à son peuple le salut et la libération définitive par la venue d'un roi messianique. La relation typologique entre Zacharie 9:9 et l'Annonciation est donc bien établie à l'époque des frères van Eyck. 

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Le prophète Zacharie,  lunule du volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

Le prophète Zacharie, lunule du volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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II. LA SIBYLLE D'ÉRYTHRÉE SIBILLA CUMANA.

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Sibilla Cumana,  panneau de 213,5 cm x 36,1 cm.

Vous aurez compris que la femme désignée par les mots Sibilla Cumana sur la traverse gris du panneau est en réalité Sibilla Eritrea, la Sibylle d'Érythrée. Elle tient son nom d'une ville antique d'Ionie, en l'actuelle Turquie près d'Izmir (ou au dessus d'Éphèse). Notons que Cumes était, précisément, une colonie des grecs d'Ionie.

 Agenouillée, la tête inclinée vers le bas et la gauche, les sourcils et le front épilés, le regard triste ou pensif, elle  est richement vêtue d'une cotte bleue lacée par devant  et d'une robe verte garnie de fourrure et resserrée par une ceinture dorée.

Elle est coiffée d'un turban brun recouvert d'une résille de perles, puis  d'un voile diaphane qui retombe sur les épaules. Une banderole au dessus de sa tête porte : REX ALT [ISSIMVS]… ADVENIET P[ER] SECLA FVTVR[VS] SCI[LICET]  I[N] CARNE.

Ces mots  la désignent comme la sibylle d'Erythrée, et cette identification est confirmée par les lettres MEIAPAROS. Ce qu'il faut démontrer.

 

 La Sibylle d'Érythrée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

La Sibylle d'Érythrée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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1°) L'inscription de la banderole.

Si on excepte le superlatif  altissimus, elle se réfère à un acrostiche fameux cité par Saint Augustin dans la Cité de Dieu – De Civitate dei – Livre XVIII chap. 23 qui lui a donné son autorité et sa validité. (Si, en matière de Sibylles, Augustin fut précédé par Lactance — Lactance, Institutions Divines Livre IV chap. 18 et 19.  (vers 321) et chapitres 6 et 15 où Erythrée est mentionnée, ou chapitre 13 où le lien est établi entre la tige de Jessé et la prophétie sibyllinne d'une fleur pure qui en  fleurira —, cet auteur ne mentionne pas ce texte et parle le plus souvent de "la Sibylle" sans la dénommer).

L'évêque d'Hippone est, après Lactance, (et avant Quodvultdeus, évêque de Carthage entre 437 et 453, qui fera également un large usage des Oracles sibyllins dans ses écrits, en particulier dans Le livre des promesses et des prédictions de Dieu, 445-455 ) , celui qui fait le plus souvent référence aux sibylles et aux oracles sibyllins dans sa réflexion théologique et dans son œuvre. Nous l'avons vu à propos de la Cuméènne. Dans la Cité de Dieu,  Augustin expose sa conception de l'histoire universelle et y distingue trois grandes étapes ou trois grands moments : 1) l'histoire du peuple de Dieu, telle qu'elle est représentée dans l'Ancien Testament (la Genèse, les Livres historiques et prophétiques), et qu'il commente dans les chapitres 1 à 8 du livre XV ; 2) l'histoire profane, évoquée une première fois au livre XVI, chap. 17, puis amplement développée au livre XVIII, du chapitre 2 au chapitre 26 ; et 3) la récapitulation de l'histoire avec l'entrée en scène de Jésus-Christ et l'avènement de l'Église, ce dont il est question dans les chapitres 49 à 54 de ce même livre XVIII. Dans cet ample tableau de l'histoire universelle, la place réservée aux sibylles est tout à fait exceptionnelle. Pour l'évêque d'Hippone, ces dernières appartiennent bien sûr, de par leurs origines, à l'histoire païenne ou histoire profane, qui se distingue de l'histoire du peuple de Dieu, telle qu'elle est relatée dans l'Ancien Testament, mais elles bénéficient d'un statut privilégié, et ce, parce qu'elles ont annoncé la venue du Christ et rejeté le culte des faux dieux ou des idoles. Ce faisant, Augustin semble ignorer, ou feint d'ignorer, que les poèmes de la Sibylle qui circulent à son époque sont majoritairement des pseudépigraphes rédigés à des fins apologétiques par des auteurs juifs et chrétiens entre le deuxième siècle avant J.-C. et le troisième ou quatrième siècle de notre ère. Il se montre prêt à les accepter comme d'authentiques témoignages de la prescience païenne et à les considérer comme de véritables prophéties, dont certaines n'ont pas grand-chose à envier aux prophéties de l'Ancien Testament. Pour Augustin, la Sibylle parle du Christ avec tant de vérité et contre les faux dieux et leurs adorateurs avec tant de force qu'elle « devrait être comptée au nombre des membres de la cité de Dieu ». Ainsi, bien que d'origine païenne, les sibylles ne sont pas rattachées à la ciuitas terrena, comme les anges déchus par exemple, mais semblent bien devoir être intégrées à la ciuitas Dei. Ici, Augustin n'éprouve pas le besoin de recourir explicitement à l'autorité de Virgile pour justifier son interprétation, comme il l'avait fait dans des écrits antérieurs, mais il y a néanmoins de bonnes raisons de penser qu'il n'aurait pas accordé tant de crédit à ces oracles, si, dans la quatrième Églogue déjà évoquée, Virgile n'avait fait de la Sibylle de Cumes l'annonciatrice du renouveau eschatologique lié à la naissance d'un enfant divin, renouveau qu'Augustin a naturellement rapproché du règne de Jésus-Christ, comme Lactance et Constantin l'avaient fait avant lui , pour autant que l'Oratio ad sanctorum coetum soit effectivement de Constantin ou, tout au moins, d'un auteur contemporain.

Dans le Livre XVIII de la Cité de Dieu, on apprend que l'évêque d'Hippone a pris connaissance de plusieurs oracles ou prophéties sibyllines relatives au Christ: 

"Plusieurs historiens estiment que ce fut en ce temps que parut la sibylle d’Erythra. On sait qu’il y a eu plusieurs sibylles, selon Varron. Celle-ci a fait sur Jésus-Christ des prédictions très-claires que nous avons d’abord lues en vers d’une mauvaise latinité et se tenant à peine sur leurs pieds, ouvrage de je ne sais quel traducteur maladroit, ainsi que nous l’avons appris depuis. Car le proconsul Flaccianus , homme éminent par l’étendue de son savoir et la facilité de son éloquence, nous montra, un jour que nous nous entretenions ensemble de Jésus-Christ, l’exemplaire grec qui a servi à cette mauvaise traduction. Or, il nous fit en même temps remarquer un certain passage, où en réunissant les premières lettres de chaque vers, on forme ces mots : Iesous Kreistos Theou Uios Soter, c’est-à-dire Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur . Or, voici le sens de ces vers, d’après une autre traduction latine, meilleure et plus régulière :

 

"Aux approches du jugement, la terre se couvrira d’une sueur glacée. Le roi immortel viendra du ciel et paraîtra revêtu d’une chair pour juger le monde, et alors les bons et les méchants verront le Dieu tout-puissant accompagné de ses saints. Il jugera les âmes aussi revêtues de leurs corps, et la terre n’aura plus ni beauté ni verdure. Les hommes effrayés laisseront à l’abandon leurs trésors et ce qu’ils avaient de plus précieux. Le feu brûlera la terre, la mer et le ciel, et ouvrira les portes de l’enfer. Les bienheureux jouiront d’une lumière pure et brillante, et les coupables seront la proie des flammes éternelles. Les crimes les plus cachés seront découverts et les consciences mises à nu. Alors il y aura des pleurs et des grincements de dents. Le soleil perdra sa lumière et les étoiles seront éteintes. La lune s’obscurcira, les cieux seront ébranlés sur leurs pôles, et les plus hautes montagnes abattues et égalées aux vallons. Plus rien dans les choses humaines de sublime ni de grand. Toute la machine de l’univers sera détruite, et le feu consumera l’eau des fleuves et des fontaines. Alors on entendra sonner la trompette, et tout retentira de cris et de plaintes. La terre s’ouvrira jusque dans ses abîmes; les rois paraîtront tous devant le tribunal du souverain Juge, et les cieux verseront un fleuve de feu et de soufre."

Ajoutez à cela que, si l’on joint ensemble les premières lettres de ces cinq mots grecs que nous avons dit signifier Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, on trouvera Ichthus, qui veut dire en grec poisson, nom mystique du Sauveur, parce que lui seul a pu demeurer vivant, c’est-à-dire exempt de péché, au milieu des abîmes de notre mortalité, semblables aux profondeurs de la mer.

D’ailleurs, que ce poème, dont je n’ai rapporté que quelques vers, soit de la sibylle d’Erythra ou de celle de Cumes, car on n’est pas d’accord là-dessus, etc..." (Cité de Dieu XVIII, 23)

Voici maintenant l'acrostiche et le passage qui nous concerne (les premières lettres, en gras, sont en réalité des lettres grecques)

 

I Iudicii signum tellus sudore madescet. "Signe du jugement : la terre sera trempée de sueur."

H E caelo rex adueniet per saecla futurus, "Du ciel viendra le roi qui régnera dans les siècles",

S Scilicet ut carnem praesens, ut iudicet orbem.  "pour en personne juger la chair et la terre."

O Unde deum cernent incredulus atque fidelis "C'est pourquoi l'incroyant et le fidèle le verront,"

U Celsum cum sanctis aeui iam termino in ipso. "le Dieu très haut, avec les saints, dès la fin même des temps."

S Sic animae cum carne aderunt, quas iudicat ipse, "Ainsi les âmes avec leurs corps seront là ; lui-même les juge,"

 

 

Soit, pour la part la plus citée et devenue fameuse: Indicii signum tellus sudore madescet, E coelo Rex adveniet per saecla futurus, Scilicet in carne praesens ut judicet orbem. La traduction diffère, notamment pour les mots in carne.  L'inscription Rex alt. adveniet per saecla futurus scilicet in carne, "et alors un Roi dont le règne doit être éternel, descendra des Cieux : il descendra revêtu d'un corps humain " 

Ce poème grec d'Eusèbe de Césarée attribué à la Sibylle érythréenne  et traduit en latin par Augustin fut repris par Quodvultdeus, évêque de Carthage dans son  Sermo contra Judaeos, Paganos et Arianos  ; ce sermon était lu comme sixième leçon des offices de la Nativité, puis  intégré à des drames liturgiques. Le poème figure avant le Xe siècle dans la liturgie de Noël sous le titre  Judicii signum tellus sudore madescet, et il fut  inclus au XIe siècle dans le drame liturgique intitulé "Ordo prophetarum". -On en connaît 23 versions monophoniques et 6 versions polyphoniques. Voir The Song of the Sibyll . Les vers sont inscrits dans divers monuments et documents : le premier vers Judicii signum se retrouve à la cathédrale de Sessa Aurunca en Italie du Sud au XIIIe siècle. Le vers qui suit, e caelo rex adveniet per secla futurus, est en l’église de la Nativité à Bethléem, au portail nord de la façade de la cathédrale de Laon, et dans les peintures murales des Salles-Lavauguyon. 

Pierre Abélard y fait référence au XIIe siècle dans ses Lettres à Héloïse an ajoutant  "Que la sibylle paraisse ici la première, et qu'elle nous dise ce qui lui a été révélé au sujet de Jésus-Christ. […] nous verrons que cette grâce [de la prophétie] est bien plus éminente dans cette femme que dans tous les hommes".

Au XIIe siècle également, Honorius d'Autun le cite dans  un Sermon pour le jour de l'Annonciation (Speculum Ecclesiae, In  Annuntiat. Patrol., I- CLXXII, col. 90 j et suiv.).


En conclusion, ce texte Rex altissimus adveniet per secla futurus scilicet in carne  au dessus de la Sibylle d'Érythrée est une citation partielle du début du célèbre acrostiche et se traduit ainsi :

"Un roi viendra du ciel qui sera pendant des siècles, bien entendu [scilicet]  dans la chair". Ou bien comme le propose Roessli "Du ciel viendra le roi qui régnera dans les siècles  pour en personne juger la chair et la terre."

Il annonce la venue d'un roi sauveur, ou bien l'incarnation royale d'une divinité céleste. En ce sens, il est lié à l'Annonciation, et c'est bien ainsi que ces mots sont sculptés au portail de la cathédrale de Laon sous la forme Et : P : Secla : Futur.

Le portail nord de la cathédrale de Laon.

Il mérite que nous l'examinions, car le tympan entièrement dédié à la Vierge associe l'Annonciation, la Nativité et l'Annonce aux Bergers, puis l'Adoration des mages, alors que les voussures comportent d'un coté Virgile avec une citation de la 4ème Églogue, et de l'autre la Sibylle avec l'inscription abrégée de Per secla futurus. Les relations avec l'Annonciation et les deux Sibylles du Polyptyque sont donc caractérisées. Je ne peux mieux faire que de renvoyer à l'étude et aux figures de Marie-Louise Thérel (1972).  Ce portail encadre les scènes centrales par une typologie biblique extrêmement élaborée, dont le but est de fonder par les textes bibliques et sibyllins la virginité de la Vierge.  En effet,pour les écrivains ecclésiastiques, le thème de la maternité virginale de Marie est l'un des plus fréquemment développés parce qu'il prouve la divinité du Christ. Aussi sont sculptés dans les voussures, outre Virgile et la Sibylle, la femme qui écrase la tête d'un dragon, le buisson ardent qui brûle devant Moïse sans se consumer, la pluie qui mouille la toison de Gédéon sans atteindre l'aire environnante, la porte close d'Ézéchiel, la nourriture portée à Daniel à travers la voûte scellée, la présence de Yahvé dans l'Arche qui garde la manne et la verge fleurie d'Aaron, La jeune fille attirant la licorne par sa virginité,  la préservation des jeunes Hébreux du feu de la fournaise, autant de prodiges qui préfigurent la conception et la naissance virginale du Christ.

L'inscription de la Sibylle d'Érythrée, qui m'avait d'abord paru annoncer le Jugement Dernier, est donc, comme celle de la Sibylle de Cumes, en rapport avec l'Annonciation qu'elles dominent, dans un argumentaire destiné à prouver que, comme les textes prophétiques bibliques, les vaticinations des prêtresses d'Apollon des païens annonçaient l'Incarnation d'un roi rédempteur de l'Humanité.

     

    La Sibylle d'Érythrée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

    La Sibylle d'Érythrée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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    La Sibylle d'Érythrée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

    La Sibylle d'Érythrée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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    Le prophète Michée.

    http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=61&id2=0

    Cette Sibylle est couplée (par voisinage) avec la lunette voûtée de droite qui abrite le prophète Michée. 

     Drapé dans un manteau doublé de vair (fourrure) , il regarde Marie. A côté de lui, un livre est posé et au dessus de lui est inscrit:  Ex te egredietur qui sit dominator in Israel Michée 5:2 "mais c'est de toi que sortira celui qui doit régner en Israël."

    Le mot egredietur évoque si immédiatement la prophétie d'Isaïe 11:1 Egredietur virga de radice Jesse, et flos de radice ejus ascendet, que l'on peut dire qu'elle se trouve citée ici en creux.Mais le verset de Michée insiste sur la fonction royale, reprenant l'annonce de la Sibylle sur le Roi qui viendra pour les siècles à venir.

     

     

    Le prophète Michée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

    Le prophète Michée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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    L'Inscription MEIAPAROS.

    http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=57&id2=0

    La Sibilla Cumana (alias la Sibylle d'Érythrée) porte sur un galon doré l'inscription MEIAPAROS brodé sur le galon doré de l'encolure carrée de son corsage.

    Ces lettres ont été interprétées par Jean Gessler en 1945 : 

    "Ceci étant admis [l'interversion du nom des deux Sibylles], on expliquera plus aisément l'inscription sur le corsage de la seconde sibylle, telle qu'elle a été découverte et transcrite correctement par le chanoine Van den Gheyn : M ΕΙ Α ΠΑΡΘΣ. Ce meia parthenos a été complété généralement comme Cumeia parthenos, e. a. par feu l'abbé L. Aerts, adversaire du chanoine précité dans l'identification du personnage principal. Cette reconstitution est inadmissible, parce que basée sur une forme fictive, la dénomination réelle étant Cumaea ou Cumana. Une fois la sibylle au corsage orné reconnue comme l'Erythrée, on lira, à la suite de Virgile (Priameia virgo : Cassandre) : Priameia parthenos, que l'on interprétera ici, pour les besoins de la cause, comme : « vierge (du pays) de Priam »."

    On objectera qu'aujourd'hui, on lit ΜΕΙΑPΑRΟΣ , que la cinquième lettre est un P et non un Π et que la septième lettre est un O et non un Θ ou thêta. Néanmoins, on ne balayera pas la précieuse hypothèse pour autant. Les publications du chanoine Gabriel  van den Gheyn ne sont pas consultables en ligne : il s'agit de publications qui font autorité : L'interprétation du retable de Saint Bavon à Gand: l'Agneau mystique des frères Van Eyck. Bruxelles, 1920, et  L'art ancien à Gand: le retable de l'Agneau mystique des frères van Eyck, Gand, 1921.

     

    Primaeia virgo se trouve, chez Virgile, dans l'Énéide livre III vers 321, où Andromaque s'exclame :

     "Elle est heureuse entre toutes, la fille de Priam, qui, près du tertre d'un ennemi, sous les hauts murs de Troie, fut condamnée à mourir, sans avoir à subir un tirage au sort et sans avoir, captive, à partager la couche d'un vainqueur ! "

    La "fille de Priam" est identifiée comme Polyxène, mais aussi comme Cassandre. Mais il faut beaucoup de bonne volonté "pour les besoins de la cause" pour glisser de Meiaparos à Meia Parthenos, pour emprunter le détour virgilien de  Primaeia virgo , pour accepter d'y reconnaître Cassandre, avant de traduire Primaeia pathenos par "Vierge du pays de Priam" et d'y voir la désignation d'une Sibylle, Cassandre alias Érythrée !

    "Force est de constater que, parmi les dix Sibylles de l’Antiquité, aucune ne s’appelait Cassandre. Néanmoins, une tradition ancienne, sûrement d’origine hellénique post-homérique, attribuait à ce personnage des dons divinatoires. Dans la mythologie grecque, Cassandre est la fille de Priam, le roi de Troie et d’Hécube. D’après Homère elle est d’ailleurs la plus belle des filles de Priam, alors que dans le XIe chant de l’Odyssée on raconte son meurtre perpétré par Clytemnestre. Le don de la prophétie procède d’une tradition plus tardive qui rapporte qu’elle fut aimée d’Apollon, qui lui accorda ce don, mais lorsqu’elle repoussa son amour, le dieu la condamna à toujours prophétiser la vérité sans être crue. Et c’est dans ce rôle qu’elle apparaît chez les tragiques grecs : elle prédit en vain la chute de Troie, en annonçant même la ruse du cheval d’Ulysse. Les princes étrangers, épris de sa beauté, viennent lutter aux côtés de Troyens, et tombent tous sous les coups de guerriers grecs. Cassandre est ainsi vouée à rester seule, et ne se mariera jamais. Après le sac de Troie, Cassandre échoit comme concubine à Agamemnon, chef des Grecs, mais lors de leur retour à Mycènes elle est assassinée par Clytemnestre, la femme d’Agamemnon. Nous retrouvons sa figure chez les Latins : Sénèque, dans sa pièce Agamemnon, décrit le désespoir de Cassandre après la perte des siens lors de la guerre de Troie (vers 695-709). Elle apparaît également à quatre reprises dans l’Enéide de Virgile (Virgile, Enéide, II, 246, 343, 403 ; III, 183, 187 ; V, 636, X, 68.), où on rappelle le destin malheureux de la célèbre prophétesse troyenne. Néanmoins, nous devons à Servius (Ve siècle de notre ère), le commentateur de Virgile le plus lu au Moyen Âge, d’avoir établi, sans le vouloir, le lien entre la Sibylle de Cumes et Cassandre. En effet, Servius commente la figure de Cassandre chez Virgile en la confondant avec celle de Cumes, sans doute influencé par l’histoire de cette dernière, qui apparaît aussi dans les Métamorphoses d’Ovide, et qui présente plusieurs points de contact avec l’histoire de Cassandre. Chez Ovide, la Sibylle de Cumes, comme chez Virgile au VI chant de l’Enéide, est celle qui permet à Enée d’avoir accès au royaume de l’Hadès, pour rencontrer l’ombre de son père Anchise grâce au rameau brillant (« fulgentem ramum ») (qui était d’or chez Virgile) qu’il doit détacher d’un arbre. Chez Virgile, tout comme chez Ovide, la Sibylle de Cumes est la gardienne de l’Hadès à cause de son âge immémorial, car elle avait demandé à Apollon, en échange de ses faveurs, de lui accorder autant d’années que le nombre des grains de sable qu’elle tenait dans sa main. Mais elle avait oublié de demander aussi que ces années fussent toujours ceux de la jeunesse, et Apollon, face à la trahison de la Sibylle, lui accorda son vœu, qui devint ainsi une malédiction, car la Sibylle vieillissait sans mourir, d’où le fait qu’elle ne put jamais se marier. Seule la voix lui resta, avec laquelle elle émettait un son de plus en plus rauque, qui exprimait son désir de mourir." (E. Canonica).

    Je lis aussi que "le marquis de Santillane, Iñigo López de Mendoza, dans sa Comedieta de Ponza (composée vers 1435-1436), associe la Sibylle Érythrée à Cassandre, dans deux vers consécutifs : « e la muy famosa sebila Heritea ; / vi a Casandra e vi a Almatea » (CII, vers 812-813)."

    Néanmoins, nous pouvons  penser que l'inscription n'est pas clairement déchiffrée aujourd'hui. Malgré la proposition qui va suivre.

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    La Sibylle d'Érythrée, inspirée par l'Infante Isabelle ?

      D'après Wikipédia "Le 19 mai 1425, une lettre patente  nomme Jan Eyck peintre de cour et valet de chambre au service de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Sa mission n'est pas attachée à une résidence du duc ni pour des travaux traditionnels de décorations pour des fêtes, il est chargé de missions exceptionnelles et secrètes comme l'indiquent les archives bourguignonnes à son sujet. Une rente annuelle fixe lui est régulièrement attribuée jusqu'à sa mort. Il doit pour cela rester proche du duc et déménage à Lille, résidence ducale habituelle, où il est mentionné avant le 2 août 1425.

     Pour ces missions,  il obtient à chaque déplacement des sommes beaucoup plus importantes que sa rente annuelle. En juillet et août 1427, il perçoit de nouveau des sommes pour des missions diplomatiques à l'étranger. L'une d'entre elle pourrait être un voyage à la cour d'Alphonse V d'Aragon, à Valence pour lui demander la main de sa nièce Isabelle d'Urgel pour Philippe le Bon. Entre le 19 octobre 1428 et le 25 décembre 1429, il est  envoyé en ambassade au Portugal, afin de négocier le mariage entre le duc de Bourgogne et Isabelle de Portugal auprès du père de celle-ci, Jean Ier de Portugal.Après qu'une tempête les ait forcés à passer quatre semaines en Angleterre, les Bourguignons sont arrivés à Lisbonne en décembre. En janvier 1429, ils ont rencontré le roi dans le château d' Aviz  où Jan Eyck réalise deux portraits de la future duchesse. Ils furent expédiés au duc le 12 février pour accompagner les deux groupes distincts qui ont quitté la ville par mer et par terre.

     Pendant cette période, Jan van Eyck effectue aussi des déplacements personnels. Il est invité le 18 octobre 1427 lors de la Saint Luc à Tournai. La corporation locale des peintres y organise un banquet en son honneur. Il y rencontre sans doute à cette occasion Robert Campin (1378-1444) et Roger de la Pasture, futur Rogier van der Weyden, ou encore Jacques Daret (1404-1470), tous membres de cette corporation. Il retourne d'ailleurs à Tournai le 23 mars 1428. Notez que Jacques Daret (ou Robert Campin) est l'auteur d'un "Portrait de Louise de Savoie en Sibylla Agrippa" daté de 1430-1440 par Chatelet (mais Louise de Savoie n'est pas née), et de 1525 par Thürlemann (mais les deux artistes sont morts  à cette date) . https://rkd.nl/en/explore/images/65821

     On a perdu la trace des portraits d'Isabelle de Portugal par Jan Eyck , mais une copie à l'encre de Chine  du XVIIe siècle en a été conservé  (Archives Nationales  de Torre do Tombo, Lisbonne) ). Le cadre  comporte dans la frise des briquets ou "fusils" en forme de B horizontal, éléments propres au duc de Bourgogne et que l'on retrouvent dans le collier de la Toison d'or, ordre fondé le 10 janvier 1430 à l'occasion du mariage du duc avec Isabelle du Portugal). On y lit le titre L'INFANTE DAME ISABIEL et l'inscription

    Cest la pourtraiture qui fu envoiié a phe duc de bourgoingne & de brabant de dame ysabel fille de roy Jehan de portugal & dalgarbe seigneur de septe par luy conquise qui fu depuis feme & espeuse du desus dit duc phe” 

    La comparaison entre ce dessin et la Sibilla Cumana révèle que Jan Eyck a  utilisé la robe de la princesse portugaise pour la sibylle érythréenne sur le Retable de Gand. La coiffure perlée, la robe doublée de fourrure, la large et haute ceinture sont identiques, de même que l'encolure.

     

    https://en.wikipedia.org/wiki/Portrait_of_Isabella_of_Portugal_(van_Eyck)

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    Au milieu du XXème siècle, l'historien de l'art Volker Herzner a noté la similitude de visage entre la Sibylle de Cumes et la femme de Philippe Isabelle de Portugal , d'autant plus qu'elle est représentée dans le portrait de fiançailles  maintenant perdu de van Eyck 1428-1429.  Herzner a spéculé que le texte dans la banderole dans le panneau de la sibylle avait un double sens, se référant non seulement à la venue du Christ, mais aussi à la naissance en 1432 du premier fils d'Isabelle du Portugal, donnant ainsi un héritier de Philippe. B. Ridderboos & al. (p. 58) rejettent cette idée, étant donné la contingence de cette naissance pour un Polyptyque destiné à une fonction sacrée, les taux élevés de mortalité infantile à l'époque, et les connotations de superstition négative généralement associées à l'a célébration d'un fils avant qu'il ne soit né. 

     

    La coiffure de la Sibylle est si caractéristique de la mode au Portugal qu'Olivier de la Garde, dans ses Mémoires, décrit ces bourrelets chargés d'orfèvrerie comme "à la façon du Portugal" : Lors du fameux Banquet du Faisan, lors du dernier des intermèdes,  une figure féminine allégorique portant un costume religieux, vient devant le duc pour lui présenter douze demoiselles accompagnées par douze chevaliers. Ces figurants se présentent dans de fabuleux atours décrits par Olivier de la Marche :

     "Et après vindrent douze chevaliers, chascun menant une dame par la main  […]. Et lesdictes douze dames furent vestues de cottes simples de satin cramoisy, bordées de letices (1) ; et par-dessus avoient en maniere d’une chemise de si fine toille, qu’on vit la cotte parmy ; et avoient ung atour (2) tout rond à la façon de Portugal, dont les bourreletz (3) estoient à maniere de rauces (4) ; et passoient par derriere, ainsi que pattes de chapperons pour hommes, de deliés voletz  (5) chargez d’orfavrerie d’or branlant ; et furent leurs visaiges couverts du volet."Olivier de La Marche, Mémoires…,, vol. II, p. 372.

    (1) La létice est la fourrure de couleur blanche de la belette des neiges.

    (2) L’atour désigne ici un bonnet ajouré, chargé d’orfèvrerie, selon la mode portugaise du milieu du XVe siècle.

    (3) Le bourrelet est une couronne faite de bourre, diversement agrémentée, servant de base à une coiffure de femme ou à un chaperon d’homme.

    (5). Le volet est une pièce d’étoffe flottant au vent.

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    En 2014, Clemente Baeta a repris cette hypothèse : L'inscription Rex altissimus adveniet per secla in carne peut être comprise comme l'annonce d'un héritier : "Un roi suprême prendra forme humaine pour régner dans les siècles à venir". Il propose quelques arguments :

    http://clemente-baeta.blogspot.fr/2014/09/17-apendice.html

    http://paineis.org/Isabel_c1430.htm

    a) La main de la Sibylle placée sur son ventre indique qu'elle est enceinte. Comme la duchesse, dont la grossesse alla de juillet 1431 à avril 1432, l'était lorsque le Polyptyque s'achevait. Mais en août,  elle perdit cet enfant, prénommé Joseph . En février le couple avait perdu un autre fils, Antoine, à l'âge de 13 mois. 

    b) Dans l'inscription MEIAPAROS  la lettre P peut se confondre  avec un D, ​​afin que nous puissions y deviner  MEIAP (D) AROS. En admettant qu'il s'agit d'un anagramme, nous pouvons le déchiffrer comme «DAME ISA POR," soit Isabelle du Portugal. Cette lecture nous amène à évoquer immédiatement l'inscription "L'INFANT DAME ISABIEL" placé juste au-dessus de la copie du portrait.
    Les peintures de Jan van Eyck comprennent beaucoup de ces jeux de mots (Rebus, anagrammes), des lettres inversées et des messages écrits.

    c) Dans un autre portrait  de la duchesse, celle-ci est comparée à une sibylle : celui du maître flamand  Roger van der Weyden qui porte  est en haut à gauche, l'inscription Sibylla Persica Iª. Clemente Baeta pense que dans les deux cas, il s'agit d'anagrammes dont la solution est Isabelle du Portugal :  SIBYLLA <> YSABILL.

    En effet, je retrouve facilement le portrait d'Isabelle de Portugal attribué à l'atelier de Rogier van der Weyden, et daté vers 1450. Les experts estiment que l'inscription Persica Sibylla a été ajoutée ultérieurement. 

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    huile sur panneau. Getty Museum, 78.PB.3 Image R. Mathis http://www.getty.edu/art/collection/objects/651/workshop-of-rogier-van-der-weyden-portrait-of-isabella-of-portugal-netherlandish-about-1450/

    https://en.wikipedia.org/wiki/Portrait_of_Isabella_of_Portugal_(van_der_Weyden)

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    En définitive, la ressemblance entre la Sibylle du Polyptyque et le portrait d'Isabelle du Portugal est indéniable. Sur le portrait de Van der Weyden, on retrouve la coiffure perlée recouverte d'un voile aussi transparent que la gaze. On y retrouve aussi le laçage en zig-zag du corsage, et la large ceinture verte, le front et les sourcils très épilés, et le visage ovale de la Sibylle.

    La célébration d'une naissance princière par le biais avec l'allusion à la prophétie d'une Sibylle n'a rien d'incongru, puisqu'on sait que  François Villon plaça, vers 1457, le vers jam nova progenies caelo demittitur alto en épigraphe de son Épître à Marie d'Orléans, Le Dit de la naissance Marie. , où il célèbre une naissance princière... qui lui a valu la bienveillance du duc Charles d'Orléans, d'être libéré de prison et lui a ouvert les portes du château de Blois ! Selon la thèse de Julien Abed (2010), cette  utilisation de la sibylle pour propager l’image d’une vierge mère d’un héritier royal  s’épanouira "surtout à la fin du Moyen Âge avec Anne de Beaujeu (fille de Louis XI), Anne de France (femme de Charles VIII puis de Louis XII), ou Louise de Savoie (mère de François Ier), qui ont toutes entretenu, par la commande de livres d’heures, de tapisseries ou d’ouvrages pro-féminins, l’écho des paroles sibyllines".

    Voir aussi : Memling, 1480, portrait d'une jeune fille en Sibylle Sambetha Persica avec l'inscription Sibylla Sambetha quae et Persica an : ante Christ :nat :2040.

    Néanmoins, il n'en demeure pas moins que le retable fermé est d'abord, par la scène de l'Annonciation, une célébration de la Virginité de Marie, selon une pensée typologique développée depuis les Pères de l'Église, illustrée dans toute la liturgie de la Nativité de Jésus, de la Nativité de la Vierge, sur les portails de chaque cathédrale, dans chaque Arbre de Jessé depuis le XIVe siècle,  dans les enluminures de l'Office de la Vierge des Livres d'Heures, et par la plupart des peintres primitifs  flamands , etc., etc. (Cf; M-L. Thérel).

    Par exemple :

    Le Triptyque de Pierre Bladelin de Rogier Van der Weyden vers 1450 : autour d'une Nativité centrale, la Sibylle de Tibur montre à l'empereur Auguste la Vierge et son Enfant. Pierre Bladelin (1408-1472), dont le mariage fut stérile,  fut trésorier de Philippe le Bon, mais aussi son conseiller (1440), son intendant (1446), le trésorier de l'Ordre de la Toison d'Or (1447).

    L'Annonciation à la Licorne, ou "Chasse mystique" de Martin Schongauer (v.1480) dans le Retable des Dominicains du Musée Unterlinden de Colmar.

    L'Annonciation (ca. 1490) de Pedro Berruguete à la Chartreuse de Miraflores ( Burgos). Perspective et points de fuite, transparence et lumières.

     

    Mais c'est une constance aussi que le thème de la Conception, central dans ce culte marial, a fasciné les reines, duchesses et princesses pour lesquelles leur propre capacité à engendrer, et à engendrer un fils, était dramatiquement préoccupant. 

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    SOURCES ET LIENS.

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    1°) Sur le retable de l'Agneau Mystique des frères van Eyck à  Gand .

    — Wikipédia :

    https://en.wikipedia.org/wiki/Ghent_Altarpiece#Annunciation

    — Closer to Van Eyck rediscovering the Ghent altarpiece :

    http://closertovaneyck.kikirpa.be/

    http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=53&id2=0

    http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=57&id2=0

     

    — Les frères VAN EYCK, L'agneau mystique (partie 1)

    http://daredart.blogspot.fr/p/les-freres-van-eyck.html

    — Les frères VAN EYCK, L'agneau mystique (partie 2)

    http://daredart.blogspot.fr/p/les-freres-van-eyck-lagneau-mystique.html

    — Isabelle GOUDE

    http://goude-news.overblog.com/2013/11/l-agneau-ressuscit%C3%A9.html

    — http://www.oogvanhorus.nl/index.php?option=com_content&view=article&id=33&Itemid=27&limitstart=2

    — BANJENEC (Élise), 2013, « Une cour cousue d’or. Les ornements précieux utilisés par le duc Philippe le Bon », Questes  L'habit fait-il le moine ? pages 45-64

    http://questes.revues.org/124 ; DOI : 10.4000/questes.124

    — BEAULIEU (Michèle) )et Jeanne Baylé, Le Costume en Bourgogne, Paris, Puf, 1956 .

    — BORN (Annick), MARTENS (M.P.J), sd, Van Eyck par le détail, Hazan.

     

    — FIERENS-GEVAERT (Hippolyte), 1905, La Renaissance septentrionale et les premiers maitres des Flandres: Jacques Cavael [et al.] Bruxelles https://archive.org/stream/larenaissancesep00fieruoft#page/190/mode/2up

     

    — GESSLER (Jean), 1945, Les Sibylles Eyckiennes , Chronique. In: Revue belge de philologie et d'histoire, tome 24, 1945. pp. 493-671. http://www.persee.fr/doc/rbph_0035-0818_1945_num_24_1_1727

    IV. — La Section entend enfin une communication de M. Jean Gessler (Louvain), intitulée Les Sibylles Eyckiennes. Sur le voltes du retable de l'Agneau Mystique figurent deux sibylles, désignées par une inscription contemporaine sur le cadre, de gauche à droite, comme : Sibylla Erythrea - S. Cumana. Sur leur phylactère, la première porte un vers de l'Enéide (VI, v. 50) ; la seconde, le deuxième vers des Oracula Sibyllina, attribué constamment à la sibylle Erythrée, dont il constitue une caractéristique essentielle. Dans ces conditions, on peut affirmer que les inscriptions sur le cadre ont été interverties dans l'atelier de Jean van Eyck. Ceci étant admis, on expliquera plus aisément l'inscription sur le corsage de la seconde sibylle, telle qu'elle a été découverte et transcrite correctement par le chanoine Van den Gheyn : M ΕΙ Α ΠΑΡΘΣ. Ce meia parthenos a été complété généralement comme Cumeia parthenos, e. a. par feu l'abbé L. Aerts, adversaire du chanoine précité dans l'identification du personnage principal. Cette reconstitution est inadmissible, parce que basée sur une forme fictive, la dénomination réelle étant Cumaea ou Cumana. Une fois la sibylle au corsage orné reconnue comme l'Erythrée, on lira, à la suite de Virgile (Priameia virgo : Cassandre) : Priameia parthenos, que l'on interprétera ici, pour les besoins de la cause, comme : « vierge (du pays) de Priam ». Quoi qu'il en soit, l'interversion des deux appellations sibyllines sur le cadre du polyptyque est manifeste et méritait d'être signalée. 

    IACOBELLIS (Lisa Ann Daugherty), 1981, The portraits f Isabell of Portugal, Thèse, Master of Arts, Ohio State University, History of Art https://etd.ohiolink.edu/!etd.send_file?accession=osu1420211546&disposition=inline

     

    — JOLIVET ( Sophie)  (2003) , Pour soi vêtir honnêtement à la cour de monseigneur le duc de Bourgogne : costume et dispositif vestimentaire à la cour de Philippe le Bon de 1430 à 1455, thèse dactylographiée de doctorat sous la direction de Vincent Tabbagh, Université de Bourgogne, soutenue en 2003, p. 159.

    https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00392310/document

    — OLIVIER DE LA MARCHE  Olivier de La Marche, Mémoires d’Olivier de La Marche : maître d’hôtel et capitaine des gardes de Charles le Téméraire, éd. Henri Beaune et Jules d’arbaumont, Paris, Renouard, « Publications pour la Société de l’Histoire de France », 1883 1888

    Tome I : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6549624s

    Tome II : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65505119

    Tome III http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6550417f

    https://archive.org/details/mmoiresdolivie01lamauoft

    https://archive.org/details/mmoiresdolivie03lamauoft

    https://archive.org/details/mmoiresdolivier00marcgoog

    — RIDDERBOS ( Bernhard), Henk Th. van Veen, Anne van Buren 2005, Early Netherlandish Paintings: Rediscovery, Reception and Research, Amsterdam University Press, 2005 - 481 pages

    https://books.google.fr/books?id=e0X5lErg2tsC&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

     

    — SOMMÉ (Monique), 1995, Isabelle de Portugal, duchesse de Bourgogne, une femme au pouvoir au quinzième siècle Thèse de doctorat en Histoire Sous la direction de Marie-Thérèse Caron. Soutenue en 1995 à Lille 3 .Résumé :

    Isabelle de Portugal (1397-1471), épouse en 1430 de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, a exercé son autorité et sa protection sur une sphère familiale large composée de son fils Charles, de bâtards du duc, de cousins, de neveux et nièces, dont plusieurs furent des portugais. Elle disposait de ressources abondantes, certaines attribuées au maître de la chambre aux deniers pour le fonctionnement de son hôtel, d'autres étant des fonds propres provenant de ses domaines en Flandre, Artois et Bourgogne, de dons et d'aides votées par les états. Son hôtel, dont plus de quatre cents personnes ont été identifiées, formait un milieu protégé d'hommes et de femmes, de nobles et de roturiers, qui partageaient sa vie itinérante, essentiellement aux Pays-Bas. La stabilité de l'emploi y était remarquable. La duchesse a été associée par le duc au gouvernement de l'état et, en son absence, disposait de complètes délégations de pouvoir. Elle a montré une grande compétence dans la gestion des finances et a joué un role diplomatique important dans les relations de la Bourgogne avec l'Angleterre et la France. Son hôtel a été dissous à sa demande en 1455 et, en 1457, elle s'est retirée de la cour pour vivre dans la charité et encourager les formes nouvelles de vie religieuse, mais elle revint à la vie publique pendant les premières années (1467-1471) du règne de Charles le Téméraire.

    THÉREL (Marie-Louise), 1972, "Étude iconographique des voussures du portail de la Vierge-Mère à la cathédrale de Laon". In: Cahiers de civilisation médiévale, 15e année (n°57), Janvier-mars 1972. pp. 41-51.

    http://www.persee.fr/docAsPDF/ccmed_0007-9731_1972_num_15_57_2021.pdf

    2°) Sur les Sibylles en général.

    — Dans les vitraux :

    http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm5601/sibylles.php

    Baie 12 d'Ervy-le-Chatel (Aude), v1515 : 

    http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm8601/eg_StP@Ervy_12.php

    — Article de Wikipédia

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Sibylle

    https://it.wikipedia.org/wiki/Sibilla

    — ABÉLARD (Pierre) Lettres d'Abélard à Héloïse sur l'origine des religieuses. lettre VII. Lettre en latin 

    http://www.pierre-abelard.com/Tra-Abelard-Heloise%20VII.htm

    ABED ( Julien) 2010, La Parole de la sibylle. Fable et prophétie à la fin du Moyen Âge, thèse de doctorat préparée sous la direction de Mme Jacqueline Cerquiglini-Toulet, soutenue le 13 mars 2010 à l’université Paris-Sorbonne.

    https://peme.revues.org/85

    — BARBIERI (Filippo de) [Philippus de Barberiis] [Filippo Barberio], 1481,  [Discordantiae sanctorum doctorum Hieronymi et Augustini, et alia opuscula] ([Reprod.]) / [Philippus de Barberiis] , Bnf, Gallica :

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531, 

    — BELCARI (Feo), « Sacra rappresentazione » du mystère de l’Annonciation. Ce mystère fut joué à Florence, en 1471, à l’occasion de la visite du duc Galeazzo Maria Sforza. la première édition en parut à Florence, sans nom d’auteur, à la fin du xve siècle.

    https://archive.org/details/bub_gb_ZTjxnHHEHGgC

    http://www-personal.usyd.edu.au/~nnew4107/Texts/Fifteenth century_Florence_files/Belcari_Annunciation.pdf  

    BURON (Emmanuel), 2004, Oracles humanistes et rumeurs de la cour : Sibyllarum duodecim oracula de Jean Rabel, Jean Dorat et Claude Binet (1586) in La Sibylle. Parole et représentation sous la direction de Monique Bouquet et Françoise Morzadec. Presses Universitaires de Rennes p. 241-254.

    — CANONICA (Elvezio ), 2013,  « La Sibylle au miroir des Anciens comme reflet de l’image de la Modernité dans l’Auto de la Sibila Casandra de Gil Vicente (début XVIe s.) », e-Spania [En ligne], 15 | juin 2013, mis en ligne le 15 juin 2013, consulté le 31 octobre 2016. URL :

    http://e-spania.revues.org/22416 ; DOI : 10.4000/e-spania.22416

     —CASTEL (Yves-Pascal), 2006, "Les 70 sibylles du Finistère", Bulletin de la Société Archéologique du Finistère - T. CXXXV - 2006 pages 201 et suivantes

    http://patrimoine.dufinistere.org/art2/index.php?art=ypc_sibylles 

    — CLERC (C de ), 1979, "Quelques séries italiennes de Sibylles", Bulletin de l'Institut historique belge de Rome, fasc. 48-49 pages 105-127.

    — CHAMPIER (Symphorien), 1503, "Les prophéties, dits et vaticinations des Sibylles, translatés de grec en latin par Lactance Firmian", 3ème partie de  La nef des dames vertueuses

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k79103w/f124.item.zoom

    DIURNAL DE RENÉ II DE LORRAINE , 1492-1493,  diurnale ad usum ecclesiae romanae diurnal de rené 2 de lorraine Bnf Latin 10491. Nancy. Artiste Georges Trubert. http://nossl.demo.logilab.fr/biblissima/id/Illumination/Mandragore/69433

    — EL ENIGMA DE LA SIBILA

    https://sites.google.com/site/omnedecus/Home/art/el-enigma-de-la-sibila

    — GAY( Françoise),1987,. Les prophètes du XIe au XIIIe s. (Épigraphie). In: Cahiers de civilisation médiévale, 30e année (n°120), Octobre-décembre 1987. pp. 357-367;

    http://www.persee.fr/docAsPDF/ccmed_0007-9731_1987_num_30_120_2381.pdf

    — GIUSTINIANI (Giulia), 2014 « Gli esordi critici di Emile Mâle : la tesi in latino sulle sibille »,Mélanges de l’École française de Rome - Moyen Âge 

     http://mefrm.revues.org/1527 

    — HEURES DE LOUIS DE LAVAL , avant 1489,  Horae ad usum romanum Bnf Latin 920. 

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501620s/f42.item

     — HÜE (Denis), 2004, La Sibylle au théâtre, in Sibylle, parole et représentation, Presses Universitaires de Rennes p. 177-195 http://books.openedition.org/pur/30366

    JOURDAIN & DUVAL, 1845, -"Les Sibylles, peintures murales de la cathédrale d'Amiens", Mémoire de la Société des Antiquaires de Picardie Tome VIII pages 275-302 :

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4083456/f273.image

     

     

    — KRIEGER (Denis), Autour des vitraux d'Arnauld de Moles à la cathédrale Sainte-Marie d'Auch

    (un dossier iconographique sur les Sibylles)

    http://www.mesvitrauxfavoris.fr/index_htm_files/Auch%20et%20les%20Sibylles.pdf

     —LAMBERT (Gisèle),   Les gravures de Baccio Baldini : une suite de 24 prophètes et 12 Sibylles . in Les premières gravures italiennes 

    http://books.openedition.org/editionsbnf/1365

    LE VERDIER, (Pierre Jacques Gabriel,) 1884, Mystère de l'incarnation et nativité de Notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ : représenté à Rouen en 1474, publié d'après un imprimé du XVe siècle Société des bibliophiles normands

    https://archive.org/stream/mysteredelincarn01leve#page/n69/mode/2up

    — MÂLE  (Émile), 1910, L'art religieux du XIIIe siècle en France : étude sur l'iconographie du moyen age et sur ses sources d'inspiration . Paris : Libr. A. Colin 512 pages. Bibliographie: p. [471]-474 Sibylles page 181 ; 203 ; 387-397 ;

    https://archive.org/stream/lartreligieuxdu00mluoft#page/180/mode/2up/search/sibylle 

    — MÂLE  (Émile), 1925,  L'art religieux de la fin du Moyen Age en France  : étude sur l'iconographie du Moyen Age et sur ses sources d'inspiration  3e éd., rev. et augm. / Paris : A. Colin ,  p. 254-279.

    https://archive.org/stream/lartreligieuxde00ml#page/252/mode/2up

    https://archive.org/stream/lartreligieuxde00ml/lartreligieuxde00ml_djvu.txt

    — MÂLE  (Émile) , 1899, Quomodo Sibyllas recentiores artifices repraesentaverint [Texte imprimé] / E. Mâle,.. / Parisiis : E. Leroux , 1899  

    — MONTEIRO (Mariana), 1905, As David and the Sibyls says. A sketch of the Sibyls and the sibylline oracles  

    https://archive.org/details/asdavidsibylssay00montrich

    — PASCUCCI (Arianna), 2011, L'iconografia medievale della Sibilla Tiburtina in Contributi alla conoscenza del patrimonio tiburtino, Vol. VIII, Liceo classico statale Amedeo di Savoia di Tivoli, 2011,

     http://www.liceoclassicotivoli.it/Pascucci_Sibilla_Tiburtina_2011.pdf

    https://www.academia.edu/9789364/Liconografia_medievale_della_Sibilla_Tiburtina_di_Arianna_Pascucci_Tivoli_2011

    RÉAU (Louis), Iconographie de l'art chrétien, II, Iconographie de la Bible, Ancien Testament, p. 420-430.

    — ROESSLI (Jean-Michel), 2002,  Catalogues de sibylles, recueil(s) de Libri Sibyllini et corpus des Oracula Sibyllina Remarques sur la formation et la constitution de quelques collections oraculaires dans les mondes gréco-romain, juif et chrétien Jean-Michel Roessli (Université de Fribourg, Suisse)  in E. NORELLI (ed.), Recueils normatifs et canons dans l'Antiquité. Perspectives nouvelles sur la formation des canons juif et chrétien dans leur contexte culturel. Actes du colloque organisé dans le cadre du programme plurifacultaire La Bible à la croisée des savoirs de l'Université de Genève, 11-12 avril 2002 (Lausanne, 2004; Publications de l'Institut romand des sciences bibliques 3), p. 47-68

    http://www.concordia.ca/content/dam/artsci/theology/profiles/jean-michel-roessli-catalogues-sibylles.pdf

    — ROESSLI (Jean-Michel) , 2007 « Vies et métamorphoses de la Sibylle », Revue de l’histoire des religions :

     http://rhr.revues.org/5265

    ROESSLI (Jean-Michel), 2003 "Augustin, les sibylles et les Oracles sibyllins" Saint Augustin, Africanité et Universalité, colloque Alger-Annaba 2001  Augustinus Afer, p 263-285, 

    http://www.concordia.ca/content/dam/artsci/theology/profiles/jean-michel-roessli-augustin-sibylles-oracles-sibyllins.pdf

    https://books.google.fr/books?id=wecM6Qn1o-kC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

     — Sibyllae et prophetae de Christo Salvatore vaticinantes - BSB Cod.icon. 414 (1490-1500) http://bildsuche.digitale-sammlungen.de/index.html?c=viewer&lv=1&bandnummer=bsb00017917&pimage=00017917&suchbegriff=&l=fr

    — TASSERIE (Guillaume), 1499  Le Triomphe des Normans composé par Guillaume Tasserie traictant de la Immaculée Concepcion Nostre Dame

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k424472s

    Le Triomphe des Normans traictant de la Immaculée Conception Nostre Dame est un mystère qui fut joué en 1499. Une seule copie de ce texte nous est parvenue, dans un manuscrit ayant appartenu jadis au Duc de la Vallière. La mise en ligne et la mise en page ont été assurées par Denis Hüe à l’Université Rennes

    2http://www.sites.univ-rennes2.fr/celam/cetm/triomphe/triomphe.html

    BERTAUD (Jean) , 1529, Encomium trium Mariarum cum earundem cultus defensione aduersus Lutheranos [et alia opera : Sequitur Officium trium filiarum beatae Annae et ♦ De cognatione sacerrimi Ioannis Baptistae cum filiabus et nepotibus beatae Annae Libri tres ♦ expurgati et emuncti]

    — Tractatus Zelus Christi, Venise 1592

    https://books.google.fr/books?id=eItlAAAAcAAJ&pg=PA44-IA1&lpg=PA44-IA1&dq=ensem+nudum+sibylla&source=bl&ots=mmZ9XSX-Hd&sig=mpqSs1Y5_ou3a9KrWaEIqX-w4eo&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiS4_Ghx8nPAhXnDsAKHeLyAXEQ6AEIHDAA#v=onepage&q=ensem%20nudum%20sibylla&f=false

    — Description des sibylles de la rosace de la cathédrale de Beauvais par Jean et Nicolas Le Prince 1537 : 

    https://archive.org/stream/beauvaissacathd00pihagoog#page/n95/mode/2up/search/sibylle

     

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    Published by jean-yves cordier - dans Inscriptions Sibylles Retable
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    23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 12:18

    Les peintures murales des Sibylles (1506) de la cathédrale d'Amiens selon des données disponibles en ligne.

    Voir :

    .

    En 1506, 25 ans après la parution du livre du dominicain de Syracuse Filippo Barbieri qui en fixa le nombre à 12 et leur attribua des vaticinations, le doyen du chapitre cathédrale d'Amiens  Adrien de Hénencourt fit peindre  dans les arcatures du soubassement de la chapelle Saint-Éloi huit des douze Sibylles. Ces peintures murales jadis somptueuses furent recouvertes par des boiseries, puis redécouvertes en 1845 par deux chanoines de la cathédrale. Elles   sont à mettre en parallèle avec les enluminures des Heures de Louis de Laval (peu après 1475), avec les panneaux sculptés de Brennilis (milieu XVIe), avec la verrière de la cathédrale de Beauvais (1537), et celle de l'Arbre aux Sibylles d'Étampes (vers 1555), etc...

    Pour faciliter cette comparaison, j'ai rassemblé deux documents et quelques images.


     

    1. La description par Jourdain et Duval en 1845. Elle est certes consultable en ligne mais n'était pas transcrite, ce qui n'autorise pas les citations aisées.

    2. II.  Ilona HANS-COLLAS, De bon augure... Les somptueuses sibylles de la cathédrale d'Amiens. Communication devant la Société des Antiquaires de Picardie le 13 avril 2013.

     

    .

    I. LA DESCRIPTION DE JOURDAIN ET DUVAL 1845.

    Dans le but de réunir un dossier documentaire sur l'iconographie des Sibylles, je me suis contenté ici de transcrire l'article paru dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, tome VIII de 1845 sous le titre Les Sibylles, peintures murales de la cathédrale d'Amiens, découvertes et expliquées par MM.DUVAL et JOURDAIN aux pages 275 à 302. J'ai utilisé la numérisation de la Bnf : 

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4083456/f299.item.texteImage

    ... et pour les images, j'ai procédé par copie d'écran de la numérisation de Google :

    https://books.google.fr/books?id=5GPRu283il8C&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

    https://archive.org/details/LesSibyllesDamiens

    Des photographies sont disponibles en ligne ici :

    http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Amiens/Amiens-Notre-Dame2.htm

    http://www.regards.monuments-nationaux.fr

    http://www.gettyimages.fr/photos/sybilles?sort=mostpopular&excludenudity=false&mediatype=photography&phrase=sybilles#license

    J'ai placé quelques photographies supplémentaires dans le cours de l'article des deux chanoines d'Amiens.

    Ma transcription a laissé courir diverses fautes, pour, j'en suis certain, votre plus grand plaisir.

     Louis Edouard Jourdain (21 mars 1804 à Amiens (Somme) - 26 février 1891) était vicaire de la cathédrale d'Amiens, chanoine honoraire et membre résidant (élu en 1843)  de la Société des antiquaires de Picardie. Il est l'auteur de  « Les Stalles de la cathédrale d'Amiens, par MM. Jourdain et Duval », Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie, tiré à part, Amiens, Duval et Herment, 1843 ;  « Le Portail Saint-Honoré, dit de la Vierge, de la cathédrale d'Amiens, par MM. Jourdain et Duval », tiré à part, Amiens, Duval et Herment, 1843
    ; « La Légende de saint Norbert d'après dix tableaux sur bois conservés au Musée d'antiquités d'Amiens, par M. l'abbé Jourdain, lue en séance du 7 novembre 1848 [à la Société des antiquaires de Picardie] », tiré à part, Amiens, Duval et Herment : ; et « Cathédrale d'Amiens. Les stalles et les clôtures du chœur, par MM. les chanoines Jourdain et Duval », tiré à part, Amiens, Vve Caron, 1867.

    Les Sibylles, peintures murales de la cathédrale d'Amiens, découvertes et expliquées par MM.DUVAL et JOURDAIN

    "Notre chapelle St.-Eloi n'en renferme que huit couvrant deux faces du pentagone que décrit son enceinte et l'on ne voit pas qu'il il en ait jamais eu un plus grand nombre, les autres parois ayant été occupés par le retable d'autel, par d'autres peintures et par la porte de communication de l'église an cloître. Voici leurs noms, tels qu'ils sont inscrits, soit au-dessus de la tête, soit à droite et à gauche de chacune: Agrippa, Libica Europea Persica Frigia Erithrea – Cumana Tiburtina. 

    Le texte latin de leurs prédictions est peint sur un lambel qu'elles portent dans leurs mains ou qui s'ar- 
    rondit en arc-en-ciel au sommet (les niches sous les arcades. La Cumane seule le présente, nous dirons pourquoi, dans un livre ouvert et appuyé sur sa poitrine. Sous les pieds de chaque image un cartouche porte en rimes la traduction des prophéties. 

    J. Pages (ms. sur la Cathédrale d'Amiens) pense « qu'il y a  encore deux autres figures de Sibylles peintes sur l'autre côté de la muraille de la même chapelle qui sont cachés par des volets de  tableaux que l'on y a placés servant de cloison à une petite sacristie que l'on a pratiquée dans cette chapelle». L'examen attentif que nous avons fait de toutes les parties de la chapelle, même cachées par les boiseries et par l'autel, nous a convaincus que l'auteur du ms. est dans l'erreur, et qu'il n'a jamais dû exister là que huit Sibylles

    Parcourons maintenant l'une après l'autre chacune de ces niches ainsi consacrées: 

    Relevé (1895) de peinture murale de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens ; la sibylle phrygienne, l'Erythréenne, la sibylle de Cume et la Tiburtine, par  Henri-Louis  Laffillée (1859-1947) Charenton-le-Pont, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine http://www.photo.rmn.fr/archive/14-585046-2C6NU0AWCH6MC.html

    Relevé (1895) de peinture murale de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens ; la sibylle phrygienne, l'Erythréenne, la sibylle de Cume et la Tiburtine, par Henri-Louis Laffillée (1859-1947) Charenton-le-Pont, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine http://www.photo.rmn.fr/archive/14-585046-2C6NU0AWCH6MC.html

    .



    Agrippa et Libica.

     

    Dans la première et sous ce titre: SIBILE AGRIPPA se lève une femme se drapant dans l'ample manteau qui recouvre sa robe dont l'échancrure à la gorge est ornée de camées de diverses formes et de diverses grandeurs; une couronne aussi en pierreries et un voile léger emporté par le vent, composent l'ornement de sa tête. Ses yeux baissés vers le philactère qu'elle tient dans sa main gauche lui donnent l'air de méditer ces paroles prophétiques qui y sont inscrites Invisibile verbum palpabitur germinabit ut radis nascetur ex matre ut deus
    Les rimes du cartouche presque entièrement radiées par la mutilation ne laissent plus lire que ces quelques mots:

      Sibilla Agripa en son dict …. vaticine le fils de Dieu debuon ... el ventre ...

    2° Dans la niche suivante, la sibylle LIBIQUE nous offre l'image d'une véritable inspirée, mais non enthousiaste et furieuse comme nous la montrent d'ordinaire les historiens et les poètes. Notre dessinateur a bien exactement copié sa figure qui est pleine de douceur et de sérénité. Ses yeux et ses mains sont levés avec grâce et sans violence vers la légende dont elle est nimbée. Elle lit Ecce veniet dies et tenebit illum in gremio virgo domina gentium et regnabit in misericordiam et uterus matris ejus erit statera cunctorum. Tout cela est bien l'histoire de la douce et suave extase chrétienne plutôt que de l'inspiration désordonnée et saisissante des trépieds. Et pour qu'il en soit ainsi à tous égards, on a composé le gracieux costume de notre prêtresse d'une jupe traînante recouverte d'une courte robe fendue le long des hanches où des affiquets la retiennent. Cette robe frangée à tous ses bords, disparaît à sa taille sous un riche corset bordé lui-même de pierre à toutes les coutures et laissant échapper aux  épaules des manches bouffantes et serrées aux poignets. Une chevelure abondante descend de dessous une couronne de tendre verdure et s 'étale comme un voile sur ses épaules. 

    Les huit rimes du cartouche mieux conservées que celles du précédent ne sont cependant pas intactes; voici ce qui en reste :

    Vingt et quatre ans eut sibille Libicque 
    Lors qu'elle dit de Dieu l'advenement 
    Du sainct esprit aussi semblabement 
    Et que clarté céleste et angélique 
    Viendroit du ciel par voeul mistique 
    Et entremit la maison basse et orde 
    Plus desliroit la signagogue juique. 
    Et requerroit saincte miséricorde

    .

     

     

     

    Sibylles Agrippa et Libica, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

    Sibylles Agrippa et Libica, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

    .

    Europa et Persica.

    3° La sibylle Europa.

    La troisième arcade étant occupée dans toute sa partie inférieure par une porte qui donne entrée  aux galeries du premier étage de l'église, l'image n'a pu y être exécutée qu'à mi-corps. Le nom de la sibylle a lui même été emporté ainsi que le cartouche. Nous avons pu rétablir le premier en nous reportant aux historiens et à d'autres monuments à l'aide de la légende ou prophétie qui est conservée au-dessus de sa tête.

    Photo de Vassil sur Wikipédia 

    https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sibylle_Cath%C3%A9drale_d%27Amiens_110608.jpg

    .

    Elle est ainsi conçue Veniet ille et transibit colles et latices olympi et regnabit in paupertate et egredietur de utero Virginis, oracle qui ne peut se rapporter qu'à la sibylle Europa qui prédit aussi, dans la bibliothèque des Pères, que le Messie franchira les vallées et les hautes montagnes en descendant du ciel, et qu'il viendra au monde portant les insignes de la pauvreté 

      Virginis aeternutn veniet de corpore Verbum 
    Purum, qui valles et montes transiet altos. 
    Ille volens etiàm stellato missus olympo 
    Edetur mundo pauper qui cuncta silenti 
    Rexerit imperio: sic credo, et mente fatebor: 
    Humano simul ac divino semine gnatus. 


    Dans les heures d'Anne de France (Ms. 920 de la bibl. royale)*, la sibylle d'Europe porte une inscription à peu près semblable à celle que nous avons ici: Veniet ille et transiliet colles et montes et latices olympi regnabit in paupertate et dominabitur in silentio, egredietur de utero virginis

    [* Il s'agit des Heures de Louis de Laval. NDT]

    L'espèce de turban dont est coiffé notre image est aussi le même qu'à la bibliothèque royale. 

    Le caractère qu'on a cherché à donner ici à la sibylle d'Europe est conforme aussi à la manière dont  elle est traitée dans les nombreuses descriptions que nous en avons rencontrées et selon la légende qui la suppose âgée seulement de quinze ans et belle comme on l'est à cet âge: sibilla Europa annorum quindecim et inter cœteras pulcherrima (Ms. 920 bibl. r. ).

    .
    4° La sibylle Persique, à laquelle nous arrivons sous la quatrième arcade a les manches tailladées avec des bouffants et des brassières comme on ne les portait plus au XVIe siècle. Sa robe, damassée et fendue par devant, laisse voir un habit de dessous très riche aussi. Un manteau, jeté en bandouillière de l'épaule gauche sur la hanche droite, corrige seul la raideur et le défaut de proportion qui forment le caractère dominant de cette image. La figure est peu gracieuse et mal dessinée sur notre muraille. Le voile de la tête est certainement trop empesé. Sa prophétie qu'elle nous montre sur son lambel, n'est qu'une répétition ou imitation du texte de la Genèse « Une femme écrasera la tête du serpent. » 
    Elle est ainsi conçue Ecce bestia conculcaberis et gignetur dominus in orbem terrarum et gremium virgini erit salus gentium. 

    Les rimes du cartouche sont en partie effacées; on y distingue encore ces mots: 

    Du Messyas la sibille Persique 
    Vaticine disant qu'il froisseroit 
    La....du serpent veneficque 
    Quant... vierge... enfanteroit 
    Car son enfant en la croix pendroit 
    Pour aux bumains bailler béatitude. 

    .

    Sibylles Europa et Persica , peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

    Sibylles Europa et Persica , peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

    .

    FRIGIA et ERITHREA

    5° Sous la cinquième arcade se tient la Frigée SIBILE FRIGIA.

    Sa figure est ridée, ses bras sortent longs et nus, comme ceux des vieilles, de dessous ses manches pendant aux coudes, sa coiffure en turban est chaude et étoffée nous lirons tout-à-l'heure sur son cartouche qu'elle prophétisa en son vieil âge. Evidemment le peintre décorateur de ce mur a voulu réunir dans ce personnage tous les caractères et les allures de la vieillesse. Serait-ce qu'il aurait attribué à la sibylle de Phrygie ce que d'autres ont dit de celle de Cumes? L'histoire des sibylles est, du reste, si incertaine et si confuse qu'il est difficile de donner tort ou raison à personne dans sa manière de la traiter. Quoi qu'il en soit, voici le fait, tel qu'il est rapporté par plusieurs,  entre autres par Ovide. La sibylle de Cumes jeune encore, ayant pris de l'empire sur le cœur d'Apollon dont elle était la prêtresse, eut l'idée de lui demander que par la vertu de sa puissance, il lui assurât autant d'années de vie qu'elle pourrait contenir de menus grains de sable dans sa main. Le dieu, en lui accordant cette faveur, lui en proposa une seconde à laquelle elle n'avait point songé, et qui était de lui donner en même temps une jeunesse impérissable si elle voulait correspondre à sa passion mais la sibylle préféra la gloire d'une chasteté inviolable au plaisir de jouir d'une éternelle jeunesse. Elle n'en profita pas moins du premier avantage, si tant est que la décrépitude en soit un au temps d'Enée elle avait déjà vécu 700 ans, et, au compte de ses grains de sable, il lui restait encore à voir trois cents moissons et trois cents vendanges. C'est ce qu'elle raconte elle-même, dans Ovide, au fils d'Anchise pour charmer les ennuis de son voyage aux enfers :


    Lux aeterna mihi, carituraque fine dabatur. 
    Si mea virginitas Phaebo patuisset amanti. 
    Dùm tame hanc sperat, dùm praecorrumpere donis 
    Me cupit: «Elige, ait, virgo Cummaea, quid optes: 
    « Optatis potiere tuis. » Ego pulveris hausti 
    Ostendens cumulum. quot haberet corpora pulvis. 
    Tot mihi natales contingere vana rogavi. 
    Excidit optarem juvenes quoque protinus annos: 
    Hos tamen ille mihi dabat, aeternamque juventam 
    Si venerem paterer : contemto munere Phœbi 
    Innuba permaneo : sed jam felicior aetas 
    Terga dédit, tremuloque gradu venit aegra senectus, 
    Quae patienda diù est; nam jam mihi saecula septem. 
    Acta vides: superest, numéros ut pulverisaequem, 
    Tercentum messes, tercentum musta videre. 

    Ajoutons avec la fable qu'ainsi consommé par les années le corps de la sibylle se serait réduit à rien, et qu'on ne la reconnaissait plus qu'au son de sa voix qui avait dû lui être laissée éternellement par le destin :

    .nullique videnda,
    Voce tamen noscar, vocem mihi fata relinqoent
    ( Ovid. metamorph. Lib. XIV. /. – Virgil. Eneid. lib. VI. ). 

    Mais cette voix elle-même, selon d'autres auteurs, ne devait être conservée à la sibylle par la puissance d'Apollon qu'autant qu'elle quitterait la terre d'Erithrée sa patrie pour ne la jamais revoir. Fidéle à l'engagement qui lui était imposé, elle ne dut la perte de sa voix, seul reste de son immortalité, qu'à la ruse que ses concitoyens, soit par pitié, soit par malice employèrent à son égard. Ils imaginèrent de lui envoyer une lettre scellée avec de la terre selon l'usage ancien. En voyant cette terre qui était celle de son pays, la pythonnisse c'est-à-dire sa voix s'éteignit (Servius in Virgil. En. lib. VI. ). 
    Les oracles par lesquels la Frigée annonça les mystères chrétiens sont bien explicites de la part d'une prophétesse païenne. Autour de sa tête, ils sont conçus en ces termes Ex olympo excelsus veniet et confirmabit consilium celo et annunciabitur virgo in vatibus desertorum. Le cartouche qui lui sert d'escabeau nous apprend que: 

    La sibille Frigëe en son viel âge 
    Prophétisa la resurrection 
    Du fils de Dieu et son ascension 
    Et de son tamps l'éternel héritage 
    .. Vaticina aussi. ..
    ...
    Que des juifs 
    ....mage

    .
    .

    6°) Erithrée que nous voyons un glaive en main et posant sur une sphère céleste sous la sixième arcade est illustre parmi toutes les sibylles. Nous lisons dans plusieurs auteurs ( Plin. lib. XIII. 13. – Lactant. De ira Dei XXII. Servius in Eneid, lib. VI. 1. ) que c'est dans la ville ou elle a prophétisé et qui lui a donné son nom que l'on retrouva la plus grande partie des livres sibyllins détruits dans l'incendie du capitole au temps de Sylla, Sa  légende et son cartouche exposent très explicitement le mystère de l'Incarnation. On lit sur la première In ultima etate humiliabitur deus, humanabitur proles divina, jacebit in feno agnus et puelari officio educabitur

    Le second développe les mêmes idées :

    Erithrée de science munie 
    Dyt au dernier age que déyté 
    Se humiliroit et que seroit unie 
    Divinité avecq humanité 
    Ypostaticque estant ceste unité 
    Dont messyas aguel qui tout pucelle 
    Gisant sus fain. puis sa nativité 
    Seroit nourry et sa mère pucelle. 



    Les écrivains prétendent qu'elle prophétisa, dans un acrostiche sur ces mots [caractères grecs pour Christus Ihesus Servator Crux ], la ruine du monde et la séparation des bons d'avec les méchants au jugement dernier, ce qui explique à la fois la présence du glaive dans ses mains et de la sphère sous ses pieds ( S. Aug. De Civit. Dei. Lib. XVIII. 23. – Biblioth. Pair. Tom. II page 516 ). Dans les heures d'Anne de France c'est la sibylle Europa qui porte le glaive, parce qu'elle y est représentée en même temps prédisant le massacre des innocents.

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    Sibylles Frigia et Erythrea, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

    Sibylles Frigia et Erythrea, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

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    CUMANA.


    7° Voici venir enfin la Cumane, la plus célèbre chez les poètes. Sa robe blanche ramagée de bleu son manteau plus blanc encore que sa robe, ses bracelets, son diadème et son collier tous trois d'or et de rubis formaient sans doute le noble et brillant costume dans lequel la pure Amalthée se présenta à Tarquin-l'ancien pour traiter avec ce prince du prix de la sagesse et de la science profonde que renfermaient ses livres. Jaloux de posséder ces précieux recueils Tarquin en avait demandé le prix. « Cent écus d'or», avait-elle répondu et comme le roi hésitait la fière Cumane de jeter elle-même au feu trois des neuf livres qu'elle portait. «Et des six autres?» avait repris le roi étonné; « Cent écus d'or » .  Et, comme on ne répondait que par les exclamations de la surprise, trois autres volumes sont immédiatement livrés aux flammes. L'histoire raconte que, se gardant de marchander davantage, Tarquin s'empressa d'offrir le prix des trois qui restaient. C'était encore cent écus d'or ( Plin. lib. XIII. 13.-Solin. Polyhist. VIII.– Aul. Gell. I. 9. – Lactant. De falsâ Rclig. I. 6.  ). Notre sibylle n'en a conservé ici que deux très magnifiquement reliés. L'un est fermé dans sa main droite; sur les pages du second qu'elle appuie ouvert sur son sein on lit le célèbre oracle que Virgile aurait emprunté d'elle pour le transporter dans sa IVe églogue, au dire des partisans de l'authenticité des oracles sibyllins. Ces beaux vers, du reste, valent la peine d'être récités une fois de plus: 



    Magnus ab integro seculorum nascitur ordo; 
    Jam redit et virgo, redeunt saturnia regna, 
    Jam nova progenies celo dimmillitur alto. 


    Ceux qui remplissent ici le cartouche sous les pieds de la prophétesse n'ont pas à coup sûr autant de mérite, à moins que ce ne soit celui d'avoir mis dans la bouche de Virgile, ou de la Cumane des prophéties claires et précises à l'égal de celles d'Isaïe. On en jugera, voici la pièce 

    La sibille Cumane de Ysalye 
    A dix-huit ans du rengne Tarquin prisque 
    Prophétisa et dit tout en publique 
    Que Ihs-Crist seroit nay de Marie 
    Et que partout y auroit paix (unie?) 
    Sans nuls discords et inconveniens 
    Et verrait on lors leage dor flourie 
    Plus que jamais es jours saturniens. 

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    Sibylles Cumana et Tiburtina, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

    Sibylles Cumana et Tiburtina, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

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    TIBURTINA. (planche supra)

     

    8°) La huitième et dernière image de cette série est en même temps une des plus curieuses par les développements que lui ont donnés le dessin et la peinture, ainsi que par la nature des oracles qui lui sont attribués sur notre muraille et qui concordent bien avec ce que nous retrouvons dans nos vieux et érudits compilateurs. Au-dessus de sa tête est inscrit son nom Sibile Tiburtina. A la différence de ses sept sœurs, elle admet dans son cadre des détails que nous allons signaler, tout en rappelant sa fabuleuse histoire. 
    La sibylle Tiburtine avait déjà parcouru et rempli du bruit de ses oracles toutes les parties du monde connu et n'était pas âgée de moins de deux cents ans, lorsqu'en je ne sais quelle année, peut-être aux premiers temps de la république comme le supposent certains écrivains du me siècle, et s'il est vrai qu'elle fut fille du roi Priam elle arriva à Rome escortée de la solennelle ambassade que le sénat et le peuple  lui avaient adressée. Voici à quelle occasion il ne s'agissait de rien moins, pour la célèbre Pythonisse, que d'expliquer les rêves ou plutôt le rêve, qu'avaient eu simultanément cent des plus vénérables et des plus puissants sénateurs. Donc la Tiburtine reçue triomphalement dans les murs de la ville éternelle, nos illustres pères-conscrits quittèrent leurs chaises curules et s'en vinrent d'abord complimenter sur sa beauté la prêtresse deux fois centenaire
    Venientes autem viri qui somnia viderant dicunt ad eam : magistra et domina quam magnus decor est corporis tui qualem nunquam in feminis praeter te vidimus ; et puis la supplièrent de leur expliquer la vision qu'ils avaient eue, chacun en particulier, de neuf soleils différents les uns les autres par leur forme leur couleur et leur aspect. Ce lieu est trop immonde et trop souillé, répondit la sibylle, pour qu'il soit convenable d'y faire la révélation de notre songe, allons au mont Aventin et là je vous annoncerai ce qui doit arriver dans les siècles futurs au peuple romain. Et la grave assemblée fit ce qui était demandé. 
    – Alors la prophétesse lisant, comme dans un livre, sur le front des astres, se met à dérouler tous les grands événements de l'histoire du monde qu'ils annoncent Novem soles quos vidistis omnes futuras generationes praesignant. Elle s'arrête plus longtemps à l'explication du quatrième soleil, plus rouge que le troisième qui est de sang, et qui rayonne à son midi comme un cristal étincelant. Dans ces jours là, dit-elle, il se lèvera une femme du côté du midi, elle sera de la race des Hébreux el s'appellera Marie. Son époux aura le nom de Joseph, et de son sein, sans le commerce de l'homme, mais par la vertu du St-Esprit naîtra celui qu'on nommera Jésus. Ce récit qu'on peut lire tout au long à la fin du 2e tome des œuvres du vénérable Bède, pourrait avoir inspiré le tableau de la Tiburtine montrant au sommet du mont sacré et comme dans un soleil la Vierge Marie et son fils Jésus, tel que nous l'avons dans notre cadre. Mais au lieu des cent sénateurs c'est un vieillard aux cheveux blancs à longue barbe et vêtu d'habits royaux que nous trouvons humblement agenouillé aux pieds de Ia sibylle, sa couronne et son sceptre étant déposés à terre. Pourquoi cette variante? Car, enfin les artistes de 1450 à 1500 étaient encore trop consciencieux et trop avisés pour oser travailler d'inspiration et de fantaisie à la manière de beaucoup de peintres et décorateurs d'aujourd'hui. La difficulté s'explique par le récit d'autres historiens qui racontent la même prophétie avec cette différence qu'ils substituent l'empereur Auguste en personne aux cent sénateurs, et les premiers temps de l'empire romain aux premières année» de la république.

    En puisant dans ces derniers auteurs le fond principal du sujet les peintres paraissent avoir tenu compte 
    de certaines circonstances racontées seulement par l'auteur que nous avons désigné en premier lieu et par ceux qui ont adopté sa version. 
    Laissons parler dans le style contemporain de nos peintures un interprète des écrivains dont le thème semble avoir servi de base principale à la composition du tableau « Orosius racompte que les romains du temps de  l'empereur Octovian qui estoient payens et ydolatres  et n'avoient pas vraye congnoissance de Dieu et voyant la grant paix et transquilité où ilz vivoient lors, et avoient ja vescu des XLII ans soubz le dit  Octovian; ilz pensèrent et creurent en eulx que le dit Octovian fust déifié et que la dicte paix procedast de sa vertu et puissance, et le voulurent adorer. Mais le dict Octovian qui estoit sage, congnoissant qu'il estoit homme mortel comme les austrcs,  demanda conseil à la dicte Tiburtine pour sçavoir se au monde devoit naistre plus grant que luy. Laquelle Tiburtine monstra au dit Octovian en l'air  une moult belle vierge sur un autel: la quelle tenoit ung enfant environné et enluminé d'un soleil d'or ayant une lune soubz lés piedz et en sa teste une couronne de douze estoilles disant la dite sibille que celle vierge devoit enfanter ung enfant qui seroit roy et seigneur du ciel et de la terre. Et lors ledit empereur l'adora et depuis ne voulut souffrir que Ies romains luy feissent quelque chose d'adoration. Au lieu où fust faicte la dicte apparition est de présent édifié à Romme une belle église qui encore est appellée: Nostre Dame de Ara cœli.» ( Bref sommaire des sept Vertus), etc, etc. 

    Cette citation avec celles qui précèdent nous dispensent presqu'entièrement de toute explication. C'est bien la sibylle de Tibur et César Auguste sur la terre, la Vierge mère dans le ciel, qui sont les éléments de toute la composition. Le rapport de ces personnages entre eux n'est pas moins clair.

    La prophétesse avait dit, dans le récit de Bède dans ces jours là, il se lèvera une femme du côtè du midi. La peinture a pris soin de placer l'apparition au midi du tableau.

    Le royal vieillard qui en recoit la révélation et l'intelligenoe est l'empereur Auguste que Baronius dit et que les autres supposent être alors d'un âge avancé, jam provectiore aetate. Jeune au contraire, belle, forte et maîtresse la sibylle donne bien par le caractère de toute sa personne, comme par la nature des oracles, l'idée des âges nouveaux qui vont succéder aux âges anciens, du règne  naissant prêt à remplacer l'empire caduque dont ce vieillard agenouillé est le triste représentant.

    Assise sur le ciel et revêtue du soleil, la vierge Marie est elle-même le trône et l'autel de celui qui sera roy et seigneur du ciel et de la terre. Sur un lambel mêlé aux rayons d'or vous voyez ces mots: Celle-ci est l'autel du fils de Dieu – Hœc ara filiî Dei est. Cette réponse entendue, César s'en revint à Rome construire, au capitole, un grand autel sur lequel on grava cette inscription huine Ara primogeniti Dei, circonstance qui n'a pas été négligée sur notre tableau où s'élève en arrière plan un édifice en style religieux du XVe siècle, souvenir peut-être de l'ex-voto d'Auguste, ou même de l'église qui existe encore aujourd'hui à Rome sous le titre d'Ara-Coeli et à laquelle on se plaît à attribuer la même origine. 

    Il y a beaucoup d'entente dans cette composition, il y a de la science légendaire, il y a en parliculier tout l'esprit et les idées du moyen-âge dans ce contraste d'un empereur du monde déposant en ce jour là son sceptre et sa couronne ( Voir V. Bèd. loin, Baronius, app. ad Ad. Eccl. tom, n. Serval. Gallœus. De or. sibjll. ri ) en présence d'une sibylle, qui, debout à ses côtés, la tête haute, le regard assuré et comme conquérant de l'avenir, lui montre d'un doigt à lire dans le ciel comme à un enfant dans un syllabaire tandis que dans sa main gauche se déroulent en un long philactère ces prophétiques paroles: 
    Nascelur Xus in Bethleem annunciabitur in Nazareth, regnante tauro pacifico fundatore quietis.
    La légende rimée sur le socle n'en est que la reproduction, augmentée seulement d'un court épithalame à la gloire de la mère heureuse et tant pudique. 
    N'omettons pas de la consigner ici


    La sibille Tiburtine en josne âge 
    Prophétisa Crist debuon estre né 
    En Bethelem et ce tressainct presage 
    En Nazareth an~uchié et fulminé 
    Rengnanl le tor pacificque ordonné 
    Fundateur de repos. 0 mère heureuse 
    Glore vous croist par lui avoir donné 
    Mamelle tant pudicquc et precieuse.

     

    Les expressions employées dans le texte latin de la prophétie pour désigner le règne d'Auguste : Regnante tauro pacifico fundatore quietis, se retrouvent dans l'inscription qui accompagne la sibylle Tiburtine sur deux autres monuments, le manuscrit de la bibliothèque royale dont. nous avons déjà parlé et une peinture de l'église de Sienne mentionnée dans Servatius Gallœus. La légende de la peinture italienne est absolument la même que la nôtre ,celle de la miniature française n'offre qu'une légère variante et porte regente tauro. L'identité de ces formules nous prouve que nous avons bien lu et que noua avons bien fait de reproduire, sur le lambel Regnante tauro pacifico fundatore quietis et dans les rimes Françaises Rengnant le tor pacifique ordonné fondateur de repos. 

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    Les anciennes peintures murales sont devenues trop rares maintenant et par conséquent trop précieuses pour que n'ayons pas tenu à sauver de l'oubli, si ce n'est de la destruction, le peu qui nous en reste de notre Cathédrale. Les deux planches que nous joignons aux quatre qui reproduisent les Sybilles, ne sont pas pour le sujet d'un intérêt aussi général que celles-ci; on nous saura gré néanmoins de les avoir publiées pour la raison que nous venons de dire et pour d'autres encore qu'il est facile de comprendre. 

    La décoration des églises à l'époque dont nous parlons, ne s'empruntait pas seulement aux actes et aux enseignements des Saints elle s'inspirait de tout ce qui est bon et recommandable pour l'édification et la réforme des mœurs elle faisait de la maison de Dieu une maison de famille une maison commune où tout se traitait les enseignements de la sagesse chrétienne et ceux de la sagesse profane les leçons du passé et celles du présent. Aux pieds de Jésus-Christ et des Saints on montrait ceux qui avaient retracé leurs vertus, et sur les parois des monuments leurs illustres donateurs. La vénération la reconnaissance et la piété meublaient ainsi et enrichissaient le saint temple et de la même manière que les statues et les portraits des personnages vénérés étaient reproduits, avec plus ou moins de bonheur, d'après l'image qu'on avait sous les yeux, ainsi les lieux qu'ils avaient habités, les objets qu'ils avaient touchés, les insignes et les vêlements de leur dignité faisaient l'accompagnement naturel et ordinairement fort naïf de ces intéressants motifs d'ornementation. 

    M. Adrien de Hénencourt, le père des pauvres et des églises dans tout le diocèse d'Amiens, au commencement du XVIe siècle, était aussi le principal donateur de la décoration de cette chapelle alors consacrée à la Mère de Dieu et aux mystères de Noël ; en raison de quoi, il y fit peindre les Sibylles que nous venons d étudier c'est pour cela sans contredit que,  sous les arcades opposées et au voisinage de I'autel on lui consacra une place qu'il occupe encore mais que les menuiseries postérieurement ajoutées ont changée pour lui en un vrai tombeau où faut l'aller chercher mutilé et défiguré par toute sorte d injures. C est cependant bien lui que nous reconnaissons à genoux au prie-dieu où il se prépare sans doute à célébrer les saints mystères accompagné de son chapelain à genoux aussi ; lui qui s'avance, dans l'arcade voisine, le calice en main et précédé de ses clercs dont l'un porte les burettes et l'autre le missel, celui peut -être dont l'illustre chanoine fut l'éditeur ( Voir sur ce Bréviaire les Stalles de la Cathédrale d'Amiens.)

    C

    e qui nous constate ici la présence de cet important personnage, c'est son costume dans lequel il faut bien remarquer en particulier la soutane rouge, c'est son blason appendu à la draperie de son prie-dieu; c'est son aumusse que relève encore son blason, c'est enfin sa devise favorite tolle moras telle que nous l'avons déjà retrouvée au tombeau de Ferry de Beauvoir. 

    Note Il n'est pas douteux que les chanoines du chapitre d'Amiens n'aient été, au XVe siècle dans l'usage, de porter la soutane rouge. Le chanoine Villeman en parle ainsi dans le chap. V de ses Observations sur les Missels. Bréviaires etc., (manuscrit n." 120 de la Bibliothèque d'Amiens): « Notre soutane est noire. Autrefois nous l'avons portée rouge, comme on le voit encore à d'anciens monuments, notamment dans le cloître du Machabé pour aller au chapitre; à droite en entrant, contre la muraille, est l'épitaphe de M. Robert de Fontaine, chanoine et doyen d'Amiens, mort en 1467, où il est représenté avec une soutane rouge. Au pilier du dehors de la chapelle de l'Aurore est l'épitaphe de M. Robert d'Ailly mort en 1413. 11 y est représenté à genoux vêtu d'une soutane rouge. M Adrien de Hénencourt chanoine et doyen en 1412, est représenté dans son missel ms. aussi habillé de rouge. Les enfants de chœur ont retenu cet ancien usage puisqu'on les voit encore vêtus de rouge de couleur de sang en mémoire de St.-Firmin martyr premier évoque et patron de ce diocèse. Les chanoines réguliers de St.Maurice d'Auganne en Suisse la portent encore rouge, et Guillaume, comte de Ponthleu, l'an 1210, leur assigna tous les ans 13 livres de rente sur la halle d'Abbeville pour acheter 20 aunes d'écarlate pour leurs Capuces, dit le P. Héliot (tome 2, page 82), et comme en portaient autrefois ceux de l'abbaye de St.- Vincent de Senlis fondée en 1061 ou selon d'autres en 106 par Anne, reine de France, deuxième femme de Henry qui y mit des chanoines, et ordonna qu'à la différence des autres ils portassent des robes et des capuchons rouges en mémoire de St.-Vincent, martyr. »

    Le dessin que nous donnons nous dispense de décrire les détails de ces peintures et tout ce curieux mobilier sacré, remarquable seulement par sa simplicité, et composant tout ce qui est nécessaire la célébration de la messe; le bénitier avec son goupillon les burettes avec leur plateau, la boîte aux pains à chanter, et le cierge de cire jaune pure et odorante que nos fabriques appauvries ont remplacée depuis par la graisse rance, puante et économique.

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    Donateur, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

    Donateur, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

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    La petite armoire que nous voyons là  fermée d'une porte aux longues pentures et aérée d'un jour en quatrifolium, n'est pas une simple peinture, mais une vraie et solide armoire devenue inutile aujourd'hui comme le sont devenues, je ne sais pourquoi, bien des choses remplacées par de vraies incommodités souvent par des inconvenances.  Il faut bien en dire autant de la piscine creusée dans la pierre au-dessous,de l'armoire, et dans laquelle était versée jadis l'eau bénite à l'offertoire, qu'on jette à présent je ne sais on. 
    Nous laissons à d'autres le mérite de reconnaître, dans la disposition et le style des édifices qui remplissent le fond du tableau n.° 10 la topographie ancienne des environs de la Cathédrale. 
    Les couleurs dont on a revêtu ces remarquables figures leur donnent un caractère que nous voudrions bien pouvoir reproduire autrement que par une note descriptive et inventoriale. Mais les dessins coloriés coûtent trop cher et puis notre but principal étant l'étude et l'explication du sens des  illustrations plutôt que l'appréciation de leur mérite artistique notre tâche est remplie. 

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    Armoire, Sibylle Cumana, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

    Armoire, Sibylle Cumana, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

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    Si ces peintures achèvent de disparaître avant qu'on ait complété notre travail en joignant le coloris au dessin que nous donnons ce ne sera pas notre Faute. Nous aurons fait tout ce que nous permet l'exiguïté de nos ressources en conservant au moins, l'imparfait souvenir que voici 

    1.° Nom des couleurs dont sont peintes les huit Sibylles de la Cathédrale d'Amiens, chapelle St.-Eloy. 

    Agrippa: Coiffure et voile, blanc – ornements, or- robe, rouge manteau, rouge-manches, bleu-ceinture et nœud, bleu à reflets blancs. 

    Libica : Coiffure, vert à reflets d'or -robe fendue, bleu avec franges d'or -robe de dessous rouge – corsage enveloppant le buste et la taille, blanc avec ornements en or et en pierreries – linge plissé aux épaules et au cou, blanc. 

    Europea. Turban, blanc nuancé de bleu – guimpe, blanc; -robe de desous bleu-surcot damassé à manches, rouge; ornements en or et en pierreries -manteau bleu, doublé de blanc. 

    Persica Voile, blanc – robe de dessous, rouge- robe de dessus ouverte par devant, et manches tailladées, blanc ramagé de gris -manteau, bleu. 

    Frigia Coiffure, bleu pale – -ceinture, id. – robe, rouge -manches de dessus pendantes, blanc. 

    Erithrea Voile, bleu foncé – robe, blanc manteau, bleu foncé; ornements d'or -ceinture, bleu nuancé de blanc -garde de l'épée, rouge – pommeau, or– sphère rouge – cercle ,bleu – étoiles d'or.

      Cumana Couronne ou bandeau, or -robe, gris foncé, damassé de bleu -manteau, blanc – livre de la main gauche, rouge -tranche d'or – livre ouvert de la main droite reliure rouge; tranche, gris. 


    Tiburtina Coiffure or – résille, bleu-robe, rouge– manches courtes et corsage rouge-manches serrées, bleu-ceinture, or-guimpe, blanc. Le Roi robe de dessus, rouge manches de dessus, id. – robe de dessous fendue sur les côtés, bleu damassé – manches de dessus pendantes, bleu – cheveux, gris – couronne, fond rouge ornements d'or. – La Vierge robe, bleu. 

    2.° Noms des couleurs dont sont peints les personnages et ornements des arcades à droite de l'autel. 

    Iere ARCADE: Personnage portant un calice,: Robe et toque, rouge – collet de chemise, blanc – manteau sans manches, gris-violet. 

    IIe Arcade 
    Personnage au prie-dieu: Surplis à manches, blanc – Calotte, noir – Soutane paraissant au cou, aux manches et au bas du surjtlis rouge-tapis du prie- dieu, vert pale – vêtement de l'acolythe, brun. 
     

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    II.  Ilona HANS-COLLAS, De bon augure... Les somptueuses sibylles de la cathédrale d'Amiens. Communication devant la Société des Antiquaires de Picardie le 13 avril 2013.

    https://sites.google.com/site/socdesantiquairesdepicardie/archives/communications-des-prochains-mois/communication-du-13-avril-2013

    "La communication prononcée devant une assistance très nombreuse nous a permis d’entendre Mme Ilona Hans-Collas, spécialiste de la peinture murale et de l’enluminure, membre du Groupe de recherche sur la peinture murale.

    Les sibylles de la chapelle Saint-Eloi de la cathédrale d’Amiens, peintes vers 1506 dans les arcatures du soubassement, figurent parmi les plus belles réalisations de peintures murales en France de la fin du XVe siècle et du début du XVIe siècle. Elles sont le témoignage d’un art monumental lié au mécénat du doyen du chapitre Adrien de Hénencourt. Elles présentent de surcroît une iconographie fascinante.

    Les sibylles sont des femmes prophétesses dont l’origine remonte à l’antiquité païenne. Elles sont appelées d’après leur nom d’origine : Perse, Libye, Delphes, Erythrée (en face de l’île de Chios en mer Egée), Cumes, Phrygie, Tibur, Europa (Thrace). Leurs oracles ont été appliqués au Christ dès leiie siècle de notre ère. A la manière des prophètes, les sibylles annoncent les événements de la vie du Christ. Elles sont souvent 10, mais leur nombre peut atteindre 12, voire 14.

     Les sibylles d’Amiens sont signalées par le bénédictin Dom Grenier (1725-1789). En 1839, Charles Dufour, se référant aux écrits de dom Grenier, soupçonnait leur présence derrière les lambris de la chapelle. Elles furent redécouvertes en 1844 lors de la dépose provisoire des lambris ; les chanoines Joudain et Duval les étudièrent et en firent faire le dessin. En 1853, les boiseries du xviiie siècle furent définitivement enlevées. Outre les huit sibylles que nous connaissons et qui ornent les huit arcatures de deux pans de murs, Jourdain et Duval firent dessiner les peintures de quatre autres arcatures du côté de l’autel. A en croire les deux chanoines, le commanditaire Adrien de Hénencourt s’y fit représenter. Aujourd’hui ne subsistent que quelques infimes traces de couleurs.

     Les sibylles sont représentées debout, vues de trois-quarts, de face ou de profil. Chaque figure mesure environ 1m 60 de haut. Le lien avec l’architecture de la chapelle est très fort, obligeant l’artiste à peindre chaque sibylle dans l’espace relativement étroit d’une arcature. En 1895, l’architecte Henri Laffillée (1859-1947) réalisa deux relevés très précis pour le compte des Monuments historiques.

    Les inscriptions sur les peintures murales d’Amiens tiennent une place significative : le nom de chaque sibylle est écrit près de la figure ; une inscription en latin figure sur les phylactères ; une inscription en français, que l’on ne trouve que sur le cycle amiénois, figure sur un cartouche en bas de chaque sibylle. Sont peintes depuis l’extérieur de la chapelle vers l’intérieur les sibylles Tiburtine (qui prédit la naissance du Christ à Auguste), de Cumes, Erythrée, Phrygie (qui prophétise la Passion et la Résurrection), Persique, Europa (figure conservée à moitié), Libyque, Agrippa.

      La conservation de ces peintures murales est mauvaise ; la comparaison avec les relevés réalisés au xixe siècle montre une importante dégradation. Les peintures murales sont des œuvres fragiles ; indissociables de leur support architectural, elles subissent souvent les outrages du temps et des hommes : transformations et aménagements des espaces, grattages, humidité, variations de température, lumière. Au xixe siècle Laffillée signalait déjà de nombreux soulèvements de la couche picturale. En 1958 Aimée Neury, collaboratrice au musée des Monuments français, signale des peintures ruinées. La même année, Jean Taralon, inspecteur principal des Monuments historiques, donne un rapport aussi alarmant : « les peintures s’écaillent dangereusement, leur enduit est devenu pulvérulent ». En 1973 une analyse des peintures murales (stratigraphie et pigments) est réalisée par le Laboratoire de Recherche des Monuments historiques. Parmi les pigments ont été utilisés le vermillon (rouge très vif), l’azurite, le blanc de plomb ; l’huile a servi de liant. En 1980 la dépose des peintures est envisagée mais ensuite abandonnée. En 1992 l’étude préalable à la restauration des sibylles établit un constat alarmant. Les peintures ont beaucoup souffert de l’humidité et des remontées de sels. En 2007 est menée une intervention d’urgence, visant à refixer les soulèvements de la couche picturale. Aujourd’hui les peintures sont toujours en attente d’une intervention de conservation plus ample.

      Adrien de Hénencourt commanda l’œuvre en 1506. Le choix des sibylles pour la décoration est dans l’ère du temps à cette époque. En 1432, les frères Van Eyck avaient peint deux sibylles sur les volets fermés du polyptique de l’Agneau mystique de Gand. C’est surtout à partir de la fin du XVe et dans la première moitié du XVIe siècle qu’elles connaissent le plus grand succès dans les arts. Adrien de Hénencourt fit appel à un artiste de talent, probablement issu du milieu local. Plusieurs œuvres créées à Amiens - notamment dans le domaine de l’enluminure - s’apparentent fortement au décor des sibylles de la cathédrale. Bodo Brinkmann et Nicole Reynaud ont évoqué un lien possible entre un manuscrit et le décor mural de la cathédrale. Les recherches menées par Mme Hans-Collas confirment cette piste et de nouveaux éléments enrichissent le propos. La délicatesse et l’élégance des figures des sibylles, le soin apporté à leurs habits et coiffures, aux inscriptions, mais aussi le paysage plaisant de la sibylle Tiburtine se retrouvent dans l’Episolier à l’usage d’Amiens réalisé vers 1490 pour Antoine Clabault, échevin d’Amiens, et son épouse Ysabeau Fauvel, enluminé par un artiste anonyme à qui on a donné le nom de convention de Maître d’Antoine Clabault (BNF, Arsenal, ms. 662). De toute évidence, les sibylles de la chapelle Saint-Éloi se rattachent à l’art de cet enlumineur, attestant le travail polyvalent des artistes et des ateliers. On lui attribue d’autres œuvres, notamment un Missel à l’usage d’Amiens (Amiens, bibliothèque municipale, ms. 163). Ce manuscrit a été rapproché à juste titre par Marc Gil du Maître anonyme du retable d’Ochancourt (musée de Picardie). A ce petit corpus maintenant constitué, s’ajoute encore une autre œuvre : l’Escritel de la confrérie du Puy Notre-Dame d’Amiens (Amiens, Société des Antiquaires de Picardie, ms. 23) dont le frontispice montre une Vierge à l’Enfant protégeant sous son manteau les membres de la confrérie. De toute évidence il est de la même main que le manuscrit Clabault de l’Arsenal. Notons enfin que le style de ces miniatures n’est pas sans rappeler un autre décor peint à la cathédrale, celui qui accompagne le tombeau de Ferry de Beauvoir, érigé vers 1490-1500, à la demande d’Adrien de Hénencourt. La peinture de l’enfeu se place visiblement dans le même entourage artistique que le manuscrit de Clabault. La technique semble la même que celle de la chapelle Saint-Eloi (peinture probablement à l’huile, appliqué directement sur la pierre)Ces comparaisons montrent sans conteste que des liens existent entre la peinture monumentale et le décor des livres, et probablement aussi avec la sculpture. Les artistes sont polyvalents. Amiens en est des exemples les plus convaincants. Le style est tellement proche qu’on peut envisager la même main ou au moins le même atelier.

     Mais qui est donc cet artiste ou ce groupe d’artistes si actif vers les années 1490-1510 ? Nicole Reynaud avançait le nom de Riquier Haulroy, un peintre renommé d’Amiens, documenté par les archives dès les années 1480 : il peignit des bannières, des sculptures et faisait de la dorure. Il est le seul artiste documenté comme peintre et enlumineur. On sait qu’il fut maître de la confrérie de Saint-Luc en 1503, dont le siège était dans la chapelle Saint-Eloi."

     

     

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    Published by jean-yves cordier - dans Sibylles Amiens Peintures murales
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    • &quot;Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure&quot; Guillevic, Théraqué.  &quot;Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)&quot; (Rabelais )&quot;prends les sentiers&quot;. Pytha
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