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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 00:10

Le Vert-Doré Diachrysia chrysitis L.

 

 

Lieu : Crozon 

Date 7 juin 2013.

                                                                                     167v

 

                 172d

 

Zoonymie.

1. Nom scientifique.

Nom de genre.

Diachrysia Hübner, 1821, Verz. bek. Schmett. (16): 252. Hübner répartit les Plusies en plusieurs familles, famille A des inscriptiae, famille B des Innaratae ou Goldfleckige eux-mêmes divisés selon la proportion de doré en panchrysiae, diachrysiae, chrysaspidiae, chrysodeixes, argyrostyctae. Diachrysiae est décrit ainsi : Die Schwingen unrichtig braun bezeichnet, großerntheils golden angelegtn "Les ailes nommées à tort brun, ont de grandes parties dorées." (?)

  Dois-je traduire diachrysia par "doré en travers" ou par "en partie doré" ?

Nom d'espèce.

Diachrysia chrysitis. Linné,  Noctua chrysitis LINNAEUS, C. (1758): Systema naturae per regna tria naturae, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Tomus I. Editio decima, reformata. 1-824. Holmiae (Laurentius Salvius) n°90 p. 513. 

Le mot grec Χρυσίτις chrisitis signifie "doré". 

2. Nom vernaculaire.

L'espèce est décrite (Heiko Bellmann) par ses "ailes antérieures brun ferrugineux, ornée de deux grandes plages vert doré à vif éclat métallique, souvent réunies par un isthme médian". Le nom de "vert-doré" permet donc une mémorisation et une identification efficace. 

— Le Vert Doré : 1762, Geoffroy, Histoire abrégée des insectes ...la région de Paris tome II page 149 n°81. .

Le Vert Doré, 1790, Jacques-Louis Engramelle, Papillons d'Europe peints d'après nature Vol. 4 n° 588 p. 122 figures 588 a-f.

Noctuelle vert doré, Latreille, Dictionnaire d'histoire naturelle tome 23 p. 38.

La Plusie Chryside, Plusia chrysitis  1829, Jean-Baptiste Godart, Histoire Naturelle des Lépidoptères ou papillons d'Europe n°578  p. 21, Planche 134 3-4 par Dumenil.

 Godart, qui reprend son genre Plusie à Latreille, Ochsen. et Tresch. signale l'origine de ce zoonyme tiré du grec Πλούσιος plusios, "riche". C'était ainsi le surnom de Jupiter Plusios, nom sous lequel il avait un temple à Sparte ( Pausanias livre 3,c.19). "En effet, on voit briller l'or et l'argent sur leurs ailes supérieures".

— La Plusie vert-doré. Cette graphie, avec un trait d'union entre vert et doré, se retrouve dans l'ouvrage de Godart, mais dans sa table alphabétique.

3. Dans d'autres langues :

G.B : Burnished Brass.

D : Messingeule.

Nederland : Koperuil

 

Anecdote : Georges Sand écrivait : La plusie argentée voltige autour des fenêtres d'où s'échappe un rayon de lumière, Rev. des Deux-Mondes, 15 août, 1868, p. 784. Cette précision entomologique, rare dans la littérature, se comprend mieux quand on sait que le fils de la romancière, Maurice Sand (le baron Maurice Dudevant) est un entomologiste chevronné auteur d'un Catalogue raisonné des lépidoptères du Berry & de l’Auvergne (Paris, E. Deyrolle 1879. Néanmoins, si le terme "plusie" est juste, l'espèce "plusie argentée" n'existe pas, et Georges sand aura confondu l'or et l'argent.

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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 00:08

 

 

Zoonymie de la Noctuelle de la Patience Acronicta rumicis.

 

Elle n'est pas difficile, Acronicta rumicis ! Son nom français, comme son épithète rumicis indique qu'elle sait se contenter de la Patience sauvage, Rumex obtusifolius , et cette plante modeste qui se développe "sur les terres agricoles régulièrement engraissées de purin " ( Guide Nathan papillon de H Bellman) et les "prairies occasionnellement inondées" n'est pas rare en Bretagne. Mais elle goûte aussi à la Ronce frutescente, au Plantain lancéolé, au Pissenlit dent-de-lion, à l'Euphorbe petit-cyprès ou à la Centaurée jacée, quand elle ne s'attaque pas à la Bruyère commune ou au saule marsault.

 

    Son nom latin d'Acronicta  (Ochsenheimer, 1816) vient du grec akronux, le crépuscule. On la rencontre encore sous le nom de genre Viminia, actuellement considéré comme synonyme non valide d'Acronicta.

  Son nom vernaculaire de Noctuelle de la Patience a été donné par Guillaume-Antoine Olivier dans l' Encyclopédie Méthodique, mais notre médecin toulonnais n'a pas eu besoin de beaucoup d'imagination pour traduire mot à mot le Phalaena Noctua rumicis qu'il trouvait à la page 516 du Systema Naturae de 1758 de Linné.

    La postérité a pourtant retenu son "invention" face à celle de Charles de Geer qui avait créé le zoonyme de "Phalène cendrée noirâtre" (Mémoires pour servir à l'histoire des insectes, tome I p. 185 et Tome II p. 41) repris par Jacques Louis Engramelle sous la forme " La Cendrée noirâtre" dans le tome VI de Papillons d'Europe en 1788, p. 15 n° 288.

  La postérité, ce fut donc Jean-Baptiste Godart et Philogène Auguste Joseph Duponchel qui reprirent le nom de Noctuelle de la Patience dans le tome 6 de leur Histoire Naturelle des Lépidoptères  de 1826 (p. 241, n° 331).

 

 

 

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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 00:06

    Histoire des noms (zoonymie) de mes papillons du Finistère IV. 

 

   Drepanidae, Lymantridae, Lasiocampidae, Arctiidae, Crambidae, Pyralidae.

 

 

• Drepanidae

   -Drepaninae:

                       Cilix glaucata

 

• Lymantridae

                 Euproctis chrysorrhea

                    Euproctis similis

                    Lymantria monacha

 

• Lasiocampidae

                     Euthrix potatoria

                     Lasiocampa trifolii

                     Trichiura crataegi

• Arctiidae

   -Lithosiinae

                       Miltochrista miniata

                       Eilema depressa

                       Eilema complana

                       Lithosia quadra

   - Arctiinae

                       Coscinia cibraria

                       Euplagia quadripunctaria

                       Spilosoma lubricipeda

                       Tyria jacobaeae

                       Diacrisia sannio

                       Epicallia villica

• Crambidae

   - Pyraustinae

                       Pyrausta purpuralis

                       Eurrypara hortulata.

                       Udea ferrugalis

 • Pyralidae

  - Pyralinae

                       Synaphe punctalis

 

DREPANIDAE

 

   Drepaninae :

 

      La Petite épine, Cilix glaucata (Scopoli, 1763) the Chinese Character.

 

Envergure : 18-22 mm,

Vole en deux générations en mai-juin puis en août ,

Alors que dans la famille des Drepanidae les chenilles échappent aux prédateurs en prenant l'aspect de'excrément d'oiseaux, ici c'est l'imago qui adopte cette stratégie et, par son aspect blanchâtre parcouru de veinage noir, ressemble à une fiente tombée du ciel sur une feuille. Mais cet aspect rebutant n'est qu'apparent, et à le considérer de près, Cilix glaucata ressemble plutôt à une porcelaine de Chine décorée d'une élégante calligraphie.

PHL : Prunellier, aubépine.

 

Zoonymie:

Cilix, Leach, 1815 in Brewster, Endinburg Encycl. 9 : 135. Cilix est  fils du roi de Phénicie Agenor et donc rien de moins que le frère de Phenix, Phynée, Cadmos, et Europe. Après que celle-ci ait réussi à se faire enlever par Zeus à force d'aller se baigner en petite tenue, son frère Cilix, soit-disant pour aller à sa recherche, partit à l'aventure et se fixa en Anatolie dans un beau pays arrosé par le fleuve Pyramos, qu'il s'appropria en le baptisant  la Cilicie. Et si tout le monde faisait pareil?

glaucata : de glaucus, bleu-gris

• nom vernaculaire La petite épine :

-  sans nom,Engramelle : suppl. pl IX fig 280 a,b,c.

- La Verdâtre, (phalena glaucata) Charles de Villers, Entomologie linnéenne, tome 2 p. 364, 1796. 

-  Platypteryx Petite Épine, Jean-Baptiste Godart, Hist. Nat. Lépidoptères Tome 4 (2)  p. 94 n°63, 1829  qui donne l'origine du nom : " Les supérieures, dont le sommet n'est nullement arqué, sont blanches en-dessus, avec une double rangée de lunules d'un gris bleuâtre qui longe le bord terminal, et une tache brune au milieu du bord interne, laquelle est bordée de fauve et surmontée d'une autre tache grise qui s'avance d'une manière oblique jusqu'au milieu de l'aile.Sur cette dernère tache on distingue les nervures qui ressortent en blanc et forment par leur disposition une petite branche épineuse ; d'où vient le nom de spinula (petite épine) donné à cette espèce."

   En effet l'épithète spinula a été utilisé plutôt que celui de glaucata par Hübner, Esper, Ochsenheimer, etc...

  Il se trouve que la plante-hôte de la chenille est le prunellier, prunus spinosa, l'Épine noire, alors qu'on nommait jadis petite-èpine ou épinette divers buissons épineux, aubépine, èpine-vinette,...

-

 

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LYMANTRIDAE

 

Le Bombyx Cul-brun Euproctis chrysorrhea

 

Zoonymie :

  • Euproctis

  • chrysorrhea: " de chrysos, "or" et rheo, "couler", parce que l'anus de ce lépidoptère est garni de poils ferrugineux qui, chez la femelle, se détachent et coulent, pour ainsi dire, avec les oeufs. (Godart, p. 273)

  • nom vernaculaire :

- La Phalène blanche à cul brun, Etienne-Louis Geoffroy, 1767 Hist. abr. ins. 2 p. 117 n° 20

- La Phalène blanche à cul brun, chenille à oreilles la Commune Jacques Louis Engramelle, 1779 Papillons d'Europe, tome 4, p. 95 pl. 135 n° 182.

- L' Arctie chrysorrhoe, Pierre-André Latreille, 1816 Nouv. Dict. Hist. Nat, 2, p. 444.

- L' Arctie Queue d' or, Pierre-André Latreille,1817  in : Le Règne animal par Cuvier tome 3, p. 569.

- Le Bombyx Cul-brun, Jean- Baptiste Godart, 1822 Hist. Nat. Lépidoptères, tome 4, p. 273 n° 80

 

 

 

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 Le Bombyx Cul-doré Euproctis similis;

 

Zoonymie:

  • Euproctis: cf supra

  • similis : semblable;

  • nom vernaculaire :

- La phalène blanche à cul jaune, chenille à oreilles du poirier, Jacques Louis Engramelle, 1779, Papillons d'Europe, p. 100, pl 136 n° 183.

- Arctie cul-doré, Pierre-André Latreille, 1816, Nouv. Dict. Hist. Nat. 2, p. 444. 

- Bombyx  Cul-doré, Jean-Baptiste Godart, 1822, Hist. Nat. Lépidoptères tome 4, p. 276 n° 81.

 

 

Le Bombyx Cul-noir, la Nonne, Lymantria monacha  (Linnaeus, 1758) Black Arches.

 

 

 

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LASIOCAMPIDAE

 

     La Buveuse, Euthrix potatoria (Linnaeus, 1758) the Drinker ( syn : Philudoria potatoria).

 

  Zoonymie:

Euthrix :Meigen, 1830 du grec eu-, bon, bien, et thrix, les cheveux : en raison de la belle toison dont est dotée ce papillon.

potatoria  Linné, 1758, pour, selon Emmet, l'habitude qu'a la chenille de boire l'eau de pluie ou la rosée. Voir infra.

• nom vernaculaire:

-La Buveuse, Chenille du Gramen Engramelle, 1786  Papillons d' Europe, tome 5, pl. 172 n°223. Il cite le potatoria de Linné, notre nom français est donc second par rapport au nom scientifique.

- Bombyx buveur, Godart, Hist. Nat. Lépidoptères tome 7 (2) p. 92 n° 17. Celui-ci écrit : "Godaert  [ Métamorphoses naturelles,  tome 1, page 39 Expérience XII, La Haye, 1700, 3 vol. petit in-8°.] a donné à la chenille de ce bombyx le nom de Buveuse, parce qu'il prétend avoir remarqué qu'elle est sujette à boire, et que lorsqu'elle boit, elle reprend haleine en levant la tête en haut, pour faire plus facilement dévaler  l'eau, ni plus ni moins que les poules qui après avoir bu, ne manquent jamais d'élever la tête vers le ciel." 

 

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  Le Bombyx du trèfle, lasiocampa trifolii ([Denis & Schiffermüller], 1775) , Grass Eggar.

Envergure : 40 à 55 mm

Vole d' août à septembre.

PHL: grande variété de plantes basses

Zoonymie :

  • Lasiocampa Schrank, 1802 : du grec lasios, "chevelu" et kampa, "la larve".

 • trifolii : du trèfle. Mais la chenille est polyphage.

 • nom vernaculaire : le Bombyx du trèfle, Jean-Baptiste Godart, 1822, Hist. Nat. Lépidoptères tome 4 p. 9 n° 19. Il cite en référence le zoonyme créé par Jacques Louis Engramelle en 1779 (Papillons d'Europe vol. 4, pl 176, n°226, p. 13) : "Le Petit Minime à Bande", que la postérité n'a pas retenu.

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Le Bombyx de l' aubépine, Trichiura crataegi  (Linnaeus, 1758)  the Pale Eggar.

Envergure : 25-30mm

Vole en août-septembre;

PHL : nombreux arbres et arbustes.

Zoonymie:

   • Trichiura crataegi Stephens, 1828 : du grec trix, trikhos, "le cheveu, le poil" et oura, "la queue" (comme dans ouraboros, le serpent qui se mord la queue, ou dans urodéle, pagure, graphiure...) : en raison de l' épaisse touffe anale de cette espèce.

   • crataegi : du nom scientifique de l'aubépine, l'une des plantes hôtes et la seule signalée par Linné, Systema Naturae 1758 p. 502 n° 30 sous le protonyme de Phalaena Bombyx crataegi.

   • nom vernaculaire :

- Phalène à  queue fourchue : Charles de Geer, Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes 1752-1778 tome I, p. 193 & tome II(1) p. 300.

- La Queue Fourchue, chenille de l'aubépine, 1786, Jacques Louis Engramelle, p. 34 n° 235, avec ce commentaire : " De Geer les a nommées Phalènes à queue fourchue parce qu'effectivement dans le mâle les longs poils qui couvrent l'extrémité de son corps forment deux espèces de pinceaux.

- Le Bombyx de l'aubépine, 1822, Jean-Baptiste Godart, Hist. Nat. Lépidoptères vol 4 p. 122 n° 27.

- La Hausse-Queue Fourchue, 1866, Alfred Constant, Cat. Lépid. Saône-et-Loire p. 114.

 

Observée le 20 septembre à Crozon

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    Où on voit la queue fourchue...

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  ARCTIDAE.

 

Lithosinae :

 

L' Ecaille rosette, Miltochrista miniata  (Forster, 1771) the Rosy Footman, Rosen-Flechtenbärchen.

 

Envergure : 23-27mm.

Vole de juillet à août.

PHL : lichens des arbres.

 

Zoonymie

  • Miltochrista Hübner, 1819 : Verz. Beb. Schmett. (11) : 166 : Miltochristen, Miltochristae Le terme est construit sur le grec miltos, " terre rouge" et khristos , "oint, sacré", et se rapporte directement à l'espèce M. miniata, la seule que Hübner incluait dans ce genre, et qui se nommait alors Noctua rubicunda (Denis & Schiffermüller) ou Bombyx rosea (Fabricius).

• Miniata , Forster, 1771 , Nova Species insectorum : 75 sous le protonyme Phalaena miniata. . Il dérive du latin minius, a, um : "d'un rouge vermeil, éclatant" lié au nom commun minium, i : "minium, vermillon, cinabre", pour qualifier la coloration de ce papillon.

• nom vernaculaire:

-La Rosette, Geoffroy 1765, Hist. Ins. Paris, tome 2, p. 121  n° 25.

- La Rosette, la chenille des lichens des arbres, Engramelle, 1788 Papillons d'Europe, tome 6, p.50 n°310.

- Le Bombix (sic)  Rosette, 1790,  Olivier, Enc. Meth. p.102 n° 263.

- Callimorphe Rosette, Jean-Baptiste Godart, Hist. Nat. Lépidoptères tome 4 p. 383 n° 121

 

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La Lithosie ocre ou Lithosie déprimée Eilema depressa  (Esper, 1787) the Buff Footman, Nadelwald-Flechtenbärchen. 

    PHL : lichens et algues des arbres.

 

Zoonymie:

Eilema Hübner, 1819 , tiré du grec eilema, "un voile" , pour la façon qu'adoptent beaucoup d'espèces de ce genre d'enrouler leurs ailes comme un rouleau de tissu.

• depressa : déprimée au sens d'aplatie

• Nom vernaculaire:

- Lithosie : " du grec Xiôosguoç, "qui se fixe ou s'attache sur les pierres" parce qu'on en a trouvé sur des pierres couvertes de lichen ", nous dit Constant Dumeril dans Entomologie analytique, 2 : 1150, 1860. Le vocable français découle du lithosia de Fabricius, 1798 et a été introduit par P.A Latreille en 1810 comme nom de genre.

 

 

 

 

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La Lithosie aplatie ou Manteau à tête jaune Eilema complana  (Linnaeus, 1758) Scarce Footman

 

Zoonymie:

  •complana : du latin complano, niveler, mettre à plat

  •nom vernaculaire:

 - Le manteau à tête jaune, Etienne-Louis Geoffroy, 1764, Hist. abr. ins. 2, p. 191 n° 21

- Chenille du peuplier, le manteau à tête jaune, J. L. Engramelle, 1786  Papillons d'Europe, tome V  p. 37 n° 301

 

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La Lithosie quadrille, La jaune à qautre points Lithosia quadra (Linnaeus, 1758)  the Four-spotted Footman.

Zoonymie :

   • Lithosia Fabricius, 1798 : du grec lithos, la pierre, pour renvoyer aux chenilles qui se nourrissent souvent des lichens et que l'on trouve ainsi sur les roches.

   • quadra : Linné, Systema Naturae 1758 p. 511 n°84 : P. Noctua sticornis laevis, alis depressis luteis : superioribus punctis duobus atris. La description des deux points noirs sur chaque aile antérieure, et le choix du chiffre quatre pour nommer cette espèce, devait apparaître évidente pour des entomologistes qui examinaient plus souvent des spécimens de collection aux quatre ailes épinglées et aux points noirs aussi apparents que sur la face d'un dé à jouer, que pour nous qui ne voyons le plus souvent que trois points sur les papillons vivants.

   • noms vernaculaires :

- La Phalène jaune à quatre points , 1762, Etienne Louis Geoffroy, Hist. abr. ins. 2 p. 14 n° 84.

- La Jaune à quatre points, 1788, Jacques Louis Engramelle, Papillons d'Europe volume VI p. 31 n° 298.

- La Lithosie quadrille, 1824, Jean-Baptiste Godart Hist. Nat. Lépidoptères, volume V p. 13 n° 131.

 

  Crozon, 1er octobre 2011 : la femelle

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 Le mâle ; Plouzané, 5 octobre 2011 :

 

 

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Arctiinae:

 

Le Crible, Coscinia cribraria  (Linnaeus, 1758)  Speckled Footman

 

  Envergure 30-35mm

Vole de juillet à août

PHL : plantes herbacèes, Genista, Erica, Plantago,...

 

Zoonymie :

  • Coscinia Hübner, 1819 : du grec koskinon, "un crible", un tamis : en raison du motif des ailes parsemées de points noirs comme les petits trous d'une passoire.

  • cribraria : "criblé" du latin cribrarius, a, um : "passer au crible". Linné le décrit sous le protonyme Phalaena bombyx cribraria page 507, n°52 du Systema Naturae avec la description "  alis incambentibus : superioribus albis, transverse nigro punctatis".

   • nom vernaculaire

- Le Manteau à points : 1767, Geoffroy, Hist. abr. ins. tome 2, p. 190 n° 21.

- Le Crible : 1779, J.L. Engramelle, Papillons d'Europe, p. 47 n° 308.

- Lithosie Crible, 1824, J.B. Godart, Hist. Nat. Lépidoptères, tome 5 p. 26 n° 136.

 

 

 

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   Les Ecailles : zoonymie

Le nom d'Ecaille designe une ensemble de papillons de la sous-famille des arctiinae, mais appartenant à des genres différents. Un genre Ecaille / Chelonia a été fondé en 1822 par Godart, Hist. Nat. Lépidoptères 4 : 299 pour reprendre les Arcties de Latreille avec l'explication suivante : Chelonia est issu du mot grec qui signifie "écaille de tortue", "parce que les ailes de la plupart de ces nocturnes est tachée comme l'écaille des tortues. Arctie vient du grec arctos, "ourse", parce que les chenilles des espèces de ce genre sont très velues. M. Latreille adopte maintenant aussi la dénomination générique d'écaille. Elle est en effet beaucoup plus usité parmi nous, et a d'ailleurs  l'avantage d'être plus caractéristique et d'être de prononciation moins dure que le mot  arctie ".

   Mais  Godart n'est pas le créateur de ce mot, qui a été utilisé par Etienne Louis Geoffroy en 1762 dans son Histoire abrégée des insectes, 2, p. 105, sans l'expliciter, pour nommer l'écaille mouchetée, puis les espèces suivantes, écaille marbrée, martre, couleur de rose.

  Godart semble le réserver aux arctiidés aux ailes tachées de points, alors qu'il nomme callimorphe les espèces zébrées, mais ces callimorphes  seront plus tard renommées écailles, sans souci d'appartenance générique ou de ressemblance à l'écaille des tortues.

  Godart, "Le Genre Ecaille" : 1: Ecaille fermière (Villica) femelle. 2 & 3 : E. pourprée (purpurea) mâle et femelle. 4 &5 : Roussette (ruscula) mâle et femelle.

   le-genre-ecaille-Godart-vol-4.jpg

 

 

  L' Écaille chinée, la Callimorphe Euplagia quadripunctaria (Poda, 1761) Jersey Tiger Moth.

Envergure : 42-52 mm

Vole en juillet et en août.

PHL : lamier, ortie, sauge des près, épilobe, framboisier, chévrefeuille.

Zoonymie :

    • Euplagia Hübner, 1820 : du grec eu-, "bon, beau", et plagios, "oblique", pour la belle obliquité des ailes.

   • quadripunctaria, "à quatre points", pour les deux points noirs qui apparaissent sur le fond rouge des ailes postérieures lorsque la callimorphe accepte de les dévoiler au photographe chanceux.

   • Callimorpha Latreille, 1809 : nom de genre synonyme d'où est issu le nom vernaculaire : du grec kallos, "beau", et morphe, "la forme", pour les belles formes de ces papillons.

   • noms vernaculaires:

- La phalène chinée : Etienne Louis Geoffroy, 1762, Hist. abr. ins. 2 : 145 n° 74.

  La phalène chinée : Jacques Louis Engramelle 1789, Pap. Europe , 4 : 126 n° 190.

  L'adjectif "chiné" n'est attesté, dans l' Encyclopédie, qu' en 1753, neuf ans avant son utilisation par Geoffroy, pour désigner des étoffes brodées à la manière des chinois en faisant alterner les couleurs sur le fil de chaîne pour faire apparaître un motif.

-Callimorphe Hera, Jean-Baptiste Godart, 1822, Hist. Nat. Lépidoptères 4 : 368 n° 96, qui reprend le Callimorpha Hera de Pierre André Latreille  ( gen. crust. et ins.) reprenant lui-même Phalaena hera de Linné, 1767.

 

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L' Ecaille tigrée, Ecaille de la menthe Spilosoma lubricipeda (Linnaeus, 1758) the White Ermine ou the Buff Ermine.

Envergure : 34-48 mm

Vole de mai à juillet.

PHL : diverses plantes herbacées ; Linné donne le chêne, l'atriplice, l'ortie, et beaucoup d'auteurs anciens, la menthe.

Zoonymie :

   • Spilosoma Curtis, 1825 ; du grec spilos, "le point", et soma, "le corps", en raison des points qui marquent l'abdomen des adultes.

   • lubricipeda  Linné, Systema Naturae 1758 p. 506 n° 47 sous le protonyme Phalaena bombyx lubricipeda. Duponchel donne l'origine : "de lubricus, "glissant, mobile" et pes, "pied", ainsi nommée par Goedart parce que sa chenille court avec beaucoup de vitesse", et Geoffroy disait aussi  " c'est ce qui a fait donner par d'autres celui de lievre". En effet, tant Geoffroy que Linné ont confondu, comme deux variétés de la même espèce, la Phalène-lièvre ( Engramelle, 1779) Spilosoma luteum (qui est jaunâtre, caractère qu'on attribuait aux mâles), et notre Ecaille tigrée.

   • noms vernaculaires :

- La Phalène-Tigre, 1762, Etienne Louis Geoffrroy, Hist. abr. ins. 2, p.118 n° n21. 

- La Phalène-Tigre, chenille de la menthe,, 1779, Jacques Louis Engramelle, Papillons d'Europe, vol.4, p. 161 n° 204, qui débrouille l' embrouillamini des auteurs précédents entre Ecaille lièvre, et mendiante.

- L' Ecaille de la menthe Chelonia menthastri, 1822, Jean-Baptiste Godart, Hist. Nat. Lépidoptères vol.4 p. 362 n° 114. Comme d'habitude, Godart ne retient pas les appellations imagées des prédecesseurs français, mais crée un nom binominal inspiré des noms scientifiques. Ici, il reprend l'épithète menthastri de Latreille (Arctia menthastri, gen. crust. et ins.), de Fabricius, Esper et Hübner (Bombyx menthastri).

- Notre appellation d'Ecaille tigrée semble récente, je la trouve utilisée en 1954 par C. Ferdinand, mais pas auparavant.

   Remarquons que les anglosaxons nomment tiger moths, ou tigers, les arctidés vivement colorés correspondant peu ou prou à nos écailles.

 

 

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L' Ecaille du Séneçon, l' écaille carmin, la Goutte de sang Tyria jacobaeae (Linnaeus, 1758) the Cinnabar.

 Envergure : 32-42 mm

Vole de mai à juillet

PHL : senecio jacobae, le séneçon.

Zoonymie :

   • Tyria Hübner, 1819 : selon A.E. Emmet, Tyria est un "grecisme" pour Tyrian. On trouve dans Wikipédia la donnée suivante :

Pourpre de Tyrian (Grec : πορφύρα, porphyra, latin : purpura), également connu sous le nom de le pourpre royal, colorant pourpre ou impérial impérial, est un colorant pourpre-rouge qui a été produit la première fois par les phéniciens antiques dans la ville du pneu.

   • jacobaea Linné, 1758, de la plante hôte nommée par Linné Jacobaea senecionis.

   • noms vernaculaires :

- La Phalène carmin du séneçon, 1762,Etienne Louis Geoffroy Hist. abr. ins. 2 : 146 n° 75. Le carmin est  un rouge vif extrait de la cochenille, quirmiz en arabe.

- Le Carmin, 1788, Jacques Louis Engramelle, Papillons d'Europe 6 :54 n° 312.

- La Callimorphe carmin,  1822, Jean-Baptiste Godart, Hist. Nat. Lépidoptères,4 : 377 n° 118.

- Je trouve le nom Ecaille du séneçon employé en 1888 par Maurice Maindron dans Les Papillons.

 L'emploi du zoonyme Goutte de sang semble très récent.

  Un regard outre-Manche pour signaler que le zoonyme anglo-saxon vient de cinnabaris, remède homéopathique et nom du sulfure rouge de mercure à la belle couleur

 

 

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L' Ecaille roussette, La Roussette, la Bordure ensanglantée Diacrisia sannio  (Linnaeus, 1758)  the Clouded Buff.

Envergure : 35-50 mm

Vole en juin et juillet.

PHL : bruyère,diverses plantes basses.

Zoonymie :

   • Diacrisia : Hübner, 1819 : du grec diakrisis, "séparation". D. sannio, la seule espèce du genre Diacrisia, est particulière par son dimorphisme sexuel marqué.

   • sannio : du latin sannio, onis : "bouffon, pitre, moqueur,". Le dimorphisme est tel que Linné a décrit deux espèces différentes, Bombyx Sannio ( p. 506) et Noctua russula, dont il subodore néanmoins la parenté puisqu'il écrit de cette Noctuelle rousse "qu'il serait facile de croire que les deux espèces ne différent que par le séxe tant elle ressemble au Bombyx Sannioni".

   • noms vernaculaires :

- La Bordure ensanglantée, 1762, Etienne Louis Geoffroy, Hist. abr. ins. 2 : 129 n° 39

- L' Ecaille à bordure ensanglantée, 1779, Jacques Louis Engramelle, Papillons d'Europe, 4 : 153 n° 201

- L' Ecaille roussette, 1822, Jean-Baptiste Godart, Hist. Nat. Lépidoptères 4 :343 n° 106 : Godart, ou Duponchel, ne font que reprendre le nom donné par Linné en traduisant Russula par Roussette.

 

 

 

 

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 l'Ecaille fermière, l'Ecaille villageoise, Epicallia villica (Linnaeus, 1758) ou Arctia villica (Oberthür, 1911)  the Cream-spot.

Envergure 45-60 mm

Vole de mai à juillet.

PHL :diveres plantes herbacées, genêt, chevrefeuille.

Zoonymie :

   • Epicallia :

   • villica :

   • nom vernaculaire :

- l'Ecaille marbrée 1762, Etienne Louis Geoffroy, Hist. abr. ins. 2 : 106 n° 7.

- l'Ecaille marbrée, 1779, Jacques Louis Engramelle, Papillons d'Europe, 4 : 138.

 Ce zoonyme désigne actuellement Callimorpha dominula, mais c'est bien E. villica que décrivent ces deux auteurs

- l'Ecaille fermière, chelonia villica, 1822 Jean-Baptiste Godart, Hist. Nat. Lépidotères, 4 : 336 n° 104. Celui-ci donne la description suivante : "Le dessus des premières ailes ets d'un noir foncé et velouté, avec huit taches blanches ou d'un blanc jaunâtre, disposées ainsi qu'il suit : 1,2,2,2,1. La tache de la base est toujours à peu-près en forme de coeur, et celle de l'extrémité est surmonté d'un ou de deux points de sa couleur." Ces taches sont pourtant très variables, permettant de décrire des sous-espèces comme la brittanica d'Oberthür aux taches jaune-pâles, ou l' angelica de Boisduval aux macules jaunes confluentes.

- Le nom d' Ecaille villageoise est d'usage récent. Comme Ecaille fermière, il traduit l'épithète scientifique de Linné villica, signifiant en latin "fermière, campagnarde".

 

 

 

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CRAMBIDAE

  Pyraustinae

 

La Pyrale pourpre Pyrausta purpuralis  (Linnaeus, 1758)

Envergure 20 mm

Vole en deux générations de mai à juin, et de juillet à août

PHL : menthe, thym

Zoonymie :

  • pyrausta ( Pallas, 1771) se rapporte aux "pyraustes" dont parle Aristote ( Historia animalis, livre V, chap. 19) et Pline l'Ancien ( Histoire Naturelle, livre I, chap. 42 : Ignum animal :Pyralis, sive pyraustes et livre XI, chap. 36) et dont le nom signifie "qui ne craint pas le feu" , qui, telles les salamandres, vivent dans le feu et meurent dès qu'ils s'en éloignent.

  On trouve ce nom dans La Chanson du Mal-aimè de Guillaume Apollinaire:

  

  

Les satyres et les pyraustes
Les égypans les feux follets
Et les destins damnés ou faustes
La corde au cou comme à Calais
Sur ma douleur quel holocauste

  

Douleur qui doubles les destins
La licorne et le capricorne
Mon âme et mon corps incertains
Te fuient ô bûcher divin qu' ornent
Des astres des fleurs du matin

   

    • purpuralis : pourpre. Décrit par Linné page 534 n° 233 sous le protonyme Phalaena Pyralis purpuralis

  • nom vernaculaire:

- Pyrale : voir infra

- Elle se nommait au XIXème siècle Botys pourpré

 

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La Pyrale de l'ortie Eurrhypara hortulata  ( Linnaeus, 1758) the Small Magpie.

Envergure : 24-28mm

Vole de juin à juillet.

PHL : orties, et autres plantes.

 

  Zoonymie

   • Eurrhypara Hübner, 1825 : des mots grecs eu-, "bon, bien" et rhuparos, dérivé de rhupos : "graisseux, gras", [et secondairement "sale, souillé, misérable"].  S'applique à l'aspect  lustré, bien ciré ou huilé des ailes.

  • nom de genre synonyme : anania

   • hortulata : je recopie Emmet, 1991 :  hortus, dim. hortulus, un jardin : Linné écrit dans sa description de 1758 (protonyme Phalaena geometra Hortulata p. 529 n° 195 ) "habitat in Urtica, hortis pomonae" ( vit sur l'ortie, dans les vergers de fruits) Linné le classe parmi les Géomètres, d'où la terminaison en -ata.

• nom vernaculaire :

- Pyrale : je copie Wikipédia, "Pyrale" ;  "Le radical pyr désigne le feu et une couleur rousse ou rougeâtre en grec.Les insectes du genre Pyrrhosoma sont également rouge vif. Ces papillons étaient réputés naître dans l'âtre, peut-être par ce qu'on les y retrouvait attirés par la lumière, ou qu'ils y passaient le jour à l'abri de la lumière solaire, ou que certaines espèces s'y échappaient de dessous les vieilles écorces des bûches, fagots ou foins qu'on jetait au feu."

- Le premier auteur qui a nommé cen français  est Etienne-Louis Geoffroy avec le zoonyme de Queue-jaune (Hist. abr. ins. tome 2, p. 136 n° 54.) e papillon

- Puis on trouve cette pyrale décrite sous le nom de La Phalène queue-jaune en 1817 ( G. Cuvier et P.A Latreille, Le régne animal, vol 2,p. 573), et, Pierre-André Latreille ayant créé le genre Botys, sous le nom de Botys queue-jaune en 1843 (Pierre Boitard, Nouv. man. compl. entom. vol 3 p. 246 ) ou de Botys de l'ortieou queue-jaune en 1863 ( Aristide Dupuis, Les Papillons, guide de l'amateur des lépidoptères, p. 186). Godart en 1823 utilise le terme de Botys de l'ortie (Hist. Nat. des Lépidoptères, tome I, p. 251), tout comme Emile Blanchard en 1868 ( Métamorphoses, p. 290).

- Le nom de Pyrale de l'ortie est donc récent, mentionné en 1988 dans "Sauvons les papillons", ed. Duculot de J. Blab et G. C. Luquet.

 

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 La Pyrale ferrugineuse Udea ferrugalis  (Hübner, 1796) Rusty Dot Pearl

Envergure : 18-22 mm

Vole de mai à décembre;

PHL : diverses plantes herbacées.

Zoonymie : 

Udea Guenée 1845 in Duponchel, Cat. méth. lépid. eur.  : 209 Il remplace les genres Botys de Treitschke et Godart, Scopula de Curtis et Margarita de Stephens et regroupe les papillons " à antennes simples dans les deux séxes, palpes aussi longs que la tête, droits, sans articles distincts, et s'allongeant en pointe aigue. Trompe grêle. Abdomen obconique. Ailes supérieures étroites, et dont l'angle apical est assez aigu. elles sont marquées de deux taches ordinaires, comme celles des noctuélites." Type : P. ferrugalis.

  Il existe un adjectif latin udus, a, um : "mouillé, arrosé".

ferrugalis : issu du nom latin ferrugo, inis, "la rouille", pour la couleur des ailes et de leurs taches.

   • noms vernaculaires :

- Botys ferrugineux, Duponchel in Godart, Hist. nat. Lépid. Fr. 8(2) : 138 n° 1003 pl. 218 fig. 7.

- Les auteurs français le désignent ensuite sous le nom scientifique de Scopula ferrugalis : Hippolyte Lucas en 1849 dans Hist. nat. anim. artic. in Exploration de l'Algèrie, ou Guenée en 1851 dans Boisduval et Guenée  Hist. nat. ins. 7 :398 n° 515.

- la Pyrale ferrugineuse : semble la reprise récente d'un nom vulgaire.

  PYRALIDAE

 

Pyralinae

 

Synaphe punctalis (Fabricius, 1775)

Envergure : 22-27 mm

Vole de juin à août

PHL : mousses

Zoonymie :

   • Synaphe, Hübner, 1825 : du grec sunaphe, "union" ; en musique antique, le synaphe désigne la conjonction de deux tétracordes. En botanique, le nom de synaphe rigida est un synonyme de catapodium rigidum, le Paturin-duret. A.E. Emmet n'explique pas l'emploi de ce nom par Hübner, mais cite Mc Leod : " peut-être de l'union partielle de quelques veines des ailes postérieures".

   •  punctalis : désignerait le prtit point blanc-jaunâtre sur la cote de l'aile antèrieure.

   • nom vernaculaire : ce papillon paraît-il trop vil pour qu'un nom de notre langue lui soit attribué ? Il ne dispose pas non plus de nom en anglais.

- La Clédéobie étroite : c'est pourtant le nom que Duponchel lui donna en 1831 dans Godart, Hist. Nat. Lépidoptères volume 8 (2), se contentant de reprendre le genre Cledeobia créé par Stephens pour grouper des espèces "aux palpes courbes et inclinées vers la terre, aux ailes oblongues", et en y ajoutant l'épithète "étroite", traduction de l'angustifolia de Treischke (Pyralis angustifolia). L'espèce reçu également les noms de Pyralis curtalis (Illig.), Phalaena erigalis (Fabricius), P. curtalis (Fab), crambus eigatus (Fab.), Cledeobia angustifolia (Curtis), qui a servi de type à Stephens pour le genre cledeobia.

   Le nom cledeobia est issu du grec kledos, "haie, cloture" et bios, "vie".

 

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Published by jean-yves cordier
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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 00:04

Histoire des noms (zoonymie) des papillons de nuit du Finistére III : Géomètres.

 

Rappel : il s'agit des papillons de nuit observés à Crozon et à Plouzané entre juillet et septembre (octobre) 2011 , sur les murs éclairés par les lampes extérieures. Les identifications ont été supervisées par Maël Garrin.

 

• Geometridae

   - Ennominae

                      Selenia dentaria

                      Abraxas grossularia

                      Lomaspilis marginata

                      Ematurga atomaria

                      Crocallis elinguaria

                      Colotois pennaria

                      Biston betularia

                      Macaria notata (ou : alternata)

                      Menophra abruptaria

                      Peribatodes rhomboidaria

                      Campaea margaritata 

                      Opisthograptis luteolata

                     

  - Larentiinae :

                       Rheumaptera undulata

                       Euphyia biangulata

                       Epirrhoe galiata  (errata)

                       Cosmorhoe ocellata

                       Xanthorhoe fluctuata

                       Xanthorhoe ferrugata

                       Hydriomena furcata

                       Chloroclysta siderata/ sp

                       Chloroclystis v-ata

                       Thera cupressata

                       Epirrita sp.

    - Sterrhinae :

                        Idaea aversata

                        Idaea rusticata

                        Scopula imitaria

                        Scopula marginepunctata

                        Rhodometra sacraria

 

 GEOMETRIDAE

 

 

Ennominae



 L' Ennomos illunaire Selenia dentaria  (Fabricius, 1775)  The Early Thorn.

Envergure :38-40mm

Vole en deux générations, d'avril à mai puis d'août à septembre.

Zoonymie :

•  Selenia Hübner, 1823 : de selene, la lune, pour les motifs blancs en croissant de lune des ailes. 

dentaria : pour le bord des ailes marqué d'indentation... ce que je ne comprends pas puisque le caractère distinctif de S. dentaria est l'absence (ou la modestie) de ces crénelures, bien plus prononcées sur l'aile postérieure de S. lunularia.

• Notre nom vernaculaire reprend celui du genre Ennomos Treitschke, 1825, qui vient du grec signifiant "dans la loi", "légal" : les papillons de ce genre respectent-ils à la lettre la régle établie par la classification de Treischke ?

  Le terme d'"illunaire " est également singulier. Une Noctuelle se nomme également Clytie illunaris, il ne s'agit pas d'un lapsus calami. Je trouve dans le dictionnaire latin en ligne  illūnĭus, a, um : qui n'est pas éclairé par la lune.

Cette signification paraît étrange pour un papillon de nuit, et je m'égare à suggerer de tenir compte de l'exemple des deux mots illuminatus, a, um : éclairé /  illuminus (de inluminus avec in privatif) : privé de lumière : l'illunaire serait un papillon "illuminé par la lune", avec un in-lunis où le -in ne serait pas privatif, mais inclusif.

Le volume 5 de l'histoire des papillons de Godart et Duponchel me détourne de cette idée fumeuse : concernant la noctuelle illunaire, ils signalent que Hübner a choisi ce terme parce qu'il n'a observé que des spécimens aux lunules éffacées. L' adjectif illunaire, avec un i privatif, s'applique aux croissants des ailes, ce qui devient parfaitement logique puisque S. dentaria est dépourvu d'une lunule de l'aile antérieure dont dispose S. Lunularia . Le nom illunaire s'explique en opposition avec celui de l'Ennomos lunaire, S. Lunularia.....Ouf.

 

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La Zérène du groseiller Abraxas grossulariata  (Linnaeus, 1758) The Magpie.

Envergure : 35-40mm

Vole en juillet-août.

Zoonymie:

 • Abraxas, Leach, 1815 :

  Abraxas est un démon, parfois représenté avec la tête d'un coq, le torse d'un homme et les pieds d'un dragon;

Formule magique et sacrée, Abraxas est, dans la Gnose grecque, le nom du dieu de l'année. Son origine est issue des sept premières lettres du nom de Dieu en hébreu, et fait référence aux sept planètes, aux sept archanges, aux sept péchés, aux sept jours, etc. Décomposées selon le système grec de numérotation, puis additionnées, les sept lettres du terme donne le nombre du cycle annuel, soit 365.
Il est donc le symbole de la totalité de la Création, du cosmos et de la Connaissance (gnosis).
Selon saint Jérôme, Abraxas correspondrait au nombre mystique et caché de Mithra, dont la somme des lettres, en grec (MEIOPAE), donne aussi 365.

Les Abraxas se présentent sous la forme d'intailles (pierres fines gravées en creux) ou de gemmes soit montées en bague, portée par les chrétiens gnostiques, puis par les maîtres du Temple qui l'utilisaient souvent comme contre-sceau, soit utilisées en sceaux. Ces pierres précieuses remontent au II siècle apr. J.-C., à une époque où vécut le célèbre philosophe gnostique Basilide d'Alexandrie dont la doctrine tenta de synthétiser les courants chrétien, égyptien, mithriaque, grec et celte.
Le mot de conjuration Abracadabra a la même source.

Grossularia mentionne la plante-hôte, le groseiller.

• Notre nom vernaculaire reprend le nom de genre Zérène attribué par Hübner, et utilisé actuellement,à des pierides d'Amérique du Nord, genre auquel l'Abraxas n'appartient donc pas... mais il appartenait à un genre Zérène de géometridés en vigueur au XIXème siècle, dont il était la seule espèce europèenne. Les autres étaient les Abraxas exotiques, remarquables par les taches jaunes et noires qui les faisaient ressembler à des panthères et des léopards (on comprend mieux le nom démoniaque d'Abraxas") et qui étaient nommés Tigrata, Panthararia, Jaguaria, Felinaria.

  Geoffroy le nommait Le Moucheté.

 

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La Bordure entrecoupée, la Marginée, Lomaspilis marginata (Linnaeus, 1758) the Clouded Border.

Envergure 30-38 mm

Vole de mai à juillet.

PHL : Peuplier (tremble), Saules.

Zoonymie :

   • Lomaspilis, Hübner, 1825 :du grec loma, "bord", et spilos, une "tache" , pour désigner la bordure maculée.

   • marginata, Linné, Systema Naturae 1758 p. 527 n° 182 : "phalaena geometra seticornis, alis omnibus albis : margine exteriore limbo fusco interrupto": seticorne ; toutes les ailes blanches, avec un bord extérieur brun , interrompu. Donc, aux ailes marginées.

   • noms vernaculaires :

- La Bordure entrecoupée, 1762, Etienne Louis Geoffroy qui traduit le latin de Linné. Hist. abr. ins. tome 2, p. 139 n° 60.

- La Marginée, 1789, Charles de Villers, Entomologie linnéenne II, p. 347 n° 533.

- La Phalène du Staphylier, 1789, Charles de Villers, Ent. linn. II p. 364 n° 570.

- La Phalène bordée, 1802, Charles Athanase Walckenaer, Hist. abr. ins. II, p. 306 n° 10.

- La Mélanippe marginée, 1830, Duponchel in Jean-Baptiste Godart, Hist. nat. Lépidoptères p. 279  n° 839

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La Phaléne picotée Ematurga atomaria  (Linnaeus, 1758)  the Common Heath.

Envergure : 22-30 mm

Vole de mai à août

PHL : bruyères (calluna, erica) et trèfles

Zoonymie :

   • Ematurga Lederer, 1853 : du grec ἦμαρ, ễmar, lui-même issu de l’indo-européen commun h₂eh₃mr̥. (copié-collé wikipédia), une forme archaïque, ou poétique, de hemera, le jour. Associé à -urga, de ergon, le travail, cela évoque les moeurs diurnes de ce "travailleur de jour" (A.E. Emmet, 1991).

   • atomaria : Linné, dans la description de 1758, Systema Naturae, p. 521 n° 140, écrit : Phalaena Geometra pectinicornis, alis  omnibus lutescentibus  : fasciis atomisque fuscis : "aux antennes pectinées, les ailes toutes boueuses (lutescentibus) ou souillées par des bandes et des corpuscules bruns" ( certes j'ai reçu le Paraclet, je parle le sancrit, le grec et le latin, mais ne prenez quand même pas mes essais pour parole d'évangile). Je me dis que ces atomes, ce sont ces petites taches brunes qui constellent la surface des ailes et que Geoffroy a nommé des "picots".

   • noms vernaculaires :

- La Rayure jaune picotée, 1762, Etienne Louis Geoffroy, Hist. Abr. ins. 2, p. 133 n° 50 . C'est plus clair en français, non?

- Les Atomes, 1789,Charles de Villers, Entomologie linnéenne II p. 305 n° 427.

- La Phalène panachée, piquée de jaune, à atomes gris 1775, de Geer, II, p. 353 pl.5 fig. 21.

- La Phaléne picotée, 1825, Guillaume Antoine Olivier Enc. meth. T 10 p. 75 n°6.

- La Fidonie picotée, 1829, Duponchel in Jean-Baptiste Godart, Hist. Nat. Lépidoptères tome 7 (2) p. 416. ( Duponchel reprend le genre Fidonia de Treischke).

 

 

 

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La Phalène de la Mancienne, la Crocalle aglosse, Crocallis elinguaria  (Linnaeus, 1758) The Scalloped Oak.

Envergure :32-41mm

Vole en juillet et août

 

Zoonymie

 • Crocallis, Treitschke, 1825 : in Ochsenheimer, Schmett. Eur. 5(2) : 431.

Georg Friedrich Treitschke (1766-1842) est cet entomologiste et musicien allemand qui a achevé le traité sur les papillons de Ferdinand Ochsenheimer. Poète, directeur de théatre, adaptateur d'opéras, il possédait certainement une culture étendue, mais la raison pour laquelle il s'en fut  chercher dans l'Histoire Naturelle de  Pline l'Ancien, Livre XXXVII, § LVI le nom d'une pierre précieuse, la Crocallis, pour l'attribuer à ce papillon restera sans-doute inaccessible à nos investigations. Pourquoi pas Cadmltis, ou Callaïs, Capnitis, Cappadocie, Callaïque, Catochitis, Catoptritis, Cépitis ou Cépolatitis, Céramitis, Cinédle,Céritis, Circos, Corsoïde, Coralloagathe, Corallis, Crateritis, Cytis, Chalcophone, Chélidoine, Chélonis, Chloritis, Choaspitis,ChrysoIampis. Chrvsopis, ou encore Cépionide ?

  Pline nous dit que la corallis ressemble à du minium, et se trouve dans l'Inde et à Syène, alors que la coralloagathe ressemble, elle, à du corail parsemé de gouttes d'or. Quand à la crocallis, " elle ressemble à une cerise".

Franchement, vous lui trouvez des allures de cerise, à  ce papillon?

  Plus finement peut-être, A. Maitland Emmet cherche l'étymologie du nom en le décomposant en crocos, le crocus, pour la couleur jaune des ailes, et kallos, "belle" : oh la belle jaune!

 

• elinguaria : l'attribution par Linné, sous le protonyme de Phalena elinguaria de cet épithète spècifique est plus facile à comprendre si on se réfère au latin elinguis, "dépourvu de langue", ce papillon étant doté d'une trompe dégénérée très bréve.

 

• nom vernaculaire 

  1-Le nom de Crocalle aglosse est la transposition du nom scientifique en passant par le mot grec qui signifie "langue" glossa et en l'associant au a- privatif. Il fut utilisé par de Villers ("l'Aglosse", Entomologie linnéenne TII,p.304 n°424) et par J.B. Godart (La Crocalle aglosse, Hist. Nat. Lépid. Papillons France, T. VII, 1829 p. 175, n°621, pl 146 n°3°)

2- Le nom Phalène de la Mancienne est utilisé par P.A Latreille en 1825 (Encycl. Meth ou Hist.Nat.:entomologie, 10 p.77) et en 1828 (Dict. classique d'hist.nat. tome 13 ). La mancienne est un autre nom de la viorne, arbuste de la famille des caprifoliacées, et Latreille écrit que la chenille "vit sur différents arbres, notamment sur  la mancienne ( viburnum lantana)".

 

 

 

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La Phalène emplumée, l'Himère plume Colotois pennata  (Linnaeus, 1761)  Feathered Thorn.

Envergure : 42-48 mm

Vole en octobre et novembre

PHL : diverses arbres et arbustes

Zoonymie :

   • Colotois Hübner, 1823 : genre monospécifique. Il existe un lézard de Ceyla nommé par les grecs kolotes, muni d'une double rangée de dents en forme de peigne : Kolotes-oide ?

   • pennaria Linné, 1761 : issu du latin penna, plume, cet épithète évoque les antennes du mâle, dont le caractère penniforme est spectaculairement développé.

   • noms vernaculaires:

- La Plume, 1789 : Charles de Villers, Entomologie linnéenne 2 : 297 n° 410.

- La Phaléne emplumée, 1825 : Latreille et Godart, Histoire Naturelle 10 : 94 n° 91.

- l'Himère plume, 1829 : Duponchel in Godart, Hist. nat. Lépid. Fr. 7(2) : 171 n° 620 pl. 146 1,2.



   Duponchel explicolotois pennaria godartque qu'il crée un genre à part, monospécifique, pour l'une des trois espèces que Treitschke avait placé dans son genre Crocallis, car ce Crocallis pennaria est trop différent de Crocallis elinguaria (voir supra) qui, comme son nom l'indique, est dépourvue de trompe alors que notre pennaria en possède une de belle taille ; en outre, les chenilles diffèrent.

   Il ne donne pas d'explication sur le choix de ce nom d'Himère. Himera est une ancienne citè grecque, fondée par les grecs de Messine (alors Xankle) à l'est de Palerme en Sicile. Elle sera confrontée à Carthage lors d'une bataille en 480 av. J.C, où elle remporte la victoire. On a retrouvé en 2009 une nécropole de 12.000 tombes de civils et de soldats, des maisons et des temples, qui pourrait dater de cette bataille. Himera est finalement détruite par les carthaginois en 409 av. J.C., et sa population massacrée.

Plouzané, 27 octobre 2011 : un mâle.

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La Phalène du bouleau, la Phalène poivrée, Biston betularia (Linnaeus, 1758) Peppered Moth.

Envergure : 35-60mm

Vole de mai à août

PHL: arbres et fleurs diverses, dont selon Linné le bouleau, l'orme et la rose.

 

Zoonymie

 

Biston, Leach, 1815 : Enycl. T. IX p. 134.

betularia : Linné, Syst. Nat. ed.10, p. 521 n°143, protonyme Phalena geometra betularia : "du bouleau" , l'une des plantes hôtes de la chenille.

• Phalène du bouleau : le terme est utilisé par les naturalistes français depuis la fin du XVIIIème siécle :première mention : 1789, Encycl. Meth. Hist. Nat. des insectes, C.J.Panckoucke, p. ccclxii, puis repris par Latreille, Lamarck (1803), Henry Milne-Edwards (1835).

• Phalène poivrée : son utilisation semble beaucoup plus récente,( mention en 1901 sur le net) sans-doute sous l'influence du terme anglosaxon de Peppered Moth et de l'étude du "mélanisme industriel du phalène du bouleau" autour des villes industrielles d'Angleterre. L'etymologie de bon-sens est d'attribuer ce terme à la couleur "poivre et sel" de cette phalène.

 

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La Philobie tachetée Macaria notata (Linnaeus, 1758) Peacock Moth

 

Envergure : 28-32 mm

Vole de mai à juin puis d'août à octobre ( j'ai donc affaire à un spécimen tardif)

PHL : Saule, Bouleau, Aulne, Chêne.

  Il est difficile de la distinguer de la Philobie alternée Macaria alternata ([ Denis & Schiffermüller], 1775)qui est censée être plus grise, avec une échancrure plus profonde et plus sombre, et qui porte quatre taches noires discales au lieu de cinq. Puisque je distingue ici cinq taches, j'ai optè pour M. notata. Mais cette espèce se distingue aussi par une ligne sombre continue sur le bord externe en amont des franges, qui est absente ici.

 

Zoonymie

• Macaria : le terme makaria signifie en grec ancien "bonheur", "béatitude". Macaria est dans la mythologie grecque la fille d'Hades et la déesse de la mort heureuse, ou la fille d'Heracles.

                  : le genre macaria a été créé par Curtis en 1826.

notata signifie "marqué", "écrit, tracé avec des lettres" ; le protonyme Phalena Geometra notata choisi par Linné page 523 de la dixième édition du systema Naturae s'accompagne de ce commentaire en page 524 : "... in salsia tertia sunt quatuor puncta aequaliter disposita inter se, quae stercora muscarum referunt " que je traduis par "quatre points équidistants qui ressemble à des crottes de mouche" !

• Philobie tachetée:

   Philobie était, selon les Panhélléniques d'Hégésippos, la femme d'un roi de Dardanus  nommé Persée. Elle nous est connue pour avoir aidée la jeune Laodicée, fille de Priam, à coucher avec le fils de Thésée, Acamas pendant la guerre de Troie. Celui-ci s'était rendu en négociation dans le camp troyen pour chercher à obtenir la restitution de la belle Hélène, et c'est cette entrevue qui avait rendue Laodicé folle de désir. Laodicé se confia à Philobie qui demanda à son mari d'inviter Acamas et de placer Laodicé dans son lit, la faisant passer pour une concubine royale :  c'est ainsi qu'elle parvint à faire l'amour avec l'ennemi de son père.

    Philobie est aussi le nom d'un genre de papillon créé par Jean-Baptiste Godart dans le tome 7 (2) de son Histoire Naturelle des lépidoptères consacrée aux Nocturnes, page 195 pour y placer sept espèces classées par Treischke parmi les Ennomos. Y figurent les Philobies alternée, éffacée, estimée, porte-coeur, jaune, signée et marquée, mais aucune philobie tachetée. Le grand savant n'a pas pris la peine de nous dire pourquoi il voulait honorer dame Philobie en lui dédiant sept papillons...

 

 

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   Ennominae, suite ; Tribu des Boarmies

 

   En 1829, Godart et Duponchel reprennaient le genre Boarmia de Treitschke pour définir leur genre Boarmie avec les caractères suivants : Antennes pectinées dans  les mâles tre pectinèes dans les femelles. Bord terminal dea ailes simple et entier. Corselet étroit et sqaumeux. Les quatre ailes également colorées et traversées par des lignes en zigzags sur un fond nébuleux. Frange des ailes plus ou moins festonnées. Palpe court et débordant à peine le chaperon. Trompe longue. Antennes des mâles terminées par un fil. Chenilles ressemblant à l'état de repos à des pédoncules ou queues de fruit. Ect... (Hist. Nat. Lépidoptères 7 (2) p. 327. Ils ajoutaient : " toutes les espèces qu'il renferme ont un tel air de famille qu' il suffit d'en connaître une pour avoir une idée des autres. Mais par cela même il est très difficile de les distinguer entre elles." Des erreurs d'identification sont là plus qu'ailleurs possibles. Ai-je confondu Peribatodes rhomboidaria et P. secundaria ? Comme mon propos est d'explorer l'origine des noms, ces erreurs seraient vénielles.

 

 

   La Boarmie pétrifiée Menophra abruptaria (Thunberg, 1792), Waved Umber.

Envergure : 36-42mm

Vole d' avril à août.

PHL : Troène, Lilas

 

Zoonymie

Menophra, Moore, 1887 : Lepid. Ceylon 3(4) : 409 : du grec mene, "la lune", et ophrus, "le sourcil" : cela se rapporterait à la série de croissants de la frange des ailes.

abruptaria Thunberg  1792 Diss. Ent. sistens Insecta Suecica (4) :59 pour la façon dont la zone brun rougeâtre qui s'étend de l'apex à la cellule discale s'interromp brutalement. (Emmet)

• nom vernaculaire : La Boarmie pétrifiée, Jean-Baptiste Godart, 1829 Hist. Nat. Lépidoptères tome VII (2), p.375 n° 683. Godart donne en référence Hübner ( Geometrica petrificata) et Treischke ( Acidalia petrificata), il s'est donc inspiré de ces prédecesseurs pour qualifier cette "boarmie" de "pétrifiée".

  Le nom boarmie provient d'un surnom d'Athena, "celle qui attelle les boeufs". Godart est le premier à utiliser le terme en langue française pour baptiser un genre de phalène, mais il reprend le "genus Boarmia" de Treitschke.

 

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   La Boarmie rhomboïdale, la Phalène à losanges, la chenille arpenteuse à losanges Peribatodes rhomboidaria  ([Denis & Schiffermüller] 1775) the Willow Beauty.

 

Envergure : 30-38mm

Vole de (avril-juin) juillet à septembre ; commune partout.

PHL :chenille polyphage sur toutes sortes d'arbres à feulles caduques.

Zoonymie :

Peribatodes Wehrli, 1943 : du grec peri, "rond" et batodes, " épineux, couvert d'épines" . A.E. Emmet ajoute : "peut-être à propos d'un habitat", mais l'habitat n'est vraiment pas spècifique de cette Boarmie. A l'occasion de la description  d'une nouvelle espèce de poisson en 2008, Araiocypris batodes, K. E. Conway donne l'étymologie suivante : "βατοδης (batodes), thorny, like a blackberry (βατομουρο)", épineux, comme une mûre.

  • rhomboidaria ([ Denis & Schiffermüller], 1775, protonyme Geometra rhomboidaria) : rhomboïdale, ( losangique)  qui qualifie la tache noire de la partie moyenne de l'aile antérieure (Spuler), "formée par le croisement des nervures médiane et postmédiane" (Emmet).

   • nom vernaculaire

- La Boarmie rhomboïdale 1829 Jean-Baptiste Godart & Duponchel , Hist. Nat. Lépidoptères p. 349 n° 673 tome 7 (2). Godart et Duponchel reprennent, comme d'habitude, le terme scientifique en l'adaptant en français : c'est le Boarmia rhomboidaria de Treitschke.

- Phalène à losanges : le nom est utilisé de nos jours pour désigner cette espèce, par exemple chez les viticulteurs pour la désigner comme ravageuse de la vigne dont elle creuse les bourgeons puis les feuilles.

  Au Moyen-Âge, ou dans le Livre de Kells, on trouve des représentations d'une phalène mangeant un losange (chrysalide) comme symbole chrystique ou de la ressurection-métamorphose, par exemple sous forme d'une broche portée par la Vierge. Mais cela n'a rien à voir avec notre boarmie.

 

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  Cette image est l'occasion de vérifier un caractère des antennes des mâles de Boarmie, " elles ne sont pectinées que jusqu'au quatre-cinquiémes de leur longueur à partir de la base, et filiformes pour le reste". (Godart et Duponchel, op.cité)

 

 

 

Le Céladon, la Perlée Campaea margaritata (Linnaeus, 1767) Light Emerald.

 

Envergure : 30-40 mm

Vole de juin à août et d'août à septembre.

PHL : diverses plantes.

Zoonymie:

Campaea , Lamarck 1816: le grec kampé signifie "la courbe, l'angulation" et a donné nos mots "jambe" et "hippocampe". En outre, le latin campe, es (issu du grec) signifie "chenille", et Emmet souligne le jeu de mot possible sur ces chenilles de géomètres qui se déplacent en se pliant et se dépliant.

margaritata : du latin margarita, "la perle", en raison de la couleur vert pâle trés lumineuse dse ailes. La terminaison -ata est ajoutée par Linné à tous les Géomètres.

• Nom vernaculaire :

- Le céladon, Etienne-Louis Geoffroy, 1767, Hist. abr. ins. 2, p. 137 n°57.

- La Perlèe, Charles  de Villers , Ent. linn. 2 p. 331 n° 498.

- Phalène gris de perle, Enc. Meth. tome X, p. 91 n° 19

- Métrocampe gris de perle, Jean-Baptiste Godart  1829, Hist. Nat. Lépidoptères vol. 7, p. 125 n° 605.

Emile Souvestre signale sa présence dans le département dans "Le Finistère en 1836" sous le nom de metrocampe gris de perle.

  

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  La citronelle rouillée Opisthograptis luteolata (Linnaeus, 1758), Brimstone Moth.

 

Envergure : 32-37 mm

Vole d' avril à Octobre.

PHL : diverses plantes

Zoonymie

   • Opisthograptis Hübner, 1823 : du grec opisthen, " au dos, derrière " et graptos, " peinte, inscrite" .

   • luteolata :  du latin  luteolus, "jaunâtre".

   • nom vernaculaire :

- Citronelle rouillée : un joli nom qui reprend à la fois l'épithète luteolata qui témoignait de la couleur jaune, et aussi indirectement le nom anglais, Brimstone (pierre de feu, le soufre) étant le nom anglais  de notre Citron. il reprend aussi le terme ferrugineis, "rouillé" de la decription des ailes par Linné : "anterioribus maculis costalibus tribus ferrugineis".

  On le doit à Étienne Louis Geoffroy 1762, Hist. abr. ins. 2 : 139 n° 59.

- Phalène de l'Alisier Charles de Villers, Ent. Linn 2 : 868 n°519;

- Phalène de l'épine, Walckenaer, Faune Paris 2 : 305 n°9

- Rumie de l'Alisier, Jean-Baptiste Godart Hist. Nat. Lépidoptères vol 7 (2) 1829 p. 119 n° 604.

 

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  Larentinae :

 

La Phalène ondulée Rheumaptera undulata  (Linnaeus, 1758), the Scallop Shell, Wellenspanner.

Syn : Hydria undulata.

Envergure : 25-30mm

Vole de juin à juillet.

PHL : Saule, Myrtille.

 

Zoonymie:

Rheumaptera Hübner 1822 (ou Hydria Hübner 1822, ou Calocalpe Hübner, 1825, ou Eulyppe, Hübner,1825...ou Melanippe Duponchel, 1829):

Le mot rheumaptera relie le mot grec rheuma, atos, flux de la mer, marée, courant (puis écoulement, catarrhe, d'où notre" rhumatisme") et le mot grec pteron, l'aile : pour traduire les ondes fluides imprimées en motif sur ses ailes.

undulata,Linné sous le protonyme Phalena Geometra undulata n° 164 de la dixième édition du Systema Naturae page 164, qui décrit "alis omnibus supra strigis convertissimis transversis undulatis fuscis" , "tout le dessus des ailes complètement balayé par des cannelures (strigis) d'ondulations brunes".

• Nom vernaculaire : 

- En 1796, Charles de Villers la nomme l'Ondulée : Entom. linn.T. II, p.338, n° 517.

- en 1825, Pierre André Latreille la nomme Phalène maillée (Enc. Meth. vol 10, p. 86 n°54 ) et remarque que la huitième ondulation est formée d'anneaux oblongs comme les mailles d'une chainette.

-En 1830, Jean-Baptiste Godart la rebaptise Larentie ondulée : Hist. Nat. Lépidoptères, T. 5 (1) p. 377 n° 877.

 

 

 

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La Cidarie-pivert Euphyia biangulata ( Haworth, 1809) Cloaked carpet.

Envergure : 25-30 mm

vole en deux générations en avril-mai et en juillet-août; (observée le 21 août à Plouzané). Fréquente la lisière des bois.

PHL : Stellaria, crataegus, prunus.

Zoonymie :

  • Euphyia Hübner, 1825. En grec, Euphuia,c'est "la bonne disposition naturelle " 'Aristote, Poétique , 22, 1459a), c'est aussi l'intelligence naturelle, l'esprit, les qualités d'un être bien fait, bien proportionné, gracieux. Thomas Tanner (1630-1682) a ainsi écrit en 1666 "Euphyia, or The acts and characters of a good nature". Pour un papillon, ce serait un hommage à l'harmonie de ses formes.

   • biangulata : s'oppose à E. unangulata , la Cidarie à bec, dont la ligne médiane forme un angle unique en son milieu, alors que celle de la Cidarie-pivert présente deux indentations.

  • Nom vernaculaire :

 - Hübner l'avait nommé Geometra picata. C'est Jean-Baptiste Godart, en 1830, dans le tome 8(1) de son Histoire Naturelle des Lépidoptères ou Papillons de France, page 329, lui donne le nom de Cidarie-pivert, en alléguant que : " Le nom de picata donné à cette espèce dérive probablement de Picus (pivert) : en effet, la couleur dominante de ses ailes supérieures est d'un vert olive foncé comme celle de cet oiseau".

  En réalitè, la forme latine picata est le participe passé de pico, enduire de poix, et signifie "poissé, enduit de poix", comme la bien mentionné A. Spuler. Le Pivert, ou pic-vert Oicus viridis n'y est pour rien.

 

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La Mélanthie du Caille-lait Epirrhoe galiata ([ Denis & Schiffermüller] 1775) Galium Carpet.

Envergure : 28 à 32 mm

Vole en juin-juillet, et en août-septembre.

PHL :gaillets

Zoonymie :

Epirrhoe : Hübner, 1825 : du grec epirrhoe, la rivière, à cause des ondulations de l'aile antérieure.

galiata : du gaillet.

• nom vernaculaire :

-La Mélanthie du Caille-lait, Jean-Baptiste Godart 1830, Hist. Nat. Lépidoptères tome 5(1) p. 268, n° 836.

- La Phalène du Caille-lait, Encycl. meth. fig. 80 n° 28.

  Le genre (et sans-doute le nom lui-même) de Mélanthie a été créé par Godart (ouvrage cité, p. 252) pour rassembler des espèces dont " le caractère principal est d'avoir la tête, le corselet et la base des ailes d'une couleur plus foncée que le reste ".

  Pas de photo, je ne donne que cette zoonymie, ayant cru observer cette espèce qui n'était qu'un Xanthorhoe ferrugata (infra).


 

   Le Lynx, la Phalène ocellée Cosmorhoe ocellata (Linnaeus, 1758) Purple Bar

Envergure : 20-25 mm

Vole en deux générations de mai à août

PHL : gaillets

Zoonymie:

   • cosmorhoe : Hübner 1825 , du grec cosmos, beau, bien agencé (comme dans cosmétique) et rhoe, écoulement.

   • ocellata: Linné, Syst.  Nat. 1758 p. 527 n° 183 sous le protonyme Phalaena Geometra ocellata et avec la description : " anticis fasciis duabus fuicescentibus maculaque apicis ocellari didyma", avec la terminaison -ata qu'il ajoute à ses géomètres.

   • nom vernaculaire:

- L' Oculéé (G. Ocellata), de Villers 1789 Entomologie linnéenne 2 : 348 ; La Découpée (G. fasciata), de Villers id. 2 : 364.

- Le Lynx (Ph. ocellata), Charles de Villers, 1789 Entomologie linnéenne 2 : 373 n° 598

- La Phalène ocellée, Pierre-André Latreille, Enc. Meth. vol 117 t.10 p. 79 n°24.

- La Mélanthie ocellée, Jean-Baptiste Godart 1830, Hist. Nat. Lépidoptères t.8 (1) p. 271 n° 837.

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La Phalène ondée, l'Incertaine, Xanthorhoe fluctuata  (Linnaeus, 1758)  the Garden Carpet.

 Envergure :27-31 mm

Vole d'avril à octobre.

PHL : crucifères.

Zoonymie :

   • Xanthorhoe : Hübner, 1825 : du grec xanthos, "jaune", et rhoe, " un courant, un écoulement". Ce nom se justifie par les lignes jaunes réparties comme des ondulations sur les ailes antérieures de quelques espèces de ce genre.

   • fluctuata  Linné, Systema Naturae 1758 p. 527 n° 185. Du latin fluctus, "vague, flots, houle" en raison des ondulations en "ripple marks " ou semblables aux trains de vague sur les flots, qui sont imprimées sur les ailes. La terminaison -ata y est accolé comme pour tous les géomètres de Linné.

   • noms vernaculaires :

-L' incertaine, 1789, Charles de Villers, entomologie linnéenne 2 :348 n° 355. Comment comprendre ce nom, pour une espèce si constante, si commune, si facile d'identification ? Je suggére ici que de Villers, fidéle linnéen s'il en fut, a voulu traduire scrupuleusement le fluctuata de son Maître suédois. Il a pris son dictionnaire et y a trouvé :Fluctuatus, a um : part. passé de fluctuo : 1 - qui a flotté (qu'il écarte car cela ne s'applique pas à un papillon) et 2- qui varie, qui ne reste pas fixe. S'il va lire , comme moi dans le dictionnaire latin-français en ligne de Hassid et Woitrain, la définition du verbe fluctuo, il trouve, en cinquième sens, "être irrésolu, incertain". Il traduit fluctuata, forme féminine, par "l'incertaine", en toute logique. Godart, le proviseur, aurait donné 20/20 à cette version.

- L' Incertaine, Jacques Louis Engramelle, Papillons d'Europe, tome VII p. 10 n° 406 : est-ce notre espèce? Godart  la considère comme sa Noctuelle flatteuse, Noctua Blanda.

- La Phalène ondée, 1825, Latreille et Godart, Encycl. meth. vol. 10 p. 80 n° 29.

- La Mélanthie ondée, 1830, Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères t. 8 p. 267 n° 835 : " La fluctuata est l'une des phalènes les plus communes : on la rencontre partout, à la ville comme à la campagne, et prsque pendant toute l'année. elle se tient pendant le jour sur les haies, les murs, les palissades, les troncs d'arbres etc..., portant les ailes étalées. "

 

 

 

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   La Rouillée Xanthorhoe ferrugata (Clerck, 1759) the Dark-barred Twin-spot.

 Envergure : 18-22mm

Vole de mai à juin puis en août

PHL : diverses plantes basses

Zoonymie : 

   • Xanthorhoe : cf supra

   • ferrugata : du latin ferrugo, de couleur rouillée, pour qualifier la bande médiane.

   • nom vernaculaire :

- La Rouillée, 1789, Charles de Villers, Entomologie linnéenne tome II p. 359 n° 559.

- l'Eubolie rouillée, 1830, Duponchel in Godart, Hist. nat. Lépid. Fr 8(1) : 181 n° 702.

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La Larentie lavée Hydriomena furcata ( Thunberg, 1784) the July Highflyer.

Envergure : 28-32 mm

Vole de mai à août.

PHL : polyphage : aulne, bouleau, saule, noisetier, prunier, hètre, rosier, myrtille.

Zoonymie :

   • hydriomena Hübner, 1825 : du grec hudria, "vase à eau", et meno, "rester".

   • furcata Thunberg, 1784 : "fourchue", car les marques noires des ailes antèrieures forment par endroit des fourches.

   • Nom vernaculaire :

-Larentie lavée : Jean-Baptiste Godart 1830, hist. Nat. Lépidoptères, vol  p. 426 n° 899 (larentia elutata) pl 200, fig 1, 2. On y lit : "Ce qui caractérise principalement  cette espèce, et sert à la distinguer de l'impluviata, qui en est très voisine,c'est une tache blanche placée au milieu de la bande qui longe le bord terminal".

   Le nom générique Larentie, créé par Godart, dérive du genre Larentia de Treitschke.

   L' adjectif "lavée" est simplement la traduction du latin elutata (si on en retranche la terminaison -ta ou -ata qui ne sert qu'à caractériser  depuis Linné les Géomètres) ; eluta est le participe passè du verbe eluo, et signifie lavé, trempé, délayé, purifié. cet épithète elutata est utilisé par Hübner et par Treitschke, mais j'ignore la raison de ce choix, même si le nom générique et les épithètes elutata et impluviata baignent tous les trois dans les mêmes eaux. La Larentie lavée est une espèce qui affectionne les endroits humides.

 

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La Cidarie roussâtre Chloroclysta truncata (Hufnagel, 1767)  the Common Marbled Carpet.

  Cette espèce ne pouvant être distinguée de C. citrata que par le dessin de l'envers des ailes, jeme contente de présumer l'identification ; mais  Chloroclysta citrata (Linnaeus, 1761) , ou Cidarie de la myrtille, présente en Bretagne, est signalée par R. Robineau comme "observée surtout en montagne" (Delachaux & Niéstlé).

Envergure : 24-30 mm

Vole en mai-juin puis d'août à novembre.

PHL : polyphage, diverses plantes

Zoonymie :

   • Chloroclysta Hübner, 1825 : du grec khloros, vert-jaune, et kluzo, "laver" / κλυστήρ klustêr, "lavement" ( d'où notre "clystère") en raison du fond verdâtre des ailes, qui fluctue selon la lumière.

   • truncata , "tronquée", ce qui qualifie selon A.Emmet la nervure médiane qui se termine brusquement dans la cellule discale.

   • nom vernaculaire :

- La Cidarie roussâtre, 1830, Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères 8(1) : 324 n° 357.

 

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   L' Eupithécie couronnée Chloroclystis v-ata (Haworth, 1809)  the V-Plug.

Envergure : 14-19 mm

Vole en deux générations d"avril à septembre. puis hiverne à l'état nymphal dans le sol.

PHL : sureau, groseilliers, diverses herbacées.

Zoonymie :

  • Chloroclystis, Hübner, 1825. Du grec khloros, "vert pâle", et kluzo, "laver" : en raison de la coloration verte fugace de certaines espèces du genre. Voir supra Chloroclysta.

   • v-ata associe la lettre v que portent, en marques noires, les ailes antérieures, à la terminaison -ata de ce groupe de Géomètres.

   • nom vernaculaire :

- l'Eupithécie couronnée, Eupithecia coronata : 1842, Duponchel in Godart, Hist. nat. Lépidoptères 4ème supplément, p. 103 n° 302. les auteurs français semblent plus avertis des auteurs allemands que des anglosaxons, et c'est au Geometra coronata de Hübner que Duponchel se réfère. Hûbner a décrit son genre Chloroclystis en prenant cette espèce comme espèce type, après l'avoir décrit en 1813 dans Samml. eur. Schmett. [5] : pl 72, f. 372-373 sous le nom de Geometra coronata, méconnaissant la description antérieure de Haworth sous le protonyme de Phalaena v-ata.

   Duponchel ne donne pas de justification au qualificatif de "couronnée".

 

  Crozon, 14 juillet 2011

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La Corythée du cyprès Thera cupressata  (Geyer, 1831)  the Cypress Carpet.

Envergure : 28-32 mm

Vole de mai à juin et de septembre à novembre.

PHL : Cyprès Cupressus leylandii et Cupressus macrocarpa

Zoonymie :

  • Thera : Stephens, 1831

  • cupressata : de cupressus, bien-sûr

 • nom vernaculaire :

- La Chésias du cyprès, Chesias cupressata 1830, Duponchel in Godart, Hist. nat. lépidoptères volume 8(1) p. 511. Duponchel donne l'origine du genre qu'il crée chez Treischke, genus Chesias. C'est sous ce nom qu' Emile Souvestre en signale la présence dans le Finistère (Voyage dans le Finistère, 1835).

- La Corythée du cyprès, 1844, Duponchel, Catal. meth. lépidopt. Europe p. 257. Plus exactement, Duponchel dans ce catalogue crée le genre Corythea (avec, en note de bas de page : "surnom de Ceres" ) puis en donne les espèces, dont C. cupressata. Corythea n'est le surnom de Ceres que  dans "un temple situé près d'Argos, sur le chemin de Régée", où elle devait être représentée portant un casque, puisque le mot grec corythé signifie "casque". Si Duponchel a choisi sciemment ce nom, on peut croire que c'est par allusion à la tête forte et presque globuleuse" des chenilles de ce genre. Mais je pense plutôt que, dans ce Catalogue, Duponchel a donné cours à un désir de renouer avec la tradition consistant à donner des noms mythologiques à de nouveaux genres, tradition que son prédecesseur Godart avait fortement réprimée. Son Catalogue est émaillé de genres tels que Acasis, Phaesyle, Eusebia, Anaîtis, Egea, Pellonia, Gléogène, Ligia, Melanthia, Melanippe, Venilia, Corycia, Ephyra, avec les notes "noms mythologiques",quand ce n'est pas Numeria "déesse de l'Arithmétique", Halia "nom d'uen Néreïde", ou Phasiane, "surnom de Cybéle". Ces attributions sont vraisemblablement sans lien avec le genre qu'elles baptisent.

Crozon, 18 octobre 2011

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Epirrita sp. 

  Les sites d'identification indiquent que face à un épirrite, on ne peut trancher avec certitude entre E.dilutata (November Moth) l'Épirrite diluée, E. autumnata ( Autumnal Moth) l'Épirrite automnale "plus foncée avec des lignes transversales plus marquées" et E christyi ( Pale November Moth) l'Épirrite de Christy, "plus petit avec des dessins plus flous". Seuls l'examen des sternites abdominaux ou des genitalia permettrait d'être formel.

Pour développer une zoonymie, je présenterai mon spécimen comme un Épirrite automnal, mais snas engagement :

L'Épirrite automnale Epirrita autumnata ( Borkhausen, 1794)  the November Moth.

Envergure : 40-42 mm

Vole de septembre à novembre.

PHL : Bouleau, aulne.

Zoonymie :

   • Epirrita Hübner, 1822 : 

   • autumnata : d'automne.

   • nom vernaculaire :

Godart et Duponchel semblent l'avoir méconnue et annéxée aux Cheimatobia, Boisduval la décrit ( Hist. nat. ins. 0) comme Oporabia autumnata en reprenant le genre Oporabia ded Stephens 1831 mais ne lui donne pas de nom français

- L'Épirrite automnale me semble être une traduction récente du nom scientifique.

Crozon, 29 octobre 2011

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epirrita 2997cc

   Sterrhinae :

 

 L'Impolie  Idaea aversata  (Linnaeus, 1758) Riband Wave

Envergure 23-30mm

Vole d'avril à octobre (plurivoltine)

PHL : Rumex, Taraxacum

 

Zoonymie

Idaea : Treitschke, 1825 du grec Idaios, liè au Mont Ida, en Crète, qui porte lui-même le nom de la nourrice de Zeus ( c'est le sang d'Ida qui a coloré en rouge les framboises, rubus idaeus après qu'elle se soit écorchée aux épines de framboisier).

• aversata : du participe passé du verbe latin aversor, ari, atus sum, "se détourner" : on peut traduire comme "la détournée", " celle qui s'est détournée", ce qui se rapporterait selon Arnold Spuler (1910) à la ligne latérale de l'aile postérieure qui se détourne brusquement de son trajet initial.Je suis plus convaincu par A. M. Emmet qui signale que l'expression latine "in aversa charta" signifie "au dos du papier", "au verso", ce qu'il rapproche de la description de Linné

"punctum in pagina inferiore magis saturatum", le point plus marqué à la face inférieure de la "page", c'est-à-dire de l'aile.

 

• noms vernaculaires :

-c'est Charles Joseph de Villers, ou Devillers ( 1727-1810), collectionneur et entomologiste lyonnais qui a nommé cette espèce l'Impolie en 1796 dans son Entomologie linnéenne, t II p. 344 n°527 ( Carolo de Villers, Caroli Linnaei Entomologia). Parce qu'il est impoli de se détourner ?

-Jean-Baptiste Godart la nomme l'Acidalie détournée dans son Histoire Naturelle des Lépidoptères, Tome 7(2) p. 758 n° 80.

 

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 La Phalène rustique Idaea rusticata ( [Denis & Schiffermûller], 1775)  Least Carpet

Envergure : 19-21 mm

Vole de juin à août

PHL: Clematis vitalba, Hedera, arbres fruitiers,...

 

Zoonymie

Idaea : cf

rusticata : rustique, bien-sûr.

• nom vernaculaire: est-ce la Rustique de de Villers, la Dosithée rustique de Godart ?

 

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  La Fausse-Timandre Scopula imitaria (Hübner, 1799)  Small Blood-vein

 

Envergure : 26-29mm

Vole de juillet à août

PHL : Ligustrum et diverses plantes basses.

 

Zoonymie

 

Scopula Schrank, 1802, Fauna Boica 2(2) : 162.  Ce mot latin désigne à l'origine un petit balai, et Schrank l'a repris pour créer un genre de papillons dont certains mâles se caractérisent par la touffe de soies des tibias postérieurs (Emmet, 1991) .

imitaria Hübner 1799 sous le protonyme geometra imitaria dans Schammlung Eur. Schmett. pl.10 fig.51 : pour la distinguer de Timandra griseata.

 • Nom vernaculaire.

Tout d'abord, qui est la vraie Timandre ? C'est la Timandre aimèe, Timandra griseata.

A l'origine, Timandra est un prénom grec, porté dans la mythologie par la fille de Tyndare et Léda et la fille de Clytemnestre  puis Timandre est  un nom de personnage de théatre ou de roman du XVII et XVIIIème siècle, parfois féminin, le plus souvent masculin participant au commerce galant. On trouve un Timandre chez Shakespeare; Timandre et Bleuette est un conte du cabinet des Fées de la Baronne d'Aulnoy, et dans la pièce de La Fontaine Galathée, Timandre est un berger amant de Clymène et confident d'Acis. Comma Tircis et Amaryllis, il fait les beaux jours de la poésie pastorale.

   En 1829, Jean-Baptiste Godart crée le genre Timandre après celui d' Acidalie pour continuer à démembrer le genre Ennomos de Trieschke, et y place T. amataria ( La Timandre aimèe), T. imitaria (la fausse) et T. emutaria. Il décrit notre espèce à la page 229 du tome 7 (2) de l'Hist. Nat. des Lépidopt. papillons Fr, sous le n° 638 et le nom de Timandre imitée, reservant le nom de Timandre changée à T. emutaria.

  Qui a préféré le nom de Fausse-Timandre à celui donné par Godart ? Je ne sais pas.

 

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La Frange picotée Scopula marginepunctata (Goeze, 1781) Mullein Wave

Envergure : 25-28mm

Vole de juin à juillet puis d'août à septembre

PHL : Achillea millefolium, Artemisia vulgaris, Thymum, Origanum...

 

Zoonymie :

Scopula : cf

marginepunctata : " à la marge ponctuée", en raison de la ligne de points noirs qui orne la marge; cette espèce nous permet de découvrir Johann August Ephraim Goeze ( 1731-1793) zoologiste allemand, pasteur d'Ascherleben.

• nom vernaculaire : à ne pas confondre avec la Phaléne picotée, Ematurga atomaria.

 

 

 

 

  scopula-marginepunctata 7816cc

 

 

La Phalène sacrée, l' Aspilate Sacrée, la Vestale Rhodometra sacraria  (Linnaeus, 1767)  the vestal Moth

Envergure : 12-14 mm

Vole d'avril à octobre

PHL : polyphage.

Zoonymie :

   • Rhodometra Meyrick, 1892 : du grec rhodon, "rouge", et metron, "mesure", pour se référer à la ligne rouge pourpre qui traverse les ailes antérieures.

   • sacraria : de sacer, "saint, sacré" associé à la terminaison -aria propre aux Géomètres pectinicornes.Ou bien, de sacraria, "gardienne de temple, prêtresse, vestale", peut-être parce que Linné les imaginait portant une robe couleur safran, ou encore parce que la beauté pure et dépouillée des ailes lui évoqait la chasteté des vestales, qui étaient vierges ou hierodules. Les collectionneurs anglais ont opté pour la deuxiéme hypothèse en nommant cette espèce "the Vestal Moth. ( A.E. Emmet, 1991).

   • noms vernaculaires :

-La sacrée, 1789, Charles de Villers, entomol. linn. II p. 309 n° 433.

- L' Aspilate sacrée, 1830, Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères volume 8 p. 121 n° 777; le genre Aspilate est créé par Duponchel en reprenant celui d' Aspilates de Treitchske, 1825. L' Aspilate ( "sans tache") est une pierre précieuse d'Arabie mentionnée par Pline l'Ancien Livre 37 chapître 10. Démocrite en dit quelle est couleur de feu, que, portée attachée à un poli de chameau, elle est fort bonne aux oppilations de la rate, et qu'on la trouve "es nids de certains oyseaux arabeques" (Le parfaict oailler, par Anselmus de Boodt). Je pense que c'est par le sens "sans tache, immaculée", que ce nom s'applique à cette espèce.

  

     Crozon, 2 octobre 2011

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Crozon, 2 octobre 2011 : pour illustrer la posture caractéristique de repos, les ailes en toit ; et pour montrer ce spécimen aux deux points noirs alaires bien visibles.

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Published by jean-yves cordier
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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 00:02

Date : 9 au 11 juillet puis 15 au 30 août puis septembre-octobre...

Lieu : Crozon / Plouzané.

 

                                     Papillons de nuit II, Noctuidae: origine de leurs noms (Zoonymie)

 

 

J'ai essayé de découvrir l'origine des noms que nous leur donnons en français : à quelle époque ont-ils été donnés, et par qui.

  La plupart de nos papillons portent des noms depuis moins de 200 ans, et ont été baptisés par trois auteurs majeurs, Etienne-Louis Geoffroy en 1762, le R.P. Jacques-Louis Engramelle de 1779 à 1792 et Jean-Baptiste Godart de 1821 à 1842.

  J' ai fait cette recherche sur les papillons que j'ai observés en juillet et en août, parfois en septembre soit à Crozon (29), soit à Plouzané (29), c'est-à-dire au sud et au nord du goulet de Brest.

  

 

Liste des papillons observés  (Hétérocères attirés par la lumière) : Identifications d'amateur, sans validations. 

 

 

• Noctuidae.

   - Hypeninae

                     Hypena proboscidalis

   - Acronictinae

                       Moma alpium

                      Craniophora ligustris

                       Atethmia centrago

                       Xanthia togata

                       Tiliacea aurago

                           Subacronicta megacephala

    - Amphipyrinae

                      Amphipyrinae pyramidea 

                      Trachea atriplicis

                      Callopistria juventina

                      Archanara geminipuncta

   -Noctuinae

                      Ochropleura plecta

                      Xestia c-nigrum

                      Xestia xanthographa

                      Agrotis puta   

                      Noctua pronuba

                      Naenia typica

                      Diarsia rubi

                      Eugnorisma glareosa

 

   - Psaphidinae

                      Allophyes oxycanthae

 

   - Cucullinae

                      Dryobotodes eremita

                      Polymixis flavicincta

                      Polymixis lichenea

                      Aporophyla nigra

   - Hadeninae

                      Mythimna albipuncta

                      Mythimna pallens

                      Mythimna l-album

                      Trigonophora flammea

                      Agrochola helvola

                      Omphaloscesis lunosa

                      Dichonia aprilina

                      Agrochola macilenta

 

   - Plusinae

                       Autographa gamma

   - Catocalinae

                      Lygephila pastinum

                      Catocala nupta

                      Euclidia (callistege) mi

                      Euclidia glyphica

 

 

                                                                      §§§§§§§§§§§§§§§

 

                                                                 NOCTUIDAE

 

Hypeninae

 

 

La Noctuelle à museau, l' Hypène proboscidale, Hypena proboscidalis (Linnaeus, 1758)  The Snout.

Envergure : 25-38 mm

Vole en deux ou trois générations d'avril à octobre.

PHL : orties, plantains, lamiers

Zoonymie :

  • hypena  Schrank, 1802 Fauna Boica 2(2) : 163. L'espèce type est H. proboscidalis, le nom choisi est donc inspiré de ce papillon, il est issu du grec hypene, "moustache" ou "barbe", et qualifierait selon A.M. Emmet les palpes labiaux, ou peut-être les soies des pattes de certaines espèces.

  • proboscidalis vient du grec proboskis, idos "trompe d'éléphant" formé de pro, " en avant" et de bosko, " se nourrir". Via la forme latine proboscis, c'est devenu un nom utilisé ( en anglais depuis 1609, ou en français) en science pour désigner, en botanique, un appendice porté par le spermatozoïde de certaines algues, et en zoologie, un prolongement tubulaire et extensible de la région céphalique chez les vertébrés ou les invertébrés. Il désignera ainsi la bouche en forme de paille qui permet aux papillons de s'alimenter. C'est la trompe, ou haustellum des lèpidoptères. Eh bien, si tous les papillons ont un proboscis, pourquoi nommer celui-ci l' Hypéne proboscidale, si tous les animaux ont peu ou prou un museau, pourquoi affubler cet hétérocère du nom de Museau? Parce que c'est son élément marquant, tout comme vous surnommez  gentiment Tarin ou Pif votre ami au nez de Cyrano, La Bouche votre collègue aux lèvres avantageuses, etc...

  • nom vernaculaire:

- Le Museau, Charles de Villers, 1796 Entomologie linnéenne, tome II p. 433 n° 780.

- Herminie proboscidale Pierre-André Latreille 1805, Hist. Nat. crust. insect. T. 14, p. 228.

- Hypène proboscidale, Jean-Baptiste Godart, 1831, Hist. Nat. Lépidoptères t. 8(2) p. 42 n° 968.

- Aux noms usités actuellement (Noctuelle à museau, Hypène proboscidale ) s' ajoute celui d'Éléphantine mentionné par G. Orhant, Atlas des papillons de nuit du Nord-Pas de Calais, 2011.

 

Plouzané, 27 juillet 2011 (et août, septembre, octobre)

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hypena-proboscidalis 0346cc

 

Acronictinae

 

   L' avrilière Moma alpium  (Osbeck, 1778),   Scarce Merveille du jour, Seladoneule

Envergure : 30-35mm

Vole de juin à juillet

Plante-hôte : chêne, hètre, prunier, ou divers conifères

Zoonymie :

  • Moma  Hübner, 1820 : de Momus, le dieu latin de la moquerie. Peut-être (A.M.Emmet) parce que Hübner a placé dans ce genre une espèce nommée Tricheosa ludifica (Linnaeus, 1758), ludifico signifiant "se moquer" et Linné  mentionnant à son sujet  "simillima Ph. aprilinae".

• alpium : du latin Alpes, Alpium, 1 : "les Alpes", 2 : "toute haute montagne". les premiers spécimens pourraient avoir été trouvés en montagne.

• Nom vernaulaire:

  -  L'avrilière : nom donné par Engramelle, Papillons d'Europe, planche 227, n°325. Est-ce en rapport avec le premier avril, pour s'accorder aux facéties de Momus? Dans leur Histoire Naturelle des papillons de 1826 , Godart et Duponchel expliquent :  'Tous les auteurs, à l'exception d' Esper et d'Ochsenheimer, ont donné le nom d'Aprilina à cette jolie espèce, la prenant pour celle que Linné a décrite sous ce nom, tandis que sa description s'applique à la Runica de Fabricius, qui le premier a fait l'erreur en donnant un nouveau nom à l'espèce de Linné et en transférant l'ancien à l'espèce dont il est ici question, c'est à dire à la noctuelle Orion d'Esper, qui n'a pas été connue du célèbre naturaliste suédois. Cela explique pourquoi nous n'avons pas conservé à cette noctuelle  le nom d'Aprilina qui lui convient d'autant moins qu'elle ne paraît pas au mois d'avril, comme ce nom l'indique, mais bien dans le courant de juin.'

     La Phalena Noctua aprilina n°99 est effectivement décrite par Linné à la page 514 de la dixième édition du Systema Naturae, prècédant la Phalena Noctua ludifica.

  - La Noctuelle d'avril, Olivier 1818, Encyclopédie Méthodique, vol 23,p. 20.

   - La Noctuelle Orion, Jean- Baptiste Godart, Hist. Nat. Lépidoptères vol 6, p. 203

 

  J'ignore pourquoi les anglais utilisent un terme français pour désigner Moma alpium, terme qu'ils ne nous ont pas emprunté semble-t-il;

Le nom vernaculaire allemand signifie la chouette-céladon, le terme -eule, chouette, s'appliquant aux papillons de nuit et l'adjectif céladon s'appliquant à la couleur verte de cette espèce. Je rappelle que le nom de cette couleur est, initialement, issu du nom d'un berger du roman pastoral d'Honoré d' Urfé l'Astrèe (1610)

 

 Plouzané, 9 juillet 2011 

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La Troènière, la Noctuelle du troène Craniophora ligustri ([Denis & Schiffermüller], 1775) The Coronet.

Envergure : 30-35mm

Vole de mai à juillet (mais j'ai observé celle-ci le 22 août, Plouzanè)

PLH : Frène, jasmin, troène.

Zoonymie :

craniophora Snellen, 1867: "porteur de crâne". Le genre est monotypique, et cette dénomination est déterminée par notre espèce : effectivement, on peut voir dans le motif des ailes et du corselet la forme d'un visage, d'un masque, ou, si l'on veut, d'un crâne. Les entomologistes allemands l' avaient nommé "phalaena atropos minor" parce qu'ils retrouvaient dans ce motif la tête de mort du Sphinx à tête de mort Acherontia atropos.

ligustri : du latin ligustrum, "le troène".

nom vernaculaire :

- La Troènière, Jacques-Louis Engramelle, tome VI, pl. 225, n° 320.

- Noctuelle du troène, Olivier,1811 Encycl. meth.

- Noctuelle du troène, Jean Baptiste Godart, 1826 Hist. Nat. lépidoptères, p. 256 n° 336.

- Noctuelle du troène, Alfred Constant, 1866, Cat. des Lépi. de Saône et Loire, p. 122

 

Plouzané, 22 août 2011

 

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La Xanthie topaze, la Xerampeline d'Hübner  Atethmia centrago (Haworth, 1809) the Centre-barred Sallow.

 

Envergure : 32-36 mm

Vole de août à septembre

selon le site Lepinet.fr, serait absente du Finistère ou de Bretagne.

PHL : frène essentiellement, aulne, érable;

Zoonymie :

  • Atethmia Hübner, 1821 (verk. bek. Schmett :238) qui prend comme type de descrption Phalaena Noctua xerampelina de Esper 1794 ( Die Schmett, th IV, bd 1( 47) : pl 183, f 5). Du grec a- privatif et ethmos, "crible" (qui a donné "ethmoïde") : non criblé, sans punctuation .

   • centrago : le nomenclateur Adrian Hardy Haworth (1767-1833) associe au terme latin centrum, "le centre", une terminaison -ago linnéenne conventionnelle indiquant l'affinité avec le suffixe, comme dans plumbago, couleur de plomb.Voir Xanthia citrago, couleur du citron, X. aurago, couleur de l'orange, et X. gilvago, du latin gilvus, "jaune pâle". Selon Emmet, centrum se rapporte à la veine médiane proéminente. Protonyme Noctua centrago, Haworth, Lepidoptera Britannica (2) : 236.

   • nom vernaculaire :

- la xanthie topaze : du grec xanthos, "jaune", et topazos ou topazion, "nom d'une pierre d'un brun jaune". topaze est un nom masculin et non un adjectif, désignant une gemme en bijouterie, mais aussi  (1834) une nuance de jaune. Godart crée le genre Xanthie en reprenant le genre Xanthia à Treitschke et à Ochsenheimer ; le genre ne restera pas valide, mais il est utilisé en français our désigner plusieurs taxons. Engramelle a nommé un papillon La Topaze, reprit par Olivier sous le nom de Noctuelle Topaze, mais il s'agit de Thysanoplusia orichalcea.  

   L'utilisation de ce zoonyme semble récent, puisque le moteur de recherche ne trouve pas de mention dans les "Livres".

- De même, on ne trouve pas trace du zoonyme de "Xerampeline de Hübner", qui semble une adaptation en français de la mention scientifique "Atethmia centrago Haworth (xerampelina sensu Hubner)" fréquemment utilisée. En revanche, nous trouvons :

- La Noctuelle Xerampeline Jean-Baptiste Godart et P.A.J. Duponchel, Hist. Nat. Lépidoptères  tome 7 (1) : 249 n° 495.

   Duponchel semble commettre deux erreurs dans son texte : 1) il attribue la paternité du nom Xerampeline à Hübner ( Noctua xerampelina) avec une note de bas de page indiquant  : " C'est par erreur sans-doute qu'Hübner a écrit Xerampelina au lieu de Xeramphelina, féminin de Xeramphelinus, qui veut dire couleur de feuilles de vigne morte." Pourtant le terme est utilisé tel quel pour désigner, par exemple, un champignon, le Russule xerampeline ou Russule feuille-morte. Et ce n'est pas Hübner qui a créé le mot, mais Esper, comme nous l'avons vu. Mais la forme xeramphelinus est attestée dans le Dictionnaire latino-gallicum de 1785 par Jean des Roches ( xeramphelinus a, um : de la couleur de vigne morte) et utilisée en zoologie.

       2) il attribue à John Curtis (vol. II pl 84, sans-doute de British Entomology de 1824) la création de Xanthia centrago en oubliant  Haworth. C'est l'occasion d'une petite méchanceté  : " L'auteur anglais, au lieu de conserver à la noctuelle dont il s'agit le nom de xerampelina, l'a appellé centrago, en se fondant sur ce que l'espèce figurée par Hübner n'est pas entiérement semblable à la sienne. Il existe en effet quelques légères différences entre les deux figures, mais ce sont celles qui distinguent presque toujours un individu d'un autre, et probablement M; Curtis n'y aurait pas fait attention, s'il n'avait été dominé par le désir d'enrichir la faune britannique d'une espèce inconnue des entomologistes du continent".

 

Quoiqu'il en soit, voici sa description : " Le dessus des ailes supérieures est d'un beau jaune-orangé, avec deux bandes transverses d'un rouge ferrugineux sur chacune d'elles, l'une étroite et sinueuse bordant l'extrémité de l'aile, l'autre large et trapezoïde, placée au milieu. Cette dernière s'oblitère dans sa partie la plus large, et surtout du coté qui regarde le corselet. La tache réniforme, qui est solitaire, est d'un brun-violâtre".

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  La Xanthie ochracée, la Mantelée Xanthia togata ( Esper, 1788) the Pink-barred Sallow.

Envergure : 27-30mm

Vole en septembre et octobre

PHL :Saule marsault et autres saules, peupliers, ronce, Airelle des marais.

Zoonymie:

   • Xanthia : Ochsenheimer, 1816 : du grec xanthos, "jaune".

   • togata : du latin togatus, "portant une toge", et notamment la toga praetexta, la toge prétexte que revêtent les enfants des praticiens jusqu'à dix-sept ans, les filles jusqu'à leur mariage, les prêtres, les magistrats dans les cérémonies. Elle est blanche bordée d'une bande pourpre. Les sénateurs portaient une bande de pourpre large, latus clavus ou laticlave, tandis que les chevaliers portaient une bande étroitre, angusticlave. A.E. Emmet explique que togata se réfère à la veine médiane pourpre de l'aile antérieure. Mais il est amusant de remarquer que le nom latin togata désigne spécifiquement la prostituée (qui portait traditionnellemnt la toge).   

    • nom vernaculaire :

- La Mantelée 1790, Jacques Louis  Engramelle Papillons d'Europe tome 7 p. 167 n° 524 pl. 304 : le rédacteur ( Arnoult Carangeot) n'explique pas le choix de son zoonyme, mais reprend ce qu'en écrit Esper, et cite le nom togata donné par  cet auteur : j'en déduis que "la mantelée" est la traduction de togata.

- La Xanthie ochracée 1827 Duponchel in Jean-Baptiste Godart, Hist. Nat. Lépidoptères vol.7(1)  p. 462 n° 552. Le genre xanthie de Godart reprend celui de xanthia ; l'épithète "ochracée" lui est synonyme, cet adjectif rare voire précieux dérivé de "ocre" et apparu en 1812 (CNRTL) signifiant "d'un jaune pâle". Le texte renvoie à Noctua ochrago borkh. ( Moritz Balthasar Borkhausen, auteur d'une Histoire naturelle des papillons européeens de 1788-94, mais Esper est aussi l'auteur d'une N. ochrago ( Esp. 177,1,1794). Certains trouveront plus d'intéret à lire les moeurs de la chenille :

   " Cette chenille vit sur le saule marceau (Salix caprea), entre les feuilles duquel elle se cache, en les retenant l'une sur l'autre par quelques fils. A mesure qu'elles sont rongées elle en change, et finit par s'y envelopper d'un tissu plus fort, lorsqu'elle est sur le point de se transformer en chrysalide." (Godart, ouvrage cité)

 

 Plouzané, 23 septembre 2011

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  La Xanthie dorée, la Fardée, l'Eblouissante, Tiliacea aurago  ([Denis & Schiffermüller], 1775)  the Barred-Sallow.

envergure : 31-33 mm

Vole en septembre-octobre

PHL : Hêtre, chêne, érable champêtre.

Zoonymie :

   • Tiliacea Tutt, 1896 :  de tilia, le tilleul, ou de la famille des tiliaceae. Tutt a décrit ce genre à partir du type spécifique Phalaena citrago de Linné, une espèce dont la plante hôte est le tilleul, Tilia cordata et Tilia platyphylla.

    James William Tutt (1858-1911) est un entomologiste britannique qui est à l'origine de l'étude génétique des lépidoptères. C'est vraisemblablement dans son J.W.Tutt's British moths que le genre Tiliacea a été décrit.

   • aurago : de aurum, "l'or", et la terminaison -ago propre à l'ancien genre des Xanthia, de couleur jaune ou orange.

   • noms vernaculaires :

- La Dorée, 1789, Charles de Villers, Entomologie linnéenne tome IV, p. 471. Carangeot/Engramelle ne peuvent reprendre ce nom qu'ils ont déjà attribué à leur numéro 410 ...qui  semble être aussi une variéte d'aurago ; ils  nomment donc leur aurago :

- L' Eblouissante, 1792, Carangeot in Engramelle, Papillons d'Europe, tome 7 p. 161 n° 520. Une variété est décrite comme une espèce différente et nouvelle, et Carangeot la baptise :

- La Fardée, Carangeot in Engramelle, Papillons d'Europe, tome 7 p. 163 n° 521.

- La Noctuelle éblouissante, 1811, Guillaume Antoine Olivier, Enycl. meth. tome 8.

- La Xanthie dorée, 1827, Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères tome 7 p. 558.

 

 

 Plouzané, 30 septembre 2011 : 

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  Tiliacea aurago fait la morte : j'admire ses dessous :

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    Tiliacea  aurago à coté de Xanthia togata :

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La Noctuelle mégacéphale Subacronicta megacephala  ([Denis & Schiffermüller], 1775)  the Poplar Grey.

Envergure : 40-44 mm

Vole de mai à août

PHL : peuplier

Zoonymie :

   • subacronicta : selon Wikipédia, ce genre est passé de mode et doit être considéré comme un synonyme du genre acronicta d'Ochsenheimer, 1816 : du grec akronux, le crépuscule, quoique ces papillons ne soient pas crépusculaires.

   • megacephala , "à la large tête", ce qui s'applique à la chenille.( Emmet, 1991).

   • nom vernaculaire :

- Phalène grosse-tête, 1771 : Charles de Geer, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes tome II partie 1, p. 413 n°7 tab.7 fig.6-9 : " La chenille de cette phalène est remarquable à plusieurs égards : c'est une chenille à seize pattes, demie-velue, à tubercules et à aigrettes, grise, dont le dos est noir avec des points blancs, à quatre tubercules blancs sur chaque anneau et une grande tache couleur de paille sur le dizième anneau.[...] La tête [...] est très grande ; je n'ai jamais vu de chenille avec une si grosse tête ; elle est beaucoup plus large que le corps, surtout par devant, et elle est longue et haute à proportion".

- La Grosse Tête, 1788 : Carangeot in  Engramelle, Papillons d'Europe 6 : 22 n° 294.

- La Noctuelle mégacéphale 1811 : Guillaume Antoine Olivier, Encycl. meth. 8 : 343 n° 399.

- La Noctuelle mégacéphale, 1826 : Duponchel in Godart, Hist. nat. Lépid. Fr. 6 : 244  n° 332.

 

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Amphipyrinae Ochsenheimer, 1816

 

La Noctuelle cuivrée, Noctuelle du noyer, la Pyramide  Amphypira pyramidea  (Linnaeus, 1758) the Copper underwind, Pyramideneule.

 

Envergure : 45-52 mm

Vole de juillet à octobre;

PHL : divers arbres et arbustes

Zoonymie :

• Amphipyra Ochsenheimer, 1816 Schmett. Eur. 4 :70 : du grec amphi, "rond"  et pur, pyros, "le feu"  : volant autour de la lumière" (ou, selon une autre source : amphi, "les deux", et pyra, "incendie", pour la couleur cuivrée des ailes posterieures.)

 • pyramidea se rapporte à la bosse conique du huitième segment de la chenille.

• nom vernaculaire:

- le premier auteur français est Réaumur, Mémoires pour servir à l' Histoire des Insectes, Tome I p. 300 & 330, tab. 15 f.1-5 : c'est lui qui est donné, avec Mérian et Roesel, en référence dans la description originelle de Linné, et peut-être a-t-il soufflé au savant suédois le nom scientifique de pyramidea, lié, nous l'avons vu, à la forme de la chenille, "larva postice conico-gibba ", "chenille à l'arrière en bosse conique". Cône ou pyramide, c'est un point de détail. Mais Réaumur décrit les chenilles sans baptiser les espèces, il se moque de la nomenclature et s'interesse à l'utilisation ingénieuse que l'on peut tirer de l'étude de la nature. Il céde donc sa première place à :

-Etienne Louis Geoffroy, 1767,Histoire abrégée des insectes, tome 2, p. 160, n° 99, qui passe à coté du caractère pyramidale du postérieur de la chenille pour le décrire comme " relevé en pointe comme le bout d'un bateau". Mais il ne nomme pas ce papillon La Nef, le Scaphoïde, la Poupe, son imagination est en panne et il propose :" La Brunette à ailes inférieures rougeâtres." trop long, la postérité n'en voudra pas.

- Le Révérend-Père Engramelle en 1786  s'inspire de ses prédecesseurs étrangers (il a tout lu et cite 17 auteurs) et reprend le pyramidea sous la forme de "La chenille du chêne, La Pyramide", ou, plus loin, "la phalène pyramide" dans le volume 3  de Papillons d'Europe, p. 96 n° 337. A son tour de décrire ce qui est en passe de devenir l'arrière-train de chenille qui fait fureur ; et le capucin a son franc parler " l'extrémité du derrière forme une pyramide [...] le haut de cette pyramide est rouge ainsi que les pattes." C'est lui le créateur de notre zoonyme.

- Olivier le reprend en 1811 dans l' Encyclopédie Méthodique sous la forme de La Noctuelle Pyramide.( p. 551 n° 336)

- Jean-Baptiste Godart poursuit en 1824 avec La Noctuelle Pyramidale dans Hist. Nat. des Lépidoptères tome V p. 136 n° 181. Sa prose est technique : "on a donné à cette noctuelle le nom de pyramidea parce que sa chenille a le dos du onziéme segment relevé en pyramide".

 

Et le zoonyme Noctuelle cuivrée ? Il ne semble pas avoir été utilisé par les auteurs, même si l'Encyclopèdie Méthodique de 1811 décrit une espèce sous ce nom : car il s'agit de Plusia aerea.

 De même, le nom de Noctuelle du noyer ne semble avoir été utilisé que récemment.

 


 

 

 

 

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   La Noctuelle de l'Arroche, le Volant doré Trachea atriplicis (Linnaeus, 1758)  Orache Moth.

 

Envergure : 38-42 mm

Vole de juillet à août

PHL : l'Arroche ou Atriplex, le Chénopode.

Zoonymie

Trachea Ochsenheimer, 1816 : du grec trakhus, "rugueux, raboteux" qui a aussi donné notre "trachée" : un coup d'oeil sur l' aspect de l'abdomen crénelé donne l'explication.

• atriplicis : comme l'avait observé (ou appris) Linné, l'Atriplex est l'une des plantes-hôtes.

• Alors que Etienne-Louis Geoffroy l'avait nommé Le Volant doré en 1765 dans son Histoire abrégée des insectes (Tome II, page 159, n°97), moins de vingt ans plus tard  le père Jacques-Louis Florentin Engramelle ne reprend pas Geoffroy (ce qui n'est pas courant) et lui attribue le nom de l'Arrochière dans Papillons d'Europe tome VII, planche 282, fig. 464. C'est Guillaume-Antoine Olivier qui, dans l'Encyclopédie Méthodique de 1811, le baptise Noctuelle de l'Arroche.

   Là encore, Godart et Duponchel (ouvrage citè) nous éclaire sur l'origine du nom vernaculaire :  "Nota. C'est ici le cas de faire remarquer la confusion qui existe dans Geoffroy au sujet de cette espèce. En l'appellant Volant-doré, il est clair que son intention a été de désigner la N. Chrysitis [ Diachrysia chrysitis, le Vert-doré] puisque la phrase de Linné qu'il cite se rapporte à cette Noctuelle. Mais d'un autre coté la description qu'il en donne ne convient qu' à la N. atriplicis.

et la figure de Roesel, à laquelle il renvoie, représente effectivement cette dernière. Ainsi, il a décrit une espèce en lui donnant le nom qu'il réservait à une autre."

 

 Plouzané, 11 juillet 2011

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La Noctuelle de la fougère Callopistria juventina  (Stoll, 1782), The Latin.

Envergure : 34-38mm

Vole en juin-juillet

PHL : la fougère commune Pteris aquilina.

Zoonymie :

•  Callopistria :ce nom est assez proche de notre "callipige", ou de l'"Euproctis" du Cul-brun, puisque ses racines grecques kallos, "beau", et opisteros, "posterieur", donne une signification équivallente de "belles fesses" ou de "beau cul". Ici, c'est l'abdomen cerclé de blanc de cette espèce qui serait ainsi honoré.

• juventina : vient de l'adjectif latin juventinus renvoyant au nom  juventas, atis, "la jeunesse" ; cela décrirait la fraîcheur radieuse de la robe.

• Engramelle la nomme La juventine ( tome VI, pl. 231, fig 334.), Guillaume-Antoine Olivier la Noctuelle du Pteris sous le n°328, mais décrit la Noctuelle de la jouventine sous le n°329.( Encyclopédie méthodique 1811, P. 242).

  La fourrure de ses pattes lui a aussi valu les noms de Lagopus, ou "pattes de lièvre" par Esper, et de Eriopus, ou "pieds laineux" par Treitschkle

• Le nom scientifique a été donné par deux entomologistes hollandais, Caspar Stoll (mort en 1791) et Pieter Cramer (1721-1779) dans un ouvrage majeur de l'entomologie, le premier consacré aux espèces exotiques selon les règles linnéennes : De Uitlandsche Kapellen voorkomende in de drie Waereld-Deelen Asia, Africa en America. Papillons exotiques des trois parties du monde l’Asie, l’Afrique et l’Amérique ([1775-] 1779-1782), Amsterdam. Ce papillon y est présenté comme venant du Surinam.

 

      Crozon, 10 juillet 2011

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La Nonagrie des marais Archanara geminipuncta (Haworth, 1809)  the Twin-spotted Wainscot.

Envergure : 27-32 mm

Vole de juin à septembre

PHL : phragmites australis

Zoonymie :

   • Archanara Walker, 1866

   • geminipuncta : à deux points;

   • noms vernaculaires :

- Nonagrie des marais : 1836, Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères 3ème supplément, p. 357 n° 135. le zoonyme provient du genre nonagria d'Ochsenheimer.

 

 

 observée à Crozon au dessus de l'Aber et de sa roselière, le 16 octobre 2011. Mais il s'agirait plutôt pour Maël Garrin de Mythimna albipuncta.

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  Noctuinae :

 

 

Le Cordon blanc Ochropleura plecta  (Linnaeus, 1758) the Flame Shoulder   

 

Envergure 25-30mm

Vole de mai à juin puis d'août à septembre

PHL : Rumex, plantain.

  Zoonymie

Ochropleura  Hübner, 1821 : du grec okros, "pâle", et pleura, la "côte" (voir notre mot "plèvre) : qualifie les deux bandes claires du coté externe des ailes.

plecta : du grec plekte, entortillé (pour une corde) (voir notre "plectenchyme", un parenchyme filamenteux) : qualifie là encore les deux cotés blanchâtre des ailes.

• Le nom vernaculaire paraît dès lors limpide puisqu'il traduit le nom scientifique. Il nous vient d'Engramelle, tome VII, planche 20, fig. 419.

 

      Crozon, 14 juillet 2011

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 Le C noir  Xestia c-nigrum  ( Linné, 1758) Setaceous Hebreww Character, Schwarzes C.
 Envergure : 35-42mm

 Vole en deux générations d' avril à juin et d' aôût à septembre.

PHL : polyphage, plantes herbacées, orties.

Zoonymie :

 • Xestia : du grec xestos, "raclé, lisse", en raison du caractére lisse, poli et brillant des ailes antérieures de certaines espèces.( A.M. Emmet, 1991)

  • c-nigrum : Linné, Systema Naturae 1758, p. 516 n° 110. Signifie en latin "c noir", pour la forme de la marque noire des ailes antérieures, qualifiée par les anglosaxons de caractére hébraïque comme pour la Gothique, qui lui ressemble beaucoup.

   • nom vernaculaire :

  - Le C. noir, Jacques Louis Engramelle 1790, Papillons d' Europe, tome 7, p. 27 n° 424, qui traduit simplement le nom donné par Linné.

  - La Noctuelle C noir, ou C-noir, Encycl. Meth p. 300 n° 237, et Jean-Baptiste  Godart, 1824, Hist. Nat. Lépidoptères p. 177 n° 198.

 Plouzané, 2 juillet 2011

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  La trimaculée Xestia xanthographa ([Denis & Schiffermüller], 1775) Square-spot Rustic.

Envergure : 32-35 mm

Vole en août et septembre

PHL : graminées, diverses plantes basses

Zoonymie :

  • Xestia : cf espèce précédente

  • xanthographa : "tracé, écrit en jaune", "à cause des deux taches jaunes que cette noctuelle porte sur ses ailes supérieures" (Godart).

  • nom vernaculaire :

- La trimaculée, Jacques Louis Engramelle, 1790, Papillons d' Europe, tome 7, p. 29 n° 429.

- La Noctuelle xanthographe, Guillaume-Antoine Olivier 1811,Enc. Meth. p. 534 n° 366.

                                              , Jean-Baptiste Godart 1826, Hist. Nat. Lépidoptères p. 107 n° 287

Attention à ne pas la confondre avec la Noctuelle trimaculée (Godart, p. 193), noctua trimaculata de 1826, ou avec l'actuelle stegania trimaculata,par exemple.


  Plouzané, 30 août 2011    

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La Noctuelle des renouées, l' Élagueuse, la Noctuelle Puta, Agrotis puta (Hübner, 1803) Shuttle-shaped Dart.

Envergure : 30-32mm

Vole de mai à octobre

PHL : chenille polyphage...d'où le nom d'élagueuse !

Le mâle est plus clair que la femelle, ses ailes postèrieures sont blanches.

Zoonymie :

   • Agrotis  Ochsenheimer, 1816 : Du grec agrotês («campagnard»)

   • puta Hübner 1803 : protonyme noctua puta. " Puta, déesse romaine qu'on invoquait pour la taille des arbres. Du verbe putare, émonder, couper." (Godart, dont l'explication semble plausible pour une espèce ravageuse des cultures ; mais A. M. Emmet, qui ne semble pas avoir eu accès à cette source, cherche des explications plus compliquées). Agrotis segretum, l'espèce type du genre agrotis, la Noctuelle des moissons, est une peste dont la chenille, connue sous le triste nom de "vers gris", dévore les betteraves, les pommes de terre, les céréales et autres subsides de première nécessité.

   • nom vernaculaire :

- La Noctuelle Puta, Jean-Baptiste Godart 1824, Hist. Nat. Lépidoptères tome 5 p. 243 n° 239.

- J'ignore l'auteur du nom   "Élagueuse", mais ce zoonyme est cohérent avec le sens de l'épithète puta.

  Le vocable anglais Shuttle-shaped signifie "en forme de navette", ce qui m'amuse, car c'est ce logo blanc de forme naviculaire sur l'aile qui m'a permis de l'identifier.

 Crozon, 14 juillet 2011

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 Le Hibou Noctua pronuba  (Linnaeus, 1758) the Large Yellow Underwing.

Envergure 45-60 mm

Vole de juillet à septembre.

PHL: diverses plantes herbacées.

Zoonymie:

   • Noctua :

   • pronuba:

   • nom vernaculaire :

- La Phalène hibou, 1762, Etienne Louis  Geoffroy, Hist. abr. ins. tome II p. 146 n°76. Il s'inspire sans-doute de Goedart.

- La Fiancée 1789, Jacques Louis Engramelle, Papillons d'Europe tome 7 p. 40 n° 434.

- La Noctuelle pronube, 1811, Guillaume-Antoine Olivier, Enc. Meth. insectes tome 8 p.293 n°209.

- la Noctuelle pronuba, 1824 Jean-Baptiste Godart, Hist. Nat Lépidoptères tome 5 p. 151 n°188.

 

 

 Godart ouvrage cité planche LVIII

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    Si la zoonymie est juste, par contre, l'identification de mon spécimen l'est-elle?


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La Noctuelle typique, Naenia typica (Linnaeus, 1758) the Gothic.

Envergure : 34-40mm

Vole de juin à août

PHL : diverses plantes.

Zoonymie :

   • Naemia Stephens, 1826 : du nom de la deésse romaine des funérailles : une chapelle lui avait été dédiée à Rome hors de la porte Viminale. Naemia, c'est aussi la némie, un chant de funéraille en l'honneur du défunt, chanté sur le mode plaintif en s'accompagnant de la flute. A.E. Emmet écrit avec humour : "Stephens ne donne pas de raison à ce nom, probablement parce qu'il n'y en n'a pas".

   • typica Linné, Systema naturae 1758 p. 518 n° 122 Noctua typica. Du grec tupos, "motif" , et du latin  typicus, "qui a un motif, un dessin bien marqué, caractéristique", en rapport avec le veinage réticulé particuliérement accentué des ailes. 

   • noms vernaculaires :

- La Typique, 1790, Jacques Louis Engramelle, Papillons d'Europe vol. 4 p. 77 n° 461. Nommée d'après l'épithète linnéen.

- La Noctuelle typique,1826, Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères vol. 6 p. 269 n° 341.

 

 Pas de photographie : j' avais cru l'observer, je confondais avec Omphaloscelis lunosa. Je laisse néanmoins ce que j'ai écrit, les données de zoonymie restant acquises. 

 

La Noctuelle belle, Diarsia rubi  (Vieweg, 1790)  the Small Square-spot.

Envergure : 28-35 mm

Vole en deux générations de mai à octobre.

PHL : plantes basses herbacées.

Zoonymie :

   • Diarsia Hübner, 1821 : du grec diarsis, " élévation" , sans que l'on sache pourquoi Hübner a nommé ce genre ainsi.

   • rubi : de rubus, "la ronce" . Comme l'écrit A.E. Emmet, certes la chenille de Diarsia rubi n'est pas difficile et mangerait plutôt de tout mais rarement, si ce n'est jamais, on ne l'a vu manger de la ronce. Si on a la curiosité de s'interesser à Karl Friedrich Vieweg et de jeter un oeil à la page 34 de son Tabellarisches Verzeichniss der in der Churmark Brandenburg, Einheimischen Schmetterlinge, Berlin 1789 , on verra que Vieweg ne mentionne pas la ronce, mais la bruyère (Erica) comme nourriture pour la chenille. Ce rubi ne doit-il pas être compris comme une forme altérée de rubeus,a, um ( d'où dérive aussi rubus, la ronce), "rougeâtre, roux, rouge", ce qui est cohérent avec la couleur de cette espèce?

   • nom vernaculaire :

- La Noctuelle belle, 1824, Jean-Baptiste Godart, Hist. Nat. Lépidoptères tome 5 p. 199 n° 27, Noctua bella.( peut-être inspiré par Apamea bella Ochsenheimer).

   A ne pas confondre avec la Noctuelle belle de G.A. Olivier, Enc. meth. 1811 n° 112, Noctua pulchra, qui "se trouve aux Indes orientales".

   Comment la reconnaître? Le zoonyme anglais donne une indication précise : "le Petit Point Carré".

 .On peut suivre la description de Godart, quoiqu'il avoue n'avoir jamais attrapé cette espèce :" Le dessus des premières ailes est d'un brun rougeâtre luisant, avec trois lignes plus obscures transverses et ondulèes dont les deux antérieures doubles et renfermant les taches ordinaires. Ces taches sont bordées de jaune et séparées l'une de l'autre par un carré noir, également bordé de jaune, carré qui a sans-doute déterminer Hübner a donner à cette espèce le nom de quadratum. Au dessous de la première tache ordinaire, il y a un point jaunâtre à iris noir, et l'origine de la côte est coupé transversalement par deux traits noirâtres".

Plouzané, 5 octobre 2011

 

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La Noctuelle à I double Eugnorisma glareosa  (Esper, 1788)  the Autumnal Rustic, Graue Spâtsommer Bodeneule.

Envergure : 32-38 mm

vole d'août à septembre

PHL : polyphage, calluna, galium, hieracum, rumex, salix,...

Zoonymie :

   • Eugnorisma Boursin, 1946 (Revue Fr. Lépidopt. 10 : 188) : du grec eu-, "bon, beau, bien", et gnorisma, la marque de reconnaissance. Dans la mythologie grecque, les gnorismata étaient la ou les marques qui permettaient de reconnaître un enfant abandonné, perdu ou "exposé" : un collier, une bague et un bandeau pour Chariclée, fille du roi d'Ethiopie recueillie par un prêtre de Delphes ; pour Thésée, une épée et des sandales que son père a placé sous un rocher que seule sa force pourra soulever, prouvant ainsi sa filiation. Dans le roman pastoral de Longus, Daphnis, ainsi nommé parce qu'il a été trouvé par un berger dans un bosquet de laurier, étoit enveloppé d’un mantelet de pourpre avec une agrafe d’or, près de lui avoit un petit couteau à manche d’ivoire", alors que Chloé, dont il va s'éprendre, Chloé " l'herbe verdoyante", a été découverte par un autre berger avec "une coiffe de réseau d’or, des patins dorés et des chaussettes brodées d’or' . Cest aussi le terme par lequel on désigne une bandelette qu'on suspendait au cou des enfants pour y suspendre leurs jouets, les crepundia ou crepitacula (G. Hagemans)

  Ici, eugnorisma signifie que ce papillon ets facilement reconnaissable par les marques qu'il porte.

Charles Boursin (1901-1971) est un entomologiste français.

glareosa du latin glareosus, "plein de gravier".

• noms venaculaires:

- La Grise : 1790 Jacques Louis Engramelle, Papillons d'Europe volume 7 p. 18 n° 416 pl 264 a,b.

- La Noctuelle I double, Noctua I. geminium (nobis) : 1826, Duponchel in Godart Hist. Nat. Lépidoptères volume 6 p. 80 n° 276. Cette noctuelle est ainsi nommée en relation avec une Noctuelle I entier, Noctua I intactum de Hübner, la Grise de Engramelle figure c, qui est Chersotis margaritacea de Villers, 1789.

   Duponchel explicite le zoonyme ainsi : " elles [es ailes] sont traversées dans leur largeur par trois raies d'un gris-clair, l'une flexueuse près du bord terminal, l'autre arquée un peu plus loin en se rapprochant du centre, et la troisième également arquée à quelque distance du corselet. Entre ces deux dernières lignes, on remarque un signe noir en forme d'i épais qui remplit l'intervalle existant entre les deux taches dont l'orbiculmaire est entièrement éffacée. Un second signe noir d'une forme à peu près pareille, et qui part de la côte, est placée sous la troisième raie grise," etc...

- C'est donc à tort qu'on l'a trouve sous le nom de Noctuelle à L double, le L double ( aramel free.fr, naturainneustria, ...)

 

 

Crozon, 16 octobre 2011

 

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  Psaphidinae

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L'Aubépinière, Allophyes oxycanthae  (Liinaeus, 1758)  the Green-brindled Crescent, Weißdorn Eule.

Envergure : 35-40 mm

Vole de septembre à novembre

PHL : prunelliers, aubépine, divers arbres fruitiers.

Zoonymie :

   • allophyes Tams, 1942 : du grec allophues, "variable". L'espèce-type du genre est Allophyes oxycanthae, ce terme s'applique donc au dimorphisme de notre Aubépinière. On décrit une forme mélanique dite capucina alors que la forme typique présente de belles couleurs vert-métal. De même, une forme Allophyes corsica peut être considéré comme une sous-espèce. Mais le dimorphisme concerne peut-être d'abord les chenilles, dont Duponchel écrit qu'il existe deux variétés, l'une " d'un gris blanchâtre sur le dos, et bleuâtre sur les cotés"... l'autre " d'un gris plus foncé, avec du brun-fauve sur les cotès".

   • oxycanthae  Linné, Systema Naturae p. 516 n° 113 : "Habitat in Atriplice, Oxycanthae, Pruno spinosa" : de crataegus oxycanthae, l'aubépine.

   • noms vernaculaires :

- L'Aubépinière : 1788, Jacques Louis Engramelle Papillons d'Europe volume 6 n° 324.

- La Noctuelle de l'aubépine : 1811 Olivier, Encycl. Meth.

- La Noctuelle de l'aubépine : 1826, Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères volume 6 p. 374 n° 375 : " La noctuelle dont il est question ici est une des plus belles de son genre. Ses ailes supérieures sont d'un joli brun-fauve qui s'éclaircit vers leurs extrémités avec plusieurs de leurs parties saupoudrées de vert métallique, savoir : 1°) l'intervalle qui existe entre la côte et la première nervure ; 2°) les trois nervures du milieu ; 3°) le bord interne où cette couleut occupe un espace assez large ; 4°) enfin le bord terminal, où elles forment une rangée de petites taches triangulaires ou sagittées, accompagnées chacune d'un point blanc".

 

 

Crozon, 16 octobre 2011 

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  Cucullinae

  Les cuculinés se distinguent des noctuinés par l'absence d'épines tibiales, et par la présence de longs cils. Le nom vient du latin cucullus, " cape, capuchon", en raison de la crète thoracique proéminente.

 

  Le Jaspe vert Dryobotodes eremita (Fabricius, 1775) The Brindled Green.

Envergure : 32-9 mm

vole en août-septembre,...novembre.

PHL : chêne.

Zoonymie:

   • Dryobotodes Warren, 1910 : ressemblant (-odes, oïdes) au  genre dryobota Ledere, 1857 formé du grec drus, "le chêne", et bosko, "se nourrir".

   • eremita, ermite, car la chenille, qui se nourrit des bourgeons puis des feuilles de chêne, se métamorphose en crysalide qui se construit un cocon épais parmi les feuilles.

   • nom vernaculaire:

- Le Jaspe vert, 1788,Jacques Louis Engramelle, papillons d'Europe, tome VI pl 214 n° 292 p. 19.

- Jean-Baptiste Godart crée le nom de Noctuelle Protée, à cause des différents aspects sous lesquels il connaît cette espèce, et ce nom est repris par Boisduval et Guénée dans le nom scientifique de Hadena protea. En 1866, Alfred Constant, dans le catalogue des lépidoptères de Saône-et-Loire, p. 141, reprend le nom vernaculaire de Jaspe vert sous le nom scientifique de Dryobota Protea.

 - Il existe une espèce proche ( une cucullinée), la Valérie jaspée Valeria jaspidea qui avait été décrite par Charles de Villers en 1789 sous le même nom de Jaspe Vert (un an après Engramelle).

 

. Plouzané, 22 septembre 2011

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 La Ceinture jaune Polymixis flavicincta  ([ Denis & schiffermüller], 1775)  the Large Ranunculus.

Envergure : 40-50 mm

Vole de septembre à novembre

PHL : diverses plantes basses. Les premiers auteurs insistent sur la groseille à maquereau, Ribes grossularia, et le cerisier.

Zoonymie :

   • Polymixis Hübner, 1820 : du grec poly, "plusieurs", et  mixis, "mélange" : pour décrire la bigarrure de couleur des ailes antérieures.

   • flavicincta : du latin flavus, "jaune", et cinctus, part. passé de cingo, " ceint, qui porte une ceinture". Je traduirais " jaune vêtue", cinctus désignant aussi une tunique, et cingo signifiant "vêtir" ou "couvrir" autant que "ceint", d'autant que la robe des ailes ne donne à voir aucune bande évoquant une ceinture, mais nous allons voir qu'Engramelle ( ou plutôt  Arnoult Carangeot qui lui a succédé) a choisi la ceinture.

   • nom vernaculaire :

- La Ceinture jaune, 1788, Jacques Louis Engramelle, Papillons d'Europe tome VI p. 112 n° 349. On y lit à propos de la chenille qu' "avant la métamorphose, qui se fait sur terre, elle réduit en poudre des feuilles et une portion de la tige de l'arbre qui la nourrit, et elle mële cette poudre  dans son tissu qui est transparent et ovale".

- La Noctuelle Ceinture jaune, Olivier, Encyclopèdie Méthodique.

- La Noctuelle Ceinture jaune  1826, Jean-Baptiste Godart Hist. Nat. Lépidoptères tome 6, p. 401 n° 383.

 

      Plouzané, 24 septembre 2011

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 La Noctuelle couleur de lichen Polymixis lichenea  (Hübner, 1813)  the Feathered Ranunculus.

Envergure : 35-40 mm

Vole  d'août à novembre.

espèce littorale particulièrement présente en Bretagne.

Zoonymie :

   • Polymixis : voir supra Polymixis flavicincta.

   • lichenea : couleur de lichen.

PHL : diverses plantes basses, armeria marit., sedum acre,

   • nom vernaculaire:

- La Noctuelle couleur de lichen, 1826, Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères volume 6 p. 420 n° 390 ; une seule référence y est donnée, celle de Noctua lichenea par Hübner : " le nom de lichenea qu'il lui a imposé en donne une idée fort juste : en effet, le dessus de ses ailes supérieures offre les mêmes nuances  que certains lichens qui tapissent les vieux murs et les troncs des arbres, c'est-à-dire un mélange de vert, de jaune et de rougeâtre tellement confondus qu'il serait difficile d'assigner la place que chacune de ces couleurs occupe sur la surface de l'aile : c'est donc inutilement que nous voudrions en entreprendre une description méthodique".

 

 Crozon, 3 octobre 2011 ; mâle.

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La Noctuelle anthracite Aporophyla nigra  (Haworth, 1809)    the Black Rustic.

Envergure : 40-46 mm

Vole en septembre et octobre.

PHL : chenille polyphage : rumex, bruyères (calluna, erica), lotier, trèfles...

Zoonymie :

   • Aporophyla Guenée, 1841 : du grec aporos, "difficulté, problème, cas embarrassant" , et phule, "tribu" : pour signaler la difficulté à attribuer une place à ce genre.

   • nigra : "noir", pour la couleur des ailes antérieures.

   • noms vernaculaires :  la recherche n'est pas facile, car les auteurs anciens n'utilisaient pas le zoonyme de Noctuelle anthracite. Le substantif "anthracite" n'a acquis son sens moderne de "charbon naturel", ou pour désigner une couleur, de "gris très foncé" que depuis 1803 ; auparavant, il désignait une pierre prècieuse, reprenant l'"escarboucle" de Pline (Nat, livre 37) ou le terme grec pour "pierre prècieuse"  chez Aristote. (source : Tresor de la Langue Française).

   Pour trouver quels noms ce  papillon portait jadis, il faut partir non pas du nom scientifique donné par Haworth : Noctua nigra , mais des synonymes fournis, par exemple, par Funet : Noctua nigricans Hübner 1813 ( à ne pas confondre avec l'actuel Euxa nigricans (L. 1761), Phalaena Noctua lunula (Strom), aethiops Ochsenheimer 1816, ?agrotis aethiops Treitschke 1825. Le cumul de ces données nous conduit à la page 273 du volume 5 de l'Histoire Naturelle des Lépidoptères de Jean-Baptiste Godart, 1824, pour y trouver sous le n° 263 La Noctuelle Négresse, "Noctua aethiops (nobis), Noctua nigricans (Hübner), Agrotis aethiops (Ochsen)".

  Ce qui me compique la tache, c'est qu' en 1832, Boisduval , Rambur et Graslin la nomment Hadena aethiops ( Cool. icon. et hist. chenilles vol.1 pl. 31) en donnant comme nom vernaculaire La Noctuelle Négresse, mais aussi le zoonyme La Noirâtre d' Engramelle ( Papillons d'Europe, tome 7, p. 65 fig 455 tab. 278 ). Or Engramelle ne donne qu'une référence, celle de la nigricans de Linné . En 1811, Olivier reprendra ce nom dans l'Encyclopedie Méthodique volume 8 n° 422 p. 349 sous la forme La Noctuelle noirâtre en donnant les révérences de Phalaena Noctua nigricans de Linné dans fauna suecica 1761 : il s'agit de Euxa nigricans dont le nom vernaculaire actuel est : le Noir Atre.

- Noctuelle négresse : le nom était encore utilisé en 1901 (Société d'étude Sciences Naturelles d'Elbeuf)

 

  Crozon, 2 octobre 2011. Les ailes postérieures du mâle sont blanches.

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  Hadeninae

 

Le Point Blanc, la Leucanie à point blanc Mythimna albipuncta ([ Denis & Schiffermüller], 1775) the White Point.

Envergure : 30-35mm

Vole de mai à octobre.

PHL : graminées.

Zoonymie:

  • Mythimna Ochsenheimer, 1816 : du nom d'une ville de l'île de Lesbos.

  • Albipuncta : à points blancs.

  • Nom vernaculaire :

-Le Point-Blanc, chenille du Grand Plantain, Jacques Louis Engramelle 1790, Papillons d'Europe, tome VII n° 498, p. 129.

- la Noctuelle Tache Blanche, Olivier, Encyclopédie Méthodique.

- la Noctuelle Point-Blanc, Jean-Baptiste Godart, Hist. Nat. lépidoptères, p? 109 n° 288

 Plouzané, 20 août 2011

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 La Blême, la Noctuelle pâle, la leucanie blafarde Mythimna pallens  (Linnaeus, 1758)  (Aletia pallens)  the Common Wainscot.

Envergure : 30-36 mm

Vole en deux générations de mai à juillet et d'août à octobre.

PHL : herbacées, pissenlit, graminées.

Zoonymie :

   • Mythimna : cf supra.

   • pallens, Linné Systema Naturae 1758 p. 510 n° 77 : phalaena Noctua pallens seticornis laevis, alis deflectis pallidis immaculatis : marginibus pollicis subtus nigro punctatis. L'épithète pallens vient du latin Pallens, entis est le participe passé de paleo, "palir", avec les sens de "blême, pâle", mais aussi de " jaune, jaunâtre" ou de " livide, sombre". Phoebe pallens, c'est la lune blafarde. Dans la description de Linné, pallidis, qui s'applique aux ailes immaculées, posséde exactement les même sens.

   • noms vernaculaires :

- La Pâle, 1789, Charles de Villers, Entomologie linnéenne, II, n° 171.

- La Blême, chenille du pissenlit : 1790, Jacques Louis Engramelle, Papillons d'Europe, volume VII p. 141 n° 505. le nom est bien-sûr traduit du pallens de Linné.

- La Noctuelle blême, 1811, Guillaume Antoine Olivier, Encyclopédie Methodique volume VIII p. 264 n° 69

- La Noctuelle pâle, 1827, Duponchel in Godart, Hist. nat. Lépidoptères volume VII (1) p. 68 n° 422. Duponchel donne comme référence Leucania pallens (Ochsenheimer, Treitschke).

- La Leucanie pâle : du temps où le genre Leucanie (de leukos, "blanc" comme dans leucocyte, lynx, lychnis) était en vigueur après avoir été introduit par Treitschke et Ochsenheimer pour réunir des noctuidés aux antennes cétacées, aux ailes étendues, en toit voutées au repos, aux palpestrès velues et bien développés, à la langue cornée enroulée en spirale, aux pattes sans bouquet de polis, au thorax lisse et ovalaire, Leucania pallens, la Leucanie pâle était l'espèce type de ce genre. ( terme utilisé par E. Blanchard et G.A Brullé, 1840, ou par J.C. Chenu et E. Desmarest, Enc. hist. nat.1861)

  Je n'ai pas retrouvé la mention du zoonyme "Leucanie blafarde" dans la litterrature entomologique.

 

      " Les ailes supèrieures sont en dessus couleur d'ocre pâle, avec des stries très fines d'une teinte plus foncée entre les nervures, qui sont blanchâtres, ainsi que la frange. On remarque en outre trois petits points noirs placès triangulairement au milieu de chaque aile ; mais le plus souvent il n'en existe que deux, ou même qu'un seul". 'Duponchel, ouvrage cité)

 

  Crozon, 14 juillet 2011

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 Le Crochet blanc, le L-blanc, Mythimna l-album  (Linnaeus, 1767)  the L-album Wainscot. 

  Envergure : 32-35 mm

Vole  en deux générations en juin ou juillet puis en août ou septembre-octobre.

PHL : polyphage, diverses plantes herbacées.

Zoonymie :

  •  Mythimna : cf supra, M. albipunctata.

   • l-album : Linné  décrit cette espèce dans l'édition de 1767 du Systema Naturae, page 850, sous le numéro 154 :

P. Noctua cristata spirilinguis subgrisea, alis superioribus litera l. alba notatis". Linné écrit l. album (un point puis un espace entre la lettre l minuscule et le mot album), puis on trouvera des partisans du L majuscule suivi d'un point, ou d'un tiret, du l minuscule suivi d'un tiret (comme cela semble l'usage actuel), voire de la forme L album.

   • noms vernaculaires :

- l'L-Blanche, 1789 : Charles de Villers,Entomologie linnéenne tome II p. 228 n° 216

- Le Crochet blanc, 1792, Carangeot in Engramelle, Papillons d'Europe, volume VII , p. 136 n° 503 : "Une ligne blanche épaisse entourant la nervure courbe des deux cotès,figure assez bien une L couchée ou un crochet". Je remarque l'usage (comme chez de Villers) d 'attribuer le genre féminin aux noms des lettres.Nous le retrouvons dans le nom , "l'M noire" d'Euclidia mi. 

- La Noctuelle L blanc, 1811, Guillaume Antoine Olivier, Enc. Meth. tome VIII p. 506 n° 260.

- La Noctuelle L. Blanche, 1827, Duponchel in Godart, Hist Nat. Lépidoptères, volume 7 p. 70 n° 423.

      Plouzané, 30 septembre 2011

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La Noctuelle embrasée Trigonophora flammea  (Esper, 1785)  the Flame Broade.

Envergure : 40-52

Vole de septembre à novembre : c'est une espèce automnale.

PHL : polyphage, diverses plantes herbacées, Rumex, renoncule, Troène, Frène, ...

 

Zoonymie :

   • Trigonophora Hübner, 1821 : du grec trigonon, "triangle", et phoreo, "porter". A.E. Emmet attribue ce nom à la forme du deuxième segment du palpe labial, fortement dilaté avec de longs échelons, et réfute Mc Leod ( dont il critique régulièrement les etymologies) qui comprend ce nom comme décrivant les marques des ailes antèrieures. Emmet écrit que cela ne s'applique pas à notre espèce T. flammea (dont il va interpréter l'épithète spécifique de façon contestable). Pourtant, c'est cette espèce qui a servi de type de description à Hübner : reprenons l'histoire :

  En 1785, Esper décrit dans le volume 3 de Die Schmetterlinge in Abbildungen nach der Natur , p. 269, une nouvelle espèce, Bomb. (spirilinguis) dorso crist. flammea, Flammenflechigter Flammer, trouvé dans la collection de Panzer et venant du sud de l'Italie.  Voir ici :

http://www.biodiversitylibrary.org/item/53821#page/277/mode/1up

  La marque de l'aile y est décrite comme caractéristique, presque en forme de flamme de couleur blanche.

En 1803, Hübner décrit cette espèce sous le nom de Noctua empyrea, utilisant la forme dérivée de l'ancien grec ἔμπυρος empyrus, qui signifie "dans ou sur le feu". ( L'empyrée désigne dans notre langue, d'après le latin médiéval empyreus, la voute céleste, le ciel des astres fixes, ou  métaphoriquement, le séjour de Jupiter).

  Prenant comme type de description de son nouveau genre une espèce qui a été nommée jusqu'alors pour la marque blanche en forme de flamme, Hübner, je présume, a fait allusion à cette marque, qui est aussi en forme de géomètrique, voire triangulaire, dans son zoonyme  trigonophora de 1821.

  En 1825, Treitschke a créé un genre nommé phlogophora, "porte flamme" et Duponchel rapporte que notre espèce se nommait selon Treischke Phlogophora empyrea.

 

   • Flammea : nous venons de voir d'où vient cet épithète spécifique, et il est difficile de suivre, pour une fois A.E. Emmet qui donne : " flammeus, couleur de flamme, pour le fond rouge pourpre".

  • En 1918, Charles Oberthür a décrit la sous-espèce T. flammea vividior dans les Etudes de Lépidoptérologie comparée. Elle se distinguerait par son éclat plus vif ( Société linnéenne de Bordeaux, 1923 : "Vividior se trouve un peu partout en Gironde, et si elle n'a pas été signalée plus tôt, c'est que la majorité des lépidoptèristes qui l'ont capturée ont attribué son éclat plus vif à la fraîcheur d'un papillon venant d'éclore"). En effet, cet adjectif est un superlatif de vividius, "plein de force,  vif, ardent, vigoureux". Il est utilisé en botanique pour signaler une sous-espèce plus prolifique (Navarretia divaricata ssp vividior).

   Mon spécimen est-il "vividior"?

 

 

   • noms vernaculaires :

- La Flamme, 1790, Carangeot in Engramelle, Papillons d'Europe tome VII p. 29 n° 426.

- La Noctuelle embrasée, 1811, Guillaume Antoine Olivier, Encycl. meth.

- La Noctuelle embrasée, 1826, Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères vol. 6 p. 345.

 

  Tout semblait simple, avant de découvrir l'existence des soeurs jumelles, Trigonophora jodea la Noctuelle allumée ; T. crassicornis (décrite par Oberthür en 1918), et  T. haasi, et de lire que la flamme de la Jodea "était toujours souillée, traversée par une ou deux lignes sombres" (Guide des papillons nocturnes de France, R. Robineau, Delachaux et Niestlé). Heureusement, j'étais aiguillé vers cet article de David Demerges, Oreina 2008 : http://www.lepiforum.de/lepidopterenforum/lepiwiki/pics/Trigonophora_Vergleich/Trigonophora1.pdf

  Seule la Noctuelle embrasée flammea pouvait se trouver en Bretagne ; et la flamme, à défaut d'être souillée, pouvait être marquée par des lignes sombres. Merci D. Demerges !

 

 1er octobre 2011, Crozon  une quinzaine d'individus rassemblés par la lumière chaque nuit.

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détail de la flamme :

 

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  une vue du dessous, pendant que La Flamme fait sa morte :  

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La Xanthie rufine, Agrochola helvola  (Linnaeus, 1758)  the Flounced Chestnut.

Envergure : 30-35mm

Vole en septembre et octobre.

PHL : abres caduques, bruyères.

Zoonymie :

  •  Agrochola :

  • helvola  Linné, Systema Naturae 1758 p. 507 n° 58 Phalaena Bombyx helvola : du latin helvolus, a, um : "de couleur blonde, jaunâtre".

   • noms vernaculaires :

- la Dorée, Carangeot in Engramelle, Papillons d'Europ, volume 7 n°410.

- la Noctuelle Roussâtre, 1811,Guillaume Antoine Olivier, Encycl. meth.

- la Xanthie rufine, 1827, Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères volume 7 p. 473 n° 556. Le nom est emprunté au nom scientifique Xanthia rufina employé par Ochsenheimer et Treischke.

 

 

  Crozon, 2 octobre 2011.

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La Xanthie lunulée, l'Omphaloscelis à lunule, Omphaloscelis lunosa  (Haworth, 1809)  the Lunar Underwing.

Envergure 32-37 mm

Vole d'août à octobre.

PHL : graminées.

Zoonymie :

  • Omphaloscelis Hampson, 1906 , genre monospécifique : du grec omphalos," l'ombilic, le point médian", et kelis, "une tache" : se rapporte à la marque discale de l'aile postérieure.

   • lunosa : également en rapport avec ce point,en forme de lune, de l'aile postérieure. Le nom anglosaxon the Lunar Underwing, " aux ailes postérieures lunées", posséde le même sens.

   • nom vernaculaire :

Cette espèce a été connue d'abord en Angleterre en 1809 avant d'être reconnue sur le continent et décrite par Duponchel sous le nom de subjecta puis par Boisduval et Guenée sous celui d'Anchocelis lunosa. C'était (1842) le temps des dénominations scientifiques sans considération pour les noms vulgaires en français. Les deux noms actuels sont d'apparition récente. Boisduval et Guenée écrivent : qu'il reconnaissent comme typiques les spècimens "aux ailes supèrieures gris-noir, avec les nervures nettement coupées en jaune clair, les deux taches remplies de noir, et le dessus de l'abdomen teinté de la même couleur".

 

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La Runique Dichonia aprilina ( Linnaeus, 1758) the Merveille du Jour.

Envergure : 35-40 mm

Vole en septembre et octobre.

PHL : le chêne.

Zoonymie :

  • Dichonia Hübner, 1821 : du grec dikhos, "double", ce qui se rapporte aux deux lignes blanchâtre des ailes postèrieures (Spüler).

  • aprilina Linné, Systema Naturae 1758 p. 514 n°99 sous le protonyme Phalaena noctua aprilina et qui donne comme auteur de référence de Geer, mémoires insectes I , t. 5, 22-23. 

   A.E. Emmet (1991) nous détourne du piège qui consiste à traduire aprilina comme un dérivé du nom latin du mois d'avril, aprilis, pour nous ramener vers le verbe latin aperio, "ouvrir". En effet, cette espèce ne vole pas en avril, mais en automne.

  Le mois d'avril, aprilis en latin, april en anglais, tient peut-être son nom du verbe aperio, puisque c'est le mois de début de printemps où tout s'ouvre. Quand à l'épithète aprilina, il se réfèrerait à la couleur vert tendre, disons "feuille de primevère" des ailes, une couleur que ce papillon partage avec son sosie Moma apium, "l'avrilière", longtemps confondu avec lui et qui ne vole pas non plus en avril, mais en juin.

  L'épithète aprilinus est largement utilisé en zoologie, et souvent pour des espèces de couleur verte : citons Chironomus aprilinus Meig. 1830, ou Chironome d'avril ( l"erreur" de sens est tenace) diptère de couleur verte, Drassylis aprilinus Banks, 1904 (araigneé), Neurotonus a. Giraud 1859, galle verte de cynipide, trematopygodes a. Giraud, 1872, Xisticus a. Bryant, 1830 ; Polydactos a. Mell, 1942 ; Orthocladius a. Goetghebuer, 1931 ; Melolontha a. ; Mesochorus a.Ashmed 1836 ; Philontus a. Gistel, 1857 ; Sparthegaster a. Dirhouia a.

   nom vernaculaire :

- La Runique, chenille du chêne : 1788, Jacques Louis Engramelle, Papillons d'Europe, volume 6 p. 75 n° 326.

- La Noctuelle runique : 1811, Guillaume Antoine Olivier, Encycl. Méth.

- La Noctuelle runique : 1826, P.A.J. Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères volume 6 p. 365 n° 373.

On y lit que ce nom de Runique lui a été donné parce que " les taches noires de ses ailes supérieures ont quelques ressemblances avec les caractètes de l'écriture dont les anciens peuples du Nord faisaient usage et qu'on appelle la Runique".

 

 

  Crozon, 16 octobre 2011 

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La Xanthie noisette Agrochola macilenta (Hübner, 1809)  Yellow-line Quaker.

Envergure :32-36 mm

Vole de septembre à octobre

PHL : la bruyère, puis différentes feuilles d'arbres : polyphage.

Zoonymie :

   • Agrochola : cf supra

   • macilenta : du latin macilentus,a,um : "maigre".

   • nom vernaculaire :

- La Ferrée, 1790 : Jacques Louis Engramelle, Papillons d'Europe 7 : 12 n° 409 pl. 261. Engramelle mentionne cette espèce comme fort rare, et croit y recconnaître la ferrago décrit par Fabricius, ce qui explique le nom qu'il lui donne.

- La Noctuelle décharnée, 1827 : Duponchel in Godart, Hist. nat. Lépid. Fr. 7(1) : 64 n° 420. Duponchel traduit en français par "décharnée" le latin  de la Noctua macilenta d'Hübner ou  l'Orthosia macilenta d'Ochsenheimer et Treitschke.

Plouzané, 27 octobre 2011:

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Plusiinae :

 

 

Le Lambda Autographa gamma (Linnaeus, 1758) The Silver Y ; Gamma-Eule.

Envergure : 35 -40 mm

Vole du printemps à l'automne.

Zoonymie

Autographa  Hübner, 1821 : qui écrit sur lui-même : concerne la lettre Lambda, ou Gamma, ou Y qu'on lit sur les ailes de ce papillon.

gamma : c'est le nom  choisi par Linné page 513 du Systema Naturae où celui-ci écrit :

   Gamma 91.  P. Noctua spirilinguis cristata, alis deflexis : superioribus fuscis l  aureo inscriptis.

  Puisqu'il mentionne qu'il lit, inscrit sur l'aile antérieure, le caractère  lambda en lettre d'or, pourquoi le nomme-t-il gamma, etr pourquoi les anglais le baptisent-ils Silver Y, le Y d'argent ?

• Notre nom vernaculaire le Lambda vient de Geoffroy ( hist. abr. des insectes, tome 2, p.156, n°92) et d'Engramelle ( Papillons d'Europe, tome 8, p. 134, fig. 594). En 1811 Olivier le nomme La Noctuelle Gamma, mais  décrit les ailes supérieures "marquées au milieu d'une tache argentée ou dorée, ayant la forme d'un lamda grec".

 

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 Catocalinae

 

La Mariée, la Lichenée rouge Catocala nupta  (Linnaeus, 1767)  Red Underwing , Rotes Ordenband.

  Envergure : 65 à 75 mm

  Vole de juillet à octobre

  PHL : saule, peuplier.

Zoonymie :

  • Catocala Schrank, 1802 : du grec kato, "en dessous" et kalo, "beau" , en raison de la beauté des ailes postérieures dissimulées en dessous des ailes antérieures.

  • nupta : du latin qui signifie "mariée". Linné, 1767 : 841, n° 119.

A.M. Emmet fait remarquer que Linné débute une convention consistant à nommer les espèces dont les ailes postérieures sont brillamment colorées de noms féminins et notamment de noms évoquant le mariage ( electa, sponsa, promissa, nymphagoga, pour le genre catocala, mais aussi pronubella (hyponomeute) pronubana ( tortricidae), parthenias (geometridae), dominula ( arctidae), Noctua pronuba et N. comes.) Il se demande si en Suéde en 1767 les mariées portaient des sous-vétements ou jupons rouges.

  • nom vernaculaire :

- La Likenée rouge, Etienne Louis Geoffroy, 1762, Hist. abr. ins. tome 2 p. 150 n° 82 : il se réfère à Réaumur, ins.I, t, 32, fig. 6,7 avec ce commentaire : "la chenille est une arpenteuse à seize pattes qui vient sur le chêne et qui est  de couleur grise cendrée, comme les lichens qui viennent sur l'écorce des arbres, en sorte que lorsqu'elle est arrêtée sur un arbre, on la prend d'abord pour un lichen. C'est ce qui la fait appeller par M. de Réaumur la lichenée ou likenée. "

- La Lichenée rouge, Jacques Louis Engramelle, 1790, Papillons d'Europe tome 7 p. 81 n° 568, qu'il réfère à la sponsa de Linné.

- La Mariée, Jacques Louis  Engramelle, 1790, id., p. 71 n° 565, qu'il réfère à la nupta de Linné

- En 1824, Jean-Baptiste Godart distingue également  :

       - La Noctuelle mariée, n° 150, "catocala nupta ( Ochsen.), la Mariée (Engram.), la Lichenée du saule (vulgairement) ."

       - La Noctuelle  fiancée, n° 155, Noctua sponsa de Linné, Noctuelle Fiancée et Promise d'Olivier dans l' Encyclopèdie méthodique, la Lichenée rouge et la Promise d'Engramelle, Lichenée rouge de Geoffroy.

 

   Aujourd'hui, C. nupta est nommée Lichenée rouge ou Mariée, C. sponsa la Fiancée, C. electa l'Élue, C. promissa la Promise.

 

           Pas d'image, cette Mariée se fait encore espérer.


L' Élue Catocala electa   (Viewieg, 1790)  the Rosy Underwing.

Envergure : 65-80 mm

Vole de juillet à septembre.

PHL : saule, peuplier

Zoonymie :

   • Catocala :cf supra.

   • electa : du latin electus, "choisie" : synonyme de "fiancée".

   • noms vernaculaires :

- L' Accordée, 1790 : Jacques Louis Engramelle, Papillons d' Europe, tome 7 p.

- La Noctuelle choisie, Latreille puis 1811 Olivier, encycl. meth. 8

-  La Noctuelle choisie, 1824 : Jean-Baptiste Godart, Hist. nat. Lépid. Fr. 5 :60 n° 152 : "Le dessus des secondes ailes est d'un rose vif, avec deux bandes noires,semblables à celles qu'on voit dans la mariée mais dont la postèrieure cependant un peu moins sinuée à son coté interne.

 

 


  catocala-nupta 0022cc

 

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la Mariée mâle et femelle, Godart                                        Noctuelle Electa et Elocata, Godart

 

 

 

 

L' Ophiuse de l'astragale Lygephila pastinum ( Treitschke, 1826) Black Neck.

Vole de juillet à août.

PHL: astragale, coronille, vesce.

Zoonymie:

 • Lygephila : Billberg 1820.

 • pastinum: le pastinum est un instrument de travail de la terre, une houe, formée d'un fer large et recourbé monté à angle droit sur un manche de bois.

• nom vernaculaire : apparition tardive. Le genre Ophiusa est proposé par Ochsenheimer en 1816 au dépens du genre Noctuelle de Latreille pour rassembler des papillons ayant le dernier article des palpes plus court que le précédent, et couvert d'écailles ; et la cellule discoïdale des ailes postérieures fermée par une nervure en chevron. Dés 1836, des  Nocturnes reçoivent le nom vernaculaire d'Ophiuse de la vesce, Ophiuse rectangulaire dans l' Histoire Naturelle de Godart . En 1844, Duponchel crée une tribu des Ophiusides, avec les genres Ophides, Ophiuse, et Toxocampa dans lequel il cite P. Pastinum et astragali.

   Le terme OPHIUSE désignait chez les auteurs grecs ou latin soit l'ancien nom de Chypre (ou de Cypre, ou de Rhodes), soit diverses îles censées être infestées de serpent (ophis en grec), et notamment l'une des deux Pityuses sur les côtes ibériques, l'île de Colubraria. Ce fut aussi une ville du Pont, ou une désignation de l'Afrique.

 

 lygephila-pastinum 0515cc

Guisseny, 30 août 2011

  

 

    Le M noir, le Mi, Euclidia (callistege) mi  (Clerck, 1759)  the Mother Shipton Moth.

envergure : 25-32 mm

Vole en mai et juin

PHL : trèfle,

Zoonymie :

   • Euclidia Ochsenheimer, 1816: du nom d'Euclide, géomètre grec, en référence aux marques géometriques des ailes.

   • Callistege Hübner, 1823 : le genre auquel appartenait  cette espèce avant de devenir un sous-genre rattaché à Euclidia. Vient du grec kallos, "beau" et stege, "toit", ce que l'on interprète ici comme "aux belles ailes".

   • mi : un latinisme pour la lettre grecque μ, mu, car les naturalistes comme Clerck (et comme Linné en 1767) ont lu la lettre m inscrit dans l'aire dicale de l'aile antérieure. Je vois plus facilement le profil de la vieille sorcière édentée et grimaçante que les anglosaxons ont nommée "mother shipton" du surnom de la Nostradamus anglaise du XVIème siècle, Ursula Sontheil.

   Noms vernaculaires :

- l' M noire , ( au féminin, il s'agit d'une phalène) 1792, Carangeot in Engramelle, Papillons d'Europe tome 8 p. 149 n° 341.

 Carangeot écrit : "le fond des quatre ailes est ou blanc ou jaune. Au nombre des taches noires dont il est coupé, on en remarque une qui figure sur chaque aile, et particuliérement sur les inférieures, une M grecque, d'où Linné a tiré le nom de l'espèce, et selon d'autres, un W. Les lettres sont mieux formées, lorsque les ailes ne sont pas tout à fait développées, parce qu'alors les pointes se trouvent plus rapprochées.

- La Noctuelle Mi, 1811, Guillaume Antoine Olivier, Encyclopédie methodique 8 : 275 n° 109.

- La Noctuelle Mi, 1824, Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères vol.5 n°146.

- La Mi

 

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  La Doublure jaune Euclidia glyphica ( Linnaeus, 1758)  the Burnet Companion.

 

 Envergure : 25-30 mm

Vole d' avril-mai à fin juillet, de jour.

PHL : trèfles, lotier corniculé.

Zoonymie :

   • Euclidia : Ochsenheimer, 1825 : du nom du géomètre Euclide, "à cause" des figures géomètriques des ailes.

   • glyphica : du grec gluphe, "emblème, devise", à comprendre en fonction de la description que donne Linné de cette espèce : "P. noctua seticornis laevis, alis patibus fuscescentibus maculis hieroglyphis nigris : subtus fascia atra.". Glyphica, c'est celle qui porte des taches hieroglyphiques noires que dévoilent ses ailes grandes ouvertes. ( qui veut corriger ma version ?).

   • nom vernaculaire :

- La Doublure jaune , 1762, Etienne Louis Geoffroy, Hist. abr. ins. 2 p. 136 n°55.

- La Doublure jaune, 1792, Jacques Louis Engramelle, Papillons d'Europe, volume 8 p. 151 n° 604 : Carangeot écrit : (par dessous), "le fond des quatre ailes est jaune, ce qui a fait nommer l'espèce par Geoffroy la Doublure jaune".

- La Noctuelle glyphique, 1811,Guillaume Antoine Olivier, Enc. Meth. tome 8  p. 272 n° 106.

- La Noctuelle glyphique, 1824, Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères vol. 5 p. 96.

the Burnet Companion : le compagnon des Ecailles, car cette espèce est souvent observée en compagnie de ces arctiidés.

 

 

 

 

 

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  Suite : Origine des noms de mes papillons de nuit III : les Géomètres.

 

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Published by jean-yves cordier
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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 00:00

Date : 9 au 11 juillet puis 15 au 30 août puis septembre-octobre...

Lieu : Crozon / Plouzané.

 

        Papillons de nuit I : origine de leurs noms (Zoonymie)

 

 

J'ai essayé de découvrir l'origine des noms que nous leur donnons en français : à quelle époque ont-ils été donnés, et par qui.

  La plupart de nos papillons portent des noms depuis moins de 200 ans, et ont été baptisés par trois auteurs majeurs, Etienne-Louis Geoffroy en 1762, le R.P. Jacques-Louis Engramelle de 1779 à 1792 et Jean-Baptiste Godart de 1821 à 1842.

  J' ai fait cette recherche sur les papillons que j'ai observés en juillet et en août, parfois en septembre soit à Crozon (29), soit à Plouzané (29), c'est-à-dire au sud et au nord du goulet de Brest.

  

 

Liste des papillons observés  (Hétérocères attirés par la lumière) : Identifications d'amateur, validation par Maël Garrin. 

 

•  Oecophoridae

  - carcininae

                   Carcina querquana 

   - depressariinae

                   Depressaria sp 

• Tortricidae

                    Acleris rhombana 

• Hepialidae

                   Triodia sylvina

• Alucitidae

                    Alucita hexadactyla.

• Pterophoridae

                    Pterophorus pentadactyla

• Sphingidae

   - Macroglossinae

                     Deilephila elpenor.

• Noctuidae.

   - Hypeninae

                     Hypena proboscidalis

   - Acronictinae

                      Moma alpium

                      Craniophora ligustris

                       Atethmia centrago

                       Xanthia togata

                       Tiliacea aurago

    - Amphipyrinae

                      Amphipyrinae pyramidea 

                      Trachea atriplicis

                      Callopistria juventina

   -Noctuinae

                      Ochropleura plecta

                      Xestia c-nigrum

                      Xestia xanthographa

                      Agrotis puta   

                      Noctua pronuba

                      Naenia typica

                      Diarsia rubi

 

   - Cucullinae

                      Dryobotodes eremita

                      Polymixis flavicincta

                      Polymixis lichenea

                      Aporophyla nigra

   - Hadeninae

                      Mythimna albipuncta

                      Mythimna pallens

                      Mythimna l-album

                      Trigonophora flammea

                      Agrochola helvola

                      Omphaloscesis lunosa

                      Dichonia aprilina

                     

   - Plusinae

                       Autographa gamma

   - Catocalinae

                      Lygephila pastinum

                      Catocala nupta

                      Euclidia (callistege) mi

                      Euclidia glyphica

• Geometridae

   - Ennominae

                       Selenia dentaria

                       Abraxas grossularia

                       Lomaspilis marginata

                       Ematurga atomaria

                       Crocallis elinguaria

                       Biston betularia

                       Macaria notata (ou : alternata)

                       Menophra abruptaria

                       Peribatodes rhomboidaria

                      Campaea margaritata 

                      Opisthograptis luteolata

  - Larentiinae :

                       Rheumaptera undulata

                       Euphyia biangulata

                       Epirrhoe galiata

                       Cosmorhoe ocellata

                       Hydriomena furcata

                       Chloroclysta siderata

                       Epirrita sp

    - Sterrhinae :

                        Idaea aversata

                        Idaea rusticata

                        Scopula imitaria

                        Scopula marginepunctata

                        Rhodometra sacraria

 

• Drepanidae

   -Drepaninae:

                       Cilix glaucata

 

• Lymantridae

                      Euproctis chrysorrhea

                       Euproctis similis

                       Lymantria monacha

 

• Lasiocampidae

                       Euthrix potatoria

                       Lasiocampa trifolii

                       Trichiura crataegi

• Arctiidae

   -Lithosiinae

                       Miltochrista miniata

                       Eilema depressa

                       Eilema complana

                       Lithosia quadra

   - Arctiinae

                       Coscinia cibraria

                       Euplagia quadripunctaria

                       Spilosoma lubricipeda

                       Tyria jacobaeae

                       Diacrisia sannio

                       Epicallia villica

• Crambidae

   - Pyraustinae

                       Pyrausta purpuralis

                       Eurrypara hortulata.

                       Udea ferrugalis

• Pyraliadae

   -Pyralinae

                      synaphe punctalis

 

 

                                                                      §§§§§§§§§§§§§§§

 

 

  CARCINIDAE

 

Le Phibalocère des hêtres, l'Oecophore rosée Carcina quercana (Fabricius, 1775)

Envergure : 16-22 mm

Vole de juillet à août

PHL (plante-hôte de la larve) : hêtre, chêne, poirier.

Zoonymie :

   • Carcina  Hübner, 1825 : du grec carcinos, "crabe" ; l'application à ce genre est inexpliquée.

   • quercana : de quercus, le chêne.

   • noms vernaculaires :

- La Tordeuse du chêne, Charles de Villers, Entomologie linnéenne tome II p. 411 n° 714

- La Pyrale rosée, Encyclopèdie Methodique Volume 10 p. 259 n° 20.

- L' Oecophore rosée : Latreille a fondé le genre Oecophore (ou Porte-maison, du grec oicos, maison (cf "économie") et phorein, "porter" ) aux dépens de tinea de Treitschke pour rassembler des espèces aux yeux et aux antennes écartées, à la langue longue enroulée en spirale, aux ailes pendantes longues et étroites garnies d'une large frange, aux palpes maxillaires non visibles et surtout aux palpes inférieures très allongés, au moins une fois plus longs que la tête, formés de trois articles dont le dernier est presque nu, recourbés en crochet par dessus la tête en manière de cornes, allant en pointe, et atteignant même le dos du thorax. La couleur de leurs ailes est souvent métallique.

- Le Phibalocère du hêtre, 1834, Duponchel in Godart, Histoire naturelle des Lépidoptères volume 9 p. 466 n° 1305.

 Duponchel traduit le zoonyme Phibalocera fagana de Stephens.

  Le nom phibalocère vient du grec philabos, "mince" et keros, "cornes", antennes, pour souligner le caractère long et mince des antennes, "d' égale grosseur de la base à la pointe" (Duponchel). Le terme "fagana" désigne le hêtre, en tant que plante hôte.

  Duponchel donne cette description des ailes : "Les premières ailes sont en dessus d'un jaune-aurore [orange] nuancé de pourpre ou de férrugineux, surtout sur les bords, avec la frange jaune...".

 

Plouzané, 27 septembre 2011 

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Depressariinae

 

 L' Hémilide du panais Depressaria radiella  (Goeze, 1783) / Depressaria heraclei  (Retzius, 1783)  Parsnip Moth.

  Envergure : 23-28 mm

Vole en août et septembre, puis hiverne dans un endroit abrité et vole à nouveau en mai.

PHL : Heracleum sphondylium ( Berce sphondyle), Pastinaca sativa ( le panais, the parsnip), Apium nodifolium ( faux cresson des fontaines).

Zoonymie :

   • Depressaria, A.H.  Haworth, 1811, Lepidoptera Britannica : du latin depressus, "déprimé au sens d'aplati", nom justifié d'une part en raison de l'abdomen aplati, Haworth étant à l'origine du nom vernaculaire anglo-saxon "flat-body", "corps plat" ; et d'autre part pour la façon dont les ailes sont maintenues aplaties en position de repos, comme Haworth l'écrit lorsqu'il décrit les espèces nommées D. depressana et D. applana "the wings resting upon the body,  held flat". Etymologie selon A.E. Emmet, The scientific names of the British Lepidoptera, 1991.

   L'espèce type de Haworth pour ce genre est Depressaria radiella sous le nom de Phalaena heraclei.

   • radiella : cet èpithète est celui de la description de Goeze en 1783 sous le protonyme Phalaena  radiella.

On trouve aussi cette espèce sous le nom de depressaria heraclei qui reprend la description de Retzius 1783, mais celle-ci repose sur une confusion avec une description de Linné reconnue actuellement comme étant Agonopteryx heracliana. Voir l'article Wikipédia en anglais. Ce que je retiens surtout, c'est que c'est la description française de P.A.J. Duponchel de 1838 qui a été considérée comme valide pendant le XXème siècle avant que l'ICZN ne découvre l'antériorité de  celle de Goèze. Dnas le livre de A.E. Emmet que je viens de citer, on trouve encore l'espèce décrite comme depressiaria pastinacella, Duponchel, 1838.

   • nom vernaculaire :

   Les sites internet français de lépidoptères ne désignent cette espèce que par son (ses) nom scientifique; alors que les sites étrangers utilisent des noms vernaculaires tels que Parsnip Moth en anglais, ou pasternackplattmal. C'est un comble pour cette espèce décrite par P.A.J. Duponchel en 1838 dans Godart, Hist. Nat. Lépidoptères volume 9 p 155 n° 1524 sous le nom de Hémilide du panais Haemilis pastinacella.

  Le genre Hémilide a été créé par Duponchel qui reprend le genre Haemilis de Treitschke et en indique l'étymologie, qui vient d'un mot grec signifiant "agréable".

 

On trouve aussi la mention du genre Volucra de Latreille, ou Volucrum de Berthold. Volucra est emprunté à Pline, Hist. Nat 17, 265, pour désigner une pyrale ou rouleuse dont la chenille s'enroule dans les feuilles de vigne, avec une confusion signalée par Gessner  puisque Pline utiliserait plutôt Volvox, volvocem, du verbe volvo, "tourner". Volucra est en réalité utilisé par Columelle dans son traité des arbres, chap.15, t. I, p. 55 : Genus est animalis, Volucra appelatur, id fere prarodet teneras adhuc pampinos et uvas, etc... "il existe un animal nommé Volucre, qui ronge presqu'entièrement les tendres pousses de la vigne et du raisin", etc...  En outre, Volucre peut être dérivé de l'adjectif volucer, volucris, "rapide, léger, ailé, passager".

 

Errata : il s'agit pour Maël Garrin d'être plus prudent et de se contenter de :

Depressiana sp : 

  Plouzané, 1er septembre 2011

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TORTRICIDAE

 

La Tordeuse méditèrrannéenne de l'oeillet Cacoecimorpha pronubana (Hübner, 1799), the Carnation Tortrix.

 Envergure: 15 à 17 mm mâle, 18-22 mm femelle.

Vole de mai à juin puis d'août à septembre.

PHL (plante-hôte de la chenille) : principalement l'oeillet, mais aussi de nombreux arbres fruitiers (Malus, Prunus, Citrus, Rubus, Olea) et de nombreux légumes (carotte, pomme de terre, tomate ) : cette espèce est nuisible pour les intèrets économiques agricoles et doit faire l'objet d'un dépistage d'éviction ("organisme de quarantaine).

Zoonymie :

  Cacoecimorpha, Obraztov, 1954 : "qui a la forme des Cacoecia" ; le genre Cacoecia ( du grec kakos, "mauvais", et oikia, "la maison", car la chenille fait des ravages sur les cultures domestiques) a été formé par Hübner en 1825. N.S. Obraztov est un spécialiste des Tortricidae paléarctiques, dont l'étude est cruciale tant pour la sylviculture que l'arboriculture fruitière ou l'agriculture.

   • pronubana : qui évoque le Hibou, Noctua pronuba, car tous les deux ont les ailes postérieures jaunes (voir infra, Noctuidae).

   • nom vernaculaire :

-Tordeuse d'Hermine,1834 Duponchel in Godart, Hist. Nat. Lépidoptères p. 102 n° 1141 Tortix hermineana (Dup.)

-Tordeuse de l'oeillet : attesté à partir de 1913 (Journal d'agriculture pratique) par recherche sur moteur de recherche Google Livre.

                                               Errata :


  Après avis de Maël Garrin, il s'agit d'Atricis rhombana: Je laisse en place mon travail de zoonymie sur "cacoecimorpha pronuba", et j'entame celui sur :


Le Téras Rhomboïde Acleris rhombana  ([ Denis & Schiffermüller], 1775)  the Rhomboïd Tortrix, the Fruittree Tortrix.

Envergure : 13-19mm

Vole d'août à octobre

PHL : divers arbres dont l'aubépine

zoonymie :

  • Acleris Hübner, 1825 : du grec akleros. En grec, le kleros, c'est à la fois le tirage au sort d'un héritage, d'un lot, d'une fonction, ou bien le lot lui-même, la fonction (dont la fonction sacerdotale, le mot "clergé" en est issu). Dans l'Odyssée, kleros megaletoros Eurylochoio, c'est le magnanime Euryloque que le sort vient de désigner pour se rendre avec ses hommes chez la magicienne Circé, qui va les transformer en cochons...

   Si donc kleros désigne le lot attribué, le a- privatif va faire d'akleros le terme désignat les lots non attribués, les espèces que Hübner n'a pu placer ailleurs, un genre où il avait rassemblé 9 désherités.

  • rhombana : du latin rhombus, "losange", en raison de la forme du noeud costa de l'aile antérieure (A.E. Emmet, 1991). Le protonyme des auteurs viennois Denis et Schiffermüller est Tortrix rhombana.

   • nom vernaculaire :

-Téras rhomboide, Teras rhombana 1834 : Duponchel in Godart, Hist. Nat. lépidoptères volume 9 p. 174 n° 1179. Duponchel reprend en français le genre Teras de Treitschke.

- Tordeuse rhomboide, Tortrix rhombana 1842, Duponchel in Godart Hist. nat. Lépid. Fr 4ème supplément p. 130, pour une spécimen dont Duponchel déclare qu'il ne s'agit pas d' un Tortrix rhombana, mais d'un Tortrix viburnana femelle.


 Plouzané, 24 septembre 2011

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 HEPIALIDAE

La Sylvine Triodia sylvina (ou Hepialus sylvinus) (Linnaeus, 1761) The Orange Swift.

 

Envergure : 32-48 mm

Vole de juillet à septembre.

PHL (Plante-Hôte de la Larve-chenille) : racines d'herbacées.

Zoonymie:

Triodia Hübner, 1820

• Hepialus

Fabricius, 1775 : du grec hepialos, "fièvre",

• sylvina : équivallent de sylvana: habitant les bois. Attribué par Linné, 12ème édition du Systema Naturae sous le protonyme de Noctua sylvina.

• nom vernaculaire :

- La Sylvine, Jacques Louis Engramelle, 1779, Papillons d'Europe, tome 4, pl 192 n° 249, p. 78 : Engramelle indique qu'il nomme cette espèce selon le nom donné par Linné.

- Hépiale sylvain, Latreille et Godart, 1792, Encyclopédie Méthodique, p. 75.

-Cossus Sylvine, Jean-Baptiste Godart, 1822, Hist. Nat. Lépidoptères vol. 4 : Noctuelles 1, n° 4, p. 78.

C'est, avec la Louvette, l'une des deux représentantes bretonnes de la famille des Hépiales, qui compte 400 espèces mondiales, et 9 espèces en France. Cette famille est considérée comme primitive, présenatnt des traits archaïques comme la brièveté des antennes, l'absence de trompe ou proboscis, l'absence de frein pénien ou frenulum, l'absence de couplage des ailes remplacé par une excroissance de l'aiel antérieure, le jugum, qui vient chevaucher l'aile postérieure en vol. Le dimorphisme sexuel est prononcé, le mâle Sylvine étant plus petit que la femelle mais doté d'ailes antèrieures "plus gaies" (Godart), de couleur jaune-briqueté clair plutôt que brun-rougeâtre.

 

 Plouzané, 31 août 2011 

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 ALUCITIDAE

 

L' Ornéode du chèvrefeuille Alucita hexadactyla ( Linnaeus, 1758) the Many-plumed moth, Twenty-Plums Moth.

 

Envergure : 14-17 mm

Vole toute l'année selon les localisations;

Zoonymie:

• Alucita : du latin alucita (allucita), ae  " moucheron de nuit qui va se brûler à la lumière", vraisemblablement issu de lux, lucis, la lumiére : il existe des insectes lucifuges qui fuient la lumière et d'autres lucipètes (comme la noctuelle Rhyacia lucipeta, dite "la Lucipète" ), qui la recherchent.

• hexadactyla: "six doigts", terme choisi par Linné qui , dans sa description 'alis patentibus fissis : singulis sexpartis'

compte six "plumes" par aile : soit au total 24 plumes  visibles ou cachés.

   • noms vernaculaires:

- Le Ptérophore en éventail, 1762 Etienne Louis Geoffroy, Hist. abr. ins. 2 : 92 n°3.

- L' Hexadaxctyle, 1789, Charles de Villers, entomologie linnéenne 2 :534 n°1090

- Ornéode  : du grec ornis, "oiseau" et eidos, "forme" : à forme d'oiseau, en raison des ailes dotées de "plumes". Ce nom a été formé en 1802 par Pierre André Latreille (Hist. gen. crust. et ins. tome 14 : 258).

- Ornéode hexadactyle, Lamarck, Hist animaux sans vertèbres.

- L'Ornéode hexadactyle, 1838 Duponchel in Godart Hist. nat. Lépidoptères p. 683 n° 1760

• Ornéode du Chèvrefeuille : Le Lonicera est la plante-hôte de ce papillon. Selon Duponchel (op. cité), "sa chenille, nue, transparente, couleur de chair, s'introduit dans le calice de al fleur dont elle dévore les parties encore vertes ; et lorsqu'elle a épuisé cette nourriture, elleva se loger dans une autre fleur qu'elle ronge de la même manière". 

 

 

 

 

  Crozon 14 juillet 2011 / Plouzané, 12 août 2011

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alucita-hexadactyla 7420cc

 

 

 

 

  PTEROPHORIDAE

Le Pterophore blanc Pterophorus pentadacryla  (Linnaeus, 1758)  , the White Plume Moth.

Envergure : 28-35 mm

Vole de mai à août.

PHL : liserons, convolvulus arvensis.

Zoonymie :

   • Pterophorus Geoffroy, 1762, du  grec pteron, "aile", et phoreo, "porter" . Saluons ce nom de genre qui est le seul de la taxonomie à honorer Etienne Louis Geoffroy. Celui-ci  a pu être influencé par l'épithète pterodactyla créé par Linné un an auparavant. Comme Geoffroy avait utilisé ce nom de genre sans l'associer à un nom d'espèce, c'est Schäffer (1766) qui se vit reconnu comme auteur pendant un temps.

   Geoffroy décrit le Pterophore blanc, le Ptérophore brun, le Ptérophore en éventail, "le plus charmant de tous".

   • pentadactyla, du grec pente, "cinq", et dactulos, "doigt". Parmi les pterophoridés, Emmet (1991) a compté 29 espèces dont le nom se termine par -dactyla ou -dactylus, pour désigner les lobes qui divisent les ailes de cette famille. Il ajoute que P. pentadactyla est la seule espèce où Linné ne s'est pas trompé dans le compte des lobes.

   Linné a décrit sept groupes de papillons de nuit ou Phalenae : Bombyces, Noctuae,Geometrae, Tortrices, Pyralides, Tineae, et Alucitae.  Ces derniers sont définis comme "alis digitatis fissis ad basa" , aux ailes divisés en digitation à partir de la base, et c'est dans ce groupe que Linné classa Phalenae. Alucita pentadactyla n° 304 à la page 542 du Systema Naturae avec la description " alis patentibus fissis quinquepartitis niveis : digito quinto distincto.".

   • nom vernaculaire :

- Le pterophore blanc (sans majuscule ni accent)1762, Etienne Louis Geoffroy, Hist. abr. ins. 2, p. 91 n° 1.

- Le Pentadactyle, 1789,Charles de Villers, entomologie linnéenne, tome II p. 533 n° 1089.

- Le Ptérophore pentadactyle, Duponchel in Godart, Hist. nat. Lépidoptères volume 8 p. 676 n° 1763

- on le surnomme, selon l'article Wikipédia, "le petit ange de nuit".

 

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   SPHINGIDAE

   Le nom de Sphinx, créé par Linné, est tiré, selon Engramelle (Papillons d'Europe, tome 3, p. 1, 1782), "de l'attitude que prennent leurs chenilles lorsqu'elles sont dans l'inaction. Elles élèvent en l'air la partie antérieure de leur corps, tandis que la partie postérieure reste appliquée sur une branche, ce qui leur donne quelque ressemblance avec l'animal fabuleux des Égyptiens, connu sous le nom de Sphinx".

 

  Macroglossinae

    

Le Grand sphinx de la vigne, le Grand pourceau Deilephila elpenor  (Linnaeus, 1758) the Elephant Hawk-moth.

Envergure : 45-60 mm

Vole de mai à juillet au crépuscule et en début de nuit.

Plante-hôte : l'épilobe, mais aussi le gaillet, le trèfle d'eau, l'onagre, le fuschia...et la vigne accessoirement.

Zoonymie :

- Deilephila : du grec deile, le soir, et phileo, aimer : pour la préférence crépusculaire de ce papillon.

- Elpenor : l'un des compagnons d'Ulysse, qui fut transformé en porc par la magicienne Circé. On pourrait penser que cette référence au cochon, ainsi que le nom vernaculaire de Pourceau  se justifient par la couleur rose-jambon du papillon, mais c'est la forme de la chenille, à la grosse tête succédant au thorax étroit, qui suscite la comparaison avec le groin porcin, alors que les anglais trouve plutôt à cette tête de chenille des allures de trompe d'éléphant.

- nom vernaculaire :

  - Le Sphinx de la vigne :  Etienne Louis Geoffroy 1767, Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris, Tome II, p. 86, n° 10. C'est Geoffroy le créateur de ce zoonyme qui sera repris par les successeurs. Il écrit : " Ce beau sphinx vient d'une chenille de la vigne appelée la cochonne. Elle est rare, noire, veloutée et a une corne sur le onzième anneau. Le devant de son corps est gros et comme renflé, et la tête imite le groin d'un cochon."

 - Papillon-bourdon grand pourceau, Charles de Geer, 1771, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes, tome II (1), p. 236. De Geer apparaît comme le créateur de ce zoonyme.

  - Le sphinx de la vigne : Jacques Louis Engramelle, 1782, Papillons d' Europe peints d'après nature, volume 3, p. 99, pl. CXII, n° 160. Il précise : " La chenille qui produit ce sphinx vit effectivement sur la vigne comme l'indique le nom de ce sphinx. Mais ce n'est pas sa seule nourriture."

   -Le Sphinx de la vigne : Jean-Baptiste Godart, 1822  Histoire Naturelle des Lépidoptères ou papillons de France, volume 3 Crépusculaires, p. 46, n°10.

   - Le Sphinx de la vigne, Hippolyte Lucas 1834, Histoire Naturelle des Lépidoptères d'Europe, p. 111.

   - Charles d' Orbigny, 1848, Dict. Univ. d'Hist. Nat; p. 736 : " Le D. elpenor, connu sous le nom vulgaire de Grand Pourceau à cause de la forme et de l'aspect de sa chenille. Il est plus connu encore cependant sous le nom de Spinx de la vigne."

  

 

  Crozon 10 juillet 2011

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 23:14

 Histoire des noms français de papillon IV : Rhopalocères.

 

 

Je me propose d'étudier les noms français des papillons diurnes de notre pays tels qu'ils apparaissent dans un ouvrage récent de Tristan Lafranchis Les papillons de jour de France, Belgique et Luxembourg et leurs chenilles, ed. Biotope, 2000.

   J'y dénombre 249 espèces françaises contemporaines de rhopalocères, soit plus de 320 noms de papillons.

Je rappelle que Geoffroy en décrivait 48 en 1762 ( pour "les environs de Paris"), Engramelle 136  en 1779 (pour les papillons d'Europe), et Godart 94 en 1821-22 (environs de Paris).

   Parmi les 249 espèces contemporaines,

                       40 doivent leur nom à Etienne Louis Geoffroy,

                       42 doivent leur nom à Jacques Louis Engramelle,

                        12 doivent leur nom à Jean-Baptiste Godart,

                       Soit un total de 94 espèces dont la dénomination  est antérieure à 1822 (c'est une approximation en raison des synonymies).

D'où viennent les noms des autres papillons ? Le plus souvent, d'une association d'un nom générique avec un nom de plante, majoritairement, d'un nom de lieu, parfois, ou d'un nom de personne, rarement : c'est dire que les zoonymes, ou nom d'animal, sont rares face aux phytonymes (114 noms de plante-hôte), toponymes (33 adjectifs géographiques ou   noms de lieu) ou anthroponymes (2 noms de personne : Foulquier et Duponchel). Ils sont composés à partir des noms génériques suivants : Hespèrie (27 espèces), Piéride (19 espèces), Thécla (12), Cuivré (7), Azurés (34), Argus (13), Fadet ( 6), Moirè ( 30), Nacré ( 12), Mélitée (8), Damier (7).

 

    Étude préalable des auteurs des noms scientifiques des espèces françaises :

  Dans l'ordre chronologique : nombre d'espèces décrites. En rouge, les auteurs français, puisque mon but est de travailler sur les noms français.

- Linné            1758 : 54

                         1761 : 5

                         1764 : 2

                         1771 : 1

- Poda             1761 : 4

- Scopoli         1763 : 3

- Muller            1764 : 1

- Hufnagel      1766 : 1

- Pallas            1771 : 3

- Esper 1760-1803 : 17

- Kühn             1774 : 1

- Cramer         1775 : 1

- Rottemburg 1775 : 8

- Denis & Schiff. 1775 : 19

- Fuessly         1775 : 2

- Berghasser  1779 : 3

- Larcharting   1782 : 1

- Moll                 1783 :1

- Knoch      1780-83  : 3

- Geoffroy         1785 : 1  (Colias crocea)

- Borkhausen 1788 : 2

- Fabricius 1787-95 : 8

- Hübner 1790-1824 : 16

- Schneider     1792 : 1

- Reiner et Hohenwarth 1793 : 1

- Prunner          1798 : 8

- Haworth          1803 : 1

- Hoffmanseg    1804-06 : 5

- Ochsenheimer : 1808-1816 : 4

- Godart 1819-24 : 3  ( Euphydrias desfontainii 1819, Hipparchia neomiris 1822 ; Argynnis elisa 1824)

- Bonelli             1826 : 1

- Verity               1828 : 1

- Geyer              1828 : 1

- Boisduval 1828-1840 :7

- Meigen            1829 : 2 

- Freyer          1830-34 : 3

- Geyer              1832 : 1 

- Fisher von Waldheim 1832 : 1

- Cantener         1834 : 1

- Costa               1836 :1

- Gene                1839 : 1

- Rambur            1839 :6

- Mayer               1851 : 1

- Meyer-Dür        1851 : 1

- Graslin              1850 : 1

- Nickerl              1850 : 1

- Kefferstein        1851 : 2

- Herrich-Schäffer 1851-52 :2

- Bremer et Grey 1853: 1

- Wallengren       1853 : 1

-  Ménestriès       1859 : 1

- Butler                 1869 : 2

- Standinger 1861-71 et 1901 : 7

- Valentin             1894 : 1

- Hirschke            1904 : 1

- Ribbe      1905-1910 : 2

- Stichel                1908 : 1

- Fruhstorfer         1908 : 1

- Chapman 1909 : 1

- Oberthür             1910 : 2

 

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 23:12

                      

 Histoire des noms français de papillon III : J.B. Godart.

     

         Elle passait ses journées à courir avec ses enfants dans le verger, et à faire la chasse aux papillons. On avait construit de grands capuchons de gaze claire, avec lesquels on prenait les pauvres lépidoptères. C’est le nom barbare que Julien apprenait à Mme de Rênal. Car elle avait fait venir de Besançon le bel ouvrage de M. Godart ; et Julien lui racontait les mœurs singulières de ces pauvres bêtes.

On les piquait sans pitié avec des épingles dans un grand cadre de carton arrangé aussi par Julien.

                                                                                                                                  Stendahl, Le Rouge et le Noir, chapitre VIII.

 

 

I. De Ernst et  Engramelle à Godart, 1792-1821.

 

 a) Guillaume-Antoine Olivier 1756-1814 :

 

Après le succès que rencontra les Papillons d'Europe d'Ernst et Engramelle, Gigot d'Orcy demanda à un médecin exerçant aux Arcs près de Toulon, et formé à l'Histoire Naturelle par Broussonet de travailler à un grand ouvrage sur les coléoptères : c' était Guillaume-Antoine Olivier. Celui-ci eut à rechercher de nouveaux spécimens chez les collectionneurs d'Angleterre et des Pays-Bas, ce qui lui permit de rédiger les articles de l'Encyclopédie Méthodique, dite Encyclopédie Panckoucke, sur les sujets d'Histoire Naturelle , puis de publier les six volumes de son

Entomologie, ou Histoire Naturelle des Insectes consacrée aux coléoptères de 1789 à 1806.

   Il fut le formateur et le protecteur de Latreille, qui lui succéda à l'Académie des Sciences en 1814.

 

 b) Pierre-André Latreille 1762-1833.

 

Sans revenir sur la biographie du "Prince de l'entomologie", premier président de la Société Entomologique de France, auteur de l'

Histoire naturelle générale et particulière des crustacés et insectes  (14 volumes, 1802-1805), mentionnons que Latreille est

 -l'auteur d'une nouvelle classification des lépidoptères

- le rédacteur, après ou avec G.A. Olivier,  des articles concernant les papillons dans l'Encyclopèdie Méthodique et dans le Dictionnaire classique d'Histoire Naturelle.

 

   Consultons le tome 17 datant de 1803 du Nouveau Dictionnaire d'histoire Naturelle , article Papillon : Latreille y rend hommage à Réaumur, cite Geoffroy et de Geer, avant de préciser que dans la présentation qu'il va donner des papillons d'Europe, "la dénomination des espèces seront en général prises dans la collection des Papillons d'Europe d'Engramelle". Pourtant la publication d'Ernst et Engramelle y est critiquée : "les espèces n'y sont pas bien décrites ; elles y sont trop multipliées ; leur concordance systématique avec la dernière édition de l'Entomologie de M. Fabricius n'y est pas établie ; les suppléments y sont très nombreux, et rendent les recherches difficiles".

   Prenons le premier papillon décrit :

" Papillon grand porte-queue,

Papilio machaon  Linn., Fab; le grand papillon à queue du fenouil, Geoffr. ; le Grand porte-queue  Engram. , Papillons d'Europe, pl xxxiv, Lxx, supl.III, pl. vi, n° 68.", puis vient la description.

Nous constatons que le nom scientifique binominal linnéen est bien donné, que Geoffroy et Engramelle sont bien présentés à la meilleure place, mais que le nom vernaculaire s'est transformé pour se calquer sur la dénomination binominale. Ce sera désormais une règle, suivie par Olivier,et que Godart  reprendra.

  Ainsi le Flambé devient le Papillon Flambé, le Morio devient le Papillon Morio, la Grande Tortue le Papillon Grande Tortue.

 

   Ce qui est vrai pour les papillons diurnes l'est également pour les nocturnes. Ouvrons l'Encyclopédie Méthodique, tome VIII de 1811, article Noctuelle, par Olivier. 459 espèces y sont étudiées, venant de Guyane, du Surinam, ou reprenant les espèces françaises. Au numéro 62, nous trouvons " La Noctuelle lisse Noctua polita, la Lisse, Ernst, Pap. d'Europe tom 7. p. 153. pl 301 fig.514, Noctua polita Hubn. Lépid.4. Noct 2 tab 37 fig.778".

 Les 459 noctuelles se nommeront Noctuelle ceci, Noctuelle cela,  entraînant une stéréotypie monotone de la nomenclature.

   C'en est fini des zoonymes colorés, chatoyants, poétiques. La porte est ouverte pour les séries construites au moule, où il suffira de cliper le nom d'une tête de série avec celui de la plante-hôte ou du site pour fabriquer par douzaines des Azurés ( du trèfle, de la chevrette, des mouillères, de la badasse, de la croisette, du serpolet, etc...), des Moirés ( des paturins, des sudètes, des glaciers, etc...) . 

  Revenons sur la classification proposée par Latreille en 1796 dans son Précis des caractères génériques des insectes : elle introduit 21 genres nommés en français, et donc 21 zoonymes ;

    • Diurni :   Papillon : qui comportera en 1804 (Tableau méthodique des insectes . Nouv. Dict. Hist. Nat .vol 24) :

                                les Nymphales, Nymphalis

                                les Héliconidés Heliconus

                                les Danais, Danais

                                les Papillons, Papilio

                                les Parnasses, Parnassus

                               les Polyommates, Polyommatus

                    :  les Hespéries, Hespéria

   • Nocturni : les Sphinx

                       les Sesies, Sesia

                      les Zygènes, Zygaena

                       les Bombix

                       lesHepiales

                       les Cossus

                       les Noctuelles, Noctua

                       les Phalénes Phalaena

                      les Pyrales Pyralis

                       les Hyblées,Hyblaea

                      les Aglosses, Aglossa

                       les Ypsolophes Ypsolopha

                       les Teignes, Tinea

                       les Yponomeutes, Yponomeuta

                       les Oecophores Oecophora,

                       les Adéles, Adela,

                       les Alucites,Alucita,

                      les Ornéodes, Orneodes

                       les Ptérophores , Pterophorus .

 

  Dés lors, dotès de ces noms de genre en notre langue, les noms vernaculaires vont se construire comme des noms scientifiques avec un nom de genre et un épithète. Finie la fantaisie ! Nous aurons les nymphales a, b, c, d, les polyommates a, b, c, d, les hespéries a, b, c, d, et lorsqu'un nouveau savant créera un nouveau genre, il le déclinera à son tour. C'est ce que va faire Godart.

  Un véritable chantier de démolition des zoonymes simples et issus du vocabulaire de la langue française existente créés par Geoffroy et Engramelle va être mis en oeuvre pour bâtir une nouvelle nomenclature binominale française des lépidoptères copiée sur la nomenclature linnéenne à grand renfort de néologismes. Plutôt que de chercher dans son inspiration ou dans le bagage culturel des Humanités de l'époque pour baptiser une espèce, on créera un néologisme pour donner un équivallent barbarofrançais aux dénominations scientifiques en grec ou en latin qui émergent des plumes de Fabricius, Esper, Treitschke, Ochsenheimer ou Hübner. Voilà les Noctuelles et les Phalènes, mais aussi les Xanthies, les Mélanthies, les Lithosies, les Arcties, les Crocalles, les Cidaries, les Aspilates, les Alucites, que Godart et Duponchel vont déployer.

 

     Dites-moi où, n'en quel pays 

     Est  la phalène l'Incertaine

     L'Artémise et puis la Promise

    Qui furent cousine germaine

     Echo, partant quand bruit on mène

     Dessus rivière ou sur étang

     Qui beauté, eut trop plus qu'humaine?

     Mais où sont les neiges d'antan ?

    

     Où sont passées la Mignonne,

     Et la Rameuse, ou la Timide,

     La Joueuse, la Viennoise

     L' Alchymiste, et la Rupicole ?

     Et où, la belle Joconde,

      L'Arlequinette, et la Tricheuse,

      La Cizelée et la Dipsacée

      Et la fameuse Nymphagogue ?

 

 

2. Le corpus Histoire naturelle des lépidoptères Godart & Duponchel 1821-1849.

 

   Une oeuvre unique, conçue initialement pour ne concerner que les lépidoptères "des environs de Paris", étendue par Godart à l'ensemble de la France, puis par Duponchel à L'Europe. En 2000, Tristan Lafranchis pouvait écrire : "depuis lors, aucun ouvrage exaustif n'est venu actualiser le chef-d'oeuvre encore inégalé de Godart et de son continuateur".

 

1- Histoire naturelle des Lépidoptères ou Papillons de France par M. J.B. Godart et continuée par P.A.J. Duponchel, Paris, Crevot Libraire Editeur puis Méquignon-Marvis, 1821-1834, onze volumes.

 

Rédigés par J.B. Godart :

 

  Volume I : Diurnes, environs de Paris, figures par C. Vauthier, Crevot  Libraire-Editeur, Paris 1821.

  Volume II : Diurnes, montagnes alpines et départements méridionaux, figures par P. Dumenil, Paris 1822

  Volume III :Crépusculaires de France, figures par C. Vauthier, Crevot éd. Paris1822

  Volume IV : Nocturnes  Première partie. (Bombycites)., figures pr P. Dumenil, Crevot éd. Paris1822

  Volume V : Nocturnes Deuxième partie (partie des Tinéites, et commencement des Noctuélites), fig. Delarue 1824. 

 

Rédigés par Duponchel :

 

  Volume VI : Nocturnes Troisième partie (suite des Noctuelites), figures par P. Dumenil, Crevot éd. Paris 1826

  Volume VII première partie, figures par P. Dumenil, Crevot Libraire-Editeur, Paris 1827.

  Volume VII seconde partie ( Phalénites),  figures par P. Dumenil, Crevot ed, Paris1829.

  Volume VIII première partie, figures par P. Dumenil : Méquignon-Marvis, Paris 1830.

  Volume VIII seconde partie, figures par P. Dumenil, Méquignon-Marvis, Paris 1831

  Volume IX, Nocturnes, figures par J. Delarue, Méquignon-Marvis, Paris 1834

 

 

2- Suppléments à l'Histoire Naturelle des Lépidoptères, Méquignon-Marvis, Paris, 1832-1842, quatre volumes.

 

  Volume I : Diurnes,Suppléments aux tomes premier et deux, figures par Dumenil, Paris, 1832.

  Volume II : Crépusculaires, Suppléments au tome troisième, figures par Delarue, Paris, 1835

  Volume III : Nocturnes, suppléments aux tomes quatrième et suivants, figures par Delarue, Paris 1836.

  Volume IV : Nocturnes, figures par Delarue, Paris 1842.

 

3- Iconographie et histoire naturelle des chenilles pour servir de complément à l'Histoire naturelle des Lépidoptères ou papillons de France de MM. Godart et Duponchel, Germer-Baillère Editeur, Paris 1849, deux volumes.

 

  Volume I : Diurnes, par P.A.J. Duponchel, avec 36 planches colorées décrivant 100 variétés, Maquignon-Marvis, Paris 1849.

  Volume II : Crépusculaires-Nocturnes, par P.A.J Duponchel et A. Guenée, avec 56 planches colorées décrivant 109 variétés, Maquignon-marvis, Paris 1849.

 

4- Catalogue méthodique des lépidoptères d'Europe distribués en familles, tribus et genres avec l'exposé des caractères sur lesquels ces divisions sont fondées, et l'indication des lieux et des époques où l'on trouve chaque espèce, pour servir de complément et de rectification à l'histoire naturelle des lépidoptères de France, devenue celle des lépidoptères d'Europe par les supplémens qu'on y a ajoutés. P.A.J. Duponchel, 523 p. Méquignon-Marvis fils, Paris 1844.

 

 

A. Les Auteurs :

 

 1°) Jean-Baptiste Godart (1775-1825)

    Né à Origny-Sainte-Benoîte (Aisne) le 25 novembre 1775, il fit ses humanités au collège Louis-le-Grand puis y exerça les fonctions de maître d'étude puis de sous-directeur avant d'être nommé proviseur du lycée de Bonn, qui était alors une ville française. Il exerça cette fonction jusqu'en 1813, puis fut censeur des études au lycée de Nancy jusqu'à sa retraite en 1816. C'est alors qu'il put s'adonner complètement à sa passion, l'étude des papillons. Il en avait réalisé sur vingt ans une belle collection qu'il dut céder à un naturaliste de Bonn lorsque les français durent abandonner cette ville.

 

  Installé à Paris pour sa retraite, il fut chargé par Latreille d'écrire pour lui la rédaction d'un article Papillon de l' Encyclopédie Méthodique de 1819.

  Puis il fut chargé de poursuivre la rédaction d'une Histoire Naturelle des lépidoptères de France, consacrée aux espèces "des environs de Paris", dont trois livraisons avaient déjà réalisés "par un jeune médecin qui n'avait pas consulté ses forces avant de débuter l'entreprise" et qui dut abandonner cette tache. Godart refit les trois livraisons, mais loin de se sentir dépasser par l'ampleur du projet, dés les quinze premières livraisons qui concernaient les diurnes, il étendit le cadre d'étude à l'ensemble de la France.

 

2°) Philogène Auguste Joseph Duponchel (Valencienne 1774- Paris 10 janvier 1846).

    Aprés des études à Douai et une carrière militaire en 1795-96, il travaille au Ministère de la Guerre comme chef du personnel de l'administration des armées à Paris avant qu'en 1816, ses opinions bonapartistes ne le contraignent à une retraite anticipée à 42 ans. C'est pour lui l'occasion de se consacrer à sa passion, l'entomologie. Il participa à la création de la Société d'Entomologie dont il fut le premier trésorier, puis le président en 1836.

 

B. Les illustrateurs :

 

1°) les peintres :

  • Antoine Charles Vauthier (1790-...) Peintre d'histoire naturelle, frère de Jules Antoine Vauthier, peintre d'histoire.

   Il participa par ses dessins à :

           - Dictionnaire classique d'histoire naturelle, 16 volumes, Beaudoin éditeur

           - Oeuvres de Buffon, Beaudoin éditeur.

 

  • Paul Chrétien Romain Constant Dumenil (1799-...)

     " élève de MM Lair et Niquevert", peintre, graveur, impression en taille douce, coloris.

     Il participa aux dessins des planches de :

           - Flore générale de France par MM. Loiseleur de Longchamps, Persoon, Gaillon, Boisduval et de Brebisson

           - Coléoptères d'Europe, Comte Dejean et Boisduval.

           - Histoire générale des Hipoxilons par M.Chevalier

           - Sujets d'anatomie pathologique par M. Antral.

           - Iconographie du Voyage d'Audouin et Edwards sur les côtes de France

           - Voyage de découverte de l'Astrolabe, 1826-1829 par Jules Dumont-d'Urville

  (Source : Dictionnaire des artistes de l'école française au XIXème siècle par Charles Gabet, 1831.

   En 1819, dans le neuvième tome de l'Encyclopédie Méthodique, Latreille et surtout Godart dédient un polyommate à "Duponchel père", qu'ils encouragent à publier sa monographie des  érotyles. C'est le numéro 186 de la page 677. A ce Polyommatus duponchelii succéde, sous le numéro 187, un Polyommatus dumenilii, "décrit d'après un individu mâle que nous a communiqué M. P. Duménil, avantageusement connu par les figures de l'histoire des lépidoptères," etc...

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Dumenil l' Écaille fasciée, volume IV p. 307

 

  • J. Delarue : (Jean Delarue, 11 rue de Fourcy St Jacques, Paris ?) Peintre d'histoire naturelle.

      illustrateur d'ouvrages réputés de zoologie tels que :

        -Histoire naturelle des mollusques terrestres, D. Dupuy Paris 1847-1852

        - Paleontologie française, description zoologique et géologique de tous les animaux mollusques et rayonnés fossiles de la France par Alcide d'Orbigny, Paris 1840-1854, 4000 pages, 1440 planches lithographiées.

       - Iconographie zoophytologique par Hardouin Michelin, Paris 1841-1847.

       Il illustre aussi de nombreux ouvrages d'ornithologie:

       - Collection d'Oiseaux d'Europe, Paris 1839.

      On peut signaler également :

      - Etudes d'animaux, Paris, 1850

       - Dictionnaire d'Histoire naturelle, Insectes lépidoptères, Paris 1861.

 

• Jacques Isidore Acarie-Baron ou Acarie Baron.

    "Peintre en Histoire naturelle, 4, Rue de la Barouillerie à Paris".

    C'est le peintre des figures du 4ème supplément de 1842 (24 planches sur 28) avec Annedouche comme graveur. Ce duo travaille la même année au Dictionnaire élémentaire d'histoire naturelle de Victor Meunier. Acarie Baron illustre aussi :

              - Album du jardin des plantes de paris, comme "dessinateur des jardins du roi".

              - Elements d'histoire naturelle par Antoine Constant Saucerotte, 1835, 8 lithographies de 160 figures par Acadie-Baron

              - Après un séjour de 3 ans en Russie vers 1845, le tsar lui aurait commandé un panorama de St Petersbourg.

 

2°) les graveurs :

 •  Lanvin graveur au burin

             - Le règne animal distribué...par Cuvier, Paris 1836 à 1850, 22 volumes.

    Dans le volume IV, la planche XXXI est gravée par I. Lanvin née Roquet.

  • Sophie Sixdeniers :

     On connaît Alexandre Vincent Sixdeniers (1795-1846), graveur au burin puis à l'aquatinte de sujets d'histoire ou de portrait, élève de Villerey, mais aussi Sophie sixdeniers, qui grava les figures de :

             - Lettres à Sophie sur la physique, L.A. Martin, Paris, 1822.

             - Traité des maladies des yeux, A.P. Demours, 80 planches coloriées par langlois gravées par Sébastien Lefevre, Sophie Sixdeniers et Pomel.

Dans le volume IV, les planches XVI et XXVII sont gravées par S. Lépissier née Sixdeniers. De même Vol V pl. LXI, vol. VI pl. LXVIII.

  • Calais née Leroy : peut-être identique à Mlle Adélaïde Leroy (Vol III, pl 17 ter)

  • Auguste Dumenil.

  • Annedouce

   • Jean François Tourcaty (1763-?), élève de Bardin, gendre du sculpteur Dardel, professeur à l'Ecole de Versailles il est signalé en 1834 comme participant à des ouvrages d'histoire naturelle comme Description de  l'Egypte, la Flore Médicale ou la Faune Française. Il est aussi célèbre pour un portrait de Marat aux Cordeliers à la tribune. 

   • Félicie Monsaldy puis (Volume VI) Fournier née Monsaldy 1797-1879: Fille d'Antoine Maxime Monsaldy (1768-1816), graveur élève de peyron, et épouse de Nicolas-Amable Fournier, graveur également, elle réalisa les gravures de planches d'histoire naturelle mais également des vignettes de pièté et le portrait de livres : ainsi La Duchesse d'Angoulême ou la Peau de chagrin de Balzac, dont deux tirés à part de portrait de Pauline et de Foedora, mais aussi de portarits de Cuvier, Napoléon. elle exposa aux salons de 1837 à 1847.

   • Perrot fils

   • Massard

  

 

3°) les planches :

 a) Histoire nat. lépidoptères :

   • Volume I : 45 planches dont 21 en couleur : 38 peintes par Vauthier (graveur Lanvin) , 6 par J. Delarue (graveur A. Dumenil), 1 par P. Dumenil (graveur Calais née Leroy).

   • Volume II : 28 planches couleurs peintes par P. Dumenil ( 3 graveurs).

   • Volume III : 193 pages, 18 espèces décrites, 22 planches par Vauthier (graveur Lanvin), planches 17 bis  par Linder (graveur Sophie Sixdeniers) et 17 ter par Vautier (graveur Mlle Adelaïde Leroy) .

   • Volume IV : 424 pages, 129 espèces, 39 planches dessinées par Duménil et gravées par Lanvin, Fourcaty, Félicie Monsaldy, Calais née Le Roy, Perrot fils, Massard, S.Lépissier née Sixdeniers, Lanvin née Roquet.

   • Volume V : 300 pages, 114 espèces, 30 planches dessinées par Duménil et gravées par Lanvin, Félicie Monsaldy

   • Volume VI : 476 pages, 153 espèces, 28 planches dessinées par Duménil et gravées par Lanvin, parfois par Tourcaty, LXVIII par Sixdeniers, XCII et XCVII par Félicie Fournier née Monsaldy.

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b) Suppléments

   • Supplément I : 467 pages, 120 espèces, 50 planches couleurs dessinées et peintes par Dumenil de I à LVII et par Delarue de XLVIII à L. Nom du graveur non lisible.

   • Supplément II : 192 pages, 61 espèces, 10 planches par Delarue, gravées par Corbié, Mlle Plet, (peu lisible).

   • Supplément III : 749 pages, 237 espèces, 50 planches dessinées par delarue et gravées par Mlle Plet, Corbié, Lanvin, Annedouce.

   • supplément IV : 28 planches dont 24 dessinées par Acarie-Baron et 4 par Delarue, toutes gravées par Annedouce.

 

 

 

 

III. Après Godart :

 

 

 

 

Après la publication de l'Histoire Naturelle des lépidoptères ou Papillons de France, il ne sera plus publiè d'ouvrage consacré aux papillons de France. En 1988, Lionel George Higgins et Norman Denbigh Riley publient chez Delachaux et Niestlé leur Guide des Papillons d'Europe: Rhopalocère, traduction de

A Field Guide to the Butterflies of Britain and Europe  paru en 1980 : ce livre donne les noms français des espèces européennes.

   En 2000, Tristan Lafranchis publie Les papillons de France, de Belgique et du Luxembourg et leurs chenilles chez Biotope.

   A défaut de publication entre 1842 et 1988, il est difficile de retrouver l'origine des noms vernaculaires des espèces françaises dècouvertes dans ce délai.

  Pourtant des auteurs français ont publié des ouvrages importants, mais en utilisant la dénomination scientifique, et rarement le nom vernaculaire. Les principaux sont Boisduval, Rambur et Oberthür.

 

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 23:10

 

                 Les Papillons d'Europe peints d'après nature , 1779-1792 par J. L. Engramelle et J.J Ernst.

 

 

Le Révérend-Père Jacques Louis Florentin Engramelle ( 1734-1814) était moine au couvent des Petits-Augustins, quartier  Saint-Germain à Paris.

        (On distingue les Grands Augustins, de l'ordre non réformé, les Augustins déchaussés, ou Petits-Pères, et les Petits-Augustins issus d'une réforme dite de Bourges du Père Rabache. Ces Petits-Augustins avaient leur couvent au 16, rue des Petits-Augustins, devenue rue Bonaparte, couvent qui avait été créé par la Reine Margot, puis reconstruit et doté d'une bibliothèque de 8000 volumes, soit la plus riche bibliothèque de Paris. Il fut fermé à la Révolution et transformé en Musée des Monuments français, actuelle École des Beaux Arts.)

 Son frère aîné, le Père  Marie Dominique Joseph Engramelle, était également moine de ce couvent, et sa réputation comme musicien, passionné de mécanique, inventeur de la "tonotechnie" comme procédé d'enregistrement de la musique a éclipsé les travaux de son cadet, tant et si bien que de nombreux exemplaires de "Papillons d'Europe" sont attribués au musicien (notamment en interrogeant le moteur de  recherche Google).

 

   Engramelle fut appelé par Jean Gigot d'Orcy pour réaliser, à partir de sa très belle collection d'histoire naturelle ( minéralogie et entomologie), un grand ouvrage qui en reproduirait les spécimens, et immortaliserait son nom.

    Jean Gigot d'Orcy ( 1733-1793), richissime  Inspecteur des Mines et Receveur Général des Finances de Champagne, avait fait appel également à un illustrateur naturaliste alsacien, Jean-Jacques Ernst, qui avait réuni également une collection de papillon.

   (Plus tard Gigot d'Orcy engagera Guillaume-Antoine Olivier (1756-1814) pour aller récolter pour son compte des insectes aux Pays-Bas  et en Grande-Bretagne et rédiger une Histoire Générale des Insectes (les deux premiers tomes paraissent en 1789 et 1790) mais en août 1790 Olivier préfère s'éloigner en Turquie et en Perse pour un voyage de six années. ( il en ramènera une collection actuellement conservée au Muséum). Ce sera Alexandre Brongniart qui le remplacera. Le mécène demandait en même temps à Jean-Baptiste Audebert de se charger des illustrations de l'ouvrage, quitte à l'envoyer lui-aussi outre-Manche chercher les spécimens rares. A la mort de Gigot d'Orcy en juin 1793, sa veuve poursuivra le projet.)

Voir à propos de Gigot d'Orcy cet article de Jean-Paul Fontaine de mars 2013 Gigot d'Orcy, l'entomologiste,  :

http://histoire-bibliophilie.blogspot.fr/2013/03/gigot-dorcy-lentomologiste.html

 

   •    Le premier volume de " Papillons d'Europe peints d'après nature par M. Ernst, gravés par M. Gérardin, et coloriés sous leur direction, décrits par le R.P.Engramelle, religieux augustin du quartier de Saint Germain" paraît à Paris chez Delaguette / Basan & Poignant en mars 1779, sur souscription en 250 exemplaires. De 1779 à 1792, vingt-neuf cahiers composant huit volumes se succéderont, riches de 350 planches en couleurs (hormis les trois qui illustrent le matériel de chasse au papillons), décrivant plus de 3000 spécimens !  Chaque espèce sera décrit si possible en trois états, le premier étant la chenille, le second état étant la chrysalide, et le troisième, dit "état parfait", étant l' imago.  Au total, les souscripteurs disposeront de 8 volumes grand in-4°, dont les exemplaires actuels sont décrits comme des volumes  "en demi-daim vert, plats couverts de papier-peint" , autrement dit, de superbes livres de grand prix, accessibles seulement aux plus fortunés.

 

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  Il débute par une dédicace " A M. G.D." qui est troublante, d'une part parce qu'elle semble vouloir préserver l'anonymat de Gigot d'Orcy, d'autre part parce qu'elle est signée par Ernst qui s'y présente comme l'initiateur du projet. Que l'on en juge :

   " Monsieur,

Un ouvrage sur les papillons et les insectes d' Europe ne peut être dédié qu'à un connaisseur qui,comme vous, Monsieur, fait ses délices d'étudier les ouvrages de la nature et qui rassemble dans son cabinet ce que les quatre parties du monde offrent de plus propres à faire admirer la sagesse et la providence du créateur. En effet votre magnifique collection d'insectes et de papillons renferme des beautés rares que vous ne devez qu'à vos soins et à vos recherches. Vous n'avez rien épargné pour la rendre une des plus intéressantes par le nombre et la variété des espèces ; et l'ordre admirable par laquelle vous l'avez distribué cause la plus agréable surprise à tous les amateurs.

   Si je me suis enfin décidé à faire part au public de mes découvertes particulières, c'est à votre louable encouragement que je le dois ainsi qu' à la permission que vous m'avez accordé de copier dans votre cabinet les espèces rares qui me manquaient. C'est aussi vous, Monsieur, qui m'avez excité à parcourir les cabinets de l' Europe où j'ai puisé de nouvelles richesses pour compléter mes desseins. Ainsi l'hommage de cet ouvrage vous est bien légitimement dû, puisque vous y avez contribué plus que personne. Si vous daignez l'agréer ce serai une nouvelle obligation que je vous aurai : il ne peut d'ailleurs paraître sous des auspices plus favorables, que sous le nom d'un amateur aussi éclairé que zélé pour étendre une connaissance agréable et digne de notre attention. Je suis avec respect votre très humble et très obéissant serviteur,  J.J. Ernst."

 

 Le Discours Préliminaire, vraisemblablement écrit par Engramelle, confirme la prééminence de Jean-Jacques Ernst, que l'on présente intéressé dés l'enfance par les insectes sous l'influence de la lecture des Mémoires pour servir à l'histoire des insectes  de Réaumur, puis réunissant une collection d'insectes composée surtout de papillons avant de considérer que les mites viennent détériorent ses spécimens ; décidant alors de les peindre pour les préserver, tout en parcourant l'Europe pour découvrir les autres collections, et en peindre les raretés.

   Quel fut le rôle d'Engramelle ? Quelles connaissances avait-il en zoologie ? Pourquoi Gigot d'Orcy a-t-il fait appel à lui ? La bibliothèque dans laquelle il a puisé les nombreuses références était-elle celle du couvent des Augustins? Je ne trouve pas de réponse à ces questions, mais le texte témoigne d'une compétence approfondie dans son sujet d'étude.

  A la collection d' Ernst et à celle de Gigot d'Orcy, il faut ajouter celle des correspondants européens, et en tout premier lieu celle de Christian Gernig à Francfort.

  Ce premier volume est consacré aux " chenilles, chrysalides et papillons de jour" dont il décrit 101 espèces, du Morio au Gazé, présentées par 48 planches  dont 8 en couleurs.

  Il est interrompu à la page 86 pour faire place à un traité intitulé " Instructions sur la chasse et le développement des papillons". On y découvre les différents filets, dont un "petit filet double pour prendre les papillons avec une seule main" :

 

filet-pince-engramelle.jpg

 

On y apprend surtout comment monter les papillons capturés sur le liège avant qu'il ne soient saisis par la raideur de la mort, en les épinglant sur une tablette  :

papillon-engramelle.jpg

 

 

  La succession des descriptions est interrompue une nouvelle fois page 161 pour décrire des "Instructions sur la manière d'imprimer les papillons". Il s'agit de décrire en guise d'amusement pour les amateurs, un "procédé, de très facile exécution, par lequel on parvient à fixer sur du papier les plumes [comprendre : les écailles] des ailes des papillons sans rien leur faire perdre de leur couleurs". On découpe les ailes que l'on encolle, puis que l'on presse sur le papier replié en deux ; on décolle la membrane de l'aile, et les écailles restent comme une impression à l'envers (mais dont on assure qu'elle vaut l'endroit) des ailes, très fidéle à la réalité. On peint alors le corps, les antennes et les pattes, et voilà comment conserver sa collection de lépidoptères dans un porte-feuilles, sans risque que les insectes la détruisent où que les couleurs ne s'altérent. Un vrai herbier animal, qui rappelle l'herbier aux oiseaux que j'ai décrit chez les ornithologues taxidermistes.

 

 

 

 

 

 

   •   Le second volume, daté de 1780, poursuit l'inventaire des papillons diurnes du n° 102 au n° 112, puis viennent trois  suppléments où les espèces précédentes sont dotées d'un bis ou d'un ter (15 bis : le Cardinal, en complément du n°15 qui était le Tabac d'Espagne). Les 42 planches ( dont 10 en couleurs) sont numérotées de XLIX à LXXIX, puis LXXX(I) à LXXX(IV) pour le supplément II, puis enfin Supp. III ( I à VIII).

   Voici une planche qui illustre les variations du Souci mâle et femelle (111) et du Soufré (112):

 

 

souci-suppl-Engramelle.jpg

 

  Le troisième volume paraît en 1782 et jusqu'en 1784; il est composé de 132 pages de texte et de 38 planches dont 14 en couleurs: il est consacré aux "chenilles, chrysalides et papillons Sphinx ",et contient la description des Sphingidae, mais aussi des Aegeridae et Zygaenidae ( 52 espèces au total n° 113 à 165). Après avoir donné la liste des 221 souscripteurs (dont le Roi, la famille royale, le roi de Suède et le roi d'Espagne, Buffon, Christian Gernig à Francfort ), Engramelle fait le point sur les caractères généraux des Sphinx et sur les classifications de Linné, de Geoffroy et de de Geer avant de dresser l'énumération détaillée de 55 espèces; voici la planche du Sphinx à tête de mort :

 

  *SPHINX TETE DE MORT ENGRAMELLE-copie-1

 

Le Volume IV est consacré aux "Chenilles, crisalides et papillons-phalènes" de la première classe et paraît en 1785 et 1786, avec 215 pages de texte,49 planches numérotées CXXIII à CLXXI et 55 espèces numérotées de 168 (ver à soie) à 222 (feuille morte du pin). Il est introduit par un "Moyen facile de se procurer beaucoup de chenilles & méthode pour les dessécher et les conserver " (deux pages non paginées), lequel moyen  est illustré par le frontispice. On y voit  "un chasseur tenant d'une main un parasol ouvert et renversé, et de l'autre battant au dessus, les branches d'arbres ou les plantes avec le  manche de son filet. toutes les chenilles qui s'y trouvent tombent dans le parasol".  C'est, déjà, le "parapluie japonais" et la technique de battage des entomologistes actuels.

 

frontispice engramelle tome IV

 

  Le texte est-il encore écrit par le Père Engramelle? En mai 1784, il a été nommé par son Ordre des Augustins Secrétaire de la Province de Paris et a du cesser sa participation à cette grande publication. Un naturaliste plus connu pour ses compètences en minéralogie et son invention du goniomètre , Arnoult Carangeot (1742-1806) lui succède. Pour comprendre ce choix, il est nécessaire de faire un détour vers un autre ouvrage :

 

Arnoult Carangeot, Romè de l'Isle et Swebach-Desfontaines.

  Jean Gigot d'Orcy, comme Etienne Louis Geoffroy (article précédent) possède, outre sa collection d'insectes, une collection minéralogique. Il est donc en contact avec un minéralogiste éminent qui participe à l'établissement des catalogues des collectionneurs, Jean-Baptiste Romé de L'Isle (1736-1790), créateur de la cristallographie moderne. Or Arnoult Carangeot est l'assistant de Romé de L'isle, et il a pu travailler sur les pièces minéralogiques de  Gigot d'Orcy et se faire apprècier.

  Par ailleurs, un illustrateur, Jean Fabien Gautier d'Agoty, qui dispose des droits sur le procédé de chromatolithographie inventé par J.C. Le Blon, se lance dans une ambitieuse Histoire Naturelle ou exposition générale de toutes ses parties en 1781 avec une première partie, Le Règne Minéral. Incompétent en ce domaine, il fait appel à Romé de L'Isle qui en rédige le texte, mais Gautier d'Agoty meurt en 1781, n'ayant publié que deux cahiers avec ses planches en quadrichromie. Sa veuve fait appel à un artiste peintre et graveur, le meztois François Louis Swebach-Desfontaines (1749-1793) (et qu'on voit souvent confondu avec son fils Jacques François célébre pour ses gravures de la Révolution). François Louis Swebach a gravé à 20 ans les planches de l'Histoire de Metz dite des Bénédictins, a travaillé pour le Duc d'Orléans, s'est installé à Paris vers 1780 comme graveur pour le comte d'Artois, avant de travailler avec Romé de L'Isle pour l'Histoire Naturelle Régne Mineral de Gautier d'Agoty en abandonnant le procédé de lithographie couleur qu'il ne maîtrise pas au profit d'oeuvres gravées et aquarellées. Après la mort de Romé en 1790, et la publication du 4ème cahier il produit seul 3 cahiers parus en 1792. Puis il deviendra lui-même collectionneur passionné de minéralogie et publiera ses propres ouvrages (Manuel Cristalographe de 1792). Parmi les planches de l'Histoire Naturelle gravées et peintes par Swebach, on trouve les minéraux de Gigot d'Orcy : Topaze, Emeraude, Calcite, Azurite, Apatite pourpre.

   François Louis Swebach Desfontaines est l'auteur de la quasi totalité des gravures des planches du volume IV ...sans-doute rédigé par Carangeot.

  On comprend mieux que les savants et les artistes qui gravitaient  autour de Gigot d'Orcy se connaissaient, travaillaient ensemble en collaboration, et pouvaient participer à un ouvrage sur les papillons après avoir oeuvrés à une Histoire minéralogique.

 

 

   •  Le volume V paraît de 1786-1788 et propose 152 pages de texte et 39 planches dont deux en couleurs. Il poursuit la présentation des "phalènes de première classe" avec nos  Lasiocampidae, Cossidae, Hepialidae, Notodontidae, et quelques Noctuidae.

  

   •  Le volume VI  de 1789-1790 est consacré "aux phalènes de la seconde classe" , intitulés Les Hiboux avec deux pages de présentation générale ; il présente essentiellement des Noctuidae; Il contient 177 pages de texte et 47 planches dont 4 en couleurs.

 

   •   Le volume VII est daté de 1790, sa publication va de 1790 à 1792 ; il contient 173 pages de texte et 48 planches, et se consacre entiérement à nos  Noctuidae.

 

   •   Le volume VIII de 1792-1793 contient 157 pages de texte et 37 planches numérotées CCCVI à CCCXLII, dont CCCXX en couleur. Il décrit 79 espèces numérotées de 528 à 606.

 

    L'élément frappant pour un lecteur contemporain est la prédominance donnée aux chenilles, sans doute sous l'influence de Réaumur. Ce sont elles qui débutent les descriptions (alors que c'est l'imago qui est central pour les notres), elles qui souvent déterminent les classifications, elles encore qui suscitent le choix du nom vernaculaire.

  La critique majeure qui peut être faite à cette publication est de ne pas utiliser la dénomination binominale linnéenne alors qu'elle paraît plus de vingt ans après la dixième édition du Systema Naturae de 1758. Les papillons sont donnés avec leur nom français bien qu'après leur description, la phrase "ce papillon a été décrit par : " vienne ouvrir une liste des auteurs de référence, qui débute le plus souvent par Linné.

    Cette publication a néanmoins servi de base pour tous les lépidopérologistes français qui vont suivre, que ce soit Latreille, Olivier, Godart, Lucas, ou  Boisduval qui, tous, citeront Geoffroy et Engramelle.

 

  Liste des 44 noms vernaculaires des rhopalocères créés par Jacques Louis Engramelle, et en usage actuellement  (les majuscules sont de moi) ; je donne en gras les zoonymes qui sont descréations originales (ou inspirées de Geoffroy) et ne doivent rien, ni au nom scientifique, ni au nom vernaculaire attribué par les prédecesseurs anglosaxons ou allemands :

 

-Le Point-de-Hongrie :  Erynnis tages.

- L' Échiquier  : Carterocephalus palaemon.

- l' Apollon : Parnassius apollo.

- Le Petit Apollon : Parnassius phoebus.

- Le Semi-Apollon : Parnassius mnemosyne.

- La Diane : Zerynthia polyxena.

- La Proserpine :Zerynthia rumina.

- Le (papillon blanc ) Veiné de vert : Pontia daplidice.

- L' Aurore de Provence : Anthocharis euphenoides.

- Le Solitaire : Colias palaeno..

- Le Candide : Colias phicomone.

- Le Soufré : Colias hyale.

- L' Argus satiné : Lycaena virgaureae.

- Le Protée : Maculinea alcon.

- L' Azuré ( actuellement Azuré du mélilot) : Polyommatus dorylas.

- L'Argus Bleu-nacré : Lysandra coridon.

- L'Argus Bleu-celeste : Lysandra bellargus.

- L'Échancré : Libythea celtis.

-Le Némusien : Lasiommata maera.

- Le Moelibée( le Mélibée) :Coenonympha hero.

- Le Mysis(le Misis) : Hyponephele lycaon.

- Le Franconien (le moiré franconien) : Erebia medusa.

- Le Grand Négre des Bois : Minois drias.

- Le Mercure : Arethusana arethus.

- Le Petit Agreste : Arethusana arethusa.

- L' Hermite : Chazara briseis.

- Le Faune : Hipparchia statilinus.

- L' Agreste : Hipparchia semele.

- Le Petit Sylvestre : Hipparchia alcyone.

- Le Sylvandre : Hipparchia fagi.

- Le Grand Mars changeant : Apatura iris.

- Le Petit Mars changeant : Apatura ilia.

- Le Cardinal : Argynnis pandora.

- Le Chiffre : Argynnis niobe.

- La Grande Violette : Brenthis ino..

- Le Pales : Boloria pales.

- Le Petit Collier argenté : Clossiana selene .

- L' Alezan : Clossiana titania.

- La Petite Violette : Clossania dia.

- Le Grand Sylvain : Limenitis populi.

- Le Petit Sylvain : Limenitis camilla.

- Le Sylvain azuré : Limenitis reducta.

- La Carte Géographique : Araschnia levana.

- Le Grand Damier: Melitaea phoebe.

 

Les illustrateurs.

 

1. les peintres.

   Dans le tome I, p. 161, un Avis des éditeurs annonce aux souscripteurs que le retard des livraisons, initialement prévue au rythme de quatre cahiers par an, est dû à l'accroissement du nombre de souscripteurs, mais qu'il est surtout "occasionné par l'exactitude qu'ils exigent dans les enluminures. Elle les rend très difficile sur le choix des peintres , et ne leur permettant d'admettre que ceux qui copient parfaitement les modèles, ils ne peuvent s'en procurer autant qu'ils le désireraient". Étrange si l'on considére que c'est J.J Ernst qui est le peintre annoncé par le titre : il semble que celui-ci se soit trouvé dans l'impossibilité d'assumer (en raison de sa santé ?) cette tâche dés la fin du premier volume, et qu'il ait dû rechercher des suppléants. Ou bien cette annonce ne concerne que l'enluminure, la mise en couleur que Ernst ,n'assurait peut-être pas.

Leur nom figure en bas et à gauche de chaque planche avec la mention...pinxit. Il s'agit :

    • pour le volume I, de J.J. Ernst ( 48 pl.) et Fossier ( pl. XXXLV et XXXLVI).

    • pour le volume II d' Ernst (les quatre premières planches + les deux suivantes avec J.M.Zelle), de C.F.Kraul (23 pl), J.M Zelle (13 pl), Fossier (9 pl), Dovillers (4 pl), et Maria Eleonora Hochecker ( les 6 dernieres pl.)

   •   pour le volume III, il s'agit d' Ernst ( 7 pl.), de Fossier, J.M. Zell, C.F. Kraul, Dovillers, et Engramelle (2 pl.)

   • pour le volume IV d' Engramelle, d' Ernst, mais surtout de Hockeker, de Kraul et de Fossier.

   • pour le volume V, toutes les palnches sont de M.L Hochecker ( dont trois avec Fossier, une avec Kraul , une avec Engramelle).

   • Pour le volume VI, toutes les planches sont de M.L. Hochecker, dont deux  avec Fossier. 

   • pour le volume VIII, les planches sont de M.L. Hochecker, dont une avec Fossier.

- Maria Eleonora Hochecker 1761-1834, appartient à une famille de peintres de Francfort. S'est-elle chargée de dessiner et peindre les papillons de la collection du banquier Christian Gernig à Francfort ?

-

 

2. Les graveurs, intitulés "sculpteurs".

   Comme pour les peintres, on constate la difficulté de trouver l'artiste donnant satisfaction, jusqu'à J.J Juillet puis François Louis Swebach-Desfontaines.

  Leur nom figure en bas et à droite de chaque planche avec la mention :"sculp".

    • Pour le volume I, une planche est signée Gérardin, une autre Roger, deux Staignand, six N. Ransonnette, et vingt-deux (les dernières) J.J. Juillet. Quinze planches sans indication ou non déchiffrée.

    • Pour le volume II, toutes les planches sont gravées par J.J Juillet ( doute sur les cinq dernières, pas d'indication).

   • Pour le volume III, toutes les planches signées sont gravées par J.J. Juillet.

   • Pour le volume IV, c'est essentiellement F.L. Sweebach Desfontaines (voir "le volume IV"supra). Seules les planches du Paon de nuit CXXX et CXXXI sont gravées par J.J. Juillet.

   • Pour les volumes V à VIII,  c'est exclusivement F.L. Swebach-Desfontaines.

 

Pierre Nicolas Ransonnette ( 1745 ou 1753- 1810) ne doit pas être confondu avec son fils Charles. Il est connu comme "graveur ordinaire de Monsieur, frère du roi, faisant des vues d'édifice et de grands sujets fabuleux, moraux ou historiques qu'il dessinait parfois lui-même sans leur donner jamais aucune distinction". ( J. Renouvier, 1863) Ailleurs on le désigne comme " le plus que médiocre graveur-dessinateur du Lazarille de Tormes de 1801", ou on mentionne ses estampes titrées L'Amant  vengé, ou le Rival séducteur, l'Honnête sensibilité, Vue persêctive du nouveau Palais-Royal, celles de l'Almanach L'Etrennes aux Belles... Il illustre les Oeuvres de Sterne, travaille pour les Antiquités de Millin.

  C'est sans-doute parce qu'il fut employé par l'Académie royale des Sciences à illustrer ses publications qu'il fut recommandé pour travailler avec Ernst et Engramelle: Duhamel du Monceau lui confie les gravures de l'Art du Potier de terre, 1773, celles de l'Art de faire les pipes à fumer le tabac, et le fait participer à la préparation du Traité général des Pesches (1769-1783, 3 vol.).

 Les six planches de papillons qu'il réalisa ne durent pas satisfaire totalement, puisque l'on ne fit plus appel à lui.

 

 

 

 

 

 

 

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 23:08

 

 

Histoire des noms français de papillon I : Étienne Louis Geoffroy 1725-1810.

Rappel :.

   Cette histoire repose pour l'essentiel sur trois auteurs:

                          - Étienne Louis Geoffroy qui publie les deux tomes de son Histoire abrégée des insectes en 1762.

                          - Jacques Louis Engramelle, dont les 8 volumes des Papillons d'Europe paraissent de 1779 à 1792.

                          - Jean-Baptiste Godart, qui n'achéve pas son Histoire Naturelle des Lépidoptères parue de 1821 à 1842 et terminée par Duponchel.


      L'Histoire abrégée des insectes d' Etienne Louis Geoffroy.

 

1) Etienne-Louis Geoffroy.

Voir dans ce blog pour un complément  Étienne-Louis Geoffroy, médecin et entomologiste français (1725-1810).

 

   a) Une lignée d'apothicaires et de médecins.

  Étienne-Louis Geoffroy appartient à une illustre famille d'apothicaires parisiens férus de botanique et de chimie : son père et son oncle, rivalisérent en compétence en matière d'histoire naturelle et de chimie et furent tout deux membres de l'Académie Royale des Sciences. Comment souligner avec assez de force que chacun de ces ancêtres furent des scientifiques qui atteignirent le plus haut niveau d'exercice de pratique, de recherche et d'enseignement de leur science, que leur réputation fut immense, qu'ils étaient en relation avec les plus grands esprits du temps ? Comment faire comprendre qu' Étienne-Louis ne fut pas "apothicaire" (comme cela figure dans ses biographies issues de Wikipédia), mais médecin et, plus spécifiquement, scientifique ?        Comment souligner avec assez de conviction que son père, qui devait en tant qu'aîné reprendre l'officine familiale, se désista pour être docteur-régent et se vouer à la chimie et à l'étude scientifique des remèdes ? Comment souligner que ce père fut l'auteur (posthume) d'une "bible", sa Matière médicale, sorte de Flore médicale pour les pharmaciens et médecins qui resta une référence ?  Comment illustrer l'étendue des connaissance et des relations scientifiques de l'auteur de l'Histoire des insectes ?


  • Son arrière-grand-père paternel fut premier échevin de Paris (1636).
  • Son grand-père paternel, Matthieu-François Geoffroy,  marchand-apothicaire (rue Bourg-Tibourg) était ancien échevin et ancien consul. Ce fut, grâce à la protection prestigieuse du chancelier Michel le Tellier, l'un des apothicaires parisiens les plus considérables sous Louis XIV, et en 1690, il eut l'insigne honneur d'être appelé à Versailles par ordre du roi auprès de Madame la Dauphine, alors atteinte de la maladie qui devait l'emporter quelques mois plus tard, et de lui administrer "des extraits de quinquina en petite pilules dorées". Sa pharmacie, que le médecin et naturaliste britannique Martin Lister  décrivit élogieusement en 1698,  était bien vaste, décorée avec goût, et complétée par des laboratoires bien outillés. ( P. Dorveau 1931).http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_1931_num_19_74_9919

 

  • Son père est  Étienne François Geoffroy (1672-1731). Reçu maître-es-arts le 2 août 1689, compagnon apothicaire en 1792-1793 à Montpellier auprès de Pierre Sanche, il prêta son serment d'apothicaire en 1794, mais ce fut pour décider d'entamer des études de médecine qu'il acheva en 1794. Élève dès 1699 du chimiste Guillaume Homberg à l'Académie des sciences, il en devint membre associé, puis pensionnaire en 1715. Nommé professeur de chimie au Jardin du roi en 1712 en succession de Fragon qui se démit en sa faveur, nommé professeur de médecine (en succession de Tournefort) et de pharmacie au Collège Royal, il était aussi membre de la Société Royale de Londres et responsable des relations entre l'Académie des sciences et la Royal Society, échangeant une correspondance avec Sloane. En tant que docteur-régent (équivallent de Professeur d'université), il enseignait aussi la médecine à la Faculté de Paris, et fut doyen de la faculté de 1726 à 1729. Etienne François, dit Geoffroy l'ancien pour le distinguer de son frère, est aussi l'auteur (posthume) d'un Traité de Matiére Médicale (Tractatus de materia medica de vegetabilibus exoticis sive de medicamentorum simplicium - Historiâ, virtute, delectu & usu.qui fut traduit dans la plupart des langues européennes, et totalise 147 éditions de 1740 à 2005.    Il avait reçu de son père une éducation soignée, où celui-ci organisait à cette fin "des conférences réglées, où Cassini apportait ses planisphères, le P. Sébastien Truchet, Carme, ses machines, M. Joblot* ses pierres d'aimants, où M. du Vernay** faisait des dissections, et M. Homberg des opérations de chimie" (Eloge de Geoffroy par Fontenelle). Par cette éducation d'élite, il fut l'un des chimistes les plus importants des débuts du XVIIIe siècle.Il disposait au troisième étage de sa maison de la rue des Singes d'un laboratoire pour ses recherches. L'histoire des sciences a retenu sa « Table des rapports entre les différentes substances » qu’il présenta en 1718 à l’Académie royale des sciences, devenant ainsi l’inventeur de la théorie des affinités chimiques qui constitue l’un des piliers de la chimie.
     Voir Bernard Joly 2012. 

* Louis JOBLOT,(1645-1724) est connu pour ses Observations d'histoire naturelle faites avec le microscope  sur un grand nombre d'insectes, et sur les animalcules, deux tomes, 1755. Impliqué dans la théorie de la vie, il doit être inclus, après Redi et Leeuwenhoek, dans la liste des chercheurs qui ont réfuté la doctrine de la génération spontanée. Joblet s'intéressa aussi à la physique et spécialement au magnétisme. En 1701, il construit le premier aimant artificiel, à l'aide de fines rayures de fer aimanté, un arrangement qui est habituellement attribué à Pierre Lemaire (1740).

**Joseph-Guichard Du Verney, ou Duverney, ( 1648 - 1730, est un médecin français connu pour ses travaux d'anatomie.

***Guillaume Homberg ( 1652 – 1715 ) était un chimiste hollandais qui a beaucoup travaillé dans l'Académie Royale des Sciences où il a collaboré avec Étienne-François Geoffroy et Louis Lémery. Il a découvert l'acide borique, et une espèce de chlorure de calcium phosphorescent.

 

 

  • Son oncle Claude Joseph Geoffroy (1685-1752), dit Geoffroy le Cadet pour le distinguer de son frère aîné, fut un pharmacien réputé également, qui rédigea pas moins de soxante mémoires pour l'Académie des sciences, tant en botanique ou en histoire naturelle qu'en chimie et en pharmacie. Selon Wikipédia, "Geoffroy suit les cours de Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708). Entre 1704 et 1705, il accomplit dans le midi de la France un voyage dont il rapporte une riche collection de plantes et de graines. En 1708, il reprend la pharmacie de son père après la mort de ce dernier. En 1731, il est nommé inspecteur de la pharmacie de l'Hôtel-Dieu et échevin. Il devient élève botaniste à l'Académie des sciences le 23 mars 1707, associé botaniste le 14 mai 1711, puis associé chimiste le 7 décembre 1715, enfin pensionnaire chimiste le 14 mai 1723. Le 9 juin 1715, il est nommé Fellow de la Société royale de Londres. Il fait paraître un grand nombre de mémoires dans les Recueils de l’Académie des sciences. Il est membre de la Faculté de médecine de Paris et de l'Académie des sciences." Il possédait  un cabinet d'histoire naturelle réputé, et dont les collections, après la mort prématurée de son fils Claude-François (1729-1753), revinrent  à son neveu Étienne-Louis Geoffroy qui en établi en 1753 le Catalogue raisonné des minéraux, coquilles et autres curiosités naturelles contenues dans le cabinet de feu M. Geoffroy. On y trouve, outre la collection de bézoards "la plus belle et la plus complète qui soit à Paris", et la collection de coquillages, des tableaux contenant des papillons sous verre, français ou étrangers, et dont  je remarque que le jeune (23 ans) Étienne-Louis n'utilise aucun nom spécifique pour les désigner.

 

  • La publication posthume de la Matière Médicale d'Étienne-François Geoffroy.                          "Il [Etienne-François Geoffroy] avait entrepris de dicter à ses élèves une histoire complète de la matière médicale. Le médecin de la marine Étienne Chardon de Courcelles, correspondant de l'Académie des sciences, né à Reims en 1741, mort en 1780, recueillit tout ce qui avait été donné en seances publiques par l'illustre doyen, et le publia en 3 volumes in_8° à Paris sous le titre de Traité de matière médicale, ou Histoire des médicaments simples, de leur vertu, de leur excellence et de leur usage (tractatus de materia medica, etc...°. Dans le tome premier il est traité des fossiles, dans le second des végétaux exotiques, dans le troisième des végétaux indigènes. Antoine Bergier traduisit cet ouvrage estimable du latin en français, et le publia en 7 volumes un_12, de 1741 à 1743 ; puis il le compléta, en 1750, par 3 volumes in-12, pour ce qui était des végétaux, avec l'aide de Bernard de Jussieu, depuis la Mélisse jusqu'au Xyris. D'autres auteurs se chargèrent d'y ajouter une partie zoologique. Le docteur et professeur de médecine Jean Goulin y annexa en 1770 une table générale alphabétique, et l'académicien Garsault, qui était non-seulement distingué en hippiatrie et en anatomie, mais encore habile pour le dessin, y joignit en 1764 les figures des plantes d'usage en médecine, exécutées d'après nature par lui-même, et gravées par quatre des plus remarquables artistes de son temps ; le travail de Garsault, comme complément de Geoffroy, se compose de 730 planches in-8°, contenant 719 plantes et 134 animaux, et d'une Description abrégée de ces mêmes planches qui furent ensuite adaptées au Dictionnaire raisonné universel, appelé subséquemment Dictionnaire des plantes usuelles, par Delabeyrie et Goulin (1733 et 1793). La Matière médicale de Geoffroy méritait la longue renommée dont elle a joui, et peut être encore consultée avec fruit. Le voyageur et botaniste Jacquin a donné le nom de Geoffroea à un genre de plantes légumineuses exotiques, dont l'une, originaire de Surinam, a une écorce réputée bon vermifuge. Précis de l'histoire de la botanique pour servir de complément à l'étude du Règne Végétal, par L.G. Paris 1871." 


  b) Un ancêtre maternel : le chirurgien Jean Devaux.

   L'arrière grand-père maternel d' Étienne-Louis Geoffroy est  Jean Devaux (1649-1729), chirurgien, ancien prévôt du collège royal de chirurgie. Fils de Jean Devaux (mort en 1695) qui était lui-même chirurgien et doyen de la compagnie des chirurgiens parisiens, il est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages, dont, en 1722, un Traité complet de Chirurgie en 3 volumes et un Traité des Accouchements.


c) Notre auteur, Etienne Louis Geoffroy, est né le 12 octobre 1725 à Paris, et mort en 1810 à Chartreuve, près de Soissons. Docteur en médecine comme son père, il fut l'un des praticiens les plus renommés de son temps, comme docteur-régent  de la faculté de médecine de Paris, correspondant de l'Académie des Sciences et de l'Institut, et conseiller du roi.  Dans le domaine médical, il écrivit en 1778 un Mémoire sur les bandages propres à retenir les hernies et en 1800 un Manuel de médecine pratique,  mais il se signala surtout par son Hygieine, sive Ars sanitatem conservandi, poema de 1771, où, comme l'écrit Joseph-Marie Quérard dans La France Litteraire de 1829, il réunit le double mérite de l'élégance et de l'exactitude en chantant en beaux vers l'art utile et négligé de conserver la santé, ce qui en fait, pour le critique," la première bonne hygiéne qu'on ait publiée en France". Le poéme hygiénique fut traduit dès 1774 par Delaunay, puis en 1839 par Lequenne-Cousin.

  Il trouva le temps de produire une Dissertation sur l'organe de l'ouïe 1° de l'homme, 2° des reptiles et 3°  des poissons,( Amsterdam et Paris, 1778, in 8°), http://catalog.hathitrust.org/Record/009549684  en reprenant une publication de 1755 qu'il avait confié au Recueil des Savants étrangers. Ces recherches dépassent, selon J.M.Quérard, celles de Camper et de Vicq d'Azyr, et "suffiraient pour démontrer que l'anatomie des brutes répand une vive lumière sur celle de l'homme."

 

   Lui aussi étendit sa curiosité  aux différents domaines de l'histoire naturelle (l'étude de la botanique et de la chimie étant de toute façon incluse dans les études de pharmacie), et il réunit en son domicile du Marais rue des Singes un Cabinet de curiosité d'une grande richesse en insectes et papillons. Le Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris s'enorgueillit encore aujourd' hui de conserver parmi les 20 millions de spécimens d'insectes, et comme sa collection la plus ancienne datant de 1780, la collection d'Etienne-Louis Geoffroy, très riche en types primaires, et en excellent état de conservation.

 

   Ce Cabinet d'Histoire Naturelle avait été  hérité de son oncle, qui avait privilégié la minéralogie et la conchyliologie, comme en témoigne l'inventaire que dressa Etienne-Louis alors agé de 28 ans , en 1753 :Catalogue raisonné des minéraux, coquilles et autres curiosités naturelles contenues dans le cabinet de feu M. Geoffroy (Paris : H.-L. Guérin et L.-F. Delatour). En 1767, il rédigera son propre travail sur le sujet, le Traité sommaire des coquilles, tant fluviales que terrestres, qui se trouvent aux environs de Paris (Paris : J.-B.-G. Musier fils).

 

 

II. L'Histoire abrégée des insectes.

 

 L' ouvrage principal  de Geoffroy est son Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris, dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique, publiée chez Durand à Paris en 1762,  dans lequel il n'indique pas de noms latins ; ceux-ci seront proposés par Antoine-François Fourcroy (1755-1809) dans Entomologia parisiensis en 1785, un ouvrage qui se contente de reprendre celui de son prédecesseur en latin avec la mention du nom binominal linnéen.

  Les deux volumes sont datés de 1762 pour la première édition, mais on trouve des éditions de 1764, et celle de 1779 "revue, corrigée, et augmentée d'un supplément considérable", ou une édition de 1800.

  Nous avons vu que ce travail était basé sur la collection personnelle et familiale de Geoffroy ; mais il s'est appuyé sur d'autres sources, comme la collection d'un certain M. de Plessis, "gentilhomme de Champagne". Ce serait un inventaire des espèces que l'on peut rencontrer lors de promenades dans un rayon de deux ou trois lieues autour de Paris, et le Bois de Boulogne semble la destination principale des naturalistes, mais il est évident  que la participation de correspondants de province a procuré à Geoffroy un recrutement spatial plus large.

Geoffroy propose six ordres d'insectes : les coléoptères, les hémiptères, les tétraptères à ailes farineuses, les tétraptères à ailes nues, les diptères et les aptères.

   Les papillons sont traités dans le volume 2, ce sont les "tétraptères à ailes farineuses". Geoffroy explique rapidement que cette "farine" quue les ailes laissent sur les doigts qui manipulent les ailes de ces insectes est faite d'écailles, et nous retrouvons dans le titre de cette section l'équivallent du mot "lépidoptère", ailes à écailles.

   Cette publication décrit et nomme pour la première fois un grand nombre d'insectes, mais l'absence de la mention binominale linnéenne prive Geoffroy de son droit à être considéré comme auteur dans nombre de cas, où c'est la publication de 1785 par Fourcroy qui est valide. Or, la même année,O.F. Müller publiait Entomostraca seu insecta testacea dans lequel il reprend . De même, en 1764, Müller avait publié Fauna insectorium Fridrichsdalinacontenant un tableau reprenant, mis en paralléle avec les genres de Linné, les noms génériques de Geoffroy et ses descriptions, ce qui lui a octroyé le titre d'auteur générique des descriptions de son collègue français.

   Selon I.M. Kerzhner (Bull. Zool. Nomenc. 48(2) juin 1991), Geoffroy a crée 59 nouveaux genres dont 16 admis (en 1991) sur la Liste Officielle de nomenclature. Depuis, parmi les lépidoptères, la paternité du genre Pterophorus lui a été reconnu. Il est aussi l'auteur du nom spécifique du Souci, Colias croceus.

   Mais notre propos porte sur les noms français :

1) les Rhopalocères.

En 2000, Tristan Lafranchis évalue le nombre de papillons diurnes de France, Belgique et Luxembourg à 247 espèces (237 à 265) dans son ouvrage Les Papillons de jour, Biotope éditeur, ce qui représente un total de plus de 320 zoonymes français. Etienne Louis Geoffroy en décrivit 48, J. Engramelle en décrit 136 mais il se donne comme cadre l'Europe et non la France, et J.B. Godart en propose 94 espèces.

   Ainsi Geoffroy baptisa-t-il le cinquième de notre faune de rhopalocères.  38 de ces zoonymes sont toujours en usage, parmi les plus courants : Morio, Paon-du-jour, Grande et Petite Tortue, Robert-le-diable, Vulcain, Belle-dame, Tabac d'espagne, Grand et Petit Nacré, Collier argenté, Damier, Silène, Tristan, Bacchante, Tircis, Myrtil, Satyre, Amaryllis, Procris, Céphale, Flambé, Mars, Argus bleu, Demi-Argus, Argus brun, Argus myope, Argus vert, Bronzé, Miroir, Bande noire, Plein-chant, Grisette, Gazé, Aurore, Demi-deuil, Citron, Souci.

   Les noms que la postérité a retenu sont ceux qui résultent d'un vrai travail de création, ancré dans notre langue et notre culture, mélangeant le nom de baptème arbitraire issu de la littérature pastorale ou antique, le nom métaphorique, le qualificatif descriptif poétisé.

  Ceux qui ont été remplacé sont ceux qui étaient trop simplement descriptifs : Le Grand papillon à queue du fenouil (le Machaon), le Porte-queue bleu strié, le Grand papillon blanc du chou (Piéride du chou), le Papillon blanc veiné de vert...

  Si, comme je l'ai indiqué, certains sont inspirés des zoonymes de langue anglaise, ils sont minoritaires ( j'en compte trois). De même, Geoffroy n' a pas repris la dénomination latine, et n' a pas copié  Linné et les zoonymes issus de sources mythologiques grecques.

2)  Les Hétérocères.

   Geoffroy en détaille 126, ainsi que 54 teignes.

 

   Si on ajoute à ces 228 zoonymes tous ceux que Geoffroy crée pour désigner les autres insectes, on réalise que notre vocabulaire français lui doit plus de mille vocables sans-doute : quelles statues, quelles rues, place ou avenues, quelles écoles, quel timbre à son éffigie viennent rendre hommage à ce travail, je l'ignore.

 

 

  3) Le " Discours préliminaire" : l'èloge de la Méthode.

 

Le premier tome de l'Histoire abrégée des insectes débute par un préambule de 21 pages fort précieux pour découvrir les intentions de son auteur et apprécier l'importance de ses lectures, puisque ce Discours préliminaire expose d'abord les publications de ses prédécesseurs : on ne trouve chez Aristote et Pline que généralités fabuleuses ou fautives. Mouffet manque de méthode te de carractère, et ses gravures en bois sont grossières. Aldrovande compile, et Jonston recopie Mouffet et Aldrovande. "Raj" (que nous nommons Ray) est plus exacte mais sans méthode de classement. Puis sont venus ceux qui ont étudié les structures internes , les manoeuvres et les moeurs des insectes, détruisant les erreurs des anciens, tel Rhedi, Swammerdam, Malphighi, Vallisnieri et Réaumur qui donne "une suite de faits interessants observés par un  naturaliste qui savait très bien voir.". Mais ces commencements de méthode sont trop superficiels et trop peu systématiques. Il y a ceux qui dépeignent les insectes de l'extérieur sans en connaître les caractéres exacts. Ou ceux qui ont vu leurs moeurs, mais sans les décrire. Et ceux qui  associent les deux approches le font sans rigueur : "Il n'y a point de caractères pour distinguer leurs insectes, leurs ouvrages enfin manquent de méthode, vice essentiel surtout en Histoire Naturelle."

   Geoffroy salue en Linné le premier à avoir donné un ouvrage mé-tho-dique en zoologie et à se consacrer à cette science avec "esprit d'ordre , de clarté et de méthode".

  Ce médecin et pharmacien, deux domaines qui reposent alors sur la botanique, souhaite que l'on aborde la zoologie avec le même souci de systématique que pour identifier une plante à partir de ces caractères : "A l'aide d'un ordre méthodique, nous pratiquerons la même chose sur les insectes, comme je le ferai voir dans la suite de cet ouvrage, et l'on pourra trouver le nom d'un insecte inconnu auparavant".

   On voit ainsi que nous n'avons pas affaire à un promeneur oisif récoltant les papillons et autres insectes lors de promenades parisiennes, comme le titre pouvait le faire croire, mais à un scientifique parfaitement averti de l'évolution de la zoologie et ambitieux d'y participer selon l'esprit de Linné. D'ailleurs, une Table des auteurs fait suite au préambule, et ce sont 80 références qui y sont citès : les lectures de Geoffroy sont vastes, et cosmopolites.

  On se souvient peut-être de la façon dont Réaumur avait souffert des railleries de Buffon considèrant avec mépris ses travaux sur les "mouches". Geoffroy semble y faire allusion en écrivant avec humeur ceci :

   " D'autres mépriseront un Ouvrage qui ne traite que des insectes et s'applaudiront secrètement dans la sphère étroite de leur petit génie lorsqu'ils se seront égayés sur l'auteur en le traitant de disséqueur de mouches, nom dont une espèce de petits philosophes a déjà décoré l'un des Naturalistes qui a fait le plus d'honneur à notre nation. N'envions point aux derniers le plaisir de s'applaudir eux-mêmes. Laissons les mépriser ce qu'ils ne connaissent pas, et n'en admirons pas moins l'Auteur de la Nature, qui développant les plus grands ressorts de la puissance dans le plus vil insecte, s'est plu à confondre l'orgueil et la vanité de l'homme".

   Docteur Geoffroy, c'est fort bien dit.

 

 

 

4) Quelques noms de papillon.

 

 

Le Paon du jour

 

 

   C'est son numéro deux, nommé " Le paon de jour ou l'oeil de paon".

Geoffroy n'a pas inventé ce nom, mentionné chez Réaumur en français, et initialement chez Goedart en latin : oculus pavonis.

  Engramelle le reprend sous la forme " Paon du jour", en citant d'ailleurs Geoffroy de façon fautive en donnant " paon du jour ou l'oeil du paon".

  Le Trésor de la Langue française donne les formes paon de jour, et paon-de-jour, mais non paon du jour, qui est pourtant utilisée le plus souvent , par exemple par T. Lafranchis qui écrit Le Paon-du-jour.

  Chez Gérard de Nerval , on trouve :

  Et le Paon-de-Jour qui porte

  Sur chaque aile un oeil de feu !

 

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n° 16 : le Tircis.

   J'ai déjà consacré un article à la zoonymie du Tircis 22 mars : premier Tircis à Crozon.

 

et je rappelle que ce nom est un hommage rendu à la poésie de Virgile et au Thyrsis de la septiéme Églogue de ses Bucoliques, mais aussi à la littérature pastorale du seiziéme au dix-huitiéme siècle et à Tircis, l'amant bucolique.

   C'est l'occasion de mentionner la page de titre de l'Histoire abrégée des insectes :

 

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  ...puisque les deux tomes portent cette citation extraite des Géorgiques de Virgile "admiranta tibi levium spectacula rerum" (je te ferai admirer le spectacle des petites choses), phrase que j'avais moi-même mis en exergue d'un de mes articles avant de la découvrir chez Geoffroy. Notre auteur ne peut pas exprimer plus clairement son admiration pour le poète latin.

 

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   Le Corydon

 C'est le papillon qui vient juste après le Tircis, en toute logique puisque Corydon est le berger qui, dans la septiéme Églogue de Virgile, affronte Thyrsis dans un duel poètique. Mais qui connaît encore un papillon portant ce nom? Plus personne, car celui que Geoffroy désigne ainsi n'est autre que le mâle de Maniola jurtina, le Myrtil.

   On pardonnera à Geoffroy d'avoir décrit comme deux espèces les deux sexes lorsqu'on saura que Linné avait également décrit le mâle sous le nom de Papilio janira, et la femelle sous celui de Papilio justina.

    Il existe pourtant un lycéne, Lysandra coridon (Poda, 1761), qui fut aussi nommé Polyommate corydon, Lycaena corydon, c'est notre Argus bleu-nacré.

 

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  Le Myrtil.

   Avec le Myrtil,  Geoffroy choisit de nous laisser avec les bergers d'Arcadie, cette région mythique de Grèce où un Age d'or permet aux bergers et aux bergères de jouer de la flûte, de composer des odes et de se faire souffrir les mille tourments délicieux de l'amour pastoral.

    A l'origine, selon Pausanias (Pausanias ou le voyage historique en Grèce, traduit en français par l' abbé Geyon en 1781, Livre VIII, la plaine de Phénéon),Myrtil, ou Myrtilos n'a rien d'un berger, mais ce fils d' Hermes est l'écuyer d' Oenomaüs, roi de Pise en Élide. Les lecteurs d'Apollodore ou de Properce, ou seulement de Wikipédia connaîssent l'histoire de ce roi à qui un oracle avait prédit qu'il serait tué par son gendre, et qui était si peu préssé de donner sa fille Hippodamie en mariage qu'il avait fixé aux prétendants une condition : le vaincre sur un parcours hippique qu'il était sûr de remporter: L'un de ses atouts, c'était bien-sûr  l'adroit Myrtilos  :"Il conduisait les chevaux avec tant d'adresse que sur la fin de la course son maître Onemaüs atteignait toujours ceux qui, pour avoir Hippodamie osaient entre en lice avec lui, et aussitôt il les perçait de son javelot. Myrtil lui-même devint amoureux de la princesse, et n'osant pas diputer contre son maître, continua ses fonctions d'écuyer, mais on dit qu'il trahit Onemaüs en faveur de Pelops après avoir fait prometter à celui-ci qu'il le laisserait jouir d'Hippodamie durant une nuit. Pelops ensuite sommé de lui tenir sa promesse fut si indigné de son audace qu'il le jeta de son navire dans la mer. on ajoute que son corps poussé par les flots sur le rivage fut recueilli par les Phénéates qui lui donnérent sépulture."  Pausanias ne précise pas que c'est en dévissant l'une des roues du char que le cocher donna la victoire à Pélops, ni qu'il avait éxigé outre une nuit d'amour la moitié du royaume de Pelops,  ni enfin qu'il mourût en maudissant sa lignée, ce qui est capital puisque ce sont ces imprècations funestes contre Pélops qui sont à l'origine de tous les malheurs des Atrides.

 

   Mais de cette tragique histoire, les versificateurs français (ou italiens) n'ont retenu qu'une chose : le tombeau de Myrtil se trouve en Arcadie, donc c'est un berger, beau de surcroit ( on lit partout :"le beau Myrtil"), et amoureux forcément. Vous prenez votre lyre, vous troussez un poème, il y faut un berger : ce sera Tircis, ou ce sera Myrtil. Voyez Molière, dans la première entrée de ballet des Amants Magnifiques où Myrtil est amoureux de Climène, ou dans sa pièce (non achevée) Myrtil et Mélicerte, où  des bergers aux noms de tous les jours, Lycarsis, Eroxéne, Daphnis, Mopse, Nicandre, Acante ou Tyréne entourent l'amoureux de service. Ou bien Florian, grand auteur de poésie pastorale, écrit Myrtil et Chloé.

   Ou encore Battisti Guarini écrit Le Berger fidèle, Il  Pastor Fido, Myrtil y est amoureux d'Amaryllis, le chevalier Pellegrin adapte l'oeuvre en français et la pièce est jouée par les Comèdiens Français.

  André Gide lui-même introduisit un Myrtil parmi les personnages des Nourritures Terrestres à coté de Ménalde et de Nathanaél dans ce roman nostalgique de l'Arcadie.

  Mais à ces bergers énamourés et précieux, à ce Myrtil de porcelaine, je prèfére celui de l'Églogue désenchantée de M. Le Brun (Les Quatre saisons du Parnasse, 1806) :

   L'homme se paît d'illusions légères

   Même éveillés, hélas ! nous rêvons tous ;

   Témoins en sont églogues mensongères.

   Qui ne croirait que vos destins sont doux,

   Petits moutons, chantés par vos bergères.

   Vous paissez l'herbe ; on vous défend des loups.

   Sous sa houlette une Phyllis vous range ;

    Le beau Myrtil en est presque jaloux.

    Oui, mais un soir,las ! tombès sous leurs coups,

    Avec Phylis le beau Myrtil vous mange.

 

    Il est amusant de constater que  le nom de myrtilles (vaccinum myrtillus) s'est écrit jadis au masculin, par exemple chez Chateaubriant, et que le Larousse du XXéme siècle signale quatre orthographes : Myrtille, Mirtille, Myrtil ou Mirtil. Ou que les mots myrte et myrtille ont désigné aussi bien le myrte que la myrtille.

   Lorsque Godart en 1823 désigne le Myrtil de Geoffroy sous le zoonyme de Satyre Myrtile (Hist. Nat. Lépidoptères vol. 1 p. 151 n° 50), il ne commet pas une faute de sens, mais utilise seulement une variante orthographique.

 

 

 

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L' Amaryllis, n° 20

 Geoffroy continue à exploiter la veine de la poèsie précieuse avec cette espèce, Pyronia tithonus, mais cette fois-ci avec un nom de bergère, la belle et indifférente Amaryllis que Virgile présente dans ses Bucoliques. Mais un site superbe propose une étude exaustive de cette beauté, c'est : http://www.amaryllidaceae.org/ethno/amaryllis.htm

    Avec ce papillon s'arrète cette série des noms inspirés de Virgile et des bergers d'Arcadie.

 

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  Liste des 48 noms de rhopalocères créés par Étienne Louis Geoffroy (les majuscules sont de moi) : je donne en gras les noms toujours en usage :

 

1. Le Morio

2. Le Paon de Jour

3. La Grande tortue.

4. La Petite tortue.

5. Le Gamma ou Robert-le-diable.

6. Le Vulcain.

7. La Belle-dame.

8. Le Tabac d'Espagne.

9. Le Grand nacré.

10. Le Petit nacré.

11. Le Collier argentè

12.  Le Damier.

13. Le Silène.

14. Le Tristan

15. La Bacchante 

16. Le Tircis

17. Le Corydon

18. Le Myrtil.

19. Le Satyre.

20 L' Amaryllis

21. Le Procris.

22 Le Céphale

23. Le Grand papillon à queue, du fenouil.

24. Le Flambé.

25. Le Porte-queue bleu striè

26. Le Porte-queue bleu à une bande blanche

27. Le Porte-queue fauve à deux bandes blanches.

28. Le Porte-queue brun à deux taches blanches;

29. Le Mars

30. L' Argus bleu

31. Le Demi-argus

32. L' Argus brun

33. L'Argus myope.

34. L' Argus vert ou l'Argus aveugle

35. Le Bronzé.

36. Le Miroir.

37. La Bande noire.

38. Le Plein-chant.

39. Le Papillon grisette.

40. Le grand papillon blanc du chou.

41. Le Petit papillon blanc du chou.

42. Le Papillon blanc veiné de vert.

43 Le Gazé.

44. L'Aurore.

45. Le Deuil.

46. Le Demi-deuil.

47. Le Citron.

48. Le Souci.

 

 

Sources.

  •  Paul Dorveaux , Apothicaires membres de l'Académie Royale des Sciences : IV. Gilles-François Boulduc ; V. Etienne-François Geoffroy , Revue d'histoire de la pharmacie   1931 Volume   19  Numéro   74   pp. 113-126

  :http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_1931_num_19_74_9919

  • Bernard Joly, « Etienne-François Geoffroy, entre la Royal Society et l’Académie royale des sciences : ni Newton, ni Descartes », Methodos [En ligne], 12 | 2012, mis en ligne le 22 février 2012, consulté le 05 septembre 2013. URL : http://methodos.revues.org/2855 ; DOI : 10.4000/methodos.2855
  •   Claude-Pierre Goujet  Etienne-François Geoffroy, La notice historique des lecteurs & professeurs royaux en médecine ...1758.
  • François Gustave PlanchonDynasties d'apothicaires Parisiens : I. les Geoffroy ,Masson et Cie, ed., 1899 - 16 pages.

    Isabelle Robin-Romero, Notice biographique sur Etienne-François Geoffroy, BIU-Santé. 

     GEOFFROY Etienne-François, GARSAULT, Les figures des plantes et animaux d'usage en medecine, décrits dans la Matiere Medicale de Mr. Geoffroy Medecin / Dessinés d'après nature par Mr. de Garsault. - T. 1, Plantes exotiques. - Paris, [1764]. -En ligne, Bibl. Göttingen GDZ.

 

 

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué. "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha

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