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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 10:37

PRÉSENTATION.

Lorsqu'il franchit le bras nord du transept pour accéder au déambulatoire qui contourne le chœur , le visiteur de la cathédrale trouve un panneau d'information n° 10 (le n° 9 est celui qui décrit la verrière de la Création) ; il y lit ceci :

 

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"Chagall, sur les deux fenêtres de l'abside nord, ouvre en couleurs quelques pages de la Bible, une histoire continue qui mène de la tragédie de l'Exil à la Shoah.

Tout en haut, la lumière arc-en-ciel, au temps de Noé, éclate en bleu et en rouge devant vous. Le sacrifice d'Isaac lié sur l'autel annonce celui du Christ en Croix. Au centre, deux épisodes de la vie de Jacob : le songe et la lutte avec l'ange, un monde tout en rouge qui tranche avec celui de la manifestation de Dieu à Moïse devant le buisson ardent tout en bleu.

A la fenêtre suivante, l'histoire se poursuit. Sur le Sinaï en flammes, Moïse comme aspiré vers Dieu, reçoit les tables des dix paroles. Au centre, David chante s'accompagnant d'une lyre ; enfin Jérémie, le prophète préféré de l'artiste, nous invite à méditer sur le sens d'une histoire qui interpella Chagall : « Plus notre temps refuse de voir le visage entier du monde pour n'en regarder qu'une toute petite partie de sa peau, plus je deviens inquiet en considérant ce visage dans son rythme éternel. »

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S'il lève les yeux, il sera ébloui par la lumière d'une vingtaine de spots montés sur un vilain luminaire dans une volonté, sinon  de desservir l'œuvre du peintre, du moins de privilégier le culte. Il cherchera en vain à  contourner ces odieux lumignons  pour bénéficier d'un regard d'ensemble. L'une des verrières, avec ses trois lancettes, se trouve au nord de la porte d'accès à la tourelle octogonale de la Boule d'Or (baie n°9), et la seconde,  à quatre lancettes, surmonte la porte de la Grande Sacristie (baie n°11 )  : ce lieu de passage  a besoin d'être éclairé, mais imaginez la Place de la Concorde, dont des projecteurs occulteraient l'Obélisque !

Cela n'ôte rien à la justesse du texte proposé, et on ne peut mieux exprimer, de manière si concise, 1) que les deux verrières forment un ensemble débutant à la baie n°11, 2) que la figure d'espérance de Noé sous l'arc-en-ciel est ici déterminante, initiant le code des deux couleurs bleu et rouge qui structurent les vitraux.

Donc : 

Baie n° 9 : 3 lancettes lancéolées (Moïse recevant les Tables de la Loi,  David jouant de la harpe , le prophète Jérémie ),  deux médaillons à quatre-feuilles, une rose à dix ajours centrée par le Christ. Verrière réalisée par Charles Marq de Reims en 1962, d'après les cartons de Marc Chagall, 1958-1961.

Baie n° 11 : 4 lancettes lancéolées bigéminées (le sacrifice d’Abraham, la lutte de Jacob avec l’ange, le songe de Jacob et Moïse devant le buisson ardent)  surmontées de deux mouchettes ; tympan de deux mouchettes et un soufflet, encadrés par deux ajours latéraux.  1962, 362 x 92 cm pour les lancettes.  

 

 

Baies n°9 et n°11 de la cathédrale de Metz sur un plan de Dehio 1902.

Baies n°9 et n°11 de la cathédrale de Metz sur un plan de Dehio 1902.

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Situation de la baie n°11, cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

Situation de la baie n°11, cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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 Marc Chagall, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Chagall, peintre de la Bible.

 

Si Chagall a été pressenti à l'été 1958 par l'architecte en chef Robert Renard pour créer de nouveaux vitraux en remplacement de ceux détruits lors de la Seconde Guerre à la cathédrale de Metz, c'est bien-sûr sous l'effet du formidable renouveau de l'Art Sacré impulsé par le père dominicain Marie-Alain Couturier, bien-sûr en raison de la participation de Chagall à l'ornementation de l'église du plateau d'Assy (deux vitraux et une mosaïque) au coté de Georges Rouault, Fernand Léger, Pierre Bonnard, Henri Matisse etc..., mais aussi en raison de son travail d'illustration de la Bible par 105 gravures éditées en 1956 par Tériade, mais préparées dès 1931 par des gouaches pour Vollard.

Autrement dit, Chagall a  puisé dans cet ensemble d'eaux-fortes et de peintures (surtout consacré aux livres de la Genèse et de l'Exode) pour choisir les scènes des baies 11 et 9 de Metz. Pendant les mêmes années, il travailla à un ensemble d'huiles sur toile connues sous le nom de Message Biblique, réunies au Musée du Message Biblique, aujourd'hui Musée National Marc Chagall de Nice, et les mêmes thèmes bibliques trouvent leur expression en couleur dans cet ensemble daté de 1960-1966.

 Pour la baie n°11, nous retrouvons : 

a) Les gravures de Bible (1931-1956) (précédées par des gouaches) accompagnant le texte biblique correspondant.

  • Planche n°2 : Noé lâche la colombe par la fenêtre de l'arche
  • Planche n°4 : Noé et l'arc-en-ciel.
  •  Planche n° 10 : Abraham prêt à immoler son fils selon l'ordre de Dieu
  • Planche n° 14 : Jacob voit en songe une échelle touchant le ciel, où montent et descendent les anges de Dieu
  • Planche n° 16 : La Lutte de Jacob avec l'ange
  • Planche n° 18 : Joseph berger.
  • Planche n° 20:  Jacob pleurant la perte de Joseph
  • Planche n° 27 : Dieu se manifeste à Moïse dans le buisson ardent

b) les toiles du Message Biblique.

 Elles reprennent et développent les eaux-fortes par des couleurs éclatantes. 

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Chagall et la monumentalité.

En se contentant de placer les vitraux de Metz dans la lignée des travaux de Chagall sur la Bible, on passerait à coté d'un axe essentiel : son ouverture à la monumentalité, aux décors. Peintre de chevalet d'abord, et rapidement aussi graveur d'eaux-fortes, cet élève de Bakst (auteur de nombreux décors des Ballets Russes)  s'initia en 1920 à la peinture de la salle du Théâtre d'art Juif, puis surtout, en Amérique, aux décors de ballets : Aleko en 1942 au Mexique, l'Oiseau de Feu en 1945 aux Etats-Unis, et enfin Daphnis et Chloé à Paris en 1959. Appliquer le terme de "décor" aux vitraux d'une cathédrale pourrait sembler un parallèle choquant, si on oubliait que ces expériences furent, pour le peintre, une expérience d'art total (peinture, musique et danse) et de transcendance. Quoiqu'il en soit, la commande des vitraux plaça Chagall face à un nouveau défi, celui de faire passer ses figures bibliques des dimensions d'une feuille de papier à celui d'une baie gothique, elle-même intégrée à une vaste structuration d'un espace sacré. Et quoiqu'il en soit aussi, sa palette s'était enrichie, depuis les gouaches bibliques des années 1930, de la lumière grecque ou des couleurs mexicaine, alors que les chorégraphies d'un Nijinski d'un Massine ou d'un Skibine impulsaient à ses  personnages une souplesse expressive remarquable (voir infra la Lutte de Jacob), et que son expression lyrique s'en trouvait exaltée. 

Chagall et le verre.

 

Enfin, le vitrail le confrontait aux impératifs d' un nouveau matériau, au moment où il multipliait les découvertes de nouveaux moyens d'expression : costumes, mosaïque, sculpture, céramique, tapisserie plus tard. 

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Les maquettes et études préparatoires.

Le Musée National Marc Chagall conserve un dessin, daté de 1959, correspondant à une maquette au crayon, crayons de couleurs et encre de Chine de la baie n°11. 

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RMN Gérard Blot : http://www.photo.rmn.fr/archive/12-576595-2C6NU023K6OT.html

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On apprécie aisément le programme iconographique, centré sur quatre manifestations de Dieu (théophanies) à trois Patriarches, Abraham, Jacob et Moïse, alors que dans le remplage du tympan, la fleur centrale illustre dans les deux mouchettes la foi et l'espérance de Noé lançant une colombe après le déluge, et dans le soufflet Noé et l'arc-en-ciel signe de l'Alliance entre Dieu et l'humanité  :

« L'arc étant dans les nuages, je le regarderai et me rappellerai le pacte perpétuel de Dieu avec toutes les créatures vivantes qui sont sur la terre.

 Dieu dit à Noé: "C'est là le signe de l'alliance que j'ai établie entre moi et toutes les créatures de la terre." (Genèse 9:16-17)

Cette fleur sommitale est encadrée à droite par un rouleau de la Torah, et à gauche par un couple tenant un bouquet.

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Je présenterai pour chaque lancette, en puisant dans la banque de données de la RMN (Réunion des Musées Nationaux) :

a) Le texte biblique

b) La gravure de Bible (et la gouache préparatoire le cas échéant)

c) la toile du Message Biblique. 

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LES QUATRE LANCETTES.
 

 

 

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 Marc Chagall, lancettes de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancettes de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, lancettes de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancettes de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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I. LANCETTE A. LE SACRIFICE D'ABRAHAM.

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a) Le texte.

« Lorsqu'ils furent arrivés au lieu que Dieu lui avait dit, Abraham y éleva un autel, et rangea le bois. Il lia son fils Isaac, et le mit sur l'autel, par-dessus le bois. Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau, pour égorger son fils. Alors l'ange de l'Éternel l'appela des cieux, et dit: Abraham! Abraham! Et il répondit: Me voici! L'ange dit: N'avance pas ta main sur l'enfant, et ne lui fais rien; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique. Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes; et Abraham alla prendre le bélier, et l'offrit en holocauste à la place de son fils. Abraham donna à ce lieu le nom de Jehova Jiré. C'est pourquoi l'on dit aujourd'hui: A la montagne de l'Éternel il sera pourvu. » (Genèse 22 : 9-14).

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b)  La planche gravée n°10 pour Bible édité par Tériade 1956.  "Abraham prêt à immoler son fils selon l'ordre de Dieu ".  H 29,7 cm; L 24,5 cm.

 

—Voir "Abraham et Isaac en route vers le lieu du Sacrifice" : gouache préparatoire (1930) : 

http://www.photo.rmn.fr/archive/14-546960-2C6NU0AGXK71W.html

— eau-forte : "Le Sacrifice d'Abraham" (1931-1934) RMN Gérard Blot.

http://www.photo.rmn.fr/archive/08-523236-2C6NU0IGNGNG.html

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c) La toile du Message Biblique : Le Sacrifice d'Isaac.

On remarque sur cette toile des détails qui aident à la lecture du vitrail. Isaac est étendu sur les rondins du bûcher. Le bélier de substitution sacrificielle paît sous un arbre, mais on voit aussi Sarah (l'épouse d'Abraham) qui  supplie son mari d'épargner son fils unique. L'ange envoyé par Dieu est peint en bleu, alors que Chagall va utiliser dans tout son vitrail le rouge pour toutes les manifestations divines, et le bleu pour la sphère humaine et terrestre. Enfin le Christ est figuré en haut à droite, portant sa croix, alors que de fidèles se prosternent (nimbés), qu'une femme s'agenouille, qu'une autre gravit le Golgotha un enfant dans les bras. Un homme vêtu d'une pelisse et coiffé d'une casquette tient sous le bras un objet. Un carton à dessin ?

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http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532097-2C6NU0A4CLS3L.html

 

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d) Le vitrail.

La toile du Message Biblique (contemporaine ou plutôt postérieure, mais non antérieure au vitrail), nous permet de mieux repérer le bélier sous son arbre. Pour attirer sur lui notre attention, le peintre a placé un triangle de verre rose et bleu, qui suppose un verre bleu plaqué de rose. La comparaison de l' arbre des deux œuvres précédentes avec celui-ci montre comment Chagall utilise la "contrainte" de l'usage des plombs pour faire du feuillage une force expressive, gonflée de la puissance salvatrice : l'échange des victimes. 

La présence du Christ en haut à droite passerait vite inaperçue, alors que sa présence atteste d'une démarche typologique ancienne reliant le sacrifice d'Isaac par son père, avec la mort sur la croix du Christ en obéissance de la volonté du Père. (Biblia Pauperum)

Un autre élément remarquable est le changement d'orientation d'Abraham, qui n'est plus tourné vers l'ange. La scène y gagne en acuité dramatique, car le Patriarche n'a pas encore interrompu son geste. Certes, il n'a pas le bras levé pour frapper (comme dans l'image de la Biblia Pauperum) mais il se prépare à exécuter l'ordre reçu de Dieu, il se concentre sur l'ardeur de sa foi. Au même moment, une lueur frappe son œil gauche : en fait, il a déjà perçu l'injonction de l'ange, il laisse retomber son bras, et l'affreuse tension de sa conscience. Nous voyons l'instant d'avant, et l'instant d'après.

En outre, Abraham n'est plus assis ou à genoux, mais debout, en déséquilibre vers l'avant (le même déséquilibre que dans la lancette A de la baie n°9 pour Moïse recevant les Tables de la Loi). Les deux œuvres picturales étaient statiques, fixant les deux visages d'Abraham et de l'ange tournés l'un vers l'autre. Une posture sculpturale. Mais il me semble que tout l'art des chorégraphes russes est passé par là, et que désormais les corps dansent, les bras se libèrent, les jambes bougent, les costumes tournoyent, et que les grandes lignes de construction structurent l'espace selon des flux pleins de dynamisme. Nous passons des figures bibliques vers les drames de l'histoire, Histoire Sainte ou Histoire Contemporaine. Et des Portraits vers les Chorégraphies. L'Ancien Testament à l'Opéra. (Je pousse loin le bouchon, non ? ) 

  Enfin, la comparaison entre la planche n°10, la toile et le vitrail peut porter sur le traitement du corps d'Isaac. Sur la gravure, l'arc convexe mais horizontal de son corps, et les bras noués derrière la tête évoquaient la passivité inerte d'une victime infantile et presque animale. Sur la toile, le  corps est celui d'un adolescent au torse musclé, les bras sont libres et allongés sur le coté, les yeux sont ouverts. Dans la confiance dans l'infaillibilité du père ? Mais dans le vitrail, la  diagonale du corps est tendue vers le haut et la gauche, dans l'axe d'animation principal de tout le vitrail. C'est l'axe du couteau, celui du visage incliné d'Abraham, celui de nombreuses lignes de plombs, l'axe d'expansion du feuillage de l'arbre. Puisque Chagall ne peint pas une feuille de gravure isolée, un tableau séparé, mais une des quatre lancettes d'un vitrail, cette diagonale se tend vers les autres lancettes et va s'y prolonger.

Inutile d'insister sur la beauté d'Isaac, gracieux androgyne assoupi . 

 

 

 

 

Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Isaac, in Le sacrifice d'Abraham (détail), lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Isaac, in Le sacrifice d'Abraham (détail), lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall,  tête de la lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, tête de la lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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LANCETTE B. LUTTE DE JACOB CONTRE L'ANGE. 

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a) le texte biblique :

« Jacob demeura seul. Alors un homme lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore. Voyant qu'il ne pouvait le vaincre, cet homme le frappa à l'emboîture de la hanche; et l'emboîture de la hanche de Jacob se démit pendant qu'il luttait avec lui. Il dit: Laisse-moi aller, car l'aurore se lève. Et Jacob répondit: Je ne te laisserai point aller, que tu ne m'aies béni. Il lui dit: Quel est ton nom? Et il répondit: Jacob. Il dit encore: ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël ; car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur. » (Genèse 32 : 24-28) .

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b) La gravure de  Bible éditée par Tériade, planche n°16. La lutte de Jacob avec l'ange. H 30 cm; L 24cm.

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Estampe (1931-1934), RMN Gérard Blot 

http://www.photo.rmn.fr/archive/08-523237-2C6NU0IGNN00.html

 

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c) La toile du Message Biblique : La lutte de Jacob et de l'ange [1960-1966]. 2,51 m x 2,05 m. 

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RMN Adrien Didierjean

http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532099-2C6NU0A4CLIB3.html

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d) le vitrail de Metz.

La posture de Jacob change d'une œuvre à l'autre. Sur l'eau-forte, Jacob, la jambe gauche engagée entre celles de l'ange comme dans une clef de judo, l'autre jambe tendue en arrière, succombe à la poussée de son adversaire qu'il regarde d'un air suppliant. Mais les traits de l'ange expriment aussi la souffrance. Dans le tableau, la scène biblique est placée au centre de nombreuses scénettes satellites. L'ange, beau, grand, domine largement son adversaire qui s'arqueboute dans une fente avant, sans que sa hanche gauche, cruciale dans l'affaire, ne soit menacée. Enfin, dans le vitrail, Jacob garde la position en fente avant genou gauche fléchi, mais l'ange le chevauche littéralement, ce qui amène la face de Jacob contre le torse de son adversaire, dans un corps à corps un peu maladroit ou complexe qui n'est pas éloigné d'un accouplement.

 Rébecca Massé comparait la première posture à celle d'une valse :

" Lorsqu'il se bat contre l'ange dans la seizième planche, Jacob saisit son adversaire avec des mains tellement maladroites que la violence attendue d'un combat ressemble ici davantage à une danse. Seuls les visages crispés des combattants démontrent que leur activité n'a rien à voir avec une valse. Cette analogie semble être l'écho d'un tableau de Rembrandt portant le même titre."

Voir ici le tableau de Rembrandt :

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Rembrandt_Harmensz._van_Rijn_063.jpg

Mais c'est dans le vitrail que l'analogie avec le tableau de Rembrandt est la plus franche, c'est là où   les antagonistes  sont entièrement collés. Les lignes de leurs corps s'entrelacent, le tronc de l'ange pivote de 90° par rapport à ses pieds, et, plutôt qu'une figure de valse, il me semble voir là une passe de tango argentin.  La lutte solitaire d'un homme charnel contre un être céleste se transforme en une dualité complice, ou un adoubement. Le virage du récit biblique ( "Je ne te laisserai point aller, que tu ne m'aies béni") devient parfaitement cohérent. 

Mais c'est dans le vitrail que l'analogie avec le tableau de Rembrandt est la plus franche, c'est là où   les antagonistes  sont entièrement collés. Les lignes de leurs corps s'entrelacent, le tronc de l'ange pivote de 90° par rapport à ses pieds, et, plutôt qu'une figure de valse, il me semble voir là une passe de tango argentin.  La lutte solitaire d'un homme charnel contre un être céleste se transforme en une dualité complice, ou un adoubement. Le virage du récit biblique ( "Je ne te laisserai point aller, que tu ne m'aies béni") devient parfaitement cohérent. 

Ce qui contraste de plus, entre les deux œuvres, est l'expression du visage angélique. Celui de Chagall est pleinement investi par l'attitude de combat tandis que la version de Rembrandt présente un ange au regard serein où les ailes largement déployées évoquent le moment final, lorsque la grâce de Dieu est accordée à Jacob. Alors que l'ange tente de s'enfuir, en dépit de son épuisement, Jacob le retient en le suppliant de le bénir. De par les poses et les regards la peinture témoigne donc de l'issue du combat. La lutte atteint son point culminant; le déboîtement de la hanche du patriarche. Nous voyons clairement l'ange prendre appui avec sa jambe contre un rocher au premier plan à gauche, tout en repoussant Jacob d'une main sur la hanche et le retenant dans son dos à l'aide de l'autre main.

Les couleurs.

La différence la plus marquante entre le vitrail et la toile tient au choix des couleurs. Dans la toile du Message Biblique, la couleur largement prédominante est le bleu, couleur choisie pour indiquer que ce combat se déroule pendant la nuit. Dans le Musée niçois, la toile est suspendue seule contre un grand mur (voir ici). Au contraire, la monumentalité de cette lancette  l'intègre dans une mise en scène intégrant les autres lancettes, le tympan et le vitrail voisin. Le rouge y indique la manifestation divine, aveuglante et brûlante. Non seulement l'ange enjambe Jacob, mais en même temps, c'est toute la présence divine qui descend sur lui, l'entoure, l'englobe, l'enthousiaste en un transport digne de l'extase que sculpta Le Bernin dans la Transverbération de Sainte Thérèse à Santa Maria della Vittoria de Rome. La couleur rouge est ici équivalente à l'or rayonnant depuis les Cieux sur sainte Thérèse exaltée, et l'équivalente encore de l'or du fond des icônes : elle désigne l'espace sacré. 

Les détails.

De l'ensemble des détails de la toile du Message Biblique, nous ne trouvons ici que : 

  • un arbre,
  • un alignement de maisons
  • un ange en tête de lancette.

(voir ici). Au contraire, la monumentalité de cette lancette  l'intègre dans une mise en scène intégrant les autres lancettes, le tympan et le vitrail voisin. Le rouge y indique la manifestation divine, aveuglante et brûlante. Non seulement l'ange enjambe Jacob, mais en même temps, c'est toute la présence divine qui descend sur lui, l'entoure, l'englobe, l'enthousiaste en un transport digne de l'extase que sculpta Le Bernin dans la Transverbération de Sainte Thérèse à Santa Maria della Vittoria de Rome. La couleur rouge est ici équivalente à l'or rayonnant depuis les Cieux sur sainte Thérèse exaltée, et l'équivalente encore de l'or du fond des icônes : elle désigne l'espace sacré. 

Les détails.

De l'ensemble des détails de la toile du Message Biblique, nous ne trouvons ici que : 

  • un arbre,
  • un alignement de maisons
  • un ange en tête de lancette.

 

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Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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La signature : "Chagall Riems" (sic).

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Signature de Marc Chagall, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Signature de Marc Chagall, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

1.

III. LANCETTE C. LE SONGE DE JACOB.

 

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a) Le texte 

 « Il eut un songe. Et voici, une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait au ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. Et voici, l'Éternel se tenait au-dessus d'elle; et il dit: Je suis l'Éternel, le Dieu d'Abraham, ton père, et le Dieu d'Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je la donnerai à toi et à ta postérité. Ta postérité sera comme la poussière de la terre; tu t'étendras à l'occident et à l'orient, au septentrion et au midi; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi et en ta postérité. Voici, je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai dans ce pays; car je ne t'abandonnerai point, que je n'aie exécuté ce que je te dis. » (Genèse 28 : 12-15) 

 

b)  la gravure de Lider un poemen / Chants et poèmes , Abraham Valt (dit Avrom  Liessin), 1938 vol.2. Texte Yiddish.

http://www.photo.rmn.fr/archive/07-538676-2C6NU0J1DJLU.html

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c) Gravure de Bible, (Tériade 1956) planche n°14 :  "Jacob voit en songe une échelle touchant le sol, où montent et descendent les anges de Dieu."  .  estampe, H 30 cm; L 24,8 cm. 1931-1934.

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RMN Gérard Blot. http://www.photo.rmn.fr/archive/02-000120-2C6NU0GX5YHP.html

 

 

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c) Toile du Message Biblique. "Le songe de Jacob". [1960-1966].  1,95 m x 2,78 m

"Le tableau, en forme de diptyque, présente deux scènes nettement séparées, seulement reliées entre elles par l’arrondi de la colline où s’est endormi Jacob. A gauche, dans une nuit au ton violet, il voit en songe des anges monter et descendre une échelle, allusion à sa longue descendance. Les anges semblent danser comme des acrobates autour de l’échelle, évoquant le cirque que Chagall aime tant et soulignant la profonde parenté de ses sujets profanes et de ses sujets sacrés.

A droite, l’ange transparent souligné de blanc, couleur divine, porte un chandelier allumé qui éclaire la nuit bleue et rend manifeste l’éblouissement plein d’espoir du message divin." (MNMC)

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RMN Adrien Didierjean

http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532098-2C6NU0A4CLLYY.html

 

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d) Estampe 1977

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Le vitrail de Metz.

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Là encore, la composition oppose la trouée rouge de la théophanie (les anges et l'échelle) à la plage bleue profane et terrestre, occupée par Jacob allongé, coiffé d'un bonnet, barbu, tenant un livre. 
Et là encore, les anges ont perdu l'allure nébuleuse et imprécise qu'ils affichaient sur la gravure pour devenir des athlètes à la gestuelle expressive et déliée. Sans faire offense à l'Eternel, il faut avouer qu'ils ont été s'entraîner, plutôt que sur la scène du Metropolitan ou de l'Opéra, sur l'arène des cirques. C'est  sous leur chapiteau qu'ils ont acquis cette habileté au trapèze, et ces saluts d'écuyère. 
Chagall a produit dès 1926-1927 une première série de gouaches à la demande de Vollard, qui l'entraînait dans les cirques parisiens. De 1962 à 1967, il produisit les 38 lithographies de Cirque, édité par Tériade. La frontière entre scènes de cirque et scène religieuse n'est pas étanche à ses yeux : 
"J'ai toujours considéré les clowns, les acrobates et les acteurs comme des êtres tragiquement humains qui ressembleraient pour moi, aux personnages de certaines peintures religieuses".
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Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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IV. LANCETTE D. MOÏSE ET LE BUISSON ARDENT.

 

 

a) Le texte. Exode 3 : 1-5

Page de Bible, tome 1 page 25.

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RMN Adrien Didierjean http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532147-2C6NU0A4C94ZV.html

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b) La planche   27 (1931-1934) gravée pour  Bible édité par Tériade 1956. Dieu se manifeste à Moïse dans le buisson ardent .  H 29.5 cm; L 23.4 cm.

 

 

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RMN Gérard Blot  http://www.photo.rmn.fr/archive/08-523239-2C6NU0IGNQBV.html

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c)  Moïse devant le Buisson ardent, Toile du Message Biblique n°10 (1960-1966).1,95 m x 3,12 m. 

"Dans une composition en frise, trois figures légèrement obliques scandent les deux épisodes fondateurs de l’histoire de Moïse. Le sens de lecture est celui de l’hébreu : Moïse, à droite, tombe à genoux devant le buisson qui brûle et ne se consume pas. La mission divine, sortir les Hébreux d’Egypte, lui est annoncée par un ange flottant au milieu d’un cercle coloré, évocateur à la fois des mandorles qui soulignent la présence divine au fronton des églises romanes, mâtiné de souvenirs de l'orphisme de Delaunay.

A gauche, la scène de la traversée de la mer Rouge présente Moïse suivi du peuple juif en rang serré dans son manteau. Ici encore, des résurgences médiévales de Vierges de miséricorde abritant un peuple de croyants dans leur manteau montre l'intérêt de Chagall pour les représentations religieuses anciennes.  La vague qui se referme derrière lui, également évocation de la nuée divine, protège leur avance contre l’armée de Pharaon dont la colère est soulignée de rouge et de mouvements frénétiques. Chagall a représenté cette scène à de nombreuses reprises, ici dans sa forme la plus resserrée, véritable illustration de la métaphore en peinture dont André Breton attribuait l'invention à l'artiste." (Commentaire MNCM)

 

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RMN Adrien Didierjean  http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532084-2C6NU0A4CJZ3Y.html

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d) Le vitrail de Metz.

 

Signature Marc Chagall en bas à droite.

Cette foi-ci, le buisson, qui aurait toutes les raisons d'apparaître en verre rouge pour signifier qu'il est "ardent", qu'il "ardait en feu", n'est pas séparé par une distinction de couleur de la zone bleue du mont Sinaï et de Moïse. Je pense que cela se comprend lorsqu'on replace cette lancette dans l'ensemble du vitrail, où le rouge de la manifestation divine commence dans la tête de la lancette A, se déploie largement dans la lancette B, traverse en diagonale ascendante la lancette C et se termine par le sommet de la lancette D. 

Cette disposition, réservant la théophanie à la partie haute du dessin, était aussi celle de la gravure (cercles concentriques sur fond blanc autour du nom YAHVÉ en lettres hébraïques) et de la toile du Message (bleu pour les 3/4 inférieurs, cercles concentriques rouge, bleu et jaune autour d'un ange). 

 

 

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Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D,  baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

La référence au cubisme orphique de Delaunay, proposée par le commentaire du tableau du Message Biblique, est ici manifeste. Robert Delaunay a été le voisin et ami de Chagall pendant son séjour parisien de 1911 à 1914 à La Ruche, (visite ici) dans le 15e arrondissement.

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Robert Delaunay, Hommage à Blériot, 1914, Kunstmuseum, Bâle

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Mais l' utilisation de ce langage de pure poésie lumineuse est particulièrement appropriée ici, où, par respect avec les traditions hébraïques, Yahvé ne peut être représenté : Chagall l'évoque par une vibration musicale géométrique faite de cercles et de triangles, sortes de cosmos qui surgissent de la trompe d'un ange placé en tête de lancette. Cet éclatement prismatique de la lumière d'un soleil qui ne peut être fixé directement est la culmination du grand embrasement rouge qui débutait en tête de lancette A . Il rejaillit sous forme de touches de jaune d'argent sur le front de Moïse, et y suscite les rayons divergents. 

Mais surtout, cette citation  est d'autant moins gratuit qu'elle annonce l'arc-en-ciel du sommet du tympan, par lequel Dieu rappelle l'Alliance qu'il a conclu avec l'humanité entière depuis Noé.

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Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D,  baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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V. LE TYMPAN.

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Il présente les scènes suivantes :  Joseph berger, Jacob pleurant la perte de Joseph, Noé lâchant une colombe de l’Arche, et Noé et l’arc-en-ciel

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Les 2  ajours inférieurs. 

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1. Joseph berger. Ajour inférieur gauche.

a) Le texte. Genèse 37:2

« Voici la postérité de Jacob. Joseph, âgé de dix-sept ans, faisait paître le troupeau avec ses frères; cet enfant était auprès des fils de Bilha et des fils de Zilpa, femmes de son père. Et Joseph rapportait à leur père leurs mauvais propos. »

 

b) Gouache préparatoire (1931)  à la Planche n°18 de  Bible, "Joseph, le dernier des douze fils de Jacob, à l'âge de dix-sept ans, au temps où il faisait paître le troupeau avec ses frères". 

Après les planches 14 à 17 consacrées à Jacob, Chagall réalise 8 planches (n°18 à 25) sur l'histoire de Joseph et de ses frères, fils de Jacob.

 

Dans la planche 18,  Chagall représente Joseph comme un jeune éphèbe vêtu d'une tunique. Celle-ci est le signe de la préférence donnée par Jacob à Joseph, fils de Rachel, plutôt qu'à ses demi-frères, fils de Léa (qu'il a épousé trompé par son beau-père,   en croyant coucher avec Rachel) et de servantes : " Israël aimait Joseph plus que tous ses autres fils, parce qu'il l'avait eu dans sa vieillesse; et il lui fit une tunique de plusieurs couleurs. " (Gn. 37 : 3). En arrière plan, les demi-frères dont on devine l'hostilité.

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RMN Gérard Blot.  http://www.photo.rmn.fr/archive/14-546964-2C6NU0AGX2AT1.html

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c) Le vitrail de Metz.

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Les deux ajours inférieurs.

 

"La partie haute présente Joseph berger, Jacob pleurant la perte de Joseph, Noé lâchant une colombe de l’Arche, et Noé et l’arc-en-ciel. Ce sont tous des épisodes tirés de la Genèse et de l’Exode. " (Park, 2008)

 
Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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2.  Jacob pleurant la perte de Joseph. 

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a) le texte : Genèse 37 : 31-35.

 " Ils prirent alors la tunique de Joseph; et, ayant tué un bouc, ils plongèrent la tunique dans le sang. Ils envoyèrent à leur père la tunique de plusieurs couleurs, en lui faisant dire: Voici ce que nous avons trouvé ! reconnais si c'est la tunique de ton fils, ou non. Jacob la reconnut, et dit: C'est la tunique de mon fils! une bête féroce l'a dévoré ! Joseph a été mis en pièces! Et il déchira ses vêtements, il mit un sac sur ses reins, et il porta longtemps le deuil de son fils. Tous ses fils et toutes ses filles vinrent pour le consoler; mais il ne voulut recevoir aucune consolation. Il disait: C'est en pleurant que je descendrai vers mon fils au séjour des morts ! Et il pleurait son fils."

b) La planche gravée n° 20 de Bible :  "Jacob, ayant reconnu la tunique de Joseph que ses fils lui ont apportée teinte de sang, le croit mort et s'abandonne à sa douleur". H 30,7 cm; L 25 cm. 

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http://www.photo.rmn.fr/archive/02-015595-2C6NU0G2VEB4.html

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— la gouache préparatoire de 1931.

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http://www.photo.rmn.fr/archive/14-546965-2C6NU0AGX2HY8.html

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c) Le vitrail.

Verre bleu plaqué de verre blanc gravé à l'acide, rehaut de jaune d'argent, une pièce rose.

 

 

Les deux ajours placés au sommet des lancettes se répondent en accentuant l'émotion qu'elles suscitent : la beauté du jeune berger vêtu de sa tunique nous rend plus sensible le chagrin de son père croyant faussement à la mort de son fils préféré.

 

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Les deux mouchettes : Noé, dans l'arche, lâche la colombe.

 

 

 

a) Les planches de texte de Bible, édition Tériade 1956 tome 1 page 2 verso:  Genèse 8 : 20-22. 

 

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RMN Adrien Didierjean. http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532105-2C6NU0A4CL6ZC.html

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 b) La planche de gravure n°2 de Bible, édition Tériade 1956 tome 1 :  "Noé lâche la colombe par la fenêtre de l'arche " H 30,3 cm; L 24,2 cm. 

Chagall  représente l'intérieur de l'arche. Noé, représenté de profil, légèrement tourné vers le spectateur, se tient à la droite de la fenêtre et y lâche une colombe par sa main droite. L'autre main est posée sur une chèvre, aussi présentée de profil. Une femme tenant un bébé dans ses bras se tient aux cotés de Noé.  Un coq est présent dans le coin inférieur gauche. Une grande tendresse se dégage de cette scène, faite d'intimité familiale. 

 

"Ce nourrisson dans les bras maternels pourrait donc très bien symboliser la renaissance de cette humanité nouvelle pleine d'espoir et d'amour qu'espérait tant Chagall." (R. Massé) 

"Universellement, le coq est le symbole de la ponctualité et de la fiabilité. Il annonce l'aube, et donc l'arrivée de la lumière. Dans cette même idée, il est celui qui annonce également la libération, le passage des ténèbres à la lumière."  (idem)

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 RMN Gérard Blot, http://www.photo.rmn.fr/archive/08-523231-2C6NU0IGNHGY.html

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Idem, gouache préparatoire.

http://www.photo.rmn.fr/archive/14-546951-2C6NU0AGXKOXU.html

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c) Le vitrail.

Les deux mouchettes forment une seule composition. Le point de vue est beaucoup plus large que dans les œuvres précédentes, permettant de voir derrière et au dessus de Noé sa famille , composée selon la Bible de ses trois fils Sem, Cham et Japhet et de leurs épouses (Gn 7:13) . Disons qu'il y a eu des naissances, ou des passagers clandestins, car je compte plus de 16 personnes. Rien que du coté tribord.

 

A bâbord, c'est un enchevêtrement de pattes et d'oreilles, d'ailes et de museaux, où une cane ne retrouverait pas ses poussins. Le plus amusant dans les arches de Noé, ce sont les girafes et les éléphants, les zèbres et les dromadaires, les macaques et les hippopotames (sans oublier la baleine) qui font le bonheur des peintres depuis la nuit des temps. Mais point ici.

 

 

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Le soufflet du sommet du tympan : Noé et l'arc-en-ciel.

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a) le texte : Genèse 9:8-16.

 

 

— Bible, éd. Tériade 1956, tome 1 page 4

http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532108-2C6NU0A4CL8QS.html

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 Bible, page 4 verso.

http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532109-2C6NU0A4CLDPZ.html

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b) La planche gravée n°4  de BibleL’arc-en-ciel, signe d'Alliance entre Dieu et la Terre (Genèse IX:8-17). 

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RMN Gérard Blot  http://www.photo.rmn.fr/archive/08-523233-2C6NU0IGN2XZ.html

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c) La toile du Message Biblique. "Noé et l'arc-en-ciel" [1961-1966]

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http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/marc-chagall_l-arc-en-ciel-signe-d-alliance-entre-dieu-et-la-terre_gouache_1931

RMN Adrien Didierjean

http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532095-2C6NU0A4CLET0.html

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d) Le vitrail de Metz.

À la différence de la gravure et de la toile, Noé n'est plus couché, dans la posture du songeur,  mais il est debout et semble toucher du bras l'arc-en-ciel qu'un ange déploie dans la tête de lancette. Il n'y a plus ni maison, ni coq, ni chèvre, ni famille en liesse, tout au plus un beau rameau d'olivier. 

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Noé et l'arc-en-ciel, tympan de la baie n°11,  déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Noé et l'arc-en-ciel, tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Le soufflet de la baie n°11, présentant Noé et l'arc-en-ciel, et l'ajour central de la rose de la baie n°9 se répondent, si on se rappelle que le Déluge préfigure pour les chrétiens le Jugement Dernier, et que Noé sauvant un "reste" de l'humanité pécheresse préfigure le Christ (Matthieu 24:38-42). Après la création d'Adam, un nouveau départ est donné, avec des règles différentes, celles de l'Alliance noachique (Noé = Noah en hébreu). Cette nouvelle création sur fond de destruction radicale ne peut pas ne pas faire évoquer  la Seconde Guerre Mondiale, "le conflit armé le plus vaste que l’humanité ait connu, mobilisant plus de 100 millions de combattants de 61 nations, déployant les hostilités sur quelque 22 millions de km², et tuant environ 62 millions de personnes, dont une majorité de civils." (Wikipédia).

Le mot hébreu pour "alliance" est bérit et son étymologie provient peut-être de l'akkadien biritu, "lien". Dans l'alliance accordée à Noé, Dieu seul s'engage, inconditionnellement, en faveur de ses descendants, alors que  l'alliance accordée à Moïse sera réciproque et conditionnée à la fidélité d'Israël. Les Prophètes expliqueront alors les malheurs d'Israël par son inconduite et sa trahison unilatérale du contrat. (D'après Quesnel et Gruson,  La Bible et sa culture, Desclée de Brouver, 2011 p. 72).

L'Alliance de Dieu avec l'humanité est donc racontée par Chagall dans les vitraux qu'il créa pour la cathédrale de Metz. Elle débute avec la verrière de la Création dans la baie n°17, et l'alliance adamique qui concerne tous les hommes. Elle se poursuit ou se renouvelle dans la baie n°11 avec Noé au profit de la Création toute entière. Elle se conclue ensuite plus spécifiquement  avec le peuple d'Israël par à travers  Abraham, Jacob et Moïse. Dans la baie n° 9, elle s'établit avec Moïse sur des bases contractuelles  supposant le respect d'un Code de l'Alliance. Elle s'enracine par David au sein d'une lignée et d'une dynastie royale. Elle est remise en cause par l'inconduite d'Israël et des rois de Juda, provoquant la colère de Yahvé et la punition de l'Exil et la destruction de la ville et du Temple de Jérusalem mais par la voix prophétique de Jérémie l'Eternel s'engage malgré tout à accorder son pardon. Enfin le Christ en croix rachète par sa mort sur la croix l'humanité toute entière du Péché.

On sait que Chagall est opposé à tout prosélytisme religieux.  Mais si le mot Amour vient remplacer le mot Alliance, et que ces trois baies racontent l'amour du Créateur pour sa Création, malgré les exactions humaines, pour inciter les hommes à ne pas désespérer lors des périodes de conflit et de haine,  on peut rapprocher ce programme iconographique de ce qu'il déclara lors de l'inauguration des vitraux de l'église du Fraumünster de Zurich :

 

 

 

 

"Je prononce ce mot « paix », ce mot magique, surtout à notre époque, ce mot que l'on retrouve dans la Bible. (...) En dépit des difficultés de notre monde, j'ai retenu l'amour de la vie intérieure dans lequel j'ai été élevé et l'espérance de l'homme dans l'amour. Dans notre vie il y a une seule couleur, comme sur une palette d'artiste, qui donne le sens de la vie et de l'Art. C'est la couleur de l'amour. Je vois dans cette couleur d'amour toutes les qualités qui permettent l'accomplissement dans tous les domaines. (...) L'art que j'ai pratiqué depuis mon enfance m'a enseigné que l'homme est capable d'amour et que l'amour peut le sauver. Pour moi, c'est la vraie couleur, la vraie matière de l'Art".  Sylvie Forestier, Chagall—les Vitraux. Paris : Éditions Paris-Méditerranée, 1996. p. 185, cité par Rébecca Massé. 

Le signe que Noé adresse en levant la main droite, à coté d'un olivier, salue sans-doute l'avènement de l'Alliance, mais on peut y voir aussi le signe d'espoir adressé par Chagall à l'humanité rescapée du conflit mondial. Un salut d'artiste, dans une pirouette.

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Noé et l'arc-en-ciel, tympan de la baie n°11,  déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Noé et l'arc-en-ciel, tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

 

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SOURCES ET LIENS.

Base de données des photographies de la Réunion des Musées Nationaux : 

http://www.photo.rmn.fr/

http://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CO5PCD92LT2B&SMLS=1&RW=1280&RH=616&PN=30#/SearchResult&VBID=2CO5PCD92LT2B&SMLS=1&RW=1280&RH=616&PN=1 

— http://vitrail.ndoduc.com/vitraux/htm5/eg_StEtienne@Metz_Chagall.htm

— Exposition Chagall et la Bible au Musée d'art et d'histoire du judaïsme 2011.

 http://www.mahj.org/documents/Chagall-et-la-Bible-dossier-pedagogique.pdf

— http://vdujardin.com/blog/marc-chagall-metz-paradis-terrestre/

— http://hoffmangkor.fr/albums/metz-illuminee-de-jour/

— http://www.mesvitrauxfavoris.fr/cathedrale%20metz%20%20chagall.htm

—"La symbolique des vitraux de Chagall" - Robert Fery 

https://www.youtube.com/watch?v=sEYDDgkLbBQ

— BLANCHET-VAQUE (Christine), Les enjeux de la création contemporaine dans la restauration d'un monument classé. Les premiers vitraux de peintres à la cathédrale de Metz, 1952-1965  In Nicholas Bullock,Luc Verpoest Living with History, 1914 - 1964: la Reconstruction en Europe Après la Première Et la Seconde Guerre Mondiale Et Le Rôle de la Conservation Des Monuments Historiques, Leuven University Press, 2011 - 390 pages 

https://books.google.fr/books/about/Living_with_History_1914_1964_la_Reconst.html?id=P84es4zwTiAC&redir_esc=y

 

— GAUTRON (Jean-Claude), site kerdonis.fr

http://kerdonis.fr/ZCHAGALL/page5.html

— MASSÉ (Rebecca), 2010, l'illustration de la Bible par Marc  Chagall comme témoignage de sa position théologique personnelleMémoire présenté à la Faculté des études supérieures de l'Université Laval dans le cadre du programme de maîtrise en histoire de l'art pour l'obtention du grade de maître es arts (M.A.) Département d'histoire Faculté des Lettres Université Laval Québec. Les 105 planches de gravure de Bible figurent en annexe.  En ligne :

http://www.theses.ulaval.ca/2010/27339/27339.pdf

— MEYER (Bella), 2015, "Chagall à New-York à la rencontre de la monumentalité", in Chagall et la musique, Gallimard/ Philharmonique de Paris / La Piscine-Roubaix, pages 280-283.

— MEYER (Franz), 1995,  Marc Chagall, Paris, Flammarion.

— PARK (Chan Young), 2008, La Bible illustrée par Marc Chagall (1887-1985) : un dialogue interculturel et son évolution , Thèse en Histoire de l’art , Université Paris IV Sorbonne sous la direction de Bruno Foucart. 

http://www.theses.paris-sorbonne.fr/thesepark.pdf

— PACOUD-RÈME (Élisabeth) ), 2000, «Chagall et le renouveau de l’art sacré en France après-guerre», dans Marc Chagall maquettes de vitraux, catalogue d’exposition, Paris, Réunion des Musées nationaux, 2000, 

—PINTELON (Véronique), 2004, Les conditions artistiques, administratives et historiques de la réalisation des vitraux de Marc Chagall à la cathédrale de Reims.

http://www.cathedrale-reims.culture.fr/documents/chagall-pintelon.pdf

 

— SCHMITT-REHLINGER, Geneviève, 2006 Jésus le Christ dans l’œuvre de Marc Chagall : le motif du crucifié, Thèse de doctorat de Théologie catholique sous la direction de PierreMarie Baude, Université Paul Verlaine de Metz, .

http://docnum.univ-lorraine.fr/public/UPV-M/Theses/2006/Schmitt_Rehlinger.Genevieve.LMZ0607_1_2.pdf

— ZELLER (Madeleine), 2009, Marc Chagall et le Message Biblique, in Françoise Mies, Bible et art: L'âme des sens, Presses universitaires de Namur, 2009 - 190 pages

 

— Marc Chagall et les vitraux de Metz : Rouen, Musée des beaux-arts : 22 mai-15 septembre 1964 /Marc Chagall / [Rouen] : Le Musée , [1964] 

— L'atelier Simon-Marcq :

http://www.ateliersimonmarq.com/public/site/parutions/141101%20VMF/ASM%20VMF%20FULL%20site.compressed.pdf

 
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Published by jean-yves cordier - dans Chagall
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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 19:22

PRÉSENTATION.

 

Baie n° 11 : 4 lancettes lancéolées bigéminées (le sacrifice d’Abraham, la lutte de Jacob avec l’ange, le songe de Jacob et Moïse devant le buisson ardent)  surmontées de deux mouchettes ; tympan de deux mouchettes et un soufflet, encadrés par deux ajours latéraux.  1962, Verre, 362 x 92 cm pour les lancettes, Metz, Cathédrale Saint-Étienne.  

 


 

 


 


 

 

 

Situation de la baie n°11, cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

Situation de la baie n°11, cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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 Marc Chagall, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, lancettes de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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I. LANCETTE A. LE SACRIFICE D'ABRAHAM.

 

Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Isaac, in Le sacrifice d'Abraham (détail), lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Isaac, in Le sacrifice d'Abraham (détail), lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall,  tête de la lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, tête de la lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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LANCETTE B. LUTTE DE JACOB CONTRE L'ANGE. 

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Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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La signature : "Chagall Riems" (sic).

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Signature de Marc Chagall, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Signature de Marc Chagall, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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III. LANCETTE C. LE SONGE DE JACOB.

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Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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IV. LANCETTE D. MOÏSE ET LE BUISSON ARDENT.

 

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Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D,  baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D,  baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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V. LE TYMPAN.

La partie haute présente Joseph berger, Jacob pleurant la perte de Joseph, Noé lâchant une colombe de l’Arche, et Noé et l’arc-en-ciel.

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Les 2  ajours inférieurs.

Les deux ajours inférieurs.

 

"La partie haute présente Joseph berger, Jacob pleurant la perte de Joseph, Noé lâchant une colombe de l’Arche, et Noé et l’arc-en-ciel. Ce sont tous des épisodes tirés de la Genèse et de l’Exode. " (Park, 2008)

 
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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

 
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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 17:19

 

PRÉSENTATION.

 

— Baie n° 9 : 3 lancettes lancéolées (Moïse recevant les Tables de la Loi,  David jouant de la harpe , le prophète Jérémie ),  deux médaillons à quatre-feuilles, une rose à dix ajours centrée par le Christ. Verrière réalisée par Charles Marq de Reims en 1962, d'après les cartons de Marc Chagall, 1958-1961.

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LA BAIE N°9 DU DÉAMBULATOIRE NORD. 

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Marc Chagall et Charles Marcq,  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.
 

Marc Chagall et Charles Marcq, baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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LA LANCETTE A. MOÏSE RECEVANT LES TABLES DE LA LOI

 

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Mishpatim 21:1-24:18

 

 

Marc Chagall,  lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall,  lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Le peuple d'Israël. La signature "Marc Chagall".

 

Signature Marc Chagall, sur la  lancette A .  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Signature Marc Chagall, sur la lancette A . baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Aaron et le chandelier d'or.

 

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Marc Chagall,  lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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LA LANCETTE B. LE ROI DAVID IMPLORÉ PAR BETHSABÉE.

 

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Marc Chagall,  lancette B, David jouant de la harpe.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancette B, David jouant de la harpe. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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1. Panneau inférieur. Le peuple d'Israël dansant.

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Marc Chagall,  lancette B.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.
 

Marc Chagall, lancette B. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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2. Deuxième panneau :  Bethsabée.

 

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Bethsabée dansant,  lancette B. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Bethsabée dansant, lancette B. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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3. Troisième panneau. David sur son trône écoutant Bethsabée.

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Marc Chagall, David jouant de la harpe,  lancette B.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, David jouant de la harpe, lancette B. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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La tête de la lancette B.

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Marc Chagall, tête de lancette B (inversée).  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, tête de lancette B (inversée). baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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LA LANCETTE C. LE PROPHÈTE JÉRÉMIE ET L'EXIL.

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Les pleurs de Jérémie, lancette C.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Les pleurs de Jérémie, lancette C. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Lancette C.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Lancette C. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Sommet de la lancette C.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Sommet de la lancette C. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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LE TYMPAN (1964).

 

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Tympan  de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Le Christ en croix.

 

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Tympan  de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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L'agneau pascal.

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Tympan  de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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L'ange sonnant de la trompe. 

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Tympan  de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

 

 

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 17:03

PRÉSENTATION.

Lorsqu'il franchit le bras nord du transept pour accéder au déambulatoire qui contourne le chœur , le visiteur de la cathédrale trouve un panneau d'information n° 10 (le n° 9 est celui qui décrit la verrière de la Création) ; il y lit ceci :

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"Chagall, sur les deux fenêtres de l'abside nord, ouvre en couleurs quelques pages de la Bible, une histoire continue qui mène de la tragédie de l'Exil à la Shoah.

Tout en haut, la lumière arc-en-ciel, au temps de Noé, éclate en bleu et en rouge devant vous. Le sacrifice d'Isaac lié sur l'autel annonce celui du Christ en Croix. Au centre, deux épisodes de la vie de Jacob : le songe et la lutte avec l'ange, un monde tout en rouge qui tranche avec celui de la manifestation de Dieu à Moïse devant le buisson ardent tout en bleu.

A la fenêtre suivante, l'histoire se poursuit. Sur le Sinaï en flammes, Moïse comme aspiré vers Dieu, reçoit les tables des dix paroles. Au centre, David chante s'accompagnant d'une lyre ; enfin Jérémie, le prophète préféré de l'artiste, nous invite à méditer sur le sens d'une histoire qui interpella Chagall : « Plus notre temps refuse de voir le visage entier du monde pour n'en regarder qu'une toute petite partie de sa peau, plus je deviens inquiet en considérant ce visage dans son rythme éternel. »

S'il lève les yeux, il sera ébloui par la lumière d'une vingtaine de spots montés sur un vilain luminaire dans une volonté, sinon  de desservir l'œuvre du peintre, du moins de privilégier le culte. Il cherchera en vain à  contourner ces odieux lumignons  pour bénéficier d'un regard d'ensemble. L'une avec ses trois lancettes, se trouve au nord de la porte d'accès à la tourelle octogonale de la Boule d'Or (baie n°9), et la seconde,  à quatre lancettes, surmonte la porte de la Grande Sacristie (baie n°11 ) .

Donc :  

— Baie n° 9 : 3 lancettes lancéolées (Moïse recevant les Tables de la Loi,  David jouant de la harpele prophète Jérémie ),  deux médaillons à quatre-feuilles, une rose à dix ajours centrée par le Christ. Verrière réalisée par Charles Marq de Reims en 1962, d'après les cartons de Marc Chagall, 1958-1961.

—Baie n° 11 : 4 lancettes lancéolées bigéminées (le sacrifice d’Abraham, la lutte de Jacob avec l’ange, le songe de Jacob et Moïse devant le buisson ardent surmontées de deux mouchettes ; tympan de deux mouchettes et un soufflet, encadrés par deux ajours latéraux.  1962, Verre, 362 x 92 cm pour les lancettes, Metz, Cathédrale Saint-Étienne.  

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Les baies n° 9 et 11 de la cathédrale de Metz, sur un plan de Dehio 1902.

Les baies n° 9 et 11 de la cathédrale de Metz, sur un plan de Dehio 1902.

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 "La première réalisation importante de vitraux pour une église que Chagall entreprit fut celle des fenêtres de la cathédrale Saint-Étienne de Metz. En 1958, lorsque Robert Renard, architecte en chef des Monuments Historiques, lui demanda de créer deux petites fenêtres du déambulatoire du chœur, il hésita à s’engager formellement, de peur de ne pas y réussir  [Robert Renard écrivit, dans son rapport du 21 août 1958 envoyé au Directeur Général de l’Architecture, que « M. Chagall n’a jamais voulu s’engager formellement, disant qu’il ne pouvait être sûr de réussir et qu’il ne voulait rien promettre ». Archives, Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, Paris. ]. Mais le résultat satisfaisant de ces premières fenêtres dût l’encourager. Ainsi, jusqu’en 1968, il réalisa successivement les fenêtres de l’abside nord, du transept nord et du triforium est et ouest. " ( Chan Young Park, 2008)

Le choix de Robert Renard s'explique par la participation de Chagall à l'aménagement (une mosaïque et deux vitraux) de l'église du Plateau d'Assy (1937-1946), véritable manifeste du renouveau de l'art sacré  inauguré en 1950 sous l'impulsion du dominicain Marie-Alain Couturier,et qui a suscité une vive polémique connue sous le nom de "querelle de l'Art Sacré".

"Après la Seconde Guerre mondiale, le chantier le plus urgent est celui de la repose des 50000m2 de vitraux anciens déposés par sécurité. Or, l’architecte en chef des Monuments historiques, Robert Renard [de 1946 à 1974, mais nommé à Metz en 1951] considère que les seuls vitraux intéressants et représentatifs de notre époque sont les œuvres de grands peintres: Léger, Matisse, Manessier… En 1955, la cathédrale de Metz est donc le premier édifice classé Monument historique à recevoir les vitraux des artistes contemporains. Accepter les créations proposées pour Metz fut une décision audacieuse qui a ouvert la porte à de nombreuses créations dont celles de Sima à l'église Saint-Jacques de Reims, de Gérard Lardeur à la cathédrale de Cambrai ou encore de Bazaine dans l’église Saint-Séverin de Paris. " (Journal de l'exposition Chagall Soulages Benzaken 2015). Je note aussi le soutien apporté par Jacques Dupont (1908-1988), Inspecteur général des Monuments historiques. 

Robert Renard fait appel à deux autres artistes contemporains pour les vitraux de Metz : Jacques Villon et Roger Bissière (1960).

Le déambulatoire de Metz est éclairé par ailleurs par des vitraux du XVIe siècle, à petites scènes ; Chagall doit intégrer ses créations avec eux. Il a le choix de ses sujets et ce choix se porte sur des thèmes tirés de l'Ancien Testament, tels qu'il les avait illustrés par les gouaches préparatoires puis par 105 gravures pour Bible, édité par Tériade en 1956 et par les lithographies pour Dessins pour la Bible édité les éditions Verve en 1960.

Pour la baie n°9,   il choisit deux Patriarches (Moïse et Jacob), un Roi (David), et un Prophète (Jérémie), mais il ré-emploie d'autres planches. 

 

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LA BAIE N°9 DU DÉAMBULATOIRE NORD. 

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" L’artiste représenta alors Moïse recevant les Tables de la Loi, le roi David et le prophète Jérémie pour les trois lancettes, et il figura le Christ dans la rosace centrale. Cette composition avec trois personnages importants de l’Ancien Testament à la base convergeant vers le Christ est étonnante. Car, comme Sylvie Forestier l’écrivit, (Sylvie Forestier, Chagall – Les Vitraux, p.181), ces figures de Prophètes et du Roi poète sont considérées dans le christianisme comme annonciatrices de celle du Christ, selon l’idée fréquente que l’Ancien Testament comporte des préfigurations du Nouveau Testament. Néanmoins, au regard de la judéité de l’artiste, l’interprétation selon ce point de vue chrétien devrait être considérée avec précaution. Quant au choix de ce programme iconographique, nous ignorons comment Chagall fut amené à le faire. Mais les correspondances de Robert Renard nous informent que l’artiste avait établi ses maquettes avant qu’il fût officiellement engagé. Robert Renard écrivit dans sa lettre du 10 mai 1961 adressée à l’artiste : « Pour vos précédentes fenêtres, mon Administration m’a reproché de n’avoir pas attendu ni obtenu d’autorisation officielle. J’aimerais donc, pour la troisième fenêtre, avoir une lettre officielle de commande ». (Archives, Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, Paris. ). Par conséquent, nous pouvons croire que Chagall avait librement réalisé ses maquettes, sans avoir d’influences extérieures. Tout de même, les maquettes furent soumises aux examens de la Commission Supérieure des Monuments Historiques. Elles furent également présentées à Monseigneur Heintz, Évêque de Metz, qui les apprécia beaucoup, et reçurent ensuite l’approbation de la Commission d’Art Sacré de la Moselle. Cet ensemble d’informations nous montre que l’œuvre de Chagall avait satisfait l’Église et les Monuments Historiques, qui, par la suite, continuèrent à collaborer avec l’artiste.Chan Young Park, 2008)

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Les maquettes.

Nous trouvons en ligne trois maquettes datant de 1958-1959 :

a) L'une conservée au  Musée national d'art moderne / Centre de création industrielle :  Papiers découpés, aquarellés, gouachés, collés sur papier 114 x 94 cm.

https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/c4yXde/razgkoX

b) les 2 autres conservées au Musée National Marc Chagall de Nice 

— Celle de 1959, où Bethsabée est absente de la lancette B  :

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/marc-chagall_cathedrale-de-metz-david-et-jeremie-de-la-serie-vitraux_crayon-dessin_encre-de-chine_crayon-de-couleur_1959

— celle-ci, en couleur,  datant de 1958, (image) : Marc Chagall, maquette pour la baie 9, baie nord du déambulatoire de la cathédrale Saint Etienne de Metz (Moselle). © Adagp, Photo (C) RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Adrien Didierjean .

Elle fait clairement apparaître pour les lancettes une construction autour d'un point central (le siège de David) délimitant par deux diagonales quatre triangles opposés par leur pointe :

  • Un triangle rouge (Moïse), à droite , opposé/ s'inversant en :
  • un triangle violet à droite (Jérémie)
  • Un triangle bleu, en bas répondant à
  • Un triangle bleu, rompu par le vert, le jaune et le rose, en haut.

Cette construction se retrouve bien-sûr dans le vitrail, .

 

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Maquette pour la baie n°9, baie nord du déambulatoire de la cathédrale Saint Etienne de Metz (Moselle). © Adagp, Photo (C) RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Adrien Didierjean .

Maquette pour la baie n°9, baie nord du déambulatoire de la cathédrale Saint Etienne de Metz (Moselle). © Adagp, Photo (C) RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Adrien Didierjean .

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Le vitrail.

Chagall le surnommait "le blessé", car sa partie gauche a été amputée lors de la création de la tourelle, ce qui lui donne un air boiteux. L'axe médian de la rosace est décentré vers la gauche de l'axe médian actuel des lancettes.

J'y ai tracé les deux diagonales incontestables opposant, nous allons le voir, l'alliance contractuelle conclue par Dieu avec son peuple et la rupture de cette alliance prophétisée par Jérémie. J'y place aussi un axe vertical qui part de la mère à l'enfant, passe par le trône de David, et s'achève par le Christ de la rosace.

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Marc Chagall et Charles Marcq,  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.
Marc Chagall et Charles Marcq,  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall et Charles Marcq, baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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LA LANCETTE A. MOÏSE RECEVANT LES TABLES DE LA LOI. L'ALLIANCE MOSAÏQUE.

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  Chagall l'a préparée depuis 1931 par la planche 37 de Bible. (Sur 105 gravures de ce recueil, 17 traitent de Moïse et portent les n° 26 à 42) . Ce sujet est également traité dans une huile sur toile sur fond jaune conservée au Musée Marc Chagall et datée de 1960-1966.

 http://musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/chagall/objet/c-moise-recevant-les-tables-de-la-loi

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"Chagall conclut sa série sur les patriarches avec dix-sept planches entourant la vie de Moïse, le nombre le plus important d'illustrations consacrées à un personnage dans son recueil. Pierre Schneider voit chez l'artiste un trait commun avec ce personnage biblique puisque tous les deux éprouvaient des difficultés d'élocution. Pour Moïse, ses problèmes de langage débutèrent lors de sa confrontation avec la voix de Dieu et sa mission de rapporter par la suite le message divin au peuple hébreu. Chagall, pour sa part, développa ce trouble plus jeune, lorsque son professeur lui demanda de réciter sa leçon devant sa classe. Alors petit juif du héder hébraïque transplanté dans une école russe, il ne put articuler un seul mot, bien qu'il connut son récital par cœur. La cause du blocage de ces deux hommes était en quelque sorte la même; l'incapacité de surmonter l'écart entre les exigences de l'expression et celles de la communication. L'artiste disait sans détour avoir « une âme douloureuse de gamin bégayant » . Son problème perdura avec les années puisqu'un peu plus tard, lorsqu'il tentait en vain d'expliquer les raisons qui l'avaient poussé à se rendre à Paris, il confiait dans ses écrits : « À ma bouche affluaient des mots venus du cœur. Ils m'étouffaient presque. Je bégayais. Les mots se poussaient à l'extérieur, anxieux de s'éclairer de cette lumière de Paris, de se parer d'elle. » Son affinité avec Moïse expliquerait alors en partie le nombre important de planches qu'il lui a consacré, mais une autre raison pourrait être envisagée : Moïse est l'homme qui a conduit le peuple hébreu hors de l'esclavage vers la terre promise. Ce conducteur représente ainsi l'aspiration profonde de l'artiste, juif et expatrié de surcroît, qui souhaite ardemment un monde nouveau et idéal pour tous les hommes de notre terre." (R. Massé, 2010)

 

 

 


C'est la planche n° 37 qui est intitulée  Moïse, au Sinaï, reçoit des mains de Dieu les tables de la Loi. Les planches n°38 ( Les Hébreux adorant le veau d'or ) et n°40  (Aaron devant le chandelier d'or à sept branches ) sont aussi  intégrées à la première lancette, en périphérie du sujet principal. Aussi peut-on dire que pour ses débuts dans la réalisation d'une verrière (et d'une façon qu'il maintiendra désormais constamment)  Chagall puise dans un travail biblique réalisé sans relâche depuis 30 ans,  en le découpant, en le recomposant et en le modifiant. Les planches bibliques, puisqu'elles illustraient quelques versets, ne représentaient qu'une seule scène (centrées sur un personnage). Les vitraux vont au delà de cette fonction d'illustration et de l'aspect narratif (que les planches dépassaient en fait ) et composent une saisissante méditation biblique, une grande variation poétique qui s'enrichira, vitrail après vitrail, par le jeu des collages et par celui des couleurs.

Car son but n'est pas d'apporter un énième commentaire biblique, mais de témoigner du sens et de la poésie aux personnages bibliques par la couleur. Qui est, pour lui, une expression visible de l'amour.

 

 Justement, la lancette est divisée en trois plages de couleur : deux en haut et en bas sont bleues, et elles sont pénétrées par un triangle rouge dont le sommet est dirigé vers la droite. Ce triangle correspond, par confrontation à l'étude et au tableau du MNMC, au Sinaï.  Mais cette construction doit être replacée dans le schéma global du vitrail.

 Au sommet du mont, Moïse, le front irradié par son contact avec la divinité, reçoit les Tables de la Loi. Dieu est représenté par une seule main, la main gauche, sortant des nuées bleuâtres. Le corps du Patriarche forme l'axe diagonal principal, axe souligné par les nombreuses lignes parallèles tracées par les plombs. Ainsi se crée un grand mouvement d'aspiration vers le Divin. Mais au sein de ce mouvement, le corps de Moïse, loin d'être linéaire, tourne et danse comme s'il perdait pied. Le bas de sa robe forme des vagues,  emporté par le grand cercle rouge-feu qui se gonfle devant lui. Toute la montagne est embrasée. Chagall fait une lecture soigneuse du texte biblique  d'Exode 24:16-18.:

 

 "La gloire de l'Éternel reposa sur la montagne de Sinaï, et la nuée le couvrit pendant six jours. Le septième jour, l'Éternel appela Moïse du milieu de la nuée. L'aspect de la gloire de l'Éternel était comme un feu dévorant sur le sommet de la montagne, aux yeux des enfants d'Israël.  Moïse entra au milieu de la nuée, et il monta sur la montagne. Moïse demeura sur la montagne quarante jours et quarante nuits."

La réception des Tables par Moïse a lieu, dans le Livre de l'Exode, à deux reprises. Voici un résumé d'un texte qui mérite d'être lu ou relu :

a) Moïse, ayant  conduit  son peuple au pied du mont Sinaï, y monte s'entretenir avec Dieu. Cela commence au chapitre 19, et Dieu met déjà en scène sa théophanie de manière très spectaculaire pour que le peuple prenne Moïse au sérieux.  "La montagne de Sinaï était tout en fumée, parce que l'Éternel y était descendu au milieu du feu; cette fumée s'élevait comme la fumée d'une fournaise, et toute la montagne tremblait avec violence. " (19:18). Seul Moïse a le droit de s'approcher, puis Moïse et son frère Aaron, puis Moïse et son guide Josué. Dans les chapitres 20 à 23, il reçoit les commandements  et lois, que Dieu énonce oralement. C'est très long, très précis, cela dépasse largement les "Dix commandements". Moïse offre alors un sacrifice en signe de l'alliance conclue entre Dieu et son peuple : il exerce la fonction de prêtre.

En Ex 24:12, Dieu s'engage à laisser une trace écrite de ce "Code de l'alliance" :

 "L'Éternel dit à Moïse: Monte vers moi sur la montagne, et reste là; je te donnerai des tables de pierre, la loi et les ordonnances que j'ai écrites pour leur instruction."

Moïse gravit une fois de plus le Sinaï, mais c'est pour entendre un long exposé divin (chapitre 25 à 31) sur les données cultuelles ou liturgiques du judaïsme. Il désigne Aaron et ses fils comme ses prêtres. Ce n'est qu'à la fin du chapitre 31 que nous lisons :

" Lorsque l'Éternel eut achevé de parler à Moïse sur la montagne de Sinaï, il lui donna les deux tables du témoignage, tables de pierre, écrites du doigt de Dieu. " (Ex 31:18).

 

Puis :

 

 

"Moïse retourna et descendit de la montagne, les deux tables du témoignage dans sa main; les tables étaient écrites des deux côtés, elles étaient écrites de l'un et de l'autre côté. Les tables étaient l'ouvrage de Dieu, et l'écriture était l'écriture de Dieu, gravée sur les tables." (Ex 32:15-16)

Le vitrail de Chagall correspond à ce moment.

Cette scène est fondatrice pour le judaïsme, puisque  elle institue l'Alliance de Dieu avec Israël, ses lois, son culte, ses rites (le sabbat), ses objets rituels (tabernacle, arche d'alliance ), sa caste sacerdotale, et les vêtements liturgiques, soit le passage d’une identité tribale et généalogique (les douze tribus d'Israël correspondant aux douze fils de Jacob) vers une identité « nationale ».  Dans cette lancette, Chagall illustre-t-il seulement les éléments de son identité juive ?

Ou bien met-il l'alliance mosaïque (précédée par celle de Noé et d'Abraham)  comme une préfiguration de la Nouvelle Alliance qui, pour l'apôtre Paul (Corinthiens 1 1:25 et 2 3:6) s'ouvre par la Croix du Christ à tous les hommes ?

 

b) Chagall mentionne déjà dans sa peinture la suite du Livre de l'Exode et ses chapitres 32 à 34 : en effet, le peuple d'Israël est représenté par une double colonne verticale dont chaque case reçoit un visage ; et tout en haut, on discerne le Veau d'Or. Poursuivons la lecture.

En redescendant, Moïse voit les Hébreux, sous la conduite de son frère Aaron, adorer un veau d'or et enfreindre le 3e commandement ! Pris de colère,  il fracasse les Tables de la Loi sur un rocher (Ex 32, 25-29). Il doit alors retourner au sommet du mont Sinaï afin de recevoir de nouvelles Tables ( Exode, 34, 18 ) . Après les chapitres témoignant de l'élection d'Israël comme nation sacrée et royaume de sacrificateurs, ceux-ci décrivent le péché, la faute, la rupture du pacte contracté par Moïse, le pardon de Dieu, et le renouvellement du pacte.

 

L'ange de la tête de lancette.

 J'y vois l'ange qui, durant l'Exode, guida la marche du Peuple d'Israël, selon la promesse divine : Ex 23:20, "Voici, j'envoie un ange devant toi, pour te protéger en chemin, et pour te faire arriver au lieu que j'ai préparé. ",  Ex 23:23  " Mon ange marchera devant toi, et te conduira chez les Amoréens, les Héthiens, les Phéréziens, les Cananéens, les Héviens et les Jébusiens, et je les exterminerai. " et Ex 32:34 : "Va donc, conduis le peuple où je t'ai dit. Voici, mon ange marchera devant toi, mais au jour de ma vengeance, je les punirai de leur péché. ".

 

 

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Mishpatim 21:1-24:18

Marc Chagall, Moïse recevant les Tables de la Loi, (1931), planche n°37, eau-forte, de "Bible" édition Tériade 1956. Illustration in R. Massè, 2010.

Marc Chagall, Moïse recevant les Tables de la Loi, (1931), planche n°37, eau-forte, de "Bible" édition Tériade 1956. Illustration in R. Massè, 2010.

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Marc Chagall,  lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall,  lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Le peuple d'Israël. La signature "Marc Chagall".

 

Signature Marc Chagall, sur la  lancette A .  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Signature Marc Chagall, sur la lancette A . baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Aaron et le chandelier d'or.

Je l'ai dit, Chagall reprend ici la planche n°40 des gravures de Bible (1931-1956). Cette association est propre à l'univers de Chagall. Aaron est le premier grand prêtre d'Israël :

Exode 28:2-5 " Tu feras à Aaron, ton frère, des vêtements sacrés, pour marquer sa dignité et pour lui servir de parure. Tu parleras à tous ceux qui sont habiles, à qui j'ai donné un esprit plein d'intelligence; et ils feront les vêtements d'Aaron, afin qu'il soit consacré et qu'il exerce mon sacerdoce. Voici les vêtements qu'ils feront: un pectoral, un éphod, une robe, une tunique brodée, une tiare, et une ceinture. Ils feront des vêtements sacrés à Aaron, ton frère, et à ses fils, afin qu'ils exercent mon sacerdoce."

Chagall a représenté Aaron coiffé, non de la tiare ou du turban de lin ( Mitznefet), mais du migbahat des prêtres, en forme de cône. Il porte le pectoral qui est longuement décrit en Exode 28:15-30 et qui porte les 12 pierres des 12 tribus : 

" Tu feras le pectoral du jugement, artistement travaillé; tu le feras du même travail que l'éphod, tu le feras d'or, de fil bleu, pourpre et cramoisi, et de fin lin retors. Il sera carré et double; sa longueur sera d'un empan, et sa largeur d'un empan. Tu y enchâsseras une garniture de pierres, quatre rangées de pierres: première rangée, une sardoine, une topaze, une émeraude; seconde rangée, une escarboucle, un saphir, un diamant; troisième rangée, une opale, une agate, une améthyste; quatrième rangée, une chrysolithe, un onyx, un jaspe. Ces pierres seront enchâssées dans leurs montures d'or.  Il y en aura douze, d'après les noms des fils d'Israël; elles seront gravées comme des cachets, chacune avec le nom de l'une des douze tribus. […] Lorsque Aaron entrera dans le sanctuaire, il portera sur son coeur les noms des fils d'Israël, gravés sur le pectoral du jugement, pour en conserver à toujours le souvenir devant l'Éternel. Tu joindras au pectoral du jugement l'urim et le thummim, et ils seront sur le coeur d'Aaron, lorsqu'il se présentera devant l'Éternel. Ainsi, Aaron portera constamment sur son coeur le jugement des enfants d'Israël, lorsqu'il se présentera devant l'Éternel. "

Dans l' iconographie, Aaron est figuré tenant soit la verge de son élection, soit l'encensoir de sa fonction sacerdotale, mais non le chandelier.

Ce chandelier à sept branches (la Menorah) est décrit longuement encore dans Exode 25:31-40, en des termes très poétiques qui ne peuvent qu'inspirer Chagall, d'autant que sa forme, inspirée dit-on de la Sauge Salvia palaestina évoque l'Arbre de vie qui lui est cher.

 

" Tu feras un chandelier d'or pur; ce chandelier sera fait d'or battu; son pied, sa tige, ses calices, ses pommes et ses fleurs seront d'une même pièce.  Six branches sortiront de ses côtés, trois branches du chandelier de l'un des côtés, et trois branches du chandelier de l'autre côté.  Il y aura sur une branche trois calices en forme d'amande, avec pommes et fleurs, et sur une autre branche trois calices en forme d'amande, avec pommes et fleurs; il en sera de même pour les six branches sortant du chandelier.  A la tige du chandelier, il y aura quatre calices en forme d'amande, avec leurs pommes et leurs fleurs. Il y aura une pomme sous deux des branches sortant de la tige du chandelier, une pomme sous deux autres branches, et une pomme sous deux autres branches; il en sera de même pour les six branches sortant du chandelier. Les pommes et les branches du chandelier seront d'une même pièce: il sera tout entier d'or battu, d'or pur. Tu feras ses sept lampes, qui seront placées dessus, de manière à éclairer en face. Ses mouchettes et ses vases à cendre seront d'or pur.  On emploiera un talent d'or pur pour faire le chandelier avec tous ses ustensiles. Regarde, et fais d'après le modèle qui t'est montré sur la montagne."

C'est en Exode 27:20-21 que se trouve mentionné le lien entre Aaron, et la lumière (Norah) 

  Tu ordonneras aux enfants d'Israël de t'apporter pour le chandelier de l'huile pure d'olives concassées, afin d'entretenir les lampes continuellement.. C'est dans la tente d'assignation, en dehors du voile qui est devant le témoignage, qu'Aaron et ses fils la prépareront, pour que les lampes brûlent du soir au matin en présence de l'Éternel. C'est une loi perpétuelle pour leurs descendants, et que devront observer les enfants d'Israël.

Veiller sur cette lumière, en entretenir les lampes, incombe donc aux enfants d'Israël par l'intermédiaire du grand prêtre. 

Néanmoins,  Aaron porte la responsabilité de l'épisode du Veau d'or, ce qui explique peut-être qu'il soit représenté en être fautif, accroupi dans un coin.

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Marc Chagall, Aaron et le chandelier d'or, planche n°40, eau-forte, de "Bible" édition Tériade 1956. Illustration in R. Massè, 2010.

Marc Chagall, Aaron et le chandelier d'or, planche n°40, eau-forte, de "Bible" édition Tériade 1956. Illustration in R. Massè, 2010.

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Marc Chagall,  lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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LA LANCETTE B. LE ROI DAVID IMPLORÉ PAR BETHSABÉE. L'ALLIANCE DAVIDIQUE.

 

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Je rappelle la construction en X du vitrail : ce panneau B est certes central, mais il est aussi situé en entre-deux, à l'intersection des deux triangles horizontaux rouge et parme, ce qui imposerait de sans cesse resituer la description dans sa globalité. A gauche, Moïse et son Alliance. A droite, Jérémie prophétisant la rupture de l'Alliance. Face à cet enjeu quasi cosmique, ce récit qui s'inscrit dans le Plan divin, que fait David ? Il joue de la musique, prépare un banquet et compte fleurette avec la belle Bethsabée. Et à l'étage inférieur (le triangle bleu), le peuple élu fait la fête à Jérusalem. Il s'agit de voir cela de plus près.

Trop de nos cathédrales affichent dans leur fenêtres hautes des successions de Patriarches, les uns après les autres, puis de Prophêtes, puis d'Apôtres, ou de Saints, en simples et pieuses et souvent superbes énumérations, pour ne pas laisser passer la chance de disposer d'un vitrail cohérent, construit sur une pensée artistique et  spirituelle, sur un "message biblique", et de tenter de le déchiffrer.

C'est la planche n°75 gravée pour Bible qui me révèle le sens de cette scène : son titre est "Bethsabée vient rappeler à David la promesse qu'il lui a faite de désigner son fils Salomon comme roi d'Israël après lui". Elle se réfère au Livre des Rois :

 « Bath Schéba se rendit dans la chambre du roi. Il était très vieux; et Abischag, la Sunamite, le servait. Bath Schéba s'inclina et se prosterna devant le roi. Et le roi dit: Qu'as-tu? Elle lui répondit: Mon seigneur, tu as juré à ta servante par l'Éternel, ton Dieu, en disant: Salomon, ton fils, régnera après moi, et il s'assiéra sur mon trône. Et maintenant voici, Adonija règne ! Et tu ne le sais pas, ô roi mon seigneur ! Il a tué des boeufs, des veaux gras et des brebis en quantité; et il a invité tous les fils du roi, le sacrificateur Abiathar, et Joab, chef de l'armée, mais il n'a point invité Salomon, ton serviteur. O roi mon seigneur, tout Israël a les yeux sur toi, pour que tu lui fasses connaître qui s'assiéra sur le trône du roi mon seigneur après lui. » (1 Rois 1 : 15-20) .

Cette scène, au début du Livre des Rois, se rapporte à la lutte pour la succession de David, question laissée en suspens à la fin du Livre de Samuel : parmi les fils du roi, Amnone et Absalom sont disparus, et Adonias, fils d'Haggith, rentre en lice. Mais le prophète Nathan s'oppose à cette investiture : 

"Alors Nathan dit à Bath Schéba, mère de Salomon: N'as-tu pas appris qu'Adonija, fils de Haggith, est devenu roi, sans que notre seigneur David le sache?  Viens donc maintenant, je te donnerai un conseil, afin que tu sauves ta vie et la vie de ton fils Salomon.  Va, entre chez le roi David, et dis-lui: O roi mon seigneur, n'as-tu pas juré à ta servante, en disant: Salomon, ton fils, régnera après moi, et il s'assiéra sur mon trône? Pourquoi donc Adonija règne-t-il? Et voici, pendant que tu parleras là avec le roi, j'entrerai moi-même après toi, et je compléterai tes paroles." (1 Rois 1:11-14)

Le vieux roi David, informé par Bethsabée, désigne Salomon comme successeur, et ordonne  à Nathan de l'oindre.

" Ainsi que je te l'ai juré par l'Éternel, le Dieu d'Israël, en disant: Salomon, ton fils, régnera après moi, et il s'assiéra sur mon trône à ma place, -ainsi ferai-je aujourd'hui.  Bath Schéba s'inclina le visage contre terre, et se prosterna devant le roi. Et elle dit: Vive à jamais mon seigneur le roi David! [...] Vous sonnerez de la trompette, et vous direz: Vive le roi Salomon! Vous monterez après lui; il viendra s'asseoir sur mon trône, et il régnera à ma place. C'est lui qui, par mon ordre, sera chef d'Israël et de Juda.[...]  Tout le peuple monta après lui, et le peuple jouait de la flûte et se livrait à une grande joie; la terre s'ébranlait par leurs cris." (1 Rois 1:30-40)

Ce passage est donc le moment crucial par lequel la dynastie de David (celle qui est illustrée dans les Arbres de Jessé comme l'élément royal de la Généalogie de Jésus) se forme et mène, par Salomon puis Roboam et les autres Rois de Juda jusqu'à Jechonias et l'exil à Babylone, avant que douze autres générations ne conduisent, pour les chrétiens, à Joseph, père légal de Jésus (Mt 1:7-16).

Ce passage est également crucial puisqu'il illustre, après l'alliance de Dieu avec Moïse, l'alliance davidique. On connaît comment David tomba amoureux de Bethsabée, femme de Urie, coucha avec elle, apprit qu'elle était enceinte, et ordonna la mort de Urie. Et comment Dieu le punit par la mort du premier enfant de David et de Bethsabée, puis accorda son pardon et permit la naissance d'un second enfant, Salomon. Ce récit figure dans le Livre de Samuel 2 Sa 11 à 12.

 Or, on lit en note de 2 Sa 11:3 la note suivante dans la Traduction Officielle  Liturgique :

« Bethsabée » : en hébreu Bat-Shéva, c'est-à-dire « fille de l'Alliance » : Dieu a fait surabonder sa grâce là où le péché avait abondé, et Bat-Shéva va entrer dans l'Alliance en enfantant Salomon." .

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L'alliance davidique.

Cette alliance se fonde sur la prophétie transmise par Nathan à David :Samuel 7:11-16

"Et l'Éternel t'annonce qu'il te créera une maison. Quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j'élèverai ta postérité après toi, celui qui sera sorti de tes entrailles, et j'affermirai son règne. Ce sera lui qui bâtira une maison à mon nom, et j'affermirai pour toujours le trône de son royaume. Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils. S'il fait le mal, je le châtierai avec la verge des hommes et avec les coups des enfants des hommes;  mais ma grâce ne se retirera point de lui, comme je l'ai retirée de Saül, que j'ai rejeté devant toi. Ta maison et ton règne seront pour toujours assurés, ton trône sera pour toujours affermi."

 L'oracle joue sur le mot bayit « maison », appliqué tantôt à la dynastie, tantôt au Temple qu'édifiera l'héritier, Salomon. Les fautes de l'héritier (l'idolatrie qui marque la fin du règne de Salomon) sont prévues, mais Yahvé promet son pardon. 

Cette alliance s'exprime encore dans le Psaume 89 versets 27-38 :

«Et moi, je ferai de lui le premier-né, Le plus élevé des rois de la terre.

Je lui conserverai toujours ma bonté, Et mon alliance lui sera fidèle;

Je rendrai sa postérité éternelle, Et son trône comme les jours des cieux.

Si ses fils abandonnent ma loi Et ne marchent pas selon ses ordonnances,

S'ils violent mes préceptes Et n'observent pas mes commandements,

Je punirai de la verge leurs transgressions, Et par des coups leurs iniquités;

Mais je ne lui retirerai point ma bonté Et je ne trahirai pas ma fidélité,

Je ne violerai point mon alliance Et je ne changerai pas ce qui est sorti de mes lèvres.

J'ai juré une fois par ma sainteté: Mentirai-je à David?

Sa postérité subsistera toujours; Son trône sera devant moi comme le soleil,

Comme la lune il aura une éternelle durée. Le témoin qui est dans le ciel est fidèle. "

 L'alliance n'est plus conditionnelle ou contractuelle, elle est scellée éternellement quelque soit la conduite des fils de David. Or après la scission du royaume en deux, Jéroboam roi d'Israël éleva des sanctuaires à Bethel et à Dane au dieu Baal, et, pour le royaume de Juda, tous les rois furent idolâtres sauf Ezechias et Josias. 

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Marc Chagall, Bible (1956),  planche n°75 : "Bethsabée vient rappeler à David la promesse qu'il lui a faite de désigner son fils Salomon comme roi d'Israël après lui". (in R. Massé 2010)

Marc Chagall, Bible (1956), planche n°75 : "Bethsabée vient rappeler à David la promesse qu'il lui a faite de désigner son fils Salomon comme roi d'Israël après lui". (in R. Massé 2010)

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Marc Chagall,  lancette B, David jouant de la harpe.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancette B, David jouant de la harpe. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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1. Panneau inférieur. Le peuple d'Israël dansant.

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a) Note technique. Le verre soufflé plaqué et gravé.

Sur le plan technique, l'atelier Simon Marcq de Reims a utilisé les verres soufflés fabriqués près de Saint-Etienne, à Saint-Just -sur-Loire dans une filiale de Saint-Gobain. Regardez sur le site en lien la vidéo  de You Tube "Le verre soufflé à la bouche par la Verrerie de Saint-Just", conté 

par Monsieur Claude Girard qui revient sur le passage d'artistes de renom et son travail à la Verrerie, de 1945 à 1979.

Le panneau est globalement bleu, sa tenue est renforcé par des barres horizontales ou vergettes. Il résulte de l'assemblage par les plombs d'une quarantaine de pièces de verre. Chaque pièce est d'une couleur donnée, ici, bleue ; puis elle est peinte à la grisaille. une peinture vitrifiable composée d'un fondant et d'oxydes métalliques, de couleur noire ou brune, plus ou moins opaque selon sa dilution. La grisaille se lie au verre après cuisson. Elle est néanmoins l'objet d'altérations.

Puisque nous constatons ici que le verre serti dans un plomb n'est pas uniformément bleu, mais qu'il présente des plages blanches et des taches jaunes, c'est qu'il y a un truc. Un verre plaqué est gravé à l'acide fluorhydrique.

Le verre coloré dans la masse est surcolorié par placage en surface. Le verre aisi constitué de deux couches d'épaisseur différente : la première est fine et coloriée tandis que la seconde est blanche ou légèrement teintée. 

 La gravure à l'acide du verre coloré plaqué éclaircit les couches de couleur ou les élimine pour laisser apparaître les teintes inférieures. Ce procédé permet d'obtenir des nuances plus variées dans un même registre de couleur et de composer finement des motifs à plusieurs teintes. 

Les deux taches jaunes (main du musicien et son chofar) sont obtenues par application de jaune d'argent, procédé de cementation entrainant des échanges entre les ions metalliques (cuivre, argent, platine et le verre durant la cuisson.

 La gravure à l'acide permet le chatoiement des couleurs que nous allons découvrir dans les autres panneaux. 

b) Description,

Ce panneau B est également signé : "Chagall" en bas et à gauche.

Cette scène est,à mon sens, l'illustration de la joie du peuple d'Israël à l'investiture de Salomon en 1 Rois 1:39-40.

"Vous sonnerez de la trompette, et vous direz: Vive le roi Salomon! […] Le sacrificateur Tsadok prit la corne d'huile dans la tente, et il oignit Salomon. On sonna de la trompette, et tout le peuple dit: Vive le roi Salomon! Tout le peuple monta après lui, et le peuple jouait de la flûte et se livrait à une grande joie; la terre s'ébranlait par leurs cris."

 L'instrument joué par les deux musiciens pourrait être une clarinette, instrument indispensable de la musique klezmer, mais on se plait à y voir un chofar, instrument rituel israélite fait d'une corne de bélier. Sa forme devrait alors être serpentine. D'autre part, le chofar est toujours joué seul. 

Si on insère ce panneau au sein du triangle bleu inférieur, on y voit aussi la boule blanche au sommet de laquelle danse une chêvre, boule qui est sans doute un astre (terre, lune ou soleil ?) au dessus des toits de la ville (Jérusalem) .

A gauche, un homme de profil, le front ceint, se tient à coté d'une mère tenant son enfant. Ces deux-ci nous regardent. David, Bethsabée et Salomon enfant ? Dans la photographie du vitrail sur laquelle j'ai tracé les lignes de force que j'y trouvais, j'ai souligné la ligne qui part de ce couple, suit la courbe du trône de David et s'achève avec le Christ en croix. Une ligne pleine de sens pour les chrétiens, pour lesquels le Christ accomplit ce qui est préfiguré dans l'Ancien Testament, et scelle la Nouvelle Alliance. Mais une ligne signifiante aussi pour celui qui, "simplement", suit la trajectoire de l'Amour jusqu'au don de sa vie pour l'humanité, vocation de l'artiste-prophète.

 

 

 

 

 


 

 

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Marc Chagall,  lancette B.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.
Marc Chagall,  lancette B.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancette B. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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2. Deuxième panneau :  Bethsabée.

Bethsabée vêtue d'une robe rouge, tient un bouquet. Le motif du bouquet est, chez Chagall, toujours relié à celui du couple d'amoureux. D'ailleurs, le couple David-Bethsabée tient, pour la mythologie personnelle de Chagall, le même rang qu' Adam et Ève : couple paradigmatique sinon primordial. Si David est l'un des alter ego du peintre, derrière David-Bethsabée se devinent Chagall-Bella et Chagall-Vava, ou tous les couples qui s'offrent des bouquets de fleurs. Rappellons que le frère de Chagall mais aussi le fils que Chagall eut de Virginie Haggard en 1946, se prènommaient David, ce qui signifie en hébreu "bien-aimé".. Et que Chagall avait 58 ans lorsqu'il connu — dans une relation adultérine— Virginie qui en avait 30, et qu'il avait 65 ans lorsqu'ils rompirent, en 1952. Il épousa alors Valentina Brodsky, qui avait 47 ans. 

 

Quoiqu'il en soit du pouvoir d'évocation du couple David-Bethsabée pour Chagall, sa présence dans ce vitrail parle de la filiation et de la fondation d'une lignée enracinée dans l'amour, mais aussi dans  une triple infraction envers les sixième, septième et dixième commandements du Décalogue : Tu ne tueras point,  Tu ne commettras point d'adultère, et Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain.  Mais David n'apparaît pas ici comme pécheur (comme dans tous les livres d'Heures chrétiens où les enluminures le représentent introduisant aux Psaumes pénitenciels avec le verset Domine ne in furore tuo arguas me)  mais comme chef de la Maison de David. Pour Chagall, et pour le texte biblique, le principe premier au nom duquel Bethsabée rappelle à David son engagement vis à vis de son fils n'est pas une dette contractée par une faute, mais c'est la puissance de leur amour.

 

 

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Bethsabée dansant,  lancette B. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Bethsabée dansant, lancette B. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, David et Bethsabée au double profil, 1951. Collection privée. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall et la poésie, Landerneau 2016.

Marc Chagall, David et Bethsabée au double profil, 1951. Collection privée. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall et la poésie, Landerneau 2016.

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3. Troisème panneau. David sur son trône écoutant Bethsabée.

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David est assis de trois-quart sur son trône royal et tient sa harpe. Derrière lui, une table est dressée, portant une coupe de fruits, une cruche et un verre, mais il s'en détourne. David a 70 ans dans la scène représentée ici. A peu près l'âge de Chagall lorsqu'il peint ce vitrail. Le roi d'Israël, après les coups d'éclat de sa jeunesse (sa victoire contre Goliath), a connu durant son règne beaucoup de vicissitudes, peintes et gravées par Chagall pour la plupart dans Bible (gravures   n° 66 à 75)  : outre la mort du premier-né de Bethsabée, citons la mort de son tendre et intime ami Jonathan, le viol de sa fille par son fils aîné Amnon, le meurtre du-dit Amnon par son 3e fils Absalon, la rébellion d'Absalon  l'amenant à fuir nu-pieds Jérusalem dans la Colline des Oliviers, le pardon qu'il accorde à Absalon, la trahison de ce dernier qui le chasse de son royaume, la mort accidentelle d'Absalon retenu par les cheveux à un térébinthe, son  desespoir en apprenant cette mort ( "Le roi s'était couvert le visage, et il criait à haute voix: Mon fils Absalon! Absalon, mon fils, mon fils! " : 2 Samuel 19:1-4).

Chagall, en peignant le visage du roi à la fin de son règne, la tête penchée, le front ridé, connait tout cela, et en tient compte.

Sur le plan technique,  c'est le panneau idéal pour admirer comment l'art du peintre et celui de son verrier se déploient. A gauche, c'est un panneau blanc à motifs de grisaille rehaussé de deux valeurs différentes de jaune d'argent. David et sa harpe, ainsi que le fond, doivent être peints sur un verre bleu, décoloré pour la moitié du visage et pour la harpe, et teinté en vert par du jaune d'argent. Quelques rares touches de jaune évoquent des reflets d'or, alors qu'un verre rouge à demi décoloré sur la manche droite laisse imaginer un joyau. L'application de la grisaille diluée sur le visage est subtile. 

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La harpe de David est aussi nommée sa lyre. Le lyrisme de Chagall.

 

 

Chagall voit dans le roi David un double de lui-même, un artiste (il a selon la tradition  composé les psaumes sur sa harpe) qui, en chantant les louanges de Dieu, et en offrant ces chants à la liturgie, incite son peuple à la joie, aux chants et aux danses, à l'exultation de l'allégresse : une mission  à laquelle le peintre n'a cessé de se vouer par ses couleurs et ses motifs. 

Parmi tous les points de rencontre entre David et Chagall, l'un d'entre eux est donc  le lyrisme. " Le lyrisme est l'expression d'une émotion personnelle intense. La poésie lyrique traite des sentiments du poète (les thèmes récurrents sont l'amour, la mort, la nostalgie, la fuite du temps, la communion avec la nature, le destin, le sacré, etc.)" (http://www.etudes-litteraires.com/figures-de-style/lyrisme.php).

" Les faits et les choses ne sont pas vus pour eux-mêmes, mais à travers une résonance intérieure dans l'âme humaine. " (Anne Souriau, Vocabulaire d'esthétique, P.U.F 1999 p. 965).

Mais Rébecca Massé souligne qu'ici, :

 "Ce lyrisme devient alors l'expression puisée dans le processus de la lutte de Chagall pour connaître le message de Dieu. Il fait par conséquent partie d'une modalité de connaissance du divin. Ce lyrisme n'est donc pas seulement une expression du sentiment intérieur, mais une ascension de l'âme. C'est avec celui-ci qu'il parvient à s'approprier le message biblique. "

 

Le lyrisme de Chagall n'est pas un vain mot, qu'on distribuerait sans discernement à tout artiste. Au contraire, c'est la caractéristique propre de son génie, précocement reconnue par Malraux. Celui-ci écrivait à son propos, dans la longue lettre datée de 1976, devenue la préface de Et sur la terre... :

 

 

« Votre surprise, toujours initiale, est toujours féconde, parce qu’elle exige la métamorphose. Non seulement celle-ci l’accompagne, mais encore votre création picturale affirme, d’une manière naïve si l’on y tient, mais d’une naïveté invulnérable comme la naïveté religieuse, que les choses (et pas seulement celles que vous représentez) ne sont pas ce qu’on croit, ce qu’elles croient. Si vous êtes devenu le plus grand coloriste vivant, c’est évidement pour des raisons spécifiques, mais elles me semblent inséparables de ce que tout réel, tout imaginaire est appelé par vous à sa métamorphose en peinture. »

 Cette métamorphose concerne les éléments narratifs bibliques, mais surtout les personnages qui se retrouvent ici apothéosés, au même titre que la lumière du jour lorsqu'elle traverse les couleurs du  verre. Et j'emprunte le terme "apothéosé" à cette définition du lyrisme par Baudelaire :

 

"Tout poète lyrique, en vertu de sa nature, opère fatalement un retour vers l’Éden perdu. Tout,  hommes, paysages, palais, dans le monde lyrique, est pour ainsi dire apothéosé." (Baudelaire, l'art romantique) .   

C'est à Chagall que s'applique aujourd'hui les lignes écrites par  Baudelaire sur le trait de génie particulièrement lyrique, c’est-à-dire amoureux du surhumain de  Banville :

"L'hyperbole et l'apostrophe sont des formes de langage qui lui sont non seulement des plus agréables, mais aussi des plus nécessaires, puisque ces formes dérivent naturellement d'un état exagéré de la vitalité. Ensuite, nous observons que tout mode lyrique de notre âme nous contraint à considérer les choses non pas sous leur aspect particulier, exceptionnel, mais dans les traits principaux, généraux, universels. La lyre fuit volontiers tous les détails dont le roman se régale. L'âme lyrique fait des enjambées vastes comme des synthèses. […] Il y a, en effet, une manière lyrique de sentir ...ces sortes d'impressions, si riches que l'âme en est comme illuminée, si vives qu'elle en est comme soulevée. Tout l'être intérieur, dans ces merveilleux instants, s'élance en l'air par trop de légèreté et de dilatation, comme pour atteindre une région plus haute. Ici, le paysage est revêtu, comme les figures, d'une magie hyperbolique ; il devient décor. La femme est non seulement un être d'une beauté suprême, comparable à celle d'Ève ou de e Vénus ; non seulement, pour exprimer la pureté de ses yeux, le poète empruntera des comparaisons à tous les objets limpides, éclatants, transparents, à tous les meilleurs réflecteurs et à toutes les plus belles cristallisations de la nature, mais encore faudra-t-il doter la femme d'un genre de beauté tel que l'esprit ne peut le concevoir comme existant dans un monde supérieur." 

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Par ce lyrisme, les personnages bibliques, les animaux et chimères, et les objets de son identité sont projetés par Chagall en véritables astérismes d'un Zodiaque qui nous régit, et sur lesquels ils tournent, ré-apparaissant cycliquement à chaque œuvre, mais dans des conjonctions différentes.

 

Mais ce qui est bien avec la Bible, c'est que les figures apothéosées ne sont jamais idéalisées. Adam et Éve sont magnifiés comme couple primordial, mais sont les héros de la Chute. Cain a tué Abel, Noé s'est enivré, Sarah a ri de Dieu, et  Moïse est grandiose mais bègue ; et indigne de pénétrer en Terre Promise. Aaron est le premier grand prêtre, mais il a ordonné le Veau d'or. David est le plus grand roi d'Israël, son plus grand poète, mais son amour est coupable. Le lyrisme de Chagall porte aux nues ces grandes figures mais loin d'occulter leurs failles, il les glorifie comme de vénérables blessures propres à l'humain de l'Homme. Les élus de Dieu qu'il fait entrer dans son Panthéon  sont des êtres blessés.

 

 

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Marc Chagall, David jouant de la harpe,  lancette B.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, David jouant de la harpe, lancette B. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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La tête de la lancette B.

Elle est divisée en une moitié bleue où est dessiné un croissant de lune entouré d'étoiles (surtout sur la maquette), et une moitié rouge où deux visages, l'un masculin, l'autre féminin à la longue chevelure, sont peints tête en bas.  (j'ai inversé la photo pour mieux les voir). La femme porte un demi-disque argent sur l'épaule.

En définitive, toute cette lancette ne trouve sa cohérence que dans l'amour et le plaisir des sens : ouïe (musique), odorat et vue (bouquet), goût (vin et fruits), et les autres !

Je vois ici l'illustration du Psaume 89 versets 36-37 où Yahvé dit de David :

"Sa postérité subsistera toujours; Son trône sera devant moi comme le soleil,

Comme la lune il aura une éternelle durée." 

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Marc Chagall, tête de lancette B (inversée).  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, tête de lancette B (inversée). baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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LA LANCETTE C. LE PROPHÈTE JÉRÉMIE ET L'EXIL.

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L'analyse des lancettes précédentes a été longue. Mais l'étude de la dernière lancette s'est avérée bien plus complexe. 

Elle poursuit la construction en X horizontal de l'ensemble du vitrail, un grand triangle mauve ou parme s'ouvrant vers le coté droit à travers un fond bleu. Deux motifs sont bien visibles, Jérémie en bas, de profil, accroupi et recroquevillé sur lui-même, et, en haut, un oiseau (un coq). Le triangle mauve est traversé de lignes verticales qui dessinent un damier. Deux séries de  cases de ce damier, qui se croisent, sont de couleur bleue et rouge, et on y distingue quelques silhouettes. 

Pour comprendre le sujet de cette lancette, je me réfère comme je l'ai fait aux peintures et gravures bibliques de Chagall concernant Jérémie afin de trouver le titre du modèle le plus proche :

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a) Le volume de Bible (Tériade 1956) contient 4 eaux-fortes consacrées à Jérémie.

C'est dans Jérémie jeté dans une citerne que je retrouve une posture proche de celle de notre lancette, mais la citerne n'est pas représentée ici. Cette planche n'est pas le modèle que je recherche.

 

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Marc Chagall, Bible, Planche gravée n° 102. Jérémie jeté dans une citerne par les gens du roi Sédécias.

Marc Chagall, Bible, Planche gravée n° 102. Jérémie jeté dans une citerne par les gens du roi Sédécias.

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b) Au bord droit de la toile du Message Biblique Moïse recevant les Tables de la Loi, au dessus d'Aaron, Chagall a représenté Jérémie se lamentant, entouré d'un couple, alors qu'un ange lui amène des rouleaux. Des rayons verticaux descendent du ciel, comme les lignes verticales du vitrail. Au dessus, se trouve le roi David. Cette présence montre le lien que Chagall fait entre les trois scènes qu'il a représenté, à Metz, en trois lancettes distinctes, et incite à penser que leur thème commun  est celui de l'Alliance entre Dieu et son Peuple, par les Patriarches, les Rois, les Prêtres  et les Prophètes, et celui de l'amour divin irradiant comme une lumière d'espérance et de soutien le peuple élu. 

Malgré des interprétations divergentes, l'ange n'apporte pas ici les rouleaux de la Torah, mais ceux des prophéties dictées par Dieu. (Jr. 36).

 

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Moïse recevant les Tables de la Loi, huile sur toile (1960-1966) © Musée national Marc Chagall © cliché RMN Gérard Blot.

http://musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/chagall/objet/c-moise-recevant-les-tables-de-la-loi

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Marc Chagall, Moïse recevant les Tables de la Loi (détail), annotation sur   cliché RMN  © Gérard Blot

Marc Chagall, Moïse recevant les Tables de la Loi (détail), annotation sur cliché RMN © Gérard Blot

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c) De même, dans le tableau La Lutte de Jacob avec l'ange du même corpus du Message Biblique (1960-1966), le bord droit du tableau montre en bas un personnage tourné vers la droite, accroupi et voûté, surmonté d'un groupe de personnes (Joseph sorti du puits) , et, en haut, d'un coq présenté par un ange, soit un motif très proche de celui de la lancette C. Mais l'homme replié sur lui-même n'est pas Jérémie, mais Jacob pleurant sur la tunique de son fils.

 

Marc Chagall,  La Lutte de Jacob avec l'ange (détail), Message Biblique, Musée Marc Chagall, Nice

Marc Chagall, La Lutte de Jacob avec l'ange (détail), Message Biblique, Musée Marc Chagall, Nice

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d) "Pleurs de Jérémie", 1956.

Jusqu'à présent, je n'ai pas avancé beaucoup. De toute façon, les tableaux du Message Biblique, datant de 1960-1966, n'ont pu servir de source à Chagall pour le vitrail de Metz, qui date de 1958. 

 

Par contre, une lithographie en couleur de la série Dessins pour la Bible (Verve, 1956) montre, sous le titre " Pleurs de Jérémie", le prophète dans la même posture que sur le vitrail. (Voir aussi "Le prophète Jérémie", 1968, Centre Pompidou). Cette lithographie est précieuse car elle montre l'objet que le prophète tient dans ses bras : le rouleau qu'il a dicté à Baruc, le texte de l'oracle si embarrassant que Dieu lui a fait connaître et qu'il doit désormais révéler, au risque  de sa vie ou de sa liberté. Autour et derrière le prophète, une foule, un âne, et Jérusalem. Le ciel est mauve comme dans la lancette de Metz. Le titre Pleurs de Jérémie ne se réfère pas à un épisode précis du Livre de Jérémie, mais la présence de ce rouleau renvoie par contre  à Jérémie 36:1-3. 

 

 

"La quatrième année de Jojakim, fils de Josias, roi de Juda, cette parole fut adressée à Jérémie de la part de l'Éternel, en ces mots: Prends un livre, et tu y écriras toutes les paroles que je t'ai dites sur Israël et sur Juda, et sur toutes les nations, depuis le jour où je t'ai parlé, au temps de Josias, jusqu'à ce jour. Quand la maison de Juda entendra tout le mal que je pense lui faire, peut-être reviendront-il chacun de leur mauvaise voie; alors je pardonnerai leur iniquité et leur péché."

Yahvé est très irrité par l'inconduite du roi Joachim (Jojakim) et la corruption générale et il a fait dire par son porte-parole Jérémie ceci (qui va être recopié dans le rouleau, avec beaucoup d'autres choses) :

"Malheur à celui qui bâtit sa maison par l'injustice, Et ses chambres par l'iniquité; Qui fait travailler son prochain sans le payer, Sans lui donner son salaire; Qui dit: Je me bâtirai une maison vaste, Et des chambres spacieuses; Et qui s'y fait percer des fenêtres, La lambrisse de cèdre, Et la peint en couleur rouge! Est-ce que tu règnes, parce que tu as de la passion pour le cèdre? Ton père ne mangeait-il pas, ne buvait-il pas? Mais il pratiquait la justice et l'équité, Et il fut heureux; Il jugeait la cause du pauvre et de l'indigent, Et il fut heureux. N'est-ce pas là me connaître? dit l'Éternel. Mais tu n'as des yeux et un coeur Que pour te livrer à la cupidité, Pour répandre le sang innocent, Et pour exercer l'oppression et la violence. C'est pourquoi ainsi parle l'Éternel sur Jojakim, fils de Josias, roi de Juda: On ne le pleurera pas, en disant: Hélas, mon frère! hélas, ma soeur! On ne le pleurera pas, en disant: Hélas, seigneur! hélas, sa majesté! Il aura la sépulture d'un âne, Il sera traîné et jeté hors des portes de Jérusalem." (Je 22:13-19)

La sépulture d'un âne ! Baruc écrit le rouleau et va le lire dans la "maison du Seigneur, aux oreilles de tout le peuple". Il est alors convoqué par les scribes et les princes qui, pris de frayeur à l'audition du prophète de malheur, conseillent à Jérémie et à Baruc de se cacher. On amène le rouleau au roi Joakim, fils de Josias, qui, furieux, en déchire les morceaux avec son canif et les brûle au feu du brasero !

AncreAncreAncreAncre"La parole de l'Éternel fut adressée à Jérémie, en ces mots, après que le roi eut brûlé le livre contenant les paroles que Baruc avait écrites sous la dictée de Jérémie: Prends de nouveau un autre livre, et tu y écriras toutes les paroles qui étaient dans le premier livre qu'a brûlé Jojakim, roi de Juda. Et sur Jojakim, roi de Juda, tu diras: Ainsi parle l'Éternel: Tu as brûlé ce livre, en disant: Pourquoi y as-tu écrit ces paroles: Le roi de Babylone viendra, il détruira ce pays, et il en fera disparaître les hommes et les bêtes? C'est pourquoi ainsi parle l'Éternel sur Jojakim, roi de Juda: Aucun des siens ne sera assis sur le trône de David, et son cadavre sera exposé à la chaleur pendant le jour et au froid pendant la nuit. Je le châtierai, lui, sa postérité, et ses serviteurs, à cause de leur iniquité, et je ferai venir sur eux, sur les habitants de Jérusalem et sur les hommes de Juda tous les malheurs dont je les ai menacés, sans qu'ils aient voulu m'écouter." (Jr 1:27-31)

 

Sédécias, autre fils du  roi Josias, succède alors aux rois Joakim et Joïakin. C'est Nabuchodonosor, roi de Babylone qui l'établit roi de Juda (le royaume d'Israël a été détruit), mais Sédécias ne tarde pas à se tourner vers l'ancien suzerain, le Pharaon. Les "Chaldéens" (Nabuchodonosor) assiègent Jérusalem.  Jérémie ne cesse de prêcher la soumission à Babylone qu'il considère comme envoyée par Dieu pour châtier Jérusalem l'infidèle. Mais il se fait traiter de traître et accuser de collusion avec l'ennemi. Jérémie est arrêté au moment où il tente de sortir de Jérusalem pour toucher une part d'héritage, et on le conduit en prison pour motif de trahison. Sédécias le protège mais est assez impuissant face aux scribes et princes pro-égyptiens. Il demande à Jérémie son conseil, et le prophète, parlant au nom de Yahvé, lui prédit que s'il ne se rend pas aux Chaldéens, la ville sera brûlée, le Temple détruit, et lui et les siens seront tués alors que le peuple sera emmené à Babylone. Les scribes s'emparent de Jérémie et l'enferment au fond d'une citerne. Sédécias lui apporte secrètement son aide, mais Jérémie continue à lui annoncer la punition prévue par Yahvé.  En effet, en  588, l'armée de Babylone envahit Juda et assiège Jérusalem. Après un siège d'un an et demi, en juillet 587, la ville est prise. Sédécias en fuite est repris et déporté. Le temple et la ville sont incendiés (Jr. 39). Les habitants aisés sont déportés, seul un "reste" de paysans pauvres est admis à rester en Juda pour cultiver les champs et la vigne. Jérémie est parmi eux, lorsque des factieux organisent la fuite de ce "reste" en Égypte. Jérémie leur annonce la colère de Yahvé, la victoire de Nabuchodonosor contre le Pharaon, et la destruction des exilés judéens, et, une fois de plus, il est honni pour ces prophéties jugées défaitistes. Le Livre de Jérémie se poursuit par les Lamentations, cinq poèmes alphabétiques où le royaume de Juda est assimilé à une femme, "Juda", désormais dépravée et avilie en punition de ses fautes. 

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Marc Chagall Pleurs de Jérémie  1956 (C) ADAGP, Paris Photo (C) RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Gérard Blot http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/marc-chagall_pleurs-de-jeremie_lithographie_1956

Marc Chagall Pleurs de Jérémie 1956 (C) ADAGP, Paris Photo (C) RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Gérard Blot http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/marc-chagall_pleurs-de-jeremie_lithographie_1956

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La posture frappante de Jérémie, souffrante voire souffreteuse (nos "jérémiades"), incitant à l'apitoiement,  est l'inverse de celle de Moïse rayonnant, dressé et happé par son exaltation sinaïque. Au chef guidant la nation succède le prophète accablé par la parole divine dont il est la bouche, et comme honteux de sa tâche, comme frappé de culpabilité devant l'agonie de son peuple. Déchiré entre son appartenance au peuple, et son ministère prophétique. Il récapitule en son corps l'humanité, les souffrances et les fautes de son peuple, mais cette participation, paradoxalement, l'isole dans la solitude et le confronte au rejet.  Il ne peut lâcher le rouleau des exigences divines.

Cette lancette C est l'inversion de la lancette A. C'est la seule où ne figurent pas d'instruments de musique. 

Jérémie est le contraire de l'Artiste inspiré, prométhéen. Aucune inspiration créatrice, aucune dimension de démiurge. Yahvé est obligé de le secouer depuis le début :

 Je répondis: ---Hélas, Seigneur Eternel, je ne sais pas m'exprimer, car je suis un adolescent. Mais l'Eternel me répondit:---Ne dis pas: «Je suis un adolescent»; tu iras trouver tous ceux auprès de qui je t'enverrai, et tu leur diras tout ce que je t'ordonnerai.  N'aie pas peur de ces gens, car je suis avec toi pour te protéger, l'Eternel le déclare. Alors l'Eternel tendit la main et me toucha la bouche, et il me dit: ---Tu vois: je mets mes paroles dans ta bouche. [...] "Toi donc, mets ta ceinture et lève-toi, tu leur diras tout ce que je t'ordonnerai. Ne te laisse pas terrifier par eux, sinon c'est moi qui, devant eux, m'en vais te terrifier." (Jérémie 1: 6-7 & 17)

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La quasi-totalité des personnages et des animaux de Chagall sont ses avatars, ses hétéronymes, mais s'il s'est dépeint ici, c'est dans les moments les plus sombres de son existence.

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Les pleurs de Jérémie, lancette C.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Les pleurs de Jérémie, lancette C. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Lancette C.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Lancette C. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Lignes directrices de la lancette C.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Lignes directrices de la lancette C. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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e) La maquette.

 

Une autre aide à l'interprétation de la lancette C,  c'est, tout bêtement, la maquette en couleur ! Elle va me permettre de comprendre que la rangée horizontale de cases de damier bleues sont des maisons, mais que celles-ci sont dessinées à l'envers, avec le toit vers le bas. J'en conclue qu'il s'agit d'une figuration de la destruction de Jérusalem.

 

Maquette de la baie 9, détail : la lancette C à l'endroit, puis inversée.
Maquette de la baie 9, détail : la lancette C à l'endroit, puis inversée.

Maquette de la baie 9, détail : la lancette C à l'endroit, puis inversée.

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Si ces maisons sont renversées, abattues, les bulles mauves sont sans-doute là pour illustrer l'incendie de la ville et les volutes de fumée. Dans l'une d'elle, on distingue un homme à l'envers, et, lorsque je le recherche sur le vitrail, je découvre, à peine perceptible, un être , peut-être ailé, à tête cornue, debout mais tenant des sortes de canne. Je regrette de ne plus être devant le vitrail, avec de bonnes jumelles !

La rangée de cases verticales est composée d'une quinzaine d'hommes, de femmes et d'enfants figurés de face. Est-ce le peuple de Juda emmené en exil ? 

La lancette montre donc en bas Jérémie accablé par la terrible réalité qui lui tombe dessus alors qu'il n'avait cessé, au nom de Dieu, de l'annoncer pendant quarante ans à cinq rois successifs, Josias, Joachaz, Joakim, Joïakin et Sédécias. 

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Le sujet de l'ensemble de la verrière est-il l'Alliance entre Yahvé et son peuple ?

1) Dans la lecture hébraïque découpée en parashat, le texte de l'Exode 21-24 (Moïse au Sinaï) est relié à Jérémie 34:8-22. Ces versets parlent de l'esclavage des Juifs entre eux, aboli au Sinaï, puis repris dans le royaume de Juda : Yahvé annonce sa punition :

" C'est pourquoi ainsi parle l'Éternel: Vous ne m'avez point obéi, en publiant la liberté chacun pour son frère, chacun pour son prochain. Voici, je publie contre vous, dit l'Éternel, la liberté de l'épée, de la peste et de la famine, et je vous rendrai un objet d'effroi pour tous les royaumes de la terre.  Je livrerai les hommes qui ont violé mon alliance, qui n'ont pas observé les conditions du pacte qu'ils avaient fait devant moi, en coupant un veau en deux et en passant entre ses morceaux;  je livrerai les chefs de Juda et les chefs de Jérusalem, les eunuques, les sacrificateurs, et tout le peuple du pays, qui ont passé entre les morceaux du veau;  je les livrerai entre les mains de leurs ennemis, entre les mains de ceux qui en veulent à leur vie, et leurs cadavres serviront de pâture aux oiseaux du ciel et aux bêtes de la terre. Je livrerai Sédécias, roi de Juda, et ses chefs, entre les mains de leurs ennemis, entre les mains de ceux qui en veulent à leur vie, entre les mains de l'armée du roi de Babylone, qui s'est éloigné de vous. Voici, je donnerai mes ordres, dit l'Éternel, et je les ramènerai contre cette ville; ils l'attaqueront, ils la prendront, et la brûleront par le feu. Et je ferai des villes de Juda un désert sans habitants."

Ce n'est pas la rupture de l'Alliance, mais la conséquence de la violation de cette Alliance par les hébreux.

En 1958, quatorze années à peine après la fin de la Seconde Guerre Mondiale et de la Déportation des Juifs par le nazisme, l'attitude de Jérémie peut faire penser à celle de Chagall apprenant de 1936 à 1944 les persécutions de son peuple, la destruction de sa ville Vitebsk, la fuite des populations hors de leurs villages en flammes.

De manière plus surprenante, un article de Bella Meyer (Chagall et la musique, 2015, page 280) nous apprend que " une grande partie de l'intelligentsia juive et hassidique de l'Europe de l'Est succomba aux progroms meurtriers de cette époque, ainsi qu'à l'holocauste, dans la croyance ferme que l'Amérique, et le "Nouveau Monde" était un endroit démuni de toute spiritualité et de toute religion, pareil à l'ancienne Babylone". Chagall, qui se décida difficilement à partir en exil en Amérique, déclara lui-même à sa fille en 1941 : "Babylone, c'est New-York" ! Bella Meyer, petite-fille du peintre, se demande si il "n'exprima pas là un malaise envers un monde maudit par les rabbins hassidim ?"

On voit la complexité des interprétations de cette lancette...

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2). J'évoquerais à peine la lecture chrétienne selon saint Paul,  La prophétie de Jérémie relative à une nouvelle alliance (Jérémie 31:31-34) est reprise textuellement dans l'Épître aux Hébreux He 8:12 

 "Voici, les jours viennent, dit l'Éternel, Où je ferai avec la maison d'Israël et la maison de Juda Une alliance nouvelle, Non comme l'alliance que je traitai avec leurs pères, Le jour où je les saisis par la main Pour les faire sortir du pays d'Égypte, Alliance qu'ils ont violée, Quoique je fusse leur maître, dit l'Éternel. Mais voici l'alliance que je ferai avec la maison d'Israël, Après ces jours-là, dit l'Éternel: Je mettrai ma loi au dedans d'eux, Je l'écrirai dans leur coeur; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple. Celui-ci n'enseignera plus son prochain, Ni celui-là son frère, en disant: Connaissez l'Éternel! Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu'au plus grand, dit l'Éternel; Car je pardonnerai leur iniquité, Et je ne me souviendrai plus de leur péché." Jr  31:31-34

 Pour saint Paul, cette Alliance Nouvelle rend caduque l'Ancienne Alliance : "Par le simple fait d'appeler cette alliance-là nouvelle, le Seigneur a rendu la première ancienne; or, ce qui devient ancien et ce qui vieillit est près de disparaître" He 8:13. Le Christ est le grand-prêtre et sacrificateur de cette Nouvelle Alliance scellée par le sang de la Croix, il est un nouveau Melchisédech, un nouvel Aaron.

Jérémie 31:31-34 est à nouveau cité dans Hébreux 10:17.

Voir François Tonon, « L’« Alliance nouvelle » dans l’épître aux Hébreux et son commentaire par Thomas d’Aquin », Revue des sciences religieuses [En ligne], 82/2 | 2008, document 82.203, mis en ligne le 05 mai 2013, consulté le 10 septembre 2016. URL : http://rsr.revues.org/2149 ; DOI : 10.4000/rsr.2149

 3) Je passe aussi rapidement (on n'en finirait pas)  sur les références faites à Jérémie dans les Évangiles :  "C'est à Jérémie, messager fidèle et persécuté, que l'on songera plus tard à comparer Jésus (Matt 16.14). Mais surtout Jésus lui-même, à la veille de sa mort, partageant la Cène avec les siens, déclarera réalisée la « nouvelle alliance » annoncée par Jérémie (Luc 22.20; 1 Cor 11.25). (Société biblique française).

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 Plus haut encore, la maquette me permet de comprendre que le coq, que je croyais soutenu par un ange, est en réalité chevauché par un homme qui, comme pour un rodéo, lève les deux bras et agite un bouquet. Non content de cette acrobatie, il s'est tordu complètement la tête vers le bas. Mieux encore, je constate maintenant que le coq tient devant lui un livre grand ouvert ! Mais est-ce un homme ? 

 

Après l'affligeante peinture de Jérémie, ce coq glorieux, jubilatoire et gaulois est une explosion d'énergie vitale pour ne pas dire sexuelle.

Certes, selon le dossier du Musée d'art et d'histoire du Judaïsme, le coq ...

" ...peut être perçu comme un souvenir de l’enfance du peintre : « Je me suis servi des vaches, des filles de ferme, de coqs et de l’architecture de la province russe comme de sources formelles, parce qu’ils font partie de l’environnement dans lequel j’ai grandi et qui a sans doute laissé une empreinte plus profonde dans la mémoire visuelle que j’ai gardée de mes expériences » (Marc Chagall). Le critique Franz Meyer met la présence du coq en relation avec les Kapparot (cérémonie de purification qui a lieu la veille de Yom Kippour, et durant laquelle on procède au sacrifice rituel d’un coq), l’animal évoquant dès lors la repentance et la demande de grâce à Dieu. Chez Chagall, le coq peut enfin exprimer l’espoir.

Il peut être intéressant de noter – même si l’on ignore si Chagall avait connaissance de ces significations –, que ce sens se retrouve conjointement dans l’iconographie chrétienne et la tradition folklorique russe. Le chant du coq est associé chez les chrétiens à l’attente du Dernier Jour tandis que le folklore russe voit dans cet animal le symbole de la victoire du bien sur le mal "

Mais le coq est surtout la forme (encore une) par laquelle Chagall se peint en amoureux. Aussi, je suis porté à penser que le personnage brandissant son bouquet est une femme. Et que cette figure d'écuyère saluant le public n'est pas étrangère au sentiment de liberté et de bonheur retrouvés par Chagall de retour de son exil américain, dans ces années d'après-guerre où il s'est installé en Provence. 

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Sommet de la lancette C.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Sommet de la lancette C. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Quelques coqs de Chagall en diaporama:

  • L'Homme-coq au dessus de Vitebsk, 1925
  • Le Coq, 1928, Madrid.
  • Le Coq, 1947, Centre Pompidou, Paris
  • La Danse (détail), 1950-1952
  • Le cirque sur fond noir, 1967, Centre Pompidou, Paris.
  • La table devant le village, 1968, Collection privée.

Photographies lavieb-aile prises lors de l'exposition Chagall et la poésie, Fondation Leclerc, Landerneau, 2016.

Quelques Coqs de Chagall, photographie lavieb-aile.
Quelques Coqs de Chagall, photographie lavieb-aile.
Quelques Coqs de Chagall, photographie lavieb-aile.
Quelques Coqs de Chagall, photographie lavieb-aile.
Quelques Coqs de Chagall, photographie lavieb-aile.
Quelques Coqs de Chagall, photographie lavieb-aile.
Quelques Coqs de Chagall, photographie lavieb-aile.

Quelques Coqs de Chagall, photographie lavieb-aile.

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LE TYMPAN (1964).

LE TYMPAN (1964).

La maquette conservée par le Musée Marc Chagall de Nice, et datée de 1964, donne une meilleure vision du tympan que celle que réserve la visite sur place du vitrail. Voir : Le Christ entouré des symboles, vitrail d'étude pour la rosace de la cathédrale de Metz, 1964. (C) ADAGP, Paris. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Adrien Didierjean

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/marc-chagall_le-christ-entoure-des-symboles-vitrail-d-etude-pour-la-rosace-de-la-cathedrale-de-metz_verre-matiere_plomb-metal_vitrail-technique_1964

Pour le tympan, une seule couleur de verre semble avoir été utilisée, le bleu. Mais la gravure par acide l'a éclairci par endroits, ou a ôté complètement la couleur pour dégager des plages blanches, alors que les rehauts de jaune d'argent ont créé des touches de lumière (nimbe, lune, mains) ou d'or (chandelier), et que le même jaune d'argent, sur un bleu clair, a créé ce vert de jade pour le corps du Christ. 

La rosace est composée d'une fleur centrale, de cinq trilobes latéraux et de cinq demi-trilobes en périphérie

Au centre, une fleur à cinq pétales montre le Christ en croix. Il est encadré par David jouant de la harpe (à sa gauche) et par Aaron portant la menorah (à sa droite), soit deux des triples fonctions du Christ comme Prêtre, Roi et Prophète. Les autres trilobes contiennent une échelle (celle de Jacob), des feuillages, des oiseaux et des croissants de lune. Pour les trilobes périphériques, ces éléments décoratifs sont repris, sauf pour les deux ajours inférieurs qui contiennent l'un une colombe (du Saint-Esprit, ou plutôt de Noé) et l'autre une clarinette .  

 

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Le Christ entouré des symboles, vitrail d'étude pour la rosace de la cathédrale de Metz, 1964. (C) ADAGP, Paris. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Adrien Didierjean

Le Christ entouré des symboles, vitrail d'étude pour la rosace de la cathédrale de Metz, 1964. (C) ADAGP, Paris. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Adrien Didierjean

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Sous et autour de cette rose, le tympan comporte aussi neuf ajours :  quatre écoinçons négligeables, une forme triangulaire avec l'agneau pascal, et surtout deux quatrefeuilles. Celui de gauche montre un ange jouant de la trompe, et celui de droite un élément cosmique mêlant le soleil, les étoiles et l'arc-en-ciel.

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Tympan  de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Le Christ en croix.

La tête est légèrement inclinée, les yeux sont fermés, les lèvres dessinent l'esquisse d'un sourire. La Vierge, à sa droite, pose la main sur la plaie du flanc droit. 

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Tympan  de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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L'agneau pascal.

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Tympan  de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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L'ange sonnant de la trompe. 

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Tympan  de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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CONCLUSION.

Je pensais décrypter cette verrière mais malgré mes efforts laborieux, cette œuvre polysémique ne se conclue ni en un message chrétien (les alliances mosaïque et davidique, puis la nouvelle alliance annoncée dans le Livre de Jérémie sont accomplies par le Christ dans sa triple fonction sacerdotale, royale, et prophétique), ni en un récit biblique (Israël, peuple élu par un Dieu jaloux qui le punit s'il se tourne vers d'autres divinités), ni en un témoignage autobiographique d'un peintre à la vision prophète militant pour l'avènement  de l'Amour et de la Paix. 

Les photographies de Marc Chagall le montrent souvent habillé de rayures, ou de chemises à carreaux. C'est le peintre de la bigarrure, de la diversité, qu'aucune chapelle ne peut séduire, et dont la palette ne se résout jamais à la monochromie d'un système. Exilé à Babel, il en devient citoyen, en adopte toutes les langues et tous les styles et tente, pour la Paix, d'en être un habitant éclectique. Il mêle l'accent yiddish et l'accent russe, l'art de l'icône et les avant-gardes parisiennes du cubisme et de l'orphisme, la Bible avec Daphnis et Chloé, le klezmer et le jazz avec la musique de l'Opéra, les poupées kashinas des Indiens hopi et les animaux des Fables de la Fontaine, dans un panthéisme de la Joie.

Marc Chagall a fait don à l'état français de l'ensemble des œuvres du Message Biblique exposées à Nice.  J'emprunterai à Bella Meyer les lignes suivantes, qui concernent les costumes et décors d 'Aleko et de l'Oiseau de Feu créés en 1942 et 1945 en Amérique, mais qui s'appliquent sans-doute mutatis mutandis aux vitraux de Metz :

"C'est dans ces peintures murales que Chagall réussit, dans un geste monumental de gratitude pour le pays qui l'avait accueilli dans l'un des pires moments de l'humanité, en unissant les merveilleuses libertés du profane avec le spirituel du sacré, propre aux discours bibliques de Babylone, à transcender la réalité des couleurs vers une vision de mystère et d'amour."

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ANNEXE I.

Le texte de l'Exode chapitres 19 à 40 (le séjour au Sinaï) : résumé.

Exode 19. Arrivée au Sinaï / Alliance / Théophanie

Exode 21. Lois divines.

Exode 22. Lois : Si et Tu ne.

Exode 23. Lois divines, suite.

Exode 24. Montée de Moïse. Sacrifice . Dieu s'engage à donner des tables de pierre. Moïse monte sur le Sinaï 40 jours er 40 nuits.

Exode 25. ordonnances cultuelles : Tabernacle. Arche d'alliance. Chandelier.

Exode 26. Consignes pour le tabernacle.

Exode 27. L'autel d'acacia

Exode 28. Aaron et ses vêtements sacerdotaux. un pectoral, un éphod, une robe, une tunique brodée, une tiare, et une ceinture.

Exode 29. Aaron et les prêtres comme sacrificateurs.

Exode 30. Ordonnances rituelles.

Exode 31. Betsaleel, artisan de Dieu. 31:18 Don des arches de pierre.

Exode 32. le Veau d'or. Le peuple au cou roide. Moïse brise les Tables. Punition d'Israël. Moïse implore le pardon de Dieu

Exode 33. La Terre Promise.

Exode 34. Les secondes Tables. L'Alliance. Les dix paroles. Moïse au visage rayonnant doit se voiler.

Exode 35. Ordonnances de Dieu. Betsaleel sculpteur, orfèvre et tisserand des objets du culte.

Exode 36. Fabrication du tabernacle par Betsaleel et Oholiab

Exode 37. Betsaleel fait l'arche et le chandelier.

Exode 38. Fabrication de l'autel par Betsaleel.

Exode 39. Confection des habits sacerdotaux .

Exode 40. Consignes divines pour le sanctuaire. L'Eternel descend sous forme de nuées sur le tabernacle.

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ANNEXE II.

Chagall et  la lecture publique rituelle de la Bible.

La Torah est lue publiquement par les Juifs lors de chaque Sabbath, donc une fois par semaine,  de façon à lire toute la Torah entre la Sim'hat Torah (la fête de la joie de la Torah) d'une année et celle de l'année suivante. Le texte est donc découpé en 54 passages nommés Parashiyot (pluriel de Parashat) Hashavoua, " La Parasha de la semaine ", soit la portion hebdomadaire de la Torah. 

D'autre part, à chaque Parasha correspond une haftarah, passage des Livres Prophètiques (Nevi'im)  partageant une thématique commune à la section lue.

Or, dans ce découpage, on trouve d'abord 12 parashiyot pour le texte de la Genèse (Bereshit) , puis 11 parashiyot pour le texte de l'Exode (Shemot).

Le texte de l'Exode qui concerne Moïse et les Tables de la Loi s'étend en fait des chapitres 19 à 40 (voir en annexe I mon  résumé de leur contenu). Il correspond aux parashiyot hebdomadaires de  :

  • Yitro, Exode 18:1-20:23 ; couplé avec la haftarah Isaïe 6:1-7:6 & 9:5-6
  •  Mishpatim : Exode 21:1-24:18 ; couplé avec la haftarah Jérémie 34:8–22 & 33:25–26
  • Teroumah, : Exode 25:1 27:19 ; couplé avec la haftarah 1 Rois 5:26–6:13 (construction du Temple par Salomon)
  • Tetzave : Exode  27:20-30:10 ; couplé avec la haftarah  Ézechiel 43:10–27
  • Ki Tissa, : Exode 30:11-34:35 ; couplé avec la haftarah 1 Rois 18:1–39 (le sacrifice d'un taureau par Elie)
  • Vayaqhel, : Exode 35:1-38:20 ; couplé avec la haftarah 1 Rois 7:40–50
  • Peqoudei, : Exode 38:21-40:38 ; couplé avec la haftarah 1 Rois  7:51–8:21

J'ignore si Marc Chagall assistait à cette lecture à l'âge adulte​. Il y a  été initié dans son enfance. Moïse recevant les tables de la Loi correspond à Ex 31:18 et donc à Ki Tissa, mais la montée de Moïse sur le Sinaï et son séjour de 40 jours débute en Ex 24:18, soit Mishpatim. 

Mon hypothèse est que la correspondance entre l'Alliance établie par Moïse sur le Sinaï (lancette A) et la prophétie de Jérémie (lancette C) trouve peut-être sa source dans la correspondance entre Mishpatim et sa haftarah en Jérémie 34. Mais le peintre a pu retrouver lui-même cette relation d'opposition entre les textes (voir lancette C).

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SOURCES ET LIENS.

— http://vitrail.ndoduc.com/vitraux/htm5/eg_StEtienne@Metz_Chagall.htm

— Exposition Chagall et la Bible au Musée d'art et d'histoire du judaïsme 2011.

 http://www.mahj.org/documents/Chagall-et-la-Bible-dossier-pedagogique.pdf

http://vdujardin.com/blog/marc-chagall-metz-paradis-terrestre/

http://hoffmangkor.fr/albums/metz-illuminee-de-jour/

http://www.mesvitrauxfavoris.fr/cathedrale%20metz%20%20chagall.htm

—"La symbolique des vitraux de Chagall" - Robert Fery 

https://www.youtube.com/watch?v=sEYDDgkLbBQ

— BLANCHET-VAQUE (Christine), Les enjeux de la création contemporaine dans la restauration d'un monument classé. Les premiers vitraux de peintres à la cathédrale de Metz, 1952-1965  In Nicholas Bullock,Luc Verpoest Living with History, 1914 - 1964: la Reconstruction en Europe Après la Première Et la Seconde Guerre Mondiale Et Le Rôle de la Conservation Des Monuments Historiques, Leuven University Press, 2011 - 390 pages 

https://books.google.fr/books/about/Living_with_History_1914_1964_la_Reconst.html?id=P84es4zwTiAC&redir_esc=y

— CAQUOT ( André), 1961, . Remarques sur l'Alliance davidique. In: École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses. Annuaire 1962-1963. 1961. pp. 3-31; doi : 10.3406/ephe.1961.17750 http://www.persee.fr/doc/ephe_0000-0002_1961_num_74_70_17750 

— GAUTRON (Jean-Claude), site kerdonis.fr

http://kerdonis.fr/ZCHAGALL/page5.html

— MALRAUX (André), 1972,  préface aux Céramiques et sculptures de Chagall (Charles Sorlier (éd), éditions André Sauret, Monaco, 1972) .

— MALRAUX (André), 1976, lettre-préface écrite pour l'édition de luxe de Et sur la terre…, texte inédit, immédiatement postérieur à L'Espoir, que Chagall enrichit de quinze eaux-fortes (Edition originale limitée, Maeght éditeur, 1977). 

— MASSÉ (Rebecca), 2010, l'illustration de la Bible par Marc  Chagall comme témoignage de sa position théologique personnelleMémoire présenté à la Faculté des études supérieures de l'Université Laval dans le cadre du programme de maîtrise en histoire de l'art pour l'obtention du grade de maître es arts (M.A.) Département d'histoire Faculté des Lettres Université Laval Québec. Les 105 planches de gravure de Bible figurent en annexe.  En ligne :

http://www.theses.ulaval.ca/2010/27339/27339.pdf

— MEYER (Bella), 2015, "Chagall à New-York à la rencontre de la monumentalité", in Chagall et la musique, Gallimard/ Philharmonique de Paris / La Piscine-Roubaix, pages 280-283.

— MEYER (Franz), 1995,  Marc Chagall, Paris, Flammarion.

— PARK (Chan Young), 2008, La Bible illustrée par Marc Chagall (1887-1985) : un dialogue interculturel et son évolution , Thèse en Histoire de l’art , Université Paris IV Sorbonne sous la direction de Bruno Foucart. 

http://www.theses.paris-sorbonne.fr/thesepark.pdf

— PACOUD-RÈME (Élisabeth) ), 2000, « Chagall et le renouveau de l’art sacré en France après-guerre », dans Marc Chagall maquettes de vitraux, catalogue d’exposition, Paris, Réunion des Musées nationaux, 2000,

 

—PINTELON (Véronique), 2004, Les conditions artistiques, administratives et historiques de la réalisation des vitraux de Marc Chagall à la cathédrale de Reims.

http://www.cathedrale-reims.culture.fr/documents/chagall-pintelon.pdf

— SAINT-CHÉRON (Michaël de)  : «Marc Chagall – André Malraux : un dialogue sur les hauteurs» © Présence d’André Malraux sur la Toile / www.malraux.org / 01.01.12

http://malraux.org/wp-content/uploads/2012/01/images_docs_msc_chagall.pdf

 

— SCHMITT-REHLINGER, Geneviève, 2006 Jésus le Christ dans l’œuvre de Marc Chagall : le motif du crucifié, Thèse de doctorat de Théologie catholique sous la direction de PierreMarie Baude, Université Paul Verlaine de Metz, .

http://docnum.univ-lorraine.fr/public/UPV-M/Theses/2006/Schmitt_Rehlinger.Genevieve.LMZ0607_1_2.pdf

— ZELLER (Madeleine), 2009, Marc Chagall et le Message Biblique, in Françoise Mies, Bible et art: L'âme des sens, Presses universitaires de Namur, 2009 - 190 pages

 

— Marc Chagall et les vitraux de Metz : Rouen, Musée des beaux-arts : 22 mai-15 septembre 1964 /Marc Chagall / [Rouen] : Le Musée , [1964] 

— L'atelier Simon-Marcq :

http://www.ateliersimonmarq.com/public/site/parutions/141101%20VMF/ASM%20VMF%20FULL%20site.compressed.pdf

— La Bible bilingue hébreu-français avec le découpage des paracha : 

http://www.sefarim.fr/

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Published by jean-yves cordier - dans Chagall
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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 12:12

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Lorsque le visiteur de la cathédrale de Metz parvient au bras nord du transept, il découvre un Cartel portant le n° 9  et qui lui présente la façade ouest qui lui fait face : 

 "De 1958 à 1968 , Marc Chagall enlumina notre cathédrale avec la complicité des verriers rémois Charles Marcq et Brigitte Simon. Il sertit la pierre de rubis, de topazes, d'émeraude et d'améthystes. Du haut de ces marches, vous ne pouvez que contempler huit des seize fenêtres qui ornent le triforium avec ses grands bouquets, ses couronnes de fleurs, ses oiseaux, prélude au grand livre de la Création que l'artiste dévoile sur les quatre lancettes du transept nord bien visibles de ce point.

Ici, « les cieux racontent la gloire de Dieu, le firmament proclame l'œuvre de ses mains » (Ps 19)

Dans ce grand jardin, Adam est déposé par un ange à deux faces qui déjà regarde vers le Crucifié, le Nouvel Adam... L'ombre bleutée de la tentation annonce dès la troisième lancette le péché originel, le renvoi du Paradis lourd de conséquences."

C'est là la présentation chrétienne, parfaitement légitime en ce lieu et parfaitement exacte, du vitrail, et elle souligne que sa lecture se place dans un contexte : celui, juste au dessus,  des vitraux du triforium  (la galerie alternant ses étroites baies par où, sur ma photo, passe un rai de soleil aveuglant). Néanmoins, ...

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Situation du vitrail dans le bras nord de la cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Situation du vitrail dans le bras nord de la cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Partie droite du triforium, d'après une image modifiée de http://claude.hinsinger.free.fr/lorraine/cathedralemetz/metz124.htm

Partie droite du triforium, d'après une image modifiée de http://claude.hinsinger.free.fr/lorraine/cathedralemetz/metz124.htm

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Cette verrière de la façade occidentale du bras nord du transept comporte 4 lancettes lancéolées  (désignées de gauche à droite par les lettres A à D ) et un tympan à 7 ajours dont 1 soufflet, 2 mouchettes et 2 ajours latéraux. 

La couleur jaune citron y domine largement, mais la composition est rythmée par des masses colorées fulgurantes rouge-pourpre (lancette A), verte (B), rose (C) et bleue (D). 

Le titre admis est celui de La Création . Il définit ainsi  le sujet principal, basé sur la Création d'Adam (lancette A), de la Création d'Éve (B), du Péché Originel ou Éve et le serpent, (C) et d'Adam et Éve chassés du Paradis (D), selon le récit  biblique de la Genèse chapitres 2 et 3. 

Il porte au coin gauche la signature du peintre : CHAGALL 1963 REIMS, témoignant du fait que les cartons et les verres ont été élaborés comme tous les vitraux de Marc Chagall, par l’atelier Simon Marq à Reims (maîtres-verriers  depuis 1640). 

 

 

 

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Marc Chagall, La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Une verrière palimpseste.

La critique littéraire a développé à la fin du XXe siècle les notions d'intertextualité et de transtextualité. Dans Palimpsestes (1982), Gérard Genette a comparé un texte avec un palimpseste, ce manuscrit dont on a gratté le texte pour en écrire un autre, et a proposé que cette métaphore exprime  la relation hypertextuelle : on peut trouver dans tout texte littéraire la trace d'un autre texte littéraire plus ancien. Donnons quelques définitions :

L’intertextualité  est « relation de coprésence entre deux ou plusieurs textes, le plus souvent, par la présence d’un texte dans un autre.» L'intertextualité est le caractère et l'étude de l'intertexte, qui est l'ensemble des textes mis en relation (par le biais par exemple de la citation, de l'allusion,  de la référence ) dans un texte donné.

La paratextualité out ce qui est périphérique au corps d’un énoncé. Il s’agit généralement d’une relation moins explicite et plus distante que l’énoncé entretient avec le paratexte ( ensemble des éléments textuels d'accompagnement d'une œuvre écrite (titre, dédicace, préface, notes, etc.).

La métatextualité, relation dite de commentaire qui lie un «texte à un autre texte dont il parle, sans nécessairement le citer (le convoquer), voire à la limite, sans le nommer".

 L’hypertextualité, « rapport d’imitation (ou de transformation) qui engendre quelque chose de nouveau, mais qui ne cache pas ce qui a derrière. ».

L’architextualité « relation tout à fait muette, que n’articule, au plus, qu’une mention paratextuelle » . 

Ce qui est vrai pour la littérature est vrai pour l'art pictural, et, sans utiliser les mots d' inter- ou de transpicturalité, l'étude d'une œuvre d'art ne peut éluder celle de son environnement immédiat (signature, cadre, emplacement), de son histoire (commande, genèse, esquisses), de sa réception,  des références qui y sont faites à d'autres œuvres du même artiste (auto-citation) ou d'artistes antérieurs ou contemporains, de la citation dans la peinture de textes assumés  ou discrets, de la biographie de l'artiste, des commentaires qu'il a donné de son travail, du corpus de ses écrits, des textes et analyses publiés par les critiques, etc.

Or, dans le cas de Chagall, cette intertextualité est une dimension incontournable, car il ne cesse de reprendre les thèmes iconographiques anciens pour les recycler, comme il ne cesse de faire évoluer son travail en relation spéculaire avec des corpus littéraires dont il métabolise les thèmes et les personnages. Si c'est évident pour l'œuvre de Chagall, c'est encore plus vrai pour la fraction, majeure, qui se réfère à la Bible. Et plus vrai encore pour cette Création, qui s'inscrit sur le parchemin gratté au dessus des travaux suivants :

  • 1930 : 40 gouaches préparatoires pour la Bible à la demande d'Ambroise Vollard .
  • 1930-1940 : préparation des gravures en eaux-fortes de la Bible.
  • 1943 : La Crucifixion en jaune.
  • 1950 : deux vitraux et un bas-relief pour l'église du Plateau d'Assy.
  • 1956 : Parution de Bible éditée par Tériade avec 105 gravures.
  • 1960 : Dessins pour la Bible. un ensemble de 96 dessins et 48 lithographies, 

  • 1959-1962 : 12 vitraux des Tribus d'Israël pour la synagogue de l’hôpital Hadassah à Jérusalem.
  • 1954-1966 : 12 à 17 toiles du Message Biblique. dont La Création de l'Homme ; Le Paradis ; Adam et Ève chassés du Paradis.

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    Mais cette dimension d'auto-citations et de références biographiques et historiques est si vaste, si argumentée et documentée, — parce qu'elle est essentielle —, qu'elle submerge le lecteur-spectateur sous la masse de données et de messages émis par cette chambre d'échos. Aïe aïe aïe, comment me sortir de ce touffu buisson ?  

     Je place un rappel de quelques données historiques en Annexe. 

     

 

 

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LES LANCETTES.

Chaque lancette est divisée par trois barlotières en quatre panneaux de taille homogène, eux-mêmes divisés en trois segments de hauteur différente dans chaque cas.

A la différence des vastes compositions adoptées depuis la Renaissance par les peintres-verriers, chaque lancette est indépendante quant à son sujet et à son dessin, mais l'unité provient de l'organisation des plages colorées et de la savante distribution des traits linéaires qui structurent l'ensemble.

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Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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I. LA CRÉATION D'ADAM. LANCETTE A.

La lancette A illustre le texte de Genèse 2:7 (Louis Segond) 

L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. 

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Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, lancettes A et B,  cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.
Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, lancettes A et B,  cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, lancettes A et B, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Lancette A, panneau inférieur.

Ce panneau porte la signature Chagall 1963 REIMS

Il donne à voir trois oiseaux posés au sol, dont deux peuvent être des échassiers, des paons ou des cigognes, bien que rien n'empêche de voir dans leur plumage bleu-vert des poissons. Au centre, un cheval-âne-chêvre ( chimère indefinissable à laquelle Chagall est fidèle depuis ses débuts). Autrement dit, ce sont là par métonymie tous les animaux de la terre créés, dans le premier récit, (Genèse 1:20-25) le quatrième et le cinquième jour de la Création du monde par Dieu avant son repos du septième jour.

Les humains sont créés dans Ge 1:26-28 

 Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme- Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.

 

 Puis le récit de la Genèse semble revenir en arrière à Ge 2:5 pour décrire la Création d'Adam .  

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Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, lancette A (détail)  cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, lancette A (détail) cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Lancette A, la Création d'Adam.

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Ge 2:5-8 : Lorsque l'Éternel Dieu fit une terre et des cieux, aucun arbuste des champs n'était encore sur la terre, et aucune herbe des champs ne germait encore: car l'Éternel Dieu n'avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n'y avait point d'homme pour cultiver le sol. Mais une vapeur s'éleva de la terre, et arrosa toute la surface du sol. L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. Puis l'Éternel Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait formé.

Chagall a représenté ce thème dès 1931 dans une gouache intitulée Dieu crée l'homme

Dieu crée l’homme 1931 Gouache sur papier Nice, Musée national Marc Chagall . Respectant l'interdit hébraïque de représentation de Dieu, il a alors peint un ange portant sur terre le corps du premier homme, mais en donnant à cet ange une tête barbue, celle de Dieu dans les peintures chrétiennes.  Les couleurs et la composition forment un ensemble très serein, "océanique",  Adam les yeux clos semble reposer avec confiance et bien-être dans les bras d'un ange-nuées blanchâtre mais souriant tandis qu'un double cercle rond figure la divinité et en porte le tétragramme en lettres hébraïques.

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En 1956-1958, Chagall peint pour la chapelle de Vence (dans un ensemble qui deviendra le Message Biblique) une huile sur toile :  La Création de l'Homme : 299 x 200 cm, Musée national  Marc Chagall, Nice. 

"Au registre inférieur,  un ange portant Adam abandonné dans ses bras émerge de l’océan primordial où Chagall a représenté les animaux, créés avant l’homme. Les traits de l'ange, comme le port du pantalon [sic !], soulignent l'identification de l'artiste avec celui-ci : il s'affirme ainsi comme créateur et porteur du message divin." (MNMC)

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A Metz, Chagall reprend tous ces éléments, et nous les retrouvons, comme des connaissances familières, dans l'une des quatre lancettes. Mais on peut noter trois différences importantes :

a) Au lieu des ténèbres blafardes de 1931 ou des vapeurs bleues de 1956, c'est un triangle rouge qui déchire agressivement de sa pointe le cosmos pour faire advenir Adam. L'évènement a perdu son caractère paisible et prend une force tragique. Entre 1931 et 1956, le déchaînement de la barbarie nazie et la Shoah, puis les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki  s'étaient produits. La confiance dans le cheminement de l'Humanité vers les Lumières du Progrès n'avait plus lieu d'être  (rappel : le mouvement européen des Lumières fait  aussi partie du judaïsme . Cf Moïse Mendelsohn et le Haskala). Et entre 1956 et 1963, Chagall semble indiquer qu'il n'a pas de raison de voir l'avènement de l'Homme de façon moins dramatique.

Nous verrons qu'a contrario,  G. Schmitt-Rehlinger voit dans cette couleur rouge "l'amour divin en actes".

b) Adam ne repose plus tranquillement dans les bras de l'ange, mais il ouvre de grands yeux écarquillés. Son visage est divisé comme par une faille en deux moitié blanche et rouge.

 

c) Le visage de l'ange lui-même est dédoublé. En ces temps, la schizophrénie peut-elle concerner les anges ? Alors qu'un profil bleu plein de sollicitude souriante est tournée vers Adam, le demi-visage qui nous regarde de face semble grimacer et est dévoré par un masque jaune aux reflets verdâtres. De cette tête s'élève un bouillonnement de flammes et de bulles orangées. Ce parrain de l'Homme est-il mi-ange mi-diable ?

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L'ange tenant Adam, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, lancette A (détail)  cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.
L'ange tenant Adam, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, lancette A (détail)  cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

L'ange tenant Adam, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, lancette A (détail) cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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La Nouvelle Ève et le Nouvel Adam.

Dans cette partie supérieure de la lancette A, nous voyons (ou croyons reconnaître) le Christ en croix, avec quelques visages d'une foule à ses pieds, et la Vierge à l'Enfant  nimbée, sous un croissant de lune. Tout en haut, une main pourrait témoigner de la présence de Dieu comme Créateur.

Le chrétien y trouve bien son compte : le Christ est le Nouvel Adam (notion théologique que les peintres du Moyen-Âge représentait, à l'inverse, en plaçant le crâne d'Adam au pied de la croix des Passions), et la Vierge, Femme de l'Apocalypse comme l'indique le croissant lunaire, est la Nouvelle Éve qui renverse la malédiction du péché originel entraîné par la première Femme.

Certes. Mais un examen attentif montre que le perizonium (le pagne, quoi) du Crucifié est zébré de deux traits bruns. Détail insignifiant si l'analyse intertextuelle ne montrait que Chagall cite ses Crucifiés antérieurs, qui portent de manière plus indiscutable autour des reins le talith (ou châle de prière) qui rappelle la judéité de Jésus. C'est déjà vrai dans la Création de l'Homme de 1956-58 que je remontre ici :

 

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Le commentaire du Musée Marc Chagall est explicite :

 

"En haut, dans le ciel envahi de lumière jaune, un soleil tournoyant, dont les couleurs évoquent l’orphisme de Delaunay, que Chagall a connu à Paris dans ses années d’apprentissage, entraîne dans sa roue le peuple juif et des épisodes de l’histoire biblique. Le Christ en Croix en fait partie : ses reins sont ceints du châle que portent les Juifs dans la synagogue, il est pour Chagall le Juif sacrifié qui apparaît dans sa peinture avec les débuts de la Seconde Guerre mondiale." (MNMC)

C'est encore plus visible sur la Crucifixion blanche de 1939, (photo) (ou dans la Crucifixion mexicaine de 1945, ou la Ressurection au bord du fleuve de 1947, etc):

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Autrement dit, il ne faut pas identifier sans réflexion le Crucifié de Chagall avec le Christ. Il est alors interprété soit comme le premier martyr juif, soit à partir des années trente comme le peuple juif tout entier victime des persécutions, soit plus largement comme l'humanité souffrante, soit enfin comme le peintre lui-même accablé par ses propres malheurs, dont la perte de son épouse Bella. Ou au contraire comme un autoportrait du peintre en prophète. 

Ce thème du Crucifié est si présent et si prégnant que Geneviève Schmitt-Rehlinger y a consacré en 2006 sa thèse, précisément après avoir constaté la présence insolite du Christ en croix dans une scène des vitraux de Chagall à Metz (Moïse recevant les tables de la Loi). 

"Á aucune époque de sa carrière d’artiste, le motif du crucifié ne fut absent des œuvres de Chagall. Présent de façon sporadique de 1908 à 1930, le motif est courant de 1937 à 1950. Durant cette période c’est souvent le motif central de l’œuvre. Après les années 50, le crucifié occupe, la plupart du temps, une place secondaire dans la composition, mais il n’est jamais absent sur une longue durée. A une œuvre sans crucifié correspond régulièrement une variante avec crucifié. Enfin, dans les grandes compositions pour les monuments chrétiens, le crucifié retrouve une place majeure, parfois à côté d’autres motifs bibliques majeurs. Notre recherche a permis d’en répertorier plus de 365. "

Quant à Chan Young Park, elle écrit :

 

"La figure du Christ sur la croix apparaît chez Chagall dès l’époque saint-pétersbourgeoise. En peinture, mais aussi à l’écrit, l’artiste évoque le Christ et même se projette sur lui ; il en fait « un poète, l’un des plus grands par cette façon incroyable, insensée, qu’il a eue de prendre sur lui sa souffrance » (Propos de Chagall mentionné dans François Le Targat, Marc Chagall, Paris, Editions Albin Michel, 1985 ). Au temps de la persécution des Juifs et de la guerre, la figure du Christ se multiplie dans les œuvres de Chagall comme symbole de la victime juive.

Mais à mesure que la frénésie de la guerre s’apaise, le Christ quitte les scènes de catastrophe pour se trouver dans des cadres plus doux et paisibles. D’ailleurs, il n’est plus accompagné de victimes de guerre et de réfugiés, mais de femmes portant un enfant dans les bras ou un bouquet de fleurs à la main, symboles de la douceur féminine, de l’amour maternel, de la renaissance à la vie etc. Certains de ces tableaux portent ainsi le titre de Résurrection.

Or, que ce soit dans la Crucifixion ou dans la Résurrection, la figure du Christ chez Chagall est loin d’être religieuse. Elle est plutôt un miroir reflétant l’état psychique de l’artiste. En tant que crucifié, elle incarne la souffrance des Juifs, y compris celle de Chagall. Mais la figure du Christ représente aussi le sacrifice d’un être pour autrui, sacrifice qu’on pourrait comparer, dans une moindre mesure, à celui du peintre qui se consacre à l’art. Par la suite, après la guerre, quand cette figure est associée à la résurrection, à l’amour et à la maternité, elle évoque une nouvelle phase de la vie de Chagall. Celui-ci a rencontré Virginia, après la mort de Bella, sa première femme, et a eu un fils avec elle. [...] Comme s’il était lui-même ressuscité de la mort, il peint de nouveau et chante la vie." (C.Y. Park, p. 209)

Pour  le vitrail de l'ONU, La Paix, (1963-1964), contemporain de notre vitrail de Metz, au titre significatif, Chagall a peint le Crucifié entouré d'une grande foule, de chanteurs et de danseurs.  Pour celui de Sarrebourg, La Paix ou l'Arbre de Vie (1976), autour du Couple central, la Crucifixion (ou plutôt la Déposition) est incluse dans un ronde autour de l'arbre avec  l’entrée du Christ à Jérusalem, le roi David à la harpe, Abraham et les trois anges, la Crucifixion, l’enseignement du Christ, le chandelier à sept branches et les Tables de la Loi, puis la prophétie d’Isaïe sur la paix. Le Crucifié est alors, comme les  personnages de l'Ancien Testament, porteur d'une promesse de paix. La Mère portant l'enfant est figurée au pied de la croix.

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Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, lancette A (détail)  cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, lancette A (détail) cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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 LA  LANCETTE B. LA CRÉATION D'ÈVE ET LE PARADIS.

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Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, lancette B, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, lancette B, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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La Création d'Ève.

Chagall illustre  ici le texte de la Genèse Ge 2:18-25 :

 L'Éternel Dieu dit: Il n'est pas bon que l'homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui. L'Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l'homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l'homme. Et l'homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs; mais, pour l'homme, il ne trouva point d'aide semblable à lui. Alors l'Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui s'endormit; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. L'Éternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise de l'homme, et il l'amena vers l'homme. 

Et l'homme dit: Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! on l'appellera femme, parce qu'elle a été prise de l'homme. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair.  L'homme et sa femme étaient tous deux nus, et ils n'en avaient point honte.

 

Cette lancette a été également préparée par des œuvres antérieures. Comme pour la Création d'Adam, Chagall avait peint dès 1931  une Création d'Ève en gouache préparant les gravures de Bible. Adam y est assis en tailleur, bras au dessus de la tête comme pour mieux écarter les côtes d'où a été tirée Ève (coté droit selon la tradition midrashique). Éve émerge d'une nuée en camaïeu de gris  qui s'élève en spirale d'Adam, qui figure le mystérieux  travail de Dieu (et qui m'évoque Io et Zeus par Le Corrège). Ève penche la tête vers les quatre lettres du Tétragramme. Mais cette Création d'Éve n'a pas été gravée dans Bible.

"La Création d'Éve", 1931, gouache et encre de Chine, 98,5 x42,5 cm, MBMC.

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Cette Création d'Éve se retrouve dans  l'huile sur toile intitulée Le Paradis : datée de 1961, elle fait partie des 12 toiles conçues pour le Message Biblique.  Il s'agit en fait d'un diptyque où la Création d'Ève occupe le coté gauche, et la Tentation d'Ève le coté droit, alors que le Paradis y figure comme " le lieu même de l’intimité entre tous les membres de la Création, où hommes, bêtes et de nombreuses figures hybrides y vivent en harmonie dans une luxuriance de végétaux et d’eau soulignée par les tons de vert et de bleu. "

http://musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/chagall/objet/c-le-paradis

Voir sur ce lien :

http://iabog2.skyrock.com/tags/2D4b3tNp3nb-Chagall.html

...les 11 esquisses de cette toile.

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Le Paradis, 1961, © Musée national Marc Chagall © cliché RMN Gérard Blot.

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La création d'Ève, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, lancette B, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

La création d'Ève, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, lancette B, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Le Paradis.

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Le panneau supérieur illustre le Jardin d'Eden, sur un fond de verdures. On y trouve un lion débonnaire, deux chevaux, et un oiseau. Je n'ai pas vu immédiatement l'ange qui plonge en diagonale vers le bas et la gauche. Quelle signification lui donner ? Son visage est presque bestial.  D'un autre coté, dans l'œuvre de Chagall, il me semble que les personnages volants, le corps oblique, (ceux au sujets desquels on a évoqué le terme yiddish de luftmensch , "homme de l'air") sont liés à la liberté et à la fantaisie que confère l'amour.

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Lancette de la création d'Ève, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Lancette de la création d'Ève, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Lancette de la création d'Ève, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Lancette de la création d'Ève, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Lancette B, panneau supérieur : le paradis terrestre.

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La "fleur des amants".
C'est un médaillon, c'est une pomme, c'est un tournesol et c'est un soleil. Radieux. Pour le couple de nos premiers parents, c'est sûr, ce face à face, c'est le paradis à lui tout seul. Rien besoin d'autre, éternellement. Comme au centre d'une pendule dont les aiguilles seraient arrêtées sur Bonne Heure. 
Ce sont  Adam et Ève, mais tout autant Roméo et Juliette, Tristan et Iseult, Majnoun et Leila, Chagall et Bella, Chagall et Vava. Ou Toi et Moi. 
Mais aussi Daphnis et Chloè, la pastorale de Longus illustré par Chagall en 1952 ; et le ballet de Ravel dont les rideaux de scène ont été créés par Chagall en 1958. Le vitrail-palimpseste de Metz s'en souvient, bien-sûr. 
 

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Marc Chagall, maquette de rideau de Daphnis et Chloé, Acte IV, gouache, aquarelle, encres de couleur et collages sur papier, 1958, collection privée, exposition Chagall et la poésie, Landerneau 2016, photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, maquette de rideau de Daphnis et Chloé, Acte IV, gouache, aquarelle, encres de couleur et collages sur papier, 1958, collection privée, exposition Chagall et la poésie, Landerneau 2016, photographie lavieb-aile.

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Lancette de la création d'Ève, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Lancette de la création d'Ève, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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La tête de lancette.

Elle me fascine car je l'ai vue d'abord comme un bouquet, l'un des très nombreux bouquets qui accompagnent les amoureux dans l'œuvre de Chagall. Mais il y a là une sorte de tige sinueuse, presque en point d'interrogation, et qui naît de la fleur des amants. Ce serait le début d'un arbre, ce serait l'Arbre de la Connaissance qui pousserait au sommet de la planète Terre comme la Rose du Petit Prince. Ce serait l'Amour qui fleurit. Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches. Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.

Elle est l'une des formes d'équivalence du vitrail de l'Arbre de la Vie, à Sarrebourg, avec son énorme bouquet au centre duquel Adam et Ève s'étreignent. 

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Ce serait l'avenir radieux, Terre terre voici ses rades inconnues

Ses taches rubis sont comme les fraises des bois d'un retable mystique, comme les roses d'un poème soufi. J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ; Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir.

Cette pomme de l'amour qui s'épanouit en Pommier Primordial annonce pourtant, dans la lancette suivante, les pépins qui vont suivre. Ô temps, suspends ton vol !

 

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Tête de lancette de la création d'Ève, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tête de lancette de la création d'Ève, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Tête de lancette de la création d'Ève, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tête de lancette de la création d'Ève, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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III. LANCETTE C : LA TENTATION. 

Lancettes C et D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Lancettes C et D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Lancette C,  Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Lancette C, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Lancette C, panneau inférieur. 

Que voir dans ce panneau ? Un animal cornu et ailé, aux pattes de poule. Est-ce le taureau de la sexualité libérée ? Est-il inspiré par Shêdu, le taureau ailé androcéphale de Mésopotamie qui protégeait les portes des palais assyriens ? Est-il une citation de "Dédié à ma fiancée" (1911), où le peintre propose un autoportrait de son énergie animale, emportant Bella à califourchon sur son dos comme dans l'Enlèvement d'Europe par Zeus métamorphosé en taureau ? 

Puisque j'ai le choix, je le verrai comme l'allégorie des pulsions vitales sexuelles, celles-là même qui déterminent la "Tentation" .

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Lancette C,  Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Lancette C, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Lancette C, panneaux médians : "La Tentation d'Ève" ou "Adam et Ève et le fruit défendu".

Chagall illustre la Genèse Ge 2:16-17 et  Ge 3:1-7, qu'il est toujours plaisant de relire :

"L'Éternel Dieu donna cet ordre à l'homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin; mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras.

[…] Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l'Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? La femme répondit au serpent: Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n'en mangerez point et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. Alors le serpent dit à la femme: Vous ne mourrez point;  mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.  La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu'il était précieux pour ouvrir l'intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d'elle, et il en mangea.  Les yeux de l'un et de l'autre s'ouvrirent, ils connurent qu'ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des ceintures."

Chagall a représenté ce sujet sous le titre d'Adam et Éve chassés du Paradis dans une lithographie pour "Dessins pour la Bible", Verve Mourlot, 1960, et dans une des 12 toiles du Message Biblique (1961).

https://www.estampes-originales.com/images/product_images/popup_images/1245_0_Chagall_Adam_Eva_Frucht.jpg

Fickr Renzo Dionigi

 

Ici, à Metz, Éve est représentée nue, de face, dans le Jardin, parmi les fruits, les feuillages et les oiseaux d'une Nature en fête,  rappel intertextuel tout à la fois du locus amoenus latin, de l'hortus conclusus biblique (Cantique des cantiques), des strophes printanières débutant les poésies médiévales,  des tapisseries mille-fleurs, des buissons de rose entourant la Vierge, ou  de l'incipit du Roman de la Rose de Guillaume de Lorris :

 

"...au moi de mai, au temps des amours, plein de joie, au temps où toute chose se réjouit, car on ne voit buisson ou haie qui au mois de mai ne se veuille parer et se couvrir de feuilles nouvelles.Les bois, qui sont secs tant que dure l'hiver, retrouvent leur verdure.La terre elle-même est toute orgueilleuse, parce que la rosée la mouille, et elle oublie l'indigence qu'elle a connue tout l'hiver. C'est alors que la terre se fait faire si fière qu'elle veut avoir une nouvelle robe et elle s'en fait faire une si gracieuse que, de couleurs, il y en a des centaines: des herbes et des fleurs, blanches et bleues, et de bien d'autres couleurs variées, voilà la robe que je décris, et qui fait que la terre a plus haute opinion d'elle-même." (Trad. Armand Strubel)
 

Le serpent se dresse sinueusement à son coté gauche, et sa tête rejoint le bras de la jeune femme dont la main tient  la pomme. Exploitant un schéma très ancien, Chagall souligne par un cercle la rondeur du fruit, d'un sein et du ventre.

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La Tentation d'Ève, Lancette C,  Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

La Tentation d'Ève, Lancette C, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Adam est allongé, tête-bêche avec Ève, mais on discerne surtout sa tête à l'envers (un motif très fréquent chez Chagall, notamment pour de sympathiques  personnages qui semblent le représenter, et qui témoigne d'un plaidoyer pour le renversement poétique des valeurs). Sa tête avoisine un cercle formé par les boucles du corps du serpent. On croit reconnaître la gueule du serpent, et il est possible que deux serpents soient représentés, l'un descendant près d'Ève, l'autre descendant près d'Adam. 

Si nous ne discernons bien que la tête de notre ancêtre, ou la moitié du tronc, l'épaule et le bras gauche, peut-être la hanche, c'est que tout son coté droit est "recouvert" par la jambe droite  d'Ève. Mais par le facettage cubiste des volumes, par la répartition des couleurs indépendamment des sujets représentés, Chagall crée une ambiguïté de reconnaissance des formes et favorise l'apparition d'un être androgyne, bicéphale mais à un seul corps. Ce n'est pas un artefact, car nous le retrouvons dans le tableau de 1961 Le Paradis déjà cité pour la Création d'Ève. A droite, le couple primordial y figure enlacé à ne faire plus qu’un, avec seulement deux bras et trois jambes. Le mythe de l'Androgyne du Banquet de Platon transparaît en filigrane. 

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Cette représentation du couple suit le verset biblique « l’homme s’attachera à sa femme et ils deviendront une seule chair » (Genèse, 2:24). Mais c'est l'analyse intertextuelle qui révèle qu'elle est liée au Temps, et que par leur première union sexuelle, Adam et Éve (ou tout couple ?) rompent avec l'Éternité et sont pris par le déroulement du Temps et le destin de mortel. En effet, cette fusion des jambes des amants apparaît dès 1910 dans plusieurs études pour Adam et Éve, qui finirent par devenir  l’Hommage à Apollinaire. Dans ce tableau très soigneusement construit, (voir aussi ici)  l'inscription du couple dans le temps est explicite puisque les jambes aux pieds pointus deviennent les aiguilles d'un grand cercle de pendule dont les sexes unis sont le centre. Si donc, pour Chagall, il y a Chute, ce n'est pas dans le Péché, mais dans le Temps et dans le centre du vortex de l'horloge cosmique et de l'horloge individuelle du destin. En bas, un cœur est déjà blessé par la flèche d'Eros. Mais cette Chute est féconde, puisque la pomme placée sur l'axe médian du couple élève déjà une tige, un petit Arbre de Vie.

Hommage à Apollinaire, huile sur toile, poudre d'or et d'argent,  1911-1912, 109 x 198 cm, Eindhoven (Hollande), Stedelijk van Abbemuseum. 

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Werner Haftmann résume le sens de ce symbolisme chagallien :

« Par le péché originel, l’homme quitta l’éternité où le temps n’existe pas ; son horloge du destin, le temps, commença à battre. Avec la séparation des sexes débuta aussi la suite des générations, scandée par la naissance et par la mort, comme la fuite du temps l’est par le tic-tac de l’horloge » Marc Chagall, Texte de Werner Haftmann, Paris, Nouvelles Éditions Françaises, 1972. Cité dans Park, 2006.

Dans le vitrail de Metz, ce symbolisme du Destin, de la Condition humaine,  n'est accessible qu'à celui qui déroule la longue suite d'œuvres préalables. Comme dans une œuvre musicale, quelques notes suffisent à citer le leitmotiv complet, et à l'enrichir de nouvelles variations.

 

 

Adam et Éve, le Serpent, la Pomme, ...et le Temps. Lancette C,  Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Adam et Éve, le Serpent, la Pomme, ...et le Temps. Lancette C, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Adam, Lancette C,  Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Adam, Lancette C, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Lancette C, panneau supérieur.

Une main tend un chandelier évoquant la menorah, et qui semble mettre le feu à une forme rouge mal définie sur laquelle je vais revenir. Un oiseau bleu (une version du Coq chagallien ?) occupe, avec un autre oiseau, la tête de lancette.

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Panneau supérieur et tête de la lancette C,  Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Panneau supérieur et tête de la lancette C, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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LA LANCETTE D. ADAM ET ÈVE CHASSÉS DU PARADIS. 

La lancette est divisée par une diagonale en une partie solaire ou divine, celle de l'ange, et une partie bleue, couleur  froide, dans laquelle le premier couple est envoyé.

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Lancette D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Lancette D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Une fois de plus, Chagall s'est préparé à ce quatrième volet du vitrail lors de l'éxécution d'un tableau du Message Biblique : la toile intitulée  Adam et Éve chassés du Paradis (1961). Mais la composition y est très différente :  solidement articulée sur l'horizontale du fleuve qui traverse le jardin d'Eden et la verticale de l'arbre de lumière à gauche, et  également équilibrée par la répartition des masses colorées sur le fond vert, elle est plus statique et moins dramatique.

 

 

 

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© Musée national Marc Chagall © cliché RMN Gérard Blot

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Dans le panneau inférieur, le monde dans lequel est rejeté le couple ne semble, malgré sa froide couleur bleue, pas bien méchant ; et un beau cheval ailé les y attend, le front couronné d'une ramure fleurie. Adam est absent, sauf à le voir dans ce visage qui, de face, nous sourit.

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Lancette D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Lancette D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Comme toutes les femmes des œuvres de Chagall, Éve est superbe. Son visage mi-bleu, mi-blanc répond à celui, mi-rouge, mi-blanc d'Adam naissant à la vie dans la lancette A , et cet effet  d'écho ferme ainsi le cycle narratif. Elle est nue, et ne cache nullement cette nudité malgré le texte de la Genèse Ge 3. Dans le triangle vert, un oiseau vole vers elle.

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Lancette D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Lancette D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Lancette D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Lancette D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Troisième panneau L'ange du Seigneur chasse Adam et Ève.

 

Ge3:22-24. L'Éternel Dieu dit: Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Empêchons-le maintenant d'avancer sa main, de prendre de l'arbre de vie, d'en manger, et de vivre éternellement. Et l'Éternel Dieu le chassa du jardin d'Éden, pour qu'il cultivât la terre, d'où il avait été pris. C'est ainsi qu'il chassa Adam; et il mit à l'orient du jardin d'Éden les chérubins qui agitent une épée flamboyante, pour garder le chemin de l'arbre de vie.

Comme l'ange de la lancette A, la face de celui-ci est double .

Le facettage cubiste de ce panneau et le jeu sur les couleurs jaune, gris et ocre est remarquable.

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Lancette D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Lancette D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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La tête de la lancette D.

 Quelle est cette grappe rouge tenue sur la tempe ? Qui est ce danseur solaire aux gestes de pitre ? Un ange plus rieur que son collègue ? Un autoportrait dyonisiaque du peintre ? L'allégorie d'un principe vital bondissant et jovial rebelle à toute notion de culpabilité ? Un Joker refusant de rester enfermé dans un Livre, fut-il biblique ?

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Tête de la lancette  D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tête de la lancette D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Tête de la lancette  D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tête de la lancette D, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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LE TYMPAN.

Il comporte, outre des écoinçons,  deux ajours triangulaires latéraux encadrant une fleur centrale, faite de deux mouchettes et d'un soufflet.

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Tympan, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tympan, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Les triangles latéraux.

Le triangle de gauche est occupé par un poisson, et celui de droite par un bouc.

Le poisson est l'un des leitmotiv de l'écriture de Chagall. On le désigne parfois sous le nom de hareng, et on rappelle que le père de Chagall était commis d'un commerce de harengs. Celui-ci est rosé, et il est doté d'une paire de seins qui peut inciter à y voir une sirène. 

Ce poisson de Chagall me fait toujours penser à celui que pêcha Tobie, et qui lui permit de rompre les maléfices d'Asmodée lors de son union avec Sara.

Mais c'est bien autre chose encore.

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Tympan, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tympan, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Le "bouc" ou Taureau est un animal à la tête cornue, au corps violet,  dressé sur ses pattes arrières, et tenant un objet rituel que je n'ai pas su identifier. (Le coffre de l'Alliance ? La Table des holocaustes ?).

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Ajours latéraux du tympan, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Ajours latéraux du tympan, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Les deux mouchettes.

Sur celle de droite, Moïse est représenté descendant du Sinaï, tenant les Tables de la Loi, et la tête rayonnnante, comme le précise le texte biblique du Livre de l' Exode 34:29 "Puis Moïse redescendit du mont Sinaï, tenant en main les deux tablettes de l'acte de l'alliance. Il ne savait pas que la peau de son visage était devenue rayonnante pendant qu'il s'entretenait avec l'Eternel". La montagne est figurée par des éléments cubistes, alors que le peuple d'Israël, qui va recevoir les instructions divines, est représenté sur ses flancs. On remarque aussi une petite  étoile de David. Chagall a consacré à cette scène une lancette d'un vitrail du déambulatoire nord. 

Chagall se souvient peut-être du tableau de Rembrandt Moïse présentant les Tables de la Loi (1659, Berlin). 

Il a représenté ce thème sur une toile du Message Biblique, Moïse recevant les Tables de la Loi  (1960-1966)  : on y retrouve le fond jaune témoignant de la présence du divin, et la diagonale ascendante droite.  Par contre, Aaron tenant la menorah, absent de notre panneau, était cité par métonymie dans la tête de lancette C (cf infra) ; de même, David et sa harpe figuré à l'extrême droite est repris dans le vitrail sur un autre panneau du tympan. 

 

© Musée national Marc Chagall © cliché RMN Gérard Blot 

Chagall cite/reprend aussi une oeuvre représentant le même sujet, sur le panneau A du vitrail du déambulatoire nord de la cathédrale de Metz. (photo infra).

 

Chagall a donc choisi d'illustrer ce moment qui scelle l’Alliance avec Dieu, alors qu'il avait, dans une gouache préparatoire de Bible datant de 1931, représenté le passage du Livre de l''Exode 32:19 dans lequel Moïse brise les Tables de la Loi  lorsqu'il constate que les Israélites ont, en son absence, adoré le Veau d'or. 

 

 

 

 

 

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Tympan, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tympan, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Moïse recevant les Tables de la Loi, 1959-1963 ,  panneau A du vitrail du déambulatoire nord de la cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Moïse recevant les Tables de la Loi, 1959-1963 , panneau A du vitrail du déambulatoire nord de la cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Si on isole la partie droite du panneau  A du vitrail du déambulatoire nord , on retrouve assez exactement la forme rouge et la menorah de la tête de lancette C.

Marc Chagall, Moïse recevant les Tables de la Loi, 1959-1963 ,  panneau A du vitrail du déambulatoire nord de la cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Moïse recevant les Tables de la Loi, 1959-1963 , panneau A du vitrail du déambulatoire nord de la cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Mouchette droite du tympan, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Mouchette droite du tympan, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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La mouchette de gauche.

 

Dans la mouchette de gauche se voit une étoile inscrite dans un cercle. Au dessus, deux oiseaux.

Je pense que cette étoile déstructurée est une forme des différentes théophanies des œuvres de Chagall et notamment du soleil tournoyant de la Création de l'homme

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Mouchette gauche du tympan, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Mouchette gauche du tympan, Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Le soufflet. 

 

Ce sommet du vitrail est toujours occupé par un élément emblématique qui le résume ou le conclue . Il est donc important de voir ce que Chagall y place.

Dans la moitié basse, David jouant de la harpe (et louant Dieu par ses Psaumes) participe à une ronde auprès d'un oiseau  et de visages enjoués. 

Cette danse et ces chants semblent dirigés par un ange, mais celui-ci, dans le paroxysme de son exultation,  conclue la réflexion de Chagall sur l'aventure de l'Homme par une pirouette  : voici dans cette acrobatie le plus haut degré de la liberté créatrice, mais aussi une sorte de salut final de l'artiste. 

David est un personnage clef pour Chagall, l'un de ceux avec qui, comme le Christ, il s'est identifié. Le dernier livre biblique que Chagall a illustré, en 1979,  est celui des Psaumes . David y est peint certes comme  souverain, mais aussi comme musicien et artiste (joueur de harpe et compositeur), amoureux (de Bethsabée), comme méditatif et comme suppliant. Par ces traits, Chagall s'y reconnaît comme en un double, et sur une planche du volume, il se représente face à un chevalet , sur lequel un tableau représente le roi David portant sa harpe . 

David chantant les louanges de l'Eternel et de la Création est aussi l’un des personnages bibliques préférés de Chagall car il a connu la douleur de la perte, et il est significatif que  la  planche LXVI  de Bible illustre le verset suivant :  Ayant appris la mort de Jonathan, son ami le plus cher, tué dans le combat contre les Philistins, David le pleure et chante un cantique funèbreSamuel, I, 17-27  . 

 

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Marc Chagall, Soufflet du tympan,  vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Soufflet du tympan, vitrail de La Création, 1959-1963, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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CONCLUSION.

Conclure Chagall ? Impossible.

Mais au terme de cet article, je vois mieux que ce vitrail se dispose en plusieurs registres horizontaux :

Le premier est narratif et illustre la Genèse 2 et 3 : Création d'Adam, la Création d'Éve, Ève et le Serpent de la Tentation, et Adam et Ève chassés du Paradis terrestre. C'est la rupture de l'alliance adamique implicite par désobéissance de l'Homme.

La partie haute des lancettes est une méditation libre et associative de Chagall sur la poésie biblique : le Crucifié et la Mère à l'enfant ; le Couple et l'Arbre de vie ; et deux autres allègories qui restent à déchiffrer plus clairement.

Tout le tympan n'est plus consacré au texte de la Genèse, mais à celui de l'Exode autour de la figure de Moïse et de l'Alliance par la Loi (réactualisation de l'Alliance de Noé (arc-en-ciel), d'Abraham et de Jacob, et de David (dynastie davidique et messianisme).

Néanmoins, ce fil rouge de l'Alliance n'est pas opérant sur le plan chrétien, car le Christ, malgré la présence du Crucifié, n'est pas clairement présenté comme le Nouvel Adam qui ouvre par sa mort à la Nouvelle Alliance, comme le Messie ouvrant  à la Rédemption.

Ce fil rouge n'est pas opérant non plus dans une théologie hébraïque qui n'est pas développée ici, mais seulement citée par la technique cubiste du "collage". 

Je pense que Chagall, qu'il illustre la Bible ou les Mille-et-Une Nuits, les Contes de Boccage ou Daphnis et Chloé, développe la même problématique intérieure : celle de l'amour entre un homme et une femme,  dans sa confrontation au monde et au Temps, à l'appartenance à un territoire et à l'héritage d' un passé, et enfin à la Mort. Thème universel et non confessionnel.

On peut aussi penser que son souci majeur est de jouer avec les couleurs pour exprimer l'inexprimable de son âme. Et de la notre.

"Les illustrations de Chagall soulignent l’alliance entre Dieu et son peuple ainsi que la promesse divine envers eux.[...] Le fait de ne pas concevoir la Bible par la chute de l’humanité et sa rédemption par le Messie montre la distance avec le point de vue chrétien. En revanche, en insistant sur la promesse divine pour la délivrance du peuple juif, l’artiste laisse paraître son attachement à la judaïté. Mais ce choix reflète également une sensibilité particulière de Chagall qui considère la Bible comme de la poésie, voire une tragédie humaine qu’il ne veut pas dramatiser. Au contraire, il retient la joie, l’espérance, le monde à venir et le temps de la réconciliation." (C.Y. Park, La Bible illustrée par Chagall, 2008)

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ANNEXES.

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Précisions historiques. (d'après C.Y. Park 2008 et G. Schmitt-Rehlinger 2006) 

Ce vitrail de Metz a été signé en 1963 alors que Chagall avait 76 ans . En effet, Chagall (Móyshe Shagal) est nè le 7 juillet 1887 et a passé son enfance dans le shtetl de Vitebsk  en Biélo-russie (alors partie intégrante de la Russie tsariste) dans une famille juive. Vitebsk était une ville industrielle importante, et en 1897 elle comptait presque 35 000 Juifs qui constituaient 52,4 % de la population totale. Chagall  était l'ainé de huit enfants. Si son grand-père était chantre de la synagogue, ses deux parents étaient illettrés, et son père était commis dans une entreprise de harengs.  Sa famille vivait à Lyozno, une petite ville près de la province de Mohilev : un oncle y avait un salon de coiffure et son grand-père maternel y était boucher.  

L'influence du hassidisme a été jugée déterminante dans l'œuvre de Chagall  par Franz Meyer (1995), mais Chan Young Park (2008) a tempéré ce jugement : se basant sur ses écrits, elle décrit Chagall comme "plus curieux que pieux", et ne gardant "qu'un maigre souvenir de son éducation religieuse" : 

 

En ce qui concerne la religion des Juifs de Vitebsk, en particulier celle de la famille de Chagall, les exégètes ont tendance à tout expliquer par le mouvement hassidique, qui était très répandu à Vitebsk. Ce mouvement  prit naissance au XVIIIème siècle, sous l'initiation de  Baal Shem Tov (1700-1760) et on dit communément que le hassidisme est le mouvement populaire face à la rationalité rabbinique. Il prône l’exaltation mystique par la prière, le chant et la danse extatique et préconise la communion avec Dieu dans les actes les plus humbles de la vie quotidienne. Meyer expliqua que, pour le hassid, l’émotion spontanée comptait autant que la Loi ou le Rite. « Il se montre humble et soumis dans le quotidien ; mais vienne une fête, il laisse parler son cœur. La synagogue retentit alors du chant des voix et des instruments, même du pas des danseurs. L’âme monte vers Dieu comme une flamme ». Cette « extase de l’âme » se manifeste chez Chagall, toujours selon Meyer, comme une « naïveté » ou une joie.

 Benjamin Harshav conteste les influences du hassidisme sur l’artiste et critique de nombreux écrits qui, à son avis, sont trompeurs. Il affirme qu’alors le hassidisme était effectivement dominant dans la région, mais qu’à part quelques vagues généralisations sur la mentalité et le comportement, aucune influence particulière du hassidisme n’est décelable dans l’art de Chagall. Il atteste que Chagall était plutôt ignorant quant à la question religieuse et qu’il ne savait ni lire ni écrire l’hébreu, qui est la condition préalable pour aborder le hassidisme.(d'après Park, 2008)

 

Après avoir fréquenté le heder (école primaire juive), puis l'école de Vitebsk où les cours sont dispensés en russe, Chagall entre dans un atelier de peinture, puis séjourne durant l'hiver 1906-1907 à Saint-Petersbourg  (atelier de Léon Bakst), et rencontre en 1909 Bella Rosenfeld qui devient sa fiancée et sa muse et qu'il épousera en 1915. Il vit à Paris à La Ruche de 1911 à 1914 et y fréquente Blaise Cendrars, Apollinaire, Max Jacob, les Delaunay, Fernand Léger, etc.. Il expose à Berlin en avril 1914 puis reste en Russie durant la Première Guerre et jusqu'en 1922. Entre 1923 et 1925, à Paris,  il illustre pour Vollard les Âmes Mortes de Gogoll, puis, en 1930, il débute les gouaches préparatoires à La Bible.

Ces gouaches sont essentiellement consacrées à la Genèse et à l’Exode, ainsi qu’à leurs personnages importants. 24 gouaches traitent d’épisodes de la Genèse : la création d’Adam et Ève, l’alliance de Dieu avec Noé et Abraham, l’histoire de Jacob et de Joseph. 15 gouaches sont sur l’Exode : l’histoire de Moïse et la sortie d’Égypte des Hébreux. La dernière gouache représente Josué. Parmi ces gouaches, quelques-unes ne seront pas choisies pour les gravures, dont La Création d’Ève, Noé recevant l’ordre de construire l’Arche, l’une des deux gouaches de L’Arc-en-ciel, signe d’alliance entre Dieu et la Terre, Abraham se prosterne devant les trois Anges, Abraham et Isaac en route vers le lieu du sacrifice, Moïse répand la mort chez les Égyptiens. Le reste des gouaches sera transposé sur les planches d’eau-forte, et les compositions resteront identiques sur le nouveau support.

En 1941, Chagall se rend en Amérique et retrouve Léger, Masson, André Breton, Maritain, et Mondrian. Bella meurt le 2 septembre 1944 à New-York d'une infection. De 1945 à 1946, il réalise les décors, le rideau et les costumes  de l'Oiseau de Feu de Stravinski. Il rentre en France en 1948. L'éditeur Tériade reprend et publie les illustrations des Fables de La Fontaine (1952), des Âmes Mortes de Gogol, et de Bible (1956) :

 

"C’est en 1948 que Chagall met fin à son exil américain pour retourner vivre à Paris. Il reprend dès lors son travail sur la Bible, pour s’y consacrer pleinement à partir de son installation à Vence en 1950. 

Au cours de cette période, il participe au renouveau de l’art sacré aux côtés d’artistes tels qu’Henri Matisse, Fernand Léger et Jacques Lipchitz pour le décor de l’église Notre-Dame-de-Toute-Grâce du plateau d’Assy, consacrée en 1950

Dans une tentative de réconcilier l’humanité, dont les fondements avaient été ébranlés par la Shoah, Marc Chagall opère une recherche de renouveau spirituel par l’art sacré. C’est à ce moment là qu’il débute un cycle d’œuvres bibliques, projetant d’investir la chapelle désaffectée du Calvaire, à Vence. Avant de réaliser les dix-sept toiles qui formeront la série du Message biblique (projet élaboré de 1954 à 1966), Chagall effectue un voyage en Israël, en 1951, vingt ans après son premier voyage sur les mêmes terres. Ce voyage est suivi par de grands tableaux indépendants les uns des autres, dont l’iconographie et la composition annoncent ceux à venir et sont inspirés des eaux-fortes pour la Bible.

En 1959, Chagall entame la réalisation de douze vitraux pour la synagogue du centre médical Hadassah à Jérusalem. Il consacre deux années à cette œuvre, du choix du thème (les douze tribus d’Israël) à la pose des panneaux définitifs, inaugurés en 1962, freinant ainsi le chantier des vitraux pour la Cathédrale de Metz entamé en 1959." (Fiches Chagall et la Bible)

 

"Si le retour de l’artiste en France est marqué par la publication de ses livres illustrés, avec entre autres la Bible, le dernier quart de la vie de l'artiste est dominé par des réalisations d’une envergure grandiose comme les vitraux. La première rencontre de Chagall avec le vitrail se fit lorsque le Père Couturier lui demanda de décorer le baptistère de la chapelle Notre-Dame-de-Toute-Grâce sur le plateau d’Assy. Chagall a terminé en 1957 pour cet édifice son panneau de céramique représentant la Traversée par le peuple hébreu de la mer Rouge. C’est à cette occasion qu’il réalisa également les dessins figurant deux anges, mis en œuvre en vitraux par le maître-verrier Paul Bony.

 L’artiste fut ensuite sollicité afin de créer les maquettes pour les vitraux de la cathédrale de Metz. Lors de la commande des fenêtres de la Cathédrale Saint-Étienne de Metz, Robert Renard, architecte en chef des Monuments Historiques, expliqua sa décision en ces termes : « Maintenant, j’arrive au choix de M. Marc Chagall, […] je pensais au merveilleux artiste qui venait de publier la Bible, et montrer autant de sens religieux qu’il avait montré de talent pendant presque un demi siècle ».

Il faut rappeler le contexte dans lequel l’artiste fut amené à créer des œuvres pour les édifices religieux. Lorsque le Père Couturier s’efforça de mettre en œuvre concrètement le mouvement du renouveau de l’art sacré, lancé dès le tournant du siècle par Maurice Denis et Georges Desvallières avec leurs Ateliers d’art sacré, il exprima clairement ses positions. En affirmant que « les nouveaux maîtres ne sont pas chrétiens, mais ils sont les Maîtres », il soulignait qu’il était possible de faire appel à des artistes sans demander leur confession. Dans son article « Aux grands hommes les grandes choses », le Père Couturier défendit son idée du recours aux grands artistes non croyants ou non chrétiens, en ces termes : « nous ne savons pas ce qui se passe dans le secret des cœurs ». Pour lui, les grands artistes ne peuvent qu’être inspirés et leurs œuvres reflètent l’esprit, même si elles n’ont pas été réalisées avec la foi. Dans cette perspective, la judéité de Chagall ne posait aucun problème pour lui confier du travail à l’église du Plateau d’Assy. Après la mort du Père Couturier en 1954, le mouvement de renouveau de l’art sacré fut freiné, surtout dans son caractère révolutionnaire. Cependant, à partir de 1956, ce sont les institutions gérant les Monuments Historiques qui intervinrent dans le développement de l’art contemporain au sein des édifices religieux. De plus, le ministère de la Reconstruction commença à travailler à la même période pour la restauration des grandes cathédrales de l’est de la France, endommagées pendant la Seconde Guerre mondiale. L’architecte en chef des Monuments Historiques, Robert Renard, eut l’idée de faire intervenir des artistes reconnus, entre autres Chagall, pour reconstituer les vitrages détruits des cathédrales de Metz et de Reims. Celles-ci avaient particulièrement souffert de la guerre dont les bombardements détruisirent une grande partie de leurs verrières. En 1958, Chagall fut appelé par Robert Renard pour réaliser les maquettes pour les vitraux de la cathédrale Saint-Étienne de Metz, plus précisément ceux des fenêtres du déambulatoire intérieur de l’abside nord, puis du transept nord et du triforium est et ouest. De 1958 à 1968, l’artiste travailla à ce vaste programme dont le contenu est principalement inspiré de l’Ancien Testament. En outre, pour le travail des vitraux à partir de 1958 il commença à collaborer avec Charles Marq et Brigitte Simon, maîtres-verriers de l’atelier Jacques Simon à Reims. Ceux-ci s’efforçaient d’imposer l’art du vitrail après la guerre en travaillant avec les artistes de premier plan  . Tous les vitraux de Chagall seront désormais réalisés en collaboration avec ces deux spécialistes, et plus particulièrement avec Charles Marq. Il importe de noter qu’avec ces vitraux de la cathédrale de Metz, l’artiste entrait réellement dans une période de création d’œuvres d’une grande envergure à sujet biblique. Les commandes publiques et privées pour les vitraux affluèrent jusqu’à ses derniers jours."

Pourtant, les vitraux de Metz, voire même les vitraux de Chagall ont risqué de ne jamais voir le jour :

"J’ai terminé les esquisses des vitraux et l’on vient de me déléguer un sinistre imbécile qui ne me connaît même pas. Il m’a critiqué, trouvant mon dessin un peu faible, et m’a demandé d’y apporter des retouches. Je l’ai flanqué à la porte. Qu’on ne me parle plus de vitraux. C’est fini ! Fini ! Fini ! » (in S. Alexander) Sans l’intervention de la direction des Beaux Arts le priant de continuer, le public aurait été privé de cette œuvre remarquable à la cathédrale de Metz." ( Geneviève Schmitt-Rehlinger 2006 page 311)

"À la suite du projet pour Metz, Chagall accepta en 1960 de réaliser les vitraux pour la synagogue du centre médical Hadassah en Israël. Les douze grandes fenêtres, inaugurées en 1962, furent réalisées sur le thème des douze tribus d’Israël. Cette année-là, à la demande de Robert Renard, l’artiste conçut la grisaille d’un petit vitrail pour l’église abbatiale Saint-Pierre de Moissac. Ensuite, de 1963 à 1964, l’artiste travailla sur le vitrail pour l’Organisation des Nations Unies, La Paix, à la grande composition inspirée par la prophétie d’Isaïe. À la même période, l’artiste fut sollicité par la famille Rockfeller des États-Unis pour l’Union Church de Pocantico Hills, église très attachée à l’histoire de la dynastie. Ainsi, de 1963 à 1966 Chagall réalisa l’ensemble de neuf fenêtres inspirées de l’Ancien et du Nouveau Testament. Après cette création, l’artiste reçut la commande des vitraux pour All Saints’ Church, l’église de Tudeley, petit village du Kent près de Londres. L’ensemble du programme des vitraux fut mis en œuvre en trois campagnes, en 1967, 1974 et 1978. Le renom de Chagall comme artiste du vitrail continua à s’accroître au niveau international, et ainsi, en 1967, il fut sollicité de nouveau à l’étranger, pour l’église du Fraümunster à Zurich. Pour ce sanctuaire, décrit comme « un lieu très saint »  par l’artiste lui-même, l’ensemble de cinq fenêtres fut réalisé de 1969 à 1970

Par ailleurs, l’année 1966 fut marquée par la donation de Marc Chagall à l’État français de ses tableaux du cycle biblique, donation qui détermina la création d’un musée national consacré à l’artiste. Le vitrail fit également parti du programme de construction de ce musée. L’artiste réalisa alors en 1971 et 1972 trois fenêtres sur le thème de la Création du monde, qui correspond à l’ensemble de la composition thématique du musée Message Biblique. Ensuite, Chagall fut appelé pour créer des vitraux destinés à la cathédrale Notre-Dame de Reims. Comme celle de Metz, cette cathédrale avait été gravement endommagée durant la guerre. Les travaux de restauration furent menés sur plusieurs années, en campagnes successives. Les Amis de la cathédrale et la Fédération du Bâtiment de la région Champagne-Ardennes firent appel à Chagall en 1973 pour le nouveau vitrail, qui serait inauguré l’année suivante. De 1976 à 1978, Chagall réalisa les vitraux pour une chapelle de Sarrebourg, dit Chapelle des Cordeliers. Cet édifice du premier style gothique subit plusieurs modifications au cours des siècles, et ainsi, de 1927 à 1970, il ne restait que le chœur et une partie de la nef de l’église primitive. En 1970, la municipalité de Sarrebourg élabora un projet d’aménagement de cet édifice, en demandant à Chagall la réalisation du vitrail du mur occidental. Intitulé « La Paix », celui-ci fut inauguré en 1976, et fut suivi par d’autres vitraux de l’artiste, ceux de la nef et de la tribune en 1977 et par la rosace en 1978. Sans relâche, l’artiste continua à travailler sur les vitraux en réalisant de 1976 à 1979 l’ensemble de trois fenêtres pour The Art Institute de Chicago, ensemble commandé à l’occasion du bicentenaire des États-Unis d’Amérique. Le programme iconographique étant consacré aux « Arts », ces panneaux constituent une exception dans l’œuvre du vitrail de Chagall, qui explore essentiellement le thème biblique. En 1978, l’artiste réalisa encore un vitrail pour la cathédrale The Holy Trinity à Chichester en Grande Bretagne, en faisant clairement référence au Psaume CL. La même année, l’artiste créa des vitraux pour l’église du Saillant de Voutezac, en Corrèze. Dans cette petite église romane, furent exécutés des vitraux illustrant des éléments naturels et des travaux des hommes en trois campagnes. En outre, Chagall intervint dans une église allemande, Saint-Étienne de Mayence, le plus grand édifice religieux de la ville après sa cathédrale Saint-Martin. La première construction de l’église remonte à l’époque pré-romane. Elle fut démolie au XIIIe siècle et reconstruite dans le style gothique, mais fut à nouveau gravement endommagée durant la Deuxième Guerre mondiale. Il subsistait alors seulement les murs extérieurs et les colonnes. Le mouvement de reconstruction et de restitution à l’identique s’engagea, c’est ainsi qu’en 1973 la restauration du chœur gothique fut achevée. Le curé de la paroisse de l’époque, le père Mayer, demanda à Chagall de créer les vitraux, et ce dernier l’accepta après bien des hésitations. Toutefois, il ne se rendit jamais sur place au cours des travaux. L’artiste termina la maquette du vitrail central en 1977, et le maître-verrier Charles Marq mit au point le carton et réalisa lui-même le vitrail, inauguré en 1978. Chagall travailla ensuite aux vitraux ultérieurs en 1978, 1979, 1980 et 1984. L’ensemble du programme iconographique fut conçu sur le thème de l’Alliance et la vocation d’Israël. Les derniers vitraux de l’artiste furent inaugurés en 1985 peu après sa mort". 

ANNEXE II.

Description du vitrail de la Création de Metz par Geneviève Schmitt-Rehlinger, 2006 :

"Le vitrail de la création à Metz est un exemple de cette interpénétration de sources, d’une polysémie d’interprétations.

Dans la première lancette - celle de la création du premier homme - texte biblique, légende juive et typologie se côtoient et s’interpénètrent : le bras gauche écarté, comme pour se frayer un passage, l’ange encercle de son bras droit le corps de l’homme qui est comme issu de cette tache rouge qui signifie l’amour divin en actes dans les vitraux de Metz. L’homme porté dans le monde est adulte comme le suggèrent les légendes juives : « Adam sortit des mains du Créateur entièrement formé. Il n’était pas comme un enfant mais comme un homme de vingt ans… Parmi les générations suivantes, il y en eut peu qui lui ressemblaient par sa taille extraordinaire et sa perfection physique. » Les ailes ont la forme et les couleurs du feu qui se rencontrent plutôt dans la tradition juive et musulmane. Il est comme un être de feu et de lumière. L’homme est touché au visage par l’amour du créateur et déjà pris dans les rayons du soleil qu’irradie le crucifié. Son ventre est rond et blanc. « Le blanc vient du mâle, duquel sont formés le cerveau, les os et les nerfs » précise la tradition rabbinique, en écho au commandement du Créateur : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre. » C’est l’instant primordial où le Seigneur Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. » Les jambes de l’ange et le bas du corps de l’homme semblent former un pont ; ils paraissent surgir vraiment tous deux de cette tache rouge sombre. Le pied de l’ange se continue par un oiseau qui regarde vers les trois animaux pris dans la tache verte au bas de la lancette. Deux oiseaux, à la silhouette voisine du pélican (assimilé au Christ qui rend la vie aux hommes par son sang versé sur la croix), reposent sur le dos d’un équidé, qui est peut- être un bélier ? Le bélier du sacrifice est aussi un symbole de la paix. Dans la tradition juive, selon Urbach, « Afin que la guerre soit évitée, le bélier fut pensé et créé avant toute création. Il est le symbole de cette paix qui commence dans le cœur des pères et des fils. » Cercles, triangles, fusion des couleurs et des traits, tout est harmonie dans ce surgissement de la vie.

En haut de la lancette, une crucifixion et une Vierge à l’enfant rattachent le premier Adam au nouvel Adam. Le crucifié porte le talith. A part deux esquisses, où Chagall a remplacé le crucifié par le personnage de David et de sa lyre, toutes les maquettes, la toile finale de Nice et les céramiques de la Création de l’homme reprennent le même déploiement. Dans les lobes au-dessus des lancettes, à droite de la représentation de la création des luminaires, Moïse portant les tables de la Loi semble tout à fait anachronique dans cette évocation biblique des sept jours de la création première. Est-ce un rappel de l’interdit de Gn. 2, 17s ? Il nous semble plutôt qu c’est une représentation de la légende juive qui dit qu’au jour de la création de la terre, la Torah avait déjà été créée : « Au commencement, deux mille ans avant le ciel et la terre, sept choses furent créées : la Torah, écrite avec du feu noir sur du feu blanc, et placée sur les genoux de Dieu… Lorsque Dieu décida de créer le monde, il prit conseil auprès de la Torah », car pour mettre de l’ordre dans le tohu-bohu primordial, il faut d’abord que l’ordre existe.

Exégèse allégorique, midrash, légende,… Chagall fait une lecture polysémique de la Bible, empruntant à divers courants religieux son interprétation iconique. Ces courants sont presque toujours issus des milieux juifs ou chrétiens. Il ne s’agit donc pas d’une lecture " universelle ", au sens où l’artiste aurait intégré des mythes ou des textes sacrés d’autres religions hors de la tradition judéo-chrétienne."

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SOURCES ET LIENS.

— http://vdujardin.com/blog/marc-chagall-metz-paradis-terrestre/

— http://hoffmangkor.fr/albums/metz-illuminee-de-jour/

— http://www.mesvitrauxfavoris.fr/cathedrale%20metz%20%20chagall.htm

— http://vitrail.ndoduc.com/vitraux/htm5/eg_StEtienne@Metz_Chagall.htm

—"La symbolique des vitraux de Chagall" - Robert Fery 

https://www.youtube.com/watch?v=sEYDDgkLbBQ

— GAUTRON (Jean-Claude), site kerdonis.fr

http://kerdonis.fr/ZCHAGALL/page5.html

— MEYER (Franz), 1995,  Marc Chagall, Paris, Flammarion.

— PARK (Chan Young), 2008, La Bible illustrée par Marc Chagall (1887-1985) : un dialogue interculturel et son évolution , Thèse en Histoire de l’art , Université Paris IV Sorbonne sous la direction de Bruno Foucart. 

http://www.theses.paris-sorbonne.fr/thesepark.pdf

— SCHMITT-REHLINGER, Geneviève, 2006 Jésus le Christ dans l’œuvre de Marc Chagall : le motif du crucifié, Thèse de doctorat de Théologie catholique sous la direction de PierreMarie Baude, Université Paul Verlaine de Metz, .

http://docnum.univ-lorraine.fr/public/UPV-M/Theses/2006/Schmitt_Rehlinger.Genevieve.LMZ0607_1_2.pdf

— ZELLER (Madeleine), 2009, Marc Chagall et le Message Biblique, in Françoise Mies, Bible et art: L'âme des sens, Presses universitaires de Namur, 2009 - 190 pages

— PACOUD-RÈME (Élisabeth) ), 2000, « Chagall et le renouveau de l’art sacré en France après-guerre », dans Marc Chagall maquettes de vitraux, catalogue d’exposition, Paris, Réunion des Musées nationaux, 2000,

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Chagall
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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 13:23
Affichage devant l'exposition Chagall à Landerneau,  Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Affichage devant l'exposition Chagall à Landerneau, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

Louis Aragon, in "Celui qui dit les choses sans rien dire", Maeght éditeur, 1976. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Louis Aragon, in "Celui qui dit les choses sans rien dire", Maeght éditeur, 1976. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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"Quand j'ai rencontré la peinture de Marc Chagall, je me suis mis à l'aimer comme les femmes, pour le maquillage, pour le désordre et la déraison" Louis Aragon

« Peindre. Un homme a passé sa vie à peindre. Et quand je dis sa vie entendez bien. Le reste est gesticulation. Peindre est sa vie. Que peint-il ? Des fruits, des fleurs, l’entrée d’un roi dans une ville ? Tout ce qui s’explique est autre chose que la vie. Que sa vie. Sa vie est peindre. Inexplicablement." Aragon. 

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   L'exposition "Chagall de la poésie à la peinture" proposée par la fondation Leclerc aux Capucins de Landerneau du 26 juin au 1er novembre 2016 offre, dans l'une de ses dernières vitrines, quelques pages d'un superbe ouvrage de 48 cm x 38 cm, sur vélin de Rives édité par Aimé Maeght en 1976, et qui réunit un long poème-hommage de Louis Aragon, " Celui qui dit les choses sans rien dire" avec une suite de 25 eaux-fortes et aquatintes originales colorisées de Marc Chagall (124 p. XV pl. sous emboîtage, 25 exemplaires  + 180 exemplaires) . Les gravures ont été tirées par Lacourière et Frélaut. Le texte est composé par Fequet et Baudier en Caslon, corps 24, selon une police typographique crée par William Caslon vers 1734 et qui fut utilisée en 1776 à imprimer la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis.

    C'est en fait la réunion de 25 poèmes ( ou 30 en réalité) écrits entre 1966 et 1975 et dont la parution aurait selon Robert Belleret provoqué paradoxalement la brouille entre les deux artistes, Aragon n'ayant pas supporté (et on le comprendrait) que Chagall retouche certains passages des épreuves qu'il lui avait donné à lire. C'est pourtant un vibrant homage d'Aragon à son ami peintre : s'identifiant à lui (J'aurai traversé sur les mains ce siècle de nuées / Je suis l'acrobate au trapèze tragique de l'Histoire / Je suis l'homme-violoncelle ô musique jamais écrite des sanglots / Qui m'attend sur le toit quel cheval somnambule.. ),  il célèbre la Russie, l'amour de la muse, l'amour de l'amour, et Chagall-Bella (la première épouse), ou Chagall-Vava (la seconde épouse) se fondent avec le couple Aragon-Elsa, Elsa Triolet étant née à Moscou.

De nombreux visiteurs demeurent émerveillés par le texte d'Aragon, asssez méconnu malgré les  chansons de Jean Ferrat, et malgré la parution des poèmes en 1982 chez Temps Actuel dans le recueil "Les Adieux et autres poèmes" avec les titres  Chagall I à Chagall IX, La Préférence ou Chagall X, Chagall XI, Chagall XII ou Poème racontéFinal ou Chagall XIII, Chagall n° tant et plus  ou Chagall XIV, Dis-moi Chagall  ou Chagall XV, La Toile perdue ou Chagall XVI, Chagall à la quatre-vingtième neige  ou Chagall XVII, L'Histoire ou Chagall XVIII, Une ouverture et cinq légendes (Chagall XIX, XX, XXI, XXI, XXIII, XXIV), L'Apocalypse selon Marc ou Chagall XXV. 

Jean Ferrat a chanté Chagall III [IX] "Comme tes couleurs sont jolies" avec le refrain Mon peintre amer odeur d'amandes,  sous le titre "Chagall", et Chagall VI sous le titre "Les oiseaux déguisés". 

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L'exposition montre 5 pages de texte et une dizaine de gravures issues de la collection Sylvie Mazo, Paris :

  • la page 14 J'ai souvenir d'une fenêtre,
  • la page 42 Chagall IX Comme tes couleurs sont jolies,
  • page 66 Quel désordre il y a,
  • mais aussi Comme la fleur cachée au cœur des blés
  • et Et la journée entre ses doigts
  • la gravure de Chagall V  L'âme est assise de travers,

  • ...

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Mon projet est d'illustrer les textes que j'ai découvert avec des photos des œuvres de Chagall sur deux thèmes : les horloges ; des visages des amants les visages réunis. Car, comme l'écrit Aragon dans  Chagall à l'Opéra :  Il y a deux thèmes dans les toiles de Chagall qui reviennent Comme si rien de rien ne pouvait s'entendre sans eux En premier lieu dans un coin ce sont les amoureux [...] Et le second thème est celui du temps qu'on ne voit pas comment On pourrait figurer sinon par un balancier battant l'heure.

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Marc Chagall, deux têtes, une main, 1964, marbre, collection privée.  Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Marc Chagall, deux têtes, une main, 1964, marbre, collection privée. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Préambule.

Commençons en préambule par ce texte autographe d'Aragon, Chagall l'admirable, passé en vente chez Drouot :

http://catalogue.drouot.com/ref-drouot/lot-ventes-aux-encheres-drouot.jsp?id=2252219

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La page 14, J'ai souvenir d'une fenêtre.

 

 

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J'ai souvenir d'une fenêtre

D'un oiseau blanc et sur le lit

Où mourir est l'envers de naître

Dans les draps couleur de l'oubli

Toutes les fleurs de ma folie 

 

Tu mets les mots les uns après les autres

Par quel besoin d'absurdes chapelets

Les nuits cheminent lentement Troupeau de vaches

Tu les écoutes s'éloigner entre les ronces

Tu les écoutes patauger vers le matin

 

La petite chanson d'horloge

Reprend si je ferme les yeux

Est-ce mon cœur qui s'interroge

Est-ce mon cœur qui se fait vieux

Comme l'étoile dans les cieux

 

Il faudrait peindre ou dire ces choses

Entre le rêve et la tristesse à mi-hauteur d'homme

Il faudrait peindre à peine aux murs songés

Cette scène intérieure et le bruit passager d'une robe

Et les vêtements sur la chaise avec leur air de reproche

La présence profonde et chaude du pain sur la table qui me poursuit

 

Il faudrait peindre peindre peindre

Le fait que la porte est fermée

L'instant d'avant la lampe éteindre

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Aragon, J'ai souvenir d'une fenêtre, in "Celui qui dit les choses sans rien dire", Maeght éditeur, 1976. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Aragon, J'ai souvenir d'une fenêtre, in "Celui qui dit les choses sans rien dire", Maeght éditeur, 1976. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Aragon, J'ai souvenir d'une fenêtre, in "Celui qui dit les choses sans rien dire", Maeght éditeur, 1976. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Aragon, J'ai souvenir d'une fenêtre, in "Celui qui dit les choses sans rien dire", Maeght éditeur, 1976. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Marc Chagall, L'Horloge (1950-1952), céramique en 12 carreaux, peinture aux englobes et aux oxydes sur émail blanc collection privée.  Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Marc Chagall, L'Horloge (1950-1952), céramique en 12 carreaux, peinture aux englobes et aux oxydes sur émail blanc collection privée. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Comme tes couleurs sont jolies. Chagall IX page 42. 

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Comme tes couleurs sont jolies

Mon peintre amer odeur d'amandes

Toi qui peins les amants dormants

Dans la mémoire et dans l'oubli

 

Toi qui peins toujours tes enfances

Et les premiers moments d'aimer

Avec ce goût du mois de mai

Qui laisse le cœur sans défenses

 

Toi sur les toits pour voir de près

Le monde et l'étoile naissante

Qui peins la nuit et les passantes

Et tes secrets et tes regrets

 

Le temps s'en va léger et lourd

Et la peinture de tes mains

revêt sur son visage humain

La tristesse d'après l'amour.

 

 

 

Aragon, Chagall IX, in "Celui qui dit les choses sans rien dire", Maeght éditeur, 1976. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Aragon, Chagall IX, in "Celui qui dit les choses sans rien dire", Maeght éditeur, 1976. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Marc Chagall, Songe de Lamon et Dryas (détail), Daphnis et Chloé, 1952, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Marc Chagall, Songe de Lamon et Dryas (détail), Daphnis et Chloé, 1952, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Toi sur les toits pour voir de près

Le monde et l'étoile naissante

 

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L'Homme barbu sur le toit avec un violon sur les bras, 1922-1923, Gouache, lavis , crayon de couleur et crayon sur fond lithographique sur papier japon, collection privée. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

L'Homme barbu sur le toit avec un violon sur les bras, 1922-1923, Gouache, lavis , crayon de couleur et crayon sur fond lithographique sur papier japon, collection privée. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Dis-moi Chagall, ou Chagall XV. "Comme la fleur cachée au cœur des blés".

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[Dis moi Chagall pourquoi cette musique

Tout ce que l'on voit à voix basse  le nie

Dis moi Chagall tout n'est-il que peinture

Que trompe-l'œil

Dis-moi Chagall quel étrange langage

Le tableau parle à la fois sans parler

Et de quoi donc l'image est-elle image ]

Comme la fleur cachée au cœur des blés

Dis-moi Chagall

 

Mais tous les gens derrière les fenêtres

Est-ce l'horloge ou le cœur qui leur bat

Nul comme toi n'a créé ce silence

Qu'à s'éloigner font entendre les pas

 

Nul comme toi ne sait Chagall éteindre

Au bord du ciel un frisson commencé

et c'est midi même avant de le peindre

Ou le penser

 

Celui qui dit les choses sans les peindre

Celui qui n'a que les yeux pour y voir

Et son épaule où le soleil se pose

Et la lumière éclatante du soir.

 

 

Louis Aragon, Dis-moi Chagall, ou  Chagall XV in "Celui qui dit les choses sans rien dire", Maeght éditeur, 1976. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Louis Aragon, Dis-moi Chagall, ou Chagall XV in "Celui qui dit les choses sans rien dire", Maeght éditeur, 1976. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Le cœur des amants et le balancier de l'horloge battent le même temps qui passe et qui pourtant demeure. Détail du Gant noir, 1923-1948. Huile sur toile, 111 x 81,5 cm. Collection privée.  Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.
Le cœur des amants et le balancier de l'horloge battent le même temps qui passe et qui pourtant demeure. Détail du Gant noir, 1923-1948. Huile sur toile, 111 x 81,5 cm. Collection privée.  Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Le cœur des amants et le balancier de l'horloge battent le même temps qui passe et qui pourtant demeure. Détail du Gant noir, 1923-1948. Huile sur toile, 111 x 81,5 cm. Collection privée. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Marc Chagall, Tête à tête, vase, 1953, collection privée.  Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Marc Chagall, Tête à tête, vase, 1953, collection privée. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Et la journée entre ses doigts. Chagall XVI.  

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[II y eut un temps si beau qu'on eût dit

Chose peinte

Tout ressemblait au jour même la nuit

Cela se passait avant la mémoire

Les mains nues

Avant qu'on eût

Divisé les paroles 

Si bien qu'à la chanson répondait la chanson 

Il y eut un temps si beau que toute ombre

Était bleue

 

Toute lumière comme un bras portant

La cruche ]

Et la journée entre tes doigts

Partageait le pain lent des heures

 

Donnez-moi le soleil de vivre avant le cri

Donnez-moi la toile pure offerte aux couleurs

 

Je partagerai pour vous le jaune et le rouge comme un fruit

Que nous allions encore le soir autour du puits nous asseoir

Ensemble

 

Je ferai danser mon ami le cheval parmi les étoiles

Et quand viendra l'heure des toits le

Monde entier sera le jardin des somnambules

Dieu Dieu les mots dans la ténèbre ont toujours un air de sanglot

Contenu

Du fond de la cour je croyais entendre simplement des ivrognes

Très tard qui revenaient chez eux

Et je sentais la profondeur des près dans leur murmure

J'attendais le matin et que soit blanc le mur

Comme une robe ou l'eau de boire

Il n'y avait plus rien tracé sur la toile

Ô douleur Or du chant du coq

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Le Coq, 1947, Centre Pompidou, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.
Le Coq, 1947, Centre Pompidou, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Le Coq, 1947, Centre Pompidou, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Louis Aragon, "Et la journée entre ses doigts", in "Celui qui dit les choses sans rien dire", Maeght éditeur, 1976. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Louis Aragon, "Et la journée entre ses doigts", in "Celui qui dit les choses sans rien dire", Maeght éditeur, 1976. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Je ferai danser mon ami le cheval parmi les étoiles

Et quand viendra l'heure des toits le

Monde entier sera le jardin des somnambules

 

Marc Chagall, mouting the ebony horse,  illustration des Contes des Mille et Une Nuits, 1948,  collection privée.  Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Marc Chagall, mouting the ebony horse, illustration des Contes des Mille et Une Nuits, 1948, collection privée. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Marc Chagall, La pendule à l'aile bleue (détail), 1949, huile sur toile. Collection privée. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Marc Chagall, La pendule à l'aile bleue (détail), 1949, huile sur toile. Collection privée. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Marc Chagall, Les deux visages, 1951 (détail), collection privée.  Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Marc Chagall, Les deux visages, 1951 (détail), collection privée. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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 Louis Aragon, L'âme est assise de travers. Chagall V. 

 

 

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L'âme est assise de travers

A l'abri des bleus et des verts

L'heure bat et l'homme la suit

Une île au ciel comme un nid rouge

 Le temps s'y tait le cœur y bouge

Même cercueil pour elle et lui 

Naguère devient aujourd'hui 

Sous le grand chapiteau de bruit

 Où tous les instruments s'accordent

Pour la mort du danseur de corde  

Au-dehors qu'importe la pluie
Allez-vous en où vous conduit
Tant pis si sa chanson vous damne
L'équilibriste à la tête d'âne

N'écoutez pas ce qu'on vous dit
L'enfer vaut bien le paradis
Un peu de fard la douleur change
Les baladins valent les anges

Vivre est toujours argent volé
Debout sur son cheval ailé
Visage double ombre et lumière
La couleur est une écuyère

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Marc Chagall, eau-forte,  in "Celui qui dit les choses sans rien dire" , Maeght éditeur, 1976. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Marc Chagall, eau-forte, in "Celui qui dit les choses sans rien dire" , Maeght éditeur, 1976. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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L'heure bat et l'homme la suit

Une île au ciel comme un nid rouge

 Le temps s'y tait le cœur y bouge

Même cercueil pour elle et lui 

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Marc Chagall, Esquisse pour la Chute de l'ange, lavis d'encre de Chine, 1934, collection privée.  Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Marc Chagall, Esquisse pour la Chute de l'ange, lavis d'encre de Chine, 1934, collection privée. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Marc Chagall, Entre chien et loup, 1938-1943, huile sur papier marouflé sur toile, collection privé, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Marc Chagall, Entre chien et loup, 1938-1943, huile sur papier marouflé sur toile, collection privé, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Marc Chagall, Vase noir, 1955,  collection privé, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.
Marc Chagall, Vase noir, 1955,  collection privé, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Marc Chagall, Vase noir, 1955, collection privé, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Quel désordre il y a, page 66 : Chagall à l'Opéra III.

 

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Quel désordre il y a dans tout ce que l'on voit

Il pousse dans les champs des fleurs qui n'ont rien à y faire

Et Chagall dit sur tous les tons qu'il n'est pas mais là pas

Du tout réaliste et sans doute

On peut facilement lui concéder

 

Mais pourtant Marc si tu permets cette familiarité poétique

Laisse-moi te dire que c'est la réalité que je trouve admirable chez toi

Breughel du vingtième siècle

Et ce n'est point un hasard qu'Ambroise Vollard qui était

Un homme bizarre et malin t'a demandé

D'illustrer les Fables de la Fontaine

 

Ton œuvre est une grande fable et l'on sait bienheureux

Que sans la réalité jamais les renards

Ne parleraient aux corbeaux dans les arbres

 

Quel désordre il y a dans tout ce que l'on voit

Rivalise si tu peux avec ce désordre des choses

 Avec les morceaux de verre brillant dans la poubelle univers

La paille dans les cheveux de qui dormit contre une meule

L'homme déjà sait imiter les étoiles filantes

Mais le plus difficile est une histoire de tous les jours

 

Comme ce paysage à la fenêtre ou ce grand bouquet de muguets
Tu racontes toujours la fable de toi-même
Et tu peux bien prendre une tête de cheval ou de bœuf
Tu seras toujours la fable de toi-même ah
Quel désordre il y a dans tout ce que l'on voit

C'est un ordre déjà de montrer le désordre
La fable a beau feindre de tout inventer
S'il n'y avait pas de palissade à côté de la maison grise
L'aurait-elle ou la lampe sur la table
Qui éclaire le Smolenskïï  Viestnik imaginée

Bien sûr l'homme toujours s'efforce de corriger la nature 
Et c'est le propre de cet art que nous appelons la peinture 
Le peintre a son désordre à lui comme son ordre un jardinier 
C'est quand il invente qu'il copie

Nous sommes arrivés à l'époque où l'on ne fait plus rien sans excuses
Même un petit cheval ou de jolis bouquets
Quel désordre il y a dans tout ce que l'on dit 
N'empêche qu'on aperçoit toujours dans le fond les oignons d'or
Et les toits verts de Vitebsk
Même quand le tableau représente Paris

Ô fable ô grande femme au-dessus de la ville

Rivalise si tu peux avec la nature et toi-même
Et même le cheval et le bœuf te ressemblent car au fond
Ce sont des portraits que tu peins
Des portraits ressemblants de toi-même
Tu es là comme autrefois c'était la coutume
Devant une adoration des bergers le martyre d'une 
Sainte Ou la crucifixion
D'agenouiller les donateurs

Chagall ô Donateur qui n'as point épargné
Le lait de la vache et le vin de la vigne
Et quand nous sommes arrivés chez toi les servantes
Nous ont doucement lavé les pieds de leurs cheveux épars
Ayant d'avance mis le linge frais au grand lit à courtines
Où nous allons rêver la nuit comme en plein jour
Chagall ô Donateur qui ne comptes point la monnaie 

 

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Marc Chagall, Grands personnages, vase, 1962, collection privé, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Marc Chagall, Grands personnages, vase, 1962, collection privé, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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ANNEXE : GLANÉ SUR LA TOILE.

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C'est la fin du jour

Les hôtes partis

Des fruits sur la table

Ce qu'ils étaient beaux
Les bouquets d'alors
Comme des jardins

Des pas qui s'éteignent
Le village au loin
Eux restés ensemble

Voilà que pour eux
Dans le crépuscule
Le ciel tourne au feu

Comme si l'amour
Était las d'attendre
À la fin du jour

Restés seuls et tendres
Comme si l'amour
N'était que pour eux

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Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Jean Ferrat, Mon peintre amer odeur d'amandes extrait de Chagall IX « Comme tes couleurs sont jolies »

Tous les animaux et les candélabres
Le violon-coq et le bouc-bouquet
Sont du mariage

L'ange à la fenêtre où sèche le linge
Derrière la vitre installe un pays
Dans le paysage



Les danseurs ont bu le grand soleil rouge
Qui se fera lune avant bien longtemps
Sur les marécages

Et le cheval-chèvre assis dans la neige
Aimerait parler avec les poissons
Qui sont trop sauvages

Mon peintre amer odeur d'amandes

Le peintre est assis quelque part dans l'ombre
A quoi rêve-t-il sinon des amants
Sur leur beau nuage

Au-dessus des toits à l'horizontale
Dans leurs habits neufs avant d'être nus
Comme leurs visages

Mon peintre amer odeur d'amandes

Marchez sur les mains perdez votre tête
Le ciel est un cirque où tout est jonglé
Et le vent voyage

Tous les animaux et les candélabres
Le violon-coq et le bouc-bouquet
Sont du mariage

Mon peintre amer odeur d'amandes

 

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Chagall XI

Le ciel est un pays de chèvres
C'est dommage pour les poissons
Les amoureux est-ce qu'ils sont
À ça près

 

Pourquoi les pieds touchent-ils terre
Quand ils peuvent faire autrement
Et ma tête à l'envers Maman
Ma tête

 

L'homme danse et non les oiseaux
Il est l'inventeur du trapèze
Les chevaux ont appris de lui l'art
Des bouquets

 

La vie est longue comme un air
De violon
Qui peint la nuit a deux visages
L'autre d'aimer l'un pour dormir

 

Tout est joli comme une lampe
C'est la guimpe de la lumière
Les objets s'y font acrobates
Les gens légers

 

Chagall la couleur est ton peuple
Donne-lui des jeux et du pain
Dieu qu'il fait beau quand l'ombre est rouge
Et bleu l'amour


                          Aragon ( 1897 - 1982 )

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Note personnelle : aucune couleur ne témoigne autant du temps qui passe que le bleu : bleu azur, bleu ciel, bleu nuit. Chaque heure de l'horloge est l'Heure Bleue, mais plus encore celle du songe, lorsque passent en silence de grands poissons glauques. 

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Marc Chagall, esquisse pour le rideau de Daphnis et Chloé, 1958, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Marc Chagall, esquisse pour le rideau de Daphnis et Chloé, 1958, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Le Cirque bleu, huile sur toile de lin, 1950-1952, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Le Cirque bleu, huile sur toile de lin, 1950-1952, Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Marc Chagall, Couple dans le paysage bleu, 1969-1971, Collection privée. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard  Leclerc à Landerneau.

Marc Chagall, Couple dans le paysage bleu, 1969-1971, Collection privée. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau.

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Les oiseaux déguisés. Aragon : Celui qui dit les choses sans rien dire

Tous ceux qui parlent des merveilles 
Leurs fables cachent des sanglots 
Et les couleurs de leur oreille 
Toujours à des plaintes pareilles 
Donnent leurs larmes pour de l'eau

Le peintre assis devant sa toile 
A-t-il jamais peint ce qu'il voit 
Ce qu'il voit son histoire voile 
Et ses ténèbres sont étoiles 
Comme chanter change la voix

Ses secrets partout qu'il expose 
Ce sont des oiseaux déguisés 
Son regard embellit les choses 
Et les gens prennent pour des roses 
La douleur dont il est brisé

Ma vie au loin mon étrangère 
Ce que je fus je l'ai quitté 
Et les teintes d'aimer changèrent 
Comme roussit dans les fougères 
Le songe d'une nuit d'été

Automne automne long automne 
Comme le cri du vitrier 
De rue en rue et je chantonne 
Un air dont lentement s'étonne 
Celui qui ne sait plus prier.

Mais l'œil demeure au tard d'hiver
Le transfigurateur du temps
Aux arbres nus rend le jour vert
Et verse aux autres dans son verre
Le vin nouveau d'avoir vingt ans

 

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Aragon : Chagall à l'Opéra I 

 

Ton âme peut changer comme le fond des mers 
Ton corps démesurer sa force à tes travaux 
L'univers bourdonner de tes astres rivaux 
Peuple de l'avenir parmi tes bras nouveaux 
Toujours tu parleras des enfants qui s'aimèrent
Archipel archipel une terre qui ploie
L'arbre est rouge où l'oiseau chante et se désespère
L'ombre seule au printemps comme une jambe impaire

Pèse parmi les fleurs 
Daphnis où tu te perds

Et comme un plomb léger tes pas changent de loi 

 

Rien ne retombe plus quand vient le temps solaire
Le monde est un passage énorme de troupeaux
Un établi dansant où bouclent les copeaux
Et toute chose est peinte et les prés et la peau
La couleur et le sang ne songent qu'à se plaire

Quand le geste est un rire et vivre floraison
Le jour des jeunes gens flambe comme un phosphore
Tous les jeux que l'on joue ont des formes d'amphore
Et Chloé ne sait pas pourquoi Daphnis est fort
L'innocence du feu parfume la saison

Ah prolonge un instant l'innocence parfaite
Couple qui n'entends point dans ta bouche formé
Le mot d'or déjà mur de l'aimée à l'aimé
Et dans une île au loin regarde la fumée
Prophète paraphant le rêve que vous faîtes

Maladroits merveilleux l'un l'autre un seul instant
Sur le rivage bleu du matin de vous-même
Tout conspire à donner une rime au poème
Car votre lèvre est ronde et va dire je t'aime
Arrêtez-vous au bord de ce qui vous attend

Au solstice d'été l'heure d'Oaristys
Un grand soleil sauvage aux doigts de foin coupé
Va bondir immobile et pareil à l'épée
En deux égales parts également frapper
La fille et le garçon d'une même justice

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Aragon : Chagall à l'Opéra II

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Il y a deux thèmes dans les toiles de Chagall qui reviennent

Comme si rien de rien ne pouvait s'entendre sans eux

En premier lieu dans un coin ce sont les amoureux

Elle en robe de mariée ou nue il faut que lui la tienne

N'importe dans le ciel une barque ou la rue ah seulement

Qu'il la tienne ou sans cela qui pourrait comprendre un pot de fleurs

Ou quoi que ce soit qui satisfait l'artiste ordinairement

Et le second thème est celui du temps qu'on ne voit pas comment

On pourrait figurer sinon par un balancier battant l'heure

 

Et l'horloge est la même à Vitebsk à Vence à Paris

 

Image emprunté à Kerdonis : Le Jongleur, 1943.

 

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Je veux dire que de même qu'une lampe sur la fenêtre

N'est qu'un objet s'il n'y a point dans un creux de l'ombre deux êtres

Pour expliquer le monde et l'on peut se passer de Jésus-Christ

À la rigueur mais pas de ces deux-là couchés sur leur nuage

De même il faut la pendule à colonnettes dans le tableau

Pour mesurer le temps qui passe ou ce serait vraiment dommage

Mais ceci ne serait plus de la peinture à peine une image
D'Épinal puisque le temps n'y coulerait pas comme de l'eau

Marc Chagall voit d'un seul coup les amoureux et le reste des choses

Parce que tandis qu'ils sont couchés ensemble ou plutôt nichés

Ensemble ou perchés ensemble ou pour mieux dire ensemble branchés

Parfois dans le boitier de la pendule où leur reflet se pose

Avec le tic-tac de ce qui se passe isolés dans leurs bras

Ils sont comme une île dans la mer où viennent mourir les vagues

Joliment tout autour la mer et ses poissons en fait de draps

Mais écoutez battre le temps Au contraire d'à l'Opéra

Daphnis et Chloé ces amants-ci le temps les tient dans sa bague

Entre la naissance et l'enterrement tout a le mouvement

Du balancier dans son boîtier vitré tout sur soi-même oscille

La vie a des saisons comme les yeux des battements de cils

Ce peintre le temps qui bat dans le pendule des amants

Il est le sol pour qui le temps se soit fait objet de peinture

Car je n'en vois pas d'autre pour ma part même à l'Académie

Et c'est il faut en convenir une singulière aventure

Comme être la roue à la fois et le cocher de la voiture

À la fois de subir le temps et de le peindre mes amis

 

Et puis le temps il a bon dos Explique-t-il que ce bonhomme

Avec sa canne sur les toits s'en aille ainsi se promener

Ou que votre tête s'envole et cela sans vous étonner

Qu'on ait deux visages se voit sans qu'on vous montre chez Barnum

Certes tout cela ne va pas sans troubler les gens plus ou moins

Habitués que les objets un par un occupent une place

La pomme sur le compotier les pieds par terre et qu'on ait soin

De montrer par la perspective ou s'ils sont près ou s'ils sont loin

Comme depuis toujours n'est-ce-pas nous les voyons dans les glaces

 

Et quand la noce dans la rue avance avec un violon

Est-ce que le porteur d'eau cesse d'équilibrer sa palanche

Qui pourrait s'imaginer une neige autrement que blanche

Et le sable alors serait-il le sable s'il n'était pas blond

Peut-être qu'il en est ainsi mais dites-moi le temps qui passe

Ets-il jaune ou vert ou tient-il forcément la faux à la main

Car ce peintre qui peint le temps à la fois doit peindre l'espace

Un tableau c'est une mémoire et que voulez-vous qu'on y fasse

Chaque jour y bouscule tout pour faire place au lendemain

On l'a bien vu le Louvre est trop petit pour que Chagall s'y loge

Ici les plafonds ne sont faits que pour la couronne des Rois

Or cette homme est une forêt Tous les palais lui sont trop étroits

Comme doit douloureusement au temps être étroite l'horloge

Comme dans son cœur on porte douloureusement son pays

Avec ces inoubliables détails oubliés qui vous blessent

Et soudain vous sentez en vous quelque chose qui n'obéit

Plus Est-ce l'âme Il suffit d'un parfum pour qu'elle soit éblouie

Il suffit d'une petite maison bleue et basse ô faiblesse

 

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SOURCES ET LIENS.

— Chagall, de la poésie à la peinture, catalogue d'exposition, Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture, 225 p. Saint-Thonan, 2016.

— Poème Chagall à l'Opéra :

http://www.wikipoemes.com/poemes/louis-aragon/chagall-a-lopera.php

—Site :

http://cmamusees.canalblog.com/archives/2016/02/14/33369142.html

Il ne m'est Paris que d'Elsa, Google,

https://books.google.fr/books?id=o1W26yBO-I0C&pg=PT89&lpg=PT89&dq=Et+l%27horloge+est+la+m%C3%AAme+%C3%A0+Vitebsk&source=bl&ots=WmVljnW1gm&sig=MYTR-fSp1aK9bM0040QI-BNN52M&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwibmYLn1tLOAhXF2xoKHa-4AKIQ6AEIHDAA#v=onepage&q=Et%20l'horloge%20est%20la%20m%C3%AAme%20%C3%A0%20Vitebsk&f=false

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Published by jean-yves cordier - dans Chagall
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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 08:07

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de Chagall en la cathédrale de Reims (1974) : le travail de Charles Marq.

Réédition de l'article de juillet 2014.

Menée pas à pas vers la découverte de l’artiste et de l’œuvre, je me suis souvent demandée pourquoi la cathédrale m’envahissait d’un sentiment de bien-être. Chagall y était pour beaucoup. Les teintes bleues si raffinées et les expressions des personnages qui l’habitent ont surgi comme une réminiscence. La beauté des esprits incarnés dans ces vitraux donne à chacun la possibilité d’être soi. Le sentiment du sublime et la part de rêve qui le conditionne, s’offrent à chacun des visiteurs. Un peu comme une bulle au milieu du monde moderne, rythmé et bruyant. Car ces vitraux sont du Silence, porté par l’Image. Véronique Pintelon

Voir aussi :

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Voir dans ce blog lavieb-aile les articles consacrés aux Arbres de Jessé de Bretagne:

Les sculptures :

Et les vitraux :

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Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

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L'ensemble de 73,50 m² créé par Marc Chagall en 1974 vient vitrer les trois baies 1, 0 et 2 de la cathédrale de Reims dans la chapelle axiale du déambulatoire. Le peintre, alors octogénaire, renoue ainsi avec la tradition qui, depuis la basilique de Saint-Denis en 1144, a choisi cette emplacement d'élection, à l'extrémité de l'axe qui parcourt la nef et le chœur, pour y représenter l'Arbre de Jessé —témoignant de l'Incarnation—, et la Vie de Jésus et de la Vierge — témoignant de la Rédemption—. Hautes de 10 mètres, les verrières ferment les trois baies à deux lancettes jumelles ponctuées d'une rose. Financées par "la Fédération du Bâtiment et des Travaux publics de la région Champagne-Ardenne", et par la Société des Amis de la Cathédrale de Reims présidée par la princesse Jean de Caraman-Chimay, elles remplacèrent les fenêtres de Coffetier et Steinheil du XIXe siècle, qui furent replacées dans une chapelle absidiale.

La couleur très largement dominante est le bleu, qui ne se contente pas ici d'être un "fond" comme dans les vitraux de Chartres, d'Amien ou du Mans, mais forme la matière fondamentale donnant l'impression au spectateur de baigner dans un espace aquatique pour une expérience "océanique" (selon l'heureuse expression de Romain Rolland) de profonde communion spirituelle et, viscéralement, maternelle. Cette ambiance d'aquarium s'est vite transformée, alors que j'explorais de mes jumelles l'œuvre d'art, en impression de pénétrer, en plongée, de vastes espaces sous-marins, le fameux Monde du Silence, dans un champ visuel de faible empan faisant apparaître soudainement dans les ombres glauques et mauves des laminaires et la soupe de plancton, l'éclatante surprise d'un roi des mers ou d'une sirène, évanescente rencontre qui laissait la place à d'autres muets mystères, d'autres émerveillements. Ici, un ange déployait ses larges nageoires.

Car on constatera vite que rien n'est ici transparent, malgré l'exceptionnelle diffusion de la lumière, et que chaque surface bleue est inhomogène, dépolie de plages blanchâtres, envahie de myriades de sombres animalcules ou de bulles d'origine incertaine, animée de courants de particules avant d'être trouée par un puits de lumière rutilant d'orangé, mais encore diaphane. Nous sommes loin de l'organisation réglée et hiérarchisée des arbres de Jessé qui, étage après étage, alignaient des rois ou des prophètes logés dans une mandorle ou isolés sous un dais, puisqu'au contraire ces personnages, dûment présents, se confondent avec le milieu environnant et que, de loin, seul le Christ en croix est identifiable, les tâches rouges, vertes, mauves, jaunes ou or ne révélant la présence d'un occupant que lors d'une approche explorant ces grottes énigmatiques camouflées par le veinage du verre. Rien n'est figé mais tout fluctue au rythme de lents courants de matières qui se croisent, s'interpénètrent, contournent des globes flottant entre deux eaux, s'élèvent et virevoltent.

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I. Les deux lancettes et la rose de la baie de l'Arbre de Jessé.

Chaque lancette mesure 10 mètres de haut et 1,30 mètre de large.

Les deux lancettes sont divisées en deux registres, registre supérieur consacré à la Vierge à l'Enfant adoré par les fidèles, et registre inférieur occupé par Jessé et ses fils et petit-fils David et Salomon rois de Juda, ainsi que par Saül, roi d'Israël pour lequel David joua de la harpe.

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1°) La rose :

— Les prophètes annonciateurs du Christ et au dessus, entre deux anges, le Chandelier à sept branches (Menorah), qui remplace ici les sept colombes des Arbres du XII et XIIIe siècle pour un symbole proche, celui de l'Esprit de Dieu au travail pendant l'Ancien Testament.

Quel est l'élément central ? J'y discerne trois têtes animales, deux formes humaines, et des globes. Il s'agit du prophète Elie emporté par son char de feu. Autour de lui se trouvent Isaïe, Jérémie, Daniel et Jonas avec Job et Moïse.

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2°) La lancette A (de gauche).

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— Le peuple en prière devant la Vierge :

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— David jouant de la harpe :

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— Saül le roi rejeté

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3°) Lancette B (de droite).

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— La Vierge Marie portant l'Enfant.

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— Salomon rendant la justice

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— Du flanc de Jessé sort la tige génératrice des rois de Juda.

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— Jessé ; signature de Chagall.

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II. La baie de la Vie du Christ.

1°) La Rose :

Le rayonnement de l'Esprit Saint, coiffé de la Main de Dieu Créateur.

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Les lancettes.

Le sacrifice d'Isaac. Ce sacrifice, figure de celui du Christ, est relié intentionnellement au Christ en croix par une ligne oblique, celle de la descente de croix représentée comme l'échelle de Jacob.

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2°) Lancette A.

— Le Christ sortant vivant du tombeau :

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— Le Christ descendu de la croix

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— Le sacrifice d'Isaac

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— Isaac bénit Jacob, vue partielle (Jacob en rouge, 2/3 supérieur du cliché)

— Le songe de Jacob (1/3 inférieur)

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3°) Lancette B.

— Le Christ en croix

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— Abraham et Melchisédech

Melchisédech roi de Salem (Paix) fait une brève apparition alors qu' Abraham revient de la poursuite des quatre rois ligués qui avaient vaincu les rois de Sodome et de Gomorrhe, et qui avaient emmené Loth, neveu d'Abraham :

Genèse 14:17-19 Après qu'Abram fut revenu vainqueur de Kedorlaomer et des rois qui étaient avec lui, le roi de Sodome sortit à sa rencontre dans la vallée de Schavé, qui est la vallée du roi. Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin: il était sacrificateur du Dieu Très Haut. Il bénit Abram, et dit: Béni soit Abram par le Dieu Très Haut, maître du ciel et de la terre! béni soit le Dieu Très Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains! Et Abram lui donna la dîme de tout.

—Abraham reçoit les 3 anges/hommes sous les chênes de Mambré. (Genèse 18). C'est le bel épisode du rire de Sarah, qui annonce le nom d'Isaac son fils.

L'Éternel lui apparut parmi les chênes de Mamré, comme il était assis à l'entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour. Il leva les yeux, et regarda: et voici, trois hommes étaient debout près de lui. Quand il les vit, il courut au-devant d'eux, depuis l'entrée de sa tente, et se prosterna en terre. Et il dit: Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe point, je te prie, loin de ton serviteur. Permettez qu'on apporte un peu d'eau, pour vous laver les pieds; et reposez-vous sous cet arbre. J'irai prendre un morceau de pain, pour fortifier votre coeur; après quoi, vous continuerez votre route; car c'est pour cela que vous passez près de votre serviteur. Ils répondirent: Fais comme tu l'as dit. [...] Alors ils lui dirent: Où est Sara, ta femme? Il répondit: Elle est là, dans la tente. L'un d'entre eux dit: Je reviendrai vers toi à cette même époque; et voici, Sara, ta femme, aura un fils. Sara écoutait à l'entrée de la tente, qui était derrière lui. Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge: et Sara ne pouvait plus espérer avoir des enfants. Elle rit en elle-même, en disant: Maintenant que je suis vieille, aurais-je encore des désirs? Mon seigneur aussi est vieux. L'Éternel dit à Abraham: Pourquoi donc Sara a-t-elle ri, en disant: Est-ce que vraiment j'aurais un enfant, moi qui suis vieille? Y a-t-il rien qui soit étonnant de la part de l'Éternel? Au temps fixé je reviendrai vers toi, à cette même époque; et Sara aura un fils.

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— Abraham : le songe de l'Alliance :

Genèse 17 :Lorsque Abram fut âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, l’Éternel apparut à Abram, et lui dit : Je suis le Dieu tout puissant. Marche devant ma face, et sois intègre.J’établirai mon alliance entre moi et toi, et je te multiplierai à l’infini. Abram tomba sur sa face ; et Dieu lui parla, en disant : Voici mon alliance, que je fais avec toi. Tu deviendras père d’une multitude de nations.On ne t’appellera plus Abram ; mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d’une multitude de nations. Je te rendrai fécond à l’infini, je ferai de toi des nations ; et des rois sortiront de toi.[...] C’est ici mon alliance, que vous garderez entre moi et vous, et ta postérité après toi : tout mâle parmi vous sera circoncis.[...] Dieu dit à Abraham : Tu ne donneras plus à Saraï, ta femme, le nom de Saraï ; mais son nom sera Sara. Je la bénirai, et je te donnerai d’elle un fils ; je la bénirai, et elle deviendra des nations ; des rois de peuples sortiront d’elle.Abraham tomba sur sa face ; il rit, et dit en son cœur : Naîtrait-il un fils à un homme de cent ans ? et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanterait-elle ? [...]Lorsqu’il eut achevé de lui parler, Dieu s’éleva au-dessus d’Abraham.

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Le personnage de droite peut donc être identifié comme Abram/Abraham, irradié d'or par sa rencontre avec Dieu, qui serait alors cette forme ronde couronné d'un triangle d'or et d'où partent des rayons divergents. L'oiseau serait l'Esprit de Dieu, qui correspond peut-être au verset Dieu s’éleva au-dessus d’Abraham. Tel Moïse devant le Buisson ardent, Abraham semble empli d'effroi respectueux et son corps est repoussé par le flux de la rencontre comme par une vague.

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III. La baie du couronnement des Rois de France à Reims.

1°) La rose :

— Vision de l'Apocalypse : l'Agneau entouré des quatre évangélistes, surmonté par les Attributs de la Royauté, la couronne royale, de la main de justice et de l’épée.

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2°) Lancette A.

— Les paraboles proposée aux rois de la terre :la parabole du Bon Samaritain. Ce serait une leçon de morale proposée aux rois : la parabole du Bon Samaritain qui figure en haut à droite rappelle à tous ces rois couronnés et à tous ceux qui contemplent ces vitraux que « nous serons jugés sur l'amour que nous aurons su donner aux autres. »

— Saint Louis rendant la justice

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— Le sacre du jeune saint Louis sur le parvis de la cathédrale.

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3°) Lancette B.

— La parabole du Royaume des Cieux

— Le sacre de Charles VII en présence de Jeanne d'Arc.

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— Le baptême de Clovis par saint Rémi en présence de Clotilde.

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Les vitraux de Reims : un épisode d'une histoire plus longue dans l'aventure de l'Art Sacré.

Au lendemain de la seconde Guerre, des hommes d’Eglise éclairés comme le Père Marie-Alain Couturier militent pour la diffusion des ateliers d'Art Sacré, et émettent l’idée de faire appel à des artistes même non croyants : « Il vaut mieux, estimait-il, s’adresser à des hommes de génie sans la foi qu’à des croyants sans talent. » Car selon lui : « tout art véritable est sacré ».

— Chagall a déjà conçu en 1957 des vitraux pour l' église Notre-Dame-de Toute-Grâce du plateau d’Assy, en association avec Bonnard, Braque, Léger, Matisse et Rouault, .

— En 1957, Robert Renard, architecte en chef des Monuments historiques, qui travaille alors avec l'Atelier Simon-Marq à la restauration des vitraux détériorés ou détruits par la Seconde Guerre Mondiale, a le premier l'idée de faire appel à un artiste contemporain pour créer un vitrail dans une baie ancienne, et s'adresse au peintre Jacques Villon (l'aîné des Duchamp). Ainsi sont créées les cinq baies de la chapelle du Saint-Sacrement de la cathédrale Saint-Etienne de Metz (coté sud de la nef), sur le thème de l'Eucharistie, réalisées par l'atelier de Charles Marq. Cette première tentative incite Robert Renard à solliciter ensuite Marc Chagall pour deux fenêtres du déambulatoire nord de la cathédrale de Metz. A cette occasion, le maître-verrier Charles Marq met au point un verre plaqué ou doublé

—Jérusalem, 1960 : série de vitraux, vite qualifiés de chef-d'œuvre, des Douze tribus d'Israël pour la synagogue du Centre médical universitaire Hadassah. Ils sont disposés en couronne ; la figure humaine en est exclue. Voir https://www.youtube.com/watch?v=UoirjEu4P60

Sarrebourg :

  • 1974-1976 Chapelle des Cordeliers : La Paix ou l'Arbre de Vie par Marc Chagall.
  • 1978 : Vitraux latéraux et triforium
  • 1991-1992 : vitraux d'après les cartons de Charles Marq.

—Reims.

Derrière Marc Chagall, et en amitié avec lui, le maître-verrier Charles Marq (1929-1985) ; les aspects techniques du vitrail.

Cette partie est un patchwork des articles cités en sources. J'espère n'avoir trahi personne.

Les vitraux de Reims sont nés d'une véritable amitié qui s'est développée entre le peintre Marc Chagall et le verrier Charles Marq. Mais avant d'en arriver là, il faut parler de l'atelier de la famille de verriers de Reims, les Simon.

1. La famille Simon, maîtres-verriers de Reims depuis 1640.

En-effet, c'est rencontre Brigitte Simon, et en l'épousant en 1949 que Charles Marq découvre le domaine du vitrail avant de reprendre avec elle l'atelier de vitrail. Car Brigitte est la fille de Jacques Simon, héritier d'une longue succession de maître-verriers installés à Reims depuis Pierre Simon, qui signe en 1640 un "petit chef-d'œuvre de corporation", verre peint aux émaux créé d'après la Visitation de Dürer et toujours conservé dans l'atelier. Depuis, de père en fils (ou en fille), sur douze générations, chacun a eu à cœur de transmettre son savoir-faire. Au début du XXe siècle, Jacques Simon succéda à Paul Simon, construisit en 1926 l'atelier actuel de style Art Déco au 44 de la rue Ponsardin. Au lendemain de la Première Guerre Mondiale et de ses bombardements, c'est grâce aux frottis aquarellés relevés par son grand-père Pierre-Paul entre 1850 et 1872 sur les vitraux de la cathédrale qu'il peut travailler à leur restauration ( après avoir déposés en urgence en 1917 de retour du Front où il avait été blessé le maximum des fenêtres), tout en se consacrant à la restauration de nombreuses verrières de Champagne-Ardenne et à la création de vitraux pour les édifices religieux, comme le "vitrail du Champagne" de la cathédrale, des édifices civils (Bibliothèque Carnégie de Reims).

En 1973 Benoît Marq, le fils de Charles et Brigitte entre à l'atelier et en 1981, il en reprend les rênes et dirige l'entreprise avec sa femme Stéphanie qui en devient, en 1986, directrice générale. Ils poursuivent la tradition familiale avec en parallèle un travail de restauration de grands ensemble de vitraux du XIIe au XVIe siècles des cathédrales de France, la création personnelle et la réalisation de vitraux de peintres : Vieira Da Silva, Raoul Ubac, Diana Schor… Les créations se suivent comme à l'église de Villenauxe-la-Grande dans l'Aube (200 m2 de vitraux réalisés) où à celle de Le Chesne dans les Ardennes. En 2014, après 374 années d'existence, l'atelier rémois Atelier Simon-Marq est actuellement entré dans le giron de la société Port-Royal.

"A l'ombre proche de la Cathédrale, les murs qui abritent l'atelier SIMON MARQ restent un outil de travail unique: deux immenses pièces pour le dessin et l’accrochage dont les plafonds et la verrière de six mètres de haut permettent un travail à l’échelle 1, plusieurs pièces dédiées à la fabrication, un four, une cabine de gravure et une autre de sablage, et un dédale de caves où sont conservés tous les verres.

Car la qualité des œuvres provient aussi d’une sélection rigoureuse des verres et des colorations qui sont souvent fabriqués sur-mesure afin de pouvoir rendre toute la richesse et toutes les nuances des créations. L’atelier référence ainsi une collection enrichie au gré des collaborations successives avec de grands artistes - en particulier Marc Chagall - de plus de 1200 tons, et entrepose des réserves des verres originaux utilisés pour chaque œuvre, afin de pouvoir répondre à toute demande de réparation ou de restauration. Cette démarche lui a permis de constituer le plus vaste stock existant de verres anciens, dont la plupart ne sont plus fabriqués de nos jours."

2. Biographie de Charles Marq.

Charles Marq (Paris 1923-1985) avait d'abord préparé une licence de philosophie à la Sorbonne, s'était intéressé à la musique et comme chef d'orchestre, et amateur de musique de chambre avait fondé en 1945 avec Pierre Bonnard la "Société de Musique italienne" à Reims. C'est dire que, bien que fervent amateur de peinture, il ne connaissait que peu de chose de l'art du vitrail lorsqu'il rencontra sa future épouse Brigitte Simon en 1946. A ses cotés, il en découvrira toute la magie, et le couple décida de reprendre l'atelier familial. Après la réalisation de vitraux personnels à Reims, Rethel et Lyon, Charles Marq exécute à partir de 1956 des vitraux avec les peintres Jacques Villon, Roger Bissière et Marc Chagall pour la cathédrale de Metz, et c'est avec Jacques Villon qu'il grave en 1958 ses premières eaux-fortes.

En 1959, il rencontre Joseph Sima d'où naît une longue et profonde amitié.

En 1960, il présente au Musée des Arts décoratifs de Paris puis au Museum d'Art Moderne de New-York l'exposition sur les vitraux de Chagall pour Jérusalem. En 1963, il réalise à la demande de Marguerite et Aimé Maeght lui demandent en 1963 de réaliser les vitraux de Braque et de Ubac pour la chapelle de la Fondation Maeght à St Paul de Vence ; puis l'année suivante Jacques Lassaigne le met en contact avec Poliakoff et Vieira Da Silva. Grâce à cette dernière il rencontre Denise Renard qui fera en 1968 sa première exposition personnelle à Paris, autour de ses 12 aquatintes illustrant le poème de Claude Esteban "Celle qui ne dort pas".

Il a réalisé de nombreux vitraux avec des artistes comme George Braque, Raoul Ubac, Poliakoff, Vieira Da Silva et il réalisera tous les vitraux de Chagall jusqu'en 1985.

Il est nommé Conservateur du Musée National du Message Biblique Marc Chagall à Nice en 1972, ou il restera deux ans. Tout en poursuivant son activité de peintre verrier dans le cadre de l'atelier Jacques Simon, son oeuvre personnelle devient sa préoccupation essentielle et il s'y consacrera entièrement à partir de 1982. Il sera exposé régulièrement à partir des années 70 par la Galerie Jacob à Paris. Il travaillera un peu partout, mais surtout dans le sillage de Joseph Sima, des époux Maeght.

Brigitte Simon et lui reçoivent le Grand Prix National des Métiers d'Art en 1990

Au-delà des vitraux, Brigitte Simon et Charles Marq seront donc également des peintres. Mais aussi, comme le souligne leur fils Benoît, avec Jacques Simon, « ils ont tous trois eu cette aspiration commune de recherche du beau, comme une quête mystique et spirituelle de la pureté, excluant tout artifice. il y a dans cette famille une qualité de transmission du savoir-faire, mais aussi du savoir aimer, avec l'exigence ».
De Charles Marq, François Chapon écrivait qu'il avait « révolutionné l'art du vitrail. grâce à sa sensibilité d'interprète et à son approche inventive des matériaux, il a permis à Chagall, Braque, Sima, de trouver dans la transparence de la lumière, une façon d'exprimer leur génie ».

L'aventure avec Chagall.

C'est l'architecte en chef Robert Renard qui met en relation Charles Marq et Marc Chagall. A l'époque, Marc Chagall n'est pas très satisfait du travail accompli à l'église du plateau d'Assy. Il accepte de rencontrer le Rémois. « La connexion s'est faite aussitôt, remémore Stéphanie Simon-Marq. Chagall avait une grande affection pour Charles. Il l'appelait, « mon petit Charles ». C'était son fils spirituel ».

Le peintre dépose ses valises trois ans durant dans l'atelier, venant presque chaque jour surveiller le travail en cours. L'aventure avec Chagall qui a commencé en 1958 se poursuit jusqu'à la mort de l'artiste en 1985.

Charles Marq raconte :

« Rentré à l’atelier j’essayai la gamme de tons, cherchant désormais dans le verre cette souplesse, cette continuité de la lumière. Ainsi, peu à peu, je fus amené à faire fabriquer une gamme complète de verres plaqués qui permettaient une modulation à l’intérieur d’un même verre. Par la gravure à l’acide on obtient ainsi un dégradé de valeur dans un même ton jusqu’à l’apparition du blanc pur dans la couleur, cela sans l’intermédiaire de serti noir de plomb. Cette lumière, que l’on découvre, est pour moi la vie même du vitrail, car c’est le blanc qui fait vivre la couleur, la détermine, la définit, limitant le mélange optique et jouant en tout lieu le rôle de ton de passage comme le noir le fait par le moyen de la grisaille. D’après la maquette, première proposition du peintre, Chagall attend alors ma propre proposition, faite cette fois de verres et de plombs. Et lorsqu’il dit : «Maintenant, montrez-moi ce que vous savez faire!" c’est bien de l’exigence de la liberté qu’il s’agit, de cette fois dans nos pauvres mains, capables, si Dieu le veut, de laisser passer la création. Il nous montre humblement que son génie est plus grand que lui, si grand qu’il peut aussi habiter les autres. Comme j’admire cette manière au-delà de lui-même lorsqu’il arrive à l’atelier. Mon travail est là, vitrail dont chaque point le concerne mais dont il n’est pas encore responsable. Avec quelle force il entre dans cette réalité dispersée, balbutiante, squelettique. « Je prends tout », comme il dit, ne s’attardant pas à la critique, mais sachant qu’il peut faire siennes toutes ces formes, ces couleurs qui lui sont encore étrangères. Il harmonise les verres, examinant, corrigeant, ne touchant qu’à quelques points essentiels, amis avec une étonnante précision. Et peut-être son amour de la France tient-il profondément à cet esprit de clairvoyance qu’elle lui apporte dans l’irrationnel.

Maintenant, le vitrail est « à faire ». Le verrier, comme la terre d’Adam a façonné le verre, les masses, les formes possibles, le poids de couleur nécessaire, mais le vitrail est là comme un être sans vie attendant le premier souffle. (…) Chagall travaille alors sous nos yeux éblouis. Il entre dans l’atelier avec l’exactitude d’un artisan qui sait quel travail permet qu’il sorte quelque chose, quelquefois aussi avec la précision de ces funambules qu’il aime et qui,là-haut, volent dans l’apesanteur par la grâce d’un immense travail quotidien. Artisan trouvant la vie au contact des matériaux, comme au contact des fleurs, des poètes ou des pauvres hommes. Matériaux qui, dit-il, est un talisman,… toucher ce talisman est une question de sentiment. L’idée dit toujours trop ou trop peu et l’intellect, pour lui, est resté à la porte de l’atelier. Dans l’âme, il y a une intelligence, mais dans l’intelligence il n’y a pas toujours d’âme. Il peint. La grisaille, par le seul pouvoir de la valeur et du trait, lui permettant maintenant, de tout justifier… (…) Et dans ce va-et-vient incessant le vitrail prend naissance et trouve peu à peu sa forme. Il n’y a là ni sujet, ni technique, ni sentiment, ni même sensibilité…seulement un mystérieux rapport entre la lumière et l’œil, entre la grisaille et la main, entre l’espace et le temps… comme biologique, comme moléculaire, devenant visible en rythme, couleur, proportion. Et quand le verre sembla avoir reçu son poids exact de grisaille, sa juste quantité de vie, la main s’arrête comme tenue par une autre main. Mais toute forme qui n’a pas reçu tout le sang du peintre, meurt, se flétrit, se fane, se dissout. Ah, ce n’est pas le coloriage, çà ! Pas question de rouge et de bleu là-dedans…Trouvez votre couleur et vous avez gagné. La grisaille s’étend par nappes, par accents, ordonnant, orchestrant par la valeur, jusqu’à l’instant où se perçoit cette sonorité de la couleur-sensation. Lumière…Vous la tuez ou elle vous tue, ce n’est que cela. Lumière qui traverse directement l’œuvre à peindre, qui l’anime et la fait vivre, mais qu’il faut dompter, diriger, tenir prisonnière du verre, laisser vivre à sa juste place » ( Les vitraux de Chagall, 1957-1970 cité par V. Pintelon p.47-48)

Le verre utilisé : la verrerie de Saint-Just-sur-Loire.

Le verre utilisé à Reims par l'atelier Marq est fabriqué à partir de sable de la Loire provenant des verreries de Saint-Just à Saint-Just-sur-Loire (depuis 1972 commune de Saint-Just-Saint-Rambert au NO de Saint-Etienne). Il s'agit pour les vitraux de verres soufflés, seuls capables de diffuser vraiment la lumière et, par rapport aux verres industriels, de leur donner la vibration nécessaire.

Celui-ci sera donc d'abord plaqué, découpé puis peint à la grisaille et cuit au four.

La verrerie de Saint-Just, rattachée au groupe Saint-Gobain depuis 1948, a été créée en 1826 par ordonnance de Charles X, utilisant le sable de la Loire pour le silice, le charbon des mines voisines de Saint Etienne pour les fours de fusion et le transport fluvial pour assurer les débouchés commerciaux. En 1865, Mathias André Pelletier en devient propriétaire et spécialise la Verrerie dans le verre de couleur soufflé à la bouche de la Verrerie en 1865, reprenant ainsi l’art du verre soufflé de France, de Suisse et de Bohème, art qui sera transmis de père en fils : les verriers soufflent de grands "manchons" (grandes bouteilles) qui sont ensuite aplanis pour devenir de véritables feuilles de verre. Par ses recherches Mathias André Pelletier ressuscite la splendeur des exceptionnels rouges et bleus des vitraux du Moyen-Âge et crée de nouvelles gammes de couleurs qui composent la collection la plus complète au monde. La Verrerie devient vite la référence pour les restaurations de vitraux de cathédrales et de châteaux dans toute l’Europe. 1937 est l'année de la création de la dalle de verre couleur pour l’artiste Auguste Labouret. La Verrerie de Saint-Just est devenue en Europe, le fournisseur de référence des verres et vitraux des bâtiments historiques dans le domaine de la restauration d’art.

Certains des verres utilisés par Charles Marq ont été réalisés spécialement à sa demande.

La technique utilisé : le verre plaqué ou doublé.

Charles Marq a retrouvé une technique utilisée par les verriers du Moyen-Âge et de la Renaissance , le verre plaqué (ou doublé). Il a d'abord été utilisé par ces derniers pour résoudre une difficulté technique : le verre rouge, lorsqu'il est aussi épais que les autres verres, apparaît si sombre qu'il est presque noir. Ils ont donc plaqué un verre rouge très fin sur un verre blanc d'épaisseur habituelle. Puis, ils ajoutèrent une autre technique, la gravure de ce verre rouge très fin, pour y dessiner des motifs blancs (lignes, pastilles rondes). Quoique cela concerne essentiellement alors le verre rouge, on connaît des verres plaqués et gravés d'autre couleurs (bleu notamment). L'inconvénient est que ce verre fin ancien étant plus fragile aux altérations est attaqué par la corrosion acide, faisant apparaître des mouchetures ou des plages blanches involontaires.

L'intérêt de cette technique est de disposer, dans une pièce de verre sertie de plombs et qui est d'habitude obligatoirement d'une seule couleur, de motifs blancs, ou jaune lorsqu'ils sont rehaussés d'un émail au jaune d'argent en évitant ainsi l’assemblage de plusieurs morceaux et la présence des plombs d’assemblage. Le verre est ainsi composé de deux couches différentes, l'une est fine (3/10° de mm sur les 3 mm d'épaisseur totale) et coloriée alors que l'autre est blanche ou légèrement teintée et assure la solidité.

Le verre coloré peut être diminué dans son épaisseur soit par gravage à la meule d'émeri, soit à l'époque moderne au jet de sable ou par attaque à l'acide fluorhydrique, ce qui permet de moduler la teinte en diverses modalités : les ateliers Marq font la gravure à l'acide. On peut, en faisant varier l'épaisseur de la gravure, obtenir des variations d'intensité de couleur et donc des modelés que, dans le procédé traditionnel on obtient avec des touches de grisaille. On peut même supprimer complètement le verre de couleur par endroits.

La verrerie de Saint-Just fabrique l'Art Glass Plaqué, de 2,5 à 5 mm d'épaisseur, qui doit sa particularité à la fine couche d'émail de couleur déposée sur une base de verre soufflé clair ou de couleur. C'est cet émail qui peut ensuite être gravé. Le miroitement et la brillance exceptionnelle de ce verre sont obtenus grâce aux oxydes utilisés.

Document © verrerie de Saint-Just dont le site en lien montre la palette de la cinquantaine de coloris proposée :

Croquis, dessins, maquettes: les étapes de la réalisation du vitrail.

  1. Chagall réalise des petits croquis en noir et blanc au crayon ou à l'encre de Chine au pinceau,

  2. Dessins préparatoires à l'encre de Chine, lavis, plume et crayon, avec déjà des indications d'ombre et de lumière,

  3. esquisses à la gouache et à l'aquarelle où apparaît la couleur, et décidant du rythme général des plombs.

  4. Maquettes où les masses de couleurs s'organisent selon le mouvement de papiers découpés, de gaze teintée et d' étoffes collées. Dans les grandes maquettes, qui serviront pour la construction générale de la mise au plomb, les rythmes et les couleurs sont établis, mais l'emplacement des plombs n'est que suggéré, restant de la compétence du verrier.

  5. Intervention de Charles Marq, interprète du peintre. Il s'assure auprès de la verrerie Saint-Just de la préparation des échantillons de verre correspondant au spectre chagallien. Il entreprend la mise au plomb générale et reporte le dessin sur le verre pour procéder à sa découpe.Puis vient le carton à grandeur d’exécution, déterminant le tracé des plombs que Chagall considérait comme « les os » de la verrière, la grandeur des verres à découper et les valeurs colorées aux tonalités chaudes et froides. Chaque plomb épouse sensuellement les formes des personnages et donnent à l’ensemble une harmonie secrète

  6. Nouvelle intervention de Chagall qui doit se réapproprier son œuvre. À la lumière, devant la fenêtre, commence alors un long travail de révision, Chagall travaillant à exalter la couleur et à libérer la lumière, faisant reprendre plusieurs fois certaines parties, discutant et justifiant chaque plomb et chaque verre pour exalter la couleur et libérer la lumière. C'est le vrai travail de peinture sur verre : usage de la grisaille, l'émail brun, noir ou gris étant travaillé par des coups de brosse, de griffes, de piqûres en tons de noirs opaques, de gris transparents et d'espaces de lumière crue ; usage du jaune d'argent avec ses tons jaune pâle à orangé sur les fonds blancs, vert brillant sur le verre bleu ; recours à la gravure en grattant les plaques colorées et les affinant, ici et là, par une application d'acide. La gravure permet ainsi d'éclairer la couleur, comme la peinture sur verre permet de lui donner une ombre.

  7. Charles Marcq entreprend la mise au plomb générale.

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Ré-examiner le vitrail selon ces données techniques.

Je reprends, après avoir acquis ces notions techniques, n'importe laquelle des vues de détail pour y appliquer ces découvertes. Prenons par exemple celui-ci :

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Le réseau des plombs montre combien il participe à la dynamisation du dessin, entraînant chaque pièce dans un mouvement d'ensemble, et on peut passer un long moment à se laisser porter par cette animation des lignes.

En me livrant à cet examen, je découvre aussi la signature Marc Chagall Reims 19.. du coin inférieur gauche.

L' aile droite, le corps de l'oiseau et sa queue sont taillées dans trois pièces vert clair, mais la couleur a été ôtée en grande partie par l'acide ; le vert restant, loin d'être homogène, a été atténué par des passages plus légers qui tracent des sortes de vermicules. Quelques traits à la grisaille sombre structurent le corps, et une grisaille plus pâle vient nervurer l'aile. La pièce de la tête semble blanche, mais elle est ourlée de bleu, ce qui ne peut être obtenue qu'en étant parti d'un verre entièrement bleu et largement décoloré par l'acide fluorhydrique ; l'œil est fait d'une tache de grisaille, mais le peintre a aussi tracé un réseau grus clair et un trait pour la bouche. L'aile gauche est violette, mais comment ce violet a-t-il été réalisé ? J'examine les autres pièces teintées de violet du panneau, et je constate que cette teinte est toujours associé au bleu : le verrier n'a pas utilisé un verre violet, mais il a (sans-doute) appliqué un émail rouge ou rose sur le verre bleu.

De même, la tache jaune orangée de l'épaule droite du personnage n'est pas cernée de plomb, ce n'est pas un verre jaune, mais un verre bleu qui a été blanchi à l'acide puis peint au jaune d'argent et veinuré de grisaille.

Chaque verre fait l'objet d'un travail très complexe, comme le révèle un très gros plan du visage d'Abraham :

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Enfin, pour apprécier les choix techniques effectués, je placerai ici en comparaison la vue d'un panneau du vitrail voisin, réalisé en 2011, également par l'atelier Simon Marq et par l'atelier Duchemin de Paris sur un carton du peintre Imi Knoebel : le verre ne vient pas de la verrerie Saint-Just mais d'une verrerie allemande, il n'y a pas de peinture des verres en grisaille, pas d'application de jaune d'argent, pas de gravure du verre, et les pièces sont des monochromes bleues, rouges ou jaunes. Enfin le dessin est purement abstrait.

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Note : les critiques sont non seulement admises, mais elles seront accueillies avec gratitude.

Sources et liens.

PINTELON (Véronique) 2004 Les conditions artistiques, administratives et historiques de la réalisation des vitraux de Marc Chagall à la cathédrale de Reims http://www.cathedrale-reims.culture.fr/documents/chagall-pintelon.pdf

MARTEAU (Robert) 1971 Les vitraux de Chagall 1957-1970, Postface de Charles Marq, chez A.C Mazo éditeur, Paris.

PARDOUX (Pierre) De quelques considérations sur la technique du vitrail,http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/34409/ANM_1984_192.pdf?sequence=1

http://www.lunion.presse.fr/article/culture-et-loisirs/atelier-simon-marq-lart-du-vitrail-de-pere-en-fils

http://www.lunion.presse.fr/article/autres-actus/brigitte-simon-et-charles-marq-hommage-a-deux-etres-%C2%AB-solaires-%C2%BB

http://www.britishpathe.com/video/marc-chagall-works-on-a-series-of-stained-glass-wi

— A propos de Charles Marq et de son atelier:

- Les grandes familles de verriers http://www.lexpress.fr/informations/les-simon_649306.html

-biographie : http://galeriesabinepuget.com/old/artistes/marq_bio.php

- Articles de l'Union L'ardennais

- http://www.cathedrale-reims.culture.fr/vitraux-marc-chagall.html

- http://www.franceinter.fr/dossier-marc-chagall-la-tapisserie-de-verre

- http://www.limousin.culture.gouv.fr/IMG/pdf/plaquette_internet_voutezac-2.pdf

- http://www.gaumontpathearchives.com/indexPopup.php?urlaction=doc&langue=EN&id_doc=218544

http://www.ateliersimonmarq.com/public/site/parutions/131201%20geo%20magazine/

131201%20ASM-%20Geo-Magazine.pdf

-https://franckjegou.wordpress.com/tag/atelier-simon-marq/

— Site de la verrerie de Saint-Just : http://www.saint-just.com/fr

— Chagall à Metz ; http://espacetrevisse.e-monsite.com/pages/mes-travaux-personnels-notes-etudes/vitraux-chagall-a-metz.html

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Published by jean-yves cordier - dans Chagall Arbre de Jessé Vitraux
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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 13:44

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Cette verrière de 12 m de haut sur 7 m de large  porte aussi le titre "La Paix", que j'éviterai afin d'éviter toute confusion avec le vitrail de l'ONU à New-York (1964), et parce que le titre "L'Arbre de Vie" est en adéquation parfaite avec l'œuvre de Sarrebourg. L'Arbre de Vie est un thème présent depuis le début de l'Histoire dans toutes les Civilisations, en dehors ou dans le cadre des symboles religieux. Il est à la fois lié au chandelier à sept branches hébraïque, à l'Arbre de Vie de la Genèse (Gn 2:9) placé dans le Paradis avec l'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, ou à l'Arbre de Jessé de la Généalogie de Jésus. 

Mais j'aime ce vitrail parce qu'il peut simplement représenter la floraison de la Vie, née de la Terre et de la Mère et trouvant son épanouissement dans l'Amour, symbolisé par l'étreinte qui unit le couple central. Mille visages sont discernables dans les ballons rouges qui l'entourent.

Mon blog se nomme lavieb-aile, et cette image de la Vie belle et odorante comme un bouquet pourrait lui servir d'emblème.

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L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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La signature (coin inférieur droit).

Lorsque la municipalité de Sarrebourg décida de restaurer la chapelle des Cordeliers, le projet fut confié à Robert Renard, architecte en chef des Monuments historiques, et à Eugène Voltz, architecte des Bâtiments de France. Seul le chœur gothique fut restauré et l'ancienne caserne qui occupait la nef fut démolie. La baie qu'occupe actuellement le vitrail était fermée, et Robert Renard proposa de l'ouvrir et de faire appel à Marc Chagall pour y créer un vitrail. En 1959, l'architecte avait déjà demandé à Chagall de créer les maquettes des vitraux du déambulatoire nord de la cathédrale de Metz. Dès 1957, Marc Chagall venait régulièrement à Reims, où il travailla, en collaboration avec l'Atelier Jacques Simon, à la réalisation d'un certain nombre de projets importants en France et dans le monde (cathédrale de Metz, siège des Nations-Unies à New-York, église de Tudeley, chapelle Rockefeller à Pocantino Hill, etc.). Contacté, Marc Chagall accepta de créer un vitrail à Sarrebourg à condition que celui-ci soit réalisé par Charles Marcq dans l'atelier Simon de Reims (où fut également créer l'Arbre de Jessé de la cathédrale de Reims).

Dans un courrier à Pierre Messmer, maire de Sarrebourg, Chagall exprime l'intention de traiter le thème de la Vie en lien dans son esprit avec celui du Paradis. En 1974, il exécuta une suite de six esquisses à l'aquarelle, à la gouache, à l'encre de Chine et  au crayon, en utilisant des collages de papiers et de tissus. L'élément central est un bouquet éclatant qui jaillit sur le fond bleu et que viennent entourer d'autres scènes colorées, dont les figures seront ensuite dessinées avec précision à l'encre de Chine.

Mais Chagall ne colle pas seulement des morceaux de papiers gouachés (comme le faisait aussi Matisse pour le vitrail de la chapelle de Saint-Paul-de-Vence, mais aussi des morceaux de son œuvre picturale existante : ce vitrail est un puzzle de pièces qui appartiennent notamment, nous le verrons, au corpus des 105 gravures de Bible (préparée dès 1925 avec Ambroise Vollard et parue en 1956 chez Tériade).

En effet, Marc Chagall, né en 1887 dans la ville russe de Vitebsk dans une famille juive, scolarisé pour le primaire au heder (école juive),  et dont le grand-père était chantre de la synagogue, a été imprégné par les textes du Tanakh : la Torah (Pentateuque), les Nev'im (Prophètes) et les Ketouvim (les Hagiographes). En 1906-1907 et jusqu'en 1909, il suit des cours d'art à Saint-Petersbourg où il a l'occasion de découvrir la peinture religieuse orthodoxe liée au Nouveau Testament. Il peint La Sainte Famille (1909), puis lorsqu'il est à Paris Adam et Ève (1911) et le Golgotha en 1910.

Mais ses découpages puisent aussi dans son œuvre profane, dans son bestiaire, dans ses peintures de couples. 

 

 Esquisse de 1974 : Nice, Musée national Marc Chagall : http://www.photo.rmn.fr/archive/00-015359-2C6NU0VU2K4U.html

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Charles Marcq et Robert Renard présentèrent officiellement la maquette définitive à Pierre Messmer le 18 avril 1974. 

 Esquisse, 1974 : http://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CO5PCD8OXUO8#/SearchResult&VBID=2CO5PCD8OXUO8&PN=1

 

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1976 : la maquette est divisée par le quadrillage en 9 panneaux, ce qui est également le cas du vitrail. Mais dans celui-ci, chaque rectangle délimité par les épaisses barlotières sont eux-mêmes divisés en 15 à 20 panneaux, avec une certaine irrégularité des lignes verticales.

http://www.revendeurs.rmngp.fr/fr/catalogue/produit/2608-la-chapelle-des-cordeliers-sarrebourg-la-paix-ou-arbre-de-vie.html?r=L2ZyL2NhdGFsb2d1ZS9yZWNoZXJjaGUvNT9hcj1tYXJjLWNoYWdhbGwtMTg4Ny0xOTg1Jm9yZGVyQnk9YWxwaGFfYXNj

 

 

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Le vitrail est signé Marc Chagall REIMS 1975 St Paul 1976. Reims mentionne le séjour de Chagall à l'atelier du maître-verrier Jacques Simon (1890-1974) et de sa fille Brigitte, l'épouse du verrier Charles Marq.

"St Paul" renvoie bien-sûr à Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes), où Marc et Vava Chagall habitèrent de 1966 à 1985 dans leur grande maison baptisée "La Colline", peignant d'innombrables paysages de Saint-Paul de Vence où des couples d'amoureux, nichés dans des ciels bleus toujours sereins, côtoient oiseaux et bouquets de fleurs, flottant au-dessus du village et de ses remparts. Cette omniprésence des bouquets et du couple d'amoureux, dans un contexte non religieux, peut nous aider à interpréter le vitrail.

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L'Arbre de Vie (1976) : signature de Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

L'Arbre de Vie (1976) : signature de Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

Chagall peignant,  photographie lavieb-aile d'une photo lors de l'exposition Chagall Landerneau juin 2016. .

Chagall peignant, photographie lavieb-aile d'une photo lors de l'exposition Chagall Landerneau juin 2016. .

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Lorsqu'on entre dans la chapelle, on est frappé par la monumentalité du vitrail dont la couleur bleue prédomine. On discerne immédiatement qu'un couple d'amoureux est peint au milieu de verdures et d'un foisonnement de taches multicolores évoquant des fleurs. Si on se rapproche, c'est la partie basse qui devient accessible au regard, et on aperçoit, comme adossée, une mère tenant un enfant. Ailleurs, levant les yeux, une foule de personnages, d'animaux, évoquent dans la mémoire le vocabulaire pictural de Chagall, mais quel est le fil conducteur de tout cela ?

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L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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Pour m'y retrouver, j'ai divisé le vitrail en huit secteurs thématiques : l'Arbre au centre (2) lui-même divisible en deux registres ; la Terre (1) centrée par la Mère et son enfant. Puis, tournant autour du feuillage-bouquet de gauche à droite, des scènes évangéliques ou bibliques : l'Entrée de Jésus à Jérusalem (3), la Crucifixion (4), le Sermon des Béatitudes (5), et un regroupement d'objets évoquant le monde juif de l'enfance de Chagall (6) et les scènes évoquant Abraham et Isaïe (7  à 8). Ce schéma est aussi celui que je retrouve ensuite dans les descriptions suivant lesquelles "Autour du bouquet, les scènes représentées participent à l’élaboration du message universel de paix confrontant Ancien (Isaïe, la vision d’Isaïe, les tables de la Loi, la Ménorah, Abraham et les trois anges, David) et Nouveau Testament (la Crucifixion, l’entrée du Christ dans Jérusalem, le sermon sur la montagne). "

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L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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1. LA TERRE / LA MÉRE.

Dans une dominance de couleurs bleu-métal et vert (une seule petite pièce rouge), de formes triangulaires ou géométriques à sommets aigus (les seules formes rondes sont celles de la femme et de deux cerfs), la base du vitrail, qui sert d'implantation à l'arbre, contraste par sa froideur avec l'envolée de balles, de cerises ou de pétales du bouquet central. Les lignes qui se croisent forment ici peut-être des terrains cadastraux, là sûrement des édifices avec quelques clochers. Nous sommes loin de Gaïa, la Terre nourricière. Plus loin encore du jardin d'Éden, le paradis de la Genèse, arrosé par les quatre bras d'un fleuve généreux. 

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1. La Terre/ La Mère, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

1. La Terre/ La Mère, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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Mais au centre de ce paysage horizontal, et peu discernable d'abord, à coté d'une maison, nous voyons une femme à la tête voilée (nimbée ?), tenant son enfant sur la hanche gauche. Les verres, bleus et blancs, sont cerclés par des plombs qui dessinent une courbe douce, en conque. La femme penche la tête vers la droite et  légèrement vers le bas, et on ne sait si ses yeux noirs nous regardent, ou si elle est perdue dans ses pensées. L'enfant se résume à un cercle, trois ronds et la silhouette du nez. 

Ce couple mère-enfant est adossé à deux lignes en V montant vers le haut qui dessinent le tronc de l'Arbre de Vie. Je pense immédiatement à l'Arbre de Jessé, où le tronc naît du corps du patriarche à l'origine des rois de Juda avant de donner sa dernière tige, la Vierge, et son rejeton, l'Emmanuel. C'est ici l'inverse, et si on voit ces deux figures comme la Vierge et Jésus, ce sont eux qui servent de point d'origine à l'Arbre. Ce qui n'est pas une incongruité théologique si Marie est présentée comme la nouvelle Éve. Mais est-ce l'idée de Chagall ?

La femme est peut-être, tout simplement, la propre mère de Chagall, qu'il se représente, dans les lointais bleutés de ses souvenirs et de ses émotions,  le tenant dans ses bras pour nous dire : toute la floraison de ma vie a débuté là !

Ou bien, plus généralement, c'est la dualité Mère-Enfant qui est placée ainsi à la base de l'arbre existentiel, puisque tout amour humain s'y enracine.

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  La Mère et l'Enfant au pied de l'Arbre, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

La Mère et l'Enfant au pied de l'Arbre, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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 La Mère et l'Enfant au pied de l'Arbre, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

La Mère et l'Enfant au pied de l'Arbre, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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 La Mère et l'Enfant au pied de l'Arbre, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

La Mère et l'Enfant au pied de l'Arbre, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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Ce verre est soufflé de bulles oblongues qui tombent en pluie diagonale et créent un effet impressionnant, dans lequel je vois tantôt la marque de chagrins accumulés (la Mère devient une Mater Dolorosa), tantôt les rayures d'un vieux cliché dans un album de famille (c'est une vieille photo de grand-mère). Ou encore un verre de Murano sur laquelle une belle aurait laissé la trace de ses lèvres noires.

 

 La Mère et l'Enfant au pied de l'Arbre, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

La Mère et l'Enfant au pied de l'Arbre, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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Dans la partie droite, Chagall a peint des cerfs, des bois, des maisons pour évoquer le pays de Sarrebourg, comme l'avait souhaité Pierre Messmer. Mais c'est un pays très ancien, submergé par des eaux glauques . Ce cerf tire sa féerie des forêts de Chrétien de Troye. Entre deux mondes.

 

 verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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II. L'ARBRE DE VIE / LE COUPLE.

Depuis le sol, l'Arbre s'élève, avec sa base  verte et ligneuse, qui s'élargit brusquement en une floraison d'un rouge soutenu.

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2. L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

2. L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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2. L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

2. L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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2. L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

2. L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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2. L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

2. L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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Au sommet partiel de ce bouquet, un être descend en volant, venant de la droite. Il pourrait s'agir d'un ange, si les hommes et femmes volant comme dans le conte de Peter Pan n'abondait pas dans la peinture de Chagall, toujours lié à la liberté que confère le sentiment amoureux, et l'art.

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2. L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

2. L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

LE COUPLE.

Si on considère que l'Arbre est celui du Paradis, ce couple est celui d'Ève et d'Adam : Chagall n'est pas contre, et il l'a placé sous de vertes frondaisons d'un possible pommier, tandis qu'il a laissé courir à coté des formes serpentines. 

Mais s'il s'agit de l'arbre de l'existence humaine (ou de celle de Marc Chagall), s'il a pris racine dans la relation duelle de la mère aimant son enfant, s'il s'est développé dans les vertes années enfantines, s'est brûlé aux rouges passions adolescentes, alors ce couple est celui de la relation amoureuse : c'est le couple stéréotypé des amants de Peynet (1908-1999) : c'est le couple éternel, Tristan et Iseult, Roméo et Juliette et Paul et Virginie. 

 

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2. L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

2. L'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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Chagall peint Adam et Ève, mais aussi Lui et Bella, Lui et Virginia, Lui et Vava. Les amants nous regardent, elle de face, lui de trois-quart avec un œil malicieux, presque un clin d'œil de complicité.

 

 Les amants de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

Les amants de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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3. L'ENTRÉE DE JÉSUS A JÉRUSALEM
 

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3. L'Entrée à Jérusalem, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

3. L'Entrée à Jérusalem, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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3. L'Entrée à Jérusalem, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

3. L'Entrée à Jérusalem, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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Il y a, en raison du fond bleu et des lumières orangées brillant comme des lampions, une ambiance de fête. C'est la fête des Rameaux où les habitants étendent des vêtements devant l'ânon que monte Jésus et agitent des palmes. C'est aussi la joie de toute belle journée, où les gens rient, sont heureux, dans une atmosphère paisible et bon-enfant, comme dans les souvenirs d'enfance de Chagall où l'on se rendait à la foire. 

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3. L'Entrée à Jérusalem, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

3. L'Entrée à Jérusalem, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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3. L'Entrée à Jérusalem, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

3. L'Entrée à Jérusalem, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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Une citation possible: L'Arc-en-ciel (1927), détail.

 

L'Arc-en-ciel (détail), 1927,  photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall Landerneau juin 2016. .

L'Arc-en-ciel (détail), 1927, photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall Landerneau juin 2016. .

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Le roi David.

David joue de la harpe, et anime de sa musique la scène, comme ailleurs les joueurs de violon et de clarinette.

Chagall reprend le David gravé puis peint pour Bible (1956).

 

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David jouant de la harpe, 3. L'Entrée à Jérusalem, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

David jouant de la harpe, 3. L'Entrée à Jérusalem, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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Cantique de l'arc (détail), in Bible, gravure 66 tome II, photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall Landerneau juin 2016. .

Cantique de l'arc (détail), in Bible, gravure 66 tome II, photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall Landerneau juin 2016. .

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4. LA CRUCIFIXION DU CHRIST.

C'est une "Crucifixion" (un soldat romain monté sur l'échelle clouant le poignet droit), mais quel est cet homme lisant un livre ? Bizarrement, la Vierge tient son Enfant et semble lui donner le sein. La scène n'a pas d'exactitude littérale, elle a celle du monde onirique de l'artiste. Là encore, Chagall cite des œuvres antérieures qui "expliquent" ces particularités.

 

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4. La Crucifixion, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

4. La Crucifixion, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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Dans La Crucifixion en  jaune de 1942, une femme allaitant son enfant figure aussi juste au pied du Christ. Elle fuit, avec sa chèvre, les persécutions et son village en feu. Le Christ porte sur le front son tefillin, dont les lanières s'enroulent sur le bras gauche : ce "serviteur souffrant " est donc ici manifestement juif et témoigne des souffrances subies par son peuple. Cela montre la complexité de la figure du Christ pour Chagall, et des scènes qui figurent sur le vitrail. 

 

La Crucifixion en  jaune (Huile sur lin, 1942, Centre Pompidou, Paris) photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall Landerneau juin 2016. .

La Crucifixion en jaune (Huile sur lin, 1942, Centre Pompidou, Paris) photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall Landerneau juin 2016. .

4. La Crucifixion, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

4. La Crucifixion, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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En dessous, il semble s'agir de l'Assomption (ou d'une pâmoison ?) : la Vierge —ou du moins, une femme—  est entourée de trois anges .

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4. La Crucifixion, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

4. La Crucifixion, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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4. La Crucifixion, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

4. La Crucifixion, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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5. JÉSUS PRÊCHANT A SES DISCIPLES.

 

On imagine volontiers, connaissant Chagall, que cette prédication est le Sermon des Béatitudes. D'autant plus logique dans une chapelle de Cordeliers, c'est à dire de moines franciscains

" Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux.
 Heureux les affligés, car ils seront consolés.
 Heureux les doux, car ils posséderont la terre.
 Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés.
 Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
 Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
 Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux.
 Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement contre vous toute sorte d'infamie à cause de moi. " (Mt 5:3-11)

 

5. Jésus prêchant à ses disciples, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

5. Jésus prêchant à ses disciples, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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6. SCÈNE BIBLIQUE (?).

Je vois ici : un "bœuf" ; un chandelier à trois branches rappelant la Menorah (à sept branches)  ; les Tables de la Loi ; deux oiseaux ; un visage de jeune-fille coiffée d'une voilette .

Je ne sais pas comment réunir tout cela.

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6. Scène biblique ?, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

6. Scène biblique ?, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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6. Scène biblique ?, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

6. Scène biblique ?, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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6. Scène biblique ?, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

6. Scène biblique ?, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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6. Scène biblique ?, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

6. Scène biblique ?, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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7. LA VISION D'ISAÏE.

C'est encore plus difficile. Je vois un être barbu volant ou bénissant ; un diable ; un bélier ; un lion ; un serpent ; d'autres personnages et d'autres animaux cornus. 

Il s'agit d'une référence à la Vision d'Isaïe dans Is 11:6 : "Le loup habitera avec l'agneau. Et la panthère couchera avec le chevreau ; le veau, le lionceau, et le bétail qu'on engraisse, seront ensemble. Et un petit enfant les conduira."

Donc une référence à la Paix. Mais oui, je vois le petit garçon qui les conduit !

Cette scène est reprise d'une part à l'eau-forte gravée pour Bible (1956), d'autre-part au vitrail de la Paix de 1963-64 ornant le bâtiment de l'O.N.U à New-York.

 

 

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7.Vision d'Isaïe , verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

7.Vision d'Isaïe , verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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Esquisse préparatoire à l'encre de chine du vitrail La Paix, ONU, New-York 1963, Photo (C) RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Gérard Blot 

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La gravure sur cuivre pour l'édition de la Bible :

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Marc Chagall, Gravure à l'eau-forte pour Bible. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall, Landerneau juin 2016.

Marc Chagall, Gravure à l'eau-forte pour Bible. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall, Landerneau juin 2016.

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7. Vision d'Isaïe, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

7. Vision d'Isaïe, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

7.  Vision d'Isaïe. verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

7. Vision d'Isaïe. verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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7.Vision d'Isaïe , verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

7.Vision d'Isaïe , verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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8. ABRAHAM ET LES TROIS ANGES. L'HOSPITALITÉ FÉCONDE.

 Un personnage tient ce que je crois d'abord être un livre devant un groupe de quelques anges. Il s'agit d'Abraham dans l'épisode du Chêne de Mamré  (Genèse 18:1) : Abraham, dont la femme Sara est stérile, reçoit la visite de trois hommes et leur donne l'hospitalité. En retour, l'un d'eux annonce que, dans un an, Sara aura eu un fils. La vieille Sara pouffe de rire à cette possibilité hors de son âge, ce qui déplait à Yahwé (les hommes étaient en fait des anges).

L'identification de la scène n'a d'abord pas été aisée, mais elle est une auto-citation de gouaches sur papier (1931), de gravure sur cuivre et d'huiles sur toile (1940 et 1960) dans lesquelles la reconnaissance du récit biblique est claire. Trois temps sont représentés, celui où Abraham se prosterne devant les anges, celui où il les sert à table, et celui où il les accompagne vers Sodome. Mais ici, ne sommes-nous pas juste avant l'arrivée des anges, alors qu' Abraham lit pieusement, "assis  à l'huis du tabernacle sur la chaleur du jour" ?

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8. Abraham et les trois anges, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

8. Abraham et les trois anges, verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile.

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Une page de Bibleéditée par Tériade en 1956 et imprimée par les presses de l'Imprimerie Nationale en caractères Romain du Roi corps 32 (XVIIIe).

 

Abraham et les trois anges, texte de Bible  : Photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall, Landerneau juin 2016.

Abraham et les trois anges, texte de Bible : Photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall, Landerneau juin 2016.

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Gravure de Chagall, eau-forte et pointe sêche,  pour ce texte.

 

Chagall, Abraham et les trois anges, in Bible (1956) : Photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall, Landerneau juin 2016.

Chagall, Abraham et les trois anges, in Bible (1956) : Photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall, Landerneau juin 2016.

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Abraham et les trois anges, Huile sur toile (1940-1950).

Il s'agit d'un temps postérieur à la scène d'accueil qui précède : Abraham sert les anges à sa table. J'ignore quel est l'objet que Abraham tient devant lui.

 

Abraham et les trois anges, 1940-1950, coll. particulière, photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall, Landerneau juin 2016.

Abraham et les trois anges, 1940-1950, coll. particulière, photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall, Landerneau juin 2016.

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9. LA MUSIQUE DES COULEURS.

Ce bouquet de vie résulte surtout d'une attention portée à l'harmonie et au rythme des couleurs.

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verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile

verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile

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L'examen rapproché des fleurs du bouquet montre que celui-ci est fait de mille et un visages humains et animaux : l'Arbre de Vie est fait de cette matière relationnelle d'où émerge le couple fondamental.

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verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile

verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile

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verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile

verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile

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verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile

verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile

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verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall,  chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile

verrière de l'Arbre de Vie (1976), Marc Chagall, chapelle des Cordeliers de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile

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Marc Chagall, Autoportrait au sourire (détail), 1924-25, , photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall Landerneau juin 2016. .

Marc Chagall, Autoportrait au sourire (détail), 1924-25, , photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall Landerneau juin 2016. .

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SOURCES ET LIENS.

— "La symbolique du vitrail de Chagall à Sarrebourg"

http://fr.calameo.com/read/0020290463ba901c58e6a

— Marc Chagall sur le site kerdonis.fr :

 http://kerdonis.fr/ZCHAGALL/page6.html

— Chagall et la Bible : dix fiches d'œuvres (Musée d'Histoire et du judaïsme)

http://www.mahj.org/fr/documents/pedago/Chagall-et-la-Bible-Dix-fiches-oeuvres.pdf

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Published by jean-yves cordier - dans Chagall Vitraux Sarrebourg
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