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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 07:50

Le vitrail de l'Arbre aux Sibylles de la Collégiale Notre-Dame-du-Fort à Étampes. Vers 1555. 

Voir aussi : 

Les douze Sibylles de Brennilis étudiées à la lumière des Heures de Louis de Laval.

 

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L'un de mes buts est de fournir une documentation en ligne en matière d'iconographie. Pour ce vitrail d'Étampes, le travail a déjà été supérieurement réalisé, disponible sur Commons Wikipédia. Mon autre but est d'y associer un texte d'analyse. Cette étude a été rédigée par Eugène Lefèbre-Pontalis en 1911. Néanmoins, les inscriptions latines ne sont pas disponibles en ligne, notamment parce qu'elles sont signalées comme étant issues des Discordantiae sanctorum doctorum Hieronymi et Augustini  (1481) de Filippo Barbieri, ce qui est partiellement exact.

J'ai tenté ici d'y ajouter malgré tout mon grain de sel.

L'ARBRE AUX SIBYLLES D'ÉTAMPES (vers 1555).

C'est un arbre en tout point comparable aux Arbres de Jessé, qui ont à l'évidence inspirés la conception de ce vitrail. Douze Sibylles, prophétesses de l'Antiquité, sont assises sur ses branches, tenant chacune un cartouche portant le texte latin de leur prophétie. De l'autre main, certaines tiennent un rouleau de papier, d'autres lèvent un index oraculaire et désignent le tympan. Dans celui-ci se trouve, au dessus du roi David et du prophète Isaïe, la Vierge tenant son Fils. En effet, depuis le XIIe siècle, les chrétiens ont estimé que les Sibylles avaient annoncé la venue du Christ comme Fils de Dieu et Sauveur par la Croix. A la fin du XVe siècle en Italie, c'est le rôle de la Vierge comme mère, et comme Nouvelle Ève indemne du Péché, qui a été mis en avant.

1. L'Arbre de Jessé.

Dans la démarche théologique consistant à démontrer que les vérités tirées des Évangiles se retrouvent  sous forme de prémonition dans le passé, l'Arbre de Jessé servait de support visuel spectaculaire pour montrer que la Vierge et son Fils réalisait (on dit "accomplissait") la prophétie d'Isaïe 7:14 "C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, Voici, la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, Et elle lui donnera le nom d'Emmanuel.". Si on l'associait à  la prophétie du même Isaïe 11:1  "Un rameau poussera sur le tronc de Jessé, un rejeton naîtra de ses racines, et portera du fruit", cela permettait de développer l'idée que Jessé était à l'origine d'un arbre (assimilé à un arbre généalogique), et que le "rejeton" était la jeune vierge, et que son fils Emmanuel était le "fruit" de l'arbre de Jessé. Si on ajoute à cela que les descendants de Jessé ne sont autres que les rois de Juda, une dynastie débutant par David, on dresse un arbre enraciné dans la poitrine (ou le bassin) de Jessé, portant sur chaque branche l'un des 12 rois de Juda, et s'achevant par La Vierge et par son Fils, le Christ. 

Il ne reste plus qu'à rapprocher cela des généalogies de Jésus énoncées dans les évangiles de Matthieu et de Luc, et témoignant des ascendances royales du Christ pour que le motif iconographique de l'Arbre de Jessé soit un condensé lapidaire d'une méditation théologique extrêmement riche. Initialement centré sur le Christ (au XIIe siècle à saint-Denis ou à Chartres), le thème va ensuite honorer Marie dans sa maternité, dans sa virginité, et dans sa nature royale.

N;b. la valeur des prophéties d'Isaïe envers la virginité de Marie s'apprécie mieux à travers le texte latin : Is.7:14  propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum ecce virgo concipiet et pariet filium et vocabitis nomen eius Emmanuhel et Is 11:1: et egredietur virga de radice Iesse et flos de radice eius ascendet (avec le jeu sur virga / virgo, "rejeton" et "vierge").

Dans ce contexte, c'est tout naturellement David et Isaïe que nous retrouvons dans le tympan du vitrail d'Étapes. David tient le cartouche où est cité le psaume 110 Tu es sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech "Tu es sacrificateur pour toujours à la manière de Melchisédek", qui rend honneur à la fonction sacerdotale du Christ (ses trois fonctions sont : sacerdotale; royale ; et prophétique). Isaïe tient le verset 11:1   egredietur virga de radice Iesse qui rend honneur à sa fonction royale car il est "de la maison de David" fils de Jessé. 


 

 2. Des 12 prophètes bibliques  aux Sibylles.

Le théologien ou le clerc qui a conçu l'Arbre aux Sibylles d'Étampes a remplacé les douze rois de Juda par les 12 Sibylles, sans s'embarrasser du fait que la cohérence généalogique de l'image de l'arbre n'était plus respectée pour ces prophétesses d'époques, de pays et de continents différents, et en l'absence d'un ancêtre enracinant. L'essentiel était de récupérer la signification typologique de l'Arbre de Jessé (la Vierge donnant un Fils Sauveur a été annoncée au peuple hébreu par Isaïe) et de l'appliquer aux vaticinations énoncées pendant l'Antiquité : la Vierge donnant un Fils Sauveur a été annoncée aux nations païennes par les Sibylles. Le nombre de ces dames avait précisément été porté de 10 à 12 par Filippo Barbieri dans un livre imprimé en 1481 afin, notamment, de se calquer non seulement sur les 12 apôtres et les 12 articles du Credo, mais aussi sur les 12 rois de Juda, et sur les 12 prophètes qui les accompagnaient sur le coté des Arbres de Jessé (Saint-Denis, Chartres, etc..). Mais Barbieri avait aussi attribué aux prophétesses des oracles bien différents de ceux qui avaient été diffusés par Lactance, et les nouvelles proclamations étaient beaucoup plus centrées sur  le rôle de la Vierge. 

Or, ce sont les textes de Barbieri qui sont placés ici entre les mains des Sibylles. 

Un grand absent.

Néanmoins, la perte du registre inférieur (détruit avant le XIXe siècle) ne permet pas de connaître complètement la pensée théologique qui est exposée ici. Il existait dans ce registre, non pas seulement peut-être des donateurs agenouillés et leur blasons, comme le suggère Lefèvre-Pontalis, mais aussi certainement le tronc initial de l'arbre, et, selon toute vraisemblance, un personnage tutélaire, transposition de Jessé dans cette nouvelle réflexion typologique. Il est vain de vouloir imaginer l'identité de cet ancêtre attribué aux Sibylles, et pourtant en l'absence de cette clef, tout le sens du vitrail nous échappe. Était-ce une grande figure de la philosophie antique, comme Platon et Aristote dans l'École d'Athènes (1508) de Raphaël ?  Une femme ? Une Allégorie ?

Des précédents.

1) Dans le Psautier d'Ingeburge de Danemark, reine de France (1176-1236), manuscrit conservé au Musée Condé de Chantilly et réalisé au début du XIIIe siècle, le folio 4verso représente un arbre de Jessé dans lequel, parmi les prophètes des secteurs latéraux se trouve une femme tenant elle aussi la banderole de sa prophétie. Je ne la déchiffre pas mais je découpe dans mes lectures cette information : "La Sibylle est généralement accompagnée d'un vers des oracles sibyllins. Le texte du psautier d'ingeburge ne correspond pas au texte donné par Eusèbe de Césarée (P.L., VIII, col. 450 à 454) mais à celui d'Augustin De civitate Dei (éd. «Bibliothèque augustinienne », n° 36, 1960,  "

image Wikipédia https://commons.wikimedia.org/wiki/File:MuseeConde.jpg?uselang=fr

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2) L'arbre de Jessé de la cathédrale de Soissons (baie 100, réalisée vers 1212) comportait deux Sibylles à coté des Prophètes Isaïe, Daniel, Michée, Ézéchiel, Jérémie et Osias.

http://www.lavieb-aile.com/article-le-vitrail-de-l-arbre-de-jesse-de-la-cathedrale-de-soissons-124006261.html

https://inventaire.picardie.fr/dossier/verriere-figuree-maitresse-vitre-verriere-royale-l-arbre-de-jesse-baie-100/fae6dd56-8636-433f-842a-8ebeba8a9fcc

3)  L'arbre de Jessé du folio 11 du ms 340 de la Bibliothèque de Douai, 12e siècle : De Laudibus sanctae Crucis, Hrabanus Maurus, (Raban Maur, 780-856), origine : Abbaye bénédictine Saint-Sauveur d'Anchin . Une sibylle (inscription SIBILLA dans le phylactère) figure parmi les 8 personnages latéraux avec 7 prophètes.
Voir : http://initiale.irht.cnrs.fr/ouvrages/ouvrages.php?imageInd=9

 

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VUE GÉNÉRALE.


 

Cet objet mobilier est classé monument historique dans la base Palissy, base de données sur le patrimoine mobilier français du ministère français de la Culture, sous la référence IM91000245.

 La fenêtre du chœur, côté Nord, est séparée en trois lancettes cintrées par deux meneaux. Chaque lancette est divisée par des barlotières en cinq panneaux.  Les sibylles sont disposées comme les rois d'un arbre de Jessé, sur fond bleu ; chacune d'elle porte un cartouche rectangulaire où est inscrite son nom et sa propriété. Un registre inférieur dépourvu de figures est consacré au tronc et à la première division de l'arbre, sur fond de paysage. Ce registre date de la restauration menée en 1873 par les soins de M. l’abbé Delanoue, curé de Notre-Dame qui restaura la sacristie à la même époque.  Des restaurations ultérieures ont eu lieu en 1941, 1945, 1950 et 1959.

Les calvinistes auraient saccagé en 1562 la plupart des vitraux de la ville, et donc peut-être la partie basse de celui-ci.

Le  nom du maître-verrier auteur de ce vitrail est ignoré, de même que celui du commanditaire. Un vitrail voisin comporte deux vitraux d'époques différente : le vitrail du Baptême du Christ probablement été offert par maître Jean Hué, mort en 1488 ou 1489. Et  l'Adoration des bergers,  datable de 1571 grâce à une inscription.

La commande a dû relever des attributions du chapitre des chanoines de la Collégiale.

Selon l'auteur de l'article Wikipédia, "des liens de parenté avec des vitraux semblables de la cathédrale Saint-Étienne de Sens et de l'église de Fleurigny ne peuvent pas être exclus." La cathédrale de Sens contient un vitrail représentant La Sibylle de Tibur montrant à l'empereur Auguste la Vierge à l'Enfant dans la chapelle fondée par le chanoine Nicolas Fritard vers 1550 et qui fut consacrée ne 1560. Il est attribué à Jean Cousin l'aîné. Au même Jean Cousin est attribué, avec plus de certitude, le vitrail de la Sibylle de Tibur de la chapelle du château de Fleurigny, avec une datation vers1532 (Françoise Gatouillat). 

Mais on n'oubliera pas de rapprocher ces 12 sibylles à celles de la galerie de la rose de la cathédrale de Beauvais (baie 323) réalisées par Jean Le Prince  et Nicolas Le Prince en  1538. Les dix Sibylles garnissant les lancettes sous la rose y reprennent l'iconographie des vantaux du portail nord.

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Vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

Vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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I. LE TYMPAN.

Je débute par lui puisque c'est lui qui donne son sens au rassemblement des Sibylles mis en parallèle avec la prophétie d'Isaïe Egredietur... . (cf. supra).

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https://commons.wikimedia.org/wiki/File:%C3%89tampes_Notre-Dame-du-Fort_Sibyllen_792.JPG

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:%C3%89tampes_Notre-Dame-du-Fort_Sibyllen_792.JPG

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Tympan du vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

Tympan du vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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Le roi David.

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Tympan du vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

Tympan du vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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LES TROIS LANCETTES.

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Vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

Vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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Le registre inférieur.

Commons Wikipédia G. Freihalter 2012

 

Il s'agit d'une composition décorative datant d'une restauration ( 1873 ?) dans laquelle le tronc de l'arbre (une vigne ?) et ses premières divisions s'épaulent à une balustrade. Derrière les montants se développe en arrière plan un paysage en grisaille, avec des montagnes, des châteaux-forts et des bourgs.


 

 

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Registre inférieur du vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

Registre inférieur du vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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Le deuxième registre .

Voir Commons Wikipédia G. Freihalter 2012

L'arbre possède des feuilles dissemblables évoquant parfois celles d'un figuier, parfois celles d'une vigne, ou encore d'un érable.

On y trouve trois Sibylles : Phrygia, Erythrea et Europa.

 

 

Deuxième registre du vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre du vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.


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1. Phrygia, la Sibylle phrygienne.

Commons Wikipédia

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a) Cartouche : 

PHRYGIA. 

Invisibile verbum palpabitur et nascetur ex virgine ut deus 

 "On touchera le Verbe invisible de Dieu, et il naîtra d'une Vierge en tant que Dieu."

 

Cette vaticination (prophétie, du latin vaticinari "action de prédire l'avenir")  provient de l'ouvrage de Filippo Barbieri, mais était alors attribuée à la sibylle Agrippa. D'autre part, elle n'en est qu'un fragment, et le terme "virgine" remplace celui de "matre" :

Texte de Barbieri :

 Invisibile verbum, palpabitur et germinabit ut radix et siccabitur ut folium et non apparebit venustas ejus et circumdabit eum alvus maternus et flebit Deus letitia sempiterna et ab hominibus conculcabitur et nascetur ex matre ut Deus et conversabitur ut peccator.

b) la Sibylle de Phrygie.

Très belle coiffure à chignon et à tresses enlacées par un ruban jaune, lequel retient un foulard blanc à rayures jaunes qui revient sur l'épaule gauche. Sur une chemise plissée à encolure ras du cou, la robe bleue  à décolleté carré laisse les bras nus. L'emmanchure est resserrée au dessus des manches de la chemise par quelques tours croisés d'une bande blanche et or. Une chaîne servant de collier retient un pendentif d'or. La ceinture bleue maintient un tablier plissé jaune à galon blanc. Elle tient une feuille roulée de la main droite, et lève l'index gauche dans un geste d'énonciation.

 

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    Phrygia, la Sibylle phrygienne, vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

    Phrygia, la Sibylle phrygienne, vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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    2. Erythrea, la sibylle Érythréenne.

    Voir Commons Wikipédia G. Freihalter 2012

    a) Cartouche :

    Jesus christus filius dei salvator et coelo rex adveniet per secula futura, sanctus in carne presens, ut judicet orbem.

    "Jésus-Christ, fils de Dieu et sauveur, viendra comme roi du ciel dans la suite des siècles ; plein de sainteté et en chair, il viendra juger le monde."


     

    Source selon Lefèbre-Pontalis : "Stalles de la cathédrale d'Ulm d'après saint Augustin. On y lit Ex coelo rex adveniet."

    Mais aussi : Sermon apocryphe  d'un Bréviaire à l'usage du diocèse d'Arles, XIIe siècle

    Joachim Du Bellay dit, au seizième siècle, dans sa Défense et Illustration de la langue françoise, dédiée au roi Charles IX :

    « Quant à la disposition des lettres capitales, Eusèbe, au livre de Ia préparation évangélique, dit que la sibylle Érithrée avoit prophétizé de Jésus Christ, préposant à chacun de ses vers certaines lettres qui déclaroient le dernier advénement de Christ. Lesdites lettres portoient ces mots : Jésus, Christus, servator, crux. Les vers furent translatez par sainct Augustin (et c'est ce qu'on nomme les XV signes du jugement), lesquels se chantent encore en quelques lieux. « (OEuvres françaises de Joachim Du Bellay..., à Paris, de l'imprimerie de Fred. Morel, MDLXXlIII,fol. 29, verso. — Déf. et Ulustr., livr, II, chap. 8.)

    Augustin a en effet emprunté ces vers à Eusèbe, le sermon apocryphe les a empruntés à saint Augustin, et le moyen âge les empruntait d'ordinaire au sermon apocryphe.

    Robert Favreau, Sources des inscriptions médiévales  Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres  Année 2009  Volume 153  Numéro 4  pp. 1277-1330

    "Les Oracles sibyllins fournissent un autre exemple de réemploi d’une œuvre de l’Antiquité sous une forme chrétienne. Le Judicii signum tellus sudore madescet, « Signe du jugement la terre s’imprègne de sueur » est prononcé par la sibylle qui annonce l’agonie du Christ au jardin des Oliviers. On a Judicii signum à la cathédrale de Sessa Aurunca en Italie du Sud au XIIIe siècle20. Le vers qui suit, e caelo rex adveniet per secla futurus, est en l’église de la Nativité à Bethléem, au portail nord de la façade de la cathédrale de Laon, et dans les peintures murales des Salles-Lavauguyon. Ce sont les deux premiers vers d’un ensemble de vingt-sept vers, que saint Augustin donne dans la Cité de Dieu (l. XVIII, ch. 23) et que son contemporain Quodvultdeus, évêque de Carthage cite dans son Sermon contre les juifs. Les deuxième, troisième, quatrième et vingt-sixième de ces vingt-sept vers sont inscrits au pignon de la châsse de San Millán de la Cogolla."

    b) La Sibylle d'Érythrée.

    Elle porte un voile sur la tête, un rouleau de parchemin dans la main, et est chaussée de sandales (seules Cymeria et Aegetina sont pieds-nus). Sa robe bleue et or est  ornée d'un motif géométrique à entrelacs de quatre-feuille. Ce motif  est appliqué au pochoir de manière mécanique sans s'ajuster aux effets de volume imposés par les plis, ce qui donne l'effet désagréable de collage de verre pré-imprimé.

     On remarquera la façon dont la partie du visage placé à l'ombre est traitée, comme la paupière droite et d'autres reliefs, par rehaut de jaune d'argent, ou plutôt de Jean Cousin.

     

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    Sibylle Erythrea, Collégiale d'Étampes, photographie lavieb-aile

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    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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    3. Europa, la sibylle Europe.

    Voir aussi Commons Wikipédia G. Freihalter 2012

    a) le cartouche dit :

    Veniet ille, regnabit in paupertate et dominabitur in silentio.

    "Il viendra, il régnera dans la pauvreté et dominera dans le silence." 

    Source : Filippo Barbieri dont le texte complet dit : Veniet ille et transibit montes et colles et latices sylvarum Olympi ; regnabit in paupertate et dominabitur in silentio et egredietur de utero virginis.

    b) la sibylle.

    Tête baissée, main droite sur la poitrine, elle est coiffée d'un foulard retenu par un serre-tête perlé. Tunique rouge à manche violette et à bracelets de bras. La robe en verre blanc porte des motifs de brocard au jaune d'argent. Comme pour Erythrea, ces motifs sont appliqués au pochoir de manière mécanique sans s'ajuster aux effets de volume imposés par les plis.


     

     

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    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.
    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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    Troisième registre.

    On y trouve les Sibylles Cymeria, Aegetina et Samia.


     

     

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    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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    4. Cymeria, la sibylle Cimmérienne.

    Commons Wikipédia G. Freihalter 2012

     

    a) Le cartouche.

    Nascetur de paupercula et bestye terrarunt et adorabunt eum

    "Il naîtra d'une pauvresse et les animaux l'adoreront."

    Source : fragment du texte attribué par Filippo Barbieri à la Sibylle de Samos :  Ecce veniet dies et nascetur de paupercula et bestiae terrarum adorabunt eum et dicent «laudate eum in atriis cœlorum .

    b) La Sibylle Cimmérienne.

    Elle lève l'index droit et abaisse l'index gauche en une gestuelle oraculaire. Cheveux frisés retenus par un foulard et un fin serre-tête. Collier et bracelets de bras. Tunique blanche, ceinture rouge. Robe en verre blanc et jaune d'argent qui reprend le motif stéréotypé de l'Erythrea. Pieds nus.

     

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    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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    5. Oegetina (sic) , la Sibylle Egéenne ou Hellespontique

    Voir Commons Wikipédia G. Freihalter 2012

    a) Le cartouche.

    Nascetur Deus ... diebus novissimis de virgine hebrea

     "Dans ces derniers temps un Dieu naîtra d'une vierge, juive."

    Source : Filippo Barbieri, fragment de l'Hellespontique De excelsis cœlorum habitaculo prospexit Deus humiles suos. Et nascetur in diebus novissimis de virgine hebraea in cunabulis terrae.

    b) La Sibylle.

    Foulard noué sur des cheveux courts, une perle est pendu au nœud. Robe verte, tunique blanche, ceinture violette, jupe grise à rayures blanches. Pieds nus.

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    Sibylle Oegetina, vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

    Sibylle Oegetina, vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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    6. Samia, La Sibylle de Samos.

    a) Le cartouche

    In ultima aetate humanabitur Deus et erit salus gentium.

    "Dans ce dernier âge, Dieu se fera homme et sera le salut des nations".

    Source : Les textes de Filippo Barbieri, mais la première partie est mise dans la bouche d'Erythrea (In ultima autem aetate humiliabitur Deus et humanabitur proles divina, jungetur humanitati divinitas. Jacebit in feno agnus et officio puellari educabitur Deus et homo. Signa praecedent apud Apellas. Mulier vetustissima puerum praemium corripiet. Boetes orbis mirabitur, ducatum prœstabit ad ortum) ...et la seconde de Persica (Ecce bestia conculcaberis et gignetur Dominus in orbe terrarum, et gremium virginis erit salus gentium et pedes ejus erunt in valitudine hominum).

     

    b) La Sibylle.

    Cheveux noués par un foulard. Collier, bracelets et ceinture en or. Tunique vieux-rose, robe violette, manteau au motif stéréotypé à entrelacs de quadrilobes. Index prophétique.

     

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    Sibylle Samia, vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

    Sibylle Samia, vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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    Quatrième registre.

    On y trouve les Sibylles Delphica, Lybica, et  Persica.

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    7. Delphica, la sibylle de Delphes.

    Voir Commons Wikipédia G. Freihalter 2012a.

    ) Le cartouche.

    Jacebit in feno agnus et puellari officio educabitur Deus et homo

    "Il reposera sur la paille comme un agneau ; Dieu et homme, il sera élevé par les soins d'une vierge."

    Source : Fragment des paroles attribuées par Barbieri à Erythrea (Jacebit in feno agnus et officio puellari educabitur Deus et homo. Signa praecedent apud Apellas. Mulier vetustissima puerum praemium corripiet. Boetes orbis mirabitur, ducatum prœstabit ad ortum.), avec un mot changé de place.  

    Barbieri: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531/f15.item

    b) La Sibylle de Delphes.

    Ses cheveux sont rassemblés par un foulard tressé et formant une natte. Sa robe bleue à revers or, son châle et son manteau blancs sont  unis. 

    Le gros plan sur le visage permet de remarquer, là encore, des rehauts brun-doré pour la partie ombrée du visage. Peut-on parler de "Jean Cousin" ? De "sanguine" ?

    "Le « Jean Cousin » désigne aujourd'hui les produits utilisés depuis le début du XVIème siècle pour colorer les carnations."  Couleur de cémentation qui varie du rosé au brun chaud selon la dilution appliquée. Elle est obtenue à partir de dérivés du fer. On l'utilise pour les carnations des visages ou pour la teinte des chevelures. Son aspect est mat et translucide. D'après Nicole Blondel, le « Jean Cousin » serait une couleur de cémentation variant du rosé au brun chaud, obtenue à partir de dérivés du fer (sulfate et peroxyde)."
    "La sanguine est le composant principal des produits de carnation, ceux-ci sont obtenus à partir de sa décantation. Elle est composée d'hématite (Fe2 O3 ), oxyde ferrique naturel produisant une couleur rouge s'il est broyé en grains très fins et une couleur brune s'il est utilisé en grains plus gros. En utilisant l'hématite en couche très fine on obtient la possibilité de colorer en ton chair et de façon translucide un verre incolore."

    http://www.infovitrail.com/index.php/fr/la-sanguine-le-rouge-jean-cousin-ou-la-carnation?showall=&start=1



     

    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.
    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.


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    8. Lybica, la sibylle Lybique.

     

    a) Le cartouche :

    In paupertate egredietur de utero virginis et in perpetuum regnabit.

    "Dans la pauvreté il sortira du sein d'une vierge, et son règne n'aura pas de fin."

    Source : fragments de l'Europa de Barbieri, (Veniet ille et transibit montes et colles et latices sylvarum Olympi ; regnabit in paupertate et dominabitur in silentio et egredietur de utero virginis ) dont les mots ont été placés dans un sens différent et auxquels on a ajouté in perpetuum

    Voir aussi la sentence de la Lybica de Barbieri, contenant les mots regnabit et uterus matris.

    Barbieri : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531/f14.item

    b) La Sibylle de Lybie.

    Coiffure blonde et bouclée rassemblée par une étoffe blanche rayée de jaune ; robe bleue à manches courtes, manteau rouge ourlé d'or, chaussures hautes. Tient un rouleau de parchemin dans la main gauche.

     

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    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.
    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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    9. Persica, La Sibylle Persique.

    Voir : Commons Wikipédia G. Freihalter 2012

    a) Le cartouche : 

    Ascendet puella puerum nutriens dans ei lac proprium.

    "Une vierge naîtra qui nourrira son enfant de son propre lait."

    Source : fragment de la Cimmérienne de Barbieri : ..prima facie virginis scendet puella pulchra facie,prolixa capillis, sedens super sedem stratam [nutrit puerum] , dans ei ad comedendum vis proprium, id est lac de cœlo missum.

    Barbieri : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531/f13.item

    b) La Sibylle de Perse.

    Chevelure blonde (jaune d'argent) retenue par un serre-tête et une natte circulaire. Robe jaune damassée en pomme de pin, motif centré par quatre losanges peints à l'émail bleu. Plaque pectorale à tête de putti, d'où part une languette qui s'insère dans la ceinture.


     

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    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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    Cinquième et dernier registre.

    On y trouve les Sibylles Agripa, Cumoea, et  Tiburtina.

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    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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    10. Agripa, la Sibylle Agrippa.

    a) Le cartouche:

    Nascetur propheta magnus ex virgine absque maris coitu.

    "Un grand prophète naîtra d'une vierge".

    Source : Sentence de Filippo Barbieri pour la Delphique, modifiée et intervertie ( le texte de Barbieri est Nascetur propheta absque matris coitu ex virgin ejus )

    b) La Sibylle Agrippa (Aegypta).

    Coiffure complexe où les cheveux sont couverts d'un voile et resserrés par un ruban en plusieurs masses. Le voile retombe sur les épaules. Beau visage inspiré aux lèvres entrouvertes. La main droite est posée sur le cartouche, l'autre tient un codex. Tunique jaune d'or , frangée ;  manches vertes ; jupe violette.   


     


     

     

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    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.
    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

    vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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    11. Cumoea, la sibylle de Cumes.

    a) Le cartouche :

    Dabunt Deo alapas manibus iniquis, Ora conspuent immundorum labiis.

    "Ils donneront des soufflets à Dieu, de leurs mains criminelles ; leurs lèvres impures le couvriront de crachats."

    source : inspiré de Lactance, dans une prophétie sibylline  relative à la Passion. Lactance dit : in manus iniquas infidelium postea veniet ; dabunt deo alapas manibus incestis et impurato ore exspuent venenatos sputus". Lactance reprend les termes de la Cité de Dieu Civitates Dei Livre 18 chap. 23 de Saint Augustin.


     

    b) La Sibylle de Cumes.

    Elle est représentée de dos, le visage tournée vers sa gauche. Elle porte un serre-tête orné d'un bijou. La robe jaune d'or est ornée de motifs répétitifs en cercle où s'inscrivent cinq lobes. Ses mains montrent qu'elle est en train de s'exprimer.

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    Sibylle Cumea, vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.
    Sibylle Cumea, vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

    Sibylle Cumea, vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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    12. Tiburtina, la sibylle de Tibur.

    a) Le cartouche :

    Hic vere magnus est, ipsum adora

    "Celui-ci est vraiment grand, adorez-le."

    Lefèbre-Pontalis signale qu'il n'a pas retrouvé la source de cette sentence dans le travail , qui fait référence, d'Émile Mâle. Mais elle provient de la légende de l'Arca Cœli, diffusée dans toute l'Europe au XIIe siècle par la Légende Dorée au chapitre VI, De Nativitate Domini Nostri Jesu Christi.  Hic puer major te est et ideo ipsum adora. 

    Voici le résumé de cette légende :


     

      "Les sénateurs, remarquant la beauté surhumaine d'Auguste et l'éclat insoutenable de son regard, et prenant acte de la prospérité et de la paix qu'il faisait régner dans le monde, proposèrent de l'adorer. L'empereur demanda un délai. Il fit venir la Sibylle de Tibur et lui fit part de la motion des sénateurs. Celle-ci jeûna trois jours avant de rendre son oracle sous la forme de la récitation de trente-trois vers acrostiches (d'ordinaire mis dans la bouche de la Sibylle Erythrée). Lues verticalement, les trente-quatre lettres de ces hexamètres grecs donnent : Ίησοϋς χριστός θεοΰ ύιος σωτήρ σταυρός. (Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur (par la) Croix). Alors le ciel s'ouvrit et une théophanie lumineuse apparut au-dessus de l'empereur. Il vit dans le ciel une Vierge très belle, debout sur un autel et tenant un Enfant dans ses bras, cependant qu'une voix prononçait: «Hec ara filii Dei est». Il tomba à genoux et adora la vision. Les sénateurs auxquels il la rapporta s'en émerveillèrent. Elle eut lieu dans la chambre de l'empereur, sur l'emplacement de l'église de Sainte-Marie-au-Capitole que l'on appelle Sainte-Marie-de-l'Ara-Coeli " (Philippe Verdier).

    Émile Mâle s' est longuement intéressé à son iconographie :

    "Le XIIIe siècle connaissait déjà les Sibylles ; Vincent de Beauvais nomme les dix Sibylles cataloguées par Varron ; mais, en France, les artistes n'en représentent qu'une, la Sibylle Erythrée, la terrible prophétesse du jugement dernier.  L'italie honorait une autre Sibylle : la Sibylle de Tibur. C'est qu'elle était mêlée aux légendes qui enveloppent d'un réseau de poésie cette merveilleuse Rome du Moyen Âge. On racontait que l'empereur Auguste, incertain de l'avenir, et voulant savoir qui obtiendrait après lui l'empire, fit venir à Rome la Sibylle de Tibur. La prophétesse consentit à soulever pour lui le voile du temps ; du haut du Capitole, elle lui montra, dans le ciel entr'ouvert, une Vierge tenant un enfant dans ses bras ; en même temps, une voix prononça ces paroles : Haec est ara cœli. L'empereur Auguste, ému de cette vision, fit graver ces mots mystérieux sur un autel dédié au futur maître du monde, et c'est à cet endroit même que s'éleva plus tard l'église de l'Ara cœli . Dès la fin du XIIe siècle l'art italien représenta cette scène , que l'art du Nord ne connut que beaucoup plus tard. La Sibylle de Tibur et la Sibylle Erythrée sont donc les deux Sibylles que les artistes du moyen âge représentèrent d'abord Grâce au Speculum humanae Salvationis qui l'avait adoptée. [la scène entre la Sibylle et Auguste accompagne, dans le Spéculum le miracle de la Verge d'Aaron, et vient immédiatement après le Buisson ardent et la Toison de Gédéon]. Les plus anciennes représentations nous montrent, comme le Spéculum, Auguste seul avec la Sibylle (Très riches Heures de Chantilly ; tableau peint par Jean Van Eyck pour l'église d'Ypres [Triptyque de Saint-Martin d'Ypres, 1440]). Mais avec Rogier Van der Weyden (triptyque de Middlebourg, à Berlin)  la scène s'enrichit tout d'un coup. On voit près d'Auguste trois personages qui sont les témoins du miracle. Quels sont ces personnages ? Il suffit pour le savoir de lire le Mystère de l'incarnation joué à Rouen, ou le Mystère d'Octavien et de la Sibylle. On verra qu'Auguste est accompagné de ses fidèles : sénéchal, prévôt, connétable; on verra aussi qu'au moment où la Vierge portant l'Enfant apparaît dans le ciel, Auguste se découvre, puis qu'il prend un encensoir [Mystère de l' Incarnation] et encense. [...]. Il y avait donc une tradition artistique qui venait du théâtre. Dans notre art français, la vision de l'empereur Auguste se rencontre, assez souvent, au commencement du XVIe siècle. C'est un sujet particulièrement cher aux verriers champenois (Vitrail de Saint-Léger-lèz-Troyes, de Saint-Parres-les-Tertres, d'Ervy, de Saint-Alpin de Châlons, de Sens, du château de Fleurigny). Dans tous ces vitraux l'influence des Mystères est évidente.... Une tapisserie du Musée de Cluny, qui représente la vision d'Auguste, nous montre aussi trois suivantes derrière la Sibylle de Tibur." (É. Mâle, L'Art religieux..., page 255)

     

     

    b) La Sibylle de Tibur.

    Voile sur les cheveux. Robe lie-de-vin, damassée de pampres. Index oraculaire. Jean Cousin sur les lèvres, le cou, l'ombre des yeux et du nez.

     

    Sibylle de Tibur dans le Speculum humanae salvationis Latin 511  folio 9r (Gallica) &  Speculum humanae salvationis Latin 512folio 10r  (Gallica)
    Sibylle de Tibur dans le Speculum humanae salvationis Latin 511  folio 9r (Gallica) &  Speculum humanae salvationis Latin 512folio 10r  (Gallica)

    Sibylle de Tibur dans le Speculum humanae salvationis Latin 511 folio 9r (Gallica) & Speculum humanae salvationis Latin 512folio 10r (Gallica)

    La Sibylle de Tibur dans le Discordantiae de Barbieri (1481). Gallica

    La Sibylle de Tibur dans le Discordantiae de Barbieri (1481). Gallica

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    Sibylle Tiburtina, vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

    Sibylle Tiburtina, vitrail de l'Arbre aux Sibylles, Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Photographie lavieb-aile.

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    DISCUSSION.

    L'étude des inscriptions ne permet pas de connaître la source d'inspiration du commanditaire, puisque toutes ne proviennent pas des Discordantiae de Filippo Barbieri , et que, pour  celles qui en proviennent , la concordance n'est pas respectée entre l'oracle inscrit, et la Sibylle à qui Barbieri l'a attribué. Le texte de l'oracle n'est pas non plus suivi à la lettre, mais fait l'objet d'inversions ou de changement de mots. L'oracle n'est cité que partiellement, ce qui est compréhensible par manque de place.

    Au total, neuf des douze oracles viennent de Barbieri, un seul de Saint Augustin (via Lactance), et, selon Lefèvre-Pontalis, trois viennent des stalles de la cathédrale d'Ulm.

    Les Sibylles sont représentées l'index levé et tenant un parchemin, comme elles l'étaient avant que Barbieri ne décrivent leur âge, leur allure et leur attribut ; elles ne répondent pas non plus à la systématisation des attributs des Heures de Louis de Laval, qui fera autorité.

    La place donnée à la Sibylle de Tibur, en haut à droite, proche de la Vierge à l'Enfant, est choisie délibérément, mais rien n'indique par ailleurs le statut privilégié qui sera le sien à la cathédrale de Sens, ou sur les autres vitraux consacrés à la légende de l'Arca Cœli.

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    CONCLUSION

    Malgré les incertitudes concernant sa datation, l'identité de son auteur et de son commanditaire ou de ses sources, et enfin du personnage placé à sa base, cette verrière de l'Arbre aux Sibylles de la Collégiale d'Étampes est passionnante car elle représente l'unique exemple de la transposition vers les prophétesses païennes du thème iconographique de l'Arbre de Jessé. De même que ce thème a migré, du XIIe siècle au XVIe siècle, de la Christologie vers la Mariologie, les Sibylles ont connu la même évolution et, depuis la fin du XVe siècle, les auteurs leur ont prêté des oracles annonçant, comme la Tiburtine devant l'empereur Auguste, l'avènement d'une Vierge, la naissance d'un Fils . C'est ici le cas de Phrygia (nascetur ex virgine), de Cymeria (nascetur de paupercula), de Oegetina ou Hellespontique (nascetur deus...de virgine hebraea), de Samia (humanabitur Deus), de Delphica (puellari officio educabitur), de Lybica (egredietur de utero virginis) , de Persica (ascendet puella puerum nutriens), et d'Agripa (Nascetur propheta magnus ex virgine absque maris coitu), avec cette répétition des mots nascetur (il naîtra), virgine (vierge), ou puella  (jeune fille) qui témoigne de l'importance prise par les notions de virginité, de maternité et de naissance, et donc du rôle de Marie dans l'Incarnation et dans le plan du Salut.

     

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    Le vitrail photographié en 1910 in Revue de l'art chrétien p. 261 https://archive.org/stream/revuedelartchr60lilluoft#page/260/mode/2up

    Le vitrail photographié en 1910 in Revue de l'art chrétien p. 261 https://archive.org/stream/revuedelartchr60lilluoft#page/260/mode/2up

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    ANNEXES 
     

    Description du vitrail par Eugène Lefèvre-Pontalis, 1910.

     

    "Ia verrière occupe une grande fenêtre romane, dans un des bas-cotés du chœur, au nord-est de l'église. C'est l'œuvre d'un artiste d'un réel talent. Les visages des prophétesses sont d'un style très noble ; quelques-uns sont d'un grand charme, surtout celui de la sibylle Hellespontique qui est au centre de la composition. Les pieds nus ont été traités avec soin et les mains sont en général d'une exécution parfaite : plusieurs , malheureusement, ont souffert des injures du temps. On remarque beaucoup de grâce et de variétés dans les attitudes, ainsi qu'une étonnante diversité dans les coiffures, dans es bijoux, dans les costumes , dans les tissus et les broderies. Plusieurs robes sont en étoffes de brocart dont les dessins sont très remarquables. Dans son ensemble, l'œuvre est à la fois élégante et riche. On peut ajouter que cette verrière est assez bien conservée. Elle fut entièrement réparée, en 1873, mais nous pensons que cette restauration a été assez discrète et qu'on s'est contenté de faire le strict nécessaire. Si plusieurs robes de sibylles ont des teintes assez douteuses, et nous donnent à croire qu'elles sont en partie modernes, beaucoup de détails du moins et des plus importants, comme les visages et les mains des personnages, ont un caractère de beauté et de pureté, qui prouve incontestablement leur ancienneté.

    Seule toute la partie inférieure du vitrail est récente. Il est fort à craindre qu'une mutilation voulue et complète, accomplie par exemple au temps de la Révolution n'ait fait disparaître, soit des armoiries, soit une inscription importante, voire même de précieux portraits. Mais enfin le sujet principal a été épargné et c'est un document de valeur incomparable pour l'art et l'iconographie chrétienne."

     

         

     

     

         LA COLLÉGIALE: LE VITRAIL DES SIBYLLES, CURIOSITÉ DU SUJET, SA PERFECTION ET SA RICHESSE. Léon Guibourgé 1957.
     

       "Le vitrail, dit des Sibylles, dans l’église Notre-Dame est remarquable par sa facture et son sujet. Il date de l’époque de la Renaissance du XVIe siècle. Son dessin et ses couleurs sont fort bien traités. Léon Marquis écrit avec enthousiasme dans son livre sur Etampes: «Par un jeu de la perspective, dû sans doute à l’étrange irrégularité du monument, l’œil rencontre cette verrière presque de tous les côtés de l’église. Tantôt à demi voilée par une colonne, tantôt se découvrant tout entière, c’est une explosion de vive lumière où les têtes semblent s’animer et les personnages se mouvoir.»

         Quant au sujet traité, il est curieux. C’est la représentation de l’Arbre de Jessé, sujet que l’on retrouve assez souvent au moyen âge. [...].

         L’arbre de Jessé, c’est l’arbre généalogique du Christ. Le patriarche Jessé est représenté à terre et endormi. De sa poitrine s’élance un tronc vigoureux qui se ramifie de chaque côté, et chaque branche porte un des ancêtres ou un prophète qui a annoncé sa venue. La plus haute branche se termine par la Vierge Marie tenant l’Enfant Jésus entre ses bras.

         Ce qui est remarquable dans l’arbre de Jessé du vitrail d’Etampes, c’est que les ancêtres ou prophètes de Notre Seigneur sont remplacés par des prophétesses ou sibylles. L’auteur de ce vitrail a cédé à la tendance de son époque, la renaissance du monde païen, et il a dû faire un tour de force en attribuant aux Sibylles des prophéties concernant le Messie.

         Le vitrail représente donc douze Sibylles portées sur des branches. Elles montrent un écriteau où sont écrits en caractères gothiques, quelques passages de leurs soi-disants oracles. Voici les noms des personnages avec la traduction française des oracles.

         Le haut du vitrail représente la Vierge Marie et l’Enfant Jésus. Un peu au-dessous nous voyons deux vrais prophètes avec leurs prédictions authentiques.

         A droite, c’est Isaïe qui annonce: «Un rejeton sortira de la race de Jessé»; à gauche c’est David qui dit «Tu es prêtre pour l’éternité».

        Voici maintenant les Sibylles. Nous mettons leurs oracles entre parenthèses. D’abord, en partant de la gauche: la sibylle Agrippa (un grand prophète naîtra d’une vierge par miracle); la sibylle de Cumes (ils donneront des soufflets à Dieu de leurs mains criminelles, leurs lèvres impures le couvriront de crachats) la Tiburtine (celui-ci est vraiment grand, il faut l’adorer).
    Au deuxième rang: la Delphique (il reposera couché sur la paille comme un agneau, Dieu et homme il sera élevé par les soins d’une vierge); la Lybique (il naîtra d’une vierge dans la pauvreté et son règne n’aura pas de fin); la Persique (une vierge naîtra qui nourrira son fils de son propre lait).

         Dans la rangée suivante: la Cimmérienne (il naîtra d’une pauvre femme, les animaux eux-mêmes lui rendront hommage); l’Egéenne (dans des temps très prochains un Dieu naîtra d’une vierge juive); la Samienne (dans ce dernier âge, Dieu se fera homme et deviendra le salut des nations); la Phrygéenne (on touchera le Verbe invisible de Dieu, Dieu il naîtra d’une vierge); l’Erythréenne (Jésus-Christ, fils de Dieu et Sauveur dans la suite des siècles viendra du Ciel comme roi, plein de sainteté il paraîtra dans sa chair pour juger le monde); enfin l’Européenne (il viendra, il règnera dans la pauvreté et le silence).

         Toutes ces prophétesses aux attitudes différentes, sont richement habillées. Leur costume est varié. Il est éclatant sans être criard. L’or s’y mélange agréablement avec la pourpre; les perles brillent sur les sandales; les joyaux envoient de doux reflets; et rien dans les plis des vêtements ne saurait choquer la plus correcte élégance.

         Ce vitrail est vraiment une merveille. Il est du temps où  Anne de Pisseleu et Diane de Poitiers furent en succession rapide duchesses d’Etampes. Sa beauté rare laisse fort à supposer qu’il est un présent de l’une de ces dames fameuses.

         A la Révolution il subit quelques dommages. Il fut réparé en 1873 par les soins de M. l’abbé Delanoue, le même curé de Notre-Dame qui restaura la sacristie à la même époque. Cette restauration porta seulement sur la partie inférieure du vitrail. Le sujet principal avait été épargné et il faut nous en féliciter, car c’est une œuvre d’art de haute valeur, en même temps qu’un curieux document comme sujet religieux et profane tout à la fois."

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    SOURCES ET LIENS.

    Sur le vitrail d'Étampes.

    — Les détails de la verrière des Sibylles en haute résolution sur Commons Wikipédia. Mis en ligne par G. Freihalter 2012.

    https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Vitrail_des_sibylles_(%C3%89glise_Notre-Dame-du-Fort_d%27%C3%89tampes)?uselang=fr

    — Notre-Dame d'Étampes sous l'ancien régime. Archives municipales d'Étampes, 

    http://www.corpusetampois.com/che-20-wingler1998notredame.pdf

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k356891/f28.image

    —Site http://www.mythologie.fr/Sibylles_oracles_sibyllins.htm

    http://www.corpusetampois.com/che-20-guibourge1957etampes301notredame.html

    http://www.inschriften.net/worms/inschrift/nr/di029-0603.html#content

    —Images Réunion des Musées Nationaux : 

    http://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CO5PCDPRTSQK&SMLS=1&RW=1280&RH=616

    — GUIBOURGÉ (Léon), 1957, L’église Notre-Dame d’Étampes, in Étampes ville royale, chapitre III.1http://www.corpusetampois.com/che-20-guibourge1957etampes301notredame.html

    GRODECKI ( Louis), PERROT (Françoise), TARALON (Jean) 1978, Les Vitraux de Paris, de la région parisienne, de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais, Corpus vitrearum vol. I, Paris, Ed du CNRS, planche XVII et page 80.

    — LEFÈVRE-PONTALIS (Eugène) 1920,  « Guide archéologique du congrès de Paris en 1919 : Étampes - Église de Notre-Dame », Congrès archéologique de France, LXXXIIe session tenue à Paris en 1919, Paris, A. Picard / Levé, vol. 82,‎ 1920, p. 3-49 

    — LEFÈVRE-PONTALIS (Eugène) , 1910, Les Inscriptions prophétiques dans le vitrail des Sibylles de l'Eglise N.D.d'Etampes. Revue de l'Art Chrétien, 1910, LX , Honoré Champion / Desclée de Brouwer , p. 259.

    https://archive.org/stream/revuedelartchr60lilluoft#page/260/mode/2up

    — LEFÈVRE-PONTALIS (Eugène) , 1909, « Les campagnes de construction de Notre-Dame d'Étampes », Bulletin monumental, Paris, vol. 73,‎ 1909, p. 5-31 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k31099q/f63.item.r=sibylle.zoom

    — LEFÈVRE-PONTALIS (Eugène) , 1913, - Note biographique sur maître Jean Hue, d'Étampes (xve siècle) Société historique et archéologique du Gatinais. Auteur du texte. Annales de la Société historique & archéologique du Gâtinais. 1883-1939.1913 (T31). pages 44-82

    http://visualiseur.bnf.fr/ark:/12148/cb32694033g/date1913

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    Sur les Sibylles en général.

    — EL ENIGMA DE LA SIBILA

    https://sites.google.com/site/omnedecus/Home/art/el-enigma-de-la-sibila

    — HÜE (Denis), 2004, La Sibylle au théâtre, in Sibylle, parole et représentation, Presses Universitaires de Rennes p. 177-195 http://books.openedition.org/pur/30366

    — Dans les vitraux :

    http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm5601/sibylles.php

    Baie 12 d'Ervy-le-Chatel (Aude), v1515 : 

    http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm8601/eg_StP@Ervy_12.php

    — Article de Wikipédia

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Sibylle

    https://it.wikipedia.org/wiki/Sibilla

    —ABED ( Julien) 2010, La Parole de la sibylle. Fable et prophétie à la fin du Moyen Âge, thèse de doctorat préparée sous la direction de Mme Jacqueline Cerquiglini-Toulet, soutenue le 13 mars 2010 à l’université Paris-Sorbonne.

    https://peme.revues.org/85

    — BARBIERI (Filippo de) [Philippus de Barberiis] [Filippo Barberio], 1481,  [Discordantiae sanctorum doctorum Hieronymi et Augustini, et alia opuscula] ([Reprod.]) / [Philippus de Barberiis] , Bnf, Gallica :

    Persica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531/f13.item

    Libica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531/f14.item

    Delphica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531/f15.item

    Chimica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531/f16.item

    Erythrea http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531/f17.item

    Samia http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531/f18.item

    Cumana http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531/f19.item

    Hellespontica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531/f20.item

    Phrygia ? http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531/f21.item

    Europa http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531/f22.item

    Tiburtina http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531/f23.item

    Agrippa http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531/f24.item

     

     BELCARI (Feo), « Sacra rappresentazione » du mystère de l’Annonciation. Ce mystère fut joué à Florence, en 1471, à l’occasion de la visite du duc Galeazzo Maria Sforza. la première édition en parut à Florence, sans nom d’auteur, à la fin du xve siècle.

     

    https://archive.org/details/bub_gb_ZTjxnHHEHGgC

    http://www-personal.usyd.edu.au/~nnew4107/Texts/Fifteenth-century_Florence_files/Belcari_Annunciation.pdf  

     —CASTEL (Yves-Pascal), 2006, "Les 70 sibylles du Finistère", Bulletin de la Société Archéologique du Finistère - T. CXXXV - 2006 pages 201 et suivantes

    http://patrimoine.dufinistere.org/art2/index.php?art=ypc_sibylles 

    — CLERC (C de ), 1979, "Quelques séries italiennes de Sibylles", Bulletin de l'Institut historique belge de Rome, fasc. 48-49 pages 105-127.

    — CHAMPIER (Symphorien), 1503, "Les prophéties, dits et vaticinations des Sibylles, translatés de grec en latin par Lactance Firmian", 3ème partie de  La nef des dames vertueusesArnoullet Lyon 1503 Bibliothèque municipale de Lyon, Inc. 830

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k79103w/f124.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k79103w/f124.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k79103w/f27.image

    — GIUSTINIANI (Giulia), 2014 « Gli esordi critici di Emile Mâle : la tesi in latino sulle sibille »,Mélanges de l’École française de Rome - Moyen Âge 

     http://mefrm.revues.org/1527 

    — HEURES DE LOUIS DE LAVAL , avant 1489,  Horae ad usum romanum Bnf Latin 920. 

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501620s/f42.item

     

    — KRIEGER (Denis), Autour des vitraux d'Arnauld de Moles à la cathédrale Sainte-Marie d'Auch

    (un dossier iconographique sur les Sibylles)

    http://www.mesvitrauxfavoris.fr/index_htm_files/Auch%20et%20les%20Sibylles.pdf

     —LAMBERT (Gisèle),  Les gravures de Baccio Baldini : une suite de 24 prophètes et 12 Sibylles . in Les premières gravures italiennes

    http://books.openedition.org/editionsbnf/1365

    LE VERDIER, (Pierre Jacques Gabriel,) 1884, Mystère de l'incarnation et nativité de Notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ : représenté à Rouen en 1474, publié d'après un imprimé du XVe siècle Société des bibliophiles normands

    https://archive.org/stream/mysteredelincarn01leve#page/n69/mode/2up

    — MÂLE  (Émile), 1925,  L'art religieux de la fin du Moyen Age en France  : étude sur l'iconographie du Moyen Age et sur ses sources d'inspiration  3e éd., rev. et augm. / Paris : A. Colin ,  p. 254-279.

    https://archive.org/stream/lartreligieuxde00ml#page/252/mode/2up

    https://archive.org/stream/lartreligieuxde00ml/lartreligieuxde00ml_djvu.txt

    — MÂLE  (Émile) , 1899, Quomodo Sibyllas recentiores artifices repraesentaverint [Texte imprimé] / E. Mâle,.. / Parisiis : E. Leroux , 1899  

    — MONTEIRO (Mariana), 1905, As David and the Sibyls says. A sketch of the Sibyls and the sibylline oracles  

    https://archive.org/details/asdavidsibylssay00montrich

    — PASCUCCI (Arianna), 2011, L'iconografia medievale della Sibilla Tiburtina in Contributi alla conoscenza del patrimonio tiburtino, Vol. VIII, Liceo classico statale Amedeo di Savoia di Tivoli, 2011,

     http://www.liceoclassicotivoli.it/Pascucci_Sibilla_Tiburtina_2011.pdf

    https://www.academia.edu/9789364/Liconografia_medievale_della_Sibilla_Tiburtina_di_Arianna_Pascucci_Tivoli_2011

    —RÉAU (Louis), Iconographie de l'art chrétien, II, Iconographie de la Bible, Ancien Testament, p. 420-430.

    — ROBERTET (Jean), Ce sont les douze Sibylles, Ou Les ditz prophetiques des sibilles tirés du altin et composés par feu messire Jehan Robertet, en son vivant notaire et secretaire du roy nostre sire et de monseigneur de Bourbon, greffier de l('Ordre et du parlement dalphinal. In Robertet, Oeuvres complètes, éditon critique par Margaret Zsuppan,Droz, Genève 1970

    — ROESSLI (Jean-Michel), 2002,  Catalogues de sibylles, recueil(s) de Libri Sibyllini et corpus des Oracula Sibyllina Remarques sur la formation et la constitution de quelques collections oraculaires dans les mondes gréco-romain, juif et chrétien Jean-Michel Roessli (Université de Fribourg, Suisse)  in E. NORELLI (ed.), Recueils normatifs et canons dans l'Antiquité. Perspectives nouvelles sur la formation des canons juif et chrétien dans leur contexte culturel. Actes du colloque organisé dans le cadre du programme plurifacultaire La Bible à la croisée des savoirs de l'Université de Genève, 11-12 avril 2002 (Lausanne, 2004; Publications de l'Institut romand des sciences bibliques 3), p. 47-68

    http://www.concordia.ca/content/dam/artsci/theology/profiles/jean-michel-roessli-catalogues-sibylles.pdf

    — ROESSLI (Jean-Michel) , 2007 « Vies et métamorphoses de la Sibylle », Revue de l’histoire des religions :

    http://rhr.revues.org/5265

    — ROESSLI (Jean-Michel), "Augustin, les sibylles et les Oracles sibyllins" Augustinus Afer, p 263-285, 

    http://www.concordia.ca/content/dam/artsci/theology/profiles/jean-michel-roessli-augustin-sibylles-oracles-sibyllins.pdf

     

     Sibyllae et prophetae de Christo Salvatore vaticinantes - BSB Cod.icon. 414 (1490-1500) http://bildsuche.digitale-sammlungen.de/index.html?c=viewer&lv=1&bandnummer=bsb00017917&pimage=00017917&suchbegriff=&l=fr

    — SEPET (Marius) 1867, "Les prophètes du Christ. Étude sur les origines du théâtre au Moyen Âge"  Bibliothèque de l'école des chartes  Année 1867  Volume 28  Numéro 1  pp. 1-27 http://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1867_num_28_1_446185

    — VERDIER (Philippe), 1982   "La naissance à Rome de la Vision de l'Ara Coeli. Un aspect de l'utopie de la Paix perpétuelle à travers un thème iconographique ", Mélanges de l'Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes Volume 94 Numéro 1 pp. 85-119 http://www.persee.fr/doc/mefr_0223-5110_1982_num_94_1_2642

     

    Tractatus Zelus Christi, Venise 1592

    https://books.google.fr/books?id=eItlAAAAcAAJ&pg=PA44-IA1&lpg=PA44-IA1&dq=ensem+nudum+sibylla&source=bl&ots=mmZ9XSX-Hd&sig=mpqSs1Y5_ou3a9KrWaEIqX-w4eo&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiS4_Ghx8nPAhXnDsAKHeLyAXEQ6AEIHDAA#v=onepage&q=ensem%20nudum%20sibylla&f=false

     

    — Description des sibylles de la rosace de la cathédrale de Beauvais par Jean et Nicolas Le Prince 1537 : 

    https://archive.org/stream/beauvaissacathd00pihagoog#page/n95/mode/2up/search/sibylle

     

    — David Blondel, Des Sibylles célébrées tant par l'antiquité païenne que par les Saints Pères ; Charenton, 1649, in-4°.

    — Servatii Gallsei, Dissertationes de Sibyllis earumque oraculis ; Amsterdam, 1688, in-4°.

    — Mgr X. Barbier de Montault, Iconographie des Sibylles (dans la Revue de l'Art Chrétien, 1869-1871).

    — G. Durand, Monographie de la Cathédrale d'Amiens, t. II, pp. 345-353.

    — Abbé Ch. Nioré, Les Sibylles dans l'église d'Ervy et dans le diocèse de Troyes, étude iconographique (extr. de l'Annuaire de l'Aube) ; Troyes, 1904, 84 pp.

     

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    Published by jean-yves cordier - dans Sibylles Étampes Vitraux
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    16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 22:59

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    Je rappelle que je m'appuie (fortement) sur le texte de Nicole Veronee-Verhaegen L'Hospice de Beaune, paru en 1973. J'ai découpé les fragments de son texte pour les illustrer et les compléter. Les auteurs cités par elle sont référencés dans sa bibliographie.

     

    Nous commencerons par le plus facile.

     

    I. L'INSCRIPTION ENTOURANT LE CHRIST. PANNEAU 4.

    Le Christ vêtu du manteau rouge de la résurrection est assis sur un arc-en-ciel et présente la plaie de la main droite tout en traçant une bénédiction. Un lys qui naît presque de ses lèvres déroule un arc à sa droite, alors qu'une épée, le pommeau lui-aussi placé près des lèvres, est pointée vers le bas et la gauche. Une inscription blanche (donc mal visible) serpente en montant sur la droite. Une autre, en rouge sang presque noir , descend en arc autour de la main gauche.

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    Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 4, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

    Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 4, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

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    1°) Sous le lys le texte est écrit en minuscules gothiques blanches sur le fond d'or  :

    venite benedicti Patris mei possidete paratum vobis regnum a constitutione mundi 

     "Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde " 

    Source : Évangile de Matthieu 25:34  tunc dicet rex his qui a dextris eius erunt venite benedicti Patris mei possidete paratum vobis regnum a constitutione mundi

    Contexte : ce texte vient à la suite de la Parabole des talents.  Matthieu 25:31-33 :

      "Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s'assiéra sur le trône de sa gloire. Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d'avec les autres, comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs; et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.  Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite: Venez, etc..." .

    Il est suivi du passage Mt 25:35-40 qui prend tout son sens à l'Hospice de Beaune dans la chapelle qui termine la Salle des Pôvres, où sont allongés et soignés les malades et les mourants :

     "Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli ; j'étais nu, et vous m'avez vêtu ; j'étais malade, et vous m'avez visité; j'étais en prison, et vous êtes venus vers moi. Les justes lui répondront: Seigneur, quand t'avons-nous vu avoir faim, et t'avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t'avons-nous donné à boire? Quand t'avons-nous vu étranger, et t'avons-nous recueilli; ou nu, et t'avons-nous vêtu? Quand t'avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi? Et le roi leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites."

    Ainsi, cette citation centrale du polyptyque peut être vue comme un manifeste du couple donateur (Nicolas Rolin et son épouse Guigone de Salins ) mettant en exergue leur pratique charitable par la fondation des Hospices. Par cette charité, ils proclament leur espérance de figurer parmi les élus lors du Jugement.

    C'est aussi une exhortation adressée aux malades pour les convaincre d'une conversion du cœur.

    Et c'est aussi un hommage et un réconfort pour les soignants, en l'occurrence les Sœurs Hospitalières de Beaune, ordre créé par le chancelier Rolin. 

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    Inscription à la droite du Christ, Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 4, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.
    Inscription à la droite du Christ, Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 4, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

    Inscription à la droite du Christ, Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 4, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

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    2°)  Sur le fond d’or, à la gauche du Christ, sous l'épée  en minuscules gothiques rouges (garance) :

    Discedite a me maledicti in Ignem eternum qui paratus est dyabolo et angelis eius

    "Retirez-vous de moi, maudits; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges"

    C'est le versant sombre de la déclaration de Jésus dans Matthieu 25:41   tunc dicet et his qui a sinistris erunt discedite a me maledicti in ignem aeternum qui paratus est diabolo et angelis eius :

    Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche: Retirez-vous de moi, maudits; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire; j'étais étranger, et vous ne m'avez pas recueilli; j'étais nu, et vous ne m'avez pas vêtu; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. Ils répondront aussi: Seigneur, quand t'avons-nous vu ayant faim, ou ayant soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne t'avons-nous pas assisté? Et il leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n'avez pas fait ces choses à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne les avez pas faites. Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle."

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    Inscription à la gauche du Christ, Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 4, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.
    Inscription à la gauche du Christ, Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 4, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

    Inscription à la gauche du Christ, Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 4, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

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    II. PANNEAU 4, SUITE.

    1°) Le personnage dans la balance, à la droite de saint Michel, est désigné par le mot Virtutes, "Les Vertus" en minuscules gothiques dorées. L’autre personnage dans la balance, à la gauche de saint Michel, est désigné par le mot Peccata, "Les Péchés"  en minuscules gothiques bleu foncé  devenu vert foncé. Ces personnages sont donc des Allégories, et non des humains en train d'être pesés. Comme en français, Virtus est un nom latin féminin, et peccatus un nom masculin, mais les deux personnages sont masculins, sans valorisation positive ou négative des deux sexes. 

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    Inscription Virtutes à la droite de l'ange du Jugement, Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 4, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

    Inscription Virtutes à la droite de l'ange du Jugement, Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 4, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

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    2°) La bordure du manteau du Christ

    Elle porte un texte en caractères dores, hébreux, ou apparentés à l’hébreu, et coptes (?).

    Malgré des tentatives répétées (notamment par Latour  et par Mély, ce texte n’a pas encore été déchiffré. Mély a cru pouvoir reconnaître, parmi les caractères avoisinant les pieds du Christ, les lettres I M ou H M qu’il pense être le monogramme de Memling. Esdouhard d’Attisy, Durrieu, Verhaegen et Stein ne purent admettre cette lecture et proposèrent d’y voir plutôt les initiales des mots Ihesus et Maria ; Durrieu remarqua que d’autres peintres conviendraient mieux ici que Memlinc, par exemple Jean de Maisoncelles. .

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    Inscriptions de la bordure du manteau du Christ,   Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 4, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

    Inscriptions de la bordure du manteau du Christ, Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 4, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

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    INSCRIPTIONS DU PANNEAU 5.

     

     La bordure du manteau de saint Jean-Baptiste.

    Saint Jean-Baptiste porte une tunique en peau de chameau de couleur brune, plutôt claire, beige rosé à l’intérieur. Son manteau, face et revers, est d un gris légèrement violacé. Des inscriptions et un liseré d’or en décorent la bordure.

    Cette inscription est faite de caractères de même type que ceux du manteau du Christ au panneau 4. Cette inscription n’est pas déchiffrée non plus.

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    Inscriptions sur  la bordure du manteau de saint Jean-Baptiste. Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 5, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

    Inscriptions sur  la bordure du manteau de saint Jean-Baptiste. Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 5, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

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    Inscriptions sur  la bordure du manteau de saint Jean-Baptiste. Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 5, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

    Inscriptions sur  la bordure du manteau de saint Jean-Baptiste. Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 5, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

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    INSCRIPTION DU PANNEAU 6.

     La bordure du manteau de saint Paul : des bribes du Credo. 

    Saint Paul est vêtu de vert, tunique et manteau assortis, malheureusement criblés de taches dues aux dégâts. Les inscriptions du manteau et le liseré de la tunique sont d’or, très usé, parfois invisible. Les yeux sont gris-brun avec le curieux point rouge au coin ; la barbe et les cheveux sont gris. Il est assis, comme saint Pierre, sur un siège de ton ivoire ou bois clair.

    La bordure de son manteau porte une inscription en majuscules gothiques dorées, abîmée et restaurée en de nombreux endroits.  L’inscription sur la bordure est exécutée en préparation blanche sur le fond vert; le relief est atténué par la transposition et les lettres ont pratiquement perdu toute dorure. La lisibilité de certains caractères est aussi diminuée par des lacunes intempestives. Les deux ou trois restaurations proprement dites sont grossières et nettement visibles.

    On peut y retrouver des bribes du Credo :

    1°) Au bas du manteau  :

    .../M + DEUM + PATREM + OMNIPOTENTE/ [M] /IN + ...EVE / /CREDO + IN + SPERITU /... /SANCTUM...T SA...TE.../ ...CATOLICAM -f SANCTUM + ...NMUT.../ ...CCATORUM + .../ /+ ...U R + ... + VITEM /

    correspondant aux articles suivants :

    Credo in unum Deum, Patrem omnipoténtem, factόremli et terræ, visibílium όmnium, et invisibílium.

    [...Et] in Spíritum Sanctum, Dόminum, et vivificántem : qui ex Patre, Filiόque procédit.

    Qui cum Patre, et Filio simul adorátur, et conglorificátur : qui locútus est per Prophétas.
    Et unam, sanctam, cathόlicam et apostόlicam Ecclésiam.

    Confíteor unum baptísma in remissiόnem peccatόrum.

    Et expécto resurrectiόnem mortuόrum.

    Et vitam ventúri sǽculi. Amen.

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    Inscriptions sur  la bordure du manteau de saint Paul. Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 6, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

    Inscriptions sur  la bordure du manteau de saint Paul. Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 6, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

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    Inscriptions sur  la bordure du manteau de saint Paul. Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 6, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

    Inscriptions sur  la bordure du manteau de saint Paul. Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 6, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

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    Inscriptions sur  la bordure du manteau de saint Paul. Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 6, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

    Inscriptions sur  la bordure du manteau de saint Paul. Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 6, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

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    Inscriptions sur  la bordure du manteau de saint Paul. Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 6, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

    Inscriptions sur  la bordure du manteau de saint Paul. Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), panneau 6, Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

    .

    2°) A hauteur des mains, à gauche :

    /+ PA... ATOREM + .../ /RESURREX... O... EM -f ... + ITA.../

     

    3°) A hauteur des mains, à droite  :

    /... UM + PATREM + OMNIPOTENTEM + ...ATOREM + ...ELI + ET/

    correspondant aux articles suivants :

    Credo in unum Deum, Patrem omnipoténtem, factόremli et terræ, visibílium όmnium, et invisibílium.
    Et in unum Dόminum Iesum Christum, Fílium Dei unigénitum.

    Et ex Patre natum ante όmnia sæcula.

    Deum de Deo, lumen de lúmine, Deum verum de Deo vero.

    Génitum, non factum, consubstantiálem Patri : per quem όmnia facta sunt.

    Qui propter nos hόmines, et propter nostram salútem descéndit de cælis.

    Et incarnátus est de Spíritu Sancto ex María Vírgine : et homo factus est.

    Crucifíxus étiam pro nobis : sub Pόntio Piláto passus, et sepúltus est.

    Et resurréxit tértia die, secúndum Scriptúras.

    Et ascéndit in cælum : sedet ad déxteram Patris.

    Et íterum ventúrus est cum glόria iudicáre vivos, et mόrtuos : cuius regni non erit finis.
    Et in Spíritum Sanctum, Dόminum, et vivificántem : qui ex Patre, Filiόque procédit.

    Qui cum Patre, et Filio simul adorátur, et conglorificátur : qui locútus est per Prophétas.
    Et unam, sanctam, cathόlicam et apostόlicam Ecclésiam.

    Confíteor unum baptísma in remissiόnem peccatόrum.

    Et expécto resurrectiόnem mortuόrum.

    Et vitam ventúri sǽculi. Amen.

     

     

    Le polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450) de Rogier van der Weyden aux Hospices de Beaune "à la loupe".  III. Les inscriptions.

    .

    INSCRIPTION DU PANNEAU 8.

    La pancarte de la croix porte les quatre lettres habituelles INRI, en majuscules gothiques, pour Ihesus Nazarenus Rex Iudeorum (Joh., XIX, 19) 

     

    .

    INSCRIPTIONS. ANNEXE.

    L'opinion de Nicole Veronee-Verhaegen page 94 :

    "Un mot pour finir des inscriptions non encore déchiffrées aux panneaux 4 et 5 (voir D. 3, Inscriptions..., p. 60). L’idée de lire isolément dans le texte du manteau du Christ un monogramme de Memlinc ne nous semble pas raisonnable. Une abréviation des mots Jhesus et Maria sans rapport avec le contexte paraît tout aussi étrange. Toutefois Latour et Mély  ont raison de penser que les textes ont un sens. Il serait difficile de croire que le manteau de saint Paul porte un texte véritable et que ceux du Christ et de saint Jean-Baptiste n’aient que des caractères décoratifs sans signification. Ces deux derniers textes semblent comporter un mélange de caractères hébreux (dont  ש, shin, s, et   , jod, y), coptes ou grecs (dont  janja, j ; N, ni, n; H, pi, p) et latins (dont S, N, X, Z). La juxtaposition d’hébreu, de grec et de latin dans un même tableau est indiscutable dans les Crucifixions et Descentes de croix (E. Schiltz,Les Ecriteaux infamants de Jean van Eyck, Anvers, 1963-1965, trois brochures polycopiées). Mais à Beaune les caractères sont mélangés; de plus certaines lettres apparaissent dans des positions variables, par exemple renversées tête en bas. De telles inscriptions se rencontrent notamment dans les tableaux du groupe eyckien, dans celui du Maître de Flémalle et dans certaines œuvres anonymes contemporaines (cf. N. Veronee- Verhaegen,"Le Jugement dernier de Diest. Le point de vue de l'historien d'art", dans Bulletin de l'institut royal du Patrimoine artistique (Bruxelles), X, 1967-1968, p. 106-108; T.L. de Bruitt, "Vier Südflandrische Tafeln", dans Das Münster (Munich), XX, 1967, p. 305-308; Idem, "Inschriften auj alten religiösen Abbildungen", Ibidem, XIX, 1966, p. 400-404).

    Les déchiffrer est souvent très difficile. Si le R.P. E. Schiltz, C.I.C.M., Brasschaat, a bien voulu nous communiquer qu’il ne s’agissait pas ici, pour lui, d’un texte hébreu, mais d’un cryptogramme dont l’alphabet est propre à l’artiste et se retrouve notamment sur le retable des Sept Sacrements à Anvers (lettre du l-IV-1973), l’Abbé M. Lejevre, Dijon, qui a eu l’amabilité de donner également son avis sur le problème, se déclare convaincu qu’il s’agit bien de la langue hébraïque (lettre du 4-VIII-1973). M. A. Vanrie, archiviste aux Archives générales du Royaume, Bruxelles, exclut la langue copte (communication du 20-X-1971). Nous pensons que la difficulté majeure de ce genre d’inscriptions provient du fait que les caractères employés ne sont pas nécessairement ceux de la langue du texte: il s’agit parfois de transcriptions phonétiques comme c’est le cas, par exemple, de la devise de Jean van Eyck, la signature de Petrus Christus, ou certains des écriteaux infamants de la croix dans les tableaux de la même époque. C’est aussi le cas, nous l’avons signalé, des inscriptions du manteau du Christ de la Seconde Parousie sur le retable de Gand et sur le Jugement dernier de Diest. Dans ces deux derniers cas, la lecture de l’inscription est indubitable et elle se trouve confirmée par le fait que le texte Rex regum et Dominus dominantium est précisément celui que doit porter le vêtement rouge-sang du Verbe de Dieu lors de la Seconde Parousie (Apoc., XIX, 16). Il est très possible que l’inscription du vêtement du Christ sur le retable de Beaune ait la même signification. Quant au mélange des caractères, choisis dans les trois langues sacrées (J. Schwering, "Die Idee der drei heiligen Sprachen in Mittelalter", dans Festschrift August Sauer, Stuttgart, 1925, p. 3), peut-être signifie-t-il l’universalité du Christ ?  Saint Jean-Baptiste, le dernier des prophètes, porte une inscription plus purement hébraïque et saint Paul, citoyen romain et apôtre des Gentils, un texte entièrement latin. L’introduction de quelques caractères coptes semble difficile à expliquer. Peut-être furent-ils confondus avec du grec? Nous en sommes réduits aux hypothèses."

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    SOURCES ET LIENS.

     VERONEE-VERHAEGEN (Nicole), 1973, L'Hôtel-Dieu de Beaune ; introduction de Pierre Quarré,  Corpus de la peinture des anciens Pays-Bas méridionaux au quinzième siècle 13, Bruxelles : Centre national de recherches Primitifs flamands. 

    http://xv.kikirpa.be/uploads/tx_news/CORPUS_13_-_BEAUNE_-_1973.pdf

    — L'article Wikipédia est de grande qualité :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Jugement_dernier_(Rogier_van_der_Weyden)

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    Published by jean-yves cordier - dans Beaune Retable Inscription
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    16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 22:57

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    Rappel : comme dans les articles précédents de cette série, je me fonde sur la publication de Nicole Veronee-Verhaegen (1973), dont je cite les extraits entre guillemets et sans référence. Je la complète par mes commentaires, et par des citations (avec référence) d'autres auteurs.

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    PANNEAU 4.

    1°) Le Christ.

     

    Les bijoux et ornements peints par van der Weyden sont sans-doute le reflet de ceux portés à la cour du duc de Bourgogne.

    "Un inventaire des joyaux ducaux est conservé à Lille, intitulé « ce sont joyaulx et vaisselle qui sont à monseigneur de Bourgogne pour savoir où ilz sont ». Dans la marge, on a daté approximativement, « vers 1450 ». On y dénombre 33 fermaux, dix colliers, deux bracelets, trois écharpes, cinq anneaux, un poitrail, un chapeau d’or, deux croix, une chaîne, un grand nombre de pierres précieuses : cent rubis balais, 77 saphirs, dix diamants, six rubis, et 568 perles."

    "Parmi les pierres précieuses [à la cour du duc de Bourgogne], le diamant était le plus apprécié de la personne ducale. Outre sa taille la façon de le tailler était un bon critère de choix. Il pouvait présenter plusieurs faces, « à façon de tablettes », c’est-à-dire à petites faces aplanies, « à façon de losanges ou d’écusson » ; quand les uns étaient plats, d’autres étaient pointus, et certains étaient dits carrés. Une fleur de diamant présentait plusieurs facettes. Les autres gemmes présentes sont le rubis, rouge, et le rubis balais de couleur rose, le saphir, bleu, l’émeraude, verte, l’améthyste, violette. Les perles associaient fréquemment leur blancheur nacrée aux gemmes colorées dans des pièces parfois très chargées. Les pierres et perles pouvaient être acquises seules, conservées par le garde des joyaux en attendant leur utilisation." (Sophie Jolivet)

     "balaiz" ou rubis balais : déformation de "Badakhchan".   Les rubis balais (rose clair), mentionnés par Marco Polo, sont originaires du Badakhchan, province montagneuse de l'extrême nord-est de l'Afghanistan.

     

    Le nimbe du Christ comporte des  rubis sur monture d'or trilobée, des rubis et saphirs sertis sur or,et des  perles. Le relief est rendu d'une part par un ombrage du coté gauche du Christ, celui des damnés ; et d'autre part par le positionnement vers le haut et la droite du reflet blanc cassé de gris de chaque perle. Chaque gemme est rehaussé par un éclat lumineux blanc, dont la position et la forme varie pour témoigner du volume de chaque pierre. La couleur des rubis passe du grenat sombre à gauche au rose délicatement hétérogène. Le bleu des saphirs est atténué par endroits par du gris.

    Les pierres précieuses sont des pierres brutes plus ou moins  sculptées ou polies en forme de cabochon. Les techniques de tailles modernes n'existent que depuis quelques siècles, et ce n'est qu'au cours du XVIIe siècle que la taille connut une avancée majeure grâce à Vincenzo Peruzzi qui inventa la taille brillant à 57 facettes. Auparavant, les pierres dures étaient choisies pour leur couleur, et polies pour en faire des pierres plates ou arrondies. Elles sont décrites dans des ouvrages nommés "lapidaires" qui en donnent les caractéristiques, les vertus médicinales, les origines, les différentes qualités et les façons de les éprouver. Elles représentent, pour les puissants, un capital ou placement financier, qui sera monnayé en cas de difficulté. Mais il existe aussi des Lapidaires chrétiens, qui énumèrent les douze gemmes de la Jérusalem céleste (Apocalypse, 21:19-21) et du pectoral d'Aaron (Exode 28:15-20) . Les douze gemmes représentent les douze tribus d'Israël, mais aussi les douze apôtres (rubis = André, saphir = Philippe, ...) et les vertus. cf. Valérie Gontéro.

    On peut, par curiosité, jeter un coup d'œil à la collection de bijoux de la Duchesse Anne xwde Bavière, peinte en  1552 par Hans Mielich:

    http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/bsb00006598/images/index.html?fip=193.174.98.30&seite=13&pdfseitex=


     

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    Visage nimbé du Christ,  Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

    Visage nimbé du Christ, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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    Sur la poitrine, un fermail retient le manteau. « C’est un cabochon [bleu] sombre dont le chaton à trois redents est entouré d’une moulure » (F. Marot, Les Bijoux à l’époque des ducs de Bourgogne. Le fermail (Mémoire présenté pour l’obtention du grade de licencié en archéologie et histoire de l’art. Université catholique de Louvain, exemplaire polycopié), 1964, p. 263). 

    Le fermail est un saphir enchâssé dans une monture d’or trilobée. Je ne peut discerner s'il s'agit de trois pierres assemblées, ou d'une seule pierre taillée. 

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    Fermail du manteau du Christ, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

    Fermail du manteau du Christ, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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    "Sous les pieds du Juge, le globe de la puissance universelle est décoré de pierreries comme un globe impérial. Le globe lui-même est ocre brun, plus clair au centre, avec lumières empâtées jaune clair coupées de deux traits verticaux du même ton de fond brun clair. L’effet est celui d’un globe de bronze poli. Le décor d’orfèvrerie est fait de perles et de pierres rouges et bleues alternées, enchâssées dans l’or."

    La couleur bleue de chaque saphir vertical est complétée par deux traits  témoignant des reflets, celui de gauche étant blanc et celui de droite étant gris, pour indiquer que la lumière vient de la droite du Christ.

    Les plaies des pieds du Christ sont traitées comme deux rubis.

    Rachel Billinge a étudié en 1997 les bijoux d'un autre tableau de van der Weyden,  La Madeleine lisant. Elle écrit :

    "Les saphirs cousus à l'ourlet ont un reflet composé de deux zones blanches soigneusement placées , une beaucoup plus grande que l'autre, tandis que la lumière secondaire se compose de cinq, ou peut-être six, touches de blanc, apparemment peintes dans l'azurite humide.  La perle à côté de celle-ci est tenue sur un chaton d'or. La perle elle-même et son ombre projetée sont composées de divers mélanges de blanc, d'azurite et de laque, tous peints humides sur humides [donc en retravaillant la matière en cours de séchage]". Voir les figures 54 et 55 ici.

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    Globe sous les pieds du  Christ, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

    Globe sous les pieds du Christ, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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    2°) L'ange du Jugement (Saint Michel).

    "Saint Michel a les yeux gris-bleu et les cheveux châtain clair. Le teint est plus clair et rosé que celui du Christ. L’archange porte un diadème bleu foncé orné de cinq perles entourant un rubis. L’amict et l’aube sont blancs à ombres gris-violet et hautes lumières blanc chaud. L’étole et les ornements de l’aube et de l’amict sont faits du même chatoyant brocart que la chape : un splendide rouge et or, obtenu par les jeux des glacis de garance. L’or de la chape, y compris les galons et les franges, est fait de jaune sur un fond gris-brun.

    "Les perles ont des reflets bleutés, surtout dans l’ombre à droite, et les pierres rouges et bleues sont enchâssées dans de l’or. La doublure de la chape est d’un vert très entaché de dégâts.

     

    "Les ailes sont grises à l’intérieur, de nuances variées. A l’extérieur, elles sont brun-rouge, passant du sombre au clair selon l’incidence de la lumière sur la surface courbe. Les yeux des plumes de paon ont un centre noir-blanc, cerclé de jaune, puis de brun, puis de gris en un jeu de couleurs assez lourd.

    La balance est faite d’un métal bleu sombre, presque noir. Aux anneaux de cuivre pendent trois cordes brunes à lumières claires, reliées aux anneaux par des floches rouges à lumières très claires et aux plateaux par trois cordelettes de même couleur que les floches. Le cuivre des plateaux est rendu par l’ocre brune et grise rehaussée de lumières jaunes. On y distingue ce qui pourrait représenter quelques reflets rosés des chairs." (N. V-V) 

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    Saint Michel,  Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

    Saint Michel, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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    Saint Michel,  Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

    Saint Michel, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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    "Le mors [fermail de chape] est orné d’un rubis entouré de trois perles; l’or en est d’un ton différent de celui de la chape."

    Un tel bijou est attesté à la cour des ducs de Bourgogne en 1432 : " Le prix des joutes du premier jour, offert par le duc ([Philippe le Bon], était un fermail garni de trois perles et un rubis, d’une valeur de trente livres" Archives départementales du Nord  B 1948, f. 316 r°.

    Ou bien : "En 1442, Philippe offrit à son épouse pour le premier jour de l’année [...] un petit fermail pendant devant, « ouquel à une bien grosse perle et ung bon ruby dessus ». Il valait 780 livres" (S. Jolivet)

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    Fermail du manteau de saint Miichel, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

    Fermail du manteau de saint Miichel, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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    Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

    Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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    Orfrois du manteau de saint Michel : rangées de perles et succession de saphirs et de rubis ou rubis balais en alternance.

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    Bordure du manteau de Saint Michel,  Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

    Bordure du manteau de Saint Michel, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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    Bordure du manteau de Saint Michel,  Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

    Bordure du manteau de Saint Michel, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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    PANNEAU DEUX.

    Le pape. 

    " Le visage encore jeune, tiare en tête, il est vêtu de ses ornements liturgiques: aube et amict, dalmatique et chape. Seule lui manque la chasuble, par respect pour le Christ, seul prêtre ici. La pointe d’une mule blanche apparaît au bas des vêtements. Le velours violet de la chape se poursuit au delà du cadre, sur le panneau suivant."

    "Fanons, amict, aube et mule visible sont blancs à ombres grises. Les vêtements liturgiques sous la chape sont ornés de brocart bleu et or. "

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    Panneau 2,  Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

    Panneau 2, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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    La chape et ses  orfrois.

    La chape elle-même est taillée dans un riche velours violet sombre, doublé de vert clair et bordé dans le bas d’un liseré or. La bille et les orfrois sont tissés de fils d’or et présentent en des tons assourdis, brunâtres mais toujours identifiables, des personnages en des édicules dorés sur fonds rouges.

    Le mors de sa chape est rectangulaire, divisé en deux niches gothiques couleur or  décorées d’un saphir et d’un rubis.

     Sur les orfrois on reconnaît saint Pierre avec la clef, saint André avec la croix caractéristique et saint Jacques le Mineur avec la  batte de foulon .

    —On comparera avec la chape de Saint Donatien dans la Vierge du chanoine van der Paele de Van Eyck (1434-1436) , elle aussi dotée d'orfrois à personnages : la Vierge et l'Enfant , et le Christ

    http://vlaamseprimitieven.vlaamsekunstcollectie.be/en/collection/madonna-with-canon-joris-van-der-paele

    — On comparera aussi avec la chape pluviale de Luis Osorio de Acuña sur le retable de la Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, et la chape du XVe siècle conservée dans cette cathédrale. :

    http://www.lavieb-aile.com/article-la-chasuble-de-la-chapelle-de-burgos-118652151.html

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    Panneau 2,  Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

    Panneau 2, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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    Saint Pierre.

    Panneau 2,  Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

    Panneau 2, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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    Saint André.

     

    Panneau 2,  Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

    Panneau 2, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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    Saint Jacques le Mineur.

    Saint Jacques le Mineur. Panneau 2,  Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

    Saint Jacques le Mineur. Panneau 2, Rogier Van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier, Hospices de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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    DISCUSSION.

    Le souci de rendre chaque objet avec un réalisme extrême est propre à la peinture flamande initiée par Jan van Eyck, et s'exerce avec un brio sans précédent dans le Polyptyque de l'Agneau Mystique de Gand (1432). Auparavant, les artistes appliquaient de l'or et des pierres précieuses sur la surface peinte, alors que Jan van Eyck a recours à des pigments mélangés dans de l'huile. Après  une étude minutieuse de la manière dont la matière reflète ou absorbe la lumière, il s'efforce de peindre exactement ce qu'il voit et atteint alors un degré de fidélité inégalé dans l'imitation de la nature. De par ses propriétés techniques intrinsèques, la peinture à l'huile permet de restituer toutes les nuances, tons et saturations de couleurs, de l'opaque au translucide.

    Je propose d'examiner un détail du Polyptyque de l'Agneau Mystique qui comporte des pierres précieuses, des perles, des brocarts, une chape avec son fermail et ses  orfrois à personnages. :

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    Ange chanteur (détail) Van Eyck, Polyptyque de l'Agneau Mystique (1432), cathédrale de Gant, macrophoto http://vaneyck.kikirpa.be/

    Ange chanteur (détail) Van Eyck, Polyptyque de l'Agneau Mystique (1432), cathédrale de Gant, macrophoto http://vaneyck.kikirpa.be/

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    Nous voyons ici que van der Weyden est un héritier parfait de cet art de van Eyck.

    Les pigments utilisés sont (d'après S. Desprouw-Augustin) et l'analyse par la National Gallery de cinq tableaux de van der Weyden de ce musée:

    • "des pigments verts : du vert-de-gris (vert sombre), un mélange plomb-étain (vert clair/jaune). La robe de Marie-Madeleine, par exemple, est faite d'une alternance des deux pigments suivant les ombres et les parties éclairées.

    • des pigments rouges : très souvent du laque rouge (une résine), du vermillon (orangé, d'origine minérale), rarement de la garance (issue d'une plante tinctoriale, et qui met des mois à sécher. Le modelé est donné par un glacis rose mêlant laque rouge et blanc de plomb (d'autant plus épais que la zone est éclairée).

    • des pigments bleus : azurite (minérale riche en cuivre, moins précieux que le lapis-lazuli), un peu d'outremer (poudre de lapis-lazuli). Il obtient du pourpre par mélange azurite/laque rouge. Du blanc de plomb (également appelé céruse) en sous-couche ou en mélange, pour nuancer le bleu, lui donner de la profondeur.

    • En somme, il utilise les couleurs les plus courantes à l'époque. Le fait qu'il n'emploie presque pas de rouge de garance tendrait à indiquer un besoin de peindre vite pour satisfaire de nombreuses commandes. En effet, cette matière d'origine végétale met des mois à sécher."

    Par contre Nicole Veronee-Verhaegen mentionne  l'utilisation de la laque de garance pour le Polyptyque de Beaune.

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    SOURCES ET LIENS.

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     VERONEE-VERHAEGEN (Nicole), 1973, L'Hôtel-Dieu de Beaune ; introduction de Pierre Quarré,  Corpus de la peinture des anciens Pays-Bas méridionaux au quinzième siècle 13, Bruxelles : Centre national de recherches Primitifs flamands. 

    http://xv.kikirpa.be/uploads/tx_news/CORPUS_13_-_BEAUNE_-_1973.pdf

    .

     

    — BILINGE (Rachel) 1997, Lorne Campbell, Jill Dunkerton, Susan Foister, Jo Kirby, Jennie Pilc, Ashok Roy, Marika Spring and Raymond White  "The Materials and Technique of Five Paintings by Rogier van der Weyden and his Workshop", National Gallery Technical Bulletin Volume 18,

    http://www.nationalgallery.org.uk/upload/pdf/van_der_weyden1997.pdf

    — Closer to van Eyck; Rediscovering the Ghent Altarpiece.

    http://vaneyck.kikirpa.be/

     

    —  DEPROUW-AUGUSTIN (Stéphanie) ,2012, La ligne droite de Rogier Van der Weyden, blog Apprendre à voir :

    https://deprouw.fr/blog/la-droite-ligne-de-rogier-van-der-weyden-2/

    —  DEPROUW-AUGUSTIN (Stéphanie) ,2012, Jan van Eyck, la grandeur au miroir de l'intime

    https://deprouw.fr/blog/jan-van-eyck-la-grandeur-au-miroir-de-lintime/

    — GONTERO (Valérie), 2006, « Un syncrétisme pagano-chrétien : la glose du Pectoral d’Aaron dans le Lapidaire chrétien », Revue de l’histoire des religions [En ligne], 4 | 2006, mis en ligne le 29 janvier 2010, consulté le 04 novembre 2016. URL : http://rhr.revues.org/5212 ; DOI : 10.4000/rhr.5212

    — GONTERO (Valérie), Le lapidaire chrétien. Transcription du manuscrit 164 (Res. Ms. 12) de la Bibliothèque municipale Méjanes d’Aix-en-Provence (sigle M) par Valérie Gontéro

    http://www.sites.univ-rennes2.fr/celam/cetm/lapidaire/Lapidairechretien.htm

    — JOLIVET (Sophie), 2003. Pour soi vêtir honnêtement `a la cour de monseigneur le duc : costume et dispositif vestimentaire à la cour de Philippe le Bon, de 1430 à 1455. Sciences de l’Homme et Société. Université de Bourgogne, 2003.

    https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00392310/document

    — Idem, Tome 2. Annexe :

    https://halshs.archives-ouvertes.fr/tel-00392310/file/doc_maitre_Annexes_3.pdf

     

    — LABORDE (Léon de ) Glossaire français du Moyen Âge à l'usage de l'archéologue et l'amateur des arts précédé de l'inventaire de Louis, duc d'Anjou dressé vers 1360. Slatkine Reprints Genève 1975

    https://books.google.fr/books?id=nJDxce7BD2wC&dq=%22mors%22+fermail&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

    — MANDEVILLE (Jean de) (1300?-1372) Le lapidaire du quatorzième siècle : description des pierres précieuses et de leurs vertus magiques ([Reproduction en fac-similé]) / d'après le traité du chevalier Jean de Mandeville... ; avec notes, commentaires... [par] Isaac Del Sotto  Éditeur :  Slatkine (Genève) [diffusion Champion] (Paris) 1862  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k22335b/f39.vertical

     

    Le Lapidaire de Jean de Mandeville constitue une somme qui réunit les trois types de lapidaires : la présence du zodiaque et des planètes le rapproche du courant magique ou astrologique ; la description des gemmes et de leurs vertus le situe dans le courant scientifique ; les références aux pierres saintes et aux douze gemmes du pectoral d’Aaron sont empruntées au lapidaire chrétien. Il traite une soixantaine à une centaine de gemmes, selon les manuscrits. Léopold Pannier recense trois manuscrits du Lapidaire de Jean de Mandeville, du XVe  au XVIIe  siècle  ­ Paris, Bibliothèque nationale de France, fr.4836 ­ Paris, Bibliothèque nationale de France, fr. 9136 ­ Bruxelles, Bibliothèque Royale de Belgique, ms. 11058  ­ (attribution incertaine : Paris, Bibliothèque nationale de France, fr. 14830)

    Un autre manuscrit est conservé à la Bibliothèque Méjanes d’Aix­ en Provence : il s’agit du manuscrit 1254 (1137)

    http://gsite.univ-provence.fr/gsite/Local/cuerma/dir/user-1086/Gontero-lapidaireFV.pdf

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    15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 23:32

    Lannédern, la commune des Monts d'Arrée qui met ses poèmes à sécher au lavoir ou les éparpille le long des haies.

    Une initiative de La Cie des Ifs en 2008 poursuivie par Arrée lecture et la Brouette.

    Voir aussi :

    L'enclos paroissial de Lannédern I . Les sculptures extérieures : le calvaire , l'ossuaire  et les crossettes.

     

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    A toute l'équipe de l'atelier d'écriture de Lannédern.

     

    Le village ("commune" manquerait ici de charme) de Lannédern est très actif. Surtout autour des mots, les jolis mots multicolores que les habitants attrapent comme des papillons, pour les remettre en liberté autour de leurs demeures. Mais les mots tordus, les vilains mots, les mots pas propres, pas de chez eux, ils ne les mettent pas à la porte comme des faquins. Ils les amènent au vieux lavoir, et que je te les bats à plate couture mais dans le sens du poil sur la pierre à laver,  que je te les savonne, et que je te les brique, et que je les fais reluire avec les ragots des copines, que je te leur rends une nouvelle santé,  jusqu'à ce que, bien mignons sur eux, tout odorant de savon,  je te les fasse sécher sous la surveillance de quatre pinces à linge.

    Il suffit de suivre le cours de l'eau.

    I. LE COURS DE L'EAU.

     Le ruisseau a été conduit par une rigole toute emplie de cresson vers la fontaine, et celle-ci va, dans l'auguste silence de la campagne, le confier au lavoir.

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    Vers la fontaine endormie de Lannédern, photographie lavieb-aile.

    Vers la fontaine endormie de Lannédern, photographie lavieb-aile.

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    E là, humm, un joli poème de Jean-Pierre Siméon.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Sim%C3%A9on

    C'est le directeur artistique du Printemps des Poètes. 

    Vous connaissez ? " Chaque année, plus de 12 000 manifestations et autres festivités sont organisées, principalement en France et au Québec, à l'occasion de cette semaine consacrée à l'art poétique, qui se déroule habituellement au mois de mars, précédant de quelques jours l'arrivée du printemps. En 2016, la manifestation reçoit le prix Goncourt de la poésie pour l'ensemble de son action. Et pour le 18e Printemps des Poètes, du 5 au 20 mars 2016, le thème était "Le Grand XXe. Cent ans de poésie". Le "Collectif des Associations" ou collectif Les Mots des Monts  de Lannédern (Arrée lecture, autour de la bibliothèque ; La Brouette, qui crée et diffuse des spectacles de poésie, musique et théâtre ; et la Compagnie des Ifs, qui met en scène « le Misanthrope » de Molière et promeut "toute initiative artistique dans le domaine du spectacle vivant, émanant des adhérents de l'association" ) était de la partie, et organisait de nombreuses animations :

    — La  chasse aux trésors à travers la commune était organisée par les jeunes . Et pas n'importe quel trésor. C'était une chasse aux mots, aux poèmes et à leurs illustrations. Il fallait trouver des morceaux de poème ou de chanson éparpillés, dans les rues ou la très proche campagne sur les ardoises ou autres supports . Au cours de leur quête, les chasseurs avaient également pour mission de rapporter trois mots avec lesquels ils devaient écrire un petit poème.  

    http://www.ouest-france.fr/bretagne/lannedern-29190/les-mots-des-monts-ont-organise-une-chasse-au-tresor-4100501
     

    — Écritures de poèmes, haiku, extraits de poèmes, sur des supports qui seraient ensuite disposés dans le bourg . atelier vidéo à chacun son poème, qui veut raconte, récite ou lit son poème préféré.

    — Participation de  Louis Bertholom, poète, accompagné à la guitare par Yvonnick Penven.

    — Etc..

     

     

     

     

    Devant la  la fontaine à poésie de Lannédern, photographie lavieb-aile.

    Devant la la fontaine à poésie de Lannédern, photographie lavieb-aile.

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    Le lavoir, le voilà. Si vous voulez le voir vivre comme dans l'ancien temps, cliquez sur ce lien qui décrit son frère jumeau de Braspart. Et puis revenez par ici lire le poème du mur de droite.

    http://ville-brasparts.forum-actif.net/t815-le-lavoir-de-brasparts-visite-par-les-enfants-de-l-ecole-sainte-therese

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    Le lavoir de Lannédern,  photographie lavieb-aile.

    Le lavoir de Lannédern, photographie lavieb-aile.

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    Quand je vous le disais ! La lessive d'hier y est encore ! 

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    Le linge poétique du lavoir de Lannédern ; photographie lavieb-aile.

    Le linge poétique du lavoir de Lannédern ; photographie lavieb-aile.

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    Ce Marcel a attiré cinq hirondelles qui sont venues se poser sur son fil ; elles en voient de drôles de couleurs. Photographie lavieb-aile.

    Ce Marcel a attiré cinq hirondelles qui sont venues se poser sur son fil ; elles en voient de drôles de couleurs. Photographie lavieb-aile.

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    Dessous chics, chemise de corps, c'est toujours du beau linge, lavé en famille. Photographie lavieb-aile.

    Dessous chics, chemise de corps, c'est toujours du beau linge, lavé en famille. Photographie lavieb-aile.

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    Toujours le lavoir. "Je ne sais pas quoi écrire ! Je sèche". Photographie lavieb-aile.

    Toujours le lavoir. "Je ne sais pas quoi écrire ! Je sèche". Photographie lavieb-aile.

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    II. LES MOTS SE METTENT AU VERT.

     

    A peine plus loin, fini l'angoisse de l'ardoise noire, version locale de la "page blanche".

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    Au plaisir des mots dans les rues de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Au plaisir des mots dans les rues de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Les ardoises noires (on est dans le pays des ardoisières) remplacent ici les cailloux blancs du Petit Poucet qui jalonnent le récit d'un conte inattendu.

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    Au plaisir des mots dans les rues de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Au plaisir des mots dans les rues de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Au plaisir des mots dans les rues de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Au plaisir des mots dans les rues de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Au plaisir des mots dans les rues de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Au plaisir des mots dans les rues de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Poème de Jeanne Benameur.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeanne_Benameur

    Notre nom est une île est un recueil paru en chez Bruno Doucet, collection  "Embrasures".

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    A la chasse aux 13 ors  dans les rues de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    A la chasse aux 13 ors dans les rues de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Tiens, un poème d'Hervé Lauwik. Auteur mineur de livres d'humour, né en 1891 et mort en 1975. On ne connaît de lui que ce bon mot, aussi attribué à l'autrichienne Marie von Ebner-Eschenbach, auteur d'Aphorismes (1880) : 

    « Les véritables bons amis sont les personnes qui nous connaissent très bien mais qui nous supportent quand même » ( Wirklich gute Freunde sind Menschen, die uns ganz genau kennen, und trotzdem zu uns halten). 

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    Poème d'Hervé Lauwik, à Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Poème d'Hervé Lauwik, à Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Un poème d'Eurydice El Etr, née un jour d'avril 1981. Comédienne et chanteuse, traductricede Carlo Gozzi,  agrégée d'italien, et ancienne élève de l'ENS rue d'Ulm. On peut être et avoir été.

     

    Eurydice El Etr, dont le nom est à lui seul poésie.  Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Eurydice El Etr, dont le nom est à lui seul poésie. Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Encore quelqu'un qui a laissé une ardoise. Qu'il a signé avant de filer.

    Jacques Turbin, kicékcé ?

     

    Kicéquecé ? Je le trouve dans mon Dictionnaire des anarchistes. Né à Mulhouse (Haut-Rhin) le 30 avril 1843, mort le 19 juillet 1913 ; ingénieur, poète et militant politique. - Membre de la Commune de Paris (1871). - Fondateur, à Nancy (Meurthe-et-Moselle), de la Maison du peuple et de l'Université populaire. - Pseudonyme de Charles Keller. Auteur de A l'oreille, ed. A. Lemerre Paris 1899. Je parcours ce recueil sur Gallica :

     http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5455262p/f21.double

    Viens au pays d'ivresse 
    Où le bonheur fleurit, 
    Où tout chante et caresse, 
    Désaltère et guérit; 
    Au pays du délice 
    Où la ronde sans fin 
    Des heures lentes glisse 
    Sur un rythme divin. 

     

    J'abandonne après Notre Ménage, Soyons époux, et A Notre-Dame des baisers. On est loin de Léo Ferré. 

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    Citation de Jacques Turbin, Lannédern. Photographie lavieb-aile

    Citation de Jacques Turbin, Lannédern. Photographie lavieb-aile

    Bientôt envoûté, comme le narrateur dans le Grand Meaulnes, j'arrive devant un château. Enfin, plutôt une bâtisse gardée par un chat. Devant les mots d'ici, il boit du petit lait.

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    L'Outre-Monde de Lannédern, entre Po et Sie. Photographie lavieb-aile.

    L'Outre-Monde de Lannédern, entre Po et Sie. Photographie lavieb-aile.

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    La "bâtisse", c'est en fait l'ancienne école de Lannédern. Sa propriétaire m'apparaît,  mystérieuse  fée à la main verte.

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    L'Outre-Monde de Lannédern devant la vieille école. Photographie lavieb-aile.

    L'Outre-Monde de Lannédern devant la vieille école. Photographie lavieb-aile.

    Est-ce Laudine, héroïne du roman breton Yvain ou le chevalier au Lion? Est-ce sa servante Lunette ? Va-t-elle me proposer un philtre, une baguette de coudrier ou un pampre de chévrefeuille?  Tout est possible au Pays des Mots.

    Comme elle a aménagé son ancienne école en gite rurale, elle me donne sa carte où je lis  son nom.

    http://www.huelgoat-carhaix-tourisme.com/fr/se-loger/les-chambres-dhotes/chambre-dhotes-lannedern-1-rue-de-la-vieille-ecole

    http://www.ouest-france.fr/bretagne/lannedern-29190/les-mots-des-monts-ont-organise-une-chasse-au-tresor-4100501

    Puis, après ces présentations, madame Maryvonne Molineux, très impliquée dans les associations locales,   m'explique l'origine de toutes ces ardoises, produites par l'atelier d'écriture de la bibliothèque. "Nous voulons gagner le titre de "Commune aux 100 poèmes", nous allons continuer à en placer le plus possible dans les chemins". 

    Avant de me mettre au piquet. Littéralement. Au pied de la lettre, si on veux.

    J'ai pas dit "au pieu".

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    Rencontre à Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Rencontre à Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    III. LA POÉSIE MIS AU PIQUET.

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    Palissade de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Palissade de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Claie de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Claie de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Barrière girondine de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Barrière girondine de Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    J'écris ton nom Liberté, de Paul Eluard.

     

    Lattis de châtaignier, Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Lattis de châtaignier, Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Citation d'Abbas Kiarostami ,  réalisateur, scénariste et producteur de cinéma iranien (Où est la maison de mon ami ? et Le vent nous emportera,) est  né le 22 juin 1940 à Téhéran en Iran et mort le 4 juillet 2016 à Paris. Son style est très inspiré par la poésie persane. Les personnages récitent principalement des poèmes du poète persan classique Omar Khayyam ou de poètes persans modernes tels que Sohrab Sepehri et Furough Farrokhzad : 

    Ils promettent des houris dans les cieux Mais je dirais que le vin est meilleur Préférez le présent aux promesses. C'est de loin que le son du tambour parait mélodieux (Omar Khayyam)

    Il cite aussi le poète Mawlana Djalâl ad-Dîn Rûmî, mort en 1273 :

     Tu es ma balle de polo poursuivie par ma crosse. Je cours sans cesse pour te suivre bien que ce soit moi qui te pourchasse

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    Citation d'Abbis Kiarostami, Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Citation d'Abbis Kiarostami, Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Poème de Jean-François Le Gal.

    Né en 1960, Jean-François Le Gal, enseignant à Quimper, a publié en 1995 chez Calligrammes L'Impatience.

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    Écriteau écrit tôt, Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Écriteau écrit tôt, Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Poésie de Marie-José Christien.

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    Ganivelle, Lannédern, Photographie lavieb-aile.

    Ganivelle, Lannédern, Photographie lavieb-aile.

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    Claire-voie, Lannédern, Photographie lavieb-aile.

    Claire-voie, Lannédern, Photographie lavieb-aile.

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    Echalas de châtaignier, Lannédern, Photographie lavieb-aile.

    Echalas de châtaignier, Lannédern, Photographie lavieb-aile.

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    Sorte de sommier à lattes, vertical. Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Sorte de sommier à lattes, vertical. Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Plessis de châtaignier à Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Plessis de châtaignier à Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Eugène Guillevic

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    Clôture de piquets à Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Clôture de piquets à Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Raymond Devos.

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    Bâtons, ardoise et fil de fer, Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Bâtons, ardoise et fil de fer, Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Encore Eugène Guillevic :

     

     

    9 potes et demi, Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    9 potes et demi, Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Un poème de Maurice Carême (1899-1978). La Bonté.

    Lu par l'auteur : https://www.youtube.com/watch?v=dPj5yEBGQUI

     

    Feuille de roche schisteuse et trace d'écriture humaine, Anthropocène, Massif Armoricain. Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Feuille de roche schisteuse et trace d'écriture humaine, Anthropocène, Massif Armoricain. Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Poème de Paul-Louis Couchourel.

    Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Lannédern. Photographie lavieb-aile.

     

    Robert Desnos.

     

    Branches de châtaigniers écorcées et enlacées de torsades de fer. Lannédern. Photographie lavieb-aile.

    Branches de châtaigniers écorcées et enlacées de torsades de fer. Lannédern. Photographie lavieb-aile.

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    Un grand merci à Maryvonne Molineux.

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    Published by jean-yves cordier - dans Lannédern Poésie
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    13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 19:07

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    Résumé de l'épisode précédent.

    Ayant constaté la présence d'un A couronné entouré de macles sur une pierre de fondation par le vicomte de Rohan Jehan II du pont de Landerneau datant de 1510, j'ai appris que ce A résumait le cri de guerre de la famille de Rohan, "A PLUS ROHAN". Mon enquête m'a révélé que les macles qui formaient le meuble de cette famille depuis le XIIIe siècle venaient d'une pierre caractéristique des terrains entourant la motte féodale d'Alain Ier de Rohan , à Sainte-Brigitte, dans le Porhoët. Ce château "des Salles de Rohan" contrôlait un site très riche en fer, et les Rohan développeront la métallurgie bretonne, sous forme de "forges à bras" mobiles dans la forêt, ou, au XVIIe siècle, avec la construction en 1621-1623 des Forges de Salles par le duc Henri II de Rohan.

    Si bien que j'en suis venu à considérer que le A couronné, fait de branches écotées et dessinant dans une boucle de la barre transversale une macle, était un emblème de cette pierre emblématique au cœur de la forêt de Quénécan, ou du rôle du charbon de bois dans l'exploitation économique du sous-sol du fief ancestral.

    J'ai eu donc envie de rechercher d'autres traces lapidaires de Jean II de Rohan. Le château de la ville de Rohan est détruit, celui de Pontivy ne se visite pas actuellement (courtine sud écroulée), je me rendais donc au château de Josselin. Justement, sa reconstruction par Jehan de Rohan s'acheva en 1510. Peut-être y trouverais-je un "A couronné" ?

    Le moins que l'on puisse dire, c'est que je ne revins pas bredouille.

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    Château de Josselin vu depuis le parc. Photographie lavieb-aile.

    Château de Josselin vu depuis le parc. Photographie lavieb-aile.

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    Je devais d'abord connaître un peu l'histoire de ce château. 

     

    En 1008, Guéthenoc, Vicomte de Porhoët, fils du Comte de Rennes, décide d’édifier sur ce promontoire rocheux dominant la vallée de l’Oust, un château adossé à ce système défensif, une construction en bois, comme à l'époque. Goscelinus, fils de Guéthenoc, donne son nom au château et à la localité qui s'installe peu à peu tout autour.  Rasée une première fois par Henri II Plantagenêt vers 1170, la forteresse  fut relevée dès 1173 par le vicomte de Porhoët, Eudes II, allié du roi de France. En 1370, elle passe entre les mains d'Olivier de Clisson, grand connétable (chef des armées) de Charles V. A partir du château existant, Clisson fait édifier  la forteresse la mieux armée de Bretagne  : une enceinte féodale de 4500 mètres carrés, avec un châtelet-résidence et des remparts de 25 mètres jalonnés de neuf tours et un énorme donjon de 26 mètres de diamètre et de 32 mètres de haut.

    Les ducs de Bretagne, Jean IV et Jean V, vont s'acharner contre Olivier de Clisson. Emprisonné, puis relâché, Clisson est assiégé dans Josselin par Jean IV en 1393. C'est à Josselin qu'il meurt en 1407 après une brillante carrière militaire et politique. Il est enterré aux côtés de son épouse Marguerite, à Josselin dans l'église Notre-Dame du Roncier, où l'on peut encore aujourd'hui admirer leur gisant en marbre blanc.  A sa mort en 1407, le château revint à son gendre, Alain VIII de Rohan, qui a épousé sa fille Béatrix. La forteresse demeure dans la famille depuis six siècles.
    La lutte sourde entre les ducs de Bretagne et les rois de France reprend en 1488. François II, duc de Bretagne, veut punir Jean II de Rohan de son soutien au parti français. Il fait démanteler partiellement la forteresse dont l'un de ses capitaines vient de s'emparer. Peu après, Jean II, sans toucher aux défenses qui viennent d'être abattues, fait reconstruire le manoir d'habitation et sa belle façade sur la cour nord-est. 
    En 1629, Le puissant donjon qui ferme le château au Sud est démoli sur ordre du cardinal de Richelieu. 

    Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les Rohan vivent à Paris et le château est laissé à l'abandon. . Vers 1835, Charles-Louis Josselin, duc de Rohan, décide d'engager une restauration en bonne et due forme de sa demeure, très largement délabrée et où le toit s'écroule par endroits. Le chantier débute vers 1855, sous la direction de l'architecte Jules de la Morandière, élève du célèbre Viollet-le-Duc.   L'extérieur est remis en état, l'intérieur est presque totalement réaménagé. Le chantier est dirigé par Jules de La Morandière jusqu'en 1880, par Henri Lafargue de 1880 à 1904 et par Alain Lafargue en 1917, avant d'être ouvert au public vers 1930.
     Le château de Josselin est une demeure privée. Le règlement interdit les photos à l'intérieur de l'habitation. 

     

     

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    Les travaux de Jehan II de Rohan.

    Jean II de Rohan (1452-1516) récupère son château et entreprend, en 1490, une campagne de restauration du château de Josselin, qui va durer près de vingt ans (la restauration se termine vers 1510). Le grand logis de style flamboyant datent de 1495-1506 : il a été construit pour Jean II de Rohan. Il ne reste que quatre tours, à l'origine plus élevées et couronnées de mâchicoulis, puis abaissées au début du XVIème siècle par Jean II de Rohan. Ce dernier fit percer sur la façade extérieure Sud des fenêtres plus grandes et ajouter six grandes lucarnes. La grande longère, en surplomb de l'Oust, a été construite à la fin du XVème siècle et rénovée vers 1505 par Jean II de Rohan : la longère mesure 70 mètres de long sur 7,5 mètres de large et 16 mètres de haut. Les dix lucarnes, situées sur la façade intérieure Nord, datent du XV-XVIème siècle. Les lucarnes incrustées dans la toiture, la galerie ainsi que les cheminées sont parsemées de sculptures : hermines, lis, macles des Rohan, arabesques, animaux fabuleux, etc ... En 1504 et 1505, Jean de Rohan paye encore des sommes importantes à Rolland Crenn, son connétable de Josselin pour les employer à "l'œuvre et édifice de son château". 

     

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    Façade nord-est du Château de Josselin depuis le parc à la française . Photographie lavieb-aile.

    Façade nord-est du Château de Josselin depuis le parc à la française . Photographie lavieb-aile.

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    Quelques images anciennes (Gallica).
    Quelques images anciennes (Gallica).
    Quelques images anciennes (Gallica).
    Quelques images anciennes (Gallica).

    Quelques images anciennes (Gallica).

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    Mais la façade ajourée  est si foisonnante et sa décoration si luxuriante que je sent bien que ma description va être assez ardue. Dix lucarnes à angles aigus et gâbles à crochets se succèdent, séparées par des galeries. Je me décide à désigner chaque lucarne et chaque galerie par un numéro porté sur ma photographie.

    T1 à T3 : les trois tours féodales surplombant l'Oust.

    L1 à L10 : les dix lucarnes.

    G1 à G11 : les onze galeries ajourées.

    P1 à P5 : les cinq portes.

    Pour m'y retrouver également, je me déplacerais de gauche à droite de la façade.

    Suivez le guide !

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    Façade nord-est du Château de Josselin depuis le parc à la française . Photographie lavieb-aile.

    Façade nord-est du Château de Josselin depuis le parc à la française . Photographie lavieb-aile.


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    De la première à la troisième lucarne.

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    Partie gauche de la façade du château de Josselin, photographie lavieb-aile.

    Partie gauche de la façade du château de Josselin, photographie lavieb-aile.

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    Corniche à double encorbellement sous la galerie G1.

    Le balcon G1 est décoré par une rosace à 5 mouchettes centrée par un soleil. Ces galeries ne sont pas accessibles et ne permettaient donc pas aux propriétaires d'y apparaître. Il conviendrait de parler de fausses galeries à usage décoratif, et de leur (vraies) balustrades. 

    Toutes les balustrades sont taillées dans des dalles de granit.

     Les moulures de la corniche  se prolongent par un dragon ailé  dont la queue est nouée. Ce monstre semble faire office de gargouille, mais l'eau de la toiture n'est pas évacuée par sa gueule, mais par des tuyaux qui empruntent des descentes d'eaux ouvragées plaquées contre la façade.

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    Galerie G1 et trumeau de la lucarne L1, Château de Josselin. Photographie lavieb-aile.

    Galerie G1 et trumeau de la lucarne L1, Château de Josselin. Photographie lavieb-aile.

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    Corniche à double encorbellement sous la galerie G1.Château de Josselin. Photographie lavieb-aile.

    Corniche à double encorbellement sous la galerie G1.Château de Josselin. Photographie lavieb-aile.

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    La lucarne L1 et le premier A couronné (A1).

    Ah ! Le voici donc ce A qui avive ma hâte ! Il est exactement semblable à celui que j'ai décrit sur la pierre de fondation de Landerneau, avec ses fûts diagonaux en branches écotées et le macle formé par l'entrecroisement de barres transversales. Mais ici, où il ne s'inscrit pas comme à Landerneau dans un carré d'1 centimètre, sa grande taille permet au sculpteur de dessiner des racines à la base de chaque bout de bois, de tresser deux tiges pour en coiffer l'angle de la lettre, et de tailler une macle parfaitement géométrique. Le contraste est donc franc entre la macle relevant de l'ordre minéral et les bâtons relevant du végétal. Cet A  symbolise les richesses de la terre ancestrale associant la valeur économique de la forêt et celle du sous-sol. La macle qu'il intègre en fait indubitablement le "chiffre" de Jean II de Rohan. Je rappelle que ses armoiries comportent sept macles (losange évidé) d'or sur fond de gueules (rouge).

    Roger de Gaignières (1642-1715) a fait relever (par Louis Boudan ?) les vitraux du couvent des Cordeliers de Nantes représentant en vis à vis  Jehan II du nom, vicomte de Rohan et son épouse Marie de Bretagne. Les macles sont bien visibles sur le tabard et le prie-dieu de Jean II et sur la robe de la vicomtesse. Le nombre de macles (neuf) n'a pas de valeur héraldique.

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    Marie de Bretagne & Jean II de Rohan

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    La couronne est peu visible, car détruite (par dégradation volontaire lors de la Révolution ?). Pourtant, je remarque un détail fort précieux : une frise de macles, ou du moins de losanges (dont on ne voit que le premier élément) devait courir à sa base.

    Remarquez sur la photo les choux très frisés du gable. Et, dans l'angle de l'arcature de la fenêtre, l'ange présentant les armoiries de Rohan, aux macles martelées.

    Faut-il en venir dès maintenant aux sujets qui fâchent ?  Voici l'extrait que je découvre sur le site patrimoine-histoire.fr :

    La polémique sur l'initiale A. 

    "L'interprétation des faits historiques et des créations artistiques a toujours été un art difficile. On en trouve une nouvelle preuve dans une petite polémique qui surgit là où on ne l'attendait pas vraiment : dans les lettres en granit garnissant la galerie de la façade Renaissance du château. La lettre A, d'ailleurs très souvent surmontée d'une couronne, y apparaît en de multiples endroits. Voir la série des cinq lettres A consécutives. Jusqu'au XIXe siècle, les historiens y ont vu l'initiale de la devise des Rohan «A Plus», c'est-à-dire «sans plus», donc «sans supérieur».

    "En prenant pour acquit le fait que la façade a bien été reconstruite à l'initiative de Jean II Rohan, l'historien Roger Grand, dans son article du Congrès archéologique de France tenu à Brest et à Vannes en 1914, avance une explication assez déroutante. Il constate d'abord que cette lettre A est partout surmontée d'une couronne, ce que personne ou presque n'a remarqué. Il signale ensuite que la couronne, faite de huit fleurons égaux, n'est autre que la couronne ducale. Roger Grand poursuit : «Or la seigneurie des Rohan était alors une vicomté. En 1505, Jean II s'intitule lui-même vicomte de Rohan. L'A surmonté d'une couronne ducale ne désigne donc pas le seigneur de Josselin. Il faut l'appliquer, sans doute possible, à Anne, duchesse de Bretagne.» Et l'historien rappelle que la décoration de la façade est composée d'emblèmes rappelant les Rohan (devise «A Plus»), la duchesse de Bretagne (A couronné) et la reine de France (fleurs de lys). Comme on le sait, à la fin du XVe siècle, Anne de Bretagne, fille de François II, duc de Bretagne, était l'enjeu de toutes les chancelleries d'Europe. Épouser Anne, c'était hériter de la Bretagne. Le roi de France Charles VIII, l'empereur allemand Maximilien Ier, Louis d'Orléans (le futur Louis XII) et le duc de Buckingham sont sur les rangs. L'est aussi Jean II Rohan qui voudrait bien voir l'un de ses fils épouser la jeune fille, ce qui aurait uni définitivement les maisons de Rohan et de Bretagne.
    Le mariage d'Anne et de Charles VIII à Langeais, en 1491, mit fin au rêve du vicomte qui restait bel et bien le premier vassal de la duchesse en Bretagne. Pour Roger Grand, Jean II prit en quelque sorte sa revanche en traduisant dans la pierre ce rêve de grandeur et d'ambition avortées."

    Pourtant, la présence de la macle inclus dans le A , et d'un losange sur le cercle de la couronne s'opposent "sans-doute possible"  à l'idée d'en faire la couronne de la duchesse Anne. Je continue ma lecture :

    "Dans le livret sur le château de Josselin paru aux éditions Ouest-France en 2000, Antoinette de Rohan remet en question cette explication un peu poussée. «(...) comment expliquer, écrit-elle, la présence de l'initiale A, couronnée ou non, que l'on retrouve à de nombreuses reprises dans la décoration de la façade? On a longtemps cru qu'il s'agissait du A désignant la duchesse-reine Anne de Bretagne, comme l'affirmait Roger Grand.» Et Antoinette de Rohan avance une autre explication : «On peut se demander s'il ne s'agit pas plutôt du chiffre de Jean II. Olivier de Clisson avait un chiffre du même type, l'initiale M, que l'on retrouve à Blain, ainsi que dans son hôtel parisien.»

    Voir ici sur le M de Clisson apposé sur un acte du 21 juillet 1370.
    "À la représentation du rêve avorté, idéal bien romantique, proposé en 1914, par Roger Grand, il semble qu'on ne puisse opposer que l'hypothèse du chiffre du constructeur. Dans l'un et l'autre cas, ce ne sont que des conjectures et il faut bien avouer que le mystère reste entier. 
    Sources : 1) Congrès archéologique de France, Brest et Vannes, 1914 ; 2) Le château de Josselin, éditions Ouest-France, 2000."

    Ah ! Le A couronné, "chiffre" de Jean II de Rohan ! Merci Antoinette, voilà bien mon hypothèse partagée . Et par une duchesse !  Voir son portrait dans mon article sur les blochets de Sizun : 

    http://www.lavieb-aile.com/2016/09/les-sablieres-de-la-charpente-de-l-eglise-de-sizun-apres-leur-restauration-par-l-atelier-le-ber-en-2012.html

    Néanmoins, la guide, par ailleurs excellente, qui nous a fait visiter le château a décrit ces A couronnés comme l'initiale d'Anne de Bretagne. 

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    Lucarne L1 et son A couronné. Château de Josselin. Photographie lavieb-aile.

    Lucarne L1 et son A couronné. Château de Josselin. Photographie lavieb-aile.

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     A couronné de la Lucarne L1 . Château de Josselin. Photographie lavieb-aile.

    A couronné de la Lucarne L1 . Château de Josselin. Photographie lavieb-aile.

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    Les galeries G2 et G3  et les lucarnes L2 et L3.

    — La galerie G2 comporte 4 fleurs de lys. 

    — La cheminée au dessus de G2 porte en couronnement deux hermines.

    — La lucarne L2 porte un écu à sept macles entouré du collier de l'ordre de Saint-Michel. Je rappelle que les armoiries comporteront 7 macles jusqu'à Henri de Rohan Ier en 1552-1575. L'ordre de chevalerie de Saint-Michel a été institué en 1469 par Louis XI ; les 36 chevaliers portaient un collier d'or fait [de] coquilles lassées, l'une avec l'autre, d'un double las » auquel était suspendu un médaillon représentant l'archange terrassant le dragon. Ce dernier est bien visible sur la façade.

    Quel est le seigneur de Rohan qui a été admis dans l'Ordre de Saint-Michel ? La liste des chevaliers ne mentionne que Pierre et Charles de Rohan-Gié. Je ne trouve pas d'abord pas d'indication formelle concernant Jean II de Rohan, hormis celles-ci :

    1°) la  chapelle de Cuburien, Saint-Martin-des-Champs (29). renferme un Vitrail début 16ème siècle montrant le portrait de Jean II de Rohan portant le collier de l’ordre de Saint-Michel.

    http://www.rohan.fr/histoire_bruits2.html

    2°) Hervé du Halgouet écrit en 1911 (cf. Annexe) que Jean II de Rohan avait "reçu ce collier par faveur spéciale de Charles VIII en 1469". Or, l'Ordre a été fondé à Amboise le 1er août 1469, mais... par Louis XI.

    Enfin, je découvre la page 351 de Les chevaliers bretons de Saint-Michel depuis la fondation de l'Ordre, par J.F. d'Hozier et G. de Carné, ouvrage écrit en 1884 : d'après ce texte,    Louis IX remit le collier de l'Ordre à Jean II, en 1472, d'après une lettre du 31 juillet 1472 au grand-maître Antoine de Chabannes sollicitant son avis

    Je lis aussi qu'une lucarne du château de Pontivy "est décorée des armes de Rohan, inscrites dans un collier de l'ordre de Saint-Michel. Cette décoration se rapporte à René I, vicomte de Rohan (1527-1552). "

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    Lucarne L2 : écu des Rohan et collier de Saint-Michel. Château de Josselin. Photographie lavieb-aile.
    Lucarne L2 : écu des Rohan et collier de Saint-Michel. Château de Josselin. Photographie lavieb-aile.

    Lucarne L2 : écu des Rohan et collier de Saint-Michel. Château de Josselin. Photographie lavieb-aile.

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    — La longue galerie G3 est formée de six panneaux à arcades entrelacées. Le motif reprend celui décorant le dessous de la fenêtre haute de la lucarne L1 .

    Ce dessin  peut être rapproché de celui que Viollet-le-Duc a donné en illustration des articles Fenêtre et Balustrade de son Dictionnaire de l'architecture et qui représente une fenêtre du premier étage de l'hôtel de la Trémoille à Paris.

    Balustrade de l'hôtel de la Trémoille à Paris, Viollet-le-Duc, Dictionnaire...tome 2 fig. 28 page 96. (1867)

    Balustrade de l'hôtel de la Tremoille in Viollet-le-Duc, Dictionnaire...t.2 fig. 28 p..

     

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    L'hôtel de la Trémoille, nommé plus tard hôtel de Bellièvre, fut détruit en 1841. Il occupait l'espace entre les rues de Bourbonnais et Tirechape. Ancienne propriété en 1398 de Guy de la Trémoille, était estimé dater entre le dernier tiers du XVe et le tout début du XVIe  siècle ; il aurait été construit par Louis II de la Trémoille, mort à Pavie en 1525. Yvonnig Gicquel décrit dans son ouvrage les nombreuses occasions de rencontre entre Jehan II de Rohan et Louis de la Trémoille.

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    Hôtel  dit de la Trémoille, ou maison de la couronne d'or, 31 rue des Bourdonnais (gravure de la France historique et monumentale de Jean-Abel Hugo - 1836). https://fr.wikipedia.org/wiki/Rue_des_Bourdonnais#/media/File:Maison_de_la_couronne_d%27or,_rue_des_Bourdonnais_%C3%A0_Paris.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Galerie G3 et son motif repris de la fenêtre de L1. Photographie lavieb-aile.

    Galerie G3 et son motif repris de la fenêtre de L1. Photographie lavieb-aile.

     

    — La cheminée au dessus de G3 porte en couronnement deux A couronnés .

    —La lucarne L3 porte aussi un A couronné semblable à celui de la lucarne L1.

     

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    Les lucarnes L2 et L3. Photographie lavieb-aile.

    Les lucarnes L2 et L3. Photographie lavieb-aile.

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    De la quatrième à la septième lucarne.

     

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    Cinq d'un coup ! La galerie G4.

     — La galerie G4 aligne cinq " A  couronnés" , tous plus beaux les uns que les autres et que nous allons détailler.

     

    Les cinq "A couronnés" de la galerie G 4. Photographie lavieb-aile.

    Les cinq "A couronnés" de la galerie G 4. Photographie lavieb-aile.

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    La première chose que je constate, c'est qu'ils sont dotés chacun de leur couronne. Le cercle des trois premières est trop usé pour y discerner d'éventuels losanges. Par contre, les deux dernières couronnes montrent clairement leur cercle alternant un losange et un bouton. Le losange peut, comme 

     La partie supérieure de la couronne montre clairement trois fleurons centrés par une perle. Peut-on, comme le suggère Roger Grand, parler ici d'une couronne ducale ? Et cette couronne stylisée  répond-elle aux codes de l'héraldique ?

    "Les ducs, en France, portent leur couronne, d'or, rehaussée de huit fleurons et enrichis de pierreries et de perles. Celle des marquis est surmontée de quatre fleurons, séparés chacun par trois perles qu'on posait autrefois sur une même ligne, mais qui sont réunis aujourd'hui en forme de trèfle. La couronne des comtes n'a point de fleurons; elle est rehaussée de seize grosses perles dont neuf visibles, portées chacune sur une pointe. La couronne de vicomte n'est rehaussée que de quatre perles, dont trois visibles."

    Les trois premiers "A couronnés" de la galerie G 4. 

    Le premier A est très semblable à celui de la lucarne L1 : branches écotées munies de racines, traverse du A formant une macle géométrique .

    Le deuxième A n'est plus fait de bouts de bois, mais de monstres à peau couverte de verrues, à gueule aux longues dents et à langue protruse, à oreilles longues et pointues, et à queue fine. En un mot,des dragons. Si c'était un hommage à la reine Anne de Bretagne, voici qui manque d'élégance. S'il s'agit au contraire de mettre en avant les forces très anciennes, souterraines, les forces vitales qui animent le fief des Rohan, avec ses forêts, ses fontaines, rivières et étangs, alors, cela fait sens. Après avoir affirmer leur alliance  avec les forces végétales (bois) et minérales (macles),  les Rohan revendiquent qu'ils relèvent aussi des forces animales profondes, mystérieuses et maléfiques. Classiquement, le dragon est le gardien des lieux souterrains (grottes, cavernes) et son double aquatique est le gardien des trésors. Mais ces puissances animales sont aussi les allégories de la fécondité sexuelle. Et donc de la vitalité de la lignée familiale.

    Le troisième A est purement graphique ou architectural, comme construit avec des barres métalliques, des jambes de force aux extrémités pattées. La macle naît de l'entrecroisement de ces jambages.
    Au dessous de la galerie, on remarque la corniche à double encorbellement embellie
    d'entrelacs, de feuilles et de petits animaux, malheureusement très usés par le temps.

    Couronne ducale. https://fr.wikipedia.org/wiki/Couronne_(h%C3%A9raldique)

    Couronne ducale. https://fr.wikipedia.org/wiki/Couronne_(h%C3%A9raldique)

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    Les trois premiers "A couronnés" de la galerie G 4. Photographie lavieb-aile.

    Les trois premiers "A couronnés" de la galerie G 4. Photographie lavieb-aile.

    Les deux derniers  "A couronnés" de la galerie G 4.

    Il reprennent sous forme de variations le thème des deux premier "A", et du couple végétal-animal. Mais le quatrième A est fait d'osier tressé, comme dans un plessis, ces clôtures de rameaux de bois vert et vivant. La barre transversale est brisée, mais devait former là encore une macle. A la notion de force végétale s'ajoute dans cette version celle de la force de l'union, et celle de la vigueur.

    Le cinquième A, dont la barre transversale est également brisée, est dessiné par le corps de deux vouivres, dont les longues queues s'entremêlent et se nouent.

    Notez sur cette image les losanges des couronnes.

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    Les deux derniers  "A couronnés" de la galerie G 4. Photographie lavieb-aile.
    Les deux derniers  "A couronnés" de la galerie G 4. Photographie lavieb-aile.

    Les deux derniers "A couronnés" de la galerie G 4. Photographie lavieb-aile.

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    La quatrième lucarne L4.

    Puisque L3 portait un "A couronné", l'alternance se poursuit et L4 porte un écu  inscrit dans un losange. J'ai négligé de le photographier. 

    En dessous, la baie à meneaux est ornée de deux anges porteurs de blasons, et, au centre, d'un A couronné avec sa macle suspendue sous la traverse. Comme d'habitude.

    Sous la fenêtre, le délicat motif en arcades inversées et croisées "de la Trémoille"

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    Façade du château de Josselin de L3 à L5.  Photographie lavieb-aile.

    Façade du château de Josselin de L3 à L5. Photographie lavieb-aile.

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    Façade du château de Josselin de L3 à L5.  Photographie lavieb-aile.

    Façade du château de Josselin de L3 à L5. Photographie lavieb-aile.

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    LA GALERIE G5 : LES MACLES.

    Cette galerie rythmée par quatre balustres pourrait passer pour être simplement ajourée de motifs en losanges, mais il s'agit bien entendu de véritables macles, qui se retrouvent aussi alignées sur la partie supérieure.

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    La cinquième galerie G5 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    La cinquième galerie G5 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    Les galeries G5 et G6 encadrent la partie la plus noble de la façade, qui, dans le prolongement de l'allée principale et de son puits,  inclut l'entrée d'honneur dotée de deux portes, et de deux fenêtres à meneaux et surplombée par la lucarne L5. 

    Si chaque galerie est desservie par une gouttière, un tuyau à l'intérieur d'une colonne de pierre sculptée, les deux colonnes verticales qui encadrent les deux portes sont particulièrement soignées. En les décrivant, nous ne sortirons pas de notre sujet puisqu'on y retrouve les vouivres, ou dragons-serpents, des A couronnés précédents. Ce choix d'ornementation souligne bien la nature aquatique de ces créatures.

    La créature monstrueuse qui se situe sous la galerie aux macles (G5) a la gueule épatée, le corps marqué de larges écailles, doté d'ailes de chauve-souris, et la queue entortillée autour de la conduite.

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    Vouivre sur la descente d'eaux pluviales sous G5, château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.
    Vouivre sur la descente d'eaux pluviales sous G5, château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Vouivre sur la descente d'eaux pluviales sous G5, château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    Celle qui draine la galerie G6 a le corps couvert de verrues, des courtes ailes ou ailerons à nervures, des pattes de reptile et une queue qui, après avoir contourné la colonne, forme par sa pointe un beau nœud en huit.

    Vouivre sur la descente d'eaux pluviales sous G6, château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Vouivre sur la descente d'eaux pluviales sous G6, château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

    Vouivre sur la descente d'eaux pluviales sous G6, château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.
    Vouivre sur la descente d'eaux pluviales sous G6, château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Vouivre sur la descente d'eaux pluviales sous G6, château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    Les portes d'entrées P2 et P3. 

    L'arcature gothique qui surmonte P2 se termine par deux anges présentant les blasons des Rohan (à sept macles). Celle de P3 s'achève sur des animaux.

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    Portes d'entrée P2 et P3, château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.
    Portes d'entrée P2 et P3, château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Portes d'entrée P2 et P3, château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    La quatrième cheminée.

    Avant de parler de la lucarne L5, il faut examiner la cheminée qui la précède . Elle porte deux A couronnés, encadrant le blason des Rohan.

    Le A  supérieur est végétal, du type de la lucarne L1, mais aux bâtons simplifiés, et sans la macle centrale. Toujours le même type de couronne, à fleurons, et à cercle orné de perles et de losanges.

    Le blason est simple, à sept macles.

    Le A inférieur est strictement identique à son jumeau supérieur.

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    Quatrième cheminée du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.
    Quatrième cheminée du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Quatrième cheminée du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    LUCARNE L5

    Comme sous l'effet d'une règle d'alternance, nous trouvons ici la version animale du A couronnée. 

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    La cinquième lucarne du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    La cinquième lucarne du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    A y regarder de près, le A est formé de six animaux identiques : deux pour les fûts, deux pour la traverse et deux pour la barre horizontale entourant la pointe. La macle est absente ... ou plutôt elle est formée par l'entrecroisement des fûts et des traverses. La couronne, rongée par la corrosion, est l'épanouissement des queues de deux dragons. 

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    A couronné du fronton de la lucarne L5, château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    A couronné du fronton de la lucarne L5, château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    Galerie G6 et G7 encadrant la lucarne L6.

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    Galerie G6 et G7 encadrant la lucarne L6. Château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Galerie G6 et G7 encadrant la lucarne L6. Château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    La sixième galerie : A PLUS.

     Jean II de Rohan y exprime clairement sa détermination à  faire de son château une vitrine de la volonté de domination et de la fierté de sa famille, mais aussi de témoigner des forces animales qui bouillonnent en son sang. En effet, chaque lettre est tracée par les cabrioles et les contorsions de dragons ailés et couverts de pustules vénéneuses. Les forêts ne sont pas oubliées, par la présence d'une branche de chêne. L'élément végétal se retrouve aussi sur la partie supérieure, constituée d’une dentelure présentant des couronnes et des fleurons alternés.

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    La sixième galerie : A PLUS. Château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    La sixième galerie : A PLUS. Château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    La sixième galerie : A PLUS. Château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.
    La sixième galerie : A PLUS. Château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    La sixième galerie : A PLUS. Château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    Viollet-le-Duc a représenté le A et le P  de cette devise dans l'article "Balustrade" de son Dictionnaire ; néanmoins, on note des différences importantes entre le dessin (avec des lettres de bois écoté), et la galerie G6 (avec des dragons) :

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    Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné tome 2 page 96, https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Viollet-le-Duc_-_Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle,_1854-1868,_tome_2.djvu/99

    Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné tome 2 page 96, https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Viollet-le-Duc_-_Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle,_1854-1868,_tome_2.djvu/99

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    La sixième lucarne L6.

    Elle reçoit le blason des Rohan entouré du collier de l'ordre de Saint-Michel.

    Pas de photo.

     

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    La septième galerie aux huit hermines.

    Marie de Bretagne (1446-1511) est la fille du duc François Ier et d'Isabelle d'Écosse, et l'épouse de  Jean II de Rohan depuis 1462. 

    De leur union  naissent sept enfants :

    • François, tué à 18 ans dans le parti breton à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, proposé au duc François II comme époux de la duchesse Anne de Bretagne
    • Jean, né en 1476 et mort en 1505
    • Georges, mort en 1502
    • Jacques de Rohan, vicomte de Rohan, chef de la maison de Rohan.
    • Claude de Rohan, évêque de Cornouaille
    • Anne, vicomtesse de Rohan après son frère, épouse Pierre de Rohan, fils de Pierre de Rohan-Gié dit le maréchal de Gié.
    • Marie, épouse de Louis IV de Rohan Guémené

    Ses armoiries familiales sont d'hermines plain, adopté par le duc Jean III en 1316. Comme épouse, elles sont mi-parties de Bretagne et de Rohan. 

    Il est donc logique que les hermines figurent à droite de l'entrée principale, au dessus de la porte P4.

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    Galerie G7 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Galerie G7 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.


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    Elles sont répétées huit fois, très joliment stylisées, alors que des hermines passantes affrontées deux à deux figurent sur le montant supérieur, alternées avec des fleurons pour répondre à l'alternance couronne/fleuron de la galerie G6.

    Galerie G7 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Galerie G7 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    La septième lucarne L7.

    Elle a été relevée par Viollet-le-Duc qui illustre l'entrée "Lucarne" de son Dictionnaire raisonné avec la gravure suivante.

    https://upload.wikimedia.org/wikisource/fr/thumb/3/30/Illustration_fig4_6_198.png/440px-Illustration_fig4_6_198.png

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Mais on gagnerait vite au jeu des sept différences, tant celles-ci abondent, dans la forme du A du fronton, celle du A de la devise, ou dans les motifs des deux galeries !

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    Lucarne L7 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Lucarne L7 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    Lucarne L7 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Lucarne L7 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    La galerie G8 : huit rosaces.

    Elles on été décrites comme des triskels celtes...

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    La lucarne L8 : quatre A.

    Sous la fenêtre haute sont sculptés quatre A reprenant les motifs précédents : on trouve successivement un A animal à quatre dragons à queue nouée, un A végétal en bois écotés et à racines, un A en osier tressé, et un A animal à deux dragons à queue nouée.

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    Lucarne L8 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Lucarne L8 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    Lucarne L8 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Lucarne L8 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    Lucarne L8 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Lucarne L8 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    Le fronton de la lucarne L8.

    Il comporte un écu carré, vide ou martelé, entouré d'une moulure qui porte quatre macles et quatre éléments ovoïdes non identifiés.

    Notez, au dessus de la fenêtre, le A couronné en bois écotés.

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    Lucarne L8 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.
    Lucarne L8 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Lucarne L8 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

    A couronné, lucarne L8 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    A couronné, lucarne L8 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    La galerie G9 : quatre rosaces.

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    La lucarne L9 : A PLUS.

    La lucarne L9 est placée au dessus de la porte P5. 

     

     

    lucarne L9 et porte P5 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    lucarne L9 et porte P5 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    Lucarne L9 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Lucarne L9 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    La lucarne  est surmontée d'un gâble très aigu dont le tympan est orné d'un A couronné. Ce gâble est lui-même «surmonté d'un fleuron à cinq rangs de choux frisés superposés et bordé de rampants à crochets très fouillés.» (Congrès archéologique de France, Brest et Vannes, 1914).

    Fronton de la lucarne L9 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Fronton de la lucarne L9 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    Fronton de la lucarne L9 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Fronton de la lucarne L9 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    L'encadrement des fenêtres de la lucarne L9 : A PLUS / idem en miroir.

    Le A est créé par l'entrelacement que six dragons. Les corps et les queues tracent au centre un losange.

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    L'encadrement des fenêtres de la lucarne L9 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.
    L'encadrement des fenêtres de la lucarne L9 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    L'encadrement des fenêtres de la lucarne L9 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    Notez la couronne à fleuron qui entoure la colonne. 

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    L'encadrement des fenêtres de la lucarne L9 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    L'encadrement des fenêtres de la lucarne L9 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    Le L et le V sont en branches écotées, le S est formé par un reptile à tête de serpent qui se mord, et dont la queue forme un nœud.

    Notez les deux animaux (un sanglier et un cerf), que nous retrouverons sur le dessus de cheminée intérieure, intégrés cette fois à une scène de chasse. Ils sont présents aussi au dessus de l'inscription A PLUS du coté droit. 

     

    L'encadrement des fenêtres de la lucarne L9 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.
    L'encadrement des fenêtres de la lucarne L9 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    L'encadrement des fenêtres de la lucarne L9 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    La porte P5.

    En anse de panier, elle est soulignée par une arc gothique s'appuyant sur des culots ornés de deux personnages allongés.

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    Porte P5 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.
    Porte P5 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Porte P5 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    Ces deux personnages ne portent pas d'ailes ; ils sont coiffés de bonnets ou toques et leur coupe de cheveu est celle des seigneurs durant le règne de Louis XII

    Celui de gauche est vêtu d'une jupe plissée qui doit correspondre à son tabard. Il tient dans la main droite un poisson et dans la gauche une dague. 

    Celui de droite porte une robe ou un manteau long.

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    Porte P5 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.
    Porte P5 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Porte P5 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    La galerie G10 : la lettre S.

    La galerie G10 possède deux panneaux différents. le premier représente un S dessiné par un reptile à tête et bec d'oiseau (comme sur la lucarne L9 ou la cheminée intérieure).  Cette lettre appartient bien sûr à une devise A PLUS . L'autre panneau est géométrique mais il est surmonté d'une rangée de macles, qui sont brisées au dessus du S. 

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    Galerie G10 du château de Josselin .  Photographie lavieb-aile.

    Galerie G10 du château de Josselin . Photographie lavieb-aile.

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    La lucarne L10.

    La galerie G11.

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    LES CHEMINÉES DES APPARTEMENTS.

    Les photographies ne sont pas autorisées à l'intérieur des appartements. De mémoire, trois cheminées sont décorées sur leur devant de la devise A PLUS, mais certaines datent de la restauration du XIXe siècle. 

    L'internaute pourra néanmoins trouver des photographies en ligne :

    http://lapassiondupatrimoine.fr/monuments/ressources/files/demeures/aa22d77b7ac90c1209ae95d1f01378d3.jpeg

    http://www.tout-sur-google-earth.com/t10008-chateaux-et-manoirs-de-bretagne

    http://www.odile-halbert.com/Paroisse/Cartes/Cartes_56/56_Josselin.htm

    La cheminée monumentale la plus intéressante est sans doute celle dont la photographie (autorisée) a été publiée dans le  Bulletin monumental 1911 vol . LXXV page 495 (Gallica) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k31101f/f650.vertical.r=%22jehan%20II%20de%20rohan%22

    Elle porte la devise A PLUS en bas-relief doré sur fond rouge (les couleurs d'or et de gueules des armoiries). La graphie reprend celle de la lucarne L9. La lettre A est en branches écotées munies de leurs racines, elle est bien sûr surmontée de la couronne à fleurons. Le fût du  P est perlé par une virole strié et ses empâtements sont crénelés. Surtout,  un portrait est placé dans sa boucle. C'est celui d'un homme jeune, dont la coupe de cheveux associe une frange droite et des cheveux longs et bouclés en deux masses latérales. 

    Au dessus du P est représentée une scène de chasse avec un seigneur à cheval et son veneur à pied. Le cerf et la biche se retrouvent à l'extrémité droite.

    La lettre L a les mêmes caractères que la précédente. une branche se loge dans sa concavité, s'élève en donnant des feuilles ; un oiseau est venu s'y percher.

    La lettre V, également perlé de deux viroles cannelées, et aux empâtements également édentés, voit sa pointe s'enfoncer dans une barre transversale qui crée une symétrie en miroir avec le A.

    La lettre S est, comme sur la façade, formée par le corps verruqueux d'un reptile à tête d'oiseau.

    Les rinceaux qui encadrent cette devise  complètent le tableau cynégétique.

    Le linteau porte un A couronné en bois écoté, entre le blason à sept macles de Jean II de Rohan et celui mi-parti de Bretagne et de Rohan  de son épouse Marie de Bretagne.

    Comme le laissait présager le choix ornemental  de la façade, le propriétaire fait preuve d'insistance à honorer le cri de guerre de sa famille, "A plus, Rohan" et son chiffre personnel le "A couronné"  d'une référence aux forêts et aux animaux sauvages, et donc aux forces primitives de la nature. En tout début de la Renaissance, l'ornementation du château de Josselin ignore  les valeurs humanistes et la culture de cour qui vont se développer ultérieurement (le Livre du Courtisan, il cortegiano de Baldassare Cortiglione ne sera publié qu'en 1528) , et ignore également les références à l'antique et à la mythologie gréco-latine. Elle reste médiévale dans son esprit et gothique flamboyant dans son style.

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    CONCLUSION.

    J'ai souhaité diffuser en ligne une riche iconographie sur la façade du château de Josselin, tout en étant conscient de n'en avoir pas épuisé les richesses. Je conseille aux visiteurs de se munir d'une paire de jumelles pour dénicher de nouvelles surprises.

    Ma conviction est que la présence de macles à l'intérieur de nombreux "A couronnés" exclut l'hypothèse proposée par Roger Grand : ces A  ne sont pas des hommages à Anne de Bretagne, mais le chiffre personnel du vicomte Jehan de Rohan, et une citation abrégée du cri de guerre A plus, Rohan de son lignage.

    Ceci dit, l'un des privilèges des chiffres et des monogrammes est de laisser plâner une ambiguïté, comme le monogramme HC d'Henri II et de son épouse Catherine de Médicis, dans lequel la maîtresse du roi Diane de Poitiers pouvait lire un D et les deux croissants qui la caractérisaient.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_II_(roi_de_France)#/media/File:Monogram_HC_on_colonne_Medicis_(close-up).jpg Détail du monogramme HC (du roi Henri II et sa femme Catherine de Medicis) sur la colonne Médicis, Paris 1er arr.

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    ANNEXE.

    Hervé du HALGOUET , 1911, Discussion sur la date de la façade nord du château de Josselin,

    "L'année dernière MM. Chappée et Aubert ont remis en discussion; dans le Bulletin Monumental (LXXIV, 1910, p. 489), l'époque de la construction de la façade nord du château de Josselin, en contestant la date que lui attribue l'opinion courante. Depuis notre travail sur le Porhoet, où nous adoptions les vues de M. Cayot-DeIandre, l'archéologue le plus autorisé du Morbihan, l'étude des domaines des Rohan en Bretagne et notamment de la vicomte de Rohan. nous a mis à même de faire des observations sérieuses sur les monuments de cette seigneurie, qui conduisent à des conclusions utiles à connaître.

    Pour plus de clarté. donnons ici l'opinion de Cayot-Delandre sur Josselin « Le chiffre d'un A et d'un V entrelacés, dit-il, qui se trouve répète plusieurs fois dans la devise de Rohan A PLUS, et dans les autres ornements de la façade, révèle le nom d'Alain VIII, vicomte de Rohan; mais l'hypothèse qu'il est l'auteur de cette construction ne peut être admise qu'a la condition d'en attribuer une part a son fils Alain IX, comme le font supposer les macles et hermines souvent répétées dans l'intervalle des ornementations et qui ne sont autres que les armes Rohan-Bretagne d'Alain IX. Alain IX épousa Marguerite de Bretagne en 1407, l'année même où mourut Clisson, son grand-père Alain VIII devint donc à cette époque propriétaire du château de Josselin, du chef de sa femme Beatrix de Clisson, et il put entreprendre, en continuation des travaux du connétable, la reconstruction de la façade intérieure. Il mourut en 1429, et son fils, Alain IX, dut achever ce grand et beau travail, sur lequel il mit son écusson.Il faut donc placer cet achèvement dans la période de 1429 à 1462. » 

    Les objections faites à ce raisonnement par MM. Chappée et Aubert sont de valeur différente et non absolue. II est très juste que le V ne tient pas à l'observation minutieuse et qu'il faut simplement voir dans la figure légèrement angulaire qui accompagne la lettre A une forme ornementale de la barre transversale. La majuscule représente-t-elle l'initiale du nom d'Alain, ou de la devise A PLUS ? Nous le verrons plus loin. 

    L'aménagement des fossés n'était pas terminé en 1497, le vicomte faisait encore à cette date des acquisitions de  Rohan, en 1505 et 1500, pour « l'œuvre et édiffice » du châtel de Josselin, ils sont simplement significatifs de travaux à cette époque. 

    Les critiques de Cayot-Delandre ne se sont pas arrêtés aux semis d'hermines que l'on rencontre soit dans la façade, soit a l'intérieur du château: personne n'ignore que les Rohan prétendaient se rattacher à la maison de Bretagne et qu'ils se plaisaient à regarder les hermines comme un symbole de leur glorieuse origine. Mais l'écusson mi- partie Rohan et Bretagne révèle une alliance qui doit être considérée comme une indication essentielle cependant, pour que celle-ci fut précise, il faudrait qu'il n'y eût point plusieurs alliances de Bretagne or, à un demi-siècle d'intervalle, deux Rohan ont épouse des héritières de la maison ducale. Quant aux paiements prescrits par le vicomte de  Rohan, en 1505 et 1500, pour « l'œuvre et édiffice » du châtel de Josselin, ils sont simplement significatifs de travaux à cette époque. 
     

    Il est donc difficile, d'après ces données, de formuler mieux que des hypothèses, mais ces hypothèses pourront se transformer en probabilités très sérieuses lorsqu'on aura vu que plusieurs motifs décoratifs de la façade septentrionale de Josselin se retrouvent sur deux édifices de la vicomté de Rohan, dont l'un est d'une époque parfaitement déterminée, et l'autre est daté. 

    L'an 1427, Alain, vicomte de Rohan, désirant fonder dans sa ville de Pontivy un monastère de frères mineurs observantins, leur donna le lieu et emplacement du premier châtel de cette ville, appelé les Salles. Son fils, Jehan II, ne voulut pas laisser le chef-lieu de sa principale seigneurie sans forteresse, et, pour assurer la défense, construisit un château sur la limite nord de l'enceinte. Fondation ou reconstruction, nous ne saurions trop nous prononcer sur ce point; toujours est-il que le 16 décembre 1480, le duc François II accorda au vicomte de Rohan l'autorisation de fortifier ce château de Pontivy et d'y établir le guet. Ces lettres furent confirmées le 23 décembre 1491 par le roi Charles VIII . 

    L'aménagement des fossés n'était pas terminé en 1497, le vicomte faisait encore à cette date des acquisitions de terrains au pied du château « pour meptre et employer os douffves". D'ailleurs le caractère architectural de la forteresse ne laisse aucun doute sur l'époque de la construction, elle porte toutes les transformations que subirent les places fortes à la fin du XV" siècle, par suite des progrès de l'artillerie. Le logis seigneurial est encore de nos jours un bâtiment de faible élévation, rehaussé de lucarnes à gables élances couronnant les fenêtres. Les gâbles ont été remaniés depuis la construction, mais ils ont conservé sur leur face ou tympan des motifs d'ornementation très caractéristiques, qui changent d'une fenêtre a l'autre; c'est, d'une part,l'écusson de Rohan à sept macles, encadre dans le collier de Saint- Michel. que par faveur  spéciale Jehan II avait reçu du roi en 1469 : d'autre part, un A couronné, qui ne peut être à coup sûr que le rappel de la fière devise A PLUS. 

    Ce cri n'aurait pas déjà été consacré comme devise par la maison de Rohan, que Jehan Il l'eut imaginé et adopté pour lui et les siens. On sait les querelles dont souffrit la Bretagne quand s'ouvrit la question de la succession de François II. Jehan de Rohan.qui avait épouse Marie de Bretagne. fille de François voulut être « plus grand que oncques seigneur de Roban n'avait été » et se laissa entraîner à des intrigues fâcheuses. Le roi ayant promis de le faire duc de Bretagne, il courut à lui, abandonnant la province où il eût réussi à rallier le vieux parti breton qui aurait peut-être triomphé des étrangers. 

    La proie lui échappa pour l' ombre. Cependant, renonçant à ses prétentions de souveraineté en faveur de ses enfants, il chercha à obtenir l'union de ses deux fils avec les deux héritières du duché. Anne et Isabeau. La devise A PLUS semble bien incarner la pensée dominante de Jehan II de Rohan. On trouve également à Pontivy, dans la même façade du logis, d'élégantes colonnes de pierre servant à l'écoulement des eaux pluviales, terminées par des têtes d'animaux fantastiques formant gargouilles. Une superbe rampe de perron et des balustrades en fer forgé y rappellent le XVIe siècle. Jehan II fut un grand constructeur; outre les châteaux de Pontivy et de Corlay qu'il édifia à la fin du XV siècle, c'est à la même époque qu'il rebâtit la plus grande partie de son château de Blain et qu'il travailla à La Garnache. Mais restons dans la vicomte et quittons Pontivy pour aller à peu de distance de là, au siège de la forteresse qui donna son nom à cette maison illustre sortie des Porhoët. Le châtel de Roc'han ou Rohan, sur les rives de l'Oust, était encore debout au commencement du XVIe siècle, mais sans doute déjà fort endommagé par les guerres; en 1628, il n'en restait rien, si ce n'est des ruines. Des fenêtres de sen château de Rohan Jehan II pouvait voir, au flanc de la colline rocheuse formant le versant oppose de la vallée, une modeste chapelle dont l'état lamentable lui rappela les obligations dues à une fondation ancestrale et les devoirs à la Vierge invoquée en ce lieu sous le nom de Notre-Dame-de-Bonne-Rencontre. Elle faisait partie du temporal du prieuré de Rohan ou de Notre-Dame fondé par un seigneur de Rohan. Il vit la une nouvelle occasion d'affirmer sa piété et peut- être aussi chercha-t-il devant le Tout-Puissant un palliatif à ses fautes . 

    Sur l'emplacement même de l'ancienne chapelle prieurale, Jehan II construisit un sanctuaire de style flamboyant, digne cette fois de la mère de Dieu. Une inscription gothique gravée au-dessus de l'entrée principale porte le millésime 1510 et le nom de Jehan de Rohan. Sur les deux contreforts qui soutiennent la chapelle de ce côte, se remarquent des A couronnés, exactement semblables à ceux de Pontivy. et même l'un de ces contreforts était orné dans sa partie supérieure de l'écusson a sept macles avec le collier des ordres du roi. Ces motifs ne frappent pas à première vue; ils ont été martelés par les vandales de la Révolution et fortement mutilés. L'écusson est presque entièrement effacé, mais la trace en reste encore visible. 
    En 1505 et 1506 d'après les documents publiés par MM. Chappée et Aubert, d'importants travaux étaient en cours au château de Josselin, travaux qui semblent même avoir rendu la demeure seigneuriale inhabitable, puisque ces ordres de paiements ont été signes aux châteaux de  Rohan et de Blain. 

    La façade nord de Josselin est un joyau d'architecture gothique; les détails d'ornementation, où le ciseau du sculpteur s'est exercé dans le granit avec une délicatesse, une patience, un caprice d'imagination incroyables, sont aussi souples et légers que variés et artistiques. Cependant certains motifs reviennent fréquemment: ce sont l'écu de Rohan encadré du collier de Saint-Michel et l'initiale A couronné, identiquement les mêmes que ceux déjà rencontres à Pontivy et a Rohan. De plus. ici comme là on trouve les mêmes colonnes pour l'écoulement des eaux pluviales. 
    Subsiste-t-il encore quelque doute sur la signification de l'initiale ? Entrons à l'intérieur du logis : la cheminée principale, qui offre en relief la devise A PLUS, donne le type du grand A couronné qui orne les cheminées et les gâbles de la façade. On ne peut mettre en question Alain VIII ni Alain IX de Rohan, et par ailleurs, puisque la cordelière traditionnelle de la veuve de Charles VIII n'accompagne pas le motif, il faut écarter l'idée du chanoine Le Menée qui. à propos de la chapelle de Rohan, rapporte l'initiale à Anne de Bretagne. Sur la même cheminée l'écu de Rohan-Bretagne indique l'alliance de Jehan II de Rohan  avec la fille de François II. Cette alliance, nous le pensons, doit à plus d'un titre avoir sa place à Josselin; Jehan II possédait une fortune considérable en terres, mais, par suite des voyages, des prises d'armes, des séjours à la Cour, où il put, à Amboise comme à Blois, prendre le goût des habitations luxueuses et le sentiment, des beautés artistiques, ses biens suffirent difficilement à ses dépenses excessives et peut-être ne put-il entreprendre la restauration de Josselin que grâce à la dot de Marie de Bretagne qui, après un très long procès, fut définitivement payée par la duchesse Anne. 
    Quand se fut accompli le mariage de l'unique héritière de Bretagne, ayant vu, malgré toutes les promesses royales, ses plus chères espérances anéanties, Jehan II se retira dans sa province d'origine. Alors, dit Dom Morice, il employa ses revenus à réparer ses châteaux et à les embellir (*) . C'est dans cette occupation qu'il termina ses jours à Blain. le 1er avril 1516. Son corps fut transporté à Bon-Repos et placé avec ceux de ses ancêtres. » (*) : Pierre de Rohan, connu dans l'histoire sous le nom de maréchal de Gié, lui donna l'exemple en édifiant le fameux château du Verger, « le plus somptueux de tous ceux d'Anjou )', célèbre par sa galerie vitrée « renfermant tout ce que l'art d'alors avait de plus merveilleux ». Les possesseurs du Verger ne péchaient pas non plus par modestie. Leur devise Duc ne daigne, roi ne puis, Rohan suis-je figura en bonne place dans leur demeure. Rohan-Porhoet et Rohan-Gié n'eurent rien a s'envier. 

    Après ce qui vient d'être dit, il semble que la façade septentrionale du château de Josselin doive être datée des dernières années de Jehan II de Rohan, et nous sommes heureux ici d'être d'accord avec un savant inspecteur des Monuments historiques, Mérimée, qui reconnut que ce travail architectural ne pouvait être antérieur au XVIe siècle. Avant lui Viollet-le-Duc l'avait classé dans les dernières années du XV siècle. Si Louis II s'est plu à favoriser en France l'influence de l'architecture classique, à la fin de son règne l'art gothique est en pleine vie.

    L'aspect pittoresque des lucarnes flamboyantes de Josselin nous remet de suite en mémoire le palais de justice de Rouen, les hôtels de ville de Compiegne et de Saumur, l'hôtel de Cluny à Paris. Les constructeurs accordent alors aux lucarnes une importance qu'elles n'ont jamais eue en d'autres temps: elles deviennent parfois la partie principale de la décoration et prennent la physionomie de véritables pignons masquant les combles, agrémentes de sculptures, de chiffres, devises et armoiries. Outre les édifices remarquables qui viennent d'être cites, on peut rapprocher le château des Rohan. par les détails comme par le style, d'un grand nombre d'autres monuments du commencement du XVIe siècle, caractérisant la dernière période gothique: les châteaux de Nantes en Bretagne, de Meillant et d'Ainay-leViel en Berry, l'hôtel de Bourgtheroulde à Rouen. le logis du roi à Loches, etc. 

    D'ailleurs, il est bon de faire remarquer ici que le style gothique n'a cessé généralement d'être en usage en Bretagne qu'un demi-siècle après que la plupart des autres provinces. et surtout celles du centre de la France, l'avaient abandonné. Cependant, si les traditions de ce style persistaient ainsi, les artistes n'étaient pas insensibles a certaines tendances ni à certaines inspirations qui laissent deviner l'esprit des débuts de la Renaissance. Josselin, d'une si belle exécution d' ensemble contribue à en fournir la preuve. 

    Les travaux qui s'effectuaient au château de Josselin les années 1505 et 1506 n'étaient que la continuation d'une œuvre importante, nous en avons aujourd'hui la preuve par de nouveaux documents découverts pendant l'impression de notre article. MM. Chappée et Aubert ont cité deux ordres de paiement pour ces travaux, mais les archives particulières des châteaux de Lanouée et de Kerguehennec nous fournissent d'autres lettres missives du même genre. L'une, datée du 27 mai 1503, porte mandement à Guillaume Le Kerme, receveur des bois et forêts dè Loudeac et Branguilly, de paier soixante et onze livres monnoie au charpentier Guillaume Le Bailly, pour le marché de la charpenterie du corps de maison que a present faisons faire de nostre chastel de Jocelin.  Une autre, du 17 avril 1504, porte mandement de verser deux cent cinquante cinq livres monnoie au connétable de Jocelin, pour employer au fait de l'œupvre et edifice de nostre chastel de Jocelin ". On peut donc définitivement admettre que Jehan II de Rohan exécutait pour Josselin un plan vaste de reconstruction, d'autant que différentes déductions nous portent à croire que les travaux étaient commencés dès 1500.
    "
    Vicomte Hervé du HALGOUET 

     

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    SOURCES ET LIENS.

    —L'excellent site http://www.patrimoine-histoire.fr/P_Bretagne/Josselin/Josselin-Chateau.htm

    —Le site officiel du château http://www.chateaudejosselin.com/fr/

    — L'article Infobretagne http://www.infobretagne.com/josselin.htm

    —Un historique complet sur le site Mon Finistère :

     https://www.facebook.com/MonFinistere/posts/589389514491642

    — CHAPPÉE (Julien) & AUBERT (Marcel) 1910, La date de la façade septentrionale du château de Josselin. Bulletin monumental publié sous les auspices de la Société française pour la conservation et la description des monuments historiques ; et dirigé par M. de Caumont  Vol. LXXIV page 489-493

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k311003/f676.vertical.r=josselin

    —GICQUEL (Yvonig), 1994, Jean II de Josselin (1452-1516) ou l'indépendance brisée de la Bretagne, Jean Picollec Coop Breizh.

    — GRAND (Roger), 1954 Le château de Josselin, monographie de 64 p. Henri Laurens ed. 

    —  HALGOUET (Hervé du), 1911, Discussion sur la date de la façade nord du château de Josselin, Bulletin monumental publié sous les auspices de la Société française pour la conservation et la description des monuments historiques ; et dirigé par M. de Caumont  Vol. LXXV page 489-497

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k31101f/f650.vertical.r=%22jehan%20II%20de%20rohan%22

    —MUSSAT ( André), 1983,  Le château de Josselin présenté pendantCongrès archéologique de France. 141ème session. Morbihan. 1983.

    — VIOLLET-LE-DUC (Eugène-Emmanuel), 1867, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle,Ed. Bance-Morel, tome 2 : "Balustrade" page 99.

    http://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/11496-dictionnaire-raisonne-de-l-architecture/

    ou Wikisource : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Viollet-le-Duc_-_Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle,_1854-1868,_tome_2.djvu/99

    — VIOLLET-LE-DUC (Eugène-Emmanuel), 1868, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle, Ed. Bance-Morel, tome 6 : "Lucarne" page 190.

    https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Viollet-le-Duc_-_Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle,_1854-1868,_tome_6.djvu/193

    — VIOLLET-LE-DUC (Eugène-Emmanuel), 1867, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle, Ed. Bance-Morel, tome 3 : "Chiffre" page 190. https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle/Chiffre

     

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    Published by jean-yves cordier - dans Josselin Rohan
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    8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 22:19

    Sur la piste du "A couronné" de Jehan II de Rohan : I. L'inscription de fondation du pont habité de Landerneau.

     

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    Voir :

     

    Sur la piste du A couronné de Jehan II de Rohan. II : la façade du château de Josselin.

    Le duc et la duchesse de Rohan dans les sablières de l'église de Sizun (29).

     

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    Le pont de Landerneau est l'un des rares ponts habités d'Europe.

    Les ponts habités étaient très répandus au Moyen Âge, puisque chaque pont, dans toutes les villes d'Europe, était surmonté d'habitations. Les incendies, fréquents sur ces ponts en bois, les nombreux accidents de transport fluvial, les crues, les restructurations des centres-villes et la construction de ponts en pierres ont causé la disparition quasi totale de ces ponts. Seule une poignée de ces ponts habités subsiste aujourd'hui en Europe et répondent encore à la définition du pont habité (habitations, rue passante).

    Il existe 35 ponts bâtis en Europe, dont six son toujours habités. Le Finistère en compte deux (Landerneau et Pont-L'Abbé). Le troisième exemple français se trouve à Narbonne. On en trouve trois en Allemagne : La Krämerbrücke (« pont des Épiciers ») à Erfurt, Der Heilig Geist Spital à Nuremberg, et le Vieux Pont sur la Nahe à Bad Kreuznach.

    Le Ponte Vecchio, à Florence, n'est pas habité à proprement parler (lieu de résidence). On cite aussi, au Royaume-Uni, le Pulteney Bridge à Bath (Angleterre). Le pont de Lovetch en Bulgarie,s'apparente plus à un pont couvert.

    Le pont de Rohan, à Landerneau existe sans-doute dès le XIIe siècle, et certainement en 1336, probablement en bois. Il réunit deux régions du Finistère, le Léon au nord, et la Cornouaille. Il joue donc un rôle économique majeur, et son contrôle, pour un pouvoir politique, est crucial. Tombé en ruine, il  a été reconstruit en pierre en 1510 par Jean II, vicomte de Rohan et de Léon, comte de Porhoët, arrière-petit-fils du connétable Olivier de Clisson, immensément riche et immensément puissant, mais qui ne put jamais réaliser son rêve, devenir duc de Bretagne. Afin de remplir les caisses de sa trésorerie, le pont portait alors un moulin et une pêcherie des saumons remontant la rivière. Les habitations ne s'y  installèrent qu'au XVIIe siècle.

    Ce pont, situé à l'embouchure de l'Élorn, est soumis aux marées.  Il repose sur six arches, dont la troisième est la plus ancienne. Les maisons couvertes d'ardoises sur les deux façades sont endommagées par des incendies au XVIIe siècle, puis agrandies par des constructions sur pilotis.

     

     

    Le pont habité de Landerneau, photographie lavieb-aile.

    Le pont habité de Landerneau, photographie lavieb-aile.

    Panneau affiché sur le pont de Landerneau, et exposition extérieure 2016,  photographie lavieb-aile.
    Panneau affiché sur le pont de Landerneau, et exposition extérieure 2016,  photographie lavieb-aile.
    Panneau affiché sur le pont de Landerneau, et exposition extérieure 2016,  photographie lavieb-aile.
    Panneau affiché sur le pont de Landerneau, et exposition extérieure 2016,  photographie lavieb-aile.
    Panneau affiché sur le pont de Landerneau, et exposition extérieure 2016,  photographie lavieb-aile.

    Panneau affiché sur le pont de Landerneau, et exposition extérieure 2016, photographie lavieb-aile.

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    L'inscription de fondation (1510).

     

    Cette pierre de fondation du pont se trouvait jadis au dessus de la porte  du moulin que le vicomte Jehan II avait fait bâtir. Elle a été démontée en 1897, après la destruction du moulin.  Longue de 1,50 m et large de 0,40 m, elle est en kersanton, célèbre roche de la rade de Brest qui comporte plusieurs variétés. ici, c'est la variété noire, à grain fin, la plus estimée, celle des plus beaux calvaires sculptés par Roland Doré,  qui a été choisie.  Son inscription en lettres gothiques se déchiffre ainsi:

    « : Lan mill VCC X [1510], hault + puissant jehan, viconte de rohan, comte de porhoët / signeur de leon, de la garnache, de beauvoir sur mer et de bleign fist fa[i]re : / ces pontz + mouli~s au devis de m[aître] saget p[rocureur], et jehan le guiryec rece[veur] de ceste ville ».

    Ou pour simplifier : « L'an de grâce 1510, hault et puissant Jehan, Vicomte de Rohan, Comte de Porhoët, seigneur de Léon, de la Garnache, de Beauvoir-sur-mer et de Bleing fit faire ces pont et moulin au devis de maître Saget procureur, et Jehan Le Guiryec receveur de cette ville ». 

    Marc Saget, le procureur fiscal, et Jehan Le Guiriec (ou Le Guirieuc), le receveur domanial, étaient deux des personnages en vue  de l'administration seigneuriale locale, et le second percevait les revenus locaux et s'occupait du financement du nouveau pont. Jehan II , en échange de la construction du pont et de son entretien, avait fait établir un péage (perçu par le meunier) pour tout bétail, tout cheval et toute charretée qui l'empruntait. 

    Une frise constituée des macles de Rohan encadre ce texte. Ces macles (losanges percés en leur milieu d'un autre losange) sont les meubles héraldiques des armoiries des seigneurs de Rohan,  De gueules [rouge] à sept macles d'or, posées 3, 3, 1. Ces armoiries furent adoptées par Geoffroy de Rohan entre 1216 et 1222, puis l'écu de gueules sera bordé d'argent par  Pierre de Rohan dit « Pierre de Quintin » (1456-24/06/1491), baron de Pontchâteau, baron consort de Quintin, seigneur de La Garnache. Ce n'est qu'à partir de 1552 et 1575 que Henri Ier de Rohan portera le nombre de macles à  à neuf (de gueules à 9 macles d'or, posées 3, 3, 3).

     

    Sur l'inscription, j' en compte 32 1/2 en frise continue en bas, 3 de chaque coté entre des rinceaux, mais la ligne haute est constituée de 5 macles /un A / 4 macles / un A / 4 macles / un A / 4 macles / un A / 4 macles / un A / 5 macles. Au total, 64 macles 1/2.

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    Inscription de fondation du pont de Landerneau (1510), photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation du pont de Landerneau (1510), photographie lavieb-aile.

    Panneau affiché sur le pont de Landerneau, photographie lavieb-aile.

    Panneau affiché sur le pont de Landerneau, photographie lavieb-aile.

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    C'est l'un des plus beaux exemples de paléographie gothique. Le texte débute par un deux-points, élégamment inclus dans une sorte de clef.  J'admire l'élégance du X correspondant au chiffre 10, la finesse avec laquelle est sculptée la double barre des-a-, la queue du jambage du -n- , le sigle ressemblant à un + qui remplace par élision la conjonction -et- ; je remarque,  sur la seconde ligne, les lettres conjointes (et), ou encore, à la troisième ligne, pour le mot moulins, le tilde qui remplace le-n- et qui est placé entre le -i- et le  -s- .

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    Inscription de fondation du pont de Landerneau (1510), photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation du pont de Landerneau (1510), photographie lavieb-aile.

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    Je poursuis ce petit jeu d'observation sur la suite du texte. Tous les -a- ne se ressemblent pas, et celui de "puissant- est remarquable. Dans les mots "de la garnache", le -e- de "de" est conjoint au -d-, mais sa boucle vient joliment se fondre avec le -l-. Et cetera.

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    Inscription de fondation du pont de Landerneau (1510), photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation du pont de Landerneau (1510), photographie lavieb-aile.

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    Mais c'est le moment de remarquer le A couronné qui sépare les groupes de 4 macles.  Quelle est sa signification? Je trouve vite la réponse : c'est le "chiffre" ou monogramme du vicomte de Rohan, qui résume en une lettre la fière devise de la famille : "A PLUS". Autrement dit, "Toujours plus haut", une incitation à un surpassement de soi (ou de sa fortune).  C'est plus exactement son cri d'armes : "A plus Rohan". Le cri diffère de la devise par sa brièveté. "Le cri d'armes n'est autre chose qu'une clameur conçue en deux ou trois paroles prononcées au commencement ou au fort du combat ou de la mêlée, par un chef ou par tous les soldats ensemble, suivant les rencontres et les occasions ; le cri était personnel au général de l'armée ou au chef de chaque troupe." (source).

     

    La devise de Rohan deviendra plus tard (j'ignore quand) la fameuse formule "Roi ne puis, Duc ne daigne, Rohan suis". 

    La couronne fleuronnée qui coiffe la lettre A est crénelée par un certain nombre de perles, mais de façon trop imprécise pour dire s'il s'agit d'une couronne héraldique de comte ou de vicomte. 

    La lettre A est formé par des morceaux de bois écotés. Ce n'est pas un hasard, une fantaisie décorative, comme nous le verrons dans l'article suivant. Et ce n'est certainement pas un hasard non plus si la barre transversale du A n'est pas droite, mais est cassée en V. En effet, elle forme ainsi une macle. 

    Les macles.

     Les macles (du latin macula = tâche) sont, en minéralogie, une inclusion sombre de carbone ou d'argile formant un X ou une croix en section au sein d'une variété d'andalousite nommée chiastolite (du grec kiastos = marqué d'une croix) . 

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    Lame mince de schiste à andalousite : http://espace-svt.ac-rennes.fr/applic/huelgoat/huelg-6.htm

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    Voir l'image du blog de Pierre Jézequel provenant des Salles de Sainte-Brigitte http://rosquelfen-pj.blogspot.fr/2013_01_01_archive.html

     

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    Il existe de très nombreux gisements dans le monde, mais particulièrement sur les terres du seigneur de Rohan, en Finistère, (Parc-au-Duc,  à Plourin-lès-Morlaix ;  Le Mur, Plouigneau) et en Morbihan, au lieu-dit "Salle de Rohan" (Sainte-Brigitte, Pontivy, Morbihan). Ce site célèbre pour ces grands cristaux de chiastolite développé dans les schistes ordoviciens par thermométamorphisme du granite de Rostrenen est si abondant en "pierre de macle" , prismes de section presque carrée, à tel point que les vicomtes de Rohan placèrent sept macles d'or sur leur blason (Louis Chauris, "Minéraux de Bretagne", Les éditions du Piat, 2014 ) (Marc Gilbert de Varennes a écrit en 1640 : « Vers le chasteau des Salles sont tous marquez de temps immémorial de ces figures de macles, et que ca esté de là que les premiers Barons de ces terres fort nobles ont chargé leurs armoiries ».) :

    "Le château des Salles de Rohan, dit aussi Penret, ou encore Pen-Raithé, situé dans la forêt de Quénécan, à la limite de Sainte-Brigitte et Perret, édifié initialement sur les ruines d’une motte féodale par un vicomte de Rohan, Alain Ier de Rohan, en 1128, est reconstruit à la fin du XIVe siècle par Alain VIII de Rohan. Le terme « Salles » vient de l'ancien français et désigne un logis. Le château des Salles de Rohan appartient au réseau de forteresses des Rohan (Pontivy, Josselin, etc). Il contrôle un site connu très tôt pour la fabrication du fer : on voit encore, sur la plage de l’étang, des concrétions de cristaux d’oxyde de fer, les fameuses “macles” qui ornent le blason des Rohans. Minerai et charbon de bois issus de la forêt de Quénécan alimentèrent le premier haut fourneau de Sainte-Brigitte créé dès 1440 par Alain IX de Rohan. "

    http://csem.morbihan.fr/dossiers/sigm/FicheSiteGeol18.htm

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    https://fr.wikipedia.org/wiki/Macle_(cristallographie)

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    Geoffroy de Rohan adopta entre 1216 et 1222, les armes  « De gueule à sept macles d’or, trois, trois, un ».

    Le blason actuel  De gueule à neuf macles d’or, trois, trois, trois, aurait été adopté par Henri 1er de Rohan entre 1552 et 1575.

    On peut penser, bien que j'ignore quelle raison a conduit Geoffroy a adopté les macles sur son écu, que ses descendants y ont vu une marque typique et emblématique du sous-sol de leur fief, et même, plus tard, de la richesse économique que leur confère le contrôle et le développement de la sidérurgie et de l'exploitation des fourneaux de fonte, et des forges. Selon Jean Ogée (1779), on compte 30 "grosses forges" ou "forges à bras" (parce qu'on les transportait d'un endroit à un autre) dans la Vicomté de Rohan et la forêt de Loudéac en 1460. Cette dernière comptait en 1400 plus de 40 000 arpents de terrains plantés en futaie et taillis.

    Dès lors, le A en branches écotées autour d'un losange central peut être considéré comme une référence à cette activité économique, source de prospérité.

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    Inscription de fondation du pont de Landerneau (1510), photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation du pont de Landerneau (1510), photographie lavieb-aile.

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    Une autre inscription de 1510 : la chapelle de Bonne Encontre à Rohan.

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     La chapelle Notre-Dame de Bonne-Encontre, édifiée par Jean II de Rohan sur le passage d'un pont pour remplacer l’ancienne chapelle du premier château fort des Rohan de 1104, fut commencée en 1510. Chapelle castrale, elle desservait la forteresse qui s’élevait sur l’autre rive de l’Oust.  Elle conserve, sur sa façade extérieure, une inscription gravée lors de sa fondation et, sur ses contreforts, des « A » majuscules faisant référence à la devise des Rohan. L’intérieur rappelle aussi la puissance des Rohan puisque leurs armoiries sont représentées sur les clefs de voûte.

    Je n'ai pas pu visiter l'intérieur. Je me base sur les descriptions en ligne « les clefs de voûte sont ornées des armoiries maclées et du fameux A couronné ». Les consoles de pierre des piles est de la croisée sont agrémentées par des armoiries : l’une, « de gueules à 9 macles d’or », blason des Rohan, est confortée par une deuxième « mi-partie de Rohan, six macles et mi-parti de Bretagne, deux hermines (rappelant l’union de Jean II avec Marie de Bretagne) », Mussat, André, art. cit., 1997, p. 240-241 ; Gicquel, Yvonig, op. cit., p. 450-453.

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    Chapelle Notre-Dame-de-Bonne-Encontre, Rohan. Photographie lavieb-aile.

    Chapelle Notre-Dame-de-Bonne-Encontre, Rohan. Photographie lavieb-aile.

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    "Cette chapelle en granit et en schiste, de style gothique, comprend une nef, un transept et une abside polygonale flanquée au nord d'une sacristie. Cette sacristie ouvre directement sur le chur par une large arcade qu'une clôture en bois de châtaignier coupe sur la moitié de sa hauteur. Dans celle-ci sont ménagées deux portes, l'une donnant accès à la sacristie, l'autre fermant l'escalier de la chaire. L'intervalle est rempli par deux panneaux ajourés et sculptés, qui en encadrent un autre en deux parties également ajourées et sculptées, au-dessous de ces panneaux, lambris de serviettes. Sur le transept nord, tourelle contenant un escalier à vis menant au comble. L'entrée principale est sur le côté sud de la nef et comporte un arc plein cintre mouluré accompagné d'une accolade concentrique avec fleuron et crochets. Les armoiries situées à l'extérieur sous les glacis supérieurs des contreforts, ont été bûchées à la Révolution." http://www.loomji.fr/rohan-56198/monument/chapelle-notre-dame-de-bonne-encontre-saint-samson-42385.htm

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    Porte de la Chapelle Notre-Dame-de-Bonne-Encontre, Rohan. Photographie lavieb-aile.

    Porte de la Chapelle Notre-Dame-de-Bonne-Encontre, Rohan. Photographie lavieb-aile.

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    L'inscription de sa fondation est gravée en lettres gothiques et vers rimés sur une pierre de la façade sud, à gauche de la porte :

    « Lan que dist fust mill cinq centz X 

     Jehan de Rohan me fist bastiz 

     Et rediffier a honneur

     Hucheloup en fust le miseur

    Et affin que mon non ne celle 

     De bone encontre lon mapelle ». 

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    Inscription de fondation de la Chapelle Notre-Dame-de-Bonne-Encontre, Rohan. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation de la Chapelle Notre-Dame-de-Bonne-Encontre, Rohan. Photographie lavieb-aile.

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    Le vicomte de Rohan possédait  le cinquième de la Bretagne, avec des revenus annuels de 7500 livres liés à ses fiefs  :

    • Le Porhoët, avec les châteaux de Pontivy, de La Chèze, de Rohan et de  et de Josselin, et l'enclave de Lohéac.
    • le Léon, avec les châteaux de La Roche Maurice et de la Joyeuse Garde (La Forest-Landerneau),
    • La Presque-île de Crozon (auparavant possédée par les seigneurs de Léon), ce dont témoigne encore les macles des armoiries de la commune,
    • le fief de Quemenet (autour de Pluguffan), en Cornouaille —également une ancienne possession des seigneurs de Léon—,
    • Le Goelo
    • la région de Bourgneuf en Finistère,
    • Les "Fiefs du Léon" (Brangolo, Inzinzac)
    • Fresnay et Blain, avec les chateaux du même nom,
    • Les Marches, en Vendée ou Bas-Poitou avec  le château de la Garnache, possession d'Olivier de Clisson, et la seigneurie de Beauvoir-sur-mer.

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    Carte : Copyright Y. Guicquel P. Morvan, en ligne https://abpo.revues.org/63

     

     

     

    "Jean II de Rohan est qualifié de « premier baron de Bretagne » par les États de Bretagne réunis en 1486 : il est donc le deuxième personnage du duché après le duc François II en personne. Non seulement ses domaines couvrent un cinquième du duché, outre quelques possessions dans le royaume de France, mais il est apparenté à la famille des Montfort, détentrice du trône de Bretagne depuis plus d’un siècle. En effet, son grand-père maternel n’est autre que le duc Jean IV ; quant à son épouse Marie de Bretagne, elle est elle-même la fille du duc François Ier et belle-sœur du duc François II. Jean II de Rohan n’était donc ni plus ni moins que le beau-frère du duc de Bretagne lorsque la guerre fut déclarée en 1487. Pourtant, les relations entre les deux hommes furent le plus souvent orageuses. Entre 1470 et 1488, François II confisque à quatre reprises les biens du vicomte et le détient même dans ses geôles, pendant plus de trois ans, pour complicité de meurtre. Il faut savoir que le grand projet de Jean II de Rohan est de faire accéder sa lignée à la couronne ducale et qu’en l’absence d’héritier mâle, il envisage un mariage entre son fils et la fille du duc, la jeune Anne. " D'autre part, Il était, avec Jean de Chalon, prince d'Orange, l'héritier présomptif de la duchesse Anne, jusqu'à ce que celle-ci mette au monde ses enfants. 

    Lire : Jean Kerhervé Noblesses de Bretagne: du Moyen âge à nos jours page 106

    Image L. Guitton 2007 https://abpo.revues.org/63

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    En 1510, année de deux inscriptions lapidaires  étudiées, Jean II de Rohan a 58 ans, et les jeux sont faits.

    Son fils aîné François, qu'il voulait unir à la duchesse, est tombé à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier en juillet 1488. La même année, le duc s'empare du château de Josselin et le démolit

    partiellement ; il ne lui sera rendu que par Anne de Bretagne, et il le transformera en château Renaissance entre 1490 et 1510.

    Anne de Bretagne est devenue duchesse, puis a épousé le roi Charles VIII en 1491, et Louis XII en 1499, a donné naissance la même année à sa fille Claude, qui épousera en 1514 François Ier. En 1505, c'est Jehan II qui a accompagné la reine Anne dans la visite de son duché, notamment à Brest, Le Folgoat et Morlaix. En 1504, le roi lui octroie le renouvellement du droit de billot (produit d'une taxe sur les boissons) pour reconstruire ses villes et places-fortes (La Roche-Maurice  a été démantelé en 1489 par les troupes françaises). Après la mort de son second fils Jean en 1505, son principal héritier est alors Jacques de Rohan (qui se mariera mais décédera sans descendance). Son cinquième fils, simple d'esprit, devient malgré tout (et sous la tutelle effective de l'abbé de Daoulas Jean de Largez)  évêque de Cornouaille (Quimper) en 1501 mais sa consécration a lieu en avril 1510. C'est  en 1507 qu'il fait bâtir à Quimper le palais épiscopal (la Tour de Rohan et son escalier en palmier).

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    SOURCES ET LIENS.

    — Ponts habités :

    https://www.youtube.com/watch?v=uyrdfSeN8Wk

    http://www.skyscrapercity.com/showthread.php?t=1658562

    http://fr.topic-topos.com/pierre-gravee-landerneau

    — GICQUEL (Yvonig), 2014 Jean II de Rohan oul'indépendance brisée de la Bretagne, Coop Breizh, Jean Picollec Ed. 

    — GUITTON (Laurent)  Un vicomte dans la cité : Jean II de Rohan et Dinan (1488-1516) p. 7-37

    https://abpo.revues.org/63

    —Site Découvrir Rohan-Histoire.

    http://www.rohan.fr/histoire_machine.html

    — Histoire de Rohan : http://www.rohan.fr/pdf/histoire_de_rohan.pdf

    http://www.tourisme-pontivycommunaute.com/Fiche/Detail/340/Preparer-son-sejour~Patrimoine-et-decouvertes~Patrimoine-culturel/CHAPELLE-NOTRE-DAME-DE-BONNE-ENCONTRE/

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    Published by jean-yves cordier - dans Rohan Landerneau
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    8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 18:27

    Les Sirènes et Démones de l'église de Sizun (29) : la diabolisation d'Ève, ou la féminisation de Satan.

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    Sur les Vierges à la démone, voir :

    Sur l'église de Sizun, voir :

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    Sur les murs extérieurs de l'enclos paroissial de Sizun, aux angles ouest ou nord de l'église et de l'ossuaire,  des figures féminines à la moitié inférieure animale sont sculptés. On parle à leur propos de "sirènes", ce qui incite à y voir des figures d'un légendaire païen et l'influence du statut maritime du Finistère. Mais à coté d'authentiques femmes-poissons, ce sont des femmes-serpents qui sont figurées.  Je me propose d'aller examiner leurs formes de plus près.

    1. La Femme-serpent de l'ossuaire.

    La plus belle (mais non la plus visible, et elle a échappé à mon attention lors de mes premières visites) se trouve à l'angle sud-ouest de l'ossuaire, dans la jonction du pignon de ce dernier avec l'arc de triomphe. 

    Vue de l'ossuaire entre l'Arc de triomphe à droite et le porche occidental à gauche. Repère sur la femme-serpent. Photographie lavieb-aile.

    Vue de l'ossuaire entre l'Arc de triomphe à droite et le porche occidental à gauche. Repère sur la femme-serpent. Photographie lavieb-aile.

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    C'est une femme nue, aux cheveux longs et ondulés, couchée sur le coté droit mais qui relève la tête et le buste en s'appuyant sur le bras droit. Le bras gauche est cassé. 

    La spécialiste de ces "créatures semi-humaines", Hiroko Amemiya, l'a décrite avec la suivante à la page 185 de son livre Vierge ou démone, parmi ses 10 exemples bretons de femme-serpent, dont 9 en Finistère (Trégourez,  Bodilis, Braspart, Sizun, Lannédern, Lennon, Plonevez-du-Faou, ou Le Juch). Elle décrit bien son visage ovale, ses seins globuleux aux mamelons en relief, et la partie inférieure du corps en forme de queue de serpent, dont l'extrémité allongée s'enroule sur elle-même à plusieurs reprises.

    Par contre, il me semble qu'elle se méprend lorsqu'elle écrit "Elle tient dans la main droite une ancre à laquelle des algues semblent accrochées. 

    Photo !

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    Femme-serpent de la Tentation, ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

    Femme-serpent de la Tentation, ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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    J'ai cru aussi que la Mélusine tenait le pommeau du jas d'une ancre, mais cela n'avait aucun sens, et l'ancre en question était absente. Et puis il y avait ces feuilles, "ces algues" sur le ventre. Le voile s'est déchiré brusquement et j'ai vu ce dont il s'agissait : un pommier, avec son tronc évasé à la base, sa division en deux branches horizontales et une branche sommitale, avec ses trois pommes assez maladroitement placées à l'extrémité des tiges, et les trois ou cinq feuilles qui sont crénelées comme celles d'un chêne.

    Cela devint évident : la femme tendait la main droite vers une pomme, mais la main gauche (celle du bras cassé) était aussi visible sous la forme d'une marque de fracture au dessus de la pomme de droite. 

    Il s'agissait soit d'Éve (mais une Ève diabolisée car introductrice du Péché), soit plutôt du Démon de la tentation, tel qu'il est décrit dans le Livre de la Genèse 3 :

     "Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l'Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? La femme répondit au serpent: Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.  Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n'en mangerez point et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez.  Alors le serpent dit à la femme: Vous ne mourrez point;  mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu'il était précieux pour ouvrir l'intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d'elle, et il en mangea."

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    Femme-serpent de la Tentation, ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

    Femme-serpent de la Tentation, ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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    On peut s'étonner que ce serpent prenne la forme d'une femme, mais c'est un motif fréquent en Bretagne, notamment sur le porche des églises des Monts d'Arrée, à Pencran (photo), Guimiliau, Landivisiau et Ploudiry : la femme-serpent placée entre Adam et Ève, la queue enroulée autour du tronc de l'arbre-qui-est-au-milieu-du-jardin, redresse la tête et la tourne vers Ève qui saisit la pomme qu'elle présente.

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    Adam, Ève et la femme-serpent de la Tentation, porche de l'église Notre-Dame de Pencran. Photographie lavieb-aile.

    Adam, Ève et la femme-serpent de la Tentation, porche de l'église Notre-Dame de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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    4. Femme-serpent.

    Ornement d'une frise du chevet, coté sud. 

    La femme, au visage joufflu encadré d'une épaisse chevelure, est allongée sur le coté droit, accoudée sur le bras droit. La partie inférieure du corps a la forme d'une queue de serpent enroulée sur elle-même en nœud en huit dont la pointe rebique vers le haut. 

    Elle tient une pomme dans la main gauche. C'est donc, là encore, une femme-serpent de la Tentation, figure féminimo-animale de Satan.

    Femme-serpent de la Tentation, frise de l'église Saint-Suliau de Sizun. Photographie lavieb-aile.

    Femme-serpent de la Tentation, frise de l'église Saint-Suliau de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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    3. Femme-poisson de la Tentation, église Saint-Suliau de Sizun.

    En contournant l'ossuaire puis le porche occidental, on parvient à l'angle nord-ouest du pignon ouest dont la crossette adopte la forme d'une femme-serpent. 

    Hiroko Amemiya la décrit, avec la suivante, sous le terme de sirène à la page 214 de son livre, parmi 22 autres exemples dont 13 en pierre (8 en Finistère, 2 en Morbihan et 2 en Ille-et-Vilaine). Comme ses consœurs, elle est couchée sur le coté droit, s'appuie sur le coude, redresse la tête et le buste . Son visage rond est encadré d'une longue chevelure. Sa main droite est placée sous le ventre, mais l'extrémité manque. La gauche est tendue vers l'arrière et tient un objet rond (miroir pour H. Amemiya). La partie inférieure a la forme d'une queue de poisson à écailles marquées. Entre les pointes de la queue bifurique est sculpté un buste d'homme, lmain droite sur la poitrine et main gauche vers la bouche.

    Je suggère d'y voir une femme-poisson de la Tentation, tenant une pomme, qu'Adam porte à sa bouche. Dès-lors, nous retrouvons la thématique précédente, Satan sous sa forme femelle ayant seulement adopté sa forme animale à une sardine. Ou équivalent. 

     

     

     

     Femme-poisson de la Tentation, angle nord du pignon ouest, église Saint-Suliau de Sizun.Photographie lavieb-aile.

    Femme-poisson de la Tentation, angle nord du pignon ouest, église Saint-Suliau de Sizun.Photographie lavieb-aile.

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    4. Femme-poisson, église Saint-Suliau de Sizun.

     

    Elle est l'ornement du contrefort droit du pignon nord du chevet et fait pendant à un lion. Couchée sur le coté droit, en appui sur le coude, buste et tête redressés, elle a un visage féminin, une longue chevelure épaisse et des seins proéminents. Sa main droite tendue vers l'arrière tient un miroir, la gauche coiffe les cheveux avec une brosse ou une éponge. Sous la ceinture qu'elle porte à la taille, l'extrémité de son corps devient écailleux et se termine en queue de poisson, bifurique.

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    Femme-poisson, église Saint-Suliau de Sizun.Photographie lavieb-aile.

    Femme-poisson, église Saint-Suliau de Sizun.Photographie lavieb-aile.

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    Femme-poisson au miroir, coté nord, église Saint-Suliau de Sizun. Photographie lavieb-aile.

    Femme-poisson au miroir, coté nord, église Saint-Suliau de Sizun. Photographie lavieb-aile.

    Femme-poisson au miroir, coté nord, église Saint-Suliau de Sizun. Photographie lavieb-aile.

    Femme-poisson au miroir, coté nord, église Saint-Suliau de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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    SOURCES ET LIENS.

    — AMEMIYA (Hiroko) 2005, Vierge ou démone, exemple dans la statuaire bretonne, Keltia éditeur, Spézet. 269 p. page 68-69. Version remaniée de la thèse de 1996.

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    Published by jean-yves cordier - dans Vierges à la démone. Sizun
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    5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 20:57
    Église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    I. LE BESTIAIRE : CROSSETTES ET GARGOUILLES .

    J'utiliserai le terme de "crossette" tel que je le trouve défini dans Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne (2014) d'Emmanuelle Le Seac'h (1972-2011) page 40 :

    "Les pierres d'amortissement, nécessaires à la structure et à l'équilibre d'un fronton ou d'un pignon, sont généralement prolongées par des acrotères, des crossettes ou des pots-à-feu. Les crossettes, situées à la terminaison des rampants d'un pignon ou d'un fronton, sont extrêmement nombreuses. Les plus belles sont sculptées dans la pierre de kersanton sur les porches de la vallée de l'Élorn, comme à Landivisiau où un lion et un dragon se font pendant. L'Ankou apparaît parmi les crossettes, comme sur la façade de l'église de Lannédern."

    Régulièrement photographiées pour leur beauté et leur thème pittoresque, les crossettes zoomorphes de Bretagne n'ont pourtant pas fait l'objet d'une étude réglée, comme ce fut le cas pour les sablières par Sophie Duhem. (1) Parmi les animaux représentés, les dragons (crachant leur venin) semblent se tailler la part du lion, mais ce dernier prendrait la seconde place, devant les chiens, et les sirènes, auxquelles j'ai consacré un article particulier.

    (1) à l'exception du mémoire d'E. Le Seac'h sur les crossettes et gargouilles de quatre cantons du Finistère : Landerneau, Landivisiau, Ploudiry, ... et Sizun ! Je le découvre à l'instant.

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    1°) La baie située immédiatement à l'ouest du porche d'entrée (1514)  est couronnée par une lucarne à gables à crochets et fleurons, avec deux crossettes  à la base : un lion à gauche, et un sagittaire à droite.

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    Église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

    Église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

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    Le lion.

    Le lion, de profil mais tournant la tête vers nous, est, comme tout lion, doté d'une crinière frisée alors que l'arrière-train est glabre. Il tire entre ses rangées de dents une longue langue dont l'extrémité s'enroule. Ses pattes avant prennent appui sur un rouleau. Sa queue se termine en trois pointes ; elle a la particularité, assez répandu chez ces félidés de kersanton, de passer entre les deux pattes arrière pour revenir de façon fort équivoque s'ériger vers le haut et l'avant. Tous l'art coquin du sculpteur est de jouer de cette équivocité dans verser, comme ailleurs, dans l'obscénité. 

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    Église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Le sagittaire.

    L'animal  de droite évoque immédiatement le logo d'Air-France, lui-même repris de celui d'Air-Orient et connu sous le nom d'hippocampe ailé mais familièrement baptisé  "la crevette". 

    http://logonews.fr/2013/08/06/histoire-du-logo-air-france/

     

     

     

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    Il en a l'aile aux nervures parallèles, la crinière hachurée, la queue formant une boucle. Seulement, à Sizun, la queue se prolonge sur le dos jusqu'à la tête. D'autre part, les pattes avant sont munies de mains, comme un Centaure, mi-homme, mi-cheval. Enfin, ces mains tiennent une flèche incurvée, une flèche-arc. Comment ne pas voir dans ce Centaure ailé et archer un Sagittaire ? Et comment, alors, ne pas réaliser que la lucarne est encadrée par deux signes du Zodiaque, le Lion de l'été et le Sagittaire de la fin de l'automne ? 

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    Chimère de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

    Chimère de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

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    La lucarne correspondante, au nord, est encadrée par deux autres crossettes. Ce sont ici deux lions. Ils ont tous les deux les pattes avant et arrière regroupées, comme si ils bondissaient, tous les deux une langue très bien pendue,  et tous les deux une crinière en larges et longs plis. Ils ne diffèrent que par un détail.

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    Lucarne sud de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

    Lucarne sud de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

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    A gauche, le lion a la queue qui s'étend vers l'arrière et le bas.

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    Chimère de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

    Chimère de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

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    La queue de celui de droite passe entre les cuisses et revient étaler son plumeau sur son dos.

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    Chimère de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

    Chimère de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

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    Venons-en à un autre type de lions. Ceux-ci tiennent entre leurs pattes antérieures la tête d'un humain, en taille réduite. On peut alors les voir comme des forces maléfiques tentant de s'approprier les âmes des paroissiens. En les représentant, les tailleurs de pierre mettent-ils en garde leurs contemporains contre les pouvoirs du Diable, ou bien en protègent-ils le sanctuaire en les expulsant hors du lieu saint ?

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    Premier exemple. 

    Ce lion est très semblable aux précédents, avec ses yeux exorbités, sa longue langue à la pointe en rouleau, sa queue entre les cuisses, sa crinière frisée. Mais il maintient un petit enfant, au visage poupin mais grave.

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    Église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Deuxième exemple.

    Celui-ci exerce, par ses pattes tendues, une force plus coercitive sur la tête d'un malheureux.

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    Lion maintenant un homme, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

    Lion maintenant un homme, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

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    Une gargouille.

    Il semble s'agir d' un crocodile.

    Gargouille, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Gargouille, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Un dragon grimaçant (coté nord).

    église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    II. AUTRES SCULPTURES EXTÉRIEURES.

    1°) Deux figures animales sur le porche sud.

    " Le porche sud, en tiers-point, a ses voussures richement décorées de feuilles d'acanthe bien sculptées, voussures séparées par des moulures toriques ininterrompues et à bases prismatiques. La voussure extérieure, relevée en accolade, est décorée de choux frisés et amortie par un fleuron gothique ; son extrados est orné de feuilles d'acanthe comme à la fontaine du chevet de Notre-Dame-du-Folgoët. Au fond du porche, buste-cariatide supportant jadis la statue de saint Suliau avec inscription : " LAN. MIL. VcXIII. " (Couffon & Le Bars, 1988)

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    Porche sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Porche sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Deux animaux  sont observés sur ce porche.

    Le premier est un chat? un chien ?

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    Porche sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Porche sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Le second est un lion. Avec la queue entre les pattes, remontant sur le dos.

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    Porche sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Porche sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    2°) Ange tenant une banderole avec la date de 1661.

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    Ange avec la date de 1661, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Ange avec la date de 1661, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    3°) Déploration (1542).

    Ce groupe sculpté en kersanton provient du cimetière, où son socle de granit est resté, avec une inscription d'une Mission de 1858 mentionnant la date de "LAN MIL V XXXX : II". Le Christ, dont le bassin est posé sur le genou gauche de sa mère, est allongé sur le genou droit tandis que sa tête retombe dans le vide, à peine soutenu par saint Jean.  Il porte un perizonium noué sur le coté droit. Ses cheveux sont longs, sa barbe méchée . Sa bouche est entrouverte, laissant à découvert sa dentition. Ces éléments, parmi d'autres, permettent à E. Le Seach d'attribuer cette sculpture à l'auteur du calvaire voisin de l'église Saint-Rémi à Camaret et dont l'inscription porte la date de 1538 et le nom (du sculpteur ?) de G. PALUT.

    Les trois personnages ont les paupières lourdes, presque globuleuses et baissées. Les arêtes des nez sont saillantes, comme à Camaret.

    Saint Jean, vêtu d'une robe à ceinture et à bouton d'encolure, essuie une larme de la main gauche. La Vierge porte un long manteau enveloppant couvrant sa tête, proche des "capes de veuve" du Finistère. Sa gorge est couverte par une guimpe plissée  qui entoure aussi le visage et masque la chevelure. Marie-Madeleine, les cheveux dénoués, toujours ostensiblement élégante avec sa robe à décolleté carré et les crevés de ses manches, ouvre un pot d'aromates décoré de cannelures obliques. 

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    Déposition (1542), en kersanton par G. Palut,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Déposition (1542), en kersanton par G. Palut, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Saint Gouesnou en évêque du Léon.

    "provenant d'une fontaine". Crosse brisée, chape au fermail doté d'un médaillon, mitre, bagues à chacun des doigts longs. Col frisé comme une fraise.

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    Saint Gouesnou église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Saint Gouesnou église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    L'église adopte une forme de croix archiépiscopale, car elle comporte après  une nef de trois travées avec bas-côtés, deux transepts séparés par une travée. La nef inférieure et le porche méridional remontent au XVIè siècle, le premier transept et le reste de la nef à la première moitié du XVIIè siècle ; le second transept et le choeur furent construits de 1660 à 1664 sous la direction de Guillaume Kerlezroux .

    Le premier transept sud porte 2 dates : à côté de la fenêtre, " ALAIN. MEN. 1638 ", et sous le fleuron, " 1639 "

     

    ALAIN MEN 1638 

    Il s’agit du trésorier de la paroisse en 1638. Tous les ans, un paroissien était désigné pour gérer l’argent de la fabrique, percevoir ses recettes et acquitter ses dépenses. L’intérieur du baldaquin des fonts baptismaux porte le nom d’un autre trésorier, peut-être de la même famille « P. MEN 1630 ».

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    Alain Men 1638 ;  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Alain Men 1638 ; église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    III. LA PORTE  DU PHILOSOPHE.

    La petite porte sud qui donne accès à l'église avant la sacristie encadre de kersanton le vantail peint de ce rouge si particulier à nos  sanctuaires. Elle mérite un examen attentif, en raison du personnage qui en orne le fronton triangulaire,  et qui a été surnommé "le philosophe". Ou bien en raison de ses pilastres à chapiteaux, et de la frise qui suit le pied-droit et la courbe en anse de panier, où des petits personnages et des passereaux s'égayent dans les rinceaux de vigne.

     

     

    Porte du Philosophe,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Porte du Philosophe, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Petite porte sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Le fronton triangulaire et sa tête en ronde-bosse.

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    Homme caressant sa barbe, fronton de la petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Homme caressant sa barbe, fronton de la petite porte sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    La frise d'encadrement.

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    Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Petite porte sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Diaporama. Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.
    Diaporama. Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.
    Diaporama. Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.
    Diaporama. Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.
    Diaporama. Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.
    Diaporama. Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Diaporama. Petite porte sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    IV. LA FRISE EXTÉRIEURE AU NORD ET A L'EST.

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    Cette frise de granit qui daterait de 1660 a peu inspiré les experts :

    "Certains motifs de cette frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, masques et dragons, témoignent à la fois de l’influence des maîtres ornemanistes de la Renaissance et de la persistance de thèmes mythologiques venus de l’Antiquité." (Topic-topos)

    "Une frise bizarre d'animaux de toutes sortes, de figures grimaçantes et de bêtes  fantastiques" (Chanoine Abgrall).

    "A hauteur du visage, une frise mystérieuse court au long de ce chevet polygonal. Elle pique la curiosité, mais garde son mystère." (Infobretagne)

    " Le chevet du type Beaumanoir à noues multiples est décoré d’une frise sculptée. " (Centre SPREV)

    Pourtant, on peut y reconnaître certains éléments significatifs, et approfondir son étude.

    Je la diviserai  selon les deux pans de mur qui constituent le chevet.

     

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    I. LE MUR ORIENTÉ SUD-EST.

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    Ce mur comporte une série de contreforts couverts de niches à colonne cannelées et dais très ornementés. Deux de ces niches abritent aujourd'hui une statuette.

    La frise, en pierre blonde, est haute d'une vingtaine de centimètres, ce qui l'apparente d'emblée aux sablières de la charpente. Lorsqu'elle passe par les contreforts qui alternent leur  forme carrée et triangulaire, elle s'orne volontiers de masques ou de cuirs, alors que  les thème des sculptures sont de prédominance animalière entre les contreforts.

     

    Frise de l'église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    1°) Premier mur au sud.

    Frise de l'église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Un renard poursuivant une poule.

    Le renard, queue déployée et sexe en érection, à la gueule tournée vers un coq, ou une poule qui est tombée à la renverse. Le renard est fréquemment représenté sur les sablières, sous l'influence du succès du Roman de Renart, notamment par le thème très populaire de Renart déguisé en clerc prêchant aux poules.

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Puis vient une suite de quatre quadrupèdes à la queue-leu-leu. On  y reconnaît peut-être un renard (?) qui poursuit  un cochon, puis un chien poursuivant un lion (?). 

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Deuxième contrefort sud. Profil triangulaire.

    Deux masques et un dragon. La première tête porte un bonnet de type phrygien, a les yeux exorbités, le nez épaté et la gueule hilare. Il côtoie  un dragon , à tête de chèvre, à ailes de chauve-souris et à queue de serpent. Le deuxième visage est comparable au premier en dehors de ses dents proéminentes.

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    L'autre versant du contrefort montre également trois éléments.

    Un visage d'homme sauvage, cheveux frisés, forts sourcils, yeux exorbités, pommettes saillantes, nez épaté, mais dont la bouche est remplacé par un cordage torsadé.

    Un lapin de profil, dressé sur ses pattes arrières, en train de déféquer.

    Un visage féminin évoquant par sa coiffure  les masques de la tragédie grecque.

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    2°) Deuxième mur exposé au sud

     

     

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Après un grotesque tenant un élément floral entre ses dents, viennent un  masque, une louve (une renarde ?) allaitant cinq petits, puis un cuir.

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Après un masque grimaçant de toutes ses dents, vient une sirène accoudée sur le coté droit, sa queue formant un nœud partiellement brisé.

    Puis le contrefort rectangulaire, avec des éléments décoratifs, et des masques

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Autre pan de mur.

    Renard poursuivant un oiseau (de proie) et ses sept petits.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Ici, un crocodile (une baleine ?) apparaît entre les pattes d'autres animaux.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Contrefort.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    LE VERSANT EXPOSÉ AU NORD.

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

    Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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    CONCLUSION.

    1. Les crossettes.

      Je crois que notre compréhension immédiate de ces lions faussement terribles, mais au fond bien débonnaires est très juste, et que, même si nous ignorions tout de la relation des hommes du XVIe siècle avec le monde animal, de ses représentations fantasmatiques, de ses croyances, nous sommes plus proches d'eux en entrant dans l'église en leur jetant un coup d'œil mi-amusé et mi-admiratif, en projetant sur eux notre propre bestiaire intérieur, que si nous nous pénétrons des théories savantes sur leur pouvoir apotropaïque (protecteur du mauvais-œil, ou protecteur du sanctuaire en éloignant le Malin, par "répulsion des semblables") ou de leur "visée moralisatrice par pouvoir du contre-exemple" qui convertit les animaux terrifiants en frères-prêcheurs. Nos prédécesseurs  du XVIe siècle "croyaient-ils en leurs mythes" et en ces monstres d'opérette ?  J'en doute. 

    Mais je ne doute pas qu'ils aient eu, comme nous, le goût à tempérer l'ardeur de la foi  par une théâtralité amusante, grand-guignolesque avant l'heure.

    Grand-guignolesque : "d'une horreur qui dépasse le bon-sens". Gageons que les bretons n'en manquaient pas.

    2. La frise.

    Elle ne nous reste opaque que si nous n'y voyons pas une succession de scénettes et de décors tirés des calepins d'un ornemaniste qui fait ici exhibition de son savoir-faire. Il ne serait pas très difficile de retrouver chacune de ces sujets sur des plinthes, des corniches, des jubés ou des porches, à la chapelle Saint-Fiacre du Faouët et même pas loin d'ici, sur les sablières de Sizun . Certes, certaines séquences excitent encore notre curiosité, mais sinon, où serait notre plaisir ?

      .

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    SOURCES ET LIENS.

     

    — ABGRALL (Jean-Marie), « L´église paroissiale de Sizun et ses annexes », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, Quimper, Société archéologique du Finistère, t. 28,‎ 1910, p. 129-138

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207696j/f177.image

    — CHAURIS (Louis) 2009, "Un édifice polyphasé singulièrement polylithique : l'église paroissiale de Sizun (Finistère), Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 2009, t. CXXXVII, p. 115-130.

    — COUFFON (René) et Alfred Le Bars, 1988, Diocèse de Quimper et de Léon : Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association Diocésaine de Quimper, 1988, p. 416-420.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/54730d797d70be488e00757c7d0fcef7.pdf

    — DITTMAR (Pierre-Olivier), RAVAUX (Jean-Pierre), 2006,  « Significations et valeur d'usage : le cas des gargouilles de Notre-Dame de L'Epine », Etudes marnaises,‎ 2006, t.CCXXIII, p.46-50. 

    https://www.academia.edu/6446935/_Significations_et_valeur_d_usage_des_gargouilles_le_cas_de_Notre-Dame_de_l_Epine_avec_J.-P._Ravaux_Notre-Dame_de_LEpine_1406_-_2006._Actes_du_colloque_international._LEpine-Ch%C3%A2lons_15_et_16_septembre_2006_t._II_2008_Etudes_Marnaises_t._CXXIII_p._38-80

    — LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

    http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

    — LE SEAC'H (Emmanuelle), 1997, Les crossettes et les gargouilles dans quatre cantons du Finistère : Landerneau, Landivisiau, Ploudiry, Sizun. Mémoire de maîtrise d’histoire,  2 vol. 359 p. + 135 p. : ill. ; 30 cm.

     

    — VIOLLET-LE-DUC (Eugène ) 1854-1868, « Gargouille », Dictionnaire raisonné de l’architecture française, Paris, Bance-Morel, , t.VI, p.24-28. 

    https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle/Gargouille

    — Wikipédia "Gargouille".

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Gargouille

    — Topic-topos : Sizun

    http://fr.topic-topos.com/eglise-saint-suliau-sizun

    — Infobretagne : Sizun

    http://www.infobretagne.com/enclos-sizun.htm

    — SPREV :

    http://www.sprev.org/centre-sprev/sizun-enclos-paroissial-saint-suliau/

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    2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 19:34

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    Dans le cadre de la restauration depuis 2007 de la charpente de l'église de Brennilis supervisé par Marie-Suzanne de Ponthaud, architecte en chef des Monuments historiques  après diagnostic en 2006, les entraits, culots, sablières, blochets et corniches ont été restaurées entre 2010 et 2013 par le sculpteur rennais Thierry Laudren. Restaurées, ou plus exactement créées à neuf pour beaucoup de sculptures.

    http://www.thierrylaudren.fr/Mon_Hist/Brennilis.html

     

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    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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    LES BLOCHETS.

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    Blochet de la croisée du transept, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la croisée du transept, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la croisée du transept, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la croisée du transept, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la croisée du transept, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la croisée du transept, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la croisée du transept, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la croisée du transept, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet et sablière, nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet et sablière, nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Blochet de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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    LES SABLIERES.

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    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

    Sablière de la nef, église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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    SOURCES ET LIENS.

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    Sur l'église de Brennilis :


     

    — Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

    http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

    — Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

    — ABGRALL, (Jean-Marie) 1904 Notice sur Brennilis, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 :

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

    — ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, Ar. de Kerangal, Quimper pages 283-284.

    https://archive.org/stream/architecturebre00abgrgoog#page/n317/mode/2up/search/brennilis

    AncreAncre  

    — COMBOT (recteur de Brennilis), 1856, Note sur l'église de Brennilis,  cité dans BDHA 1904.

    — COUFFON , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

     

    PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

     

    — THIERRY LAUDREN : 

    — Photographie des sablières restaurées

    http://www.thierrylaudren.fr/Mon_Hist/Brennilis.html

    http://www.thierrylaudren.fr/Mon_Hist/Brennilis_restaure.html

    http://www.thierrylaudren.fr/Mon_Hist/Brennilis_restaure_p2.html

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    1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 14:06

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    Cette statue de kersanton daterait du XVe siècle, époque de la fondation du sanctuaire  à la suite d'un vœu du duc de Bretagne Jean IV de Bretagne, qui fut réalisé par son fils Jean V, qui  l'élève en église collégiale le 10 juillet 1422. Une inscription lapidaire de la façade porte le millésime de 1423. 

    Elle serait donc représentative des choix et des dévotions du cercle de la cour ducale de Jean V. Mais elle relève aussi  directement du culte marial car la tradition attribue la fondation de la chapelle au souvenir d'un "fou du bois" (Fol-Coat), un innocent nommé Salaün ou Salomon qui  ne connaissait que deux mots, AVE MARIA, qu'il répétait constamment. Après sa mort vers 1360, un lys poussa sur sa sépulture, qui portait ces deux mots inscrits en lettres d’or sur ses pétales. 

    Néanmoins, selon J-M. Guillouet,

    "la plus grande prudence s’impose [dans la datation de] la série de niches abritant de nombreuses sculptures en granit ou en kersanton qui ont contribué à la renommée de l’église. Malheureusement, la provenance et la datation de la plupart de ces sculptures, sinon de toutes, ne peuvent être établies avec certitude. Le sanctuaire a en effet très durement souffert pendant la Révolution quand son décor sculpté a été totalement vandalisé. Au début du XIXe siècle, l’église du Folgoët se trouvait presque entièrement dépourvue de sculptures et celles qui subsistaient alors se trouvaient dégradées.  Une lettre du chanoine J.-M. Guéguen, adressée le 9 octobre 1947 au Directeur de l’architecture du Ministère, apporte ici un témoignage troublant quant à l’authenticité des sculptures visibles aujourd’hui. L’ecclésiastique rappelle en effet que, pendant la Révolution, « toutes les statues tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, furent renversées et mutilées » et que l’un de ses prédécesseurs « en 1895, fit remettre sur quelques-uns des socles de l’extérieur, des statues diverses, provenant d’anciennes chapelles démolies ou abandonnées  [...] Ainsi la documentation disponible montre qu’il est aujourd’hui hasardeux, sinon périlleux, d’analyser sans précaution la statuaire du Folgoët pour tenter de la replacer dans le concert plus large de la sculpture bretonne du XVe siècle."

    En bref, cette statue est peut-être trop belle et trop conforme à nos attentes pour être sincère...

    Elle repose sur un culot du mur extérieur sud, et mesure 1,20 m de haut.

    La Vierge, les yeux baissés, est vêtue d'une cape aux pans rapprochés par une chaine. Sa chevelure est maintenue par cette coiffure en "chouchou" ou bandeau que je ne cesse de remarquer dans la statuaire bretonne mariale : c'est ici un voile plissé en épais godrons.

     La robe est resserrée par une ceinture nouée. La main droite tenait un objet désormais brisé, sans-doute une fleur et vraisemblablement un lys. La main gauche soutient la hanche de l'Enfant, qui est assis sur l'avant-bras. Cheveux frisés, vêtu d'une robe longue, pieds nus, il tient un livre ouvert, mais ses yeux mi-clos regarde au loin. 

    La démone est décrite ainsi par H. Amemiya 2005 p.86 :

    "Représentation semi-humaine : couchée sur le coté devant le croissant, sous le pied gauche de la Vierge, tête à droite. Visage aux traits réguliers. Deux courtes cornes émergent de sa chevelure longue au niveau du front. Les mains ont quatre doigts et des ongles pointus. Dans la droite, une pomme serrée contre le sein droit. La gauche repose sur le buste, sous le sein gauche. Seins légèrement arrondis. Au niveau de la taille, partant sous l'ombilic, on voit une coupure (ou une ceinture) en forme de V, caractéristique fréquente de la sirène. De là, le corps prend la forme d'une queue de serpent bifurique, l'élement supérieur remonte le long de la jambe gauche de la Vierge, l'inférieur tourne horizontalement vers l'arrière."

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    Vierge à l'Enfant et à la démone, église Notre-Dame, Le Folgoët (29). Photographie lavieb-aile.

    Vierge à l'Enfant et à la démone, église Notre-Dame, Le Folgoët (29). Photographie lavieb-aile.

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    SOURCES ET LIENS.

    — AMEMIYA (Hiroko) 2005, Vierge ou démone, exemple dans la statuaire bretonne, Keltia éditeur, Spézet. 269 p. page 68-69. Version remaniée de la thèse de 1996.

    — AMEMIYA (Hiroko), 1996,  Figures maritimes de la déesse-mère, études comparées des traditions populaires japonaises et bretonnes . Thèse de doctorat d'études littéraires, histoire du texte et de l'image  Paris 7 1996 sous la direction de Bernadette Bricout et de Jacqueline Pigeot. 703 pages Thèse n° 1996PA070129 . Résumé : Le thème principal de cette étude est de voir quel rôle la femme non-humaine - et notamment la femme qui appartient au monde maritime - a joué au Japon et en Bretagne, à travers les récits relatifs à l'epouse surnaturelle. Pour la Bretagne, les recherches s'étendent également sur l'iconographie religieuse representant l'être semi-humain telles la sirène et la femme-serpent. La région conserve dans ses chapelles de nombreuses statues des xvie et xviie siecles figurant ce type faites par des artisans locaux. L'imagination populaire s'epanouit ainsi dans la femme non-humaine de deux facons en Bretagne : dans l'expression orale et dans l'expression plastique ce qui nous offre une occasion inestimable d'etudier leur compatibilite dans leur contexte socioculturel. Les recits qui traitent le thème du mariage entre l'être humain et l'être non-humain révèlent la conception de l'univers d'une societé. L'autre monde ou les êtres de l'autre monde sont en effet une notion fonctionnelle qui permet à la societé de maintenir l'ordre interne par une intervention externe fictive : la suprématie du fondateur du Japon s'explique par la transmission d'une puissance surnaturelle par sa mère du royaume maritime, alors qu'en Bretagne, la destruction de la cité légendaire d'Is est causée par une fille maudite née d'une fée. Le premier volume de cette étude est composé de trois parties : i. L'autre monde dans la tradition populaire au Japon, ii. Recits relatifs au mariage au Japon et en Bretagne, iii. Iconographie d'une femme semi-humaine. Le deuxieme volume est un inventaire des différents types de representation semi-humaine en Bretagne.

    — GUILLOUET (Jean-Marie), 2009, « Le Folgoët, collégiale Notre-Dame », dans Congrès archéologique de France (Finistère – 2007), 2009, pp. 166-176. 

     https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00557740/document

     

    — LE THOMAS (Louis), 1961 "Les Démones bretonnes, iconographie comparée et étude critique", Bulletin de la société Archéologique du Finistère t. 87 p. 169-221.

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