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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 12:18

Les peintures murales des Sibylles (1506) de la cathédrale d'Amiens selon des données disponibles en ligne.

Voir :

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En 1506, 25 ans après la parution du livre du dominicain de Syracuse Filippo Barbieri qui en fixa le nombre à 12 et leur attribua des vaticinations, le doyen du chapitre cathédrale d'Amiens  Adrien de Hénencourt fit peindre  dans les arcatures du soubassement de la chapelle Saint-Éloi huit des douze Sibylles. Ces peintures murales jadis somptueuses furent recouvertes par des boiseries, puis redécouvertes en 1845 par deux chanoines de la cathédrale. Elles   sont à mettre en parallèle avec les enluminures des Heures de Louis de Laval (peu après 1475), avec les panneaux sculptés de Brennilis (milieu XVIe), avec la verrière de la cathédrale de Beauvais (1537), et celle de l'Arbre aux Sibylles d'Étampes (vers 1555), etc...

Pour faciliter cette comparaison, j'ai rassemblé deux documents et quelques images.


 

1. La description par Jourdain et Duval en 1845. Elle est certes consultable en ligne mais n'était pas transcrite, ce qui n'autorise pas les citations aisées.

2. II.  Ilona HANS-COLLAS, De bon augure... Les somptueuses sibylles de la cathédrale d'Amiens. Communication devant la Société des Antiquaires de Picardie le 13 avril 2013.

 

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I. LA DESCRIPTION DE JOURDAIN ET DUVAL 1845.

Dans le but de réunir un dossier documentaire sur l'iconographie des Sibylles, je me suis contenté ici de transcrire l'article paru dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, tome VIII de 1845 sous le titre Les Sibylles, peintures murales de la cathédrale d'Amiens, découvertes et expliquées par MM.DUVAL et JOURDAIN aux pages 275 à 302. J'ai utilisé la numérisation de la Bnf : 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4083456/f299.item.texteImage

... et pour les images, j'ai procédé par copie d'écran de la numérisation de Google :

https://books.google.fr/books?id=5GPRu283il8C&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

https://archive.org/details/LesSibyllesDamiens

Des photographies sont disponibles en ligne ici :

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Amiens/Amiens-Notre-Dame2.htm

http://www.regards.monuments-nationaux.fr

http://www.gettyimages.fr/photos/sybilles?sort=mostpopular&excludenudity=false&mediatype=photography&phrase=sybilles#license

J'ai placé quelques photographies supplémentaires dans le cours de l'article des deux chanoines d'Amiens.

Ma transcription a laissé courir diverses fautes, pour, j'en suis certain, votre plus grand plaisir.

 Louis Edouard Jourdain (21 mars 1804 à Amiens (Somme) - 26 février 1891) était vicaire de la cathédrale d'Amiens, chanoine honoraire et membre résidant (élu en 1843)  de la Société des antiquaires de Picardie. Il est l'auteur de  « Les Stalles de la cathédrale d'Amiens, par MM. Jourdain et Duval », Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie, tiré à part, Amiens, Duval et Herment, 1843 ;  « Le Portail Saint-Honoré, dit de la Vierge, de la cathédrale d'Amiens, par MM. Jourdain et Duval », tiré à part, Amiens, Duval et Herment, 1843
; « La Légende de saint Norbert d'après dix tableaux sur bois conservés au Musée d'antiquités d'Amiens, par M. l'abbé Jourdain, lue en séance du 7 novembre 1848 [à la Société des antiquaires de Picardie] », tiré à part, Amiens, Duval et Herment : ; et « Cathédrale d'Amiens. Les stalles et les clôtures du chœur, par MM. les chanoines Jourdain et Duval », tiré à part, Amiens, Vve Caron, 1867.

Les Sibylles, peintures murales de la cathédrale d'Amiens, découvertes et expliquées par MM.DUVAL et JOURDAIN

"Notre chapelle St.-Eloi n'en renferme que huit couvrant deux faces du pentagone que décrit son enceinte et l'on ne voit pas qu'il il en ait jamais eu un plus grand nombre, les autres parois ayant été occupés par le retable d'autel, par d'autres peintures et par la porte de communication de l'église an cloître. Voici leurs noms, tels qu'ils sont inscrits, soit au-dessus de la tête, soit à droite et à gauche de chacune: Agrippa, Libica Europea Persica Frigia Erithrea – Cumana Tiburtina. 

Le texte latin de leurs prédictions est peint sur un lambel qu'elles portent dans leurs mains ou qui s'ar- 
rondit en arc-en-ciel au sommet (les niches sous les arcades. La Cumane seule le présente, nous dirons pourquoi, dans un livre ouvert et appuyé sur sa poitrine. Sous les pieds de chaque image un cartouche porte en rimes la traduction des prophéties. 

J. Pages (ms. sur la Cathédrale d'Amiens) pense « qu'il y a  encore deux autres figures de Sibylles peintes sur l'autre côté de la muraille de la même chapelle qui sont cachés par des volets de  tableaux que l'on y a placés servant de cloison à une petite sacristie que l'on a pratiquée dans cette chapelle». L'examen attentif que nous avons fait de toutes les parties de la chapelle, même cachées par les boiseries et par l'autel, nous a convaincus que l'auteur du ms. est dans l'erreur, et qu'il n'a jamais dû exister là que huit Sibylles

Parcourons maintenant l'une après l'autre chacune de ces niches ainsi consacrées: 

Relevé (1895) de peinture murale de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens ; la sibylle phrygienne, l'Erythréenne, la sibylle de Cume et la Tiburtine, par  Henri-Louis  Laffillée (1859-1947) Charenton-le-Pont, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine http://www.photo.rmn.fr/archive/14-585046-2C6NU0AWCH6MC.html

Relevé (1895) de peinture murale de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens ; la sibylle phrygienne, l'Erythréenne, la sibylle de Cume et la Tiburtine, par Henri-Louis Laffillée (1859-1947) Charenton-le-Pont, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine http://www.photo.rmn.fr/archive/14-585046-2C6NU0AWCH6MC.html

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Agrippa et Libica.

 

Dans la première et sous ce titre: SIBILE AGRIPPA se lève une femme se drapant dans l'ample manteau qui recouvre sa robe dont l'échancrure à la gorge est ornée de camées de diverses formes et de diverses grandeurs; une couronne aussi en pierreries et un voile léger emporté par le vent, composent l'ornement de sa tête. Ses yeux baissés vers le philactère qu'elle tient dans sa main gauche lui donnent l'air de méditer ces paroles prophétiques qui y sont inscrites Invisibile verbum palpabitur germinabit ut radis nascetur ex matre ut deus
Les rimes du cartouche presque entièrement radiées par la mutilation ne laissent plus lire que ces quelques mots:

  Sibilla Agripa en son dict …. vaticine le fils de Dieu debuon ... el ventre ...

2° Dans la niche suivante, la sibylle LIBIQUE nous offre l'image d'une véritable inspirée, mais non enthousiaste et furieuse comme nous la montrent d'ordinaire les historiens et les poètes. Notre dessinateur a bien exactement copié sa figure qui est pleine de douceur et de sérénité. Ses yeux et ses mains sont levés avec grâce et sans violence vers la légende dont elle est nimbée. Elle lit Ecce veniet dies et tenebit illum in gremio virgo domina gentium et regnabit in misericordiam et uterus matris ejus erit statera cunctorum. Tout cela est bien l'histoire de la douce et suave extase chrétienne plutôt que de l'inspiration désordonnée et saisissante des trépieds. Et pour qu'il en soit ainsi à tous égards, on a composé le gracieux costume de notre prêtresse d'une jupe traînante recouverte d'une courte robe fendue le long des hanches où des affiquets la retiennent. Cette robe frangée à tous ses bords, disparaît à sa taille sous un riche corset bordé lui-même de pierre à toutes les coutures et laissant échapper aux  épaules des manches bouffantes et serrées aux poignets. Une chevelure abondante descend de dessous une couronne de tendre verdure et s 'étale comme un voile sur ses épaules. 

Les huit rimes du cartouche mieux conservées que celles du précédent ne sont cependant pas intactes; voici ce qui en reste :

Vingt et quatre ans eut sibille Libicque 
Lors qu'elle dit de Dieu l'advenement 
Du sainct esprit aussi semblabement 
Et que clarté céleste et angélique 
Viendroit du ciel par voeul mistique 
Et entremit la maison basse et orde 
Plus desliroit la signagogue juique. 
Et requerroit saincte miséricorde

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Sibylles Agrippa et Libica, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

Sibylles Agrippa et Libica, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

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Europa et Persica.

3° La sibylle Europa.

La troisième arcade étant occupée dans toute sa partie inférieure par une porte qui donne entrée  aux galeries du premier étage de l'église, l'image n'a pu y être exécutée qu'à mi-corps. Le nom de la sibylle a lui même été emporté ainsi que le cartouche. Nous avons pu rétablir le premier en nous reportant aux historiens et à d'autres monuments à l'aide de la légende ou prophétie qui est conservée au-dessus de sa tête.

Photo de Vassil sur Wikipédia 

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sibylle_Cath%C3%A9drale_d%27Amiens_110608.jpg

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Elle est ainsi conçue Veniet ille et transibit colles et latices olympi et regnabit in paupertate et egredietur de utero Virginis, oracle qui ne peut se rapporter qu'à la sibylle Europa qui prédit aussi, dans la bibliothèque des Pères, que le Messie franchira les vallées et les hautes montagnes en descendant du ciel, et qu'il viendra au monde portant les insignes de la pauvreté 

  Virginis aeternutn veniet de corpore Verbum 
Purum, qui valles et montes transiet altos. 
Ille volens etiàm stellato missus olympo 
Edetur mundo pauper qui cuncta silenti 
Rexerit imperio: sic credo, et mente fatebor: 
Humano simul ac divino semine gnatus. 


Dans les heures d'Anne de France (Ms. 920 de la bibl. royale)*, la sibylle d'Europe porte une inscription à peu près semblable à celle que nous avons ici: Veniet ille et transiliet colles et montes et latices olympi regnabit in paupertate et dominabitur in silentio, egredietur de utero virginis

[* Il s'agit des Heures de Louis de Laval. NDT]

L'espèce de turban dont est coiffé notre image est aussi le même qu'à la bibliothèque royale. 

Le caractère qu'on a cherché à donner ici à la sibylle d'Europe est conforme aussi à la manière dont  elle est traitée dans les nombreuses descriptions que nous en avons rencontrées et selon la légende qui la suppose âgée seulement de quinze ans et belle comme on l'est à cet âge: sibilla Europa annorum quindecim et inter cœteras pulcherrima (Ms. 920 bibl. r. ).

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4° La sibylle Persique, à laquelle nous arrivons sous la quatrième arcade a les manches tailladées avec des bouffants et des brassières comme on ne les portait plus au XVIe siècle. Sa robe, damassée et fendue par devant, laisse voir un habit de dessous très riche aussi. Un manteau, jeté en bandouillière de l'épaule gauche sur la hanche droite, corrige seul la raideur et le défaut de proportion qui forment le caractère dominant de cette image. La figure est peu gracieuse et mal dessinée sur notre muraille. Le voile de la tête est certainement trop empesé. Sa prophétie qu'elle nous montre sur son lambel, n'est qu'une répétition ou imitation du texte de la Genèse « Une femme écrasera la tête du serpent. » 
Elle est ainsi conçue Ecce bestia conculcaberis et gignetur dominus in orbem terrarum et gremium virgini erit salus gentium. 

Les rimes du cartouche sont en partie effacées; on y distingue encore ces mots: 

Du Messyas la sibille Persique 
Vaticine disant qu'il froisseroit 
La....du serpent veneficque 
Quant... vierge... enfanteroit 
Car son enfant en la croix pendroit 
Pour aux bumains bailler béatitude. 

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Sibylles Europa et Persica , peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

Sibylles Europa et Persica , peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

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FRIGIA et ERITHREA

5° Sous la cinquième arcade se tient la Frigée SIBILE FRIGIA.

Sa figure est ridée, ses bras sortent longs et nus, comme ceux des vieilles, de dessous ses manches pendant aux coudes, sa coiffure en turban est chaude et étoffée nous lirons tout-à-l'heure sur son cartouche qu'elle prophétisa en son vieil âge. Evidemment le peintre décorateur de ce mur a voulu réunir dans ce personnage tous les caractères et les allures de la vieillesse. Serait-ce qu'il aurait attribué à la sibylle de Phrygie ce que d'autres ont dit de celle de Cumes? L'histoire des sibylles est, du reste, si incertaine et si confuse qu'il est difficile de donner tort ou raison à personne dans sa manière de la traiter. Quoi qu'il en soit, voici le fait, tel qu'il est rapporté par plusieurs,  entre autres par Ovide. La sibylle de Cumes jeune encore, ayant pris de l'empire sur le cœur d'Apollon dont elle était la prêtresse, eut l'idée de lui demander que par la vertu de sa puissance, il lui assurât autant d'années de vie qu'elle pourrait contenir de menus grains de sable dans sa main. Le dieu, en lui accordant cette faveur, lui en proposa une seconde à laquelle elle n'avait point songé, et qui était de lui donner en même temps une jeunesse impérissable si elle voulait correspondre à sa passion mais la sibylle préféra la gloire d'une chasteté inviolable au plaisir de jouir d'une éternelle jeunesse. Elle n'en profita pas moins du premier avantage, si tant est que la décrépitude en soit un au temps d'Enée elle avait déjà vécu 700 ans, et, au compte de ses grains de sable, il lui restait encore à voir trois cents moissons et trois cents vendanges. C'est ce qu'elle raconte elle-même, dans Ovide, au fils d'Anchise pour charmer les ennuis de son voyage aux enfers :


Lux aeterna mihi, carituraque fine dabatur. 
Si mea virginitas Phaebo patuisset amanti. 
Dùm tame hanc sperat, dùm praecorrumpere donis 
Me cupit: «Elige, ait, virgo Cummaea, quid optes: 
« Optatis potiere tuis. » Ego pulveris hausti 
Ostendens cumulum. quot haberet corpora pulvis. 
Tot mihi natales contingere vana rogavi. 
Excidit optarem juvenes quoque protinus annos: 
Hos tamen ille mihi dabat, aeternamque juventam 
Si venerem paterer : contemto munere Phœbi 
Innuba permaneo : sed jam felicior aetas 
Terga dédit, tremuloque gradu venit aegra senectus, 
Quae patienda diù est; nam jam mihi saecula septem. 
Acta vides: superest, numéros ut pulverisaequem, 
Tercentum messes, tercentum musta videre. 

Ajoutons avec la fable qu'ainsi consommé par les années le corps de la sibylle se serait réduit à rien, et qu'on ne la reconnaissait plus qu'au son de sa voix qui avait dû lui être laissée éternellement par le destin :

.nullique videnda,
Voce tamen noscar, vocem mihi fata relinqoent
( Ovid. metamorph. Lib. XIV. /. – Virgil. Eneid. lib. VI. ). 

Mais cette voix elle-même, selon d'autres auteurs, ne devait être conservée à la sibylle par la puissance d'Apollon qu'autant qu'elle quitterait la terre d'Erithrée sa patrie pour ne la jamais revoir. Fidéle à l'engagement qui lui était imposé, elle ne dut la perte de sa voix, seul reste de son immortalité, qu'à la ruse que ses concitoyens, soit par pitié, soit par malice employèrent à son égard. Ils imaginèrent de lui envoyer une lettre scellée avec de la terre selon l'usage ancien. En voyant cette terre qui était celle de son pays, la pythonnisse c'est-à-dire sa voix s'éteignit (Servius in Virgil. En. lib. VI. ). 
Les oracles par lesquels la Frigée annonça les mystères chrétiens sont bien explicites de la part d'une prophétesse païenne. Autour de sa tête, ils sont conçus en ces termes Ex olympo excelsus veniet et confirmabit consilium celo et annunciabitur virgo in vatibus desertorum. Le cartouche qui lui sert d'escabeau nous apprend que: 

La sibille Frigëe en son viel âge 
Prophétisa la resurrection 
Du fils de Dieu et son ascension 
Et de son tamps l'éternel héritage 
.. Vaticina aussi. ..
...
Que des juifs 
....mage

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6°) Erithrée que nous voyons un glaive en main et posant sur une sphère céleste sous la sixième arcade est illustre parmi toutes les sibylles. Nous lisons dans plusieurs auteurs ( Plin. lib. XIII. 13. – Lactant. De ira Dei XXII. Servius in Eneid, lib. VI. 1. ) que c'est dans la ville ou elle a prophétisé et qui lui a donné son nom que l'on retrouva la plus grande partie des livres sibyllins détruits dans l'incendie du capitole au temps de Sylla, Sa  légende et son cartouche exposent très explicitement le mystère de l'Incarnation. On lit sur la première In ultima etate humiliabitur deus, humanabitur proles divina, jacebit in feno agnus et puelari officio educabitur

Le second développe les mêmes idées :

Erithrée de science munie 
Dyt au dernier age que déyté 
Se humiliroit et que seroit unie 
Divinité avecq humanité 
Ypostaticque estant ceste unité 
Dont messyas aguel qui tout pucelle 
Gisant sus fain. puis sa nativité 
Seroit nourry et sa mère pucelle. 



Les écrivains prétendent qu'elle prophétisa, dans un acrostiche sur ces mots [caractères grecs pour Christus Ihesus Servator Crux ], la ruine du monde et la séparation des bons d'avec les méchants au jugement dernier, ce qui explique à la fois la présence du glaive dans ses mains et de la sphère sous ses pieds ( S. Aug. De Civit. Dei. Lib. XVIII. 23. – Biblioth. Pair. Tom. II page 516 ). Dans les heures d'Anne de France c'est la sibylle Europa qui porte le glaive, parce qu'elle y est représentée en même temps prédisant le massacre des innocents.

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Sibylles Frigia et Erythrea, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

Sibylles Frigia et Erythrea, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

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CUMANA.


7° Voici venir enfin la Cumane, la plus célèbre chez les poètes. Sa robe blanche ramagée de bleu son manteau plus blanc encore que sa robe, ses bracelets, son diadème et son collier tous trois d'or et de rubis formaient sans doute le noble et brillant costume dans lequel la pure Amalthée se présenta à Tarquin-l'ancien pour traiter avec ce prince du prix de la sagesse et de la science profonde que renfermaient ses livres. Jaloux de posséder ces précieux recueils Tarquin en avait demandé le prix. « Cent écus d'or», avait-elle répondu et comme le roi hésitait la fière Cumane de jeter elle-même au feu trois des neuf livres qu'elle portait. «Et des six autres?» avait repris le roi étonné; « Cent écus d'or » .  Et, comme on ne répondait que par les exclamations de la surprise, trois autres volumes sont immédiatement livrés aux flammes. L'histoire raconte que, se gardant de marchander davantage, Tarquin s'empressa d'offrir le prix des trois qui restaient. C'était encore cent écus d'or ( Plin. lib. XIII. 13.-Solin. Polyhist. VIII.– Aul. Gell. I. 9. – Lactant. De falsâ Rclig. I. 6.  ). Notre sibylle n'en a conservé ici que deux très magnifiquement reliés. L'un est fermé dans sa main droite; sur les pages du second qu'elle appuie ouvert sur son sein on lit le célèbre oracle que Virgile aurait emprunté d'elle pour le transporter dans sa IVe églogue, au dire des partisans de l'authenticité des oracles sibyllins. Ces beaux vers, du reste, valent la peine d'être récités une fois de plus: 



Magnus ab integro seculorum nascitur ordo; 
Jam redit et virgo, redeunt saturnia regna, 
Jam nova progenies celo dimmillitur alto. 


Ceux qui remplissent ici le cartouche sous les pieds de la prophétesse n'ont pas à coup sûr autant de mérite, à moins que ce ne soit celui d'avoir mis dans la bouche de Virgile, ou de la Cumane des prophéties claires et précises à l'égal de celles d'Isaïe. On en jugera, voici la pièce 

La sibille Cumane de Ysalye 
A dix-huit ans du rengne Tarquin prisque 
Prophétisa et dit tout en publique 
Que Ihs-Crist seroit nay de Marie 
Et que partout y auroit paix (unie?) 
Sans nuls discords et inconveniens 
Et verrait on lors leage dor flourie 
Plus que jamais es jours saturniens. 

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Sibylles Cumana et Tiburtina, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

Sibylles Cumana et Tiburtina, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

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TIBURTINA. (planche supra)

 

8°) La huitième et dernière image de cette série est en même temps une des plus curieuses par les développements que lui ont donnés le dessin et la peinture, ainsi que par la nature des oracles qui lui sont attribués sur notre muraille et qui concordent bien avec ce que nous retrouvons dans nos vieux et érudits compilateurs. Au-dessus de sa tête est inscrit son nom Sibile Tiburtina. A la différence de ses sept sœurs, elle admet dans son cadre des détails que nous allons signaler, tout en rappelant sa fabuleuse histoire. 
La sibylle Tiburtine avait déjà parcouru et rempli du bruit de ses oracles toutes les parties du monde connu et n'était pas âgée de moins de deux cents ans, lorsqu'en je ne sais quelle année, peut-être aux premiers temps de la république comme le supposent certains écrivains du me siècle, et s'il est vrai qu'elle fut fille du roi Priam elle arriva à Rome escortée de la solennelle ambassade que le sénat et le peuple  lui avaient adressée. Voici à quelle occasion il ne s'agissait de rien moins, pour la célèbre Pythonisse, que d'expliquer les rêves ou plutôt le rêve, qu'avaient eu simultanément cent des plus vénérables et des plus puissants sénateurs. Donc la Tiburtine reçue triomphalement dans les murs de la ville éternelle, nos illustres pères-conscrits quittèrent leurs chaises curules et s'en vinrent d'abord complimenter sur sa beauté la prêtresse deux fois centenaire
Venientes autem viri qui somnia viderant dicunt ad eam : magistra et domina quam magnus decor est corporis tui qualem nunquam in feminis praeter te vidimus ; et puis la supplièrent de leur expliquer la vision qu'ils avaient eue, chacun en particulier, de neuf soleils différents les uns les autres par leur forme leur couleur et leur aspect. Ce lieu est trop immonde et trop souillé, répondit la sibylle, pour qu'il soit convenable d'y faire la révélation de notre songe, allons au mont Aventin et là je vous annoncerai ce qui doit arriver dans les siècles futurs au peuple romain. Et la grave assemblée fit ce qui était demandé. 
– Alors la prophétesse lisant, comme dans un livre, sur le front des astres, se met à dérouler tous les grands événements de l'histoire du monde qu'ils annoncent Novem soles quos vidistis omnes futuras generationes praesignant. Elle s'arrête plus longtemps à l'explication du quatrième soleil, plus rouge que le troisième qui est de sang, et qui rayonne à son midi comme un cristal étincelant. Dans ces jours là, dit-elle, il se lèvera une femme du côté du midi, elle sera de la race des Hébreux el s'appellera Marie. Son époux aura le nom de Joseph, et de son sein, sans le commerce de l'homme, mais par la vertu du St-Esprit naîtra celui qu'on nommera Jésus. Ce récit qu'on peut lire tout au long à la fin du 2e tome des œuvres du vénérable Bède, pourrait avoir inspiré le tableau de la Tiburtine montrant au sommet du mont sacré et comme dans un soleil la Vierge Marie et son fils Jésus, tel que nous l'avons dans notre cadre. Mais au lieu des cent sénateurs c'est un vieillard aux cheveux blancs à longue barbe et vêtu d'habits royaux que nous trouvons humblement agenouillé aux pieds de Ia sibylle, sa couronne et son sceptre étant déposés à terre. Pourquoi cette variante? Car, enfin les artistes de 1450 à 1500 étaient encore trop consciencieux et trop avisés pour oser travailler d'inspiration et de fantaisie à la manière de beaucoup de peintres et décorateurs d'aujourd'hui. La difficulté s'explique par le récit d'autres historiens qui racontent la même prophétie avec cette différence qu'ils substituent l'empereur Auguste en personne aux cent sénateurs, et les premiers temps de l'empire romain aux premières année» de la république.

En puisant dans ces derniers auteurs le fond principal du sujet les peintres paraissent avoir tenu compte 
de certaines circonstances racontées seulement par l'auteur que nous avons désigné en premier lieu et par ceux qui ont adopté sa version. 
Laissons parler dans le style contemporain de nos peintures un interprète des écrivains dont le thème semble avoir servi de base principale à la composition du tableau « Orosius racompte que les romains du temps de  l'empereur Octovian qui estoient payens et ydolatres  et n'avoient pas vraye congnoissance de Dieu et voyant la grant paix et transquilité où ilz vivoient lors, et avoient ja vescu des XLII ans soubz le dit  Octovian; ilz pensèrent et creurent en eulx que le dit Octovian fust déifié et que la dicte paix procedast de sa vertu et puissance, et le voulurent adorer. Mais le dict Octovian qui estoit sage, congnoissant qu'il estoit homme mortel comme les austrcs,  demanda conseil à la dicte Tiburtine pour sçavoir se au monde devoit naistre plus grant que luy. Laquelle Tiburtine monstra au dit Octovian en l'air  une moult belle vierge sur un autel: la quelle tenoit ung enfant environné et enluminé d'un soleil d'or ayant une lune soubz lés piedz et en sa teste une couronne de douze estoilles disant la dite sibille que celle vierge devoit enfanter ung enfant qui seroit roy et seigneur du ciel et de la terre. Et lors ledit empereur l'adora et depuis ne voulut souffrir que Ies romains luy feissent quelque chose d'adoration. Au lieu où fust faicte la dicte apparition est de présent édifié à Romme une belle église qui encore est appellée: Nostre Dame de Ara cœli.» ( Bref sommaire des sept Vertus), etc, etc. 

Cette citation avec celles qui précèdent nous dispensent presqu'entièrement de toute explication. C'est bien la sibylle de Tibur et César Auguste sur la terre, la Vierge mère dans le ciel, qui sont les éléments de toute la composition. Le rapport de ces personnages entre eux n'est pas moins clair.

La prophétesse avait dit, dans le récit de Bède dans ces jours là, il se lèvera une femme du côtè du midi. La peinture a pris soin de placer l'apparition au midi du tableau.

Le royal vieillard qui en recoit la révélation et l'intelligenoe est l'empereur Auguste que Baronius dit et que les autres supposent être alors d'un âge avancé, jam provectiore aetate. Jeune au contraire, belle, forte et maîtresse la sibylle donne bien par le caractère de toute sa personne, comme par la nature des oracles, l'idée des âges nouveaux qui vont succéder aux âges anciens, du règne  naissant prêt à remplacer l'empire caduque dont ce vieillard agenouillé est le triste représentant.

Assise sur le ciel et revêtue du soleil, la vierge Marie est elle-même le trône et l'autel de celui qui sera roy et seigneur du ciel et de la terre. Sur un lambel mêlé aux rayons d'or vous voyez ces mots: Celle-ci est l'autel du fils de Dieu – Hœc ara filiî Dei est. Cette réponse entendue, César s'en revint à Rome construire, au capitole, un grand autel sur lequel on grava cette inscription huine Ara primogeniti Dei, circonstance qui n'a pas été négligée sur notre tableau où s'élève en arrière plan un édifice en style religieux du XVe siècle, souvenir peut-être de l'ex-voto d'Auguste, ou même de l'église qui existe encore aujourd'hui à Rome sous le titre d'Ara-Coeli et à laquelle on se plaît à attribuer la même origine. 

Il y a beaucoup d'entente dans cette composition, il y a de la science légendaire, il y a en parliculier tout l'esprit et les idées du moyen-âge dans ce contraste d'un empereur du monde déposant en ce jour là son sceptre et sa couronne ( Voir V. Bèd. loin, Baronius, app. ad Ad. Eccl. tom, n. Serval. Gallœus. De or. sibjll. ri ) en présence d'une sibylle, qui, debout à ses côtés, la tête haute, le regard assuré et comme conquérant de l'avenir, lui montre d'un doigt à lire dans le ciel comme à un enfant dans un syllabaire tandis que dans sa main gauche se déroulent en un long philactère ces prophétiques paroles: 
Nascelur Xus in Bethleem annunciabitur in Nazareth, regnante tauro pacifico fundatore quietis.
La légende rimée sur le socle n'en est que la reproduction, augmentée seulement d'un court épithalame à la gloire de la mère heureuse et tant pudique. 
N'omettons pas de la consigner ici


La sibille Tiburtine en josne âge 
Prophétisa Crist debuon estre né 
En Bethelem et ce tressainct presage 
En Nazareth an~uchié et fulminé 
Rengnanl le tor pacificque ordonné 
Fundateur de repos. 0 mère heureuse 
Glore vous croist par lui avoir donné 
Mamelle tant pudicquc et precieuse.

 

Les expressions employées dans le texte latin de la prophétie pour désigner le règne d'Auguste : Regnante tauro pacifico fundatore quietis, se retrouvent dans l'inscription qui accompagne la sibylle Tiburtine sur deux autres monuments, le manuscrit de la bibliothèque royale dont. nous avons déjà parlé et une peinture de l'église de Sienne mentionnée dans Servatius Gallœus. La légende de la peinture italienne est absolument la même que la nôtre ,celle de la miniature française n'offre qu'une légère variante et porte regente tauro. L'identité de ces formules nous prouve que nous avons bien lu et que noua avons bien fait de reproduire, sur le lambel Regnante tauro pacifico fundatore quietis et dans les rimes Françaises Rengnant le tor pacifique ordonné fondateur de repos. 

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Les anciennes peintures murales sont devenues trop rares maintenant et par conséquent trop précieuses pour que n'ayons pas tenu à sauver de l'oubli, si ce n'est de la destruction, le peu qui nous en reste de notre Cathédrale. Les deux planches que nous joignons aux quatre qui reproduisent les Sybilles, ne sont pas pour le sujet d'un intérêt aussi général que celles-ci; on nous saura gré néanmoins de les avoir publiées pour la raison que nous venons de dire et pour d'autres encore qu'il est facile de comprendre. 

La décoration des églises à l'époque dont nous parlons, ne s'empruntait pas seulement aux actes et aux enseignements des Saints elle s'inspirait de tout ce qui est bon et recommandable pour l'édification et la réforme des mœurs elle faisait de la maison de Dieu une maison de famille une maison commune où tout se traitait les enseignements de la sagesse chrétienne et ceux de la sagesse profane les leçons du passé et celles du présent. Aux pieds de Jésus-Christ et des Saints on montrait ceux qui avaient retracé leurs vertus, et sur les parois des monuments leurs illustres donateurs. La vénération la reconnaissance et la piété meublaient ainsi et enrichissaient le saint temple et de la même manière que les statues et les portraits des personnages vénérés étaient reproduits, avec plus ou moins de bonheur, d'après l'image qu'on avait sous les yeux, ainsi les lieux qu'ils avaient habités, les objets qu'ils avaient touchés, les insignes et les vêlements de leur dignité faisaient l'accompagnement naturel et ordinairement fort naïf de ces intéressants motifs d'ornementation. 

M. Adrien de Hénencourt, le père des pauvres et des églises dans tout le diocèse d'Amiens, au commencement du XVIe siècle, était aussi le principal donateur de la décoration de cette chapelle alors consacrée à la Mère de Dieu et aux mystères de Noël ; en raison de quoi, il y fit peindre les Sibylles que nous venons d étudier c'est pour cela sans contredit que,  sous les arcades opposées et au voisinage de I'autel on lui consacra une place qu'il occupe encore mais que les menuiseries postérieurement ajoutées ont changée pour lui en un vrai tombeau où faut l'aller chercher mutilé et défiguré par toute sorte d injures. C est cependant bien lui que nous reconnaissons à genoux au prie-dieu où il se prépare sans doute à célébrer les saints mystères accompagné de son chapelain à genoux aussi ; lui qui s'avance, dans l'arcade voisine, le calice en main et précédé de ses clercs dont l'un porte les burettes et l'autre le missel, celui peut -être dont l'illustre chanoine fut l'éditeur ( Voir sur ce Bréviaire les Stalles de la Cathédrale d'Amiens.)

C

e qui nous constate ici la présence de cet important personnage, c'est son costume dans lequel il faut bien remarquer en particulier la soutane rouge, c'est son blason appendu à la draperie de son prie-dieu; c'est son aumusse que relève encore son blason, c'est enfin sa devise favorite tolle moras telle que nous l'avons déjà retrouvée au tombeau de Ferry de Beauvoir. 

Note Il n'est pas douteux que les chanoines du chapitre d'Amiens n'aient été, au XVe siècle dans l'usage, de porter la soutane rouge. Le chanoine Villeman en parle ainsi dans le chap. V de ses Observations sur les Missels. Bréviaires etc., (manuscrit n." 120 de la Bibliothèque d'Amiens): « Notre soutane est noire. Autrefois nous l'avons portée rouge, comme on le voit encore à d'anciens monuments, notamment dans le cloître du Machabé pour aller au chapitre; à droite en entrant, contre la muraille, est l'épitaphe de M. Robert de Fontaine, chanoine et doyen d'Amiens, mort en 1467, où il est représenté avec une soutane rouge. Au pilier du dehors de la chapelle de l'Aurore est l'épitaphe de M. Robert d'Ailly mort en 1413. 11 y est représenté à genoux vêtu d'une soutane rouge. M Adrien de Hénencourt chanoine et doyen en 1412, est représenté dans son missel ms. aussi habillé de rouge. Les enfants de chœur ont retenu cet ancien usage puisqu'on les voit encore vêtus de rouge de couleur de sang en mémoire de St.-Firmin martyr premier évoque et patron de ce diocèse. Les chanoines réguliers de St.Maurice d'Auganne en Suisse la portent encore rouge, et Guillaume, comte de Ponthleu, l'an 1210, leur assigna tous les ans 13 livres de rente sur la halle d'Abbeville pour acheter 20 aunes d'écarlate pour leurs Capuces, dit le P. Héliot (tome 2, page 82), et comme en portaient autrefois ceux de l'abbaye de St.- Vincent de Senlis fondée en 1061 ou selon d'autres en 106 par Anne, reine de France, deuxième femme de Henry qui y mit des chanoines, et ordonna qu'à la différence des autres ils portassent des robes et des capuchons rouges en mémoire de St.-Vincent, martyr. »

Le dessin que nous donnons nous dispense de décrire les détails de ces peintures et tout ce curieux mobilier sacré, remarquable seulement par sa simplicité, et composant tout ce qui est nécessaire la célébration de la messe; le bénitier avec son goupillon les burettes avec leur plateau, la boîte aux pains à chanter, et le cierge de cire jaune pure et odorante que nos fabriques appauvries ont remplacée depuis par la graisse rance, puante et économique.

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Donateur, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

Donateur, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

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La petite armoire que nous voyons là  fermée d'une porte aux longues pentures et aérée d'un jour en quatrifolium, n'est pas une simple peinture, mais une vraie et solide armoire devenue inutile aujourd'hui comme le sont devenues, je ne sais pourquoi, bien des choses remplacées par de vraies incommodités souvent par des inconvenances.  Il faut bien en dire autant de la piscine creusée dans la pierre au-dessous,de l'armoire, et dans laquelle était versée jadis l'eau bénite à l'offertoire, qu'on jette à présent je ne sais on. 
Nous laissons à d'autres le mérite de reconnaître, dans la disposition et le style des édifices qui remplissent le fond du tableau n.° 10 la topographie ancienne des environs de la Cathédrale. 
Les couleurs dont on a revêtu ces remarquables figures leur donnent un caractère que nous voudrions bien pouvoir reproduire autrement que par une note descriptive et inventoriale. Mais les dessins coloriés coûtent trop cher et puis notre but principal étant l'étude et l'explication du sens des  illustrations plutôt que l'appréciation de leur mérite artistique notre tâche est remplie. 

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Armoire, Sibylle Cumana, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

Armoire, Sibylle Cumana, peintures murales de la chapelle Saint-Éloi, cathédrale d'Amiens in Jourdain & Duval 1845 Google.

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Si ces peintures achèvent de disparaître avant qu'on ait complété notre travail en joignant le coloris au dessin que nous donnons ce ne sera pas notre Faute. Nous aurons fait tout ce que nous permet l'exiguïté de nos ressources en conservant au moins, l'imparfait souvenir que voici 

1.° Nom des couleurs dont sont peintes les huit Sibylles de la Cathédrale d'Amiens, chapelle St.-Eloy. 

Agrippa: Coiffure et voile, blanc – ornements, or- robe, rouge manteau, rouge-manches, bleu-ceinture et nœud, bleu à reflets blancs. 

Libica : Coiffure, vert à reflets d'or -robe fendue, bleu avec franges d'or -robe de dessous rouge – corsage enveloppant le buste et la taille, blanc avec ornements en or et en pierreries – linge plissé aux épaules et au cou, blanc. 

Europea. Turban, blanc nuancé de bleu – guimpe, blanc; -robe de desous bleu-surcot damassé à manches, rouge; ornements en or et en pierreries -manteau bleu, doublé de blanc. 

Persica Voile, blanc – robe de dessous, rouge- robe de dessus ouverte par devant, et manches tailladées, blanc ramagé de gris -manteau, bleu. 

Frigia Coiffure, bleu pale – -ceinture, id. – robe, rouge -manches de dessus pendantes, blanc. 

Erithrea Voile, bleu foncé – robe, blanc manteau, bleu foncé; ornements d'or -ceinture, bleu nuancé de blanc -garde de l'épée, rouge – pommeau, or– sphère rouge – cercle ,bleu – étoiles d'or.

  Cumana Couronne ou bandeau, or -robe, gris foncé, damassé de bleu -manteau, blanc – livre de la main gauche, rouge -tranche d'or – livre ouvert de la main droite reliure rouge; tranche, gris. 


Tiburtina Coiffure or – résille, bleu-robe, rouge– manches courtes et corsage rouge-manches serrées, bleu-ceinture, or-guimpe, blanc. Le Roi robe de dessus, rouge manches de dessus, id. – robe de dessous fendue sur les côtés, bleu damassé – manches de dessus pendantes, bleu – cheveux, gris – couronne, fond rouge ornements d'or. – La Vierge robe, bleu. 

2.° Noms des couleurs dont sont peints les personnages et ornements des arcades à droite de l'autel. 

Iere ARCADE: Personnage portant un calice,: Robe et toque, rouge – collet de chemise, blanc – manteau sans manches, gris-violet. 

IIe Arcade 
Personnage au prie-dieu: Surplis à manches, blanc – Calotte, noir – Soutane paraissant au cou, aux manches et au bas du surjtlis rouge-tapis du prie- dieu, vert pale – vêtement de l'acolythe, brun. 
 

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II.  Ilona HANS-COLLAS, De bon augure... Les somptueuses sibylles de la cathédrale d'Amiens. Communication devant la Société des Antiquaires de Picardie le 13 avril 2013.

https://sites.google.com/site/socdesantiquairesdepicardie/archives/communications-des-prochains-mois/communication-du-13-avril-2013

"La communication prononcée devant une assistance très nombreuse nous a permis d’entendre Mme Ilona Hans-Collas, spécialiste de la peinture murale et de l’enluminure, membre du Groupe de recherche sur la peinture murale.

Les sibylles de la chapelle Saint-Eloi de la cathédrale d’Amiens, peintes vers 1506 dans les arcatures du soubassement, figurent parmi les plus belles réalisations de peintures murales en France de la fin du XVe siècle et du début du XVIe siècle. Elles sont le témoignage d’un art monumental lié au mécénat du doyen du chapitre Adrien de Hénencourt. Elles présentent de surcroît une iconographie fascinante.

Les sibylles sont des femmes prophétesses dont l’origine remonte à l’antiquité païenne. Elles sont appelées d’après leur nom d’origine : Perse, Libye, Delphes, Erythrée (en face de l’île de Chios en mer Egée), Cumes, Phrygie, Tibur, Europa (Thrace). Leurs oracles ont été appliqués au Christ dès leiie siècle de notre ère. A la manière des prophètes, les sibylles annoncent les événements de la vie du Christ. Elles sont souvent 10, mais leur nombre peut atteindre 12, voire 14.

 Les sibylles d’Amiens sont signalées par le bénédictin Dom Grenier (1725-1789). En 1839, Charles Dufour, se référant aux écrits de dom Grenier, soupçonnait leur présence derrière les lambris de la chapelle. Elles furent redécouvertes en 1844 lors de la dépose provisoire des lambris ; les chanoines Joudain et Duval les étudièrent et en firent faire le dessin. En 1853, les boiseries du xviiie siècle furent définitivement enlevées. Outre les huit sibylles que nous connaissons et qui ornent les huit arcatures de deux pans de murs, Jourdain et Duval firent dessiner les peintures de quatre autres arcatures du côté de l’autel. A en croire les deux chanoines, le commanditaire Adrien de Hénencourt s’y fit représenter. Aujourd’hui ne subsistent que quelques infimes traces de couleurs.

 Les sibylles sont représentées debout, vues de trois-quarts, de face ou de profil. Chaque figure mesure environ 1m 60 de haut. Le lien avec l’architecture de la chapelle est très fort, obligeant l’artiste à peindre chaque sibylle dans l’espace relativement étroit d’une arcature. En 1895, l’architecte Henri Laffillée (1859-1947) réalisa deux relevés très précis pour le compte des Monuments historiques.

Les inscriptions sur les peintures murales d’Amiens tiennent une place significative : le nom de chaque sibylle est écrit près de la figure ; une inscription en latin figure sur les phylactères ; une inscription en français, que l’on ne trouve que sur le cycle amiénois, figure sur un cartouche en bas de chaque sibylle. Sont peintes depuis l’extérieur de la chapelle vers l’intérieur les sibylles Tiburtine (qui prédit la naissance du Christ à Auguste), de Cumes, Erythrée, Phrygie (qui prophétise la Passion et la Résurrection), Persique, Europa (figure conservée à moitié), Libyque, Agrippa.

  La conservation de ces peintures murales est mauvaise ; la comparaison avec les relevés réalisés au xixe siècle montre une importante dégradation. Les peintures murales sont des œuvres fragiles ; indissociables de leur support architectural, elles subissent souvent les outrages du temps et des hommes : transformations et aménagements des espaces, grattages, humidité, variations de température, lumière. Au xixe siècle Laffillée signalait déjà de nombreux soulèvements de la couche picturale. En 1958 Aimée Neury, collaboratrice au musée des Monuments français, signale des peintures ruinées. La même année, Jean Taralon, inspecteur principal des Monuments historiques, donne un rapport aussi alarmant : « les peintures s’écaillent dangereusement, leur enduit est devenu pulvérulent ». En 1973 une analyse des peintures murales (stratigraphie et pigments) est réalisée par le Laboratoire de Recherche des Monuments historiques. Parmi les pigments ont été utilisés le vermillon (rouge très vif), l’azurite, le blanc de plomb ; l’huile a servi de liant. En 1980 la dépose des peintures est envisagée mais ensuite abandonnée. En 1992 l’étude préalable à la restauration des sibylles établit un constat alarmant. Les peintures ont beaucoup souffert de l’humidité et des remontées de sels. En 2007 est menée une intervention d’urgence, visant à refixer les soulèvements de la couche picturale. Aujourd’hui les peintures sont toujours en attente d’une intervention de conservation plus ample.

  Adrien de Hénencourt commanda l’œuvre en 1506. Le choix des sibylles pour la décoration est dans l’ère du temps à cette époque. En 1432, les frères Van Eyck avaient peint deux sibylles sur les volets fermés du polyptique de l’Agneau mystique de Gand. C’est surtout à partir de la fin du XVe et dans la première moitié du XVIe siècle qu’elles connaissent le plus grand succès dans les arts. Adrien de Hénencourt fit appel à un artiste de talent, probablement issu du milieu local. Plusieurs œuvres créées à Amiens - notamment dans le domaine de l’enluminure - s’apparentent fortement au décor des sibylles de la cathédrale. Bodo Brinkmann et Nicole Reynaud ont évoqué un lien possible entre un manuscrit et le décor mural de la cathédrale. Les recherches menées par Mme Hans-Collas confirment cette piste et de nouveaux éléments enrichissent le propos. La délicatesse et l’élégance des figures des sibylles, le soin apporté à leurs habits et coiffures, aux inscriptions, mais aussi le paysage plaisant de la sibylle Tiburtine se retrouvent dans l’Episolier à l’usage d’Amiens réalisé vers 1490 pour Antoine Clabault, échevin d’Amiens, et son épouse Ysabeau Fauvel, enluminé par un artiste anonyme à qui on a donné le nom de convention de Maître d’Antoine Clabault (BNF, Arsenal, ms. 662). De toute évidence, les sibylles de la chapelle Saint-Éloi se rattachent à l’art de cet enlumineur, attestant le travail polyvalent des artistes et des ateliers. On lui attribue d’autres œuvres, notamment un Missel à l’usage d’Amiens (Amiens, bibliothèque municipale, ms. 163). Ce manuscrit a été rapproché à juste titre par Marc Gil du Maître anonyme du retable d’Ochancourt (musée de Picardie). A ce petit corpus maintenant constitué, s’ajoute encore une autre œuvre : l’Escritel de la confrérie du Puy Notre-Dame d’Amiens (Amiens, Société des Antiquaires de Picardie, ms. 23) dont le frontispice montre une Vierge à l’Enfant protégeant sous son manteau les membres de la confrérie. De toute évidence il est de la même main que le manuscrit Clabault de l’Arsenal. Notons enfin que le style de ces miniatures n’est pas sans rappeler un autre décor peint à la cathédrale, celui qui accompagne le tombeau de Ferry de Beauvoir, érigé vers 1490-1500, à la demande d’Adrien de Hénencourt. La peinture de l’enfeu se place visiblement dans le même entourage artistique que le manuscrit de Clabault. La technique semble la même que celle de la chapelle Saint-Eloi (peinture probablement à l’huile, appliqué directement sur la pierre)Ces comparaisons montrent sans conteste que des liens existent entre la peinture monumentale et le décor des livres, et probablement aussi avec la sculpture. Les artistes sont polyvalents. Amiens en est des exemples les plus convaincants. Le style est tellement proche qu’on peut envisager la même main ou au moins le même atelier.

 Mais qui est donc cet artiste ou ce groupe d’artistes si actif vers les années 1490-1510 ? Nicole Reynaud avançait le nom de Riquier Haulroy, un peintre renommé d’Amiens, documenté par les archives dès les années 1480 : il peignit des bannières, des sculptures et faisait de la dorure. Il est le seul artiste documenté comme peintre et enlumineur. On sait qu’il fut maître de la confrérie de Saint-Luc en 1503, dont le siège était dans la chapelle Saint-Eloi."

 

 

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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