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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 18:54
Crossette : un lion. Abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

Crossette : un lion. Abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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I. LES STATUES.

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Les trois statues faites par l'Atelier ducal du Folgoët (1423-1468).

Dans son ouvrage Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne (2014), Emmanuelle Le Seac'h attribue trois statues des jardins du Musée de l'Abbaye de Daoulas au Grand Atelier ducal du Folgoët, atelier dont elle dresse le catalogue au Folgoët, sur les porches de la cathédrale de Quimper, de Rumengol et de La Martyre ou de Saint-Herbot, etc. Il s'agit du tout premier atelier connu de sculpture sur pierre dans notre région, et je m'attache à en retrouver chacune de ces sculptures pour en publier images et descriptions dans ce blog.

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1. Saint Sébastien, kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468). 

Cette statue est placée au pied de l'escalier menant au jardin des plantes médicinales, à l'ombre d'un arbre. Le martyr est représenté comme d'habitude les mains liées dans le dos à un tronc écoté, et, comme d'habitude également, c'est un éphèbe qui, avec son maillot moulé, fait concurrence à un maître nageur ou surveillant de baignade bien bronzé. Mais au lieu de la chevelure bouclée et dorée qui s'impose, il porte les cheveux taillés au bol et s'arrêtant sur le front un un épais rouleau. Il subit son martyre dans la belle indifférence des saints, et c'est même avec un sourire à demi-ironique qu'il regarde les archers qui le visent. Il a deux trous rouges au coté droit, ... deux autres à gauche, et un encore béant en plein sternum.

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Saint Sébastien, kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

Saint Sébastien, kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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Saint Sébastien, kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

Saint Sébastien, kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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Saint Sébastien, kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

Saint Sébastien, kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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2. Saint André et sa croix. Kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468). 

Juste avant qu'il ne parvienne au cloître, le visiteur découvre une belle statue de saint André, identifié à sa croix en X dont il tient les traverses, comme le gouvernail d'un navire, devant lui. Il porte une tunique ceinturée à la taille et un manteau aux longues manches relevées. 

Saint André et sa croix. Kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Saint André et sa croix. Kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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Saint André et sa croix. Kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Saint André et sa croix. Kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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Saint André et sa croix. Kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Saint André et sa croix. Kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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Le visage à la belle barbe peignée est remarquable par la chevelure, faite de mèches bouclées rayonnantes, identique à celles de la statue de Jean-Baptiste dans l'église, mais identiques aussi aux cheveux de saint Jean l'évangéliste sur le calvaire de Rumengol, ou des anges de l'autel du Folgoët, tous  du même atelier.

Les yeux ressemblent à des amandes dont les fruits charnus apparaîtraient dans l'entrebâillement de deux coques bombées, formant les paupières. Ce trait stylistique est également retrouvé dans les deux autres statue de l'atelier du Folgoët.

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Saint André et sa croix. Kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Saint André et sa croix. Kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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Saint André et sa croix. Kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Saint André et sa croix. Kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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3. Un moine, kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468). Sortie du  Cloître de l'abbaye.

Lorsque le visiteur sort du cloître vers  la Salle capitulaire par une porte voûtée en pierre, il passe entre deux statues, celle de saint Pierre à droite, et celle d'un moine à gauche.

Ce moine est remarquable par sa coupe de cheveu "au bol" ne laissant qu'une couronne. Ses yeux sont en amande ; ses oreilles sont larges. Ses pieds sont nus, et forment un angle ouvert. Il est vêtu d'une aube, d'une coule de bure sans ceinture, et un scapulaire au capuchon rabattu. 

Il tient dans la main gauche un étui en toile, oblong et  marqué d'une croix. Ce sac protège très certainement un livre, que le (saint) moine désigne d'un index sûr. 

L'abbaye de Daoulas était une assemblée de chanoines réguliers de saint Augustin.

 L'habit de chœur et la robe d'extérieur des moines augustins est de laine noir, avec de longues manches larges, une ceinture de cuir noir, et un capuchon long dont la pointe atteint la ceinture. La robe d'intérieur se compose d'un habit noir avec scapulaire.

 Voici une illustration de leur habit  (Wikipédia) :

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Comment l'identifier ? Faut-il y voir un abbé de Daoulas ou un chanoine régulier de Saint-Augustin ? Cela semble très peu vraisemblable. Saint Vincent Ferrier ? Saint Yves ?? Les théologiens augustins Hugues ou Richard de Saint-Victor ?

 

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Moine, kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Moine, kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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Moine, kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Moine, kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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Moine, kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Moine, kersanton, Grand atelier du Folgoët (entre 1423 et 1468), Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Les sculptures sur pierre de l'ancienne abbaye de Daoulas IV : les jardins et le cloître du Musée.

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4. Saint Pierre. Kersanton. Sortie du  Cloître de l'abbaye. 

J'ai déjà signalé sa présence en vis à vis du moine, encadrant l'une des sorties du  cloître. J'ignore pourquoi Le Seac'h ne l'a pas attribué à l'atelier du Folgoët; mais je retrouve ici les yeux caractéristiques de ce dernier. A droite de la tête,  le paneton d'une clef particulièrement grande. Les cheveux sont bouclés, mais dégagent une vaste calvitie. 

Le saint est vêtu d'une tunique ceinturée à la taille et d'un manteau dont il récupère le pan droit par la main gauche. Un livre est accroché à la ceinture. La poignée de la clef est faite de la réunion en V de deux volutes.

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Saint Pierre, kersanton, cloitre de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Saint Pierre, kersanton, cloitre de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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5. Tête sur une console. Cloître de l'abbaye. 

On  trouve ce visage au sourire figé mais charmant en face des deux statues précédentes (moine et saint Pierre).

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Tête parmi les fleurs de millepertuis,  kersanton, cloitre de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Tête parmi les fleurs de millepertuis, kersanton, cloitre de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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6. Un évêque.

Dans la pénombre des arbres, la statue d'un saint évêque accueille le visiteur dès le début de son circuit, avant d'accéder au saint Sébastien. C'est un évêque ou un abbé comme nous en voyons tant, mitré, tenant sa crosse, bénissant, vêtu d'une cape sur une tunique et une aube. 

 

Un évêque ou abbé, Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Un évêque ou abbé, Jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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7. Un drôle de bonhomme vert, kersanton. Devant la fontaine Notre-Dame.

Ce personnage résulte-t-il de la transformation d'une ancienne stèle ? Est-ce plutôt une crossette détachée de sa toiture ? Il n'a rien de très chrétien, et tout est bouffi chez lui : les yeux, le visage, ou le ventre. Sa teinte verdâtre lui vient de son séjour à l'ombre des futaies. Il est barbu, il a la bouche ouverte, les cheveux tirés en arrière par un double bandeau, et il cavale à califourchon sur son socle par l'intermédiaire de jambes démesurément courtes en comparaison des bras. Ses poignets sont ornés de bracelets. Mais de quel instrument joue-t-il, le bougre ? D'Un cervelas ?

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Un homme vert et vicieux, ancienne crossette ?, kersanton, fontaine Notre-Dame, jardins de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Un homme vert et vicieux, ancienne crossette ?, kersanton, fontaine Notre-Dame, jardins de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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Un homme vert et vicieux, ancienne crossette ?, kersanton, fontaine Notre-Dame, jardins de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

Un homme vert et vicieux, ancienne crossette ?, kersanton, fontaine Notre-Dame, jardins de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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8. Le Christ sortant du tombeau. Bas-relief. Mur du cloître. 

Il domine la statue du moine sur la clôture du cloître. C'est une Sortie du Tombeau conventionnelle, dans laquelle le Christ, nimbé, enjambe le bord de la tombe, traçant une bénédiction et tenant l'étendard de la Résurrection. Des trois soldats qui gardent le tombeau  l'un est assis, endormi le front sur sa lance, l'autre est  allongé, la main sous la tête, l'autre main tenant la lance et le troisième nous tourne le dos mais s'appuie aussi sur une lance . 

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Le Christ sortant du tombeau. Bas-relief. Mur du cloître  de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Le Christ sortant du tombeau. Bas-relief. Mur du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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II. LES BLASONS ET PIERRES ARMORIÉES.

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Je vais tenter de suivre un ordre chronologique.

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1. Armoiries de l'abbé Guillaume Le Lay 1468-1502.

Les armoiries suivantes sont immédiatement visibles par le visiteur qui a franchi la billetterie du Musée et qui les découvre sur le pignon d'un bâtiment placé à la gauche de la cour, au sommet d'une arcade gothique en kersanton. Le blason est sommé d'une crosse, témoignant

On y voit un lion (avec ses griffes et sa langue), ce qui pourrait correspondre à Guillaume Le Lay, de gueules au lion d'or, abbé de Daoulas de  1468 à 1502.

" Guillaume Le Lay, mort le 23 juin (ou 22 mai) 1502. Ses armes, de gueules au lion d'or, étaient à la chapelle de la Trinité, à la seconde panelle de la chapelle du Rosaire, et à son tombeau placé dans l'église et sur lequel était une statue le représentant couché. Il fut enterré en une tombe de cuivre, au raz de terre, où il est représenté en abbé, tenant un calice en ses mains, mitre en tête et crosse entre son bras droit. Sur une plaque en cuivre émaillé se lisait cette inscription en lettres capitales gothiques : HIC : JACET : FRATER : GUILLELMUS : LE LAY. : ABBAS : HUJUS : MONASTERII : DE : DAOULAS. : QUI : REXIT : ILLUD : ANNOS : XXV : ET : RESTAURAVIT : AC : ACQUISIVIT : EI : PLURA : BONA : OBIIT : AUTEM : DIE : XXIII : MENSIS : JUNII : ANNO : DOMINI : M.CCCCCII. Il était de la famille Le Lay de Gouelettreff, en Plouider, et de Kerprovost, en Cléder.

Une note marginale du vieux nécrologe nous apprend qu'il avait acheté le manoir du Fresque, et fait reconstruire le monastère, auquel il avait ajouté une maison. Il avait ajouté la paroisse de Dirinon à la mense canoniale en vertu d'une bulle du pape Alexandre V, de 1497, qui permit d'y établir, sans avoir recours à l'ordinaire, un chanoine ou prêtre amovible ayant charge d'âmes et comptable envers l'abbaye. Il avait en outre fait réparer les autres édifices, transféré et rebâti en entier dans le cimetière la chapelle de la Trinité, acheté une mitre d'une grande richesse, beaucoup d'autres ornements, les calices en vermeil, les lits du dortoir, et assigné aux chanoines une rente annuelle de 40 sols pour les aider à s'acheter du bois de chauffage pendant l'hiver, à charge de dire pour lui, chaque matin, à perpétuité, un De profundis avec l'oraison des fidèles."

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Armoiries de l'abbé Guillaume Le Lay, cour de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 
Armoiries de l'abbé Guillaume Le Lay, cour de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Armoiries de l'abbé Guillaume Le Lay, cour de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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Armoiries de l'abbé Guillaume Le Lay, cour de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Armoiries de l'abbé Guillaume Le Lay, cour de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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En réalité, je sais parfaitement que mon diagnostic est faux, car j'ai passé sous silence un détail : ce lion est couronné. Ce qui ne correspond, sauf erreur,  à aucun blason des abbé de Daoulas.

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Armoiries d'un abbé, au lion  couronné, cour de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Armoiries d'un abbé, au lion couronné, cour de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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2. Croix aux armes de Maufuric de Lezuzan. Granit, vers 1450.

Décrite sous le n° 400 dans l'Atlas des Croix et Calvaires du Finistère et datée vers 1450, c'est une croix à pans de 1,15 m de haut comportant sur la face exposée au public le Crucifix sous le titulus, et au verso une Vierge à l'Enfant sous un dais. À la base de ce coté de la croix se voit le blason des Maufuric,seigneur de Lezuzan à Dirinon, très vraisemblablement en relation avec une donation de Guy de Maufuric, abbé de Daoulas vers 1441-1468

"Guy de Manfuric de Lezuzan, licencié en droit canonique, qui portait pour armes d'azur au chevron d'argent accompagné de trois oiseaux de mer nommés pales. Ces armes se voyaient aux deux tombes de sa famille dans un caveau sous les marches de l'autel de la chapelle du Faou, à la grande vitre, aux chaises du choeur qu'il avait fait faire, à la grosse cloche fondue par ses soins et à beaucoup d'autres endroits de l'église. Il avait fait bâtir le clocher et avait obtenu du pape le droit de porter la mitre. Il avait fait des legs nombreux pour la nourriture et l'habillement des chanoines. Il mourut le 22 mai 1468. Il paraît qu'il s'était démis en 1452."

Les armoiries de Maufuric se voient toujours à Dirinon, d'une part au fronton des deux fontaines de Sainte-Nonne et de Saint-Divy, mais aussi sur le gisant de sainte Nonne, et sur son reliquaire gothique en vermeil, conservé dans l'église de Dirinon. A Daoulas, on trouve aussi les armes de l'abbé Maufuric sur l'une des clefs de la voûte lambrissée de l'ancienne abbatiale de Daoulas, mais nous n'avons plus la trace de celles qui ornaient son tombeau, la maîtresse-vitre et les stalles du chœur, ou "la grosse cloche" de jadis.

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Croix aux armes de Guy Maufuric, jardins de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Croix aux armes de Guy Maufuric, jardins de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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Hélas, le Musée a préféré favoriser la botanique, et la vigoureuse branche d'un arbre occulte aujourd'hui le verso de cette croix. Un arbre ? Que dis-je ! Un Cephalotaxus harringtonia, un vénérable Pin japonais à queue de vache, ou en japonais, 犬榧 INUGAYA . Ni plus ni moins. 


Voici une photo de l'allée, avec à droite saint Sébastien, et à gauche le floride Cephalotaxus qui essaye de se cacher derrière le petit doigt d'un Palmier. La croix est visible, mais c'est parce que je vous ai mis une flèche, non ?

La croix de Maufuric à l'extrême gauche, caché par Cephalotaxus et par un palmier,  et saint Sébastien à droite,  jardins de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

La croix de Maufuric à l'extrême gauche, caché par Cephalotaxus et par un palmier, et saint Sébastien à droite, jardins de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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En glissant mon appareil derrière la queue de vache de  ce boa à plumes vertes, voici ce que mon objectif a aperçu des armoiries. Pour ainsi dire que dalle.

Revers de la Croix, portant au pied les armes de Guy Maufuric, jardins de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Revers de la Croix, portant au pied les armes de Guy Maufuric, jardins de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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Croix aux armes de Guy Maufuric, jardins de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Croix aux armes de Guy Maufuric, jardins de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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3. Blason de Jean de Kerguiziau, l'abbé de Daoulas de 1573 à 1581, kersanton.

Ouh là là, je me hasarde ! Car je ne vois sur ce blason ovale du mur séparant le cloître de la salle capitulaire qu'une mitre et ses fanons. À la rigueur une crosse abbatiale, pour ce point d'interrogation entre la mitre et le médaillon. 

En cherchant, je crois d'abord reconnaître la partie inférieure de trois hermines. Mais aucun des abbés de Daoulas ne porte des hermines sur ses armoiries. En cherchant encore, je réalise que le zig-zag que je prends pour la queue de l'hermine peut correspondre au déchiqueté de la tête d'aigle arrachée, un autre meuble héraldique. Or, en Bretagne, on trouve ce meuble sur les armoiries de la famille de Kerguiziau : d'azur aux trois têtes d'aigle (alias d'épervier) d'or arrachées.

A la longue, je finis par apercevoir les trois yeux, puis distinctement les trois  têtes.

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Or, Jean de Kerguiziau (originaire de manoir de Kerguiziau en Bohars) fut abbé de Daoulas de 1573 à 1581 à la suite de Jean Le Prédour.

" Jean de Kerguiziau lui succéda et mourut le 29 septembre 1581. De même que les abbés Jégou et Prédour, il fut nommé contrairement aux prescriptions canoniques par une bulle de Grégoire XIII de 1573. Mais comme cette bulle n'était expédiée qu'à titre provisoire, il y a lieu de croire que la situation de l'abbé de Kerguiziau fut régularisée par une élection. Il prit possession de l'abbaye l'année suivante, et prêta serment de fidélité au roi, à la chambre des comptes de Nantes, en 1576. Ses armes, d'azur à trois têtes d'aigle (alias d'épervier) arrachées d'or, se voyaient à son tombeau, à la fenêtre du porche de l'église abbatiale, construit par ses soins, et à l'enfeu de la maison de Tréanna. (Dom Pinson)

" Il fut inhumé au côté de l'Evangile du maître-autel ; sa tombe portait cette inscription : HIC. JACET. FRATER . JOHANNES . DE. KERGVIZIEAV. ABBAS . HVIVS . MONASTERI . DE . DOVLAS . QVI . REXIT . ILLVD . ANNIS . VIII . ET . RESTAVRAVIT . ET . ACQVISIVIT . El . PLVRA . BONA . OBIIT . AVTEM . DIE . DECIMA . MEN . SEPTEMBRIS . ANO . DNI . MVcLXXXI. (M. Abgrall, 1906)

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Finalement, je trouve confirmation de ma découverte dans le texte suivant : "Quelques pierres sculptées provenant des démolitions du choeur ont été recueillies dans le cloître : on y voyait les armes de l'abbé Jean de Kerguiziau (mort en 1581)."

Armoiries de l'abbé Jean de Kerguiziau (1573-1581), clôture du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Armoiries de l'abbé Jean de Kerguiziau (1573-1581), clôture du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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4. Quatre pierres datées de 1660 portant les armoiries  de Charles Maurice Le Tellier, abbé commendataire de l'abbaye de Daoulas de 1651 à 1666. 

L'une d'entre elles se trouve devant la croix aux armes de Maufuric, l'autre au bord d'une allée descendant vers la fontaine et l'oratoire, la troisième au dessus d'une porte donnant sur le cloître, la quatrième au dessus de l'entrée de la billetterie. 

Dom Pinson signale http://visualiseur.bnf.fr/CadresFenetre?O=30000002076390&I=571&M=tdm

que Charles Le Tellier "a partout arboré ses armes comme sur la porte de la grange (l'actuelle porte du Musée), au pignon de la cour, proche de la fontaine, au colombier et à quelques lieux dépendants de l'abbaye". Pourtant, il ne s'est sans-doute jamais rendu sur place, se contentant de percevoir les bénéfices de son titre : c'est ça, un abbé "commendataire" ! D'autant qu'il n'avait que neuf ans lorsqu'il fut pourvu de l'abbaye de Daoulas, en 1651 bénéficiant de la haute situation de son père Michel Le Tellier (1603-1685), qui fut secrétaire d'État français de la Guerre (1643-1677), puis chancelier de France (1677-1685). Son frère, qui   n'est autre que le célèbre marquis de Louvois, recevra de son père, à quinze ans, la charge de secrétaire d'État français de la Guerre (1662-1691),

Cet enfant né avec une cuillère d'argent dans la bouche,  ne se contentera pas d'être abbé au fin fond de la Basse-Bretagne. En 1666, Il remit l' abbaye entre les mains du roi en 1666, après en avoir joui pendant quinze ans, puis deviendra Pair de France,  maître de la chapelle de musique du roi, puis archevêque-duc de Reims de 1671 à sa mort.

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Les armoiries de la famille Le Tellier se blasonnent  d'azur aux trois lézards d'argent posés en pal, au chef cousu de gueules à trois étoiles d'or.

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Par SanglierT — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=25032533

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Les armoiries sont entourées de deux palmes, sont  complétées ici du chronogramme 1660, de la crosse abbatiale et de la mitre, et, curieusement, sommées d'une couronne de comte. La couronne royale appartient bien aux armoiries épiscopales des archevêques de Reims,par privilège, mais en 1660, Le Tellier n'est pas encore à ce poste. 

 

 

Pierre datée de 1660 portant les armoiries  de Charles Maurice Le Tellier, abbé commendataire de l'abbaye de Daoulas de 1651 à 1666, jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Pierre datée de 1660 portant les armoiries  de Charles Maurice Le Tellier, abbé commendataire de l'abbaye de Daoulas de 1651 à 1666, jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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Pierre datée de 1660 portant les armoiries  de Charles Maurice Le Tellier, abbé commendataire de l'abbaye de Daoulas de 1651 à 1666, jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Pierre datée de 1660 portant les armoiries  de Charles Maurice Le Tellier, abbé commendataire de l'abbaye de Daoulas de 1651 à 1666, jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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Troisième et quatrième exemples des armoiries de Le Tellier.

 

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Pierre du cloître portant les armoiries  de Charles Maurice Le Tellier, abbé commendataire de l'abbaye de Daoulas de 1651 à 1666, jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Pierre du cloître portant les armoiries  de Charles Maurice Le Tellier, abbé commendataire de l'abbaye de Daoulas de 1651 à 1666, jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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Pierre au dessus de l'entrée du Musée, portant les armoiries  de Charles Maurice Le Tellier, abbé commendataire de l'abbaye de Daoulas de 1651 à 1666, jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Pierre au dessus de l'entrée du Musée, portant les armoiries  de Charles Maurice Le Tellier, abbé commendataire de l'abbaye de Daoulas de 1651 à 1666, jardin de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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5. Les Armoiries de Rohan-Chabot. XVIIe siècle ?

Ces armoiries, qui se blasonnent Écartelé : de gueules à neuf macles d'or, posées 3, 3, 3 (qui est de Rohan), et d'or à trois chabots de gueules, 2 et 1 (qui est de Chabot) ont été celles de Louis de Rohan-Chabot, prince de Léon puis duc de Rohan (1652-1727). 

Dans un aveu de 1641, la mère de ce dernier, Marguerite de Rohan mentionne dans la description de la principauté du Léon La « Terre, seigneurie, chatellenie et vicompté de Daoulas, membre et faisant aussy partye de ladicte principaulté. Et premier : Le vieu chasteau à présant ruyné et démoly, avecq le droict de guet sur les vassaux..." Patrick Kernévez et Robert Le Roy, "La seigneurie de Léon au XVe et XVIe siècle",  Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. CXXXV, 2006, p. 299-319

 

"Le site de Daoulas était comparable à celui de Landerneau : le premier point de passage au fond d’une ria, c'est-à-dire ce que l’on a parfois qualifié de cité « fluvio-maritime ». La faible superficie de la paroisse est, en outre, caractéristique d’une origine castrale. Ce château est attesté dès 1163, lors des guerres entre les vicomtes de Léon et du Faou : le vicomte de Léon y fit enfermer celui du Faou qui y mourut de faim et de soif. C’est peu après que Guyomarch de Léon y fonda un monastère en faveur des chanoines de saint Augustin. Cette abbaye devait devenir la nécropole des seigneurs de Léon : dans leur testament, Hervé VII et Hervé VIII de Léon demandèrent à y être inhumés, comme leurs ancêtres. Le château de Daoulas était une motte que jouxtait un probable château de pierre. Les deux ouvrages étaient implantés sur des îlots, au milieu du cours d’eau, à proximité du pont que franchissait une ancienne voie romaine permettant de relier Châteaulin à Brest, via Le Passage en Plougastel-Daoulas.  Dans son mémoire de 1479, Jean de Rohan indiquait que le château était en ruine, suite à sa démolition par les Anglais, vraisemblablement vers le milieu du XIVe siècle."

"L’abbaye profita des libéralités des seigneurs de Léon qui lui abandonnèrent à plusieurs reprises divers droits et même jusqu’à cent livres de revenus annuels octroyés par Hervé VIII dans son testament, en 1363. Une petite forêt s’étendait au nord de la cité ; les seigneurs de Léon disposaient en outre d’un manoir de plaisance au Rosier, à 7,4 kilomètres de Daoulas et 1,3 kilomètre au sud du bourg de Plougastel-Daoulas. Il constitua une partie du douaire de Jeanne de Montmorency, en 1337-1339. Après la ruine du château de Daoulas, les prisonniers de cette juridiction devaient être conduits aux geôles de La Roche-Maurice, pratique encore attestée en 1678. La seigneurie de Daoulas fut affermée par Jacques de Rohan à Jean de Kérérault moyennant 400 livres par an en 1526 mais fut récupérée peu de temps après par ses héritiers." Patrick Kernévez et Robert Le Roy, "La seigneurie de Léon au XVe et XVIe siècle", Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. CXXXV, 2006, p. 299-319. 

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 Mais Jean-Luc Deuffic signale que Louis-François-Auguste de Rohan-Chabot (1788-1833), Prince de Léon duc de Rohan possédait en 1825 une maison à Daoulas, dans le quartier de Penanguer. Les armoiries datent-elles du XIXe siècle ?

Aubisse, travail personnel sur Wikipédia.

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Armoiries des Rohan-Chabot, cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Armoiries des Rohan-Chabot, cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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Armoiries des Rohan-Chabot, cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 
Armoiries des Rohan-Chabot, cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

Armoiries des Rohan-Chabot, cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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III. LE CLOÎTRE (XIIe SIÈCLE) ET SA VASQUE OCTOGONALE (XIVe ?).

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Le cloître actuel est ce qui reste du celui du XIIe siècle, construit lors de la création ou reconstruction de l'abbaye entre 1173 (charte de fondation par Guyomard IV vicomte de Léon) et 1232 (consécration en présence des évêques de Quimper et de Vannes). Les bâtiments furent vendus en 1792 à François Guiastrannec ;  les deux ailes sud et nord furent presque aussitôt après démolies, ainsi que la charpente et la couverture du cloître.  Puis la propriété passa aux mains de l'ingénieur de la marine Barbé. Vers 1800 sont construits les bâtiments administratifs actuels. Dans les deux premiers tiers du XIXe siècle : les héritiers du général Barbé abattent le corps principal des bâtiments monastiques, puis Mlle de Berdoaré, nouvelle propriétaire, vend des pierres des diverses constructions de l'abbaye, y compris du cloître, à tous ceux qui ont des constructions à faire. 

"D'autres ventes des biens de l'abbaye avaient eu lieu antérieurement, notamment celle de l'abbaye proprement dite, du cloître, des jardins, vergers et autres dépendances, adjugés le 12 juillet 1792, pour une somme de 13,200 liv., à M. François Guiastrennec, de Brest, qui les revendit plus tard à M. Barbé, ingénieur de la marine, lequel vint habiter Daoulas et y mourut. Quand son fils, commissaire de la marine, prit sa retraite, il vint se fixer à Daoulas, abattit le corps principal des anciens bâtiments monastiques faisant face au S. S. O., les reconstruisit dans un style simple et moderne, et en signe caractéristique de son ancien grade, il fit placer sur la porte d'entrée, un écusson renfermant une ancre enroulée d'un câble. Il l'habita jusqu'à sa mort. Alors son frère, général d'artillerie, le remplaça et se complut à rassembler toutes les sculptures antiques et autres objets qu'il put trouver dans l'abbaye. De ce nombre, nous dit M. Galmiche, sont l'écusson placé au-dessus de la porte communiquant du cloître avec les jardins, et une très-ancienne pierre représentant la résurrection de Jésus-Christ, que l'on voit sortant du tombeau, tenant sa croix d'une main et posant un pied à terre devant ses gardes endormis. Des fouilles opérées par les soins du général Barbé, firent découvrir la vasque du cloître, de 1m 50 de diamètre, et brisée, quoique ronde, en deux parties offrant à l'extérieur six dessins différents. A l'origine, elle devait contenir une fontaine monumentale, car elle est percée de six trous destinés à l'échappement de l'eau.

En 1835, le chevalier de Fréminville écrit dans Antiquités de la Bretagne : Finistère : 

"Le cloître, que je n'avais pas pu voir lors de mon précédent voyage en ce lieu, parce qu'il est devenu une propriété particulière dont l'entrée est interdite au public, le cloître est incontestablement le plus joli monument gothique lombard qui existe dans le Finistère. Il est d'autant plus remarquable qu'il date des derniers monuments où ce genre d'architecture fut usité en France, et qu'on peut le considérer comme un exemple de ce style parvenu à son apogée. Son enceinte, qui figure un carré long, se compose d'arcades à cintres pleins supportées par de petites colonnes tantôt simple, tantôt doubles, et toutes surmontées de chapiteaux décorés d'ornements fort bien conçus et soigneusement exécutée. Il n'y a en vérité aucun ordre, aucune symétrie dans l'ensemble de ces ornements ; chacun des chapiteaux en a de particuliers, et il n'y en a pas deux semblables, mais ils sont dans un genre dont l'élégance ferait honneur aux belles époques de l'art architectural. Ils consistent généralement en feuilles ou volutes et en palmettes disposées avec autant de goût que d'intelligence. Il y a onze arcades sur chacun des grands cotés de l'enceinte de ce cloître, et sept sur chacun des petits cotés (*).

 il est bien à désirer que le propriétaire de cette portion du monastère de Daoulas n'en achève pas la destruction : sa construction, comme je viens de le faire sentir, est aussi importante sur le plan des arts que sous celui de l'archéologie"

(*)  Le nombre des arcades n'est pas exact ; Fréminville n'en a compté que onze d'un côté au lieu de douze et sept de l'autre au lieu de dix.

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On trouve en ligne chez Collin-estampes cette lithographie de Louis-Julien Jaccotet  donnée comme extraite du "voyage pittoresque et romantique dans l'ancienne France du Baron Isodore Taylor et Charles Nodier" imprimée par Thierry frères. Mais je n'ai pu retrouver celle-ci dans les Voyages pittoresques publiés en 1854-46

 

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http://www.collin-estampes.fr/?idp=8057&idr=49&lang=fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Un nouveau propriétaire,  François de Goësbriand, met un terme à ces destructions. En 1875, la vasque monolithe est retrouvée et placée au centre du cloître, qui sera reconstitué par l'architecte diocésain Joseph Bigot en 1876-1877, beau-père du propriétaire M. Danguy des Déserts. Voici la description de Joseph Bigot :

"Il ne restait plus alors qu'un côté et demi resté debout, encore était-il ébranlé et prêt à tomber par la violence du vent. Je le fis étançonner d'abord pour prévenir sa chute. A l'aide des vestiges recueillis, de la recherche de quelques autres et d'une certaine quantité de pierres manquantes que je fis extraire de la même carrière, en Logonna, j'ai pu reconstruire trois des quatre côtés. Mais, pour compléter le dernier de ceux-ci, j'ai le regret de ne pouvoir l'entreprendre à cause de la dépense qui en résulterait. Ce que j'ai fait suffira, d'ailleurs pour en faire apprécier la beauté et en perpétuer le souvenir. On sait que la fondation de l'abbaye de Daoulas date de 1173. L'église fut commencée en 1167 et terminée en 1173." (Joseph Bigot, architecte diocésain).

 

 

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Parmi 24 photographies offertes en 1889 par Mme Vickers, on en trouve une qui  représente le cloître :

 

 

 

 

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    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85538130/f4.item.r=%22daoulas%22

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85538130/f4.item.r=%22daoulas%22

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    Description .

    Le cloître a été restauré sur trois de ses cotés et mesure près de 15 m sur 13. Le coté oriental reste ouvert sur le mur dont la porte à arcade donne accès à d'anciennes salles.  Les côtés de  l'est et de l'ouest sont percés par douze baies ; ceux opposés n'en contiennent que dix.

     

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    Le coté sud.

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    Le coté sud du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Le coté sud du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Le coté ouest.

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    Le coté ouest du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Le coté ouest du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    L'angle nord-ouest.

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    L'angle nord-ouest du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    L'angle nord-ouest du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Le coté nord.

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     Coté nord du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Coté nord du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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     Cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Déambulation autour du cloître : les arcades.

    Ses arcades simples,  où la pierre de Logonna a été employée, reposent alternativement sur des colonnes simples et accouplées. Les angles  sont formés d'un faisceau de quatre colonnettes.

     

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    Autour  du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Autour du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Autour  du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Autour du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Autour  du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Autour du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Les chapiteaux.

    Les chapiteaux ont une partie inférieure aux motifs végétaux tous différents (feuilles recourbées et lancéolées, crossettes, volutes)  recouverte par de larges tailloirs presque tous ciselés présentant des dents de scie, des damiers des étoiles ou des enroulements en losange.

     

     

     

    Chapiteau du  cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Chapiteau du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Chapiteau du  cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Chapiteau du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Chapiteau du  cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Chapiteau du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Chapiteau du  cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Chapiteau du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    La vasque claustrale octogonale (VIIe-IXe siècle). 

    Cette vasque à huit pans a été retrouvée au XIXe siècle et  fut d'abord placée au centre du cloître, avant d'occuper son angle nord-ouest. Comme lavatorium, elle servait aux ablutions des chanoines et l'eau s'écoulait par la bouche de dix masques périphériques : elle est à nouveau rééquipée d'une alimentation en eau avec un jet central. 

    Le Vot affirmait qu'elle a été faite au temps de l'abbé Guérault, 1352-1398, mais on pense aujourd'hui qu'elle daterait du VIIème ou du IXème siècle et serait d’inspiration irlandaise.

    Entre les dix masques, chacun des huit pans offre une ornementation différente, avec un décor d'étoiles, de losanges, de cercles et de vannerie.

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    Vasque du  cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Vasque du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Vasque du  cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Vasque du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Vasque du  cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Vasque du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Vasque du  cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Vasque du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Vasque du  cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Vasque du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Vasque du  cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Vasque du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Vasque du  cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Vasque du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Loup dévorant un âne (?)

    Ce pan est le seul à recevoir une scène figurée, sous la forme d'un animal qui menace de sa gueule un autre. On a proposé de reconnaître ici un loup dévorant un âne. L'agresseur possède de grandes oreilles et une large mâchoire alors que sa queue est courte. L'agressé a au contraire une longue queue ; sa tête disparaît sous les algues vertes. 

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    Vasque du  cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Vasque du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Vasque du  cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Vasque du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Vasque du  cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Vasque du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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    Vasque du  cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

    Vasque du cloître de l'abbaye de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017. 

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     SOURCES ET LIENS.

     

    — ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1906, “Daoulas,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 5 juin 2017, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/328.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1f623d8ab53c290b419d50f8f5da88aa.pdf

    https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1913.pdf

     

    — COURCY (Pol de), 1867, Bretagne contemporaine, Finistère, p. 96, Nantes, Charpentier, in-f°, 1867

    — COUFFON (René), 1988, Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/b7a5a075dd70315bdc8d13759ebc81e4.pdf

     

    — DEUFFIC (Jean-Luc), « Les documents nécrologiques de l’abbaye Notre-Dame de Daoulas », dans Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. 106, 1978, p. 83-102 ; 107, 1979, p. 103-148.

    — DEUFFIC (Jean-Luc), site facebook Notre-Dame de Daoulas une abbaye entre Léon et Cornouaille 

    https://fr-fr.facebook.com/Notre-Dame-de-Daoulas-une-abbaye-entre-L%C3%A9on-et-Cornouaille-824697447594776/

    — DEUFFIC (Jean-Luc) Daoulas entre Léon et Cornouaille 

    http://daoulas.blogspot.fr/

    DEUFFIC (Jean-Luc)  2011, Enquête sur les sénéchaux féodés de Daoulas (1535-1536), Bulletin de la Société Archéologique du Finistère pages 307-333.

    — LÉCUREUX (Lucien), 1919, église abbatiale de Daoulas, Congrès archéologique de France page 20

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35688p/f53.vertical

     — LEON (Anne), 1995, Etude documentaire, in Michel Baillieu,  Les Fouilles de l'abbaye de Daoulas, DRAC Bretagne RAPO1289

    http://ns2014576.ovh.net/files/original/958389ee9e1c8cab5618a25606fa814b.pdf

     

    — LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle , 1 vol. (407 p.) - 1 disque optique numérique (CD-ROM) : ill. en coul. ; 29 cm ; coul. ; 12 cm . Note : Index. - Notes bibliogr., bibliogr. p. 373-395 Rennes : Presses universitaires de Rennes , 2014 Éditeur scientifique : Jean-Yves Éveillard, Dominique Le Page, François Roudaut. Pages 95-100.

    — LEVOT (P.), 1876, "Daoulas et son abbaye", Brest  sur Google book

    — PEYRON (P.), "L'abbaye de Daoulas d'après 1es mémoires de dom Louis Pinson", dans B.S.A.F., 1897, p.49-50.

    — PINSON (Chanoine Louis), 1696, Histoire de l'abbaye de Daoulas, par un chanoine de cet abbaye, manuscrit recopié au début du XIXe siècle et publié par PEYRON (Chanoine P. ) 1897,"L'abbaye de Daoulas d'après les mémoires de dom Louis Pinson", Bulletin de la Société archéologique du Finistère pages 49-70, 197-231, 241-256 319-350 et 425-440.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207639m/f443.vertical.r=SOCIETE%20ARCHEOLOGIQUE%20DU%20FINISTERE

    TAYLOR, Justin NODIER (Charles) 1845-1846, Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France. Bretagne.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84521739/f209.item.r=FOL-UB-24

     

    — Chemins du patrimoine http://www.cdp29.fr/fr/presentation-daoulas

    — http://site.erin.free.fr/Bretagne/Finistere/Daoulas.htm#PorcheApotres

    — http://www.infobretagne.com/abbaye_de_daoulas.htm

    — http://arrosoirs-secateurs.com/Jardin-de-l-Abbaye-de-Daoulas

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    Published by jean-yves cordier - dans Daoulas
    13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 21:31

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    LA VOÛTE LAMBRISSÉE DE LA NEF DE L'ANCIENNE ABBATIALE NOTRE-DAME.

     De l'édifice primitif, commencé en 1167 et consacré le 12 septembre 1232, il ne subsiste que la nef et le collatéral nord, puisque le chœur et le transept, qui avaient été reconstruits au XVIe siècle, sous l'abbatiat de Charles Jégou, furent démolis vers 1830 et le vaisseau alors fermé par un mur de fond.

    La nef, qui nous occupe dans cet article, est donc "ancienne" (restons flou). 

     Elle comprend sept travées avec bas-côtés. Sauf dans la première travée, aveugle, la nef est éclairée par des fenêtres étroites et très ébrasées percées au-dessus de chacune des arcades.

    La voûte en arc de cercle est habillée de planches de bois nommés merrains (je crois qu'ils sont en châtaignier, mais ils étaient en chêne)  séparés par 25 nervures : c'est une voûte lambrissée à bois nu.  Ce lambris cache la succession des fermes, composées d'un entrait horizontal, de deux arbalétriers en V renversé, et, pour transformer le triangle du V en un demi-cercle,  de faux-entraits, d'un poinçon et de jambe de force. Voir Corentin OLIVIER, La Charpente armoricaine en Ille-et-Vilaine 2014. Cet habillage est toujours secondaire, et au départ le squelette de la charpente était apparent.

    Je compte huit entraits (les poutres transversales), non sculptées, sauf la huitième (je les numérote en allant vers le chœur) qui est ornée d'une ligne torsadée, et qui est engoulée : ses extrémités semblent avalées par la gueule de dragons, ou engoulants. Chaque espace entre les entraits comporte trois alignements de merrains, entre quatre nervures.

    La charpente s'appuie sur les murs par des pièces de bois horizontales nommées sablières. Celles-ci ne sont pas visibles, et c'est par un abus de langage passé dans les mœurs que nous nommons "sablières" les planches d'habillage qu'il faut nommer "corniches". Sur la longueur de la nef, on peut compter de chaque coté neuf corniches. Seules celles du coté nord sont sculptées. J'ai donc neuf corniches à décrire, numérotées de 1 à ...9, mais cinq d'entre elles sont très ressemblantes.

    Je reprendrai le terme de "sablière" communément utilisé y compris dans les travaux universitaires :  

    Voir : Sophie Duhem. Les sablières sculptées en Bretagne. Images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne (XVe-XVIIe siècles).. Presses Universitaires de Rennes. PUR, pp.385, 1997. Issu d'une thèse de doctorat en histoire sous la direction d'Alain Croix.

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    Au sommet de la voûte court du pignon jusqu'au chœur, parallèlement à la panne faîtière, une succession de traverses de bois qui croise chaque nervure. Le point de croisement est marqué par une pièce quadrangulaire (est-ce l'extrémité du poinçon ?) formant ce qu'on peut nommer une clef de voûte, comme les clefs pendantes des voûte de pierre. Chacune de ces clefs est sculptée, soit de simples motifs floraux, soit d'anges portant des blasons armoriés. Si j'ai bien compté, vous aurez droit à la description de 27 clefs sculptées (on sent bien que je ne suis pas sûr de mon terme technique ...) dont deux particulièrement croquignolettes, quoique sans doute piquées des vers (ou de la vrillette). 

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    I. LES NEUF SABLIÈRES NORD.

    Nous trouverons de l'ouest vers l'est :

    • N° 1 à 3 : couples de porteurs de phylactères.
    • N° 4 : Une inscription de fondation de 1529.
    • N° 5 : Un groupe d'animaux et deux anges présentant un blason.
    • N° 6  à nouveau les porteurs de phylactères.
    • N° 7 : blason tenu par deux léopards.
    • N° 8 : sablière non sculptée. 
    • N°9 : Le renard et le lion entre des ailes nervurées.

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    Sablières nord, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile.
    Sablières nord, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile.

    Sablières nord, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile.

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    A. Les porteurs de phylactères. Sablières n° 1, 2,  3, 6.

    Sur la sablière n°1, un homme déroule une banderole : le sculpteur n'a pas représenté son voisin, et il n'existe que l'épure de son emplacement.

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    Sablière n° 1, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile.

    Sablière n° 1, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile.

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    Sur les sablières n°2 et 3, deux anges déroulent leur banderole. Leurs cheveux bouclés en gros macarons successifs sont resserrés par un bandeau frontal à perles. J'imagine que, lorsque ces décors étaient peints, des textes religieux ou honorant les abbés de Daoulas étaient inscrits sur ces phylactères.

     

     

    Sablière n° 2, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile.

    Sablière n° 2, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile.

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    Sablière n° 3, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Sablière n° 3, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Sur la sablière n° 6, ce ne sont plus des anges, mais des hommes en costume du XVIe siècle qui offrent leur texte à la lecture des fidèles. Et, à la différence de la sablière n°1, ils sont barbus, leur bandeau est torsadé, et ils portent une sorte de béret ou de bonnet. Ils sont encadrés par des extrémités d'ailes nervurées.

     

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    Sablière n° 6, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Sablière n° 6, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Sablière n° 6, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Sablière n° 6, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Sablière n° 6, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Sablière n° 6, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    B. La sablière n° 4 : l'inscription de fondation de la charpente en 1529.

    Deux anges déroulent une banderole portant deux lignes d'une inscription en caractères gothiques. Le bois de ce legs très précieux de l'épigraphie locale est rongé par les vers, notamment dans sa partie supérieure : il est temps de le photographier, et d'aller l'admirer : o tempora, o mores !

    On verra ainsi la dilatation en losange aéré d'un cercle qui orne le corps ou la hampe de nombreuses lettres. On note aussi l'absence de ponctuation et d'espace de séparation entre les mots.

    L'inscription est lue ainsi :

    "LABBE CHARLES FIT EN SON TEMPS CE BOIS DE CEANS LAN MIL V CENTS AVECQ[UE] XX COMPRINS IX ANS PAR O GARIC ET SES AIDANS. "

    "L'abbé Charles [Jégou] fit en son temps ce bois de céans l'an 1529 par O[livier] Garic et ses aidants".

    J'ai évoqué l'abbé Charles Jégou en présentant sa plaque tombale, exposée dans l'église, une vingtaine de mètres plus bas que cette sablière. Son abbatiat dura de 1519 à 1535, fut marquée par la réalisation de la maîtresse-vitre aujourd'hui détruite ; cette inscription incite aussi à lui imputer la reconstruction de toute ou partie de la charpente (ou de la pose du lambris ?). 

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    Sablière n° 4, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Sablière n° 4, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    On peut discuter cette lecture, car l'attaque du bois a effacé  le mot qui suit CHARLES, hormis la première lettre qui est une majuscule, compatible avec Le I de IEGOU.

    Il faut surtout s'étonner de l'étrange façon d'écrire la date de 1529 (si on la valide) par 'L'an mil cinq cents avec vingt comprins neuf ans". Certes, la forme "comprins" est attestée, par exemple en 1550 dans des titres d'ouvrage avec l'expression "où est comprins" , ou dans des locutions "y comprins", et Godefroy mentionne le sujet féminin Comprinse avec le sens "ce qu'une chose comprend". 

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    Sablière n° 4, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Sablière n° 4, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Quant au personnage mentionné par "O. GARIC ET SES AIDANS", on y a reconnu Olivier Garric, qui fut chargé de construire le moulin et l'étang de Brézal à Plounéventer, en raison de l'inscription qui s'y trouve, relevée par André Croguennec :

    LAN : MIL CINQCC : XX : GUILLE[M] : DE : BRESAL

    ET : MARGARITE : LE : SENECHAL : SR : ET : DA[ME] : DE

    BRESAL : FIRE[N]T : FAIRE : CEST : ESTA[N]C : ET : MOULI[N] :

    AU : DYVYS : DE : OLIVIER : GARRIC :

    "L'an mil cinq cent vingt, Guillaume de Bresal et Marguerite Le Senechal, seigneur et dame de Bresal, firent faire cet estanc et moulin au dyvys d'Olivier Garric."

    Note : dyvys : Godefroy donne pour DEVIS  la forme dyvis, avec les sens "Séparation, division", mais aussi "Intention, désir, volonté, souhait."

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    Inscription de la sablière n° 4, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Inscription de la sablière n° 4, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    La sablière n° 5 : Scène animalière et blason Tréanna-Kerguern.

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    La sablière n°5, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    La sablière n°5, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    La sablière n°5, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    La sablière n°5, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    a) le groupe de gauche : un animal fantastique à ailes de chauve-souris, fait danser deux singes.

    La cinquième corniche  nous réserve l'une de ces truculentes et osées scénettes animales dont les sablières ont le secret. A droite, une chimère associant des ailes de chauve-souris, des pattes de chien et un corps formé du sac ventru d'une cornemuse (le biniou !) dirige le son  — et l'air — de son hautbois  vers les fesses d'un singe. Ce hautbois, qui forme l'appendice nasal de l'étrange créature, est doté d'un pavillon, et de trous, actionnés par la patte droite. Un tuyau s'élève vers la droite sur l'épaule de la bestiole, correspondant à un bourdon (ou au porte-vent). 

    Bien entendu, cela n'a pas échappé à Jean-Luc Matte, qui l'a enregistré dans son encyclopédie de la cornemuse : http://jeanluc.matte.free.fr/fichdk/daoulas.htm

    Et ce qui ne vous échappera peut-être pas, c'est le sexe en érection que l'ymagier s'est bien gardé de sous-estimer. Car l'animal est vu de face, pattes écartées, et non de dos comme je l'ai cru un moment, interprétant cet étui comme une queue.

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    Cornemuse-chauve-souris, sablière n°5, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Cornemuse-chauve-souris, sablière n°5, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Dans la partie gauche, deux singes se tiennent par les mains, enfin, les pattes, en se penchant en avant. Leur face est fendue par un grand sourire, bien visible chez celui des deux qui se tourne vers nous. Je crois l'entendre : "Hé hé hé, hé hé hé ..."

    Les deux comparses ont une queue qui se glisse dans l'entrecuisse, contourne le flanc et se dresse vers l'arrière. Voilà un accessoire caudal bien ambigu.

    La scène complète peut être vue comme une allégorie du Vice, de l'animalité de l'homme peccamineux, un miroir tendu au fidèle pour l'inciter à la contrition et à la conversion vers la conduite chrétienne. Et plus précisément comme une représentation de la Luxure, cette sexualité désordonnée et incontrôlée qui est le propre des "pécheurs charnels, qui soumettent la raison aux appétits" (Dante) destinés aux tourments de l'Enfer.

    C'est aussi une dénonciation de la nature diabolique de la musique vulgaire, celle qui fait danser ; la cornemuse étant, avec la bombarde, le plus diabolique parmi tous les instruments. Et il est bien connu que c'est le Diable lui-même qui mène le bal. Cette scène daoulasienne est à relier avec celle des sablières de la chapelle Saint-Sébastien du Faouët (vers 1598).

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    Mais parmi les nombreux modes de la Luxure, ce n'est ni la fornication, ni l'adultère, ni l'inceste, ni la masturbation, ni le stupre, ni le rapt, ni le sacrilège qui sont visés, mais plutôt la sodomie. 

    Il n'est donc pas contournable, devant cet usage du hautbois,  d'évoquer ici les emplois ambigus des termes pipeau et piperie (*) chez Rabelais, tels que je les ai évoqués dans mon article sur la Chevêche et la pipée du Cinquième Livre.  Ou d'aller lire les interprétations contestées de Thierry Martin sur l'argot en vogue chez Villon et Rabelais, le jobelin.

    (*)  bag-pipe ou sac-tuyau est le nom de la cornemuse écossaise.

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    Deux singes et une chauve-souris/cornemuse,  sablière n°5, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Deux singes et une chauve-souris/cornemuse, sablière n°5, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

     

     

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    b) à droite : deux anges tiennent un blason de Tréanna-Kerguern.

    Ces anges, aux cheveux bouclés en coques tiennent un blason divisé en quatre parties. On s'attendrait à trouver les armoiries de l'abbé Jégou, mais non. En 1 et 4, nous avons la macle que j'attribue bêtement aux Rohan. En 2 et 3, nous trouvons trois annelets. Devinette : à qui sont ces annelets ? Sont-ce ceux de Buzic, sr de Kerdaoulas sur la trève de Saint-Urbain, paroisse de Dirinon  : Pol de Courcy signale ancienne extinction, fondu dans Goëbriand. Ecartelé aux 1,4 d'or au léopard de gueules qui est Névet, au 2,3 de gueules à six annelets d'argent, qui est Buzic. Voir Tudchentil.

    Je trouve mieux avec les  Kerguern , sr dudit lieu, paroisse de Dirinon, évêché de Cornouailles. D'azur à trois annelets d'argent. (Guy le Borgne.) Fondu au XVe siècle dans Lanvilliau, puis Tréanna. Or, quelles sont les armoiries de Tréanna ? D'argent, à la macle d'azur. Ah ah !

    J'ai rencontré jadis un Yves de Tréanna, lors de ma visite des vitraux de la cathédrale de Quimper : il résidait en baie 106  et m'avait raconté qu'il avait été sénéchal de Daoulas, seigneur de Kervern et époux d' Amou (ou Amice) de Kerbescat vers 1420. Il vivait  au manoir de Tréanna-Kervern, en Dirinon, lequel sera  la résidence des Sénéchaux de Daoulas  jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Par exemple, son descendant Guyaumarch de Tréanna, seigneur de Kervern, sénéchal de Daoulas y vivait en 1529. Voir la Réformation de 1668 sur Tudchentil  et le document de 1535:

    "ladite terre de Kervern a le droit prohibitif et que le proprietaire d’icelle etoit senechal feodé de ladite juridiction de Daoulas, et que ce droit avoit eté autrefois concedé au seigneur proprietaire de ladite maison de Kervern, par le seigneur comte de Leon, lors seigneur de ladite juridiction de Daoulas, il y a 400 ans ou environ, et que cette maison et terre de Kervern etoit venue à la famille de Treanna par le mariage de dame Amou de Kerbescat, heritiere de ladite terre de Kervern, avec messire Yves de Treanna, qui etoit le bisayeul dudit Guillaume ; ladite information en date du dernier Decembre 1535, signee et garantie par original".

    La lignée depuis cet Yves de Tréanna fut :

    • Olivier de Tréanna / Catherine de Guisiau
    • Guyomar de Tréanna / Alice du Louet.
    • Guillaume de Tréanna /1502 Catherine de Lanvilliau
    • Yves de Tréanna vivant en 1544/ Jeanne de Coatnezre : cet  Yves de Tréanna me reçut en baie 112 de la cathédrale.
    • Jacques de Tréanna / Péronnelle Simon
    • Guillaume de Tréanna / Bonaventure de Saluden
    • Guillaume de Tréanna / 1622 Françoise de Visdelou de la Gourblay.
     

    Au total, ce blason datant de 1529  ne date  pas de l'alliance Yves de Tréanna/ Amou de Kerbescat mais honorerait cette alliance et témoignerait de droits ou d'une donation de Guillaume de Tréanna, seigneur de Kerguern et sénéchal féodé de Daoulas. Ou de son fils.

     

     

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    Blason Tréanna/ Kerguern, sablière n°5, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Blason Tréanna/ Kerguern, sablière n°5, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    La sablière n° 7. Armoiries de Guy  Maufuric tenues par deux léopards à queue trifide.

    Les deux léopards (en terme d'héraldique) tiennent un blason dans lequel un chevron séparent trois oiseaux ressemblant peu ou prou à des hirondelles. On y reconnaît les armoiries au chevron d'argent accompagné de trois oiseaux de mer de même, celle de Guyomarc'h  Maufuric, qui fut abbé de Daoulas de 1441 à 1467, date où il résigna sa charge avant sa mort en 1468. Le blason est surmonté d'une crosse (ou d'une mitre ?)

    Le Nobiliaire de Pol de Courcy indique :

    MAUFURIC , sr de Lezuzan et de Keramborgne, par. de Dirinon. Réf. et montres de 1426 à 1481, dite par., év. de Cornouailles. D'azur au chevron d'argent, accomp. de trois huppes ou palles (oiseaux de mer) de même. Guy, abbé de Daoulas, t 1468.

    La graphie MAUFURIC est attestée dans un document en latin cité par P-H Morice, la Fondation des Cordeliers de Landerneau de 1488 par Jean II de Rohan. Mais dans la même Histoire ecclésiastique de P-H. Morice, on lit aussi MANFURIC.

    J'ai rencontré ces armes :

    Jean-Luc Deuffic les signale ailleurs sur la charpente de l'église, où je vais bientôt les découvrir. Selon cet auteur,

    "...l'abbé Guyomarc'h Maufuric, issu d'une importante famille locale, attestée anciennement à Lezuzan (Dirinon), était licencié en droit canon. Il fut chargé en 1450 de défendre les biens du cardinal Alain de Coëtivy, évêque d'Avignon, dans la province de Tours. Pour ces services le cardinal lui accorda, le 12 avril 1456, le droit et la faculté de porter la mitre et les ornements pontificaux. "

     

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    Armoiries de l'abbé Guyomarc'h Maufuric, Sablière n° 10,  1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Armoiries de l'abbé Guyomarc'h Maufuric, Sablière n° 10, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    La sablière n° 9. Un renard volant une poule face à un lion.

    Le renard emportant une poule est un grand classique des sablières.

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    Renard emportant une poule, face à un lion. Sablière n° 9,  1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Renard emportant une poule, face à un lion. Sablière n° 9, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Renard emportant une poule, face à un lion. Sablière n° 9,  1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Renard emportant une poule, face à un lion. Sablière n° 9, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

     

     

    Armoiries de l'abbé Guyomarc'h Manfuric, Sablière n° 10,  1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Armoiries de l'abbé Guyomarc'h Manfuric, Sablière n° 10, 1529, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    II. LES CLEFS DE LA VOÛTE.

    Dans ma présentation, j'ai dis que la voûte lambrissée à 8 entraits comptait 27 clefs de voûte , dont certaines armoriées. Dans la description que donne Dom Pinson au XVIIe siècle, on lit page 328 de la transcription de Peyron:

     

    "A la voûte du sanctuaire, il faut encore considérer plusieurs armes considérables et premièrement celles de Bretagne, parti de Bretagne et de France, parti de Rohan et de Bretagne, de Léon, de Vitré, de Rosnivinen, de Tréanna, de Kerverne, parti de Kervern et Tréanna, parti de Tréanna et de Kerverne, de Rosmadec surmonté de la crosse abbatiale. ..."Autre écu surmonté de la crosse abbatiale je crois de Léon, de gueules à six besants d'argent 3, 2, 1, qui est Buzic, Kerdaoulas et les armes de l'abbé de Manfuric surmontées de la crosse." (Dom Pinson)"(Dom Pinson)

    • Bretagne : d'hermines plain
    • France : d'azur à trois fleurs de lis d'or
    • parti de Bretagne et de France : en 1, d'hermines plain ; en 2 d'azur à trois fleurs de lis d'or : Jeanne de France épousa en 1396 le duc Jean V. Peut se référer à Anne de Bretagne.
    • parti de Rohan et de Bretagne : en 1, de gueules à neuf macles d'or et en 2, d'hermines plain. Armes d'Alain IX, vicomte de Rohan et de Léon, décédé à 80 ans le 20 mars 1462, et de Marguerite de Bretagne, dame de Guillac, fille du duc Jean IV de Bretagne et de Jeanne de Navarre, morte en avril 1428, .
    • Léon : d'or au lion morné de sable
    • Vitré : de gueules au lion d'argent
    • Rosnivinen : d'or à la hure de sanglier de sable arachée, et armée de gueule bordée, et engrellée de mesme
    • de Tréanna : d'argent à une macle d'azur.
    • De Kerverne ou Kerguern : d'azur aux trois annelets d'argent
    • Parti de Kervern et de Tréanna : en 1, d'azur aux trois annelets d'argent et en 2 d'argent à une macle d'azur.
    • Rosmadec : palé d'argent et d'azur de six pièces. Surmonté d'une crosse ("abbatiale" ??), il renvoie à Bertrand de Rosmadec, évêque de Cornouailles de 1416 à 1444. 

     

     

    Pour nous aider, nous pouvons aussi tenir compte des armoiries de la maîtresse-vitre : elles comportaient selon don Minson les armes "de France-Bretagne, Bretagne-Pont-l’Abbé, de Rohan, de Vitré, de Rohan-Bretagne, de Rohan-Vitré, de Léon, de Léon-d’Avaugour, de Léon-de Rohan, de du Chastel, de Manfuric-Lezuzan surmonté de la crosse de l’abbé Manfuric, de l’abbé Jégou, de Lezuzan-Guarlot Rosmadec, de Rosniven, Manfuric Lezuzan-du Chastel, de l’abbé Guerrault, de Manfuric Lezuzan-Kergouarn, de Manfuric Lezuzan-Huon, Manfuric Lezuzan-Rosmadec, de l’abbé Petit, de Kervain, de Trefilis, de Rouazle, de Keroullé, de Guerrault, soit trente armoiries."

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    Je les numéroterai cette fois-ci du chœur vers le fond de la nef :

    1 : ange ? présentant un phylactère. Contre le mur diaphragme.

    2. Ange portant la couronne d'épines.

    3. Ange présentant les armes des Rohan.

    4. Fleuron.

    5. Ange présentant les armoiries épiscopales de Claude de Rohan.

    6. Homme sauvage présentant les armoiries avec un lion.

    7. Deux anges présentant les armoiries abbatiales (mitre et crosse) avec un lion.

    8. Fleuron à "pomme de pin"

    9. Ange présentant les armoiries écartelées 

    10. Ange présentant les armoiries abbatiales de Guy Maufuric.

    11. Homme sauvage soulevant sa tunique comme une banderole.

    12. Fleuron.

    13. Ange présentant un phylactère.

    14. Fleuron.

    15. Fleuron.

    16. Ange présentant un phylactère.

    17. Fleuron.

    18. Fleuron "pomme de pin".

    19. Ange présentant un phylactère.

    20. Fleuron.

    21. Fleuron à huit pétales.

    22. Fleuron au centre carré.

    23. Ange présentant un phylactère.

    24. Homme sauvage relevant sa tunique et laissant pendre un objet.

    25. Fleuron "pomme de pin".

    26. Fleuron carré.

    27. Visage. 

     

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    La voûte lambrissée de la nef,  ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    La voûte lambrissée de la nef, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

     

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    2. Ange tenant la couronne d'épines.

    Ange à la chevelure crêpée soigneusement peignée en deux masses latérales, habillé d'une tunique plissée, bouffante au dessus de la ceinture (cette tunique apparaissant à travers la couronne). Longues ailes bien visibles. 

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    Ange tenant la couronne d'épines, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Ange tenant la couronne d'épines, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Ange tenant la couronne d'épines, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Ange tenant la couronne d'épines, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    3. Ange présentant les armes des Rohan à neuf macles.

    L' ange (ou du moins le jeune homme aux allures de page ou la jeune femme au décolleté arrondi), aux cheveux bouclés, a la tête posée sur un coussin orné de macles. 

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    Armoiries des Rohan, évêque de Quimper et abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Armoiries des Rohan, évêque de Quimper et abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Armoiries des Rohan, évêque de Quimper et abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Armoiries des Rohan, évêque de Quimper et abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    5. Ange aptère ou jeune homme présentant un blason aux armes aux neuf macles des Rohan surmonté d'une crosse et d'une mitre.

    On peut l'attribuer à Claude de Rohan, évêque de Quimper de 1501 à 1540 et abbé de Daoulas, mais dont la simplicité d'esprit imposa qu'il fut remplacé dans ses fonctions d'évêque et d'abbé par Jean du Largez

    : Jean du Largez, abbé de Daoulas 1502 - 1519, était originaire de Botlézan, évêché de Tréguier. En 1505, il est aussi nommé évêque suffragant de Quimper (administrant le diocèse à la place de Claude de Rohan, l'évêque titulaire évêque de Cornouaille de 1501 à sa mort en 1540. , simple d'esprit) et en 1515 évêque de Vannes. Il démissionne en 1519 et meurt à l'abbaye de Daoulas le 5 juin 1533. Le 8 juin 1505, il est nommé avec une pension de 200 livres « évêque suffragant » de Cornouaille afin d'exercer les fonctions épiscopales pour le compte de Claude de Rohan, l'évêque en titre depuis 1501, qui, du fait de son incapacité, ne sera sacré que le 6 avril 1510 et ne prendra officiellement possession de son siège que le 6 juin 1518.

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    Armoiries de Claude de Rohan, évêque de Quimper et abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Armoiries de Claude de Rohan, évêque de Quimper et abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Armoiries de Claude de Rohan, évêque de Quimper et abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Armoiries de Claude de Rohan, évêque de Quimper et abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Armoiries de Claude de Rohan, évêque de Quimper et abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Armoiries de Claude de Rohan, évêque de Quimper et abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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     6. Le lion morné.  Blason tenu par les deux bras d'un homme sauvage barbu.

    Le lion n'a ni langue, ni griffe ni sexe : il est morné. C'est le lion des seigneurs de Léon, et non celui de Vitré ou de Pont-l'Abbé.

    La présentation d'armoiries par un couple d'hommes sauvages est ancienne.

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    Homme sauvage présentant les armoiries des seigneurs du Léon. clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Homme sauvage présentant les armoiries des seigneurs du Léon. clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Homme sauvage présentant les armoiries des seigneurs du Léon. clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Homme sauvage présentant les armoiries des seigneurs du Léon. clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    7 .  Deux anges présentant un blason abbatial (mitre et crosse) au  lion morné .

    La tête de ce lion se détache sur une bande horizontale. 

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    Deux anges présentant un blason abbatial (mitre et crosse) au  lion morné ; clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Deux anges présentant un blason abbatial (mitre et crosse) au  lion morné ; clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Deux anges présentant un blason abbatial (mitre et crosse) au  lion morné ; clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Deux anges présentant un blason abbatial (mitre et crosse) au  lion morné ; clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    9. Jeune homme présentant un blason écartelé aux léopards, aux hermines et fleurs de lis.

    On peut le blasonner approximativement  comme écartelé en 1 et 4 au léopard, en 2 et 3 à six hermines, au chef chargé de trois fleur de lis : 

    Je retrouve le léopard à queue fourchue de la sablière 9 : faut-il y voir les armes des  Vicomtes du Faou d'azur au léopard d'or ? Certesle territoire qui forme aujourd'hui la commune de Daoulas appartenait aux seigneurs du Faou .

    Mes recherches me conduisent aussi aux armoiries de Quellenec de Colledo "d'argent, à six hermines de sable; au chef de gueules, chargé de trois fleurs de lis d'or" http://marikavel.com/blasons/fleur-de-lys.htm

     

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    Clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    10. Ange présentant les armoiries de l'abbé Guy Maufuric de Lezuzan

    Au niveau du septième entrait, avant la sablière n°7 qui porte aussi les armes de cet abbé. Cf supra.

    Comme l'ange s'enroule autour de la clef et que la septième poutre gêne le spectateur, il faut deux clichés pour voir d'une part la tête de l'ange et ses mains, la mitre, la crosse et la partie supérieure du blason, d'autre part le blason en entier, au chevron et aux trois oiseaux. 

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    Armoiries de Guy Maufuric abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Armoiries de Guy Maufuric abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Armoiries de Guy Maufuric abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Armoiries de Guy Maufuric abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Armoiries de Guy Maufuric abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Armoiries de Guy Maufuric abbé de Daoulas, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    11. Un homme sauvage seulement drapé par une banderole  révèle sans pudeur son anatomie. Ou : sauvage pissant sur les fidèles. 

    Heureusement, la voûte est haute et, jadis, les projecteurs actuels n'étaient pas installés. Heureusement aussi, personne ne remarque ce détail riquiqui. 

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    Homme sauvage se cachant mal derrière son phylactère,  clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Homme sauvage se cachant mal derrière son phylactère, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Homme sauvage se cachant mal derrière son phylactère,  clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Homme sauvage se cachant mal derrière son phylactère, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Un ange bien déchu,  clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Un ange bien déchu, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

     

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    13. Ange tenant un phylactère muet.

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    Ange tenant un phylactère muet,  clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Ange tenant un phylactère muet, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    16. Ange tenant un phylactère muet.

     

    Ange tenant un phylactère muet,  clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Ange tenant un phylactère muet, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    18 Fleuron en  "pomme de pin".

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     clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Un autre motif floral.

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     clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    19. Ange tenant un phylactère.

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    Ange tenant un phylactère muet,  clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Ange tenant un phylactère muet, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Ange tenant un phylactère muet,  clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Ange tenant un phylactère muet, clef de la voûte de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    24. Homme déféquant.

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    Les sablières de l'ancienne abbatiale de Daoulas : inscription de 1529, blasons armoriés et scènes animalières

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    27. Visage.

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    Les sablières de l'ancienne abbatiale de Daoulas : inscription de 1529, blasons armoriés et scènes animalières

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    AUTRES SCULPTURES DE L'ÉGLISE.

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    LE CRUCIFIX.

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    Crucifix du coté sud de la nef de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Crucifix du coté sud de la nef de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Crucifix du coté sud de la nef de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Crucifix du coté sud de la nef de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Saint Sébastien.

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    Les sablières de l'ancienne abbatiale de Daoulas : inscription de 1529, blasons armoriés et scènes animalières

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    Saint Laurent.

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    Statue de saint Laurent, coté sud  du chœur de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Statue de saint Laurent, coté sud du chœur de l'ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    La Vierge à l'Enfant.

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    Vierge à l'Enfant, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Vierge à l'Enfant, ancienne abbatiale Notre-Dame, Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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     SOURCES ET LIENS.

     

    — ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1906, Daoulas,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 5 juin 2017, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/328.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1f623d8ab53c290b419d50f8f5da88aa.pdf

    https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1913.pdf

    — CASTEL (Yves-Pascal) 11 août 1979 Mieux connaître l'abbaye de Daoulas

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/5706ec4151340cdb93120029fde046d9.jpg

    — CASTEL (Yves-Pascal) 1996, "Monuments et objets d'art du Finistère (année 1995) : Daoulas, Porche du cimetière, la statue de saint Cler", Bulletin de la Société Archéologique du Finistère(125, p. 148-149)

    — CROGUENNEC (André) Le vitrail de l'église Saint-Yves à La Roche-Maurice http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/lr/vitrail-lr.htm

    — CROGUENNEC (André), Le moulin de Brézal, 

    http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/moulin-brezal.htm

    — COURCY (Pol de), 1867, Bretagne contemporaine, Finistère, p. 96, Nantes, Charpentier, in-f°, 1867

    — COUFFON (René), 1988, Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/b7a5a075dd70315bdc8d13759ebc81e4.pdf

     

    DEUFFIC (Jean-Luc), « Les documents nécrologiques de l’abbaye Notre-Dame de Daoulas », dans Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. 106, 1978, p. 83-102 ; 107, 1979, p. 103-148.

    DEUFFIC (Jean-Luc), site facebook Notre-Dame de Daoulas une abbaye entre Léon et Cornouaille 

    https://fr-fr.facebook.com/Notre-Dame-de-Daoulas-une-abbaye-entre-L%C3%A9on-et-Cornouaille-824697447594776/

    DEUFFIC (Jean-Luc) Daoulas entre Léon et Cornouaille 

    http://daoulas.blogspot.fr/

    DEUFFIC (Jean-Luc)  2011, Enquête sur les sénéchaux féodés de Daoulas (1535-1536), Bulletin de la Société Archéologique du Finistère pages 307-333.

    — LÉCUREUX (Lucien), 1919, église abbatiale de Daoulas, Congrès archéologique de France page 20

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35688p/f53.vertical

     — LEON (Anne), 1995, Etude documentaire, in Michel Baillieu,  Les Fouilles de l'abbaye de Daoulas, DRAC Bretagne RAPO1289

    http://bibliotheque.numerique.sra-bretagne.fr/pdf/fichiers/958389ee9e1c8cab5618a25606fa814b/958389ee9e1c8cab5618a25606fa814b.html?search=

    LEVOT (P.), "Daoulas et son abbaye", dans B.S.A.B., 1875-76,p.113-190.

    PEYRON (P.), "L'abbaye de Daoulas d'après 1es mémoires de dom Louis Pinson", dans B.S.A.F., 1897, p.49-50.

    — PINSON (Chanoine Louis), 1696, Histoire de l'abbaye de Daoulas, par un chanoine de cet abbaye, manuscrit recopié au début du XIXe siècle et publié par PEYRON (Chanoine P. ) 1897,"L'abbaye de Daoulas d'après les mémoires de dom Louis Pinson", Bulletin de la Société archéologique du Finistère pages 49-70, 197-231, 241-256 319-350 et 425-440.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207639m/f443.vertical.r=SOCIETE%20ARCHEOLOGIQUE%20DU%20FINISTERE

     

     — Le manoir de Kervern-Tréanna : l'inventaire de 1579

    https://www.facebook.com/notes/notre-dame-de-daoulas-une-abbaye-entre-l%C3%A9on-et-cornouaille/le-manoir-de-kervern-tr%C3%A9anna-dirinon-inventaire-de-1579/1405650816166100

    — http://site.erin.free.fr/Bretagne/Finistere/Daoulas.htm#PorcheApotres

    — http://www.infobretagne.com/abbaye_de_daoulas.htm

     

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    Published by jean-yves cordier - dans Daoulas
    11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 14:51

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    I. Gargouille du cimetière : homme vomissant.

    Il pourrait servir de mascotte à l'abbaye et saluer les visiteurs, s'il ne passait pas si facilement inaperçu, menacé par un lierre envahissant dont il m'a fallu le déshabiller. 

    Vu de profil, dans sa tenue camouflée de lichens incrustants grisâtres, nous ne l'identifions pas ; et c'est de face  que nous le saluerons.

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    Gargouille du cimetière de  l'ancienne abbatiale de Daoulas : homme vomissant.  Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Gargouille du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas : homme vomissant. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Môssieur Bourses Garnies.Dans cette vue en contre-plongée à laquelle les gouttières sont vouées, nous découvrons un homme à genoux, penché en avant et élargissant sa bouche dans les hoquets des  vomissements. Ainsi sommes-nous mis en garde contre les désagréments de l'Intempérance, des excès de boisson et de la bonne chère. Ses yeux globuleux montrent aussi sa tendance à avoir les yeux plus gros que le ventre, bien que, coté ventre ou plutôt bas-ventre, il ne répugne pas à exhiber ses avantages. Et il ne manque pas tout à fait de jugeote, puisqu'il a pris la précaution de ceindre ses reins d'une solide corde afin de ne pas "se faire péter la sous-ventrière".

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    Gargouille du cimetière de  l'ancienne abbatiale de Daoulas : homme vomissant.  Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Gargouille du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas : homme vomissant. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Gargouille du cimetière de  l'ancienne abbatiale de Daoulas : homme vomissant.  Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Gargouille du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas : homme vomissant. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Cette ceinture lui sert aussi à maintenir, au dessus de sa poche droite, sa gourde en forme de coloquinte, et à gauche, un étui oblong contenant sans-doute son couteau (cercle rouge sur l'image) : à boire et à manger . 

    Je ne décrirai pas sa chupenn aux quatre boutons ronds, et ne dirai mot de ses brais.

     

    Gargouille du cimetière de  l'ancienne abbatiale de Daoulas : homme vomissant : détail de la gourde.  Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Gargouille du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas : homme vomissant : détail de la gourde. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Gargouille du cimetière de  l'ancienne abbatiale de Daoulas : homme vomissant : détail de l'étui de couteau.  Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Gargouille du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas : homme vomissant : détail de l'étui de couteau. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    RENTRONS DANS L'ÉGLISE.

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    II. STATUE DE SAINT JEAN-BAPTISTE. Kersanton, Maître du Folgoët (1423-1468). Traces de polychromie ocre.

    Cette statue occupe l'angle nord-ouest de l'église, derrière les fonts baptismaux, dans un emplacement assez obscure et peu accessible (derrière la clôture des fonds par une balustrade), à coté d'une autre statue posée au sol. Provenant de la chapelle Sainte-Pétronille du manoir de Kervern-Tréanna, ancienne demeure des sénéchaux de Daoulas, elle a été donnée à l'ancienne abbatiale en 1957. Elle a été attribuée par Emmanuelle Le Seac'h au Maître de l'atelier ducal du Folgoët (1423-1468), et elle peut être rapprochée de la statue de Jean-Baptiste que j'ai décrite dans mon article sur les sculptures de la Basilique du Folgoët. Son ancienneté, son intérêt dans la connaissance de la stylistique du premier atelier de sculpture du kersanton en Basse-Bretagne, aurait pu inciter les décideurs à lui réserver un meilleur sort, mais c'est telle que je l'ai découverte, et avec sa poussière, que je l'ai photographiée. L'emplacement dans la clôture des fonts baptismaux est par contre, parfaitement logique pour celui qui a baptisé le Christ.

     

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    Les fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Les fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    La tête inclinée sur la gauche (comme au Folgoët), il désigne de l'index l'agneau qu'il tient sur le bras gauche, mettant ainsi en scène la phrase fameuse de l'évangile de Jean : Altera die videt Iohannes Iesum venientem ad se et ait Ecce agnus dei, qui tollit peccatum mundi  , "Le lendemain, Jean vit Jésus venant à lui, et il dit : —Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde— ".

    Au Folgoët, Jean-Baptiste tenait l'agneau sur un livre ; et ici, c'est peut-être le cas aussi, si on imagine que le support placé sous le manteau n'est pas le bras du saint, mais un livre.

    Comparez avec son homologue du Folgoët :

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    Selon Le Seac'h, à Daoulas, le saint est vêtu d'une tunique qui découvre les jambes nues, et d'un manteau drapé sur les épaules, dont la manche du pan droit est rabattue. Mais je ne devine cette tunique de poils de chameaux (Matthieu 3:4  vestimentum de pilis camelorum) que dans l'entrebaillement du manteau, sous la barbe. Par contre, les plis en  tuyau, en accordéon ou en pyramide descendant sous le bras gauche avant de s'épanouir en un méandre de volutes sont ceux qui se rencontrent de façon presque caractéristique au Folgoët, soit dans la statue de Jean l'évangéliste de la chapelle de Coëtivy, soit dans celle des apôtres du Porche.  

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    Statue de Jean-Baptiste, kersanton, vers 1423-1468, Maître du Folgoët, angle nord-ouest des  fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Statue de Jean-Baptiste, kersanton, vers 1423-1468, Maître du Folgoët, angle nord-ouest des fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Statue de Jean-Baptiste, kersanton, vers 1423-1468, Maître du Folgoët, angle nord-ouest des  fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Statue de Jean-Baptiste, kersanton, vers 1423-1468, Maître du Folgoët, angle nord-ouest des fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Statue de Jean-Baptiste, kersanton, vers 1423-1468, Maître du Folgoët, angle nord-ouest des  fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Statue de Jean-Baptiste, kersanton, vers 1423-1468, Maître du Folgoët, angle nord-ouest des fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Statue de Jean-Baptiste, kersanton, vers 1423-1468, Maître du Folgoët, angle nord-ouest des  fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Statue de Jean-Baptiste, kersanton, vers 1423-1468, Maître du Folgoët, angle nord-ouest des fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Les cheveux sont longs, disposés en trois mèches redressées en houppe sur le haut du large front, et s'étalant en mèches ondulantes sur les épaules. La barbe déploie, à partir des narines et des joues, d'épaisses mèches bouclées. 

    Son visage est semblable à la grande statuaire du Folgoët. Le sillon naso-génien est marqué. Les deux paupières des yeux en amande sont soigneusement sculptés. L'ovale du visage est creusé au niveau des joues, manière du premier Maître du Folgoët de 1423 comme pour les Mages de l'Adoration ou pour le duc Jean V de Quimperlé. (d'après Le Seac'h p. 77)

     

    Statue de Jean-Baptiste, kersanton, vers 1423-1468, Maître du Folgoët, angle nord-ouest des  fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Statue de Jean-Baptiste, kersanton, vers 1423-1468, Maître du Folgoët, angle nord-ouest des fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Statue de Jean-Baptiste, kersanton, vers 1423-1468, Maître du Folgoët, angle nord-ouest des  fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Statue de Jean-Baptiste, kersanton, vers 1423-1468, Maître du Folgoët, angle nord-ouest des fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Notez la polychromie, avec des ocres jaunes et rouges, mais aussi de minuscules parcelles dorées (flèches) , qui font rêver de la splendeur perdue.

     

    Traces de polychromie, Statue de Jean-Baptiste, kersanton, vers 1423-1468, Maître du Folgoët, angle nord-ouest des  fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Traces de polychromie, Statue de Jean-Baptiste, kersanton, vers 1423-1468, Maître du Folgoët, angle nord-ouest des fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    III. Statue d'un évêque ou d'un abbé. Kersanton. Non daté.

    La crosse et le bras droit sont brisés. Le personnage porte la tonsure en couronne. Sa mitre est particulière, Elle est droite ou très peu évasée, presque cylindrique, sans ornementation de broderie ou de pierreries, et ses cornes en bec sont très hautes et peu profondes. Les fanons ne sont pas visibles. On la comparera à la mitre de l'abbé Jégou, à suivre. 

    Il est vêtu d'une cotte longue, d'un surplis (surcot) et d'une chasuble. Le cou est protégé par l'amict fendu par devant. 

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    Statue d'un évêque ou d'un abbé, kersanton, mur ouest  des  fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Statue d'un évêque ou d'un abbé, kersanton, mur ouest des fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Statue d'un évêque ou d'un abbé, kersanton, mur ouest  des  fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Statue d'un évêque ou d'un abbé, kersanton, mur ouest des fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    On notera la présence du sudarium, le tissu par lequel l'abbé tient la crosse pour ne pas l'abîmer par sa transpiration.

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    Statue d'un évêque ou d'un abbé, kersanton, mur ouest  des  fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Statue d'un évêque ou d'un abbé, kersanton, mur ouest des fonts baptismaux, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    La plaque tombale de Charles Jégou, abbé de 1520 à 1535.

    Elle occupe le fond de l'église, à droite (angle sud-ouest), et a été fixée au mur du pignon avec une traduction de  son inscription " Ci-gît le frère Charles Jégou, abbé de ce monastère de Daoulas. Il acquit des biens assez nombreux et fit faire beaucoup de constructions. Il dirigea le monastère selon les lois de l'Eglise pendant 15 ans. Il mourut le 10ème jour du mois de janvier de l'année du Seigneur 1535 ".

    Charles Jégou, originaire, sans doute, de Quimper, où il possédait plusieurs maisons, rue de la Vigne, et des propriétés en Kerfeunteun, fut  recteur en 1498 de Tréoultré-Penmarch  dont il fit reconstruire la tour, puis il fut le dix-neuvième abbé de l'abbatiale Notre-Dame Daoulas (1520-1535) depuis Rivallon en 1130. Il fit reconstruire entièrement le chœur et le transept  et fit d'importantes restaurations au niveau de la charpente. A cet effet, il renouvela, en 1529, la sablière, en faisant appel à un sculpteur, probablement léonard, nommé Olivier Garic (ou Garric) que nous fait connaître cette inscription : "L’abbe Charles fit en son temps ce bois de ceans lan mil V cents avecq(ue) XX comprins IX ans par O Garic et ses aidans". (voir l'article suivant décrivant les sablières).
    Cet  artisan a également laissé son nom  
    à Pont-Christ, Plouvénenter,  sur une belle pierre de kersanton du moulin de Brezal,  qu'il sculpta en 1520. (d'après le site facebook de Jean-Luc Deuffic).

    A Penmarc'h, l'abbé Jégou, alors recteur, fit inscrire en 1508 sur le porche sud de son église de Tréoultré ces mots : 

    Ce jour sainct rené, l'an mil CCCC VIII fut fondé ceste église et la tour e[n] lan Mvc neuff dõt estoit recteur K[arioluos] Iegou.

    Il fut aussi chanoine de la collégiale Saint-Trémeur à Carhaix-Plouguer et recteur de Plouguer en Carhaix (en cumul avec Tréoultré)

     

    L'ancienne église abbatiale de Notre-Dame de Daoulas possédait un superbe chœur gothique  qui a été démoli au XIXe siècle. L'église a ainsi perdu sa maîtresse vitre, (l'un des plus beaux vitraux de Basse-Bretagne, dont il ne nous reste que la description), et une quarantaine de tombes armoriées ; gisants en bronze, en pierre; tables de cuivre ou en Kersanton.

    "Les tombeaux de plusieurs d'entre eux se voyaient dans l'église avant les dévastations de 1793. Les principaux étaient:

    1° Celui de Guillaume le Lay, mort en I502; il se trouvait dans le chœur et était surmonté de la statue couchée et en cuivre émaillé de cet abbé. On y lisait cette inscription en lettres capitales gothiques:

    Hic :jacet : frater : Guillelmus : le Lay : abbas: hujus : monasterii : de : Daoulas : qui : rexit : illud: annis : XXXV: et : restauravit: ac : acquisivit : ei: plura : bona : obiit: autem : die : XXIII: rnensis: junii: anno : Domini 1502.

    2°) Celui de Charles Jegou : cf.

    3° La tombe plate de Jean du Largez ( famille encore existante ) était aussi devant le maître-autel, avec cette épitaphe en lettres gothiques carrées:

    Hic jacet. frater. Joannes. du. Largez. Episcopus. avennensis et abbas hujus rnonasterii. eidem. multa. acquirens. bona honorificè illud rexit XX annos. obiit sextaluce novembris. anno M. CCCCC. XXXIII. anima, ejus. requiescat, in. pace. Amen.

    4° La sépulture de René du Louet, encore devant le maître-autel, était un sarcophage élevé orné de la statue de cet abbé, mort en 1598. On y lisait cette inscription en lettres majuscules romaines:

    Hic jacet frater Renatvs dv Lovet, abbas hvjvs cœnobii de Daovlas, qvi qvidem acqvisivit ei Silvam de Daovlas et plvra alla bona, et rexit Ulvd annis sex decim. obiit avtem 12 jvlii anno 1598 cvjvs animi pace frvatvr." (Chevalier de Fréminville, 1835)

    Seule ne subsiste aujourd'hui que la pierre tombale de l'abbé Charles Jégou, qui se trouvait jadis entre la clôture du chœur et la première marche de l'autel.

    Papillons.

    Je regrette, après avoir écrit tant d'articles sur la zoonymie et la symbolique des papillons, de ne pas pouvoir admirer ici  le blason de la famille Jégou. De gueules, au chevron d'argent accompagné de trois papillons de même !  Voilà qui a de la gueule !  Je l'ai omis dans mon article Les papillons dans l'héraldique. Dans le Dictionnaire héraldique de Bretagne, Pol de Courcy donne 9 familles bretonnes qui portent un ou plusieurs papillons dans leurs armes : Barrin à trois papillons d'or ; Cassart, deux p. de sable, surmontant ; Chemillé, papelloné d'or et de gueules ; Coëtriou, un p. de gueules, accompagnant ;  Drouallen, trois p. de sable ; Gillot, trois p. d'azur, alias d'or ; Jégou ; Mauvy, papeloné de gueules et d'hermines ; et Menez, aux trois papillons d'argent.

    Dans son Nobiliaire de Bretagne, le même Pol de Courcy ne fournit, pour cette famille Jégou, que le seul exemple de Charles, abbé de Daoulas. Mais étaient-ce des armes familiales ? 

    J'en trouve une illustration sur le site de l'encyclopédie Marikavel : 

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    Sur la plaque tombale, je finis par discerner assez nettement le chevron. 

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    Pierre tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Pierre tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Plaque tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Plaque tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    L'inscription.

    Elle a été déchiffrée par différents auteurs. Ma leçon est la suivante (en tenant compte des tildes):

    HIC : IACET : FRATER : CHAROLUS : IEGOU : ABBAS :  HUIUS MONASTERII: DEDOULAS : ET ACQUISIVIT : PLURA : BONA : ET FECIT MULTA : EDIFICIA : ET REXIT CàP[ER] XV. ANNOS. OBIIT. DIE DECIMA MENSIS JANUARII : A : D : M. Vc. XXXV

    Si on compare ce texte à celui des plaques des autres abbés (supra), on constate que sa rédaction est stéréotypée et obéit à un modèle, une épitaphe gravée sur la bordure, avec  son incipit Hic jacet Frater, et sa finale obiit anno domino .... C'est celle des tombes des moines de diverses abbatiales, comme celle de ce bénédictin, Jean de Corrobert, à Saint-Claude (Jura) en 1400. Ce modèle est attesté dès le XIVe siècle (en 1318 à l'abbaye de Maillezais

    Le premier auteur qui recopia cette inscription en 1696 fut Louis Pinson, chanoine de Daoulas, qui est cité dans le texte suivant, du chanoine Peyron (1897) : 

    "[Charles Jégou] fut enterré devant le maître autel sous « une grande pierre de cinq pieds de long sur deux et demy de large, sur laquelle, est représenté au milieu un écusson de gueullle au chevron d'argent aux trois papillons de même, l'écu surmonté de la mitre et la crosse passant derrière l'écu tout du long de la pierre et autour est écrit : Hic jacet frater Carolus Jegou, abbas hujus monasterii de Daoulas et acquisivit ei plura bona et ei fecit multa aedificia et rexit per 15 annos obbiit die decima januari 1535 ".

    "Cette tombe existe encore telle qu'elle est décrite ci-dessus par l'historien de l'abbaye [Pinson], sauf que l'écusson est martelé, et qu'au lieu d'être dans l'église elle est dans la partie du cimetière, occupée autrefois par le chevet de l'église, mais non cependant dans sa place primitive au milieu du chœur. Voici exactement l'inscription qui se lit autour de la pierre :

    HIC : JACET : FRATER : CHAROLVS : JEGOV : ABBAS : HVIVS : MONASTERII : DE DAVLAS : ET ACQVISIVIT : PLVRA : BONA : ET FECIT : MVLTA EDIFICIA : ET REXIT : Cà P XV ANOS : OBIITT DIE DECIA MEN JANVARII : A : D : MVcXXXV :

    "Comme on peut le voir, la lecture de l'inscription est assez facile si ce n'est peut-être pour les deux lettres CÃ [les lettres CA sont surlignées par un trait horizontal] qui suivent le mot rexit, notre auteur tranche la difficulté en ne le traduisant pas, l'abbé Trévaux lit eam, mais outre que le C est très bien formé, on ne voit guère à quel mot se rapporterait ce pronom féminin car plus haut il est question non de l'abbaye, mais du monastère, aussi les notaires lisent dans leur procès-verbal de 1645 « rexit monasterium quindecim annis ». Pour être logique, cette lecture n'en est pas plus exacte, car le CÃ surmonté d'une abbréviation est parfaitement lisible, aussi nous rangeons-nous facilement à la lecture proposée par M. de Courcy, qui lit canonice, sauf à y voir une sorte de protestation discrète contre les soupçons d'irrégularité qui avaient entaché l'élection à la dignité abbatiale."

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207639m/f290.image.r=SOCIETE%20ARCHEOLOGIQUE%20DU%20FINISTERE

    Malgré ce souci de rigueur, Paul Peyron commet une erreur en lisant DEDAVLAS  au lieu de DEDOULAS, et en plaçant des V pour transcrire les U minuscules. D'autre part, il lit  MEN au lieu de ME~SIS que je transcris comme MENSIS, "mois".

    La transcription de Dom Pinson a été  Dom Taillandier en 1756, puis par le chevalier de Fréminville en 1835. 

    Le chanoine Abgrall, le premier auteur à dresser un relevé épigraphique du Finistère, en donne un texte qui comporte à nouveau la leçon DE DAVLAS au lieu de DEDOULAS

    La leçon de Jean-Luc Deuffic est la plus fidèle :  « hic : iacet : frater : charolus : iegou : abbas : huius : monasterii : de doulas : et acquisivit : plura : bona : et : fecit multa edificia : et rexit : ca (=eam) p(er) xv an(n)os obiit die decimo mensis ianuarii a. d. m. v. xxxv.».

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    Mais l'essentiel est aussi d'admirer la beauté de l'épigraphie en lettres minuscules gothiques, et de la comparer aux autres inscriptions lapidaires du Finistère relevées dans ce blog dont voici un petit échantillon:

     

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    Pierre tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Pierre tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Plaque tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Plaque tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Pierre tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Pierre tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Pierre tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Pierre tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Pierre tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Pierre tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Pierre tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Pierre tombale de Charles Jégou, abbé de Daoulas de 1520 à 1535. Angle sud-ouest de l'ancienne abbatiale, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    L'ossuaire.

    a) La porte Renaissance de la façade avec son inscription, et les armoiries martelées de l'abbé René du Louët (1581-1598).

    MEMENTO : LAN : 1589 : MORI : RS : FI:

    Il faut lire ici : "Memento Mori / Respice Finem l'an 1589" (Souvenez-vous des morts / Considérez la fin dernière /   en l'an 1589).

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    Porte de l'ossuaire de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Porte de l'ossuaire de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Chapiteau sculpté d'une tête et d'une feuille, ossuaire de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Chapiteau sculpté d'une tête et d'une feuille, ossuaire de Daoulas. Photographie lavieb-aile juin 2017.

    Maison ancienne, Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Maison ancienne, Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Crossette sur une maison ancienne, Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Crossette sur une maison ancienne, Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    LA PORTE DE LA CHAPELLE SAINTE-ANNE (1667).

    Voir mon article de 2012 La chapelle Sainte-Anne à Daoulas, et le retable de Sainte Anne trinitaire.

    "La porte, de style classique et datée 1667, est encadrée de quatre colonnes corinthiennes soutenant un entablement surmonté d'un grand gable orné d'une niche. Celle-ci abrite une statue de sainte Anne ; les niches entre les colonnes renferment, elles, les statues, également en kersanton, de saint Joseph et de saint Joachim." (R. Couffon 1988)

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    Chapelle Sainte-Anne de Daoulas , photographie lavieb-aile juin 2017.

    Chapelle Sainte-Anne de Daoulas , photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Sainte Anne éducatrice. Kersanton, 1667.

     

    Les sculptures sur pierre de l'ancienne abbatiale de Daoulas. III. Quelques œuvres de l'église, de l'ossuaire ou de la chapelle Sainte-Anne.

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    Chérubin de gauche. 

     

    Les sculptures sur pierre de l'ancienne abbatiale de Daoulas. III. Quelques œuvres de l'église, de l'ossuaire ou de la chapelle Sainte-Anne.

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    Chérubin de droite. 

    Chapelle Sainte-Anne de Daoulas , photographie lavieb-aile juin 2017.

    Chapelle Sainte-Anne de Daoulas , photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Saint Joseph et son bâton fleuri.

    La floraison de cette baguette est le signe de son élection miraculeuse comme époux de la Vierge, selon l'apocryphe de Jean ou la Légende Dorée du XIIIe siècle. 

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    Saint Joseph, chapelle Sainte-Anne de Daoulas , photographie lavieb-aile juin 2017.

    Saint Joseph, chapelle Sainte-Anne de Daoulas , photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Saint Joseph, chapelle Sainte-Anne de Daoulas , photographie lavieb-aile juin 2017.

    Saint Joseph, chapelle Sainte-Anne de Daoulas , photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Joachim, mari de sainte Anne et père de la Vierge.

    Il est représenté tenant son bâton, signe de son âge, ou de sa vie de propriétaire de troupeau, et qui répond symétriquement à la verge de Joseph. Et il est coiffé d'un bonnet rond portant au dessus du front un bijou à quadrilobe : cette coiffure cherche peut-être à souligner que Joachim est un notable Juif.

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    Saint Joachim, chapelle Sainte-Anne de Daoulas , photographie lavieb-aile juin 2017.

    Saint Joachim, chapelle Sainte-Anne de Daoulas , photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Saint Joachim, chapelle Sainte-Anne de Daoulas , photographie lavieb-aile juin 2017.

    Saint Joachim, chapelle Sainte-Anne de Daoulas , photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Chronogramme 1621 sur le clocher.

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    Clocher de la chapelle Sainte-Anne de Daoulas , photographie lavieb-aile juin 2017.

    Clocher de la chapelle Sainte-Anne de Daoulas , photographie lavieb-aile juin 2017.

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    SOURCES ET LIENS.

     

    ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1906, Daoulas,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 5 juin 2017, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/328.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1f623d8ab53c290b419d50f8f5da88aa.pdf

    https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1913.pdf

     — BAULIEU (Michèle), BAYLÉ ((Jeanne), 1973," La mitre épiscopale en France : des origines à la fin du XVe siècle", extrait de Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques. Fasc. A,  1 vol. (p.[41]-97) ; 26 cm. 

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62529335/f101.image.r=mitre%20%C3%A9piscopale

    CASTEL (Yves-Pascal) 11 août 1979 Mieux connaître l'abbaye de Daoulas

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/5706ec4151340cdb93120029fde046d9.jpg

    CASTEL (Yves-Pascal) 1996, "Monuments et objets d'art du Finistère (année 1995) : Daoulas, Porche du cimetière, la statue de saint Cler", Bulletin de la Société Archéologique du Finistère(125, p. 148-149)

    COURCY (Pol de), 1867, Bretagne contemporaine, Finistère, p. 96, Nantes, Charpentier, in-f°, 1867

    COUFFON (René), 1988, Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/b7a5a075dd70315bdc8d13759ebc81e4.pdf

     

    — DEUFFIC (Jean-Luc), « Les documents nécrologiques de l’abbaye Notre-Dame de Daoulas », dans Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. 106, 1978, p. 83-102 ; 107, 1979, p. 103-148.

    — DEUFFIC (Jean-Luc), site facebook Notre-Dame de Daoulas une abbaye entre Léon et Cornouaille 

    https://fr-fr.facebook.com/Notre-Dame-de-Daoulas-une-abbaye-entre-L%C3%A9on-et-Cornouaille-824697447594776/

    — DEUFFIC (Jean-Luc) Daoulas entre Léon et Cornouaille 

    http://daoulas.blogspot.fr/

    LÉCUREUX (Lucien), 1919, église abbatiale de Daoulas, Congrès archéologique de France page 20

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35688p/f53.vertical

     

    — LEON (Anne), 1995, Etude documentaire, in Michel Baillieu,  Les Fouilles de l'abbaye de Daoulas, DRAC Bretagne RAPO1289

    http://bibliotheque.numerique.sra-bretagne.fr/pdf/fichiers/958389ee9e1c8cab5618a25606fa814b/958389ee9e1c8cab5618a25606fa814b.html?search=

    — LEVOT (P.), "Daoulas et son abbaye", dans B.S.A.B., 1875-76,p.113-190.

    — PEYRON (P.), "L'abbaye de Daoulas d'après 1es mémoires de dom Louis Pinson", dans B.S.A.F., 1897, p.49-50.

    PINSON (Chanoine Louis), 1696, Histoire de l'abbaye de Daoulas, par un chanoine de cet abbaye, manuscrit recopié au début du XIXe siècle et publié par PEYRON (Chanoine P. ) 1897, "L'abbaye de Daoulas d'après les mémoires de dom Louis Pinson", Bulletin de la Société archéologique du Finistère pages 49-70, 197-231, 241-256 et 425-440.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207639m/f156.item.r=SOCIETE%20ARCHEOLOGIQUE%20DU%20FINISTERE

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207639m/f327.image.r=SOCIETE%20ARCHEOLOGIQUE%20DU%20FINISTERE

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207639m/f283.item.r=SOCIETE%20ARCHEOLOGIQUE%20DU%20FINISTERE

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207639m/f327.item.r=SOCIETE%20ARCHEOLOGIQUE%20DU%20FINISTERE

    LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle , 1 vol. (407 p.) - 1 disque optique numérique (CD-ROM) : ill. en coul. ; 29 cm ; coul. ; 12 cm . Note : Index. - Notes bibliogr., bibliogr. p. 373-395 Rennes : Presses universitaires de Rennes , 2014 Éditeur scientifique : Jean-Yves Éveillard, Dominique Le Page, François Roudaut. Pages 95-100.

    — FAVREAU (Robert), 2005,  Les inscriptions médiévales de Maillezais in L'Abbaye de Maillezais, des moines du marais aux soldats  huguenots, Presses Universitaires de Rennes, p. 121-134

    http://books.openedition.org/pur/18520?lang=fr

    — 

     

    http://site.erin.free.fr/Bretagne/Finistere/Daoulas.htm#PorcheApotres

    http://www.infobretagne.com/abbaye_de_daoulas.htm

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Published by jean-yves cordier - dans Daoulas
    6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 21:11

    Les sculptures sur pierre de l'ancienne abbatiale de Daoulas. II. Le calvaire du cimetière (XVe siècle).

     

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    Voir : 

     

     

     

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    Ce calvaire du XVe siècle, haut de 7,50 m,  est sculpté dans la pierre de kersanton, au dessus d'une base architecturée à pilastres. De bas en haut, nous trouvons le socle à pans coupés, puis le long  fût à pans, portant un croisillon à deux personnages (La Vierge et saint Jean) et enfin  le Crucifix.   Il est décrit par Yves-Pascal Castel dans l'Atlas des croix et calvaires du Finistère sous le numéro 401. 

    http://patrimoine.dufinistere.org/commune/index.php?groupe=croix&art=daoulas

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    Calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    LA FACE OCCIDENTALE.

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    Calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Deux anges bouclés et  tenant des phylactères soutiennent les consoles polygonales du  croisillon. La banderole passe de l'un à l'autre en formant au centre un savant entrecroisement de plis. Je peux y voir des anges chanteurs qui lisent leur partition, ou bien imaginer que les phylactères portaient jadis une inscription peinte.

    Entre les deux consoles, un rectangle ne semble pas avoir été martelé ; sans-doute n'a-t-il jamais porté de motifs sculptés.

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    Calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Entre la Vierge et saint Jean, deux anges tiennent un calice recueillant le sang des plaies des pieds du Christ, selon un motif très courant sur nos calvaires. Ces anges en aube et amict semblent arriver tout droit des Cieux, le corps horizontal, les reins cambrés, l'aube flottant derrière eux.  

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    Calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    La Vierge porte un manteau qui lui voile la tête, une guimpe, et une robe plissée. Ses mains sont jointes.

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    Calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Saint Jean est reconnaissable à son visage imberbe encadré par des cheveux bouclés, et ses pieds nus comme tout apôtre. Il est vêtu d'une robe aux plis cannelés, serrée par une ceinture, et d'un manteau dont le pan droit croise pour se fixer sous le bras gauche. Il tend la paume droite, et tient un livre, attribut commun aux apôtres, ou propre à l'évangéliste et auteur du Livre de l'Apocalypse. 

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    Calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    L'ange qui descend des Cieux en tenant le titulus (panneau où sont inscrites les lettres INRI) s'apparente aux anges de sollicitude qui se penchent sur la tête du Crucifié. Comme par exemple sur le calvaire du bourg à Dirinon.

     

    Calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    II. LA FACE ORIENTALE. LA PIETÀ.

    Il s'agit d'une Pietà à quatre personnages, la Vierge tenant le corps de son fils étant encadré par saint Jean et par Marie-Madeleine.

    On la comparera d'abord à la Pietà à deux personnages du Porche des Apôtres.

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    Face orientale du calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Face orientale du calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Face orientale du calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Face orientale du calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Face orientale du calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Face orientale du calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Face orientale du calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Face orientale du calvaire du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    SOURCES ET LIENS.

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    — ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1906, “Daoulas,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 5 juin 2017, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/328.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1f623d8ab53c290b419d50f8f5da88aa.pdf

     

    — CASTEL (Yves-Pascal) 11 août 1979 Mieux connaître l'abbaye de Daoulas

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/5706ec4151340cdb93120029fde046d9.jpg

    — CASTEL (Yves-Pascal) 1996, "Monuments et objets d'art du Finistère (année 1995) : Daoulas, Porche du cimetière, la statue de saint Cler", Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (125, p. 148-149)

    — COUFFON (René), 1988, Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/b7a5a075dd70315bdc8d13759ebc81e4.pdf

     

    COURCY (Pol de), 1867, Bretagne contemporaine, Finistère, p. 96, Nantes, Charpentier, in-f°, 1867

    — LÉCUREUX (Lucien), 1919, église abbatiale de Daoulas, Congrès archéologique de France page 20

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35688p/f53.vertical

    — PINSON (Chanoine Louis), 1696, Histoire de l'abbaye de Daoulas, par un chanoine de cet abbaye, manuscrit recopié au début du XIXe siècle et publié par PEYRON (Chanoine) 1897 Bulletin de la Société archéologique du Finistère pages 49-70, 197-231, 241-256 et 425-440.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207639m/f327.image.r=SOCIETE%20ARCHEOLOGIQUE%20DU%20FINISTERE

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207639m/f283.item.r=SOCIETE%20ARCHEOLOGIQUE%20DU%20FINISTERE

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207639m/f327.item.r=SOCIETE%20ARCHEOLOGIQUE%20DU%20FINISTERE

    — http://site.erin.free.fr/Bretagne/Finistere/Daoulas.htm#PorcheApotres

    — http://www.infobretagne.com/abbaye_de_daoulas.htm

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    Published by jean-yves cordier - dans Daoulas Calvaires
    4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 20:20

    Sculpture sur pierre de l'Abbaye de Daoulas.  I. Le Porche aux Apôtres (vers 1560-1566).

     

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    Voir sur Daoulas :

     

     

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    Voir les porches du Finistère du XV au XVIIe siècle : 

     

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    PRÉSENTATION.

    Un pêle-mêle de copier-coller.

    L'église abbatiale Notre-Dame (1167) a été restaurée aux XVIe et XIXe siècles. L'édifice primitif a été commencé en 1167 et consacré le 12 septembre 1232. L'église a connu par la suite plusieurs transformations, notamment la reconstruction, entre 1520 et 1535, sous l'abbatiat de Charles Jégou, du transept, d'un clocher et d'un choeur détruits vers 1830. L'église actuelle n'est donc qu'une partie de l'ancien édifice, dont on a supprimé le chœur et le transept sud. Une importante campagne de travaux a été menée jusqu'en 1880 par l'architecte Bigot . Seuls la façade occidentale avec son porche roman, le mur nord et l'intérieur de la nef à sept travées avec bas-côtés subsistent de l'édifice primitif (1167-1173).

    Le porche aux apôtres, édifié pour l'abbé Jean Le Prédour près de transept coté sud, date de 1560 : il a été déplacé en 1880 par l'architecte Bigot à une des extrémité du cimetière, où il sert à la fois d'arc de triomphe et de campanile. A l'intérieur, de chaque côté du porche, sont des niches (séparées par des pilastres et décorées de coquilles et galons plats) contenant les statues des douze Apôtres (la statue de saint Pierre porte la date de 1560). Les arcades datent de 1173-1881. Au revers du porche, se trouvent quelques statues anciennes en kersanton dont saint Riec (1447), la Vierge-Mère, saint Augustin, Annonciation et une Pietà. A noter que saint Riec, fils d'Elorn, seigneur de la Roche-Maurice, fut à Landévennec un des disciples de saint Guénolé.

    En 1867, avant l'intervention de Bigot, Pol de Courcy décrivait ce porche ainsi :

    « Un joli porche de la Renaissance a été ajouté le long du collatéral sud. Son arcade, en anse de panier, est surmontée des armes timbrées d'une crosse de l'abbé Jean Prédour, abbé en 1550 et mort en 1573 ; la Vierge, saint Augustin, un cœur à la main, et deux anges, agenouillés sur des consoles, ornent l'extérieur de ce porche dont les parois intérieures sont garnies de niches contenant les statues des apôtres avec la date de 1566. Les voussures des portes du fond sont remplies de feuilles de vigne ; les colonnes sont cannelées en spirale, et la scène de la Nativité remplit le tympan de l'ogive. Tous ces charmants détails sont exécutés en kersanton»

     

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    I. LA FAÇADE OCCIDENTALE. 

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    La façade ouest est celle qui se présente au visiteur venant de l'extérieur. Celui-ci découvre la grande arcade surbaissée sous laquelle il devra passer, alors que se détache dans l'obscurité du porche les deux portes en anse de panier qui donnent accès au cimetière, mais qui, jadis, ouvraient sur le bas-coté sud de l'église.

    Cette arcade est encadrée successivement, de dedans en dehors,  par des piédroits dépourvus d'ornementation, puis rythmé par deux colonnes jumelles torsadées, par des contreforts accueillant les deux statues d'un groupe de l'Annonciation. Sur les cotés de ces contreforts, il devine deux autres statues placées dans des niches.

    Les piédroits se prolongent par trois voussures où six anges se sont posés, et cette arcade ogivale encadre, dans le  tympan, une Nativité disposée sur trois consoles.

    J'ai ainsi déroulé le programme des sculptures qu'il nous reste à découvrir, en nous rapprochant.  

     

     

    Façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    A. LE TYMPAN.

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    La Nativité.

    Comparer aussi ce tympan avec celui de la Basilique du Folgoët (1423-1433), du  porche sud de La Martyre (1450-1468), par l'atelier du  Folgoët (image lavieb-aile),  et avec celui de Pencran. Le plus petit dénominateur commun de ces Nativités est bien le groupe de l'âne et du bœuf, représentés frontalement, comme s'ils transperçaient la muraille. 

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    Tympan de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Tympan de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Saint Joseph à droite de la crèche.

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    Ce Joseph de Daoulas, assis bien droit, est remarquable par son aspect de riche bourgeois de la seconde moitié du XVIe siècle, avec ses cheveux peignés, sa barbe soignée, son chapeau de feutre typique des années 1560-1580, son manteau soigneusement fermé par une série de boutons, ses manches bouffantes, et le hiératisme de sa posture ou de ses traits. Curieusement (c'est inhabituel pour l'époux de Marie), il tient un livre dans la main gauche. Le bâton tenu dans la main droite est par contre l'un des éléments d'identification. Notez les yeux aux paupières ourlées.

     

    Comparez au Joseph très différent de la Nativité de La Martyre :

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    Saint Joseph, kersanton, tympan de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Saint Joseph, kersanton, tympan de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Marie est agenouillée devant son enfant.

     

    La Vierge, kersanton,  tympan de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    La Vierge, kersanton, tympan de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    L'Enfant-Jésus, l'âne et le bœuf.

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    L'Enfant entre deux anges, l'âne et le bœuf, kersanton, vers 1560,  tympan de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    L'Enfant entre deux anges, l'âne et le bœuf, kersanton, vers 1560, tympan de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Un examen attentif montre que l'Enfant-Jésus tient dans sa main une sphère (globe terrestre) alors qu'il lève la main droite dans un geste de bénédiction. Il est couché sur la paille, au centre de rayons lumineux stylisés par des lignes triangulaires. Cette représentation n'est pas éloignée de celle de la Nativité du Calvaire monumental de Plougonven sculpté par Bastien et Henry Prigent en 1554, guère plus de dix ans avant ce porche.

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    L'Enfant entre deux anges, kersanton, vers 1560,  tympan de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    L'Enfant entre deux anges, kersanton, vers 1560, tympan de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    L'âne et le bœuf sont reliés ensemble par une corde. L'âne porte un licol complet, avec sa têtière derrière les oreilles,  sa frontale ... sur le front, et sa muserolle sur le chanfrein du ... museau. La longe ...longe le coté droit de la tête. Le bœuf ne semble pas avoir besoin de la muserolle.

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    L'âne et le bœuf, kersanton, vers 1560,  tympan de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    L'âne et le bœuf, kersanton, vers 1560, tympan de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Console de la crèche de la Nativité.

    Selon Couffon, il s'agit d' "Adam chassé du Paradis". Mais en toute logique, ce sont des anges qui devraient alors se charger de cette sanction, armés de glaives. Ici, nous voyons deux hommes nus, armés de gourdins ; l'homme de gauche nous tire la langue. Quand au personnage central, nu également, barbu, il a la bouche ouverte, sous l'effet du plaisir qu'il se donne. Malgré tout le respect que je dois au lecteur, nous sommes ici dans l'obscène, dans le registre marginal qui est loin d'être rare sur les corniches, les culots, les gargouilles et les crossettes ou sur les miséricordes des stalles, en contrepoint des représentations sacrées. Mais, comme dans La Lettre volée, ce qui devrait nous crever les yeux est escamoté par les parti-pris de notre regard.

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     "Adam chassé du Paradis", kersanton, Console de la crèche de la Nativité,  tympan de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    "Adam chassé du Paradis", kersanton, Console de la crèche de la Nativité, tympan de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    B. LES ANGES DES VOUSSURES DE L'ARCADE.

     

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    Ange orant, kersanton, arcade ogivale de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Ange orant, kersanton, arcade ogivale de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Ange thuriféraire, kersanton,  arcade ogivale de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Ange thuriféraire, kersanton, arcade ogivale de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Ange orant, kersanton, arcade ogivale de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Ange orant, kersanton, arcade ogivale de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Ange orant, kersanton, arcade ogivale de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Ange orant, kersanton, arcade ogivale de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Ange thuriféraire, kersanton,  arcade ogivale de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Ange thuriféraire, kersanton, arcade ogivale de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Ange orant, kersanton, arcade ogivale de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Ange orant, kersanton, arcade ogivale de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Anges orants, kersanton,  arcade ogivale de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Anges orants, kersanton, arcade ogivale de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    C. LES STATUES DES CONTREFORTS.

    1°) L'ANNONCIATION.

    Ces Annonciations en deux éléments en ronde-bosse, la Vierge d'un coté agenouillée en prière devant un lutrin, avec un lys devant elle, et l'ange Gabriel  , souvent disposés de part et d'autre d'une ouverture, se retrouvent fréquemment dans le Finistère :

    Sur le tympan intérieur du porche de Rumengol.

    Sur l'arc triomphal  de La Martyre 

    De chaque coté de la baie de l'église du Folgoët

    Ici, le même bloc de pierre est taillé pour représenter la Vierge, son lutrin, et le vase avec son lys. La main droite fait un geste de salutation ou d'acceptation, la main gauche tient le livre de prière. Ces parties, comme le buste, la robe et sa ceinture, sont assez grossièrement réalisées. Le visage, carré, est plus fin, avec son front épilé, ses sourcils bien marqués, ses yeux aux paupières ourlées, le nez fin, les lèvres charnues et le petit menton.

    Les cheveux descendent en torsades bouclées de chaque coté avant d'être rassemblées par un bandeau qui passe derrière la nuque, selon cette mode caractéristique dont j'ai mainte fois relevé la présence dans ce blog, sous le quolibet de "chouchou". C'est lui que nous avons déjà remarqué en la Vierge de la Nativité, et que nous retrouverons sur la Vierge à l'Enfant du contrefort droit.

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    La Vierge, kersanton, groupe de l'Annonciation, contrefort gauche de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    La Vierge, kersanton, groupe de l'Annonciation, contrefort gauche de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    La Vierge, kersanton, groupe de l'Annonciation, contrefort gauche de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    La Vierge, kersanton, groupe de l'Annonciation, contrefort gauche de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    La Vierge,kersanton,  groupe de l'Annonciation, contrefort gauche de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    La Vierge,kersanton, groupe de l'Annonciation, contrefort gauche de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    L'ange Gabriel, kersanton. 

    Il tient un objet (fleur, phylactère) brisé dans la main gauche. Les caractères stylistiques de l'auteur de la Vierge se retrouvent ici, avec le contraste entre la main droite potelée et la finesse du visage rond, aux narines puissantes, à la bouche charnue, et au regard franc et calme.

    L'ange Gabriel, kersanton, groupe de l'Annonciation, contrefort droit de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    L'ange Gabriel, kersanton, groupe de l'Annonciation, contrefort droit de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Culot de la statue précédente, kersanton, contrefort droit de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Culot de la statue précédente, kersanton, contrefort droit de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    2°) LES STATUES LATÉRALES DES CONTREFORTS.

     

    "les contreforts sont ornés de niches aux coquilles Renaissance et gallons enroulés ainsi qu'à Landivisiau." (Couffon)

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    Contrefort gauche : un évêque. Saint Augustin tenant son cœur ? 

    Cette identification est fondée d'une part sur la représentation habituelle d'Augustin, évêque d'Hippone, tenant son cœur enflammé, et d'autre part  sur le fait que le monastère initial de Daoulas a laissé place à  une abbaye de chanoines réguliers de Saint-Augustin, fondée vers 1167-1173. 

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    Saint Augustin tenant son cœur, kersanton, contrefort gauche de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Saint Augustin tenant son cœur, kersanton, contrefort gauche de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Saint évêque, contrefort gauche de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Saint évêque, contrefort gauche de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Contrefort droit : la Vierge à l'Enfant.

    La Vierge est couronnée, elle porte le même bandeau de cheveu derrière la nuque que sur les autres statues, elle fait de la main droite un geste bienveillant. La robe, serrée par une ceinture, fait retour sur le bras gauche.

    L'Enfant, assis de profil sur le bras gauche, est représenté en Sauveur, bénissant et tenant un globe. 

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    Vierge à l'Enfant, kersanton, contrefort droit de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Vierge à l'Enfant, kersanton, contrefort droit de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    La console : vieillard caressant sa barbe.

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    Vieillard caressant sa barbe, console de la Vierge à l'Enfant, kersanton, contrefort droit de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Vieillard caressant sa barbe, console de la Vierge à l'Enfant, kersanton, contrefort droit de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Vieillard caressant sa barbe, console de la Vierge à l'Enfant, kersanton, contrefort droit de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Vieillard caressant sa barbe, console de la Vierge à l'Enfant, kersanton, contrefort droit de la façade occidentale du Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    II. L'INTÉRIEUR DU PORCHE.

    Sous le porche, tout est englobé dans une atmosphère grisâtre ou verdâtre, aux formes diluées par l'obscurité : d'où ces photographies approximatives.

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    A. LES APÔTRES.

    Ils tiennent tous un livre (cf le Livre des Apôtres), un phylactère (où était peint l'article du Symbole des Apôtres qui leur est propre), et un attribut. Les statues prennent place dans des niches à coquilles, globalement identiques, au dessus de culots sculptés de motifs floraux, de masques, de personnages, ou d'un ange. Six d'entre elles portent à leur base  un écu, muet. 

    Les six apôtres de droite.

    De gauche à droite : Pierre, André, Jacques le Majeur, Jean, Jude Thaddée (lance), ? (bâton de foulon ? hampe ?).

     

     

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    Les six apôtres de droite, Porche des Apôtres, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Les six apôtres de droite, Porche des Apôtres, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Saint Pierre et sa clef. 

    Le chronogramme 1566 est inscrit sur sa base.

    Sculpture sur pierre de l'Abbaye de Daoulas. I. Le Porche aux Apôtres (1566).

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    Sculpture sur pierre de l'Abbaye de Daoulas. I. Le Porche aux Apôtres (1566).

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    Saint André et sa croix en X.

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    Sculpture sur pierre de l'Abbaye de Daoulas. I. Le Porche aux Apôtres (1566).

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    Saint Jacques le Majeur en tenue de pèlerin de Compostelle.

     Notez le baudrier à coquilles, comme au Folgoët.

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    Sculpture sur pierre de l'Abbaye de Daoulas. I. Le Porche aux Apôtres (1566).

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    Saint Jean et la coupe de poison.

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    Sculpture sur pierre de l'Abbaye de Daoulas. I. Le Porche aux Apôtres (1566).

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    Un apôtre tenant une lance : Jude Thaddée ?

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    cinquième apôtre, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    cinquième apôtre, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Un apôtre tenant la hampe d'un attribut. Saint Philippe tenant la croix ?

    Sculpture sur pierre de l'Abbaye de Daoulas. I. Le Porche aux Apôtres (1566).

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    Les six apôtres du coté gauche.

    De gauche à droite :

    Barthélémy (coutelas), Matthieu (balance), Philippe ou Jacques le Mineur (hampe de la croix, ou bâton de foulon), Mathias ou Jude (couteau), Simon (scie), Thomas (équerre). 

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    Les six apôtres de gauche, Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Les six apôtres de gauche, Porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Diaporama des six apôtres.

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    Les six apôtres de la gauche du porche, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.
    Les six apôtres de la gauche du porche, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.
    Les six apôtres de la gauche du porche, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.
    Les six apôtres de la gauche du porche, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.
    Les six apôtres de la gauche du porche, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.
    Les six apôtres de la gauche du porche, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Les six apôtres de la gauche du porche, ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Saint Barthélémy avec son coutelas de dépeçage (?).

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    Sculpture sur pierre de l'Abbaye de Daoulas. I. Le Porche aux Apôtres (1566).

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    Saint Matthieu et sa balance de percepteur d'impôts.

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    Sculpture sur pierre de l'Abbaye de Daoulas. I. Le Porche aux Apôtres (1566).

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    Saint Philippe et sa croix à grande hampe ? Ou saint Jacques le mineur avec son bâton de foulon ?

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    Sculpture sur pierre de l'Abbaye de Daoulas. I. Le Porche aux Apôtres (1566).

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    Saint Mathias tenant un glaive.

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    Sculpture sur pierre de l'Abbaye de Daoulas. I. Le Porche aux Apôtres (1566).

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    Saint Simon avec sa scie.

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    Sculpture sur pierre de l'Abbaye de Daoulas. I. Le Porche aux Apôtres (1566).

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    Saint Thomas et son équerre.

     

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    Saint Thomas.

    Saint Thomas.

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    Le Christ Sauveur. 

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    Dans une niche à coquille exactement semblable à ceux des Apôtres, et sous un dais à fleurons identique mais coiffé d'un écu et et d'une mitre (?), se trouve la statue d'un personnage barbu, la main droite traçant une bénédiction, et la main gauche portant le globe terrestre. Ses pieds sont nus, son genou gauche légèrement fléchi. Comme ses Apôtres, il est vêtu d'une tunique longue, bouffante à la taille, plissée aux manches et sous la ceinture, avec une courte fente sous le col, fermée par un bouton. Son emplacement qui domine les 12 Apôtres, et ses caractéristiques font de lui un Christ Sauveur du Monde.

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    Christ Sauveur, kersanton, v.1560, Porche des Apôtres,Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Christ Sauveur, kersanton, v.1560, Porche des Apôtres,Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    B. Les consoles des statues d'apôtres.

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    L'une des consoles : personnage lissant sa barbe, ou désignant de l'index gauche.

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    Console du porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Console du porche des Apôtres, Abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Autres consoles : masques.

    Notez les paupières ourlées. Le nez est pyramidal, car les ailes narinaires sont généreuses ; les vestibules sont très apparents, comme vus en contre-plongée (dans l'idéal, l'orifice des narines doit être finement visible "à la manière d'une aile de mouette en vol"). 

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    Console du porche des Apôtres, ancienne Abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Console du porche des Apôtres, ancienne Abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Console du porche des Apôtres, ancienne Abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Console du porche des Apôtres, ancienne Abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Console du porche des Apôtres, ancienne Abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Console du porche des Apôtres, ancienne Abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Ange orant.

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    Console du porche des Apôtres, ancienne Abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Console du porche des Apôtres, ancienne Abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    C. Les piédroits et voussures du porche intérieur.

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    Les animaux de la base des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Les animaux de la base des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Les animaux de la base des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Les animaux de la base des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Les animaux de la base des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Les animaux de la base des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Les animaux de la base des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Les animaux de la base des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    La vigne  des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    La vigne des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    La vigne  des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    La vigne des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    La vigne  des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    La vigne des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Les petits vignerons   des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Les petits vignerons des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Les petits vignerons   des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Les petits vignerons des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Les petits vignerons   des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Les petits vignerons des piédroits du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Les personnages des sommets des arcs d'ogive.

    Pas faciles à photographier dans l'obscurité, et à contre-jour ! On en trouve trois exemples. Ils ont le visage poupins de jeunes garçons, et tiennent les tiges des rinceaux de vigne, à feuilles trifides. Les sourcils sont marqués, soulignant le volume des paupières aux contours ourlés. Les yeux sont en amande. Les cheveux sont soit bouclés, soit peignés en deux mêches latérales. 

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    Personnage du sommet des voussures du porche intérieur de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Personnage du sommet des voussures du porche intérieur de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Personnage du sommet des voussures du porche intérieur de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Personnage du sommet des voussures du porche intérieur de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    Personnage du sommet des voussures du porche intérieur de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Personnage du sommet des voussures du porche intérieur de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    C. Le bénitier du trumeau. Kersanton.

    Sa cuve à godrons, surmontée d'une partie concave décorée d'une frise de feuilles, ne manque pas de ressemblance avec celle du bénitier du porche de Landivisiau, ou même avec celle du bénitier du porche de La Martyre,par le Maître de Plougastel, ou encore du bénitier de Lampaul-Guimiliau.

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    Porche de landivisiau :

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Le bénitier (vers 1560) du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Le bénitier (vers 1560) du porche intérieur de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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     III. LA FAÇADE ORIENTALE. 

    Le mur de pierre du XIXe qui forme le revers du porche-clocher est orné de trois sculptures en kersanton posées sur des consoles. .

     

     

     

    Revers  du porche-clocher de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Revers du porche-clocher de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    La Pietà. Kersanton. 

    C'est à mon sens la plus belle pièce de ce porche.

    Le thème est bien-sûr très fréquent depuis le XIVe siècle dans la sculpture de Basse-Bretagne et le l'ai décrit  :

    Au Folgoët à l'intérieur de la Basilique

    Au Folgoët sur le Calvaire, atelier Prigent, kersanton polychrome, 

    Au Folgoët dans le jardin du Musée,

    A Rumengol, avec saint Jean.

    A Saint-Nic, intérieur de l'église, atelier Prigent, kersanton polychrome, groupe de cinq personnages.

    A Dinéault, sur le Calvaire, atelier Prigent

    A Sizun, sur le pelouse du placître : il s'agit alors d'une Déploration. par G. Palut 1532,

    à Plougonven

    à Saint-Herbot, en tuffeau, avec deux anges

    dans la chapelle Sainte-Anne de Daoulas,

    etc, etc.

    Mais Yves-Pascal Castel en a dressé un inventaire de 200 exemples dans un article mis en ligne sur le site de la Société Archéologique du Finistère : http://patrimoine.dufinistere.org/art2/index.php?art=ypc_pieta

    La Pietà du porche de Daoulas est particulièrement remarquable, mais je n'ai pu en trouver nulle part une description, et elle est absente du remarquable ouvrage d'E. Le Seac'h sur la Sculpture sur pierre en Basse-Bretagne. On ne peut l'attribuer aux deux frères Prigent (pas de larmes visibles), ni à Roland Doré.

    Parmi les Pietà à deux personnages, en kersanton, (ce qui limite considérablement la liste des 200 Piétà finistériennes de Castel), elle se distingue par le voile dessinant un trapèze autour du sommet de la tête, et qui recouvre une petite coiffe, et par l'absence de guimpe, puisque la gorge est nue au dessus d'une encolure arrondie. Le visage grave, hiératique, les yeux en amande mais non ourlés, le nez fin ne s'évasant que pour dessiner la pyramide adoucie des narines pourraient évoquer le style du Maître de Plougastel, actif de 1570 à 1621, mais E. Le Seac'h, qui en a dressé le catalogue, n'en parle pas. Le buste est lisse, le volume de la poitrine est très discret, alors que les manches s'animent de plis ronds et d'un revers sur le poignet, dévoilant — très sagement —une chemise de dentelle. On ne voit pas l'éventuelle ceinture ; la robe va suivre, essentiellement, les volumes des deux genoux, dont le rôle est essentiel puisque ce sont eux qui soutiennent le corps du Christ. Le genou droit est fléchi à angle droit (la Vierge est assise), laissant apparaître la chaussure ; c'est lui qui soutient le tronc et les épaules.  Le genou gauche, reculé et écarté, et donc plus bas, soutient les cuisses. Ainsi, le plissé forme un grand mouvement d'étoffe oblique qui descend vers  les pieds du Fils pour les isoler du sol.

    Le corps du Christ, — visage calme, barbe peignée, moustache bouclée, côtes droites, pagne court noué, plaies peu visibles — forme un arc concave harmonieux, ce qui participe à conférer à la scène une douceur recueillie dépourvue de tout expressionnisme. La Mère tient son fils sous l'épaule droite, alors qu'elle a posé sa main gauche sur l'abdomen.

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    Pietà, kersanton, XVIe, revers du porche-clocher de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Pietà, kersanton, XVIe, revers du porche-clocher de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Pietà, kersanton, XVIe, revers du porche-clocher de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Pietà, kersanton, XVIe, revers du porche-clocher de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Pietà, kersanton, XVIe, revers du porche-clocher de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Pietà, kersanton, XVIe, revers du porche-clocher de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Pietà, kersanton, XVIe, revers du porche-clocher de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Pietà, kersanton, XVIe, revers du porche-clocher de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Statue de saint CLER. Kersanton. 
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    Saint Clair, Confesseur du IVe siècle, aurait été le premier évêque de Nantes à qui il aurait apporté de Rome le clou du crucifiement de saint Pierre. A cause de son nom, il passait pour guérir les maladies des yeux. 

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    Statue de saint Cler, kersanton, XVIe, revers du porche-clocher de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Statue de saint Cler, kersanton, XVIe, revers du porche-clocher de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Statue de saint Cler, kersanton, XVIe, revers du porche-clocher de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Statue de saint Cler, kersanton, XVIe, revers du porche-clocher de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Cette statue porte deux inscriptions : sur le mor de chape :"S : CLER", et sur le socle, selon Y-P. Castel citant L. Pinson " A°:D : 1542 "(Anno Domini 1542) .

    Dans sa description de 1696, le chanoine Louis Pinson mentionne la présence de cette statue et de la Pietà dans la "chapelle de Notre-Dame-de-Pitié" de l'abbatiale et il en relève l'inscription : "Il y a de plus, aussy en pierre, une Notre-Dame-de Pitié et un saint Clair en habits pontificaux ; au bas de la figure de saint Clair est gravé : anno d. 1542."

    Pour ma part, je lis, en lettres minuscules : Æ : O : IH47, ou bien 1H43 ou IH42.

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    Statue de saint Cler, kersanton, XVIe, revers du porche-clocher de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

    Statue de saint Cler, kersanton, XVIe, revers du porche-clocher de l'ancienne abbatiale de Daoulas, photographie lavieb-aile juin 2017.

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    Évêque ou Père Abbé. Kersanton.

    Mitré, tenant le bâton pastoral dont la crosse est tournée vers l'extérieur dans la main droite, et un livre. Le crosseron est feuillagé en quatre volutes. 

    Notez les paupières ourlées, et les pupilles percées (comme chez Roland Doré).

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    Statue d'évêque, kersanton,  revers du porche-clocher de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

    Statue d'évêque, kersanton, revers du porche-clocher de l'abbaye de Daoulas, photographie lavieb-aile février 2017.

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    SOURCES ET LIENS.

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    — ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1906, “Daoulas,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 5 juin 2017, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/328.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1f623d8ab53c290b419d50f8f5da88aa.pdf

    "A la fin du XVe siècle, on construisit un porche près du transept côté du Midi, non loin duquel se trouvaient les fonts baptismaux. Lors de la réparation de cette partie de l'église, ce porche fut reconstruit à une des extrémité du cimetière, où il sert à la fois d'arc de triomphe et de campanile. Il s'ouvre sur un côté par une arcade surbaissée surmontée d'un tympan qu'encadre une arcade ogivale L'autre côté est percé de deux portes jumelles en anse de panier. C'est un travail de la Renaissance, correspondant aux porches de Pencran et de Landivisiau, à la porte latérale de la Roche et au portail Ouest de Rumengol. Le socle de la statue de saint Pierre porte la date de 1566, mais le porche lui-même pourrait être antérieur de quelques années. La grande arcade d'entrée et les deux portes intérieures ont conservé dans leur encadrement tous les détails de la période flamboyante ; mais en dehors de là la plupart des motifs d'ornementation rappellent la Renaissance, particulièrement dans le bénitier, les niches des Apôtres et le couronnement des portes jumelles. Le tympan de l'entrée reproduit la scène de la Nativité de l'Enfant Jésus, sujet traité avec tant de grâce et de naïveté dans les porches de Pencran et de La Martyre."

     

    — CASTEL (Yves-Pascal) 11 août 1979 Mieux connaître l'abbaye de Daoulas

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/5706ec4151340cdb93120029fde046d9.jpg

    — CASTEL (Yves-Pascal) 1996, "Monuments et objets d'art du Finistère (année 1995) : Daoulas, Porche du cimetière, la statue de saint Cler",  Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (125, p. 148-149)

    — COUFFON (René), 1988, Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/b7a5a075dd70315bdc8d13759ebc81e4.pdf

    "Dans l'enclos, ancien porche. Il date du XVe siècle Il a gardé d'un côté les deux portes jumelles en anse de panier et, de l'autre, la porte extérieure dont l'arcade surbaissée est surmontée d'un tympan. Dans ce tympan, groupe de la Nativité en haut-relief ; dessous, Adam chassé du paradis ; au contrefort d'angle groupe de l'Annonciation, la vierge à gauche, l'ange à droite. Contre ces contreforts deux autres statues en kersanton : Vierge à l'enfant et saint Augustin tenant son coeur. Les voussures, à bases prismatiques, de l'arcade, sont profondément moulurées et décorées d'anges thuriféraires. Les colonnes extérieures sont torses ; les contreforts sont ornés de niches aux coquilles Renaissance et gallons enroulés ainsi qu'à Landivisiau.  A l'intérieur, les niches abritant les statues des Apôtres sont séparées par des pilastres et décorées de coquilles et gallons plats. La statue de saint Pierre porte la date de 1566. Au-dessus du trumeau à bénitier, statue en pierre du Christ Sauveur. Au revers, côté cimetière, on a placé des statues anciennes en kersanton : Pietà, saint Augustin (?), et saint portant l'inscription : "S. RIEC" et la date de 1447.

     

    COURCY (Pol de), 1867, Bretagne contemporaine, Finistère, p. 96, Nantes, Charpentier, in-f°, 1867

    — LÉCUREUX (Lucien), 1919, église abbatiale de Daoulas, Congrès archéologique de France page 20

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35688p/f53.vertical

    — PINSON (Chanoine Louis), 1696, Histoire de l'abbaye de Daoulas, par un chanoine de cet abbaye, manuscrit recopié au début du XIXe siècle et publié par PEYRON (Chanoine) 1897 Bulletin de la Société archéologique du Finistère pages 49-70, 197-231, 241-256 et 425-440.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207639m/f327.image.r=SOCIETE%20ARCHEOLOGIQUE%20DU%20FINISTERE

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207639m/f283.item.r=SOCIETE%20ARCHEOLOGIQUE%20DU%20FINISTERE

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207639m/f327.item.r=SOCIETE%20ARCHEOLOGIQUE%20DU%20FINISTERE

    — http://site.erin.free.fr/Bretagne/Finistere/Daoulas.htm#PorcheApotres

    — http://www.infobretagne.com/abbaye_de_daoulas.htm

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    Published by jean-yves cordier - dans Daoulas
    4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 20:00

    Pollicipes pollicipes, Ave !

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    En guise de détente pour le rédacteur, et pour le lecteur.

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    Policipes policipes Gmelin, 1789. Photographie lavieb-aile.

    Policipes policipes Gmelin, 1789. Photographie lavieb-aile.

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    Policipes policipes Gmelin, 1789. Photographie lavieb-aile.

    Policipes policipes Gmelin, 1789. Photographie lavieb-aile.

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    Published by jean-yves cordier
    2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 11:09

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    LA CHEVÊCHE ET LA PIPÉE DANS LA LITTÉRATURE.

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    Alors que l'un des points de départ de ma recherche iconographique est, dans le n° 105 de sa revue La Hulotte, la description par Pierre Deom de la façon dont la Chevêche, de mœurs partiellement diurnes, est houspillée par les passereaux lorsqu'elle se pose sur un poteau ou une branche, et de la manière dont les chasseurs ont profité de cette antipathie des oiseaux diurnes envers ce rapace pour le placer en appât et les attraper grâce à de grandes pinces à linges nommées brais ou breulles ou surtout à la pipée (avec appeaux et gluaux), néanmoins,  les textes anciens que j'ai explorés parlent de l'utilisation d'une chouette ou d'un chat huant, sans que le nom spécifique de Chevêche ne soit cité. Car on trouve plutôt les termes de chouette, chuette, chat-huant, chahuan. 

    Certes, Noël Chomel dans la description de la chasse à la pipée de son Dictionnaire oeconomique de 1709 (cf ma troisième partie), et particulièrement de l'utilisation de la feuille de gramen pour piper, écrit : "le bruit qui se fait de cette manière contrefait le cri de la cheveche qui est la femelle du hibou". 

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    On peut reculer la date de l'apparition de cette mention de la chevêche lors de la chasse lorsqu'on découvre que Noël Chomel a en réalité copié les Ruses Innocentes dans lesquelles se voit comment on prend les oiseaux.  page 110  de François Fortin, paru en 1688 : Instruction pour une chasse divertissante qu'on appelle  la pipée Ce qui ne change pas radicalement les choses, mais, accessoirement, qui nous donne accès à la description de la feuille d'herbe  de  la Planche 10 figure 9 . "Il faut prendre une fueille, et la tenir avec le pouce, et le premier doigt de chaque main par les deux bouts, a, b, et mettre le bord c entre les deux lèvres jusqu'à la moitié de la largeur, puis en pressant les lèvres l'une contre l'autre, souffler délicatement et contrefaire le cri de la cheveche, qui est la femelle du hibou". On trouvera dans la figure 26 de la Planche 9 le dessin de la feuille de lierre pliée et percée. 

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    Pour trouver mention plus précoce dans notre littérature du nom Chevêche, il faut plutôt rechercher la graphie  CHEUECHE. 

    Le nom Cheueve [Cheveche] est cité par Robert Estienne dans son Dictionarium cum gallica fere interpretatione de 1531 en traduction du nom VLVLA , puis inversement, il est cité dans son Dictionnaire françois-latin de 1539 page 88 :

    CHEUECHE : Une Cheueche, Vlula. Une cheueche ou fresaye, ou selon aucuns ung hibou, Strix.  

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    En 1546, ce nom est employé par Clément Marot pour désigner l'animal emblématique de Minerve Athéna :

    De Minerua la garde reculee / Et pour auoir este mal taciturne / Va deuant moy la Cheueve nocturne,

    et, plus loin

     Quand Nycthimène estant par son gref vice faicte cheueche a eu tant de bonheur / Qu'elle succède à mon premier honneur.. (Livre II, De la métamorphose d'Ovide, Fable VIII.)

    Dans ce passage, la corneille (cornix) raconte son histoire : fille du roi Coroneus de Phocide, elle inspira à Neptune une violente passion ; mais pour lui permettre d'échapper à la poursuite du dieu, Minerve la métamorphosa en corneille et fit d'elle sa fidèle suivante ; elle fut pourtant détrônée par Nyctimène. Voir Ovide 2, 566-597.

    C'est cette Nyctimène qui concerne ma recherche, puis que dans la mythologie grecque, et pour Ovide, elle est la fille du roi de Lesbos qui la viola. Elle alla se cacher dans une forêt où elle fut prise en pitié par Athéna, qui la transforma en chouette. Autrement dit, Nycthimène, c'est la Chevêche d'Athéna :

    "N'as-tu donc pas entendu cette histoire, connue de tout Lesbos, disant que Nyctimène a souillé la couche paternelle ? Elle est oiseau sans doute, mais consciente de sa faute, elle fuit les regards et la lumière, dans les ténèbres, elle cache sa honte, chassée par tous du royaume de l'éther." (Ovide II 591-595)

    La dernière partie de la phrase témoigne de l'hostilité des oiseaux diurnes pour la chouette : en latin  et a cunctis expellitur aethere toto. Et Clément Marot est plus explicite en traduisant : 

    Ou s'on la voit, tous les autres l'agassent,

    Et hors de l'air de tous costés la chassent.

    Rabelais cite Nyctimène dans le début de l'Isle Sonnante parmi les oiseaux issus de métamorphose d'héroïnes ou héros, avec  Procné (rossignol ou hirondelle), Ithys (chardonneret, ou ramier),  Antigone (en cigogne) Alcmène (pour Alcyone, transformé en alcyon, Téreus ( huppe), comme autant d'exemples rendant parfaitement plausible l'existence, sur l'Ile Sonnante, d'oiseaux qui étaient jadis des Siticines, ces chanteurs et joueurs d'instruments sur le tombeau des morts. . 

    La Chevêche est décrite en 1555 par Pierre Belon du Mans dans son Histoire de la nature des oiseaux chapitre XXXIII : Des deux manières de Chevêches (Des deux maniëres de cheueuche). Mais il ne mentionne pas la chasse qu'elle autorise, ni l'animosité des oiseaux à son égard.

     

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    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8608302w/f175.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8608302w/f175.item.zoom

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    L'ISLE SONNANTE DE RABELAIS (1562).

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    Dès 1534 puis dans l'édition de 1542  Rabelais, dans son Gargantua, avait cité dans sa fameuse liste des 215 jeux comment le géant joue  "au hibou", puis "à la chevêche" ou plus exactement "au hybou" et "a la cheueche". Voir sur Gallica RES-Y2-2126 folio 80 pour l'édition de 1534, RES-Y2-2130 pour l'édition de 1535 chez  Juste, etc. 

    Pour trouver une allusion à la chasse à la pipée associée au nom de la Chevêche, il faut ouvrir le Quint Livre, ou le Cinquième Livre  attribué à François Rabelais et paru en 1564.  Et plus précisément sa première partie, intitulée L'Isle Sonnante. L'ouvrage a pu être conçu en 1550, et l'Isle Sonante est paru en 1562 sous ce titre dans une brochure sans nom de lieu  in-8° de 32 feuillets imprimée à quelques exemplaires. 

    A partir de copies souvent fautives de brouillons rédigés lors de l'écriture du Quart Livre, et   rassemblés par des éditeurs après la mort de Rabelais en 1553, nous disposons de trois états de ce texte : L'Isle Sonnante de 1562, le Cinquiesme et dernier  Livre de 1564, et un Manuscrit non autographe (donc rédigé par un copiste) découvert dans la bibliothèque du roi en 1840 et étudié par Paul Lacroix. Dans les trois cas, la Chevêche est mentionnée dans le chapitre VIII intitulé Comment nous fut montré Papegaut à grande difficulté. L'Université de Tours en propose la lecture en ligne.

     

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    Voici donc ce bref passage dans les deux versions imprimées :

     

     

    "Panurge r'estoit en vehemente contemplation de ce Papegault & de sa compaignie, quand il apperceut au dessoubs une cheuesche, ado[n]c il s’escria en disant: Par la vertu Dieu nous sommes icy pippez a pleines pippes, malequippez. Il y a par Dieu de la pipperie, ripperie, & fripperie tant & plus en ce manoir : regardez là ceste cheuesche. Nous sommes par Dieu assessinez. Parlez bas, dist Editus. Par Dieu ce n’est mye une Cheuesche, c’est un noble cheuecier." (1562)

    "Panurge restoit en contemplation vehemente de Papegaut et de sa compagnie, quand il apperceut au dessouz de sa cage une cheueche : adonc se escria, disant : « Par la vertu Dieu, nous sommes icy bien pippez à plaines pippes, et mal equippez. Il y a, par Dieu, de la pipperie, fripperie et ripperie tant et plus en ce manoir. Regardez-là ceste cheueche : nous sommes, par Dieu, assassinez. - Parlez bas de par Dieu, dist Aeditue; ce n'est mie une cheueche ; il est masle : c'est un noble cheuecier." (1564)

     

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    Commentaire.

    1. Présentation.

    Je débute par un rappel de l'argument de ce Cinquième Livre : Les navigateurs abordent d'abord dans l'île Sonnante (ainsi nommée en raison des cloches qu'on y sonne) et leur guide leur explique que l'île est habitée par des oiseaux en cages :

    "Les cages estoient grandes, riches, somptueuses, & faictes par merveilleuse architecture.

    Les oiseaux estoient grands, beaux &polis à l'avenant, bien resemblans les hommes de ma patrie, beuvoient & mangeoient comme hommes, esmoutissoient comme hommes, pedoient & dormoient & roussinoient comme hommes, brief à les veoir de prime face eussiez dit que fussent hommes, toutesfois ne l'estoient mie, selon l'instruction de maistre Aeditue: mais protestant qu'ils n'estoient ny seculiers ny mondains. Aussi leur pennage nous mettoit en resverie, lequel aucuns avoient tout blanc, autres tout noir, autres tout gris, autres miparti de blanc & noir, autres tout rouge, autres partis de blanc & bleu, c'estoit belle chose de les veoir. Les masles il nommoit Clergaux, Monagaux, Prestregaux, Abbegaux, Evesgaux, Cardingaux, et Papegaut, qui est unique en son espece. Les femelles il nommoit Clergesses, Monagesses, Prestregesses, Abbegesses, Evesgesses, Cardingesses, Papegesses. "

     

     

     

    Nous comprenons que l'Île est une métaphore de l'Église, que les oiseaux en cage figurent les membres du clergé en leur églises, couvents ou palais, et que leurs titres sont construits en ajoutant le suffixe -gaut (féminin -gesse) aux noms français de clerc, moine, prêtre  ou abbé, etc..

    Cette construction trouve sans-doute son origine sur le jeu de mot rapprochant les mots Pape avec celui de Papegaut, (ou Papegault, Papegai ), un  nom désignant en moyen français soit un perroquet, soit un oiseau en carton servant de cible aux tireurs dans le jeu du même nom, soit une girouette. Voir  Godefroy.

    Mais le nom renvoie aussi à Papelart, "faux dévot, hypocrite ", à l'adjectif Papelard,  à Papelardise et à Papelarder, "faire l'hypocrite d'une façon doucereuse". Cette assimilation des prêtres à des oiseaux et ces néologismes créés par Rabelais trouvent donc leur source dans le vocabulaire courant de ses contemporains, mais renvoie immédiatement à l'idée de duplicité : pour l'auteur, le Pape est un perroquet, mais aussi un papelart, qui joue un double jeu. Par le suffixe -gaut accolé aux autres termes, c'est l'ensemble du clergé, c'est l'Église qui est accusée de fausseté.

    La métaphore des oiseaux s'étend avec le parallèle entre leur plumage, et les habits ecclésiastiques , puis entre leur chant, et les chants des moines commandés par les cloches. La colonisation de l'île par les volatiles est comparée à l'entrée en religion, causée selon Rabelais par la famine ("Joursanspain") et la surpopulation ("tropditieux" pour "trop d'iceulx enfants").

    Le suffixe -gaut renvoie à d'autres résonances. La première est, un peu plus loin dans le texte, la description d'un got, dont il se trouve (pour le sujet qui  nous concerne) qu'il s'agit d'un oiseau de proie :

     "Icy pres de vous est cestuy pour veoir si parmy vous recognoistra une magnifique espece de gots, oiseaux de proye terribles, non toutesfois venans au leurre, ne recognoissans le gand, lesquels ils disent estre en vostre monde. Et d'iceux les uns porter jects aux jambes bien beaux & precieux, avec inscription aux vervelles, par laquelle qui mal y pensera, est condamné d'estre soudain conchié".

     D'autre part, Michèle Huchon y lit une allusion aux margaux et aux godets, des oiseaux décrits par Jacques Cartier dans la relation de son voyage de 1534 : "Tout le jeu onomastique de l'Isle Sonante, fondé sur got et gau, proviennent de ces godets et margaux. (Rabelais, Oeuvres complètes, ed. Pléiade, page 1602 et 1627).

    Retenons ceci: le principe de duplicité concerne autant le sens que la forme (les mots), et il faudra s'en souvenir pour interpréter le passage mentionnant la Chevêche.

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    2. La chevêche et la pipée dans l'Isle Sonante.

    Dans les quatre phrases de notre passage, l'auteur montre Panurge qui aperçoit, sous  la cage du Papegaut (en soubassement du palais du Pape, le Vatican), une chevêche. Sa réaction immédiate est de voir cette chouette dans le rôle qu'elle joue dans la chasse à la pipée : celui d'appât et donc de piège. "Panurge restoit en contemplation vehemente de Papegaut et de sa compagnie, quand il apperceut au dessouz de sa cage une cheueche : adonc se escria, disant : « Par la vertu Dieu, nous sommes icy bien pippez à plaines pippes, et mal equippez.  Dans ce premier degré de lecture, Panurge et ses amis s'assimilent à des oiseaux séduits par l'attirance exercé par la chevêche (Panurge restoit en contemplation vehemente de Papegaut et de sa compagnie") et ils réalisent qu'ils sont — ou risquent  d'être — pris par les filets et gluaux de cette séduction papelarde. La métaphore est, à ce niveau, purement cynégétique.

    Mais Panurge enchaîne trois expressions qui procèdent par glissement de sens : "Pippez" / "à pleine pippes" / et malequippez.

    — Le verbe piper est polysémique : il signifie, dans le contexte de la mention de la Chevêche, "Imiter le cri de la chouette", et "Chasser à la pipée (en particulier en imitant le cri de la chouette ou en plaçant celle-ci en appât)", mais aussi "Jouer de la pipe, du pipeau" (avec le double sens sexuel de la pipe et du pipeau, en général, et chez Rabelais), et, au figuré, "Tromper, duper en séduisant". Voir CNRTL, ou Godefroy Complément.

    — "A plaines pippes"  fait glisser le sens, de la chasse à la pipée vers celui de pippe, "tuyau" (du latin médiéval pipa, même sens, et piparius, "celui qui joue de la flûte". "À pleines pipes" signifie ici "à pleins tuyaux", "à fond", mais renforce le sens de grand flux de liquide puisque pipe désigne aussi un tonneau : 

    Nicot 1606 "Pipe, f. Est un petit instrument de bois que l'oiseleur met en sa bouche pour contrefaire le pippis des oiseaux qu'il veut prendre. Pipe aussi est une espece de tonneau à vin, dont on use en Anjou et ailleurs. Et certaine mesure de bled, estant ce mot commun à vin et à bled, tout ainsi que cet autre muyd, duquel on dit muyd de vin, muyd de ble". 

    En un mot, la polysémie se renforce, avec son ambiguïté entre la chasse, le jeu de séduction, la tromperie et le piège, et le fait de souffler dans un tuyau (ou, dans la phrase nous sommes bien ici pippez à pleines pippes, le fait d'être l'objet de ce jeu de tuyau). Voir Gargantua XI que le mau de pipe vous byre, tournure gasconne poliment interprétée comme "que le mal du tonneau (ivresse) vous retourne", mais le sens sexuel est évident si la lecture se poursuit : Et sabez quey hillotz, que le mau de pipe vous byre, ce petit paillard tousjours tastonoit cen dessus dessoubz, cen devant derriere , harry bourriquet : et desjà commencoyt exercer sa braguette."

    — Mal equippez, qui n'a pas de sens objectif dans cette phrase,  relève du jeu d'écriture, de la paronomase  quippez / pippez, précédé de mal qui peut être lu comme mâle. 

    Au total, nous avons affaire à une belle allitération en -pi et -pe, et je ne vais pas vous ôter le plaisir de l'interpréter vous-même.

    Poursuivons notre texte : Il y a par Dieu de la pipperie, ripperie, & fripperie tant & plus en ce manoir : regardez là ceste cheuesche. 1562 Ou bien ... de la pipperie, fripperie et ripperie en 1564 (inversion des deux derniers noms) 

    L'accusation de tromperie dénoncée par Panurge face à la demeure (la cage, le "manoir") du Papegaut, alias le Saint-Siège, est ici reprise, et le sens de pipperie devient clair : mais cette clarté est immédiatement flouée ou froutée par la dérive des mots dans la rime paronomastique pipperie / fripperie. Ce dernier nom désigne a) un ensemble d'habits, de tissus, d'objets usagés et de peu de valeur, b) un commerce de vieilles fripes, puis par métaphore des vieilleries. Voir CNRTL , Godefroy . Dés lors, la Papauté est dénoncée comme se livrant au commerce de notions et de pratiques d'un autre âge, et qu'il faudrait réformer.

    Puis vient la paronomase pipperie, fripperie et ripperie, qui relève surtout de la surenchère sonore puisque le mot est une création de l'auteur. On peut éventuellement le relier au verbe riper, "gratter étriller", mais surtout au terme rippeu, rippeulx "galleux, teigneux" qui accentue la charge sur le Pape.

    De Ripe, rippe : ulcère, gale 

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    La suite.

     

    Regardez-là ceste cheueche : Nous sommes par Dieu assessinez (1562) / nous sommes, par Dieu, assassinez (1564)

    On peut comprendre : "nous avons été piégés, nous sommes faits, nous sommes morts", mais dans la duplicité des sens des graphies et des sons, j'entends aussi  "Nous sommes assez sinés",  du verbe segnier, siner "faire une marque, marquer", ou bien "nous sommes assez saignés". 

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    Nous terminons par la chute de cette minuscule histoire :

    Parlez bas, dist Editus. Par Dieu ce n’est mye une Cheuesche, c’est un noble cheuecier." (1562)

    "Parlez bas de par Dieu, dist Aeditue, ce n'est mie une cheveche, il est masle, c'est un noble chevecier ." (1564)

     

    "Parlés bas (dist Editus)  de par dieu. Ce n'est mye une cheveche. Il est masle. C'est un noble chevecier." (Manuscrit)

     

    Un chevecier, c'est un titre de dignité ecclésiastique  donné au chanoine qui avait autrefois la charge de l'entretien du chevet, du luminaire et de veiller sur le trésor d'une église.  Dérivé de chevez, ancienne forme de chevet, avec le  suffixe -ier : du  latin. médiév. capitiarius « id. » . On trouve aussi : Italien capicerio ; bas-latin capicerius et capitiarius qui est la vraie orthographe, du bas-latin capitium, chevet d'église, de caput, tête. Godefroy.

    En tant que maître du chœur, le chevecier est à la tête de la hiérarchie, et on comprend que ce chevecier/chevêche placé immédiatement au dessous du Pape soit redoutable pour ceux qui peuvent être accusés d'hérésie et être excommuniés voire brûlés.

    Le terme n'est pas dénué d'ambiguïté, puis qu'il désigne aussi celui qui est digne d'être pendu à une corde de chanvre.  Chevechier, du Cange.

    Chevêche et chevechier jouent aussi avec la sonorité du mot archevêque.

    Surtout, il ne faut pas oublier le "il est masle". Au sens littéral, celui de la fiction, lorsqu' Editus dit : ce n'est pas une chevêche, c'est un mâle, c'est un chevecier", ses interlocuteurs, qui ne sont pas censés connaître les arcanes du vocabulaire de la hiérarchie des chanoines des chapitres cathédrales, ont toutes les raisons de penser que chevecier est le masculin de chevêche. Après tout, n'ai-je pas souligné que jusqu'au XVII ou XVIIIe, on pensait que la chevêche était "la femelle du hibou" ? 

    D'ailleurs, si, sous l'effet des notes de bas de page, nous comprenons de manière trop savante les mots chevêche et chevecier, nous brisons le cadre fictionnel de la fable, où les oiseaux de l'Isle ne sont des hommes d'église que par allusion et allégorie, en clin d'œil de l'auteur, en soulevant le coin du déguisement dont les clercs sont affublés, mais surtout pas de manière explicite. Dans une première lecture, pour que le charme opère, nous devons tomber dans le piège tendu par Rabelais, et considérer que le chevecier est le mâle de la chevêche. Puis, mais seulement dans un deuxième temps, le contexte allégorique et satirique peut nous amener à découvrir le sens réel de chevecier , à mieux goûter à la façon dont nous avons été pipés par Rabelais, et à nous écrier : "Bien joué !". Les éditions modernes nous privent de cette jubilation et nous détournent de la lecture juste.

    Le mot chevecier est accouplé par sonorité à celui de chevesche, et ce n'est pas innocent. Chevecier va être contaminé par chevesche, et les éditions du XVIIIe (Le Durlat) vont employer la graphie chevechier. Et mettre alors en évidence le jeu de mot scatologique sous-jacent à cette historiette. Le verbe chier est propre (si je puis dire) au vocabulaire rabelaisien (Gargantua, XIII), et l'auteur aurait autant de mal à nous convaincre de son innocence dans ces alliances de sonorité en -che et -cier que dans ses allusions aux pipes et aux pipeaux.  C'est lourd, certes, mais c'est signé.

     

     

     

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    LA LECTURE DE LA "CHEVÊCHE" DE RABELAIS : UN EXERCICE COMPLIQUÉ MAIS INSTRUCTIF.

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    Bien qu'il soit très bref, ce passage de l'Isle Sonante m'a amené  à mieux appréhender ma lecture de l'œuvre de Rabelais en discernant divers niveaux de réception du texte.

    A)  Texte originel ou texte annoté ?

    Aujourd'hui, et dès le XVIIIe siècle, le texte est inséparable de son appareil critique de notes en bas de pages, ou d'un renvoi éventuel à un glossaire. Il est donc nécessaire de faire la différence entre un lecteur "naïf" du texte tel qu'il fut publié au XVIe siècle, et un lecteur assisté par ces notes. Pour lequel Rabelais a-t-il écrit ? Les notes de bas de page explicitent le texte, mais cela ne gène-t-il pas l'effet recherché par l'écrivain ?  Si je compare ses écrits à des farces jouées sur des tréteaux, faut-il qu'un directeur de théâtre viennent dévoiler ce que cachent les déguisements,  et rendre le spectateur certes moins dupe, mais aussi moins apte à jouir des surprises du jeu ?

    Ces annotations donnent le sens des mots chevêche et chevecier, ce qui montre qu'il ne sont pas  compris par le lecteur moyen. En effet, le DVLF indique pour chevêche une utilisation infime (non mesurable) avant 1700 (sous cette graphie), une occurrence de 0,8 par million de mots de 1700 à 1800, un pic à 0,45 par million en 1900 avant un effondrement vers 1950. Tout le monde n'est pas lecteur de la revue naturaliste La Hulotte !

    De même, pour chevecier, le DVLF indique une utilisation de 0,15 occurrences en 1650, et une extinction de son emploi depuis 1700. 

    A l'époque de Rabelais comme à la notre, les lecteurs cultivés ne pouvaient, hormis quelques philologues, comprendre ces mots. 

    Je me pose donc la question suivante : Rabelais écrivit-il en misant sur l'utilisation future d'un  dictionnaire en guise d'ouvre-boite donnant accès à la substantifique moelle de son texte, ou bien au contraire comptait-il sur une compréhension à mi-mots et surtout sur les jeux d'intrication du sens et de l'effet sonore?

    D'autant que ces doctes commentaires sont souvent envahis par des citations peu appropriées, comme pour masquer l'incompréhension du mot étudié en faisant appel à une occurrence fort opaque dans un auteur de référence. 

     

    1°) La première édition commentée fut celle de Jacob Le Duchat  en 1711 (puis 1732 et 1741) :

    • En 1711 fut faite la première édition critique des œuvres de Rabelais, due aux soins de le Duchat et de la Monnoye. Œuvres de Maitre François Rabelais: pub. sous le titre de Faits et dits du géant Gargantua et de son fils Pantagruel, avec La prognostication Pantagrueline, L'epître du Limosin, La crême philosophale, et Deux epîtres à deux vieilles de mœours & d'hummeurs differentes, Volumes 5 à 6.  H. Bordesius, 1711 : Voir page 35.

    •  Une nouvelle édition avec le commentaire de le Duchat parut en 1732, chez Praut, puis en 1741, en trois volume in-4. Oeuvres de maitre François Rabelais: pub. sous le titre de Faits et dits du géant Gargantua et de son fils Pantagruel, avec La prognostication Pantagrueline, L'ei̊tre du Limosin, La crème philosophale, Deux epi̇tres à deux vieilles de moeurs & dʾhumeurs differentes, & des remarques historiques & critiques de monsieur Le Duchat, sur tout l'ouvrage. Nouvelle ed. Augmentée de quelques remarques nouvelles … P. Prault, 1732.

    Cet auteur annote 3 noms ou expressions : 

    Les commentaires des critiques (1711, 1741) : Le Duchat : 

    7. Une Chevesche. "Marot, dans son Epître à un qui calomnia celle qu'il avoit intitulée : Au Roy, pour avoir esté desrobé. Quel qu'il soit, il n'est point Poëte Mais fils ainé d'une Chouette Ou aussi larron pour le moins. A la vue de cette prétendue Chevêche ou Chouette, qui est un Oiseau naturellement larron, Panurge se demène, comme s'il se voyoit déja livré aux Sangsues de la Cour de Rome."

    8 Pippez à pleines pippes  "Enjollez, ou endormis, comme au son du pipeau, & ensuite pillez à l'aise, & comme réduits à la besace. Marot, dans son Epitre au Roi pour le délivrer de prison, parle ainsi de son Procureur qui n'avoit tenu compte d'une Becasse dont il lui avoit fait present : Encor je croy, si j'en envoyois plus, Qu'il le prendroit; car ils ont tant de glus Dedans leurs mains, ces faiseurs de pippée, Que toute chose où touchent est grippée. On voit dans les Mémoires de l'Etat de France sous Charles IX. Tom 2. au feuil. 12.a. de l'Edit. de 1579. que la Chevêche sert à une espèce de pipée."

    9 . Chevechier. "Les nouvelles éditions, & même celles de  Lyon 1573, 1584 & 1600 ont Chevalier, mais on doit  lire chevechier conformément à celle de Nierg 1573 & à celle d'Estiart 1596, ou chevecier, comme dans celle de 1626. Entre chevèche & chevechier il y a ici une allusion qui consiste en ce que chevèche c'est une chouette, et que le chevechier d'une église ou comme on parle aujourd'hui le chevecier est l'officier qui a soin du chevet de son église, c'est à dire l'endroit où la clôture tourne en rond. Le mot de chevecier vient de cavicerius, qu'on a dit pour Primicerius, ou comme Caput in cera, ou Primus in catalogo, de cet officier, qui est le premier dans l'Église après l'Évêque. Voyez l'Anti-Baillet chap. 39"

    .

    2°) En 1823, l'édition dite variorum, reprend les annotations des auteurs qui l'ont précédés et les complète :  Œuvres de François Rabelais, édition variorum, augmentée de pièces inédites, des songes drolatiques de Pantagruel (ouvrage posthume), avec l'explication en regard ; des remarques de Le Duchat, de Bernier, de Le Motteux, de l'abbé de Marsy, de Voltaire, de Ginguené, etc. ; et d'un nouveau commentaire historique et philosophique par Esmangart et Éloi Johaneau, Paris, Dalibon, 1823, 9 volumes in-8.

    Pour notre passage, quatre mots ou expressions sont annotés : Chevesche 12, pippez a pleines pippes 13, / ripperie 14, / cheveschier 15.

     

    12 Chevesche "Marot, dans son Épître à un qui calomnia celle qu'il avoit intitulée : Au roy, pour avoir esté desrobé:

    Quel qu'il soit il n'est point poète,
    Mais filz aisné d'une chouette,
    Ou aussi larron pour le moins.

    A la vue de cette prétendue chevêche ou chouette, qui est un oiseau naturellement larron, Panurge se démène comme s'il se voyoit déja livré aux sangsues de la cour de Rome. Au reste, cette chevêche , qui fit tant de peur à Panurge, pourroit bien faire allusion au hibou qui vint, dit-on, deux jours de suite, se percher au-dessus de la tête de Balthasar Cossa, connu sous le nom de Jean XXII ou XXIII, en un concile que ce pape célébroit à Rome. Nicolas de Clemangis parle de ce fait dans quelqu'une de ses lettres, et Balœus, qui le rapporte aussi dans la Vie de ce pontife, en donne pour garant ce fameux écrivain. (L. ) — La chevesche est la première dame de compagnie du papegaut, comme le cheveschier ou chévecier est le premier homme d'église, le chef après l'évêque. Voyez Roquefort au mot Chévacerie. Cette chevesche ou chouette est au propre un oiseau de nuit et de mauvais augure, qui prend les oiseaux à la pipée; au figuré, c'est la maîtresse ou le mignon, le concubin du pape, comme Ganyméde, pipé, enlevé par un aigle, l'étoit de Jupiter. Voyez le commentaire historique."

     

    13 pippez a pleines pippes :  "Enjollés ou endormis, comme au son du pipeau, et ensuite pillez à l'aise, et comme réduits à la besace. Marot, dans son Epitre au roi, pour le délivrer de prison, parle ainsi de son procureur, qui n'avoit tenu compte d'une bécasse dont il lui avoit fait présent:

    Encor je crey, si j'en envoyois plus,
    Qu'il le prendroit; car ils ont tant de glus
    Dedans leurs mains, ces faiseurs depippée,
    Que toute chose où touchent est grippée.

    On voit dans les mémoires de l'État de France, sous Charles IX, tome II, au feuillet 12 a, de l'édition de 1579, que la chevêche sert à une espèce de pipée. (L. )"

    14 Ripperie : "Volerie. Ce mot a la même origine que rober et dérober comme les gens de robe, parce qu'il est en effet facile de cacher ce qu'on vole sous une robe."

    15 Cheveschier "Les nouvelles éditions, et même celles de Lyon 1573, 1584 et 1600, ont chevalier, mais on doit lire cheveschier, conformément à celle de Nierg, 1673, et à celle d'Estiart, 1596, ou chevecier, comme dans celle de 1626. Entre chevesche et chevechier il y a ici une allusion qui consiste en ce que chevêche est une chouette, et que le cheveschier d'une église, ou, comme on parle aujourd'hui, le chevecier, est l'officier qui a soin du chevet de cette église, c'està-dire du fonds de l'église , depuis l'endroit où la cloture tourne en rond. Le mot de chevecier vient de capicerius, qu'on a dit pour primicerius, comme caput in cera, ou primus in catalogo, de cet officier qui est le premier dans l'église après l'évêque. Voyez l'AntiBaillet, chapitre xxxix. (L.)— Le même officier a soin des chapes, de la cire, etc. Ce jeu de mot de chevesche et de cheveschier, dit Ginguené [*], n'est ni de bon goût, ni de beaucoup de sel; mais il sert à amener cette petite sortie: nous sommes icy bien pipés, etc.; et nous devons le pardonner à Rabelais, nous qui ne sommes plus pipés, et qui commençons même à n'être pas mal équipés."

    [*] bel exemple de fausse piste, puisque dérober ne tire pas son origine de robe, et que le passage de ripperie à rober n'est pas licite.

    [**]Pierre-Louis Guinguené , De l'autorité de Rabelais dans la Révolution, 1791... p. 119

    Et voici le même passage annoté par Paul Lacroix dans son édition Charpentier 1840 : voyez page 472 de ce lien.

    https://books.google.fr/books?id=iXwJOltKLJQC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q=papegaut&f=false

    .

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    SOURCES ET LIENS.

    http://jcraymond.free.fr/Celebrites/R/Rabelais/Mediagraphie/Mediagraphie.php

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    Published by jean-yves cordier
    13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 18:31

    La chouette harcelée par les oiseaux. Cinquième partie : la chasse à l'épervier et la chasse à la pipée dans le Livre de chasse du Le Roi Modus et la royne Ratio. Et les réflexions que cela inspire à la  reine...

     

     

    Voir les six parties  :

    Sur le hibou harcelé, voir aussi (et surtout) :

    .

     

    Vous mes amis que je ne connais pas

    Je ne vous connais pas

    Mais je vous imagine

    Rien d'autre comme en moi

    Qu'un rêve qui s'obstine

    Hourrah

    Jean Ferrat

    .

    Mais avant de me mettre au travail, une chose que j'aurai du faire depuis longtemps : remercier ma petite centaine d'abonnés. Un grand grand merci venant du fond de ma solitude de bloggeur de fond.

    Et hop ! j'y vais.

    .

     

    .

    Je ne reprendrai pas le résumé des parties précédentes. D'ailleurs, je n'aime pas les prétéritions. Non, je ne dirai rien de la façon dont les oiseaux diurnes harcèlent les rapaces partiellement nocturnes telles que les Chevêches. Rien de l'astuce cruelle des oiseleurs et autres chasseurs qui utilisent cette animosité pour capturer ou tuer les passereaux de toutes plumes. Rien des considérations de Hoefnagel ou de Dürer qui élèvent au rang de vertu stoïque ou chrétienne la passivité impuissante des chouettes ainsi chahutées par les foules hargneuses de volatiles énervés. Je passerai sous silence ce paragraphe du livre des déduis du Roy Modus qui traite de la "chasse au brai" (ou aux breulles) en plaçant une malheureuse chouette comme appât pour attraper les grives. Non pas parce que ces pratiques d'un autre âge sont strictement interdites par le bel Âge d'or d'aujourd'hui. Mais parce qu'il suffit de cliquer sur les liens ad hoc des cinq passionnants articles de mon chapeau.

    Donc, j'attaque in media res par un paragraphe du premier livre du Roy Modus et de la royne Ratio (XIVe siècle), qui précède celui de la chasse aux grives, mais qui m'avait d'abord échappé : celui de la chasse aux éperviers, avec encore !, une chouette pour appât. Puis j'enchaîne avec la chasse à la pipée, et avec les commentaires de Madame Modus, autrement dit la reine Ratio, sur ce comportement cynégétique. 

    .

    I. Cy devise comment len prent espreviers a la perche : comment attraper un épervier dans un filet grâce à une chouette disposée en appât.

     

    .

     

     

    Le texte (d'après l'édition de Blaze 1839).

    "Cy devise comment on prent espreviers a la perche.

    L' aprentis demande on prent de ceste maniere les espreviers à la perche. Modus respond : Il n'est nul oysel qui tiengne perche que on ne prengne bien au laz; mais pource que les espreviers n'ont mie les jambes si grosses ne si fortes comme ont les faulcons, on ne les prent mie volentiers au laz. Et aussi ne tiennent mie espreviers leurs perches si communement comme font les faulcons ; mais on les prent à la perche en autre maniere. Si vous dirons comment.

    Du temps d'yver qu'il faict grant froit, espreviers perchent volentiers ou bois, où il y a bon abry, et perchent es menues bois de fustoyes grosses comme ung homme porroit empoingner à deux mains. Et tousjours perchent emmy le bois, et perchent volentiers coste dune haye. Et te metz à l'oriere du bois au dessoubz du vent, car il vient volentiers à sa perche contre le vent, environ soleil couchant. Et se tu le vois entrer au bois, si te preng bien garde par quel endroict il se boutera. Donc approche tout bellement, toute l'oriere du bois, tant que viengnes à l'endroit où il se bouta, où tu orras comme les menus oyseaulx l'agacheront ; et quant il sera anuittié, si te boute au bois, et le quiers tout bellement parmy le bois. Et se tu le treuves, si gaitte une nuyt ou deux, pour savoir s'il tient son pays; et se tu vois qu'il le tiengne, ten tes paus, ainsi comme il est figuré comme il te sera devisé, regarde où il perche, et pren deux paus d'iraigne à trois verges. De quoy les deux bouts des deux paus se tenront à une des verges, et ès deux autres bouts aura deux verges, et seront tendues en trepié, ainsi comme à quatre affours de où l'esprevier perche, et soyent tendus en la plus clere place, et en la moins encombrée de bois que on porra trouver; et les cordeaux si peu amorsés es oches qu'ilz chiéent légierement, se l'esprevier se fiert dedens. Puis fay ung ployon de deux lies verges en la maniere que tu le vois, et hault en les deux verges aura loyé ung peu de mousse ou une chuette, si serra, et aura environ elle ung peu de plume, et au milieu de tel arcon ara voye une ligne, de quoy le bout sera porté loing, et celun qui le gaittera sera au bout du cordel enfaillolé , et s'il voit l'esprevier, il tirera a soy tout bellement la ligne, et au laisser aler la chuette branlera des aesles, et quant l'esprevier la verra, il se veura flatrir emmy les paus, Et ainsi sont prins les espreviers à la perche."

    Glossaire :

    perche : lieu où les oiseaux se perchent : le roi Modus avait expliqué précédemment que Faulcons prennent leurs perches ...es arbres des grands forests et es bois, et es falaises ...L'Epervier d'Europe Acciter nissus se perche en effet pour chasser dans les bois de feuillus de préférence clairsemés, près des lisières, pour y pouvoir voler : ce qui correspond au texte qui mentionne l'intérieur d'un bois, dans de petites futaies, près des orières (bordure), et à la tombée de la nuit (soleil couchant).

    —paus : très vraisemblablement, forme pour  palis, paulis "pieu, poteau". 

    — iraignes : filets (en forme de toile d'araignée) pour attraper les oiseaux.

    fustoye : graphie fustaine (français 1301) cf. notre "futaie". Godefroy donne l'adjectif fustain, fustayne : "de bois". Le Bnf fr. 1297 emploie la forme fustaie.

    affour : Godefroy afour, arfour, arrefour : "pas, enjambée".

    ployon : ou ploion : Godefroy "baguette flexible servant à tendre des lacets" : ou "baguette, branche en général".

    arçon : diminutif d'arc, mais ici, le mot prend le sens d'arceau, comme le montre l'enluminure. Voir aussi  Godefroy "demi-cercle qui forme le tomberel ou la tonnelle, espèce de filet à prendre les perdrix" .

    enfaillolé : le ms 1301 donne enfueillolé : du verbe enfoillir : Godefroy "couvrir de feuilles, enfeuiller".

    branlera : "balancer, agiter". Mais le ms fr. 1301 utilise "bavolera des esles". Voir CNRTL : [D'un oiseau] Bavoler des ailes. "Battre des ailes". Pourtant Godefroy Complément donne pour bavoler "voler bas", qui ne convient pas, ou "voltiger", mais il cite cet exemple d'un poème de J. de Baïf qui convient mieux à notre occurrence par la délicieuse évocation d'une jarretière qui s'agite : Sous le souple jarret la peinte banderole D'un jartier ondoyant sur la grève [jambe] bavole.  (Et parmi la blancheur des membres qu'elle estend Un incarnat rosin flambe s'entrejettant , etc.. in Evvres en rime.) D'ailleurs, un bavolet désigne "une coiffe paysanne ornée d'un volant couvrant la nuque" ... et battant des ailes.

    flatrir : ou flatir : "se jeter, se précipiter". Voir Godefroy qui cite précisément cet exemple.

    En résumé, on chassera l'épervier en plaçant, là où il a l'habitude de se percher, en confectionnant un piège fait de filets (ou "araignées") ouvert en triangle, au centre duquel sera placé sur un support une chouette (ou de la mousse ?) qui, sous l'effet d'une corde, agitera ses ailes. Lorsque l'épervier fondera sur la chouette ou son leurre, le piège sera refermé.

     .

    Les enluminures.

    Le Bnf français 1297 folio 84v 

    Le texte décrit une chasse de nuit par grand froid d'hiver. L'artiste a donc peint un ciel bleu-nuit, et constellé, mais il a  oublié d'ôter les feuilles aux arbres. L'épervier est fidèlement peint, avec son dos gris-ardoise, sa gorge blanche striée, sa longue queue et ses ailes larges. Une touche de jaune rehausse les yeux et le bec. La chouette est posée sur un arceau, sans liens visibles. Son bec est crochue, sa tête n'est pas aussi ronde et lisse que celle d'une Chevêche, ses yeux sont blancs et noirs. Le piège du filet, dont les cordes sont manipulées par un chasseur accroupi dans un arbuste,  est retombé sur les deux oiseaux. Selon le texte, une corde devrait être reliée à l'arceau pour faire en sorte que la chouette branle des ailes.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f176.item.zoom
    .

    Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1297 folio 84v, Gallica.

    Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1297 folio 84v, Gallica.

    .

    Bnf fr. 1298 folio 82r.

    Cette miniature diffère peu de la précédente, même si le ciel est ici bleu clair et que l'homme qui tire la corde est debout, tourné vers la droite, et chaussé de poulaines.

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    Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1298 folio 82r, Gallica.

    Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1298 folio 82r, Gallica.

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    Bnf fr. 1301 folio 92v.

    La chouette ne prête pas ici à confusion avec un hibou.

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    Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1301 folio 92v, Gallica.

    Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1301 folio 92v, Gallica.

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    Bnf fr. 1302 folio 87r.

    L'enluminure est très comparable au bnf fr. 1297.

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    Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1302 folio 87r, Gallica.

    Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1302 folio 87r, Gallica.

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    Arsenal 3079 folio 210r.

    C'est le dessin le plus original puisque le piège est tendu à la cime d'un arbre. Un chasseur, en tunique courte et chausses, a laissé son bonnet et grimpe à l'arbre, tandis que son collègue tient la corde du rondel. On verra que cette situation en hauteur du piège se retrouve, dans le même manuscrit, pour l'enluminure de la pipée.

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    Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bibl. de l'Arsenal 3079 folio 210r, Gallica.

    Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bibl. de l'Arsenal 3079 folio 210r, Gallica.

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    Bnf français 12399 folio 86v.

    L'enluminure de ce manuscrit, dont nous avons vu qu'il était considéré comme le meilleur de tous, n'apporte rien de plus pour la compréhension de la technique de chasse.

     nhttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f176.item.zoom.

    Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 86v , Gallica.

    Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 86v , Gallica.

     

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    II. La chasse aux oiseaux grâce au cri de la Chouette : "Cy devise Modus comme on prent les oyseaulx à la pipée".

    Cette chasse à la pipée, qui se pratique en automne après la Saint Michel (29 septembre) et avant la chute des feuilles, est proche de la chasse au brai décrite dans ma quatrième partie mais elle se caractérise théoriquement par l'usage d'appeaux contrefaisant le cri de la Chouette. Mais ici, le roi Modus, ainsi que les artistes qui enluminent le texte, font intervenir la chouette elle-même, posée sur un bâton. Les appeaux sont de quatre  sortes : on débute en appelant les oiseaux avec un appeau de feuille de lierre. Puis on utilise  soit la feuille d'arbre (hêtre ou autre), soit la feuille d'herbe ou gramen  placée entre les lèvres, soit un appeau de bois.

    De sorte que la différence avec la chasse aux grives de la chasse au brai repose surtout sur l'usage de gluaux, des tiges enduites de glu.

    .

    Le texte (d'après l'édition de Blaze 1839)

     

    Cy après devise Modus comment on prent les oyseaulx à la pipée.

    "L'aprentis demande comme on prent oyseaulx à la pipée. Modus respond : La Saison de piper au bois as oyseaulx si commence après la Sainct Michel archange, et dure tant comme les fueilles sont es arbres: Et quant les arbres sont descouvers de leurs fueilles, les oyseaulx se puent asseoir en pluseurs lieux où l'on ne porroit mettre gluons à quoy ilz peussent prendre, car tant plus sont les arbres couvers de fueilles, et mieulx se prennent; et aussi est la saison plus froide, et ont plus l'entente à pasturer que à eulx esbatre, ne aler à la pipée. Et de tous les déduiz qui peuvent estre à prendre oyseaulx, c'est le meilleur, le plus delictable et le plus plaisant. Si vous dirons comme il se faict : Au commencement de la saison de piper, pipers valent mieux au matin que au vespre, pour ce que le temps est gay, et ne sont mie les oyseaulx si aigres de pasturer comme ilz sont quant il fait froit. Tu dois adonc faire ta pipée ung jour ou deux avant que tu pipes, et soit faicte ou pays où les oyseaulx hantent au matin, et garde bien que tu ne faces ta pipée trop desnuée, ne descouverte, c'est à dire que tu ne coppes mie trop de branches, ne souplui ne le bois dedens la pipée, et la fay la plus couverte que tu porras, Si en sera mieux prenable; et garde que quant tu vouldras piper que tu viengnes si matin à la pipée que tu ayes ta pipée gluée à soleil levant, ou ung peu après.

    Et agache premièrement de la fueille d'ierre; car c'est une chose qui moult attrait les oyseaulx de venir à la pipée. Adoncques porras tu piper de trois manières: L'une d'une fueille de fay ou d'autre arbre, l'autre si est d'erbe que on met entre ses lèvres. La tierce est d'une pipee de bois, où l'on met une teille bien parée faicte d'enton d'esglantier. Et doit on piper basset et attrait, et plus gros pour les mesles que pour les pinchons et autres menus oyseaulx.

    On doit avoir une chuette ou ung autre huant mis sur ung baston, ainsi comme vous pouvez veoir en la pourtraicture pour les attraire. Les gluons à piper doivent avoir ung pic de long à pié main, et doivent estre ſichies sur la branche, que l'ung pende d'ung costé et l'autre de l'autre, si que les bolz des gluons atteignent ceulx qui vont devant, affin que l'oyseau ne se puist asseoir entre deux qu'ilz ne prengment. La pipée du soir est bonne, quant le temps est refroidi, que les oyseaulx quièrent l'abry pour eulx jucher, et si laissent les hayes et les hameaux et vont au bois oü il y a à mengier de prunelles, de chevelles, de graines de pueples, et de telles choses qu'ilz menguent volentiers. Pipe toujours où tu sauras que les oyseaulx seront, et dois commencer à piper devant soleil couchant, se les oyseaulx ne sont environt oy, et s'ilz y sont, tu pues bien piper plus tost. Ces gluons doivent estre bien déliés et doivent estre de blanc boul et jaune, et qu'ilz soient ung peu pelus, car ceux de rouges bouilliaux ne ceux qui sont grumeleux ne valent riens parce que la glu n’ y puet tenir, et s'en est ung oysel tantost desveloppé. Et la glu ne se puet desadherdre de ceux qui sont de blanc boul qui sont pelus, et pource ne s'en puent les oyseaux desvelopper ni eux en aler. Ca glu doit estre de joennes houx. La plus verde est la meilleure de toute glux,"

    Glossaire :

    — Adoncques porras tu piper : je lis dans les ms consultés et quant tu agachiees de la fueille dierre perchiée lors que pourras tu (fr 1297) ou Et quant tu aras agachiee de la fueille dierre perchiee donques pourras tu piper (fr 12399). Ce qui donne l'indication de la feuille de lierre percée

    fay (ou fou, fr. 1297 et 12399) : "hêtre". 

    teille : Godefroy renvoie à tille : "pièce"  "bois ", ficelle fait de l'écorce du tilleul". Le CNRTL donne "partie filamenteuse du bois". De tilia, "tilleul", le Lidenbaum de Schubert...

    enton : pour Godefroy, qui cite en exemple notre texte "ente, greffe". La teille bien parée faicte d'enton d'esglantier serait-elle ici une lame de bois fait d'un greffon (un petit rameau nouvellement poussé) d'églantier ? J'ai des scrupules à abandonner cet enton d'esglantier — l'églantine de Proust !— qui me fait des signes désespérés  pour que j'en saisisse mieux le sens. Que font les chercheurs ? Le fr 12399 donne une pipe de bois ou len met une teille bien paree qui est faite dantem desglentier : pipe désigne un pipeau. Le ms 3079 omet le mot enton : une pippe de bois ou len met une teille bien paree qui est faite d'englentier . 

    chevelles, de graines de pueples :  le ms 12399 donne "de cheneles, de graines de pinne". Chenele renvoie à cenele donné par Godefroy : "baie rouge de l'aubépine et du houx", qui convient parfaitement.

    — boul : "bouleau".

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    Les enluminures.

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    Bnf fr 1297.

    Fond or, sol vert où des herbes ou fleurs sont esquissées. Le pipeur, dont on ne voit que la tête couverte d'un chaperon rouge et la main, est caché dans une futaie de six arbustes touffus ; il porte à ses lèvres l'appeau, un objet vert (feuille, herbe ?) et ovale dont il module le son avec sa paume. Il est tourné vers les oiseaux de gauche. Les branches des arbres ont été dépouillées de leurs feuilles, sauf à leur extrémité, et équipés de gluaux bien visibles à gauche sous la forme de lignes blanches parallèles. Seul un oiseau est encore en train de voler, les autres sont englués, et celui de gauche pend, attrapé par l'aile.

    A droite, un tasseau horizontal émerge du taillis, et sert de support à la chouette.

    Source Bnf : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f193.item.zoom

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    Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1297 folio 93r , Gallica.
    Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1297 folio 93r , Gallica.

    Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1297 folio 93r , Gallica.

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    Bnf fr. 1298 folio 90v.

    Le chasseur porte ici un chapeau de feutre gris, plus discret. Ce qu'il tient entre ses lèvres ressemble fort à une feuille. La chouette n'est pas représentée. Les arbres sont apprêtés pour la pipée, et les gluaux sont clairement visibles. Tous les oiseaux semblent s'y être posés.

     

    Source bnf  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f183.item

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    Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1298 folio 90v , Gallica.

    Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1298 folio 90v , Gallica.

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    Bnf français 1301 folio 101v.

    Un sous-bois, une tête de pipeur, une chouette, trois oiseaux (tête grise, gorge aurore, ventre grivelé). C'est tout.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f216.item

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    Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1301 folio 101v , Gallica.

    Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1301 folio 101v , Gallica.

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    Bnf français 1302 folio 95r

    Assez semblable à fr 1297, avec sept oiseaux dont un seul est encore libre ; mais le fond est bleu nuit ; le bonnet du pipeur est discret. Les gluaux sont bien visibles. 

    Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1302 folio 95r , Gallica.

    Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1302 folio 95r , Gallica.

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    Bnf fr. 3079 folio 228v.

    L'inspiration de cette peinture d'un manuscrit du XVe siècle est totalement originale, par sa technique ou son paysage d'arrière-plan, mais aussi par son sujet : la chouette (en fait, un hibou avec ses aigrettes) est placée sur un support haut placé au faîte d'un arbre. Les gluaux ne sont pas dessinés. Parmi les neuf oiseaux, on compte cinq pies. Deux chasseurs guettent, mais aucun n'est en train de piper.

    Sourece bnf http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f466.item.r=du%20Monde.zoom.

    Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 3079 folio 228v  , Gallica.

    Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 3079 folio 228v , Gallica.

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    Bnf français 12399 folio 95v.

    La réputation du manuscrit daté de 1379 n'est pas usurpée : l'enluminure sur fond d'or rehaussé de rinceaux rouge est très stylisée (feuillage représenté par trois grosses feuilles, personnage vu en pied à l'intérieur de la loge qui le dissimule, sol et loge faits de feuilles ovales alignées, ...). Néanmoins, aucune concession n'est faite à la précision didactique et à la valeur documentaire de la scène. 

    Mais  le plus intéressant est la description du pipeur. Il porte un bonnet blanc, une tunique rouge courte, des bas de chausse, des chaussures à la poulaine (interdites par Charles V en 1368 mais dont la mode ne passa qu'en 1470), et un chaperon rouge rabattu. Ce dont il joue pour piper, ce n'est ni la feuille de lierre, ni celle du hêtre, ni le gramen, mais  un instrument en bois, tenu transversalement comme un harmonica, long d'une petite coudée, avec deux points noirs qui sont peut-être des trous. Il ne lui manque que le son pour satisfaire notre curiosité.

    Le plus délicieux n'est pas dans sa jambe gauche passée sous la droite jusqu'à l'équin du pied, mais dans son regard orienté en haut et à gauche, cherchant le ton juste dans le lointain des feuilles qui bougent au vent, dans la concentration sur un objet doucement mobile.

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    Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 95v  , Gallica.

    Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 95v , Gallica.

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    Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 95v  , Gallica.

    Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 95v , Gallica.

     

    Documentation : l'art de piper selon Jacques-Joseph Baudrillart.

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    Pour mieux comprendre la scène, comme je l'a fait pour la chasse au brai, je me suis plongé dans la lecture du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart ( entre 1821 et 1848). Tout en soulignant ce qui concerne la chouette.

    Ainsi, je retrouve les deux temps décrits dans Le Roi Modus : le pipeur commence d'abord avec la feuille de lierre  pour attirer les petits oiseaux, en imitant le geai et d'autres oiseaux : on dit alors qu'il froue.  Puis il utilise l'herbe à piper, ou un appeau, et imite alors  la chouette : c'est alors qu'il pipe à proprement parler.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529872s/f607.item.r=appeau%20chouette

     



    Page 600-601. Manière de piper et de frouer ; conduite à tenir pendant la pipée.

    "En restreignant à sa propre signification le mot piper, c'est l'art d'appeler les oiseaux avec un appeau qui imite le cri de la chouette, ou celui des autres oiseaux. Ainsi, on dit, dans ce sens, qu'un oiseleur pipe bien quand, au moyen des appeaux à piper (voyez ces mots) ou d'une feuille de  chiendent, il imite bien la chouette, et qu'il réussit à attirer un grand nombre d'oiseaux ; mais cet art est très difficile , et si l'imitation n'est point parfaite, les oiseaux ne s'y laissent point tromper. Il faut que si le pipeur ait appris de la chouette même à imiter son cri.
    Lorsque l'oiseleur a terminé tous ses préparatifs, il rentre dans sa loge avec ses aides et les personnes qui doivent assistera sa chasse. Un vêtement sombre et peu apparent est celui qui convient le mieux à ceux qui doivent se montrer, et le silence le plus profond est de rigueur. Avant d'imiter le cri de la chouette, il excite la curiosité des oiseaux en frouant doucement à l'aide de la feuille de lierre (voyez Appeaux) ; il exprime d'abord le cri des petits oiseaux, parce que d'après l'instinct de la nature, qui leur fait connaître l'inégalité de leurs forces, ce sont eux qui appellent les plus forts. Attentifs à ces premiers sons, qui doivent être assez forts pour être entendus de loin, et baisser ensuite à mesure que les oiseaux approchent, ceux-ci ne tardent point à y répondre ; et il arrive même quelquefois que l'oiseleur n'a pas besoin de piper , et que le seul appel fait avec l'appeau à frouer suffit pour attirer et prendre beaucoup d'oiseaux. Il imite successivement le cri du geai, cet ardent agresseur de la chouette, et au cri duquel les autres oiseaux se rallient, celui de la pie, du merle, de la grive, du pinson, de la mésange et des autres espèces les plus hardies et les premières arrivées, lorsqu'il s'agit de combattre.

    Mais lorsqu'il a entendu les oiseaux répondre à ses sons, il fait entendre quelques légers cris de la chouette, au moyen de l'appeau ou de l'herbe à piper. 
    Peu à peu les sons qu'il tire de la feuille de lierre deviennent plus forts et plus précipités , les cris de la chouette qu'il entremêle deviennent aussi plus aigus ; il s'agit de peindre le moment où les oiseaux s'enhardissent à attaquer leur ennemie et où celle-ci cherche à fuir, en les menaçant par ses cris. Si on avait alors quelques oiseaux vivans, il faudrait les faire crier, en leur serrant un peu les ailes ; ce qui amène ceux de leur espèce et en fait venir d'autres. 
    On a remarqué que le rouge-gorge , qui fait peu de bruit, attire presque toutes les espèces ; que le pinson attire les grives , les merles, les geais et les pies, et qu'enfin les geais font accourir les pies, outre leur propre espèce. 
    Lorsque le pipeur s'aperçoit que les oiseaux sont en foule autour de la loge, il fait entendre plus rarement et d'une manière plus faible et plus lugubre les cris de la chouette, comme si elle était alors réduite à l'extrémité ; les oiseaux croient que leur ennemi va succomber, cherchent à le découvrir pour achever sa défaite, et voltigeant sans cesse de branche en  branche, rencontrent les funestes gluaux.

    Quelques auteurs conseillent de casser la cuisse à une chouette et d'agiter de temps en temps l'os fracturé pour la faire crier ; c'est alors que la pipée devient productive, et que la terre se couvre d'oiseaux qui se précipitent à l'envi. Ce succès a valu à ce moyen le nom de la pièce de victoire; mais il n'est pas toujours possible de se procurer une chouette pour chaque pipée, et l'on réussit sans avoir recours à ce moyen barbare. 
    On conseille aussi de s'emparer promptement des premiers oiseaux qui tombent à la proximité de la loge et de les faire crier, en leur cassant une mandibule du bec, après quoi on leur retrousse les ailes sur le dos. Ce moyen n'est pas souvent nécessaire, parce que les oiseaux qui se sont abattus à terre avec  les gluaux font entendre assez de cris pour le rendre inutile. 

    Oiseaux qui se prennent à la pipée. Les rouges- gorges, les roitelets, les mésanges sont les premiers à répondre au frouement ; c'est alors, ainsi qu'on l'a déjà dit, que l'on imite le cri de la chouette ; les premiers coups de l'appeau doivent avoir une demi-heure d'intervalle, ensuite on pipe et on froue alternativement. Bientôt paraissent les pinsons, les geais, les merles, les grives, les draines, les pic-verts, les fauvettes, les verdiers , les bruans, les moineaux, les rossignols , les gros-becs, etc.; les corbeaux , plusieurs espèces d'oiseaux de proie diurnes et nocturnes et généralement toutes les espèces qui se perchent et répondent à l'appeau. On n'y prend que rarement des ramiers, des tourterelles  des linottes, des chardonnerets. 
    Lorsque l'heure de terminer la pipée est arrivée, les chasseurs sortent de la loge et vont ramasser les oiseaux ; il est rare qu'il s'en échappe , car ils s'entortillent tellement dans les gluaux qu'ils ne peuvent  souvent faire aucun mouvement. On doit se méfier  de certains oiseaux qui pincent très serré. "

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    On lira aussi la préparation et la tendue de la pipée (taille des arbres, préparation des gluaux) page 600

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    Les appeaux.

     

    Baudrillart Page 111 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529872s/f118.item.r=%C3%A9pervier%20chouette.texteImage

    "Appeaux à piper et à frouer. Dans la pipée  on a différens sons à imiter : le cri de la chouette qui attire les oiseaux, les cris de ces oiseaux , le bruit de leur vol et plusieurs bruits propres à fixer leur attention. 

    Les anciens appelaient pipeaux les instrumens dont ils se servaient pour imiter le cri de la chouette, et l'on emploie encore le mot piper pour exprimer l'action de rendre le cri de cet oiseau, tandis que l'on exprime, par le mot frouer, l'action de faire rendre à des appeaux les cris et autres bruits des oiseaux qui viennent à la pipée. "

    1°) Appeaux à frouer : la feuille de lierre percée.

    "Frouer, c'est produire, en soufflant sur un instrument quelconque, des sons qui imitent les cris et le bruit que font les oiseaux , tels que les grives, les merles, les geais, etc. lorsque ces oiseaux, animés contre là chouette, leur ennemi commun, cherchent à se venger, réclament du secours et s'enhardissent les uns et les autres à l'attaquer: II faut que l'oiseleur s'attache à rendre par les sons de l'appeau, les sentimens dont les oiseaux sont animés, leur crainte, leur envie de se venger, leurs cris d'alarme. Il doit se rappeler quels sont les cris des geais, quand après avoir entendu la chouette ils entendent aussi le cri d'un oiseau qu'ils croient en péril, et ne pas oublier que ces cris, dans ce moment, sont bien différens de leurs cris ordinaires d'appel. On sent que pour bien frouer, quoique cet art soit moins difficile que celui de piper, il faut avoir assisté plusieurs fois à une pipée.

    L'un des plus anciens et des meilleurs appeaux à frouer est une feuille de lierre disposée en cône, fig. 2 , PL 34. Sa préparation consiste à la percer dans le milieu d'un trou a, fig. 3 , à un tiers de sa longueur, du côté de la queue ; ce trou doit être assez grand pour y passer un grain de chenevis. On le fait en pliant la feuille de lierre en quatre, et en enlevant le petit coin avec ses dents, ou mieux encore en se servant d'un emporte-pièce carré. On roule cette feuille de manière qu'elle forme le cône représenté fig. 2, et pour s'en servir, on la tient entre les trois premiers doigts d'une main qui présente la pointe de ce cône à la bouche; puis on souffle par ce bout, et à l'aide des coups de langue on rend les sons que la circonstance exige. "

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    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f87.item.r=planche%2033

    Appeaux à frouer, Planche 34 fig. 1 à 6 par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

    Appeaux à frouer, Planche 34 fig. 1 à 6 par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

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    2°) Appeaux à piper.

    "On se servait autrefois des appeaux ou pipeaux représentés par les fig. 13, 14, 15 et 16 de la Pl. 33.

    La fig. 13 est celle d'un appeau de la plus ancienne date, qui consiste dans un petit morceau de bois entaillé et uni dans son entaille, servant de base à une languette faite d'un petit ruban de soie, qui était recouverte par une petite pièce de bois carrée ; il y restait un intervalle où l'on aurait à peine passé la pointe d'un couteau.

    La fig. 14 représente un appeau que l'on nomme pratique, à peu près aussi ancien que le précédent, et qui est fait d'une lame de fer-blanc ou de plomb, recourbée, à ses deux extrémités bb sur une autre plaque de fer-blanc, et également moins longue. Une faveur assujettie entre ces deux plaques, fait l'office de languette et sert à rendre le son qu'on veut imiter . Cet appeau est encore estimé aujourd'hui.

    La fig. 12 est celle d'une feuille de chiendent, qui a servi aussi fort anciennement à la pipée, sous le nom générique de gramen, et qui est toujours employée avec le plus grand succès. Mais cette feuille, que les oiseleurs appellent l'herbe à piper, n'était pas employée dans les premiers temps avec l'habileté nécessaire, et il faut encore une longue pratique pour s'en servir avec avantage.

    Le choix du chiendent est une chose importante. Les pipeurs en distinguent deux sortes ; celle qui doit être préférée est le chiendent qui croît dans les bois sombres et frais, dont la feuille est mince, couverte d'un duvet presque insensible à la vue, et dont la côte du milieu soit petite et aplatie. On prend les feuilles qui tiennent au milieu de la tige, parce que celles d'en bas, étant épaisses, résistent trop à l'agitation de l'air, et rendent des sons durs et criards , et que celles du haut de la tige sont trop tendres et peuvent se rompre lorsqu'on en fait usage, ce qui expose à donner des tons faux. On cueille ces feuilles lorsqu'elles sont vertes, cependant elles sont encore bonnes, quoique fanées.
    On peut remplacer ce chiendent , qu'on ne trouve pas dans tous les bois , par une autre espèce qui lui ressemble fort, et qui n'en diffère que parce qu'elle est fort velue et que ses soies sont grandes et raides. […] Pour piper avec cette feuille, on la prend avec l'index et le pouce de chaque main et on la place entre les lèvres, en ayant soin de ne pas l'approcher jusqu'aux dents, et de ne pas la serrer avec les lèvres; la langue, en se baissant et s'élevant par intervalle contre le palais, augmente et diminue par mesure la capacité dé la bouche, et sert à modifier l'air que le pipeur pousse contre la feuille; et ces modifications lui font rendre les cris lents et plaintifs de la chouette. Quant aux tremblemens monotones que le pipeur fait de moment à autre, ils doivent venir du gosier.

    Comme il est très difficile de bien piper avec le chiendent, et qu'il y a peu de personnes qui y réussissent parfaitement, on n'a point encore abandonné lès pipeaux de bois, de fer-blanc, etc.

    La fig. 17 PI. 33, est celle d'un appeau à languette qui est toujours fort en usage. Il se fait avec un morceau de bois de coudrier ou de chêne vert, que l'on entaille, comme la figure l'indique ; on en polit bien la portion entaillée, puis on lève adroitement une languette de bois, que l'on amincit avec un morceau de verre ou un canif. La fig. 18 représente la pièce de bois qui doit remplir le vide de l'entaille c d de la fig. 17, dont les extrémités, coupées obliquement, la maintiennent, quoiqu'on puisse encore la fixer en la liant, aux deux extrémités, avec un fil. Cette pièce, fig. 18, est également évidée à sa face inférieure, pour laisser assez de jeu à la vibration de la languette a."

     

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    Appeaux à piper, Planche 33 fig. 12 à 16  par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

    Appeaux à piper, Planche 33 fig. 12 à 16 par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

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    La figure 19 est celle dont la description m'évoque le plus la pipe de bois ou len met une teille bien paree qui est faite dantem desglentier :



    "La fig. 19 représente un autre appeau, qui consiste en deux pièces de bois évidées, entre lesquelles on met une feuille de chiendent ou bien une pièce d'épiderme de cerisier, c'est à dire une petite peau transparente qui recouvre la grosse écorce du cerisier. On lie les deux pièces ensemble , par leurs extrémités, au moyen d'un fil.

    La fig.16 est celle d'un pipeau de l'espèce précédente, qui a une languette a. On le fait soit de saule, soit de chêne, de coudrier ou de sarment. L'écorce de ce dernier sert de languette. On lie les deux pièces avec un fil aux deux pièces avec un fil, aux deux bouts, comme dans la figure précédente."

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    Appeaux à piper, Planche 33 fig. 17 à 20  par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

    Appeaux à piper, Planche 33 fig. 17 à 20 par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

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    IV. Les commentaires de la reine Ratio : valeur allégorique de la chouette, et de la glue.

    Feuillets CXXXJX et suivants de l'édition Blaze

    "Le roy Modus vous a devise comment moult d'oyseaulx sont prins à la glus par le fait et engin d'homme. Si vous diray comment les menus oyseaulx viennent aguettier le huant ou la chuette, si sont prins à la glus telment qu'ilz ne puent voler ne bouger. Je entends par ceste glus char d'homme et de femme, car glus est si ardent et si tenant qu'il n'est riens qui desadherdre s'en puist. Elle se prent et adhert à tout ce que elle attouche, et par especial à la plume des oyseaulx. Et je entends par le huant et par la chuette aucuns grans seigneurs de ce monde. Si vous dirons comment le huant et la chuette si ne s’osent monstrer de jour, ains se tiennent es creux des arbres tant qu'il soit nuyt. Et ce font ilz pour ce qu'ilz ne pourroient durer aux menus oyseaulx qui les suichent et agachent. "

    "Ainsy est il d'aucuns grans seigneurs de ce monde, car ilz ont la char si glueuse et si ardant comme est la glus qui s'adherd à la plume des petis oyseaulx. Aussy les grans seigneurs prennent et adherdent la plume des menues gens qu'ilz engluent et prennent du leur sans payer. Et quant les menues gens viennent pour demander le leur, ces seigneurs ne s'osent apparoir comme le huant, car ilz seraient aguechiez des menues gens qui crient et agachent en demandant ce que on leur doit ; ainsi sont ilz engluez par la convoitise de la char qui est trop adherdant ; et les menues gens ont les plumes si englues qu'ilz ne se puent aydier. Dont quant la char d'homme est si gluant et si adherdant, puet elle bien estre accomparagié à la glus. Plus est de telle condicion que, quant elle est mouillié, elle ne se puet prendre ne adherdre à aucune chose; aussy est il de la char d'homme. Quant la char d'homme est bien mouillié de larmes de contricion et de repentance, elle ne puet prendre ne soy adherdre fors que à ce que deu luy est de droit et de raison. Et est ce qui puet destruire à homme la mauvaise volenté de la char qui est à homme grant ennemi. Et se tu te vuelz deffendre de ces trois ennemis, c'est assavoir du deable, du monde et de la char, Sois garni de trois choses, c'est de foy, d'espérance et d'amour, et sois armé de trois armeures, c'est de confession, de repentance et de satisfaction. Ainsy ces ennemis ne te porrant nuyre ni grever. Explicit le livre des déduis des chiens et des oyseaulx que le roy Modus ordonna."

    Glossaire :

    — desadherdre : voir Godefroy desherdre, deshardre : "détacher, déprendre". Et voir  en vénerie harder CNRTL "attacher les chiens à la harde", et enharder "attacher par la laisse".Donc ici, desadherdre signifie détacher de la glue, décoller, mais avec une allusion aux liens reliant les chiens de chasse. 

     

    Résumé :

    La glue est comparée à la chair et au désir charnel entre homme et femme, désir si intense que rien ne peut le rompre. Mais les larmes de la contrition et de la repentance permettent, comme l'eau sur le plumage évite à la glue de coller, aux êtres humains d'éviter d'être assujettis à la chair. 

    La chouette est assimilé aux grands seigneurs, qui se cachent durant le jour et se montrent la nuit, et qui en outre, "plument" les gens du peuple.

    In fine, le diable, la chair, et  le monde sont les trois ennemis des humains, comme les appeaux, la glue et la chouette sont ceux des oiseaux. La reine propose trois protection, Foi, Espérance et Charité, et trois armures, Confession, Repentance et Satisfaction [opposé à Envie ?] . 

    L'exemplaire Bnf fr 1298 du Roy Modus et la Royne Ratio place, à la fin de ce discours de la reine Ratio, une enluminure du folio 93v que la base Mandragore intitule Allégorie de la convoitise. Elle représente une autre modalité de chasse à la chouette : une chouette dans le creux d'un arbre, et un hibou sur une souche au centre d'une clairière, attirent huit oiseaux vers des tiges enduites de gluaux et tendues sur des cordes.

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    Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f190.image

     enluminure du folio 93v  du manuscrit Bnf fr 1298 du Roy Modus et la Royne Ratio , source Gallica.

    enluminure du folio 93v du manuscrit Bnf fr 1298 du Roy Modus et la Royne Ratio , source Gallica.

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    V. Le manuscrit Bnr fr 12399 : une énigme... et sa réponse.

     

    L'énigme est présentée par Elzéar Blaze dans son introduction à son édition de 1839 des manuscrits du Roy Modus et de la royne Ratio :

     

    "La Bibliothèque Royale possède un grand nombre de manuscrits du Roy Modus ; la plupart sont enrichis de dessins coloriés, représentant des sujets de chasse fort curieux par les costumes du temps, les armes dont on se servait, et par les scènes diverses qu'ils représentent. Le manuscrit portant le numéro 652–12 [actuellement français 12399]  fut fait en l'an 1579. A la dernière page se trouve une rosace dans laquelle on lit les vers suivants:

    Les lettres de ci environ

    Si font le nom et le sournom;

    Qui bien les saroit à droit mettre

    Et curieux de l'entremettre,

    De celui qui cest livre fist

    Et du clerc qui son songe escript,

    Quil a prophésie a monstré,

    U checle dessus est nommé,

    Qui le livre a fait et trouvé. C'est tout.

    Vous croyez trouver le nom de l'auteur, et vous pensez avoir atteint le but de vos recherches, pas du tout: dans le premier cercle vous voyez douze lettres, et dans le second quinze lettres, quine forment aucun sens. Il faudrait savoir comment les placer, et le copiste ne nous en a pas donné la clé. En combinant de mille manières les vingt-sept lettres dont je viens de parler, on parviendrait peut-être à former le nom, le surnom et les qualités de quelque savant de cette époque; c'est un soin que je laisse à ceux qui sont doués d'une grande patience..."

    Souhaitez-vous vous y frotter ? Voici le cercle en question, tel qu'il apparaît au folio 177v du manuscrit Français 12399 de la Bnf . Mais lisez auparavant le texte qui l'accompagne, puisque son chronogramme peut vous aider. : 

    Explicit le livre du roy modus et de la royne ratio qui parle des deduis et de pestilence

    Puis la souscription a été effacée, à l'exception  de la dernière ligne :

    Explicit lan de grace  mille CCCLXXIX. [1379]

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    D'autre part, les lettres sont les suivantes : 

    DRHIENREIESEREF
    HDOSEDMISNER

    et le texte inscrit dans le cercle est : Les / lettres de ci environ / si font le non et le sour/non— qui bien les saroit / a droit metreet curieux de / lentremestre —de celui qui cest / livre fist et du clerc qui son / songe escript. Qui la prophe/sie a moustre u checle des/sus est nommé qui le livre a fait et trouvé. / C'est tout.

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    Bon courage. Vous avez une heure.

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    Explicit du ms Bnf fr. 12399 folio 177v du Roy Modus et la royne Ratio.

    Explicit du ms Bnf fr. 12399 folio 177v du Roy Modus et la royne Ratio.

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    La solution : Henri de Ferrières Saint-Hilaire  et son copiste Denis d'Hormes.

    En 1869, un célèbre paléographe, Alphonse Chassant (1808-1907) s'arme de patience et découvre la résolution de l'énigme, ainsi qu'il en donne le récit dans le Bulletin du Bouquiniste :

    "Et c'est par cette indifférence ou cet égoïsme que ce secret de Polichinelle est entré dans la tombe avec les contemporains de l'auteur du Roy Modus. Et à nous, chercheurs du XIXe siècle, postérité négligée des anciens, mais curieuse et soucieuse à bon droit des hommes et des choses du passé, à nous de faire tous nos efforts pour retrouver le nom d'un auteur qui mérite d'autant plus de nous occuper que, de l'attestation du savant éditeur de son livre, pays du monde la grande chasse porte le nom de chasse française, c'est au Roy Modus qu'il faut en attribuer l'honneur. C'est donc plus qu'un nom, c'est une illustration à exhumer.

    On a vu plus haut comment il procède. II trace deux cercles concentriques, et dans leur circonférence il distribue un certain nombre de lettres, en ayant bien soin de faire observer 1° Que Les lettres de ci environ Si sont le nom et le sournom. De celui qui cest livre fist, Et du clerc qui son songe escrit . 2°) Que ces mêmes lettres sont transposées, puisqu'elles n'auront de sens que pour celui Qui bien les saroit à droit mettre Et curieux de le entremettre. 3° Que dans le cercle extérieur se trouvent les noms de l'auteur U chècle dessus est nommé Qui le livre a fait et trouvé. 4° Et par conséquent que dans le cercle intérieur sont les lettres qui forment le nom et le surnom du copiste du clerc qui son songe escrit."
    D'après ces données, pas de méprises possibles. Chaque cercle renferme un nom et un surnom. Il n'y a pas à combiner de mille manières les 27 lettres, pour en former le nom, le surnom et les qualités de quelque savant de cette époque, comme le pense M. Elzéar Blaze. Il faut opérer sur chaque cercle séparément. "C'est tout".
    Muni des instructions qui précèdent, et certain du lieu où chacun des deux inconnus s'était réfugié, je me lançai résolument à leur poursuite.
    Le cercle extérieur fut le premier champ de mes explorations.
    Quinze lettres rangées dans un ordre mystérieux, espacées à peu près à égale distance en occupent toute la circonférence.
    Aucune d'elles n'affecte de prééminence, n'est précédée d'un signe quelconque pour indiquer un point de départ. Par où commencer, à quelle lettre donner la préférence? Voilà ce qu'on se demande tout d'abord, et ce qui faisait regretter à M. Elzéar Blaze de n'avoir pas la clé.
    En adoptant pour la disposition de ses lettres la forme symbolique du cercle, qui n'offre ni commencement ni fin, l'auteur a voulu évidemment mettre les chercheurs dans l'embarras du choix. II ne faisait en cela qu'imiter les Grecs et les Romains qui inscrivaient sur un cercle les noms, soit de leurs dieux, soit de leurs amis, soit de leurs esclaves, à l'égard desquels ils ne voulaient laisser voir aucune préférence ou, sans remonter si haut, l'institution romanesque des chevaliers de la Table-Ronde, où l'honneur était également partagé, où l'on ne pouvait distinguer quelle était la première, la seconde ou la dernière place, avait-elle donné à notre auteur l'idée de son procédé? Qu'importe Je pris les lettres du grand cercle telles qu'elles s'offraient, et, commençant par celle qui occupe le sommet de la circonférence, je les transcrivis dans l'ordre qu'elles suivent de gauche à droite, ainsi:
    F. D. R. H. I. E. N. R. E. I. E. S. E. R. E.

    Ces 15 lettres comprennent donc :

    • 7 voyelles EEEEEU dont 5 E et 2 I
    • 8 consonnes DFHNRRRS dont 3 R

    Ces lettres n'offrant dans leur suite aucun sens, lues à droite ou à gauche, accusent une transposition certaine. Je dus donc opérer à leur égard de la même manière que pour dégager un nom d'un anagramme. Après quelques tâtonnements, je fus assez heureux pour trouver, le jour même de mon entrée en connaissance avec le Roy Modus de M. Elz. Blaze, le nom et le surnom de l'auteur :

    HENRI DE FERIERES,

    Nom d'une grande famille, déjà connu dans les lettres, et où venaient si à point, et sans effort, se placer les cinq E, les deux 1 et les trois R des quinze lettres qui s'offraient à mes premières investigations.

    Encouragé par ce premier succès, j'attaquai le second cercle, où était caché le copiste. Douze lettres disposées et transposées comme les précédentes se déroulaient en cet ordre de gauche à droite, en commençant par la lettre qui occupe le sommet du cercle
    H. D. 0. S. E. D. M. I. S. N. E. R.

    Où se trouvent :

    • 4 voyelles EEIO dont 2 E
    • 8 consonnes DDHMNRSS dont 2 D et 2 SS


    J'avoue que je tournai longtemps dans ce cercle sans rien découvrir qui pût me satisfaire. J'arrivais bien à des noms acceptables, mais pour le surnom, il ne me restait pas assez de voyelles, ou j'avais trop de consonnes. Plusieurs fois, las et découragé, je renonçai à mon entreprise. Après tout, me, disais-je, qu'importe à l'histoire littéraire le nom d'un copiste? Nous avons le nom de l'auteur du Roy Modus, n'est-ce pas l'essentiel? Mais j'avais beau me raisonner ainsi, je me sentais toujours attiré néanmoins vers ce maudit cercle, pour lequel ma persistance semblait croître en raison de la difficulté. Un jour enfin, mieux inspiré, ou plus favorisé du hasard, dans une nouvelle battue, je pus saisir par les oreilles notre copiste, que depuis longtemps je' ne faisais que tirer par les cheveux. En effet, à force de retourner, combiner, agencer mes douze lettres, je parvins à les remettre à leur vraie place, et à lire le nom et le surnom seuls exacts de 

     DENIS D'HORMES.
    J'avais donc complété ma découverte par ce dernier nom, qui vient révéler des rapports tels entre l'auteur et son copiste que je n'eus plus de doute sur l'identité de chacun d'eux. J'avais alors raison de persister dans mes recherches, puisque, comme si je l'eusse pressenti, cette seconde découverte devait fortifier la première.
    Je vais maintenant entrer dans quelques explications et essayer de faire partager mes convictions aux lecteurs que cette question bibliographique peut intéresser, et pour ne pas fatiguer leur bienveillante attention, je m'efforcerai d'être bref sans obscurité.

    Henri de Ferrières, l'auteur du Roy Modus, appartient à l'une des plus anciennes et l'une des plus puissantes familles de Normandie, qui datent de la conquête de l'Angleterre par les Normands. Le nom de Ferrières est aussi illustre dans cette île que dans notre province. Les baronnies de Ferrières, du Neubourg et de Thury-Harcourt, les terres de Livarot, Saint-Vincent du Boulay, Montreuil, Faverolles, Chambrais, etc., etc., furent jadis ses possessions en Normandie. Et aujourd'hui les lords Ferrers ou Ferrars la représentent en Angleterre

    Le siège de cette famille était à Férrières-Saint-Hilaire, au Balliage d'Evreux, dans la vicomte d'Orbec (Eure, arrondissement de Bernay, canton de Broglie). Les seigneurs de Ferrières devaient au duc de Normandie cinq chevaliers. Ils avaient le deuxième rang à l'échiquier parmi les barons du bailliage d'Evreux. Leur mouvance était fort étendue. Ils prenaient le titre de barons fossiers de Normandie voulant montrer qu'ils possédaient les principales ou les plus anciennes forges de la province. Propriétaires de grands bois, voisins des belles forêts de Beaumont, de Conches, de Lire et de Breteuil, assistant aux grandes chasses royales de la contrée, les sires de Ferrières durent compter parmi eux d'habiles chasseurs, initiés à tous les secrets, exercés à toutes les ruses de la vénerie et de la fauconnerie. Aussi trouvons-nous ce passage significatif dans le livre même du Roy Modus : « En droit moy, dit l'auteur, je vis le Roy Charles  qui fu  fils au beau roy Phelippe, qui chaça en la forest de Breteul, en ung buisson, appelé la Boullaye-Guerardet, où il print six vingt bestes noires en ung jour" (feuillet 48)


    A l'appui de cette citation, je pourrais, s'il en était besoin, donner la liste des rois qui, de Philippe-Auguste (1204) à Philippe VI (1331), vinrent séjourner à Breteuil, soit pour les plaisirs de la chasse, soit pour des affaires politiques. Je me contenterai de dire, d'après des documents positifs, que Charles le Bel, dont parle l'auteur du Roy Modus, se trouvait à Breteuil en 1323, en décembre 1325 et en juillet et août 1327. C'est donc à l'une de ces dates qu'il faut reporter la grande chasse royale dont parle l'auteur du Roy Modus. De La Roque, dans son Histoire  généalogique de la maison d'Harcourt (tome II page 1022), nous fait connaître les titre et qualité d'Henri de Ferrières

     

    « Les échiquiers de Normandie, dit-il, et des arrêts-dates de 1321, 1341, 1374, 139, 1391, 1395, 1397, 1398 et des années suivantes, nous décrivent amplement les intérêts de cette maison (de Ferrières) avec les qualités. Isabelle de.Ferrières, dame de Saint-Martin-le-Gaillard, femme de Nicole de Hotot, chevalier, plaidant en cette cour; noble homme, monseigneur. HENRI DE FERRIÈREs, chevalier; noble et puissant seigneur Jean, sire et baron de Ferrières et de Chambrais, seigneur de Saint-Martin-le-Vieil, contre Robert de Nardo, escuyer, qui prétendait la même seigneurie, etc., etc. » Quoique la rédaction de de La Roque soit confuse, et qu'il ait groupé des dates sans application directe, c'est bien évidemment Henri de Ferrières, auteur du Roy Modus, que désignent les échiquiers de 1321 à 1390, car cet auteur, comme il nous l'apprend lui même, a vécu longtemps, puisqu'il a vu Charles IV chassant dans la forêt de Breteuil, de 1323 à 1327, et qu'il s'est fait l'historien de Charles V, qui mourut en 1380.

     


    Je crois inutile de faire remarquer que le nom de Henri a été fréquemment porté du XII au XIVe siècle inclusivement.par les Ferrières. Je ne m'arrêterai pas davantage sur l'orthographe du surnom de Ferières, écrit par un seul R médial.contrairement à notre usage. Les documents du XIIIe et du XIVe siècle ne l'écrivent pas autrement . Je me hâte d'arriver à la justification du nom du copiste.

    DENIS D'HORMES.

    Lorsque je fus en possession de ces noms, je ne me tins pour satisfait qu'autant que j'aurais en main des documents qui appuieraient ma découverte; car j'avais besoin de me rassurer sur le nom de Denis, .peu commun dans le pays d'Evreux. J'avais déjà découvert, en m'occupant de Henri de Ferriéres, qu'un Hugues de Ferriéres et Isabelle, sa femme, avaient fait une donation, vers le commencement du XIIIe siècle, au monastère de Lyre, de deux gerbes de dîmes qu'ils possédaient à ORMES, ce qui établissait des relations des de Ferriéres avec Ormes mais cela ne me suffisait pas. Je fis des recherches sur cette localité, et je rencontrai ce précieux document dont je ne reproduis que les passages nécessaires:

    «  A tous ceulx qui ces lettres verront ou orront, Pierre du Buisson, garde pour le Roy, notre sire, du scel des obligations de la vicomté de Beaumont-Ie-Roger, salut, savoir faisons que
    DENIS MUTEL, Clerc, commis à OURMES [ORMES], soubz Jehan Grison, prestre, tabelliondud. Beaumont, nous a relaté et tesmoigné [par son serment] auquel nous adjoustons foy, que il avoit veu et leu, mot après mot, la copie d'unes lettres d'aveu, parmi lesquelles, etc, etc.

    Nous, à la relacion dud. Commis, avons mis à ces lettres le scel dessudit. Ce fut fait l'an de grâce 1397. ..Ainsi signé collation faicte J. Grison, D. Mutel. –Scellées en simple queue et cire vert. (V. cartulaire de l'éveché d'Evreux, tit. Ourmes; Archives de l'Eure.)

    Ainsi, l'auteur du Livre du Roy Modus nous donne dans un de ses cercles les noms de DENIS D'HORMES, ...du clerc qui son songe escrit «  Et voilà un titre du XIVe siècle qui constate qu'un DENIS d'Ormes, DENIS MUTEL, également clerc, est établi à Ormes, comme commis du tabelion de Beaumont-le-Roger. Si celui-ci n'est pas le Denis d'Ormes, copiste du Livre du Roy Modus, qui aurait pris alors, comme cela se pratiquait mainte fois, et comme simple clerc, le seul nom de DENIS avec celui du lieu de sa naissance ou de sa résidence, il faut convenir qu'il y aurait un singulier hasard à trouver dans les mêmes conditions de rapports, de noms et de lieux, des personnes qui n'ont rien de commun entre elles.

    La seigneurie d'Ormes, que les anciens écrivaient indifféremment Ormes, Hormes, Ourmes, en français et Hulmi ou Ulmi en latin, était située dam le bailliage d'Evreux, vicomté de Conches et seigneurie de Beaumont-le-Roger. " Alphonse Chassant, paléographe : 1808-1907

    .

    L'hypothèse d'Alphonse Chassant a été adoptée ou confirmée par Gunnar Tilander, qui signale  que la découverte du  nom de l'auteur revient à  Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye (1697- 1781). 

    La discussion a été reprise par François Remigereau en 1935.

    La notice de la Bnf indique qu'on  a lu aussi dans ces lettres des deux cercles  les noms de Henri de Vergy, seigneur de Feré,  et de Jean de Melun, sieur de TancarvilleIl y a en effet  aux fol. 75-82 v°, un petit poème sur « Le jugement de chiens et d'oisiaus au compte de Tancarville.". Le clerc chargé de le contacter se rend en son château de Blandy, dans le village du même nom au nord-est de Melun. Jean II, comte de Tancarville, devint seigneur de Blandy en 1354

    Plusieurs faits rendent évident que l'auteur de ce récit composé entre 1354 et 1377  était Normand : la mention de localités telles que Tancarville, Blandy, Breteuil, et la langue, parsemée de normandismes, montrent sans doute possible qu'il était Normand. Ces normandismes ont été signalés par  M. A. Thomas en 1905 , Romania Tome 34 page 111. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k16042j/f117.image

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    L'explicit du français 1297 : le folio 169r.

    Le manuscrit français 1297 possède aussi, à son dernier folio, le double cercle portant les mêmes lettres. 

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    La chouette harcelée par les oiseaux. Cinquième partie : la chasse à l'épervier et la chasse à la pipée dans le Livre de chasse Le Roi Modus et la royne Ratio.

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    SOURCES ET LIENS.

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    BAUDRILLART (Jacques-Joseph) (1774-1832) Traité général des eaux et forêts, chasses et pêches . par M. Baudrillart,...

     3e Partie. I. Dictionnaire des chasses... par M. Baudrillart,... Ouvrage revu... par M. de Quingery ;

     http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529872s/f608.item.r=appeau%20chouette

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529872s/f123.item.r=arbret

    3e Partie. II. Dictionnaire des chasses, par MM. Baudrillart et de Quingery. Atlas ; . Paris : Mme Huzard, 1821-1848 11 vol. et 3 atlas ; in-4

    Planche 32 Appeaux : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f83.item.r=planche%2033

    Planche 33 Appeaux : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f85.item.r=planche%2033

    Planche 34 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f87.item.r=planche%2033

    BLAZE (Elzéar), 1839, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, nouvelle édition, conforme aux manuscrits de la Bibliothèque royale, ornée de gravures faites d'après les vignettes de ces manuscrits fidèlement reproduites, avec une préface par Elzéar Blaze, Paris, Blaze, 1839, 19 p. + cxxxix f.

    https://archive.org/stream/lelivreduroymod00ferrgoog#page/n285/mode/2up

    CHASSANT (A),  Le livre du Roy Modus, dans Journal des Chasseurs (1869), p. 302,

    CHASSANT (A). 1869, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, Bulletin du Bouquiniste, 1er juin page 291-298 et page 323

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202466h/f294.item.r=modus

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202466h/f326.item.r=modus

    — GIRAUD (Sylvie) 2016,  « La Légende saint Julien l’Hospitalier. La chasse au cerf, de l’image au texte », Flaubert [Online], 15 | 2016, Online since 20 June 2016, connection on 31 May 2017. URL : http://flaubert.revues.org/2552

    Et, pour le paragraphe, et l'enluminure Cy devise comment len prent les espreviers a la perche, voir du même auteur http://www.eman-archives.org/FLIM/items/show/5759
    "- Lors de ses recherches à la Bibliothèque nationale à partir de novembre 1875, Flaubert a consulté l'ouvrage dans l'édition d'Elzéar Blaze, Paris, 1839 (voir Carnet de travail n° 17, f° 11 et f° 90v° à 72v°, ainsi que les notes f° 487, f° 489, f° 491, f° 491v° du dossier manuscrit de La Légende de saint Julien l'Hospitalier, BnF Mss NAF 23 663-2).
    - Bien que le Carnet de travail n° 17 ne le mentionne pas, il a très certainement visité le très riche département des manuscrits médiévaux, et feuilleté quelques volumes avec pages enluminées.
    - Le piège par panneau est mentionné dans l'avant-texte de La Légende de saint Julien l'Hospitalier, brouillon f° 419v°."

     — PAGENOT, (Sandrine),2009, Recherches sur l'iconographie profane à la fin du Moyen Âge: les premiers traités de chasse enluminés ("Livre du roy Modus et de la royne Ratio" de H. de Ferrières – Livre de chasse" de Febus), thèse de doctorat, Université de Paris IV-Sorbonne, 2009, 4 t.

    Non consulté ! Commentaires en ligne :

    Sandrine Pagenot étudie le ms. BnF, fr. 12399, de la fin du xive siècle, qui contient le Livre du roy Modus et de la royne Ratio de Henri de Ferrières. Résultat d’une collaboration étroite entre l’enlumineur et un expert en cynégétique, ce livre montre bien comment l’image peut illustrer le texte, mais aussi le compléter, voire prendre des libertés à l’égard de l’écrit (Le recours au texte pour la création iconographique profane au xive siècle: le cas d’un traité de chasse, pp. 271-282).

    Sandrine Pagenot montre ainsi qu’en trois occasions Henri de Ferrière « se décharge en partie de l’explication » en renvoyant le lecteur à la miniature subséquente, à charge pour l’enlumineur de suivre fidèlement ses instructions pour la composition de l’image (p. 271 284). Dans ce type d’ouvrage, les « infidélités » des illustrateurs sont à interroger, l’image étant en général parfaitement assujettie au propos didactique.  (http://www.fabula.org/acta/document8106.php)

    — REMIGEREAU (François) 1935 "Questions relatives au « Livre du Roy Modus et de la Royne Ratio » par François REMIGEREAU, Professeur à l'Université de Milan" in Mélanges de littérature, d'histoire et de philologie offert à Paul Laumonnier par ses élèves et ses amis, Droz 1935, page 57 et suivantes  Slatkine reprints 1972

    https://books.google.fr/books?id=8wHSRRPfsa0C&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q=modus&f=false

    — STEINFELD (Nadine), 2013,  "La traque des mots fantômes à travers les terres de La Curne et de Godefroy : un tableau de chasse chargé de trophées pittoresques extraits du Livre des deduis du roy Modus et de la royne Ratio" in Emili Casanova Herrero/Cesareo Calvo Rigual. XXVIe Congrès International de Linguistique et Philologie Romanes, Sep 2010, Valence, Espagne. De Gruyter, 7, pp.411-422, 2013

     

    Résumé : Sur la base d'un échantillonnage d'une dizaine de lexèmes empruntés au Livre des deduis du roy Modus et de la royne Ratio (ca 1354-1377) par le " Godefroy " (Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle par Frédéric Godefroy, paru de 1881 à 1902), qui les a repris, pour la plupart, aux matériaux réunis par La Curne avant 1781 et qui ont été publiés par Léopold Favre (Dictionnaire historique de l'ancien langage françois, ou Glossaire de la langue françoise depuis son origine jusqu'au siècle de Louis XIV, par La Curne de Sainte-Palaye [1697-1781], 1875-1882), notre étude propose une grille de lecture pour l'identification des ghost words ou fantasmas lexicográficos, c'est-à-dire les pseudo-lexèmes disposant à tort d'un statut lexicographique (" ces mots qui n'existent pas "), les sens fantômes et les lemmatisations erronées. Les résultats convergent avec ce que l'on sait de la typologie des mots fantômes, mais ils montrent aussi qu'il faut se méfier des exemples uniques (unica / hapax) relevés de surcroît dans des manuscrits réputés médiocres ou des éditions signalées comme défectueuses. Ils ont statistiquement bien des chances d'être des mauvaises lectures de copiste, d'éditeur ou d'auteur de dictionnaire. La confrontation des attestations tirées du célèbre traité de chasse d'Henri de Ferrières par Godefroy à travers La Curne ou l'édition d'Elzéar Blaze (parue en 1839), avec le texte fourni par l'édition critique de Gunnar Tilander (publiée en 1932), nous a permis de débusquer une quarantaine de " mirages lexicographiques " qu'il conviendrait de supprimer de la nomenclature opulente du " Godefroy ". Cette communication s'inscrit dans le cadre des travaux visant à " dépoussiérer " le " Godefroy ", pierre angulaire de la lexicographie du français médiéval, bien qu'il s'agisse d'un dictionnaire âgé de plus d'un siècle, et qui ne fera jamais l'objet d'une refonte.

    TILANDER (Gunnar);1932  Les livres du roy Modus et de la royne Ratio, Volume 77,Partie, Henri de Ferrières, Société des anciens textes français, 1932

     — TILANDER (Gunnar);1932  Les manuscrits des Livres du roi Modus et de la reine Ratio,Lund, Håkan Ohlsson (Lunds universitets årsskrift, n. f., avd. 1, Bd 28, Nr 5), 1932,

    TILANDER (Gunnar);  Mélanges de linguistique et de littérature offerts à m. Alfred Jeanroy par ses élèves et ses amis. Alfred Jeanroy E. Droz, 1928 - 679 pages. Reprint Slatkine 1972

    https://books.google.fr/books?id=_xbaRK3trFsC&pg=PA620&lpg=PA620&dq=Denis+d%27Hormes.&source=bl&ots=h_kStuhmPE&sig=q7GKgWMStXqDW4eqij5atIE29BY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjim6KthIvUAhXLPRoKHTwOD4kQ6AEIKjAB#v=onepage&q=Denis%20d'Hormes.&f=false

    SMETS An, Van Den Abeele Baudouin , 1998, "Manuscrits et traités de chasse français du Moyen Âge. Recensement et perspectives de recherche" Romania Année 1998 Volume 116 Numéro 463 pp. 316-367 http://www.persee.fr/doc/roma_0035-8029_1998_num_116_463_1470

    https://books.google.fr/books?id=8wHSRRPfsa0C&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q=modus&f=false

    https://books.google.fr/books?id=_xbaRK3trFsC&pg=PA620&lpg=PA620&dq=Denis+d%27Hormes.&source=bl&ots=h_kStuhmPE&sig=q7GKgWMStXqDW4eqij5atIE29BY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjim6KthIvUAhXLPRoKHTwOD4kQ6AEIKjAB#v=onepage&q=Denis%20d'Hormes.&f=false

     

    https://books.google.fr/books?id=FXI0LtmUTscC&pg=PA412&lpg=PA412&dq=modus+%22La+Curne%22&source=bl&ots=UfhArX-FbX&sig=BExlkF_2KOdqCZq4qSkztKm-Vyg&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwje0KzLj5rUAhXFVxoKHarlC0MQ6AEIKDAA#v=onepage&q=modus%20%22La%20Curne%22&f=false

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    MANUSCRITS ET EDITIONS

    Tilander en a dénombré 32. Voir Arlima : https://www.arlima.net/eh/henri_de_ferrieres.html

    Bibliothèque de l'Arsenal 3079, XVe siècle, folio 210r, 225v et 228v. 

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f429.item.r=du%20Monde.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f460.item.r=du%20Monde

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f466.item.r=du%20Monde.zoom

    — Bibliothèque de l'Arsenal 5197, XVe siècle : les miniatures manquent pour les paragraphes étudiés.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55010550z/f82.item.r=Arsenal%205197

    Bnf fr 614 :  texte seulement, pas de miniatures

    Bnf fr 615 date 1406 . pas de miniatures

    Bnf fr 1297 folios 84v, 91v et 93r :

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f176.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f190.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f193.item.zoom

    — Bnf 1298 folios 82r, 88v, et 90r

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f167.item

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f180.item

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f183.item

    Bnf fr 1300 texte seulement, pas de miniatures

    Bnf fr 1301 folio 92v, 100 r et 101v

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f198.item

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f213.item

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f215.item

    Bnf fr 1302 folio 87r, 94r , et  95v

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f179.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f193.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f196.item.zoom

    — Bnf fr 12399 « Livre du roy Modus et de la royne Ratio, qui parle des deduis et de pestilence », folio 86v, 93v, et 96v :

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f176.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f190.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f193.item.zoom

    BR 10218 Bruxelles, milieu du xve s., parchemin, 183 fol., min. : Henri de Ferrières, Les livres du roy Modus . foliio 100, engin pour prendre les «mauvis» (espèce de grives) ; folio 101, la manière de prendre «les oyseaulx a la pipee au bost»;

    http://belgica.kbr.be/pdf/ms/ms_10218_19_lyna.pdf

    — BNF fr RES-S-596 Par Jehan Trepperel folio 88v et suivants. Bois gravés 88v et 90r

     http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k850314m/f193.image

     

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    Published by jean-yves cordier
    12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 10:18

    La chouette ou le hibou harcelés par des oiseaux. La chasse avec la chouette, description cynégétique et valeur allégorique. Quatrième partie : La chasse au brai dans le livre de chasse Le Roy Modus et la Royne Ratio (vers 1354). 

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    Voir toutes les  parties de cet série  :

     

     

    — Sur le hibou harcelé, voir aussi (et surtout) :

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    Rappel du point de départ de mon enquête : les chouettes, et notamment la Chevêche, qui est la plus diurne des Strigidés, puisqu'elle se perche en plein jour sur des poteaux ou des murets, et qui fuit le couvert des forêts,  sont l'objet de harcèlement très agressifs de la part des oiseaux diurnes qui se rassemblent pour les houspiller. Ce comportement a incité les chasseurs à les placer en appât pour attirer des passereaux (grives, merles, geais, pies, etc.) vers leurs pièges. Cette "chasse avec la Chouette" déjà décrite par Aristote,  a perduré jusqu'à son interdiction récente. La pratique n'a pas de nom explicite en français alors que les  italiens disposent du verbe civettare ( de l'italien civetta, "chouette" chasser les oiseaux avec la chouette dans le cadre de l' ucellagione) . De ce fait, elle est décrite indirectement par nos auteurs dans leur description  de la pipée "Sorte de chasse dans laquelle on contrefait le cri de la chouette, ou leur propre cri, pour attirer des oiseaux dans un arbre dont les branches sont remplies de gluaux où ils se prennent" liée à l'utilisation d'appeaux et d'appelants.

    Les allégories échafaudées à partir de ce comportement sont multiples. Si la Chevêche est  vue comme la victime d'une foule agressive, sa figure sert d'allégorie pour la persécution, l'ostracisme, ou la patience et le stoïcisme dont elle fait preuve : c'est ainsi que Dürer l'a dessiné au dessus du Christ outragé, ou que le flamand en exil Hoefnagel s'en ait emparé comme un autoportrait de l'artiste érudit confronté à l'ignorance. 

    Au contraire, pour les Italiens, c'est le comportement de la Chevêche qui provoque les oiseaux à s'en approcher, et à se faire piéger, et qui devient  une allégorie de la Coquetterie : la Civetta, c'est, proprement, "la coquette", celle qui trompe pour attirer,  civettare c'est "faire des mines, minauder" et la Civetteria désigne la Coquetterie ;  mais un proverbe toscan dit Anche le civette impaniano,  "même les chouettes se font attraper", "même les plus rusés se font avoir". Inspirés par une gravure de Franco Giacomo, des peintres du XVIIIe ont rendu cette allégorie célèbre sous le titre de La Chasse à la Chouette, avec une jolie dame sur le perchoir, et des galants au corps d'oiseaux.

    Pour compléter ce très riche matériel éthologique,  iconographique, cynégétique, symbolique et linguistique, un plat de roi nous attend : le Livre de chasse ou Livre des déduits appartenant au Roy Modus et la royne Ratio. Il nous faudra encore plusieurs articles pour l'étudier. Avec passion.

    Au préalable, un rappel des carreaux d'azulejos, dont je m'éloigne de plus en plus désormais. . 

     

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    Hibou harcelé par deux oiseaux, Azulejos, Salon de Charles Quint, Palais de l'Alcazar. Photographie lavieb-aile.

    Hibou harcelé par deux oiseaux, Azulejos, Salon de Charles Quint, Palais de l'Alcazar. Photographie lavieb-aile.

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     LE ROY MODUS ET  LA ROYNE RATIO (vers 1354) ET LA CHASSE AVEC LA CHOUETTE.

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    Noël Chomel avait décrit, dans son Dictionnaire de 1709, une chasse à la pipée où la Chevêche était remplacée par l'imitation de son chant par un pipeur. Mais on trouve dans l'un des premiers Livres de chasse français (*), le Roy Modus et la royne Ratio,  des descriptions de chasse aux oiseaux impliquant la présence réelle d'une chouette ou d'un hibou comme appât. Et on y trouve, surtout, des enluminures aussi soigneuses qu'instructives. C'est l'occasion de découvrir quelques chefs d'œuvres de la Bibliothèque Nationale de France. 

    (*) Il précède le Roman des deduitz de Gace de la Buigne (1359), le Livre de chasse de  Gaston Phoebus (1387) et le Trésor de vénerie de  Hardoin, seigneur de Fontaine-Guérin  (1394).

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    PRÉSENTATION.

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    Deux traités successifs.

    Les Livres du roy Modus et de la royne Ratio, attribués à Henri de Ferrières et écrits probablement entre 1354 et 1377, ont connu une fortune considérable puisque ce ne sont pas moins de 32 manuscrits des XVe et XVIe siècle qui nous sont parvenus. Ils font intervenir le roi Modus (la bonne manière) qui avait "le gouvernement sur toute maniere de gent", et son épouse la reine Ratio (la raison), dans deux traités successifs. Le premier, le Livre de la chasse ou Livre des déduis, est un manuel cynégétique composé après 1354, le second, le Songe de Pestilence, fut achevé entre 1374 et 1377, et évoque, en un récit allégorique, le combat des Vertus et des Vices.

     Dans le Livre des deduis, le roi Modus instruit ses « apprentis » sur les habitudes des animaux - cerf, chevreuil, sangliers, loups, goupils et autres lièvres - et les manières de les chasser. Son épouse, la reine Ratio, ajoute çà et là des commentaires édifiants et didactiques. Un long chapitre est consacré à la fauconnerie, la chasse au vol. La première concerne la vénerie du Cerf et comprend vingt et un chapitres, dont le dernier  traite des propriétés des chiens. 
    La seconde partie roule sur la chasse de la biche, du daim, du chevreuil, du lièvre, du sanglier, de la truie, du loup et de la loutre; ce qui forme vingt-trois chapitres, dont les derniers, depuis le dix-huitième inclusivement, traitent des maladies des chiens. 

    La tierce partie traite du déduit, royal et de plusieurs exemples qui sont dictes des cerfs, et 
    comment il faut tirer de lare aux bestes sauvaiges
    ; ce qui forme dix chapitres. 
    La quatrième partie démontre
    l'art et science de Faulconnerie et des autres Oiseaux de proye, 
    avec leurs maladies et médecines pour les guérir.
    Cette partie est de onze chapitres. 
    Dans la cinquième partie on enseigne l'art de prendre toutes sortes d'oiseaux a
    u file, au latz , 
    à la tonnelle, à la raitz, à la pipée,
    etc. Cela est détaillé en quatorze chapitres. 

    Le livre de chasse : deux mondes s'affrontent.

    L'argument principal de ce traité de chasse est de comparer, entre la chasse aux chiens (la vénerie), et la chasse aux oiseaux (la volerie), celle qui procure le plus noble déduits, le plus de divertissement, dans un débat entre veneur et fauconnier. Lesquels sont les plus beaux deduis Le vol des oiseaulx bien volans Ou la chace des chiens courans.   Le débat entre deux dames se termine par un arbitrage (versifié) du comte de Tancarville en faveur des chiens. 

    C'est après ce poème que débute les explications du roi sur les manières de chasser les oiseaux. Capture des faucons, puis des éperviers, des oiseaux au filet (au "roys à quatre gielles"), des faisans grâce à un miroir, des perdrix au "paveillon" ou au "tumberel à quatre chevilles", des widecos (bécasses), avant d'arriver aux paragraphes qui nous concernent et qui décrivent la chasse aux grives avec la chouette, puis des oiseaux à la pipée, avec la chouette, ou de l'épervier avec la chouette. Cet article ne traitera "que" de la chasse aux grives, "à breulier".

     

     La chasse aux grives (ou mauvis) grâce à la Chouette ou chasse au brai : "Cy devise comme on prent les oyseaulx à breulier".

     

    a) le texte.

    Je donne ici le texte (plus facile à obtenir en ligne) de l'édition de 1839 par Elzéar Blaze feuillet 287.  Je signale au préalable le sens des mots suivants :

    Mauvis : notre grive mauvis Turcus iliacus, dont la migration post-nuptiale en France culmine en novembre-décembre, mais aussi les Grives en général ( draine, litorne, musicienne).

    —Déduit : "divertissement"

    Brillier : de l'ancien français brail, "piége à prendre les oiseaux". Voir le moyen français broi, « gluau, piège pour la chasse aux oiseaux" https://fr.wiktionary.org/wiki/broi dans Godefroy : http://micmap.org/dicfro/search/dictionnaire-godefroy/broi

    Breuller, breulier : "prendre des mauvis dans une cage appelée breulle." Godefroy 

    brillet : "piège à prendre les oiseaux".  Godefroy  Syn : breulles, breulet,  brillette, brillon, brilloir, brillon, breil, bril, brail, bret  puis brulet, breulet au XVIIe. Et brilleur : "celui qui chasse au brilloir" Godefroy . De broi, "gluau".

    Godefroy définit ainsi le verbe breter : "chasser au bret, c'est à l'aide d'un berceau de feuillages duquel les oiseleurs faisaient sortir de longs tuyaux creusés et séparés en deux verges qui rentraient l'une dans l'autre et prenaient ainsi les oiseaux qui venaient se poser sur eux. Comment on prent les mauvis à breter,  Modus et Ratio f.88v Ste-Ap." Voir pour cette forme l'édition Bnf RES-S-596. Le CNRTL signale BRAITER, "chasser les oiseaux au brai". 

    — Bougon : ? Je trouve une entrée du glossaire de Tollemer  du Journal de Gilles de Gouberville (1549-1562)  "je fieffe six bougons de terre" qui n'est pas explicite pour notre texte.

    Fay : le hêtre (latin fagus)

     

    Cy devise comme on prent les oyseaulx à briller*. [*breulier in Bnf fr. 1297]

    "L'aprentis demande comme on prent les mauvis à briller. Modus respond : A prendre les mauvis à briller a très bon déduit, et se faict en vendanges, quant les raisins sont meurs; et en ce temps y viennent tant de mauvis que c'est merveilles, qui ne viennent pour mengier les raisins. Adoncques doit on faire emmy la vigne une grant loge de fueilles, où il puisse tenir trois compaignons ou quatre, tout en estant bien couvers, et à chacun brillet qu'il boute parmy la loge et son pertuis par où ilz les boutent; et doit avoir ung Huant ou une chuette sur une longue verge qui vient dedens la loge, et le doit on aucunes fois faire remuer. Et se doit on oster tous les eschalas de la vigne, qui sont entour la loge, à celle fin que les mauvis ne s'assiéent dessus. Adonc doit l'ung des compaignons aguettier et appeler les oyseaulx d'une fueille d'ierre, et après piper bien basset. Et lors les mauvis si viennent et s'assiéent sur les breulles; et ceux qui les tiennent quant la mauvis est assise dessus, il tire la cordelle, qui fait clore le brillet, et la mauvis est prinse par le pié. Et sachiez que c'est si bon déduit et si chault, que c'est merveilles. Et qui est en bon pays de mauvis, on n en prent tant comme on veult. Et quant les autres vignes sont vendengies, et il en demoure une qui n'est mie vendengiée, là fait il bon briller.

    Or nous deviserons la manière comme les brillons sont fais. Qui bien veult faire ung brillon, il fault qu'il soit fait de cuer de chesne, d'ung quartier sec, sans neu, et qu'il soit fait au rabot, ainsi comme une flesche, ung peu plus gros que la verge d'ung bougon, et doit avoir quatre piez de long, à pié main, ou environ; et doit estre de deux verges ainsi faictes comme je devise, de quoy la plus grosse sera cavee tout du long, et l'autre entrera dedens si justement, que le pié du plus petit oysel du monde ne porroit yssir, et quant elles sont l'une dedens l'autre, elles sont perciées de belit, ainsi comme vous povez veoir, et y est mise une bien deliée cordelette, qui est de chanvre pignie, faicte sur le doit, affin qu'elle soit plus forte et plus ounie, et quant on la tire, elle faict clorre le brillet, et qui lascheroir la corde, l'oysel si s'en proit. Le baston où le brillet entre doit estre aussi long comme le brillet, et doit estre si grosset que on y puisse faire ung pertuis au bout, où les deux verges du brillet entreront, et seront les deux bouz des deux verges du brillet ung peu reversez. Celles qui entreront ou pertuis du baston affin que le brillet se puisse tenir ung peu ouvert. Et quant il est bouté parmy la loge, les deux verges du brillet doivent estre tenues du plat, non pas l'une sur l'autre.

    Or vous avons devise comment le bril est ordonné; Si vous deviserons comment on se puet déduire et la manière. On puet faire une loge portative de branches de fay, et a on son brillet et une chouette, et va on parmy le bois, de place en place, et quant on treuve les oyseaux, on s'assiet en une place descouverte, et met on sa chuette hors d'ung coste, et son brillet de l'autre, et doit on agacher de la fueille d'ierre, et piper ainsi que nous avons dict devant. Encore vous diray une autre manière : En esté, quant il fait sécheresse, et les oyseaulx ne peuvent trouver d'eaue pour boire, se tu scez une mare en ces bois, où il y ait eaue, et vous estes deux ou trois qui ayez brillez, si faictes tant de loges comme vous serez de compaignons, à l'orière de la mare, l'ung çà, l'autre là, et mettez les brillez hors des loges, et les oyseaulx qui venront boire s'asserront dessus, si seront prins. En ceste manière puet on moult d'oyseaulx oü on a bon déduit. "

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    Cette chasse se pratique donc dans une hutte ("loge") installée dans une vigne dégagée de ses échalas, lors des vendanges, car les grives sont attirées par les raisins. Installée sur une perche, une chouette (ou un hibou) sert d'appât, et on la fait bouger pour qu'elle agite ses ailes et soit remarquée par les bandes de grives qui passent. Les oiseaux sont appelés en utilisant un appeau à feuille de lierre, bien illustré ici. Les chasseurs cachés dans la hutte tendent des perches, les "brillets" ou "breulles", dont rien n'indique qu'ils sont englués. Mais ces brillets sont faits de deux tiges, qui se rapprochent au moyen d'une cordelette lorsque les grives s'y posent, et leur saisissent les pattes.

    Les  "brillons" sont décrits comme des bâtons en bois de chêne sans nœud longs d'1,20 m, faits de deux parties ajustées ou verges, dont l'une est creusée pour recevoir l'autre. Le rôle du "bâton où le brillet rentre" n'est pas clair pour moi.

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    b) l'enluminure sur velin.

    J'ai profité des enluminures des exemplaires de la Bnf  numérisés par Gallica, soit Bnf français 1297, 1298, 1301, —datant de 1470-1480—, 1302 et 12399.

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    Le Bnf fr. 1297 folio 91v

     http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f190.item.zoom

    Sur fond de ciel pourpre à rinceaux vermillon  et d'un sol vert, nous voyons une hutte de feuillages, encadrée de deux arbustes. Dans son feuillage sont dissimulés quatre hommes coiffés de chaperon, qui tendent des sortes de pinces en bois — les brillets — vers les sept oiseaux qui les entourent. Un peu plus bas dans la hutte, une tige de bois horizontale sert de perchoir à une chouette (une ébauche d'aigrette peut faire hésiter avec un hibou). Les fameux brillets sont précisément visibles, avec deux lames de bois réunies au niveau d'une pièce arrondie, dont j'ignore si elle  coulisse pour resserrer  les lames . Rien n'indique la cordelle qui fait clore le brillet. Rien n'indique non plus que j'ai bien compris  les explications du roi Modus. Il faut que j'en sache plus.

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    Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, XIVe siècle,  Bnf fr. 1297 folio 91v, Gallica

    Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, XIVe siècle, Bnf fr. 1297 folio 91v, Gallica

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    J'examine maintenant l'enluminure du manuscrit Bnf fr. 1298, un exemplaire qui a appartenu à la bibliothèque de Colbert, et dont les vignettes ressemblent beaucoup à celles du Bnf Fr. 1297. L'enluminure occupe toute la largeur du haut du folio 88 v

    Certes, la disposition est comparable à l'enluminure du Fr.1297, mais d'un traitement plus naturaliste, avec le ciel bleu, le paysage stylisé à l'horizon et le sol brun. La loge est identique mais l'entrée voûtée est représentée. La chouette (tête ronde sans ambiguïté) est posée face à nous, sur un bâton épineux. Les grives ne sont pas encore arrivées. Seuls deux chasseurs sont visibles, avec leur chaperon bleu ou rouge peu discret. Quatre brillets sont tendus, dont deux sont fermés et deux ouverts, et, victoire, nous voyons ici la "cordelle" ! Elle est tendue entre les extrémités distales des deux verges, et nous comprenons bien alors que, si elle fait retour vers la main du chasseur, celui-ci peut aisément en refermer le piège sur la papatte du petit oiseau.

    Sous l'image, le texte, en écriture cursive bâtarde, donne pour les mot breulle et brillet   la forme "breulet". " il tire la cordelle, qui fait clore le breulet".

    Source image :

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f180.image

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    Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, XIVe siècle,  Bnf fr. 1298 folio 88v, Gallica

    Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, XIVe siècle, Bnf fr. 1298 folio 88v, Gallica

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    Je vais même trouver mieux encore : l'enluminure 93v du manuscrit Bnf fr. 12399, datant de 1379 (et qui est l'un des meilleurs manuscrits, aux enluminures les plus belles). Ici, elle occupe la largeur d'un bas de page, sous le paragraphe Nous deviserons la maniere comment les breules sont fais. Qui bien veult faire ung breulet, il fault qu'il soit fait de cuer de quesne, d'ung quartier sec, sans neus...

    Dans un cadre or, azur et vermillon, la loge se détache en vert sur un fond rouge filigrané de rinceaux, comme dans le bnf fr. 1297. On retrouve dans la loge, nos quatre chasseurs en chaperon, tous visibles et tenant en main leur breules. Mais  là, je vois distinctement que la cordelle fixé à l'extrémité passe en zig-zag d'une perche à l'autre à travers des anneaux avant de rentrer dans le manche et d'en ressortir par un orifice disposé dans la partie non divisé de l'instrument, son manche par où le chasseur le tient de la main gauche. Le chasseur s'est saisi de la cordelle et s'apprête à tirer dessus pour fermer le piège.  Les divers temps de l'opération sont représentées :

    a)  En haut, deux grives s'approchent : les deux branches des breulets sont ouvertes.

    b) à gauche, un oiseau s'est posé sur le breule du  chasseur à chaperon rouge ; il s'apprête à tirer la chevillette, euh, la cordelette.

    c) mission réussie pour le grand chaperon bleu : son breulet, en se refermant, a capturé une grive qui, pendue par les pattes, apprend, mais un peu tard, à se méfier des chouettes.

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    Selon Gunnar Tilander, ce ms. 12399, qualifié de "magnifique, soigneusement écrit et orné d'intéressantes miniatures qui sont des chefs-d'œuvres",  est le meilleur des manuscrits et il a été copié par le ms. 1297, lui-même copié par le ms. 1300, du ms. 2573 de la Nationalbibliothek de Vienne (XVe s.), et du codex de Bruxelles.

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     Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France 

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f190.item.zoom

     

    Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Ratio, enluminure 93v du manuscrit Bnf fr. 12399.

    Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Ratio, enluminure 93v du manuscrit Bnf fr. 12399.

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    Un gros plan des breulets, ouvert et fermé.

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    Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, enluminure 93v du manuscrit Bnf fr. 12399.

    Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, enluminure 93v du manuscrit Bnf fr. 12399.

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    BNF Français 1301 folio 100r. Cy devise comment len prent les oiseaux du breulier.

     

    Si je vous montre maintenant l'enluminure du manuscrit Bnf français 1301, vous risquez d'être déçus. Pas de cordelle, pas de détail croustillant, pas de grive saisie sur le vif par la cruelle pince à linge. Mais la scène est traitée sur le mode naturaliste (ciel bleu, sol brun modelé en paysage, loge aménagée dans un bosquet), et les oiseaux grivelés sont des mauvis assez fidèles au modèle naturel. Le rôle de la chouette semble en fait tenu par un hibou.

    Le manuscrit a été réalisé dans le Nord (Valencienne ?) vers 1470-1480 et les miniatures sont l'œuvre de l'atelier du Maître du ms de Christine de Pisan de Yale.

     Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f213.image.

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    Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, enluminure 100r du manuscrit Bnf fr. 1301.

    Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, enluminure 100r du manuscrit Bnf fr. 1301.

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    Bnf français 1302.

    Bien sûr, nous voulons découvrir comment l'artiste qui a enluminé le folio 94r du  Bnf français 1302 s'est débrouillé. Surtout que ses enluminures sont dans le style du Maître de l'Apocalypse de Jean de Berry et, pour celle qui nous concernent, du pseudo maître de Rohan (après le feuillet 58). Le manuscrit pourrait avoir été fabriqué à Paris, et il est daté du 1er quart du XVe. 

    graphie ; verbe breuler, nom breulet

    Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f193.image

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    Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, enluminure 94r du ms bnf fr. 1302 (1400-1425)

    Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, enluminure 94r du ms bnf fr. 1302 (1400-1425)

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    Arsenal 3079.

     

    Je termine par le manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal 3079, folio 225v. Nous n'avons plus affaire à une miniature, mais à une peinture, où la chouette ressemble à une Effraie, avec son masque facial blanc en forme de cœur. 

    Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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    Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, Bibliothèque de l'Arsenal 3079, folio 225v

    Chasse avec une chouette à la grive ou mauvis, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, Bibliothèque de l'Arsenal 3079, folio 225v

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    Voici pour finir un document qui m'a paru venir à point pour conclure mon enquête. Il est extrait du Dictionnaire des chasses de Baudrillart, (l'un des onze volumes de son Traité général des eaux et forêts, chasses et pêches paru entre 1821 et 1848  ), à l'entrée BRAI. J'ai fini par avoir accès à son Atlas, où la Planche 44 me donnait — j'en avais rêvé !— ) un dessin précis du brai, ou bret, ou breulle, etc... dont nos quatre chasseurs du Roi Modus font si bel usage. Tout l'intérêt est de fournir une preuve tangible de la validité des enluminures précédentes, qui associe à leurs qualités ornementales une réelle valeur didactique pour les riches  lecteurs du XIVe siècle, et surtout pour nous un témoignage irremplaçable sur les pratiques cynégétiques de cette époque.

     

     

     

     

    "BRAI. Piège avec lequel on prend les petits oiseaux par les pattes. Ce nom, suivant quelques auteurs , aurait pour origine le mot bras, parce que le piège qu'il désigne ressemble à un bras tendu hors de la hutte où se place l'oiseleur, et, suivant d'autres, il aurait été imposé à ce piège, parce qu'on s'en sert en même temps qu'on imite le brai, ou le cri que fait un oiseau à l'approche d'un animal qui menace ses petits.

    La chasse au brai, que l'on appelle aussi la petite pipée , paraît fort ancienne ; elle est principalement pratiquée dans les ci-devant provinces de la Lorraine, du Dauphiné, de l'Auvergne, de la Bourgogne et du Languedoc.

    On y procède depuis le commencement d'août jusqu'à la chute des feuilles, au soleil levant, ou une heure avant le soleil couchant, et elle dure une heure chaque fois.

    Le piège qui est représenté Pl. 44  fig- 4 est d'un mécanisme fort simple : il se compose de trois pièces en bois A b c. La première A est la poignée par laquelle on fait jouer ce piège; elle est indiquée séparément par fig. 15; sa longueur est de 6 à 7 pouces , et sa grosseur d'environ 1 pouce l'équarrissage; un trou d'un pouce de profondeur et de 6 lignes de diamètre, qui est pratiqué en a, reçoit les deux extrémités des baguettes b c, comme on le voit dans la fig. 14; une espèce de mortaise b, longue de 3 pouces , profonde de 7 lignes et large de 6, reçoit un petit morceau de bois d, qui sert de détente, et qui est fixé au moyen d'une goupille en fer, dont on voit la tête sur la poignée en ». L'autre extrémité de la détente est percée d'un trou pour le passage de la ficelle qui fait jouer le brai. On donne quelquefois à la poignée la forme d'une fourche k ( fig.19)» quand on ne veut pas être obligé de la tenir à la main.

    Les deux pièces b c sont longues de 2 pieds et demi : celle b, plus grosse que l'autre, est creusée en gouttière pour recevoir la pièce c, qui est ronde et d'environ 12 lignes de grosseur. La forme de ces deux pièces se voit mieux par la fig. 16, qui représente l'extrémité d'un brai tendu. La fig. 17 représente aussi l'extrémité d'un brai tendu ; mais la pièce c est taillée en angle, et celle b est creusée dans sa longueur d'une rainure triangulaire; ce qui produit le même effet.

    La fig. 14 représente le brai tendu : les pièces b c sont emmanchées dans la poignée a; une ficelle m m , ordinairement du fouet, bien savonnée, passe dans le trou de la détente d, où elle est arrêtée par un nœud , traverse les trous pratiqués sur les pièces b c , aux points 1,2, 3, et s'arrête, par un nœud qui se voit en m , sur la pièce c. La longueur de la ficelle doit être telle, que la détente d, étant tout à fait hors de la mortaise , permette aux pièces A c de s'écarter d'un demi-pouce au moins à leurs extrémités supérieures, et pour qu'en rentrant cette détente dans la mortaise, les pièces b c s'appliquent l'une dans l'autre et puissent pincer les pattes de l'oiseau, ainsi qu'on le voit par la fig. 18.

    Les explications que nous venons de donner, et qui sont tirées de l'Aviceptologie et du Traité des chasses aux pièges, concernent un brai d'une confection soignée; mais quelques oiseleurs en exécutent un qui est bien plus simple : un bâton de sureau, dont ils ôtent la moelle à 3 ou 4 pouces de profondeur, et dont ils lient fortement le bout supérieur avec une ficelle, pour qu'il n'éclate point lorsqu'on y introduit les deux baguettes , forme le manche du brai. Quant aux baguettes, elles consistent en un jet d'églantier, gros comme le petit doigt, qui est fendu dans sa longueur en triangle, et de manière à présenter les deux bras du piège , qui s'appliquent l'un dans l'autre, comme dans le brai précédent : le reste du mécanisme est le même.

    On se sert, à la chasse au brai, des appeaux à petits oiseaux , et notamment des appeaux à plumes, que nous avons indiqués, pour la pipée, à l'article Appeau.

    Mais , pour surprendre les oiseaux , il faut que le chasseur soit caché, et, pour cet effet, on se sert de la hutte ambulante ou de la vache artificielle. (Voyez ces mots.) On se sert aussi d'une sorte de buisson portatif , que l'on forme avec trois branches bien garnies de feuilles , dont on lie les gros bouts ensemble, et qu'on écarte de manière à former l'éventail , après qu'on a coupé ou replié avec soin les rameaux qui pourraient servir de juchoir aux oiseaux. Le chasseur se cache derrière ce buisson, en présentant son piège au travers. Quelques oiseleurs se font avec de la fougère bien longue, qu'ils lient par les gros bouts, une sorte de capuchon semblable au chapeau qu'on place sur les petites meules de blé , et s'asseyant à terre, les jambes croisées comme les tailleurs , se placent ce capuchon sur la tète, de manière à en être totalement couverts.

    L'oiseleur, muni de son piège, de ses appeaux et de l'appareil propre à le cacher, se rend aux lieux fréquentés par les petits oiseaux, ordinairement sur la lisière des bois , dans les broussailles, ou près des haies ; il s'établit dans sa loge, passe le brai à travers, par une ouverture qu'il y a pratiquée, le tient horizontalement et de manière que l'oiseau ne puisse se poser que sur la branche c; il fait jouer son appeau, en fixant l'œil sur le brai, et lorsqu'un oiseau vient s'y placer, il tire la détente; si l'oiseau est pris, il retire le brai pour se saisir du captif. Il recommence à piper comme auparavant et continue ses captures. Mais on fait une chasse plus fructueuse, si l'on a plusieurs brais dont la poignée a une espèce de fourche , au moyen de laquelle on la fait tenir à un bâton placé horizontalement.

    Quand on n'a point l'habitude de faire jouer l'appeau , on se sert d'une chouette, que l'on place à 15 ou 20 pieds de la loge, où l'on fiche en terre un piquet de 4 à 5 pieds de hauteur, surmonté d'un bâton transversal, sur lequel la chouette puisse se percher. L'oiseau est attaché à un pied, par une ficelle de 8 à 10 pieds de longueur qui tient au piquet. Il est très utile de placer des petits oiseaux dans une cage, que l'on attache à la partie supérieure du piquet : leurs cris multipliés à la vue de la chouette attirent, près de la loge du chasseur, une foule d'oiseaux , qui, après avoir voltigé longtemps, viennent se poser sur le brai ; si la chouette ne fait point de mouvement, ou que les oiseaux se retirent ou ne viennent pas, le chasseur l'excitera à voler sur la potence du piquet, eu lui jetant, de sa loge , des petites pierres ou mottes de terre , et à chaque mouvement qu'elle fera, les cris des petits oiseaux en cage redoubleront et attireront les autres oiseaux. A défaut de chouette , on en imite le cri avec l'appeau à chouette. (Voyez ce mot.)

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529872s/f159.item.r=brai

    Planche 44 fig. 14 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item

     

    "Brai", Planche 44 fig. 14,  Baudrillart, Atlas du Dictionnaire de la chasse. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item
    "Brai", Planche 44 fig. 14,  Baudrillart, Atlas du Dictionnaire de la chasse. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item

    "Brai", Planche 44 fig. 14, Baudrillart, Atlas du Dictionnaire de la chasse. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item

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    "Poignée du Brai", Planche 44 fig. 15,  Baudrillart, Atlas du Dictionnaire de la chasse. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item

    "Poignée du Brai", Planche 44 fig. 15, Baudrillart, Atlas du Dictionnaire de la chasse. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item

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    "Oiseau pris par les pattes, Planche 44 fig. 18,  Baudrillart, Atlas du Dictionnaire de la chasse. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item

    "Oiseau pris par les pattes, Planche 44 fig. 18, Baudrillart, Atlas du Dictionnaire de la chasse. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f107.item

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    On lira aussi, du même auteur, l'entrée HUTTE de son Dictionnaire :

     

    HUTTE. Petite loge faite à la hâte avec de la terre, du bois, de la paille,'des branches, etc. On fait différentes sortes de huttes, pour surprendre le gibier et le tuer. Il y en a qui sont fixes, et d'autres qu'on peut transporter à volonté. De cette dernière espèce est la hutte ambulante, que nous décrivons au mot Vache artificielle.

    Hutte pour tirer des oiseaux de proie et autres.
    On se sert, pour attirer à portée du fusil les oiseaux de proie, les corbeaux, les corneilles et les petits oiseaux, d'un grand duc vivant ou artificiel. On établit la hutte, soit près d'une forêt, sur un point un peu élevé dans les champs ; soit sur une clairière, dans une forêt ; soit près d'une faisanderie, et, dans tous les cas, non loin de l'habitation du chasseur. Cette hutte a ordinairement de 7 à 8 pieds en carré, et autant de hauteur ; elle est enfoncée à la moitié de cette hauteur dans la terre, et construite en murs ou avec des pieux garnis de planches. Elle est recouverte avec des gazons, et de manière que l'ensemble de la hutte ressemble à une petite éminence de terre. Sur l'un des côtés, est une ouverture servant de porte, que l'on bouche aussi exactement que possible avec une bourrée , et, sous le toit, il y a des trous dirigés dans tous les sens pour tirer les oiseaux qui se présentent. Dans le milieu du toit est un petit trou, par lequel on passe la perche à la- quelle le grand duc est attaché. Cette perche ou juchoir, de 4 pieds de longueur, est terminé par une palette ronde, garnie d'une peau de lièvre, ou par une croix , pour y attacher l'oiseau; elle est, en outre, pourvue, à 1 pied au dessus, d'une traverse de bois qui dépasse la hutte, de la longueur d'un pied, et qui y entre sur une longueur de 3 pieds, et au moyen de laquelle on met l'oiseau en mouvement lorsque les circonstances l'exigent. Au lieu de cette traverse en bois, on peut employer une corde que le chasseur tire à lui quand il veut remuer l'oiseau. Enfin il y a, à quinze ou vingt pas de la hutte, cinq à six perches de 20 à 30 pieds de haut, dont les branches sont disposées comme clans les pipées, pour que les oiseaux puissent s'y poser. La hutte ainsi préparée, il ne s'agit plus que d'y attendre les oiseaux, et de se servir du grand duc comme il est dit au mot Oiseaux de proie.

     

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    SOURCES ET LIENS.

     

     

     

    — BAUDRILLART (Jacques-Joseph) (1774-1832) Traité général des eaux et forêts, chasses et pêches . par M. Baudrillart,... -4] 1re Partie. I-IV. Recueil chronologique des réglemens forestiers... par M. Baudrillart ; [5] 1re Partie. V. Recueil chronologique des réglemens sur les forêts, la chasse et la pêche... ouvrage publié jusqu'en 1829 inclus par M. Baudrillart et continué... par M. P.-E. Herbin de Halle ; [6] 1re Partie. VI. Recueil chronologique des règlements sur les forêts, la chasse et la pêche... ouvrage publié, depuis 1515 jusqu'à 1837 inclus, par MM. Baudrillart et Herbin de Halle, et continué... par une réunion d'employés supérieurs de l'Administration centrale des eaux et forêts ; [7] 1re Partie. VII. Recueil chronologique des réglements sur les forêts, la chasse et la pêche... ouvrage publié, depuis 1515 jusqu'à 1842 inclus, par MM. Baudrillart et Herbin de Halle et par une réunion d'employés supérieurs de l'Administration centrale des eaux et forêts, et continué, depuis 1843, par M. Théodore Chevalier ; [8-9] 2e Partie. I-II. Dictionnaire général, raisonné et historique des eaux et forêts... par M. Baudrillart ; [Atlas 1] 1ere et 2e Parties. III. Atlas des modèles d'états, des formules et des planches concernant les forêts ; [10] 3e Partie. I. Dictionnaire des chasses... par M. Baudrillart,... Ouvrage revu... par M. de Quingery ; [Atlas 2] 3e Partie. II. Dictionnaire des chasses, par MM. Baudrillart et de Quingery. Atlas ; [11] 4e Partie. I. Dictionnaire des pêches... par M. Baudrillart ; [Atlas 3] 4e Partie. II. Dictionnaire des pêches, par M. Baudrillart. Atlas . Paris : Mme Huzard, 1821-1848 11 vol. et 3 atlas ; in-4

    — BLAZE (Elzéar), 1839, 

    Le livre du roy Modus et de la royne Racio, nouvelle édition, conforme aux manuscrits de la Bibliothèque royale, ornée de gravures faites d'après les vignettes de ces manuscrits fidèlement reproduites, avec une préface par Elzéar Blaze, Paris, Blaze, 1839, 19 p. + cxxxix f.

    https://archive.org/stream/lelivreduroymod00ferrgoog#page/n285/mode/2up

    — CHASSANT (A),  Le livre du Roy Modus, dans Journal des Chasseurs (1869), p. 302,

    — CHASSANT (A). 1869, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, Bulletin du Bouquiniste,

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202466h/f294.item.r=modus

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202466h/f326.item.r=modus

     

    — PAGENOT, (Sandrine),2009, Recherches sur l'iconographie profane à la fin du Moyen Âge: les premiers traités de chasse enluminés ("Livre du roy Modus et de la royne Ratio" de H. de Ferrières – Livre de chasse" de Febus), thèse de doctorat, Université de Paris IV-Sorbonne, 2009, 4 t.

    Non consulté ! Commentaires en ligne :

     

    Sandrine Pagenot étudie le ms. BnF, fr. 12399, de la fin du xive siècle, qui contient le Livre du roy Modus et de la royne Ratio de Henri de Ferrières. Résultat d’une collaboration étroite entre l’enlumineur et un expert en cynégétique, ce livre montre bien comment l’image peut illustrer le texte, mais aussi le compléter, voire prendre des libertés à l’égard de l’écrit (Le recours au texte pour la création iconographique profane au xive siècle: le cas d’un traité de chasse, pp. 271-282).

    Sandrine Pagenot montre ainsi qu’en trois occasions Henri de Ferrière « se décharge en partie de l’explication » en renvoyant le lecteur à la miniature subséquente, à charge pour l’enlumineur de suivre fidèlement ses instructions pour la composition de l’image (p. 271 284). Dans ce type d’ouvrage, les « infidélités » des illustrateurs sont à interroger, l’image étant en général parfaitement assujettie au propos didactique.  (http://www.fabula.org/acta/document8106.php)

     

    — TILANDER (Gunnar);1932  Les livres du roy Modus et de la royne Ratio, Volume 77,Partie, Henri de Ferrières, Gunnar Tilander, Société des anciens textes français, 1932

     

    — TILANDER (Gunnar);1932  Les manuscrits des Livres du roi Modus et de la reine Ratio, Lund, Håkan Ohlsson (Lunds universitets årsskrift, n. f., avd. 1, Bd 28, Nr 5), 1932,

    — TILANDER (Gunnar);  Mélanges de linguistique et de littérature offerts à m. Alfred Jeanroy par ses élèves et ses amis. Alfred Jeanroy E. Droz, 1928 - 679 pages. Reprint Slatkine 1972

     

    https://books.google.fr/books?id=_xbaRK3trFsC&pg=PA620&lpg=PA620&dq=Denis+d%27Hormes.&source=bl&ots=h_kStuhmPE&sig=q7GKgWMStXqDW4eqij5atIE29BY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjim6KthIvUAhXLPRoKHTwOD4kQ6AEIKjAB#v=onepage&q=Denis%20d'Hormes.&f=false

    — SMETS An, Van Den Abeele Baudouin , 1998, "Manuscrits et traités de chasse français du Moyen Âge. Recensement et perspectives de recherche" Romania Année 1998 Volume 116 Numéro 463 pp. 316-367 http://www.persee.fr/doc/roma_0035-8029_1998_num_116_463_1470

    MANUSCRITS ET EDITIONS

    Tilander en a dénombré 32. Voir Arlima : https://www.arlima.net/eh/henri_de_ferrieres.html

    — Bibliothèque de l'Arsenal 3079, XVe siècle, folio 210r, 225v et 228v. 

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f429.item.r=du%20Monde.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f460.item.r=du%20Monde

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f466.item.r=du%20Monde.zoom

    — Bibliothèque de l'Arsenal 5197, XVe siècle : les miniatures manquent pour les paragraphes étudiés.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55010550z/f82.item.r=Arsenal%205197

    —Bnf fr 614 :  texte seulement, pas de miniatures

    — Bnf fr 615 date 1406 . pas de miniatures

    — Bnf fr 1297 folios 84v, 91v et 93r :

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f176.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f190.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f193.item.zoom

    — Bnf fr 1300 texte seulement, pas de miniatures

    — Bnf fr 1301 folio 92v, 100 r et 101v

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f198.item

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f213.item

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f215.item

    — Bnf fr 1302 folio 87r, 94r , et  95v

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f179.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f193.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f196.item.zoom

    — Bnf fr 12399 « Livre du roy Modus et de la royne Ratio, qui parle des deduis et de pestilence », folio 86v, 93v, et 96v :

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f176.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f190.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f196.item.zoom

    — BR 10218 Bruxelles, milieu du xve s., parchemin, 183 fol., min. : Henri de Ferrières, Les livres du roy Modus . foliio 100, engin pour prendre les «mauvis» (espèce de grives) ; folio 101, la manière de prendre «les oyseaulx a la pipee au bost»;

    Ms. 10218. - Bruxelles, après 1455. -Le livre du roi Modus fut composé après 1354, tandis que le Songe de Pestilence fut achevé entre 1374 et 1377. Le codex de Bruxelles est une copie très fidèle et très soignée du ms. 2573 de la Nationalbibliothek de Vienne (XVe s.), lequel remonte à son tour au ms. fr. 1297 de la Bibliothèque nationale de Paris (XIve s.). 

    Les miniatures, à l'exception de la première, semblent être des copies, adaptées à la mode du jour et agrémentées de variantes, du ms. fr. 12399, de la Bibliothèque nationale de Paris, lequel est daté de 1379. Ce dernier volume, qui renferme les armoiries de la famille de Dammartin, a appartenu probablement à Charles de Trie, comte de Dammartin, compagnon d'armes du Guesclin, parrain de Charles VI. On ne sait comment il est entré dans la librairie des ducs de Bourgogne. Il s'y trouvait déjà en 1420, puisque l'inventaire de cette date le mentionne (cf. G. Doutrepont, Inventaire de la « librairie» de Philippe le Bon (1420), n° 103). Il reparaît de nouveau à l'inventaire de 1467 (Barrois, n° 1559). Voilà qui explique suffisamment comment un manuscrit français de 1379 ait pu inspirer un artiste flamand quatre-vingts années plus tard à la cour de Philippe le Bon.

    http://belgica.kbr.be/pdf/ms/ms_10218_19_lyna.pdf

    BNF fr RES-S-596 Par Jehan Trepperel folio 88v et suivants. Bois gravés 88v et 90r

    livre du roy Modus et de la royne Racio qui parle du déduit de la chasse à toutes bestes sauvaiges , comme cerfz, biches, daims, chevreulx, lièvres, sangliers, loups, regnardz et loutres. Avec le stille de faulconnerie. Et aussi les subtillitez darcherie, contenant plusieurs manières pour prendre toutes sortes d'oyseaulx tant à la raitz à la tonelle qu'à la pipée et autres nouvelles choses trouvées pour les prendre 

    (Cy finist ce present livre intitulé le Livre du roy Modus et de la royne Racio. Imprimé nouvellement à Paris par Jehan Trepperel, imprimeur et libraire, demourant en la rue neufve Nostre-Dame à l'enseigne de lescu de France

     

     http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k850314m/f193.image

     

     

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    Published by jean-yves cordier
    10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 21:45

    La chouette ou le hibou harcelés par des oiseaux. La chasse à la pipée, description cynégétique et valeur allégorique. Troisième partie : la description de la pipée par Noël Chomel (1709), et le tableau allégorique où la "Chouette" est une belle qui attire les galants (XVIIIe).

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    Voir les  parties précédentes :

    Sur le hibou harcelé, voir aussi :

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    Rappel.

    Un panneau d'azulejos que l'on doit à Cristobal de Augusta vers 1577 dans le Salon de Charles Quint à l'Alcazar de Séville montre un hibou harcelé par deux oiseaux qui menacent les yeux jaunes de l'oiseau nocturne de leur bec. On retrouve ce motif de l'oiseau de nuit persécuté par les oiseaux diurnes dans la littérature naturaliste depuis Aristote et Pline, donnant lieu à des interprétations allégoriques de sagesse et de patience face à l'adversité (expliquant que l'artiste flamand Hoefnagel l'adopte comme emblème), ou d'un conflit plus général entre les puissances de la Nuit et celles du Jour. 

    Comme beaucoup de thèmes iconographiques, celui-ci s'avère vite inépuisable, par ses rebondissements, ses surprises, et l'arborescence des chemins dérivés. C'est ce qui en fait le charme, mais cela explique aussi ma démarche par sauts et gambades, au petit bonheur la chance. Ainsi, la Chouette harcelée est au centre de la technique de chasse dite à la pipée, où une chouette sert d'appât aux oiseaux, à moins qu'on n'imite son chant.

    Pour cet article, où je vais partir explorer le thème de la chasse à la pipée, j'ai emmené ceci dans mon sac de pique-nique : une description de Noël Chomel ; un livre de chasse du XIVe siècle avec de belles images; un tableau satirique du XVIIIe ; et un extrait du Cinquième Livre de Rabelais. 

    Ou plutôt je me ravise : je ne laisse dans le sac que la description de Chomel en entrée et le tableau satirique en dessert, car le livre de chasse, qui a gonflé au fur à mesure de mon enquête, devient indigeste et exige une vrai valise pour lui tout seul : ce sera ma Quatrième partie. Je me demande où cela va bien me mener. 

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    Rappel du point de départ :



     

     

    Hibou harcelé par deux oiseaux, azulejos, Salon de Charles Quint Palais de l'Alcazar de Séville. Photographie lavieb-aile.

    Hibou harcelé par deux oiseaux, azulejos, Salon de Charles Quint Palais de l'Alcazar de Séville. Photographie lavieb-aile.

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    LA CHASSE À LA PIPÉE DÉCRITE PAR L'ABBÉ NOËL CHOMEL EN 1718.

    Noël Chomel était "prêtre, curé de la paroisse Saint-Vincent de Lyon" (page de titre). Il décrit ici la chasse à la pipée sans chouette, car la Chevêche est remplacée par un pipeur qui en imite le chant.

    La première édition du Dictionnaire oeconomique est parue en 1709. Je donne ici le texte de l'édition de 1718, parue à Paris chez Etienne Ganeau : page 590-593

    https://books.google.fr/books?id=dRk-AAAAcAAJ&dq=Pr%C3%A9paratif+pour+la+Pip%C3%A9e.+noel+chomel&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

    Edition revue, augmentée par M.P. Danjou  parue en 1740 à Lyon, tome II page 622 : en rouge.

    https://archive.org/stream/bub_gb_g-icl__yxPgC#page/n317/mode/2up

    PIPÉE.

    C'est une chasse fort divertissante dans le temps des vendanges qui se fait avec des pipeaux en contrefaisant le cri des oiseaux. Cette chasse ne dure pas plus d'un mois. On y prend principalement des pies, des grives, des geais, des merles et autres oiseaux qui s'y rencontrent.

    Du temps de la pipée

    On peut faire la Pipée le matin, depuis la pointe du jour jusqu'au lever du soleil. Cependant il est plus à propos de le faire sur le soir une demi-heure avant le coucher du soleil jusqu'à ce que les oiseaux soient retirés.

    Préparatif pour la Pipée.

    Il faut avoir de la glu et un millier de gluaux, qui ne font que de petites branches d'ormeau, longues d’un pied, qu'on a soin de couvrir de glu. Il faut de plus une vingtaine de feuilles de lierre, et un petit paquet de feuilles d'une herbe qu'on appelle gramen, c'est une espèce de chiendent qui croît parmi les buissons de houx. Au lieu de cette herbe , on peut se servir d’un instrument qui est représenté au bas de la figure ci-dessous. Il est composé de deux petits morceaux de bois, b f e g , qui doivent être longs environ comme le doigt , et gros comme un demi-travers de doigt. Ils sont tellement coupés qu'on peut placer entre les deux un petit ruban h i, qui sert à contre-faire le cri des oiseaux, lorsqu'on met cet instrument à la bouche qu'on le fait jouer. En un mot cette machine est semblable au pipot des enfants avec lequel ils contrefont les marionnettes.

    On peut aussi se passer de feuilles de lierre, et se servir d'un morceau de fer blanc, qui doit être recourbé de la même manière, que si on coupait un entonnoir par la moitié suivant sa longueur, et qu'après on mit la main dessus les deux bords pour les aplatir et les joindre ensemble, en donnant une figure ronde au fond, au milieu duquel il faut faire un trou gros comme un pois. Cet instrument doit être semblable à une feuille de lierre repliée.

    Le bruit qu'on fait avec ce morceau de fer blanc recourbé, ou avec la feuille de lierre repliée, trouée par le milieu, en soufflant par la plus petite extrémité, ressemble au bruit que fait un geai, lorsqu'il crie contre le hibou.

    Si on veut se servir de la feuille du gramen, il la faut prendre avec le pouce et le premier doigt de chaque main par les deux bouts, la mettre entre les lèvres, l’avancer jusqu’à la moitié de sa largeur, et puis en pressant les lèvres l’une contre l’autre souffler délicatement. Le bruit qui se fait de cette manière contrefait le cri de la chevêche qui est la femelle du hibou. Le pipeau de fer blanc est meilleur.

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    Comment il faut préparer le lieu pour faire la Pipée.

    La Pipée se fait dans les bois taillis, qui sont forts, et qui ont du moins cinq ou six ans de coupe, il faut choisir un endroit qui soit écarté des chemins, et où il y ait un petit arbre comme A B, haut de trois ou quatre toises et éloigné des autres grands arbres, pour le moins de cinquante pas. Il le faut ébrancher tout à l'entour, à la réserve de quelques branches principales qui se rencontrait de coté et d'autre, faisant à peu prés comme une forme de coupe, ou verre à boire, de sorte que les plus hautes répondent dessus l'entre deux des baies, afin que ce qui tombera des plus élevées, ne s'arrête pas dessus les autres. Il faudra aussi ébranchiller et curer chaque grande branche, depuis le tronc de l’arbre jusques auprès des extrémités , comme on voit celle qui est marquée de la lettre C, à laquelle il ne parait point de petite branche ni feuille que vers l'extrémité. Quand toutes les grosses branches feront ainsi dégarnies de feuilles de de brins de bois, vous y ferez des entailles tout au long, en frappant de biais avec une serpe , qui fera des fentes de trois en trois doigts ; comme il se voit en la branche F, pour y ficher des gluaux 1234567. L'arbre étant préparé, coupez quelques branches de taillis qui soient droites, piquez le tout autour du tronc de l'arbre aux lieux marqués des lettres MRS T V ; en sorte que le pied de chaque brandie soit éloigné du pied de l’arbre d'environ quatre pieds , et que leurs cimes aillent toutes joindre le tronc de l'arbre par le haut à la lettre B ; ainsi qu'on peut voir par les lignes ponctuées M B R B S B T B. Il faut que cette loge soit suffisante pour placer quatre ou cinq personnes, selon qu'il s'y en rencontrera , il faudra y laisser quelques ouvertures , afin qu'une personne puisse entrer et sortir.

    La loge faite, cherchez autour de l'arbre quatre ou cinq clairières de bel abord, ou bien s'il n’y en a point , vous en ferez de cette forte : coupez à peu près ai droite ligne les petites branches de taillis qui peuvent faire obstacle, commençant depuis la loge jusques à la distance de trente ou quarante pas , tout au plus , en forte que vous puissiez seulement voit , quand il y aura quelque oiseau pris sur les gluaux que vous y mettrez. Les clairières étant bien faites , choisissez tout au long sept ou huit branches unies , qui soient éloignées de six en six pas , on les fera pencher à travers la clairière , en leur donnant un coup de serpe par l'endroit qu'on jugera à propos , afin qu'elles soient de bonne hauteur pour les pouvoir ébranchiller et y faire des fentes ou entailles, comme aux branches de l’arbre , pour les couvrir aussi de gluaux , ces branches vous sont représentées de la sorte qu'elles doivent être penchées et glués par la figure marquée des lettres N O P Y L IL . II n'est pas absolument nécessaire d'avoir la vue sur toutes ces branches gluées , il faut pourtant faire attention , lors qu'il y aura quelque chose de pris aux gluaux , et le bien se souvenir du lieu où ils feront, afin d'y aller tout droit , car en courant , vous faites fuir les oiseaux qui vous voient , c'est pourquoi il faut marcher sur les mains et sur les pieds.

    On peut faire cette chasse sans arbre, ayant tout au tour de soi des clairières , avec des branches gluées , comme on l'a dit. Ces branches s'appellent plaisses.

    Comment en doit piper et appeler les oiseaux.

    Ayant disposé de bonne heure la loge avec l'arbre et les plaisses, il faut prendre tous les ustensiles, comme la serpe, les feuilles de lierre, le chiendent, et les autres choses dont on a parlé au commencement de cet article ; il faudra couvrir du glu tous les gluaux, non pas tout au long ; mais depuis trois doigts proche le gros bout, jusques à la petite pointe, afin de les pouvoir manier sans se salir ni gluer les mains, puis menez les par paquets de deux ou trois cents à la fois dans un morceau de quelque vieux parchemin, pour empêcher qu’il ne s'y attache des ordures ; portez tous vos ustensiles sur le lieu préparé , et soyez y tout au plus tard une heure , avant que le soleil se couche , afin d’avoir le temps pour ajuster le tour en cette sorte.

    Il faut qu'un homme monte au haut de l'arbre, et mette des gluaux tout au long des branches dans les entailles, comme ils sont représentés sur la branche marquée de la lettre F qui font penchés et presque couchés à trois doigts de haut sur la branche, de sorte qu'ils avancent de la moitié à coté, ou par dessus les uns des autres sans pourtant se toucher, ce que vous pouvez comprendre par les chiffres qui font marqués sur la branche F, il en faudra mettre aussi toutes les plaisses N O P Y L K qui auront été faites autour de la loge, le tout doit être en état un quart d'heure ou demi- heure avant que le soleil soit couché : Ce qui étant fait, tout le monde se retire promptement dans la loge au pied de l’arbre où il faut qu'il soit bien caché, chacun faisant le guet, de la vue et de l'ouie du coté auquel il aura été destiné pour y prendre garde, non ailleurs afin de ne rien troubler. Le silence étant exactement observé de tous, sinon de celui qui doit pipe , il commencera la Pipée en appelant avec la feuille de lierre, ou le morceau de fer blanc dans lequel il soufflera et contrefera le geai, comme on l'a dit ci-dessus, en continuant toujours de souffler dans le même instrument.

    Le roitelet sera le premier oiseau qui viendra voir jusques dans la loge, après suivra la gadrille, autrement gorge-rouge , les mésanges viennent ensuite, puis les pinsons qui se prennent les premiers capables de faire venir les gros oiseaux.

    D'abord que vous avez un pinson, il faut que quelqu'un le prenne et lui rompe un aile pour le faire crier de temps en temps, selon que le Pipeur l’ordonnera ; les geais et les pics, s'il y en a dans le pays, suivront les pinsons , pour lors il faudra changer de pipeau , et prendre une feuille de gramen , ou le pipet de bois et de ruban pour souffler et contrefaire la chevêche qui est la femelle du hibou. Aussitôt que les geais l'auront entendue, ils se jetteront de plein abord sur votre arbre, où ils les glueront, et tomberont à bas au pic de la loge.

    Quand vous aurez un geai , rompez lui une aile et faites le crier, comme vous aurez fait le pinson, tous les autres geais et pies viendront à la foule se poser sur l’arbre, et cependant les merles approcheront sourdement autour de la loge, volant et sautant de branche en branche pour découvrir ce qu'ils entendent, tellement qu'ils se prennent sur les piailles, et tombent à bas, où on les entend crier, il faut y courir promptement , et le plus à couvert qu’on pourra. L'on a plus de peine à prendre ceux-ci que tous les autres, parce qu'ils courent et emportent le gluau , qui les empêche de voler.

    Les geais font bientôt pris, ou quittent le lieu, s'enfuient, lorsqu’ils ont découvert la ruse du chasseur, les grives viennent prendre leurs places, quelques unes se prennent aux plaisses ; mais la plus grande partie se prennent sur l’arbre. Ces oiseaux ici sont les plus faciles à prendre , d'autant qu'ils se posent tout du premier coup sur l'arbre fans aucune méfiance, et tombent à vos pieds, si bien qu’on n'a point la peine de courir après.

    Dès que vous avez pris un merle, ou une grive, ou bien un touret, qui est presque la même chose qu’une qu'une grive, il faut cesser de faire crier le geai, et se servir de la grive, du merle, ou du touret.

    C'est le plus grand plaisir du monde de voir tous ces oiseaux étonnés et curieux du bruit qu'ils entendent , se jeter et se prendre parmi les gluaux.

    Le roitelet est le premier oiseau qui vient au bruit du pipeau , mais la grive ou le touret est le dernier ; c'est pourquoi quand vous n’en verrez plus venir , quittez le lieu et vous vous en retournez jusques au lendemain à la pointe du jour que vous pourrez piquer ; il se prendra encore quelques oiseaux ou bien vous ramasserez tous les gluaux pour une autrefois, que vous désirerez faire la Pipée dans un autre bois ; car il ne fera pas bon de tendre dans ce même endroit de plus de quinze jours ; parce que les oiseaux qui auront échappé la première fois, feront épouvanter les autres , qui voudraient s’approcher ; mais quinze jours pourrait leur faire perdre le souvenir de la ruse de de l'endroit préparé. Cette chasse est une des plus divertissantes qu’on fasse de jour aux petits oiseaux."

    Noël Chomel, Dictionnaire oeconomique. Ed. 1740 (Iere édition en 1709, 2eme édition 1718).

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    Illustration de l'article PIPÉE, Noël Chomel, Dictionnaire oeconomique, 1740.

    Illustration de l'article PIPÉE, Noël Chomel, Dictionnaire oeconomique, 1740.

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    "LA CHASSE À LA CHOUETTE", UNE PEINTURE ALLÉGORIQUE DU XVIIIe SIÈCLE D'APRÈS UNE GRAVURE DU XVIe. 

    Pour présenter cette peinture, dont il existe plusieurs exemples, je me contenterai de vous lire à haute voix le commentaire qui accompagna la vente chez Christie's en juin 1995 d'un de ces tableaux

    Ecole française du XVIIe siècle La chasse à la chouette ou La Belle et ses Adorateurs Huile sur toile 
    Titrée 'Le Piegeage' sur une ancienne étiquette au verso 
    h: 120 w: 100 cm Provenance : Vente anonyme ; Cheverny, Orangerie du château, Me Rouillac, 11 juin 1989, n° 280 ;
    Vente anonyme ; Monaco, Christie's, 30 juin 1995, n° 15 ;Acquis lors de cette vente par les actuels propriétaires ; Collection d'un couple d'amateur, Paris


    Commentaire : Cette surprenante composition prend place dans un agréable jardin mais le discours qu'elle assène n'est pas aussi délicieux que nous pourrions le penser.
    Il convient de décrypter notre tableau à la lumière d'une gravure de Giacomo Franco, édité au XVIe siècle, probablement à Venise, ville dans laquelle était actif ce dessinateur et graveur. Le quatrain en vieil italien accompagnant la gravure peut ainsi se traduire :
    " Fuyez y imprudents jouvenceaux
    Les filets d'un visage agréable et séduisant,
    De peur que le Diable, avec l'appeau
    De la civetta, ne vous prenne à ses pièges "
    Une chouette vivante était souvent utilisée au XVIIe siècle afin d'attraper de petits oiseaux. Dans notre tableau, la femme galante est utilisée comme appât par le diable. L'homme à droite retient un chat, symbole de prudence, et par le geste du doigt qu'il porte à son œil se moque du diable et de ses ruses.
    La gravure semble avoir eu un succès prolongé dans le temps puisque plusieurs tableaux s'en inspirèrent, en adaptant la mode ou l'identité des personnages, ou encore les discours accompagnant les œuvres en fonction de l'époque à laquelle ils furent peints.
    Dans un article paru en 1907 Paul Perdrizet élabore une liste de quatre tableaux représentant le même sujet. L'auteur démontre que ce sujet est " une moralisation dont la pointe est dirigée contre les femmes de mauvaise vie ".
    Toutes les cultures et les religions sont représentées dans les truculents portraits qui coiffent les corps d'oiseaux. De véritable portrait était parfois exécutés comme c'est cas dans la version du musée des Beaux-arts et d'archéologie de Besançon qui illustre le scandale de Jean-Baptiste Girard, jésuite recteur du séminaire de Toulon, qui fut accusé en 1730 d'avoir séduit une jeune fille et fut mis hors de cause après de longs débats au parlement."enchères.lefigaro

    Les tableaux semblables sont : 

    — Au Musée des beaux-arts de Calais : La chasse à la chouette ou la belle et ses adorateurs, Anonyme, école flamande, XVIIe siècle
    Huile sur toile, 130X 67,2 cm, N° inv 951.48.1,

    — Dans la Collection de Jean-Jacques Lebel. http://willemsconsultants.hautetfort.com/archive/2009/12/24/chouette.html

    — Au Musée de Besançon  avec la notice suivante 

     http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0746/m033204_016733_p.jpg

    http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=M0332001458

    "La scène représente une clairière. Au milieu un pieu, couronné d'un plateau, sur lequel est accroupie une jolie femme a demi nue, une draperie autour des reins, qui se regarde dans un miroir. Un satyre, accroupi à gauche, dans un buisson, fait tourner le plateau avec une ficelle attachée à la cheville droite de la femme. Vers cette femme arrivent, de toutes parts du ciel, d'étranges oiseaux à tête d'homme. Beaucoup sont posés sur des baguettes attachées, soit au montant du perchoir, soit aux arbres de la clairière. Tous, ils dévorent de regards concupiscents l'affriolant appeau. Un, plus hardi que les autres, plus jeune aussi, n'y peut tenir : il fond sur la femme et la baise à la joue : c'est un petit abbé. Contre le pieu se dresse un chien à tête d'homme. A droite passe un gros rustre, coiffé d'un feutre, en veste, culotte, bas blancs, avec de forts souliers et une chemise au col ouvert ; de l'index de la main droite, il montre son oeil ; il porte un chat au creux du bras gauche. Deux des hommes-oiseaux portent la fraise et le chapeau de feutre ; plusieurs sont moustachus et barbus ; deux , coiffés de turbans, doivent représenter des Turcs. Peinture satyrique qui illustre le scandale de Jean-Baptiste Girard. J.B. Girard était un jésuite, recteur du séminaire de Toulon, qui fut accusé en 1730 d'avoir séduit une jeune fille et fut mis hors de cause après de longs débats au parlement." © Besançon ; musée des beaux-arts et d'archéologie, 2009, © Service des Musées de France, 2013

    — Au Musée des Granges de Port-Royal

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    http://webmuseo.com/ws/musenor/app/collection/record/23023
    http://webmuseo.com/ws/musenor/app/collection/record/23023

    http://webmuseo.com/ws/musenor/app/collection/record/23023

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    Voici maintenant la gravure de Giacomo Franco qui a inspiré ces tableaux.

    — LA CHASSE A LA CHOUETTE. Gravure de Giacomo Franco. 

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57805404/f202.item.r=pertrizet.texteImage

    Revue de l'art ancien août 1907 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57805404/f202.item.r=pertrizet.texteImage

    Revue de l'art ancien août 1907 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57805404/f202.item.r=pertrizet.texteImage

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    Et maintenant, voici l'article de Paul Perdrizet, auteur de référence  pour ces œuvres :

     

    LA CHASSE A LA CHOUETTE  CONTRIBUTION A L'HISTOIRE DE LA PEINTURE SATIRIQUE. Paul PERDRIZET,   Revue de l'Art Ancien et Moderne, Paris, août 1907, pp. 143-150

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57805404/f198.item.r=pertrizet



    "Il existe plusieurs répliques du tableau que l'on voit reproduit plus loin. L'une appartient à M. Franck Chauveau. Une autre est au musée de Calais . Une troisième  a été donnée au musée de Besançon, avant 1843, par le marquis de Rosières (Le marquis de Rosières appartenait à une vieille famille parlementaire de la Comté.  ). 
    Une quatrième, qui m'a été signalée par le peintre Grivaz, appartenait en 1905 « a une dame des environs de Paris ». 

    La scène représente une clairière. Au milieu un pieu, couronné d'un plateau, sur lequel est accroupie une jolie femme toute nue, qui se regarde dans un miroir (la réplique de Besançon, plus prude que les autres, lui met une draperie autour des reins). Un satyre, accroupi à gauche, dans un buisson, fait tourner le plateau avec une ficelle attachée à la cheville droite de la femme (réplique de Besançon), à un clou planté dans le plateau (réplique de Calais). Vers cette femme arrivent, de tous les coins du ciel, d'étranges oiseaux, des oiseaux à tête d'homme. Beaucoup sont posés sur des baguettes attachées, soit au montant du perchoir, soit aux arbres de la clairière. Tous, ils dévorent l'affriolant appeau de regards de concupiscence. Un, plus hardi que les autres, plus jeune aussi, n'y peut tenir : il fond sur la femme et la baise à la joue : c'est un petit abbé. Contre le pieu se dresse un chien à tête d'homme. A droite passe un gros rustre, coiffé d'un feutre, en veste, culotte et bas blancs, avec de forts souliers et une chemise débraillée; de l'index de la main droite, il montre son oeil'; dans la main gauche, il porte un chat, précieusement, contre son coeur. Son costume paraît indiquer le milieu du xviie siècle. 
    Deux des hommes- oiseaux portent la fraise et le chapeau de feutre ; plusieurs sont moustachus et barbus; deux, coiffés de turbans, doivent représenter des Turcs. 
    Je ne vois point que personne, jusqu'ici, ait bien expliqué cette allégorie. 
    Dans le catalogue du musée de Calais, dont il est conservateur , M. Wiart s'exprime ainsi : «Le tableau représente la belle X. et ses adorateurs. Les oiseaux à tête humaine sont autant de personnages laïques ou ecclésiastiques du temps de la Ligue, qui essaient d'obtenir les faveurs de la belle... M. Wiart a bien voulu me faire connaître par lettre que la belle X. était, à son avis, Gabrielle d'Estrées. 

    D'après Castan, la réplique de Besançon serait relative aux querelles soulevées par la bulle Unigenitus. Castan n'était pas un connaisseur sans mérite : c'est lui, notamment, qui a signalé le premier l'importance des  Très belles heures de Turin, pour l'étude de l'Agneau mystique. Mais il n'a pas toujours l'ail assez d'efforts pour se défendre contre son ingéniosité. 
    Les commissaires responsables de l'inventaire des richesses d'art de la France, où Castan a publié sa description, auraient pu lui demander plus de prudence. « Au premier plan, dit-il, une 
    sorte de paysan, qui semble au moment de se mettre un doigt dans l'oeil : on croit que ce personnage est le Régent. Un chien à tête humaine, coiffé d'une calotte , cherche à escalader la plate- forme : c'est probablement le P. Quesnel .Suit une longue citation du Siècle de Louis XIV. Le tableau daterait de 1715 à 1718. 

    Personne ne sera surpris que la bulle Unigenitus et les querelles des acceptants et des refusants n'aient rien inspire d'aussi folâtre. Le dossier du Cabinet des Estampes relatif au jansénisme est tout  à fait austère; on n'y trouve ni femmes nues, ni petits abbés donnant des baisers polissons. 
    En réalité, le tableau en question est une moralisation dont la pointe est dirigée contre les femmes, plus précisément contre les femmes de  mauvaise vie, et une moralisation qui n'a rien d'original, puisqu'elle est inspirée d'une gravure italienne du XVIe siècle. La gravure dont il s'agit est rarissime et n'a jamais été décrite. Un exemplaire s'en trouve au Cabinet des Estampes, dans ce recueil de la collection Marolles intitulé : Facéties et pièces de bouffonnerie  dont la valeur, pour l'étude du genre satirique aux XVIe et XVIIe siècles, est inestimable. 
    Ce recueil est analysé dans Bouchot, le Cabinet des Estampes, p. 301-306, où la gravure qui nous intéresse est mentionnée sommairement en ces termes : « Le Piège aux amoureux, par Franco».

    Cette gravure est signée Franco forma. Giacomo Franco, dessinateur et graveur, né probablement à Venise, et parent, croit-on, du peintre et graveur Giovanni Baptista Franco, travaillait à Venise vers la fin du XVIe siècle (de 1588 à 1598, suivant Zani). Sa manière rappelle celle d'Augustin Carrache, dont il était contemporain. On connaît de lui une Adoration des Bergers, Jésus en croix avec plusieurs saints, un petit Crucifiement, une Pietà d'après Michel-Ange, l'Image de Noire-Dame de Lorette, un Saint Jérôme (petite pièce gravée à Rome), seize planches tirées des Métamorphoses d'Ovide, une partie de l'illustration de la Jérusalem délivrée, publiée à Gênes en 1590, d'après les dessins de Bernardo Castelli; le portrait de Francesco Aldobrandino, une suite de portraits d'hommes illustres (1596), les planches de l'ouvrage intitulé : Il Ballorino di M. Fabritio caroso da Sarmoneta (Venise, 1581, in-4°); la suite des Habite d'huomini e donne venetiane (25 planches petit in-f°). Aucun catalogue ne lui attribue la pièce satirique de la collection Marolles ; mais la signature Franco forma, et la similitude entre l'écriture de la légende et les caractères gravés au bas des planches qu'on vient d'énumérer, ne permettent pas de douter que Giacomo Franco ne soit l'auteur de cette estampe. 

    Sur le sens de la gravure, il ne saurait pas non plus y avoir d'incertitude, car Franco nous en a donné l'explication dans le quatrain suivant, en hendécasyllabes (le vers hendécasyllabique est employé dans la poésie italienne pour les devises et les sentences) : 

    Fuggite, incauti giovinetti. i lacci 
    D'un volto lusinghiero. anchorche bello, 
    Accio clie il rio  Démon, con il cimb(ello)  
    [
    Rio, « méchant », du latin reus. Mot poétique. ]
    Délia civella. non v' intrichi e imp(acci) Le mot est écrit en abrégé et la cédille omise : ç — z est courant dans l'italien du XVIe siècle.

    c'est-à-dire :

    « Fuyez, imprudents jouvenceaux, les filets d'un visage agréable et séduisant, de peur que le Diable, avec l'appeau de la civetta, ne vous prenne à ses pièges ».

    Les auteurs des catalogues de Besancon et de Calais n'ont pas compris ce que faisait le satyre : il chasse à la chouette, colla civetta. Pour prendre les petits oiseaux, on se sert parfois 
    d'une chouette vivante. Cette chouette sert d'appeau, zimbello :  In. Petrocchi, Nuovo Dizionario della lingua ilaliana (Milan, 1902) : « ZIMBELLO : uccelo che si fa svolazzare per richiamo. Fig. Lusinga, allettamento. ZIMBELLARE : movere la zimbullo per allettare gli uccelli.»

    On l'attache avec une ficelle à une sorte de perchoir, puis, avec une autre ficelle, on la fait voleter. Les petits oiseaux détestent les chouettes. Ils accourent près de celle qui sert d'appeau, pour la larder de coups de bec ; le chasseur, les ayant à portée, s'en empare d'une façon ou d'une autre . Ni l'Encyclopédie de Diderot (t. III du Recueil des planches, pl. XIII, 2, p. 28), ni l'Encyclopédie méthodique, publiée à Paris chez Agasse (volume des Chasses, p. 153), ne décrivent exactement la chasse à la chouette comme l'a représentée Franco, et comme on la pratique en Italie. 

    Généralement, le montant du perchoir où est attachée la chouette et les branches des arbres voisins sont garnis de bâtons englués. Les  petits oiseaux se prennent à cette glu [Petrocchi, op. cit. : « CIVETTA. Caccia alla civetta : specie di caccia con panioni o paniuzze, la civetta ammaestrata e una gruccia dove essa monta e scende e richiama gli uccelli. » ]. Franco n'a pas oublié ces gluaux : la plupart de ses oiseaux allégoriques y sont déjà pris. 

    La langue italienne, par allusion à cette sorte de chasse, appelle civetta les coquettes et les femmes galantes [Petrocchi, op. cit. : « CIVETTA. Fig. Donna che s'abbiglia (qui se fait belle) e si mette in mostra e si lascia vagheggiare per lusingare gli uomini e una civetta. »  ].

    L'Italien prête donc à un jeu de mots sur civetta. C'est ce jeu de mots qui a inspiré l'estampe de Franco: notre graveur a fait de l'esprit sémantique. Dans son allégorie, la chouette, c'est la femme galante, la courtisane (il n'en manquait pas à Venise, au temps de Franco) ; le chasseur, c'est le Diable (l'artiste lui a donné la forme d'un satyre antique, par « humanisme », le satyre étant, en quelque sorte, la forme humaniste du Diable des chrétiens) ; enfin, les oiseaux, ce sont les jeunes gens. Tous les hommes-oiseaux de la gravure de Franco représentent évidemment déjeunes hommes; l'un d'eux a une belle barbe en éventail ; les autres sont encore imberbes; ils sont coiffés, pour la plupart, de toques en velours comme les élégants en portaient à l'époque d'Henri III ; ceux qui sont tête nue ont les cheveux « mignottés » et frisés, à la mode du temps. — Le geste du jeune homme qui est représenté au premier plan, à gauche, ne signifie ni, comme l'a cru Castan, qu' «il se met le doigt dans l'oeil », c'est-à-dire qu'il se trompe, ni « qu'il se bat l'oeil », c'est-à-dire qu'il se moque des ruses du Démon et des séductions féminines, mais bien « qu'il est sur l'oeil », c'est-à-dire qu'il se tient sur ses gardes. Le geste est courant en Italie, dans ce sens. J'expliquerais volontiers de même le chat que le personnage tient sur le bras : le chat serait un emblème de prudence. 

    Quant à l'inscription sur la banderole, au-dessus de l'homme au chat, je n'en vois pas l'explication. 

    Le genre satirique et moralisateur n'a pas été cultivé par les Italiens autant que par les Flamands. Ceux-là ont préféré l'allégorie, qui est plus noble, plus idéale, qui s'interdit le gros rire, la plaisanterie salée. Giotto peint à la voûte de l'église d'Assise ses grandes allégories franciscaines ; Mantegna représente la Sagesse victorieuse des Vices; Lotto, Vénus et l'Amour mis en fuite par la Chasteté. L'art du Nord s'est complu dans des moralisations plus grasses et plus lourdes. Le genre satirique, tel que les Flamands l'ont pratiqué au xvie siècle, convenait à leur bon sens rude et court, à leur vulgarité de bourgeois. 

    Leurs plus grands artistes à cette époque, Jérôme Bosch, Pierre Bruegel l'Ancien, multiplient les compositions satiriques et moralisantes, mettent en images les proverbes flamands. Il suffit de rappeler de Jérôme Bosch ses estampes des Aveugles et de la Chevalerie, de l'Eléphant et de 
    la Baleine [1. L. Maeterlinck, le Genre satirique dans la peinture flamande, 2° éd. (Bruxelles, 1907), fig. 189 et 189 bis, 190 et 190 bis.] ; de Bruegel, ses estampes de la Cuisine des Gras et de la Cuisine des Maigres, ses Proverbes flamands, ses Vertus et ses Vices [R. Van Bastelaer et Georges H. De Loo, Peter Bruegel l'Ancien (Bruxelles, G. Van Oest, 1905).] ; ou encore le tableau attribué à Patenier, qui apprend Comment il faut traverser le Monde [Maeterlinck, op. cit., fig. 196.]. Au xviiesiècle encore, dans le coin des tableaux de Jordaens, se lisent des proverbes qui précisent l'intention satirique du peintre [Par exemple, le Concert en famille du musée d'Anvers, qui porte cette inscription: Soo d'oude songen, soo pepen de jonge (« Comme chantent les vieux, gazouillent les petits »). ]. 

    La vogue de ces compositions satiriques et moralisantes des Flamands a été si grande, que je croirais volontiers que la gravure de Franco a été conçue sous leur influence plus ou moins directe. 

    A quelle école appartenait le peintre qui, vers le milieu du xviie siècle, eut l'idée de s'inspirer de cette vieille gravure? C'était, je crois, un artiste des Pays-Bas. Les coiffures et les rabats de ses hommes-oiseaux se retrouvent dans les tableaux flamands ou hollandais du xviie siècle. La peinture a un précis, un fini, qui semblent bien indiquer la provenance 

    néerlandaise. Ajoutons qu'à la fin du xvii° siècle et au commencement du xviiie, le goût des compositions satiriques et moralisantes, qui avait été, au xvie siècle, si général dans les Pays-Bas, n'y était pas complètement aboli : à preuve tel tableau des Proverbes flamands d'un peintre flamand du xviiie siècle [Op. cit., fig. 239.  ] publié par M. Maeterlinck. Que dis-je? Aujourd'hui même, des Flamands souhaitent, naïvement, de le voir renaître. 

    M. Maeterlinck termine son livre (couronné par l'Académie royale de Belgique, et récemment réimprimé) sur le Genre satirique dans la peinture flamande, par des réflexions comme celle-ci : «Peut-être verrons-nous reparaître un jour, sur la toile ou sur les murs de nos écoles ou de nos 
    édifices publics, ces compositions à la fois amusantes et moralisatrices de jadis, les illustrations de nos dictons populaires et de nos proverbes.... Il faut espérer que le genre national, à la fois familier et moralisateur, de Bruegel le Vieux renaîtra et qu'il reparlera encore au peuple, comme par le passé, le seul langage qu'il puisse comprendre.» Il est permis de souhaiter d'autres méthodes pour l'éducation du peuple ; et, d'ailleurs, l'art n'a pas à moraliser. Mais je m'égare loin de mon sujet. Il devrait me suffire d'avoir exposé ici un problème curieux de folklore artistique, sur lequel je n'ai sans doute pas tout dit. PAUL PERDRIZET. 

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    La chasse à la pipée, ou chasse à la chouette, tableau début XVIIIe. Des femmes attirent des oiseaux à tête d'homme pour les punir d'avoir succombé. Hôtel d'Agar à Cavaillon.

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    SOURCES ET LIENS.

    — BRAZ (Jean-Pierre), 2011, La chasse à la chouette

    http://www.jpbrazs.com/__download/CRFP/PICTORIAL/CRFP_%20com_16-11-11_chouette.pdf

     

    — PERDRIZET (Paul) 1907, " La Chasse à la Chouette, Contribution à l'histoire de la peinture Satirique ", in Revue de l'Art Ancien et Moderne, Paris, août 1907, pp. 143-150 

     http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57805404/f198.item.r=pertrizet.texteImage

    —ROUSSE (M.) , 1976, L'allégorie dans la farce de "La Pipée" ,Cahiers de l'Association internationale des études francaises  Année 1976  Volume 28  Numéro 1  pp. 37-50

    http://www.persee.fr/doc/caief_0571-5865_1976_num_28_1_1105

    Sur un livret anonyme, Niccolo Jommelli a composé Il paratajo, Le filet à oiseaux ou La pipée. Cet intermède en deux actes a été créé à l’Académie royale de musique, à Paris le 25 sept. 1753 durant la Guerre des bouffons.

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    • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Théraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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