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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 10:18

 

La Carte de Bretaigne de Bouguereau (1594).

 

 

Plan :

I. La carte de Bretagne du Théâtre Françoys de Bouguereau, Tours, 1594.

II. Réutilisation par Jean Leclerc, Théâtre géographique, 1619 et 1631.

III. Jean Boisseau, Théâtre des Gaules et Théâtre géographique, 1641-1648.

 

 

 

I. La carte de Bretagne du Théâtre Françoys de Bouguereau, Tours, 1594.

Ce n'est pas un scoop : la célèbre Carte de la Bretagne qui figure dans le Théâtre Françoys que Maurice Bouguereau a publié en 1594 n'est que la copie, à la gravure talentueuse de Tavernier, mais introduisant quelques erreurs, de la carte incluse dans l'a seconde édition de l'Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré parue en 1588 à Paris chez Jean Du Puys. 

  Puisque le CRBC de Brest possède un exemplaire de cette carte, je suis allé le photographier pour l'étudier. 

 

1. Introduction. 

 

En 1589 ou 1590, Maurice Bouguereau, libraire de Tours, a entrepris de publier un atlas des cartes des provinces de France et a conclue pour cela en 1590 un contrat avec un graveur flamand, Gabriel Tavernier, élève de Plantin (l'éditeur d'Ortelius)  à Anvers. On note que ce graveur, qui a fuit Anvers avec d'autres artisans après le saccage de cette ville par les troupes espagnoles en 1576, s'est réfugié à Paris où il logeait ...rue Saint-Jacques à l'enseigne de la Samaritaine chez Jacques Du Puys, le libraire qui a édité en 1583 et 1588 l'Histoire de Bretaigne. On ignore qui, de Tavernier ou de Bouguereau, est à l'initiative du projet.

  Cet atlas est paru en 1594 sous le nom de Théâtre françois de façon incomplète car seulement 4 cartes de France et 14 cartes de provinces ont pu être gravées avant que Tavernier, qui suivait la Cour de Henri IV, ne reparte vers Paris où il s'installera et verra son fils Melchior lui succéder.

 Trois cartes ont été crées de novo, celle du pays Blaisois, du Limousin et du Duché de Touraine. Pour les autres, "il reprend ce que les Flamands avaient tiré de nos géographes français." et il fait copier par Tavernier sept cartes du Thetrum Orbis Terrarum d'Ortelius dans l' édition de 1575 ou 1580 avant de faire copier 4 cartes du Galliae Tabulae geographicae de Mercator, paru à Duisbourg en 1586. Enfin il fit récupérer pour copie une carte de France, une carte trés ancienne du Maine (la carte du Diocèse du Maine par le prètre Marc Ogié (Ière édition 1539)), et la carte de Bretagne de d'Argentré publié par Jacques Du Puys.

Gallica offre à la consultation en ligne l'exemplaire offert par Bouguereau à Henri IV de son œuvre : Le Théâtre français, où sont comprises les chartes générales et particulières de la France, à chacune desquelles avons adjousté l'origine de la province... de leur antiquité et choses remarquables... enrichi et orné sur chacune charte d'excellents vers héroïques. (Par Maurice Bouguereau.), In fol.Tours 1594.

 La carte porte la foliation 18*, étant la dernière des 18 cartes incluant 4 cartes de France et 14 cartes de province. Comme chacune de ces dernières, elle comporte à l'envers de la double page utilisée pour la carte une notice et des poèmes.

 

  La Notice porte le titre de DU PAYS ARMORIQVE, DICTE PETITE BRETAIGNE, ANTIQVITE ET ORIGINE D'ICELVY : Des Comtes & Ducs qui y ont commandés, de ses Eveschez, départements des langues,& des choses remarquables.

Cette notice suit d'assez près "ce grand historiographe" François Belleforest dans sa Cosmographie universelle, Paris, 1575, notamment dans sa critique des origines troyennes d'un Brute, père fabuleux du peuple anglais qui secondairement peupla la Bretagne gauloise. L'auteur anonyme écrit "de ma part, je me tiendrai plutost à Strabon, Polybe et Belleforest qu'aux songes de nos fabulistes" etc...

 Vient alors une description géographique : "La Bretaigne a son étendue par la dimension astronomique de 3 degrés et demi ou de 4 pour le plus, de sa longitude et de 44 ou 45 degrés de latitu. ayant pour lieües françaises jusqu'à 120 lieües de longueur et de circuit 200. De latitude vers le pays bas 21 lieü, et vers le haut pays 40.lieües. Limitée à son Orient du Mayne et partie de l'Anjou. Au Septentrion la Mer Brtitannique & pays de Constantin, au Ponant la Mer Océane, et au Midy le Poictou. Elle est divisée en trois langues à sçavoir le Françoys, ayant pour Eveschez Nantes, Rennes, Dol : Le Breton galot parlant français et breton à leur plaisir, Vannes, Saint-Brieuc et Saint-Malo : le Breton bretonnant, Cornouailles, Léon et Tréguier, & tous les neuf Eveschez subject à l'Archevesque de Tours. "

   L'auteur rappelle ensuite comment le pays fut assujeti par Maximin le tyran et par les Romains avant d'en être délivré par les Francs puis donne sa version de la succession des Comtes; il mentionne Alain Bouchart comme l'avait fait Belleforest en parlant de "l'annaliste breton" ; puis il décline la succession des Ducs et il conclue, exactement comme l'avait fait Belleforest, par la phrase "...Anne espouse de Charles huictiesme & depuis du Roy Loys douxiesme, & par ce moyen le Duché Breton vint, & tomba en la maison de France, & à la fin a été uni à la Couronne."

  Enfin, "pour contenter les esprits curieux, et voyant le surplus de cette place vide, ne m'a semblé trop inconvénient inserer cette fable ou fiction poètique de Geoffroy Momuneteen sur l'origine de Bretaigne en la personne de Brute sacrifiant (comme dict est), un vase de vin et une biche blanche à la déesse Diane, en l'isle de Lergerie", l'auteur rapporte en latin, l'oracle de la déesse annonçant en songe à Brutus l'existence d'une île qui sera une seconde Troie. (Voir Brutus in Wikipedia).

  Le poème en latin est de Jules César Scaliger : De antiquissima nobilissimaque Britonum Gente.

  Voilà donc l'envers de la carte de Bretagne que chacun se plaît à préférer à celle de d'Argentré.

  L'Histoire de Bretaigne de celui-ci est donné comme source de cette notice par le site de Denis Janson denisjanson.fr/bouguereau, mais j'ignore sur quels arguments.

 

  L'atlas a été décrit par François de Dainville dans une publication peu disponible, et dans la réédition en 1961 du Théâtre Francoys (Maurice Bouguereau, Le Théâtre Françoys, Tours 1594. With an introduction by François de Dainville, S.J. Published by Theatrum Orbis Terrarum Ltd, Amsterdam, 1966.) La carte de Bretagne aurait été gravée au premier semestre 1591

2. La carte.

Carte de Bretagne de Maurice Bouguereau, exemplaire du CRBC de Brest, cote CA 00001, [1594], mention manuscrite v 1618 ou v.1620, portant en haut à gauche le numéro 25 : j'en donne plusieurs vues afin d'améliorer la définition des détails.

Taille : Feuille de 45 x 60 cm, carte de 36 x 47,5 cm ou 35 x 46 cm pour Pinot ; cadre de 32,7 x 46 cm. Echelle 1/750 000.

 bouguereau 0635c

 

                                bouguereau 0644c

 

                           bouguereau 0645c

 

 

                                      bouguereau 0646c

 

 

bouguereau 0655c

 

 

La parenté avec la carte d'Argentré est évidente, et la taille, l'échelle, l'échelle illustrée par un obélisque de 15 lieues, le cadre gradué en latitude et longitude, la présence de lignes verticales et horizontales, les armes de Bretagne dans un collier de l'Ordre de l'Hermine, les trois cadrans de marée, les inscriptions majuscules des pays limitrophes et de la Grande Mer Océane, et surtout le tracé des côtes et des fleuves sont identiques au modèle. 

  On peut pourtant jouer au jeu des sept différences : "Gabriel Tavernier a recopié la carte de Bertrand d'Argentré, mais il y a glissé quelques différences. Sauriez-vous les reconnaître ?" Retrouver la carte d'Argentré ici : Florilège de la Bibliothèque d'Étude de Brest : 1c : Bertrand d'Argentré et la carte de la Bretagne.

Les auteurs qui ont pratiqué ce jeu sont I.E. Jones et surtout J.P. Pinot, dont on admirera l'extraordinaire perspicacité.

 1. La première se découvre dans le titre :

DESCRIPTION . DV.  PAYS . ARMORIQVE . A . PRES. BRETAIGNE.

Le titre d'origine prend la peine d'écrire "à présent" en entier alors qu'ici le mot est abrégé par un tilde. 

Le titre s'étale sur toute la largeur de la carte, hors-cadre, dans un cartouche aux allures de "cuir". Cela n'a été possible que par une modification des côtes normandes 

Les lettres capitales sont doubles.

2. La signature.

 L'œuvre d'origine n'était pas signée ; imprudence ! Sur celle-ci, Maurice Bouguereau a apposé son nom en bas et à gauche, de l'autre coté de la Loire (pour se rapprocher de Tours ?) :

                   DSCN8954c



DSCN8953c

 

On lit Cæsaroduni Turonum in Ædibus Mauricii Boguerealdi, la mention qui figure sur les différentes cartes de l'atlas que constitue le Théâtre Françoys, et qui se traduit par " A Tours, édité par Maurice Bouguereau", Cæsaroduni Turonum étant une forme pour désigner Tours, et la formule in ædibus signifiant littéralement "dans la maison (de)".

3. Corrections d'erreurs.

l'erreur des longitudes (02° au lieu de 20°) sur l'échelle nord. Le toponyme La Gravelle.

3' Suppression d'éléments inutiles.

Une (mais une seule) des deux diagonales qui témoignaient des rhumbs a été effacée.

4. Adjonction de nouveaux toponymes.

Lac de Poytourteau ; Sesson ; La Roche-Bernard ; Noyal-sur-Vilaine (qui avait été mal placé sur l'original : martelé et limé, on avait oublié de le ré-inscrire au même endroit).

5. Nouvelles erreurs.


  • Erreur de copie transformant la presqu'île de Quiberon en une île. C'est l'ensemble du traitement du relief des côtes, très habile à en préciser les dangers sur la première gravure, qui n'est pas compris ou pas suivi par tavernier, lequel supprime toutes les hachures des eaux littorales et ne signale plus les bancs  de sable de la rade de Brest (les représentant comme des îles) ou les récifs à l'Ouest des falaises de Crozon-Camaret, qui disparaissent.
  • Erreur de copie transformant Erbignac en Erbimat, île de Sain en île de Sam, Lannilis en Lamlis, Becherel en Becherei, Lominael en Lonimael, Pornic en Porme, Bazlanec en Bazlane, Cameret en Comerer, Four en Fou, Isle ronde en Isle rond, Lantriguer en Lantraguer, Odet en Oder, Riec en Rier, Boquien en Boguien, Herqui en Hergui, Guigamp en Guincamp, Liffreen Biffre, Bazlanan en Bazlammis, Aberuiniget en Aberumige, Lannilis en Lamlis, Landiviziau en Landividiau   etc... "Sur les 324 noms que comportent les deux versions cumulées, 54 sont défigurés par Tavernier" (J.P.Pinot).
  •  Sur une plaque, le graveur peut corriger une erreur en la martelant sur l'autre face, puis en limant et polisant l'inscription fautive ; mais si le résultat est imparfait, le graveur va copié la trace mal polie en lui trouvant un sens : ainsi, Tavernier a lu la trace de correction de Basoges (Basouges-la-Pérouse) comme un Pousages qui s'établit ainsi au nord du Couesnon ! 
  • Omission des hydronymes Couesnon et Rance et du toponyme Serans
  • Absence du sigle des évêchés sur le clocher de Tréguier et Quimper.
  • Omission de la vignette de Vitré.
  • Absence des bosquets sur les collines sauf entre la Vilaine et la Loire.

 

Les erreurs sur chaque cadran de marée :

  Heureusement que ces cadrans ne servaient qu'à la décoration, sinon, gare aux échouages !

 Pourrez-vous retrouver les erreurs sur chacun de ces trois cadrans ?

 

Coté Bouguereau                                                     Coté d'Argentré :

bouguereau 0650c ex-libris---florilege-de-livres 0506c

 

bouguereau 0651c ex-libris---florilege-de-livres 0494cc

bouguereau 0647c ex-libris---florilege-de-livres 0502cc


Réponse :

a) Sur celui de la côte nord (en haut et à droite), là où le premier graveur avait placé deux Pleines Lunes le 15 et 16ème jour, au lieu d'ôter celle du 16ème jour, fautive, Tavernier a ôté le 16ème et déplacé le troisième quartier du 22ème jour (correct) au 23ème ! Ah ces terriens !

b) Sur celui du Nord-ouest, oubli du signe de morte eau (ME). 

c) Sur celui du Sud-ouest : ce sont les cercles intérieurs qui cumulent les erreurs. Si on prend les chiffres placés sous les symboles de Pleine Lune, de Pleine Mer et de Troisième Quartier on trouve 15è/VE/3/9 et sur Bouguereau 15/PL/3/8 ; 17è/VE/4/10 et sur Bouguereau 17/VE/9/4 ; 22è/TQ/9/3 et sur Bouguereau 22/TQ/ 9/2.


La première carte avait laissé passer 50 erreurs de toponymes, prédominant dans les évêchés de Vannes, Quimper et Tréguier (loin du correcteur supputé habité la région de Rennes) : celles-ci sont toutes reproduites par le nouveau graveur, qui en a ajouté 54 de son cru.

La première plaque gravée a été relue et corrigée et des toponymes en témoignent par une lettre suscrite Le correcteur, a défaut d'être bas-breton, était breton. La seconde n'a pas été gravé par un artisan connaissant les localités dont il traçait (à l'envers) le nom, mais cette plaque n'a pas été corrigée. Jean-Pierre Pinot, qui a réalisé toute cette étude, en conclue que cette seconde gravure  a été faite "au loin, sans surveillance compétente, par une équipe n'ayant pas accès au premier cuivre" lequel, de faible épaisseur, avait donné des épreuves où les corrections mal martelées pouvait induire des erreurs et dont l'encrage était médiocre. Sa conclusion définitive est la suivante : On ne peut donc que regretter que la version la plus connue de cette carte soit une copie très fautive qui donne une médiocre idée de la cartographie bretonne de l'époque." Jean-Pierre Pinot (1930-2000), alors Professeur de Géographie à l'Université de Bretonne Occidentale,  URA 903 du CNRS, in Les origines de la carte incluse dans "l'histoire de Bretagne" de Bertrand d'Argentré,  C.R.B.C., 1991  : p.195-227.

 

II. Réutilisation pour la troisième édition de l'Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré en 1618.

 Il s'agit de l'édition de Nicolas Buon, Paris, 1618, sous la direction de Charles d'Argentré, et  qui comporte l'épitre dédicatoire aux Etats de Bretagne de la première édition de 1583, la carte de Rennes Ville capitale de Bretagne par G. Closche et la table généalogique des Ducs de Bretagne ; 48 exemplaires au moins en sont connus, dont 26 contiennent la carte de Bretagne publiée auparavant par Bouguereau.

  Cela prouve que la plaque de cuivre de la première carte de Bretagne de 1588 n'était plus disponible, même pour Charles d'Argentré.

 

 

III. Réutilisation par Jean Le Clerc.

  Maurice Bouguereau n'a pas pu complété son atlas, et on ne lui connaît pas de publication depuis 1595.

Il y a trois générations de libraires nommés Jean Le Clerc établis à Paris. Jean II Le Clerc a dû quitter Paris pour Tours lors des émeutes de la Ligue, où il s'est associé à Bouguereau, participant au projet de réalisation de l'atlas national. C'est peut-être lui qui avait entrainé Tavernier à Tours et dans cette aventure éditoriale. En 1597 au plus tard (sans-doute 1594-95), il est rentré à Paris, avec les plaques de cuivre de Bouguereau.

Jean Le Clerc possède en 1603 à Paris la maison de la Salamandre rue Saint-Jacques (ou "rue saint-Jean-de-Latran*"). Il loue aussi une maison adjacente rue Frémentel, avant que ces maisons ne soient achetées par le roi pour construire le Collège Royal de France. En 1611, qualifié de "tailleur d'histoires", il passe "titre nouvel pour la maison de l'Image Saint-Claude", rue Saint-Jacques, maison renommée "Maison de l'Estoile d'or". Son fils Jean III Le Clerc est reçu libraire en 1618. (Documents...Philippe Renouard). En 1613, il publie la fameuse Carte de France dessinée par Fr. de la Guillotière, en 9 feuilles taillées en bois. Il décède en 1621-1622.

* On se souvient que c'est la rue où exerce Jacques Du Puys, l'éditeur de d'Argentré,et chez qui demeurait Tavernier en 1589. 

   Jean Le Clerc réutilise la plaque gravée par Tavernier dans son Théâtre géographique du royaume de France contenant les cartes et dispositions particulières des Provinces d'iceluy à Paris, rue Saint-Jean-de-Latran, à la Salamandre Royale, avec Privilège royal, en 1619; sept éditions jusqu'en 1632. Ce livre reprend les quatorzes planches provinciales de Bouguereau et les complète d'abord de dix-sept autres, publiant au total 37 cartes en 1619, 50 cartes en 1632, 52 cartes dans l'édition de 1632 par la veuve Le Clerc.

Frontispice sur gallica

       Le texte au verso reste identique, mais la signature de la carte change pour Joan Le Clerc excudit, signature qui se trouve désormais près de la pyramide de l'échelle des lieues; d'autre part, le titre a retrouvé sa place initiale à l'intérieur du cadre.

 


IV. Réutilisation par Jean Boisseau  avec quelques changements

 Païs armorique ou description de la haute et basse Bretagne. 33,5 x 46,6 cm,– Théâtre des Gaules, Paris : Boisseau , 1642. (7 Fi 1 - 1642), gravure par Tavernier.

  Les plaques de cuivre des cartes gravées par Tavernier pour Bouguereau furent rachetées entre 1632 et 1641 par Jean Boisseau à la veuve de Jean Le Clerc et utilisées pour son Théâtre géographique du royaume de France en 1641 [1644], qui reprend la page de titre de la veuve Le Clerc de 1632 en y collant le nom de Boisseau,  et 1631 [1647] et 1648. 

  Elles sont utilisées aussi pour le Théâtre des Gaules de 1637 [1639] et 1642.

  Jean Boisseau est inscrit en 1631 à Paris comme maître enlumineur ; c'est un éditeur de cartes géographiques.

  J. Boisseau introduit , outre le nouveau titre, de nombreuses modifications, et notamment une centaine de nouveaux toponymes du coté Est ; il trace la frontière Est que la carte de 1588 n'avait pas précisée. L'erreur de Bouguereau / Tavernier transformant Quiberon en île n'est pas corrigée. Signature Boisseau ex A paris.

 

  Selon J.P. Finot, "la dernière utilisation dans un atlas d'un tirage issu de cette planche me semble se trouver dans l'atlas de Boisseau des Archives Départementales de Loire Atlantique, in   F° 149 dans laquelle cette carte est associée à des cartes portant des dates allant jusqu'à 1647". 

 Image sur Gallica 

Site dédié : http://www.mapforum.com/02/bois.htm

Autre vue avec une définition excellente : Paulus Swaen 

 


 

      Sources:

— Sur Bouguereau : le site denisjanson.fr : http://www.denisjeanson.fr/bouguereau-homme.html

— Sur la carte de Bretagne :

  • I. E. Jones : D'Argentré's History of Brittany and its maps. Univ. of Birmingham, Dpt of Geography, Occas. Pub. n°23, 62 p. + pl. 1987.
  • Jean-Pierre Pinot :  Les origines de la carte incluse dans "l'histoire de Bretagne" de Bertrand d'Argentré,  C.R.B.C., 1991  : p.195-227.
  • François de Dainville S.J. : à défaut de pouvoir consulter son étude critique du Théâtre françoys de Bouguereau (1961), j'ai consulté :Théâtre géographique du royaume de France des le Clerc (1619-1632
  • Claude Gaudillat, Anciennes cartes marines de Bretagne 1580-1800, Coop Breizh 2003. 
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Published by jean-yves cordier
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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 21:21

        La carte géographique de L'Histoire de                       Bretaigne de Bertrand d'Argentré :               description et origine.

 

 

  C'était il y a un mois : consultant à la Bibliothèque d'étude de Brest l'Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré dans son édition de 1588, je découvrais, soigneusement repliée à l'intérieur, une carte de la Bretagne. Keskelféla ? demandais-je à mon bonnet qui parle le Queneau comme un vrai sorbonnard.

  Intrigué par cette découverte, je cherchais à savoir quel était, à cette époque, l'état de la cartographie de la Bretagne, pour m'apercevoir que cette "carte d'Argentré" était non seulement la première carte imprimée de ma région, mais, tout simplement, la première carte jamais tracée de cette province seule, même dans un manuscrit (quelques cartes manuscrites montrent la Bretagne, mais associée à la Normandie).

  On sait l'importance de la représentation de soi et de la délimitation d'un territoire dans la constitution d'une identité : j'avais devant moi le premier média qui permit au peuple breton de se figurer lui-même.

  Cela me paraît si fondateur et si fondamental qu'en écrivant ces lignes je doute et je me dis que, si cela était vrai, cette carte ne resterait pas pliée incognito à l'intérieur de ce vieux volume, qu'on l'exposerait, qu'on aurait splendidement organisé l'anniversaire de sa parution en 1988, que des colloques lui seraient consacrée, qu'elle rejoindrait, dans la vitrine identitaire bretonne, l'hermine et le chapeau rond, la coiffe et les galettes, le gwen ha du et les bagadou. D'autres images l'ont certainement précédé, la détrônant du titre dont je la pare...

  Mais non, pas d'erreur, c'est bien LA PREMIÈRE CARTE DE LA BRETAGNE.

 Émouvant, non ?

  Émouvant et intriguant, car une carte géographique ne sort pas toute armée du cerveau d'un juriste comme Bertrand d'Argentré plus à même de prouver la nullité d'un acte de donation que de dessiner les tracés d'un littoral et d'y placer les villes et les fleuves. Cartographe, c'est un métier!

 

  Vous me direz que la première chose à faire, c'est de la regarder, cette fameuse carte ! Je frappe "carte d'Argentré" sur le moteur de recherche : rien, avec ou sans guillemets, aucune image. "Argentré's map" ? pas mieux. "Description du pays d'Armorique" ? Vous découvrez alors une carte très voisine, sa copie éditée par Bouguereau, mais pas l'originale.

  L'originale, la PREMIÈRE, la voilà, mise en ligne pour la première fois : 


DSCN7833c

 

 

  On voit d'emblée que ce n'est pas un travail d'amateur, une esquisse, un croquis, mais du vrai boulot de cartographe. Qui a bien pu la lever ? Par quel hasard ce document de géographie s'est-il égaré dans un livre d'histoire? Ouvrons vite les centaines de publication qui lui sont consacrées, les mémoires de maîtrise, les thèses, les revues...

  J'ai bien mal cherché, je n'ai trouvé que deux auteurs pour lui consacrer une étude :

 

  Ieuan E.  JONES, D'Argentré's history of Brittany and its maps. University of Birmingham - Department of Geography, 1987 : 62 p. - 33 fig. : ill. ; 30 cm .

Jean-Pierre PINOT  Les origines de la carte incluse dans "l'histoire de Bretagne" de Bertrand d'Argentré.  .Journées d'études sur la Bretagne et les Pays Celtiques : 1990-1991 : Kreiz 1 Brest, ED. C.R.B.C., 1991 .p.195-227; 21 cm .

  La grande qualité de ces deux travaux, dont le second émanait d'un professeur émérite de géographie de l'U.B.O. de Brest, compense le faible nombre des publications.

  Toutes les autres publications, tous les honneurs concernent sa copie publiée six ans plus tard par Bouguereau, à tel point qu'on attribue à la carte de Bretagne de Bouguereau tous les mérites de celle-ci.

 

  Je rappelle que j'ai fait précéder cet article par trois autres où on trouvera le portrait de Bertrand d'Argentré, la présentation des différentes éditions de son histoire de Bretaigne, et celle de l'exemplaire RES FB A88 de la Bibliothèque Municipale de Brest, grâce à laquelle j'ai pu photographier cette carte. Je rappelle encore brièvement que cette carte ne se trouve que dans la seconde édition de l'Histoire de Bretaigne, publiée à Paris par Jacques du Puys, et que parmi les 45 exemplaires recensés par I.E Jones de cette édition, seuls 14 possèdent cette carte. Il n'existe donc qu'une quinzaine d'exemplaires connus au monde de la carte éditée en 1588. Elle est rarissime. A Brest, l'exemplaire conservé par le CRBC de la même édition ne renferme pas cette carte ; et à Landevennec, qui possède la plus belle collection des diverses éditions de Bertrand d'Argentré, la carte est (paraît-il) incomplète.

 On ignore tout de l'auteur de la carte et du graveur qui la tailla. Elle est issue d'une plaque gravée en taille douce, et, elle précède donc comme premier exemple de carte en taille douce en France celles de Tavernier. La plaque de gravure n'a pas été retrouvée. 

 

  Pour planter le décor, et mieux me donner des repères, je propose les amers suivants :

  •   Les plus anciennes représentations cartographiques connues de la Bretagne sont la Table de Peutinger (qui est la copie du XIVe siècle d'un document datant du IIIe siècle) et celle du géographe arabe Ash-Sharif al-Idrisi, dressée en 1154. Les contours de la région y apparaissent méconnaissables.
  • 1454 : Impression de la Bible de Gutenberg.
  • 1477 : premiere impression de  la Cosmographie (traduction latine de Géographiké yphegesis) de Claude Ptolémée (90-168).
  • 1483 : Le Grand Routier de pilotage de la mer Gallica par P. Garcia Ferrande, premier hydrographe français ; il ne comporte pas de carte, mais un texte illustré par des croquis (amers, etc..).
  • 1513 : première carte imprimée d'une province de France, la Lorraine
  • 1543 à 1546 : cartes et almanachs de Guillaume Brouscon, cartographe du Conquet.
  • 1542 à 1635 : période des "hydrographes normands" : Guillaume le Testu, pilote du Havre, publie en 1556 un atlas de 56 cartes, Cosmographie universelle.
  • 1566 : carte du Berry de Jean Jolivet.
  • 1570 : premier atlas du Monde  : le Theatrum orbis terrarum d'Abraham Ortelius publié à Anvers chez Plantin : 75 cartes en 53 feuillets.
  • 1584 : premier atlas nautique imprimé : Spieghel des Zeevaert.
  • 1585 ; première apparition du terme "atlas" donné pour titre par Gérard Mercator à son Atlas, sive cosmographicae meditationes de fabrica mundi et fabricati figura. Complété, il est réédité en 1595.
  • 1588 : première carte de Bretagne par d'Argentré.
  • 1594 : premier atlas de la France, le Théâtre* Françoys par Maurice Bouguereau, Tours.
  • 1619-1632 : Théâtre géographique des royaumes de France de Jean le Clerc, Paris.
  • 1632 : Théâtre géographique des rouyaumes de France de Tavernier, Paris.
  • 1634 : Les cartes générales de toutes les provinces de france, Tassin, Paris.

* Le mot theâtre désigne au XVIe-XVIIe siècle un recueil de cartes modernes, et le terme de géographie les cartes à l'antique inspirées de Ptolémée.

 


 

  La plaque de cuivre de la carte de Bertrand d'Argentré fut peut-être perdue, mais sa carte fut recopiée à la demande de Maurice Bouguereau qui avait entrepris un atlas de la France, et avait confié les gravures des plaques à Gabriel Tavernier. Ce graveur mais aussi topographe et architecte (Anvers 1520?-Paris 1619) sans-doute chassé comme les autres d'Anvers après y avoir travaillé dans l'atelier de Plantin ( l'éditeur d'Ortelius), a travaillé à Paris avant de suivre la cour de Henri IV à Tours et d'y rencontrer Bouguereau.  a été le graveur en taille douce de "toutes les cartes du Le Théâtre francois ou sont comprises les chartes générales et particulières de la France", comme en temoigne un contrat passé entre lui et Maurice Bouguereau. Celui-ci s'était ingénié à rassembler un jeu de diverses cartes des provinces, à commencer par une carte générale de France de Guillaume Postel, et la tâche de Tavernier est de recopier ces cartes lorsque les cuivres n'étaient pas disponibles. Dix-huit cartes furent gravées entre 1590 et mars 1594,correspondant au centre Ouest du pays puis, Henri IV revenant à Paris, Tavernier  y retourna également. Son fils Melchior, apprenti chez Thomas de Leu, s'y installera comme Libraire et graveur.

 

  C'est donc sous forme incomplète qu'est publié en octobre 1594 à Tours Le Théâtre François où sont comprises les chartes générales et particulières de la France à chacune desquelles avons adjousté l’origine de la province. Chaque planche y est accompagnée à son revers d'un texte historique et de vers français et latin. Chaque planche est l'œuvre conjuguée du graveur et du libraire, mais aussi d'un homme de science compétent en géographie par ses connaissance en mathématique, en architecture ou autre science.

  Tavernier a donc copié, entre février et juin 1591 la carte de l'Histoire de Bretaigne parue en 1588 mais il l'a modifié.

  En 1618, Nicolas Buon publie à Paris une troisième édition de l'Histoire de Bretaigne avec la carte géographique, mais il utilise alors la carte de Bouguereau, la plaque de gravure de la carte originelle n'étant sans-doute plus disponible.

 Puis la plaque de Bouguereau a été utilisée par son associé et successeur Jean Le Cler dans son Théâtre géographique de 1619, puis, complétée, rognée et avec sa propre signature, par Jean Boisseau dans son Théâtre des Gaules de 1662.

 

 I.  La carte géographique de 1588.

  Alors que la carte de Bouguereau a été décrite par de nombreux auteurs (F. de Dainville, M. Navellou,M.  Pastoureau, Denis Jeanson, ...), la seule description technique que j'ai trouvée de la carte de 1588 est celle d'I.E. Jones, en anglais : c'est dire l'oubli où le désintérêt qui frappe cette carte. J'emprunte ce qui suit à cet auteur, à J.P. Pinot en complément, et à mes observations.

 

  Elle est pliée en deux dans le sens de la hauteur et en trois dans le sens de la largeur; elle est déchirée sur le bord par lequel elle est collée au livre ; la déchirure a été réparée jadis par une bande adhésive qui a laissé une trace jaunie. Elle est par ailleurs en bon état.

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 1. Echelle des lieues:

15 Lieues de Bretagne (pyramide graduée en bas à gauche) = 9 cm .

 La Lieue de Bretagne de 24 3/4 au degré et de 2300 toises de 1,949 m vaut 4,483 Km (Wikipédia), ou 4,489km (J.P. Pinot). L'échelle correspond à 1/ 748000.

2. Taille selon Jones: 35 x 47,3 cm (sans autres précisions).

La taille de la feuille de papier de l'exemplaire de Brest est de 32 x 48 cm.

la taille du cadre extérieur : 34 x 47,5 cm.

la taille du cadre intérieur : 32 x 46,8 cm.

 3. Titre.

  La carte porte le titre DESCRIPTION DV PAYS ARMORIQVE A PRESENT BRETAIGNE, placé en dessous de la bordure septentrionale.

Le titre de la carte provient, comme le fait remarquer Jones, de la Cosmographie de Belleforest, un ouvrage paru en 1595 et qui figurait dans la bibliothèque d'Argentré. La Cosmographie universelle de tout le monde, Paris, 1575, Nicolas Chesneau et Michel Sonnius, traduction en français de la Cosmographia de Sebastian Münster, est disponible en ligne, et effectivement, on trouve page 476 le début du chapitre consacré à la Bretagne, avec le titre : "description du pays Armorique, à présent Bretaigne".

  Cet emprunt d'Argentré (s'il vient de lui) est étonnant lorsqu'on lit avec quelle vivacité Belleforest attaque un "Annaliste" qui n'est sans-doute personne d'autre qu'Alain Bouchart, l'auteur des Grandes Croniques et Annales de Bretaigne : "Mais je n'y ai pas eu sitôt l'œil dessus (ô bon dieu)  que je  n'ai vu son commencement tout farci de folies et rendu indigne de foi pour l'infinité des fables qui y sont racontées. Vu qu'il fait sortir ne sait quel Brute troyen, lequel il fait père des peuples de cette île qui a prèsent se nomme Angleterre, et depuis de ceux-là il peuple notre petite Bretagne Gauloise, afin qu'elle ne peut se vanter d'être dispensée des griffes troyennes, non plus que le reste des provinces des Gaules." Il s'en prend ensuite à Geoffroy de Monmouth et ses vers sur Brutus (qu'il ne manque pas de nommer Brute), reproche à l'annaliste breton de reprendre à son compte "le bourbier du susnommé Monumeteen", et après avoir décrit le pays et ses habitants, dénonce la prétendue royauté bretonne : "Je sais bien que l'annaliste Breton, voulant chatouiller les Princes, auxquel il écrivait son histoire, et qu'il voyait affectionné à la mémoire troyenne, et prendre plaisir à se voir estimés sortis d'une si grande antiquité, s'est aussi efforcé sans nulle preuve à faire que les Ducs Bretons soient sortis d'un ne sait quel Brute, duquel nous avons fait mention ci-dessus. Mais le succès des choses vous a fait connaître combien sont éloignés du vrai ceux qui s'amusent à de telles fables et réveries de discours". Aprés avoir souligné que les Comtes bretons "confessérent franchement qu'ils tenaient le pays en fief des Roys de France", il conclue après plusieurs pages du même ton par " Le Duché breton vint, et tomba en la maison de France et à la fin a été uni et incorporé inséparablememnt à la couronne.[...] Et ainsi la Bretagne étant française, je la laisserai avec ce peu de description pour rentrer en Poitou."

 

  L'idée de placer une carte géographique dans son Histoire de Bretaigne est peut-être venue à l'esprit de Bertrand d'Argentré par la lecture de Histoire du Berry, de Jean Chaumeau, livre appartenant aussi au catalogue de la bibliothèque de d'Argentré, et dont le frontispice est semblable à celui de l'édition de 1588 de l'Histoire de Bretaigne. En effet cet ouvrage paru à Lyon en 1566 comporte la gravure sur bois d'une carte du Berry de 39 x 37,25 cm, placée entre les pages 222 et 223 et associée à un pourtrait de la ville de Bourges, comme le plan de la ville de Rennes qui accompagnera la carte de Bretagne de l'édition de 1618 de Charles d'Argentré.

 

  4. La bordure graduée.

La bordure est constituée de six lignes : une ligne extérieure délimite le cadre, doublée de deux filets rapprochés ; puis un espace sert à inscrire les degrés de longitude et latitude, et les orientations, il est divisé par les barres des degrés. Une double filet intérieur crée une bordure découpée par les barres des dizaines de degré, puis une dernière ligne délimite un dernier espace haché par les soixante traits des minutes entre deux barres de degrés.

La carte est ceinturée par ce cadre gradué en longitude et latitude, lequel porte les inscriptions SEPTENTRION, ORIENT, MIDI, OCCIDENT pour le Nord, l'est, le Sud et l'Ouest : ce sont les noms des vents, car ainsi que l'énonce J. Nicot dans le Thrésor de la langue françoise (1606), Ainsi que le monde est divisé en quatre parties principales, Orient, Occident, Septentrion, Midi: aussi sont quatre vents principaux. Les cartes de la même époque portent les termes latins Septentrio, Oriens, Méridies et Occidens.

  La graduation supérieure des longitudes est marquée 15, 16, 17, 18, 19 puis, par erreur, 02. Cette erreur n'est par répétée dans la partie inférieure. Selon cette graduation, la carte s'étend de 14°20 à 20°50, et la Bretagne de 15° (Ouessant) à environ 20° (Vitré).

  De même la graduation latérale porte les chiffres 46, 47, 48, chaque écart étant divisé en 60 sous-divisions : la carte s'étendant de 48°20' à 46°50'.

  La Bretagne s'étend, sur nos cartes, en latitude de 48°54'03 au Nord (Les Sept-Îles) à 46°51'37 au Sud (Commune de Lége, Loire-Atlantique) et en longitude de 5°08'29'' Ouest à Ouessant jusqu'à 0°55'23"" (Commune de Le Fresne sur Loire). Sur la carte d'Argentré, elle s'étend en latitude de 47°50 (Pointe du Grouin à Cancale) à 45°40 (Locmaria à Belle-Île, qui se trouve en réalité à 47°31). I.E Jones écrit que "les parallèles se situent 1½° trop au nord".

Le méridien d'origine.

  La carte donne bien des indications de longitude, mais ne précise pas le méridien de référence. 

  Rappel : 

Le méridien est, selon la définition du pilote du Havre Jacques Devault en 1583, celle-ci :"Méridien est une ligne qui se imagine de l'un des polles du monde et passe droict par dessus nostre teste auquel le soleil en y arrivant fait midi à tous ceulx qui habittent desoubz icelle ligne". 

  Les premiers cartographes prirent généralement comme origine le méridien de l'Île de Fer : cette île également connue sous le nom El Hierro ou Ferro, est la plus petite et la plus occidentale des îles Canaries, et  on la considérait comme placée à l'extrémité du monde. Cela permettait d'avoir une valeur positive pour toutes les longitudes de l'Europe. Ptolémée le premier aurait fait passé son cercle d'origine du comput des longitudes par les Îles Canaries, sans préciser laquelle, et tout en réalisant tous ses calculs à partir du méridien d'Alexandrie. La première inscription du méridien des Canaries sur une carte nautique date de 1519 avec l'Atlas dit Miller.

 Néanmoins  jusqu'à l'accord international sur le Méridien de Grennwich en 1884, divers autres "premiers méridiens" seront utilisés, centrés sur Copenhague, Amsterdam, Rome, Madrid. Les espagnols choississent Tolède, les portuguais l'île de Terceire aux Açores, les hollandais l'île de Teneriffe ou le Cap-Vert etc... L'école cartographique dieppoise (ca 1540-1560) a hésité à utiliser le méridien des Canaries et celui des îles du Cap-Vert, utilisé par Jean Rotz. Les Açores ont aussi été utilisées.

 Le 24 avril 1634 Louis XIII prend une ordonnance fixant l'origine des longitudes à L’île de Fer située arbitrairement à 20° ouest de Paris. La référence par le méridien de Greenwich place l'Île de Fer à 18°02W et Paris à 2°20'14"" E.

 Si l'on considére plusieurs cartes de Bretagne des débuts de sa cartographie, et que l'on y compare deux points extrème choisis arbitrairement (l'île d'Ouessant, IO et le Mont Saint-Michel MSM), on constate les différences suivantes :

  • Carte d'Argentré 1588 :              IO : 15°         MSM : 19°25'.
  • Ortelius par Arsenius, 1601:       IO : 15°
  • Blaeu                                          IO : 11°30     MSM : 15°25
  • Maximien de Guchen 1643 :       IO : 14°30     MSM : 18°30
  • Sanson d'Abbeville 1650 :          IO  : 14°30    MSM : 18°40
  • Berey 1654 :                              IO : 11°30     MSM : 15°30
  • Merian 1657 :                             IO  : 14°15    MSM : 18°40
  • Sanson 1660 :                           IO : 14°30      MSM : 18°40.

 

  Ces imprécisions ne sont pas étonnantes lorsque l'on sait que  la longitude fut fort difficile à mesurer, surtout en mer et qu'en 1707, le Parlement britannique offrit, par le Longitude Act, un prix équivallent à plusieurs millions d'Euros à celui qui découvrirait un moyen fiable de mesurer la longitude à bord des navires.

  Pour I.E Jones, "l'étendue des longitudes, probablement mesurée à partir d'un premier méridien situé aux Canaries, est excessive, même pour une carte dessinée avant les relevés des côtes de France de Picard et La Hire en 1664." En fait, l'abbé Picard et Philippe de la Hire relevèrent les coordonnées de Nantes et de Brest, pour la première fois, en 1679, sur mission de Colbert, et par la méthode des éclipses des satellites de Jupiter, ce qui permit aux relevés des ingénieurs préparant les cartes du Neptune Français (1694) de se baser sur des positions validées. 

 

La carte est traversée par deux parallèles et deux méridiens, ainsi que par deux diagonales.

 

5. Ornementation et Roses..

  La carte n'est pas "enluminée", mise en couleur ; elle porte quatre ornementations, dont les trois dernières font partie du corps des légendes et aides de navigation. Aucun ornement ne s'inscrit dans un cartouche.

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1. Les "Armes de Bretagne" (l'écu d'hermine plain surmonté de la couronne ducale, dont le fleuron médian forme une sorte de fleur de lys...), dont on remarquera qu'elles sont entourées par le collier de l'ordre de l'Hermine et de l'Épi, à l'hermine passante avec la devise A MA VIE,  motif ornemental, identitaire voire revendicateur d'une Bretagne ducale autonome et fastueuse, qui est repris à la dernière page de l'Histoire de Bretaigne.

2. La pyramide ou plus exactement l'obélisque servant d'échelle, graduée de 1 à 15 lieues et portant sur le piédestal Lieues de bretaigne

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3. Trois Roses des vents ou cadran des marées, sur lesquelles je vais revenir.

4. Des rinceaux qui déploient leurs volutes au large des côtes.  

 

6. Inscriptions.

  Outre le titre et les Vents, on trouve en grandes capitales les inscriptions LA GRANDE MER OCEANE, à l'Ouest, BASSE BRETAIGNE et HAVTE BRETAIGNE en deux diagonales inverses, et en caractères plus petit les provinces limitrophes PARTI DE NORMANDIE (d'un caractère typographique différent), PARTIE DV MAINE,  DVCHE DE RAIZ (érigé en duché en 1581) et PARTIE DE POICTOU ( ces trois derniers en petites capitales dont les hampes des A, R et V se prolongent).

On a compté plus de 300 noms inscrits sur la carte. Les toponymes sont écrits horizontalement pour la plupart, en caractère italique de taille grossièrement identique à l'exception des villes de Ren(n)es St Brieu, Brest, Kemper corentin, Vanes, et Nantes (Lorient ne sera fondée qu'en 1666).

 Les îles sont soigneusement nommées : Sesambre, Bréhat et Isle vert, Sept Isles, Isle de Baz, I. brach [ile Wrac'h, l'île Vierge], Ouessant, Bazlanec, Molenes, Quemenes, Biniguet, Trestan, Teuzec, Isle de Sain, l'isle Studi Benodet, Gleran et Les cases, Groaye, Belle Isle, Houat, Hiedic.

  Les écueils principaux recoivent leurs toponymes : Helle et Four dans les chenaux du même nom, Gaulec, Queroret (Querourot, Nept. Fr.1693), Les Questes à Crozon, Orozuen, La Baza Frede (Basse Froide),  Le Raz.

Les hydronymes sont inscrits parallèlement au cours d'eau et qualifiés fl. ou R. : Coisnon ; Rance;  L'Elorne, AusnOdet fl,  Ell (pour Ellè), fl. ; Blanet, fl ; Vilaine, fl. ; Aoust, fl. ; Loyre, fleuve. J.P. Pinot a fait remarquer l'absurdité du croisement de l'Ellé et du Scorff.

 On retrouve plusieurs indications Pas ou Paβ, que j'attribuerais à une abréviation de "Passage", notamment à Plougastel, et sur l'emplacement du Fret et à Roscanvel en Presqu'île de Crozon.

  La carte permet de rencontrer des formes toponymiques anciennes comme Lantriguer (la forme bretonne de Tréguier est Landreguer) dont on remarque que c'est celle qu'utilise d'Argentré dans son texte (Livre 8, chap. 3), ce qui tend à confirmer que l'auteur a supervisé ces indications toponymiques. D'un autre coté, c'est sous ce nom et cette orthographe que le port est inscrit sur les cartes de Guillaume Brouscon.  Le terme deviendra Lantragues dans la copie qu'en fera Bouguereau. On note aussi Abrach pour Aberwrach, graphie utilisée aussi par G. Brouscon. On trouve encore Aberviniguet, ancêtre de notre Aber Benoît. 

Je n'ai pas résolu ou retrouvé par exemple Les Questes*, Orozuen (ar rozven?), Queroret et Gaulec ou Goulec  en mer d'Iroise. Nous verrons que les toponymes, indiqués sur le modèle manucrit à partir de sources plus nombreuses en Basse-Bretagne, puis gravés par un étranger à la Bretagne avec les erreurs inhérentes à la méconnaissance du breton, et des nomx de pays, furent corrigés par un Haut-Breton, laissant subsister le plus grand nombre de fautes dans le Finistère. Ainsi, derrière Teuzec (au nord de Sein), il faut deviner Tevnec, notre Tévennec. De même faut-il corriger Biniguer en Biniguet, Abrach en Aberach (Aberwrac'h). Ploudalmézeau/ Guitalmeze est orthographié Guitalmozeff, mais on note la forme bretonnante. Par contre, Landeneau a été corrigé en Landerneau par un r suscrit, Golchen a été corrigé Goulchen en laissant la première forme .

* Le Gest, îlot du Guest : nom breton de la roche du Lion près de la Pointe du Toulinguet.

 

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7. Les marques ou "vignettes".

  Les points et lieux remarquables sont représentés par des signes conventionnels , vignettes ou "caractères géographiques", dont la signification n'est pas légendée par un tableau. On sait que ces signes furent gravés à l'aide de poinçons, mais je ne peux déterminer si c'est le cas ici ; ce qui est sûr, c'est que chaque marque est construit autour d'un cercle centré par un point. La forme des marques est d'une grande variété (ce qui fait douter d'un jeu de poinçons) mais sur un modèle steréotypé : un carré ou un clocher entouré de deux bâtiments latéraux, deux clochers pour une ville plus grande ; certains toits recoivent des traits verticaux comme des piquets. Le clocher de Nantes porte un long fanion. Certains clochers recoivent un signe en forme de crosse, signalant les évêchés, à Dol, St-Malo, St-Brieuc, Lantriguer (Tréguier), St-Pol, Rennes, Vannes, Nantes (le clocher de Quimper est peu lisible).

  Il n'y a aucune autre marque de moulin, de gibet, de tour, de monument ou d'industrie. Quelques rares ponts sont indiqués.

  Une carte comprend les "traits" (tracé), les "marques", et la "nature", ou indication des monts et des bois : ici, la nature est signalée par des marques en forme de bosquet pour les forêts, et par des lignes arrondies ombrées de hachures pour les reliefs des collines ; les marais de Guérande sont indiqués par la mention marestz.

  Les récifs sont indiqués par des croix.

 

 

 

8. Le filet des eaux.

  Le contour du littoral est souligné par un ombrage fait de courtes hachures horizontales. François de dainville signale que cette pratique se nomme, chez les graveurs cartographes, "couper l'eau" . Cette "eau hachée", qui est une eau salée, s'oppose aux eaux fluviales qui sont rendues en les remplissant de lignes parallèles à leur lit : l'eau n'est plus hachée, mais "filée".

  La mer elle-même dans sa vaste étendue est traitée par un pointillé qui confond par la somme de travial représenté.

    

 

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9. Le contour.

 I.E. Jones (op. cité, fig.13) a comparé les contours donnés par la carte d'Argentré avec ceux d'une de nos cartes modernes et révèle ainsi la belle performance réussie en 1588 :

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10. La partition entre Haute et Basse-Bretagne.

  La frontière linguistique  est très précisément établie par une ligne pointillé qui part de Port toriao (Portrieux) pour rejoindre Comblac (Escoublac)  au sud en contournant par l'ouest Loudéac, Josselin et Malestroit.

Arrivée au sud, cette ligne, au lieu de suivre le cours naturel de la Vilaine, délimite une enclave vers l'est sous la forme de la presqu'île de Guérande, terre alors encore traditionnellement bretonnante comme nous l'avons vu en étudiant Alain Bouchart, natif de Batz-su-mer et bretonnant.

   Cette frontière est ancienne, mais au IXe siècle, elle partait de l'embouchure du Couesnon pour atteindre Pornic. La langue bretonne a mieux résisté au nord qu'au sud à la pression du français et la frontière atteint Dinan au XIIe siècle. En 1371 la charte du duc Jean IV reconnaît la division entre Bretaigne gallou et Bretaigne bretonnante puis au xve siècle, la chancellerie pontificale, qui demandait au clergé de parler la langue des fidèles, distingue la Brittania gallicana et la Brittannia britonizans. Au XVI siècle, la ligne de front recule jusqu'à Saint-Brieuc.

        La carte de Bertrand d'Argentré  est donc un document de référence capital par la précision et le caractère complet des informations fournies sur ce point important de l'histoire de la région.

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voir Wikipédia pour la progression de cette frontière:

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11. Les inconnues.

La carte est-elle commanditée par Bertrand d'Argentré, par son fils Charles, ou ajoutée à son livre sur l'idée du libraire parisien ?

Qui l'a gravée ? René Boivin qui est l'auteur du frontispice ? Tavernier, qui demeurait chez le libraire Jacques du Puys en août 1588 avant de suivre la Cour à Tours ? Des arguments s'opposent à ces hypothèses.

 

 

II.  Les rinceaux et les cadrans de marée de la carte de Bretaigne de 1588.                                                 

Le père F. de Dainville a écrit à leur propos : "Cette carte offre aux historiens de la cartographie une singulière synthèse des points de vue du terrien et du marin. Les gracieux rinceaux qui semblent orner la mer au large des côtes ne sont pas en effet fantaisie du dessinateur, mais répondent à des préoccupations précises. Ils partent des baies pour rejoindre une courbe principale qui aboutit à trois roses des vents chacune entourée de quatre cercles qui indiquent de l'extrérieur vers l'intérieur :

a) les 29 jours de la lunaison;

b) les phases de la lune et les marées de vives et de mortes eaux;

c) les heures des pleines mers;

d) celles des basses mers pour chaque jour de la lunaison.

Selon qu'il se dirigeait vers les ports compris entre Granville et Morlaix, Morlaix et Brest, Brest et Noirmoutier, le pilote pouvait savoir en consultant la rose NE, NO ou S, à quel jour de la lune, à quelle heure il jouirait de la marée haute pour rentrer dans tel port."

 

Chaque cadran est composé de huit cercles concentriques dont les trois premiers forment une rose des vents anthropomorphe, graduée en 32 aires de vent et dont le nord dirigé vers le haut est indiqué par une marque spécifique.

Les derniers cercles sont divisés par trente rayons correspondants aux trente (29,5) jours de la lunaison. Nous trouvons successivement :

  •   deux premiers cercles comportant des chiffres de 1 à 12 indiquent l'heure de la basse mer mer et de la pleine mer.
  •  le troisième  cercle où se disposent les 4 symboles des phases de la lune et des phases lunaires, et 2x2 symboles des marées de Vive-Eau et du Morte Eau.
  •  un quatrième cercle numéroté de 1 à 30 pour les trente jours de lunaison. 

 

 Grâce à elles, les pilotes pouvaient savoir à tel jour de la lune, à quelle heure la marée haute les autorisait à rentrer au port :

 " Si vous voulez savoir comment va la marée dans un port quelconque vous devez chercher d'abord si elle est à l' Est ou à l'Ouest ou à tout autre rumb et vous le trouverez en consultant la carte du littoral.  La rose des vents y est divisée en 32 parties ou quarts d'où partent des lignes qui aboutissent aux divers ports. Par exemple si vous voulez connaître la loi des marées à l'embouchure de la Tamise cherchez d'abord à la description shématique des ports anglais. Vous y verrez une ligne tracée du sud de la rose à l'embouchure de la Tamise d'ou vous conclurez que le SUD caractérise la marée de la Tamise. Vpus trouverez alors à la page SUD du Recueil un graphique de cercles concentriques : vive eau, morte eau, pleine mer et basse mer.

1°) L'âge de la lune donné par votre almanach est porté sur le cercle extérieur.

2°) Supposons le 3ème de la lune. Le cercle qui se trouve au dedans du cercle de la lune est le cercle des vives eaux et juste sous le 3 vous trouverez qu'il s'agit de la plus grande vive eau de cette période de la lune.

3°) le cercle suivant est celui du flot, et sous le 3 vous trouverez qu'il y aura pleine mer à l'embouchure de la Tamise à  11 heures un quart de l'horloge.

4°) le cercle suivant qui est celui des basses mers vous indique que la basse mer a lieu à 5 heures un quart." (Guide nautique de G. Brouscon, in Dujardin, p. 4-5). Sur les cadrans de ce guide, un système de 1 à 3 poins complète le chiffre de l'heure de marée pour donner une précision au quart d'heure.

  Le cadran fonctionne -t-il toujours ? : pour le jeudi 7 février 2013, 26ème jour de la lune, la pleine mer annoncée au Conquet par le cadran est à 1 heure et la basse mer à 7 heures, à deux jours de la morte eau. Les heures annoncées par l'officiel des marées sont de 14h42 et 21h04 en UTC +1 avec un coefficient de 61. 

 

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 Le cadran de marée pour le tiers nord-ouest de Morlaix à Brest:

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 Cadran de marée du tiers nord-est, de Granville à Saint-Jean-du-Doigt :

 Elle comporte une erreur : deux cercles de pleine lune figurent pour le quinzième et le seiziéme jour de la lune.

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Cadran de marée du tiers sud de Camaret à Noirmoutier:

 

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  Ces cadrans proviennent des almanachs des Cartographes du Conquet (29) que les travaux du Dr Dujardin ont fait connaître, et notamment de Guillaume Brouscon et de Jean Troadec. On les comparera à celles-ci :

Portulan de Guillaume Brouscon (Initiales G et BR dans les roses) in Manuel de pilotage à l'usage des pilotes bretons, 1548, Parchemin (17,5 x 14 cm) BNF, Manuscrits, français 25374, f. 25 v°:

Fichier: 039 Portulan de Guillaume Brouscon 1548.JPG

      les toponymes bretons indiqués sont pour les îles : briat, cetill, oesant,  moelene, sain, penmarc, glenan, groe, belile.

et pour les ports : S malo, dinan, guildan, daoet, s brieu, pontreo, lantreger, port blanc, lanuon, morles, s poll, abral, porsall, abirildut, conc, brest, odierne, lotudi, benodet, conc, blavet, etell, crah, morbian, le vuidan?, le croasic, poulguen

 

Deux cadrans de marées de l'Almanach de Guillaume Brouscon de 1546 : (l'original est rehaussé à l'encre rouge sur le rond correspondant à la pleine lune); les chiffres sont remplacés par des combinaisons de traits, de points et de sigles ronds, que la comparaison avec les autres cadrans permet de déchiffrer. Sur le cercle extérieur numéroté de 1 à 30, un trait vaut 1 jusqu'à quatre traits, puis la crosse vaut 5 (6 : crosse et trait, 7 : crosse et deux traits) jusqu'à 10 représenté par une croix, 15 par croix et crosse, 20 par deux croix, 30 par trois croix. Les 9, 19 et 29 se forment comme en numérotation romaine avec un trait avant la croix du 10,etc...

  Le troisième cercle porte le même système, mais certains "chiffres" sont dotés d'un point.

La comparaison des chiffres du cadran Suroest avec le cadran de marée de Camaret à Noirmoutier montre que les chiffres sont les mêmes ; ainsi pour la pleine lune du 15ème jour, on trouve de l'exterieur vers l'intérieur : 15(ème jour) ; PL ; 3 ; 9. Pour la Vive-Eau située en bas, à l'opposé, on a : 3(ème jour) ; VE ; 5 ; 11.


 Fichier: Brouscon Almanach 1546 diagrammes de marée en fonction de l'âge de la Moon.jpg

 

Le même almanach montrant les rinceaux vers les ports ; l'une des caractéristiques des portulans est d'inscrire les toponymes perpendiculairement au littoral :

  Fichier: Almanach Brouscon 1546 portant Boussole des hautes eaux dans le golfe de Gascogne quitté la Bretagne à Douvres right.jpg

 

 

      Cadran de marée du manuel de pilotage folio 25 gallica:

Depuis suest jusque à oest noroest POUR TOVTES MARES

  Par rapport au cadran de la carte d'Argentré, on retrouve le même positionnement des symboles, mais le luxueux manuscrit permet de mieux les voir, de constater la signature GB au centre et de découvrir des précisions supplémentaires comme un cercle intérieur chiffré ou porteur d'une étoile verte. On constate surtout qu'il s'agit du même cadran que celui qui est relié, sur notre carte, aux ports de Camaret à Noirmoutier, qui représente bien le secteur sud-est à nord-ouest. Je replace ce cadran en dessous pour comparaison. Pour reprendre les exemples précédents nous retrouvons 15(ème jour) ; VE; 3 ; 9 . et 3(ème jour); VE ; 5 ; 11.

  Nous avons donc trois exemples du même cadran de marée pour le même secteur et qui portent les mêmes indications.

 

 

 

                               proxy?method=R&ark=btv1b55002488s.f49&l=

 

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Guillaume Brouscon (dates et origines mal connues, XVIe siècle)  un des premiers cartographes bretons du Conquet est l'auteur d'un manuscrit intitulé Traité de navigation datant de 1543, un Manuel de pilotage à l'usage des pilotes bretons datant de 1548, ainsi que quatre Almanachs pour marins (Un almanach est un calendrier où l'on peut connaître les phases lunaires ou encore la durée des jours)

Le caractère figuré du guide de Brouscon, n'imposant pas la maîtrise d'une langue, l'a rendu utilisable par les marins de nombreux pays.

 Le Conquet tirait son importance de son voisinage avec l'abbaye de Saint-Matthieu, et de l'importance du commerce de la Bretagne ducale avec l'Europe du Nord ; ce commerce perdra de son importance au XVIIe siècle.

  

 

  Sources sur G. Bouscon: 

Dr  L. Dujardin-Troadec. — Les cartographes bretons du Conquet. La navigation en images 1543-1651 

Hubert Michea, capitaine au long cours : http://hubert.michea.pagesperso-orange.fr/Pages/marteloire.htm et http://www.la-mer-en-livres.fr/brouscon.html



 III. L'origine de la carte d'Argentré.

  Une carte géographique ne s'improvise pas. Il faut d'abord accumuler une documentation en interrogeant les voyageurs (souvent les marchands) qui indiquent les distances séparant les villes, les marins pour le relevé de la côte et de ses récifs, les scientifiques, qu'ils soient mathématiciens ou autre. On cherchera des plans, des cartes à la main levées pour préparer des tarvaux civils ou militaires, des relevés de territoire dressés dans un but juridique. Il faut retrouver les descriptions donnés dans les livres, faire les listes des toponymes, échanger des correspondances, confronter les données, critiquer les sources, noircir des centaines de feuillets. Ce travail de cabinet peut dépasser les capacités d'un homme seul et exiger des secrétaires.

  On peut alors procéder à une première esquisse graphique, puis à un projet qui est réalisé à une échelle beaucoup plus grande que la carte définitive afin de travailler à l'aise. Lorsque l'œuvre prend forme, la carte est réduite à sa taille de publication, puis passée à l'encre et envoyer la carte à la gravure.

  La gravure elle-même suppose cinq opérations successives : 1) Faire le trait :  établir le calque du dessin fourni et reporter le calque sur la plaque de cuivre brunie, durcie et polie avec soin, puis tracer les méridiens et parallèles, puis décalquer le trait grâce au calque enduit de sanguine. Tracer le trait géographique des contours. Frapper les emplacements des villes avec un poinçon positionnaire. Graver au burin le trait légèrement incisé. 2) L'écriture : elle est confiée au graveur de lettres. 3) Graver les montagnes et les bois. 4) Filer ou hacher les eaux. 5) Procéder à la Finition : ornements, par un autre graveur ; pointiller les sables ou la mer ; retoucher ou reprendre et harmoniser l'ensemble ; faire la bordure.  

 Il s'agit alors de corriger les épreuves gravées avant que le commanditaire ne signe le bon à tirer.

 Enfin, ou d'abord, il aura fallu financer l'opération qui peut atteindre des sommes très élevées.

 

  Lorsque l'on constate le niveau de qualité atteint par cette première carte, on comprend vite qu'elle a fait appel à de multiples compétences ; et si on pouvait imaginer Bertrand d'Argentré dans son cabinet de travail rédigeant seul son Histoire en puisant dans sa bibliothèque, il est évident que sa Carte n'est pas de sa main. On ignore tout des cartographes auxquel il a pu faire appel, aux dessinateurs et aux graveurs qui l'ont réalisés ; mais Jean-Pierre Pinot, au terme d'une étude critique poussée de la carte, et d'une déduction de détective, a pu aboutir à la conclusion suivante : 

La plaque gravée était de faible épaisseur, d'où des corrections difficiles avec un éffaçage incomplet des erreurs. Les incisions y étaient de faible épaisseur, d'où un encrage médiocre.

1. C'est une bonne carte marine dans le style des portulans.

 "La représentation des côtes, très supérieure à tout ce que l'on connaissait jusque là, et la bonne toponymie des côtes et des îles supposent que l'on parte d'une bonne carte marine, établie selon les principes des portulans : des lignes de rhumbs, et de bonnes appréciations des distances. La plus grande précision à l'Ouest de la Bretagne indique que l'origine de ce portulan se situe en Basse-Bretagne, et tout porte à croire qu'il s'agit d'une œuvre de l'école du Conquet, c'est-à-dire de Guillaume Brouscon ou d'un de ses élèves. Les contours d'ensemble manifestement issus de la carte des côtes de Bretagne de Brouscon, la présence de cadrans de marée quasiment décalqués sur les siens, l'identité de certains détails des côtes avec ceux figurés sur l'une des tables du père Le Nobletz, celle des Cinq Talents, et l'identité de l'échelle graphique avec un figuré d'une autre table, celle de l'Exercice Quotidien, tout cela converge vers le Conquet, puisque l'on peut penser que ces tables sont dues, l'une à Françoise Troadec, l'autre à Alain Lestobec, tout deux du Conquet."

  La présence des lignes horizontales, verticales et diagonales sont selon J.P. Pinot des restes de rhumbs, qui signent l'origine maritime de la carte : ce réseau de lignes des vents formaient un réseau en toile de fond (italien mar teloio, d'où le nom français de marteloire) des portulans. Cette toile de fond n'a plus aucune utilité pour les terriens, mais susiste comme stigmate de ses origines.

  Les portulans ne fondaient pas leur utilité sur les coordonnées de longitudes et de latitudes et donc sur la capacité du pilote de faire le point, mais sur la navigation à l'estime par la mesure des distances (par le loch) et du cap (par la boussole).

  Cette origine marine, qui se moque des longitudes et latitudes, explique aussi les erreurs constatées dans les valeurs des coordonnées : Jean-Pierre Pinot est clair : "Le cadre est donc totalement fantaisiste. On ne peut déduire de la comparaison d'une échelle graphique parfaite [l'échelle en lieues et la mesure directe des distances sur la carte] et de coordonnées fantaisistes qu'une chose : les coordonnées ont été rajoutées au petit bonheur, sur un fond de carte antérieur confectionné selon des méthodes autres que celles de la mise en place de chaque lieu par l'observation des astres".

  De même, les cadrans de marée, parfaitement inutiles à l'utilisateur de cette carte, ne participent plus qu'à la décoration. 

2. Celle-ci a été complétée dans les terres d'une part par un bon connaisseur du nord de la Basse-Bretagne (Léon), d'autre part à l'aide des informations fournies par les commerçants ambulants.

Il y a eu d'abord un document de marins, et il a été complété dans les terres par les informations des voyageurs. Les toponymes sont plus nombreux et mieux placés en Léon et Trégor; la densité de paroisse diminuant de moitié entre le Léon d'une part, et le secteur Nantes-Vannes-St-Malo, d'autre-part. Celui qui a complémenté le fond de carte était vraisemblablement bretonnant puisque des formes bretonnes existent. Les commerçants itinérants ont fournis des indications de distance et de terrain autour des axes routiers, et (en dehors du Léon) les seuls hameaux figurés sont des points de passage difficiles sur les grandes routes. La source ecclésiastique semble absente, les abbayes étant soit mal placées, soit omises.

3. La gravure a été faite au loin par un graveur ne connaissant pas la région.

Le graveur était un bon artisan, presqu'autant que Tavernier, mais responsable de fautes de copies de la carte manuscrite par méconnaissance de la Bretagne. Le relief et le rendu des côtes est soigné, plus précis que la seconde gravure par Tavernier.


4. La correction a été faite par un habitant connaisseur de la Haute-Bretagne septentrionale (D'Argentré ?).

Car les erreurs corrigées prédominent dans cette région et que, inversement, les erreurs subsistent en Basse-Bretagne et région nantaise. Par ailleurs des noms de lieux ont été ajoutés après-coup et en biais dans la région de Rennes.

5. Un tirage définitif opéré hors de la surveillance de la géographie de la Bretagne.

6. Un exemplaire du tirage définitif a été corrigé par un correcteur identique ou proche du correcteur du premier cuivre. , permettant une seconde gravure (par Tavernier pour Bouguereau) améliorée.

7. Une plaque gravée perdue ou détruite (guerre...) après un faible nombre de tirage, imposant aux successeurs une nouvelle gravure, mais qui, faute d'être supervisée, accumulera les erreurs.

  En résumé, Jean-Pierre Pinot conclue à la collaboration de cartographes Bas-Bretons at d'un éditeur de Haute-Bretagne, soit en clair, des ateliers de l'école de cartographie du Conquet et de l'équipe secrétariale de Bertrand d'Argentré.

 

 

SOURCES :

L. Dujardin-Troadec, Les cartographes bretons du Conquet, la navigation en images, 1543-1650, Brest 1966.

  Ieuan E.  JONES, D'Argentré's history of Brittany and its maps. University of Birmingham - Department of Geography, 1987 : 62 p. - 33 fig. : ill. ; 30 cm .

 Jean-Pierre PINOT  Les origines de la carte incluse dans "l'histoire de Bretagne" de Bertrand d'Argentré.  .Journées d'études sur la Bretagne et les Pays Celtiques : 1990-1991 : Kreiz 1 Brest, ED. C.R.B.C., 1991 .p.195-227; 21 cm .

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Published by jean-yves cordier
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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 15:22

Les exemplaires de l'Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré dans les Bibliothèques publiques de Brest  : les éditions successives .

 

 

 

 

             Cet article n'a d'autre but que de mettre en ligne un certain nombre de documents iconographiques qui ne s'y trouvent point : pages de titre, marques typographiques ou ex-libris, chiffres de libraires et autres curiositas. La documentation de bibliophilie a été publiée par des gens sérieux, auxquels je renvois. 

            Pas d'autre but ? Si, bien-sûr : partager mes coups de cœur. L'ex-libris du maréchal Soult...

  Et puis me faire patienter avant de mettre en ligne la carte géographique, la toute première carte de Bretagne, dans mon prochain article : et c'est dans l'excitation de cette attente que j'ai écrit ceci :

 


 

 

  Je veux rappeler d'abord que cette Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré (1519-1590) se situe dans la suite des différentes Chroniques écrites par ses prédécesseurs en proximité avec la cour des ducs de Bretagne:

  • Chronicon briocense, entre 1394 et 1415, en latin, anonyme (on propose Hervé le Grant, conseiller ducal, ou [André-Yves Gourves] Jean de Langouesnou, abbé de Landevennec vers 1380). C'est un mélange où les fables et les mythes se mèlent à la réalité pour la gloire de la Bretagne et de ses souverains, dans des termes très virulents contre les Français.
  • Guillaume de Saint-André, historien du duc Jean IV de Bretagne, relate en vers la reconquête par ce dernier de son territoire contre Charles de Blois.
  • Jean de Saint-Paul (14..-1476), chambellan de François II, première chronique de Bretagne en français.
  • Grandes Croniques de Bretaigne d'Alain Bouchart (1514) écrites ou poursuivies à la demande d'Anne de Bretagne,les Grandes Croniques de Bretaigne d'Alain Bouchart, étude de deux exemplaires de l'édition de 1514.

 Mais surtout, l'ouvrage de Bertrand d'Argentré se place en filiation des livres de Pierre Le Baud, car celui-ci était son grand-oncle, et l'oncle de sa mère (Perrine Lebaud, soeur de Pierre Le Baud, était l'épouse de Jean d'Argentré, grand-père de Bertrand). Pierre Le Baud a été le prédicateur de l'épouse du duc François II puis l'aumônier d'Anne de Bretagne. Il est l'auteur de :

  • La Compillation des cronicques et ystoires des Bretons (1480). Cette œuvre aurait été traduite en latin par Bertrand d'Argentré, ce qui souligne son importance ici.
  • Cronique des roys et princes de Bretaigne armoricane (1505).
  • Le Bréviaire des Bretons,versification de la chronique .

   Ses manuscrits ne furent publiés qu'en 1638 par d'Hozier.

 C'était une filiation très consciente de l'insuffisance des travaux précédemment effectuée et de la nécessité d'une modernisation d'un récit plus légendaire qu'historique (C'est une "Histoire" et non plus des "Chroniques"). L'urgence de doter la Bretagne d'une histoire digne de ce nom et qui relatait précisément les faits, est bien énoncée par Bertrand d'Argentré dans sa lettre aux Messieurs des Estats de Bretaigne.

 

  Cette publication qui renoue en 1588 avec la tradition historique interrompue depuis les Grandes Croniques d'Alain Bouchart de 1514  est bien, pour Jean Kerhervé, "une date importante dans l'histoire de l'historiographie bretonne" au moment même où le royaume poursuit une politique d'intégration du Duché et d'absolutisme.

  Les enjeux de cette Histoire de Bretaigne, ses thèses, la passion qui l'anime, sont étudiés avec brio par Louis Mellenec dans un article disponible en ligne et dont je conseille la lecture.

 

 

 

 

    L'aventure des différentes éditions successives de l'Histoire de d'Argentré,  captivante pour le bibliophile, a été décrite par Ieuan E. Jones (D'Argentré's history of Brittany and its maps. University of Birmingham - Department of Geography, 1987 . : 62 p. - 33 fig. : ill. ; 30 cm ), par les mémoires de maitrise à Brest de Magali Prigent (1995) ou de Virginie Stroobant (1996),  par  Valérie Menez (Etude comparative des éditions de 1583, 1588, 1618 et 1668 de l'Histoire de Bretagne de Bertrand d'Argentré , (CRBC, 2000)) par Myleine Paris ( Bertrand d'Argentré et l'Histoire de Bretagne ou transcription, comparaison et étude des éditions de 1583, 1588, 1618 et 1668  (CRBC, 2000)) puis par Céleste Couture ( Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré. : Nouvelle édition critique. Comparaison des éditions de 1583, 1588, 1618 et 1668. Suivi de :L'Histoire de Bretaigne ou le métier d'historien au XVIe siècle selon Bertrand d'Argentré (CRBC 2002).)

  En effet cette édition, écrite à la demande des États de Bretagne en 1580, aurait dû être publiée en 1583, et les divers cahiers qui la composaient avaient déjà été imprimés par Jean du Puys à Paris lorsque l'ouvrage a été saisi et interdit le 6 juin 1583 chez l'imprimeur, avant que la page de titre n'ait été imprimée.

  Le pouvoir royal, en la personne du procureur général Jacques de la Guesle, reprochait à Bertrand d'Argentré ses affirmations trop autonomistes, incriminant notamment (selon Prosper Levot, Biographie bretonne) sa page 268 sur Philippe Auguste , 331 sur Saint-Louis, 565 et 632 sur Charles V, 948 sur Charles VII, 1149 sur l'union de la France et de la Bretagne.. et "ses faussetés et calomnies" comme l'écrira plus tard l'historiographe du roi Nicolas Vignier*. En effet, d'Argentré soutient que la Bretagne n'a jamais été soumise à la couronne royale et que ses ducs, issus des anciens rois de Bretagne, étaient souverains en leur duché. 

* Vignier, Nicolas (historiographe du Roi) :  Traicté de l'ancien estat de la petite Bretagne et du droict de la Couronne de France sur icelle, contre les faussetez et calomnies de deux histoires de Bretagne, composées par feu le Sr Bertrand d'Argentré, président au siège de Rennes... par feu Me Nicolas Vignier,  Paris : A. Périer, 1619 : In-4 Édité par Nicolas Vignier, fils de l'auteur.

 

 On comprend assez facilement la réaction royale lorsqu'on lit avec quelle virulence la plume acerbe de d'Argentré dénonce le machiavélisme de Louis XI, "homme sans foy, sans alliance, vindicatif et contrefait en toute ses actions", accusé de l'assassinat de son frère Charles de France ou de tentative du meurtre du Duc de Bretagne. Jean Kerhervé a relevé avec précision dans son article « Écriture et réécriture de l’histoire dans l’Histoire de Bretaigne de Bertrand d’Argentré. L’exemple du Livre XII », Chroniqueurs et historiens de la Bretagne du Moyen Âge à nos jours, publié par N.-Y. Tonnerre, Rennes, P.U.R.-I.C.B., 2001, p. 77-109, toutes les déclarations de l'historien breton qui ne pouvaient apparaître que comme inacceptable pour la couronne, et qui seront tempérées dans l'édition suivante.

 


  Car l'édition fut ré-écrit et épurée de ses déclarations litigieuses ; cette nouvelle rédaction n'était de toute façon pas superflue car le premier texte avait été écrit trop rapidement et accumulait les coquilles, les fautes d'expression, les fautes sur le fond, les erreurs de pagination.  Un privilège royal fut obtenu le 15 juillet 1587, alors que Jacques de la Guesle s'opposait tout autant à la seconde version qu'à la première, et que Nicolas Vignier la critiquait aussi; mais en cette fin du règne d'Henri III et de seconde Ligue, la censure est moins puissante, et la seconde édition, celle que j'étudie ici, parut chez Jacques du Puys en 1588, dotée de gravures et de deux planches représentant la carte géographique de Bretagne et un tableau généalogique.

 Les cahiers imprimés en 1583 par du Puys à Paris* avaient été conservés par l'imprimeur et furent assemblés, d'abord dépourvus de pages de titres, de table des matières et datés de 1588  puis dotés d'une page de titre et d'une date factice. Cette première édition contient donc les passages condamnés. On la reconnaît par ses 1174 pages chiffrées au recto et verso, et ses 470 chapitres, et par ses 46 lignes à la page (et non 831 p. et 41 lignes comme la seconde édition). Rien n'indique, bien-sûr, qu'il s'agit de l'édition condamnée.

*On lit souvent faussement qu'elle a été imprimée en 1582 par Julien Duclos à Rennes (Voir infra :Annexes)

I.E. Jones a retrouvé 42 exemplaires de cette première édition:

  • IA sans date ni page de titre
  • IB à I F datée de 1588
  • IG de Michel Sonnius 1604
  • IH à IJ de MDCMV (sic)  chez J. Du Puys, Paris
  • IK  de 1611 chez Claude de la Tour Paris
  • IL de 1611 chez David Douceur Paris

Aucune de ces éditions ne comportent la carte géographique ou le tableau généalogique , bien que ceux-ci soit parfois annoncée dans le titre ( IB, IF ).

 

La Bibliothèque Municipale de Brest ainsi que le CRBC Centre de Recherche Bretonne et Celtique installé à Brest  disposent de différents exemplaires. La Bibliothèque d'Étude de Brest conserve quatre éditions différentes de l'Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré, de 1588 à 1669, et une édition abrégée de 1695. J'ai déjà présenté celui qui contient la carte géographique (RES FB A 88) de la Bibliothèque Municipale, je présente brièvement les autres exemplaires, sans prétendre être exhaustif.

  J'aurais pu me rendre aussi à la bibliothèque bretonne de l'abbaye de Landevennec : sa collection d'éditions de l'Histoire de Bretaigne est, sans-doute, la plus riche qu'il soit. Mais peut-on embrasser tout le chant du possible ?


Première édition.

1. Bibliothèque Municipale de Brest RES. F.B A29.
 Notice : [L'Histoire de Bretagne, par Bertrand d'Argentré.]: (S. l., 1582). In-fol., 1174 p. [183] Le titre, le faux-titre, les feuillets 515, 665, 667 et partie du feuillet 157 manquent. Demi-rel. basane brune
Note personnelle : le livre a été sévèrement massicoté, amputant le titre des Livres en marge de tête, ou les manchettes.
  Cette édition sans titre, à 46 lignes, correspond à la première édition avec le sigle IA de I.E.Jones.

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2. CRBC cote G51 :
 
Note personnelle : Édition de 1174 pages ; la page de titre manuscrite a été ajoutée par une main anonyme soucieuse de compenser l'absence de titre de cette première édition, mais indiquant une date [1582] que l'on donnait alors pour exacte. L'épître Au Roy est celle de la seconde édition, on trouve cette particularité dans les exemplaires classés IH, IJ et II de Jones, mais avec des pages de titre imprimées.


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Deuxième édition : 

3. BM, RES F.B A88-f : L'Histoire de Bretaigne, des roys, ducs, comtes et princes d'icelle, l'establissement du royaume, mutation de ce titre en duché, continué jusques au temps de Madame Anne, dernière duchesse... Avec la carte géographique dudict pays... Mise en escrit par... Bertrand d'Argentré,...: Paris : J. du Puys, 1588  In-fol. Reliure 16è s. chamois blond : voir : Florilège de la Bibliothèque de Brest : 1a : Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré, 2e édition,1588.
 
 

Troisième édition

4. CRBC G-00026-00 
Notice catalogue CRBC: L'Histoire de Bretagne, des rois, ducs, comtes et princes d'icelle. Nicolas Buhon, 1618 :1054 p. ; 35 cm . COTE: G-00026-00

Note personnelle :
1°) Présence d'un ex-libris armorié sur le contreplat avec la devise NE FURORI Cela correspond aux armoiries, sous la couronne de marquis, de sable au chevron d'argent de la famille Fournier de Bellevue, originaire du Berry puis de Bretagne. (Potier de Courcy tome I p. 407, qui indique : "alliée en Bretagne aux Ferron, de Lys, Huchet, Mouesan et Gouvello").
 Cela peut correspondre au marquis Xavier de Bellevüe (1854-1929), auteur d'une Généalogie de la Maison Fournier  (Gallica), ou à un propriétaire plus ancien.

2°) Cette troisième édition.
  Elle est particulière à plus d'un titre. Sa première originalité est de comporter la dédicace A MESSIEURS DES ESTATS DE BRETAIGNE  prévue pour la première édition et qu'il avait fallu remplacer par une Lettre au roi Henri III lors de la seconde édition. La seconde, c'est la mention dans le titre de la participation de Charles d'Argentré, le fils de Bertrand , avec une édition "revue et augmentée":
    HISTOIRE DE BRETAIGNE DES ROYS, DUCS, COMTES et Princes d'icelles depuis l'an 383, jusques au temps de madame Anne Reyne de france dernière Duch.se. MISE EN ESCRIPT par noble homme Messire Bertrand d'Argentré sr. de Gosnes, Forges, etc., Conseiller du Roy et Président au siège de Rennes. 
  TROISIEME EDITION  reveue et augmentée par messire Charles d'Argentré, Sieur de la Boissière, Conseiller du Roy et Président en la Cour de parlement de Bretaigne.
 A PARIS, Chez NICOLAS BVON rüe St-Jacques à l'enseigne St-Claude et de L'Homme sauvage.
Cum privilegio Regis. 1618. L. Gaultier incidit.
  Une autre particularité est de contenir, dans de nombreux exemplaires, le portrait de Bertrand d'Argentré accompagné de trois compositions versifiées de N. Richelet, F. Morel et Y. Fyot ( c'est la page qui figure dans l'édition de N. Buon des Commentarii) ainsi que trois planches :
  • Le plan de Rennes, "ville capitale de la Bretaigne", signée par Closche, entre les pages 38 et 39. 
  • La carte géographique de la Bretagne entre les pages 98 et 99. Ce n'est pas la carte présente dans la seconde édition, mais une copie modifiée de celle-ci : celle que  Bougereau a donnée dans son Théatre Françoys.
  • Le tableau de la  Généalogie des ducs et princes de Bretagne de la seconde édition, entre les pages 228 et 229.

  Mais l'exemplaire que j'ai consulté au CRBC ne les contenait pas. Elles sont présentes dans 26 des 43 exemplaires recencés par Jones, qui n'en signale pas à Brest.




                            DSCN8289c

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 Nous retrouvons ici le titre-frontispice qu'utilisa Nicolas Buon pour éditer les Commentarii de Bertrand d'Argentré ( Florilège de la Bibliothèque d'Étude de Brest, 1 : le portrait de Bertrand d'Argentré .)

                                DSCN8298c
Quatrième édition (1665-1668) de Vatar et Ferré.
  
 Jean Vatar, libraire-imprimeur à Rennes et Julien Ferré, libraire à Rennes ont publié en 1668 la quatrième édition qui est considérée par Miorcec de Kerdanet (1820 p. 21) comme la meilleure et la plus complète car on y trouve 13 chapitres en 68 pages sur l'origine des Bretons; cependant, ce n'est que la copie des 98 premières pages de l'édition de 1618 (I.E. Jones). On n'y trouve ni la carte ni le tableau généalogique.
  Elle est dite "reveüe et corrigée de nouveau en cette dernière édition" mais le nom de Charles d'Argentré n'apparaît plus dans le titre.
  La page de titre est ornée des armes de la Bretagne entourées d'un collier auquel est suspendu l'hermine et la devise "à ma vie".  
C'est le collier de  L'ORDRE DE L'HERMINE ET DE L'EPI. L'Ordre de l'Hermine a été fondé en 1381 par le duc Jean IV, puis rattaché en 1448 par François II à l'ordre de l'épi.Le Duc en instituant cet Ordre, le composa de vingt-cinq Chevaliers, vêtus de Manteaux de damas blanc, doublés de satin incarnat, le Mantelet de même sur lequel était le grand Collier de l'Ordre, fait d'Épis de blé d'or passés en sautoir liés haut et bas par deux bâtes et cercles d'or, au bout duquel pendait à trois chaînettes d'or, une Hermine blanche courante sur une motte et gazon d'herbe verte diaprée de fleurs et dessous la devise de ce Duc A MA VIE.  On le voit à Nantes porté par François II en son gisant. Ces ordres ont été supprimés en 1532 lors du rattachement du Duché à la France.

5. CRBC G-00076-00.

Notice : L'Histoire de Bretagne, des roys, ducs, comtes et princes d'icelle : l'establissement du Royaume ... : Jean Vatar et Julien Ferre, 1668  : 68 p.+ 727 p. : 35 cm .

Note personnelle : ex-libris armorié sous la couronne des ducs : on remarque aussi la croix de la Légion d'honneur sous la couronne bélière. Ce ne peut être qu'un duc d'Empire, ce qui conduit à les blasonner D'or, à l'écusson de gueules, chargé de trois têtes de léopards du premier posées 2 et 1 ; au chef des ducs de l'Empire brochant et à les attribuer au Maréchal Soult (Jean-de-Dieu Soult, 1769-1851).
Mais la page de titre porte le tampon à l'encre bleue du BARON REILLE, et voici comment : René Reille (1835-1898) cumulait les liens avec les maréchaux d'Empire puiqu'il était à la fois fils du général napoléonien Charles Reille (élevé au titre de maréchal par Louis-Philippe) et petit-fils du maréchal Massena. Lui-même aide de camp du maréchal Randon puis du maréchal Niél, il épousa la fille du duc Napoléon-Hector Soult...fils du maréchal Soult. Il sera député du Tarn.

  Il est possible que le baron Reille ait apposé son tampon sur les livres possedés par son épouse Geneviève Soult par héritage de son grand-père Jean-de-Dieu Soult, le maréchal d'Empire qui y aurait apposé d'abord son ex-libris. Autant que je sache, il est le seul à pouvoir faire état de ces armoiries, qui se sont d'ailleurs transformées sous la Restauration et la Monarchie de Juillet.

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BM RES. FB. F69. 
 
Notice du catalogue : il semble plutôt répondre à la description de la cote RES FB A77 : Histoire de Bretagne, des roys, ducs, comtes, et princes d'icelle...Mise en écrit par...Bertrand d'Argentré... : A Rennes : chez Jean Vatar et Julien Ferré, 1669 [10], 727, [27] p. ; 2° Incomplet de la p. de T. Titre et adresse d'après un autre exemplaire  
  Note personnelle. Cette édition, comme la suivante, comporte une lettre dédicatoire  à Charles Dailly, duc de Chaulnes et de Pequigny, Pair de France et Vidame d'Amiens. En-effet, le duc de Chaulnes fut Gouverneur de Bretagne de 1670 à 1695. Elle est publiée par Vatar et Ferré, alors que I.E.Jones ne signale, pour les formes de la quatrième édition dédicacées au Duc de Chaulnes, en 1668, que Vatar comme seul éditeur. La lettre de six pages au duc est signée Vostre très humble, très fidèle et très obeissant serviteur G. VATAR. P. Est-ce le libraire Jean Vatar ? Le fils de Jean, François Vatar, qui publiera une réédition en 1668, ne correspond pas à ces initiales. (Les Vatar forment la dynastie la plus importante de libraires à Rennes, originaires d'Auxerre où Pierre Vatar fut imprimeur-libraire de 1584 à 1607, ou d'Angers où Luc Vatar fut maître-peintre avant de se fixer en 1607 à Rennes).
  

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 BM ...
il porte une note à la mine de plomb "Cf F.B F69."
  
 Cet exemplaire est effectivement, comme le précédent, dédié au duc de Chaulnes, sans page de titre. 

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Edition abrégée.
BM RES F.B D175.
  Notice du catalogue : Abrégé de l'Histoire de Bretagne de M. d'Argentré (par Lesconvel) ; Paris Chez la veuve de Charles Coignard rue de la Bouclerie au bout du Pont Saint-Michel, à la première chambre de son imprimerie, et Claude Cellier, Quay des Augustins attenant le petit hôtel de Luynes MDC LXXXXV, avec Privilège du Roy.  In-12 , Notes manuscrites s/la dernière page. Rel.veau brun
 Note personnelle : le verso de la page de titre porte plusieurs signatures ou 5 tentatives de signature correspondant à "Sourizeau". La dernière page porte six lignes manuscrites d'une méchante écriture dont je ne déchiffre que quelques mots.

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  ANNEXE I.

MINUTES DU NOTAIRE JACQUES CHAPELLAIN LXXIII 91 du 14 mars 1585

(Archives Nationales). Cité par I.E. Jones, op.cité.

  "Furent présent en leurs personnes Guillaume d'Argentré, escuier, sieur de la Guymmeraie, fils de messire Berthrand d'Argentré, sieur de Gosnes et de Forges, conseiller du Roy et président  Présidial de Rennes en Bretaigne, estant depresent en ceste ville de Paris logé en la maison des trois pucelles rue Sainct-Jacques, parroisse Sainct-Séverin, ou non et comme soy faisant et portant fort dudict sieur président son père, auquel il promect faire rattifier et avoir pour agréable le contenu en ces presentes dans ung mois prochain, d'une part ; et honnorable homme Jacques Dupuis marchant libraire juré en l'Université, bourgeois de Paris demourant rue Sainct-Jehan-de-Latran, parroise Sainct-Benoît, d'autre part, lesquelles partyes esdictsnoms  pour raison de remboursement des fraiz et despens de l'istoire de Bretaigne et aultres livres que ledict Dupuis auroict fourniz tant audict sieur président que à ses enfants, de leur bonnes volontez en ont transigés et accordés en la forme et manière qui s'ensuit. C'est asscavoir que ledict Guillaume d'Argentré pour et au nom dudict sieurpresident son père a convenu et accordé avec ledict Dupuis et lui a promis et promect paier du jour de Paques prochain en ung an la somme de sept cens trente trois escuz soleil et un tiers en ceste ville de Paris, en la maison dudict Dupuis rue Sainct-Jehan-de-Latran, ou pend pur enseigne la samaritaine, et ce pour le remboursement de tous les fraiz et despens que ledict Dupuis a advancé à cause de ladicte histoire de bretaigne, à la charge et condition touttefois que sy pendant ledict temps la permission de vendre et publier ladicte est obtenue, des aprésent comme pour lors ce présent accord est et sera de nul effect tant d'une part que de l'autre. Et est accordé que les livres que ledict sieur président et ses enfans ont receuz dudict Dupuis des le temps précédent ladicte impression jusques apresent seront comprins en la dicte somme de sept cens trente trois escuz et un tiers, desquelz livres, moiennant le présent accord, ledict Dupuis a quicté et quite le sieur président et ses enfants soict que la publicquation soit permise ou refuzée dudict histoire; aussy est comprinse au dict présent compte quelques restes de fraiz qui pourraient estre deubz audict Dupuis pour l'impression d'un autre livre intitulé "de donationibus". Et sera tenu ledict Dupuis de garder ladicte histoire de Bretaigne jusques audict temps de Paques prochain en ung an sans s'en dessaisir si ce n'est par commandement et auctoritez de justice. Et ou il adviendroict que aprés le paiement faict audict Dupuis de ladicte somme la permission fuste obtenue de vendre et publier ladicte histoire soyt selon la réformation et censures ja faictes ou affaire, ou en la forme qu'il est apresent sans aulcune reformation, ledict Dupuis sera tenu rembourser audict sieur président ou aux siens ladicte somme de sept cent trente trois escuz et un tiers, s'il la receut en ung an après à compter du premier jour que ledict livre aura esté mis en vente. Aussy, moiennant le présent accord, ledict sieur président a promis et promet audict Dupuis ou aux siens de ne bailler a aulcun quel qu'il soit pour mettre en lumière ledict livre de l'histoire de Bretaigne, soyt qu'elle fust corigée entière ou augmentée, encore que, après ledict terme de paques en ung an,la publication fust permise; et ce pendant le temps de six années ensuivantes, après lequel temps de six ans sera libre audict sieur président de disposer de sondict livre ainsy que bon lui semblera. Comme en pareil cas ledict Dupuis ne sera tenu rendre ni restituer ladicte somme de sept cens trente trois escuz et ung tiers. Et par le moien du présent accord, ledict Dpuis a quicté et deschargé, quicte et descharge par ces présentes ledict sieur président de tous interetz qu'il pourroit prétendre tant pour raison de ladicte histoire que generallement de toutes les autres demandes, poursuittes et actions quelz conques pour quelques causes, nature et conditions qu'il puisse estre sans aulcune reservation d'une part ne d'autre ; comme aussi ledict sieur de la Guymmeraye oudict nom a quicté et quicte ledict Dupuis et s'est départy pour et au nom dudict sieur président son père de toutes les poursuittes qu'il pourroict prétendre et demander vers ledict Dupuis ; aussi en quelque sorte et pour quelque cause que ce soict ; le tout à la charge et conditions que, ou le dict sieur président ne vouldroict approuver le présent contract selon sa forme et teneur, que lesdictes parties demeureront au mesme estat qu'elles estoient auparavant icelluy, sans qu'il puisse nuire  ne préjudicyer à leurs droictz et actions au cas susdict. Car ainsi, prometant, obligeant chacun en droict soy edictsnoms renonçant, faict et passé avant midy en l'estude des notaires soubsignez, l'an mil cinq cent quatre vingt cinq, le jeudy XIIII jour de mars. Guillaume d'Argentré, J. Dupuis, J. Chapellain."

  Ce document montre :

a) que l'impression de la première édition a été réalisée par Jacques Dupuis à Paris (et non, jusqu'à preuve du contraire, par Julien Du Clos à Rennes).

b) qu'en 1585, les deux parties ignoraient encore si l'interdiction de publication allait être levée, si le texte allait devoir être repris entièrement ou simplement amendé.

c) que, malgré la saisie des exemplaires en cours d'impression prononcée par le procureur, Bertrand d'Argentré et sa famille avait reçu "des livres" (en nombre suffisant pour representer un préjudice en cas d'impayé). L'hypothèse est que ces "livres", que l'on conçoit, pour ce que l'on sait, comme l'assemblage des cahiers sans page de titre ni table des matières ont pu être dotés d'une "fausse" page de titre, par exemple au nom de Julien Du Clos de Rennes, et d'une "fausse" date d'édition pour permettre une diffusion clandestine du texte premier de Bertrand d'Argentré dans son impression par Jacques Dupuis en 1583.

 

ANNEXE II. 

  I.E. Jones donne aussi dans sa publication la copie des minutes des cessions des États de Bretagne de 1609, 1613, 1616 et 1617, conservées aux Archives Départementales des Côtes d'Armor. Je n'ai pas le courage de les recopier à mon tour mais j'en donnerai la teneur.

 25 Septembre 1609 : Charles d'Argentré rappelle aux Etats qu'une somme de 2000 écus avait été promise à son défunt père pour la publication de son Histoire de Bretaigne ; que cette Histoire a été publiée en 1588 (sans mention d'une édition antérieure) et doit l'être à nouveau. Les États décident d'attendre cette deuxième édition.

14 novembre 1613 : Charles d'Argentré rappelle aux États l'engagement pris en 1580 de verser 2000 écus à Bertrand d'Argentré pour son Histoire ..."laquelle, suivant leur commandement, il l'auroict avec grand soing et diligence en trois ans faicte et composée et en l'an 1583 envoyé à Paris ledict sieur président d'Argentré, son fils, pour la faire imprimer comme il feist et advança l'impression jusques à la moittié de l'œuvre, avec privilège pour le publier obtenu au rapport de feu M. Chaud... maître des requestes. Toutefois sur le mauvais advis donné par quelques malveillans voulans, ..." etc... la décision est prise de verser immédiatement 3000 livres tournois, et 3000 autres livres à la publication de la prochaine édition augmentée (celle que nous nommons la troisième).

3 novembre 1616 : confirmation de la décision précédente.

2 novembre 1617 : le sieur Boutin présente le livre nouvellement publié* et demande le versement d'un solde de 1500 livres, mais les États demande que l'ouvrage soit examiné par six auditeurs (deux de chaque état) afin de "reconnaître la correction et augmentation qui y a esté faicte, remarquer s'il y a de chose qui soit préjudiciable aux privilèges du pays et en faire rapport à l'Assemblée."

* sans-doute la maquette de la troisième édition de 1618 par Nicolas Buon.

Ces documents montrent :

a) que la rédaction du livre d'Argentré ne s'est achevée qu'en 1583 ; que son impression incomplète à Paris  cette année là est passée sous silence, l'édition de 1588 étant présentée comme la première.

b) que Bertrand d'Argentré se fait régulièrement représenté par ses fils, tant à Paris qu'à Rennes, et que ce sont ces derniers, essentiellement Charles, qui prennent précocément en charge la destinée de l'Histoire de Bretaigne.

 

ANNEXE III.

Un autre argument pour penser que cette première édition fut réalisée à Paris par Dupuis en 1583  et non à Rennes par Du Clos en 1582 est le texte du Registre du Conseil du 6 juin 1583 conservé par les Archives Nationales  ref. XIª 1680, folio 323 (également cité par I. E. Jones, op.cité p. 10):

  "Ce jour oy le procureur general du Roy en ses conclusions a ordonné que l'ung des huyssiers de la court se transportera chez Jacques Dupuis impremeur auquel sera faict commandement de luy bailler ung livre qu'il a de nouveau imprimé concernans les droictz de Bretagne et luy fere arrest en ses mains de tous lesdicts livres avec deffences d'en vendre à peine de punition corporelle".

 

  En conclusion, ces documents tendent à remettre en cause la datation de 1582 pour la première impression, condamnée, de l'Histoire de Bretaigne au profit de 1583. D'autre-part, l'existence d'une édition à Rennes en 1582 par Julien du Clos est également remise en cause.

 

 


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Published by jean-yves cordier
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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 13:28

L'Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré :  l'exemplaire de la Bibliothèque de Brest de la seconde édition de 1588. L'ex-libris de Sinclair et les gravures.

 

  Il s'agit de l'ouvrage cote RES FB. A88 décrit ainsi : "Bertrand d'Argentré L'Histoire de Bretaigne, des roys, ducs, comtes et princes d'icelle, l'establissement du royaume, mutation de ce titre en duché, continué jusques au temps de Madame Anne, dernière duchesse... Avec la carte géographique dudict pays... Mise en escrit par... Bertrand d'Argentré,...Paris : J. du Puys, 1588, In-fol. Reliure 16e s. chamois blond ".

 C'est l'un des 45 exemplaires de la seconde édition de 1588 répondant au sigle 2A de I.E. Jones. Cet auteur en donne la description suivante :

L'HISTOIRE / DE BRETAIGNE / DES ROYS, DVCS, COMTES ET / PRINCES D'ICELLES ; L'ETABLISSE- / ment du Royaume, mutation de ce tiltre en Du- /ché, continué jusques au temps de Madame / Anne dernière duchesse, & depuis Royne de / France, par le mariage de laquelle passa le Duché en la maison de France. / Avec la carte Géographique dudict pays, & table de la / Genealogie des Ducs, & Princes d'iceluy. / Mis en escrit par noble homme, messire BERTRAND / D'ARGENTRÉ sieur de Gosnes, Forges &c. / Conseiller du Roy & President / au siège de Rennes. / A Paris, / chez IACQUES DV PVYS à la Samaritaine. / M.D. LXXXVIII. / AVEC PRIVILEGE DV ROY./

2°, a6, e4, A-C6, A-Z, AA-ZZ, AAa-ZZz, AAAa-ZZZ-z, 4Aa-4Zz, 5Aa-5Zz6, 6Aa4 ; ff[28], 831 [1] ; 2 planches.

Contenu :

a1r : titre, gravure sur bois

a1v : Privilège du roi de 6 ans daté du 13 juillet 1587.

a2r : Epitre Au Roy

a5v : Gravure sur bois et poème de François de Thoor.

a6r : Gravure au burin de René Boyvin, traduction grecque du poème précédent

a6v et e1r : épigramme en latin de Jean Botin

e1v - e4v : Ordre sommaire des roys et ducs de Bretaigne

AC6v Table des matières terminée par un errata.

A1r -6Aa3v : Texte incluant les deux planches.

6A4ar : armoiries de Bretagne.

 

  L'ouvrage lui-même est divisé en douze livres.

 

Liste des exemplaires.

I.E Jones a recensé 46 exemplaires de cette seconde édition dans les bibliothèques publiques. Parmi ceux-ci, 14 seulement, dont bien-sûr l'exemplaire de Brest, possèdent la carte géographique de 1588 (indiqués ici par l'astérisque). Voici la liste que donne Jones:

  • Staatsbibliothek West-Berlin RK 4318*
  • Besançon BM 7745.
  • Paris, bibliothèque de l'Arsenal H.2067*
  • id, H. 2068*
  • id. H.2069
  • Paris, BNF Lk2.446*
  • id. Lk2 446a*
  • Brest, RES. FB. A88*
  • British Library 596K9
  • Trinity College Cambridge W.5. 28 (Adams 1640);
  • Châlon-sur-Saône, BM.
  • Carpentras, Bibliothèque Inguimbertine 12888*
  • Clermont-Ferrand, BM 14025.
  • Dijon, BM.*
  • Dinan, BM.
  • Dean and Chapter Library Durhan F.V.2*
  • Edinburg U.L.
  • Rijkuniversiteit bibliotheek Ghent.
  • Forschungsbibliothek Gotha 20 Hist 298.
  • Grenoble, BM B. 1349*
  • The Hague Koningklijke Bibliotheek
  • Kergonan : 2 exemplaires dont un* avec carte.
  • Landevennec : une partie de carte *
  • Bibliotheca Thysiana Leiden 721*
  • Lille, BM.
  • Kings College London Library
  • Lyon, BM.
  • Madison Wisconsin U.L.*
  • Manchester U.L.
  • Magdalen College Oxford L.15.1*
  • Munich Staatsbibliothek 2° Gall.sp4c
  • Nancy, B.M.
  • Nantes, Archives de Loire Atlantique
  • Nantes, Bibliothèque Dobrée.
  • New-York U.L.
  • Quimper, B.M. 72.9.2 bis
  • Rennes, Archives départementales 52 bi 35
  • Rennes B.M. 414
  • Rennes Bibl. universitaire 1299
  • Rennes Musée 62.5.2 avec carte mais manquant.
  • St Brieuc, Archives départementales HB fo 14
  • St-Brieuc, BM. Br.G.80.
  • Abbaye St Pierre de Solesmes
  • Abbaye N.D. de Trimadeuc
  • Stockholm Kungliga Biblioteket
  • Vienna National Bibliothek.

 

 

 

 

Découverte de l'exemplaire de Brest.

1. Reliure.

Elle est décrite par la notice de bibliothèque comme étant "une reliure chamois, du XVIe siècle". Le dos compte cinq nerfs. Le plat est encadré par un filet brun-noir. Le plat de devant porte en son centre un élément ovale rempli d'entrelacs.

 

Plat de devant :

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                                                   DSCN7884c

 

  On note la curieuse pièce de titre portant les mots : "DE HIST. BRETIGNE D'ARGENTRE", témoignant du fait que le propriétaire ou le responsable de la bibliothèque ne parlait pas français. Mais pourquoi ne pas recopier le titre de la page-titre ?

 

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Au dessus du premier nerf se trouve une marque de propriétaire au fer à dorer que je décrirais comme un phoenix ailes écartées au dessus de flammes, surmonté par une couronne de comte, avec une devise en fer à cheval RINASCE PIU GLORIOSA.

 

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        Cette devise ("il renaît plus glorieux") est traditionnellement associée au phoenix ou phénix, oiseau fabuleux et héraldique qui renaît de ses cendres, après s'être consummé sous l'effet de son propre feu. Symbole des cycles de ressurection et de mort, et donc de renouvellement, symbole christique également, il est, en héraldique, représenté de face, tête de profil, ailes étendues, sur son bucher (qu'on nomme "immortalité"), et regardant le soleil : proche de l'aigle, il en est une variante.

 Cette marque est répertoriée par le British Armorial Bindings de l'Université de Toronto avec ses dimensions de 21 x 17 mm comme étant celle de James St Clair Erskine, 2e comte de Rosslyn (1762 - 1837). Le timbre est placé en haut du dos d'un exemplaire du Traité du cœur, ou instruction des courtisants d' Eustache de Refuge, livre paru à Leyden en 1649 et relié en velin ; ce livre porte un ex-libris armorié de Sinclair, "probablement Lord Sinclair, Henry Sinclair ". (Université de Bristol A401f).

Les Comtes de Rosslyn possédaient en Écosse les châteaux de Dysart House (Fifeshire) et de Rosslyn (Mid-Lothian). Mais ce sont les barons de Sinclair qui étaient, depuis 1407, établis à Dysart, et c'était le général James Sinclair (1688-1762), 9éme Lord Sinclair qui avait fait construire Dysart House (au dessus du port de Dysart) et avait racheté le château de Rosslyn (propriété des Sinclair depuis 1330).

 Effectivement, les armoiries des comtes de Rosslyn, telles qu'elles sont données ici  (Ann.hist. et biogr) comportent bien un cimier : «the crest is first a phoenix in flames, ppr, and over it the device Rinasce piu glorioso (sic), second for Wedderburn an eagle's head erased,ppr, with the words "Illœeso lumine solem". The motto is "Fight"» , mais d'une part le Comté de Rosslyn ne date que de 1801 (avec Wedderburn), d'autre part son association avec un ex-libris de Sinclair sur des ouvrages du XVIe (L'Histoire d'Argenté) ou majoritairement du XVIIe siècle est discordante avec ce James St Clair Erskine.

  Dysart House est passé de la famille des Lord Sinclair à celle des Comtes de Rosslyn, mais le 5ème Comte, James St-Clair Erskine (1869-1939) a du vendre cette propriété en raison de dettes de jeu.


 De nombreux autres ouvrages sont signalés comme portant ce timbre, mais il est alors placé à la partie inférieure du dos sur une reliure dont le plat porte une rose centrale et des fleurons en écoinçons (et non, comme ici, un élément central ovale). J'en donne ici la liste telle que je l'ai collectée sur le site Abebooks (avec la traduction automatique !), il est évident que bien d'autres pourraient être trouvés, mais j'ai voulu montrer le caractère répété du style de la reliure, de la marque au phoenix,  de l'association systématique avec l'ex-libris Sinclair avec inscription à l'encre noirs. J'ai voulu aussi faire remarquer  la datation homogène des ouvrages (1628-1640) qui sont très souvent des Elzeviers. On signale  des reliures "de l'époque", et non des reliures du XIXe correspondant à James Erskine. En somme, je ne crois pas que ce personnage soit le propriétaire de ces ouvrages, ni même que ce soit lui qui les ait fait relier.

  • L'histoire de Filipe Emanuel de Loraine duc de Mercoeur, dédiée à sa Majesté Apostolique.Chrysostome De Montpleinchamp, Jean. Description du livre: Cologne, Pierre Marteau, 1689, 1689.. 11 Bll., 357 S. Mit gest. Porträtvignette. Lederband mit der Zeit und Rückenschild reicher-Vergoldung sowie auf Rücken goldgeprägtem Wappen. Wappen: gekrönter Phönix mit Motto "Piu Rinasce Gloriosa". Gest. gekröntes Exlibris auf Innendeckel.  Du libraire 38803AB


  • De Constantinopoleos Topographia. Lib IV.GILLES, Pierre] GYLLIUS, Petrus.Libraire: Librairie ScrittiEx Officina Elzevirianna, 1632. Couverture rigide. État: Très bon. Lugduni Batavorum (Leyde), Ex Officina Elzevirianna, 1632. , reliure en plein veau fauve de l'époque, dos lisse orné de doubles filets dorés ,  petit écusson doré representant un phénix au milieu des flammes avec au dessus uns couronne dorée  et en dessous  la devise suivante: "Rinasce piu gloriosa », double filet doré d'encadrement sur ​​chaque plat avec fleuron doré en Ecoinçon, petite fleur (une rose) dorée au centre du plat, Quelques Lettres et Manuscrits CHIFFRES A L'Encre Noire Dans La Partie Supérieure de la Première page de garde,  ex-libris héraldique de Lord Sinclair, Initiales d'appartenance à l'encre noire rayées Au bas de l'ex-libris, . Du libraire 3293


  • Persia, seu Regni Persici Status, variaque itinera in atque per Persiam. LAET, Johannes de [Editor]. Lugd. Batav. Leiden: Ex Officina Elzeviriana, 1633. , armorial bookplate of Lord Sinclair. Contemporary calf, a.e.g., covers with double gilt rules, cornerpieces and a central rose, gilt phoenix to the foot of the spine with the motto Rinasce Piu Gloriosa . N° de réf. du libraire 17488


  • Vallesiæ et Alpium descriptio.SIMLER, Josias.Description du livre de: Lugduni Batavorum Leiden: Ex Officina Elzeviriana, 1633. , ex-libris armorié de Lord Sinclair. Contemporain veau, aeg, couvre les règles dorés doubles, écoinçons et une rose centrale, doré phénix au pied de la colonne vertébrale avec la devise Rinasce Piu Gloriosa . Première édition 1574. N ° de réf. du LIBRAIRE 17114


  • Hispania, sive de Regis Hispaniae Regnis et opibus Commentarius.LAET, Johannes de [Editor].: Lugd. Batav. Leiden: Ex Officina Elzeviriana, 1629. , ex-libris armorié de Lord Sinclair. Contemporain veau, aeg, couvre les règles dorés doubles, écoinçons et une rose centrale, doré phénix au pied de la colonne vertébrale avec la devise Rinasce Piu Gloriosa . N ° de réf. du LIBRAIRE 17127

 

  • Respublica Statut et Imperii romano-Germanici.: Lugduni Batav. Leiden: Ex Officina Elzeviriana, 1640. , ex-libris armoiries de Lord Sinclair. Contemporain veau, aeg, couvre les règles dorés doubles, écoinçons et une rose centrale, doré phénix au pied de la colonne vertébrale avec la devise Rinasce Piu Gloriosa . N ° de réf. du LIBRAIRE 17124
  • patricii Vénètes] De Republica Venetorum. Libri quinque. Article Reip synopsis. Venete, et alii de eadem discursus politisation. CONTARINI, Gaspar. Lugd. Batavorum Leiden: Ex Officina Elzeviriana, 1628. , ex-libris armorié de Lord Sinclair. Contemporain veau, aeg, couvre les règles dorés doubles, écoinçons et une rose centrale, doré phénix au pied de la colonne vertébrale avec la devise Rinasce Piu Gloriosa . Première édition 1543. N ° de réf. du LIBRAIRE 17129
  • Respublica et Statut Regni Hungariae. HONGRIE Leiden: Ex Officina Elzeviriana, 1634. , ex-libris armorié de Lord Sinclair. Contemporain veau, aeg, couvre les règles dorés doubles, écoinçons et une rose centrale, doré phénix au pied de la colonne vertébrale avec la devise Rinasce Piu Gloriosa . N ° de réf. du LIBRAIRE 17113

 

  • Helvetiorum Respublica. Diversorum Autorum, querum nonnulli nunc primum dans lucem prodeunt.SIMLER, Josias. Lugd. Bat. Leiden: Ex Officina Elzeviriana, 1627. , ex-libris armorié de Lord Sinclair. Contemporain veau, aeg, couvre les règles dorés doubles, écoinçons et une rose centrale, doré phénix au pied de la colonne vertébrale avec la devise Rinasce Piu Gloriosa N ° de réf. du LIBRAIRE 17123


  • Rhétie, ubi eius verus situs, Politia, bella, fœdera, et autres, des souvenirs accuratisimè describuntur.SPRECHER, [Fortunatus].: Lugd. Batavorum Leiden: Ex Officina Elzeviriana, 1633, ex-libris armorié de Lord Sinclair. Contemporain veau, aeg, couvre les règles dorés doubles, écoinçons et une rose centrale, doré phénix au pied de la colonne vertébrale avec la devise Rinasce Piu Gloriosa . Première édition 1617. N ° de réf. du LIBRAIRE 17121

 

  • Gallia, sive de Francorum Regis Dominiis et opibus Commentarius.LAET, Johannes de [Editor].: Lugduni Batavorum Leiden: Ex Officina Elzeviriana, 1629. , ex-libris armorié de Lord Sinclair. Contemporain veau, aeg, couvre les règles dorés doubles, écoinçons et une rose centrale, doré phénix au pied de la colonne vertébrale avec la devise Rinasce Piu Gloriosa  . N ° de réf. du LIBRAIRE 17116
  • De Principatibus italiae. Tractactus varier.SEGETHUS, Thomas]. Lugd. Bat. Leiden: Ex Officina Elzeviriana, 1631. , ex-libris armoiries de Lord Sinclair. Contemporain veau, aeg, couvre les règles dorés doubles, écoinçons et une rose centrale, doré phénix au pied de la colonne vertébrale avec la devise Rinasce Piu Gloriosa . N ° de réf. du LIBRAIRE 17142
  • Suecia, sive de Suecorum Regis Dominiis et opibus. Commentarius Politicus.SUÈDE: Lugd. Batav. Leiden: Ex Officina Elzeviriana, 1633. ex-libris armorié de Lord Sinclair. Contemporain veau, aeg, couvre les règles dorés doubles, écoinçons et une rose centrale, doré phénix au pied de la colonne vertébrale avec la devise Rinasce Piu Gloriosa  . N ° de réf. du LIBRAIRE 17117
  • Respublica Bojema. Descripta, recognita, et aucta.STRANSKY, Pavel.: Lugd. Batavorum Leiden: Ex Officina Elzeviriana, 1643. Gravé titre, marbre downs pâte, ex-libris armorié de Lord Sinclair. Contemporain veau, aeg, couvre les règles dorés doubles, écoinçons et une rose centrale, doré phénix au pied de la colonne vertébrale avec la devise Rinasce Piu Gloriosa,  N ° de réf. du LIBRAIRE 17125
  • Belgii Confæderati Respublica: Gelriæ plu, en Hollande. Zélande. Traject. Fris. Transisal. Gröning. Chorographica Politicaque descriptio , LAET, Johannes de . Lugd. Batav. Leiden: Ex Officina Elzeviriana, 1630. persillée, ex-libris armorié de Lord Sinclair. Contemporain veau, aeg, couvre les règles dorés doubles, écoinçons et une rose centrale, doré phénix au pied de la colonne vertébrale avec la devise Rinasce Piu Gloriosa , N ° de réf. du LIBRAIRE 17118
  • De Regno Daniæ et Norwegiæ. Insulisq. adjacentibus: juxta ac de Holsatia, ducatu Sleswicensi, et finitimis provinciis. Tractatus varii.Stephanius], Stephen [Hansen]. Lugduni Batavorum Leiden: Ex Officina Elzeviriana, 1629. , ex-libris armorié de Lord Sinclair. Contemporain veau, aeg, couvre les règles dorés doubles, écoinçons et une rose centrale, doré phénix au pied de la colonne vertébrale avec la devise Rinasce Piu Gloriosa , . N ° de réf. du LIBRAIRE 17131

  • Donnati Iannotii dialogi De Repub. Venetorum... Lugduni Batavorum (Leyde), Ex Officina Elzevirianna, 1631. In 16 de [IV]-467-[9 (index)]pp., reliure en plein veau fauve de l'époque, dos lisse orné de doubles filets dorés, un petit écusson doré représentant un phénix au milieu des flammes avec au dessus de celui-ci une couronne dorée et en dessous la devise suivante: "Rinasce piu gloriosa", titre doré, dos frotté avec de petites épidermures, accrocs aux coiffes supérieure et inférieure, double filet d'encadrement doré sur chaque plat avec un fleuron doré en écoinçon à chaque angle, petite fleur (une rose) dorée au centre du plat, quelques petites épidermures sur les plats sans gravité, mors frottés, quelques lettres et chiffres manuscrits à l'encre noire sur la première page de garde,  N° de réf. du libraire 908

 

  • Conversations nouvelles..., Melle de Scudery, La Haye, Abraham 1685.Folger Shakespeare Library : "  in reinforced vellum; ms. spine title. Stamp on spine: crowned phoenix with motto: rinasce piu gloriosa. Armorial bookplate: Sinclair (motto: Fide sed pugna). Ms. shelfmarks."
  • La vita del catholico et invittissimo don Filippo Secondo d'Avstria re delle Spagne, & c. Con le guerre de suoi tempi. Cesare Campana ; Agostino Campana Éditeur: [Vicence, G. Greco, 1605] -08. Armorial bookplate: Sinclair (with motto: Fide sed pugna) Anonymous superexlibris (with motto: Rinasce piu gloriosa)  Ici 
  • Lamberti Hortensii Montfortii historici, De bello Germanico libri septem : Hortensius, Lambertus, 1500 or 1501-1574.  Basileae : [s.n.], 1560. Armorial bookplate with name Sinclair and motto: Fide sed pugna.. spine title: De bello Germanico. Stamp on spine with motto: Rinasce piu gloriosa. Yale University Library VD 16, H 5035 
  • Pascasii IUSTI Eclouiensis, philosophiae & medicinae doct. Alea, siue De curanda ludendi dans pecuniam cupiditate, libri II: Joostens, Paquier, d. 1590? Basileae: Par Ioannem Oporinum, MDLXI. [1561]  Timbre sur le dos avec la devise: gloriosa piu Rinasce. Ex-libris armorié avec Sinclair nom et la devise: pugna sed Fide.  Yale University Library,VD 16, 923 J 

 

 

2. L'ex-libris.


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    Au dessus d'un cartouche où s'inscrit le nom SINCLAIR, deux griffons tiennent un écu armoirié surmonté par la couronne de baron ; le cimier porte "un cygne au nid". La devise est Fide sed pugna, "la Foi mais le combat, (ou) Fidéle mais pugnace". [Il est difficile maintenant de ne pas voir dans ce "cygne au nid" un "phoenix sur son immortalité"].

    Les armes sont divisées en quartiers autour d'un petit écu central à la croix engrélée : cette croix engrélée de sable forme les armes d'Henri Ier Sinclair, (1345-1400) baron de Rosslyn et  comte d'Orkney . Les armoiries des Barons Sinclair se blasonnent  ainsi en anglais " 1 and 4 Azure a ship at anchor, her oars (erected) in saltier (and sails furled) within a double tressure flory counterflory, Or for Orkney; and 2 and 3 azure a ship under sail Or, the sails argent, for Caithness". Over all an escutcheon argent charged with a cross engram. sable for Sinclair. Crest : a Swan argent ducally collared and chained or. Supporters two griffons ppr.armed or. Motto Fight." (Encyclopædia of Heraldry: Or General Armory of England, Scotland, and ... Par John Burke,Bernard Burke 1844,  ET A System of Heraldry Speculative and Practical : with the Truc Ant of Blazon ... par Alexander Nisbet, 1722). Nisbet décrit bien, sur le cimier, un cygne, mais signale que James Espline indique, dans son Illuminate Books la tête d'un griffon.

Au dessus et à cheval sur l'étiquette et la garde est écrit A.1.12. (également inscrit en haut avec la même graphie particulière du A).

Au dessous est calligraphié à la plume, mais barré, l'inscription P.O  Sd  N4, qui peut être une cote de bibliothèque.

  Je mentionne d'emblée qu'un ex-libris très semblable, avec les mêmes inscriptions, a été mis en ligne sur Flickr Bookplate of Henry Sinclair, 10th Lord Sinclair (1660–1723) sur Projet Provenance Penn, avec l'inscription A II 26 et P.E Sd N.2.


    La famille Sinclair ou Saint-Clair serait originaire de Normandie, plus exactement de Saint-Clair-sur-Epte, leur nom dérivant du nom de lieu Sancto Claro (c'est, par exemple, à Saint-Clair-sur-Epte que le viking Rollon a conclu un traité avec Charles III). Un illustre aïeul, William /Guillaume de Saint Clair fut compagnon de Guillaume le Conquérant. En raison de ses exploits, il reçut en héritage, la baronnie de Roslin ou Rosslyn en Écosse, sur laquelle les descendants de la famille Saint Clair édifièrent par la suite la chapelle de Rosslyn. En tant que clan écossais, elle s'est divisée en deux branches, de Rosslyn et de Caithness. Le petit-fils de Henri Ier Sinclair fut William, 3ème comte d'Orkney et 1er comte de Caithness, chancelier d'Écosse de 1454 à 1458.

  L'élément de certitude est que c'est ici l'ex-libris d'un baron Sinclair appartenant à la famille que je viens de décrire.

 La liste des "Baron Sinclair" (selon la dénomination de l'armorial de John Bernard Burke de 1852) est donnée par Wikipédia sous le titre Lord Sinclair :

Sir William de sancto Claro, décédé en 1358.

Henry Saint-Clair, comte d'Orkney (Orcades) en 1379, dont on dit qu'il aurait exploré le Groenland et la côte nord de l'Amérique.

Henry II Saint-Clair.

William Sinclair, 3ème comte d'Orkney puis 1er Comte de Caithness and 1er Lord Sinclair (d. 1480), grand Amiral d'Ecosse puis Chancelier, constructeur de Rosslyn Chapell.

William Sinclair, 2ème Lord Sinclair (d. 1487)

Henry Sinclair, 3ème Lord Sinclair (d. 1513)

William Sinclair, 4è Lord Sinclair (d. 1570), 2ème baron Sinclair

Henry Sinclair, 5e Lord Sinclair (1528–1601), 3ème baron Sinclair

Henry Sinclair, 6e Lord Sinclair (1581–1602)

James Sinclair, 7e Lord Sinclair (d. 1607)

Patrick Sinclair, 8e Lord Sinclair (d. 1615), 5ème baron

John Sinclair, 9e Lord Sinclair (1610–1676)

Henry St Clair, 8ème baron Sinclair et 10e Lord Sinclair (1660–1723)

John St Clair, Maître de Sinclair (1683–1750) (fils ainé du précédent, mais déchu de son titre de Lord; toutefois il en fit usage )

Général James St Clair (d. 1762) (le fils cadet); rachète Rosslyn Castle et fait construire Dysart House. Sans succession.

titre dormant 1762–1782

Charles St Clair, cousin de James, Lord Sinclair de jure 11ème Lord Sinclair (d. 1775)

Andrew St Clair, de jure 12ème Lord Sinclair (1733–1775)

Charles St Clair, 13ème Lord Sinclair (1768–1863) (confirmed in title 1782)

James St Clair, 14ème Lord Sinclair (1803–1880)

Charles William St Clair, 15ème Lord Sinclair (1831–1922)

Archibald James Murray St Clair, 16ème Lord Sinclair (1875–1957)

Charles Murray Kennedy St Clair, 17ème Lord Sinclair (1914–2004)

Matthew Murray Kennedy St Clair, 18ème Lord Sinclair (b. 1968).

Un autre ex-libris 

 Outre celui dont la photographie figure sur Flickr, et outre les 19 exemples trouvés parmi les livres des catalogues de libraire, cet ex-libris est signalé sur un manuscrit rassemblant des écrits de Gilbert de Haye (L'Ordre de chevalerie, l'Arbre des batailles et le Gouvernement des princes)sous le nom de The Buke of the Law of Army Gilbert of the Haye's prose manuscrit sur Openlibrary;  il y est attribué à Henry 10ème Lord Sinclair ou à son fils John, mais l'ex-libris a été arraché lorsqu'il changea de propriétaire: il n'est visible qu'indirectement.


 


 


 


Mon hypothèse. 

        Aucun armorial d'Ecosse ou d'ailleurs ne donne pour les familles Sinclair ou Saint-Clair la devise Fide sed pugna. Par contre, de très nombreux ouvrages, manifestement issus de la même bibliothèque, soigneusement catalogués et répertoriés, faisant majoritairement appel aux éditions Elvezier de Leyde et témoignant d'un goût (bien partagé il est vrai) pour les auteurs humanistes, rassemblent des caractères communs :

  • l'ex-libris aux armes des Baron Sinclair, mais avec la devise fide sed pugna.
  • une reliure "en plein veau fauve" dont beaucoup d'exemplaires présentent sur le plat une rose centrale et des écoinçons dorés, et d'autres plus rares un élément ovale à entrelacs.
  • Sur le dos de cette reliure, le fer doré au phoenix heraldique et sa devise Rinasce piu gloriosa. Ce timbre est placé soit en tête, soit au pied ; il semble alors (selon les petites photo disponibles) plus grossierement facturé.

 Il me paraît vraisemblable que la devise Fide sed pugna soit placée, en remplacement de la devise héraldique anglaise Fight (dont pugna est la traduction) dans les armoiries uniquement pour réaliser l'ex-libris, afin de placer cette bibliothèque sous le signe des antiquités gréco-latines et d'une ouverture vers le mouvement humaniste issu de l'Italie de la Renaissance.

    Une hypothése plus aléatoire, mais qu'il me plaît à formuler, est que cette bibliothèque soit celle d'Henry Lord Sinclair, mais aussi de ses prédecesseurs, recevant dès le milieu ou la fin du XVIIe siècle les envois des libraires hollandais dans leur demeure de Dysart ou à Castel Rosslyn. James St-Clair Erskine aurait pu faire frapper sa propre marque et sa devise sur le dos de chacun des volumes, ou, ce qui me plaît à suggérer, cette marque aurait pû être créée dès l'origine de la bibliothèque, et James St-Clair Erskine s'en serait inspiré pour sa devise. Lui, ou un autre, aurait barré les inscriptions manuscrites sous les ex-libris. Enfin, l'ensemble de la bibliothèque aurait été mise en vente en même temps que Dysart House fut vendue, et pour les mêmes raisons financières engendrées par les dettes de jeu du 5ème Comte Erskine dans la première partie du XXe siècle.

  Bien-sûr, cette hypothèse d'amateur n'attend qu'une chose, être contredite par des gens sérieux.

 

 


2. Le frontispice de la page de titre.

  Outre les mentions de la cote RES F.B A 88 et du tampon B.M B de la Bibliothèque de Brest, ainsi qu'une cote 133475, cette page 1r porte la gravure sur bois représentant, sous les armes du Duché, le titre entre deux Allégories puis l'emblème de Bertrand d'Argentré.

  Cet "emblème" rappelle que, depuis la parution en 1534 des Emblemata d'Alciat et la centaine de ses réimpressions, ce fut une grande mode dans la République des Lettres de s'inspirer de l'antiquité grecque pour associer, selon la formule "verba signifiant, res significantur", une brève devise, une image, et un texte latin en vers. Ici, Bertrand d'Argentré a choisi la devise Lampeite Kaieite, et l'image d'un vase enflammé, ou pot-à-feu. Daniel-Louis Moircec explique dans sa biographie que, sur les cotés du portrait de d'Argentré gravé en 1604 par Thomas de Leu, on voit une urne d'où sortent des flammes ardentes avec les mots Lampeite, Kaite, "je brille et je brûle", ce qui est un bel éloge, ou un beau but. On les trouvait déjà en 1568 sur le titre de l'édition des Commentarii de d'Argentré, ou sur celui de l'édition de 1570 de l'Advis sur les Partages des Nobles.

  Sous le titre de cette Histoire, la devise change et le mot kaite devient kaieite : au lieu de "je brille et je brûle", on a désormais "il brille et il brûle", l'éloge visé s'appliquant plus clairement à l'ouvrage qu'à son auteur. Miorcec écrit " D'Argentré en mettant ce vase de flammes ardentes à la tête de son Histoire avec ces deux mots grecs a voulu dire que, de même que le feu brille et brûle tout à la fois, de même son Histoire brille pour les bons en faisant apparaître avec éclat leurs talents et leurs vertus, et brûle pour les méchants, en manifestant leurs vices ou leurs crimes : d'où résulte une autre application de la devise à ses ouvrages sur la Coutume, dans lesquels il brille pour les bons, en soutenant le bon droit, et brûle pour les méchants en dévoilant leurs injustices."

  L'Allégorie de droite cumule aussi les symboles : elle porte les traits de Janus bifrons (avec une face de vieillard et une face féminine), elle porte des ailes comme un ange ou une Victoire, elle tient un sablier et une faux comme la Mort ou le Temps, et autour de son coude s'enroule un ourobouros des cycles eternels de la nature. En face d'elle, une femme jeune et alerte tient telle une Vénus un miroir,et un serpent.

I.E. Jones a retrouvé le modèle de ce frontispice dans les titres de l'Histoire de Berry de Jean Chaumeau (1566) ou de Mémoires de l'histoire de Lyon de Guillaume  Paradin de Cuyseaux, tous les deux publiés à Lyon chez Gryphe. Effectivement, le catalogue de la BNF permet de retrouver la page de titre ici , où un aigle remplace les armoiries de Bretagne. Une devise apparaît alors, Virtute duce, Comite Fortuna (La vertu me guide, la Fortune m'accompagne), devise de la ville de Lyon, ( paroles de Cicéron à Lucius Munatius Plancus, le fondateur de Lyon) et devise figurant sur la marque d'imprimeur de Sébastien Gryphe, ce qui met un nom sur les deux Allégories.

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  Il reste à préciser que c'est la seule édition qui présente cet emblème propre à l'auteur, alors que toutes les autres présentent sous le titre la marque typographique du libraire.

 

 

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 Les Du Puis ou Du Puys (ou Puteanus) sont une vieille famille d'imprimeurs-libraires. Guillaume exerce de 1504 à 1515; au début, rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Croix Blanche, "au dessoubz de Saint Benoist." Jacques I  Du Puis -sans doute fils de Guilhaume et frère de Mathurin*- serait décédé en 1589 et son activité se serait développée de 1540 à 1589, rue Saint Jean de Latran, prés du Collège de Cambrai à l'enseigne de la Samaritaine (tout-près de la rue Saint-Jacques). Son fils Jacques II reprend la succession à la même adresse vers 1591.

*Mathurin Du Puys racheta en 1541 les matrices du célèbre fondeur de caractères Claude Garamond

La marque parlante de Jacques Du Puys joue sur son nom pour associer l'image du puits à celle de son enseigne, la Samaritaine, cette femme à qui le Christ demande de l'eau. Elle représente donc Jésus rencontrant la Samaritaine au puits. Mais ici, la marque typographique du libraire est absente.

 

 3. Extrait du Privilège.

Folio 1v. Ce privilège royal de six ans est signé par Charles (II) de Chantecler, fils d'un Conseiller au Parlement de Paris, lui-même Conseiller d'État et maître des requêtes reçu le 20 juin 1578.

  La mention précisant que "le texte a été vu et soigneusement examiné par les Commissaires députés à cette fin par le Conseil dudict Seigneur" rappelle que les mêmes Commissaires avaient condamné le texte précédent (1ère édition) : c'est dire si celui-ci a été expurgé de tout ce qui les avaient choqués.

 


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4. AV ROY.

 La première édition comportait, à cette place de cette letrre dédicatoire au roi Henri III, une Épître aux États de Bretagne.

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5. Dédicace aux armes des d'Argentré.

 

Armoiries de la famille d'Argentré : blason présenté par deux lions. Les armoiries sont d'argent à une croix pattée d'azur. La croix pattée se retrouve sur le cimier.

La versification est signée de Fran(çois) Thorius Bellion, ou François Thory, sans parenté connue avec l'illustre Guillaume Tory. On connaît de lui une traduction d'un poème de Ronsard (Wechel, 1558) sous le nom de Francisco Thorio Bellione. Jean-Paul Barbier y voit un médecin protestant, François de Thoor, né en Flandres à Bailleul. Un manuscrit Sloane 1768 du British Museum contiendrait 103ff. d'épigrammes, de dédicaces, de traductions latines de Ronsard de la plume de cet auteur.

  Les Commentarii de d'Argentré dans l'édition de Nicolas Buon de 1628 comporte également la reproduction de ce poème de cet auteur.

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6.   Traduction grecque de l'épigramme précédent.

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  Cette gravure est attribuée à René Boyvin,  en raison de la marque R de son monogramme qui figure en pied de gravure. Un examen attentif permet de voir qu'il ne s'agit pas de la lettre R, mais de la superposition d'un R et d'un B, initiales de l'un des plus considérables graveurs au burin (et à l'eau-forte) du XVIe siècle (1525-1595 ou 1625)

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7. second épigramme en latin.

Par Jean Botin de Nantes 

 

 

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8. L'Ordre sommaire des Roys et Ducs de Bretagne et le temps de leur régne pour l'intelligence de l'histoire.

De Conan Meriadec premier roi de Bretagne en 387 jusqu'à Salomon quatrième de ce nom, 14 rois sont énumèrés jusqu'en l'année 864. Puis en 894 le titre du Royaume changea en Duché, et le décompte des ducs débute à Alain Rebré dit le Grand, s'étend jusqu'au 25ème duc François II avant de donner le nom d'Anne de Bretagne, de sa fille Claude "femme du roi François premier lequel en l'an mil cinq cent trente deux, le quatrième jour d'aoust du contentement des Estats de Bretaigne unit inséparablement le duché au domaine de la couronne de France."

 La liste se termine par XXVIII François Daulphin de France [...] fut couronné duc , & receu en la ville de Rennes, capitale du pays de Bretaigne en l'an mille cinq cens trente deux, mourut au grant regret d'un chascun en l'an mille cinq cens trente neuf, ayant esté empoisonné à Tournon par un Italien nommé Sébastien de Montecuculo, estant Prince de grande espérance."

9. Planche I : La carte géographique.

  ... est soigneusement pliée sur la page suivante. Elle sera étudiée dans un prochain article. 

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10. L'Histoire elle-même débute alors

 par le Livre Premier pour se poursuivre jusqu'à la fin du Livre XII. Mais au Livre III, après le chapitre XLIIII, entre les pages 180 et 181, une autre feuille soigneusement repliée donne un tableau généalogique :


11. Planche II : Le tableau généalogique :

GENEALOGIE DES DVCS ET PRINCES DE BRETAIGNE d'après Geoffroy premier du nom couronné Duc en l'an IX.C.XCII jusques à présent.

  Le tableau débute donc à Geoffroy I.du nom Duc de Bretaigne qui mourut en l'an 1008 au retour de Ierusalem , [qui] eut de Hanoise la femme fille du viel Richard Duc de Normandie ...Alain Duc de Bretaigne mari de Berthe, etc...

    Ce tableau est daté dans l'encart inférieur de 1588 (il n'était donc pas prévu pour la première édition de 1583).

 

 

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Dernière page : Le collier de l'Ordre de l'Hermine et de l'épi.

 

  Cet ordre de chevalerie breton témoin des fastes du pouvoir ducal ayant été supprimé lors de la réunion de la Bretagne avec la France, sa présence dans l'histoire de d'Argentré n'est pas dépourvue de signification. 

  L'Ordre de l'Hermine fut créé par le duc Jean IV en 1381, peu après un exil en Angleterre, où il s'inspire du modèle de l'ordre de la Jarretière pour rassembler autour de lui la noblesse bretonne irritée par son anglophilie. Le collier se composait de deux chaînes d'or dont les extrémités étaient attachées à deux couronnes ducales, chacune desquelles renfermant une hermine passante. Ces chaînes étaient composées chacune de quatre fermoirs (compartiments), et ces fermoirs étaient une hermine avec une banderolle autour du corps, sur lequel était écrit "à ma vie", et au cou un collier d'où pendait une chaînette de quatre ou cinq anneaux.

  L'hermine héraldique (fourrure* blanche mouchetée de noir) appartient aux armoiries des ducs de Bretagne sous forme du franc quartier d'hermine de Pierre Mauclair (1213-1237) jusqu'en 1316 où Jean III adopte l'écu d' hermine plain. "L'hermine est un champ d'argent semé de mouchetures de sable ; les formes des mouchetures varient, depuis celles qui rappellent des larmes renversées, jusqu'à celles qu'on prendrait pour des fers de flèches tréflés ou aux pointes arrondies" (P.B. Gheusi). En effet, ces mouchetures avaient à l'origine sous Pierre Mauclair la forme d'un rectangle vertical à pied triangulaire (provenant de la pièce du vair), puis adoptèrent la forme d'une amphore, puis sous Jean Ier la forme d'un poisson, queue bifide en haut, puis d'une cravate stylisée. Au XIVe siècle apparaît une partie haute à trois pétales surmontant une partie globuleuse basse hérissée d'une douzaine de rayons. Sous Charles de Blois et Jean de Monfort apparaît le pseudo-lys, où la forme du lys royal est imitée dans la partie supérieure trifoliée. C'est ce modèle qui va se développer jusqu'à nous, avec une poignée faite de trois pétales arrondis, triangulaires ou losangique, et une "cravate" (je forge mon vocabulaire) inférieure élargie vers le bas et se divisant en trois ou cinq digitations. voir les dessins de S. de la Nicollière-Teijeiro).

* en blason, les fourrures ou pannes, ainsi appelées parce qu'elles étaient appliquées sur des vêtements (assutæ pannis) sont au nombre de deux : le vair, blanc et azur, et l'hermine. 

L'hermine naturelle posséde une fourrure blanche, à l'exception de l'extrémité de la queue qui est noire. Les pelletiers et fourreurs mouchetaient jadis la fourrure blanche de petits morceaux de peau d'agneaux de Lombardie renommés pour leur couleur noir luisant, destinés à faire ressortir la blancheur. "On a donné-dit Dom Lobineau- à la fourrure le nom d'Ermine, à cause qu'elle était faite de peaux qui venaient d'Arménie, et que l'on appelait autrefois Irmins ou Ermins ceux que nous appelons aujourd'hui Arméniens". On nommait jadis l'hermine Mus armenius, "rat d'Arménie".

  Le nom du célèbre Château de l'Hermine que Jean IV fit construire près de Vannes, et qui justifie les armoiries de gueles à une hermine passante au naturel de cette ville témoigne de l'attachement du duc pour cet emblème.

 L'hermine passante (l'animal représenté allongé de profil, quatre pattes posées) n'apparaît que plus tardivement, précisément comme emblème de Jean IV. La devise "A ma vie" lui est aussi propre, et Dom Lobineau y voit l'allusion au fait que le duc ayant déjà exposé deux fois sa vie pour la Bretagne et qu'il l'exposerait encore pour défendre ses droits et sa dignité. SourceD'Ambreville et Revue de Bretagne.

 

 

 


  Le collier de l'épi est venu compléter le collier précédent.

  Il est en argent, et composé "d'épis de blé terminés par une hermine pendante" attachée au collier avec deux chaînes". L'Ordre a été institué par le duc François Ier avant 1450. Le collier a été présenté par L. Lobineau comme une récompense de moindre valeur que l'Hermine, mais cette notion a été remise en cause.

  

 

  La question peut se poser de savoir si Pierre  d'Argentré ou l'un de ses aïeux étaient chevaliers de l'Ordre de l'Hermine et de l'Épi. Leur nom n'apparaît pas sur la liste qu'en donne Dom Morice. Liste de Dom Morice sur infobretagne.

 


                         DSCN7880c-copie-1.jpg

 

 

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Published by jean-yves cordier
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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 00:49

          

         Le portrait de Bertrand d'Argentré.

 

 J'ai commencé par découvrir, comme une carte au trésor, dans l'Histoire de Bretagne de Bertrand d'Argentré de cette Bibliothèque Municipale, soigneusement pliée, une carte géographique. Rien de moins que l'un des 18 ou 20 exemplaires mondiaux de la toute première carte imprimée connue de la Bretagne. Datant de 1588. 

  J'ai découvert la vie de celui qui fut l'un des esprits les plus cultivés de Bretagne, l'un des plus attachés à défendre l'originalité, pour ne pas dire l'indépendance, de sa Province, ses privilèges et ses droits. Un héritier des Chroniqueurs bretons, dont l'exceptionnelle bibliothèque* de son hotel d'Argentré à Rennes, rue des Foulons avait enrichi le fond lui venant de son père Pierre d'Argentré, Sénéchal de Rennes, qui y était mort à soixante ans, en 1548.

  Né à Vitré en 1519, sous François 1er, Bertrand d'Argentré après des études de droit à Orléans, Poitiers et Bourges fut sénéchal (chef de la Justice) de Vitré à 22 ans, puis de Rennes en 1547 en succession de son père puis président du présidial (Tribunal de justice) de Rennes de 1552 à 1589. Ce "présidial" défend ses prérogatives contre les visées du Parlement, composé pour moitié, par ordre du roi, de membres étrangers à la Bretagne.

 * Cette bibliothèque lui avait coûté six mille écus d'or ; il en a dressé l'inventaire des 2943 volumes  de sa main en 1582 dans un manuscrit de 95 feuillets. Ce fond  passa à sa petite fille, puis fut légué aux Capucins de Rennes avant d'intégrer en 1794 la Bibliothèque Publique de Rennes. L'inventaire est disponible sur microfilm sous la cote 1M.39 à la médiathèque Les Champs Libres.

  Bertrand d'Argentré et l'étude de la Très Ancienne Coutume de Bretagne (T.A.C).

Bertrand d'Argentré hérite de ses parents de deux domaines d'investigations: par sa mère, nièce de Pierre Le Baud auteur d'une Compillation des cronicques et ystoires des bretons (1480) et d'une Cronicque des roys et princes de Bretaigne armoricaine (1505), la défense d'une Histoire du peuple breton et de ses chefs, descendant des Troyens. Par son père, la défense de la Très Ancienne Coutume de Bretagne, ensemble du droit coutumier élaboré au cours des siècles.

  En 1539, Pierre d'Argentré avait été nommé avec quatre autres juristes pour participer à la réforme de la Coutume de Bretagne, réforme générale en France mais rendue spécialement urgente depuis la réunion du duché au royaume ; mais, gravement malade, il ne put assister à la rédaction d'un texte qui fut, en son absence,rédigé en quinze jours avec ses 632 articles, "si fort à la haste, que MM. les réformateurs avoient eu le pied dans l'étrier, [pedem in stapia]" (B. D'Argentré) , et reprenant souvent le texte ancien. Les quatres autres commissaires étaient François Crespin, Président au Parlement de Rennes, Nicole Queslain, président des enquêtes à Paris, Martin Ruzé, conseiller au Parlement de Paris et Pierre Marec, maître des requêtes de Bretagne, tous conseillers au Parlement de Bretagne. La première rédaction de la Très Ancienne Coutume était antérieur à 1350, et peu compréhensible pour les officiers deu Parlement de Paris qui venaient tenir, comme Conseillers, le parlement des Grands Jours. Le nouveau texte prend le nom d'Ancienne Coutume  et sera publié en 1568 par J. Duclos à Rennes. Sa forme est mise au goût du jour, les anciennes dispositions sont rangées dans les "titres" convenables, "sans se donner trop de libertés de corriger dans le sens" link

  C'est cette Ancienne Coutume que Bertrand d'Argentré ne cessera d'étudier, en écrivant des commentaires successives, puis participant en 1580 à la rédaction de la Nouvelle Coutume.

  Les Commentaires sur les trois premiers titres (des justices, des droits des Princes, et des procureurs, soit les 105 premiers articles) de l'Ancienne Coutume furent publiés en 1568 par Julien Duclos à Rennes, in-4°.

En 1570 parut à Rennes l'Advis sur les partages des nobles, Julien Duclos, in-4°.

Le troisième ouvrage sur la Coutume fut imprimé en 1576 à Rennes chez Julien Duclos : Commentaires sur les Appropriances, Bannies et Prescriptions, in-f°.

En 1580 paraît son commentaire sur les Donations, qualifié de "son chef d'œuvre" par Hévin, à Paris chez Dupuys, in folio.

C'est en cette année 1580 qu'il fut l'un des cinq commissaires employés à la réformation de la Coutume, qui eût lieu le 15 octobre aux États de Ploermel, avec R. de Bourgneuf, P. Brullon, B. Glé et Alixant.

  En 1584, Bertrand d'Argentré publie chez Jacques Dupuys à Paris son Aitiologie, ou notes sur la Coutume réformée.

 Ses autres commentaires furent publiés de manière posthume : Commentarii ad praecipuos juris britannici titulos, Parisii, 1605 sur les titres des mariages, des bastards, des successions et des partages.

 En 1605 puis 1608 est donnée par son fils Charles une édition complète de ces commentaires : Commentarii in patrias britonum leges, in lucem editi cûra et studio Caroli d'Argentré filii. Ce texte est réédité en 1613 et 1614, puis par Nicolas Buon en 1621, associé aux privilèges de Bretagne, à la Coutume de 1580, à l'Aitiologie, l'Advis sur le partage des nobles, le traité de Laudimiis et six consultations. La traduction de l'Ancienne Coutume est due à Nicolas Buon. Cette OPERA a été rééditée à Paris en 1628, 1640 (5ème édition, Veuve de Nicolas Buon), 1646, 1660, 1661 (7ème édition, Jacob d'Allun,Paris) et à Bruxelles, Amsterdam/Anvers par Petrum Bellerum en 1664.

 

  Ce sont ces dernières éditions posthumes qui possèdent le portrait de Bertrand d'Argentré. J'ai été déjà trop long, je le montre illico :

 

 



 

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  C'est une gravure sur cuivre dont l'auteur se manifeste sur le texte écrit en dessous :

 

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Effigies .viri clariss. Bertr. D'Argentré quondam Redonens. praesidies. Tho. de Leu. fecit Anno .1604. mens. Decemb. 

"Portrait de l'illustre Bertrand d'Argentré, jadis Président (du présidial) de Rennes. Tho(mas) de Leu le fit l'année 1604, au mois de décembre."

Thomas de Leu ou Leeuw ou Le Leup (1560-1612) est un graveur français d'origine néerlandaise (Audenarde). Il fit ses débuts à Anvers, influencé tout d'abord par les Wierix. Il travailla surtout à Paris, à partir de 1576, chez Jean Rabel. C'est un des plus importants graveurs de portraits de son temps, et le plus célèbre avec Gaultier. Il est le gendre de Antoine Caron, l'un des principaux peintres de la 2e école de Fontainebleau, et de ce fait beau-frère des graveurs en taille douce Léonard Gaultier et Jaspar Isaac. Il est également le beau-père de Claude Vignon.

Voir par exemple :

portrait de François 1er 

Portrait de Henri II 

portrait de Henri IV   

  La première impression en taille douce (en creux) fut réalisée en 1488 par Michelet Topie de Pymont.  L'engouement des portraits en taille douce à partir de la seconde partie du XVIe siècle est dû d'abord à l'introduction de cette technique par les graveurs flamands qui fuirent Anvers après le sac de cette ville en 1576 par les troupes espagnoles mal payées et mutinées ; bien que trois fois plus onéreuses que la gravure sur bois ( les plaques de cuivre permettent quelques centaines d'épreuves avant d'être regravées alors que les plaques de bois en autorisent jusqu'à plusieurs milliers, et peuvent être imprimées avec la même presse que le texte), les gravures au burin (ou à la pointe sêche) sont appréciées pour leur délicatesse d'éxécution, premettant un meilleur rendu des modelés par le dégradé des ombres et des lumières. Le déclin économique de l'édition dans les années 1580 explique aussi que beaucoup de graveurs sur bois désertent leur traditionnel quartier parisien autour de la rue Montorgueil ou se reconvertissent. 

  Par ailleurs, le pouvoir royal fait appel depuis Henri III (1574-1589) à ces portraits gravés pour diffuser une "image du bon roi" facile à placarder à l'intérieur des maisons. La revue Nouvelles d l'Estampe montre ainsi dans son dernier numéro 2012 comment, lors du mariage à Lyon de Henri IV et Marie de Médicis en 1600, cinq portraits furent gravés par Jacques Fornazeris et associés à des quatrains pour participer à la pompe et la publicité de l'évenement. Cette mode royale s'étend à la Cour, puis à la noblesse de Province, comme en témoigne le portrait d'Argentré. Cela fut favorisé par la parution de Vrais Pourtraits et vies des hommes illustres d'André Thevet à Paris en 1574.

  Le portrait est daté de 1604, alors que d'Argentré est décédé en janvier 1590. Mais Miorcec signale que d'Argentré s'était fait peindre en 1579 en sa soixantième année et que cela a inspiré le portrait que l'on voit.

 


  On observe à la fois les traits du personnage lui-même, la prestance de son maintien, l'assurance de son regard, la taille soigneuse de la barbe, on s'attarde sur le court toupet retombant sur la calvitie frontale, on s'interroge sur la dilatation sinueuse des veines du front (artérite de Horton ?), puis on admire le travail du burin qui déploit son art dans les moires du satin de la veste, dans les minutieux détails (au rendu bien flamand) du velours du pourpoint.

  Prosper Jean Levot écrit dans Biographie bretonne : 

"Bertrand d'Argentré étrait d'une taille au dessous de la moyenne, d'une figure grave et d'une physionomie qui peignait la vivacité de son esprit et la fermeté de son caractère. Il avait le teint brun et la barbe et les cheveux noirs même dans sa vieillesse"

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  A gauche, ce sont les armoiries de la famille d'Argentré, d'argent à la croix pattée et alaisée de gueules (G. de Genouillac, recueil d'armoiries). Le casque est traversé par une lance, et surmonté de la croix pattée. En dessous de l'écusson se voit deux rameaux (olivier, laurier ?) partant d'un médaillon contenant un monogramme complexe dans lequel on peut dicerner les lettres T, A, O, par exemple.

  L'inscription italique Anno Æ . t 60. reste aussi énigmatique pour moi.

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 A droite figure l'emblème de Bertrand d'Argentré, un vase enflammé et la devise LAMPEITE .KAITE, "je brille et je brûle".


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  Je l'ai dit, la mode est d'associer ces portraits à des quatrains, des épigrammes, des compliments grecs ou latins. Charles d'Argentré, dans ce Tombeau en l'hommage de son père, fait les choses comme il faut. 


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  Trois courtes citations se succèdent : 

Haec hominis non tam facies, quam numinis Aequi est

Cui se tota Themis iunxit, & haec peperit. 

Parcite, municipum fessi sartagine legum,

Haec ARGENTRÆI scriptio nempe satis.

N. Richelet, Paris.


Os habitumque vides ARGENTRÆI cernis opusque :

Igneus in vigor ingeniis Astrææque medulla

Fed. Morel, Professor Regius.


Du docte ARGENTRÉ l'Image icy tu voix,

Dont Themis inspiroit l'esprit, l'ame et la voix :

Et qui de ses bretons consacre à la mémoire

En l'Argent de son nom, et les Loys, et l'Histoire.

Y. Fyot.

  Les premiers vers sont de Nicolas Richelet, avocat au Parlement de Paris, dont on connaît son édition commentée des œuvres de Ronsard publiés en 1623. 

Le deuxième auteur, Fédéric Morel, est décrit ainsi par Data BNF :

 Autre(s) graphie(s) : Morello, Federico. Imprimeur-libraire ; imprimeur ordinaire du Roi (1581-1602). Fils aîné de l'imprimeur-libraire parisien Fédéric I Morel, succède à son père comme imprimeur du Roi en 1581, mais ne suit pas le roi à Tours pendant la Ligue. Cède les "Grecs du Roi" à Étienne Prevosteau en 1587. En 1586, épouse la fille de Léger Du Chesne, professeur d'éloquence au Collège royal, dont il obtient la chaire la même année. En 1602, laisse la direction de l'imprimerie à son fils Fédéric III Morel. Se consacre alors entièrement à sa chaire de grec et à ses travaux d'érudition. Ses propres textes ont été publiés par son officine ou par d'autres imprimeurs-libraires : Abel L'Angelier, Gabriel Buon, Lucas Breyer ou Jean Libert. A travaillé en association avec Sébastien Nivelle, Guillaume Bichon, Guillaume Chaudière, Rolin Thierry et avec les deux autres imprimeurs ordinaires du Roi.

Enfin Y. Fyot pourrait correspondre à Yves Fyot, sieur de la Rivière, conseiller du roi, trésorier et receveur général des Finances en Bretagne, pour la seigneurie de la Rivière (en 1625). On retrouve un épigramme de cet auteur dans l'Histoire d'Argentré, 2ème édition de 1588.

  Le volume comprend au fil des pages beaucoup d'autres éloges et versifications.

 

  Ce portrait étant ainsi présenté, il semble nécessaire de découvrir le livre dans lequel il se trouve. 

Les Commentarii d'Argentré à la Bibliothèque de Brest. 

Edition de 1664 sur Google Books ici

 La Bibliothèque dispose de trois exemplaires présentés ainsi:

 

 

 

    Cote :  RES FB A42 - f Commentarii in consuetudines ducatus Britanniae aliique tractatus varii [in lucem edidi cura et studio V. C Caroli d'Argentré] ; [Suivi de] Coustumes générales du pays et duché de Bretagne, réformées en l'an 1580. Aitiologia, sive ratiocinatio de reformandis causius / auctore B. d'Argentré...: Parisiis : Nicolaum Buon, 1628 Description physique: 2 parties en un vol., [2 bl-22] p.-2472 col. [-70-1-1 bl.-18-] 120 [-7] p. : portrait grav. sur cuivre par Thomas de Leu, t. grav. sur cuivre par L. Gaultier, fig., marque typogr. aux p. de t. ; 35 cm  Rel. XVIIè s. veau brun Auteur collectif: Argentré, Caroli d' (ed. scientifique) Leu, Thomas de (ill.) Gaultier, L. (ill.)

 


   Cote :  RES FB A43 - f. Commentarii in consuetudines ducatus Britanniae aliique tractatus varii ; [Suivi de] Coustumes générales du pays et duché de Bretagne, réformées en l'an 1580. Aitiologia, sive ratiocinatio de reformandis causius / auctore B. d'Argentre... Paris : Nicolas Buon, 1628 Description physique: 2 parties en un vol., [8 bl.-17-1 bl.-4] p.-2472 col [-70-1-1 bl.-18] 120 [-7-3 bl.] p. : portr. gr. sur cuivre par Thomas de Leu., fig., marque typogr. à la 2è p. de t. ; 34 cm  Mq. 1ère p. de t. Notes mss. en début de vol. Rel. basane blonde racinée 

 

Cote :  RES FB A44 - f   V. C. B. d'Argentré,... Commentarii in patrias Britonum leges seu... consuetudines antiquissimi ducatus Britanniae (in lucem editi cura Caroli d'Argentré). Coustumes générales du pays et duché de Bretagne, réformées en l'an mil cinq cents quatre vingts. Aitilogia, sive Ratiocinatio de reformandi causis, auctore B. d'Argentré : Parisiis : apud N. Buon, 1608,  2 parties en 1 vol. in-fol.  Rel. XVIIe s veau fauve  Auteur collectif: Argentré, Charles d' (ed. scientifique).

  J'ai examiné les deux exemplaires FB A42 et A43 disposant du fameux portrait. Celui qui est reproduit ici provient de l'exemplaire RES FB A42.

 

Exemplaire RES FB A42 :

 

reliure en veau brun, dos à six nerfs, caissons ornés de motifs floraux dorés, titre ARGENTRÉ BRITTANIAE

 

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Composition de l'ouvrage :

  • première page de titre
  • Titre-frontispice
  • Amplessimo Britanniae senatui carolus argentraeus VSLM : [dédicace ]
  • Nicolas Buon Huius operis typographus optimo (3f.) [epître du libraire au lecteur]
  • A M. Charles d'Argentré conseiller deu Roy et Président es Enquestes du Parlement,
  • Versifications : Y. Fyot puis épigramme de Philippe d'Argentré, petit-fils de B.A, vers grecs et latins de G. Crittoni, Prof. Regis, et de Nicolas Bordionius et de Lvd de Cresolles.
  • Versifications : texte grec, In Carolum..., Ad EUNDEM par Lud. de Cresolles, Brito e societate Iesu.
  • Portrait et éloges versifiées 
  • V.C. Bertrandi Argentraei Redonensis Provincae Praesidi, Elogium Auctore Scaevola Sammarthano queastore Franciae, (3f.) 
  • Eloge en latin signe DD
  • Typographus lectori
  • In antiquae gentis argenteae...Fr. Thorius Bellion
  • privilège du Roy 27 janvier 1621 signé RENOVARD
  • Index titulorum Juris Britannici commentarius (2f.)  Pagination par colonnes (2 par f.).
  • Deuxième page de titre avec marque typographique de Nicolas Buon.
  • opus, pp. 2471
  • Index rerum verborum
  • page de titre : Coutume générale du pays et Duché de Bretagne 
  • Lectori
  • Versifications Ad Britanniam (S.S.S fecit) et Sonnet d'Y. Fryot.
  • Les Privilèges, Franchises et Libertez des pays et Duché de Bretagne (9 ff.).
  • Index des Tiltres contenus en ce Livre coustumier, suivi de Au Lecteur.
  • Coustumes générales des pays et Duché de Bretagne en l'an 1580.
  • Des Droicts du prince et Aultres Seigneurs & des Aides coustumières.
  • De Laudimiis tractatus.
  • Table des matières


 

Première page de titre, f.1r : 

V.C. B.D'ARGENTRÉ COMMENTARII IN CONSVETVDINES DVCATVS BRITANNIÆ. ALIIQVE TRACTATVS VARII Quarta Editio ememdatissima, plerisque in locis aucta. 

"Commentaire de la Coutume du Duché de Bretagne et autres traités variés. Quatrième édition extrémement corrigée et  augmentée dans de nombreux endroits."


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La marque typographique de Nicolas Buon.

Elle porte la devise OMNIA MEA MECUM PORTO, "J'emporte avec moi tous mes biens" : cette sentence, citée par Cicéron dans Paradoxes I, 8, ou par Sénèque avant d'être reprise par Henri Estienne au XVIe siècle dans le Dialogue du nouveau langage françois italianisé  est la traduction d'une phrase du philosophe Bias de Priène ; il la prononça en grec, mais la phrase grecque n'est pas facile à trouver. Bias est l'un des sept sages de la Grèce antique. Sauriez-vous réciter la liste de leur nom? Lavieb-aile est là pour ça. Ce sont Thalès de Milet Ἐγγύα, πάρα δ᾽ ἄτα. « Ne te porte jamais caution. » Solon d'Athènes Μηδὲν ἄγαν. « Rien de trop. » Chilon de Sparte Γνῶθι σεαυτόν. « Connais-toi toi-même. » Pittacos de Mytilène Γίγνωσκε καιρόν. « Reconnais l'occasion favorable. » Bias de Priène Οἱ πλεῖστοι κακοί. « La plupart des hommes sont mauvais.» (sur sa statue de la villa Hadriana) Cléobule de Lindos Μέτρον ἄριστον. « La modération est le plus grand bien. » Périandre de Corinthe « Prudence en toute chose. ». Avec ces sept maximes, vous êtes armés pour tout affronter, mieux qu'un couteau suisse , utilisant Cléobule, Pittacos ou Chilon selon la situation.

Notre Bias était avocat et orateur, mais ne défendait que les causes justes. Laissant la métaphysique à d'autres (mais qu'est-ce que la metaphysique, si ce n'est le bouquin du dessus de la pile), il se bornait à élaborer de bons préceptes de morales, dont il donnait l'exemple par sa pratique. Sage parmi les sages, il ecrivit néanmoins un poème de 2.000 vers consacré à l’examen des moyens de rendre l’Ionie heureuse.

Il savait conseiller ses proches avec lucidité: « Il faut vivre avec ses amis comme si on devait un jour les avoir pour ennemis », Haïssez vos ennemis avec modération, car il peut se faire qu’ils deviennent vos amis dans la suite ». 

  Un jour que Cyrus II roi des Perses assiègeait, à l'embouchure du méandre, la cité de Priène et qu'on avait autorisé les civils à sortir en emmenant sur son dos sses biens les plus précieux, il étonna les gardes en faction en sortant les mains vides. Quoi, pas de regret, aucun objet à sauver ? C'est alors que l'amoureux de la sagesse répondit en montrant son front : Omnia mea mecum porto

  Le libraire Nicolas Buon (15..-1628) a repris cette maxime de Bias de son père Gabriel Buon (15..-1592), lequel la tenait de Maurice de la Porte (1524-1548) et de sa veuve, décédée en 1588. Gabriel avait en effet repris de cette femme libraire le fond, l'adresse Au Clos Bruneau, à l'Image Saint-Claude, la devise et les marques typographiques qu'il utilisa de 1558 à 1587. L'une de ces marques représente "un homme chargé d'une valise à la porte d'une maison" (sic, A.J.Bernard). Nicolas Buon, successeur de son père employa à son tour les marques de son père qu'il fit regraver sous plusieurs formes au XVIe siècle.

  Sur la marque, l'homme qui sort, non pas d'une maison, mais d'une porte des murailles de la ville, ne porte bien-sûr pas de valise : fièrement drapé dans sa toge, il regarde -le devrait-il ?- derrière lui, et se tourne avec dédain vers ceux qui peinent sous le fardeau de leurs biens indispensables ( Mon vœu pour 2013 : n'ajoutez plus rien !).

    Tout dans la tête, rien dans les livres : mauvaise réclame pour un libraire, mais belle philosophie du coeur léger, des mains vides et du détachement. A conseiller (pour les autres.)


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L'adresse du libraire. (voir image précédente).


PARISIIS / Apvd NICOLAVM  BVON, viâ Iacobâ, sub signo D. Claudii, & Hominis Sylvestris.

 M.DCXXVIII.

CVM PRIVILEGIO REGIS.

"Paris, chez Nicolas Buon, rue Saint-Jacques sous l'enseigne de Saint-Claude et de l'Homme Sylvestre."

  J'ai déjà dit que Gabriel puis sa veuve (1597), puis son fils Nicolas Buon avaient repris l'enseigne "de Saint-Claude".  Nicolas Buon, actif à Paris de 1598 à 1628*, indique dans ses livres "Au Mont Saint-Hilaire", "Rue Saint-Jacques, près les Mathurins", et "à l'enseigne /à l'Image Saint-Claude".

  *On trouve en 1627-1640, "Veuve de Nicolas Buon".

  Dans Garamond.culture.fr un site que j'apprécie beaucoup se trouve le plan de Paris sur lequel sont reportés tous les libraires de 1540. On trouve alors dans la rue Saint-Jacques, "pres les Mathurins", André Berthelin, à l'image Saint-Claude , et un peu plus loin, en traversant la rue des Mathurins, parmi une quinzaine de confrères, Nicolas Gilles, à l'enseigne de l'homme sauvage. En 1581, c'est le libraire Guillaume Chaudière qui donne son adresse "Rue Saint-Jacques, à l'enseigne du Temps et de l'homme sauvage".

Notice sur Nicolas Buon.

Nicolas Buon, fils de Gabriel Buon (libraire-juré depuis 1558) et de Jeanne Rondel, ne semble pas avoir été libraire-imprimeur, mais avoir fait imprimé ses livres (par exemple par Denis Binet). Sa fille Marie Buon épousé Barthélémy Massé, libraire, puis Claude Sonnius, libraire le 2 mai 1624 et fils de Jean Sonnius, libraire.

  Son père exerçait son métier au Mont-Saint-Hilaire dans ce quartier Saint-Hilaire situé juste au nord du quartier Saint-Jacques et qui regroupa jusqu'à 14 libraires.

Il fut agréé libraire-juré en 1600.

  Aprés l'adoption le 9 juillet 1618 du Premier réglement général sur l'imprimerie et la librairie, qui stipule qu'une chambre syndicale représentative soit constituée, il est nommé dès la première élection, le 17 juillet 1618, avec quatre autres membres.

Jean de la Caille indique :"Nicolas Buon, fils de Gabriel, fit imprimer par Denis Binet Chroniques et Annales de France par Nicol. Gilles in folio en 1600 et avec Robert Fouët Epitome disputationum [...] in octavo 4 volumes en 1603 ; la Coutume d'Orléans par Duret in quarto en 1609, Abelardi opera in quarto en 1616 [ Œuvres complètes d'Abélard avec la première édition des Lettres d'Héloïse et Abelard]. Il a ausii fait imprimer plusieurs éditions de la Coutume de Bretagne commentée par d'Argentré, sçavoir une en 1608, 1619 et 1628. Cette dernière édition est la meilleure édition de toutes celles que l'on ait imprimées jusqu'à présent, à cause qu'elle est plus ample. Annales ecclesiastici vet. et novi testamenti auct. Saliano, in folio six volumes en 1619. Arret de Papon in quarto 1621, Excerpta et tragediis & comaediis graecis...in octavo en 1628, plusieurs traductions de l'Ecriture Sainte par Guilbert in octavo en 1627. Il s'est acquis une grande réputation par la grande quantité de livres qu'il a publié & par les usages réformez, pour l'impression desquels et autres ouvrages considérables il était associé en plusieurs Compagnies.[...] Il épousa en première noce Blanche Chaudière [ grande famille de libraire] et en seconde noce Marie Drouyn, desquels il eut quelques enfants, dont un a esté notaire au Chastelet de Paris. Il fut enterré à Saint-Benoist."

  Il faut aussi signaler l'édition, en 1623, des Œuvres de Pierre de Ronsard, la quatorzième collective et la septième posthume. Edité par Claude Garnier, d'après les travaux de Jean Galland, et de Philippe Galland, ce monument littéraire est orné de nombreux portraits gravés par Léonard Gaultier et Thomas de Leu. Nicolas Buon est LE libraire de Ronsard.

 

Venant juste après le titre précédent, le Titre-frontispice est gravé sur cuivre par Léonard Gaultier. C'est, bien-sûr, un cadre type, personnalisé en plaçant les armoiries de la Bretagne présentées par les deux Victoires dont l'une porte sur sa trompette un fanion aux armes de d'Argentré et l'autre l'emblème de Bertrand d'Argentré, une flamme. 

Au dessus des deux chapiteaux, les métopes recoivent deux D entrelacés en miroir.

  Les deux Allégories sont la Paix (rameau d'olivier) et la Justice (Glaive et balance).

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  Le titre est différent de la page précédente :

V.C B. D'ARGENTRÉ REDONENSIS PROVINCIÆ PRÆSIDIS COMMENTARII IN PATRIAS BRITONVM leges, seu Consuetudines generales antiquissime Ducatus Britanniae. IN LVCEM EDITI CVRA ET studio V.C. CAROLI D'ARGENTRÉ B.F. & in Senatu Armorico Praesidi &c.

EDITIO QVARTA EMENDATISSIMA, plerisque in locis multum aucta ex auctoris...

 "B. d'Argentré Président du Présidial de Rennes : Commentaires sur les lois et tres anciennes coutume générale du pays breton et Duché de Bretagne. Edité à la lumière des travaux et des soins de Charles d'Argentré B.F etc..."

 

Je m'interesserai surtout à sa partie inférieure :

 Sous la colonne de gauche, on voit un saint évêque bénissant un enfant : c'est saint Claude, correspondant à l'Image Saint-Claude que nous avons vu. Elle est accompagnée de la mention Cum privilegio regis 1628.  De l'autre coté, c'est l' "homme sauvage" de l'autre enseigne. 

 

 

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Dans le médaillon central se trouve inscrit à nouveau les coordonnées du Libraire. Mais au dessous se trouve son chiffre, un "quatre de chiffre" dont la hampe à double traverse sert d'appui et de fut aux deux lettres initiales du libraire. La devise Omnia mea ... n'y figure pas, comme si, dans cette gravure réalisée à son nom plutôt que de reprendre les bois gravés de son père, Nicolas renonçait à l'ancienne devise.

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  On remarque que le personnage n'est pas dénommé "homme sauvage", mais "homme sylvestre", ou homme des bois. Couvert de poil et armé d'une massue, c'est plus qu'un homme pré-historique, un homme-animal ou homme- sauvage dont Merlin est un avatar.

 

 

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  Sur la base du pilier figure l'inscription L. Gaultier incidit, "taillé par L. Gaultier".

a) sur le terme "incidit" : le verbe incido signifie "tailler, inciser" et "graver, buriner". Les graveurs sur bois étaient nommés incisor lignorum à la fin du XVe siècle, alors que les "faiseurs d'images de papier, ou imagiers en papier, peintres en bois", dessinaient le motif sur le bloc de bois qui est taillé par un artisan nommé "tailleur d'histoires".

  Le "graveur" ne désigne au début du XVIe siècle que l'employé de l'orfèvre qui grave au burin le métal. Pour s'en distinguer, les graveurs d'estampes du milieu du XVe prennent le nom de"graveurs sur cuivre", in aes incidebat. C'est ce nom de "graveur sur lames de cuivre" que portent dans les années 1585-1588 Thomas de Leu et Léonard Gaultier. Le terme de "taille douce" apparaît ou se diffuse vers 1580, et Thomas de leu et Léonard Gaultier se font appeller "graveurs en taille douce" à partir de 1594. (Source : Jean Adhémar)

b) Léonard Gaultier (1561-c1635. Actif de 1576 à sa mort).

  Dessinateur, graveur et illustrateur, c'est, avec Thomas de Leu, le portraitiste le plus réputé de son temps. Il est le fils d'un orfèvre de Paris, soulignant la parenté entre le métier de graveur de pièces d'orfévrerie et celui de graveur d'estampes. Il s'installa à partir de 1599 ... rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Fleur du Lys d'or. On le dit gendre d'Antoine Caron, et, comme tel, beau-frère de Thomas de Leu. 

  On voit donc à l'occassion de ce simple volume comment s'entrecroisent les fils des relations familiales et de voisinage entre les différents professionnels du livre, regroupés autour de la rue Saint-Jacques.

  Aussi Nicolas Buon assure-t-il, comme libraire, un rôle de coordinateur : c'est lui, sans-doute, qui propose à Charles d'Argentré les artistes et graveurs. C'est lui qui, par les éditions qu'il a déjà mené, peut solliciter les auteurs habitueés à composer des épigrammes et des éloges. C'est sans-doute lui aussi qui s'occupe de loger le commanditaire du livre lors de ses séjours parisiens, puisque dans un Privilège, on découvre que Charles d'Argentré demeure rue Saint-Jacques. C'est enfin lui qui rédige plusieurs pages de présentation et d'introduction, et c'est même lui qui traduit du latin l'Ancienne Coutume.

D'une façon générale, Nicolas Buon joua un rôle important d'intermédiaire de premier plan dans le monde des Lettres, "contribuant à lancer en France certains textes célèbres dans leur pays d'origine en les faisant traduire". H.J. Martin; Livre, pouvoir et société, 1969.

 

  Il nous reste à découvrir diverses ornementations, comme ce cul-de-lampe :

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  L'éditeur égaye son texte par les initiales historiées, sans-doute puisées dans le fond ancien, et sans rapport avec le texte. Cet angelot s'accoude sur la traverse du A, sous un dais arpenté par les escargots tandis que des sortes de hérons se perchent sur les rinceaux.

 

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Pas de rapport entre le texte et la lettrine ? Sans-doute, lorsque l'on découvre cette lettre C au thème scatologique, qui débute l'éloge composé par "Scaevola Sammarthano".

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  L'auteur de cet éloge ainsi bafoué est Scévole de Sainte-Marthe, l'auteur de La manière de nourrir les enfants à la mamelle. 

    Gaucher II, dit Scévole de Sainte-Marthe, né le 2 février 1536 à Loudun où il est mort le 29 mars 1623, est un poète français issu d'une grande famille d'humanistes et d'érudits français. Il demeure le produit parfait de la floraison intellectuelle de la fin du xvie siècle. Poète et administrateur, il fut capitaine et maire de Poitiers (1579-15801) puis trésorier de France dans la même généralité – ses vers furent très prisés par Pierre de Ronsard et Étienne Pasquier ; son éloquence auprès d'Henri IV le rendit célèbre

 

 

La deuxième page de titre :

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L'exemplaire RES FB A43 :


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  Une plume anonyme a reproduit " l'avis de Hévin, extrait de l'avertissement d'Hévin, à la tête des plaidoyers de M. ..., édition de 1684. Il faut mettre, dit-il, de la différence entre ses ouvrages, ce que ne font pas la plupart de ceux qui les lisent, qui  trouvant toutes ses œuvres ramassées dans un seul volume, s'imaginent qu'elles ont eu également ses derniers soins et qu'elles sont de même valeur. je me sens obligé d'avertir le public...!... " etc...



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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 23:49
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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 23:46
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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 22:31

           

              Souvenirs de la marée basse.

 

  Je débute cet article pour la seule raison de son titre. Il ne va pas sans piège, car il y a là matière à échouage proche de l'échec, et au discours vaseux. Mieux eut valu entamer un Éloge du Bigorneau, lequel, à ma connaissance, reste à écrire.

  Ce titre provient d'un livre somptueux, mais que je n'ai pas lu ; il m'en aurait coûté 15 000 € si j'avais prétendu acquérir, en mars 2011, à Drouot, lors de la vente aux enchères Pierre Bergé et associés, "un volume orihon complet" décrit sous ce titre.

  J'aurais dû déjà savoir ce qu'est un volume orihon et me féliciter que ce mot ne soit pas écrit en japonais, car l'ouvrage en question est japonais. Dans "orihon", qui s'écrit 折本 , vous reconnaissez les signes "ori" (pli) et "hon", (livre) : c'est très simple, c'est un livre dont les pages sont collées ensemble et pliées en accordéon.

  Son titre original est Shioi no tsuto, et vous pouvez, soit en trouver le fac-similé aux éditions Philippe Picquier (2006) qui reproduit l'exemplaire que Jacques Doucet avait acquis avant d'en faire don à la bibliothèque de l'INHA (cote 4 Est 449), soit rêver sur la description donnée lors de la vente de Drouot :  C'est donc, disais-je, un volume orihon complet, " Couverture bleue avec un décor de lac avec feuilles et vagues, 10 feuilles dont 2 pages de préface signée Akera Kanko, 36 poèmes de 36 poètes différents sont rassemblés dans cette anthologie kyoka. 6 double-pages d'illustrations avec coquillages, paysage avec des personnages ramassant des coquillages en bord de mer. Quelques coquillages sont rehaussés de mica, quelques impressions sans couleur mais avec relief. Une double-page représente un groupe de femmes jouant au kaiawase, sur la première et dernière page un poème dans la partie supérieure, sur les autres pages, environ six poèmes sur les coquillages. 1 double-page de postface signée Kurabe Yukisumi. Colophon : Kitagawa Utamaro zu avec un sceau Jisei ikke, éditeur Kôshodô Tsutaya Jûzaburô à Edo, sceau d'un antiquaire.

Il s'agit du second ouvrage d'histoire naturelle illustré par Utamaro sur les trois qu'il publia. Chef d'œuvre de la gravure sur bois japonaise. Signé : Kitagawa Utamaro zu Circa 1789Editeur : Tsutaya Jûzaburô à Edo. Format : H_25 cm L_18,9 cm."

 

  Un mot sur les Kyôka : ce sont des poèmes burlesques, passe-temps de lettrés réunis en cercles et qui organisaient des concours sur des thèmes donnés. Akera Kankô (1738-1798) qui est à l'initiative de cette anthologie, est précisément l'un des plus importants poètes de kyôka de la fin du XVIIIe siècle, et si il en réunit trente-six, c'est bien évidemment en référence aux Trente-Six Génies de la poésie classique.

  Utamaro Kitagawa (pour respecter l'usage japonais de donner d'abord le nom, puis le prénom) a donné deux autres splendides volumes d'estampes consacrés à l'histoire naturelle : l'Album d'insectes choisis (Ehon mushi erami), paru à Edo en 1788, et Concours de poèmes burlesques des myriades d'oiseaux, plus brièvement Momochidori-kyöka-awase; paru à Edo en 1791. Un ravissement dans lequel l'entomologiste ou l'ornithologue en herbe plonge, à dix centimètres du sol, dans des nez-à-nez avec la libellule rouge, la sauterelle-palefrenier, le troglodyte-mignon et le rossignol dont il n'avait pas oser rêver (voir le volume 1 et le volume 2 de l'exemplaire de l'INHA des Insectes choisis, et le volume 1 et volume 2 des Myriades d'oiseaux.

Quelques images de Souvenirs de la marée basse peuvent être admirées ici grâce à l'INHA.


  Bien-sûr, le nom d'Utamaro, surtout depuis qu'Edmont de Goncourt a écrit Outamaro, le peintre des maisons vertes, est surtout connu pour ses portraits de courtisanes habillées de tissus précieux, ou, plus confidentiellement, pour Le Chant de l'Oreiller, Utamakura (1788), dont on a deviné qu'il s'agit d'un recueil érotique.

  Rêvons encore un peu. La quartier de plaisir de la ville d'Edo, résidence des shoguns Tokugawas et qui ne se nommera Tokyo qu'après 1868, tous les amateurs d'Ukiyo-e le savent, se nomme le Yoshiwara. C'est un ancien marécage asséché le long de la rivière Edo, et il n'est accessible qu'en barque. Nous sommes la quatorzième nuit de la huitième lune, la veille de chûshû, la mi-automne : demain brillera la lune la plus remarquable de l'année, celle qui inspire les poèmes les plus beaux. Nous avons étendu nos nattes sur la digue de la Sumida, et nous sommes tous préoccupés par une chose : écouter le chant des insectes. Distinguer, parmi les deux chants des grillons (Matsumushi), lequel est le plus beau. Reconnaître les stridulations de la cigale (Higurashi), imiter les cris du "conducteur de cheval" de la sauterelle-palefrenier (Umaoimushi). Ce bruit métallique de mors de cheval, c'est celui de Kutsuwamushi, le Mécopode. Et cela, ce n'est que la grenouille (Kaeru). Déjà, vingt-trois poèmes ont été composés, tous de cinq vers de 5,7,5,7 et 7 pieds.

  Le lendemain, pour la quinzième nuit, vous serez seul : une belle geisha vous attend dans une petite île que très peu connaissent. On y accède par un gué, au jusant, à mi-marée, et vous n'y restez que le temps de la marée basse : ceux qui connaissent l'île Callot à Carantec voient ce dont il s'agit. Si vous laissez le flot vous piéger, dieu seul sait vers quels oublis et vers quelles létargies cette Calypso saurait vous entraîner. Vous regarderez la lune (faire "tsukimi"), vous offrirez à l'astre de Séléné, sur un petit autel, douze boules de riz ("tsukimi dango" 団子 ) parfaitement rondes et parfaitement blanches. La belle en robe de satin cherchera à reconnaître le lapin qui détache son ombre sur le globe lunaire, et de son doigt de princesse elle tracera le contour de l'animal en train de piler au mortier le riz : " il est en train de préparer les motshi, les gâteaux de riz de o-tsukimi !".

                    DSC07262

http://jessicawilhide.wordpress.com/category/japanese-food/

  Vous vous regarderez d'un air entendu, et vous composerez un kyôka à double sens sur ce lapin aux occupations équivoques. Puis, elle disposera dans un vase, afin que tout soit fait selon la tradition, les tiges de Susuki (miscanthus sinensis) : elle le fera avec tant de savoir-faire que le bouquet ressemblera à une calligraphie disant : "sous la lune, maintenant, si tu veux" . L'obi du kimono sera dénoué, et aussi la ceinture de dessous. Elle fera à la lune le plus bel hommage, celui des contours de sa candide nudité. Ce sera marée de vives eaux, puis l'étale des humeurs et du sang. Enfin elle montrera  du doigt, trop tôt, mais en riant, une vieille estampe représentant un coq (Niwatori), pour faire allusion au petit matin. Elle dira : "vite, la marée va monter", et elle refermera sa porte derrière vous. L'eau du gué sera agréablement fraîche, pas si haute encore, puis la barque remontrera la rivière.

  Si vous êtes une lectrice, ce sera votre amant que vous rejoindrez ainsi sur l'île, et, en repartant, comme Charles Swann qui, après avoir effeuillé l'orchidée de la robe d'Odette, utilisait l'expression "faire catleya", vous garderez comme un secret ce que veux dire, pour vous, "faire o-tsukimi", "o-tsukimi tsuto", "regarder la lune à marée basse".

  Chez vous, plus tard, vous écrirez Shioi no tsuto, "Souvenirs de la marée basse." Le plus beau des poèmes que jamais la nouvelle lune de chûshû (中秋の名月 Chusyu no Meigetsu ) inspira depuis l'époque Heian aux amateurs de saké, et le plus beau coquillage depuis Utamaro.

   Et vous laisserez, bien-sûr, la mer monter sur le sable, et en effacer

jusqu'au souvenir.

 

 

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 22:00

 

  Le blogueur de mon type n'a pas peur du ridicule.. N'étant pas lu, s'ingéniant à rebuter l'âme oiseuse ou égarée par un moteur de recherche (l'essentiel des cinquante visiteurs quotidiens  qu'il lui échoit d'héberger quelques minutes), il plonge sans scrupules dans des souvenirs qui ne regardent, mais fixement, que lui.

 Il y a des choses que l'on ne peut confier qu'à soi-même, trop certain d'être incompris ; tenez (ou tiens, car j'aime à me tutoyer), les entremets franco-russe.

  Pour paraphraser Mikhail Boulgakov, je dirai  qu'à ceux qui n'ont jamais porté une casquette FRANCORUSSE, "je n'ai rien à raconter sur le sujet : de toute manière, ils ne comprendraient pas. Quand à ceux qui ont vécu l'aventure, je préfère ne pas leur en rappeler le souvenir*". 

* Récits d'un jeune médecin, Livre de poche, p.7

 

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  J'aurais tort d'alléguer, pour justifier de l'apparition de cette image en prologue d'un article sur Utamaro et ses Souvenirs de la marée basse, les algues japonaises qui, sous le nom d'Agar Agar, font, avec la vanille, l'essentiel du succès de cette poudre  qui, mélangée par la ménagère au lait bouilli, lui font un désert épatant en un tour de main.

   Mais si je pose devant le photographe dans cet élégant déshabillé, c'est que je reviens de la plage ; de la plage à marée basse.

 Et des souvenirs de marée basse, justement, j'en ai : il me suffit de descendre un raidillon vers la Vallée des Peintres. Tout est dit.

Car l'authentique,  le seul souvenir de la marée basse, ce sera celui-là:

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  Tout le reste est flou, sauf, peut-être, la bouée-canard de mes premiers bains, et mon slip en tissu-éponge jaune pipi.

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  Et puis, incontournable image, le pélerinage vers le Mont, au départ de Genêt.

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  J'ai connu d'autres estrans, d'autres rives.

L'angoissant silence de l'étale, lorsque, aux Îles Chausey, le crâne minéral de l'archipel surgit, hirsute, dégouttant, profondément hostile, et menace de demeurer ainsi.

  La coque de mon voilier appuyé sur le quai, un cordage frappé sur le mât amarré à un échelon rouillé, très haut.

 

Les ports désertés comme par un désastre.

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 23:09
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  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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