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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 13:22

La chapelle Notre-Dame-de-Berven en Plouzévédé. I. L'Arbre de Jessé  du retable de l'autel nord. 

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Au dessus d'un autel Renaissance du bras nord du faux transept de la chapelle Notre-Dame-de-Berven, le retable dit "de Notre-Dame-de-Berven" est la rencontre de plusieurs thèmes : la Vierge de l'Apocalypse sur un croissant de lune dans une mandorle de rayons d'or et d'étoiles (mais où manque la Démone terrassée) ; l'Arbre de Jessé, avec six rois de Juda et les prophètes Isaïe et Jérémie (mais où manque Jessé et son arbre), et sur les volets les trois Sibylles associées à la Vie de la Vierge (mais où manque les neuf autres Sibylles). Ce choix, qui privilégie comme souvent le culte marial au culte christique, dépend d'une volonté de démontrer que la Mère de Dieu était annoncée, sous l'effet d'un plan divin du Salut, tant dans les Écritures par les Prophètes que par les Prophétesses de l'Antiquité païenne.

Ce premier article décrira les sculptures du coffre (Dieu, La Vierge à l'Enfant, les Rois et Prophètes), alors qu'un second article décrira les trois volets (la Vie de la Vierge et les Sibylles).

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Ce retable appartient aux  19 Arbres sculptés recensés en Bretagne par le docteur Louis Le Thomas en 1963,  dont 6 en Finistère (Plourin-les-Morlaix, Locquirec, Plounevezel, Plouzevedé/Berven, St-Thégonnec, St-Yvi),  dont 13 comportant une Démone, et 6, comme ici, sans Démone.

Classé au titre d'objet le 10/11/1906, il a été restauré en 2016. Les photos antérieures à cette date montre une organisation un peu différente. 

 

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Voir dans ce blog lavieb-aile des articles consacré aux Arbres de Jessé de Bretagne:

Les sculptures :

Et les vitraux :

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Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

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DESCRIPTION GÉNÉRALE.

Éclairé faiblement par un lustre du meilleur goût (qui me rappelle celui qui masque le vitrail de Chagall dans le déambulatoire de la cathédrale de Metz), c'est un coffre en bois polychrome à volets de 2 mètres sur trois (selon la base Palissy). Comme ce coffre forme un volume de section hexagonale, il se ferme avec, à droite, un seul volet, et à gauche, un double volet dont l'élément extérieur est plus étroit, ces volets s'adaptant au  fronton à trois pans, le pan central étant le plus court.

Le coffre lui-même possède un fond plat, bleu pâle, deux cotés encadrés par des demi-colonnes corinthiennes cannelées ou sculptées de bas-reliefs Renaissance à putti, et un couronnement à trois arcades ajourées et trois acrotères.

On n'y lit aucune inscription et aucune date. La datation de la fin du XVIe siècle peut être déduite du décor Renaissance du couronnement et des colonnes, des chronogrammes portés par l'édifice (1576 sur un portail, 1579 sur une sablière, 1580 sur une fenêtre de la longère), ou   du fait que, selon une délibération des paroissiens de Plouzévédé du 21 juin 1573, l'édifice fut construit par l'atelier du château de Kerjean (actif vers 1570-1580). D'autre part, la présence de trois Sibylles sur les volets renvoie aux Sibylles de la chapelle de Kerjean ( vers 1570) et  de l'église de Pleyben (vers 1571), par le même atelier qui a reçu le nom de Maître de Pleyben. Enfin, le cartouche de cuir découpé au masque de lion, et les volutes du devant de l'autel qui reçoit ce retable ressemblent au décor des sablières de la chapelle de Kerjean. 

 

 

 

 

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Au centre, dans une mandorle de rayons dorés (certains absents)  et de roses rouges, jaunes ou or, la Vierge tient son Fils sur le bras droit et ses pieds reposent sur un croissant de lune. Cette disposition fait d'elle une Vierge de l'Apocalypse (Ap. 12:1) enveloppée du soleil couronnée d'étoile, et la lune à ces pieds. Dans le contexte du développement de l'Arbre de Jessé, c'est une allusion à l'Immaculée Conception.

L'Enfant, en Sauveur, bénit et tient le globe terrestre. 

Le manteau bleu de Marie, fermé par une chaîne d'or, tombe en lourd plis sur une robe lie-de-vin au décolleté légèrement arrondi.

Les traits du visage, au front et aux sourcils épilés, au long nez et à la bouche petite sur un menton rond et saillant,  sont  songeurs voire tristes.

Je ne manque pas de remarquer la coiffure : c'est un bandeau plissé comme un "chouchou" qui rassemble les cheveux châtains avant d'en laisser flotter les mèches sur les épaules. : comme sur de très nombreuses Vierges ou saintes du Finistère.

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un Arbre de Jessé de Basse-Bretagne adopte le plus souvent une disposition dans laquelle Jessé, ancêtre fondateur de la lignée de David qui mène au Christ selon les évangiles de Matthieu et de Luc, est allongé et voit, dans un songe, un arbre s'élever de son corps : sur les branches s'échelonnent un certain nombre (jusqu'à douze) des rois de Juda tels que David, son fils Salomon, son petit-fils Roboam, etc. 

Comme cette représentation, inaugurée par l'abbé Suger à Saint-Denis au XIIe siècle, illustre la prophétie d'Isaïe 11:1 Puis un rameau sortira du tronc de Jessé, et un rejeton naîtra de ses racines", les artistes ont représenté ce Prophète aux cotés de Jessé. Souvent accompagné du prophète Jérémie, et même de onze autres Prophètes, pour égaler le nombre de rois.

Et comme la prophétie d'Isaïe 7:14  dit "Voici que la Vierge concevra et enfantera   un fils, et on le nommera Emmanuel", la Vierge à l'Enfant devient le fruit ou la fleur sommitale de l'Arbre de Jessé.

Enfin, pour montrer que par cet enfantement, la Vierge permet à l'Humanité d'échapper à la malédiction du Péché, les artistes bretons ont représenté sous le croissant de lune ou sous les pieds de Marie une Démone brandissant la pomme.

Or, ici, nous ne trouvons ni Jessé allongé, ni Démone terrassée.

Pourtant, les commentateurs identifient l'un des personnages encadrant la Vierge comme étant Jessé, l'autre étant alors Isaïe (ou "Abraham").

Néanmoins, si on se réfère à la disposition avant la restauration du retable, nous voyons que les deux hommes debout sont posés sur une boite de rehaussement, qui soutient aussi le croissant de lune.

Pour moi, cette caisse rectangulaire a vraisemblablement pris la place qu'occupait jadis Jessé allongé, voire même une Démone, peut-être détruite par un recteur pudibond.

 

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L'une des raisons de mes réticences à reconnaître dans le personnage de gauche Jessé, c'est que celui-ci porte un phylactère, sur lequel était peinte jadis une inscription, ou, du moins, qui renvoie à une prophétie ou une citation biblique. Et l'index dirigé vers la Vierge montre que cette citation trouve son accomplissement en Marie. Or, la Bible n'attribue aucune déclaration semblable à Jessé, le propriétaire de troupeaux.

A l'inverse, cette phylactère pourrait être déroulée par Isaïe (Ecce virgo concipiet et pariet), ou par Jérémie. 

Deuxièmement, ce personnage n'est en rien relié aux bourgeons floraux sur lesquels sont installés les rois. Il ne donne naissance à aucune tige.

Mais la difficulté vient du fait qu'il est couronné. Si cela s'oppose à y voir Jessé (qui est le père du roi David, mais qui n'a jamais été roi lui-même), cela ne permet pas d'y voir non plus un prophète. Zut alors ! Kicéty ? Salomon, dans toute sa gloire ? Notez le turban orientaliste sous la couronne, et les oreillettes hébraïsantes. 

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À Moncontour, un vitrail du XVIe siècle (1530-1540) montre Jessé assis endormi au centre, entouré de Jérémie à gauche avec l'inscription Jerémie 23:5 Ecce dies veniunt ... "Le temps viendra, dit le Seigneur, où je suciterai à David une race juste" , et d'Isaïe à droite, portant les mots du verset Is. 11:1  [Et egredietur virga  de radice Iesse], Et flos de radice ejus ascendet.

C'est cette disposition courante que je suggère de reconstituer ici.

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Le prophète Jérémie (?) en roi tenant un phylactère.

 

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le prophète Isaïe tenant un phylactère.

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Le personnage de droite est un Isaïe très convaincant, avec sa longue barbe blanche, son bâton où s'enroule son verset, son bonnet ceint d'un turban, et son regard tourné vers la Vierge. Notez l'amusante position des pieds.

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le prophète Isaïe ; la tige brisée de l'Arbre.

Au dessus de la tête d'Isaïe, la base du bourgeon floral qui sert de support au roi David montre sa tige brisée. Cela confirme que ce que nous voyons n'est que ce qui reste de l'Arbre complet. Et renforce ma conviction de la présence de Jessé comme point d'origine des deux tiges droite et gauche.

La tige du bourgeon du coté gauche est brisée également.

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La chapelle Notre-Dame-de-Berven en Plouzévédé. I. L'Arbre de Jessé du retable de l'autel nord.

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A droite : le roi David.

On l'identifie facilement avec sa harpe, sa couronne et son sceptre. Les bourgeons floraux de l'Arbre de Jessé se retrouvent dans différentes œuvres, comme sur l'Arbre de Jessé de Burgos.

La barbe sera et le sceptre vont se retrouver chez tous les autres rois, et moins constamment le turban, la robe serrée par une ceinture, la courte pèlerine ou le scapulaire couvrant les épaules.

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Deuxième roi de Juda à droite.

La tige ou le bourgeon sur lequel il était posé a disparu. Il montre du doigt la Vierge.

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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 Troisième roi de Juda à droite.

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Premier roi à gauche.

Une tunique courte, des chausses, des bottes. Une coiffure associant le bonnet, la couronne et le turban.

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Deuxième roi à gauche.

Celui-ci tient comme regalia le sceptre, mais aussi le globus cruciger (sans sa croix).

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Troisème roi à gauche.

Celui-ci a choisi de se faire représenter avec son livre de chevet.

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le fronton.

Il est caractéristique du style de la seconde Renaissance, avec, sous les arcades, ses cuirs découpés en bandes à enroulement, ses fruits vus par leur base, ses douze putti, et sur les acrotères, ses médaillons tenus par des femmes à demi-dénudés.

Il coiffe le registre supérieur, où Dieu, dans ses nuées privées, reçoit les louanges et la musique de ses anges et bénit les foules.

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Dieu le Père.

Sous l'ombrage du fronton, Dieu porte les attributs de sa gloire royale : manteau rouge doublé d'hermine, couronne d'or et orbe.

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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L'ange portant une palme.

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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L'ange jouant du serpent.

... ou plutôt une trompe un peu sinueuse (le vrai serpent est doté d'une embouchure nommée bouquin).

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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L'ange jouant de la vièle à archet.

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Détail des colonnes et de leurs putti.

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Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Berven, bois polychrome, fin XVIe siècle, transept nord de la chapelle Notre-Dame-de-Berven à Plouzévédé. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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SOURCES ET LIENS.

— LE THOMAS (Louis), 1963, Les Arbres de Jessé bretons, première partie, Bulletin de la société Archéologique du Finistère 165- 196, 1963.

— LE THOMAS (Louis), 1963,  Les Arbres de Jessé bretons, troisième partie, Bulletin de la société Archéologique du Finistère pp. 35-72, 1963.

 

— Photographie Wikipédia de juillet 2012   :

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a0/Plouz%C3%A9v%C3%A9d%C3%A9_%2829%29_N.D._de_Berven_Arbre_de_Jess%C3%A9_01.JPG

— Très belle présentation de la chapelle  sur le site :

http://www.expression-bretagne.com/suiviprojets-bat/PLOUZEVEDE-CHAPELLE/CHAPELLE-ESSAI/chapelle-berven-OK.html

"Le retable de Notre-Dame de Berven se trouve dans le transept gauche. Il se présente sous la forme d'un coffre entouré de 3 volets. La réalisation de cet ensemble est d'inspiration flamande.
Au centre, se trouve la statue de Notre-Dame de Berven, représentée debout, les pieds posés sur un croissant de lune et tenant l'enfant Jésus dans les bras. La Vierge est entourée d'une gloire rayonnante piquetée de roses. A ses pieds, David et Jessé surmontés des rois de Juda présentant une généalogie réduite de Marie.
Deux anges musiciens sont placés de part et d'autre de la tête de la Vierge. Le haut du retable est décoré de petits personnages et de motifs floraux. 
La lecture des volets de gauche doit se faire en regardant simultanément les deux vignettes placées sur la même ligne. A chaque fois, un épisode de la naissance du Christ est évoqué avec, en regard la figure d'une sibylle (prophétesse de l'Antiquité) qui avait annoncé sa venue. De haut en bas, la sibylle d'Erythrée et l'annonciation, la Samienne et la visitation et enfin la Cimmérienne et la Nativité.
Le panneau de droite présente trois scènes de l'enfance de Jésus. De haut en bas, le réveil des bergers par l'ange, l'Adoration des Mages, la Présentation au temple."

 

— Base Palissy :

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PM29000833

— Base Palissy après la restauration : 14 clichés du 22 août  2016 :

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/memoire_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_5=LBASE&VALUE_5=PM29000833

 

—COUFFON (René), 1988, Notice sur Plouzévédé :

 http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/PLOUZEVE.pdf

 

"A l'autel latéral nord, statue de la Vierge de Jessé (C.), où l'influence allemande est perceptible sur la mandorle, bien que l'oeuvre soit toute bretonne (ateliers de Morlaix) ; elle date de la seconde moitié du XVIè siècle. La Vierge en haut-relief, vénérée sous le nom de Notre Dame de Berven, les pieds sur un croissant de lune, présente l'Enfant Jésus ; tout autour, statuettes illustrant l'Arbre de Jessé. Sur les volets de la niche, six bas-reliefs polychromes : Annonciation, Visitation et Nativité d'un côté, l'Annonce aux bergers, l'Adoration des Mages et Circoncision de l'autre."

— SPREV (avec photos)

http://www.sprev.org/centre-sprev/plouzevede-chapelle-notre-dame-de-berven/

— CHANTONY.FR

 »Niche à volets d'inspiration flamande.  Au centre, se trouve une Vierge en haut-relief qui est debout sur un croissant lunaire. Elle est entourée d'une gloire rayonnante et de roses. Abraham et Jessé sont à ses pieds tandis que les rois de Judée forment un arbre généalogique sur les côtés. Des scènes de la vie de la Vierge sont figurées sur les volets et, à gauche, des sibylles symbolisent l'Annonciation, la Nativité et l'Allaitement. »

http://www.chantony.fr/patrimoine_et_histoire/29_plouzevede.html

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Published by jean-yves cordier - dans Arbre de Jessé
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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 22:54

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de la cathédrale de Sens. I. Relevé et étude des inscriptions.

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Voir d'abord :

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Voir dans ce blog lavieb-aile les articles consacrés aux Arbres de Jessé de Bretagne:

Les sculptures :

Et les vitraux :

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Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

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Baie n°116, transept sud de la cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

Baie n°116, transept sud de la cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

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La baie n°116, fenêtre haute du transept sud, mesure 12,4 m de haut sur 4,20 de large et comporte 4 doubles lancettes trilobées et un tympan à 21 ajours. Elle a été ouverte  sous l'épiscopat (1474-1519) de Tristan de Salazar qui confia le grand chantier du transept à Martin Cambiges, grand maître d'œuvre qui travailla également à Senlis et à Beauvais. Ce chantier avait été interrompu par la Guerre de Cent ans et redémarra en 1490. La voûte du transept s'éleva vite à 27 mètres, et les fenêtres furent vitrées : le pignon sud reçut l'immense Rose du Jugement Dernier, alors que, pour les murs latéraux, on décidait d'un Arbre de Jessé (n°116), d'une Vie de Saint-Nicolas (n° 118), d'une Invention des reliques de saint Étienne (n°122) et d'une Translation des mêmes reliques (n°124). 

Pour cela, le chapitre passa commande aux peintres verriers qui avaient travaillé à la cathédrale de Troyes : Lyévin Varin ou Voirin, Jehan Verrat et Balthazard Godon ou Gondon. L’engagement vis-à-vis du Chapitre date du 12 novembre 1500 et comprenait les quatre grandes verrières et les rosaces du bras sud. Les vitraux sont posés entre 1502 et 1503, pour la somme totale de 805 livres. Un verrier de Sens, Euvrard Hympe, fut seulement chargé du métré du travail de ses collègues troyens. 

Pour les finances, on sollicite les donateurs : Louis XII et Anne de Bretagne pour la Rose sud, François de Tourzel d'Alèbre — chambellan du roi et Grand-maître des Eaux-et-Forêts de France— pour les Translations, les procureurs de la confrérie de Saint-Nicolas pour la verrière de leur patron (100 livres), et le chanoine Louis La Hure pour l'Arbre de Jessé. Ce dernier versa la somme de 120 livres. "Il est a noter que vénérable et discrète personne monsr. maistre Loys Lahure archidiacre de Provins et chanoine en léglise de Sens a donné lad. victre de radix jessé. Cest assavoir il a prins payer ce quelle a cousté a messrs. par années et par chacune année dix livres tournois jusque a fin de paye."

 

 En échange, les armoiries des donateurs sont apposées sur les vitraux. Celles de La Hure sont des "armes parlantes" d'or à la hure de sable, lampassée de gueules et défendue d'argent, c'est à dire avec une tête de sanglier noire tirant une langue rouge et armé de défenses blanches. On les trouve, suspendues à une branche, au sommet de la lancette A (les lancettes sont désignées A, B, C, et D de gauche à droite), à la base de la lancette B, et au sommet de la lancette  D. 

 

Louis La Hure fut nommé chanoine de Sens en 1489, archidiacre de Provins (l'un des cinq archidiaconés du diocèse) de 1489 à sa mort en 1529. Entre 1512 et 1514, il fut proviseur des comptes de la fabrique à la suite de Miles Gibier, lequel avait reçu en 1510-1511 "400 livres données par Louis XII pour l'œuvre".

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Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

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Cet article n'a pas été simple à écrire : je me donnais comme but, non de décrire les lancettes centrales à fond rouge de l'Arbre proprement dit (réservant ce propos à un article propre), mais  d'examiner les  inscriptions. 

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de la cathédrale de Sens comporte en effet un corpus d'inscriptions intéressant à étudier afin d'éclairer  son interprétation.

Nous trouvons : 

1. En bas, courant au bord inférieur des quatre lancettes en lettres capitales, les vers issus d'une hymne de la Passion, le Crux fidelis.

2. au registre inférieur des lancettes A et D (extrême gauche et extrême droite), le texte de phylactères tenues par des Prophètes regroupés deux par deux, soit huit citations. Ce sont des versets d' Isaïe et de Jérémie, d'Ézéchiel et de Daniel, de Nahum et de Zacharie, d'Aggée et d'Amos.

3. au registre supérieur des mêmes lancettes, le texte de phylactères tenues par le protagoniste d'une scène biblique typologique : Moïse et le Buisson ardent, Melchisédech devant l'autel, Gédéon et sa Toison, Ézéchiel et la Porte Close.

4. Dans le registre inférieur de la lancette centrale B, les mots de l'Annonciation prononcés par l'ange Gabriel. 

Mais lorsque j'ai achevé ce travail, et que j'en dressais les conclusions, j'ai compris que celles-ci devaient irriguer l'ensemble de l'article.

L'Arbre de Jessé de Sens est exceptionnel parce qu'il comporte, au dessus de Jessé endormi, non pas d'abord les Rois de Juda échelonnés, mais, en premier lieu, Gabriel face à la Vierge, et, en second lieu, une jeune femme (au dessus de Gabriel) en face d'une licorne (au dessus de la Vierge). Cette disposition n'est pas limpide, mais pourtant,  il faut comprendre le sens de la présence de cette licorne, connaître l'iconographie à laquelle elle se rapporte, pour comprendre le rassemblement des huit cases latérales.

C'est en se rapportant aux illustrations de la Chasse mystique que cette licorne se comprend. La licorne est présenté dans les bestiaires médiévaux comme une bête invincible, mais qui ne peut se capturer que par le moyen d'une jeune fille vierge. Celle-ci dégage un parfum si attirant pour l'animal qu'il se laisse caresser par la jeune vierge, permettant à un chasseur de l'attraper, ou de le blesser de sa lance. Eudes de Châteauroux (1190-1273)  a comparé dans une de ses homélies le Christ a une licorne : "La licorne ne se saisit pas par violence, on envoie une vierge pour la capturer, et lorsque la bête la voit elle va à sa rencontre, se couche en son sein,, et se laisse emmener. C'est ainsi que le Christ n'a pas été entièrement pris par la nature humaine, mais la Vierge l'a pris dans ses entrailles." Plus tard, dans les pays germaniques s'est développé autour de l'Annonciation une pensée allégorique complexe dite de la" Chasse mystique", où l'ange Gabriel joue le rôle du chasseur ou plutôt du veneur guidant quatre chiens qui sont quatre Vertus pour capturer la licorne qui est venu se poser sur les genoux de la Vierge et dont la corne est posée sur son sein. La licorne est bien encore le Christ, mais c'est surtout une entité théologique, l'Incarnation, qui est attirée par le parfum des Vertus et de la Virginité de Marie. Le thème connaît de nombreuses illustrations  (à la cathédrale d' Erfurt dès 1420, au monastère de Dambeck en 1474) mais sa forme la plus remarquable se trouve à Colmar dans le retable des Dominicains peint par Schongauer vers 1480 (23 ans avant la verrière de Sens). La Vierge à la licorne est entourée d'une dizaine de références bibliques de sa virginité, comme le jardin clos, la verge d'Aaron, mais aussi  le Buisson Ardent, Gédéon et sa toison, et la Porte Close : trois références qui se retrouvent à Sens. 

Néanmoins, à Sens, nous n'avons pas affaire à une Chasse mystique à proprement parler : l'Annonciation répond aux formes habituelles, Gabriel n'est pas un chasseur sonnant de la trompe, la Vierge n'accueille pas la licorne, et cette scène est seulement mise en parallèle avec celle, au dessus, d'une licorne attirée par une jeune fille (non nimbée). A mon sens, il s'agit simplement d'une citation du thème de la Chasse mystique par éléments métonymiques, mais tout le développement typologique est reporté hors cadre, dans les lancettes A et D. L'étude de ces lancettes et de leurs inscriptions en témoignera. 

Néanmoins, une étude plus approfondie de la pensée théologique accompagnant  la notion de Chasse mystique montre que celle-ci n'est que la poursuite et la floraison d'une autre thématique née des Mystères médiévaux (et donc du théâtre), celle du Procès en Paradis. Dieu, après avoir condamné l'Humanité après le péché d'Adam et Ève, débat avec ses "quatre filles",  Justice et Vérité, Miséricorde et Paix, avant de décider d'envoyer un messager (l'ange chassant avec ses quatre Vertus) pour préparer l'arrivée de son Fils et de racheter les humains de la Faute. La discussion précédant cette décision ("Procès en Paradis") est indissociable de la mise en scène du chasseur et de la Vierge à la licorne ("la Chasse mystique"). 

Or, tout cela est présent sur le vitrail de Sens, mais seulement sous forme d'indices. Ouvrons l'œil !

 

 

 

 

 

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La Vierge et la licorne, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

La Vierge et la licorne, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

L'ange Gabriel et la jeune fille vierge au dessus de lui, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

L'ange Gabriel et la jeune fille vierge au dessus de lui, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

 

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I. L'INSCRIPTION INFÉRIEURE.

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INTER OMNES ARBOR VNA NOBILIS SILVA TALEM NVLLA PROFERT FRONDE FLORE GERMINE

Ce qui signifie :

"Arbre unique, noble entre tous, nulle forêt n'en produit de tel par ses feuilles, ses fleurs et ses fruits".

Les deux vers sont des tétramètres trochaïques extrait de la strophe suivante :

Crux fidelis, inter omnes arbor una nobilis,

Nulla talem silva profert flore, fronde, germine,

Dulce lignum dulce clavo dulce pondus sustinens. 

"Croix fidèle, arbre unique, noble entre tous;

 nulle forêt n'en produit de tel par ses feuilles, ses fleurs et ses fruits;

Douceur du bois, qui d'un doux clou, porte un si doux fardeau."

Crux fidelis est  la huitième strophe d'un Hymne pour le temps de la Passion due à Venance Fortunat (530-603), poète néolatin, évêque de Poitiers. Cette hymne est le  Pange lingua, gloriosi proelium certamnis, à l'origine de l'hymne liturgique du même nom composée par Thomas d'Acquin. Venance Fortunat est aussi l'auteur du très célèbre Vexilla Regis, composé pour le transfert d'une relique de la Sainte Croix de Tours à Poitiers.

La Patrologie latine de Migne l'attribue au prêtre Mamert Claudien (VIe siècle) : P.L 53, 785.

Dans la liturgie catholique, le Pange lingua est chanté lors de l'adoration de la Croix le Vendredi Saint, aux Vigiles pour les premières strophes, à Laudes pour le Crux fidelis et les strophes suivantes.

La strophe est chantée ainsi : les deux premiers vers,  Crux fidelis alternent, en refrain, avec le dernier Dulce lignum. Crux fidelis a été mis en musique en grégorien, puis  par Palestrina (1525-1594) sous forme d'un motet pour le Vendredi Saint.

https://de.wikipedia.org/wiki/Pange_lingua_(Venantius_Fortunatus)

https://en.wikipedia.org/wiki/Pange_Lingua_Gloriosi_Proelium_Certaminis

Tout cela indique d'une part que ce texte, parfaitement connu et chanté par les chanoines de la cathédrale, était mentalement associé à son contexte liturgique, et que l'inscription place cet Arbre de Jessé dans un parallèle avec la Croix de la Passion du Christ. 

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Inter omnes arbor una nobilis

https://de.wikipedia.org/wiki/Pange_lingua_(Venantius_Fortunatus)

https://en.wikipedia.org/wiki/Pange_Lingua_Gloriosi_Proelium_Certaminis

https://books.google.fr/books?id=tty4IP_1uKoC&pg=PA118&lpg=PA118&dq=%22arbor+una+nobilis%22+jess%C3%A9&source=bl&ots=nM5g1Wh0b7&sig=4Rip9cg-ePB-42CCemnUSNNPAEc&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj0-p3SisnNAhUDnRoKHV9zCKkQ6AEIRDAG#v=onepage&q=%22arbor%20una%20nobilis%22%20jess%C3%A9&f=false

Crux fidelis,
inter omnes arbor una nobilis
nulla silva talem profert
fronde, flore, germine
dulce lignum, dulces clavos,
dulce pondus sustinet.

Croix fidèle,
arbre unique, noble entre tous;
nulle forêt n'en produit de tel
par ses feuilles, ses fleurs et ses fruits;
Douceur du bois, qui d'un doux clou,
porte un si doux fardeau.

Hymnes du temps de la Passion


En complément de l'article paru p.26 du dernier numéro (n°1491), voici les trois Hymnes de ce temps, qui sont dues à Venance Fortunat, évêque de Poitiers, mort vers 600. 

On trouvera ci-après le texte antérieur à la réforme d'Urbain VIII [1631], et qui est encore en usage dans certains Ordres religieux (traductions de l'AELF et des Moines du Barroux). 


À MATINES (ou Vigiles) 
(texte latin: PL 53, 785) 

Pange, lingua, gloriosi / prœlium certaminis, 
et super Crucis trophæum / dic triumphum nobilem : 
qualiter Redemptor orbis / immolatus vícerit. 

Chante, ma langue, le combat, la glorieuse lutte;
sur le trophée de la croix, proclame le noble triomphe:
le Rédempteur du monde fut vainqueur en s'immolant. 

De parentis protoplasti / fraude factor condolens, 
quando pomi noxialis / morsu in mortem corruit: 
Ipse lignum tunc notavit, / damna ligni ut solveret. 

Attristé de l'égarement de notre premier père,
qui tomba dans la mort en mordant le fruit néfaste,
le Créateur choisit lui-même un arbre pour réparer la malédiction de l'arbre. 

Hoc opus nostræ salutis / ordo depopiscerat ; 
multiformis proditoris / ars ut artem falleret, 
et medelam ferret inde, / hostis unde læserat. 

Cette œuvre de salut, l'ordre divin l'exigeait,
pour vaincre par la ruse la ruse multiforme du Malin,
et porter le remède d'où venait la blessure. 

Quando venit ergo sacri / plenitudo temporis, 
missus est ab arce Patris / Natus, orbis Conditor ; 
atque ventre virginali / caro factus prodiit. 

Quand vint donc la plénitude du temps,
le Fils, Créateur du monde, fut envoyé d'auprès du Père.
Il s'avança, devenu chair dans un sein virginal. 

Vagit infans inter arcta / conditus præsepia : 
membra pannis involuta / Virgo Mater alligat : 
et manus pedesqu(e), et crura / stricta cingit fascia. 

L'enfant pleure et vagit, couché dans une étroite mangeoire :
la Vierge, sa Mère, l'emmaillote en de pauvres langes,
et voici les mains et les pieds d'un Dieu enserrés dans des liens! 

Gloria et honor Deo / usquequaqu(e) altissimo, 
una Patri, Filioque, / inclito Paraclito: 
cui laus est et potestas / per æterna sæcula. 
Amen. 

Gloire et honneur à jamais au Dieu très-haut,
ensemble Père, Fils, et illustre Consolateur;
louange et puissance pour les siècles éternels.
Amen. 


À LAUDES 
(texte latin: PL 53, 785) 

Lustris sex qui jam peractis, / tempus implens corporis, 
se volente natus ad hoc, / passioni deditus, 
Agnus in Crucis levatur, / immolandus stipite. 

Trente années achevées, au terme de sa vie corporelle,
Il se livre volontairement à la Passion pour laquelle Il était né.
L'Agneau est élevé en Croix pour être immolé sur le bois. 

Hic acetum, fel, arundo, / sputa, clavi, lancea 
mite corpus perforatur, / sanguis, unda profluit, 
terra, pontus, astra, mundus / quo lavantur flumine. 

Voici vinaigre, fiel, roseau, crachats, clous et lance!
Le doux corps est transpercé, le sang et l'eau ruissellent;
terre, mer, astres et monde, quel fleuve vous lave! 

Crux fidelis, inter omnes / arbor una nobilis: 
Nulla silva talem profert / fronde, flore, germine: 
Dulce lignum, dulces clavos, / dulce pondus sustinet. 

Croix fidèle, arbre unique, noble entre tous!
Nulle forêt n'en produit de tel avec ces feuilles, ces fleurs et ces fruits!
Douceur du bois, douceur du clou, qui porte un si doux fardeau! 

Flecte ramos, arbor alta, / tensa laxa viscera, 
et rigor lentescat ille, / quem dedit nativitas : 
ut superni membra Regis / miti tendas stipite. 

Fléchis tes branches, grand arbre, relâche le corps tendu;
assouplis la dureté reçue de la nature;
aux membres du Roi des cieux offre un appui plus doux. 

Sola digna tu fuisti / ferre sæcli pretium, 
atque portum præparare / nauta mundo naufrago, 
quem sacer cruor perunxit, / fusus Agni corpore. 

Toi seul as mérité de porter la rançon du monde
et de lui préparer un hâvre après son naufrage,
toi qui fus oint du sang sacré jailli du corps de l'Agneau. 

Gloria et honor Deo / usquequaqu(e) altissimo, 
una Patri, Filioque, / inclito Paraclito: 
cui laus est et potestas / per æterna sæcula. 
Amen. 

Gloire et honneur à jamais au Dieu très-haut,
ensemble Père, Fils, et illustre Consolateur;
louange et puissance pour les siècles éternels.
Amen. 


À VÊPRES 
(texte latin: PL 88, 95) 

Vexilla Regis prodeunt, 
fulget Crucis mysterium : 
quo carne carnis conditor, 
suspensus est patibulo. 

Les étendards du Roi s'avancent,
mystère éclatant de la Croix!
Au gibet fut pendue la chair
du Créateur de toute chair. 

Quo, vulneratus insuper 
mucrone diro lanceæ, 
ut nos lavaret crimine, 
manavit und(a) et sanguine. 

C'est là qu'il reçut la blessure
d'un coup de lance très cruel,
et fit sourdre le sang et l'eau
pour nous laver de nos péchés. 

Impleta sunt quæ concinit 
David fideli carmine, 
dicens: In nationibus 
regnavit a ligno Deus. 

Ils sont accomplis, les oracles
véridiques chantés par David
lorsqu'il a dit: «Sur les nations,
Dieu a régné par le bois.» 

Arbor decor(a), et fulgida, 
ornata Regis purpura, 
electa digno stipite, 
tam sancta membra tangere. 

Arbre dont la beauté rayonne,
paré de la pourpre du Roi,
d'un bois si beau qu'il fut choisi
pour toucher ses membres très saints! 

Beata, cujus brachiis 
sæcli pependit pretium, 
statera facta corporis, 
prædamque tulit tartari. 

Arbre bienheureux! À tes branches
la rançon du monde a pendu!
Tu devins balance d'un corps
et ravis leur proie aux enfers! 

O Crux, ave, spes unica, 
hoc Passionis tempore, 
auge piis justitiam, 
reisque dona veniam. 

Ô Croix, salut, espoir unique!
En ces heures de la Passion,
augmente la justice des saints,
remets les fautes des pécheurs. 

Te, summa, Deus Trinitas, 
collaudet omnis spiritus: 
quos per Crucis mysterium 
salvas, rege per sæcula. 
Amen. 

Dieu, Trinité suprême,
que tout esprit vous célèbre;
gouvernez sans fin ceux que vous sauvez
par le mystère de la Croix.
Amen.

 

IN HONORE SANCTAE CRUCIS.

Pange, lingua, gloriosi prœlium certaminis,

Et super crucis tropaeo dic triumphum nobilem,

Qualiter redemptor orbis immolatus vicerit.

 

De parentis protoplasti fraude factor condolens, ·

Quando pomi noxialis morte morsu conruit,

Ipse lignum tunc notavit, damna ligni ut solveret.

 

Hoc opus nostrae salutis ordo depoposcerat,

Multiformis proditoris arte ut artem falleret,

Et medelam ferret inde, hostis unde laeserat.

 

Quando venit ergo sacri plenitudo temporis,

Missus est ab arce patris natus, orbis, conditor,

Atque ventre virginali carne factus prodiit.

 

Vagit infans inter arcta conditus praesepia:

Membra pannis involuta virgo mater adligat:

Et pedes manusque et crura stricta pingit fascia.

 

Lustra sex qui jam peracta tempus inplens corporis,

Se volente, natus ad hoc, passioni deditus,

Agnus in crucis levatur immolandus stipite

 

Hic acetum, fel, arundo, sputa, clavi, lancea:

Mite corpus perforatur, sanguis, unda profluit

Terra, pontus, astra, mundus, quo lavantur flumine!

 

Crux fidelis, inter omnes arbor una nobilis;

(Nulla talem silva profert, flore, fronde, germine).

Dulce lignum, dulci clavo, dulce pondus sustinens!

 

Flecte ramos, arbor alta, tensa laxa viscera,

Et rigor lentescat ille, quem dedit nativitas,

Ut superni membra regis mite tendas stipite.

 

Sola digna tu fuisti ferre pretium saeculi,

Atque portum praeparare nauta mundo naufrago,

Quem sacer cruor perunxit, fusus agni corpore

 

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II. LES PROPHÈTES ET LEURS INSCRIPTIONS. 

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A. LA LANCETTE DE GAUCHE.

Registre inférieur de la lancette A, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

Registre inférieur de la lancette A, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

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1. ISAÏE ET JÉRÉMIE ??

. Dans les Arbres de Jessé, depuis les premiers exemples sur les vitres de Saint-Denis et de Chartres, on trouve dans la partie latérale de l'Arbre  une succession de prophètes, dont Isaïe. En effet les prophéties d' Isaïe 7:14 (Ecce, virgo concipiet et pariet filium, "Voici, la jeune fille est enceinte, elle va accoucher d'un fils") et  11:1 ( et egredietur virga de radice Iesse et flos de radice eius ascendet "Puis un rameau sortira du tronc de Jessé, et un rejeton naîtra de ses racines"")  sont au fondement même non seulement de l'image métaphorique de l'Arbre de Jessé, mais aussi de la Généalogie de Jésus selon l'évangile de Matthieu qui cite Is. 7:14 dès son début (Mt1:22-23) :

 Comme il y pensait, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit: Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l'enfant qu'elle a conçu vient du Saint Esprit; 21 elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus; c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. 22 Tout cela arriva afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète: 23 Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous. 

Quand à Jérémie, deuxième des grands prophètes, il est absent à Chartres, mais sa présence se justifierait selon B. Brousse  en raison de sa prophétie Jérémie 23:5 : "Voici venir des jours –oracle de Yahvé– où je susciterai à David un germe juste : un roi régnera".

L'hypothèse que je vais développer ici est que l'une des sources principales de ce vitrail est la Bible des Pauvres, ou Biblia Pauperum, qui s'ouvre sur la double page qui nous concerne ici, celle de l'Annonciation et de la nativité. Or, dans celle-ci, Jérémie est cité pour le verset suivant (31:22):

usquequo deliciis dissolveris filia vaga quia creavit Dominus novum super terram femina circumdabit virum

"L'Eternel va créer du nouveau sur la terre: maintenant, c'est la femme qui entourera le Héros" 

Sortie de son contexte, cette prophétie a été lue par les chrétiens comme préfigurant la Vierge mettant au monde l'Enfant. 

Pourtant, on recherche en vain, dans les phylactères tenues par les deux prophètes de ce panneau, les versets cités. Je déchiffre :

A droite : Fecit exultan -piriti ~/  veniet ad su- morte

A gauche : Deus Israel d- adiva - / fecit in teneb-- lum.

Peut-être :  Deus Israel dominus --- / qui fecit tenebis lumen

Je n'ai pas trouvé d'autre tentative de lecture. 

Il est donc prudent de conclure que nous ne pouvons, en l'état, nommer ces personnages que par présomption (liée à la Biblia Pauperum et à la tradition), et que les inscriptions ne peuvent être déchiffrées.

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Deux prophètes, Registre inférieur de la lancette A, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

Deux prophètes, Registre inférieur de la lancette A, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

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2. NAHUM ET ZACHARIE.

Ces prophètes peuvent être identifiés car leur nom est inscrit sur leur vêtement.

a) Nahum porte le nom NAVM sur son manteau. Il tient une banderole où est inscrit :

ecce super montes pedes evangelizantis et adnuntiantis p[acem] .

On reconnaît le verset Nahum 1:15 de l'oracle sur Ninive  "Voici sur les montagnes Les pieds du messager qui annonce la paix! ".

 Nahum est présent sur l'Arbre de Jessé de Chartres, à gauche de Jessé lui-même.

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/49_vitrail_arbre_jesse/scene_07.php

Voir bréviaires :

https://books.google.fr/books?id=6VeKANdABNgC&pg=PA190&lpg=PA190&dq=%22ecce+super+montes%22+jess%C3%A9&source=bl&ots=0tn6ZudVuD&sig=5xSDU-Vx7YlFimGG9dx4AxzO1QE&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjKhru_otjNAhVkAcAKHYbQDmsQ6AEINDAE#v=onepage&q=%22ecce%20super%20montes%22%20jess%C3%A9&f=false

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b) Zacharie porte le nom ZACHARIAS sur son scapulaire.

On lit sur la banderole le texte suivant Quia ecce ego venio et hab- in medio tui,

qui correspond au verset Zacharie 2:10 :

 [lauda et laetare filia Sion ] quia ecce ego venio et habitabo in medio tui ait Dominus 

"Car voici, je viens, et j'habiterai au milieu de toi", dit l'Éternel.

Zacharie est également présent sur l'Arbre de Jessé de Chartres, mais sans citation de verset.

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/49_vitrail_arbre_jesse/scene_17.php

https://books.google.fr/books?id=teMzVWIh7GUC&pg=PA243&lpg=PA243&dq=habitabo+in+medio+tui+Annonciation&source=bl&ots=yXmyI9lh3d&sig=rlxYJKjTiByAOj2kUXmQBC7jbyE&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwijkvbV19nNAhWLWxQKHVzaDa0Q6AEIHDAA#v=onepage&q=habitabo%20in%20medio%20tui%20Annonciation&f=false

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Les prophètes Nahum et Zacharie, Registre inférieur de la lancette A, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

Les prophètes Nahum et Zacharie, Registre inférieur de la lancette A, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

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B. LA LANCETTE DE DROITE.

Comme dans la lancette A, la demi-lancette D comprend deux couples de prophètes, dont seuls ceux du haut sont nommés par une inscription. 

Hémi-lancette D,  Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

Hémi-lancette D, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

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1. LE DONATEUR LOUIS LA HURE ENTRE ÉZÉCHIEL ET DANIEL.

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Louis La Hure est représenté en costume de chœur associant au surplis une chaude aumusse dont la fourrure entoure ses manches. Au dessous, il porte un vêtement rouge ourlé d'or. 

Les deux prophètes ne sont pas nommés et ne seraient identifiés que par le texte des phylactères. Hélas !

Le prophète de droite présente le texte, difficilement lisible, suivant :

m creavi honiem cham.

Je propose d'y voir une citation de Jérémie 31:22

quia creavit Dominus novum super terram [femina circumdabit virum ] "L'Eternel va créer du nouveau sur la terre: maintenant, c'est la femme qui entourera le Héros".

 Le phylactère du prophète de gauche est encore plus difficile :

pleatus per-- ea nigrat ltnt 

 

. La Biblia Pauperum de Pfister 1471 et  celle de Bnf Res. Xylo-5  placent, sur la page de la Nativité,  le verset lapis angularis sine manibus abscisus est a monte , "la pierre d'angle s'est détachée de la montagne sans l'intervention d'aucune main" comme étant une citation de Daniel 2.  Le texte exact de Daniel 2:34 est : videbas ita donec abscisus est lapis sine manibus, "Pendant que tu étais plongé dans ta contemplation, une pierre se détacha sans l'intervention d'aucune main".

Mais ces versets ne correspondent pas à ce qui est lu ici.

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Daniel et Ézéchiel, base de l'hémi-lancette D,  Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

Daniel et Ézéchiel, base de l'hémi-lancette D, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

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2. AGGÉE ET AMOS.

 

a) Aggée : 

Je déchiffre ici le texte du verset d'Aggée 2:5 :

Quoniam ego vobiscum suum dicit  dominus exercituum

"car je suis moi-même avec vous, déclare l'Eternel, le maître de l’univers."

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b) Amos.

Il tient le verset Amos 4:12 .  praeparare in occursum Dei tui  " Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu "

 

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/49_vitrail_arbre_jesse/scene_16.php

 

 

 

 

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Aggée et Amos, sommet de l'hémi-lancette D,  Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

Aggée et Amos, sommet de l'hémi-lancette D, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

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III. LES QUATRE SCÉNES TYPOLOGIQUES.

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Comme l'écrit Bernard Brousse, "ces scènes établissent un lien entre l'Ancien Testament et les Evangiles ; elles annoncent symboliquement l'Incarnation, car dans la tradition chrétienne, l'Ancien Testament voile ce que le Nouveau Testament dévoile. "

Les quatre scènes typologiques ne sont pas propres à cet Arbre de Jessé, puisqu' elles sont tirées de la page de l'Annonciation et de celle de la Nativité des Bibles des Pauvres (Biblia Pauperum) et exposent comment la naissance du Christ à travers le corps virginal de Marie est préfigurée par la Porte Close de la prophétie d'Ézéchiel, (le ventre de la Vierge est resté clos), par la tunique restée sèche de Gédéon (le ventre de Marie est resté sec, ou pur), et par le Buisson ardent (Marie est passée intacte à travers le feu de la gestation). enfin son Fils est devenu le "Prêtre pour toujours" de l'Humanité,  préfiguré par Melchisédech, roi de Salem.

Mais il y a plus, car trois de ces quatre images des Biblia Pauperum sont celles qui figurent sur les gravures et tableaux de retable des Annonciations à la Licorne, dont la plus importante, celle peinte à Colmar pour le couvent des Dominicains vers 1480 par Schongauer. 

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A. LA LANCETTE DE GAUCHE. MOÏSE ET GÉDÉON.

 

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Moïse et Gédéon, hémi-lancette supérieure A,  Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

Moïse et Gédéon, hémi-lancette supérieure A, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

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1. MOÏSE.

INSCRIPTION :  MOYSES OBSECRO MITTI QUEM MISSI 

 

 Le déchiffrage de cette inscription m'a occupé un bon moment, avant d'identifier le verset Exode 4:13 auquel elle appartient :  at ille obsecro inquit Domine mitte quem missurus es , "Mais Moïse rétorqua : Non, Seigneur !  Je t'en prie ! Envoie qui tu voudras pour cela !" (Trad. Bible du Semeur) 

Obsecro signifie "je te supplie", et la réponse de Moïse à Dieu qui veut l'envoyer convertir le peuple Hébreu peut se traduire aussi par "Et il dit : Je t'en supplie, Seigneur, envoie quelqu'un d'autre pour cette mission". Dieu répond alors avec colère : "N'y a-t-il pas ton frère Aaron le lévite?".

C'est un drôle de choix pour illustrer le Buisson Ardent, mais, sortie de son contexte, elle peut être comprise comme une préfiguration du fait que Dieu enverra son Fils pour sauver le Monde. Un passage de l'Art religieux vol.3 d'Émile Mâle en témoigne. Il décrit page 43 le thème iconographique d'une scène jouée dans les Mystères juste avant celle de l'Annonciation. Il s'agit du "Procès du Paradis", c'est à dire le plaidoyer de quatre Vertus (Justice et Miséricorde, Paix et Vérité), au pied du trône de Dieu, afin de le convaincre d'envoyer sur terre un Sauveur. Or, écrit-il "plusieurs manuscrits, notamment le fameux Bréviaire de René II de Lorraine (2éme moitié XVe) , conservé à l'Arsenal, nous montrent, à côté des quatre Vertus, le chœur des prophètes et des patriarches suppliant Dieu d'envoyer celui qui doit venir : Domine, dit l'un d'eux, obsecro, mitte quem missurus es !

 

 

 

 

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Bréviaire de René de Lorraine II, folio 58v, Arsenal Ms 601 Res, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b71006162/f156.vertical.r=

Bréviaire de René de Lorraine II, folio 58v, Arsenal Ms 601 Res, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b71006162/f156.vertical.r=

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Le Buisson ardent est considéré par le moine Honorius d'Autun comme "une figure de la sainte Vierge car elle porta  en elle la flamme du Saint-Esprit sans brûler au feu de la concupiscence".

Le rapprochement entre l'Annonciation et le Buisson Ardent figure dans le Speculum humanae salvationis, et, dans le manuscrit Bnf 511, les deux images sont peintes côte à côte. Dans la Biblia Pauperum, l'image figure à gauche de celle de la Nativité et en vis-à-vis de Melchisédech. Elle est commentée par la phrase latine Judes et ignescit : sed non rubus igne calescit. De même que le buisson brûle sans être consumé, avec Dieu sous sa forme visible en son sein, Dieu a pris forme humaine dans le ventre de Marie sans que celle-ci ne perde sa virginité. De plus, Dieu s'est montré à Moïse dans le buisson pour libérer le peuple Juif d'Égypte, et a pris chair dans le ventre de Marie pour libérer l'Humanité du Péché. 

L'image du Buisson Ardent figure sur la plupart des Chasses mystiques, dont celle de Schongauer, avec une simple inscription-titre mais sans citation biblique.

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Speculum humanae salvationis Bnf Latin 511 folio 7v., source Speculum humanae salvationis Bnf Latin 511 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000434v/f18.image

Speculum humanae salvationis Bnf Latin 511 folio 7v., source Speculum humanae salvationis Bnf Latin 511 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000434v/f18.image

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Biblia Pauperum, Bnf Res. livres rares XYLO-4 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040372s/f11.item.r=.zoom

Biblia Pauperum, Bnf Res. livres rares XYLO-4 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040372s/f11.item.r=.zoom

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Moïse et le Buisson ardent, hémi-lancette supérieure A,  Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

Moïse et le Buisson ardent, hémi-lancette supérieure A, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

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2. GÉDÉON.

L'ange tient une banderole où est inscrit le verset 12 du Livre des Juges chap. 36 :

Dominus tecum virorum fortissime  

Gédéon tient une autre banderole où est inscrit une partie du verset 37 du même chapitre : si ros in solo vellere fuerit et in omni terra siccitas .

Voici la traduction du passage (en gras) : 

12 L'ange de l'Éternel lui apparut, et lui dit: L'Éternel est avec toi, vaillant héros!

[...]

36 Gédéon dit à Dieu: Si tu veux délivrer Israël par ma main, comme tu l'as dit,

37 voici, je vais mettre une toison de laine dans l'aire; si la toison seule se couvre de rosée et que tout le terrain reste sec, je connaîtrai que tu délivreras Israël par ma main, comme tu l'as dit.

38 Et il arriva ainsi. Le jour suivant, il se leva de bon matin, pressa la toison, et en fit sortir la rosée, qui donna de l'eau plein une coupe.

39 Gédéon dit à Dieu: Que ta colère ne s'enflamme point contre moi, et je ne parlerai plus que cette fois: Je voudrais seulement faire encore une épreuve avec la toison: que la toison seule reste sèche, et que tout le terrain se couvre de rosée.

40 Et Dieu fit ainsi cette nuit-là. La toison seule resta sèche, et tout le terrain se couvrit de rosée.

 

Il s'agit encore d'une image de la virginité de Marie car on considérait que la toison sur laquelle descend la rosée représente la Sainte Vierge qui devient féconde et que le sol, resté sec, est sa virginité qui ne subit aucune atteinte. 

Comme la précédente, cette relation typologique est présente dans la Bible des pauvres (Biblia pauperum), à la page de l'Annonciation avec l'inscription Rore madet vellus pluviam sitit arrida tellus . Elle est aussi présente dans le Speculum humanae temporis.

Le passage du Livre des Juges était lu lors de l'Office de la Nativité de la Vierge le 8 septembre. 

Gédéon et sa toison sont représentés sur la Chasse mystique de Schongauer avec l'inscription Vellus gedionus.

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Speculum humanae salvationis https://archive.org/stream/SpeculumHumanaeSalvationisBerjeau/Speculum_Humanae_Salvationis_Berjeau#page/n147/mode/2up

Speculum humanae salvationis https://archive.org/stream/SpeculumHumanaeSalvationisBerjeau/Speculum_Humanae_Salvationis_Berjeau#page/n147/mode/2up

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Gédéon, hémi-lancette supérieure A,  Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

Gédéon, hémi-lancette supérieure A, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

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B. LANCETTE DE DROITE. MELCHISÉDECH ET ÉZÉCHIEL.

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Ézéchiel et la Porte Close, Melchisédech en grand prêtre, hémi-lancette supérieure D,  Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

Ézéchiel et la Porte Close, Melchisédech en grand prêtre, hémi-lancette supérieure D, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

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MELCHISÉDECH.

Inscription : Rex Salem Panem et Vinum dotus Melchisedech.

Il s'agit d'une variante du texte de la Vulgate en Genese 14:18-20

at vero Melchisedech rex Salem proferens panem et vinum erat enim sacerdos Dei altissimi

 benedixit ei et ait benedictus Abram Deo excelso qui creavit caelum et terram

 et benedictus Deus excelsus quo protegente hostes in manibus tuis sunt et dedit ei decimas ex omnibus

"Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin: il était sacrificateur du Dieu Très Haut. Il bénit Abram, et dit: Béni soit Abram par le Dieu Très Haut, maître du ciel et de la terre!  Béni soit le Dieu Très Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains! Et Abram lui donna la dîme de tout."

Melchisédech est représenté face à un autel, maniant l'encensoir d'une main et tenant la navette de l'autre. Il encense un retable représentant trois personnages : un prêtre au centre, encadré d'un homme barbu tenant une patère et d'une femme. Au dessus du retable, un homme, barbu, au manteau fermé par un fermail rubis. Je l'interprète comme Dieu le Père, au dessus de son Fils vêtu en prêtre, lui-même encadré par la Vierge et par saint Jean (barbu?). Le personnage central pourrait être Abraham.

 

Le roi David a chanté dans le Psaume royal 110  Dixit Dominus, et en se parlant à lui-même pour décrire son intronisation  : "L'Éternel l'a juré, et il ne s'en repentira point :  Tu es prêtre à jamais selon l'ordre de Melchisedech.". La figure de Melchisédech comme roi et prêtre réunit deux des trois fonctions  du Christ selon la tradition chrétienne : les charges royale, sacerdotale et prophétique. Dans le peuple juif, la fonction de roi est distincte des deux autres, mais Melchisédech (et David dans ce psaume) est l'exception qui cumule les mandats. Affirmer que le Christ est un nouveau, et définitif Melchisédech, c'est clamer qu'il reprend à son compte cet exception. 

Souligner la nature et la fonction royale du Christ, qui s'étendra à Marie par son couronnement, c'est tout le propos de l'Arbre de Jessé. Le Buisson ardent, la tunique de Gédéon, et la Porte d'Ézéchiel sont des métaphores de la virginité de Marie, l'Arbre de Jessé argumente aussi pour son Immaculée Conception, mais   la figure de Melchisédech ne semble caractériser que le Fils. Certains commentateurs des Écritures (cf Pierre Crespet)  ont pourtant souligné que Melchisédech était vierge, avait vécu dans le célibat, et même qu'il était sans généalogie, n'ayant ni père ni mère. Ils s'appuient sur  saint Paul, qui, dans l'épître aux  Hébreux 7,1-4,  a parlé du "Fils de Dieu, ce Melchisédech demeure prêtre pour toujours", mais dans la phrase suivante :

"qui est d'abord roi de justice, d'après la signification de son nom, ensuite roi de Salem, c'est-à-dire roi de paix, - qui est sans père, sans mère, sans généalogie, qui n'a ni commencement de jours ni fin de vie, -mais qui est rendu semblable au Fils de Dieu, -ce Melchisédek demeure sacrificateur à perpétuité." 

Melchisédech ne figure pas sur l'Annonciation de Schongauer. "A la place", se trouve la figure d'Aaron et de sa verge fleurie. Aaron le lévite fut désigné comme prêtre sacrificateur.  Dans l'épitre aux Hébreux, saint Paul cite trois personnages bibliques qui préfigurent la vraie sacrificature du Christ : Melchisédech, Phines, et Aaron :

En effet, tout souverain sacrificateur pris du milieu des hommes est établi pour les hommes dans le service de Dieu, afin de présenter des offrandes et des sacrifices pour les péchés.[...] Nul ne s’attribue cette dignité, s’il n’est appelé de Dieu, comme le fut Aaron. Et Christ ne s’est pas non plus attribué la gloire de devenir souverain sacrificateur, mais il la tient de celui qui lui a dit : (etc) Saint Paul,  Hébreux 5 :1-5

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Melchisédech officiant, hémi-lancette supérieure D,  Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

Melchisédech officiant, hémi-lancette supérieure D, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

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ÉZÉCHIEL.

 

Le prophète Ézéchiel est figuré devant la porte à herse d'une tour crénelée, fermée par plus de précaution par une chaîne. Il la désigne du doigt en présentant sa banderole qui proclame plus ou moins :

 Et meam gla dom Israhe 

 Mais cela ne veut rien dire !

Ce que l'on attend ici, c'est le fameux  Porta hec clausa erit et non aperietur, forme raccourcie des versets Ez. 44:2 : "Et l'Éternel me dit: Cette porte sera fermée, elle ne s'ouvrira point, et personne n'y passera; car l'Éternel, le Dieu d'Israël est entré par là. Elle restera fermée."

C'est cette phrase qu'on trouve dans la Biblia pauperum avec sa référence Ezechiel XLIIII. 

Peu importe. L'image est suffisamment éloquente, illustrant la virginité de Marie alors que "Dieu est entré par là".

La Porta Clausa est également représenté dans l'Annonciation à la licorne de Schongauer. 

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Ézéchiel et la Porta Clausa,  hémi-lancette supérieure D,  Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

Ézéchiel et la Porta Clausa, hémi-lancette supérieure D, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

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LES LANCETTES CENTRALES.

Alors qu'elles font la réputation de ce vitrail, et qu'elles constituent un Arbre de Jessé passionnant à étudier et superbe, dans son bel habit rouge, à admirer, je ne le détaillerai pas aujourd'hui. Je me limite aux inscriptions. 

 Au dessus de Jessé allongé, au lieu de trouver comme dans tous ses arbres généalogiques son fils David, puis son petit-fils Salomon et ainsi de suite jusqu'à la Vierge, nous trouvons, par un raccourci expéditif, l'Annonciation. Et, bien-sûr, l'ange Gabriel tient son inévitable phylactère avec les mots Ave gratia plena dominus tecum. La seule pointe d'originalité est que le mot dominus est positionné à l'envers.

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Hémi-lancette B,  Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

Hémi-lancette B, Arbre de Jessé, cathédrale de Sens, photographie lavieb-aile.

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SYNTHÉSE ET DISCUSSION.

1. Arbre et Croix, Annonciation et Incarnation : deux mouvements complémentaires.

La verrière de l'Arbre de Jessé est, selon les termes de Bernard Brousse,  l'emblème de la cathédrale Saint-Étienne de Sens et même, aux yeux de Paul Deschamps, conservateur du musée des Monuments Français qui en fit faire pendant la Seconde Guerre Mondiale  une copie grandeur nature, un emblème de l'art français.

La copie de la Cité de l'architecture et du patrimoine.

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Pourtant, la beauté de l'Arbre lui-même, se détachant sur le fond rouge qui fait son unité, risque de cacher la forêt des huit cases latérales et de leur matériel graphique.

Nous aurions bien tort de considérer les vitraux comme des éléments décoratifs, ou, pire, des tableaux pédagogiques à l'usage des nuls, du peuple des fidèles sans culture. 

Car ce sont, et chaque exemple de chaque cathédrale, chaque église ou chaque chapelle le prouve, la fusion d'un acte de foi avec un manifeste théologique ou mystique extrêmement élaboré. Le travail de réflexion et d'étude qu'il suppose nous échappe souvent, mais il serait vain d'imaginer des verriers recopiant des patrons venus d'ailleurs après avoir reçu un aval rapide du fabricien. Dans les cathédrales, le commanditaire, c'est le chapitre des chanoines tout entier, l'élite du clergé. 

Dans la cathédrale de Sens, l'Arbre de Jessé est dressé à la gloire de la Virginité de Marie, Mère de Dieu. L'argumentation théologique est construite sur un extrait du Crux fidelis, huit références prophétiques et quatre typologies bibliques.

Les hexamètres Inter omnes arbor ... placent l'Arbre de Jessé sous le signe de la Passion du Christ et de sa Croix : le fond rouge est choisi à bon escient, soulignant que le sang versé pour la Rédemption de l'Humanité est l'arrière-plan fondamental  de cette pensée théologique : arbre tragique, mais fécond en feuilles, en fleurs et en fruits. 

Parmi les huit prophètes, quatre appartiennent aux Grands Prophètes et sont placés en partie basse (les racines, les fondements de l'arbre). Leur identification est incertaine et leurs phylactères se sont pas décryptés. Bernard Brousse les donne comme Isaïe et Jérémie, à gauche et Ézéchiel et Daniel à droite. La seule citation que je déchiffre est celle de Jérémie 31:22 :

 "L'Eternel va créer du nouveau sur la terre: maintenant, c'est la femme qui entourera le Héros".

 Quatre appartiennent au Petits Prophètes et sont placés dans la partie haute, la frondaison : Nahum, Zacharie, Aggée et Amos. Leur présentation, debout, de profil, soulignant par des gestes éloquents la vigueur de leurs prophéties et tenant des phylactères, et conforme à la tradition qui les placent en encadrement latéral des rois de Juda depuis les premiers Arbres de Jessé des vitraux de Saint-Denis et de Chartres. Par contre, leur identification est incertaine pour le groupe inférieur, et les phylactères de ces Grands Prophètes ne sont pas déchiffrés mais ne correspondent pas aux versets attendus. 

Les versets des Petits Prophètes sont les suivants

 "Voici sur les montagnes les pieds du messager qui annonce la paix! ". Nahum 1:15

"Car voici, je viens, et j'habiterai au milieu de toi, dit l'Éternel." Zacharie 2:10

"car je suis moi-même avec vous, déclare l'Eternel, le maître de l’univers."Aggée 2:5 

" Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu "Amos 4:12 

On remarque qu'ils ne sont pas les plus habituels, mais qu'ils ont été choisis pour qualifier l'Incarnation, la venue de Dieu  sur terre (Nativité), préparée par l'annonce d'un messager (Annonciation).

Les scènes typologiques de Moïse, Melchisédech, Gédéon et Ézéchiel  ne sont pas originales, puisqu'elles sont la reprise des quatre scènes de la Biblia Pauperum et du Speculum humanae salvatoris, (les deux compilations de typologie du XIV et XVe siècle), liées, là encore,  à l'Annonciation et à la Nativité.  Mais l' inscription n'est celle de ces recueils que dans le cas de Gédéon :

L'Éternel est avec toi, vaillant héros! Si la toison seule se couvre de rosée et que tout le terrain reste sec "

La banderole reste  indéchiffrée dans le cas d'Ézéchiel. Pour Melchisédech, la citation de Genèse 14:18 se réfère à la Passion, le Christ donnant son corps et son sang en rémission des péchés,  étant préfiguré comme prêtre et roi  par  Melchisédech offrant du pain et du vin à Abraham. Enfin, dans le cas de Moïse, on trouve la citation d' Exode 4:13 . 

at ille obsecro inquit Domine mitte quem missurus es , "Mais Moïse rétorqua : Non, Seigneur !  Je t'en prie ! Envoie qui tu voudras pour cela !".

Synthèse :

Si les dessins eux-mêmes sont dépourvus d'originalité, et reprennent ceux de la tradition des Arbres de Jessé d'une part, des ouvrages de vulgarisation de la typologie biblique pour l'Annonciation et la Nativité d'autre part, et enfin des Annonciations à la licorne, il en va autrement du corpus des inscriptions, pour celles qui se laissent déchiffrer. Le choix des citations bibliques est original et centré sur la notion d'Incarnation en un sens physique, celui de la descente de la divinité sur terre, avec le double sens que nous donnons à l'expression "au sein de" : "venir habiter parmi", mais aussi "être dans le ventre d'une femme".  Il se mêle la notion de mouvement (pieds, annonce, je viens, rencontre ; envoie ...) et celle, statique, de résidence ( j'habiterai au milieu ; je suis avec vous ; femme qui entourera le héros ; l'Eternel est avec toi).  De même, tous ces panneaux latéraux privilégient à travers l'Incarnation la notion verticale descendante  des Cieux vers la Terre, dans une opposition avec le mouvement linéaire ascendant de l'arbre, de la montée de sève et de l'accomplissement dans l'Histoire du plan du Salut.

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2. Obsecro mitte : sur la piste du Procès en Paradis, préalable à la Chasse mystique. 

La présence inattendue du verset Obsecro mitte sur la vignette du Buisson Ardent m'a permis de découvrir le thème du Procès en Paradis. Or, l'approfondissement de la connaissance de ce sujet rend sensible une évidence : à la fin du XVe siècle, une réflexion théologique, ou plutôt mystique et de l'imaginaire populaire, cherche à combler un vide dans l'Histoire du Salut entre la Chute (Adam et Éve) et l'Incarnation. Pourquoi, après avoir condamné l'Humanité, Dieu s'est-il décidé à son Rachat ? La réponse proposée est d'imaginer un débat ("Procès") entre les "Filles de Dieu", les quatre Vertus confrontées deux à deux : Justice et Vérité font valoir que le Péché originel a condamné l'humanité, tandis que Paix et Miséricorde plaident pour une réconciliation décidée par Dieu. Le thème est initié dans le Cur Deus Homo d'Anselme de Cantorbéry au XIe siècle et s'est développé  dans le prologue du Mystère d'Arras d'Eustache Mercadé, joué à Arras en 1420, ou dans celui du Mystère de la Passion d'Arnoul Gréban, joué à Abbeville en 1455 et publié en 1458.

La présence de la citation Obsecro mitte sur le vitrail de Sens est un indice assez mince de ma thèse : la scène de la Chasse à la licorne placée au dessus de celle de l'Annonciation sur l'Arbre de Jessé doit se comprendre comme la suite du Procès en Paradis où Dieu, convaincu par Miséricorde, lance un chasseur à la recherche d'un cœur assez pur pour être le réceptacle de l'Incarnation.  

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ANNEXES.

A. Saint Bonaventure, (v.1217-1274), Méditations sur la vie de Jésus-Christ. 

CHAPITRE PREMIER. De l'Intercession pleine de sollicitude des Anges pour nous.

 Un long espace de temps, plus de cinq mille ans, s'était écoulé depuis que le genre humain était gisant dans sa misère, et ne pouvait, à cause du péché du premier homme, s'élever à la patrie céleste. Les esprits bienheureux , compatissant à une ruine si profonde , désireux de leur propre restauration, avaient déjà bien souvent supplié en notre faveur ; mais, quand la plénitude du temps fut accomplie, ils renouvelèrent leurs supplications avec une ardeur et des instances sans égales. Réunis tous ensemble, et prosternés profondément au pied du trône du Seigneur, ils lui dirent : « Seigneur, il a plu à votre majesté de tirer du néant la créature raisonnable, l'homme, pour qu'il régnât ici avec nous, et afin que nous trouvassions en lui la réparation de nos ruines ; mais tous périssent, et il n'en est aucun qui parvienne au salut. Depuis une infinité d'années, nous voyons que nos ennemis triomphent de tous , et que ce ne sont pas nos ruines qui se réparent, mais les abîmes de l'enfer qui se remplissent, de vos créatures. Pourquoi donc, Seigneur, leur donnez-vous la vie? pourquoi les âmes qui louent votre nom deviennent-elles la proie de vils animaux? Si votre justice a demandé qu'il en fût ainsi, au moins le temps de la miséricorde est venu. Si les premiers hommes ont transgressé imprudemment votre commandement, que votre miséricorde au moins maintenant leur vienne en aide. Souvenez-vous que vous les avez créés à votre ressemblance. Ouvrez , Seigneur, votre main miséricordieuse, et laissez en découler la miséricorde avec plénitude. Les yeux de tous sont fixés vers vous, comme les yeux des serviteurs sur la main de leurs maîtres (Ps. 122.), jusqu'à ce que vous ayez pitié du genre humain et que vous lui veniez en aide par un remède salutaire. »

 

CHAPITRE II. Dispute entre la Miséricorde et la Justice, la Vérité et la Paix.

 A ces mots, la Miséricorde, ayant avec soi la Paix, ébranlait les entrailles du Père et le portait à nous secourir; mais la Justice accompagnée de la Vérité, s'y opposait; et il y eut une ardente contestation entre elles, selon que le raconte saint Bernard dans un long et magnifique discours. Je vais l'abréger le plus succinctement que je pourrai, et comme je me propose de citer souvent les paroles si pleines de douceur de ce Saint, ce sera pour l'ordinaire en y retranchant, pour éviter la trop grande longueur. Voici donc en peu de mots ce qu'il dit sur ce sujet : « La Miséricorde criait au Seigneur : « Eh quoi ! Seigneur, détournerez-vous éternellement vos regards et oublierez-vous de faire miséricorde (Ps. 73.)? » Et il y avait longtemps qu'elle murmurait ce langage à ses oreilles. Le Seigneur répondit : « Que vos soeurs soient appelées, vous savez qu'elles vous sont opposées ; écoutons-les à leur tour ». « Après qu'on les eut appelées, la Miséricorde commença en ces termes : « La créature raisonnable a besoin de la pitié de Dieu, car elle est devenue malheureuse; elle est tombée dans l'excès de la misère; et le temps d'avoir pitié est arrivé, il est déjà passé. » La Vérité de son côté s'écriait : « Il faut, Seigneur, que la parole que vous avez prononcée, s'accomplisse; il faut qu'Adam meure tout entier, qu'il meure avec tous ceux qui étaient en lui, quand en prévariquant il mangea le fruit défendu. » — « Et pourquoi donc, Seigneur, m'avez-vous créée? reprit  la Miséricorde. La Vérité sait bien que c'en est fait de moi , si vous êtes toujours sans pitié. » — « Si le prévaricateur, dit la Vérité, échappe à votre sentence, votre vérité s'anéantit également et ne demeure plus éternellement. » « Cette affaire fut donc déférée au Fils, et la Vérité et la Miséricorde apportèrent les mêmes raisons en sa présence. La Vérité ajoutait : « J'avoue, Seigneur , que la Miséricorde est poussée par un zèle qui est bon ; mais il n'est pas selon la Justice, car elle veut que l'on épargne le pécheur de préférence à sa soeur. » — « Et toi, s'écriait la Miséricorde, tu ne pardonnes ni à l'un ni à l'autre, et tu sévis avec tant d'indignation contre les prévaricateurs, que tu enveloppes ta soeur dans le même châtiment. » — Néanmoins la Vérité reprenait avec force : « Seigneur , c'est contre vous que cette dispute est dirigée, et il est à redouter que la parole de votre père n'y trouve sa ruine. » — La Paix dit alors : « Mettez fin à de semblables disputes : toute contemplation est messéante aux vertus. » « Vous voyez que c'était une question grave, et que, de part et d'autre, on alléguait des raisons fortes et concluantes. Il ne semblait pas que l'on pût conserver et la Miséricorde et la Vérité dans ce qui concernait l'homme. Or, le Roi écrivit une sentence qu'il donna à lire à la Paix, qui se tenait plus proche de lui; et cette sentence était ainsi conçue : L'une dit : « Je péris si Adam ne meurt pas. » L'autre ajoute : « C'en est fait de moi s'il n'obtient miséricorde. Que la mort devienne donc un bien, et qu'il soit fait ainsi selon la demande de l'une et de l'autre. » Toutes restèrent dans l'étonnement à cette parole de la sagesse, et consentirent à la mort d'Adam, pourvu qu'il obtint miséricorde. « Mais comment, demanda-t-on , la mort peut-elle devenir un bien, lorsque son nom seul fait frémir à entendre?». Le roi répondit : « La mort du pécheur, il est vrai, est un mal effroyable (Ps. 33.) ; mais la mort des saints est précieuse (Ps. 115.) : elle est la porte de la vie. Que l'on trouve quelqu'un qui consente à mourir par charité, sans être soumis naturellement  à la mort : elle ne pourra retenir un innocent sous son empire; mais il y fera une brèche par où s'échapperont ceux qui auront été délivrés. » Ce discours acquit l'assentiment de tous. « Mais où trouver un tel homme? » répondit-on. La Vérité revint donc sur la terre, et la Miséricorde demeura au ciel. Car selon le prophète : « Votre miséricorde, Seigneur, est dans les cieux, et votre vérité s'élève jusqu'aux nues (Ps. 35. — 4.)» Celle-ci parcourut l'univers entier ; mais elle ne vit aucun homme exempt de tache, pas même l'enfant qui ne compte qu'un jour sur la terre (Job., 25). La Miséricorde, de son côté, parcourut le ciel ; mais elle ne trouva personne dont la charité pût aller jusque-là. Car nous sommes tous serviteurs, et lors même que nous avons fait tout bien, nous devons dire ces paroles de l'Evangile de saint Luc : « Nous sommes des serviteurs inutiles (Luc., 18. — 2 ). » « Il ne se rencontra donc personne qui eût assez de charité pour livrer sa vie en faveur de serviteurs inutiles. Or, les deux vertus reviennent au jour marqué pleines d'une anxiété profonde. La Paix, voyant qu'elles n'avaient pas trouvé ce qu'elles désiraient, leur dit : « Vous êtes sans intelligence et sans pensée aucune (Joan., 15. — 3 ). Il n'est personne qui fasse le bien, il n'en est pas un seul (Ps. 13. — 4 ); mais que celui qui a donné le conseil nous vienne lui-même en aide. » Le Roi comprit ce que cela signifiait, et il répondit : « Je me repens d'avoir fait l'homme (Gén., 7. — 5 ); c'est pourquoi il me faut faire pénitence pour l'ouvrage de mes mains. » Et, ayant appelé Gabriel, il lui dit : « Allez et dites à la fille de Sion : Voici votre Roi qui vient (Zach., 9.). » Ainsi parle saint Bernard. Vous voyez dans quel grand péril nous a jetés et nous jette encore le péché; quelles difficultés se présentent pour lui trouver un remède. Les Vertus consentirent donc à cette proposition, principalement dans la personne du Fils ; car la personne du Père ne semble en quelque sorte que terrible et puissante, et ainsi la Miséricorde et la Paix auraient pu encourir quelque soupçon. La personne du Saint-Esprit étant toute pleine de bénignité, la Justice et la Vérité auraient pu également être soupçonnées d'avoir sacrifié quelques-uns de leurs droits. C'est pourquoi la personne du Fils fut acceptée, comme tenant le milieu, pour apporter ce remède. Mais il faut comprendre tout cela, non dans un sens propre, mais seulement figurée. Ce fut donc alors que s'accomplirent ces paroles du Prophète : « La Miséricorde et la Vérité sont venues à la rencontre l'une de l'autre ; la Justice et la Paix se sont donné le baiser de réconciliation ( Ps. 84.). » Voilà ce que nous pouvons méditer sur ce qui est arrivé dans les cieux.

 

B. Émile Mâle,  L'art religieux de la fin du Moyen-Âge en France, 1908, pages 36 à 46 (extraits).

"Jusqu'à la fin du XIVe siècle, les auteurs dramatiques, quand ils mettaient en scène la vie de Jésus-Christ, ne demandaient leurs inspirations qu'aux Evangiles, canoniques ou apocryphes, et à la Légende dorée.  Mais ils eurent alors l'idée de recourir à ce livre merveilleux, qui était demeuré, jusque-là, sinon inconnu, au moins sans effet, bien qu'il datât déjà de plus de cent ans, les Méditations sur la vie de Jésus-Christ attribué à saint Bonaventure. Un tel livre était bien fait pour séduire les poètes dramatiques. L'auteur des Méditations, en effet, a l'instinct du drame, et il se révèle disciple accompli de saint François qui mimait ses sermons et jouait la scène de Noël. Comme son maître, il faut qu'il nous montre ses personnages en action et qu'il les fasse parler. Il a imaginé une foule de dialogues entre Joseph et Marie, entre Jésus et ses disciples, entre Jésus et sa mère. Tout parle dans son livre : Dieu, les anges, les vertus, les âmes.

Les Méditations sont à la fois pittoresques et dramatiques, et c'est pour ces deux raisons qu'elles ont tant séduit les auteurs de Mystères. Ils y trouvaient, en même temps, la mise en scène et le dialogue. Ils y trouvaient surtout de l'imagination, de la poésie, de l'émotion, tout ce qui donne l'élan au drame. C'est dans les dernières années du xiv" siècle que nos auteurs de Mystères connurent lesMéditations. Je ne vois pas pourtant que les poètes anonymes qui écrivirent aux environs de 1400 les Mystères de la Bibliothèque Sainte-Geneviève s'en soient inspirés. Mais, vers 1415, Mercadé, l'auteur du Mystère d'Arras, leur fait déjà de fréquents emprunts. II est probable que les premiers drames où se marquait l'influence des Méditations ont disparu. A partir de Mercadé, tous nos écrivains dramatiques relèvent plus ou moins des Méditations : Gréban, Jean Michel et l'auteur du Mystère de la Nativité joué à Rouen les connaissent parfaitement .  A l'étranger, il en est de même : les Italiens, les Anglais, les Espagnols leur doivent quelque chose.

Les Méditations s'ouvrent par une scène pleine de grandeur. Il y a déjà plus de cinq mille ans que l'humanité s'est séparée de Dieu par le péché. Le monde est sombre : les fils d'Adam vivent et meurent sans espoir. Dieu, enfermé dans son éternité, semble indifférent au sort de sa créature. Mais le Ciel s'émeut. Deux créatures célestes, la Miséricorde et la Paix, qui sont des pensées de Dieu, des « filles de Dieu », paraissent en suppliantes devant le trône du Père. « N'aura-t-il pas enfin pitié des hommes ? Ne les arrachera-t-il pas à la mort? Devait-il les tirer du néant pour les laisser retomber au néant ?» — Mais voici que se lèvent deux figures sévères : la Justice et la Vérité. Elles aussi sont filles de Dieu, mais elles sont inexorables comme la Loi. « Dieu ne saurait se contredire, disent-elles; il a condamné Adam et sa race à la mort, sa parole doit s'accomplir. » — « S'il ne pardonne pas, c'en est fait de moi », s'écrie la Miséricorde. — « C en est fait de moi, s'il pardonne », dit la Vérité. Longue est la lutte entre les nobles avocats. Mais, à la fin, Dieu prononce la sentence : « Je donnerai raison aux deux partis, dit-il, les fils d'Adam mourront, mais la mort cessera d'être un mal. » — A cette parole de la Sagesse, le Ciel s'étonne. — « Pour vaincre la mort, reprend le Père, il faut qu'.un juste consente à mourir pour les hommes. Ainsi, il ouvrira une brèche dans la mort, et, par cette brèche, l'humanité passera. » Sans tarder, la Justice et la Miséricorde descendent en ce monde à la recherche d'un homme juste, mais elles reviennent sans en avoir trouvé. Alors Dieu s'adressant à Gabriel : « Va, et dis à la fille de Sion : « Voici ton roi qui vient. » Et il envoya son Fils dans le sein d'une vierge. C'est alors que s'accomplit la parole du Psalmiste : « La Miséricorde et la Vérité se sont rencontrées, la Justice et la Paix se sont embrassées. »

Cette façon hardie d'accuser tour à tour et de justifier Dieu, cette mise en scène dramatique du dogme fondamental du christianisme, n'appartient pas en propre à l'auteur des Méditations. Il nous avertit lui-même qu'il se contente de copier saint Bernard en l'abrégeant. C'est donc à l'imagination lyrique de saint Bernard, et non, comme on l'a dit, à Guillaume Herman , qu'il faut faire honneur du fameux « Procès de Paradis ». C'est à lui que le pseudo-Bonaventure, que Ludolphe, que tant d'autres l'empruntèrent.

On sait quelle place la dispute des quatre Vertus tient dans la première journée de nos grands Mystères; elle forme la conclusion du Prologue; entre la Chute et l'Incarnation elle fait transition naturelle. Mercadé, Arnoul Gréban, l'auteur du Mystère de la Nativité ne manquent pas d'introduire devant le trône de Dieu Justice et Miséricorde, Paix et Vérité. Ces grandes figures planent au-dessus de la tragédie et lui donnent son sens. C'est la justice en lutte avec l'amour. Il est impossible de mieux faire comprendre que la Rédemption est un drame dans le sein de Dieu. Nos poètes avaient bien senti ce qu'une pareille scène communiquait au drame de grandeur surnaturelle. Rien de plus beau que de voir, dans la Passion d'Arras, quand Jésus, vainqueur de la mort, vient enfin s'asseoir à la droite de son Père, Justice embrasser Miséricorde : lâme divine se réconcilie avec l'homme et avec elle-même, puis rentre dans son repos. Mais, hélas, comme ils ont pauvrement exprimé ce qu'ils sentaient si bien ! Quelle prolixité et quel pédantisme ! Comme on oublie que Ton est devant le trône de Dieu, et comme on se croirait plutôt dans quelque salle d'argumentation de la vieille Sorbonne !

On peut se demander si c'est réellement au pseudo-Bonaventure, et non à saint Bernard lui-même, que les auteurs de Mystères doivent l'idée du « Procès de Paradis ». Les emprunts que nous allons bientôt signaler pourraient suffire à démontrer que nos poètes dramatiques avaient sous les yeux les Méditations. Mais il existe une preuve formelle. L'auteur anonyme du Mystère de la Nativité a eu l'heureuse idée d'indiquer ses sources dans les marges de son livre: il n'y a pas d'autre exemple d'une pareille modestie. Or, lorsque commence le dialogue entre Justice et Miséricorde, une note nous avertit que tout le passage est imité du premier chapitre des Méditations.

On n'en saurait donc douter : c'est par le pseudo-Bonaventure que cette scène capitale entra dans les Mystères. Telle fut la vogue des Méditations que le « Procès de Paradis » se trouve dans les Mystères anglais, espagnols, italiens." 

Nous allons retrouver, dans les miniatures, les vitraux et les bas-reliefs, les épisodes des Méditations que nous venons de passer en revue.

Le plaidoyer des quatre Vertus au pied du trône de Dieu, — cette grande lutte entre Justice et Miséricorde, Paix et Vérité, qui prépare et explique l'Annonciation, — n'a pas tardé à entrer dans l'art du XVe siècle. Les miniaturistes furent parmi les premiers à représenter cette scène nouvelle  Il est difficile d'établir une chronologie. Tout ce qu'on peut dire, c'est que la scène n'apparaît guère avant la première partie du XVe siècle. J'en vois comme une ébauche vers i43o, dans le Bréviaire du duc de Bedford (ms. lat. 17 294, f'° 440). On voit Gabriel s'inclinant devant Dieu le Père, avant l'Annonciation. Dans le ms. latin 18026, f° 113, on voit Paix et Justice, Vérité et Miséricorde s'embrassant près de la croix de Jésus-Christ. Le manuscrit semble être des environs de 1400, mais, chose curieuse, la miniature en question semble postérieure aux autres ; elle pourrait être de 1420 ou 1480. Un manuscrit de la Bibliothèque Nationale (Bnf fr. 992), qui fut enluminé dans la seconde moitié du XVe siècle, nous introduit tout d'abord dans le Paradis. Dieu est assis entre la Justice, qui porte une épée, et la Miséricorde, qui porte un lis. Devant le trône, les anges se présentent en suppliants et semblent intercéder pour le salut de l'humanité. A la page suivante. Dieu a décidé l'Incarnation : on le voit au second plan; il semble lointain et comme reculé dans les profondeurs du ciel. A ses côtés, on aperçoit toujours la Justice et la Miséricorde, mais les deux sœurs sont réconciliées, car déjà l'ange Gabriel s'incline pour recevoir le message. Au premier plan, l'ange reparaît : il est maintenant sur la terre, dans la chambre de la Vierge, et il s'agenouille devant elle pour lui annoncer qu'elle enfantera un Dieu. On rencontre des pages analogues dans plusieurs manuscrits de la même époque ( Notamment B. N., ms. franc. 5o, f° 197 [Miroir historial de Vincent de Beauvais), et ms. latin 13294, f" 2 (Livre d'Heures). La scène se présente parfois avec plus de détails encore. Dans un beau manuscrit de la Légende dorée, (Bnf Fr 244), on voit non seulement Gabriel et les quatre Vertus devant la Trinité, mais on voit encore, au moment où a lieu l'Annonciation, la Justice embrasser la Paix (fig. 25 :  Légende Dorée, Bnf Ms fr. 244 folio 107r http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8442920n/f235.item).

 

Une particularité prouve que nos artistes s'inspiraient non du texte des Méditations mais des Mystères. Plusieurs manuscrits, notamment le fameux Bréviaire de René de Lorraine, conservé à l'Arsenal nous montrent, à côté des quatre Vertus, le chœur des prophètes et des patriarches suppliant Dieu d'envoyer celui qui doit venir :

Domine dit l'un d'eux, obsecro, mitte quem missurus es ! Or, précisément, dans les Mystères, avant d'entendre les Vertus plaider leur cause, on voit les patriarches et les prophètes tendre les bras vers Dieu du fond des limbes et lui demander le Sauveur qu'il a promis. . Voir la Passion de Gréban, et le Mystère de la Nativité de Rouen. La scène se rencontre, il est vrai, dans les Méditations [Médit., ch. iv), mais elle est à peine indiquée. Dans les Mystères, au contraire, elle est longuement développée. On entend tour à tour les patriarches et les prophètes, ceux-là mêmes que reproduisent les miniaturistes.  Dans un manuscrit de la Bibliothèque Nationale, la scène atteint à une véritable grandeur, car ce ne sont pas seulement les patriarches et les prophètes, c'est l'humanité tout entière qui fait monter sa plainte vers Dieu. (Bnf fr. 244 f.4 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8442920n/f9.item.zoom . On voit la même chose sur un manuscrit de la Mazarine n°412 f°1.)

Des manuscrits le thème du « Procès de Paradis » passa dans les livres imprimés. On le rencontre non seulement dans les éditions illustrées des Mystères (Voir l'édition illustrée du Mystère de la Passion de Jean Michel.)  mais encore dans les livres d'Heures, où il accompagne l'Annonciation ( Bois de Vérard et d'Etienne Johannot dans Claudin, Histoire de l'imprimerie en France, t. II, p. 243).

Les arts décoratifs s'en emparèrent. Justice et Miséricorde figurent souvent dans les tapisseries de haute lisse du XVe et du XVIe siècle. Dans une tapisserie flamande conservée à Rome, Justice et Miséricorde apparaissent aux origines mêmes des choses ; elles assistent à la création et se tiennent auprès du trône où siègent les trois personnes de la Trinité'. Dans une tapisserie de Madrid, elles sont debout au pied de la croix, Miséricorde recueille le sang du Sauveur, et Justice, enfin satisfaite, remet son épée au fourreau ^ Au Musée de Cluny, dans la série consacrée à David, elles planent au-dessus du roi repentant. Enfin, au Louvre, dans la belle tapisserie du Jugement dernier, Miséricorde avec son lis accueille les élus, et Justice, l'épée à la main, repousse les réprouvés. Elles apparaissent donc toujours aux moments décisifs de l'histoire du monde.

Les verriers connurent aussi le thème des quatre Vertus. Un vitrail de Saint-Patrice, à Rouen, nous montre la Justice embrassant la Paix, sous les yeux de la Miséricorde et de la Vérité ; au-dessus, Jésus en croix vient d'accomplir son sacrifice. C'est une des rares verrières de ce genre qui subsistent encore aujourd'hui*, mais les vitraux sont fragiles, et plusieurs œuvres analogues ont pu être détruites.

Les sculpteurs eux-mêmes, toujours un peu plus rebelles aux nouveautés, finirent par accepter un motif désormais consacré. L'église de Fontaine-sur-Somme (Somme) et celle de Rumilly-les-Vaudes (Aube)  nous présente l'allégorie avec tout son développement. Elle est sculptée aux pendentifs qui ornent la chapelle de la Vierge; des inscriptions ne laissent aucun doute sur le sens des sujets . C'est d'abord Dieu reprochant leur faute à Adam et à Eve. Puis les quatre Vertus apparaissent, Miséricorde et Vérité, Paix et Justice. Pendant qu'elles plaident leur cause devant Dieu, les anges et les prophètes unissent leurs supplications : Excita potentiam et veni «Fais voir ta puissance et viens », disent les anges, et trois patriarches, coiffés du turban oriental, s'écrient : Inclina coelos et descende « Incline tes cieux et descends.» .Plus loin, des prophètes montrent sur des banderoles des paroles d'espérance. Tant de foi trouve enfin sa récompense : sur l'un des derniers pendentifs, Gabriel annonce à la Vierge que d'elle naîtra ce Messie qu'appellent les anges et les hommes. Le drame est complet ; c'est, traduit par le ciseau, le prologue d'un de nos Mystères. "

 

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SOURCES ET LIENS.

BÉGULE (Lucien), 1929, La cathédrale de Sens: son architecture, son décor Société anonyme de l'imprimerie A. Rey, - 102 pages

— BERJEAU (J. PH.), 1861, Speculum humanae salvationis : le plus ancien monument de la xylographie et de la typographie réunies. Reproduit en fac-simile, avec introduction historique et bibliographique par J. Ph. Berjeau.

https://archive.org/details/SpeculumHumanaeSalvationisBerjeau

— BONAVENTURE Méditations sur la vie de Jésus-Christ,

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/bonaventure/vol01/001.htm

 BROUSSE (Bernard), PERROT (Françoise), PERNUIT (Claire)  Les vitraux de la cathédrale de Sens, Antoine Philippe (photographe), Éditions À Propos, Garches, 2013 (ISBN 978-2-915398120) ;  223 pages

— CAILLEAUX (Denis), 1999, La Cathédrale en chantier: la construction du transept de Saint-Etienne de Sens d'après les comptes de la fabrique, 1490-1517  Comité des travaux historiques et scientifiques - CTHS, 667 pages

— GOMPERTZ. Stéphane (2014). "LA JUSTICE ET L'ÉCRITURE - Transcendance et soumission dans le « Mystère de la Passion » d'Arnoul Gréban.".  Revue La Licorne , Numéro 1 .

 

 http://licorne.edel.univ-poitiers.fr/document5914.php

— MEGNIEN, (chanoine P. ) 1974, - L'Arbre de Jessé de la Cathedrale de Sens·  In: Bulletin de liaison. Société Archéologique de Sens fasc. 18  p. 30

— QUANTIN (Maximilien) , 1842, Notice historique sur la construction de la cathédrale de Sens, rédigée sur les documents originaux existant à la Préfecture,  imprimerie de Gallot-Fournier, Auxerre, 56 p.

https://books.google.fr/books?id=39hlGUe_AW4C&dq=%22Louis+La+Hure%22&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— Bulletin de la Société archéologique de Sens  1861, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k298590d page 185-186

— Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_Saint-%C3%89tienne_de_Sens

— Biblia Pauperum Albrecht  Pfister, imprimeur de Bamberg : https://www.wdl.org/fr/item/8972/

https://dl.wdl.org/8972/service/8972.pdf

— Biblia Pauperum Bnf Réserve rare XYLO-4 et XYLO-5

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k850504w

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040372s/f10.item.r=.zoom

— Biblia Pauperum Han Sporer 1471 de Nuremberg :

http://pudl.princeton.edu/viewer.php?obj=ht24wj49c#page/6/mode/2up

— The Internet Biblia Pauperum (transcription des textes) :

http://amasis.com/biblia/ibp/index.html

— LOBRICHON (Guy), La Bible des pauvres du Vatican, Pal. lat. 871. Essai sur l'émergence d'une spiritualité laïque dans l'Allemagne de la fin du Moyen Âge. In: Mélanges de l'Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes, tome 98, n°1. 1986. pp. 295-327; doi : 10.3406/mefr.1986.2859 http://www.persee.fr/doc/mefr_0223-5110_1986_num_98_1_2859

— MÂLE (Émile), 1908,  L'art religieux de la fin du Moyen-Âge en France, Paris, Armand Colin, 540 p.

https://archive.org/stream/lartreligieuxde00ml#page/44/mode/2up/search/paradis

— Chants pour l'Annonciation :

http://cantusindex.org/feast/14032500

 — Photos du vitrail:

http://www.panoramio.com/photo/44599156

http://www.mesvitrauxfavoris.fr/sens%20cathedrale.htm

 

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Published by jean-yves cordier - dans Arbre de Jessé
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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 08:07

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de Chagall en la cathédrale de Reims (1974) : le travail de Charles Marq.

Réédition de l'article de juillet 2014.

Menée pas à pas vers la découverte de l’artiste et de l’œuvre, je me suis souvent demandée pourquoi la cathédrale m’envahissait d’un sentiment de bien-être. Chagall y était pour beaucoup. Les teintes bleues si raffinées et les expressions des personnages qui l’habitent ont surgi comme une réminiscence. La beauté des esprits incarnés dans ces vitraux donne à chacun la possibilité d’être soi. Le sentiment du sublime et la part de rêve qui le conditionne, s’offrent à chacun des visiteurs. Un peu comme une bulle au milieu du monde moderne, rythmé et bruyant. Car ces vitraux sont du Silence, porté par l’Image. Véronique Pintelon

Voir aussi :

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Voir dans ce blog lavieb-aile les articles consacrés aux Arbres de Jessé de Bretagne:

Les sculptures :

Et les vitraux :

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Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

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L'ensemble de 73,50 m² créé par Marc Chagall en 1974 vient vitrer les trois baies 1, 0 et 2 de la cathédrale de Reims dans la chapelle axiale du déambulatoire. Le peintre, alors octogénaire, renoue ainsi avec la tradition qui, depuis la basilique de Saint-Denis en 1144, a choisi cette emplacement d'élection, à l'extrémité de l'axe qui parcourt la nef et le chœur, pour y représenter l'Arbre de Jessé —témoignant de l'Incarnation—, et la Vie de Jésus et de la Vierge — témoignant de la Rédemption—. Hautes de 10 mètres, les verrières ferment les trois baies à deux lancettes jumelles ponctuées d'une rose. Financées par "la Fédération du Bâtiment et des Travaux publics de la région Champagne-Ardenne", et par la Société des Amis de la Cathédrale de Reims présidée par la princesse Jean de Caraman-Chimay, elles remplacèrent les fenêtres de Coffetier et Steinheil du XIXe siècle, qui furent replacées dans une chapelle absidiale.

La couleur très largement dominante est le bleu, qui ne se contente pas ici d'être un "fond" comme dans les vitraux de Chartres, d'Amien ou du Mans, mais forme la matière fondamentale donnant l'impression au spectateur de baigner dans un espace aquatique pour une expérience "océanique" (selon l'heureuse expression de Romain Rolland) de profonde communion spirituelle et, viscéralement, maternelle. Cette ambiance d'aquarium s'est vite transformée, alors que j'explorais de mes jumelles l'œuvre d'art, en impression de pénétrer, en plongée, de vastes espaces sous-marins, le fameux Monde du Silence, dans un champ visuel de faible empan faisant apparaître soudainement dans les ombres glauques et mauves des laminaires et la soupe de plancton, l'éclatante surprise d'un roi des mers ou d'une sirène, évanescente rencontre qui laissait la place à d'autres muets mystères, d'autres émerveillements. Ici, un ange déployait ses larges nageoires.

Car on constatera vite que rien n'est ici transparent, malgré l'exceptionnelle diffusion de la lumière, et que chaque surface bleue est inhomogène, dépolie de plages blanchâtres, envahie de myriades de sombres animalcules ou de bulles d'origine incertaine, animée de courants de particules avant d'être trouée par un puits de lumière rutilant d'orangé, mais encore diaphane. Nous sommes loin de l'organisation réglée et hiérarchisée des arbres de Jessé qui, étage après étage, alignaient des rois ou des prophètes logés dans une mandorle ou isolés sous un dais, puisqu'au contraire ces personnages, dûment présents, se confondent avec le milieu environnant et que, de loin, seul le Christ en croix est identifiable, les tâches rouges, vertes, mauves, jaunes ou or ne révélant la présence d'un occupant que lors d'une approche explorant ces grottes énigmatiques camouflées par le veinage du verre. Rien n'est figé mais tout fluctue au rythme de lents courants de matières qui se croisent, s'interpénètrent, contournent des globes flottant entre deux eaux, s'élèvent et virevoltent.

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I. Les deux lancettes et la rose de la baie de l'Arbre de Jessé.

Chaque lancette mesure 10 mètres de haut et 1,30 mètre de large.

Les deux lancettes sont divisées en deux registres, registre supérieur consacré à la Vierge à l'Enfant adoré par les fidèles, et registre inférieur occupé par Jessé et ses fils et petit-fils David et Salomon rois de Juda, ainsi que par Saül, roi d'Israël pour lequel David joua de la harpe.

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1°) La rose :

— Les prophètes annonciateurs du Christ et au dessus, entre deux anges, le Chandelier à sept branches (Menorah), qui remplace ici les sept colombes des Arbres du XII et XIIIe siècle pour un symbole proche, celui de l'Esprit de Dieu au travail pendant l'Ancien Testament.

Quel est l'élément central ? J'y discerne trois têtes animales, deux formes humaines, et des globes. Il s'agit du prophète Elie emporté par son char de feu. Autour de lui se trouvent Isaïe, Jérémie, Daniel et Jonas avec Job et Moïse.

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2°) La lancette A (de gauche).

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— Le peuple en prière devant la Vierge :

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— David jouant de la harpe :

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— Saül le roi rejeté

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3°) Lancette B (de droite).

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— La Vierge Marie portant l'Enfant.

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— Salomon rendant la justice

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— Du flanc de Jessé sort la tige génératrice des rois de Juda.

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— Jessé ; signature de Chagall.

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II. La baie de la Vie du Christ.

1°) La Rose :

Le rayonnement de l'Esprit Saint, coiffé de la Main de Dieu Créateur.

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Les lancettes.

Le sacrifice d'Isaac. Ce sacrifice, figure de celui du Christ, est relié intentionnellement au Christ en croix par une ligne oblique, celle de la descente de croix représentée comme l'échelle de Jacob.

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2°) Lancette A.

— Le Christ sortant vivant du tombeau :

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— Le Christ descendu de la croix

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— Le sacrifice d'Isaac

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— Isaac bénit Jacob, vue partielle (Jacob en rouge, 2/3 supérieur du cliché)

— Le songe de Jacob (1/3 inférieur)

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3°) Lancette B.

— Le Christ en croix

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— Abraham et Melchisédech

Melchisédech roi de Salem (Paix) fait une brève apparition alors qu' Abraham revient de la poursuite des quatre rois ligués qui avaient vaincu les rois de Sodome et de Gomorrhe, et qui avaient emmené Loth, neveu d'Abraham :

Genèse 14:17-19 Après qu'Abram fut revenu vainqueur de Kedorlaomer et des rois qui étaient avec lui, le roi de Sodome sortit à sa rencontre dans la vallée de Schavé, qui est la vallée du roi. Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin: il était sacrificateur du Dieu Très Haut. Il bénit Abram, et dit: Béni soit Abram par le Dieu Très Haut, maître du ciel et de la terre! béni soit le Dieu Très Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains! Et Abram lui donna la dîme de tout.

—Abraham reçoit les 3 anges/hommes sous les chênes de Mambré. (Genèse 18). C'est le bel épisode du rire de Sarah, qui annonce le nom d'Isaac son fils.

L'Éternel lui apparut parmi les chênes de Mamré, comme il était assis à l'entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour. Il leva les yeux, et regarda: et voici, trois hommes étaient debout près de lui. Quand il les vit, il courut au-devant d'eux, depuis l'entrée de sa tente, et se prosterna en terre. Et il dit: Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe point, je te prie, loin de ton serviteur. Permettez qu'on apporte un peu d'eau, pour vous laver les pieds; et reposez-vous sous cet arbre. J'irai prendre un morceau de pain, pour fortifier votre coeur; après quoi, vous continuerez votre route; car c'est pour cela que vous passez près de votre serviteur. Ils répondirent: Fais comme tu l'as dit. [...] Alors ils lui dirent: Où est Sara, ta femme? Il répondit: Elle est là, dans la tente. L'un d'entre eux dit: Je reviendrai vers toi à cette même époque; et voici, Sara, ta femme, aura un fils. Sara écoutait à l'entrée de la tente, qui était derrière lui. Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge: et Sara ne pouvait plus espérer avoir des enfants. Elle rit en elle-même, en disant: Maintenant que je suis vieille, aurais-je encore des désirs? Mon seigneur aussi est vieux. L'Éternel dit à Abraham: Pourquoi donc Sara a-t-elle ri, en disant: Est-ce que vraiment j'aurais un enfant, moi qui suis vieille? Y a-t-il rien qui soit étonnant de la part de l'Éternel? Au temps fixé je reviendrai vers toi, à cette même époque; et Sara aura un fils.

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— Abraham : le songe de l'Alliance :

Genèse 17 :Lorsque Abram fut âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, l’Éternel apparut à Abram, et lui dit : Je suis le Dieu tout puissant. Marche devant ma face, et sois intègre.J’établirai mon alliance entre moi et toi, et je te multiplierai à l’infini. Abram tomba sur sa face ; et Dieu lui parla, en disant : Voici mon alliance, que je fais avec toi. Tu deviendras père d’une multitude de nations.On ne t’appellera plus Abram ; mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d’une multitude de nations. Je te rendrai fécond à l’infini, je ferai de toi des nations ; et des rois sortiront de toi.[...] C’est ici mon alliance, que vous garderez entre moi et vous, et ta postérité après toi : tout mâle parmi vous sera circoncis.[...] Dieu dit à Abraham : Tu ne donneras plus à Saraï, ta femme, le nom de Saraï ; mais son nom sera Sara. Je la bénirai, et je te donnerai d’elle un fils ; je la bénirai, et elle deviendra des nations ; des rois de peuples sortiront d’elle.Abraham tomba sur sa face ; il rit, et dit en son cœur : Naîtrait-il un fils à un homme de cent ans ? et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanterait-elle ? [...]Lorsqu’il eut achevé de lui parler, Dieu s’éleva au-dessus d’Abraham.

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Le personnage de droite peut donc être identifié comme Abram/Abraham, irradié d'or par sa rencontre avec Dieu, qui serait alors cette forme ronde couronné d'un triangle d'or et d'où partent des rayons divergents. L'oiseau serait l'Esprit de Dieu, qui correspond peut-être au verset Dieu s’éleva au-dessus d’Abraham. Tel Moïse devant le Buisson ardent, Abraham semble empli d'effroi respectueux et son corps est repoussé par le flux de la rencontre comme par une vague.

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III. La baie du couronnement des Rois de France à Reims.

1°) La rose :

— Vision de l'Apocalypse : l'Agneau entouré des quatre évangélistes, surmonté par les Attributs de la Royauté, la couronne royale, de la main de justice et de l’épée.

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2°) Lancette A.

— Les paraboles proposée aux rois de la terre :la parabole du Bon Samaritain. Ce serait une leçon de morale proposée aux rois : la parabole du Bon Samaritain qui figure en haut à droite rappelle à tous ces rois couronnés et à tous ceux qui contemplent ces vitraux que « nous serons jugés sur l'amour que nous aurons su donner aux autres. »

— Saint Louis rendant la justice

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— Le sacre du jeune saint Louis sur le parvis de la cathédrale.

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3°) Lancette B.

— La parabole du Royaume des Cieux

— Le sacre de Charles VII en présence de Jeanne d'Arc.

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— Le baptême de Clovis par saint Rémi en présence de Clotilde.

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Les vitraux de Reims : un épisode d'une histoire plus longue dans l'aventure de l'Art Sacré.

Au lendemain de la seconde Guerre, des hommes d’Eglise éclairés comme le Père Marie-Alain Couturier militent pour la diffusion des ateliers d'Art Sacré, et émettent l’idée de faire appel à des artistes même non croyants : « Il vaut mieux, estimait-il, s’adresser à des hommes de génie sans la foi qu’à des croyants sans talent. » Car selon lui : « tout art véritable est sacré ».

— Chagall a déjà conçu en 1957 des vitraux pour l' église Notre-Dame-de Toute-Grâce du plateau d’Assy, en association avec Bonnard, Braque, Léger, Matisse et Rouault, .

— En 1957, Robert Renard, architecte en chef des Monuments historiques, qui travaille alors avec l'Atelier Simon-Marq à la restauration des vitraux détériorés ou détruits par la Seconde Guerre Mondiale, a le premier l'idée de faire appel à un artiste contemporain pour créer un vitrail dans une baie ancienne, et s'adresse au peintre Jacques Villon (l'aîné des Duchamp). Ainsi sont créées les cinq baies de la chapelle du Saint-Sacrement de la cathédrale Saint-Etienne de Metz (coté sud de la nef), sur le thème de l'Eucharistie, réalisées par l'atelier de Charles Marq. Cette première tentative incite Robert Renard à solliciter ensuite Marc Chagall pour deux fenêtres du déambulatoire nord de la cathédrale de Metz. A cette occasion, le maître-verrier Charles Marq met au point un verre plaqué ou doublé

—Jérusalem, 1960 : série de vitraux, vite qualifiés de chef-d'œuvre, des Douze tribus d'Israël pour la synagogue du Centre médical universitaire Hadassah. Ils sont disposés en couronne ; la figure humaine en est exclue. Voir https://www.youtube.com/watch?v=UoirjEu4P60

Sarrebourg :

  • 1974-1976 Chapelle des Cordeliers : La Paix ou l'Arbre de Vie par Marc Chagall.
  • 1978 : Vitraux latéraux et triforium
  • 1991-1992 : vitraux d'après les cartons de Charles Marq.

—Reims.

Derrière Marc Chagall, et en amitié avec lui, le maître-verrier Charles Marq (1929-1985) ; les aspects techniques du vitrail.

Cette partie est un patchwork des articles cités en sources. J'espère n'avoir trahi personne.

Les vitraux de Reims sont nés d'une véritable amitié qui s'est développée entre le peintre Marc Chagall et le verrier Charles Marq. Mais avant d'en arriver là, il faut parler de l'atelier de la famille de verriers de Reims, les Simon.

1. La famille Simon, maîtres-verriers de Reims depuis 1640.

En-effet, c'est rencontre Brigitte Simon, et en l'épousant en 1949 que Charles Marq découvre le domaine du vitrail avant de reprendre avec elle l'atelier de vitrail. Car Brigitte est la fille de Jacques Simon, héritier d'une longue succession de maître-verriers installés à Reims depuis Pierre Simon, qui signe en 1640 un "petit chef-d'œuvre de corporation", verre peint aux émaux créé d'après la Visitation de Dürer et toujours conservé dans l'atelier. Depuis, de père en fils (ou en fille), sur douze générations, chacun a eu à cœur de transmettre son savoir-faire. Au début du XXe siècle, Jacques Simon succéda à Paul Simon, construisit en 1926 l'atelier actuel de style Art Déco au 44 de la rue Ponsardin. Au lendemain de la Première Guerre Mondiale et de ses bombardements, c'est grâce aux frottis aquarellés relevés par son grand-père Pierre-Paul entre 1850 et 1872 sur les vitraux de la cathédrale qu'il peut travailler à leur restauration ( après avoir déposés en urgence en 1917 de retour du Front où il avait été blessé le maximum des fenêtres), tout en se consacrant à la restauration de nombreuses verrières de Champagne-Ardenne et à la création de vitraux pour les édifices religieux, comme le "vitrail du Champagne" de la cathédrale, des édifices civils (Bibliothèque Carnégie de Reims).

En 1973 Benoît Marq, le fils de Charles et Brigitte entre à l'atelier et en 1981, il en reprend les rênes et dirige l'entreprise avec sa femme Stéphanie qui en devient, en 1986, directrice générale. Ils poursuivent la tradition familiale avec en parallèle un travail de restauration de grands ensemble de vitraux du XIIe au XVIe siècles des cathédrales de France, la création personnelle et la réalisation de vitraux de peintres : Vieira Da Silva, Raoul Ubac, Diana Schor… Les créations se suivent comme à l'église de Villenauxe-la-Grande dans l'Aube (200 m2 de vitraux réalisés) où à celle de Le Chesne dans les Ardennes. En 2014, après 374 années d'existence, l'atelier rémois Atelier Simon-Marq est actuellement entré dans le giron de la société Port-Royal.

"A l'ombre proche de la Cathédrale, les murs qui abritent l'atelier SIMON MARQ restent un outil de travail unique: deux immenses pièces pour le dessin et l’accrochage dont les plafonds et la verrière de six mètres de haut permettent un travail à l’échelle 1, plusieurs pièces dédiées à la fabrication, un four, une cabine de gravure et une autre de sablage, et un dédale de caves où sont conservés tous les verres.

Car la qualité des œuvres provient aussi d’une sélection rigoureuse des verres et des colorations qui sont souvent fabriqués sur-mesure afin de pouvoir rendre toute la richesse et toutes les nuances des créations. L’atelier référence ainsi une collection enrichie au gré des collaborations successives avec de grands artistes - en particulier Marc Chagall - de plus de 1200 tons, et entrepose des réserves des verres originaux utilisés pour chaque œuvre, afin de pouvoir répondre à toute demande de réparation ou de restauration. Cette démarche lui a permis de constituer le plus vaste stock existant de verres anciens, dont la plupart ne sont plus fabriqués de nos jours."

2. Biographie de Charles Marq.

Charles Marq (Paris 1923-1985) avait d'abord préparé une licence de philosophie à la Sorbonne, s'était intéressé à la musique et comme chef d'orchestre, et amateur de musique de chambre avait fondé en 1945 avec Pierre Bonnard la "Société de Musique italienne" à Reims. C'est dire que, bien que fervent amateur de peinture, il ne connaissait que peu de chose de l'art du vitrail lorsqu'il rencontra sa future épouse Brigitte Simon en 1946. A ses cotés, il en découvrira toute la magie, et le couple décida de reprendre l'atelier familial. Après la réalisation de vitraux personnels à Reims, Rethel et Lyon, Charles Marq exécute à partir de 1956 des vitraux avec les peintres Jacques Villon, Roger Bissière et Marc Chagall pour la cathédrale de Metz, et c'est avec Jacques Villon qu'il grave en 1958 ses premières eaux-fortes.

En 1959, il rencontre Joseph Sima d'où naît une longue et profonde amitié.

En 1960, il présente au Musée des Arts décoratifs de Paris puis au Museum d'Art Moderne de New-York l'exposition sur les vitraux de Chagall pour Jérusalem. En 1963, il réalise à la demande de Marguerite et Aimé Maeght lui demandent en 1963 de réaliser les vitraux de Braque et de Ubac pour la chapelle de la Fondation Maeght à St Paul de Vence ; puis l'année suivante Jacques Lassaigne le met en contact avec Poliakoff et Vieira Da Silva. Grâce à cette dernière il rencontre Denise Renard qui fera en 1968 sa première exposition personnelle à Paris, autour de ses 12 aquatintes illustrant le poème de Claude Esteban "Celle qui ne dort pas".

Il a réalisé de nombreux vitraux avec des artistes comme George Braque, Raoul Ubac, Poliakoff, Vieira Da Silva et il réalisera tous les vitraux de Chagall jusqu'en 1985.

Il est nommé Conservateur du Musée National du Message Biblique Marc Chagall à Nice en 1972, ou il restera deux ans. Tout en poursuivant son activité de peintre verrier dans le cadre de l'atelier Jacques Simon, son oeuvre personnelle devient sa préoccupation essentielle et il s'y consacrera entièrement à partir de 1982. Il sera exposé régulièrement à partir des années 70 par la Galerie Jacob à Paris. Il travaillera un peu partout, mais surtout dans le sillage de Joseph Sima, des époux Maeght.

Brigitte Simon et lui reçoivent le Grand Prix National des Métiers d'Art en 1990

Au-delà des vitraux, Brigitte Simon et Charles Marq seront donc également des peintres. Mais aussi, comme le souligne leur fils Benoît, avec Jacques Simon, « ils ont tous trois eu cette aspiration commune de recherche du beau, comme une quête mystique et spirituelle de la pureté, excluant tout artifice. il y a dans cette famille une qualité de transmission du savoir-faire, mais aussi du savoir aimer, avec l'exigence ».
De Charles Marq, François Chapon écrivait qu'il avait « révolutionné l'art du vitrail. grâce à sa sensibilité d'interprète et à son approche inventive des matériaux, il a permis à Chagall, Braque, Sima, de trouver dans la transparence de la lumière, une façon d'exprimer leur génie ».

L'aventure avec Chagall.

C'est l'architecte en chef Robert Renard qui met en relation Charles Marq et Marc Chagall. A l'époque, Marc Chagall n'est pas très satisfait du travail accompli à l'église du plateau d'Assy. Il accepte de rencontrer le Rémois. « La connexion s'est faite aussitôt, remémore Stéphanie Simon-Marq. Chagall avait une grande affection pour Charles. Il l'appelait, « mon petit Charles ». C'était son fils spirituel ».

Le peintre dépose ses valises trois ans durant dans l'atelier, venant presque chaque jour surveiller le travail en cours. L'aventure avec Chagall qui a commencé en 1958 se poursuit jusqu'à la mort de l'artiste en 1985.

Charles Marq raconte :

« Rentré à l’atelier j’essayai la gamme de tons, cherchant désormais dans le verre cette souplesse, cette continuité de la lumière. Ainsi, peu à peu, je fus amené à faire fabriquer une gamme complète de verres plaqués qui permettaient une modulation à l’intérieur d’un même verre. Par la gravure à l’acide on obtient ainsi un dégradé de valeur dans un même ton jusqu’à l’apparition du blanc pur dans la couleur, cela sans l’intermédiaire de serti noir de plomb. Cette lumière, que l’on découvre, est pour moi la vie même du vitrail, car c’est le blanc qui fait vivre la couleur, la détermine, la définit, limitant le mélange optique et jouant en tout lieu le rôle de ton de passage comme le noir le fait par le moyen de la grisaille. D’après la maquette, première proposition du peintre, Chagall attend alors ma propre proposition, faite cette fois de verres et de plombs. Et lorsqu’il dit : «Maintenant, montrez-moi ce que vous savez faire!" c’est bien de l’exigence de la liberté qu’il s’agit, de cette fois dans nos pauvres mains, capables, si Dieu le veut, de laisser passer la création. Il nous montre humblement que son génie est plus grand que lui, si grand qu’il peut aussi habiter les autres. Comme j’admire cette manière au-delà de lui-même lorsqu’il arrive à l’atelier. Mon travail est là, vitrail dont chaque point le concerne mais dont il n’est pas encore responsable. Avec quelle force il entre dans cette réalité dispersée, balbutiante, squelettique. « Je prends tout », comme il dit, ne s’attardant pas à la critique, mais sachant qu’il peut faire siennes toutes ces formes, ces couleurs qui lui sont encore étrangères. Il harmonise les verres, examinant, corrigeant, ne touchant qu’à quelques points essentiels, amis avec une étonnante précision. Et peut-être son amour de la France tient-il profondément à cet esprit de clairvoyance qu’elle lui apporte dans l’irrationnel.

Maintenant, le vitrail est « à faire ». Le verrier, comme la terre d’Adam a façonné le verre, les masses, les formes possibles, le poids de couleur nécessaire, mais le vitrail est là comme un être sans vie attendant le premier souffle. (…) Chagall travaille alors sous nos yeux éblouis. Il entre dans l’atelier avec l’exactitude d’un artisan qui sait quel travail permet qu’il sorte quelque chose, quelquefois aussi avec la précision de ces funambules qu’il aime et qui,là-haut, volent dans l’apesanteur par la grâce d’un immense travail quotidien. Artisan trouvant la vie au contact des matériaux, comme au contact des fleurs, des poètes ou des pauvres hommes. Matériaux qui, dit-il, est un talisman,… toucher ce talisman est une question de sentiment. L’idée dit toujours trop ou trop peu et l’intellect, pour lui, est resté à la porte de l’atelier. Dans l’âme, il y a une intelligence, mais dans l’intelligence il n’y a pas toujours d’âme. Il peint. La grisaille, par le seul pouvoir de la valeur et du trait, lui permettant maintenant, de tout justifier… (…) Et dans ce va-et-vient incessant le vitrail prend naissance et trouve peu à peu sa forme. Il n’y a là ni sujet, ni technique, ni sentiment, ni même sensibilité…seulement un mystérieux rapport entre la lumière et l’œil, entre la grisaille et la main, entre l’espace et le temps… comme biologique, comme moléculaire, devenant visible en rythme, couleur, proportion. Et quand le verre sembla avoir reçu son poids exact de grisaille, sa juste quantité de vie, la main s’arrête comme tenue par une autre main. Mais toute forme qui n’a pas reçu tout le sang du peintre, meurt, se flétrit, se fane, se dissout. Ah, ce n’est pas le coloriage, çà ! Pas question de rouge et de bleu là-dedans…Trouvez votre couleur et vous avez gagné. La grisaille s’étend par nappes, par accents, ordonnant, orchestrant par la valeur, jusqu’à l’instant où se perçoit cette sonorité de la couleur-sensation. Lumière…Vous la tuez ou elle vous tue, ce n’est que cela. Lumière qui traverse directement l’œuvre à peindre, qui l’anime et la fait vivre, mais qu’il faut dompter, diriger, tenir prisonnière du verre, laisser vivre à sa juste place » ( Les vitraux de Chagall, 1957-1970 cité par V. Pintelon p.47-48)

Le verre utilisé : la verrerie de Saint-Just-sur-Loire.

Le verre utilisé à Reims par l'atelier Marq est fabriqué à partir de sable de la Loire provenant des verreries de Saint-Just à Saint-Just-sur-Loire (depuis 1972 commune de Saint-Just-Saint-Rambert au NO de Saint-Etienne). Il s'agit pour les vitraux de verres soufflés, seuls capables de diffuser vraiment la lumière et, par rapport aux verres industriels, de leur donner la vibration nécessaire.

Celui-ci sera donc d'abord plaqué, découpé puis peint à la grisaille et cuit au four.

La verrerie de Saint-Just, rattachée au groupe Saint-Gobain depuis 1948, a été créée en 1826 par ordonnance de Charles X, utilisant le sable de la Loire pour le silice, le charbon des mines voisines de Saint Etienne pour les fours de fusion et le transport fluvial pour assurer les débouchés commerciaux. En 1865, Mathias André Pelletier en devient propriétaire et spécialise la Verrerie dans le verre de couleur soufflé à la bouche de la Verrerie en 1865, reprenant ainsi l’art du verre soufflé de France, de Suisse et de Bohème, art qui sera transmis de père en fils : les verriers soufflent de grands "manchons" (grandes bouteilles) qui sont ensuite aplanis pour devenir de véritables feuilles de verre. Par ses recherches Mathias André Pelletier ressuscite la splendeur des exceptionnels rouges et bleus des vitraux du Moyen-Âge et crée de nouvelles gammes de couleurs qui composent la collection la plus complète au monde. La Verrerie devient vite la référence pour les restaurations de vitraux de cathédrales et de châteaux dans toute l’Europe. 1937 est l'année de la création de la dalle de verre couleur pour l’artiste Auguste Labouret. La Verrerie de Saint-Just est devenue en Europe, le fournisseur de référence des verres et vitraux des bâtiments historiques dans le domaine de la restauration d’art.

Certains des verres utilisés par Charles Marq ont été réalisés spécialement à sa demande.

La technique utilisé : le verre plaqué ou doublé.

Charles Marq a retrouvé une technique utilisée par les verriers du Moyen-Âge et de la Renaissance , le verre plaqué (ou doublé). Il a d'abord été utilisé par ces derniers pour résoudre une difficulté technique : le verre rouge, lorsqu'il est aussi épais que les autres verres, apparaît si sombre qu'il est presque noir. Ils ont donc plaqué un verre rouge très fin sur un verre blanc d'épaisseur habituelle. Puis, ils ajoutèrent une autre technique, la gravure de ce verre rouge très fin, pour y dessiner des motifs blancs (lignes, pastilles rondes). Quoique cela concerne essentiellement alors le verre rouge, on connaît des verres plaqués et gravés d'autre couleurs (bleu notamment). L'inconvénient est que ce verre fin ancien étant plus fragile aux altérations est attaqué par la corrosion acide, faisant apparaître des mouchetures ou des plages blanches involontaires.

L'intérêt de cette technique est de disposer, dans une pièce de verre sertie de plombs et qui est d'habitude obligatoirement d'une seule couleur, de motifs blancs, ou jaune lorsqu'ils sont rehaussés d'un émail au jaune d'argent en évitant ainsi l’assemblage de plusieurs morceaux et la présence des plombs d’assemblage. Le verre est ainsi composé de deux couches différentes, l'une est fine (3/10° de mm sur les 3 mm d'épaisseur totale) et coloriée alors que l'autre est blanche ou légèrement teintée et assure la solidité.

Le verre coloré peut être diminué dans son épaisseur soit par gravage à la meule d'émeri, soit à l'époque moderne au jet de sable ou par attaque à l'acide fluorhydrique, ce qui permet de moduler la teinte en diverses modalités : les ateliers Marq font la gravure à l'acide. On peut, en faisant varier l'épaisseur de la gravure, obtenir des variations d'intensité de couleur et donc des modelés que, dans le procédé traditionnel on obtient avec des touches de grisaille. On peut même supprimer complètement le verre de couleur par endroits.

La verrerie de Saint-Just fabrique l'Art Glass Plaqué, de 2,5 à 5 mm d'épaisseur, qui doit sa particularité à la fine couche d'émail de couleur déposée sur une base de verre soufflé clair ou de couleur. C'est cet émail qui peut ensuite être gravé. Le miroitement et la brillance exceptionnelle de ce verre sont obtenus grâce aux oxydes utilisés.

Document © verrerie de Saint-Just dont le site en lien montre la palette de la cinquantaine de coloris proposée :

Croquis, dessins, maquettes: les étapes de la réalisation du vitrail.

  1. Chagall réalise des petits croquis en noir et blanc au crayon ou à l'encre de Chine au pinceau,

  2. Dessins préparatoires à l'encre de Chine, lavis, plume et crayon, avec déjà des indications d'ombre et de lumière,

  3. esquisses à la gouache et à l'aquarelle où apparaît la couleur, et décidant du rythme général des plombs.

  4. Maquettes où les masses de couleurs s'organisent selon le mouvement de papiers découpés, de gaze teintée et d' étoffes collées. Dans les grandes maquettes, qui serviront pour la construction générale de la mise au plomb, les rythmes et les couleurs sont établis, mais l'emplacement des plombs n'est que suggéré, restant de la compétence du verrier.

  5. Intervention de Charles Marq, interprète du peintre. Il s'assure auprès de la verrerie Saint-Just de la préparation des échantillons de verre correspondant au spectre chagallien. Il entreprend la mise au plomb générale et reporte le dessin sur le verre pour procéder à sa découpe.Puis vient le carton à grandeur d’exécution, déterminant le tracé des plombs que Chagall considérait comme « les os » de la verrière, la grandeur des verres à découper et les valeurs colorées aux tonalités chaudes et froides. Chaque plomb épouse sensuellement les formes des personnages et donnent à l’ensemble une harmonie secrète

  6. Nouvelle intervention de Chagall qui doit se réapproprier son œuvre. À la lumière, devant la fenêtre, commence alors un long travail de révision, Chagall travaillant à exalter la couleur et à libérer la lumière, faisant reprendre plusieurs fois certaines parties, discutant et justifiant chaque plomb et chaque verre pour exalter la couleur et libérer la lumière. C'est le vrai travail de peinture sur verre : usage de la grisaille, l'émail brun, noir ou gris étant travaillé par des coups de brosse, de griffes, de piqûres en tons de noirs opaques, de gris transparents et d'espaces de lumière crue ; usage du jaune d'argent avec ses tons jaune pâle à orangé sur les fonds blancs, vert brillant sur le verre bleu ; recours à la gravure en grattant les plaques colorées et les affinant, ici et là, par une application d'acide. La gravure permet ainsi d'éclairer la couleur, comme la peinture sur verre permet de lui donner une ombre.

  7. Charles Marcq entreprend la mise au plomb générale.

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Ré-examiner le vitrail selon ces données techniques.

Je reprends, après avoir acquis ces notions techniques, n'importe laquelle des vues de détail pour y appliquer ces découvertes. Prenons par exemple celui-ci :

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Le réseau des plombs montre combien il participe à la dynamisation du dessin, entraînant chaque pièce dans un mouvement d'ensemble, et on peut passer un long moment à se laisser porter par cette animation des lignes.

En me livrant à cet examen, je découvre aussi la signature Marc Chagall Reims 19.. du coin inférieur gauche.

L' aile droite, le corps de l'oiseau et sa queue sont taillées dans trois pièces vert clair, mais la couleur a été ôtée en grande partie par l'acide ; le vert restant, loin d'être homogène, a été atténué par des passages plus légers qui tracent des sortes de vermicules. Quelques traits à la grisaille sombre structurent le corps, et une grisaille plus pâle vient nervurer l'aile. La pièce de la tête semble blanche, mais elle est ourlée de bleu, ce qui ne peut être obtenue qu'en étant parti d'un verre entièrement bleu et largement décoloré par l'acide fluorhydrique ; l'œil est fait d'une tache de grisaille, mais le peintre a aussi tracé un réseau grus clair et un trait pour la bouche. L'aile gauche est violette, mais comment ce violet a-t-il été réalisé ? J'examine les autres pièces teintées de violet du panneau, et je constate que cette teinte est toujours associé au bleu : le verrier n'a pas utilisé un verre violet, mais il a (sans-doute) appliqué un émail rouge ou rose sur le verre bleu.

De même, la tache jaune orangée de l'épaule droite du personnage n'est pas cernée de plomb, ce n'est pas un verre jaune, mais un verre bleu qui a été blanchi à l'acide puis peint au jaune d'argent et veinuré de grisaille.

Chaque verre fait l'objet d'un travail très complexe, comme le révèle un très gros plan du visage d'Abraham :

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Enfin, pour apprécier les choix techniques effectués, je placerai ici en comparaison la vue d'un panneau du vitrail voisin, réalisé en 2011, également par l'atelier Simon Marq et par l'atelier Duchemin de Paris sur un carton du peintre Imi Knoebel : le verre ne vient pas de la verrerie Saint-Just mais d'une verrerie allemande, il n'y a pas de peinture des verres en grisaille, pas d'application de jaune d'argent, pas de gravure du verre, et les pièces sont des monochromes bleues, rouges ou jaunes. Enfin le dessin est purement abstrait.

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Note : les critiques sont non seulement admises, mais elles seront accueillies avec gratitude.

Sources et liens.

PINTELON (Véronique) 2004 Les conditions artistiques, administratives et historiques de la réalisation des vitraux de Marc Chagall à la cathédrale de Reims http://www.cathedrale-reims.culture.fr/documents/chagall-pintelon.pdf

MARTEAU (Robert) 1971 Les vitraux de Chagall 1957-1970, Postface de Charles Marq, chez A.C Mazo éditeur, Paris.

PARDOUX (Pierre) De quelques considérations sur la technique du vitrail,http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/34409/ANM_1984_192.pdf?sequence=1

http://www.lunion.presse.fr/article/culture-et-loisirs/atelier-simon-marq-lart-du-vitrail-de-pere-en-fils

http://www.lunion.presse.fr/article/autres-actus/brigitte-simon-et-charles-marq-hommage-a-deux-etres-%C2%AB-solaires-%C2%BB

http://www.britishpathe.com/video/marc-chagall-works-on-a-series-of-stained-glass-wi

— A propos de Charles Marq et de son atelier:

- Les grandes familles de verriers http://www.lexpress.fr/informations/les-simon_649306.html

-biographie : http://galeriesabinepuget.com/old/artistes/marq_bio.php

- Articles de l'Union L'ardennais

- http://www.cathedrale-reims.culture.fr/vitraux-marc-chagall.html

- http://www.franceinter.fr/dossier-marc-chagall-la-tapisserie-de-verre

- http://www.limousin.culture.gouv.fr/IMG/pdf/plaquette_internet_voutezac-2.pdf

- http://www.gaumontpathearchives.com/indexPopup.php?urlaction=doc&langue=EN&id_doc=218544

http://www.ateliersimonmarq.com/public/site/parutions/131201%20geo%20magazine/

131201%20ASM-%20Geo-Magazine.pdf

-https://franckjegou.wordpress.com/tag/atelier-simon-marq/

— Site de la verrerie de Saint-Just : http://www.saint-just.com/fr

— Chagall à Metz ; http://espacetrevisse.e-monsite.com/pages/mes-travaux-personnels-notes-etudes/vitraux-chagall-a-metz.html

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Published by jean-yves cordier - dans Chagall Arbre de Jessé Vitraux
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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 20:19

La verrière de l'Arbre de Jessé de la cathédrale Saint-Gatien de Tours, ou baie 202 (vers 1250-1275).

Voir sur ce thème :

Les sculptures :

Et les vitraux :

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Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

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Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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PRÉSENTATION.

La baie 202 appartient aux quinze baies hautes du chœur, (baies 200 à 214), et parmi celles-ci aux quatre baies du rond-point (201 à 204) qui entourent la Passion de la baie d'axe 200. Elles datent du 3e quart du XIIIe siécle, et leur réseau s'inspire des formes de la Sainte-Chapelle de Paris (1243-1248). Les baies sont conçues à  assez grande échelle, (six registres par lancettes) avec des personnages peu nombreux et ainsi adaptées à leur éloignement du sol, car la voûte du chœur culmine à 34 mètres. Trois baies donnent des indications temporelles par leur signatures. La baie 201 fut offerte par Geoffroy Freslon, évêque du Mans de 1258 à 1270. La baie 203 mentionne "Jacques évêque de Nantes",  or Jacques de Guérande , ancien doyen de Tours fut évêque de 1264 à 1267. La baie 213 porte les armoiries de Vincent de Pirmil, archevêque de Tours de 1257 à 1270. Cette fourchette de 1258 à 1270 correspond à la fin du règne de Louis IX (Saint Louis), une dizaine d'année après la septième croisade, lors de la reconstruction du chœur par Étienne de Mortagne entre 1236 et 1279 : le chevet est achevé en 1267, permettant alors que les reliques de Saint Maurice (la cathédrale portait alors son nom) y soient transférées. Les verrières sont peut-être dues à un certain "Richard le Vitrier" (Richardi Vitrarii), mentionné sur un rôle des cens payés pour l'occupation des maisons situées dans le cloitre. Il y est voisin de l'architecte Étienne de Mortagne et d'un certain Mathei le Cortepoinctier, que nous allons retrouver.

 Depuis l'exemple de Suger qui plaça, en 1244,  le vitrail de  l'Arbre de Jessé dans la chapelle axiale dédiée à la Vierge, à coté du vitrail de l'Enfance du Christ, toutes les cathédrales placèrent  Jessé sur l'axe médian de l'édifice, à la première ou seconde place à coté de  la Vierge ou du Christ : Chartres vers 1150, Soissons en 1212, Angers vers 1230,  le Mans en 1235, Beauvais en 1240,  Amiens en 1242. 

 

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A Tours, les cinq verrières du rond-point forment un ensemble honorant les personnages religieux de tout premier plan pour les chanoines de la cathédrale. Au centre, la baie 200 est consacrée à la Passion :  elle est encadrée à droite — au sud — par la verrière de Jessé, et à gauche, par la baie 201 consacrée à saint Maurice, premier patron de la cathédrale. Le rond-point s'achève à droite par la baie 204 de la Vie de saint Martin, et à gauche par la baie 203 de la Vie de saint Pierre.

La baie 202 dite Verrière de l'Arbre de Jessé et de l'Enfance du Christ, comporte trois lancettes trilobées et un tympan à 3 trilobes. Elle mesure 10,50 m de haut et 2,40 m de large. Au dessus d'un registre inférieur où sont présentés les drapiers donateurs, l 'Arbre de Jessé occupe la lancette centrale, et son tronc né de la poitrine du patriarche allongé s'élève en quatre mandorles occupées successivement par deux rois de Juda, la Vierge, et le Christ. Les deux lancettes comportent chacune six médaillons hexagonaux. Le fond général de toute la verrière est rouge,  mais le fond des médaillons et mandorles est bleu. Un trait blanc souligne le montage des formes géométriques hexagonales et ovales.

  La grande originalité de la verrière de Tours est de placer, latéralement à cette présentation de la royale généalogie de Jésus, non des prophètes développant des références avec l'Ancien Testament (Saint-Denis, Chartres, Soissons, Beauvais), mais des scènes de la Vie de Marie (Annonciation, Visitation, Annonce aux bergers, Nativité, trois scènes des Mages, Présentation au temple, Massacre des Innocents, Fuite en Égypte) montrant comment la Vision prophétique de Jessé se réalise  dans les épisodes trouveront leur accomplissement dans le Sacrifice du Christ. La seule référence franche à l'Ancien Testament se trouve dans le tympan, avec le Sacrifice d'Abraham, mais en réalité, dans l'Évangile de Matthieu et dans les évangiles apocryphes, les épisodes de la vie de Jésus et de Marie servent à renvoyer à des citations prophétiques, notamment d'Isaïe. La verrière a pu être considérée  comme un livre d'images pour illettrés, destiné aux fidèles, (quoique ceux-ci n'avaient pas accès au chœur), mais en réalité elle est bien trop haute pour leur être accessible. C'est plutôt un "power point" extrèmement savant, la synthèse d'une pensée théologique sur l'accomplissement des textes prophétiques par le Christ et sur la place de la Vierge ( par son Immaculée Conception) dans le plan du Salut, un exposé que l'on a voulu sacraliser en l'inscrivant sur le verre, traversé par la lumière solaire c'est à dire à l'irradiation divine.

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La baie 202, plan du chœur, cathédrale de Tours, annoté d'après plan Wikipédia.

La baie 202, plan du chœur, cathédrale de Tours, annoté d'après plan Wikipédia.

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REGISTRE INFÉRIEUR. LES DONATEURS.

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Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Matthieu le Cortepoinctier, Donateur.

 

Cette verrière est signée : Matth. D. dat. ist. vit. m(l) .

Transcription : Matheus de..dat istam vitram, "Matthieu D. donna cette verrière".

Ce Matthieu est coiffé d'un court bonnet et vêtu d'un manteau à capuchon dont la manche, non enfilée, retombe en laissant apparaître sa doublure, peut-être fourrée. Il peut s'agir en fait d'un chaperon.

On a suggéré que ce donateur pouvait être Mathei le Cortepoinctier, qui occupait l'une des maisons situées dans le cloître de la cathédrale à coté de l'architecte Étienne de Mortagne et d'un verrier, Richard le Vitrier. Selon Salmon, "Bourassé et Manceau ont vu des marchands pelletiers dans les personnages du panneau placé entre les deux donataires : c*est cependant bien une étoffe rouge à raies jaunes, noires et blanches que les marchands mesurent. Le compartiment supérieur du panneau est moins explicite, mais on y reconnatt encore plutôt une étoffe blanche qu'une fourrure. Il en résulte que le donataire Mathieu appartenait plutôt à la corporation des courtepointiers, qui vendaient des étoffes piquées et brodées, qu'à celle des pelletiers, et qu'ainsi notre attribution offre la plus grande probabilité. "

Pour Godefroy, dans son Dictionnaire, le cou[r]tepointier est simplement « celui qui fabrique des coutepointes », celles-ci étant « des couvertures de lit ouatées et piquées » (nom composé de coute ""lit de plume, couette", mais le terme désignait aussi celui qui les vend. La communauté des Maître-Marchands Courtepointier, Neustrés et Coustiers fut réunis en 1636 à celle des tapissiers , et auparavant, le terme englobait les marchands de tapisserie, ou plus généralement les marchands de "meubles de tissus", le tissu d'ameublement.  Aujourd'hui, "le courtepointier ou la courtepointière coupent et cousent des tissus de différentes sortes pour confectionner des décorations d'intérieur: rideaux, tentures, couvre-lits, stores, nappes, ainsi que des duvets, des coussins ou des housses de matelas. Le courtepointier ou la courtepointière travaillent généralement assis ou debout pour la coupe de grandes pièces de tissus. Dans des ateliers de décoration, ils collaborent au sein de petites équipes composées d'un décorateur ou d'une décoratrice d'intérieurs et deux ou trois collègues." (Wikipédia)

https://archive.org/stream/achivesdelartfr00chengoog#page/n332/mode/2up/search/cortepoinctier

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le donateur Mathieu, Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

le donateur Mathieu, Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Les drapiers et pelletiers ou fourreurs.

1. Drapiers.

En bas, deux artisans mesurent une toile rouge à rayures bleu et jaune à l'aide d'une aune (une règle mesurant quatre pieds), tandis qu'un personnage ( une femme ?) vêtu d'une cape lui recouvant la tête semble diriger l'opération par un signe de la main.

Au Moyen Âge, cette profession était exercée entre autres par de riches bourgeois. Ceux-ci organisent la production du tissu en contrôlant plus ou moins toute la filière de production textile " (Wikipédia) 

Ces panneaux peuvent être comparés à ceux de Chartres  de la baie n°5 ou verrière de Jacques le Majeur qui sont si proches qu'ils semblent avoir servis de modèles. 

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Chartres_-_Vitrail_de_l%27histoire_de_la_vie_de_saint_Jacques_le_Majeur_-_Drapiers.JPG?uselang=fr

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/05_vitrail_vie_st_jacques_majeur/scene_02.php

2. Fourreurs.

En haut, un artisan présente une étoffe à un couple. La femme, au premier plan, est coiffée d'un touret. Elle tend ou palpe le tissu de la main gauche et semble donner son accord de la main droite. Les vêtements et coiffure du couple correspondent à ceux portés par les deux donateurs latéraux, ce sont donc eux qui sont représentés négociant dans les échopes d'un drapier puis d'un fourreur.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Chartres_-_Vitrail_de_l%27Histoire_de_saint_Jacques_le_Majeur_-_Fourreurs.JPG?uselang=fr

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/05_vitrail_vie_st_jacques_majeur/scene_01.php

La pièce de fourrure est sans-doute une pièce de vair (écureuil petit-gris), et le motif qui  symbolise cette étoffe est proche du motif héraldique du "vair".

On peut penser qu'à coté du courtepointier Matheus et de son épouse Dionisia, les drapiers et les pelletiers  ont participé à la donation du vitrail.

 

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Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

La donatrice Denise . 

Inscription  DIONISIA : UXOR :  SUA ; "Denise son épouse".

La femme est coiffée du touret, noué sous le menton. Comme son époux, elle lève vers l'axe central et le sommet de la verrière ses deux mains jointes qui se détachent en clair sur une masse sombre et ronde correspondant soit à un objet, soit à la mise en plomb.

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La donatrice Denise, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

La donatrice Denise, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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DEUXIÈME REGISTRE ; JESSÉ.

  • Annonciation
  • Le Songe de Jessé
  • Visitation

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2e registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

2e registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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L'Annonciation.

La scène se limite à l'essentiel : l'ange Gabriel tendant la main, un phylactère, la Vierge inclinant la tête. Dans le fond bleu, cinq couleurs : rouge, blanc, vert, jaune, vieux rose.

Source :

Verrière de l'Enfance de Jésus à Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_01.php

Verrière de la Vie de la Vierge à Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/28b_vitrail_vie_vierge/scene_13.php

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Annonciation, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Annonciation, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Le Songe de Jessé.

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L'ancêtre de la lignée des rois de Juda est représenté selon un schéma constant depuis le vitrail de Suger à Saint-Denis : allongé ou plutôt adossé sur des coussins en décubitus latéral droit, enveloppé dans un manteau rouge, sous une lampe témoignant du fait qu'il ne dort pas, mais qu'il songe. Le tronc de l'Arbre qu'il voit dans ce songe s'élève, très droit, depuis ce qu'il est convenu d'appeler sa hanche.

Jessé à Chartres : http://a403.idata.over-blog.com/3/43/88/27/epigraphie-tilde/chartres/vitraux/arbre-de-Jesse/arbre-de-Jesse-6784c.jpg

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Jessé songeant, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Jessé songeant, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Visitation.

Plus encore que dans l'Annonciation, le récit est réduit à l'essentiel, deux femmes nimbées dont l'une tient un livre sur son ventre et l'autre tend les bras pour étreindre sa voisine. Cela suffit, ces formes codées renvoient au récit de la Visitation dans l'Évangile de Luc Lc 1:39-45.

Notons que la fête liturgique de la Visitation fut établie  par saint Bonaventure pour les franciscains en 1263, dans les années où fut crée ce vitrail.

Source : Chartres, verrière de l'Enfance du Christ :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_02.php

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Visitation, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Visitation, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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TROISIÉME REGISTRE. 1er ROI DE JUDA.

  • Annonce aux bergers.
  • 1er Roi de Juda.
  • Nativité

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3e registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

3e registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Annonce faite aux bergers.

Un ange sort des nues et tend un phylactère à un berger coiffé d'un chaperon. Ses moutons et sa chêvre paisent à ses pieds. Un personnage chenu, appuyé à une canne correspondrait d'avantage à Joseph.

Le modèle semble être la verrière de la Vie de la Vierge de Chartres.

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/28b_vitrail_vie_vierge/scene_16.php.

Voir aussi la verrière de l'Enfance du Christ de Chartres:

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_04.php

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Annonce aux bergers, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Annonce aux bergers, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Roi de Juda (David)

Rien n'indique ici qu'il s'agit de David fils de Jessé et premier roi de cette dynastie. Ce roi couronné et barbu se tient aux rameaux de l'Arbre, et ses pieds y prennent également appui. Manteau lie-de-vin à rever jaune, robe verte.

Comparer avec le 1er roi de l'Arbre de Jessé à Chartres :

http://a54.idata.over-blog.com/3/43/88/27/epigraphie-tilde/chartres/vitraux/arbre-de-Jesse/arbre-de-Jesse-6785c.jpg

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Roi de Juda, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Roi de Juda, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Nativité.

Là encore, le modèle semble pris à la verrière de la Vie de la Vierge de Chartres, avec inversion du carton ou du dessin copié.

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/28b_vitrail_vie_vierge/scene_15.php

La Vierge est allongé, mais lève le bras vers le berceau de son Fils. Celui-ci a été placé sur un support en arche ; il est réchauffé par le souffle du bœuf et de l'âne. Joseph est appuyé sur sa canne, mais il est plus dynamique que sur le modèle chartrain et berce aussi l'enfant. 

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Nativité, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Nativité, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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QUATRIÈME REGISTRE. 2e ROI.

  • Les Mages devant Hérode.
  • 2ème Roi de Juda.
  • Voyage des Mages.

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3e registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

3e registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Les Mages devant Hérode.

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Sources :

Verrière de l'Enfance du Christ à Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_05.php

Verrière de la Vie de la Vierge de Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/28b_vitrail_vie_vierge/scene_18.php

Saint-Denis :Grodecki page 41 : 

https://books.google.fr/books?id=N4gj5jFFAIgC&pg=PA151&lpg=PA151&dq=%22mages+%22+vitrail&source=bl&ots=XjSY-OYvbJ&sig=3dsIqWGWXJVsYWa3Tb3UwBgppC8&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiRoOm_yaTNAhVHtBoKHRM7C4E4ChDoAQhBMAg#v=onepage&q=%22mages%20%22%20H%C3%A9rode&f=false

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Les mages devant Hérode, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Les mages devant Hérode, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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2ème Roi de Juda (Salomon).

Ce roi est identique au précédent, exception faite de la position du bras droit et des teintes des vêtements. On tend à y voir Salomon, fils de David, petit-fils de Jessé.

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Roi de Juda, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Roi de Juda, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Voyage des Mages chevauchant.

Les trois mages se guident sur l'étoile (non figurée ici) dans leur chevauchée. 

A Saint-Denis (panneau perdu remplacée par une chevauchée de Gérente au XIXe), et à Chartres, ils sont représentés à pied :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_07.php

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Voyage des Mages, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Voyage des Mages, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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CINQUIÉME REGISTRE. LA VIERGE.

  • Adoration des Mages.
  • La Vierge.
  • Présentation au Temple.

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Cinquième registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Cinquième registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Adoration des Mages.

Sources : Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/verrieres_hautes/vh_114/lg_03.htm.

Adoration des mages, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Adoration des mages, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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La Vierge.

La Vierge, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

La Vierge, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Présentation de Jésus au temple.

Sources :

Verrière de l'Enfance du Christ de Chartres:

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_09.php

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Présentation au Temple, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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SIXIÈME REGISTRE. LE CHRIST.

 

Sixième registre,  baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Sixième registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Le Massacre des Innocents.

Source : comme les précédents, cette scène   est ici simplifiée pour se réduire à une sorte d'emblème ou de signe de reconnaissance renvoyant le chanoine placé dans le chœur à un corpus scripturaire bien connu. On ne voit ici que deux soldats d'Hérode et deux enfants, sns décor architectural, et les mères ne sont pas figurées. Comparer avec :

Verrière de l'Enfance du Christ à Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_10.php

Verrière de la Vie de la Vierge à Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/28b_vitrail_vie_vierge/scene_20.php

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Massacre des Innocents,  baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Massacre des Innocents, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Le Christ.

La comparaison avec l'Arbre de Jessé de Chartres montre, là encore, une simplification, puisque l'artiste n'a conservé que trois des sept colombes symbolisant les Dons de l'Esprit renvoyant au verset d'Isaïe 11:2. Par contre, le Christ tient ici un livre dans la main gauche.

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/49_vitrail_arbre_jesse/scene_06.php.

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Le Christ,  baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Le Christ, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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La Fuite en Égypte.

Sources :

Verrière haute de Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/verrieres_hautes/vh_114/ld_03.htm

Verrière de l'Enfance du Christ à Chartres:

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_11.php.

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Fuite en Égypte, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Fuite en Égypte, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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LE TYMPAN.

Les trois médaillons montrent trois scènes du Sacrifice d'Abraham : Isaac, en haut, porte le bois de son propre sacrifice (comme Jésus portera la Croix). Abraham, à droite, lève l'épée sur son fils Isaac ligoté sur le bûcher. L'ange, à gauche, désigne au patriarche le bélier qui va se substituer à l'enfant.

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Tympan, Sacrifice d'Abraham,  baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Tympan, Sacrifice d'Abraham, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm4/eg_StGatien_c.htm

http://professor-moriarty.com/info/fr/sec/vitraux/p%C3%A9riode-avant-19%C3%A8me-si%C3%A8cle/cath%C3%A9drale-tours-arbre-jess%C3%A9-cath%C3%A9drale-tours

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Tours/Tours-Saint-Gatien_v4.htm

https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle/Cath%C3%A9drale

— BOURASSÉ (Abbé Jean Jacques ), 1849, Verrières du choeur de l'église métropolitaine de Tours : dessinées et publiées par J. Marchand,... Texte par MM. Bourassé et Manceau, Paris : Vve Didron ; et Tours : l'auteur, 1849.

SALMON, , "Documents sur quelques architectes et artistes de l'église cathédrale de Tours," Mémoires de la Société archéologique de Touraine: Série in 80, Volumes 3 à 4, 1847, pp. 130-135

ou Archives de l'art français, tome II par Philippe de Chennevières, 1852-1853, pages 322-323 ;

— GRODECKI (Louis), PERROT (Françoise), 1981,  Les Vitraux du Centre et des pays de la Loire, Corpus vitrearum. France. Série complémentaire, Recensement des vitraux anciens de la France II, Centre national de la recherche scientifique

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Published by jean-yves cordier - dans Arbre de Jessé
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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 07:55

Le vitrail de la Vigne de Jessé et la Vie de Marie (1466) à l'église Saint-Dominique de Vieux-Thann (Haut-Rhin).

Voir aussi :

La peinture murale du calendrier liturgique circulaire médiéval (vers 1320) de l'église de Vieux-Thann (Haut-Rhin).

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J'ai étudié dans ce blog 36 Arbres de Jessé, mais jamais je n'en n'avais rencontré un semblable à celui de Vieux-Thann, dans lequel les rois de Juda et les prophètes cèdent la place à six scènes de la Vie de la Vierge, et où les tiges et branches de l'arbre sont remplacées, au cœur du vignoble de Rangen, par des sarments de vigne.

Les sculptures :

Et les vitraux :

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Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

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INTRODUCTION.

Adossée à Thann, située à la sortie de la vallée de la Thur au niveau de son débouché sur la plaine d'Alsace par le cône de déjection de l'Ochsenfeld, Vieux-Thann se situe dans le vignoble de Rangen. Le Rangen est le plus méridional des grands crus d'Alsace. Montaigne en faisait déjà l'éloge :

  « Vinsmes souper à Tane, quatre lieues, première ville d’Allemagne, sujette à l’empereur, très belle. Lendemain au matin, trouvâmes une belle et grande plene, flanquée à main gauche de coutaux pleins de vignes, les belles et les mieux cultivées, et en telle estendue que les Guascons qui estoient la disoint n’en avoir jamais veu tant de suite. ».

"L'église Saint-Dominique de Vieux-Thann est l'un des plus anciens sanctuaires mariaux d'Alsace, fondée en 991 par l'évêque de Strasbourg. Elle était réputée en tant que lieu de pèlerinage de la confrérie des Ménétriers, des tisserands et des vignerons de Haute Alsace. L'édifice dispose de deux vitraux remarquables : celui de la baie axiale du chœur, dont la partie haute représente la Passion du Christ sous les armes d'Autriche, des Ferrette et de Bourgogne et celui de la Vierge ou de l'Arbre de Jessé (1466), sans doute le plus beau d'Alsace. Le chœur abrite une custode murale du XVe siècle servant de tabernacle. Mais le Saint-Sépulcre, en grès jaune, l'un des plus beaux d'Alsace, est le joyau de l'édifice.

Un plan daté peut être consulté dans l'église. "

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DESCRIPTION .

 

 

La verrière de 4,00 m de haut et 1,20 m de large a été offerte en 1466 en l'honneur de la Vierge Marie par Jean Müller, prévôt du chapitre de Thann et par Nicolas Wolffach, curé de Thann, après l'achèvement de la seconde reconstruction de l'église en 1444-1445. La baie, initialement à deux formes séparées par un meneau et sommées d'un trilobe a été transformée au 19e siècle (?) en une fenêtre à une forme et au sommet en arc brisé; La verrière a été restaurée en 1873 par Petit-Gérard, réparée  en 1924 par Ott Frères, déposée pendant la Seconde Guerre Mondiale et restaurée en 1945. La bordure à fleur d'églantier est moderne. C. Block a publié le schéma de l'état de conservation, globalement excellent des verres, signalant ceux qui ont été remplacés, comme le visage de saint Étienne.

 Elle se présente dans l'église de Saint-Dominique sous l'aspect de huit panneaux rectangulaires et de deux panneaux terminés en forme.  Au-dessus des donateurs, six scènes de la Vie de la Vierge s'inscrivent dans l'enroulement des sarments de vigne, jaillis de la poitrine de Jessé : Naissance de la Vierge et Annonciation ; Nativité et Adoration des Mages ; Dormition de la Vierge et Couronnement 

 

Baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

 Baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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PARTIE INFÉRIEURE : LES DONATEURS.

Les deux donateurs et leur patron sont tous tournés vers  l'extérieur, ce qui est incohérent et fait supposer que ces deux bases des lancettes ont été interverties (celle de droite était à gauche et réciproquement). C. Block a reconstitué sur le papier la verrière logique, et a constaté que cette disposition satisfaisait alors aussi d'autres exigences, comme celles des points de fuite qui sont doubles et divergents actuellement, alors qu'ils se confondraient en un seul, central, sur l'axe médian. 

 

 

 Baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

1. Panneau de gauche. Jean Müller présenté par saint Étienne.
 Jean Müller, prévôt de la collégiale de Saint-Thiébaut à Thann, est présenté par saint Étienne, premier martyr.

Un prévôt est un titre hiérarchique équivalent au terme de doyen : il s'agit  de la première dignité dans le cas du chapitre d'une cathédrale ou d'une collégiale.


Un phylactère porte l'inscription suivante en lettres gothiques et avec abréviations par tildes :


Maria.ma~r. gr~e. Mater.

misericor~ie

–Transcription : Mater maria gratiae Mater misericordiae

–Traduction : "Marie Mère de grâce Mère de Miséricorde.

La bande inférieure porte le texte suivant : 

M.Johañes müller. Ppsit9. Ecc[l]e s~ti theobaldi . Año . Dñi. Lxvi /

Transcription :Johannes Müller praepositus ecclesia sancti theobaldi . Anno 1466. 

Traduction : "Jean Müller prévôt de l'église Saint Thiébault 1466."

Jean Müller avait été le dernier prévôt du chapitre de Saint-Amarin (Haut-Rhin), que le concile de Bâle transféra à Thann, le 30 juin 1442 ; il fut le premier de Saint-Thiébaut et présida celui-ci l’espace de vingt-sept ans . En tête de son nom se trouve un petit écusson d’argent, timbré de sa lettre initiale M de sable en caractère majuscule gothique. 

Les deux chanoines se partagent les versets du Maria, mater gratiae, l'est l'hymne traditionnel pour le petit office de la Sainte Vierge Marie pour les Petites Heures  des Heures canoniales : les deux chanoines devaient les réciter régulièrement.

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Jean Müller présenté par saint Étienne, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Jean Müller présenté par saint Étienne, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Nous avons ici une belle illustration de la douillette  aumusse canoniale :  

Originairement, elle est une coiffure-capuchon de fourrure descendant de la tête sur les épaules. Supplantée comme coiffure par la barrette, elle se mettait généralement sur les épaules quand on pouvait se couvrir de la barrette ; on l'ôtait des épaules et on la mettait sur le bras gauche quand on devait se lever. Presque disparue, elle était très répandue jusqu'à la fin du xviiie siècle. Elle se portait avec le surplis, soit toute l'année, soit l'été seulement, au lieu de la chape choraled'hiver.

Elle se porte encore en hiver, dans certains chapitres cathédraux, au nord des Alpes, où elle a pris la forme d'une courte pèlerine de fourrure, analogue à la mosette ou au camail, agrafée sous le menton et munie d'un petit capuchon.

 

L'aumusse est seulement en vair - blanc nuancé de gris -, en petit-gris, ou en fourrure noire ou brune, l'hermine ou les autres fourrures blanches n'étant pas admises car considérées comme marques des dignités supérieures. De son bord inférieur pendaient souvent de petites queues de la même fourrure. (Wikipédia)

Par contre, j'ignore la signification du cordon à deux brins pendants par devant, deux fois noués ensemble avant de retomber et de se terminer par des glands .

Saint Étienne porte, comme il se doit comme premier diacre de l'Église, la dalmatique (damassée bleue) sur le surplis, et l'étole . Les deux marrons posés sur sa tête tentent de représenter des pierres, celles qu'il a reçu lors de sa lapidation. C'est le premier martyr de la Chrétienté, un protomartyr. Il en porte la palme.

"L'application de grisaille au revers [à l'extérieur] des pièces est très limitée : comme au XIIIe et XIVe siècle, elle permet parfois de tracer les motifs décoratifs des étoffes, ce qu'on fit dans le damas de la dalmatique de saint Étienne."

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Jean Müller, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Jean Müller, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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2. Nicolas Wolfach, curé de Vieux-Thann, présenté par saint Jérome.

Nicolas Wolfach est présenté par le docteur de l’Église, saint Jérôme, portant le costume des cardinaux et accompagné d’un lion. 

Nicolas WOLFACH , originaire du pays de Bade, et précédemment chanoine de Saint-Amarin, était curé (Vicarius perpetuus) de Vieux-Thann et de son annexe de Thann en 1443, il devint le premier curé-chanoine de Thann en 1457, et  Prévot du chapitre à partir de 1471. C’est le chanoine Wolfach qui aurait, selon Lempfrid, constitué l'Historia et Légendea St. I Thobaldi, rassemblé et écrit la suite des  Tomus miraculorum Sancti Theobaldi, relatant, à partir de 1405, 215 miracles attribués à Saint-Thiébaut. Il est mort le 12 mars 1488 (Inventaire de 1682, p. 8 ; 1573, p. 25, 37 ; archives départementales Colmar, Stift Thann, boîte 15, Gr. Thanner 668), ou le 22 mars 1486 selon M. Tschamser cité par C. Block. Il est accompagné de ses  armes d’azur au loup ravissant d’argent, tenant entre les dents un oison  de même

 

 

L'inscription indique : 

Tu nos. ab. Hoste ptege. i.

hora . Mortis. Suspice

 

–Transcription : Tu nos ab hoste protege et hora mortis suspice

– Traduction : "Protège moi de l'ennemi et reçois moi à l'heure de ma mort. "

La bande inférieure porte le texte suivant : 

Nicola9 wolfach plbñus et canon/cus hui eccle . Año. Dñi lxvi

–Transcription : Nicolaus Wolfach plebanus et canonicus hui ecclesia. Anno Domini 1466.

–Traduction : "Nicolas Wolfach plébane et chanoine de l'égise. Année du Seigneur 1466.."

Le terme Plebanus "pléban" issu de plebs "peuple" et signifiant d'abord "paroissial" désigne un chanoine en charge d'un clergé paroissial vivant en communauté selon la même règle, en tant que prêtre séculier.

Note : Il apparait aussi sur un vitrail du bas-coté nord de Saint-Thiébaut à Thann, antérieur d'une dizaine d'années à celui-ci (vers 1455). Présenté également par saint Jérôme, Nicolas Wolfach tient un phylactère où est inscrit O Mater Dei Mis-- (ou pour les experts du Patrimoine O Maler der mich). Il est accompagné par l'inscription [Wolf]ach plebanus huius ecclesie . Il était placé agenouillé à droite du vitrail de la Vierge à l'enfant sur lequel se trouve le début de l'inscription : ANNO DM mccccl (V) NICC (I) AUS, ce qui donne pour le texte complet Anno domini 1450 ou 1455 Nicolaus Wolfach plebanus huius ecclesiae , "[offert en ] l'année du Seigneur 145[5] par Nicolas Wolfach, pléban de cette église".

 

 
 
Nicolas Wolfach présenté par saint Jérôme,, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Nicolas Wolfach présenté par saint Jérôme,, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Les visages masculins de saint Jérome et des deux donateurs contrastent avec les visages féminins qui seront décrits plus bas :

"Ces visages, aux traits vigoureux, sont fortement expressifs et individualisés ; leur contour est ondulé de manière à suggérer les pommettes, le creux de la joue, l'enflure du pli qui se forme autour de la bouche. Le visage est modelé par des lumières "enlevées", et les ombres sont posées en hachures fines, très souvent verticales. enfin on n'hésite pas à tracer par des lignes les traits du visage : plis des paupières et de la bouche. Les cous sont inexistants, les chevelures assez libres" (C. Block)

Les nuances du verre sont obtenues par une application de grisaille :

"...une application de grisaille sur la face interne du verre, application sûre sans jamais être sêche. C'est une grisaille au ton chaud de gris-brun, plus opaque dans les traits pleins ; elle prend quelquefois un ton presque rosé, comme il apparaît dans la cape de Nicolas Wolffach. Son application se distingue nettement de celle de la seconde moitié du XIVe ou du début du XVe siècle en Alsace ; elle sert ici de demi-teinte raffinée, posée au blaireau et enlevée au putois, ce qui ne permet plus de cerner, ou de tracer au trait, des poches d'ombre délimitées. Les traits nécessaires sont fins  dans les grandes lignes, doublés par d'autres traits fins si besoin est, qui se multiplient et se rapprochent pour former une ombre . Les ombres modelantes sont rarement couvrantes : elles sont obtenues par des hachures parallèles très souvent verticales à la manière de la technique du dessin (visage de saint Jérôme).". (C. Block)

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Nicolas Wolfach , baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Nicolas Wolfach , baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Nicolas Wolfach, église Saint-Thiebaut de  Thann :

 

Nicolas Wolfach , église Saint-Thiebaut, Thann. Photographie lavieb-aile.

Nicolas Wolfach , église Saint-Thiebaut, Thann. Photographie lavieb-aile.

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REGISTE INFÉRIEUR. JESSÉ ET SA VIGNE ; NAISSANCE DE LA VIERGE ET ANNONCIATION.

"La fenêtre est consacrée à la sainte Vierge et présente l’arbre de Jessé, mais d’une manière toute différente de celle que l’iconographie sacrée a adoptée depuis le douzième siècle. Au lieu de porter les ancêtres du Christ et de terminer par la fleur traditionnelle qui s’épanouit dans la figure de Marie avec l’Enfant, l’arbre, qui est ici un cep de vigne, issant de la poitrine du vieillard Jessé, forme avec ses ramifications le cadre des principaux événements de la vie de la Vierge. Se détachant du pied,
les sarments chargés de fruits et riches en feuillages viennent entourer comme autant de médaillons la naissance de Marie, l’annonciation faite par l’ange, la naissance du Verbe, l’adoration des mages, la mort ou la dormition de la Vierge et son couronnement dans le ciel. Dans les rinceaux supérieurs, on aperçoit des anges qui agitent des encensoirs." (Straub, 1876)

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La Vigne de Jessé , baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

La Vigne de Jessé , baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Jessé, le Riesling et le Gewurtzstraminer ? Ou le Pressoir Mystique ?

  Jessé est figuré avec une couronne, alors que le propriétaire de troupeaux de brebis à  Béthléem n'est nullement roi : c'est son fils David, puis son petit-fils Salomon, son arriere-petit-fils Roboam et une dynastie de quinze rois de Juda qui accédèrent au trône, jusqu'à la déportation à Babylone. Cette couronne est ici metonymique de cette royale descendance qui, dans les Arbres de Jessé, placent trois, six ou douze de leurs membre sur les branches de l'arbre généalogique qui mène à Joseph "de la maison de David" et à Jésus, ou, par une approximation théologiquement louable, à la Vierge portant son Fils. 

Car c'est à cette aventure spirituelle qui va donner au monde, à partir de sa semence, de son ventre, un Sauveur, que pense Jessé allongé sur son coude droit, à demi endormi, laissant filer les développements de son songe comme les  surgeons de ses nombreux rejetons. 

Fils d'Obaz, lui-même fils de Boaz (celui de Booz endormi !) et de Ruth la Moabite (l'émigrée, l'étrangère), il est le contemporain du prophète Samuel, mais il est sans-doute dotée d'une solide préscience puisqu'il devine ce qu'un autre prophète dira à l'un de ses lointains descendants, le bon roi de Juda Ezechias (-716/-687) , 13e du rang, et à son fils le vilain, impie et impénitent Manassé. Ce prophète se nomme Isaïe  et, c'est drôle, il porte le même nom que lui (Jessé ou Iessé = en hébreu יִשַׁי = Išaï), et ce qui est encore plus drôle, c'est qu'il annoncera dans ses prophéties exactement ce qu'il est en train de voir en songe : 

 

"Puis un rameau sortira du tronc d'Isaï [c'est lui, Jessé], Et un rejeton naîtra de ses racines.  L'Esprit de l'Éternel reposera sur lui: Esprit de sagesse et d'intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte de l'Éternel.  Il respirera la crainte de l'Éternel; Il ne jugera point sur l'apparence, Il ne prononcera point sur un ouï-dire.  Mais il jugera les pauvres avec équité, Et il prononcera avec droiture sur les malheureux de la terre; Il frappera la terre de sa parole comme d'une verge, Et du souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant. La justice sera la ceinture de ses flancs, Et la fidélité la ceinture de ses reins. Le loup habitera avec l'agneau, Et la panthère se couchera avec le chevreau; Le veau, le lionceau, et le bétail qu'on engraisse, seront ensemble, Et un petit enfant les conduira. La vache et l'ourse auront un même pâturage, Leurs petits un même gîte; Et le lion, comme le boeuf, mangera de la paille. Le nourrisson s'ébattra sur l'antre de la vipère, Et l'enfant sevré mettra sa main dans la caverne du basilic. Il ne se fera ni tort ni dommage Sur toute ma montagne sainte; Car la terre sera remplie de la connaissance de l'Éternel, Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent.  En ce jour, le rejeton d'Isaï Sera là comme une bannière pour les peuples; Les nations se tourneront vers lui, Et la gloire sera sa demeure. Dans ce même temps, le Seigneur étendra une seconde fois sa main, Pour racheter le reste de son peuple, Dispersé en Assyrie et en Égypte, A Pathros et en Éthiopie, A Élam, à Schinear et à Hamath, Et dans les îles de la mer. Il élèvera une bannière pour les nations, Il rassemblera les exilés d'Israël, Et il recueillera les dispersés de Juda, Des quatre extrémités de la terre."

Wouah, que du bon, il va engendrer un Sauveur, mieux, LE Messie, et il se forge déjà une félicité qui lui fait voir le loup embrassant l'agneau, la panthère couché avec le chevreau, et tout ça. 

A-t-il abusé du Silvaner ? Nous allons le voir. 

 

 

 

 

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La Vigne de Jessé, baie n°7, Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

La Vigne de Jessé, baie n°7, Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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En effet, l'artiste a représenté Jessé entouré de feuilles de vigne, de pampres et de juteuses grappes de raisin. Ce réseau des sarments crée des médaillons réguliers, symétriques, qui se réunissent sur l'axe médian en deux parenthèses ou mandorles, dans une ordonnance opposant le fond bleu des médaillons et le rouge de la vigne. 

Première solution : ce vitrail est offert par le syndicat des vignerons de la vallée de Thur pour assurer la promotion de leurs crus. Chacun sait que les vins d'Alsace portent les noms des sept cépages : le Silvaner aux grains jaune d'or, le Riesling blanc aux reflets verts, le Muscat blanc ou rose, le Pinot blanc aux baies blanches, le Pinot gris aux baies brun-violacé ( avec des reflets gris, si on veut), le Gewurtzstraminer aux fruits roses ou rouges, et le Pinot Noir dont les grains violets presque noirs se voilent de pruine.

Effectivement, du bas en haut du vitrail, les sarments (d'ivrogne ?) produisent des grappes blanches, jaunes, rouges ou noires.

Objection : les donateurs, nous les connaissons. Pas plus portés sur la bouteille que tous les autres chanoines, mais, par contre, éminents par leurs pieuses qualités spirituelles et par leur dévotion à la Vierge et à son Fils.

Deuxième solution, qu'il faut adopter sans barguinage. La vigne représente l'Eucharistie, et même, le Christ, qui a dit "Je suis la vigne, et vous les sarments" (Jn 15:5), ou "Je suis la vraie vigne, et mon Père le Vigneron" (Jn 15:1). 

Ah, mais le vitrail prend alors une ampleur extraordinaire ! Cette sève qui s'élève et nourrit les six épisodes de la Vie de Marie, Jean Müller et Nicolas Wolfach l'assimileraient au sang du Christ versé lors de la Passion, mais aussi au vin de l'Eucharistie qui par transubstantiation devient le sang du Rédempteur. La pensée théologique sous-jacente est foisonnante, dites-moi ! Cela rejoint le grand thème du Pressoir Mystique, celui de l'Agneau Mystique du polyptyque de Gand, celui de la Fontaine de Vie ! C'est le Torculus  Christi dans sa version dyonysiaque ! 

 

Le quoi ?

 Le Torculus Christi, la Croix comme Pressoir ! Voyez ici :

 

–Le vitrail du Pressoir Mystique, baie n°14 de l'église Sainte-Foy de Conches-en-Ouche (Eure).

http://www.lavieb-aile.com/2016/04/le-vitrail-du-pressoir-mystique-baie-n-14-de-l-eglise-sainte-foy-de-conches-en-ouche-eure.html

– Ou bien le vitrail de la Fontaine de la Déïté souveraine de Beauvais :

http://www.lavieb-aile.com/2016/04/les-vitraux-anciens-de-l-eglise-saint-etienne-de-beauvais-baie-n-12-la-fontaine-de-vie.html

— Allo, allo, ici, c'est le prophète Isaïe. Vous ne pouvez omettre de parler ici de mes versets Is. 63:2-3. Car lorsque j'interroge ": Pourquoi donc vos vêtements sont-ils rouges, comme les habits de ceux qui foulent le vin dans le pressoir au temps de la vendange ? (Is 63, 2), le Seigneur répond : « J'ai été seul à fouler le vin; aucune homme ne s'est trouvé avec moi » (Is 63, 3).

— Si vous voulez, Isaïe, mais je vais conclure par ce vers de Venance Fortunat, mieux approprié à notre vitrail :

« Entre tes bras s'enlace la vigne, d'où coule pour nous en abondance le doux vin qui a la rougeur du sang » (Venance Fortunat,Poèmes II, 1)

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Retour à nos moutons.

La tête de Jessé est posée sur un coussin bleu au beaux damas, damas à rinceaux et feuillages qui se retrouvent sur son manteau mauve. Son manteau se referme sur une confortable fourrure. 

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La Vigne de Jessé, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

La Vigne de Jessé, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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La Vigne de Jessé, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

La Vigne de Jessé, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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La Naissance de la Vierge.

 La Vierge, virgo en latin, se rapproche de virga "rameau" et appelle la citation d'Isaïe 11:1 : Egredietur virga de radice Iesse, et flos de radice ejus ascendet : "Puis un rameau sortira du tronc d'Isaï [Jessé], Et un rejeton naîtra de ses racines.". Cela n'a pas échappé à Fulbert, chanoine puis évêque de Chartres dans son poème pour la Nativité : Stirps Iesse virgam produxit, virgaque florem ; et super hunc florem requiescit Spiritus almus. Virgo Dei Genitrix virga est, flos Filius eius. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. : "La souche de Jessé a poussé une tige, et la tige une fleur, et sur la fleur l’Esprit fécond s’est reposé ! La tige, c’est la Vierge, la Mère de Dieu, et la fleur, c’est son Fils. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. "

Comment ces vers pourraient-ils ne pas s'imposer dans l'esprit des deux chanoines de Thann alors qu'ils sont intégrés, sous forme de repons, à la liturgie de la Nativité et à celle de l'Assomption, lorsqu'ils regardent ces panneaux où toutes les scènes sont entourés — comme dans des lettrines d'enluminures— par l'orbe parfait d'un sarment, d'une tige, d'un rameau vert, en un mot une verge :  virga

 Pour l'anecdote, virga "verge" a donné virgula, notre virgule, "petite verge".

"La scène de la naissance de Marie offre quelques gracieux costumes et des particularités à remarquer pour la literie, le mobilier, etc." "L"artiste s'est beaucoup attaché aux petits détails décrivant les galons dorés des coussins, les fibres du bois de lit, les carreaux du sol, les belles nuances dans le rouge de la couverture (C. Block).

Le fond bleu est découpé par un damas foliaire. Le point de fuite du sol carrelé est, très approximativement, centré par la Vierge. Sainte Anne porte la guimpe (elle est âgée, la naissance de Marie tient du miracle). Sa voisine est la matrone, qui a aidé à l'accouchement. Elle porte ses longs cheveux blonds ramassés dans la couronne d'un coquet touret noué sous le menton. Une troisième, en mauve et qui porte un voile, prie (ou s'émerveille). La petite Marie, nimbée, riche déjà de sa chevelure d'or,  les mains jointes, prie.

Verre rouge : trop dense pour être utilisé dans les mêmes épaisseurs que les autres verres colorés (il ne laissserait plus passer la lumière et semblerait noir), il doit être très fin, mais doublé d'un verre blanc pour assurer sa solidité :

"Les verres rouges sont généralement utilisés doublés, la pellicule colorée tantôt tournée vers l'intérieur (auquel cas le verre blanc présente une forte attaque de l'extérieur), tantôt vers l'estérieur (la péllicule rouge est alors très bien conservée ; cf. la cape de Dieu le Père dans le Couronnement, la couverture dans cette Naissance). "

 

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Naissance de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Naissance de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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"Le type de visage le plus caractéristique dans cette verrière est celui des faces féminines et poupines, aux joues bien rondes et tirées au dessus de l'œil avec un petit menton rond pointant au bout, saillant et bien dessiné ; les yeux ronds, mais non globuleux, sont vus dans leur plastique avec une paupière inférieure toujours marquée d'une lisière de lumière ; la distance entre la bouche et le nez est généralement grande ; la bouche, souriante par les deux fossettes latérales, offre une lèvre supérieure qui mord avec un petit V au mileiu d'une lèvre inférieure bien arrondie et dessinée. Le cou est généralement très fin, rond et modelé, avec une fossette centrale. Le nimbe est rond. Ce type de visage est traité à la grisaille douce, éclaircie au putois pour arrondir les volumes ; quelques traits marquent les sourcils fins, la paupière supérieure, le nez, la bouche. Les ombres, données par de toutes petites hachures parallèles, se situent au dessus de la paupière supérieure et sous l'inférieure, le long du nez, de la bouche et du cou. Les lumières ourlent la paupière inférieure, les deux lignes entre nez et bouche, un peu le contour de la bouche." (C. Block) 

"Les coloris choisis, s'ils sont denses et contrastés, apparaissent rarement à l'état pur. Les surfaces du verre sont soigneusement choisies de manière à faire correspondre les nuances claires, ou les hasards d'un verre doublé, par exemple, avec les parties saillantes des images. C'est ainsi que l'on a obtenu un effet de grande subtilité dans les dégradés de la couverture de sainte Anne" (id.)

"Le plus souvent, la grisaille est appliquée en fonction des "enlevés" par lesquels on désire faire vibrer la lumière des images. Dans la grisaille opaque, ils servent à décrire les rinceaux du fond, les damas des coussins ; dans les couvertes plus fines, les enlevés à l'aiguille rappellent les recherches d'effets de la gravure pour le tracé des carreaux au sol, des fleurs, des fibres du bois, ; ces enlevés deviennent, quand le sujet s'y prête, plus libre (pour les barbes et les chevelures par exemple), voire nerveux (pour le sol et les bergers de la Nativité)" (ibid.)

 

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Naissance de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Naissance de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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L'Annonciation.

Nous ne sommes plus dans une chambre, mais devant un gazon égayé de rosettes d'ancolies. Le fond bleu reste le même que dans la chambre de sainte Anne. L'archange Gabriel, au front ceint et orné d'une gemme,  porté par ses ailes aux ocelles de paon, s'est agenouillé devant Marie. Tenant un bâton fleurdelysé (la pureté du lys, l'attestation du pouvoir divin, mais aussi un rappel de la racine de Jessé qui fleurit en Marie), et lui tend  un parchemin muni de trois sceaux. Cette façon de s'exprimer est très rare pour Dieu, qui préfère la parole (fécondation par l'oreille), ou les phylactères, ou les lettres gothiques allant en pont ou en volute de l'ange à la Vierge, mais il doit avoir ses raisons impénétrables (allusion aux sept sceaux de l'Apocalypse ??). Comme d'habitude, Marie est à la fois surprise dans sa lecture pieuse, ravie par l'apparition du beau messager, et très émue par le rayon lumineux qui la frappe ou par la colombe de l'Esprit qui lui vient. Elle s'exclame : "je suis la servante du Seigneur". Entre les deux protagonistes, le vase, saturé de symboles sur la conception immaculée et la naissance sans blessure, et le lys, dans sa blancheur immaculée. 

C. Block a retrouvé le motif du parchemin muni de sceaux "dans les régions plus orientales du Tyrol, ou de la Bavière" : retable de Schloss, Tyrol, vers 1370 ; Innsbruck, Fernandeum ; Annonciation du Maître de Saint-Sigmund (Jakob Sunter) vers 1420, où l'ange agenouillé tient un pli fermé à trois sceaux ; Annonciation du Maître de l'autel de la Vierge d'Unterlimpurg à Saint-Urban, vers 1460, Stuttgart, Landesmuseum.

 

 

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L'Annonciation, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

L'Annonciation, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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L'Annonciation, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.
L'Annonciation, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

L'Annonciation, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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REGISTRE MOYEN. NATIVITÉ ET ADORATION DES MAGES.

"Pour le technicien, il peut être intéressant de savoir qu’une tête, mais une seule dans tout le vitrail, celle de saint Joseph dans la scène de la nativité du Sauveur, accuse le passage de la pierre ponce, avec laquelle l’artiste a enlevé l’émail du verre rouge, pour pouvoir supprimer un plomb." (Straub, 1876)

Le verre doublé permet des effets de gravure : le visage de Joseph ressort en clair sur la pièce de verre doublé dont le rouge a été conservé pour le capuchon.

 

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Nativité et Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Nativité et Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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La Nativité 

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Nativité, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Nativité, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Nativité, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Nativité, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Les bergers jouant à la "soûle à la crosse" ("choule" en Normandie).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Soule_(sport)#cite_note-7

Ce motif est fréquent parmi les bergers de la Nativité dans les enluminures. On le trouve aussi en sculpture sur le tympan de La Martyre, dans le Finistère. Les  crosses sont souvent confondues avec des houlettes, dont la tenue serait fort bizarre. Ce jeu, le soûle à la crosse, est à l'origine du golf, du croquet ou du  criket. Le Ancreroman de Renart en fait état au XIIe siècle : Li vilein qui sont à la çoule...

N.B : à la réflexion, des bâtons et houlettes sont représentées ainsi avec un partie inférieure élargie et arrondie (par exemple le bâton d'un berger sur le vitrail de la Nativité de Spézet (29)) .

 

 

Bergers jouant à la soûle, Nativité, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Bergers jouant à la soûle, Nativité, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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L'Adoration des Mages.

 

 

Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Parmi les trois mages, Melchior, le plus âgé, est vêtu de vert ; agenouillé, sa couronne posée dans l'herbe, il offre une cassette pleine d'or, vers lequel  l'Enfant tend les bras. Ce présent symbolise la puissance royale.

Gaspard attend, debout, son tour tout en désignant du doigt l'étoile. Il tient un objet d'orfevrerie semblable à un vase, mais auquel est suspendue une corne. Je suggère d'y voir une lampe à encens, un encensoir. L'encens honore la divinité de l'Enfant. Le visage, la couronne posée sur un turban et surtout la barbe mal taillée et drue du mage et sa chevelure en crinière de lion accentue l'aspect exotique du roi venu d'Arabie.

 

Balthasar est un jeune poupin vêtu d'une tunique au dessus d'une pelisse. Il n'a pas ni le visage noir ni la boucle d'oreille habituelle au roi d'Asie ou d'Afrique. Il tient un vase rempli de myrrhe, qui honore le Christ comme Rédempteur victorieux de la mort.

"On emploie beaucoup le jaune d'argent, au revers des pièces, pour ponctuer d'or les surfaces très blanches des vêtements, ou de l'architecture, pour colorer les cheveux et barbes, détailler les objets (cordelettes des coussins, orfèvrerie, livres), pour fixer une couleur supplémentaire sur les supports bleus (gazons fleuris d'ancolies et de violettes, cordelettes des coussins) ou mauves (boutons du costume de Jessé). Le degré d'intensité du jaune d'argent varie de manière à offrir trois variantes de tons." (C. Block)

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Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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REGISTRE SUPÉRIEUR. DORMITION ET COURONNEMENT. 

 

Dormition et Couronnement de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Dormition et Couronnement de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Dormition 

A la mort de la sainte Vierge, les douze apôtres sont présents; saint Pierre asperge le corps d’eau bénite, saint Jean tient la palme .

La conservation particulièrement mauvaise de la cape mauve de l'apôtre laiise penser que ce verre a été doublé, le verre blanc tourné vers l'extérieur. (C. Block)

 

 

 

 

 Couronnement de la Vierge, Au couronnement, Dieu le Père et Dieu le Fils reposent les pieds, chacun sur un globe transparent comme du cristal, dans lequel on distingue des rochers émergeant de la mer. 
Dormition de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Dormition de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Dormition de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Dormition de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Christiane Block tente de décrire un style propre à un "Maître de la Dormition de Vieux-Thann" :

"Visage, cou, auréole étirée vers le haut, sont généralement décrits sur la même pièce de verre et détaillés par la seule grisaille ou le jaune d'argent. Les traits féminins sont plus durs que ceux du groupe précédent (Naissance de la Vierge) ; l'ensemble est moins rond, les yeux moins saillants ; la bouche, aux lèvres bien séparées par une ligne horizontale, prend une expression plus virile. Les ombres sont principalement indiquées par des hachures verticales. L'artiste qui exécute ces visages séduit surtout  par la diversité des expressions qu'il prête aux Apôtres, l'observation de leurs gestes : les Douze sont tous différents, avec des visages familiers comme ceux de Jean et de Pierre, mais d'autres aussi, inattendus et intrigants, comme celui de l'apôtre dont on ne voit plus guère qu'une paire de sourcil, celui de l'extrême droite aux yeux d'ascète et à la bouche immense, celui enfin qui enfouit son visage dans ses mains. L'artiste révèle son goût pour les profils. Sans aucun doute exécuta-t-il aussi le groupe des rois mages : on y retrouve son penchant pour la description fine d'un ensemble d'éléments importants réunis sur une même pièce de verre, son attirance aussi pour les gestes inhabituels, (profils comme dans la Dormition), ou intimes, voire même son goût pour l'insolite peut-être, si l'on veut bien se laisser aller à contempler l'étrange visage du mage montrant l'étoile."  

 

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Dormition de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Dormition de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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 Couronnement de la Vierge.

 "Au couronnement, Dieu le Père et Dieu le Fils reposent les pieds, chacun sur un globe transparent comme du cristal, dans lequel on distingue des rochers émergeant de la mer. " (Staub

 Couronnement de la Vierge, baie n°7, Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Couronnement de la Vierge, baie n°7, Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Couronnement de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Couronnement de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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SOMMET DE LA LANCETTE.

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Sommet de la  baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Sommet de la baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Anges thuriféraires, sommet de la  baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Anges thuriféraires, sommet de la baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, sommet de la  baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, sommet de la baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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ÉTUDE ICONOGRAPHIQUE (C. BLOCK).

1. Recherche des Sources  :

a.Le vitrail du chœur de la Collégiale de Berne (1448- 1451)...

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/67/Berne_cath%C3%A9drale_verri%C3%A8re_du_choeur.jpg

... est comparable à celui de Vieux-Thann par le fait que les sarments d'une vigne de Jessé entourent des épisodes de la Vie de Jésus (et, par la même, certains épisodes de la Vie de Marie). Mais il en diffère par un traitement typologique qui les mets en parallèle, de chaque coté de chaque médaillon, à des scènes de l'Ancien Testament.

b. La vigne de Jessé se retrouve au XIIIe :

  • dans les vitraux des Dominicains de Strasbourg replacés dans la chapelle Saint-Laurent de la cathédrale.

  • dans la fenêtre axiale de Saint-Dionys d'Esslingen.

c. Enluminures représentant Jessé : 

http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_2=SUJET&VALUE_2=JESSE

d. Pour la Dormition :

  • Retable Lösel à Mulhouse.

  • Dormition de Bourguillon, vers 1466.

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Note personnelle :

Cette originalité du vitrail de Vieux-Thann, qui consiste à remplacer, au dessus de Jessé endormi, les rois de Juda,  et latéralement, les prophètes, par des scènes de la vie de la Vierge trouve une origine précoce (troisième quart du XIIe siècle) dans la verrière de l'Arbre de Jessé de la cathédrale de Tours, qui associe aux rois David et Salomon dix scènes de la Vie de Jésus et de Marie. 

http://www.lavieb-aile.com/2016/06/la-verriere-de-l-arbre-de-jesse-de-la-cathedrale-de-tours.html

 

 

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2. L'analyse technique et stylistique de Christiane Block.

 

 Le style de cette verrière n'est pas homogène. Christiane Block y a reconnu le style de deux artistes :

—De l'un  dépendent la conception générale de l'œuvre et donc probablement les cartons. Sa composition reste archaïque et traditionnelle et son style se situe dans la lignée de certaines peintures sur bois du milieu du xve siècle, marquées par l'influence de Conrad Witz. Elle le désigne comme le "Maître principal de la Vie de la Vierge du Vieux-Thann".

— De l'autre, relève principalement l'expression d'un style plus affirmé et plus original, dans lequel nle dessin tient une place importante pour tout ce qui touche aux contours, aux attitudes, à la technique  Collaborateur du Maître principal, il lui fut réservé, en raison de son habileté supérieure, les personnages aux attitudes plus tourmentées et les portraits. On pourrait l'appeler le « Maître de la Dormition ».

Le style de cette verrière développe les tendances apparues en 1455 dans les vitraux du bas-côté nord de la collégiale de Thann. En fait les parentés stylistiques les plus évidentes s'établissent avec un vitrail typologique de la collégiale de Berne (1448- 1451) et celui de la Genèse, à Zetting (1434-1447). Le « Maître principal » est très proche de l'artiste qui exécuta le retable Lösel (Musée historique de Mulhouse) : la scène de la Dormition de la Vierge en est une transposition si fidèle que Christiane Block se demande si le peintre du Retable n'a pas conçu le vitrail de Thann. Quant au « Maître de la Dormition », il s'identifie peut-être avec l'artiste qui exécuta la Dormition de la Vierge entre 1464 et 1466 pour l'église de Bourguillon (aujourd'hui au Musée historique de Bâle).

Ainsi "le peintre du retable Lösel a conçu tout le vitrail de la Vie de la Vierge qu'il exécuta en grande partie. Il fut aidé dans sa tâche par le « Maître de la Dormition » qui travaillait à la même époque aux vitraux de Bourguillon, que l'on a souvent attribués à Michel Glaser"

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La Dormition du Retable Lösel (Musée historique, Mulhouse) volet droit Photo Claude Menninger:

 

 

 

 

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SOURCES ET LIENS.

BLOCK (Christiane), 1970, "Le vitrail de la Vie de la Vierge de Vieux-Thann et sa place dans la peinture du Rhin supérieur, au XVe siècle", Revue de l'art, 1970, n°10, p. 15-29, 19 fig.

— ERLANDE-BRANDENBURG (Alain), 1971, . "Le vitrail de la Vie de la Vierge de Vieux-Thann". In: Bulletin Monumental, tome 129, n°3, année 1971. pp. 209-210; http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1971_num_129_3_7145

— ROUGE (Charles), Vitrail à Vieux Thann 1466 -- 1909 -- images. ... Image; Vitrail à Vieux Thann 1466 Rouge, Charles. Illustrateur 

STRAUB (A), 1876, "L'église du Vieux-Thann et ses vitraux". Bulletin de la Société pour la Conservation des Monuments Historiques d'Alsace — 2.Sér. 9.1874/75(1876) 

 http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/bmha1874_1875/0243?sid=34baebc67984a814e45186a9fe9c5b33

— Base Palissy : http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palsri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=IM68001346

— 

http://www.ville-thann.fr/Culture-Tourisme-Patrimoine/Histoire/Personnalites-illustres/WOLFACH-Nicolas/(language)/fre-FR

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Published by jean-yves cordier - dans Arbre de Jessé
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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 08:02

Les vitraux (1954-1978) de Jacques Le Chevallier de l'église Notre-Dame du Cap Lihou de Granville. L'Arbre de Jessé (1954).

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— Dans la région granvillaise, voir aussi:

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Jacques Le Chevallier (1896-1987) est l'un de nos plus grands verriers français vitraillistes du 20e siècle dans son atelier de Fontenay-aux-Roses. On lui doit "les vitraux d'églises (Notre-Dame-des-Otages, Église Sainte-Jeanne-d'Arc du Touquet-Paris-Plage) et de chapelles en France, en Belgique et en Suisse (Doullens, La Roche-Posay, Condé-sur-Noireau, Saint-Hilaire-du-Harcouët, Bourg-en-Bresse, Notre-Dame du Cap Lihou de Granville) et des cathédrales (Notre-Dame de Paris, Saint-Maurice d'Angers, Saint-Pierre de Beauvais, Saint-Jean de Besançon,Saint-Étienne de Toulouse, Cathédrale Notre-Dame de Laon, Cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Soissons). Il travaille également à l'étranger dans le cadre de la seconde Reconstruction. Peuvent être ainsi citées les verrières de la basilique d'Echternach, celles de la tribune de la cathédrale Notre-Dame de Luxembourg (où il a déjà travaillé en 1937 avec l'atelier Barillet) et l'ensemble des verrières de Notre-Dame de Trèves (Liebenfraukirche), comparé à une "véritable tapisserie" (commission d'art sacré et de reconstruction en Rhénanie-Palatinat)"(Wikipédia).

J'ai déjà présenté dans ce blog les vitraux de l'église de Gouesnou par Le Chevallier:

Je poursuis mon tour de France des Arbres de Jessé à Granville. Je présenterai des vues générales de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, l'ensemble des vitraux de Le Chevallier, et enfin l'orgue.

Voir aussi dans ce blog lavieb-aile les articles consacrés aux Arbres de Jessé de Bretagne:

Les sculptures :

Et les vitraux :

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Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

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I. Présentation.

En septembre 1944, deux obus sont tombés sur le parvis de l'église et ont fait exploser les vitraux anciens. De nouveaux vitraux ont été réalisés de 1954 à 1978, composant le plus grand ensemble de verrières contemporaines de la Manche. Jacques Le Chevallier en a réalisé les cartons ET les vitraux. On en souligne les influences du cubisme et du fauvisme.

En 2012, "Sur les cinquante-deux vitraux, 11 baies sont à rénover d'urgence, 19 sont dans un état médiocre et 14 dans un état passable. Deux vitraux en baie ont été refaits en septembre 2011. " Certains ont été restaurés en 2011 sous la direction de  François Pougheol, Architecte du Patrimoine par Henri Helmbold, Maître verrier à CORPS-NUDS (35) et jusqu'en 2015. Les vitraux des chapelles du transept sont en cours de restauration (2016). 

Le plan est emprunté à la plaquette proposée par le site officiel de Granville :

http://www.ville-granville.fr/iso_album/eglise_panneau_leger.pdf

 

 

Plan de l'église, source : http://www.ville-granville.fr/iso_album/eglise_panneau_leger.pdf

Plan de l'église, source : http://www.ville-granville.fr/iso_album/eglise_panneau_leger.pdf

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1. Le chœur.

La construction du chœur a débuté en 1628 pour s'achever en 1641, année d'édification du déambulatoire. 

 

Chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Vue du chœur vers la nef ; église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vue du chœur vers la nef ; église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Les dix vitraux du déambulatoire  sont consacrés à la Vie de Marie et à saint Jean-Baptiste et furent réalisés entre 1954 et 1959 à la demande du chanoine Hyernard, curé de l'église. Ce sont des baies de forme ogivale, divisées en deux lancettes cintrées (de 4 panneaux chacun) et un tympan de deux mouchettes. On les parcourt, depuis la porte d'entrée au nord, dans une suite qui est hétéroclite sur le plan théologique et débute par l' Annonce à Zacharie pour passer à l'Assomption.

Il me semble donc nécessaire d'adopter un autre ordre et de débuter par la baie axiale.

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L'arbre de Jessé.

La Baie axiale n°0 est consacrée, comme dans la cathédrale de Saint-Denis et les grandes cathédrales médiévales, à l'Arbre de Jessé, proclamant de manière kérigmatique que la naissance du Christ Sauveur et Rédempteur et la virginité de Marie  accomplissent les Écritures, en l'occurence le verset d'Isaïe inscrit sur le vitrail : "UN REJETON SORT DU TRONC DE JESSÉ. UNE FLEUR POUSSE DE SES RACINES. ET L'ESPRIT DU SEIGNEUR Y REPOSE. ISAÏE 11:1.

Inscription de la lancette de droite : J. Chevallier 1954. Don des pélerins de Chartres. 9 mai 1954.

Inscription de la lancette de gauche : Don des Granvillais de Paris.

 

 
Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Jessé est allongé, accoudé, main droite sous la joue dans la posture du songeur. Le tronc vert d'un arbre prend naissance de son ventre.

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Jessé, in Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Jessé, in Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Puis viennent, installés dans les branches, trois des rois de Juda cités par Matthieu et par Luc dans la Généalogie de Jésus (Mt 1:1-17 et Lc 3:23-28). Seul David, fils de Jessé, à droite, est identifiable par sa harpe de psalmiste. Les deux autres peuvent être Salomon et Roboam.

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Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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A gauche, deux autres rois de Juda, couronnés, tenant un sceptre : imaginons-les comme Abia et Asa, successeur des rois précédents. Au dessus de leur tête, l'étoile de David.

A droite, la Vierge dans une mandorle, nimbée mais non couronnée, la tête couverte du voile bleu de son manteau, et tenant dans ses bras l'Enfant. Celui-ci porte le nimbe rouge crucifère, il fait face au fidèle, et le bénit.

Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Le tympan comporte les Tables de la Loi (l'Ancienne Alliance) à gauche, avec ses dix commandements du Décalogue et à droite le chandelier dont les sept branches font brûler un feu orange et jaune.

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Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Pour poursuivre en toute logique notre visite, il faut passer alternativement à droite et à gauche de cette baie centrale ; si on suit la numérotation des baies adoptée par le Corpus Vitrearum (n°pair au sud, impair au nord), cela se fait en toute logique de la baie n°1 à la baie n° 8. Sur place, c'est plus compliqué.

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Baie n°1. Annonciation.

 

JE VOUS SALUE MARIE PLEINE DE GRACE / LE SEIGNEUR EST AVEC VOUS.

Inscription commémorative : En souvenir des familles  Lefebvre,  Letourneur-Hugon, et Guérard"

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Annonciation, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Annonciation, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°2.   Présentation de Marie au Temple.

 Ce jour là, un confessionnal venait masquer en partie le vitrail. 

 

 

Présentation de Marie au Temple, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Présentation de Marie au Temple, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°3. Nativité.

QUE LA NAISSANCE DE VOTRE FILS NOUS LIBÈRE / NOUS QUE TIENT ASSERVIS LE PÉCHÉ.

Au tympan : couronne, corbeille de pain, cruche de vin.

Inscription de donation : Melles SIMON en souvenir de la famille Pigeon-Litan.

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Nativité, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Nativité, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°4. Visitation.

MON ÂME GLORIFIE LE SEIGNEUR. / VOUS ÊTES BENIE ENTRE LES FEMMES.

Inscription de donation :En souvenir de la famille P. Gehin.

 

Visitation, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Visitation, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°5. Assomption.

La Vierge est placée dans une mandorle, entourée de 12 étoiles (allusion à la Femme de l'Apocalypse Ap. 12, couronnée, surmontée dans le tympan par la colombe nimbée de l'Esprit Saint. Trois anges la vénèrent.

LES ANGES SE REJOUISSENT ET LOUENT DIEU. / MARIE A ETE ELEVEE AU CIEL.

Inscription de donation : En souvenir des familles Schmitz, Daguenet et Cambernon

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Assomption, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Assomption, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n° 6.  Cantique de Siméon. 

CAR MES YEUX ONT VU VOTRE SALUT / QUE VOUS AVEZ PREPARÉ A LA FACE DES PEUPLES.

— Inscription commémorative : à gauche : En souvenir de la famille JOLLIOT DE LA MORANDIERE. A droite : En souvenir de la famille P. LE TENNEUR.

Léon Julliot de La Morandière, né à Granville le 9 septembre 1885, décédé à Paris le 16 octobre 1968 a été doyen de la faculté de droit de Paris en 1944 et présida à la commission de réforme du Code civil en 1945. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il devint résistant et intègra le réseau Combat.

Son frère Charles Julliot de La Morandière (1887-1971), est un historien de la Manche qui fut conservateur du musée du Vieux Granville et présida la Société d'archéologie de Granville. Il est l'auteur d' Histoire de Granville, Impr. Colas, 1947, réédition librairie Roquet, 1986, et de l'Histoire de la pêche française de la morue dans l'Amérique septentrionale des origines à 1789, 2 vol., éd. GP Maisonneuve, 1962

 

— Signature : J. LE CHEVALLIER 1956.

 

Selon un principe déjà remarqué, la représentation très habituelle des scènes de la Vie de Marie  (ici, la Présentation de Jésus au Temple) est remplacée par celle de cantiques ou de prières inspirées du passage des évangiles correspondant.

 

"Et voici, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d'Israël, et l'Esprit Saint était sur lui.  Il avait été divinement averti par le Saint Esprit qu'il ne mourrait point avant d'avoir vu le Christ du Seigneur.  Il vint au temple, poussé par l'Esprit. Et, comme les parents apportaient le petit enfant Jésus pour accomplir à son égard ce qu'ordonnait la loi, il le reçut dans ses bras, bénit Dieu, et dit: Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur S'en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, Salut que tu as préparé devant tous les peuples, Lumière pour éclairer les nations, Et gloire d'Israël, ton peuple. Siméon les bénit, et dit à Marie, sa mère: Voici, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction, et à toi-même une épée te transpercera l'âme, afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées  " Luc 2:22-35

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Cantique de Siméon, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Cantique de Siméon, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°7. Annonce à Zacharie de la naissance de saint Jean-Baptiste, cousin de Jésus.

 L'inscription indique : Elisabeth enfantera un fils Tu l'appelleras Jean. Il ramènera de nombreux fils au Seigneur leur Dieu.

Citation de  Luc 1.13-64 « Alors un ange du Seigneur apparut à Zacharie, et se tint debout à droite de l'autel des parfums. Zacharie fut troublé en le voyant, et la frayeur s'empara de lui. Mais l'ange lui dit : Ne crains point, Zacharie, car ta prière a été exaucée. Ta femme Élisabeth t'enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. Il sera pour toi un sujet de joie et d'allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance. Car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante, et il sera rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère ; il ramènera plusieurs des fils d'Israël au Seigneur, leur Dieu ; il marchera devant Dieu avec l'esprit et la puissance d'Élie, pour ramener les cœurs des pères vers les enfants, et les rebelles à la sagesse des justes, afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé. » 

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Annonce à Zacharie , Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Annonce à Zacharie , Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°8. Déposition. Saint Jean et la Vierge éplorée devant le Christ déposé de la Croix.

 

O COMBIEN DOULOUREUSE ET COMBIEN AFFLIGEE / CETTE MÈRE BENIE DU FILS DE DIEU.

Ce texte renvoie à la 3e strophe du Stabat Mater :

O quam tristis et afflicta
fuit illa benedicta
Mater Unigeniti.
 

Inscription de donation : Don des paroissiens 1955.

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Vierge de Pitié, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vierge de Pitié, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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La baie du coté nord qui viendrait maintenant a été supprimée pour ouvrir la sacristie construite en 1771. Nous enchaînons au sud avec la dernière baie à deux lancettes :

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Baie n°10. Prédication de Jean-Baptiste.

VOICI CELUI QUI CRIE DANS LE DESERT : PREPAREZ LA VOIE DU SEIGNEUR.

Citation de l'évangile de Jean : Jn 1:23 : "Que dis-tu de toi-même? ---Moi? répondit-il, je suis cette voix dont parle le prophète Esaïe, la voix de quelqu'un qui crie dans le désert: Préparez le chemin pour le Seigneur".

 

Inscription commémorative : Souvenir des familles LE HUGEUR LECOCQ et Y.M. VESVAL.

Adeline Le Hugeur était la belle-mère du docteur  Vesval. Yves-Marie Vesval était le fils du docteur Vesval.

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Prédication de Jean-Baptiste, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Prédication de Jean-Baptiste, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

 

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Baie n° 10. Le martyre de saint Jean-Baptiste.

NOUS VOUS OFFRONS CE PRESENT SEIGNEUR EN L'HONNEUR DE LA PASSION DE VOTRE MARTYR JEAN-BAPTISTE POUR OBTENIR LE SALUT PAR SON INTERCESSION.

On y voit la décollation de Jean-Baptiste, puis la tête du martyr présentée par Salomé à Hérode.

Inscription commémorative : A la mémoire des familles PONEE, GOSSE, BLONDEL.
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Martyre de Jean-Baptiste, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Martyre de Jean-Baptiste, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Conclusion.

Il me semble que nous sommes ici très loin d'une "Bible d'image" ou d'une succession narrative d'images  illustrant la Vie de Marie et celle de saint Jean par des images d'Epinal stéréotypées. Le choix du peintre est le reflet vraisemblable de celui du commanditaire.

Que sait-on de ce dernier ? L'abbé Georges Hyernard, doyen de Granville et curé de Notre-Dame du Cap Lihou,  a été vicaire à la Basilique Sainte-Trinité de Cherbourg en 1929-1932, puis secrétaire particulier de l'évêque de Coutances en 1931. Il est alors particulièrement impliqué auprès de la jeunesse, et en 1940, c'est lui qui lance  le scoutisme dans la Manche. Il est l'auteur de :

  •  Notre-Dame du Voeu: une abbaye, une paroisse: VIII siècles d'histoire, 1145-1985 .
  •  « Monseigneur de Beauvais, évêque de Senez (1731-1790) » Mémoires Vol. 31 : Figures cherbourgeoises, Société nationale académique de Cherbourg, 1995
  • Vie de Barthélemy Picquerey (1609-1685), prêtre de Cherbourg, par le chanoine Georges Hyernard 
  •  Le Bienheureux Thomas Hélye. Prêtre de Biville. Vie et miracles. Presses de la Dépêche, Cherbourg 1985.

​L'Annonciation, la Nativité, la Présentation de Marie au Temple et la Visitation sont encore inspirés des poncifs, mais une place importante est donnée aux prières et affirmations chrétiennes. Les symboles placés dans le tympan commentent ces scènes, qui sont autant de fêtes du calendrier de l'Église. Par contre, l'Assomption développe un parallèle avec la Femme du Livre de l'Apocalypse ; la Présentation de Jéus au Temple est remplacé par le Cantique de Siméon, et en particulier par les versets prophétiques ; l'Annonce à Zacharie retient également la prophétie de la naissance de Jean ; la Déposition se concentre sur la citation du Stabat Mater ; la Prédication de Jean-Baptiste, sur "la voix qui crie dans le désert". En somme, la priorité n'est pas donnée à l'image, mais à l'illustration de la parole, dans ses fonctions prophétiques, proclamatives et exclamatives. C'est déjà par une prophétie, celle d'Isaïe sur le rejeton sortant du tronc de Jessé, que le cycle débute, puis il se développe en une arborescence à deux branches (les cotés nord et sud du déambulatoire) pour faire croître cette parole et en attester la réalisation par les témoignages oraux des saints protagonistes. 

Sur le plan stylistique, on notera que ces paroles des prières utilisent, pour s'adresser à Dieu ou à la Vierge le vouvoyement qui était en vigueur avant le concile Vatican II, et donc avant 1965.

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LES BAIES DES PROPHÈTES ET APÔTRES.

 

Elles éclairent la partie centrale du chœur entre le transept et l'abside. Je vais conserver ma description en zig-zag du nord au sud, la seule cohérente. On compte deux baies à deux lancettes au nord, et des baies à trois lancettes trilobées et réseaux. 

Baie n°9. Saint Marc, saint Pierre et saint Jean.

 

Saint Marc, saint Pierre et saint Jean, par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Saint Marc, saint Pierre et saint Jean, par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°12. Saint Luc, saint Paul et saint Mathieu.

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Saint Luc, saint Paul et saint Mathieu, par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Saint Luc, saint Paul et saint Mathieu, par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°11. David, Isaïe et Ezéchiel.

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David, Isaïe et Ezéchiel,  par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

David, Isaïe et Ezéchiel, par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°14. Daniel, Jérémie et Salomon.

Signature sous Isaïe : J. LE CHEVALLIER, PEINTRE-VERRIER, 1959.

 

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Daniel, Jérémie et Salomon, par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Daniel, Jérémie et Salomon, par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°13. Abraham et Moïse.

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Abraham et Moïse par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Abraham et Moïse par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°16. Élie et Jacob.

 

 

 

Élie et Jacob par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Élie et Jacob par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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2. La Nef.

La grande nef fut érigée entre 1643 et1655, puis les chapelles Saint-Clément (bras du transept sud)  et Notre-Dame du Cap-Lihou (bras du transept nord)  furent ajoutées respectivement en 1674 et 1676. 

Elle est éclairée par de petits vitraux réalisés entre 1972 et 1974 ; ceux-ci sont en verre clair centrés par une image biblique emblématique (Arche de Noé, Agneau pascal, Buisson ardent, etc.)

Nef et orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Nef et orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Vitrail de Jacques Le Chevallier, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Vitrail de Jacques Le Chevallier, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Vitrail de Jacques Le Chevallier, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974,  Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974,  Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974,  Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974,  Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974,  Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Je n'ai pas photographié :

  • les vitraux des chapelles Saint-Clément et Notre-Dame (en restauration)
  • les vitraux des fenêtres hautes.

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Le grand lutrin de chœur (Bois doré, XVIIe-XVIIIe siècle ; pied du XVIIIe).

Un aigle terrasse un serpent adossé à un globe. Restauré vers 2010.

Classé au titre d'objet 5 mai 1974 : voir notice Palissy

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Aigle lutrin, photographie lavieb-aile.

Aigle lutrin, photographie lavieb-aile.

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Les orgues.

 

Le Grand Orgue en tribune au fond de la nef est un buffet en deux corps. Créé en 1660-1662 par Robert Ingoult , il a été reconstruit par  Pierre Ménard en 1855, complété par  Louis Debierre en 1899 et  restauré par Claude Madigout en 1995. Le buffet d'orgue et la balustrade de tribune ont été classés au titre objet des monuments historiques par arrêté du 21 janvier 1981 ; la partie instrumentale de l'orgue a quant à elle été classée par arrêté du 20 juin 1989

Pour la composition de l'instrument, voir :

http://orgues-normandie.com/index.php?principal=fiche_orgue.php&id=344

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Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 09:21

L'Arbre de Jessé de la cathédrale Notre-Dame d'Évreux. Chapelle de la Mère de Dieu, vers 1470.

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Voir dans ce blog lavieb-aile des articles consacré aux Arbres de Jessé de Bretagne:

Les sculptures :

Et les vitraux :

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Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

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La chapelle absidiale dite de la Mère de Dieu fut construite entre 1461 et 1470 par l'évêque Jean La Bahue en commémoration du sacre de Louis XI. On y trouve une Vierge à l'enfant, statue de pierre polychrome, qui date du début du XVIe siècle. Hélas pour les amateurs de vitraux, cette statue s'oppose à l'accès à la Baie O et à sa verrière de l'Arbre de Jessé, d'autant que l'accès est entravé par une grille de clôture de l'autel : je n'ai réussi à prendre que des photographies de détails, en prise oblique.

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J'utilise donc en présentation la photographie  par Vassil disponible sur Wikipédia : là encore, la vue n'est que partielle. On se reportera ici pour une photo entière : http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Evreux/Evreux-NotreDame_v12.htm

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Pour une photo du vitrail "en pied", je n'aurai que cela à vous offrir :

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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La baie 0 est formée de 3 lancettes trilobées et d'un tympan en forme de fleurs de lys ; elle mesure 5,80 m de haut sur 2 m de large. Elle est datée de 1467-1469 et relève d'un don de Louis XI. Elle a été restaurée en 1897 par Duhamel-Marette, et en 1999 par Tisserand qui a suuprimé les plombs de casse, collé de nombreuses pièces, qui en a doublé d'autres, avant de reposer le vitrage avec une verrière de doublage.

 

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Mes photos :

Le registre inférieur : Jessé entouré de deux prophètes.

On remarquera bien-sûr la robe damassée du patriarche Jessé, père du roi David et grand-père de Salomon : le fond rouge est envahi comme par un lierre ou une arborescence dorée, dont un examen rapproché montre qu'elle est faite de rinceaux, de feuilles de fougères, de fleurs d'œillets ou d'autres espèces, ou de pommes de pins. On peut y voir la puissance génératrice de l'ancêtre, et, par le choix de l'or, l'énergie spirituelle témoignant du fait que Jessé est mis au service de Dieu dans son plan d'Incarnation. On peut aussi y voir la place première du mot latin virga "rameau", qui va répondre, dans le registre supérieur, en sa fleur le mot virgo "vierge" et son fleuron l'Emmanuel selon la prophétie d'Isaïe 7:14 :

C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, Voici, la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, Et elle lui donnera le nom d'Emmanuel. 

Le projet théologique des Arbres de Jessé est d'illustrer par une image mnémotechnique comment l'Ancien Testament contient les éléments qui annoncent et s'accomplissent dans le Nouveau Testament. Le premier Livre de Samuel ( Jessé y apparaît dans le chapitre 16 comme propriétaire de troupeau à Bethléem) est consacré à l'instauration d'une monarchie à la place du système des Juges, et raconte comment le pâtre David va recevoir la couronne royale du royaume de Juda et fonder une dynastie éternelle. Jésus, qui par sa généalogie énoncée dans l'incipit de l'évangile de Matthieu descend de Jessé et des douze rois de Juda, est le fondateur d'un Royaume éternel, et sa mère Marie reçoit la couronne comme Reine des cieux, reine des Anges, Vierge (virgo) qui accomplit la prophétie d'Isaïe. 

Sur le plan technique, les palmettes et rinceaux  du damas de cette robe ne sont pas peints mais montés au plomb . 

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Isaïe et sa prophétie.

Le prophète Isaïe (en bonnet orné de pierres précieuses) présente sa prophétie dans un phylactère : Egredietur virga de radice iesse et flos de radice eius ascendet.

Voir infra la traduction.

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Jessé sous sa tente, songeant à sa royale descendance.

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Second prophète. Jérémie (?).

Un second prophète prèsente son phylactère : Et requiescet super eum spiritus Domini 

Il est tentant d'y reconnaître le prophète Jérémie, mais cela n'est guère logique puisque les deux phylactères présentent les deux premiers versets du chapitre XI du Livre d'Isaïe :

Egredietur virga de radice Jesse, et flos de radice eius ascendet. Et requiescet super eum Spiritus Domini.  

Une tige sortira de la racine de Jessé, une fleur s’élèvera de ses racines. Et sur elle reposera l’Esprit du Seigneur. [Is. XI, 1-2] 

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Les registres supérieurs vont adopter une disposition qui rompt avec celle, linéaire, des premiers arbres du XIIe siècle  (ceux de Suger à Saint-Denis, de Chartres, de Troyes, du Mans, etc..) : selon un schéma en chandelier, la Vierge et l'Enfant occupe la place centrale au dessus de Jessé et les douze rois sont figurés sur des rameaux latéraux, en deux groupes de six, assis ou posés sur des bourgeons. 

Les rois portent le sceptre ; ils sont couronnés, mais leur couronne à fleuron est associée à un bonnet qui illustre qu'ils sont hébraïques et anté-testamentaires. Chacun d'eux témoigne, par sa gestuelle, de l'hommage qu'ils rendent à la Vierge et à son Fils, qu'ils reconnaissent comme la réalisation ultime de leur dynastie. L'un tend un index vers la Vierge, l'autre élève les deux mains, le troisième soulève son chapeau, etc...

Couleurs :

Le fond est un verre bleu uniforme, et cette couleur du ciel n'est reprise que pour le manteau de la Vierge (et la robe d'Isaïe). La seconde couleur est le jaune, c'est à dire le verre blanc peint à son avers de jaune d'argent plus ou moins concentré. Vient ensuite le rouge, puis le vieux rose ou le pourpre, et un pourpre très sombre. Le vert est décliné en deux teintes. On trouve aussi, pour des détails, un bleu turquoise pâle.

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Le roi David et sa harpe.

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Deuxième roi de Juda. Salomon ?

Sur le plan stylistique, notez la hampe du sceptre.

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Troisième et quatrième rois de Juda.

Lancette A, cinquième panneau.

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Cinquième et sixième rois de Juda.

Lancette C, cinquième panneau.

 

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Septième, huitième et neuvième rois de Juda.

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile
Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Dixième, onzième et douzième rois de Juda.

Lancette C, sixième et septième panneaux.

 

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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La Vierge à l'Enfant couronnée par trois anges.

On remarquera que la Vierge est debout sur le croissant qui se réfère à la Femme de l'Apocalypse. Ce détail fait de l'Arbre de Jessé une défense de l'Immaculée Conception.

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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Remarquez la couronne, montée "en chef-d'œuvre" . C'est aussi le cas de nombreuses pièces  d'ornements vestimentaires sur d'autres panneaux.

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Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

Baie 0 de l'Arbre de Jessé, (v. 1470), Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale Notre-Dame d'Évreux, photographie lavieb-aile

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SOURCE ET LIENS.

— Site patrimoine-histoire.fr :

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Evreux/Evreux-Notre-Dame.htm

Professor Moriarty (2012):

http://professor-moriarty.com/info/fr/sec/vitraux/p%C3%A9riode-avant-19%C3%A8me-si%C3%A8cle/evreux-france/cath%C3%A9drale-notre-dame-d%C3%A9vreux-arbre-jess%C3%A9-chape

CALLIAS BEY (Martine), 2001, "Les vitraux de Haute-Normandie"  / Martine Callias Bey, Véronique Chaussé, Françoise Gatouillat, Michel Hérold ; éd. Comité français du Corpus Vitrearum, Laboratoire de recherche sur le patrimoine français. - Paris : CNRS éd. : Centre des monuments nationaux : Editions du Patrimoine, 2001. - 494 p. : ill., plans, cartes ; 33 cm. - (Corpus Vitrearum - Recensement des vitraux anciens de la France ; Vol. VI). Index p. 450-479." page 147.

 

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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 23:36

L'Arbre de Jessé sculpté de l'ancienne église de Plouégat-Moysan (29) au Musée Départemental Breton de Quimper.

 évêché, sont 

 

En 1953, Victor Henry Debidour mentionnait : "Le Musée breton de Quimper conserve deux brochettes de rois, provenait d'un Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant." Deux "brochettes" ! C'était faire peu de cas des deux branches d'un arbre de Jessé en chandelier, en chêne sculpté,provenant de l'église de Plouégat-Moysant avant que celle-ci ne soit frappée par la foudre en 1886 et que la nef, le transept et le chevet plat ne soit édifiés entre 1874 et 1879.  Certes, l'ensemble d'origine a perdu le patriarche Jessé, du tronc duquel s'élevait ces deux fois six rois de Juda, selon la Généalogie de Jésus qui débute l'Evangile seoln saint Matthieu. Certes, il a également perdu la Vierge à l'Enfant vers lequel devait s'épanouir, comme une fleur virginal, ces fils royaux de Jessé. Mais il existe au moins deux très bonnes raisons de s'arréter encore aujourd'hui devant ce qu'il reste de l'Arbre de Plouégat-Moysant :

La première raison, c'est que le Musée Départemental les a placé dans deux vitrines séparées qui occupent des loges de l'antique escalier de la Tour de Rohan. Celle-ci est la partie la  plus anciennne du palais épiscopal édifié pour l'évêque Bertrand de Rosmadec au voisinage immédiat de la cathédrale de Quimper. Autrement dit, les neuf ou dix rois de Juda de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant ont obtenu une place de premier choix. Ils jouissent d'une mise en valeur par un éclairage judicieux, que peuvent leur envié les œuvres équivalentes encore en place dans les églises et chapelles.

Car la deuxième raison, c'est que ces fragments sont un témoin précieux d'un corpus de 21 Arbres de Jessé sculptés recensés en Bretagne en 1961 par le Dr  Le Thomas. Ils servent ainsi de document pour une iconographie comparative régionale de la diifusion du thème jesséen, lui-même étroitement lié au culte marial, dans l'opposition de la Vierge conçue sans péché à la Démone chtonienne. Louis Le Thomas,  médecin natif de Landerneau qui parcourait la Bretagne en motocyclette avec son matériel photographique, décrivait en 1961  34 Arbres de Jessé bretons, dont 13 verrières et 21 arbres sculptés ( 15 haut-reliefs, 2 niches à volets,  et des bas-reliefs).  

Voici la liste de ces 21 Arbres de Jessé sculptés :

  • Cléguerec, Chapelle de la Trinité, Morbihan. XVIIe 

  • Confort-Berhet, église N-D. de Confort, Côtes d'Armor, XVIe

  • Duault, Chapelle Saint-Jean de Landugen, Côtes d'Armor, XVIe

  • Guimaec, presbytère, Finistère, fragment

  • Loc-Envel, église Saint-Envel, Côtes d'Armor, XVIe

  • Locquirec, église Saint-Jacques, XVIIe

  • Ploerdut, Chapelle Notre-Dame à Crénénan, Morbihan, XVIe siècle

  • Plouegat-Moysan, presbytère, Côtes d'Armor, XVIe, fragment

  • Plounevezel, Chapelle Sainte-Catherine, Finistère, XVIe-XVIIe

  • Plourin-Morlaix, église Notre-Dame, Finistère, XVI

  • Plouzévédé, Chapelle Notre-Dame de Berven, Finistère, XVIe

  • Priziac, Chapelle Saint-Nicolas, Morbihan, XVIe

  • Saint-Aignan, église Saint-Aignan, Morbihan, XVIe

  • Saint-Thégonnec, église Notre-Dame et Saint-Thégonnec, Finistère, XVIe

  • Saint-Tugdual, Chapelle Saint-Guen (ou Saint-Guénaël), Morbihan, XVIe

  • Saint-Yvi, église Saint-Yvi, Finistère,

  • Trédrez, Chapelle de Locquémeau, Côtes d'Armor, XVIe

  • Tréverec, église Saint-Véran, Côtes d'Armor, XVIIe

  • Trinité-Porhoet, église de la Trinité, Morbihan, XVIe ?

  • Plouegat-Moysan, ancienne église, fragment au Musée départemental de Quimper.

  • Plouharnel, Chapelle Notre-Dame des Fleurs, bas-relief en albâtre, XVIe

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Tous sont fondés sur l'interprétation par l'Église d'une prophétie d'Isaïe  "Il sortira un rejeton de la tige de Jessé et un surgeon naîtra de sa racine. Et l'esprit du Seigneur se reposera en lui" Isaïe 11,1-2 . C'est cette prophètie que les artistes médiévaux vont combiner avec la généalogie de Jésus telle qu'elle apparaît dans les évangiles synoptiques (Matthieu 1,1 et Luc 3, 23-38)   pour représenter Jessé, le père du roi David donnant naissance à un arbre sur les branches duquel sont installés les douze rois de Juda avant de culminer dans le Christ. 

  Sur les verrières des cathédrales (celle de St Denis inaugura l'iconographie) ou des églises, sur leur portail, dans les Livres d'Heures, sur les hauts et bas-reliefs de pierre ou de bois, Jessé sera debout, assis ou couché et souvent assoupi comme s'il contemplait en songe sa descendance. Les prophète Isaïe et Jérémie (pour sa prophétie "En ce temps-là je susciterai dans la race de David un rejeton, héros de la justice", Jérémie 33, 15) l'accompagneront souvent, les douze rois, souvent en réduction, s'installeront sur les branches, conduisant soit au Christ, soit à la Vierge tenant l'Enfant. Des anges ou des colombes seront placés autour d'eux.

 

Parmi les Arbres bretons, trois thémes se dégagent selon Le Thomas :

  • Le thème christique, où le Christ trône au sommet de la ramure

  • Le thème marial (1), où c'est la Vierge qui culmine, tenant l'Enfant dans ses bras,

  • Le thème marial (2), où la Vierge à l'Enfant, debout, est au centre, encadrée par deux rameaux latéraux sur lesquels sont placés les deux groupes de six rois de Juda.

   En Bretagne, les arbres de Jessé en vitrail comportent en majorité Jessé assis ou plus rarement debout, alors que Jessé est couché dans l'ensemble des haut-reliefs. Parmi les quinze haut-reliefs, treize introduisent la figure d'une démone, cornue, à la poitrine dénudée, tenant une pomme, et allongée . Ce sont ceux de Cléguerec, Duault, Guimaëc, Loc-Envel, Locquirec, Ploerdut, Plounevezel, Plourin-Morlaix, St-Aignan, St-Thégonnec (niche), St-Tugdual, St-Yvi et Tredrez. La totalité de ces arbres bretons sont du XVIe siécle, hormis 5 arbres datant du XVIIe.

Voir dans ce blog :

 

Voir la liste des Arbres de Jessé de mon blog, avec les liens nécessaires, au début de l'article Le vitrail de l'arbre de Jessé à Férel (56). 

 

 

 

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La première branche de l'arbre en  chandelier comporte cinq rois. Ils sont barbus, les cheveux longs parfois bouclés sont coiffés d'une couronne à fleurons. Ils sont vêtus d'une tunique sur des jambes nues, et chaussés pour la plupart de bottes ou de bottines. Les bras ou avant-bras , lorsqu'ils sont intacts, tiennent un sceptre (conservé dans un seul cas), ou un objet (livre ?) ou font un geste de référence qui se rapportait jadis au personnage sommital (Christ ou Vierge). Aucun attribut ne permet de les identifier, et, notamment, le roi David n'est pas identifiable par sa harpe. 

 

 


 

 

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Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

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Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

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Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

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Les quatre rois du groupe suivants sont semblables, mais deux sceptres (et l'amorce d'un troisième) sont conservés.

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Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

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Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

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Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

Rois de Juda, fragments de l'Arbre de Jessé de Plouégat-Moysant, XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

SOURCES ET LIENS.

Louis Le Thomas, Les Démones bretonnes, iconographie comparée et étude critique, Bulletin de la société Archéologique du Finistère t. 87 p. 169-221, 1961.

Louis Le Thomas, Les Arbres de Jessé bretons, première partie, Bulletin de la société Archéologique du Finistère 165- 196, 1963.

 — Louis Le Thomas, Les Arbres de Jessé bretons, troisième partie, Bulletin de la société Archéologique du Finistère pp. 35-72, 1963.

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Published by jean-yves cordier - dans Arbre de Jessé
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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 23:28

L'arbre de Jessé de la chapelle Saint-Guen en Saint-Tugdual (56).

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Introduction.

"Il sortira un rejeton de la tige de Jessé et un surgeon naîtra de sa racine. Et l'esprit du Seigneur se reposera en lui". C'est cette prophètie d'Isaïe 11,1-2 que les artistes médiévaux vont combiner avec la généalogie de Jésus telle qu'elle apparaît dans les évangiles synoptiques (Matthieu 1,1 et Luc 3, 23-38), pour représenter Jessé, le père du roi David donnant naissance à un arbre sur les branches duquel sont installés les douze rois de Juda avant de culminer dans le Christ.

Sur les verrières des cathédrales (celle de St Denis inaugura l'iconographie) ou des églises, sur leur portail, dans les Livres d'Heures, sur les hauts et bas-reliefs de pierre ou de bois, Jessé sera debout, assis ou couché et souvent assoupi comme s'il contemplait en songe sa descendance. Les prophète Isaïe et Jérémie (pour sa prophétie "En ce temps-là je susciterai dans la race de David un rejeton, héros de la justice", Jérémie 33, 15) l'accompagneront souvent, les douze rois, souvent en réduction, s'installeront sur les branches, conduisant soit au Christ, soit à la Vierge tenant l'Enfant. Des anges ou des colombes seront placés autour d'eux.

Parmi les 34 exemples iconographiques que le Dr Louis le Thomas a relevé en Bretagne ( dont 13 vitraux, 2 niches, 15 haut-reliefs), trois thèmes se dégagent :

  • Le thème christique, où le Christ trône au sommet de la ramure,

  • Le thème marial I , où c'est la Vierge qui culmine, tenant l'Enfant dans ses bras,

  • Le thème marial II, où la Vierge à l'Enfant, debout, est au centre, encadrée par deux rameaux latéraux sur lesquels sont placés les deux groupes de six rois de Juda.

En Bretagne, les arbres de Jessé en vitrail comportent en majorité Jessé assis ou plus rarement debout, alors que Jessé est couché dans l'ensemble des haut-reliefs. Parmi les quinze haut-reliefs bretons, treize introduisent la figure d'une démone, cornue, à la poitrine dénudée, tenant une pomme, et allongée. Ce sont ceux de Cléguerec, Duault, Guimaëc, Loc-Envel, Locquirec, Ploerdut, Plounevezel, Plourin-Morlaix, St-Aignan, St-Thégonnec (niche), Saint-Guen à St-Tugdual, St-Yvi et Tredrez. La totalité de ces arbres bretons sont du XVIe siécle, hormis 5 arbres datant du XVIIe.

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Voir sur ce blog :

I. Les Arbres de Jessé.

Explorant les représentations de l'Arbre de Jessé en Bretagne, en rayonnant à partir du Finistère, j'ai traité successivement de 15 vitraux et de 8 groupes sculptés ; j'ai ensuite traité d'autres œuvres en France et en Espagne. Voici la liste des Arbres de Jessé de mon blog, avec les liens nécessaires, :

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Les sculptures :

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Les vitraux.

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Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

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II. Les Vierges à Démone.

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Le haut-relief de l'Arbre de Jessé de la chapelle Saint-Guen, paroisse de Saint-Tugdual.

1. Généralités.

Emprunté par copiè-collé au site Fondation Pays de France.

http://www.ca-fondationpaysdefrance.org/fondation4/index.php/component/cdf/?controller=articles&view=articles&task=getArticlesItem&id_cdf_content=548&id_cdfgd=10

"La chapelle Saint Guen, de style gothique (1540) est le fleuron de la région de Guéméné-sur-Scorff. Entourée de son cimetière, elle a été édifiée par les seigneurs de Kersalic et de Kerminisy sur leurs terres, avec des façades sculptées et un clocher à base carrée surmonté d’une flèche octogonale. La chapelle Saint Guen et son ossuaire sont inscrits aux Monuments Historiques depuis 1927. A l’intérieur, des statues, croix, et un arbre de Jessé du 16e s sont également protégés.

La chapelle, en cours de restauration, devait être inaugurée le 7 juillet 2006. Mais dans la nuit du 29 au 30 janvier 2006, un incendie criminel fit disparaître son toit et une grande partie du mobilier. La croix du 16e siècle brûla, et les vitraux modernes entreposés dans la sacristie fondirent. Cinq statues furent retrouvées plantées la tête en bas dans le cimetière. Une autre (Saint Trémeur) manquait à l’appel.

Des inscriptions sataniques (pentagrammes, croix renversées, chiffre 666 peint sous l’autel) furent retrouvées sur place, faisant suite à une série de profanations dans la région : destruction du calvaire de Kernével en Rosporden, tombes profanées à Mellac (Morbihan) et à Saint-Thurien (Finistère), vitraux brisés à Guiscriff (Morbihan). Le jeune couple arrêté à Rezé (Loire-Atlantique) déclara avoir agi "par haine de toutes les religions".

Les habitants furent très éprouvés par l’incendie, qui portait directement atteinte à leurs racines et à leur histoire. La commune et les membres de l’association ont malgré tout poursuivi leur projet, afin de faire de la chapelle Saint Guen un symbole de tolérance et de non violence, et un centre d'animation de la région, avec visites commentées et expositions. Elle est le point de départ et de croisement des circuits de randonnée locaux.
La renaissance de la chapelle Saint Guen a été célébrée le 21 juillet 2008. Elle a bénéficié d'un soutien du Crédit Agricole du Morbihan et de la Fondation Pays de France."

La chapelle après l'incendie : Crédit : Association des Amis de Saint Guen

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2. L'Arbre de Jessé avant l'incendie de 2006. Images et descriptions.

Le site Topic-topos propose cette photographie, où la caisse est plus complète qu'actuellement et dispose notamment :

  • d'un fronton flanqué d'éléments latéraux semi-circulaires.

  • sur les montants latéraux, de deux pièces qui ne semblent ni des gonds, ni des vases,

  • d'une ferronnerie équipée de pique-cierges.

Par contre, la couronne (signalée en 1996 par Danigo) est déjà manquante.

 : http://fr.topic-topos.com/arbre-de-jesse-saint-tugdual

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Jusqu'en 2006, le haut-relief était placé dans le chœur,  encastré dans une niche de maçonnerie du mur de gauche, soit le coté le plus sacré, celui où  l'Évangile était lu. Bien que la chapelle soit, par son nom, dédié à saint Guen (ou Guénaël), elle était donc placée sous le patronage de la Vierge.

L'œuvre est classée Monuments historiques à titre d'objet depuis le 7 décembre 1912, et a donc été étudiée par les services de l'Inventaire général. Je trouve deux notices différentes :

1°) sous la référence PM 56001185, et à la date de versement du 3 octobre 1994, la description est donnée d'une œuvre restaurée, du XVIe siècle : "Dais à trois pans décorés de mascarons dans des rinceaux et soutenu par deux balustres à feuillages. Le dais renferme une niche à fond plat sur lequel sont fixées de petites plaques sculptées en bas relief figurant les sept rois couronnés qui entourent de chaque côté la statue de la Vierge portant l'enfant. Le tout surmonte le Jessé couché soutenant l'arbre. " et dont les mesures sont : h = 198 ; la = 186 (Dimension de la Vierge : h = 96) ; Dimension des deux figures de Jessé et du Malin réunies : h = 77. Dimension moyenne des figures : h = 30 


 

2°) Sous la référence IM 56002536 par Marie-Madeleine Tugores et Claude Quillivic, nous trouvons les données suivantes : " niche-arbre de Jessé " " Matériaux :bois : taillé (décor en demi-relief, décor en haut relief), peint (polychrome). Iconographie : figure (Arbre de Jessé) ; Arbre de Jessé (Eve, Vierge à l'Enfant, Enfant Jésus : nu, en encadrement : ange : en vol, phylactère, roi, Prophète) ; en encadrement : ornementation (balustre, rinceaux, angelot, feuillage, croix). Description : 3 frontons semi-circulaires couronnent l'ensemble.Manque la banderole que portaient les 3 anges au dessus de la Vierge ".

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Le haut-relief est mieux décrit par Joseph Danigo en 1996 :


 

  "Au mur nord a été fixé un large cadre à fond bleu, bordé de colonnettes à fuseaux, avec, en bas, un étroit soubassement masqué par un porte-cierges en fer forgé et, à son sommet, une sorte de dais orné de rinceaux dorés. La niche contient un Arbre de Jessé plus original que celui de N.D. de Crénénan. Étendu et appuyé sur le bras droit, le patriarche Jessé au noble visage repousse du pied une démone nue qui lui tend une pomme. De son corps sort un tronc qui se divise en deux branches. Elles montent verticalement, soutenant les rois couronnés, sceptre en main, vêtus de culottes bouffantes et de pourpoints à crevés. Au milieu se dresse la Vierge Marie au visage gracieux enveloppée de son manteau doré. Elle porte son Enfant sur le bras gauche et de la main droite lui caresse les pieds. Au bas se tiennent les deux grands prophètes Isaïe et Jérémie, et, au plus haut, de chaque coté, deux anges déploient des phylactères. Au sommet planent trois autres, celui du milieu tenant une couronne. Cette habile composition, récemment restaurée, constitue un petit chef-d'œuvre du XVIe siècle, riche en couleurs, sur lequel on ne veillera jamais trop."

Malgré la qualité de cette description, on notera que les inscriptions des phylactères ou des vêtements n'ont pas été relevés.

La sculpture a été aussi décrite en 1961 par L. Le Thomas, qui mentionne aussi "au sommet , Père Éternel (?) flanqué d'Anges (2) enturbannés, avec trompettes romaines".


 

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3. L'Arbre de Jessé en 2015.

 

Ma visite lors de la Journée du Patrimoine le 20 septembre 2015 me permet de photographier et d'examiner l'œuvre, restaurée après les dégats de l'incendie.

Il s'agit, dans la classification du Dr Le Thomas, d'un "thème marial II " , où la Vierge à l'Enfant, debout, est au centre, encadrée par deux rameaux latéraux sur lesquels sont placés les deux groupes de six rois de Juda. Parmi ceux-ci, cet Arbre appartient au groupe "à démone", et accueille 25 personnages, dont la Vierge et son Fils, 7 anges, 2 prophètes, 12 rois de Juda, Jessé, et la Démone. 

Parmi ces personnages, Jessé, les douze rois, la Vierge et son Fils, et les deux prophètes appartiennent à l'archétype de l'Arbre tel qu'il évolue depuis le XIIe siècle. Ici, les prophètes sont entourés de phylactères qui portaient sans-doute à l'origine les citations permettant de les identifier comme Isaïe et Jérémie. Le verset qui est à l'origine du thème est celui d'Isaïe 11:1 et egredietur virga de radice Iesse et flos de radice eius ascendet  "Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. " 

Le second verset clef de ce thème se trouve aussi dans le Livre d'Isaïe 7:14,  propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum ecce virgo concipiet et pariet filium et vocabitis nomen eius Emmanuhel . Il est explicitement cité dans l'Evangile de Matthieu 1:22 : "Tout cela arriva afin que s’accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète :Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous.".

   La métaphore arbustive et florale se développe autour des mots virga (rameau, tige), radice ("racine, souche") et flos ("fleur"), et autour du jeu entre les mots virga et virgo, "tige" et "vierge". Fulbert de Chartres reprend ce thème dans son Hymne pour l'Épiphanie, dont le deuxième verset est le suivant : Virga dei genitrix virgo est flos filius eius.

La présence de Jérémie est classique, en vertu peut-être de son verset prophétique  Jérémie 23,5 : Ecce dies veniunt, dixit Dominus, suscitabo david germen justum : "Le temps vient, dit le Seigneur, où je susciterai à David une race juste : un roi régnera qui sera sage, qui régnera selon l'équité, et qui rendra la justice sur la terre". Mais souvent, selon F. Gay, ce sont les versets de son disciple Baruch qui lui ont été attribués (Baruch 3:36-38)


 

 

Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

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A la partie inférieure, Jessé, le patriarche, est allongé sur des coussins bleus à glands de passementerie or. Il dort, ou plus exactement, il fait un songe, car un dormeur ne pourrait conserver la position qu'il a adopté, allongé sur le coté, la main droite servant d'oreiller. Comme tout propriétaire terrien éleveur de moutons, il pense à ses enfants et rêve de leur réussite ou de leur capacité de poursuivre la grandiose entreprise qu'il a conçu. Son fils accédera au trône ! le fils de son fils se maintiendra à la tête du royaume, et encore et encore pendant des générations !  Cette floride filiation se développe comme un arbre qui naît de son ventre et se dresse avec vigueur.

La Démone (je lui attribue une majuscule car elle est le type du genre) a des traits chtoniens et reptiliens, avec ses pattes crochues, mais ses grandes oreilles et ses cornes la désignent comme une créature de Satan. Elle tient d'ailleurs la pomme de la tentation d'Adam et Éve. Bien que Jessé la repousse du pied, elle relève la tête avec arrogance et semble déterminée à mener à bien son entreprise maléfique. 

Cette créature a particulièrement intéressé Louis Le Thomas, qui la décrit ainsi : "Démone au torse dénudé et cambré. Visage féminin, Mamelles discoïdes, exubérantes, la gauche très retouchée. Pomme dans la main droite."

Hiroko Amemiya, actuellement chercheuse, et responsable de la section japonais  à l'Université de Rennes 2, a consacré sa thèse soutenue à Paris en 1996 aux Figures maritimes de la déesse-mere. Etude comparée des traditions populaires japonaises et bretonnes. Son deuxième volume de cette thèse est in inventaire des différents types de représentations semi-humaines de démones en Bretagne, et a été publié sous le titre Vierge ou Démone aux éditions Keltia Graphic en 2005. Les pages 132-133 de cet ouvrage sont consacrées à la "chapelle Sainte-Guen" (sic), avec une photographie noir-et-blanc qui date sans-doute de 1995-1996, et qui se rapproche de celle du site Topic-topos (supra). Elle mentionne que "la représentation semi-humaine n'était pas peinte de la même couleur qu'actuellement, ce que prouve la photo présentée par Victor-Henry Debibour dans son ouvrage : L'Art de Bretagne, publié en 1979. Son corps l'était en jaune de terre, ses cheveux en gris, ses yeux , sa bouche et ses mamelons en vermillon." (p. 133)

Sur cette photo, il est frappant de constater que la pomme tenue par la Démone ressemble à un sein.

 

La Démone, chapelle Saint-Guen, Victor-Henry Debibour , L'Art de Bretagne, 1979. Droits réservés

La Démone, chapelle Saint-Guen, Victor-Henry Debibour , L'Art de Bretagne, 1979. Droits réservés

Jessé et la Démone, Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

Jessé et la Démone, Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

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La Démone, Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

La Démone, Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

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Les douze rois ne sont pas nommés, mais chaque fidèle sait qu'il est invité à y reconnaître les fils de Jessé qui ont occupé le trône du royaume de Juda .

Rappel : à la mort de Salomon, fils de David et petit-fils de Jessé, le royaume est divisé en deux :  DixTribus d'Israël se rassemblent dans le nord pour former le nouveau Royaume d'Israël, dirigé par Jéroboam Ier, tandis que la tribu de Juda et la tribu de Benjamin forment autour de Jérusalem au sud un royaume de Juda. Une grande partie des Lévites consacrés au Temple de Jérusalem rejoignent également le royaume de Juda. Le royaume existe de -931 jusqu'en -587, quand le roi babylonien Nabuchodonosor II détruit Jérusalem.  

Ces rois de Juda sont énumérés dans l'Évangile de Matthieu et dans celui de Luc : 

Matthieu 1 :6-16 : "Isaï [c'est-à-dire Jessé] engendra David. Le roi David engendra Salomon de la femme d’Urie ; Salomon engendra Roboam ; Roboam engendra Abia ; Abia engendra Asa ; Asa engendra Josaphat ; Josaphat engendra Joram ; Joram engendra Ozias ; Ozias engendra Joatham ; Joatham engendra Achaz ; Achaz engendra Ézéchias ; Ézéchias engendra Manassé ; Manassé engendra Amon ; Amon engendra Josias ; Josias engendra Jéchonias et ses frères, au temps de la déportation à Babylone. Après la déportation à Babylone, Jéchonias engendra Salathiel ; Salathiel engendra Zorobabel .Zorobabel engendra Abiud ; Abiud engendra Éliakim ; Éliakim engendra Azor ; Azor engendra Sadok ; Sadok engendra Achim ; Achim engendra Éliud ; Éliud engendra Éléazar ; Éléazar engendra Matthan ; Matthan engendra Jacob ; Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ."

Ce sont donc  le roi David, son fils  Salomon , puis  Roboam ;  Abia ;  Asa ;  Josaphat ; Joram ;  Ozias ; Joatham ;  Achaz ;  Ézéchias ;  Manassé .

Comme d'habitude, seul David est identifiable par sa harpe, et les autres portent tous indifféremment la couronne et le sceptre.

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Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

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Rois de Juda, Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

Rois de Juda, Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

Six rois de Juda, Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

Six rois de Juda, Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

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La Vierge.

Elle est représentée de face, regardant le fidèle, et tenant son Fils nu. Ses longs cheveux blonds, non recouverts par un voile, sont détachés et tombent sur les épaules. Elle est vêtue d'une robe dorée à revers bleu et à encolure en V au dessus d'une chemise à encolure carrée. Le manteau au plissé élégant semble jaune d'or, mais un examen rapproché révèle des traces de peinture rouge mordorée, et un réseau de fins traits bleus correspondant peut-être à un damassé.

 

 

Vierge à l'Enfant, Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

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 Vierge à l'Enfant, Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

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Les inscriptions.

a) Les anges porteurs de phylactères.

Les quatre anges latéraux porteurs de chandeliers sont enrubannés d'un phylactère dont l'inscription est lisible. Je déchiffre : Joue maris --ll- / Dei Ma--- atque / oeli x-- coeli p -- / Semper virgo.

Il n'en faut pas plus pour identifier le texte d'origine, modifié par la retranscription des restaurateurs. C'est la première strophe de l'hymne marial Ave  maris stella :

Ave maris stella,
Dei mater alma
Atque semper virgo
Felix caeli porta

"Salut, étoile de la mer
Mère nourricière de Dieu
Et toujours vierge,
Bienheureuse porte du ciel"

 

Cette constatation offre plusieurs intérêts, dont le premier est de créér un lien avec l'Arbre de Jessé de l'église de Saint-Aignan, qui comporte la même inscription. Cette paroisse se trouve à une cinquantaine de kilomètres. Le deuxième intérêt est d'illustrer l'importance hic et nunc du culte marial et, notamment, de l'adhésion à la thèse de la conception immaculée de la Vierge.

Ave Maris Stella est une hymne catholique à la Vierge Marie, attestée depuis le IXe siècle, attribuée à Venance Fortunat (530-609), et qui est  chantée dans l'Office divin et dans le petit office de la Sainte Vierge, ainsi qu'aux vêpres et dans le bréviaire romain lors des fêtes de la Vierge Marie. Elle figure ainsi aux Vêpres de la fête de la Conception de la Vierge. Dans le "Petit office de la Sainte Vierge", l'hymne succède  à un capitule récitant le verset d'Isaïe Egredietur virga de radice Jesse. le capitule est une courte lecture tirée de la Bible et qui est faite au cours de l'office, à la suite de la récitation des psaumes) . 

Si on considère la liturgie de la Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, fêtée le 8 décembre, institutionalisée depuis 1477 par décision de Sixte IV, instituée par Pie IX en 1854 après proclamation du dogme de l'I.C., , mais déjà célébrée en France depuis la fin du XIVe siècle après les travaux théologiques de l'aumônier de Charles VI Pierre d'Ailly, nous trouvons :

  •  la lecture du Livre de la Genèse narrant la tentation d'Ève par le serpent.
  • en prose : Virga tota speciosa Tota spinis carens rosa, Tu plena virtútibus.Mille donis tu decóra,  Solem præis nunc auróra, Exuis nos lúctibus.Radix Iesse, fons signátus,  Soli Deo patens hortus,  Tu virgo, quæ páries.Evæ Virgo reparátrix,  Et serpéntis interféctrix,  Tu vitam concípies.Corpus orbis conditóri, Lac et tuo nutrítóri, Pórríges virgíneum. Nobis, Virgo quæ concépta, Dotes inater tot adépta,  Non neges auxílium.  Amen. Allelúia. : "Vierge, vous êtes toute belle, Comme une rose sans épines, Possédant toutes vertus.Enrichie des dons de la grâce, Aurore annonçant le soleil, Vous nous sortez de nos peines.Souche de Jessé, Source close,  Jardin réservé au Seigneur, Vous serez la Vierge Mère. En réparant la faute d’Ève,  Et foulant aux pieds le serpent, Vous enfanterez la vie.Vous donnez corps au Créateur  Votre lait virginal nourrit  Celui qui vous nourrira.Vierge Mère, à peine conçue  Vous avez reçu tous les dons ; Venez à notre secours ! Amen. Alléluia !"
  • la lecture de l'Évangile de Matthieu donnant la Généalogie du Christ.

On peut donc considérer les Arbre de Jessé à Démone de Bretagne comme de véritables liturgies en image développant l'argumentation de l'Immaculée Conception en soulignant combien la Vierge accomplit certes la prophétie d'Isaïe, mais également "répare  la faute d' Ève" et , en foulant le serpent, détourne dans un sens rédempteur le verset de Genèse 3:15 où Dieu dit au serpent "Je susciterai l'hostilité entre toi-même et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Celle-ci t'écrasera la tête, et toi, tu lui écraseras le talon." Par cette introduction de la Démone-Serpent dans l'iconographie de l'Arbre de Jessé (elle ne figure pas dans les Arbres du XIIe-XIVe siècle), la Vierge devient aussi la Femme de l'Apocalypse de Apocalypse 12. C'est pourquoi on la trouve souvent représentée sur le croissant de lune sur les autres exemples bretons.

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b) Les inscriptions du manteau de la Vierge.

Le manteau de la Vierge est couvert d'inscriptions, devenues quasiment indéchiffrables. On les trouve :

  • sur le galon du pan inférieur qui monte en diagonal à partir du pied droit. Lettres bleues sur fond or entre deux lignes bleues.  On y lit la lettre A.

  • sur le galon du pan opposé, qui descend en diagonale plus douce le long de la jambe gauche. Lettres bleues sur fond or entre deux lignes bleue .On y lit le mot ROSA - -A- - - - -

  • La manche droite porte en des caractères de même couleur des lettres que je ne déchiffre pas.

  • La manche gauche porte de la même façon le mot FLOR[E]- -

  • Le pli courbe qui relie le poignet droit et la manche gauche comporte sur fond bleu des traces de calligraphie.

Le mot FLOR peut correspondre à un ancien FLOS, renvoyant à la citation d'Isaïe Et flos de radice eius ascendet. ou aux multiples commentaires de ce verset par les Pères de l'Église. Ainsi, pour saint Jérome, Virga Mater est Domini simplex, pura, sincera, nullo extrinsecus germine coaherente, & ad similitudinem Dei unione fœcunda. Virgae flos Christus est, dicam ego flos campi, et lillium convallium. "Cette tige (virga), c'est la Mère du Seigneur, tige pure, simple, sincère, sans aucun germe de dehors, mais féconde, comme Dieu, par son unité. La fleur de cette tige, c'est le Christ, que je dis être la fleur du champ et le lis des vallées. "

J'ai déjà signalé qu'au XIe siècle, Fulbert de Chartres reprend ce thème dans son Hymne pour l'Épiphanie, dont le deuxième verset est le suivant : Virga dei genitrix virgo est flos filius eius. Saint Bernard, et saint Bonaventure reprendront cette interprétation d'Isaïe : La Vierge est la tige, et le Christ en est la fleur.

Manche de la Vierge, Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

Manche de la Vierge, Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

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Pan gauche du manteau de la de la Vierge (image pivotée), Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

Pan gauche du manteau de la de la Vierge (image pivotée), Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

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Les anges de la partie supérieure.

Il semble vraisemblable que l'ange du milieu tenait une couronne au dessus de la tête de la Vierge, puisque Joseph Danigo le signale. Pourtant, Louis le Thomas ne signale pas cet ange dans son décompte pourtant précis, et ne compte que "quatre anges accostant la Vierge" et, au sommet, autour du Père Éternel, "deux anges enturbannés avec trompettes romaines". Les anges latéraux actuels ont bien la posture d'anges tenant une banderole. 

Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

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Le haut de la niche.

Il comporte en bas-relief trois têtes de chérubin et deux mascarons.

 

Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

Arbre de Jessé, vers 1540, chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual. Photographie lavieb-aile.

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Comparaison avec les autres groupes sculptés de Bretagne. 

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En 1961, Louis Le Thomas décrivait 34 Arbres de Jessé bretons, dont 13 verrières et 21 arbres sculptés (haut-reliefs, niches à volets et bas-reliefs).

Voici la liste de ces 21 Arbres de Jessé sculptés :

  • Cléguerec, Chapelle de la Trinité, Morbihan. XVIIe 

  • Confort-Berhet, église N-D. de Confort, Côtes d'Armor, XVIe

  • Duault, Chapelle Saint-Jean de Landugen, Côtes d'Armor, XVIe

  • Guimaec, presbytère, Finistère, fragment

  • Loc-Envel, église Saint-Envel, Côtes d'Armor, XVIe

  • Locquirec, église Saint-Jacques, XVIIe

  • Ploerdut, Chapelle Notre-Dame à Crénénan, Morbihan, XVIe siècle

  • Plouegat-Moysan, presbytère, Côtes d'Armor, XVIe, fragment

  • Plounevezel, Chapelle Sainte-Catherine, Finistère, XVIe-XVIIe

  • Plourin-Morlaix, église Notre-Dame, Finistère, XVI

  • Plouzévédé, Chapelle Notre-Dame de Berven, Finistère, XVIe

  • Priziac, Chapelle Saint-Nicolas, Morbihan, XVIe

  • Saint-Aignan, église Saint-Aignan, Morbihan, XVIe

  • Saint-Thégonnec, église Notre-Dame et Saint-Thégonnec, Finistère, XVIe

  • Saint-Tugdual, Chapelle Saint-Guen (ou Saint-Guénaël), Morbihan, XVIe

  • Saint-Yvi, église Saint-Yvi, Finistère,

  • Trédrez, Chapelle de Locquémeau, Côtes d'Armor, XVIe

  • Tréverec, église Saint-Véran, Côtes d'Armor, XVIIe

  • Trinité-Porhoet, église de la Trinité, Morbihan, XVIe ?

  • Plouegat-Moysan, ancienne église, fragment au Musée départemental de Quimper.

  • Plouharnel, Chapelle Notre-Dame des Fleurs, bas-relief en albâtre, XVIe

On remarque que les paroisses de Cléguérec, Saint-Tugdual, Ploerdut et Priziac  appartenaient autrefois  au même doyenné, celui de Kemenet-Guégant ou Guéméné-Guingant, présidé par Guéméné-sur-Scorff, et que les verrières de l'Arbre de Jessé sont présentes dans d'autres paroisses du même doyenné, à Melrand, et Guern.

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J'ai étudié, avant de rendre visite à la chapelle Saint-Guen, sept de ces sculptures. 

Il s'agit de trois œuvres du Finistère et trois du Morbihan, placées dans tous les cas dans des niches en bois, plus ou moins bien conservées. Les compositions elle-mêmes ont perdu certains de leurs éléments (perte, vol), ce qui affaiblit la valeur de l'analyse comparative, d'autant que les altérations puis les restaurations  réalisées dans le passé ont pu faire disparaître de précieux indices.

Ces  hauts-reliefs bretons sont tous du modèle "en chandelier" avec Vierge au centre encadrée par  deux groupes de rois. David tient sa harpe dans tous les cas.  Jessé est constamment allongé, soit en décubitus droit, soit en décubitus gauche, tête soutenue par la main, mais les yeux sont soit ouvert, soit fermés. 

La Démone est présente dans cinq cas sur six, toujours à demi-allongée et redressant la tête, et brandissant la pomme dorée. Ses traits de monstruosité animale, reptiliens ou de serpents, sont plus ou moins marqués, et c'est en elle que l'imagination propre  de l'artiste s'est le plus affirmée. 

La Vierge est installée sur un croissant de lune dans trois cas, selon le type de la Vierge de l'Apocalypse en relation avec le dogme, alors discuté, de l'Immaculée Conception. Elle est couronnée par les anges à Saint-Aignan, Priziac, Cléguérec et Trédrez. Le ou les prophètes ne sont présents qu'à Saint-Aignan.

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Saint-Aignan (56)

 

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Saint-Nicolas en Priziac (56) :

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Notre-Dame de la Trinité de Cléguerec (56), datant de 1594  :

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Locquirec (29) :

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Saint-Thégonnec (29) datant de 1610  :

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Trédrez (22), datant de 1520 :

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Parmi les sites que je n'ai pas encore visités, j'ai trouvé sur la toile les photographies de :

Confort-Berhet : http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=REF&VALUE_98=PM22001519

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Duault, chapelle Saint-Jean , Landugen.

http://fr.topic-topos.com/vierge-de-larbre-de-jesse-duault

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Ploerdut, Chapelle Notre-Dame de Crénénan.

http://fr.topic-topos.com/arbre-de-jesse-ploerdut

 

 

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Plouharnel, chapelle Notre-Dame des Fleurs.

http://fr.topic-topos.com/arbre-de-jesse-plouharnel

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Plounevezel, Chapelle Sainte Catherine :

Pas d'image. Voir :

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palsri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PM29001485

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/fa47d847e93e21ee4e7770baf2eea244.pdf

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Plouzévédé, site Topic-topos : http://fr.topic-topos.com/arbre-de-jesse-plouzevede

 

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Saint-Yvi : http://fr.topic-topos.com/vierge-de-jesse-saint-yvi

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Trévérec, Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, provenant de la chapelle de Pontmin :

http://fr.topic-topos.com/notre-dame-de-bonne-nouvelle-treverec

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Trinité-Porhoët, église de la Trinité.

http://fr.topic-topos.com/arbre-de-jesse-la-trinite-porhoet

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Une autre sculpture a  échappé aux recherches de Louis Le Thomas :

RostrenenChapelle de Campostal, Côtes d'Armor, XVe

http://fr.topic-topos.com/image-bd/france/22/arbre-de-jesse-rostrenen.jpg

 

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SOURCES ET LIENS.

 

http://marikavel.org/bretagne/guemene-sur-scorff/accueil.htm

extrait de Philippe Jouët & Kilian Delorme.

AMEMIYA (Hiroko) 2005, Vierge ou démone, exemple dans la statuaire bretonne, Keltia éditeur, Spézet. 269 p. page 68-69. Version remaniée de la thèse de 1996.

— AMEMIYA (Hiroko) Figures maritimes de la déesse-mère, études comparées des traditions populaires japonaises et bretonnes thèse de doctorat d'études littéraires, histoire du texte et de l'image  Paris 7 1996 sous la direction de Bernadette Bricout et de Jacqueline Pigeot. 703 pages Thèse n° 1996PA070129 "Résumé : Le thème principal de cette etude est de voir quel role la femme non-humaine - et notamment la femme qui appartient au monde maritime - a joue au Japon et en Bretagne, a travers les recits relatifs à l'epouse surnaturelle. Pour la Bretagne, les recherches s'etendent egalement sur l'iconographie religieuse representant l'etre semi-humain telles la sirene et la femme-serpent. La region conserve dans ses chapelles de nombreuses statues des xvie et xviie siecles figurant ce type faites par des artisans locaux. L'imagination populaire s'epanouit ainsi dans la femme non-humaine de deux facons en Bretagne : dans l'expression orale et dans l'expression plastique ce qui nous offre une occasion inestimable d'etudier leur compatibilite dans leur contexte socioculturel. Les récits qui traitent le thème du mariage entre l'etre humain et l'etre non-humain revelent la conception de l'univers d'une societe. L'autre monde ou les etres de l'autre monde sont en effet une notion fonctionnelle qui permet a la societe de maintenir l'ordre interne par une intervention externe fictive : la suprematie du fondateur du Japon s'explique par la transmission d'une puissance surnaturelle par sa mère du royaume maritime, alors qu'en Bretagne, la destruction de la cite légendaire d'is est causee par une fille maudite née d'une fee. Le premier volume de cette etude est compose de trois parties : i. L'autre monde dans la tradition populaire au japon, ii. Recits relatifs au mariage au japon et en Bretagne, iii. Iconographie d'une femme semi-humaine. Le deuxieme volume est un inventaire des differents types de representation semi-humaine en Bretagne."

— DANIGO ( Joseph) 1996,  Eglises et chapelles du pays de Guéméné : 2ème partie  - U.M.I.V.E.M. : Lanester, 1996. - 195 p. ; ill. en n. et bl., carte ; 20 cm 

DEBIDOUR (Victor-Henry),1979, L'Art de Bretagne, Paris, Arthaud, p. 48.

—  DOBBY (Margaret), Le motet et l'Arbre de Jessé, Une métaphore qui met en lumière la complexité des relations entre profane et sacré au Moyen Age

http://pdf.actualite-poitou-charentes.info/086/Actu086oct2009_37-39..pdf

— FOURNIÉ (Eléonore), LEPAPE (Séverine), 2012,« Dévotions et représentations de l’Immaculée Conception dans les cours royales et princières du Nord de l’Europe (1380-1420) », L’Atelier du Centre de recherches historiques [En ligne], 10 | 2012, mis en ligne le 11 mai 2012, consulté le 24 septembre 2015. URL : http://acrh.revues.org/4259 ; DOI : 10.4000/acrh.4259 

—  LEPAPE (Séverine), 2009,  « L’Arbre de Jessé: une image de l’Immaculée Conception ? »,Médiévales [En ligne], 57 | automne 2009, mis en ligne le 18 janvier 2012, consulté le 22 septembre 2015. URL : http://medievales.revues.org/5833 

 LE THOMAS (Louis), 1961 "Les Démones bretonnes, iconographie comparée et étude critique", Bulletin de la société Archéologique du Finistère t. 87 pp. 169-221.

— LE THOMAS (Louis) 1963 "Les Arbres de Jessé bretons", première partieBulletin de la société Archéologique du Finistère pp. 165- 196.

 — LE THOMAS (Louis) 1963, "Les Arbres de Jessé bretons", troisième partieBulletin de la société Archéologique du Finistère pp. 35-72.

 — LEPAPE (Séverine) 2004 Étude iconographique de l’Arbre de Jessé en France du Nord du xive siècle au xviie siècle Thèse Ecole des Charteshttp://theses.enc.sorbonne.fr/2004/lepape


 

 

 

 

http://www.vannes.maville.com/actu/actudet_-A-Saint-Tugdual-la-chapelle-renait-de-ses-cendres_12-427869_actu.Htm

Inventaire régional :

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=RETROUVER_TITLE&LEVEL=1&GRP=0&REQ=((Saint-Tugdual)%20%3ALOCA%20)&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=3&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Saint-Tugdual&SYN=1&IMAGE_ONLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=200&DOM=Tous

 http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Saint-Tugdual&NUMBER=21&GRP=0&REQ=%28%28Saint-Tugdual%29%20%3aLOCA%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=3&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=200&DOM=Tous

Ouest France, 3 juin 2013 
Exposition à la chapelle Saint-Guen Saint-Tugdual 

Ouest France, 10 octobre 2012
Saint-Tugdual. La chapelle Saint-Guen s'anime de chants bretons

Vannes, maville.com
A Saint-Tugdual, la chapelle renaît de ses cendres

Le Télégramme, 8 juin 2011
Saint-Guen. Aux choeurs de la chapelle

Libération, 6 février 2006
En Bretagne, les croisés du satanisme courent toujours

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Published by jean-yves cordier - dans Arbre de Jessé
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