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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 11:05

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Je poursuis mon étude des 13 vitraux du début du XVe siècle (vers 1417) des fenêtres hautes du chœur de la cathédrale de Quimper : j'ai commencé par les 3 vitraux du rond-point offerts par le duc et la duchesse de Bretagne. Les dix autres ont été offerts par diverses grandes familles du diocèse, qui ont fait appel à 5 ou 6 peintres-verriers différents (Macias-Valadez, 1997 ; Gatouillat, 2015), dont la "main" peut être suspectée, par exemple selon la forme des dais, l'usage de grisailles (100, 109 et 111), les fonds damassés (100 et 109), le jaune d'argent en touche sur le visage (110 et 112), ou sur l' iris des yeux (109, 106 et 108). C'est ce dernier détail que je propose de découvrir sur les deux baies 106 et 108.  Un autre point commun les réunit, la présence de marques de repères gravées sur la face extérieure des verres, signalés par le maître-verrier quimpérois jean-Pierre Le Bihan :

 

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I. LA BAIE 106. Troisième travée du chœur coté sud.

La baie à 4 lancettes et tympan à 3 trilobes et 6 quadrilobes mesure 4,50 m de haut et 2,60 m de large. Elle date des années 1417-1424 et a été largement restaurée par Lusson vers 1867-1869, puis par Messonnet de Quintin en 1992.

Elle est décrite comme " vitrail de la baronnie de Pratanras (Pennars)" en raison de la présence en lancette C et D d'un couple portant les armoiries de la famille de Lezongar, seigneur de Pratanras, mais on y trouve aussi un seigneur de Tréanna en lancette A et de Bodigneau en lancette B. Les saints personnages sont saint Yves, sainte Marie-Madeleine, l'apôtre Bartholomé et sainte Catherine.

Les lancettes diffèrent, parfois, par leur ordre et par leur contenu, de la description donnée par la Monographie de Le Men en 1877 reprise par Thomas en 1892 (après la restauration par Lusson), et  de celle de Couffon et Le Bars(1988) avant la restauration de 1992 , mais aussi parfois de celle de Gatouillat (2005) et de Yves-Pascal Castel (2005) publiée après ces restaurations. Des modifications et interversions de panneaux sont donc intervenues depuis, comme en témoigne cette indication de Françoise Gatouillat 2013 p. 186 : "Les alliances figurées n'aident guère à préciser leur identité [des donateurs] d'autant que l'ordre primitif des portraits a pu être changé : deux chevaliers, l'un à cotte timbrée de la macle d'azur des Tréanna, présenté par un saint tonsuré [actuelle lancette A de la baie 106], l'autre portant les armes de Bodigneau et protégé par saint Hervé [actuelle lancette D de la baie 108], ont notamment été intervertis en 1993 pour équilibrer les compositions des baies n°s 106 et 108 ". Mais même cette précision est difficile à interpréter. Aucune des descriptions des différents auteurs que je viens de citer ne correspond à l'état actuel, et la synthèse des différents textes aboutit à un imbroglio inextricable. 

 Je donne ici la description de Le Men (1877) :

 

N° 25. Dixième fenêtre (sud). Vitrail de la seigneurie de Pratanras, en la paroisse de Penhars. Quatre panneaux.

1er Panneau. — Chevalier armé. à genoux, vêtu d’une cotte de sable chargée d’une aigle impériale d’argent membrée et becquée d’or, présenté par un saint. Ce panneau est une restauration moderne. On y voyait autrefois l’image de saint Guénolé, premier abbé de Landévennec.

2e Panneau. — Dame à genoux, vêtue d’une robe bleue à corsage jaune, partie bleue au lion d’argent, qui sont les armes du Juch, et partie noire (ou sable) à l’aigle impériale d’argent becquée et membrée d’or. Ces dernières armes sont, celles de la seigneurie de  Bodigneau. La dame est présentée par sainte Catherine.

3e Panneau. Chevalier armé à genoux, vêtu d’une cotte d’arme d’azur chargée d’une croix d’or cantonnée à dextre d’une fleur de lys de même, présenté par un saint armé d’une épée [Le couteau de saint Bartholomé ?]. Ce sont les armes des Lezongar, seigneurs de Pratanras.

4e Panneau. — Dame à genoux vêtue d’un surcot bleu portant les mêmes armes. C’est une restauration moderne. Il ne restait dans ce panneau, de l’ancien vitrail, qu’un fragment représentant le buste de sainte Catherine. [Thomas : " Une dame portant les mêmes armoiries. Armes de Pratanras: d'azur à la croix d'or cantonnée à dextre d'une fleur de lys de même.". Couffon : " dame portant les mêmes armoiries".]

Les soufflets ou compartiments du tympan de cette fenêtre contenaient trois écussons des armes pleines ou en alliance des seigneurs de Pratanras, c’est-à-dire : 1° d’azur à la croix d’or ; 2° parti des mêmes armes et de sable à la fasce échiquetée d’argent et de gueules ; 3° parti de Pratanras et d’azur à trois mains dextres appaumées d’argent chargées d’une cotice de gueules (brisure de Guengat)."

 

Baie 106, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 106, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Baie 106, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 106, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

La présence de marques  gravées sur la face extérieure des verres, a été signalée par le maître-verrier quimpérois jean-Pierre Le Bihan ; elles étaient destinées à faciliter le repérage des pièces lors de la fabrication et du montage.

" ces marques de  repère, une par pièce d'origine. parfois, la même marque dans  tout un panneau. d'autre fois, tout au long de la lancette, chaque lancette ayant ainsi son signe de reconnaissance. Ceci est relevé  dans les fenêtres 106, 108 et 110; on découvre aussi sur un panneau, la marque d'un restaurateur du XIX°siècle, qui est un M entouré d'un 0.   Pour la 106, il est proposé un e, un c, un O barré d'un l au centre, ainsi qu'un triangle. Sur la 112 deux O dont un couronnant une croix, ainsi qu'un 6 . " 

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Extrait de l'article de Jean-Pierre Le Bihan, Bull. S.A.F 1993.

Extrait de l'article de Jean-Pierre Le Bihan, Bull. S.A.F 1993.

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BAIE 106, LANCETTE A. Saint Yves et le seigneur de Tréanna.

La niche architecturée est occupée par un saint dont la tonsure et l'habit blanc nous indique qu'il s'agit d'un moine, ou du moins d'un écclesiastique.L'inscription en lettres gothiques indique S. yvo : il s'agit donc de saint Yves. Le rapprochement se fait avec la lancette C de la verrière n°112 étudiée précedemment, et à propos de laquelle j'avais montré que l'habit blanc et la graphie Yvo étaient attestés dans le Livre d'Heures d'Anne de Mathefelon, un manuscrit d'origine bretonne datant de 1425. J'avais aussi montré le lien associant saint Yves avec la famille de Tréanna, dont l'ancêtre fondateur est Yves de Tréanna. Il n'est pas inutile de compléter ce point de vue par un  éclairage sur l'importance accordée au culte de St Yves par le duc Jean V, soit à la cathédrale de Nantes où un portail entier est dédié sur son ordre  à Yves Hélory de Kermartin (canonisé en 1347), soit à la cathédrale de Tréguier. Fait prisonnier en février 1420 par les Penthièvre, et détenu pendant cinq mois, le duc Jean V  fit vœu, s’il sortait sain et sauf, d’offrir à saint Yves son poids d’argent, destiné à lui édifier un tombeau. Peu après sa libération, il entreprit la construction dans la cathédrale de Tréguier de la chapelle connue sous le nom de chapelle du Duc, qui devait abriter les reliques de saint Yves. Jean V  y fut inhumé en 1451, selon son souhaît énoncé en  1421  en raison de" la très singulière dévotion que nous portons au très glorieux Monseigneur saint Yves, duquel le corps gist en l'église de Tréguier " 

 Dès 1890, La Borderie avait donné une interprétation pertinente de la pensée politique du duc Jean V : « mettre le triomphe des Montforts sous le patronage du grand official (saint Yves, official de Tréguier], et donner pour témoin, pour garant, pour appui au bon droit de cette dynastie l'incorruptible champion de la justice et du droit » .

On a remarqué depuis longtemps que ce saint est tourné de manière incongrue vers l'ouest, du coté opposé au centre du chœur, ce qui ne peut s'expliquer autrement que par une transposition depuis les verrières du coté nord.

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Lancette A, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette A, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Saint Yves est représenté en grisaille ; il est vêtu de la longue robe blanche à manches évasées, il désigne de l'index droit un livre  tandis qu'il présente le donateur de la main gauche ; à son bras gauche est suspendu un sac à procès. C'est le seul attribut qui le distingue dans sa fonction, à défaut du rouleau de parchemin, ou du bonnet de recteur.

http://fonds-saintyves.fr/IMG/jpg/st-yves_alain_bouchard.jpg

Plusieurs croix en X sont retrouvés disséminés sur le verre .

Selon Gatouillat 2005, "saint diacre en chape verte (inscription nominative ?)  présentant un chevalier à cotte d'argent au meuble illisible (buste de celui-ci ancien, comme le vêtement du saint, dont la tête d'origine est conservée hors du monument). "

 

 

Lancette A, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette A, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette A, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette A, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Le seigneur est figuré en grisaille dans la posture de donateur stéréotypée de tous ces vitraux du chœur : en armure, portant l'épée, agenouillé sur un sol à carrelage bicolore, mains jointes, tourné vers le centre du chœur et la Crucifixion de la baie 100. Ses cheveux blonds (jaune d'argent) sont coupés selon la mode "au bol" de l'époque. Il porte au dessus d'une cotte de maille un tabard blanc portant un grand losange bleu dans lequel s'inscrit un autre losange blanc. Cette marque bleue est la "macle", du latin macula "petite tache" mais aussi "marque", et ici, maille en losange tirant sa forme des cottes de maille. Elle inscrit ici les armoiries  des Tréanna   Ce sont les armes d'argent à macle d'azur des seigneurs de Tréanna, dont la devise était : Sine macula macla  "la macle sans flétrissure". 

 

Lancette A, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette A, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Le dais, le socle et le fond.

Dais couronné de 9 tourelles en poivrière, perlées, où flottent 4 étendards. Rehauts de jaune d'argent sur les fenêtres à petits losanges, la toiture des tourelles et leur culot. Cette partie évoquant une batisse fortifiée se prolonge par les montants des panneaux sous-jacents, lesquels s'appuient sur un socle  hexagonal au sol quadrillé en losanges noirs et blancs.

Mais ces allures fortifiées contrastent avec la partie inférieure du dais, qui évoque l'intérieur d'un édifice religieux, avec des voûtes à larges nervures, une clef de voûte (jaune d'argent), un quadrilobe et des fenêtres au vitrage losangique (surtout visible sur la lancette C). 

Les fonds des quatre lancettes sont successivement bleu, vert, rouge et bleu, en verre uni altéré par la corrosion. Ce fond fait figure d'une tenture derrière les personnages, ornée dans sa partie haute d'une bordure jaune à motifs géométriques.

Tout ces éléments n'avaient pas resisté au temps et ont été créés par Lusson au XIXe siècle. Il s'est inspiré  des dais de la baie 107.

 

Lancette A, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette A, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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BAIE 106, LANCETTE B. Sainte Marie-Madeleine.

La sainte n'est pas mentionnée par les auteurs du XIXe siècle, alors que son nom s'inscrit clairement en lettres gothiques Ma / mada / le / nne. Elle est reconnaissable par sa longue chevelure blonde et par son flacon de parfum. 

Selon Gatouillat 2005 : "Sainte Madeleine (tête moderne, inscription nominative de part et d'autre) présentant une donatrice (tête moderne, vêtement ancien, armorié parti du Juch et Botigneau ?)".

Lancette B, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette B, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Marie-Madeleine, lancette B, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Marie-Madeleine, lancette B, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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La donatrice, aux cheveux ramassés sur les tempes par une résille sous un touret orné de perles, est vêtue d’une robe à corsage jaune au dessus des armoiries d'azur au lion d'argent,  qui sont les armes du Juch, et parti  de gueules à l’aigle impériale d’argent becquée et membrée d’or, armes erronées de la seigneurie de  Bodigneau puisque d'une part l'aigle esployée de leurs armoiries est becquée et membrée de gueules, et qu'elles se détachent sur un champ de sable (et non de gueules comme ici).

Les seigneurs du Juch sont figurés principalement dans la baie 104. Les armoiries de Bodigneau et du Juc'h figuraient ensemble, et avec celles de Tréanna sur les vitraux et sculptures de l'église de Clohars-Fouesnant, paroisse dont sont originaires les seigneurs de Bodigneau. On trouvait aussi l'association Bodigneau-Juc'h sur les vitres de la chapelle du Perguet à Bénodet.

Le vitrail ancien a été copié par calque par Louis Ottin lors de sa dépose et de son remplacement par une copie vers 1869.

 

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Louis Ottin, Le Vitrail, figure 48.

Louis Ottin, Le Vitrail, figure 48.

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Lancette B, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette B, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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BAIE 106, LANCETTE C. Saint Bartholomé.

L'apôtre Bartholomé est identifiable par son attribut, le coutelas par llequel il fut dépecé, et par l'inscription indiquant S. Bartho / lo / me[us]. Il s'agit sans-doute du saint portant une épée décrit par Le Men.

Selon Gatouillat et Hérold 2005 : 3e lancette: saint Barthélemy (tête moderne) présentant un donateur en cotte aux armes de Pratanras, « d'azur à la croix d'or » (tête originale conservée hors du monument). .

 

 

Lancette C, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette C, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette C, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette C, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Le seigneur qu'il présente est remarquable par l'iris de ses yeux teintés au jaune d'argent. Son tabard porte les armoiries d'azur à la croix d'or cantonnée à dextre d'une fleur de lys de même de la famille de Lezongar, seigneurs de Pratanras. La "fleur de lys" est ici réduite à un losange.

 

Lancette C, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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La tête ancienne qui a servi de modèle est sans-doute celle qui, vendue par l'atelier de Lusson, a été montée dans la partie médiane basse d'un panneau d'antiquaire (collection particulière, Paris) :

 

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Le dais architecturé.

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Lancette C, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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BAIE 106, LANCETTE D. Sainte Catherine.

Selon Gatouillat et Hérold 2005 : "  sainte Catherine (figure moderne sauf le buste et la roue), et une donatrice dite Catherine de Botigneau (tête moderne, celle d'origine conservée hors du monument) ."

L'inscription en lettres gothiques indique S./  Kathe / ri / na. Sainte Catherine d'Alexandrie se reconnaît à sa couronne, à sa roue de supplice équipée de lames d'acier, 

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Lancette D, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

V.

 

Lancette D, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette D, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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La donatrice est comparable à celle de la lancette B, mais sa robe porte les armoiries de Lezongar  d'azur à la croix d'or cantonnée à dextre d'une fleur de lys de même, Mais, ici plus encore que dans la baie C, la fleur de lys est réduite à un losange jaune. Rappellons qu'il s'agit d'une restauration du XIXe siècle.

 

 

Lancette D, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette D, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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II. LA BAIE n° 108. Quatrième travée du chœur coté sud. Les seigneurs de Tréanna et de Bodigneau.

Comme la précédente, il s'agit d'une baie de 4,50 m de haut et 2,70 m de large, composée de 4 lancettes et  d'un tympan à 10 ajours, datant de 1417-1424, restaurée par Antoine Lusson en 1867-1869 puis par Messonnet en 1992. Elle porte les couleurs des seigneurs de Tréanna, d'argent à la macle d'azur, famille originaire d'Elliant, à 20 km à l'est de Quimper, et celle des seigneurs de Bodigneau, de Clohars-Fouesnant, à 15 km au sud de Quimper.

Le Nobiliaire et Armorial de Pol de Courcy indique :

Tréanna (de), sr dudit lieu et de Botbodern, par. d’Elliant, — de Lanvilliau, par. de Ploraodiern, - de Moros, par. de Lanriec, — du Leuré et de Penanes’h, par. de Saint-Nic, — de Kervern, par. de Dirinon, — de Brignon, — de la Bouêxière, — de Pensornou, par. de Carantec, — de Coëtlespel, par. de Plouédern. -Anc. ext. chev., réf. 1668, huit gén.; réf. et montres de 1426 à 1)62 , par. d’Elliant, Plomodiern, Lanriec, Dirinon et Plouédern, év. de Cornouaille et Léon.

D’argent à la macle d’azur.

Yves, vivant en 1400, épouse Amice de Kerbescat ; Yves, combattit à la bataille de Formigny en 1450 et était capitaine de Concarneau en 1177 ; un chevalier de l’ordre en 1022 ; un page du Roi en 1741.

La branche aînée a porté la seigneurie de Tréanna dans la famille deTinténiac, puis Harquin et Muzillac ; la branche de Pensornou, fondue en 1755 dans Coëtlosquet ; la dernière branche fondue dans Kergariou.

A l'époque de la réalisation de ces vitraux, Jean II de Tréanna était  chanoine du chapitre de Quimper  (de 1394 à 1424) ; le 26 juillet 1424, il assiste à la fondation des tours de la cathédrale en présence de l'évêque Bertrand de Rosmadec. La macle qui figure à la voûte du chœur sur la nervure de gauche du rond-point (dans un éventail autour des armoiries du duc Jean V) lui correspond vraisemblablement. Avant lui, Yves était official (juge écclesiastique) du chapitre entre 1328 et 1348 et Jean I entre 1330 et 1342. Cette famille a participé à la donation des baies 106, 107, 108, 110, 112, pour la première campagne de création de vitraux dans le chœur, et des baies 116 et 124 lors de la campagne de réalisation des vitraux du transept et de la nef 70 ans plus tard. La baie 116, précisément, a été offerte en 1496 par Geoffroy de Tréanna, chanoine de Quimper et recteur de Crozon. Lors de l'édification de la façade occidental, les armoiries familiales furent sculptées au dessus du tympan au coté de celles de trois autres grands vassaux de l'évêque Bertrand de Rosmadec. 

 Les saints invoqués pour leur patronage sont deux saints évêques ( saint Nicolas et saint [P-van]), un saint non identifié et un saint moine (saint Hervé).

N° 26. Onzième fenêtre (sud). Vitrail de la seigneurie de Tréanna, en la paroisse d’Elliant,. Quatre panneaux.

1er Panneau. — Chevalier armé, à genoux, vêtu d’une cotte blanche chargée d’une macle d’azur, présenté par un saint évêque. Ce sont les armes des seigneurs de Tréanna, dont la devise était : Sine macula macla. Il ne restait dans ce vitrail, avant sa restauration, que la parti e inférieure des personnages.

2e Panneau. — Chevalier armé, à genoux, vêtu d’une cotte blanche chargée de trois fasces ondées d’azur (fascé, ondé d’argent et d’azur ?), présenté par un saint qui tient une bannière aux mêmes armes. Comme la partie supérieure de ce panneau manquait avant sa restauration, le fragment que l’on a pris pour une hampe de bannière était probablement le bâton d’une crosse.

3e Panneau. — Chevalier dans l’attitude des précédents, vêtu d’une cotte blanche portant de sable à l’aigle impériale d’argent becquée et membrée de gueules (Bodigneau), présenté par un saint évêque.

4e Panneau. — Chevalier vêtu comme celui du premier panneau, et portant, comme lui, une macle d’azur sur sa cotte blanche, présenté par un saint religieux, peut-être saint Bernard.

 

Selon Thomas :

Onzième fenêtre. - 1"· Vitrail de Tréanna

1. Un seigneur de Tréanna présenté par un saint évêque ;

2. Un chevalier portant armoiries et bannière sorties de l'imagination du peintre-verrier ;

3. Un seigneur de Bodigneau présenté par un saint évêque ;

4. Un seigneur de Tréanna présenté par un saint moine vêtu de blanc ; probablement saint Maurice de Carnoët. 

Selon Couffon et Le Bars :

108 vitrail de la seigneurie de Tréanna

a un évêque présentant un chevalier à genoux à la cotte blanche chargée d'une macle d'azur - sine macula macla - de Tréanna (panneau de Lusson).

b saint à la bannière armoriée présentant un chevalier à genoux à la cotte blanche chargée de trois fasces ondées d'azur.

c saint évêque présentant un chevalier aux armes des Bodigneau cf 106 a.

d saint Maurice de Carnoët (?) présentant un seigneur de Tréanna. 

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Comme dans la baie n°106, ce vitrail a été fort détérioré, et il ne restait avant la restauration d'Antoine Lusson, que la partie inférieure des personnages de la lancette A et B, ainsi que la plus grande partie de la lancette C. 

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Baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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BAIE 108, LANCETTE A. 

"Saint évêque (buste moderne)  présentant un chevalier (assez bien conservé)" (Gatouillat 2005). 

Baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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a) Saint évêque. 

L'inscription en lettres gothiques indique S. ni / a / o / lois. Yves-Pascal Castel propose judicieusement d'y lire le nom de saint Nicolas. 

 

Saint Nicolas, Baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Saint Nicolas, Baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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b) donateur.

Chevalier en armure, au visage jeune, mains jointes, agenouillé devant une tenture verte, et portant sur son tabard la macle d'argent à l'intérieur d'une macle d'azur le désignant comme un membre de la famille des Tréanna.

 

Baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Le modèle copié par Louis Ottin alors qu'il travaillait à la restauration de la verrière avec Lusson :

 

Louis Ottin, Le vitrail, figure 43.

Louis Ottin, Le vitrail, figure 43.

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Louis Ottin, le Vitrail figure 167.

Louis Ottin, le Vitrail figure 167.

Lancette A, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette A, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Dais.

Dais rehaussé de jaune d'argent, à trois gables couronnés d'un fleuron et centrés par un quadrilobe ou multilobe, au dessus d'une voûte à croisée d'ogives et de fenêtres à verres losangiques. 

Dais de la lancette A, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Dais de la lancette A, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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BAIE 108, LANCETTE B. 

Gatouillat et Hérold (2005) la décrivent comme "un saint barbu tenant un étendard et présentant un seigneur (têtes modernes)" alors que Le Men   suggère de voir dans la hampe de la bannière la restauration d'une probable crosse d'évêque ; Yves-Pascal Castel ajoute " cela cadrerait avec l'inscription S. DE / RIE.(saint Derrien ?) ". Pour ce dernier auteur,   le chevalier revêt une cotte blanche chargée de trois fasces ondées d'azur. Ce pourrait être la reproduction incorrecte des armes de la famille des Langueouez : fascé ondé d'or et d'azur au chef de gueules. Ces dernières armes se remarquent à la voûte de la nef de la cathédrale.

Lancette B, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette B, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette B, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette B, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette B, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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BAIE 108, LANCETTE C. 

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Gatouillat 2005 : "Saint évêque présentant un seigneur de Bodigneau selon Thomas (assez bien conservé ; cheveux teintés de jaune d'argent)".

"Chevalier vêtu d'une cotte blanche portant de sable à l'aigle impériale d'argent becquée et membrée de gueules (Bodigneau) présenté par un saint évêque  inscription S:P---DAU ou VAN (?)" (YPC 2005)

 

Lancette C, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette C, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette C, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette C, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette C, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette C, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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BAIE 108, LANCETTE D. 

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"Saint diacre tourné vers l'ouest (inscription SY ?...; tête d'origine conservé en dehors du monument), et un seigneur de Tréanna en cotte armoriée "d'argent à la macle d'azur " (assez bien conservé." (Gatouillat 2005 p.177). 

"Le chevalier, vêtu comme celui du premier panneau et portant comme lui une grande macle d'azur sur sa cotte blanche, est présenté par un moine, un livre dans la main droite dont l'identité semble confirmé par l'inscription SH / ERV / US. Saint Hervé ..." (Yves-Pascal Castel 2005 p.65).

Aucune de ces deux descriptions ne correspond à l'état actuel de la lancette, même en tenant compte de l'interversion avec la lancette A de la baie n°106.

L'inscription est délicate à décrypter mais la leçon de Y-P. Castel est inexacte, et on lit S: her / ve / us, si on accepte d'interpréter la première lettre du prénom comme un -h- et  les lettres -n- comme des -v- ou des -u-.  Mais dans ce cas, le saint ermite aveugle  breton serait dépourvu de ses attributs caractéristiques : son bâton, son guide Guiharan et son loup apprivoisé. 

 

Lancette D, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette D, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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La tête ancienne du saint,  (au centre de la rangée supérieure) conservée sur un "panneau d'antiquaire", Paris , collection privée.

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Sa copie en calque par Louis Ottin lorsqu'il travaillait avec Lusson à la restauration des baies :

Calque d'une tête, Louis Ottin, Le Vitrail,  figure 165.

Calque d'une tête, Louis Ottin, Le Vitrail, figure 165.

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Lancette D, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Lancette D, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie 108, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

Cathédrale Saint-Corentin de Quimper. Inauguration du portail occidental, 12 décembre 2008   : http://www.sdap-finistere.culture.gouv.fr/fichiers/dossiers/mon8-fasciculecathedrale2008v2ds.pdf

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne province de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

 

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820. 

A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)


 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de BoisbillyArch. Dioc. Quimper,  ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

 BRUNEL (Christian), 2004, La réédification du tombeau de saint Yves : l’histoire au service de l’Église. In Saint Yves et les Bretons: Culte, images, mémoire (1303-2003), sous la direction de Jean-Christophe Cassard et Georges Provost, Presses Universitaires de Rennes p. 111-123 http://books.openedition.org/pur/22403?lang=fr

— COUFFON (René), 1963,  « Etat des vitraux de la cathédrale Saint-Corentin au milieu du XIXe siècle par le baron de Gulhermy », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, tome LXXXIX, p. XCVII-CII

— COUFFON (René) LE BARS ( Alfred) 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

— GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

 GALLET (Yves), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. L'architecture, (XIIIe-XVe sièle)", " Actes du Congrès Archéologique de France  2007 de la Société Française d'Archéologie. 

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203

 — GATOUILLAT (Françoise), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. Les vitraux anciens."Actes du Congrès  Archéologique de France 2007 de la Société Française d'Archéologie. 

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

 

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes. 

LAFOND (Jean), 1962," Le Christ en croix de la cathédrale de Quimper à Castelnau-Bretenoux",  Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France p. 36-38. 

 — LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

 

— LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII 

ou blog du 10 février 2010 : 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-les-vitraux-et-leurs-gravures-de-repere-en-bretagne-44640076.html

LE BIHAN (Jean-Pierre), 1995, « La restauration des verrières hautes de la cathédrale de Quimper, » Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXIV, p.524-525

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 1997,« La verrière n°100 de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXVI, p. 175-201.

 

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-7003763.html

 

 LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.21,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

 MACIAS-VALADEZ (Katia), 1997, "Les vitraux des fenêtres hautes de la cathédrale de Quimper : un chantier d'expérimentation et la définition d'un style quimpérois", Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, t. LXXV, p. 204-242. 

 OTTIN (L.), Le Vitrail, son histoire, ses manifestations diverses à travers les âges et les peuples, Librairie Renouard, H. Laurens éditeur, Paris, s.d. [1896] In-4°, 376 pages,  4 planche en couleurs, 15 phototypies, 12 planches en teinte hors texte, 219 gravures, de signatures, marques et monogrammes. 

https://archive.org/stream/levitrailsonhist00otti#page/42/mode/2up

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

— YEURCH (Bertrand) 2012, "Les premières entrées épiscopales en Bretagne ducale", Britannia Monastica  16, 2012, p. 93-161. https://www.academia.edu/1949697/Les_premi%C3%A8res_entr%C3%A9es_%C3%A9piscopales_en_Bretagne_ducale

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Published by jean-yves cordier - dans Quimper
12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 21:59

L'une des caractéristiques les plus intéressantes des vitraux bretons est l'utilisation du jaune d'argent pour teinter les iris des personnages, comme dans la baie 106 et 107, ou d'un dragon, comme dans la baie 109. Mais l'utilisation qui est faite du pigment jaune dans les baies 110 et 112 est si originale que Katia Macias-Valadez a désigné leur auteur sous le nom de "Maître du jaune d'argent".

 

LA BAIE 110. 

Elle mesure 4,50 m de haut et 2,60 m de large et comporte quatre lancettes trilobées et un tympan de 10 ajours. Ce serait, d'après Le Men et Thomas, un don de la famille Bodigneau, de Clohars-Fouesnant. 

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LANCETTE A.

Un saint évêque en chape pourpre galonnée. La mitre est ancienne. La tête a été copiée par Lusson sur un modèle encore conservé dans une collection privée parisienne, et ces deux documents permettent d'affirmer  que le jaune d'argent qui souligne les sourcils, la paupière supérieure, la narine gauche, et le menton sont bien dûs au pinceau de l'artiste du début du XVe siècle.

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Tête d'évêque du vitrail d'origine, coll.privée, in Gatouillat 2009

Tête d'évêque du vitrail d'origine, coll.privée, in Gatouillat 2009

Copie de la tête du vitrail d'origine par Antoine Lusson, dépôt de la cathédrale, in Gatouillat 2009

Copie de la tête du vitrail d'origine par Antoine Lusson, dépôt de la cathédrale, in Gatouillat 2009

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L'évêque présente une donatrice coiffée d'un petit atour de tête vert ou bleu turquoise sur des cheveux temporaux postiches (truffeaux) ramassés par une résille en et vêtue d'une robe verte à plastron blanc. Tête moderne, jupe complétée. Selon Le Men, page 29 : "Dame à genoux, vêtue d’une robe blanche portant parti au 1 : d’argent à la mâcle d’azur (Tréanna) ; au 2 : d’argent à la bande engreslée de sable. ". Seule la bande engrêlée de sable est aujourd'hui visible.

Puisque les vitraux anciens encore conservés nous permettent de vérifier que les vitraux "modernes" (vers 1869) de Lusson sont fidéles aux verres anciens qu'il a déposés, nous pouvons supposer que les touches de jaune d'argent du visage de la donatrice (sourcil, narine, lèvre, menton) sont conformes à la peinture du verrier du XVe siècle, à moins que le visage de la noble donatrice ait été détruit (sous la Révolution?) et que Lusson ait procédé par extrapolation du visage de l'évêque.

 

Lancette A, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.
Lancette A, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette A, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Donatrice Lancette A, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Donatrice Lancette A, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Lancette A, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette A, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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LANCETTE B.

Fond rouge très restauré.

Saint Jean l'Évangéliste nimbé de vert porte un manteau blanc drapé, au dessus d'une robe bleu-vert. Les cheveux blonds bouclés et l'absence de barbe permettent d'identifier l'apôtre Jean, comme surtout le calice d'où sortent six serpents-dragons faisant référence au miracle racontés dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine : Pour prouver à Aristodème et aux Éphésiens la supériorité du christianisme sur le culte des idoles, Jean, sommé de boire une coupe de poison, en avale le contenu d'un trait et n'en est absolument pas incommodé, tandis que les deux goûteurs désignés pour tester ce poison s'écroulent foudroyés en quelques secondes (ils seront ensuite ressuscités par le saint).

 

 

Saint Jean présente un chevalier en armure,  portant l'épée, et  sur son tabard les armes de la famille de Bodigneau, de sable à l’aigle impériale d’argent becquée et membrée de gueules. Le fief de cette famille se trouve dans la paroisse de Clohars-Fouesnant (à 15 km au sud de Quimper), où s'élève le château de Bodigneau, ou Botigneau, Bodignio ou Bodinio. Le Nobiliaire ou Armorial de Bretagne de Pol Potier de Courcy indique :

Botigneau (de), sr dudit lieu et de Kergoat, par. de Clohars-Fouesnant, — de Brunault, par. de Trébrivant. Réf. et montres de 1426 à 1562, par. de Clohars, év. de Cornouaille.

D’azur à l’aigle éployée d’or. Devise : À l’adventure.

Le nom ancien de cette famille est Droniou ; Jean Droniou, épouse Louise du Vieux-Chatel, dame de Brunault, dont : Alain, marié en 1562 à Marie de Kergorlay, père et mère de Jeanne, fille unique héritière, épouse de François de Kerc’hoënt.

En 1426, le domaine de Botigneau  est tenu en 1426 par Jehan Droniou.

Vers 1500, cette famille fit édifier les vitraux de l'église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant, avec leurs armes en supériorité, et Pierre de Bodigneau et Marie de Tréanna s'y font représenter en donateurs (Abgrall, Notice).  Voir Iconographie de saint Christophe.

En 1424, lors de la construction de la façade occidentale, le blason du seigneur de Bodigneau est sculpté sur le tympan du portail, avec celle des trois autres nobles qui ont le privilège de porter le siège de l'évêque Bertrand de Rosmadec : les seigneurs de Nevet (Plogonnec), de Guengat et Du Quélennec (Le Faou). C'est dire qu'il s'agit alors d'une famille de tout premier plan en Cornouaille. Par contre, en 1480, lors de l'entrée épiscopale de Guy de Bouchet, les quatre seigneurs qu'accueillirent dans la cathédrale étaient Jean du Quélennec, Henri,seigneur de Névet, Guillaume, seigneur de Ploeuc,  et Guyomarch, seigneur de Guengat. Bodigneau avait donc laisser la place à de Ploeuc.

Les verres du chevalier, avec sa coupe de cheveux caractéristique de l'époque, sont bien conservés, hormis le panneau inférieur où la zone des genoux et le socle sont modernes. Les mêmes rehauts de jaune d'argent se remarquent au mêmes endroits du visage que sur la lancette A, les sourcils, la narine, la paupière, la lèvre et le menton.

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Lancette B, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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LANCETTE C.

Elle est similaire à la lancette B, mais c'est ici saint Jean-Baptiste qui présente le donateur. Ce saint est, en fréquence, le premier représenté dans les vitraux du XVe siècle, avec dix occurences, très souvent en binôme avec Jean l'Evangéliste (sept occurences), et je me demande si il faut y voir l'influence du couple ducal de Jean V et de Jeanne de France. Ces dix représentations sont assez identiques, Jean tenant un agneau lui-même porteur de l'oriflamme de la ressurection et la croix du sauveur du Monde dont il clamait l'avènement. Ici, comme ailleurs (baie 115, 123, 124), l'agneau est disposé sur un livre. Partout, l'artiste n'omet pas de faire valoir le vêtement fait d'une peau de bête (poils de chameau selon l'Évangile, peau de lion souvent ) : le saint vit dans la solitude du désert entourant le Jourdain, où il baptise par immersion, il se nourrit de miel et de sauterelles (Mt 11:18). Membre d'une famille sacerdotale (il est le fils de Zacharie), il prône la purification du corps et il est peut-être assimilable à un nazir ou nazaréen, qui a fait vœu d'ascétisme selon les prescriptions bibliques de Nombre 6: 1-21 ; ainsi, il observerai la règle "Un rasoir ne passera pas sur ta tête", et ce serait le sens des cheveux longs et de la barbe représentés sur le vitrail. 

La robe en poil de chameau (on voit des bouclettes qui évoquent un pelage d'animal)  du saint est teintée de jaune d'argent. Sa partie inférieure disparaît sous une tenture bleue (son manteau ??) devant laquelle se détache le donateur.

Lancette C, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette C, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette C, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette C, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Le seigneur de Bodigneau est identique à la lancette B, mais ses armoiries sont assez bien conservées.

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Lancette C, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette C, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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LANCETTE D.

Les têtes de la Vierge et de son Enfant sont modernes, mais on y remarque le même emploi de jaune d'argent sur les traits des visages. 

La Vierge est très proche de la sainte Catherine de la baie 112, mais cela sera comparé plus loin.

 

Lancette D, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette D, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette D, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette D, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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L'Enfant tient dans les mains un objet jaune et blanc que je n'ai pas identifié.

Lancette D, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette D, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

La donatrice est coiffée d'un touret vert vêtue d'un corsage pourpre-brun. Sa jupe armoriée parti Bodigneau et Tréanna inciterait à découvrir, vers 1417, un mariage entre ces deux familles, mais je n'ai trouvé que celui, mentionné vers 1500, du couple figurant sur la verrière de la chapelle nord de l'église de Clohars-Fouesnant entre Pierre de Bodigneau et Marie de Tréanna selon l'aveu de Cheffontaine de 1758. 

Son visage est le seul à ne pas bénéficier du jaune d'argent.

Lancette D, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette D, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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LES DAIS.

Ils sont sensiblement identiques dans les quatres lancettes, et sont divisés en trois pinacles aigus, à quadrilobes, sans rehauts de jaune d'argent.

Il y a absence de continuité et de cohérence du décor entre le fond de la niche composée du socle, des montants et des fonds d'une part, qui s'arrête avec la barlotière, et d'autre part les dais, qui semblent incomplets puisqu'on n'y trouve pas la retombée des voûtes et le remplage habituel.

Les socles sont anguleux.

Les fonds.

Ils alternent la couleur rouge et la couleur bleue, avec un motif en large feuille découpée de profondes digitations, grimpant verticalement.

Dais de la lancette A, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Dais de la lancette A, baie n°110, coté sud du chœur de la cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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II. LA BAIE 112. CHOEUR COTÉ SUD.

Les chercheuses Françoise Gatouillat et Katia Macias-Valadez ont souligné que cette baie 112 forme un ensemble avec la baie 110 : non seulement on y retrouve les mêmes familles de donateurs, mais encore le même usage du jaune d'argent, les mêmes dais architecturaux qui semblent amputés de leur partie inférieure et se raccordent mal avec les registres sous-jacents. De plus, le même carton me semble avoir été utilisé pour leur lancette D.

Comme la précédente, elle mesure 4,50 m de haut et 2,60 m de large et comporte quatre lancettes trilobées et un tympan (à 12 ajours ici).  Ce serait selon le relevé de Le Men en 1877 un don des familles de Bodigneau, de Tréanna et de Trémic.

Mais il existe une différence de taille : les personnages sont traités majoritairement en grisaille (comme les baies n°109 et 111), les pièces colorées étant réservées à certains vêtements, aux fonds et au contre-fond uni des têtes de lancettes. La source d'inspiration des peintres sur verre a largement été puisée dans les enluminures des Livres d'Heures et autres livres de dévotions, ou les saints figurent dans des niches ou devant des fonds quadrillés, sur un sol carrelé, et où le livre débute souvent en présentant le couple de donateur et ses armoiries, mais à la fin du XIVe et le début du XVe siècle, les artistes adoptèrent volontiers la technique en grisaille, à l'instar des peintres flamands sur le dos des volets des retables (L'Agneau Mystique de Van Eyck date de 1432).

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Baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.
Baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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LANCETTE A.

L'apôtre Jacques le Majeur, en robe pourpre, porte un manteau blanc qui forme un pan bizarre en avant de la donatrice. Il n'est identifiable que par la coquille de son chapeau.

Le jaune d'argent est utilisé pour le livre, le chapeau du saint avec coquille en réserve, le galon de son col sur la pièce du cou, 

 

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Lancette A, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette A, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Lancette A, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette A, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Lancette A, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette A, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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La donatrice est vêtue d'une robe blanche qui porte des motifs héraldiques en forme d'étoiles rouges à centre jaune, et aussi un triangle blanc inscrit dans un triangle bleu. Le Men y a reconnu "une demi-mâcle d’azur et une molette de gueules" , et les a attribués à "une alliance des familles de Tréanna et de Lanros. Cette dernière seigneurie était dans la paroisse d’Ergué-Armel."

Les armoiries de Tréanna sont d'azur à la macle d'argent et celle de Lanros d'or à une molette de gueules

Le jaune d'argent est utilisé ici pour les cheveux de la dame, ramassés par une résille sous son touret coloré.

 

 

Lancette A, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette A, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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LANCETTE B. 

 

1°) Sainte Anne, sa fille et son petit-fils.

L'archiviste Le Men voyait ici "la Vierge, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras", mais il s'agit en réalité d'un groupe dit  d'Anne trinitaire (figure de la sainte moderne, Vierge et Enfant ancien), correctement  reconnu par Gatouillat et Hérold 2005,  Philippe Bonnet 2003, mais difficilement et dubitativement par Yves-Pascal Castel 2005. 

Un examen attentif découvre d'abord que la sainte porte la guimpe, attribut de la Mère de la Vierge alors que Marie porte traditionnellement les cheveux libres ou couverts d'un voile qui n'encadre pas le visage. Puis on constate que l'enfant qu'elle tient porte une couronne ; malgré l'aspect corrodé du verre, on admire ses traits gracieux et féminins : il s'agit de Marie, aux cheveux blonds ondulants. Enfin, une paire de jambes, un dos et un bras indiquent la présence de l'Enfant-Jésus, de taille inférieure à celle de sa mère Marie. La tête se devine, portant un nimbe crucifère.

Des touches de jaune d'argent sont appliquées sur la paupière, la narine, le menton de sainte Anne (composition par Antoine Lusson). Le pigment colore aussi les cheveux, la robe et la couronne de Marie, et aussi une pièce de verre placée près de la main de l'Enfant.

Ainsi recomposée et dégagée mentalement des scories de l'altéraion du verre ancien, le dessin du groupe trinitaire acquiert une beauté exceptionnelle.

Voir mes articles sur les groupes d'Anne trinitaires de Bretagne :

Dans la vallée de l'Aulne. (29)

Au Musée de Quimper (29)

A l'église de Plourin-les-Morlaix (29)

A l'église de Plougasnou

A l'église de Guimaëc

L'église du Vieux Bourg à Lothey : Anne trinitaire.

La chapelle Sainte-Anne à Daoulas.(29)

A la cathédrale de Burgos (Espagne)

A l'église de Bannalec (29)

A Saint-Hernin (29)

Voir aussi la belle collection du Musée des Trésors de la Basilique Sainte-Anne-d'Auray (56)

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Lancette B, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Sainte Anne trinitaire, lancette B, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Sainte Anne trinitaire, lancette B, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Vient ensuite le chevalier (très restauré) en armure, agenouillé, mains jointes, vêtu d’une cotte bleue et d'un manteau blanc sur lequel Le Men décrit une rose de gueules (Trémic). Signalons que Le Men , dont la Monographie paraît en 1877, n'a pas vu les vitraux qu'il décrit et dont il a demandé la réalisation par Lusson. Thomas décrit, en suivant Le Men, "un seigneur de Trémic, présenté par Notre-Dame".

 

Lancette B, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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LANCETTE C.

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Nous voyons un saint religieux,  qui porte un habit composé d'une longue robe blanche et, recouvrant les épaules et les bras, d'un capuce.

Le buste est ancien. On relève le jaune d'argent sur les cheveux du saint, sur la tranche du livre, mais non sur le visage.

Une banderole indique un nom, mais sa lecture est ardue. Elle débute à gauche par ST~S, "SANCTUS", puis se poursuit à droite par  -' IIUO. 

Les saints religieux honorés en Bretagne, et notamment par le duc Jean V sont saint Vincent-Ferrier et saint Yves. Ce dernier était mentionné à l'époque sous le nom de Sanctus YVO. Dans le Livre d'Heures d'Anne de Mathefelon, un manuscrit d'origine bretonne, l'oraison O Yvo incola britannie "O Yves qui résida en Bretagne" montre la graphie en usage en 1425. En outre, l'enluminure montre un saint Yves très proche du saint du vitrail quimpérois.

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Bourges, Musée du Berry Ms 1924-4-1 folio 98 : Anne de Mathefelon priant saint Yves.

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N.b : Dans la baie 106, saint Yves est figuré présentant, comme ici, un seigneur de Treanna ; mais son identification est claire : il est tonsuré, la banderole porte les mots S. YVO et le saint porte un sac contenant des manuscrits, propre à sa fonction d'official du diocèse de Tréguier.

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Lancette C, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette C, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Lancette C, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette C, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Lancette C, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette C, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Lancette C, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette C, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

I.

Saint Yves présente le seigneur de Treanna (son tabard porte une mâcle d'argent sur fond d’azur) en armure, l'épée ceinte, à genoux. Le visage de l'ecuyer porte les rehauts de jaune d'argent habituels sur le sourcil, la paupière, le menton.

Le prénom Yves est répandu (ou vénéré) dans la famille de Treanna. Un extrait des registres de la Chambre de reformation de 1668 concernant Jean de Treanna indique que cette famille se tenait comme descendante d'Yves de Treanna et d'Amou de Querbescat, proprietaire de la terre et seigneurie de Quervern, qui vivoient en l’an 1409, [...] dont issut Yves de Treanna, qui épousa Jeanne de Coatenezre , etc

 

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Lancette C, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette C, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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LANCETTE D.

Le panneau supérieur de cette lancette est assez bien conservé. On y voit sainte Catherine, et, devant son épaule gauche, tenue dans la main drapée par la manche, la roue de son supplice, représentée, avec un luxe de détail, avec les lames qui y sont fixées. "Les pupilles et narines des personnages sont teintés de jaune d'argent" (Gatouillat et Hérold 2005). Le pigment s'étale même sur l'œil gauche de la sainte, touche la lèvre  et la pointe du menton.

 

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Lancette D, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette D, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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La donatrice est à genoux, vêtue d’une robe blanche parti au 1 : de sable à l’aigle impériale d’argent becquée et membrée de gueules (Bodigneau) ; au 2 : d’argent à la rose de gueules (Trémic). 

 

Selon le Nobiliaire et Armorial de Pol Potier de Courcy, 

Trémic (de), sr dudit lieu, par. de Combrit, — de Kcranysan et de Lespervez, par. de Plonéour,— de Peuanrun.

Anc. ext., réf. 1669, neuf gén. ; réf. et montres de 14?6 à 1536, dites par., év. de Cornouaille.

D’argent à la rose de gueules.

Alain, croisé en 1248 (cab. Courtois) ; Henry, vivant en 1144, père d’lVon, vivant en 1460, marié à Jeanne de Saint-Juzel ; Henry, fils des précédents, époux d’Hélène le Gallou, père et mère de Christophe, marié à Louise le Coing, dame de Keranysan ; Jean, chevalier de l’ordre, épouse en 1633 Renée l’Honoré ; un contre-amiral honoraire en 1825.

Fondu dans Boisberlhelot.

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Lancette D, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette D, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Lancette D, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette D, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Lancette D, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette D, baie n°112, coté sud du chœur, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Comparaison de la Vierge de la lancette D de la baie 110 et de sainte Catherine de la lancette D de la baie 112.

Si on compare ces deux lancettes, on constate qu'un seul carton a pu être utilisé, et que la tête de l'Enfant, cerclée du nimbe, de l'une a laissé place à la roue de l'autre. Si on s'en tient aux seules têtes, les traits du visage sont les mêmes, la chevelure et la couronne également, et la forme en raquette de la pièce de verre est identique.

 

 

Comparaison de la Vierge de la lancette D de la baie 110 et de sainte Catherine de la baie 112.
Comparaison de la Vierge de la lancette D de la baie 110 et de sainte Catherine de la baie 112.

Comparaison de la Vierge de la lancette D de la baie 110 et de sainte Catherine de la baie 112.

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Dais gothiques rayonnants: niches hérissés de pinacles, de structure lourde, aux voûtes apparentes (en verre blanc non teinté de jaune d'argent).

Fonds : à larges motifs de feuillages. Alternance traditionnelle de la couleur bleue et rouge, mais la lancette B fait exception puisque le rouge laisse la place à un pourpre pâle.

Socles polygonaux  sols dallés vus en perspective en grisaille et jaune d'argent .

Marques de repère. Selon le maître-verrier Jean-Pierre Le Bihan, "Les fenêtres hautes du choeur présentent sur la face extérieure ces marques de  repère, une par pièce d'origine. parfois, la même marque dans  tout un panneau. d'autre fois, tout au long de la lancette, chaque lancette ayant ainsi son signe de reconnaissance. Ceci est relevé  dans les fenêtres 106,108 et 110; on découvre aussi sur un panneau, la marque d'un restaurateur du XIX°siècle, dui est un M entouré d'un 0  Pour la 106, il est proposé un e, un c, un O barré d'un l au centre, ainsi qu'un triangle. Sur la 112 deux O dont un couronnant une croix, ainsi qu'un 6 ".

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CONCLUSION.

Je citerai Katia Macias-Valadez (p. 226-227) :

"...l'usage spécial du jaune d'argent pour rehausser les sourcils, les paupières, le bout du nex, les lèvres et parfois le menton sur certains visages. Cette particularité qui reste des plus fascinantes étant donné son originalité révèle une bonne maîtrise de la technique de la peinture sur verre. En effet, le jaune d'argent est constitué de sels d'argent contenus dans un colorant ocre ; translucide lors de son application sur le revers de la pièce de verre, il devient jaune à la cuisson. [...] Le jaune d'argent est très pratique puisqu'il permet de représenter sur la même pièce de verre deux couleurs différentes sans avoir à recourir au plomb. Apparu au début du XIVe siècle, il est généralement utilisé pour faire les cheveux, les barbes et parfois l'iris des yeux et des motifs ornementaux. A Quimper, les artistes en ont fait un usage, que l'on ne retrouve dans aucun autre exemple, français, anglais ou breton, qui nous soit parvenu. Voulaient-ils suggérer le volume de ces parties ? Ou tout simplement caractériser davantage leurs personnages ?"

Dans les baies 106 et 108, ce sont les iris (j'utilisais, à tort sur le plan anatomique, le mot "pupille" repris à F. Gatouillat) des personnages qui sont teintés aux sels d'argent, et dans la baie 109 ce sont les iris du dragon diabolique terrassé par saint Michel. Mon hypothèse concernant ces "pupilles" jaune d'or, développée à propos de cet usage à Runan et à Malestroit, est qu'il s'agit de montrer la nature spirituelle ou sacrée, saintes, des personnages. Si on doit expliquer aussi son emploi pour le dragon, je dirai que ces yeux dorés rendent explicite le fait que nous ne sommes pas dans le monde naturel d'ici-bas, mais dans le monde surnaturel des Cieux. Les touches jaunes des visages viennent également, sur un mode original, placer  les personnages dans cet autre monde : les saints tutélaires parce qu'ils s'y trouvent déjà, les donateurs parce qu'ils sont irradiés et spiritualisés par leur patronage, parce qu'ils accèdent  dans le chœur (le centre des énergies spirituelles de la cathédrale, jadis fermé aux laïcs par un jubé), et parce qu'ils sont agenouillés tournés vers la scène centrale de la Crucifixion, où le Christ en croix leur assure leur rédemption.

Cet emploi du jaune d'argent renvoie donc, à mon sens, à un procédé analogue à celui des fonds dorés par les peintres des icones orthodoxes, ou pour rester dans la chrétienté catholique, par les peintres primitifs italiens de Florence ou de Sienne comme Cimabué, ou encore à l'usage du nimbe doré autour de la tête des saints.

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SOURCES ET LIENS. 

 

 

Cathédrale Saint-Corentin de Quimper. Inauguration du portail occidental, 12 décembre 2008   : http://www.sdap-finistere.culture.gouv.fr/fichiers/dossiers/mon8-fasciculecathedrale2008v2ds.pdf

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne province de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

 

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820. 

A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)


 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de BoisbillyArch. Dioc. Quimper,  ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

 COUDOUIN (André), 1981, « L'âge d'or de la soierie à Tours (1470-1550) » Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1981  Volume 88  Numéro 1  pp. 43-65

http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1981_num_88_1_3035

— COUFFON (René), 1963,  « Etat des vitraux de la cathédrale Saint-Corentin au milieu du XIXe siècle par le baron de Gulhermy », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, tome LXXXIX, p. XCVII-CII

— COUFFON et LE BRAS,  http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

— GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

— GALLET (Yves), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. L'architecture, (XIIIe-XVe sièle)", " Actes du Congrès Archéologique de France  2007 de la Société Française d'Archéologie.

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203

 — GATOUILLAT (Françoise), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. Les vitraux anciens." Actes du Congrès  Archéologique de France 2007 de la Société Française d'Archéologie. 

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

— GRODECKI (Louis), Baudot Marcel, Dubuc René, 1968, -"Les vitraux de la cathédrale d'Évreux."  In: Bulletin Monumental, tome 126, n°1, année 1968. pp. 55-73. doi : 10.3406/bulmo.1968.4898 http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1968_num_126_1_4898  

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes.  Les baies n'y sont pas numérotées et distribuées en cinq lieux : Vitraux de la chapelle des fonts, vitraux de la Nef, vitraux du transept, vitraux du chœur, vitraux de la chapelle terminale. 

LAFOND (Jean), 1962," Le Christ en croix de la cathédrale de Quimepr à Castelnau-Bretenoux",  Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France p. 36-38. 

 — LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

 

— LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII

LE BIHAN (Jean-Pierre), 1995, « La restauration des verrières hautes de la cathédrale de Quimper, » Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXIV, p.524-525

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 1997,« La verrière n°100 de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXVI, p. 175-201.

 

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-7003763.html

 

 LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.21,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

 MACIAS-VALADEZ (Katia), 1997, "Les vitraux des fenêtres hautes de la cathédrale de Quimper : un chantier d'expérimentation et la définition d'un style quimpérois", Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, t. LXXV, p. 204-242. 

 OTTIN (L.), Le Vitrail, son histoire, ses manifestations diverses à travers les âges et les peuples, Librairie Renouard, H. Laurens éditeur, Paris, s.d. [1896] In-4°, 376 pages,  4 planche en couleurs, 15 phototypies, 12 planches en teinte hors texte, 219 gravures, de signatures, marques et monogrammes. 

https://archive.org/stream/levitrailsonhist00otti#page/42/mode/2up

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

— YEURCH (Bertrand) 2012, "Les premières entrées épiscopales en Bretagne ducale", Britannia Monastica  16, 2012, p. 93-161. https://www.academia.edu/1949697/Les_premi%C3%A8res_entr%C3%A9es_%C3%A9piscopales_en_Bretagne_ducale

 



 

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Published by jean-yves cordier - dans Quimper
11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 10:01

Les vitraux du chœur de la cathédrale de Quimper II.

Les fonds damassés des vitraux du chœur de la cathédrale de Quimper (vers 1417). Baie 100 et 109. Recension d'autres fonds semblables sur les vitraux de la fin du XIVe et début du XVe siècle. Illustrations par des lampas de Lucques.

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Voir aussi :

Voir d'autres fonds damassés :

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Je consacrerai aux  vitraux du chœur de la cathédrale de Quimper les articles qu'ils méritent, mais le sujet est trop vaste, et je veux me "limiter" (c'est, pourtant, un sujet infini) aux fonds des vitraux du début du XIVe siècle inspirés des soieries italiennes.

Ils sont exposés de la manière la plus ostensible aux visiteurs ou aux fidèles, puisqu'ils occupent les  trois lancettes de la fenêtre d'axe, ou  baie 100,  qui dominent le chœur, dans l'axe principal du sanctuaire. Mais ce sont  les fenêtres hautes de la cathédrale, et leur examen exige une bonne paire de jumelles, ou ...le reportage photo réalisé ici au téléobjectif (Canon 400mm + multiplicateur de focale x 2, ou, mieux,  Leica V-lux 114 ).

La baie 100 est une copie du vitrail d'origine réalisé vers 1417 sous le duc Jean V, principal commanditaire. L'original est conservé aujourd'hui au château de Castelnau-Bretenoux. Nous sommes donc certains d'avoir affaire au décor ancien.

Cette baie de la Crucifixion est composée de trois lancettes, A, B et C, occupées par la Vierge (sur fond bleu), le Christ en croix (fond rouge) et saint Jean (fond rouge), dans une alternance des fonds bleus et rouge déjà habituelle dans les enluminures médiévales.

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Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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L'examen des fonds permet d'identifier un motif de base, reproduit par pochoir sur l'ensemble de la surface. Ce motif associe :

  • deux oiseaux à huppe, tenant chacun dans son bec une banderole,
  • une palmette,
  • une couronne présentée par deux aigles tenant dans leur bec un rinceau.

Le verrier Jean-Pierre Le Bihan, qui a créé le vitrail actuel, donne sur son blog le relevé par calque suivant, provenant du vitrail d'origine :

Puis-je être plus précis ? Les oiseaux ébouriffés peuvent être des perroquets ou des griffons, et je choisis cette dernière hypothèse. J'aimerais faire de la couronne une couronne ducale, rendant hommage au commanditaire Jean V, mais elle s'apparente plus à une couronne de marquis, selon la représentation héraldique. La palmette est épanouie en trois étages, elle s'associe aux rinceaux. Le verre bleu est badigeonné de grisaille sauf à l'endroit des pochoirs, et les dessins ainsi mis en réserve sont peints au trait de grisaille, selon deux variantes, le trait simple et le quadrillé. 

En voici un exemple qui nous servira d'archétype, pris sur la lancette A :

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Fond damassé, lancette A, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Fond damassé, lancette A, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Une fois que l'œil est formé pour reconnaître ces éléments, il l'identifie rapidement malgré sa fragmentation imposé par le personnage central et le décor associé.

Mieux, il le reconnaît aussi sur la robe de la Vierge, assez complet dans la partie basse entre les pans du manteau, mais présent aussi dans la partie haute.

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Robe de la Vierge, lancette A, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Robe de la Vierge, lancette A, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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La Vierge, lancette A, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

La Vierge, lancette A, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Ah, l'examen des vitraux devient tout de suite plus amusant, et, assis avec vos jumelles sur une des chaises assemblées devant l'autel, vous poussez des grognements gourmands et des piaffements excités : vos voisines et voisins vous dévisagent sévèrement.

Allons voir la lancette B, vous dites-vous in petto.

C'est pire : au plaisir d'admirer le dessin superbe du visage du Christ s'ajoute désormais le charme de la reconnaissance d'un décor familier. Heimlich en allemand. 

Plaisir décuplé par le manque et l'esthétique du fragment. For-Da, c'est le jeu de la bobine, coucou le voilà / il n'est plus là.

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Crucifixion, lancette B, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Crucifixion, lancette B, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Crucifixion, lancette B, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Crucifixion, lancette B, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Crucifixion, lancette B, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Crucifixion, lancette B, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Vite, à la lancette C, celle de saint Jean !

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Saint Jean, lancette C, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Saint Jean, lancette C, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Crucifixion, lancette B, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.
Crucifixion, lancette B, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Crucifixion, lancette B, Baie 100, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Eh, où courez-vous, Philinte ? Je vous devine : vous allez  observer, sur les vitres voisines, comment les fonds sont faits. Par lesquelles allez-vous commencer ? Par les baies qui encadrent la baie centrale ? C'est peine perdue, ces baies 101 et 102 sont des créations du XIXe siècle, et de longues feuilles à digitations y flottent comme en des champs de laminaires.  Par les deux autres baies du rond-point , la 103 et la 104 ? Mauvaise pioche encore, ce ne sont que feuilles de philodendron. Tournez, Philinte, tournez autour du déambulatoire et levez les yeux vers les huit autres baies du chœur et vous m'en direz des nouvelles ! Ces fonds princiers de la baie 100 ne peuvent être imités et vous perdrez votre temps, voyons !

Quoi ? Vous me tirez la manche, vous me conduisez vers le coté sud, vous tendez le doigt  vers une baie nord de la deuxième travée ? 

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La Baie n°109.

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Baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

Baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

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Cette baie a été vitrée lors de la même campagne de 1417 environ, et elle appartient aux huit baies à quatre lancettes (les baies du rond-point, 100 à 105, n'en n'ont que trois). Du coté nord du chœur, nous trouvons principalement un seul saint personnage, alors qu'au sud les saints présentent des donateurs. Donc, ici, nous trouvons deux saintes (Catherine et Marguerite) et deux saints (Julien (?) et Georges).  Trois d'entre eux appartiennent à la liste des 14 "saints auxiliateurs", dont l'intercession est sollicitée lors de dangers mortels, sainte Catherine d'Alexandrie vierge et martyre protégeant des dangers de la grossesse, sainte Marguerite d'Antioche vierge et martyre de ceux de la délivrance, et saint Georges de Lydda, martyr, étant le patron des chevaliers. Leur présence est constante dans les Livres d'Heures, et ce coté nord du chœur peut être assimilé aux pages de ces livres d'oraison, dont il reprend les principales enluminures.

Précisément, dans les enluminures des Livres d'Heures du début du XVe siècle, les saints et saintes sont figurés de façon stéréotypée, avec leurs attributs (la roue et l'épée pour sainte Catherine, le dragon et le crucifix pour Marguerite, le dragon pour Georges à cheval et en tenue de chevalier) : ils se tiennent fréquemment sur un sol carrelé, et se détachant devant une tenture damassée. 

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Baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

Baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

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L'alternance de la couleur bleue et rouge des fonds n'est pas rigoureuse ici, mais elle est présente.

 

Maintenant que nous disposons d'une vue rapprochée des vitraux, nous reconnaissons notre motif archétypal, celui du fond damassé de la baie 100, mais il est encore plus morcelé. C'est, néanmoins, le même pochoir qui a été utilisé.

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Baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

Baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

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Baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

Baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

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Le fait que nous retrouvions ici le même fond que sur la baie d'axe oblige d'une part à renoncer à l'hypothèse qui suggérait que ce décor luxueux distinguait, par un honneur particulier, la scène de la Crucifixion de toutes les autres représentations de saints. Mais par ailleurs, ce fait crée entre les deux baies 100 et 109 des liens privilégiés. Sont-ils seulement issus du même atelier de verriers ? 

Mais, voilà Philomène qui nous rejoint, avec sa paire de jumelles. Que vient-elle faire ?

— Je m'intéresse à ce n° 109. Avez-vous remarquez la beauté du verre ? Comme je l'ai lu sous la plume de Françoise Gatouillat, pour cette verrière, comme pour la n°111, les personnages sont traités largement en grisaille et jaune d'argent, (à l'exception du  verre bleu  de la tunique de saint Julien), et ces personnages, comme les niches sont faites dans un verre blanc nacré peu sensibles aux altérations. 

— Autrement dit, nous avons un point commun reliant le n°100 et le n°109, et un autre, le verre blanc nacré en grisaille, qui relie les n° 109 et 111. Mais le n°111 comporte 4 donateurs présentés par saint Antoine et son cochon, saint Jacques le Majeur, et la Vierge.  Climène, Climène, viens nous aider !

— Vous aider ? Moi, je suis ici pour les pupilles jaunes, peintes au jaune d'argent, que j'ai vu à Kerdevot (Ergué-Gabéric), à Runan, au Mans dans la baie 217,  à Malestroit, à Sées (Orne), que j'ai découvert ici dans la baie 107 dans les yeux de saint Jean-Baptiste et de saint Pierre, et que je viens de découvrir dans cette baie n° 109... dans les yeux du dragon terrassé par saint Georges ! Débrouillez-vous avec ça !

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Lancette A. Sainte Catherine.

 

Sainte Catherine, baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

Sainte Catherine, baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

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Lancette B. Sainte Marguerite.

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Sainte Marguerite, baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

Sainte Marguerite, baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

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Lancette C. Saint chevalier 

Le fond de la lancette C ne semble pas comporter le motif aux oiseaux et à la couronne qui nous préoccupe. C'est un saint chevalier portant sur sa cotte de maille un tabard bleu marqué d'une croix et de fleurs de lis d'or. Il tient une lance où flotte un oriflamme aux mêmes couleurs que le tabard, et on les retrouve aussi sur l'écu.

 

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Saint "Julien", baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

Saint "Julien", baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

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Saint Georges, baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

Saint Georges, baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

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Saint Michel (considéré communément comme saint Georges).

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Saint Georges, baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

Saint Georges, baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

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Lancette D, baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

Lancette D, baie n°109, 2ème travée, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

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—Tiens, voici notre ami grec Virgile Damétas ! Alors, toujours passionné par les dais, Virgile ? 

— Bien-sûr, car ils permettent des regroupements qui donnent matière à réflexion. Ici, nous avons des dais à trois pans avec des gables, des fleurons et des quadrilobes ; Ces motifs sont rehaussés au jaune d'argent selon un dessin en double chevron. Ces traits sont propres aux dais des baies 100, 105, 109 et 111. Or, je vous rappelle que le fonds damassé réunit le n°100 et 109, la qualité des verres les n° 109 et 111,  la grisaille les n° 100, 109 et 111. 

—Toujours fasciné par les bulles ?

— Oui, ces dais ont un autre point commun, c'est d'être orné de doubles perles peintes au jaune d'argent, que l'on trouve aussi sur les montants et sur les socles, mais qui envahissent ici le dais comme des bulles de savon ! Et appréciez aussi la densité différente du jaune, qui va de l'or à l'orange.

— Ah, montre-nous des images, quand même !

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Dais de la baie n°109, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.
Dais de la baie n°109, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

Dais de la baie n°109, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

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Dais de la baie n°109, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.
Dais de la baie n°109, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

Dais de la baie n°109, nord du chœur, cathédrale de Quimper, lavieb-aile.

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DISCUSSION

Résumé : les  fonds damassés créés vers 1417  sur la baie 100 et la baie 109 de la cathédrale de Quimper,  se rapprochent de ceux des vitraux d'autres cathédrales réalisés au début du  XVe siècle, à Évreux, Bourges, Le Mans, Caen, Saint-Lô, ou à Saint-Maclou de Rouen, à Louviers, à Saint-Germain-village (Eure). Les pochoirs qui ont servi à les réaliser  (à Quimper,  motifs de couronnes, de rubans, de feuillages et d'oiseaux affrontés), sont inspirés par les luxueuses soieries de Toscane et notamment par les lampas de Lucques.

 

1. Les fonds damassés au pochoir des vitraux du XVe siècle.

"Les damas sont les grands dessins à ramages qu'on mettait sur les vêtements des personnages ainsi que sur les tentures et les draperies, à l'époque surtout qui nous occupe. Ces ornements étaient alors obtenus, le plus fréquemment, à l'aide d'une simple teinte unie qui, enlevée par place, donnait l'aspect d'une étoffe damassée, c'est-à-dire dont le dessin serait brillant tandis que le fond paraîtrait mat. Le motif d'ornementation le plus souvent employé pour cet usage est une sorte de grenade, se répétant à droite et à gauche en diagonale. Certains damas sont faits au trait, d'autres se détachent en jaune sur fond blanc, d'autres encore sont gravés sur verre rouge ou d'autre couleur, mais plus rarement. Ce mode de décor est d'une grande richesse. Certains damas sont faits au pochoir. Le pochoir est une feuille de cuivre très mince, percée à jour suivant un dessin, et à l'aide de laquelle l'artiste enlève, sur les vitraux, la couche de grisaille qui y a été couchée préalablement. Il lui suffit pour cela de brosser vigoureusement, avec une brosse courte et dure, et seulement aux places où le cuivre n'existe pas. Les Suisses, pour faire les damas de fond de leurs armoiries, se sont souvent servis du pochoir. " (Louis Ottin page 66)

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Quelques exemples.

Katia Macias-Valadez fait observer que le motif des baies 100 et 109 de Quimper "peut être observé aussi à la cathédrale d'Évreux, dans la baie 205, où sont représentés saint Thibaut de Marly, abbé cistercien, et saint Taurin. La coule de l'abbé et la chape de l'évêque sont décorées de rinceaux et d'oiseaux aux ailes déployées, motif que l'on retrouve aussi sur le fond des lancettes". Je trouve une illustration de la baie 203  (dite de Bernard Cariti)  dans l'article de Louis Grodecki 1968  page 63 (auteur qui suggère une datation de 1415-1420, alors que Gatouillat et Hérold proposent 1408-1415) , puis dans un article Image Wikipédia: la figure de l'oiseau aux ailes déployées et mordant la tige du rinceau est très proche de celle de Quimper, mais il n'y a pas de couronne. Notons que l'évêque représenté est assimilé à Thibaud de Malestroit, évêque de Tréguier puis évêque de Quimper de 1384 à 1408, juste avant Gatien de Monceaux qui fit construire les voûtes du chœur de la cathédrale.  

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Puis, Katia Macias-Valadez signale aussi les fonds damassés "très raffinés avec des oiseaux  à la cathédrale de Bourges (chapelle Trousseau) et à la maîtresse-vitre de l'église de Runan (Côtes-d'Armor)".

Concernant l'église de Runan, il me suffit de me reporter à ma description de la maîtresse-vitre  : on commencera à constater les points communs avec Quimper (datation proche, même influence du pouvoir ducal de Jean V, même programme iconographique associant une Crucifixion entre la Vierge et saint Jean à sainte Catherine et sainte Marguerite). Tous les fonds ne sont pas facilement examinables, car les verres rouges sont assombris, mais la lancette où figure saint Pierre comporte un oiseau très proche de celui de Quimper.

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La chapelle fondée par le chanoine Trousseau  vers 1403-1404 dans la cathédrale de Bourges, (source images ici) et Article Wikipédia ici , est éclairée par  la baie n°27 , dont le vitrail à quatre lancettes a dû être réalisé entre 1404 et 1409. Il représente une Vierge assise avec l'Enfant sur ses genoux. Devant elle, agenouillée et priante, la famille Trousseau présentée par saint Jacques le Majeur (lancette C), un saint diacre (lancette B) et une sainte martyre couronnée et tenant une palme (lancette A).

Lancette C, Chapelle Trousseau, Bourges

 

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Je trouve d'autres informations sur ces fonds sous la plume de Martine Callias Bey et ‎Véronique David dans Les Vitraux de Basse Normandie, 2006. Et justement, à propos des vitraux de Saint-Lô (Manche)‎, je lis page 153:

   "La verrière des apôtres [baie 10, vers 1420-1425] présente des figures isolées, de proportion moyennes, comparables aux figures de la verrière du Vast des années 1410, avec laquelle elle présente de nombreux points communs, notamment la figure de saint Jean-Baptiste. Les fonds sont damassés sur des modèles tirés des tissus lampassés ornés d'oiseaux fantastiques affrontés d'inspiration orientale, très caractéristique du début du premier quart du siècle ; le dessin est précis et dépouillé de lavis annexes. Une comparaison de style s'impose avec les verrières hautes de la cathédrale de Quimper, datées des années 1410-1415." [Notons, dans cette baie 10, les pupilles colorées au jaune d'argent de l'agneau de Jean-Baptiste, comme dans la baie 107 de Quimper, ou comme à Runan, Ergué-Gaberic, Malestroit, etc..]

Page 39, je lis encore :

"Le développement de l'industrie textile et de la broderie à la fin de la guerre de Cent Ans, notamment à Saint-Lô, à Caen, à Louviers ou à Rouen, induit un goût prononcé pour les tissus brodés et damassés utilisés pour les vêtements ou les tentures de fond, rappelant les courtines qui étaient tendues dans les églises aux jours de fête. Les motifs pouvaient être répétés au moyen de pochoirs rigides ou de planches dessinées et calquées sur les vêtements réels. Ces damas reproduisaient les tissus d'inspiration orientale, fabriqués à Lucques, en Italie, dès la fin du XIIIe siècle, et exportés dans toute l'Europe ; ces dessins de feuillage stylisés, fleurs, cygnes, perroquets, ou créatures fabuleuses affrontées, se retrouvent autour de 1400 et dans le premier quart du XVe siècle, notamment à Notre-Dame de Saint-Lô, à Saint-Maclou de Rouen, à la cathédrale et à Saint-Taurin à Évreux ; l'observation des différentes sortes de damas facilite la datation des verrières, entre le début du XVe siècle où ils représentent de petits animaux fantastiques affrontés au milieu de rinceaux végétaux sinueux "enlevs" sur la grisaille, et la seconde moitié du siècle, caractérisés par de plus grands motifs simplifiés, peints au pochoir, ou parfois cernés de plombs."

Ai-je parlé trop rapidement, pour les damas de Quimper, de l'emploi de pochoirs ?

Les mêmes auteures ajoutent (je pense en le lisant aux baies 100, 109 et 111 de Quimper caractérisées par ses personnages en grisailles) que "la prédilection pour les camaïeux de la miniature parisienne contemporaine, les "portraits d'encre" et les "demi-grisailles" illustrés par le Maître de Bedford vers 1420-1430 ou le Maître de Dunois vers 1460, trouve un relais dans la vogue croissante des verrières en grisaille".  J'ajouterai l'influence plus précoce des grisailles d'André Beauneveu dans les 24 enluminures qui ouvrent le Psautier de Jean de Berry (entre 1386 et 1400).

Dans le même ouvrage, page 41, on lit :

"Les motifs de phénix aux ailes déployées, tournés alternativement vers la droite ou vers la gauche, mordant de leur bec des rinceaux végétaux entrelacés, sont réalisés d'après des soieries fabriquées à Lucques sur des modèles orientaux ; nous les avons déjà évoqués à Notre-Dame de Saint-Lô et à la cathédrale d'Évreux et nous les retrouvons aussi dans le fond des verrières de Simon Aligret et de Pierre Trousseau à la cathédrale de Bourges (Cher) au début du XVe siècle, à Saint-Germain-Village (Eure) ou encore à Saint-Corentin de Quimper. Les voyages des artistes et des œuvres d'art, la circulation de recueils de modèles peuvent expliquer ces ressemblances."

Cet inventaire semble, par sa précision, exhaustif, mais j'ai déjà décrit les fonds de la baie n°217 de la cathédrale du Mans consacrée au Credo apostolique et datée de 1430-1435. 

Même remarque concernant la baie 17 de la cathédrale de Sées (Orne) mais le vitrail date de 1370, ce qui le place presque en tête de la liste chronologique. Il représente le chapelain donateur Oudin de Troyes, venu à Sées avec son évêque confesseur du roi Jean, au pied des saint Nicolas. Le motif du lampas repose sur deux oiseaux à huppe postérieure et longue queue, affrontés autour de rinceaux.

Enfin, dans un texte de 2009 (Congrès archéologique de France), Françoise Gatouillat signale aussi ces fonds dans l'abbatiale normande de Bonport. Je retrouve une photographie RMN d'un dessin de Gustave Moreau sous le titre  Vitrail de l’abbaye de Bonport représentant Gilles Malet et sa femme , Le Magasin pittoresque, 1861, p. 236, mais le dessin original de Fichot est beaucoup plus intéressant. L'église de l'abbaye , une abbaye de cisterciens fondée en 1190, n'existe plus aujourd'hui, mais le vitrail fut « dessiné et gravé par E. Hyacinthe Langlois de Pont de l'Arche d'après un vitrail de l' abbaye de Bonport conservé par lui ». Cette gravure est datée de 1814 dans le Musée des monuments français d'Alexandre Lenoir (Musée des monuments français, Paris 1821, in 8°, t. VIII, p. 93, p. 289. ). Un demi-siècle plus tard, Charles Fichot en fit une nouvelle reproduction d'après « un dessin original colorié » communiqué à Guiffrey par Albert Lenoir, fils d'Alexandre, qui avait hérité les portefeuilles de son père. Mais en 1861 déjà, on ignorait le sort de cette verrière. (J.B. de Vaivre,page 229, 1978).  Gilles Malet était bibliothécaire de la Librairie royale de Charles V de 1369 jusqu'à sa mort en 1411, mais le vitrail a été offert en 1383, si on se fonde sur l'information que "Le 23 octobre 1383, Gilles Malet et Nicole de Chambly firent dans cette abbaye une fondation à laquelle ils affectèrent 33 livres, 6 sols et 8 deniers de rente, assise sur les halles et les moulins de Rouen" (Bibl. nat., ms. fr. 26283, f° 108, in J.B. de Vaivre ). Nous obtenons donc une double information, temporelle (celle de la date à laquelle ces tentures étaient à la mode), et spatiale désignant la cour royale  parisienne, comme lieu de cette mode.

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 Vitrail de l’abbaye de Bonport (Eure) représentant "Gilles Malet et sa femme", Le Magasin pittoresque, 1861, p. 236,  dessin de Charles Fichot  . Google books

Vitrail de l’abbaye de Bonport (Eure) représentant "Gilles Malet et sa femme", Le Magasin pittoresque, 1861, p. 236, dessin de Charles Fichot  . Google books

 

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Si nous récapitulons, nous avons la liste chronologique suivante : 

  • Cathédrale d'Évreux, chapelle du Rosaire, baies 15, 17 et 19 : 1360-1370. 
  • Cathédrale de Sées,  baie 17 (1370)
  • Abbatiale normande du Bonport, Pont-de-l'Arche (Eure) (1383)
  • Sainte-Chapelle de Bourges (1390-1400) et les relevés des fonds par Des Méloizes 1891.
  • Chapelle Saint-Jacques de Saint-Léon, Merléac (Cötes d'Armor), baie 0, 1402 : panneaux de la Flagellation et de la Crucifixion ; panneau de la Prédication de saint Jacques. 
  • Cathédrale de Bourges chapelles Trousseau (vers 1409) et Aligret (avant 1415).
  • Cathédrale d'Évreux, baies 203 et  205 (1408-1415) 
  • Église Saint-Taurin d'Évreux 
  • Église de Saint-Germain-Village (Eure) 
  • Cathédrale de Quimper (vers 1417)
  • Église Notre-Dame de Runan (Côtes-d'Armor), baie 0, 1423.
  • Église Notre-Dame de Saint-Lô (1420-1425)
  • Cathédrale du Mans baie n° 217 (vers 1430)
  • Saint-Maclou à Rouen (Baie 5, baie 21 par ex.) (1437-1517)

​La forte prédominance de la région Ouest (Normandie et Bretagne) ne doit être considérée qu'avec prudence car elle peut être affectée par un biais de recrutement. 

A titre indicatif, les fonds des volets du Retable de Flémalle de Robert Campin   daté entre 1425 et 1428 offrent un bel exemple de décor inspirés des lampas de Lucques.

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LES SOIERIES ITALIENNES ; LES LAMPAS DE LUCQUES.

Maintenant que nous avons bien étudié le sujet, il reste à découvrir les étoffes qui ont servi de modèle aux peintres-verriers. Ce sont des soieries luxueuses, dont la fabrication n'était pas encore maîtrisée en France au début du XVe siècle. En 1466 Louis XI tente sans succès de créer une manufacture de soie à Lyon, mais l'industrie lyonnaise ne débutera que sous François Ier. En 1470, Louis XI obtient un meilleur résultat à Tours, et l'âge d'or des soieries tourangelles durera de 1470 à 1550 (A. Coudouin, 1981).

Donc, vers la fin du XIVe et le début du XVe siècle, les soieries parviennent en France par les grandes foires, comme celles de Champagne et de Lyon. Mais les trésors des cathédrales conservent avec un soin jaloux des vêtements plus anciens, offerts par des princes : ces étoffes (byzantines, perses ou arabes) peuvent aussi avoir servi de modèle aux artistes. 

Rappel : 

La technique de fabrication du fil de soie à partir du cocon de ver à soie est découverte en Chine  sous la dynastie des Shang (XVII° -XI° siècles av JC). Les motifs chinois sont les phenix, les dragons et les bancs de nuages.  Longtemps demeurée monopole chinois, elle est importée à grand frais par l'Empire romain jusque vers le VI° siècle av. J.C. 

Au IIe siècle et surtout au IVe-Ve siècle, où le métier "à la tire" permet de fabriquer des étoffes plus larges et de nouveaux motifs,  l'Iran sassanide contrôle la partie occidentale de la route de la soie et exporte la soie brute ("soie grège") et la culture du ver à soie sur le mûrier.  Les décors s'organisent en médaillons ou dans des réseaux de losanges encadrant des oiseaux. Une grande place est laissée au répertoire animal, les animaux portant fréquemment des rubans flottants (pativ), symboles de pouvoir royal. Il existe aussi des motifs purement ornementaux (palmettes ailées, composites, grecques, en forme de pique), grenade (symbole de fertilité), rinceaux simples, méandres, zigzags, arcs végétaux. Certains motifs peuvent se rapporter à une symbolique royale , comme les oiseaux -faisans, paons, aigles, canards- portant le pativ dans le bec ; Enfin, quelques motifs sont simplement des sujets plaisants, comme peut-être le couple de canards portant un même pativ dans leur bec, que l'on peut lier avec le motif chinois du couple de canard symbole de félicité conjugale. 

 

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Musée national d'Iran

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_soie

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La soie existe en Europe depuis le IVe siècle dans le monde byzantin (l'Égypte est byzantine jusqu'en 640). La technique du tissage de la soie est ensuite transmise à la civilisation musulmane, où elle prospère durant le Moyen Âge. C'est par ce biais que le tissage de la soie est introduit dans le monde médiéval chrétien. Quand Roger de Hauteville conquiert la Sicile musulmane, dans la deuxième moitié du XIe siècle, il en conserve en partie la culture et il se crée alors une civilisation originale, nommée culture arabo-normande. Le royaume sicilien de Frédéric II s'effondre en 1250, et alors que jusqu'au XIIIe siècle, le tissage de la soie en Europe chrétienne se limitait à la Sicile, elle se diffuse vers Lucques, Venise, et d'autres villes italiennes. Un autre canal de transmission est l'Espagne musulmane.

L'Italie contrôle le commerce de la soie du XIVe au XVIe siècle. Au XIe siècle a lieu une première tentative de séricuture dans la vallée du Pô, puis à Salerne, alors que les mûriers sont cultivés par les immigrants juifs, grecs et arabes. Ce sont les juifs de l'Italie du sud qui introduisent l'art du tissage à Lucques à partir de l'an 1000, mais la ville connaît la prospérité au XIIe siècle et exporte ses soieries en France par les foires de Champagne.

Les motifs sont d'abord des cocardes (médaillons) contenant des animaux et oiseaux stylisés représentés par paire, puis les cocardes disparaissent ; une des spécialités est le galon de petits motifs répétitifs d'oiseaux ou autres animaux. Au XIVe siècle les soies chinoises mongoles Yuan introduisent les palmettes, qui se développeront à type de grenades et de chardons, d'ananas et d'artichaut.

Lucques n'est pas la seule ville italienne renommée pour ses soieries, et Florence se rend célèbre pour son Sendal, un velours rouge écarlate car teinté par le kermès. Elle utilise aussi la teinture rouge  "oricello"  à base d'algues de Méditerranée. Venise privilégie bien-sûr le commerce de la soie, et Gênes est célèbre par le velours polychrome qui porte son nom.

Les noms des étoffes sont riches : on distingue les samits , les damas, les brocards, les taffetas ou les baldachins. Lucques est connue pour ses "lampas".

- Samit (Larousse) Tissu de soie uni ou façonné présentant à l'endroit et à l'envers des flottés de trame régulièrement liés en sergé. (Venus d'Orient, ces tissus, très en faveur aux XIVe et XVe s., étaient fabriqués en Italie dès le XIIe s.)

- lampas (Larousse) Tissu façonné, en soie, à riches décors formés par des flottés de trame régulièrement liés par une chaîne supplémentaire dite de liage.

- Le lampas (Wikipédia) est une étoffe assemblant des fils de soie, et souvent d'or et d'argent, dont les motifs sont en relief. Cette étoffe somptueuse est façonnée sur des métiers à la tire. 

Le lampas est un cousin germain du damas, dont la particularité est l'emploi de deux chaînes ayant deux structures distinctes, une pour le décor à dominante trame et une pour le fond de satin à dominante chaîne de liage. 

 

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Afin de documenter ma recherche sur les motifs retrouvés sur les vitraux de Quimper ou de l'Ouest de la France, j'ai longtemps cherché des images d'échantillons de lampas de Lucques. La meilleure source en ligne  est la collection du Musée de Cluny. J'ai repris les échantillons les plus évocateurs à mes yeux du sujet que je me suis fixé, et j'ai porté notamment mon attention sur les oiseaux (griffons ou non) tenant dans leur bec un rinceau ou, mieux, un ruban flottant que je suis fier de nommer désormais de son nom sassanide de "pativ". 

 

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— Châsse de saint Potentien,  Trésor de la cathédrale de Sens, samit, provenant d'Istanbul, XIIe siècle. Le décor bleu et rouge, sur fond violacé, se compose de médaillons à la couronne ornée de caractères pseudo-kufiques. À l'intérieur se présentent des oiseaux affrontés qui se retournent ainsi que des griffons, adossés de part et d'autre de fleurons. D’autres oiseaux disposés de chaque côté d'un arbre de vie meublent les écoinçons 

http://www.qantara-med.org/qantara4/public/show_document.php?do_id=945

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— Etoffe iranienne. Tissu en velours de soie lamé de fils d’or d’inspiration Sassanide (double lion ailé et arbre de vie, le "Homa", dans des médaillons ronds, avec des oiseaux affrontés à huppe entre les médaillons). Le tissage précieux de velours de soie bleue lamée de fils d’or sur un fond crème est très fin. XV-XVIIe siècle iranien ?

http://www.furnishyourcastle.com/fr/antiquites-a-vendre-moyen-oriental/objet-art-tous-styles/sassanide/antiquite-etoffe-iranienne-tissu-de-velours-de-soie-precieux-inspiration-sassanide-homa-lion-et-oiseaux-9960.php

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—. Lampas Wikipédia Musée de Cluny XIVe siècle

 

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— Musée de Cluny 3061

Fragment de lampas à décor de phénix insérés entre des rangées de palmettes contresemplées

http://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CO5PC7SJS3FM&SMLS=1&RW=1066&RH=516

 

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— Musée de Cluny CL22537Lampas diapré broché d'or, Lucques, XVe  Aigles affrontés

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Lampas diapré broché d'or, Lucques, vers 1400

Musée de Cluny CL3065 Egypte Syrie lampas 

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Musée de Cluny CL21858b  Lampas Iran 2ème moitié  XIVe. Phenix et pampre d'or sur fond bleu

 

 

— Musée de Cluny  CL13278 Lampas broché d'or de Sicile XIVe siècle 

 

 

 

CL3060 Gazelles adossées Italie 4e quart 13e siècle-1er quart 14e siècle ; fragment de diapre blanc broché d'or à décor de gazelles, perroquets et de palmettes.

 

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—CL3063 textile BROCHé Lucques baudequins (?) aux antilopes et aux chiens au milieu de végétaux stylisés

 

— Musée de Cluny CL3086

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CONCLUSION.

a) Le motif du fond des vitraux de la baie 100 et 109 de Quimper se révèle être partiellement d'origine sassanide, avec ses oiseaux affrontés tenant dans leur bec un ruban flottant , le "pativ". Ce thème a été repris dans les lampas de Lucques, et ce sont ces soieries qui ont été à la mode en France dans le dernier quart du XIVe et le premier quart du XVe siècle, notamment à la cour du roi Charles VI. Les spécimens de lampas de Lucques de cette époque permettent de retrouver ce thème des oiseaux affrontés tenant soit des tiges végétales, soit plus rarement des rubans, et celui des palmettes et des rinceaux. Seule la couronne n'est pas retrouvée, ce qui peut suggérer qu'il s'agit d'un ajout délibéré du peintre-verrier, peut-être à la demande du commanditaire, le duc de Bretagne Jean V et son épouse.

b) Les exemples d'un décor analogue, à oiseaux affrontés et végétaux, sont attestés dans les vitraux de douze édifices de 1370 à 1437, en Normandie (possession des rois de France), dans le duché de Bretagne de Jean V, gendre du roi de France, et à Bourges, capitale du duché du Berry de Jean Ier, fils du roi de France Jean II. Dans cinq cas, les vitraux se trouvent dans des cathédrales.

c) Au sein de ce groupe de dix sites, d'autres regroupements peuvent être effectués autour de différents points communs : les pupilles jaunes du dragon de la baie 109 se retrouvent à Runan, à Sées, au Mans. Les apôtres, enrubannés d'un phylactère, de la baie 217 du Mans évoquent ceux d'autres baies de Quimper. 

c) Une hypothèse, encore parfaitement gratuite (c'est le privilège d'un blog) est de voir dans l'intégration de ces lampas de Lucques comme modèle de fond de vitrail un usage né dans les ateliers parisiens sous l'influence de la cour du roi Charles VI, étendu aux édifices normands, repris par rivalité mimétique par les ducs Jean de Berry et Jean V de Bretagne, comme si ces motifs étaient réservés aux princes ou à leur entourage proche par privilège. La duchesse Jeanne de France, épouse du duc Jean V depuis 1396 mais fille de Charles VI, a pu être attaché à ce type de décor et l'imposer  dans les édifices que le duc fit bâtir pour affirmer son pouvoir. 

d) Une hypothèse plus audacieuse serait de proposer que les trois baies du rond-point de Quimper (100 à 103) aient résulté des décisions du couple ducal (il y est représenté avec deux enfants), mais que la duchesse Jeanne de France ait commandité la baie 109. L'absence de donateur sur cette baie est un argument accessoire, la présence de deux saintes particulièrement invoquées par les femmes est un argument plus sérieux. La fonction première d'une duchesse (ou d'une reine ou d'une épouse d'un membre de la noblesse) étant alors de donner naissance à un fils héritier du titre, la recherche de protection contre les dangers de la grossesse et de l'accouchement était une affaire de premier plan. Plus encore, ces saintes avaient atteint un statut quasi officiel de protection du pouvoir royal, comme en témoigne indirectement que le fait que ce soient leurs voix (avec celle de saint Michel) que Jeanne d'Arc aient entendues en 1425 pour délivrer la France et aider le "roi de Bourges". Notons que les dernières des quatre filles du couple furent prénommées Marguerite (1412 † 1421) et Catherine (1417 † ap. 1444). Notons aussi que le portail sud de la cathédrale de Quimper est nommé Portail de la Duchesse Jeanne, parce qu'il porte ses armoiries : mais on le nomme aussi Portail Sainte-Catherine, en raison de la statue de la sainte à la roue, placée à sa gauche.

 Surtout, l'identification communément admise pour les deux autres saints me semblent mériter discussion. Celui que l'on présente comme saint Georges pourrait bien être saint Michel, car l'examen attentif montre la présence d'une paire d'ailes derrière l'armure. Le personnage de la lancette C est désigné comme étant saint Julien, contre toute vraisemblance. Ce saint chevalier  portant les couleurs d'azur aux fleurs de lys d'or du royaume  de France, et une grande croix d'or sur son tabard et son écu évoque difficilement un autre saint que saint Louis. Ce dernier est présent sur la baie 127 de la cathédrale du Mans, baie plus tardive mais dont les points communs avec les vitraux de Quimper sont notables. 

http://www.lavieb-aile.com/article-le-vitrail-du-credo-apostolique-de-la-cathedrale-du-mans-ou-baie-217-du-transept-nord-123658379.html

Certes, en 1417, les relations entre le duc Jean V et le dauphin Charles sont complexes, conduisant au coup dans le dos du Traité de Saint-Maur en septembre 1418 conclu avec le duc de Bourgogne Jean Sans Peur. 

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SOURCES ET LIENS.

 

 

—Cathédrale Saint-Corentin de Quimper. Inauguration du portail occidental, 12 décembre 2008   : http://www.sdap-finistere.culture.gouv.fr/fichiers/dossiers/mon8-fasciculecathedrale2008v2ds.pdf

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne province de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

 

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820. 

A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)


 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de BoisbillyArch. Dioc. Quimper,  ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

 COUDOUIN (André), 1981, « L'âge d'or de la soierie à Tours (1470-1550) » Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1981  Volume 88  Numéro 1  pp. 43-65

http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1981_num_88_1_3035

— COUFFON (René), 1963,  « Etat des vitraux de la cathédrale Saint-Corentin au milieu du XIXe siècle par le baron de Gulhermy », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, tome LXXXIX, p. XCVII-CII

— COUFFON et LE BRAS,  http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

— GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

— GALLET (Yves), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. L'architecture, (XIIIe-XVe sièle)", " Actes du Congrès Archéologique de France  2007 de la Société Française d'Archéologie.

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203

 — GATOUILLAT (Françoise), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. Les vitraux anciens." Actes du Congrès  Archéologique de France 2007 de la Société Française d'Archéologie.

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

GRODECKI (Louis), Baudot Marcel, Dubuc René, 1968, -"Les vitraux de la cathédrale d'Évreux."  In: Bulletin Monumental, tome 126, n°1, année 1968. pp. 55-73. doi : 10.3406/bulmo.1968.4898 http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1968_num_126_1_4898 

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes.  Les baies n'y sont pas numérotées et distribuées en cinq lieux : Vitraux de la chapelle des fonts, vitraux de la Nef, vitraux du transept, vitraux du chœur, vitraux de la chapelle terminale. 

LAFOND (Jean), 1962," Le Christ en croix de la cathédrale de Quimepr à Castelnau-Bretenoux",  Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France p. 36-38.

 — LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

 

— LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII

LE BIHAN (Jean-Pierre), 1995, « La restauration des verrières hautes de la cathédrale de Quimper, » Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXIV, p.524-525

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 1997,« La verrière n°100 de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXVI, p. 175-201.

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-7003763.html

 

 LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.21,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

— MACIAS-VALADEZ (Katia), 1997, "Les vitraux des fenêtres hautes de la cathédrale de Quimper : un chantier d'expérimentation et la définition d'un style quimpérois", Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, t. LXXV, p. 204-242.

 OTTIN (L.), Le Vitrail, son histoire, ses manifestations diverses à travers les âges et les peuples, Librairie Renouard, H. Laurens éditeur, Paris, s.d. [1896] In-4°, 376 pages,  4 planche en couleurs, 15 phototypies, 12 planches en teinte hors texte, 219 gravures, de signatures, marques et monogrammes. 

https://archive.org/stream/levitrailsonhist00otti#page/42/mode/2up

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,  p.117,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

— VAIVRE (Jean-Bernard de), 1978, Monuments et objets d'art commandés par Gilles Malet, garde de la librairie de Charles V Journal des savants,Volume 4  Numéro 1 pp. 217-239

http://www.persee.fr/doc/jds_0021-8103_1978_num_4_1_1376


 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Quimper
11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 09:49

Le chevet de la cathédrale de Quimper comprend un chœur de quatre travées droites, accompagné d'un bas-coté et de chapelles rectangulaires, puis un rond-point à cinq pans, contourné par un déambulatoire desservant cinq chapelles rayonnantes. L'élévation est à trois niveaux : arcades, triforium, fenêtres hautes à réseaux rayonnant. (Y. Gallet, 2009).

Les vitraux de la cathédrale de Quimper peuvent être répartis en trois ensembles selon leur date : les vitraux des 13 fenêtres hautes du chœur (numérotées de 100 à 112) datant de  1417-1419 et commandités par le duc Jean V sous l'épiscopat de Gatien de Monceaux (1408-1416) puis de Bertrand de Rosmadec ; ceux des 16 fenêtres hautes du transept et de la nef, datant de 1495-1497 sous le règne de Charles VIII et d'Anne de Bretagne (n°113 à 116 et 118 à 132); et ceux des verrières basses, datant de la fin du XIXe et du XXe siècle (n° 0 à 35 ; 117 et 118).

Les vitraux du chœur appartiennent donc à la liste assez courte des vitraux bretons du début du XVe siècle, avec la maîtresse-vitre de Runan, la baie 1 de l'église Saint-Gilles de Malestroit,  la chapelle Saint-Jacques de Merléac, et des fragments inclus dans la nef de la Collégiale de Guerche-de-Bretagne.

Voir :

 

Ces verrières témoignent — à l'exception de celle de Merléac, commanditée par le connétable de France Olivier de Clisson et Marguerite de Rohan—du mécénat du duc Jean V. Sorti vainqueur de la Guerre de Succession qui l' opposait aux Penthièvre et au saint Charles de Blois, son père Jean IV de Monfort s'était montré fort déterminé à assurer son pouvoir politique par un vaste programme de construction de sanctuaires. Jean V et son épouse Jeanne de France poursuivirent ce projet. Soucieux d'affirmer un pouvoir quasi royal sur le duché de Bretagne, le duc impose partout son image  coiffé de la couronne d'or des rois de Bretagne, et revêtu de la parure d'hermine ; il place ses armoiries d'hermine plain en sommité des maîtresse-vitres (associées à celles aux fleur-de-lys de son épouse, fille du roi Charles VI). A Quimper, la cathédrale porte ses armoiries sur les trois portails. Sur le porche occidental,  son blason  tenu par le lion de Monfort casqué, est encadré par les armes de Jeanne de France, par celles de ses trois fils,  celles de l'évêque Bertrand de Rosmadec   et enfin celles de ses quatre principaux vassaux, les seigneurs de Nevet (Plogonnec), de Botigneau (Clohars-Fouesnant, de Guengat, et Du Quélennec (Le Faou). 

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Chœur de la cathédrale de Quimper. Les trois baies du "rond-point". Photographie lavieb-aile.

Chœur de la cathédrale de Quimper. Les trois baies du "rond-point". Photographie lavieb-aile.

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  Le programme iconographique des vitraux du chœur ne se comprend bien qu'en examinant d'abord comment les baies s'intègrent au réseau des  nervures de la voûte, à 20 mètres du sol, et surtout en s'intéressant aux clefs armoriés qui s'y trouvent réparties. En sommité, au point de convergence des huit nervures de l'abside, se trouve les armes du duc Jean V. Derrière elles, celles de son épouse la duchesse Jeanne. Puis, échelonnés en position plus basse sur les nervures rayonnantes, six armoiries, celles de l'évêque Gatien du Monceaux et de cinq de ses chanoines. Le pouvoir ducal s'affirme donc (en domination ou en protection) au dessus du pouvoir de l'évêque et de celui du chapitre cathédrale. J'ai repris la numérotation de Renè-François Le Men qui les a décrit ainsi en 1877 :

N° 1. Première clef de voûte à partir du rond-point : Targe d’hermines timbrée d’un casque taré de profil, sommé du lion de Montfort assis entre deux cornes de bœuf ; le casque orné de lambrequins ; l’écu soutenu par deux anges ; — Jean V de Montfort,, dit le Bon, duc de Bretagne (1399-1442), marié à l’âge de cinq ans à Jeanne de France, fille de Charles VI roi de France. 

 Autour des armoiries du souverain du pays sont groupés, sur les nervures secondaires de la voûte, les six écussons suivants, qui portent les armoiries de l’évêque qui occupait le siège de Quimper, lors de la construction des voûtes du chœur, et celles de cinq de ses chanoines.

N° 2. Écu triangulaire timbré d’une crosse et soutenu par un lion, portant : d’azur à la fasce d’argent accompagnée de trois étriers d’or ; — Gatien de Monceaux, évêque de Quimper. Cet écu est le plus rapproché de celui du duc Jean V.

N° 3. Écu triangulaire portant : trois têtes de renard. — Alain de Penquelennec, reçu chanoine en 1394, vicaire général et archidiacre de Cornouaille en 1400. Le manoir de Penquelennec, construction du XVe siècle, existe encore dans la commune de Pemeurit. Sur le manteau de la cheminée de la grande salle, est un écusson en relief portant les mêmes armes surmontées d’un lambel à trois pendants. Plusieurs chanoines de ce nom, entre autres Raoul de Penquelennec, reçu en 1399, figurent dans les titres du chapitre de Quimper, au XIVe et au XVe siècle.

N° 4. Écu triangulaire : pallé d’argent et d’azur de six pièces ; — Bertrand de Rosmadec, reçu chanoine de la cathédrale, en 1408 , et qui fut depuis évêque de Quimper, de 1416 à 1445.

N° 5. Écu triangulaire portant : une croix pattée, accompagnée à senestre de deux roses ou quintefeuilles ; sur le tout un lambel à trois pendants ; — Rolland de Lezongar, seigneur de Pratanras, chanoine en 1418.  Ces armes diffèrent peu de celles de la seigneurie de Pratanras, en la paroisse de Penhars, qui sont : d’azur à la croix d’or cantonnée à dextre d’une fleur de lys de même.

N° 6. Écu triangulaire : d’argent à la macle d’azur ; — Jean de Tréanna, chanoine en 1418.

N° 7. Écu triangulaire portant : d’argent au croissant de gueules accompagné de trois étoiles de même ; — Glazren de Pendreff (Penandreff), reçu chanoine le 29 janvier 1399.

N° 8. Écu triangulaire parti de Bretagne et de France, tenu par une femme dont on ne voit que, la tête et les mains ; — Jeanne de France, fille du roi Charles VI, femme de Jean V, duc de Bretagne.

 



 

 

 

Blasons des voûtes du chœur photographie lavieb-aile.

Blasons des voûtes du chœur photographie lavieb-aile.

Blason n°1 : Écu d’hermines timbré d’un casque taré de profil, sommé du lion de Montfort assis entre deux cornes de bœuf ; le casque orné de lambrequins ; l’écu soutenu par deux anges ; — Jean V de Montfort, dit le Bon, duc de Bretagne (1399-1442), photographie lavieb-aile.

Blason n°1 : Écu d’hermines timbré d’un casque taré de profil, sommé du lion de Montfort assis entre deux cornes de bœuf ; le casque orné de lambrequins ; l’écu soutenu par deux anges ; — Jean V de Montfort, dit le Bon, duc de Bretagne (1399-1442), photographie lavieb-aile.

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Armoiries de la duchesse de Bretagne Jeanne de France, parti de Bretagne et de France  : clé de voûte du chœur, photo lavieb-aile

Armoiries de la duchesse de Bretagne Jeanne de France, parti de Bretagne et de France : clé de voûte du chœur, photo lavieb-aile

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En poursuivant  la nervure médiane vers la nef, on trouve les armoiries de François, qui deviendra duc de Bretagne à la mort de sn père Jean V le 29 aoüt 1442. Puis viennent les armoiries de Kergloaguen puis ensuite la volumineuse clé de voûte portant l'écu échiqueté d’argent et de gueules, timbré sur son angle senestre d’un casque taré de profil, orné de lambrequins, et sommé de deux cornes de bœuf pour cimier de Jehan de Poulmic, gouverneur de Quimper en  1404 et pendant les années suivantes. Il trouva la mort le 6 mars 1426 lors du siège de St-James de Beuvron.

Armoiries de François, fils du duc Jean V : selon Le Men (1877)

 N° 9. Écu, triangulaire couché, portant d’hermines plein, tenu par un personnage dont on ne voit que la tête, les mains et les pieds ; — le prince François, âgé de deux à trois ans, fils de Jean V de Montfort, et de Jeanne de France, qui fut duc de Bretagne sous le nom de François Ier, de 1442 à 1450. 

L'archiviste de Quimper ne mentionne pas le lambel de gueules à trois pendants, placé en chef, caractéristique des armoiries du fils aîné du vivant de son père.

 

 

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Armoiries de François II de Bretagne  : clé de voûte du chœur, photo lavieb-aile

Armoiries de François II de Bretagne : clé de voûte du chœur, photo lavieb-aile

Blason échiqueté d'argent et de gueules,  timbré sur son angle senestre d’un casque taré de profil, orné de lambrequins, et sommé de deux cornes de bœuf pour cimier,  de Jehan, sire de Poulmic, gouverneur de Quimper en 1404 et les années suivantes. Photographie lavieb-aile

Blason échiqueté d'argent et de gueules, timbré sur son angle senestre d’un casque taré de profil, orné de lambrequins, et sommé de deux cornes de bœuf pour cimier, de Jehan, sire de Poulmic, gouverneur de Quimper en 1404 et les années suivantes. Photographie lavieb-aile


Le chœur à quatre travées droites avec bas-côté et chapelles latérales est prolongé par un rond-point avec déambulatoire ouvrant sur cinq chapelles rayonnantes et une chapelle axiale consacrée à la Vierge, le tout mesurant 30 mètres de long.  

"Le chœur ouvre sur ses bas-côtés par treize arcades en ogive portées sur de gros piliers cylindriques ou à pans coupés, les uns cantonnés, les autres enveloppés de colonnettes rondes engagées. Les cinq arcades du rond-point sont en lancette ; les huit autres sont des ogives équilatérales" (Le Men)

AncreAncre Les 13 verrières hautes du chœur relèvent du même parti-pris stylistique : "autour du grand Calvaire placé dans l'axe, une suite de niches blanches tendues de damas colorés devant lesquels sont campés des figures de saints. Ces personnages sont largement traités en grisaille et jaune d'argent sur verre blanc, avec un emploi dosé de verres teintés dans la masse pour certains vêtements et accessoires. Ceux du coté sud protègent les donateurs laïcs, [...] quelques membres du clergé dont un évêque sont agenouillés aux pieds de certains saints au nord " (Gatouillat, 2005 p.28). Nous trouverons donc au sud, du chœur vers la nef les familles du Juch, de Bodigneau, de Lezongar, de Tréanna de Trémic-Bodigneau, et au nord, l'évêque Bertrand de Rosmadec, les chanoine Olivier de l'Hôtellerie, Pierre du Quinquis, Jacques Buzic et Jean de Tréanna. Les armoiries de ces bienfaiteurs de la cathédrale ont occupés les  tympans des vitraux jusqu'aux destructions de 1793, et en leur absence, les identifications des personnages sont sujets à caution et incomplètes, basées sur les descriptions d'Aymar de Blois et de R-F. Le Men.

Parmi ces 13 verrières, les cinq arcades du rond-point accueillent cinq baies qui forment un sous-ensemble homogène, mais dans lequel il faut encore isoler les trois baies centrales, les seules qui soient visibles depuis la nef ou le transept :  la baie 100 au centre et les deux baies latérales 101 et 102 . Les trois verrières y donnent à voir le duc Jean V (à gauche) accompagné de son fils François et guidé par saint Corentin, et la duchesse Jeanne accompagnée de sa fille et précédée par la Vierge, encadrant une Crucifixion. 

 

La datation des verrières du chœur se fonde sur celle à laquelle la voûte a reçu sa polychromie, en août 1417 : on estime que les vitraux ont attendu cette peinture pour être mis en place. Françoise Gatouillat suggère qu'ils pourraient néanmoins être antérieurs de quelques années, en tenant compte par exemple de la présence présumée en baie  103 de la fille du duc Jean V, Anne : celle-ci est morte avant avril 1415.

 

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Plan de la cathédrale et de ses verrières numérotées (fenêtres hautes en vert) : le cadre rouge montre le rond-point. D'après Chaussepied, in Couffon et Le Bras.

Plan de la cathédrale et de ses verrières numérotées (fenêtres hautes en vert) : le cadre rouge montre le rond-point. D'après Chaussepied, in Couffon et Le Bras.

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Voûte et fenêtres hautes du chœur, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Voûte et fenêtres hautes du chœur, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Un autre préalable à la découverte des vitraux du chœur est la compréhension de la formidable aventure humaine qui mène de leur création vers 1417 aux verrières actuellement visibles. 

Le roman des trois verrières (d'après Gatouillat, 2005).

En 1842, le fond ancien des vitraux est comptabilisé : "sur les 47 lancettes du chœur, 34 possèdent encore leur panneau d'origine, et 3 autres peuvent être encore complétés". Quatorze  ans plus tard, la restauration des trois baies centrales, considérées comme prioritaires, est confiée au verrier tourangeau  Julien-Léopold Lobin. La baie 100 est presque entière (seul manque le panneau inférieur de la lancette de saint Jean), mais les verres sont trop altérés pour les moyens de restauration de l'époque.  Lobin décide de le déposer et de le remplacer par un sujet similaire. Quand aux baies 101 et 103, elles sont très mutilées, et Lobin les remplace également par des verrières neuves. Les vitraux originaux sont remisés dans les magasins de la cathédrale. 

Dix ans plus tard, afin de poursuivre les restaurations du chœur, la fabrique s'adresse à Antoine Lusson, le restaurateur de la Sainte-Chapelle ; mais, le travail achevé, on constate qu'il ne s'intègre pas avec le style du rond-point :

"M. Lobin de Tours exécuta trois verrières qui n'étaient point sans mérite, mais ne cadrèrent plus avec les vieux vitraux adjacents quand ceux-ci eurent été restaurés ; ces œuvres modernes furent données à la nouvelle église de Châteaulin et remplacées par les trois verrières que je viens de décrire ; celles-ci furent faites d'après les indications autrefois laissées par M. de Blois (de Morlaix). On s'accorde à en regarder l'exécution comme une très heureuse imitation du Moyen-Age. " (A. Thomas).

Lusson fait valoir qu'il est en mesure de produire des copies fidèles des verrières primitives mises en réserve, mieux accordées au  fond ancien que les œuvres de son confrère. Une seconde verrière du Calvaire est aussitôt réalisée pour la fenêtre centrale, datée de 1869 et explicitement signée, et ses deux voisines sont également refaites. L'architecte Bigot, qui dirige les travaux de la cathédrale, prévoit de remployer les verrières de Lobin à  l'église Saint-Idunet de Châteaulin, dont il vient de donner les plans. Seul le Calvaire de la baie n°100 y trouvera place, dans la grande baie du bras gauche du transept, et on ne sait ce qu'il est advenu des deux autres. 

 Lusson prend modèle sur les panneaux anciens déposés  et stockés dans la cathédrale, les reproduit par calques (actuellement conservés dans une tour de l'édifice), et les raccorde à des parties manquantes par des pièces de son invention. Le travail achevé, la fabrique lui abandonne , selon une pratique courante à l'époque, les panneaux et fragments non réutilisés, qui ont probablement fait partie du fonds d'atelier jusqu'à la disparition de l'entreprise. 

Au décès d'Antoine Lusson, en 1876, l'atelier est dirigé par Léon Lefèvre, puis, en 1880, par Pierre-Georges Bardon, mort en 1905 sans successeur signalé. Sans-doute est-ce à cette époque que les vitraux provenant de Quimper se sont trouvés dans le commerce d'art parisien. En 1986, le  chanteur de l'Opéra-Comique Jean Mouliérat  acquiert le château de Castelnau-Bretenoux, (Lot) et y accumule une importante collection d'art, qui sera léguée à l'État en 1936. Dans la chapelle du château ou "oratoire", il fait monter la Crucifixion de la baie axiale de Quimper, où elle est toujours admirée aujourd'hui par les visiteurs (diverses photographies en ligne). C'est Jean Lafond qui l'identifie en 1962 grâce aux dessins publiés par Ottin (qui travaillait avec Lusson) dans son ouvrage Le Vitrail de 1896.

En 1992-1993, à l'occasion de la restauration fondamentale menée sur le chœur entre 1989 et 1993 sous la direction de Benjamin Mouton, la restauration de la baie 100 et des baies nord 103 à 111 est confiée à l'atelier Le Bihan de Quimper, et celle de la baie 101 et des baies sud 102 à 112 à l'atelier de Michaël Messonnet ( élève d'Hubert de Sainte-Marie qui a repris l'atelier de Quintin). Jean-Pierre Le Bihan et son fils Antoine redécouvrent l'article de Jean Lafond, se rendent à Castelnau-Bretenoux où ils procèdent à un relevé photo de la baie dont "personne ne connaissait la provenance". Un second voyage permet de procéder aux calques de l'œuvre de 1417 ; j'emprunte ces photos au blog de Jean-Pierre Le Bihan, qui est aussi l'auteur d'un article sur cette restauration :

 http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-29890629.html

 

 

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Quatorze calques sont réalisés par Antoine Le Bihan ; une photo de détail du vitrail ancien est proposée sur le blog, permettant d'admirer la fidélité du travail qui va suivre.

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En effet, Antoine Le Bihan réalise alors pour la cathédrale une copie du vitrail : c'est celle-ci que nous pouvons admirer aujourd'hui. L'ancienne copie de Lusson est conservée en dépôt dans la salle de l'étage de la tour sud, avec tous les morceaux de plus de 10 cm en même temps retirés aux fenêtres voisines. 

 Résumé :

  • Vers 1417 : réalisation des verrières hautes du chœur.
  • 1842 : la baie 100 est presque intacte, les baies 101 et 102 sont très mutilées
  • 1856 : Lobin crée trois verrières neuves, librement "copiées" de l'ancien. L'ancienne baie 100 est conservée.
  • 1869 : Lusson dépose les vitraux de Lobin et les remplace par ses créations, copiées fidélement par calques des anciens. Les calques sont conservées.
  • 1941 : les vitraux de la cathédrale sont démontés et stockés dans la chapelle Saint-Guénolé d'Ergué-Gabéric. Ils sont remontés après la guerre.
  • 1987 : les vitraux du chœur sont tous déposés pour restauration.
  • 1993 : Antoine Le Bihan crée pour la baie 100 une copie fidèle du vitrail ancien, retrouvé à Castelnau-Bretenoux. La baie n°100 actuelle date donc de 1993 mais reproduit fidèlement le vitrail de 1417 (sauf le panneau inférieur de la lancette de saint Jean).

 http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/page/10

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Nota bene : dans un message de mars 2018, Anne Ripeau signale que c'est elle qui fut, au début des années 1990, chargée par Messonnet de peindre les panneaux  des baies 101 et 102.

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La suite du roman : les verrières des baies 101 et 102 

Rappel : les vitraux anciens, très mutilés, ont été remplacés par ceux de Lobin (actuellement perdus) puis ceux de Lusson. Des calques ont été publiés par Ottin en 1896 dans Le Vitrail

Les fragments anciens de l'ensemble des vitraux du chœur, conservés par Lusson, lui ont permis de confectionner des panneaux composites pour un antiquaire normand. Françoise Gatouillat les a identifié en 1993 dans des collections privées parisiennes (après un séjour  dans le château de Conches -en-Ouche jusqu'en 1942),  par confrontation aux calques d'Ottin et aux copies intégrées aux vitraux par Lusson. Il s'agit de six têtes de saints et donateurs provenant des baies sud et deux têtes des baies 101 et 102.

 

Ces dernières, de petite taille, sont vraisemblablement celles des enfants du duc Jean V. On y trouve aussi de menus débris d'architecture.

Ces pièces médiévales ont eu le mérite d'assurer que Lusson s'est montré scrupuleusement fidèle aux modèles originaux dans ses créations de 1867.

Hélas, la qualité de la grisaille employée au XIXe siècle s'est avérée bien moins résistante aux altérations que celle employée au début du XVe, et les ateliers Messonnet et Le Bihan ont du remplacer de nombreuses pièces des vitraux de Lusson, en s'attachant à conserver au maximum les éléments originaux.

En résumé, les baies actuelles 101 et 102 sont celles de Lusson en 1867, restaurées ou partiellement remplacées par Messonnet et Le Bihan et 1993, mais dont des éléments fragmentaires permettent de penser qu'elles sont le plus proche possible des vitraux d'origine. 

 

L. Ottin, Le Vitrail, figure 42 :https://archive.org/stream/levitrailsonhist00otti#page/42/mode/2up

Calque de la verrière d'origine de la baie n°100, tracé par Ottin en 1869.

Calque de la verrière d'origine de la baie n°100, tracé par Ottin en 1869.

Chœur de la cathédrale de Quimper. Les trois baies du "rond-point". Photographie lavieb-aile.

Chœur de la cathédrale de Quimper. Les trois baies du "rond-point". Photographie lavieb-aile.

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LA BAIE N°  100, FENÊTRE D'AXE : CRUCIFIXION.

Il s'agit donc de la copie en 1993 par Antoine Le Bihan du vitrail d'origine. 

Sur les fonds damassés inspirés des soieries dites lampas de Lucques, voir l'article cité en introduction.

Crucifixion, Baie d'axe n°100, Chœur de la cathédrale de Quimper. Photographie lavieb-aile.
Crucifixion, Baie d'axe n°100, Chœur de la cathédrale de Quimper. Photographie lavieb-aile.

Crucifixion, Baie d'axe n°100, Chœur de la cathédrale de Quimper. Photographie lavieb-aile.

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Crucifixion, Baie d'axe n°100, Chœur de la cathédrale de Quimper. Photographie lavieb-aile.

Crucifixion, Baie d'axe n°100, Chœur de la cathédrale de Quimper. Photographie lavieb-aile.

LANCETTE A : la Vierge.

La Vierge éplorée, Baie d'axe n°100, Chœur de la cathédrale de Quimper. Photographie lavieb-aile.

La Vierge éplorée, Baie d'axe n°100, Chœur de la cathédrale de Quimper. Photographie lavieb-aile.

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Calque tracé par Louis Ottin sur le vitrail de 1417, in Ottin 1896 figure 49.

Calque tracé par Louis Ottin sur le vitrail de 1417, in Ottin 1896 figure 49.

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Lancette B. Le Christ en croix.

Un cartel posé de biais sous la croix indique : Ministère de la culture / Restauration des verrières hautes / du c[h]œur //Nord, J.P. et A. Le Bihan / Quimper. // Sud, H.S.M. M. Messon[n]et / Quintin // Architecte B. Mouton // 1992.

 

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Crucifixion, Baie d'axe n°100, Chœur de la cathédrale de Quimper. Photographie lavieb-aile.

Crucifixion, Baie d'axe n°100, Chœur de la cathédrale de Quimper. Photographie lavieb-aile.

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Lancette C. Saint Jean.

Saint Jean, Baie d'axe n°100, Chœur de la cathédrale de Quimper. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean, Baie d'axe n°100, Chœur de la cathédrale de Quimper. Photographie lavieb-aile.

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Le tympan.

Style gothique flamboyant : 

On y voit des anges portant les instruments de la Passion : colonne de la Flagellation, échelle, couronne d'épines. Un ensemble associant le glaive de saint Pierre à la lame duquel est accroché l'oreille du serviteur du grand prêtre, le fouet de la Flagellation, trois clous et la lance. Et le soleil et la lune personnalisé. 

Ottin, dans sa description page 173, se contente de signaler "des anges tenant les instruments de la Passion" : ces astres étaient-ils présents sur le vitrail initial ?

Tympan de la baie n°100, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.
Tympan de la baie n°100, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°100, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Tympan de la baie n°100, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°100, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

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Le soleil et la lune sont semblables à ceux qui figurent sur une Crucifixion de l'église Saint-Georges de Chevrières (Oise), vitrail daté de 1545 et attribué à Nicolas Leprince. Il a été restauré en 1860 par Lefèvre, et c'est sans doute à cette occasion que Louis Ottin en a levé un calque qu'il reproduit à la page 4 de son ouvrage. 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0f/Chevri%C3%A8res_%2860%29%2C_%C3%A9glise_Saint-Georges%2C_verri%C3%A8re_n%C2%B0_0_-_Crucifixion_et_R%C3%A9surrection_du_Christ.JPG

Mais ce motif se trouve déjà chez Engrand Leprince en 1522 dans le Jugement Dernier de Saint-Étienne de Beauvais : 

Diaporama (cliquez):

Lune et soleil à Chevrières, in Louis Ottin, 1896,  Le Vitrail, page 4. // Engrand Leprince en 1522, Jugement Dernier de Saint-Étienne de Beauvais, photo lavieb-aile
Lune et soleil à Chevrières, in Louis Ottin, 1896,  Le Vitrail, page 4. // Engrand Leprince en 1522, Jugement Dernier de Saint-Étienne de Beauvais, photo lavieb-aile
Lune et soleil à Chevrières, in Louis Ottin, 1896,  Le Vitrail, page 4. // Engrand Leprince en 1522, Jugement Dernier de Saint-Étienne de Beauvais, photo lavieb-aile
Lune et soleil à Chevrières, in Louis Ottin, 1896,  Le Vitrail, page 4. // Engrand Leprince en 1522, Jugement Dernier de Saint-Étienne de Beauvais, photo lavieb-aile

Lune et soleil à Chevrières, in Louis Ottin, 1896, Le Vitrail, page 4. // Engrand Leprince en 1522, Jugement Dernier de Saint-Étienne de Beauvais, photo lavieb-aile

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LA BAIE 101 DU DUC DE BRETAGNE.

 

Baie 101 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Baie 101 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

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La lancette A: le futur duc François Ier présenté par saint François. 

 

Lancette A, le futur duc François II,  Baie 101 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile
Lancette A, le futur duc François II,  Baie 101 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Lancette A, le futur duc François II, Baie 101 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

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La lancette B : le duc Jean V présenté par saint Jean l'Évangéliste.

Lancette B, le duc Jean V,  Baie 101 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile
Lancette B, le duc Jean V,  Baie 101 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Lancette B, le duc Jean V, Baie 101 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

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Lancette B, le duc Jean V,  Baie 101 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Lancette B, le duc Jean V, Baie 101 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

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Lancette C. Saint Corentin, patron de la cathédrale..

"Saint Corentin, d’abord solitaire, puis premier évêque de Quimper, et patron de la cathédrale. Sous ses pieds est représenté un poisson en fasce. Cet attribut rappelle un miracle opéré par ce saint et rapporté en ces termes, par Albert le Grand : « Pour sa nourriture et sustentation en ceste solitude, Dieu faisoit un miracle admirable et continuel : car, encore qu’il se contentast de quelques morceaux de gros pain, qu’il mendioit quelques fois es villages prochains, et quelques herbes et racines sauvages, que la terre produisoit d’elle-même, sans travail ny industrie, lui envoya un petit poisson en sa fontaine, lequel tous les matins se présentoit au saint qui le prenoit et en coupoit une pièce pour sa pitance, et le rejetoit dans  page l’eau, et tout à l’instant, il se trouvoit tout entier, sans lésion ni blessure, et ne manquoit tous les mati-ns, à se présenter à saint  Corentin, qui faisoit toujours de mesme. » (R-F. Le Men 1877 pages 24-25 ).

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Lancette c, saint Corentin tenant son poisson,  Baie 101 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile
Lancette c, saint Corentin tenant son poisson,  Baie 101 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Lancette c, saint Corentin tenant son poisson, Baie 101 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

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Baie 102, verrière de la Duchesse Jeanne de France.

 Baie 102 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile
 Baie 102 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Baie 102 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

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Lancette A : la Vierge à l'Enfant.

Lancette A, Vierge à l'Enfant,  Baie 102 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile
Lancette A, Vierge à l'Enfant,  Baie 102 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Lancette A, Vierge à l'Enfant, Baie 102 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

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Lancette B. Jeanne de France, duchesse de Bretagne (1399-1433) présentée par saint Jean-Baptiste.

Lancette B. Jeanne de France, duchesse de Bretagne (1399-1433) présentée par saint Jean-Baptiste.Baie 102 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile
Lancette B. Jeanne de France, duchesse de Bretagne (1399-1433) présentée par saint Jean-Baptiste.Baie 102 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Lancette B. Jeanne de France, duchesse de Bretagne (1399-1433) présentée par saint Jean-Baptiste.Baie 102 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

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Lancette C. Anne de Bretagne présentée par sainte Anne.

L'atelier Lusson a repris ici le carton de la lancette précédente en l'adaptant pour figurer Anne de Bretagne, la fille aînée du duc Jean V et de Jeanne, présentée par une sainte . Cette dernière est identifiée comme sainte Anne par l'inscription S. ANNA. Elle tient une banderole où est écrit .S. anna ora pro nobis. Il  n'est pas attesté que sainte Anne figurait dans le vitrail original. Mais lorsque Lusson a réalisé cette lancette, le culte de sainte Anne était en plein développement, comme en témoigne par exemple la reconstruction de la chapelle de Sainte-Anne-La-Palud en 1864, et la construction de la basilique de Sainte-Anne-d'Auray de 1866 à 1872. 

Parmi les fragments des baies 101 et 102 conservés par Lusson et commercialisés, se trouve la tête d'une fillette correspondant selon toute vraisemblance à l'une des filles du couple ducal.

 

  •   Anne, l'ainée, est  née en 1409 mais décédée en avril 1415. Le 19 juillet 1412, un contrat de mariage fut conclut avec le fils aîné du duc de Bourbon.
  • Isabelle (1411 † 1442), 

  • Marguerite (1412 † 1421)

  • Catherine (1417 † ap. 1444)

​On ne peut donc exclure, et cela semble même beaucoup plus logique,  que la fillette peinte dans le vitrail d'origine soit plutôt Isabelle, âgée en 1417 de 6 ans, et qui épousera le 1er octobre 1430 Guy XIV de Laval, devenant ainsi comtesse de Laval, et baronne de Vitré . Elle est aussi désignée sous le nom d'Isabeau de Bretagne, qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme fille du duc François II et sœur d'Anne de Bretagne.

Voici la tête ancienne, publiée par Françoise Gatouillat 2009.

 

In Gatouillat 2009 figure 8.

In Gatouillat 2009 figure 8.

Lancette C. Anne de Bretagne présentée par sainte Anne.  Baie 102 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile
Lancette C. Anne de Bretagne présentée par sainte Anne.  Baie 102 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Lancette C. Anne de Bretagne présentée par sainte Anne. Baie 102 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

 

 

 

 

SOURCES ET LIENS.

 

 

CATHÉDRALE SAINT-CORENTIN DE QUIMPER. INAUGURATION DU PORTAIL OCCIDENTAL, 12 décembre 2008   : http://www.sdap-finistere.culture.gouv.fr/fichiers/dossiers/mon8-fasciculecathedrale2008v2ds.pdf

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne province de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

 

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820. 

A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)


 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de BoisbillyArch. Dioc. Quimper,  ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— COUFFON (René), 1963,  « Etat des vitraux de la cathédrale Saint-Corentin au milieu du XIXe siècle par le baron de Gulhermy », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, tome LXXXIX, p. XCVII-CII

COUFFON et LE BRAS,  http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

— GALLET (Yves), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. L'architecture, (XIIIe-XVe sièle)", " Actes du Congrès Archéologique de France  2007 de la Société Française d'Archéologie.

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203

 — GATOUILLAT (Françoise), 2009, "Quimper, cathédrale Saint-Corentin. Les vitraux anciens." Actes du Congrès  Archéologique de France 2007 de la Société Française d'Archéologie.

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes.  Les baies n'y sont pas numérotées et distribuées en cinq lieux : Vitraux de la chapelle des fonts, vitraux de la Nef, vitraux du transept, vitraux du chœur, vitraux de la chapelle terminale. 

LAFOND (Jean), 1962," Le Christ en croix de la cathédrale de Quimepr à Castelnau-Bretenoux",  Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France p. 36-38.

— LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

 

— LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII

LE BIHAN (Jean-Pierre), 1995, « La restauration des verrières hautes de la cathédrale de Quimper, » Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXIV, p.524-525

LE BIHAN (Jean-Pierre), 1997,« La verrière n°100 de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXVI, p. 175-201.

LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-7003763.html

 

 LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.243-244,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

MACIAS-VALADEZ (Katia), 1997, "Les vitraux des fenêtres hautes de la cathédrale de Quimper : un chantier d'expérimentation et la définition d'un style quimpérois", Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, t. LXXV, p. 204-242.

OTTIN (L.), Le Vitrail, son histoire, ses manifestations diverses à travers les âges et les peuples, Librairie Renouard, H. Laurens éditeur, Paris, s.d. [1896] In-4°, 376 pages,  4 planche en couleurs, 15 phototypies, 12 planches en teinte hors texte, 219 gravures, de signatures, marques et monogrammes. 

https://archive.org/stream/levitrailsonhist00otti#page/42/mode/2up

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,  p.117,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51



 

 

LE MEN

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

 

 

N° 1. Première clef de voûte à partir du rond-point : Targe d’hermines timbrée d’un casque taré de profil, sommé du lion de Montfort assis entre deux cornes de bœuf ; le casque orné de lambrequins ; l’écu soutenu par deux anges ; — Jean V de Montfort,, dit le Bon, duc de Bretagne (1399-1442), marié à l’âge de cinq ans à Jeanne de France, fille de Charles VI roi de France. 22 (1) Il y a, entre ma description des armoiries des voûtes du chœur et leur état actuel, des différences très notables dans les émaux et même dans les pièces des écussons. Ces différences proviennent de ce que le peintre, chargé de leur restauration, au lieu de se conformer aux instructions qui lui étaient données de la part de Mgr Sergent, n’a pris le plus souvent pour guide que sa fantaisie. Autour des armoiries du souverain du pays sont groupés, sur les nervures secondaires de la voûte, les six écussons suivants, qui portent les armoiries de l’évêque qui occupait le siège de Quimper, lors de la construction des voûtes du chœur, et celles de cinq de ses chanoines. N° 2. Écu triangulaire timbré d’une crosse et soutenu par un lion, portant : d’azur à la fasce d’argent accompagnée de trois étriers d’or ; — Gatien de Monceaux, évêque de Quimper. Cet écu est le plus rapproché de celui du due Jean V. N° 3. Écu triangulaire portant : trois têtes de renard. — Alain de Penquelennec, reçu chanoine en 1394, vicaire général et archidiacre de Cornouaille en 1400. Le manoir de Penquelennec, construction du XVe siècle, existe encore dans la commune de Pemeurit. Sur le manteau de la cheminée de la grande salle, est un écusson en relief portant les mêmes armes surmontées d’un lambel à trois pendants. Plusieurs chanoines de ce nom, entre autres Raoul de Penquelennec, reçu en 1399, figurent dans les titres du chapitre de Quimper, au XIVe et au XVe siècle (1)23. N° 4. Écu triangulaire : pallé d’argent et d’azur de six pièces ; — Bertrand de Rosmadec, reçu chanoine de la cathédrale, en 1408 (2)24, et qui fut depuis évêque de Quimper, de 1416 à 1445.

N° 5. Écu triangulaire portant : une croix pattée, accompagnée à senestre de deux roses ou quintefeuilles ; sur le tout un lambel à trois pendants ; — Rolland de Lezongar, seigneur de Pratanras, chanoine en 1418. [p. 20] Ces armes diffèrent peu de celles de la seigneurie de Pratanras, en la paroisse de Penhars, qui sont : d’azur à la croix d’or cantonnée à dextre d’une fleur de lys de même. N° 6. Écu triangulaire : d’argent à la macle d’azur ; — Jean de Tréanna, chanoine en 1418.

N° 7. Écu triangulaire portant : d’argent au croissant de gueules accompagné de trois étoiles de même ; — Glazren de Pendreff (Penandreff), reçu chanoine le 29 janvier 1399 (1)25.

N° 8. Écu triangulaire parti de Bretagne et de France, tenu par une femme dont on ne voit que, la tête et les mains ; — Jeanne de France, fille du roi Charles VI, femme de Jean V, duc de Bretagne.

N° 9. Écu, triangulaire couché, portant d’hermines plein, tenu par un personnage dont on ne voit que la tête, les mains et les pieds ; — le prince François, âgé de deux à trois ans, fils de Jean V de Montfort, et de Jeanne de France, qui fut duc de Bretagne sous le nom de François Ier, de 1442 à 1450.

N° 10. Écu triangulaire lisse. No 11. Écu triangulaire lisse timbré d’une crosse — l’évêque Gatien de Monceaux.

N° 12. Écu couché arrondi à sa partie inférieure échiqueté d’argent et de gueules, timbré sur son angle senestre d’un casque taré de profil, orné de lambrequins, et sommé de deux cornes de bœuf pour cimier ; — Jehan, sire du Poulmic, gouverneur de Quimper en 1404 et pendant les années suivantes. N° 13. Écu carré fascé de six pièces d’argent et de sable ; — Jean de Kergroazez (Kergroadez), reçu chanoine en 1384 (2)26. N° 14. Sur la nervure voisine de cet écusson : écu semblable au n° 11. N° 15. Semblable au n° 7. 

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 04:22

Damien Roudeau et Nicolas Le Roy exposent à la bibliothèque de la Faculté Victor Segalen de Brest.

Voir aussi :

Lavieb-aile à Brest : 15 articles pour partager ma ville... et quelques autres.

Le 30 mai de l'année dernière, je vous ai raconté comment j'avais découvert Damien Roudeau :

Où je retrouve les remorqueurs, les bateaux-pilotes et les grues du port de commerce de Brest : Exposition "Frères du port" de Damien Roudeau à la Médiathèque de Bellevue à Brest. ​

J'avais souscrit avec enthousiasme au livre en préparation chez La Boite à Bulles, et j'ai rongé mon frein jusqu'à la parution de celui-ci.

Je pensais juste au plaisir de retrouver la qualité des illustrations qui m'avait séduites, mais je n'imaginais pas que j'allais découvrir un texte de grande qualité, dû à Nicolas Le Roy : ce fut une lecture choc, ma meilleure lecture depuis longtemps, et je fus convaincu qu'il s'agissait d'un des plus remarquables ouvrages parus sur le port de Brest, un document puissant qui allait faire date.

Je fréquente, par ailleurs, la bibliothèque de la faculté de Lettres Victor Segalen de l'Université de Bretagne Occidentale depuis longtemps (j'ai retrouvé récemment et rendu samedi un document que j'avais emprunté en...1987 ! ), et c'est grâce à l'efficacité et la disponibilité des personnes chargées de son service de prêt entre bibliothèque que, depuis 2009, je nourris la documentation des quelques 1000 articles de ce blog.

Lorsque je reçus une invitation au vernissage de l'exposition organisée par l'U.B.O et les deux auteurs, "le jeudi 10 mars à 18h", je ne me le suis pas fait dire deux fois.

Mon rôle n'est pas de présenter cette manifestation, les allocutions qui furent prononcées (la gentillesse attendrie des mots d'Alain Boulaire comparant les auteurs à Germaine Tillon et à Geneviève De Gaulle- Anthonioz !), ou de dresser un compte-rendu journalistique, et d'autres expliqueront que " pour comprendre les ports de Brest, Nicolas Le Roy, marin et sociologue, et Damien Roudeau, dessinateur, sont allés rencontrer ceux et celles qui y travaillent. Ils ont recueilli leurs témoignages et croqué leur vie au travail. Dockers, soudeurs, démineurs, pilotes, marins… Ils confient et racontent leur quotidien : le travail, la camaraderie, les peines et les espoirs. "

Je me suis juste offert le plaisir, un samedi matin au soleil levant, de laisser mon objectif flâner dans la grande galerie conçue en 1994 par l'architecte Massimiliano Fuksas. J'étais à l'écoute de mon cœur, je pensais aux griots dont on dit qu'ils sont les bibliothèques vivantes de l'Afrique : Nicolas Le Roy m'avait appris que chaque travailleur du port était aussi une mémoire incomparable, faite de données techniques, de gestes professionnels, de savoir-faire qui ne se transmettent à un "jeune", un "matelot" qu'au prix de longues années de compagnonnage.

C'est peut-être un lieu commun (je crois l'avoir lu ailleurs) de dire que dans une ville comme Brest, presque totalement détruite en 1944, le monument le plus remarquable, ce sont ses habitants. C'est néanmoins une vérité à laquelle les 312 pages et les innombrables illustrations de "Brest à quai" confèrent une profondeur singulière.

N.B La préface est d'Hervé Hamon, les ouvertures de chapitre sont de Josiane Gueguen et le dossier historique d'Alain Boulaire. Pas moins.

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I. IN SITU A L'U.B.O. 

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

Il est temps de nous tourner

vers les panneaux exposés.

Demi-tour.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

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LES DIX PORTS.

Dès la porte franchie, par un bel effort didactique, vous découvrez une partition de Brest en dix ports distincts, dont vous découvrez les localisations sur un plan.

Essayons de les découvrir d'ouest en est, comme un navire venant du large. Peu à peu, nous allons comprendre que cette division en dix ensembles n'est pas administrative ou conceptuelle, mais qu'elle recouvre dix tribus dont les codes, les parlers, les costumes, les figures ancestrales, les embarcations, les us et coutumes, sont aussi différentes que ceux de dix ethnies de Nouvelle-Guinée. Partons avec les auteurs comme des Argonautes du Port Atlantique Occidental, pour explorer cet exotisme du quotidien et de la proximité.

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Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

Le port militaire.

L'un des métiers (ou plutôt l'un des hommes) que j'ai découvert dans "Brest à quai" est celui de "Moniteur d'entrainement sportif et militaire" . Il illustre comment, dans ce Port, les corps et les esprits ont des particularités, des airs de famille, car ils bénéficient de programmes de mise en forme (j'entends soudain ce terme sous son sens propre), de gainage corporelle  et de techniques mentales approprié à aiguiser le sens de la combattivité.

Bref, nous feuilletons un album illustré de l'Esprit de corps. Pour découvrir plus tard que ce dernier n'est pas propre à la Marine, et que les neuf autres Ports sont aussi des Corps avec leur Esprit spécifique.

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Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

Le port de plaisance.

 

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

Le port de liaison et le port de sécurité.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

Le port de pêche.

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Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

Le port de commerce.

 

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

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Le port scientifique 

 

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

Le port de réparation et le port des énergies marines.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.
Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

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LA GUEULE DE L'EMPLOI.

Nicolas Le Roy et Damien Roudeau m'ont appris que les corps eux-mêmes devaient se former au métier exercé, et ces dessins montraient ces postures de travail criantes de vérité, cette incorporation du métier. Le corps d'un "voileux" se distingue de celui du marin-pêcheur, celui du marin-pompier de la Flotte de celui du réparateur naval comme on reconnaît le cormoran huppé du grand cormoran, la mouette tridactyle de la sterne Pierregarin. Rien d'inné pourtant, bien que la plupart des travailleurs interrogés étaient fils, petit-fils ou neveux d'un ou de plusieurs travailleurs du port, ou de marins. 

C'est le métier qui rentre!

Cette boutade est profondément juste : c'est à coup d'éreintement de fin de journée, à coups de blessures et de contusions, d'erreurs, d'égarements, de coup de gueule ou de regard critique mâtinés de conseils et d'exemples, c'est à coup d'ajustement du corps aux contraintes qu'il subit,  c'est en cherchant jour après jour à économiser sa dépense physique, à endurer la peine, à accompagner les mouvements d'un navire jusqu'à les épouser, c'est en apprenant à son regard à veiller aux dangers (dans la cale lors du chargement, c'est vers le haut), que le métier rentre. Non sans user les organes et altérer la santé.

Des regards.

Il y a aussi, dans ces dessins,  une  limpidité et une éloquence des regards qui, en photographie, ne s'obtient que si une qualité privilégiée de contact avait été établie. 

Beaucoup de ces dessins ont été réalisés sur du papier récupéré, couvert de calculs, de schémas et de cotes : il était  chargé de labeur, noirci par les travaux de construction, et le parallèle s'établissait ainsi pour dire combien les ouvriers, les marins, les ingénieurs et les employés des ports de Brest étaient leurs archives vivantes. 

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Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

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Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

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Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

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Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

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Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

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Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

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LES NAVIRES.

 

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

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Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

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Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy  à l'UBO, photo lavieb-aile.

Exposition "Brest à quai" de Damien Roudeau et Nicolas Le Roy à l'UBO, photo lavieb-aile.

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Un grand merci aux auteurs et aux organisateurs pour cette grande exposition.

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Published by jean-yves cordier - dans Brest
8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 09:21

L'Arbre de Jessé de la cathédrale Notre-Dame d'Évreux. Chapelle de la Mère de Dieu, vers 1470.

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Voir dans ce blog lavieb-aile des articles consacré aux Arbres de Jessé de Bretagne:

Les sculptures :

Et les vitraux :

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Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

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La chapelle absidiale dite de la Mère de Dieu fut construite entre 1461 et 1470 par l'évêque Jean La Bahue en commémoration du sacre de Louis XI. On y trouve une Vierge à l'enfant, statue de pierre polychrome, qui date du début du XVIe siècle. Hélas pour les amateurs de vitraux, cette statue s'oppose à l'accès à la Baie O et à sa verrière de l'Arbre de Jessé, d'autant que l'accès est entravé par une grille de clôture de l'autel : je n'ai réussi à prendre que des photographies de détails, en prise oblique.

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J'utilise donc en présentation la photographie  par Vassil disponible sur Wikipédia : là encore, la vue n'est que partielle. On se reportera ici pour une photo entière : http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Evreux/Evreux-NotreDame_v12.htm

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Pour une photo du vitrail "en pied", je n'aurai que cela à vous offrir :

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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La baie 0 est formée de 3 lancettes trilobées et d'un tympan en forme de fleurs de lys ; elle mesure 5,80 m de haut sur 2 m de large. Elle est datée de 1467-1469 et relève d'un don de Louis XI. Elle a été restaurée en 1897 par Duhamel-Marette, et en 1999 par Tisserand qui a suuprimé les plombs de casse, collé de nombreuses pièces, qui en a doublé d'autres, avant de reposer le vitrage avec une verrière de doublage.

 

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Mes photos :

Le registre inférieur : Jessé entouré de deux prophètes.

On remarquera bien-sûr la robe damassée du patriarche Jessé, père du roi David et grand-père de Salomon : le fond rouge est envahi comme par un lierre ou une arborescence dorée, dont un examen rapproché montre qu'elle est faite de rinceaux, de feuilles de fougères, de fleurs d'œillets ou d'autres espèces, ou de pommes de pins. On peut y voir la puissance génératrice de l'ancêtre, et, par le choix de l'or, l'énergie spirituelle témoignant du fait que Jessé est mis au service de Dieu dans son plan d'Incarnation. On peut aussi y voir la place première du mot latin virga "rameau", qui va répondre, dans le registre supérieur, en sa fleur le mot virgo "vierge" et son fleuron l'Emmanuel selon la prophétie d'Isaïe 7:14 :

C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, Voici, la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, Et elle lui donnera le nom d'Emmanuel. 

Le projet théologique des Arbres de Jessé est d'illustrer par une image mnémotechnique comment l'Ancien Testament contient les éléments qui annoncent et s'accomplissent dans le Nouveau Testament. Le premier Livre de Samuel ( Jessé y apparaît dans le chapitre 16 comme propriétaire de troupeau à Bethléem) est consacré à l'instauration d'une monarchie à la place du système des Juges, et raconte comment le pâtre David va recevoir la couronne royale du royaume de Juda et fonder une dynastie éternelle. Jésus, qui par sa généalogie énoncée dans l'incipit de l'évangile de Matthieu descend de Jessé et des douze rois de Juda, est le fondateur d'un Royaume éternel, et sa mère Marie reçoit la couronne comme Reine des cieux, reine des Anges, Vierge (virgo) qui accomplit la prophétie d'Isaïe. 

Sur le plan technique, les palmettes et rinceaux  du damas de cette robe ne sont pas peints mais montés au plomb . 

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Isaïe et sa prophétie.

Le prophète Isaïe (en bonnet orné de pierres précieuses) présente sa prophétie dans un phylactère : Egredietur virga de radice iesse et flos de radice eius ascendet.

Voir infra la traduction.

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Jessé sous sa tente, songeant à sa royale descendance.

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Second prophète. Jérémie (?).

Un second prophète prèsente son phylactère : Et requiescet super eum spiritus Domini 

Il est tentant d'y reconnaître le prophète Jérémie, mais cela n'est guère logique puisque les deux phylactères présentent les deux premiers versets du chapitre XI du Livre d'Isaïe :

Egredietur virga de radice Jesse, et flos de radice eius ascendet. Et requiescet super eum Spiritus Domini.  

Une tige sortira de la racine de Jessé, une fleur s’élèvera de ses racines. Et sur elle reposera l’Esprit du Seigneur. [Is. XI, 1-2] 

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Les registres supérieurs vont adopter une disposition qui rompt avec celle, linéaire, des premiers arbres du XIIe siècle  (ceux de Suger à Saint-Denis, de Chartres, de Troyes, du Mans, etc..) : selon un schéma en chandelier, la Vierge et l'Enfant occupe la place centrale au dessus de Jessé et les douze rois sont figurés sur des rameaux latéraux, en deux groupes de six, assis ou posés sur des bourgeons. 

Les rois portent le sceptre ; ils sont couronnés, mais leur couronne à fleuron est associée à un bonnet qui illustre qu'ils sont hébraïques et anté-testamentaires. Chacun d'eux témoigne, par sa gestuelle, de l'hommage qu'ils rendent à la Vierge et à son Fils, qu'ils reconnaissent comme la réalisation ultime de leur dynastie. L'un tend un index vers la Vierge, l'autre élève les deux mains, le troisième soulève son chapeau, etc...

Couleurs :

Le fond est un verre bleu uniforme, et cette couleur du ciel n'est reprise que pour le manteau de la Vierge (et la robe d'Isaïe). La seconde couleur est le jaune, c'est à dire le verre blanc peint à son avers de jaune d'argent plus ou moins concentré. Vient ensuite le rouge, puis le vieux rose ou le pourpre, et un pourpre très sombre. Le vert est décliné en deux teintes. On trouve aussi, pour des détails, un bleu turquoise pâle.

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Le roi David et sa harpe.

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Deuxième roi de Juda. Salomon ?

Sur le plan stylistique, notez la hampe du sceptre.

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Troisième et quatrième rois de Juda.

Lancette A, cinquième panneau.

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Cinquième et sixième rois de Juda.

Lancette C, cinquième panneau.

 

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Septième, huitième et neuvième rois de Juda.

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile
Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Dixième, onzième et douzième rois de Juda.

Lancette C, sixième et septième panneaux.

 

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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La Vierge à l'Enfant couronnée par trois anges.

On remarquera que la Vierge est debout sur le croissant qui se réfère à la Femme de l'Apocalypse. Ce détail fait de l'Arbre de Jessé une défense de l'Immaculée Conception.

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Remarquez la couronne, montée "en chef-d'œuvre" . C'est aussi le cas de nombreuses pièces  d'ornements vestimentaires sur d'autres panneaux.

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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SOURCE ET LIENS.

— Site patrimoine-histoire.fr :

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Evreux/Evreux-Notre-Dame.htm

Professor Moriarty (2012):

http://professor-moriarty.com/info/fr/sec/vitraux/p%C3%A9riode-avant-19%C3%A8me-si%C3%A8cle/evreux-france/cath%C3%A9drale-notre-dame-d%C3%A9vreux-arbre-jess%C3%A9-chape

CALLIAS BEY (Martine), 2001, "Les vitraux de Haute-Normandie"  / Martine Callias Bey, Véronique Chaussé, Françoise Gatouillat, Michel Hérold ; éd. Comité français du Corpus Vitrearum, Laboratoire de recherche sur le patrimoine français. - Paris : CNRS éd. : Centre des monuments nationaux : Editions du Patrimoine, 2001. - 494 p. : ill., plans, cartes ; 33 cm. - (Corpus Vitrearum - Recensement des vitraux anciens de la France ; Vol. VI). Index p. 450-479." page 147.

 

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Published by jean-yves cordier - dans Arbre de Jessé
6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 22:11

Orphano tu eris adiutor : des armoiries épiscopales dans la cathédrale de Quimper.

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Voir ici :

iconographie de saint Christophe dans les vitraux de la cathédrale de Quimper

Un petit article simple pour nous reposer. Chaque fidèle assistant à un office dans la cathédrale de Quimper, chaque visiteur se plaçant sous la croisée du transept voit, sur les deux piliers encadrant l'estrade où est placé l'autel, les deux armoiries qu'une crosse permet d'attribuer à un évêque. Sa devise est également inscrite : "Orphano tu eris adiutor". De quoi s'agit-il ?

 

Armoiries de l'évêque Jean de Lespervez, pilier gauche du transept, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Armoiries de l'évêque Jean de Lespervez, pilier gauche du transept, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Armoiries de l'évêque Jean de Lespervez (1451-1472), pilier droit du transept, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Armoiries de l'évêque Jean de Lespervez (1451-1472), pilier droit du transept, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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La réponse se trouve dans la Monographie de la Cathédrale de Quimper de Renè-François Le Men, datant de 1877 :

page 118-119 : "Au-dessus de ces statues [de la Vierge et de saint Corentin] sont sculptés dans la pierre deux larges écussons carrés, ou en bannière, supportés par deux lions, et timbrés d’une mitre et d’une crosse, autour desquelles s’enroule sur un cartouche la devise : Orphano tu eris adjutor. Ces armoiries ayant été grattées pendant la Révolution, et la devise qui les accompagne n’étant pas connue il pouvait exister quelques doutes sur leur attribution, lorsque j’ai été assez heureux pour retrouver aux Archives du Finistère, au bas d’un testament de Jean de Lespervez, sur grand sceau en cire rouge, qui porte, avec la devise et les accessoires mentionnés plus haut, les armes de cet évêque qui sont : écartelé aux 1 et 4 : de sable à trois jumelles d’or, (Lespervez) ; au 2 d’or à deux fasces d’azur accompagnées de huit merlettes de gueules (Briquebec) ; au 3 : d’or au lion de sinople armé, lampassé et couronné de gueules (Painel-Hambye). À défaut d’autres renseignements, ces écussons prouveraient que cette partie de la cathédrale a été, faite par Jean de Lespervez, et non par Bertrand de Rosmadec, comme on le pensait généralement."

La source de la devise est facile à trouver : c'est le verset 38 du psaume 10  : ides quoniam tu laborem et dolorem consideras ut tradas eos in manus tuas tibi derelictus est pauper orfano tu eras adiutor

"Tu regardes cependant, car tu vois la peine et la souffrance, pour prendre en main leur cause ; c’est à toi que s’abandonne le malheureux, c’est toi qui viens en aide à l’orphelin."

Les mêmes armoiries, et la même devise, se voient aussi dans le tympan de la verrière de la baies 120, dans le bras sud du transept, coté ouest : voici sa description par Le Men (1877, id. page 138)

" Quatrième fenêtre (côté ouest). Quatre panneaux. 1er Panneau. — Notre-Seigneur Jésus-Christ. 2e Panneau. — Saint Jean l’Évangéliste présentant l’évêque placé dans le panneau suivant. 3e Panneau. — Un évêque à genoux devant un prie-dieu, sur lequel est un écusson portant : sable à trois jumelles d’or. — Jean de Lespervez, évêque de Quimper de 1451 à 1471. 4e Panneau. — Saint François d’Assise. Dans le compartiment supérieur du tympan, écusson triangulaire timbré d’une mitre et d’une crosse et portant les armes de l’évêque Jean de Lespervez, de sable à trois jumelles d’or. Au milieu du tympan, armoiries en bannière du même évêque, portant : écartelé aux 1 et 4, de sable à trois jumelles d’or ; au 2, d’or à deux fasces d’azur accompagnées de merlettes de gueules (de Briquebec) ; au 3, d’or au lion de sinople armé, lampassé et couronné de gueules (Painel-Hambie), l’écusson soutenu de deux lions d’or, timbré d’une mitre et d’une crosse, et accompagné d’un cartouche portant la devise de l’évêque Jean de Lespervez : Orphano tu eris adjutor. À l’exception du premier panneau, cette vitre a été entièrement refaite."

 

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Baie n°120, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Baie n°120, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

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Jean de Lespervez succéda à son oncle Alain de Lespervez sur le trône épiscopal de Quimper et l'occupa de 1451 à 1472. Il était le fils de Charles de Lespervez, seigneur de Persquen conseiller du duc François Ier et premier président de la cour des comptes de Bretagne, et de Guillemette  Paynel, qui appartenait à la famille normande des barons d'Hambye (on admire encore l'abbaye d'Hambye dans la Manche) et de Bricquebec, sieurs de Bricqueville. Doyen de Dol à dix-sept ans (1441), chanoine et scholastique de Tréguier en 1444, doyen de Nantes la même année, archidiacre de Quimper en 1449, notaire apostolique,  il fut nommé à l’évêché de Quimper le 16 janvier 1451, sur la résignation d’Alain de Lespervez, son oncle ; comme il n'avait pas l'âge canonique il dut bénéficier d'une dispense pontificale (D'après Tanguy Daniel, Les Vitraux de la Cathédrale de Quimper, 2005, p. 95). 

Voir dans Le Men 1877 page 174-180 les pages consacrées à ce prélat "qui fut inhumé dans la chapelle de Saint Benoît, qui occupait le croisillon sud du transsept qu’il avait fait construire."

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf 

Cet évêque fut, après Bertrand de Rosmadec, un de ceux qui firent le plus de bien à leur église. Outre le croisillon sud du transsept, qu’il fit construire, il contribua à l’achèvement de la nef et à son raccordement avec le chœur. Il ne  borna pas ses libéralités à la durée de son épiscopat, car il légua, par testament, à l’église de Quimper, tous ses biens, en réservant sur sa terre de Glomel, une somme de mille livres pour les réparations de sa cathédrale. 

Le site suivant donne une chronographie de la construction de la cathédrale :

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

CATHEDRALE ACTUELLE

Evêque RAINAUD 1218-1245

1239 Reconstruction du choeur avec le rattachement de la chapelle Notre-Dame de la Victoire qui devient abside.

Evêque YVES CABELLIC 1267-1280

1280 Bas-côté Nord. Le choeur est reconstruit.

Evêque ALAIN RIVELAIN 1290-1320 (dit Morel, de Riec)

1285-1295 Reconstruction de la chapelle absidiale. Consécration de l'autel.

Evêque ALAIN GONTIER 1334-1335 1335

Construction du collatéral Sud du choeur.

Evêque GATIEN DE MONCEAUX 1408-1416

1408-1416 Construction des voûtes du choeur.

Evêque BERTRAND DE ROSMADEC 1416-1444

1417 Peinture des voûtes par Jestin.

Pose de vitres "coloriées".

1424 Début construction de la NEF.

1424 Le 26 juillet pose de la 1ère pierre des tours.

Evêque JEAN DE LESPERVEZ 1451-1472

1460 Nef terminée.

1464 Voûtes des bas-côtés de la nef.

1467 Croisillon Sud du transept est couvert. Raccordement nef et choeur.

1469 Construction du clocher en bois recouvert de plomb. 50 pieds au dessus du transept.

Evêque THEBAUD DE RIEUX 1472-1479

1475 Début construction du croisillon Nord du transept, terminé en 1486.

Evêque ALAIN LE MAOUT 1484-1493

1487-1493 Construction des voûtes du transept et nef.

Evêque RAOUL LE MOEL 1493-1501

1494 Construction des meneaux des hautes fenêtres de nef, des balustres, des galeries, des pinacles, etc... Vers cette époque : Vitres peintes par Jean Sohier.

 

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Travaux pratiques pour demain : 

à quoi correspond cette sculpture du pilier du chœur, coté sud ?

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Cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

Cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile

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Published by jean-yves cordier - dans Quimper
1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 16:12

Le Machaon Papilio machaon Linnaeus, 1758 ( (Papilionidae, Papilioninae/Papilionini ) de 1304 dans le Bréviaire à l'usage de Verdun, BM Verdun Ms 107.

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A Madame Colette Bitsch, avec toute ma gratitude.

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Voir :

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Les artistes rivalisent depuis longtemps pour représenter l'un de nos plus beaux papillons, le Machaon. Par exemple l'illustrateur allemand  Jacob Hübner (1761-1815), Das Kleine Schmetterlingsbuch, planche 17 n°3 et 4, ou Sammlung europäischer Schmetterling n°390-391:

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Quelles sont les premières représentations exactes (fidèles au modèle naturel) du Machaon ? Depuis juillet 2013, lorsque j'écrivais mon article de zoonymie (ou "origine du nom"), et où je découvrais les illustrations de Réaumur (1734), je n'ai cessé de repousser la date de cette première image. Je crus que c'était celle de Claude Aubriet, (1715-1735)

http://www.lavieb-aile.com/2015/11/claude-aubriet-et-les-papillons-les-velins-du-roy-museum-d-histoire-naturelle-1710-1735.html

 

 

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Claude Aubriet, Collection des Velins Volume 86 folio 2

Claude Aubriet, Collection des Velins Volume 86 folio 2

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Ou bien celle de Joris Hoefnagel, autre enlumineur (1575-1582) ?

 

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Ou bien Thomas Moffet, dans son Theatrum insectorum publié en 1634, mais dont les aquarelles du manuscrit original préparé sur les travaux de Thomas Penny et sur la collection de Gessner étaient réalisées une cinquantaine d'années auparavant :

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Ou bien la médiocre gravure publiée dans De Animalibus insectis d'Aldrovandi, le premier livre imprimé d'entomologie, en 1602 ?

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Bien-sûr, il y avait cette peinture de Jan Sanders dans laquelle les ailes de l'archange Saint Michel étaient celles d'un Machaon. Elle datait de 1535.

Était-ce là  l'exemple le plus ancien de ma collection ? 

Je me suis intéressé, à la suite de Vazrick Nazari, à explorer les pages des manuscrits médiévaux. Ce dernier auteur a interrogé les principales bibliothèques européennes à la recherche de papillons sur les manuscrits et il a obtenu 32 manuscrits , dont le plus ancien, le Bréviaire de Belleville, date de 1323-1326.   J'ai exploré pour ma part le site Mandragore de la Bnf, qui m'a sélectionné (Classement thématique/Zoologie/ autre insecte/ papillon) 767 légendes soit 681 images numérisées. Ah, j'avais le choix ! Je n'ai pas ouvert les 681 liens, car la très grande majorité des papillons des manuscrits ornaient des marges ("encadrements" et "décors marginaux"), ou des lettrines sous formes de papillons stylisés, imaginaires et stéréotypés. On reconnait parfois la Petite Tortue Aglais urticae.  

J'ai ensuite interrogé la base de données  Enluminure regroupant les manuscrits de Bibliothèques Municipales françaises. Là encore, je fus comblé, mais de même, parmi les 400 réponses (ce qui ne veut pas dire 400 manuscrits ou 400 images de papillons) d'Aix-en-Provence à Verdun,  je voyais se succéder des lépidoptères d'ornement, non identifiables, mais qui animaient souvent des drôleries, ou que des manants tentaient d'attraper. Après plusieurs heures passées à cliquer sur les images pour les copier, je me suis arrêté bien avant d'avoir atteint Paris, vers Clermont-Ferrand (Missel à l'usage de Clermont), à la 102ème image. On va bientôt comprendre que j'ai eu tort.

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J'ai longtemps pensé (et je le crois encore confusément) que nos semblables, pendant la période médiévale, ne VOYAIENT pas les différentes espèces de papillons, car ils ne disposaient pas de moyens pour les NOMMER (le premier à nommer le Machaon est James Petiver en 1699 avec Royal William, puis vient  Maria Sybilla Merian avec le Papillon Basse la Reine de 1730, et Réaumur avec son "papillon à queüe de la belle chenille du fenouil" de 1734). Linné ne donnera le nom de Machaon qu'en 1758 , mais en 1746, dans Fauna suecica page 240  il le désignait encore à l'aide d'une longue formule latine, la diagnose : papilio hexapus alis flavo nicroque variegatis : secundariis angulo subulato maculaque fulva. !

J'ai aussi pensé que nos ancêtres médiévaux étaient aveuglés, dans leur esprit si moyenâgeux, par les présupposés qui associaient les papillons soit avec les âmes qui s'échappent du corps lors de la mort, soit avec les miasmes, les pestes qui abimaient les vêtements et les biens. Ces animaux étaient trop suspects pour devenir objet de curiosité.

Mais il y a des exceptions à toute généralisation, c'est heureux. Madame Colette Bitsch, l'auteure de l'étude sur le Manuscrit Cocharelli ,  vient de m'en adresser la preuve, en m'offrant un superbe cadeau : la découverte du Bréviaire à l'usage de Verdun. Un manuscrit de 1304 conservé à la Bibliothèque Municipale de Verdun sous la cote Ms 107... C'est exactement la dernière des 400 images dont j'avais débuté la consultation !

Ai-je jamais lu le bréviaire avec un tel plaisir gourmand ? 

Un indiscutable Papilio machaon m'attendait au folio 18. (ou folio 1)

Il occupait le bas de la page, enchâssé dans l'orbe d'un rinceau, et un lièvre coiffé d'un bonnet doré et vêtu d'une cape rouge lui donnait lecture d'un ouvrage savant, comme dans un épisode d'Alice au pays des merveilles.

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Papilio machaon,  dans le Bréviaire à l'usage de Verdun, 1304,  BM Verdun Ms 107 . folio 1

Papilio machaon, dans le Bréviaire à l'usage de Verdun, 1304, BM Verdun Ms 107 . folio 1

Papilio machaon,  dans le Bréviaire à l'usage de Verdun, 1304,  BM Verdun Ms 107 folio 1.

Papilio machaon, dans le Bréviaire à l'usage de Verdun, 1304, BM Verdun Ms 107 folio 1.

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Le  Ms 107 de la BM de Verdun est le tome II d'un Bréviaire d'été,  fut enluminé à Metz vers 1302-1305 sur l'ordre de Marguerite de Bar pour son frère  Renaud de Bar, haut personnage allié à plusieurs grandes familles d'Europe. Il fut nommé chanoine à Reims, Laon, Verdun et Cambrai, puis, avant 1298, archidiacre à Bruxelles, puis archidiacre à Besançon en 1299. En 1301 il fut nommé chanoine et princier de Metz, puis en 1302 prévôt de la Madeleine à Verdun. Le folio 1 (ou folio 18) qui nous intéresse est précédé d'un calendrier de 12 pages paginées A à F. Le Bréviaire débute donc par notre folio 1 et porte en rubrique (c'est à dire à l'encre rouge) et en incipit le mot INVITATORIUML’invitatoire est l’exhortation à la louange et à la prière, généralement chantée, qui ouvre la première ‘heure’ de l’office divin de la journée.

Le texte est disposé en deux colonnes de 28 lignes : nous lisons ensuite Adoremus Dominum qui fecit nos ("Adorons Dieu qui nous fit"), puis Venite Servite. Vient ensuite la lettrine, ou lettre ornée, qui est le B majuscule initiant la phrase Beatus vir qui no[n] abiit  i[n] consilio impiorum et in via peccatorum non stetit et in via peccatoru[m] non stetit et in cathedra pestilentie non sedit. C'est le premier verset du psaume 1 : "Heureux l’homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs, et qui ne s’assied pas en compagnie des moqueurs". Un vermisseau bicéphale sert de bout-de-ligne . 

 

 

L'enluminure de la lettrine montre David jouant de la harpe à la Vierge, tandis que Renaud de Bar se tient agenouillé devant elle en position de donateur. Il est vêtu d'une tunique de clerc à capuche à ses couleurs et à ses armes, "'d'azur semé de croisettes au pied fiché d'or, à deux bars adossés du même, au lambel à trois pendants de gueules". La présence de David est parfaitement justifiée, puisque ce Bréviaire va largement faire appel à ses psaumes. La Vierge, couronnée, nimbée, cheveux longs, robe d'or et manteau bleu, tient une fleur (celle de la vertu et de la pureté ?) qu'elle tend à Renaud, qui vient peut-être de lui remettre en présent le luxueux manuscrit dont elle tient le codex sous le bras droit. Un ange nimbé, aux ailes vertes, lève les bras d'émerveillement, entre les deux voûtes ogivales.

Le texte du Psaume 1 se poursuit, seulement égayé par les bouts-de-ligne cocasses à hybrides anthropomorphes : 

Sed in lege Domini voluntas eius et in lege eius meditabitur die ac nocte

Et erit ta[m]quam lignum quod plantatum est secus decursus aquarum q[uo]d fructu[m] suum dabit in tempore suo.

Et folium eius n[on] defluet : / et omnia quecumq[ue] faciet prosperabuntur /

Non sic impii non sic; sed tamquam pulvis quem // proicit ventus a facie terrae.

"Mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’Éternel, et qui la médite jour et nuit !

Il est comme un arbre planté près d’un courant d’eau, qui donne son fruit en sa saison, et dont le feuillage ne se flétrit point : tout ce qu’il fait lui réussit.

Il n’en est pas ainsi des méchants : ils sont comme la paille que le vent dissipe."

En bas de cette colonne de droite, nous trouvons les armoiries de Renaud de Bar, barrée d'une crosse épiscopale. Renaud de Bar fut le 67e évêque de Metz de 1302 à 1316. Il était fils de Thiébaut II, comte de Bar et de Jeanne de Toucy. 

Ideo non resurgent impii in iudicio neque peccatores in consilio iustorum

Quoniam novit Dominus viam iustorum et iter impiorum peribit

C’est pourquoi les méchants ne résistent pas au jour du jugement, ni les pécheurs dans l’assemblée des justes ;

Car l’Éternel connaît la voie des justes, et la voie des pécheurs mène à la ruine. 

 

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Bréviaire à l'usage de Verdun, 1304,  BM Verdun Ms 107 folio 1.

Bréviaire à l'usage de Verdun, 1304, BM Verdun Ms 107 folio 1.

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SOURCES ET LIENS.

— Site Enluminure , interrogé sur "papillon" :

http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr?ACTION=RETROUVER_TITLE&LEVEL=1&GRP=0&REQ=%28%28papillon%29%20%3aTOUT%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=9&FIELD_1=REFD&VALUE_1=&FIELD_2=Caut&VALUE_2=&FIELD_3=TITR&VALUE_3=&FIELD_4=SUJET&VALUE_4=&FIELD_5=DATDEB&VALUE_5=&FIELD_6=DATFIN&VALUE_6=&FIELD_7=ATTRIBUTION&VALUE_7=&FIELD_8=TOUT&VALUE_8=papillon&FIELD_9=DOMN&VALUE_9=%20&SYN=1&IMAGE_ONLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=100&DOM=All

 

http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=POSS&VALUE_98=%20Renaud%20de%20Bar%20&NUMBER=32&GRP=0&REQ=((Renaud%20de%20Bar)%20%3APOSS%20)&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=1&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=100&DOM=All

http://www1.arkhenum.fr/images/dr_lorraine_ms/MS0107/index.html

NAZARI Vazrick, 2014, "Chasing butterflies in medieval Europ", Journal of the Lepidopterists' Society n°68-4

https://www.academia.edu/19623264/Chasing_Butterflies_in_Medieval_Europe, 

STONES Alison, 2010," Les Manuscrits de Renaud de Barpage" in  L'écrit et le livre peint en Lorraine de Saint Mihiel à Verdun  IX- XV e siècles , Actes du colloque de Saint Mihiel 25-26 octobre 2010  Sous la direction d'Anne-Orange Poilpré avec la collaboration de Marianne Besseyre Brepol pages 269-310

https://www.academia.edu/16293275/Les_manuscrits_de_Renaud_de_Bar

 

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Rhopalocères.
22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 18:29

A la chasse au papillon dans les manuscrits de la Bnf, je découvre ...une Fourmi Allégorique dans le Pèlerinage de vie humaine de Guillaume de Digulleville (v.1330).

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Les papillons dans les manuscrits ? une place marginale.

La base de données iconographiques du département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France propose un classement thématique. Si ce dernier est consulté pour l'item "papillon" (Zoologie / autres invertébrés / papillons), il propose 767 légendes et 681 images numérisées. Les 200 premières données concernent le fond Français, les données suivantes le fond latin, dans lequel les Grandes Heures d'Anne de Bretagne (Latin 9474) et les Petites Heures de Jean de Berry (Latin 18014) se taillent une part royale. La quasi-totalité de ces papillons des manuscrits occupent les marges, et sont classées sous les rubriques "encadrement", "décor marginal" et plus rarement "lettrines". Ce sont des papillons idéalisés ou stylisés, sans rapport avec des espèces réelles, figurés parmi des fleurs qui sont, elles le plus souvent identifiables. Ils ont été étudiés, dans les manuscrits des bibliothèques européennes, par Vazrick Nazari dans son article Chasing Butterflies in Medieval Europe en 2014, un article dont j'ai donné ici la traduction.

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Quelques exceptions : des papillons en plein texte.

Les exceptions à cette situation marginale se comptent sur les doigts des mains, mais elles stimulent la curiosité : quel phénomène a pu être assez puissant pour inciter les artistes à arracher les lépidoptères de leur monde des bordures, où ils côtoient les singes et les petits lapins, les fleurs des champs et  les rinceaux, pour mériter de figurer dans l'espace sacré du texte principal ?

La première raison est fort logique : dans trois ou quatre enluminures illustrant la Création du Monde lors de la Genèse, les papillons figurent avec les oiseaux, les reptiles et les mammifères autour du Dieu créateur.

 C'est le cas dans le Fr. 160 ou dans le Speculum historiale de Vincent de Beauvais traduit par Jean de Vignay au XVe siècle 

 

 

 

(Français 308).

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Bnf Français 160 folio 6, source image Mandragore. Domaine public.

Bnf Français 160 folio 6, source image Mandragore. Domaine public.

On trouve encore d'autres exemples ponctuels, comme le Français 185 (une Vie des saints du 2ème quart du XIVe siècle de Jeanne et Richard de Montbaston ), où un papillon stylisé sur un arbre répond à un chardonneret sur un autre arbre pour illustrer  "S. Paul le simple quittant le monde" dans le folio 177v et "Abba jean et paesius" dans le folio 271. Le papillon et l'oiseau y représentent la Nature, par métonymie.

 

 Français 185 folio 177v et "Abba jean et paesius" folio 271.
 Français 185 folio 177v et "Abba jean et paesius" folio 271.

Français 185 folio 177v et "Abba jean et paesius" folio 271.

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Mais un autre exemple plus singulier retenait mon attention, car il se présentait comme une énigme ou un rébus. Une femme couronnée présentait à un homme une double roue. Au sommet de celle-ci était peint un papillon aux ailes aussi crénelées qu'un Robert-le-Diable ou Polygonia-c-album. Il ne semblait pas réellement posé, mais il frôlait la roue, et peut-être lui donnait-il une impulsion. La base Mandragore indiquait que cette enluminure était le folio 61v du "Français 829" et donnait comme légende : Guillaume de Digulleville devant la roue symbolique.

Mais l'image proposée était de qualité médiocre : les premières heures de mon enquête furent occupées à trouver des informations sur le manuscrit et, surtout, à découvrir sa numérisation accessible en ligne sur Gallica avec un définition satisfaisante. Je me perdais ensuite dans l'abondance arborescente des exemplaires de ce texte dont je découvrais le titre — le Pèlerinage de vie humaine—, dans ses éditions modernes, dans les études de lexicographie, dans les commentaires et autres travaux, et enfin dans les recherches sur la toile des mots "roue" ou "papillon" associés au titre ou à son auteur. Ce papillon posé sur sa roue avait disparu du Net, et après de longues soirées passées à arpenter la campagne numérique, je ne récoltais rien dans mon filet (l'épisode de la Roue symbolique n'appartient pas à la première version, la mieux étudiée, du Pèlerinage de Vie Humaine). Le récit de cette chasse  au papillon, et de ce fructueux pèlerinage dans la littérature en Moyen français va exiger un article particulier (à suivre).

 

 

 

Français 829, Pèlerinage de vie humaine 1400-1410, folio 61v. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84497167/f130.item.zoom

Français 829, Pèlerinage de vie humaine 1400-1410, folio 61v. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84497167/f130.item.zoom

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Je découvris  que l'enluminure illustrait le dialogue d'un pèlerin  et d'une dame nommée Grâce dieu.  Le manuscrit Fr. 829 réunissait deux titres du même auteur, Guillaume de Digulleville, Le Pèlerinage de vie humaine et le  Pèlerinage de l'âme,  et la Notice de la Bnf  était suffisamment complète pour m'apprendre que le manuscrit datait de 1400-1410, qu'il était écrit en batarde, ou que l'enlumineur était désigné sous le nom de Maître du Livre d’heures de Johannette Ravenelle. Il faisait partie des enlumineurs parisiens à la fin du XIVe  et au début du XVe siècles, et avait travaillé sur trois autres exemplaires des  Pèlerinages  de Guillaume de Digulleville, conservés aujourd’hui à la BnF : les mss. Français 377, 1647 et 12468. L'enluminure était qualifiée de "dessin en grisailles rehaussé de couleurs sur fonds peints", numérotée dans la marge, et je découvrais ainsi le chiffre LXVj à sa gauche.   

Avec ses 220 folios à 2 colonnes en vers octosyllabiques, le manuscrit contient la seconde rédaction du Pèlerinage de vie humaine achevée par Guillaume de Digulleville en 1355, et la version longue du Pèlerinage de l’âme composée entre 1355 et 1358. 

L'auteur parlait à la première personne et se désignait comme "le pèlerin". Car la vie humaine était comparable à un pèlerinage, auquel succédait après la mort "le pèlerinage de l'âme". La simple lecture des légendes des illustrations permettait de comprendre ces pérégrinations, qui débutaient par le songe de Guillaume de Digulleville et s'achevaient par son réveil (f.218). Le pèlerin rencontrait Grâce Dieu au folio 4, et j'aurais bien voulu être présenté aussi : elle me faisait rêver, et je lisais  avec ravissement au folio 5 "Guillaume de Digulleville chez Grâce" ;  Au  folio 12 survenait l' excommunication d’un cerisier. Puis la belle dame donnait au pèlerin son équipement: son bourdon, longuement décrit en termes allégoriques, sa besace, ses prières, son armure, son "gambeson" (un vêtement matelassé qui représente la Patience), son "haubergeon" (une armure de maille lui conférant la Force morale), le heaume de la Tempérance, la gorgière de la Sobriété, les gantelets de Continence, l'épée de Justice et son fourreau d'Humilité,  l'écharpe de la Loi aux douze clochettes etc... Il parvenait ensuite devant une Haie (la Pénitence) séparant deux voies : celle du Labeur à droite, et celle de l'Oisiveté à gauche. 

 Au folio 51v, l'enluminure est décrite ainsi : " Grace-dieu lui fait observer une  fourmi ". Selon Mandragore, on ne trouve cette illustration d'une leçon de morale entomologique que dans deux manuscrits, le Fr.829 et le Fr. 377. Je décidais de m'y intéresser, et de remettre à plus tard l'étude du papillon.

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Une fourmi allégorie de la Persévérance chez Guillaume de Digulleville.

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Les fourmis sont beaucoup plus rarement représentées sur les manuscrits médiévaux que les papillons, et la base Mandragore ne totalise, pour le département Estampes de la Bnf, que 54 légendes et 41 images ; si on ne considère que les manuscrits français (et non les 11 documents latins, les œuvres arabes, grecques, mexicaines, persanes et japonaises) il ne reste que 13 manuscrits. La plupart des illustrations sont des ornementations classées "flore, fourmi" , quatre illustrent une fable, l'une est une allégorie de la Prévoyance (Ms Fr. 1877 qui date de 1530) .

Les deux illustrations du Pèlerinage de Vie Humaine de Guillaume de Digulleville sont assez semblables : une femme couronnée, (Grace Dieu), montre de son index à un pèlerin (l'auteur), un monticule. Dans le Fr.829, qui date de 1400-1401,   une fourmi est bien visible en son sommet, et quelques points noirs peuvent témoigner des traces de son parcours. Grace Dieu (nimbée, jeune et belle, aux longs cheveux clairs, le ventre projeté en avant en conformité avec les canons de l'époque ) désigne la fourmi mais regarde son interlocuteur. Celui-ci est tonsuré (Guillaume de Digulleville était moine de l'abbaye cistercienne de Chaalis près de Senlis), il tient le bourdon, et porte la besace de son statut de pèlerin, et discute avec ardeur les propos qui lui sont adressés. Cette posture résume tout l'ouvrage, dans lequel l'auteur argumente sans concession les propositions du messager divin, qui tente de le mener vers la voie de la vie sainte et de le faire renoncer aux tentations et illusions d'une existence mondaine. 

Ici, c'est une leçon de persévérance qui lui est donnée, basée sur l'observation d'un insecte qui s'efforce de gravir un tas de sable. Ce sable s'éboule régulièrement et fait retomber l'insecte en l'aveuglant. Et régulièrement,"le" fourmi (le substantif est masculin en moyen français, jusqu'en 1680 selon CNRTL) repart à la conquête de la pente, jusqu'au moment où il réussit à atteindre le sommet.  

Le manuscrit Fr. 829 a été en possession de Jean de Berry (le commanditaire des Heures du duc de Berry par les frères Limbourg)  et porte l'ex-libris au feuillet de garde 1 : "Ce livre est au duc de Berry. JEHAN" : c'est un objet de grande valeur.  Chaque enluminure est encadrée par un filet bleu ou rouge, alternativement, et ce filet s'inscrit dans un cadre d'or bruni. Le fond est rouge, quadrillé par des traits d'or. Le sol, le tas de sable et son fourmi, le pèlerin et Grace Dieu sont dessinés à l'encre noire sur le velin blanc, mais les volumes sont rendus par des ombres grises selon la technique de la grisaille. La verticalité des personnages est accentuée par l'étroitesse relative de la  largeur des corps par rapport à leur hauteur, et par le rapport <1 de la taille du segment supérieur (tête et tronc) sur le segment inférieur (bassin et jambes). La direction des plis, et le bourdon accentue cette verticalité.

 

Français 829, Pèlerinage de vie humaine 1400-1410, folio 51v.

Français 829, Pèlerinage de vie humaine 1400-1410, folio 51v.

Je fus directement concerné par cet exemple d'opiniâtreté, puisque le texte de la deuxième version du Pèlerinage de Vie Humaine , le Livre du pèlerin de vie humaine (LPV) n'a été édité qu'en août 2015 par Philippe Maupeu aux éditions Lettres Gothiques Livre de Poche : j'ai cru qu'il n'existait aucune transcription en ligne du texte ; toutes les études critiques avaient porté sur la première version (d'abord éditée par Stürzinger en 1893). Comme je n'ai découvert que tardivement l'édition des Lettres Gothiques, j'ai —bêtement, c'est une leçon d'humilité— recopié / transcris le texte à partir des manuscrits en ligne. Au cinquième jour de mon travail, je trouvais...la version en ligne sur Google book du texte que j'avais transcris ! Révélant toutes mes erreurs ! Et l'adaptation en français moderne, me permettant de vérifier ma bonne compréhension du texte. Ah, merci le Fourmi, pour une leçon, c'en est une.

https://books.google.fr/books?id=MkhmCgAAQBAJ&pg=PA536&lpg=PA536&dq=suspediter&source=bl&ots=uwrJdUXWAW&sig=AbG5v9N9zArhEE61ttUOtnT7zug&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjep4XflpjLAhWFQBoKHb5GDxEQ6AEIJjAC#v=onepage&q=suspediter&f=false

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Ma tentative de transcription de l'épisode de la fourmi :

Elle s'appuie sur deux manuscrits, le Fr.829 et le Fr. 377 , et sur une édition imprimée par Antoine Vérard, le Pélerinage de l'Homme Bnf Res. Ye-24. :

—Fr.829 folio 51v :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84497167/f110.image

—Fr. 377 folio 42v

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90596276/f88.item

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Le folio 42v du Ms Fr. 377 et son enluminure :

http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Mandragore&O=10528613&E=90&I=35790&M=imageseule

 

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—Res. Ye-24 folio XL

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k722969/f84.item.zoom

 

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Je débuterai un peu en amont de l'enluminure, pour le plaisir du premier distique 

Chacun est fort sur son fumier

Et en sa terre se fait fier

Non pas que ce a ie te die

Pour toy mettre en fetardie

Quar se tu veulx sus son fumier

Se sien tu soes de leschequier

Tu li feras eschec et mat [eschat et mat Fr. 829]

Il a ni mettra tant de debat

Pou a boire et pou a mengier

Pou reposer bien travailler

Disciplines et battemens

Oroisons et gemissemens

Instrumens de penitance

Si ten feront droit et vengance

Il ten feront estre vinceur

Dueisse et ne veille a grant honneur

 

Et alons voir le sablon

Dont devant tay fait mention

Tu le vois bien, long il n'est pas

 

 

I. Description de la scène.

Grâce montre au  pèlerin une fourmi qui tente de gravir un tas de sable, mais elle retombe et est aveuglée par le sable. A force de répeter son effort, elle parvient au sommet.

 

 

Si parle le pelerin

La alasmes nous pas pour pas

Et me monstra tantost au doit

Un fourmi qui monter vouloit

En haut sur le tas de sablon

mais selon son entention

Et son vouloir pas ne faisoit

Car quant un pou monte estoit

Le sablon qui estoit coulant

Sec et menu et moliant

Sur yeulx et teste lui cheoit

Et ravaler ius le faisoit

Soutenoyes de nen vaincu

Nestoit le fourmi ius cheu

Car a ramper recommencoit

Et plus que devant sefforcoit

Maintes fois le vi cheoir ius

mais tant fist que tout au dessus

En la fin je le vi monter

Et la en droit se reposer

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II. Commentaire par Grâce.

Cette fourmi doit servir d'exemplaire (d'exemple moral) au pèlerin. La simple leçon de persévérance (recommencer plusieurs fois une tentative après un échec sans se décourager) est developpée dans un sens chrétien, dans lequel l'obstacle à vaincre est le corps (ton corps est de sablon un tas), qui n'hesiteras pas à faire chuter le moine . Le sable, en retombant, va aveugler son "entendement", sa volonté morale, car ce corps est "sablonneux et moliant", mou et dépourvu de fermeté. L'homme renversé par sa chute sera la proie des tentations.

 

Grace dieu

Or puez dist grace dieu veoir

La force de ton corps se voir

Et celle de toy tout aussi

A l exemplaire du fourmi

Sa chascune fois quest cheu

Vertueux ne se fust tenu

Enuis peust avoir recouvre

Destre iamais en hault monte

Sur lui fust tant sablon cheu

Quil eust manis de vertu.

Ton corps est de sablon un tas

Qui pour vray ne se faindra pas [[faindre : hésiter]]

Quant tu vouldois en hault monter

De toi faire bas reculer

Sus loeil de ton entendement

Pour toi aveugler prestement

Et toi ravaler au plus bas

Saches que tu le trouveras

Sablonneux et bon moliant

Et temptacions ravalant

Tant que se ne te tiens forment

Et ne resistes prestement

 

 

 

III. Recours à la fourmi biblique.

Pour appuyer son exemple, Grâce reprends à son compte une citation du Livre des Proverbes. Proverbes 6:6 vade ad formicam o piger et considera vias eius et disce sapientiam « Va vers la fourmi, paresseux ; regarde ses voies, et sois sage. Elle qui n'a ni chef, ni surveillant, ni gouverneur, elle prépare en été son pain, elle amasse pendant la moisson sa nourriture. Jusques à quand, paresseux, resteras-tu couché ? Quand te lèveras-tu de ton sommeil ? Un peu de sommeil, un peu d'assoupissement, un peu croiser les mains pour dormir… et ta pauvreté viendra comme un voyageur, et ton dénuement comme un homme armé » (Prov. 6 : 6-11). Cette référence est souligné dans l'édition Vérard par une note marginale : Exemplum de formica ascem bente in fabulo

Ce Livre est traditionnellement attribué à Salomon. L'auteur cite le passage (Vas ten paresceux au fourmi Dist le sage et aprens de li Afin que surpris tu ne soyes Sapience et ses voyes) et estime que Salomon avait médité sur le même tas de sable et la même fourmi grimpeuse.

 

Peril est que quant tu voudras

Si de legier ne montes pas

Vas ten paresceux au fourmi

Dist le sage et aprens de li

Afin que surpris tu ne soyes

Sapience et ses voyes

Bien avoit veu salomon 

En son temps ce tas de sablon

Et le fourmi qui y montoit.

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IV. Glose de Grâces.

La sainte femme développe la citation : le pèlerin ne doit lutter contre la paresse. Son corps est son ennemi. Dans le discours qu'elle emploie, elle oppose "toi" et "ton corps" comme deux entités ennemies. L'adepte doit apprendre à "dompter" le corps et le "suppéditer", ce joli mot de moyen français qui signifie aujourd'hui (suppéditer CNRTL)  "procurer, fournir en abondance" mais qui signifiait alors "fouler aux pieds", voire "maltraiter, réduire à l'obéissance, détruire". La violence du dualisme est patente, mais ce qui est remarquable, c'est le recours aux images didactique servant à la mémorisation. Le corps doit être dominé comme l'archange saint Michel terrassant le Malin, saint Georges terrassant le dragon ou la Vierge de l'Apocalypse foulant la Bête, avec ces images de la statuaire montrant le pied du saint personnage posé sur l'animal monstrueux.  

Elle trace un tableau du corps comme un être paresseux, négligen, sommeilleux, cherchant le repos, la fuite face à la difficulté, préoccupé de manger, de rester à table ou allongé, faisant lentement ce qu'il faut faire, et retors avec ça, vicieux, cherchant à flatter et à tromper son propriétaire.

De même que la fourmi cherche à monter et à se placer au dessus du sable, le chrétien doit chercher à s'élever et doit redouter la chute : dans les marges du texte de l'édition Vérard se trouve cette citation de l'épitre de saint Paul aux Corinthiens 10:12 ... si [quis se existimat scire aliquid nondum cognovit quemadmodum oporteat ... itaque] qui se existimat stare videat ne cadat; "Ainsi donc, que celui qui croit être debout fasse attention à ne pas tomber!" (Trad.Louis Segond).

Quant tels parolles il disoit

Si que ainsi gardes toy bien

Que paresceux ne soyes de rien

De ton ennemi corps dompter

Dessous toy et suppediter

de ses sablonneux temptemens

Et ennuyeux empeschemens

Et trespercier pour en hault monter

Et com victeur hault reposer

Et lors bien armer te pourras

Toutes les fois que tu voudras

Toutesfoyes tant ie te di

Que ne te fies point en li

Car souvent lauvas paresceux

Est negligent et someilleux

Longuement vouldra reposer

Et sur laultre coste tourneraient

Au mengier quant lauras assis

Tard se lievera enuis

Tost vouldra faire lentement

Pour toy livrer empeschement

Son point saura bien espier

Quant sera temps de toy flater

Et lors quant garde nen donras

 

V. Les conseils de Grâce.

Rester sur ses gardes, ne pas se fier au corps, car c'est le "mortel ennemi" du pèlerin, considérer l'existence comme un combat livré au corps avec les armes de la Foi et des vertus chrétiennes, tels sont les conseils de Grâce. On lit en marge du Res. Ye-24 : Accessum habemus ad deus per gratiam in qua stamus Romanorum V.Capitulo, "citation de l'épître de saint Paul aux Romains 5:2 ":  per quem et accessum habemus fide in gratiam istam in qua stamus et gloriamur in spe gloriae filiorum Dei "c'est aussi par son intermédiaire que nous avons accès par la foi à cette grâce, dans laquelle nous tenons ferme. " C'est bien-sûr les termes in qua stamus, qui sont requis pour illustrer l'importance de la verticalité, et du maintien d'une statique ferme dans la Foi.

Deceu tu ten trouveras

Si ques ie te lo bonnement

Que sur ta garde fermement

Te tiengnes sans fiance avoir

En lui car quant faiz son vouloir

Ou tout contre toy lenforcis

Et lui ministres les outils

Par lesquelx il te gueroye

Et te destourne de ta voye

Si que se bien mas entendu

Bien te puet estre congneu

Bien puet veoir que cest celui

Quest ton mortel ennemi

Or ten vas car temps est daler

Et de toy quant vouldras armer

Ie tay convoye longuement

Et assez tenu parlement.

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Autres commentaires marginaux  de l'édition de Vérard

— Legitimus formica grana perforat ne germinet. Unde formica non solum dicitur ferens picas sed et ectam forans micas.

Allusion à la tradition selon laquelle les fourmis percent les grains pour les empêcher de germer.

—  Vade ad formicio piger et disce sapientia proverbiorum. VI.ca

Rappel abrégé du verset du Livre des Proverbes 6:6 "Va vers la fourmi toi qui est paresseux et sois sage."

— Nihil ergo nunc damnasionis est his qui sunt in christo iesu qui non secundum carnem ambulent. IC Romanorum VIII. capite.

: Épitre de saint Paul aux Romains 8:1 : "Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ." [2 En effet, la loi de l'esprit de vie en Jésus Christ m'a affranchi de la loi du péché et de la mort.]

—  Maledictus homo qui confidit in homine, et ponit carnem brachium suum et a Domino recedit cor eius Hieremei XVII.ca

Jérémie chapitre 17 : "Maudit est l'homme qui met sa confiance en l'homme, qui se fait un bras de la chair, et dont le cœur se retire du Seigneur."

— Nolite confidere in verbis mendacii Hieremie. VII.ca. 

Jérémie 7:4 :  "Cessez de vous fier à ces paroles trompeuses: " 

— Non secundum carnem ambulamus sed secundum Spiritum /et/ nam prudentia carnis mors prudentia autem Spiritus vita et pax quoniam sapientia carnis inimicitia est in Deo. paulus ad romanos VII.

Romains 7:4-7 [et cela afin que la justice de la loi fût accomplie en nous, qui marchons,] non selon la chair, mais selon l'esprit.[ Ceux, en effet, qui vivent selon la chair, s'affectionnent aux choses de la chair, tandis que ceux qui vivent selon l'esprit s'affectionnent aux choses de l'esprit.] 6 Et l'affection de la chair, c'est la mort, tandis que l'affection de l'esprit, c'est la vie et la paix; 7 car l'affection de la chair est inimitié contre Dieu, parce qu'elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, et qu'elle ne le peut même pas.

 

 

 

 

 



 

 

 

DISCUSSION

En 1993, A. de Wolf dénombrait 53 personnifications et 60 réifications dans le pèlerinage de la Vie Humaine, et , pour définir le terme de "personnalification", cite Paul Zumthor : "l'Allégorie transforme un nom commun désignant quelque espèce naturelle ou rationnelle, en un nom autodéterminé qui renvoie, à la manière d'un prénom, au sujet d'actions réelles". Allégories ou personnifications ? L'article Wikipédia tente de distinguer les deux : "La personnification est une figure de style qui consiste à attribuer des propriétés humaines à un animal ou à une chose inanimée (objet concret ou abstraction) que l'on fait vouloir, parler, agir, à qui l'on s'adresse. L'allégorie également, souvent employée en concurrence avec la personnification, procède à partir d'une métaphore. On la distingue néanmoins de cette dernière par la nature du comparé ; dans l'allégorie le comparé est une notion abstraite (la Mort par exemple), prise de manière générale ou universelle. La personnification s'applique elle à donner vie à un animé non humain ou à un objet concret. l'allégorie suppose à la fois la personnification de réalités abstraites et le recours à une métaphore prolongée.". 

On peut simplifier en considérant que l'action de donner des noms propres aux vertus et aux vices est une personnification, comme Grace Dieu, Raison, Nature, Charité ou Pénitence, Mémoire et Rude entendement, Labour et Oiseuse, etc..

 

La réification (du latin res, chose) consiste à transformer ou à transposer une abstraction en un objet concret, à appréhender un concept comme une chose concrète. Le terme est aussi employé à propos des personnes vivantes.

Dans le Pèlerinage de Vie Humaine, la double roue de Sensualité du folio 61v (Fr 829) relève donc de ce procédé, bien que le papillon qui y est posé vienne compliquer les choses.

Mais quel statut donner à la Fourmi de Guillaume de Digulleville ? Elle n'est pas seulement le nom propre donnée à la persévérance, car la vertu qu'elle illustre est liée à l'action qui est mise en scène autour du tas de sable. Elle est l'héroïne d'une petite fable, et, en même temps, elle joue le rôle de le Fourmi de Salomon.

La Fourmi est depuis l'antiquité un exemple de travail, de prévoyance . Il est remarquable de constater que dans le texte du Pèlerinage, où le corps de l'homme est dévalorisé et suspect, l'animal ne partage pas ce sort, mais sert au contraire d'exemple de haute vertu, que ce soit, ici, la fourmi, ou, plus tard, le papillon.

Au  XIIIe siècle voit se multiplier les oeuvres de «vulgarisation", comme les lapidaires  ou les bestiaires, qui  se veulent des ouvrages de «sciences naturelles». En fait, les bestiaires, inspirés du Physiologus, composé en grec au IIe siècle après J. C., comme  De animalibus d'Albert le Grand, Speculum naturale de Vincent de Beauvais, De Bestiis et aliis rebus, attribué à Hugues de Saint-Victor) décrivent la «nature» des animaux réels ou imaginaires (phénix, licorne) en fonction des interprétations morales et religieuses. Le Bestiaire divin (1210), le plus long des bestiaires français en vers, dû à Guillaume le Clerc, atteste par son nom même l'insistance sur le symbolisme religieux. Tous les bestiaires portent la marque d'une vision du monde selon laquelle la nature, «livre de Dieu», peut se lire aussi sur le mode symbolique, et se  fondent  sur un système de «concordances» entre le monde des «semblances» et celui des «senefiances». 

 Guillaume le Clerc  écrit 5 pages à propos de la fourmi (p.219-223); je n'en donnerai que le début  :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8979h/f223.image

 

 

XI. DE FORHI.

Salemon dit au perecous

Que , se il veut estre rescous ,

De mauvestie et de perece ,

Si prenge garde a la proece

Del formi , qui tant est petiz.

Sages et prouz est li formi ;

Si se porveit el tens d'este,

Si qu'en yver a a plente ;

Et nul autre beste nel fet.

Quant il issent de lor recet,

Si vont moult ordeneement

L'un avant l'autre belement ,

Tant qu'il vienent au ble meur ,

La ou il est forme et dur ;

Et quant il sunt venu au grein ,

( De ce seiez trestuit certein ) ,

Par l'oudor del cbaume desoz ,

Savent quenoistre, tant sunt proz,

Se c'est orge , segle ou aveine.

Tôt par lor nature demaine

875 Les guerpissent, et avant vont,

Tant que au forment venu sont. (*)

Donc montent amont a l'espi.

Quant se sunt charchie et garni ,

A lor recet tornent arrière

Par une meisme chariere ;

Trestote jor vienent et vont.

(*) on notera que ce vers est cité presque textuellement par Guillaume de Digulleville dans l'extrait ci-dessus.  

« Les fourmis marchent en ordre; elles distinguent à l'odeur la nature du blé ; elles amassent des provisions pour l'hiver ; toutes, sans exception, travaillent ; elles fendent en deux les grains pour les empêcher de germer. » « Le devoir des chrétiens est de diviser le bon grain que leur offre l'Évangile; qu'ils ne s'attachent pas à la lettre qui tue , mais à l'esprit qui vivifie. » 

C. Hippeau, qui édite ce Bestiaire divin en 1852-1857, fait ces observations :

« Fade ad formicam o piger et meditare eam quae quum sit viribus infirmior, multum per œstatem frumentum reponit » C'est ainsi que Salomon, avant Élien et Horace (« Parvula nam exemplo est magni formica laboris. »), avait proposé à l'homme pour modèle ce petit animal , que l'antiquité tout entière a considéré comme le symbole de l'intelligence et du travail (Il ne faut pas tirer son nom, comme le fait saint Isidore, de ferre micas; mais bien du mot grec altéré par une simple permutation de consonnes. Son nom signifie prévoyance. L'habitude où elle est de partager les grains en deux parties est peut-être la cause de celui de nemalà (du verbe namal. couper) , que lui donnent les Hébreux ; de même que la finesse étonnante de son odorat lui avait fait donner par les Cbaldéens celui de sumsemana ).

Les propriétés dont parle ici Guillaume, sont celles qu'avait déjà notées l'auteur du Physiologus « Quand les fourmis qui sont chargées reviennent vers leurs retraites, dit-il, celles qui les rencontrent ne leur demandent point à partager leurs provisions ; elles vont droit au lieu où elles pourront s'en procurer elles-mêmes. » Et il complète la leçon , comme le fait Guillaume , au moyen de l'apologue des Vierges folles et des Vierges sages ( Saint Mathieu , chap. xx3) . Il veut aussi que le chrétien distingue les bonnes doctrines des mauvaises, à l'exemple de la fourmi qui ne confond point le froment avec l'orge. La précaution que prend la fourmi de diviser en deux les grains qu'elle a entassés dans ses greniers pour les mieux conserver , avait déjà donné lieu aux mêmes observations sur la distinction que le chrétien doit établir entre la lettre et l' esprit des Saintes-Écritures (Saint Augustio, De spiritu atque liiiera , ad Marcellinum ; saint Irénée, liv. IV , chap. 29 ; Tertallien , Contra Marcionem , lib. II.). Les auteurs mystiques ne pouvaient laisser échapper cette occasion de développer leur thèse favorite.

Il nous faudrait citer tous les naturalistes et presque tous les écrivains anciens , si nous voulions recueillir les textes qui ont pu servir d'autorités à nos Bestiaires. Les commentaires sur les paroles de Salomon formeraient un volume. II, n'est pas un seul des orateurs sacrés qui n'ait saisi l'occasion de célébrer la sagesse et l'activité de ce petit peuple, qui, ainsi que le dit l'auteur des Proverbes se livre à ses travaux sans avoir besoin d'être soumis à l'autorité d'un chef (3). Ce n'est pas seulement l'instinct que Cicéron accorde aux fourmis : elles sont douées, selon lui, de mémoire, d'intelligence et de raison. Plutarque trouve en elles toutes les vertus réunies (a Nu'.Ium natara maiimarum pulcherrimarumque reruro tam angustum habet spéculum ; sed , ut in pura gntlula , omnium In iii virtutum est imago. » Plutarc., De instinciu animalium. ). C'était l'opinion des Égyptiens.  Quand ils veulent écrire le mot connaissance, ils dessinent une fourmi, dit Horus. Les fourmis sont douées d'un sens divinatoire, ajoutent les écrivains arabes , qui se plaisent à célébrer les merveilles de leurs demeures souterraines.

Ce n'est qu'avec une sage mesure que nos auteurs ont puisé aux sources orientales. Ils leur ont cependant emprunté le conte narré assez longuement par Guillaume, de fourmis chercheuses d'or, ayant la taille d'un chien, dont avaient parlé déjà Hérodote , Solin , Pline et Strabon , et qui figurent dans les récits merveilleux qu'Arrien avait empruntés à Mégasthènes. "

RETOUR A L'ENLUMINURE.

Les travaux de Philippe Maupeu permettent de comprendre toute l'importance de l'illustration, au delà de sa valeur décorative. Cet auteur souligne sa fonction plastique et rythmique (alternance des couleurs bleu et rouge d'une vignette à l'autre) ; sa fonction structurante permettant de repèrer les récits et épisodes en l'absence de chapitres et de tables de matières ; sa fonction herméneutique modifiant parfois l'interprétation donnée au texte ; sa fonction poétique "donnant corps à l'univers fictionnel, à ses figures et à ses lieux".

Mais c'est surtout la fonction didactique qu'il excelle à argumenter : "l'image, dans la tradition des arts de mémoire antiques et médiévaux, est le support d'une mémorisation efficace de la lettre du texte et de sa signification allégorique".

Cela me paraît parfaitement le cas pour ce qui concerne notre courageuse fourmi. J'ai déjà oublié l'exactitude littérale des lignes que j'ai pourtant soigneusement recopiées, relues, comparées d'un manuscrit à l'autre. Mais le tas de sable, la fourmi qui en a atteint le sommet, et les deux personnages qui l'observent se sont gravés durablement dans ma mémoire, et le pouvoir d'évocation de l'image me fera retrouver le verset de Salomon "Va vers la fourmi, paresseux ; regarde ses voies, et sois sage",  il me fera penser au sable déboulant et aveuglant "les yeux de l'entendement" du pélerin, il me fera peut-être retrouver le mot que j'ai savouré aujourd'hui, ce "suppediter" que je consulte à nouveau avec gourmandise dans le dictionnaire de Godefroy  et dans le DMF de l'ATILF.

Car la fourmi de Digulleville n'est pas seulement une Allégorie de la Persévérance, une statue personnalisée et identifiable d'une Vertu placée dans le Théâtre de la Mémoire, c'est un personnage de ce Théâtre, qui y a tenu son rôle, est tombé vingt fois, a secoué vingt fois le sable de ses yeux, s'est remis vingt fois en route, et a triomphé la vingt-et-unième fois. C'est ce petit film d'animation, figé à sa dernière image, qui aura valeur allégorique, et non les seuls lettres du mot FOURMI. Je l'ai intériorisé , il se déroulera lorsque je verrai une fourmilière, lorsque je découperai un morceau de formica, que j'utiliserai de l'acide formique ou une préparation homéopathique de Formica rufa 5CH pour ma cystite ou mes rhumatismes, ou lorsque, tout bêtement, j'aurai des fourmis dans les jambes. Elle s'est installée, grâce à l'enluminure faite pour Jean de Berry, dans le Bestiaire de mon cœur.

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La Fourmi, Bestiaire divin de Guillaume Le Clerc, Bnf Fr. 14970 (XIVe siècle), base Mandragore.

La Fourmi, Bestiaire divin de Guillaume Le Clerc, Bnf Fr. 14970 (XIVe siècle), base Mandragore.

SOURCES ET LIENS.

Guillaume de DIGULLEVILLE.

– Notice du Mss Français 829 : http://www.europeana.eu/portal/record/92099/BibliographicResource_1000157170691.html

--Version imprimée par Vérard :  Le Pélerinage de l'homme, ed. Antoine Vérard, 1511 . Bnf Res Ye-24. L'épisode de la fourmi débute à la page XL (vue 84/217 sur Gallica)

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k722969 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k722969/f84.item.zoom

STÜRZINGER , Jakob J. (ed.) 1893,  Le pèlerinage de la vie humaine; edited by J. J. Stürzinger. London: Printed for the Roxburghe Club [by] Nichols & Sons. 

— A modern prose translation of the ancient poem of Guillaume de Guileville entitled, The pylgrymage of man; 1859 A popular version by "Miss Katherine Isabella Cust" [afterwards Mrs. William Goode?] cf. Brit. mus. Catalogue of romances, v. 2, p. 563; Early Eng. texts soc., extra ser., LXXVII (1899) pt. 1, p. 5Topic: Bunyan, John, 1628-1688 

https://archive.org/details/modernprosetrans00guil

— DELACOTTE (Joseph), 1932 « Guillaume de Digulleville, poète normand. Trois romans-poèmes du xive siècle. Les pèlerinages et la divine comédie », Desclée de Brouwer et Cie, Paris, 1932, 286 pp.

Duval, Frédéric et Pomel, Fabienne (sous la direction de) « Guillaume de Digulleville. Les pèlerinages allégoriques. Actes du colloque international de Cerisy La Salle ». Presses universitaires de Rennes, 2008, 489 pp.

GUILLAUME , Clerc de Normandie Le bestiaire divin de Guillaume Clerc de Normandie,trouvère du XIIIe siècle publié d'après les manuscrits de la Bibliothèque Nationale (Reprod. en fac-sim.) / avec une introd. sur les bestiaires, volucraires et lapidaires du Moyen-âge considérés dans leurs rapports avec la symbolique chrétienne par C. Hippeau page 110

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8979h/f114.image

https://archive.org/stream/lebestiairedivi00hippgoog/lebestiairedivi00hippgoog_djvu.txt

 

MAUPEU (Philippe) 2009 Pèlerins de vie humaine. Autobiographie et allégorie narrative, de Guillaume de Deguileville à Octovien de Saint-Gelais, Paris, Champion (« Nouvelle bibliothèque du Moyen Âge » 115), 2009, 696p.

https://crm.revues.org/12772

MAUPEU (Philippe)  Thèse de doctorat, 2005 : Pèlerins de vie humaine. Autobiographie et allégorie, de Guillaume de Digulleville à Octovien de Saint-Gelais, dir. N. Dauvois, Toulouse-le Mirail.

FARAL , Edmond « Guillaume de Digulleville, moine de Chaalis ». Histoire littéraire de la France, Imprimerie nationale, Paris, 1962, tome 39, pp. 1-132.

STUMPF, Béatrice (2006) « Le moyen français clut et ses dérivés dans le Pèlerinage de vie humaine de Guillaume de Digulleville, un régionalisme? », Revue de Linguistique romane, vol. 70, 2006, pp. 181-208.

STUMPF, Béatrice (2008) « Étude de quelques régionalismes lexicaux dans les Pèlerinages de Guillaume de Digulleville », in Duval & Pomel, eds. (2008), pp. 253-280. Reproduitpp. 1381-1408 in Stumpf (2009).

STUMPF, Béatrice (2009) « Lexicographie et lexicologie historique du Français ». Thèse de doctorat sur travaux présentée par Béatrice Stumpf, Université de Nancy 2, 2009, 1 408 p.

https://halshs.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/502081/filename/TheseBS.pdf

DOUDET (Estelle) 2008, « Guillaume de Digulleville. Les pèlerinages allégoriques, éd. Frédéric Duval et Fabienne Pomel », Cahiers de recherches médiévales et humanistes [En ligne], 2008, mis en ligne le 27 janvier 2009, consulté le 27 février 2016. URL : http://crm.revues.org/11353

— DE WOLF ( Anouk), 1993, Pratique de la personnification chez Guillaume de Digulleville et Philippe de MézièresÉcriture et mode de pensée au moyen âge (8e-15e siècle) / Boutet, D. [edit.]Paris : Presses de l'École normale supérieure, 1993 p. 125-147

 

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Rhopalocères.
13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 21:00

La mort de Corot et la mort de Bergotte.

Suite de mes réflexions sur le petit pan de mur jaune de Proust.

Voir aussi :

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CET ARTICLE EST LE MILLIÈME DE CE BLOG : je ne pouvais souhaiter mieux pour cet événement que d'accueillir la participation spéciale de Marcel Proust et de Jean-Baptise Corot.

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Résumé :

Pour décrire la mort de Bergotte, l'écrivain à succès d'A la Recherche du temps perdu, dans le tome V paru à titre posthume en 1923, Proust, dans une anticipation de sa propre mort, s'est inspiré de la description de la maladie digestive qui a emporté Corot , dans la biographie qui accompagne le Catalogue des œuvres de Corot (1905). Les déclarations de Corot recueillies par Alfred Robaut, "Il me semble que je n'ai jamais su faire un ciel ! Ce que j'ai devant moi est bien plus rose, plus profond, plus transparent ! " me semble une source évidente pour la fameuse pensée de Bergotte : "C'est ainsi que j'aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune."

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Depuis que j'ai écrit Pan, pan, pan, pan : ce que contient le précieux petit pan de mur jaune de Proust. sur les sept occurrences du petit pan de mur dans La Recherche, ce fameux petit pan me trotte dans la tête.

Repensant à l'œuvre de Corot (Jean-Baptiste Camille Corot, 1796-1875), et à ses peintures architecturales qui se sont toujours montrées spontanément à mon esprit lorsque je prononce le formule magique du petit pan de mur jaune, j'ai ré-emprunté à ma bibliothèque quelques ouvrages sur le peintre, et j'ai testé sur le moteur de recherche le résultat de l'association "Proust Corot" ou de "pan de mur Corot".

Le premier bénéfice de ce divertissement a été de renforcer ma conviction : Ces murs que Corot choisit de peindre, à Rome ou Volterra, à Chartres ou ailleurs, frappés par les premiers rayons matinaux du soleil sont, j'en suis sûr, je les reconnais avec le cœur, des "petits pans de murs jaunes" parfaitement proustiens.

Swann ne collectionnait-il pas les Corot ? 

"Elles furent plus intéressées quand la veille du jour où Swann devait venir dîner, et leur avait personnellement envoyé une caisse de vin d'Asti, ma tante, tenant un numéro du Figaro où à côté du nom d'un tableau qui était à une Exposition de Corot, il y avait ces mots : « de la collection de M. Charles Swann », nous dit : « Vous avez vu que Swann a « les honneurs » du Figaro ? » – « Mais je vous ai toujours dit qu'il avait beaucoup de goût », dit ma grand'mère. "

"[...] tante Flora, pour montrer qu'elle avait lu la phrase sur le Corot de Swann dans le Figaro. "

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La grand'mère n'avait-elle pas aussi "beaucoup de goût" ?

"Elle essayait de ruser et, sinon d'éliminer entièrement la banalité commerciale, du moins de la réduire, d'y substituer, pour la plus grande partie, de l'art encore, d'y introduire comme plusieurs « épaisseurs » d'art : au lieu de photographies de la Cathédrale de Chartres, des Grandes Eaux de Saint-Cloud, du Vésuve, elle se renseignait auprès de Swann si quelque grand peintre ne les avait pas représentés, et préférait me donner des photographies de la Cathédrale de Chartres par Corot, des Grandes Eaux de Saint-Cloud par Hubert Robert, du Vésuve par Turner, ce qui faisait un degré d'art de plus. "

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Proust n'avait-il pas, dans sa préface aux Propos sur les peintres, de David à Degas de Jacques-Emile Blanche (Paris, 1919), choisi de citer des passages dans lesquels Blanche décrivait "certaines fabriques de Corot sous un divin ciel bleu d'août qui éclaire d'un éternel rayon le cabinet dans lequel j'écris ces lignes" ?

Les "Fabriques", ce sont deux toiles, Soissons, maison d'habitation et fabrique de M.Henry, et Soissons fabrique de M. Henry.

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Car qu'est-ce-qu'un "pan de mur" ? Une façade. Et que montre Corot, sinon des façades, ou plutôt le jeu d'un soleil bas sur les couleurs et les volumes ?

Corot n'est-il pas l'un des (nombreux) modèles d'Elstir ?

Marcel Proust n'a-t-il pas écrit en 1899 un chapitre de Jean Santeuil intitulé "Un amateur de peinture. Monet-Sisley-Corot" ?  

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Petit pan de mur

 

Corot, Soissons, maison d'habitation et fabrique de M.Henry

Corot, Soissons, maison d'habitation et fabrique de M.Henry

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Petit pan de mur, petit pan de mur avec un auvent...

 

Corot

Corot

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Petit pan de mur, petit pan de mur, petit pan de mur jaune petit pan de mur avec un auvent...

Corot, Genève

Corot, Genève

Le petit pan se martele comme le boléro de Ravel : 

Pan de mur, pan de mur, petit pan de mur, petit pan de mur, petit pan de mur jaune petit pan de mur avec un auvent...

La mort de Corot et la mort de Bergotte .

Petepedemeje, petepedemeje, petitpapademamanjau, patapadamaja, pitipidimiji, puituipuiduimuijuif poitoipoidoimoi, rendre-ma phrase-en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune ce petit pan si bien peint en jaune peint en jaune peint en jaune. en jaune. 

Corot, la femme à la perle, détail.

Corot, la femme à la perle, détail.

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pommes de terre pas assez cuites, pommes de terre pas cuite, pommes de pommes de pommes de terre pas cuite en jaune

 

La mort de Corot et la mort de Bergotte .

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Corot, La Cathédrale de Chartres.

Corot, La Cathédrale de Chartres.

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pan de mur pan de mur pan de mur pan de

chemise

jaune

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Corot, autoportrait

Corot, autoportrait

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Parme Pontorson Pont-Aven Paris Temps Pan Pan Pan Mer Mer Mer petit pont de mer jean petit papa mère jeanne Proust jeanne jeune j'en sans tœil jaune .

 

Corot.

Corot.

J'en étais là de mes rêveries, feuilletant les livres d'art sur Corot en laissant mon imagination tisser les façades d'une Maison aux environs d'Orléans, de l'Île de San Bartolomeo, de la Vasque de la Villa Médicis, d'une Vue de Gêne, d'un Pont sur la Saône à Macon, lorsque, atteignant les derniers chapitres, je lus la description des derniers jours de Corot frappé d'une maladie digestive (un cancer de l'estomac) , et je lus cette phrase du peintre:  "Il me semble, dit-il, que je n'ai jamais su faire un ciel." (Camille Corot: un rêveur solitaire, 1796-1875 ,Jean Selz - 1996).

Bien sûr, tout lecteur de la Recherche pense aussitôt à la mort de Bergotte, et au moment où, devant le petit pan de mur de la Vue de Delft de Ver Meer, ce dernier est illuminé par une évidence esthétique : 

« C'est ainsi que j'aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune. » Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l'un des plateaux, sa propre vie, tandis que l'autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu'il avait imprudemment donné le premier pour le second. 

J'ai voulu en savoir plus. La déclaration de Corot était rapporté par un ouvrage de Gaëtan Picon Admirable tremblement du temps, Genève, Skira, 1970, page 24. Ce dernier me mena à la source véritable, la biographie de Corot par Moreau-Nélaton : L'oeuvre de Corot : catalogue raisonné et illustré. Précédé de L'histoire de Corot et de ses oeuvres. Tome 1  par Alfred Robaut et par Étienne Moreau-Nélaton . Paris, Floury, 1905.  Par chance, le texte était numérisé sur Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6515426v/f338.image.r=mort

La scène se passe dans l'atelier du 56 de la rue du Faubourg-Poissonnière (alors nommée Rue de Paradis-Poissonnière, Paris 10e) installé depuis 1853 et où il avait pris l'habitude de dormir et de recevoir ses amis.

Fond Château de Versailles et de Trianon.

 

Source image http://www.parisrevolutionnaire.com/spip.php?article277

 

Le 6 janvier, Corot se déclare dans une lettre "souffrant depuis deux mois", mais bien décidé à en tirer profit : "Courage, et mettons de tout ça dans nos peintures".  Puis Moreau-Nélaton retranscrit les notes prises par Alfred Robaut. Le peintre est clairement conscient de la sévérité du pronostic de sa maladie. Un régime "au lait de vache seul" —2 litres par jour—  ; le 28 janvier, le docteur Cambay (sic) "opère une ponction". 

"Vendredi 29 janvier 1875. M. Corot, étendu sur son lit, cause avec moi. « Vous n'avez pas idée de ce que je vois à faire de nouveau. J'aperçois des choses que je n'ai jamais vues. Il me semble que je n'ai jamais su faire un ciel ! Ce que j'ai devant moi est bien plus rose, plus profond, plus transparent ! Ah, que je voudrais vous montrer ces immenses horizons" Et, les yeux en l'air, il se passe l'index sur le front. "

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Le décès survient le lundi 22 février à 11heures.

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Alfred Robaut prend le 23 février deux croquis de la chambre mortuaire, aux murs couverts de tableaux . Les obsèques sont célébrées à l'église Saint-Eugène. "Après la messe, le char funèbre a pris le chemin du cimetière de l'Est, suivi par la même foule. Quatre paysagistes tenaient les cordons du poèle : MM. Jules Dupré, Oudinot, Lavieille et Karl Daubigny. Ce dernier remplaçait son père malade. M. de Chennevières, directeur des Beaux-arts, a prononcé sur la tombe d'éloquentes et nobles paroles" (p. 329).

Jean-Baptiste Corot est enterré au cimetière du Père-Lachaise, 24e division, près des tombes de Karl Daubigny et d'Honoré Daumier. La tombe de Marcel Proust (décédé le 18 novembre 1922) se trouve dans la 85è division.

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http://www.landrucimetieres.fr/spip/spip.php?article940

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Admirateur de Ruskin, traducteur de la Bible d'Amiens, auteur dans le Figaro du 16 août 1904 d'un article sur La mort des cathédrales,  Proust avait de bonnes raisons de s'intéresser à un écrivain tel qu'Étienne Moreau-Nélaton (1859-1927), l'auteur de Les églises de chez nous, 3 vol., 1913-1914, de La Cathédrale de Reims, 1915, et d'un essai sur la cathédrale de Soissons. D'autant qu'il partageait avec cet auteur la passion pour les peintres, et qu'il ne pouvait être indifférent à l'auteur de Histoire de Corot et de ses œuvres, d'après les documents recueillis par Alfred Robaut, 1905, Corot, biographie critique, 1913, Le Roman de Corot, 1914, mais aussi Delacroix raconté par lui-même, étude biographique d'après ses lettres, son journal, etc., 2 vol., 1916, Jongkind raconté par lui-même, 1918, Millet raconté par lui-même, 3 vol., 1921. 

Mais c'est le graveur et dessinateur Alfred Robaut (1830-1909) qui s'exprime, et qui est l'auteur du récit,  Moreau-Nélaton étant celui qui a poursuivi la publication du Catalogue entrepris par Robaut. 

Bergotte, Corot et Near Death Experience ?

Je suis alors incité à m'interroger sur la nature de la "vision", de l'"illumination", de l'"hallucination" , bref sur l'experience esthétique, onirique et visuelle vécue par Corot trois semaines avant sa mort.  Nous sommes presque fondés à la considérer comme une manifestation d'un état cérébral modifié, soit par l'anoxie (c'est le mécanisme suspecté pour les "Expériences de Mort Imminente") soit par la fièvre ou par la douleur, soit par trouble nutritionnel, etc.. Dans le cas des expériences de mort imminente E.M.I , le témoignage d'une perception lumineuse particulièrement apaisante voire mystique est fréquent.

Dans le cas de Corot, il est certain que lorsqu'il décrit  des choses qu'il n'a jamais vues, bien plus rose, plus profond, plus transparent , d' immenses horizons... il décrit une vision intérieure, et non des objets peints sur son plafond !

Si on applique cette expérience au cas de Bergotte, cela devrait nous inciter à réaliser que le "petit pan de mur jaune" ne doit pas être recherché (comme cela l'a été, en vain, par des générations de spécialistes) sur la Vue de Delft de Vermeer, où il ne se trouve pas, mais qu'il témoigne d'une vision intérieure de Bergotte. La phrase qui suit peut nous en convaincre : "Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l'un des plateaux, sa propre vie, tandis que l'autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune." L'écrivain voit se dérouler le film instantané de son passé, film qui apparaît "sur une balance" (comme celle du Jugement Dernier) c'est à dire qu'il soumet son existence à un examen de vie. Ce dernier est le 6ème critère du Weighted core experience index de Kenneth Ring pour valider une E.M.I. Dans le cas de Corot, ce jugement existentiel correspond à la phrase : "il me semble que je n'ai jamais su faire un ciel".

Note : Je ne cautionne bien-sûr ici aucune croyance ésotérique ou religieuse et je me fonde seulement sur les travaux des psychologues, tels qu'ils sont rapportés dans l'article Wikipédia sur ces expériences nommées EMI ou NDE.

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Je peux m'arrêter là, car le parallèle entre les deux scènes et les deux sentiments esthétiques me semble éloquent. Si besoin, on lira le chapitre XIII Les derniers jours et la mort (31 décembre 1874-22 février 1875) de Rodaut et Moreau-Nélaton en parallèle de la Mort de Bergotte, ou bien on le lira en se mettant à la place du lecteur Marcel Proust. Car je parie maintenant qu'il a lu ce récit, et, comme chacun de nous tend à le faire, qu'il a anticipé sa propre mort.

Mort à jamais ?

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SOURCES ET LIENS.

COMPAGNON (Antoine), Proust au musée, 

https://www.college-de-france.fr/media/antoine-compagnon/UPL18804_13_A.Compagnon_Proust_au_mus_e.pdf

KATO (Yashué),2000 "Elstir et Corot, la préface de Proust aux Propos de peintre de Jacques-Émile Blanche" in Proust et les peintres, publié par Sophie Berto,  page 49

MILLY (Jean), 1974, "Sur quelques noms proustiens"  Littérature  Année 1974  Volume 14  Numéro 2  pp. 65-82

MOREAU-NÉLATON (Etienne), 1905,  L'oeuvre de Corot : catalogue raisonné et illustré. Précédé de L'histoire de Corot et de ses oeuvres. Tome 1 avec Alfred Robaut , Paris, Floury, 1905 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6515426v/f338.image.r=mort

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Published by jean-yves cordier - dans Proust

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Théraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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