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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 21:13

 Le Credo prophétique et apostolique et la maîtresse-vitre de l'église de Quemper-Guezennec (22).

 

 

1. Cette verrière de Quemper-Guezennec possède une verrière consacrée à un Credo prophétique et apostolique, c'est à dire que le Credo est divisé en douze article, chacun d'entre eux présenté par un apôtre avec son attribut selon une distribution fixée depuis longtemps ; en outre, un prophète de l'Ancien Testament est associé à chacun des apôtres et présente un verset de la Bible considéré comme une préfiguration de l'article de foi. Cette succession des apôtres et des prophètes était très fréquente, notamment en sculpture dans les porches des sanctuaires, mais il est assez rare de disposer aujourd'hui de la série complète et d'un texte complet, car beaucoup de phylactères sculptés anciens ont perdu leur inscription. Cet appariement entre prophètes et apôtres suppose une profonde pensée théologique, typique notamment de la pensée médiévale, et qui s'illustre dès les débuts du vitrail religieux en France, à Saint-Denis avec Suger comme à Chartres (Prophètes de l'Arbre de Jessé). Aborder ce thème revient à embrasser un champ très large de la réflexion de l'Église depuis la Patristique jusqu'à l'École de Chartres, par exemple. C'est le premier intérêt de ce vitrail, le seul en France à présenter la série complète.

  2. En outre, il s'agit d'une verrière de 1460-1470, d'une facture comparable à celle de Lantic (22), et due aux verriers de Tréguier Olivier Le Coq et Jehan le Lavenant, et qui permet une étude stylistique intéressante.

3. Son troisième "intérêt", qui est plutôt une source de désarroi, fut de constater que la description princeps —reprise par les auteurs suivants— de René Couffon en 1935 contenait des incohérences par rapport à ma propre lecture des versets prophétiques ou de l'identification des saints personnages, et des difficultés de détermination de ceux-ci.

                                            

Cette verrière fut sauvée par une restauration du peintre-verrier Félix Gaudin de 1899, restauration très zélée au bon sens du terme mais qui, trop souvent à mon goût, "sent son XIXe siècle". Avait-elle été à l'origine de confusions ?  La version originale des citations accouplés des versets prophétiques et des articles du Credo a-t-elle été modifiée?

 

                       

                    DESCRIPTION.

 

 

C'est une baie de 8,50 m de haut et de 3,70 m de large composée de six lancettes trilobées et d'un tympan ajouré formé de trois fleurons de treize ajours, de deux mouchettes et d'écoinçons. 

                       Quemper-Guezennec 1307c

 


                    LES LANCETTES.

Le Credo illustré ici ne correspond pas au Symbole de Nicée-Constantinople (celui que l’on récite durant la Messe), mais à la formule plus synthétique du Symbole des apôtres, qui aurait été transmis directement aux apôtres par l'Esprit Saint. Son texte latin date du IIe ou du Ve siècle.

 La déclinaison du Credo débute par le haut et la gauche, m'imposant ce sens de présentation des panneaux. Je  propose la liste suivante du prophète, de l'apôtre et de son attribut, en indiquant les identifications de René Couffon en cas de désaccord. Cette lecture est, semble-t-il, la première à vérifier les sources des citations et la pertinence des identités, elle est donc sujette à caution et  souhaite déclencher une discussion.

1. Jérémie et Pierre. Clef

2. David et André. Croix de saint-André.

3. Isaïe et Jacques le Majeur. Bourdon et chapeau.

4. Daniel et Jean. Coupe de poison.

5.  Jonas et Philippe. Croix à longue hampe. (Malachie et Thomas R.C)

6.  Amos et   Thomas . La  Hache ou Hallebarde. 

7. Joël et Barthélémy. Coutelas.  (Sophonie et Barthélémy R.C)

8. Aggée et Matthieu. Plume d'écrivain. (Joël et Matthieu R.C)

9. Sophonie et Jacques le Mineur. (Michée et Jacques le Mineur R.C)

10. Zacharie et Jude Thaddée?. Hallebarde  (Zacharie et Philippe R.C)

11. Ezéchiel et Simon. La scie. (Osée et Simon R.C)

 12. Abdias et Mathias. (Ezéchiel et Mathias R.C)

 

Ces appariements et les citations prophétiques seront mis en parallèle avec ceux de :

  • Psautier de Jean de Berry, (PsJDB), BNF latin 13091, Enluminures de André Beauneveu  : 1380-1400 
  • Cathédrale de Cambrai 1404.
  • Baptistère de Sienne, fresques de Lorenzo di Pietro en 1450.

 

I. REGISTRE SUPÉRIEUR.

 

Quemper-Guezennec 1319c


1. Jérémie et saint Pierre.

"Très restaurés, dont les têtes" (Corpus Vitrearum, abrégé C.V)

a) JérémiePatrem invocab[itis] qui terram Ieremi 

 = Correspondance biblique : attribué à Jérémie, et retrouvé dans la plupart des autres Credo (Psautier de Jean de Berry, Cambray, Sienne, cathédrale de Cambrai etc.) sous la forme complète Patrem invocabitis qui terram fecit et condidit celos  (Le père vous appelle qui a fait le ciel et la terre). Mais cette citation ne correspond pas au texte de Jérémie malgré des références proposées dans la littérature Ez.3:19 ou 29:12 et 10:12 ; Isaïe 51.

"Mgr Brunod pense qu'il s'agirait d'une interprétation de Jérémie 10:12. Ce pourrait être aussi simplement une interférence entre deux textes, Jérémie3:19 et le texte que G. Durand attribue à david "A principio terram fundasti et opus manuum tuarum caeli Psaume 101:26" F. Gay, Colloque Pensée, image et communications 1993 p. 185.

-Attributs (non spécifiques) : bonnet à oreillette, barbe bifide

— Voir Psautier Jean de Berry folio 7v    : Jérémie : Patrem invocabitis qui terram fecit et condidit celos / Le père vous appele qui a fait le ciel et la terre.



b) Saint PierreCredo i[n] D[eu]m, P[a]trem omnipotentem [, creatorem caeli et terrae.].

— Article de foi : Credo in Deum, Patrem omnipotentem, creatorem caeli et terrae. "Je crois en Dieu le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre." 

—attributs spécifiques: clef ; calvitie à tonsure. Barbe frisée. Pieds nus, "attribut" propre à tous les apôtres. Nimbe, commun aussi à tous les apôtres de cette vitre, avec des variations autour d'un motif à rang de perles en périphérie. Robe, dont seule la couleur changera selon les apôtres, et manteau blanc galonné d'or, commun à tous.

— Dallage bicolore dont on suivra de panneau en panneau les variations alternant les carrés divisés en triangles, ou centrés par une perle ombrée, les damiers, les hexagones à triangles, les losanges, etc.

— PsJDB folio 8                

                                      Quemper-Guezennec 1302c


2. David et saint  André.

"Très restaurés, dont la tête de saint André" (C.V)

a) David : filius meus es ego hodie genui te

= Psaumes 2:7 : Domine dixit ad me : Filius meus es tu ego hodie genui te (Vulgate)  "Je publierai le décret : Yahvé m'a dit : Tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd'hui".

 — attributs (non spécifiques) : couronne du roi David, chape damassée, barbe et cheveux longs.

— PsJDB folio 11v : David : Dominus dixit ad me filius meus es tu/ Le seigneur m'a dit tu es mon fils (JDB). Voir Paul, Épitre aux Romains 1,4.

— A Cambrai David (II,7) : Filius es tu ego hodie genui te 

 

—  selon le recensement d'Emile Mâle :David : Dominus dixit ad me filius meus es tu.

 

 

b) Saint AndréEt in Iesum Christum Filium eius unicum , Dominum nostrum. Andreas  

— Article de foi : "Et en Jésus-Christ son Fils unique Notre Seigneur".

— attributs : croix de Saint-André.

— PsJDB folio 12

                    

 

                                           Quemper-Guezennec 1303c

 

 

 


3. Isaïe et saint Jacques le Majeur.

"Très restaurés, dont la tête de saint Jacques et le panneau inférieur" (C.V)

a) Isaïe :  Ecce virgo concipiet et pariet .

= Isaïe, 7:14, Ecce virgo concipiet et pariet filium, et vocatibur nomem ejus Emmanuel : "une vierge concevra, elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel".

— attributs : coiffure et vêtement de prêtre juif.

— PsJDB folio 13v  : Isaïe, VII, 14, Ecce virgo concipiet et pariet filium, et vocatibur nomem ejus Emmanuel : . Une vierge qui conchevra et un fix enfantera. (JDB)

— A Cambrai, ou au Baptistère de Sienne, ou pour E. Mâle, la même citation d'Isaïe est reprise.


b) Saint Jacques le Majeur : [qui conceptus est de Spirituo Sancto n]atus est Maria Virgine. Jacobus

— Article de foi : "...qui a été conçu du Saint-Esprit et qui est né de la Vierge Marie" )

 

— attributs : Bourdon (?) et besace des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle ; objet bilobé suspendu autour du cou.

— remarque : la partie haute du bâton ressemble d'avantage au bâton de foulon de Jacques le mineur qu'à un bourdon. Absence du chapeau caractéristique de Jacques le Majeur, bien que cet objet autour du cou correspond peut-être à la bride d'un chapeau jadis porté derrière la nuque sur la version initiale. Absence de coquille Sait-Jacques. Bref, aucun critère d'identification certaine.

PsJDB folio 14 : on ne voit dans l'enluminure pas de bourdon, pas d'avantage de chapeau, mais la coquille est un critère sans ambiguïté.

                                                    Quemper-Guezennec 1304c

 

 

Quemper-Guezennec 9216c


4. Daniel et saint Jean l'évangéliste.

Le  plus bel ensemble à mon goût.

a) Daniel :   Post LXII edomadas

: Daniel 9:26: et post ebdomades sexaginta duas occidetur christus :"Après soixante-deux semaines d'années, Christ sera tué"

Contexte (Trad. L. Ségond): 

21 je parlais encore dans ma prière, quand l'homme, Gabriel, que j'avais vu précédemment dans une vision, s'approcha de moi d'un vol rapide, au moment de l'offrande du soir.

22 Il m'instruisit, et s'entretint avec moi. Il me dit: Daniel, je suis venu maintenant pour ouvrir ton intelligence.

23 Lorsque tu as commencé à prier, la parole est sortie, et je viens pour te l'annoncer; car tu es un bien-aimé. Sois attentif à la parole, et comprends la vision!

24 Soixante-dix semaines ont été fixées sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour faire cesser les transgressions et mettre fin aux péchés, pour expier l'iniquité et amener la justice éternelle, pour sceller la vision et le prophète, et pour oindre le Saint des saints.

25 Sache-le donc, et comprends! Depuis le moment où la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie jusqu'à l'Oint, au Conducteur, il y a sept semaines et soixante-deux semaines, les places et les fossés seront rétablis, mais en des temps fâcheux.

26 Après les soixante-deux semaines, un Oint sera retranché, et il n'aura pas de successeur. Le peuple d'un chef qui viendra détruira la ville et le sanctuaire, et sa fin arrivera comme par une inondation; il est arrêté que les dévastations dureront jusqu'au terme de la guerre.

27 Il fera une solide alliance avec plusieurs pour une semaine, et durant la moitié de la semaine il fera cesser le sacrifice et l'offrande; le dévastateur commettra les choses les plus abominables, jusqu'à ce que la ruine et ce qui a été résolu fondent sur le dévastateur.

— PsJDB folio 15v: Zacharie 12,10: Ascipiens ad me, quem confixierunt / En moy regarderont leur Dieu lequel cruchefierent. ("ils tourneront les regards vers moi, celui qu'ils ont percé)"

— Baptistère de Sienne: Ezechiel : Signa Thau gementium  : selon une vieille tradition généralement acceptée dans les milieux patristiques, la forme de la lettre grecque tau correspond à une croix; l’extrait d’Ezéchiel est ainsi interprété comme une référence au salut du genre humain à travers le sacrifice du Christ. Voir le vitrail typologique de Saint-Denis.

— Emile Mâle : Daniel, Post septuaginta hebdomadas occidetur Christus.

 

     

b) saint Jean : Johan passus sub Pontio Pilato, crucifixius, mortuus et sepultus. 

— attributs spécifiques : visage imberbe; coupe de poison d'où sortent deux serpents ailés. 

PsJDB folio 14 

                            Quemper-Guezennec 1319cc

 

 

Quemper-Guezennec 9217c


5ème article Limbes et Résurrection. Jonas et saint Philippe.

"Refaits" (C.V)

a)  Jonas: ..nt fuit Jonas in ventrem ceti 

Sicut enim fuit Jonas in ventrem ceti est une citation de l'évangile de Matthieu 12:40. Mais il répondit et leur dit: Une génération méchante et adultère cherche un signe; et il n'y aura aucun signe sera donné d'autre miracle que celui du prophète Jonas:  Car comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, de même le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre 

Les Credo prophétiques font rarement appel à un verset tiré du Livre de Jonas, mais dans ce Livre il n'est pas fait mention de baleine (ceti) mais de poisson (pisces); les versets cités sont Jonas 2:1 ;  4:3; 4:12.

 Jonas apparaît lié au cinquième article de foi pour les raisons claires énoncées par Matthieu, comme une préfiguration du séjour du Christ "dans les Limbes" ou "aux enfers".

 René Couffon, reprit par les auteurs du Corpus, indique ici Malachie, à qui il attribut le verset sur Jonas.

— PsJDB folio 15v  : Osée 13:14 :  O mors ero mors tua morsus tuus ero inferne / Mors tu es trop dure enfer par moy sera mors 

 — A Cambrai, ou dans le Baptistère de Sienne, ou selon Emile Mâle, on cite aussi Osée  13:14 Morsus tuus eri inferne, qui renvoie à la phrase du livre du prophète O mors ero mors tua, morsus tuus ero, inferne "Oh mort sera ta mort, oh enfer sera ton châtiment" ou "Je les délivrerai de la mort...Ô mort, où est ta peste ? Séjour des morts, où est ta destruction? "

 

                     


b) saint Philippe : tertia die ressurexit a mortuis Philippe

—Article : Descendit ad inferna, tertia die ressurexit a mortuis. "Il est descendu aux enfers ; le troisième jour, est ressuscité des morts"

— attribut : la croix à longue hampe.

— Remarque : René Couffon indique "tercia die" et "saint Thomas tenant sa croix", sans-doute parce qu'il suit le Psautier de Jean de Berry ou un modèle analogue : c'est bien Thomas à qui est, traditionnellement, attribué ce cinquième article (Manuscrits du duc de Berry ; baptistère de Sienne). Mais l'attribut de saint Thomas est, traditionnellement, l'équerre. Ici, la croix est l'attribut de Philippe, et son nom est indiqué sur le phylactère.

PsJDB folio 16 : saint Thomas, qui présente sa paume droite en attestation de son texte.

[ voir PsJDB folio 22 saint Philippe, avec sa croix.]

Il m'était difficile de comprendre pourquoi Philippe prend la place de Thomas: erreur lors de la restauration, l'équerre ayant été prise pour une croix, et le nom Philippe ayant été ajouté sur le phylactère ? Variante datant du XVe siècle dans le Credo apostolique ? Dans toutes les autres versions et dans le recensement de Mâle c'est Thomas à qui revient ce 5ème article. Je reviendrai sur cette discussion.

 

                             Quemper-Guezennec 1319ccc

 

 


6ème article, l'Ascension : Amos et saint Thomas .

 

a) Amos : Qui edificiat in coeli ascensionem suam."Il édifia dans le ciel son ascension".

Source : Amos 9:6  : qui aedificat in caelo ascensionem suam et fasciculum suum super terram fundavit qui vocat aquas maris et effundit eas super faciem terrae Dominus nomen eius

 " Il a bâti sa demeure dans les cieux, Et fondé sa voûte sur la terre; Il appelle les eaux de la mer, Et les répand à la surface de la terre: L'Éternel est son nom."  

— PsJDB folio 17v : Sophonie So 3,9 : Invocabunt omnes nomen domini et servient ei / Tous lapeleront et bien le serviront.

— Baptistère de Sienne, ou Emile Mâle: Amos, même citation qu'ici, qui aedificavit in coelo ascensionem suam .

 

—Grandes Heures de Berry. : Amos : Apem [sic pour Ipse] est qui edificat ascensionem suam in celo

 

 

 

b) Saint Thomas : Ascendit ad celos, sedet ad dexteram patris

— Article de foi : Ascendit in celum sedet ad dexteram dei patris omnipotentis "Il est monté au ciel, est assis à la droite de Dieu, le Père tout puissant".

 — Attribut : la hache ou hallebarde. (Classiquement, l'attribut de Thomas est la lance ou l'équerre)

Là encore, il s'agit d'un écart par rapport à la règle qui attribut cet article à saint Jacques le Mineur. Mais la présence de la hache ou hallebarde m'imposerait d'y voir soit Jude, soit Mathias (exclu ici car il est cité pour le 12e article), d'où mon embarras. Cette hache est-elle due à une restauration ?

—PsJDB folio 18 : Jacques le Mineur. attribut l'épée.

— Baptistère de Sienne, ou Emile Mâle : Jacques le Mineur.


                              Quemper-Guezennec 1319ccccc

 

 

 

 

 

 

II. REGISTRE INFÉRIEUR.

 

 

Quemper-Guezennec 1316c

 

 


7. Joël et saint Barthélémy.

a) Joël : Sebedo ut iudicui omnes gentes

Source :Joël 3:12 consurgant et ascendant gentes in vallem Iosaphat quia ibi sedebo ut iudicem omnes gentes in circuitu  "Que les nations se réveillent, et qu'elles montent Vers la vallée de Josaphat! Car là je siégerai pour juger toutes les nations d'alentour."

Ne pas confondre avec Joël 3:2.

 René Couffon qui suit Emile Mâle indique : "Sophonie"

— Ps JDB folio 19v : Joël 2,28 : Effundam de spiritu meo super omnes carnem / Sur tous je donray mon esprit.

— Baptistère de Sienne : Joël 3:12 In valle Iosaphat iudicabit omnes gentes "Dans la vallée de Iosaphat il jugera tous les peuples".

—E. Mâle : Sophonie: Ascendam ad vos in judicium et ero testis velox 

b) saint Barthélémy : Inde venturus iudicare vivos. "D'où il reviendra juger les vivants"

— Article du Credo Inde venturus est iudicare vivos et mortuos : "d’où il viendra pour juger les vivants et les morts"

 — attribut : le couteau par lequel il fut dépecé. Nimbe, pieds nus.

Nouvel écart par rapport à la tradition qui attribue cet article à Philippe:

— PsJDB folio 20 : Philippe

— Sienne, ou Emile Mâle : Philippe

 

                                    Quemper-Guezennec 1288c


8ème article. Aggée et saint Matthieu.

 a) Aggée : Spiritus meus erit in medio vestrum

— Source : Aggée 2:6 verbum quod placui vobiscum cum egrederemini de terre aegypti et spiritus meus erit in medio Vestrum nolite timere : "Je reste fidèle à l'alliance que j'ai faite avec vous Quand vous sortîtes de l'Égypte, Et mon esprit est au milieu de vous; Ne craignez pas! "

— René Couffon identifie le prophète Joël comme l'auteur de cette citation, et il est suivi par les auteurs du Corpus Vitrearum.

— Baptistère de Sienne : même citation d'Aggée.

— PsJDB folio 21v  : Malachie 3,5 : Accedam contra vos in judicio et ero testis velox / Contre vous en jugement je venray comme tesmoign apert. 

— Emile Mâle : Joël : Effundam de Spirituo meo super omnem carnem.

 

b) saint Matthieu : Mat... Credo in spiritum sanctum.

— Article du Credo : Credo in spirituum sanctum, "Je crois en l’Esprit-Saint"

— attribut : une palme, qui est plutôt la plume de l'évangéliste

 Cet article revient traditionnellement à Barthélémy. Lorsqu'on observe le coutelas du folio 22 du Psautier de Jean de Berry, on voit qu'on peut le confondre avec une plume 

— Ps FDB folio 22 : St Barthélémy Il tient un coutelas et un livre, facile à confondre avec une plume et un livre...

— Baptistère de Sienne, ou Emile Mâle : Barthélémy.

 

                                     Quemper-Guezennec 1289x

 

Quemper-Guezennec 9224c

 

 


9ème article . Sophonie et saint Jacques le Mineur.

a) Sophonie  Se [...] haec est civitas gloriosa habitans

Source : Sophonie 2:15  haec est civitas gloriosa habitans in confidentia quae dicebat in corde suo ego sum et extra me non est alia amplius quomodo facta est in desertum cubile bestiae omnis qui transit per eam sibilabit et movebit manum suam

"Voilà donc cette ville joyeuse, Qui s'assied avec assurance, Et qui dit en son cœur: Moi, et rien que moi! Eh quoi! elle est en ruines, C'est un repaire pour les bêtes! Tous ceux qui passeront près d'elle Siffleront et agiteront la main. "

René Couffon qui suit E. Mâle indique Michée.

 — Baptistère de Sienne : Sophonie, même citation.

— PsJDB folio 23v : Amos 9,6 : Ipse est qui edificat ascencionem suam in celo / Ch'est cheluy qui edefie ou chiel son assencion. (JDB). La citation de la Vulgate est : qui aedificat in caelo ascensionem suam et fasciculum suum super terram fundavit qui vocat aquas maris et effundit eas super faciem terrae Dominus nomen eius :  Il a bâti sa demeure dans les cieux, Et fondé sa voûte sur la terre; Il appelle les eaux de la mer, Et les répand à la surface de la terre: L'Éternel est son nom.

—E. Mâle: Michée : Invocabunt omnes nomen Domini et servient ei 

 


b) Saint Jacques le Mineur. Jacobus sanctam ecclesiam

— Sanctam Ecclesiam catholicam, sanctorum communionem "à la Sainte Eglise Catholique, à la Communion des Saints"  

— Baptistère de Sienne et Emile Mâle : Matthieu. 

— PsJDB folio 24 : saint Matthieu imberbe avec la lance et le livre.

 

                     



                                 Quemper-Guezennec 1290x

Quemper-Guezennec 9225c

 


10ème article. Zacharie et Jude Thaddée (?) .

"panneau inférieur très restauré" (C.V)

a) Zacharie : Zacharias suscitabo filios tuos.

Source : Zacharie 9:13 quoniam extendi mihi Iudam quasi arcum implevi Ephraim et suscitabo filios tuos Sion super filios tuos Graecia et ponam te quasi gladium fortium "Car je bande Juda comme un arc, Je m'arme d'Éphraïm comme d'un arc, Et je soulèverai tes enfants, ô Sion, Contre tes enfants, ô Javan! Je te rendrai pareille à l'épée d'un vaillant homme."

 

— PsJDB folio 25v : Daniel 12:2  Evigilabunt omnes alii ad vita alii ad obprobium / Tous se resvelleront, les uns en gloere, les autres en oprobre.

—Baptistère de Sienne : Malachie Cum hodio (sic) abueris (sic) dimitte "Si tu la hais laisse la partir".

— La Mailleraie ou E. Mâle: Malachie : deponet dominus omnes iniquates nostras.

 

                    

 b)  Jude Thaddée (?):  remmisionem pecatoribus 

— Article de foi :  remissionem peccatorum "Je crois à la rémission des péchés".  

Attribut : la hallebarde .

Selon la tradition, cette place revient à Simon, bien identifiable à sa grande scie de scieur de long.

— PsJDB folio 26: Simon

— Baptistère de Sienne : Simon

 

                     


                                   Quemper-Guezennec 1291x

 

11. Ezéchiel et saint Simon.

"refaits" (C.V)

a) EzéchielOssa arida audite verbum Domini  

Source : Ezéchiel 37:4  : et dixit ad me vaticinare de ossibus istis et dices eis ossa arida audite verbum Domini . 

37 La main de l'Éternel fut sur moi, et l'Éternel me transporta en esprit, et me déposa dans le milieu d'une vallée remplie d'ossements.  Il me fit passer auprès d'eux, tout autour; et voici, ils étaient fort nombreux, à la surface de la vallée, et ils étaient complètement secs.  Il me dit: Fils de l'homme, ces os pourront-ils revivre? Je répondis: Seigneur Éternel, tu le sais.  Il me dit: Prophétise sur ces os, et dis-leur: Ossements desséchés, écoutez la parole de l'Éternel!

—Erreur de René Couffon qui lit Ose, arrida audite verbum Domini et l'attribue à Osée.

— description : bonnet juif vert ; index tendu vers la gauche.

— PsJDB folio 27v  Ézéchiel 37,12 : Educam te de sepulcris tuis popule meus / Je temneray mon pueple hors de vos sepulcrez 

— Baptistère de Sienne : Zacharie 9,13: Suscitabo filios tuos (Je ressusciterai tes fils).

— Emile Mâle : Zacharie : Educas te de sepulcris tuis, popule meus. Emile Mâle commet a priori une erreur d'attribution de la citation.

 

                

                                         

b) saint Simoncarnis resurrectionem Simon. 

 — Article de foi : Credo carnis resurrectionem "Je crois à la résurrection de la chair" 

— Attributs : la grande scie (scie = Simon) nimbe ; pieds nus

Article traditionnellement confié à Jude Thaddée :     

— Emile Mâle, Baptistère de Sienne : Jude Thaddée.

— PsJDB folio 28 : Jude Thaddée.

      

                                        


                               Quemper-Guezennec 1292x


12. Abdias et saint Mathias.

      "Tête refaite" (C.V)

a) Abdias : Et erit dominus regnum a  

 Source : Abdias 1:21 : et ascendent salvatores in montem Sion iudicare montem Esau et erit Domino regnum    Des sauvés graviront le mont Sion pour dominer sur les monts d'Esaü. Alors l'Eternel sera roi! Ou bien : "le régne demeurera au Seigneur". La graphie dominus du vitrail au lieu de domino ne relève pas d'une erreur de lecture de ma part.

  René Couffon attribue ce verset à Ezéchiel ; le Corpus Vitrearum reprend cette identification

—Bonnet bleu, longue barbe, longs cheveux, manteau, chausses.

— Baptistère de Sienne : Abdias, même citation (dans la version correcte "domino").

— Église de Kenton : même citation (dans la version correcte "domino")

— PsJDB folio 29v : Michée 7,19 Deponiet Dominus omnes iniquitates nostras / Toutes nos iniquités il ostera. 

 

 — E. Mâle : Daniel : Evigilabunt alii ad vitam, alii ad mortem

 

b) Saint Mathias : et vitam eternam amen Mathia.

— Article : et vitam aeternam "et à la vie éternelle. Amen".) 

— Attributs : nimbe ; pieds nus.

— PsJDB folio 30 : Mathias, une hache.

Emile Mâle, ou Baptistère de Sienne : Mathias.


                                         Quemper-Guezennec 1294x

 

Quemper-Guezennec 9222c

 

 

 

INSCRIPTIONS DE RESTAURATION.

     " L'an de grâce 1899 Murs J. Trabadon étant recteur et B. Le Mené maire de Quemper Guézennec cette verrière fut restaurée et reposée."

  "Félix Gaudin peintre-verrier à Paris a rétabli en son primitif état cette vitre des prophètes et apôtres gravement mutilée par le temps et les hommes. "

René Couffon relate ainsi cette restauration : 

"En 1869, au moment où on commençait à démolir l'ancienne église de Quemper-Guézennec, Geslin de Bourgogne fut averti que sous un enduit d'argile et masqué par des planches de sapin, il existait dans la fenêtre du chevet une verrière ancienne. Il la fit aussitôt démonter et grâce à une subvention votée par la Société d'émulation des Côtes-du-Nord dans sa séance du 9 juin 1869, elle put être nettoyée, réparée et replacée dans le chœur du nouvel édifice reconstruit en 1870. Plus tard, en 1899, ce vitrail fut complètement et habilement restauré par le maître verrier Félix Gaudin. L'on peut seulement déplorer que l'on n'ait pas restitué dans le tympan les armoiries* qui existait jadis et dont il existe plusieurs procès-verbaux."

* dont  Kervénénoy, Galehaut de Kerriou et son épouse Aliette de Garzpern.

Les auteurs du Corpus Vitrearum VII précisent aussi ceci :

" Une photographie antérieure  à la restauration de Gaudin présente une verrière incomplète et mutilée. Le registre inférieur était alors remplacé par des losanges ; une Vierge à l'Enfant se trouvait placée en bouche-trou dans la 5ème lancette. Pour atteindre son objectif, Gaudin retira les bouche-trous et les armoiries, reconstitua un soubassement et des dais d'architecture neufs calqués sur ceux des années 1460 des baies hautes du chœur de l'église St-Séverin de Paris  et inventa un tympan tandis que furent redistribuées dans la baie et largement complétées. Le classement du vitrail en 1973 permet sa dernière restauration en date, réalisée en 1988-89 par l'atelier Avice du Mans, qui se traduit par de nombreux collages".

"Les têtes et figures restituées [par Gaudin] sont copiées, voire calquées sur des parties originales. Dais et soubassements des figures sont presque entièrement de Félix Gaudin".

Ces informations ( verrière démontée, réparée d'abord en 1869 (par un vitrier ?), "verrière incomplète et mutilée", "registre inférieur remplacé par des losanges", amènent à s'interroger sur la validité des identités des apôtres et sur celle des versets et articles  de foi.

                                    Quemper-Guezennec 1336c

 

                                 Quemper-Guezennec 1337c

 

 

                            TYMPAN.

Il est entièrement de Félix Gaudin. Quatre Évangélistes, quatre anges portant des phylactères au nom des Évangélistes et parties ornementales.

 Quemper-Guezennec 1296c

 

                       DISCUSSION

I. Datation.

Selon René Couffon 1935 : 

"Cette verrière est sensiblement contemporaine de celle de N.D. de la Cour [Lantic] et de celle de Tonquédec. Les fenestrages présentent en effet entre eux de grandes similitudes, et, d'autre part, nous savons que les armes de Galehaut de Kerriou et de son épouse Aliette de Garspern y figuraient, tandis que l'on n'y voyait pas les armes de Jeanne de Kerriou et de Vincent Ruffaut son troisième mari. On peut ainsi dater le vitrail de 1460 à 1470 environ."

Rappel généalogique :

André-Yves Gourvés signale dans un message du groupe de discussion La Noblesse bretonne
"aux AD22 la liasse 1 E 2185 dans laquelle figurent une enquête diligentée en juin 1498 sur la dévolution de la terre de Kerriou et un mémoire du 27 août 1755. Le mémoire de 1755 fait mention de deux actes supposés, l'un de 1338, l'autre de 1423 qui établiraient la généalogie suivante, que je complète par l'enquête de 1498." :

— Génération 1.
Guihomarch, cité en 1338 avec ses fils Pierre et Alain qui suivent.
— Génération 2.

 1/ Pierre de Quimper-Guézennec (sic), fils aîné du précédent, cité en 1338, avec son père et son frère Alain ;

 2/ Alain de Kerriou, cité en 1338, reçoit en partage un quart des biens de ses père et mère du consentement de son frère Pierre de Quimper-Guézennec. Alain est le père de Richard, qui suit.

— Génération 3.

 
Richard de Kerriou, père d'Alain et Gallehaut, cités en 1423, qui suivent.

 — Génération 4

 
1/ Alain de Kerriou, mort sans postérité.
2/ Gallehaut de Kerriou, héritier de son frère, épouse 1°) Marie du Garspern, d'où une fille, Jeanne, qui suit ; 2°) Aliz Kerleau

 —Génération 5

 Jeanne de Kerriou, épouse 
1°) Olivier Bodin, d'où un fils Charles Bodin
2°) Vincent Ruffault, d'où un fils Jean Ruffault, qui suit

 — Génération 6

 Jean Ruffault, héritier de Kerriou.

 

II. Stylistique.


1. Selon René Couffon 1935, dont on prendra les assertions avec prudence, :

"Les grands nimbes travaillés, la coupe si caractéristique de la barbe des personnages et leur physionomies rappellent Maître Francke ou Johanne Koerbecke. C'est donc à l'école de Maître Francke, si profondément influencée par l'art bourguignon, que l'on doit semble-t-il, attribuer le carton de la belle verrière de Quemper-Guezennec. Les couleurs foncées des verres peints permettent, semble-t-il, d'attribuer cette verrière à l'atelier de Tréguier. »


2. Selon les auteurs du Corpus Vitrearum VII (2005):

"Le Credo apostolique de l'église de Quemper-Guézennec peut lui aussi être attribué au groupe Le Coq-Le Lavenant, tant est frappante la parenté avec la verrière du Lantic".(p. 31)"

"Les données concernant ces familles suggèrent de dater les parties anciennes de la verrière de 1460-1470. Cette proposition est en accord avec l'étude du style et de la technique, qui fait du vitrail de Quemper-Guézennec un contemporain de l'œuvre de Olivier Le Coq et de Jehan Le Lavenant à Lantic, d'une facture très comparable". (p.93)

Cette "facture" se définit, selon ces auteurs, à Lantic (verrière de 1462-1463), par :

"une composition narrative à registres superposés, chaque scène et chaque lancette étant encadrée et couronnée de grandes niches d'architecture aux dais très développés qui donnent à l'œuvre une tonalité très claire. Sols dallés et fonds damassés — qui éclipsent toute mention de paysage— portent des personnages assez trapus mais non dénués d'élégance ; parmi les caractéristiques principales, on note les larges visages féminins, les yeux petits et très marqués, les chevelures roulées en arrière et partagées par le milieu des hommes barbus, dégageant des fronts très hauts, les expressions intériorisées de toutes ces figures et, pour le décor, les tissus ornés de motifs géométriques et les galons larges, souvent repris au jaune d'argent."

A ce groupe appartiendraient aussi une Vie du Christ de la chapelle de Gohazé à St-Thuriau, une Crucifixion de Sainte-Anne de Boduic à Clégueréc, et, un peu postérieures, des scènes de l'Enfance du Christ de la chapelle Notre-Dame de Kerfons à Ploubezre.

3. Ces artistes apparaissent en 1484 dans les comptes de la cathédrale de Tréguier :

"item d'avoir payé à Olivier Le Coq et Jehan Le Lenevant, vitriers, pour avoir fait et habillé les deux vittres étant au cloistre, dont l'une d'icelles estoit rompue".

"Le Coq (Olivier) de Tréguier habitait dans la rue Neuve une maison qui longtemps après lui était appelée L'Ostel Olivier Le Coq, vitrier. Il est mentionné dès 1460 dans les habitants de Tréguier. Ce fut lui qui, de 1469 à 1480, fit tous les vitraux de la chapelle Saint-Yves à Kermartin. En 1484, il fit des travaux dans la cathédrale de Tréguier, savoir dans la librairie, dans le cloître, à la chapelle Sainte-Catherine, à celle de saint-Nicolas. En 1470 et 1471, il avait fait la grande vitre qui coûtat 100 livres. Un titre des Archives des Côtes-du-Nord mentionne en 1494 un Olivier dit Vittrier qui fit des travaux à l'église de Plédernec, dépendant de l'abbaye de Bégar ; je pense que ce fut le même artiste. Nous avons encore à N.D. de la Cour un magnifique vitrail sorti de ses ateliers, qui porte sa signature ainsi que celle de son collaborateur Jehan Lelenevant".

(Anatole de Barthélémy, Annales archéologiques, 1850)




III Emission et réception : Point de vue du commanditaire et point de vue du fidèle.

   Ce vitrail illustre les différences de point de vue du commanditaire et du spectateur, car il est très probable qu'aucun paroissien n'ait jamais déchiffré les inscriptions portées par les phylactères : quand il n'est pas caché par un mobilier liturgique, le vitrail est trop éloigné de la nef pour permettre une lecture, et, même avec d' hypothétiques et anachroniques jumelles, la disposition verticale des banderoles s'oppose à cette lecture, qui se complique encore des abréviations utilisées. Cela est si vrai que, manifestement, ni René Couffon, ni les auteurs du Corpus Vitrearum, ni l'auteur d'un mémoire de maîtrise sur cette verrière ne se sont donnés la peine de se tordre le cou pour les lire avec exactitude, et que René Couffon, ayant constaté que les premiers couples de saints personnages répondaient aux schéma établis, s'est contenté de reprendre pour les suivants la liste relevée par Emile Mâle en iconographie médiévale.

  On peut donc s'interroger sur le choix du commanditaire, qui savait que ces citations ne seraient pas lues. Peut-être supposait-il qu'elles étaient connues de tous, pour figurer dans les Livres d'Heures ? Mais ceux-ci étaient encore, vers 1470, réservés à la noblesse aisée.

 Sans-doute plutôt a-t-il voulu témoigner de son propre Credo, de son acte de foi dans des vérités qu'il voulait présenter comme intangibles, sans-doute a-t-il voulu donner une démonstration spectaculaire du dogme, afin que chacun considère la Foi comme un monument structuré, argumenté, sans se soucier de voir quelque curieux venir détailler chaque citation prophétique pour la discuter.

   Malgré le caractère sentencieux et sévère de cette leçon théologique, celle-ci s'accorde, dans son sens et dans son projet, avec les Arbres de Jessé, pourtant autrement plus plaisants et accessibles : il s'agit là aussi de montrer que la religion catholique était annoncée, dans ses différents articles de foi, par l'Ancien Testament, et que le Christ était vraiment celui qu'annonçait les Prophètes.

  Sur un autre plan, comme pour les douze rois de Juda, ces deux rangées de six niches aux personnages accouplés sont, très globalement et sans qu'il soit requis de lire le texte, une exaltation du chiffre douze, regroupant dans sa symbolique celle des heures, des mois et du zodiaque pour illustrer le Tout cosmique et sa pérennité : la grande structure théologique du Temps, qui, pour l'Église, se nomme le Salut. Ce lien au temps, loin d'être arbitraire, est propre au thème iconographique lui-même, qui, nous allons le voir, s'est développé d'abord dans les Calendriers des Livres d'Heures. Cette figure à 24 personnages relève d'une tradition médiévale apparue dans les enluminures de sortes d'Abrégés théologiques et dont l'art consistait à organiser en figures mémorisables les vérités chrétiennes autour de trois chiffres, sept, dix et douze. 

 

IV. Le thème iconographique des Credo apostoliques et prophétiques.

  L'iconographie des prophètes est ancienne, et les dix-neuf prophètes de l'Ancien Testament sont présents sur les ébrasements des portails des cathédrales du XIIe siècle, tout comme ils accompagnent à la même époque les  rois de Juda dans les premiers Arbres de Jessé de Saint-Denis et de Chartres, mais  c'est plus tardivement, à partir du XIIIe siècle , dans la même réflexion théologique de lecture de l'Ancien Testament comme annonçant l'avènement du Christ  et d'approfondissement de l'article du Credo (Symbole de Nicée-Constantinople)  Il a parlé par les prophètes, que se développa la tradition de "Credo prophétique et apostolique" représentant douze prophètes couplés chacun aux douze apôtres. Chacun tient un phylactère présentant, soit une citation des livres des Prophètes, soit un article du Credo. Cette représentation reprend la symbolique du chiffre douze des Calendriers (les douze mois) ou des Arbres de Jessé (les douze rois de Juda). 

 

 Il n'est pas facile de trouver la liste des prophètes et de leur texte prophétique associés aux apôtres, et à l'article du Credo correspondant ; c'est ce qui justifie mon travail où j'ai repris les transcription des correspondances selon le vitrail de Quemper-Guézennec par J.P. Le Bihan (Q.G), celle du même vitrail relevé par René Couffon, selon les fresques de la Basilique de Sienne (B.S), selon les relevés de la Cathédrale de Cambrai en 1404, (CC)* et du Psautier de Jean de Berry (JDB).  

* In Iconographie chrétienne de Montault  p. 72.   

 

 

 

 

Origine : la formulation du Symbole des apôtres, son découpage en articles et l'attribution de ces articles à un apôtre donné relève d'une tradition qui remonte au Ve siècle : je vais recopier ici un extrait de sœur G. Peters paru sur le site Patristic.org en 2007 :

" a) Rufin d’Aquilée (345-410) écrit vers l’an 400 :

  • Nos anciens rapportent (tradunt : c’est l’idée de tradition) qu’après l’ascension du Seigneur, lorsque le Saint-Esprit se fut reposé sur chacun des apôtres, sous forme de langues de feu, afin qu’ils pussent se faire entendre en toutes les langues, ils reçurent du Seigneur l’ordre de se séparer et d’aller dans toutes les nations pour prêcher la parole de Dieu. Avant de se quitter, ils établirent en commun une règle de la prédication qu’ils devaient faire afin que, une fois séparés, ils ne fussent exposés à enseigner une doctrine différente à ceux qu’ils attiraient à la foi du Christ. Etant donc tous réunis, remplis de l’Esprit Saint, ils composèrent ce bref résumé de leur future prédication, mettant en commun ce que chacun pensait et décidant que telle devra être la règle à donner aux croyants. Pour de multiples et très justes raisons, ils voulurent que cette règle s’appelât symbole.

    Commentaire du symbole des apôtres, 2. (C’est dans cet écrit que se trouve le premier texte latin du symbole).

b) Au VIe siècle, deux sermons pseudo-augustiniens (Sermo 240 et Sermo 241) qui sont sans doute l’œuvre d’un prédicateur gaulois du VIe siècle nous transmettent une pittoresque leçon de catéchisme. Nous citons le plus court, on y explique la composition du symbole :

 

  • Pierre dit : Je crois en Dieu le Père tout-puissant, 
  • Jean dit : Créateur du ciel et de la terre. 
  • Jacob dit : Je crois aussi en Jésus-Christ son Fils unique Notre-Seigneur. 
  • André dit : Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie. 
  • Philippe dit : A souffert sous Ponce-Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli. 
  • Thomas dit : Est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité d’entre les morts. 
  • Barthélemy dit : Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, 
  • Matthieu dit : D’où il viendra juger les vivants et les morts. 
  • Jacques, fils d’Alphée : Je crois au Saint-Esprit, la sainte Église catholique, 
  • Simon le Zélote : La communion des saints, la rémission des péchés, 
  • Judas, fils de Jacques : La résurrection de la chair, 
  • Matthias acheva : La vie éternelle. Amen. 

 

  "Il est facile de remarquer que ce symbole, composé par douze apôtres, a quatorze articles : je crois au Saint-Esprit, la sainte Église catholique = 2, la communion des saints, la rémission des péchés = 2. La division artificielle du symbole en 12 articles est née de la légende et risque de masquer le rythme ternaire du symbole trinitaire. 
Nous n’étudierons plus le développement et la permanence de la légende dans les siècles suivants. Mais il nous faut noter brièvement son retentissement dans l’art religieux. 
Dans une église du diocèse de Lyon, celle de Charlieu, des peintures du XVe siècle montrent chacun des 12 apôtres tenant une banderole où est gravé un article du symbole. D’autre part, dans des miniatures de la fin du XIIIe siècle, à chaque apôtre portant en banderole son article du symbole, correspond un prophète qui annonce déjà ce même article : on voit l’unité et la continuité des deux Testaments [6]. "Chaque apôtre,— dit avec ingénuité mais non sans profondeur saint Bonaventure (XIIIe siècle)—, est venu poser son article à l’endroit voulu, pierre vivante, ferme et immuable, tirée de la profondeur des Écritures" [Sentence de Pierre Lombard, Sent.3]. "


La réflexion sur les écrits prophétiques comme précurseur des écrits et de la foi était très importante dans l'Église à son début, et, dans le déroulement de la messe dans le diocèse d'Hippone sous la conduite de saint Augustin, la première moitié de l'office était consacré à l'enseignement, sous forme de trois lectures. La première de ces lectures  était celle d'un des prophètes, pour montrer comment il annonçait le religion chrétienne. Ainsi s'est constituée une base de textes, et donc de versets d'auteurs vétéro-testamentaires placés en parallèle avec l'enseignement de l'Église.

Ces Credo ont pu se développer aussi après les réflexions théologiques de Thomas d'Aquin : on connaît le texte d'un sermon qu'il prononça en 1273 à Naples, teurangelique.free.fr/livresformatweb/sermons/06credo.htm">Commentaires du Credo, où chaque article du Credo est analysé avec l'aide de très nombreuses références à l'Ancien Testament comme texte annonciateur du contenu du Symbole. 

Ces Credo apostoliques et prophétiques peuvent figurer dans des Psautiers, bréviaires et Livres d'Heures puis en sculptures à l'entrée des églises, puis sous forme de fresques (basilique de Sienne), de vitraux (Quemper-Guezennec, Kergoat à Quéméneven), ou de stalles. Leur composition autour du chiffre douze les prédisposent aussi à s'intégrer dans des Calendriers. 

 

 

                     LES MANUSCRITS.

 

 Histoire.

(il s'agit bien-sûr de renseignements glanés, qui ne découlent pas d'une compétence personnelle : voir Source).

Le thème du Credo prophétique et apostolique ne naît pas tout seul, mais dans le cadre du développement au XIIe siècle de ce que J.C. Schmitt a nommé des "images classificatrices" schématisant de manière didactique l'enseignement religieux. Cet effort  prend son essor  dans les milieux monastiques, et le résultat est soumis à une ré-élaboration systématique dans les écoles urbaines cathédrales ou canoniales ouvertes sur la société ambiante. Il découle d'un art marqué notamment par une généralisation de la logique des listes héritées d'un savoir scripturaire ou théologique plus ou moins ancien et soumis aux mêmes rythmes numériques (sept, dix, douze) qui rendent possible la mise en correspondance des données. Dès cette période aussi, ces listes sont soumises à un remarquable travail de visualisation ; c'est le cas, dans la sculpture, aux voussures des porches d'église, et dans les manuscrits, sous la forme de dessins, parfois d'images colorées au fort pouvoir mnémotechnique, contenant de nombreuses formules écrites : noms de personnages ou d'entités morales, versets bibliques, etc. La recherche d'une élucidation des vérités religieuse dans des images composites, structurées de manière géométrique et contenant des textes plus ou moins longs est déjà présente dans la miniature ottonienne. Vont ainsi  fleurir dans les Speculum theologiae des arbres (réunis dans des "vergers", et des arborescences, des tableaux, des "camemberts" ou mandalas, de roues, d'arcs radiants ou concentriques, de "tours",(Turris sapientae) des schémas en chevrons pointant vers le haut ou vers le bas, ou même de corps christique, etc.

Images empruntées au Speculum theologiae de Yale 

1r    1r    1r 1r

1r   1r  1r  1r

 

 

Ce "Catéchisme pour les Nuls" est destiné aux prédicateurs et aux confesseurs, sous forme d'exemplaires de qualité médiocre réalisées à la plume et au trait par un copiste ; mais des versions luxueuses, enluminées par des artistes, peuvent être destinées  à accompagner la pratique dévotionnelle personnelle de riches propriétaires, ou simplement à enrichir leur collection.

  Je l'ai dit, cette littérature didactique et théologie morale  connaît sa première élaboration dans les monastères dans les manuscrits enluminés : Hortus deliciarum de la moniale alsacienne Herrade de Landsberg en 1159-1175, Speculum virginum du moine bénédictin Conrad d'Hirsau au XIIe siècle, Liber floridus de Lambert de Saint-Omer v.1120, Bible de Floreffe, 1155 Ms Londres.

Hugues de Saint-Victor, (Mort en 1171), maître à penser de la principale école parisienne de la première partie du XIIe conçoit  De quinque septennis : organisation par lots de sept des  5 septénaires de l'Ecriture : 7 vices, 7 pétitions du Notre-Père, 7 dons de l'esprit, 7 Béatitudes, 7 vertus. 

Alain de Lille (mort en 1202) part de la vision des chérubins d' Ézéchiel 10:1-2 pour écrire   De sex alis cherubim. où les six ailes des chérubins servent de support à la prédication.

 Dans le dernier quart du XIIIe siècle à Paris, le franciscain Jean de Metz (Magister Johannes Metensis) élabore la Tour de sagesse appelée à un grand succès. 

 

Les manuscrits.

  • Le Psautier de Robert de Lisle (v.1330) British Library Ms Arundel 83 f.117-135 contient 24 illustrations pleine page dont le folio 128r est un superbe exemple de Credo prophétique et apostolique. 
  • Bnf latin 3438 folio 72v
  • Bnf latin 3445 folio 75
  • Bnf latin 3464 folio 173v
  • Bnf latin 3474 folio 81v
  • Bnf Latin 10630 folio 80
  • Bnf fr.9220 Verger de soulas
  • Arsenal 937 (XIIIe) folio 127v
  • Arsenal 1037 folio 6
  • Arsenal 1100 61v
  • Livre d'Heures de Jeanne II de Navarre v.1330

Calendrier des Bergers;symbole_des_apotres.jpg

 

  • Voir aussi Angers - BM - SA 3390 folio 039v-040 Credo des apôtres in Compost et calendrier des bergers

 

 Je décrirai maintenant le Verger de Soulas, en raison de la beauté des illustrations, qui en fait un superbe exemple d'un Credo prophétique  au cœur d'un corpus didactique et dévotionnel.

 

Le Speculum theologiae ou Le Verger (Vrigier) de Soulas . Bnf fr. 9220

folio 13v.

Picardie France du nord (probablement Arras), extrême fin XIIIe ; il est fait de huit feuilles de parchemin pliées en deux, soit  16 feuillets de 440 x 300 mm dont seule la face intérieure a reçu une illustration pleine page, deux pages illustrées se faisant ainsi toujours face. Il a appartenu à la librairie de Bourgogne où il est mentionné dans les inventaires de 1404 (Philippe le Hardi), 1467 (librairie de Bourgogne à Bruges) et 1487. Ce titre de "Vrigier de soulas"  traduisible en "verger de consolation" évoque le Viridarium consolationis du dominicain Jacques de Bénévent († >1271), somme des vices et des vertus sous forme d'arbres, mais son contenu en diffère.

Sur le folio 1 se trouvent le titre et l'exposé du but de l'ouvrage :"Cest livre puet on apeler Vrigiet de solas. Car ki vioult ens entrer par pensée et par estude, il i trueve arbres plaisans et fruis suffissans pour arme nourir et pour cors duire et aprendre " 

 Puis viennent seize enluminures admirables, avec emploi important de feuilles d'or, qui en font un “abrégé de la doctrine chrétienne”. C’est la tradition moraliste et scholastique qui est à l’origine de cette profusion d’arbres : folio 1v : Arbre de Jessé, folio 2 Trône de Salomon ; folio 3v : Arbor amoris, ou Arbre de vie ; folio 4 Arbre des pénitences ; folio 5v Arbre des vertus ; folio 6 Arbre des des vices ; folio 6v-7 Vision de saint Paul des peines de l'enfer ; folio 7-8v les douze peines de l'enfer ; 9v crucifix ; ; folio 10 Arbre des péchés ; folio 11v Roue des sept septénaires ; folio 12 Tour ; folio 13v Credo des prophètes et des apôtres ; folio 14 Tableau des 10 plaies d'Egypte, les 10 Commandements, les 10 plebis abusiones ; folio 15v : les 7 heures canoniques, les 7 œuvres de la Passion, les 7 dons de mémoire ; folio 16  arbre de Sagesse. (In Schmitt 1989). Les enluminures se suffisent à elles-même comme de véritable prédications ou leçons visuelles, sans texte d'accompagnement (sauf dans deux cas).

      Dans le folio 13v, se trouvent réunis sous forme d'un tableau  les 12 Prophètes, 12 "articuli fidei", et les 12 "apostoli" organisés en rangées horizontales ayant chacune une enluminure du prophète, un damier alternativement brun clair et bleu surmonté du verset prophétique, une enluminure consacrée à la vie du Christ, une nouveau espace en damier surmonté de l'article du Credo, puis une miniature de l'apôtre apparié. Chaque enluminure possède un fond doré à la feuille. Les prophètes et les apôtres sont assis sur une cathèdre à la forme simplifiée, mais seul les apôtres sont nimbés alors que la tête des prophètes est recouverte d'un large voile. La définition de l'image numérisée sur le site Gallica ne permet pas une observation minutieuse, mais les apôtres ont un attribut (Pierre:clef, André:croix latine ; Jacques M:bâton ; Jean:? ; Thomas : Bâton? ; Philippe? ; Barthélémy ? ; Matthieu :bâton ; Simon bâton ; Mathias : objet). Parmi les prophètes on ne reconnaît que la harpe de David et sa couronne.

On trouve  de haut en bas Jérémie/Pierre ; David /André ; Isaïe/Jacques Maj. ;  Zacharie/Jean ;  Osée/Thomas Amos/ Jacques Min.  ; Sophonie/Philippe ; Joël/Barthélémy ; Michée/Matthieu ; Malachie/Simon ; Daniel/Jude-Thaddée ; Ézéchiel/Mathias.

 

 

 

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      Le "Bréviaire de Belleville", un enrichissement du thème du Credo prophétique par les textes de saint Paul.

 Vers 1325, dans un bréviaire à l'usage des Dominicains, le thème du Credo prophétique s'enrichit par une présentation très originale qui associe aux douze apôtres et aux douze prophètes les douze mois de l'année, les signes du zodiaque, et surtout, sur le plan théologique douze citations des épîtres de saint Paul, citation en cohérence avec celles du Credo et des prophètes. Ainsi, face au premier article Credo in Deum, Patrem omnipotentem , creatorem caeli et terrae. et de la prophétie de Jérémie : Patrem invocabitis qui terram fecit et condidit celos se trouve Qui omnia creavit deus est de l'épître aux Hébreux. L'auteur explique clairement son projet dans une préface : "L’exposition des ymages des figures qui sunt u kalendier et u sautier, et estproprement l’acordance du veil testament et du nouvel ".

 

  Ce jeu de découpage des Écritures par série de douze et la réflexion théologique qu'il suppose s'accompagne, en iconographie, sur les enluminures de quatre manuscrits, d'une mise en scène astucieuse : en bas et à gauche de la miniature est figuré un édifice, symbolisant la Synagogue, ou l'Ancienne Loi. Sur la première peinture, correspondant à janvier, un prophète prend une pierre de cet édifice et la remet à un apôtre. Plus les mois s'écoulent, plus la "Synagogue" s'écroule, pour se retrouver en ruine pour le mois de décembre, lorsque tout le Credo a été proclamé par les apôtres qui ont utilisé tout le matériel prophétique qu'ils ont reçu.

Les textes de saint Paul sont les suivants:

1. Janvier Paulus Qui omnia creavit  Deus est, Hébreux 3, 4, Dieu est celui qui a tout créé,

2. Février Romani. Predestinatus Est Filius en virtute, Romains 1, 4, et a été utilisé comme un fils de Dieu avec puissance (par la résurrection des morts) 

3. Mars : Misit Deus Filium suum natum ex muliere Corinthi , Galates 4, 4, Dieu envoya son Fils, né d'une femme,

4. Avril : Galathi Christ crucifixus est ex infirmitate, 2 Corinthiens 13 4, le Christ a été crucifié dans sa faiblesse

5. Mai . Ephese Resurrexit propter justificationem nostram, Romains 4, 25, Il est ressuscité pour notre justification volonté, 

6.Juin Phillipenses Ascendit super omnes celos ut adimplaret omnia, Éphésiens 4, 10, il est monté au-dessus de tous les cieux, afin que tout ce qu'il (l'univers) répond

 7. Juillet  Colocenses Judicaturus  est vivos et mortuos, 2 Timothée 4, 1, Il jugera les vivants et les morts

 8. Août Thessalonicenses Dedit spiritum suum sanctum in nobis 1 Thessaloniciens 4, 8, Dieu nous a donné Son Saint-Esprit

9. Septembre Thymotheus Ipse Est caput corporis ecclesie, Colossiens 1, 18, ​​Il est celui qui est le principal organe de l'église

10. Octobre Tytus Habemus par sanguinem ejus remissionem peccatorum, Colossiens 1, 14,

11. Novembre Phylemon Omnes quidem resurgemus, 1 Corinthiens 15, 51, il est certain que nous ressusciterons tous,

 12. Décembre Hebrei Spem vite eterne promisit,  qui non mentitur Deus, Titus 1, 2, Dieu ne peut mentir, nous a promis l'espoir de la vie éternelle, 

 

 

Étudier en complément :

—La publication de Marcel de Fréville analysant les quatre ouvrages qui vont suivre:http://archive.org/stream/archivesdelartfr03sociuoft#page/144/mode/2up

Parmi ces quatre manuscrits, trois ont appartenu au duc de Berry, dont on estime qu'il était très attaché à ce Credo prophétique, apostolique et paulinien, et qu'il contribua à en diffuser le modèle. 

Le Bréviaire de BellevilleBrevarium ad usum fratrum predicatorum  1323-1326 bréviaire de Jeanne, épouse d'Olivier de Clisson, seigneur de Belleville   BNF latin 10483, Vol. 1 (partie hiver). Enluminures de Jean Pucelle : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8451634m et BNF latin 10483 et 10484. La seule page restante du calendrier comporte novembre au recto et décembre au verso : folio 6r (Malachie et Thaddée) et 6v (Synagogue en ruine, Zacharie et Mathias) (ci-dessous)


breviaire-de-Belleville-decembre.png


Horae ad usum Parisiensem [Grandes Heures de Jean de Berry]. BNF 919 : 1400-1410. Enlumineur : Jacquemart de Hesdin, pseudo-Jacquemart, Maître de Boucicaut,  Maître du duc de Bedford : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b520004510 Le couple prophète-apôtre apparaît en bas de chacune des douze pages du calendrier, exemple mars avec Isaïe/Jacques le Majeur.

—Les Petites heures du duc de Berry : BNF lat 18014   1375-1390 et 1410-1420 Horae ad usum Parisiensem ou Petites heures de Jean de Berry. Enlumineurs Jean Le Noir, Jacquemart de Hesdin, Maître de la Trinité, pseudo-Jacquemart, Limbourg.  . Même disposition que dans les Grandes Heures : voir Mars .

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8449684q/f4.image.r=Heures.langEN

—  Psautier de Jean de Berry, BNF latin 13091 . : 1380-1400 Enluminures de André Beauneveu  :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84546905/f48.image  ff. 7v-8 : Jérémie, saint Pierre ; 9v-10 : David jouant de la harpe, saint André ; ff. 11v-12 : Isaïe, saint Jacques le Majeur ; ff. 13v-14 : Zacharie, saint Jean ;ff. 15v-16 : Osée, sain Thomas ;ff. 17v-18 : Sophonie, saint Jacques le Mineur ;ff. 19v-20 : Joël, saint Philippe ;ff. 21v-22 : Malachie, saint Barthélémy ;ff. 23v-24 : Amos, saint Matthieu ;ff. 25v-26 : Daniel, Simon le Zélote ;ff. 27v-28 : Ezéchiel, Thaddée ;29v-30 : Michée, Mathias.  

  Voir aussi le calendrier des Grandes Heures .http://www.bildindex.de/obj15000020.html#|0

 

 

      Diffusion du thème iconographique du Credo prophétique en France et en Europe.

La présence des prophètes et des apôtres, non superposés, est fréquente aux ébrasements des portails et aux voussoirs des églises. On verra les piédroits de la cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle (prophètes à gauche, apôtres à droite), les sculptures côte à côte dans les fenêtres hautes de la basilique Saint-Remi, à Reims ; cathédrale des trois apôtres à Saint-Claude (stalles) ; trumeau de Chartes (apôtres) et portail nord (prophètes) ; porche de la cathédrale de Tarragone ; déambulatoire de la cathédrale d'Albi ; portail du Beau Dieu à la cathédrale d'Amiens ; portail sud de la cathédrale de Bourges, etc.
La présence des prophètes pour éclairer des scènes du Nouveau Testament est également fréquemment retrouvée dans les verrières, notamment à la cathédrale de Bourges, celle de Chartres.

Néanmoins, l'existence d'un Credo prophétique est plus rare : 

Vitrail de l'ancienne abbaye de Jumiège à la chapelle de la Mailleraye-sur-Seine. Il reste quatre des 24 figures primitives.

Vitrail de la Sainte-Chapelle de Riom.


© Isabelle Védrine, Roland Maston, Région Auvergne - Inventaire général du Patrimoine culturel, ADAGP - Sainte-Chapelle, vitrail ©Isabelle Védrine, Roland Maston, Inventaire Général du Patrimoine Auvergne ADAGP

 

Vitraux de l'abside à Saint-Maclou à Rouen. Credo apostolique, Baies 54 à 64 v.1500.

Vitraux de la Sainte-Chapelle du duc de Berry à Bourges (fragments)

Vitraux de l'église de Quemper-Guezennec. v1470

Vitraux de Kergoat en Quéméneven (29), fragments : voir  Vierges allaitantes II : Kergoat à Quéméneven, les vitraux.

Vitraux de Saint-Serge d'Angers (E. Mâle) Credo apostolique

Statues du chœur de la cathédrale d'Albi (dernier quart XVe siècle)

Chapelle de Jean de Bourbon (abbé de 1456 à 1485) à Cluny : les consoles sont ornées de 13 prophètes, qui supportaient jadis autant d'apôtres (avec St Paul) :Jérémie, Jacob, David, Joël, Amos Malachie Daniel Ézechiel,Sophonie, Michée, Osée, Zacharie, Isaïe.

Fresques du Baptistère de Sienne : Les fresques occupent les trois voûtes d’arêtes adjacentes à la paroi du fond de l’édifice: les 12 scènes correspondent chacune à un Article de la Foi; quatre par travée,. Chaque voûtin, contenant la représentation d’un Article, est accompagné dans l’angle, en bas à droite par un apôtre, et dans celui à gauche, par un prophète. 

Stalles de la cathédrale Saint-Pierre à Saint-Claude 1447-1450 par le sculpteur genevois Jehan de VitrySur les dorsaux des 22 stalles, sont sculptés douze prophètes et douze apôtres en alternance ainsi que des abbés et des saints du monastère : Jérémie, Jacob, David, Joël, Amos Malachie Daniel Ézechiel,Sophonie, Michée, Osée, Zacharie, Isaïe. Et Syméon et Zacharie le père de Jean-Baptiste.

Stalles de la cathédrale de Genève (E.Mâle) Credo apostolique

 Stalles de l'église Notre-Dame d'Evian  "reprennent le thème du Credo apostolique de Savoie initié à Genève au 15e siècle et répété dans treize églises du Duché de Savoie, Lausanne, Fribourg, Saint Claude, Saint Jean de Maurienne, Aoste."

Portail des princes de la cathédrale de Bamberg,

Fonts baptismaux de la cathédrale de Meersburg,

Cathédrale de Paderborn : cycle des apôtres

 Châsse de saint Héribert, à Cologne sous forme de médaillons juxtaposés.

Fresque romaine de Saint-Sébastien in Pallara, dont des restes de fresques du Xe s. se trouvent dans l'actuelle église Santa Maria in Pallara.

Chœur en marqueterie de la chapelle interne du Palazzo Pubblico de Sienne, exécuté entre 1415 et 1428, par Domenico di Niccolò dei Cori,

 Fresques de la Chapelle du “Sacré Clou”, à l’hôpital de Santa Maria della Scala de Sienne réalisées en 1449 par Lorenzo di Pietro plus connu comme Vecchietta.  

http://dijoon.free.fr/text-puits.htm

.  Chambres Borgia du Vatican : Chambre du Credo par Pinturicchio décrite par X. Barbier de Montault.

 

 

 

Un exemple au XIIe siècle : l'autel portatif d'Eilbert de Cologne.

 Il est cité par Robert Favreau ( Les autels portatifs et leurs inscriptions,2003). Conservé au Kunstgewerbemuseum de Berlin, il réunit 18 prophètes, patriarches et rois portant leurs phylactères avec les douze apôtres et huit scènes de la vie du Christ. Son programme typologique est clairement affiché par deux inscriptions:

CELITUS AFFLATI DE CRISTO VATICINATI

HI PREDIXERUNT QUE POST VENTURA FUERUNT.

"Inspirés par le ciel ils ont prophétisés sur le Christ,

Ils ont prédit ce qui allait ensuite arriver".

DOCTRINA PLENI FIDEI PATRES DUODENI

TESTANTUR FICTA NON ESSE PROPHETICA DICTA

"Emplis de la doctrine de la foi les douze pères

témoignent de ce que les paroles des prophètes n'étaient pas imaginaires."

Les personnages vétéro-testamentaires :

Daniel : 

Ézéchiel : 

David : Beatus est quem tu erudieris nomine Ps 94,12 "Heureux celui que tu instruis, Seigneur."

Melchisédech : Genèse 14,18  "Melchisedech roi de Salhem apporta du pain et du vin, il était prêtre du Dieu Très-Haut"

Osée : Erit numerit filiorum Israhel quasi arena maris Os, I,10 " Le nombre des fils d'Israêl sera comme le sable de la mer".

Malachie :

Isaïe : Ecce virgo concepiet et pariet filium Is.7,14 : "Voici que la vierge concevra et qu'elle enfantera un fils".

Jérémie : Visus est in terris et cum hominibus conversatus est : Baruch3,38 : "Il est apparu sur la terre et a conversé avec les hommes".

Jonas : Tolle animam meam quoniam melior est mihi mors quam vita Jonas 4,3 : "Prends ma vie car mieux vaut pour moi mourir que vivre".

Nahum : Reddidit deus superbiam Jacob sicut superbiam Israhel, Nahum 2,2 : "Dieu a rendu la fierté à Jacob comme la fierté à Israël".

Salomon : Per sapentiam sanati sunt qui placuerint domino a principio, Sg. 9,19 :" Par la sagesse ont été guéris ceux qui ont plu au Seigneur dès l'origine".

Joël : Computruerunt jumenta in stercore suo, Joël 1,17 : "Les bêtes de somme ont pourri sur leur fumier"

Jacob : Vidi dominum facie ad faciem Gn. 32,30 : J'ai vu le Seigneur face à face"

Abdias : Transmigratio jerusalem que est in bosphori possidebit civitatem austri Abdias 20 :" Les éxilés de Jérusalem qui sont dans le Bosphore posséderont les cités du Midi."

Zacharie : 

Sophonie  : 

Balaam : Ex Jacob stella prodiet et de Israhel homo surget, Nb. 24,17 "Un astre issu de Jacob surgira et un homme se lèvera d'Israël".

2. Les apôtres

Pierre, André, Jacques, Jean, Thomas, Jacques, Philippe, Barthélémy, Matthieu, Simon, Thaddée et Matthias présentent les articles du Credo.

 

      L'ordre des apôtres et leur identification à Quemper-Guezennec.

Comme je l'ai fait comprendre, j'ai été troublé de constater lors de mon examen de la verrière que la liste des apôtres, tout comme l'identification des prophètes, ne correspondait pas à ce que René Couffon (1935), puis Mireille Donnat (1993) , et enfin Françoise Gatouillat et Michel Hérold (2005) signalaient dans leurs ouvrages respectifs. Notamment, le 5e article était confié selon moi à Philippe, que j'identifiais à sa croix, mais dont le nom figurait aussi sur le phylactère. Si je me trompais, alors l'inscription était également fausse. Le sixième article était confié à un apôtre portant une hallebarde, mais je me décidais à y voir Thomas ou Jude Thaddée après avoir attribué tous les autres articles. réciproquement, le dixième apôtre, également porteur d'une hallebarde ou hache, pouvait être Jude Thaddée ou Thomas. Je rappelle la liste à laquelle j'aboutissait, en désaccord avec Couffon pour les n°5 et 10:

1. Création. Jérémie et Pierre. Clef

2. Incarnation. David et André. Croix de saint-André.

3. Annonciation. Isaïe et Jacques le Majeur. Bourdon et chapeau.

4. Crucifixion. Daniel et Jean. Coupe de poison.

5. Descente aux Limbes et Résurrection.  Jonas et Philippe. Croix à longue hampe. (Malachie et Thomas R.C)

6. Ascension.  Amos et   Thomas . La  Hache ou Hallebarde. 

7. Jugement Dernier. Joël et Barthélémy. Coutelas.  (Sophonie et Barthélémy R.C)

8. Pentecôte. Aggée et Matthieu. Plume d'écrivain. (Joël et Matthieu R.C)

9. Église. Sophonie et Jacques le Mineur. (Michée et Jacques le Mineur R.C)

10. Remission des péchés. Zacharie et Jude Thaddée?. Hallebarde  (Zacharie et Philippe R.C)

11. Résurrection des morts. Ezéchiel et Simon. La scie. (Osée et Simon R.C)

 12. Vie éternelle.  Abdias et Mathias. (Ezéchiel et Mathias R.C)

La consultation des listes les plus courantes des Credo apostoliques ne confirmait pas cet ordre. Celui-ci est, selon le Canon romain, Pierre-André-Jacques-Jean-Thomas-Jacques-Philippe- Barthélémy-Matthieu-Jude-Simon-Matthias, et selon l'orde courant la même succession se terminant par Simon-Jude-Matthias.

 Pourtant, je finissais par découvrir que l'ordre observé à Quemper-Guezennec n'était ni une fantaisie, ni une erreur de restauration. En effet :

1°) Dans les Actes des apôtres 1:13 suivi de 1:25-26 : "Dès leur arrivée, ils montèrent à l'étage supérieur de la maison où ils se tenaient d'habitude. C'étaient Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques, fils d'Alphée, Simon le Zélé[h], et Jude, fils de Jacques." Il n'y a encore que onze apôtres, Judas étant bien-sûr absent, d'où : "pour occuper, dans cette charge d'apôtre, la place que Judas a désertée afin d'aller à celle qui lui revenait. Puis ils tirèrent au sort. Matthias fut désigné. C'est lui qui fut adjoint aux onze apôtres."

L'ordre des apôtres de la verrière de Quemper-Guezennec est donc, pour la place réservée à Philippe, celui du texte des Actes des apôtres, et non celui du Canon romain. Par contre la 11e place donnée à Simon est celle du Canon.

2°) Parmi les Credo apostoliques, certains observent le même ordre pour la 5ème place donnée à Philippe :

  • Cet ordre est celui des manuels de vie chrétienne à finalité pastorale (hormis qu'ils observent l'ordre Pierre-Jean-Jacques-André , et  Simon-Jude, et non Jude-Simon) à l'usage des curés : Somme le roi de Frère Laurent (1294)  ; Doctrinal aux Simples gens (Cluny 1389) ; Le Chemin de paradis de Jean Germain évêque de Chalons, 1457 (G. Hasenorh 1993).
  • C'est aussi l'ordre d'ouvrages de théologie : Livre de dévotion ; Livre de la maison de conscience de Jean Saulnier (<1430); le Livre de grâce de Pierre Fontaine  (fin XVe-début XVIe) Ms 160 Chantilly folio 39-40.  Ces théologiens divisent le cinquième article en deux parties, dont la première est donnée à Philippe et la seconde à Thomas, ce qui impose par la suite des arrangements. Notons qu'à Quemper-Guezennec, Philippe ne tient sur son phylactère que la seconde partie de l'article 5.
  • C'est encore l'ordre de textes littéraires : Dans l'Epistre Othea (ca1400) de Christine de Pisan où les apôtres suivent l'ordre  Pierre-Jean-Jacques -André-Philippe-Thomas-Barthélémy-Matthieu-Jacques-Simon-Jude-Matthias. Même ordre dans le  Liber fortunae écrit par un curé anonyme en 1346  (G. Hasenorh 1993).
  • Les peintures murales de la cathédrale de Brunswick. Première moitié du XIIIe siècle. Pierre-André-Jacques-Jean-Philippe-Barthélémy- Thomas-Matthieu-Jacques- Jude-Simon- Matthias. Nous avons donc ici l'ordre exact de la séquence de Quemper-Guezennec. (Pensée, image et communication 1993 page 112).
  • Séries de plaques émaillées de Bamberg (Musée historique), Hanovre, Londres (British Museum), 1125-1200.

La 5eme place donnée à Philippe plutôt que Thomas  dans la verrière de Quemper-Guezennec  est attestée dans les Credo apostoliques dans les textes, ou en iconographie mais reste minoritaire, fournissant un indice précieux sur le commanditaire potentiel ou sur le modèle utilisé.

Le seul endroit où l'ordre utilisé à Quemper-Guezennec est retrouvé intégralement  est la cathédrale de Brunswick, en Basse-Saxe, ce qui peut coïncider avec l'influence stylistique suggérée par René Couffon autour du maître Francke.

 

      Les prophètes et leurs versets à Quemper-Guézennec.

1. Jérémie et Pierre. Pseudo-Jérémie Patrem invocab[itis] qui terram Ieremi 

2. David et André. Psaumes 2:7 filius meus es ego hodie genui te

3. Isaïe et Jacques le Majeur. Isaïe 7:14 Ecce virgo concipiet et pariet

4. Daniel et Jean. Daniel 9:26 Post LXII edomadas

5.  Jonas et Philippe. Matthieu 12:40 [Sicut eni]m fuit Jonas in ventrem ceti 

6.  Amos et Thomas . Amos 9:6 Qui edificiat in coeli ascensionem suam.

7. Joël et Barthélémy. Joël 3:12 Sebedo ut iudicui omnes gentes

8. Aggée et Matthieu. Aggée 2:6. Spiritus meus erit in medio vestrum

9. Sophonie et Jacques le Mineur. Sophonie 2:15 haec est civitas gloriosa habitans

10. Zacharie et Jude Thaddée? Zacharie 9:13 suscitabo filios tuos.

11. Ezéchiel et Simon. Ezéchiel 37:4 Ossa arida audite verbum Domini

 12. Abdias et Mathias. Abdias 1:21 Et erit dominus regnum missus 

 

Si je compare cette liste au tableau qui, dans Fr. Gay 1993 page 190-191, récapitule les versets cités dans 22 Credo prophétiques, je ne retrouve aucun modèle réunissant exactement le choix de Quemper-Guézennec, car le vitrail breton présente, à coté de versets utilisés presque partout ou assez fréquemment (Pseudo-Jérémie ; Psaume 2:7 ; Isaïe 7:14 ;  Amos 9:6 ; Ezéchiel 37:4), des raretés. Ainsi :

4. Daniel 9:26 Post LXII edomadas  n'est retrouvé que dans le Verger de Soulas.

5.  "Jonas" Matthieu 12:40 [Sicut eni]m fuit Jonas in ventrem ceti n'est attesté nulle part.

7. Joël 3:12 Sebedo ut iudicui omnes gentes n'est pas cité ailleurs : c'est (peut-être plutôt par erreur d'attribution) Joël 3:2 qui est mentionné dans 5 cas sur 22.

8. Aggée et Matthieu. Aggée 2:6. Spiritus meus erit in medio vestrum. Cette citation est retrouvée dans 5 cas sur 22, uniquement sur des stalles, celles de Romont, Hauterive, Moudon, Yverdon et Estavayer. Pourtant elle est aussi attestée dans le Livre d'Heures de Jeanne II de Navarre (ici)

9. Sophonie et Jacques le Mineur. Sophonie 2:15 haec est civitas gloriosa habitans. Sophonie est cité 5 fois, mais pour 1:15 et 3:9 ; 3:15 ; 3:16 ; 3;20 

10. Zacharie et Jude Thaddée? Zacharie 9:13 suscitabo filios tuos. Zacharie est cité 17 fois sur 22, mais la plupart du temps pour son verset 12:10 et jamais pour 9:13. Ce verset est néanmoins employé à Sienne et à Cambray.

12. Abdias et Mathias. Abdias 1:21 Et erit dominus regnum  

Abdias n'est cité qu'une seule fois (Autel d'Eilbertus) avec la mention Abdias 20 dans l'étude de Fr; Gay, mais on le retrouve cité à Sienne, dans le chœur de la cathédrale de Cambray (1404), dans l'église de Kenton selon un relevé de 1824, et dans un manuscrit ca 1400 cité ici. On le trouve aussi dans l'Expositio super symbolum de Thomas d'Aquin (Bibl. Univ. de Munich, Cod.Ms 84 f.82-92), etc..

 

Conclusion sur ce point : une étude comparative des citations prophétiques ne sera réellement réalisable que lorsque l'on disposera du corpus de tous les Credo prophétiques européens ; je n'ai retrouvé aucun modèle exact des citations réunies à Quemper-Guézennec, mais une exploration en ligne des différents extraits est vite fructueuse pour indiquer le travail qui attend les prochains esprits curieux. Cette exploration montre que, dans tous les cas, ces inscriptions bretonnes sont en lien avec celles d'autres Credo.


Liens et sources :

 

 

 

 http://www.patrimoines.lorraine.eu/fileadmin/illustrations/C006198_291-93.pdf

 

Émile Mâlehttp://patrimoine.amis-st-jacques.org/documents/000135_e_male_credo_des_apotres_2.pdf

—Denis Pichon Note sur les peintures murales de Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren : présence d'un Credo prophétique Société d'émulation des Côtes-d'Armor, 2000, 130, p. 115-122

Robert Favreau Les autels portatifs et leurs inscriptions, Cahiers de civilisation médiévale 2003 Volume   46 pp. 327-352 :http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ccmed_0007-9731_2003_num_46_184_2865

 — Baptistère de Sienne : http://www.viaesiena.it/fr/caterina/itinerario/battistero/articoli-del-credo/articoli-della-seconda-campata

 — Psautier de Jean de Berry, Enluminures de André Beauneveu 1380-1400 : gallica 

— RANSON (Lynn) 2002 A franciscan program of illumination Insights and Interpretations: Studies in Celebration of the Eighty-fifth .publié par Colum Hourihane  ..pp 84-89 En ligne

 —COUFFON (René)  1935, "Les verrières anciennes des Côtes-du-Nord" Bulletins et Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord t.67 pp.115-117. En ligne. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f141.image

GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel) 2005 , Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes pp.100-102. Cité sous l'abréviation (C.V)

— DONNART (Mireille)  La maîtresse-vitre de Quemper-Guézennec (fin XVe siècle) Mémoire de maîtrise Paris X-Nanterre 1990. (non consulté)

— DONNART (Mireille), 1993 "Prophètes et apôtres dans la La maîtresse-vitre de Quemper-Guézennec (fin XVe siècle)", Actes du Colloque Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon (1993). L'auteur reprend les assertions de René Couffon, ses transcriptions erronées des phylactères et ses fausses identifications des auteurs des versets prophétiques, de même que l'évocation de l'influence de Maître Francke.

— GAY (Françoise) 1993, Le choix des textes des prophètes face aux apôtres au Credo", in Actes du Colloque Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon 

HASENORH (Geneviève), 1993 "Le Credo apostolique dans la littérature française du Moyen-Âge", Actes du Colloque Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon 

LACROIX (Pierre) , Renon, Andrée,  Mary, Marie-Claude, Vergnolle, Éliane [Publ.] Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon (1993).Sommaire en ligne 

 — GAULTIER DU MOTTAY (Joachim) Répertoire archéologique du département des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, 1883-1884, extrait des Mémoires de la Société archéologique et historique des Côtes-du-Nord, nouvelle série, T.I, 1883-1884.

LE BIHAN (Jean-Pierre) "Vitraux disparus et comment ? Quemper -Guézennec, un Credo des apôtres découvert", Blog 

—LUNEAU (Jean-François) Félix Gaudin (1851-1930), peintre-verrier et mosaïste, thèse de doctorat  Université de Clermont II, 2002.

— RENON F, relevé du Credo du chœur de la cathédrale de Cambray en 1404 Revue de l'art chrétien: recueil mensuel d'archéologie religieuse, Volume 8 Arras ; Paris 1864 page 262.

SCHMITT (Jean-Claude), 1989  "Les images classificatrices", in Actualité de l'histoire à l'Ecole des chartes: études réunies à l'occasion publié par Société de l'Ecole des charte 1989 pp.311-341.


 

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Published by jean-yves cordier
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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 14:33

Les vitraux de l'église Saint-Pierre de Saint-Nicolas-du-Pélem.

L'église paroissiale Saint-Pierre est l'ancienne chapelle Saint-Nicolas du château de Pélem, qui ne reçut son nouveau vocable qu'en 1860 en supplantant l'église curiale Saint-Pierre de Bothoa. Elle porte donc la marque des anciens châtelains : famille Jourdrain, seigneur du Pélem :

Potier du Courcy : Jourdain, sr. du Pellem paroisse de Bothoa. Réf. et montres 1448 à 1543, par. de Bothoa et Carnoët, ev. de Cornouaille. D'or à la bande de gueules, chargée de trois macles d'or. Fondu dans Quélen.

Une sablière de l'église porte l'inscription "An l'an mil cccc L xx iii" (En l'an 1473) : puisqu'il est vraisemblable que la verrière ne fut installée qu'une fois l'église ait reçu sa couverture, on peut estimer qu'elle est postérieure à 1473, et les auteurs du Recensement du Corpus vitrearum retiennent la fourchette de 1470-1480.

 

Maîtresse-vitre ou Baie 0. Vitrail de la Passion et de la vie du Christ.

 Elle se compose de deux baies jumelées  formées chacune de trois lancettes trilobées de 7m de haut et 1,58m de large organisées en quatre registres, et coiffées chacun d'un tympan à 13 ajours. Les lancettes sont divisées par 5 barlotières et 15 vergettes.

Elle a été composée entre 1470 et 1480, à peu-près en même temps que la verrière de Tonquédec, dont les panneaux, sans partager exactement les mêmes cartons, sont si proches qu'on estime qu'ils ont été réalisés par un même atelier. Voir  La maîtresse-vitre de l'église Saint-Pierre de Tonquédec. pour la mise en parallèle des panneaux.

Elles se lit comme un seule ensemble, selon la lecture traditionnelle pour une verrière, de bas en haut et de gauche à droite.

 

                     vitrail 7869c


 

vitrail 7827c

 

 

 

I. REGISTRE INFÉRIEUR. DONATEURS.

1. Saint Nicolas.

Le saint patron de la chapelle seigneuriale porte sur son épaule droite les armoiries D'or à la bande de gueules, chargée de trois macles d'or (mais la bande n'est pas de gueules (rouge), mais d'argent (blanc)).

L'église Saint-Gilles de Malestroit (56). Vitrail de saint Gilles et saint Nicolas.  1400-1425

Vitrail de Chartres : Grisaille du Miracle de saint Nicolas Baie n° 10.

 

Dans le coin inférieur gauche se lit la marque du restaurateur : Restauré par Laigneau Peintre-verrier St-Brieuc 1883.

 

                         vitrail 4255c

 

2. Ecclésiastique donateur présenté par saint Jean l'évangéliste.

Saint Jean est conforme aux poncifs, imberbe, longs cheveux blonds, robe et manteau bleus, tenant son attribut, la coupe de poison d'où se dresse un serpent à forme de dragon.

Le donateur est tonsuré comme un ecclésiastique, et  il porte une chape à l'orfroi brodé d'or montrant un ange jouant de l'organon.

Armoiries sur le fermail de la chape : d'argent à trois fasces qui ont été attribuées soit aux Trogoff (Lanvaux : de gueules à trois fasces  d'argent ; Trogoff : de gueules à trois fasces  d'argent, au lambel de même), "soit de préférence à Christophe de Troguindy,  recteur de Bothoa en 1491" (Corpus Vitrearum p. 101) Pourtant les armoiries de Troguindy sont de gueules à sept besants d'or : 

Potier de Courcy, Nobiliaire et armorial de Bretagne tome 2

TROGUINDY (DE), vicomte dudit lieu, par. de Penvénan, — de Kerhamon, par. de Servel, — châtelain de la Roche-Jagu, par. de Ploëzal, — sr de Kergoniou et de Launay, par. de Camlez,— de Kerropartz et de Kerguémarc'hec, par. de SaintMichel-en-Grève, — de Kernéguez, par. de Goudelin, — du Bignon, par. de Morieuc, — de Launay, par. de Bréhant-Moncontour, — de la Ville-Hélan, par. de Plurien. Maint. au conseil en 1704, ress. de Jugon ; réf. et montres de 1427 à 1543, par. de Penvénan, Camlez, Lannion et Saint-Michel-en-Grève, év. de Tréguier. De gueules à neuf (aliàs : sept), besants d'or. (G. le B.)

Il s'agit peut-être plutôt , encore d'après Potier de Courcy de "Robiou, sr de Quilliamont, près Pontrieux, — de  Troguindy, par. de Tonquédec, — de Keropartz, par. de Ploëzal, — de Kerguézennec. Maint, par les commissaires en 1726 par arrêt du pari, de 1777, onze gén., et admit aux Etats de 1786.  D’argent à trois fasces d’azur.  Jean, procureur et miseur de Guingamp en 1553."

 


                                       vitrail 4256c

 

 

3. Baptême du Christ. 

Inscription COM(M)ENT SENT JEHAN BATISA NOT S(EIGNEUR).

Il s'agit d'un panneau du XVIe siècle placé ici en bouche-trou, et provenant d'une Vie de saint Jean-Baptiste d'une autre baie.

Fond damassé bleu.

Détail 1 : pour une fois, Jean-Baptiste n'est pas représenté comme un sauvage ermite errant dans le désert, vêtu d'une peau de bête et renonçant à se couper les cheveux ou à se raser. Sa coupe de cheveu est celle d'un gentilhomme du XVe siècle, son manteau rouge lie-de-vin, sa fine chemise et sa robe or lui font honneur, et seul l'aspect frangé ou plutôt plissé de la bordure inférieure lui donnerait un air de Davy Crockett. Paradoxalement, les rôles sont inversés et c'est le Christ, plus petit que Jean, qui, recevant les eaux du Jourdain, semble un misérable ayant bien besoin d'une bonne douche.

Détail 2 : le rendu des volumes des plis de la robe est obtenu, non pas par des densités différentes de la grisaille, mais par des hachures plus ou moins resserrées, comme le fait un graveur sur cuivre. Ces vêtements datent de la restauration par Laigneau.

Détail 3 : La traditionnelle colombe de l'Esprit, Troisième Personne de la Trinité, apparaît ici, traversant les nuées, comme envoyé le long d'un rayon d'énergie spirituelle dorée par le souffle d'un ange.


                       vitrail 4261c

 

4. Décollation de saint Jean-Baptiste .

Inscription COM(M)ENT SENT JEHAN FUT DE COLÉ.

Panneau également monté en bouche-trou.

Fond damassé bleu.

Détail 1 : alors que le saint porte la même robe et le même manteau que dans le panneau précédent, il présente désormais la longue chevelure et la barbe qui le caractérisent. 

Détail 2 : Salomé  tend le plat d'étain pour recevoir la tête du saint, tête qu'elle a obtenu d'Hérode après avoir dansé.

                      vitrail 4259c

 

 

5. Couple de donateur présenté par saint Pierre.

 

"Couple non identifié, peut-être Guillaume Jourdrain et Jeanne de Moëlou-Rostrenen (Couffon, 1935) présentés par saint Pierre (costumes et soubassement refaits)". (C.V)


                        vitrail 4258c

 

 

6. Couple de donateurs présentés par saint Sébastien.

La cote du donateur est aux armes des Jourdain, armes qui sont rappelées aussi, comme pour saint Nicolas, sur l'épaule. René Couffon suggère d'y voir  Yvon Jourdrain, fils de Guillaume Jourdrain, Sr de Pellem, du Pebel, de la Bellenoë et sa femme Isabeau de Quimerc'h, fille d'Yvon et de Jeanne de la Feuillée. A noter que saint Sébastien, patron des archers porte lui-même des armoiries d'or à l'aigle bicéphale de sable.

Si la coupe de cheveux du donateur est celle des gentilhommes de la fin du XVe siècle et si la coiffure de la donatrice est un bourrelet enveloppé dans une riche étoffe et centrée par une broche de perles, la coiffure du saint n'est pas banale. Elle ne correspond pas, comme je l'ai cru, à une stylisation de mèches blondes puisqu'elle est centrée elle aussi par un bijou carré entouré de perles.

 

 

                 vitrail 4257c

 

 


 

                  DEUXIÈME REGISTRE.  


7. Résurrection de Lazare.

Devant une assemblée de huit personnes, dont Marthe (en coiffe nouée sous le menton ou "barbette") et Marie (assimilée à Marie-Madeleine et dotée d'un nimbe), ainsi que quatre apôtres (nimbés) dont Jean (imberbe) est le plus visible, le Christ procède au miracle de la résurrection de Lazare (enseveli depuis quatre jours), dont un homme ouvre le linceul.

 Le personnage à toque noire (bleue sombre en réalité) est peut-être l'un des Juifs décrits par Jean,11 : " Jésus pleura. Sur quoi les Juifs dirent : « Voyez comme il l'aimait ». Et quelques-uns d'entre eux dirent : « lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, ne pouvait-il pas faire aussi que cet homme ne mourût point ? » .

La main gauche du Christ est serti à plomb vif ("en chef d'œuvre") sur le verre pourpre de la robe. Cela souligne le langage muet des mains, dont le verre blanc n'est jamais couvert de grisaille ou de sanguine, le geste paume de face de Jésus répondant au même geste du Juif.

Le carrelage porte deux marques noires, qui se poursuivent sur le linceul. 

 

                           vitrail 4248c

 

 

8. Entrée à Jérusalem.

                      vitrail 4249c

 

 

Comme je l'indique dans ma présentation du panneau identique de Tonquédec, ce dessin peut être rapproché d'une gravure sur bois de Guillaume Le Rouge dans son édition des "Postilles et espitres" de Pierre Desrey (Troyes,1492 et Paris, 1497 Gallica). Mais le vitrail précèderait ces éditions de plus de dix ans. La maîtresse-vitre de l'église Saint-Pierre de Tonquédec.  

Entrée à Jérusalem Postilles

 

9. Lavement des pieds.

 

                      vitrail 4251c

 

 

10. Cène.

  "Inscription incohérente (?) sur le dallage, où René Couffon lit AIGA. N. POSEA.F.SUNT AUG.1470 et dont il tire la date qu'il attribue à la pose de la verrière le 4 août 1470." (C.V)

"Lettres gothiques sur le carrelage : SA M S GA CP RO NA I GA POSEAFSUNC DCJUG+ a 70 " (Dufief et Menant 2005)

Fond damassé vert.

La table de la Cène est placée en diagonale, l'un de ses coins, en face de Jésus, étant dirigé vers le spectateur au milieu du panneau. Ainsi, les apôtres sont répartis tout autour, deux et deux en bas, trois et trois dans la partie haute, et saint Jean assoupis juste devant le Christ. On compte donc onze apôtres. Pourtant, celui qui est absent n'est pas Judas, qui est au contraire le second protagoniste de la scène. En effet, celle-ci décrit ce moment de l'évangile de Jean où Jésus désigne celui qui va le trahir en disant aux apôtres "c'est celui à qui je donnerai le morceau trempé". 

Bien que le morceau ne soit pas visible, et que Judas ne soit pas identifiable par la bourse contenant les deniers, ou par des signes de stigmatisation, cette scène est donc à rapprocher des "Communions de Judas". Ce dernier, sans être isolé du groupe et placé de l'autre coté de la table comme dans d'autres choix iconographiques, se retrouve néanmoins dans la position la plus basse de l'image dans un axe Judas/Christ centré sur le point de contact bouche de Judas/main du Christ. Les deux regards sont dirigés l'un vers l'autre. Les deux personnages portent un manteau de même couleur. La problématique théologique sous-jacente n'est donc pas l'Institution de l'Eucharistie, comme dans les Cènes où la table est parallèle au bord inférieur du panneau ou du tableau, mais celle du Libre-arbitre et du choix de Judas de trahir son co-pain, celui-là même avec lequel il partage le repas. Dans cette diagonale des regards se joue le tournant décisif de la Passion, Jésus sachant qu'il va être trahi, et ne s'écartant pas de la trajectoire du Salut, et Judas, se sachant démasqué, et ne s'écartant pas de son projet de trahison. 

Le couteau joue bien-sûr un rôle crucial comme symbole de la rupture du pacte d'amitié et d'appartenance au groupe, symbole de la trahison mais aussi symbole de la mort à laquelle cette trahison va conduire.

 

 

                     vitrail 4252c

 


11. Agonie au Jardin des Oliviers. 

Comme dans la Résurrection de Lazare, la valeur expressive de la main du Christ est soulignée par le sertissage à plomb vif de la pièce de verre blanc à l'intérieur du verre pourpre.


                     vitrail 4253c

 

12. Arrestation de Jésus, Baiser de Judas.

Deux lettres se lisent sur la lame des glaives : lettre F sur celui de saint Pierre en haut et lettre N sur celui de Malchus en bas. Lettres considérées par Couffon comme étant "certainement les initiales de l'artiste".

L'opposition/ confrontation des deux visages  est riche de sens, l'un apparaissant comme le double négatif de l'autre. La couleur jaune très appuyée de la chevelure et de la barbe de Judas, une couleur connotée négativement depuis l'époque médiévale, dénonce le traître face à la couleur brune de Jésus. Les deux regards disent la maîtrise, la compréhension et l'acceptation clémente de l'un, la duplicité et le désarroi de l'autre. 

Autour de ce doublon central, figé et fixé pour l'éternité dans le drame de cette gémellité/duplicité, se développe un tourbillon de violence fait de mains, de regards et d'armes (qui occupent les quatre coins) dans un espace très resserré.

                                       vitrail 4254c

 

 

TROISIÈME REGISTRE.

 

13. Comparution devant Pilate.

Inscription sur la manche d'un soldat au premier plan : JKXGAL F (?) déchiffré par Couffon  J. KERGAL FECIT.

                   vitrail 4242c


14. Flagellation.

      C'est une tradition iconographique de faire de cette représentation un véritable motif chorégraphique dans lequel le corps délié des tortionnaires (de jeunes athlètes aux serpentines grâces d'acrobate) s'opposent à la rectitude de la colonne de flagellation et à l'immobilité souffrante de la victime ; s'y opposent ici également les couleurs des belles étoffes en périphérie et l'axe central blanc dans la pâleur du corps glacé et parcouru par la sueur de sang.

                       vitrail 4243c

 


15. Couronnement d'épines.

      Autre tradition iconographique où l'artiste montre son savoir-faire sur un exercice différent : au lieu des lignes souples des lanières des fouets et des gestes d'élan et de frappe, la rectitude des bâtons et la force immobile, organisée en un grand X, des hommes arque-boutés pour mieux faire pénétrer la pointe des épines dans la chair. Ici, les lignes en X des leviers est complétée par les lignes divergentes des barres que tiennent les deux personnages inférieurs. L'un est peut-être Pilate tenant le bâton de pouvoir, l'autre un bourreau s'apprêtant à frapper.

                                vitrail 4244c

 


16. Dérision.

Après le moment statique précédent, la farce reprend et les bourreaux s'en donnent à cœur joie. L'opposition centre immobile/périphérie en mouvement atteint ici son paroxysme en raison de l'inquiétude menaçante et du malaise créé par le visage encapuchonné, et par la strangulation qui semble être opérée. Rien n'exprime mieux l'horreur de bourreaux pris dans l'ivresse de l'affiliation traumatique collective et de l'émulation face au bouc émissaire, et capables du pire dans une insouciance joviale et bon-enfant.

En opposition avec les scènes terrifiantes dans lesquels les bourreaux sont masqués (type Ku Klux Klan), dans celle-ci, le visage de la victime est occulté, dans un anonymat laissant la place à chacun d'entre nous. Face à ce vide, ce trou blanc, rien ne nous permet plus de nous rassurer sur ce qu'endure la victime ; l'inouï, l'inconcevable, l'insupportable peuvent trouver place sous ce drap blanc.



                            vitrail 4236c

 

 

17. Portement de croix.

Fond bleu damassé ; Jean et Marie en larmes à gauche, Simon de Cyrène en chaperon violet soutenant la croix, un bourreau frappant le Christ d'un objet doré. Le Christ porte le manteau pourpre de son supplice, conduit par une corde par un premier soldat en armure tandis qu'un autre, qui porte trois clous, le frappe d'un coup de genou.

 

                            vitrail-7846cc.jpg

18. Mise en croix.

La ronde infernale reprend : à l'immobilité de l'axe horizontal des trois visages saints (Marie, Jean, Jésus), figés dans leur souffrance, s'oppose la violence de la ronde écartelée des quatre bourreaux, en plein mouvement ; le soldat en armure qui portait les clous les enfonce à coups de marteau, et trois bougres aux visages mauvais complètent le travail.

Fond damassé rouge. Importance du verre blanc, peu de couleurs : bleu, rouge, pourpre, jaune (pas de vert).

Détail : nombreux "rivets" sur la cuirasse.

                      vitrail 4247c

 

 

QUATRIÈME REGISTRE.

 

19. Crucifixion.

Croix qui déborde sur la bordure architecturée ; crâne d'Adam qu pied de la croix. Les saints personnages sont — comme toujours— à droite du Christ : Marie, Jean, et Marie-Madeleine. En face, un personnage invraisemblable puisqu'il est habillé comme un notable juif (c'est alors Caïphe) avec manteau mauve au revers d'hermine et manches dorées, aumônière  et bonnet mais qu'il porte un glaive en forme de cimeterre. Son geste très expressif levant l'index droit comme s'il désignait le Christ crucifié et plaçant sa paume verticalement indique qu'il est l'auteur d'une phrase importante de cette scène, mais laquelle ? Ou bien l'index levé est celui du centurion placé en arrière, et qui serait le bon centenier affirmant : celui-ci est vraiment le Fils de Dieu.

                              vitrail-4233cc.jpg

 

20. Descente aux Limbes.

  Placé par erreur lors d'une restauration avant la Déposition, ce panneau représente une scène qui n'est pas signalée dans les Évangiles, mais qui correspond à la tradition selon laquelle le Christ serait descendu aux Enfers (article du Credo) où il aurait rendu visite aux Limbes des Patriarches ou limbum patrum où patientent les âmes des justes qui sont décédés avant la Résurrection. Ces Limbes, ou seuil, marge de l'Enfer, sont symbolisés en iconographie par la gueule béante du Léviathan. Adam et Ève sont les premiers à l'accueillir. 

                            vitrail 4234cc

 

21. Déposition. 

      D'habitude, Joseph d'Arimathie supporte le corps du Christ tandis que Nicodème, armé d'une pince, et monté sur une échelle, détache le clou qui maintient un bras. Ici, Joseph d'Arimathie descend de l'échelle en entourant la taille du Christ ; Nicodème retire le dernier clou qui fixe encore les pieds. La Vierge en pleurs s'apprête à embrasser la main ensanglantée de son Fils ; deux saintes femmes sont présentes.

 Les Juifs (Joseph et Nicodème) sont barbus et coiffés d'un bonnet, richement vêtus de robes à revers, chausses et chaussures fines, et, pour Joseph, d'une chape orfroyée. 

Détail : sur le dos du Christ, les marques de fouet et de verges sont représentées par des signes stéréotypés en forme de A gothique ou de lettre Π.

                           vitrail 4235c

 

22. Mise au tombeau.

Fond damassé vert d'eau.    

Selon une disposition fréquente, Marie-Madeleine est seule du coté droit du tombeau, entre celui-ci et le spectateur, mais au lieu d'être agenouillé à ses pieds, elle se penche vers la main droite. De l'autre coté, debout, Joseph d'Arimathie soutenant la tête du Christ, une sainte femme (Marie Salomé ou Marie Cléophas), l'apôtre Jean —qui ne porte plus le manteau vert précédent —, la Vierge, et Nicodème aux pieds tenant le linceul. Joseph d'Arimathie et Nicodème ne portent ni le même bonnet, ni les mêmes vêtements que dans le panneau précédent.

Les mêmes marques de supplice en forme de trépied sont visibles sur le thorax nu : peut-être celles que laisseraient les fers de l'extrémité d'un fouet, complétés par une larme de sang ? L'article Flagellation de Wikipédia indique que "Les Romains utilisaient un fouet très contondant (flagra) [flagra talaria, flagellum], formé de lanières équipées d'un plomb en H et d'osselets taillés en pointe. La plupart des condamnés succombaient à moins de 50 coups de cet instrument." Le site de la revue Kephas  précise : "chaque coup laisse une trace précise sur le corps en forme de double haltère".

Le Christ a, selon les Évangiles, été flagellé sur ordre de Pilate et donc par les soldats romains ; ceux-ci n'auraient donc pas appliqué la règle hébraïque des "quarante coups moins un" (saint Paul II Corinth.,XI,26), 13 sur la poitrine et 13 sur chaque épaule.

                             vitrail 4237c

 

 

23. Résurrection.

Fond damassé bleu.

Lettre S sur la lame du glaive du soldat du premier plan. Présence d'une arbalète, dont les carreaux à empennage ont été passés à la ceinture du soldat.

Roger Barriè, dans son étude des Passions d'origine quimpéroise, identifie l'origine de ce motif iconographique du Christ enjambant le tombeau aux gravures sur cuivre des "Postilles et exposition des Épistres" de Troyes 1492/Paris 1497.

                          vitrail 4239c

 

 

Les-postilles-Resurrection.png


24. Ascension.

par Laigneau

 

                         vitrail 4241c

 

Les Dais architecturaux.

Les niches de quatre d'entre eux comportent des saints :

1. Saint Nicolas.

                              vitrail 4229c

2. Saint Pierre et saint Paul.

 


                           vitrail 4231c

Sainte Barbe.

La sainte est identifiable à la palme du martyre mais surtout à la tour dans laquelle elle fut enfermée.

                                    vitrail 4268c

 

 

 

LE TYMPAN

Il a été entièrement refait, avec des anges tenant sur des phylactères des versets du Gloria ou présentant des instruments de la Passion, peut-être inspirés du tympan de Tonquédec.


vitrail 4216c

 

 

 

Analyse.

 

Données historiques et datation.

 

"Cette verrière historiée a été commandée par plusieurs donateurs parmi lesquels on a pu identifier les Jourdain du Pélem. Par analyse stylistique, on peut rapprocher cette verrière des verrières de Tonquédec et avancer une datation dans le 4e quart du 15e siècle, datation confirmée par un autre rapprochement avec les fresques de la voûte de l´église Notre-Dame de Kernascléden (Morbihan) réalisées vers 1470." (Dufief et Menant 2005)

Restaurations.

"Certains panneaux du 16e siècle, le 1c et le 1d, ont été réutilisés. D´après les archives, la verrière a subi 3 restaurations : la première, en 1772, est l´oeuvre d'Yves Raoult qui la remonte en plombs neufs ; la deuxième, une réparation, a lieu en 1789 ; la dernière intervient entre 1796 et 1800. En 1883, au cours d´une restauration de l´atelier briochin Laigneau, on retouche le panneau 1c et refait le panneau 4f et les panneaux des tympans à l´exception des écoinçons." (Dufief et Menant 2005)

" Depuis 1889, seule peut être signalée la restauration menée en 1962-1963 par l'atelier Scaviner de Pont-L'Abbé" (C.V)

 

Depuis, la baie zéro a été entièrement démontée et restaurée en 2008 par l’ Atelier Hubert de Sainte Marie – Vitraux HSM de QUINTIN  

Style.

"La verrière, en dépit des restaurations subies et de la disparition de certains panneaux, est dans état de conservation suffisamment bon pour nous renseigner sur l'art de J. Kergal, auteur probable de cette composition.

Sur le plan technique : la palette privilégie les teintes sourdes et les contrastes entre ces dernières et les vastes zones de verre blanc rehaussé de grisaille et / ou de jaune d'argent.

Le sertissage au plomb a été utilisé surtout pour mettre en valeur les mains, élément expressif doublement important, au niveau de la figure individuelle comme de la composition du panneau.

Le trait appuyé évoque très directement la technique de la gravure sur bois. Le traitement graphique n'est pas le seul point commun entre la verrière et certaines gravures sur bois contemporaines (voir doc. 1 et 2). On est également frappé par la ressemblance au niveau de la composition (organisation de l'espace et groupement des personnages en profondeur), la présence ou le traitement de certains détails vestimentaires (drapés plissés cassés, casques à turbans). Surtout, la force expressive des gestes et des visages est la même dans la Mise en croix de la verrière et sur la gravure. Si le modèle exact qui a pu influencer l'auteur de la verrière n'a pas été retrouvé, il semble évident que l'œuvre ne peut s'expliquer sans faire référence à la gravure sur bois contemporaine flamande. De plus, la verrière appelle de multiples comparaisons avec les œuvres géographiquement et chronologiquement voisines de Lantic* et Tonquédec**. On peut supposer que, dans la plupart des cas, les mêmes cartons ont circulé ou qu'il y a eu copie."  (Dufief et Menant 2005). 

* vers 1462-1464. Vitrail signé Olivier Lecoq et Jehan Le Lavenant 

** entre 1470 et 1486. 9 panneaux de Tonquédec sont semblables à ceux de St-Nicolas-du-Pélem, par copie ou reprise des mêmes cartons.


Je note aussi :

— la façon dont l'artiste dessine sur la racine du nez des visages masculins un anneau de chair ou, au minimum, une dilatation centré par une fossette.

— le dessin des yeux : dans le blanc de la conjonctive, un cercle noir délimite un rond blanc ou gris, occupé dans la partie supérieure par un rond noir : le rond blanc est réduit à un croissant convexe vers le haut. Cet ensemble est plus ou moins masqué par les paupières, dont les cils ne sont pas figurés.


Attribution.

Les auteurs les plus sérieux (ceux du Corpus Vitrearum comme ceux du Service Régional de l'Inventaire) reprennent l'attribution proposée par René Couffon et voient en un certain J. Kergal le verrier créateur de cette vitre. Ainsi Dufief et Menant décrivent "La signature : KERGAL J F[ecit] est en lettres gothiques sur la manche du personnage du 1er plan en 3a." et parlent de "...l'art de J. Kergal, auteur probable de cette composition. ".

   Pourtant, le déchiffrage de René Couffon peut être discuté. L'auteur est habitué à des conclusions hâtives et péremptoires qui ont souvent été clairement démenties, telle cette inscription IHS d'Erguè-Gabéric dont il avait fait une date de restauration de 1728, ou cette attribution à Jost de Negker de la verrière de La Martyre dont Jean-Pierre Le Bihan a dressé la critique ici .

Son interprétation des lettres du dallage en est un autre exemple, puisqu'il lit AIGA. N. POSEA.F.SUNT AUG.1470 là où Dufief et Menant lisent: SA M S GA CP RO NA I GA POSEAFSUNC DCJUG+ a 70 .

Ici, on lit sur la brassière de l'armure sept signes gothiques, dont aucun n'est lisible avec une certitude absolue ; la première peut être un G, la seconde un J. La troisième en forme de L avec signe inclus doit-elle être lue comme l'abréviation de Ker ? La quatrième est-elle un G ? La cinquième est sans-doute un A sans barre. La sixième a la forme d'un V et ne peut être considérée comme un L qu'en l'inclinant. La dernière semble un signe typographique plutôt qu'une lettre. 

 Si bien même on y lit "J. Kergal", pourquoi en faire la signature du maître-verrier ? Une exigence minimale serait de retrouver des traces de cet artisan, traces soit généalogiques, soit professionnelles par recoupement d'autres informations. Certes Kergal est un patronyme breton, surtout attesté en Morbihan, et qui reprend un toponyme signifiant "village des étrangers".

 

Roger Barrié, confronté aux multiples lettres inscrites sur les galons des verrières du Finistère, s'était résolu dans sa thèse  à n'y voir le plus souvent que des assemblages dépourvues de sens, ou des fragments d'antiennes ou d'oraisons. .


 

 

 Sources et liens.

COUFFON (René)  1935, "Les verrières anciennes des Côtes-du-Nord" Bulletins et Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord t.67 pp.123-128. En ligne.  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f148.image

—Cité sous l'abréviation C.V :  GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel) 2005 , Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes pp.100-102.

DUFIEF (Denise), MENANT (Marie-Dominique), 2005, Saint-Nicolas-du-Pelem, Maîtresse-vitre Baie 0 : la Passion Inventaire général du Patrimoine en ligne. http://patrimoine.region-bretagne.fr/sdx/sribzh/main.xsp?execute=show_document&id=PALISSYIM22003789

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Published by jean-yves cordier
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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 13:42

La maîtresse-vitre de l'église Saint-Pierre de Tonquédec.

 

      N.b les initiales C.V indiquent une citation du recensement du Corpus Vitrearum 2005. B.G. renvoient à Barthélémy et Guimart 1849, R.C à René Couffon 1935.

 

La baie 0 de l'église Saint-Pierre est la seule qui conserve ses vitraux anciens. Ses six lancettes trilobées et son tympan de 3 groupes d'ajours forment une verrière de 12 mètres de haut et 4,30 mètres de large. On remarque immédiatement que les verres anciens n'occupent qu'un rectangle central de quatre lancettes et les six têtes de lancettes, mais que les deux lancettes latérales et toute la partie basse reçoivent une vitrerie colorée aux tons fumés et patinés, de losanges égayés de pièces bleus et rouges. Celle-ci a été posée par l'atelier de Quentin HSM de Hubert de Sainte Marie en 1954-1955.

  L'église actuelle date de 1835, à l'exception du chevet qui date du XVe siècle. La baie de ce chevet disposait encore de ses 24 panneaux jusqu'à 1847, où la foudre frappa l'édifice. Mais la verrière a été décrite dans son état antérieur par Barthélémy et Guimart (Bulletin monumental, 1849 pp. 35-38).


                lancettes 1250c

 


                   LES LANCETTES. 

 

On dénombre donc 16 panneaux anciens en quatre registres de quatre lancettes, et six  têtes de lancettes. Leur examen est décevant à première vue mais l'un de leur principal intérêt est d'être confronté au vitraux très proches de St-Nicolas-du-Pélem, les deux œuvres s'éclairant mutuellement.

Voir :  Les vitraux de Saint-Nicolas-du-Pélem.  

Cette verrière est datée de 1470 (C.V).

                   lancettes 1251c


REGISTRE INFÉRIEUR.

 C'est le registre où figure le saint patron et trois donateurs.

lancettes 1253c

 

 

Saint Pierre.

"Partie inférieure de la composition très restaurée" (C.V)

Le patron de l'église est représenté assis sur une cathèdre, en tenue épiscopale (tiare et chape orfroyée, gants ), tenant une seule clef à l'anneau carré frappé d'un quadrilobe. Le livre qu'il tient (les Écritures) est enveloppé d'une étoffe de protection faisant étui, comme le seront les autres livres des donateurs. 

Fond pourpre, dossier vert, dalmatique rouge, chape bleue à revers blanc, surplis  blanc.


                          lancettes 1254c

 

 

Panneau perdu depuis 1837 : Le Sire de Tonquédec revêtu d'une casaque à ses armes.

"Il est à genoux devant un prie-dieu sur lequel est un livre. Derrière lui un saint vêtu de blanc avec un camail d'hermines" (B.G)

René Couffon déduit qu'il s'agit de Rolland de Coëtmen, et que le saint est saint Yves, ce qui semble judicieux.

 

Lancette 2 : donatrice présentée par sainte Marguerite.

a) L'identification de la sainte ne pose pas de problème, puisque deux attributs, le crucifix (du moins, une croix) et le dragon, désignent Marguerite d'Antioche, vierge et martyre et sauroctone  du IVe siècle qui eut à combattre les avances du gouverneur romain Olibrius ; avalée par un monstre, elle lui ouvrit les entrailles à l'aide de son crucifix, et "issa [sortit] hors du dragon". [Quelqu'un corrigera sans-doute Wikipédia 2014 qui écrit qu'on la représente "hissée sur le dragon"]. Si un doute subsistait, il suffit de lire l'inscription qui indique S. MARGARITA ORA DEORUM PRO /ME. "Sainte Marguerite, priez Dieu pour moi."

Chemise à col en petit V, robe rouge, manteau bleu, nimbe vert, chevelure blonde retombant sur les épaules.

b) La donatrice est vêtue d'une robe aux armes mi-parti de Coëtmen et d'Anger.

Nous faisons ainsi connaissance avec la famille de Coëtmen et ses armoiries de gueules aux neuf annelets d'argent, 3, 3 et 3. Sa devise était item, item ("de même, toujours de même") . Les neuf annelets d'argent (monnaie de Byzance) qui témoigneraient de la participation des Coëtmen aux croisades sont aussi sculptés à l'extérieur de l'église. A l'origine, il s'agissait d'une église seigneuriale dépendant de l'évêché de Tréguier, mais elle fut érigée en Collégiale le 17 août 1447 par Jean de Ploeuc, évêque de Tréguier. Elle fut dès lors desservie par un prévôt (doyen) assisté de 4 ou 6 chanoines formant le chapitre. Il en fut ainsi jusqu’à la Révolution. Puis elle devint église succursale, par décret du 1er frimaire de l'an XII, sous le Consulat.

La Maison de Coëtmen-Penthièvre est une famille de haute noblesse de Bretagne, issue en ligne directe des comtes de Rennes, et éteinte dans la maison de Rougé au milieu du XVIIIe siècle.

Les Coëtmen sont issus d'Henri Ier d'Avaugour, comte de Trégor et Goëlo, et de Mathilde de Vendôme. Leur premier représentant connu est Geslin, qui reçut en partage la terre de Coëtmen, à Tréméven, actuel département des Côtes-d'Armor. Issus en ligne directe de la maison de Rennes, ils font partie des comtes de Bretagne ou Eudonides. Le premier sire de Coëtmen, Geslin, épouse l'héritière anonyme de Prigent de Tonquédec, et en prend alors le nom et les titres. Ses descendants se nomment ensuite « vicomte de Coëtmen et de Tonquédec ». Il a pour successeurs:

  • Alain, vivant en 1260, son fils ;

  • Prigent vers 1270, son fils, époux d'Amée ou Amette de Léon, de gueules à sept annelets d'argent [Prigent I  épousa d'abord Eugénie, peut-être fille de Châteaubriant, et en eut Guyon, puis en 1298, Amette fille d'Hervé, vicomte de Léon, et de Catherine de Laval.]

  • Rolland Ier mort en 1311, son fils époux d'Alix de la Rochejagu ; 

  • Guy mort en 1360 son fils épouse Marie de Kergolay ;
  • Rolland II (1285-1364) épouse Jeanne de Quintin ;

  • Jean Ier (1310-1371) épouse le 8 février 1340 Marie de Dinan (1316-) dame de Runefau et de Goudelin ou du Guildo; Marie de Dinan, fille de Rolland III de Dinan, est la sœur de Rolland IV de Dinan, seigneur de Montafilant, qui épouse Jeanne de Craon (Voir Tympan, héraldique, pour l'importance de cette alliance).

  • Rolland III  (1345-1425) épouse Jeanne de Penhoët (1379-1453). Il soutint Olivier de Clisson, connétable de France  contre le duc de Bretagne Jean IV, du parti anglais, et perd ainsi son château, démoli par Alain de Pierrier, maréchal de Bretagne. En 1400, il recevra 3.000 livres d'indemnités et fait reconstruire son château à l'identique en 1406. Il porte  de gueules à sept annelets d'argent  ; cimier couronné d'une cigogne, supporté par un lion et une cigogne (B. 1849)

  • Rolland IV mort en 1470 épouse Jeanne du Plessis-Anger (la sœur de Rolland IV, Marguerite de Coëtmen épousa Olivier de Thomelin)

  • Jean II de Coëtmen, (1435-1496) épouse Jeanne du Pont. (Sépulture dans le chœur de l'église, à même le sol) La terre de Coëtmen est érigée en baronnie des États de Bretagne en 1487. Ils sont ensuite " barons de Coëtmen et vicomtes de Tonquédec" . A partir de 1472, grâce à l'octroi par le duc d'un billot, impôt exceptionnel perçu dans la châtellenie, Jean II agrandit le château de Tonquédec d'un très beau logis  à larges baies dominant la vallée du Léguer.

(Source corrigée et complétée: Wikipédia 2014)

René Couffon, qui voyait dans le seigneur du panneau perdu précédent Rolland de Coëtmen, a fait de cette donatrice son épouse, Jeanne d'Anger : Jeanne, dame du Plessis-Anger, aux armes de vair à trois croissants de gueules , épousa le 19 octobre 1430 Rolland IV Seigneur de Coëtmen, vicomte de Tonquédec (Geneanet.org).

 

Néanmoins, ces armoiries n'étaient pas visibles en 1837 pour Barthélémy et Guimart qui signalent que la vitre était cassée à cet endroit. Les armoiries sont donc de constitution récente et n'ont pas de valeur identificatrice. Disons que l'hypothèse de Couffon est plausible.

On pourrait penser que la donatrice est présentée par sa sainte patronne et qu'elle se prénomme donc Marguerite (cf. Marguerite de Coëtmen), mais sainte Marguerite est si souvent présente dans les verrières bretonnes pour présenter les épouses des seigneurs qu'il faut plutôt penser qu'elle est invoquée (comme dans les Livres d'Heures) comme appartenant aux  principales intercesseurs protégeant les femmes des dangers de la maternité, avec sainte Catherine et donc, pour la noblesse dont la transmission du titre est l'enjeu majeur, qu'elle figure ici comme la principale autorité dont il faut s'assurer les faveurs. (Elle est présente entre autre à Ergué-Gabéric). 

Puisque cette jupe héraldique "n'est pas d'époque", reportons notre intérêt sur la partie haute du panneau : la coiffe à bourrelets garnie de perles (attribut de Marguerite) et dont le sommet semble replié en arrière; le surcot garni de fourrure d'hermine, le décolleté arrondi, le collier en or, la taille très fine et l'abdomen joliment projeté en avant, et enfin la garniture en joyaux et perles de la ligne médiane.


                         lancettes 1255v

 

lancettes 9068c

 

 

Donateur présenté par saint Jean.

 

a) Là encore, Jean l'Évangéliste est facilement identifiable à son allure de bel Apollon blond et imberbe, et à la coupe de poisson d'où sort un dragon. Devant lui, le phylactère porte l'inscription : Mater Dei memento mei ad resurrectionem , "Mère de Dieu souvenez-vous de moi au jour de la Résurrection".

Fond vert, robe bleue, manteau rouge, nimbe d'or.

Détail : de la coupe sortent non pas un mais deux dragons ailés et crachant leur venin.

b) Le jeune seigneur, coiffé à la mode de la fin du XVe, a été identifié comme Jean II de Coëtmen, contemporain de la construction du vitrail, et donc, directement, son commanditaire. A genoux devant le prie-dieu (avec un bon coussin aux glands dorés), il est en armure, avec ses éperons, l'épée ceinte, et son tabard est à ses armes. "Dans ce panneau, seuls les annelets du blason ont été refaits" (R.C).

      Du site Infobretagne.com, j'extrais les renseignements suivants : 

      Dès 1457, Jean était écuyer résidant à la cour ducale, puis il servait sous les ordres du maréchal de Malestroit ; il devint vers 1461 gendarme des ordonnances et commandant de 49 hommes d’armes ainsi que de 277 archers. Il était déjà chambellan lorsqu’il héritait de son père en 1471. Successivement membre du conseil, puis grand-maître d’hôtel, le vicomte de Coëtmen tint les monstres de 1474, 1475, 1476, 1477, 1481 et 1483. Il était chargé en 1472 d’inspecter les fortifications de la ville de Dol.

Jean de Coëtmen se trouva mêlé aux dissensions qui naquirent de la haine vouée par la noblesse bretonne, à Pierre Landais, ministre de François II. [...] Au mois de mai, trois armées françaises entraient dans la province ; le duc alors à Vannes, se retirait vers Nantes où La Trimouille l’assiégeait inutilement du 19 juin au 26 août.  Dans cette circonstance, le vicomte de Coëtmen seconda vaillamment son souverain : nous voyons ses services et son dévouement authentiquement constatés dans la charte qui, au mois de septembre 1487, érigeait Coëtmen en baronnie [...] Jean de Coëtmen souhaitait vivement arriver à cette prééminence ; car, dès l’année précédente, il faisait faire partout des enquêtes dont le but évident est de faire constater ses droits et privilèges héréditaires, ainsi que l’illustration et l’antiquité de sa race .

      Le nouveau baron eut encore de hautes missions à remplir, vers la fin de sa vie : ainsi il allait en ambassade vers le roi de France en 1488 ; l’année suivante on le trouve désigné pour se rendre au devant des ambassadeurs venus d'Angleterre, enfin en 1491, il allait lui-même en Angleterre avec son fils et sa bru.

                           lancettes 1256v

 

lancettes 9065c

 

lancettes 9200v

 

 

Donatrice présentée par saint Christophe.

"Saint Christophe, en tunique violette et manteau vert, porte sur ses épaules l'enfant-Jésus nimbé , en robe violette, et tenant le globe du monde. Sur un phylactère : S. XPRIS TOFORE ORA DEO PRO ME. "Saint Christophe, priez Dieu pour moi." (R.C) 

Lorsque je lus cette description de Couffon, je dus observer longtemps le dessin avant de comprendre l'organisation de l'image, discerner le beau visage d'enfant blond, replacer le visage quasi fantomatique du saint dans le prolongement du fût blanc qui, derrière la donatrice, correspondait à la jambe nue plongée dans le ruisseau rougeâtre, et assembler mentalement ce puzzle. Je me suis aidé, par exemple, du folio 20 du Livre d'Heures de Françoise de Foix, conservé à la  Bibliothèque Rennes Métropole - Ms 2050 :

 


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Voir aussi le Livre d'Heures de Jean de Montauban v.1430-1440 MS 1834 f. 123.

Là encore, saint Christophe, classiquement représenté en Géant, fait partie des 14 saints intercesseurs ; il est invoqué contre la peste, les tempêtes et les dangers des voyages, ou, plus généralement, contre la mort subite en état de péché.

b) La donatrice :

"Sur un fond bleu, Jeanne du Pont. A genoux devant un prie-dieu bleu, la donatrice porte en tête un chapel et est vêtue d'un surcot violet garni d'hermines et d'une jupe armoriée mi-parti au I de Coëtmen, au II coupé du Pont et de Rostrenen" (R.C) 

 Barthélémy et Guimart parlent d'armoiries D'or au lion de gueules couronné d'azur.

Les armoiries du Pont sont, depuis Jean II du Pont qui écartela les armes du Pont avec celles de Rostrenen, mi-parti  d'or au lion de gueules  qui sont du Pont et d'hermine à trois fasces de gueules qui sont Rostrenen. Ici, je vois clairement bien-sûr les armes de Coëtmen et celles de Rostrenen mais le lion de gueules m'échappe.

 

Jeanne du Pont, épouse de Jean II de Coëtmen en 1458, était la  fille de Pierre IX du Pont-L'Abbé (lui-même fils de Jean II du Pont-L'Abbé et de Marguerite de Rostrenen) et de Hélène de Rohan-Guéméné. Elle eut quatre enfants, Gillette, Louis, Marguerite, et Anne.

      Y a-t-il vraiment un prie-dieu ? Je vois surtout le bon coussin à glands dorés, et le livre (je suis sûr que ce Livre d'Heures est ouvert à la page du 25 juillet et de l'oraison à saint Christophe) est soigneusement protégé par son étui de toile fine. 

 

                                 lancettes 1257c

 

La dame est habillée comme sa belle-mère Jeanne d'Anger avec les mêmes bijoux (collier et parure de "surcot" en or, perles et larmes d'or et argent suspendues), mais elle a choisi des manches couleur bordeaux, et une coiffure à macaron. Malgré un plomb de casse malencontreux qui la défigure, un examen rapproché lui rend toute sa grâce juvénile ; on voit son front épilé, les cheveux ramassés sous un bourrelet en étoffe précieuse, et deux "macarons" latéraux. Tenterez-je le terme d'"escoffion" ? 

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DEUXIÈME REGISTRE 

 

 

lancettes 1262cc


Nous quittons l'étage des donateurs pour des scènes de la Vie de Jésus et de sa Passion. Comme dans toutes les Passions bretonnes ? Oui, mais avec quelques surprises.

Résurrection de Lazare .

Voilà un thème qui n'est pas si commun, bien d'Émile Mâle en ait fait le recensement (La résurrection de Lazare dans l'art, Revue des arts, 1951). Son intérêt ici est d'être comparé au panneau analogue de St-Nicolas-du-Pélem.

"Buste de Lazare et partie inférieure du panneau restaurés" (C.V)

"La figure de Lazare a été refaite ainsi que celle du personnage qui découd le suaire"

 


                    lancettes 1258c

 

       lancettes 1258c        vitrail 4248c

 

      Iconographie :

http://rouen.catholique.fr/spip.php?article762

Iconographie chrétienne.

 

Entrée à Jérusalem.

      "Une partie du coin inférieur droit a été refaite" (R.C)

Ce thème est ici, assez bizarrement, traité en deux panneaux, l'un consacré au Christ sur son ânon "sur lequel aucun homme ne s'est jamais assis" (Marc, 11:2) et l'autre aux spectateurs qui posent sur le sol leur vêtements (Marc, 11:8). 

Comme cela est établi dans la tradition iconographique, la scène de Zachée monté dans son sycomore à l'entrée de Jésus à Jéricho (Luc,19) est fusionnée à cette Entrée à Jérusalem.


lancettes 1259c lancettes 1260c

 

L'une des sources de ces panneaux me semble être une gravure sur bois de Guillaume le Rouge illustrant les "Postilles" ; l'ouvrage a été publié à Chablis en 1489, donc à une date plus tardive que celle estimée pour ces vitraux, et il existe donc peut-être une gravure antérieure qui aurait servi de modèle (outre les gravures de Pierre Le Rouge, père de Guillaume, dans son Livre d'Heures à l'usage de Rome de 1486, non consulté). Mis à part l'absence de l'ânon, la ressemblance entre la gravure et les deux panneaux est nette. C'est Matthieu 21:7 qui indique "ils amenèrent l'ânesse et l'ânon, mirent sur eux leurs vêtements, et le firent asseoir dessus", alors que Marc 11:2 ne parle que de l'ânon. La partie droite de la gravure correspond à Matthieu 21:8 : La plupart des gens de la foule étendirent leurs vêtements sur le chemin; d'autres coupèrent des branches d'arbres, et en jonchèrent la route.

 

            Entree-a-Jerusalem-Postilles.png

Comment expliquer la présence de deux panneaux ? La gravure servant de modèle est-elle parvenue aux verriers découpée en deux, et les artisans ont-ils considéré qu'il s'agissait de deux scènes ? Un argument pour le penser est qu'ils ont transformé l'un de spectateurs accueillant le Christ devant la porte de Jérusalem avec un nimbe crucifère, faisant alors figurer le Christ dans ce panneau mal compris.  Ou plutôt, ils se sont adaptés à la dimension étroite des panneaux et ont sciemment répartis la scène sur deux panneaux.

Iconographie :

Rouen.catholique.fr.

 

Le rapprochement avec le panneau de St-Nicolas-du-Pélem :

Malgré la conservation et la restauration très différente des deux vitraux, la similitude est suffisamment grande pour penser à un carton identique. L'erreur de casting de la division en deux panneaux n'a pas été reproduite à St-Nicolas-du-Pélem, mais la scène entière n'a pas non plus été restituée : peut-être posait-elle le problème de sa disposition sur un panneau trop étroit.

On remarque un élément commun à toute la verrière, la mise en valeur des mains et de la gestuelle : la main du Christ, et le geste de bénédiction, se détache avec d'autant plus de force de l'arrière-plan coloré qu'il vient couper le tronc du sycomore où est grimpé Zachée.

La version de St-Nicolas-du-Pélem permet de mieux constater l'emploi particulier qui est fait des verres incolores : ils sont disposé en diagonale avec un ensemble supérieur gauche, un ensemble inférieur droit, et la main centrale servant de conjonction.  

Détail : à Tonquédec, l'œil de l'ânon est rehaussé de jaune d'argent.

lancettes 1259c        vitrail 4249c

 

La Cène. Panneau détruit.

Selon le témoignage de Barthélémy et Guimart : "On voit le Christ entouré des douze apôtres. Son disciple bien-aimé a la tête sur son sein, et Judas sans nimbe tend la main vers lui.".

Le sujet principal de ce panneau était donc ce moment où Jésus révèle aux apôtres celui qui va le trahir : selon Matthieu 26:23, "celui qui a mis avec moi la main dans le plat, c'est celui qui me livrera".  

Voir Ugolin de Sienne, La Cène, v. 1315-1340, Metropolitan Museum of Art :

 

 

 

Le Lavement des pieds (?) (panneau détruit).

René Couffon nomme ce panneau sans le décrire, car il se fonde sur Barthélémy et Guimart qui écrivent :"Nous n'avons pu nous rendre compte de la scène suivante, qui paraît représenter le Christ et six apôtres, dont l'un tient caché dans ses mains un objet en forme de reliquaire". 


La Jardin des oliviers.

"Le Christ prie à genoux. Devant lui un ange blanc et or présente un calice surmonté d'une hostie. Les trois apôtres dorment : saint Pierre, nimbé de vert, en robe rouge et manteau bleu, a la main sur la garde de son épée ; saint Jean, nimbé de rouge, en robe verte et manteau rouge ; saint Jacques, nimbé d'or, en robe bleue. Au fond, des soldats s'approchent avec précaution". (R.C, qui suit B.et G.)

La présentation d'une coupe, celle du sang du Sacrifice, est citée par les Évangiles, comme dans Matthieu 26 :  Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, et il commença à éprouver de la tristesse et des angoisses.

38 Il leur dit alors: Mon âme est triste jusqu'à la mort; restez ici, et veillez avec moi.

39 Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi: Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.

40 Et il vint vers les disciples, qu'il trouva endormis, et il dit à Pierre: Vous n'avez donc pu veiller une heure avec moi!

41 Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation; l'esprit es bien disposé, mais la chair est faible.

42 Il s'éloigna une seconde fois, et pria ainsi: Mon Père, s'il n'est pas possible que cette coupe s'éloigne sans que je la boive, que ta volonté soit faite!

 

Mais l'hostie n'a pas vraiment sa place dans la représentation textuelle de ces versets.

 


                      lancettes 1261v

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem : 

lancettes 1261v       vitrail 4253c

 

 

Le Baiser de Judas (panneau détruit).

 

"Les soldats juifs [sic] s'emparent de Jésus-Christ. L'un d'eux lève son sabre, c'est sans-doute celui qui coupa l'oreille de saint Pierre [sic !]." (B et G)

 

TROISIÉME REGISTRE.

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Scène des outrages.

"Jésus est souffleté. Le Christ, vêtu comme précédemment, a la tête complètement enveloppée dans un linge dont deux bourreaux serrent les extrémités. Celui de gauche est coiffé d'un turban blanc à fond rouge, vêtu d'une veste bleue et d'une chausse l'une rouge l'autre verte et chaussé de souliers l'un vert, l'autre rouge. Le bourreau de droite porte une robe rouge à collet bleu, des chausses bleues et des bottes jaunes. A l'arrière-plan, deux autres personnages : l'un à gauche, casqué, a une casaque violette. L'autre à droite porte un bonnet vert et une robe bleue à manches rouges. La scène se détache sur un fond rouge. Ce panneau est à remarquer. Parmi les très nombreuses verrières de la Passion qui subsistent en Bretagne, c'est la seule avec celle de St-Nicolas-du-Pélem, faite d'ailleurs avec le même carton, où le Christ ait la tête complètement enveloppée. Rappelons que l'on trouve semblables représentations sur des ivoires du XIIIe siècle, et également sur des broderies telles que la chape de saint Louis, évêque de Toulouse à Saint-Maximin. " (R.C.)

Cette réflexion de René Couffon sur ce motif iconographique est intéressante; le Christ est souvent confronté à ses bourreaux avec un bandeau sur les yeux, mais plus rarement avec la tête totalement recouverte. On en trouve un exemple dans un vitrail de l'église Sainte-Madeleine de Troyes (site J. Provence).

Détail 1 : Le premier élément, très souvent retrouvé dans ces représentations des bourreaux de la Passion, est la valeur négative des mélanges de couleur (rayure ; vêtement mi-parti ; dépareillage ) ou de l'emploi du vert et du jaune. Le bleu et le rouge sont réservés au Christ, à la Vierge et aux saints, alors que le mélange vert-rouge est utilisé pour les "méchants". Cette discrimination chromatique est accentuée par la forme des vêtements, les chausses, les chaussures et les coiffures n'étant jamais portés par les "bons".

Détail 2 : opposition entre la passivité et l'immobilité du Christ en position centrale et le déploiement des gestes violents et des visages agressifs en périphérie.

 


               lancettes 1263cv

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem :


 lancettes 1263cv              vitrail 4236c

 

 

Comparution devant Pilate.


"Le Christ, vêtu comme précédemment, comparaît devant Pilate. Celui-ci, en robe rouge à perlages avec manches violettes, col d'hermine et souliers bleus est assis. Devant lui, au premier plan, un garde, dont la figure est rouge, porte un bonnet d'or, une veste verte à galons d'or et des chausses rouges. Derrière le Christ un personnage en veste bleue présente un plateau avec aiguière d'or. Les architectures sont jaunes." (R.C) 


                         lancettes 1263cc

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem.

lancettes 1263cc   vitrail 4242c

 

 

La Flagellation ; panneau détruit. 

"Notre Seigneur, attaché à une colonne, est frappé de verges". (R.C)


Le Couronnement d'épines.

      "La scène se détache sur un fond rouge. Le Christ, sans nimbe et vêtu d'une robe violette, est assis les mains liées. A gauche, un bourreau barbu en bonnet rouge, veste verte et chausses rouges, semble présider l'exécution. A droite, un autre bourreau, en veste bleue et chausses rouges, injurie Notre-Seigneur. Au second plan, trois bourreaux enfonce à force sur la tête du Christ la couronne d'épines. Celui de gauche porte une casaque bleue et rouge à manches rouges ; celui du centre à tête grimaçante est en manches de chemise et justaucorps vert et bleu ; enfin, celui de droite est en veste à manches rayées." (R.C)


 

                             lancettes 1263cccc

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem.

lancettes 1263cccc   vitrail 4244c

 

 

Le Portement de croix ; panneau détruit.

 

 

 

Mise en croix.

"Scène sur fond vert avec arbres bleus. Le bourreau au premier plan porte une veste bleue à manches rouges et des chausses rouges. Un autre, à gauche, est en robe violette ; un autre, à droite, en veste bleue à broderies d'or et en chausses rouges. Au second plan, la Vierge en robe rouge et manteau bleu garni d'hermines. Dans le fond, personnage en armure et casaque violette". (R.C)

                           lancettes 1263ccccc

 

lancettes 1263ccccc     vitrail 4247c

 

 

 

 

 

REGISTRE SUPERIEUR.

 

lancettes 1263cc (2)


 

Vierge de Pitié.

"En grande partie moderne" (C.V)

Intitulé "Descente de croix" par René Couffon : "La vierge en robe rouge et manteau bleu soutient le corps de son fils, fond jaune." (R.C)

Signalé comme panneau perdu du registre inférieur

                  lancettes 1264c

 

Crucifixion ; panneau détruit.

Déposition.


Mise au tombeau.

"Importantes restaurations" (C.V) Il s'agit peut-être de la partie supérieure, qui diffère de celle de St-Nicolas-du-Pélem, et dont le personnage de gauche ressemble plus à une sainte femme qu'à "Joseph d'Arimathie, rasé" (Couffon). Cette partie supérieure semble un collage d'une autre Mise au tombeau.

      "Au fond du panneau, la Vierge, nimbée d'or et portant un manteau bleu, se penche vers le Christ, dont elle soutient de ses mains le bras gauche. Saint Jean, auprès d'elle, est en violet. En tête du linceul, Joseph d'Arimathie, rasé, porte un turban jaune et une robe verte ; Nicodème, barbu, est en robe rouge . Au premier plan, la Madeleine, en robe rouge et manteau bleu, tient sa boite de parfum d'or et oint le bras droit du Christ. Le fond de cette scène est vert." (R.C)



                                lancettes 1264ccc

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem :

 

lancettes 1264ccc       vitrail 4237c

 

 

Descente aux Limbes.

 

 "Adam et Ève très refaits" (C.V)

 

"La porte de l'enfer est figurée par la gueule du Léviathan en gris bleu avec œil jaune. Le Christ porte un manteau rouge et tient à la main gauche une croix d'or. De la main droite il saisit Adam, derrière lequel on aperçoit Ève. Le fond de la scène est rouge." (R.C)

                                         lancettes 1264cccc

 

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem :

 

lancettes 1264cccc  vitrail 4234cc

 

Résurrection.

"Scène refaite au XVIIe s" (C.V)

   "Le Christ, en manteau rouge et tenant une bannière or et blanche, sort du tombeau dans une gloire. A gauche, un soldat, en armure argent et or et chaussures rouges, tient un bouclier gris bleu. A droite, un autre soldat, en armure argent et or, porte un pourpoint bleu à manches rouges. La scène se détache sur un fond bleu." (R.C)

                                  lancettes 1264ccccc

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem :

     lancettes 1264ccccc                 vitrail 4239c

 

 

Têtes de lancettes.

Deux exemples de ces couronnements d'architecture :


 lancettes-9087v.jpg

 

 

 

     lancettes-9089v.jpg

 

 

                          TYMPAN

  Il est composé d'anges présentant les instruments de la Passion, d'anges musiciens, d'anges présentant des armoiries, d'autres présentant des phylactères. On y trouve aussi le monogramme du Christ et la tête du Christ couronnée d'épines. Restauration en 1954-55 par Hubert de Sainte Marie, avec de nouveaux verres pour les armoiries et les figures de la partie supérieure.

 

 

tympan 1265c


I. L'Héraldique.

  Les armoiries de la verrière de Tonquédec ont été décrites dans une enquête de 1486 faite par Jean de Tonquédec, mais lors de leur visite, Barthélémy et Guimart constatent que "Le tympan est rempli d'anges tenant les instruments de la passion. Les blasons ont été brisés et remplacés par du verre blanc". Lorsque  l'atelier Hubert de Sainte Marie, qui restaura le tympan en 1954-1955, eut à remplacer ces verres blancs, au lieu de  respecter les éléments héraldiques fournis par cette documentation de 1486 (et publiée par de Barthélémy), il créa de nouveaux blasons reprenant les armoiries portées par les donateurs des lancettes, soit de gauche à droite celles des Coëtmen, puis  mi parti Coëtmen/ du Plessis-Anger [de gueules aux neuf annelets d'argent / de vair à trois croissants de gueules] , de Coëtmen, puis mi-parti Coëtmen/du Pont-Rostrenen, et en sommité les blasons fascé de gueules et d'argent et ??.

Les armoiries décrites en 1486 mentionnent "en laquelle (vitre) sont au susain lieu en deux bannières écartellées les armes pleines d'Avaulgour qui sont d'argent à un cheff de gueules et les armes de Tonquédec":

On trouvait donc, selon les explications de Barthélémy,

"au milieu les armes pleines d'Avaugour*,  écartelées de Tonquédec. Au dessous quatre bannières mi-parti de Tonquédec et de Léon, de Craon**, de Laval et de Montafilant*** : ces armoiries signalaient les alliances des quatre vicomtes qui s'étaient succédés depuis Prigent, époux d'Amée de Léon." (B.et G.)

*D'Avaugour : d'argent au chef de gueules.

**Losangé d'or et de gueules.

*** Geoffroy III de Montafilant-Dinan (v1200-avant 1260) épousa une fille de Geslin ou de Prigent de Coëtmen. Jean Ier de Coëtmen (1310-1371) épousa  Marie de Dinan,elle-même sœur de Rolland IV de Dinan, seigneur de Montafilant, qui épousa Jeanne de Craon.


 

 

tympan 9186v


Armes (modernes) de Coëtmen :

Selon Anatole de Barthélémy, les annelets, considérés par certains comme un souvenir des jeux de bague, correspondaient à des tours "vues à vol d'oiseau". J'ignore si cette hypothèse de 1849 a été confirmée.

               tympan 9161c

 

 


Armes (modernes) de Jeanne du Pont 

mi-parti  d'or au lion de gueules armé, lampassé et couronné d'azur qui sont du Pont et d'hermine à trois fasces de gueules qui sont Rostrenen

tympan 9162c

 

 

 

II. Les figures.


Tête du Christ couronné d'épines.

tympan 9172c

 

Anges presentant le Vexilla Regis.

Les anges tiennent des phylactères qui portent des vers du cantique Vexilla Regis, l'hymne de la Passion ou de la Croix pendant que d'autres tiennent les instruments de la Passion.

Vexílla Regis pródeunt,     Voici que les étendards de notre Roi s’avancent ;   

 Fulget Crucis mystérium :   Sur nous la croix resplendit dans son mystère,    

Quo carne carnis cónditor,     Où, dans sa chair, le Créateur du monde
Suspénsus est patíbulo.             Fut pendu au gibet .

Quo vulnerátus ínsuper
Mucróne diro lánceæ,
Ut nos laváret crímine,
Manávit unda et sánguine.

Impléta sunt quæ cóncinit
David fidéli cármine,
Dicens: In natiónibus
Regnávit a ligno Deus.

Arbor decóra, et fúlgida,
Ornáta Regis púrpura,
Elécta digno stípite,
Tam sancta membra tángere.

Beáta, cujus bráchiis
Sæcli pepéndit prétium,
Statéra facta córporis,
Prædámque tulit tártari.

O Crux ave, spes unica,
Hoc Passiónis témpore,
Auge piis justítiam,
Reísque dona véniam.

Te summa Deus Trínitas,
Colláudet omnis spíritus:
Quos per Crucis mystérium
Salvas, rege per sæcula. Amen.



Vexilla Regis est une hymne latine du poète chrétien Venance Fortunat, évêque de Poitiers ; elle fut chantée pour la première fois le 19 novembre 569 quand une relique de la Sainte Croix, envoyée par l'empereur byzantin Justin II à la requête de sainte Radegonde, fut transportée de Tours au monastère de Sainte-Croix à Poitiers.


tympan 9163v

 

Ange porteur de phylactère et ange porteur de l'éponge de vinaigre.

David..

tympan 9164v

 

 

 

tympan 9171c

 

 

 

 

Mugrone diro lanceae (le M est inversé).

tympan 9177v

 

impleta sunt quae

tympan 9180v

 

suspensus  est patibulo

tympan 9181v

 

Quo carne carnis conditor

tympan 9182v

Quo [vulneratus insuper]

tympan 9192v

 

 

tympan 9193v

      Monsira clavis ...?

tympan 9196v

tympan 9183v

 

tympan 9185v

tympan 9190c

an/tympan-9194v.jpg">tympan 9194v

 

 

Discussions.

I. Restaurations :

a) Après les dégâts de la foudre de 1847, regroupement des panneaux de la Passion et des donateurs en quatre lancettes encadrés des vitreries de couleur ou du verre blanc.

b) Classement MH en 1911.

c) Devant la dégradation alarmante, restauration limitée par l'atelier Tournel en 1913 : remise en plomb, restauration des panneaux, remplacement des vitreries couleur par des vitreries blanches de petit module à la demande de l'architecte en chef Haubold.

d) Remplacement de ces vitreries par des vitres claires patinées de salissures cuites.

e) Restauration par l'atelier Hubert de Sainte Marie, de Quintin, qui crée de nouvelles vitreries.

II. Datation vers 1470.

Elle a été proposée par René Couffon en se basant sur l'identité établie ou déduite des donateurs : Roland de Coëtmen, accompagné de son épouse Jeanne Anger, est décédé en 1470. Son fils aîné Olivier, qui ne figure pas sur la verrière, est décédé en 1467, ce qui fournit un terminus ante quem. Le terminus post quem est fixé par Couffon à l'annonce officielle du décès de Rolland de Coëtmen le 3 février 1470. (Pourquoi ne pourrait-il pas figurer ici, en hommage rendu par son fils commanditaire, après son décès ? Pourquoi ne pas rendre l'embellissement de l'église contemporain de la période, après 1472, où Jean de Coëtmen entreprit d'agrandir son château ? Je l'ignore.) 

Cette datation vers 1470 et après 1467 a été acceptée par les auteurs du Recensement qui considèrent qu'elle est plausible sur le plan stylistique.

La verrière, très proche, de St-Nicolas-du-Pélem est datée par estimation de 1470-1480.

Rappel : cette date correspond :

  • à Jean II de Coëtmen, Vicomte de Tonquédec en titre de 1470 à 1496.
  • au duc de Bretagne François II (1458-1488) et au Chancelier de Bretagne Guillaume Chauvin (qui cédera la place à Pierre Landais en 1481). 
  • au roi de France Louis XI (1461-1483)
  • à l'épiscopat de Christophe II du Châtel, évêque de Tréguier de 1466 à 1479 et neveu du cardinal d'Avignon Alain IV de Coëtivy. Les papes sont Paul II puis Sixte IV.

 

III. Attribution.

 Prompt à attribuer aux œuvres des auteurs, René Couffon constatant le rapprochement stylistique avec la verrière de Notre-Dame-de-la-Cour du Lantic —due à Olivier Le Coq et Jehan Le Lavenant — avait commencé par suggérer que ces deux artistes pouvaient être responsables du vitrail de Tonquédec. Mais en 1935, constatant que la verrière de St-Nicolas-du-Pélem est très proche de celle de Tonquédec et qu'il est nécessaire de leur attribuer une origine commune, Couffon renonça à cette hypothèse. Il envisagea alors une influence des gravures de l'école de Westphalie, notamment du maître de Schoppingen "en considérant la coiffure caractéristique de saint Pierre, la garde de l'épée du centurion et l'aigle à deux têtes du vitrail de Saint-Nicolas-du-Pélem", mais il concluait qu'il ne pouvait désigner l'auteur de ces verrières.

On sait que, concernant St-Nicolas-du-Pélem, il a cru déchiffrer la signature de l'auteur, un certain Kergal. 

Les auteurs du Corpus observent qu'entre Tonquédec et St-Nicolas-du-Pélem existent des rapports certains, mais sans reprise exacte des mêmes cartons : "la mise en parallèle exacte des réseaux de plomb, du dessin et de la peinture indique qu'il n'y a pas répétition exacte des patrons à grandeur." Il y a partage d'un même matériel graphique, appartenant peut-être à un seul atelier.

  


Sources et liens.

— COUFFON (René)  1935, "Les verrières anciennes des Côtes-du-Nord" Bulletins et Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord t.67 pp.123-128. En ligne.  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f148.image

 

—  GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel) 2005 , Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes pp.100-102.

— BARTHELEMY (Anatole de)  GUIMART (C.) 1849 "Notice sur quelques monuments du département des Côtes-du-Nord". Bulletin monumental. Collection de mémoires et de renseignements sur la statistique monumentale de la France - 2è série, Tome 5, 15è vol. de la Collection. pp. 35-38.

— BARTHELEMY (Anatole de) 1849 " Lettre à Mr Georges de Soultrait sur les armoiries et les monnaies des anciens comtes de Goello et de Penthievre, cadets de Bretagne ». Revue archéologique, Volume 6 partie I, Leleux : Paris 1849. pp 273-287. En ligne.

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Published by jean-yves cordier
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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 07:44

La maîtresse-vitre de l'église Notre-Dame de Miséricorde à Runan (22).

 

 

 

 

Ma documentation préalable : le vitrail étant daté de 1423, je réunis pour moi-même ces renseignements (cf. sources et liens):

 1°)   En 1423

—Duché de Jean V le Sage (1399-1442)

— Evêque de Tréguier Jean II de Bruc.

2°) Runan appartient au territoire de Chateaulin-sur-Trieux qui prit le nom de paroisse de Plouëc-sur-Trieux. Parmi les nobles de Plouec-sur-Trieux on dénombre à la réformation du fouage de 1426  (Alain) de Kernechriou, Martin Bronier, Jehan de Plusquellec et Jehan de Kerourguy et à la montre de 1481 10 nobles dont  Jehan Kernechriou de Loesic, Jehan le Caourcin, Olivier de Lesqueldry le sieur de Ploesquellec (Source Infobretagne)

3°) René Couffon écrit en 1935:

         Rappelons brièvement que la chartre apocryphe de 1182 relatant les biens des Templiers en Bretagne, mentionne parmi ceux-ci l'église de Runargant. Elle advint ensuite aux hospitaliers ; et dut à ce fait d'être parfaitement entretenue au cours des siècles, comme toutes les églises et chapelles de l'ordre, par les divers commandeurs. Ceux-ci s'en faisaient en effet un point d'honneur, et ne manquaient p d'ailleurs pas de s'attirer l'attention du grand prieuré d'Aquitaine sur les améliorations réalisées, dans le but non désintéressé d' »obtenir une commanderie plus importante.

Mais elle dut principalement sa magnificence aux fondations qu'y firent les ducs de Bretagne, en raison de sa proximité de leur résidence de Châteaulin-sur-Trieux. En 1381, le duc Jean IV y fait fondation d'une chapellenie par semaine, puis le 2 juin 1414, le duc Jean V concède en faveur de la chapelle une foire annuelle le 8 septembre, jour de la fête de Notre-Dame. Quelques années plus tard le 19 mai 1421, il crée une nouvelle foire au jour et fête de saint Barnabé « pour augmentation de la dite chapelle et du service divin en icelle ». Enfin le 28 mars 1436, il concède à la chapelle de Runan une troisième foire le samedi précédant le pardon de la chapelle fixé au dernier dimanche de juillet.

Une enquête du 13 août 1439 nous montre d'autre part que la belle chapelle du midi, due au commandeur Pierre de Keramborgne, dont les armes ornent également les contreforts du porche, avait été terminée l'année précédente.

L'étude architectonique confirme en effet qu'à l'exception de la longère nord et du bas-coté adjacent reconstruits récemment, toute l'église date du début du XVe siècle.

 

Au milieu du XIXe siècle, sous une couche de mortier dont elle avait été enduite probablement pendant la Révolution, Geslin de Bourgogne découvrit et nettoya la belle verrière que nous admirons aujourd'hui, après sa restauration en 1886, par la fabrique du Carmel du Mans. Elle comporte six panneaux renfermant chacun un personnage sous un grand dais gothique et porté sur une console architecturale surmontant elle-même un écu blasonné.[...]  

      Les Hospitaliers.

Il s'agit de l’Ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, qui reçut les biens des Templiers vers 1312 . Cet Ordre  dont saint Jean-Baptiste est le saint patron est  organisé en commanderies. Runan appartient à la commanderie du Palacret en Saint-Laurent (près de Bégard), elle-même regroupée au XIVe ou début du XVe siècle environ sous la tutelle de la commanderie de la Feuillée (commune du Finistère ). Les commanderies  possédaient une maison commandale  (ou manoir). Dès 1438 le commandeur Pierre de Keramborgne fit sculpter son blason tenu par des lions au dessus des fenêtres (de gueules à un heaume de profil d'or accompagné de trois coquilles d'argent).

La chapelle Notre-Dame de Runazhan (dédiée à Notre-Dame de Bon-Secours) devient une « église trève » de la paroisse de Plouëc dès 1439. Une léproserie exista à Runan au XVe siècle. Malgré sa richesse, la fabrique de Runan ne devait au commandeur du Palacret que 24 sols de rente, et « pour les offrandes du lieu 100 sols, à la Nativité de Notre-Dame. » Par ailleurs, ce commandeur avait certains droits sur la halle de Runan, et jouissait de treize tenues et d'une dîme. (ici)

 

 

Baie 0 ou maîtresse-vitre.

      Haute de 5,60 m et large de 3,70 m, elle est composée de six lancettes trilobées et d'un tympan de 34 ajours. Elle est estimée dater de 1423 (Couffon).

Dans chaque lancette, une grande niche d'architecture en grisaille et jaune d'argent sur verre blanc avec armoiries dans les socles et fleurs de lys ou armoiries dans les têtes forme le cadre du motif sur verre coloré sur fond damassé alternativement bleu et rouge aux somptueux motifs (Corpus Vitrearum 2005, agrégé C.V. infra)


 Runan 1343c

 

      LES LANCETTES

      Une Crucifixion au Christ entouré de la Vierge et de saint Jean est accompagnée de figures en pied de saint Pierre, de Sainte Catherine d'Alexandrie et de sainte Marguerite (ou Hélène).

 Runan 1350c

 

 

 Trois lancettes de gauche :

                             Runan 1367c

 

 

Première lancette : saint Pierre.

      En zoomant sur l'image (cliquez), on remarque le livre à fermoir, mais surtout le galon d'or du manteau blanc, qui porte des sortes de lettres gothiques répétées régulièrement..

                                Runan 1371c

      Ce gros-plan permet d'une part d'admirer les motifs du fond damassé aux motifs d'oiseaux, d'autre part de noter la précision du travail de grisaille (cils ). Saint Pierre se reconnaît certes à sa clef, mais aussi à sa calvitie respectant un "toupet" ici traité comme une tonsure. 

Runan 9248c

 

 

Socle : armoiries des Le Goalès :

 Le Goalès de Mézaubran : de gueules au croissant d'argent, accompagné de six coquilles de même.

      Dans cette famille, Guillaume de Golès ou de Goalès ou de Goalès de Mézaubran fut abbé de l'abbatiale cistercienne de Plounéour-Menez entre 1462 et 1472.

Devise : faventibus astris (Rietstap)

Début de l'inscription de restauration de l'atelier Huchet (1886) : "Les membres de la fabrique étant MMrs Y. Levézouet maire, J.L. Guillou F. Toullelan, Y.M Guyomard. F. Bihannic..." (voir suite dans la sixième lancette )


Runan 1355c

 

 

Deuxième lancette : la Vierge.

Les lancettes 2, 3 et 4 composent une Crucifixion où la Vierge à gauche et saint Jean à, droite encadrent le Christ en croix.

En zoomant sur l'image (cliquez), on admire le même galon que sur la chape de saint Pierre, et on y lit Varia ou Maria. Le revers du manteau est finement damassé (partie basse).

 

                                         Runan 1370c

 

Le détail de la tête permet de découvrir sous le voile, par transparence, une couronne. C'est du moins l'avis des auteurs du Corpus vitrearum ("Vierge couronnée" p. 96), car je considère qu'il ne s'agit que de la poursuite du motif qui orne l'ensemble de la bordure du manteau.

Beauté du dessin des mains et de celui du visage, dont les yeux sont rehaussés au jaune d'argent.

Un mot sur cette technique, qui devait jadis être apparente sur le visage de saint Pierre, et qui va être découvert sur les personnages suivants : on l'observe à Dol de Bretagne (Baie 8, v.1420), à la cathédrale de Quimper (v.1415) ou dans le vitrail de saint Gilles à Malestroit (1401-1425) L'église Saint-Gilles de Malestroit (56). Vitrail de saint Gilles et saint Nicolas. , ou dans les vitraux du bras nord de la cathédrale du Mans (v. 1435), "ainsi que dans plusieurs panneaux conservés en Ille-et-Vilaine" (C.V. p.28). On voit que cet emploi est limité à un étroit créneau temporel autour de 1420, et spatial dans l'ouest de la France.  Il confère aux personnages une sacralité, extra-humaine, qui évoque  la fonction des fonds d'or dans les icônes ou chez les primitifs italiens. 

Néanmoins, j'ai cru remarquer la même particularité pour l'ânon du Christ dans l'Entrée à Jérusalem de Tonquédec.

Runan 9246c

 

 

 

Runan 1376c

 

Socle : armoiries d'Alain de Kernechriou :

    De Kernechriou (ou de Crec'hriou) seigneur de Lestrézec  écartelé d'argent et de sable

Mais ici, les armes doivent de blasonner  écartelé d'argent et de sable à la cotice de gueules brochant sur le tout

En 1421, Alain de Kernechriou apparaît parmi les 4 nobles de Plouëc-sur-Trieux à la réformation du fouage. En 1437, Alain de Kernechriou appartient aux Nobles de Tréguier et de Goello qui prêtent serment de fidélité (Dom Morice)    

 

Troisième lancette : Crucifixion.

      Fond damassé bleu orné de feuillages et de fruits (grenades ?) qui apparaissent verts par application de jaune d'argent sur le verre bleu. Neuf anges nimbés entourent la croix, dont cinq recueillent le Précieux Sang dans des calices, et quatre se prosternent. Deux os viennent caler le pied de la croix. 

Le Christ lui-même est remarquable par son caractère longiligne et ses traits expressionnistes ou par le ruissellement du sang en longues gouttes souvent groupées par trois.. 

                                Runan 1369c

 


Runan 9254c

 

Socle : armoiries des Le Caourcin :

Jean Le Caourcin de Kerambellec possédait la chapelle privative nord.

Potier de Courcy : Caourcin, Sr de Kerambellec, par. de Runan, — de Remarquer, par. de Penvénan, — de Penanhéro. Réf. et montres de 1427 à 1543, par. de Cavan et Plouec, év. de Tréguier. D'argent à une tête de maure de sable, tortillée du champ.

 

                             Runan 1377c

 

Trois lancettes de droite.

 

                             Runan 1356c

 

 

Quatrième lancette : saint Jean l'évangéliste.

Fond damassé rouge sans motif original. 

Manteau au même galon en festons or à trois perles que le manteau de la Vierge et celui de saint Pierre.

Finesse des doigts entrecroisés.

                                Runan 1359c

Notez à nouveau  les pupilles rehaussées au jaune d'argent, particulièrement impressionnantes ici :

Runan 9249c

 

Tête de lancette :

Au sommet du pinacle central se trouvent les armoiries d'azur au léopard d'or au lambel de gueules de Henri du Parc de la Rochejagu (mort en 1423) et de Catherine de Kersaliou (morte en 1433), dont le gisant se trouve à droite de l'entrée de l'église. Les mêmes armoiries se trouvent aussi au sommet de la lancette voisine dédiée au Christ en croix.

Il s'agit des du Parc de Rosnoën : Église de Rosnoën et ses inscriptions lapidaires : tilde, N rétrograde, et esperluettes! descendant de Maurice du Parc.


 

                                      Runan 1363c

 

 

Socle : armoiries des Le Saint :

Le Saint de Kerambellec : D'argent au lion de sable accompagné de 4 merlettes de même 3 et 1. Leur devise Et sanctum nomen ejus est placé au dessus du retable de la chapelle nord dédiée à Notre-Dame de l'Agonie ...autour des armes des le Caourcin.


                        Runan-1368vvv.jpg

 

Cinquième lancette : sainte Catherine d'Alexandrie.

Fond damassé bleu à rinceaux d'acanthe.

Couronnée, tenant son épée, elle est clairement identifiable, comme appartenant aux quatorze saints intercesseurs et dont on implore la protection face aux dangers du célibat (cf. catherinettes) ou ceux qu'encourent les femmes enceintes.

 


                                   Runan 1358c

 

Runan 9251c

Tête de lancette :

                                          Runan 1364c

 

Socle : armoiries des Lezversault.

Cette identification est donnée par René Couffon et reprise par le Corpus Vitrearum ; l'abbé Monnier les attribuait, avec une lecture erronée (huit besans) aux Le Saint de Kerambellec et de Chevigné, en ajoutant "anciennes armoiries des commandeurs de Dinan". On peut les blasonner de gueules à quatre fuseaux d'argent en fasce accompagné de six besants de même, et les rapprocher des armoiries de Dinan  de gueules à quatre fusées d'hermine posées en fasce, accompagnées de six besants de même

Je recherche donc des informations sur cette famille de Lezversault :

En 1342, Charles de Blois attribua le domaine de Brélidy à la famille de Lezversault. Je trouve mentionnés comme seigneur de ce lieu:

 —en 1453 Yvon de Lezversault,  .

— 1491 : Pierre-Philippe de Lezversault et sa femme Guyonne de  Rostrenen-

— 1501 : Roland de Lezversault

— En 1509 : Jean de Lezversault : Jean de Lezversault (mort après 1509) seigneur de Brélidy et de Lezversault épousa Marguerite de Langourla. A son décès il est qualifié (1511) de "principal héritier et noble fut dudit Rolland de Rostrenen... sr en son temps de Brelledy" ce qui laisse supposer une filiation ; leur fille Péronelle († >1525) * héritière des titres épousa le 13 avril 1505 Jacques du Parc Seigneur de Locmaria en Ploumagoar; sgr de Brelidy et Lézerzault ; le titre de seigneur de Lezversault échut à leur fils François du Parc (>1515-1576), qui épousa  Guillemette de  Kerloaguen  

*Péronelle produit cette année là un aveu pour le domaine  manoir de Lezversault et pour les tenues qui en dépendent à charge de payer  les douaires dus à Marguerite de Bouteville, veuve de Roland de  Rostrenen, seigneur de Brélidy, et à Marguerite de Langourla, dame du Parc,  veuve de Jean de Lezversault (ADLA, B 2296, d'après l'inventaire). Ce qui laisse supposer des liens avec les Rostrenen.

Source : fil de discussion sur yahoo.groupe La Noblesse bretonne.2006.

Une dalle de Runan "portait l'effigie d'un chevalier en armure du XVIe siècle, tombe décorée des armes des Quelen, des Boutteville, des Lezversault et des Rostrenen" (Congrés arch. 1950)

Le même fil de discussion de 2006 signale que "Guy Le Borgne indique : LESVERSAULT en Brelidy Evesché de Tréguier, ancien surnom de cette  maison, C. portoit de gueulle à une fasce fuselée d'argent accompagné de six Besans de mesme trois en chef & trois en pointe , 2 & 1. Maintenant du Parc Locmaria, & Keranroux idem.", entraînant une précision d'Hervé Torchet  "Les armes de Lesversault sont très évidemment dérivées de celles modernes de Dinan (fusées accompagnées de tourteaux, le tout d'hermines et sur champ de gueules."

En consultant à "fusées" le dictionnaire héraldique de Bretagne,   je trouve Cheveigné "4 fusées d'or en fasces, accompagnées" (de sable à quatre fusées d'or en fasce, accompagnées de six besants de même, posés 3, 3. ), puis Dinan (cf.)

Finalement, je trouve dans l'Armorial général de Rietstap :  Lesversault —Bret. De gu. à une fasce de fusées d'arg., acc. de six bes. du même", ce qui confirme le message précédent en en précisant la source, mais induit une confusion en écrivant "une fasce de fusées" avec fusées au pluriel. Voir ici "fusées"

Au total, les armoiries représentées ne sont pas peut-être pas exactement celles des Lezversault , ni exactement celles de Dinan, mais ont des points communs avec les unes et les autres, soit par excès de zèle du restaurateur, soit pour une autre raison.

 

 

 

 

Runan-1356vv.jpg

 

Sixième lancette : sainte Marguerite d'Antioche.

      L'identification de sainte Marguerite (qui accompagne souvent les donatrices, et qui voisine souvent avec sainte Catherine dans toutes les paroisses) n'est pas certaine, car elle tient une croix à longue hampe plutôt qu'un crucifix, et surtout que son fidèle dragon est absent ; aussi Louis Monnier et René Couffon y ont vu sainte Hélène, d'autant que la sainte est couronnée.

Voilà ce qu'écrivent les auteurs du Corpus Vitrearum page 28 :

  "Ces verrières [de Quimper] ont été à juste titre rapprochées de celles de Runan et de Malestroit, où se retrouve le même goût pour les représentations en camaïeu affichées devant des tentures précieuses. La première contient des personnages en pied d'une grande élégance, notamment une sainte Catherine drapées de soieries brodées d'or d'une qualité supérieure aux vitraux de Quimper. L'œuvre, qui paraît un peu plus tardive vers 1423, témoigne de raffinements nouveaux dans le dessin des encadrements architecturaux comme dans l'expression adoucie des figurations"

 Mais R. Couffon nous signale que "ce panneau manquait lors de la découverte de la verrière et a été très habilement refait" ! Louis Monnier le décrivait pourtant en 1900 (Saint Jean et, croyons-nous sainte Hélène et sainte Honorine...).

C'est une incitation à zoomer sur cette splendide robe d'or, son tissu damassé aux pommes de pin. Le brocart est une étoffe de soie rehaussée de dessins brochés d’or et d’argent alors que le damas ou damassé est un tissu (plutôt d'ameublement)  dont les dessins sont tissés et non brodées. Cette robe est très cintrée à la taille, très ajustée sur la poitrine, avec une encolure arrondie , et des manches moulantes recevant les longues mèches de chevelure blonde. Les motifs du tissage sont les fleurs et les pommes de pins.


                                            tissu-damasse  tapis-coupe-velours-bronzin ici.

On admirera aussi la finesse de dentelle des fils d'or qui occupent les coins de la croix.

                                        Runan 1357c

 

 

Mais peut-être n'aura-t-on pas remarqué ce détail : un oiseau, séduit par la parfaite ressemblance des perles de la couronne royale avec des baies sauvages, est venu se poser pour y picorer, continuant à battre des ailes comme un colibri. Éloge suprême pour un artiste, critère comparable à ces chevaux qui ne hennirent que face à un tableau équestre d'Apelle.

 

Runan 9252c

 

Tête de lancette :

                                         Runan 1365c

 

 

Socle (restauré) et Armoiries :

Armoiries mi-parti de Kergrist :  d'or au croissant de sable accompagné de quatre tourteaux de même et de Plusquellec ou Pluscallec chevronné de six pièces d'argent et de gueules brisé d'un lambel d'azur (Tudchentil) (ou selon l'abbé Monnier de Coëtquen : bandé d'argent et de gueules, un lambel à trois pendants d'azur mais ce blasonnement n'est pas retrouvé associé au lambel).

Suite de l'inscription de restauration :

"Cette vitre a été restaurée en 1886 à la fab.[rique] du Carmel du Mans par MMrs Hucher et Fils Successeurs, étant évêque de St-Brieuc Mgr Bouché et recteur de Runan Mr l'abbé F.M. Le Corps ".

Eugène Hucher (1814-1889)  avait repris en 1875 avec son fils Ferdinand la "Fabrique du Carmel', atelier de carmélites (Arrondeau 1997) créé en 1853 et spécialisé dans la restauration des vitraux. Cet ancien employé de l'administration des Domaines, érudit local et ami de l'évêque du Mans Mgr Nanquette avait dessiné dès 1842 les cartons pour les baies du chœur de Notre-Dame-de-la-Couture au Mans, s'était formé auprès des verriers anglais la même année, et avait eu l'idée d'exploiter les calques des vitraux de la cathédrale du Mans, relevés en 1840 par Fialeix, pour les éditer et les colorer en utilisant les carmélites. (Alliou et Brissac 1986) Il devint directeur artistique et archéologique de l'Office des vitraux peints du Carmel du Mans. En 1848 il publie ses  Etudes artistiques et archéologiques sur Ie vitrail de la Rose de la cathédrale du Mans, Monnoyer: Le Mans; en 1850, son Explication des vitraux dits des Monnayeurs placés dans la chapelle du Chevet de la cathédrale du Mans, Monnoyer : Le Mans. Etc. Ce fut aussi un numismate auteur d'une Histoire du jeton au Moyen-Âge, un siggilographe, un amateur de l'Art Gaulois...

Les calques, qui sont conservés au Musée Tessé du Mans, furent édités en un luxueux ouvrage présenté à l'Exposition universelle de 1855.

A la mort de Eugène Hucher en 1889, Ferdinand Hucher lui succéda. L'atelier se trouvait au 116 rue de la Marriette au Mans. Leur travail de restauration —ou de création— se rencontre partout dans l'Ouest, à Saint-Lô, à Dinan, Saint-Pol-de-Léon, Malestroit, Bannalec, etc.

 

 


Runan 1354c

 

 

LE TYMPAN

On y trouve des anges musiciens ( dont l'un joue d'une flûte double ? et l'autre d'un psaltéron), de phylactères avec la devise des ducs de Bretagne A MA VIE, des armoiries couronnées du duc de Bretagne d'hermine plain, ou  mi-parti  du duc Jean V et de la duchesse Jeanne de France. Dans la partie basse, armoiries de Rostrenen à l'extrême gauche ; au centre, deux armoiries de Kernechriou   écartelé d'argent et de sable, et dans les quatre quatrefeuilles, celles, d'azur à dix billettes d'or, quatre, trois, deux et un  de Jean du Perrier comte de Quintin et de son épouse Constance Gaudin décédée en 1423.

 Armes des du Perrier

 

  "Au troisième rang, un écu aux armes des du Perrier et un autre losangé mi-parti : au I, du Perrier, au II, écartelé Gaudin et Brienne de Beaumont, armes de Jean du Perrier, sire de Quintin et du Perrier et de Constance Gaudin sa femme, fille de Péan et de Jeanne Riboule. Enfin au dessus des troisième et quatrième panneaux, un écusson losangé mi-parti du Parc de la Rochejagu et de Kersaliou et autre des armes pleines des du Parc, armes de Henry du Parc Sr de la Rochejagu et de sa femme Catherine de Kersaliou.

Ces grandes armoiries permettent de dater avec une très grande précision la verrière. En effet, l'on sait, d'une part, que c'est par contrat du 3 janvier 1423 que Jean du Perrier, veuf d'Olive de Rougé, épousa Constance Gaudin, et d'autre part, qu'Henry du Parc Sr de la Rochejagu décéda en cette même année 1423 entre le 2 octobre et le 19 décembre. L'on peut donc dater la commande de cette verrière de l'an 1423, les armes d'Alain du Parc, frère et héritier d'Henry, et de sa femme Miette de Tréal n'y figurant pas. Cependant les armes de Catherine de Kersaliou précédant les armes pleines des du Parc indiquent que lors de son exécution, Catherine était sans-doute veuve. Probablement était-elle même la donatrice de la verrière, comme semble l'indiquer la présence de sainte Catherine, elle mourut le 15 novembre 1433.". (R.C.)

 

 

Runan 1347c

 

 

DISCUSSION

Influences stylistiques et atelier.

 

  "La figure des personnages et leurs grandes nimbes, les plis profonds de leurs vêtements dénotent manifestement une influence allemande. Les figures de la Vierge et de sainte Catherine s'apparentent en effet à celles de Conrad de Sœst, du maître de la basse saxe et du maître du Rhin moyen, artistes appartenant tous trois, comme l'on sait, à l'école de Westphalie ; quant aux plis, ils se rapprochent tout particulièrement de la facture du dernier.

Si elle est un peu grise et manque de couleurs, la verrière de Runan est très belle comme dessin. A quel atelier l'attribuer ? En existait-il déjà un à Tréguier ou au contraire doit-on voir là une œuvre de celui de Guingamp ? Il est impossible, en l'absence de textes, de conclure » (R.C)

 Voir Conrad de Soest Wikipédia.


 

Sources et liens.

 — BARTHELEMY (Anatole de)  GUIMART (C.) 1849 "Notice sur quelques monuments du département des Côtes-du-Nord". Bulletin monumental. Collection de mémoires et de renseignements sur la statistique monumentale de la France - 2è série, Tome 5, 15è vol. de la Collection. pp. 35-38.

— COUFFON (René)  1935, "Les verrières anciennes des Côtes-du-Nord" Bulletins et Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord t.67 pp.101-104. En ligne.  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f126.image

 —  GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel) 2005 , Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes pp.100-102.

 — GÉLARD, François . (1900) - In: Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou (1900), pp 128-135, 372-377

MON(N)IER (abbé Louis)  "L'église de Runan, ses origines, son histoire"  in Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou, Tome XVIII, du 1° sem. 1900 (06/1900)  page 372- Gallica L'abbé Monnier était desservant de l'église de Runan avant de devenir curé-doyen de Mûr de Bretagne.

—Idem (suite) tome XXIV p. 128  ; p.190

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411436v/f387.image.r=runan%20vitrail.langFR

— Idem : la maîtresse-vitre page 134 :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411436v/f395.image.r=runan%20vitrail.langFR

Idem page 135 :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411436v/f392.image.r=runan%20vitrail.langFR

 :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411436v/f285.image.r=runan.langFR

 — Idem tome XXV, 57, 198

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411435g/f134.image.r=runan.langFR.

ROPARTZ  (Sigismond ),1854 "Les Statues de Runan", dans Annuaire des Côtes-du-Nord , Saint- Brieuc, 1854  En ligne :p. 87 (84-92)

 

— Site Topic-topos 

— Site Infobretagne http://www.infobretagne.com/runan-eglise.htm


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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 22:19

Les vitraux récents de l'église Saint-Guinal d'Ergué-Gabéric.

 

 

I. Vitraux de François Lorin.

 Baie 6, 7, et  8 par le maître-verrier François Lorin de Chartres, 1947.

vitraux d'après les cartons d'André Pierre.

1. Saint Guénolé bénissant le jeune Gwénaël.

Signature André Pierre inv. à gauche, Lorin Chartres France 1947 à droite.

                               vitraux-recents 0972c

 

 

2. Découverte de la statue miraculeuse de sainte Anne à Auray par Yves Nicolazic .

 

 


                      vitraux-recents 0971c

 


3. Sainte Famille dans l'atelier de Nazareth.

Signature Lorin Chartres 1947 à gauche et André Pierre inv. à droite.

                         vitraux-recents 0975c

 

 

II. Verrières anonymes du XIXe.

Beaux exemples des stéréotypes de l'art suplicien compassé et fade de la deuxième partie du XIXe siècle. Peut-être dues à Guillaume Cassaigne, vitrier quimpérois installé Place au Beurre, puisque celui-ci est intervenu à Kerdévot.

Baie 1 : Sainte Marguerite et saint François.

Le Corpus Vitrearum y voit "sainte Marguerite et saint Tugdual", mais le parallélisme avec la baie 2 du XVIe siècle montrant deux donateurs présentés par saint François et sainte Marguerite me suggère de voir, à droite, saint François. Les trois nœuds de la cordelière rappelle aux franciscains les trois vœux qu'ils ont prononcé, celui de pauvreté, celui d'obéissance, et celui de chasteté.

Dans l'oculus, la colombe en gloire traversant un soleil radieux.


                         vitraux-recents 0976c


2. Baie de façade 10 saint Pierre et Paul.

 restaurée au XXe siècle. Saint Paul fait la promotion de son Épître aux Éphésiens.

Dans l'oculus, une croix potencée mauve sur fond blanc dans un écu couronné.

                       vitraux-recents 0973c


 

 

Baies de façade 9 : le Baptême du Christ

 restaurée au XXe siècle.

Dans l'oculus, armoiries (fantaisie ,) mi-parti de France et d'argnet à quatre fasces de gueules ?

inscription Ecce Agnus Dei sur l'oriflamme.

Cette vitre "copie" la scène du XVIe siècle qui figure dans la maîtresse vitre :

vitraux 0964c

                     vitraux-recents 0974c

 

 

Baie 3 et 5 : grisailles néogothiques.

non photographiées.

III. Baie 4 :  Verrière géométrique par Hubert de Sainte Marie (deuxième moitié XXe siècle). Non photographiée.

Selon Jean-Pierre Le Bihan, elle remplace "un vitrail kaleidoscope de Cassaigne, date proche de 1850".


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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 14:31

 

 Les vitraux anciens de l'église d'Ergué-Gabéric (29).

 

 

            La Maîtresse-vitre ou Baie 0.


Mesurant 6,60 m de haut et 2,70 m de large, elle est constituée de quatre lancettes trilobées de 4m sur 0,52 m, organisées par cinq barlotières par lancettes en trois registres et douze scènes, et d'un tympan de 14 ajours de 3,20 m de haut, composant deux fleurs de lys. 

Elle est datée grâce à une inscription sur un cartouche à droite : CESTE VICTRE FUT FECTE L'AN MIL VccXVJ [...] et // POUR LORS FABRIQUE.

Classement Mh au titre d'objet  : 25/07/1898/

 

Des verres authentiques (1517) peu restaurés.

Elle a été vraisemblablement été restaurée au XVIIIe (les comptes de fabrique mentionnent alors la remise en état de tout le mobilier) et lors de son classement MH en 1898, et/ou, pour les auteurs du Corpus Vitrearum,"autour de 1900", sans que ces travaux ne soient documentés. En 1942, ils furent déposés et mis à l'abri au musée départemental de Quimper, avant d'être replacés en 1949 par l'entreprise Labouret après nettoyage à l'eau claire. Mais dans l'ensemble, peu de pièces neuves ont été introduites dans les lancettes, à la différence du tympan où presque tous les fonds et une bonne partie des blasons ont été refaits. Plus récemment, la verrière a été nettoyée en place par le maître-verrier Le Bihan de Quimper.

  Cette authenticité fait tout son intérêt, mais la rend plus difficile à lire et à apprécier à un visiteur qui ne prend pas le soin d'une lecture approchée et que les verres rongés des taches sombres de corrosion peuvent rebuter : tout le contraire de sa jumelle, la Passion de Lanvénégen, restaurée avec zèle par Eugène Huchet au XIXe et dont l'avenante clarté se fait au dépens de la conservation des verres anciens.

Des Passions bretonnes issues d'un même atelier.

Car cette Passion ressemble par de nombreux points aux Passions ou Vie du Christ de Plogonnec, de Guengat, de Penmarc'h et de Lanvénégen, et provient selon Roger Barrié d'un même atelier, sans-doute celui des quimpérois  Laurent et Olivier Le Sodec. Le recherche de ces points communs et des différences propres à chaque paroisse rehausse considérablement l'intérêt de son étude. J'ai donc mis en parallèle les panneaux communs aussi souvent que possible.

 Voici les autres verrières contemporaines du Finistère, avec lesquelles existent des rapports de similitude (mêmes cartons), de thème, d'histoire (même influence des familles nobles) ou de comparaison. Tous ces éléments sont issus de la thèse de Roger Barrié :

 

Le début du XVIe siècle.

Le vitrail est daté de 1517 :

— Clergé : On ignore le nom du recteur en poste, mais en 1534 il s'agira de Guy de Keraldanet. L'évêque est Claude de Rohan de 1501 à 1540, mais  ce simple d'esprit est incapable d'exercer sa charge et c'est l'abbé de Daoulas Jean du Larguez qui administre le diocèse.

— Le Duché est dirigé par Anne de Bretagne de 1488 à 1514. Elle a épousé Charles VIII en 1491, et celui-ci a obtenu l'administration du duché. A la mort du roi en 1498, Anne reprend son titre de duchesse et retourne en Bretagne et Louis XII en 1499.

— Le roi en 1517 est François Ier (1515-1547). Les Guerres d'Italie, débutées en 1494, et auxquelles participe la noblesse bretonne, ouvre nos provinces à l'infliuence des arts et de la culture de la Renaissance.

—Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne enluminé par Jean Bourdichon date du tout début du XVIe siècle.

—En 1514, Alain Bouchart publie les Grandes Croniques de Bretaigne



                                  vitraux 0952c


                     REGISTRE INFÉRIEUR.

J'ai repris les descriptions de Roger Barrié (R.B) et du Corpus Vitrearum (C.V) en les complétant de mon modeste grain de sel.

vitraux 0955c

 

  I.   Nativité.

"Enfant restauré au début du XVIIe." (C.V).

"Autour du berceau d'osier, la Vierge en prière et saint Joseph dans l'attitude de l'émerveillement se détachent devant une masure ruinée, couverte de chaume ; on ne voit que les têtes de l'âne et du bœuf. L'étoile se détache sur un fond rouge damassé." (R.B)

                        vitraux-8944c.jpg

 

"Même carton à Guengat en a3" (R.B) : mêmes couleurs des vêtements et du fond, même étoile (gravée à Guengat), et jusqu'au bouton identique à l'encolure du manteau de la Vierge. (Cliquez pour agrandir).

Guengat vitraux 0377c Ergué-Gabéric :vitraux 8944c

 

II.  Circoncision.

"Enfant restauré au XVIIe siècle." (C.V)

"La Vierge présente l'enfant dénudé sur un autel couvert d'une nappe au mohel qui, tenant le sexe de l'enfant, ajuste le couteau. Ce dernier est richement habillé : mitre à cabochon, camail en pointe décoré de même, dalmatique damassée, tunique rayée de brocart. Entre eux, un diacre, les cheveux courts, présente un livre ouvert ; à l'arrière plan, on distingue dee gauche à droite les têtes d'une femme agée, de saint Joseph penché en avant, d'un homme à longue chevelure et coiffé d'un grand chapeau, et celle d'un homme à bonnet rond. A la fin du Moyen-Âge, le thème est contaminé par celui de l'imposition du prénom, d'ou le registre ouvert, ainsi que par celui de la présentation au temple, ce qui explique l'assimilation du mohel au vieillard Siméon et la présence de la prophétesse Anne. Fond vert damassé. Sur le galon de la manche gauche de la dalmatique, on lit : VICTORIAC... et sur ceux de la fente latérale AVIDE...AEVNX et CA." (R.B)

                                      vitraux 0962c

 

"Le même carton se trouve à Guengat (b3) et à Penmarc'h (c1) avec quelques différences dans l'habillement du mohel et le nombre des personnages secondaires." (R.B)

 

Guengat  vitraux 0378c (2)  Penmarc'h  saint-nonna 5305c  Ergué vitraux 0962c

 

 

 

III. Baptême du Christ.

"Bien conservé, plomb de casse" (C.V)

"Saint Jean verse l'eau baptismale avec une cruche sur la tête du Christ immergé et recueilli pendant qu'une colombe se penche au dessus de sa tête. Fond damassé rouge." (R.B)

                                     vitraux 0964c

      "La position des personnages est identique à Guengat (c3) et Penmarc'h (d2)" (R.B)

Guengat  vitraux 0379c Penmarch :vitraux 5304cc Ergué vitraux 0964c

 

 

 

IV. Entrée à Jérusalem.

"Bas de la tunique du Christ restauré" (C.V)

 

"Le Christ, monté sur l'ânon et suivi des apôtres dont on voit trois visages, est acclamé à la porte des remparts par un groupe de quatre hébreux ; des deux premiers, adolescents en tunique courte, selon le texte de l'évangile apocryphe de Nicodème, "pueri Hebraeorum" , l'un bat des mains et l'autre tient un rameau. Au fond, un personnage adulte se décoiffe. Fond bleu damassé. (R.B)


                                 vitraux 0963c

 

 

 

                          REGISTRE MÉDIAN.


I. Communion des apôtres.

"Restauré : drapé de la nappe d'autel, tête d'un apôtre." (C.V)

"Le Christ debout tient un calice et présente l'eucharistie à saint Pierre agenouillé au premier plan ; huit têtes d'apôtres sont étagées à sa droite. une table recouverte d'une nappe blanche damassée, avec dentelles, en occupant le centre comme [dans] la Circoncision, sépare les protagonistes et donne de la profondeur à une composition délicate. Le calice est figuré comme une pièce d'orfèvrerie gothique à pied et nœud polygonaux. Fond vert damassé". (R.B)

                              vitraux 0961c

      vitraux 8943cc

 

Comme on le voit, ni les auteurs du Corpus ni Roger Barrié ne s'interrogent sur l'originalité de ce thème. Surtout, ce dernier, si attentif aux ressemblances à l'intérieur du groupe d'œuvres issu de l'atelier de Quimper (c'est l'objet principal de sa thèse) s'abstient de souligner l'existence d'une scène analogue à Lanvénégen, encore plus rare, la Communion de Judas. 

  Choisir de représenter une Communion des apôtres en lieu et place d'une Cène (c'est à dire l'allégorie d'un sacrement plutôt que la simple mise en image du récit évangélique) suppose un choix de nature théologique, dont la détermination mériterait d'être étudiée, dont les sources (homélies, travaux de théologiens, iconographie) attend d'être précisée. De même, l'inversion de sens entre une Communion de saint Pierre d'Ergué-Gabéric —la Cène comme institution de l'Eucharistie—  et une Communion de Judas de Lanvénégen — achoppement  possible de la doctrine, mais débat sur le libre-arbitre —  ne peut être occultée.


Lanvénégen  lanvenegen 1109v Ergué : vitraux 0961c

 

 


II. Le Christ au Jardin des oliviers.

"Avec Dieu le Père figuré à l'identique du Fils (peu restauré)." (C.V)

 

"Le visage du Père, tel un reflet de celui du Fils, apparaît au Christ en prière pendant que les apôtres dorment ; le lieu est symbolisé par un arbre et par une clôture de branches tressées. Alors que Jacques et Jean dorment la tête dans la main ouverte et appuyée sur l'avant-bras dressé c'est-à-dire dans la position traditionnelle du sommeil depuis l'art roman au moins, Pierre est couché de tout son long en travers de la scène, enveloppé dans un grand manteau rouge qui couvre même la tête et d'où ne dépassent que le profil, la garde du glaive et les pieds nus. Sol parsemé de plantes à tiges et fond violet damassé ." (R.B)


             vitraux 0967c

 

vitraux 8948c

 

On comparera avec Lanvénégen. (dans les deux cas, le verre rouge doublé, rongé par la corrosion, et particulièrement mince sans-doute, perd sa couleur)

 

      Lanvénégen lanvenegen 1110c  Ergué vitraux 0967c

 

 

III. Le Baiser de Judas.

"Presque intact" (C.V)

"Le Christ recolle l'oreille de Malchus assis à terre avec lanterne et hache pendant que Judas l'embrasse en cachant sa bourse et que Pierre rengaine son glaive. Deux soldats à droite, dont l'un en armure avec hallebarde. Les cimeterres de Malchus et du soldat sont sur le même modèle, avec fourreau damasquiné, comme celui du Portement. Fond damassé bleu." (R.B)

                        vitraux 0966c

 

vitraux 8949ccv

 

 

Comparons avec Lanvénégen :

 

Lanvénégen  lanvenegen 1111c Ergué : vitraux 0966c

 

 

 

IV. La Flagellation.

"Panneau inférieur complété" (C.V)

 

"Il convient d'intervertir cette scène avec la suivante au registre supérieur pour conserver la cohérence du récit. Les bas de chausses du bourreau de droite sont tombés au cours de l'effort ; l'autre bourreau tient la corde qui attache le Christ à la colonne par la taille ; il porte un bonnet enfoncé jusqu'à l'oreille au lobe de laquelle pend un grelot. Ces détails pittoresques relèvent de l'iconographie courante au XVe siècle principalement dans l'art flamand. Pavage du sol constitué de cercles et de losanges alternés comme dans la Comparution devant Pilate. Fond rouge damassé." (R.B)

                     vitraux 0965c

 

vitraux 8937c

 

"Carton identique à Penmarc'h" (R.B). on comparera aussi avec Lanvénégen, sur un carton inversé, où la même boucle d'oreille s'observe.

Bien que cette boucle ressemble, à Ergué-Gabéric, à un grelot en raison d'un trait noir en partie inférieure, cela semble à mon avis un artefact sur une boule ou un anneau.

 Penmarc'h vitraux 5304cLanvén.lanvenegen 1115vErvitraux 0965c

 

 

 

                        REGISTRE SUPÉRIEUR.

 

 


I. Comparution devant Pilate.

"Bouche-trou remplaçant la tête du chien." (C.V)

"Carton exactement identique à ceux de Plogonnec (c1) et de Lanvénégen (d2). On distingue bien ici la décoration florale sculptée sur le dessus du trône. Deux lignes de lettres sur la panse de l'aiguière : "VOEAIVRE" ; sur le galon de la tunique courte du serviteur, on lit "E....OV...V..." et sur le camail "NDREIOV". Fond damassé bleu." (R.B)

 

vitraux 8924c

 

 

Comparaison avec Plogonnec et Lanvénégen :

Plola-passion 0333caLa lanvenegen 1112c Ergvitraux 8945cc

 

Roger Barrié ne mentionne pas ici le petit chien qui, au pied de Pilate, aboie vers le Christ. Pourtant, il est présent à Plogonnec et à Ergué-Gabéric, et j'ai montré qu'on le retrouvait sur des gravures de Dürer et de Schongauer.

A Plogonnec :

                      la-passion 0334c la-passion 0332c

 

 vitraux 8945cc 

 

 

II. Portement de croix.

 

"Carton identique à celui de Plogonnec (b1) mais la composition est inversé ; seul diffère le sol, ici jonché de cailloux. Fond rouge damassé." (R.B)

 

 

                                                vitraux 8946v

 


vitraux 8946vv

 

Plogonnec la-passion 0317c    Ergué vitraux 8946vv

 

 

 

 

 

 

 

III. Crucifixion.

      "Manteau du cavalier de droite restauré" (C.V)

"Carton exactement identique à celui de Plogonnec (a2) et partiellement à celui de Lanvénégen  (b3). Fond damassé rouge." (R.B)


 

                                    vitraux-0957ccc.jpg

Plogonnec :


la-passion 3550cPlogonnec, détail  la-passion 8767c

 

Lanvénégen :

lanvenegen 1121v

 

IV. Résurrection.

" peu restauré" (C.V)

" Carton exactement identique à celui de Plogonnec (d2) ; mais le sépulcre est ici curieusement orné de curieuses baies trilobées inscrites dans des ouvertures rondes, le tout comme déformé par un rendu maladroit de la perspective. Fond damassé bleu" (R.B)

 

                                vitraux-0957cc.jpg

Plogonnec : 

la-passion 8778c

la-passion 8780c


 

LES DAIS ARCHITECTURAUX.

      "Têtes de lancettes : dais plus élevés, ornés de colombes et de statuettes d'anges jouant de la flûte et du tambour" (C.V)

Voilà la description de Roger Barriè : attention, morceau de virtuose !

   "Dans l'encadrement des scènes, on retrouve de nombreux motifs Renaissance rencontrés à Plogonnnec, constituant des structures identiques ou très voisines, dans le même esprit ornemental. Aux soubassements des lancettes a et d ; les consoles cantonnées de pattes ailées délimitent des niches creusées dans un stylobate mouluré ; des angelots munis d'une cornemuse se dressent dans ces niches à tenture et à pavage régulier. En d, le bas de la console est interrompu par une inscription en minuscules gothiques, aujourd'hui masquée par la prédelle du retable baroque et assez mutilée ; nous la restituons ainsi : « Ceste Victre. fut. fecte ./ (en). lan.mil.Vcc. et ./ (esto) et. pour. lors.fabriq/ue. - - jeh - -al - - - - » ; le millésime est indubitable. En b, le stylobate est encadré de pilastres dont les panneaux figurés et la corniche sont semblables à ceux des soubassements a et d de Plogonnec."

      "Les scènes du premier et du second registre sont séparés par des arcatures reposant sur des culots ornés, sans liaisons avec les socles ; leur dessin est obtenu par la juxtaposition de portions de cercles de centre différent. En a et de, le profil de l'arcade est constitué 'une corniche à oves, avec enroulements ; des oiseaux portent dans le bec une guirlande de feuillages qui, s'attachant à la clef de voûte saillante, retombe en pendentif ; par contre, en b et c, deux éléments composés chacun de feuilles d'acanthe liées, motif déjà relevé à Plogonnec, dessinent l'arcature avec guirlande de perles et pendentif, devant une architrave. Dans ces deux types d'arcature, reviennent des détails ornementaux du soubassement : cabochons en carré concave, fleurs d'attache des guirlandes de perles, et corniche à petites feuilles plates. 

    "La même symétrie dans la décoration des lancettes différencie les couronnements. En a et d, deux anges tenant une cornemuse sont assis sur le dos de l'arcade en plein cintre, ornée de godrons et de cinq guirlandes ; la clef de vote est occupée par un musicien profane, debout sur le pendentif, jouant de la flûte à bec et du tambourin. Surmontant le tout, un entablement supporte un candélabre où se combinent, de la base au sommet, la console et trois paires de pattes ailées. En b et c, la même arcature, plus chargée de guirlandes et de rangs d'oves, est timbrée d'un cartouche où figure en caractères gothiques le sigle de Jesus Hominum Salvator (1), et porte les motifs d'acanthes, ici garnies de poires. Au dessus, un entablement convexe, cantonné de pilastres à panneaux figurés, a pour fronton une paire de pattes ailées et un couple de dauphins aux angles ; il est terminé par un bourgeon naissant qu'enserre une couronne ducale très semblable à celle des blasons de tympan, des candélabres à Plogonnec et des anges du tympan à Penmarc'h."

  " (1) Dans sa hâte à déchiffre partout des dates et des signatures, Couffon (1952, p14) a pris pour une date de restauration 1728, imaginaire mais fort plausible au demeurant, la forme contournée de ces minuscules gothiques agrandies ainsi que l'abréviation par suspension [tilde] du mot hominum, soit I.~H.S"  (Roger Barrié page 19)  

 Du grand art, que je compléterai seulement en signalant que le musicien joue du "galoubet" ou "flûte de tambourin" indissociable du tambourin suspendu au poignet gauche; il s'agit d'une flûte à bec qui se joue à une main (la gauche), la main droite étant occupée à frapper le tambourin (cf joueur de la lancette d, mieux lisible). On voit que la flûte, évasée à son extrémité, est dotée de deux trous près de l'embouchure et d'un autre au-dessus. Le tambourin est ici de faible hauteur, mais la peau est tendue par un laçage en X comparable aux tambourins provençaux. Une barre divise le cadre en deux.

220px-Tambourinaire.jpg Wikipédia

Cet instrument que l'on associe à la Provence et à la Gascogne n'est pas rare en Bretagne à la Renaissance, et figure sur le tympan de l'église de Bulat-Pestivien ou celui de la Passion de St-Armel de Ploermel:

Les vitraux de Bulat-Pestivien : les Anges Musiciens.

 Les vitraux de l'église Saint-Armel de Ploërmel. 

Mais Roger Barrié a pu montrer que ce personnage était copié d'une gravure du successeur du Maître E.S, Israhel van Meckenem La danse à la cour d'Hérode,  1er état vers 1490, Paris, RMN musée du Louvre, collection Rothschild et v. 1500, gravure, National Gallery of Art, Washington 

Détail :

La-danse-a-la-cour-d-Herode-Israhel-van-Meckenem-1490-v.png

 

L'exactitude de la reproduction (même coiffure, mêmes chaussures, même large pli d'encolure, même manche gauche évasée...permet non seulement de suspecter, mais d'affirmer que le cartonnier breton s'est inspiré des gravures rhénanes, gravées une vingtaine d'années auparavant. D'autres détails (enjambement du tombeau par le Christ dans la Résurrection, "grelot" à l'oreille du bourreau du Couronnement d'épines, pied d'ancolie, ...) indiquent aussi cette source d'inspiration germanique auprès des graveurs de la première génération (1430) ou de la deuxième génération (1460 :Maître E.S, dit encore Maître de 1466) précédant Schongauer et Dürer, eux-mêmes cités par la présence du petit chien.


Quand aux quatre cornemuses (deux autour de chaque joueur de flûtet), elles comportent un réservoir, un porte-vent, un hautbois et un bourdon d'épaule.

On note aussi l'alternance de la couleur du fond : rouge-bleu-vert-rouge.

                          vitraux 8916c

vitraux 8917c

 

 

                              vitraux 8918c

 

vitraux 8919c

 

 

 

                                LE TYMPAN

 

 

tympan 0958v

 

I. Premier registre de quatre panneaux.

 Saint Barthélémy. (attribut : le couteau par lequel il fut dépecé).

Jeune homme sans nimbe, tenant une palme.

Saint Michel.

Saint André. (vêtu comme Barthélémy et tenant, comme lui, un livre, à fermail). Il existe à Ergué-Gabéric une Chapelle Saint-André qui date de 1608.


tympan 0958vc

 

 

II. Le soufflet.

   "De haut en bas, et de gauche à droite, trois blasons timbrés de la couronne ducale, entourés du collier de Saint-Michel, et posés sur un sol jaune herbu :

  • écu écartelé au 2 et 3 Bretagne, au 1 et 4 France, bien que les fleurs de lys aient été remplacées par des morceaux de verre bleu.

  • écu mi-parti France et Bretagne. ;

  • écu plein Bretagne.

Au dessous, deux blasons encadrent une scène figurative ; entours du collier de saint Michel, ils sont posés sur un listel ; sur celui de droite on déchiffre : DEVM ;

  •  écu de gueules à trois épées d'argent, garnies d'or, les pointes en bas, rangées en bandes, qui est de Coetanezre, famille possédant la seigneurie de Lézergué dans cette paroisse et fondue en 1532 dans Autret, ce qui donne un terminus ante quem pour dater ce vitrail. Ces seigneurs semblent y avoir possédé les prééminences après la Couronne ;

  • Père Eternel et crucifié : le Père, assis dans un fauteuil présente le crucifié en tenant les branches de la croix ; même style que dans les lancettes.

  • écu mi-parti inconnu.

Au dessous, quatre blasons avec collier et listel, présentés par des anges dont les têtes sont toutes anciennes : 

  •  écu de gueules à la croix potencée d'argent cantonnée de 4 croisettes de même, qui est Lézergué, seigneurie de la paroisse possédée par les de Coetanezre;

  • écu mi-parti de Coetanezre et de Lézergué ; sur le listel : CREA..

  • écu écartelé au 2 Coetanezre, au 4 Lézergué et au 1 d'un blason très proche de Autret. Il s'agit très probablement des armes de Jean Autret, époux de Marie de Coetanezre qui lui apporta Lézergué.

  • Écu mi-parti Coetanezre et de gueules à 3 fers d'épieu d'argent qui est de Lescuz, timbré d'un casque taré montrant une grille à barreaux verticaux et sommé d'un cimier à plumes ; le timbre indique le titre de marquis ; c'est le seul blason totalement ancien. Il s'agit de Jean de Coetanezre et de Catherine de Lescuz.

 

Au dessous des fleurs de lys dessinés par les meneaux, on a regroupé sans cohérence des morceaux de provenance diverse : 

  • Saint Bartholomé, en manteau blanc à bordure d'or.

  • Mosaïque de pièces anciennes où se détachent une tête masculine et la palme du martyre ;

  • Saint Michel terrassant le démon qui est en verre rouge très léger ; tête du saint du XIXe siècle ;

  • Saint André, de la même série que le premier, mais le visage a disparu. (R.B page 21)" 

 

 

tympan 0959v

 

 

 

 

Aspect technique.

"Les verres.

Les verres vieux rose, violet et mauve, teints dans la masse, sont les plus minces ; l'épaisseur des rouges et bleus doublés est évidemment plus importante. Une pièce du chapeau de Pilate et une autre de sa robe au niveau des genoux présente des bulles de forte taille, très allongées et parallèles, ce qui indique que le verre a été soufflé en manchon.

La dimension des pièces appelle les mêmes remarques qu'à Plogonnec notamment pour la juxtaposition des faces et profils, comme dans l'Arrestation, et la découpe séparant les visages des coiffures. Seule pièce large (H =14cm ; l = 17cm) avec trois visages dans la même position, les juifs de l'Entrée à Jérusalem, aujourd'hui fêlée.

La ligne de coupe des verres est guidée par une certaine facilité, sans angles aigus ou rentrants très accusés. De même la mise en plombs ne manifeste pas de virtuosité : quelques inévitables piques, ceintures et cordes sont serties mais aucun galon de vêtement ; les plombs servent aussi à creuser des profils comme celui de Jean-Baptiste. La seule concession à l'habileté technique était l'étoile de la Nativité qui, à l'origine, était incrustée dans la pièce de fond, rouge damassée, brisée aujourd'hui. Il n'y a aucune gravure de verre doublé sauf naturellement dans le tympan pour les pièces anciennes des blasons de Coetanezre et de Lézergué, aux meubles sur fond rouge." (R.B)

Les familles nobles.

Famille de Coetanezre : (selon le site grandterrier.net)

Le lieu noble de Coetanezre est situé en la paroisse de Ploaré. En 1517, date de création du vitrail, ce nom peut correspondre à deux personnages, portant le même prénom Jean :

1°) Jean de Coetanezre (acte pour Lesergué en 1497, † après le 6 septembre 1512 et avant 1523) sieur des Salles en 1488/1489, marié avec Catherine de Lescuz (décédée le 4 juillet 1500 et inhumée aux Cordeliers de Quimper).

Il rendit aveu en 1497 pour « un manoir et héritages, de grands et somptueux édifices, plusieurs hommes et sujets », auquel le roi et le duc de Bretagne répondent par lettres patentes.

2°) D'où Jean de Coetanezre, seigneur des Salles (Avant 1494/décédé 11/09/ 1537, inhumé aux Cordeliers de Quimper) marié avec Amice de la Palue

D'où deux enfants

1. Charles de Coetanezre : À la mort de Charles de Coetanezre, en janvier 1548, sa sœur Marie Autret hérite de Lezergué (ADLA, B 2013/1) :

 

2. Marie de Coetanezre, dame de Lezergué († après 1548)  marié en 1532 avec Jean Autret seigneur de Lezoualc'h, sieur de Kervéguen, décédé après 25 mars 1574, fils de Jean Autret, seigneur de Lezoualc'h†1547 et Catherine Le Picart, dame héritière de Kervéguen.

 

LA BAIE DE LA CHAPELLE SUD OU BAIE 2.

       Cette petite baie haute de 1,70m et large de 1,20m située au-dessus de l'autel du bas-côté sud se compose de deux lancettes et d'un tympan en fleur de lys. Sa date est estimée vers 1515 (C.V). 

I. LES LANCETTES.

Elles représentent un couple de donateurs agenouillés et présentés par un saint. Le fond damassé est agencé comme une tenture à bordure supérieure et inférieure dorée. Ils sont surplombés par un lourd entablement aux culots supportant deux putti blonds tenant une guirlande. Deux grotesques occupent les oculi centraux, côtoyés par deux visages plus aimables. Dans l'écoinçon losangique entre les lancettes, un Christ séraphique rouge sur fond jaune.

 

vitraux 0947c

 

 

A gauche, sur un fond damassé violet, saint François d'Assise (paumes stigmatisées, nimbe vert clair gravé de pastilles, bure serrée par la cordelière)  présente un donateur, François de Liziard, seigneur de Kergonan, agenouillé, les mains jointes, devant un prie-Dieu recouvert, d'un tapis et d'un livre ouvert. Il est revêtu de l'armure de fer, par dessus laquelle il porte une dalmatique à ses armes, d'or à 3 croissants de gueules.

Sur la bordure dorée se déchiffre une inscription .AC....AVOTES



                             vitraux 0950v

 

 

Dans la lancette de droite, la donatrice est vêtue d'un corselet d'hermine, d'une robe bleue (manches) et d'or à 3 croissants de gueules. Elle est coiffée d'un chaperon blanc lui même posé sur une coiffe de linge fin, et surmonté d'une curieuse pièce bleue semblable à un bijou. Un voile, blanc encore, tombe sur les épaules. 

Si on considère (édition 1901 de la Vie des saints d'Armorique d'Albert le Grand)  qu'il s'agit de  l'épouse de François Liziart, Marguerite de Lanros, on en déduit que la sainte qui la présente et dont le seul attribut est "une croix légère, aux extrémités bourdonnées" n'est autre que sainte Marguerite. (Pourtant, cette règle de la présentation par le saint ou la sainte correspondant au prénom est loin d'être de vérification constante).  Mais ici, l'identification est cohérente avec l'iconographie qui représente la sainte munie du crucifix par lequel, dévorée par un dragon, elle a réussi une sorte de césarienne de l'intérieur, s'est extraite du ventre immonde et a gagné ses galons de patronne des sages-femmes. On comparera cette Marguerite, par exemple, à celle de saint-Rémi-de Céffonds

  On est alors amené à chercher quelque part le fameux dragon dont elle s'est issu (puisqu'il a fallu qu'elle en issit). Et on le trouve, du moins le bout de sa queue, sous forme de ce huit vert qui, lorsqu'on connaît bien l'animal, est tout à fait caractéristique. Mieux, en cherchant encore, je trouve l'œil, puis le naseau (gauche), ses écailles vertes tachant de se dissimuler à l'arrière de la robe céladon de notre vierge et martyre. Et enfin, là, crevant les yeux désormais, ses crocs venimeux cherchant encore à abuser des vertus moins déterminées. 

Comme à gauche, le galon d'or de la tenture porte une inscription AVE C.....TOI. (?)

                                            vitraux 0949c

 

La famille (de) Liziart.

—Louis François  de Liziart et son épouse  Marguerite vécurent  entre 1481 et 1540. Le lieu noble des Liziart était à l'origine à Rosnoen, mais le fief de Kergonan se trouve à l'extrémité nord-est d'Ergué-Gabéric. Leur fils Jehan succède en 1562 à François, et il est présent à la montre de Quimper.

— "François Lisiard" est mentionné à la Montre de Cornouailles de 1481, mais, mineur, il y est représenté par Louis le Borgne, archer en brigantine. Le 15 mai 1540, François Lyzyard rend aveu pour Kergonan (Archives départementales de Loire Atlantique B 2011/6).

 —Les armoiries étaient gravées sur la tombe familiale à enfeu de l'église paroissiale saint Guinal, à droite de l'autel, par droit accordé à  François Liziart, sr de Kergonnan  par acte prônal du 16 septembre 1495.

—Une pièce d'archive départementale de Loire Atlantique  mentionne Marguerite de Lanros : 

ADLA B 1215 - Paroisse d'Elliant. Le manoir et lieu noble de Hirberz ou  Hilberz possédé par Marguerite de Lanros, tutrice de Germain de  Kersalaun son fils, écuyer (1541), laquelle a déclaré aussi le manoir de Treffynec.  

— Les armoiries des Liziart sont aussi visibles sur une pierre tombale actuellement conservé au manoir du Cleuyou (Ergué-Gabéric) où une visite organisée pour la Société d'Archéologie du Finistère m'a permis de la photographier (2012); surmonté d'un cimier au cygne majestueux, c'est vraisemblablement la pierre de l'enfeu des Liziart.

 

                               vitraux-3632.jpg

 

 

Sources :

— Le site grandTerrier.net de Jean Coignard :

— Werner Preißing, 2013, Le Manoir du Cleuyou

— GATOUILLAT (Françoise) HEROLD (Michel), Les Vitraux de Bretagne, Corpus vitrea rum France recensement VII, Presses Universitaires de Rennes : Rennes 2005 pages 157-159.

 

 — BARRIÉ (Roger)  Etude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle : Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper / ; sous la direction d' André Mussat, 1979  Thèse de 3e cycle : Art et archéologie : Rennes 2 : 1979. Bibliogr. f. 9-32. 4 annexes (vol. 2)

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Published by jean-yves cordier
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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 21:56

Les bannières de la paroisse d'Ergué-Gabéric (29) : Kerdévot, Kerdévot, Fatima, ...Tonkin !

 

      La paroisse d'Ergué-Gabéric (Finistère) possède de belles bannières de la fin du XIXe-début XXe siècle et consacrées à la Vierge et à saint Michel, mais dont l'une, peut-être unique en France, porte la mention TONKIN 1885 : une petite énigme pour les esprits curieux.

 

Ia. Bannière de la chapelle de Kerdévot (1).

Velours bleu, fil d'or, soie.

Inscription : ITROUN VARIA KERDEVOT / SIKOURIT AC' HANOMP. (Notre-Dame de Kerdévot, Aidez-nous)

Figures :

— Vierge à l'Enfant assise, couronnée, vêtue de rouge et d'or.

— Armoiries de la Bretagne, d'hermine plain, couronne ducale, deux lévriers.

— Monogramme marial MA.

— Armoiries pontificales du pape Léon XIII (Vincenzo Gioacchino Pecci), pape de 1878 à 1903.

D'azur au cyprès de sinople planté sur une plaine de même accompagné au francs quartier d'une comète d'or et en pointe de deux fleurs de lys d'argent, à la fasce d'argent brochant sur le tout.

La bannière est donc antérieure à 1903.

Restauration par des brodeuses de la paroisse ayant suivie une formation auprès de l'École de broderie d'art de Kemper (crée en 1995) de Pascal  Jaouen.

                       bannieres 0981v

bannieres 1019c

 

Ib. L'envers : la bannière de saint Guinal.    

      SANT GUINAL HOR PATRON PEDIT EVIDOMP 

"Saint Guinal notre patron Priez pour nous".

La bannière porte, outre les couleurs de la Bretagne,  les armoiries d'azur à trois épis de blé d'or, tigés et à la feuille ployée d'argent de Mgr François-Virgile Dubillard (1900-1907). La devise du prelat Deus adjuvat me et son cri Qui seminat in benedictionibus n'y figurent pas.

A droite se trouvent le monogramme CS qui reste à déchiffrer (Christus ?).

 En bas, deux initiales P.N. "(probablement N comme Nédélec :  La bannière fut l'objet d'une donation de François Nédélec de Kergoant après un vœu d’intercession au début de la dernière guerre mondiale pour la protection des soldats membres de la famille." (grandterrier.net). 

 

                                   127c

 


IIa. Bannière de la Vierge de Fatima.

Velours vert, broderies or. Non datée. 

Inscription ITRON VARIA FATIMA PEDIT EVIDOMP ( Notre-Dame de Fatima, Priez pour nous).

Monogramme marial MA.

 

                             bannieres 0983v

 

IIb Bannière des Prisonniers.

L'envers de cette bannière est consacrée aux prisonniers de guerre de la Seconde Guerre Mondiale. (photographie prise en septembre 2014 au pardon de Kerdévot).

ERGUE VRAZ ANAOUDEGEZ VAD TUR

 FND PRIZONNIER A.P 1945.

 

"Ergué-Gabéric Reconnaissance éternelle"

 122c

 

 

IIIa. Bannière de saint Michel.

Velours rouge, broderie or et argent.

— Armoiries ducales de Bretagne d'hermine plain, deux lévriers colletés, devise DOUE HA VABRO (Dieu et Patrie ?).

— Initiales M.C en haut à gauche (donateur ?)

— Inscription QUIS UT DEUS.

Quis ut Deus ? est une phrase en latin signifiant « Qui est comme Dieu ? » et qui est une traduction littérale du nom Michel (hébreu : מִיכָאֵל, translittéré Micha'el ou Mîkhā'ēl). La phrase Quis ut Deus ? est particulièrement associée à l’Archange Michel. Dans l’art, Saint Michel est souvent représenté comme un guerrier angélique armé d’un casque, d’une épée et d’un bouclier, en train de terrasser Satan qui est identifié soit sous la forme d’un dragon soit sous un aspect humain. Le bouclier porte parfois l’inscription : « Quis ut Deus », la traduction du nom de l’archange et qui peut être vue comme une question dédaigneuse et de rhétorique posée à Satan. (Wikipédia Quis ut Deus consulté le 5 avril 2014).

L'archange terrasse de sa lance, non pas un dragon, mais Satan représenté en ange déchu dont on ne voit que le beau visage, deux ailes, et la trident. 


                          bannieres 0986v

 

IIIb Bannière du Sacré-Cœur.

     L'envers de cette bannière est très belle également : représentant le Christ montrant le sacré Cœur et adoré par quatre anges, avec le monogramme IHS, elle est brodée en mémoire des victimes de la guerre 1914-1918. (photographie prise en septembre 2014 au pardon de Kerdévot).

                                   128c

 

IVa Bannière de Kerdévot (2).

      Soie rose, broderie au fil d'or et de soie. Antérieure à 1922.

Inscription : ITROUN VARIA KERDEVOT PEDIT EVIDOMP (Notre-Dame de Kerdévot Priez pour nous).

— Armoirie épiscopale de Benoît XV (Giacomo della Chiesa), pape de 1914 à 1922

Tranché d'azur et d'or à l'église d'argent couverte de gueules brochant sur le tout, au chef d'or à l'aigle issant de sable.Armes parlantes (En italien, chiesa signifie église)

Armoiries épiscopales Mgr Duparc 1908-1946

 

.

bannieres 0988c

 

IVb Bannière de sainte Anne.

Anne éducatrice avec son inscription D'HOR MAM SANTEZ ANNA.

Celle-ci est le titre d'un cantique D'hor Mamm Santez Anna / D'an Itron Varia / D'hor Salver benniget / Ni vo fidel bepred  "A notre Mère Sainte Anne, à Marie, Notre-Dame, à notre Sauveur béni, nous serons toujours fidèles"

 

 

124c


V. Bannière de Kerdévot (3). 

 

                   bannieres 0989v

 

 

Comme la suivante, ces bannières de procession sont bien visibles sur la photographie visible ici.   lors du pardon de Kerdévot.

 

 

VI. Bannière "Tonkin 1885".

Velours rouge à broderies or. 

Un "enfant" auréolé (sans-doute Jésus) est entouré de deux évêques ou abbés ; un poisson au pied de celui qui porte une chasuble jaune identifie saint Corentin, patron de Quimper en particulier et du diocèse en général. Son voisin serait donc son disciple saint Guénolé, abbé de Landevennec.

Autour de l'inscription TONKIN 1885 sont brodées deux initiales C S.

Pour résoudre partiellement l' énigme de cette bannière, j'interroge le site GrandTerrier.net de Jean Cognard éminemment spécialisé dans l'étude du patrimoine de la commune. J'y trouve un extrait  d'un carnet ED d'Anatole le Bras page 42-45 décrivant les vêpres à la chapelle de Kerdévot :

 

 

 Les hommes sont debout ; les bannières droites dans la balustrade. L'une d'elles, blanche, avec une image en or est l'Intron Varia Kerzevot. D.E.D. On lui a mis derrière une Vierge de Lourdes qui, bientôt sans doute la supplantera.Une autre bannière de velours écarlate représente St Corentin en rouge et en jaune, avec mitre d'or, et St Guénolé, tout en blanc, blanche la mitre, protégeant un jeune enfant en robe. - Au dessous, dans un cartouche, Tonkin, 1885. Elle a été offerte par Signour. D'autres vieilles bannières aux tons plus fanés.

 Grâce au même site, j'identifie les initiales C S comme celles de Corentin Signour : non pas le maire d'Ergué-Gabéric de 1947 à 1953, mais son père Corentin Signour né en 1861 et décédé en 1899, (nécrologie dans le bulletin de l'Association amicale des anciens élèves du Pensionnat Sainte-Marie de Quimper), et conseiller municipal en 1888.

 

La famille Signour a occupé la ferme de Keranroux depuis au moins 1680. Le père du futur maire est né le 2 juin 1887 à Keranroux et prénommé Corentin (le grand-père également), il est marié avec Marie Anne Vigouroux et tient une ferme à Penhars.

Corentin Signour père, né en 1861 et marié à Thomas) avait été élu adjoint de la ville du Grand Quimper. 

Avant son élection à la mairie, Corentin (le fils) s'installe à Ergué dans la ferme de Kermoysan tenue par ses beaux-parents. (GrandTerrier, extraits).

Néanmoins, il faut corriger ces données par  les renseignements généalogiques de la généalogie d'Hervé Le Seignour :

 


  • Yves René SIGNOUR, né le 8 novembre 1825, Ergué-Gabéric, Keranroux, décédé le 8 juillet 1885,

    ... dont:René Jean, 1852 -1871, Keranroux,

    • Thomas Joseph Marie, 1855 -1860,(à l’âge de 5 ans).

    •  Marie Jeanne 1858, Ergué-Gabéric, 29, , , Keranroux,, décédée.
      Mariée en1876 à Hervé Louis RIOU, Cultivateur Keranroux 1876-1881

      ... dont:

      • Marie Anne,

      • René,

      • Corentin Hervé,

    •  Corentin Marie Signour, né le 11 avril 1861 à Keranroux, Cultivateur à Keranroux en 1886-1892.
      Marié le 21 janvier 1886, Penhars, avec Marie Anne Louise THOMAS, 1867 - ?,

      ... dont:

      • Marie Anne 1888- ?,

      • Jean René, 1890- ?

      • Alain Marie, né le 11 août 1892- 1972,

      • Corentin Marie, né le 2 juin 1887, Ergué-Gabéric, 29, Finistère, Keranroux, ,, décédé le 1er septembre 1975, Ergué-Gabéric, , Maire d'Ergué-Gabéric de 1947 à 1953; agriculteur à Kermoysan.

    • Thomas Joseph, né le 30 mars 1864 décédé à l’âge de 6 mois.

Poursuivant cette enquête, je découvre que le village de Keranroux (ou Kerroux, Kerrous), où les Signour exploitent la ferme depuis au moins 1680 est associé à saint Guénolé :

Keranroux (dérivé de Ker an Roux, en breton « Le village de le Roux ») est situé, au bout de la route provenant de Tréodet, près d'un promontoire qui permet de contrôler l'accès aux gorges du Stangala Le hameaux serait ancien, il remonterait à Saint-Guénolé, deuxième abbé de Landevennec. (Wikipédia, d'après Arkaevraz.net).

 

Je comprends mieux la présence de saint Guénolé et de saint Corentin  sur la bannière dont Corentin Signour, de Keranroux, est le donateur ! Mais Wikipédia commet une erreur : ce n'est pas saint Guénolé, mais saint Gwenael qui est le second abbé de Landevennec et successeur de Guénolé, et c'est lui qui, selon la légende, serait né dans la ferme même de Kerrous/Keranroux. Quand on saura que Gwenael est, sous le nom de Saint Guinal, le patron de l'église paroissiale, on aura compris l'importance de ce personnage pour les habitants de Ergué-Gabéric.

Et si Anatole Le Bras s'était trompé ? Les deux saints de la bannière ne sont-ils pas plutôt saint Corentin et saint Guinal/Gwenael ?

Résumé : 

Dans les années qui suivent 1885, Corentin Signour (1861-1899), agriculteur exploitant la ferme de Kerrous, fait don d'une bannière représentant son saint patron Corentin, et le saint patron de sa paroisse, saint Guinal, né selon la légende dans la ferme même que sa famille exploite depuis le XVIIe siècle. Ces années correspondent environ à la date de son mariage avec Anne-Marie Thomas en 1886 et à la naissance de son fils aîné Corentin (futur maire). 

 Rien n'indique la raison de la référence à l'expédition du Tonkin en 1885 ; la généalogie ne signale aucun membre de la famille qui y soit décédé. Corentin Signour a-t-il participé à cette campagne, et rend-il grâce par une bannière ex-voto d'être revenu sain et sauf dans son village ?

 

La médaille de l'expédition n'est-elle pas épinglée quelque-part au dos de la bannière ?

                   bannieres 0984v

 

Commentaire. 

1. Une bannière d'ancien combattant ?.

On trouve sous la plume de Jean Gueguen (Commission Histoire 1980) cité par l'incontournable site grandTerrier cette précision :

Pour porter certaines bannières, croix ou statues, il fallait remplir des conditions précises. Soit par exemple : pour la statue de Notre-Dame, avoir 17 ans dans l'année ; pour la statue de sainte Anne, être mariée depuis moins d'un an ; pour la bannière du Tonkin, avoir fait son service militaire ; pour la grande croix d'or, avoir passé la cinquantaine 

2. Un ex-voto ?

 Nous  conservons peu d'éléments commémoratifs de l'expédition du Tonkin de 1885, mais celle-ci a pourtant été vécu comme l'événement principal de cette année.

Parmi la centaine d'ex-voto qui, sous la forme d'une plaque de marbre blanc, témoigne, dans le sanctuaire de Notre-Dame -de-Rumengol (Le Faou) de reconnaissance pour une grâce obtenue, pour un danger surmonté miraculeusement, un grand nombre font référence aux guerres : le plus grand nombre relève de la période des guerres coloniales entreprises par la France de Jules Ferry à la fin du XIXe siècle :  Guerre franco-chinoise (1880), intervention en Tunisie 1881, occupation de Madagascar 1883, expédition du Tonkin 1883-1887. Parmi ceux-ci, l'ex-voto offert par H. de G. fait explicitement référence à cette campagne :

RECONNAISSANCE / A N-D DE RUMENGOL CAMPAGNE DU TONKIN 1885-1887 H de G

 

 

 

3. Rappel historique.

Le Tonkin est la partie nord du Vietnam actuel, à l'ouest du Golfe du Tonkin.

Sous la troisième République, (Jules Ferry) la France décida d’étendre son influence au Tonkin, en y envoyant un détachement commandé par le capitaine de vaisseau Henri Rivière. Mais ce dernier fut capturé au cours d’une sortie à CAU-GIAI, le 19 mai 1883, et décapité par les Pavillons-Noirs. La réaction française fut vigoureuse ; la Chambre des députés votant unanimement pour l’envoi en Extrême-Orient d’un corps expéditionnaire faisant passer le corps expéditionnaire à quatre mille puis à neuf mille hommes devant occuper puis pacifier le Tonkin et faire ainsi reconnaître le protectorat français sur l’Annam. 

Durant trois années ( 1883, 1884 et 1885 ), les marins de l’escadre commandée par l’amiral Amédée Courbet, les soldats de l’infanterie de marine, des escadrons de spahis et chasseurs d’Afrique, des bataillons de zouaves, tirailleurs algériens et les légionnaires, placés sous les ordres des généraux Charles-Théodore Millot (10 000 hommes en 1884) puis Henri Roussel de Courcy, opéreront au Tonkin, en Annam et en Chine. Les opérations se termineront par la signature, le 9 juin 1885, du second traité de T’ien-tsin ( Tianjin ) avec la Chine.

 

 La Médaille commémorative de l’expédition du Tonkin, récompensant les militaires et marins qui prirent part à l’expédition de 1883 à 1885 fut attribuée avec un diplôme à 97 300 titulaires, ce qui témoigne de l'ampleur de l'expédition.

                            

 

       Description de l'image Indochine francaise.svg. Source      Description de cette image, également commentée ci-aprèsSource

 

Les bretons peuvent être concernés à divers titre :

— sur le plan religieux, en s'inquiétant des menaces qui pèsent sur les missions catholiques.

— sur le plan politique, en soutenant ou en s'opposant aux décisions des "républicains".

— sur le plan militaire, en suivant les opérations relatés par la presse.

— sur le plan personnel lors de la désignation par tirage au sort de recrues pour le corps expéditionnaire (service militaire), ou en réponse à l'appel de volontaires (ici)

 

1. Les missions au Tonkin, et les bretons.

L'évangélisation de la région par des missionnaires a débuté dès 1662. Mais un breton du diocèse de Quimper, Jean-François Abgrall (1854-1929) y jouera un grand rôle à partir de 1887 à la Mission du Tonkin méridional (Vinh) ["Quarante deux ans sous le soleil de l'Indochine : Jean-François Abgrall, des Missions Etrangères". Imp. Prudhomme. St Brieuc, 1933. par le Chanoine Pérennès.]

2. Le Tonkin, la Chine et les bretons.

Le compositeur quimpérois Mikeal Queinec (1849-1909) a composé entre 1880 et 1893 un certains nombres de chants de colportage sur feuille volante imprimés chez de Kerangal à Quimper. Parmi ceux-ci,  Brezel an Tonkin hag ar Chin, salue le départ des soldats mais formule une prière afin que la troupe n'ait pas à subir un châtiment divin amplement mérité par ses chefs républicains. Trois ans plus tard, les autochtones ayant eu le mauvais goût de résister, la paix est signée à Tien Tsin. Queinec publie alors une chanson différente Brezel ar Chin hag an Tonkin dans laquelle il décrit le courage des soldats mais fustige le gouvernement de n'avoir pas envoyé de troupes en nombre suffisant et d'avoir dilapidé les fonds publics. Certains députés du Finistère sont cités comme ayant 'déshonoré le département'. Source

Témoignage : Pierre Loti.

L'écrivain Pierre Loti participa à la Campagne du Tonkin en 1883 à bord du cuirassé l'Atalante, et publiera le récit en une soixantaine de pages de la prise des forts de la rivière de Hué dans le Figaro (Trois journées de guerre en Annam). Le gouvernement lui reproche d'y dénoncer la cruauté des soldats français et d'en décrire les atrocités, et le sanctionne. En 1885, li embarque à bord du cuirassé La Triomphante dans l'escadre de l'amiral Courbet. Dans Pêcheur d'Islande (1886), il raconte le retour du Tonkin d'un jeune breton d'une famille de pêcheurs,  Sylvestre Moân, qui se meurt pendant son retour à bord d'un navire-hôpital. "On lui avait donné la médaille militaire et il en avait eu un moment de joie".

 

 



 

 

 

 

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Published by jean-yves cordier
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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 23:02

Le vitrail de la Passion de l'église saint-Conogan de Lanvénégen (56).

 

 


 

Remarque : deux éléments sont ici remarquables : la Communion de Judas, et le glaive transperçant la Vierge en pâmoison au pied de la croix.

 


   Ancienne trève de Guiscriff, aujourd'hui dans le diocèse de Vannes, Lanvénégen faisait jadis partie de la Cornouaille, et  était un des principaux bénéfices de cet ancien Evêché. Lanvénégen, du breton « lan » (lieu consacré) et « Wenegan », signifie "le territoire de saint Wénégan ou Conogan". Ce saint qui vivait au VIème siècle aurait gouverné l'église de Quimper immédiatement après saint Corentin.

 

statues-et-autre 1127v

 

 

      Une inscription gothique en relief sur le quatrième pilier sud  :

M[essire] B[ertrand] Rusquec*  rectur de Guisguri fit fair ceste eglise lan M Vcc VIII

 ... indique la date de 1508 comme repère pour le début des travaux de construction de l'église (qui conserve quelques éléments du XVe). La maîtresse-vitre ou Baie 0 est donc postérieure à 1508 et on la date vers 1515 [1508-1522]. Elle est consacrée à une Passion dont les éléments ont conduit Roger Barriè à penser qu'elle appartiendrait à un ensemble exécuté par un atelier quimpérois (Le Sodec) comme les Passions de Penmarc'h, Ergué-Gabéric, Plogonnec.

* Bertrand du Rusquec, d'abord seigneur du Rusquec en Locqueffret (Montre de Cornouaille 1481) puis recteur de Guiscuiff depuis 1476 environ (P. Hollocou). En 1580, le recteur sera Pierre de Rusquec, chanoine de Cornouaille comme son frère Jacques, archidiacre de Poher. Voir le château du Rusquec à Locqueffret sur Topic-topos. Armoiries losangé d’argent et de sable  ou bien un chef chargé de trois pommes de pin ?.

Eléments épars sur ce recteur et sa famille :

— En 1509, Bertrand du Rusquec résilie son bénéfice au profit de son frère cadet Thomas du Rusquec, et se retire au manoir presbytéral de Lanvénégen. (P. Hollocou). Thomas du Rusquec est encore en poste en 1531, où une procédure l' qui opposa aux habitants de la paroisse de Guiscriff dans l'évêché de Cornouaille  devant le conseil et la chancellerie de Bretagne.

 

 

— Dans la nuit du 11 décembre 1551, à Quimper, lors de la foire de la Saint-Corentin, Pierre du Rusquec accompagnait les seigneurs François et Georges Lesaudevez, "buvant et devisant aimablement" lorsqu'une rixe éclata entre François de Lesaudevez et René de Kerloaeguen. Le recteur et les assistants tentèrent de les séparer, mais François Lesaudevez frappa Kerloaguen à terre, désarmé, et lui infligea, comble de déloyauté, un coup au jarret, réitérant ainsi le "coup de Jarnac" survenu 4 ans auparavant. Voir Le Men, Un coup de Jarnac..., Bull. S.A.F 1880 pp 119-128.

— ...L'aîné des garçons, Jean du Rusquec, épouse vers l520 Françoise de Kerloaguen. De leur union naît Louis du Rusquec qui épouse, en juin l556, Marie de Lézongar. Deux ans plus tard, Louis du Rusquec est blessé à la bataille du Conquet ...

 —les manoirs et lieux nobles du Rusquec et de la Salle, possédés par Jean du Rusquec, écuyer, seigneur du Rusquec (1540)... (Archives de la Loire-Inférieure).

—Jacques du Rusquec, archidiacre de Pohaer, et Jean[sic], son frère, recteur de Guiscriff, tous deux chanoines de Cornouaille, avaient acquis le manoir de La Salle pour 4.500 écus de Rolland de Kerloaguen et Jeanne Lézongar, sa compagne, sieur et dame de Kerméheuzen. Le 14 Janvier 1594, ce manoir appartenait à Jacques et Pierre du Rusquec..

 —Le seigneur du Rusquec avait, dans le choeur de l’église de Loqueffret, du côté de l’évangile, une tombe « eslevée » et armoyée, portant un écusson en bosse avec image de la Trinité. 

Puisque la paroisse dépend du diocèse de Cornouailles, précisons que l'évêque en est Claude de Rohan (1501-1540), mais que, comme il est simple d'esprit, c'est Jean de Largez, abbé de Daoulas, qui administre le diocèse de 1501 à 1518.

Voilà pour les commanditaires du vitrail.

 


 Cette baie se compose de 4 lancettes trilobées et d'un tympan (entiérement restauré) de 10 mouchettes et écoinçons. Elle mesure 5,20 m de haut et 2,25 m de large. Les vitraux ont été restaurés par l'atelier Huchet du Mans en 1875, et l'impression immédiate du visiteur est d'avoir affaire à une très belle œuvre, claire, lisible et en bon état plutôt qu'à ces vitres si rongées par la corrosion qu'elles sont rébarbatives. 

Les lancettes se décrivent en trois registres superposés et en douze scènes.


               lanvenegen 1106c

 

                               I. Registre inférieur.


lanvenegen 1107c

 

1. Lavement des pieds.

On voit d'emblée la qualité de la restauration qui a éliminé une grande quantité de plomb de casse par l'utilisation fréquente d'un collage bord à bord (ultérieur au travail de Huchet ?). On remarque aussi le façonnage de la barlotière ou de la vergette qui s'arrondit respectueusement autour du nimbe du Christ. 

  Néanmoins, le contraste entre le groupe des apôtres à l'arrière-plan, entièrement restauré, et le visage de saint Pierre (reconnaissable à sa calvitie pariétale et à sa chape d'évêque), est flagrant. L'utilisation trop massive, par aplat, de la sanguine ou du jaune d'argent (chevelure de saint Jean, imberbe) est gênante.

Pierre est le seul des apôtres à être doté d'un nimbe. Le nimbe crucifère du Christ, et sa longue tunique bleu vont servir d'élément distinctif pour la plupart des panneaux suivants.

                                      lanvenegen 1108v

 

2. Cène, Communion de Judas.

1°) Il peut s'agir d'une simple interprétation du récit évangélique de Matthieu 26, 14-15 et 26, 20-25 :

 14 : Alors l'un des douze, appelé Judas Iscariot, alla vers les principaux sacrificateurs, et dit: Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai? Et ils lui payèrent trente pièces d'argent.

...

20 : Le soir étant venu, il se mit à table avec les douze. Pendant qu'ils mangeaient, il dit: Je vous le dis en vérité, l'un de vous me livrera. Ils furent profondément attristés, et chacun se mit à lui dire: Est-ce moi, Seigneur?  Il répondit: Celui qui a mis avec moi la main dans le plat, c'est celui qui me livrera. Le Fils de l'homme s'en va, selon ce qui est écrit de lui. Mais malheur à l'homme par qui le Fils de l'homme est livré! Mieux vaudrait pour cet homme qu'il ne fût pas né.  Judas, qui le livrait, prit la parole et dit: Est-ce moi, Rabbi? Jésus lui répondit: Tu l'as dit.

C'est ce que montre le vitrail de Chartres ( Verrière occidentale de la Passion). Judas est placé de l'autre coté de la table.

: Le vitrail de la Passion de la cathédrale de Chartres.

   Passion-6698ccccc.jpg

 

 

2°) On remarquera néanmoins qu'à Lanvénégen Judas ne tend pas la main vers le plat, mais reçoit une bouchée. C'est à l'évangile de Jean 13, 21-32 qu'il faut faire appel :

 

 Après avoir dit ces paroles, Jésus fut profondément troublé, et il déclara solennellement: «En vérité, en vérité, je vous le dis, l'un de vous me trahira.» Les disciples se regardaient les uns les autres, sans savoir de qui il parlait.  Un des disciples, celui que Jésus aimait, était à table à côté de Jésus. Simon Pierre lui fit donc signe de demander qui était celui dont parlait Jésus. Ce disciple se pencha vers Jésus et lui dit: «Seigneur, qui est-ce?»  Jésus répondit: «C'est celui à qui je donnerai le morceau que je vais tremper.» Puis il trempa le morceau et le donna à Judas, fils de Simon, l'Iscariot.  Dès que Judas eut pris le morceau, Satan entra en lui. Jésus lui dit: «Ce que tu fais, fais-le rapidement.» Aucun de ceux qui étaient à table ne comprit pourquoi il lui disait cela. Comme Judas tenait la bourse, quelques-uns pensaient que Jésus lui disait: «Achète ce dont nous avons besoin pour la fête» ou qu'il lui demandait de donner quelque chose aux pauvres. 30 Après avoir pris le morceau, Judas sortit aussitôt. Il faisait nuit. Lorsque Judas fut sorti, Jésus dit: «Maintenant, la gloire du Fils de l'homme a été révélée et la gloire de Dieu a été révélée en lui. [Si la gloire de Dieu a été révélée en lui,] Dieu aussi révélera sa gloire en lui-même, et il la révélera très bientôt.


Judas, de trois-quart,  agenouillé, robe verte et manteau rouge, tenant la bourse aux trente deniers dans la main gauche, reçoit de la main du Christ, dans un geste évoquant la Communion, une bouchée ovale de nourriture. Sa bouche est ouverte, et ses dents sont visibles. Entre le Christ et Judas se voit la table de la Cène, avec un plat, une assiette semblable à une patère, et un couteau dont la lame est pointé vers Jésus. Pierre est identifiée derrière Judas par la chape qu'il portait précédemment, et Jean (au milieu) à ses cheveux blonds et à l'absence de barbe.


3°) Les auteurs du Corpus Vitrearum y voient, non sans quelques raisons, une "Communion des apôtres", thème iconographique de l'église orthodoxe fréquent sur les icônes byzantines dès le VIe siècle*, et dans les décors d'abside dès le XIe ou dans la chapelle orthodoxe de Plérin (22) dans une réalisation récente, attesté aussi dans la cathédrale de Nantes dans un tableau de Delaunay (1861). Mais trouve-t-on ce thème traité dans l'Église catholique au XVIe siècle ? 

*Au VIe siècle dans la miniature de l’Evangéliaire de Rossano et celle de l’Évangéliaire syriaque du moine Rabbula, ou sur deux patènes du règne de Justin II (565-578), conservées l’une au Musée Archéologique d’Istanbul (Stûma) et l’autre à Dumbarton Oaks (Riha). La représentation de la Communion des Apôtres est utilisée ensuite au IXe siècle dans les psautiers, illustrant les Psaumes 109 (110), 4 «Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisédech » et 33, 9 (34, 8) « Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon ».

— La Bibliothèque Mazarine (Paris) conserve sous la cote Ms 0412 un Missel à l'usage de Paris de v.1492 dont une miniature pour la Fête-Dieu f.195v, attribuée au Maître de Jacques  Besançon ou au Maître des Très petites Heures d'Anne de Bretagne, montre une Communion des apôtres, dans une représentation associée à Melchisédech offrant le vin et le pain à Abraham.

IRHT_08553-v.jpg

— Les Très Riches Heures du Duc de Berry Chantilly Ms 65, folio 189v, en offrent un autre exemple dans les Heures de l'année liturgique: dix apôtres sont visibles dont saint Pierre (au premier plan) et saint Jean :

File:382 MS 65 F189 V.jpg

 

— Voir aussi une autre exemple : La Bibliothèque Sainte-Geneviève, Chronique universelle (1520-1524).

4°) Mais dans ces Communions des apôtres, Judas n'est jamais représenté distinctement : c'est saint Pierre qui est en tête des douze, parfois saint Jean, et les autres disciples ne sont pas identifiables.

Pourtant, la tradition byzantine a parfois représenté Judas prenant la tête des apôtres pour recevoir la communion, soit s'éloignant pour recracher le pain. 

 "...dès le début du XIIe siècle, à Chypre, dans l’église de Panagia d’Asinou, la Communion des Apôtres a été peinte avec une variante, très isolée à cette date, qui apparaît encore dans quelques monuments, par la suite. La représentation du groupe des apôtres de droite innove doublement: il est conduit par saint Jean, qui boit au calice, et non pas saint Paul, absent de la scène. De plus, à droite de l’image, un apôtre, vu de profil, s’éloigne, tenant le pain consacré dans sa main, près de sa bouche. Ce personnage, vers lequel le Christ et certains apôtres dirigent leur regard, ne peut être que Judas qui s’éloigne en recrachant le pain."

    "Dans la composition de la Communion des Apôtres à Saint-Clément d’Ohrid en Macédoine (vers 1295), Judas nimbé (sic), en tête du groupe des Apôtres à droite, a la bouche ouverte et même ses dents sont représentées ! Une autre caractéristique iconographique est la représentation de Judas de profil, ce qui dans le langage des peintres et zoographes de l’Eglise signifie un personnage négatif. Judas a pris la place d’ « honneur », un élément qu’on peut rencontrer parfois dans la représentation de la Cène. D’après G. Millet, se référant au texte de Chrysostome, cette place d’ « honneur » s’explique par la volonté du peintre de montrer l’impudence de Judas, qui a pris à la Cène une place plus haute que le premier des apôtres lui-même. C’est probablement la même raison qui a motivé les célèbres peintres Michel Astrapas et Eutychès dans la représentation de Judas en tête des apôtres dans la Communion des Apôtres à Ohrid."

  Goran Sekulovski, Judas a-t-il sa place dans la composition iconographique de la "Communion des apôtres" ? © Rites de communion. Conférences Saint-Serge LVe Semaine d'Études Liturgiques, André Lossky, Manlio Sodi (éd.), Libreria Editrice Vaticana, 2010 (coll. « Monumenta Studia Instrumenta Liturgica », 59), p. 211-226. En ligne., voir l'illustration figure 3. 

 G. Sekulovski replace cette Communion de Judas dans le contexte théologique byzantin des discussions sur l'Eucharistie ( "Prenez et mangez en tous", —y compris Judas—) et sur la culpabilité de Judas, d'autant plus responsable qu'il avait bénéficié de la mansuétude du Christ lors du Lavement des pieds et de la Communion. C'est l'opinion de Jean Chrysostome (cf  G. Sekulovski - ‎2013 Jean Chrysostome sur la communion de Judas. in Studia patristica, vol. LXVII :  Judas était comme les autres apôtres, choisi parmi les Douze et aimé par le Christ)

 5°) Ces sujets traités par saint Augustin et les Pères de l'Église  ont-ils été débattus aussi par l'Église Romaine ? Par les clercs du XVe siècle ? Par les recteurs bretons (membre de la noblesse, comme Bertrand du Rusquec) ? En 1755, Claude Mey, avocat au Parlement de Paris et théologien, en traitre dans sa Lettre à Madame *** sur un point important en ligne

Sur le plan iconographique, Emile Mâle (l'Art au XIIe siècle) mentionne les Cènes du portail central de Saint-Gilles, de la frise de Beaucaire, d'un des piliers du cloître Saint-Trophime d'Arles, du linteau du portail de Champagne (Ardèche), de l'église de Vizille (Isère), et du portail de l'église de Vandeins ou à la cathédrale de Modène. Voir aussi le chapiteau de la Daurade, XIIe siècle (ici p.84 n°125).

La base mandragore de la Bnf signale le Ms arménien 333 folio 5v 

La très expressive enluminure du "psautier Robert de Lisle" de la British Library Arundel 83 folio 124v date de c1308-c1340.

   La "communion de Judas" est-elle représentée en vitrail ? Il existe un exemple in abstensia où Judas est signalé par un tabouret renversé, ayant quitté précipitamment la pièce après avoir mangé. Cela donne l'occasion de débats approfondis : cf. Rita Ramberti (Université de Bologne) et Laurence Riviale : À propos de la verrière de la Cène à Allouville-Bellefosse : la communion de Judas comme preuve du libre-arbitre de l'homme face au serf-arbitre de Luther in Journées d’études internationales du Corpus Vitrearum Haute-Normandie, 29 -30 novembre 2007. Laurence Riviale signale que, dans la très célèbre Cène de Léonard de Vinci pour le couvent dominicain de Milan, où l'on voit la main de Judas et celle de Jésus converger vers le même morceau de pain, le peintre avait initialement prévu de représenter la communion de Judas (travaux de Daniel Arasse). Cette fresque date de 1494-98 et ne précède que de quelques années le vitrail breton. Les mêmes influences s'y exercent sans-doute, notamment celle des Dominicains mettant en avant le libre arbitre dans leurs prédications. Dans la Cène, Enrica Crespino remarque que Judas est placé de face, à coté des autres apôtres, "comme un homme qui pouvait choisir entre le bien et le mal et qui choisit le mal".

Les seuls autres exemples que j'ai trouvé de Communion de Judas en vitrail sont :

1°) le Vitrail de la Cathédrale de Strasbourg où (au contraire) Judas est rejeté de l'autre coté de la table, à terre.

2°) un vitrail de l'église Saint-Alpin de Châlons-sur-Marne (baie I après 1515) où le Christ, assis à table avec ses apôtres tient dans ses mains un calice, et une hostie qu'il dépose sur les lèvres de Judas. (selon L. Riviale, Le Vitrail en Normandie, p. 265).

 

Le bas-côté sud, baie V : Passion du Christ, Cène (v. 1340)

La Cène et Judas vu par Bernard Buffet 1961 ici.

En résumé, l'artiste s'est peut-être contenté d'illustrer Jean 13, mais cela évoque si irrésistiblement une communion qu'on peut aussi y voir une évocation du thème théologique de la Communion de Judas, sacrilège pour les uns et preuve pour d'autres de la complexité complice et indulgente du lien entre Jésus et Judas. Néanmoins, l'image évoque plutôt la tendresse du Christ qu'un acte satanique de Judas, et aucune désapprobation n'est visible. 

 


                                        lanvenegen 1109v

 

 lanvenegen-8991v.jpg

 

      Comparer avec la "Communion des Apôtres" de la Passion d'Ergué-Gabéric :

vitraux 0961c

 

 3. Agonie de Jésus au Jardin des oliviers.

Je rappelle que l'on nomme traditionnellement "agonie" non pas les derniers instants du Christ sur la croix, mais cet épisode au Jardin des oliviers. En effet, le terme agonie signifie stricto sensu "angoisse de la mort" tant par son étymologie (vieux français aigoine, "angoisse", 1160 du grec  α ̓ γ ω ν ι ́ α),  que par son usage en latin chrétien.

 

 

L'artiste, fidèle à la tradition occidentale, suit le texte de Luc 22,39-46.

Jésus sortit pour se rendre, comme d'habitude, au mont des Oliviers,
et ses disciples le suivirent.
Arrivé là, il leur dit:"Priez, pour ne pas entrer en tentation".
Puis il s'écarta à la distance d'un jet de pierre environ.
Se mettant à genoux, il priait:
"Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe !
cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne".
Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait.
Dans l'angoisse, Jésus priait avec plus d'insistance;
et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu'à terre.
Après cette prière, Jésus se leva et rejoignit ses disciples
qu'il trouva endormis à force de tristesse. Il leur dit:

"Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation".

Alors que les apôtres Jean, Jacques et Pierre (tenant le glaive qu'il va utiliser dans la scène suivante) sont "endormis à force de tristesse", l'ange apparaît à droite, désignant la coupe ; celle-ci déclenche une telle angoisse que le Christ présente un accès d'hématidrose, sueur de sang provoquée par un stress intense.  


lanvenegen-8990v.jpg

Détail 1 : le verre rouge est altéré par endroit. On sait que le verrier ne peut utiliser que des verres colorés en rouge (par l'oxyde de cuivre) extrêmement fins, car sinon ils seraient très sombres, presque noirs ; ces verres rouges sont donc toujours doublés, accolés à un verre incolore. Le verre rouge (parfois aussi fin qu'un papier à cigarette) est donc plus sensible à la décoloration. Autre exemple sur le manteau rouge de saint Pierre.

Détail 2 : en zoomant sur le visage de saint Jacques, on notera comment les cils sont dessinés en  traits fins particulièrement longs : on retrouvera très souvent ce procédé.

Détail 3 : le manche à tête d'oiseau du glaive de Pierre.

Détail 4 : le nimbe de saint Pierre diffère de celui des scènes précédente et suivante et est décoré d'une frise de cercles concentriques.

Détail 5 : la fleur au feuillage en rosette est rapprochée par R. Barrié de celle de Plogonnec.

Détail 6 : saint Jean porte une chaussure mauve, contraire à la règle iconographique consistant à représenter les apôtres pieds nus.

 

                                    lanvenegen 1110c

 

 

4. Arrestation du Christ au jardin de Gethsémani : baiser de Judas.

Cette scène est fixée depuis longtemps dans ses modalités iconographiques : Judas, suivi de la troupe des soldats, vient toujours de droite, Jésus et les apôtres viennent de gauche, et saint Pierre coupant l'oreille du serviteur du grand-prêtre se place derrière Jésus ; les armes se découpent dans le ciel. Auréoles d'un coté, casques de l'autre. Les corps sont serrés, en bousculade, sans espace libre entre eux.

184px-Giotjud.jpg Giotto


  "Et Jésus lui dit : Judas, c'est par un baiser que tu vas livrer le Fils de l'homme ! " Luc, 22:48.

  La puissance de l'oxymore inscrit dans le "Baiser de Judas" (signe d'amour qui est un signal militaire, une trahison et un arrêt de mort) est renforcée ici d'une part par la tendre intimité de la Communion que nous venons de voir, et d'autre part par la quasi gémellité des deux hommes, malgré la couleur jaune/rousse des cheveux et de la barbe de Judas qui stigmatise son statut de traître. Le baiser est prolongé par une étreinte à travers le geste du bras de Judas. En dessous, le restaurateur a placé une autre main tenant les fameux trente deniers que bientôt, pris de remords, Judas va rendre aux membres du Sanhédrin avant de se pendre.

 Nous sommes distrait de la collision frontale des deux troupes par le geste désemparé de Malchus, serviteur de Caïphe à qui Pierre vient de trancher l'oreille et qui tombe à la renverse avec sa lanterne; mais déjà la main de Jésus s'apprête à recoller le large pavillon auriculaire.

Détail 1: Pierre, qu'on identifiait à sa calvitie, est ici doté du  "toupet", mèche de cheveux qui persiste avec opiniâtreté au sommet du front, et que je considère comme l'un de ses attributs.

 



                                  lanvenegen 1111c

 

 lanvenegen-8986v.jpg

 

 

 

                               II. Registre médian.

 

lanvenegen 8969v

 

 


1. Comparution devant Caïphe.    

      Détail 1. Le soldat est vêtu comme un lansquenet avec plume au chapeau, épée, pantalon jaune rayé de noir :

220px-Dr%C3%A4kt%2C_Landsknekt%2C_Nordis Source

Détail 2. Caïphe, le grand-prêtre porte une doublure en fourrure d'hermine sur son manteau et son bonnet, comme un duc de Bretagne, mais la patte qui descend sur ses oreilles signale, dans le code iconographique, qu'il est Juif. Il compte sur ses doigts les raisons de sa condamnation, selon la méthode médiévale de l'argumentation, illustrant le verset de Matthieu 26:63 :"Jésus garda le silence. Et le souverain sacrificateur, prenant la parole, lui dit: Je t'adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu."

 .

 

 

                            lanvenegen 1116v     

 

2. Christ aux outrages.

 


                       lanvenegen 1115v

 

Bourreau et signes d'infamie.

Le bourreau placé au premier plan est affecté par l'artiste de plusieurs signes considérés au Moyen Âge comme infamant, et qui deviennent par la suite des signes de marginalité, d'appartenance à un groupe qui se moque des convenances ou qui utilise ces signes comme des marques d'affiliation; Ce sont :

a) La disparité des couleurs (comparer avec le Christ).

b) L'emploi de la couleur jaune.

c) Les rayures.

d) La boucle d'oreille.

lanvenegen-9001v.jpg


3. Mise en place de la Couronne d'épines.

      Une fois encore, l'image est très classique, opposant la passivité du Christ et sa position assise aux forces déployées par les bourreaux, qui utilise des bâtons en levier pour faire pénétrer les branches d'aubépines tressées en couronne. Ces forces s'organisent toujours en X, comme ici où l'axe du bâton est prolongé par le bras, le tronc tendu par l'effort, et la jambe au mollet contracté, et doublé par l'orientation de la tête, du cou et du regard.

Et encore une fois, le bleu uni de la robe du Christ (selon les évangiles, il devrait porter la robe pourpre en dérision) s'oppose aux rayures des chausses de l'un, aux "crevés" de l'autre, à la variété bariolée des couleurs (vert jaune et rouge), aux manches courtes ou retroussées.

                         lanvenegen 1114c

 

 

4. Comparution devant Pilate.

 

Le carton qui a servi à la Comparution devant Caïphe est repris et inversé :

 lanvenegen 1116v lanvenegen 1112c

 

Le même carton a été utilisé dans la Passion de Plogonnec et dans celle de Ergué-Gabéric, argument important pour évoquer un atelier commun : 

 

Plogonnec la-passion 0333ca   Ergué :  vitraux-8924c.jpg   

Dans le jeu des sept différences que cela permet, on remarque  le fond damassé rouge de Plogonnec, ou celui, bleu et mieux conservé, d'Ergué-Gabéric. Dans cette paroisse, on peut lire sur la cruche l'inscription VOEAIVRE et sur la manche du serviteur OREIOV (Oremus ?). Enfin, le petit chien qui aboie dans les jambes de Ponce et de son serviteur est absent à Lanvénégen.         

 

 

                            III. registre supérieur.

 

lanvenegen 8968c


1. Portement de croix.

Nous retrouvons   le soldat en armure et les deux bourreaux, dont l'un tire par les cheveux le Christ qui succombe sous le poids de la croix. La couronne d'épine a été omise, mais la sueur de sang est à nouveau visible. 

                         lanvenegen 1120v

 

lanvenegen-8977v.jpg


 

2. Crucifixion.

Détail 1 : le pélican (symbole christique) au sommet de la lancette.

Détail 2 :  Une épée est dirigée vers la poitrine de la Vierge en pâmoison.

Il s'agit de la matérialisation de la prédiction de Siméon rapportée dans l'Évangile de Luc lors de la présentation de Jésus au temple:

Siméon prit l'enfant (Jésus) dans ses bras et il bénit Dieu en ces termes :
" Maintenant maître, c'est en paix, comme Tu l'as dit que Tu renvoies ton serviteur, car mes yeux ont vu ton Salut, que Tu as préparé face à tous les peuples : lumière pour la révélation aux païens et gloire d'Israël, ton peuple. Le père et la mère de l'enfant étaient étonnés de ce qu'on disait de Lui. Siméon les bénit et dit à Marie, sa mère : 
" Il est là pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël et pour être un signe contesté. Toi-même, un glaive te transpercera l'âme. Ainsi seront dévoilés les débats de bien des cœurs " (Luc 2, 28-35)

— Détail 3 : inscription  Vere Filius di ...

Matthieu 27 :54 :   centurio autem et qui cum eo erant custodientes Iesum viso terraemotu et his quae fiebant timuerunt valde dicentes vere Dei Filius erat iste  (Le centenier et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, ayant vu le tremblement de terre et ce qui venait d'arriver, furent saisis d'une grande frayeur, et dirent: Assurément, cet homme était Fils de Dieu.)

Le personnage à cheval qui désigne de l'index le Christ est donc le Centenier (ou Centurion, commandant une troupe de cent soldats romains), mais il est vêtu d'une robe rouge fourré d'hermine, comme Caïphe.

                                        lanvenegen 1121v

 

— Détail 4 : la coiffure du Centenier :

C'est le "bourrelet" ou "balzo" que j'ai observé jusqu'ici sur des statues de saintes et que je vois traité ici au masculin.

                      lanvenegen-9013v.jpg

      Comparaison :

Plogonnec : la-passion 0289c  Guengat baie-0 0387c baie-0 0384cc 

Ergué-Gabéric : vitraux 0957ccc

 

 

3. Déposition de Croix.

     Sous le regard de la Vierge, de saint Jean et de Marie-Madeleine,  Joseph d'Arimathie soutient le corps du Christ tandis que Nicodème arrache le clou de la croix.

                                  lanvenegen 1122v

 

   

 

 

4. Mise au tombeau.

Les cinq personnages qui assistent à la mise dans le sépulcre sont de gauche à droite Nicodème, Marie-Madeleine, Marie, Jean, et Joseph d'Arimathie.

Détail 1 : On note la façon dont le nimbe de Jean flotte en amande au dessus de sa tête. C'est le seul nimbe de ce type sur cette verrière. A Plogonnec, cette soucoupe dorée surplombe la tête de la Vierge.

Détail 2 : les marques des supplices apparaissent sur le corps de Jésus sous forme de lacérations.

                        lanvenegen 1123v

 

 lanvenegen-9011c.jpg

   Comparer à :

 

Plogonnec   la-passion 8777c Penmarc'h saint-nonna 5303c

 

 

 

                               IV. Tympan.

 

lanvenegen 8966v

 

 

 

   "A plusieurs personnages de ces tableaux il manquait soit la tête, soit quelque membre. La verrière a été confiée à M. Hucher, du Mans, bien connu dans notre diocèse. Habile peintre verrier, il excelle dans la restauration des vieux vitraux : il l'a prouvé à Lanvénégen. Les teintes neuves se fondent tellement bien avec les anciennes ; les retouches sont si bien dans le sentiment ancien, que vus à distance, on ne peut plus distinguer les morceaux neufs des vieux. Ainsi a été assurée l'existence de ces débris, témoins du passé, et si précieux pour l'histoire de l'art en France. Le tympan de la fenêtre a été entièrement refait. Il se compose de dix lobes, les quatre principaux qui forment un cœur parfait sont peuplés d'anges portant les instruments de la Passion. Les six autres, à droite et à gauche ou au-dessous, sont ornés de branches de grenadier avec feuilles, fleurs ou fruits. Sur ces branches on a eu l'heureuse idée de dessiner les armoiries des principaux seigneurs de Lanvénégen au commencement du XVe siècle, et contemporains de l'exécution du vitrail. Au sommet de la fenêtre, le soufflet contient les armes mi-partie du Chastel et du Chastelier, en mémoire de François du Chastel, seigneur supérieur de Guiscriff et de Lanvénégen par son mariage, en 1522, avec Claudine du Chastelier, dame de Gournoise. Ces armes sont : Fascé d'or et de gueules de 6 pièces, qui est du Chastel ; et d'or à 9 quintefeuilles de gueules posées 3, 3, 3, qui est du Chastelier, seigneur de Gournoise. A droite des lobes formant cœur, les armes de Guéguen, seigneur de Saint-Quijeau : d'or à l'arbre de sinople, le tronc chargé d'un sanglier passant de sable ; au-dessous, celles de la Teste, seigneur de Lescrann : de gueules au cygne d'argent tenant en son bec une croix dentelée de même ; à gauche, les armes de Kervenozaël, seigneur de Rozengat etc. : d'argent à 5 fusées rangées en fasce et accolées de gueules, surmontées de 4 molettes de même ; au-dessous, celles du seigneur de Lanzonnet : d'azur au cor d'argent accompagné en chef d'un fer de lance de même, la pointe en haut ; dans un à-jour formé par les 4 lobes mentionnés en premier lieu, se trouvent les armes des Saint-Pezran qui ont succédé aux Kervénozaël, comme seigneurs de Rozengat : de sable à la croix pattée d'argent. Grâce à cette importante restauration, cette verrière est devenue, sans contredit, l'une des plus remarquables du diocèse. Un peintre verrier, l'ayant examinée en 1891, n'a pas hésité à dire qu'il l'estimait vingt mille francs." J. M. Le Méné, Histoire archéologique, féodale et religieuse des paroisses du diocèse de Vannes, 1898, p. 424-425  

 Note : Ces armes de "Lanzonnet" se blasonneraient plutôt d'azur au greslier d'argent accompagné en chef d'un fer de lance (alias : d'un pal) de même la pointe en haut, qui est "de Laudanet ou de Landanet, Sr de Coëtlevars ou Coatlevarec, de Kerlamoilic, Rr de Conquarneau, Ar. du 3 septembre 1669." (Toussaint de Saint Luc  Mémoires sur l'Etat du clergé et de la noblesse de Bretagne). Jehan de Landanet (du nom d'un manoir d'Elliant)  a été anobli en 1425 par le duc Jean V, et son fils Henri est à la Montre de 1481. Cette famille d'Elliant posséda le manoir de la Rivière à Tourch. Ce sont les mêmes armoiries que la famille de Keratry. Voir discussion La Pérenne Annexe E.

Ayant relevé cette erreur, j'ai lu plus tard l'article de  Pierre Holocou ("Les armoiries de l'église Saint-Conogan de Lanvénégen", Bull. Soc. d'Archéol. Finistère 2006 pp. 169-185) qui s'est livré à une étude héraldique et historique détaillée pour conclure : 

   "Vers 1875, le recteur et le conseil de fabrique de l'église de Lanvénégen entreprirent de grands travaux dans l'église paroissiale. Sans-doute guidée par les conseils du chanoine Le Mené, la restauration de la grande verrière fut réalisée. Dans un contexte de restauration imminente de la monarchie en France, il fut décidé de représenter dans cette verrière les armoiries des familles nobles contemporaines de la construction de l'église au début du XVIe siècle. Une analyse rigoureuse de la géographie féodale de Lanvénégen au début du XVIe siècle montre que cette représentation des armoiries s'avère avoir été réalisée sans aucun respect de cette réalité. On trouvera ici matière à réflexion pour tous ceux qui font une confiance aveugle aux sources écrites ou mêmes aux « armoiries » reproduites dans certaines églises au cours du XIXe siècle." 

 

Concernant la confusion des armoiries de Landanet, il écrit "La légèreté du travail de recherche est ici étonnante".

 

                                               ÉTUDE TECHNIQUE

 

Extrait de la thèse de Roger Barrié 1979 : 

Restauration et conservation.

 

  "Tout le tympan fut refait en 1875 par l'atelier manceau de Hucher, ainsi que de nombreuses têtes du Lavement, la partie supérieure du Christ dans la Crucifixion, et la tête de Malchus. Bien que l'on ait tenté d'imiter la technique picturale ancienne, ces restaurations sont plates, dans un style soit trop sulpicien pour le saint Jean, soit trop expressif pour le Malchus, et en général avec un trait hâtif et plus appuyé que l'original; une couverte brune harmonise ces pièces avec les verres anciens. Les morceaux du soubassement de l'Agonie, refaits par l'atelier Gruber en 1971, sont artificiellement vieillis par aspersion de grisaille liquide qui imite les points de corrosion du verre ; l'enlevage y dessine les brins d'herbe, alors qu'ils sont obtenus par le trait de grisaille et que le jaune est plus pâle sur les pièces refaites par Hucher. Certains verres incolores anciens, teints en jaune, sont attaqués extérieurement ce qui indique que le jaune d'argent qui d'habitude protège bien, a été mal appliqué et a peu pénétré dans l'épaisseur de la matière. Aujourd'hui, malgré un jet de pierre dans le panneau de la Mise au tombeau, aucun rouge doublé n'est attaqué en profondeur, et les verres violet, mauve et vieux rose sont les mieux conservés."

Les verres.

 

  "Les verres violets de la tunique du Christ et surtout vieux rose de la robe de Pilate, très transparents paraissent beaucoup plus minces que les autres verres de couleur et incolores. Les pièces de vert un peu jaunâtre semblent doublés à la différence du verre vert acide du soldat près de Pilate et du bourreau de gauche dans le Couronnement, teint dans la masse. Le placage rouge très aminci dans le fond de l'Agonie donne une couleur légère, alors que les rouges des vêtements sont plus épais et donc d'une coloration plus soutenue. On observe quelques défectuosités de planimétrie. La largeur des pièces est moyenne, sauf pour le tombeau de la dernière scène ; les visages et les nimbes sont peints sur la même pièce, parfois deux visages ensemble. Les plombs suivent une découpe assez souple ; aucun galon de vêtement n'est mis en plomb, mais quelques sertissages minutieux pour des ceintures et la corde qui lie le Christ dans trois épisodes du supplice. Dans les scènes dont le carton est identique à ceux d'Ergué-Gabéric, on peut faire les mêmes remarques pour l'utilisation des plombs soulignant les profils des visages comme ceux de quatre personnages dans la Comparution devant Pilate." (Roger Barriè)

 


 

      Voir l'ensemble des verrières attribuées au même atelier quimpérois (Le Sodec ?) et utilisant les mêmes cartons :

Les vitraux anciens de l'église d'Ergué-Gabéric.

Les vitraux de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h (29).

Le vitrail de la Passion (Maîtresse-vitre) de l'église St-Thurien de Plogonnec (29).

 

Sources et liens :

— GATOUILLAT (Françoise) HEROLD (Michel), Les Vitraux de Bretagne, Corpus vitrearum France recensement VII, Presses Universitaires de Rennes : Rennes 2005.

 — BARRIÉ (Roger)  Etude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle : Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper / ; sous la direction d' André Mussat, 1979  Thèse de 3e cycle : Art et archéologie : Rennes 2 : 1979. Bibliogr. f. 9-32. 4 annexes (vol. 2)

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 22:50

Anne trinitaire de l'église Notre-Dame-du-Folgoët de Bannalec (29).

15e siècle.

Voir :

Groupes de Sainte-Anne Trinitaire de la vallée de l'Aulne.    

L'église du Vieux Bourg à Lothey : Anne trinitaire.

Sainte-Anne trinitaire du Musée départemental de Quimper.

Anne trinitaire de l'église de Plougasnou.

  Anne trinitaire de l'église de Guimaëc.

Sainte Anne trinitaire de Burgos.

Les statues de l'église de Plourin-les-Morlaix (2 : Anne trinitaire) .

etc...

                             anne-trinitaire 1058v

 

  Après avoir admiré en Bretagne de nombreux groupes intitulés "Anne trinitaire" et représentant la Vierge et l'Enfant accompagnés de sainte Anne, mère de la Vierge, j'éprouve, devant un nouvel exemple, beaucoup de curiosité à découvrir comment l'artiste va traiter ce thème avec ses figures imposées qui sont "le livre comme objet intermédiaire" et "la transmission corporelle par le jeu des mains et des pieds".

 Je retrouve vite ici les poncifs : la guimpe cachant entièrement les cheveux d'Anne (car elle est, sinon veuve, du moins retirée de la vie féconde) ; la tête couronnée de la Vierge, aux cheveux dénoués pour signifier au contraire sa fécondité. De même, la poitrine d'Anne est cachée et celle de Marie apparaît sous un décolleté arrondi. 

Mais au lieu de trouver deux femmes de la même taille, assises et tenant l'enfant, ou bien à l'inverse une Anne adulte tenant une Marie à taille de fillette qui maintient un poupon semblable à sa poupée, nous avons deux personnages adultes, de la même taille, réunis autour de l'enfant placé au milieu.

 Ce n'est qu'après coup que l'on voit que Marie est juchée sur un meuble, comme une enfant qu'on redresse en l'asseyant sur les annuaires des Postes ( Bottin par antonomase) ; et ce procédé est extrémement astucieux puisqu'il permet à l'artiste de signifier la différence de génération entre Marie et sa mère par la taille supérieure de sainte Anne, mais de le faire sans offenser  la Vierge en la diminuant. Mieux, celle-ci est grandie par les deux livres contenus dans le coffre : métaphoriquement, elle est elevée (à sa dignité) par le pouvoir des Écritures, celle de l'ancien Testament qui annonce sa venue (Isaïe 7,14 "Voici la jeune fille est enceinte et elle enfantera un fils") et celle du Nouveau Testament qu'elle et son Fils vont écrire par leur vie : Matthieu 1, 23 :Voici que la vierge concevra et enfantera un fils". Ce piédestal des Écritures, encore en puissance lorsqu'il n'est que lecture —celle-là même qui occupait Marie lorsqu'elle reçut la visite de Gbariel — devra s'accomplir et se faire chair, existence et Passion : c'est ce Verbe que représente le troisième livre, celui, prémonitoire, que sainte Anne présente à l'enfant. 

  Les trois personnages ne sont pas réunis par leur parenté, mais par leur connnaissance de leur rôle respectif dans un plan divin du Salut : tout l'enjeu est de traduire cette connivence sacrée dans leurs échanges. Parfois, le livre est l'objet médian tenu par chacun, ici c'est le Christ qui est médian : Anne se contente de poser la paume sur son bras, ce simple contact n'étant ni un soutien, ni une caresse, mais une imposition (ou une bénédiction ?). Marie le tient dans le creux de son bras gauche, mais vient aussi saisir son pied gauche, dans un geste qui n'a aucun sens en terme de maternage mais qui se justifie dans cette circulation des échanges. Quant au Christ, il tient — c'est là le plus inattendu — de sa main gauche l'extrémité d'une mèche de cheveux de sa Mère, mèche qui n'est pas là par hasard puisqu'elle se courbe à cet effet. Sa main droite est posée sur la poitrine de sa mère. Bien que cela soit un peu délicat de le souligner, l'artiste le met en scène si expressément qu'on ne peut le nier : l'Enfant Jésus se relie par ses mains aux deux symboles les plus féminins ou les plus liés à la fonction maternelle d'engendrement et de nutrition : les cheveux (symbole métonymique de la puissance sexuelle) et le sein. Du livre tenu par Anne, et par la chaîne des contacts des mains, nous parvenons à l'engenderment. Une savante mise en image de la parole de Jean 1 "Et le Verbe s'est fait chair".

  Dans les groupes assis, les corps d'Anne et de Marie s'unissent souvent jusqu'à se confondre, mais ici, ils forment deux colonnes distinctes, rassemblés par un bloc beige qui tend à mêler les robes aux lourds plis verticaux en un seul rideau. Le manteau d'Anne est bleu ourlé d'or et à revers rouge, couleurs qui s'inversent dans le manteau rouge parsemé de fleurs or et à revers bleu de la Vierge. Les deux robes sont couleur or.

 En dessous, devant le pied de la Vierge, se voit une boule rouge, qui est sans-doute la pomme-globe terrestre que l'Enfant-Jésus tient dans ses mains dans d'autres sculptures, à moins qu'il s'agisse d'un ornement d'un coussin.

J'ai consulté la notice de l'Inventaire du patrimoine, rédigée en 2001 par Sophie Tissier :  

Pierre : granit de grain très fin.

h = 125 ; la = 65 ; pr = 35

La Sainte Anne de Bannalec se distingue parmi les nombreuses représentation de la Sainte Parenté par l'originalité de sa composition. Ici, dans la formule de la juxtaposition horizontale, Anne est debout et la différence d'échelle entre Marie et elle est compensée par la position de Marie, juchée sur un coffre. La Vierge tient dans sa main le pied gauche de l'Enfant selon une iconographie courante du 15e siècle mais qui relève davantage de l'iconographie des Vierges de tendresse que celle des groupes trinitaires. Cette oeuvre, avec certaines maladresses d'exécution, est probablement due à un atelier local. Classé au titre objet le 27 avril 2001.

 

 

anne-trinitaire 1053c

 

 

                           anne-trinitaire 1088c

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 22:17

Les vitraux de Gérard Lardeur à Bannalec (29).

Église Notre-Dame-de-Folgoët, 2001-2002.

 

Voir aussi:

Les vitraux de Gérard Lardeur à Langonnet.

Les vitraux de Gérard Lardeur à Saint-Sauveur (Finistère).

Vitraux contemporains du Finistère :

Les vitraux de Jean Bazaine à la chapelle Ty ar Zonj de Locronan (29).

Chapelle de la Madeleine à Penmarc'h : les vitraux de Jean Bazaine..

Les vitraux de l'église Saint-Louis de Brest : 2) commentaires.

Les vitraux de Manessier à Locronan, chapelle de Bonne-Nouvelle.

Les vitraux de Louis-René Petit à Saint-Jean-du-Doigt (29).

Vitrail de Jacques Le Chevallier : L'arbre de Jessé de l'église de Gouesnou .

etc.



             vitraux 1046c

 

 

                                 vitraux 1049v


 

                               vitraux 1035c

 

 

                             vitraux 1038v

 

 

 

                              vitraux 1040v

 

 

                                  vitraux 1042v

 

 

 

                  vitraux 1044v

 

Lien : 

Centre International du Vitrail : http://www.centre-vitrail.org/fr/lardeur-gerard,article-57.html

 


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