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1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 14:06

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Cette statue de kersanton daterait du XVe siècle, époque de la fondation du sanctuaire  à la suite d'un vœu du duc de Bretagne Jean IV de Bretagne, qui fut réalisé par son fils Jean V, qui  l'élève en église collégiale le 10 juillet 1422. Une inscription lapidaire de la façade porte le millésime de 1423. 

Elle serait donc représentative des choix et des dévotions du cercle de la cour ducale de Jean V. Mais elle relève aussi  directement du culte marial car la tradition attribue la fondation de la chapelle au souvenir d'un "fou du bois" (Fol-Coat), un innocent nommé Salaün ou Salomon qui  ne connaissait que deux mots, AVE MARIA, qu'il répétait constamment. Après sa mort vers 1360, un lys poussa sur sa sépulture, qui portait ces deux mots inscrits en lettres d’or sur ses pétales. 

Néanmoins, selon J-M. Guillouet,

"la plus grande prudence s’impose [dans la datation de] la série de niches abritant de nombreuses sculptures en granit ou en kersanton qui ont contribué à la renommée de l’église. Malheureusement, la provenance et la datation de la plupart de ces sculptures, sinon de toutes, ne peuvent être établies avec certitude. Le sanctuaire a en effet très durement souffert pendant la Révolution quand son décor sculpté a été totalement vandalisé. Au début du XIXe siècle, l’église du Folgoët se trouvait presque entièrement dépourvue de sculptures et celles qui subsistaient alors se trouvaient dégradées.  Une lettre du chanoine J.-M. Guéguen, adressée le 9 octobre 1947 au Directeur de l’architecture du Ministère, apporte ici un témoignage troublant quant à l’authenticité des sculptures visibles aujourd’hui. L’ecclésiastique rappelle en effet que, pendant la Révolution, « toutes les statues tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, furent renversées et mutilées » et que l’un de ses prédécesseurs « en 1895, fit remettre sur quelques-uns des socles de l’extérieur, des statues diverses, provenant d’anciennes chapelles démolies ou abandonnées  [...] Ainsi la documentation disponible montre qu’il est aujourd’hui hasardeux, sinon périlleux, d’analyser sans précaution la statuaire du Folgoët pour tenter de la replacer dans le concert plus large de la sculpture bretonne du XVe siècle."

En bref, cette statue est peut-être trop belle et trop conforme à nos attentes pour être sincère...

Elle repose sur un culot du mur extérieur sud, et mesure 1,20 m de haut.

La Vierge, les yeux baissés, est vêtue d'une cape aux pans rapprochés par une chaine. Sa chevelure est maintenue par cette coiffure en "chouchou" ou bandeau que je ne cesse de remarquer dans la statuaire bretonne mariale : c'est ici un voile plissé en épais godrons.

 La robe est resserrée par une ceinture nouée. La main droite tenait un objet désormais brisé, sans-doute une fleur et vraisemblablement un lys. La main gauche soutient la hanche de l'Enfant, qui est assis sur l'avant-bras. Cheveux frisés, vêtu d'une robe longue, pieds nus, il tient un livre ouvert, mais ses yeux mi-clos regarde au loin. 

La démone est décrite ainsi par H. Amemiya 2005 p.86 :

"Représentation semi-humaine : couchée sur le coté devant le croissant, sous le pied gauche de la Vierge, tête à droite. Visage aux traits réguliers. Deux courtes cornes émergent de sa chevelure longue au niveau du front. Les mains ont quatre doigts et des ongles pointus. Dans la droite, une pomme serrée contre le sein droit. La gauche repose sur le buste, sous le sein gauche. Seins légèrement arrondis. Au niveau de la taille, partant sous l'ombilic, on voit une coupure (ou une ceinture) en forme de V, caractéristique fréquente de la sirène. De là, le corps prend la forme d'une queue de serpent bifurique, l'élement supérieur remonte le long de la jambe gauche de la Vierge, l'inférieur tourne horizontalement vers l'arrière."

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Vierge à l'Enfant et à la démone, église Notre-Dame, Le Folgoët (29). Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant et à la démone, église Notre-Dame, Le Folgoët (29). Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

— AMEMIYA (Hiroko) 2005, Vierge ou démone, exemple dans la statuaire bretonne, Keltia éditeur, Spézet. 269 p. page 68-69. Version remaniée de la thèse de 1996.

— AMEMIYA (Hiroko), 1996,  Figures maritimes de la déesse-mère, études comparées des traditions populaires japonaises et bretonnes . Thèse de doctorat d'études littéraires, histoire du texte et de l'image  Paris 7 1996 sous la direction de Bernadette Bricout et de Jacqueline Pigeot. 703 pages Thèse n° 1996PA070129 . Résumé : Le thème principal de cette étude est de voir quel rôle la femme non-humaine - et notamment la femme qui appartient au monde maritime - a joué au Japon et en Bretagne, à travers les récits relatifs à l'epouse surnaturelle. Pour la Bretagne, les recherches s'étendent également sur l'iconographie religieuse representant l'être semi-humain telles la sirène et la femme-serpent. La région conserve dans ses chapelles de nombreuses statues des xvie et xviie siecles figurant ce type faites par des artisans locaux. L'imagination populaire s'epanouit ainsi dans la femme non-humaine de deux facons en Bretagne : dans l'expression orale et dans l'expression plastique ce qui nous offre une occasion inestimable d'etudier leur compatibilite dans leur contexte socioculturel. Les recits qui traitent le thème du mariage entre l'être humain et l'être non-humain révèlent la conception de l'univers d'une societé. L'autre monde ou les êtres de l'autre monde sont en effet une notion fonctionnelle qui permet à la societé de maintenir l'ordre interne par une intervention externe fictive : la suprématie du fondateur du Japon s'explique par la transmission d'une puissance surnaturelle par sa mère du royaume maritime, alors qu'en Bretagne, la destruction de la cité légendaire d'Is est causée par une fille maudite née d'une fée. Le premier volume de cette étude est composé de trois parties : i. L'autre monde dans la tradition populaire au Japon, ii. Recits relatifs au mariage au Japon et en Bretagne, iii. Iconographie d'une femme semi-humaine. Le deuxieme volume est un inventaire des différents types de representation semi-humaine en Bretagne.

— GUILLOUET (Jean-Marie), 2009, « Le Folgoët, collégiale Notre-Dame », dans Congrès archéologique de France (Finistère – 2007), 2009, pp. 166-176. 

 https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00557740/document

 

— LE THOMAS (Louis), 1961 "Les Démones bretonnes, iconographie comparée et étude critique", Bulletin de la société Archéologique du Finistère t. 87 p. 169-221.

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Published by jean-yves cordier - dans Vierges à la démone. Le Folgoët
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1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 13:40

Selon le dossier de la DRAC consulté par Hiroko Amemiya, qui présente cette Vierge à la page 66 de son ouvrage Vierge ou démone, cette statue date du XVIIIe siècle. Origine inconnue, don de Mme Thierry, déposé au Musée Religieux 1941-1961 déposé au château de Kerjean . Placée en 1961 (?) à Saint-Louis.

Elle occupe aujourd'hui l'angle sud-est de la chapelle absidiale du Saint-Sacrement. Pour cette raison (Adoration Perpétuelle), afin de ne pas troubler le recueillement du lieu, les photographies de la Démone, prises de loin dans une pénombre relative, ne seront pas fameuses. Le but de cet article est de contribuer à l'iconographie en ligne de ces "Vierges à l'Enfant foulant une représentation semi-humaine" dont Hiroko Amemiya a recensé 42 spécimens en Bretagne.

Elle est décrite ainsi :

"H : 1,90 m, bois, monochromie récente, badigeonnée d'or qui laisse entrevoir le rouge au pan du manteau. 

Représentation semi-humaine : couchée sur le dos, sous le pied gauche de la Vierge, tête  à droite. Visage tourné vers la Vierge, une petite corne émerge du front gauche d'une longue chevelure brune. L'oreille droite est grande, rouge à l'intérieur. La main droite et les pieds manquent. Seins globuleux aux mamelons marqués, abdomen musclé. Petit corps entièrement peint en noir doré." (H. Amemiya 2005 p. 66)

 

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Vierge à l'Enfant, église Saint-Louis, Brest. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, église Saint-Louis, Brest. Photographie lavieb-aile.

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Vierge à l'Enfant, église Saint-Louis, Brest. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, église Saint-Louis, Brest. Photographie lavieb-aile.

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Vierge à l'Enfant, église Saint-Louis, Brest. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, église Saint-Louis, Brest. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

 

— AMEMIYA (Hiroko) 2005, Vierge ou démone, exemple dans la statuaire bretonne, Keltia éditeur, Spézet. 269 p. page 68-69. Version remaniée de la thèse de 1996.

— AMEMIYA (Hiroko), 1996,  Figures maritimes de la déesse-mère, études comparées des traditions populaires japonaises et bretonnes . Thèse de doctorat d'études littéraires, histoire du texte et de l'image  Paris 7 1996 sous la direction de Bernadette Bricout et de Jacqueline Pigeot. 703 pages Thèse n° 1996PA070129 . Résumé : Le thème principal de cette étude est de voir quel rôle la femme non-humaine - et notamment la femme qui appartient au monde maritime - a joué au Japon et en Bretagne, à travers les récits relatifs à l'epouse surnaturelle. Pour la Bretagne, les recherches s'étendent également sur l'iconographie religieuse representant l'être semi-humain telles la sirène et la femme-serpent. La région conserve dans ses chapelles de nombreuses statues des xvie et xviie siecles figurant ce type faites par des artisans locaux. L'imagination populaire s'epanouit ainsi dans la femme non-humaine de deux facons en Bretagne : dans l'expression orale et dans l'expression plastique ce qui nous offre une occasion inestimable d'etudier leur compatibilite dans leur contexte socioculturel. Les recits qui traitent le thème du mariage entre l'être humain et l'être non-humain révèlent la conception de l'univers d'une societé. L'autre monde ou les êtres de l'autre monde sont en effet une notion fonctionnelle qui permet à la societé de maintenir l'ordre interne par une intervention externe fictive : la suprématie du fondateur du Japon s'explique par la transmission d'une puissance surnaturelle par sa mère du royaume maritime, alors qu'en Bretagne, la destruction de la cité légendaire d'Is est causée par une fille maudite née d'une fée. Le premier volume de cette étude est composé de trois parties : i. L'autre monde dans la tradition populaire au Japon, ii. Recits relatifs au mariage au Japon et en Bretagne, iii. Iconographie d'une femme semi-humaine. Le deuxieme volume est un inventaire des différents types de representation semi-humaine en Bretagne.

 

— LE THOMAS (Louis), 1961 "Les Démones bretonnes, iconographie comparée et étude critique", Bulletin de la société Archéologique du Finistère t. 87 p. 169-221.

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Published by jean-yves cordier - dans Vierges à la démone. Brest
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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 15:46

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Présentation.

Dans les boiseries néo-gothiques de l'autel latéral sud , sous le vitrail de la baie n°2, ont été encastrés douze petits panneaux de bois en bas-relief, de 44,5 cm de haut et 24 cm de large, sans polychromie, représentant les douze Sibylles,et datant du XVIe siècle. Les Sibylles sont toutes habillées à la mode de Catherine de Médicis. Dans l'Antiquité gréco-romaine, les sibylles passent pour avoir reçu d'une divinité le don de prédire l'avenir. À l'époque de la Renaissance, des théologiens leur prêtent la prédiction des mystères de l'Incarnation et de la Rédemption, d'où leur représentation dans l'art chrétien. Chacune d'entre elles est identifiable grâce à des attributs.

Les douze sibylles en un coup d'œil :

 

Les douze Sibylles de Brennilis. Photographies lavieb-aile.
Les douze Sibylles de Brennilis. Photographies lavieb-aile.
Les douze Sibylles de Brennilis. Photographies lavieb-aile.
Les douze Sibylles de Brennilis. Photographies lavieb-aile.
Les douze Sibylles de Brennilis. Photographies lavieb-aile.
Les douze Sibylles de Brennilis. Photographies lavieb-aile.
Les douze Sibylles de Brennilis. Photographies lavieb-aile.
Les douze Sibylles de Brennilis. Photographies lavieb-aile.
Les douze Sibylles de Brennilis. Photographies lavieb-aile.
Les douze Sibylles de Brennilis. Photographies lavieb-aile.
Les douze Sibylles de Brennilis. Photographies lavieb-aile.
Les douze Sibylles de Brennilis. Photographies lavieb-aile.

Les douze Sibylles de Brennilis. Photographies lavieb-aile.

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L'étude iconographique d'Émile Mâle.

Le thème iconographique des Sibylles a été étudié de manière exemplaire par Émile Mâle, qui lui a consacré sa thèse en latin (Quomodo Sibyllas...1899), et un important chapitre de L'Art religieux de la fin du Moyen-Âge (1922). C'est au milieu du XVe siècle qu'en Italie autour de Cosme de Médicis et de son Académie de Florence se développa la pensée néoplatonicienne et la tentative par Marcile Ficin d'une synthèse du Christianisme et du Platonisme dans son Traité de la religion chrétienne (De Christiana religione), paru en 1474.  Marsile Ficin invoque alors l’autorité des sibylles et élève Platon au rang des prophètes. En effet, dans ce courant de traduction des textes grecs et latins de l'Antiquité et de revalorisation de la profondeur de la pensée antique, il parut nécessaire de montrer que Dieu n'avait pas réservé aux Prophètes hébreux les préfigurations annonçant la venue de son Fils, et que les Sibylles, prophétesses de la Grèce, de l'Italie et de l'Asie Mineure avaient annoncé aux païens la venue du Sauveur et les épisodes de sa Vie : le paganisme, lui aussi, avait été inspiré et prophétique. "La sibylle est en effet pour le moyen âge un profond symbole. Elle est la voix du vieux monde. Toute l’antiquité parle par sa bouche."

Varron, au 1er siècle av. J.-C., avait décrit dix Sibylles, et après Isidore de Séville au VIIe siècle, (Etymologies VIII,8), puis le Pseudo-Bède, Raban Maur, Vincent de Beauvais les avaient nommées au XIIIe siècle  au chapitre C-CII du Speculum historiale  ; mais les artistes n'en représentaient que deux :  la terrible Érythréenne qui avait annoncé le Jugement Dernier ; et la Sibylle de Tibur.

 

Dans la seconde moitié du XVe siècle, après la publication en 1465 en Italie de l’édition princeps des Institutions divines de Lactance (250 – vers 325), apologiste chrétien du temps de l’empereur Constantin, et les nombreuses rééditions qui suivront (en 1468, 1470, 1471, 1474 et 1478) , on voit les dix Sibylles apparaître dans toute l'Europe. A chacune est attribué  un oracle, tiré des Institutions Divines de Lactance (vers 321), qui a lui-même puisé dans les Livres Sibyllins.

Les prophétesses apparaissent sur les murs du palais Orsini avant 1438, puis dans un Mystère de l'Annonciation joué à Florence en 1471, puis/et sur les gravures de Baccio Baldini vers 1470-1480.

Puis, en 1481, un dominicain nommé Filippo Barbieri fit paraître un livre (Discordantiae nonnullae inter sanctum Hieronymum et Augustinum)  proposant d'autres oracles que ceux de Lactance, et rapprochant chaque oracle des Sibylles d'un verset d'un Prophète hébreu. C'est lui qui fixe à chaque sibylle un âge, un attribut et un costume propre.  Mais il fait passer le nombre des Sibylles à douze de sorte que leur nombre  corresponde au nombre de prophètes mineurs : la sibylle Agrippine et la sibylle Européenne se sont alors ajoutées à la liste. Dès lors, les 12 Sibylles apparaissent partout en Italie, comme dans le pavement de la cathédrale de Sienne en 1483, ou dans les Appartements Borgia (1492-1494) peints par Bernardino Pinturicchio. Et de 1508 à 1512, Michel-Ange les peint au plafond de la Chapelle Sixtine.

En 1506, 8 d'entre elles apparaissent à la cathédrale d'Amiens, fidèles aux textes et aux descriptions de Filipo Barbieri, mais ailleurs en France, les artistes vont combiner les oracles des Sibylles de Lactance et celles de Barbieri . Et dès avant 1489, on trouve ces 12 Sibylles "françaises" dans un livre d'Heures, celui de Louis de Laval Bnf latin 920.

"On voit maintenant en quoi les Sibylles françaises diffèrent des Sibylles italiennes. Les Sibylles de Filippo Barbieri n'annoncent qu'une chose : l'avènement d'un Sauveur qui doit naître miraculeusement d'une Vierge. Les Sibylles françaises en savent davantage : elles ne parlent pas seulement de la naissance surnaturelle du Fils de Dieu, elles parlent encore de son enfance, de ses souffrances, de sa mort, de sa résurrection". Lactance complète Filippo Barbieri. Les attributs que portent nos Sibylles ont un sens : ils racontent en abrégé la vie de Jésus-Christ. Elles-mêmes ne sont pas placées au hasard, mais rangées dans un ordre savant : en tête se voient celles qui annoncent qu'un Sauveur va naître; puis viennent celles qui parlent de sa naissance, de son enfance; puis celles qui décrivent sa Passion, sa mort, sa résurrection. Les Sibylles françaises l'emportent donc sur les Sibylles italiennes : elles témoignent de cet amour de la  méthode, de la clarté, qui, dès le XIIIe siècle, est la marque de nos artistes " (Émile Mâle, )

 Elles sont désignées par leur lieu d’origine :  la Cimmérienne est née au bord de la Mer Noire (Crimée ?), la Persique en Perse et la Phrygienne en Anatolie. La Samienne est née sur  l'île de Samos, l'Erythréenne, de la cité disparue d'Erythrées, sur la côte Ionienne en face de Chio. L'Hellespont est une ancienne province romaine d'Asie Mineure. D'Afrique venaient la Libyenne et l'Agrippa, une déformation probable d'Aegypta, selon Emile Mâle. Quant aux Sibylles d'Europe, la Delphique est la Pythie de Delphes en Grèce,  , la Cuméenne et la Tiburtine, viennent respectivement de Cumes près de Naples et de Tivoli près de Rome, en Italie ; et  Europa était une province romaine en Thrace. 

 

 

Le Livre d'Heures de Louis de Laval.

Il nous intéressera à plus d'un titre. D'abord, sa date (antérieure à 1489) est proche de celle de la fondation de la chapelle de Brennilis en 1485. La série des Sibylles date de "peu de temps après 1470-1475". Surtout, il accompagne chaque enluminure des Sibylles de descriptions (latines) et d'une page d'enluminure typologique avec trois références à l'Ancien et au Nouveau Testament. Enfin, dans une double page (folio 50v et 51r), Louis de Laval y est peint agenouillé devant la Vierge à l'Enfant et l'inscription répétée deux fois sancta et immaculata virginitas, témoignant de l'importance du culte marial et de la thèse immaculiste pour Louis de Laval.

Le manuscrit a été réalisé en plusieurs campagnes de décorations, entremêlées de manière complexe : la première grande campagne vers 1470-1475 : 96 miniatures en pleine page marquant le début de chaque grand chapitre du livre d'heures (f.30 à 342) ainsi que les miniatures situées dans les marges latérales du texte. Ces décorations sont réalisée d'abord par le Maître du Missel de Yale (f.300 à 312) et son atelier puis par le peintre de Bourges Jean Colombe, aidé de deux collaborateurs de style fouquetien pour les visages des personnages. Très peu de temps après, est ajouté le cycle des sibylles (f.17-29v : cycle de miniatures en pleine page), par Jean Colombe en compagnie d'un des deux collaborateurs qui est intervenu encore une fois sur les visages des personnages. Cette campagne est fortement marquée par l'influence de Jean Fouquet, plusieurs composition du maître tourangeau étant reprises, du Livre d'heures d'Étienne Chevalier notamment".

Entre 1490 et 1500 a été réalisé en quasi copie Sibyllae et prophetae de Christo Salvatore vaticinantes .

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Les Sibylles de Notre-Dame de Brennilis, expression d'un culte marial de la Sainte Conception ?

Il faut re-situer ces Sibylles de Brennilis dans le programme de décor de l'église pour en percevoir le sens. Dans un sanctuaire voué à Notre-Dame, et témoignant de l'influence franciscaine, la Vierge à l'Enfant foulant la Démone (niche à volets du chœur) affirmait l'importance du culte de Marie triomphant du Péché, tandis que les volets illustraient l'Annonciation et les mots Ave gratia plena.  La baie n°1 (vers 1498) montrant la Vierge dans le ventre de sa mère sainte Anne à coté de la mention "Chaste Mariage" et "Sainte Conception" insistait de manière spectaculaire sur la croyance en la conception immaculée (indemne du Péché Originel) de la Mère du Sauveur. La maîtresse-vitre (vers 1500) montrait 8 scènes de la Vie de la Vierge. Le maître-autel portait un retable dont les sept panneaux reprennent également les épisodes de la Vie de la Vierge.  Chacune de ces œuvres mettait en pleine lumière des décors peints que les paroissiens (notamment les membres de la Fabrique), les recteurs  et les seigneurs (famille de Berrien puis de Quélen-Vieux-Chastel) pouvaient retrouver dans leurs livres de prières, les bréviaires, missels et livres d'Heures sous forme d'enluminures : notamment  les huit enluminures du Petit Office de la Vierge. En un mot, la chapelle devenait elle-même le cadre permanent de cet Office.

Or, le culte marial s'appuie, dès le XIIe siècle mais avec une vigueur plus forte au XVe siècle, sur une lecture typologique qui démontre que la virginité, la royauté (couronnement), la conception immaculée, et la maternité d'un Fils Sauveur du Monde sont annoncés dans l'Ancien Testament. Ces relations entre l'Écriture et le culte de Marie sont développés dans des textes, des oraisons, des litanies, des œuvres artistiques comme les Arbres de Jessé, les Annonciations à la Licorne, les Vierges aux symboles bibliques (litanies), les Vierges en Ève nouvelle foulant la Démone, les Vierges sur un croissant de lune en femme de l'Apocalypse, les Vierges allaitantes et Vierges couchées etc., avec une forte densité en Finistère. Cette pensée typologique est déjà présente dans l'Évangile de Matthieu, qui fourmille de citations de versets bibliques. Les 12 prophétesses antiques ont été associées par Lactance des oracles concernant (Mâle, p. 257) Dieu, le Christ,  le Christ considéré comme Rédempteur, les miracles du Christ,  la Passion du Christ,  la mort du Christ, sa Résurrection, et  le Jugement dernier. Mais dans un livre publié en 1481, mais dont le manuscrit circulait depuis une date antérieure, Filippo Barbieri (1426-1487) va introduire à coté de ces thèmes christiques des prédictions concernant le rôle de la Vierge et on peut considérer que dans son livre, les Sibylles sont reliées pour 7 d'entre elles à  la Vie de la Vierge, et pour les 5 autres à la Passion du Christ. L'importance de cette redistribution des vaticinations en faveur de Marie n'a pas été soulignée par Émile Mâle. Elle apparaît évidente dans les double-pages des Heures de Louis de Laval , qui suivent un ordre chronologique, qui était peut-être celui des Sibylles de Brennilis avant leur réaménagement. 

Mon catalogue de la typologie des douze Sibylles (Filippo da Barbieri, XVe siècle) complété en italique d'après J-M. Roessli :

    Vie de la Vierge :

    • 1. La Persique tenant la lanterne et foulant un serpent : annonce la Vierge  foulant le serpent.  Immaculée Conception : Incarnation : la Vierge donne naissance à celui qui se dira Lumière du Monde.

    • 2. La Libyque tenant un cierge: la Vierge et l'Enfant apportant cette Lumière. Manifestation aux Gentils. 

    • 3. L'Erythréenne tenant la fleur: Annonciation. Conception virginale.

    • 4. La Cuméenne tenant un bol (une boule)  : Virginité (ou Venue d'un enfant).  Naissance dans une crèche

    • 5. La Samienne tenant un berceau : Nativité / Annonce aux Bergers.

    • 6. Cimmérienne tenant une corne (biberon) : allaitement de l'Enfant  par la Vierge 

    • 7. L'Européenne tenant une épée : Fuite en Égypte pour fuir le Massacre des saints Innocents.

    Passion et Christologie :

    • 8. La Tiburtine tenant une main : Passion (Jésus giflé par les bourreaux)

    • 9. L'Agrippine : Flagellation.

    • 10. La Delphique tenant une couronne : Couronnement d'épines de la Passion. Incarnation.

    • 11. L'Hellespontine tenant une croix  : Crucifixion. Incarnation et Passion

    • 12. La Phrygique tenant un étendard crucifère : Résurrection

     

     

    Autrement dit, comme les 7 volets de l'autel, comme les 8 panneaux de la maîtresse-vitre, les 12 panneaux de Sibylles illustrent, rappellent ou commentent les textes évangéliques, les textes liturgiques de l'Office divin et du Petit office de la Vierge tout en rappelant les vérités de la Foi chrétienne. 

    Je donnerai pour chaque Sibylle son nom, son attribut, l'événement qu'elle a annoncée, son âge (selon les textes de référence), son origine géographique, puis les inscriptions latines qui la concernent dans les gravures de Baldini, le livre de Barbieri, les Heures de Louis de Laval (selon la description d'Émile Mâle), et les relations typologiques que ce manuscrit développe, avec notamment le prophète biblique qui lui est associé.

    Je suggère de porter une attention spéciale aux très nombreuses mentions de la virginité de Marie et au thème de la conception ou de la petite enfance. 

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    Retable des 12 Sibylles, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

    Retable des 12 Sibylles, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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    I. LA PARTIE BASSE OU COFFRE D'AUTEL.

    8 panneaux.

     

     

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    1.  La Sibylle Lybique portant  une torche (ressemblant à trois clous). Sur le coté nord (gauche) de l'autel : 

    — Description : la Sibylle est coiffée d'un bonnet pointu dont la base est un turban ou rouleau torsadé. Visage joufflu, cheveux longs. Manteau long et à manches très amples mais courtes. Robe plissée sous la ceinture, à bustier à encolure carrée. Chemise sans col. Manches d'avant-bras à crevés et fraises aux poignets. La main gauche retient le pan du manteau.  Attribut : une gerbe de trois objets prismatiques pointus. 

    Classiquement, la Libyque, âgée de 24 ans,  porte la torche flamboyante, symbole de la Lumière qui vient en ce monde repousser les ténèbres, et qui annonce la naissance du Sauveur. Mais ici, à  Brennilis, différents auteurs ont cru reconnaître dans l'objet qu'elle tient  trois clous semblables à ceux que présentent les anges honorant les instruments de la Passion du Christ. Je pense qu'il s'agit d'une erreur d'interprétation, certes répétée partout, et je suggère de penser que l'artiste a maladroitement sculpté ici  les trois flammes du flambeau habituel. Je note que tous les textes associent la Lybique à la Lumière, et jamais aux trois clous de la Crucifixion. Émile Mâle ne les mentionnent jamais.

    — Fille du dieu Zeus et de la fille de Poséidon, la Sibylle libyque est une prêtresse et une prophétesse qui  présidait l'oracle de Zeus et Ammon dans l'oasis de Siwa dans le désert de Libye. Elle aurait été mentionnée par Euripide.

    — Baccio Baldini (1470-1480) : SIbILLA·LIbICA· (S à rebours). Assise dans un jardin, coiffée d’un chapeau conique à plumes, elle tourne les pages d’un livre posé sur ses genoux. Un cartouche porte l'inscription  Ecce venientem diem et latentia aperientem tenebit gremio gentium regina

    Tentative de traduction "Voici venir le jour ou sera révélé celui que la reine des nations  tiendra en son giron"

    Le poème est le suivant :

    Di Verra chellet terno signore

    Lume dara all cose nas cose

    Elegami iscora del nostro errore

    Fara le sinagoge luminose

    E solera belabra al pechatore

    Efie stadira di tute le chose

    Engendrenbo alla reina delle gente

    Se bra questore santo evivente

     — Filippo Barbieri (1481) : Sibylla Libyca ornata serto viridi et florido in capite, vestita pallio honesto et non multum juvenis sic ait : Ecce veniet dies et illuminabit condempsa [sic] tenebrarum et solventur nexus Sinagogae et desinent labia hominum et videbunt regem viventium ; tenebit illum in gremio virgo domina gentium et regnabit in misericordia et uterus matris erit statua [ou statera] cunctorum. "Elle porte une guirlande verte et fleurie  sur la tête, elle est vêtue d'une belle robe et elle n'est plus toute jeune." A défaut de pouvoir donner une traduction claire de la suite, je remarque que la Libyque est associée à la venue de la Lumière dissipant l'obscurité de la Synagogue, mais aussi à celle d'un Roi régnant dans la miséricorde et issu de l'utérus d'une Vierge . cf in gremio virgo, "dans le giron d'une vierge" et uterus matris.

    — Prophète associé par Barbieri : Jérémie 23:5  Ecce dies veniunt dicit Dominus et suscitabo David germen iustum et regnabit rex et sapiens erit et faciet iudicium et iustitiam in terra "Voici, les jours viennent, dit l'Éternel, Où je susciterai à David un germe juste; Il régnera en roi et prospérera, Il pratiquera la justice et l'équité dans le pays." 

    — Livre d'Heures de Louis de Laval  folio 18v: "La Sibylle Libyque  tient à la main un cierge allumé. L'inscription qui l'accompagne est ainsi conçue : « Sibylla Libyca, XXIV annorum, cujus meminit Euripides. Videtur clare vaticiriari de adventu Salvatoris cum prophetis. Ecce veniet deus et illuminabit condensa tenebrarum et solvet nexus Synagogœ... », etc. — La prophétie est empruntée au livre de Filippo Barbieri et l'auteur de l'inscription nous en explique le sens : la Sibylle, dit-il, annonce avec clarté l'avènement du Sauveur. C'est pourquoi l'artiste, voulant faire entendre que la prédiction de la Libyque était plus claire que celle de la Persique, lui a mis à la main, non pas une lanterne, mais un cierge allumé dont rien ne voile l'éclat." (E. Mâle)

    Je lis : Sibila Libica . XXIV annorum, cujus meminit Euripides. Videtur clare vaticinari de adventu Salvatoris cum prophetis. Ut infra/ Ecce veniet deus et illuminabit condensa tenebrarum, et solventur nexus Synagoge, et deficient labia hominum videbunt Regem viventuum et tenebit virgo illum in gremio domina gentium et regnabit in omnia et uterus matris eius erit statera cunctorum. 

     http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501620s/f47.vertical

    — Typologie des Heures de Louis de Laval folio 19r : le prophète Isaïe et saint Jean.

    --L'enluminure supérieure montre dans une trouée du ciel la Vierge à l'Enfant présentée par la Sibylle (turban) à une foule de personnes à genoux. L'Enfant porte un phylactère où est inscrit le verset de  Jean 8:12 Ego sum lumen mundi "Je suis la lumière du monde. [Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres.]"  

    -- L'enluminure sous-jacente présente deux personnages tenant des phylactères : Isaïe 63 Venit lumen tuum Jerusalem et  saint Jean 1:9 Erat lux quae inluminat omnem hominem venientem in mundum " "Cette lumière était la véritable lumière qui en venant dans le monde éclaire tout homme".

     

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     La Sibylle Lybique, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

    La Sibylle Lybique, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

    La Sibylle Lybique  de Baldini, Barbieri, des Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
    La Sibylle Lybique  de Baldini, Barbieri, des Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
    La Sibylle Lybique  de Baldini, Barbieri, des Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
    La Sibylle Lybique  de Baldini, Barbieri, des Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
    La Sibylle Lybique  de Baldini, Barbieri, des Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.

    La Sibylle Lybique de Baldini, Barbieri, des Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.

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    2.  La Sibylle de Phrygie portant un étendard. Sur le devant d'autel, à gauche : 

    — Description : cette Sibylle est assez semblable par sa coiffure et ses vêtements à la Lybique, malgré l'existence d'un gland à l'extrémité du bonnet, d'une fraise courte autour du cou, un corsage plissé et une ceinture plus large et d'un col montant sur le manteau. Elle tient une longue croix tréflée où s'enroule  une bannière frappée d'une croix pattée : on reconnaît là l'étendard de la Résurrection, que tient, en iconographie, le Christ au sortir du tombeau.

    Son nom lui vient de la Phrygie, région d'Anatolie. 

    — Baccio Baldini (1470-1480):

    Assise sur des nuages ignés, elle porte un bonnet conique avec un turban, d’où s’échappe sa chevelure. Elle tient une banderole : Veniet desuper filius dei et firmabitur in celo consilium et virgo annunciabitur.

     

    Le poème est à peu près le suivant :

    Vidilo excelso iddio che fragellare

    Havea disposito lagente otinata

    Neisecol nostro che ciertomipare

    Sipossa dirpelle fatte peccata

    Ondadisposto suo figlio mandare

    I Virgine per voce annuntiata

    Pepla sua humilita sara posato

    E questa fiecagion torviel pechato

    — Filippo Barbieri : Sibylla Frigia, nata apud Phrygios, mediocris aetatis, habitu et mantello rubeo, in modum mulieris nuptae, licet virgo, de Christo sic dicit : Flagellabit dominus potentes terrae, et Olympo excelso veniet, et firmabit concilium in cœlo, et annuntiabitur virgo in vallibus desertorum.

    N.B On lit dans le manuscrit de l'Arsenal n° 243 :  Sibylla Phrigia, induta veste rubea, nudis brachiis, antiqua Saturnina facie, crinibus sparsis, digito indicaus, dicens sic : « Flagellabit dominus... »

    "La Sibylle Phrygienne, née en Phrygie, d'âge moyen, porte un costume et un manteau rose, comme il convient aux femmes mariées. "

     

    — Prophète associé  Malachie 3:1-2 : Ecce ego mittam angelum

    — Heures de Louis de Laval folio 28v

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501620s/f64.item.zoom

    "La Sibylle de Phrygie porte aussi une croix, mais c'est la longue croix ornée d'une bannière, qu'on appelle croix de résurrection. C'est cette croix triomphale que porte Jésus vainqueur de la mort, au moment où il s'élance hors du tombeau. Aux mains de la Sibylle de Phrygie elle ne peut donc rappeler que la Résurrection. Voici, en effet, le texte qui explique l'attribut : « Sibylla Phrygia, vetusta, hec vaticinata est de Christi resurrectione ut infra . Nascetur Christus in Bethléem, annuntiabitur in Nazareth, régnante Tauro pacifico . Suspendent illum in ligno, et occident, et nihil eis valebit, quia tertia die resurget et ostendet [se] discipulis suis, et ipsis videntibus, ascendet in cœlum et regni ejus non erit finis. » — Prophétie arrangée comme les autres, où l'on trouve un texte de Filippo Barbieri et des souvenirs de Lactance." (É. Mâle)

    — Typologie des  Heures de Louis de Laval folio 29r :

    L'enluminure supérieure montre la Résurrection : le Christ sort du tombeau vêtu de pourpre et tenant l'étendard. Une banderole porte le verset suivant : David Psaume 3:6 :  Ego dormivi [et soporatus sum ] exsurrexi. "Je me couche [je m'endors et ] je me réveille".

    L'enluminure inférieure confronte, sur un fond de colonnes,  le prophète Joël et saint Matthieu La  banderole de gauche indique  : In die ressurectionis meae congregabo gentes avec la mention Joelis tertio mais cete citation associe Joël 3:2 congregabo omnes gentes et Sophonie 3:8 In die ressurectionis meae in futurum quia iudicium meum ut congregem gentes. "le jour où je me lèverai comme témoin à charge puisque j'ai rendu mon arrêt: j'ai décidé de réunir les peuples".    La banderole de droite porte le verset de Matthieu 20:19  Et tertia die resurget,  "Et le troisième jour il ressuscitera".

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    La Sibylle de Phrygie, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

    La Sibylle de Phrygie, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

    La Sibylle de Phrygie selon Baccio Baldini, Filippo Barbieri, les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard)
    La Sibylle de Phrygie selon Baccio Baldini, Filippo Barbieri, les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard)
    La Sibylle de Phrygie selon Baccio Baldini, Filippo Barbieri, les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard)
    La Sibylle de Phrygie selon Baccio Baldini, Filippo Barbieri, les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard)
    La Sibylle de Phrygie selon Baccio Baldini, Filippo Barbieri, les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard)

    La Sibylle de Phrygie selon Baccio Baldini, Filippo Barbieri, les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard)

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    3. La Sibylle de Samos tenant un berceau.

    — Description : Même coiffure, même visage, même fraise, même chemise que la précédente. Pas de manteau, mais une robe à la coupe très élégante,  aux manches bouffantes,  resserrée à la taille par une ceinture. Son col à bord découpé se prolonge par un élément en pointe, noué à son extrémité sur un gland frangé, et décoré d'une fleure en rosette, de pastilles et de boutons. Sous la ceinture, la courbe de l'abdomen est soulignée par une sangle perforée ou poinçonnée à laquelle est suspendu deux glands et nœuds en bouton. La Sibylle tient contre son épaule un berceau qui a la forme d'une petite boîte rectangulaire à pietement arrondi en patin permettant le bercement.  

    Cette Sibylle de  23 ans tient son nom de  l'île de Samos, où elle donnait ses oracles. Elle porte un berceau parce qu'elle avait entrevu la Vierge couchant l'enfant dans une crèche.

    — Baccio Baldini (1470-1480) : 

    Assise dans un jardin, coiffée d’un chapeau conique à plumes, elle tourne les pages d’un livre posé sur ses genoux. Ecce veniet et dives et pauper nascetur et bellue adopabunt

    Le oème est le suivant :

    Echo che presto neverra quel die

    Che lucera le tenebre serrate

    Escoglerassi no die profetie

    Della gran sinaghoga rilascate

    Saran le labbradelle gente pie

    Vedrassi ere deviventi e palpate

    El venir suo ingrenbo averginvera

    Che cosi mostra el cielo eogni spera

     

    — Filippo Barbieri (1481)  Sibylla Samia a Samo insula, nudum ensem sub pedibus, formosum pectus, subtileque velim capiti habens, sic ait : Ecce veniet dies et nascetur de paupercula et bestiae terrarum adorabunt eum et dicent «laudate eum in atriis cœlorum »La Samienne, de l'île de Samos, l'épée nue sous ses pieds, à la poitrine généreuse, ayant un fin voile sur la tête,  disait ceci : "Voici que viendra le jour où naîtra  un enfant d'un pauvre et toutes les  bêtes de la terre l'adoreront et elles diront "louez-le au plus haut des Cieux".

     

    — Prophète associé :   David, Psaume 71:11. — Adorabunt eum omnes reges terrae ; omnes gentes servient ei. "Tous les rois se prosterneront devant lui, toutes les nations le serviront".

    —Les Heures de Louis de Laval folio 21v :  "La Sibylle de Samos porte une crèche. L'inscription est ainsi conçue : Sibylla Samia, annorum XXIII . Videtur vaticinari de hoc quod virgo reclinavit puerum in praesepio. Ecce veniet dies et nascetur puer de paupercula, bestiae terrae adorabunt eum. " L'artiste et son collaborateur ont interprété ingénieusement le texte de Filippo Barbieri. Il est évident qu'ils ont voulu voir, dans « ces bêtes de la terre qui adoreront l'enfant », le bœuf et l'âne de la Nativité, Cette interprétation les amena tout naturellement à mettre une crèche aux mains de la Sibylle de Samos. 

    Je lis : Sibyla Samie. annorum XXIII. De qua Erasthoves scribit  videtur vaticinari de hoc quod virgo reclinavit puerum in presepio. Ut infra.

    / Ecce veniet dies et nascetur puer de paupercula, bestiae terrae adorabunt eum clamabunt et dicent "laudate eum in atris celorum.

     "La Sibyle de Samos. Age XXIII ans. Décrite par  Eratostène.[ Eratosthène trouva, dit-il, un oracle dans les anciennes annales des Samiens]. Elle a prophétisé qu'une Vierge placera un enfant dans un berceau".

    — Typologie des Heures de Louis de Laval folio 22r :

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501620s/f51.item

    L'enluminure supérieure montre une Nativité : la Vierge est penché vers l'Enfant couché sur la paille de la crèche, sous le regard de Joseph, du bœuf et de l'âne. Des bergers, de l'autre coté du mur, tendent la main vers l'enfant. Banderole David Psaume 68:30  Ego sum pauper dolens  "Moi je suis malheureux et souffrant".

    L'enluminure inférieure confronte Isaïe et saint Luc (taureau), tandis que les banderoles portent les versets d'Isaïe 1:3 Cognovit [bos possessorem suum et] asinus praesepe domini sui [Israhel non cognovit populus meus non intellexit]  "Le bœuf sait bien à qui il appartient et l'âne connaît la mangeoire où le nourrit le maître .." / et de Luc 2:7 Reclinavit eum in praesepio "Elle le coucha dans une mangeoire".

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    La Sibylle de Samos, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

    La Sibylle de Samos, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

    Sibylle de Samos de Baldini, Barbieri, des Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard)
    Sibylle de Samos de Baldini, Barbieri, des Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard)
    Sibylle de Samos de Baldini, Barbieri, des Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard)
    Sibylle de Samos de Baldini, Barbieri, des Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard)

    Sibylle de Samos de Baldini, Barbieri, des Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard)

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     4.  La Sibylle Europa tenant une épée nue à la main, Le Massacre des Innocents. Au milieu du coffre de l'autel. 

    — Description : On retrouve ici le bourrelet (turban, balzo) au dessus de cheveux mi-longs, le visage rond, la fraise très courte autour du cou, le manteau dont le pan gauche revient en croisant vers le poignet gauche, la jupe plissée, une ceinture ornée d'une fleur, et un bustier . ce dernier est échancré en V, les deux pans étant réunis par deux pattes. La main droite tient verticalement une épée alors que la main gauche est ramenée vers la poitrine.

    — Baccio Baldini : 

    Assise dans l’herbe, la sibylle regarde un livre. Ses cheveux sont relevés en deux torsades fixées sur le sommet de sa tête couverte d’un voile. L'inscription  dit Veniet colles et montes transiens et in paupertate regnans eum silentio dominabitus et e virginis vase exiliet.

    Le poème est le suivant :

    Verra quel verbo eterno inmaculato

    E del vergine vaso uscira pora

    Perchui icholi emonti fia passato

    Chosi lasonmita dolinpo anchora

    Sotto gran poverta nel mondo nato

    Singnio regiando chon silensio omniora

    Chosi credo ecchonfesso echonoschio

    Vero figlioi diddio e duomo eddio

     

     

    — Philippo Barbieri :  Sibylla Europa, decora, juvenis, facie rutilans, velo subtilissimo capite ligata, induta veste aurea, de Christo sic ait : Veniet ille et transibit montes et colles et latices sylvarum Olympi ; regnabit in paupertate et dominabitur in silentio et egredietur de utero virginis.La Sibylle européenne,  jeune, d'allure élégante et le visage rayonnant,  porte un léger voile noué autour de sa tête, et est vêtue d'une robe dorée. Elle a dit ceci  au sujet du Christ: [...] Je traduis approximativement : "Voici qu'il viendra, traversant les monts et les bois et les ruisseaux des forêts de l'Olympe ; il  règnera dans la pauvreté, gouvernera dans le silence et sortira de l'utérus d'une vierge".

    ​La  vaticination de la Sibylle évoque les déclarations de l'Épouse dans le Cantique des cantiques 2:8 vox dilecti mei ecce iste venit saliens in montibus transiliens colles : "J'entends mon bien-aimé, oui, le voici, il vient, sautant sur les montagnes et bondissant sur les collines." Puis elle évoque le verset de Zacharie annonçant un roi humble et monté sur un âne, et enfin le verset d'Isaïe 11:1 Egredietur virga de radice Jesse. Il est donc difficile de ne pas voir dans le texte de Barbieri une volonté de faire de la prophétie d'Europa une préfiguration de la Vierge  donnant naissance au Christ Sauveur.  

     

     — Prophète associé : Zacharie 9: 9-10 : Exulta satis filia Sion iubila filia Hierusalem ecce rex tuus veniet tibi iustus et salvator ipse pauper et ascendens super asinum et super pullum filium asinae . " Sois transportée d'allégresse, fille de Sion! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem! Voici, ton roi vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, Sur un âne, le petit d'une ânesse."

    Livre d'Heures de Louis de Laval folio 23v

    "La Sibylle Europe tient à la main une épée nue. « Sibylla Europa, dit l'inscription, annorum XV, inter ceteras pulcherrima. Videtur vaticinari de fuga pueri cum maire ejus in Aegipto. Veniet ille et transiliet colles et montes et latices Olympi, regnabit in paupertate et dominabitur in silentio ». Rien de plus vague, il faut le reconnaître, que ces paroles prêtées par Filippo Barbieri à la belle Sibylle Europe. Elle parlait d'un Sauveur qui vivrait dans la pauvreté : cela suffisait à l'Italien. Mais notre théologien français était plus exigeant ; il lui fallait de la précision, même au prix de la subtilité. Il imagina que ce passage: « Il franchira les collines », se rapportait à la fuite en Egypte. Il décida donc que la Sibylle Europe aurait à la main une épée pour rappeler le massacre des Innocents et le danger auquel l'enfant échappa par la fuite. "(E. Mâle)

    — Lien typologique des Heures de Louis de Laval folio 24r : 

    Enluminure supérieure : Fuite en Égypte. Banderole David Psaume 1:8 :Ecce elongam fugiens "Je me suis éloigné par la fuite".

    Enluminure inférieure : Osée confronté à saint Matthieu (ange) avec les banderoles Osée 11 : Ex egypto vocavi filium meum. / Matthieu 2:13-15 Accipe puerum [et matrem eius] et fuge in Egyptum

     

     

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    La Sibylle Europa, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

    La Sibylle Europa, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

    Sibylle Europe selon Baldini, les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
    Sibylle Europe selon Baldini, les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
    Sibylle Europe selon Baldini, les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
    Sibylle Europe selon Baldini, les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
    Sibylle Europe selon Baldini, les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.

    Sibylle Europe selon Baldini, les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.

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    5. La Sibylle Érythrée tenant une branche fleurie. L'Annonciation.

    — Description.

    Elle est coiffée du balzo ou turban, et porte un manteau mi-long au dessus d'un gilet à encolure carré et disposant, sous la ceinture, d'une poche plissée. La robe à encolure ronde retombe en plis arrondis. Les chaussures, à bout pointus, sont recouverts par un pan ondoyant. La Sibylle tient un rameau fleuri (trois fleurs à quatre ou cinq pétales) dans la main droite et lève la main gauche en un signe de bénédiction ou d'énonciation.

     

    la sibylle d'Érythrée, aussi appelée Hérophilé,  vient de la ville d'Ionie. C'est la fille de Théodoros et d'une nymphe de l'Ida de Troade. Hérophilé a la particularité de donner ses prédictions en vers. Elle a vécu au temps des Argonautes et de la guerre de Troie. Elle est décédée à l'âge de cent-dix ans et est enterrée à Troade. Mais certains disent que cette Sibylle d'Érythrées serait la même que celle de Cumes…

    "Parmi les nombreuses sibylles du monde antique, deux prophétesses vont acquérir auprès des premiers chrétiens un statut tout à fait privilégié : la Sibylle de Cumes, en raison de la prophétie “messianique” que ces mêmes premiers chrétiens ont voulu voir dans la quatrième Églogue de Virgile, et la Sibylle d’Érythrées, parce que c’est elle qui aurait chanté la parousie du Christ et le Jugement Dernier dans un célèbre acrostiche grec, qui a fait une entrée en force dans la chrétienté latine grâce à la traduction citée par Augustin dans la Cité de Dieu, XVIII, 23 travers les âges, puisqu’il est entré dans la liturgie du haut Moyen Âge par l’intermédiaire d’un sermon pseudo-augustinien qui le cite à la suite d’autres témoignages sur la divinité de Jésus, et qui a également inspiré des représentations théâtrales sacrées, ainsi que des compositions musicales du IXe au XVIe siècles. C’est sans doute à cette même Sibylle d’Érythrées que fait aussi allusion le Dies iræ attribué à Tomaso a Celano au XIIIe siècle, dans les fameux vers : « Dies iræ, dies illa, / Solvet sæclum in favilla, / Teste David cum Sibylla. »

    " Selon Joachim du Bellay (Défense et Illustration..), un évêque grec, Eusèbe prétendait que la Sibylle Érythrée avait prophétisé la naissance du Christ en plaçant au début des vers dans lesquelles elle rendait ses oracles chacune des lettres qui composent le nom du futur sauveur : J E S U S C H R I S T US SERVATOR CRUX.

    — Baccio Baldini (1470-1480). SIbILLA, ERITEA.

    Assise sur des nuages ignés, les pieds dans un cercle étoilé, elle porte un voile noir ; elle tient une épée et une banderole qui indique une phrase de Lactance : Et morte morietur tribus diebus somno suscepto et tunc ab inferis regressus ad lucem veniet primus

     

     — Filippo Barbieri : Sibylla nobilissima Erythraea, in Babylonia orta ; de Christo sic ait : In ultima autem aetate humiliabitur Deus et humanabitur proles divina, jungetur humanitati divinitas. Jacebit in feno agnus et officio puellari educabitur Deus et homo. Signa praecedent apud Apellas. Mulier vetustissima puerum praemium corripiet. Boetes orbis mirabitur, ducatum prœstabit ad ortum. . " La très noble  Sibylle Erythrée est née à Babylone. Elle a dit du Christ: ..." ..."

    Selon Émile Mâle : Il est possible qu' Apellas désigne les juifs (Cf. Horace, Sat. /, IV. v. 100 : a credat Judaens Apella »), Quant à la femme âgée, c'est peut-être la prophétesse Anne. Dans le manuscrit, la Sibylle Erythrée tient à la main une épée nue, ce qui mérite d'être noté".

     

    — Prophète associé : Ézéchiel 44:2.: Porta haec clausa erit.

    — Heures de Louis de Laval : folio 19v http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501620s/f57.vertical

    La Sibylle Érythrée tient une fleur. Au-dessus de sa tête on lit cette inscription : « Erithrœa [XV] annorum, dicta Eriphila. Videtur vaticiriari de Christi anriuntiatione per angelum facta. De excelso cœlorum habitaculo prospexit Deus humiles et nascetur in diebus novissimis de Virgine hebraea...», etc. L'oracle emprunté à Filippo Barbieri  peut se rapporter en effet, si l'on veut, à l'Annonciation. C'est ce que l'artiste a exprimé en donnant pour attribut à la Sibylle Érythrée une fleur. Car la fleur est, comme nous l'avons expliqué ailleurs , une sorte de symbole de L'Annonciation : entre la Vierge et l'ange Gabriel, les peintres, depuis le XIII e siècle, ne manquaient jamais de mettre un beau vase plein de roses blanches ou de lis." (Émile Mâle)

    Ma lecture : Sibila erithea. annorum dicta erophyla. Horta in Babilonia videtur vaticinari de Christi  annunciacione per angeli facta ut infra / De excelso celorum habitaculo prospexit Deus humiles suos. Et nascetur in diebus novissimis de virgine hebraea . Filius in cunabulis terre

    (même inscription pour la Sibylle de Pinturicchio)

    — Typologie des Heures de Louis de Laval folio 20r : 

    Enluminure supérieure : l'Annonciation. Banderole de l'Ange Luc 1:28  Ave gratia plena dominus tecum ; banderole de Marie Luc 1:38  Ecce ancilla domini fiat [mihi] secundum verbum tuum

    Enluminure inférieure : Isaïe confronté à saint Luc (bœuf), avec les banderoles Isaïe 7:14 Ecce virgo concipiet et pariet filium et vocabitur nomen eius Emmanuel et Luc 1:31 Ecce concipies in utero et paries filium et vocabis eius Iesum

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    La Sibylle Erythrée, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

    La Sibylle Erythrée, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

    La sibylle Erythrée selon Baldini (1470-1480),   les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
    La sibylle Erythrée selon Baldini (1470-1480),   les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
    La sibylle Erythrée selon Baldini (1470-1480),   les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
    La sibylle Erythrée selon Baldini (1470-1480),   les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
    La sibylle Erythrée selon Baldini (1470-1480),   les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
    La sibylle Erythrée selon Baldini (1470-1480),   les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.

    La sibylle Erythrée selon Baldini (1470-1480), les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.

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    6. La Sibylle Delphique  et la couronne . 

    — Description.

    Elle est semblable aux précédentes par la coiffure, le visage, le manteau, la courte fraise, les manches à crevés. Un bracelet au poignet droit. La main et le bras gauche ne sont pas visibles, et il faut les imaginer tenant la couronne de deux torons tressés et le linge qui y passe. Ce n'est en aucun cas  une couronne d'épines (mais un trophée de vainqueur); par contre, le linge peut être comparé à celui dans lequel les anges présentent, en signe de respect, la couronne de la Passion. 

     

    — Baccio Baldini (vers 1470) : La Sibylle est sur une île : elle tient une très longue corne. elle est vêtue d'un manteau noir. On lit sur le Phylactère : "Nascetur propheta e virgine absque humana corruptione". : Le prophète naîtra d'une vierge sans "corruption humaine", sans acte sexuel."

    Le Poème est le suivant  : 

    Non e da eser lenta ma tranquilla

    Averta lopera e chonsiderare

    Dov el profeta grande a incharnare

    Lavenimento che alta villa

    Nel ventre verginal d'uman ancilla

    sanza congiunto d'uom mortal sa fare

    Eccho tal chosa fie sopra Natura

    Fatta per chuel chepuo che idio da ra

    — Filippo Barbieri : Sibilla Delphica vestita veste nigra et capillis circumligatis capiti, in manu cornu tenens et juvenis, quae ante Trojana belia vaticinata est, de qua Chrysippus ; ait : Nascetur propheta absque matris coitu ex virgin ejus. (le manuscrit de l'Arsenal  contient jus.)

     "La Sibylle Delphique est vêtue d'une robe noire et porte ses cheveux attachés autour de sa tête ; elle tient une corne et paraît  jeune; elle a parlé avant la guerre de Troie, comme  Chrysippe le dit. Elle a dit :  " Un prophète naîtra  d'une vierge, d'une mère sans accouplement ".

    La sibylle de Delphes tenait dans cette description une corne. Vers 1471, Baldini la représenta tenant une longue corne évoquant une corne d'abondance. La corne se transforme en couronne dans les Heures de Louis de Laval. 

    — Prophète associé : Jérémie  31:21 : Revertere virgo Israhel revertere ad civitates tuas istas "Reviens, vierge d'Israël, Reviens dans ces villes qui sont à toi!"

     

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    — Livre d'Heures de Louis de Laval folio 26v

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501620s/f60.item.zoom

    "La Sibylle Delphique tient à la main une couronne d'épines. Voici l'inscription : « Delphica, XX annorum. Vaticinatur de Christi coronatione . Nasci débet propheta absque maris coitu de femina nomine Maria ex stirpe Judaeorum, filius Dei, nomine Jésus, qui videbitur in manibus infidelium et corona spinea coronabitur.  "Nous rencontrons encore ici une prophétie composite, née de la combinaison d'un texte de Filippo Barbieri avec un texte de Lactance. La première partie de l'oracle se rapporte, comme tous ceux que donne Filippo Barbieri, à la naissance du Sauveur. Mais il fallait à notre théologien une phrase qui put s'appliquera la Passion: il la trouva dans Lactance qui fait prédire par la Sibylle le couronnement d'épines. Dès lors l'attribut de la Sibylle Delphique était tout indiqué." (E. Mâle)

    Ma lecture :  Sibila Delphica, XX. Hec autem bellum troyanum vaticinatur de Christi coronacione. Ut infra. / Huius prophecia est hec : Nasci debet prophetat absque maris coitu de femina nomine Maria ex stirpe Judaeorum, filius Dei, nomine Jesus, qui videbitur in manibus infidelium et corona spinea coronabitur. "Celle-ci prédit pendant la guerre de Troie le couronnement du Christ. Sa prophétie est la suivante : "Il naîtra un prophète par une mère fécondée sans accouplement  d'une femme nommée Marie et d'origine Juive, le fils de Dieu, du nom de Jésus, qui sera livré aux mains des infidèles et sera couronné d'épines".

     Émile Mâle passe sous silence les éléments concernant la virginité de la mère du "prophète" annoncé par cette Sibylle, alors que celle-ci est au centre des textes de Baldini, de Barbieri  et des Heures de Louis de Laval. 

    — Typologie des   Heures de Louis de Laval folio 27r :

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501620s/f61.item.zoom

    Enluminure supérieure : Le couronnement d'épines avec sur la banderole le  Psaume 2:6 de David   ego autem constitutus sum ab eo rex "C'est moi qui ai établi mon roi sur Sion"

    Enluminure inférieure : le prophète Jérémie confronté à  saint Jean, avec les banderoles Jérémie 20:7 Factus sum in derisum tota die omnes subsannant me "A longueur de journée je suis un objet de risée, tous se moquent de moi". / Matthieu 27:29  Milites plectentes coronam de spinis posuerunt super caput eius. "Les soldats tressèrent une couronne d'épines qu'il posèrent sur sa tête". 

    Comparer avec la Sibylle de Delphes du Pinturicchio (1492-1494), associée au prophète Osée.

     https://it.wikipedia.org/wiki/Appartamento_Borgia#/media/File:Borgia_Apartment_019.jpg

     

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      La Sibylle Delphique, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      La Sibylle Delphique, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      La sibylle Delphique selon Baldini (1470-1480), Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535
      La sibylle Delphique selon Baldini (1470-1480), Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535
      La sibylle Delphique selon Baldini (1470-1480), Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535
      La sibylle Delphique selon Baldini (1470-1480), Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535
      La sibylle Delphique selon Baldini (1470-1480), Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535

      La sibylle Delphique selon Baldini (1470-1480), Baldieri (1481), les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535

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      7.  La Sibylle de Tibur  tenant un gantelet.  flanc sud du meuble.

      — Description : Elle est coiffée d'un bonnet conique terminé par un gland et s'évasant en larges bords découpés autour de la tête. La robe est plissée , serrée par une ceinture et orné de deux bandes de tissus circulaires à fleurs, losanges et boutons. L'encolure en V du  bustier très ajusté se termine par une broche en fleur. Les manches sont bouffantes et plissées aux bras, longues avec plis en accordéon aux avant-bras. La femme tient un gant (ou une main coupée) dans la main droite.

      La sibylle Tiburtine ou Albunéa tient son nom de Tibur, aujourd’hui Tivoli où se situent les ruines de son temple. La main qu'elle tient symbolise la main du garde qui a souffleté le Christ au cours de la Passion.

      — Frères Limbourg ; Riches Heures du duc de Berry 1410-1411. Folio 22r, La Vierge à l'Enfant, la Sibylle et l'empereur Auguste, illustrant l'Oraison à la Vierge.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Tr%C3%A8s_Riches_Heures_du_duc_de_Berry#/media/File:Folio_22r_-_The_Virgin,_the_Sibyl_and_the_Emperor_Augustus.jpg

      — Feo Belcari (1471) :

      Sara palpato l'invisibil verbo,

      E poi germinera come radice

      Seco sarai siccome il foglio acerbo

      E non apparira bello e felice :

      Gremio materno ne fara riserbo

      Dipoi piangera Dio come infelice

      E nascera di madre come Dio

      Poi tra gli altri usera com' uomo pio.

      — Baccio Baldini 1470-1478 :

      La Sibylla Tiburtina Assise est dans un jardin, les épaules couvertes d’une peau de bête, et coiffée d’un chapeau aux bords en forme de feuillage. Elle tient un livre ouvert d’où s’échappe une banderole où on lit Nascetur in bettelem in nasaret annum Tivbitur regnante quieto tauro. Le poème en italien est le suivant :

       Il gusto ddio alt tal mestier ma bito data

      Chi vabbl col mie dir manifestato

      Duna vergine cheffie nunsiata

      E nasaret te per lei abitata

      En bettalem sara manifestato

      La carne dove dio fie humanato

      E ben sara La sua mare filicie

      Che di tal figlo si sara p[er] notricie.

       

       

       — Filippo Barbieri : Sibylla Tyburtina (sic), quam Lactantius Tyburtem vocat, nomine A[l]bunea, quae Tyburi colitur ut dea juxta ripas amnis, in cujus gurgite simulacrum ejus inventum dicitur tenens in manu librum ; haec de Christo prophetavit : Nascetur Xristus in Bethleem et annunciabitur in Nazareth, regente Tauro pacifico, fundatore quietis : O felix mater cujus ubera illum lactabunt ! — Haec tunica crocea veslietur, violato mantello superimposito . "La Sibylle de Tibur, que Lactance nomme Tyburtem, nommée Albunéa, vivait près du Tibre et a été adoré comme la déesse de la rivière,  dans  les eaux de laquelle on dit qu'une statue d'elle, portant un livre, a été trouvée. Elle est vêtu d'une tunique dorée, recouvert d'un manteau pourpre.  Elle dit ceci du Christ :   " Il naîtra à Bethléem et sera révélé au taureau pacifique, fondateur calme. Ô heureuse la mère qui a allaité un tel fils !   ." 

      — Prophète associé selon Baldieri : Michée 5 :2 Et tu Bethleem  Ephrata parvulus es in milibus Iuda ex te mihi egredietur qui sit dominator in Israhel et egressus eius ab initio a diebus aeternitatis. " Et toi, Bethléhem Éphrata, Petite entre les milliers de Juda, De toi sortira pour moi Celui qui dominera sur Israël, Et dont l'origine remonte aux temps anciens, Aux jours de l'éternité. "

       

       

      —Livre d'heures de Louis de Laval folio 24v:

       http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501620s/f56.item.zoom

       "La Sibylle de Tibur tient une main coupée. L'inscription est assez longue ; en voici d'abord la première partie : « Sibylla Tiburtina, XX annorum, quae prophetavit Romanis et vaticinata est de Christi alapatione. Flagellabit homines potentes, excelsus veniet et firmabit consilium in coelo, annuntiabitur virgo in vallibus desertorum... » Ce texte emprunté à Filippo Barbieri est obscur et, à vrai dire, n'offre à l'esprit aucun sens précis. C'est pourquoi notre théologien, désespérant d'en rien tirer, y ajouta ce passage de Lactance : « In manibus infidelium postea veniet, dabunt Domino alapas, accipiens tacebit, ne quis agnoscat. » Au moins cette seconde partie de la prédiction est claire : il s'agit du commencement de la Passion et des soufflets que Jésus reçoit sans se plaindre. Aussi est-ce le passage de Lactance qui a déterminé le choix de l'attribut : cette main coupée, que la Sibylle de Tibur porte comme un trophée barbare, c'est la main sacrilège qui a frappé le Christ '. Voilà pour la jeune Sibylle une étrange parure. Mais quoi ! nous sommes encore au temps où l'on coupe la main du parricide et du profanateur. " (E. Mâle) 

      — Lien typologique : Livre d'heures de Louis de Laval folio 25r :

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501620s/f57.item.zoom

      Enluminure supérieure : La Passion : sous le regard du grand prètre, trois hommes lèvent la main sur le Christ qui est assis, les yeux bandés. Banderole Isaïe 50 :6 Ego faciem non averti ab conspuentibus  (faciem meam non averti ab increpantibus et conspuentibus in me) 

      Enluminure inférieure : David face au Christ (?).  Banderole  David psaume 69(68) :[quoniam propter te sustiniu obprobium] operuit confusio faciem meam "Car c'est pour toi que je porte l'opprobe, que la honte couvre mon visage". /  Marc 14:65 : [Et coeperunt quidam conspuere eum et velare faciem eius et colaphis eum caeder et dicere ei prophetiza et] ministri alapis eum caedebant " Et quelques-uns se mirent à cracher sur lui, à lui voiler le visage et à le frapper à coups de poings, en lui disant : Devine ! Et les serviteurs le reçurent en lui donnant des soufflets".  

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      La Sibylle de Tibur, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      La Sibylle de Tibur, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      La Sibylle de Tibur selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).
      La Sibylle de Tibur selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).
      La Sibylle de Tibur selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).
      La Sibylle de Tibur selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).

      La Sibylle de Tibur selon Baccio Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481), les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).

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      II. LE RETABLE POSÉ AU DESSUS DE L'AUTEL.

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      8. La Sibylle Agrippa. Un fouet à deux lanières. Annonce la flagellation du Christ.

      — Description : Sa coiffure est un bonnet divisé en oves et cerclé d'un rang de grosses perles. Elle porte une cape à fermail (une languette et deux losanges) dont le pan gauche revient sur l'avant-bras, et une robe au col ras-du-cou et au bustier ouvert sur le devant. La ceinture, ou baudrier, est très particulier, par sa largeur, ses découpures en larges feuilles, ses poinçons et boutons, mais surtout parce que de larges lanières y sont suspendues, terminées par des glands en boutons. La Sibylle porte dans la main droite un bâton où sont accrochées deux cordes, réalisant un fouet.

      Le nom d' Agrippa est une déformation probable d'Aegypta, "l'égyptienne".

      — Baccio Baldini 1470-1478 :

      Assise sur un trône, elle montre de la main gauche le texte latin d’un livre grand ouvert sur ses genoux. On y lit : Hoc verbum invisibile tangi permittet et tan quam radices germinabit.

      —Filippo Barbieri  : Sibylla Agrippa sic ait de Christo : Invisibile verbum palpabitur et germinabit ut radix et siccabitur ut folium, et non apparebit venustas ejus et circumdabit eum alvus maternus et flebit Deus laetitia sempiterna et ab hominibus conculcabitur et nascetur ex matre ut Deus et conversabitur ut peccator.

      Selon Mâle, "le manuscrit donne quelques détails sur l'aspect et le costume de la Sibylle Agrippa : Sibylla Agrippa,  rosea vesta, cum chlamyde rosea, non multum juvenis, manum tenens in gremio quasi admirans et deorsum respiciens.

      — Prophète associé par Barbieri : Isaïe 53, 2-3.  Et ascendet sicut virgultum [...]

      — Heures de Louis de Laval folio 25v:

      "La Sibylle Agrippa porte un fouet. Au-dessus de sa tête on lit cette inscription :  Agrippa, XXX annorum. Vaticinatur de flagellatione. Invisibile verbum palpabitur. .. et conversabitur ut peccator.  Cette fois notre auteur a pensé que la phrase de Filippo Barbieri offrait un sens raisonnable. Il voulait y découvrir une nouvelle allusion à la Passion : il l'y a trouvée; mais il y a mis de la complaisance. Il est clair qu'il a traduit « verbum palpabitur » non pas par : « on pourra toucher le Verbe », mais par : « on frappera le Verbe ». Ce sens admis, il était tout naturel de donner un fouet comme attribut à la Sibylle Agrippa." (Émile Mâle)

      — Typologie des Heures de Louis de Laval folio 26r  :

      Enluminure supérieure : Flagellation du Christ lié à la colonne. Banderole Psaume 37:18 de David Ego in flagella paratus "Je suis prêt au châtiment du fouet"  

      Enluminure inférieure : David (avec sa harpe) confronté au Christ (?) avec les banderoles Ps 128:3 Supra dorsum meum fabricabantur peccatores "Sur mon dos des laboureurs ont labouré" / Matthieu 27:26  Iesum autem flagellatum tradidit eis   " Après avoir fait battre de verges Jésus".

       

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      La Sibylle Agrippa, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      La Sibylle Agrippa, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      La Sibylle Agrippa selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
      La Sibylle Agrippa selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
      La Sibylle Agrippa selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
      La Sibylle Agrippa selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.
      La Sibylle Agrippa selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.

      La Sibylle Agrippa selon Baccio Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481), les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), et Léonard Limosin vers 1535.

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      9. La Sibylle Cimmérienne : une corne (un biberon) : annonce l'allaitement de Jésus.

      — Description.

      Le bonnet est relevé autour de la tête en larges bords découpés en feuilles. Le manteau, aux pans rassemblés par un bouton sous le menton, dégage les manches bouffantes et à crevés. L'élément le plus notable est un foulard noué devant la poitrine, et la boucle d'oreille en fleur.  La corne tenue de la main droite est longue, évoquant un olifant et ressemblant à celle que tient la Sibylle Delphique de Baldini.. 

       

       

      — Baccio Baldini 1470-1478 : 

      Assise sur des nuages ignés, elle tient un livre ouvert sur ses genoux. Sa tête est ornée de deux ailes maintenues par un ruban se terminant en deux volutes.  SIbILLA CHIMICHA.Sa banderole dit In pueritia sua cum facie pulcherrima puerum nutriet suo lacte i lacte celitus misso

      Le poème est le suivant :

      Una vergina santa in pueritia

      Cholla sua faccia gloriosa ebelle

      Notrira re delelt terna milisia

      Eber dellat te suo glidara puella

      Perla chui siuedra lacta laetitia

      Sopra avittoriale lasanta istella

      E sara vicitata da choloro

       

      Heglio ferranno incensio mira eoro

      —Filippo Barbieri : 

      Sibylla Emeria (lire « Cimmeria) in Italia nata, Chimica, vestita cœlestina veste deaurata, capillis per scapulas sparsis, et juvenis, de qua Ennius ; ait : In prima facie virginis scendet puella pulchra facie, prolixa capillis, sedens super sedem stratam [nutrit puerum] , dans ei ad comedendum vis proprium, id est lac de cœlo missum.

      "La sibylle Cimmeria, née en Italie, où on la nomme "Chimica" , est vêtue d'une robe bleue et or, avec les cheveux retombants sur les épaules. Ennius en parle. Elle a dit ceci  : ".???????????

      Prophète associé par Barbieri : Joël  2, 29.: In diebus illis effundam spiritum meum "En ces jours je répandrai mon esprit"... 

      — Les Heures de Louis de Laval folio 22v

      "La Sibylle Cimmérienne a pour attribut un vase en forme de corne, qui n'est pas autre chose qu'un biberon. L'inscription dit en effet : « Sibylla Cymeria, (annorum) XIIII Vaticinatur quo modo Virgo lacte t puerum. In prima facie virginis ascendit virgo quaedam... nutriens puerum, dans ei ad comedendum lac.. C'est donc l'allaitement d'un enfant par une vierge qu'annonce la prophétie. Il faut avouer qu'il n'était pas facile de trouver un attribut pour la Sibylle Cimmérienne : avec une naïveté qui fait sourire, l'artiste imagina de lui faire porter un biberon." (Émile Mâle)

      — Typologie des Heures de Louis de Laval folio 23r :

      Enluminure supérieure : Marie allaite Jésus dans la crèche en présence de Joseph. Banderole David Psaume 101:10 Potum meum cum fletu miscebam "Je mêle des larmes à ma boisson"

      Enluminure inférieure : le prophète Isaïe confronté à saint Luc (taureau), avec les banderoles Isaïe 7:15  butyrum et mel comedet  "Il mangera de la crème et du miel"  / Luc 11:27   Beata ubera quae suxisti  "Heureuse les mamelles qui t'ont nourri".

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       La Sibylle cimmérienne, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      La Sibylle cimmérienne, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      La Sibylle Cimmérienne selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).
      La Sibylle Cimmérienne selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).
      La Sibylle Cimmérienne selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).
      La Sibylle Cimmérienne selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).

      La Sibylle Cimmérienne selon Baccio Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481), les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).

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      10. Sibylle Hellespontique tenant une grande croix. la Crucifixion.  Sur la porte du tabernacle. 

      — Description.

      Son costume est proche de celui de la Sibylle Persique. Son turban s'orne d'une fleur ou d'un nœud frontal. Même chevelure en mèches désordonnées. Courte fraise au ras du cou. Le manteau au col relevé n'est porté que sur le coté gauche, alors que le pan droit passe derrière l'épaule et est retenu par le bras opposé. Il dégage ainsi la robe bouffante sous l'épaule, se poursuivant par une manche rapportée cerclée d'anneaux d'étoffe et aux fins crevés. L'encolure de cette robe, carrée, est très basse, mettant en évidence la chemise plissée au col ornée de boutons. Sous une ceinture très haute, la robe aux plis ogivaux se mêle au pan du manteau. La croix est tenue de la main droite et repose sur l'épaule.  

      La sibylle hellespontine officiait à Dardanie, sur l'Hellespont. Née à Marpessos près de Troie, elle s’exprimait, selon Héraclite, « d’une bouche délirante, sans sourire, sans ornements, sans fards et sa voix parvenant au-delà de mille années grâce au dieu ». Elle rendait ses oracles sous la forme d'énigmes et les inscrivait sur des feuilles.

      — Baccio Baldini (1470-1480) : SIbILLA / ·ELISPONTICA.

      Assise sur un trône fait de branchages, elle tient un livre fermé et une banderole. Elle est coiffée d’un turban.  La banderole dit Ex excelso habitaculo. Respexit deus humiles et in terris novissimis diebus ex hebrea virgine nascetur

      Le poème  est le suivant  

      Nella miescola stando vidi fare

      Tanto nuna fantina grand onore

      Qual en verginita sivvol salvai

      E per divina gracia esso valore

      Discendllei evienan carnare

      Figlioi cheffia ditanto splendore

      Effie diddio svo figli volvercie

      Chettut tols econostro porranpacie

       

      — Filippo Barbieri : Sibylla Hellespontica, in agro Trojano nata, vetusta et antiqua, veste rurali induta, ligato velo antiquo [capite] sub gula circumvoluta usque ad scapulas quasi despectu de qua scribit Heraclides ; dicens : De excelsis cœlorum habitaculo prospexit Deus humiles suos. Et nascetur in diebus novissimis de virgine hebraea in cunabulis terrae. "Née dans la campagne troyenne,  vieille et très ancienne, vêtue d'une robe simple, un voile antique noué sous le menton et tombant sur les épaules. ainsi que dit  Héraclite. Elle a dit : "Du plus haut des cieux Dieu a regardé vers le bas  l'humble demeure.  Et il naîtra d'une vierge juive dans un berceau ".

      — Prophète associé "Jonas". (En réalité ce sont les paroles prononcées par Gédéon dans Juges 6:37) Ponam vellus hoc lanae in area, si ros in solo vellere fuerit, et in omni terra siccitas, sciam quod per manum meam, sicut locutus es, liberabis Israe Factumque est ita : de nocte consurgens et, expresso vellere, concham rore implevit. "Voici ce que je te demande: j'étendrai une toison de laine sur le sol de l'aire où l'on bat le blé. Si la rosée se dépose seulement sur la toison, et si tout le sol autour reste sec, je saurai que c'est par mes soins que tu veux délivrer Israël, comme tu l'as déclaré."

      On sait que ces versets sur la  toison de Gédéon ont été considérés par la tradition comme préfigurant la virginité de Marie. 

       

      ​Heures de Louis de Laval folio 27v

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501620s/f62.item.zoom

        "La Sibylle Hellespontique porte une grande croix. Et voici comment l'inscription justifie cet attribut : « Sibylla Hellespontica. L annorum. Vaticinata est de futur a Christi crucifixione. Jésus Christus nascetur de casta. Félix ille Deus ligno qui pendet ab alto. » Ici encore notre auteur a trouvé Filippo Barbieri trop peu significatif. La première phrase est de lui  ; elle se rapporte, comme d'ordinaire, à la Nativité du Christ et à la virginité de la mère. Mais cette prophétie dix fois répétée ne pouvait suffire. Notre théologien, qui voulait raconter par la bouche des Sibylles toute la Passion, avait besoin d'un texte se rapportant à la mort de Jésus-Christ sur la croix. Lactance n'en parle pas. Il eut donc recours à un passage de Sozomène, qui devait être fameux, puisqu'on le trouve également inscrit sur les stalles d'Ulm. Par cet artifice, la Sibylle Hellespontique, qui n'annonçait jusque-là que la naissance de Jésus-Christ, put encore prédire sa mort sur la croix. " (E. Mâle)

      Ma lecture : Sibilia aspontia. Annorum , L, nata in agro troyano temporibus tyu troyami~ vaticinata est de futura Christi crucifixione. Ut infra. /  Ihs Xps nascetur de casta Flelix ille Deus ligno qui pendet ab alto. 

      — Typologie : ​Heures de Louis de Laval folio 28r

      Enluminure supérieure : la Christ crucifié entre les deux larrons. Marie et Jean au pied de la Croix. Banderole Jean 12:32 Ego si exultatus fuero a terra omnia traham ad me. "Moi, quand j'aurais été élevé au dessus de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi".

      Enluminure inférieure : David devant saint Jean (sic). Banderole David Psaume 21:17 foderunt manus et pedes meos :  "Ils ont percé mes mains et mes pieds" / Luc 23:33 In loco calvariae crucifierunt : "à l'endroit appelé  "le Crâne" ils le crucifièrent."

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      Sibylle Hellespontique, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Sibylle Hellespontique, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      La Sibylle Hellespontique selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).
      La Sibylle Hellespontique selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).
      La Sibylle Hellespontique selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).
      La Sibylle Hellespontique selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).

      La Sibylle Hellespontique selon Baccio Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481), les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).

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      11. Sibylle de Cumes : un petit bassin ou un pain rond.

      — Description : Ses cheveux sont couverts par un voile mainten par un balzo au dessin soigné. Ce voile descend sur les épaules et croise devant la poitrine. Un manteau (notez la manche large terminé par un gland ou pompon) recouvre une robe au bustier ajusté et à la jupe plissée. La ceinture est ornée de découpures en forme de feuilles. La main droite retient le pan droit du manteau, et la main gauche tient une boule plus large qu'elle.

      Cette boule n'est ni le coquillage de type Porcelaine, aussi nommé  "Pucelage" ou "vulve de vierge" (Louis Réau) et qui représente la virginité de la Vierge et qui est parfois l'attribut de la Cuméenne. Ce n'est pas non plus la coupe d'or (cf. Louis de Laval), mais cela pourrait être la pierre de la prophétie de Daniel chap. 2 (cf infra). Émile Mâle note "qu'à Saint-Bertrand de Comminges (comme d'ailleurs dans le manuscrit de l'Arsenal enluminé par Jean de Montluçon, la Sibylle de Cumes, qui annonce un nouvel ordre de choses, porte à la main une sphère. Cette sphère symbolise sans doute le monde. Il se pourrait que le bassin rond (si difficile à expliquer) de la Sibylle de Cumes se soit transformé en sphère. "

      Cette Sibylle tient son nom de la ville de Cumes, près de Naples. "Elle est aussi appelée Amalthée. Elle a vécu en même temps qu’Énée et on lui accorde une vie de mille ans. Le poète Ovide raconte dans ses Métamorphoses (XIV) qu’Apollon, épris des charmes de la sibylle de Cumes, offrit de réaliser son vœu le plus cher en échange de ses faveurs. Feignant d'accepter sa proposition, elle lui demanda autant d'années de vie que sa main contenait de grains de sable. Cependant, elle n'honora pas sa promesse. Or elle avait omis de formuler son vœu de manière à conserver toujours la fraîcheur de ses vingt ans et sa main contenait un millier de grains au moment de son vœu. Apollon l'exauça à la lettre, changeant ainsi le souhait en malédiction. Elle se mit à vieillir progressivement au fur et à mesure de son interminable existence, jusqu'à demeurer toute recroquevillée dans une bouteille suspendue au plafond de sa cave. Aux enfants qui lui demandaient ce qu'elle désirait, elle répondait : « je veux mourir ». Virgile décrit la descente d'Énée aux Enfers accompagné de la sibylle de Cumes (Enéide Livre VI : 1-42-263) ; elle lui avait montré où cueillir le rameau d'or, dans les bois sur les bords du lac d'Averne, rameau qui devait lui permettre de pénétrer dans le royaume d'Hadès."

       La Cuméenne est évoquée dans les Bucoliques de Virgile (Bucolique IV 1-4), considéré comme le chantre de l'âge d'or et de l'accomplissement des siècles où le Ciel suscite sur terre une progéniture nouvelle. 

      — Baccio Baldini (1470-1480) : SIbILLA·CVMANA.

      Assise sur des nuages ignés, elle porte un bijou sur son front ; ses cheveux torsadés, entrelacés de rubans, tombent sur ses épaules. Un voile passe au dessus de son épaule droite. Elle tient un livre ouvert portant une inscription. Iam redit et Virgo redeunt saturnia regnia... Iam nova progeimes celode muttit vr alto. sur une banderole au-dessus de sa tête .

      Le poème est le suivant :

      Lutimo mie parlar pie e veracie

      Pero che giunt son gli utimi canti

      Del venimento dello re di pacie

      Dichicci salvera noi tutti quanti

      E prendrera carn umana si gli placie

      E mosterrassi umil at tutti chuanti

      Per madre prende lumil verginella

      la chual sara sopr ogni donna bella

       

      — Filippo Barbieri :

      Sibylla Cumana fuit tempore Tarquinii Prisci, scripsit de Christo haec, referente Virgilio in lib. Bucolic. in hunc modum "La Sibylle de Cumes, qui vivait à l'époque de Tarquin l'Ancien, et dont parle Virgile dans ses Bucoliques ainsi : " :

      Ultima Cumaei venit jam carminis aetas ;

      Magnus ab integro saeclorum nascitur ordo.

      Jam redit et virgo, redeunt Saturnia regna,

      Jam nova progenies cœlo demittitur alto.

      Casta, fave (sic), Lucina, tuus jam regnat Apollo.

      "Les Temps sont révolus qu'a prédits la Sibylle : 

      Les siècles, dans leur course immuable et tranquille, 
      A leur point de départ sont enfin revenus,
      Et le dernier de tous, l'Age de fer, n'est plus. 
      Déjà revient Saturne, et la Vierge immortelle 
      Abandonnant les cieux reparaît parmi nous ;
      Et les dieux, des humains cessant d'être jaloux, 
      Envoient sur notre Terre une race nouvelle.

      Un Enfant doit bientôt au jour ouvrir les yeux ; 
      Souris, chaste Lucine, à sa venue au monde : 
      L'Age d'or va renaître et sur terre et sur l'onde ; 
      Déjà règne Apollon, ton frère glorieux." (Bucolique IV trad. Henri Laignoux 1939)

       

       

       

      — Prophète associé par Barbieri  Daniel  Dan 2, 34-35. Abscissus est de monte lapis videbas ita donec abscisus est lapis sine manibus et percussit statuam in pedibus eius ferreis et fictilibus et comminuit eos  tunc contrita sunt pariter ferrum testa aes argentum et aurum et redacta quasi in favillam aestivae areae rapta sunt vento nullusque locus inventus est eis lapis autem qui percusserat statuam factus est mons magnus et implevit universam terram. "...lorsqu'une pierre se détacha sans le secours d'aucune main, frappa les pieds de fer et d'argile de la statue, et les mit en pièces. Alors le fer, l'argile, l'airain, l'argent et l'or, furent brisés ensemble, et devinrent comme la balle qui s'échappe d'une aire en été; le vent les emporta, et nulle trace n'en fut retrouvée. Mais la pierre qui avait frappé la statue devint une grande montagne, et remplit toute la terre."

       

      —Livre d'Heures de Louis de Laval folio 20v :

      "La Sibylle de Cumes porte un petit bassin couleur d'or. « Sibylla Cumana, dit l'inscription, XVIII annorunm. Videtur vaticinari de nativitate Christi in Bethleem. Ultima Cumaei venit jam carminis aetas...», etc. On reconnaît les vers de Virgile cités par Filippo Barbieri. Ces vers, nous dit l'inscription, se rapportent à la Nativité de Jésus-Christ. Mais comment cette sorte d'écuelle d'or que tient la Sibylle peut-elle symboliser la Nativité ? C'est là une véritable énigme que les contemporains eux- mêmes n'entendaient guère. Car j'ai vu souvent les artistes du XVIe siècle donner à la Sibylle de Cumes, au lieu d'une écuelle, quelque chose qui ressemble à un pain rond, fendu par le milieu. S'il fallait proposer une hypothèse, je dirais volontiers que le bassin de la Sibylle est une réduction du cuvier où les sages-femmes lavent les nouveau-nés — épisode qui, au XVe siècle encore, accompagne parfois la Nativité."

      Je lis Sibila Cumana in ytalia nata XVIII annorum que fuit tempere terquini de qua Virgilius prophetavit videtur vaticinari de nativitate Christi in Bethleem. / Ultima Cumaei venit jam carminis aetas Magnus ab integro saeclorum nascitur ordo. Jam redit et virgo, redeunt Saturnia regna, Jam nova progenies cœlo demittitur alto. Te duce si que manent sceleris vestigia mea. Irrita perpetua soluet formidine terras. Tu modo nascenti puero que fervea primum. Desmet et toto surget gens aurea mundo.

      — Typologie des Heures de Louis de Laval folio 21r  :

      Enluminure supérieure : la Nativité et l'Adoration des Bergers, avec les banderoles de Luc 2:14 : Gloria in excelsis Deo et du Psaume 25:1 de David :  Ego in innocentia mea ingressus "Je marche dans l'intégrité"

      Enluminure inférieure : Isaïe face à saint Luc avec les banderoles portant le verset d'Isaïe 9:6 : parvulus enim natus est nobis filius datus est nobis "Car un enfant nous est né, un fils nous est donné". / Luc 2:7 : Peperit filium suum primogenitum : "elle enfanta son fils premier-né."

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      Sibylle de Cumes, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Sibylle de Cumes, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      La Sibylle de Cumes selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), les émaux de Léonard Limosin..
      La Sibylle de Cumes selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), les émaux de Léonard Limosin..
      La Sibylle de Cumes selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), les émaux de Léonard Limosin..
      La Sibylle de Cumes selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), les émaux de Léonard Limosin..
      La Sibylle de Cumes selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), les émaux de Léonard Limosin..

      La Sibylle de Cumes selon Baccio Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481), les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard), les émaux de Léonard Limosin..

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      12. La Sibylle Persique tenant sa lanterne .

      — Description : Même coiffure à balzo, même visage rond, mêmes cheveux en mêches mi-longues, même fraise courte autour du cou, même chemise à col rond et serré que beaucoup de ses consœurs. L'ample manteau fait retour vers le poignet droit. Un bustier à décolleté carré sur une jupe plissée. La Sibylle tient une lanterne dans la main gauche et foule un serpent sous le pied gauche.

      La Sibylle Persique est la fille de Berosos et d’Erymanthé et on la nomme parfois Sabbé

      — Baccio Baldini 1470-1478 : 

      Assise dans un jardin, coiffée d’un hennin, elle tient un livre ouvert sur ses genoux et fait un geste de la main droite. L'inscription indique Ecce filius dei bellua equitans dominus universi cuiusque gentium salutis virgine erit et fiet nobis hoc verbum palpabile.

      — Filippo Barbieri (1481) :  Sibylla Persica vestita veste aurea cum vélo albo in capite dicens sic : Ecce bestia conculcaberis et gignetur Dominus in orbe terrarum, et gremium virginis erit salus gentium et pedes ejus erunt in valitudine [sic] hominum. "La Sibylle Persique est vêtue d'une robe dorée avec sa tête couverte d'un voile blanc, et elle proclame : ".Voici que le serpent sera foulé sous ton talon, que le Seigneur sera enfanté sur le globe de la terre, et le sein de la Vierge deviendra le salut du monde ; le verbe invisible sera palpable ."

      — Prophète associé par Barbieri :  Osée 13:14.  De manu mortis  liberabo eos de morte redimam eos ero mors tua o mors ero morsus tuus inferne consolatio abscondita est ab oculis meis "Je les rachèterai de la puissance du séjour des morts, Je les délivrerai de la mort. O mort, où est ta peste? Séjour des morts, où est ta destruction? Mais le repentir se dérobe à mes regards!"

      — Heures de Louis de Laval  folio 17v :

       "On va voir clairement ce que l'artiste (aidé sans aucun doute d'un lettré) a emprunté à Lactance, ce qu'il a emprunté à Filippo Barbieri, et enfin ce qu'il a imaginé. Au-dessus de la Sibylle Persique on lit une inscription ainsi conçue : « Sibylla Persica, XXX annorum, cujus mentionem facit Nicanor. » — Et d'abord nous reconnaissons que cette indication précise : « la Sibylle Persique, dont Nicanor fait mention », est empruntée à Lactance. Sous les pieds de la Persique il y a une autre inscription. Cette fois c'est la Sibylle qui parle et elle dit : « Ecce bestia conculcaberis et gignetur Dominus in orbe terrarum et gremium virginis erit salus gentium... » Il ne nous faudra pas longtemps pour nous apercevoir que ce sont les propres paroles que Filippo Barbieri assigne à la Sibylle Persique. — Mais voici quelque chose de tout nouveau : la Persique porte à la main une lanterne et foule aux pieds un monstre. D'où viennent ces attributs? — Ils sont une invention de l'artiste, ou plutôt de son collaborateur le théologien. On lit, en effet, au-dessus de la tête de la Sibylle cette explication : Videtur [Persica) vaticinari de futuro salvatore gentium sub nubilo. « La Persique semble annoncer le Sauveur sous un nuage. » L'oracle est obscur, en effet, et, pour exprimer que la lumière en est comme voilée, l'artiste a remis aux mains de la Sibylle une lanterne d'où filtre une vague lueur. Quant au monstre que la Persique foule aux pieds, c'est la bête dont parle l'oracle : « Ecce bestia conculcaberis. » Un dernier détail semble encore de l'invention de notre théologien. L'inscription, en effet, donne à la Sibylle un âge précis : elle a trente ans. Il n'y a rien de pareil ni dans Lactance ni dans Filippo Barbieri. Ce dernier, toutefois, pouvait mettre sur la voie de cette bizarre imagination. Il dit, en effet, à deux ou trois reprises, que telle Sibylle est vieille et telle autre jeune; mais jamais il n'a eu l'idée d'assigner à ses prophétesses un âge déterminé. "(E. Mâle) 

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501620s/f47.vertical

      — Typologie des Heures de Louis de Laval : folio 18r.

      Enluminure supérieure : la Vierge à l'Enfant apparaissant à Abraham et à la sibylle de Perse. L'Enfant tient la banderole du verset Jean 8:58 Antequam Abraham fuit ego sum : " Jésus leur dit: En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis.".

      Enluminure inférieure : David confronté à saint Jean. David  tenant sa harpe tient la banderole du verset 5 du Psaume 82   Intellexerunt in tenebris ambulant. "[Ils n'ont ni savoir] ni intelligence. Ils marchent dans les ténèbres.". Jean tenant le calice de poison présente la banderole de Jean 1 Lux in tenebris lucet. "La lumière luit dans les ténèbres, [ et les ténèbres ne l'ont point reçue]". 

      — Voir aussi : Le Mistère du vieil testament, éd. J. de Rothschild, SATF, t. VI, 1891, p. 215 Cité par D. Hüe.

      sibilla persica
      Ung temps viendra que le serpent despit
      Se mussera au centre de la terre;
      Vaincu sera sans avoir nul respit;
      Le Filz de Dieu luy viendra faire guerre. 49150
      Lors le serpent sera tenu en serre,
      Car la Vierge son filz germinera,
      Puis descendra pour nostre salut querre;
      En ce monde sa lumiére estandra.

       

       Le lien qui unit cette Sibylle Persique avec la statue de la Vierge foulant la démone de l'église de Brennilis est évident.

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      Voici d'à bord la Sibylle Persique(fig.i 34). On va voir clairement ce que l'artiste (aidé sans aucun doute d'un lettré) a emprunté à Lactance, ce qu'il a emprunté à Filippo Barbieri, et enfin ce qu'il a imaginé.

      Au-dessus de la Sibylle Persique on lit une inscription ainsi conçue : « Sibvlla Persica, XXX annorum, cujus mentionem facit Nicanor. » — Et d'abord nous reconnaissons que cette indication précise : « la Sibylle Persique, dont Nicanor fait mention », est empruntée à Lactance 3 . Sous les pieds de la Persique il y a une autre inscription. Cette fois c'est la Sibylle qui parle et elle dit : « Ecce bestia conculcaberis et gignetur Dominus in orbe ter- rarum et gremium virginis erit salus gentium... » Il ne nous faudra pas long- temps pour nous apercevoir que ce sont les propres paroles que Filippo Barbieri assigne à la Sibylle Persique. — Mais voici quelque chose de tout nouveau : la Persique porte à la main une lanterne et foule aux pieds un monstre. D'où viennent ces attributs? — Ils sont une invention de l'artiste, ou plutôt de son collaborateur le théologien. On lit, en effet, au-dessus de la tête de la Sibylle cette explication : Videtur [Persica) vaticinari de futuro salvatore gentium sub nubilo. « La Persique semble annoncer le Sauveur sous un nuage. » L'oracle est obscur, en effet, et, pour exprimer que la lumière en est comme voilée, l'artiste a remis aux mains de la Sibylle une lanterne d'où filtre une vague lueur. Quant au monstre que la Persique foule aux pieds, c'est la bête dont parle l'oracle : « Ecce bestia conculcaberis. » Un dernier détail semble encore de l'invention de notre théologien. L'inscription, en effet, donne à la Sibylle un âge précis : elle a trente ans. 11 n'y a rien depareil ni dans Lactance ni dans Filippo Barbieri. Ce der- nier, toutefois, pouvait mettre sur la voie de cette bizarre imagination. Il dit, en effet, à deux ou trois reprises, que telle Sibylle est vieille et telle autre jeune; mais jamais il n'a eu l'idée d'assigner à ses prophétesses un âge déterminé. -

      Voici d'à bord la Sibylle Persique(fig.i 34). On va voir clairement ce que l'artiste (aidé sans aucun doute d'un lettré) a emprunté à Lactance, ce qu'il a emprunté à Filippo Barbieri, et enfin ce qu'il a imaginé.

      Au-dessus de la Sibylle Persique on lit une inscription ainsi conçue : « Sibvlla Persica, XXX annorum, cujus mentionem facit Nicanor. » — Et d'abord nous reconnaissons que cette indication précise : « la Sibylle Persique, dont Nicanor fait mention », est empruntée à Lactance 3 . Sous les pieds de la Persique il y a une autre inscription. Cette fois c'est la Sibylle qui parle et elle dit : « Ecce bestia conculcaberis et gignetur Dominus in orbe ter- rarum et gremium virginis erit salus gentium... » Il ne nous faudra pas long- temps pour nous apercevoir que ce sont les propres paroles que Filippo Barbieri assigne à la Sibylle Persique. — Mais voici quelque chose de tout nouveau : la Persique porte à la main une lanterne et foule aux pieds un monstre. D'où viennent ces attributs? — Ils sont une invention de l'artiste, ou plutôt de son collaborateur le théologien. On lit, en effet, au-dessus de la tête de la Sibylle cette explication : Videtur [Persica) vaticinari de futuro salvatore gentium sub nubilo. « La Persique semble annoncer le Sauveur sous un nuage. » L'oracle est obscur, en effet, et, pour exprimer que la lumière en est comme voilée, l'artiste a remis aux mains de la Sibylle une lanterne d'où filtre une vague lueur. Quant au monstre que la Persique foule aux pieds, c'est la bête dont parle l'oracle : « Ecce bestia conculcaberis. » Un dernier détail semble encore de l'invention de notre théologien. L'inscription, en effet, donne à la Sibylle un âge précis : elle a trente ans. 11 n'y a rien depareil ni dans Lactance ni dans Filippo Barbieri. Ce der- nier, toutefois, pouvait mettre sur la voie de cette bizarre imagination. Il dit, en effet, à deux ou trois reprises, que telle Sibylle est vieille et telle autre jeune; mais jamais il n'a eu l'idée d'assigner à ses prophétesses un âge déterminé. -

      La Sibylle Persique, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      La Sibylle Persique, autel du bas-côté Sud, église Notre-Dame de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      La Sibylle Persique selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).
      La Sibylle Persique selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).
      La Sibylle Persique selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).
      La Sibylle Persique selon Baccio  Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481),  les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).

      La Sibylle Persique selon Baccio Baldini (1470-1480), Filippo Baldieri (1481), les Heures de Louis de Laval (avec la page de typologie en regard).

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      DISCUSSION. LES SIBYLLES ET L'IMMACULISME.

      L'un des vitraux les plus singuliers de Brennilis représente sainte Anne portant en son ventre la Vierge sous forme d'une petite fille dorée et irradiante, avec les inscriptions Sainte Conception et Chaste Mariage : il s'agit d'un manifeste incontestable en faveur de la conception immaculée de Marie, point théologique qui n'est pas alors un dogme, mais fait l'objet d'âpres discussions entre "maculistes" (proche des Dominicains) et "immaculistes" (proches des Franciscains). Or, à bien y regarder, le développement de l'iconographie des Sibylles au XVe et XVIe siècle semble bien appartenir à un courant immaculiste. Dès lors, la présence des 12 Sibylles de Notre-Dame de Brennilis s'intégrerait dans un programme iconographique non seulement marial, mais aussi liée à ce courant. Voici quelques arguments.

      1. Datation.

      Une datation précise de ces 12 Sibylles de Brennilis serait utile pour ouvrir cette discussion. On sait (pierre de fondation) que l'église, alors chapelle tréviale de Loqueffret, a été fondé en 1485, que le chœur et le transept ont été vitrés vers 1492-1498 (baie 1 et 2), ou après 1500 (baie axiale), que la statue de Notre-Dame de Breac-Ellis a été datée vers 1575 par Christine Prigent. Le créneau vraisemblable pour les panneaux des Sibylles se situerait selon ces données d'activité d'aménagement de l'église entre 1500 et 1575. 

      Un autre indice concerne les autres Sibylles d Finistère (cf. Annexe). La poutre de gloire de Lampaul-Guimiliau date entre 1533 (fondation de l'église) et 1599. Les panneaux du chancel de Saint-Herbot datent "de la seconde moitié du XVIe siècle" (R. Couffon) .

      Enfin les costumes portés par les Sibylles peuvent donner des informations. Les fraises qui entourent leur cou sont courtes, correspondant à la mode entre 1530 et 1550.

      2. Source iconographique.

      Si on admet un créneau de datation vers  1530-1550, les artistes menuisiers (huchiers)  pouvaient s'inspirer des modèles développés à partir des gravures des livres d'heures de Simon Vostre, facilement disponibles. Ceux-ci reprennent eux-mêmes la systématisation mise en place par Jean Colombe pour Louis de Laval.

      3. Influence des Sibylles florentines de 1471.

      Comme Émile Mâle l'a souligné, le renouveau du thème des Sibylles, et l'augmentation de leur nombre à douze, est survenu en Italie et notamment à Florence à l'occasion de la représentation d'un Mystère de l'Annonciation (Sacre rappresentazioni dell'Annunciazione di Nostra Donna). Le texte avait été rédigé par l'écrivain pieux Feo Belcari, un membre de l'entourage de Laurent le Magnifique. Ce mystère fut joué à Florence, en 1471, à l’occasion de la visite du duc Galeazzo Maria Sforza. Dans le texte qui nous est parvenu, texte publié en 1872 par Alessandro d’Ancona Rappresente della Annunziazione di Feo Belcari in Sacre rappresentazioni dei secoli xiv, xv, xvi, Firenze, 1872, t. I, p. 167-182,  un ange invite les prophètes et les sibylles à dire ce qu’ils savent du Sauveur promis aux hommes par Dieu et à révéler sa miraculeuse naissance. C’est par des couplets de huit vers prophétiques qu’ils s’expriment, en alternance (deux prophètes, une sibylle). Puis l’ange Gabriel, envoyé par Dieu, annonce à la Vierge qu’elle enfantera le Sauveur. Les sibylles se nomment Eritrea, Sofonia, Persica, Pontica, Samia, Micchea, Osea, Cumana, Tiburtina, Zaccheria.  

      Le Mystère s'achève par les paroles de l'Annonciation (Ave Maria Gratia Plena Dominus Tecum ...) suivies par un chant entonné par Gabriel. Il débute par les mots Vergine santa immacolata e pia , "Vierge sainte, immaculée et pieuse". 

      La Sainte Représentation montre donc comment la virginité de Marie et son rôle dans le plan du Salut a été annoncé au peuple hébreu par les prophètes et aux païens par les Sibylles, pour se conclure par une affirmation de sa  conception immaculée.

      C’est ce mystère que le graveur florentin Baldini a « illustré » vers 1470-1480, gravant sous chaque personnage les vers correspondants. Ceux-ci font allusion à l’avènement du Verbe, Fils du Père, né d’une vierge juive, à sa mort, à sa résurrection. Ils qualifient le Messie de Soleil naissant, de Clef de David, de Miroir sans tache, d’Étoile divine, de Roi des rois, de Sauveur, de Roi de la paix, de Bon Berger, de Salut des nations, d’Emmanuel (« Dieu est avec nous »). Ils insistent sur la virginité de la Mère du Sauveur et évoquent le Démon vaincu.  Mais dans les gravures de Baldini, le nombre des figures représentées est supérieur à celui des prophètes et des sibylles évoqués dans le texte, ce qui est expliqué par Gisèle Lambert ainsi  : ce genre de spectacle s’enrichissant en effet au fur et à mesure de ses représentations, Baldini s’est probablement inspiré de sa forme définitive, postérieure à celle qu’a découverte Alessandro d’Ancone. Certains historiens ont également envisagé une autre source littéraire – qui reste à découvrir –, commune à Belcari et à Baldini. 

      Certaines sibylles sont communes au mystère et aux gravures : les sibylles de Perse, de Samos, de Cumes, de Tibur, de l’Hellespont et la sibylle d’Érythrée ; le texte est identique pour la sibylle persique, présente quelques variantes pour celles d’Érythrée et de Samos ; il diffère pour les sibylles de Cumes, de l’Hellespont, de Tibur.

      En somme, à Florence vers 1470, une série de douze Sibylles a été définie, chacune avec son nom, sa présentation iconographique, et surtout sa prophétie fortement orientée vers l'annonce de la Vierge comme Mère du Sauveur. 

       

      4. Influence des Heures de Louis de Laval. Première organisation de la série sybilline.

      Le concepteur des Heures de Louis de Laval-Châtillon (son chapelain Sébastien Mamerot ?) a organisé pour la première fois la série de 12 Sibylles italiennes (Baldini et Barbieri) dans une séquence cohérente déterminée par les épisodes de la Vie de la Vierge et de la Passion du Christ. La présentation en double page associe étroitement chaque prophétesse avec un événement évangélique, et offre à la dévotion individuelle (celle sur laquelle repose la lecture d'un livre d'Heures) un support mnémotechnique spatial et temporel (cf.  Frances A. Yates 1987, L'Art de la mémoire ) aidé par le choix d'attributs simples, spécifiques (auparavant, les sibylles portaient indifféremment le livre de leur prophétie et levaient l'index vers le ciel) et expressifs. Les douze Sibylles traçaient ainsi un parcours de méditation et de participation émotionnelle (comme, plus tard, les 12 stations des Chemins de croix) et leur ensemble s'ajoutaient aux séries numériques énumérées dans les chapelles : 12 apôtres du Credo apostolique, 12 prophètes du Credo prophétique, 8 à 12 panneaux de la Vie de la Vierge ou des Passions des vitraux du Finistère, etc...

      .

      5. Les Heures de Louis de Laval et leur postérité, et la thèse immaculiste.

      J'ai déjà signalé que Louis de Laval s'est fait représenter dans ces Heures au folio 51r, sous l'inscription AVE MARIA GRATIA PLENA DOMINUS  agenouillé devant la Vierge à l'Enfant elle-même sous l'inscription SANCTA ET IMMACULATA VIRGINITAS.

      À la mort de Louis de Laval le 21 août 1489, les précieuses Heures furent léguées par ce dernier à Anne de Beaujeu, fille du roi Louis XI et épouse du duc  Pierre II de Bourbon, dont il était un proche. Elles passérent ensuite en possession de la fille d'Anne, Suzanne de Bourbon et de son époux Charles III de Bourbon, connétable de France. Or,  les Bourbons, et notamment  Anne de Beaujeu et son époux sont bien connus pour leurs convictions immaculistes, comme en témoignent, dans leur Collégiale de Moulins, le triptyque de Jean Hey et le vitrail très particulier de l'Arbre de Jessé. Le culte de sainte Anne est, par l'intermédiaire de l'épisode du Baiser sous la Porte Dorée, étroitement lié à la défense de l'idée d'une conception sans relation charnelle, et donc sans tache, de la Vierge ; aussi les prénoms d'Anne et de Suzanne (fille d'Anne de Beaujeu) sont-ils à remarquer. 

      Dans la thèse de Julien Abed, "La Parole de la sibylle. Fable et prophétie à la fin du Moyen Âge", un ultime chapitre  intitulé « La sibylle, la Vierge et la reine » étudie le lien qui a uni le personnage des sibylles aux reines de France.

      " La communication politique propre au royaume de la fleur de lys a utilisé la sibylle pour propager l’image d’une vierge mère d’un héritier royal. On en trouve des traces dans l’Épître à Marie d’Orléans de François Villon datée de 1457, mais elle s’épanouit surtout à la fin du Moyen Âge avec Anne de Beaujeu [...] ou Louise de Savoie (mère de François Ier), qui ont toutes entretenu, par la commande de livres d’heures, de tapisseries ou d’ouvrages pro-féminins, l’écho des paroles sibyllines. Une rivalité de maternité royale entre ces deux dernières pourrait expliquer deux manuscrits de processions sibyllines trouvés à la Bibliothèque nationale, où l’annonce par douze sibylles de la naissance d’un enfant-Sauveur dans le sein d’une Vierge pourrait signifier l’apparition d’un héros dans la Famille de France, image terrestre de la Sainte Famille."

      En poursuivant les réflexions sur les relations privilégiées entre les Heures de Louis de Laval et le couple Anne de Beaujeu / Pierre de Bourbon, on ne peut manquer d'être frappé par le fait que ce couple est le commanditaire des vitraux réalisés entre 1507 et 1513 par Arnaud de Moles de la cathédrale d'Auch et qu'ils y figurent en médaillon en baie 4 : 

      http://www.mesvitrauxfavoris.fr/index_htm_files/Auch%20et%20les%20Sibylles.pdf

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b7741843h.r=&rk=386268;0

      On trouve :

      Baie 2 : Noé. L'Annonciation annoncée par une sibylle tenant un rameau fleuri. La sibylle d'Érythrée.

      http://phototheque-peuriot-ploquin.com/piwigo/picture.php?/3253/categories

      Baie 3 : la Sibylle de Samos tenant un berceau. Inscription « Sibyla  Samie  / Vingt et quatre ans eut quand elle dis." au dessus de la Nativité. 

      http://phototheque-peuriot-ploquin.com/piwigo/picture.php?/3258/categories

      Baie 4 . Au tympan, Sibylle Persique tenant une lanterne face au prophète Elie.  Anne de Beaujeu et son mari en médaillon.

      Baie 6 : Sibylle Libyque tenant un cierge entre Moïse et Enoch. Registre inférieur : la sibylle de Tibur montrant la Vierge et l'Enfant à l'empereur Auguste. 

      http://phototheque-peuriot-ploquin.com/piwigo/picture.php?/3260/categories

      Baie 8 : La Sibylle Europe tenant une épée entre Josué et  et le prophète Amos. Registre inférieur : la Fuite en Égypte.

      http://phototheque-peuriot-ploquin.com/piwigo/picture.php?/3262/categories

      Baie 13 : la Sibylle Agrippa tenant un fouet, entre Jérémie et Nahum. Registre inférieur : la Flagellation. 

      http://phototheque-peuriot-ploquin.com/piwigo/picture.php?/3248/categories

      Baie 14. Sibylle Cimmérienne tenant une corne entre Daniel et  Saint Matthieu. Registre inférieur : Daniel dans la fosse aux lions.

       http://phototheque-peuriot-ploquin.com/piwigo/picture.php?/3259/categories

      Baie 16 : Sibylle de Tibur   tenant une main coupée, avec l'inscription SIBILLE TIBURTINE. Esdras et Abacuc. Chapelle de la Passion.

      http://phototheque-peuriot-ploquin.com/piwigo/picture.php?/3251/categories

      Baie 17 Chapelle de l'Ascension Sibylle de Delphes tenant la couronne d'épines. Registre inférieur : le couronnement d'épines.

      Baie 18 : inscription :Le 25 juin 1513 furent achevées les présentes vitres en l'honneur de Dieu et de Notre-Dame.

      On retrouve donc non seulement les mêmes attributs que dans les Heures de Louis de Laval, mais aussi la même association aux épisodes de la vie de la Vierge et du Christ. Enfin, les époux de Beaujeu se sont fait représenter sous la sibylle Persique, la première de la série de Louis de Laval, celle qui foule le serpent et annonce la conception immaculée de Marie. 

      Jean Robertet, le duc et la duchesse de Bourbon.

      Enfin, l'un des "Sibyllologues" du XVIe siècle fut le grand rhétoriqueur Jean Robertet (mort en 1502 ou 1503), qui rédigea Les Ditz prophétiques des Sibylles (ou "Ce sont les douze sibylles" ou "poeme des douze sebilles"), publié dans la Nef des Dames Vertueuses de Symphorien Champier paru en 1503 (Son nom est cité au au colophon f.58 :" Les Oracles sibyllins sont traduits du grec en latin par Lactance, traduits en français et commentés par S. Champier et J. Robertet." ) Voir les folio 14-15 où sont gravées les figures de quatre Sibylles, dont l'une avec sa corne et l'autre avec sa fleur. . Or, non seulement Jean Robertet est connu pour ses Heures, enluminées par Fouquet et par Jean Colombe (comme celles de Louis de Laval), mais aussi  il fut notaire, bailli d'Usson  secrétaire et conseiller  du duc de Bourbon (en 1461) à la cour de Moulins puis secrétaire et valet de chambre du roi Louis XI, et greffier de l'Ordre de Saint-Michel. Margaret  Zsuppàn, qui a publié les Oeuvres critiques de Robertet, pense qu'il a écrit les Douze Sebilles pendant qu'il était au service d'Anne de France (Anne de Beaujeu, duchesse de Bourbon). Les poèmes furent écrits après la parution du livre de Barbieri, et ils trouvent leurs sources dans Barbieri et dans Lactance. Voir Oeuvres, page 140-147. Chaque poème est suivi d'une longue glose  et illustré par la gravure d'une Sibylle stéréotypée, soit l'index levé, soit tenant une corne dressée, soit tenant une fleur, sans distinction spécifique. Les Sibylles sont traitées page 14-15 et pages 58 à 73. Les poèmes de Robertet occupent les pages 70 à 71 et sont titrés  Les dits prophetiques des sibilles tires du latin et composes par feu messire iehan robertet en son vivant notaire et secretaire du roy nostresire et de monseigneur de bourbon greffier de l'ordre et du parlement delphinal. En marge de chaque poème est copié le texte oraculaire de Barbieri.  On trouve ensuite  page 72-73 une liste nommée Cy après comencent les ditz des prophetes avec aultres ditz des sibilles concordans ausditz prophetes avec la citation des oracles selon Barbieri et la concordance Sibylle/Prophète de cet auteur : Osée, De manu fortis liberabo eos  Persica Jérémie XIII. Libica Jérémie XXXI. Delphica -Joél II. Emeria -Ezéchiel XLIIII, etc...

      En résumé cet ouvrage de 1503 montre 1) le rôle de la cour ducale de Moulins dans la diffusion du thème des Sibylles. 2). L'influence déterminante du livre de Filippo Barbieri. 3). Des relations probables entre Robertet et Louis de Laval, et des artistes (J. Colombe) et poètes (J. Robertet) sur les Heures de Louis de Laval. 

       : 

      Extrait :

      Sebille Libie

      Du pais fuz extraicte qui s'apelle Libie ;

      Des choses advenir parlay moult en ma vie ;

      Je diz que Jhesuscrist nostre jou osteroit

      A noz colz importable, et nous delieroit

      Des loix et des liens violens et iniques :

      Ainsi le treuve l'en mes ditz prophétiques.

       

      Sebille Erithrée

      Je fuz dicte Sebille, par surnom Erithrée,

      Par mes livres trouvez dedans celle contrée :

      En Babillon fuz née où je feiz mainct dicté

      Des choses à venir, selon la vérité

      Du jugement le signe, terre en sueur madante ;

      aussi diz que du ciel le Roy feroit descente

      Et seroit à toujours par tous ciecles durable

      Oncques aucteur n'escrist chose plus veritable.

       

      Sibylle Cumane ou Almathée

      De Cumes fuz native , cité belle en Champaigne ;

      en Italie fuz aux Sibilles compaigne ;

      Almathea mon nom estoit, ainsi se treuve.

      A Tarquinus Priscus neuf livres feiz d'espreuve

      Pour savoir gouverner Rome en choses doubtables,

      Parquoy furent escriptz les decretz veritables.

       

      Sibille Agrippe.

      Je fus Sibille Agrippe nommée par droit nom :

      De mes dis prophetaulx par tout est grand renom.

      De l'Incarnation du verbe, dieu palpable,

      En visibilité j'escripts mains mots notables.

      Que mes livres a leu entendra le mistère

      Comment je prédisoye que Dieu naistroit de mère

      Joinct à humanité et aprés mainte peine

      Requérant à tousjours en gloire souveraine.

      .

      5. Les Sibylles et la Fête aux Normands. 

      a) Le Triomphe des Normands de Guillaume Tasserie.

      Si le culte de l'Immaculée Conception est chère au duc et à la duchesse de Bourbon, il l'est d'avantage encore aux Normands, qui les premiers ont institué en France une fête de la Conception de la Vierge Marie  le 8 décembre, rapidement nommée "La fête aux Normands",  et qui ont organisé à Rouen un concours (un "puy") de poésie de louange de cette conception sans tache. Ce sont les champions acharnés de cette cause. Il est donc significatif qu'en 1474 ait été composé et joué, sans-doute à Rouen, le Mystère de l'Incarnation et Nativité de Notre-Sauveur,  où la Sibylle de Tibur apparaît dès les premières pages pour prédire la venue du Messie, mais bien plus encore que Guillaume Tasserie ait écrit et ait fait joué en 1499 le  Le Triomphe des Normans composé par Guillaume Tasserie traictant de la Immaculée Concepcion Nostre Dame .

      Ce Triomphe a été composé pour la Confrérie de  l'Immaculée Conception ou Puy des Palinods de Rouen. Longtemps  inédit, il a été publié en 1908 par Pierre Le Verdier à partir du manuscrit de la Bibliothèque Nationale,  français, 24315. Son auteur Guillaume Tasserie  obtint,en 1490, à Rouen, le prix du chant royal pour sa pièce à la palinode, 
      Belle sans si en sa conception, qui se termine par l'envoi 
      Gentilz Normans, soyés donc curieux 
      De festiver en grand devosion 
      Le sainct concept de la Royne des cieux, 
      Belle sans si. 

      Cette formule Belle sans sy (sans pareil) en sa conception se retrouve avec une variante (Seule en sy) comme un slogan de la cause immaculiste sur le vitrail (vers 1540) de Marie entourée des symboles bibliques de Conches. Elle dit de manière condensée que la Vierge fut la seule du genre humain à échapper au Péché Originel, fatalement transmis selon Saint Augustin à tout enfant né de la concupiscence des parents, du désir sexuel et de l'acte de chair.

      Premier lauréat du chant royal  aux concours de 1490 et 1491, Guillaume Tasserie n'eut que le second prix  en 1493, 1495, et 1498. Couronné cinq fois, il fut élu prince, en 1499. C'est l'un des champions de l'Immaculée Conception. 

      Or, dans son Triomphe des Normans, 8 des 12 Sibylles sont citées par "Autorité", et les textes  prophétiques latins qui leur sont attribués comportent quasiment tous  le terme virgo "Vierge". Ces sibylles sont nommées   Tiburema, Erichia, Libica, Samica, Eleponna,  Delphica,  Cumana,  et Frigia. : 

      AUCTORITÉ. 

      0 tres elegant et tres sage, 
      Rendant justice en tout passage, 
      Roy erigé tres ardument,
      En parler doy je aucunement ? 
      Enseigner si grand personnage 
      Non pensant enseigner Minerve !
      Mais puis qu'il vous plaist que je serve 
      En bon et juste tesmoignage,  
      Je diroy touchant ce passage, 
      Sans estre a ce faire proterve. 
      La commune voix la renomme 
      Mere du Saulveur, Dieu et homme. 
      Saincte Eglise en chante Pulcra
      Es et decora filia

      Jerusalem; ainsi la nomme 
      Electa ut sol, toute belle, 
      Pulcra ut luna, elle est telle! 
      Oncques son corps ne macula, 
      Car elle est de mer clere estelle. 
      Dieu de toutes vertus l'arma, 
      Car plus que les aultres l'ama, 
      Qui sont polués en leurs conceptz.
      Ezechiel en dit : princeps 
      ipse sedebit in ea. 
      Plus,Ysaïe a compilé 
      Quod lignum imputribile
      Elegit suam.
      Pour quoy doncques
      Qu'il n'y eust villainye quelconques 
      En l'âme, est impossible. 
      0 felix, namque es sacra
      Piissima virgo Maria, 

      Beneuree sur toute femme,
      Puis que saincte Eglise la fame 
      Omni laude dignissima. 
      Plus, Sibilla Tiburema 
      Prophetisant du temps futur 
      Escript ainsi Firmabitur
      Consilium in celo 
      Et annuntiabitur virgo
      in terris.
      Ainsi en parla 
      Item Sibila Erichia 
      In novissimis diebus
      Nascetur Deus et agnus
      De virgine hebraïca.

      Item, Sibila Libica 
      Qui pleine de grace fut moult, 
      Escript en ce point videbunt
      Omnes regem vinctum 
      Et virgo tenebit illum

      Voire, in gremio domina 
      Gentium.
      Item Sibila 
      Samica,
      in hoc modo
      Parlant d'elle sedit virgo
      Pulcra nutriens puerum

      Quem gentes vocabant Jhesum
      Et Sibille Eleponna 
      Christus nascetur ex casta

      Felix ille deus ligno 
      Vinctus qui pendet ab alto
      Item, Sibila Delphica 
      A dit : Nascetur propheta

      Absque mari et de sancta

      Virgine Maria
      Item, Sibila Cumana
      Parlant comme les aultres font :
      Jam redit virgo, redeunt

      Que saturnia regna
      Item Sibila Frigia 
      Christus annuntiabitur

      In Nazaret et nascetur

      In Betleem terra Juda
      Felix mater, et cetera.

      Aultrement voions en registre 
      De Genese le tiers chapitre 
      Ponam inimicicias inter te et mulierum Et ipsa conteret caput tuum

       

      b) Les Heures de la tres sacrée Conception  Nostre Dame de Guillaume Tasserie.

      Encore un mot à propos de Guillaume Tasserie. Il est l'auteur d'Heures, dans lesquelles il traduit en poésie française les oraisons de l'office de la Conception de la Vierge. Ces Heures de 24 folio portent le nom de l'incipit : « Ensuit les Heures de la tres sacrée Conception Nostre Dame, composée par maistre Guillaume Tasserie ».  Bibliothèque Sainte-Geneviève Ms. 2734 / 4 (fol. 24 vo) Début : « Domine, labia mea... » « Dame sans per, vierge tres pure et munde... » Fin :« Contre noz ennemys rebelles. » « Oroson : Toute belle dame, etc... »http://www.calames.abes.fr/pub/#details?id=BSGC10414

      http://bvmm.irht.cnrs.fr/consult/consult.php?mode=ecran&panier=false&reproductionId=13492&VUE_ID=1362313&carouselThere=false&nbVignettes=4x3&page=1&angle=0&zoom=petit&tailleReelle= 

       Or, parmi les 4 enluminures  de ce bref manuscrit, celle des folio 15 et 16 (double page) représente la Vierge, au centre de rayons dorés et  foulant un dragon,  entourée de banderoles proclamant ses louanges :

      Ab initio et ante secula creata sum (Livre de la Sagesse XXIV)

      Felix es, sacra virgo et omni laude dignissima

      Tota pulchra es amica mea et macula non es in te

      Ipsa conteret caput tuum (Genèse 3)

      Omnes in Adam peccaverunt.

       

      .Dans le registre inférieur, Dieu le Père portant la tiare et le sceptre est entouré d'un prophète(ou d'un clerc) et d'une femme qui ressemble à une Sibylle. Deux banderoles portent des textes illisibles par moi..

      .

      Heures de la tres sacrée Conception  Nostre Dame de Guillaume Tasserie. Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 2734, f. 025v-026
      Heures de la tres sacrée Conception  Nostre Dame de Guillaume Tasserie. Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 2734, f. 025v-026
      Heures de la tres sacrée Conception  Nostre Dame de Guillaume Tasserie. Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 2734, f. 025v-026

      Heures de la tres sacrée Conception  Nostre Dame de Guillaume Tasserie. Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 2734, f. 025v-026

      Heures de la tres sacrée Conception  Nostre Dame de Guillaume Tasserie. Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 2734, f. 025v-026
      Heures de la tres sacrée Conception  Nostre Dame de Guillaume Tasserie. Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 2734, f. 025v-026

      Heures de la tres sacrée Conception  Nostre Dame de Guillaume Tasserie. Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 2734, f. 025v-026

      .

      ANNEXE.

      .

      1°) Les gravures de Baccio Baldini (d'après Gisèle Lambert)

      http://books.openedition.org/editionsbnf/1365

      La suite de trente-six gravures de Baccio Baldini, Les Prophètes et les Sibylles, eut un large  succès et une large diffusion, par des états, des interprétations, des copies. Les gravures sont accompagnées de textes : huit vers gravés dans la marge inférieure, auxquels s’ajoutent parfois des inscriptions indispensables à la compréhension de l’ensemble.

      Les huit vers en italien correspondent à des extraits du texte d’une « Sacra rappresentazione » du mystère de l’Annonciation, attribuée au poète florentin Feo Belcari ; la première édition en parut à Florence, sans nom d’auteur, à la fin du XVe siècle.

      https://archive.org/details/bub_gb_ZTjxnHHEHGgC

      http://www-personal.usyd.edu.au/~nnew4107/Texts/Fifteenth-century_Florence_files/Belcari_Annunciation.pdf


      Pour l’iconographie des sibylles, Baldini a dû s’inspirer des représentations mêmes (aspect, costumes, attributs) du mystère, dont les figures nous sont connues par un ouvrage de Filippo Barbieri, paru en 1481, les Discordantiae nonnullae. Cet ouvrage, consacré en grande partie aux sibylles, les décrit telles qu’on pouvait les voir sur scène à l’époque ; un manuscrit de la bibliothèque de l’Arsenal (Ms. 243) en fait une description encore plus proche des figures gravées par Baldini.  E. Mâle, « Une influence des mystères sur l’art italien du xve siècle », Gazette des Beaux-Arts, 1906, 1, XXXV, p. 8994.

       Ces ouvrages pourraient avoir pour source les fresques du palais Orsini où, peu avant 1438, le cardinal Orsini fit peindre une suite de sibylles maintenant disparue.

      Quant à son inspiration artistique et technique, interprétant ou copiant partiellement les attitudes des personnages,(Citons, pour les prophètes, Jacob, Habacuc, Aggée, Isaïe, Ézéchiel, Amos, Obadia, Malachie) Baldini l’a trouvée en grande partie dans les séries des Apôtres (assis et debout) et dans la suite des Quatre Évangélistes du graveur allemand, le Maître E. S. Les expressions des visages, très variées, sont plus personnalisées et elles retiennent l’attention. On constate aussi des emprunts à Schongauer et une influence très marquée de l’art bourguignon. Baldini modifie parfois certains détails pour que ses compositions reflètent le goût florentin, ainsi par exemple remplace-t-il les sièges gothiques nordiques par des trônes. Plusieurs estampes ont cependant un caractère spécifiquement italien.

      La suite des Prophètes et les Sibylles sera interprétée dans une série gravée au burin, « en manière large », attribuée à Francesco Rosselli, datée des environs de 1485-1490.

      La série des sibylles fut copiée en contrepartie par un anonyme, dans une technique proche de la « manière fine », probablement à Florence, à la fin du XVe siècle (H. I, F. 7). Ces gravures, grossièrement exécutées, ne sont pas comparables à la série en manière large de Rosselli.

      La série des Sibylles se compose de douze gravures d’un état unique. 181 x 111. Le Cabinet des estampes en possède une série complète.Elles sont datées vers 1470-1475, selon Hind, Levenson, Oberhuber ; vers 1475-1480, selon Zucker.

       

      2°) Les plaques émaillées de Léonard Limosin.

      Il s'agit d'un ensemble de 48 plaques de 22 cm sur 10 cm dont 21 sont conservées à Baltimore et 20 au Musée de la Renaissance du château d'Écouen. Représentant les apôtres, sibylles et prophètes, elles proviennent de l'église du couvent Santa Maria Della Celeste à Venise et ont été réalisées par Léonard Limosin ( Limoges 1505-1575) vers 1535. J'ai utilisé les images de la Réunion des Musées Nationaux : 

      http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks?k=Sibylle+limosin

      Voir les prophètes associés :

      http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/leonard-limosin_le-prophete-jeremie_email-peint

      http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/leonard-limosin_le-prophete-moise_email-peint

       

       

      3°) Les sibylles dans les manuscrits et les livres imprimés.

      "Ces Sibylles d'un aspect si nouveau, que nous avons rencontrées pour la première fois dans le livre d'Heures de Louis de Laval, ne tardèrent pas à se montrer dans d'autres manuscrits français." E. Mâle

      • Livre de prières de l'Arsenal enluminé par Jean de Montluçon, qui eut peut-être sous les yeux les Heures de Louis de Laval  .
      • Sibyllae et prophetae de Christo Salvatore vaticinantes  (Les sibylles et les prophètes annonçant le Christ sauveur). Ce manuscrit est probablement issu de l'atelier de l'enlumineur français Jean Poyer (1445-1504 environ) de Tours. Cette œuvre est composée de 25 grandes enluminures : une représentation de l'arche de Noé et des enluminures réparties sur 12 doubles-pages. Le côté gauche de chaque double-page représente une des sibylles associée, à droite, à une scène de la vie du Christ et l'histoire du salut qu'elle aurait annoncé. Les scènes sur la droite sont accompagnées d'un prophète de l'Ancien Testament et d'un évangéliste. Le manuscrit fut vraisemblablement acquis par l'électeur Maximilien Ier de Bavière (1573-1651), plus en tant qu'œuvre d'art qu'en tant qu'ouvrage. À ce titre, il fut conservé dans la collection d'art de l'électeur. Il n'intégra la BSB Bibliothèque nationale de Bavière qu'en 1785. Les 25 pages sont extrêmement semblables aux pages correspondantes des Heures de Louis de Laval. https://www.wdl.org/fr/item/8969/view/1/13/

         

      • Le Missel à l'usage de Paris Bibliothèque Mazarine Ms 0412, daté vers 1492. Le folio 017 montre 12 médaillons des Sibylles en marge pour la messe de Noël et donc associées à la Nativité. Les Sibylles déroulent la banderole portant leur oracle. On y trouve "Sibilla helespontina" ('De excelso celorum habitaculo prospexit deus humiles suos et nascetur in diebus novissimis de virgine hebrea in cunabulis terre') ; "Sibilla cumana" ("Magnus ab integro seclorum nascitur ordo...",)."Sibilla phrigia" ("Ex olimpo veniet et firmabitur consilium in celo et annunciabitur virgo in vallibus desertorum"),  "Sibilla tiburtina" ('Nascitur chritus in bethleem, annunciabitur in nazareth, regnante thauro pacifico fundatore quietis. O felix illa mater...') ; "Sibilla agrippa" ("Invisibile verbum palpabitur...") ; "europa" ('Veniet ille et regnabit in paupertate et dominabitur in silencio et egredietur de utero virginis') ; "Sibilla erithrea" ("In ultima etate humiliabitur deus... et iacebit in feno agnus"; "Sibilla samia" ('Ecce veniet dives et nascetur de paupercula et bestie terrarum adorabunt eum clamabunt et dicent laudate eum in atriis celorum') ; "Sibilla delphica" ("Nascetur propheta absque matris coitu ex virgine eius") ; "Sibilla chimica" ("In prima facie virginis ascendet puella..."); "Sibilla persica" ("Ecce bestiam conculcaberis et gignetur dominus in orbem terrarum et gremium virginis erit salus gentium") ; "Sibilla libica" ("Ecce veniet dies...") . Le Folio 151 en marge d'un cycle pour Pâques montre une représentation liée à la Résurrection  avec l'inscription  "Sibilla" ("Et morte morietur tribus diebus somno suscepto et cum resurrectionis principio revocatis ostenso").
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      Mazarine Ms 0412 http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=CONTXT&VALUE_98=%27un%20cycle%20en%20marge%20pour%20No%EBl%20%27&DOM=All

       

       

       

       

       

       

       

       

       

       

       

       

       

       

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      •  Livre d'heures de la duchesse de Bourgogne, Adélaïde de Savoie » XVe siècle,  Chantilly Musée Condé  n°1362  folio 21r   La Vierge et l'Enfant, en gloire et les sibylles . Six Sibylles : Persique, de Cumes, de Phrygie, Europe, Agrippa et Lybique , avec les oracles selon Barbieri (cf leur relevé par J. Bouissounouse page 27). 

        Copyright http://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CO5PCD0NLR2L

      http://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CO5PCD0NLR2L

       

       

       

       

       

       

       

       

       

       

       

       

       

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      • les Heures de René II de Lorraine, qui furent peintes dans les premières années du XVIe siècle
      •  les Heures de Vérard,
      • et bientôt après dans les Heures de Simon Vostre : Heures a lusaige de Poitiers, 1508 .

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8408426/f46.item.r=Heures%20vostre.zoom

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8408426/f48.item.r=Heures%20vostre.zoom

      Les Heures à l'usage de Rouen de Simon Vostre. Liste des sibylles et attribut et prophétie

      https://books.google.fr/books?id=prcEAAAAQAAJ&pg=RA2-PA65&lpg=RA2-PA65&dq=sibylle+frigea&source=bl&ots=uaqIPDGrj2&sig=2gazRzQ1xZGBV0E69RJDW26ahv4&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjQz-mV7NLPAhXjIsAKHYDRAOIQ6AEIJzAC#v=onepage&q=sibylle%20frigea&f=false

      En 1586, Jean Dorat a publié Sibyllarum duodecim oracula ex antiquo libro latine. / per Joan. Auratum,... ; et gallice per Claud. Binetum edita... / Les oracles des douze sibylles, extraicts d'un livre antique / mis en vers latins par Jean Dorat,... ; et en vers françois par Claude Binet...avec les figures tirés des vieux exemplaires par Jean Rabel Bnf Res. Y B 60

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k720315 

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      4°) Dans les vitraux, sculptures et peintures.

      Les principales séries de Sibylles en France sont "toutes contemporaines de Louis XII ou de François Ier (É. Mâle): 

      • Clamecy (Nièvre), portail occidental de l'église 
      •  Autun, retable dit Noli me tangere de la cathédrale
      • Saint-Bertrand de Comminges, stalles en bois (1537) ; 
      • Beauvais, cathédrale (vantaux du portail nord ; claire-voie vitrée sous la rose du nord, orgue, 1532),
      • Beauvais, église Saint-Étienne (boiseries);
      • Dreux, portail (après 1524) 
      •  Bordeaux, portail de l'église Saint-Michel.
      •  Aix, portes de la cathédrale commandées au sculpteur Guiramand en 1509 ;
      • Auch, vitraux (1513) et stalles ;
      • Saint-Mâurille-des-Ponts-de-Cé, stalles provenant de la Haye-aux-Bonshommes ;
      • Gaillon, stalles, aujourd'hui à Saint-Denis (vers 1510) ;
      • Noyon, cathédrale (sculpture d'une des chapelles) ; 
      • Château-Thierry, buffet d'orgues (avant 1538) ; 
      • Chambly (Oise), panneaux sculptés de la tribune 
      • Saint-Ouen de Rouen, vitraux de la nef (fin du XV° siècle). 
      •  Sibylles du vitrail de Notre-Dame d'Étampes, baie 9, œuvre de l'école de Fontainebleau. Vers 1555. Elles  n'ont pas d'attributs. Elles portent des cartouches qui contiennent les prophéties de Barbieri ou de Lactance. Seule la Sibylle de Tibur porte un texte dont l'origine est inconnue. 
      • église priorale Notre-Dame de Cunault (Maine-et-Loire), fresques accompagnées d'inscriptions tirées du Livre d'Heures de Simon Vostre
      • Brou, tombeau de Philibert le Beau.

      5°) Les sibylles du Finistère (d'après Y-P. Castel, 2000)

      •  Brennilis, autel au sud,
      •  Plonévez-du-Faou, église de Saint-Herbot, chancel, côté du chœœur,  
      • Lampaul-Guimiliau,au revers de la poutre de gloire, de part et d'autre d'une Annonciation centrale.  assises de face ou de profil chaque Sibylle porte à Lampaul un livre qui est ouvert pour cinq d'entre elles et fermé pour les sept autres. Il s'agit évidemment du livre de la prophétie émise par chacune d'entre elles. Les attributs des Sibylles de Lampaul sont dans la tradition française du Livre d'heures de Louis de Laval déjà cité.
      • Roscoff, garde-corps de la tribune de l'orgue. Sept bas-reliefs : Cimmérienne, Européenne à allure d'homme, Tiburtine, Delphique, Persique, Agrippa, Hellespontique. 
      • Pleyben, croisée de transept. Le couvre-joint des arêtes du lambris de la croisée porte, appliquées, seize statuettes diverses. Les Sibylles, au nombre de cinq sont l'Européenne, la Samienne, la Libyque, l'Erythréenne et Agrippa.

      • Guimiliau, 1. Aux angles de la chaire à prêcher, la présence de la Cimérienne reconnaissable au biberon en forme de corne laisse à penser que les quatre autres belles statuettes mutilées et désormais privées de leurs attributs distinctifs, la cinquième n'ayant d'ailleurs plus ni visage ni poitrine, représentaient des Sibylles.

      • Guimiliau, 2. Dans le chœoeur, derrière l'autel trois bas-reliefs Renaissance : Cimérienne ( ?), Erythréenne et Persique.

      • Irvillac, chapelle de Coatnan. Quatre Sibylles.  Les attributs ne suivent la tradition de Lampaul que pour la seule Delphique (SI : DELPHICA). La Persique, (SI : PERSICA) prend la croix de la Résurrection. La Phrygienne (SI : PHRYGIA) porte l'épée. L'Hellespontique (SI : HELLESPONCA) tient le bouquet fleuri de l'Erythréenne.

      • Le Faou, église de Rumengol, stalles du chœœur, trois Sibylles : " Sibie " (sic), " Delphiqua " et " Persica ".

      • La Martyre, au bas de la première colonne dans le chœœur. On croit distinguer la Cimmérienne avec le biberon en forme de corne parmi les douze allégories féminines au milieu desquelles les vertus théologales.

      • Plabennec, chapelle de Locmaria-Lan, mur intérieur. Trois Sibylles, Cimérienne, Samienne, Libyque.

      • Plouzévédé, église Notre-Dame de Berven. Trois Sibylles en bas-relief, sur le rabat du volet gauche du retable de la Vierge : Cimérienne, Samienne, Erythréenne.

      Toutes ces Sibylles sont ciselées dans le bois. La majorité est traitée en bas-reliefs.

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      SOURCES ET LIENS.

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      Sur les Sibylles.

      — EL ENIGMA DE LA SIBILA

      https://sites.google.com/site/omnedecus/Home/art/el-enigma-de-la-sibila

      — HÜE (Denis), 2004, La Sibylle au théâtre, in Sibylle, parole et représentation, Presses Universitaires de Rennes p. 177-195 http://books.openedition.org/pur/30366

      — Dans les vitraux :

      http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm5601/sibylles.php

      Baie 12 d'Ervy-le-Chatel (Aude), v1515 : 

      http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm8601/eg_StP@Ervy_12.php

      — Article de Wikipédia

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Sibylle

      https://it.wikipedia.org/wiki/Sibilla

      —ABED ( Julien) 2010, La Parole de la sibylle. Fable et prophétie à la fin du Moyen Âge, thèse de doctorat préparée sous la direction de Mme Jacqueline Cerquiglini-Toulet, soutenue le 13 mars 2010 à l’université Paris-Sorbonne.

      https://peme.revues.org/85

      —ABED ( Julien), 2007, "Une à la douzaine : le statut du personnage de la sibylle dans le BnF fr 2362 "in Façonner son personnage au Moyen Âge Chantal Connochie-Bourgne, Coll. Sénéfiance, Presses Universitaires de Provence,  pages 9-19 http://books.openedition.org/pup/2255?lang=fr

      — BARBIERI (Filippo de) [Philippus de Barberiis] [Filippo Barberio], 1481,  [Discordantiae sanctorum doctorum Hieronymi et Augustini, et alia opuscula] ([Reprod.]) / [Philippus de Barberiis] , Bnf, Gallica :

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531

      BELCARI (Feo), « Sacra rappresentazione » du mystère de l’Annonciation. Ce mystère fut joué à Florence, en 1471, à l’occasion de la visite du duc Galeazzo Maria Sforza. la première édition en parut à Florence, sans nom d’auteur, à la fin du xve siècle.

      https://archive.org/details/bub_gb_ZTjxnHHEHGgC

      http://www-personal.usyd.edu.au/~nnew4107/Texts/Fifteenth-century_Florence_files/Belcari_Annunciation.pdf  

      — BOUISSOUNOUSE (Jean), 1925, Jeux Et Travaux D'apres Un Livre D'heures Du XV Siecle  : Livre d'heures Chantilly n°1362 « Livre d'heures de la duchesse de Bourgogne, Adélaïde de Savoie » Xve siècle folio 21r :La Vierge et l'Enfant, en gloire et les sibylles.  Paris 1925, Reprints Slatkine Genève 1977.

      https://books.google.fr/books?id=ZUq0Pgh2ye8C&dq=%22livre+d%27heures%22sibylles&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

       

       —CASTEL (Yves-Pascal), 2006, "Les 70 sibylles du Finistère", Bulletin de la Société Archéologique du Finistère - T. CXXXV - 2006 pages 201 et suivantes

      http://patrimoine.dufinistere.org/art2/index.php?art=ypc_sibylles 

      — CLERC (C de ), 1979, "Quelques séries italiennes de Sibylles", Bulletin de l'Institut historique belge de Rome, fasc. 48-49 pages 105-127.

      — CHAMPIER (Symphorien), 1503, "Les prophéties, dits et vaticinations des Sibylles, translatés de grec en latin par Lactance Firmian", 3ème partie de  La nef des dames vertueuses

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k79103w/f124.item.zoom

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k79103w/f31.vertical

      — GIUSTINIANI (Giulia), 2014 « Gli esordi critici di Emile Mâle : la tesi in latino sulle sibille »,Mélanges de l’École française de Rome - Moyen Âge 

       http://mefrm.revues.org/1527 

      — HEURES DE LOUIS DE LAVAL , avant 1489,  Horae ad usum romanum Bnf Latin 920. 

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501620s/f42.item

       

      — KRIEGER (Denis), Autour des vitraux d'Arnauld de Moles à la cathédrale Sainte-Marie d'Auch

      (un dossier iconographique sur les Sibylles)

      http://www.mesvitrauxfavoris.fr/index_htm_files/Auch%20et%20les%20Sibylles.pdf

       —LAMBERT (Gisèle), Les premières gravures italiennes =  Les gravures de Baccio Baldini : une suite de 24 prophètes et 12 Sibylles .

      http://books.openedition.org/editionsbnf/1365

      LE VERDIER, (Pierre Jacques Gabriel,) 1884, Mystère de l'incarnation et nativité de Notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ : représenté à Rouen en 1474, publié d'après un imprimé du XVe siècle Société des bibliophiles normands

      https://archive.org/stream/mysteredelincarn01leve#page/n69/mode/2up

      — MÂLE  (Émile), 1925,  L'art religieux de la fin du Moyen Age en France  : étude sur l'iconographie du Moyen Age et sur ses sources d'inspiration  3e éd., rev. et augm. / Paris : A. Colin ,  p. 254-279.

      https://archive.org/stream/lartreligieuxde00ml#page/252/mode/2up

      https://archive.org/stream/lartreligieuxde00ml/lartreligieuxde00ml_djvu.txt

      — MÂLE  (Émile) , 1899, Quomodo Sibyllas recentiores artifices repraesentaverint [Texte imprimé] / E. Mâle,.. / Parisiis : E. Leroux , 1899  

      — MONTEIRO (Mariana), 1905, As David and the Sibyls says. A sketch of the Sibyls and the sibylline oracles  

      https://archive.org/details/asdavidsibylssay00montrich

      — PASCUCCI (Arianna), 2011, L'iconografia medievale della Sibilla Tiburtina in Contributi alla conoscenza del patrimonio tiburtino, Vol. VIII, Liceo classico statale Amedeo di Savoia di Tivoli, 2011,

       http://www.liceoclassicotivoli.it/Pascucci_Sibilla_Tiburtina_2011.pdf

      https://www.academia.edu/9789364/Liconografia_medievale_della_Sibilla_Tiburtina_di_Arianna_Pascucci_Tivoli_2011

      —RÉAU (Louis), Iconographie de l'art chrétien, II, Iconographie de la Bible, Ancien Testament, p. 420-430.

      — ROBERTET (Jean), Œuvres. Édition critique par Margaret Zsuppán, Genève, Droz; Paris, Minard (Textes littéraires français, 159), 1970, 208 p.

      https://books.google.fr/books?id=3Kn4gp0HSEQC&dq=Jean+Robertet,+%C5%92uvres.&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

       

      — ROESSLI (Jean-Michel), 2002,  Catalogues de sibylles, recueil(s) de Libri Sibyllini et corpus des Oracula Sibyllina Remarques sur la formation et la constitution de quelques collections oraculaires dans les mondes gréco-romain, juif et chrétien Jean-Michel Roessli (Université de Fribourg, Suisse)  in E. NORELLI (ed.), Recueils normatifs et canons dans l'Antiquité. Perspectives nouvelles sur la formation des canons juif et chrétien dans leur contexte culturel. Actes du colloque organisé dans le cadre du programme plurifacultaire La Bible à la croisée des savoirs de l'Université de Genève, 11-12 avril 2002 (Lausanne, 2004; Publications de l'Institut romand des sciences bibliques 3), p. 47-68

       

      http://www.concordia.ca/content/dam/artsci/theology/profiles/jean-michel-roessli-catalogues-sibylles.pdf

      — ROESSLI (Jean-Michel) , 2007 « Vies et métamorphoses de la Sibylle », Revue de l’histoire des religions :

      http://rhr.revues.org/5265

      Sibyllae et prophetae de Christo Salvatore vaticinantes - BSB Cod.icon. 414 (1490-1500) http://bildsuche.digitale-sammlungen.de/index.html?c=viewer&lv=1&bandnummer=bsb00017917&pimage=00017917&suchbegriff=&l=fr

      — TASSERIE (Guillaume), 1499  Le Triomphe des Normans composé par Guillaume Tasserie traictant de la Immaculée Concepcion Nostre Dame

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k424472s

      Le Triomphe des Normans traictant de la Immaculée Conception Nostre Dame est un mystère qui fut joué en 1499. Une seule copie de ce texte nous est parvenue, dans un manuscrit ayant appartenu jadis au Duc de la Vallière. La mise en ligne et la mise en page ont été assurées par Denis Hüe à l’Université Rennes

      2http://www.sites.univ-rennes2.fr/celam/cetm/triomphe/triomphe.html

      — Tractatus Zelus Christi, Venise 1592

      https://books.google.fr/books?id=eItlAAAAcAAJ&pg=PA44-IA1&lpg=PA44-IA1&dq=ensem+nudum+sibylla&source=bl&ots=mmZ9XSX-Hd&sig=mpqSs1Y5_ou3a9KrWaEIqX-w4eo&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiS4_Ghx8nPAhXnDsAKHeLyAXEQ6AEIHDAA#v=onepage&q=ensem%20nudum%20sibylla&f=false

       

      — Description des sibylles de la rosace de la cathédrale de Beauvais par Jean et Nicolas Le Prince 1537 : 

      https://archive.org/stream/beauvaissacathd00pihagoog#page/n95/mode/2up/search/sibylle

       

      —Sur l'église de Brennilis :


       

      — Topic-topos : http://fr.topic-topos.com/les-douze-sibylles-brennilis

      — Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

       http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

      — Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

      — ABGRALL, (Jean-Marie) 1904 Notice sur Brennilis, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 :

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

      — ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, Ar. de kerangal, Quimper pages 283-284.

      https://archive.org/stream/architecturebre00abgrgoog#page/n317/mode/2up/search/brennilis

       

      — COMBOT (recteur de Brennilis), 1856, Note sur l'église de Brennilis,  cité dans BDHA 1904.

      — COUFFON , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

       http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

       PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

       

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      Published by jean-yves cordier - dans Brennilis. Sibylles
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      22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 22:03

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      Le maître-autel et le retable datent du XVI-XVIIème siècle. Le retable du maître-autel comprend sept panneaux en bas-relief consacrés (comme le vitrail qui l'éclaire)  à la Vie de la Vierge: au centre l'Assomption ou couronnement de la Vierge et latéralement,  l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, l'Annonce aux bergers , l'Adoration des Mages, la Présentation au Temple.

       Ces bas-reliefs sont séparés par six statuettes couronnées de dais à découpures flamboyantes. On peut reconnaître saint Roch, saint Jean l'Evangéliste, saint Jacques le Majeur et saint Paul, apôtre ; un   saint plus difficile à déterminer. ; et enfin saint Fiacre, volé.

      Par rapport à la description princeps du chanoine Abgrall en 1904, l'ordre des panneaux a été modifié, et ne respecte plus aujourd'hui  la chronologie de la Vie de la Vierge

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      Retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Partie gauche du retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Partie gauche du retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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       Le retable du maître-autel est composé de panneaux anciens, ayant conservé leur peinture primitive.

      L'  Annonciation. Entre saint Roch et saint Jean.

      : La Vierge, agenouillée sur un prie-Dieu, est toute troublée de la salutation de l'ange et se détourne pour lever vers celui-ci des yeux presque effrayés. Elle porte un manteau bleu doublé d'hermines. Un vase symbolise son utérus qui resta intact, et trois lys blancs sont les figures allégoriques de sa triple virginité. L'ange Gabriel apparaît dans une nuée ; d'une main il tient un sceptre et de l'autre une banderole très déliée qui fait plusieurs enroulements et sur laquelle on lit : Ave Maria Dominus tecom (sic). Dans un angle du haut, on voit le Saint-Esprit.

      Saint Roch, qui est invoqué contre la peste et toute épidémie équivalente, est figuré en pèlerin de Compostelle avec son chapeau, son bourdon, sa besace, sa pèlerine. Il montre les plaies ou bubon de peste de sa jambe droite.

      Saint Jean l'évangéliste (pieds nus comme tout apôtre ; blond ; sans barbe ; manteau rouge à revers vert) bénit de la main droite et tient le calice contenant le poison.

      Annonciation, retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Annonciation, retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Nativité.

      Nativité : L'Enfant-Jésus est étendu sur un panier d'osier garni d'un peu de paille. La Vierge et saint Joseph (nimbé, coiffé d'un chaperon rejeté en arrière)  sont agenouillés devant lui ; entre eux se trouve un petit ange en adoration. A l'arrière-plan, on voit le boeuf et l'âne s'alimentant à leur mangeoire. La crêche est traitée  comme un bâtiment de briques rouges et de briques grises, à baies cintrées dans lequel l'abbé Abgrall reconnaissait  les ruines de l'ancien palais de David. Notez la colonne centrale dans l'axe du Christ.

      La statuette montre un pèlerin, identifié comme Saint Jacques le Majeur malgré l'absence d'autre attribut caractéristique que le bourdon. Le livre et les pieds nus le désignent comme un apôtre. Il tient un chapelet à treize grains.

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      Nativité, retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Nativité, retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      L'Adoration des Mages.

      On retrouve la  Vierge au manteau bleu doublé d'hermines ; assise, elle tient l'Enfant sur ses genoux,  Joseph, tête découverte, debout derrière elle, tient, bizarrement, un livre. Melchior, le premier Mage, ayant déposé sa couronne, est agenouillé devant l'Enfant-Jésus et offre l'or. Gaspar qui offre l'encens est accompagné d'un page. Balthasar, tête noire,  couronne en tête, présente la myrrhe.

      A droite les colonnes jumelles spiralées où s'enroule la pampre sont typiques des retables baroques bretons.

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      Adoration des Mages, retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Adoration des Mages, retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      L'Assomption et le Couronnement.

       C'est le panneau qui sert de porte au tabernacle. La Vierge, debout sur un nuage, est entourée de cinq anges vêtus de longues robes, qui la touchent à peine, pour la faire monter au ciel. Les deux anges du haut déposent une couronne sur sa tête. Outre ces anges, on voit encore six ou sept têtes de chérubins.

      A droite, deux autres colonnes spiralées bleu et or.

      Assomption et Visitation, retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Assomption et Visitation, retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Assomption, retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Assomption, retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Visitation.

       La Vierge, la tête découverte et sans voile, entre chez sa cousine Elisabeth qui s'agenouille devant elle. Derrière celle-ci s'avance Zacharie, dont la tête est coiffée d'un capuchon pointu : frappé de mutité, il sera guéri lorsqu'il aura pu écrire le nom de l'enfant que porte Elisabeth : "Jean".

      La statuette de droite est celle d'un apôtre (pieds nus ; un livre). Son épée l'identifie comme saint Paul.

       

       

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      Visitation, retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Visitation, retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Partie droite du retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Partie droite du retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      L'Annonce faite aux bergers.

       L'Ange apparaît aux bergers : L'ange est debout au milieu d'un nuage ; il tient une banderole portant ces mots : Gloria in excelsis Deo. Autour de lui, pour indiquer la troupe angélique, on a placé des têtes de chérubins. Un berger tenant une cornemuse fait un geste d'étonnement. Un autre, assis,  montre le ciel. Le troisième tient une houlette et écarte les bras. Ces gestes et ces accessoires sont bien codifiés dans l'iconographie (cf. Grandes Heures d'Anne de Bretagne).

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      La statuette est celle d'un apôtre tenant une hampe : saint Philippe ? 

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      retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Présentation au Temple et Rencontre de Siméon.

       L'abbé Abgrall, puis René Couffon,  y voyaient à tort une Circoncision, mais il s'agit de la Purification de la Vierge, avec l'offrande du couple de tourterelles (dans le panier posé sur l'autel), et de la Présentation de l'Enfant au Temple.   Le prêtre sacrificateur  tient l'Enfant-Jésus par le biais d'un linge. Les deux personnages que Jean-Marie Abgrall décrit, par une singulière méconnaissance du texte évangélique (Luc 2:28-38) et de l'iconographie,  comme assesseurs du prêtre, (" semblant être des lévites") sont bien-sûr le vieux Siméon qui, ayant été averti par l'Esprit Saint, s'est rendu au Temple et y reconnaît en l'enfant le Sauveur dont il attend la venue ; et la prophétesse Anne, fille de Phanuel. Siméon lève la main et va prononcer son fameux cantique Nunc Dimittis "Maintenant laisse partir (ton serviteur)".

      Comme quoi il faut même se méfier des meilleurs auteurs (je parle d'Abgrall).

      Statuette de droite : volée ! 

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      Présentation au Temple, retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Présentation au Temple, retable du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Un meuble placé à droite de l'autel.

       

      Il est typiquement Renaissance, avec ses personnages en buste sortant des médaillons au dessus de rinceaux, de candélabres, d'oiseaux et d'enfants nus.

      Meuble latéral à droite du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Meuble latéral à droite du maître-autel, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      SOURCES ET LIENS.

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      Sur l'église de Brennilis :


       

      — Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

      http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

      — Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

      — ABGRALL, (Jean-Marie) 1904 Notice sur Brennilis, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 :

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

      — ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, Ar. de Kerangal, Quimper pages 283-284.

      https://archive.org/stream/architecturebre00abgrgoog#page/n317/mode/2up/search/brennilis

      AncreAncre  — COMBOT (recteur de Brennilis), 1856, Note sur l'église de Brennilis,  cité dans BDHA 1904.

      — COUFFON , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

       PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

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      Published by jean-yves cordier - dans Brennilis.
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      22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 21:23

      Notre-Dame de Breac-Ellis en l'église de Brennilis, une "Vierge à la Démone".

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      Tous mes remerciements et mon admiration à Marie-Thérèse Klaus, qui nous a guidé avec brio et humour lors des Journées du Patrimoine 2016 dans son église, qu'elle fait visiter depuis 18 ans!.

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      — Sur l'église de Brennilis, voir :

       

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      —Voir d'autres Vierges à la démone de Bretagne dans les articles suivants :

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      Contexte.

      L'église Notre-Dame est une ancienne chapelle tréviale de Loqueffret qui n'est devenue église paroissiale qu'en 1849. Une inscription en lettres gothiques à droite du maître-autel en indique la date de fondation en 1485, correspondant au règne du duc François II (de 1458 au 9 septembre 1488). Si la commande (sans-doute par le fabricien)  et la réalisation de la statue sont un peu postérieures à la date de fondation (car les vitraux datent de 1495-1510 environ), cela correspondrait alors au règne d'Anne de Bretagne soit comme duchesse, soit comme reine de France à partir de 1499. 

           La famille noble qui revendiquait sa prééminence sur cette chapelle était alors celle des Berrien, mais on estime que Henri de Berrien était décédé vers 1482. Son épouse Louise du Juch (dont on ignore la date de décès) exerça-t-elle une influence sur les choix concernant cette chapelle?  Leur fille Marie avait une quinzaine d'année, et c'est l'oncle, Roland de Berrien, recteur de Pleyben, qui offrit ( entre 1492 et 1498)  le vitrail de la baie du transept nord. Plus tard, Marie de Berrien épousera vers 1500 Olivier II de Quélen baron du Vieux-Chastel, et le couple fera apposer leurs armoiries sur ​la verrière d'axe consacrée à la Vie de la Vierge.  

      Datation.

      Niche et statue ont été classées à titre d'objet Mh le 12/04/1914 et datées par la notice des Mh de 1485 (date de la fondation de l'église). 

       http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=REF&VALUE_98=PM29000059

       

       

      Pourtant, Christiane Prigent, éminente spécialiste de la statuaire mariale, citée par H. Amemiya, écrivait :

      Le type de vêtement de la Vierge ..."l'apparente aux Vierges voisines (également en bois) de l'église et de la chapelle Saint-Tudec en Poullaouen ; schéma utilisé à la chapelle de Lannelec en Pleyben (statue en pierre, [vers 1578]). [...] Le type de décor utilisé dans les volets et certains détails vestimentaires (tenue de l'ange) se rencontrent sur des œuvres postérieures à 1575 (chapelle de Berven en Plouzévédé, ancien diocèse de Léon) ; cette date pourrait correspondre à l'exécution de la statue par comparaison avec la Vierge de de la chapelle de Lannelec en Pleyben. Et l'ensemble (niche + statue) serait contemporain des panneaux de l'enfance du Christ ornant le maître-autel utilisant des schémas identiques à ceux des ateliers morlaisiens dans leur seconde période de production."

      J'adopte donc cette datation : vers 1575 . Ce qui change beaucoup de chose.

      La statue a été restaurée en 1956 par Mr Hurtret, ébéniste à Nesles-la-Vallée (Seine-et-Oise), et plus récemment en  2012 ; elle mesure 1,90 m (ou 2,10 m selon H. Amemiya). Je décrirai d'abord la Vierge, et ensuite les volets avec leurs quatre panneaux.

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      Situation.

      Comme de très nombreuses églises et chapelles bretonnes, l'église Notre-Dame de Brennillis  honore la sainte patronne éponyme par une statue placée à droite de l'autel du chevet, dans une niche à volet. 

       L'église de Brennilis est construite sur un plan associant une nef à quatre travées et bas-cotés avec un chevet plat, très en faveur en Basse-Bretagne. Le mur du pignon est percé d'une baie ogivale à quatre lancettes (8 panneaux de la Vie de la Vierge) qui éclaire le chœur et son autel. Ce dernier est encadré par deux niches en bois, abritant à droite la Vierge à l'Enfant, et à gauche sainte Anne éduquant Marie. Tout cet ensemble est donc consacré à la Vierge, mais nous verrons qu'il s'agit d'un culte d'apparition récente, marqué par l'insistance sur la notion de la conception — sans péché — de Marie par sa mère Anne. 

      Cette insistance est loin d'être isolée puisque cette statue n'est que l'une des "Vierge à l'Enfant foulant une représentation semi-humaine" de Bretagne, et dont Hiroko Amemiya a recensé 52 exemples encore conservés, dont 13 dans des Arbres de Jessé, 4 dans des niches à volets, et 15 sur un croissant de lune. 

       

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      Chœur de l'église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Chœur de l'église de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Description de la statue.

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      On remarque d'abord la fraicheur des couleurs de la niche sculptée, le caractère juvénile de Marie, et l' élégance de son maintien, légèrement cambré et discrètement hanché. La Vierge est couronnée, ses cheveux longs et blonds encadrent le fin visage au front épilé, aux sourcils affinés,  aux pommettes rosies, et aux yeux songeurs. Le manteau bleu retenu par un fermail doré s'évase à sa droite en une large courbe, alors que le pan de gauche est gracieusement retenu entre l'annulaire et l'auriculaire gauche, selon un schéma souvent retrouvé (par ex : Notre-Dame de Quillidoaré ; chapelle de Lannelec à Pleyben). 

      La robe est dorée, unie, mais la peinture porte des marques circulaires autour de la poitrine, limitant le contour d'une sorte de bustier ou signalant quelques fronces. L'encolure est d'un tissu bleu ciel qui se retrouve sur les avant-bras, mais la manche droite est exubérante, ou bien supporte un linge de la même couleur qui sert d'appui au pied droit de l'enfant. L'Enfant-Jésus figure comme Sauveur du Monde, bénissant et tenant le globe. Il porte une robe bleue à motif floral et revers doré au poignets. Comme sa Mère, il regarde au loin.

      La Vierge est debout, ses pieds chaussés de souliers bruns posés sur un croissant de lune couleur argent. Par ce détail, elle est assimilée à la Femme de l'Apocalypse ou Mulier Amicta Sole (Femme vêtue de soleil) Ap. 12:1-17, celle qui donne naissance à un enfant mâle qui doit "mener toutes les nations avec un sceptre de fer" et qu'un dragon tente d'avaler. Cette assimilation a été développée par le théologien rhénan Rupert de Deutz et par saint Bernard de Clairvaux dans son Sermon pour l'octave de l'Assomption  :  

      "N'est-elle pas la femme de l'Apocalypse qu'enveloppe le soleil ? Je veux bien que la suite de cette vision prophétique prouve qu'il s'agit là de l'Église actuelle ; mais on peut sans inconvénient l'appliquer à Marie. Elle est éminemment celle qui s'est revêtue d'un autre soleil. De même que l'astre de notre monde créé se lève également sur les bons et les méchants, Marie, sans peser nos mérites antérieurs, se montre à tous pareillement accessible, clémente, infiniment tendre et prête à prendre en pitié toutes les misères humaines. Tout ce qui est imparfait est au-dessous d'elle ; elle surpasse de très loin tout ce qui est entaché de faiblesse ou de corruption, et sa supériorité infinie domine à une très grande distance toutes les autres créatures; on peut donc dire d'elle aussi qu’elle a la lune sous ses pieds. Sinon, ce ne serait pas un très grand éloge à faire à celle qui surpasse incontestablement les choeurs des Anges, des Chérubins et des Séraphins." Bernard de Clairvaux, Sermo in Domnica infra octavam Assumptionis BVM,PL 183, col. 430d-sq Trad. Michel Perrin 

      http://multimedia.opusdei.org/pdf/fr/les_12_pr_e9rogatives_de_la_vierge_marie.pdf

      Pour saint Bernard (qui s'oppose à la notion de conception immaculée de la Vierge), la lune représente l'Église dont la Vierge et la médiatice : "Et maintenant, Mère de miséricorde, par cette même compassion de ton âme si pure, la Lune (c'est l'Église, je l'ai dit) se prosterne à tes pieds et t'adresse de pieuses supplications, parce que tu es devenue sa médiatrice auprès du Soleil de justice." (idem) .

      Les statues de Vierge à l'Enfant foulant une créature semi-humaine, et dont les pieds sont posés sur un croissant de lune se trouvent aussi  en Bretagne à :

      • Landudal (29) église Notre-Dame de Populo
      • Kergloff (29), chapelle de la Trinité
      • Le Folgoët (29) église Notre-Dame 
      • Plouider (29) chapelle Saint-Fiacre
      • Plabennec (29) chapelle de Locmaria Lann
      • Saint-Yvi (29), église Saint-Yvi.
      • Plourin-les-Morlaix (29) : église Notre-Dame
        • Trébeurden (22), chapelle de Citeaux-Penvern
        • Loc-Envel (22), église Saint-Envel
        • Trédrez (22), église Notre-Dame
        • Ploubezre  (22), chapelle de Kerfons
      • Cléguerec (56), chapelle de la Trinité.
      • Ploërdut (56), chapelle Notre-Dame de Crénénan.

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      Enfin, la Vierge domine et foule, mais seulement par l'intermédiaire du croissant de lune, une créature mi-femme mi-serpent que j'étudierai plus loin.

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      Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      La créature semi-humaine ou "démone".

      Elle est décrite ainsi par Hiroko Mamemiya :

       

      " Représentation semi-humaine : couchée sur le ventre au-dessous du croissant, tête à gauche. Buste redressé, bas du corps incurvé en forme de croissant. Visage rond aux sourcils fins. La bouche fermée, soulignée d'un trait noir au milieu, lui donne une expression dure. Deux petites cornes rouges (émergent de sa longue chevelure brune. Une pomme rouge dans chaque main. Seins nus en relief aux mamelons marqués. La partie inférieure du corps, peinte en vert, a la forme d'une queue de serpent squameuse. Elle épouse la courbe du croissant et remonte derrière le pan droit du manteau de la Vierge. L'extrémité effilée est nouée. "

       

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      Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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       Cette créature a particulièrement intéressé Louis Le Thomas, en 1961-1962, puis  Hiroko Amemiya, qui lui  a consacrée sa thèse de 1996 . Cette auteure  a dénombré 52 exemples de "Vierge à l'Enfant foulant une représentation semi-humaine" en Bretagne, dont 28 en Finistère, 10 en Côtes d'Armor, 11 en Morbihan et seulement 3 en Ille-et-Vilaine. 

      Parmi ces 52 groupes, où la Vierge à l'Enfant est debout (sauf 2 fois)  9 sont abrités dans une niche, 12 sont des arbres de Jessé, et 15 comportent un croissant lunaire. 

      J'ai  rédigé des articles de ce blog pour une quinzaine d'entre elles, et les liens sont données en tête de cet article. J'en redonne la liste, complétée de quelques autres.

       

      • Guimaec (29), presbytère, Finistère, fragment

      • Locquirec (29), église Saint-Jacques,  XVIIe. Jessé.

      • Plounevezel (29), Chapelle Sainte-Catherine, XVIe-XVIIe

      • Plourin-Morlaix (29), église Notre-Dame, XVI, Jessé.

      • Saint-Thégonnec (29) , église Notre-Dame et Saint-Thégonnec, 1610. Jessé. Niche. 

      • Saint-Yvi (29)  église Saint-Yvi. Jessé. Croissant

      • Ergué-Gabéric (29), Chapelle de Kerdévot, 

      • Saint-Hernin (29) Sainte Anne trinitaire .

      • Landudal (29), Notre-Dame de Populo. Jessé 

      • Plougastel (29), chapelle Saint-Trémeur. 

      • Plogonnec (29) Chapelle Saint-Pierre Mari, conçevet hep pec'het. 2ème moitié XVIe 

      • Saint-Tugdual (56) , Chapelle Saint-Guen (ou Saint-Guénaël),  XVIe (1540). Jessé

      • Saint-Aignan (56) , église Saint-Aignan,  XVIe. Jessé

      • Ploerdut (56) , Chapelle Notre-Dame à Crénénan,  XVIe siècle

      • Cléguerec (56) , Chapelle de la Trinité. 1594. Jessé.

      •  Trédrez (22), Chapelle de Locquémeau,  (1520) . Jessé

      • Loc-Envel (22), église Saint-Envel,  XVIe. 

      • Duault (22) , Chapelle Saint-Jean de Landugen,, XVIe

      • Paule (22) chapelle de Lannsalaün. Vitrail de l'Arbre de Jessé.

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      Cette représentation de la démone, mélant à des traits chtoniens (divinité souterraine ou infernale) et reptiliens des traits de séduction féminine et tenant la pomme, se rapporte à l'évidence aux versets de la Genèse Gn 3  relatant la tentation d'Éve par le serpent, et la faute d'Adam et Éve qui a entrainé la condition mortelle et  le Péché Originel transmis à toute la descendance du premier couple. La démone mi-femme mi-serpent serait une fusion de Satan et d'Ève, une diabolisation de la féminité.

      Mais l'image rappelle aussi les versets 14 et 15 de Genèse 3 :

       L'Éternel Dieu dit au serpent: Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le bétail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon.

      C'est un "objet-valise", formé par la fusion de plusieurs objets ou personnages métaphoriques et dont le sens n'est pas la somme des significations, mais qui va, par la puissance de la figure, dire autre chose de plus complexe, et, en réalité, d'informulable sur le plan théologique. S'adressant à l'imaginaire qui y trouve parfaitement son compte, il fait miroité l'entre-deux de la mystique mariale, avec, en arrière-fond tacite, le légendaire breton.

      La Vierge foule de son talon (c'est dire l'importance de la chaussure bien visible émergeant des replis de la robe) l'Ève ancienne qu'elle abolie, et l'Ève ou le serpent de la Genèse deviennent implicitement le dragon de l'Apocalypse. 

      L'ambivalence concerne aussi la pomme : cette dernière n'est jamais croquée par la démone, mais elle est brandie avec vigueur vers le haut, comme si la féminité diabolique continuait à  proposer activement à l'humanité la tentation de la concupiscence et , quoique asservie désormais, qu'elle ne renonçait pas à redresser la tête et à poursuivre son œuvre. Enfin cette pomme adopte la forme d'un sein (ceux de la serpente sont toujours généreux, mais ceux de la Vierge ne se font pas oublier dans le cas des Vierges allaitantes), mais aussi la forme du globe terrestre, le globus cruciger tenu par l'Enfant. Une rhétorique de l'anaphore se plaît à jouer avec ce rappel, avec ces citations internes à l'œuvre.

      De même, les sinuosités de la queue, qui se dresse verticalement, viennent citer en les singeant celles des plis de la robe, des boursouflures des manches, et, surtout, celles de la chevelure. C'est ici si vrai que la queue du serpent et les cheveux de la Vierge se rejoignent (cf cliché infra). Le nœud qui affecte la queue du reptile (comme celle du dragon de sainte Marguerite) est une allégorie du Mal, comme tout ce qui est torve, gauche, désuni, tâché, rayé, incomplet.


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      En Bretagne, les arbres de Jessé en vitrail comportent en majorité Jessé assis ou plus rarement debout, alors que Jessé est couché dans l'ensemble des haut-reliefs. Parmi les quinze haut-reliefs bretons d'Arbre de Jessé, treize introduisent la figure d'une démone, cornue, à la poitrine dénudée, tenant une pomme, et allongée. Ce sont ceux de Cléguerec, Duault, Guimaëc, Loc-Envel, Locquirec, Ploerdut, Plounevezel, Plourin-Morlaix, St-Aignan, St-Thégonnec (niche), Saint-Guen à St-Tugdual, St-Yvi et Tredrez. La totalité de ces arbres bretons sont du XVIe siécle, hormis 5 arbres datant du XVIIe.

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      Cette créature a particulièrement intéressé Louis Le Thomas, en 1961-1962, puis  Hiroko Amemiya, qui lui  a consacré sa thèse de 1996 

       

      Comparaison avec les autres groupes sculptés de Bretagne. 

      .Cléguerec, Duault, Guimaëc, Loc-Envel, Locquirec, Ploerdut, Plounevezel, Plourin-Morlaix, St-Aignan, St-Thégonnec (niche), Saint-Guen à St-Tugdual, St-Yvi et Tredrez.

       

       Voici la liste de ces 21 Arbres de Jessé sculptés :

      • Cléguerec, Chapelle de la Trinité, Morbihan. XVIIe 

      • Confort-Berhet, église N-D. de Confort, Côtes d'Armor, XVIe

      • Duault, Chapelle Saint-Jean de Landugen, Côtes d'Armor, XVIe

      • Guimaec, presbytère, Finistère, fragment

      • Loc-Envel, église Saint-Envel, Côtes d'Armor, XVIe

      • Locquirec, église Saint-Jacques, XVIIe

      • Ploerdut, Chapelle Notre-Dame à Crénénan, Morbihan, XVIe siècle

      • Plouegat-Moysan, presbytère, Côtes d'Armor, XVIe, fragment

      • Plounevezel, Chapelle Sainte-Catherine, Finistère, XVIe-XVIIe

      • Plourin-Morlaix, église Notre-Dame, Finistère, XVI

      • Plouzévédé, Chapelle Notre-Dame de Berven, Finistère, XVIe

      • Priziac, Chapelle Saint-Nicolas, Morbihan, XVIe

      • Saint-Aignan, église Saint-Aignan, Morbihan, XVIe

      • Saint-Thégonnec, église Notre-Dame et Saint-Thégonnec, Finistère, XVIe

      • Saint-Tugdual, Chapelle Saint-Guen (ou Saint-Guénaël), Morbihan, XVIe

      • Saint-Yvi, église Saint-Yvi, Finistère,

      • Trédrez, Chapelle de Locquémeau, Côtes d'Armor, XVIe

      • Tréverec, église Saint-Véran, Côtes d'Armor, XVIIe

      • Trinité-Porhoet, église de la Trinité, Morbihan, XVIe ?

      • Plouegat-Moysan, ancienne église, fragment au Musée départemental de Quimper.

      • Plouharnel, Chapelle Notre-Dame des Fleurs, bas-relief en albâtre, XVIe

       On remarque que les paroisses de Cléguérec, Saint-Tugdual, Ploerdut et Priziac  appartenaient autrefois  au même doyenné, celui de Kemenet-Guégant ou Guéméné-Guingant, présidé par Guéméné-sur-Scorff, et que les verrières de l'Arbre de Jessé sont présentes dans d'autres paroisses du même doyenné, à Melrand, et Guern.

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      J'ai étudié, avant de rendre visite à l'église de Brennilis,, huit de ces sculptures. 

      Il s'agit de trois œuvres du Finistère et trois du Morbihan, placées dans tous les cas dans des niches en bois, plus ou moins bien conservées. Les compositions elle-mêmes ont perdu certains de leurs éléments (perte, vol), ce qui affaiblit la valeur de l'analyse comparative, d'autant que les altérations puis les restaurations  réalisées dans le passé ont pu faire disparaître de précieux indices.

      Ces  hauts-reliefs bretons sont tous du modèle "en chandelier" avec Vierge au centre encadrée par  deux groupes de rois. David tient sa harpe dans tous les cas.  Jessé est constamment allongé, soit en décubitus droit, soit en décubitus gauche, tête soutenue par la main, mais les yeux sont soit ouvert, soit fermés. 

      La Démone est présente dans cinq cas sur six, toujours à demi-allongée et redressant la tête, et brandissant la pomme dorée. Ses traits de monstruosité animale, reptiliens ou de serpents, sont plus ou moins marqués, et c'est en elle que l'imagination propre  de l'artiste s'est le plus affirmée. 

      La Vierge est installée sur un croissant de lune dans trois cas, selon le type de la Vierge de l'Apocalypse en relation avec le dogme, alors discuté, de l'Immaculée Conception. Elle est couronnée par les anges à Saint-Aignan, Priziac, Cléguérec et Trédrez. Le ou les prophètes ne sont présents qu'à Saint-Aignan.

      Chapelle Saint-Guen, saint Tugdual (56) : 1540.

       

       

      • Cléguerec, Chapelle de la Trinité, Morbihan. 1594. Jessé. 

      • Duault, Chapelle Saint-Jean de Landugen, Côtes d'Armor, XVIe

      • Guimaec (29), presbytère, Finistère, fragment

      • Loc-Envel, église Saint-Envel, Côtes d'Armor, XVIe

      • Locquirec, église Saint-Jacques, Finistère nord XVIIe. Jessé.

      • Ploerdut, Chapelle Notre-Dame à Crénénan, Morbihan, XVIe siècle

      • Plounevezel, Chapelle Sainte-Catherine, Finistère nord, XVIe-XVIIe

      • Plourin-Morlaix, église Notre-Dame, Finistère nord, XVI

      • Saint-Aignan, église Saint-Aignan, Morbihan, XVIe

      • Saint-Thégonnec, église Notre-Dame et Saint-Thégonnec, Finistère nord, 1610. Jessé.

      • Saint-Tugdual (56) , Chapelle Saint-Guen (ou Saint-Guénaël), Morbihan, XVIe (1540). Jessé

      • Saint-Yvi, église Saint-Yvi, Finistère sud,

      • Trédrez (22), Chapelle de Locquémeau, (22)  (1520) . Jessé

      • Chapelle de Kerdévot, Ergué-Gabéric (Finistère sud)

      • Sainte Anne trinitaire, ossuaire de Saint-Hernin.

      • Landudal, Notre-Dame de Populo.(Jessé) 

      Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      II. LA NICHE ET SES 2 VOLETS.

      Niche en bois polychrome (bleu, rouge brique, jaune-ocre, noir)   à cuve polyédrique, à fronton et socle  triangulaire, et à deux volets à charnières. Chaque volet de couleur bleu clair mesure 190 cm sur 57 cm et est divisé en deux registres de panneaux sculptés en bas-relief et peints.

      Sur le socle se lit l'inscription NOSTRE DAME DE Breac ELLIS. Une photographie plus ancienne montre que les panneaux en bois se trouvaient alors au sommet de la niche. 

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      http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/memoire_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=AP54P01544

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      Cette dénomination est commentée ainsi par Bernard Tanguy, toponymiste de renom, dans son Dictionnaire des noms de communes, trèves et paroisses du Finistère  page 44  :

      "Même si dans ... (cette chapelle) une statue ancienne de la Vierge  porte l'inscription Notre Dame de Breac Ellis, altération probable de Breac'h-Elez "bras de l'Elez", du nom de la rivière qui sort du marais de Yenn-Elez, le toponyme [ Brennilis, en breton Brenniliz] semble bien être formé du vieux-breton bren "colline" et du breton iliz, "église". "

      Nostre Dame de Breac Ellis signifierait donc Notre-Dame du marais du Yeun Elez, breac provenant d'une racine indo-européenne *Bhrw-c qui signifie précisément terrain humide, terrain marécageux, cf l'anglais brook = ruisseau, le jute du Kent *brook : terrain humide, le germanique *bruoch = vallon humide. Cité par http://marikavel.com/bretagne/brennilis/accueil.htm

      Il faut préciser, pour saisir non seulement le sel de cette dénomination, mais aussi ses résonances avec le légendaire breton et ses rapports avec la créature chtonienne s'agitant sous les pieds de la Vierge, que le Yeun Elez porte aussi le surnom de Youdig, "la petite bouillie", comme le raconte Anatole Le Braz dans la Légende de la mort  :

      « On dirait, en été, une steppe sans limites, aux nuances aussi changeantes que celles de la mer. On y marche sur un terrain élastique, tressé d’herbes, de bruyères, de jonc. À mesure qu’on avance, le terrain se fait de moins en moins solide sous les pieds : bientôt on enfonce dans l’eau jusqu’à mi-jambes et, lorsqu’on arrive au cœur du Yeun, on se trouve devant une plaque verdâtre, d’un abord dangereux et de mine traîtresse, dont les gens du pays prétendent qu’on n’a jamais pu sonder la profondeur. C’est la porte des ténèbres, le vestibule sinistre de l’inconnu, le trou béant par lequel on précipite les « conjurés ». Cette flaque est appelée le Youdig (la petite bouillie) : parfois son eau se met à bouillir. Malheur à qui s’y pencherait à cet instant : il serait saisi, entraîné, englouti par les puissances invisibles" 

      A la puissance maléfique du marais, des loups noirs ou des créatures aquatiques qui peuvent vous emporter, et donc de la démone, s'oppose celle de saint Michel, bien présent dans l'église de Brennilis sur le vitrail sud. :

       

          "De même, si en traversant le Yeun, vous voyez « bouillir » l’eau du Youdic, hâtez-vous de fuir, sans chercher ce que cela peut être. Les imprudents qui se sont laissés aller à un mouvement de curiosité en ont été cruellement punis ; on n’a plus entendu parler d’eux. Il n’est pas rare que le silence de la nuit soit troublé par des abois furieux, comme des chiens qui s’entre-déchirent. C’est la meute des conjurés qui « fait des siennes ». Mais alors, au-dessus de la chapelle Saint-Michel qui couronne le mont, une lumière subite resplendit, et l’on voit apparaître dans cette auréole la forme gigantesque de l’Archange exterminateur. Il abaisse son glaive vers le Yeun, et tout rentre dans l’ordre. Sant Mikêl vraz a oar an tu d’ampich ioual ar bleizi-du  (« Le grand saint Michel sait la manière d’empêcher de hurler les loups noirs ») "  Anatole Le Braz, Les saints bretons - 1893

       

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      Inscription Nostre Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Inscription Nostre Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Les deux panneaux supérieurs se répondent et composent une Annonciation, assez comparable avec celle du volet de niche de la Vierge de la chapelle de Lannelec en Pleyben.

       Je les décrirai en premier.  

      1. Panneau supérieur gauche. Ange Gabriel.

      L'ange de l'Annonciation porte une aube et un surplis serré par une ceinture d'or à nœud frontal ; il fait le geste de bénédiction et tient un lys . Au dessus de lui, une banderole contient les paroles AVE MARIA GRATIA PLENA.

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      Panneau supérieur du volet gauche, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Panneau supérieur du volet gauche, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      2. Panneau supérieur du volet droit. Vierge de l'Annonciation.

      C'est la représentation habituelle de la Vierge surprise dans sa lecture par l'arrivée de l'ange ; de la colombe du Saint-Esprit ; et du lys dans un vase. La banderole indique §VEA ANCILLEA DOMINI (au lieu de "Ecce Ancilla Domini"). J'ignore si cette double faute date d'une restauration récente, ou de la nuit des temps. Elle a déjà été relevée ainsi en 1986.

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      Panneau supérieur du volet droit, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Panneau supérieur du volet droit, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Panneau inférieur du volet gauche. Sainte Geneviève.

      Une carte-postale ancienne (1950) montre que le panneau portait l'inscription Ste GENEVIEEVE. On lit maintenant "Ste GENIEVRE".

      La sainte, voilée,  vêtue d'une robe dorée et d'un manteau pourpre, tient en main un cierge. 

      Ce nom de "Genièvre" inciterait à la distinguer de sainte Geneviève de Paris, d'autant que l'encyclopédie Wikipédia indique l'existence d'une sainte "Geneviève de Loqueffret" qui serait  la sœur de saint Edern, et la fondatrice du monastère de Loqueffret. Par ailleurs, "Genièvre" est le nom d'une héroïne du roman breton Enec et Eride de Chrétien de Troyes, et "Guenièvre" est le nom de l'épouse du roi Arthur...dont saint Edern fut l'amant. 

      Genova, sœur de saint Edern, apparaît aussi à Lannedern sur un panneau sculpté. 

       

      Néanmoins, rien ne permet d'affirmer que l'église Sainte Geneviève de Loqueffret construite au XVIe siècle et donc postérieure à l'église de Brennilis, ne soit pas dédiée à sainte Geneviève de Paris : ni sa statue de la sainte, couronnée, portant un cierge  et un livre, ni l'inscription du bénitier portatif de bronze "POVR. LA. PARROISSE. DE. LOQVEFFRET. SANCTA. GENOVEFA.1617"  puisque Sancta Genovefa [parisiorum] est le nom latin de la sainte (Cf Toponymie générale de la France III p. 1587) . Elle est fêtée le 3 janvier, et la translation de ses reliques le 28 octobre.

      H. Amemiya s'étonne également dans son ouvrage de cette graphie récente : "S'agit-il d'une erreur d'inscription ? D'après la photo prise en 1951 par Louis Le Thomas l'inscription était Sainte GENEVIEEVE. Cf Cliché Le Thomas n°3596 , conservé à la DRAC."

      D'ailleurs, le chanoine Abgrall n'a vu là en 1904 à Brennilis qu'une sainte "Geneviève" ; d'autre part, il est bien difficile de valider les informations sur cette Geneviève de Loqueffret, malgré les indications du site grandterrier.net . Surtout, la sainte est représentée ici exactement selon l'iconographie de sainte Geneviève de Paris, tenant un cierge qu'un démon veut éteindre au moyen d'un grand soufflet et qu'un ange rallume avec une bougie.

      "Le premier type iconographique de sainte Geneviève, où un ange et un démon s’affrontent autour d’un cierge, a prévalu tout au long du Moyen Age ; il s’inspire d’un miracle relaté dans l’hagiographie rédigée au VIe siècle à la demande de Clotilde.

      Geneviève se rendait avant l’aube à Saint-Denis (Catheuil à l’époque), accompagnée de jeunes filles, pour assister à un office nocturne à la basilique qu’elle venait de faire édifier à l’emplacement de la sépulture du premier évêque de Lutèce. Sur le chemin, une tempête se leva et des bourrasques de vent éteignirent les torches de ses compagnes, les plongeant dans la nuit. Geneviève saisit alors un cierge, qui se serait immédiatement rallumé sous l’effet de ses prières.

      Pour traduire visuellement ce prodige et marquer les esprits, les enlumineurs et sculpteurs médiévaux ont illustré une version postérieure, où, remplaçant le vent, c’est un diable, armé d’un soufflet ou d’un éteignoir, qui s’efforce d’éteindre le flambeau, qu’un ange rallume aussitôt à l’aide d’un petit cierge ; ce combat symbolise pour les fidèles la victoire du jour sur la nuit, de la lumière sur les ténèbres, du bien sur le mal, de la foi sur la barbarie.

      Cette représentation médiévale de sainte Geneviève, entre ange et démon, fit fortune dans les enluminures jusqu’à la fin du Moyen Age, et se retrouve encore dans les estampes, plus particulièrement au XVIIe siècle."

      Sa vie (Vita Sanctae Genovefae) est reprise au XIIIe siècle par Vincent de Beauvais (Speculum historiale livre XXI, ch. 8 et 46-48), texte qui fut traduit par Jean de Vignay vers 1370-1380 (Miroir Historial, Livre XXI, ch. 8 et 46-48).  Renaut le clerc a composé vers 1310 une Vie versifiée Bnf Lat. 13508 et Bibl. Sainte Geneviève Ms 704/1. 

       

      Le site Enluminures.culture.fr propose 16 exemples d'enluminures médiévales représentant le miracle du cierge de sainte Geneviève. 

      L'église de Sizun, à 30 km de Brennilis, possède un panneau de bois représentant "Ste GENIEVRE" tenant son cierge allumé par l'ange malgré les tentatives du diable et de son soufflet (image infra). Il provient de la chapelle Saint-Ildut, en Sizun, construite entre 1633 et 1677.

       

      En conclusion, je vois ici une Sainte Geneviève (de Paris), sans-doute assimilable à celle qui est honorée à Loqueffret et à Sizun et qui n'a aucun caractère distinctif permettant d'en faire la sœur de saint Edern. Mais comme le culte de cette sainte est rare ailleurs en Bretagne, cet exemple iconographique est précieux. Le motif du cierge qui résiste aux tentatives d'extinction devait être vu comme une admirable image de la vigilance de la Foi. Enfin, les Finistériens des Monts d'Arrée semblent avoir eu, comme ailleurs en France,  des difficultés avec la graphie de la sainte, qu'ils ont décliné selon divers modes.

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      Sainte Geneviève, Panneau inférieur du volet droit, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Sainte Geneviève, Panneau inférieur du volet droit, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Le démon et l'ange s'opposant autour du cierge de sainte Geneviève, Panneau inférieur du volet droit, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Le démon et l'ange s'opposant autour du cierge de sainte Geneviève, Panneau inférieur du volet droit, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Panneau de "Ste GENIEVRE", église Saint-Suliau, Sizun. Photographie lavieb-aile.
      Panneau de "Ste GENIEVRE", église Saint-Suliau, Sizun. Photographie lavieb-aile.
      Panneau de "Ste GENIEVRE", église Saint-Suliau, Sizun. Photographie lavieb-aile.

      Panneau de "Ste GENIEVRE", église Saint-Suliau, Sizun. Photographie lavieb-aile.

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      Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
      Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
      Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
      Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
      Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
      Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
      Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
      Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
      Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
      Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
      Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
      Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr

      Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr

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      Panneau inférieur du volet gauche, Sainte Apolline.

      Sainte Apolline ou Apollonie est invoquée  contre le mal de dents, tant dans les livres d'Heures que par l'intermédiaire de statues dont aucune paroisse ne peut manquer de disposer. Que feraient alors les pauvres paroissiens ? 

      Marie-Thérèse Klaus ne manque jamais de le souligner : si vous aviez mal aux dents, vous alliez vous agenouiller devant sa statue (ou son panneau sculpté) "et, rien qu'à voir sa paire de tenailles, vous n'aviez plus mal du tout !".

      Ce remède radical ne dispense pas d'adresser quelque oraison à la vierge et martyr à laquelle les bourreaux arrachèrent les molaires :

      Donc de bon cœur je te requier

      que veulles exsausser ma priere

      et des dents le mal appaiser

      ou souvent j'ay douleur amere.

      Virge benigne, virge clere

      ut dolorem eripias

      tien moy a jamais ta chambeliere,

      et sanam me efficias. ("afin de prendre ma douleur et de réussir à me soigner"). Livre d'heures à l'usage de Bayeux.

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      Panneau inférieur du volet gauche, Sainte Apolline, Panneau inférieur du volet gauche, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Panneau inférieur du volet gauche, Sainte Apolline, Panneau inférieur du volet gauche, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

       

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      La sainte est représenté ici vêtu d'or et de pourpre, et brandissant sur l'épaule gauche sa dent de sagesse entre les machoires de ses tenailles.  On trouve le même dessin dans divers livres d'Heures du site enluminure.culture.fr, comme ceux-ci, daté de 1505 et de 1490 :

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      Le foulard de saine Apolline.

       

      Mais le détail qui m'intéresse dans cette sainte Apolline de Brennilis, c'est sa coiffure : à vrai dire, c'est la même que celle que porte la Vierge dans le panneau de l'Annonciation : un voile ou tissu blanc (souvent rayé de bleu) qui resserre les cheveux en passant entre la nuque et la chevelure, et qui peut si besoin être rabattu vers le front si nécessaire. 

      S'il m'intéresse, c'est que ce bandeau en "chouchou, ce voile rayé  est presque pathognomonique de la sculpture mariale bretonne  du XVIe siècle, témoignant d'une mode vestimentaire dont on  pourrait, si on y consacrait le soin nécessaire, tracer les limites temporelles et spatiales. C'est l'un des nombreux points communs avec la Vierge de Lannelec en Pleyben (1578), mais on trouve aussi cet accessoire sur la Vierge de l'Annonciation de l'église Saint-Germain de Pleyben (1588) et sur  de nombreuses Vierges allaitantes examinées dans ce blog:

       

      • Notre-Dame de Tréguron, chapelle de Tréguron, Gouézec

      • Notre-Dame de Bonne-Nouvelle à Saint-Herbot en Plonevez-du-Faou.

      • La Vierge à l'Enfant de l'église Saint-Julien de Châteauneuf du Faou (16e siècle)

      • Vierge allaitante Mamm al leiz de la fontaine de Tréguron

      • Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, chapelle de Quillidoaré, Cast

      • Vierge allaitante de la chapelle Notre-Dame de Kergoat, Quéménéven

      • Notre-Dame de Tréguron, église Saint-Germain, Kerlaz 

      • Vierge allaitante de la Chapelle de Kerluan, Chateaulin :

      • Vierge de l'ossuaire de Pleyben  troisième quart du XVIe siècle

      • Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, chapelle de Bonne-Nouvelle, Locronan

      • Notre-Dame de Tréguron (?), chapelle Saint-Denis à Seznec, Plogonnec.

      • Vierge allaitante de la Chapelle Sainte-Marine à Combrit

      • "Sainte" (Vierge) de l'ossuaire de Saint-Hernin.

      • Vierge de l'Arbre de Jessé de Plourin-les-Morlaix

      • Vierge à la démone de l'église de Poullaouen

      • Chapelle Sainte-Anne de Carhaix 

      ...et en réalité sur un nombre sans cesse grandissant d'exemples où ce simple mais coquet auxiliaire ne manque pas de me faire un signe de reconnaissance.

      Certes je m'irrite de constater que Notre-Dame de Breac Ellis a oublié de le porter, mais je suspecte quelque tour joué par un restaurateur malin qui l'aurait ôté. De même que je suis prêt à croire que la poitrine de la Dame était jadis plus dénudée qu'aujourd'hui. Mes désirs pour des réalités.

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      Volet droit de la niche  de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
      Volet droit de la niche  de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Volet droit de la niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      DISCUSSION.

      Depuis que j'ai commencé à photographier ces Vierges à la démone, mon interprétation s'est modifiée. Et, parallélement, des travaux d'iconographie ont été publiés, mettant l'accent sur l'importance du culte de l'Immaculée Conception en Normandie.

      La conception sans tâche de Marie : une valeur identitaire en Normandie.

      Pour résumer très succintement ce qu'expose en détail l'ouvrage collectif de La Fête aux Normands (2011), le culte de la conception sans tâche de la Vierge Marie est passé d'Angleterre à la Normandie au XIe siècle, et y a été honoré par une fête le 8 décembre, dite "la fête aux Normands" . Cette fête de la conception de Marie s'est diffusée dans toute la France, et en tout cas dans la région lyonnaise puisqu'au XIIe siècle saint Bernard, dans une lettre aux chanoines de Lyon  vers 1139, exprime son désaccord à la célébrer. Saint Thomas d'Acquin s'y opposera aussi au XIIIe siècle, mais le culte perdurera, pour trouver une grande vigueur en Normandie à la fin du XVe siècle et au début du XVIe. Une Fête du Puy des Palinods est instituée à Rouen par l'élite de la bourgoisie locale, couronnant de prix les meilleurs poèmes (notamment les chants royaux) faisant l'éloge de la conception sans pareille de Marie  et élisant un Prince du Puy. Ces poèmes font appel à un riche argumentaire comportant :

      • Le culte de sainte Anne et le baiser de la Porte Dorée.
      • L'Annonciation et le verset Ave Gratia plena
      • Le salut AVE comme inversion du nom ÈVE
      • L'Assomption de la Vierge.
      • La Vierge aux symboles bibliques reprenant à divers textes vétéro-testamentaire (Cantique des cantiques, Genèse,) des préfigurations de la Vierge, notamment celui de "miroir sans tâche", Speculum sine macula.
      • Le Triomphe de la Vierge sur le Péché, représenté par un serpent.  

       

          A Saint-Vincent de Rouen  et à  Conches-en-Ouches(1540-1555) cette croyance et ses développements poétiques sont exposés dans des vitraux à visée apologétique. A Rouen (1522-1524) sont représentés la Rencontre de la Porte Dorée, la Vierge aux symboles bibliques et le Triomphe de la Vierge sur son char.  Vingt ans après, en 1540-1555, le vitraux de Conches montrent une Vierge aux symboles bibliques, le Triomphe de la Vierge sur le serpent (et une Vierge à l'Enfant en Femme de l'Apocalypse face à saint Michel dans le tympan).

       

      a) Il s'agit de soutenir que Marie, non seulement est  restée Vierge en concevant et en accouchant de son Fils, mais aussi qu'elle a été conçue par sa mère Anne sans péché. Puisque le Péché Originel est lié, depuis saint Augustin, à la relation sexuelle "concupiscence ou libido", il est important de montrer que non seulement sainte Anne est devenue miraculeusement enceinte alors qu'elle était stérile et âgée, mais aussi que Marie est née sans qu'Anne et son mari Joachim n'aient de relation sexuelle. C'est toute l'importance de la scène du baiser devant la Porte Dorée, car ce baiser passe alors pour l'acte fécondant. 

      b) D'autre part, l'Annonciation devient aussi un argument de la thèse immaculiste, par les mots prononcés par l'ange : Ave  gratia plena. Cette salutation est considérée comme l'affirmation de la plénitude de grâce dont Marie est bénéficiaire depuis sa conception, pour n'avoir jamais été soumise à la malédiction du péché. Pour Laurence Riviale, l'Annonciation du vitrail de Conches doit etre considérée comme une preuve apportée à l'Immaculée Conception.

      c) Enfin le Triomphe de Marie est mis en scène comme un triomphe à l'antique où le char de la Vierge écrase de ses roues le serpent du Péché. 

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      Ce détour normand permet de réinterpréter le programme iconographique de Brennilis qui apparaît alors très proche des réalisations normandes tant par les dates que par les thèmes choisis :

      1. vers 1495 : La baie n°1 est consacrée à Sainte Anne portant en son sein la Vierge immaculée (de couleur or) alors que l'inscription Castae Connubiae (Chaste mariage) au dessus d'un panneau perdu qui devait être le Baiser de la Porte Dorée témoigne du caractère non sexuel, et donc no peccamineux, de l'union de Joachim et d'Anne.

      2. vers 1500-1515 : la baie 0 est consacrée à la Vie de la Vierge.

      3. Les deux niches d'autel montrent à gauche sainte Anne éducatrice, et à droite la Vierge à l'Enfant foulant la démone (1575). Dans les volets, l'Ange de l'Annonciation met en évidence les mots Ave gratia plena.  Les volets inférieurs sont des figures de la vigilance de la Foi et de la résistance aux persécutions.

      Les Vierges à la démone bretonne peuvent être considérées comme la forme équivalente des Triomphes normands. La femme-serpent n'est qu'une représentation du Péché Originel vaincu par la Vierge qui a échappé par sa conception sans tâche à son emprise.

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      A Brennilis comme ailleurs, il ne suffit pas de dire que cette Vierge foule la Démone et qu'elle est posée sur un croissant de lune pour affirmer que cet ensemble plaide la thèse de la conception immaculée de Marie. Il faut la situer dans le programme iconographique complet, avec les panneaux des volets (Annonciation), la niche de sainte Anne éducatrice du coté nord du chœur, le vitrail de sainte Anne portant la Vierge radieuse en son sein (baie 1), et le vitrail  de la Vie de la Vierge (baie 0). Il faudrait y associer  les cantiques qui resonnaient dans la chapelle, les bannières ou la paramentique, la liturgie (celle de la Nativité de la Vierge), les lectures de l'Office de la Vierge dans les Livres d'Heures, les images pieuses, les prédications, et surtout peut-être le rôle des ateliers de sculpture  (à Quimper ? à Morlaix ?) et de vitraux qui diffusaient ces thématiques. Il faudrait (je tente de le faire) restituer ce tissu de relations réciproques entre les grands chantiers des cathédrales et des commandes ducales ou royales, et le réseau des chapelles et églises édifiées au XVe et XVIe siècle, qui faisaient apparaître là un Arbre de Jessé, là un groupe d'Anne trinitaire, là une Vierge à la démone, là une Sainte Parenté, là un cycle de la Vie de la Vierge, là une Vierge allaitante, pour participer à la nouvelle dévotion envers la Maternité et la Conception. Et il faudrait tenter de comprendre si la base de cette dévotion était d'abord théologique (face à la contestation de la Réforme), ou d'abord liée au Pouvoir soucieuse de s'approprier la religion comme propagande (et à l'opposition entre confesseurs dominicains et franciscains), ou d'abord liée à la démographie, aux troubles sanitaires, aux conflits armés, dans un souci de procréation et de fécondité des familles nobles et des familles paysannes. Il faudrait aussi étudier par quelles voies les poètes dévots de Rouen, les confréries de Notre-Dame-de-la-Conception normandes et les nouveaux vitraux de Normandie ont influencé les artisans verriers et sculpteurs bretons. 

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      La Vierge aux symboles bibliques, Conches-en-Ouche, photographie lavieb-aile.

      La Vierge aux symboles bibliques, Conches-en-Ouche, photographie lavieb-aile.

       

       

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      SOURCES ET LIENS.

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      Sur l'église de Brennilis :

       

      — Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

      http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

      — Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

      — ABGRALL, (Jean-Marie) 1904 Notice sur Brennilis, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 :

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

      — ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, Ar. de kerangal, Quimper pages 283-284.

      https://archive.org/stream/architecturebre00abgrgoog#page/n317/mode/2up/search/brennilis

       

      — COMBOT (recteur de Brennilis), 1856, Note sur l'église de Brennilis,  cité dans BDHA 1904.

      — COUFFON , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

      — GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum vol. VII, Presses Universitaires de Rennes page 118.

      PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

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      Sur les Vierges à démone et les arbres de Jessé, témoins du culte de l'Immaculée Conception :

       

       

      AMEMIYA (Hiroko) 2005, Vierge ou démone, exemple dans la statuaire bretonne, Keltia éditeur, Spézet. 269 p. page 68-69. Version remaniée de la thèse de 1996.

      — AMEMIYA (Hiroko), 1996,  Figures maritimes de la déesse-mère, études comparées des traditions populaires japonaises et bretonnes . Thèse de doctorat d'études littéraires, histoire du texte et de l'image  Paris 7 1996 sous la direction de Bernadette Bricout et de Jacqueline Pigeot. 703 pages Thèse n° 1996PA070129 . Résumé : Le thème principal de cette étude est de voir quel rôle la femme non-humaine - et notamment la femme qui appartient au monde maritime - a joué au Japon et en Bretagne, à travers les récits relatifs à l'epouse surnaturelle. Pour la Bretagne, les recherches s'étendent également sur l'iconographie religieuse representant l'être semi-humain telles la sirène et la femme-serpent. La région conserve dans ses chapelles de nombreuses statues des xvie et xviie siecles figurant ce type faites par des artisans locaux. L'imagination populaire s'epanouit ainsi dans la femme non-humaine de deux facons en Bretagne : dans l'expression orale et dans l'expression plastique ce qui nous offre une occasion inestimable d'etudier leur compatibilite dans leur contexte socioculturel. Les recits qui traitent le thème du mariage entre l'être humain et l'être non-humain révèlent la conception de l'univers d'une societé. L'autre monde ou les êtres de l'autre monde sont en effet une notion fonctionnelle qui permet à la societé de maintenir l'ordre interne par une intervention externe fictive : la suprématie du fondateur du Japon s'explique par la transmission d'une puissance surnaturelle par sa mère du royaume maritime, alors qu'en Bretagne, la destruction de la cité légendaire d'Is est causée par une fille maudite née d'une fée. Le premier volume de cette étude est composé de trois parties : i. L'autre monde dans la tradition populaire au Japon, ii. Recits relatifs au mariage au Japon et en Bretagne, iii. Iconographie d'une femme semi-humaine. Le deuxieme volume est un inventaire des différents types de representation semi-humaine en Bretagne.

      — BATAILLON (Lionel), 1923, Les symboles des litanies et l'iconographie de la Vierge en Normandie au XVIe siècle, Revue Archéologique Cinquième Série, T. 18 (Juillet-décembre 1923), pp. 261-288

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k203691j/f266.double

      — LE THOMAS (Louis), 1961 "Les Démones bretonnes, iconographie comparée et étude critique", Bulletin de la société Archéologique du Finistère t. 87 p. 169-221.

      — LE THOMAS (Louis) 1963 "Les Arbres de Jessé bretons", première partie, Bulletin de la société Archéologique du Finistère 165- 196.

       — LE THOMAS (Louis) 1963, "Les Arbres de Jessé bretons", troisième partie, Bulletin de lasociété Archéologique du Finistère pp. 35-72.

      En 1961, Louis Le Thomas décrivait 34 Arbres de Jessé bretons, dont 13 verrières et 21 arbres sculptés (haut-reliefs, niches à volets et bas-reliefs).

      — FOURNIÉ (Eléonore), LEPAPE (Séverine), 2012,« Dévotions et représentations de l’Immaculée Conception dans les cours royales et princières du Nord de l’Europe (1380-1420) », L’Atelier du Centre de recherches historiques [En ligne], 10 | 2012, mis en ligne le 11 mai 2012, consulté le 24 septembre 2015. URL : http://acrh.revues.org/4259 ; DOI : 10.4000/acrh.4259 

      —  LEPAPE (Séverine), 2009,  « L’Arbre de Jessé: une image de l’Immaculée Conception? » ,Médiévales [En ligne], 57 | automne 2009, mis en ligne le 18 janvier 2012, consulté le 22 septembre 2015. URL : http://medievales.revues.org/5833 

      — LEPAPE (Séverine),   2011, "L'Arbre de Jessé normand et la question de l'Immaculée Conception",  in Françoise Thélamon, Marie et la "Fête aux Normands", publication Université Rouen-Le Havre, 352 pages, pages 195-209

      https://books.google.fr/books?id=hwA9AgAAQBAJ&dq=seule+sans+en+sa+conception+conches&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

      — LEPAPE (Séverine) 2004 Étude iconographique de l’Arbre de Jessé en France du Nord du xive siècle au xviie siècle Thèse Ecole des Charteshttp://theses.enc.sorbonne.fr/2004/lepape

      — PRIGENT (Christiane) 1982, Les statues des Vierges à l’Enfant de tradition médiévale (XVe -XVIe siècle) dans l’ancien diocèse de Cornouaille, thèse de doctorat de 3ème cycle, dir. A. Mussat, Université de Haute-Bretagne, 1982, dactyl.. 

      — RIVIALE (Laurence), 2011, "L'Immaculée Conception dans les vitraux normands", in Françoise Thélamon, Marie et la "Fête aux Normands", publication Université Rouen-Le Havre, 352 pages, pages 179-194.

      https://books.google.fr/books/about/Marie_et_la_F%C3%AAte_aux_Normands.html?id=hwA9AgAAQBAJ&redir_esc=y

      — Colloque 2009 L'Immaculée Conception de la Vierge : histoire et représentations figurées du Moyen Âge à la Contre-RéformeJean-Claude Schmitt (Directeur d'études, GAHOM - Groupe d'Anthropologie Historique de l'Occident Médiéval (EHESS)), Séverine Lepape, Eléonore Fournié - EHESS - Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris,  

      http://www.archivesaudiovisuelles.fr/FR/_video.asp?id=2150&ress=7107&video=140631&format=68

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      Published by jean-yves cordier - dans Brennilis. Vierges à la démone.
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      22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 21:10

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      Église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Les statues intérieures de l'église de Brennilis  sont au nombre de 16, parmi lesquelles le Christ en croix, un Christ aux liens, un groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre, saint Jean-Baptiste, saint Marc ou Hervé, saint Sébastien,  sainte Barbe, saint Divy, saint François d'Assise, un moine cordelier dit saint Fidel (ou Pascal Baylon?), et, pour les œuvres récentes, un groupe de sainte Anne et Marie (chevet), et une Vierge Mère dite Notre Dame de Brennilis. 

       

      1. Saint-Yves entre le Riche et le Pauvre.

      Statue en bois polychrome de 96 cm de haut placée sur le mur est du transept nord . Inscription SANT YEVN sur le socle en bois. XVIIe siècle.

      Le saint, portant mosette, surplis et barette, est assis sur un siège doré. Un placet à la main gauche, il lève un nez pointu. Le riche, de 87 cm de haut, est en costume Louis XIII avec habit doré, manteau vert et chapeau rond. Il porte une barbiche Louis XIII. Tenant une bourse dans la main, il tend au saint une pièce d'or. Le pauvre, mesurant 87 cm également, est déguenillé. Il tient un bâton et son chapeau de la main gauche. La main droite de la statue est cassée. Le groupe est posé sur une console en bois ciré moderne ; la niche du XIXe siècle a été enlevée.

      "Sant Yeun" est certes la traduction de "Saint Yves" en breton, mais on ne peut oublier ici que le "Yeun" ou Yeun Elez est aussi le nom de la vaste dépression marécageuse et ancienne tourbière actuellement occupée par le lac artificiel de Saint-Michel, qui borde Brennilis.

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      Saint Yves entre le riche et le pauvre, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Saint Yves entre le riche et le pauvre, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Saint Yves entre le riche et le pauvre, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Saint Yves entre le riche et le pauvre, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Diaporama : Saint Yves entre le riche et le pauvre, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.
      Diaporama : Saint Yves entre le riche et le pauvre, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.
      Diaporama : Saint Yves entre le riche et le pauvre, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Diaporama : Saint Yves entre le riche et le pauvre, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      2. "Saint Herves".

      Transept nord Inscription sur la banderole S. HERVES.

      " Saint Hervé (?) . . Sur le socle : ST HERVES. Attribution douteuse. Le saint, en robe rouge et manteau bleu, se tient debout sur le dos d'un animal, un lion, semble-t-il, qui tourne la tête vers lui. Livre à la main gauche, la main droite soulevant un pan du manteau. L'animal n'est pas un loup, plutôt un lion, ça serait alors saint Marc. Statue courtaude, assez fruste, en bois polychrome, 135 cm." (Inventaire 1986)

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      Saint Herves, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Saint Herves, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      3. Christ aux liens.

      contre le pignon du bras nord du transept. 

       "Statue en bois polychrome de 150 cm environ. Le Christ se tient debout, revêtu d'un pagne doré et d'un manteau pourpre, une couronne d'épines sur la tête. Sur le socle : ECCE HOMO. " (Inventaire 1986)

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      Christ aux liens, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Christ aux liens, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      4. Saint Sébastien.

      " Sur le socle : "SAINT SEBASTIEN." Statue en bois polychrome,  de 115 cm environ, reposant sur une console de pierre, dans le transept sud. Le  saint, revêtu d'un pagne doré, la chevelure longue et bouclée, porte la jambe gauche en avant, dans une pose élégante, un peu efféminée, typique de son iconographie." (idem)

      Saint Sébastien, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Saint Sébastien, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      5. Sainte Barbe.

      " Statue en bois polychrome, de 140 cm environ, placée sur une console de pierre, contre le pignon du transept sud. La sainte, en robe rouge et manteau bleu, un voile sur la chevelure, porte une banderole avec inscription bretonne. La tour est cassée.  "(idem)

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      Sainte Barbe, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Sainte Barbe, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      6. Saint François d'Assise.

      "Statue en bois peint, 11O cm.,dans une niche plate de même style que les deux autres, contre le dernier pilier du côté sud de la nef. Le saint lève les mains pour montrer les stigmates de ses mains et de son côté droit."(idem) 

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      Saint François d'Assise, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Saint François d'Assise, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      7. Saint Fidèle (ou saint Antoine de Padoue, ou Saint Pascal Baylon).

      Dans la nef, premier pilier nord.

      Statue de bois polychrome de 107 cm. Inscription "Saint FIDEL" sur le socle. Placée dans une niche du XIXe. Le saint porte la même tenue de moine cordelier (franciscain) que saint François (supra) avec robe de bure noire à scapulaire, mais la cordelière ne porte (négligence) qu'unseul nœud. Il tient un livre dans la main gauche et un calice eucharistique dans la main droite. Parmi les moines franciscains béatifiés, nous trouvons saint Fidèle de Sigmaringen (mort en 1622), prêtre et martyr souabe, mais le calice, témoignant de l'importance accordée à l'Eucharistie, correspond davantage à saint Pascal Baylon (1540-1592). On peut aussi penser à saint Antoine de Padoue (1195-1231), bien que son attribut soit le cœur enflammé ou le lys..

      Les deux statues, l'une de saint François, l'autre d'un cordelier tenant un calice forment un duo qui  se retrouve à Bodilis, (église), à Sizun, (fronton de l'ossuaire,1588) à Lanneufret (église) et à La Roche-Maurice, témoignant de l'implantation des Franciscains dès le XIIIe siècle dans le Léon. L'identité du deuxième moine est régulièrement discutée dans chacun de ces sanctuaires. 

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      saint Fidel ?, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      saint Fidel ?, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      8. Sainte Anne éducatrice. Niche à gauche du chœur.

      Placée dans une niche néogothique, la statue de 170cm de haut dépare avec la belle statue de la Vierge à la démone. Certains  suggèrent qu'il peut s'agir d' une maladroite copie de l'ancienne statue de la chapelle de Kermorvan (ruinée). 

      Niche et statues de Sainte Anne éducatrice, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Niche et statues de Sainte Anne éducatrice, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      9. Le meuble Renaissance.

      "La niche de sainte Anne repose sur un meuble de style Renaissance identique à celui des panneaux de l'autre coin. Ce meuble à 3 faces occupe l'angle de l'abside. Le registre supérieur présente, dans chaque panneau le même décor d'architecture, deux pilastres à chapiteaux corinthiens soutiennent un entablement et encadrent un losange renfermant un personnage non identifiable, parce qu'en mauvais état ; le panneau du milieu n'a pas, cependant, de losange mais un bas-relief représentant la Résurrection du Christ : le Christ, debout, sort du tombeau, la main droite levée, tandis que deux soldats dorment près du tombeau, dans le bas. Les trois panneaux du registre du milieu sont ornés tous trois de rinceaux et d'un cartouche rond (ou médaillon rond )  Dans les médaillons du centre et de droite, un buste en fort relief, une tête barbue et une tête cassée. Dans le médaillon de gauche, un joueur de cithare en bas-relief ( est-ce David ? ) • Les trois médaillons occupent le coin supérieur, à gauche. Les trois panneaux comportent le même décor d'architecture que le registre supérieur et un losange, avec un buste de femme dans le premier, un buste d'homme dans le second, mais le troisième panneau est caché par le ma!tre autel. A tous les angles, un fuseau, à raison de 4 par étage. La base du meuble est garnie de motifs géométriques peints. Trois panneaux sont en réalité des portes avec gonds et serrure (ceux de la Résurrection et de David en particulier )." (Inventaire 1986).

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      Meuble Renaissance au coin de l'abside, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Meuble Renaissance au coin de l'abside, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      10. Le meuble Renaissance du coté droit du chœur.

      "En haut, sous une corniche, quatre rectangles:deux sont vides de leurs ornements. Le troisième contient des rinceaux, le quatrième un joueur d'instrument dans une mandorle étroite. En dessous, trois pilastres à chapiteaux corinthiens soutiennent un entablement et encadrent deux panneaux à rinceaux; au sommet de ces deux panneaux, un cartouche rond d'où sort une tête, une femme à gauche, un homme à droite. De l'autre côté, plus de panneaux, car ils cacheraient une fontaine gothique à arc trilobé (non visible) et tablette centrale " (Inventaire 1986)

       

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      Meuble Renaissance au coin de l'abside, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Meuble Renaissance au coin de l'abside, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      11. Le calvaire (1625).

       "Au nord de l'église, dans la partie du cimetière désormais désaffectée, se dresse un calvaire de Roland Doré.

      a) Le Christ en croix a les traits anguleux propres au style de l'atelier landernéen. Des boules godronnées terminent les bouts de la croix. Au-dessus de la tête du Christ, un ange, la tête en bas, soutient l'inscription INRI.

      b) Contre le noeud , un écu où l'on reconnait les armoiries des Quélen Vieux-Châtel : Burelé de dix pieces (d'argent et de gueules )

      c) Le socle repose sur un marchepied à deux degrés. Ce socle est taluté. Sur ce socle se dresse un monolithe de la Pieta: La Vierge est entourée de saint Jean et de Marie Madeleine reconnaissable à son pot de parfum. Au revers, sur le même socle, côté Est, une représentation du Christ : Jésus, debout, sort du tombeau, comme à Plougastel. Aux angles du tombeau, deux angelots sont posés, comme des oiseaux. " (Inventaire de 1986)

      La croix du cimetière de Brennilis se compare au calvaire du cimetière de Commana, réalisé un an plus tôt en 1624.

      Voir : Atlas des Croix et Calvaires du Finistère.

      Roland Doré (1618-1660) est un maître-sculpteur de Landerneau responsable, avec son atelier, d'une soixantaine  d'œuvres (principalement des calvaires) dans les enclos paroissiaux du Léon et du nord de la Cornouaille. Issues de commandes ecclésiastiques ou aristocratiques, ses sculptures portent l’empreinte stylistique de son atelier (visages ronds au profil tranchant, drapés stylisés et hiératiques). Son matérieu de prédilection est la kersantite, ou pierre de Kersanton, extraite dans la rivière de Daoulas à Loperhet et réputée pour sa dureté et pour la finesse de son grain. Elle se taille et se sculpte facilement au sortir de la carrière, puis durcit à l'air.

       

      La Vierge entourée de saint Jean et de Marie Madeleine. Calvaire  de l'église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      La Vierge entourée de saint Jean et de Marie Madeleine. Calvaire de l'église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Calvaire  de l'église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Calvaire de l'église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Christ sortant du tombeau, Calvaire  de l'église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Christ sortant du tombeau, Calvaire de l'église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      SOURCES ET LIENS.

      — « Autour de Yeun Elez : une entité patrimoniale » pdf 

      http://www.bretagne.bzh/upload/docs/application/pdf/2009-11/plaquette_pnra_n2_2009-11-19_17-15-48_452.pdf

       

       

      Sur l'église de Brennilis :


      —http://fr.topic-topos.com/saint-yves-entre-le-riche-et-le-pauvre-brennilis

      — Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

      http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

      — Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

      — ABGRALL, (Jean-Marie) 1904 Notice sur Brennilis, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 :

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

      — ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, Ar. de Kerangal, Quimper pages 283-284.

      https://archive.org/stream/architecturebre00abgrgoog#page/n317/mode/2up/search/brennilis

      AncreAncre  — COMBOT (recteur de Brennilis), 1856, Note sur l'église de Brennilis,  cité dans BDHA 1904.

      — COUFFON , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

       PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

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      Published by jean-yves cordier - dans Brennilis.
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      22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 21:08

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      La baie 0, ou maîtresse-vitre, mesure 4,50 m de haut sur 2,30 m de large et comporte 4 lancettes trilobées au décor réparti en trois registres, et un tympan à 3 fleurs de lys et écoinçons. Elle est datée vers 1500 par les auteurs du Corpus Vitrearum, et est consacrée à la Vie de la Vierge. Le registre inférieur est perdu, il était jadis masqué par un retable. Il a été partiellement comblé de pièces par Jean-Jacques Gruber en 1967. Une restauration a été menée en 1996 par Jean-Pierre Le Bihan et son fils Antoine  avec remplacement des pièces manquantes, pièces collées et doublées. Le vitrail est classé MH à la date du 10 novembre 1906.

      Le maître-verrier J-P. Le Bihan a donné dans son blog une multitude d'indications et de réflexions dans un article dont je citerai de nombreux passages.


      Restauration : "Depuis une quinzaine d'années, avec le progrès technique, les ateliers de verriers ont à leur disposition des colles à base de silicone réversible qui ne jaunissent pas et permettent d'offrir une meilleure lisibilité aux pièces de verres, qui, brisées, étaient devenues illisibles à cause du nombre de plombs dits de casses. Cette verrière présentait de nombreux cratères où les mousses proliféraient. Les ferrures qui séparent les panneaux étaient rouillées et la rouille du côté extérieur s'incrustait dans ces cratères sous l'effet de la pluie. De plus, la pose, lors de la dernière restauration, avait été très mal faite. Les panneaux avaient été coupés sur les rives et étaient posés en superposition à la jonction des ferrures. Des pièces manquantes avaient été fournies. Certaines dénotaient n'étant pas dans l'esprit de la verrière. Cela se remarquait dans les dais et les socles d'architecture ainsi que chez certains personnages. Nous en avons conservé  in situ certaines à titre de témoignage des diverses restaurations des XIX et XXème siècles. Il s'agit de la tête du Roi Mage, de celle de Gabriel, de certains morceaux de vêtements chez les Rois Mages et toute la partie concernant Joseph dans la Nativité. Les panneaux du bas de Jean Jacques Gruber ont été remplacés par un nouvel accompagnement plus coloré. Ces panneaux au graphisme répétitif étaient conçus pour être moins visibles à l'origine, un panneau d'autel en cachait les deux tiers." (J-P. Le Bihan)

      L'examen des registres anciens des lancettes montre l'alternance des couleurs des fonds : dans les panneaux supérieurs, deux fonds bleus encadrent deux fonds rouges, alors qu'au-dessous, deux fonds rouges encadrent deux fonds bleus. 

       

       Situation de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Situation de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

       

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      Réalisés vers 1500, les 8 panneaux des  lancettes sont consacrés à la Vie de la Vierge. Le retable de l'autel placé  sous la maîtresse-vitre traite également du même thème, avec les sept panneaux de  l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, l'Annonce aux bergers, l'Adoration des Mages, la Présentation au temple. 

      —La même année 1500, les chanoines de la Collégiale de Beaune font tendre le chœur de leur église de 19 pièces de tapisserie relatant la Vie de la Vierge

      —En 1503-1508, Jean Bourdichon peint les enluminures des Grandes Heures d'Anne de Bretagne. Dans les Livres d'Heures, par lesquels les laïcs suivent au rythme de leur lecture et de leurs oraisons la liturgie des Heures, et la partie principale de ces Heures repose sur le Petit office de la Vierge, Officium Parvum Beatae Mariae. Dans cet Office, chacune des huit "heures" est associée à un moment de la Vie de la Vierge , et Jean Bourdichon réalise une enluminure pour chacun de ces huit temps. En outre, six de ces Scènes de la Vie de la Vierge correspondent aussi à des fêtes liturgiques, ce qui ajoute un autre repère temporel.

       la journée comporte sept heures canoniales et la nuit en comporte  une :

      • Matines ou vigiles : milieu de la nuit (minuit) : l'Annonciation. (25 mars)

      • Laudes : à l'aurore : Visitation. (31 mai)

      • Prime : première heure du jour (6 h) : Nativité. (25 décembre)

      • Tierce : troisième heure du jour (9h) : Annonce  aux bergers.

      • Sexte : sixième heure du jour (midi) : Adoration des Mages. (6 janvier)

      • None : neuvième heure du jour (15h) : Présentation de Jésus au temple. (2 février)

      • Vêpres : le soir (18h) : Fuite en Égypte.

      • Complies : avant le coucher (21h) : Assomption. (15 août)

      Cette séquence n'est pas propre aux Grandes Heures, et se retrouve dans les Heures du duc Pierre de Bretagne, dans les  Heures de Charles VIII ou dans les Heures  de Louis XII, comme dans les Heures à l'usage de Bourges  imprimés par Simon Vostre pour ne citer que quelques exemples princeps, et en réalité dans tous les livres d'Heures. Cela veut dire que chaque fidèle aisé et s'adonnant à la dévotion moderne connaissait ces huit scènes de façon intériorisée par une fréquentation quotidienne de l'oraison, de la contemplation suivie de méditation sur l'image, et que la simple présence de ces images au dessus de l'autel entrait en résonance active avec ses lectures, avec sa foi chrétienne et avec sa mémoire temporelle des rythmes de ses jours. Ainsi, la scène de la Nativité, parce qu'elle était liée à Prime, était pour lui associé au thème de la lumière naissante, et il décryptait mieux la manière dont le corps de l'Enfant irradiait de ses rayons son environnement, ou la raison pour laquelle saint Joseph tenait une lanterne.

      A Brennilis, deux scènes ont été ajoutées, tirées des évangiles apocryphes : l'entrée de Marie au Temple, et le Mariage de Marie. A l'inverse, l'Annonce aux bergers manque, et l'Assomption n'y est pas représentée, du moins dans les panneaux conservés. 

      A la différence de le cadrage en buste que va instituer Jean Bourdichon dans ses enluminures royales, les personnages sont représentés en pied, et restent dès lors un peu théoriques, un peu lointains. Le souci de dévotion participative et empathique va bientôt modifier cela. 

      Pour des  impératifs de lisibilité, les maîtres verriers simplifient au maximum le décor, renoncent à faire figurer des paysages, limitent le nombre des personnages (3 à 6). 

      Ces vitraux peuvent être contemplés/médités de mille façon. Soit tout simplement pour se remémorer le texte-source et "réviser" son Histoire Sainte". Soit dans une empathie à l'égard des souffrances acceptées par la Vierge et par son Fils pour le salut de l'Humanité en général, et de chaque fidèle en particulier. Soit par souci de sacraliser le temps profane, chaque moment du cycle naturel de la lumière du jour étant relié à un moment de l'histoire du Salut. Soit selon une démarche plus théologique, pour montrer que chaque épisode de la Vie de la Vierge et de l'Enfance du Christ accomplit les Écritures de l'Ancien Testament (démarche typologique). Soit  dans un esprit polèmique pour affirmer la valeur et la validité des articles de la foi catholique face à la contestation de la Réforme. Et aussi, pour l'amateur d'art d'aujourd'hui, en étudiant et appréciant les détails techniques propres au métier de verrier. Ou encore dans une comparaison d'un thème iconographique dans ses développements historiques...

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      Vie de la Vierge, lancettes supérieures,  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Vie de la Vierge, lancettes supérieures, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Pour suivre l'ordre chronologique, je décrirai les panneaux de la gauche vers la droite en débutant par le registre supérieur.

      1. Présentation de Marie au Temple.

      — État : "Bien conservé" (Corpus Vitrearum).

      — Fête le 21 novembre depuis 1585.

      — Source :Protévangile de Jacques chapitre 7 Sainte Anne et son mari Joachim, tiennent leur promesse de consacrer leur fille à Dieu et la conduisent au temple de Jérusalem à l'âge de trois ans afin de se mettre au service du grand prêtre. Celui-ci  l'accueille au sommet des 11 ou 12 marches de l'escalier. Le Protévangile insiste sur le fait que la fillette ne se retourna pas vers ses parents. Elle resta dans le Temple, nourrie par un ange, jusqu'à sa majorité (12 ans), et s'occupait de tisser le voile du Temple.  

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      Entrée de Marie au temple,  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Entrée de Marie au temple, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Entrée de Marie au temple(détail),  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Entrée de Marie au temple(détail), baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Le mariage de Marie et de Joseph.

      — État : "Bien conservé"

       — Marie est habillée, tout au long des huit scènes, de la même façon , avec :  un manteau bleu retenu par un fermail, et orné d'un parement à motif géométrique ; une robe lie-de-vin à encolure dorée marquée d'ovales à godrons dorés ; de fins souliers brun clair.

      — Source : Protévangile de Jacques chap. 8 et 9Après ses 12 ans, Marie ne peut rester au Temple et doit être confiée à un homme veuf : tous sont convoqués et doivent apporter une baguette, car un signe de Dieu doit désigner l'élu. Toutes les baguettes des prétendants restent sêches, mais, de celle de Joseph, une colombe s'élève et vient se poser sur sa tête. Dans une autre version, la baguette fleurit. C'est celle qui est représentée ici, puisque Joseph tient dans la main gauche cette verge en fleur. Le grand prêtre réunit les mains des deux époux. L'artiste n'a oublié ni d'indiquer que Joseph est modeste et déjà âgé, ni que les prétendants écartés étaient pourtant plus riches (collier en or) et plus jeunes.

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      Mariage de la Vierge,  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Mariage de la Vierge, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Mariage de la Vierge (détail),  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
      Mariage de la Vierge (détail),  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Mariage de la Vierge (détail), baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Annonciation.

      — État : "Tête de l'ange restauré".

      — Fête : 25 mars.

      — Heure du Petit Office de la Vierge : Matines, correspondant à la nuit, très tôt le matin. L'Incarnation, si on l'assimile à la lumière divine, est ici seulement annoncée, mais n'advient pas encore.

      — Source :Evangile de Luc 1: 28-33

      — Le texte du phylactère s'enroule autour du bâton de l'ange mais on déchiffre le texte : ave gratia plena dominus tecum. (onciales gothiques ; hampe du p bifide ; abréviation dn~s et tec~u. iedentiques à l'enluminure des Grandes Heures)

      Selon Françoise Thélamon, la formule Ave gratia plena a pu être considérée au début du XVIe siècle comme une affirmation de l'Immaculée Conception, si on tient compte du fait que le latin ave gratia plena Lc 1:28 traduise le grec chairé kécharitôménè qui signifie littéralement « toi qui as été et demeures remplie de grâce » et indique donc un état de grâce pleinement réalisé et permanent. D'autant qu'à la salutation angélique s'ajoute celle de la Visitation : « Tu es bénie entre toutes les femmes ».

      — Comparer avec l'enluminure des Grandes Heures d'Anne de Bretagne folio 61v. A Brennilis, le prie-dieu et le décor de la pièce, avec leurs remplages flamboyants, restent de style gothique.

      — En typologie, cette scène accomplit le verset d'Isaïe 7:14 Ecce virgo concipiet et pariet filium et vocabitur nomen eius Emmanuel, " Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel. puisque le verset de Luc 1:31 le reprend textuellement  : Ecce concipies in utero et paries filium et vocabis nomen eius Iesus. "Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. ".

       

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      Annonciation,  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Annonciation, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Annonciation (détail),  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Annonciation (détail), baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Visitation.

      — État : "Bien conservé, grisaille altérée sur les visages, carnation réchauffées de sanguine."

      — Fête liturgique : 2 juillet (cf calendrier des Grandes Heures : Visitatio beate

      — Heures : Laudes : office de l'aurore ("Lueur brillante et rosée qui paraît dans le ciel avant que le soleil ne soit sur l’horizon.", où on rend grâce pour le jour qui  va se lever. Le trésaillement d'allégresse ressentie par Élisabeth est le premier signe, le prémisse, l'aurore de l'Incarnation.

      — Source : Luc 1:39-45. Benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui "Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni".

      —  La scène se déroule en plusieurs temps : d'abord Elisabeth entend la salutation de Marie. Puis, aussitôt  son enfant tresaille d'allégresse (exulsavit in utero eius) . Puis Élisabeth est remplie de l'Esprit Saint. Puis elle s'écrie d'une voix forte   "Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni". et elle ajoute :  ecce enim ut facta est vox salutationis tuae in auribus meis exultavit in gaudio infans in utero meo "Car voici, aussitôt que la voix de ta salutation a frappé mon oreille, l'enfant a tressailli d'allégresse dans mon sein "

      L'Annonce par Marie révèle le caractère prophétique de saint Jean-Baptiste, qui, encore dans le sein de sa mère Élisabeth, re connaît la divinité et l'humanité de son cousin Jésus, lui-même dans le sein de Marie.  Non sans rapport avec la survenue de l'aurore, saint Bernard compare cette reconnaissance à un feu d'origine céleste, "Alors, non pas la prédication, mais l'inspiration se révéla à Jean, que l'Esprit avait rempli dans le sein même de sa mère.[...] Ce nouveau feu qui descendu du ciel un peu auparavant par la bouche de Gabriel était  entré dans l'oreille de la Vierge, et à son tour par la bouche de la Vierge dans l'oreille de la mère de Jean, entra dans le petit enfant pour qu'à partir de là le Saint-Esprit remplisse ce vase qu'il avait choisi et prépare le flambeau pour le Seigneur". 

      — Iconographie : il existe deux sortes de représentations : soit les deux femmes sont debout et se tiennent les mains(Grandes Heures f.36v), soit, comme ici, Élisabeth est agenouillé devant Marie .

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      Visitation ,  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Visitation , baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Visitation (détail),  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Visitation (détail), baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      DEUXIÈME REGISTRE .

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      Nativité.

      — État : "Tête de saint Joseph et pièces voisines restaurées".

      — Fête : Noël, le 25 décembre.

      —  Heures : Prime, première heure du jour après le levant, soit 6 heures du matin. La naissance du Christ correspond métaphoriquement au lever du soleil de la divinité.

      —Source : Luc 2:7 et Matthieu Puer natus est nobis et fili datus est nobis.

      La comparaison avec l'enluminure des Grandes Heures d'Anne de Bretagne folio 51v montre que Joseph tient entre ses mains, dans le vitrail, une bougie, peu visible mais réelle. En relation avec la métaphore de la lumière naissante, les rayons qui diffusent autour du corps du Christ sont parfaitement compréhensibles. L'Office de la Vierge, le fidèle prie la Vierge en disant  Quia ex te ortus est sol iustitiae Christus deus noster,  "Parce que le soleil de justice, Jésus-Christ notre Dieu est sorti de vous. "La lumière de la bougie de Joseph peut signifier, elle, la lumière de la foi humaine, alors que, dans l'enluminure et sans-doute sur le vitrail dans son état d'origine, la lumière du Père traverse le toit de la crêche. Voir aussi la Nativité de Robert Campin.

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      Nativité, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
      Nativité, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
      Nativité, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Nativité, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Présentation de Jésus au temple.

      — État : "Bien conservé ; grisaille altérée."

      — Fête : Il ne s'agit pas d'une Circoncision (fêtée le 1er janvier), mais de la Présentation au temple, fêtée le 2 février, 40 jours après Noël. 

      — Heures : ici : Tierce, troisième heure du jour (9 heures). "Dans l'Office divin, Il commémore le moment où l'Esprit Saint est descendu sur les apôtres" (Wikipédia). Mais le Nunc dimittis est récitée traditionnellement par les fidèles chrétiens avant le coucher du soir ou dans les offices funèbres.

      Dans les Livres d'Heures, Tierce est associé à l'Annonce faite aux bergers, et la Présentation au Temple est reporté à None. 

      — Source : Luc 2:22-38. Nunc dimittis servum tuum Domine secundum verbum tuum in pace.

      Comme tout ce qui nous paraît simple, cet épisode est compliqué. L'évangéliste Luc indique d'abord que Jésus fut circonci le 8ème jour (cérémonie qui ne se faisait pas au temple, mais à la maison), puis que Marie et Joseph se rendirent à Jérusalem pour y accomplir deux cérémonies : celle de la Purification de Marie (qui exige  l'offrande d'un couple de tourterelles), et celle du rachat par un sacrifice animal de tout premier-né mâle au Temple à l'âge d'un mois. Or, dans le Temple, les époux rencontrent un vieillard, Siméon, : "Syméon prit l'enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations païennes,et gloire d'Israël ton peuple. » Le père et la mère de l'enfant s'étonnaient de ce qu'on disait de lui. Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. - Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. - Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d'un grand nombre. » 

      L'iconographie fusionne traditionnelement  la présentation de Jèsus au grand prêtre, l'offrande des tourterelles, Siméon (qui se substitue au grand prêtre) tenant Jésus dans ses bras et proclamant  le cantique d'action de grâce de Syméon , connu sous le nom de Nunc dimittis. Le récit évoque aussi Anne la prophétesse (Lc, 2:36-38), et celle-ci est souvent figurée parmi l'assistance. Joseph, ou une servante,  tiennent le panier contenant les tourterelles, et le cierge rituel. Ce cierge, auquel le nom profane de la fête du 2 février, Festa candelarum ou 'Chandeleur", fait référence, joue un rôle important dans la liturgie, l'office de la Purification débutant par la procession et la bénédiction des cierges, symbole de la pureté virginale. Au XIIe siècle, saint Bernard y fait allusion dans ses Sermons pour le jour de la Purification : "Nous avançons deux à deux, tenant à la main un cierge allumé, mais allumé à un feu consacré d'abord à l'Eglise par la bénédiction du prêtre, non à un feu ordinaire. ". La fête de la Purification de Marie fut instituée à Jérusalem dès 386, et dès 450 y a été ajouté la Procession des cierges. La fête est accueillie à Rome au milieu du VIIe siècle, sous le nom d’Hypapantê ou ‘Obviatio’ (Rencontre), ou de ‘jour de St Siméon’. Au milieu du VIIIe siècle, une nouvelle appellation se fit jour en pays francs, celle de purificatio Sanctae Mariae. Aux IXe et Xe siècles, les deux titres se concurrencèrent, puis le second prévalut. 

      —Comparer à :

      Enluminure de Bourdichon pour Anne de Bretagne folio 70v.

      Enluminure de Jean Bourdichon pour les Heures de Louis XII

      Ici, le maître-verrier, par souci de simplification, a placé (assez maladroitement)  le cierge dans la main de Marie alors que Joseph tient une canne. Siméon tenant l'Enfant nu et nimbé* dans un linge, est par contre très semblable à celui des enluminures, avec sa tête penchée, sa longue barbe témoignant de son âge, sa cape aux riches orfrois, et son nimbe qui indique qu'il ne s'agit pas du grand prêtre.

       *Il s'agit d'un nimbe dont le champ est cruciforme avec soit une grisaille tamponnée, soit avec en plus des enlèves à la pointe en raies de lumière.(J-P. Le Bihan)

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      Présentation de Jésus à Siméon, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Présentation de Jésus à Siméon, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      La maîtresse-vitre ou baie 0 de l'église Notre-Dame de Brennilis.

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      Adoration des Mages.

      — État : "Bien conservé".

      — Fête : Épiphanie, le 6 janvier. Mention Epiphania domini en lettres d'or sur le calendrier des Grandes Heures  (lettre dominicale f)

      — Heures : Sexte ou sixième heure du jour (midi). Le terme "épiphanie" provient du latin chrétien signifiant "qui apparaît", du grec phaino "se manifester, apparaître, rendre évident" mais aussi "briller". La référence à la lumière solaire se poursuit, pour un temps liturgique où la divinité se dévoile dans toute sa gloire face aux Gentils (les rois des trois continents alors connus), mais la référence va évidemment aussi à la lumière de l'étoile qui les guide, et dont la présence est constante dans cette iconographie.

      — Source : Matthieu 2:1-12.

      — Comparaison : Grandes Heures d'Anne de Bretagne folio 64v.

      Sur le vitrail, saint Joseph est absent, mais la composition reprend le schéma habituel des enluminures en deux diagonales convergeant vers la tête de la Vierge : ligne ascendante vers Gaspar tenant l'encens (qui honore la divinité de Jésus) puis Balthasar tenant la myrrhe (qui honore son humanité mais aussi sa mort ). Ligne descendante incluant Jésus, son bras tendu vers la cassette contenant l'or  qui honore son caractère royal et s'achevant sur la tête et la barbe blanche de  Melchior. Ce dernier, figure du viellard, est vêtu d'un manteau damassé et a posé sa couronne. Gaspar, figure de l'homme mûr, porte une couronne autour d'un chapeau.  Balthasar, figure de l'homme jeune, est noir et porte un turban et une boucle d'or à l'oreille gauche. L'Enfant Jésus, plus âgé d'apparence (puer senex), est auréolé d'un nimbe crucifère.

      — Technique : On remarquera la pièce bleue du mur de la crèche, posée selon la technique du chef d'oeuvre, c'est à dire un morceau de verre placé à l'intérieur d'une pièce de verre qui a été découpée.

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      Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Malgré l'importance de la corrosion du verre, la finesse du dessin du visage de la Vierge peut être appréciée. Le nimbe est orné d'arcades. Les cheveux blonds (jaune d'argent), longs et peignés, sont divisés par une frange médiane et retenus par un serre-tête à médaillon orné d'un cabochon. Ils retombent sur les épaules en vagues et en boucles. Les sourcils affinés par épilation sont réduits à un arc sombre. Les paupières sont lourdes et épaisses, ne laissant voir qu'une étroite fente de l'œil ; celui-ci est souligné par une ride. Le nez, assez fort, est dessiné par le même trait que le sourcil gauche. La bouche est petite et lippue.

      Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Fuite en Égypte.

      —État : "Drapé de la Vierge restauré".

      — Heures : Vêpres (coucher du soleil). La Fuite en Égypte a lieu la nuit.

      — Sources : Matthieu 2:13-15 : surge accipe puerum et matrem eius et fuge in egyptum : "Joseph, se levant prit l'enfant et sa mère durant la nuit, et se retira en Égypte.

      — Typologie : Osée 11:1 "Hors de l'Égypte j'ai appelé mon fils"

        — La Vierge portant l''Enfant, emmailloté avec des bandelettes est monté sur un âne mené par la bride par saint Joseph. Ce dernier tient, dans les enluminures, son baluchon au bout de son bâton, mais ce détail disparaît ici. On remarquera le circuit des regards, Joseph regardant la Vierge qui regarde l'Enfant qui regarde sa Mère. 

      "Des petits cailloux ronds, groupés par deux ou trois, essaiment le chemin qui est égayé de plantes aux quatre ou cinq feuilles d'où sortent autant de pistils longiformes. Ce procédé graphique des cailloux et de leurs ombres sera repris plus tard par l'Atelier Le Sodec et existe chez Durer dès 1492." (J.P. Le Bihan)

      Fuite en Égypte, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
      Fuite en Égypte, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Fuite en Égypte, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Les têtes de lancettes : dais architecturés. (lancette B et D)

      État : "Dais architecturaux découpés. Bien conservé à droite [D], restaurés dans les autres lancettes. Fond coloré bleu, rouge, violet et pourpre. Rehauts de jaune d'argent très léger" (C.V)

      "Les têtes de lancettes sont réservées aux dais d'architecture, en verre incolore rehaussé de grisaille et de jaune d'argent, dont le dessin est très ouvragé, avec une perspective concave répétitive, qui laisse entrevoir une tribune. L'esprit est gothique. Malheureusement, à une époque récente, XlXème ou XXème siècle, les parties supérieures ont été coupées, dénaturant la lancée (ou terminaison florale) de ces dais. Cela a semble-t-il été nécessaire suite à un affaissement de la maçonnerie du côté gauche." (J-P. L.B)

      Dais de la lancette B, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Dais de la lancette B, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Tête de la lancette D,  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Tête de la lancette D, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      LE TYMPAN.

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      Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      La maîtresse-vitre ou baie 0 de l'église Notre-Dame de Brennilis.

       

      Les armoiries.

      Le tympan contient 8 écus armoriés (avec emploi de verres gravés) dont je reprends la description donnée par le chanoine Abgrall. Je rectifie seulement un point, concernant Louise de Berrien, qui est donnée comme l'épouse d'Olivier de Quélen, alors que les généalogistes considèrent aujourd'hui que c'est Marie de Berrien (1471-1511), fille aînée d'Henri de Berrien (1444-1481) d'argent à trois jumelles de gueules au franc canton d'or au lion de sable et de Louise du Juch (1450-?), qui épousa Olivier de Quélen du Vieux-Castel (1440 ou 1445-1521 ou 1525) burelé d'argent et de gueules de dix pièces. L'erreur viendrait de Pol de Courcy, qui indique dans son Nobiliaire et armorial de Bretagne (1890)  à la rubrique -Bérien (de), sr de Kerranou, par. de Plestin :  " Louise, leur fille, dame de Coëtanezre et de Kerdudal, mariée à Olivier de Quélen, baron du Vieux-Châtel. ". 

       

      Un peu de généalogie.

      Les écus sont ceux de  Marie de Berrien et de ses parents et grands parents, ce qui amène à penser qu'elle est la commanditaire de ce vitrail, après son mariage avec Olivier de Quélen-Vieux-Castel, vers 1500 et avant son décès en 1511. Marie de Berrien, dame de Kerdudal, est née en 1471 et fut inhumée en 1511 au Couvent des Cordeliers de Quimper. 

      Son grand-père paternel était Yvon de Berrien et sa grand-mère Jeanne de Lézongar. Un seigneur de Lézongar est représenté comme donateur sur la baie 114 de la cathédrale de Quimper réalisé vers 1495-1497, présenté par saint Christophe. 

      Son père était Henri de Berrien (1444-1481), marié le 26 septembre 1470 à  Louise du Juch. 

      Louise du Juch était pour les uns la fille de Christophe I du Juch et de Jehanne le Barbu (SAF 1997), pour les autres la fille d'Hervé IV du Juch (1425-1461), capitaine de Concarneau, Chambellan du Duc et de Louise du Mûr (v1430-1485). Ces seigneurs du Juch sont les donateurs d'un vitrail (baie n°104) de la cathédrale de Quimper vers 1425.

      Puisque son père Henri décéda en 1481, alors que sa fille aînée avait 10 ans, on peut penser qu'une tutelle fut assurée par Roland de Berrien, oncle de Marie de Berrien et qui deviendra recteur de Pleyben de 1492 à 1498. C'est lui qui fit réaliser le vitrail de la baie à gauche du chœur. 

       Marie et Olivier eurent comme enfants :

      1° Jean, qui épousa Jeanne de Troguindy 

      2° Olivier, chevalier.

      3° Marie, qui épousa : 1° Jean de Rocherf ; 2°, en 1524, Gilles le Rouge, Sr de Kerberiou.

      4° Jeanne, femme de Jean de Kerguesay, Sr de Kergomar. XI.

       Les écus sont les suivants , de haut en bas :

      1. D'argent à 3 jumelles de gueules, au franc canton d'or au lion de sable, qui est Berrien ;

      2. Mi-parti d'un burelé d'argent et de gueules de 10 pièces, qui est Quélen-Vieux-Chastel et d'or à trois fasces de gueules, qui est du Chastel (Yvon de Quélen, seigneur du Vieux-Chastel, épouse, vers 1450, Jeanne du Chastel) ;

      3. Mi-parti de Berrien et de gueules à trois épées d'argent en bande, qui est Coatanezre, fondu dans Berrien, puis Quélen-Vieux-Chastel ;

      4. D'azur à trois besans d'or, parti de gueules à la fasce d'or ;

      5. Mi-parti de Berrien et d'azur à la croix d'or, qui est Lézongar (Yvon de Berrien épouse, en 1443, Jeanne de Lézongar) ;

      6. Mi-parti de Quélen et de Berrien (Marie de Berrien, dame de Coatanezre et de Kerdudal, épouse, vers 1500, Olivier de Quélen, baron du Vieux-Chastel) ;

      7. Mi-parti de Berrien et d'azur au lion d'argent, qui est du Juch (Henry de Berrien, homme d'armes dans une montre de 1481, épouse Louise du Juch, père et mère de la précédente) ;

      8. Mi-parti de Berrien et de ......... 

       

      Seul le martyrologe de la basilique Saint-Pierre indique le nom de Présentation : Ypapanti Domini, id est obviatio seu appresentatio Domini nostri Iesu Christi s

       

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      Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
      Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
      Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
      Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
      Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
      Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
      Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Dans l'ajour supérieur est peint une Trinité souffrante . (Grisaille et jaune d'argent datent du XXe siècle). L'église de Loqueffret, dont Brennilis était alors une chapelle tréviale, conserve un retable consacré à la Trinité du XVIe siècle.

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      Trinité souffrante, tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Trinité souffrante, tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      Anges en prière et anges musiciens.

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      Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

      Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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      ANNEXE.

      L'analyse technique de Jean-Pierre Le Bihan :

      La palette des couleurs.


      "Ce fut une surprise que de découvrir le grand nombre de teintes de verres qu employa le verrier. Cela indique aussi la présence d'un atelier possédant un stock et une palette de couleurs de verres, ce qui est assez rarissime. Il y a les rouges qui semblent prédominants par leur surface. Ils ont été choisis dans des feuilles de tonalité très proche ; ce qui n'est pas toujours facile. Le rouge ne laissant pas passer la lumière, il s'agit d'un verre blanc supportant au soufflage une fine pellicule de rouge.
      Nous trouvons un bleu violet dans la robe d'Elisabeth, un autre, un peu plus fort pour St Joseph, que cela soit au Mariage ou dans la Nativité. 
      Il y a le bleu du manteau de la Vierge que l'on retrouve dans toutes les scènes. Ce manteau bleu recouvre une robe d'un violet carmin, violet que l'on voit plus proche d'un brun laqué comme fond de la Circoncision, ou, plus brun vermillon chez Joachim. Il y a encore un violet, plus gris violacé pour les ailes de l'Ange Gabriel.
      Les verts sont, eux aussi, nombreux. On en relève trois: une cendre verte derrière la Vierge de l'Annonciation, un moyen sur le pupitre de la même scène et que l'on retrouve pour les sols de l'entrée de Marie au Temple, de la Visitation et de la Nativité. Et enfin, un vert émeraude sur le manteau de l'Ange Gabriel.
      Le verre incolore présente au moins deux teintes que l'on devine dans les architectures. L'une d'elles, la plus proche du blanc, est utilisée pour les visages, les mains et les corps."

      Les visages

      "L'approche du détail nous confirme, une fois de plus, la spécificité et la qualité hors pair de cet atelier, avec cependant une certaine réserve pour la scène de la Présentation de Marie au Temple.
      Attirés par l'air de famille des visages, ce qui est une chose naturelle, lorsque c'est le même peintre qui oeuvre sur une verrière, nous avons été plus loin et avons découvert (et cela est la première fois en trente ans de métier) en superposant les visages, hommes sur hommes, femmes sur femmes, parfois face interne sur face externe, nous avons donc découvert que le peintre verrier devait posséder un dessin original de visages. Il le transposait très légèrement, sans grande modification, par transparence, ouvrant ici un peu plus grand les yeux, forçant là un peu sur le nez. Il a agi de même pour le toit de la crèche."


      Le peintre
       

      "Il n'était pas seulement un copieur, il savait tenir ses pinceaux et son registre plastique est époustouflant.
      Le trait de grisaille noir est très sensible, juste ce qu'il faut, affirmant quelques traits comme les sourcils, les paupières, l'oeil ou les poils de barbe ou les cheveux. Tout le reste est une débauche luxuriante de sanguine.
      Cette sanguine, il l'a posée sur les deux faces du verre, au dos pour accentuer la teinte, les traits et donner des ombres. C'est avec elle, qu'il crée les visage, les mains. Il va même plus loin. Avec cette même sanguine ou du Jean Cousin, qui est de la sanguine encore plus cuite et desséchée, et sa grisaille noire mélangées, il arrive à une teinte brune. Cette teinte se trouve dans le toit de la crèche, le couffin de l'Enfant Jésus, ou les ombres portées des vides sanitaires au-dessous des escaliers du Temple.
      Toutes ces grisailles ou sanguines, il les enlève pour donner de la lumière ici et là, avec un bois ou une pointe et aussi parfois avec une brosse dure. Un damassé très effacé ou très léger recouvre les faces intérieures.
       Il y a aussi le jaune d'argent, nitrate ou chlorure d'argent, qui est très librement posé et qui, par endroit, c'est reproduit sur d'autres pièces par fusion lors des cuissons. Il anime les nimbes, les cheveux, les architectures."


      Le verre.

      "Autre spécificité de cet atelier, c'est aussi le verre et sa découpe. Le verre utilisé est un verre soufflé en plateau.
      Nous avons pu relever, grâce aux ondes concentriques que laisse ce genre de fabrication, que les plateaux de verre utilisés faisaient près de 90 centimètres de diamètre, soit environ les 36 pouces des mesures d'époque. Le verre est d'une surface non plane dont l'épaisseur varie de 3 à 6 millimètres et, sur certaines pièces, on trouve les bords arrondis, dits bourrelets, spécifiques à ce genre de fabrication.
      De nombreuses bulles, petites ou grosses comme une cerise, s'étalent en cercles plus ou moins concentriques suivant les couleurs et les morceaux de verre.
      Dans certains cas, les cratères, dû à l'âge du verre et à l'acidité de l'air et des lichens et mousses, laissaient sur le verre rouge apparaître le verre incolore. 

      Les pièces de verre découpées sont assez grandes dans l'ensemble. Une pièce bleue du manteau de la Vierge s'étale sur 34 centimètres. Cela peut être une indication intéressante sur les dimensions des fours de l'époque.

      La coupe de ces pièces de verres montre une dextérité hors du commun à une époque où le verre était coupé au fer rouge. Cela est visible dans les morceaux supérieurs de l'architecture des dais. Par contre, nous n'avons relevé qu'un chef d'oeuvre, qui est, après l'ouverture d'une fenêtre dans le verre, la pose d'un autre morceau de verre. On le voit dans le mur de la crèche. Cet atelier n'a pas non plus profité de la technique de la gravure à l'archet des pièces rouges, technique très utilisée au XVlème siècle."


      Les marques de repères
       

      "Nous avons signalé l'absence de gravures à l'archet ; par contre, il existe une autre sorte de gravures que l'on trouve sur la face extérieure du vitrail et qui sert de repérages lors des diverses manutentions des pièces en vue de la mise en plomb.
      Ces gravures, très petites, d'approche visuelle difficile, sont faites dans le coin des pièces, généralement dans le bas. Par rapport à certaines autres découvertes sur d'autres verrières, où ces marques de repères étaient d?une explication aisée à donner, ici nous nous trouvons devant quelque chose de plus complexe. Un seul panneau présente la même gravure et cela sur vingt pièces. Sur les autres panneaux, cela va de deux sortes de gravures à quatre, sans que l'on ne comprenne pourquoi, car il ne peut y avoir inversion de pièces. Ces marques de repères sont des F A. delta. , un triangle fermé, Z, o( . delta, z, et un graphisme représentant une paire de lorgnon. L'une d'entre elles nous a permis,  de remettre à sa place d'origine, une pièce d'architecture d'un dais qui s'était égarée dans un socle ou avait servi de bouche trou."

       

      A la recherche d'un atelier.


      "Espérons qu'un jour cette Vie de la Vierge révélera le nom de son auteur et sa date d'exécution, ou restera-t-il à jamais le verrier de Brennilis! Etait-il Cornouaillais ou extérieur à ce diocèse' Dans ce cas qui l'a fait venir.  Dans tous les cas, cette verrière n'est pas l'oeuvre de n'importe qui, et celui ci n'est pas à sa première oeuvre. Nous pouvons nous poser la question de savoir où sont passées ses autres oeuvres ? Ont-elles fait partie des quelques cinq cents ou milliers de verrières de Cornouaille disparues Ce verrier ne travaillait pas seul, il était aidé par des compagnons. Et nous pensons qu'il avait un commanditaire très au fait du programme car cette oeuvre révèle des tas de petits détails invisibles à plus de vingt à trente centimètres. Je pense ici à certaines terminaisons de lettres gothiques du Phylactère de l'Annonciation qui n'apportent rien en plus à la compréhension du sujet. C'est la première fois que nous nous posons la question de savoir si les maîtres verriers de l'époque, et particulièrement celui-ci, devaient travailler sous la surveillance du commanditaire ou donateur qui venait vérifier le travail en atelier, comme c'est le cas pour les orfèvres Cette recherche du détail, qui ne peut être aperçu du commun des paroissiens, était-elle faite par amour de l?art ou pour plaire au commanditaire?"

       

       

      Le retable du maître-autel est composé de panneaux anciens, ayant conservé leur peinture primitive. 1. — Annonciation : La Sainte-Vierge, agenouillée sur un prie-Dieu, est toute troublée de la salutation de l'ange et se détourne pour lever vers celui-ci des yeux presque effrayés. L'ange Gabriel apparaît dans une nuée traitée à la façon du Moyen-Age ; d'une main il tient un sceptre et de l'autre une banderole très déliée qui fait plusieurs enroulements et sur laquelle on lit : Ave Maria Dominus tecum. Dans un angle du haut, on voit le Saint-Esprit. 2. — Visitation : La Sainte-Vierge, la tête découverte et sans voile, entre chez sa cousine Elisabeth qui s'agenouille devant elle. Derrière celle-ci s'avance Zacharie, dont la tête est coiffée d'un capuchon pointu. 3. — Nativité : L'Enfant-Jésus est étendu dans la mangeoire, sur un peu de paille. La Sainte-Vierge et saint Joseph sont agenouillés devant lui ; entre eux se trouve un petit ange en adoration. A l'arrière-plan, on voit le boeuf et l'âne. Comme théâtre de cette scène, ce n'est pas la grotte qui est figurée, mais les ruines de l'ancien palais de David. 4 — L'Ange apparaît aux bergers : L'ange est debout au milieu d'un nuage ; il tient une banderole portant ces mots : Gloria in excelsis Deo. Autour de lui, pour indiquer la troupe angélique, on a placé des têtes de chérubins. Deux bergers dorment sur la montagne, un troisième se réveille. 5.  — Adoration des Mages. La Sainte-Vierge, assise, tient l'Enfant sur ses genoux, pour le présenter aux adorations des princes de l'Orient. Saint Joseph, tête découverte, est debout derrière elle. Le premier Mage, ayant déposé sa couronne, est agenouillé devant l'Enfant-Jésus. Il est accompagné d'un page ou jeune serviteur. Les deux autres rois, couronne en tête, sont debout et tiennent en main les présents qu'ils vont offrir à leur tour. 6. — Circoncision : Un vieillard, peut-être de la tribu sacerdotale, tient l'Enfant-Jésus au-dessus d'une table. La Sainte-Vierge est agenouillée, saint Joseph est debout ; deux personnages, semblant être des lévites, se tiennent là comme assesseurs. 7. — Assomption : C'est le panneau qui sert de porte au tabernacle. La Sainte-Vierge, debout sur un nuage, est entourée de quatre anges vêtus de longues robes, qui la touchent à peine, pour la faire monter au ciel. Les deux anges du haut déposent une couronne sur sa tête. Outre ces anges, on voit encore six ou sept têtes de chérubins. Ces bas-reliefs sont séparés par six statuettes couronnées de dais à découpures flamboyantes. On peut reconnaître saint Roch, saint Jean l'Evangéliste, saint Jacques le Majeur et saint Paul, apôtre ; les deux derniers saints sont plus difficiles à déterminer.  

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      SOURCES ET LIENS.

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      Sur l'église de Brennilis :


       

      — Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

      http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

      — Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

      — ABGRALL, (Jean-Marie) 1904 Notice sur Brennilis, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 :

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

      ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, Ar. de kerangal, Quimper pages 283-284.

      https://archive.org/stream/architecturebre00abgrgoog#page/n317/mode/2up/search/brennilis

      AncreAncre  

      — COMBOT (recteur de Brennilis), 1856, Note sur l'église de Brennilis,  cité dans BDHA 1904.

      — COUFFON , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

      — GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum vol. VII, Presses Universitaires de Rennes page 118.

      — LE BIHAN (Jean-Pierre), Brennilis, église Notre-Dame

       http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6197893.html

      PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

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      Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes. Brennilis.
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      22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 16:07

      PRÉSENTATION.

      L'église Notre-Dame est une ancienne chapelle tréviale de Loqueffret devenue église paroissiale en 1849. Une inscription en lettres gothiques à droite du maître-autel en indique la date de fondation en 1485 : " Y[ves] toux  procureur lan mil CCCC IIII XX  + cinq  : au cõmenceme[n]t   de . ceste . chappele". 

       

      La verrière d'axe ou baie 0, datée vers 1500,conserve les armoiries de Louise de Berrien et de son époux Olivier de Quélen baron du Vieux-Chastel, décédé en 1521. Elle est consacrée à la Vie de la Vierge.

       

      Situation de la verrière.

      La baie n°2 se situe à droite du chœur, sur le mur oriental du bras sud du transept. Elle éclaire un autel en bois aux 12 sybilles  et est encadrée par les statues de saint Hervé et  de saint Sébastien.

       

       

      Vue orientale du bras sud du transept, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.
      Vue orientale du bras sud du transept, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Vue orientale du bras sud du transept, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Le vitrail.

      La baie 2 , de forme ogivale, mesure 2,50 m de haut et  1,80 m de large et est datée selon le Corpus Vitrearum vers 1490-1495 ; sous un tympan à 3 ajours, ses 3 lancettes (2 en plein cintre, 1 ogivale) montrent trois niches à hauts dais architecturaux abritant saint Michel, le Christ et saint Jacques.  Elle a été restaurée d'abord en 1965 par Jean-Jacques Gruber, qui a créé une vitrerie ornementale, puis en 2000 pour compléter les personnages. Selon le Corpus Vitrearum publié en 2005, "en 1996, la verrière principale a été restaurée et complétée par Jean-Pierre et Antoine Le Bihan, et la campagne se poursuit actuellement sur les baies 1 et 2 " Maître d'oeuvre : Philippe BONNET- LGMH  2000.

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      Les fonds des lancettes sont alternativement rouge, bleu et rouge autour des dais et bleu, rouge, bleu à l'intérieur des niches.

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      Baie n°2,  église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.
      Baie n°2,  église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.
      Baie n°2,  église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Baie n°2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Les lancette A et B. Saint Michel et le Christ Sauveur.

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      Lancettes A et B de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Lancettes A et B de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      a) Saint Michel.

      Les cheveux et le nimbe de l'archange sont peints en grisaille sans rehaut de jaune d'argent . La croix est taillée dans un jaune teint dans la masse, plutôt que dans un verre blanc passé au jaune d'argent.

      Le même carton à grandeur a été employé à l'église Saint-Fiacre de Guengat, baie 2, pour un vitrail réalisé à la même épque (ca 1500) par un atelier quimpérois actif dans toute la Cornouaille (Ergué-Gabéric, Plogonnec, Penmarc'h, etc..) .

      http://www.lavieb-aile.com/article-l-eglise-de-guengat-29-i-les-vitraux-122885533.html

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      Comparaison des saint Michel de Brennilis et de Guengat. Photographie lavieb-aile.
      Comparaison des saint Michel de Brennilis et de Guengat. Photographie lavieb-aile.

      Comparaison des saint Michel de Brennilis et de Guengat. Photographie lavieb-aile.

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      b) le Christ en Saint-Sauveur.

      La couleur de la tunique (lie-de-vin) et le geste de bénédiction infirme l'hypothèse du chanoine Abgrall qui y voyait un Christ de Résurrection .

      Le visage a reçu un rehaut de sanguine. La chevelure et la barbe sont dessinées par enlevé de grisaille au petit bois.

      L'inscription AVE MARIA se lit sur l'encolure.

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      Le Christ en Saint-Sauveur, lancette B de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Le Christ en Saint-Sauveur, lancette B de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      La lancette C : saint Jacques le Majeur.

      Le Corpus Vitrearum laisse le choix : saint Jacques ou saint Roch avec les insignes de pèlerin. Fragment du visage restauré. 

      Je ne vois pas d'argument pour y voir saint Roch.

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      Lancette B et C de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Lancette B et C de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Saint Jacques tient le bourdon muni de sa calebasse. Il est coiffé du chapeau à bords rabattus sur lequel est peint la coquille et les bourdonnets croisés. La besace se devine en bandoulière. Quelle est la part des restaurateurs ?

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      Saint Jacques le Majeur, Lancette  C de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Saint Jacques le Majeur, Lancette C de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Dais architecturé de la lancette C. 

      Les niches sont couronnées de dais flamboyants élancés apparentés à ceux de la baie 0 avec leurs grandes pièces aux découpes savantes, et leur peinture subtile rendant compte des ombres portées. Les crochets des gables et les moulures sont rehaussés de jaune d'argent. Dans la voûte à culot se lisent les mots MISERE MI DEUS  aux lettres perlées. C'est l'incipit du psaume 50, Pitié pour moi, mon Dieu.

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      Dais de la lancette C  de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Dais de la lancette C de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      LE TYMPAN.

      Le soufflet  ou ajour supérieur porte les armoiries de Quélen Vieux-Chastel burelé d'argent et de gueules de dix pièces entre des rameaux de chêne et de ..., et sous deux fleurs rouges. Le corpus vitrearum indique : "panneau réinséré, plus tardif que les précédents".

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      Tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Mouchette gauche : ange portant la croix.

      Ecus aux armes de Berrien D'argent à 3 jumelles de gueules, au franc canton d'or au lion de sable .

       

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      Mouchette gauche, tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Mouchette gauche, tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Mouchette de droite. Ange portant la colonne de Flagellation.

      Ecus aux armes d'argent fretté d'azur de Guicaznou (ou de Goazmoal )

      Meriadec de Guicaznou était grand panetier du duc Jean Le Sage en 1421.

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      Mouchette droite,  tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Mouchette droite, tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Une étude des visages des baies 1 et 2.

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      Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.
      Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.
      Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.
      Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.
      Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.
      Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.

      Visages, baie 1 et 2 saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.

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      SOURCES ET LIENS.

      Blog du maître-verrier Jean-Pierre Le Bihan. mars 2007

      http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6197893.html

      — Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

      http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

      — Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

      — ABGRALL, Notices, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 et 318-319. :

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

       

      — COMBOT (recteur de Brennilis) Note sur l'église de Brennilis, 1856, cité dans BDHA

      — COUFFON , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

      — GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum vol. VII, Presses Universitaires de Rennes page 118.

      — PÉRÉNNES (Henri), 1939, Pleyben le Clergé, BDHA 

      http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1939.pdf

      PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

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      Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes. Brennilis.
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      20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 13:41

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      Rappel.

      L'église Notre-Dame est une ancienne chapelle tréviale de Loqueffret devenue église paroissiale en 1849. Une inscription en lettres gothiques à droite du maître-autel en indique la date de fondation de 1485 : " Y[ves] toux :  procureur lan mil CCCC IIII XX  + cinq  : au cõmenceme[n]t   de  ceste  chappele". Le terme de "procureur" indique la fonction d'Yves Toux comme fabricien, chargé de gérer le temporel d'une paroisse, c’est-à-dire ses biens et ses revenus, et de décider et surveiller les travaux de construction.  Dans les petites paroisses rurales, la fabrique est constitué d’une seule personne  nommé "procureur fabricien".

      La verrière d'axe ou baie 0, datée vers 1500,conserve les armoiries de Louise de Berrien et de son époux Olivier de Quélen baron du Vieux-Chastel, décédé en 1521. On y trouve aussi les armoiries des parents et grands parents de Louise de Berrien, seigneurs de Brennilis : Henri de Berrien (marié à Louise du Juch) et Yvon de Berrien  (père d'Henri, marié en 1443 à Jeanne de Lezongar). 

      La baie n°1, placée à gauche du chevet plat, était autrefois cîmée des mêmes armes de Berrien plein.

      Située à gauche du chœur, sur le mur oriental du bras nord du transept, elle éclaire un autel et est encadrée par une statue de saint Divy, et par le groupe de saint Yves entre le riche et le pauvre.

      Le vitrail.

      La baie  mesure 2,50 m de haut et 0,90 m de large et est datée par Françoise Gatouillat et Michel Hérold (Corpus Vitrearum) de 1500-1510 ; ses 2 lancettes en plein cintre comportent chacune deux registres, consacrés à sainte Anne et saint Christophe à gauche, à un motif perdu et à saint Fiacre à droite. Dans le tympan, un soufflet (blason de Bretagne) est entouré de deux mouchettes (Saint Michel et sainte Marguerite). Elle a été restaurée par Gruber en 1967.

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      Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      LA LANCETTE DE GAUCHE. PANNEAU SUPÉRIEUR. SAINTE ANNE PORTANT LA VIERGE EN SON SEIN.

       

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      Le galon de la tenture suspendue en fond de niche porte l'inscription SAINCTE COMCEPTIO.

      Sainte Anne se détache sur un fond rouge ; sa tête qui porte la guimpe, est voilée. Elle porte un manteau bleu qui s'ouvre sur une robe dorée damassée.

      La pièce de verre jaune a été découpée en son centre pour y sertir une pièce de verre blanc, selon le procédé dit "en chef d'œuvre" pour en exprimer la difficulté. C'est sur ce verre blanc qu'est peint à la grisaille le buste d'une fillette nue, aux longs cheveux (jaune d'argent) : la Vierge Marie in utero. Des traits lumineux radiants entourent cette sainte présence. La fillette peut vouloir figurer l'enfant sous une forme embryonnaire stylisée, mais elle représente sans-doute, plus spirituellement, son âme incarnée. 

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      Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Iconographie :

      De semblables représentations se trouvent :

      • Dans les  Heures à l'usage de Rouen de 1508 par Simon Vostre, et les Heures à l'usage du Diocèse d'Angers de 1510 par Simon Vostre. Dans ce dernier ouvrage, "Sainte Anne est figurée debout, entourée des emblèmes des Litanies. Elle écarte son manteau, et l'on aperçoit, dans son sein ouvert et rayonnant comme une auréole, la Vierge tenant l'Enfant. La gravure est la même dans les deux éditions de 1510 et 1530, avec cette seule différence que l'inscription : Necdum erant abyssi et jam concepta eram, qui se trouve sous les pieds de Sainte Anne dans la première, a été supprimée dans la seconde (G.H.  Luquet, "Représentation par transparence de la grossesse dans l'art chrétien",  Revue archéologique T. 19 1924 pp. 137-149.

         

      • à Douai : Sainte Anne concevant la Vierge (1515-1520), Bellegambe Jean (vers 1470-vers 1534) Musée de la Chartreuse. Selon le commentaire du Musée :  "Les premières figurations de la Vierge préservée du péché dès la conception, apparaissent au début du 15e siècle après que l’église eût approuvé en 1496 la doctrine de l’Immaculée Conception. En 1510, une gravure des Heures à l’usage du diocèse d’Angers, par Simon Vostre, en offre le premier exemple connu. Au second plan apparaîssent, sous des arcades, le pape Sixte IV ainsi que les cardinaux et évêques qui témoignent de la virginité d’Anne. Dans le paysage, on retrouve les scènes de la vie d’Anne et de Joachim:l’Offrande d’Anne aux pauvres et la Rencontre à la Porte dorée"

         

      http://collection.musenor.com/images/douai/gD02042.jpg

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      • à Châteaudun, Vitrail, église Saint Valérien – Châteaudun. 1ère moitié XVIe. Scène voisine : le baiser de la Porte  Dorée. http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm2/eg_StValerien.htm
      • à Rouen,  Ste Anne enceinte de la Vierge, bois polychrome, musée des Beaux- Arts, https://fr.pinterest.com/pin/434315957791353619/
      • à l'église st Martin de Maast-et-Violaine , vitrail  http://www.cc-oulchylechateau.fr/zoom.asp?ID=444448
      •  à l'église paroissiale Saint-Pierre et Saint-Paul à Marsac (Limousin) statuette du tabernacle du maître-autel 18e siècle (volée) http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palsri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PM23000708
      • ​. dans les Heures à l'usage de Tours/Vie de sainte Marguerite vers 1490 Paris - Bibl. Mazarine - ms. 0507 folio 186, au début de la prière Ave cujus conceptio. Enluminure par l'atelier de Jean Bourdichon, l'auteur des Grandes heures d'Anne de Bretagne.

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      • Dans les Heures à l'usage de Rome Tours, BM, Ms.2104 folio 121v. Enluminure attribuée à Jean Hey, l'auteur du Triptyque de Moulins. Origine : bourbonnais. Accompagne comme la précédente  l'oraison Ave cujus conceptio.

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      A Francfort : Polyptyque Historische Museum http://ste.anne.trinitaire.online.fr/table-des-illustrations.php

       

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      statue (statuette) : sainte Anne (?) enceinte, dite Vierge enceinte (tabernacle du maître-autel) localisation Limousin ; Creuse ; Marsac édifice 
      Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Le  visage de la mère de la Vierge est beau et jeune, alors que les représentations habituelles mettent souvent en évidence les marques de son âge et son statut de grand-mère.  L'ensemble du visage et des vêtements pourraient être empruntés à des figures de la Vierge,  comme on peut en trouver des exemples dans les Grandes heures d'Anne de Bretagne.

      Ce vitrail du début de 1500-1510 (ou avant 1498, pour tenir compte de l'inscription de Rloand de Berrien, recteur de Pleyben de 1492 à 1498) témoigne d'une double influence : le culte de sainte Anne, et celui de l'Immaculée Conception.

      Le culte de sainte Anne.

      Le récit de la conception miraculeuse de la Vierge par un couple âgé et stérile, Anne et Joachim, se trouve dans le Protévangile de Jacques et est repris dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine et dans le Speculum historiale de Vincent de Beauvais (XIIIe siècle). 

      A la fin du XVe siècle, il est alors en pleine vogue et à la fois très récent, puisqu'il est peu connu avant cette période. La première paroisse bretonne sous l'invocation de sainte Anne date du XVIe siècle, la chapelle de Sainte-Anne-la-Palud de 1518, et l'apparition de la sainte à Auray de...1623. Le prénom Anne est donné dès 1470 en Europe, comme en atteste Anne Sforza (née en 1476), fille du duc de Milan, Anne de Beaujeu (née en 1461), fille de Louis XI, Anne d'Orléans (1464-), abbesse de Fontevrault, Anne de Foix (1484-), Anne de Graville (1490-), Anne de Rohan (1485), et bien-sûr Anne de Bretagne, (1477-). 

      Son introduction dans la liturgie est tout aussi récent : si Urbain V, dès 1370, fait rajouter dans son Missel une messe en son honneur avec une miniature de la sainte et si Urbain VI l'étend à toute l'Église, en 1382, c'est en 1481, que le pape franciscain immaculiste Sixte IV fait ajouter la fête solennelle de sainte Anne au calendrier de l'Église romaine, le 26 juillet. En 1494 paraît le traité De laudibus sanctissimae matris Annae de Johannes Trithemius, abbé de Sponheim qui joue un grand rôle dans la propagation de son culte et soutient la thèse de la pureté (virginité) de sainte Anne. 

      Dans les arts, c'est au XVIe siècle que se multiplient en Bretagne, et notamment dans le diocèse de Quimper, les groupes d'Anne trinitaire que j'ai étudiés ici :

      ​C'est de 1501 que date la première esquisse de La Vierge à l'Enfant avec sainte Anne de Léonard de Vinci, peint à Amboise, peut-être à la demande de François Ier.

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      Le culte de l'Immaculée Conception.

      Voir une synthèse claire ici : http://www.mariedenazareth.com/qui-est-marie/la-maturation-du-dogme-de-limmaculee-conception#_ftn1

      Ce culte est  en pleine discussion à la fin du XVe siècle entre ses partisans "immaculistes" et ses adversaires "maculistes", et divise alors les ordres mendiants. Les immaculistes sont les franciscains et les carmes, alors que les maculistes sont des dominicains. 

      Cette polémique est étroitement liée au culte de sainte Anne : Anne et Joachim ont-ils eu une relation charnelle afin que la Vierge soit conçue ? Dans ce cas, selon la conception augustinienne liant l'acte sexuel (ou concupiscence) et la transmission de la Faute d'Adam et Éve, la Vierge n'a pas échappé au Péché Originel, sa conception n'est pas immaculée. Pour saint Bernard, par exemple, ce n'est pas la conception, mais la naissance de la Vierge qui est sainte (Nativité le 8 septembre), l'âme de la Vierge a été sanctifiée et purifiée du péché après la conception, et il n'est pas légitime d'instituer (comme c'est le cas depuis le XIIe s en Normandie puis en Bourgogne) une Fête de la Conception de Marie (le 8 décembre)".  On distinguera ensuite la conceptio seminum

      qui entraina la souillure du péché, suivie de la conceptio naturarum ou infusion de l'âme, de la conceptio spiritualis, qui efface cette souillure...

      Au contraire, la conception de la Vierge a-t-elle eu lieu par intervention divine lors de la rencontre de la Porte Dorée, eventuellement lors du baiser échangé par les époux (conception par les lèvres, de même que le Christ aurait été conçue "par l'oreille" de Marie —par les paroles de l'ange reçue par son oreille—)  ? Dès lors, en l'absence de relation charnelle, la Vierge peut avoir échappé à la transmission du Péché Originel : c'est la thèse immaculiste. 

       

      La duchesse de Bourbon Anne de Beaujeu dite Anne de France, la sœur de Charles VIII, etait acquise à la thèse immaculiste, et deux œuvres en témoignent : le Triptyque du Maître de Moulins (1492-1493), et le vitrail de l'Arbre de Jessé de la cathédrale de Moulins (après 1474). 

      Voir :

      http://www.lavieb-aile.com/article-le-vitrail-de-l-arbre-de-jesse-de-la-cathedrale-de-moulins-124389475.html

      Aussi toute représentation de la Rencontre de la Porte Dorée, ou des Arbres de Jessé insistant sur la virginité de Marie, sont à considérer comme des prises de parti immaculistes dans ce débat.

      Voir l'Annexe infra.

       

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      La fête de la Conceptio beate mariae le 8 décembre figure aux calendriers :  des Heures d'Isabelle Stuart, duchesse de Bretagne (1442-1450) et épouse du duc François Ier Bnf NAL 588 folio 12r , des Heures de la même duchesse Isabeau d'Ecosse Horae usum romanum Bnf latin 1369 folio 13, des  Grandes heures d'Anne de Bretagne (folio 15r), des Heures de Charles VIII ou sur le Missel de Léon de 1526, dans la brève recherche que j'ai effectuée: cette fête est donc  honorée à la cour du duc de Bretagne et à celle du roi de France comme sans-doute dans les diocèses bretons. Le terme utilisé est Conceptio, et non Sanctificatio.

       

       

       

       

       

       

      Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Dans ces conditions, la représentation du caractère sacré de Marie dans le ventre de sa mère est bien-entendu une Défense et Illustration de sa conception immaculée. Or, dans ce vitrail, le choix d'un verre jaune (couleur de la Divinité), le dessin des rayons lumineux, et l'isolement de la piece de verre par le procédé du chef-d'œuvre témoignent de cette nature sainte de Marie déjà in utero. Ce que soulignent les deux inscriptions : "Saincte conceptio[n]" (et non "sainte naissance"). Et Castae Connubiae, "Chaste mariage", chaste, sans relation sexuelle.

      Notre-Dame de Breac-Ellis, la Vierge à la Démone ou Vierge de l'Apocalypse du retable de l'église de Brennilis participe elle aussi à la même prise de parti prosélytiste pour l'Immaculée Conception.

      Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Chaque lancette  est composée de deux niches dont la plus haute est couronnée d'une coquille dont la voûte porte des crosses en feuilles d'acanthe repliées et rehaussées au jaune d'argent. Ce dôme est est surmontée d'une tourelle. Les fenêtres de celle-ci ont un remplage gothique.

      Niche architecturée, la lancette A, . Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Niche architecturée, la lancette A, . Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      LA LANCETTE DE DROITE OU LANCETTE B. SAINT FIACRE.

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      1. Panneau supérieur. Saint Joachim, ou Baiser de la Porte Dorée (perdu).

      La niche  a perdu son contenu, remplacé par une tenture damassée moderne (vers 1900 ?). La coquille de la niche à godrons verts domine un galon de tenture portant les mots CASTAE CONNUBIAE, qui peut se traduire par "Chaste mariage". Il est donc probable que la scène qui était représentée était celle du Baiser de la Porte Dorée, et non, comme le suggèrent Gatouillat et Hérold (2005), un portrait de Joachim. On sait que ce baiser ou cette étreinte échangée entre sainte Anne et son mari Joachim, séparés mais avertis chacun par un ange de devoir se rendre devant la Porte de Jérusalem, passent pour être responsables à l'instant même de la conception de Marie. Cette conception doublement miraculeuse (d'une part en raison de la stérilité et du grand âge du couple ; d'autre part en raison de ce mode opératoire) renforce l'idée, qui deviendra un dogme, de la conception immaculée de Marie, d'est-à-dire exempte du Péché Originel.

       

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      Panneau supérieur de la lancette B. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Panneau supérieur de la lancette B. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      2. Panneau inférieur. 

      Dans celui-ci, Saint Fiacre est représenté en grisaille sur un fond damassé doré. Il tient ses attributs habituels, un livre et "une bêche" (Gatouillat 2005). Celle-ci ressemble  à la canne en T de saint Antoine, ou plutôt à une serpe de vigneron, à un émondoir ou à une binette, tenue par le fer. 

      Le visage du saint semble de la même main que le visage de saint Christophe, son vis-à-vis de gauche.

      Voir, pour l'inscription, la première partie de cet article consacré à saint Christophe.

      Sur le culte et la Vie de saint Fiacre, voir 

      http://www.lavieb-aile.com/2016/01/le-vitrail-de-la-vie-de-saint-fiacre-chapelle-saint-fiacre-le-faouet.html

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      Saint Fiacre, panneau inférieur de la lancette B. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Saint Fiacre, panneau inférieur de la lancette B. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Saint Fiacre, panneau inférieur de la lancette B. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Saint Fiacre, panneau inférieur de la lancette B. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      LE TYMPAN.

      Le soufflet sommital contient un écu de Bretagne réalisé par Gruber en remplacement des armes de Berrien signalées par Abgrall en 1904. La mouchette gauche contient un saint guerrier, par Gruber en 1967. Plus intéressante est la sainte Marguerite, vers 1500, la tête seule ayant été restaurée en 1967.

       

      Tympan . Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Tympan . Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Sainte Marguerite.

      Elle se reconnait facilement par son attribut, le crucifix qui lui a permis de sortir du ventre du dragon ailé, écailleux, aux pattes palmées et au bec crochu.

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      Sainte Marguerite yssant du dragon, mouchette de droite, tympan . Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Sainte Marguerite yssant du dragon, mouchette de droite, tympan . Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      ANNEXE.

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      Voici des extraits d'un article de M-B. Dary sur un manuscrit liturgique lyonnais du XIIe siècle pour l'office de la fête de la Conception de la Vierge le 8 décembre. Je le mentionne car on va y trouver tous les thèmes de l'iconographie mariale, et, notamment, ceux de la Vierge foulant le serpent, de  l'arbre de Jessé, et de bien d'autres :

      Marie-Bénédicte Dary étudie dans ce texte le Libellus de Lyon, preuve de l'adoption par le diocèse de Lyon de la Fête liturgique du 8 décembre et qui   jusqu’à preuve du contraire, peut être considéré comme celui que chantaient les chanoines fustigés par saint Bernard dans son Epistola CLXXIV : ad canonicos Lugdunenses de conceptiones.Mariae.

      Elle y expose les Matines, les Laudes et l'office Gaude mater ecclesie :

       Les Matines : a théologie éxégétique mariale qu'elles contiennent est présentée en trois points :

       

       

       1°) Tout d’abord, la conception de Marie s’inscrit dans l’histoire du salut, présentée essentiellement dans le premier nocturne de façon chronologique ; cette génération est même l’accomplissement de la promesse de Dieu au peuple juif.

      Marie est ainsi la nouvelle Ève, dont la conception efface la faute de la première femme Ant. 1 : eius conceptio que delet Eue maculam.

      Et si Ève obéit au serpent, la Vierge, en revanche, lui a foulé la tête Ant. 2 (Gn 3, 15) : cui Eua obediuit / hec serpentis caput triuit.

       Marie fut annoncée par les prophètes  (Ant. 3 : a prophetis precinitur) à travers les images du buisson ardent qui effraya Moïse (Ant. 4 (Ex 3, 2) : rubus incorruptus / Moysen qui terruit, celle du rameau d’Aaron qui porta du fruit  (Ant. 5 (Nb 17, 23) : uirga Aaron fructifera) ; et par le biais du prophète Isaïe, c’est sa conception elle-même qui fut révélée (Ant. 6 (Is 11, 1) : Isayas ille diuus / secretorum dei riuus / uirge mouens mentionem / pandit hanc conceptionem.)

      Marie est elle-même issue de la lignée des prophètes et des rois, digne rejeton d’une race royale et pontificale ( V./ 1 : germine regali et pontificali) :  R./ 10 : « De la semence des patriarches, de la race des prophètes, elle fait reverdir la magnifique lignée des rois et des pontifes » (patriarcharum semine / prophetarum origine / regum atque pontificum / genus uernat magnificum). Le terme de vernat possède le sens de « reverdir », de « redevenir vert comme au printemps ». Une plante à ce moment-là est identique à celle qu’elle était durant l’hiver, mais elle recouvre brusquement toute sa vigueur et sa jeunesse. De même la Vierge, par toutes ses perfections, rajeunit l’arbre généalogique dont elle est issue et lui redonne vie.

      Elle sortit de la lignée d’Abraham (R./ 2 : Abraham stirpe.), elle, le rameau issu de la racine de Jessé (R./ 4 (Is 11, 1) : uirga Iesse de radice).

      Marie est présentée comme le fruit de la promesse 60, de celle faite à Abraham ( Ant. 8 : « Cette promesse est accomplie » (Hoc promissum est impletum). 61. Ibid., Ant. 7 : Abrahe fit promissio.), promesse de fécondité qui s’épanouit en Marie, vigne (Ant. 9 et 10 : ista uitis est Maria) et fruit de la vigne, grappe de raisin (Ant. 11 : hec est bothrum. Peut-être est-il possible de voir, dans l’antienne 12 qui honore Nazareth, des noms de « parfaite cité » et de « ville fécondée », l’image de la fleur. En effet, d’après saint Jérôme, « Nazareth » veut dire « fleur ». Il y aurait ainsi successivement les images de la vigne, du fruit et de la fleur.)  .

      2°) Ensuite, la conception de Marie est placée au cœur du mystère de l’Incarnation puisqu’elle doit être la Mère du Christ (R./ 10 : Christique mater efficitur.) et de Dieu ( R./ 12 : « et Dieu décréta qu’il serait ton fils » (decreuitque Deus filius esse tuus). Le répons 8 évoque « le ventre gonflé de Marie [qui] porte la lignée de Dieu » (nam Marie pregnans aluus / dei prolem baiulat).) , grâce à l’action du Saint-Esprit (V./ 8 : « l’Esprit Saint la couvrit de son ombre et la rendit mère » (Lc 1, 35 : Sanctus obumbravitque huic / Spiritus et gravidavit)).

      3°)  Enfin, Marie est également placée par sa maternité divine au cœur du mystère de la Rédemption. Par elle, c’est le salut qui vient au monde. Il est certes apporté par le Christ, mais entré dans le monde grâce à la soumission de Marie, à la parfaite pureté de son esprit  et de son corps dont la virginité a été préservée avant comme après l’enfantement.(prose : « S’étant fait chair par toi, il viendrait en aide au monde de ceux qui étaient en perdition » (per quam mundo factus caro / subueniret perditorum).) R./ 5 : « la voix [prophétique] a dit que le Sauveur monterait et qu’il visiterait les ténèbres de l’Égypte » (Is 19, 20) : (vox dixit ascendere / saluatorem Egyptique / tenebras invisere). R./ 7 : « elle qui à travers sa soumission répandit la grâce sur le monde » (que per obedientiam / mundo refudit gratiam). R./ 7 : « ... et le fardeau écrasant des crimes n’accabla pas son esprit » (cuius mentem non grauauit / onus premens scelerum)..  R./ 12 : « ni en entrant, ni en sortant, il ne porta atteinte à la fermeture » (nec ingressu nec egressu / violavit clausulam), allusion au porche oriental du Temple (Ez 44, 1-3). Le verset 6 parle des « verrous de Marie » (claustra Marie). Cette image de la fermeture figure la virginité, celle d’une femme qui ne s’est jamais ouverte à aucun homme.

       

      Les laudes sont dans la suite de ce qui précède, découlant de la place exceptionnelle de Marie dans l’histoire de la Rédemption. On y chante la Vierge dans l’économie du salut. Elle délivre, sauve et accorde même le pardon (74. Laudes, Ant. 1 : « [ta conception] nettoie les fautes, dénoue le lien de l’antique origine, redonne la joie aux affligés, accorde aux criminels le pardon » (neuum tergit nexum soluit / uetuste originis / mestis reddit leticiam / dat criminosis ueniam). ) Elle alloue sa protection aux croyants (Ant. 2 : « Que nous soyons toujours protégés par toi afin que nous ne tombions pas dans le péché » (in offensis ne labamur / a te semper protegamur)). Sans que le mot soit employé, et bien qu’il existe à l’époque pour désigner ce rôle de la Vierge, il s’agit de dire que Marie est médiatrice entre les hommes et le Christ.

       

      La richesse théologique de l’office Gaude mater ecclesie, au simple regard de sa construction, est tout à fait admirable. Il y est dit et démontré, figures de l’Ancien Testament à l’appui, que Marie dans sa conception est au centre du salut du monde apporté par le Christ. Le début de sa vie utérine est le commencement du Salut. Marie est aussi au centre du salut de l’homme et peut donc intervenir comme partie prenante à la libération de chaque homme. Cet office est également remarquable de pédagogie : on veut amener les fidèles à croire au bien-fondé de la fête de la Conception et à avoir une réelle dévotion mariale en ayant recours à la Vierge, médiatrice de toutes grâces. Pour ce faire, on s’appuie sur les Écritures, seule méthode utilisée alors pour argumenter et seule source de connaissance de Dieu et des mystères de la foi. L’office Gaude mater ecclesie célèbre une génération quasi désincarnée. Aucune référence n’est faite aux géniteurs, seulement au Créateur. Aucun renvoi aux parents, mais aux ancêtres, aux ascendants. En écartant ainsi la génération elle-même, ce n’est plus l’événement historique qui est glorifié, mais le fait spirituel. Ce n’est pas tant le commencement de la vie de Marie qu’on veut honorer que le début du salut du monde . La perspective d’ensemble est donc bien christocentrique, en dépit de formules qui tendraient à faire croire que l’on accorde à Marie un rôle jusqu’alors réservé au Christ, unique sauveur et unique médiateur entre les hommes et le Père. "

       

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      SOURCES ET LIENS.

      Blog du maître-verrier Jean-Pierre Le Bihan. mars 2007

      http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6197893.html

      Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

      http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

      Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

      ABGRALL, Notices, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 et 318-319. :

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

      — COLLOMB (Pascal), 2012, « L’inscription liturgique de la Conceptio beate Marie dans le calendrier diocésain - Le cas lyonnais (xiie-xvie siècle) », L’Atelier du Centre de recherches historiques [En ligne], 10 | 2012, mis en ligne le 18 avril 2012, consulté le 21 septembre 2016. URL : http://acrh.revues.org/4355 ; DOI : 10.4000/acrh.4355 

      COMBOT (recteur de Brennilis) Note sur l'église de Brennilis, 1856, cité dans BDHA

      COUFFON , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

      DARY ( Marie-Bénédicte), 2011,  Aux origines de la « Fête aux Normands », la liturgie de la fête de la Conception de la Vierge Marie en France (XIIe-XIIIe siècles).

      http://www.academia.edu/7141087/Aux_origines_de_la_Fe_te_aux_Normands_la_liturgie_de_la_fe_te_de_la_Conception_de_la_Vierge_Marie_en_France_XIIe-XIIIe_sie_cles_

      — DARY ( Marie-Bénédicte), 1997, La fête de la Conception de la Vierge Marie: son introduction en France et ses premiers développements: XIIème-XIIIème siècles.. Thèse de Lettres et Sciences Humaines sous la direction d'André Vauchez.

      http://www.academia.edu/3344874/La_f%C3%AAte_de_la_Conception_de_la_Vierge_Marie_son_introduction_en_France_et_ses_premiers_d%C3%A9veloppements_XII%C3%A8me-XIII%C3%A8me_si%C3%A8cles

      GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum vol. VII, Presses Universitaires de Rennes page 118.

      PÉRÉNNES (Henri), 1939, Pleyben le Clergé, BDHA 

      http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1939.pdf

      PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

      Bulletin Société archéologique du Finistère 1993.

      THELAMON (Françoise) 2011, Marie et la "Fête aux Normands": Déovtion, images, poésie. Univ Rouen Havre, 2011 - 352 pages

      https://books.google.fr/books?id=hwA9AgAAQBAJ&dq=Epistola+ad+canonicos+Lugdunenses&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

      — De la liturgie à la dévotion privée. DRAC Aquitaine.

      http://manuscrits-drac.bnsa.aquitaine.fr/les-oeuvres-de-l-esprit/les-livres-religieux/de-la-liturgie-a-la-devotion-privee.aspx

       

       

       

       

       

       

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      Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Brennilis.
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      20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 11:29

      Iconographie de saint Christophe : la lancette de saint Christophe, baie n°1, (vers 1500-1510) à l'église Notre-Dame de Brennilis.

      —–Sur l'église de Brennilis, voir :

       

      —–Sur Saint Christophe, voir aussi :

      — Saint Christophe en Bretagne :

      — En Espagne :

      — En France :

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      L'église Notre-Dame est une ancienne chapelle tréviale de Loqueffret devenue église paroissiale en 1849. Une inscription en lettres gothiques à droite du maître-autel en indique la date de fondation : " Y[ves] toux  procureur lan mil CCCC IIII XX  + cinq [1485] : au cõmenceme[n]t   de . ceste . chappele". Le terme de "procureur" indique la fonction d'Yves Toux comme fabricien, chargé de gérer le temporel d'une paroisse, c’est-à-dire ses biens et ses revenus, et de décider et surveiller les travaux de construction.  Dans les petites paroisses rurales, la fabrique est constitué d’une seule personne  nommé "procureur fabricien".

       

      La verrière d'axe ou baie 0, datée vers 1500,conserve les armoiries de Louise de Berrien et de son époux Olivier de Quélen baron du Vieux-Chastel, décédé en 1521. On y trouve aussi les armoiries des parents et grands parents de Louise de Berrien, seigneurs de Brennilis : Henri de Berrien (marié à Louise du Juch) et Yvon de Berrien  (père d'Henri, marié en 1443 à Jeanne de Lezongar). 

      La baie n°1, placée à gauche du chevet plat, était autrefois cîmée des mêmes armes de Berrien plein.

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      Inscription de fondation, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.
      Inscription de fondation, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Inscription de fondation, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Situation de la verrière.

      La baie n°1 se situe à gauche du chœur, sur le mur oriental du bras nord du transept. Elle éclaire un autel et est encadrée par une statue de saint Divy, et par le groupe de saint Yves entre le riche et le pauvre.

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      Situation de la Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Situation de la Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Le vitrail.

      La baie 1 mesure 2,50 m de haut et 0,90 m de large et est datée par Françoise Gatouillat et Michel Hérold (Corpus Vitrearum) de 1500-1510 ; ses 2 lancettes en plein cintre comportent chacune deux registres, consacrés à sainte Anne et saint Christophe à gauche, à un motif perdu et à saint Fiacre à droite. Dans le tympan, un soufflet (blason de Bretagne) est entouré de deux mouchettes (Saint Michel et sainte Marguerite). Elle a été restaurée par Gruber en 1967. 

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      Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Le panneau inférieur de la lancette A : Saint Christophe.

      Dans une niche architecturée à fond rouge, le saint traverse un cours d'eau entre deux rives escarpées, par un gué figuré en gris clair. Alors qu'il se déplace de la droite vers la gauche, s'aidant de son bâton de marche, il se retourne pour observer l'enfant qu'il porte sur son épaule gauche. Celui-ci se révèle à lui comme le maître et sauveur du monde, dont il tient le globe crucifère dans la main gauche.

      Lancette  de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Lancette de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      L'inscription de donation.

      Elle se poursuit sur le registre inférieur de la lancette B et doit se lire : RO ...DE BERYEN PECTR  DE PLEYBEN OD FAG ...C VITRARE ISTAS FENESTRZ

      soit "Roland de Beryen, recteur de Pleyben fit faire vitrer cette fenêtre".

      Lecture de 1849 : No. de Bezyen Prestre de Pleyben O faict vitrare istas fenestras

      La mention "Ro ... de Bezien" est extrapolé "Roland de Bezien" car l'existence d'un vicaire perpétuel, c'est-à-dire recteur de Pleyben portant ce nom est attestée pour la période de 1492 à 1498, sous les orthographes  Rolland de Berryen ou Beryen." Il eut des démêlés avec les fabriciens de Pleyben touchant l’attribution des offrandes, dons et legs faits à l’église, qu’il voulait se réserver. Une bulle d'Alexandre VI, conservée aux archives paroissiales, en date du 19 Février 1498, confirme pour 25 ans un accord survenu entre Rolland et ses paroissiens à ce sujet. Ce fut sous le rectorat de Berryen que fut construite, en 1490, la chapelle de Lannélec" (H. Pérénnes, 1939). On notera que le recteur de Pleyben qui lui succéda en 1512-1519 sera Hervé de Lezongar, dit le Jeune,  également recteur de Ploaré, Clohars-Fouesnant, et Penhars. 

       

       

       

      Panneau  de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Panneau de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Panneau de saint Fiacre, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Panneau de saint Fiacre, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      Or, l'un des vitraux de la chapelle de Lannelec, dans la paroisse de Pleyben, porte une inscription comparable à celle-ci : il s'agit de la baie n°2 , où,  à coté les armoiries de la famille Berrien, d'argent à trois jumelles de gueules au franc-canton d'or chargé d'un loin de sable  l' ange de droite porte un phylactère avec l'inscription RO O DE B[E]RIEN. Ce vitrail est daté par les auteurs du Corpus Vitrearum de  1500. 

      http://www.lavieb-aile.com/article-vierges-allaitantes-vii-lannelec-a-pleyben-100361239.html

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      Chapelle de Lannelec à Pleyben photographie lavieb-aile.

      Chapelle de Lannelec à Pleyben photographie lavieb-aile.

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      Saint Christophe et le Christ;

      Le saint présente un visage fort, barbu, avec des cheveux cours et drus . Son front est ceint d'un bandeau. Il porte un manteau mauve pâle dont les pans sont fixés par un fermail, et une tunique bleue au dessus d'un pagne blanc. Il s'appuie d'une main sur la hanche, tandis que la main gauche tient le bâton de marche. Celui-ci, une branche écotée inclinée selon une diagonale supérieure droite, se termine par une courte fourche mais n'est pas fleuri. 

      L'Enfant bénit l'univers de la main droite et tient le globus cruciger de la main gauche. Il se tient de face et regarde devant lui, la tête inclinée vers la gauche. Mais la tête et le nimbe sont dus à une restauration récente.

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      Lancette  de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Lancette de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      La tête de saint Christophe est une belle réalisation de peinture sur verre associant un dessin par apport de grisaille, une soustraction de peinture noire par "enlevé" (cheveux), et des rehauts de sanguine sur les pommettes et les lèvres.

      Saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      La partie basse du panneau permet d'observer comment le peintre a traité le motif de la rivière. On n'y trouve aucun poisson, aucune créature aquatique, mais quelques plantes, et, sur la rive verte, peut-être une libellule.

       

      Saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

      Saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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      DISCUSSION.

       Étude iconographique.
      Par rapport au schéma traditionnel complet, nous retrouvons :

      • les deux rives escarpées 

      • la progression de la droite vers la gauche;

      • les jambes orientées vers la rive de gauche, mais la rotation du tronc présenté de face, poursuivi par la rotation de la tête vers le haut et la droite,

      • la stature de géant du saint (peu soulignée)

      • le caractères de sauvagerie du personnage : barbe et cheveux drus.

      • le bandeau "de (futur) martyr" autour du front

      • L'Enfant porté sur l'épaule gauche, bénissant et tenant le globe.

      Par contre sont ici absents :

      • l'ermite guidant le saint par sa lanterne sur la rive de gauche

      • les poissons et monstres aquatiques dans la rivière,

      • l'échange de regards entre Christophe et le Christ.

      • la représentation du fleurissement miraculeux du bâton de marche.

      • les couleurs rouge et verte des vêtements.

      • l'axe en diagonale supérieure gauche du bâton (et de l'effort de progression).

       

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      Iconographie comparée.

      J'ai décrit précédemment  12 autres vitraux dédiés à saint Christophe en France, dont 8 en Bretagne. Ils ont été réalisés entre 1451 et 1550, et, pour les exemples bretons, dans l'étroite fourchette de  1470 et 1497. Celle-ci correspond, partiellement et sans corrélation directe, avec la période où Anne de Bretagne était duchesse de Bretagne (1589) et reine de France comme épouse de Charles VIII (1491-1598). Celle-ci correspond aussi, pour le diocèse de Quimper, au programme de vitrage des baies hautes de la cathédrale où les principales familles de la noblesse se firent représenter, puis au programme de vitrage des chapelles et églises, où les mêmes familles veillèrent à placer leurs armoiries et à affirmer leurs privilèges. 

       

        La liste des vitraux bretons, avec les donateurs, est la suivante :

       

      • cathédrale de Quimper,  baie n°113. (vers 1495-1497). Le chanoine Jean Le Baillif.

      • cathédrale de Quimper,baie n°114.  (vers 1495-1497). Un membre de la famille de Lezongar, Sr de Pratanras présenté par saint Christophe

      • cathédrale de Quimper, baie n°115.  (vers 1495-1497).

      • cathédrale de Quimper, baie n°126.  (vers 1495-1497).  Un seigneur de Kerguelenen présenté par saint Christophe.

      • cathédrale de Quimper, baie n° 128.  (vers 1495-1497).

      • Vitrail de saint Christophe (1480), église de Ploermel. ​Seigneur de Botigneau.

      • Panneau de Jeanne du Pont présentée par Saint Christophe à Tonquédec (1470)

      • la baie 2 (vers 1520) de l'église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant (29).

      La comparaison se fait aisément entre le panneau de Brennilis, et les baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant, car dans ces 5 cas,  le donateur n'est pas représenté, et saint Christophe apparaît "en pied". 

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      Saint Christophe dans les  baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant
      Saint Christophe dans les  baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant
      Saint Christophe dans les  baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant
      Saint Christophe dans les  baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant

      Saint Christophe dans les baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant

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      On peut conclure qu'en Cornouaille, suivant l'exemple du duc de Bretagne Jean II, principale mécène de la cathédrale de Quimper, et de sa fille la duchesse Anne, une vive émulation amena les seigneurs des différentes paroisses à se faire représenter en donateurs sur les vitrails couronnés de leurs armoiries afin d'imposer la marque de leur pouvoir, de défendre leurs droits prééminenciers dans les lieux de culte, de s'assurer, par leurs dons, de garanties pour leur vie dans l'au-delà. Face aux dangers du corps (foudre, guerre, maladie, et —pour les épouses— dangers de l'accouchement) et de l'âme (mort en état de péché), ils puisèrent dans leurs Livres d'Heures pour bénéficier du patronage des saints réputés protecteurs de ces périls, l'un des 14 saints auxiliateurs comme  Acace, Blaise, Christophe, Denis, Eustache (bientôt remplacé par saint Hubert), Gilles, Georges, Sébastien ou, pour les femmes, Barbe, Catherine et Marguerite. Mais aussi sainte Anne, sainte Ursule, sainte Madeleine, sainte Hélène ; et saint Nicolas, saint Antoine, saint Hervé, saint Julien saint Fiacre ou saint Éloi. 

      Voir ici le Livre d'Heures de Charles VIII folio 106r

      Dans ce seul vitrail, nous trouvons évoqué saint Christophe et saint Fiacre, mais aussi saint Anne et son époux, sainte Marguerite, alors qu'en baie 2 sont invoqués saint Michel et saint Jacques (ou saint Roch). 

      Mais que parmi les saints et saintes invoqués, saint Christophe fut choisi bien plus souvent que tous les autres, du moins en la cathédrale de Quimper (6 fois). Est-ce comme figure mythique du géant protecteur des voyageurs et pèlerins ? Est-ce comme grande figure de la foi portée au Christ ? 

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      Saint Christophe et la famille de Lezongar.

      Dans la baie 114 de Quimper, saint Christophe présente un seigneur portant les armoiries d'azur à la croix d'or cantonnée à dextre d'une fleur de lys  de la famille de Lezongar, seigneurs de Pratanras.

      Or, Roland de Berrien, recteur de Pleyben et donateur du vitrail que nous étudions, est selon les généalogistes le fils d'Yvon de Berrien et de Jeanne de Lezongar, elle-même fille de Rolland II de Lezongar, seigneur de Pratanroz en Penhars (ca 1400-1440).

      Roland de Berrien est donc le frère d'Henri de Berrien, seigneur de Coatanezre, et il est l'oncle de Louise de Berrien, donatrice de la maîtresse-vître (et petite-fille de Jeanne de Lezongar). 

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      SOURCES ET LIENS.

      —Blog du maître-verrier Jean-Pierre Le Bihan. mars 2007

      http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6197893.html

      — Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

      http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

      — Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

      — ABGRALL, Notices, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 et 318-319. :

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

      — COMBOT (recteur de Brennilis) Note sur l'église de Brennilis, 1856, cité dans BDHA— COUFFON (René) , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

      — PÉRÉNNES (Henri), 1939, Pleyben le Clergé, BDHA 

      http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1939.pdf

      —PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

      — Bulletin Société archéologique du Finistère 1993.

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