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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 19:54

L'église Notre-Dame de Rumengol (29).  I. Les inscriptions lapidaires.

Épigraphie lapidaire gothique XVIe siècle.

 

Voir aussi :

 

 

Et sur Rumengol :

 

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J'explore ici les inscriptions visibles à l'extérieur de l'église de Rumengol.

 

L'église Notre-Dame de Rumengol, lieu de pèlerinage attesté dès le 14e siècle, est un monument historique classé depuis 1985. La construction de l'édifice originel est attribuée au roi Grallon (5e siècle) et à saint Guénolé. La notice de la Base Mérimée PA00089926 © Monuments historiques, 1992 indique que   "L'édifice date du XVIe siècle (les deux porches, les portes et fenêtres, les murs du transept) par les Quelennec, vicomtes du Faou et fut largement reconstruite au XVIIIe siècle entre 1731 et 1754 (chœur, ajout des bras du double transept)."

Pourtant, le calvaire porte des armoiries qui le font dater entre 1433 et 1457, et les sculptures du porche sud ont conduit A. Mussat puis E. Le Seac'h à le dater vers 1468.

La première date inscrite sur l'église ne doit donc pas être considérée rapidement comme celle de sa fondation.

 

I. L'INSCRIPTION DU REBORD DE FENÊTRE SUD. 1523.

 

Sur la pente de l'appui de la fenêtre sud située à droite du porche, devant le calvaire,  on peut apercevoir une inscription en lettres onciales gothiques, dont la première ligne est en partie masquée par le grillage de protection du vitrail.

 : LAN : MIL :

- Vcc XXIII [Q]A (ou plutôt VccXXIJ A = 1524, à )

- H : GOUV  

- DE C  : FIST -

-- : C [3?]  : PIER

CIL. 

La lecture de cette inscription est incertaine. Sa transcription l'est encore plus . Le site Infobretagne donne : « L’an mil cinq cent vingt trois, Q(uéné)ah ( ?), gouverneur) de c(éans) tailla c(ette) pierre ». 

 

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Inscription de la pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de la pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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II. L'INSCRIPTION DE FONDATION. 1536.

 

Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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La première chose qui apparaît avec évidence lorsqu'on la découvre, dans la lumière tamisée par les pins du placître, c'est sa beauté. Si on s'en approche, on pressent qu'il s'agit d' un chef-d'œuvre de sculpture. 

1. Description.

Je décrirai d'abord son installation dans une fausse porte en anse de panier, inscrite sous une arcature gothique. Un rinceau de vignes alterne une marge feuille et son cep avec une grappe à une dizaine de reprise.

La pierre sculptée est rectangulaire, plus large que haute. C'est une pierre de  kersanton à grain fin, dont les caractères sont sculptés en réserve et donc en relief. On évalue sans peine la qualification nécessaire pour découper la pierre en préservant les fûts graciles des lettres. Elle comporte six lignes horizontales sans cadre, ni marges ni réglures,  d'une écriture gothique arrondie. Les quelques 75 à 78 lettres sont des majuscules gothiques pour la plupart, et seules les lettres D, G et H sont en onciales. Le style n'est pas le même pour les deux dernières lignes, dont les lettres sont moins hautes, plus épaisses et moins ornées. L'ensemble est, globalement, en très bon état de conservation, malgré quelques réserves qui seront faites plus loin.

–Dimensions : 58 cm de long sur 47 cm de large.

–Hauteur des lettres : 8 cm pour les 3 premières lignes. 5,5 cm pour les deux dernières.

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Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Examinons les premières lettres : LA

Le fût ou haste du L est perlé par l'adjonction d'une perle entière de chaque coté. Chaque extrémité du fût se termine en fourche dont chaque branche reçoit un empattement, ce qui forme à la base et au sommet un triangle à peine ouvert ou un losange. Ces extrémités  en losange évidé se retrouveront sur chaque lettre à la place des empattements habituels. Ces élargissements distaux évoquent aussi ceux de la croix dite "pattée".  Je les désignerai faute de mieux sous le nom de "patte en carreau" (de carte à jouer). 

 La traverse horizontale du L est remplacée par un crochet à deux  pattes à carreau.

Le A est doté au niveau de sa pointe d'une traverse ou plateau débordant et d'une barre transversal à chevron. Ce chevron forme une boucle à son sommet. 

Les fûts de ces lettres sont droits, mais leurs bases élargies par les "pattes à carreau" leurs donnent un aspect convexe. 

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Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Ponctuation.

Chaque mot est séparé du voisin par un deux-points. Sur la première ligne,  les deux points de ces derniers sont réunis par une ligne en "ouïe de violon" ou en "f", selon un procédé retrouvé aussi en la chapelle de Rocamadour à Camaret (1527), et à l'église Saint-Sauveur du Faou (1593). 

Seulement, la ligne en question s'est brisée et n'apparaît plus qu'en pointillé. Cela s'est peut-être produit lors de la sculpture de la première ligne, amenant l'artisan à se contenter ensuite de d'un point en losange plein sur la seconde ligne, de retenter un eux-points en "ouïe de violon" en fin de ligne, puis d'y renoncer ensuite au profit d'un deux-points en losanges pleins.

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Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Sur l'image précédente, j'ai cerclé aussi le caractère en forme de 3 que je lis comme une lettre Z gothique du mot CENTZ (voir Lecture infra), agrémentée de son empattement.

 

 

 

Exemple de graphie : A deiz en deiz (Catholicon, 1521)

L'orthographe "centz" se trouve dans l'Histoire de Bretaigne d'Argentré, ed. 1588. 

Ou tout simplement sur la plaque de fondation de la chapelle de Bonne-Rencontre à Rohan, dans l'écriture du chiffre 1510  sous la forme" mill cinq centz X"

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On comparera cette écriture gothique où prédominent les  majuscules en dentelle courbe, gracile et exubérante avec celle, beaucoup plus sobre  de la fondation par Jehan II de Rohan du Pont de Landerneau (1510), en minuscules gothiques aux fûts droits serrés, et réguliers mais non dépourvus d'ornementation, et avec celle de l'église toute proche de Saint-Sauveur du Faou, plus tardive (1593) , en minuscules gothiques à empattements très discrets, aux fûts également droits comme une gothique textura, mais dont les jambages s'envolent en courbes gracieuses.

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2. Sa lecture et son interprétation.

Le XVIe siècle n'est pas si éloigné de nous. Pourtant, déchiffrer une inscription lapidaire, sur le mur d'une église bretonne, peut s'avérer un exercice plein d'embûches. Celle de Rumengol m'en offre un nouvel exemple. Malgré une similitude apparente des transcriptions des auteurs de référence en matière de description du patrimoine religieux du Finistère, un examen attentif montre des différences infimes, mais significatives.

1°) Le premier sans doute à la relever fut le chevalier de Fréminville en 1832. Il écrit :

"L'église de Rumengol, comme toutes les autres en ce pays, fut d'abord  en bois  ; celle qu'on y voit aujourd'hui bâtie en pierre le fut en 1536 : elle est grande et assez belle, et son intérieur est  décoré d'une profusion de sculptures de mauvais goût d'ailleurs, et toutes dorées. Le clocher élevé et travaillé à jour est d'un style élégant et hardie. Sur une pierre placée près de l'angle de sa façade, on lit cette inscription sculptée en lettres majuscules gothiques fleuronnées :

 

L'an mil ciq cens trente  VI, le XIIII jour de may fust fundé. Guenolé go. H. Inisan Fabrique frt lors.

Il faut la lire ainsi : L'an mil cinq cens trente six, le quatorzième jour de may fust fundé. Guenolé gouverneur et H. Inisan fabrique furent lors.

Ce relevé est précis, les tildes sont figurées, mais il ajoute une apostrophe (L'an), écrit cens plutôt que centz,   et introduit une ponctuation arbitraire. Il lit "Inisan" et non "Inison". Il corrige les V en U. Dans sa transcription, il mélange les tournures et orthographes de moyen français avec sa propre lecture. Surtout, il détermine la phrase dans un sens particulier, qui va être suivi par les successeurs.

2°) Le second à se donner la peine de relever ce texte fut le chanoine Abgrall, en 1896. Il publia son relevé en 1898 puis en 1916 (figure). 

 

 

 

 

 

 

 

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Comme rien n'est facile, nous constatons un meilleur respect du texte (pas d'apostrophe, respect partiel de la ponctuation par deux-points). Mais le Z de centz est omis,  il lit aussi "Inisan" et surtout, il introduit une erreur de date en écrivant TRENTE VII au lieu de TRENTE VI. 

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3°) René Couffon et Alfred Le Bars (1988) écrivent :

Près du porche, une inscription en lettres gothiques fleuries donne la date du début des travaux : "LAN. MIL. CIQ / CENTS. TRENTE VI. /LE. XIIII. IOVR. DE/ MAY. FVST. FVNDE. / GVENOLE. GO. H. INISON / FABRIQVE. LORS."

La lecture d'"Inison" est correcte. L'ancienne graphie V est reprise. Les deux-points sont réduits à un point. Les auteurs ne se risquent pas à une transcription.

4°) Le site remarquable d'Infobretagne (consulté en 2016), avec un superbe dossier photo, écrit :

" Lan Mil Ci(n)q cents trente VI, le XIIII jour de may fust funde Guenole Go. H. Inisan Fabrique lors ".

  (Gwénolé Gouverneur Hervay Inisan fabrique alors ». 

Le relevé du texte est scrupuleux mais omet les deux-points, et reprend la faute sur Inisan. Surtout, la transcription attribue un prénom (Hervay) à cet Inisan sans l'argumenter. (Je découvrirai la source de cette transcription : la brochure de l'abbé Billant en 1924 p.38)

5°) L'article Wikipédia propose

« L'an mil ciq cens trente VI, le XIHI jour de may fust fundé. Guenolé go. H. Inisan Fabrique. »

et achoppe donc sur la lecture de XIIII, les deux I aux fûts perlés en abusant pour un H.

6°) Emmanuelle Le Seac'h (2014), très attentive et précise dans sa lecture des inscriptions, donne en note de sa description du porche le relevé suivant (p. 106) :

"LAN :MIL :CI[N]Q / CENTS : TRENTE VI : / LE XIIII : IOUR : DE / MAY : FVST : FUNDE / GVENOLE : GO (VERNEUR) : H : INISON / FABRIQUE : LORS".

Presque sans faute, malgré la modification du Z de CENTS et l'omission de 2 ou 3 signes entre FABRIQVE, et LORS.

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Et maintenant, monsieur le donneur de leçon, voyons comment vous allez vous en tirer. 

Je lis :

LAN : MIL : CI[N]Q

CENTZ :TRENTE . VI :

LE : XIIII : IOVR : DE

MAY : FVST : FVNDE

GVENOLE : GO : H : INISON

FABRIQVE T---LORS

"L'an mil cinq cent trente six, le 14 jour de mai fut fondé Guénolé Go H. Inison fabrique -- lors".

La date du 14 mai 1536 nous place sous le règne de François Ier, et cinq jours avant la décapitation d'Anne Boleyn par ordre de Henri VIII. Dans l'histoire de l'écriture et de la typographie, nous sommes 85 ans après le premier livre imprimé par Gutenberg (1451), 35 ans après les derniers incunables (1501) – parmi eux, le Catholicon de Jehan Lagadeuc date de 1499–, 7 ans après la parution du Champ Fleury de Gabriel Tory (1529),  mais avant la création des caractères typographiques de Claude Garamont, fils de l'imprimeur morlaisien Yvon Garamour. 

Plus significativement, nous sommes alors 15 ans après la parution du Catholicon édité à Paris par Yvon Quillivéré (1521). Ce qui permet de comparer les lettres gothiques majuscules :

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Si nous cherchons à situer cette inscription dans l'organisation de la sculpture sur pierre du Finistère mise au point par E. Le Seac'h, la date de 1536 peut correspondre :

  • à l'atelier de Landerneau de Bastien et Henry Prigent
  • à divers petits sculpteurs de la Renaissance bretonne de 1511 à 1542 (Toinas et Conci 1511, Maître de Cast v.1525, S. Coëtdeleu v.1527, ),

mais exclut totalement le célébrissime sculpteur de kersanton Roland Doré (1618-1663).

La date du 14 mai 1536, près d'un mois après Pâques, qui tombait alors le 16 avril, peut être celle de la pose de la première pierre de la nouvelle église ("fut fondée") plutôt que celle de sa dédicace. Soit cette date était fixée longtemps à l'avance, soit la pierre a été sculptée dans l'année ou les quelques années suivantes : le travail de sculpture peut dater de 1537-1538. 

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L'interprétation habituelle du texte peut être soumise à discussion. En effet, sa seconde partie est ambiguë. Dans son acceptation acceptée communément "L'an 1536, le 14ème jour de mai fut fondé Guénolé Gouverneur H. Inison Fabrique  lors", le verbe n'a pas de sujet.

Dans les autres exemples suivants, le sujet n'est pas omis. :

"Le 18e jour de mai l'an 1544, furent ces chapelles fondées J. Elez fabrique" (Saint-Sauveur, Le Faou)

"Y. Quelfellec . fab. Ce pingnon fut parachevé lan mil cix cent quatre, le 8 juillet." (Rosnoën)

"L'an 1527 fut fondée la chapelle Notre-Dame du roc" (Rocamadour, Camaret)

"Y : VIGOVROVX : FF : FAICT : FAIRE : CETTE CHAPE(LLE) P 1581 " (chapelle Saint-Trémeur à Plougastel.

" Y[ves] toux  procureur lan mil CCCC IIII XX  + cinq [1485] : au cõmenceme[n]t   de . ceste . chappele". (Église de Brennilis)

Il est donc nécessaire d'envisager, ne serait-ce qu'une fois, la possibilité que "Guénolé" soit le sujet du verbe . Nous aurions "L'an 1536, le 14ème jour de mai fut fondé Guénolé  Go,  H. Inison Fabrique pour  lors". On sait que saint Guénolé est à l'origine, avec le roi Gradlon, de la fondation de Rumengol selon la légende, que sa statue se trouve sur la fontaine de pèlerinage, et son effigie sur un vitrail, certes tardif, de l'église. 

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Enfin, il faut s'interroger sur les 2 ou trois derniers caractères qui précèdent LORS sur cette inscription, et dont le relevé est parfois omis. Juste après le E de FABRIQVE vient la lettre T, (j'ai cru d'abord à un P) dont la moitié gauche de la traverse est brisée  lecture est certaine. Puis vient un 3 auquel vient s'accoler un S inversé et informel. Ces deux caractères qui n'en forment peut-être qu'un échappent à mes tentatives de déchiffrement. 

In fine, j'adopte la suggestion de l'abbé Billant, auteur d'une brochure de 1924 qui voit en ce Guénolé le gouverneur, et en Henri Inison le trésorier. D'où les deux lettres TR après FABRIQVE.

Donc ma transcription est :

"L'an 1536, le 14ème jour de mai (cette chapelle) fut fondé(e) (par) Guénolé Go(uverneur)  H. Inison fabrique tr(ésorier) lors".

 

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Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Discussion.

Notons d'abord que le Finistère ne dispose pas de datations épigraphiques pour la période 1150-1420, que les seules dates épigraphiques du XIVe siècle se trouveraient sur une croix de Plogonnec (1305) et sur un calvaire à Plozévet (1400). Les inscriptions épigraphiques sont recensées sur le plan national par le Corpus des inscriptions de la France médiévale, mais le champ d'étude de ce dernier s'arrête au XIIIe siècle. Le volume 23 du Corpus, paru en 2008,  concerne les régions Bretagne et Pays de la Loire : sur les six départements, le Finistère ne totalise que 15 inscriptions (dont 8 disparues !), alors que la Vendée en compte 38 et la Loire-Atlantique 59.

Un atlas iconographique de l'épigraphie lapidaire  du Moyen-âge tardif et de la Renaissance pour les 333 églises, 465  chapelles, et 23 ossuaires du Finistère, manque ici "cruellement". La meilleure source reste la liste du chanoine Abgrall dressée en 1896 et publiée en 1898; elle totalise 337 inscriptions relevées sur 86 paroisses et 149 monuments religieux ou civils. L'auteur la compléta en 1915-1916 avec un total de 505 inscriptions, du XVe siècle et au delà. 

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III. LA DATE DE 1631 SUR LE COTÉ NORD-EST.

La chambre forte au nord a été rajoutée en 1631.

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1631, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

1631, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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IV. LE CADRAN SOLAIRE DE 1638 

Le cadran solaire gravé sur ardoise.

Inscription :

A NOTRE DAME DE REMETOLL. 1638. IESVS AVE MARIA.

Le mot REMETOLL vient du breton remed-holl qui signifie "tout remède". Le nom de Rumengol a été relu par l'étymologie populaire pour venir prier dans cet ancien sanctuaire druidique "Notre-Dame-de-tout-remède", qui guérit tout.

Cf Olivier Escuder, "Paroles de soleil Devises des cadrans solaires en France" Tome I, , Edition Le manuscrit 2005.

https://books.google.fr/books?id=T62V8zfcKtwC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

Michel Laos, Cadrans solaires du Finistère

http://michel.lalos.free.fr/cadrans_solaires/autres_depts/finistere/cs_finistere_chateaulin.php

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Cadran solaire de 1638, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Cadran solaire de 1638, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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V. L'INSCRIPTION DE LA SACRISTIE. 1694.

Elle est sculptée dans le linteau de la fenêtre à barreaux de la sacristie. Le texte est sculpté en relief sur deux lignes placées dans des cartouches en creux. Lettres capitales romaines (et b minuscule) et chiffres arabes. Ponctuation : deux-points. Langue latine pour la ligne supérieure. Non relevée par Abgrall.

HANC  : F : CVRAVIT

IAC : bALLAY : 1694

"Jacques Ballay a surveillé en 1694 la construction de ceci."

(Curavit vient du verbe curo, as, are : "avoir soin, veiller, s'occuper de, veiller à l'exécution (d'un pont par ex.)". Accessoirement car ce n'est pas le sens ici, le participe passé de curo, curatus, à donner le mot "curé", celui qui veille (sur les âmes). A l'ère gallo-romaine, la formule facere curavit, faciendum curavit  "a pris soin de faire"  était si courante qu'elle s'inscrivait sous forme d'initiales sur les monuments : F.C. ou, pour un autel, H.A.F.C Hanc aram faciendam curavit.

La sacristie, avec toiture en carène renversée, date donc de 1694. 

On trouve la famille Ballay ou Balay établie à Rosnoën et le Faou, avec des mentions d'un Jacques Ballay en 1697 (Jacques Ballet), 1699 et 1704 sur ce forum généalogique.

http://www.cgf-forum.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=18525

Jacques Ballay,  époux de Marguerite Le Jollec (née le 14-02-1667, du manoir de Kermorvan en Quimerch ) et père de Mathurin Ballay qui fut procureur à Châteaulin, demeurait à Pennanprat à Rumengol. Vivant en 1708 et en  1730 où il était témoin du mariage de son fils.

Voir aussi Jacques Balay, né en 1670, demeurant à Penanprat, fils de Jean Balay et de Marguerite Cevaer, dans la généalogie Poulmarc'h/Le Bault par Joel Morvan :

http://www.cgf-forum.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=20615

Et voir dans ce blog  l'inscription des Fonts baptismaux de 1660 de l'église Notre-Dame de Rumengol : "Y : BAVT : F : 1660 :  A NOSTRE : DAME : DE : TOVT : REMEDE" incitant à découvrir les liens entre les familles LE BAULT et BALLAY. 

 

 

 

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Sacristie 1660, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Sacristie 1660, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Inscription de la sacristie, 1694, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Inscription de la sacristie, 1694, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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VI. LE PORTAIL DU PORCHE OUEST. 1698.

Je conviens qu'il ne s'agit pas d'une inscription lapidaire, mais je la cueille au passage. Il paraît incroyable que le portail en bois du porche ouest date de 1698. L'inscription a plutôt été recopiée sur la porte récente. On lit néanmoins : 

- - L GVERMVR 1698.

J'ai cru à une erreur pour Guermeur, mais un forum mentionne une Isabelle Le Guermur, marraine en 1712 d'un fils de meunier de Hanvec (tout proche de Rumengol qui en était la trève)

BRELIVET Laurens né le 25/12/1725 au moulin de Bodellec à Hanvec fils de rené et SALAUN Isabelle. C'est également un fils de meunier. 
Le couple BRELLIVET René x SALAUN Isabelle a eu d'autres enfants tous nés au moulin de Bodellec: 
Le 22/08/1712 Salomon dont le parrain était Brellivet Salomon marraine Le Guermur isabelle   

En 1628, un Jean Guermeur était gouverneur de l'église du Faou et y a apposé son nom.

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VII. LE BONUS.

Ce petit animal  à la tête de chauve-souris et la queue de serpent peut être aperçu sur le pignon sud du transept.

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pignon sud du transept, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

pignon sud du transept, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Jean-Marie) 1915, Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments recueillies par M. le chanoine Abgrall, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère T. 42. page 189.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077163/f241.item

 

— ABGRALL (Jean-Marie) 1916, Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments recueillies par M. le chanoine Abgrall (suite), Bulletin de la Société Archéologique du Finistère page 95.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077197/f126.item

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077197/f155.item

 

— ABGRALL (Jean-Marie) 1898, Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments du Finistère, par M. l'abbé J.-M. Abgrall. Congrès archéologique de France : séances générales tenues à Morlaix et à Brest ... par la Société française pour la conservation des monuments historiques Société française d'archéologie. Derache (Paris), A. Hardel (Caen) 1898 page 155. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k356651/f222.image

 

— BILLANT N Abbé .1924, Rumengol, son sanctuaire et son pélerinage Éditeur: Impr. de la Presse Libérale, 1924.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/eb755cd60bfa806ccd9513f01749829c.pdf

 

— CAMBRY (Jacques), SOUVESTRE (Emile), 1835,  Voyage dans le Finistère page 62.

https://books.google.fr/books?id=Rm32310wpkIC&dq=%C3%A9tymologie+Rumengol&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— CASTEL (Yves-Pascal), 1991,.Essai d'épigraphie appliquée. Dates et inscriptions sur les croix et calvaires du Finistère du XVème au XVIIIème siècle Ouvrage: Charpiana : mélanges offerts par ses amis à Jacques Charpy..Fédération des Sociétés Savantes de Bretagne, 1991.

— CHAMARD-BOIS Pierre ; HAMON Jean-Yves ; HERVE Gusti .2001,  Puiser à la source. Notre-Dame de Rumengol Éditeur: (s.n.), 2001.

— COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FAOURUME.pdf

— FAVREAU (Robert), 1979, Les inscriptions médiévales .Éditeur: Brepols, 1979. 

— FRÉMINVILLE (Christophe-Paulin de la Poix, Chevalier de), 1832,  Antiquités de la Bretagne, Finistère. Brest. Volume I page 282.

https://books.google.fr/books?id=d04bAAAAYAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

— JADART 1898, Les inscriptions commémoratives de la construction d'églises dans la région rémoise et ardennaise, par MM. H. Jadart et L. Demaison
Société française d'archéologie. Auteur du texte. Bulletin monumental / publié sous les auspices de la Société française pour la conservation et la description des monuments historiques ; et dirigé par M. de Caumont. 1834.1898 (SER7,T3 = VOL63).

— LAGADEUC (Jeahan), 1521,  Catholicon, Yvon Quillévéré, 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k122841f/f4.image

LECLERC (Guy), 1996-97, Monuments et objets d'art du Finistère (année 1996) : Le Faou, églises Notre-Dame de Rumengol et Saint-Sauveur du Faou  Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (126, p. 145-149)

LECLERC (Guy), 2000, Monuments et objets d'art du Finistère. Etudes, découvertes, restaurations (année 2000) : Le Faou, église Notre-Dame de Rumengol, porche méridional, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère 2000, (129, p. 59-62)

— MUSSAT (André), 1957, article -Rumengol, in Société française d'archéologie. Congrés archéologique de France. CXVe Cession, 1957,  Cornouaille. page 165.  In-8° (23 cm), 285 p., fig., carte, plans. H. c.Orléans : M. Pillault, 37, rue du Pot-de-Fer (Nogent-le-Rotrou, impr. Daupeley-Gouverneur).

— TREFFORT Cécile ; DEBIAIS Vincent ; FAVREAU Robert ; MICHAUD Jean ; BROUARD Jean-Pierre . 2008, Corpus des inscriptions de la France médiévale. : Côtes-d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan (région Bretagne), Loire-Atlantique et Vendée (région Pays de la Loire). Éditeur: CNRS Editions, 2008. 

 

Notre-Dame de Rumengol Éditeur: s.n., s.d..

Infobretagne :

http://www.infobretagne.com/faou.htm

Médiathèque des Monuments historiques

 

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/mdp_fr

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 21:08

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La baie 0, ou maîtresse-vitre, mesure 4,50 m de haut sur 2,30 m de large et comporte 4 lancettes trilobées au décor réparti en trois registres, et un tympan à 3 fleurs de lys et écoinçons. Elle est datée vers 1500 par les auteurs du Corpus Vitrearum, et est consacrée à la Vie de la Vierge. Le registre inférieur est perdu, il était jadis masqué par un retable. Il a été partiellement comblé de pièces par Jean-Jacques Gruber en 1967. Une restauration a été menée en 1996 par Jean-Pierre Le Bihan et son fils Antoine  avec remplacement des pièces manquantes, pièces collées et doublées. Le vitrail est classé MH à la date du 10 novembre 1906.

Le maître-verrier J-P. Le Bihan a donné dans son blog une multitude d'indications et de réflexions dans un article dont je citerai de nombreux passages.


Restauration : "Depuis une quinzaine d'années, avec le progrès technique, les ateliers de verriers ont à leur disposition des colles à base de silicone réversible qui ne jaunissent pas et permettent d'offrir une meilleure lisibilité aux pièces de verres, qui, brisées, étaient devenues illisibles à cause du nombre de plombs dits de casses. Cette verrière présentait de nombreux cratères où les mousses proliféraient. Les ferrures qui séparent les panneaux étaient rouillées et la rouille du côté extérieur s'incrustait dans ces cratères sous l'effet de la pluie. De plus, la pose, lors de la dernière restauration, avait été très mal faite. Les panneaux avaient été coupés sur les rives et étaient posés en superposition à la jonction des ferrures. Des pièces manquantes avaient été fournies. Certaines dénotaient n'étant pas dans l'esprit de la verrière. Cela se remarquait dans les dais et les socles d'architecture ainsi que chez certains personnages. Nous en avons conservé  in situ certaines à titre de témoignage des diverses restaurations des XIX et XXème siècles. Il s'agit de la tête du Roi Mage, de celle de Gabriel, de certains morceaux de vêtements chez les Rois Mages et toute la partie concernant Joseph dans la Nativité. Les panneaux du bas de Jean Jacques Gruber ont été remplacés par un nouvel accompagnement plus coloré. Ces panneaux au graphisme répétitif étaient conçus pour être moins visibles à l'origine, un panneau d'autel en cachait les deux tiers." (J-P. Le Bihan)

L'examen des registres anciens des lancettes montre l'alternance des couleurs des fonds : dans les panneaux supérieurs, deux fonds bleus encadrent deux fonds rouges, alors qu'au-dessous, deux fonds rouges encadrent deux fonds bleus. 

 

 Situation de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Situation de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

 

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Réalisés vers 1500, les 8 panneaux des  lancettes sont consacrés à la Vie de la Vierge. Le retable de l'autel placé  sous la maîtresse-vitre traite également du même thème, avec les sept panneaux de  l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, l'Annonce aux bergers, l'Adoration des Mages, la Présentation au temple. 

—La même année 1500, les chanoines de la Collégiale de Beaune font tendre le chœur de leur église de 19 pièces de tapisserie relatant la Vie de la Vierge

—En 1503-1508, Jean Bourdichon peint les enluminures des Grandes Heures d'Anne de Bretagne. Dans les Livres d'Heures, par lesquels les laïcs suivent au rythme de leur lecture et de leurs oraisons la liturgie des Heures, et la partie principale de ces Heures repose sur le Petit office de la Vierge, Officium Parvum Beatae Mariae. Dans cet Office, chacune des huit "heures" est associée à un moment de la Vie de la Vierge , et Jean Bourdichon réalise une enluminure pour chacun de ces huit temps. En outre, six de ces Scènes de la Vie de la Vierge correspondent aussi à des fêtes liturgiques, ce qui ajoute un autre repère temporel.

 la journée comporte sept heures canoniales et la nuit en comporte  une :

  • Matines ou vigiles : milieu de la nuit (minuit) : l'Annonciation. (25 mars)

  • Laudes : à l'aurore : Visitation. (31 mai)

  • Prime : première heure du jour (6 h) : Nativité. (25 décembre)

  • Tierce : troisième heure du jour (9h) : Annonce  aux bergers.

  • Sexte : sixième heure du jour (midi) : Adoration des Mages. (6 janvier)

  • None : neuvième heure du jour (15h) : Présentation de Jésus au temple. (2 février)

  • Vêpres : le soir (18h) : Fuite en Égypte.

  • Complies : avant le coucher (21h) : Assomption. (15 août)

Cette séquence n'est pas propre aux Grandes Heures, et se retrouve dans les Heures du duc Pierre de Bretagne, dans les  Heures de Charles VIII ou dans les Heures  de Louis XII, comme dans les Heures à l'usage de Bourges  imprimés par Simon Vostre pour ne citer que quelques exemples princeps, et en réalité dans tous les livres d'Heures. Cela veut dire que chaque fidèle aisé et s'adonnant à la dévotion moderne connaissait ces huit scènes de façon intériorisée par une fréquentation quotidienne de l'oraison, de la contemplation suivie de méditation sur l'image, et que la simple présence de ces images au dessus de l'autel entrait en résonance active avec ses lectures, avec sa foi chrétienne et avec sa mémoire temporelle des rythmes de ses jours. Ainsi, la scène de la Nativité, parce qu'elle était liée à Prime, était pour lui associé au thème de la lumière naissante, et il décryptait mieux la manière dont le corps de l'Enfant irradiait de ses rayons son environnement, ou la raison pour laquelle saint Joseph tenait une lanterne.

A Brennilis, deux scènes ont été ajoutées, tirées des évangiles apocryphes : l'entrée de Marie au Temple, et le Mariage de Marie. A l'inverse, l'Annonce aux bergers manque, et l'Assomption n'y est pas représentée, du moins dans les panneaux conservés. 

A la différence de le cadrage en buste que va instituer Jean Bourdichon dans ses enluminures royales, les personnages sont représentés en pied, et restent dès lors un peu théoriques, un peu lointains. Le souci de dévotion participative et empathique va bientôt modifier cela. 

Pour des  impératifs de lisibilité, les maîtres verriers simplifient au maximum le décor, renoncent à faire figurer des paysages, limitent le nombre des personnages (3 à 6). 

Ces vitraux peuvent être contemplés/médités de mille façon. Soit tout simplement pour se remémorer le texte-source et "réviser" son Histoire Sainte". Soit dans une empathie à l'égard des souffrances acceptées par la Vierge et par son Fils pour le salut de l'Humanité en général, et de chaque fidèle en particulier. Soit par souci de sacraliser le temps profane, chaque moment du cycle naturel de la lumière du jour étant relié à un moment de l'histoire du Salut. Soit selon une démarche plus théologique, pour montrer que chaque épisode de la Vie de la Vierge et de l'Enfance du Christ accomplit les Écritures de l'Ancien Testament (démarche typologique). Soit  dans un esprit polèmique pour affirmer la valeur et la validité des articles de la foi catholique face à la contestation de la Réforme. Et aussi, pour l'amateur d'art d'aujourd'hui, en étudiant et appréciant les détails techniques propres au métier de verrier. Ou encore dans une comparaison d'un thème iconographique dans ses développements historiques...

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Vie de la Vierge, lancettes supérieures,  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Vie de la Vierge, lancettes supérieures, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Pour suivre l'ordre chronologique, je décrirai les panneaux de la gauche vers la droite en débutant par le registre supérieur.

1. Présentation de Marie au Temple.

— État : "Bien conservé" (Corpus Vitrearum).

— Fête le 21 novembre depuis 1585.

— Source :Protévangile de Jacques chapitre 7 Sainte Anne et son mari Joachim, tiennent leur promesse de consacrer leur fille à Dieu et la conduisent au temple de Jérusalem à l'âge de trois ans afin de se mettre au service du grand prêtre. Celui-ci  l'accueille au sommet des 11 ou 12 marches de l'escalier. Le Protévangile insiste sur le fait que la fillette ne se retourna pas vers ses parents. Elle resta dans le Temple, nourrie par un ange, jusqu'à sa majorité (12 ans), et s'occupait de tisser le voile du Temple.  

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Entrée de Marie au temple,  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Entrée de Marie au temple, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Entrée de Marie au temple(détail),  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Entrée de Marie au temple(détail), baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Le mariage de Marie et de Joseph.

— État : "Bien conservé"

 — Marie est habillée, tout au long des huit scènes, de la même façon , avec :  un manteau bleu retenu par un fermail, et orné d'un parement à motif géométrique ; une robe lie-de-vin à encolure dorée marquée d'ovales à godrons dorés ; de fins souliers brun clair.

— Source : Protévangile de Jacques chap. 8 et 9Après ses 12 ans, Marie ne peut rester au Temple et doit être confiée à un homme veuf : tous sont convoqués et doivent apporter une baguette, car un signe de Dieu doit désigner l'élu. Toutes les baguettes des prétendants restent sêches, mais, de celle de Joseph, une colombe s'élève et vient se poser sur sa tête. Dans une autre version, la baguette fleurit. C'est celle qui est représentée ici, puisque Joseph tient dans la main gauche cette verge en fleur. Le grand prêtre réunit les mains des deux époux. L'artiste n'a oublié ni d'indiquer que Joseph est modeste et déjà âgé, ni que les prétendants écartés étaient pourtant plus riches (collier en or) et plus jeunes.

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Mariage de la Vierge,  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Mariage de la Vierge, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Mariage de la Vierge (détail),  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
Mariage de la Vierge (détail),  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Mariage de la Vierge (détail), baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Annonciation.

— État : "Tête de l'ange restauré".

— Fête : 25 mars.

— Heure du Petit Office de la Vierge : Matines, correspondant à la nuit, très tôt le matin. L'Incarnation, si on l'assimile à la lumière divine, est ici seulement annoncée, mais n'advient pas encore.

— Source :Evangile de Luc 1: 28-33

— Le texte du phylactère s'enroule autour du bâton de l'ange mais on déchiffre le texte : ave gratia plena dominus tecum. (onciales gothiques ; hampe du p bifide ; abréviation dn~s et tec~u. iedentiques à l'enluminure des Grandes Heures)

Selon Françoise Thélamon, la formule Ave gratia plena a pu être considérée au début du XVIe siècle comme une affirmation de l'Immaculée Conception, si on tient compte du fait que le latin ave gratia plena Lc 1:28 traduise le grec chairé kécharitôménè qui signifie littéralement « toi qui as été et demeures remplie de grâce » et indique donc un état de grâce pleinement réalisé et permanent. D'autant qu'à la salutation angélique s'ajoute celle de la Visitation : « Tu es bénie entre toutes les femmes ».

— Comparer avec l'enluminure des Grandes Heures d'Anne de Bretagne folio 61v. A Brennilis, le prie-dieu et le décor de la pièce, avec leurs remplages flamboyants, restent de style gothique.

— En typologie, cette scène accomplit le verset d'Isaïe 7:14 Ecce virgo concipiet et pariet filium et vocabitur nomen eius Emmanuel, " Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel. puisque le verset de Luc 1:31 le reprend textuellement  : Ecce concipies in utero et paries filium et vocabis nomen eius Iesus. "Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. ".

 

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Annonciation,  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Annonciation (détail),  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (détail), baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Visitation.

— État : "Bien conservé, grisaille altérée sur les visages, carnation réchauffées de sanguine."

— Fête liturgique : 2 juillet (cf calendrier des Grandes Heures : Visitatio beate

— Heures : Laudes : office de l'aurore ("Lueur brillante et rosée qui paraît dans le ciel avant que le soleil ne soit sur l’horizon.", où on rend grâce pour le jour qui  va se lever. Le trésaillement d'allégresse ressentie par Élisabeth est le premier signe, le prémisse, l'aurore de l'Incarnation.

— Source : Luc 1:39-45. Benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui "Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni".

—  La scène se déroule en plusieurs temps : d'abord Elisabeth entend la salutation de Marie. Puis, aussitôt  son enfant tresaille d'allégresse (exulsavit in utero eius) . Puis Élisabeth est remplie de l'Esprit Saint. Puis elle s'écrie d'une voix forte   "Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni". et elle ajoute :  ecce enim ut facta est vox salutationis tuae in auribus meis exultavit in gaudio infans in utero meo "Car voici, aussitôt que la voix de ta salutation a frappé mon oreille, l'enfant a tressailli d'allégresse dans mon sein "

L'Annonce par Marie révèle le caractère prophétique de saint Jean-Baptiste, qui, encore dans le sein de sa mère Élisabeth, re connaît la divinité et l'humanité de son cousin Jésus, lui-même dans le sein de Marie.  Non sans rapport avec la survenue de l'aurore, saint Bernard compare cette reconnaissance à un feu d'origine céleste, "Alors, non pas la prédication, mais l'inspiration se révéla à Jean, que l'Esprit avait rempli dans le sein même de sa mère.[...] Ce nouveau feu qui descendu du ciel un peu auparavant par la bouche de Gabriel était  entré dans l'oreille de la Vierge, et à son tour par la bouche de la Vierge dans l'oreille de la mère de Jean, entra dans le petit enfant pour qu'à partir de là le Saint-Esprit remplisse ce vase qu'il avait choisi et prépare le flambeau pour le Seigneur". 

— Iconographie : il existe deux sortes de représentations : soit les deux femmes sont debout et se tiennent les mains(Grandes Heures f.36v), soit, comme ici, Élisabeth est agenouillé devant Marie .

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Visitation ,  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Visitation , baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Visitation (détail),  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Visitation (détail), baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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DEUXIÈME REGISTRE .

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Nativité.

— État : "Tête de saint Joseph et pièces voisines restaurées".

— Fête : Noël, le 25 décembre.

—  Heures : Prime, première heure du jour après le levant, soit 6 heures du matin. La naissance du Christ correspond métaphoriquement au lever du soleil de la divinité.

—Source : Luc 2:7 et Matthieu Puer natus est nobis et fili datus est nobis.

La comparaison avec l'enluminure des Grandes Heures d'Anne de Bretagne folio 51v montre que Joseph tient entre ses mains, dans le vitrail, une bougie, peu visible mais réelle. En relation avec la métaphore de la lumière naissante, les rayons qui diffusent autour du corps du Christ sont parfaitement compréhensibles. L'Office de la Vierge, le fidèle prie la Vierge en disant  Quia ex te ortus est sol iustitiae Christus deus noster,  "Parce que le soleil de justice, Jésus-Christ notre Dieu est sorti de vous. "La lumière de la bougie de Joseph peut signifier, elle, la lumière de la foi humaine, alors que, dans l'enluminure et sans-doute sur le vitrail dans son état d'origine, la lumière du Père traverse le toit de la crêche. Voir aussi la Nativité de Robert Campin.

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Nativité, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
Nativité, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
Nativité, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Nativité, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Présentation de Jésus au temple.

— État : "Bien conservé ; grisaille altérée."

— Fête : Il ne s'agit pas d'une Circoncision (fêtée le 1er janvier), mais de la Présentation au temple, fêtée le 2 février, 40 jours après Noël. 

— Heures : ici : Tierce, troisième heure du jour (9 heures). "Dans l'Office divin, Il commémore le moment où l'Esprit Saint est descendu sur les apôtres" (Wikipédia). Mais le Nunc dimittis est récitée traditionnellement par les fidèles chrétiens avant le coucher du soir ou dans les offices funèbres.

Dans les Livres d'Heures, Tierce est associé à l'Annonce faite aux bergers, et la Présentation au Temple est reporté à None. 

— Source : Luc 2:22-38. Nunc dimittis servum tuum Domine secundum verbum tuum in pace.

Comme tout ce qui nous paraît simple, cet épisode est compliqué. L'évangéliste Luc indique d'abord que Jésus fut circonci le 8ème jour (cérémonie qui ne se faisait pas au temple, mais à la maison), puis que Marie et Joseph se rendirent à Jérusalem pour y accomplir deux cérémonies : celle de la Purification de Marie (qui exige  l'offrande d'un couple de tourterelles), et celle du rachat par un sacrifice animal de tout premier-né mâle au Temple à l'âge d'un mois. Or, dans le Temple, les époux rencontrent un vieillard, Siméon, : "Syméon prit l'enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations païennes,et gloire d'Israël ton peuple. » Le père et la mère de l'enfant s'étonnaient de ce qu'on disait de lui. Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. - Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. - Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d'un grand nombre. » 

L'iconographie fusionne traditionnelement  la présentation de Jèsus au grand prêtre, l'offrande des tourterelles, Siméon (qui se substitue au grand prêtre) tenant Jésus dans ses bras et proclamant  le cantique d'action de grâce de Syméon , connu sous le nom de Nunc dimittis. Le récit évoque aussi Anne la prophétesse (Lc, 2:36-38), et celle-ci est souvent figurée parmi l'assistance. Joseph, ou une servante,  tiennent le panier contenant les tourterelles, et le cierge rituel. Ce cierge, auquel le nom profane de la fête du 2 février, Festa candelarum ou 'Chandeleur", fait référence, joue un rôle important dans la liturgie, l'office de la Purification débutant par la procession et la bénédiction des cierges, symbole de la pureté virginale. Au XIIe siècle, saint Bernard y fait allusion dans ses Sermons pour le jour de la Purification : "Nous avançons deux à deux, tenant à la main un cierge allumé, mais allumé à un feu consacré d'abord à l'Eglise par la bénédiction du prêtre, non à un feu ordinaire. ". La fête de la Purification de Marie fut instituée à Jérusalem dès 386, et dès 450 y a été ajouté la Procession des cierges. La fête est accueillie à Rome au milieu du VIIe siècle, sous le nom d’Hypapantê ou ‘Obviatio’ (Rencontre), ou de ‘jour de St Siméon’. Au milieu du VIIIe siècle, une nouvelle appellation se fit jour en pays francs, celle de purificatio Sanctae Mariae. Aux IXe et Xe siècles, les deux titres se concurrencèrent, puis le second prévalut. 

—Comparer à :

Enluminure de Bourdichon pour Anne de Bretagne folio 70v.

Enluminure de Jean Bourdichon pour les Heures de Louis XII

Ici, le maître-verrier, par souci de simplification, a placé (assez maladroitement)  le cierge dans la main de Marie alors que Joseph tient une canne. Siméon tenant l'Enfant nu et nimbé* dans un linge, est par contre très semblable à celui des enluminures, avec sa tête penchée, sa longue barbe témoignant de son âge, sa cape aux riches orfrois, et son nimbe qui indique qu'il ne s'agit pas du grand prêtre.

 *Il s'agit d'un nimbe dont le champ est cruciforme avec soit une grisaille tamponnée, soit avec en plus des enlèves à la pointe en raies de lumière.(J-P. Le Bihan)

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Présentation de Jésus à Siméon, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Présentation de Jésus à Siméon, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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La maîtresse-vitre ou baie 0 de l'église Notre-Dame de Brennilis.

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Adoration des Mages.

— État : "Bien conservé".

— Fête : Épiphanie, le 6 janvier. Mention Epiphania domini en lettres d'or sur le calendrier des Grandes Heures  (lettre dominicale f)

— Heures : Sexte ou sixième heure du jour (midi). Le terme "épiphanie" provient du latin chrétien signifiant "qui apparaît", du grec phaino "se manifester, apparaître, rendre évident" mais aussi "briller". La référence à la lumière solaire se poursuit, pour un temps liturgique où la divinité se dévoile dans toute sa gloire face aux Gentils (les rois des trois continents alors connus), mais la référence va évidemment aussi à la lumière de l'étoile qui les guide, et dont la présence est constante dans cette iconographie.

— Source : Matthieu 2:1-12.

— Comparaison : Grandes Heures d'Anne de Bretagne folio 64v.

Sur le vitrail, saint Joseph est absent, mais la composition reprend le schéma habituel des enluminures en deux diagonales convergeant vers la tête de la Vierge : ligne ascendante vers Gaspar tenant l'encens (qui honore la divinité de Jésus) puis Balthasar tenant la myrrhe (qui honore son humanité mais aussi sa mort ). Ligne descendante incluant Jésus, son bras tendu vers la cassette contenant l'or  qui honore son caractère royal et s'achevant sur la tête et la barbe blanche de  Melchior. Ce dernier, figure du viellard, est vêtu d'un manteau damassé et a posé sa couronne. Gaspar, figure de l'homme mûr, porte une couronne autour d'un chapeau.  Balthasar, figure de l'homme jeune, est noir et porte un turban et une boucle d'or à l'oreille gauche. L'Enfant Jésus, plus âgé d'apparence (puer senex), est auréolé d'un nimbe crucifère.

— Technique : On remarquera la pièce bleue du mur de la crèche, posée selon la technique du chef d'oeuvre, c'est à dire un morceau de verre placé à l'intérieur d'une pièce de verre qui a été découpée.

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Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Malgré l'importance de la corrosion du verre, la finesse du dessin du visage de la Vierge peut être appréciée. Le nimbe est orné d'arcades. Les cheveux blonds (jaune d'argent), longs et peignés, sont divisés par une frange médiane et retenus par un serre-tête à médaillon orné d'un cabochon. Ils retombent sur les épaules en vagues et en boucles. Les sourcils affinés par épilation sont réduits à un arc sombre. Les paupières sont lourdes et épaisses, ne laissant voir qu'une étroite fente de l'œil ; celui-ci est souligné par une ride. Le nez, assez fort, est dessiné par le même trait que le sourcil gauche. La bouche est petite et lippue.

Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages (détail) baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Fuite en Égypte.

—État : "Drapé de la Vierge restauré".

— Heures : Vêpres (coucher du soleil). La Fuite en Égypte a lieu la nuit.

— Sources : Matthieu 2:13-15 : surge accipe puerum et matrem eius et fuge in egyptum : "Joseph, se levant prit l'enfant et sa mère durant la nuit, et se retira en Égypte.

— Typologie : Osée 11:1 "Hors de l'Égypte j'ai appelé mon fils"

  — La Vierge portant l''Enfant, emmailloté avec des bandelettes est monté sur un âne mené par la bride par saint Joseph. Ce dernier tient, dans les enluminures, son baluchon au bout de son bâton, mais ce détail disparaît ici. On remarquera le circuit des regards, Joseph regardant la Vierge qui regarde l'Enfant qui regarde sa Mère. 

"Des petits cailloux ronds, groupés par deux ou trois, essaiment le chemin qui est égayé de plantes aux quatre ou cinq feuilles d'où sortent autant de pistils longiformes. Ce procédé graphique des cailloux et de leurs ombres sera repris plus tard par l'Atelier Le Sodec et existe chez Durer dès 1492." (J.P. Le Bihan)

Fuite en Égypte, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
Fuite en Égypte, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Fuite en Égypte, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Les têtes de lancettes : dais architecturés. (lancette B et D)

État : "Dais architecturaux découpés. Bien conservé à droite [D], restaurés dans les autres lancettes. Fond coloré bleu, rouge, violet et pourpre. Rehauts de jaune d'argent très léger" (C.V)

"Les têtes de lancettes sont réservées aux dais d'architecture, en verre incolore rehaussé de grisaille et de jaune d'argent, dont le dessin est très ouvragé, avec une perspective concave répétitive, qui laisse entrevoir une tribune. L'esprit est gothique. Malheureusement, à une époque récente, XlXème ou XXème siècle, les parties supérieures ont été coupées, dénaturant la lancée (ou terminaison florale) de ces dais. Cela a semble-t-il été nécessaire suite à un affaissement de la maçonnerie du côté gauche." (J-P. L.B)

Dais de la lancette B, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Dais de la lancette B, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Tête de la lancette D,  baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Tête de la lancette D, baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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LE TYMPAN.

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Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

La maîtresse-vitre ou baie 0 de l'église Notre-Dame de Brennilis.

 

Les armoiries.

Le tympan contient 8 écus armoriés (avec emploi de verres gravés) dont je reprends la description donnée par le chanoine Abgrall. Je rectifie seulement un point, concernant Louise de Berrien, qui est donnée comme l'épouse d'Olivier de Quélen, alors que les généalogistes considèrent aujourd'hui que c'est Marie de Berrien (1471-1511), fille aînée d'Henri de Berrien (1444-1481) d'argent à trois jumelles de gueules au franc canton d'or au lion de sable et de Louise du Juch (1450-?), qui épousa Olivier de Quélen du Vieux-Castel (1440 ou 1445-1521 ou 1525) burelé d'argent et de gueules de dix pièces. L'erreur viendrait de Pol de Courcy, qui indique dans son Nobiliaire et armorial de Bretagne (1890)  à la rubrique -Bérien (de), sr de Kerranou, par. de Plestin :  " Louise, leur fille, dame de Coëtanezre et de Kerdudal, mariée à Olivier de Quélen, baron du Vieux-Châtel. ". 

 

Un peu de généalogie.

Les écus sont ceux de  Marie de Berrien et de ses parents et grands parents, ce qui amène à penser qu'elle est la commanditaire de ce vitrail, après son mariage avec Olivier de Quélen-Vieux-Castel, vers 1500 et avant son décès en 1511. Marie de Berrien, dame de Kerdudal, est née en 1471 et fut inhumée en 1511 au Couvent des Cordeliers de Quimper. 

Son grand-père paternel était Yvon de Berrien et sa grand-mère Jeanne de Lézongar. Un seigneur de Lézongar est représenté comme donateur sur la baie 114 de la cathédrale de Quimper réalisé vers 1495-1497, présenté par saint Christophe. 

Son père était Henri de Berrien (1444-1481), marié le 26 septembre 1470 à  Louise du Juch. 

Louise du Juch était pour les uns la fille de Christophe I du Juch et de Jehanne le Barbu (SAF 1997), pour les autres la fille d'Hervé IV du Juch (1425-1461), capitaine de Concarneau, Chambellan du Duc et de Louise du Mûr (v1430-1485). Ces seigneurs du Juch sont les donateurs d'un vitrail (baie n°104) de la cathédrale de Quimper vers 1425.

Puisque son père Henri décéda en 1481, alors que sa fille aînée avait 10 ans, on peut penser qu'une tutelle fut assurée par Roland de Berrien, oncle de Marie de Berrien et qui deviendra recteur de Pleyben de 1492 à 1498. C'est lui qui fit réaliser le vitrail de la baie à gauche du chœur. 

 Marie et Olivier eurent comme enfants :

1° Jean, qui épousa Jeanne de Troguindy 

2° Olivier, chevalier.

3° Marie, qui épousa : 1° Jean de Rocherf ; 2°, en 1524, Gilles le Rouge, Sr de Kerberiou.

4° Jeanne, femme de Jean de Kerguesay, Sr de Kergomar. XI.

 Les écus sont les suivants , de haut en bas :

1. D'argent à 3 jumelles de gueules, au franc canton d'or au lion de sable, qui est Berrien ;

2. Mi-parti d'un burelé d'argent et de gueules de 10 pièces, qui est Quélen-Vieux-Chastel et d'or à trois fasces de gueules, qui est du Chastel (Yvon de Quélen, seigneur du Vieux-Chastel, épouse, vers 1450, Jeanne du Chastel) ;

3. Mi-parti de Berrien et de gueules à trois épées d'argent en bande, qui est Coatanezre, fondu dans Berrien, puis Quélen-Vieux-Chastel ;

4. D'azur à trois besans d'or, parti de gueules à la fasce d'or ;

5. Mi-parti de Berrien et d'azur à la croix d'or, qui est Lézongar (Yvon de Berrien épouse, en 1443, Jeanne de Lézongar) ;

6. Mi-parti de Quélen et de Berrien (Marie de Berrien, dame de Coatanezre et de Kerdudal, épouse, vers 1500, Olivier de Quélen, baron du Vieux-Chastel) ;

7. Mi-parti de Berrien et d'azur au lion d'argent, qui est du Juch (Henry de Berrien, homme d'armes dans une montre de 1481, épouse Louise du Juch, père et mère de la précédente) ;

8. Mi-parti de Berrien et de ......... 

 

Seul le martyrologe de la basilique Saint-Pierre indique le nom de Présentation : Ypapanti Domini, id est obviatio seu appresentatio Domini nostri Iesu Christi s

 

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Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Dans l'ajour supérieur est peint une Trinité souffrante . (Grisaille et jaune d'argent datent du XXe siècle). L'église de Loqueffret, dont Brennilis était alors une chapelle tréviale, conserve un retable consacré à la Trinité du XVIe siècle.

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Trinité souffrante, tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Trinité souffrante, tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Anges en prière et anges musiciens.

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Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie axiale, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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ANNEXE.

L'analyse technique de Jean-Pierre Le Bihan :

La palette des couleurs.


"Ce fut une surprise que de découvrir le grand nombre de teintes de verres qu employa le verrier. Cela indique aussi la présence d'un atelier possédant un stock et une palette de couleurs de verres, ce qui est assez rarissime. Il y a les rouges qui semblent prédominants par leur surface. Ils ont été choisis dans des feuilles de tonalité très proche ; ce qui n'est pas toujours facile. Le rouge ne laissant pas passer la lumière, il s'agit d'un verre blanc supportant au soufflage une fine pellicule de rouge.
Nous trouvons un bleu violet dans la robe d'Elisabeth, un autre, un peu plus fort pour St Joseph, que cela soit au Mariage ou dans la Nativité. 
Il y a le bleu du manteau de la Vierge que l'on retrouve dans toutes les scènes. Ce manteau bleu recouvre une robe d'un violet carmin, violet que l'on voit plus proche d'un brun laqué comme fond de la Circoncision, ou, plus brun vermillon chez Joachim. Il y a encore un violet, plus gris violacé pour les ailes de l'Ange Gabriel.
Les verts sont, eux aussi, nombreux. On en relève trois: une cendre verte derrière la Vierge de l'Annonciation, un moyen sur le pupitre de la même scène et que l'on retrouve pour les sols de l'entrée de Marie au Temple, de la Visitation et de la Nativité. Et enfin, un vert émeraude sur le manteau de l'Ange Gabriel.
Le verre incolore présente au moins deux teintes que l'on devine dans les architectures. L'une d'elles, la plus proche du blanc, est utilisée pour les visages, les mains et les corps."

Les visages

"L'approche du détail nous confirme, une fois de plus, la spécificité et la qualité hors pair de cet atelier, avec cependant une certaine réserve pour la scène de la Présentation de Marie au Temple.
Attirés par l'air de famille des visages, ce qui est une chose naturelle, lorsque c'est le même peintre qui oeuvre sur une verrière, nous avons été plus loin et avons découvert (et cela est la première fois en trente ans de métier) en superposant les visages, hommes sur hommes, femmes sur femmes, parfois face interne sur face externe, nous avons donc découvert que le peintre verrier devait posséder un dessin original de visages. Il le transposait très légèrement, sans grande modification, par transparence, ouvrant ici un peu plus grand les yeux, forçant là un peu sur le nez. Il a agi de même pour le toit de la crèche."


Le peintre
 

"Il n'était pas seulement un copieur, il savait tenir ses pinceaux et son registre plastique est époustouflant.
Le trait de grisaille noir est très sensible, juste ce qu'il faut, affirmant quelques traits comme les sourcils, les paupières, l'oeil ou les poils de barbe ou les cheveux. Tout le reste est une débauche luxuriante de sanguine.
Cette sanguine, il l'a posée sur les deux faces du verre, au dos pour accentuer la teinte, les traits et donner des ombres. C'est avec elle, qu'il crée les visage, les mains. Il va même plus loin. Avec cette même sanguine ou du Jean Cousin, qui est de la sanguine encore plus cuite et desséchée, et sa grisaille noire mélangées, il arrive à une teinte brune. Cette teinte se trouve dans le toit de la crèche, le couffin de l'Enfant Jésus, ou les ombres portées des vides sanitaires au-dessous des escaliers du Temple.
Toutes ces grisailles ou sanguines, il les enlève pour donner de la lumière ici et là, avec un bois ou une pointe et aussi parfois avec une brosse dure. Un damassé très effacé ou très léger recouvre les faces intérieures.
 Il y a aussi le jaune d'argent, nitrate ou chlorure d'argent, qui est très librement posé et qui, par endroit, c'est reproduit sur d'autres pièces par fusion lors des cuissons. Il anime les nimbes, les cheveux, les architectures."


Le verre.

"Autre spécificité de cet atelier, c'est aussi le verre et sa découpe. Le verre utilisé est un verre soufflé en plateau.
Nous avons pu relever, grâce aux ondes concentriques que laisse ce genre de fabrication, que les plateaux de verre utilisés faisaient près de 90 centimètres de diamètre, soit environ les 36 pouces des mesures d'époque. Le verre est d'une surface non plane dont l'épaisseur varie de 3 à 6 millimètres et, sur certaines pièces, on trouve les bords arrondis, dits bourrelets, spécifiques à ce genre de fabrication.
De nombreuses bulles, petites ou grosses comme une cerise, s'étalent en cercles plus ou moins concentriques suivant les couleurs et les morceaux de verre.
Dans certains cas, les cratères, dû à l'âge du verre et à l'acidité de l'air et des lichens et mousses, laissaient sur le verre rouge apparaître le verre incolore. 

Les pièces de verre découpées sont assez grandes dans l'ensemble. Une pièce bleue du manteau de la Vierge s'étale sur 34 centimètres. Cela peut être une indication intéressante sur les dimensions des fours de l'époque.

La coupe de ces pièces de verres montre une dextérité hors du commun à une époque où le verre était coupé au fer rouge. Cela est visible dans les morceaux supérieurs de l'architecture des dais. Par contre, nous n'avons relevé qu'un chef d'oeuvre, qui est, après l'ouverture d'une fenêtre dans le verre, la pose d'un autre morceau de verre. On le voit dans le mur de la crèche. Cet atelier n'a pas non plus profité de la technique de la gravure à l'archet des pièces rouges, technique très utilisée au XVlème siècle."


Les marques de repères
 

"Nous avons signalé l'absence de gravures à l'archet ; par contre, il existe une autre sorte de gravures que l'on trouve sur la face extérieure du vitrail et qui sert de repérages lors des diverses manutentions des pièces en vue de la mise en plomb.
Ces gravures, très petites, d'approche visuelle difficile, sont faites dans le coin des pièces, généralement dans le bas. Par rapport à certaines autres découvertes sur d'autres verrières, où ces marques de repères étaient d?une explication aisée à donner, ici nous nous trouvons devant quelque chose de plus complexe. Un seul panneau présente la même gravure et cela sur vingt pièces. Sur les autres panneaux, cela va de deux sortes de gravures à quatre, sans que l'on ne comprenne pourquoi, car il ne peut y avoir inversion de pièces. Ces marques de repères sont des F A. delta. , un triangle fermé, Z, o( . delta, z, et un graphisme représentant une paire de lorgnon. L'une d'entre elles nous a permis,  de remettre à sa place d'origine, une pièce d'architecture d'un dais qui s'était égarée dans un socle ou avait servi de bouche trou."

 

A la recherche d'un atelier.


"Espérons qu'un jour cette Vie de la Vierge révélera le nom de son auteur et sa date d'exécution, ou restera-t-il à jamais le verrier de Brennilis! Etait-il Cornouaillais ou extérieur à ce diocèse' Dans ce cas qui l'a fait venir.  Dans tous les cas, cette verrière n'est pas l'oeuvre de n'importe qui, et celui ci n'est pas à sa première oeuvre. Nous pouvons nous poser la question de savoir où sont passées ses autres oeuvres ? Ont-elles fait partie des quelques cinq cents ou milliers de verrières de Cornouaille disparues Ce verrier ne travaillait pas seul, il était aidé par des compagnons. Et nous pensons qu'il avait un commanditaire très au fait du programme car cette oeuvre révèle des tas de petits détails invisibles à plus de vingt à trente centimètres. Je pense ici à certaines terminaisons de lettres gothiques du Phylactère de l'Annonciation qui n'apportent rien en plus à la compréhension du sujet. C'est la première fois que nous nous posons la question de savoir si les maîtres verriers de l'époque, et particulièrement celui-ci, devaient travailler sous la surveillance du commanditaire ou donateur qui venait vérifier le travail en atelier, comme c'est le cas pour les orfèvres Cette recherche du détail, qui ne peut être aperçu du commun des paroissiens, était-elle faite par amour de l?art ou pour plaire au commanditaire?"

 

 

Le retable du maître-autel est composé de panneaux anciens, ayant conservé leur peinture primitive. 1. — Annonciation : La Sainte-Vierge, agenouillée sur un prie-Dieu, est toute troublée de la salutation de l'ange et se détourne pour lever vers celui-ci des yeux presque effrayés. L'ange Gabriel apparaît dans une nuée traitée à la façon du Moyen-Age ; d'une main il tient un sceptre et de l'autre une banderole très déliée qui fait plusieurs enroulements et sur laquelle on lit : Ave Maria Dominus tecum. Dans un angle du haut, on voit le Saint-Esprit. 2. — Visitation : La Sainte-Vierge, la tête découverte et sans voile, entre chez sa cousine Elisabeth qui s'agenouille devant elle. Derrière celle-ci s'avance Zacharie, dont la tête est coiffée d'un capuchon pointu. 3. — Nativité : L'Enfant-Jésus est étendu dans la mangeoire, sur un peu de paille. La Sainte-Vierge et saint Joseph sont agenouillés devant lui ; entre eux se trouve un petit ange en adoration. A l'arrière-plan, on voit le boeuf et l'âne. Comme théâtre de cette scène, ce n'est pas la grotte qui est figurée, mais les ruines de l'ancien palais de David. 4 — L'Ange apparaît aux bergers : L'ange est debout au milieu d'un nuage ; il tient une banderole portant ces mots : Gloria in excelsis Deo. Autour de lui, pour indiquer la troupe angélique, on a placé des têtes de chérubins. Deux bergers dorment sur la montagne, un troisième se réveille. 5.  — Adoration des Mages. La Sainte-Vierge, assise, tient l'Enfant sur ses genoux, pour le présenter aux adorations des princes de l'Orient. Saint Joseph, tête découverte, est debout derrière elle. Le premier Mage, ayant déposé sa couronne, est agenouillé devant l'Enfant-Jésus. Il est accompagné d'un page ou jeune serviteur. Les deux autres rois, couronne en tête, sont debout et tiennent en main les présents qu'ils vont offrir à leur tour. 6. — Circoncision : Un vieillard, peut-être de la tribu sacerdotale, tient l'Enfant-Jésus au-dessus d'une table. La Sainte-Vierge est agenouillée, saint Joseph est debout ; deux personnages, semblant être des lévites, se tiennent là comme assesseurs. 7. — Assomption : C'est le panneau qui sert de porte au tabernacle. La Sainte-Vierge, debout sur un nuage, est entourée de quatre anges vêtus de longues robes, qui la touchent à peine, pour la faire monter au ciel. Les deux anges du haut déposent une couronne sur sa tête. Outre ces anges, on voit encore six ou sept têtes de chérubins. Ces bas-reliefs sont séparés par six statuettes couronnées de dais à découpures flamboyantes. On peut reconnaître saint Roch, saint Jean l'Evangéliste, saint Jacques le Majeur et saint Paul, apôtre ; les deux derniers saints sont plus difficiles à déterminer.  

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SOURCES ET LIENS.

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Sur l'église de Brennilis :


 

— Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

— Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

— ABGRALL, (Jean-Marie) 1904 Notice sur Brennilis, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 :

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, Ar. de kerangal, Quimper pages 283-284.

https://archive.org/stream/architecturebre00abgrgoog#page/n317/mode/2up/search/brennilis

AncreAncre  

— COMBOT (recteur de Brennilis), 1856, Note sur l'église de Brennilis,  cité dans BDHA 1904.

— COUFFON , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum vol. VII, Presses Universitaires de Rennes page 118.

— LE BIHAN (Jean-Pierre), Brennilis, église Notre-Dame

 http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6197893.html

PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 16:07

PRÉSENTATION.

L'église Notre-Dame est une ancienne chapelle tréviale de Loqueffret devenue église paroissiale en 1849. Une inscription en lettres gothiques à droite du maître-autel en indique la date de fondation en 1485 : " Y[ves] toux  procureur lan mil CCCC IIII XX  + cinq  : au cõmenceme[n]t   de . ceste . chappele". 

 

La verrière d'axe ou baie 0, datée vers 1500,conserve les armoiries de Louise de Berrien et de son époux Olivier de Quélen baron du Vieux-Chastel, décédé en 1521. Elle est consacrée à la Vie de la Vierge.

 

Situation de la verrière.

La baie n°2 se situe à droite du chœur, sur le mur oriental du bras sud du transept. Elle éclaire un autel en bois aux 12 sybilles  et est encadrée par les statues de saint Hervé et  de saint Sébastien.

 

 

Vue orientale du bras sud du transept, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.
Vue orientale du bras sud du transept, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Vue orientale du bras sud du transept, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Le vitrail.

La baie 2 , de forme ogivale, mesure 2,50 m de haut et  1,80 m de large et est datée selon le Corpus Vitrearum vers 1490-1495 ; sous un tympan à 3 ajours, ses 3 lancettes (2 en plein cintre, 1 ogivale) montrent trois niches à hauts dais architecturaux abritant saint Michel, le Christ et saint Jacques.  Elle a été restaurée d'abord en 1965 par Jean-Jacques Gruber, qui a créé une vitrerie ornementale, puis en 2000 pour compléter les personnages. Selon le Corpus Vitrearum publié en 2005, "en 1996, la verrière principale a été restaurée et complétée par Jean-Pierre et Antoine Le Bihan, et la campagne se poursuit actuellement sur les baies 1 et 2 " Maître d'oeuvre : Philippe BONNET- LGMH  2000.

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Les fonds des lancettes sont alternativement rouge, bleu et rouge autour des dais et bleu, rouge, bleu à l'intérieur des niches.

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Baie n°2,  église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.
Baie n°2,  église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.
Baie n°2,  église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Baie n°2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Les lancette A et B. Saint Michel et le Christ Sauveur.

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Lancettes A et B de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Lancettes A et B de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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a) Saint Michel.

Les cheveux et le nimbe de l'archange sont peints en grisaille sans rehaut de jaune d'argent . La croix est taillée dans un jaune teint dans la masse, plutôt que dans un verre blanc passé au jaune d'argent.

Le même carton à grandeur a été employé à l'église Saint-Fiacre de Guengat, baie 2, pour un vitrail réalisé à la même épque (ca 1500) par un atelier quimpérois actif dans toute la Cornouaille (Ergué-Gabéric, Plogonnec, Penmarc'h, etc..) .

http://www.lavieb-aile.com/article-l-eglise-de-guengat-29-i-les-vitraux-122885533.html

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Comparaison des saint Michel de Brennilis et de Guengat. Photographie lavieb-aile.
Comparaison des saint Michel de Brennilis et de Guengat. Photographie lavieb-aile.

Comparaison des saint Michel de Brennilis et de Guengat. Photographie lavieb-aile.

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b) le Christ en Saint-Sauveur.

La couleur de la tunique (lie-de-vin) et le geste de bénédiction infirme l'hypothèse du chanoine Abgrall qui y voyait un Christ de Résurrection .

Le visage a reçu un rehaut de sanguine. La chevelure et la barbe sont dessinées par enlevé de grisaille au petit bois.

L'inscription AVE MARIA se lit sur l'encolure.

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Le Christ en Saint-Sauveur, lancette B de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Le Christ en Saint-Sauveur, lancette B de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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La lancette C : saint Jacques le Majeur.

Le Corpus Vitrearum laisse le choix : saint Jacques ou saint Roch avec les insignes de pèlerin. Fragment du visage restauré. 

Je ne vois pas d'argument pour y voir saint Roch.

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Lancette B et C de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Lancette B et C de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Saint Jacques tient le bourdon muni de sa calebasse. Il est coiffé du chapeau à bords rabattus sur lequel est peint la coquille et les bourdonnets croisés. La besace se devine en bandoulière. Quelle est la part des restaurateurs ?

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Saint Jacques le Majeur, Lancette  C de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur, Lancette C de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Dais architecturé de la lancette C. 

Les niches sont couronnées de dais flamboyants élancés apparentés à ceux de la baie 0 avec leurs grandes pièces aux découpes savantes, et leur peinture subtile rendant compte des ombres portées. Les crochets des gables et les moulures sont rehaussés de jaune d'argent. Dans la voûte à culot se lisent les mots MISERE MI DEUS  aux lettres perlées. C'est l'incipit du psaume 50, Pitié pour moi, mon Dieu.

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Dais de la lancette C  de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Dais de la lancette C de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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LE TYMPAN.

Le soufflet  ou ajour supérieur porte les armoiries de Quélen Vieux-Chastel burelé d'argent et de gueules de dix pièces entre des rameaux de chêne et de ..., et sous deux fleurs rouges. Le corpus vitrearum indique : "panneau réinséré, plus tardif que les précédents".

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Tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Mouchette gauche : ange portant la croix.

Ecus aux armes de Berrien D'argent à 3 jumelles de gueules, au franc canton d'or au lion de sable .

 

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Mouchette gauche, tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Mouchette gauche, tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Mouchette de droite. Ange portant la colonne de Flagellation.

Ecus aux armes d'argent fretté d'azur de Guicaznou (ou de Goazmoal )

Meriadec de Guicaznou était grand panetier du duc Jean Le Sage en 1421.

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Mouchette droite,  tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Mouchette droite, tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Une étude des visages des baies 1 et 2.

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Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.
Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.
Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.
Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.
Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.
Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.

Visages, baie 1 et 2 saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.

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SOURCES ET LIENS.

Blog du maître-verrier Jean-Pierre Le Bihan. mars 2007

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6197893.html

— Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

— Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

— ABGRALL, Notices, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 et 318-319. :

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

 

— COMBOT (recteur de Brennilis) Note sur l'église de Brennilis, 1856, cité dans BDHA

— COUFFON , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum vol. VII, Presses Universitaires de Rennes page 118.

— PÉRÉNNES (Henri), 1939, Pleyben le Clergé, BDHA 

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1939.pdf

PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 16:39

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Pénétrer dans l'église Saint-Suliau de Sizun est un enchantement comparable à celui procuré par la contemplation de la voûte étoilée, pourvu qu'on y déambule le nez en l'air, à défaut de s'y allonger sur les dalles froides de la nef. On croira y perdre sa route tant le carroyage des nervures jaunes aux tranches mordorées et l'alignement des clefs pendantes nous sont, sous cet angle renversant,  étrangers, avant de reconnaître, en guise de constellation, les arma christi successivement portés par des anges en aube blanche, d'un angle à un autre du réseau des sablières. 

Ce sont eux qui vont nous guider à travers cette voie lactée.

 

Voûte de l'église Saint-Suliau de Sizun vue depuis le fond de la nef, photographie lavieb-aile.

Voûte de l'église Saint-Suliau de Sizun vue depuis le fond de la nef, photographie lavieb-aile.

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Voûte de l'église Saint-Suliau de Sizun vue depuis la nef, photographie lavieb-aile.

Voûte de l'église Saint-Suliau de Sizun vue depuis la nef, photographie lavieb-aile.

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Voûte de l'église Saint-Suliau de Sizun vue de la croisée du transept, photographie lavieb-aile.

Voûte de l'église Saint-Suliau de Sizun vue de la croisée du transept, photographie lavieb-aile.

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LES ANGES PORTEURS DES INSTRUMENTS DE LA PASSION

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Ange portant le titulus INRI.

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Ange portant le titulus INRI, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange portant le titulus INRI, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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L'ange portant la croix.

 

 

 

Ange portant la croix, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange portant la croix, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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L'ange portant la couronne d'épines.

Ange portant la couronne d'épines, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.
Ange portant la couronne d'épines, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange portant la couronne d'épines, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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L'ange portant le fouet ou flagellum (bras sud du transept).

 

Ange portant le fouet de la flagellation, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange portant le fouet de la flagellation, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Ange portant les verges de la flagellation.

 

Ange portant les verges, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange portant les verges, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Anges des scènes de l'arrestation au Jardin des Oliviers (bras nord du transept). 

L'oreille du serviteur du grand prêtre.

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Ange présentant l'oreille du serviteur du grand prêtre, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.
Ange présentant l'oreille du serviteur du grand prêtre, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange présentant l'oreille du serviteur du grand prêtre, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Ange présentant la main du grand prêtre qui gifla Jésus.

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Ange présentant la main du grand prêtre qui gifla Jésus, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange présentant la main du grand prêtre qui gifla Jésus, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Arrêt sur image : un portrait du duc et de la duchesse de Rohan.

Erwan le Ber a sculpté ici, en remplacement des deux blochets détruits, ces anges en leur donnant la tête de Josselin de Rohan-Chabot, actuel 14e duc de Rohan, et de son épouse Antoinette de Rohan (née Boegnier), les propriétaires du château de Josselin. Ces blochets encadrent une ancienne porte, dite de Rohan, encore visible à l'extérieur. 

Par ce geste, il crée un discret rappel du fait que les armes de la famille de Rohan de gueules à neuf macles d'or posées 3, 3, 3 sont gravées avec la date de 1588 sur le fronton de l'ossuaire de l'enclos paroissial. Pourtant, le vicomte de Rohan en titre en 1588 est difficile à définir, la date de 1588 écartant Henri Ier (1535-1575) Prince de Léon et comte de Porhoët, de confession protestante, René de Rohan (1550-1586), un huguenot convaincu, ni de Henri II de Rohan (1579-1638), chef de guerre huguenot. Un candidat bien plus crédible serait Jehan II, vicomte de Rohan, de Léon et comte de Porhoët, allié de Charles VIII dans sa lutte contre le duc de Bretagne, et qui fit construire le Pont de Rohan à Landerneau ...en 1510. En 1549, le vicomté de Léon comportait 4 juridictions, celles de Landerneau, Sizun, Ploudiry et La Roche-Morice. Voir Tudchentil http://www.tudchentil.org/spip.php?article551. Mais Jehan II de Rohan est décédé en 1516. Son successeur Jacques est décédé en 1527, sans postérité, laissant son titre à sa sœur Anne de Rohan (décédée en 1529). 

—Et alors ? Anne eut-elle des enfants de son mari Pierre II de Rohan-Gié ?  

— Elle en eut deux, pour lesquels Marguerite, sœur du roi François Ier, eut pour des soins maternels. Elle maria René, son préféré, avec sa belle-sœur, Isabeau d'Albret, infante de Navarre, fille de Jean III et de Catherine de Foix, souverains de Navarre le 16 août 1534 : elle introduisait ainsi le protestantisme dans la famille de Rohan.  René Ier mourut en 1552, laissant son titre à son fils Henri Ier de Rohan, et j'ai refermé la boucle.

—Antoinette de Rohan dans son Musée des poupées en 2004 :

Copyright Le Télégramme :http://www.letelegramme.fr/ar/viewarticle1024.php?aaaammjj=20040627&article=8247242&type=ar

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Josselin de Rohan en 2011 comme Président UMP de la commission des affaires étrangères au Sénat.  Photo Public-Sénat copyright AFP :

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Copyright Ouest-France 15 juillet 2008 Josselin pavoise et retrouve son festival https://mvistatic.com/of-photos/2008/07/15/va05_1768954_1.jpg

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L'ange porteur de la lanterne des gardes (bras nord du transept). 

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L'ange porteur de la lanterne des gardes, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

L'ange porteur de la lanterne des gardes, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Anges portant d'autres instruments.

 

Blochets de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.
Blochets de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Blochets de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Ange portant l'échelle de la Déposition.

 

Ange portant l'échelle de la Déposition,  église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange portant l'échelle de la Déposition, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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AUTRES BLOCHETS. Saints et apôtres.

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Un diacre. Saint Suliau ??

 

Blochet,   église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Blochet, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Un apôtre tenant un coutelas ou glaive. Mathias ?

 

Un apôtre, blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Un apôtre, blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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L'apôtre saint André tenant la croix en X. Croisée du transept.

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Saint André,  blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Saint André, blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Autre apôtre tenant un bâton de foulon (saint Jacques le Mineur), ou une croix (Saint Philippe).

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Apôtre,  blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Apôtre, blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Apôtre tenant un coutelas. Saint Barthélémy ??

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Apôtre,  blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Apôtre, blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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LE CHRIST SALVATOR MUNDI.

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Christ Sauveur du Monde, Apôtre,  blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Christ Sauveur du Monde, Apôtre, blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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LES SABLIÉRES.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.
Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.
Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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LIENS.

Le dossier photo de l'Atelier Le Ber, Kerféos, Sizun :

http://www.ateliersleber.fr/realisations/charpente/restauration-de-patrimoine-et-monuments-historiques/eglise-st-suliau-sizun

 

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 21:02

Formidable ! Marie-Suzanne de Ponthaud et Jean-Pierre Breton sous les voûtes : les nouveaux blochets de l'église de Sizun (29).

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Voir aussi :

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En novembre 2011, j'avais découvert les blochets de l'église de Plouedern (Finistère), et, après une patiente enquête, j'y avais identifié toute l'équipe chargée de la "restauration" (ou reconstruction) de l'église totalement détruite par un incendie. Il s'y trouvait Gérard Caillau, Architecte des Bâtiments de France, Gérard Jamain, patron du bureau d'étude de restauration, le peintre Paul Mériguet, le sculpteur Vincent Fancelli, le maire Hervé Ropars, le recteur Malléjac, le maître-verrier Hubert de Sainte-Marie, le sculpteur Mourad-Horch, au total 15 personnes représentées comme des marionnettes sur chaque blochet de la charpente.

Voir ici :

Les blochets de l' église Saint-Edern à Plouedern et sa restauration après sa destruction par la foudre le 24 mai 1974 : Réunion de chantier sous les combles !

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque, visitant l'église Saint-Suliau de Sizun après la restauration de la charpente menée par l'entreprise Le Ber (Kerféos, Sizun) en 2012, une fois encore, levant les yeux, je découvrais deux personnages sculptés dans les blochets, et qui, manifestement, n'étaient pas perchés là depuis la Renaissance.

Il s'agissait de les identifier dare-dare.

On les trouvera dans l'extrémité occidentale du bas-coté sud de la nef, un espace exigu situé immédiatement à gauche de la porte d'entrée.

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Blochet moderne de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Blochet moderne de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Blochet moderne de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Blochet moderne de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Cette fois-ci, je ne perdais pas de temps et je les identifiais en deux ou trois clics. Je trouvais d'abord un article en ligne du Télégramme de Brest du 9 décembre 2012 sous le titre Sizun Rénovation de l'église. Une visite des élus

"Mardi après-midi, Jean-Pierre Breton, maire, et Nicole Crenn, adjointe à la culture et au tourisme, ont réceptionné les travaux de rénovation de l'église paroissiale. Étaient présents: Mme De Ponthaud, architecte en chef des Monuments historiques, Mme Godet, son adjointe, M.Masson, conservateur régional des monuments historiques à la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) de Rennes, M.Lemesle, ingénieur monuments historiques, M.Sénéchal, architecte des Bâtiments de France à Brest ainsi que les représentants des entreprises ayant participé au chantier: entreprises Le Ber Sizun, charpente, Goavec Pitrey, Brasparts maçonnerie, Davy, Saint-Brieuc, couverture, Molinier, polychromie. 
Près de 1.650.000EUR de travaux 
Débuté en septembre 2009, le chantier s'est achevé en octobre cette année. Les paroissiens ont ainsi pu assister aux offices de la Toussaint dans une église resplendissante. Le coût de la rénovation s'élève aux environs de 1.650.000EUR, subventionnés par l'État (Drac), la Région et le Département."
© Le Télégramme http://www.letelegramme.fr/local/finistere-nord/morlaix/sizun/sizun/renovation-de-l-eglise-une-visite-des-elus-09-12-2012-1936080.php#QWOv7df7LwkBeiuI.99 

Je trouvais ensuite sur le site de l'entreprise de menuiserie Le Ber  ces lignes :

"Restauration de charpente de l'église St Suliau à Sizun. Edifice classé Monuments Historiques en 1943. Durée des travaux de 26 mois, en trois tranches. Maître d'oeuvre: Madame De Ponthaud Architecte en Chef des Monuments Historiques."

www.ateliersleber.fr/realisations/charpente/restauration-de.../eglise-st-suliau-sizun

 

Il s'agissait de trouver en ligne une photographie de Madame l'Architecte en chef, afin de confirmer l'hypothèse. Le site copainsdavant.linternaute.com me fournit celle-ci, dans laquelle je retrouvais de manière assez convaincante les traits sculptés dans le bois :

 

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Je trouvais aussi une confirmation sur le site

http://www.une-vie-de-setter.com/article-en-cette-periode-de-l-avent-113635370.html

...et avec ce lien :

http://www.saintpoldeleon.fr/IMG/pdf/2016-01-14_itw_mme_de_ponthaud_-_bm_no80.pdf

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Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Madame de Ponthaud, reconnaissable à sa mêche et à ses yeux bleus,  est représentée tenant un crayon et un mètre pliant dans la main gauche, une bourse et ses cordons dans la main droite et des rouleaux de plans sous le bras. De sa poche sort une montre, ou mieux, un chronomètre qui illustre son souci du respect des délais fixés

Voir les corrections des mots biffés en fin d'article !.

 

Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Portrait.

 

Un portrait faisant la synthèse des données disponibles en ligne montre que l'Architecte en chef mérite largement sa place dans cet Olympe, dans ce bosquet sacré planté de blochet de chêne où les grands noms de la Restauration Patrimoniale accèderaient à l'immortalité par leur métamorphose.

Elle est la seule femme parmi  les 34 Architectes en chef des Monuments Historiques (ACMH) pour la France. Sélectionnés par la voie d’un concours d’État, les ACMH sont des architectes libéraux recrutés par le ministère de la Culture pour lui apporter leur concours dans l’accomplissement des missions de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine architectural. Ils remplissent des missions d’avis, de conseil et d’assistance auprès des services du ministère pour les bâtiments classés et inscrits au titre de monuments historiques. Ils exercent également le rôle de maître d’œuvres, en particulier sur les édifices classés appartenant à l’État dans les circonscriptions qui leur sont attribuées. 

Elle dirige l'Agence de Ponthaud à Boulogne-Billancourt et l'Agence De Ponthaud-Bretagne à Crozon.

Diplômée de l'Institut de Construction industrialisé en 1988, de l’École Spéciale d’Architecture en 1989 et titulaire d’un master de l’École nationale des ponts et chaussées, elle a commencé par travailler dans l’agence d’un ACMH avant de suivre le cursus de l’école de Chaillot. Elle a ensuite passé le concours ACMH et ouvert son agence en 1997. Depuis elle travaille à la réfection de nombreux monuments historiques dans les départements dont elle a la charge : le Morbihan, le Finistère et l'Eure-et-Loire. Parmi la liste d'innombrables chantiers, figurent  la cathédrale de Chartres et le musée d’Orsay à Paris, la maison Pénanault à Morlaix, les églises de Locquénolé, de Saint Thégonnec et de Saint Jean du Doigt, les châteaux de Kerjean, de Maillé, le château du Taureau en baie de Morlaix, la tour Vauban à Camaret, l’abbaye Saint Mathieu à Plougonvelin ou le phare du Stiff à Ouessant, et la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon en 2016. 

 

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Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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La photographie accompagnant l'article du Télégramme (9 / 12/ 2012) m'a permis d'identifier tout aussi rapidement le second heureux élu de cette montée sur les planches, car j'ai facilement reconnu Jean-Pierre Breton, maire de Sizun depuis 1989.

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J'emprunte la photo suivante à Ouest-France du 6 août 2016 : le maire y est photographié devant l'arc de triomphe de l'enclos paroissial de Sizun, réalisé en coquillage.

 

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Monsieur le maire est représenté par le ciseau du sculpteur tenant entre les bras la maquette de son église paroissiale entourée des toits de son village, réputé pour ses ardoises.

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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DISCUSSION.

Je tenais les quinze blochets  de Plouedern comme un phénomène unique expliqué par un contexte particulier. La découverte d'un autre exemple à Sizun remet en cause ces présupposés et entraine les questions suivantes :

L'exemple de Plouedern a-t-il joué un rôle déterminant pour la réalisation des blochets de Sizun ?

Qui a commandité ces blochets ? Le maître d'œuvre ? La mairie ? Est-ce une initiative du sculpteur ?

Cette pratique va-t-elle (ou bien a-t-elle déjà ) susciter une émulation d'imitation ?

CONCLUSION.

1) Les historiens de l'art se heurtent souvent au manque de documents dans l'étude des monuments anciens et peinent souvent à retrouver  le nom des artisans, à interpréter une inscription, à identifier un personnage et sa fonction, à préciser le rôle d'un commanditaire, etc.. Il me paraît désormais important, dans le cadre de l'éthique présidant à toute rénovation et toute restauration, d'anticiper les interrogations futures et de laisser une documentation pérenne  et accessible du travail entrepris.  

2) Si j'ai pu ici faire partager mon admiration pour le talent du sculpteur, et de l'entreprise Le Ber, ou mon enthousiasme face à la détermination de la Mairie et les compétences de l'Architecte en chef, et inciter les visiteurs à lever la tête vers la charpente, j'aurai réussi le but fixé.

3) Je sais ce qu'il me reste à faire : éditer un nouvel article sur les sablières et blochets anciens qui viennent d'être restaurés à Sizun : à suivre.

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LA SUITE...

La suite ? Elle ne se fit pas attendre, car j'ai rapidement reçu, en réponse à mes interrogations, un couriel d'Ewan Le Ber, l'un des deux frères de l'Atelier Le Ber "Menuiserie & Charpente". Comme le montre sa photo, que j'emprunte à leur site, Ewan, c'est le menuisier, alors que Steven est le charpentier ; ils sont à la tête d'une équipe d'une vingtaine de personnes.

 http://www.ateliersleber.fr/entreprise/equipe/anciens

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La réponse d'Ewan Le Ber, la voilà :

"Pour répondre à vos interrogations : Le chantier a été suivi par Steven Le Ber, mon frère (et réalisé par une équipe de l'entreprise évidemment), et les sculptures réalisées par moi même. La polychromie a été réalisée par Véronique Le Moine de St Urbain.

L'exemple de Plouedern a-t-il joué un rôle déterminant pour la réalisation des blochets de Sizun ? Oui, je connais bien l'église de Plouedern et j'ai toujours trouvé intéressant de marquer l'époque d'une restauration par un clin d’œil, ce qui se fait par ailleurs régulièrement. En complément, je vous signale qu'il y a deux autres blochets dans l'église qui caricature Mr et Mme De Rohan, dans le transept Nord côté Ouest. Ces deux blochet encadrent une ancienne porte appelée la porte des Rohans, et c'est pour cela qu'ils sont tournés l'un vers l'autre alors qu'ils devraient normalement être perpendiculaires au mur comme des blochets "normaux". J'ai juste caricaturé les visages (et je ne crois pas que grand monde le sache), leurs attributs étant deux de ceux qui manquaient dans les instruments de la passion du Christ présents dans l'église. Il y a également un punk caché dans les personnages des sablières de ce même transept, la tête d'origine était vermoulue et nous en avions un à l'atelier à cette époque! A vous de le trouver...!

Qui a commandité ces blochets ? Le maître d'œuvre ? La mairie ? Est-ce une initiative du sculpteur ? C'est une initiative de l'entreprise. Aucune demande n'a été faite au préalable si ce n'est un accord de principe à la personne de l'agence De Ponthaud qui suivait le chantier pour savoir comment elle percevrait cela. Elle l'a également découvert en fin de chantier. Petites corrections cependant dans votre article: Madame de Ponthaud, reconnaissable à sa mêche et à ses yeux bleus,  est représentée tenant un crayon et un mètre pliant dans la main gauche, (une bourse et ses cordons) un fil à plomb dans la main droite et des rouleaux de plans sous le bras. De sa poche sort une montre, ou mieux, un chronomètre qui illustre son souci du respect des délais fixés (avec une montre arrêtée sur 12H05 pour marquer que tout ne s'est pas fait exactement dans les temps!)
Pour Jean Pierre Breton, nous lui avons gardé la surprise jusqu'au jour de l'inauguration où il l'a découvert. Le village dans ses bras est clairement une idée reprise de Plouedern, j'avais trouvé cela vraiment symbolique et pertinent. 

Cette pratique va-t-elle (ou bien a-t-elle déjà ) susciter une émulation d'imitation ? Je ne sais pas, en tout cas nous le faisons régulièrement que cela soit sur des édifices religieux ou particuliers (par exemple l'architecte avec son chien et sa jambe en bois dans un château). Il faut pour cela que nous "sentions" la chose et que cela soit naturel, et fait avec envie."

Passionnant et drôlement sympa, non ? Et en cadeau, il m'a joint la photo suivante :

 

 

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Le blochet de Marie-Suzanne de Ponthaud en cours de réalisation. Photographie Atelier Le Ber.

Le blochet de Marie-Suzanne de Ponthaud en cours de réalisation. Photographie Atelier Le Ber.

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 21:57

Les vitraux de la chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet : la Passion de la baie d'axe. (vers 1560).

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Voir aussi les vitraux de la chapelle :

Les retables de la Vierge et de la Trinité (XVIe) de la chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet (Finistère).

Les vitraux de Notre-Dame-du-Crann (Intron Varia ar C'Hrann) à Spézet : l'oculus du Christ sortant du tombeau (XVe siècle).

Les vitraux de Notre-Dame-du-Crann à Spézet : l'Adoration des Mages et des Bergers ou Baie 3 (1546).

Les vitraux de la chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spezet : la Dormition et le Couronnement de la Vierge, baie n°4 (vers 1535-1540).

Les vitraux de la chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet: la verrière de saint Laurent (1548), baie n° 1. Le retable de saint Laurent.

Les vitraux de la chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet: la verrière de saint Jacques le Majeur (1548) ou baie n°2.

Les vitraux de la chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet: la verrière de saint Éloi (1550).

Les vitraux de la chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet : le Baptême du Christ (v.1550)

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Voir aussi les Passions des vitraux du Finistère au XVIe siècle :

La Passion de Spézet appartient à la cinquantaine de verrières de la Passion réalisées dans le Finistère, le plus souvent pour la maîtresse-vitre, au XVIe siècle, notamment par un important atelier quimpérois, celui de Laurent et Olivier puis Gilles Le Sodec.

Toutes ces Passions sont comparables par leurs cartons, leur facture et leur type d'ornement. La thèse de Roger Barriè est consacrée à leur étude. Plusieurs sont décrites dans mon blog : Locronan, Penmarc'h, Lanvénégen, Ergué-Gabéric, Plogonneg, Quimper, La Roche-Maurice, La Martyre, Guengat, Saint-Nic, Gouezec, Quéménéven etc. Le Corpus Vitrearum VII permet d'en dresser une chronologie :

​Et dans le Morbihan:

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Chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Chœur de la chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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La baie n°0 occupe le chevet plat de la chapelle : cette maîtresse-vitre haute de 4,50 m et large de 3,00 m comporte 4 lancettes trilobées de 57 cm de large organisées en trois registres, soit 12 panneaux relatant les principaux épisodes de la Passion. Dans le registre inférieur, une séquence de petits dais Renaissance répète un motif de moulure en chapeau de gendarme autour d'un blason de Bretagne (moderne) avec des putti joueurs de tambourin.  Un tympan de 13 mouchettes et 10 écoinçons est consacré à la Résurrection des Morts. 

Le vitrail a été remis en plomb en 1738, restauré par Alfred Bonnot en 1918, puis par l'atelier Le Bihan de Quimper en 2001 (grâce au prix du Pélerin Magazine remporté par l'Association de sauvegarde du Patrimoine Spézetois).  

Les auteurs de l'Inventaire remarquent que les quatre baies du transept (n°1 à 4, soit celles du pignon et du mur des bras nord et sud) ont été réalisées par le même atelier quimpérois entre 1540 (Dormition, n°4), 1546 (Adoration des Mages, n°3), 1548 (Saint Jacques, n°2) et 1553 (Saint Laurent, n°1). Dans la même campagne fut réalisé le vitrail de Saint Éloi (1550). Les auteurs du Corpus Vitrearum attribuent aussi à l'atelier quimpérois la maîtresse-vitre de la Passion, qui daterait de 1560 et s'apparente avec celle de Saint-Goazec (1573), et le Baptême du Christ (milieu XVIe). 

La chapelle a donc été vitrée juste après sa reconstruction en 1535 par les Vieux-Chastel qui possédaient la motte féodale du Cranhuel  (Inscription lapidaire --CHAPELLE FUT FONDEE -- MVCXXXV .A.LONNEUR DE NOT. DAME. DU CRAN--.

L'homogénéité du style quimpérois, et celle de la fourchette temporelle (1540-1560) pendant le Concile de Trente et avant la Ligue, s'associent à celle du programme : 4 scènes de la Vie de Marie et de la Vie et de Passion du Christ occupent les points cruciaux de la croix latine du plan de la chapelle, tandis que 3 saints et martyrs sont vénérés dans les espaces intermédiaires.

Cette homogénéité du programme théologique ou hagiographique est renforcée par la sculpture avec les deux retables de la Vierge à l'Enfant et de la Trinité dans le chœur, le retable ou la niche à volets de Saint Laurent, les statues du Christ Sauveur, de la Vierge à l'Enfant, de saint Laurent, de saint Jacques et de saint Éloi (disparue).

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Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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I. LE REGISTRE INFÉRIEUR.

 

 

Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Entrée dans Jérusalem.

Moitié inférieure complétée.

L'"ânon" (Luc 19:30) a pris ici l'allure d'un jeune cheval blanc. La bouche de ce dernier, comme saisie par le rire, évoque celles des chevaux de l'atelier Le Sodec de Quimper.

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Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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La nuit au Jardin de Bethsémani ou  Mont des Oliviers.

Deux têtes d'apôtres restaurées.

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Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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L'arrestation de Jésus à Behsémani : le baiser de Judas ; Pierre coupant l'oreille de Malchus le serviteur du grand-prêtre. 

Malchus restauré.

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Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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La Cène.

Partie inférieure complétée.

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Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Deuxième registre.

 

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Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Jésus devant  Caïphe.

Le grand prêtre énumère (en les comptant sur ses doigts) les arguments de la condamnation. 

Dessin semblable à celui de l'église de Saint-Nic, inversé et sans le petit chien ; l'élément architectural est semblable.

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Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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La Flagellation. 

Bien conservé. Emploi de sanguine pour le corps du Christ.

Celui-ci est marqué de marques à trois pointes, correspondant aux traces laissées, selon la supposition de l'artiste,  par les barbes de métal dont les plombs des lanières du fouet ou flagrum sont équipées, lorsqu'il ne s'agissaient pas d'osselets pointus, ou de plombs en H. Mais cet artiste n'avait pas l'expérience technique des bourreaux romains, lesquels s'entrainaient dans le gymnasium flagri pour donner les coups à des endroits précis, et qui évitaient la flagellation de la face ventrale pour ne pas causer de suffocation par traumatisme pulmonaire indirect ("Flagrum" Wikipédia note 7). Les fouets équipés de molettes d'acier sont visibles sur la gravure de Martin Schongauer :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6951445h/f1.item.zoom

Ces marques sont figurées sur le corps du Christ, par exemple, sur le vitrail de la Passion de Saint-Nicolas-du-Pélem (v.1470-1480) :

http://www.lavieb-aile.com/article-les-vitraux-de-saint-nicolas-du-pelem-123306146.html

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Flagellation, Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Flagellation, Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Flagellation, Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Flagellation, Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Le Couronnement d'épines.

Grande pièce restaurée dans la tunique du Christ.

 

Christ aux outrages, verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Christ aux outrages, verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Christ aux outrages, verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Christ aux outrages, verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Ecce Homo.

Bien conservé.

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Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Ecce Homo, Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Ecce Homo, Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Troisième registre.

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Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Comparution devant Pilate.

Peu restauré.

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Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Le Portement de Croix.

Sainte Véronique est au premier plan à droite, essuyant le visage du condamné avec un linge. Simon de Cyrène est derrière le Christ.

Peu restauré.

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Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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La Crucifixion.

avec Marie-Madeleine éplorée au pied de la Croix, et Marie en pâmoison. Scène intacte, non restaurée.

 

Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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La Résurrection.

Trés bien conservé.

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Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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LE TYMPAN : le Jugement Dernier.
 

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Tympan, Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet. Photographie lavieb-aile.

Tympan, Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Au sommet, dans une irradiation lumineuse, Dieu bénissant, au dessus d'un blason aux armes de la Bretagne (pièce en bouche-trou déjà décrite à cet emplacement en 1847), est encadré par la Vierge et par Saint Jean (tête restaurée). En dessous, des anges bucinateurs (*) annoncent de leurs trompettes l'heure de la Résurrection des Morts et du Jugement.

(*) Et non "tenant les instruments de la Passion" (Corpus vitrearum p.196)

 

Tympan, Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Tympan, Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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A gauche, les Élus sortent de terre (un frais gazon) et tendent les bras aux anges qui les portent vers les Cieux.

 

 

Tympan, Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet. Photographie lavieb-aile.

Tympan, Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet. Photographie lavieb-aile.

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A droite, les Damnés sont poussés par les fourches des démons vers la gueule vipérine du Léviathan.

 

Tympan, Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Tympan, Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Tympan, Verrière de la Passion  (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

Tympan, Verrière de la Passion (vers 1560), chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet. Photographie lavieb-aile.

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DISCUSSION.

 

Claire Arlaux écrit dans sa remarquable monographie de 1991 que "ce vitrail est d'inspiration flamande. Il reprend une gravure d'un élève de l'école de Dürer, Jost de Negker, comme le vitrail de l'église de La Roche Maurice dans le Finistère nord, daté 1539 et signé d'un maître verrier quimpérois. " Mais l'attribution, par René Couffon, de la Passion de La Martyre ( "La peinture sur Verre en Bretagne au XVIe siècle", Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne. Page 31 et 35) a été démentie par Roger Barrié puis par le maître-verrier quimpérois Jean-Pierre Le Bihan.

En effet, Jost de Negker (c. 1485-1544) n'est pas un dessinateur, mais seulement un graveur sur bois, et un éditeur. Il a gravé les dessins de Hans Burgkmair, Albrecht Altdorfer et de Leonhard Beck

Parmi les 167 gravures de cet artiste conservées et mises en ligne par l'Albertina de Vienne, aucune ne représente une scène de la Passion.

 

Par ailleurs, il n'est pas possible de rapprocher directement les 12 scènes de la Passion de Spézet avec les gravures de la petite Passion ou de la Grande Passion de Dürer, ni avec celles de Schöngauer. Néanmoins il est admis que l'inspiration provient "des Passions rhénanes de l'école de Dürer" (Inventaire ...Carhaix) 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ecce_homo#/media/File:SchongauerEcceHomo.jpg

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ecce_homo#/media/File:Albrecht_D%C3%BCrer_-_Ecce_Homo_(No._8)_-_WGA07303.jpg

Ce vitrail présente une analogie étroite avec la Passion de l'église (très voisine) de Saint-Goazec, vitrail qui a été restauré et remis en place en mai 2016, et qui est daté de 1573.

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie) 1909 : La chapelle de Notre-Dame du Crann en Spézet (Bulletin de la Société archéologique du Finistère).

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1891, Bulletin de la Société archéologique du Finistère page XXVI

https://archive.org/stream/bulletin78frangoog#page/n42/mode/2up

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), Inscriptions...

 http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf_divers/abgrall_inscriptions-gravees.pdf

— Bulletin monumental 1912 page 359 :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k31102s/f468.item.zoom

— ARLAUX (Claire), 2006, La chapelle de Notre-Dame-du-Krann à Spézet, ed. Keltia Graphic.

— COUFFON (René) LE BARS (Alfred), 1988, Nouveau répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper et de Léon, Quimper, Association diocésaine, 551 p.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/SPEZET.pdf

— GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel), 2005, Les Vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes, page 197.

OTTIN (Louis), s.d. (1896), Le vitrail; son histoire, ses manifestations à travers les âges et les peuples, pages 244-246 (plan).

https://archive.org/stream/levitrailsonhist00otti#page/246/mode/2up

 

 

— PÉRENNÈS (chanoine Henri), 1931, La chapelle Notre-Dame-du-Crann en Spézet, Quimper, imprimerie cornouaillesse. Reprise des articles du BDHA de 1930-1931

 http://www.saintgoazec.com/public/upload/file/bd129a3e102efe309069ffc860992d51.pdf

— Site infobretagne :

http://www.infobretagne.com/spezet-chapelle-notredameducrann.htm

— Bulletin de la Société archéologique du Finistère 1903 page 290:

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k109982z/f297.image

— http://fr.topic-topos.com/la-passion-du-christ-spezet


 

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Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes. Vitraux Spézet
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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 21:45
Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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Avec ses 2,70 m de haut et ses 1,50 m de large, la baie n°1 (la première des fenêtres à gauche de la baie d'axe) éclaire par l'est le bras nord du transept. Elle comporte deux lancettes cintrées et un tympan à 3 ajours. La verrière qui la ferme est consacrée au martyre de Saint Laurent, diacre de l'église de Rome au IIIe siècle. Les six panneaux des lancettes sont organisés en deux registres, le registre inférieur montrant le saint sur le grill qui est devenu ensuite son attribut, et le registre supérieur les juges et les spectateurs du martyre. La verrière n'a été que peu restaurée, en 1918, par l'atelier parisien d'Alfred Bonnot.

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Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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 REGITRE INFÉRIEUR.

 

 

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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Le peintre-verrier s'est inspiré ici d'une gravure de  Marc Antoine Raimondi, Le Martyre de Saint Laurent d'après un lavis de Baccio Bandinelli (1525) : voir la gravure numérisée par Gallica et datant de 1527. 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6953442w.r=

Mais il a peint des cuirasses sur le corps musculeux des bourreaux, et un pagne autour des reins du saint. 

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 Marc Antoine Raimondi, Le Martyre de Saint Laurent d'après Baccio Bandinelli, 1525,  http://parismuseescollections.paris.fr/petit-palais/oeuvres/le-martyre-de-saint-laurent-d-apres-baccio-bandinelli-bartsch-104-bartsch#infos-principales

Marc Antoine Raimondi, Le Martyre de Saint Laurent d'après Baccio Bandinelli, 1525, http://parismuseescollections.paris.fr/petit-palais/oeuvres/le-martyre-de-saint-laurent-d-apres-baccio-bandinelli-bartsch-104-bartsch#infos-principales

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.
Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.
Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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Inscription : charles quãpion :  fabrique.

Il faut comprendre : "Charles Campion, fabricien". On sait que les fabriciens étaient élus ou nommés pour un mandat d'un an pour gérer le budget de la paroisse, contrôler les recettes et les dépenses, décider et mener à bien tous les travaux, qu'ils soient liés à des réparations ou, comme ici, à des embellissements.  Le poste était confié à une personne honorablement connue, aux revenus aisés : souvent, dans les paroisses bretonnes, à des agriculteurs exploitant une ferme importante. 

La famille Campion est établie à Spézet et les généalogistes mentionnent ainsi un Yvon Campion né à Spézet vers 1545.

 

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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Date : mil Vcc LXVIII : 1548.

La chapelle fut reconstruite en 1535 sur une ancienne chapelle par "Metre H. Bouet Vicaire et I. Loscoat P. Fa biefiturs".

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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Registre supérieur .

 

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Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.
Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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Le panneau manque de verticalité, et l'empereur Valérien, qui était dessiné par Bandinelli comme une auguste divinité jupitérienne, se transforme ici en un nain sans majesté ; de même, ses conseillers passeraient volontiers pour les pauvres et infirmes qui assistèrent au supplice de saint Laurent. 

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Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.
Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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TYMPAN

Le réseau est consacré à la Sainte Trinité : le Saint Esprit sous sa forme de colombe est adoré par un cecle de chérubins, le Christ tient la croix et un livre où sont inscrites les lettres SOSM / M.MI / OMM / MMN / MOM // SPSP / MOSP / MIOZ / OMM / …, et Dieu le Père tient l'orbe et un livre avec les lettres : TOMRN / MEMOI / RIVI OEI / OPERA SEPVL // METV / A / POR / REMT / OPERI / SVPE.

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Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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DISCUSSION.

   Ce qui différencie et même oppose, dans la religion catholique, la torture d'avec le martyre, c'est que si la torture est une tentative d'asservissement visant à briser la résistance psychique d'un individu (tentative dont l'efficacité redoutable suscite la terreur), le martyre est la miraculeuse inefficacité des tortures infligées, la négation de leur force opérante par la puissance de la Foi. Si les martyres sont représentés avec tant de complaisance dans les sanctuaires, ce n'est pas pour témoigner des souffrances endurées par les saints, mais de la puissance de Dieu. J'en veux pour preuve que dans les sculptures et peintures, ce n'est pas la douleur des victimes qui est dépeinte, mais, au contraire, l'absence de tout effet produit par les tortures. Torture inopérante, indifférence du saint et rage des bourreaux constituent les bases de l'iconographie du martyre. 

C'est évident avec sainte Catherine, les lames de la roue se détachant pour blesser les bourreaux. C'est évident dans le contraste entre les traits grimaçants des bourreaux et la sérénité des saintes Agathe, Barbe et Apolline dont les statues sont si fréquentes. C'est vrai pour saint Étienne et pour saint Sébastien sur lequel nous allons revenir. Mais le martyre de saint Laurent en donne une expression magnificiée par les paroles étroitement associées à la scène et par lesquels le saint nargue l'impuissance de l'empereur : "Apprends, misérable, que tes charbons sont pour moi un rafraîchissement, mais qu’ils seront pour toi un supplice dans l’éternité", ou bien « Voici misérable, que tu as rôti un côté, retourne l’autre et mange. »

Voici des extraits de la Légende Dorée :

Laurent lui dit : « Quel est celui qu’on doit adorer? Est-ce le créateur ou la créature? » Dèce irrité le fit frapper avec des fouets garnis de plomb, appelés scorpions, et on lui mit devant les yeux tous les genres de tortures. Comme l’empereur lui commandait de sacrifier afin qu’il échappât à ces tourments, Laurent répondit : « Malheureux! ce sont des mets que j’ai toujours désirés. » Et Dèce lui dit : « Je sais que c’est par les secrets de la magie que tu te joues des tourments, mais tu ne sauras te jouer longtemps de moi. J’en atteste les dieux et les déesses; si tu ne sacrifies, tu périras dans des tourments sans nombre. » Alors il commanda qu’on le frappât très longtemps avec des fouets garnis de balles de plomb. Mais Laurent se mit’ à prier en disant : « Seigneur Jésus, recevez mon esprit. » Alors il se fit entendre une voix du ciel que Dèce ouït aussi : « Tu as encore bien des combats à soutenir. » Dèce rempli de fureur s’écria: « Romains, vous avez entendu les démons consolant ce sacrilège, qui n’adore pas nos dieux, ne craint pas les tourments et ne s’épouvante pas de la colère des princes. »
Il ordonna une seconde fois qu’on le battît avec des scorpions. Laurent se mit à sourire, remercia Dieu et pria pour les assistants. On apporta donc, des instruments de supplices de tous les genres. Alors Dèce dit à Laurent: « Ou tu vas sacrifier aux dieux, ou cette nuit finira avec tes supplices. » Laurent lui répondit : « Ma nuit n’a pas d’obscurités, mais tout pour moi est plein de lumière. » Et Dèce dit : « Qu’on apporte un lit de fer afin que l’opiniâtre Laurent s’y repose. »

Les bourreaux se mirent donc en devoir de le dépouiller et l’étendirent sur un gril de fer sous lequel on mit des charbons ardents et ils foulaient le corps du martyr avec des fourches de fer. Alors Laurent dit à Valérien: « Apprends, misérable, que tes charbons sont pour moi un rafraîchissement, mais qu’ils seront pour toi un supplice dans l’éternité, parce que le Seigneur lui-même sait que quand j’ai été accusé, je ne l’ai pas renié; quand j’ai été interrogé, j’ai confessé Jésus-Christ ; quand j’ai été rôti, j’ai rendu des actions de grâces. » Et il dit à Dèce d’un ton joyeux : « Voici misérable, que tu as rôti un côté, retourne l’autre et mange. » Puis remerciant Dieu : « Je vous rends grâce, dit-il, Seigneur, parce que j’ai mérité, d’entrer dans votre demeure. » C’est ainsi qu’il rendit l’esprit.  

En statuaire, saint Laurent est représenté avec un grill semblable à une grille de barbecue, mais l'instrument est en réalité un lit de fer. Le saint y est donc allongé, ce qui permet au peintre de montrer qu'il s'y repose. 

Ainsi l'image va-t-elle opposer trois topos : le bien-être paradoxal et la patience du martyr ; la vanité des efforts et gesticulations des bourreaux ; la rectitude autoritaire mais bafouée des puissants. C'est, déjà, ce qui se montre dans les trois figures de la Passion du Christ : la Comparution devant Pilate, les Outrages et la Flagellation.

Or, ce sujet donne l'occasion, avec une belle régularité et souvent de manière caricaturale, à une opposition entre trois modes corporels : souple beauté du corps saint, selon les canons les plus éprouvés de la statuaire grecque et donc valorisée dans sa statique. Force musculeuse et mouvements quasi gymniques des bourreaux. Immobilité hiératique du Pouvoir, figé dans les statuts de son rôle.

Saint Laurent devient ainsi un doublon de saint Sébastien, l'éphèbe recevant avec une belle indifférence les flêches de ses archers sur son corps nu.

Si ces représentations sont souvent outrées, c'est qu'elles relèvent de la théâtralité. Cette-ci hérite des tréteaux médiévaux, mais est passée des Mystères données sur les parvis, au Théâtre lui-même. 

Dans le dessin de Baccio Bandinelli, écrit S.J. Campbell  Ancre"Laurent repose plutôt sereinement sur son grill, mais il est  entouré d'un tourbillon d'anatomies agitées et en équilibre précaire, comme si la sensation de tourment s'était déplacée depuis ce centre tranquille, jusque dans le registre de ces corps plutôt dans que dans le sien. [...] Pas moins de onze bourreaux nus apparaissent au premier plan de la composition [...] contrebalancés par la gravitas des observateurs lourdement drapés que Bandinelli a disposés au tiers supérieur de son dispositif architectural.  

Mais près d'un siècle auparavant, Fra Angelico opposait aussi, sur les fresques de la chapelle Nicoline du Vatican (1447-1451), opposait déjà en trois registres  la sereine et nargueuse horizontalité du saint avec la laborieuse chorégraphie des bourreaux et la verticalité stérile de Valérien et de Dèce.

C'est dans pendant le Concile de Trente (1545-1563), précisément en 1548 (la date de ce vitrail) que la représentation des Mystères furent interdits. De même, lors de ce Concile, qui prépare la Contre-Réforme, les peintres (et verriers) seront appelés à plus de bienséance afin de réduire la charge érotique des scènes, et de veiller à ce que les fidèles ne soient pas distraits par les corps dénudés et suggestifs.

 

Sur ce vitrail de Spézet,  le peintre a repris des figures de la gravure de Raimondi en les découpant pour les faire entrer dans les dimensions réduites du vitrail, ce qui rompt la cohérence de la composition, mais surtout, en  habillant de pièces de cuirasse étincelantes les volumes anatomiques, il s'est certes conformé aux vœux des autorités ecclésiastiques mais a affaibli la rhétorique traditionnelle de ce Martyre.

A l'inverse, le Bronzino s'inspirera de Bandinelli pour son propre Martyre de saint Laurent peint en 1565-1569, (ci-après), mais ce sera pour déshabiller d'avantage les corps, (y compris ceux de l'empereur et de ses barons) pour exagérer leurs postures en "fusionnant le ballet et le bain turc" selon une théâtralité manièriste qui "transforme son thème tragique et violent en une fusion artificielle et sublime de gymnastique et de ballet déployée sur une scène antique". 

A mes yeux, cette gymnastique, ces chorégraphies, cette absence de pathos et de tragique ne sont pas propres au Bronzino, mais au Martyre de Saint Laurent  ; inversement, le verrier de Spézet les a atténués.

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LE "RETABLE" DE SAINT LAURENT.

En 1931, le chanoine Pérennès écrivait : "Toujours au transept Nord, sur un socle de pierre où est sculptée une tête de femme, on voit la statue d'un personnage en habits sacerdotaux, qui doit être Saint Yves." . Il ne fait pas mention d'une statue de saint Laurent  ou de ses volets sculptès.

Aujourd'hui, à gauche du vitrail de la baie n°1, une niche à volets abrite une statue de saint Laurent, en tenue de diacre (aube, dalmatique rouge bordée d'or, manipule), tenant un livre dans la main gauche, alors que la main droite a perdu l'objet qu'elle tenait, vraisemblablement un grill.

La statue est posée sur un culot de granit où deux chiens assaillent la tête d'un animal.

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Culot, niche à volets et statue de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.
Culot, niche à volets et statue de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

Culot, niche à volets et statue de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

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Volets de gauche.

Les volets (chacun en deux parties articulées) sont consacrés à la vie de saint Laurent.

Légende Dorée :

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/tome02/118.htm

Volets de gauche, niche à volets et statue de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

Volets de gauche, niche à volets et statue de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

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Volets de droite.

 

Volets de droite, niche à volets et statue de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

Volets de droite, niche à volets et statue de saint Laurent, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie) 1909 : La chapelle de Notre-Dame du Crann en Spézet (Bulletin de la Société archéologique du Finistère).

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1891, Bulletin de la Société archéologique du Finistère page XXVI

https://archive.org/stream/bulletin78frangoog#page/n324/mode/2up

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), Inscriptions...

 http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf_divers/abgrall_inscriptions-gravees.pdf

— Bulletin monumental 1912 page 359 :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k31102s/f468.item.zoom

ARLAUX (Claire), 2006, La chapelle de Notre-Dame-du-Krann à Spézet, ed. Keltia Graphic.

 —CAMPBELL (Stephen J.), 2013, , « Polémique de Contre-Réforme et Contre-Esthétique Maniériste », Images Re-vues [En ligne], 11 | 2013, mis en ligne le 15 janvier 2014, consulté le 22 juin 2016. URL : http://imagesrevues.revues.org/3144 

— COUFFON (René) LE BARS (Alfred), 1988, Nouveau répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper et de Léon, Quimper, Association diocésaine, 551 p.

 

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/SPEZET.pdf

 

GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel), 2005, Les Vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes, page 197.

 

— PÉRENNÈS (chanoine Henri), 1931, La chapelle Notre-Dame-du-Crann en Spézet, Quimper, imprimerie cornouaillesse. Reprise des articles du BDHA de 1930-1931

 http://www.saintgoazec.com/public/upload/file/bd129a3e102efe309069ffc860992d51.pdf

— Site infobretagne :

http://www.infobretagne.com/spezet-chapelle-notredameducrann.htm

— Bulletin de la Société archéologique du Finistère 1903 page 290:

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k109982z/f297.image

— Légende de Saint Laurent dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine ET fresque de Fra Angelico au Vatican :

http://www.saintlaurentorleans.com/saint-laurent-martyr-dapres-la-legende-doree-de-jacques-de-voragine/

 

 

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 20:43

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Avec ses 2,70 m de haut et ses 1,50 m de large, la baie n°2 (la première des fenêtres à droite de la baie d'axe) éclaire par l'est le bras sud du transept. Elle comporte deux lancettes cintrées et un tympan à 3 ajours. La verrière qui la ferme est consacrée au martyre et au transfert des reliques de saint Jacques le Majeur. Les six panneaux des lancettes sont organisés en deux registres. La verrière n'a été que peu restaurée, en 1918, par l'atelier parisien d'Alfred Bonnot : le panneau inférieur droit a été complété et le reste est bien conservé.

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 la verrière de saint Jacques le Majeur (1548), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

la verrière de saint Jacques le Majeur (1548), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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D'après la tradition, la chapelle était une étape pour les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle qui traversaient la Bretagne, lorsque ceux-ci partaient de Saint-Pol-de-Léon ou de Locquirec. Cette voie, passant par Morlaix, Spézet, Gourin, et Le Faouët rejoignait à Quimperlé la voie débutant à la Pointe Saint-Matthieu et se poursuivant par Brest, le Faou, et Chateaulin. 

http://www.bretagne-rando.com/stjacquesdecompostelle.php

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Saint Jacques est également représenté par une statue en bois polychrome du XVIe siècle

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Saint Jacques, statue en bois polychrome du XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

Saint Jacques, statue en bois polychrome du XVIe siècle, photographie lavieb-aile.

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Verrière de saint Jacques le Majeur (1548), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Jacques le Majeur (1548), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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Il est logique de débuter la lecture du vitrail par le tympan.

LE TYMPAN.

Au sommet, Dieu le Père accueille l'âme de l'apôtre, représentée sous forme d'un homme nu, barbu et nimbé.

A droite, a lieu la décollation de saint Jacques, vêtu d'une cape rouge, tenant le bourdon et coiffé du chapeau de pèlerin à coquille Saint-Jacques . Deux paires de bourdonnets sont fixès en croix de chaque coté de la coquille.

 A gauche, décollation du scribe Josias devant Hérode Agrippa.

 Jacques, fils de Zébédée et frère aîné de l'apôtre Jean, est le seul apôtre dont la mort est rapportée dans le Nouveau Testament : « Il (Hérode) fit périr par le glaive Jacques, frère de Jean. » (Actes, XII:2) 

Verrière de saint Jacques le Majeur (1548), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Jacques le Majeur (1548), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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Registre supérieur. 

Décapité, le corps du saint est embarqué par ses disciples dans un bateau sans gouvernail sous la protection d'un ange. 

La barque accoste devant une ville de Galice (c'est bien-sûr  Compostelle)  gouvernée par la reine païenne Lupa, "La Louve" . La roche devient molle comme de la cire et se moule (en forme de coquille) autour du corps. 

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Verrière de saint Jacques le Majeur (1548), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Jacques le Majeur (1548), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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Registre inférieur.

 Sous une frise architecturale formant dais :  transfert des reliques de saint Jacques sur un char tiré par deux taureaux jusqu'au palais de la reine Lupa.  

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Verrière de saint Jacques le Majeur (1548), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Jacques le Majeur (1548), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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Verrière de saint Jacques le Majeur (1548), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Jacques le Majeur (1548), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

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Inscription : la partie gauche, devenue illisible, a été remplacée par des caractères fantaisistes mais Ottin (s.d, [1896]) a lu iiil vXL viij charles champion.

De même, en 1891, Abgrall a lu la date de mil Vc XLVIII (1548) suivi de Charles Quampion fabrique. 

Il s'agit du même fabricien qui a commandité et inscrit son nom et la date 1548 sur la baie de saint Laurent à gauche de la baie axiale. 

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Verrière de saint Jacques le Majeur (1548), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Jacques le Majeur (1548), chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet, photographie lavieb-aile.

 

 

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie) 1909 : La chapelle de Notre-Dame du Crann en Spézet (Bulletin de la Société archéologique du Finistère).

ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1891, Bulletin de la Société archéologique du Finistère page XXVI

https://archive.org/stream/bulletin78frangoog#page/n42/mode/2up

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), Inscriptions...

 http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf_divers/abgrall_inscriptions-gravees.pdf

Bulletin monumental 1912 page 359 :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k31102s/f468.item.zoom

— ARLAUX (Claire), 2006, La chapelle de Notre-Dame-du-Krann à Spézet, ed. Keltia Graphic.

COUFFON (René) LE BARS (Alfred), 1988, Nouveau répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper et de Léon, Quimper, Association diocésaine, 551 p.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/SPEZET.pdf

— GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel), 2005, Les Vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes, page 197.

— OTTIN (Louis), s.d. (1896), Le vitrail; son histoire, ses manifestations à travers les âges et les peuples, pages 244-246 (plan).

https://archive.org/stream/levitrailsonhist00otti#page/246/mode/2up

 

 

PÉRENNÈS (chanoine Henri), 1931, La chapelle Notre-Dame-du-Crann en Spézet, Quimper, imprimerie cornouaillesse. Reprise des articles du BDHA de 1930-1931

 http://www.saintgoazec.com/public/upload/file/bd129a3e102efe309069ffc860992d51.pdf

Site infobretagne :

http://www.infobretagne.com/spezet-chapelle-notredameducrann.htm

Bulletin de la Société archéologique du Finistère 1903 page 290:

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k109982z/f297.image

 

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 20:30
Baie n°6 : Verrière de saint Éloi, chapelle Notre-Dame -du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Baie n°6 : Verrière de saint Éloi, chapelle Notre-Dame -du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Avec ses 2,50 m de haut et ses 1,10 m de large, la baie n° 6 en arc brisé éclaire le bas-coté sud de la nef. Elle comporte deux lancettes cintrées de trois panneaux et un tympan à 3 ajours (2 mouchettes et 1 soufflet). La verrière qui la ferme est consacrée au miracle de Saint Éloi ferrant et replaçant le pied coupé d'un cheval. Elle n'a été que peu restaurée, en 1918, par l'atelier parisien d'Alfred Bonnot : le soubassement a été complété à droite. On y note l'emploi de sanguine et de jaune d'argent.

On sait  sans-doute qu'en Bretagne, saint Éloi est invoquè pour la protection des chevaux, patrimoine essentiel des agriculteurs. La chapelle conservait autrefois une statue de saint Éloi. Un pardon lui fut consacré à partir de 1912 , près de la fontaine, pour concurrencer celui de la chapelle de Saint-Hervé à Gourin où les éleveurs et paysans avaient coutûme de se rendre en septembre pour baigner les chevaux.

Baie n°6 : Verrière de saint Éloi, chapelle Notre-Dame -du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Baie n°6 : Verrière de saint Éloi, chapelle Notre-Dame -du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Lancette A, panneau médian : saint Éloi ferrant la patte coupée.

"Ce vitrail se trouve dans le bas-côté Sud. Avant d'être élevé, en 640, au siège· épiscopal de· Noyon, saint Eloi avait été orfèvre à la cour de Clotaire II. Patron des orfèvres, il est devenu le patron des forgerons, des maréchaux-ferrants, et aussi des chevaux. Au diocèse de Quimper, plusieurs Pardons de chevaux se célèbrent en son honneur : à Saint-Eloi, Ploudalmézeau, Ploudaniel, Saint-Vougay, Plougourvest, Plouyé, Plouzévédé, Clohars- Fouesnant, Baye,  etc... · Dans notre vitrail, saint Eloi est occupé à ferrer un cheval. Coiffé d'une toque violette, il est vêtu d'un justaucorps bleu, ·d'une casaque rouge, porte des hauts-de-chausses violets. et des bas-de-chausses jaunes. A ses pieds, on voit un marteau et un fer à cheval. Son compagnon, coiffé d'une toque rouge, est habillé d'un justaucorps rouge, d'une casaque bleue, d'un tablier blanc, et porte des hauts et des bas-de-chausses de couleur jaune. Pendant qu'il tient la jambe du cheval, dont saint Eloi a détaché le pied, celui-ci s'emploie à ferrer le membre détaché. C'est ici un trait Iégendaire. Selon les données de la tradition populaire, saint Eloi ferrait un cheval, quand un étranger, se présentant, lui dit : «Je vois que vous ne savez pas bien votre métier. Pour bien ferrer un cheval, il faut lui détacher le pied, y mettre le fer, puis le rattacher à la jambe dont il était séparé.» Et l'étranger, joignant l'exemple au conseil, ferra lui-même le cheval de la façon susdite. Au premier coursier qu'on lui amena, saint Eloi voulut, pour le ferrer, user du même procédé. Quand il tenta de rattacher le pied à la jambe, il échoua piteusement. C'est qu'il ne jouissait pas de la Toute  Puissance de celui qui lui avait donné la leçon, et qui était le Seigneur Jésus lui-même."  (H. Pérènnes) 

Voir la légende racontée par Luzel : https://fr.wikisource.org/wiki/L%C3%A9gendes_chr%C3%A9tiennes/Saint_%C3%89loi_et_J%C3%A9sus-Christ

La Légende Dorée de Jacques de Voragine ignore saint Éloi, et les versions complétées et tardives, qui incluent ce saint, ne mentionne que ses talents d'orfèvre, et sa nomination comme évêque de Noyon. Voir la Légende Dorée traduite par  Les enluminures des Livres d'Heures et des traductions de la Légende Dorée du XVe siècle le représentent en saint évêque. (il est alors fêtée le 25 juin). Voir les 16  enluminures de Mandragore.

L'article de Wikipédia  donne une version plus précise du miracle de saint Éloi et cite notamment le rôle de l'enseigne prétentieuse d'Éloi avant sa conversion : Éloi, maître sur maître, maître sur  tous avant que Jésus ne lui donne la leçon d'humilité par laquelle il devra reconnaître que seul  le Christ est "maître sur tous".

Cet article signale que cette légende est d'origine allemande : à Fribourg, le vitrail homologue de celui de Spézet date de 1320.

Lancette centrale de la verrière des Forgerons (Schmiedefenster) de la cathédrale de Fribourg, photographie lavieb-aile

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A Fribourg, à Spézet,  la compréhension du miracle est ambiguë, car tout donne à penser que c'est saint Éloi (nimbé) qui procède brillamment à la pose du fer sur la patte coupée, sous le regard ébahi des assistants. 

 Beaune sur la tapisserie du 3e quart du XVe siècle des Hospices, l'ambiguïté persiste, car un chevalier présente le cheval, dont la patte est coupée, à la Vierge portant l'Enfant.

Pourtant, on peut penser que le maître-ferrant nimbé n'est autre que le Christ, que le chevalier derrière lui est saint Georges, et que le prétentieux Éloi est peint sur la lancette B, tenant la deuxième patte et observant la leçon qui lui est donnée.

Notez le cheval de gauche, audacieusement dessiné en fuite.

 

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Le Christ ferrant, Verrière de saint Éloi, chapelle Notre-Dame -du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Le Christ ferrant, Verrière de saint Éloi, chapelle Notre-Dame -du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Inscription de la date : 1550.

Notez aussi le sol avec pavés tracés à la sanguine.

" Au-dessous des pieds du saint, on lit la date de 1550 « à laquelle correspond admirablement le costume des deux opérateurs et des deux propriétaires de chevaux qui sont à l'arrière-plan. On y trouve, en effet, toutes les particularités du règne de Henri II : petit toquet élégant, pour la coiffure, justaucorps, casaquin, hauts et bas-de-chausse collants. Les poses et les physionomies des personnages sont également en conformité  avec les peintures et sculptures de cette époque, de même que les petits ornements d'architecture qui forment les bases et les couronnements des deux baies et qui rappellent les motifs décoratifs de quelques-uns de nos porches » (Abgrall, p. 13 ). " (H. Pérènnes) 

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Verrière de saint Éloi, chapelle Notre-Dame -du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Éloi, chapelle Notre-Dame -du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Selon mon hypothèse, voici donc le bon Éloi, pas encore converti — ou plutôt sur le point de l'être — à l'humilité évangélique et au renoncement à l'hubris. (J'entends Nietsche qui fulmine).

Ce serait alors amusant de constater que le nimbe christique prend la place le plumet dont le panache orgueilleux fait la roue sur la tête des autres personnages et même de leur monture.

C'est un peu comme dans la légende de saint Christophe, où le moment de la Conversion est celui où le géant trouve son maître, et où ce moment est fixé par une iconographie stéréotypée. dans les deux cas, (mais je ne le comprends, dans le cas d'Éloi, qu'aujourd'hui) cette conversio, ce renversement des valeurs et de l'âme passe par un jeu de regard : celui, éloquent, d'Éloi. 

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Notez le mors du cheval, dont les longues branches sont très dures à la bouche de l'animal.

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Verrière de saint Éloi, chapelle Notre-Dame -du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Éloi, chapelle Notre-Dame -du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Le monogramme V.D qui se lit sur l'enclume est considérée comme la signature de Vincent Desportes.  Des maîtres-verriers de ce nom sont mentionnés à  Châteauneuf-du-Faou . (Congrés archeol. de France 1956 p. 217). Un Vincent Desportes répara en 1588 les verrières de Moncontour (Infobretagne). 

Néanmoins, un I est inscrit à l'intérieur du V et du D (comme dans l'abréviation de D[omin]i) : s'il s'agit d'une signature, le prénom et le nom devraient se terminer par un -i-.

Les outils du maréchal-ferrant sont, pour déferrer,  la mailloche, le dégorgeoir,  et la tricoise (la tenaille), et, pour ferrer, d'une forge et de son  enclume, du brochoir, de  la rape demi ronde, la rénette, et de la rape plate. Le brochoir sert ...à brocher, c'est à dire à enfoncer les clous : c'est lui que tient le Christ. Une extrémité est bifide pour extraire les clous : on le voit sous l'enclume.

Voir aussi saint Éloi et ses outils à  la chapelle de Tréguron (Gouezec) 

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Verrière de saint Éloi, chapelle Notre-Dame -du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Éloi, chapelle Notre-Dame -du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Au sommet des lancettes : deux anges accroupis jouant de la flûte traversière.

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Verrière de saint Éloi, chapelle Notre-Dame -du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de saint Éloi, chapelle Notre-Dame -du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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TYMPAN 

Dans les soufflets du tympan figurent trois jolis anges , dont deux (peu restaurés) ont les mains jointes sur la poitrine.   

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SOURCES ET LIENS.

 

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie) 1909 : La chapelle de Notre-Dame du Crann en Spézet (Bulletin de la Société archéologique du Finistère).

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1891, Bulletin de la Société archéologique du Finistère page XXVI

https://archive.org/stream/bulletin78frangoog#page/n42/mode/2up

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), Inscriptions...

 http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf_divers/abgrall_inscriptions-gravees.pdf

— Bulletin monumental 1912 page 359 :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k31102s/f468.item.zoom

— ARLAUX (Claire), 2006, La chapelle de Notre-Dame-du-Krann à Spézet, ed. Keltia Graphic.

— COUFFON (René) LE BARS (Alfred), 1988, Nouveau répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper et de Léon, Quimper, Association diocésaine, 551 p.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/SPEZET.pdf

— GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel), 2005, Les Vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes, page 197.

OTTIN (Louis), s.d. (1896), Le vitrail; son histoire, ses manifestations à travers les âges et les peuples, pages 244-246 (plan).

https://archive.org/stream/levitrailsonhist00otti#page/246/mode/2up

 

 

— PÉRENNÈS (chanoine Henri), 1931, La chapelle Notre-Dame-du-Crann en Spézet, Quimper, imprimerie cornouaillesse. Reprise des articles du BDHA de 1930-1931

 http://www.saintgoazec.com/public/upload/file/bd129a3e102efe309069ffc860992d51.pdf

— Site infobretagne :

http://www.infobretagne.com/spezet-chapelle-notredameducrann.htm

— Bulletin de la Société archéologique du Finistère 1903 page 290:

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k109982z/f297.image

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 16:47

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PRÉSENTATION.

Éclairant le bras sud du transept, la verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, de 5,00 m de haut et 2,05 m de large, à 3 lancettes et un tympan de 5 ajours, est organisée en tableaux superposés, la bordure de nuées de celui du haut empiétant sur l'encadrement architectural de celui du bas. 

 

Vue du bras sud du transept, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.
Vue du bras sud du transept, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Vue du bras sud du transept, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

 

 

Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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I. LE REGISTRE INFÉRIEUR.
Sous une large voûte en caissons peuplée d'anges, la Vierge étendue sur son lit,est  veillée par les apôtres. Saint Jean tient la palme que l'ange Gabriel lui a remis. Saint Pierre (reconnaissable à son fameux toupet), avec une étole croisée sur la poitrine, lit une oraison funèbre sur le pontifical. Un apôtre brandit une croix processionnel et un encensoir, un autre asperge le corps d'eau bénite.

Selon Jean-Pierre Le Bihan, "Elle est encadrée ou surmontée d’une sorte de portique ou arcade architecturale portée sur un entablement et des pilastres à chapiteaux corinthiens. L’  ensembIe. .du tableau est composé d’après les données le la Légende dorée et offre beaucoup de rapports avec le panneau flamand du retable de Kerdevot, en Ergué-Gabéric."

Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Saint Pierre.

 

Saint Pierre, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Saint Pierre, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Apôtre priant.

Cet apôtre dessiné dee profil et priant dvant un livre rappelle celui du retable Lösel de Mulhouse.  Photo Claude Menninger. Notez dans ce panneau le Christ tenant l'âme de sa mère.

Voir aussi la Dormition de Vieux-Thann .

http://www.lavieb-aile.com/2016/06/le-vitrail-de-la-vigne-de-jesse-et-la-vie-de-marie-a-vieux-thann-haut-rhin.html

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Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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L'apôtre au goupillon d'eau bénite.

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Apôtre au goupillon, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Apôtre au goupillon, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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L'apôtre aux bésicles.

Dans la chapelle, un panneau  nous signale la rareté de la présence de cet accessoire, mais on le retrouve sur une Dormition de l'église de Villeneuve-sur-Yonne datant aussi du XVIe siècle.

http://catholique-sens-auxerre.cef.fr/eglises/villeneuvesyonne.htm

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... ou bien sur la Dormition de la Chapelle-Janson (35) sur un vitrail de 1558 du maître-verrier rennais  Michel Bayonne :

http://fr.topic-topos.com/la-dormition-de-la-vierge-la-chapelle-janson 

...ou sur le nez de saint Matthieu sur le vitrail de la Dormition de 1594 de l'église Saint-Maudez de Duault (22) :

http://fr.topic-topos.com/la-dormition-de-la-vierge-duault 

...ou bien dans une Dormition d'Hans Holbein-le-Vieux de 1492 :

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hans_Holbein_the_Elder_-_The_Dormition_of_the_Virgin_-_Google_Art_Project.jpg

.... et René Couffon a pu considérer dans un article de 1943 du MSHAB qu'au contraire, la présence de lunettes était de règle sur les Dormitions du XVIe siècle ! 

Dans La Mort de la Vierge de Martin Schongauer, (<1491), elle sont tenues à la main près du livre.

Rappelons que c'est sur le Tryptique de Bald Wildungen de Conrad von Soest, daté de 1403, que l'on trouve sur une Pentecôte la plus ancienne peinture de lunettes au nord des Alpes. Sur le nez d'un apôtre. 

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L'apôtre aux bésicles, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

L'apôtre aux bésicles, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Apôtres lisant une oraison.

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Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

REGISTRE MOYEN. 

Le Christ apparaît en buste dans une mandorle d'or au sein de nuées : il tient dans ses bras l'âme de Marie, représentée comme une fillette vêtue d'un voile de gaze.

Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Le Christ tenant dans ses bras l'âme de la Vierge.

Les rayons blancs sont gravés das le verre rouge doublé.

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Le Christ tenant dans ses bras l'âme de la Vierge, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Le Christ tenant dans ses bras l'âme de la Vierge, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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LE REGISTRE SUPÉRIEUR. LE COURONNEMENT DE LA VIERGE.

Sur toute la largeur des lancettes, dans des nuées peuplées d'anges, la Vierge en Assomption est couronnée par des anges et par la Trinité : le Christ à gauche bénissant et tenant le globe, et Dieu le Père à droite tenant une couronne. 

Les thèmes de l'Assomption et du Couronnement sont associés à celui de la Dormition dans un vitrail du XIIe siècle de la cathédrale d'Angers, mais dans des médaillons distincts.

http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1966_num_124_1_4229#bulmo_0007-473X_1966_num_124_1_T1_0020_0000

 

Couronnement de la Vierge, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Couronnement de la Vierge, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Le Christ bénissant et tenant l'orbe.

Le verre rouge du nimbe est gravé pour tracer les irradiations blanches.

Couronnement de la Vierge, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Couronnement de la Vierge, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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La Vierge couronnée.

 

Couronnement de la Vierge, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Couronnement de la Vierge, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Dieu le Père présentant une couronne à la Vierge.

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Dieu le Père, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Dieu le Père, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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Chœur des anges et ange jouant du hautbois.

Couronnement de la Vierge, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Couronnement de la Vierge, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Tête d'ange.

 

Registre supérieur, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Registre supérieur, Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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III. LE TYMPAN.

Il a été restitué en 1916 , succédant à une vitrerie blanche qui remplaçait peut-être des armoiries. La colombe du saint-Esprit occupe l'ajour supérieur, et des anges musiciens les autres ajours.

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Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

Verrière de la Dormition et du Couronnement de la Vierge, chapelle Notre-Dame-du-Crann, Spézet. Photographie lavieb-aile.

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DISCUSSION.

La discussion s'appuiera sur l'étude remarquable de l'iconographie que fit Joseph Duhr en 1950. Il situe l'origine du culte de la "Koimésis" (Dormition) en Orient au VIe siècle grâce au développement du culte marial sous l'empereur Justinien et place le texte Dormitio Dominae nostrae.de Jean, évêque de Thessalonique (ou "pseudo-Jean" selon les auteurs récents) comme récit fondateur . Il oppose "l'art byzantin, qui nous fait voir la Vierge déjà morte, et l'art occidental qui nous la dépeint agonisante ou mourante".  

L'art byzantin présente la mort de Marie  dans ses aspects les plus solennels et les plus pathétiques :  la Vierge, morte déjà, est étendue sur un lit de parade, revêtue de son grand manteau de reine, les mains croisées sur la poitrine, endormie dans l'amour et la paix. Et, à côté d'elle, Jésus, majestueux, tient entre ses bras l'âme de Marie, sous la forme d'un petit enfant, éclatant de lumière; sur le point de la remettre aux deux anges descendus du ciel. 

L'art occidental décrit la Dormition en la rapprochant d'une cérémonie liturgique funèbre célébrée par les apôtres : l'idéalisme et de la grandeur byzantine cède la place  à un réalisme un peu lourd, sentimental, mais une piété sincère et profonde transfigurent ces rites et leur donnent un sens plus élevé et plus spirituel. Surtout (pour ce qui nous concerne), la scène va finir par être amputée de la réception de l'âme de la Vierge par le Christ.

Néanmoins, les deux traditions conservent de nombreux points communs. 

Je me propose de focaliser l'étude du vitrail de Spézet sur quelques points.

1°) Saint Jean et la palme. 

Cette palme tenu par Jean tient un rôle important. Elle provient d'un palmier du paradis, a été remise par saint Michel à la Vierge, qui l'a à son tour remise à l'apôtre Jean. Elle est le gage de la promesse faite par le Christ de venir en personne accueillir Marie dans les Cieux :

 Selon Jean de Thessalonique, "Trois Jours avant son départ définitif, Marie reçoit la visite du grand ange, qui n'est autre que saint Michel. L'envoyé de Dieu lui annonce que, ce laps de temps écoulé, « elle déposerait son corps» . Il lui remet également une branche cueillie sur un palmier du paradis, gage de l'amitié de Dieu, gage aussi de sécurité et de salut. « Cette branche, lui recommande le messager céleste, confie-la aux apôtres pour qu'ils la portent devant toi pendant le parcours du cortège funèbre, en chantant des hymnes ». Il lui apprend que les apôtres, réunis autour d'elle avant sa mort, pourvoiront à sa sépulture. Enfin, il lui révèle que, les trois jours écoulés, il reviendra, mais non pas seul ; Dieu lui-même descendra auprès d'elle, escorté de toutes les armées angéliques qui chanteront en sa présence. Qu'elle prenne soin, insiste-t-il une nouvelle fois, de garder précieusement la branche de palmier (le brabêîon»). Une visite au mont des Oliviers, ordonnée par l'ange, achève la journée. De retour à la maison, Marie adresse une prière à Jésus, où elle lui rappelle sa promesse de venir lui-même en personne la prendre à son heure dernière ; et de ne pas abandonner ce soin aux puissances angéliques. Le lendemain, Marie convoque parents et connaissances, pour lui prêter assistance en tenant une lampe allumée entre leurs mains. Les voyant réunis, elle les exhorte à prier . — Sur ces entrefaites, Jean arrive de Sardes (d'Ephèse, dit le Pseudo-Méliton), porté sur une nuée. Marie recommande à Jean de prendre soin de sa sépulture et de préserver son corps contre les machinations des princes des prêtres, résolus de livrer ses restes aux flammes. Elle lui montre l'habit spécial dont elle devra être revêtue après sa mort, ainsi que la branche de palmier apportée par l'ange. «Tu la porteras, précise-t-elle, devant la litière funèbre." Les onze autres apôtres arrivent à leur tour, sur l'aile des nuées. Et Jean les informe du départ prochain de la Vierge"

 

2°) L'accueil de l'âme de Marie par le Christ.

a) Le résumé du récit de Jean de Thessalonique:

"Et voici que le Seigneur, en grande gloire, se présenta, (porté) sur une nuée du ciel, escorté de la. multitude des anges et de l'armée céleste, innombrable. Il entra dans la chambre où Marie se trouvait, accompagné de Michel et de Gabriel; les autres anges, à l'extérieur, entouraient la demeure et chantaient les louanges de Dieu. En entrant, le Sauveur trouva les apôtres autour de Marie. Les ayant salués, il embrassa chacun d'eux ; puis il embrassa sa Mère». Celle-ci le remercia d'être venu lui-même prendre son âme. « Qui suis-je, conclut-elle humblement, pour être gratifiée d'une telle gloire et d'un tel honneur ». « Après ces mots, elle remet, dans un sourire, son âme sans tache, précieuse et sainte, entre les mains du Seigneur, son Fils. L'ayant reçue, le Maître la fit passer aux mains de ses glorieux anges Michel et Gabriel. "Et les apôtres contemplèrent l'âme de Marie qui avait la forme d'un corps humain, pourvu de tous ses membres, mais sans sexe. « Elle était blanche, plus éclatante infiniment, que le soleil ». 

On voit que le peintre-verrier, en représentant l'âme de la Vierge, en a donné une peinture fidèle à ce texte du VIe siècle. Il a aussi été inspiré par de nombreux artistes et une longue tradition :

b) La tradition iconographique :

Dans l'art byzantin, au monastère de Daphni près d'Athènes au XIe siècle, ou sur la mosaïque de Mortarana en Sicile (v. 1150)  la Dormition inclut la figuration du Christ descendu en personne auprès du lit pour recevoir l'âme de Marie figurée comme un petit enfant emmailloté et remis aux archanges Michel et Gabriel.  On la retrouve encore en 1423 au mont Athos. En Occident, le Christ acceuille l'âme de sa mère au XIIIe siècle à la cathédrale de Chartres (au tympan du portail central de la façade nord) et à celle de Strasbourg (tympan de la porte gauche du portail sud). Au XIVe, sur la Dormition de Giotto (v.1313) "Les anges, debout, majestueux et graves, contemplent la petite Vierge qui, entre les bras de Jésus, lui tend ses petites mains avec une grâce charmante.". De même, sur le panneau de la Maesta de Duccio (1308). Ou dans la Dormition de Fra Angelico (1431).

Mais cette représentation disparaît de la gravure de Dürer dans sa série de la Vie de la Vierge de 1510.

3°) Le rôle des apôtres.

Le texte de Jean de Thessalonique le précise ainsi, après que les apôtres aient été miraculeusement rassemblés et transportés par des nuées autour de la Vierge  :

« Pierre était assis du côté de la tête, et Jean du côté des pieds de la Vierge. Les autres apôtres se tenaient autour de la couche. Vers la troisième heure (minuit) un grand coup de tonnerre retentit dans le ciel, et un parfum ineffable (se fit sentir), si bien que sous l'action de ce parfum excessif, tous ceux qui entouraient la couche de Marie furent envahis par le sommeil, à l' exception des apôtres et de trois vierges, à qui Marie avait demandé de veiller avec elle, pour être les témoins de sa faiblesse et de sa gloire".

La tradition byzantine peint donc les apôtres, rassemblés autour du lit, la plupart du temps formant deux groupes, l'un à la tête, l'autre aux pieds de la Vierge; saint Pierre, au chevet et saint Jean, au côté opposé (pas toujours cependant) ; parfois les trois vierges; le parfum ineffable qui envahit la chambre de -Marie, évoqué par un encensoir agité par saint Pierre.

En Occident, des détails nouveaux s'introduisent dans l'image traditionnelle.  Pierre ne tient plus l'encensoir. Une croix de procession, deux chandeliers, et un livre font leur apparition dans l'Evangéliaire de Henri II (1002-1024) , et dans une miniature d'un graduel d'Osnabrûck (fin du XIIe siècle), Pierre tient le bassin d'eau bénite et l'aspersoir. Chez Giotto, Pierre, au chevet, ne tient plus l'encensoir mais, revêtu de l'étole, il récite dans un livre les prières liturgiques, et ce sont deux autres apôtres qui sont pourvus de l' encensoir et de la navette; Jean, au pied de la couche, tient en mains la branche de palmier. Entraînés par cet exemple, les artistes postérieurs nous feront presque toujours voir, dans la suite, saint Jean muni de la palme précieuse que les orientaux lui confiaient uniquement pour précéder le cortège funèbre .

Notons l'introduction du motif de la lecture d'un livre, puisque c'est par ce motif que l'introduction des bésicles s'imposera.

 En 1510, sur la gravure de Dürer, Saint Pierre, coiffé d'une mitre, asperge la mourante d'eau bénite; un autre apôtre, à côté de lui, récite, dans un rituel sans doute, les prières des agonisants; pendant que saint Jean, tout près s'efforce de fixer le cierge béni, allumé, dans la main droite défaillante de Marie. A l'avant-plan, un apôtre, à genoux, revêtu de la chasuble, tient en main la hampe élancée d'une croix de procession, et un autre, penché vers lui, tient un encensoir. 

 

 

 

 

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SOURCES ET LIENS

— ARLAUX (Claire), 2006, La chapelle de Notre-Dame-du-Krann à Spézet, ed. Keltia Graphic.

DUHR (Joseph), 1950, La « dormition » de Marie dans l'art chrétien , Nouvelle Revue théologique 72, pages 135-157.

http://www.nrt.be/docs/articles/1950/72-2/2156-La+%C2%AB%26nbsp%3BDormition%26nbsp%3B%C2%BB+de+Marie+dans+l'art+chr%C3%A9tien.pdf

— GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel), 2005, Les Vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes, page 197.

— MIMOUNI (Simon ), 2011,  Dormition et l'Assomption de Marie: Études littéraires, historiques et doctrinales, Brill, 382 p.

https://books.google.fr/books?id=0wXhXwG_l4sC&dq=dormition+athos&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

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Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes. Vitraux
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  • &quot;Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure&quot; Guillevic, Théraqué.  &quot;Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)&quot; (Rabelais )&quot;prends les sentiers&quot;. Pytha
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