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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 19:40

 

      Le vitrail des Allégories de saint Paul,

   Chapelle Saint-Pérégrin, basilique de Saint-Denis.

 

 

   Parmi les sept chapelles rayonnantes qui entourent le déambulatoire du chœur de la basilique de saint-Denis, la chapelle de Saint-Pérégrin est située à gauche de la chapelle axiale dédiée à la Vierge. Avec la chapelle de Saint-Cucuphas située en symétrie à droite, ces trois chapelles, éclairées chacune par deux baies, forment un ensemble dont les vitraux étaient consacrés à une représentation typologique : Rédemption pour Saint-Cucuphas,  Incarnation pour la chapelle axiale, liens entre Ancien et Nouveau Testament (donc, une Histoire du Salut) pour Saint-Pérégrin. Les autres chapelles recevaient des décorations à griffons, ou des thèmes hagiographiques.

  Les vitraux de ces trois chapelles tenaient particulièrement à cœur à l'abbé Suger qui les avaient conçus, puisqu'il en a décrit les panneaux, et qu'il y avait fait inscrire des poèmes latins de sa composition. 

 Le thème des deux vitraux de chaque chapelle étant jumelés, celui de la Vie de Moïse, situé à gauche, doit se comprendre par rapport à celui des Allégories de saint Paul, placé à droite, et qui affirme, dans le médaillon du dévoilement de Moïse, que celui-ci était une préfiguration voilée du Christ. 

 

                                          allegories-de-saint-paul 9567c

 

 Ce vitrail des allégories de saint Paul est aussi nommé vitrail anagogique. Selon le système anagogique ("qui conduit vers le haut") renvoyant au Pseudo-Denys, la verrière se lit de bas en haut afin que l'esprit puisse s'élever de la réalité matérielle jusqu'à la lumière divine, de la transformation de la matière brute de l'Ancien Testament  jusqu'à la nouvelle alliance instauré par l'Église. 

 

La chapelle, son saint et ses reliques.

 Chaque chapelle ou absidiole est une réduction de la basilique, centrée sur les reliques d'un saint et dotée d'un autel. Celle-ci contenait les reliques du premier évêque d'Auxerre, saint Pélerin  mort martyr vers 304. Son nom latin, Peregrinus a donné notre forme Pérégrin. cela permet de se rappeler que la dévotion aux reliques, celle de saint Denis bien-sûr, puis de celles d'autres martyrs que les abbés et rois pouvaient obtenir, faisait la réputation et la sanctification de la nécropole royale, et faisait aussi sa richesse en attirant les foules de pèlerins et leurs offrandes. Ce culte des reliques étant premier,,  étant la raison d'être de Saint-Denis  avant toute autre considération religieuse, il devrait, en théorie, être pris en compte dans l'interprétation de l'iconographie, qui est d'abord à son service. Mais cette approche est parfois ardue. Elle mérite néanmoins qu'on prenne connaissance des éléments historiques concernant ce culte.

 "On dit que ce fut le roi Dagobert 1er qui obtint pour le monastère de Saint-Denis le  corps du saint évêque d’Auxerre, et qui I’y fit transporter. En 1144, lorsque l’abbé Suger fit construire la partie de l’église de Saint-Denis qui regarde l’orient, un des autels fut mis  sous l’invocation de saint Pèlerin, et consacré par Hugues de Montaigu, évêque d’Auxerre. Dans le siècle suivant, il se fit plusieurs distractions des ossements renfermés dans la châsse de saint Pèlerin. Jeanne d’Évreux, veuve de Charles le Bel, en obtint, en 1340, de Guy,  abbé de Saint-Denis, et les remit en 1342 aux Jacobins d’Auxerre, après les avoir fait renfermer dans une châsse d’argent. L’empereur Charles IV an avait aussi obtenu une partie; ce fut celle qu’on transporta à Prague en 1373. La paroisse de la Roche-en-Bregny, à deux lieues de Saulieu, prétendait aussi posséder un bras du Saint. L’église de Sens avait un reliquaire renfermant un morceau des vêtements de saint Pèlerin, imbibé de son sang ; et la cathédrale d’Auxerre possédait, dans une croix d’argent, un des bras de son premier évêque, avant le pillage de son trésor par les Calvinistes. Le reste du corps, déposé à Saint-Denis, échappa à une semblable profanation par les soins que prirent alors les religieux de transporter à Paris tous leurs reliquaires. Ce fut en 1570 que Charles de Lorraine, abbé de Saint-Denis, le fit rapporter dans le monastère il plaça dans une nouvelle châsse le corps de Saint Pèlerin.. Plusieurs églises des environs de Paris obtinrent de l’abbaye de Saint-Denis quelques parcelles des précieuses reliques du saint martyr." La suite ici :http://auxerre.historique.free.fr/Personnages/eveques/saint_pelerin.htm.

Voir aussi  Jean Lebeuf, Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre 1848.


1. Le moulin allégorique.

   Dans le premier  médaillon se trouvait le Moulin de saint-Paul, où l'apôtre Paul tourne la meule alors que les prophètes apportent les sacs au moulin. L'original a été perdu, mais Alfred Gérente sous la direction de Viollet-le-Duc a reconstitué au XIXe siècle le vitrail en fonction des descriptions qui en avaient été faite. Il se trouve actuellement à la troisième place.

 Il représente un homme (saint Paul) tournant la meule d'un moulin tandis que deux hommes (les prophètes de l'Ancien Testament)  versent le contenu de leur sac...donnant ainsi du grain à moudre, allégorique bien-sûr, à l'apôtre.

allegories-de-saint-paul 9571c


Description.

Suger le présente ainsi :

  Vitrearum etiam nouarum preclaram uarietatem ab ea prima, que incipit a stirps Iesse in capite ecclesie, usque ad eam que superest principali porte in introitu ecclesie, tam superius quam inferius magistrorum multorum de diuersis nationibus mani exquisita depingi fecimus.

  Una quarum de materialibus ad inmaterialia excitans Paulum apostolum molam vertere prophetas saccos ad molam apportare representat. Sunt itaque eius materie versus isti:

 

 Tollis agendo mollam de furfure, Paule, farinam,

Mosaïcae legis intima nota facis,

Fit de tot granis verus sine furfure panis,

Perpetuusque cibus noster et angelicus.

  "Un de ces vitraux, par des objets matériels duirige la pensée vers les objets immatériels. Il représente l'apôtre Paul occupé à tourner un moulin, et les prophètes apportant les sacs de blés pour les réduire en farine. On lit les deux distiques suivants :

 

 "En tournant la meule tu sépares, Paul, le son de la farine

"De la loi mosaïque tu donnes l'explication profonde,

"De tous ces grains est fait le vrai pain sans son,

"Nourriture perpétuelle pour nous et pour les anges."

 Louis Grodecki a reconnu dans le premier vers une référence à Isaïe 47,2 Tolle molam et mole farinam, "saisis la double meule et mouds de la farine", texte par lequel le prophète  désigne un dur labeur, un travail réservé aux esclaves (Voir Ex. 11,15). En outre, de nombreux textes de la Patrologie latine présentent le moulin comme le travail d'éxégèse,  la farine comme le fruit de ces travaux d'interprétation, et  le pain comme l'enseignement de l'Église: ainsi, Saint Eucher commente-t-il le passage de l'évangile de Matthieu 24,41 "Deux femmes seront en train de tourner la pierre de meule: l'une sera emmenée, l'autre laissée" ainsi : "les meules du moulin peuvent signifier les deux Testaments, par lequels, au moyen du travail des commentateurs, le blé de l'Ancien Testament est converti en farine de l'Évangile". Plus près de nous, Emile Mâle cite l'inscription latine du grand portail de Saint-Trophime d'Arles, sur un phylactère tenu par saint Paul : "ce que la loi de Moïse cache, la parole de Paul le révèle. Alors il transforme en farine les grains donnés au Mont Sinaï". C'est aussi ce que dit l'inscription d'un médaillon de ce vitrail anagogique : "Quod Moïses velat Christi doctrina revelat".

  Sa reconstitution se base sur des croquis de sept verrières de Saint-Denis fait par Charles Percier en 1793 ou 1794 et conservé à la bibliothèque de Compiègne.

  Quelque soit le regret que nous puissions ressentir de ne pas disposer du vitrail original de Suger, il me semble que nous pouvons admirer le travail d'Alfred Gérente, qui crée une sorte de fac similé bien vraisemblable.

A Vézelay, le chapiteau du moulin mystique est interprété comme montrant saint Paul plaçant un sac à la sortie du moulin qu'alimente Moïse : l'idée, dans le fond, est la même. L'élément supplémentaire est que la roue centrale a la forme d'une croix ; le moteur du moulin est donc le Christ par son sacrifice, et saint Paul, dégagé du rôle moteur, se charge de la récolte du sac de farine. Michel Zink en a proposé en 1976 une analyse pénétrante (Moulin mystique. À propos d'un chapiteau de Vézelay : figures allégoriques dans la prédication et dans l'iconographie romanes).


2. Moïse dévoilé par le Christ.

Item in eadem vitrea, ubi aufertur velamen de facie Moysi:

Quod Moyses velat, Christi doctrina revelat.

Denudant legem, qui spoliant Moysen.

« Ce que Moïse couvre d'un voile est dévoilé par la doctrine du Christ. Ceux qui dépouillent Moïse révèlent la loi»

 Exode 34,29 : 30 Aaron et tous les enfants d'Israël regardèrent Moïse, et voici la peau de son visage rayonnait; et ils craignaient de s'approcher de lui. 31 Moïse les appela; Aaron et tous les principaux de l'assemblée vinrent auprès de lui, et il leur parla. [...] 33 Lorsque Moïse eut achevé de leur parler, il mit un voile sur son visage. 34 Quand Moïse entrait devant l'Éternel, pour lui parler, il ôtait le voile, jusqu'à ce qu'il sortît; et quand il sortait, il disait aux enfants d'Israël ce qui lui avait été ordonné. 35 Les enfants d'Israël regardaient le visage de Moïse, et voyait que la peau de son visage rayonnait; et Moïse remettait le voile sur son visage jusqu'à ce qu'il entrât, pour parler avec l'Éternel.

 

allegories-de-saint-paul 9569c

 

3. L'ouverture du Livre par le Lion et l'Agneau.

 Le texte de Suger est celui-ci : Item in eadem, ubi solvunt librum leo et agnus: Qui Deus est magnus, librum leo solvit et agnus. Agnus sive leo fit caro iuncta Deo : "De même dans ce vitrail , où le lion et l'agneau ouvrent le livre. Celui qui est le Dieu grand, lion et agneau ouvrent ec livre. L'agneau ou le lion deviennent (la chair unie à Dieu ?)"

Tiré de l'Apocalypse 5, 5-12 :

5:1 Puis je vis dans la main droite de celui qui était assis sur le trône un livre écrit en dedans et en dehors, scellé de sept sceaux.

5:2 Et je vis un ange puissant, qui criait d'une voix forte : Qui est digne d'ouvrir le livre, et d'en rompre les sceaux ?

5:3 Et personne dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, ne put ouvrir le livre ni le regarder.

5:4 Et je pleurai beaucoup de ce que personne ne fut trouvé digne d'ouvrir le livre ni de le regarder.

5:5 Et l'un des vieillards me dit : Ne pleure point ; voici, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, a vaincu pour ouvrir le livre et ses sept sceaux.

5:6 Et je vis, au milieu du trône et des quatre êtres vivants et au milieu des vieillards, un agneau qui était là comme immolé. Il avait sept cornes et sept yeux, qui sont les sept esprits de Dieu envoyés par toute la terre.

5:7 Il vint, et il prit le livre de la main droite de celui qui était assis sur le trône.

5:8 Quand il eut pris le livre, les quatre êtres vivants et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l'agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d'or remplies de parfums, qui sont les prières des saints.

5:9 Et ils chantaient un cantique nouveau, en disant : Tu es digne de prendre le livre, et d'en ouvrir les sceaux ; car tu as été immolé, et tu as racheté pour Dieu par ton sang des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, et de toute nation ;

5:10 tu as fait d'eux un royaume et des sacrificateurs pour notre Dieu, et ils régneront sur la terre.

5:11 Je regardai, et j'entendis la voix de beaucoup d'anges autour du trône et des êtres vivants et des vieillards, et leur nombre était des myriades de myriades et des milliers de milliers.

5:12 Ils disaient d'une voix forte : L'agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire, et la louange. 

Les quatre évangélistes, représentés par les animaux du tétramorphe qui les désignent , chacun d'eux tenant le volume de leur évangile, convergent vers le centre, occupé par un volumineux livre. Sept ou huit ronds rouges représentent peut-être le sept sceaux. Le lion et l'agneau s'approchent du livre.


allegories-de-saint-paul 9572v

 


4. Le Christ entre l'Église et la Synagogue.

Le Christ  ouvre les yeux de la Synagogue en enlevant un voile et  de l'autre main il couronne l'Église.

On lit les désignations ECCLESIA et SYNAGOGA.

  Sept colombes sont disposées en étoile rayonnante centrée sur la poitrine du Christ : ces sept colombes étaient déjà représentées au sommet de l'Arbre de Jessé, comme les sept dons , les sept dona Spiritus Sancti  que sont SCIENTIA connaissance • TIMOR crainte • CONCILIUM conseil • SAPIENTIA sagesse • INTELLECTUS intelligence • FORTITUDO force • PIETAS piété. Elles faisainet alors allusion au texte d'Isaïe 11,1-2. Néanmoins, aucune autre image de l'Église et la Synagogue ne fait figurer ces colombes, cette bizarrerie iconographique conduisant Louis Godecki à y voir plutôt un rappel de l'Apocalypse dans ses passages Ap 5,5-7 et 5,12 concernant l'Agneau :Voici: il a remporté la victoire, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de la racine de David, pour ouvrir le livre et ses sept sceaux.Alors je vis, au milieu du trône et des quatre êtres vivants et au milieu des vieillards, un Agneau qui se tenait debout. Il semblait avoir été égorgé. Il avait sept cornes et sept yeux, qui sont les sept esprits de Dieu envoyés par toute la terre.  L'Agneau s'avança pour recevoir le livre de la main droite de celui qui siégeait sur le trône. [...] Ils disaient d'une voix forte:  Il est digne,  l'Agneau qui fut égorgé, de recevoir la puissance, la richesse et la sagesse,  la force et l'honneur et la gloire et la louange. 

Le Christ, Agneau immolé, est porteur des sept dons attribués à l'agneau, la puissance, la richesse et la sagesse,  la force et l'honneur et la gloire et la louange.

 

 

  Hormis ces colombes, le vitrail est d'interprétation transparente et parfaitement semblable aux autres représentations couplées de l'Église et de la Synagogue dont la plus connue est le groupe de statues de la cathédrale de Strasbourg. 

 L'origine se trouve dans saint Paul, deuxième épître aux Corinthiens, 3 :

13 et nous ne faisons pas comme Moïse, qui mettait un voile sur son visage, pour que les fils d'Israël ne fixassent pas les regards sur la fin de ce qui était passager.

14 Mais ils sont devenus durs d'entendement. Car jusqu'à ce jour le même voile demeure quand, ils font la lecture de l'Ancien Testament, et il ne se lève pas, parce que c'est en Christ qu'il disparaît.

15 Jusqu'à ce jour, quand on lit Moïse, un voile est jeté sur leurs cœurs;

16 mais lorsque les cœurs se convertissent au Seigneur, le voile est ôté.

17 Or, le Seigneur c'est l'Esprit; et là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté.

18 Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l'Esprit. (Trad. L. Ségond)

  On remarque néanmoins que l'image conçue par Suger est dépourvue de toute polémique ou de toute acrimonie contre les Juifs. Les deux femmes, Église et Synagogue, sont de même taille, de présentation semblablement aimables, chacune d'elle tient un livre (Ancien et Nouveau Testament), chacune a les yeux ouverts, et  le Christ couronne l'une et dévoile l'autre par un geste symétrique. Aucune dévalorisation de la Synagogue n'apparaît.


 

 allegories-de-saint-paul 9568c

 

5. Le Chariot d'Aminadab.

      Deuxième médaillon datant de Suger, il a obtenu un article rien que pour lui :  Le char d'Aminadab , vitraux de Saint-Denis : Allégories de Saint Paul.

 

 

 

Conclusions. 

  Ce vitrail, plus encore que celui de la Vie de Moïse, conduit Suger à concevoir des motifs iconographiques originaux, mais qu'il reprendra à Saint-Denis (pour sa grande croix émaillée par exemple). Ces motifs, tout autant que l'Arbre de Jessé, vont essaimer à Chartres, à Saint-Germain, mais en perdant de leur audace, et dans toute l'Europe. 

   Les trois panneaux jadis placés dans la partie supérieure du vitrail, le char d'Aminadab, le Livre ouvert par le Christ Lion et Agneau mystiques, et le Christ entre Église et la Synagogue composaient, pour L. Grodecki, une seule démonstration théologique : "Le Crucifié sur l'autel propitiatoire de l'Arche, qui scelle avec son sang une nouvelle alliance de Dieu avec les hommes, est l'Agneau qui ouvre le livre et révèle le sens des écritures, lequel [Dieu] muni, à son tour, comme l'Agneau des dons du Saint-Esprit est celui qui fait reine l'Église et réhabilite la Synagogue en lui découvrant le visage." (Études sur les vitraux de Suger à Saint-Denis, 1995)

  Dés lors, c'est toute la verrière qui trouve son sens :

1. d'abord, le moulin de saint Paul  affirme que la méthode allégorique d'exégèse paulinienne de transformation de la matière brute vétérotestamentaire en une nourriture spirituelle chrétienne sera la méthode employée.

2. Moïse dévoilé :l'exégèse de saint Paul dévoile l'Ancien Testament aux chrétiens comme la face de Moïse, qui était voilée pour les Juifs, se dévoile par le Christ.

3. Le char d'Aminadab : l'épître aux Hébreux révèle comment le sacrifice du Christ sur la croix fonde une nouvelle alliance fondée sur les quatre évangiles et établie en l'Église, comme les sacrifices de la Loi (image de l'autel et des tables de la Loi sur le chariot) inaugurait l'ancienne alliance.

4. Le livre ouvert par l'agneau et le lion : 'ouverture du livre scellé par l'Agneau immolé, où se reconnaît la figure du Christ, illustre la Révélation de la Nouvelle Alliance.

5. Au sommet, le Christ couronnant l'Église et dévoilant la Synagogue montre le Dieu rayonnant des dons de l'Esprit, triomphant dans sa royauté entre la Loi Nouvelle et l'Ancienne.

 

   La pensée théologique dépasse de loin le seul jeu de recherche de concordance entre les deux Testaments, et les images créées sont bien plus complexes et étudiées que de simples tableaux d'histoire sainte ; la marque propre de l'esprit de Suger, c'est "sa propension à imposer à la matière la préciosité extrême du travail qui la transforme, et à imposer aux images la préciosité des spéculations intellectuelles" (Grodecki 1995)



Note. Selon Philippe Verdier (La grande croix de l'abbé Suger à Saint-Denis  Cahiers de civilisation médiévale  1970 ) Suger s'inspira de bibles carolingiennes illustrées comme celle de Moutier-Granval (British Museum) ou de Vivien (BNF), appartenant toutes deux à la seconde école de Tours qui fleurit sous Charles le Chauve. 

Sources et liens:

— Louis Grodecki,  Chantal Bouchon, Yolanta Zaäuska, Études sur les vitraux de Suger à Saint-Denis II, Corpus Vitrearum Presses Paris-Sorbonne 1995.    

— Jean-Michel Leniaud et Philippe Plagnieux, La Basilique Saint-Denis, monographie, Edition du Patrimoine, en ligne sur Calaméo.

— Eustache-Hyacinthe Langlois  Essai historique et descriptif sur la peinture sur verre ancienne et moderne , 1832.


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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 07:37

   Trois groupes de Sainte Anne trinitaire,

            cathédrale de Burgos, Espagne.


 Annaselbdritt , Santa Ana triple.

  A comparer aux groupes de sainte Anne trinitaire de Bretagne : 

Groupes de Sainte-Anne Trinitaire de la vallée de l'Aulne.

Anne trinitaire de l'église de Guimaëc.

Anne trinitaire de l'église de Plougasnou.

Sainte-Anne trinitaire du Musée départemental de Quimper.

L'église du Vieux Bourg à Lothey : Anne trinitaire.

La chapelle Sainte-Anne à Daoulas.

 

I. 

 

anne-trinitaire 4222c

 

              anne-trinitaire 7477c

 

     anne-trinitaire 7475c

 

 

II. Retable de Sainte-Anne, chapelle de la Purification de la Vierge, dite chapelle du Connétable.

Capilla del Condestable, Capilla de la Purificación de la Virgen.

Œuvre en bois polychrome de style hispano-flamand de Gil Siloé datée de 1498 et achevée par son fils Diégo Siloé. Des inscriptions courent, paraît-il, le long du galon des robes

Par rapport au groupe précédent, celui-ci appartient à ceux dans lequel la Vierge est de taille réduite, comme une poupée, tenant elle-même son Fils de taille décroissante. 

 Les visages forment un V dont la pointe est fermée par le livre, qui représente les Écritures que leur destin se charge d'accomplir.

Les deux personnages placés latéralement sont sainte Elisabeth et sainte Hélène 


                 anne-trinitaire-4290c.jpg


Où j'emprunte de meilleures images...

le Site http://domuspucelae.blogspot.fr/2010/07/visita-virtual-santa-ana-triple-gracia.html

comporte l'analyse iconographique la plus complète sur cette œuvre.

 

Tableau

 

III. Le maître-autel.

anne-trinitaire 4242c

Voir aussi : 

Musée de Burgos :http://www.arteguias.com/museo/museoretabloburgos.htm

Maître-autel : http://www.flickr.com/photos/75710752@N04/7424987104/

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 22:40

La Vierge allaitante de la cathédrale de Burgos.


Virgen con el Niño, Virgen de la Leche, Virgen amamantando al niño Jesús : Capilla de la Presentación de la Catedral de Burgos

 

      Voir la série des Vierges allaitantes de Bretagne :  Virgo lactans ou miss Néné ? Les candidates du Finistère. Les Vierges allaitantes.

 

Une émotion, et un détail.

L'émotion, c'est l'amour maternel du regard de la Vierge : regard qui englobe tout, qui accepte tout.

Le détail, c'est la tunique d'allaitement fendue pour libérer le sein nourricier.

 

                        vierge-allaitante 4092c

 

                         vierge-allaitante 7471ccc

 

 

    vierge-allaitante 7471cc

 

 

 

 

http://pendientedemigracion.ucm.es/centros/cont/descargas/documento39823.pdf

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 22:33

La chape de l'évêque Luis Osorio de Acuña de la chapelle Sainte-Anne de la cathédrale de Burgos, et les chapes exposées.

Capa pluvial de obispos Luis Osorio de Acuña, capilla de Santa Ana/Capilla de la Conceptión de la catedral de Burgos. 

 

Un autre article de paramentique ? Voir :  Chapelle Sainte-Suzanne de Sérent (1) : Paramentique et vieilles dentelles.

  La chape pluviale est un manteau liturgique porté par les prêtres et diacres  dans les processions et les bénédictions solennelles, ou pour l'aspersion d'eau bénite et dont la couleur varie selon le temps lturgique. Portée aussi par les chantres des chorales, on la voit aussi recouvrir les épaules des anges chanteurs sur le tympan des vitraux. Elle n'est pas portée pendant la messe. C'est une grande cape de cérémonie, de forme semi-circulaire et agrafée par devant. 

  Les chapes en velours  sont souvent historiées de larges orfrois, et galonnées de parements où se dessinent des figures de saints.

  Celle que porte l'évêque Luis Osorio de Acuña sur le retable de la chapelle Sainte-Anne semble inventée par le sculpteur Gil de Siloe pour faire admirer son talent. Pourtant, trois chapes exposées dans la même chapelle montrent que la réalité n'avait rien à désirer en luxe et en beauté à ce que Gil Siloé a fait porter à son commanditaire.

 


  I. La chape pluviale de Luis Osorio de Acuña : retable de la Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos.

C'est un pluvial brodé d'or et historié de larges parements. La seule bande visible, la droite, fait se succéder quatre ou cinq scènes ;ces tableaux dans le tableau, comme dans les peintures flamandes ou Van Eyck excelle à en rendre la richesse, traitent successivement de haut en bas de :

  • La Crucifixion.
  • Le Portement de Croix.
  • La Flagellation.
  • ?
  • La Cène (?)

La mitre orfroyée ou auriphrygiate est elle-même brodée de scènes analogues où je distingue une Vierge.

arbre-de-jesse 4128v

 

 

II. Les trois chapes exposées en vitrine à l'intérieur de la Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos.

  Je souhaite à mon lecteur de tomber comme moi en pâmoison devant la qualité de la broderie, hallucinante de talent dans les nuances de la carnation et les reflets des étoffes.

1. Chape aux anges présentant les instruments de la passion.

                       chapes-pluviales 4200c

 

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La Sainte-Face.

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Le roseau de la flagellation (?).

chapes-pluviales 4203c

 

Le Sacré Sang ou les Cinq Plaies.

 chapes-pluviales 4204c

 

La Lance et la Couronne d'épine.

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La Lance et les Clous.

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 L'Échelle.

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La Tunique de pourpre.

chapes-pluviales 4208c

 

 

chapes-pluviales 4209c

 

 

2.  Chape damassée d'or , armoriée ; saintJean-Baptiste, saint Pierre et (?) Jésus.

 

                           chapes-pluviales 4210c

 

 

                             chapes-pluviales 4211c

 

                                 chapes-pluviales 4212c

Noter les armoiries. 

                           chapes-pluviales 4213c

 

 

3. Cape pluviale aux apôtres 

capa pluvial de terciopelo rojo con bandos y capillo de seda y oro. Estilo Gotico. Siglo XV; Deposita en la catedral por la parroquia de san Miguel de Pedroso.

 Cape de velours rouge avec les parements et la capuche de soie et d'or. Style gothique. XVe siècle dépôt de la cathédrale par la paroisse de San Miguel de Pedroso.

 Je reconnais Jean, Pierre, Barthélémy et Philippe.

                              chapes-pluviales 4214c

 

 

                             chapes-pluviales 4215c

 

 

Saint Pierre.

 

                               chapes-pluviales 4216c

 

 

                                chapes-pluviales 4217c

 

Saint Barthélémy et saint Philippe.

                          chapes-pluviales 4219c

 

Liens

http://liturgia.mforos.com/1699120/8404037-capa-pluvial/

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 22:07

L'arbre de Jessé de la cathédrale Sainte-Marie de Burgos.

 

 

Retablo del Árbol de Jesé (Capilla de la Concepción, Catedral de Burgos).

 

 Jesse Tree, Cathedral of Burgos, Chapel of the Conception and St. Anne.

 

Cet article complète ma série sur les Arbres de Jessé de Bretagne dont on trouve la liste ici / all my Jesse Tree are here : Le vitrail de l'arbre de Jessé à Férel (56).

Voir aussi 

Le Baiser de la Porte Dorée à la cathédrale de Burgos 

L'Arbre de Jessé de la cathédrale de Moulins, l'Immaculée Conception : la Rencontre de la Porte Dorée. Le vitrail de l'Arbre de Jessé de la cathédrale de Moulins et la Rencontre de la Porte Dorée : la Vierge conçue par un baiser ?

 

 

        Ma visite de la cathédrale de Burgos restera certainement un très grand moment : débutant par la découverte d'une Vierge allaitante, puis d'une Sainte-Anne trinitaire, elle trouva son point-d'orgue à la chapelle Sainte-Anne, Capilla de Santa-Anna, dédiée à sa sainte éponyme, mais aussi à l'Immaculée-Conception.

 Cette chapelle aussi nommée Capilla de la Concepcion a été construite en 1477-1488 par les architectes Jean et Simon Cologne comme chapelle funéraire pour l'évêque Luis de Acuña y Osorio. Elle renferme deux chefs d'œuvre, le grand retable de l'Arbre de Jessé et de la Sainte-Parenté, et le tombeau Renaissance de Luis de Acuña.

  "Capitale du royaume de Castille et de Leon depuis le XIe siècle, Burgos était au XVe siècle un des centres artistiques les plus importants d'Espagne, bénéficiant à la fois de la présence de  la Cour et de celle de grands ecclésiastiques du royaume. De véritables famille et communautés d'artisans, issues de régions différentes, en particulier du nord de l'Europe, y étaient actives, donnant un caractère bien particulier à la production artistique  castillane. 

   C'est dans ce contexte que prend place la réalisation du retable de l'Immaculée Conception sculpté par Gil de Siloé et peint par Diego de la Cruz, destiné à la chapelle funéraire de l'évêque de Burgos, Luis Osorio Acuña, situé dans la cathédrale. Première œuvre attestée de Gil de Siloé, quelques années avant  son intervention au couvent de Miraflores, cet ensemble monumental est resté toutefois longtemps ignoré voire méprisé des historiens de l'art car recouvert depuis 1868 d'une épaisse couche de peinture. Il apparaissait trop transformé et très archaïque. Une restauration récente a permis de le débarrasser de cet épais badigeon et la polychromie originelle est apparue dans un état de conservation remarquable. En outre, la découverte de peintures murales dans la partie supérieure venant compléter le groupe sculpté de la Crucifixion a introduit de nouveaux éléments." (C. Chédeau, 2002)

 

 

 

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Le retable de l'autel.

 

De style gothique tardif, il  est dû au sculpteur flamand Gil de Siloe entre 1483 et 1486, bien qu'on attribue à un autre artiste, le "Maître aux grandes mains", la taille de certains prophètes. Son thème est consacré à l'arbre de Jessé autour de Joaquim et Anne, parents de la Vierge Marie. Les couloirs latéraux abritent, sous de fins dais, de nombreuses petites statues de saints et de prophètes, des scènes mariales, des hagiographies et une image de l'évêque fondateur.

 La profusion des figures et des dorures émerveille le spectateur, mais lui impose bientôt d'organiser avec rigueur sa démarche : il discernera d'abord le rectangle central parcouru par l'arbre de Jessé et ses arborescences, rectangle dont la partie médiane monte en trois registres, l'un consacré à Jessé, l'autre à Anne et Joachim sous la Porte dorée, le troisième à la Vierge et l'Enfant. Latéralement, l'Arbre monte en deux bras de chandelier où s'échelonnent douze rois de Juda, et entourant la Vierge, l'Église et la Synagogue.

  Deux couloirs latéraux sont occupés de trois tableaux chacun, et ces couloirs sont encadrés de colonnes gothiques où trouvent place des personnages.

Au dessus de cet ensemble, on découvre successivement des armoiries encadrées de griffons puis un calvaire avec la Crucifixion, Marie et Jean sur des culots, et les larrons crucifiés peints sur la paroi.

Enfin, il reste à décrire l'étage inférieur, composé au centre d'un bas-relief de la Résurrection, puis de sculptures de Pierre et Paul et des Évangélistes. 

Sans oublier de très nombreux détails qu'on nommera marginalia et dont chacun mériterait une attention complète.

Résumons :

A. Ensemble central.

  • Anne et Joachim au centre.
  • Arbre de Jessé aux douze rois.
  • Vierge à l'Enfant entre l'Église et la Synagogue.

B. Couloirs latéraux.

  • couloir gauche bas: Saint Hubert évêque donateur 
  • couloir gauche médian : Nativité de la Vierge
  • couloir gauche supérieur : Anne rejetée par les prêtres

 

  • couloir droit bas : Annonce faite à Joachim.
  • couloir droit médian : présentation de Marie au Temple.
  • couloir droit supérieur : la conversion de saint Hubert.

C. Registre inférieur.

  • "prédelle" : 4 évangélistes ; Pierre et Paul ; Résurrection.
  • marginalia.

D. Registre supérieur.

  • Calvaire : Crucifixion, Marie et Jean, les larrons peints.

E. Marginalia.

 

        La particularité principale de cet arbre de Jessé est d'être centré par le couple Anne-Joachim et entouré par les scènes de la nativité et de l'enfance de Marie. Le thème de la généalogie de Jésus selon Matthieu 1, 1-4 menant de Jessé à Marie, épouse de Joseph par les douze rois de Juda se double ainsi d'une argumentation sur la naissance virginale de Marie, et sur la conception virginale de Jésus, basée sur le Protévangile de Jacques. Mais les prophètes et personnages des colonnes, dont la présence est tout-aussi importante, illustrent la généalogie spirituelle développée tout au long de l'Ancien Testament dans les prophéties et les préfigurations typologiques du Christ Messie. Si on y ajoute le thème de l'Église et la Synagogue, nous nous trouvons face à un programme théologique complet et complexe sur les mystères de l'Incarnation et de la Rédemption, qui amplifie les représentations plus réduites des Arbres de Jessé à quinze personnages (Jessé = 12 rois + Vierge à l'Enfant), mais développe fidèlement l'axe typologique initié sur les vitraux de Saint-Denis et de Chartres au XIIe siècle.

 

  On voudra bien être indulgent pour la qualité des photographies : venant de Brest, craignant de trouver la cathédrale fermée, ignorant ce que j'allais trouver, déjà comblé par les découvertes du début de ma visite, j'ai découvert le retable au fur à mesure que je le photographiais, sans savoir où donner de l'objectif. J'allais voir les autres chapelles, le chœur, le cloître, le musée, puis je partais pour la cathédrale de León.

   Comme j'y retournerais volontiers, parcourant les 1092 km pour préciser tel détail, prendre telle photo oubliée, telle photo floue, ou, tout simplement, m'abandonner —enfin !— à la simple contemplation !

 

A. L'ensemble central : Arbre de Jessé centré par  Anne et Joachim.

 

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I. Registre inférieur.

 Le fils d'Obed est allongé sur le dos, la tête soutenue par un coussin, la main contre l'oreille ; l'autre main est posée sur la jambe gauche, fléchie et croisée. On détaille du regard le vénérable visage, le bonnet et le turban qui le coiffent, le manteau terne, la ceinture nouée à la diable, et, bien-sûr, le pantalon rouge et le fin mocassin. Ce n'est que plus tard qu'on réalise la manière monstrueuse par laquelle le tronc de l'Arbre prend naissance de la poitrine du rêveur par un lacis grouillant de tentacules avides. au dessus, telle la ramure d'un cerf exposée en trophée, le tronc s'élève et se divise immédiatement en deux branches maîtresses.

 

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II. Registre moyen : Anne et Joachim.

 L'artiste représente les deux époux se rencontrant sous la Porte dorée de Jérusalem, et l'étreinte qu'ils échangent. 

Livre de la Nativité de Marie : "Ainsi, selon la prescription de l'ange, ils partirent tous les deux du lieu où ils se trouvaient et montèrent à Jérusalem. Et, lorsqu'ils arrivèrent au lieu désigné par la prophétie angélique, ils allèrent à la rencontre l'un de l'autre. Heureux de se revoir et rassurés par la certitude de l'enfant promise, ils rendirent dûment grâce au Seigneur, qui élève les humbles. Ensuite, après avoir adoré le Seigneur, ils retournèrent à la maison et attendirent la promesse divine avec certitude et allégresse. Aussi Anne conçut-elle et enfanta-t-elle une fille et, selon l'ordre angélique, les parents lui donnèrent le nom de Marie."

  Toute la problématique de la conception virginale de Marie tient en cette scène. Les neuf mois de grossesse débutent-ils lorsque (voir les panneaux latéraux) Joachim et Anne reçoivent la visite de l'ange qui leur annoncent cette grossesse, où bien là, sous la Porte dorée, par cette chaste étreinte, ou bien, comme les autres humains, un peu plus tard et de façon plus intime ?

  Conception virginale ou pas, Marie est, de toute façon, vouée à Dieu par sa mère, vouée à être chaste.

 Au dessus de la chaussure d'Anne, le galon de la robe porte une inscription dont je ne distingue que IA.

 

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III. Registre supérieur : La Vierge et l'Enfant.

      Un bouton floral vient éclore pour supporter la Vierge, assise, couronnée, tenant son Fils sur se genoux. Ses cheveux sont retenus par un voile particulier à qui j'ai consacré un article : Vierges allaitantes : le bandeau de cheveu.

La Mère et l'Enfant tiennent ensemble le Livre, celui des Écritures, qu'ils présentent aux fidèles. C'est le même livre qu'Anne tenait sur son lit d'accouchée, le même livre que, sur toutes les Annonciations, Marie est en train de lire, le même livre que les évangélistes, sur la prédelle, recopient, celui que, dans le tableau de la Présentation de Marie au Temple, Marie découvrira, celui que des personnages tiennent ouverts sous les Prophètes, celui qui est incarné partout.

Un ange, descendu si vite que sa robe flotte encore au dessus de lui, vient remettre à l'Enfant une tige noueuse, qu'une traverse vient compléter en croix : c'est  une allusion au rejeton issu de la tige de Jessé.

Deux autres anges jouent de la musique : l'un joue de la flûte ou de la chalémie, l'autre du luth.

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IV. Les bras latéraux : les douze rois de Juda.

 

Voir l'article wikipédia des noms des ancêtres de Jésus en catalan :http://ca.wikipedia.org/wiki/Genealogia_de_Jes%C3%BAs

Posés sur les boutons floraux de l'Arbre, ils sont très richement vêtus, tous couronnés au dessus de chapeaux luxueux, et ne portent pas de sceptres : ils retiennent, pas des gestes particulièrement gracieux, des phylactères dont certains seulement portent le nom du roi. Sept sont barbus, les autres glabres ; les cheveux sont longs (tombant sur les épaules) et souvent bouclés. 

      1. David.

 

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2. Roi de Juda 

Photo manquante.

3. Roi de Juda 

 

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      4. Roi Salomon

REI ..AMON . L'orthographe Salamon est attestée sur les vitraux bretons du XVIe.

 

 

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      5. Roi de Juda

..IO.O

 

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6. Roi Joaqim.

REI  IOASHIN ? aussi connu en catalan sous les noms de  Coniah ou Jehoiachin, Joakim , il correspond à l'hébreu Jehoiakim /Eliakim, avant-dernier roi de Juda, fils de Achaz ou Joachaz  et père de Jéconiah.

 

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7. Roi Roboam.

REI ROBOAM

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8. Roi de Juda

REI...DAN8L

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9. Roi de Juda.

REI ..

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10. Roi OZIAS

 

 

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11. Roi de Juda

Photo manquante

 

 

12. Roi de Juda

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V. Autour de la Vierge à l'Enfant : l'Église et la Synagogue.

 Si l'Église et la Synagogue Ecclesia et Synagoga sont des figures qui entourent souvent les Crucifixions médiévales, elles prennent tout leur sens au sommet d'un Arbre de Jessé dont l'argumentation est de montrer comment la Vierge et le Christ réalisent la prophétie d'Isaïe et comment le Royaume du Christ achève sur le plan spirituel la royauté initiée par David.

  Si je n'ai pas rencontré beaucoup d'exemples parmi les Arbres de Jessé de Bretagne, l'Eglise et la Synagogue sont présentes dans d'autres Arbres de Jessé :

Bible de Lambeth, 1150-1170.

  Bien-sûr, le mariage d'Isabelle la Catholique avec Ferdinand d'Aragon en 1474, juste avant le début de construction de ce retable, puis, en 1478, l'établissement de l'Inquisition placent ces figures sous un jour particulier qui n'est plus celui de l'exégèse biblique, mais du conflit entre Chrétiens et Juifs, de l'antijudaïsme et de la persécution contre les convertis marranes.

 

  

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L'Église.

Comme son modèle iconographique de la cathédrale de Strasbourg, elle tient le calice de la main gauche, l'étendard chrétien dans la main droite, elle est couronnée et regarde fièrement en avant. Mais nous sommes loin de la sobriété romane, avec une profusion d'or, un luxe ostentatoire des accessoires, et la pruderie exagérée de la guimpe trop soucieuse de ne laisser dépasser aucun cheveu.

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      La Synagogue.

  Elle est le contrepoint symétrique d'Ecclesia mais l'étendard est remplacé par une lance brisée, le calice par les tables de la Loi, le regard clairvoyant par le bandeau sur les yeux, la guimpe par la chevelure dénouée sur les épaules et le décolleté carré. 

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                B. LES COULOIRS LATÉRAUX. 

 

I.  Les colonnes d'encadrement.

Elles comportent 34 figures de l'Ancien Testament, de petite et de moyenne taille ; la plupart ne portent pas de nom, mais sont des prophètes, patriarches et Juges d'Israël. A leur pieds, sous le piédestal, d'autres personnages surgissent, présentant un phylactère, ou un livre ouvert sur une citation. Il faudrait étudier cet ensemble pour révéler l'appareil scripturaire qu'il porte. A défaut, on y verra la Bible démultipliée comme par un miroir à facettes en  ses innombrables prophéties. 

  Je ne les ai pas tous photographié.  

 

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Josué ?.

Le phylactère du personnage de droite porte le nom IOZOE : est-ce Josué ?

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Balaam.

Je lis  Bailan., avec un N rétrograde.

L'intérêt de sa présence est que ce prophète est associé, dans la Biblia Pauperum, à l'Arbre de Jessé :  Le vitrail de l'Arbre de Jessé de l'église Saint-Armel de Ploërmel.

 

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      Le prophète Elie.

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II. Les tableaux latéraux du couloir de gauche.

 

1. L'évêque Luis de Acuña y Osorio.

 

Luis Osorio y Acuña (né en Jaén vers 1430. mort en Flandre en 1496) fut chanoine et archidiacre d'Astorga, président de la chancellerie royale de Valladolid, aumônier et/ou grand chambellan du prince Jean puis évêque de Burgos de 1456 à 1495 en succession de Alonso Garcia de Carthagène (évêque de 1435 à 1456) et évêque de Jaén entre 1482 et 1496.

Aussi connu sous le nom de Luis Osorio de Rojas Núñez de Guzmán y Manrique, il est le fils de Pedro Álvarez Osorio, (lui-même fils de Juan Álvarez Osorio et d'Aldonza de Guzmán ), premier comte de Trastamare, seigneur de Villalobos y Castroverde, et de son épouse ISABEL de Rojas Señora de Cepeda. Son frère Álvar Pérez Osorio (-Sarria 1471) fut le second comte de Trastamare et premier marquis de Astorga.

Cet évêque fut un haut personnage, qui joua un rôle de mécène artistique important dans la ville de Burgos. Il participa  tous les événements politiques et sociaux qui ont marqué le règne d'Henri IV de Castille, prenant parti (avec l'ensemble de la noblesse) contre ce dernier dans le grand soulèvement organisé autour de l'infant Alfonso avant que cette fronde ne soit vaincue et que le prince Alphonse ne décède prématurément. Luis Osorio et la noblesse prennent alors le parti d'Isabelle, demi-sœur du roi, avant de se ranger derrière le roi Henri et sa fille Jeanne, la Beltraneja. Finalement, le mariage d'Isabelle avec Ferdinand le Catholique oblige chacun à rétablir de bonnes relations avec le pouvoir, mais on comprend que l'évêque, après s'être retiré dans son château de Rabé de la Calzadas et avoir  été rappelé par la reine Isabelle, devait donné des gages de fidélité aux souverains et à la religion en participant avec faste à l'embellissement de la cathédrale.

 

  Luis de Acuña y Osorio est représenté à genoux, dans la posture du donataire, priant en lisant le livre saint que lui présente un assistant. Ce dernier pourrait être identifié selon J.Y. Luaques à l'archidiacre Fernando Diaz de Fuentepelayo, son confident enterré à l'entrée de la chapelle.

 Il est "présenté" par un personnage noble, si on en juge par sa toque ornée de bijoux, et par les deux chiens de race qui l'accompagnent. Classiquement, on s'attendrait à ce que ce patron tutélaire qui présente le donateur soit saint Louis, mais il s'agirait ici de saint Hubert ou de saint Eustache. Les trois autres personnages portent la tonsure et le bonnet carré qui les identifieraient comme clercs.

L' évêque porte une chape pluviale historiée qui mérite, à elle seule, un article particulier :  La chape de la chapelle de Burgos. On remarquera aussi ses gants pontificaux ou chirothèques et les nombreuses bagues ou anneaux.

 

Cet évêque est aussi connu par le pontifical qu'il fit réaliser par Guillaume Durand et qui est conservé à la Bibliothèque nationale d'Espagne à Madrid. Le compte-rendu ("Manuscrit en castillan datant de la seconde moitié du XVe siècle, richement enluminé et contenant de superbes miniatures. Cet ouvrage se distingue notamment par la qualité des enluminures de la page XII, en forme de frise végétale et animale, et la représentation des ornements pontificaux. La scène de la Crucifixion de la page 22v est la copie d’une estampe de Martin Schongauer. L’influence de cet artiste est également évidente dans le Christ pantocrator représenté à la page 23r. Les partitions destinées au chant utilisent la notation grégorienne carrée sur portée rouge.") laisse imaginer, si sa consultation était possible en ligne, un approfondissement de l'analyse de ce retable.

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2. La Nativité de la Vierge.

a) Protévangile de Jacques chapitre V :

  "Le lendemain, il présenta ses offrandes en se disant en son cœur : « Si le Seigneur m'a béni, qu'il y en ait pour moi un signe manifeste sur la lame des ornements du grand-prêtre. » Et Joachim offrit ses dons et il regarda la lame ou bephoil, lorsqu'il fut admis à l'autel de Dieu et il ne vit pas de péché en lui. Et Joachim dit : « Je sais maintenant que le Seigneur m'a exaucé et qu'il m'a remis tous mes péchés. » Et il descendit justifié de la maison du Seigneur et il vint dans sa maison. Anne conçut et le neuvième mois elle enfanta et elle dit à la sage-femme : « Qu'ai-je enfanté? » et l'autre répondit : « Une fille. » Et Anne dit : « Mon âme s'est réjouie à cette heure. » Et Anne allaita son enfant et lui donna le nom de Marie."

b) Gesta infantiae salvatoris folio 7r : "apres ces choses et neuf mois accompliz Anne enfanta une fille laquelle fut appellée Marie. Et quant elle leut allaictée pour lespace de troyes ans. ioachim et elle la mene..."

c) analyse :

 Cette Nativité de la Vierge rassemble sept personnages.

— Anne porte la guimpe recouvrant entièrement les cheveux et la gorge, comme une veuve ou une vieille femme ; elle est en train de lire, et ce livre est celui des Saintes Écritures, dans lequel elle déchiffre la volonté et le dessein divin. Cela témoigne de sa piété, mais aussi de sa prescience du destin qui attend sa fille Marie. Ce livre, ou plutôt les Écritures, est l'un des fils conducteurs de l'ensemble du retable.

— Près d'elle, une servante présente un objet rond : est-ce le brouet de l'accouchée, dédaignée par Anne ? J'admire les détails vestimentaires, notamment la chevelure retenue en natte par le voile, tressé par un cordon noir.

— Au pied du lit, une femme richement vêtue et coiffée d'un turban semble présenter un linge. Dans la tradition, Anne avait une sœur, Ismèrie, mère de sainte Élisabeth. 

— Deux femmes prennent soin de la jeune Marie : l'une d'elle est une servante, l'autre porte une guimpe de veuve qui la désigne volontiers comme une sage-femme. Un brasier remplace, ici, la cuvette du premier bain. Celui-ci a pu être considéré superflu, Marie étant (seulement pour certains à l'époque) Immaculée.

Je remarque, sur la sage-femme, les manches amovibles, boutonnées comme des guêtres sur la chemise

— Qui est la femme qui entre dans le couloir ? Que tient-elle à la main ? Son bonnet?

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      3. L'expulsion de Joachim.

a) Protévangile de Jacques, chapitre 1er (trad. G. Brumet).

  "On lit dans les histoires des douze tribus d'Israël, que Joachim était fort riche et il présentait à Dieu de doubles offrandes, disant en son cœur : « Que mes biens soient à tout le peuple, pour la rémission de mes péchés auprès de Dieu, afin que le Seigneur ait pitié de moi. » La grande fête du Seigneur survint et les fils d'Israël apportaient leurs offrandes et Ruben s'éleva contre Joachim, disant : « Il ne t'appartient pas de présenter ton offrande, car tu n'as point eu de progéniture en Israël. » Et Joachim fut saisi d'une grande affliction et il s'approcha des généalogies  des douze tribus en disant en lui-même : « Je verrai dans les tribus d'Israël si je suis le seul qui n'ait point eu de progéniture en Israël. » Et en recherchant il vit que tous les justes avaient laissé de la postérité, car il se souvint du patriarche Abraham auquel, dans ses derniers jours, Dieu avait donné pour fils Isaac. Joachim affligé ne voulut pas reparaître devant sa femme; il alla dans le désert et il y fixa sa tente et il jeûna quarante jours et quarante nuits, disant dans son cœur : « Je ne prendrai ni nourriture ni boisson, mais ma prière sera ma nourriture. »

  b)  L'élément original et intriguant est de voir Anne représentée dans cette scène, alors qu'elle n'apparaît pas dans le texte. L'artiste a pu s'inspirer, afin de placer la mère de Marie au premier plan, de la Gesta infantiae savatoris, comme en témoigne la miniature du manuscrit d'une version française MS Douce 237, quasi contemporaine (1470-1480) : folio 2r, Bodleian Library, Oxford.

 Il s'agit d'une traduction en français de Sanctae Mariae et  infantiae salvatoris gestia, traduction dont l'incipit est En certains jours entre ceulx du peuple disrael estoit ung homme qui avait nom Joachim, de la lignée de Juda. Le folio 2r comporte le texte Or advint que es  jours de feste et de solennites ioachim appareilla ses dons et sacrifices pour porter et offrir au temple et si trouva avecques ceulx qui faisoient loblacion deuceus. Et ce voyant le sarbe du...

 

 

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III. Les tableaux du coté droit.

 

1. L'Annonce faite à Joachim.

 

a) Le texte du Protévangile de Jacques est (chapitre III à V): 

   "Sa femme Anne souffrait d'un double chagrin et elle était en proie à une double douleur, disant : « Je déplore mon veuvage et ma stérilité. » La grande fête du Seigneur survint et Judith, la servante d'Anne, lui dit: « Jusques à quand affligeras-tu ton âme? Il ne t'est pas permis de pleurer, car voici le jour de la grande fête (03). Prends donc ce manteau et orne ta tête. Tout aussi sûre que je suis ta servante, tu auras l'apparence d'une reine. » Et Anne répondit : « Éloigne-toi de moi ; je n'en ferai rien. Dieu m'a fortement humiliée. Crains que Dieu ne me punisse à cause de ton péché. » La servante Judith répondit : « Que te dirai-je, puisque tu ne veux pas écouter ma voix ! C'est avec raison que Dieu a clos ton ventre afin que tu ne donnes pas un enfant à Israël » Et Anne fut très affligée, et elle quitta ses vêtements de deuil ; elle orna sa tête et elle se revêtit d'habits de noces. Et, vers la neuvième heure, elle descendit dans le jardin pour se promener, et, voyant un laurier, elle s'assit dessous et elle adressa ses prières au Seigneur, disant : « Dieu de mes pères, bénis-moi et écoute ma prière, ainsi que tu as béni les entrailles de Sara et que tu lui as donné Isaac pour fils. »

"En regardant vers le ciel, elle vit sur le laurier le nid d'un moineau et elle s'écria avec douleur. « Hélas! à quoi puis-je être comparée? à qui dois-je la vie pour être ainsi maudite en présence des fils d'Israël? Ils me raillent et m'outragent et ils m'ont chassée du temple du Seigneur. Hélas! à quoi suis-je semblable? je ne peux être comparée aux oiseaux du ciel, car les oiseaux sont féconds devant vous, Seigneur. Je ne peux être comparée aux animaux de la terre, car ils sont féconds. Je ne peux être comparée ni à la mer, car elle est peuplée de poissons, ni à la terre, car elle donne des fruits en leur temps et elle bénit le Seigneur. »

 

"Et voici que l'ange du Seigneur vola vers elle, lui disant : « Anne, Dieu a entendu ta prière; tu concevras et tu enfanteras et ta race sera célèbre dans le monde entier. » Anne dit : « Vive le Seigneur, mon Dieu ; que ce soit un garçon ou une fille que j'engendre, je l'offrirai au Seigneur, et il consacrera toute sa vie au service divin. » Et voici que deux anges vinrent lui disant : « Joachim, ton mari, arrive avec ses troupeaux. » L'ange du Seigneur descendit vers lui, disant : « Joachim, Joachim, Dieu a entendu ta prière, ta femme Anne concevra. » Et Joachim descendit et il appela ses pasteurs, disant : « Apportez-moi dix brebis pures et sans taches, et elles seront au Seigneur mon Dieu. Et conduisez moi douze veaux sans taches, et ils seront aux prêtres et aux vieillards de la maison d'Israël, et amenez-moi cent boucs et ces cent boucs seront à tout le peuple. » Et voici que Joachim vint avec ses troupeaux, et Anne était à la porte de sa maison et elle aperçut Joachim qui venait avec ses troupeaux, elle courut et se jeta à son cou, disant : « Je connais maintenant que le Seigneur Dieu m'a bénie, car j'étais veuve et je ne le suis plus ; j'étais stérile et j'ai conçu. » Et Joachim reposa le même jour dans sa maison."

b) Le Livre de la Nativité de Marie :

  "Mais, alors qu'il y séjournait depuis un certain temps, un jour où il était seul, un ange du Seigneur lui apparut dans une immense lumière. Comme il était troublé devant cette vision, l'ange qui lui était apparu apaisa sa peur en disant : « Ne crains pas, Joachim, ne sois pas troublé par ma vue. Je suis en effet un ange que le Seigneur t'envoie pour t'annoncer que tes prières sont exaucées et que tes aumônes sont montées devant lui. Il a regardé et vu ta pudeur, et il a entendu le reproche de stérilité qui te fut adressé injustement. Car Dieu est le vengeur du péché, non pas de la nature. Aussi, lorsqu'il ferme un sein, il le fait pour l'ouvrir plus miraculeusement ensuite et pour que l'on sache que ce qui naît n'est pas le fruit de la concupiscence, mais un don divin. La première mère de votre nation, Sara, ne fut-elle pas inféconde jusqu'à ses quatre-vingts ans ? Et pourtant, dans une vieillesse avancée, elle a mis au monde un fils, Isaac, à qui avait été promise la bénédiction de toutes les nations. Et Rachel, tellement agréable au Seigneur, tant aimée par saint Jacob, fut elle aussi longtemps stérile, et elle a néanmoins donné naissance à Joseph, non seulement seigneur d'Égypte, mais aussi libérateur de très nombreuses nations menacées par la faim. Qui parmi les chefs fut plus fort que Samson ou plus saint que Samuel ? Et pourtant ils ont eu tous les deux des mères stériles. Si la raison ne te convainc pas de donner foi à mes mots, donne au moins créance aux exemples qui montrent que les conceptions longtemps différées et les naissances stériles sont d'habitude plus miraculeuses. Aussi ta femme Anne enfantera-t-elle pour toi une fille, et tu lui donneras le nom de Marie. Elle sera consacrée au Seigneur dès son enfance, comme vous l'avez promis, et elle sera remplie du Saint-Esprit dès le sein de sa mère. Elle ne mangera ni ne boira rien d'impur, et elle ne vivra pas parmi le peuple, au-dehors, mais dans le Temple du Seigneur, pour qu'on ne puisse rien ni dire ni même soupçonner de méchant à son sujet. Et avec le progrès de l'âge, de même qu'elle naîtra de façon miraculeuse d'une femme stérile, de même, vierge, elle engendrera de façon incomparable le fils du Très-Haut, qui sera appelé Jésus : son nom indique qu'il sera le sauveur de toutes les nations. ? Et voici le signe de ce que je t'annonce : quand tu arriveras à la porte Dorée de Jérusalem, tu rencontreras ta femme Anne, qui, pour l'instant pleine d'inquiétude à cause du retard de ton retour, se réjouira alors à ta vue. » Sur ces mots, l'ange le quitta."

c) Voir les miniatures correspondantes du manuscrit :

Gesta infantiae salvatoris folio 3r

 Gesta infantae salvatoris folio 4r. :

" En ce temps et mesmes en celui jour un iouvenceau apparut a ioachim entre les montaignes ou il paissait les bestes et luy dist. Ioachim pourquoi ne retourne tu à ta femme. et ioachim respondit. elle ..."

Gesta infantiae salvatoris folio 5r :

d) analyse de l'image :

L'artiste a profité de ce cadre champêtre pour accumuler les détails amusants ou bien observés de la vie animale : moutons et béliers noirs et blancs, chêvres broutant les feuilles les plus hautes, chien poursuivant un lièvre, loup (?) noir aidant un chevreau blanc monté sur son dos, singe touchant son postérieur, chien lèchant ses parties génitales, agneau à la mamelle... 

  On s'intéressera aussi à la houlette : ce n'est pas l'image stéréotypée en forme de crosse d'évêque digne des pastorales de Scudery, c'est une vraie houlette de berger : sa forme de pelle servait à jeter de petites mottes de terre sur les moutons "pour les faire aller plus vite ou leur faire rebrousser chemin" (J.L.M. Daubenton, Instructions pour les bergers, 1810, planche I. ). Un crochet permettait de les saisir par la patte. Le chien fasciné ici par l'apparition de l'ange,  est l'un de ces chiens de troupeau "actifs et dociles à qui on coupait le bout de l'oreille pour qu'ils entendent mieux" (id)

                               arbre-de-jesse 4183x

 

 

      2. La présentation de Marie au Temple.

a) Protévangile de Jacques.

  "Quand Marie eut deux ans, Joachim dit à Anne, son épouse : « Conduisons la au temple de Dieu, afin d'accomplir le vœu que nous avons formé et de crainte que Dieu ne se courrouce contre nous et qu'il ne nous ôte cette enfant » Et Anne dit: « Attendons la troisième année, de crainte qu'elle ne redemande son père et sa mère» » Et Joachim dit : « Attendons. » El l'enfant atteignit l'âge de trois ans et Joachim dit : « Appelez les vierges sans tache des Hébreux et qu'elles prennent des lampes et qu'elles les allument» et que l'enfant ne se retourne pas en arrière et que son esprit ne s'éloigne pas de la maison de Dieu. » Et les vierges agirent ainsi et elles entrèrent dans le temple. Et le prince des prêtres reçut l'enfant et il l'embrassa et il dit : « Marie, le Seigneur a donné de la grandeur à ton nom dans toutes les générations, et, à la fin des jours, le Seigneur manifestera en toi le prix de la rédemption des fils d'Israël. » Et il la plaça sur le troisième degré de l'autel, et le Seigneur Dieu répandit sa grâce sur elle et elle tressaillit de joie en dansant avec ses pieds et toute la maison d'Israël la chérit."

b) Livre de la Nativité de Marie.

Et, lorsque le cycle des trois ans se fut déroulé, et que le temps de l'allaitement fut terminé, ils conduisirent la Vierge avec des offrandes au Temple du Seigneur. Or il y avait autour du Temple quinze marches à monter, conformément aux quinze psaumes des montées. Car le Temple étant construit sur une montagne, l'autel des holocaustes, qui se trouvait à l'extérieur, n'était accessible que par des marches. Aussi déposèrent-ils la Vierge sur la première de celles-ci. Et, tandis qu'ils ôtaient leurs vêtements de voyage et qu'ils mettaient des vêtements plus soignés et plus propres selon la coutume, la Vierge du Seigneur monta toutes les marches l'une après l'autre, sans la main de quiconque pour la guider et la soulever, de telle façon que l'on crut que, sur ce point du moins, rien ne manquait à sa maturité. En effet, déjà dans l'enfance de la Vierge, le Seigneur accomplit un grand acte et montra d'avance par le signe de ce miracle quelle grandeur elle atteindrait. Lorsqu'ils eurent donc célébré le sacrifice selon la coutume de la Loi et qu'ils eurent accompli leur voeu, ils laissèrent la Vierge dans l'enceinte du Temple avec les autres vierges qui devaient être élevées en ce même lieu, et eux-mêmes retournèrent à la maison.

 

c) analyse de l'image.

Celle-ci montre deux détails originaux : le grand prêtre est mis à l'écart et c'est un ange qui accueille Marie au sommet des quinze marches (onze sont visibles) de l'escalier ; et cet ange présente à l'enfant un livre ouvert. Ce livre rappelle bien-sûr celui que sa mère Anne lisait sur son lit d'accouchée.

         

                      arbre-de-jesse 4188x

 

 

 

      3. Tableau inférieur droit. Conversion de saint Hubert.

  La scène représente Hubert de Liège (Huberto de Lieja en espagnol), puissant seigneur du Languedoc suffisamment impie pour partir à la chasse un Vendredi Saint : un cerf blanc portant une croix lumineuse entre ses bois lui apparut pour lui dire :"Hubert! Hubert! Jusqu'à quand poursuivras-tu les bêtes dans les forêts? Jusqu'à quand cette vaine passion te fera-t-elle oublier le salut de ton âme ?" Converti, il succéda à saint Lambert à la tête du diocèse de Tongres-Maastricht.

  Quel est le rapport avec l'évêque Luis Osorio ? Lui aussi était d'une ancienne maison d' Espagne, les comte de Castille, marquis d'Astorga. Il avait été marié et avait eu des enfants, avant d'être ordonné prêtre après son veuvage. Était-il un chasseur impénitent?

 

                         arbre-de-jesse 4189x

 

 

C. REGISTRE INFÉRIEUR  Les évangélistes et la Résurrection.

 

1. Saint Jean.

   L'apôtre préféré de Jésus, l'apôtre imberbe est accompagné de l'aigle qui est son attribut en tant qu'évangéliste, dans la partition des quatre termes du tétramorphe. Parmi les quatre évangélistes, il est le seul ici à ne pas être en train d'écrire, le seul à ne pas avoir un phylactère blanc, mais noir avec quelques lettres discernables, OR MOR. 

 

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    2.   Saint Marc.

Accompagné de son lion, l'évangéliste a chaussé ses bésicles pour écrire la lettre G de l'inscription SEQUENTIA SANCTI EVANGELI SECUNDUM MARCUM. Comme tous les copistes dans leur scriptorium, il a posé devant lui le canif lui servant à tailler sa plume et un calame de rechange. Il écrit en s'aidant de son grattoir avec lequel, à défaut de gratter ses erreurs, il cale son manuscrit. La Bible qu'il copie est posée davant lui, avec ses lettrines à l'encre rouge — rubriques — et ses ornements de marge. Je ne parviens pas à lire cette Bible mais cela semble presque possible, en s'aidant des lettres rehaussées, d'y parvenir.

  Les premières bésicles, lunettes sans monture et pinçant le nez, date du XIIIe siècle. le mot  forme bericle en 1328, bezique en 1399, besicle en 1555) vient de béryl, pierre précieuse servant à faire des verres grossissant, et de escarbocle, "variété de grenat rouge". Les premières sont des bésicles cloutantes, aux verres réunis par un rivet, alors que les bésicles à pont arrondi n'apparaissent qu'au XVe siècle (en 1404 sur le nez d'un apôtre peint par Conrad von Soest)

  Un autre phylactère porte les mots  ILLO TENPORE DIXIT II: c'est un fragment de la formule "Sequentia sancti Evangelii secundum Matthæum. In illo tempore: Dixit Jesus discípulis suis" qui débute la lecture de l'évangile de nombreux offices. Les deux dernières lettres désignent peut-être le chapitre Marc 11. 

A l'arrière de Marc, un personnage debout montre du doigt un passage d'un livre : pourquoi pas Isaïe désignant sa prophétie Isaïe 11,1 sur la tige de Jessé ?

 

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arbre-de-jesse 4164ccc

 

     3.  Saint Luc.

Coiffé d'un bonnet, l'évangéliste médecin et  patron des peintres est représenté de face, ayant cavalièrement accroché la Bible qu'il copie (et son plumier) contre les cornes de son taureau ailé qui servent ainsi de lutrin !

  Comme saint Marc, il copie la phrase SEQUENTIA SANCTI EVANGELI SECUNDUM LUCAM.

On notera que le N du mot EVANGELI est rétrograde.

  Quelle élégance dans le geste de la main !

Le fauteuil est sculpté de personnages qui portent des phylactères : l'Écriture est partout. On compte dix petits personnages sur cette seule image.

 

 

                        arbre-de-jesse 4161xw

 

4. Saint Matthieu.

 On sait que, parmi les quatre termes du tétramorphe, Matthieu s'est vu décerné l'Homme, ou Ange. C'est donc un ange qui sert de lutrin à l'évangéliste, fort occupé à tailler sa plume d'oie. Il est en train d'écrire son propre nom dans l'inscription SEQUENTIA  SANCTI EVANGELI SECUNDUM MATTHAEUM.

 Cette fois-ci, le livre saint présenté par l'ange semble encore plus près d'être lisible ; il comporte de très nombreuses lettrines, rouges, vertes, (je lis clairement un A) non seulement en ma

juscule initiale, mais aussi dans le corps du texte, ce qui évoque plus un missel ou un livre de chant qu'un évangéliaire ou une Bible.

 

                                arbre-de-jesse 4162x

 

5. La Résurrection.

 

Il n'y aurait que cette seule scène, cela serait déjà sublime.

Elle est très bizarrement construite en associant la déréliction des Ecce Homo, des Mises au tombeau et des Vierges de Pitié avec le coup de tonnerre du matin de Pâques et de la gloire de la Résurrection. La consternation et les affres de la mort sont encore visibles sur tous les visages et tous les corps, comme si la sortie du tombeau était, à l'immédiat, en train de se produire.

 Saint Jean (dont on reconnaît la chevelure aux mèches collées sur le front qui était la sienne dans son portrait comme évangéliste) retient Marie qui tombe en arrière. Le visage du saint est défait et rougi par les pleurs et la fatigue.

Au centre le Christ est celui des Flagellations et des Outrages, visage tuméfié et front sanglant, cheveux gras témoignant des sueurs de sang, stigmates à peine sèches. Il porte le manteau rouge et or de la gloire de la Résurrection.

Les six anges ressemblent plutôt aussi à ceux qui l'accompagnaient sur la croix pour recueillir son sang, les traits tristes, les pommettes comme marquées par des coups, les gestes las. Ils tiennent les instruments de la Passion que sont la Colonne et les verges de la flagellation, l'éponge de vinaigre au bout d'un bâton, la lance, le marteau et la tenaille, l'échelle de la déposition. Deux anges placent un coussin de velours sous ses pieds.

 A droite, Marie Madeleine essuie encore ses larmes. Elletient le flacon d'aromate. Ses longs cheveux tombent sur sa robe rouge damassée d'or au revers vert.

  Qui est la dernière Sainte Femme ? Marie Salomé ? Une veuve sans-doute, voilant ses cheveux d'un tissu blanc et or, mais dont la robe vert et or vient étendre un large pan sur le galon duquel on peut lire des lettres : SAUVER HA VITADVIIORAM VSAR..

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6. Saint Pierre.

L'apôtre est placé immédiatement à gauche de la "Résurrection souffrante" (nommons la ainsi) et ses yeux sont aussi rougis par les larmes que ceux des autre protagonistes. Malgré la différence d'échelle, il appartient à la scène centrale et à sa compassion. 

     Sur un mode plus léger, j'ai été un instant interloqué par l'objet doré qui pend devant le ventre du Premier Évêque : cela ressemblait à une extrémité inférieure de diaphyse fémorale, mais avec des condyles asymétriques. Ou bien, cela pouvait évoquer...qui avait pu accrocher ainsi une sorte d'ex-voto ? Je finis par comprendre qu'il s'agissait d'un porte-clef, comme on en utilise sans-doute en Léon et en Castille.

  Comme pour les sculptures précédentes, la cathèdre et le dais architectural gothique tardif donne l'occasion de dissimuler les statues des petits personnages : leur passage du monde vétérotestamentaire au Nouveau Testament s'est fait au prix d'une réduction drastique, et, s'il sont là pour rappeler la continuité de la Parole divine, de son Alliance et de son Plan de rédemption de l'humanité à travers les deux piliers des Écritures, ils semblent plutôt souffler en catimini l'inspiration de l'Esprit-Saint aux braves pêcheurs de Galilée.

 

                       arbre-de-jesse 4158x

 

7.  saint Paul.

  Saint Paul occupe, après la place d'honneur à gauche de l'autel, la seconde place, celle de l'épître, et c'est justice pour celui dont la vocation, juif converti devenu apôtre des païens fut de préciser comment le scandale de la Révélation fut une rupture, mais aussi un accomplissement de l'Ancienne Alliance.

 On le reconnaît à son attribut, l'épée par laquelle il fut décapité à Rome. 

Lui aussi semble presque pleurer face au Christ ensanglanté qui surgit du tombeau.

 

                      arbre-de-jesse 4160x

 

 

 

D. LE REGISTRE SUPÉRIEUR : CRUCIFIXION.

 

   Il faudrait insister sur l'importance et l'originalité de ce Calvaire placé en sommité de l'Arbre de Jessé, puisque, sur les autres exemples iconographique de cet Arbre, à débuter par les vitraux de Saint-Denis et de Chartres, l'Arbre  s'achève par la Mère et le Fils, au début de la vie de Jésus. Ces Arbres-là se consacrent exclusivement au mystère de l'Incarnation, et à la double nature du Christ, homme par sa filiation à la race de David et à la royauté de Juda, et dieu par la filiation spirituelle avec les prophètes annonçant un Messie, et par le caractère virginal de sa conception.

  Pour un Arbre centré sur la rencontre d'Anne et de Joachim sous la Porte dorée, et qui déploie une grande partie de ses descriptions à la vie de Marie, ce premier thème, l'Incarnation, semblait très largement suffisant, avec tout le champ de l'engendrement de la maternité et de la nativité, ses espoirs et ses joies. Rappelons que si l'invocation de Jessé faisait partie de la liturgie, c'était dans le temps de l'Avent, dans le troisième Antienne en O du 19 décembre : O Radix Iesse , qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, iam noli tardare.

Pourtant, c'est par la Passion que cet arbre trouve son couronnement, affirmant ici que la finalité de l'Annonciation n'était pas, comme pour Abraham et Sarah accédant miraculeusement à la paternité malgré le grand âge, comme pour Isaac et Rebecca, comme pour Jacob et Rachel avec la naissance de Joseph, Zacharie et Elisabeth avec celle de Jean-Baptiste et même comme pour Joachim et Anne, simplement de vaincre la malédiction de la stérilité par une intervention divine, ni même, pour Jessé, de voir ses fils fonder une dynastie royale prospère, mais rien de moins que de sauver l'humanité du Péché originel.

 Ce qui culmine, c'est donc la Mort sur la croix, le Sacrifice, le Don rédempteur : le mystère de la Rédemption. Comme l'indiquent les deux astres du ciel, un évènement de dimension cosmique.

  Comme l'indique le crâne (celui du Vieil Adam) au pied de la croix, le Christ, est l'homme parfait qui restaure dans la descendance d'Adam par le scandalum Crucis la ressemblance divine altérée par la chute. (Encyclique Redemptor hominis Jean-Paul II).

 

 

  1. Crucifixion.

 

arbre-de-jesse 4184x

 

2. Armoiries épiscopales de Luis y Osorio Acuña.

 Deux griffons ailés  entourent les armoiries épiscopales . Je reconnais parmi les quartiers :

— les armoiries de la famille Osorio "En campo de oro, dos lobos desollados, pasantes, de gules y puestos en palo"

celles de la maison de Manuel de Villena.Escudo de don Juan Manuel.

arbre-de-jesse 4185x

 

 3. La Vierge

                     arbre-de-jesse 4186x

 

4. Sain Jean. 

                         arbre-de-jesse 4187x

 

                E.  Marginalia et curiosita.

 

Les armoiries du Portugal.

                         arbre-de-jesse 4131c

 

 

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Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

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Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

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Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

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Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

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Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

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Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

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Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

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Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

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Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

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Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

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Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

Détail du Retable de l'Arbre de Jessé , Chapelle Sainte-Anne, cathédrale de Burgos, photo lavieb-aile

 

Liens et Sources.

 

— Article Wikipédia http://es.wikipedia.org/wiki/Capilla_de_Santa_Ana_de_la_Catedral_de_Burgos   

— Joaquim Yarza Luaces, Gil Siloe. El retablo de la Concepcion en la capilla del obispo Acuna. Burgos, Asociacion Amigos de la catedral de Burgos, 2000 (compte-rendu dans  Catherine Chédeau  Bull. Monumental 2002    Volume   160   pp. 423-425)

— escultura castellana de Luis Planas Duro :

 http://esculturacastellana.blogspot.fr/2013_01_01_archive.html 

http://esculturacastellana.blogspot.com.es/2011/08/marginalia-i.html

Liens et Sources.

 

— Article Wikipédia http://es.wikipedia.org/wiki/Capilla_de_Santa_Ana_de_la_Catedral_de_Burgos   

— Joaquim Yarza Luaces, Gil Siloe. El retablo de la Concepcion en la capilla del obispo Acuna. Burgos, Asociacion Amigos de la catedral de Burgos, 2000 (compte-rendu dans  Catherine Chédeau  Bull. Monumental 2002    Volume   160   pp. 423-425)

— escultura castellana de Luis Planas Duro :

 http://esculturacastellana.blogspot.fr/2013_01_01_archive.html 

http://esculturacastellana.blogspot.com.es/2011/08/marginalia-i.html

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Published by jean-yves cordier
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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 13:34

 

 

 

              Le vitrail de l'Arbre de Jessé

      de la chapelle Saint-Fiacre à Le Faouët.

 

Voir la liste et les liens de la série complète des Arbres de Jessé que j'ai étudié sur ce blog dans l'article  Le vitrail de l'arbre de Jessé à Férel (56).


      Classement MH depuis 1862

   Cette verrière qui occupe la baie 4 dans le bras sud du transept mesure 4,45m de haut et 1,96m de large ; elle se compose de quatre lancettes trilobées et d'un tympan de 5 ajours et écoinçons. Elle est datée du troisième quart du XVe et du milieu du XVIe siècle. Elle a été (peu) restaurée en 1910-1917 par la maison Delon de Paris.

 

  Elle est consacrée à un Arbre de Jessé dont l'originalité est d'une part de culminer dans une Passion (et non en une Vierge à l'Enfant), et d'autre part, de se voir encadré de chaque coté, par les douze apôtres. On ignore si cette disposition date, comme je le pense, de l'origine du vitrail, estimée vers 1480, ou si elle a été introduite au milieu du XVIe siècle, lorsque le personnage de Jessé a été remplacé. Or, cette association, si elle ne relève pas des impératifs ou des hasards des restaurateurs, mais répond à un programme délibéré du commanditaire, est pleine de sens sur le plan théologique.

  Sa date de création en fait le premier vitrail de l'Arbre de Jessé conservé en Bretagne

  Une autre particularité est de comporter, parmi les noms de rois perchés sur l'Arbre, des noms inhabituels et qui n'appartiennnent pas aux successeurs de David sur le trône de Juda.

  Ces bizarreries vont me conduire sur des pistes originales et à une nouvelle lecture interprétative. Disons déjà qu'un point commun circule à travers les différents panneaux pour les assembler en un seul thème. Lequel ?


                                       arbre-jesse 7623c

 

En raison de sa disposition, je l'étudierai lancette par lancette

 

I. Lancette médiane.


Registre inférieur. Panneau 1b. Jessé.

  C'est ce panneau, ou du moins la figure de Jessé, qui a été reprise au cours du XVIe siècle. C'est l'époque où est survenu un changement de la représentation de Jessé,  désormais volontiers représenté assis plutôt que couché comme à Saint-Denis ou Chartres au XIIe siècle. Mis à part la cathèdre monumentale et cette attitude, les autres éléments sont fidèles au shéma habituel, la main sous la joue dans la posture de méditation ou de songe, la barbe, le bonnet juif à oreillettes, le dais tenu par deux anges, le livre qui a provoqué sa rêverie, et l'arbre dont le tronc émerge du dos de l'ancêtre.

  Les  manches témoignent de la mode des crevés installée dès le début du XVIe siècle.

                  arbre-jesse 7709c


Registre médian, panneau 2b, rois de Juda et prophètes.

Les trois panneaux suivants ont en commun leur fond bleu et leur encadrement par des carreaux rectangulaires blanc. Les couleurs employées seront le rouge, le jaune, le vert, le bordeau, et le marron sombre de saint Jean. Une partie importante, et de proportion croissante en s'élevant, est laissée en blanc pour les mains, les visages, les phylactères, le manteau de la Vierge et le corps du Christ. Elle sont traitées en grisaille et réhaussés, avec sobriété, de jaune d'argent. Ce blanc dessiné de grisaille me semble, par son dépouillement qui culmine avec la nudité de Jésus, posséder une valeur spirituelle, voire même une valeur allégorique.

      Quatre personnages sont visibles, dont les noms nous sont donnés par des phylactères : deux sont clairement lisibles, SALAMON* et AMINADAB. Je crois déchiffrer aussi IACOB. Deux tiennent des livres, et deux autres font un geste de comput digital ou de désignation.

* même orthographe sur le vitrail de Confort-Meilars.

 

                             arbre-jesse 7708cc


registre supérieur, panneau 3b , Rois, Marie et Jean.

Sur ce panneau apparaît en partie basse les têtes de deux autres personnages, et trois phylactères ; un seul est facile à lire, qui donne le nom de ZOROBABEL. Je crois lire sur celui de gauche BONI... et sur celui de droite BOBOAS (!).

  L'arbre, après s'être confondu avec Zorobabel, de divise en trois branches qui le transforment en un calvaire dont les croisillons à culots supportent Marie et Jean, alors que le fût central s'élève encore.

                         arbre-jesse 7707cc 

 

Registre supérieur panneau 2c, Crucifixion.

Dans cet ultime panneau, le Christ au nimbe crucifère rouge et or est crucifié : la Croix est composée de deux branches mal ébranchées pour rappeler clairement leur nature végétale, la virga (verge, tige) de Jessé ne conduisant pas ici à la Vierge (virgo), mais à la virga crucis*, la tige de la croixLe titulus et son inscription INRI occupe le fleuron central de la lancette. 

* supposuit quoque humerum arce foederis dei in qua est virga crucis qui floruit in apostolis. : Pierre de Celle Liber II, Epistola LXXX.

Deux anges recueillent dans trois calices le Précieux Sang qui s'écoulent des plaies des mains et du thorax, selon un shéma très courant sur nos calvaires bretons.

 Le fait qu'un Arbre de Jessé se termine par une Passion, et non par une Vierge à l'Enfant, est rare. On le retrouve en Bretagne à Kerfeunten (Quimper) et à Confort-Meilars :

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de l'église de la Sainte-Trinité à Kerfeunteun :

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de l'église de Confort-Meilars.

 Ce vitrail n'est donc pas consacré au culte marial de la conception virginale (sur le jeu de mot virga/virgo qui découle de citations du prophète Isaïe) et à l'Incarnation, mais à la Rédemption par un Christ libérateur vainqueur de la Mort par le mystère de la Passion, si je me permets de m'aventurer sur des brisées théologiques en vrai amateur.

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II Lancette gauche.

        A la différence de la lancette médiane et de son encadrement de carreaux blancs, celle-ci, comme la lancette droite, est encadrée par les fûts polygonaux d'un décor architectural délimitant des niches. Le fond de chacune d'elle est alternativement vert, jaune-or et bordeaux, évitant le bleu qui est ainsi réservé au fond de la lancette médiane. Les robes des apôtres se partagent les couleurs restantes, en fonction du fond : bleu, jaune, rouge, vert. Là encore, une proportion importante est laissée en blanc : mains et visages, livres, nimbes, attributs, robes ou tuniques. Le jaune d'argent est rare, mais sans-doute n'a-t-il pas résisté à la corrosion du temps qui passe.

Registre inférieur : panneau 1a, 2 apôtres, Pierre et Paul.

Pierre et la clef, Paul et l'épée.

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Registre médian, panneau 2a, apôtres Matthias et Simon.

Matthias (ou Matthieu, ou Jude Thaddée) avec la hallebarde, Simon et la scie.


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Registre supérieur, panneau 3a, 2 apôtres ? et Barthélémy.

 Barthélémy avec le couteau avec lequel il fut écorché vif. L'apôtre imberbe correspond habituellement à Jean, mais celui-ci est représenté ailleurs. Il tient ici un volumen (ou une hampe). Je suis  surpris par sa robe bleue doublée d'hermines et ses manches aux revers ornées de pierreries. Peut-être Philippe.

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III. Lancette droite.

Registre inférieur, panneau 1c, les  apôtres André et Jacques le Majeur.

André avec la croix en X, Jacques le majeur avec le chapeau de pèlerin et le bourdon.

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Registre médian, panneau 2c, les apôtres Jacques et Matthieu.

Jacques le mineur avec le bâton de foulon, Matthieu avec la pique.

                            

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Registre supérieur, panneau 3c, les apôtres Jean et Thomas.

Jean avec le calice d'où sort un serpent/dragon, Thomas avec l'équerre. (ou Jude Thaddée).

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IV. Tympan.

  Dans les mouchettes, quatre anges porteurs des instruments de la Passion. Dans les écoinçons deux anges thuriféraires

Dans le soufflet se trouvent les armoiries (restaurées) mi-parti de Boutteville et du Chastel.

 

 

Mon analyse.

   En 1861, les visiteurs de la Société Polymathique du Morbihan  avaient déchiffré sur les panneaux 2b et 3b "Jacob, Salomon, Aminadab, Moïz, Zorobabel, etc...". Cette lecture m'aide à déchiffrer à mon tour les inscriptions et à découvrir en effet ces noms sur ce panneau et celui du dessus. (Un doute persiste néanmoins pour Moïse, ou des lecteurs plus récents ont hésité avec Loth, et où je lisais BONI ; fions-nous à la lecture de nos prédécesseurs).

  Or, on s'attend à trouver ici quelques-uns de douze ou quatorze rois de Juda cités dans la généalogie de Jésus par Matthieu 1,4 et qui fréquentent les autres arbres de Jessé : Jessé-David-Salomon-Roboam-Abia-Asa-Josaphat-Joram-Ozias-Joatham-Achaz-Ezéchias-Manassé-Amon-Josias-Jéchonias. Non, pas de roi David avec sa harpe, pas de couronne, pas de sceptre, mais des hommes aux bonnets hébreux qui tiennent des livres, dressent l'index comme en énonçant une sentence, comptent sur leurs doigts à la mode antique dans l'exposé d'un raisonnement : leurs noms, leurs vêtements et leurs postures les désignent non pas comme des rois de Juda descendant de Jessé, mais comme des Prophètes, dans un projet iconographique de typologie biblique. Ces personnages ne sont pas les ancêtres généalogiques du Christ, ils en sont les précurseurs, les figures préfiguratrices, les types.

  Le nom que je ne parviens pas à lire (que je lis BONIAS et que les autres auteurs ne me fournissent pas) pourrait être alors (cela me conviendrait !) Jonas. 

 Certes, parmi les quatre noms lisibles avec certitude, Jacob (un léger doute), Salomon, Aminadab et Zorobabel, trois sont des descendants de Jessé et de son fils David et des ancêtres attitrés de Jésus. Rien n'oblige à une lecture différente de celle proposée jusqu'à présent et à renoncer à voir là  la représentation conventionnelle d' un Arbre de Jessé avec Jessé endormi et six des rois de Juda conduisant à Marie et à son Fils.

Mais l'absence de David ?

Mais l'absence de sceptres et de couronnes ?

Mais les apôtres dans les lancettes latérales ?

Mais la crucifixion remplaçant la Vierge à l'Enfant ?

Mais Jacob ?

  

 

  Remarquons maintenant le fil conducteur qui relie toutes les scènes : il s'agit du livre, ou, plus précisément, des Écritures. Partez du livre que tient Jessé, et voyez comme le tronc de l'arbre issu de son dos  est dessiné comme un phylactère enroulé dont la spirale monte au dessus du pavillon et porte bientôt des lettres noires ; voyez comme il se transforme en branches qu'il semble recouvrir de ces plis. Ici, ce n'est pas un arbre de bois, mais un arbre de parchemin, c'est le texte écrit et lu qui fait souche, qui se déploie, qui engendre, qui fructifie, qui se ramifie, qui envoie les titulus comme des satellites. Il s'incarne littéralement dans le corps de Salomon, puis dans celui de Zorobabel, avant de s'achever dans le Verbe incarné, Jésus.

  Pendant que le livre de Jessé se déploie ainsi, notez que le premier prophète (ou roi, si vous voulez) tient également un livre ; et Salomon également (on peut imaginer qu'il s'agit du le Cantique des Cantiques) ; et le "roi" Bonias/Jonas assis avec sa robe mauve aussi. 

  De chaque coté, les apôtres ne servent qu'à cela, à témoigner des Écritures, comme sur les porches des églises où ils tiennent les volumen des articles du Credo apostolique. Mais ici, ce sont ces livres qu'ils tiennent soigneusement qui  font d'eux les porte-paroles inspirés qui lisent clairement désormais comment les prophètes de l'Ancien Testament annonçaient le Christ. Car dans chaque niche, on trouve un livre, parfois deux.

 Je propose donc d'opérer un changement radical de regard porté sur cet Arbre de Jessé. Cessons d'y voir un arbre symbole de transmission généalogique, voyons-y un arbre de la Révélation, de la parole divine exprimée comme une sève par la bouche des prophètes et de la Tradition et transmise de génération en génération, avant de s' incarner en Verbe vivant.  C'est un arbre de feuilles, de livres, de mots et de cantiques ; de sa racine naît un rejeton.

 C'est aussi le sens allégorique que je propose de voir dans ce cheminement du blanc engrisaillé : le blanc des chairs est celui des visages qui parlent et des mains qui tiennent les livres ; celui des doigts qui scandent les paroles ; celui du réseau des branches d'arbre parallèle au réseau des phylactères. Tout ce blanc est celui de la page de papier zébré des lignes noirs de l'encre, tout ce blanc est parole et écriture, bouche pour parler, yeux pour lire, mains pour dire et pour écrire, avant de se transformer une première fois dans le manteau immaculé de la Vierge, en qui le Verbe s'est fait chair, puis une deuxième et ultime fois dans le corps dénudé du Serviteur Souffrant dans la pâleur glacée de son agonie.

  

  1. Salomon.

Si donc cet arbre est celui de la circulation et de la croissance de la parole divine jusqu'à sa réalisation, il importe peu que les personnages de l'axe central respectent la filiation énoncée par Matthieu dans sa généalogie ; notre grille de lecture ne doit pas être généalogique, mais typologique, basée sur ce travail d'exégèse que les Pères de l'Église ont développé pour démontrer que Dieu parlait par les prophètes pour annoncer le Messie. Salomon, dés lors, n'est plus là comme fils de David, petit-fils de Jessé, mais comme figure du Christ : sa sagesse préfigure celle du Christ, la gloire de son règne préfigure celui du Christ, le Temple qu'il a bâti préfigure l'Église. 

Pour comprendre cette nouvelle grille de lecture, il faut savoir que les Écritures peuvent faire l'objet de trois niveaux de lecture,: littéral, figuré et typologique. La lecture typologique va s'attacher à reconnaître dans les personnages ou les citations de l'Ancien Testament l'annonce du Nouveau Testament.

   Pour reprendre les termes de Jean-Noël Guinot, l'exégèse patristique a coutume de distinguer deux sortes de prophéties : celles (prophéties messianiques directes) qui visent directement le Christ ou une réalité messianique, et celles qui reçoivent dans l'histoire de l'Ancien Testament une première réalisation, avant de trouver avec le Christ dans le Nouveau Testament leur accomplissement définitif.

Cette première réalisation, toujours incomplète ou inférieure à la seconde, en est considérée comme le « type » ou « figure » ; Non que la prophétie s'accomplisse deux fois : la figure n'est qu'une image imparfaite de la réalité neo-testamentaire « l'antitype » —qui constitue à proprement le seul véritable terme de la prophétie.( voir H de Lubac, Typologie et allégorisme 1947).

 Nous avons vu comment nous pouvons comprendre la présence de Salomon non comme une référence historique ou généalogique, mais comme du pré-texte, une écriture prophétique de l'avènement du Christ. Cela est-il valide pour les autres personnages du vitrail ?

2. Zorobabel.

  C'est le personnage situé directement en dessous de l'étage neo-testamentaire de la Passion, sur un axe médian où s'alignent Jessé / Salomon / Zorobabel / Le Christ.

  Ce n'est guère surprenant lorsque l'on sait que ce descendant de David et de Salomon a été considéré dans la lecture typologique comme la préfiguration du Christ.

 [ Rappel Wikipédia article Zorobabel: Selon le Livre d'Esdras, lorsque Cyrus II eut rendu la liberté aux Juifs, Zorobabel se mit à la tête de ceux qui habitaient la province de Babylone pour les ramener en Judée. Sept mois après avoir quitté la Chaldée, le grand prêtre Josué souhaitant rétablir le culte public,Zorobabel l'aida à dresser un autel pour offrir des sacrifices au Seigneur. Dès la seconde année, il commença à assembler des matériaux pour rebâtir leSecond Temple de Jérusalem. Mais les fondements sortaient à peine de terre que les Samaritains, dont on avait refusé les offres suspectes, firent tant par leurs intrigues auprès des ministres d'Artaxerxès qu'ils provoquèrent l'interruption des travaux.

Selon le Livre d'Aggée, quelques années plus tard, Zorobabel, excité par les prophètes Aggée et Zacharie, encouragea le peuple, qui reprit la construction du Temple avec plus d'ardeur que la première fois.Darius Ier ayant accordé sa protection aux Juifs l'ouvrage ne fut plus interrompu ; Zorobabel eut la consolation de le voir achever et d'assister à la dédicace du temple, qui fut faite quatre ans après qu'on eut recommencé à y travailler.

Dans le Livre de Zacharie, le Dieu d'Israël adresse un message à Zorobabel : il déclare que Zorobabel a déjà posé les fondements du Second Temple de Jérusalem, et qu'il l'achèvera également. De plus, il exhorte le peuple à se réjouir et à féliciter Zorobabel.]

Dans l'histoire du peuple juif, Zorobabel suffit à évoquer la fin de l'exil à Babylone et le retour glorieux sur la terre de Juda, tout comme celui de Moïse évoque la sortie d'Égypte et la fin de l'esclavage. Héros de la restauration nationale, qui s'affirme par la reconstruction du Temple et la victoire sur les ennemis, Zorobabel est aussi le chef en qui se cristallise l'espérance messianique (Agg. 2,23 et Zach 6,12-13)

Dés lors, il était naturel que l'exégèse patristique retînt Zorobabel comme une figure du Christ, et l'ère nouvelle qu'il inaugure, comme une préfiguration des réalités néo-testamentaires. Libérateur comparable à Moïse, chef et conducteur du peuple comme lui, Zorobabel offre donc à l'exégète l'occasion de parallélismes commodes entre la sortie de l'Égypte et le retour d'exil de Babylone, entre la libération d'un peuple captif et celle d'une humanité prisonnière du péché, entre la reconstitution matérielle de Jérusalem et la rénovation spirituelle opérée par le Christ. (J.N. Guinot, 1984).

 Saint Jérôme s'est exprimé explicitement au sujet de Zorobabel comme type du Christ.

 


3.  Jacob

 Jacob renvoie à la prophétie de Balaam Orietur stella ex jacob, Une étoile sortira de Jacob. Mais Jacob peut aussi renvoyer à l'échelle de Jacob, figure de l'Ascension (Speculum Humanae salvationis).
 

4.  Aminabad ou Abinabad :

Il figure parmi les descendants de David ancêtres du Christ dans la liste de Matthieu.
Moïse mais je n'ai pas découvert d'interprétation typologique.

Sur le plafond de la chapelle Sixtine par Michel-Ange où les ancêtres du Christ sont représentés à coté des Prophètes et des Sibylles, Aminabad cotoie Jonas.

5. Moïse.

Si le personnage qui compte sur ses doigts est bien, comme cela a été lu en 1861, Moïse, sa présence ne pose pas de problème, comme premier prophète du peuple hébreu, mais aussi parce que, comme nous l'avons vu à propos de Zorobabel, son rôle de libérateur de l'oppression égyptienne ou de guide vers la Terre Promise préfigure le Christ rédempteur. (comme Ezéchias, Cyrus, Zorobabel ou Josué ).

 . Sur le vitrail de l'Arbre de Jessé de Chartres, il appartient à la liste des Prophètes.

En iconographie, face à un personnage de l'Ancien testament comptant sur ses doigts, on pense aussi au prophète Daniel.


6. Jonas
  Malgré mon incertitude sur sa présence sur ce vitrail je vais montrer néanmoins pourquoi sa présence serait possible. Cela illustrera aussi la raison de la présence de Salomon. En effet, Ionas ou Jonas par l'épisode du ventre de la baleine préfigure la mise au tombeau puis de la résurrection du Christ :

Matthieu 12,38-42 (Louis Ségond) :

   Alors quelques-uns des scribes et des pharisiens prirent la parole, et dirent: Maître, nous voudrions te voir faire un miracle. Il leur répondit: Une génération méchante et adultère demande un miracle; il ne lui sera donné d'autre miracle que celui du prophète Jonas. Car, de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d'un grand poisson, de même le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. Les hommes de Ninive se lèveront, au jour du jugement, avec cette génération et la condamneront, parce qu'ils se repentirent à la prédication de Jonas; et voici, il y a ici plus que Jonas. La reine du Midi se lèvera, au jour du jugement, avec cette génération et la condamnera, parce qu'elle vint des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon, et voici, il y a ici plus que Salomon. 

Cette typologie est illustrée dans la Biblia Pauperum : Jonas / Mise au tombeau / Joseph dans le puits. 

Si cette analyse incite à accorder une place importante aux Prophètes, on peut mieux comprendre la place des Apôtres dans les lancettes latérales en tenant compte de la tradition iconographique du Credo prophétique et apostolique : Le Credo apostolique et prophétique.

Voir, dans le même sens, le vitrail de l'arbre de Jessé de Chartres : Le vitrail de l'arbre de Jessé de la cathédrale de Chartres.

 

Conclusion.

  Peut-être parce qu'il est le plus ancien vitrail d'Arbre de Jessé conservé en Bretagne, l'Arbre de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët impose une lecture différente des Arbre du XVIe siècle, lesquels sont consacrés, sinon à la Maternologie, du moins au culte marial de la conception virginal, à l'Incarnation, voire, comme cela a pu être discuté, à l'Immaculée Conception, et qui ne comportent que deux prophètes, Isaïe et Jérémie, puisqu'ils sont construits sur la citation d'Isaïe 11,1 Egredietur virga de radice Iesse, et flos de radice eius ascendet.

  Ici, cette citation n'apparaît pas, et Isaïe ne figure pas parmi les personnages. Au lieu d'être encadré, comme à Saint-Denis et à Chartres, par des Prophètes, l'Arbre est ici encadré par les douze apôtres, mais les références à l'Ancien Testament sont placés dans la lancette centrale, en lieu et place des douze rois de Juda. 

  Enfin, c'est sur la virga crucis, le bois de la croix, que la tige de Jessé trouve son apogée et sa finalité. Sa fleur, son fleuron, flos, n'est plus l'Enfant mais le Christ en croix, libérant en nouveau Moïse, nouveau Salomon et nouveau Zorobabel l'humanité de la faute d'Adam.


Liens et sources :

— Françoise Gatouillat et Michel Hérold, Les Vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, Presses Universitaires de Rennes 2005.

— Inventaire Général des monuments et richesse artistiques de la France. Commission Régionale de Bretagne. Finistère, Canton de Carhaix-Plouguer 2 Tomes imp Nationale 1969, p. 49.

—  Inventaire régional, culture.gouv.fr., enquête 1969, Dufief Denise ; Quillivic Claude.

— Bull de la Société Polymathique du Morbihan, Vannes 1861 page 23.    

—  Adolphe Joanne Itinéraire général de la France: Bretagne, 1867 p.502.

— Jules Corblet  Étude iconographique sur l'arbre de Jessé  (sur la présence des apôtres dans les Arbres de Jessé)

Le_Commentaire_sur_Aggee_de_saint_Jerome_memoire_de_Master_

— Jean-Noël Guinot L'exégèse de Théodoret de Cyr

— Jean-Noël Guinot La cristallisation d’un différend : Zorobabel dans I’exégèse de Théodore de Mopsueste et de Théodoret de Cyr Augustinianum Volume 24, Issue 3, December 1984 Pages 527-547

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Published by jean-yves cordier
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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 21:07

 

             Le vitrail de l'Arbre de Jessé  de la cathédrale de Chartres (1150).

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Voir dans ce blog lavieb-aile les articles consacrés aux Arbres de Jessé de Bretagne:

Les sculptures :

Et les vitraux (ordre chronologique):

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Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

— Les cathédrales du XII et XIIIe siècle :

— Les vitraux et sculptures Renaissance du XV et XVIe siècle :

— Les vitraux contemporains :

 .

 

Le vitrail de la cathédrale de Chartres consacré à l'Arbre de Jessé date de 1150, moins de cinq années après celui de Saint-Denis ; réalisé sans-doute par le même artiste, il en est très proche. Comme à Saint-Denis, sa couleur dominante est le bleu. Comme à Saint-Denis, il est accompagné d'une verrière consacrée à l'Enfance (et, ici, la vie publique) du Christ.  Mais à la différence de ce dernier, au lieu d'être placé au point le plus oriental de l'édifice, dans la chapelle de la Vierge qui est l'apex du déambulatoire rayonnant, il se situe sur la façade occidentale sous la rosace, et on le découvre en se retournant après avoir franchi le Portail Royal. Et, enfin, à la différence de son jumeau dyonisien, son intégrité a été préservée et les ambiguïtés sur ce qui est dû aux créations d'un restaurateur et ce qui date du XIIe siècle ne gênent plus l'interprétation.

  Je rappelle que ma démarche s'apparente à un pèlerinage, parti de Brest, et qui, après avoir découvert les dizaines de vitraux consacrés à L'Arbre de Jessé en Bretagne, qui datent en majorité du XVIe siècle, parvient à Saint-Denis et à Chartres pour découvrir les Précurseurs du XIIe siècle et enrichir la compréhension des réalisations tardives. Cette quête iconographique a été explorée par de nombreux spécialistes, mais le thème conserve, de manière irréductible, quelque mystère qui le rend passionnant.

  J'avais achevé ma visite de Saint-Denis  Le vitrail de l'arbre de Jessé de la basilique de Saint-Denis. en formulant clairement enfin une idée qui était en germination depuis le début de mes pérégrinations : l'Arbre de Jessé n'est pas, bien que l'idée en soit répandue, une représentation de la Généalogie de Jésus issue de l'incipit de l'évangile de Matthieu. C'est une illustration de réflexions théologiques et herméneutiques issues de Tertullien au IIIe siècle, puis de saint Jérôme et des Pères de l'Église et qui, à travers le jeu de mots virga/virgo basé sur l'utilisation de citations d'Isaïe, permet d'étayer un culte marial affirmant la conception virginale du Christ par Marie. L'autre thème, aussi ardu sur le plan théologique, et associé au précédent, est celui de l'Incarnation, et de la double nature du Christ.

 La richesse du vitrail de Chartres en figures bibliques est exceptionnelle puisqu'on y trouve, encadrant les rois de Juda et la Vierge, quatorze personnages de l'Ancien Testament qui, chacun, renvoie à une citation biblique qui argumente les thèses des théologiens. En comparaison, l' Arbre de Jessé de Saint-Denis en compte "seulement" dix, et ceux de la Renaissance n'en comptent plus, au plus, que deux (Isaïe et Jérémie).

 C'est donc à Chartres que l'étude des réflexions théologiques qui sous-tendent la figure de l'Arbre de Jessé peut être la mieux construite. Et c'est dans ce sanctuaire, marial s'il en fut, que la conviction que c'est la Vierge qui est au centre des Arbres de Jessé est la plus évidente. Ou, plus précisément, non pas au centre ou au sommet, mais à leur point pivot.

  Ce n'est pas la filiation généalogique, fût-elle royale, qui est ici représentée, mais le passage d'une transmission généalogique à une conception d'origine divine. Le vitrail n'établit pas que le Christ soit "de la race de David" car tout serait alors faux : c'est, selon la généalogie présentée par Matthieu, Joseph qui est le descendant des rois de Juda* ; et Joseph n'est pas le géniteur biologique de Jésus, bien qu'il soit son père selon la loi hébraïque puisqu'il l'a reconnu.

* Marie descend de David, comme l'indique l'évangile de Luc, mais non pas par son fils Salomon, mais par son autre fils Nathan ; sa lignée généalogique ne passe pas par les Rois de Juda.

  En outre, les rois ne sont même pas nommés, alors que les prophètes le sont : autre preuve que ce n'est pas la documentation généalogique qui est présentée, mais l'argumentation théologique.

 Ce passage (ou cette fusion ?) d'une transmission charnelle et génétique, qui est symbolisée par l'image de l'arbre et de sa sève, à une transmission spirituelle et divine symbolisée par la colombe trouve ici une magnifique illustration sous la forme des branches qui montent, telle une échelle de Jacob, sur les cinq étages des rois et l'étage de la Vierge (on a souligné la forme carrée, symbole du monde terrestre). Dans le dernier registre, celui du Christ, les branches épanouies en éventail se transforment ou fusionnent en colombes : l'élément terrestre et l'élément céleste se rejoignent en même temps que se fondent, dans le Christ, les éléments humains, partis du bas, et divins, venant du haut. De Jessé à la Vierge, sept êtres humains. Venant du ciel, sept colombes, sept dons de l'Esprit.

  On a interprété, surtout à Saint-Denis, cet Arbre comme une valorisation de la royauté capétienne, les rois successifs de France trouvant dans cette filiation sacrée un miroir de la dignité de leur présence et de leur autorité. Pourtant, ces rois de Juda ne sont pas, à commencer par David dont le mariage criminel avec Bethsabée avait été condamné par le prophète Nathan, des parangons de vertu : les rois criminels et impies ne manquent pas, amenant Dieu à envoyer ses prophètes pour redresser leur conduite ou les prévenir des châtiments qui les attendent. Aussi, on peut voir les dix prophètes de saint-Denis, les quatorze prophètes de Chartres encadrant les rois de Juda comme illustrant le rôle de l'Église et des grands prélats français, comme conseillers du pouvoir, et incitant à respecter leurs avis. Plutôt qu'une sacralisation des rois de France, j'y vois une mise en garde ou une exhortation au respect des Évêques et aux Abbés, et un rappel des devoirs des rois face à Dieu .

 

 

Le vitrail   de l'Arbre de Jessé.

       Il occupe une baie en forme de lancette ogivale divisée en trois travées verticales de 9, 10 et 9 panneaux, soit 28 panneaux. Au centre, sept personnages se succèdent dans des panneaux carrés, ce sont Jessé, quatre rois de Juda, la Vierge et le Christ entouré des sept colombes de l'Esprit-Saint. Cette travée s'inscrit sur fond bleu, mais Jessé, et le ciel autour de la tête du Christ sont en rouge.  Latéralement, dans des médaillons en forme de demi-cercles, sont représentés sur fond rouge quatorze prophètes. On retrouve la même disposition qu'à Saint-Denis, dont le vitrail ne diffère qu'en ne comprenant que trois rois.

  Les couleurs sont le bleu, le rouge et le jaune d'or, complétées par le blanc, le vert, le vieux rose l'ocre et le marron (absence du violet).

 

N.B Les textes des prophètes sont mentionnés à titre indicatif, car ce sont les plus souvent repris par les théologiens comme prophétisant la venue de la Vierge ou de son Fils, mais ils ne sont pas inscrits sur le vitrail qui ne porte que leurs noms.


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I. Registre inférieur.

 

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1. Jessé endormi.

 

  Jessé est coiffé d'un bonnet indiquant son appartenance hébraïque. Sa barbe et ses traits rappellent que ce père de huit garçons était l'un des plus âgés de son temps. Il porte un manteau (d'autres voient une couverture) rouge à galon d'or, et une robe bleue, rehaussé d'or aux manches et à l'encolure. Il est placé sous un portique appuyé sur deux colonnes, et dont l'arc soutient des édifices qui représentent peut-être sa ville, Bethléem. 

 Il n'est pas complètement allongé, mais seulement à demi-étendu sur de hauts oreillers comme quelqu'un qui ne fait qu'une sieste ; sa main posée sous le menton, dans une posture qu'il est impossible de conserver dans le sommeil, indique qu'il n'est pas endormi, mais qu'il médite.  La lampe allumée en atteste, et symbolise l'inspiration divine.

On considère néanmoins généralement qu'il est endormi, et cet image en appelle d'autres, comme celle d'Adam endormi lorque Dieu créé Éve d'une de ses côtes (c'est une nouvelle Éve qui sort de la racine de Jessé), ou celle de Jacob songeant à l'échelle qui se dresse vers les Cieux (le tronc de Jessé va s'élever vers Dieu), plutôt que celle de Noè.

L'autre symbole est le rideau dévoilant la scène ; des lettres sont inscrites, mais à l'envers : VOS SOL VOS que je n'ai pas réussi à comprendre, mais que l'on retrouve souvent sur des vitraux plus tardifs.

 Le tronc de l'Arbre fameux s'élève parfois du dos, de la tête, de la bouche, du ventre ou de la poitrine de l'heureux père, mais à Chartres, il se dresse sans ambages entre ses cuisses. 

 
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2. Panneau 1a : le prophète Nahoum.

NAVM PROPHETA

Nahum 1,15 ou 2,1 : Oracle sur Ninive : ecce super montes pedes evangelizantis et adnuntiantis pacem celebra Iuda festivitates tuas et redde vota tua quia non adiciet ultra ut pertranseat in te Belial universus interiit :" Voici sur les montagnes Les pieds du messager qui annonce la paix! Célèbre tes fêtes, Juda, accomplis tes voeux! Car le méchant ne passera plus au milieu de toi, Il est entièrement exterminé"

 

                                        arbre-de-Jesse 6786c   

 

3. Panneau 1c : Le prophète Joël.

IOHEL PROPHETA

Joel 2,28 : et erit post haec effundam spiritum meum super omnem carnem et prophetabunt filii vestri et filiae vestrae senes vestri somnia somniabunt et iuvenes vestri visiones videbunt : "Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions".

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II. Registres intermédiaires inférieurs : deux rois.

 

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1. Panneau 2a : Le prophète Ézéchiel.

Ezechiel 34, 24-26 :  ego autem Dominus ero eis in Deum et servus meus David princeps in medio eorum ego Dominus locutus sum et faciam cum eis pactum pacis et cessare faciam bestias pessimas de terra et qui habitant in deserto securi dormient in saltibus  et ponam eos in circuitu collis mei benedictionem et deducam imbrem in tempore suo pluviae benedictionis erunt : " Moi, l'Éternel, je serai leur Dieu, et mon serviteur David sera prince au milieu d'elles. Moi, l'Éternel, j'ai parlé. Je traiterai avec elles une alliance de paix, et je ferai disparaître du pays les animaux sauvages; elles habiteront en sécurité dans le désert, et dormiront au milieu des forêts. Je ferai d'elles et des environs de ma colline un sujet de bénédiction; j'enverrai la pluie en son temps, et ce sera une pluie de bénédiction."

Ezechiel 44,2 : Et dixit Dominus ad me porta haec clausa erit non aperietur et vir non transiet per eam quoniam Dominus Deus Israhel ingressus est per eam eritque clausa. "Et l'Éternel me dit: Cette porte sera fermée, elle ne s'ouvrira point, et personne n'y passera; car l'Éternel, le Dieu d'Israël est entré par là. Elle restera fermée.".

 

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2. Panneau 2b. Le roi David.

 On le nomme David par présomption, mais son identité n'est pas précisée.

  Le tronc de l'arbre se divise en quatre rinceaux qui bourgeonnent rapidement en huit groupes de feuilles ou fleurs, mais ce qui prolonge l'arbre vers l'étage supérieur, c'est le corps royal, l'axe passant par ses jambes, son ventre, son thorax et sa tête couronnée. C'est l'une des originalités de ce vitrail que d'aligner l'arbre, les corps des rois, de la Vierge et celui du Christ selon un seule linéarité verticale et pleine de sens d'élan spirituel, alors que viendront plus tard des arbres où les rois trouveront place sur des corolles de fleurs dans une disposition en chandelier ou en étalement horizontal. De Jessé jusqu'à la Vierge elle-même, les corps sont des médiateurs. L'arbre ne s'épanouit réellement que dans le Christ.

La présentation frontale hiératique, le regard qui scrute le spectateur, l'absence de ces accessoires qui fleuriront à la Renaisssance (harpe, glaive, armure, sceptre) donne au roi un aspect grave et solennel qui le réduit à sa fonction monarchique.

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3. Panneau 2c. Le prophète Osée.

      On peut lui faire dire : Os 14,6  Israël germinabit sicut lilium et erumpet radix ejus at Libani : "Je serai comme la rosée pour Israël, Il fleurira comme le lis, Et il poussera des racines comme le Liban. Ses rameaux s'étendront; Il aura la magnificence de l'olivier, Et les parfums du Liban. Ils reviendront s'asseoir à son ombre, Ils redonneront la vie au froment, Et ils fleuriront comme la vigne; Ils auront la renommée du vin du Liban "

La citation suivante est fréquemment inscrite sur les phylactères: Os 13,14 : de manu mortis liberabo eos de morte redimam eos ero mors tua o mors ero morsus tuus inferne consolatio abscondita est ab oculis meis. " Je les rachèterai de la puissance du séjour des morts, Je les délivrerai de la mort. O mort, où est ta peste? Séjour des morts, où est ta destruction? Mais le repentir se dérobe à mes regards!" Elle figure dans l'office des morts, et dans une antienne du samedi saint.

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4. Panneau 3a : le prophète Isaïe.

      ISAIA PRO(pheta)

      Isaie 7,14 : propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum ecce virgo concipiet et pariet filium et vocabitis nomen eius Emmanuhel . "C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, Voici, la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, Et elle lui donnera le nom d'Emmanuel."

Isaïe 11,1 : et egredietur virga de radice Iesse et flos de radice eius ascendet et requiescet super eum spiritus Domini spiritus . "Puis un rameau sortira du tronc d'Isaï, Et un rejeton naîtra de ses racines. L'Esprit de l'Éternel reposera sur lui"

Isaïe 53,7 : oblatus est quia ipse voluit et non aperuit os suum sicut ovis ad occisionem ducetur et quasi agnus coram tondente obmutescet et non aperiet os suum. "Il a été maltraité et opprimé, Et il n'a point ouvert la bouche, Semblable à un agneau qu'on mène à la boucherie, A une brebis muette devant ceux qui la tondent; Il n'a point ouvert la bouche." cette citation figure dans l'office du jeudi saint.

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5. Panneau 3b : le  roi Salomon.

 

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6. Panneau 3c : le prophète Michée.

      MICHEAS PROPHETA

 On lit dans le Livre de Michée 5 ,1 : et tu Bethleem Ephrata parvulus es in milibus Iuda ex te mihi egredietur qui sit dominator in Israhel et egressus eius ab initio a diebus aeternitatis «Et toi, Bethléhem Éphrata, Petite entre les milliers de Juda, De toi sortira pour moi Celui qui dominera sur Israël, Et dont l'origine remonte aux temps anciens, Aux jours de l'éternité!" 

 

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III Registre intermédiaire moyen : deux rois.

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7. Panneau 4a : Moïse.

      Moïse, premier prophète du Judaïsme, est  le seul qui, sur le phylactère qu'il tient, montre non seulement son nom, mais une citation. Selon Émile Mâle, il s'agit de Suscita[bit] Deus vobis, les paroles qu'il prononce dans le drame des Prophètes qui se jouait le jour de Noël et où tous les prophètes récitaient le texte par lequel ils avaient annoncé la venue du Christ. C'est un fragment de la citation des : Actes des Apôtres 3, 22 : Moyses quidem dixit : Quoniam prophetam suscitabit vobis Dominus Deus vester de fratribus vestris, tamquam me : ipsum audietis juxta omnia quæcumque locutus fuerit vobis.: "Moïse a dit: Le Seigneur votre Dieu vous suscitera d`entre vos frères un prophète comme moi; vous l`écouterez dans tout ce qu`il vous dira, et quiconque n`écoutera pas ce prophète sera exterminé du milieu du peuple."

 

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8. Panneau 4b : troisième roi.

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9. Panneau 4c : Balaam

 

 Balaam n'est pas un prophète hébreu, mais c'est un moabite, qui aux chapitres 22 à 24 du Livre des Nombres, est sollicité par le roi  Balak, pour maudire les Israélites qui, après avoir traversé le désert, traversaient ses territoires vers le pays de Canaan. En chemin, après que son ânesse ait pris la parole pour lui reprocher ses mauvais traitements, Dieu le convertit à la cause des israélites, qu'il bénit au lieu de maudire.

  S'il figure sur ce vitrail, ce n'est pas en raison de cette histoire, mais à cause de la citation qu'on en extrait et où les Pères de l'Église ont vu une annonce du Christ: Dixit auditor sermonum dei, qui novit doctrinam Altissimi,et visiones Omnipotentis videt, qui cadens apertos habet oculosVideo eum, sed non modo : intuebor illum, sed non prope. Orietur stella ex Jacob, et consurget virga de Israël. "Je le verrai ce Sauveur, mais non mainteant ; je le considérerai, mais non de près. De Jacob monte une étoile, d'Israël surgit un sceptre" (Nb 24, 17).

 

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4. panneau 5a : Samuel.

      SAMVEL PROPHETA.

 

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 5. Panneau 5b : quatrième roi.

 

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 6. panneau 5c : prophète Amos.

AMOONN PROPHETA

Amos 9,11 :in die illo suscitabo tabernaculum David quod cecidit et reaedificabo aperturas murorum eius et ea quae corruerant instaurabo et reaedificabo eum sicut diebus antiquis. " En ce temps-là, je relèverai de sa chute la maison de David, J'en réparerai les brèches, j'en redresserai les ruines, Et je la rebâtirai comme elle était autrefois".

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IV. Registre intermédiaire supérieur.

 

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1. Panneau 6a : le prophète Zacharie.

Zacharie 9,6 : Exulta satis filia Sion iubila filia Hierusalem ecce rex tuus veniet tibi iustus et salvator ipse pauper et ascendens super asinum et super pullum filium asinae. "Sois transportée d'allégresse, fille de Sion! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem! Voici, ton roi vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, Sur un âne, le petit d'une ânesse".

 

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2. Panneau 6b : la Vierge Marie.

 La Vierge est représentée comme un médiateur préalable au Christ en position inférieure à celui-ci dans la chaîne de transmission qui monte depuis Jessé, alors qu'à partir du XVe siècle, elle sera présentée au sommet de l'Arbre, en tant que Mère portant Jésus Enfant, au même niveau spatial et hiérarchique que son Fils et le dépassant par sa taille. Faut-il en déduire que le thème de l'Incarnation l'emporte encore, au XIIe siècle, sur celui de la Virginité/Maternité et, bientôt, de l'Immaculée Conception? 

  Si son visage et sa chevelure ne permettait pas une identification, on la confondrait avec l'un des rois qui la précède, et dont elle reprend la posture, la couronne et les vêtements. Elle ne se distingue pas, comme cela sera le cas plus tard, par la couleur bleu de sa robe ou la couleur rouge de son manteau. Elle ne porte pas d'auréole.

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3. Panneau 6c : le prophète Daniel.

   Le sermon du pseudo-Augustin lui fait dire : Cum venerit sanctus sanctorum, cessabit unctio : "lorsque viendra le saint des saints, l'onction cessera", autrement dit, lorsque le Messie viendra, plus aucun roi de Juda ne sera oint, et, dès lors,  la loi hébraïque prendra fin lorsque cesse l'onction royale.   Par ailleurs, au chapitre IX verset 26 de Daniel, l'Ange Gabriel enseigne au prophète qu'il "a été fixé soixante-dix semaines sur son peuple et sur sa ville, pour mettre un terme au péché, et oindre un saint des saints" : Interprétation messianique par Tertullien, Isidore de Séville, Évagre, Fulbert de Chartres, Pierre Damien, Pierre le Vénérable, Alain de Lille comme annonçant le Christ, le messie ce qui signifie l'oint, en calculant en "semaines de sept années" soit 7x70 = 490 années, temps écoulé entre le décret d'Artaxerxes 1er permettant en 458 la reconstruction des murs de Jérusalem, et la mort du Christ en 32.

 On cite aussi Daniel Dn 7:14 : "Voici qu'avec les nuées du ciel venait comme un Fils d'Homme..et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté..sa souveraineté est eternelle et sa royauté est une royauté qui ne sera jamais détruite ».

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V. Registre  supérieur.

 

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1. Panneau 7a : le prophète Habaquq.

Domine, audivi auditum tuum et timui ; consideravi opera tua et expaviIn medio duorum animalium cognoscreis Ha 3,2 (Drame des Prophètes) (chant grégorien)

Ou  Ha 3:18 : "Je serai dans l'allégresse à cause du Seigneur, j'exulterai à cause du Dieu mon sauveur" (repris par Luc 1 : 47 dans le Magnificat ou cantique de la Vierge Marie).

 

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2. Panneau 7b : le Christ et les sept colombes du Saint-Esprit.

Les lettres N T I A S A P . s'inscrivent dans la bordure dorée. Le sens demeure mystérieux. Dans chacune des auréoles des colombes, des lettres se lisent, mais aucun mot n'est identifiable.

 

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3. Panneau 7c : le prophète Sophonie.

So 3, 14-17 Abstulit Dominus iudicium tuum avertit inimicos tuos rex Israhel Dominus in medio tui non timebis malum ultra. in die illa dicetur Hierusalem noli timere Sion non dissolvantur manus tuae Dominus Deus tuus in medio tui Fortis ipse salvabit gaudebit super te in laetitia silebit in dilectione tua exultabit super te in laude  : "Crie de joie, fille de Sion, pousse des exclamations, Israël, réjouis-toi, fille de Jérusalem..., le Seigneur lui-même est au milieu de toi... ".

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 ETUDE CRITIQUE.

      La question que me pose les Arbres de Jessé de Saint-Denis, et surtout de Chartres, c'est de comprendre la signification et le rôle des prophètes, puisque l'explication la plus fréquente de ces Arbres comme généalogie de la Vierge ou du Christ explique la présence d'Isaïe pour sa prophétie Egredietur virga..., mais pas celle des treize autres prophètes.

     1. Une tradition théologique ancienne.

Aucune représentation d'Arbre de Jessé ne nous est parvenue qui soit antérieure à l'an 1000.

Le fondement scripturaire du thème iconographique est une prophétie d'Isaïe 11 :1-3 : Egredietur virga de radice Jesse, et flos de radice eius ascendet. Et requiescet super eum Spiritus Domini. "Une tige sortira de la racine de Jessé, une fleur s’élèvera de ses racines. Et sur elle reposera l’Esprit du Seigneur". 

   L'association virga/virgo rameau/vierge remonte  au IIIe siècle sous la plume de Tertullien :De Carne Christi.21 :5 :  An, quia ipse est "flos de virga" prophetae "ex radice Iesse", —radix autem Iesse genus David, virga ex radice Maria ex David, flos ex virga filius Mariae qui discitur Iehus Christus, ipse erit et fructus ? (voir Studia patristica: Critica et philologica, publié par Maurice Frank Wiles, Edward John Yarnold, Paul M. Parvi p. 352) . "La branche qui sort de la racine, c'est Marie qui descend de David. La fleur qui naît de la branche, c'est le fils de Marie, Jésus-Christ qui sera à la fois la fleur et le fruit". Marie est la virga, et la flos, le fleuron est le Christ. Une allusion sous-jacente renvoie à la virgae, la verge d'Aaron et à celle de Moïse.

  Saint Jérome(347-420) dans ses Commentaires sur Isaïe écrit à son tour :Nos autem virgam de radice Jesse sanctam mariam Virginem intelligamus...et florem Dominum salvatorem qui dicit in Cantico canticorum : Ego flos campi et lilium convallium.  "Par la branche qui sort de la racine de Jessé, il faut entendre la sainte Vierge Marie ; et par la fleur, Notre-Seigneur le Sauveur, qui a dit dans le Cantique des cantiques "Je suis la fleur des champs et le lys des vallées" ".

Saint Bernard (1090-1153) insiste sur la conception virginale de Marie/virgo : In hoc Isaiae testimonio, florem Filium, virgam-intellige Matrem : quoniam et virga floruit absque germine, et Virgo concepit non ex homine. nec virgae virorem floris laesit emissio, nec Virginis pudorem sacri partus editiio. De laudibus virginis matris, Homélie II In Luc 26-27, §6    "La fleur signifie le Fils, la branche indique sa Mère, car de même que la tige a conçu sans germe, ainsi la Vierge a conçu miraculeusement. La floraison n'a pas nui à la sève de la branche ; l'enfantement miraculeux de Marie n'a pas nui à sa virginité". 

 

   2. L'hypothèse de Jules Corblet et d'Émile Mâle 

 

 En 1860, l'abbé Jules Corblet (1819-1886, archéologue fondateur de la Revue de l'art chrétien) avait suspecté pour l'image de l'Arbre de Jessé une origine liturgique qu'il trouvait dans un manuscrit du XIe siècle provenant de Saint-Martial de Limoges (BNF latin 1139) : un Mystère de la Nativité, joué le jour de Noël, faisait défiler des prophètes et personnages qui récitait chacun une phrase par laquelle ils annonçaient la venue du Christ : c'était Jessé, Moïse, Isaïe, Jérémie, Daniel,  Abacuc, David, Saint-Jean-Baptiste, Siméon, Nabuchodonosor, Virgile et la Sibyle. Un Préchantre les interrogeait sur ce qu'ils savaient sur le Roi Céleste et chacun répondait.

  En 1876, Marius Sepet (Les Prophètes du Christ) donne le texte du sermon du Pseudo-Augustin rédigé avant 600 (Sermo beati Augustini episcopi de natale Domini, lectio sexta, Patr. Migne XLII p. 1124) et dans lequel ce Mystère trouve sa source. Ce sermon est aujourd'hui attribué à l'évêque de Carthage Quodvultdeus, contemporain d'Augustin et intitulé Sermo contra Judaeos, Paganos et Arianos, Sermon contre les Juifs. Il était lu comme sixième leçon de l'office de Matines de la Nativité.

  En 1893, A Gasté publie le Drame des Prophètes donné à Rouen (Les Drames liturgiques de la cathédrale de Rouen, Evreux 1893)

 Prolongeant ces remarques, Émile Mâle développait en 1922 dans son Art religieux du XIIe siècle cette piste , et il précisait que le texte du sermon était lu dans les églises le jour de Noël, puis qu'il a été joué et mis en scène sous forme de Drames à Limoges (seconde moitié du XIe siècle), et plus tard à Laon, à Rouen, et qu'il le retrouvait enchassé dans le premier Mystère français, le Drame d'Adam, au XIIe siècle.  Il retrouvait les phrases prononcées par les personnages dans les phylactères de leurs statues. 

  Sur la façade de Notre-Dame la Grande à Poitiers, la "frise de l'Incarnation" du portail occidental date du deuxième quart du XIIe siècle et comporte des haut-reliefs illustrant des passages de la Bible. Les scènes choisies, prises dans l'Ancien et le Nouveau Testament, racontent l'annonce et la venue de Dieu sur terre en la personne de Jésus-Christ pour sauver l'humanité du péché originel. De gauche à droite on y voit le péché originel, Nabuchodonosor roi de Babylone, les prophètes Daniel, Moïse, Isaïe et Jérémie. Ils sont suivis par l'Annonciation, l'Arbre de Jessé et le roi David.  Or, les statues de Moïse, Jérémie, Daniel et Jessé (Israël) portent les citations du sermon du Pseudo-Augustin.

 Il retrouvait aussi certaines de ces citations en Italie sur les sculptures à Cémone, à Ferrare et à Vérone, mais aussi en enluminure d'un psautier anglais de 1161-1173 représentant un arbre de Jessé.

 

3. La critique d'Arthur Watson

 Cet auteur fait remarquer qu'aucune sculpture et aucun vitrail ne reprend exactement et complétement la liste des personnages du Drame des prophètes. Et que d'autre part le groupe des prophètes apparaît tardivement et n'a pas pu influencer l'iconographie.

  Si on doit rechercher un modèle antérieur, on ne peut le trouver dans les arbres généalogiques arabes ou occidentaux, ou encore orientaux.

4. Influence des cantiques.

a) le cantique de Fulbert. : cf Arbre de Jessé de Saint-Denis.

b) autres œuvres en grégorien.

 5. Etude des prophètes du vitrail

   Dans l'étude des prophètes de cet Arbre de Jessé, il faut rappeler que le programme iconographique de la cathédrale de Chartres les a déjà représenté, dans leur rôle d'annonciateurs du Christ. Ainsi on trouve sur le Portail Nord sur le porche central de Chartres  dans les ébrasements dix personnages bibliques: Melchisédech, Abraham, Moïse, Aaron, David, Jessé, Jérémie, Siméon, et Jean Baptiste.

   À la porte de droite du même portail nord, on trouve, en éloge de la sagesse les statues de Job et Salomon (Tympan), Gédéon, Judith, Esther, Tobie, Samson (Voussures). Au Portail royal, ce sont les statues colonnes de David, de Salomon et de la reine de Saba, mais aussi peut-être d'Isaïe ou de Jérémie.

   La présence des prophètes et des apôtres, est fréquente aux ébrasements des portails et aux voussoirs des églises. On verra les piédroits de la cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle (prophètes à gauche, apôtres à droite), les sculptures côte à côte dans les fenêtres hautes de la basilique Saint-Remi, à Reims ; cathédrale des trois apôtres à Saint-Claude (stalles) ; trumeau de Chartes (apôtres) et portail nord (prophètes) ; porche de la cathédrale de Tarragone ; déambulatoire de la cathédrale d'Albi ; portail du Beau Dieu à la cathédrale d'Amiens ; portail sud de la cathédrale de Bourges, etc. 

  Sur le vitrail de l'Arbre de Jessé de Chartres, on trouve : 

 — à gauche, de bas en haut,  Nahum, Samuel, Ezéchiel, Zacharie, Moïse, Isaïe, Habacuc,

— et à droite, de bas en haut, Osée, Amos, Michée, Joël, Balaam, Daniel, Sophonie.

Quelle est la clef qui permet de comprendre la présence de tel personnage plutôt que tel autre ? 

     Leur ordre ne respecte pas une progression chronologique comme on le constate avec quelques dates : prophètes Nahoum (601) Joël (400) Ezechiel (595-570) Osée (760-720) Isaïe (740-700)Michée (740-700) Balaam (?) Samuel (sous Saul) Amos (780-745) Zacharie (520-515) DanielHababuq (605-595) Sophonie (640-610).

    On compte huit des douze petits prophètes*, trois des (4) grands prophètes (Isaie, Ezechiel et Daniel), Moïse que l'on peut considérer comme le premier prophète, un Juge, Samuel, et puis Balaam (prophète des moabites) . On note l'absence de Jérémie, l'un des grands prophètes.

 *On appelle petits prophètes douze prophètes auxquels sont attribués des livres de la Bible :Osée ; Joël ; Amos ; Abdias ; Jonas ; Michée ; Nahum ; Habacuc ; Sophonie ; Aggée ; Zacharie ; Malachie. Ils sont appelés ainsi, non parce qu'ils ont moins d'autorité que les grands prophètes, mais parce que leurs livres sont plus petits que ceux des grands prophètes.

     Les prophètes n'encadrent pas les rois dont ils ont été contemporains, et beaucoup ont vécu après la chute du Royaume de Juda (-931 à -587).

     Si la logique de leur présence sur ce vitrail n'est pas chronologique, si elle n'est pas historique, c'est qu'elle est théologique : les prophètes disparaissent derrière leur citation, qui est considérée comme une parole de Dieu. Elle peut être ainsi sortie de son contexte et présentée comme annonçant la naissance et la vie du Christ. Interprètes de Dieu et élus par lui, ils annoncent le Nouevau Testament.

 

 

 

Sources et liens.

 

  • Abbé Poquet, Iconographie de l’Arbre de Jessé, Paris, 1857, 13 p.
  • Abbé Jules Corblet, Étude iconographique de l’Arbre de Jessé, Paris,  Revue de l'art chrétien, 4 1860, 40 p.et 5 ill.p. 49-61, 113-125 et 168-181.  
  •  Émile Mâle : L’art religieux du XIIe siècle en France, étude sur les origines de l’iconographie du Moyen Âge, Paris, 1922 [1998, 8e éd.], p.139-147, p.168-176. http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Iconographie/Emile_Male/12eme.pdf 
  • Arthur Watson remit par la suite en cause plusieurs conclusions de Mâle, The Early Iconography of the Tree of Jesse, Londres, 1934, 197 p. et 41 pl.
  •  R.Lichtenberg, «De Genealogie van Christus in de beeldende Kunst der Middeleeuwen, voornamzlijk van het Westen», dans Ouheidkundig Jaarboek, 1929, p.2-54, retrace le développement figuratif des généalogies du Christ au Moyen Âge et s’intéresse par là à l’Arbre de Jessé. 
  •  Françoise Gay  Les prophètes du XIe au XIIIe s. (Épigraphie)  Cahiers de civilisation médiévale Vol. 30, 1987 pp. 357-367

Citations bibliques : site  http://www.biblegateway.com/

 

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Published by jean-yves cordier
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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 21:06

 

         Le vitrail de l'arbre de Jessé

        de la basilique de Saint-Denis.

 

 

       Après avoir visité de nombreux vitraux bretons ou normands consacrés à l'arbre de Jessé  Le vitrail de l'arbre de Jessé à Férel (56)., je me rends, comme en plerinage, à la basilique de Saint-Denis pour découvrir LE premier vitrail (datant de 1144) qui, comme Jessé lui-même pour les rois de Juda, a été l'ancêtre fondateur de ce thème typologique en matière de verrières.

Image wikipédia http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Basilique_Saint-Denis_chapelle_de_la_Vierge.jpg

  Mais, une fois sur place, je découvre que les vitraux conçus au XIIe siècle ont disparu : des 21 panneaux de cette verrière, certains ont été détruits ou vendus et remplacés au XIXe siècle, et les cinq panneaux d'origine ont été démontés et confiés à un restaurateur en 1997 et remplacés par des films photographiques. Je dois pourtant constater que ces photographies sont bien conçues, fidèles, quoique voilées par un glacis translucide et qu'elles évitent la frustration de trouver un verre blanc ou un contreplaqué de remplacement.

  L'histoire de ce vitrail.

   J'apprends ainsi (cf sources et liens) qu' il ne subsiste à Saint-Denis, des vitraux du XIIe siècle, que cinq  ou neuf verrières ("On possède actuellement à Saint-Denis en éléments certains des six verrières historiées du XIe siècle : Moïse, le vitrail « anagogique » ; l'Arbre de Jessé, l'Enfance, la Passion et la Vie de saint Vincent. En y ajoutant la Vie de saint Benoît dont les fragments sont conservés au Musée de Cluny et à Twycross, et les verrières de la Croisade et de Charlemagne on arrive au nombre de neuf." Grodecki et Bouchon 1995).

 Pourtant dès le XIIe siècle, et de manière exceptionnelle, un maître verrier s'était vu confier l'entretien des précieux vitraux qui avaient coûté plus cher que la construction, en pierre, de l'édifice, tant son concepteur l'abbé Suger (1122-1151) attribuait de l'importance à la lumière, métaphore de la Divinité.  Dans son Liber de rebus in administratione sua gestis, Suger décrit ceci :

  "Nous avons aussi fait peindre, par les mains très expertes de nombreux maîtres de diverses nations, une très belle variété de nouvelles verrières, depuis celle qui commence [la série] ,'l'Arbre de Jessé dans le chevet de l'église jusqu'à celle qui surmonte la principale porte à l'entrée de l'église".

  Tout autour du déambulatoire, sept chapelles rayonnantes recevaient la lumière par deux baies chacune, et la chapelle centrale, ou Chapelle de la Vierge, recevait ainsi deux verrières, consacrées au thème de l'Incarnation : la prophétisation de l'Incarnation virginale dans le vitrail de l'Arbre de Jessé, et, en face, la réalisation de cette Incarnation dans le vitrail de l'Enfance du Christ. On a souligné combien Suger avait veillé à ce que les deux vitraux de chaque chapelle se répondent mutuellement par leur thème et par leur forme, et, pour la Chapelle de la Vierge, comment la tache rouge de la fuite en Égypte répondait, par exemple, au rouge du ciel derrière le Christ du sommet de l'Arbre de Jessé.

 

Mais à la Révolution, en 1793 la basilique de Saint-Denis est dévastée, ses tombeaux détruits ou mutilés, les corps profanés, les autels mis à bas, le trésor emporté dans les creusets. La Convention ordonne de récupérer le plomb des toitures et des vitraux de toutes les églises afin de fournir le métal nécessaire à la fabrication des balles, et la toiture de Saint-Denis est ainsi enlevée en automne 1793, ouvrant l'édifice aux intempéries. Une Commission temporaire des Arts se préoccupe pourtant de protéger les précieux vitraux, et, dans des courriers du 26 septembre et du 1er octobre 1794, signale combien ceux-ci sont intéressants "pour l'art, pour les costumes et pour la chronologie", et combien il est urgent d'en interrompre la destruction. La Commission des Poudres et des Armes répond quelques jours plus tard que les travaux de prélèvement des plombs est désormais stoppée en la basilique, et que les verrières n'avaient subi aucun dommage, ce qui est douteux.

  Quelques semaines plus tard, l'architecte Charles Percier prend des croquis des verrières : sur l'un d'eux figure, avec six autres vitraux, la partie inférieure du vitrail de l'Arbre de Jessé (Jessé endormi) dans son état d'origine :dessin de l'Enfance du Christ et de l'Arbre de Jessé. En 1799 Alexandre Lenoir demande à récupérer les vitraux du déambulatoire pour orner sa salle XIVéme siècle du musée des Monuments français, et démonte et enlève l'Arbre de Jessé. Mais une partie des vitraux sera brisée et une autre vendue. En 1816, les vitraux rescapés reviennent  à Saint-Denis, Debret les fait compléter et restaurer en 1846, puis Viollet-le-Duc, chargé des travaux de restauration de l'abbatiale en 1847 confie à Henri Gérente la réfection des verrières. Celui-ci réalise l'Arbre de Jessé en 1847-1848 mais, après son décès en 1849, c'est son frère Alfred, sculpteur de formation, qui lui succède pour la réfection de l'Enfance du Christ puis des autres vitraux, avant d'être rejoint par Eugène Oudinot.

  Henri François-Thomas Gérente (1814-1849) est donc le maître-verrier auteur de la partie moderne et restaurée de l'Arbre de Jessé. Cet artiste d'origine anglaise et qui avait travaillé en Angleterre aux cathédrale de Canterbury et d'Ely venait d'ouvrir un atelier en France, atelier spécialisé dans les cartons de décorations destinés, notamment, aux verrières. Archéologue et iconographe érudit, il venait de réaliser le carton de la Vie de la Vierge destiné à Notre-Dame-de-la-Couture au Mans, avait travaillé aux verrières du haut-chœur de Saint-Germain-des-Prés, aux verrières d'une chapelle du chœur de la cathédrale Saint-Jean à Lyon, et, son savoir-faire étant partout reconnu, avait été choisi à l'unanimité d'un jury composé de Violet-le-Duc, Lassus et Lusson  en 1847 pour la restauration des vitraux de la Sainte-Chapelle.

 Du vitrail de Suger, Henri Gérente ne récupère que cinq panneaux :un prophète, les deuxièmes et troisième rois, la vierge et le Christ. Les autres ont été détruit ou bien vendu et deux d'entre eux se trouve aujourd'hui l'un, représentant un roi, au musée des beaux art de Lyon  tandis que le second représentant un prophète se trouve en Angleterre remonté sur une verrière de l'église de Wilton.

  D'après Grodecki 1976, "Viollet-le-Duc et Gérente s'éloignèrent délibérement du document qu'ils avaient à leur disposition (le dessin de Precier) et ont inventé pour le registre inférieur des compléments fantaisistes qui ont fait commettre depuis bien des erreurs aux historiens de Saint-Denis. Citons aussi Grodecki et Bouchon 1995 page 24, "La représentation que l'on voit aujourd'hui en bas de la verrière est entièrement moderne, fort différente de celle qui se trouvait à cet emplacement avant 1799 et que nous fait connaître le dessin de Percier. Le père de David était étendu, s'appuyant sur son avant-bras droit, la tête tournée à gauche, les pieds vers la droite. Il semblerait que le dessin représente un personnage entièrement nu, mais cela doit être une interprétation abusive du croquis. De la figure couchée jaillit le tronc de l' arbre. Un dais architectural fort riche est figuré au dessus de Jessé. : sur un soubassement, deux colonnettes à chapiteaux à feuillage et à fûts torsadés supportent un entablement qui s'incurve derrière le tronc de l' arbre, telle une niche ; à cet entablement est fixée une draperie, dont la partie droite retombe verticalement, et, près du tronc de l'arbre, une lampe est suspendue. La composition actuelle, imitée de celle de Chartres, ne reproduit rien de tout cela."

 

Le vitrail de l'Arbre de Jessé, description.


Ces restaurations ne permettent pas de partir d'un terrain très solide pour tenter de comprendre ce que Suger a voulu exprimer en plaçant ce vitrail en place d'honneur. Commençons néanmoins par le décrire dans son état actuel. Il s'agit d'une baie en forme de lancette ogivale de 5,10 m de haut divisée par les barlotières en 21 panneaux, ceux-ci s'organisant en trois ensembles verticaux. Les couleurs, pour autant qu'on puisse en juger, sont le bleu, qui domine ; le rouge, placé aux deux extrémités, dans les médaillons et pour des détails comme le cœur des fleurs ; le vieux rose des visages et des chairs, des rinceaux ou d'étoffes ; le vert réservé aux prophètes ou aux détails ; le violet ; le jaune ; et le blanc. La grisaille est surtout utilisé pour les traits des visages, les plis des vêtement, et les lignes de la végétation.

 

— Registre inférieur.

Jessé est couché au centre. Deux prophètes devaient l'encadrer. Nous voyons aujourd'hui à gauche un personnage assis à son pupitre, en train d'écrire (les lettres GEN, comme Genèse peut-être, sont lisibles) alors qu'un ange lui dicte son inspiration. Faute d'inscription, cela peut être un évangéliste (saint Matthieu auteur de l'une des deux généalogies du Christ avec celle de Luc), ou saint Jérôme traduisant la Bible, ou un prophète.


 A la base de ce panneau 1a se déchiffre le texte suivant : Inscription Hanc fenestram ab antiquis fenestris instauravit A. Gerente ann.1848,  cette baie a été érigée par A. Gérente durant l'année 1848. C'est donc Alfred Gérente qui apposa sa signature et non son frère Henri, sans que je ne connaisse la raison de ce fait.

   De l'autre coté (panneau 1c), un autre personnage en robe verte présente une colonne sculptée de trois rois échelonnés dans des rinceaux entrelacés. Il est surmonté par une inscription le désignant comme SUGERIVSABAS, l'abbé Suger.

  (Cette inscription est décrite au XVIIIe siècle sous la forme Suger Abbas (en 1706 par Michel Félibien ou en 1713), mais  c'est dans le trésor de Saint-Denis qu'on la trouvait, sur le calice de l'Abbé Suger :"la coupe du Calice est d'une agathe orientale ; la garniture sur laquelle est écrit  Suger Abbas  est de vermeil enrichie  de pierreries"  Antoine-Martial Le Fèvre, Description des curiosités des églises de Paris et des environs.1759 page 113.)

  Le motif des rois au sein d'un réseau rappelle celui dont Percier et Lenoir ont donné une illustration à la page 63 de leur Monuments français sous le titre Peinture sur verre du XIIIe siècle, Arabesque de l'abbaye de Saint-Denis. et décrit comme le Père Éternel assis sur l'arbre de vie.

 Ce panneau avec cette inscription est donc une initiative de Viollet-le-Duc, qui rendit ainsi hommage à l'abbé Suger en le représentant, comme un donateur, tenant son vitrail de Jessé entre les mains. Plus précisément, l'inscription SVGERIVS ABAS se trouvait auparavant placé (décrit en 1781 par J. E. Bertrand Descriptions des arts et métiers, Volume 13 et en 1844 (Revue archéologique vol.1 p. 607) sur le panneau de l'Annonciation du vitrail de l'Enfance, au dessus de la tête de Suger, entre la Vierge et l'Ange, et l'abbé avec sa crosse semblait alors "lui rendre grâce pour la protection qu'ellle a accordé à l'édification de la basilique".

 

  La figure de Jessé est, je l'ai dit, une création de Viollet-le-Duc et de Gérente copiant le vitrail de la cathédrale de Chartres. Sous un arc à double arcade centré par une colonne qui s'avérera être le tronc de l'arbre jesséen. Jessé, coiffé d'un bonnet, est, non pas allongé, mais à demi étendu sur le coté, le tronc redressé à 45°. Sa tête est appuyée sur la main pour faire comprendre qu'il rêve, et de même, une lampe indique qu'il n'est pas endormi. Cette lampe, selon l'équation Lumière = Divin, montre aussi qu'il est pénétré par l'esprit de Dieu, et que son songe est prophétique et annonce le Christ.

   — registres intermédiaires.

Au dessus de ce premier registre, trois autres vont se succéder, construits de la même manière avec une triple division en largeur qui répond à celle du vitrail de l' Enfance du Christ, avec une rangée centrale plus large : un panneau rectangulaire est occupé par un roi dont les pieds et les mains se soutiennent aux branches déployées deux par deux à partir du tronc central, branches qui se terminent en éventail de feuilles ou de fleurs. Ce roi est vêtu d'une robe, d'un manteau, les épaules recouvertes d'un camail, sa tête est coiffé d'une couronne. Il n'est pas nommé et ne porte pas d'attribut d'identification. Son tronc et sa tête s'alignent avec le tronc de l'arbre. Les deux panneaux latéraux comportent un demi-médaillon qui reçoit un prophète, dont le phylactère permettrait peut-être l'identification si je pouvais les déchiffrer (veniat de deratuscunotissancti??, etc...). Nous avons donc un arbre de Jessé à trois rois de Juda, sans pouvoir préciser qui est David.

Dans les demi-médaillons, Grodecki signale que "dans les vêtements du prophète, quelques parties du manteau vert et de la tunique bleue sont authentiques".

— Le cinquième registre est construit de manière identique, mais son panneau central est consacré à la Vierge. Comme les rois, elle est représentée dans une stricte frontalité, le corps aligné avec le tronc de l'arbre, les pieds et les mains posées sur des branches.

— sixième registre.

 Le dernier registre culmine avec le Christ : avec lui, l'arbre s'épanouit en un éventail de neuf branches, dont les deux plus basses s'enroulent sur elles-mêmes en feuilles-fleurs, alors que les sept autres rayonnent vers sept colombes, les sept dons du Saint-Esprit : la Sagesse (au dessus de la tête), Intelligence, Conseil, Force, Science, Piété, Crainte de Dieu.  Six sont mentionnées par Isaïe 11,2. De chaque coté, deux jeunes orants ont pris la place des prophètes du dessous.

 

  L'Arbre de Jessé, compréhension du thème.


  Si Suger n'est pas l'auteur du thème, c'est lui qui l'a illustré dans sa forme complète et quasi définitive, et qui en a donné la première représentation en vitrail. Le thème de l'Arbre de Jessé et l'histoire des éléments précurseurs qui l'ont précédés sont des sujets qui ont été très largement débattus. Je me contente d'en rappeler l'essentiel.

 

 1. La généalogie du Christ.

 Basé sur le texte de l'évangile selon Matthieu Mt1,1-16, il l'illustre en montrant Jessé endormi rêvant de façon prophétique aux générations qu'il va engendrer et qui, selon la prophétie d'Isaïe, va culminer en une Vierge qui enfantera d'un Fils selon l'idée d'un arbre issu de Jessé, portant le rameau (virga) qui est la Vierge et le fleuron (flos) qui est le Christ.

2. Le thème politique : sacralité de la monarchie capétienne.

  Parmi les 32 générations citées par Matthieu d'Abraham à Jésus, le thème n'en retient que douze ou quatorze, les Rois de Juda depuis David fils de Jessé jusqu'à Jéconias, s'interrompant avec la déportation à Babylone et plaçant en exergue l'exercice du pouvoir royal ; à Saint-Denis, trois rois suffisent pour représenter cette filiation royale conduisant vers la divinité. Il est donc tentant de penser que Suger, ministre de Louis VI, a voulu enraciner l'idée que le roi capétien, nouvelle image du Christ sur terre, ne peut être le vassal de personne, sinon du bienheureux Denis. Pour Suger, l'arbre de Jessé est aussi une image idéale de la royauté et une allégorie pour l'arbre généalogique des rois de France symbolisant la charge héréditaire de la couronne.

   Le thème politique a été encore souligné par l'identification par L.Grodecki des figures des prophètes (du moins celles qui sont authentiques) et par la restitution des inscriptions portées sur leurs phylactères, « formule iconographique différente de celle de Chartres, où les prophètes sont nommés et non désignés par leurs prophéties ». L' une d'elles fait allusion à l'onction royale (Samuel) ; l'autre (Nathan) à l'idée royale de continuité (entre la royauté juive et la royauté française?) . 

  On a pu souligner aussi que l'épanouissement de l'arbre reprend dans sa forme celle de la fleur de lys, emblème de la royauté, et que la couleur dominante bleue est aussi la couleur royale des capétiens.

  Enfin Suger voyait la basilique de Saint-Denis comme une réalisation par la royauté de France de ce Temple que les rois de Juda avaient bâti mais qui avait été détruit.

3. Le thème de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance.

Par ce vitrail, Suger, qui entretenait, peut-être dit-on pour bénéficier de leurs contributions financières, d'excellentes relations avec la communauté juive de Saint-Denis, donne à voir ici la continuité entre l'Ancien Testament et le Nouveau, et reprend pour les illustrer tous les travaux des Pères de l'Église qui ont lu les versets de la Bible comme les annonces prophétiques de l'Incarnation.

4. L'Influence de Fulbert de Chartres.

 

Grodecki souligne que Suger emploie pour désigner le vitrail le terme de Stirps Jessé au lieu de virga ou de radix, à l'imitation d'un répons liturgique* dont Fulbert de Chartres était l'auteur et qui était chanté aux fêtes solennelles devant la chapelle de la Vierge lors de la procession qui précédait la grand-messe, répons qui reprenait l'identification de virga et de flos avec la Mère de Dieu et son Fils : il est possible qu'un lien existe entre l'hymne de Fulbert et le vitrail de Suger .

*(Répons) Stirps Jesse Virgam produxit virgaque florem/et super hunc florem requiescit Spiritus almus / (Verset) Virga, Dei Genitrix virgo est ; flos, Filius eius.

 

 5.La technique, et les "saphirs de Suger. 

Les vitraux de saint Denis sont composé de pièce de verres soufflé teinté dans la masse et peints à la grisaille. Les couleurs ne sont pas dues à des pigments peints sur du verre blanc. Les verres bleus teintés dans la masse étaient nommés saphirs par Suger, et celui-ci a écrit qu'il "avait recherché avec soin des faiseurs de vitres et des compositeurs de verres de matières très exquises, à savoir, de saphirs en très grande abondance, qu'ils ont pulvérisés et fondus parmi le verre pour lui donner la couleur d'azur ce qui le ravissait véritablement en admiration ; qu'il avait fait venir à cet effet des nations étrangères les plus subtils et les plus exquis maîtres pour en faire les vitres peintes depuis la chapelle de la sainte-Vierge dans le chevet, jusqu'à celles qui sont au-dessus de la principale porte d'entrée de l'église. Que la dévotion lorsqu'il faisait faire ces vitres étaient si grandes, tant des grands que des petits, qu'il trouvait l'argent en telle abondance dans les troncs, qu'il y en avait quasi assez pour payer les ouvriers au bout de chaque semaine. Il ajoute qu'il avait établi à la tête de cet ouvrage un maître de l'art et des religieux pour surveiller les ouvriers et leur fournir en temps et saison tout ce qui est nécessaire ; lesquelles vitres lui ont coûté, pour l'excellence et rareté des matières dont elles sont composées". Le texte se termine par un beau passage où Suger exprime son admiration (Unde, quia magni constant mirifico opere sumptuque profuso vitri vestiti et saphirorum materiae ) pour la merveilleuse exécution et la somptuosité des verres peints et de la matière des saphirs.

Ce « saphirorum materiae » a fait couler beaucoup d'encre ; bien-entendu, les analyses confirmèrent plus-tard ce que le bon-sens affirmait, étant donné le pouvoir colorant quasi nul du saphir : la couleur était due au cobalt. Percier et Lenoir pensèrent que l'abbé s'était fait gruger par les ouvriers lui vendant au prix de la pierre précieuse le pigment en poudre. Grodecki remarque plus finement qu'une confusion est possible entre le nom médiéval du cobalt, le safre, et le terme latin de saphirum .

   Anne-Françoise Canella -Gemmes, verre coloré, fausses pierres précieuses au Moyen Âge: 2006 Page 304 — précise que le moine Théophile (c'est le premier auteur décrivant les techniques des verriers) employait déjà le terme de saphiri graeci, que chez les égyptiens, le chesbet, souvent traduit par saphir, désignait tout minéral bleu, que ce soit le lapis-lazuli, la poudre d'émaux bleus à base de cobalt ou de cuivre, ou le sulfate de cuivre.   Au XIIéme siècle on importait à grand frais d’Europe centrale du cobalt (d’ailleurs Suger indiquait que pour les vitraux il déboursa plus de 700livre). Pour les autres couleurs on employait des oxydes métallique, de fer pour les pourpres, les jaunes, les verts de cuivre pour les rouges . 

 

      Présentation photographique


                             saint-denis 9548c

 

                 saint-denis 9555v                                                          saint-denis 9557c

 

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 Panneau 1a :

                                     saint-denis 9558ccc

 

 

Panneau 1b :

saint-denis 9558cc

 

Panneau 1c

                                    saint-denis 9559cc

 

Deuxième registre : le premier roi et deux prophètes.

— à gauche, Isaïe : inscription ...ET PARIET FILIUM.


saint-denis 9550c

 

Le troisième registre : le roi (David) et deux prophètes : vitrail du XIIe siècle.

— à gauche, Moïse : S. SIMILE MEI...SUSCITABIT DNS : Deuteronome 18,15 : "Il suscitera pour vous un prophète comme moi, issu de votre peuple, l'un de vos compatriotes: écoutez-le".

— on notera, à droite, la main de Dieu qui se pose sur la tête du prophète pour le bénir. On la retrouve sur le registre précédent, et sur les suivants.

 

 

saint-denis 9551c

 

Le quatrième registre : troisième roi et deux prophètes.

saint-denis 9552c

 

      Le cinquième registre : la Vierge-Marie et deux prophètes.

— à gauche : Samuel ? Inscription incomplète EMIT E UNGUEREM IN REGEM,  

que Grodecki  interprète comme venant du 1er Livre des Rois, 15,1 : Et dixit Samuel ad Saül : Me misit Dominus , ut ungerem te in regem super populum ejus Israël : nunc ergo audi vocem Domini, paroles adressées par Samuel à Saül : "Le seigneur m'a envoyé pour vous oindre roi.".

 

saint-denis 9553c

 

 

Sixième registre : le Christ et les sept colombes de l'Esprit.

saint-denis 9554c

 

      Conclusion.

   1. J'espérais, en me rendant à Saint-Denis, trouver des clefs de compréhension du grand mouvement de production de verrières consacrées à l'Arbre de Jessé sur toute la France, à commencer par celle de Chartres l'année suivant l'édification de celui de Suger, pour se poursuivre jusqu'au XVIe siècle principalement. Pour cela, il aurait fallu se baser sur les vitraux d'origine, et non sur les restaurations. D'autre part, il aurait fallu pouvoir déchiffrer les inscriptions portées par les prophètes, ou avoir accès à la publication de Grodecki de 1976 qui en donne semble-t-il le texte.

2. A défaut, je peux néanmoins me forger une certitude : ce vitrail n'a pas comme thème "la généalogie du Christ".

  C'est m'écarter délibérément des lieux communs, et des références de l'évangile de Matthieu auxquelles je ne cesse moi-même de me rapporter ; parce qu'elles  sont quasi-incontournables, elles tendent un piège dont il m'a été difficile de me libérer. Pourtant, il est évident que ce vitrail, parce qu'il mène de Jessé au Christ par Marie, et non par Joseph, ne dresse pas un arbre généalogiquement correct ; plutôt que de contourner cette difficulté en la noyant dans l'à-peu-près de l'interprétation, il faut la regarder en face et s'affranchir de cette idée, en énonçant : ce n'est pas un arbre généalogique.

3. Ce rideau étant écarté, la vrai clef d'interprétation, d'ailleurs bien connue, est théologique : elle découle de l'herméneutique des Pères de l'Église et concerne Marie, vrai sujet du vitrail. Elle affirme la conception virginale de Marie, sa qualité de Vierge, en se basant sur un corpus savant de lectures des textes de l'Ancien Testament et, essentiellement, sur le jeu de mots virga/virgo, rameau (issu de Jessé)/vierge (qui concevra un fils nommé Emmanuel).

 Il s'agit donc aussi de se débarasser d'un stéréotype qui nous à habituer à voir les images ( sculptures des tympans et chapiteaux, statues, verrières) comme un livre d'images didactiques destinées à des fidèles incultes. Outre que toute la liturgie, et même les sermons,dite en latin inaccessible aux soit-disant analphabètes, ne témoigne pas d'une telle préoccupation (qui  est totalement anachronique avec l'esprit du  temps), outre que les images, comme l'a souvent rappelé Daniel Arasse pour les fresques et peintures, soient très éloignées, trop hautes, mal éclairées dans des sanctuaires qui ne disposaient pas de nos lampes electriques, obscurcies par la suie et la patine, ou même placées dans des lieux reservés aux clercs, la simple réflexion amène à comprendre que, pour celui qui s'en tiendrait à l'image seule comme source d'accés aux mystères religieux, elles sont inopérantes. Même si on suppose qu'elles servaient de support pédagogique à des prédicateurs, elles ne sont réellement compréhensibles qu'en s'aidant d'un savoir très spécialisé et de textes nombreux : en témoigne les nombreux volumes que nos experts doivent écrire pour les comprendre actuellement.


      Sources et liens.

 

— Le site Images of medieval art and architecture est particulièrement interessant.

—  Musée des monuments français;: histoire de la peinture sur verre, par Alexandre Lenoir, Charles Percier 1803      (1 sur le saphir et 2 sur l'inscription abbé suger) 

— Émile Mâle :p. 170 http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Iconographie/Emile_Male/12eme.pdf

— Louis Grodecki, Chantal Bouchon,Yolanta Zaäuska  Etudes sur les vitraux de Suger à Saint-Denis (XIIe siècle).: II .Corpus Vitrearum Presses de l'Université Paris Sorbonne 1995

— Marie, fille d'Israël, fille de Sion: communications présentées à la 59e .publié par Jean Longère,Michel Dupuy,Société Française d'Études Mariales p. 172  

— Forum sur les vitraux de saint-Denis :http://saintdenis-tombeaux.forumculture.net/t327-les-vitraux-du-xiiieme-siecle et http://www.pompanon.fr/gallery/451-basilique-saint-denis.html

— M. L. Thérel Cahiers de civilisation médiévale  1963 Volume 6 N°22 pp. 145-158 : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ccmed_0007-9731_1963_num_6_22_1267

 — Suger et les juifs :http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1969_num_24_5_422125

— Pierre Le Vieil L'Art de la peinture sur verre et de la vitrerie, 1774, page 23.

— J.R Johnson, «L' arbre de Jessé Window of Chartres: laudes Regiae », Speculum, vol. XXXVI-1, janvier 1961, pp 1-22 : "l'auteur met en relief l'intention politique exprimée par les vitraux : l'intention de glorifier la royauté française et son caractère sacré se révèle dans la représentation dynastique des ancêtres du Christ assis comme sur un trône courronnés et majestueux" attitude qu'il rapproche des figurations royales sur les sceaux de majesté des capétiens. En outre ils sont distribués sur les branches d'un arbre s'épannouissant en une succession de fleurs de lys, fleur qui vient justement d'être adoptée comme emblème héraldique des rois de France." (in Grodecki )

—  A. Watson, The Early lconography of the Tree of Jesse, Londres, 1934, 

 

 

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Published by jean-yves cordier
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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 15:47

           

          Le vitrail de l'arbre de Jessé

            de l'église de Notre-Dame-du-Touchet (Manche).

 


      I. Présentation.

Dés le XIe siècle, il y avait un seigneur assez puissant, dont le château s'élevait à l'Est de l'église, et dont les descendants s'illustrèrent en Angleterre.

 L'église est sous le vocable de Notre-Dame. Elle fut donnée au prieuré du Rocher vers 1150 par Enguerrand de Touchet. Cette donation fut confirmée par l'évêque Achard, qui siégea de 1162 à 1174.

La paroisse dépendait, avant 1789, du doyenné du Teilleul et du diocèse d'Avranches. Sous l'ancien régime, la paroisse dépendait de la sergenterie Doissey, de l'élection de Mortain, du bailliage secondaire de Mortain.  

 

II. Le vitrail.

  Il occupe la maîtresse-vitre qui mesure 6 mètres de haut et 2,50 mètres de large.. Réparti sur trois lancettes trilobées compartimentées chacune par d'épaisses barlotières en quatorze panneaux, il est coiffé d'un tympan de trois soufflets en cœur et de quatre écoinçons. Si sa date n'est pas connue, on l'estime à 1537 par assimilation à la construction du chancel de l'église*. Rapprochée des autres vitraux d'arbres de Jessé, cette date est parfaitement cohérente avec le grand mouvement de représentation de ces arbres généalogiques dans l'Ouest de la France : voir  Le vitrail de l'arbre de Jessé à Férel (56).

  * On y lit l'inscription L'an mil cinq cent trente sept fut faist cest chancel par G. Le Roux.

 

 Le vitrail portait jadis une date et des blasons, (effacés à la Révolution ? déjà absents en 1899) et incluait sans-doute un donateur et une donatrice, puisque E. de Beaurepaire constata la présence de fragments d'un Agnus Dei et d'une donatrice dans les fenêtres latérales lors de sa visite en 1899.

  On peut penser que cette donatrice, et les armoiries, appartenaient à la famille du Touchet : TOUCHET (du) Ecuyer, sieur de Benauville, Venoix, Boxerie, etc. généralité de Caen, maintenu en 1666: d'azur, au chevron d'or, accompagné de trois mains de sénestres du même. 

                                

http://www.genheral.com/asp/TableauSVG.asp?param=DebutNom&data=T

 

 J'ignore la date et les auteurs des restaurations, manifestement récentes, copieuses et soigneuses.

  Il a été restauré en 1925 dans l'atelier Tournel, où Jean Lafond l'avait vu, et et  son mauvais état de conservation avait été signalé en 1928 et 1935 avant de connaître une nouvelle restauration en 1937. Déposé en 1944.

  A la différence de beaucoup d'autres exemples iconographiques, les lancettes sont ici reservées à Jessé, Isaïe et Jérémie, et aux douze rois de Juda, la figure de Marie tenant l'Enfant qui est l'aboutissement et le but de cette progression scalaire étant reportée en sommité du tympan.


              vitrail 5784c

 

Registre inférieur.

    Deux prophètes non nommés, mais qu'on assimile à Isaïe et Jérémie entourent Jessé. Celui-ci est assis sous un dais dont les tentures vertes sont maintenues écartées par les prophètes. Tous les trois se situent dans ce qui apparaît comme un palais pavé de marbre en damier.

vitrail 5785c

 

  Le prophète de gauche, à la droite de Jessé, —appelons-le Isaïe— est vêtu comme un seigneur de la Renaissance, avec des chausses lilas, une tunique bleue aux galons dorés, et un court manteau rouge : le seul élément hébraïsant est sa coiffure, une sorte de turban à oreillettes orné d'un bijou. Pas de longue barbe non plus, mais une barbe taillée à la mode au XVIe siècle.

  Il tend la main (photographie précédente) vers Jessé, et tient peut-être l'objet violet (Livre ?) à la frange à pompons dorés que j'identifie mal.

 Le cartel placé derrière sa tête porte la célèbre prophètie d'Isaïe 11 :1-2 Egredietur virga de radice Iesse, [et flos de radice eius ascendet] , "une tige sortira de la racine de Jessé, et une fleur s'élèvera de ses racines", qui est la citation fondatrice de l'idée même de l'arbre de Jessé menant, par un jeu de mot sur virga/virgo, à la Vierge.

 

                                   vitrail 5787c

 

vitrail 6138c

 

      La posture de Jessé est celle, traditionnelle, de l'accoudement songeur, mi-méditatif mi-mélancolique. L'habit est à la fois plus hébraïque (barbe plus longue, robe longue) et à la fois presque royale, bien que Jessé ne soit qu'un riche propriétaire de troupeaux à Jérusalem : étoffe damassée, camail au galon perlé. Derrière son dos monte le tronc de l'arbre de sa progéniture.

 

                              vitrail 5786c

 

      Le prophète Jérémie est vêtu et coiffé à peu-près comme Isaïe, mais on retrouve sur lui l'étoffe damassée de Jessé.  Le cartel derrière lui porte la seconde partie de la citation d'Isaïe 11:1-2 et flos de radicé eius ascendet.

Ces deux cartels sont les seules inscriptions de la verrière.

                                  vitrail 5788c

vitrail 6140c

 


  Registre intermédiaire inférieur.

    David, fils de Jessé et premier roi de Juda, est assis à cheval sur le tronc de l'arbre, avec sa harpe, en armure de chevalier. On ne manquera pas d'admirer sa coiffure, associant la couronne à un casque à plumet tricolore.

 C'est le seul des douze rois qu'il soit possible d'identifier. Les onze autres ne recevront les noms de Salomon, Roboam, Abia, Asa, Josaphat, Joram, Ozias, Joatham, Achaz, Ezéchias, Manassé que par référence au texte de l'incipit de l'évangile de Matthieu énumérant les ancêtres de Joseph et donc de Jésus.

Dans ce registre intermédiaire, nous présumons donc que David est entouré de son fils et de son petit-fils, Salomon et  Roboam.

  Je laisserai le visiteur chercher parmi les rois ceux qui tiennent un sceptre, et ceux qui n'en n'ont pas (sans qu'il faille y voir un jugement sur leur règne, tel que la Bible, et notamment la Chronique des Rois, le décrit). Ou ceux qui ont droit à la couronne, ceux qui se coiffent d'un chapeau, ceux qui portent le casque (est-ce une salade ? un morion?), et les plumets. Les deux qui portent le glaive ; les trois qui ne sont pas barbus, dont l'un porte seulement la moustache ; ceux qui ont le ventre à l'air comme des dieux romains, et ceux qui le couvrent d'une tunique. Ou encore ceux qui regardent un vis-à-vis, ceux qui détournent le regard vers l'extérieur, celui qui élève les yeux vers Marie. Enfin, aucun ne désigne d'un geste de la main le Christ.

  Un seul, au sommet, s'est découvert : il tient sa couronne dans la main droite, par déférence puisqu'il est le plus proche de la Vierge à l'Enfant. 

  Chacun fera ses découvertes, et ses hypothèses.

 De curieuses hypothèses.

Dans l'église elle-même, le curé de la paroisse, ou quelqu'un d'autre, a épinglé soigneusement un texte explicatif "Comment regarder ce vitrail" dans lequel on lit le commentaire suivant : "Quel est ce 3ème et dernier personnage, la tête découverte ? Il fait un geste à l'adresse de la femme, l'unique femme du tableau, mais il ne la regarde pas tandis que la femme le regarde froidement...On pense à URIE. Officier, Urie était marié à Bethsabée. pendant son absence, David devint l'amant de Bethsabée. Par ordre de David, Urie fut tué au combat et David put épouser sa veuve... Par la suite, David eut grand remords de ce crime. Par ce mariage, Bethsabée, mère de Salomon, entre dans la lignée des ancêtres du Christ,...malgré son infidélité : "Les chemins de Dieu ne sont pas nos chemins". Dans la généalogie de Saint Matthieu, Bethsabée est la seule femme citée." 

  Outre la méconnaissance du texte évangélique (Bethsabée n'est pas nommée et le texte de Mt 1:6 utilise la métaphore "la femme d'Urie", alors que trois femmes ancêtres du Christ, Thamar épouse de Juda, Rahab la prostituée de Jéricho qui épouse Salmon et Ruth la moabite épouse de Booz), ce commentaire me semble témoigner d'un contresens d'interprétation du roi de Juda placé au sommet de la troisième lancette, et dont le visage glabre peut sembler féminin.

 Les visiteurs s'amuseront en poursuivant la lecture de ce texte : 

   "Le manteau de Jessé est soutenu par deux personnages qui pourraient être les donateurs qui ont permis la construction du chœur et du vitrail. A l'origine, ces personnages, sans-doute les seigneurs du Touchet, pouvaient être identifiés par les écussons qui sont à leur pieds...mais ils ont disparu..."

Les personnages ne tiennent pas le manteau, mais les pans du pavillon, mais, surtout, bien-sûr, ce ne sont pas les donateurs, mais ni plus ni moins que Isaïe et Jérémie.

 


vitrail 5789c

 


 

                            vitrail 6150c

 

              vitrail 6144c

 

 

          vitrail 6141c

 


Registre intermédiaire supérieur.

vitrail 5790c

 

 

 

        vitrail 6149c

 

 

                 vitrail 6145c

 

        vitrail 6142c

Registre supérieur.

vitrail 5790cc

 

 

                                         vitrail-6147c.jpg

 

 

 

                vitrail 6146c

 

Les deux visages suivants sont manifestement trop "typés" pour ne pas être dus à l'intervention d'un restaurateur zélé. Cette restauration est attestée "pour l'avant-dernière tête en haut à droite" par le Corpus Vitrearum.

                              vitrail 6143c

 

Tympan.

vitrail 5791c

 

La Vierge "de l'apocalypse" assise pose les pieds sur le croissant de lune qui repose lui-même sur l'efflorescence sommitale de l'arbre. Marie tient, ce qui est inhabituel, l'Enfant sur le bras droit.

vitrail 6152c

 

 

Par ailleurs : 

Croix "normande dite de Saint-Martin".

 

      C'est une croix de chemins du XVIe siècle, en granit, au fût cannelé en torsade ou en chevron  et au dé orné de bas-reliefs où on reconnaît un Christ aux liens. L'une des faces de la croix pattée représente saint Martin découpant sa cape, et l'autre la Crucifixion. Classée depuis 1932 et restaurée en 2000, elle est élégamment enguirlandée d'un beau cable lumineux de décorations de Noël par les services municipaux, et ainsi bien mise en valeur la nuit.

                             croix-de-st-martin 5807c

 

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                       croix-de-st-martin 5810c

 

Liens et sources.

 

Gallica : L'ÉGLISE NOTRE-DAME-DU-TOUCHET, par Eugène de Beaurepaire in La Normandie monumentale et pittoresque, édifices publics, églises, châteaux, manoirs, etc.. Manche 1re [-2e] partie. Partie 2 / Héliogravures de P. Dujardin ; d'après les photographies de E. Durand, D. Freuler et A. Thiébaut Éditeur : Lemale & Cie, impr. édit. (Le Havre), 1899, Contributeur : Travers, Émile (1840-1913). 2 parties en 1 vol. ([2] f.-338 [339] p.-42 f. de pl.-frontispice, [2] f.-354 [355] p.- 43-95 f. de pl.) : Héliogr. et frontispice lithogr.

 

 

Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie 1828. p. 174.

Voyage archéologique dans la Manche 1818.


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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 20:01

   La chapelle Notre-Dame de Lansalaün

        à Paule (22).

  

 Voir la 1ère partie :  Le vitrail de l'arbre de Jessé de la chapelle N.D. de Lansalaün à Paule.

 

 

 

I. La chapelle, présentation.

 

 Le nom de cette chapelle du XVIe siècle, encore appelée Notre-Dame du Folgoat, renvoie au culte de Salaün (version bretonne de Salomon), Salaün ar fol le "fou" ou innocent mendiant qui ne parlait que pour répéter Ave Maria ; Salaün a zepre bara, "Je vous salue Marie, ; Salaün mangerait du pain". La chapelle du Folgoat (Bois du fou") à Landevennec ou la basilique Notre-Dame du Folgoët près de Lesneven lui sont consacrées, après que sur sa tombe un lys se soit élevé où les mots AVE MARIA s'inscrivaient en or.  

  Ainsi dédiée à la Vierge et à son Fou, c'est aussi, par sa fontaine surmontée de deux cœurs enlacés, le lieu d'un culte de la fécondité ou des mariages, et les jeunes gens ou jeunes filles y venaient faire un vœu en tournant sept fois autour du bassin. Elle était jadis très fréquentée, surtout le 15 août.


  Elle est située à 2 km au NO du bourg de Paule, près de Carhaix, et s'élève selon un plan rectangulaire comprenant une nef avec bas côté sud de cinq travées . On y trouve quatre élément de datation : 1528 sur la verrière de l'Arbre de Jessé, 1664 sur la cloche, 1712 à l'entrée, 1719 sur la tribune.

Sa cloche de bronze date de 1664 et porte l'inscription IN MELLE MESSIRE GILLES LEGOU SEIGNEUR de KUILLON de PAOUL GLOMEL GILI PLIGEAULT et C. PAREIN et DAME MAR de POULMIC DAME DOUAIRIERE de PAUL UE ZEL MAREINE E M GILLES Y RECTEUR de PAOUL A BAPTISE LA P (RESE) NTE CLOCHE 1664.

paule-lansalaun 6712c

 

paule-lansalaun 6714c

 

II. La tribune et son inscription.

      Cette tribune en bois polychrome, classée (19/12/2000) mesure 5 mètres de long et 2,50 mètres de large. 


paule-lansalaun 6723c

paule-lansalaun 6706c

 

paule-lansalaun 6707c


FAIT FER PAR MAVRICE POVLLISAC FABRIQVE LAN 1719

MISSIRE YVES DE PENNAMEN RECTEVR DE PAVLE

  Les généalogistes de généanet.org nous apprennent que Maurice Poulizac (Paule,1668-Paule 1742) a épousé Catherine Le Floch (1672-1742) à Paule le 11 février 1700 et en eut un fils, Maurice Sébastien.

 Le même site mentionne plusieurs Yves de Pennamen à Paule (dont l'un, 1727-1795, était marié à Thérèse Poulizac), mais qui étaient mariès. La recherche d'un Yves de Pennamen recteur de Paule est restée vaine. Dans les Archives du Finistère de 1889  il est fait mention : "du général de la paroisse de Paul contre Yves de Pennamen au sujet du payement de la rente de fondation due à la fabrique, etc...)

 


III. Les statues.

1. Saint Joseph.

 Bois peint polychrome, statue évidée, h = 1,67m. 17ème siècle. On peut imaginer qu'il tenait un lys (son attribut) dans la main droite, et qu'il rentrait dans la composition d'un groupe.

                     paule-lansalaun 6673c

 

2. Saint Roch.

...que l'on reconnaît à sa tenue de pélerin, et à l'exposition du bubon de peste sur la cuisse droite...malgré l'absence de son fidèle 'Roquet".

Bois polychrome, arrière évidé, h = 1,38m, 16ème siècle.

              paule-lansalaun 6676c

 

3. Saint Joachim.

dont la tenue vestimentaire tend à signaler ses origines hébarïques (bonnet ; aumonière : barbe longue) alors que le livre est emprunté à son épouse ( c'est l'attribut de  sainte Anne). 

Bois peint, 17ème.

                paule-lansalaun 6728c

 

      4. Vierge à l'Enfant terrassant la démone.

Statue en bois peint du XVIe siècle,  h = 165 ; la = 42 ; pr = 36, classée au titre d'objet le 03/10/1994. La peinture polychrome est moderne.

  La femme diabolique foulée par la Vierge est très évocatrice des "démones" que le Dr Louis Le Thomas a recensé en Bretagne (Les démones bretonnes, Bull. Soc. Archéol. Finist. T.87 1961 pp. 169-221). Dans sa publication, il la décrit ainsi : "Paule — Chapelle de lansalaün. Démone couchée sous les deux pieds de la Vierge. Visage féminin, avec cheveux flottants. Mamelles discoïdes. Pomme présentée par la main gauche. bas du corps de serpent, avec queue d'obord annelée transversalement, spiralée ensuite".

Ce type de démone accompagne souvent les sculptures des arbres de Jessé bretons, la posture accoudée venant alors en contre-point de celle de Jessé endormi ou pensif. On les nomme alors Vierge de Jessé. Aussi sa présence à Lansalaün, au pied d'un vitrail consacré à l'arbre de Jessé, est-elle significative.

                     paule-lansalaun 6678c

 

 

     paule-lansalaun 6680c

 

 

IV. Les bannières.

1. Bannière à Sainte Paule avec l'inscription Don de la paroisse 1916.

L'origine du nom de la commune est plutôt reliée à saint Paul (Aurélien ?) mais les paroissiens se sont attachées à invoquer sainte Paule, romaine du IVe siècle disciple de saint Jérome. C'est l'occasion d'une réfléxion sur la toponymie :

 "Paule / Paoul :
Aux diverses graphies anciennes Poul (1330), Paoul (1407 et plusieurs fois au XVIème siècle), il faut ajouter les variantes Paole (1562), Paul (1599), Paulle (1670). Il faut surtout noter le fait que l'église est placée sous la protection de sainte Paule. Pourtant, les différentes écritures traduisent une même et unique prononciation qui n'est autre que celle du nom de personne Paul. Celui-ci est employé seul comme toponyme et se traduit par chez Paul ou encore endroit où habite Paul. 
Il est difficile de savoir s'il s'agit de saint Paul-Aurélien bien que l'évêché qu'il fonda fut nommé « d'Occismor et du Léon ». Issu du démembrement de la paroisse primitive de Plévin, cette paroisse pourrait, mais c'est peu probable, devoir son appellation au nom d'un personnage local, peut-être ermite en ce lieu. 
Le culte voué à sainte Paule peut tout simplement relever des écritures Paole, Paulle, interprétées, peut-être trop hâtivement comme des féminins". 

Extrait de  Bretagne des Saints et des croyances, Michel Priziac, Ri-Dour Editions, 2002, p. 65.

                      paule-lansalaun 6683c

 

2. "A NOTRE-DAME DE LANSALAUN".

avec l'inscription AVE MARIA et le monogramme AM

                              paule-lansalaun 6684xc

 

3. Bannière de la chapelle de St-ELOY.

..où le saint patron des orfèvres, mais aussi des éleveurs de chevaux est représenté avec ses attributs de maréchal-ferrant l'enclume et le marteau.

                    paule-lansalaun 6685x

 

Liens et sources :

Site de l'Inventaire Général.

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