Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 11:31

            Tristan et la Ronce :

la blanche fleur et le fruit rouge de la passion.

 

 

Vous pourriez aimer aussi :  Tristan, le chien Petit-Crû, ses couleurs féeriques et son grelot merveilleux

 

 

 A l'occasion de l'étude du zoonyme du papillon "l'Argus de la Ronce" Callophrys rubi (Linnaeus, 1758), je voudrais dresser le blason de la Ronce, de ses épines et de son fruit noir, sa blanche fleur et sa fabuleuse vitalité. 

Mais comment faire? 

  Puisqu'un autre de nos papillons se nomme 'le Tristan", Aphantopus hyperantus (Linnaeus, 1758), je vais d'abord m'intéresser à la Ronce dans le mythe de Tristan et Iseut ; puis j'irais m'émerveiller devant les enluminures que conservent les manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France.



                I. Tristan et la Ronce.

  Que la Rose soit le symbole de l'amour nous paraît bien légitime, mais qu'une autre Rosacée, une plante de mauvaise vie devienne l'emblème de l'Amour-Passion tragique et tenace comme une fatalité éternelle semble plus surprenant. Mieux que Rose, affadie telle Vénus par son symbolisme de beauté, Ronce brille par son ambivalence. Comme la passion amoureuse elle est souffrance, blessure, obstacle, prison, envahissement, en même temps qu'elle est suave et parfumée. En Angleterre, on ne doit pas cueillir ses fruits après la date du Old Michaelmas (11 octobre), car c'est alors que Satan fut banni du Ciel et précipité dans un roncier : derechef il en maudit les fruits et on dit même qu'il cracha dessus. Vraiment Ronce n'est ni blanche ni noire (ou, pour reprendre l'opposition médiévale des couleurs, ni blanche ni rouge), mais l'un et l'autre à la fois. Elle est peut-être foncièrement Verte, comme l'Espoir et la Jeunesse mais comme la Maladie et la Mort, comme la Nature et comme au Diable.  C'est dans cet entre-deux que se développe le drame de Tristan et Iseut.

   La Ronce, Rubus fruticosus, est d'abord le signe du monde sauvage dans lequel, dans les Romans  médiévaux du XIIe siècle, pénètre le Chevalier par une épreuve douloureuse de la coupure au monde civilisé qui lui donnera accès à un Autre Monde et à la rencontre avec le Cerf Blanc. Ronce se caractérise donc d'abord par ses épines blessantes, et est une métaphore de la souffrance comme porte d'accès à l'éveil spirituel. Elle constitue le dense hallier de broussailles. Ainsi Chrétien de Troyes vers 1170 dans "Le Chevalier au lion" montre Messire Yvain 

Par montaignes et par valees Et par forés longues et lees Par lieus estranges et sauvages Si passa maint felons passages Et maint perilz et maint destroit Tant qu'il vit le sentier estroit Plains de ronces et d'oscurtés ; Et lors fu il asseürés. Qu'il ne porroit mais esgarer."

Mais la Ronce possède d'autres caractéristiques que ses épines : la blancheur des fleurs, la couleur du jus de ses fruits, et, surtout ici, ses capacités à marcotter : 

La ronce commune est un arbrisseau vivace par ses tiges souterraines, produisant chaque année de nouvelles tiges aériennes sarmenteuses qui vivent deux ans, ne fructifiant que la deuxième année. Les tiges et les pétioles des feuilles portent des aiguillons acérés. Les tiges arquées peuvent atteindre trois à quatre mètres de long, et leur extrémité rejoint le sol la deuxième année et s'enracine par marcottage, émettant ensuite de nouvelles tiges qui colonisent rapidement le terrain. (Wikipédia)


 

La Ronce dans le Tristan et Iseut de Bédier (1900).

  Lorsque la Ronce apparaît dans le corpus de Tristan et Iseut, elle n'abandonne pas ce caractère sauvage et hostile et son rôle d'introduction vers une métamorphose. Tristan — Tristram en anglais—, orphelin de ses parents Rivalen roi de Lonois et Blanchefleur (Bleunven), est marqué par la tristesse (trist-tantris), mais aussi par cette fleur blanche de son ascendance.  Dans la version tardive de Bédier (1900), synthèse des versions fragmentaires des vers de Béroul et de Thomas, puis des sagas en prose, la Ronce est là une première fois au chapitre IV, dans la scène cruciale du Philtre d'amour : Tristan, envoyé pour ramener Iseut au roi Marc, fait le trajet de retour sur un navire. La mère d'Iseut a confectionné avant le départ un "vin d'herbes"  :

 Quand le temps approcha de remettre Iseut aux chevaliers de Cornouailles, sa mère cueillit des herbes, des fleurs et des racines, les mêla dans du vin, et brassa un breuvage puissant. L’ayant achevé par science et magie, elle le versa dans un coutret et dit secrètement à Brangien :. Car telle est sa vertu : ceux qui en boiront ensemble s’aimeront de tous leurs sens et de toute leur pensée, à toujours, dans la vie et dans la mort. »

Iseut s'étant plaint de la soif, une petite servante va chercher à boire et trouve la boisson :

 « J’ai trouvé du vin ! » leur cria-t-elle. Non, ce n’était pas du vin : c’était la passion, c’était l’âpre joie et l’angoisse sans fin, et la mort. L’enfant remplit un hanap et le présenta à sa maîtresse. Elle but à longs traits, puis le tendit à Tristan, qui le vida.

À cet instant, Brangien entra et les vit qui se regardaient en silence, comme égarés et comme ravis. Elle vit devant eux le vase presque vide et le hanap. Elle prit le vase, courut à la poupe, le lança dans les vagues et gémit :

« Malheureuse ! maudit soit le jour où je suis née et maudit le jour où je suis montée sur cette nef ! Iseut, amie, et vous, Tristan, c’est votre mort que vous avez bue ! »

  De nouveau, la nef cinglait vers Tintagel. Il semblait à Tristan qu’une ronce vivace, aux épines aiguës, aux fleurs odorantes, poussait ses racines dans le sang de son cœur et par de forts liens enlaçait au beau corps d’Iseut son corps et toute sa pensée, et tout son désir."

 Le philtre est un mélange d'herbes, de racines et de fleurs désigné dans le texte du normand Béroul par les termes de lovendrins "breuvage d'amour" de li vin herbez, Béroul v.2138, puis de poison, "potion" qui, préparé selon des secrets médicinaux et magiques, va agir —théoriquement seulement pendant trois ans— comme un venin. Il n'est pas indifférent que les deux amants tragiques le consomment "le jour de la Saint-Jean", car c'était ce jour proche du solstice d'été que les femmes allaient cueillir les herbes riches en  vertus  (verveine, armoise, millepertuis, pervenche, marguerite et orpin). La Ronce en fait-elle partie ? On l'ignore, mais je pense qu'on la trouvait  dans l'emplâtre utilisé par Iseut pour soigner Tristan, dans les épisodes précédents, des blessures causées par le Morholt  puisque les anciens signalaient sa puissance contre les serpents.

 On voit donc combien la symbolique végétale avec ses puissances de croissance et de métamorphoses, sont au cœur du récit, symbolique qui va se concentrer sur la Ronce.

 On voit aussi combien cette première mention de la Ronce dans le texte est une oxymore, un mélange contradictoire de souffrances —épines aiguës—et de jouissances —fleurs odorantes, d'aliénation —corps enlacé— et d'élan vital —le désir—.

      Cette symbolique de la Ronce comme plante qui entoure (chap.IV) l'amant et le pénètre jusqu'au cœur est l'image de la fatalité du sentiment amoureux, véritable malédiction tragique, alienation asujettissant l'amant ou l'amante à des lois contraires aux lois sociales, mais qui, en même temps, par ses "fleurs odorantes", leur donne accès aux félicités de l'union. 

Le mot ronce (au singulier) ne revient, comme dans un leitmotiv, que dans le dernier chapitre, celui de la mort des amants : on voit alors la plante dessiner dans l'espace un grand arc —comme on la voit si souvent le faire au bord des sentiers) pour s'enraciner dans la tombe voisine d'Iseut :

 

  Quand le roi Marc apprit la mort des amants, il franchit la mer et, venu en Bretagne, fit ouvrer deux cercueils, l'un de calcédoine pour Iseut, l'autre de béryl pour Tristan. Il emporta sur sa nef vers Tintagel leurs corps aimés. Auprès d'une chapelle, à gauche et à droite de l'abside, il les ensevelit en deux tombeaux. Mais, pendant la nuit, de la tombe de Tristan jaillit une ronce verte et feuillue, aux forts rameaux, aux fleurs odorantes, qui, s'élevant par-dessus la chapelle, s'enfonça dans la tombe d'Iseut. Les gens du pays coupèrent la ronce : au lendemain elle renaît, aussi verte, aussi fleurie, aussi vivace, et plonge encore au lit d'Iseut la Blonde. Par trois fois ils voulurent la détruire ; vainement. Enfin, ils rapportèrent la merveille au roi Marc : le roi défendit de couper la ronce désormais. 

 La Ronce complète ici sa symbolique : après la fatalité aliénante de la Passion, c'est le caractère quasi sacré de la fidélité amoureuse et de l'éternité qu'elle confère que vient ici illustrer la plante : c'est l'Amour rédempteur par la puissance sacrificielle de la fidélité.

Cette dernière image crée des résonances avec d'autres récits, notamment le mythe de Thisbée et l'hagiographie de Salaun.

1.  Pyrame et Thisbé (Ovide, IV, 55-166) sont deux jeunes Babyloniens qui habitent des maisons contiguës et s'aiment malgré l'interdiction de leurs pères. Ils projettent de se retrouver une nuit en dehors de la ville, sous un mûrier blanc. Thisbé arrive la première, mais la vue d'une lionne à la gueule ensanglantée la fait fuir ; comme son voile lui échappe, il est déchiré par la lionne qui le souille de sang. Lorsqu'il arrive, Pyrame découvre le voile et les empreintes du fauve : croyant que Thisbé en a été victime, il se suicide. Celle-ci, revenant près du mûrier, découvre le corps sans vie de son amant et préfère se donner la mort à sa suite. Depuis, les fruits du mûrier sont rouges.

 at tu quae ramis arbor miserabile corpus 

 nunc tegis unius, mox es tectura duorum, 

 signa tene caedis pullosque et luctibus aptos 

 semper habe fetus, gemini monimenta cruoris. (Ovide Livre IV 158-161)

...nam color in pomo est, ubi permaturuit, ater

 Et toi, arbre fatal, qui de ton ombre couvres le corps de Pyrame, et vas bientôt couvrir le mien, conserve l'empreinte de notre sang ! porte désormais des fruits symboles de douleur et de larmes, sanglant témoignage du double sacrifice de deux amants.  

 2. Le récit hiagiographique de Salaun le fol (XIV-XVe siècle)

Ce saint breton vénéré au Folgoet (bois du Fou) était un  simple d'esprit  répétant inlassablement "Ave Maria, itroun guerhès Maria (Oh! madame Vierge Marie!)". Il vit dans une clairière de la forêt près de Lesneven. Il est appelé "Le fou du bois" (Fol ar c'hoad), car selon la légende, il habite dans le creux d’un arbre, dans la forêt. . Peu après sa mort, on découvrit sur sa tombe un lys sur lequel était écrit en lettres d'or : « AVE MARIA ». En ouvrant sa tombe, on constata que le lys prenait racine dans sa bouche.

L'intérêt de ce récit est d'associer le thème de la vie sauvage et de la folie à celui de l'amour (marial) et de la plante qui naît d'une tombe.

3. Le lai du Chèvrefeuille de Marie de France (entre 1160 et 1189).

 Marie de France, première femme à avoir écrit des poèmes en français, adapta des légendes orales bretonnes ou matière de Bretagne. Dans ce lai, elle raconte comment Tristan fait parvenir à Iseut une branche de coudrier entourée d'un rameau de chèvrefeuille et où est gravé son nom. 

Ils étaient tous deux comme le chèvrefeuille qui s'enroule autour du noisetier: quand il s'y est enlacé et qu'il entoure la tige,ils peuvent ainsi continuer à vivre longtemps. Mais si l'on veut ensuite les séparer,le noisetier a tôt fait de mourir, tout comme le chèvrefeuille. "Belle amie, ainsi en va-t-il de nous:ni vous sans moi, ni moi sans vous!"

 Sur un mode différent de la Ronce, c'est une métaphore assez semblable qui est développée : celle de l'enlacement qui est à la fois une emprise, un lien et une union. Rompue, elle mène à la mort ; préservée, elle est éternelle. Soulignons seulement que les baguettes de coudrier blanc étaient, dans la mythologie celte, liée à la puissance divinatrice, poétique notamment, et que des toponymes ("quelhuit") signalent d'anciens lieux de culte gaulois situés dans des courdraies :  Les églises des îles du Ponant II. Groix, chapelle de Quelhuit.

 Ce lai est intégré au texte de Bédier comme un épisode du récit.

 

 

Les occurrences de "ronces" dans le texte de Bédier.

On trouve aussi le mot ronces, (au pluriel) aux chapitres 5, 9 et 10 du livre de Bédier, pour illustrer les épreuves que doivent subir les amants, pour fixer les frontières du monde sauvage, mais aussi pour montrer comment, dans leur retraite coupée du monde, ce sont les ronciers qui les protègent en les dissimulant (sans néanmoins éviter que Marc ne les découvre): 

  5 :  Plus de sentier frayé, mais des ronces, des épines et des chardons.

9 : haillons, déchirés par les ronces. Ils s’aiment, ils ne souffrent.

 10 : Dans le fourré clos de ronces qui leur servait de gîte, Iseut la Blonde attendait le retour de Tristan.


 Les sources de Bédier.

Pour mieux saisir l'ancienneté de cette symbolique de la ronce, il fallait savoir quelle part était due à Bédier, et quelle part revenait aux textes anciens.

Le motif de la réunion des amants après leur mort par le biais d'un végétal n'est pas présente dans les fragments en vers de Béroul (1170) ou de Thomas (1175), mais apparaît la première fois chez l'écrivain allemand Eilhart (1170 ou 1180, Tristrant und Isalde ) : Le roi fait inhumer les deux amants dans la même tombe, et y fait planter un rosier sur le corps d'Iseut et un cep de vigne sur le corps de Tristan ; le rosier et la vigne croissent sous  l'effet du philtre et leurs rameaux s'unissent si bien qu'on ne saurait les séparer sans les briser.

 

Dans la Saga islandaise de 1266, Isond et Tristram sont enterrés sur l'ordre d'Isodd, la deuxième Yseut, de part et d'autre de l'église afin qu'ils soient séparés même après leur mort. Mais un arbre poussa de chacune de leurs tombes, si haut que leurs ramures s'entrelacèrent au dessus du toit de l'église.

  Dans le Tristan en prose du manuscrit français 103 de la Bnf, le roi Marc, informé tardivement de la cause des amours adultères de son neveu et de sa femme, les fait enfermer dans de riches sarcophages que l'on enterre de chaque coté de la chapelle bâtie pour eux par les gens de Tintagel. Une belle ronce sort de la tombe de Tristan, passe par dessus le toit de la chapelle et entre dans la tombe d'Yseut. Informé, Marc fait couper trois fois la ronce, mais elle repousse de plus belle à chaque fois :

 

De dedens la tombe yssoit une ronche belle et verte et foillue qui alloit par dessus la chappelle, et descendoit le bout de la ronche sur la tombe Yseut et entroit dedens. Ce virent les gens du païs et le comptèrent au roy. Le roy la fit par trois fois coupper : a l'andemain restoit aussi belle et en autel estat comme elle avait esté autrefois. C'est miracle estoit sur Tristan et sur Yseult. 

  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90598289/f388.zoom

C'est là la source manifeste de Bédier, mais on admirera comment celui-ci a pu préparer ce motif en le plaçant auparavant dans la scène du philtre. 

Cette version du Ms 103 (par Luce del Gate) est reprise en 1796 par le comte de Tressan (Œuvres choisies, Volumes 7 à 8).

 

 La version italienne de La Tavola Ritonda de la fin du XIIIe siècle connaît une quatrième variante. Une vigne surgit subitement sur leur tombe au bout d'un an, le jour anniversaire de leur inhumation. Cette vigne avait deux racines ; l'une plongeait dans le cœur de Tristan, l'autre dans le cœur d'Yseut, et les deux racines ne formaient qu'une tige ; le cep qui sortait de la tombe était plein de fleurs et de feuilles et faisait une grande ombre sur les gisants des deux amants.

 

Source : Jean-Marc Pastré, La magie du végétal dans les romans de Tristan, in Le Végétal, publication de l'Université de Rouen 1999, pp. 75-78.

En somme, la Ronce vient remplacer à elle seule le Rosier et la Vigne : elle est tout à la fois cette Rosacée armée d'épines et aux fleurs odorantes, et cette liane, ce sarment à la croissance sauvage et invincible.

  Si on recherche d'autres correspondances, on peut reconnaître la Ronce dont les fleurs ont cinq pétales et cinq sépales, dans le signe à cinq branches — la signature— que Tristan trace sur des copeaux emporté par le ruisseau et qu'Iseut va reconnaître en aval comme un signal de rendez-vous. 


 

      Symbolique des couleurs dans le motif de la Ronce.

La Ronce est une plante qui associe trois couleurs, le vert de la croissance par ses feuilles, le blanc de la pureté et de l'Autre Monde par ses fleurs, et le rouge incarnat ou purpurin (presque noir) de la passion, de la douleur et du sang par ses fruits, ou par la blessure causée par ses épines.

  Ces trois couleurs, blanc, rouge, vert, sont aussi celles qui prédominent dans le roman de Bédier, comme en témoigne l'analyse statistique du vocabulaire. La couleur blanche vient en tête, citée 61 fois, puis la rouge (20 fois) et la verte (19 fois), loin devant le noir (9 fois), le bleu et l'azur  (4 fois), le jaune (2 fois). Un peu à part, l'or apparaît 20 fois environ, et le blond 46 fois.

 

 

—L'or et le blond sont liées à Iseut et à ses cheveux d'or. 

—  Le blanc est la couleur de la mère de Tristan, Blanchefleur. C'est celle de la deuxième Iseut, Iseut aux blanches mains". C'est aussi  la couleur du chien de Tristan, Husdent. C'est enfin celle de la Blanche Lande.

— Le rouge  est lié  au Jugement par le fer rouge, et donc à l'épreuve. On le trouve aussi dour qualifier La Croix Rouge, dans la forêt du Morois. 

—Le vert, quand il ne qualifie pas l'herbe, le trèfle, les rameaux ou la ronce, est utilisé dans les 10 occurrences de "l'anneau de jaspe vert", offert par Iseult à Tristan lors de leur séparation, avant qu'elle ne rejoigne la cour du roi Marc. Tristan offre en échange son chien Husdent : Blanc contre Vert. Cet anneau est l'un des leitmotiv bedierien, instrument de la reconnaissance, de la réconciliation : 

Tristan, laisse-moi Husdent, ton chien. Jamais limier de prix n'aura été gardé à plus d'honneur. Quand je le verrai, je me souviendrai de toi et je serai moins triste. Ami, j'ai un anneau de jaspe vert, prends-le pour l'amour de moi, porte-le à ton doigt : si jamais un messager prétend venir de ta part, je ne le croirai pas, quoi qu'il fasse ou qu'il dise, tant qu'il ne m'aura pas montré cet anneau. Mais, dès que je l'aurai vu, nul pouvoir, nulle défense royale ne m'empêcheront de faire ce que tu m'auras mandé, que ce soit sagesse ou folie.

– Ami Tristan, dès que j'aurai revu l'anneau de jaspe vert, ni tour, ni mur, ni fort château ne m'empêcheront de faire la volonté de mon ami. 

Quoique le texte ne le mentionne pas, il est évident aussi que le philtre d'amour, le "vin herbé " fait de racines, de feuilles et de fleurs est de couleur verte.     

 —  Le Noir décrit la nuit, l'ombre, et la voile noire porteuse de mauvaise nouvelle. 

 

Dans ce roman, comme dans le monde chrétien médiéval, le couple fondamental n'est pas le blanc et le noir, mais le blanc et le rouge, et c'est entre ces deux couleurs que la dialectique se construit : innocence et candeur des amants qui sont les victimes d'un philtre — et Tristan est si convaincu de cette innocence qu'il est prêt à affronter quiconque l'accusera d'avoir trompé le roi Marc—, mais rouge violence de leur passion aveuglante.

  Blanc et rouge, telle était la couleur des premiers échiquiers au IXe siècle avant qu'à la fin du XIIIe ou au début du XIVe siècle ils ne deviennent les damiers noir et blanc que nous connaissons. Aussi, dans la scène dans laquelle la partie d'échec entre le roi Marc et Iseut est interrompue par un messager de Tristan montrant à la reine l'anneau de jaspe vert par lequel celui-ci appelle Iseut à son chevet, c'est une image en Blanc-Rouge-Vert qui se forme, comme un rappel de la Ronce et de ses impératifs :

  Dinas retourna donc à Tintagel, monta les degrés et entra dans la salle. Sous le dais, le roi Marc et Iseut la Blonde étaient assis à l'échiquier. Dinas prit place sur un escabeau près de la reine, comme pour observer son jeu, et par deux fois,feignant de lui désigner les pièces, il posa sa main sur l'échiquier : à la seconde fois, Iseut reconnut à son doigt l'anneau de jaspe. Alors, elle eut assez joué.

 

Elle heurta légèrement le bras de Dinas, en telle guise que plusieurs paonnets tombèrent en désordre.  « Voyez, sénéchal, dit-elle, vous avez troublé mon jeu, et de telle sorte que je ne saurais le reprendre. »

 

 Le motif de l'échiquier apparaît dans d'autres versions dès le début, où Tristan est si absorbé au jeu que des marchands le kidnappent ; le jeu d'échec est surtout présent dans la scène du Philtre : le navire étant encalminé par forte chaleur, les futurs amants trompent le mortel ennui en affrontant leurs pièces, avant de demander à boire.

      http://www.larousse.fr/encyclopedie/images/Tristan_et_Iseut_buvant_le_philtre_d_amour/1311475

Tristan et Iseut buvant le philtre d'amour. Miniature (1470) extraite du Livre de Lancelot du lac, de Gautier Map. (Bibliothèque nationale de France, Paris.) Ph. Coll. Archives Larbor

      <i>Tristan et Iseut buvant le philtre d'amour</i>

 

 

 

Au total, la Ronce est, mieux que la Rose, le symbole de l'épreuve initiatique d'ensauvagement et de souffrance qui, par une affiliation sanglante, réunie deux êtres dans une fidélité amoureuse pour la vie, mais plus encore, pour la mort.  

 

            Le lai du chèvrefeuille                

 

 

 Les armoiries de Tristan.

      De fil en aiguille, cette analyse des couleurs dans le corpus de Tristan m'incite à m'interroger sur les armoiries du héros. Je les trouvent décrites dans la version de Gottfried.

1. La flèche d'or.

Au cimier de son heaume "à l'apparence du cristal" "se dressait "un trait, prophète de l'amour, dont la force symbolique allait se confirmer par l'amour auquel Tristan fut voué" (Trad. D. Buschinger, édition Pleiade Gallimard 1995 page 475). Ce trait est une flèche d'or, celle d'Eros ou de Cupidon, mais elle souligne aussi que l'un des attributs de Tristan dans le roman de Béroul est l'arc : c'est Tristan qui, ayant choisi la vie sauvage avec Iseut dans la profondeur des forêts, invente l'Arc Infaillible. Chez Gottfried, Tristan est armé d'une arbalète, ce qui explique peut-être le mot "trait" plutôt que "flèche".

  La flèche d'or sur le heaume renvoie aux couleurs jaune sur fond blanc "d'argent au trait d'or" en terme d'héraldique, bien que nous décrivions le cimier.

L'arc de Tristan et celui de Cupidon me rappelle l'arc que forme la tige de la Ronce avant de s'enraciner, ou, plutôt, c'est lorsque je vois cette image de la courbe de la tige verte et épineuse réunissant les deux tombes de Tristan et d'Iseut que, par ce passage par les armoiries, j'y vois désormais l'arc de "l'amour auquel Tristan fut voué". Bandé, glorieux et mortifère.

2. Le sanglier ou le lion. 

   Dans le même passage du Tristan de Gottfried où le héros s'arme avant de combattre Morolt, se trouve la description du bouclier : "une main adroite y avait mis tout son soin, et il avait l'éclat de l'argent, si bien qu'il était en parfaite harmonie avec le heaume et la cotte de mailles. Il avait été maintes fois poli, ce qui lui avait donné un lustre si éclatant qu'on pouvait s'y mirer" (p. 475). La couleur du champ de l'écu est donc le blanc ("argent"), comme est blanc le heaume et la cotte, ou aussi "la housse qui recouvre son cheval" (p.476), mais ce blanc est celui de l'acier poli, celui du miroir, de l'éblouissement et des ambiguïtés des reflets et de l'aveuglement, du simple et du double. "La housse qui le recouvrait [le cheval] était d'une blancheur éclatante, étincelante comme le jour, en harmonie avec la cotte de mailles de Tristan".

  Je reprends la lecture de la description du bouclier : "Un sanglier avait été fixé dessus, taillé de main de maître dans une peau de zibeline, noire comme du charbon". 

Les armoiries de Tristan sont donc "d'argent, au sanglier de sable".

En effet, la fourrure de zibeline serait à l'origine du terme héraldique "sable" qui désigne le noir : "Le terme sable viendrait du terme russe : соболь (sobol), désignant la zibeline, fourrure noire, ou de l'allemand Zobel, martre noire. Il désignait initialement sa fourrure noire et brillante" (Wikipédia). Mais la référence animale est ici importante, indiquant, tout comme le sanglier, la nature sauvage de Tristan, ou plus exactement, celle de la passion amoureuse qui ensauvageonne ce parangon de l'homme courtois. Si le blanc est son coté civilisé et immaculé, le noir est sa face sauvage.

 J'aborde ce thème en parfait petit amateur alors qu'il a été traité avec la compétence et l'érudition inégalable qu'on lui connaît par Michel Pastoureau : "Les armoiries de Tristan dans la littérature et l'iconographie médiévales" in L'hermine et le sinople, Paris 1982 pp.279-298. Mais je n'ai pas lu cet ouvrage. Tout au plus pourrais-je dire que Pastoureau a établi que si le sanglier est l'emblème de Tristan dans les pays germaniques (Gottfried est de Strasbourg et écrit en moyen-allemand), par contre en France, en Angleterre et en Scandinavie cet emblème est le lion. D'autre part, je lis que les armoiries de Tristan "sont fort instables" et que ses véritables armoiries sont de gueules à deus couronetes d'or  (un escu vermeil à deus couronetes d'or) indiquant ainsi qu'il est l'héritier de deux royaumes, le Lonnois par son père Rivalin, la Cornouailles par son oncle Marc. Enfin, au XVe siècle les Armoriaux lui attribuent des armes de sinople au lion d'or (vert au lion jaune) , cette combinaison rare du vert et du jaune le célébrant comme "le fou d'amour". (Notes par M.L Chênerie et Delcourt in Le Roman de Tristan en Prose. Tome II, Du Bannissement de Tristan Du Royaume, Droz, 1990 page 395.

                                              Blason imaginaire de Tristan.svg  Wikipédia

 

 

 

 Lancelot affronte Tristan en combat (enluminure d'Évrard d'Espinques,BNF Fr.116, 1475).  

 

 

Tristan mourant et embrassant Iseult, trois personnages portant ses armes de sinople au lion d'or (enluminure de Tristan de Léonois, xve siècle, BNF ; wikipédia :

                               


 


II. Botanique : LA RONCE ET LES ENLUMINEURS DES FLORES.

 

   Chacun peut aisément connaître la Ronce, parce qu'elle s'accroche vistement aux robes de ceux qui passent par auprès, elle les arrête tout court. Elle a la tige pleine d'aiguillons poignants. Les feuilles crénelées, noirâtres d'un coté et blanches de l'autre. La fleur quelque peu rouge du commencement, puis après blanche ; icelle tombee survient le fruit semblable aux mûres de mûrier changeant de plusieurs couleurs jusqu'à ce qu'il soit noir. C'est viande agréable aux oiseaux, et quelquefois aux hommes, pour lors il a le jus rouge comme sang, duquel il teint et barbouille les mains.

Le Lieu :

La Ronce vient entre les buissons ; et soudain après qu'elle est quelque peu creue, elle se refiche dedans la terre et prend racine, tellement que derechef on la peut voir recroître de soi-même.

 De Plyne.

 Nature n'a point produit la Ronce pour piquer seulement et faire mal à l'homme, mais aussi pour le rassasier de son fruit. Celui-ci a vertu de sécher et de resserrer, et pourtant il est fort convenable aux gencives, inflammation d'amygdales et aux génitoires : ses fleurs et meures ou catherinettes sont du tout contraire aux pires serpents qui soient en ce monde, c'est à savoir a hemorrhus* et prester. Ils resserrent sans aucun danger d'inflammation ou d'apostemes toutes piqures de scorpions et font uriner. On pile les tiges encore tendres pour en avoir le jus, lequel après qu'il est épaissi au soleil, comme pourrait être miel. 

Leonhardt Fuchs, 1549, Commentaires tres excellens de l'hystoire des plantes, chap LV 

 * Le serpent mâle Hemorrhus, femelle hemorrhois, était réputé causer par sa morsure des saignements profus.

** prester : nom d'un serpent venimeux des Anciens ; la vipère péliade a été nommé Coluber prester.

        

Il existe pour Linné (Species Plantarum : 493, 1753) plusieurs espèces du genre Rubus, dont la ronce commune ou sauvage qui correspond soit à R. fruticosus (du latin fruticōsus, a, um : - 1 - plein de rejetons. - 2 - plein de buissons, plein d'arbres, ombragé), la Ronce noire, soit à R. caesius, (latin : bleu glauque) la Ronce bleue. 

Au même genre appartient le Framboisier Rubus idaeus (parce qu'on le croyait originaire du mont Ida, en Turquie), une plante sauvage qui a été cultivée depuis la fin du Moyen-Âge. Elle est décrite par Linné Species Plantarum 1 : 492 : "habitat in Europae lapidosis".

 

 

Le Grandes Heures d'Anne de Bretagne

  Dans ce manuscrit Bnf latin 9474  peint entre1503-1508 par Jean Bordichon, les oraisons sont encadrées de plantes (et de papillons, libellules et autres insectes) pour réaliser un Vade-mecum contenant tous les remèdes du corps et de l'âme. Ainsi, le Folio 206 représente la Ronce sauvage Arbustum rubra  Ronsces qui encadre une invocation à sainte Marguerite : elle était récitée par "les femmes grosses", pour prévenir les grands périls de l'accouchement :

Ex Madame sainte marguerite Virgo gloriosa Christi margarita : virginum gemma preciosissima virtute supernorum clara. Audi preces nostras coram te fusas et tuis sacris precibus nostris adesto calamitatibus. VERSUS Ora pro nobis beata margarita. RESPONS Ut digni efficiannur pinissionibus Christi. Oremus Dominus qui beatam. ORATIO. Margaretam virginem tuam : ad celos per martirii palmam pervenire fecisti  concede nobis quaesumus : ut eius exempla sectantes ad te venire mereamur. Per Christum dominum nostrum. Amen

Virgo gloriosa Christi margarita est un cantique mis en musique par Adrian Willaert. 

 

 

                                 ronce-ronsce-anne-de-Bretagne-f.206.png

Le livre ne précise pas à quels usages médicaux était réservé la Ronce ; il n'y a pas de rapport entre la plante, et l'oraison à sainte Marguerite. Traditionnellement, depuis Dioscoride, Galien et Pline, on utilisait des décoctions des tiges, des broyats de feuilles, ou le jus des fruits, contre les ulcérations buccales (herpes, angines), pour arrêter le flux de ventre, ou soigner des morsures d'un serpent nommé "prester". Un vin de mûres était aussi employé.

Un auteur, Kim E. Hummer, s'est livré à une étude exhaustive de la ronce : on trouvera ses articles en ligne : 

 http://www.ars.usda.gov/SP2UserFiles/person/2674/hummer%20rubus%20pharmacology.pdf

http://www.hort.purdue.edu/newcrop../rubusicon.pdf

 

On trouve aussi dans le Grand Livre d'Heures une enluminure consacrée au Framboisier, et une autre au mûrier :

Fraxibasia Framboyse.

Mora celsi Meures.

                            rubus-idaeus-framboysier-anne-de-bretagne-detail.png                          mures-anne-de-bretagne-detail.png

Meure (depuis 1165) ou More puis Mûre désigne indifférement le fruit du Mûrier du genre Morus, et celui de la Ronce, du genre Rubus.  L'ancien français meure est issu du bas latin mora (Dioscoride latin; Pseudo-Apulée), pluriel collectif devenu féminin singulier du substantif neutre morum désignant le fruit du mûrier (Varron), la mûre sauvage (Id.), le fruit du sycomore (Pline). (CNRTL)

 

Français 9136 fol. 250v.

 

Latin 6823, fol. 104.

 

Français 1307, fol. 187v  

Nouvelle acquisition française 6593, fol. 173.

 

Français 623, fol. 158. 

 

 

 

Français 12322, fol. 183v.  

 

 

 

 

Sources : 

Le texte de Béroul : http://fr.wikisource.org/wiki/Tristan_(B%C3%A9roul)

L'adaptation par Bédier : http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Roman_de_Tristan_et_Iseut/Texte_entier

L'analyse statistique du texte de Bédier :http://www.intratext.com/IXT/FRA1648/OV.HTM

Repost 0
Published by jean-yves cordier
commenter cet article
28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 11:42

 

      Exposition Miró à Landerneau : Miró, les taches et moi.

 

  J'aime les taches autant que j'abhorre les tâches. les une m'attirent autant que les autres me rebutent. J'ai déjà raconté l'histoire de la tache la plus célèbre, celle de Paul-Louis Courier sur le rarissime manuscrit de Longus à la Bibliothèque Laurentienne de Florence :  Histoire d'un pâté célèbre, de l'atacamite, et de "l'encre de la petite vertu". 

 Mais ce sujet n'est pas pour autant tari et la récente exposition du Fonds Hélène et Édouard Leclerc pour la Culture  aux Capucins de Landerneau Joan Miró l'arlequin artificier réveille mes vieux démons. 

Commençons par donner libre cours aux images : de la tache, et de la plus belle encre ! Flashe ! Ploutche ! spliche ! Ah !


 taches 9957v

 

 

                    taches 0049c

 

 


 

                    taches 0047c

 

 

                        taches 0046c                                        

 

 

 

                                taches 0048c

 

 

 

 

 

                                 taches 0044c

 

Quelle exubérance ! Quelle jouissance !

 Comme d'habitude, il suffit  de creuser un peu le vocabulaire pour constater que ces onomatopées de la projection profanatrice d'encre sur la candeur de la page ou de la toile sont inscrits dans l'inconscience des mots.

 Savais-je que le mot esquisse , terme bien propre —si je puis dire — aux peintres, vient de l'onomatopée du gotique  *slîtjan  " fendre, faire éclater " (cf. éclisser) qui donnera l'italien schizzare, "jaillir, gicler " puis depuis Boccace le déverbal schizzo  "tache que fait un liquide qui gicle" avant de prendre le sens  d "ébauche (d'un dessin), ce schizzo italien donnant en 1642 naissance à notre esquisse

  Dans toute esquisse, tout premier jet (eh oui) d'un texte (tissu, textile), si on le porte à l'oreille, on entend encore ce bruit du jaillissement du verbe créateur, qui éclabousse. 

 Éclabousser ? "Faire rejaillir sur (quelqu'un, quelque chose) en le couvrant de taches" (CNRTL), vient de l'onomatopée klapp klabb et de bouter "pousser dehors". Tous ces mots viennent donc d'un langage primitif, préverbal ou puéril. 

 Des mots se pressent en synonymes, gicler, arroser, asperger...

On pense à bavochure (l'imprécision et l'imperfection de l'a-peu-près, mais aussi ses débordements), puis à bavure, baver, cracher...

  Mais les termes ne possèdent pas seulement ce coté éjaculatoire, ils portent aussi les valeurs de la souillure : c'était vrai pour éclabousser ("fig. : compromettre, salir moralement"), cela se vérifie aussi pour maculer : "salir, souiller, couvrir de taches", emprunté au lat. maculare "marquer, tacher, flétrir, déshonorer". Nous étions avec Rabelais, nous voilà avec Nathaniel Hawthorne et sa Lettre écarlate.

 Venons-en au nom tache. Deux étymologies sont proposées (CNRTL, résumé sur Wiktionnaire):

 

  1. issu du gotique *taikns « signe » qui donne l’allemand Zeichen (« signe ») et un bas latin *tacca mais « on ne voit pas très bien comment cet étymon ayant le seul sens de « signe » a pu donner, dans les différentes langues romanes, des sens aussi variés que ceux de « souillure », « marque sur la peau », « qualité (bonne ou mauvaise) ».

  2. L’ancien français tachier (« tacher ») serait à rapprocher du latin vulgaire *tagicare, dérivé du latin tangere (« toucher ») alors que sa variante techier remonterait à un latin vulgaire *tigicare, issu de tingere (« teindre, barbouiller, colorer »). Tache serait donc un déverbal de tacher.

 Je retiens la seconde hypothèse pour les relations qu'elle crée entre la tache d'une part et l'acte pictural et les couleurs d'autre part. Tacher, c'est donc, dans la profonde résonance du mot, teindre, colorer et, surtout peut-être barbouiller. Moins dans son sens péjoratif que dans son évocation de l'activité ludique de l'enfant ; et parce qu'il me conduit à brouillon

  L'adjectif brouillon possède deux sens. J'étais, je reste brouillon, désordre, presque foutraque. Mes cahiers de brouillon étaient couverts de tache d'encre violette. L'un parle de confusion, l'autre est synonyme d'esquisse. Mais personne ne contestera que le brouillon est le pays natal de la tache, son pré carré. Là où elle se donne libre cours.

  Certains éditeurs ont publié le fac-similé des brouillons de nos meilleurs écrivains, "respectant même les taches d'encre". Les manuscrits autographe de certains artistes, parce qu'ils conservent les taches de café ou de tabac de leur auteur, suscitent une émotion considérable. 

 

  Il me reste à établir un dernier lien, celui qui unit la tache, meurtrissure profanatrice de la perfection du trait, avec la déchirure et la béance. 

 Dans l'œuvre de Miró, les lacérations de la toile sont sans-doute plus rares que les taches, mais elles relèvent du même geste de défi lancé à l'arrogance des puritains du travail soigné. 

 

Post-scriptum à propos de Marie-Madeleine.

 

  J'oubliais l'essentiel de mes découvertes : la relation étymologique entre le nomp tache et le verbe latin tangere. Je constate que la traduction habituelle du verbe tangere, "toucher", telle qu'on la trouve dans le Gaffiot, laisse de coté des  sens plus péjoratifs, tels que "souiller", "flétrir", qui ne figurent pas dans les dictionnaires mais qui apparaissent dans les autres mots dérivés de ce verbe : consultons Le Robert historique de la langue française. 2010.

ENTAMER v. tr. est issu (1120-1150) du bas latin intaminare (IVe s.) « toucher à », proprement « souiller, profaner ». Ce verbe est un préfixé en in- de °taminare « souiller » que l'on retrouve dans le composé classique contaminare (→ contaminer) ; il se rattache à tangere, au supin tactum, « toucher » (→ entier, intact, tactile), à rapprocher peut-être du gotique tekan « toucher ».  

CONTAMINER v. tr. est emprunté (1215) au latin contaminare, proprement « entrer en contact avec », essentiellement attesté avec la valeur péjorative de « souiller par contact », plus généralement « souiller » (au physique et au moral). La langue littéraire l'emploie au sens spécial de « rendre méconnaissable en mélangeant ». Le mot, formé avec le préverbe cum (→ co-), a été rattaché par les Latins à tangere « toucher » (→ tangible). Il suppose un °taminare qui, à son tour, postule un °tamen, « fait de toucher, contact impur », lequel pourrait être un ancien terme du vocabulaire religieux.     ❏  Le mot est un terme religieux passé dans la langue médicale. Le sens initial de « souiller par un contact impur » est sorti d'usage au XVIIe s. et est qualifié de « vieux » par Furetière (1690).  ◆  Il a été repris en médecine (1863), se répandant dans le langage courant au détriment de contagionner. Les connotations péjoratives, liées au contexte de la pathologie, ont coloré le sens figuré, « changer la nature de qqch., altérer ». 

TANGENTE n. f. est emprunté (1626) au latin tangens, -entis, participe présent de tangere « toucher » (sens concret et abstrait), « toucher à », qui était employé dans de nombreuses acceptions figurées, dont une familière analogue à celle de taper « emprunter », en français moderne. Tangere est rapproché pour le sens du groupe germanique du gotique tekan « toucher » (Cf. anglais to take) mais le t germanique (qui suppose un ancien d) ne concorde pas avec le latin. Si les deux groupes sont apparentés, la consonne initiale étant inexpliquée, on supposerait un ancien thème °teg, təg- ; comme l'indoeuropéen n'admet pas de racines commençant et finissant par une sonore simple, le °deg- sur lequel reposent les formes germaniques n'est pas originel. Tangere n'est pas passé en français comme dans d'autres langues romanes ; il a été supplanté par le dérivé de l'onomatopée °tok- (→ toucher). 

Contagion :  Empr. au lat. class. contagio (composé à partir de cum et de la racine de tangere « toucher ») « contact, contagion, contamination », fig. « influence pernicieuse ». CNRTL

 CONTACT n. m. enregistré en 1611, peut-être attesté en 1586, est un emprunt relativement tardif au latin contactus, nom issu du participe passé de contingere « toucher » (→ contingent), composé d'aspect déterminé, en cum (→ co-) de tangere, de même sens (→ tangible). Contactus et contagio (→ contagion), issus du même verbe, désignent à la fois le toucher en général et le toucher infectieux en particulier.  

 CONTINGENT, ENTE adj. et n. m. est emprunté (1370) au latin impérial contingens, participe présent de contingere, proprement « toucher, atteindre » (→ contigu) et spécialement « arriver par hasard », d'où « échoir en partage ». En bas latin, contingens est spécialisé en philosophie et substantivé au sens de « ce qui peut être ou ne pas être », traduisant le grec to endekhomenon.

    

  Ces eléments lexicographiques permettent de sentir combien la tache, outre le caractère contingent de sa forme (qui échappe à la maîtrise du peintre), déclenche en nous les peurs ou angoisse lièe à la souillure, dans ses deux aspects religieux et médical. Elle est une effraction, une atteinte sacrilège ou contaminante de ce qui, auparavant, était Intact.

 Indépendamment de ceci, ces découvertes m'amènent à reconsidérer le sens du fameux Noli me tangere du Christ à Marie Madeleine : on le traduit régulièrement par "Ne me touches pas" (et le grec du texte originel mê mou haptou (μη μου απτου) par "ne me retiens pas", voire "ne m'étreins pas"), mais on peut aussi entendre entre les mots cette opposition entre le pur, l'immaculé Agneau sans tache, le Sacré, et l'impur humain à fortiori féminin et pécamineux, frappé du péché originel.

Si on traduit, certes abusivement,  Noli me tangere par "ne me souilles pas", les réflexions de Didi-Huberman découvrant des taches ou touches de peinture  et trois petites croix en terra rosa en guise de fleurs entre Madeleine et le Christ dans la fresque de Fra Angelico "Noli me tangere"  dans la cellule n°1 du couvent de San Marco prennent d'avantage de signification encore.

(Georges Didi-Huberman - "Fra Angelico, Dissemblance et figuration", Ed : Flammarion, 1995, pp38-39).

 Le Sacré, la Divinité relève de l'Intouchable, de l'Intact et de l'Intègre.

 La tache y porte toujours atteinte.

L'Incarnation est le risque de cette altération du divin, et les Stigmates  sont la marque de ces taches rédemptées. 

 

                                    

 

Résurrection du Christ - Noli me tangere (Giotto, chapelle Scrovegni, 1302-05)  

 

                            

Repost 0
Published by jean-yves cordier
commenter cet article
27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 23:46

Exposition Miró aux Capucins de Landerneau, 

           Fonds Hélène et Édouard Leclerc.

                    Les sculptures.

                20131026 115252c

 

                  20131026 115833vvv

 

                                       sculptures 0042c

 

sculptures 9857v

 

                 sculptures 9856c

 

 

                 sculptures 9863v

 

                                     sculptures 9870c

 

 

                               20131026 120406cd

 

                                        sculptures 9874c

 

 

                                sculptures 9928v

 

 

                                                         sculptures 9877v

 

 

                                      sculptures 9988v

 

Attention : ceci n'est pas une œuvre de Miró :

                                        miro-expo-landerneau 9876c

                                sculptures 9991v

Repost 0
Published by jean-yves cordier
commenter cet article
27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 23:30
Repost 0
Published by Lavieb Aile
commenter cet article
27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 23:30

Exposition Joan Miró à Landerneau. (3)

                     Signé Miró.

 

Exposition Joan Miró aux Capucins de Landerneau, Fonds Hélène et Édouard Leclerc.

signatures 9929c

 

20131026 115507v

 

 


20131026 114005v

 

 

 

 

20131026 115633v

 

                            20131026 120025c

 

 

 

20131026 115032c

 

20131026 114645c

 

 

20131026 114414vc

 

 

 

                   20131026 114303v

 

 

                    20131026 114257c

 

 

20131026 114238v

 

 

20131026 114215v

 

 

20131026 114202(0)c

 

 

                             20131026 114156v

 

 

20131026 114135c

 

 

20131026 114125c

 

 

20131026 114112c

 

20131026 114103c

 

20131026 114054c

 

20131026 114039v

 

 

20131026 114028c

 

 

 

20131026 120329v

 

 

20131026 114623c

 

 

20131026 114632v

Repost 0
Published by jean-yves cordier
commenter cet article
27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 21:47
Repost 0
Published by Lavieb Aile
commenter cet article
27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 21:47

L'exposition Miró à Landerneau : ça me botte , ou Au Bonheur des Messieurs.

 

  Pas plus que de Flaubert de Charles Perrault , on ne nous fera dire que Joan Miró relève de ce que MM. Binet, Moll et Krafft-Ebing ont décrit comme le fétichisme de la chaussure. Celui-ci suppose "un désir et une excitation sexuelle pour les chaussures (féminines habituellement) à l'exclusion de  tout le reste". Nous sommes ici dans la création artistique, et non dans l'étude clinique d'un cas. Mais cette confusion est si fréquente que la paraphilie est nommée parfois rétifisme, du nom de Restif de la Bretonne pour son roman Le pied de Fanchette (1763). Être l'auteur de Cendrillon peut aussi vous valoir des étiquettes définitives.

 Aussi n'est-ce pas la curiosité envers la Psychopathia Sexualis ( Richard von Krafft-Ebing, Études médico-légales : Psychopathia Sexualis. Avec recherche spéciales sur l’inversion sexuelle, Traduit sur la 8e édition allemande par Émile Laurent et Sigismond Csapo, Éd. Georges Carré, Paris, 1895.) mais la simple et pure émotion artistique qui m'a amené à parcourir les galeries de l'exposition Joan Miró l'Arlequin artificier du Fonds Hélène et Édouard Leclerc aux Capucins de Landerneau en passant d'une sculpture à l'autre à la recherche de toutes les chaussures que le sculpteur catalan avait fait réalisé en bronze, et dont il avait poli les formes fines, pointues et cambrées avec un soin particulier.

                        chaussures 0001c

 

 

   Pourtant...quel gâchis de délaisser tout ce matériel onirique qui ne demande qu'à être interprété ! Quelle agressivité dans cette association avec la molette crantée d'une scie ! Quel appropriation dans ce plaisir d'infliger la gravure de son nom dans la matière !

 

chaussures 0002c

 


chaussures 0003c

 

 Quelle complaisance à associer la froideur de la mécanique industrielle, de ses essieux et de ses tiges avec la ligne sinueuse de l'accessoire de mode !

chaussures 0012c


chaussures 0005c

 

 

                               chaussures 0013v

 

                       chaussures 0016c

 

chaussures 9985v

 

 

                                 chaussures 9983v

 

Cet homme là ne sait-il pas sculpter le pied d'un homme, pour se contenter de ses richelieu, ses derby et ses molière ? Oh non, il le prouve immédiatement, Phidias et Praxitèle l'accueilleraient dans leurs rangs :

chaussures 9990v

 

Mais c'est plus fort que lui, quand il ne sculpte pas des croissants de lune, il forme, presque machinalement, des chaussures.

                      chaussures 9992v

 

On aura remarqué qu'il ne s'agit pas réellement d'ailleurs de chaussures, et que ces formes pleines, creusées en leur cambrion d'une gorge rectangulaire, dépourvues de quartiers ou de tiges, et à l'empeigne percé de deux trous, correspondent plutôt à ces formes rigides qu'on place dans ses escarpins pour éviter qu'ils ne se déforment.

         Site L'Homme Chic.

 Autrement dit des embauchoirs ou embouchoirs dont M. Sakoski, bottier à Paris en 1809, distinguait trois modèles : formes correctives ; semi-correctives ; et d'entretien. Elles étaient "composées de telle sorte qu'à l'aide d'une simple clef de pendule on puisse en augmenter les dimensions dans tous les sens, et sur plusieurs points différents, variables à volonté. Quatre boutons, qui se placent à volonté dans des trous sont destinés à élargir à volonté l'endroit convenable de la chaussure. Deux arbres carrés portent le mouvement dans l'intérieur des formes : l'un se tourne avec la clef lorsqu'on veut allonger ou raccourcir ; l'autre sert, à l'aide de deux roues d'angle, d'une vis de rappel et de plans inclinés, à élargir et à faire sortir, ensemble ou séparément, les boutons. Des pièces à coulisse consolident l'assemblage de la semelle avec le talon. (Dictionnaire chronologique et raisonné des descouvertes ... en France Paris : Colas, 1823.)

  Il y a autant de différences entre une chaussure et son embauchoir qu'entre les rangées de dents d'un sourire juvénile, et l' appareil multibague d'un orthodontiste. Ou entre une poitrine d'adolescente et un corset de Milwaukee. Et si on peut suspecter (à tort) Charles Perrault de fantasmer sur les pantoufles de vair de Cendrillon, on doit dédouaner de toute suspicion de fétichisme un sculpteur catalan qui écoule un stock d'embauchoir récupéré chez un bottier en faillite !



                      chaussures 9998v

 

 

Quoique...

chaussures 0029c


Repost 0
Published by jean-yves cordier
commenter cet article
27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 20:07

             

                   Exposition Joan Miró

à la Fondation Leclerc de Landerneau (1). 


Les sculptures extérieures : "Personnage ithyphallique" !

 

Pour voir l'exposition Joan Miró l'arlequin artificier du Fonds pour la culture Hélène et Édouard Leclerc aux Capucins de Landerneau , le visiteur peut emprunter la rue des Capucins, ou celle de la Fontaine Blanche.

Ceux qui, sagement, suivront mon conseil et choisiront la première option (conseillée aux enfants et aux personnes sensibles) seront accueillis par cette sculpture, le Monument à la femme (Femme, Monument, 1970) , surnommé l' Œuf.

                  exterieur 0056c

 

Ils admireront ensuite l'innocent La Caresse d'un oiseau (Bronze peint, 1968), qui  plaira aux enfants.

                        exterieur 0054c

 

 

 

Ils laisseront à leur gauche l'ensemble suivant, avant de gagner l'entrée, et les caisses. : 

 

     exterieur 0057c

 

 

Ils apercevront de loin un bronze musclé, qu'ils attribueront peut-être, comme moi, naïvement ou trop influencé par Ionesco, à un rhinocéros surmonté d'un gros garde-bœuf:

                         exterieur 0058c

 

Les audacieux qui ont choisi de passer la rue de la Fontaine Blanche n'auront point ces hésitations, et ils identifieront plus volontiers la statue qui se présente, pour eux, frontalement.

Le titre est "Personnage" , 1970.

E.T. ?  Si on veut, mais très en forme.


                      exterieur 0060c


                  exterieur-0064c.jpg

 

  Séduit par l'anecdote, je suis comme le rustre qui fixe du regard l'index du sage, au lieu de regarder la Lune. 

 Car cette cour des Capucins possède, comme les cités antiques, ses deux portes et ses deux axes. 

Porte du Levant dont le gardien est l'Homme, dans l'élévation de son désir de féconder le possible.

Porte de l'Occident, Porte du Large gardé par la Femme, qui est le Possible de l'Homme, et qui se révèle dans le creux de son potentiel encore virginal comme dans la plénitude de son fruit : Vierge Mère et son Œuf transcendant.

  Le chemin que j'ai parcouru de l'une à l'autre de ces Portes prend alors une autre tournure, et manifestement, les Commissaires ont inscrit dans la partition de cet espace quelque sémiologie que le visiteur peut décrypter : quel est l'axe orthogonal au méridien Féminin-Masculin ? 

  Je l'ignore encore, mais il me plairait de placer en son zénith la Caresse, ses couleurs de clown et sa liberté ludique, et en son nadir la pyramide monochrome à allure de robot inhumain.

  Il restait, dans cette cour d'exposition, une sculpture à décrire, géant humanoïde blanc à l'œil bleu que je place ici dans l'Inachevé d'un Futur. Et l'immense champ de vos rêveries.

Repost 0
Published by jean-yves cordier
commenter cet article
20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 10:39

 

L'asynclitisme, ou comment ôter un bouchon de champagne.

— Philaminte : Comment t'y prends-tu pour faire si bien sauter, à chacun de nos anniversaires,  le bouchon de nos bouteilles de champagne ?

— Argan : Eh, c'est un coup de main ! Après avoir délié le muselet, mis dans ma poche la capsule de fer blanc (je serais volontiers placomusophile, et j'ai longtemps récolté les capsules congés de mes bouteilles de Bordeaux), je place mes pouces de chaque coté de la tête du champignon de liège et j'applique un mouvement d'inclinaison, alternativement d'un coté, puis de l'autre, jusqu'à la délivrance joyeuse que célèbre aussitôt le pop du coup de canon tiré en cette occasion. Et je collectionnerais plus volontiers le cri primal de ces "pop", "boum", "bang" suivi du doux ruissellement des pschitt pschitt pschitt des bulles, si les sons étaient des objets plutôt que ces djinns voués depuis leur création à l'éphémère. Mais  ce caractère éphémère (du grec  ε ̓ φ η ́ μ ε ρ ο ς , qui ne dure qu'un seul jour" ) n'est-il pas le propre de la fête, et de surcroît de l'anniversaire ?

 —  Bélise : A défaut de collectionner les bouchons de champagne, comme les buttappooenophiles, je me pique de réunir les noms techniques. Comment désigne-tu le geste que tu viens de nous miner, Argan ?

— ....

— Clitandre : Le nom n'existe pas encore, ou pas dans cet usage. Il me faut aujourd'hui l'emprunter au Dictionnaire de l'Académie de Médecine, et à l'Obstétrique, et vous proposer le nom d'asynclitisme.

— Trissotin, ânonnant : du grec * a : du préfixe « a » (an- devant une voyelle ou h muet) : privatif, signifie « sans » ou « arrêt » ou « absence de » ; * syn : du grec sun [syn-, sym-, syl-], avec, semblable ; * clitisme, clitique : du grec klinê, lit, ou de klinein [-cline, clino-], incliner. : "incliner dans des sens opposés." 

— Argan : "Incliner dans des sens opposés", mais c'est exactement cela ! Et l'extraction de la tête du bouchon hors du col de la bouteille est réellement une délivrance, qui relève de la maïeutique ! Excellent, baptisons illico ce nouvel emploi du nom ! Champagne, Philaminte, champagne ! 

http://www.essentielle.be/food/champagnedu-raffinement-dans-un-monde-de-bruts-5594.html

 

 

— Clitandre. Quelques précisions en guise d'Ego te baptizo in nomine :

 1. voici d'abord la définition  de l'Académie de Médecine 2013. 

 Asynclitisme, n.m. "Inclinaison latérale, en avant ou en arrière, de l’axe sagittal du pôle céphalique fœtal par rapport à l’axe du détroit supérieur qu’elle emprunte.

Il permet l’engagement dans un bassin aplati ou rétréci ou en cas de présentation du sommet en variété postérieure mal fléchie. Il s’agit d’un asynclitisme antérieur ou postérieur selon que la bosse pariétale antérieure ou postérieure se présente en premier."

2. La dystocie.

Le même mot peut désigner, soit un mouvement, soit un blocage de progression ou dystocie : N. m.  Défaut de coïncidence entre l'axe du bassin et l'axe de la tête du fœtus pendant l'accouchement. Adj. Asynclitique.

 Il peut aussi décrire seulement un mode d'engagement : soit en synclitisme (engagement simultané des deux bosses pariètales), soit en asynclitisme (engagement d'une bosse avant l'autre). Grande encyclopédie Larousse 1971.

3. Le Mécanisme de Bonnaire

 Le mouvement , l'asynclitisme des bosses pariétales pour aider au dégagement de la tête jusqu'au menton, porte le nom de mécanisme de Bonnaire, donné par  E. Bonnaire, gynécologue français (1858-1918) : "Mécanisme permettant le passage de la tête fœtale dans le détroit inférieur du bassin cyphotique: la tête se dégage obliquement en deux temps par un mouvement d’asynclitisme des bosses pariétales".http://dictionnaire.academie-medecine.fr/?q=de)&page=16 

Érasme Bonnaire :Collection Académie nationale de médecine 

http://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/image?anmpx42x0006c

 Il ne faut pas confondre ce "Mécanisme de Bonnaire" avec la "Manœuvre de Bonnaire", dilatation du col entre l'index et le médius des deux mains.

  Des manœuvres d'asynclitisme semblent avoir été décrites également par Champetier de Ribes complétées par Budin : traction en avant et en bas pour engager le parietal postérieur, et franchir le promontoire, puis traction en arrière et en bas pour engager le pariétal  antérieur. (illustrations ici


4. Plongée dans le passé des écoles d'obstétriques de la fin du XIXe siècle.

   L'engagement par le pariétal postérieur avait été décrit correctement par Smellie dès 1752, mais avait été contesté par Naegélé en 1819, qui affirmait l'engagement par le pariétal antérieur, ce qui fut enseigné en France jusqu'en 1850 malgré les protestations de Baudeloque ou de Mme Lachapelle.

    Refusant cette asymétrie de la présentation, la théorie du synclétisme s'impose ensuite : les deux pariétaux s'engagent désormais ensemble dans les enseignements de West (1857), Cazeaux (1858), Duncan (1861) Leischman (1864) et Tarnier (1865).

  La nouvelle théorie synclitique est attaquée par Duncan et Playfair (William Smouth Playfair, Traité d'accouchement, 2ème édition, 1878 traduction Henri Marc Vermeil) qui défendent la notion d'"asynclitism". Comme l'admet alors Tarnier, si la tête descend de manière que le diamètre bi-pariétal soit parallèle au plan du détroit supérieur, et aux différents plans de l'excavation qu'il traverse successivement, (synclitisme), ce parallélisme ne se vérifie que pour la moitié supérieure de l'excavation. Parvenue dans la moitié inférieure et particulièrement au détroit périnéal, , ce synclitisme se rompt, la tête s'incline, la bosse pariétale devient plus basse, par rapport aux plans du bassin qu'elle traverse, que la bosse pariétale postérieure. Il y a asynclitisme, physiologique. 

 En France, S. Tarnier et G. Chantreuil  se convertissent à cette nouvelle conception, et renoncent à la "théorie du synclitisme" (encore tardivement défendue par Küneke) dans leur Traité des accouchements, Paris : Lauwereyns, 1882 page 640. On peut donc dater de 1882 l'apparition de ce nom dans la langue française. Le mot est repris par A. Auvard en 1890 (Traité pratique d'accouchements, Paris : Doin). En 1886, Barnes et Barnes parlent, pour désigner la dystocie, d' asynclitisme exagéré (Traité théorique et clinique d'obstétrique, Paris : Masson 1886). 

Tout semblerait simple, mais Schultze, Schatz, Robert Barnes contestent la représentation adoptée. En 1886 et 1891, H. Farabeuf en France démontre que, dans les bassins normaux comme les bassins rétrécis, la tête foetale s'engage par le pariétal postérieur. Puis Pinard et Varnier, par des travaux anatomiques faisant appel à des coupes de femmes congelées, démontrent que l'asynclitisme, loin d'être réservé à la partie inférieure, survient précocement, mais s'inverse lors de la progression, passant de l'inclinaison sur le pariétal postérieur à celui sur le pariétal antérieur; (Ribemont-Dessaignes 1896, p.365).

 Ce débat sur l'asynclitisme occupe donc la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Sans en pénétrer les subtilités, je retiens que c'est alors que le nom est apparu dans notre langue.


5. Usage médical extra-obstétrical.

 S'il n'avait pas encore été adopté par les invités aux noces de Dom Pérignon avec la Veuve Cliquot, le terme a déjà été détourné de son usage obstétrical par les chirurgiens : 

a. Dans le Nouveau Traité de technique chirurgicale, Paris : Masson, 1967, Lucien Léger, ‎Jean Patel  écrivent :

Cette manœuvre est aisée lorsque la taille de la rate est réduite ou moyenne; lorsque la rate est volumineuse, c'est un véritable accouchement, avec ses manœuvres d'asynclitisme et de bascule, qu'il faut faire, avec une certaine fermeté.

b. Dans un cours de chirurgie du cancer de l'œsophage en ligne :

http://www.medix.free.fr/sim/chirurgie-cancers-oesophage-suite.php "L’agrafeuse est serrée après déblocage de la sécurité. Dès lors, il faut éviter toute traction sur l’anastomose. L’extraction de la pince est grandement facilitée par l’utilisation de modèles récents dont l’enclume pivote après agrafage et desserrage incomplet. Sur des modèles anciens, il faut retirer l’agrafeuse par des mouvements d’asynclitisme et de rotation, tout en maintenant un contre-appui manuel sur l’anastomose.".

6. Proposition de nouveaux usages.

   On pourrait, avec le Dr M. Saïdani, responsable au SAMU  du CESU 35, appliquer ce nom à la manœuvre de retrait du casque intégral chez le motard accidenté : les mouvements coordonnés et prudents de flexion-déflexion du casque, alors que le menton et le rachis cervical est soigneusement immobilisé par un assistant, (voir Fiche technique du CESU 50 page 6 ici) s'apparentent en effet tant au dégagement de la tête du nouveau-né qu' à l'ouverture de la bouteille d'un vin de Champagne ; seul le contexte, dramatique ici, change.


 

 

 

 

 


Repost 0
Published by jean-yves cordier
commenter cet article
15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 10:47

        Les églises des îles du Ponant VI.

              Eglise Notre-Dame-la-Blanche,

                   île d'Hoedic.


      Déjà publié en août 2012, je donne ici une nouvelle version de cet article, enrichi d'un historique sur les vitraux d'En-Calcat, et d'un brève biographie du recteur Pierre-Yves Jourda.

 

      Cet article doit tout au travail remarquable de l'Association Melvan http://www.melvan.org/ et à la publication par celle-ci de la monographie Notre-Dame-la-Blanche, église paroissiale de l'île d'Hoedic, 2011, dont les photographies sont de qualité bien supérieure aux miennes.  On me pardonnera les erreurs d'un amateur mal éclairé.




I. Présentation.

 

  L'église Notre-Dame-la-Blanche est située sur un monticule au Nord-Ouest du bourg, prés de l'ancien sémaphore, et bien visible pour les navires qui abordent l'île pour atteindre le port d'Argol. 

  La présence d'une chapelle sur Hoedic est attestée au XVIe siècle par le Grant routtier de Pierre Garcie Ferrande, publié en 1520, mais fondé sur des versions manuscrites de la fin du XVe. En effet, on y trouve cette description : "Sache que a Hudic y a une chappelle plus pres du bout d'amo(n)t que l'autre. Et en une poincte qu'est a devers su de l'isle en amont de la chappelle ya cinq ou six maisons." (Melvan, la revue des deux îles, n°9, 2012 p. 17). Si cette chapelle servait d'amer, c'est qu'elle était située sur un point élevé et visible de la mer en venant du continent: pourquoi pas déjà à l'endroit de l'église actuelle ?

  L'église actuelle a été précédée par un premier  édifice construit à son emplacement en 1706 par les militaires du génie de Belle-Île, et au frais de la Citadelle. Il s'agirait, dit-on, de racheter l'empoisonnement du prêtre de Hoedic, Christophe Lollinais par les soldats du fort de Beg Lalate furieux de se voir rationner en vin . Auparavant n'existait qu'un oratoire et une maison d' accueil au Paluden pour les prêtres desservants.

  Curieusement, cette première église de l'île fut baptisée "Notre-Dame-des-Neiges", mais dès 1711 on la rebaptisa Notre-Dame-la-Blanche¹. Elle est brûlée par les Anglais en 1746, restaurée avec l'aide des Etats de Bretagne et bénie en 1749. En 1802, Houat et Hoedic, relevant jusque là des ordres monastiques comme propriété de l'abbaye de St-Gildas-de-Rhuys (alors que les moines ont cessé de desservir l'île au XIVe siècle), sont érigées en paroisse. L'ile est alors rattachée à la commune de Belle-Île. Vers 1846, les militaires s'avisent de vouloir construire un fort sur l'emplacement de l'église, et rase celle-ci ; puis, ils décident de réaliser ce projet de Fort Louis-Philippe au centre de l'île, et ils reconstruisent sur le budget de l'Etat l'église qu'ils avaient démolie : c'est donc en 1853 que l'église actuelle est bâtie, par l'entreprise Bobo qui, parallélement, construit le fort, en pierre de taille, selon un plan en croix latine adossée à un reste de l'ancienne église, qui fera office de sacristie communiquant avec le choeur. Elle est bénie le 31 août 1853, en présence, bien-entendu, du capitaine du génie de Belle-Île. En 1860, la situation éminente de l'église entraine la construction, à proximité, d'un sémaphore. (et de nos jours, c'est l'héliport qui s'établit en contrebas).

  Cette construction du fort, même si celui-ci ne joua aucun rôle militaire,  aura au moins deux conséquences : les indemnités d'expropriation des précieuses terres agricoles permettra au recteur d'enrichir l'église d'un mobilier luxueux; et, d'autre-part, l'île s'ouvrira aux influences (très redoutée par le recteur) du continent.

   Grâce aux subsides du Ministère, l'église Notre-Dame-La-Blanche s'enrichie donc de statues, de tableaux d'autel, d'objets liturgiques, puis, avec l'arrivée du recteur Pierre-Louis Féchant entre 1865 et 1876, puis du recteur Raude,une grande commande est faite auprès d'une entreprise d'art religieux de Lorient, l'atelier Le Brun : l'ensemble des boiseries et lambris, la chaire et le confessionnal, la table de communion, le baptistère de marbre sculpté de bas-reliefs et enclos dans uns claustra de bois ajouré, trois statues de saint Paul, de saint Pierre et du Sacré-Coeur, l'autel en marbre de Carare, deux anges adorateurs du même marbre italien, un Christ en croix, un navire enfin, tout cela est acheminé de Lorient et installé par le directeur, Guillaume-Alphonse Le Brun, fils de Jean-Baptiste Le Brun qui fut, lui, sculpteur de la Marine à Lorient (1794-1852).

  En 1864 est institué par arrété préfectoral  le premier Conseil de fabrique, où sont nommés Jean Le Bayon, président, Marie Gildas Blanchet et Joseph Allanic. Il ne se réunira pas une seule fois en dix ans.

  L'île d'Hoedic ne se sépare de Belle-Île pour devenir une commune qu'en 1891 ; elle dépend du canton de Quiberon.

 

¹. Un toponyme "-la Blanche" est toujours susceptible d'avoir dérivé d'un toponyme gaulois bâti sur -vindo, "blanc, sacré" avec sa forme celte gwenn, galloise gwynn sur des lieux sacrès pré-chrétiens : source, éminence, etc...

 


      Liste incomplète  des prêtres et recteurs de l'île d'Hoedic (les dates isolées sont celles où la présence du recteur est attestée):

Pierre Blanchet, 1693- après 1728, desservant (qui deviendra curé de Quiberon)

Christophe Lollinais ?-1706.

Rio 1749, desservant

Puillon 1786

Jean Marion, desservant en 1776 ou 1786 ; en 1791, il fait partie des prêtres réfractaires. Il est  recteur de l'île de 1802 à 1822 (démisson pour rejoindre sa paroisse natale d'Arradon).

Pierre-Marie Glajan, 1822-1839. Né à St-Gildas de Rhuys ; Il fait construire le présbytère.

Joseph Rio, 1839-1849 avant d'être recteur de Bangor à Belle-Île.

...

Vincent Stephano, 1853-1857

Louis-Marie Raoul, 1857-1861 

Mathurin Costevec, 1861-1865

Pierre-Louis Féchant, 1865-1876

Joseph-Marie Raude, 1876-1895

Vincent-Marie Le Vu, 1892-1903

...

Alain le Blévec, 1910-..

Auguste Conan 4 juillet 1936-19 janvier 1946. (mobilisé en 1939 comme intendant de marine puis démobilisé à l'armistice).

M. Dano, 1946-


Jean Rio, 1953- puis recteur de Bangor à Belle-Île

...

Auguste Thomas 1960- , 1966

Marcel Le Mouel, 12 août 1966-1967

Louis Le Guilcher, 1967-1990 : 48ème recteur d'Hoedic.

Pierre-Yves Jourdan, 1990 -1999: premier recteur desservant à la fois Hoedic et Houat, et disposant de son propre canot, le Mea Culpa. Fils du doyen de la faculté de médecine de Montpellier Pierre Jourda, il était devenu moine à l'Abbaye d'En Calcat avant de renoncer à ses vœux ; il est alors hébergé par l'évêque de Vannes avant de se retirer en ermite sur l'Île Longue du Golfe du Morbihan (commune de Larmor-Baden) —il y est en 1981—, de  devenir recteur de l'île d'Arz, puis de Houat et Hoedic. Il est décédé le 9 juillet 2007.

PY_Jourda.jpgP-Y Jourda Image : http://jacbayle.perso.neuf.fr/livres/evenement.html

...

Jean-Noël Lanoë, 1999-2013 et plus..., recteur de Hoedic, Houat (et St-Pierre de Quiberon jusqu'en 2000)

 


hoedic 4938

 

hoedic-4963.jpg

 


II. Les ex-voto et maquettes de procession.


        Deux maquettes sont suspendues dans la nef, et deux autres à la croisée du transept, de chaque coté. Une seule (l'Ange Gardien) est visible sur les carte-postales de 1963, et enfin la dernière n'apparaît pas sur les photographies de la monographie Melvan de 2011.

 

1.  L'Ange Gardien.

    Les archives paroissiales ont conservé la trace du versement effectué en 1879 de 433 F "pour un navire" au menuisier de Lorient Guillaume-Alphonse  Le Brun, le même qui fournissait dans le même temps les statues et le nouveau mobilier souhaité par le recteur Joseph-Marie Raude.

  C'est donc une maquette de commande, réalisée par un atelier spécialisé dans l'art religieux, mais dont le père était quand-même sculpteur de marine à l'arsenal de Lorient. Elle était sans-doute destinée à participer aux processions des fêtes, pardons et pardons de la mer, mais ne mérite pas d'être désignée sous le nom d'ex-voto.

 On pense qu'il s'agit d'un bâtiment du XVIIIe (?), l'Ange Gardien, un nom bien approprié à sa fonction actuelle.

Sa coque semble taillée en plein bois, et assez grossièrement ; de faux sabords sont peints, comme sur les navires de commerce qui feignaient être équipés de canons. Son nom est inscrit à l'arrière.

  Il est gréé en trois-mats barque, le mat d'artimon ne portant pas de hunier, mais pouvant hisser une brigantine à corne, voire un flèche.

Un trois-mâts nommé Ange Gardien est signalé, en 1856 à 1866. Un brick Ange Gardien de Saint-Malo est enregistré au Bureau Veritas 

L'église Saint-Patern de Sené renferme également un trois-mâts barque du XIXe siècle portant ce nom. Dans celle de Dampierre-sur-mer, c'est un navire du XVIIIe, classé MH, qui porte ce nom.

  Si le navire dont la maquette est exposée à Hoedic n'a pas existé, son nom est néanmoins plausible.



011


      2. L'Espoir GV 7416.

  Il s'agit vraisemblablement d'un nom et d'une immatriculation fictive, les initiales GV correspondant au quartier du Guilvinec, mais le numéro et le nom n'étant pas retrouvé dans la réalité. Le nom L'Espoir peut avoir été choisi en relation avec le sens même de la démarche d'un marin faisant un voeu en situation de péril en mer.

  La maquette correspond très clairement à un dundee -thonier, comme ceux qui étaient armès par le port de Groix. Il s'agit d'un authentique ex-voto et non d'une maquette de procession, puisque ce modèle a été offert par le patron du thonier groisillon "Barque d'Yves" en remerciement de l'aide apportée par les pêcheurs de l'île lors du naufrage de ce thonier en 1951 sur les roches de Beg Melen au sud du port La Croix à Hoedic.

  Dominique Duviard ( Groix, l'Île des thoniers, Grenoble, 1978) donne les précisions suivantes sur ce "Barque d'Yves" : LGX 3942, dundee de 58,17 tonneaux, construit à Camaret en 1935, naufrage à Hoedic en 1951.

 Le site Les ex-voto marins http://www.ex-voto-marins.net/pages/lieupage56Hoedic.htm a obtenu auprès de l'incontournable association Melvan et de Michel Perrin des renseignements complémentaires : le chantier constructeur est le chantier Keraudren. Installé sur le sillon menant à N.D de Rocamadour à Camaret depuis 1892, repris en 1935 par Joseph Keraudren jusqu'à sa fermeture en 1969, et qui a construit une bonne part de la flottille de langoustiers mauritaniens camarétois.

Le patron était Yves Salahun, d'une famille d'armateur ou de capitaine implantée depuis longtemps à Groix.

Le navire ponté et gréé de deux mats mesurait 17,8m de long, 6,5m de large, 3,05m de creux ; en 1950, il avait été transformé en pinasse (chalutier à voile) à l'Arsenal de Lorient, motorisé par un moteur Man de 180-198 CV, pour pratiquer le chalutage en hiver et printemps et la pêche du germon entre juin et novembre.  

  Le récit de son naufrage a été raconté par Jean Le Pen à Henri Buttin, et on le trouvera sur le site que je vient de mentionner. J'en retiens que le drame a eu lieu en septembre, en pleine campagne de thon, par fort vent de suroît, alors que le navire ramenait une cargaison de 900 thons; l'équipage de 5 hommes avec le patron, s'était réfugié au presbytère chez le recteur. Le lendemain, il ne restait plus grand-chose du voilier, mais les marins récupérèrent 200 thons avant de regagner Groix.

 On peut se demander pourquoi le patron n'a pas offert une maquette de son propre voilier, et pourquoi la démarche traditionnelle de l'ex-voto (consigner le fait de mer avec précision pour témoigner de la grâce reçue, ici le sauvetage des cinq hommes) n'a pas été respectée.

 

008x

 

hoedic 4945c

     

 

3.L'ACMIS (?) de Nantes.

  Son nom et son port d'attache  de la maquette récente de  ce trois-mâts carré figurent sur le tableau arrière et sur une flamme en haut du grand-mât. 

005


      4. Le Yawl "Oiseau de feu".

 

   Il s'agit d'un des plus beaux voiliers de course, classé Monument historique depuis le 6 novembre 1992. J'ignore la raison de la présence de cette maquette.

  Long de 20,74m HT, 14,71m à la flottaison, avec une largeur au maître-bau de 3,96m et un tirant d'eau de 2,96m, il a été dessiné par Charles E. Nicholson et construit pour Ralf Hawkes, commodore du RORC, en 1937 par les chantiers Camper & Nicholson sous le nom de Firebird X : on ne pourrait imaginer de meilleurs augures. Il participe alors avec succès aux plus prestigieuses courses au large. Dans l'après-guerre, le cotre est transformé en yawl par Hugh M. Crankshaw puis il est cédé à J.E. Green avant d'être racheté en 1962 par Pierre Cointreau qui l'amena en Bretagne. Sous le nom de Flame II, il y navigua en croisière pendant 8 ans. De 1970 à 1973, il appartient à l'ancien ministre Henri Rey qui le rebaptise Vindilis II et le fait naviguer en Méditerranée

 C'est en 1973 qu'il est acheté par Michel Perroud : après une remise en état au chantier Pichavant de Pont-L'Abbé, il le nomme "Oiseau de feu", traduction de son nom d'origine. Mais en 1983, pendant un orage, le voiler amarré en rivière d'Auray rompt ses amarres et crève son bordé contre un parc à huîtres avant de couler. 

  Il est peu probable (mais pourquoi pas?) que la maquette soit l'ex-voto du sauvetage et de la restauration par le chantier Rameau d'Etel. 

  Pendant les six années suivantes, il navigue peu, mais en 1991 il est entièrement reconstruit à l'identique au chantier Raymond Labbé de Saint-Malo sous le contrôle de l'architecte Guy Ribadeau-Dumas qui lui dessine un nouveau gréement de yawl plus élancé avec 250m² de toile au près, 550 au portant.

  Possédé actuellement par l'armateur suisse L'Huillier, il navigue en course ou en charter en Méditerranée à partir de Cannes, son port d'attache.

 

 

 

hoedic 4942c

 

Oiseau de feu : complément.

  En octobre 2013, le recteur Jean-Noël Lanoé me signale que cette maquette est un don de Pierre Lembo : "C’est alors qu’il était skipper du bateau que Julien Lembo est décédé accidentellement en Méditerranée".

  Je retrouve alors rapidement sur le net :

  • le détail de l'historique du voilier (que j'avais résumé) sur le site www.loiseaudefeu.com qui signale : "Racheté par Pierre Lembo en 1989, il est envoyé à Saint-Malo pour une restauration totale au chantier Labbé, alors charpentier de marine le plus célèbre du pays. Le pont en pin est remplacé par du teck, les bordés, varangues et membrures abîmées sont  remplacées et les emménagements intérieurs reconstruits conformément à ceux de l’époque. L’architecte naval Guy RIBADEAU-DUMAS lui dessine un nouveau gréement plus élancé. Dès lors, Oiseau de feu porte 250m2 de toile au prés et 550 au portant."

     

  • Un message (s.d) de Julien Bembo sur le Livre d'Or de Jean-Noël Boué sur une Maquette de l'Oiseau de feu au 1/40e.
  • Le site Class Maïca qui signale :"Julien Bembo qui avait posé son sac à bord d'Acteia pendant la Semaine du Golfe 2005. Accidenté quelques semaines plus tard en Sicile, Julien repose désormais sous un château de sable que le petit muret du cimetière d'Hoedic protège juste ce qu'il faut de la brise marine. " 
  • Le site www.carnetsdevoyage.info qui rend hommage à Julien Lembo "propriétaire et skipper de l'Oiseau de feu qui, à l'aube de ses trente ans, a tragiquement disparu au large des îles éoliennes un soir de juillet 2005', et offre un superbe album de photographies de l'Oiseau de feu.

 

Inutile de dire que, dès lors, la maquette de l'Oiseau de feu suspendue sous la voûte de l'église de Hoedic devient autrement émouvante ; loin d'être une "décoration marine", elle témoigne, comme les ex-voto, d'un drame de la mer. Et la présence poignante toute proche, "sous un château de sable" de la tombe du skipper du voilier achève de souligner l'eternel, humble et audacieux défi que l'homme, générations après générations, lance à la mer.

 

III. Les statues.


   1. Chapelle latérale sud : La Vierge ETOILE DE LA MER.

Cette statue de bois polychrome fut, avec celle de St Goustan, la première à être commandée lors de la construction de l'église en 1853. Elle m'interesse par sa réference directe au monde marin : son nom d'Etoile de la Mer, traduction de Maris Stella est illustré par l'étoile qu'elle porte en diadème, et elle tient de la main gauche une ancre de marine par l'extrémité proximale de la verge, où se fixe l'organeau. C'est la classique "ancre à jas", même si le jas en question semble être ici absent (ou démonté puisque mobile) : symbole d'espérance et de dernier recours en cas de péril.

  J'ai trouvé cette statue de Maris Stella dans toutes les églises et chapelles des îles du Ponant, et dans de nombreux sanctuaires du littoral breton, et ce qualificatif de Marie, issu des litanies, semble être celui que les marins préfèrent, celui sous lequel ils invoquent la Vierge.

  Sur le lambris bleu ciel frappé d'hermines du choeur sont peints les premiers mots de la prière AVE MARIS STELLA dans un phylactère, surmontant l'ancre dûment équipée de son jas fixe sur lequel se pose un coeur enflammé. 

  Je rappelle que l'église est dédiée à Notre-Dame-La-Blanche, transformation de Notre-Dame-des-Neiges ; néanmoins, aucune statue n'est consacrée à cette Vierge, dont la représentation doit être difficile. Ce nom est aussi celui d'une chapelle de Theix, à 10 km de Vannes, d'une chapelle de Guérande, ou d'une chapelle de Bourges. 

                  007

 

2. Chapelle latérale nord : Saint Goustan

  C'est donc, selon l'importance, la seconde statue, et le second personnage de l'église, son patron après Notre-Dame. Il tient un crucifix, sans-doute pour mentionner son rôle d'évangélisateur, et un poisson, qui fait allusion au "miracle du poisson" illustré aussi dans le vitrail.

  Vers 1890, le recteur Le Vu demande que la paroisse fête chaque année la Saint-Goustan, le 27 novembre, par une procession. Puis il commande en 1895 les vitraux racontant quelques scènes de la vie de ce saint, avant d'obtenir l'année suivante, le 27 novembre 1896, la translation sur l'île d'une relique provenant du tombeau du saint, récemment ouvert dans l'abbaye saint-Gildas-de-Rhuys. La relique est placée au centre d'un reliquaire d'orfévrerie en forme d'ostensoir, et ce reliquaire est renfermé dans un petit meuble vitré nommé cabinet.

 

hoedic 4953

 


3. Sainte Anne et saint Joachim.

Chapelle latérale sud

hoedic 4949

 

hoedic 4948

 

 

      4. Saint Michel-Archange

  Il tient, c'est inhabituel, un crucifix plutôt qu'une lance ou une épée, mais il terrasse la bête immonde aisément, du pied droit. Le dragon regrette le bon temps du Jurassique, où les siens vivaient en paix avec les ornitischiens, les sauropodes et les camarasaures, broutant les cycadales fraichement éclos et les succulents bennetittales.

 

hoedic 4957

 


IV. Les vitraux.

1. Les vitraux contemporains.

Réalisés en dalle de verre éclatées et ciment à l'abbaye d'En Calcat (Tarn) et posés en 1993.


  Il faut replacer ces vitraux dans le cadre du "renouveau de l'Art Sacré", initié dès 1935 par la Revue d'Art Sacré dans la suite des Ateliers d'Art Sacré de Maurice Denis en 1919, et marqué par l'exposition Vitraux et tapisseries modernes  au Petit-Palais en 1939 : il faut suivre le fil conducteur qui mène des dominicains Marie-Alain Couturier et Raymond Pie Régamey vers les artistes contemporains engagés politiquement et notamment Jean Lurcat, de ces artistes vers la construction de la chapelle du Plateau d'Assy qui sert d'oeuvre-manifeste(1950) puis des tapisseries de Jean Lurcat vers l'atelier de Dom Robert, dominicain de l'Abbaye d'En Calcat, dans le Tarn. Pendant que Dom Robert de Chaunac ouvre cet atelier en 1958, le père Ephrem Socard, fils de maître-verrier, crée en 1950 l'atelier de dalles de verres d'En Calcat, développant cette technique novatrice des "dalles de verre" et devenant le maître du peintre-verrier toulousain Henri Guérin qui applique cette technique à l'architecture civile.

  L'abbaye d'En Calcat, qui se fait aussi connaître dans le renouveau de la Musique Sacrée, tient donc une place centrale, au moment du tournant liturgique de Vatican II, en matière d'Art Sacré. A partir des années 1960, le Père Ephrem forme à son atelier de vitrail le Père Denis Hubert, qui lui succéda en 1985 jusqu'en 1999. Frère David reprend alors l'atelier jusqu'en 2009.

  La technique joue sur la découpe et le coloris de verres  (plus de 2000 nuances disponibles) fabriqués dans les fourneaux de G. Albertini à Montigny-les-Cormeilles, et sur l'épaisseur du joint, qui reprend le rôle graphique du plomb.

  J'ignore si d'autres réalisations de cette abbaye sont visibles en Bretagne. La présence de cinq baies en dalle de verre d'En-Calcat dans l'église d'Hoedic est une sorte d'hapax technikemon où se rencontre (ou se heurte), plus encore qu'en la chapelle de la Madeleine à Penmarc'h avec les vitraux de Bazaine, la fine pointe de l'art contemporain avec l'art assez naïf de la foi bretonne, les commandes para-sulpiciennes d'un recteur en plein exercice de théocratie insulaire, et l'air marin des navires suspendus en ex-voto. Le grand souffle troublant de Vatican II et de l'art sacré a placé ici côte-à-côte les vitraux d'A. Meuret, où des bretons et bretonnes en coiffes et chapeau rond, chupenn et bragou braz  se prosternent à genoux, avec la spiritualité lumineuse, rythmée et abstraite du Père Ephrem Socard.

Le Père Denis Hubert est venu à Hoedic poser la première pierre le 18 mars 1993. (information communiquée par le recteur Jean-Noël Lanoé)

 


                              hoedic 4958

 

hoedic 4961

 

 

                           IMGP0795

 

IMGP0799

 

                                IMGP0800

 

Une étrange plaque de donation.

 

 Sous un vitrail sud, une plaque du 2 juillet 1994 nous indique que ces vitraux ont été "offerts par le Petit Futé  lors du baptême du Numa, César, Scipion".  Je ne retrouve alors pas d'information sur ce qui pouvait être un navire de pêche (j'avais omis de noter les virgules qui séparent les trois noms), et l'énigme me poursuit jusqu'en octobre 2013.

IMGP0798.jpg


  A cette date, l'association Melvan signale  à ses membres que "Le 1er prix national du mécénat populaire a, pour cette année, été accordé à la souscription pour la restauration de l’église d’Hoedic, très menacée. Cette belle distinction (5 000 €) sera remise le 20 novembre 2013 Porte de Versailles, dans le cadre du salon des collectivités. « Avec 250 donateurs ayant versé 25 000 € la mobilisation a été exceptionnelle pour une île qui compte moins de 100 habitants » se félicite Dominique Le Brigand, de la fondation du patrimoine.". 

  Cette nouvelle vient m'inciter à reprendre mes recherches. J'interroge Pierre Buttin, qui interroge lui-même les membres de l'association, et même le recteur Jean-Noël Lanoé, qui se propose de consulter les registres de catholicité de la paroisse, tout en doutant fort que l'Église ait accepté de baptiser un paroissien d'un prénom si peu catholique.

 

  Ils sont en réalité trois, trois fils nommés Numa, César, et Scipion, les trois fils (leur sœur se nomme Cléopâtre) de Dominique Auzias, le fondateur en 1976 des guides Le Petit Futé.

 

                                                       enfantsdominiquepf.jpg

Il faut savoir que  l'éditeur-voyageur, originaire de Carcassonne, berceau de la famille Auzias depuis des siècles, a racheté le domaine viticole de ses aïeux, le château Auzias-Paretlongue, à Pennautier. Or, on peut lire dans l'historique de ce vignoble http://www.auzias.fr/p3.html la mention suivante : "1998 Numa, César, Scipion et Cléopâtre Auzias succèdent à Anne de Ginestet-Puivert, née Castel et descendante des frères Castel et rattachent à Paretlongue le vignoble voisin de Villedubert appartenant à leur grand-mère paternelle." Le même site vous présentera, après la cuvée Monsieur et la cuvée Madame, la Cuvée Numa, rouge 1998, puis  Cuvée Cesar rouge 1998, Cuvée Cléopâtre rouge 1998 (réservée à l'Amérique du Nord) ...et Cuvée Scipion rouge 1998, réservée à Hong Kong et à la République Populaire de Chine. 

                                                Scipion.jpg

  L'histoire complète de cette donation est aussi riche que passionnante. Je la place en Annexe pour la clarté de la visite de l'église.

 

 

 

2. Les vitraux d'A. Meuret, Nantes, 1895. 

 

  Ils ont été commandés par le recteur Vincent-Marie Le Vu (en fonction de 1892 à 1903) pour 900 F. à l'atelier Antoine Meuret de Nantes.
  Le recteur a théoriquement le choix entre près de 150 ateliers en province en France, mais certains sont de telles institutions, pour ne pas dire industries, qu'elles sont peu contournables : Champigneulle à Bar-le-Duc avec 125 employés,  Bazin-Latteux dans l'Oise (60 employés), Lorin à Chartres, dont je rencontre si souvent les éxécutions (53 employés), Hucher-Rathouis du Mans (40), et enfin le plus proche, Meuret-Lemoine et ses 32 employés. C'est donc cet atelier, qui vient de travailler à la cathédrale de Vannes, qui emporte le marché.

  Quand au thème, il est choisi par l'actualité, puisqu'au début des années 1890, on vient de découvrir lors de fouilles de l'ancienne abbatiale de Saint-Gildas de Rhuys le tombeau de saint Goustan, et que les os du saint ont été identifiés par sa blessure au pied ( Goustan, fait prisonnier à 18 ans par des pirates, avait été abandonné sur l'île d'Ossa (Ouessant, ou plutôt Houat) à cause de cette blessure ; puis Felix l'avait recueilli, et conduit à Rhuys).

  Saint Goustan, Gunstan ou san Sten (que l'on rapproche du breton ar stean, l'étain) est né en Cornouaille britannique en 974. Sa vie est contée par frère Albert Le Grand, de Morlaix, dans sa Vies des saincts de la bretaigne armorique, Nantes 1637 link . Il dit s'être documenté dans les anciens légendaires manuscrits de Saint-Gildas de Rhuys. Enlevé par des pirates pour servir de gabier, et priant Dieu pendant sa longue captivité nautique, "il lui arriva une grosse défluxion sur un pied, lequel luy enfla tellement qu'il ne se pouvait remuer" ( c'est, Freud ne s'y serait pas trompé, une forme commune du complexe d'Oedipe, du grec oedipos, pied enflé.) "De sorte que le capitaine du navire, voyant q'uil n'en pouvait plus tirer de service, le fit mettre à terre à la coste de Léon." Il prie Dieu de le guérir, et se rend auprès de saint Pol de Léon, avnt d'aller en pélerinage  à Rome. Revenu en Bretagne, "et résolu de faire divorce avec le monde", il se rend à l'abbaye Saint-Gildas de Rhuys où Félix le reçoit parmi ses moines ; recherchant une vie plus solitaire encore, il se retire sur "l'île d'Hoüadic" avec un compagnon nommé Budic (Budoc).

 

Première baie 

  • Saint Goustan bénit la première colonie.Les moines de Rhuys se préoccupèrent de coloniser les îles alors désertes en y conduisant des familles de la Presqu'île de Rhuys, et c'est Goustan qui les accompagne à Hoedic alors que Félix se retire en ermite à Houat. Il est difficile de comprendre pourquoi Antoine Meuret, qui travaillait à Nantes et avait déjà vu des navires, a dessiné un voilier qui ressemble au mariage d'une coque avec une poule (les faucons s'y laissent prendre).
  • Saint Goustan chasse le démon d'Hoedic.C'est bien-sûr la première tâche à accomplir, surtout après deux siècles où les bandes de viking ont sévi. Mais, selon Albert Le Grand, ce ne fut pas si facile, car le diable, "crevant de rage de se vor défié par ce jeune homme" lui présentait des spectres et des fantômes horribles ; Gustan les faisait disparaître d'un simple signe de croix, mais restait sur ses gardes et ne se promenait qu'avec un bénitier à la main. Bien lui en pris, car c'est déguisé en homme que le démon l'aborda et lui proposa me mettre un terme à ses privations et macérations. Lassé de ne pas convaincre, il tombe le masque et s'énerve : "Quoi ! N'est-ce pas assez à vous autres moines de nous avoir chassé de tout le reste du monde, sans que vous veniez nous persécuter jusque dans les îles les plus stériles et inhabités ?" Qui se souciera enfin de cette menace pour la biodiversité ? Mais on dit que, sur quelques roches de Pen Men ou des Cardinaux, l'espèce pourrait se reproduire encore; ailleurs, elle vit masquée, indécelable, à nos cotés.

             Satan se vengea en lui jouant un vilain tour : il se transforma en un cheval qui trainait son licol, et, bien-sûr, Goustan, posant son bénitier se saisit de la longe : le satanée cheval tira si fort qu'il blessa le saint à l'épaule.

 

                      hoedic 4943

 


hoedic-4943cc.jpg


      Deuxième baie : 

  • S. Goustan apaise la tempête.    On dit qu'il apaisa une tempête, mais l'histoire exacte est, selon le frère Albert, qu'une flottille de navires du Comté de Cornouailles (ce détail est attesté sur le vitrail d'Hoedic où le nom "Cornouailles" est inscrit à la proue du canot) fut contraint de mouiller en rade d'Hoedic pour attendre des vents favorables ; mais ceux-ci se faisaient attendre, et les marins supplièrent Goustan d'employer ses talents de thaumaturge à faire tourner le vent, lui promettant, en cas de réussite, "qu'ils luy feroient présent d'un habit complet"; le marché conclu, et le bon vent obtenu, les navires allèrent "faire leur emplète " à saint-Nazaire, mais revenus devant Hoedic, ils refusèrent de s'arréter,pour profiter du vent portant. C'est alors seulement, pour les punir et à la demande du saint très-puissant en météorologie, que la tempête se leva, jetant les navires vers les rochers de l'île. Le capitaine comprit sa faute, prit son annexe, amena au saint son habit de belles étoffes de Nantes, et la flottille put repartir.

                Les matelots, sur le navire en perdition, portent le bonnet effectivement porté par les marins bretons. Le capitaine, qui amène le baluchon de bélinges, de Noyales ou de Crées, et son second portent aussi ce bonnet, une marinière à capuchon ou une veste en toile cirée, mais des bragou, guêtres et chaussures qui ne sont peut-être pas appropriées à la navigation.

              L'artiste a repris, pour le navire, le même modèle de bateau à proue ornithoïde.

  • Le miracle du poisson. Certains disent que, déposé sur l'île d'Ossa par les pirates, Goustan survécut grâce à un poisson que Dieu lui apportait. Mais selon la Vie de saincts dee bretaigne armorique, c'est à Hoedic que l'affaire se passa. Saint Budoc était tombé malade ; Gustan le presse de manger, alors que, précisément, les deux ermites n'ont rien à manger depuis longtemps. Il se rend sur le rivage, se met à genoux, "& incontinent un gros Marçouin, nageant à fleur d'eau, se vint rendre à lui & expira à ses pieds". Ils firent bombance, et envoyèrent le surcroit à leurs frères de Rhuys.

      Une autre fois, le même procédé ne réussit pas, et Goustan en tenta un autre : "levant le bas de sa robe, fit signe à un navire qui cinglait à pleines voiles". Devant ce spectacle peu commun d'un moine soulevant sa robe, le navire se détourna et leur offrit des vivres.

 

                     hoedic 4944

 

hoedic-4944c.jpg

 


V. Les autres éléments remarquables.

  1.La girouette, en forme de bar, et (on est une île de pêcheurs ou on ne l'est pas) le faîtage du chevet couvert d'ardoises "posées en arête de poisson".

hoedic-4937.JPG


2. Le Chemin de croix sur plaque de cuivre (ou de tole) commandé par le recteur Raude en 1883 aux établissements Louis Chovet de Paris. Déposé en 1964 par le recteur Thomas pour une ouevre plus moderne, il a été restauré  et réinstallé en 1986 à la demande d'Henri Buttin, historien de l'église, sans-doute pour "son style représentatif de cette époque".

3. Le tryptique Grecoïde placé dans le transept sud ressemble à une copie d'un Greco avec une Crucifixion, l'Annonciation et la Vierge à l'Enfant : c'est une peinture sur toile , réalisée en décor d'u film l'Incorrigible de Philippe de Broca, tourné en 1975 avec Belmondo. Le peintre-décorateur Éric Moulard en a fait don au recteur.

4. Les armoiries épiscopales et papales du lambris qui donnent une fourchette de date de réalisation de 1878 à 1897 : la voûte lambrissée a été peinte par l'atelier A.G. Le Brun en 1878 et 1879, traitée en ciel étoilé enrichi de fleurs de lys et d'hermines. Deux autres blasons accompagnent ces armoiries, dont l'un représente un calice et une hostie.

  • à droite du choeur, armoiries de Mgr Jean-Marie Becel , évêque de Vannes (1865-1897) : d'hermines à la croix d'azur, auquelles est parfois suspendue la croix de sa légion d'honneur. Devise :Caritas cum Fide.
  • à gauche du choeur en vis-à-vis, armoiries du pape Léon XIII (1878-1903), d'azur au cyprès de sinople planté sur une plaine de même accompagné au francs quartiers d'une comète d'or et en pointe de deux fleurs de lys d'argent, à la fasce d'argent brochant sur le tout.

 

 

ANNEXE. La donation des vitraux de l'abbaye d'En-Calcat.

      Remerciements à Dominique Auzias pour cette histoire, et pour les vitraux.

Comme je l'ai écrit plus haut en racontant comment j'ai fini par comprendre le sens de la plaque de donation des vitraux d'En-Calcat, cette histoire est aussi riche que passionnante. Elle m'a été raconté le lendemain même de ma découverte, par Dominique Auzias lui-même, lors d'un entretien téléphonique alors que, de retour de ses vignobles de Chine (Chateau Reifeng-Auzias), il attendait un vol vers l'Amérique. 

 Ne comptez pas sur moi pour abréger ce récit, mais plutôt de l'enrichir de toutes les paperolles possibles.

  1. L'Alumnat d'En-Calcat.

Savez-vous ce qu'est un "alumnat" ?  Le mot vient du latin alumnus, "disciple", et il désigne "dans quelques ordres religieux, un établissement secondaire réservé à leur propre recrutement" (Larousse). Si vous cherchez sur la toile alumnat d'Encalcat, vous trouverez des quantités de référence sur des enregistrements de chœurs de garçon chantant, avec les moines d'En-Calcat, des chants grégoriens ; mais ce sera à peu près tout.

L'abbaye Saint-Benoît d'En-Calcat  a été  fondée en 1890 par Dom Romain Banquet (1840-1929) parallèlement à une fondation de bénédictines à Dourgne, l'abbaye Sainte-Scholastique. En-Calcat devient abbaye en 1894.  Dès octobre 1890, l'abbé Romain et ses frères accueillirent des enfants, les alumni, considérés comme  de véritables postulants, ou "prè-postulants" qui de ce fait faisaient partie de la communauté et en partageaient la règle ; et on comprend que beaucoup d'entre eux ne restaient pas plus de quelques semaines à quelques mois.

  En 1903, la loi sur les congrégations de 1901 contraint les moines et leurs alumni au nombre réduit, à prendre l'exil pour l'Espagne, à Parramon. Des élèves sont repris par les parents ne tolérant pas ce départ à l'étranger, d'autres recrues arrivent, permettant de reconstituer l'alumnat, puis repartent face aux conditions très rudes. En 1907, huit enfants viennent de France et le collège reprend. En 1908, la communauté s'installe dans l'ancienne abbaye San Pedro de Besalú ; quatre petits aveyronnais orphelins de mère sont conduits par leur père M. Guillaume à l'alumnat. L'effectif est de 16 en 1906, de 22 (chiffre record depuis la fondation) en 1907, puis de 26, mais beaucoup ne restent que quelques mois et seuls 5 rentrent au noviciat. Devant ces difficultés, Dom Romain décide d'accueillir désormais des enfants pour leur scolarité, en dehors de tout projet de recrutement, les parents ayant l'assurance que leur enfant recevra au sein de la communauté religieuse un enseignement et une éducation chrétienne de qualité. L'alumnat change de statut et devient alors une école monastique. Elle accueille les quatre fils du Colonel De Chabannes, dont trois deviendront moines.

En 1918, la communauté revient à En-Calcat. 

  Je manque d'information jusque dans les années 1950, où je trouve en ligne le témoignage d'un alumni : "A cette époque l'abbaye disposait d'un "alumnat", petit collège de trente enfants ; j'y ai passé quatre ans de ma vie de 1946 à 1950 (Père abbé Dom Marie, Père Maître : Père Jean Marie) ... Nous sommes rentrés 12 en 6° (c'était la nombre maximal) mais nous n'étions plus que 8 en 5°,  6 en 4° ; nous rentrâmes à trois en 3° ... classe que je terminais seul, X. nous quitta en milieu d'année et XX. eut un accident  et ne termina pas l'année

Le régime de l'Abbaye ne convenait pas à tous ; on ne sortait que 3 fois par an: le lendemain de Noël, le lendemain de Pâques, et le 14 Juillet ; Le dortoir n'était pas chauffé, nous servions tous la messe tous les jours (Il y avait alors 70 prêtres à l'abbaye), il était interdit de parler, sauf en récréation et en classe ...nous correspondions par signes, comme les moines avec lesquels nous prenions nos repas au grand réfectoire ... écoutant les lectures : à midi la bible, le soir un livre  suivi de la suite de "La règle de Saint-Benoît" que j'ai du entendre 5 ou 6 fois. 

Les "anciens d'En-Calcat" ne sont guère plus de 200, et, compte tenu du recrutement qui se faisait de bouche à oreille, nous étions pratiquement tous cousins et ceux qui ne sont pas encore sur la base devraient y atterrir un jour ou l'autre ....La communauté, conduite par le Père Abbé Dominique HERMANT (1965-1978) vit activement le grand renouveau insufflé par le Concile de Vatican II : que ce soit la redécouverte de l’importance de la lectio divina (étude de la Parole de Dieu), ou l’adaptation à l’économie moderne ... Mais Il n'y eut plus d'alumnat ... Quel dommage pour tous !"

  Le Père Lambert, Benoît Kampé de Fériet, y fut professeur de mathématique. On mentionne aussi que "Dès le début de son séjour à En Calcat, dom Urbain organise, forme et dirige la schola d'enfants, tout en assurant quelques cours à l'Alumnat du monastère. Il supplée le maître de choeur dom Maur Sablayrolles, souvent appelé au dehors". Je ne retrouverais pas d'autre information, si ce n'est la mise en vente d'un Cours simplifie d'anglais, a l'usage des eleves de l'alumnat de l'abbaye de st. benoît d'en calcat, fasc. n° 1 par Frère PAUL-GABRIEL, Edité par Abbaye de St. Benoît d'En Calcat, Dourgne, 1941 (amazon). 

 Quelques anciens élèves mentionnent leur scolarité à l'alumnat, comme Arnaud Ramière (1939), ou Bernard de Monès.

Lorsqu'il ferma ses portes, en 1966, le collège formait encore une trentaine d'élèves.

 

2. Dominique Auzias, élève de l'Alumnat d'En-Calcat.

 Dominique Auzias, fondateur des guides du Petit-Futé en 1976 est issue d'une vieille famille de propriétaires viticoles de Carcassonne. Il a été élevé, comme ses frères, à l'Alumnat d'En-Calcat dont l'école comprenait alors 15 élèves. On pourrait tout redouter de telles écoles monastiques, qui m'évoquent les écoles coraniques, ou les moinillons en guenille des monastères tibétains, mais Dominique Auzias ne semble pas garder un mauvais souvenir d'un établissement où le travail scolaire n'occupait que la moitié de l'emploi du temps, l'autre moitié, selon la formule monastique Laborare orare est, "travailler c'est prier" étant consacré au travail manuel. Or, à l'époque, il ne s'agissait de rien d'autre que de participer, auprès de Dom Robert, à la réalisation de ses célèbres tapisseries ; et ainsi, le jeune Dominique, se souvient à 12 ans, d'avoir dessiner le coq que Dom Robert plaça au coin d'une tapisserie. [En examinant les œuvres de Dom Robert, le coq le plus proche de cette description serait celui de l'aquarelle de la "Vierge de la chapelle de l'Alumnat".]

  On imagine combien cette fréquentation d'un grand artiste a pu être stimulante, lorsque l'on sait que, par ailleurs, le "vitrier" était le Père Ephrem, le maître de musique était Dom Clément (Maxime Jacob). On peut ajouter la présence de Dom Marie-Alain Rivière, O.S.B., travaillant aux cotés de Dom Clément pour le renouveau de la musique sacrés (on pourra lire son étude de l' "épisema horizontal" dans la musique grégorienne si on veut s'en convaincre). A travers lui, c'est toute la belle-famille d'Alain-Fournier l'auteur du Grand Meaulnes  qui est représenté : lui-même est le fils d'Alain-Fournier et de son épouse Isabelle Rivière ; ou sa sœur Jacqueline, religieuse. Et l'oncle de Dom Marie-Alain Rivière n'est autre que Jacques Rivière, l'ami, confident et correspondant d'Alain-Fournier avant de devenir, entre autres, le patron de la NRF et l'éditeur de Proust. Voilà seulement quelques éléments illustrant l'émulation artistique de l'abbaye à cette époque. 

  C'est à cette occasion qu'il fit la connaissance de Claude Jourda, alias "Frère Pierre-Yves Jourda". 

3. Une rencontre dans le Morbihan.

  Pierre-Yves Jourda mit un terme à ses vœux à l'abbaye d'En-Calcat et fut "recueilli" quelques temps par l'évêque de Vannes ; dans les années 1980, il vécut en ermite sur la petite île Longue du golfe du Morbihan, devant Larmor-Baden, puis il fut nommé recteur de l'île d'Arz.

  En même temps, Dominique Auzias a épousé Nathalie ; sa belle-famille possédait une propriété dans le golfe du Morbihan au Logéo (entre Sarzeau et Arzon), et lors d'un séjour de vacances, il eut la surprise de retrouver le Père Jourda. Celui-ci lui proposa de baptiser le premier enfant du couple, prénommé Numa, dans l'église de l'île d'Arz, ce qui fut fait.

  Lorsqu'un second enfant, prénommé César, vint au monde, le père Jourda était devenu recteur de Houat et Hoedic, et, tout naturellement, le baptême eut lieu à Hoedic. 

  De la même façon, le jour où il fallu baptiser Scipion, on organisa la traversée ; c'était presque devenu une habitude que de larguer le mouillage du voilier de plaisance au Logéo pour mettre le cap vers Hoedic avec le courant de marée, les grands-parents prenant la vedette à Port-Navalo ; de célébrer la cérémonie à l'église ; d'offrir un "pot"  au fort de l'île ; puis d'amorcer le retour sans tarder avec le flot, de passer Méaban et Ker Pen Hir, de saluer l'Île Longue en pensant à son ancien ermite, de profiter des courants devant Berder et Ar Gazec pour, en fin de journée, reprendre le mouillage du Logéo.

  Quand à  Cléopâtre, la petite dernière, elle fut baptisée ailleurs.. 

4. Des vitraux en remerciement.

  Lorsque Dominique Auzias voulut témoigner de sa gratitude, il demanda au Père Jourda ce qui pourrait être fait ; celui-ci songeait à donner de nouveaux vitraux à l'église. Et, tout naturellement, les deux "Anciens d'En-Calcat" songèrent à s'adresser à l'atelier de vitrail de l'abbaye. C'était alors, depuis la mort du Père Ephrem, le Père Denis Hubert qui faisait office de maître-verrier, mai Dominique Auzias participa au carton. Il se souvient de trois thèmes associant l'histoire d'En-Calcat et le monde des marins: le premier rappelle les bérets à pompon rouge des matelots ; le second est une allégorie de la navigation, une vague de vaisseaux se dirigeant vers le ciel, et le troisième est dédié à la féminité.

5. De drôles de prénoms.

 Le premier prénom attribué, celui de Numa, est une reprise du prénom d'un glorieux ancêtre, Numa Gaydes d'Aygues Vives. Celui-ci, qu'une municipalité a qualifié un peu rapidement d'Amiral,  était directeur du Génie Maritime, c'est à dire officier de la marine, mais non officier de marine, seul autorisé à recevoir le grade d'amiral.

Gayde Numa Émile Prosper, Directeur du Génie maritime Né le 9 août 1856 à TRÈBES (Aude) - Décédé le 22 février 1944 à AIGUES-VIVES (Aude). 
Élève de l'École polytechnique le 1er novembre 1877, Élève du Génie maritime le 1er octobre 1879. Au 1er janvier 1881, à l'École d'application du Génie maritime de CHERBOURG. Ingénieur de 2ème classe le 7 novembre 1881. Ingénieur de 1ère classe le 10 novembre 1883. Au 1er janvier 1885, 1886, port BREST. Ingénieur en chef de 2ème classe le 27 novembre 1891. Le 31 janvier 1892, Sous-chef de la 2ème Section (constructions neuves et premier armement) de la Direction des constructions navales à BREST. Idem au 1er janvier 1894. Chevalier de la Légion d'Honneur le 30 décembre 1895. Aux 1er janvier 1897, 1899 (nomination du 2 décembre 1895), en résidence à PARIS, Attaché au service technique des constructions navales du Ministère de la Marine. Ingénieur en chef de 1ère classe le 14 novembre 1899. Au 1er janvier 1900, même affectation. Idem au 1er janvier 1906. Officier de la Légion d'Honneur le 13 juillet 1906. Ingénieur général de 2ème classe le 13 décembre 1907. Au 1er janvier 1911, à PARIS, Directeur du service de la surveillance des travaux confiés à l'industrie (nomination du 13 juillet 1908); Membre de la Commission des machines et du grand outillage. Commandeur de la Légion d'Honneur le 31 décembre 1913. Idem au 1er janvier 1915. Ingénieur général de 1ère classe le 25 mai 1916. Aux 1er janvier 1917, 1918, à PARIS, Adjoint à l'Inspecteur général des constructions navales LOUIS; Président de la Commission centrale des marchés industriels; Membre du Comité consultatif des demandes et exonérations de pénalités. Au 1er janvier 1921, Inspecteur général des constructions navales; mêmes fonctions. Grand Officier de la Légion d'Honneur le 30 janvier 1921.

  Un domaine viticole dans le Haut-Minervois,  un cru, et une rue d'Aigues-Vives portent son nom, ainsi que ce titre usurpé d'amiral. (Chateau l' Amiral, Avenue de l'Amiral Guayde, Aigues-Vives ).

On sait mieux que Numa, ou  Numa Pompilius était le deuxième des sept rois mythiques de la monarchie romaine. 

 

  Ce premier né Auzias portant ce prénom, on imagine bien que les parents ne pouvaient faire autrement que de nommer César le second, et Scipion le cadet, avant de décerner à la jeune dernière le prénom de Cléopâtre.

  Le Père Jourda, avant de les baptiser, avait tenté de trouver des saints apostoliques et romains sous le patronage desquels les placer ; et il avait réussi paraît-il à trouver un saint César ; Scipion n'avait pas, par contre, d'équivalent.

  Ce sont leur prénoms d'État Civil, mais ils portent aussi les prénoms bien chrétiens (voire royal pour le premier) de Louis, Maxime, Camille, et Élisabeth. 

  Muni de tous ces renseignements, le père Lanoé a fini par retrouver sur les registres de la paroisse, à la date du 2 juillet 1994, la mention du baptême par Pierre-Yves Jourda de Camille, Scipion, Christophe, Émile Auzias, et de son frère Maxime François César. 


      A propos de Pierre-Yves Jourda.

  Le père Jean-Noël Lanoé a bien voulu me donner les précisions suivantes :

 "Concernant Pierre-Yves Jourda, quelques ajustements.

Il a quitté son abbaye d’En Calcat pour tenter une expérience érémitique, en accord avec ses supérieurs. Il s’est d’abord installé dans l’île de La Jument, située dans le Golfe sur le territoire d’Arzon, mais le port qu’il utilisait a été d’emblée Larmor-Baden. Sur La Jument, il assurait aussi la surveillance des parcs ostréicoles. Assez vite (je n’ai pas de dates), il quitte La Jument et vient s’installer à l’Ile Longue, sur le territoire de Larmor. Là, il bénéficie de la vedette mise à sa disposition par le Comte de Liraut propriétaire de l’île. Il a travaillé un temps à la pêche, d’abord avec un pêcheur d’Arzon (Lulu Bonnec), puis il a fait une brève tentative seul. A cette occasion, il est devenu « inscrit maritime ». Mais il est vite devenu le passeur pour transporter les visiteurs de Larmor à Gavrinis et son célèbre Tumulus. Il était donc toujours moine bénédictin. Mais ses supérieurs et l’évêque de Vannes, constatant sans doute qu’il éta

it de moins en moins ermite, lui ont proposé de prendre la paroisse de l’Ile d’Arz. Et c’est à cette période qu’il a été relevé de ses vœux religieux et « incardiné » au Diocèse de Vannes. Il n’était donc plus moine bénédictin mais prêtre « séculier » du Diocèse de Vannes. Et c’est à ce titre qu’il est par la suite devenu Recteur de Houat et Hoëdic de 1990 à 1999. De là, il a été nommé Recteur de Merlevenez, Nostang et Saint Hélène. En 2006, il s’est retiré dans une maison qu’il possédait à Plouharnel, tout en étant en liens étroits avec l’abbaye de Kergonan. Et en 2008, à l’occasion d’un déplacement à Grenoble pour une ordination sacerdotale dans une famille amis  (famille d’ailleurs qu’il avait connue à Hoëdic), il a fait un grave malaise, on lui a découvert une importante tumeur au cerveau et il est décédé peu après.

Je l’ai bien connu pas  seulement parce qu’il est mon prédécesseur. Mais comme je suis originaire de Larmor-Baden, j’ai eu l’occasion de le rencontrer peu de temps après son arrivée à La Jument et nous sommes toujours restés en lien.

Pierre-Yves Jourda, premier recteur inscrit maritime.

Pierre-Yves Jourda a dû se déclarer inscrit maritime quand il a travaillé à la pêche avec Lulu Bonnec et ce statut a été nécessaire quand il faisait le passeur de Gavrinis. A Houat et Hoëdic, le fait d’être « inscrit » lui donnait droit au carburant « dédouané » (prix professionnel) et cela lui a aussi permis d’obtenir l’autorisation de transporter des « passagers », en l’occurrence les scolaires d’Hoëdic scolarisés au Collège des iles du Ponant à Houat.

Sur le nom du canot.

Le nom « Mea Culpa », une trouvaille ! A l’évidence choisi pour le jeu de mot « coule pas ». Mais l’origine est dans la prière du « je confesse à Dieu » en latin. Dans la prière, au début de la messe,  les fidèles se frappent la poitrine par trois fois en disant « c’est ma faute, c’et ma faute, c’est ma très grande faute », en latin « mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa », (d’où l’expression courante « battre sa coulpe »). Et ce nom a eu beaucoup de succès quand une souscription a été lancée dans les médias (y compris Thalassa)  : « un canot pour not’recteur ». En fait d’ailleurs, la souscription n’a payé qu’une partie du bateau, le reste ayant été payé par Pierre Legris*  (Legris entreprise), ami très proche de Pierre Yves.

 

Ceci dit, et pour la petite histoire, le lendemain du jour où il avait pris possession de son bateau, Pierre-Yves est venu me chercher au port du Crouesty pour  la prédication de  la Saint Gildas à Houat (29 Janvier). Et en me ramenant à Arzon le soir, il m’a passé la barre et a fait le tour du propriétaire sur le Mea Culpa. Il m’a dit qu’il trouvait qu’il y avait beaucoup d’eau dans ses coffres. Le lendemain, en faisant route entre les deux îles « Mea culpa » a failli couler ! Le presse étoupe faisait l’eau, pas assez serré !!!  "

 

* Le père Jourda était effectivement très ami avec Pierre Legris, chef d'entreprise dont le fils né en 1951 porte le prénom de Pierre-Yves et a été baptisé par le père Jourda. Pierre-Yves Jourda, actuellement P.D.G du groupe familial Legris Industries, spécialiste des fluides, a acheté l'île de Govéan dans le Golfe du Morbihan, avec sa superbe plage juste en face...du Logéo.

 


 

Sources, références et liens.

BUTTIN, Pierre. d'après les articles de Henri Buttin , Notre-Dame-la-Blanche : église paroissiale de l'île d'Hoedic / Buttin, Pierre, Préface  de Jean-Noël Lanoë,  Melvan : Ille-d'Hoedic, 2011. - (32 p. : ill. en coul. ; 24 cm.)

 JOURDA, Pierre-Yves. "L'Ile aux chevaux entre Houat et Hoedic". Bulletin et mémoires de la Société polymathique du Morbihan, 1998, 124 , p. 269-279.

JOURDA, Pierre-Yves, participation (Jean Noli p. 21, etc...)à  Les îles de Bretagne sud, approche bibliographique / sous la dir. d'Eric Auphan ; ill. Catherine Bayle. - Quimper : Bibliographie de Bretagne ; Ouessant : Culture, Arts et Lettres des Îles, 2001. - 304 p. : ill., cartes ; 21 cm. 

JOURDA Pierre-Yves, « Là-haut, est-ce qu'il y aura des îles ? », Cahiers Henri Queffélec, n° 2, Paris, 1994

 JULLIEN Claude-François, "Un canot' pour notre recteur", Nouvel Observateur, 27 décembre 1990 en ligne.(Récit de la souscription pour l'achat d'un canot pour le recteur Pierre-Yves Jourda).

 

Sur l'Abbaye Saint-Benoît d'En-Calcat.

CAULET Serge, En-Calcat et la loi du 1er juillet 1901 sur les associations,

 http://www.researchgate.net/publication/47464088_En_calcat_et_la_loi_du_1er_juillet_1901_sur_les_associations

 

Dans ce blog lavieb-aile : 

1) Les autres églises et chapelles des îles du Ponant :

Les églises des îles du Ponant I. Groix, Saint-Tudy.

Les églises des îles du Ponant II. Groix, chapelle de Quelhuit.

Les églises des îles du Ponant III. Belle-île-en-mer, Locmaria.

Les églises des îles du Ponant IV. Belle-île-en-mer, église St-Nicolas à Sauzon

Les églises des îles du Ponant V. Bourg de l'île de Houat.

Les églises des îles du Ponant VII. L'Île-aux-Moines.

Les églises des îles du Ponant VIII. L'île d'Arz.


2) Vitraux contemporains : voir aussi :


Bazaine à Penmarc'h :

  Chapelle de la Madeleine à Penmarc'h : les vitraux de Jean Bazaine.

Manessier à Locronan, 

http://www.lavieb-aile.com/article-les-vitraux-de-manessier-a-locronan-chapelle-de-bonne-nouvelle-103071184.html

  les vitraux de Saint-Louis à Brest :

http://www.lavieb-aile.com/article-les-vitraux-de-l-eglise-saint-louis-de-brest-103429661.html

Jacques Le Chevallier à Gouesnou :

http://www.lavieb-aile.com/article-l-arbre-de-jesse-de-l-eglise-de-gouesnou-et-les-autres-vitraux-117897470.html,

Gérard Lardeur à Langonnet :

http://www.lavieb-aile.com/article-les-vitraux-de-gerard-lareur-a-langonnet-104407243.html

ou Gérard Lardeur à Saint-Sauveur :

http://www.lavieb-aile.com/article-les-vitraux-contemporains-de-saint-sauveur-finistere-90229755.html



 

 Voici la Vierge de la Chapelle de l'Alumnat :

      Autres oeuvres de Dom Robert

Repost 0
Published by jean-yves cordier
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de jean-yves cordier
  • Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons (Zoonymie) observés en Bretagne.
  • Contact

Profil

  • jean-yves cordier
  • &quot;Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure&quot; Guillevic, Théraqué.  &quot;Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)&quot; (Rabelais )&quot;prends les sentiers&quot;. Pytha
  • &quot;Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure&quot; Guillevic, Théraqué. &quot;Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)&quot; (Rabelais )&quot;prends les sentiers&quot;. Pytha

Recherche