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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 19:51

 

     La chapelle de Saint-Julien à Camaret,

           en Presqu'île de Crozon.

        Elle est située dans le hameau de Lannilien, toponyme où on peut deviner un Lann Sulien. En effet, son nom de Saint-Julien n'est que la transformation d'un ancien Saint-Sulien, Sant Sulian, répondant à la préoccupation de l' Église, notamment après le Concile de Trente, de voir disparaître les saints locaux au profit de ceux du calendrier romain. On en voit un autre exemple à Crozon avec la chapelle saint Drigent, rebaptisée Saint-Philibert.

  Que sait-on de ce saint Sulian ? Qu'il était un moine gallois du VIe siècle qui  évangélisa le pays de Galles et l'Armorique. Ce que l'on sait de mieux, c'est la liste de tous les noms sous lesquels il se déguise pour donner naissance à des toponymes et à des paroisses, comme "Saint Tyssilio" au pays de Galles, et chez nous saint Suliac, Sulliac, Séliac, Suliau, Sant Sula, Plussulien. L'un de ses tours de force —je ne parlerai pas de miracle— est de rentrer dans la composition du plus long nom de ville d'Europe, riche de 58 caractères et que, l'ayant appris par cœur, le Pr. Lavieb vous révèle aujourd'hui : Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch, comme ça se prononce. Si il vous laisse deviner le nom des habitants de cette commune galloise, c'est pour le Pr. Lavieb un jeu d'enfant de vous en donner la traduction : " l'église de sainte Marie dans le creux du noisetier blanc près d'un tourbillon rapide et l'église de saint Tysilio près de la grotte rouge".

 

  A Lannilien (mais n'en parlez-pas aux Suliaçais et Suliaçaises, des Plussulianaises et Plussulianais), on aime à penser que c'est ici que saint Sulian installa son ermitage, au bord du ruisseau, qu'il passa là de longs jours paisibles en prières et macérations, tout en faisant moult miracles, et que la chapelle fut construite sur le périmètre de sa cellule et de son jardinet.

  L'édifice actuel doit dater du XVIIe siècle, si on en juge sur son portail aux pilastres cannelés. Son clocher a été remanié, car la solide base carrée de sa tour ne s'accorde pas à son couronnement. Certains ont lu, dans les inscriptions de cette tour, la date de 1762, et d'autres, de 1666.

Cette chapelle traduit, par son clocher rectangulaire et son portail aux pilastres sommairement cannelés, l'introduction du style classique dans l'architecture du XVIIe siècle. Pendant la Révolution, jusqu'au 6 février 1792, la chapelle sert de refuge aux prêtres réfractaires. Dégradée en corps de garde le 10 févier 1793, elle perd alors sa cloche qui est fondue. Elle est réouverte au culte en 1805 . Dépendant à l'origine de la paroisse de Crozon, elle est finalement rattachée à celle de Camaret-sur-Mer en 1909 après un référendum des habitants.

 

 

 

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      La croix en granit de Tréganna (Locmaria-Plouzané) date du haut Moyen-Âge. Haute de 1,60m, à la base évasée, elle a longtemps servi à traverser, intégrée dans la maçonnerie du pont, un petit ruisseau voisin, et les habitants ont fini par en user le fût qui, au verso, en garde une large marque. Redécouverte, elle a été redressée en 1964. Elle ressemble beaucoup à une autre croix (n°179 de l'Atlas des Croix et Calvaires du Finistère) qui est érigé à Camaret au lieu-dit Croas-Very, sur l'ancienne limite du prieuré de Daoulas.

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On discerne plusieurs inscriptions sur le coté sud de la souche de clocher, en haut des quatorze marches. La pierre la plus haute porte les deux lettres T.P.

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 Un peu plus bas, la première ligne semble avoir été martelée. Je devine plus que je ne lis  TANG HR . Au dessous, chacun lit clairement MATHVRI.

 La pierre suivante porte F (François ou Fabricien) Une pierre différente porte SARBO  suivi de R : DI

  Il est imprudent de lire bout-à-bout ces pierres séparées comme les noms de Mathurin Fabricien, et du Recteur Disarbo ; et bien qu'on ne dispose pas de la liste complète des recteurs de Crozon, les noms dont nous disposons ne signale pas ce recteur Disarbo. Néanmoins, ce patronyme, avec cette graphie qui diffère de la forme actuelle Dizerbo, est attestée à 3 reprises dans les archives (Les Cahiers de l'Iroise 1964). Il peut s'agir d'un fabricien nommé R. Disarbo.

C'est néanmoins la lecture admise par le site officiel du tourime de la Presqu'île :  http://www.tourisme-presquiledecrozon.fr/decouvrir/un-patrimoine-singulier/inscrite-au-patrimoine-mondial/le-patrimoine-religieux

: "Cette chapelle dépendait à l'origine de la paroisse de Crozon. Elle est construite en 1666 comme l'indique la date gravée sur le clocher. Cette date est accompagnée des noms des auteurs de la construction : Tanguy le curé, Mathurin le fabricien et Disarbo le recteur." 

 

.

 

 

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      Intérieur de la chapelle.

   Elle n'est éclairée que par une seule fenêtre et par la porte sud, ainsi que par des ampoules électriques nues au bout de leur fil. Les murs sont en moellons apparents, surmontés d'un lambris peint en blanc. L'autel imite le marbre. Au sommet du  chevet un grand Christ en croix est entouré de l'inscription peinte O Crux Ave, , début d'une invocation de la Semaine Sainte, O Crux Ave, Spes unica  Salut, Ô Croix, unique espoir.

  Le mobilier, des plus dépouillé, rappelle que pendant la Seconde Guerre, les filles de l'école de Camaret furent reçues ici, car leur école avait été réquisitionnée.

  Le plus frappant, ce sont ces deux poutres habillées de planches peintes : on trouve des rinceaux, des calvaires, des anges, une tête couronnée, un tête de Christ et une tête de prince, un masque coiffé d'un chapeau et qui mord l'extrémité de rinceaux. un coeur, réalisant un ensemble naïf intriguant, tant qu'on n'a pas la solution : c'est le décor d'un film qui a été tourné ici vers 1975, mais dont le titre n'est pas resté dans les mémoires.

 

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      Statue de sainte-femme.

Statue en bois polychrome. J'y voyais une sainte Madeleine, en raison de ses longs cheveux et de son front coquettement épilé. Dans sa main gauche actuellement détruite, elle porterait le flacon de parfum ou d'aromates. Mais cet attribut étant perdu, on se contente de rappeler la tradition locale, pour qui il s'agit de sainte Barbe, ou de mentionner ceux qui pensent qu'elle tenait la palme du martyre.

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Autres statues :

Hormis le Christ en croix du XVIIIe, on trouve surtout une statue en bois représentant saint Julien en évêque. Elle est très récente, puisqu'elle a été sculptée en 1968 par un artiste de Camaret nommé Job qui n'avait pas son pareil pour vous patiner son travail comme une vieille statue du fond des âges. On trouve aussi deux statues en plâtre de Notre-Dame de Lourdes et une Sainte-Anne éducatrice de la Vierge.

 

 

Liens : 

 Site Crozon-bretagne.com

Site Topic-Topos.

Site Infobretagne

Article Saint-Suliac Wilipédia.

Atlas des croix et Calvaires du Finistère : la croix porte le n° 180.

Radio Rivages, émission du 26 juin 2012 de Pierre-Yves Castel.

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 19:45

 

            La chapelle de Saint-Fiacre

en Presqu'île de Crozon : un saint en galoches.

 

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  Bâtie au bord de la rade de Brest, sur l'unique rue du petit village de Saint-Fiacre, l'ancienne chapelle Saint-Fiacre (Sant Fieg) datait du XVI- XVIIe siècle : elle a été détruite en 1942 par les bombardements. 

  La datation de ses origines repose sur deux inscriptions datées, qui ont été réemployées, sans leur donner la place vénérable que je leur aurais choisie.

  La première, chronologiquement, est en kersanton au grain fin. Venant de la partie supérieure de l'ancienne porte occidentale, elle est actuellement scellée dans la partie postérieure de la fontaine, en position basse. On y lit, malgré les lichens, et sa situation peu favorable, mais dans une calligraphie amusante, l'inscription : " je FUS FAICT EN LAN 1578 : PAR :j: COATQLEAS : FAbRiCQUE ". On prendra la peine de remarquer que les deux N  (EN LAN) sont rétrogrades.

  Je n'ai trouvé aucun patronyme correspondant à Coatqleas, Coatcleas, Coatquerleas, Coatcléau.

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 La seconde surmontait une porte cintrée du coté sud ; elle est en kersanton . Elle a été mise en punition, encore plus bas que la précédente, du coté nord, sous une fenêtre. Elle porte l'inscription : " : 1591 : g: BOURChIS : F ".

 L. Chauris et D. Cadiou la décrivent comme une "pierre armoiriée", sans-doute en raison de ce qu'ils nomment "les macles des Rohan". Du haut de mon incompétence, je me permets de mettre en doute cette assertion, si elle ainsi qualifie les "deux points" en forme de losange ; j'y vois seulement une option calligraphique du tailleur de pierre.

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  Le patronyme Le Bourchis est attesté à Crozon : Perrine Le Bourchis, mariée en 1654 à Vincent L'Haridon.

  Malgré ces datations du XVIe siècle, l'ancienne église datait essentiellement du XVIIe ; c'était un édifice de 18 mètres de long, avec sa nef, un transept sud doublé d'une sacristie et une abside polygonale.

  La bombe du 19 novembre 1942 (peut-être 1941 ou 43) détruisit la nef et son clocheton. La restauration eut lieu en 1965 : la nef, raccourcie et entièrement reconstruite fut fermée à l'ouest par un pignon, la grande porte de jadis laissant place à une fenêtre ogivale. Elle fut couronnée d'un clocheton, et flanquée de deux dragons à la base des rampants. L'accès au bas-coté se fait par une porte cintrée placée en retrait.

 

 

 

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                      chapelle-saint-fiacre 6917c

 

   Louis Chauris a mené, selon son habitude et grâce à l'étendue de sa compétence, l'étude pétrographique des matériaux utilisés (Chauris et Cadiou 2002) : les anciennes parties sont réalisées en microgranite de Logonna, microgranite de Trébéron-Île des Morts, Kersanton de la Rade de Brest, et leucogranites de Cornouailles. 

  Pour la facade occidentale, qui a été entièrement reconstruite, on retrouve le microgranite de Logonna et celui de Trébéron-Île des Morts, Kersanton et leucogranites de Cornouailles mais d'autres matériaux apparaissent : microgranite de l'Île Longue et de la rade de Brest ; grès armoricain pour les moellons ; et surtout des grès verts qui méritent une attention particulière.

  En effet, cette "roche à grains fins, de teinte gris-verdâtre", est celle dont sont réalisés les superbes lions qui ornent les contreforts ; la quasi-totalité du soubassement du clocheton ; l'encadrement de la porte cintrée nord-ouest. Or, ces lions ou dragons sont, manifestement, anciens : d'où proviennent-ils ?


  "L'un des probèmes pétrographiques les plus excitants".

  S'il était nécessaire de justifier ce travail de Sherlock Holmes auquel se livre Louis Chauris en matière de géopatrimoine, ses découvertes à Saint-Fiacre serviraient de magnifique illustration. Car, sachant que ce grès vert ne figurait pas dans les matériaux anciens, et reconnaissant ici, en réemploi, une pierre provenant du bassin de Châteaulin, il parvint à en retrouver l'origine, l'ancienne chapelle de St-Nicodème à Kergloff (29). Il a pu retrouver, sur une ancienne photographie de St-Nicodème, les lions actuellement à saint-Fiacre, et, en outre, il a pu interroger un ancien agriculteur de Kergloff qui les a reconnu. 

  Cette chapelle St-Nicodème datait du XVIe siècle, avec un autel daté de 1551. Sa toiture a été démontée en 1962.

 

L'Intérieur.

 Les murs sont peints en blanc sous un lambris de charpente. L'autel trapézoïdal, au bois peint en faux-marbre (le même qu'à Saint-Julien) est rehaussé par une estrade à deux degrés. L'absidiole pentagonal est éclairé par deux ouvertures cintrées.  A droite s'ouvre la porte de la sacristie rectangulaire. Une statue de la Vierge est placée du coté de l'Évangile. La nef dispose d'un seul bas-coté, au nord, comme l'ancienne chapelle.


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La statue de Saint Fiacre : sauvez là !

La chapelle est dédiée au culte de saint Fiacre, le saint patron des jardiniers dont les attributs sont le livre, et la bêche. On compte paraît-il en France (wikipédia) 522 statues du saint à la bêche , mais, le plus souvent, celui-ci est habillé en moine (cet irlandais avait fondé un monastère) avec un froc à scapulaire et capuchon.

Melrand ; Baud  ; Saint-Pern ; Gahard  ; 

  Toute l'originalité de la statue (hélas très négligée et qui tombe en poussière ; les phalangines et phalangettes du II et III de la main gauche, atteintes par la vermine, sont cachées pudiquement derrière la pelle, et la main est prête à se détacher) de cette chapelle est que notre Fiacre est habillé, un peu comme un Saint-Isidore, en costume de paysan : chemise blanche fine sous une veste courte de drap bleu, ouverte, mais décorée de quatre boutons de chaque bord, et d'un bouton de manchette ; pantalon court et plissé type bragou bras

   La coiffure est aussi originale, puisque nous ne trouvons pas ici les cheveux longs des paysans bretons, mais des cheveux courts et bouclés, à l'arrière d'une large calvitie temporo-frontale. Mais, surtout, l'homme se remarque par une barbe crépue, châtain, taillée sur la joue entre la moustache et la mandibule, et qui se divise en un bouc bifide. Son allure genérale évoque bien d'avantage un robuste agriculteur qu'un moine aux traits émaciés par le jeûne.

 Je lis, plus tard, que Victor-Henry Debidour dans La sculpture bretonne, étude d'iconographie religieuse populaire ( Rennes, Plihon 1953) la mentionne comme "un Saint-Isidore transformée en Saint-Fiacre". 

  Lors du  congrés de Meaux 1970 consacré au XIIIe  centenaire de saint Fiacre, cette statue a dnné lieu à ce commentaire : " Même s'il a pu s'agir à l'origine d'un saint Isidore, la piété des habitants du village de Saint-Fiacre en Crozon l'a honoré comme saint-patron et lui a donné ou remplacé la bêche. Il porte veste à boutons et culotte bouffante. Le visage, où pourtant aucun détail réaliste n'a été épargné —pommettes saillantes, gros nez,  il est même affligé d'une pomme d'Adam proéminente —, est tendu dans une attitude d'extase naïve, soulignée encore par la position de la main sur le cœur. Retenus par une bande de cuir, ses pieds reposent, réellement, dans des sabots de bois, dont on a, au sens propre, chaussé le saint.

 


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        Mais, surtout, et contrairement aux statues de saint Isidore en costume traditionnel, il ne porte pas de guêtres sur des souliers noirs, mais il est pieds nus, dans une paire de galoches.

 Connaissez-vous d'autres exemples d'une belle paire de galoches dans l'art statuaire ? 

 Les galoches, ar galochenn, pluriel galochennou, galochou sont des souliers dont le dessous est de bois (noyer, érable, ou à défaut hêtre) et le dessus de cuir. Le semelle était équipée de gros clous. On la voit ici dédoublée en un patin crénelé et une partie haute évoquant un demi sabot. La partie recourbée explique l'origine de l'expression "menton en galoche".

  La définition de la galoche n'impose pas, bien au contraire, que la partie en cuir ne recouvre pas totalement le pied (cela ressemble alors à de bonnes godasses ferrées) ni que le pied y soit nu, puisqu'au contraire les galoches étaient prévues pour accueillir un pied protégé d'un épais chausson.

 Ici, la simplicité de ce chaussage réduit à cette semelle de bois maintenue sur le pied nu par une étroite bande de cuir dont on exacerbe l'inconfort en en crénelant le bord, semble être la partie la plus monastique de la tenue de saint Fiacre. Certes, les apôtres étaient pieds nus, ainsi que saint Pacome, saint Théodore et les premiers moines ; "et c'est pourquoi ils avoient des instrumens pour oster les espines des piez", nous dit Le Nain de Tillemont (1732).

  Dans son Commentaire litteral de la Régle de Saint Benoit, chapitre LV, Augustin Calmet commente Indumenta pedum, pedules et caligas  "Ils auront pour vêtement des pieds, des bas et des souliers" en signalant que le texte donne du fil à retordre (je traduis :"de grandes difficultez parmi les commentateurs") car, selon les Anciens, pedules et pedila devaient être des sandales ailées semblables à celles de Mercure, ou des mules d'or, comme celles de Junon, des pedila pulchra telles qu'Homère les décrit, confectionnées par le bon Eumée dans des lanières de cuir de bœuf de diverses couleurs, tous accessoires hors de portée des moines.  Mais selon Hildemare (moine français vivant en 830), pedules sont des culottes, mais très basses et qui recouvrent les pieds..."d'où leur nom de pedules, car elle couvrent les pieds". J'épargne au lecteur la lecture des pages 136 à 140, qui traitent des pedules (bandelettes, culottes, bas de laine ou bas fourré, peu importe) car notre sujet est contenu dans l'interprétation des mots ET CALIGAS que Calmet traduit par "et des souliers" ou " et des sandales":

 " car le terme caligae a plus de rapport à ce qu'on appelle sandales qu'à ce qu'on nomme calceus, le soulier. Calceus couvrait tout le pied et caligas ne le couvrait qu'en partie, ayant une semelle de bois ou de cuir à laquelle les soldats mettaient ordinairement des clous par dessous. ... Les peuples d'Italie avaient d'ordinaire les pieds nus et les jambes nues. Les religieux d'Egypte allaient absolument nus pieds, et méprisaient toute chaussure, comme condamnée par l'évangile".

  En résumé, saint Isidore dans le chapitre 13 de sa Règle, saint Benoit dans son chapitre LV, et saint Fructueux, accordent à leur moine des pedules pour l'hiver et des caliges pour l'été.

  Saint Fiacre, en sa sagesse, a du adopter les mêmes mesures ; l'artiste l'a représenté ici un beau jour d'été, chaussé de ses caliges, caligae, ou galoches.

 

  Plutôt que de "galoches", on peut parler de Boutou koat, ou sabots bretons, "souliers de bois (du breton bottez, pl. botou, boutou, bottou botaou, etc...). Cela en donne alors une illustration précieuse et ancienne.

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Iconographie de saint Fiacre à Guengat, à Houssaye (Pontivy):

 guenguat 4556c statues 7269x 

 

  Je dois encore signalé que le culte de saint Isidore est tout particulièrement attesté à Crozon au XVIIe siècle, par un canticou que le père Maunoir a composé pour la paroisse lors d'une Mission à Crozon : Sant Izidor à Crozon : le cantique du pére Maunoir en 1671.

 

Saint Yves.

 "statue en bois du XVIIe siècle, hauteur 1,10m" .

Le juge écclesiastique coiffé du bonnet carré est assis sur une cathèdre, et ses gestes pourraient laisser penser qu'il était autrefois assis entre le riche et le pauvre.

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      Saint Pol Aurélien

 "Statue en bois de style archaïque du XVIe siècle"

  Saint Pol Aurélien, premier évêque de Sain-Pol-de-Léon au VIe siècle, est illustre pour avoir mis autour du cou du dragon qui désolail l'île de Batz un licol qui lui permit de le frapper de son bâton. On voit bien ici le monstre de Batz, et le bâton. J'ignore l'emploi qu'il fit du livre qu'on le voit tenir dans sa main gauche.

                            chapelle-saint-fiacre 2146c

 

  On décrit aussi une "Vierge républicaine" en bois bleu, blanc, rouge, (cf vue générale) et une Vierge de Lourdes en plâtre.

 

Source :

  Louis Chauris, Didier Cadiou : La chapelle Saint-Fiacre : provenance des matériaux de construction et de restauration, Avel Kornog n°10, 2002 ; p. 53-60 ; 28 cm .

État des églises et chapelles de la Presqu'île de Crozon en 1978, Louis Calvez, Thomas Keraudren, Auguste-Hervé Dizerbo.

Liens :

http://www.crozon-bretagne.com

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 19:37

 

La chapelle de Saint-Philibert (Saint-Drigent) à Crozon.

 

   Située à 3,5 km de Crozon à droite de la route Crozon-Camaret, cette chapelle est tracée suivant un plan en équerre avec une nef et une aile nord portant l'inscription I DANIELOU 1700

  Elle appartient au hameau de Saint-Drigent, laissant penser qu'elle a succéder à un sanctuaire dédié à Sant Ritgen, ou Saint Régent attesté en Côtes d'Armor (Lanrelas).

  Un auteur, Xavier...Régent, signale que l'on retrouve traces de ce nom dans des patronymes comme Drigent, Prégent, Régeant, Rihen, Ritgen, Rithen. Je n'ai pu vérifier cette information.

  Quoiqu'il en soit, on a substitué à ce saint (évêque ?), peut-être sous l'influence de l'abbaye de Landevennec,  saint Philibert, le fondateur de l'abbaye de Jumièges en 654 et de Noirmoutier en 684. En Bretagne, son culte est attesté à Locmariaquer, à Plouay (chapelle ), à Trégunc, à Kervern en Gourin, à Moélan ( chapelle). On trouve sa statue à Pont-de-Buis.

 Dans le diocèse de Nantes, l'abbatiale de Saint-Philibert-de-Grandlieu a, un temps, abrité le corps du Saint? 

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 Sur le clocher ont été déchiffrées les dates de 1641 et 1644.

  Pour ma part, je lis ....AVEC / E : PA

                           ...(F)ABRIQ 4.4.


 

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  Sur cette fenêtre de la façade sud, peut-être A : F

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Le clocheton est coiffé d'une sphère ornée de huit boules, évoquant celles qui, sur les fûts des calvaires, sont classiquement comparées à des bubons et interprétées comme une invocation contre la peste.

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 L'intérieur, du chœur vers la porte ouest : la toiture est lambrissée jusqu'à la poutre de gloire, puis la charpente est laissée apparente. De même, les murs sont blanchis dans le chœur, et en pierre apparente dans la nef.

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Le chœur au chevet percé de trois ouvertures. 

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      Un saint-évêque bénissant : on se plaît à y voir saint Drigent.

Statue en bois polychrome du XVIIe, 1,15m. 

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Saint Philibert.

  En tenue d'abbé, dont il tient la crosse, mais sans mitre ni croix, ni chasuble, ni étole. Statue en bois (noyer ?) du  XVIIe, naturel et polychrome pour les bras, le livre (rapporté) et le visage.

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La poutre de gloire et ses deux statues.

  C'est la partie la plus originale de la chapelle, et celle qui m'interesse le plus ; mais, hélas, je ne peux m'appuyer, dans mon effort de compréhension,  sur beaucoup de travaux. Les auteurs sur lesquels je m'appuyais (Calvez-Keraudren-Dizerbo) écrivent ceci :

   "Sur une poutre de gloire, dans une niche :

 1. Saint Morice en soldat. Statue gravement mutilée. XVIIe siècle. Hauteur 0,80 m.

2. Un soldat carapaçonnée. Statut en très mauvais état du XVe ou XVIe siècle. Hauteur 0,80m.

"Il y a en plus sur la poutre de gloire un pélican, une église dans un cercle de 0,20m de diamètre, une église encore qui serait celle de Crozon, au XVIIe siècle".

 

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 Discussion.

 Je rappele d'abord la définition d'une poutre de gloire (Wikipédia): "Une poutre de gloire est une poutre placée transversalement entre les sommiers d'un arc triomphal (arc de maçonnerie séparant la nef et le chœur d'une église).

La poutre de gloire est ainsi désignée parce qu'elle porte toujours un crucifix, accompagné ou non de statues ou d'ornements en lien avec la Crucifixion (Marie et saint Jean, instruments de la Passion). La poutre peut avoir diverses formes et ornementations : simple poutre rectiligne, ou présentant des courbes et contre-courbes comme à l'époque baroque.

La poutre de gloire est à l'origine du jubé. Quand elle était d'une assez grande longueur, à partir du xiie siècle, on la fit reposer sur des piliers ou des colonnes, qui en vinrent à constituer une nette séparation entre la nef réservée aux fidèles, et le chœur où officiaient les prêtres. Après le concile de Trente, et surtout à partir du XIXe siècle, on a progressivement supprimé les jubés. Les poutres de gloire n'ont donc souvent subsisté que dans des petites églises"

  Outre l'intérêt du témoignage historique de la séparation des sanctuaires en deux parties, l'une pour les fidèles, l'autre pour le clergé, cette définition indique la présence constante d'un Christ en Croix au centre de la poutre, Christ qu'il nous faut donc ici imaginer, entre les deux niches.  Il faut aussi se souvenir que la scène composée par la Croix et les personnages latéraux était généralement liée à la Passion.

   Je signale également qu'il existe deux saints principaux du nom de Maurice : Maurice d'Agaune, martyrisé en 287 en Suisse avec ses soldats de la légion thébaine, et Maurice Duault (1115-1191) abbé de Langonnet puis fondateur de l'abbaye de Clohars-Carnoët, et qui est le Saint Maurice le plus souvent rencontré en Bretagne. Or, ce dernier n'a jamais été soldat, et ce n'est donc pas lui qui est représenté ici.

  Maurice d'Agaune est un tribun, un chef de l'armée romaine, qui est le patron des troupes d'infanterie.  A la personne de Saint Maurice d'Agaune est reliée une légende, celle du massacre par Maximien de 6500 soldats de la légion thébaine commandés par Maurice, Exupère et Candide, et qui refusèrent de tuer les chrétiens de la région de Martigny, au nord des Alpes.

 On peut donc, face à cette statue  d'un officier en armure souscrire à l'inscription St Morice (qui a été tracée plus tard) et voir ici un Maurice d'Agaune. Sa place sur la poutre de gloire se justifierait par le martyr qu'il a subi, en imitation de la Passion.

  On sait aussi qu'une confusion fréquente associe ce martyr des légionnaires thébains avec celui relatée dans la Légende des Dix mille martyrs. On peut envisager que ces deux soldats soient Saint Acace et l'un de ses compagnons, et que la mention "st Morice" ait été ajoutée tardivement en raison de la fréquence de cette confusion. Le rapport avec la Passion du Christ est alors évidente, puis les Dix mille martyrs ont été crucifiés sur le mont Ararat dans une Imitation scrupuleuse de la Passion. Enfin, ce culte est parfaitement attesté à Crozon depuis le XVIe et XVIIe siècle par le reliquaire et le retable de l'église paroissiale.

  La confusion entre Saint Maurice et sa légion, et saint Acace et ses dix mille martyrs crucifiés pour décrire le sujet du retable de Crozon, même si elle relève d'une erreur assez grossière, se retrouve sous la plume de Potier de Courcy (De Rennes à Brest, p. 339),  sous celle de Gustave Geoffroy (La Bretagne 1905 page 427), sous celle de cette sommité de l'iconographie qu'est Louis Réau (Mathias Grünewald, 1920 p. 255); elle est en fait quasi constante au XIXe et début XXe siècle : Grande encyclopédie de Dreyfus et Berthelot de 1886, Bulletin archéologique de Saint-Brieuc de 1851 page 20, La Bretagne de 1874, Journal de Route et Lettres de Mission de Jean-François Luzel (édition Fr. Morvan 1994 p. 72), Voyage en Bretagne d'Edouard Vallin de 1859 page 206, Contes et Légendes d'Oscar Michon en 1886, etc...  

  Elle a même été commise en 1885 par le biographe du Père Maunoir, alors même que celui-ci, dans un canticou de 1671, avait traduit en breton la légende des Dix mille martyrs crucifiés au mont Ararat. En effet, ce biographe, le Pére Séjourné a écrit : "« Les habitants de Crozon avaient honoré longtemps d'un culte particulier les martyrs de la légion thébéenne, dont ils conservent même quelques ossements dans un riche reliquaire. Mais avec les années, ce culte s'était bien affaibli. Pour le ranimer, le P. Maunoir fit représenter à la procession générale de la mission le martyre de St Maurice et de ses glorieux soldats. Leurs reliques y furent solennellement portées. Etait-ce un effet de mirage, était-ce un prodige ? la foule toute entière, et elle se composait de 7 ou 8.000 spectateurs, put voir se reproduire dans les hauteurs du ciel la scène qui se passait sur la terre ; la procession s'y déroulait dans le même ordre et la même majesté. Les Crozonais n'eurent pas de peine à se persuader que c'était là un témoignage évident de la bonté de Dieu à leur égard, et ils accueillirent par des acclamations de joie répétées le spectacle qui s'offrait à leurs yeux. A cette même procession, qui se rendait à la chapelle St Laurent, un sous-diacre, épuisé depuis longtemps par la maladie, dévoré alors par une fièvre ardente, ne voulut jamais céder à personne l'honneur d'y porter la croix et de la porter à jeun. Sa piété en fut bien récompensée, car à partir de ce jour-là, recouvra une santé parfaite »  SEJOURNE, Xavier-Auguste, Histoire du Vénérable serviteur de Dieu Julien Maunoir de la Compagnie de Jésus, Paris : H. Oudin, 1895

   Ce passage ayant été transcrit intégralement dans la Notice sur Crozon du Bulletin Diocésain de Quimper des chanoines Abgrall et Peyron en 1907, la confusion pu s'amplifier, d'autant que la première description du retable en 1901 par le Dr Corre n'y met pas un terme.

 Il n'est donc pas impossible que cette confusion ait amené un clerc à faire indiquer sur la base de la niche l'inscription St Morice, ou à amener les paroissiens à vénerer ce saint pour participer au culte paroissial des Dix mille martyrs. Tout comme a contrario  il n'est pas non plus impossible qu'un premier culte de saint Maurice d'Aguaune et de sa légion se soit transformé en culte des martyrs du mont Ararat.

 La cuirasse du soldat anonyme est particulière car elle est fortement bombée devant le thorax, selon une mode limitée dans le temps et propre à la fin du XVIe siècle. Une cuirasse de ce type est représentée sur le retable des Dix mille martyrs, portée par l'un d'eux. Ici, l'armure est complète, avec gorgerin, protection des bras, cuirasse, brigandine, jambière compléte avec solerets sur les pieds. Ce soldat est un officier de haut rang, comme son voisin, ainsi que l'atteste le manteau qu'il porte. C'est un chevalier. Son casque est un indice précieux, car il est mieux conservé que celui de "Morice".  Sans être spécialiste, on peut reconnaître la crête et les rebords convexes d'un morion, utilisé au XVI-XVIIe. Tout en mettant en garde sur mon amateurisme, je propose de dater cette tenue des années 1560-1600. 

  Le pélican est un symbole christique de l'Eucharistie et de la Passion, le pélican, selon la légende du bestiaire mystique, nourrissant ses petits de sa propre chair et de son sang : cela confirme que cette poutre de gloire est dédiée à la Passion.

     La poutre est peinte également, dans deux médaillons, de deux vues de ville, qu' il est assez difficile d'identifier.

 

 

Le bénitier : 

chapelle-st-philibert 2111c

 

Liens: 

http://www.crozon-bretagne.com

Topic-topos

Source :

Louis Calvez, Thomas Keraudren  Auguste-Hervé Dizerbo, État des églises et chapelles de la Presqu'île de Crozon en 1978.

 

 

  On déplorera le mauvais état de conservation des statues, déjà constaté en 1978, qui laisse présager une dégradation rapide d'un patrimoine historique et artistique irremplaçable. 

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 19:30

 

     Chapelle de Saint-Hernot à Crozon.

 

Introduction : les chapelles de Crozon.

  La paroisse de Crozon avait frappé l'esprit du Père Le Maunoir par l'intensité de la foi et de la pratique religieuse de ses habitants. Elle compta près de vingt sanctuaires :

  • Église paroissiale Saint-Pierre
  • Saint-Laurent XVIe (Tal-ar-Groas)
  • Saint-Fiacre.
  • Saint-Philibert à Saint-Dregent
  • Saint-Hernot.
  • Saint-Julien (atuellement rattachée à Camaret)
  • Saint-Jean, située au Leidé (1617)
  • Porz-Salut (en ruine en 1804)
  • Saint-Sébastien et le cimetière attenant, 
  • La Madeleine (prés du presbytère, au bourg,
  • La Trinité
  • Sainte-Marine à Morgat : elle fut remplacée par l'église Notre-Dame de Gwel-Mor en 1957.
  • Saint-Louis (Quelern)
  • Saint-Gildas
  • Sainte-Barbe
  • Saint-Nicolas
  • Saint-Guénolé
  • Saint-Michel
  • Saint-Jean de la Palue

Les rôles de décime mentionnent encore Saint-Hervé [Saint-Hernot], Saint-Philippe, Saint-Joseph de Lanveau...

 En 1834, un annuaire indique la fête paroissiale le dimanche le plus près du 29 juin, date de la fête de saints Pierre et Paul : le pardon de Saint-Julien le premier dimanche de mai ; celui de Saint-Hernot le premier dimanche de juillet. Celui de Lanvéoc le dimanche le plus près de la fête de sainte Anne (26 juillet) ; de Saint-Laurent le dimanche le plus près du 10 août ; de Saint-Fiacre le 3ème dimanche de septembre ; et de saint-Jean-Leidez le 24 juin. Il y a donc encore, au minimum, six chapelles ouvertes au culte.

 

La chapelle de Saint-Hernot.

  La presqu'ile de Crozon est le seul endroit où est attesté le toponyme ou l'hagionyme de Hernot . Il semble qu'il faille ne pas le confondre trop facilement avec saint Herbot, saint breton protecteur des bêtes à corne. La carte d'État-Major porte le toponyme St-Ernot, dénomination que reprend Georges Toudouze en 1894 dans Un apôtre, et beaucoup d'auteurs de la mêlme époque. La carte de Cassini porte St-Hernot.

 

  La chapelle se trouve au hameau de Saint-Hernot, sur la route reliant Morgat et la Pointe de la Chêvre, à 6 km au sud de Crozon. 

 

 

    Comme l'indique la date 1669  de la tourelle du clocheton, la chapelle date du XVIIe siècle, mais c'est alors un simple édifice rectangulaire, l'aile sud du transept datant de la seconde moitié du XIXe siècle. Sur le pignon du transept nord se lit la date de 1694 et sur le mur du bras nord : "1652. Y.D.". Elle sert de refuge et de lieu de culte pendant la Révolution pour les prêtres réfractaires est désaffectée puis rendue au culte en 1854. Elle est considérablement agrandie au niveau de la nef et du chœur en 1855 et, en 1874, on construit avec les pierres des chapelles de Saint-Jean à la Palue et de Tromel, l'aile sud du transept. elle adopte désormais un plan en croix latine de 21 m de long et 9 m de large sur une surface de 200 m².

 

 


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Crucifix.

  Au visage très expressif, il date du XIVe ou XVe siècle et était placé jadis (1776) au dessus du chancel de l'église de Crozon, puis plus tard face à la chaire de la même église jusqu'à la Mission de 1883.

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 Saint Pierre

  Statue en bois, XVIIe siècle. Premier évêque de Rome, il a coiffé la tiare pontificale et a suspendu les clefs du paradis à sa ceinture. Il tient la croix papale à trois branches, symbole de la Trinité. Peut-être serez-vous intrigués par un je-ne-sais-quoi d'insolite et de peu catholique dans ce tableau. Était-ce l'impression que notre grand saint ressemblait à un maître coq consultant un livre de cuisine, la louche à la main ? Je faisais taire ce mauvais esprit et cherchais mieux : regardez la vraie croix papale portée par le pape saint-Sylvestre (Wikipédia). Ses trois traverses sont de taille progressivement croissantes ; c'est très important, protocolaire, et immuable.

 

  Ici, un artiste ou artisan, lors d'une rénovation, a négligé de suivre les règles de la paramentique. Soyons indulgent, il réglera ses comptes directement avec l'interessé.

Saint Pierre est le patron de l'église de Crozon, et la statue provient de l'église paroissiale.

 

              chapelle-st-hernot 2056v

 

      Saint Paul.

 Statue en bois, XVIIe siècle, 1,50m. On  identifie Paul  à son attribut, l'épée* ; par son livre et par ses pieds nus, propres aux apôtres.

      * Saint-Paul, citoyen romain, ne fut pas crucifié comme saint pierre, mais eut le privilège d'être décapité à Rome. Sa tête rebondit trois fois, et trois fontaines jaillirent aussitôt, à l'abbaye Tre Fontane. Plus-tard, on enterra là les dix mille martyrs qui avaient travaillé comme des romains à bâtir les Thermes de Dioclétien.

  D'autres localise sa tombe juste sous l'autel principal de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs .

 

chapelle-st-hernot 2061c

 

Saint Hernot

Statue en bois, 1,40 m, XVIIIe siècle. Patron de la chapelle, il est habillé en évêque. Selon le site topic-topos, cette statue est attribuée aux sculpteurs du roi des arsenaux de Brest. Une autre source (Archives paroissiales) indique que c'est la statue de la Vierge qui provient de ces ateliers.


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Saint Nicolas.

      Statue en bois du XVe ou XVIe siècle provenant de la chapelle Saint-Nicolas de Rostudel à Crozon. J'ai honte, mais je le dis quand-même : j'avais cru que c'était saint Fiacre avec sa bêche ! Non, c'est un bâton d'évêque ( c'est le pasteur du diocèse de Myre) avec un panneau indiquant, sous une couronne, son nom. 

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 Saint Jean-Baptiste.

  C'est une statue en bois du XVe ou XVIe siècle provenant de l'ancienne chapelle Saint-Jean de la Palue ; elle mesure 1 mètre de haut. J'aime particulièrement cette statue, peut-être parce qu'elle représente mon saint patron, auquel on finit toujours par s'identifier :  peut-être aussi parce qu'elle ne représente pas, pour une fois, sa tête coupée dans un plat, ou comme un nazir, sale, hirsute et vêtu de peaux de bête. Certes il est pieds et jambes nues, certes "le rasoir n'est pas passé sur sa tête", mais il est plus présentable que, par exemple, sur le retable d'Issenheim. 

  Dois-je rappeler que l'agneau qu'il tient se réfère à la phrase Ecce Agnus Dei, qui tollis pecata mundi (Jean 1, 29-36) ?

  

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       La Vierge à l'Enfant.

Statue du XVIIIe siècle, 1,30 m, sortant des ateliers de la Marine de Brest.

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      Vierge dite de Marseille.

Dorée, XIXe (?).

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Bannière de Saint-Hernot.

avec la traduction en breton : Sant Ernot, Pedit evid omp, Saint Hernot, priez pour nous.

chapelle-st-hernot 2058c

 

chapelle-st-hernot 2060c

 

 

Liens : 

http://www.crozon-bretagne.com

www.crozon-bretagne.com

Topic-topos 

Source :

État des églises et des chapelles de la Presqu'île de Crozon en 1978, recteur Louis Calvez, abbé Thomas Keraudren, A.H. Dizerbo.

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 19:15
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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 23:05

   Les cristallisations en soleil du quartz 

des alignements de Landaoudec en Crozon.

 

  — Des  alignements mégalithiques à Landaoudec ? Non Monsieur, jamais vu. Le Fort de Landaoudec, oui, celui de 1885-1887, celui qui s'est avéré périmé aussitôt construit (comme tout ceux du littoral, dont la plupart n'ont pas été armés), oui, le voilà. Engageant, n'est-ce-pas ? Saviez-vous que Louis Jouvet est né à Crozon, le 24 décembre 1887, parce que son père avait été embauché par l'entreprise de Félix Mandement à la construction de cette redoute?

landaoudec 2054


landaoudec 2051

 

 

  — Certes, cette redoute est intéressante, et Louis Jouvet est un mégalithe, mais vous n'auriez pas vu, par hasard, des grandes pierres blanches scintillant au soleil et alignées par centaine ?

— Pas plus que de dents dans la mâchoire à Jean. Cela fait des années que j'attends devant cette porte, et, croyez-moi, des grandes pierres blanches, je n'en ai pas vu l'ombre d'une. Vous confondez avec Carnac, Monsieur, c'est un peu plus au Sud.

 — Vous n'y êtes pas, et si je relis Christophe Paulin de la Croix...oui, c'est le chevalier de Fréminville...dans ses Antiquités de Bretagne, c'est à la page 10 , voilà : "autour du moulin de Landaoudec et de son manoir, dans la lande, un sanctuaire druidique considérable, avec tous ses accessoires...deux rangs parallèles de pierres, les unes plantées, les autres posées simplement sur le sol, forment une sorte d'allée ou d'avenue longue de soixante dix toises"...

— Pardon ? 

— Ah oui, 70 toises, une toise correspond à deux mètres, donc une allèe de 140 mètres ... qui se serait volatilisée ?

— Dites, il a écrit ça en quelle année votre chevalier de Pépinville ?

— Fréminville, Fréminville, c'est écrit en 1835. Et une autre enceinte, carrée, de 34 toises (74 mètres) sur 26 (52 mètres). L'ensemble mesuraient 175 toises, 250 mètres si vous voulez, et les deux plus grands menhirs mesuraient 7,5 et 6,5 pieds de haut, soit 2,5 et 2,2mètres. Flaubert et son ami Maxime du Camp sont venus s'amuser à y faire des fouilles clandestines en juin 1847. Et en 1843, lorsque Bachelot de la Pylaie a découvert ce site dont il a donné une description de 40 pages (vous vous rendez compte !) il a dénombré 298 pierres et a conclu à "l'un des plus beaux monuments de Bretagne" !

Voyez le plan : ces menhirs sont plus hauts que les visiteurs, même coiffés de leur haut-de-forme :


 landaoudec Fréminville

— Retournez donc voir vers Kervéneurez, il y a là deux cailloux en plein milieu d'un champ, si ça vous intéresse.

  Si cela m'intéressait ! C'était, enfin trouvé, Le menhir fendu qui se trouvait jadis prés du moulin de Landaoudec, Ar Men hir, celui dont Fréminville écrivait (p. 11) "Ce dernier, qui est dans le sud du moulin, est remarquable en ce qu'il a été fendu verticalement en deux ; les deux surfaces de la cassure sont d'une netteté si étonnante qu'on ne devine pas par quel moyen on a pu l'opérer". Bachelot de la Pylaie le décrit "fendu par la foudre", et en donne une illustration où il apparaît beaucoup plus impressionnant. C'est que, en 1997, sa moitié sud a basculé lors d'un débroussaillage. Jean Mornand, qui en donne une description détaillée (que je vais citer désormais) en 1998, écrit "Il faut s'attendre à voir disparaître un jour ce beau menhir." (Cf Sources, p. 66).


DSCN0267c

 

" Les dimensions sont de 2,6 x 1,3 x 0,8 m et 2,2 x 1,3 x 0,9 m"


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Pourtant, si j'étais ici, à traquer l'un des tout derniers menhirs de Landaoudec, ce n'était pas pour me préoccuper de l'intrigante question du mégalithisme, des cultes liés aux sépultures ou, comme le commandant Devoir au début du XXe siècle, pour y repérer un ancien observatoire astronomique. C'était, plus simplement, pour en admirer la roche.

  Celle-ci est décrite dans l'ouvrage de Jean Mornand avec une emphase retenue mais vibrante qui laissait soupçonner quelque chose d'exceptionnel : 

   "Le pierres utilisées pour les menhirs de Landaoudec sont exceptionnelles et peut-être uniques pour des mégalithes. Ce sont des masses de cristaux de quartz en rosette, pyramidés en extrémité, le plus souvent blanc laiteux, rarement hyalins, parfois colorés en jaune, rose.Nous avons vu des dalles rejetées dans un talus recouvertes de milliers de cristaux de quartz rose pyramidés. Les cristaux étoilés rayonnant peuvent être observés dans [le grand menhir fendu]. On imagine ce que pouvait être à l'origine, scintillant sous le soleil, plus de 300 pierres en cristaux de quartz. Le spectacle unique ne pouvait que soulever l' admiration et le recueillement".

  Ce quartz étant inconnu en Presqu'île, Jean Mornand envisageait alors un transport de blocs de plusieurs dizaines de tonnes le long de la vallée du ruisseau de Kerloc'h, ces Transports Grande Distance étant, pour les hommes préhistoriques, jeu d'enfant et monnaie courante, pourvu qu'ils soient fort nombreux à s'y mettre.

 

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  C'est alors qu'interviennent Louis Chauris et Didier Cadiou dans un article de la revue Avel Gornog n°8 de juin 2000 Mégalithisme et géologie, les alignements de Landaoudec en Crozon ou la mise en évidence d'un filon quartzeux insoupçonné. 

  Il est difficile d'ignorer, vu le nombre et la qualité de ses articles, que Louis Chauris est un géologue chevronné, directeur de recherche retraité du CNRS à l'Université de Bretagne Occidentale, qui se consacre au géopatrimoine, à l'étude de la provenance des matériaux de construction des monuments bretons, et que la Rade de Brest et la Presqu'île de Crozon sont les terrains qui ont le mieux profité de ses compétences.

  Didier Cadiou a d'abord constaté par sa prospection que, quoique le "sanctuaire" mégalithique de Landaoudec  ait été dévasté depuis ses premières descriptions par Fréminville, il parvenait néanmoins à retrouver quelques 200 blocs de quartzite autour de Landouedec, le plus souvent en bordure des champs cultivés. 

  Louis Chauris a alors écarté l'hypothèse conçue par Jean Mornand  d'un "quatrz tertiaire" de formation superficielle, pour affirmer qu'il s'agissait d' un "quartz d'origine hydrothermal c'est à dire formé le long de failles, à une certaine profondeur dans l'écorce terrestre et mise au jour par l'érosion", la texture radiée tant admirée par Mornand, qu'adopte si fréquemment "les cristaux groupés en rosettes sphérolithiques" étant précisément la preuve de cette origine profonde. "Fréquemment, apparaissent au sein des masses quartzeuses des éléments anguleux plus sombres, plus ou moins intensément silicifiés, reliques ultimes de la roche encaissant le filon".


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  Dés lors, les auteurs pouvaient postuler l'existence d'un puissant filon de quartz hydrothermal en profondeur, totalement insoupçonné jusqu'alors par les géologues, et qui amène à s'intéresser avec la même hypothèse au quartz des menhirs de Raguenez (près de l'Aber) ou de blocs comparables à Telgruc.

  Ce serait l'érosion différentielle qui aurait fait apparaître ces blocs inaltérables à la surface du sol, dans une orientation ("un alignement") identique à celle du filon. Face à leurs grandes dimensions, à leur nombre et surtout à la beauté de leur blancheur scintillante et de leurs motifs en soleil, les habitants des temps mégalithiques les auraient dressés et alignés, sans les façonner (ce que leur texture rendrait impossible). "Comme, dans la région, les failles sont souvent orientées NNE-SSW, on pourrait peut-être, tout au moins à titre d'hypothèse, estimer que le filon a, approximativement, une telle direction."

  La présence de houx (de gros buissons sont par exemple visibles à gauche de l'entrée du fort) est aussi une confirmation de la présence de ces quartz in situ, car cette plante est typiquement silicole.

 

  Finalement, cette hypothèse rejoint la réflexion de Jean Mornand qui, dans un chapitre introductif de son ouvrage, page 16, après avoir présenté les théories expliquant les grands alignements mégalithiques par des sanctuaires où les populations se réunissaient pour des cultes funéraires ou de fécondité, ou par le souci de dresser des symboles phalliques, ou par la construction d'observatoire astronomique, observe que "des orientations peuvent être dues plus simplement à des raisons géologiques ou topographiques, comme il semble en exister en Presqu'île de Crozon."

 

  Il reste, et c'était là l'objet modeste et essentiel de mon article, à admirer les cristaux convergents en soleils ou en étoiles.

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Sources :

Jean Mornand, Préhistoire et protohistoire en Presqu'île de Crozon, tome 1 Crozon-Lanvéoc, inventaire des mégalithes, Edit. Etre Daou Vor, Crozon 1998, 272 p.

 Louis Chauris et Didier Cadiou  Mégalithisme et géologie, les alignements de Landaoudec en Crozon ou la mise en évidence d'un filon quartzeux insoupçonnéAvel Gornog n°8,  juin 2000 pp. 48-49.

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 20:41

  Le "Pont gaulois" de Kervon à Crozon (29).

 

 

Résumé : 

   A coté d'un gué dallé traversant la rivière de Kerloc'h et par où passait une antique voie qui cotoie des villae gallo-romaines, des témoignages gaulois et mégalithiques, un pont a été ré-aménagé (peut-être sur une ancienne passerelle) à la fin du XIXe siècle en réutilisant des pierres mégalithiques provenant d'un dolmen de Poulmic. Il s'agit de deux dalles, l'une de quartzite, l'autre de schiste présentant quatre à six cupules. C'est donc, actuellement, un ensemble composite, mais d'un intèrêt réel, et imposant de sérieux devoirs de préservation. Le mégalithisme de Crozon date de 3000 av. J.C (J. Mornand), la période gallo-romaine des quatre premiers siècles de notre ère.

 

 

 

 

Sur la route D63 qui se rend de Tal ar Groas à Lanvéoc, on peut voir sur la gauche un panneau vert où est écrite l'inscription "Pont Gaulois". Le promeneur curieux emprunte alors une route en direction de Kervon et découvre, 800 mètres plus tard, juste avant le hameau de Kervon, un pont de pierre qui enjambe incomplètement le Ruisseau de Kerloc'h. Ce ruisseau long d'une vingtaine de kilomètres prend sa modeste source sur les hauteurs de l'Anse de Poulmic, près de la cote 57, pour s'écouler selon un cap plein Ouest vers l'étang puis le village de Kerloc'h ["le village du loc'h", de l'étang ] avant de rejoindre la mer au nord de l'Anse de Dinan. 

 

              pont-gaulois 2044c

 

  Ce pont est composé de deux pierres rectangulaires, grossièrement plates, posées sur un assemblage de blocs, et sur lesquelles deux gaulois auraient bien du mal à se croiser. Comme le pont est incomplet, on imagine que jadis, une troisième pierre terminait le passage.

 

pont-gaulois 2046c

 

 Un pont gaulois ? je cherche en vain des images et des informations sur la toile. Le pont figure bien sur la carte IGN, mais pas sur la carte de Cassini.

C'est dans la Revue Avel Gornog n°8 de juin 2000, dans l'article de Jean Mornand Archéologie et Voie antique de Landevennec à Landaouec, pp. 24-27, que je trouve l'information:

 " Rappelons au sujet du gué de Kervon qu'il a été doublé à la fin du XIXe siècle d'un pont dont les dalles, l'une à cupules, ont été prélevées au dolmen de Poulmic aujourd'hui disparu."

 Il s'agit donc nullement d'un pont gaulois, mais il mérite notre intérêt pour les pierres mégalithiques à cupules provenant du dolmen de  Poulmic à Saint-Efflez. Je le trouve ainsi recenser sur un site spécialisé Mégalithes du monde. 

 Je poursuis ma recherche directement dans l'ouvrage de Jean Mornand Préhistoire et protohistoire en Presqu'île de Crozon, Ed. Etre Daou Vor, 1998, tome 1, p. 155 : " En 1975 paraissait l'ouvrage sur la Presqu'île de Crozon publié par Louis Calvez, curé de Crozon. Dans le chapitre rédigé par J.L. Éveillard sur l'époque gallo-romaine, on trouve, page 42, une belle photographie du pont archaïque (prés de Kervon) accompagné, page 43, d'un court commentaire : "il (le chemin) franchit la rivière à Kervon, par un gué dallé doublé d'une passerelle d'aspect archaïque". Or, une enquête en 1968, auprès de M. Henry, à la Boissière, nous apprenait que la (les) dalle(s) supérieure(s) de ce pont avaient été transportée(s) du Poulmic par son père, au siècle dernier, et provenait du dolmen de Poulmic. Un examen sur place nous montrait que le tablier du pont était constitué de deux grandes dalles, l'une en quartzite, l'autre en schiste. Cette dernière comportait quatre cupules, venant ainsi confirmer son origine mégalithique. nous avons communiqué cette information en 1975 au directeur des Antiquités. Elle fut reprise en 1977 par Alain Le Bloas. dans un dossier "Abgrall", conservé à la bibliothèque de Quimper, A.H. Dizerbo a trouvé une lettre de A. Devoir du 21 août 1919 dans laquelle il est fait mention du pont mégalithique de Kervon, dont une dalle comporte des cupules. En 1995, Michel Le Goffic, Archéologue départemental, découvrait d'autres cupules sur une grosse pierre gisante au voisinage du pont. Notons aussi que deux belles dalles funéraires en ardoise, datées du début du XIXe siècle étaient encore visibles (vers 1970) en prolongement sud du tablier du pont. Elles ont disparu depuis."

   " La position du dolmen de Poulmic que nous donnons sur le plan correspond sensiblement à celle donnée par P. du Chatellier sur sa carte de 1902. ce monument n'existait plus lors de sa deuxième édition de son inventaire, en 1907. L'emplacement le plus probable de ce dolmen situé à 1 km au sud du manoir de Poulmic, est révélé par le toponyme grunguelde Krugell, «tumulus». "

 

 

  Muni de ces informations, il me restait à retourner découvrir les fameuses "cupules" dont la présence m'avait échappé à ma première visite ; j'en comptais six au total :

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   Le mystère des cupules mégalithiques :

  Parfaitement incompétent en matière de pré- ou de protohistoire, je me souvenais pourtant qu'un panneau m'avait signalé la présence de telles cupules sur une pierre de seuil de l'enclos paroissial de Sainte-Marie du Menez-Hom en Presqu'île de Crozon témoignant d'un réemploi de matériel mégalithique; il convenait cette fois-ci d'approfondir sans scrupules mes connaissances, ou, plutôt, de mesurer la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur du nuage d'inconnaissance qui  couvrent pudiquement ces cupules : les savants sont, du moins, unanimes pour déclarer que ces entonnoirs sphériques de 3 à 5 centimètres ne sont pas des phénomènes naturels, mais que c'est l'artifice de l'homme qui les creusa, il y a très longtemps. Elles accompagnent parfois d'autres entailles, en forme d'empreintes de pieds, ou des motifs géométriques comme des losanges, des spirales, des stries. Parfois elles sont reliées en haltère.

  Ce serait, disent les uns, des "pièges rituels d'ombre et de lumière" celle-ci miroitant grâce aux reflets de l'eau de pluie qui ne peut manquer de s'y accumuler. Ces jeux d'eaux et de lumière accompagneraient les défunts vers des jours meilleurs.

   Comme on les trouve sur des pierres sacrées comme les menhirs et les dolmens, d'autres y voient la marque d'un vœu buriné en creux dans la puissance sacrée de la pierre. On les rapproche des idoles à clous africaines, ou des statues de saints et saintes que les paroissiennes piquaient de leur épingles pour obtenir la réalisation d'un désir (épouser le beau Bobby, avoir de beaux bébés), et on imagine même qu'on récoltait peut-être la poussière pour l'ingérer [ c'est ainsi que saint Guénolé, dans la banlieue de Brest, assurait la fécondité de ses fidèles ].

  André Leroi-Gourhan (1964) y voyait "le point d'émergence du symbole graphique", point où se rencontre les deux eléments du couple qu'il étudie, la "main-outil" et la "face-langage" et où se lient les deux sources de l'expression celle de la motricité verbale, rythmée, et celle du graphisme entrainé dans le même processus dynamique" : les comparant aux churingas australiens, ces plaquettes de pierre ou de bois figurant le corps de l'ancêtre mythique, il imagine  un officiant creusant la pierre d'un geste répétitif et rythmé, scandé par des incantations afin d'ancrer une intention magique, une prière, un exorcisme dans la pérénité de la pierre : ainsi le geste devient verbe imprimé et lithographié.

  Faut-il citer Trissotin qui pense que ces cupules recueillaient le sang de sacrifices humains? Philaminte qui les associe aussi au culte de la fécondité pour les observer sur des pierres en forme phallique ? Bélise qui y voit un labyrinthe ? Vadius, lui, sait que ces pierres à ecuelles sont un balisage codé réservé aux initiés pour les guider vers la grande guérison. Philautia, qui est géobiologue, et Anoia, qui se pique de radiesthésie, vous prouveront que les pierres qui les portent ne sont jamais placées, tant s'en faut, au hasard, mais sur les points d'acupuncture de Gaïa, notre mère à tous. Komos pense que ces godets servaient à quelque émule du docteur Bach à préparer, dans l'eau de la rosée, par des herbes choisis, de puissants élixirs, pour s'en enduire et, exposé aux pleurs d'un ciel matutinal, attendre que l'astre de Sélène l' hume en humant la rosée. 

  Tryphe y voit un shéma très élaboré des constellations, mais ce culte astral attend toujours son Champollion.

   Emsare suggère que ce ne sont que les marques de friction laissées par nos ancêtres, quand, frottant d'un archet zélé la baguette de bois sur un lit d'amadou, il allumaient le feu. Mais les essais pratiqués lui donnet tort. Egretos voit, dans la nuit des temps, briller de nombreuses lampes à huile, huile dont on remplissait ces cavités : et c'était fort commode.

  En Haute-Maurienne Vannoise, elles sont nombreuses dans les couloirs d'avalanche : nul doute qu'elles témoignent d'un système de protection ; car nous autres, modernes dénaturés, avant perdu tout sens des anciens savoirs. Nous flottons dans une mer de sargasse, coupés de nos racines. L'étendue de notre inculture est consternante ; ainsi, au dessus de Lans-le-Villard, une de ces pierres à cupules, la Pierre aux Pieds de Pisselerand est aussi marquée par des empreintes de pieds : à 2750 mètres d'altitude, une race d'homme capable d'y monter a jadis existé là, qu'aucune science n'a encore décrit. C'est sans-doute en raison de leur petite taille, car ces marques de pieds ne sont pas bien grandes.


Les anciennes voies de la Presqu'île.

 

 Si le tablier de pierre de ce pont n'est pas gaulois, mais mégalithique, datant du néolithique, et s'il n'a été placé ici qu'à la fin du XIX-début du XXème siècle (de notre ère), il n'en demeure pas moins que cette aménagement récent a peut-être renforcé ou remplacé un pont plus ancien, mais dont on ait perdu la trace.

  Par contre, il est certain que le gué pavé que ce pont vient doubler est, lui, bien attesté, puisqu'il permettait à un ancienne voie de traverser le Kerloc'h.

 Jean Mornand la décrit comme une division de la route Landevennec-Landaoudec. A partir de Landevennec, elle suivait la ligne de crête passant par l'actuel manoir d'Hirgars, traversait les bois de Poulmic au nord de Luguniat jusqu'à Saint-Efflez (où se trouvait à Ar Grungel le dolmen qui a procuré notre pierre à cupules). A Botsant, elle passait près d'un ancien camp antique. Elle pouvait desservir le rivage du Poulmic, où des habitants pouvaient traverser la rade. 

 C'est à Botsant que la voie se divise en une branche qui suivait la crète vers l'alignement mégalithique de Landaoudec, un ensemble considérable, riche de quelques 300 pierres dressées et de deux dolmens. C'est l'autre branche, qui descend vers le sud-ouest, qui va franchir le ruisseau de Kerloc'h par le pont ; auparavant, elle aura traversé Guenatec et cotoyé le site gallo-romain de La Boissière (La Bouessière, dérivé de beuzit, "le buis"), microtoponyme révélateur de ruines romaines, le buis ayant été introduit en Gaule à cette époque. En 1980, en creusant les fondations d'une maison, les thermes d'une villae ont été découverts ; par ailleurs des monnaies et céramiques du Ier au IVe siècle ont été découverts dans les champs voisins (notre "pont gaulois" se situe à 350 mètres au sud ouest de la Boissière). On y a découvert aussi un fragment de bracelet en verre gaulois, et une monnaie gauloise avec l'inscription ARIVOS / SANTONOS, témoignages d'une occupation plus ancienne, et aussi des silex taillés datant du néolithique.

  Jean Mornand fonde aussi son étude par celles de la toponymie, qui garde la trace de l'ancienne occupation du sol. Je signale pour ma part que le toponyme  Kervon a pu être rapproché du Caerpont qui apparaît dans la charte 11 du cartulaire de Landevennec.

  L'ouvrage de Louis Calvez consacre plusieurs pages à ces anciennes routes. Page 43, on lit : 

  " Pour le site de Buzit, en Lanveoc, Bachelot de la Pylaie avait remarqué déjà qu'il réunissait les conditions recherchées pour l'implantation de grandes villae : un coteau exposé au midi, ménageant nune vue agréable sur le vallon verdoyant du Kerloc'h, bien protégé "des vents du sud et du nord par des terrains plus élevés". Un chemin privé assurait la communication avec l'extérieur ; il franchit la rivière à Kervon, par un gué dallé doublé d'une passerelle d'aspect archaïque ; plus à l'ouest, aux environs du bourg de Crozon, il vient se fondre dans la voie principale en décrivant un angle très fermé.

  De ces routes, on trouve une carte dans l'article de Jean Mornand, page 24, et dans l'ouvrage de Louis Calvez, page 34.

carte-IGN-Crozon-Tal-ar-Groas.png

 

Liens : 

Topic-topos, Gué de Crozon . 

    G. Guénin : Les menhirs à cupules du Finistère, Bull. Soc. Préhist. France 1915 vol.12 n°4 pp. 202-212

Sources : 

 Jean Mornand Archéologie et Voie antique de Landevennec à Landaouec, pp. 24-27,Revue Avel Gornog n°8 de juin 2000.

Jean Mornand Préhistoire et protohistoire en Presqu'île de Crozon, Ed. Etre Daou Vor, 1998, tome 1, p. 155

 Louis Calvez La Presqu'île de Crozon Histoire-Art-Nature, lLe Livre d'Histoire, 2005 pp. 34-43.

 Remerciements:

à Didier Cadiou pour son aide et les renseignements fournis.

 

 

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 22:48

         La Légende des Dix mille martyrs :

transcription et étude du prologue du manuscrit de la BNF Français 696 Vie et passion de saint Denis.

 

I. Transcription du Prologue.


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8447187m/f7.image :

   "[Folio 1r A ] Mi seigneur et mi compaignon, vostre commandement et vos prieres m'ont souventes foiz contraint et encor contraignent de jour en jour a faire et a ordener nous aucun tretié ou aucune bele estoire qui vous soient plesant a oïr. Mes pour la petitece de mon engin je ne vous puis rien fere de moi, ainz couvient encor se je le puis fere que je preigne en bouche d'autrui et de plus sages de moi ce que je vous baudroi. Si me vuel esforcier et entremetre de traire vous de latin en franceis de pluseurs volumes chose qui plesant et bone est a oïr a touz ceux qui bien vivent et honestement en la foi crestienne, especiaument a nous touz qui sommes nez et estraiz du roiaume de France. Si n'i a rien que pure verité. Si pourrez en cete huevre voier mont de beaus faiz et de loables, et mont de mavais. Si fait bon tout oïr : les bones huevres pour fere les et pour demorer .i. par bon essample, les mauveses pour foïr les et eschiver. Et tout autre si que missires sainz Denises fu chiefs et patrons de France et par lui furent nos anciens peres entroduiz et nos après en la foi crestienne, tout ausi vuell je a l'aide dou Pere et du Filz et du Saint Esperit de ses faiz et de sa glorieuse passion et de ses compaignons fere chief et coronne et commencement de cete huevre. Et por ce que aucuns ne cuideroient pas par aventure que aucun gloreus martir et confessor et aucunes glorieuses virges reposassent en l'eglise dou precious martir mon seigneur Saint Denis, se il ne savoient pas la reson et la maniere comment il i furent aporté, le me covient chouchier en ceste huevre après les fez et la glorieuse passion  dou tres be [1rB]neuré martir mon seigneur saint Denis et après l'invention de li et de ses compaignons et après aucuns miracles que Nostre Sire fist por lui ou lieu ou il est ore  en cors ensepoutourez honorablement. Si commencerai einsi eu non de la Sainte Trinité. Amen."

 

 

II. Commentaires.

  Le manuscrit de la BNF français 696 Vie et Passion de saint Denis doit son titre à sa première partie, qui contient une Vie de saint Denis suffisamment semblable à celle du mss BNF n.a.fr. 1098 pour que Charles Liebman en donne une édition critique prenant le texte n.a.f 1098 comme référence d'un ensemble de onze manuscrits contenant tous cette Vie de saint Denis, du XIIIe au XVe siècle.

  Par contre, ce manuscrit Fr. 696 est le seul des onze à disposer d'un prologue et d'un Traité des reliques, encadrant cette vie de saint Denis. C'est aussi le seul à faire suivre ce récit de la légende des Dix mille martyrs et de la légende de la Véronique. Paul Meyer a considéré que ce prologue avait disparu de tous les autres manuscrits de la vie de saint Denis, et que seul Fr.696 nous l'avait conservé ; néanmoins, il faudrait supposer alors qu'ils aient aussi perdu chacun leur traité des reliques, auquel ce prologue fait allusion. Je pense plutôt que ce manuscrit présente une originalité propre.

 Dans le mss Fr. 696, cette première partie (Fff. 1-25) est suivie par une Chronique abrégée jusqu'en 1278 (ff. 27-150).

 Le prologue est un exercice de style bien répandu, et on retrouve ici des figures communes de l'art de conter : on atteste que tout ce qui va être lu est la stricte vérité, on assure le lecteur que tout ce qu'il lira est louable, moral et chrétien puisque les belles actions serviront à son édification, et les mauvaises à forger son jugement pour l'inciter à ne pas les commettre. Ces commentaires se rapportent essentiellement à la seconde partie du manuscrit, qui énumère les faits historiques depuis la Nativité du Christ jusqu'en 1178, ces faits étant les plus susceptibles de mélanger les bonnes et les mauvaises actions.

  Son auteur anonyme pourrait être un moine bibliothécaire s'adressant à ses frères et à son abbé, et répondant à leurs demandes de nouveautés : "missire", "votre commandement", s'adressent à un supérieur hiérarchique, clerc ou laïc. Il souhaite "bele estoire qui vous soit plesant à oïr". Avec une humilité purement rhétorique sur "la petitesse de son engin", il l'empruntera aux auteurs qui l'ont précédés ; personne sans-doute n'attendait de lui qu'il les invente.

  Si ces éléments ne sont guère originaux, d'autres, par contre, nous fournissent des données spécifiques : 

  • La source provient de plusieurs textes français et traduits du latin. Or, la Vie de saint Denis elle-même provient d'un seul texte latin, Vita et actus beati Dyonisii, recopié sur deux manuscrits du XIIIe siècle de l'abbaye de Saint-Denis, BNF lat. 2447 et N.a.lat. 1509. Ce prologue n'est donc pas destiné à introduire seulement la Vie de saint Denis, mais aussi les autres textes, légende des Dix mille, légende de la Véronique et Chroniques. Concernant la légende des Dix mille, nous savons qu'il s'agit d'une traduction fidèle du texte latin d'Anastase, mais nous ignorons si l'auteur a effectué lui-même cette traduction, ou s'il disposait d'un texte français préalable ; de même, le texte de "ici commence la véronique" est une traduction du texte latin Cura sanitatis tiberii.
  • Un peu plus loin dans le texte, folio 2v-3r, l'auteur précise ses sources :  Et se aucuns veut savoir comme il [Saint Denis] fut de bon sens et de soutil enging et d'esperitell entendement, leuse les .IIII. livres que il fist et ses .X. epistres ; Cil livres, dont nos avons parlé vindrent en tel maniere. Michel li empereires de Costentinnoble envoia larges presenz a Loys l'empereur de Rome, et aveques il presenta les livres que messires Sainz Denis fist de Iherarchie. Loys les recut liement et les envoia a l'abbeie de Saint-Denise en France, la veille de la feste, et lorz i avint mout beaux miracles. Quer, si comme ils furent receu, .XIX. hommes y furent gueri de diverses enfermetez et par ce mostra bien Nostre Sires que en cez livres estoit la doctrine qui est la veraie medecine et saluz esperiteuz as ames. Ces quatre livres et ces dix épitres du Corpus Donysiacum  font allusion aux écrits du Pseudo-Denys l'aréopagite, écrits qui furent effectivement remis par les envoyés de Michle le Bègue, empereur de Constantinople à Louis le Débonnaire, à Compiègne en 827. Parmi les écrits figurent la Hierarchie céleste (15 chapitres), la Hierarchie ecclésiastique (7 chapitres), les Noms Divins et la Théologie Mystique. Les épitres sont adressées à Caius (4 lettres) , Dorothée, Sosipater, Polycarpe (évêque de Smyrne) , Démophile, à Tite et à l'apôtre Jean. Ils composent le manuscrit grec 437 de la B.N.F. Mais l'auteur du XIIe siècle reprend ici un texte d'Hilduin (IXe siècle), Post beatam ac salutiferam, Hilduin  les ayant traduits du grec en latin. C'est ce même Hilduin qui reçu ces manuscrits à l'abbaye de Saint-Denis dont il était l'abbé, la veille de la saint-Denis le 8 octobre 827, et qui a été témoin des 19 guérisons que ces écrits ont aussitôt provoquées.
  • Il s'attache surtout à expliquer la présence du Traité des reliques (ff. 16-18v). En-effet, c'est la possession des reliques par l'abbaye de Saint-Denis qui lui confère toute sa puissance, et il est capital de faire connaître comment elles sont parvenues dans le sanctuaire, car ces circonstances participent à les authentifier.
  • L'auteur souhaite placer la Vie de saint Denis en "ouverture" de son livre, et, selon sa formule, "en chief et coronne et commencement de cete huevre", c'est parce que saint Denis est le chef, le patron et l'évangélisateur de la France. A la date présumée de la rédaction de ce texte (v 1280), le patronage de Denis n'est officiel que depuis assez de temps puisque c'est en l'année 1124 que le roi Louis VI leva pour la première fois l'oriflamme rouge de Saint-Denis, et que la première qualification d'un roi de France comme "roi de Saint-Denis" dans une chanson de geste se trouve dans le Couronnement de Saiint Louis, en 1130. Introduire son récit historique du royaume de France (ff. 27-150) par cette Vie et passion de saint-Denis équivaut à peu-près, si je suis bien l'auteur dans sa phrase "chef et couronne et commencement", à placer des armoiries royales avant une Histoire de la Royauté. Dés-lors, il faut s'interroger sur la valeur, forcément très élevée, de la place des deux autres textes qui suivent, la légende des Dix mille martyres et celle de la Véronique.

  J'ai d'abord cru que l'église de Saint-Denis possédait des reliques des Dix mille martyrs ; mais la liste des reliques détenues par l'abbaye est très précise dans le texte qui nous retient, et les martyrs du mont Ararat n'y figurent pas. J'ai pu penser aussi à une confusion (elle est fréquente, bien que les thébains n'aient pas été crucifiés) avec les dix mille soldats de la légion thébaine commandés par saint Maurice et martyrisés sous Maximien au IIIe siècle, car saint Louis, qui avait fondé à Senlis une église en l'honneur de saint Maurice et de la légion thébaine, et qui y avait fait apporter plusieurs reliques, a remis en 1262 la relique d'un ces compagnons de Maurice à l'abbaye ; elle est spécifiquement mentionnée dans le Traité des reliques, mais, à aucun moment il n'est employé alors le terme de "dix mille martyrs". La présence de la légende des Dix mille martyrs  dans ce manuscrit n'est pas déterminée par des reliques san-dyonisiennes.

  Je suis donc amené à considérer que le manuscrit Fr 696 est placé par son auteur sous un triple patronage : saint Denis, saint Acace (ou "les Dix mille martyrs"), et sainte Véronique, et que toute sa première partie est introductive, voire même votive.

  On sait que Véronique est un personnage "fabriqué" (dans les grandes forgeries hagiographiques médiévales) pour sanctifier la vera Icona, la Sainte Face : autrement-dit, la mention de sa légende ici est une manière pour affirmer le rôle des images et de la vénération des "icones" (il s'agit plutôt de statues dans l'église d'Occident), ainsi que le pouvoir thaumaturge de celles-ci ; ce qui n'était pas, après la querelle des iconoclastes du VIIIe siècle, ou les options austères des cisterciens, un simple détail.

 De la même façon, on peut estimer que la légende des Dix mille martyrs célèbre de façon grandiose et superlative la valeur, au delà des particularités de la Vie de saint Denis, Rustique et Éleuthère la valeur du sacrifice suprème pour la Foi, la valeur du Martyre comme Imitation idéale du Christ. Ce qui n'était là encore, au moment des Croisades contre les Infidèles et les Hérétiques, un simple détail.

  Une autre remarque sur ce prologue : à deux reprises, l'auteur évoque la Sainte Trinité et se place sous sa protection ; rien de plus banal dans les textes religieux, peut-être. Mais l'affirmation du dogme trinitaire est l'un des axes centraux de la légende des Dix mille.

 Valeur des reliques, valeur du martyre, pouvoir thaumaturge des images sacrées, voilà un triple acte de foi introductif, accompagnant celui en la Trinité.

 

 Source : Charles J. Liebman, Étude sur la vie en prose de saint Denis, the W.F. Humphrey Press, Nex York, 1942.

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 09:06

 

 

 

 

             "Ici commence la Véronique".

        La Légende de sainte Véronique dans le manuscrit français 696 (La Vengeance Nostre Seigneur).

 

 Introduction.

  J'ai abordé le manuscrit de la Bibliothèque Nationale de France Vie et Passion de saint Denis français 696 pour y transcrire la première occurence en français de la Légende des dix mille martyrs, la datation de ce manuscrit étant de 1270-1285. J'ai constaté à cette occasion que ce manuscrit était resté inédit, où, plus exactement, que Charles Liebman en avait publié la seule part correspondant à la Vie de saint Denis, soit les folios 1-18v. Venait alors la Légende des Dix mille (ff. 18v-23), que je m'efforçai de transcrire, en en donnant la source latine Les Dix mille martyrs dans le manuscrit Fr. 696 La Vie et passion de Saint-Denis : confrontation avec le texte latin d'Anastase. . Avant de parvenir à la Deuxième partie de ce manuscrit, qui est une chronique des rois de France jusqu'en 1278, il restait à lire cinq folios et demi, portant le titre "Ici commence la Véronique" (ff. 23-25v). Je me proposai donc de les transcrire, et, ainsi, toute la première partie consacrée à l'hagiographie serait disponible aux curieux sous une forme plus maniable que le texte original, disponible sur Gallica. En outre, dans mon étude de la Légende des Dix mille (motivées par la présence à Crozon d'un retable dédiés à ces martyrs), je pourrai ainsi placer la légende dans son contexte textuel.

  J'étais persuadé d'y lire une version médièvale du récit bien connu du miracle par lequel sainte Véronique, essuyant avec un linge le visage souffrant du Christ lors de sa montée au Calvaire, avait découvert que la Sainte Face y était désormais comme imprimée. La scène où Véronique présente devant elle le drap orné du visage pathétique de Jésus figure, chacun le sait, sur tous nos calvaires bretons, sur tous les vitraux de la Passion des maîtresses-vitres.

 Or, c'est une légende bien différente que j'ai découverte, qui se rapporte à celle nommée La Vengeance Nostre Seigneur, et qui procéde d'une source latine du début du VIIe siècle nommée Cura Sanitatis Tiberii, "La Guérison de Tibère". Cette Guérison de Tibère est souvent placée en annexe des manuscrits latins d'un texte apocryphe, les Actes de Pilate, précisément parce que l'histoire, pour la résumer très succintement, raconte comment Tibère est guéri par un portrait du Christ qu'a peint la Femme hémoroïsse (Mat.9, 20-22) après sa guérison par Jésus, et comment Tibère furieux de découvrir que Pilate et les Juifs ont crucifié un homme-dieu si puissant en miracles et guérisons, s'évertue à venger le Christ en punissant Pilate (cest la Cura Sanitatis Tiberis), puis, dans des développements ultérieurs et avec d'autres empereurs, de punir les juifs. Ces légendes participent donc de l'antisémitisme chrétien médiéval. 

  Pendant que je me livrai à mon travail de moine copiste, et que me revenaient comme par infusion spirituelle à travers les âges tous les jurons latins que des générations (si je puis dire) de bénédictins firent fuser in petto dans le silence des scriptorium, je fus puni par Celui qui voit tout et qui entend tout : je découvris que tout mon labeur était stérile, car on trouvait déjà en ligne cette version de la Vengeance Nostre Seigneur, ou, tout du moins, une recension de tous les développements de cette Vengeance en ancien français et de tous les manuscrits : c'est, par Alvin E. Ford, l'étude de 232 pages parue en 1984 sous le titre La Vengeance de Nostre-Seigneur, the Old and Middle-French Prose Versions. Dans ce livre, "mon" texte devrait être classé dans la famille C des transcriptions du Cura Sanitatis Tiberii : dans cette famille, les manuscrits C1 et C3 étaient des cousins, des frères ou des jumeaux du français 696.

  Néanmoins, ce manuscrit Fr 696 n'était pas cité parmi tous ceux que cite A. E. Ford, ce qui m'encourageait à le proposer ici.

 

II. Transcription de la Légende de Véronique du manuscrit BNF français 696.

Le manuscrit se trouve sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8447187m/f52.image

Il est disposé en deux colonnes (indiquées A et B ici) du folio 23 colonne B au folio 25v.

      J'ai transcrit le texte  avec les modifications suivantes : majuscules des noms propres et débuts de phrase ; ponctuation ; accents ; complémentation des abréviations et tildes ; transformation du -u- en -v-, du -i- en -j- et ajout de cédille si nécessaire. J'ai aéré le texte par des paragraphes sans justification particulière de sens. 

 

  [23rB] Il avint ou point et en l'eure de la Passion Nostre Seigneur que Tyberius Cesar, li empereres fu soupris de grant enfermeté* en tel manière que les entrailles de son cors desissoient* en porreture* et la grant puor qu de lui issoit senefioit bien qu'il estoit près de la mort. Quant li empereres vit que il estoit si durement tormentez li quist touz les mires* que il pout trouver et avoir et totes les medecines, mes li oigment* et le medecinement des mires ne valoient rien à sa santé. Entre ces choses comme ifust grement tormentez de ses doleurs et vu le medecine rien ne li vaulist li fist apeler devant soi tous les senatours de Rome et leur dist :" Ma maladie est tres forz et je ne truis nul repos ne nul conseill en ces mires me jai oi dire que dans la contrée de Ierlin* si est uns hons qui a non Jehu qui est de grant afaire qui par son grant poer resucite les morz et sauve totes les maladies par la seule parole. Or vos pri doncques et requier se il vos plest que vos eslisiez .1. homme qui soit dignes et sages qui voist en Ierlin et a grant piotre et grant enneur a maint cet homme jusques a nos. Certes se il est dieux, il nos puet doner grant aide en nos batailles et se il est purs hons nos puvons par lui nostre empire governer par grant vigor". A cez paroles respondirent li senatour et disrent : "Sire bien est droit que* si grant homme ne soit pas loing du palais lempereur et que il le puisse secorte en senfermere et que il sache aidier a consseiller au besoing de lempire".

  Apres ce li eslirent li senatour un noble homme qui avoit Volusien* a non qui estoit prestre du temple et avoit este cuens de lempire et si li distrent : " Nostre sire li empereres si a establi que l'en [23vA] te revoit en Ierlin porce que tu li amainnes un saint homme qui a non Jhesu". Volusien leur respondi et dist : " ie sui toz prez de fere la volinté monseigneur lempereur". après ce entrerent li senateur devant l'empereur et disrent que Volusien sestoit dehors la porte. Li empereur commanda qu il venist avant, et si li dist : "Je te conjur les diex et les dieuesses et devant icelui dieu qui touz les autres dieux afez se tu veuz emprendre cete legacion et a moi doner santé qui sui en grant peril de mort je te replendirai de grant richeces et si seras apelez et si seras apelez en lempire de Rome le pere dou pais. Haste toi tost et va en Ierlin et quier Jhesu de Nazareth le prophète qui est lumires qui sauve totes enfermetez et qui les morz resucite et ne mie il tant seulement mes neis a ses deciples a il doner le poer de garir mout d enfermetez et mout de vertus fere en son non. Se tu cest grant seigneur maines a henneur quanque tu me requerras je te dorrai et seras li premiers entre les princes de ma cort". A ces paroles Volusiens enclina son cheif  très quen terre et aora l'empereur et li dist bone l'entencion monseigneur l'empereur. Li empereur li dist : "Volusien saches que je lomme qui tot present qui tout ce m'a dit que cil et verai diex et verai homme.  Donc je t'amonest de rechef que tu li pries o grant henneur que il  viengne jusques a nos. Quer li comme nos avons devant dit, seil est dieux, seil est homme il nos puet doner granz benefices en governer lempire ; pour dieu ne demore pas, haste toi va isnelement* por lui trover ".

   Apres ces paroles Volusien li fist son testament selon les anciennes lois et ordonna sa meson et sa mesnie et entra en la nef et s'en ala. Entre [23vB] ces choses li empereres estoit durement corroicié et tormentez de s'enfermeté. Volusien après un an et trois mois vint en Ierlin, et quant il aprisma* es murs de la cité li ancien geue* de la cité furent troblé de sa venue et tantost li pluseur sen aleirent a Pilate qui estoit lors prevost et li distrent que un noble homme qui est de grant henneur et de grant poer vient des patries de Rome. Pilates li corut encontre a grant estiude et a grant henneur, et a grant poer et li dist : "Biausire qu'avons nos forfet que vos ne nos feistes savoir que nos alissons encontre vos qui estes .1. des plus hauz barons des romains ?". Volusian li respondi :" li pius empereres ne nos a pas envoyé pour nuire a la contrée ne pour trobler les citez ne pour neoir la chevalerie de cest pais, mes tant seulement notre cure et notre pensée si est d'acomplir plainement le commandement de lempereur. Quer tout lempire est mout esmeuz d'une enfermeté que il a effect esseciez dou ventre et ne puet trover secors, ne par enchantement ne par medecines. Mes cest la souveraine cause de notre venue que nos querrons uns qui est dieu et homme et a non Jhesu, de qui nos avons oi que sanz herbes et sans enchantemenz puet doner santé tant seulement par son commandement et par ses paroles. Quer neis les mors resuscite et rapele dou sepulcre ceus qui ifuit touz puanz de quatre jours".

   Quant Pilates oi ces paroles si fu mout espoantez et uns grieues qui avait [non] Thomas par qui li empereres avoit oies les noveles de Ihesu dist à Volusian : "Sire neis li diables regehissoient que cil Jhesu estoit dieu et fiuz de deu et li disoient :" Sire fiuz David que nos volez vos ? . Estes nos vos venu   [24rA ] destruire devant le tens et ainz eure? En cete place est uns de ces deciples par cui vos porroiz bien connoistre tote la verité".

  Après dist un de ces chevaliers à Pylate :" Missire, Volusiens désire aavoir le très sage homme que vos ne dotastres mue à crucefier". Pylates fut confus par la parole de son chevalier et dist à Volusien : " Sire cest homme que vos querez si dilijaument* li gieue le pristrent et le dampnerent à mort et le pendirent en la croix". Quant Volusien oi ce si fu mout espoantez et dist à Pylate : "Pourquoi feist tu dampner cet homme et juger à mort dont toz li peuples aferme que il estoit et dieux et homme sanz le conseill monseigneur l'empereur ? " Pylate li respondi : " je ne povoie endurer la voiz et le cri des gieues, quer ils disoient que il se fesoit roi des gieues contre l'autorité l'empereur, et leur balloi à leur volonté fere et leur commandai que ille crucefiassent selonc leur loi". A ce respondi Volusiens :" Li empereur  de Rome selong pitié et selonc mesure ne dampneront ja nul homme tant soit deslaiaus, ne laroy ne homicide devant que il soit bien encerchié* se il est digne d'estre dampné et oucore par le consentement des senators et tu comment osas ocire et ballier à la volonté des gieues si grant homme qui savoit totes enfermetez? "Pilates li respondi :" je cuidoie fere le preu et le salu de lempire se tex hom fust ocis qui disait que il estoit rois des gieues". Volusiens li dist :" certes se tu ne le mostres à moi je te coudroie la seigneurie du roiaume que tu as et te ferai  morir de male mort".

   Lors dist à Pylate un de ses chevaliers : Sire ne vos troblez pas, sachiez que il est resuscitez de mort et que nos meismes le veismes le tierz jour apres sa mort et plusieur furent avecques nos qui le virent tout vif et [24rB] alant. viengne Joseph avant qu il l'enseveli". Quant Volusien oi que si grant homme vivoit il commanda que Joseph venist avant et que l'en li amenast à grant henneur. Quant Joseph fu devant lui si lu dist : " tu seues me semble le plus sage de cest peuple et es tenuz amerveilleus homme en cete cité. Or nos di donc la verité des choses qui fetes sunt de Jhesu qui tant fu esprovez en votre gent que il fu justes et de qui li deables disoient que il estoit dieux. Se il est veraiment resuscitez de mort, quer de toi seul recevron nos tesmoing de la  verité ?" Joseph li respondi : " sire veraiment est resuscitez nostre sire Jhesu Crist quer je l'ai veu et ai parlé à lui et je meisme l'enseveli et mis en un sépucre tout soef que je avoe entallié en une pierre et après ce le virent autre en Galilée tout vif seur une montaigne où il sesoiet et enseignoit ses deciples". Lors envoia Volusien par tote la cité de Ierlin pour enquere et pour connoistre la pure verité des choses que l'en disoit de lui, en dementiers* que il le fesoit querre et nus ne le pooit trover. Si vindrent .ix. hommes et Joseph avecques eux et distrent : "nos le veisment monter es ceux" . Cil .ix. hommes avoient non Didismus, Lucius, Ysaac, Didascalus, Ezeas, Azarus, Didascalus et Matheus*. Icist tesmoignoient que Jhesu estoit verai prophètes et merveilleux.

  Quand Volusiens oi cesi mout corrociez vers Pylates pour ce que il avoit dampner si grant homme et commanda que l'en le preist et que l'en mest en estroite garde. Quant Pylates fut enclos lors commença l'en mout de miracles et signes touz aperz à demostrer de Nostre Seigneur. Quer fames vindrent qui annoncçoient les miracles que Nostre Seigneur avoit feres devant sa Passion et après sa Ressurection [24vA] Et ce que ele disoient ele le confermoient par plusieurs tesmoinz. Volusiens dist à touz les peuples qui ileques estoient :"C'estui homme si comme j'ai oi pour ce que il estoit dex nos pooit bien doner grant aide et se il fust seulement juste homme si peust il bien governer les droiz de l'empire". Lors commanda il à son ost que il preissent tout le lignage Pylate et le meissent en bonne garde et commanda que Pylates fust amenez devant touz les chevaliers. Lors li commença à dire en plorant : " O tu anemis de toute verité pourquoi ne mandas tu l'empereur quant crucefias Jhesu dont tout li peuples crie que il est  purs et ignocent ?". Pilates li respondi  :" Je ne sui pas tant seulement coupable de la mort, mes tout li peuples des jeues et li mestre de la loi et li provoire* qui l'ont ocis". Volusiens li dist : "Et tu comment puez tu monstrer que ne soies coupables en cete chose. Comment fute que tu ne mandas à l'empereur si enfeisses ce que il commandast".

  Lors vint un  de ces deciples Nostre Seigneur Ihesu-Crist qui avoit non Symeon* devant Volusien par devant tout le peuple qui est entour Pylate et dist : " Pylate tu crioies en ton concire quant tu le leidenjoies* par paroles et le tormentoies par batemenz, et li disoies j'ai le peor de toi délivrer et le poer de toi ocire". Pylates respondi : " j'oi  pour de l'estracion* des geues et por ce si l'abandonoi à leur volente. D'autre part pour ce que je demonstrasse que je n'avoie coupes en la mort je lavai mes mains devant touz ceus qui estoient présent et dis je n'ai coupés en la mort de cest juste homme bien vos en pernez garde. Lors me respondirent li ancien geues et disrent la coupe de la mort seur nos soit et seur nos enfanz".

  Lors commença  [24vB] Volusien à plorer devant tout li peuples et dist à Pylates : "Queque li autre feissent, pour le bon desirrier que tu avoies le deusse tu délivrer et ne deusses pas souffrir que l'on oceist li granz prophètes". Lors commença  Volusien à enquerre par grant desirrier se il porroit nule savoir de ses miracles. Lors vint .i. gieue avant qui avait non Marcus qui descouvri le segroi* d'une fame que li avoit dit et dist à Volusien : "Or à trois ans passés que il gari une fame qui decoroit de sanc parce que elle atoucha ses vestemenz. Et quant ele se vit garie pour l'amour de celui ele paint l'ymage de Nostre Seigneur en dementiers que il vivoit en une toualle, si que il le sout bien". Lors respondi Volusiens à celui : "di moi le non de la fame". Il li dist " Ele a non Veronique et maint à Sur* ". Quant Volusiens oi ce si commanda que l'en alast querir la fame et qu'en li amenast, et quant ele vint devant lui, Volusiens li dist : "dame nos savons bien que tu es sage et plaine de veritè or croi mon conseill et me mostre l'ymage Jhesu qui est un grant dou qui ta rendu santé de ton cors". La fame li dist :" Sire je n'ai pas l'ymage que vos demandez". Quant Volusiens vit qu'il estoit si deceuz si la commença à espoanter et li dist que se ele ne voloit faire ce que il li prioit par bone volenté, il li feroit faire par force et maugré suen*. La bone fame out pour des paroles Volusien et iasoit ce que il ne le volist pas il li dist ces paroles, et ele li enseigna tantost ce que il demandoit, et il envoia tantost jusques lie grant pleute de chevaliers et troveirent l'ymage reposte et son orellier , que ele avoit toujours à chevez de son liet, et ileques la repernoit  quant ele la voloit veoir et illeques la repernoit ausi comme ce se fust un grant tresor, [25rA] et par jour et par nuit iaoroit o grant heneur. 

  Quant le chevalier orent apportée cele ymage à Volusien il commença à trembler de pour et  l'aora tout enclin en tetre a grant reverence et dist à touz les gieues qui ilequel estoient :" veraiment vos di que vos aurez mauves guerredon* de cete chose quant vos fustes si hardi que vos osates metre main en ocire si grant prophète qui resuscitoit les morz et enluminoit les aveugles et guerissoit les meseans et sanoit totes enfermetez par son poer. Certes bien est droiz que très grant veniance descende pour vos destruire si que tout li mondes connoisse les deslaiautez de vos ovres et que vos estes dampné par la mort de cest saint homme quer vos deistes "li sans de lui soit seur nos et seur nos enfanz". Et pour ce vos et vos enfanz seront en chetivesons* pardurables et seroiz esparpellié par le monde par le droit jugement des princes de Rome sans qui vos osates faire si grant deslaiauté".

  Quant Volusiens out dit si, assembla ses chevaliers et commanda que les nef fussent aparellies et que l'en meist l'ymage Nostre Seigneur et la fame qui avait non Basile* et que Pilate ifust mis et bien gardez de chevaliers armez. Lors se mistrent à la voie pour aler à Rome. Quant il orent erre par la mer jusques à .ix. mois, la nef arriva au port de Rome. Tantost la nouvele vint à l'empereur que Volusiens estoit arivez. Quant il oi ce fit out mout grant joie et commanda que l'en li amena isnelement. Quant Volusiens vint devant l'empereur si li chai au pie et l'aora jusque en terre et li conta tout le travail de la voie, et com grant periz il avoit en terre et en mer et pour ces mesestances* avoit il tant demoré. L'empereurr li dist : "où est Jhesu li saint hom pour qui nos t'envoiasmes en Ierlin ?"

 Volusiens li respondi : "Sire l(es) gieues et Pylates l'ont ocis". Li empereur li dist : " comment osèrent il fere si grant deslaiauté ?" Volusiens li respondi : "  Si comme je poi toutes les choses encerchier pour seulement envie le traïrent et crucefierent pour ce que il ne poient faire les signes et les miracles que il et ses deciples fesoient". A ce respondi Cesar :"Et où est ce Pylates si deslaiaus ?" Volusiens li respondi : "Je l'ai amené aveques moi en bone garde". Lors dist l'empereur par grant ire "Pourquoi ne l'as-tu pas ocis ?" Volusiens li respondi : "Je l'ai amené aveques moi parce que je ne vos voloie pas corrocier. Quer je ne voloie pas dampner home à mort sanz le jugement de l'empire ausi comme fist deslaiaux Pylates". Li empereur pour le grant mautalent que il avoit contre Pylates ne vout souffrir que il fust amenez devant lui, mes commanda de la grant ire que il avoit que il ne meniast nule chose cuite et quer li donast à bouire ce un poi d'eaue à mesure, et que l'on tormentast son cors par diverses manières de tormenz tant qu'en li nonçast que il fust mort en terre de ces tormentz. Tantost il fu envoiez en essill par le commandement de l'empereur en une cité en Toscane qui a non Amélie, ilequel demora enclos en grant mesere iusque au ior de sa mort.

   Quant ce fu fait Volusiens laprisina de l'empereur et li dist :"Ce sache nostre sire l'empereur que une fame que Jhesu li prophète guéri d'une grant maladie a l'ymage painte por l'amour de lui selonc la semblance de sa face, et que le la vos ai ça amené. La fame est venue aveques l'ymage et a leissé quanque ele avoit por lui. Quer il li est avis que ele mout grant tresor a tant comme ele que ele la ovequel lui [25vA] er se ele l'avoit perdue de que ele perdroit la gloire de son criator et l'aide de damedieu et dit que ele n'avoit james heneur ne force ne poer ne salu de l'âme. et quant je dis à la fame por qui ele voloit aler entre estrange gente en poureté et en travaill ele me respondi :" en quelque lieu que l'ymage s'en irois, qui est mesperance je m'en irai ovec n.slie quer ce sunt les richeces de m'ame tant que je vivrai".

 

  Quant li empereres oi ce si commanda qu'en li amenast la fame a tout l'ymage Jhesu Crist, et quant il la vit portant l'ymage Nostre Seigneur à tout grant henneur si s'en merveilla mout, et out grant paour, et li dist :" preude fame or me di atouchast tu veraiement la vestreure de Jhesu li grant dieu ?" La fame li respondi : "Sire je l'atouchai veraiement et tantost fui garie de m'enfermeté qui m'avoit tenue par .xii. ans." L'empereres li dist : "Mostre moi l'ymage Jhesu-Crist ton sauveur". Tantost la fame la mist avant li empereres quant il la vit si commença à trembler et se leissa chaer à terre, et l'aora et la commença à aroser de ses lermes et à besier mout doucement. Tantost comme il l'ot besiée par grande dévotion, si fu gueriz de la maladie et la puour et la porieture de son cors s'en ala, dont il avoit este longuement tormentez. Quant li empereres senti la vertu Nostre Seigneur qui li estoit venu sur son cors par la sainte ymage, si commanda que l'en donast grant richeces à cele preude fame et commanda que cel ymage fust aornée d'or et d'argent et de pierres précieuses et mise en net lieu et en honorable. (bout de ligne mmmm en rubrique).

 Après ce demanda l'emperere Volusien que il venist paller à lui . Volusien vint. Li empereres li demanda quex estoient li commandement Jhesu Crist [25vB] et sa doctrine. Volusien li respondi "Si comme j'ai apris nule autre chose il ne commanda fors que tute cil qui vodroient croire en lui soient bautizie en eaus et croient que il est verai dieux et verai (et) homme". Quant li empereur oi ce si  dist: "Las, cheitif qui sui ale partout le monde et plusieur roiaumes ai avironez ne onques tel homme ne poi veoir ne sa doctrine saveoir, ne veoir les signes de ses miracles qui sunt ia oies et demostrees partot le mont." Après ce que li empereres fu gueriz il vesqui en tout .ix. mois et loet chascun jour et beneissoit Nostre Seigneur Jhesu Crist qui est li sauverres de touz, et porta grant heneur à la sainte ymage touz les jours de sa vie. Après ces .ix. mois il morut et Gaius Cesar fu empereres après lui, et vout savoir que Pylates estoit devenuz et l'envoia querre et fist venir devant lui et vout savoir de sa boche le tesmoing de Jhesu Crist comment il avoit este mort et enseveliz et au tierz jour resuscitez et les granz miracles que il fesoit, et comment il est montez es ciex. Quant Pylate li out dit tote la verité, li empereres le vot réconcilier me il ne pout quer li romains l'acusoient de ce que il estoit circoncis selonc la costume des gieues. Quant l'empereres oi ce si l'en renvoia en esill où il chei en tant de mescheanthés que li meismes s'ocist de sa main emsint fu mort et il desloiaus et enseveliz en enfer.

En totes ces choses soit dieus benoiz qui venge la passion son chier filz Nostre-Seigneur Jhesu Crist de ses anemis et demostre apercement sa gloire as princes et as empereurs de cest siècle, qui oveques son chier et son saint fiz et esperit vit et reigne en une maiesté pardurablement Amen.

 

  • enfermeté :Godefroy : "infirmité, maladie".
  • desissoient et, plus loin, issoit : du verbe issir, "sortir".
  • porreture : Renard 5006, R. la Rose 19219 : "pourriture".
  • mires: Godefroy : "médecin, chirurgien".
  • oigment : cf Oignement, R. de Renart 13083 "remède".
  • Ierlin : "Ierusalem, Jerusalem".
  • bien est droit que : R. de la Rose 17118 : "il est bien juste que".
  • Volusien : ce "prêtre du temple" ne correspond à aucun personnage romain connu sous ce nom de Volusianus, bien qu'un empereur romain (251-253) ait porté ce nom, ainsi qu'un préfet de Rome sous Galien entre 267 et 268, ou qu'un autre Volusianus ait été préfet urbain en 416.
  • isnelement : Godefroy : "promptement, vivement, allégrement".
  • aprisma : Godefroy ; verbe aproismier, aprismer : "approcher, s'approcher de".
  • geues : forme de jueu, jeu, jeiu, Geu : "juif".
  • dilijaument : cf Godefroy diligaument, "diligemment".
  • encerchiè : Godefroy ; "rechercher, s'enquérir, examiner".
  • en dementiers que : "pendant ce temps, cependant que" : Godefroy : dementiers que : "pendant que".
  •  Didismus, Lucius, Ysaac, Didascalus, Ezeas, Azarus, Didascalus et Matheus: pour Alvin E. Ford, la liste peut suggérer le nom de certains apôtres, comme Thomas (Didimus), Luc (Lucius), Marc (Leo), Matthieu (Matheus) et les deux Jean (Peut-être les deux "Didicalus").
  • provoire : "prêtre"; à donner en moyen français "prouvaire". 

  • Symeon: selon A. E. Ford, ce disciple est l'apôtre Simon Pierre, le premier pape.
  • leidenjoies : Godefroy : laidangier, lendengier,   leydengier etc... : "maltraiter, injurier".
  • estracion : on trouve dans la transcription des manuscrits C de E. A. Ford traïson, mais je lis bien estracion des geues, "j'ai eu peur de la race des juifs".
  • segroi : Godefroy : forme de secrè, segré, secroi, "secret".
  • Sur ou Sour est le nom arabe de la ville de Tyr (actuellement Lebanon) au Liban, à quelques 160 km au nord de Jérusalem.
  • maugré suen : CNRTL, article "sien" : " contre son gré".
  • mauves guerredon : Guerredon : (Godefroy) "Prix d'un service, d'une bonne action, salaire, récompense", mmais les exemples montrent qu'il existe des "bons guerredons" et des "mauves guerredons", comme dans La Chanson de Jérusalem, le Roman de Renart ou la Chanson des quatre fils Aymon.
  • Chetivesons :Godefroy :chaitivoison : "captivité".
  • qui avoit non Basile : je ne comprends pas ce nom, là où on attend celui de Véronique, mais on retrouve la même mention dans deux manuscrits C1 et C3 étudiés par E. A. Ford.
  • mesestances : Godefroy : "mauvaise situation".

 

III. La source latine : le Cura sanitatis Tiberii.

  En 1899, le théologien et historien de l'église patristique Ernst von Dobschütz publia une étude critique intitulée  Christusbilder. Untersuchungen zur christlichen Legende. Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Literatur; Leipzig 1899 (Images du Christ. Étude sur la légende chrétienne). Son chapitre VI est consacré à la Légende de sainte Véronique, puis, en annexe, est donnée une étude critique du Cura sanitatis Tiberii (Annexe V, 157-203). Je souligne que Dobschütz cite page 16, dans les traductions connues du texte latin, le manuscrit BNF fr. 696.

  Ce texte apparaît en annexe des Actes de Pilate, texte apocryphe du IVe siècle, grec puis latin, qui se présente comme un rapport officiel adressé par Pilate à Tibère pour lui relater le procès du Christ, sa crucifixion et ses miracles. En latin, ces Acta Pilati sont souvent eux-mêmes un appendice de l'Évangile de Nicodème.

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/dobschuetz1899/0826/ocr

    Hanc Pylatus Claudio direxit epistolam adhuc vivente Tiberio imperatore licet gravissimo Factum est autern laborante morbo. Ipso mim cum Tiberio et Vitellio consulibus eodem tempore Tiberius Caesar gubernabat Imperium (et Claudium successorem rei publicae delegisset) necesse fuit, ut in partibus Hierusolimorum virum prudentem dirigeret ut Christum Jhesum possit videre [Tiberius], quia multa de eo mirabilia audiebat, eo quod mortuos suscitaret et infirmos verbo sanaret tarn per se quam etiam per discipulos suos. hoc ο enim consilio suo utitur dicens: csi deus est, praestare nobis potest; si [autem] homo est, amare nos potest, et rem publicani gubernare per eum possumus. Tarnen Hunc vero desidero adduci,quia perurguit nie infirmitas corporis mei, eligatur (itaque) hom prudens, qui eum ad nos cum rogo et magno honore perducere possit'. electo itaque inlustrem virum Volusianum, sacerdotem templi, iam ex comite rei publicae privatum, direxit et misit eum in partibus Hierusolimorum, ut eum tarn suo rogo quam Caesaris Augusti sub reverentia et honore ad eum perduceret, quia dolore io nimio cruciabatur, ut etiam secretiora eius putredo et contusio vulneris de eius corpore distillaret.  tunc Tiberius Caesar summis rnedicamentis et unguentis languida viscera refover studebat; sed nihil omnino inlatae curae sentiebat effectum. et dum nullum suae salutis sensisset augmentum et dum diu nihil ei proficeret sanitatem, iussit ad se Volusianum inlustrem virum perduci, quem cum vidisset Caesar, dixit ei: Nestor te coram deos deasque et auctorem deorum [daemonum], fungere legationem meam et rei publicae tribue sanitatem. quia intrinsecus me dolor perurguit indicio et viscera mea vulnerata funduntur. quiadum liaec oronia feceris, quaecumque desiderio tuo coram desideras, tuo iudicio adimpletur. festina ergo et vade; quia auditum est mihi eo quod sit homo quidam Judaeus nomine Jhesus, quem etiam dicunt mortuos suscitare, caecos inluminare et alia multa innumerabilia virtutis suae divinitatis viriute suae divinitatis exercere et iussu imperio inlustrare genti imperii cuncta peragere gentemque Judaeorum Judaeorum claritate illustrare \erho(que) tantum eum dicitur praestare salutem Tunc Volusianus inclinato capite suo curvus adoravit Caesarem et eo adorato dixit: pia est intentio domini mei pii Caesaris\ respondit Caesar et dixit ad eurn: cVolusiane, ecce praesentem habes relatorem hominern, qui mihi haec omnia dixit. quia et deum se profitetur. unde et supra dixi: ' si deus est adiuvat nos, si autem homo est praestare nobis potest et rei publicae nostrae." ideo commoneo te, ut ad eum sine mora festinus pergas', tunc Volusianus secundum veterum legum Ordinationen! fecit testamentum domui suae, et ascendens navem iter sibi iniunctum perrexit. Caesar denique coartabatur ab infirmitate siringii usque ad mortem. Volusianus vero post annum unumet tribus mensibus discrimina faciente maris Hierusolimam pervenit. Qui cum introisset civitatem omnes maiores natu Judaeorum in adventu eius turbati sunt, pergentes ad Pilatum praesidem Judeae nuntiantes ei et dicentes eo quod vir nobilis in honore constitutus de partibus Romaniae superioris advenisset. Tunc Pilatus in occursum eius studiose occurrit. introgressus ad Volusianum Pilatus sie cum sollicitudine dixit: cusque quo non meruimus servi tui de vestro itinere scire, ut in vestro itinere mitteremus occursum? respondit autem Volusianus [et] dixit ei: nos enim non in cognitione provinciae directi sumus a piissimo nostro Caesare aut pro urbium turbatione nec pro sollicitudine rei publice cae, sed studium nobis est curae, quaerere pii domini nostri Tiberii Augusti salutem: quia in secretiora loca eius morbida eum yalitudo adstrinxit, ita ut nec medicaminibus nec incantationibus viatrae(?) fistulae potuit adiuvari. ista sollicitudo nos pro movit, ut iussi ab ipso hic coniungeremus, licet post multos dies vi maris inpediente longo traximus itinere; et hominem Jhesum nomine cernere desideramus, quem audivimus quod absque medicamentis aut aliquarum herbarum consecratione poterit curam sanitatis praestare, sicut et relatio cuiusdam hic adstantis de-io monstrat. verbo tantum omnia morborum inquinamenta curat,adhibet sanitatem, etiaru et roortuos suscitat\ Iiis auditis Pilatus mox contristatus ingemuit. . Ad haec relator homo Judaeus, Thomas nomine cuius relatione ante conspectum Caesaris fuerat patefacta, dixit: cdeum  meum, filium dei etiam daemones eum confitebantur; nam et hie . Qui cum introisset civitatem omnes maiores natu Judaeorum in adventu eius turbati sunt, pergentes ad Pilatum praesidem Judeae nuntiantes ei et dicentes eo quod vir nobilis in honore constitutus de partibus Romaniae superioris advenisset. tunc Pilatus in occursum eius studiose occurrit. introgressus ad Volusianum Pilatus sie cum sollicitudine dixit: cusque quo non meruimus servi tui de vestro itinere scire, ut in vestro itinere mitteremus occursum? respondit autem Volusianus [et] dixit ei: nosenim non in cognitione provinciae directi sumus a piissimo nostro Caesare aut pro urbium turbatione nec pro sollicitudine rei publice?»cae, sed studium nobis est curae, quaerere pii domini nostri Tiberii Augusti salutem: quia in secretiora loca eius morbida eum yalitudo adstrinxit, ita ut nec medicaminibus nec incantationibus viatrae(?) fistulae potuit adiuvari. ista sollicitudo nos pro movit, ut iussi ab ipso hic coniungeremus, licet post multos dies vi maris inpediente longo traximus itinere; et hominem Jhesum nomine cernere desideramus, quem audivimus quod absque medicamentis aut aliquarum herbarum consecratione poterit curam sanitatis praestare, sicut et relatio cuiusdam hic adstantis deio monstrat. verbo tantum omnia morborum inquinamenta curat,sunt diseipuli eius, per quos de ipso possis agnoscere veritatem\PiC unus ex militibus dixit Pilato praesidi: 'ipsum desiderat prudentissimum videre, quem crueifigi non metuit tua magnificentia'. confusus est itaque Pilatus ad relationem prolocutionisio militis sui. post haec Volusianus dixit ad Pilatum: ctu, Pilate, sine consilio domini Caesaris piissimi Augusti Jhesum quem vulgus iustum adfirmant cur morte permisisti damnari?' respon-dit autem Pilatus [et] dixit: Judaeorum voces pati non potui quia regem se dicebat. tunc dixit milex Pilati: non perturbetur magnitudo vestra. vere resurgentem eum nos ipsi vidimus tertia die. nana et multi fuerunt nobiscum, qui viderunt eum postea vivum et alacrem ambulantem; etiam et Joseph, qui eum sepelivit\ eadem hora iussit Volusianus Joseph ad se perduci cum grandi honore et veneratione. qui cum advenisset, dixit Volusianus : 'tu solus in populo tuo prudens, ut didicimus, in hac urbe inventus es. die nobis in veritate de Jhesu, verum adprobatum io in gentem vestram liominem iustum, quem daemones deum con-fitebantur, si certe resurrexit a mortuis; quia tuum solum testimonium declaratum accipimus'. respOBdit autem Joseph, et dixit: certus sum, quia resurrexit a mortuis dominus meus Jhesus Christus; quia et ego eum vidi et cum ipso locutus sum, et ego eum prius sepelivi in monumento meo novo quod excidi in petra et vidi eum in Galilea vivum super montem Malec sedentem et docentem discipulos suos\ tunc Volusianus misit per omnem regionem Hierusolimorum perquirendum eum, ut agnosceret de illo. et dum frequens inquisitio fieret et non invenisset, venerunt io undecim homines et Joseph simul cum eis, qui dixerunt: noseum vidimus ascendentem in caelum'. quorum nomina sunt haec: Didimus, Lucius, Isaac didascalus, Aaddas, Finees didascalus, Ezias et Azarias et Levi didascalus et Mattheus. Post haec Volusianus propter riomen principis in grandi custodia Pilatum iussit manere. recluso quidem Pilato in arta custodia, multa mirabilia, quae fecerat Jhesus, Volusiano sunt nuntiata tarn per virorum quam per mulierum ora. his auditis dixit Volusianus coram omni populo: csi deus erat Jhesus iuvare nos habuit, si homo gubernare rem publicam potuit.' deinde iussit Volusianus ad exercitum suum omnem progeniem Pilati recludi in custodia et in conspectu militum Pilatum adcersiri praecepit. cui cum lacrimis dixit: 'inimice veritatis et rei publicae, quare de Jhesu non retulisti Augusto, quem universa niultitudo con laudat?' respondit Pilatus: cnon enim tantum pollutus sum in sanguine eius; sed Judaei eum interficere conabantur'. dixit ei Volusianus: 'tu tarnen quomodo innocentiam tuam in eum osten- dis fuisse, qui eum non solum non liberasti a seditione impiorum, sed etiam illis tradidisti?'  Tunc unus ex discipulis Jhesu nomine Simon adstetit ante Volusianum et coram omni populo dixit: Pilate, dum Jhesum nervis castigans adfligeres, dicebas ei: "potestatem habeo dimittendi te et potestatem habeo occidendi te", et quomodo nunc innocentem te adseris? respondit Pilatus: Judaeorum insidias pertimui et tradidi eum illis, sed ut innocentiam meam ostenderem, lavi manus meas coram omnibus dicens: "innocens ego sum a sanguine huius iusti, vos videritis". ad haec responderunt mihi seniores Judaeorurn dicentes: "sanguis eins super nos et super filios nostros"/ Iiis auditis Volusianus coepit flere et cum lacrimis dixit ad Pilatum: 'impie, tu tuo bono disposito dimittere eum debuisti Post baec coepit Volusianus cum magno desiderio per- quirere, ut aliquam similitudinem eius posset agnoscere. sie venit .quidam bomo Marcius nomine pandens secretum cuiusdam mu- io lieris. dixit ad Volusianum: cante annos fere tres mulierem curavit a profluvio sanguinis; quae cum sanitatem reeepisset ob amorem eius imaginem ipsius sibi depinxit, dum ipse manere in corpore, ipso Jhesu sciente\ tunc Volusianus dixit ad iuvenem: 'indica mihi mulieris nomen. et ipse dixit: 'Veronice dicitur et manet in Tyro\ praecepit Volusianus, ut mulier ipsa ad eum perduceretur. quae cum illi praesentata fuisset, ait ad eam Volusianus: 'bonitas et prudentia tua mihi nuntiata est. exaudi petitionern meam, [et] ostende mihi imaginem viri magni dei tui, qui tibi corporis tui salutem contulit.' ad haec mulier respondit se non habere ea quae dicebantur ab eo. tunc Volusianus quasi io derisum se existimans diligenter tarnen coepit inquirere et licet invita mulier et adflicta, quae erat devota deo suo, devulgavit secretuni imaginis auctoris salutis suae. qui misit cum ea multitudinem militum et invenerunt eam absconsam in cubiculo, ubi manebat, ad caput eius; quia ibi caput suum seraper commendabat. et ipsa detulit eam Volusiano. at ubi vidit Volusianus imaginem Christi Jhesu, mox contremuit et adoravit eam et dixit: Vere dico vobis, quia rnalam percipiet retributionern, qui tradedit et crucifixit Jhesum, qui infirmos curabat et mortuos suscitabat'. his delibatis congregato armatas aginina navium cum exercitu militum et Pilatum et mulierem Veronicam quae Basilla dicitur introgressus est navem una cum imagine Jhesu Christi, pergens cum eis ad urbem Romaiii. et post novem menses Romam pariter pervenerunt. Nuutiatus est Tiberio Caesari adventus Volusiani. pro- cedens Volusianus ingressus est ad Caesarem Tiberium. curvus adoravit eum et narravit ei omnia quae gesta sunt et quomodo tempestate maris faciente tardavit. dixit ad eum Tiberius: cet quare non interfectus est Pilatus?' respondit Volusianus: cpieta- tem vestram timui offendere; tarnen huc eum ad vestra vestigia perduxi'. tunc Tiberius Caesar ira repletus nec faciem suam Pilato videri permisit. dedit in eum sententiam dicens: "coctuni ab igne et aqua non comedat', et damnatum eum in exilio iussit perduci Tusciam civitatem Ameriam. ibique in carcerem missus est. Dixit Volusianus ad Tiberium Caesarem: cquandam mulierem curavit Jhesus (a profluvio sanguinis quem patiebatur triginta annis), quae pro arnore eius imaginem illius sibi depingere fecit in similitudinem ipsius (ipso Jhesu vivente); et hic eam percum muliere ipsa. nam et ipsa mulier, relicta omnem substantiam suam, secuta est imaginem dei sui dicens: ' non diniittam vitam meam, spem salutis et fortitudinem animae meae, sed ubi fuerit peregrina spes mea, ibi et ego cum ea peregrinabo, quia ipsa est divitiae aniuiae rueae'Y. Hoc audito Tiberius Augustus iussit sibi mulierem ipsam una cum imagine Jhesu Christi praesentari. et cum vidisset Tiberius Caesar imaginem et mulierem, quae ipsam habebat, dixit ad mulierem: 'tu meruisti tangere fimbriam vestimenti Jhesu!'et dum haec diceret, aspiciens imaginem Jhesu Christi contremuit et cadens in terram cum lacrimis adoravit imaginem Jhesu Christi, qui statim sanus factus est ab infirmitate et putredine vulneris sui, quam patiebatur intrinsecus. at ubi virtutem deitatis eius sensisset per sanitatem corporis sui in visione imaginis, statim praecepit nmlierem Veronicam divitiis et honore locupletari et facultates ei de publico praecepit contradi iussitque imaginem ipsam auro concludi et lapidibus pretiosis. Et dixit ad Volusianurn Tiberius: cquae est eius prae ceptio?' respondit Volusianus: 'in quantum didici, nihil aliud nisi ut baptizaretur unusquisque in aqua et credat eum esse dei filium\ dixit Tiberius Caesar: cvae mihi quia non merui eum in corpore isto videre\ post menses vero novem credens in Jhesu Christo Tiberius Caesar et sanus a plaga siringii  processitque in senatum cum gloria imperiali iubetque senatum  quatinus uno consensu Jhesum tenerent et adorarent ut verum deum eiusque statuam super imagines imperatorum et omniuni deorum insigniter dedicarent urbi. quod non eonsentiente senatu, ut Christus reciperetur, effervescens Tiberius Caesar indignatione nimia quam plures nobilissimos ex senatu diversis trucidavit penis, eo quod de Christo non adquievissent sibi; et qui antea fuerat moderate se agens apud omnes, extunc sevissime crassatus est in nobilitatem Romani senatus. qui non post multos dies templum Isidis Tiberim demergens sacerdotes necans defunctus est in lectulo suo. ο successores reliquit Claudium et Gaium, qui Gaius post parvum temporis excursum diem terminans Claudium reliquit. Eodem tempore Post Claudium vero suscepit iniperiurn ßomae Nero Caesar et post aliquantos annos venerunt discipuli (domini nostri) Jhesu Christi (Petrus et Paulus) in arte magica nimis eruditus, in quo et daemonia habitabant multa, qui se deum et dei filium dicebat et {quod) ipse apud Judaeos fuisset passus mortuus et sepultus et tertia die se ad- serebat resurrexisse. sed dum Neroni Caesari nuntiatum fuisset de Jhesu Christo filio dei vivi, et omnia quae de eo acta sunt apud Judaeos, nuntiatum est ei etiam de Pilato. statim direxit milites suos in Ameriam civitatem et Pilatum ad se adcersiri praecepit. et cum ei praesentatus fuisset, narravit omnia quae de Christo Nazareno gesta sunt, praesentavitque ei discipulos eius Petrum et Paulum. ipsi quidem apostoli reiutantes Simonem esse Christum dixerunt Neroni Caesari: bone imperator, si vis scire quae gesta sunt in Jüdaea, accipe litteras Pontii Pilati rnissas ad Claudium, et tunc omnia cognoscere poteris'. Nero autem (mittens ad bibliothecam Capitolii, in qua scripta ipsa continebatur epistola^) accepit et legit. et series ita erat: 'Pontius Pilatus Claudio suo salutem. Nuper accidit et quod ipse probavit; Judaeos cognoscat magnitudo tua, quod invidio se suosque posteros crudeli damnatione punissent. et cum promissum patribus eorum fuisset, quod illis deus eorum mitteret sanctum suum, qui rex eorum merito diceretur, et hunc se per virginem ad terram missurura promiserat, ego itaque in Judaea cum Ebreorum praeses existerem, ipse cum esset deus et dei filium se diceret — et daemonia eum dei filium appellabant, qui et ipse caecos inluminabat, leprosos mundabat, paraliticos curabat, daemones ab hominibus expellebat, mortuos suscitabat, male habentes verbo sanabat, imperabat ventis et fluctibus et super undas maris pe- dibus ambulavit, et alia quidem multa mirabilia in couspectu vulgi faciebat — cum autem populus Judaeorum eum dei filium adfirmarent, contra ipsum insidias paraverunt principes sacer- dotum Judaeorum et tenentes illum loquentes de eo singula falsa tradiderunt eum mihi dicentes quia kontra legem nostram agit'. ego autem credens illis flagellatum illum tradidi arbitrio eorum. illi autem crucifixerunt eum et sepulto inposuerunt milites custodientes eum, ut probarent, si resurgeret a mortuis. Militibus denique custodientibus die tertia resurrexit. in tantum enim nequitia eorum exarsit, ut pecuniam militibus darent, tantum ut dicerent: cnobis dormientibus venerunt discipuli eius nocte et rapuerunt corpus eius'. ista occasione falsa admonuerunt eos, ut veritatem celarent. sed milites cum accepissent pecuniam, veritatem ipsam tacere nequaquam potuerunt et ipsum a mortuis resurrexisse testati sunt et qualiter pecuniam a Judaeis acceperunt, patefecerunt. liaec ideo vobis suggessi, ne quis vobis mentiatur, aliter existimetis et mendatio Judaeorum adsensum praebeati. Cumque perlectae fuissent litterae in conspectu Caesaris, statim Nero Caesar dixit: 'die mihi, Petre, si per ipsum omnia haec gesta sunt!', tunc Petrus dixit: cbone imperator, omnia ista, quae audisti, facta sunt per Jhesum Christum dominum nostrum filium dei. nam iste Simon magus plenus est mendatiis et diabolicis artibus circumdatus, in tantum ut dicat se esse deum, ο cum sit homo pollutus, et filium dei se ausus est dicere, per quem nos sumus omnes victores per deum et hominem, quem adsumpsit illa divina maiestas inrepraehensibilis, quae per homi- nein horninibus dignata est subvenire. in isto vero Simone duae substantiae esse cognoscuntur, non dei et hominis, sed diaboli et hominis; quia ipse seductor per hominem horninibus inpedire conatur'. his auditis Nero imperator interrogavit Pilatum, si vera essent quae a Petro audiebat. respondit Pilatus et dixit: Vera sunt omnia, quae a Petro vestris auribus personuerunt\ . Post haec autem propter circumcisionem suam Pilatus, quam a Judaeis acceperat in corpore suo, iterum in Ameriam civitatem in exilio a Nerone Caesare directus est, ibique (se ipsum prae angustia gladio transverberans) animam exalavit. Haec autem omnia scripta sunt, qualiter damnatus est Pilatus a Tiberio Augusto, qui credidit in Christo Jhesu domino nostro et baptizatus est atque salvatus est et de hac luce in pace ab latus est. Nero vero interfector martyrum impius et paganus a diabolo percussus interiit semetipsum solus errans in silvis ligno acuto transforavit et mortuus est et α lupis devoratus quemadinodum prius a diabolo interpretatus fuerat Simon. Dominus autem salutem contulit credentibus in se; quia ipsum credimus dei filium, qui cum patre et spiritu sancto vivit et regnat per omnia saecula saeculorum. Amen.  



III. Les autres formes et développements de la Vengeance Nostre-Seigneur.

 

  La Guérison de Tibère ou Cura sanitatis Tiberii fut suivie par la Vindicta Salvatoris, au début du VIIIe siècle : ce dernier récit reprend des éléments des Gesta Pilati et raconte la destruction de Jérusalem par Titus et son père Vespasien en 70. Cette Vengeance du Sauveur, traduite en français d'abord en prose, fut reprise en vers sous forme de chanson épique puis de théatre (Eustache Marcadé La vengeance de Nostre Seigneur Jhesu Crist; début XVe siècle, manuscrit 697 de la Bibliothèque d'Arras).

le site Arlima signale les deux éditions modernes :

  • The Oldest Version of the Twelfth-Century Poem "La Venjance Nostre Seigneur", Edited by Loyal A. T. Gryting, Michigan, University of Michigan Press (Contribution in Modern Philology, 19), 1952, x + 143 p. CR: Brian Woledge, dans Romance Philology, 8, 1954-1955, p. 155-157.

  • La Vengeance de Nostre-Seigneur. The Old and Middle French Prose Versions: The Version of Japheth, éd. Alvin E. Ford, Toronto, Pontifical Institute of Mediaeval Studies (Studies and Texts, 63), 1984, viii + 232 p. CR: Brent Pitts, dans The French Review, 60:3, 1987, p. 389-390.

  Vers 1300, la Bible de Roger d'Argenteuil relate comment Véronique, allant vendre son couvre-chef au marché, rencontre sur la via dolorosa le Christ portant sa croix : ayant essuyé le visage de Jésus, elle constate que le linge en porte désormais miraculeusement le portrait " comme se il fust corporex en char et en os". Jèsus lui recommande d'y prendre soin, car il pourra guérir les malades. Revenue chez elle, elle le présente à son mari malade, qui guérit aussitôt.

 Entre 1261 et 1266, Jacques de Voragine publie dans la Légende Dorée une nouvelle version de la légende: chapitre La Passion du Seigneur : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/tome01/055.htm

 

 On trouvera des éléments plus complets dans :Véronique et son image-relique du Christ dans quelques textes français de la fin du XIIe au début du XIVe siècle par Jean-Marie Sansterre (Université Libre de Bruxelles [ULB]), et notamment la façon dont la Venjance Nostre-Seigneur, fut  poursuivie par Robert de Boron pour donner naissance, à travers le personnage de Joseph d'Arimathie, au cycle de la quête du Graal.

 

 

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 23:09

           LA FIN DU BAL (Le vol arrêté)

Paroles russes et musique : Vladimir VYSSOTSKI
Adaptation française : Maxime LE FORESTIER

 

Pourquoi, j'voudrais savoir pourquoi, pourquoi

Elle vient trop tôt la fin du bal,

C'est les oiseaux, jamais les balles,

Qu'on arrête en plein vol.


Comme le fruit tombe sans avoir pu mûrir

La faute à l'homme, la faute au vent

Comme l'homme qui sait en se voyant mourir

Qu'il n'aura plus jamais le temps

Un jour de plus il aurait pu chanter

Faute au destin, faute à la chance

Faute à ses cordes qui s'étaient cassées

Son chant s'appellera silence.
Il peut toujours le commencer

Nul ne viendra jamais danser

Nul ne le reprendra en cœur

Il n'aura jamais rien fini

A part cette blessure au cœur

Et cette vie.

 

Pourquoi

J'voudrais savoir pourquoi, pourquoi

Elle vient trop tôt la fin du bal

C'est les oiseaux, jamais les balles

Qu'on arrête en plein vol.

 

Comme ces disputes commencées le soir

Faute à la nuit, faute à l'alcool

Et dont il ne restera rien plus tard

Que quelques mégots sur le sol

Il aurait tant voulu frapper pourtant

Faute au couteau, faute à la peur

Il n'aura fait aucun combat au sang

Juste le temps d'un peu de sueur

 

 

Lui qui aurait voulu tout savoir

Il n'aura même pas pu tout voir

Lui qui avait l'amour au corps, au corps

Pour la seule qu'il aurait gardée

Il a rendu sa barque au port

Sans l'embrasser, sans la toucher

Juste y penser jusqu'à la mort

 

Refrain

 

Il écrivait comme on se sort d'un piège

Faute au soleil, faute aux tourments

Mais comme il prenait pour papier la neige

Ses idées fondaient au printemps

Et comme la neige recouvrait sa page

Faute aux frimas, faute à l'hiver

Au lieu d'écrire il essayait, courage

D'attraper les flocons en l'air

 

Mais aujourd'hui il est trop tard

Il n'aura pas pris le départ

Et son souvenir ne sera

Que la chanson d'avant la lutte

De l'évadé qui n'aura pas

Atteint son but.

 

Pourquoi

J'voudrais savoir pourquoi, pourquoi

Elle vient trop tôt la fin du bal

C'est les oiseaux, jamais les balles

Qu'on arrête en plein vol.

 

 

Vladimir Vyssotski :

http://www.youtube.com/watch?v=ALms5OF0WvA&list=PLA5150C00C4238348

Sa vie :

http://french.ruvr.ru/2013_01_24/Vladimir-Vyssotski/

 

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  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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