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11 décembre 2019 3 11 /12 /décembre /2019 18:19

La Vierge à la Démone de la chapelle de Locmaria-Lannn à Plabennec.

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Voir d'autres Vierges à la démone de Bretagne dans les articles suivants :

etc...

Et sur patrimoine.bzh :

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INTRODUCTION.

Les Démones tentatrices, ou les  Vierges à la Démone de Bretagne ont été étudiées par Louis Le Thomas en 1961, puis par Amemiya en 1996, puis j'ai multiplié sur ce blog  depuis une dizaine d'année mes articles d'analyse iconographique à leur propos.

1. Louis Le Thomas.

  Louis Thomas a recensé  19 Arbres de Jessé sculptés en Bretagne dont 6 en Finistère (outre Locquirec, Plounevezel, Plouzevedé/Berven, Plourin-les-Morlaix, St-Thégonnec, St-Yvi) dont un sous-groupe de 13 avec Démones.

  Ces Démones fascinent Louis Le Thomas, qui leur a consacré un article particulier, et les classe en deux figurations anthropomorphiques, celle de Démone-Serpent ou anguiforme, ou ophioure (ou "Echidna"), et celles, plus rares, de Démone-poisson (ou "Néreïde"). Il  voit dans ces formes qui "relèvent d'une gynécomorphie du Serpent de la tentation"  "l'occasion rare, dans l'iconographie religieuse; d'une étude du nu féminin, bustes et torses de démones ayant été, dans les Arbres de Jessé bretons, traités avec une verve évidemment complaisante et un réalisme particulièrement suggestif" car elles ont "pour attribut principal des mamelles orthomorphes, discoïdes, d'un galbe partout très exagéré" dont le mérite est néanmoins de consoler le fidèle des démons et démones de l'iconographie religieuse, très souvent affligées de mamelles pendantes, à titre péjoratif, et d'inspiration probablement monacale". Souvent, hélas, ces "exubérance mammaire a servi de prétexte à une chirurgie iconographique correctrice particulièrement tenace afin, presque partout, de réduire —sinon de supprimer— cette exubérance en pratiquant des amputations, alors qu'aux personnages "cacheurs" de Molière suffisait...le mouchoir".

 A la question qu'avait posé le chanoine Abgrall (Est-ce Éve ? Est-ce le serpent qui l'a trompé ?), Louis Le Thomas répond : c'est le Serpent, car il tend la pomme plutôt qu'il ne s'en saisit, mais aussi en raison de ses caractères chtoniens : main griffue, tête cornue, animalité.

 

2. Hiroko Amemiya.

H. Amemiya recense 52 "Vierges à l'Enfant foulant une représentation semi-humaine" en Bretagne, dont 28 en Finistère, 10 en  Côtes d'Armor, 11 en Morbihan et 3 en Ille-et-Vilaine, la grande majorité en pays bretonnant (seuls 4 exemples sont en pays gallo). Parmi les 28 exemples du Finistère, 13 se trouvent dans l'église paroissiale et 15 dans des chapelles. La Vierge est debout dans tous les cas, sauf 2. Elle appartient à un arbre de Jessé dans 12 cas, et est posée sur un croissant de lune dans 15 cas, ces deux représentations évoquant un lien avec le culte de l'Immaculé-Conception.

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Quant à la Démone, sur les 28 exemples finistériens, elle tient la pomme de la Tentation dans 22 cas, Elle associe un visage féminin, un buste aux seins dénudés, et une queue de serpent dans tous les cas.

De façon générale, "la grande série des Vierges sur croissant et démone date de la fin du XVIe"

 

Voici la liste commentée des 28 exemples du Finistère :


 

  • Bohars, église Saint-Pierre-es-Liens / chapelle de Locquillo : bois polychrome, assise, XVIe. Démone à la pomme. Queue de serpent  nouée sur elle-même.

  • Brest, église Saint-Louis, bois polychrome, XVIIIe. 

  • Landudal, église Notre-Dame-du-Populo, bois polychrome, Fin XVIe ? Vierge couronnée par deux anges. Croissant. Enfant tenant la citation d'Isaïe Ecce virgo concipiet. Démone à la queue de serpent se redressant verticalement.

  • Carhaix-Plouguer, chapelle Sainte-Anne, bois polychrome, 2eme moitié XVIe. Vierge couronnée. Bandeau occipital, Jessé. Démone à la pomme associée à un dragon. Queue de serpent se redressant verticalement.

  • Kergloff, chapelle de la Trinité, bois polychrome, 2eme moitié XVIe. Vierge couronnée ;  croissant.  Démone à la pomme. Queue de serpent se redressant verticalement.

  • Poullaouen, église Saint-Pierre et Saint-Paul, atelier de Carhaix ? 2eme moitié XVIe, bandeau occipital. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Poullaouen, chapelle Saint-Tudec, bois polychrome, atelier de Carhaix ? 2eme moitié XVIe. Vierge couronnée. Démone à la pomme. Queue de serpent se redressant verticalement.

  • Saint-Hernin, ossuaire de l'église Saint-Hernin, bois polychrome : Anne trinitaire à la démone. "Fin XVIIe"?? Vierge couronnée. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant en socle.

  • Saint-Ségal, chapelle Saint-Sébastien, bois polychrome, fin XVIe. Vierge couronnée (couronne perdue) par deux anges. Bandeau occipital. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Le Moustoir, chapelle Saint-Ruellin, bois polychrome, fin XVIe. Couronne ? Bandeau occipital. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Leuhan, église Saint-Théleau, bois polychrome, 2eme moitié XVIe. Vierge couronnée. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant autour du pied de la Vierge.

  • Irvillac, chapelle Notre-Dame de Lorette, granite polychrome, 2eme moitié XVIe.Vierge couronnée. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Plougastel-Daoulas, chapelle Saint-Trémeur. bois polychrome, XVIIe. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Plogonnec, chapelle Saint-Pierre, bois polychrome, 2eme moitié XVIe. Vierge couronnée.  Démone  à poitrine nue. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Landeleau, chapelle Saint-Laurent, bois polychrome, 2eme moitié XVIe, assise. Vierge couronnée.  Bandeau occipital. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Locquirec, église Saint-Jacques. Bois polychrome. Niche à volets, arbre de Jessé. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Le Folgoët, église Notre-Dame. Kersantite, XVe (?) Ceinture nouée par une ganse. Cape fermée par une chaîne. Bandeau occipital. Croissant. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant verticalement.

  • Plouider, chapelle Saint-Fiacre. Bois polychrome, XVIe. Bandeau occipital. Croissant. Queue de serpent remontant verticalement.

  • Plourin-les-Morlaix, église Notre-Dame.  Bois polychrome, début XVIe ? Vierge couronnée.  Croissant, arbre de Jessé. Démone à la pomme. Queue de serpent s'enroulant à l'arbre de Jessé.

  • Plabennec, chapelle de Locmaria Lann. Bois polychrome, XVIIe. Vierge à bandeau occipital. Mandorle rayonnante (perdue).Croissant.  Démone à la pomme ? (bras perdu). Queue de serpent remontant verticalement.

  • Brennilis, église Notre-Dame. Bois polychrome, vers 1575. Niche à volets. Vierge couronnée.  Démone à la pomme. Queue de serpent remontant verticalement.

  • Pleyben, chapelle de Gars-Maria. Kersantite.  vers 1578-1580. Vierge couronnée.  Démone à la pomme, Queue de serpent remontant verticalement.

  • Pleyben, chapelle de Gars-Maria. Bois polychrome, XVIe. Démone à la pomme. Queue de serpent remontant verticalement.

  • Pleyben, chapelle de Notre-Dame de Lannelec. Kersantite, vers 1578. Bandeau occipital.  Démone à la pomme.  Queue de serpent remontant verticalement. Atelier de Pleyben d'après les modèles de l'atelier de Locronan.

  • Lampaul-Ploudalmézeau, église Saint-Paul. Bois polychrome, XVIe? Démone à la pomme.  Queue de serpent remontant verticalement.

  • Saint-Yvi, église Saint-Yvi. Bois polychrome. Fin XVIe. Croissant (disparu) et Jessé endormi. Bandeau occipital. Fin XVIe.

  • Saint-Thégonnec, église Notre-Dame. Bois polychrome, fin XVIe. Niche à volets, Arbre de Jessé, croissant. Bandeau occipital. Démone à queue de serpent.

  • Scaer, chapelle Saint-Adrien. Bois polychrome, fin XVIe. Démone à la pomme.


 

Il faudrait ajouter à cette série les 20 exemples de "Vierge foulant un serpent ou un dragon", série apparentée mais apparaissant au XVIIe et XVIIe siècle (cf. Kerdévot en Ergué-Gabéric) . Ainsi, les démones semi-humaines disparaissent quasi complètement à partir du XVIIe.

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Commentaires.

Parmi ces 28 Vierges à la Démones du Finistère, on dénombre (rapidement) : 1 statue du XVe (en kersantite), 21 statues du XVIe, 3 statues du XVIIe et 1 du XVIIIe.

Dans le groupe majoritaire du XVIe, 1 date du début de ce siècle, 7 du milieu, 9 de son dernier tiers ou de sa fin, et 4 sont "du XVIe".

Cela confirme les remarques de Couffon puis de C. Prigent, pour qui la grande série des Vierges à croissant et démones date de la deuxième moitié du XVIe siècle : 16 exemples sur 28.

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Ces démones bas-bretonnes sont donc, on le voit, l'une des caractéristiques des sanctuaires de notre région, et leur confère un cachet d'autant plus intéressant à découvrir que leur compréhension n'est pas univoque, et que l'énigme qu'elles proposent rebondit à chaque nouvel exemple, alors qu'au contraire, les traits qu'elles ont en commun suscitent ce plaisir, pour le touriste, d'une connivence jubilatoire : Ah, j'en étais sûr, la queue de la démone s'entortille encore ici en se dissimulant dans le dos de la robe de la Vierge pour témoigner de son opiniâtreté à répandre son venin !

De même, j'ai plaisir à retrouver,   le bandeau occipital (mon chouchou) retenant en arrière les cheveux de la Vierge, un détail stylistique qui place cette œuvre dans une grande famille de sculptures presque exclusivement retrouvées en Finistère, au XVIe siècle et au tout début du XVIIe, sur des Vierges ou plus rarement des Marie-Madeleine, comme si cet accessoire capillaire était le marqueur d'une mode touchante car presque folklorique.

 À me lire, on pourrait croire que ce groupe sculpté de la petite chapelle de Locmaria en Plabennec  a été très étudié , mais il n'en est rien. Seul l'ouvrage de H. Amemiya en donne une description détaillée, avec une photographie noir et blanc de la Démone.

À moi de jouer !

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DESCRIPTION.

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Locmaria-Lan, formé avec le mot breton "lok " "lieu consacré" - ecclesia Beatae Mariae de Landa, en 1363, était une chapelle dépendante de Plabennec ( une trève) et lieu sacré depuis probablement la préhistoire. La fondation de la première chapelle chrétienne remonte au XIe siècle. Elle est réédifiée en  1450  à l'initiative du seigneur du Baudiez au Rest,  puis les familles Carman-Lesquelen et Lescoët agrandissent au XVIe siècle la chapelle de trois travées dans la partie est. Un ange du  bel autel en kersanton porte la date de 1512. D'autres inscriptions portent les dates de 1604 et de 1682.

 

 

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Le groupe sculpté de 1,70 m de haut en bois polychrome est placé contre le pignon du chœur, à gauche de l'autel, au dessus d'une porte de sacristie, sur une console en bois à 2 m environ du sol. 

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Photo Henri Moreau Wikipedia

 

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La Vierge à l'Enfant est debout sur un croissant de lune, foulant la Démone tandis que l'Enfant déroule un phylactère muet. Ses couleurs pimpantes témoignent d'une restauration récente dont je n'ai trouvé aucune trace en ligne.

Vénérée sous le vocable de Notre-Dame de Locmaria, elle date  du XVIIe siècle. Elle est couronnée, les cheveux bruns retenus par le bandeau blanc plissé, et elle tient dans la main droite un objet cylindrique brisé (sans doute la tige d'une fleur). Son manteau est resserré par  deux lignes d'une chaîne aux maillons larges, comme en portaient jadis les femmes de la haute noblesse au XVe siècle.Cette chaîne s'achève par une petite croix. Sous le manteau bleu, qui descend jusqu'à terre, vient une robe orange, aux manches plissées, mais tombant en plis larges et flottants, et dépourvue de tout décolleté. Enfin, une tunique blanche descend jusqu'au sol, dévoilant seulement la chaussure brune qui terrasse la démone.

Elle est posée sur un croissant lunaire, renvoyant ainsi au culte de la Vierge de l'Apocalypse.

Nous verrons plus loin qu'elle était le centre d'une mandorle de rayons, comme le veut l'iconographie de la Vierge de l'Immaculée-Conception.

L'Enfant, blond, cheveux courts et blonds, vêtu d'une tunique bleue, et portant lui aussi une chaîne en or, regarde devant lui. Il tient un phylactère sans inscription, et le globe terrestre non crucigère.

 

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La Démone est couchée sur le coté devant le croissant, sous le pied gauche de la Vierge, tête à droite. Buste redressé, elle regarde la Vierge en levant la tête, et on peut imaginer que ce regard est ironique ou nargueur. Son visage rond encadré d'une longue chevelure brune ne présente aucun caractère animal ou démoniaque.

Les avant-bras et les seins sont été bûchés. Une fleur de lys porte une ferrure en U, peut-être destinée à un accessoire. Le corps peint en rouge-orange est marqué de grosses verrucosités. Les deux ailes nervurées de chiroptères partent de la nuque comme un gros nœud papillon marron, comme un rappel (involontaire) des plis du bandeau de sa concurrente. 

La  queue porte une rangée de dents dorées. Il faut se déplacer sur le coté pour voir qu'elle remonte en torsades sournoises le long de l'extrémité gauche du croissant vers la cuisse de la Vierge.

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Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

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In caude venenum

 

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

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Une mandorle rayonnante.

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Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

Vierge à la Démone, bois polychrome, XVIIe siècle. Photographie lavieb-aile.

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LE BANDEAU OCCIPITAL.


 

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A. Il est présent sur huit Vierges allaitantes du Finistère

Vierges allaitantes I : Notre-Dame de Tréguron à Gouezec: les Vierges. 

 

Vierges allaitantes II : Kergoat à Quéméneven, la Vierge.

Vierges allaitantes III : Chapelle de Quillidoaré à Cast, la Vierge.. 

Vierges allaitantes IV : Kerlaz, la Vierge.

Vierges allaitantes VI : Kerluan à Chateaulin : la Vierge ressuscitée

Vierges allaitantes VII : Chapelle de Lannelec à Pleyben, la Vierge.

Vierge allaitante VIII :  de  l'ossuaire de Pleyben.

Vierges allaitantes du Finistère X. La chapelle St-Denis à Seznec, Plogonnec.

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B. Il est présent aussi sur plusieurs statues de la Vierge en Finistère :


 

1. La Vierge de l'Annonciation du porche de l'église saint-Germain de Pleyben. Kersanton, 1588.

On peut observer que le costume possède des points communs avec les vierges allaitantes, par exemple les poignets "gaufrés". Et aussi que la chevelure est dénouée et serpentine, ce qui est inhabituelle pour une vierge de l'Annonciation d'habitude plus retenue.

2. La vierge à l'enfant Notre-Dame de Bonne-Nouvelle à Saint-Herbot en Plonevez-du-Faou. Date ?

3. La Vierge à l'Enfant de l'église Saint-Julien de Châteauneuf du Faou (16e siècle) : 

L'église Saint-Julien et Notre-Dame à Châteauneuf du Faou.

4. Notre-Dame de Bons-Secours de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. XVIe siècle. Vierge à l'Enfant, bois polychrome, Bandeau occipital, croissant lunaire, mandorle, ceinture à boucle puis nœud

Le retable de Notre-Dame-du-Bon-Secours, église de La Roche-Maurice (29).

5. Vierge à la Démone du Folgoët.

La Vierge à l'Enfant et à la démone de la Collégiale Notre-Dame du Folgoët (29). 

Kersantite XVI ?, manteau à fermail en chaîne à pan gauche faisant retour sous le bras gauche, robe à ceinture nouée, croissant de lune, 

6. Vierge de la Nativité du tympan du porche de 1566.

Sculpture sur pierre de l'Abbaye de Daoulas. I. Le Porche aux Apôtres (1566).

7. Vierge à la Démone de Brennilis.

Notre-Dame de Breac-Ellis en l'église de Brennilis, une Vierge à la Démone.

8. Sur une statue de l'église de Bodilis.

Les sablières et la charpente sculptée de l'église de Bodilis. VI. Le bas-coté sud (Maître de Pleyben 1574 et 1659).

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On trouve ce motif exceptionnellement dans d'autres départements bretons (mais biais de recrutement ?)

8. Vierge à l'Enfant de Lantic (22)

La statue de Notre Dame de la Cour en la chapelle Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic (22). Bois polychrome, sans date.

 

 

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C. On le trouve aussi sur des statues de Marie-Madeleine  :

1. Sur le calvaire de Dinéault

Le calvaire de l'église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault.

Marie-Madeleine, sculptée par les frères Prigent, actif entre 1527 et 1577, 

2. Sur une Déploration de Bodilis .

Les sculptures de l'église de Bodilis : le retable de la Déploration. 

Bois polychrome, XVIe, bandeau occipital sur Marie-Madeleine.

3 À Pencran, sur une   statue de Marie-Madeleine. kersanton, Bastien Prigent.

4. Sur un calvaire de Ploéven.

 La chapelle Sainte-Barbe de Ploéven. Son calvaire, son vitrail, sa statuaire, son Pardon. Marie-Madeleine de la Déploration du calvaire (kersanton, vers 1575)

5. Sur un vitrail du Faouët.

Les vitraux du XVIe siècle de la chapelle Ste-Barbe du Faouët (56) : II. la Transfiguration. Vers 1512-1515. C'est Marie-Madeleine qui porte ce bandeau.

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D. Enfin, il peut se retrouver sur d'autres personnages féminins.

1. La Sibylle de Tibur de Roscoff.

Les sept Sibylles de la tribune (1606) de l'orgue de l'église N-D. de Croas-Batz à Roscoff.

Bois polychrome, 1606, le bandeau occipital est porté par la Sibylle Tiburtine.

 

2. La cariatide de La Martyre.

L'église Notre-Dame de Rumengol.  V : les gargouilles et crossettes. 

Ossuaire de La Martyre, cariatide, kersanton, 1606.

La chapelle Notre-Dame-de-Berven en Plouzévédé. I. L'Arbre de Jessé du retable de l'autel nord. Vierge à l'Enfant, bois polychrome, fin XVIe, Croissant lunaire, mandorle radiante, manteau à fermail par chaîne ; Enfant en Sauveur du Monde.

3. Un ange de la chapelle Saint-Côme.

Les sablières (1641-1675)  de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. III. Les sablières des bas-cotés, et leurs blochets. Ange d'un blochet de 1661.

4. Pencran. Statue de sainte Anne, 1553

 

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Conclusion.

Ce bandeau occipital, surnommé "chouchou", est un bon marqueur iconographique car il est presque exclusivement retrouvé en Finistère, au XVIe et tout début du XVIIe siècle, sur des Vierges à l'Enfant ou plus rarement des Marie-Madeleine, anecdotiquement sur d'autre personnages, surtout en sculpture sur bois, mais aussi en sculpture sur pierre.

Il n'est pas attesté sur les enluminures françaises (dépouillement de Les Manuscrits à peinture de François Avril et Nicole  Reynaud et des Enluminures du Louvre des mêmes auteurs, et consultation des divers autres ouvrages), ni en enluminure religieuse, ni comme coiffure féminine, même si les voiles de la Vierge dégagent progressivement le front au XVIe siècle et deviennent plus postérieurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SOURCES ET LIENS.

— PERENNES (Henri),, 1938,  Notices pour le diocèse de Quimper, BDHA, page 170

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/3c650c05ef86fe15d59ddb6b528d5f93.pdf

" La chapelle de Locmaria-Lann est située à quatre kilomètres au Nord du bourg de Plabennec. Elle a un fort beau clocher Renaissance, épaulé de contreforts, décoré de galeries et d’un double étage de beffroi, terminé par une flèche pyramidale. D’une base d’environ 6 mètres de largeur, la tour écrase de sa masse la chapelle assez pauvrement restaurée en 1841, mais dont heureusement l’intérieur est demeuré ancien. Sous le porche voûté de la tour, dont l'arcade, de forme gothique, est coupée de claveaux, on voit les statues, non des douze apôtres, mais de douze saintes, pour rappeler sans doute que le sanctuaire est dédié à la plus célèbre et la plus sainte d’entre elles.

Ces statues de bois, jadis peintes et dorées, ont le costume de la fin du XVIème siècle. On y reconnaît là Véronique, tenant le voile de la Sainte Face ; une autre Sainte a pour attribut une corde, une troisième un berceau ou un lit ; deux ou trois tiennent un livre ouvert. Au-dessus de la porte est une statue en pierre du Sauveur du monde. Quant à l'arcade extérieure, elle est surmontée d’une belle statue en kersanton de la Vierge Mère couronnée.

L’édifice peut mesurer 24 mètres de long sur une douzaine en largeur. A l’intérieur c’est une nef et deux bas-côtés à cinq travées au Nord, à quatre au Midi, toutes en gothique du XVIème siècle. Comme parquet, c’est le sol de terre battue ; des bancs apparaissent à la base des piliers. A la clef de voûte de la première arcade à gauche on voit le blason des Carman-Lesquelen, mutilé, mais encore lisible. La troisième arcade présente un écusson armorié portant une fasce de 3 quintefeuilles et surmontée d’un lambel. La porte du bas de la nef est surmontée d’un écusson fascé de 6 pièces (du Chastel ?).

Le maître-autel, en kersanton, mesure 3 mètres 50 de longueur. Il est gothique et décoré de panneaux finement ouvragés. Au-dessus règne une belle frise de feuillages découpés et évidés. Dans les panneaux du centre, on aperçoit deux angelots : l’un tient un écusson chargé d’un calice st une banderole portant, en caractères gothiques, l’inscription suivante : Yves an Du lan mil cincq centz x II ; le second porte une banderole qui offre aussi une dizaine de caractères gothiques très distincts. Le retable de l'autel, en bois sculpté, porte des têtes d’anges et deux oiseaux. Quant au tabernacle, il est double ; la partie inférieure offre un ostensoir, tandis que le tabernacle supérieur présente le Christ crucifié, avec la Vierge et Saint Jean, encadré de deux vertus supportant des guirlandes de fleurs. Plus loin figurent deux autres vertus dans les mêmes conditions. A gauche et à droite du tabernacle s’étale cette inscription : Y : LE GUEN R : DE L : L’AN 1682.

A gauche de l’autel on aperçoit une grande statue couronnée de N.-D. de Locmaria, qui de la main droite présente un objet à l'Enfant Jésus qu’elle porte de la main gauche. A ses pieds un grand croissant jaune et un dragon rougeâtre.

A droite de l’autel apparaît un grand Saint Jean-Baptiste. On voit dans la chapelle une autre statue, celle de Sainte Brigitte, qui tient un livre sur ses genoux ; deux bénitiers dont l’un mesure un mètre de diamètre, tandis que l’autre, près de la porte latérale, présente cette inscription : P . G . 1604 ; puis deux enfeux et une dalle funéraire qui porte une croix à longue hampe, dont le croisillon est entouré d’un cercle.

Un procès-verbal de 1614 a relevé quelques détails intéressants touchant N.-D. de Locmaria. Ce sont les Kerman-Lesquelen qui y avaient fait placer la verrière du chevet. On y voyait un groupe de N.-D. de Pitié, entouré des effigies de Tanguy de Kerman et de Louise de la Forest. Celle-ci est présentée par l'apôtre Saint Jean qui tient une coupe, son mari par Saint Goulven, en évêque. Au-dessous on lit : Sancte Golvine ora pro nobis. Au quatrième panneau figurent Saint Pierre avec sa clef, Saint Paul avec son épée, et le roi Saint-Louis rendant la justice assis, en grand manteau d’hermines semé de fleurs de lys d'or, et en chaperon rouge... Au-dessous : 1508 — S Louys. Les armes des Rohan, avec le collier de l'Ordre et la devise A plus brillent au sommet de la fenêtre, et onze écus de Kerman et alliances — entre autres Pestivien (?) Coëtmen et du Perrier — occupent les jours du remplage. Dans le quadrilobe d’une petite fenêtre latérale apparaît le lion de Léon (L. Le Guennec, Prééminences de la famille De Maillé-Kerman..., p. 22). 

Une pièce du 26 Juillet 1735 signale l'existence de deux fondations faites à Notre-Dame de Locmaria au cours du XVème siècle. Le 20 Juin 1410, Sébastien Coetelleau établit par testament une messe à note le jour de l'Ascension. Plus tard, en 1451, une dame Amabile Marzin fait une fondation aux termes de laquelle on viendrait processionnellement de l'église paroissiale à Locmaria, le jour de la Fête-Dieu, pour y chanter la messe du Saint-Sacrement "

AMEMIYA (Hiroko) 2005, Vierge ou démone, exemple dans la statuaire bretonne, Keltia éditeur, Spézet. 269 p. page 68-69. Version remaniée de la thèse de 1996.

— AMEMIYA (Hiroko) Figures maritimes de la déesse-mère, études comparées des traditions populaires japonaises et bretonnes thèse de doctorat d'études littéraires, histoire du texte et de l'image  Paris 7 1996 sous la direction de Bernadette Bricout et de Jacqueline Pigeot. 703 pages Thèse n° 1996PA070129

Résumé : Le thème principal de cette etude est de voir quel role la femme non-humaine - et notamment la femme qui appartient au monde maritime - a joue au japon et en bretagne, a travers les recits relatifs a l'epouse surnaturelle. Pour la bretagne, les recherches s'etendent egalement sur l'iconographie religieuse representant l'etre semi-humain telles la sirene et la femme-serpent. La region conserve dans ses chapelles de nombreuses statues des xvie et xviie siecles figurant ce type faites par des artisans locaux. L'imagination populaire s'epanouit ainsi dans la femme non-humaine de deux facons en bretagne : dans l'expression orale et dans l'expression plastique ce qui nous offre une occasion inestimable d'etudier leur compatibilite dans leur contexte socioculturel. Les recits qui traitent le theme du mariage entre l'etre humain et l'etre non-humain revelent la conception de l'univers d'une societe. L'autre monde ou les etres de l'autre monde sont en effet une notion fonctionnelle qui permet a la societe de maintenir l'ordre interne par une intervention externe fictive : la suprématie du fondateur du Japon s'explique par la transmission d'une puissance surnaturelle par sa mère du royaume maritime, alors qu'en bretagne, la destruction de la cite legendaire d'is est causee par une fille maudite nee d'une fee. Le premier volume de cette etude est compose de trois parties : i. L'autre monde dans la tradition populaire au japon, ii. Recits relatifs au mariage au japon et en bretagne, iii. Iconographie d'une femme semi-humaine. Le deuxieme volume est un inventaire des differents types de representation semi-humaine en bretagne.

CASTEL (Yves-Pascal)1260 Plabennec, les petites croix de Locmaria-Lan... 31.08.96., Yves-Pascal Castel : articles du Progrès de Cornouaille / Courrier du Léon ” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 25 juin 2019, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/2774.

 

— COUFFON, René, LE BARS, Alfred. Diocèse de Quimper et de Léon. Nouveau répertoire des églises et chapelles. Quimper : Association Diocésaine, 1988. 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/929d131ccf0e85c0f4d63b4794d6d5e9.pdf

CHAPELLE DE LOCMARIA-LANN Elle fut église tréviale jusqu'en 1696. Ruinée après la Révolution, elle a été restaurée en 1841. 

"De plan irrégulier, elle comprend une nef de cinq travées avec bas-côté au nord et de quatre travées avec bas-côté au sud. Clocher du XVIIè siècle : galerie à moitié détruite, une chambre de cloches, flèche sans crochets. Le porche est voûté : l'arcade gothique extérieure est surmontée d'une statue en kersanton de la Vierge Mère couronnée ; au-dessus de la porte intérieure, statue en pierre du Christ Sauveur du monde.

Les statues qui garnissaient les deux murs latéraux (saintes dont une Véronique) sont actuellement dans la chapelle. Mobilier : Maître-autel en kersanton, de 3,5 m. de longueur (C.). Le devant est orné de panneaux finement sculptés et d'une frise de feuillages découpés et évidés. Un ange tient une banderole portant l'inscription en caractères gothiques : "YVES. AN. DU. LAN. MIL. CINCQ. CENTS. XII."

Retable en bois sculpté avec deux tabernacles superposés ; inscription : "Y. LE GVEN. R. DE. LAN. 1682."

Statues anciennes : Crucifix, Vierge Mère dite Notre Dame de Locmaria, XVIIè siècle, saint Joseph, sainte Anne seule, et celles en bois autrefois dans le porche.

Deux bénitiers en pierre ; l'un d'eux porte l'inscription : ".P G. 1604" - Bénitier portatif de bronze : "NOSTRE DAME DE LANDE DE LOCMARIA."

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle , 1 vol. (407 p.) - 1 disque optique numérique (CD-ROM) : ill. en coul. ; 29 cm ; coul. ; 12 cm . Note : Index. - Notes bibliogr., bibliogr. p. 373-395 Rennes : Presses universitaires de Rennes , 2014 Éditeur scientifique : Jean-Yves Éveillard, Dominique Le Page, François Roudaut.

MAUGUIN (Michel), Loc-Maria-Lann, la chapelle,

http://michel.mauguin.pagesperso-orange.fr/sonj/loc_mari.htm

— LE THOMAS (Louis), 1961 "Les Démones bretonnes, iconographie comparée et étude critique", Bulletin de la société Archéologique du Finistère t. 87 p. 169-221.

— LE THOMAS (Louis) 1963 "Les Arbres de Jessé bretons", première partie, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère 165- 196.

 — LE THOMAS (Louis) 1963, "Les Arbres de Jessé bretons", troisième partie, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère pp. 35-72.

PRIGENT, Christiane. 1981, Etude de quelques sculptures bretonnes influencées par les modes venues des pays nordiques. Dans : Bulletin de la société archéologique du Finistère, t. CVIII, 1981.

 — PRIGENT, Christiane, 1982, . Les statues des vierges à l'enfant de tradition médiévale: XVe- XVe siècles dans l'ancien diocèse de Cornouaille  Prigent, Christiane. - [Université de Rennes] (1982)

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vierges à la démone. Bandeau Chapelles bretonnes.

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Théraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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