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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 15:24

Les crossettes et l'inscription gothique (kersanton, 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice.

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Cet article fait suite à celui sur le Moulin de Brezal, situé juste en face de l'église, de l'autre coté de l'Elorn et de la départementale D 712.

Les crossettes et l'inscription gothique du moulin de Brezal (Plounéventer / Pont-Christ).

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Sur les inscriptions lapidaires en Bretagne, voir :

 

— Sur les crossettes, voir :

Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

L'église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault VII. La crossette.

L'église de Guipavas I. Les crossettes.

L'enclos paroissial de Pencran I. Les crossettes du porche (1553).

L'enclos paroissial de Brasparts. II. Le clocher et ses gargouilles. L'ossuaire et les crossettes.

La Collégiale Notre-Dame du Folgoët VI : les crossettes du Doyenné.

L'enclos paroissial de Dirinon. I. Les crossettes.

La charmante petite sirène de Saint-Urbain (29).

L'enclos paroissial de Lannédern I. Les sculptures extérieures : le calvaire, l'ossuaire et les crossettes.

Sculpture sur pierre de l'église de l'Hôpital-Camfrout : les gargouilles et crossettes du clocher, et la façade.

Sur la piste des crossettes de Landerneau.

Les sculptures extérieures de l'enclos paroissial de Sizun (29).

Le porche de l'église de Landivisiau. I. L'extérieur.

Les Sirènes et Démones de l'église de Sizun (29).

L'église Notre-Dame de Rumengol.  V : les gargouilles et crossettes. 

L'église Saint-Salomon de La Martyre. IV. L'ossuaire, les inscriptions et les crossettes.

Les sculptures sur pierre de l'abbatiale de Daoulas.

Les crossettes de l'église Notre-Dame-de-Croas-Batz à Roscoff (1522-1545).

La chapelle Notre-Dame de Berven en Plouzévédé III. Les crossettes (1573-1579).

Les crossettes des maisons du XVIe et XVIIe siècle de Roscoff. (vers 1560)

Les crossettes de l'église de Plougourvest (29).

 

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Ce matin, j'ai consulté à nouveau le site d'André Croguennec sur  Pont-Christ Brezal, et plus précisément sur l'église de Pont-Christ. La qualité des photos et le caractère exhaustif du texte rendent superflu tout complément. Peut-être vais-je placer ici quelques crossettes qui manquent à ses images ? Ou pinailler sur des peanuts ?  C'est petit, mesquin, et je vous oriente tout de suite vers la bonne direction ; ça vaut vraiment le coup :

http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/eglise-PC.htm

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I. QUELQUES VUES GÉNÉRALES.

S'approcher d'une église en ruine, dont la toiture s'est effondrée à la fin du XIXe siècle avant de voir ses arcades gothiques s'écrouler vers 1960, est toujours poignant. Loin d'être saisi par l'esthétique du sublime que goûtèrent les romantiques devant les ruines de Rome ou d'Athènes, ou d'être atteint par le "trouble de mémoire " de Freud sur l'Acropole,  c'est une grande tristesse qui m'étreint devant le gâchis,  la perte, l'incapacité à transmettre intact un patrimoine. 

Je me promène sur le site (désert, bien-sûr) et je finis par atténuer le sens tragique du temps qui passe et qui m'emporte en retrouvant des formes familières, et en circulant dans des volumes que je m'approprie. Tout le vocabulaire architectural des chapelles du Finistère m'accueille avec douceur et les retrouvailles inopinées avec les anges porteurs de blason achèvent de m'apaiser.

Mais il y a quelque chose de dérisoire à lire le panonceau placé à l'entrée : 

"La chapelle a été consolidée et restaurée dans le cadre de l'Opération Intégrée de Développement (O.I.D) 1988-1992 : consolidation du pont et de l'enrochement de la berge, rejointoiement des maçonneries et du clocher, pavement du sol, installation du maître-autel, drainage périphérique de l'édifice et remise en forme de l'enclos paroissial. Financement : Direction Régionale de l'Action Culturelle, Fonds Européens, Conseil Régional, Conseil Général ; Commune..."

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Vue de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vue de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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II. LES CROSSETTES.

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1. La crossette du rampant droit du pignon est. Un homme (tenant un bâton ou une épée ?).

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Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Je mets un certain temps pour retrouver mes repères, mais il s'agit d'un homme aux jambes allongées et fléchies (l'une croisant l'autre), et dont la tête et les épaules sont tournés vers le spectateur : un motif de crossettes très courant. J'ai cru qu'il avait les mains réunis comme pour prier, mais l'examen récent des soldats dégainant leur épée (Landerneau, le Tréhou, Locmélar, Saint-Servais, Plougourvest, Notre-Dame-de-Berven ...) m'a incité à en retrouver les formes ici. Or, je discerne clairement un axe diagonal qui pourrait être un bâton ou une épée, même s'il est interrompu par une encoche (photo annotée).

Enfin, je m'intéresse aux chaussures : ne sont-ce pas là des souliers "à la polonaise", ou "poulaines", comme au Tréhou ou à La Martyre ? Mais oui !

Le Lion ou le Dragon ne devaient pas être très loin.

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Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.
Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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2. La crossette du rampant gauche du pignon est : un ange (?).

La tunique plissée longue et couvrant les pieds nus s'accorde avec mon hypothèse, mais je ne sais que faire de la trompe médiane en arc de cercle. En outre, je crois remarquer une chaussure. Ou un bras empoignant un genou. Qui a dit "le charme des crossettes tient à leur caractère énigmatique" ? 

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Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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3.La crossette de l'ossuaire :  Un ange portant un blason. 

Un reliquaire est adossé à l'église, sur son coté sud, recouvert par une partie du toit de celui-ci. La crossette appartient au rampant de l'élévation ouest, ou à l'angle de l'ossuaire. Et là, pas de mystère ni de boule de gomme : c'est un ange et son blason. Chic, je vais pouvoir placer "scutifère", qui compte triple.

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Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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III. AUTRES SCULPTURES.

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Trois anges scutifères :

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Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La statue géminée du calvaire du placître : la Vierge et saint Pierre. Kersanton, XVIe.

Décrit dans l'Atlas des Croix et Calvaires du Finistère.

http://patrimoine.dufinistere.org/commune/index.php?groupe=croix&art=la_roche_maurice

 

Note : sur les cartes postales anciennes proposées par André Croguennec et montrant le calvaire non mutilé, les statues étaient mal orientées. On y voit à l'est  le Christ en croix entouré de saint Pierre à gauche et d'un saint non identifié, et à l'ouest une Vierge à l'Enfant entourée à droite de la Vierge affligée et à gauche de sainte Marie-Madeleine tenant les aromates, mais dont le visage est tourné vers l'extérieur. Il est certain qu'initialement, le Crucifix était tourné vers l'ouest et entouré de la Vierge du pied de la Croix, et de Marie-Madeleine regardant le Christ. Du coté ouest, on trouvait autour de Notre-Dame-de-Bon-Secours saint Pierre à droite, et le saint non identifié à gauche. (saint Jean-Baptiste ??).

a) la Vierge.

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Statue géminée  (Kersanton, vers 1533) du calvaire de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Statue géminée (Kersanton, vers 1533) du calvaire de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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b) Saint Pierre et sa clef.

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Statue géminée  (Kersanton, vers 1533) du calvaire de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Statue géminée (Kersanton, vers 1533) du calvaire de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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IV. L'INSCRIPTION DE FONDATION DE 1533.

Treize ans après avoir fondé le Moulin de Brezal et avoir inscrit leurs noms sur la pierre de fondation, Guillaume,  seigneur de Brezal et Marguerite Le Sénéchal son épouse récidivent en fondant une chapelle en face de leur château ou manoir, de l'autre coté de la vallée de l'Élorn. 

L'inscription est placée dans un cadre délimité par une moulure demi-jonc laissant à l'extérieur une marge occupée par 40 besants (meubles des armoiries des seigneurs de Brezal) et quatre fleurs à quatre pétales nervurés (allusion au prénom Marguerite ?).

J'en donne le relevé suivant (différent de celui d'André Croguennec et de René Couffon), et je place entre crochet les lettres remplacées par un tilde :

: EN LAN : MILL VCC : XXXIII :

GUILLE[M] DE BRESAL & MARGARTE

LE SENECHAL FIRENT FAIRE

CESTE CHAPELLE EN LONEUR

DE DIEU & N[OT]RE DAME DE SECORE

"En lan Mill V Cent XXXIII Guillem de Bresal et Margarite Le Sénéchal firent faire ceste chapelle  en lhoneur de Dieu et Notre Dame de Secore".

Le texte n'est pas très différent de la première inscription : "lan mill cinq cent XX Guillem de Bresal & Margarite Le Sénéchal seigneur & dame de Bresal, firent faire cest etanc & moulin au dyvys de Olivier Garric."

Le deux-points entre les mots est encore fait de deux losanges, mais son recours est réservé à la première ligne.  La conjonction ET est encore abrégée en une sorte d'esperluete. 

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Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Les deux premières lignes.

Malgré la présence de lichens blanchâtres qui revêtent l'inscription d' une tenue léopard pour en brouiller l'émission, la lecture ne pose pas de problèmes. Il faut bien remarquer le tilde sur le -e- de GUILLE qui donne la leçon GUILLEM proche des formes bretonnes Gwilherm ou Guillerme (dixit Wikipédia) . 

Outre les lichens, ce sont les lettres conjointes (dont deux parties sont fusionnées) qui peuvent nous tendre des pièges : comme le BR de BRESAL.

Le nom MARGARITE est écrit MARGARTE, avec élision du -i-. Le prénom est issu du latin Margarita. On trouve en breton Marc'harit. Dans son Histoire de Bretagne, Pierre Le Baud utilise couramment en 1638 cette forme Margarite.

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Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La comparaison entre les deux inscriptions : mill cinq cc XX versus  mill V cc XXXIII :

Entre 1520 et 1533, le style de l'écriture a légèrement changé : les lettres sont moins raides, moins alignées en bâtonnets, elles sont très légèrement inclinées sur la gauche ce qui suffit à leur conférer un certain dynamisme. Leur fût est plus mince. La différence est spectaculaire, quoique ténue, en comparant le chiffre XX et le chiffre XXXIII. Le jambage des X s'était déjà départi de toute raideur dans la première inscription, mais sur la seconde, les lettres s'envolent comme de gracieuses hirondelles, qui s'élancent à la poursuite des trois -i-. Ceux-ci envoient gaiement leurs points comme trois ballons dans une cour de récréation.

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Les deux inscriptions de 1520 et 1533.
Les deux inscriptions de 1520 et 1533.

Les deux inscriptions de 1520 et 1533.

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Les deux lignes suivantes .

LE SENECHAL FIRENT FAIRE

CESTE CHAPELLE EN LONEUR

Lettres conjointes IR de FIRENT, et UR de LONEUR.

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Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La dernière ligne.

DE DIEU & N[OT]RE DAME DE SECORE.

. Lettres conjointes DE et NR de NOTRE. Tilde remplaçant les lettres OT de NOTRE.

Le travail le plus intéressant concernerait l'appellation "NOTRE DAME DE SECORE", qui est transformée en "Notre Dame du Bon Secours". Il faudrait savoir qui a institué ce culte (quel ordre religieux, quelle haute personnalité de la noblesse ou du clergé, ou quel événement) ou dressé la liste des sanctuaires bretons qui lui sont dédiés. 

Quant à la forme SECORE, elle est citée par Godefroy et est habituelle en ancien et moyen français : de l'ancien verbe succurer, secorer "porter secours" . Godefroy donne le verbe Secorer, socurer "secourir", le nom secorse "secours" et secoreor "celui qui secourt". De même dans Chrétien de Troyes où secors signifie "secours".

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Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

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V. MARGINALIA.

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Le blason de la porte cintrée du jardin en face de l'église : de Coroller ?

Ce blason s'inscrit dans un cuir à enroulement de la seconde Renaissance. On y voit une couronne de comte, trois besants autour d'un cerf et d'une étoile.

J'identifie ici les armoiries de la famille de Coroller, décrite ainsi par Potier de Courcy . Je souligne elur possession dans la paroisse de Ploudiry, dont Pont-Christ était une église tréviale : 

 Coroller (le), Sr de la Roche, par. de Saint-Martin des Champs, — de Kerdannot, — de *Kervescostou par. de Plougasnou, — de Kerosven, — de la Vieuxville, — de Keropartz, — de Pratalan, — du Maretz, — de Kerguélen, — de Coëtlez, par. de Ploudiry, — du Nec'hcoat, par. de Ploujean.

Maint, au conseil en 1717 et par arrêt du parlement de 1773, neuf. gén.

Réf. et montres de 1427 à 1543, par. de Garlan et Saint-Melaine de Morlaix, év. de Tréguier.

De sable au cerf passant d'or, accomp. de trois besants de même.

 Eon, écuyer et son porte-targe, dans une montre de 1356, fut suivant la tradition, pendu à la Roche-Corroller avec 50 notables de Morlaix, en 1374 pour avoir exterminé la garnison anglaise que le duc Jean IV avait mise dans cette ville ; Pezron, épouse en 1540 Anne Gérault, dame de Kervescontou ; un gouverneur au château du Taureau en 1608.

Voir aussi :

https://histoiresdemorlaix.wordpress.com/2015/08/24/18-enfants-jacques-alain-et-marie-coroller-un-couple-du-grand-siecle/

Je n'en sais pas plus.

 

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Pont-Christ, La Roche-Maurice, photographie lavieb-aile août 2017.

Pont-Christ, La Roche-Maurice, photographie lavieb-aile août 2017.

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Blason de Coroller, Pont-Christ, La Roche-Maurice, photographie lavieb-aile août 2017.

Blason de Coroller, Pont-Christ, La Roche-Maurice, photographie lavieb-aile août 2017.

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SOURCES ET LIENS.

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— ANDRÉ CROGUENNEC :

http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/eglise-PC.htm

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/ROCHEMAU.pdf

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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 21:42

Les crossettes et l'inscription gothique du Moulin de Brezal (Plounéventer / Pont-Christ).

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— Sur Pont-Christ :

— Sur les inscriptions lapidaires en Bretagne, voir :

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— Sur les crossettes, voir :

Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

L'église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault VII. La crossette.

L'église de Guipavas I. Les crossettes.

L'enclos paroissial de Pencran I. Les crossettes du porche (1553).

L'enclos paroissial de Brasparts. II. Le clocher et ses gargouilles. L'ossuaire et les crossettes.

La Collégiale Notre-Dame du Folgoët VI : les crossettes du Doyenné.

L'enclos paroissial de Dirinon. I. Les crossettes.

La charmante petite sirène de Saint-Urbain (29).

L'enclos paroissial de Lannédern I. Les sculptures extérieures : le calvaire, l'ossuaire et les crossettes.

Sculpture sur pierre de l'église de l'Hôpital-Camfrout : les gargouilles et crossettes du clocher, et la façade.

Sur la piste des crossettes de Landerneau.

Les sculptures extérieures de l'enclos paroissial de Sizun (29).

Le porche de l'église de Landivisiau. I. L'extérieur.

Les Sirènes et Démones de l'église de Sizun (29).

L'église Notre-Dame de Rumengol.  V : les gargouilles et crossettes. 

L'église Saint-Salomon de La Martyre. IV. L'ossuaire, les inscriptions et les crossettes.

Les sculptures sur pierre de l'abbatiale de Daoulas.

Les crossettes de l'église Notre-Dame-de-Croas-Batz à Roscoff (1522-1545).

La chapelle Notre-Dame de Berven en Plouzévédé III. Les crossettes (1573-1579).

Les crossettes des maisons du XVIe et XVIIe siècle de Roscoff. (vers 1560)

Les crossettes de l'église de Plougourvest (29).

 

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Aujourd'hui, le Moulin de Brezal est, sinon en ruine, du moins en piteux état, et on peut l'acquérir pour la modique somme de 216 000 € : faites-vous plaisir !

"EXCLUSIF. Entre LANDERNEAU et LANDIVISIAU. En bord d'étang et dominant l'ELORN propriété comprenant sur un terrain de 3 hectares un ensemble de bâtiments du XVIème. Le bâtiment principal, ancien moulin à farine fut construit en 1520 par le Seigneur de BREZAL. Il est proposé avec une dépendance en pierres sur deux étages, un colombier de l'Ancien régime, un calvaire dénommé "La Croix de BREZAL" et un étang et une parcelle boisée. Anciennement consacré en un établissement hôtelier dédié à la restauration, le domaine nécessitera une restauration pour votre projet professionnel ou d'habitation. La surface des bâtis est d'environ 300 m2 et attendent une nouvelle vie !"

.Il avait été restauré de 1959 à 1967, puis un beau restaurant avait été ouvert par Jean-Claude Thuilliez et Hélène Plos avant de céder la place en 1972 à  Michèle et Arsène Heliez, on faisait du pédalo sur l'étang. Jusqu'en 2007.

 

Comme si une malédiction funeste pesait sur cet endroit, il suffit de passer le pont qui enjambe l'Elorn pour  découvrir les ruines assez sinistres de l'église de Pont-Christ classée en 1916 (base Mérimée), qui fut construite en 1533 par le seigneur de Brezal et dont la toiture se serait effondrée à la fin du XIXe siècle. 

A contrario, pour un amateur de belles pierres et de témoignages sur le patrimoine breton, quel aubaine !  

Le moulin, l'église, l'ensemble du site dominé par son château, tout cela a été décrit avec minutie, passion et photographies par André Croguennec : impossible de faire mieux.

Néanmoins, j'ai succombé au charme des crossettes et des inscriptions, et je n'ai pas pu interdire à mon appareil photo de s'égayer sur la toiture et de revenir avec, dans la gueule, quelques belles proies pour enrichir ma gibecière iconographique sur les crossettes de Basse-Bretagne. Merci Fidèle, ici, au pied !

Une chasse à partager avec les amis.

PRÉSENTATION.

Un coup d'œil sur la carte IGN permet de repérer l'axe est-ouest de la vallée de l'Élorn, entre Landivisiau et Landerneau, empruntée par la départementale D712 et par la voie ferrée Rennes-Brest. La rivière passe entre deux escarpements, culminant à 106 m du coté de Pont-Christ au sud, et à 93 m au nord sur le site occupé par le château de Brezal. Cette rivière vient de faire un coude à 90°, non sans agitation sans doute comme l'indiquerait les toponymes Le Frout, le Frout Vras et le Frout Bihan (où existait un moulin).  Ar Froud, c'est "le torrent" (absent du Catholicon, mais présent dans Le Gonidec page 324) , mais ar frouden, c'est l'impétuosité, la fougue. N'oublions pas que depuis la création du lac du Drennec en 1979, le caractère de l'Élorn a changé.

Ce n'est pas sur le fougueux Élorn, mais sur le débouché de son affluent coulant dans un vallon étroit selon un axe nord-sud depuis Plounéventer, le Brezal (4 km), que le moulin est établi en 1520 par Guillaume, seigneur de Brezal et son épouse Marguerite Le Sénéchal. En amont, ils créent une retenue d'eau, l'étang de Brezal. Le moulin à farine va ainsi rapporter de beaux bénéfices puisque tous les habitants sont obligés de lui confier leur blé.

La Carte de Cassini montre qu'à la fin du XVIIIe siècle, la seule route figurée, Landerneau-Landivisiau-Morlaix,  passe à 500 m. au nord. Mais une voie gauloise de direction nord-sud de Kerilien vers la Martyre, parfaitement présentée par A. Croguennec, passait par Pont-Christ où ele traversait l'Elorn, et une villa gallo-romaine a été retrouvée sur cet axe à Valy-Cloistre, au sud de Pont-Christ.

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Vue ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vue ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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En amont, à droite du raidillon qui relie l'étang et la route départementale, on voit le pigeonnier :

 

Pigeonnier de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Pigeonnier de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Tout en conservant mon équilibre sur le raidillon en question, j'aperçois la première crossette sur le rampant gauche du pignon ouest. C'est un chien, un mâtin montrant ses dents, sans collier, les pattes antérieures rejoignant les postérieures sur un support. Ses oreilles sont longues : un chien de chasse type Saint-Hubert ? Tourné vers le nord (vers l'étang), il garde l'édifice.

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Un chien, crossette du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Un chien, crossette du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Puis je découvre le bas du pignon ouest, où la partie gauche conserve son appareillage de pierres de taille et deux belles accolades gothiques.

La plus haute est une arcature à deux crochets un fleuron et deux pinacles tronqués.

Quatre pierres de kersanton aux formes caractéristiques témoignent de la présence de blason qui ont été martelés. Une autre, sous l'aisselle de l'arc, comportait-elle un blason complet, à cimier et lambrequins ?

Ce qui m'attire avec gourmandise, c'est l'inscription centrale. Eh eh, zoomons, zoomons !

Arcatures en accolade du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Arcatures en accolade du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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L'inscription de fondation (kersanton, 1520).

Je la relève ainsi (les lettres entre crochets traduisent les élisions par tilde ; seul celui du A de MARGARITE n'a pas été remplacé) : 

: LAN : MILL : CINQCC : XX : GUILLE[M] : DE : BRESAL

& : M~ARGARITE : LE : SENECHAL : SER : & : DA[M]E : DE

BRESAL : FIRE[N]T : FAIRE : CEST : ESTA[N]C : & : MOULI[N]

AU : DYVYS : DE : OLIVIER : GARRIC :

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"L'an mil cinq cent vingt, Guillaume de Bresal et Marguerite Le Senechal, seigneur et dame de Bresal, firent faire cet estanc et moulin au devis d'Olivier Garric."

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La forme Dyvys : Godefroy atteste dans son Dictionnaire de l'ancien français du IXe au XVe siècle les formes divis, dyvis, avec le sens « division, partage, disposition, souhait, désir, intention, volonté". Mais le DMF ou Dictionnaire du Moyen Français (1330-1500) y ajoute l'acceptation "plan, projet" : "Devis 1, B : Disposition établie ; plan, projet, description détaillée d'une construction à exécuter ; disposition que l'on prend, intention projet, souhait". Ce sens de "plan, dessin"  est aussi mentionné avec trois exemples anciens dans le Dictionnaire Anglo-normand.

Dés lors, on peut mieux rendre compte de l'inscription en la donnant comme "...firent faire cet étang et moulin sur les plans d'Olivier Garric". Ce dernier prend alors le rôle d'architecte, ou d'entrepreneur-concepteur.

 

 

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Inscription de fondation (kersanton, 1520) du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Inscription de fondation (kersanton, 1520) du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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J'ai déjà rencontré Olivier Garric : c'était sur l'inscription de la sablière de l'ancienne abbatiale de Daoulas  : 

"L'abbé Charles [Jégou] fit en son temps ce bois de céans l'an 1529 par O[livier] Garic et ses aidants".

Dans le BSAF de 1995, l'abbé Castel écrivait : Après le moulin de Brezal, "neuf ans plus tard, en 1529, Garric se signale à Daoulas, cette fois comme charpentier, selon l'inscription de la sablière au nord de la nef de l'église abbatiale. Les chantiers de Brézal et de Daoulas révèlent donc un maître d'oeuvre qui déploie avec bonheur des talents divers. Homme du bois autant que de la pierre et de l'eau, polyvalent dans l'art de bâtir, Olivier Garric peut prendre légitimement place dans la galerie des artistes de Bretagne".

Mais si on accepte de comprendre le mot dyvys comme "plan, dessin, projet", Olivier Garric doit être considéré non pas comme un "maître d'œuvre", ni comme un menuisier-charpentier polyvalent se doublant d'un maçon ou tailleur de pierre, bref un artiste ou artisan, mais bien comme un maître d'ouvrage. Ce que ne contredit pas l'inscription de Daoulas. Un point sur lequel je rejoins André Croguennec.

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Garric étant un mot occitan signifiant "chêne kermes", et étant un patronyme du Languedoc, on peut penser que notre Olivier Garric n'est pas d'origine bretonne.

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La pierre est sculptée en un rectangle creusé de 4 mm de profondeur environ dont seules les lettres et signes ne sont pas creusés, et restent en réserve. Mais une moulure souligne la dernière ligne, si près des jambages que ceux-ci (le G de GARRIC) empiète dessus. Cela montre le soin pris par l'artiste pour rendre hommage à son texte.

Une vue rapprochée permet d'admirer la beauté de l'écriture. On peut la comparer à celle de l'inscription de fondation de l'hôpital Saint-Julien de Landerneau, sculptée l'année suivante, en 1521. Ou à celle de la chapelle de Rocamadour (1527).  Mais son modèle est sans-doute plutôt  celle du pont de Landerneau, réalisée dix ans avant celle-ci, en 1510 sur la commande du vicomte Jean de Rohan.

Comme cette dernière, elle est encadrée par des motifs héraldiques : macles et A couronné à Landerneau, et besants (martelés) des armoiries du seigneur de Brezal ici . En effet, celles-ci se blasonnent de gueules à six besants d'or, 3, 2, 1 ( rouge à six boules jaunes). Je renvoie à l'article Tudchentil et à son illustration.

Chaque besant est alterné avec un losange, qui n'est certainement pas un macle de Rohan (car c'est un losange évidé en son centre), mais une fusée, un losange étroit et vertical, bien connu par les armoiries de Bouteville. Mais qui appartient aussi aux armoiries de Marguerite Le Sénéchal, qui sont de sable, à cinq fusées d'argent, accolées en bande, assorties de six besants de même, trois de chaque coté. (de Genouillac).

Les besants ont été bûchés sur la partie horizontale du cadre, mais non sur la partie verticale et latérale gauche, ce qui permet de les admirer intacts à coté des fusées. Quant à la partie droite, elle ne comporte pas cette marge. 

Marguerite Le Sénéchal était la fille de Guion Le Sénéchal, sieur de Coettelan, décédé avant 1520, et d'Amette de Kergournadech. Elle épousa Guillaume de Brezal, décédé avant 1577, capitaine des francs-archers et élus du Léon. 

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La ponctuation de séparation des mots repose sur le deux-points, mais ces derniers ne font pas appel à l'ornementation très courante qui relie chaque point par une ligne en S. Ces deux points ne sont pas ronds, mais en losange, sans qu'il faille y voir une allusion héraldique, car cette graphie est courante Les lettres sont serrées, très régulières, au fût vertical, à l'empattement en triangle pointe vers le bas. La répétition de ces triangles resserrés crée en bas de ligne un aspect en dents de scie dont la régularité est recherchée. Et comme le sommet des fûts est également triangulaire (c'est un rectangle incliné ), l'interligne est délimité par ces deux lignes en dents de scie. 

Ce serait monotone si cet interligne n'était pas occupé par les hampes ( jambages supérieurs) des lettres l, d, etc. ou bien par les points des -i- (un tiret incliné), par les tildes remplaçant les -n- par abréviation, par les lettres ou chiffres suscrits (CC pour "cent"), mais aussi par le jambage inférieure des lettres concernées, ou du jambage ornemental du -n- (le premier mot : lan).

La conjonction -et- est remplacée par une ligature équivalente à l'esperluète &.

C'est tout ? Non bien-sûr : cette inscription s'offre à la curiosité de chacun. Le mot "moulin", par exemple, est écrit MOU~LI . Le tilde ne devrait-il pas être posé sur le i ? 

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Inscription de fondation (kersanton, 1520) du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Inscription de fondation (kersanton, 1520) du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Les crossettes et l'inscription gothique du moulin de Brezal (Plounéventer / Pont-Christ).

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En progressant, je parviens en contrebas et je vois mieux le rampant droit, qui se casse d'ailleurs en passant au dessus d'une fenêtre. Et là, deux nouvelles crossettes qui m'attendent.

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Vue  ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vue ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Les deux crossettes du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Les deux crossettes du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La première est un homme empoignant sa cheville. Et bien malade.

André Croguennec l'intitule "l'homme blessé", sans dire pourquoi. 

L'homme est en position de chevalier servant, le genou droit à terre, et l'autre fléchi.

Entre les deux cuisses, la partie saillante correspond bien-sûr à la mode des braguettes rembourrées et avantageuses en usage sous la Renaissance jusqu'aux années 1580.

Il est vêtu d'un pourpoint aux manches plissées, serré par une ceinture, au dessus de chausses, et d'une paire de chaussures dont la semelle est distincte. Sa coiffure est globalement cylindrique.

Il lève la tête et les yeux vers le ciel, et porte la main gauche sur sa joue.

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 L'Homme malade, crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

L'Homme malade, crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Une vue de profil stricte montre que la région cervicale antérieure est le siège d'un volumineux phlegmon sous l'angle de la mandibule. Un peu trop bas pour les oreillons. Mais pas pour l'adénopathie cervicale tuberculeuse chronique, ou scrofule ou écrouelle, que guérissait les rois de France (on pouvait aussi prendre une tisane de Scrofulaire Scrophularia nodosa, si on croyait à la théorie des signatures).

En revenant au cliché précédent, on voit que cette intumescence est double : cet apostume se pique d'être bilatéral, ce bubon se rengorge de sa symétrie ; est-ce une parithymie ? Une étude de Rasmané Béogo sur 115 patients a montré que ces disgracieuses gorges chaudes étaient "multiples  chez 96,5% des patients et abcédés chez 30%" (Pan Afr Med J. 2013; 15: 131)

Or, précisément, mon cliché (slide suivante ) montre au centre de l'adénite une zone ulcérée de 1,85 mm de diamètre qui ne peut correspondre qu'à l'abcédation du site.

Ah mon dieu ! Le pauvre homme ! Tomber malade 450 ans avant la commercialisation de la Rifampicine !

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 L'Homme malade, crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

L'Homme malade, crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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J'attire l'attention de mon auditoire sur le fait que la communication de ce cas singulier prend une certaine importance, car il s'agit de la première crossette représentant un homme souffrant d'écrouelles. Et même peut-être de la seule sculpture bretonne du XVIe siècle fournissant une donnée iconographique de cette atteinte : allez savoir. Bien-sûr, j'invite chacun  à se livrer maintenant à une revue de littérature la plus vaste exhaustive possible avant de procéder à une méta-analyse basée sur des preuves. 

Par contre, le motif de "l'homme empoignant sa cheville" est d'une grande banalité en matière de crossette ; j'y voyais jusqu'à présent une posture à signification licencieuse, par son caractère un peu acrobatique intermédiaire entre une asana du Yoga-Sûtra et celle d'un Sûtra concurrent : une attitude irrévérencieuse, dont le code se serait perdu, mais qui placerait son adepte dans ce monde carnavalesque du renversement des valeurs et de la débandade des mœurs.

Car il est temps de confier le fonds de ma pensée : ces crossettes sont, par leur caractère stéréotypé, similaires aux lames des tarots. De même que vous avez aux Tarots 22 arcanes, aux figures immuables, le Mat, le Bateleur, Le Pendu, la Roue de la Fortune, de même vous avez dans les crossettes, le Lion, le Dragon, le Chien, le Soldat dégainant l'épée, l'Homme empoignant sa cheville, l'Ange, la Femme nue, la Sirène, et quelques raretés. Chaque édifice religieux ou civil bat le jeu et dispose sa levée au su et au vu de chacun, laissant les amateurs interpréter à l'infini ce que cela peut signifier.  

Mais un tuberculeux échappé de sana qui monte sur le toit d'un moulin pour se saisir de sa cheville droite et de sa joue gauche enflée, c'est... particulier .

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Dés lors, je suis amené à m'intéresser à la petite crossette de rien du tout qui est placé devant notre impatient patient : à quoi sert cette oblongue capsule ? est-ce un canon arrimé à son affût par son allonge ? Un crachoir ?  Un pied pour parasol ?

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L'improbable crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

L'improbable crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Vous aimez les énigmes ? En voici une :

La crossette suivante se présente comme une chimère associant la queue d'un dragon avec le torse d'une sirène. 

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La dernière  crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

La dernière crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Et si je vous le montre de l'autre coté, vous voyez mieux ?

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La dernière  crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

La dernière crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Et nous voilà arrivé au pied de ce rampant droit, là où, après deux minuscules crossettes cuboïdes,  j'ai fait une belle prise, digne de Tartarin : un Lion.

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Partie droite du  pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Partie droite du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le Lion, quatrième crossette du pignon ouest.

Ici, il n'y a plus d'énigme : c'est le Lion de crossette, cent fois décrit, sa gueule ouverte, sa crinière de mouton, sa queue faufilée entre les cuisses pour chasser les mouches de son dos, les pattes antérieures prenant obliquement appui sur une console (ou un os ?), les postérieures appuyées au sol pour rejoindre les antérieures. Tout est dit.

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Le Lion, dernière crossette du  pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Le Lion, dernière crossette du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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J'ai presque fini, il me reste à décrire la lucarne de la façade sud.

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Vue de la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vue de la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Les deux crossettes encadrant le rampant de  la lucarne de la façade sud.

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La lucarne de  la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

La lucarne de la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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À gauche : l'homme accroupi.

Il n'a pas l'air très heureux, avec ses coudes en appui sur les genoux et son menton projeté en avant. Il porte un chapeau. Sa joue gauche et son oreille homolatérale sont fort gonflées, à moins qu'il n'ait ses oreillettes. Je ne l'ausculte pas, ce n'est pas le moment de le déranger.

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L'Homme accroupi, crossette du rampant gauche de lucarne de  la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

L'Homme accroupi, crossette du rampant gauche de lucarne de la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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À droite : le Chien. 

C'est le chien assis du chien-assis.

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Le Chien, crossette du rampant gauche de lucarne de  la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Le Chien, crossette du rampant gauche de lucarne de la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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SOURCES ET LIENS.

Une seule adresse : André Croguennec:

http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/moulin-brezal.htm

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 22:30

L'enclos paroissial de Saint-Herbot à Plonévez-du-Faou IV. Le porche sud (1498-1509) par le Second atelier du Folgoët : les Apôtres et le Credo apostolique.

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— Sur la chapelle Saint-Herbot, voir :

 

— Sur ce thème du Credo apostolique, voir :

 

— Voir aussi d'autres porches du Finistère, dans l'ordre chronologique : 

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INTRODUCTION.

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—Datation du porche : 1498-1509.

Le porche est parfaitement daté par l'inscription donnant à l'intérieur le début des travaux en 1498 : MESSIRE IEHAN DE LAVLNAY P[RE]B[T]RE GOVVERNEVR DE CEANS FIST FAIRE CEST PORTAL COMENCE[ME]NT LE PREMIER IOVR DE IVITET LAN MIL QVATRE CETS QVATRE VINTS DIX OVIT   "Messire Jean de Launay prêtre gouverneur de céans fit faire ce portail dont la construction commença le premier jour de juillet  de l'an 1498."

— Datation des Apôtres : 1481.

Les statues des Apôtres ont de même style que celle de Saint-Herbot, sur la console de la porte d'entrée, avec son inscription : S[anctus] HERBAUD LA[N] M CCCC IIII XX I : Saint Herbaud l'an 1481.

Les statues de l'intérieur du porche seraient donc antérieures au porche lui-même. Surprenant, non ?

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Statue de saint Herbot et plaque de fondation, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Statue de saint Herbot et plaque de fondation, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Statue de saint Herbot et plaque de fondation, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Statue de saint Herbot et plaque de fondation, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Statue en kersanton polychrome de Saint Herbaud. Trumeau de la porte géminée au fond du porche.

Le saint protecteur des bêtes à cornes, dont la tête et la barbe sont encadrées par la capuche d'une longue pèlerine, a calé son bâton de marche, ou de pasteur d'âme, dans le creux de son bras pour présenter un livre saint ouvert à une page particulièrement intéressante qu'il désigne de son majeur. L'homme de peu de foi que je suis n'a rien su y lire, hélas.

Ah, encore un détail : voyez-vous la petite houppe de son front, posée comme une petite pâtisserie insolite au sommet de ce phare de sainteté ? Nous allons la retrouver sur le chef de presque tous les apôtres, comme un bibelot de collectionneur monomaniaque posé sur chaque desserte, ou la signature tarabiscotée du sculpteur. 

Herbot  est pied nus dans de grosses éponges bleues qui s'efforcent de ressembler à des feuillages.

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Statue de saint Herbot (1481) , porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Statue de saint Herbot (1481) , porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Socle de la statue de saint Herbot, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Socle de la statue de saint Herbot, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Socle de la statue de saint Herbot, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Socle de la statue de saint Herbot, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Plaque de fondation de 1498, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Plaque de fondation de 1498, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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—Attribution : le Second Maître du Folgoët (1458-1509) ou Atelier des enfants du Maître du Folgoët.

Le porche sud de Saint-Herbot est attribué à l'atelier qui édifia aussi le porche — très similaire — de Plourac'h (1458-1488) en Côte d'Armor, atelier qu'Emmanuelle Le Seac'h nomme "le second atelier du Folgoët". En effet, celui-ci s'est cantonné à reproduire le style du Premier atelier ducal du Folgoët (1423-1468), et à perpétuer l'esprit des bâtisseurs de porche de ses sculpteurs, dont nous avons examiné le travail sur kersanton à La Martyre (1450-1468), et à Rumengol (vers 1468).

De façon générale, le style des sculptures des "enfants est plus lourd et plus raide que celui des "parents", et on s'éloigne de la souplesse et de la grâce qui caractérisent le premier Maître du Folgoët  pour gagner plus de raideur et d'hiératisme. Les deux porches de ce second atelier ont aussi leurs particularités : ils sont voûtés d'ogives et sont exhaussés. On trouve à l'étage une chambre des archives de la fabrique, accessible par une tourelle d'escalier. Enfin les contreforts sont dotés de pinacles. Le granite est utilisé pour l'architecture alors que le kersanton est réservé aux sculptures des Apôtres ou à la plaque de fondation.

Or, à Plourac'h, un registre de paroisse indique que le porche fut bâti par "les enfants du célèbre maître qui construisit la merveille du Folgoët" : les sculpteurs du second atelier sont donc de la même famille que le Maître du Folgoët.

Comme au Folgoët, comme à Quimper et comme à Saint-Fiacre du Faouët, l'influence ducale est attestée à Saint-Herbot, puisque le duc Jean V y a fait des donations, faisant dire pour la somme de cinq livres et quatre sols des messes en 1424 à l'intention de sa fille Isabelle, reine de Sicile.  De même, Anne de Bretagne accorda une rente de dix louis pour deux messes par semaine lors de son mariage avec Charles VIII en 1491, prorogeant ce don en 1509. Ces dates de 1491 et 1509 sont à rapprocher de celles du porche.

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DESCRIPTION. 

 

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Le porche intérieur de Saint-Herbot.

Il réunit deux travées sur croisées d'ogives, et ses parois sont scandés par des nervures prismatiques. Les statues en kersanton des Apôtres sont disposés à l'intérieur du porche dans des niches à dais gothiques, en kersanton également. Elles sont posées sur des consoles à feuillage gras, surmontant une frise de niches aveugles surmontées d'accolade gothiques à crochets et fleuron.

 L'intérieur est profond de deux travées sur croisées d'ogives. Les niches abritent  sous leurs dais les statues des Apôtres, reconnaissables à leurs noms gravés et leurs attributs. Au-dessus de la porte d'entrée, la statue en pierre de saint Herbot, déjà présentée.

 

Je suivrai ici, parfois très fidèlement, la description donnée par Emmanuelle Le Seac'h pages 96 à 98 de son ouvrage. Je débuterai par cette citation :

"Ici aussi, les Apôtres sont caractéristiques du style du second atelier du Folgoët. Ils ne tiennent pas leur tête de la même façon ; ils l'inclinent d'un coté ou de l'autre. Les drapés des tuniques tombent à la verticale en forme de bec marqué au niveau des pieds. Des plis variés se dessinent pour les manteaux : en U étagés, en volutes. Pour certains, les manteaux ouverts laissent voir la tunique ceinturée à la taille et blousante. Les fronts sont larges et bombés. Les cheveux longs descendent sur les épaules. les barbes sont méchées en stries ondulantes et incurvées comme à Plourac'h. Une petite houppe sur le dessus termine quelques coiffures. Les barbes sont bifides et s'enroulent sur elles-mêmes à leur extrémité pour André, Jacques le Majeur, Thomas, Mathias. Certaines sont juste échancrées sur le milieu comme celles de Philippe, Barthélémy, Simon. Elles sont toutes pointées vers l'avant. Jean est imberbe, conformément à la tradition. Ses cheveux en mèches bouclés rappellent les anges du tombeau de Gatien de Monceau à Quimper. Le nez des Apôtres sont droits et les narines creusées. Le philtrum est bien net."

Polychromie.

Les statues conservent les traces des statues "peintes et dorées" observées par Mérimée en 1835. Cette dorure, dont on imagine la magnificence, est encore bien visible sur le manteau de saint Jean.

Disposition. 

Les Apôtres sont identifiables sans ambages par leur nom sculpté en caractère gothique sur le socle de leur statue, ce qui supprime une source très régulière d'hésitations et d'avis divergents dans les autres porches. Les attributs spécifiques ne sont portés que par quatre apôtres, puisqu'ils ne servent plus à l'identification.  De plus, le texte de leur phylactère, correspondant à l'article du Symbole des Apôtres qui leur correspond, est également sculpté, alors qu'il est souvent effacé ailleurs après avoir été peint. .  Nous disposons donc d'une série du Credo apostolique complète et d'une correspondance certaine entre titulaire et articles du Credo. 

La séquence suivie est celle du Canon romain, Pierre-André-Jacques-Jean-Thomas-Jacques-Philippe- Barthélémy-Matthieu-Jude-Simon-Matthias, modifiée selon  l'ordre courant où  la même succession se termine par Simon-Jude-Matthias.


 

Cet ordre, et l'attribution des articles du Credo, obéit à celui établit par le Sermon du Pseudo-Augustin : Sermo CCXLI De symbolo, P.L. 39 col; 2190 ; C'est aussi l'ordre du Speculum Theologiae ou Verger de Soulas du XIIIe siècle, Bnf Fr 9220 folio 13v ; des Grandes heures du duc de Berry (1409) folio 1r à 6v  ; du  Psautier de Jean de Berry, BNF latin 13091, dont les enluminures sont dues à André Beauneveu en  1380-1400 .

Le texte des phylactères est celui du Symbole des Apôtres (Credo in Deum), qu'on ne confondra pas avec le Credo, ou Symbole de Nicée (Credo in unum Deum), récité lors de la messe.

 

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1. Pierre. Clef. Credo in Deum Patrem omnipotentem, Creatorem celi et terre.

2. André. Croix de saint-André. Et in Ihesum Christum, Filium eius unicum, Dominum nostrum

3. Jacques le Majeur. Bourdon, chapeau, besace. qui conceptus est de Spiritu Sancto, natus ex Maria Virgine.

4. Jean. Plume de l'évangéliste. passus sub pontio pilato, crucifixus, mortuus, et sepultus.

5. Thomas . descendit ad inferna, tertia die resurrexit a mortuis,

6. Jacques le Mineur. ascendit ad celos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis.

7. Philippe. inde venturus  iudicare vivos et mortuos.

8. Barthélémy. Coutelas. Credo in Spiritum Sanctum

9.Matthieu. sanctam Ecclesiam catholicam, sanctorum communionem .

10. Simon. remissionem peccatorum.

11. Jude Thaddée. carnis resurrectionem

12. Mathias. vitam eternam. Amen

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Épigraphie lapidaire en latin.

Cette épigraphie est l'un des intérêts majeurs de ce porche. Pour la mettre en valeur, j'ai utilisé le procédé de l'estampage humide suggéré par l'abbé Y-P. Castel et qui consiste à tamponner légèrement la surface de la lettre en relief avec une éponge humide.  Le corpus, sculpté en réserve,  en lettres gothiques,  se divise en deux ensembles, celui du texte du Credo sur les phylactères, et celui des noms des Apôtres sur les socles, en caractères plus petits, et probablement d'une autre main.

Le premier ensemble abonde en signes abréviatifs imposés par la nécessité d'adapter la longueur variable des articles de la profession de foi à la taille réduite et fixe des banderoles. C'est le tilde (un simple tiret suscrit) qui est principalement utilisé, pour remplacer les lettres -n- et -m-, comme dans l'incipit Credo in deum omnipotentem qui devient "Credo i deu oipotete". Le tilde remplace parfois un groupe de lettres, comme dans patrem qui devient "p~trem".   L'autre procédé utilisé pour gagner de la place est celui des lettres conjointes (accolées) comme, pour le premier article, le -do- du Credo, le -de- de deum, .

L'écriture de type textura se caractérise par :

  • l'absence de ponctuation de séparation des mots (sauf le deux-points encadrant "petrus")

  • des fûts droits, réguliers, épais, cassés en biais à 45° aux extrémités par des empâtements en losange (les apex)

  • l'absence de lettres capitales (mais des majuscules ornées, inconstantes, en début de nom ou d'article de foi) . Les majuscules étaient peut-être peintes en rouge vermillon, comme en calligraphie des manuscrits. Remarquer le S de l'apôtre Simon.

  • les jambages sont soit pattés (le -p ), soit prolongés d'une volute sinueuse rappelant la trompe d'éléphant ( elephantrüssel)

  • La lettre -s minuscule  comporte deux graphies (s et ſ) selon sa position de la lettre dans un mot. En fin de mot, le -s est élégamment barré  d'une diagonale formée par les deux barres de ses extrémités et se prolongeant très haut et très bas (cf "andreas"). Ces barres sont droites  (noms des apôtres) ou bouclées ("natus" du phylactère de Jacques M, par exemple). 

  • La graphie de Symon avec un point sur le Y se retrouve sur les Grandes Heures du duc de Berry . De même, les graphies celi ou terre au lieu de caeli et terrae sont attestées dans le Psautier et dans les Grandes Heures du duc de Berry, comme la graphie Ihesum 

En 1481, l'utilisation de l'écriture gothique n'a rien d'anachronique. 

Plaisir esthétique. 

Dans sa préface à sa traduction de la Bible d'Amiens de Ruskin, Marcel Proust prétend ( en parfait démenti de sa vie et de son œuvre) que le plaisir d'érudition altère le plaisir esthétique et ajoute "Une sorte de retour sur soi-même est inévitable dans ces joies mêlées d'érudition et d'art où le plaisir esthétique peut devenir plus aigu, mais non rester aussi pur".

Je suis persuadé (comme lui, au fond) du contraire, mais  je serais peiné si, dans ma présentation de ce porche, les données documentaires occultaient ("altéraient") l'intensité de mon admiration : c'est elle qui est ici première, c'est elle qui guide mon geste de photographe, c'est elle que je veux avant tout partager. Tout le baratin précédent n'aura qu'un rôle ancillaire et sera le caudataire de la Beauté  du travail du sculpteur. 

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LES SIX APÔTRES DU COTÉ EST.

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1. Saint PIERRE. PETRUS.  Credo in Deum Patrem omnipotentem, Creatorem celi et terre.

— Attribut : la clef. La calvitie temporo-frontale respectant un toupet médian (qui n'a rien de spécifique ici).

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Saint Pierre,  porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Pierre, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Saint Pierre, Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Pierre, Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription. 1er article : CREDO IN DEUM PATREM OMNIPOTENTEM CREATOREM CELI ET TERRE  : "Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre."

Voir le Psautier du duc de Berry folio 10r .

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Saint Pierre, Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Pierre, Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du nom :

: PETRUS :

Voir les Grandes Heures du duc de Berry folio 1r : S. PETRUS

 

 

 

Saint Pierre, Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Pierre, Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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2. Saint ANDRÉ. ANDREAS. Et in Ihesum Christum, Filium eius unicum, Dominum nostrum.

— Attribut : la croix en X où l'apôtre fut crucifiée.

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Saint André, Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint André, Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Saint André, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint André, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du phylactère : ET IN IHESUM CHRISTUM FILIUM EIUS UNICUM DOMINICUM NOSTRUM : "Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur ".

Voir le Psautier du duc de Berry folio 10r

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Saint André, Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint André, Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Saint André, Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint André, Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du nom :

ANDREAS

Voir Grandes Heures du duc de Berry folio 1v.

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Andreas, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Andreas, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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3. Saint JACQUES LE MAJEUR. JACOBUS .  qui conceptus est de Spiritu Sancto, natus ex Maria Virgine.

— Attribut : Bourdon (dont le nœud portait sans-doute la gourde calebasse aujourd'hui brisée), chapeau à coquille, besace à coquille, baudrier à coquilles.

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Saint Jacques le Majeur, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Jacques le Majeur, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du phylactère : QUI CONCEPTUS EST DE SPIRITUO SANCTO NATUS EX MARIA VIRGINE  : "qui a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie".

Voir Psautier du duc de Berry folio 12r 

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Saint Jacques le Majeur, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Jacques le Majeur, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Saint Jacques le Majeur, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Jacques le Majeur, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du nom :

JACOBUS

Voir Grandes Heures du duc de Berry folio 2r : S. iacobus maior.

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Jacobus, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Jacobus, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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4. Saint JEAN. JOHANNES.  passus sub pontio pilato, crucifixus, mortuus, et sepultus.

— Attribut : plume [plutôt que palme] de l'évangéliste ; Visage imberbe ; Coiffure capillaire "solaire". Robe dorée.

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Saint Jean,  porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Jean, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du phylactère : PASSUS SUB PONTIO PILATO CRUCIFIXUS MORTUUS ET SEPULTUS : "a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli".

Psautier du duc de Berry folio 14r : on retrouve le y doté d'un point correspondant à la forme abrégée et resserrée de notre porche : p[on]tiopylato. 

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Saint Jean,  porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Jean, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Saint Jean,  porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Jean, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Saint Jean,  porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Jean, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du nom : JOHANNES

Voir Grandes Heures du duc de Berry  folio 2v : "Sus IOHANES EVANG[el]I" Curieusement, dans cette enluminure, Jean est barbu.

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Johannes,  porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Johannes, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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5. THOMAS. THOMAS . descendit ad inferna, tertia die resurrexit a mortuis,

— Attribut non spécifique : le livre (fermé, à fermoir, tenu par la tranche de queue, tranche de gouttière tournée vers nous) .

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Saint Thomas,  porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Thomas, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Saint Thomas,  porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Thomas, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du phylactère : DESCENDIT AD INFERNA TERTIA DIE RESURREXIT A MORTUIS :  "est descendu aux enfers ; le troisième jour est ressuscité des morts".

Comparer au folio 16r du Psautier du duc de Berry qui  emploie aussi la forme "ad inferna" « dans les enfers » (et non ad inferos, une « descente dans les sphères souterraines »). La situation basse, souterraine des Enfers, qu'implique le verbe descendus, relève de la conception hébraïque d'un monde à trois étages (ciel, terre, monde souterrain ou chéol en hébreu), différente de la conception helléniste où la terre se meut librement dans l'espace, entourée de la région sublunaire réservée aux esprits des hommes et des puissances démoniaques, et de la région supralunaire réservée aux dieux.  Voir Hans Küng. La même forme est retrouvée dans les Grandes Heures du duc de Berry.

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Saint Thomas,  porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Thomas, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du nom : THOMAS.

Voir Grandes Heures du duc de Berry folio 3r

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Saint Thomas,  porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Thomas, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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6. Saint JACQUES LE MINEUR. JACOBUS MINOR. ascendit ad celos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis.

— Attribut non spécifique : le livre (fermé, tenu par le dos, fermoir rabattu sur le plat de devant).

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Saint Jacques le Mineur, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Jacques le Mineur, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du phylactère : ASCENDIT AD CELOS SEDET AD DEXTERAM DEI PATRIS  OMNIPOTENTIS   "est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant"  .

Voir le Psautier du duc de Berry folio 18r

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Saint Jacques le Mineur, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Jacques le Mineur, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du nom :  JACOBUS MINOR

Voir les Grandes Heures du duc de Berry folio 3v. Jacobus minor

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Saint Jacques le Mineur, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Jacques le Mineur, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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LES SIX APÔTRES DU COTÉ OUEST.

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. Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

. Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Diaporama : les six apôtres du coté ouest. Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.
Diaporama : les six apôtres du coté ouest. Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.
Diaporama : les six apôtres du coté ouest. Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.
Diaporama : les six apôtres du coté ouest. Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.
Diaporama : les six apôtres du coté ouest. Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Diaporama : les six apôtres du coté ouest. Porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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7. Saint PHILIPPE. PHILIPPUS. inde venturus  iudicare vivos et mortuos.

— Attribut : non spécifique : le livre, (tenu, par l'intermédiaire du manteau,  ouvert face au spectateur. La patte du fermoir est rabattue sur le coté et se pose sur le phylactère. On sent que le sculpteur s'amuse à ces variations sur un thème.)

— Inscription du phylactère  : INDE VENTURUS  IUDICARE VIVOS ET MORTUOS   : "d'où il viendra pour juger les vivants et les morts."

Voir le Psautier du duc de Berry folio 20r. inde venturus est iudicare vivos et mortuos, avec la traduction en moyen français : "Il est avenir iugier les vis et les mors."

— Inscription du nom : PHILIPPUS.

Voir les Grandes Heures du duc de Berry folio 4r : Philippus.

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L'apôtre Philippe, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

L'apôtre Philippe, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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L'apôtre Philippe, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

L'apôtre Philippe, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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8. Saint Barthélémy. BARTHOLOMEUS. Credo in spiritum sanctum.

— Attribut : le coutelas qui servit à son supplice (il fut dépecée).

 

— Inscription du nom : BARTHOLOMEUS.

Voir les Grandes Heures du duc de Berry folio 4v : S. bartholomeus.

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Saint Barthélémy, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Barthélémy, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Saint Barthélémy, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Barthélémy, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du phylactère : CREDO IN SPIRITUM SANCTUM  : "Je crois en l'Esprit-Saint".

Voir le Psautier du duc de Berry folio 22r : emploi dans les deux cas des lettres conjointes -do du Credo.

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Saint Barthélémy, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Barthélémy, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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9. Saint MATTHIEU. MATHEUS. sanctam Ecclesiam catholicam, sanctorum communionem.

— Attribut non spécifique : le livre (ouvert à mi-volume, mais tenu dans le sens perpendiculaire de celui de la lecture. Le pouce est placé du coté de la tranche de queue, puisque la patte du fermoir, fixé sur le plat verso, pend vers le bas).

 

— Inscription du nom : MATHEUS.

Voir les Grandes Heures du duc de Berry folio 5r  : Matheus

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Saint Matthieu, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Matthieu, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Saint Matthieu, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Matthieu, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du phylactère : SANCTAM ECCLESIAM CATHOLICAM SANCTORUM COMMUNIONEM   : "à la sainte Église catholique,  la communion des saints".

Voir le Psautier du duc de Berry folio 24r  ; comparer avec la forme abrégée ici par les lettres conjointes -ho de catholicam et l'abréviation radicale d'ecclesiam et de sanctorum. Le S initial est comparable dans les deux inscriptions.

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Saint Matthieu, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Matthieu, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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10. Saint SIMON. SYMON. remissionem peccatorum

— Attribut non spécifique : le livre (fermé, tenu verticalement, tranche vers nous).

— Inscription du phylactère : REMISSIONEM PECCATORUM : " la rémission des péchés".

Voir le  Psautier du duc de Berry folio 26r.

 

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Saint Simon, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Simon, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Saint Simon, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Simon, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du nom : SYMON.

Voir  les Grandes Heures du duc de Berry folio 5v utilisant la même graphie avec un Y surmonté d'un point.

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Saint Simon, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Simon, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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11. Saint JUDE-THADDÉE. JUDAS. carnis resurrectionem.

— Attribut non spécifique : le livre (fermé, première de couverture face à nous).

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Saint Jude-Thaddée, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Jude-Thaddée, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Saint Jude-Thaddée, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Jude-Thaddée, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du phylactère : CARNIS RESURRECTIONEM : " la résurrection de la chair".

Remarquez la barre verticale du C majuscule , et les volutes en diagonale du S de CARNIS.

Voir le Psautier du duc de Berry folio 28r.

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— Inscription du nom : JUDAS.

Voir les Grandes Heures du duc de Berry folio 6r qui préfère la mention S. Thadeus.

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Saint Jude-Thaddée, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Jude-Thaddée, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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12. Saint MATTHIAS. MATHIAS. vitam eternam. Amen

— Attribut non spécifique : le livre (fermé, présenté tranche face à nous).

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Saint Matthias, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Matthias, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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Saint Matthias, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Matthias, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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— Inscription du phylactère : VITAM ETERNAM AMEN : "  la vie éternelle amen."

Notez le V majuscule.

Voir le Psautier du duc de Berry folio 30r .

— Inscription du nom : MATHIAS.

Voir les Grandes Heures du duc de Berry folio 6v.

 

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Saint Matthias, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

Saint Matthias, porche sud de la chapelle Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. Photographie lavieb-aile mars 2017.

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    SOURCES ET LIENS.

    — CHAUSSEPIED (Charles),1914, Notice sur la chapelle de Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou,  Bulletin de la Société archéologique du Finistère T. XLI pages 128-139

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207714b/f191.image

    — COUFFON (René), 1953, L'église de Saint-Herbot , Bulletin Monumental Année 1953 Volume 111 Numéro 1 pp. 37-50

    http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1953_num_111_1_3732

    — COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Notice sur les paroisses du Diocèse de Quimper

    http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/PLONEVFA.pdf

    — LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014,  Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle , 1 vol. (407 p.) - 1 disque optique numérique (CD-ROM) : ill. en coul. ; 29 cm ; coul. ; 12 cm . Note : Index. - Notes bibliogr., bibliogr. p. 373-395  Rennes : Presses universitaires de Rennes , 2014 Éditeur scientifique : Jean-Yves Éveillard, Dominique Le Page, François Roudaut. Pages 95-100.

    — MÂLE (Emile), 1908, L'art religieux à la fin du Moyen-Âge en France, Paris, Colin, page 248-252 

    https://archive.org/stream/lartreligieuxde00ml#page/246/mode/2up/search/credo

    — MANDRAGORE : Credo / Apôtres

    http://mandragore.bnf.fr/jsp/switch.jsp?classement=1&niveauRech=3&idRech=499&idPere=639&division=Mix&desc=cr%E9do.ap%F4tres&idDesc=6673

    Grandes heures du Duc de Berry horae ad usum parisiensem, Latin 919 (1409) 

    — MÉRIMÉE (Prosper), 1836, Notes d'un voyage dans l'ouest de la France , Fournier, page 167.

    https://books.google.fr/books?id=KOBdAAAAIAAJ&dq=anne+de+bretagne+%22saint-herbot%22&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

     

    PÉRENNÈS (Henri), 1942, Monographie de la paroisse de Plonévez-du-Faou. Imprimerie bretonne (Rennes) 55 p.: ill.; 21 cm. Pérennès Henri, “Plonévez-du-Faou : monographie de la paroisse,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 19 mars 2017, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/9799.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/bd492284b708d27c6305fbdba8d5639a.pdf

     

     

    Infobretagne "Enclos paroissial de Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou"

    http://www.infobretagne.com/enclos-saint-herbot.htm

    — TOPIC-TOPOS

    http://fr.topic-topos.com/apotres-plonevez-du-faou

    —MONUMENTSHISTORIQUES.FREE.FR

    http://monumentshistoriques.free.fr/calvaires/herbot/herbot.html

    —Infobretagne L'enclos paroissial de Saint-Herbot

    http://www.infobretagne.com/enclos-saint-herbot.htm

    — http://saintherbot.chez-alice.fr/chapelle.htm

    —Images Wikipédia Henri Moreau :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Saint-Herbot_4_Porche_sud_Six_statues_d'ap%C3%B4tres_c%C3%B4t%C3%A9_est.JPG

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Saint-Herbot_5_Porche_sud_Six_statues_d'ap%C3%B4tres_c%C3%B4t%C3%A9_ouest.JPG

    Sur le Credo apostolique :

    Site http://idlespeculations-terryprest.blogspot.fr/2014/02/the-apostles-creed.html

    — Grant Kalendrier et compost des bergiers , 1529, imprimé à Troyes.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86095054/f89.item.zoom

     

    — Émile Mâle : http://patrimoine.amis-st-jacques.org/documents/000135_e_male_credo_des_apotres_2.pdf

    —Denis Pichon Note sur les peintures murales de Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren : présence d'un Credo prophétique Société d'émulation des Côtes-d'Armor, 2000, 130, p. 115-122

    — Robert Favreau Les autels portatifs et leurs inscriptions, Cahiers de civilisation médiévale 2003 Volume   46 pp. 327-352 :http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ccmed_0007-9731_2003_num_46_184_2865

     — Baptistère de Sienne : http://www.viaesiena.it/fr/caterina/itinerario/battistero/articoli-del-credo/articoli-della-seconda-campata

     — Psautier de Jean de Berry, Enluminures de André Beauneveu 1380-1400 : gallica 

    — RANSON (Lynn) 2002 A franciscan program of illumination Insights and Interpretations: Studies in Celebration of the Eighty-fifth .publié par Colum Hourihane  ..pp 84-89 En ligne

     

    — GAY (Françoise) 1993, Le choix des textes des prophètes face aux apôtres au Credo", in Actes du Colloque Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon 

    — HASENORH (Geneviève), 1993 "Le Credo apostolique dans la littérature française du Moyen-Âge", Actes du Colloque Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon 

    — LACROIX (Pierre) , Renon, Andrée,  Mary, Marie-Claude, Vergnolle, Éliane [Publ.] Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon (1993).Sommaire en ligne 

     — GAULTIER DU MOTTAY (Joachim) Répertoire archéologique du département des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, 1883-1884, extrait des Mémoires de la Société archéologique et historique des Côtes-du-Nord, nouvelle série, T.I, 1883-1884.

     

    — RENON F, relevé du Credo du chœur de la cathédrale de Cambray en 1404 Revue de l'art chrétien: recueil mensuel d'archéologie religieuse, Volume 8 Arras ; Paris 1864 page 262.

    —  RITZ-GUILBERT, Anne 1993 ; "Aspects de l'iconographie du Credo des apôtres dans l'enluminure médiévale", Pensée, image & communication en Europe médiévale : à propos des stalles de Saint-Claude; Besançon; Asprodic L'auteur analyse les Credo typologiques apparus dans l'enluminure du 13e siècle, puis la version originale qu'en donne Jean Pucelle dans le Bréviaire de Bellevill (Paris, B. N., ms lat. 10483) aux environs de 1323-1326. Le peintre a utilisé le Credo des apôtres comme attribut de la vertu personnifiée de la Foi

    SCHMITT (Jean-Claude), 1989  "Les images classificatrices", in Actualité de l'histoire à l'Ecole des chartes: études réunies à l'occasion publié par Société de l'Ecole des charte 1989 pp.311-341.

    — Bréviaire de Belleville, - 1323-1326

    Breviarium ad usum fratrum Predicatorum, dit Bréviaire de Belleville.  vol. I (partie hiver) - vol. II (partie été) -http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8447295h

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    Published by jean-yves cordier - dans Inscriptions Saint-Herbot
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    7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 23:22

    L'inscription de fondation de l'hôpital Saint-Julien de Landerneau (1521).

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    Outre sa beauté graphique, l'un des principaux intérêts de cette inscription est de pouvoir être comparée avec une autre inscription de fondation d'un édifice civil, dans la même ville de Landerneau et à une époque proche :

    On l'a placera aussi en parallèle avec d'autres exemples épigraphiques de Basse-Bretagne, souvent lors de fondation d' édifices religieux :

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    .

    Les inscriptions qui nous préoccupent aujourd'hui proviennent du portail de l'ancienne église Saint-Julien. Les deux pierres de kersanton  ont été déplacées lors de la destruction de cet édifice et intégrées en 1960 à l'Oratoire de la Fontaine Blanche créé en saillie du mur extérieur du cimetière de la ville,  rue du Cimetière, de l'autre coté de la voie ferrée par rapport au Centre-ville. L'une d'elles évoque la fondation du portail de l'église Saint-Julien, l'autre permet de savoir que l'église était dédiée à saint Julien l'Hospitalier. L'homogénéité de leur style permet de s'assurer qu'elles appartenaient au même ensemble, d'autant qu'elles forment deux quatrains d'octosyllabes rimés AABB CCDD. Elles sont en français, comme c'est très largement le cas alors en Bretagne sans attendre l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539). 

    Commençons par les découvrir, avant d'approfondir nos connaissances sur cette ancienne église landernéenne. Une première photographie a été prise au naturel :


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    Inscription de fondation de l'hôpital Saint-Julien (1521), cimetière de Landerneau. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation de l'hôpital Saint-Julien (1521), cimetière de Landerneau. Photographie lavieb-aile.

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    Les inscriptions lapidaires peuvent être mieux lisibles en lumière rasante, lorsqu'elles sont placées, comme ce n'est pas le cas ici, sur des façades exposées au soleil. En épigraphie, les chercheurs utilisent, pour obtenir une copie exacte,  le long procédé de l'estampage, en appliquant une feuille de papier spécial, mouillée puis tamponnée sur le motif. L'abbé Yves-Pascal Castel, à qui on doit l'un des premiers relevés (après celui du chanoine Abgrall en 1916), signale qu'il a pratiqué "l'humectage des reliefs avec l'eau qui coule tout près", dans le bassin qui précède cet oratoire. C'est le procédé que j'ai employé.

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    Inscription de fondation de l'église Saint-Julien (1521), cimetière de Landerneau. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation de l'église Saint-Julien (1521), cimetière de Landerneau. Photographie lavieb-aile.

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    1°) La plaque supérieure.

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    Première inscription de fondation de l'église Saint-Julien (1521), cimetière de Landerneau. Photographie lavieb-aile.

    Première inscription de fondation de l'église Saint-Julien (1521), cimetière de Landerneau. Photographie lavieb-aile.

    .

    Transcription :

    EN : LAN MIL CINCQ CENTZ VI[N]GT ET UNG

    ET LE LU[N]DI . TIERS JOUR : DE JUIGN :

    FUT : AU . PORTAL DE CEST : EGLISE :

    LA : PRIMIERE : PIERRE : MISE

    "En l'an 1521 et le lundi troisième jour de juin fut au portail de cette église la première pierre mise."

    Cette première pierre fut donc posée le lundi 3 juin 1521. Le lundi se vérifie selon le calendrier perpétuel de Morel. La date n'est pas en relation avec la fête du saint le 12 février. 

    L'orthographe de la date "lan mil cincq cents vingt et ung" se retrouve exactement sur un manuscrit des Archives du Finistère 1E1236 ( contrat avec Guymarch de Treanna). C'est bien la forme notariée de l'époque.

     – Le mot "portal" est une forme précoce attestée de "portail", et on lit dans le Trésor de la Langue Française pour "portail" :

    " Étymologie et Histoire. 1. Ca 1165 portal «grand panneau de bois servant de porte» (Benoit, Troie, 22884 ds T.-L.); id. subst. plur. portaus (Id., ibid., 16003, ibid.); début xiiies. portail (Floire et Blancheflor, éd. M. Pelan, 2551);

     2. 1606 «façade d'une église où est la porte principale» (Crespin); 1688 «grande porte d'une église ou d'un temple» (Rich. t.2). Dérive de porte1*; portail s'est substitué à portal par suite d'une confusion partie du pluriel portaux dont la terminaison -aux correspond à la fois à -al et -ail du singulier."

    On peut penser qu'il désigne ici le porche de l'église.

    La graphie "primière" est attestée au XVIe siècle, elle témoigne de  la forme initiale "primers" de l'adjectif en ancien français. Voir Cnrtl et Godefroy

    L'inscription utilise des lettres en minuscule gothique, avec des mots séparés par des points, des deux-points et des deux-points réunis par une ligne en S. On note l'utilisation du tilde abréviatif remplaçant certains -n (vingt, lundi). La très belle lettre majuscule E initiale est à la fois perlée et fleurie. Le jambage de nombreuses lettres est orné de crochets par fois perlés (-z de centz, -s et -j de tiers jour, -j de juign, etc.).   Une vue de détail de la partie droite permet d'admirer les rinceaux qui occupent l'espace libre laissé par les lignes, à la place des bouts-de-ligne des manuscrits médiévaux. Elle permet aussi d'admirer les deux-points, aux points losangiques. 

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    Inscription de fondation de l'église Saint-Julien (1521), cimetière de Landerneau. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation de l'église Saint-Julien (1521), cimetière de Landerneau. Photographie lavieb-aile.

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    2°) La plaque inférieure.

    A LHON[NEU]R DE DIEU FILZ . ET . PERE 

    : LE : SAINCT : ESPERIT : ET : SA : MERE.

    CEST LOSPITAL : DE : CESTE . VILLE :

    ET : A. SAINCT : JULIEN : DOMICILLE :

    "A l'honneur de Dieu Fils et Père le Saint--Esprit et sa Mère cet hôpital de cette ville et à Saint Julien domicile. "

    Là encore, les graphies "esperit" (j'occulte le tilde indéniable mas embarrassant) et "domicille" sont bien attestées, quoique peut-être archaïques en 1521.

    Après la mention de l'église sur la plaque précédente, voici celle de l'hôpital et son patronage à la Sainte Trinité et à saint Julien. 

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    Deuxième inscription de fondation de l'église Saint-Julien (1521), cimetière de Landerneau. Photographie lavieb-aile.

    Deuxième inscription de fondation de l'église Saint-Julien (1521), cimetière de Landerneau. Photographie lavieb-aile.

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    Deuxième inscription de fondation de l'église Saint-Julien (1521), cimetière de Landerneau. Photographie lavieb-aile.

    Deuxième inscription de fondation de l'église Saint-Julien (1521), cimetière de Landerneau. Photographie lavieb-aile.

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    Sur ce détail du début de l'inscription, on peut admirer le A majuscule orné et perlé comme un bonnet de fou. 

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    COMMENTAIRES.

    Je me baserai surtout sur la Notice du chanoine Abgrall, en 1916-1917.

    La date de 1521 correspond au règne de François Ier et, pour la vicomté de Rohan dont dépend Landerneau, de Jacques Ier de Rohan, 16ème vicomte de sa lignée de 1516 à 1527 en succession de Jehan II de Rohan (en titre de 1562 à 1516), qui avait fait apposer la plaque de fondation du Pont de Rohan en 1510.

     

    L’Elorn est un petit fleuve côtier qui traverse la partie nord du Finistère, selon une direction générale Est-Ouest . Il prend sa source dans les tourbières des Monts d’Arrée, à un peu plus de 300 m d’altitude, juste entre les deux plus hauts sommets de Bretagne, puis, après avoir traversé Sizun, Landivisiau et Landerneau, il rejoint la mer au niveau de la rade de Brest, où il se mêle aux eaux de la Penfeld, de l’Aulne, et de la Mignonne. Par son trajet, il sépare le Léon au nord et la Cornouaille au sud. Landerneau est la limite de remontée de la marée, et donc, pendant longtemps, le point le plus distal pour établir un pont, et donc une ville-pont ( traditionnellement, le dernier pont avant l'embouchure se trouvait  à la limite de la zone de remontée de la marée, provoquant l'essor d'une « ville-pont ». Plus en aval, seuls des bacs et des passeurs permettaient de franchir l'estuaire. Voir Châteaulin, Morlaix, Pont-L'Abbé, Pont-Aven, etc.)

    Pour cette raison, le gué, puis le pont de bois, puis le pont de pierre que Jehan II de Rohan édifia en 1510 étaient d'une importance géo-politique considérable, contrôlant le commerce fluvial est-ouest, et les voies de communication Léon-Cornouaille dans le sens nord-sud pour des motifs commerciaux ou cultuels (pèlerinages). Comme tous les ponts, lieux de transition donc de dangers, il dut être placé sous la protection d'un saint protecteur. Il pouvait s'agir ailleurs  de saint Jean Népomucène, de saint Nicolas, de saint Christophe, mais c'est un oratoire en l'honneur de saint Julien l'Hospitalier qui fut probablement construit à l'entrée du pont. C'est aussi le cas en Bretagne à Poulgoazec, Plouhinec (église Saint-Julien-le-Passeur), ou à Acigné sur la Vilaine. Saint Julien est le patron des passeurs et des hôpitaux placés sur la rive d'un pont pour recevoir les pèlerins en raison de ce passage de sa légende, très proche de celle de saint Christophe : 

     

    "Ainsi, s’enfuyant ensemble, ils allèrent demeurer au bord d’un grand fleuve dont la traversée était pleine de périls ; et là, tout en faisant pénitence, ils transportaient d’une rive à l’autre ceux qui voulaient traverser le fleuve. Et ils les recueillaient dans un hôpital qu’ils avaient construit. Et, longtemps après, par une nuit glaciale, Julien, qui s’était couché accablé de fatigue, entendit la voix plaintive d’un étranger qui lui demandait de lui faire traverser le fleuve. Aussitôt, se levant, il courut vers l’étranger, à demi mort de froid ; et il l’emporta dans sa maison, et alluma un grand feu pour le réchauffer. Puis, le voyant toujours glacé, il le porta dans son lit et le couvrit avec soin. Or voici que cet étranger, qui était rongé de lèpre et répugnant à voir, se transforma en un ange éclatant de lumière. Et tout en s’élevant dans les airs il dit à son hôte : « Julien, le Seigneur m’a envoyé vers toi pour t’apprendre que ton repentir a été agréé, et que ta femme et toi pourrez bientôt vous reposer en Dieu. » Et l’ange disparut, et, peu de temps après, Julien et sa femme s’endormirent dans le Seigneur, pleins d’aumônes et de bonnes œuvres." Jacques de Voragine, Légende Dorée, Traduction par T. de Wyzewa .Perrin et Cie, 1910 (pp. 114-120).

     1°) L'hôpital Saint-Julien, 1336.

    Ce ne fut qu'au commencement du XIVème siècle, qu'un hôpital fut établi sur le pont, grâce à la libéralité d'Hervé de Léon, qui en organisa le service et le dota d'un chapelain. Dom Morice nous a conservé l'acte de cette fondation, dans le premier volume de ses Preuves, col. 1.376 ; il est daté du vendredi après la Quasimodo 1336. 

    En voici une analyse assez complète : 

    « Sachez que nous, Hervé de Léon, chevalier, seigneur de Noyon, que nous avons donné ce qui suit à l'hôpital que nous avons fondé pour le soulagement des infirmes, et établi à la tête du pont de Landerneau, en la paroisse de Ploudiry, en l'honneur de Dieu et des Saints, spécialement de saint Georges, martyr, et saint Julien, confesseur. D'abord, pour l'entretien d'un prêtre qui dira trois messes au dit hôpital, chaque semaine, 10 livres de monnaie courante à prendre sur nos droits sur le vin, à Landerneau. De même, pour l'entretien des infirmes et de ceux qui en prendront soin, 50 mesures rases de froment, dont 25 à prendre sur nos dîmes de Ploudaniel et 25 sur notre droit de minage (droit sur les poids et mesures) de Landerneau. De plus, 8 livres de cire pour la messe, sur la ferme de nos moulins du Bourg-Blanc. Item, 100 sols pour la pitance des malades et 16 sols pour une paire de vêtements à celui qui sera, par nous ou nos héritiers, préposé à la garde et visite des dits malades ; ces 116 sols seront perçus sur notre taille en Ploudaniel. Item, donnons au dit hôpital 12 lits bien garnis, ayant chacun une coëte et un traversin de plume et deux paires de linceuls, que nies héritiers devront entretenir en bon état. Ordonnons que le prêtre chargé du service divin, et les gardiens de l'hôpital, homme ou femme, soient tenus à rendre compte de leur administration, tous les deux mois. Voulons que l'appenti qui sera construit près l'hôpital ait un foyer, et qu'on y établisse des lieux d'aisance. De plus, nous lui adjoignons un jardin, situé sur la paroisse de Ploudiry, près du bourg, appelé Ruploudiry ».

    Cet hôpital était bien situé, à la tête de ce pont, d'une importance majeure pour assurer les communications de Cornouailles avec le Léon et faciliter le passage considérable de pèlerins se rendant soit à l'abbaye de Saint-Mathieu fin de la terre, soit à Saint-Michel du mont Gargan, qui ne devait être autre que Saint-Michel de Lesneven ; car pour se rendre de Cornouaille à Saint-Michel in periculo maris, il n'était pas nécessaire de passer par Landerneau. Or, ce pont ayant été ruiné, et l'hôpital Saint-Julien dévasté, par suite des guerres de Succession, sur les instances de Jean de Kéroulas, maître en théologie, Grégoire XI, par lettres données à Avignon, le 2 Août 1372, accordait des indulgences à ceux qui, par leurs aumônes, contribueraient à leur restauration [Note : Acte du Saint-Siège : « Hospitale St Juliani situm in capite pontis de Landerneau ubi magnus concursus est perigrinorum euntium ad ecclesias Beatorum Michaelis in monte Gargano et Mathei in finibus terrarum, pauperes que recipiuntur et reficiuntur, frementibus guerris jam est pene destructum.... »].

    En 1511, le 28 Janvier, Jean, vicomte de Léon, confirmant la première fondation, constate qu'il y a quelque temps qu'on a négligé de dire les trois messes requises ; les pauvres ne sont plus bien entretenus, car l'hôpital ne jouit plus en leur intégrité des revenus de la fondation primitive ; par conséquent, le vicomte de Léon, outre les dîmes de Ploudaniel, et le bois de chauffage de ses bois de Ploeavaz (Guipavas), donne 17 livres à partager entre le chapelain de son église de La Roche-Morice, et celui de l'hôpital ; et 25 livres pour les gardiens des pauvres. Missire Hervé Gouzien est chapelain de l'hôpital ; missire Olivier Nicolas, chapelain de la Roche-Morice ; et Jean Le Guirieuc, gouverneur de l'hôpital. (J-M. Abgrall, 1916-1917).

    La  fameuse statue du "Pauvre petit bonhomme Landerneau", présent sur la façade de l’hôpital, représente en fait Saint-Julien le Pauvre et l’entrée dans la paroisse du même nom.

     

    2°) L'église de Saint-Julien (1521-1532)

    l'ancienne église Saint-Julien est aujourd'hui détruite. Commencée le 3 juin 1531, elle avait été terminée en 1532, puis érigée en trève de Ploudiry le 18 mai 1619. Elle a été rasée en 1823.

    CONCLUSION.

    Autant la plaque de fondation du Pont de Landerneau par Jehan II de Rohan en 1510 est bien mise en valeur aujourd'hui à l'amorce du pont, coté Léon, accessible à l'admiration de  tous les touristes et amateurs, autant ces deux plaques de fondation de l'église de l'hôpital Saint-Julien sont, certes sous l'effet d'un désir indéniable de bien faire, remisées dans un endroit à l'écart de la ville, son Cimetière, sans aucun rapport avec leur vocation et leur  lieu géographique d'origine. Il semblerait plus opportun de les présenter au public sur le coté Cornouaille du Pont de Rohan, à proximité de la statue du Pauvre Petit Bonhomme. Elles offrent un intérêt historique, et un plaisir esthétique évidents, et sont un témoin précieux de notre langue (versification en moyen français) et de notre écriture (minuscule gothique). 

    .

     

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    SOURCES ET LIENS.

    — ABGRALL (Chanoine Jean-Marie ), 1916 et 1917,  Landerneau, Notice sur les paroisses, Bulletin diocésain d'histoire et d'archélogie, diocèse de Quimper. Quimper, 16e année 1916, Quimper, 17e année 1917,  p. 321-332, 353-361, 5-12, 33-47, 65-76, 97-106.

    http://diocese-quimper.fr/fr/archives/story/1166/notices-sur-les-paroisses

    — CASTEL (Yves-Pascal), Saint-Julien au passage de l'Elorn. article du Progrès de Cornouaille / Courrier du Léon 0819 Landerneau,  28.03.92.,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 9 janvier 2017, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/2318.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/6f9b56591e766cf76a074eab4506ddb1.jpg

    — Site Topic-topos

    http://fr.topic-topos.com/oratoire-de-la-fontaine-blanche-landerneau

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    Published by jean-yves cordier - dans Landerneau Inscriptions
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    5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 18:27

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    INTRODUCTION.

    Les inscriptions lapidaires ou non de l'église de La Martyre offrent  les noms de quelques fabriciens d'alors, mais aussi  les chronogrammes suivants : 1601 (bénitier, déjà décrit), 1619 (ossuaire), 1693 (vantail du porche sud), 1697 et 1699 (sacristie), et 1749  (œil de bœuf du pignon nord). C'est un fil rouge comme un autre pour en aborder la visite, quitte à faire digression du thème épigraphique et à admirer le travail de sculpture et d'architecture. Derrière chaque nom de fabriciens, je tenterai de découvrir l'homme, sa situation, et sa famille. 

    Voici les dates principales des étapes de construction de l'édifice :

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    L'église Saint-Salomon de La Martyre.  IV. L'ossuaire, les inscriptions  et les crossettes.

     

     

    I. L'ossuaire de 1619.

    Accolé contre le porche sud, il est entièrement bâti en kersantite. La proximité d'une aile de la maison du guet a imposé la découpe d'un large pan coupé, et interdit une vision d'ensemble, ou du recul. Un dessin de Fons de Kort (droits réservés) en rendra mieux compte.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    La composition de la façade est savante, témoignant d'une connaissance approfondie des planches gravées des recueils d'architectures de Sébastiano Serlio (Livre III, 1540)  et de Philibert Delorme (Le premier tome de l'architecture, 1567)  et du vocabulaire fait de pilastres et de frontons, de colonnes, d'urnes et de lanternons.

    La porte de plein cintre compose un trio plein d'humour avec les deux baies étroites, de même forme, mais surhaussées. Le chiffre trois rythme aussi les panneaux de l'architrave, les statues du fronton, ou la superposition de deux lanternons et d'un pot à feu.

    L'ossuaire est l'œuvre de l'atelier du Maître de Plougastel, auteur du Calvaire de cette paroisse entre 1602 et 1604. Au sein de cet atelier, l'essentiel des sculptures est due à celui qu'Emmanuel Le Seac'h a nommé "Le Valet" du Maître, son bras droit, également repérable aux piédroits du porche de Guimiliau. Je reprendrai la description d'E. Le Seac'h, 2014.

    De style Renaissance, le bas de la façade principale est d'ordre corinthien avec les colonnes cannelées et les chapiteaux à feuille d'acanthe, le fronton est d'ordre ionique avec les termes couronnés de chapiteaux ioniques.

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    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.
    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Le Maître de Plougastel y réalise la statue de saint Paul-Aurélien terrassant le dragon. Placé au dessus de l'inscription S : PAOL (Saint Paul) trace une bénédiction d'une main habillé du   chirothèque tandis qu'il jugule le dragon par la pointe de son bâton pastorale, et non, comme le veut la tradition, en le tenant en laisse par son étole. Les yeux sont en épaisse amande, la paupière inférieure est soulignée par un double trait.Le nez est fin, la bouche pincée et hautaine, le menton rond.

    Notez, en pleine façade, le masque en faible relief et ses cheveux en guirlande florale.

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    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Le terme gainé masculin à gauche de Pol-Aurélien est de la main du Valet du Maître de Plougastel. 

     

     

    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    La figure féminine engainée a plus de charmes, malgré son regard bas ou obtus, son hiératisme, sa froideur. Ce charme provient de la rondeur du bas du visage, de la douceur du poli de la pierre, du tressage des cheveux en nattes serpentines, du collier à bague et à médaillon, ou des seins en V, presque androgynes. La pupille des yeux en mandorle est creusée, et nous fixe. Sous ses côtes en V et son ventre plat, une feuille d'acanthe lui fait office de pagne.

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    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    L'architrave va-t-il, d'un coup de sa baguette,  nous dérider un peu ?

    L'élément central, dont le collier de l'ordre de Saint-Michel entoure des armoiries bûchées, nous laissera froid si nous n'observons pas le lit d'algues (fucus vesiculosus) sur lequel il nous est servi, ni la tête de Pierrot Gourmand qui remplace l'Archange officiel de l'Ordre. C'est un collier de fantaisie.  Les armes étaient-elles celle de Henri II duc de Rohan ?

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    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Plus amusant est le panneau de gauche : une femme (ou saint Jean ?), la main sur la poitrine, se tourne sur le coté et désigne l'objet de sa foi d'un index gauche convainquant. Notez la trace de polychromie.

    Que nous montre-elle ? L'entrée de l'ossuaire, bien entendu, pour nous dire que cela sera bientôt notre tour.

     

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    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Si nous n'avions pas compris, son compagnon nous présente des arguments convaincants : une tête de mort et un fémur (aux condyles inversés) comme prélevés dans l'ossuaire.

    Mais cet homme soigneusement habillé à la mode Henri IV a un faciès léonin, tant par son nez en museau que par sa chevelure peignée comme une succession de petites madeleines, d'où un effet en rayons de soleil, et surtout par sa barbe dont les mèches forment une véritable crinière.

    Or, sur toutes les toitures des église du Finistère, le lion est un animal au service, sinon du diable, du moins à coup sûr de la Mort, c'est la forme animale de l'Ankou, et nous le voyons se dresser, les pattes antérieures serrées sur la tête ou le corps d'un humain. Nous le verrons encore tout à l'heure. 

    Ce Marquis de Carabas ci est sans doute chez lui dans la boutique de la mort.

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    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    L'entablement placé en encorbellement au dessus de la porte cintrée est soutenu par deux colonnes corinthienne et par une console à clef de l'arc ou agrafe en feuille d'acanthe (qui porte sur un drapé des armoiries martelées entourées d'une guirlande) . Placés dans le renfoncement de la table, à son ombre et comme participant eux aussi à la soutenir, deux anges joufflus présentent chacun une longue banderole. Les deux textes sont en breton.

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    L'ange de gauche montre ceci :

    AN MARO : HAN : BARN : HAN IFERN : IEN : PA : HO

    SOING : DEN : E : TLE  : CRENA FOL : EO : NA : PREDER.

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    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Son associé à droite tient le texte suivant :

    E : ESPERET : GVELET: EZ : EO : RET : DECEDI : AN : 1619.

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    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Les deux inscriptions forment une seule citation, an maro han barn han ifern ien pa ho soing den e tle crena fol eo na preder e esperet guelet ez eo ret decedi    suivie de la mention de datation  AN 1619. Elle se traduit ainsi :

    "La mort, et le jugement, et  l'enfer froid, quand l'homme y médite, il doit trembler

    " Il est fou, celui dont l'esprit ne réfléchit pas, vu qu'il faut mourir. "


     

    Elle est extraite de Le Mirouer de la Mort de Jehan an archer coz (Jehan Larcher), poème en breton de 3602 vers rédigé en 1519  et publié en 1575 au couvent des Cordeliers de Cuburien près de Morlaix. Ce Mirouer aborde le thème des quatre fins dernières de l'homme, la mort, le jugement dernier, l’enfer ou le paradis, Son auteur vient de la paroisse de Plougonven, à une quarantaine de kilomètres à l'est de La Martyre. Le distique  provient de la seconde des deux inscriptions qui suivent le poème proprement dit, (folio 72v) et qui encadrent la gravure d'une tête de mort stylisée, au milieu d'un miroir. 

    An Maru, han Barñ han Yfferñ yen

    Pan ho soing den ez dle crenaff.

    Foll eu na preder è Spéret,

    Guelet ez ev ret decedaff

    On notera la mention d'un Yfern yen, "enfer froid", témoignant de la croyance bretonne en un au-delà humide dans l'obscurité  de l'eau noire et fétide, des marais, des rivières des étangs ou des abîmes plein de givre (abim yen), avec le concept de  la mort froide (maru yen). On le trouve cet enfer dans les poésies galloises du XII et XIIIe siècle, mais aussi chez Dante, et dans une soixantaine de cantiques, de poésie ou de pièces théâtrales bretonnes (Mystère de Louis Eunius) du XVe au XVIIe siècle (Alain Croix).  Pourtant l’Enfer est traditionnellement pour l’Église le royaume du feu « dans le feu éternel qui est préparé pour le diable et ses anges » (Mt, XXV, 41), et quoiqu’attestée chez certains auteurs chrétiens, la notion d’un enfer glacé est rejeté habituellement par l’Église. Certains ont cru que le mot yen dans ifern yen « enfer froid » était à prendre au seul sens d’insensible, cruel. Mais il est impossible de restreindre yen au seul sens de « cruel ». La présence du froid, de la glace, du verglas, du frimas infirme cette explication. (G. Le Menn)

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    La source latine de ce Miroer est le Quatuor novissimorum liber seu Memoria mortis, (Paris, Jean Petit 1512) de Gérard de Vliederhoven  ou Denys le Chartreux. L'idée d'un miroir magique qui montre à celui qui s'y fixe l'aspect qu'il aura à sa mort est spectaculairement illustré par le tableau de Lucas Furtenagel  Hans Burgkmaier et son épouse Anna, en 1529. 

     

     

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    Pour être complet, il faut ajouter que ces vers figurent aussi en folio 1, sous le titre, et au dessus d'une gravure assez semblable, mais où, dans le miroir, le crâne tient un os entre les dents. On note aussi en pseudo-grec la formule MIRE TOYLA.FIK, "Mire toi là". Rien ne permet d'affirmer que ces vers sont de la main de Jehan Larcher, et qu'ils n'ont pas été empruntés ailleurs et placés ici par l'éditeur.

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    Le bénitier actuellement placé sous le porche appartenait jadis à l'ossuaire et s'intégrait à ce programme iconographique centré sur la Mort.

    http://www.lavieb-aile.com/2016/12/l-eglise-saint-salomon-de-la-martyre.iii.les-benitiers.html


     


     

     

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    Bénitier à Ankou,  église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Bénitier à Ankou, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    La cariatide.

    Dans un pan cassé du mur extérieur, une surprenante cariatide aux bandelettes, de taille presqu'humaine semble faire le pied-de-grue. De sa consœur transformée en  terme gainé, elle a les yeux en amande et les pupilles creusées, les paupières ourlées, les mains dans le dos, une poitrine fatiguée, des côtes en X sur un ventre plat au nombril creusé. Le corps est longiligne, les jambes soigneusement bandées. Les doigts de pieds à l'Égyptienne sont sculptés avec soin . Son collier de pierres rondes souligne le port élégant du cou. 

    C'est ma marotte, mon péché mignon de collectionner dans la statuaire féminine bretonne le type de coiffure qu'elle a adoptée : un bandeau passe derrière le cou et la masse des mèches. Ce bandeau est plissé comme un chouchou aux vertus élastiques, il sert à rassembler en une courbe concave la chevelure sans la dissimuler ou la contraindre sur le dessus de la tête, et sans s'opposer à sa dispersion en flots divergents sur les épaules. Mais, si vous le souhaitez, vous le ramenez d'un seul geste plus haut derrière ou par dessus la tête, en voile. Son étoffe est souvent blanche, finement rayée de bleu ou de couleur brique, mais comme cela ne se voit pas ici, c'est ma précieuse collection d'images, digne du coupeur de nattes de von Kraft-Ebing, qui me permet de le dire. 

    On dit qu'elle sort tout droit des dessins de Serlio, l'architecte que François Ier recruta pour Fontainebleau. Mais Serlio n'en n'userait que pour les cheminées

    Voir aussi Termes et cariatides de Jacques Audrouet du Cerceau, 12 planches gravées sn, sd http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/INHA-4R85BIndex.asp

    Ou Quinque et viginti exempla arcuum Orléans, 1549, de Jacques Audrouet du Cerceau:

    http://architectura.cesr.univ-tours.fr/traite/Images/INHA-4R1475Index.asp

    Mais je n'ai pu trouver dans ces pages feuilletées avec l'espoir de la revoir, la belle cariatide de La Martyre. 

    Les termes et cariatides connurent une fortune certaine en France, comme en témoignent les ouvrages d’Hugues Sambin (Œuvre de la diversité des termes, Lyon, 1572) puis de Joseph Boillot

    (Nouveaux portraits et figures de termes, Langres, 1592) et dans l’ensemble de l’Europe du Nord, Flandres, Allemagne et Angleterre.

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    Cariatide, ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Cariatide, ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Cariatide, ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Cariatide, ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Cariatide, ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Cariatide, ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    II. Le baldaquin du baptistère. 1635. 

    La cuve baptismale en granit a six pans et repose sur une colonne et une double base cylindriques.

    Fonts baptismaux, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Fonts baptismaux, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Elle est abritée par un baldaquin en chêne, de forme hexagonale, posée sur six piliers corinthiens. la corniche de l'entablement est ornée de denticules, et sa frise couvert d'ornements et d'anges. Le dais est ajouré, sur chaque pans, de deux fenêtres cintrées encadrées de colonnettes d'ordre composite. Au dessus de sa corniche règne une balustrade entourant la base d'un dôme. Celui-ci se termine en deux lanternons superposés. Le monument est surmonté d'une croix portant un cœur entouré d'une couronne d'épines. (Fons de Kort)

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    Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

     

    Au dessus du premier lanternon, on lit :

    EN LAN 1635 YVO NICOLAS ET C MAVBIAN FABRIQ ONT FAIT FAIRE CE TABERNACLE PAR MRE IAN MOIGN .

    La base généalogique www.breneol.fr indique la descendance d'un Yves Nicolas (~1623) , et celle de Jean Maubian, tous deux de La Martyre.

    Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    III. 1693 : la porte du porche sud.

     

    Les deux portes de bois du porche sud sont du XVIIe siècle. Celle de droite porte l'inscription :

    GABRIEL : LE : SANCQVER : FRANCOIS : LE. ROVX / FABRIQVES : 1693 : MONT : FAIT : FAIRE.

    "Gabriel Le Sanquer (et) François Le Roux fabriques en 1693 m'ont fait faire."

    Les lettres sont des majuscules romaines fines, à léger empattement, avec des A à traverse brisée en chevron. Seule la lettre Q est en minuscule. Elles sont gravées en creux et peintes à l'or.

    Gabriel Le SANCQUER est mentionné par un généalogiste comme né en 1686 (ce qui est ici aberrent) fils de Guillaume Le SANCQUER (1661, La Martyre) et de Jacquette KERBRAT, et ayant 6 frères et sœurs dont Guillaume et Marie.

    Mieux, un fil de discussion du forum des Généalogiques du Finistère de 2016 précise que Gabriel Le Sancquer (Le Sanquer) était le frère de Ian Le SANQUER.  Au décès de ce dernier, sa veuve Marie KERDELANT, curatrice de ses enfants mineurs, s'est remarié avec François Abgrall.

    Or, François ABGRALL apparaît sur l'inscription suivante comme Fabricien en 1697.

    L'arrêt du 13 octobre 1693 précise que Gabriel SANCQUER est alors "marchand, demeurant en la ville de Morlaix".

    De même, une généalogie indique que François LE ROUX, fils de François LE ROUX et de Jeanne SALAUN, décédé le 8 novembre 1694 à Ploudiry (dont La Martyre est une trève) , a eu sept enfants de son épouse Anne MARC épousée en 1694. Sa fille Françoise (1704-1742) épousa Jean CLOAREC.

     

    Vantail de la porte droite du porche sud, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Vantail de la porte droite du porche sud, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    IV. La sacristie de l'angle nord-est. 1697-1699.

     

    A la fin du XVIIe siècle l'on construisit la sacristie au surprenant dessin quadrilobé ; il fut payé, en 1697, 13 livres 17 sols à Yves Laurans pour copie des plans et devis de Jean Bras, mais le bâtiment fut construit de 1697 à 1699 sous la direction de Christophe Kerandel, maître architecte, qui venait de terminer quelques années plus tôt la sacristie de Lampaul-Guimiliau (1678)  puis de Bodilis (1677-1682). Le même modèle se voit à Pleyben.

    C'est un bâtiment Renaissance, du type à deux étages et de plan rectangulaire ,  à dôme coiffé d'un lanternon et flanqué de quatre toits à pas coupés plus petits qui font pénétration dans ses murailles et qui sont séparés par des contreforts saillants surmontés de lanternons (Fons de Kort) . Il est raccordé à la deuxième nef par son angle nord-est. Christophe Kerandel, maître-architecte de Lanneufret, suit les modèles de chapelle de Philibert Delorme et de Serlio : chapelle du château d'Anet. Il donne ici une version plus monumentale qu'à Bodilis : "redents fortement marqués à toits en pavillon, jeu d'ombre des contreforts, dôme à tambour. Cette synthèse des formules de la Renaissance tardive et du style classique amené par les ingénieurs de Brest est une des plus monumentales réalisations du genre en Bretagne" (Rioult 2009).

    D'imposantes attaches de fer montrent que la sacristie servait aussi de chambre de conservation du trésor (considérable) de la paroisse, avec son reliquaire d'argent. A Bodilis, il est attesté en 1775 qu'un sacristain y logeait, chargé de sonner la cloche en cas d'alerte.

    Les archives disposent de documents mentionnant le nom des architectes. "Les Kerandel" renvoient à  Christophe Kerandel, maître-architecte, maçon et picoteur de pierre, marié avant 1674 à Catherine Nédelec (1648-1718) et décédé en 1714, qui est le père de Joseph Kerandel, (Lanneufret 1673-1713 Plouguerneau) maître-architecte.  

    "Ordonnance du seigneur Evêque de Léon, sur requête à lui présentée par M. le Prieur recteur de Ploudiry, fabriques et habitants de la trève de La Martyre, par laquelle ils auraient demandé une nouvelle sacristie et chambre pour la conservation du trésor et des ornements, laquelle ordonnance aurait adjoint un devis, ensuite de laquelle est l' état estimatif du bâtiment le 9 dudit mois, lequel porte à la somme de 4973 livres 10 sols, y joint une quittance donnée aux marguillers par les Kerandel, maîtres-architectes pour la construction de la dite sacristie du 2 janvier 1699." (cité par Fons de Kort)

     

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    Sacristie de La Martyre, dessin de Fons de Kort (droits réservés).

    Sacristie de La Martyre, dessin de Fons de Kort (droits réservés).

    Elle porte une première inscription datant du début des travaux. C'est une plaque rectangulaire de kersanton, aux lettres majuscules romaines aux larges empattements,  taillées en faible relief , encadré d'un fin liseré. La ponctuation séparant les mots est basée sur le deux-points, fait de deux losanges pleins. On y lit :

    FRANCOIS : A / BGRALL : E : LAN / : POVLMARCH :  LORS :  F : 1697

    "François Abgrall et Jean Poulmarch étant alors Fabriciens : 1697."

    Ce François Abgrall est sans-doute le même qui est signalé en 1734 propriétaire du manoir de Poulbroc'h en La Martyre. Ce serait l'époux (10 août 1693) de Marie Kerdelant, veuve de Ian Le Sanquer , décédée le 14 novembre 1705 en La Martyre.  Il s'agirait d'un producteur de toiles et notamment de toiles de lin, principale source de richesse de la région.

    Jean Poulmarch épousa Marguerite Nédelec et ils eurent trois fils, Guillaume, Hervé, et Jean, né à La Martyre le 28 juillet 1698. 

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    Plaque de fondation de la sacristie, 1697, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Plaque de fondation de la sacristie, 1697, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Sur le coté sud de la sacristie, sous la corniche, une inscription suit les huit pans de murs successifs qui constituent la jonction avec la nef, le contrefort à lanternon et le premier pignon à fenêtres grillées. On y lit, en suivant les recoins :

     

    IEAN : BRAS : F : YVES : CLOAREC : F : LAN. 1699

    Jean LE BRAS est peut-être apparenté à son riche homonyme, recteur de Plabennec né en 1718 à Saint-Divy, et qui possédait une dizaine de fermes et plus de 80 pièces de terres, notamment à La Martyre. Une généalogie mentionne Jean Le BRAS, né à La Martyre le 10 mars 1669, décédé à La Martyre en 1724, et qui épousa le 24 juillet 1692 à La Martyre Marguerite PERON (1675-1733). C'est un candidat acceptable pour le fabricien qui traça les plans de cette sacristie.

    Les généalogistes décrivent deux Yves CLOAREC à La Martyre, le père,  et le fils (1700-1774). Yves CLOAREC père (notre fabricien vraisemblable) épousa le 21 février  1689 Jeanne SANQUER , fille d'Alain SANQUER et de Jeanne LE BRAS : ils eurent sept enfants.

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    Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Vue de la sacristie montrant l'escalier à vis(à droite).

     

    Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    La porte intérieure de la sacristie. 1697.

    Cette porte en anse de panier est divisée en six panneaux octogonaux surmontés d'un tympan en demi-lune. Les boiseries sont peintes d'harmonieuses couleurs vert d'eau et jaune-orangé.

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    Porte intérieure de la sacristie, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Porte intérieure de la sacristie, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Dans la demi-lune est gravée l'inscription :

    F: ABGRALL : I : POVLMARCH : G . /  1697. 

    C'est à peu de chose près la même inscription que sur la plaque de kersanton extérieure, et ce sont les mêmes fabriciens (qui se qualifient ici de gouverneurs) qui laissent leur nom à la postérité. 

    Leur porte n'est pas de la basse besogne, elle est destinée à protéger le trésor constitué du reliquaire en argent de Saint-Salomon, daté de la seconde moitié du XVIe siècle, et donc, à l'époque, assez récent. Il renferme aussi une statue en argent de l'Enfant-Jésus, de 0,38 m de haut, portant l'inscription

    1667 FAICT DU TEMPS DE H BEON  ET DE H. SANQVER FABRIQVES.

    Nous retrouvons le patronyme SANQUER déjà cité (Gabriel Sancquer fabricien en 1693). Les prénoms de ces fabriciens (ou marguilliers) nous sont connus par un conflit opposant La Martyre à la duchesse de Rohan qui voulait transférer la foire à Landerneau: "Le 10 Avril 1669, le Parlement de Dijon, confirmant l’arrêt du Parlement de Rennes, donna gain de cause à La Martyre, représenté par Hervé Le Sanquer et Hervé Le Béon, marguilliers, contre la duchesse de Rohan, veuve de messire Henri Chabot duc de Rohan. La duchesse ayant interjeté appel, le même Parlement confirma sa première sentence, le 26 Février 1678, en la condamnant elle, avec le duc son fils, à payer à la fabrique de La Martyre une amende de 12 livres." (La foire de La Martyre).

    La généalogie www.breneol.net donne toute la descendance de Hervé Béon (vers 1658-1741), de La Martyre marié à Jeanne Poulmarch.  Mais ce dernier est trop jeune en 1667 pour être fabricien.

    ... Le trésor devait contenir bien d'autres richesses, soit en orfèvrerie (calice en vermeil, ostensoir de 1648,croix et chandeliers de 1675, notamment en paramentique. Les bannières étaient renfermées dans l'armoire aux bannières datant de 1633.

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    Porte intérieure de la sacristie, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Porte intérieure de la sacristie, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Si j'insiste sur le trésor que renfermait cette sacristie, c'est qu'elle est dotée de deux serrures assez extraordinaires. Ce sont elles qui correspondent sans-doute au travail réalisé en 1700 par François Riou, de Landerneau, réputé être le serrurier le plus habile du pays. L'une des clefs est engagée dans la serrure la plus haute et n'est plus fonctionnelle, mais la porte se ferme et s'ouvre aujourd'hui encore avec une grande et forte clef qui commande la serrure basse. 

    Ah oui, mais un dispositif discret doit être commandé, pour introduire la clef, ou, au contraire, pour l'ôter. Chut !

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    Serrures de la porte intérieure de la sacristie, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Serrures de la porte intérieure de la sacristie, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    V. L'œil de bœuf de 1749.

    Je le place ici pour être complet. J'en profite pour signaler que j'ai écrit un bel hommage à la pulsion scopique chez Flaubert, qui n'a jamais reçu la moindre considération. Adhuc tua messis in herba est. Per aspera ad astra.

    http://www.lavieb-aile.com/article-l-oeil-de-boeuf-chez-flaubert-le-dais-de-saint-sacrement-de-ste-suzanne-a-serent-2-107035911.html

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    œil de bœuf, pignon occidental, 1749, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    œil de bœuf, pignon occidental, 1749, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    LES CROSSETTES.

    1. Angle nord de la maison du Guet. Un personnage.

    Il ou elle tient une pomme dans la main droite et semble emporter une petite créature devant son ventre. Une queue contourne la cuisse gauche et s'enroule vers le bras.

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    Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    2. Angle de la maison du Guet, à gauche de l'arc triomphal. Lion emportant une âme.

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    Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    3. Homme  tenant un phylactère.

    Maison contiguë à la porte triomphale. Notez la position cambrée de l'homme, qui pourrait être un acrobate (cf C. Prigent), et observez sa chaussure, à bout pointu et en crochet "à la poulaine" (c'est à dire "à la polonaise".  

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    Acrobate ?,  La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Acrobate ?, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    4. Un buste d'homme.

    Situé à l'angle sud-est de l'église, il porte une moustache, ses yeux sont fermés,  il a la tête ceinte d'un bandeau, et il tient entre ses mains un rouleau de tissu ou de papier. 

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    Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.
    Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    3. Un lion tenant un petit être.

    Il tient entre ses pattes antérieures un petit personnage que j'identifie mal. La queue fait retour sur la croupe et se divise en une fourche correspondant au plumeau terminal des lions. Cet exemple atteste encore que le lion est, en Basse-Bretagne du XVI et XVIIe siècle, la forme animale de l'Ankou, celui qui emporte les vivants, le percepteur de la Mort.

     

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    Crossette, maison du Guet,  La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Crossette, maison du Guet, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    LES GARGOUILLES.

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    Lion tenant entre ses pattes un [être humain ??]

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    Gargouille de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Gargouille de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Autre lion.

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    Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Personnage simiesque se lissant la barbe.

     

    Gargouille de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Gargouille de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Homme sauvage bouche ouverte se lissant la barbe.

    Si on se rapporte aux autres exemples de lisseurs de barbe bifide dans la sculpture des modillons romans, (support en saillie du faîte des murs en soutien de la corniche, dont les thèmes animaliers ou impudiques ont précédé ceux des crossettes et gargouilles de l'art gothique et Renaissance), il ne semble pas exagéré de voir un sexe en érection dans le cylindre sculpté entre les jambes du personnage.

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    Gargouille de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Gargouille de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    AUTRES SCULPTURES.

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    Deux femmes.

    Les statues en ronde-bosse sont érodées, mais les cheveux longs ramassés en deux volumineuses masses latérales permettent de dire qu'il s'agit de femmes. Elles semblent nues, et ont chacune, en miroir, une main posée sur le haut de la cuisse. La première tient un objet long dans la main gauche.

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    Statue, chevet de  l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Statue, chevet de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Statue, chevet de  l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Statue, chevet de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Chevet : buste d'homme.

    Ce buste montre un homme barbu vêtu d'une veste plissée, qui lève la tête et les yeux vers le ciel tout en tenant son chapeau rond sur son ventre, et en posant la main gauche sur sa poitrine. Est-ce un paroissien dévot qui bat sa coulpe et rend grâce à Dieu, ou tout autre chose ?

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    Statue, chevet de  l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Statue, chevet de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Porte nord.

    Le fronton de la porte nord porte un personnage en buste : c'est un homme barbu coiffé d'un bonnet à plumet. Il porte la main droite à son chapeau et sa main gauche est posé sur sa poitrine. Alors que son panache retombe comiquement en crochet sur le coté gauche, sa longue barbe tressée semble métamorphosée et emportée par mimétisme vers le même coté, tout cela survenant peut-être sous l'effet d'un coup de vent. De nordé.

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    Porte nord de  l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Porte nord de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    SOURCES ET LIENS.

     COUFFON (René), LE BARS (Alfred) , 1988, La Martyre,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.

    http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/MARTYRE.pdf

    — DAVY  (Christian), 2013 « La prospection des peintures murales des Pays de la Loire », In Situ [En ligne], 22 | 2013, mis en ligne le 15 novembre 2013, consulté le 07 décembre 2016. URL : http://insitu.revues.org/10792 ; DOI : 10.4000/insitu.10792

    — DELORME (Philibert), 1567  Le premier tome de l'architecture de Philibert de L'Orme conseillier et )aumosnier ordinaire du Roy, & abbé de S. Serge lez Angiers , Paris, Federic Morel http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k85636g/f1.double

    — FONS DE KORT, s.d, [1975], La Martyre, l'église, par Fons de Kort.

    — ​​​​​​KEROUANTON (abbé) / PÉRÉNES (Henri), 1931, Notice sur La Martyre, BDHA page 173 ; page 225 ; page 281.

    https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1931.pdf

     

     LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIIe siècle, Presses Universitaires de Rennes, p. 298-299.

    — LÉCUREUX (Lucien), 1919, "La Martyre", Congrès archéologique de France : séances générales tenues ... par la Société française pour la conservation des monuments historiques, Société française d'archéologie. Derache (Paris) A. Hardel (Caen)  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35688p/f166.image

    — LE MENN (Gwennolé), 1978, « La Mort dans la littérature bretonne du XVe au XVIIe siècle », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, t. 56, 1979, p. 5-40.

    — LE MENN (Gwennolé),  2003, Les croyances populaires dans quelques textes bretons (xve-xviie siècles) in Religion et mentalités au Moyen-Âge, Sophie Cassagnes-Brouquet, Amaury Chauou,  Daniel Pichot, et al. p. 427-435 http://books.openedition.org/pur/19847?lang=fr

    — PEYRON (Paul), 1891, "La Martyre et sa foire", in Bulletin de la Société archéologique du Finistère T. XVIII pages 129-139.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207615d/f204.item

    — PRIGENT (Christiane), 2011, Sculptures de danseurs et de jongleurs dans les édifices religieux, à l'époque romane et à l'époque gothique.  

    http://hicsa.univ-paris1.fr/documents/pdf/MondeRomainMedieval/Prigent.pdf

    — REILLE-TAILLEFERT (Geneviève), 2010, Conservation-restauration des peintures murales: De l'Antiquité à nos jours, Eyrolles, 382 pages.

    https://books.google.fr/books?id=tIjP4ErDkXwC&dq=peinture+murale+%22xive+si%C3%A8cle%22+jugement+dernier&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

    — RIOULT (Jean-Jacques), 2009, La Martyre, église Saint-Salomon Paris : Société française d'archéologie, 2009 , 7 p. : ill. en noir et blanc, couv. ill en coul. ; 27 cm. (Congrès archéologiques de France, ISSN 0069-8881) In : Congrès archéologique de France, 165e session, 2007 : Finistère / Société française d'archéologie, p. 143-149. 

     SPREV :

    http://www.sprev.org/centre-sprev/la-martyre-eglise-saint-salomon/

    — WITKOWSKI (G.J.A.), 1908, L'Art profane à l'église:ses licences symboliques, satiriques et fantaisistes, contribution à l'étude archéologique et artistique des édifices religieux, Jean Schemit, Paris.

     

    https://archive.org/stream/lartprofanelglis01witk#page/n5/mode/2up

     

    — Iconographie des modillons romans.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Iconographie_des_modillons_romans

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    Published by jean-yves cordier - dans Inscriptions La Martyre
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    19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 18:37

     

    De curieux "blasons roturiers" de Rumengol sont  visible sous le socle d'une statue de saint Matthieu évangéliste (avec son attribut, l'Ange, son évangile, sa plume dans la main droite et son encrier dans la main gauche).

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    Statue de Saint Matthieu évangéliste, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Statue de Saint Matthieu évangéliste, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    Socle de la statue de Saint Matthieu évangéliste, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Socle de la statue de Saint Matthieu évangéliste, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    Le premier blason en partant de la droite a été lu par André Mussat (1957) comme  "trois fasces brisés d'une cotice, qui est Colin". Pourtant, la bande oblique est de la même épaisseur que les fasces. La disposition des meubles ne semble pas respecter un dessin héraldique. Je n'ai pas retrouvé les armoiries de  ce "Colin". 

    Les deux autres sont qualifiés par le même auteur de "monogrammes", ce qui est mon modeste point de vue. Néanmoins, Louis Le Guennec avait suggéré d'y voir (cf. Annexe) des marques professionnelles. Certes, dans le pêle-mêle du second, une ancre peut être trouvée.  On constatera que le relevé de Le Guennec n'est pas scrupuleusement exact, ni pour la figure  n° 49 ni pour la n° 50.

    Si on adopte une autre clef de déchiffrement et qu'on cherche à y trouver des lettres, on voit apparaître sur le blason du milieu  un P, un S, un T, un J, et deux A , tête-bêche, ou des V, et un L.

    A 3 km de Rumengol, le calvaire du Faou présente sur son socle (aujourd'hui au cimetière communal) une inscription qui inclut ce monogramme. (Atlas des croix et calvaires du Finistère Faou n°501) . L'inscription de 1526 porte le nom de Y. Cozkelec. 

     

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    Socle de la statue de Saint Matthieu évangéliste, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Socle de la statue de Saint Matthieu évangéliste, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    Dans le troisième, on peut voir des chevrons, ou bien deux V, deux S, etc..

    Mais le secret de ces blasons reste entier. Sera-t-il percé en le partageant sur la toile ?

    Socle de la statue de Saint Matthieu évangéliste, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Socle de la statue de Saint Matthieu évangéliste, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    ANNEXE.

    Je transcris ici un article publié en 1928 par Louis Le Guennec :.

    Marques et signes sur des pierres tombales à Penmarc'h . Louis Le Guennec 1928 :

    "Décrivant l'église de Tréoultré-Penmarc'h dans la substantielle notice qu'il a consacrée en 1925 à l'histoire et aux monuments de cette commune, M. l'abbé Quiniou, recteur de Penmarc'h, y signale (pp. I63-I64) « des pierres tombales armoriées de signes caractéristiques que tel armateur ou telle famille mettait sur ses bateaux, ses maisons ou ses tombes. Ce sont des formes d'ancres, de bateaux, de poissons, et parfois de caractères hiéroglyphiques : armoiries de ceux qui n'avaient pas de blason et signature de ceux qui ne savaient pas écrire ». 

    Il existe en effet de nombreux signes dans l'église de Penmarc'h, sur des dalles tumulaires pavant la nef et les bas-côtés. J'en ai relevé vingt-six, et je suis certain que quelques autres m'ont échappé, soit à cause de l'éclairage plus ou moins favorable, soit parce que dissimulés sous des bancs ou des chaises. Ils sont généralement gravés en creux au centre de la pierre. Deux ou trois à peine offrent un léger relief. Les deux planches qui accompagnent le présent texte les montrent réduits environ au cinquième de leur dimension réelle.  tel marchand, tel patron de barque des temps prospères du vieux Penmarc'h, lui constituait une sorte de « blason roturier a dont il timbrait, à volonté, aussi bien la porte de son logis que la voile ou le bordage de son navire et même ses ballots de toiles ou de poissons séchés. 

    Un essai de classement des 26 signes reproduits ci-contre permet de les répartir en six groupes : 1° initiales ; 20 attributs maritimes (ancres ou barques) ; 3° armes ou instruments divers ; marques ayant le « quatre de chiffre » ; 5° emblèmes végétaux ; 6° signes divers. Le premier groupe comprend les nos 1, sorte de monogramme où paraissent s'assembler un A, un V et un L ; le n° 14, où les lettres I et L accompagnent une ancre et peut-être le n° 26, qui pourrait être un F dessiné à rebours. Le second groupe montre, soit des arrières de barques schématisés (nos 3, 9 et peut-être 20) soit des ancres de marine (nos 6, 8, 14, 18, 24 et 25). 

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    Dans le troisième groupe figurent un poids d'horloge (n° 2) en relief ; une tenaille (n° 4) ; un fer de hallebarde (n° 12) ; trois poids accolés (n° 17). Les deux signes (nos 16 et 22) du quatrième groupe sont surmontés de ce fameux « quatre de chiffre » si fréquent dans les marques typographiques des imprimeurs et des libraires du XVIe siècle, dont on ignore encore la signification précise et dans lequel on a proposé de voir « l'emblème du commerce ». Le cinquième groupe ne se compose que d'une unité, une feuille de trèfle (n° 5). Enfin le sixième groupe, le plus nombreux, (n°s 5, 7, 10, 11, 13, 19, 20, 21, 23) est formé de signes caractérisés par des croix à longue hampe, que coupent de traits horizontaux ou obliques et qu'accompagnent des sphères, des crochets, des lignes droites et courbes d'un tracé bizarre. 

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    Une autre marque analogue se voit dans l'église, sur un bénitier qui porte la date 1617 et un « Nom de Jésus », c'est- à-dire le monogramme I. H. S. Cette marque (n° 27) offre à  sa base les lettres A et V, puis une longue hampe munie d'anses et de crochets, que termine le « quatre de chiffre » tourné à droite. De l'autre côté est figuré un instrument singulier, qui ressemble à une béquille. Je n'ai remarqué aucun des poissons signalés par M. l'abbé Quiniou sur les pierres tombales. Il n'en existe à ma connaissance, qu'au portail sud de l'église (poissons croisés et scène de pêche). 

    Outre la reproduction des curieuses marques-signatures copiées par M. l'abbé Toulemont sur les anciens registres;  baptistaires de Tréoultré-Penmarc'h, je joins à ces notes le dessin (relevé par mon ami, M. Victor Surel, peintre-décorateur à Morlaix) d'un monogramme daté de 1565, sculpté sur une pierre de kersanton encastrée dans le mur de la métairie du château de Lannuguy, en Saint-Martin-des-Champs, (n° 48). On y trouve un A, un G et un « quatre de chiffré » retourné. A la date ci-dessus, la terre de Lannuguy appartenait à la famille de Crémeur, qui faisait le commerce de mer à Morlaix. Mais le G est trop bien formé pour qu'aucune confusion avec l'initiale des Crémeur soit possible.

     Les nos 49 et 50 représentent deux autres signes passablement cabalistiques, en relief sur des écussons qui timbrent deux consoles, dans le bas-côté gauche de l'église de Rumengol

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    Couverture

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    On peut signaler encore, dans la catégorie de ces « blasons roturiers » qui mériteraient une recherche et une étude attentives, le marteau et la règle sculptés sur un bénitier de la chapelle de Saint-Germain (en Plogastel), avec le nom : Y. PIZIVEN, du brave tailleur dé pierres de la fin du xvre siècle qui le façonna ; un autre marteau sculpté sur le pied-droit d'une porte latérale de la chapelle de N.-D. de Lannien, en Edern ; une tenaille, sur l'écusson d'une console de la nef de l'église de Locronan, adroite, près de l'entrée de la chapelle du Pénity; un troisième marteau et une pelle (?) en saillie sur deux des pans coupés d'un bénitier octogonal, dans l'église de Guipavas ; enfin, une tenaille et un marteau de forgeron,   timbrant un bénitier qui gît dans le cimetière de Milizac, à gauche du portail. 


    Le procès-verbal des prééminences de l'église de Ploudalmézeau, dressé en 1762 (Arch. départ. B. 1849) nous décrit, parmi les tombes de la nef, diverses dalles portant respectivement une croix longue, un «Nom de Jésus », les lettres I. P. N., une hache en demi-relief, une ancre dans un cartouche et en dessous un marteau renversé, une autre croix et un poids d'horloge en relief. Le chevalier de Fréminville, parcourant vers 1830 le pays de Léon et visitant l'église de Lanrivoaré, près Saint-Renan, la trouva « pavée de pierres tombales sur lesquelles on voit sculptées des bâches, des piques, des pioches, etc. Ce sont, ajoute-t-il, les instruments des diverses professions qu'exerçaient ceux qui gisent sous ces pierres sépulcrales. (Antiquités du Finistère, tome Ier, 1832, p. 257). J'ai visité l'église, d'ailleurs rebâtie, de Ploudalmézeau, et celle de Lanrivoaré, sans avoir remarqué ces dalles. Mais il est probable qu'un examen attentif en révélerait un certain nombre, principalement dans les églises des anciennes localités maritimes et commerçantes du littoral finistérien.

    La chapelle de Saint-Jean-du-Créach, en Plédran (Côtes-du-Nord) conserve aussi plusieurs dalles chargées d'attributs professionnels que j'ai examinées en 1908 (1)." L. LE GUENNEC. 

    (1) Genavia, Bulletin du Musée d'art et d'histoire de Genève, t. VI, 1928, mentionne, dans les collections lapidaires de ce Musée, plusieurs dalles ou fragments de dalles provenant des anciennes églises de la ville et qui portent des attributs de métier ou des « marques de maison ou de commerce» d'un type assez voisin de celles de Penmarc'h, fer à cheval, marteau, équerre, tenaille, pot d'étain, figures géométriques surmontées de croix et de « quatre de chiffre ». Ces dalles sont du XVe et du XVIe siècles. A la page 137, un tableau reproduit une cinquantaine de ces « marques de maison », « marques de propriété », «motifs souvent fort anciens, emblèmes talismaniques, astrologiques, magiques», qui ont aussi le plus grand rapport avec nos marques basses-bretonnes. Ces insignes, aujourd'hui encore employés par les hôteliers allemands, étaient jadis d'un usage général dans l'Ouest de l'Europe. 

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    SOURCES ET LIENS.

    — LE GUENNEC (Louis), 1928, XI. Marques et signes sur des pierres tombales à Penmarc'h Bulletin de la Société archéologique du Finistère. Page 100 

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5786704t/f154.image.r=rumengol

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    Published by jean-yves cordier - dans Rumengol Inscriptions
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    18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 10:57

     

    .

    Je  découvre ces fonts baptismaux dans la pièce (qui sert de débarras et est encombrée de meubles, bannières démodées et panneaux) qui se trouve immédiatement à gauche de la porte d'entrée.

    Il s'agit d'une cuve de kersanton (?), ovoïde, à la base creusée de 16 ou 18 godrons, scellée à un fût cylindrique (plus ancien ?) dont la tête et le pied sont sculptés de rinceaux et de masques. Quatre chérubin marquent le centre des quatre faces, et, inspiré par l'exemple tout proche des fonts baptismaux de l'église du Faou, on peut penser qu'ils représentent les quatre fleuves du Paradis. Néanmoins, ici, ils ont la bouche fermée et n'ont jamais servi à l'évacuation de l'eau. Sur une des faces est sculpté un blason au lion ou plutôt au léopard (la tête est vue de face) passant . Ce sont les armoiries des vicomte du Faou, d'azur au léopard d'or.  C'est Marie Françoise de Guémadeuc, nièce de Toussaint du Beaumanoir, qui en sa qualité d'héritière du titre donna l'autorisation de placer des fonts baptismaux dans l'église de Rumengol (Billant, 1924).

     

     

    Une cuve déversoir est placée à son flanc sud. Toutes les deux sont fermées par un couvercle en plomb.

    Ma première tâche est d'en relever l'inscription qui en fait le tour, en capitales romaines sur un cartouche en réserve.

     

    Y : BAVT : F :  1660 : A NOSTRE : DAME : DE : TOVT : REMEDE.

    "Y[ves] Baut. F[abricien]. 1660. A Notre-Dame-de-Tout-Remède"

    Cette inscription a déjà été relevée par André Mussat puis par René Couffon, avec une seule erreur (A. BAUT), le remplacement des deux-points par des points, et du V par un U :  "A. NOTRE. DAME. DE. TOUT. REMEDE. A. BAUT. 1660".

     

    Au XVIIe siècle, Rumengol continue à être un célèbre pèlerinage : en 1660, le Père Maunoir, le grand prédicateur jésuite, prêche une mission à Hanvec, d'où dépendait toujours la « trêve » de Rulmengol, et son disciple  M. de Trémaria,  conduisit au pèlerinage de la Vierge une procession de dix mille pèlerins.

    La mention du nom de la Vierge vénérée ici est intéressante puisqu'elle succède de peu à celle du cadran solaire : en 1638, celle-ci indiquait A NOTRE DAME DE REMETOLL. J'emprunte à l'article Wikipédia Rumengol son commentaire étymologique :

     

    "Les graphies françaises varient de Remangol (1173), à Rumengol (1225), Runmengol (1460), Remungol (1535), Rumengoll (1686), transcriptions plus ou moins fantaisistes d'un breton surtout oral. De même le sens du toponyme est resté mystérieux et a donné naissance à des interprétations aussi nombreuses que fantaisistes.

    Certaines propositions, édifiantes, datent du XVIIe siècle. Une étymologie populaire fait notamment référence à Notre-Dame de Remet-Oll (« Notre-Dame de Tout Remède). Le cantique breton "Itron Varia Rumengol" (Madame Marie de Rumengol) fait référence à cette "puissante vierge de tout-remède" (Gwerc'hez galloudus Remed-oll, en breton) "pour la santé du corps et de l'âme" (yehed ar horv hag an ene)."

    Je complète cela du texte rédigé en 1924 par l'abbé Billant, dont la synthèse n'en est pas moins dépourvue de parti-pris :

    1°) Les uns, à la suite d'Albert Le Grand et de Fréminville, proposent  ru mean gou-lu , (la pierre rouge de lumière), par allusion au dolmen rougi de sang et consacré à Teutatès, le dieu père de la lumière. C'est l'explication qui s'accorde le mieux avec la poésie et la légende.

    2°).- D'autres, s'appuyant sur le cartulaire de Landévennec, citent un passage où il est fait mention de la pierre de Guénolé, et proposent  ru mean Guenol , (la rouge pierre de Guénolé), Saint Guénolé ayant en effet , transformé la pierre druidique en un sanctuaire chrétien. (Le cartulaire, fixant les limites d'une donation de terrain, émet ces termes: « usque ad petram quae dicitur Padrum Sancti Vingolei in quâ sculptum est signum '' sanctae crucis », c'est-à-dire, «  jusqu'à la ''pierre dite Pierre de Saint Guénolé, dans laquelle est sculpté le signe sacré de la  croix ". (Donation faite par une charte du comte Grallon vers 930).

    -3°). D'aucuns ont dit: run-mean-oll  , (la hauteur toute pierreuse), par allusion à la topographie du lieu et à la nature du terrain.

    4°). Plusieurs font remarquer que l'emploi du mot Remengoll est aussi ancien et aussi répandu que celui de Rumengol, (les comptes et actes des XVIIe et XVIIIe siècles en font foi), et croient que l'on a d'abord prononcé  Intron Varia re 'n em goll , (Notre- Dame de ceux qui périssent, ou plutôt,  de ceux qui vont périr).

    . 5°). - Enfin, le sentiment qui a prévalu et· semble avoir été adopté depuis de longues .années est que "Intron Varia. Rumengol " serait venu de Intron Varia remed oll , (Notre-Dame de Tout Remède). Le cadran solaire qui domine le portail sud est surmonté d'une inscription conçue en ces termes: « A Notre-Dame de Remet-oll, 1638 "· Aux fonts baptismaux l'on trouve la même inscription en français: « A Notre-Dame de Tout Remède, 1660 ". Enfin un grand nombre d'actes du XVIe et du XVIIe siècle désignent l'église de Rumengol sous le nom ·de « chapelle de Notre-Dame de Tout-Remède ». , Il semble que cette dernière interprétation adoptée au moins depuis trois cents ans a pour elle une prescription suffisante pour être maintenue; et quoi qu'il en soit des autres versions, celle-ci nous apparaît comme un titre de gloire pour le premier sanctuaire érigé à la Sainte Vierge parmi nous.

    .

    Je ne trouve pas de renseignement sur Y[ves] Baut, mais je remarque qu' au Faou (à 3 km d'ici) la maison, située 2, place des Halles (XVI-XVIIème siècle), était en 1630 propriété de Allain Le Bault et de Francoise Bellanger.

    Il faut élargir la recherche avec les graphies LE BAUT, LE BAULT , LE BOT et LE BAOT.

    On trouve alors sur un forum généalogiste par Joel Morvan les indications suivantes concernant  Yves Le Bault et son frère Jean, demeurant Kerazeas, à Rumengol (alors trève de la paroisse de Hanvec) et leur frère Jean demeurant Rulann à Rumengol, fils de Jean Le Bault et d'Amice TROMEUR (née le 14 février 1631 à Quimerc'h). Cet Yves Le Bault est né en 1676, il n'est donc pas l'auteur de l'inscription. Néanmoins, la consultation de ces documents permet d'attester l'existence de ce patronyme à Rumengol, de connaître les lieux-dits qui lui sont associés, et les alliances de cette famille. Notamment celle avec Jacques Ballay, de Penanprat en Rumengol, auteur de l'inscription de la sacristie de l'église de Rumengol en 1694.

     

    http://www.cgf-forum.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=20410&start=15  :

    http://www.cgf-forum.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=11514

    Les aveux concernant la terre de Kerandistribil en Quimerch retrouvés en série 57 J 81 (Fonds Traounouez), notaire au Faou)

    " 30//11/1684 : IMG 8353/8354/8355/8356 
    Devant nous nottaires de la cour et vicomté du Faou avec debeüe soubmission et prorogation de juridiction y juré ont comparus en leur personnes JAN LE BAULT &
    YVES LE BAULT du lieu de Kerazeas paroisse de Hanvec, faisant tant en privé que pour autre JAN LE BAULT leur frère du lieu de Rulann audit Hanvec et autres leurs consorts, FRANCOIS QUINTIN du lieu de Pennanoat en la dite paroisse de Hanvec, JAN BALLE du lieu de Pennaprat Rumengol faisant pour soy et pour ANNE LE GALLOU du lieu de Garzangoff paroisse de Quimerch en consortie avec le dit YVES LE BAULT et FRANCOIS LE GOASGUEN du bourg de Rumengol faisant tant pour soy que pour DENIS LE GOASGUEN, GUILLAUME LE GOASGUEN, FRANCOISE LE GOASGUEN & JACQUETTE LE GOASGUEN ses frères et soeurs, lesquels sont confessants et cognoissants avoir tenir et que defaict ils tiennent de et soubs Escuier Hervé Du Bot Seigneur du dit lieu, les Salles, Lohan, ...scadec et Kerlecun en seigneurie de ligence avec les debvoirs seigneuriaux lors que le cas y eschoit, le dit lieu et village de Kereuzennic et terres en dépendants, ainsi qu'ils sont cy après describés, scavoir : 
    Les dits
    JAN & YVES LE BAULT une 1/9 ème partie … escheues aux dits LE BAULT par acquest de deffuncts NICOLAS QUINTIN & JAN QUINTIN père et fils, le dit FRANCOIS QUINTIN les 2 parts dudit lieu et terres ... escheues audit QUINTIN par acquest de YVES LE GOFF et de la succession de PAOL QUINTIN son père, et audit JAN BALLE audit nom est eschue par acquest fait de SEBASTIEN GUILLOU et YVES GALLOU un parc ..., à la ditte ANNE LE GALLOU est escheu de succession de NICOLAS LE GALLOU son père ..., plus est escheu audit YVES LE BAULT la moitié d'un journal à faucheur … par acquest faict de SEBASTIEN GUILLOU et YVES GALLOU ..., plus audit JAN LE BAULT faisant pour soy et pour MARYE LE GOFF mère et curatrice de ses enfans mineurs de son mariage avec feu HERVE TRELLU son mary de la paroisse du Tréou diocèse de Léon, soubs laquelle il est fermier, est escheu en consortie avec le dit YVES LE BAULT par acquest fait de FRANCOIS TRELLU & FRANCOISE TRELLU ..., et ledit FRANCOIS LE GOASGUEN audit nom le total d'un parc …, de plus les dits JAN & YVES LE BAULT en privé et faisants pour leurs consorts déclarent tenir soubs le dit Seigneur à mesme tiltre de cheffrante les héritages et terres cy après spécifiés, leur appartenant, scavoir la moitié par succession de deffunct JAN LE BAULT leur père, l'autre moitié par acquest faict de deffunct Escuier Jacques Du Bot son prédécesseur, en premier …, pour payer par an en contribution avec les dits BALLE, QUINTIN, TRELLU et GALLOU scavoir cinq sols monoy d'ancienne cheffrante sur la totalité dudit lieu de Kereuzennic et les dits BAULT en paier sur le dit acquest quatre livres tournois à chacun jour et terme de St Michel au mois de septembre en la maison du Bot à paine du double de la dite cheffrante de cinq sols monoy. Tout ce que dessus les dits advouants cognoissent et confessent contenir vérité, s'obligeants …, faict et le gré pris au bourg de Rumengol soubs les signs des dits JAN & YVES LE BAULT pour soy, de JAN BALLE et FRANCOIS LE GOASGUEN pour soy et celuy de Missire NICOLAS LE BAULT prestre requérant le dit FRANCOIS QUINTIN affirmant ne scavoir signer, à nous nottaires le trentiesme novembre mil six cents quatre vingts et quatre …" 

    .




    " 16/02/1713 : IMG 8357/8358/8359/8360 
    Aveu et déclaration spéciffique par tenants et aboutissants des terres et hérittages que jouissent et proffittent au lieu de Thy Kereuzennic ou Kerendistribil sittués en la paroisse de Quimerch, JACQUES
    LE BAULT en privé et comme tuteur des enffants mineurs de + GUILLAUME MILLIN et MARIE LE BAULT sa femme, FRANCOIS LE BAULT et CATHERINE LE BAULT veuve de + BERNARD PAPE décédé puis les 3 ans, icelle BAULT épouze dudit MILLIN décédé puis les 6 ans demeurant au lieu de Kerezeas, FRANCOIS QUINTIN veuff de deffunte ANNE GRALL décédée puis les 8 ans demeurant au lieu de Pennanoat, JACQUES BALLAY fils hérittier de deffunt JAN BALLAY faisant en privé et Messire MATHURIN BALLAY, PIERRE BALLAY, JAN BALLAY & YVES BALLAY ses frères demeurant au lieu de Pennanprat Rumengol, NICOLAS LE BAUT faisant pour JAN LE BAUT son père demeurant au lieu de Rulann, SEBASTIEN LE CAM faisant en privé pour DENIS LE GOASGUEN & JANNE LE GOASGUEN enffants de deffunt FRANCOIS LE GOASGUEN décédé puis les « non inscrit » ans et comme mary de JACQUETTE LE GOASGUEN sa femme demeurant au bourg de Rumengol tous paroissiens d'Hanvec et JOSEPH LE BAUT demeurant au lieu de Kereuzennic fils et hérittier de deffunt YVON LE BAUT décédé puis les 3 ans, à Messire Jacques Joseph Du Bot Cheff de nom et d'armes Seigneur dudit lieu du Bot, Escuyer et noble d'ancienne extraction Chevallier et conseiller d'honneur au siège présidial de Quimper et Seigneur des Salles, Lohan, Kerleuz, Kerascoet, Messamer, Stangarbot et autres lieux demeurant en son manoir du Bot susditte paroisse de Quimerch, scavoir lesquels JACQUES LE BOT & JOSEPH LE BOT une neuffiesme partye du lieu et terres comme cy après …, escheus aux dits BAUD des successions de JAN (?) & YVES LE BAUT acquéreurs de JAN QUINTIN & NICOLAS QUINTIN père & fils, et le dit FRANCOIS QUINTIN les deux tiers du dit lieu et terres scavoir … par acquest de YVES LE GOFF et de la succession de PAUL QUINTIN son père décédé puis les « illisible », et audit JACQUES BALLAY en privé et au dit nom de la succession de feu JAN BALLAY son père décédé puis les 10 ans appartient un parc ..., plus audit JOSEPH LE BAUT comme hérittier dudit feu YVES LE BAUT dcd environ 12 ans acquéreur de ANNE GALLOU en son vivant deux journeaux de terre froide …, avec de plus la moitié d'un journal de faucheur dans la prée nommé « foennec trellu » acquis par le dit deffunt de SEBASTIEN GUILLOU …, et aux dits FRANCOIS LE BAUT & CATHERINE LE BAUT en privé et comme curatrisse des enffants de son mariage avec ledit PAPE décédé comme dit est puis les 3 ans comme acquéreur des hérittiers de HERVE TRELLU embonné comme devant …, … escheux aux dits GOASGUEN par la succession de FRANCOIS LE BAOT leur ayeul et bisayeul décédé puis les 33 (?) ans, de plus lequel JACQUES LE BAUT en privé et au dit nom et JOSEPH LE BAOT et NICOLAS LE BAOT au dit nom déclarent tenir soubs le Seigneur du Bot l'autre moitié par acquest de feu Messire Jacques Du Bot Seigneur du Bot une garaine … " 

     

     

    Cela confirme (si besoin) que les fabriciens étaient choisis parmi les propriétaires terriens aisés de la paroisse, reliés par des liens familiaux étroits, et dans un périmètre réduit autour de l'église .

     

     

     

    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    Ce qui m'impressionne, c'est que les deux cuves sont taillées dans un seul bloc. J'ai cherché en vain des traces de scellement, mais non.

     

    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    Attribution ?

    Je ne crois pas que ces fonts ont été attribués à un atelier de sculpture particulier. L'année 1660, appartient  à la période d'activité de Roland Doré, entre 1618 et 1663, et Emmanuelle Le Seac'h  indique que le sculpteur landernéen a réalisé du mobilier liturgique pour les fabriques de Plouédern et de Bodilis, dont les Fonts baptismaux  de Plouédern (1641, avec une cuve godronnée comme à Rumengol) et en partie le baptistère de Bodilis.

    Liste chronologique de quelques fonts baptismaux du Finistère (Agrall, 1904):

    https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Baptismal_fonts_in_Finist%C3%A8re

    • Saint-Jean-du-Doigt fin XVe
    • Plonéour-Lanvern, fin XVe
    • Quimperlé, N-D. De l'Assomption, fin XV
    • Penmarc'h fin Xve
    • Plouégat-Guérand fin XVe
    • Le Faou v.1570
    • Locmaria-Plouzané 1583
    • Pencran 1619
    • Plouedern 1641
    • Lampaul-Guimiliau 1650-1651
    • Commana 1656
    • Guiclan 1658
    • Saint-Rivoal 1661
    • Crozon, 1742

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    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    Le couvercle en plomb est orné de huit chérubins. On distingue sur le bord en pierre quatre trous carrés, plutôt destiné à la fixation d'un couvercle en bois ou de ferrures qu'à un écoulement.

    Il y a 25 ans environ, les boiseries des fonts baptismaux  ont été déposées  sans qu' aucune photographie de cet ensemble en place ne semble avoir été prise avant le démontage. En 2011, l'entreprise Le Ber (menuiserie et restauration) avait été chargée d'effectuer une étude sur la possibilité de restaurer et reposer les boiseries. 

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    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Fonts baptismaux (1660), église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    Il faut parler maintenant du long procès que ces fonts entraînèrent.

    "En 1660 commence une longue procédure où l'on voit les tréviens de Rumengol essayer de se dégager de leurs obligations envers le prieuré-cure de Hanvec. En 1669, en effet, l'évêque de Quimper et la comtesse douairière du Faou donnent l'autorisation d'élever dans l'église des fonts baptismaux, ce qui provoque une contre-requête du curé de Hanvec. Le différend dura près de trente ans et alla jusqu'au Parlement de Rennes. En 1674, l'officialité de Quimper avait confirmé le caractère trévial de la chapelle, attribuant au recteur (le prieur était alors Urbain de Kerouartz, 1666-1680) le tiers des revenus y afférant. Mais ce n'est que le 21 juillet 1685 que, sur la requête des tréviens, ces fonts furent bénis, et en 1699 enfin on garnissait la piscine." (A. Mussat, 1957)

     

    .

    SOURCES ET LIENS.

    ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, Quimper, Ar de Kerangal.

    https://archive.org/details/architecturebre00abgrgoog

    BILLANT (Abbé N.), 1924, Rumengol, son sanctuaire et son pèlerinage, Brest, Imprimerie de la Presse Libérale

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/eb755cd60bfa806ccd9513f01749829c.pdf

    — COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988,  Notice du Faou, Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

    http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FAOURUME.pdf

     

    MUSSAT (André), 1957, article -Rumengol, in Société française d'archéologie. Congrés archéologique de France. CXVe Cession, 1957,  Cornouaille. page 165.  In-8° (23 cm), 285 p., fig., carte, plans. H. c.Orléans : M. Pillault, 37, rue du Pot-de-Fer (Nogent-le-Rotrou, impr. Daupeley-Gouverneur).

    Notre-Dame de Rumengol Éditeur: s.n., s.d..

    Infobretagne :

    http://www.infobretagne.com/faou.htm

    — http://nd-rumengol-quimper.cef.fr/index.php/vie-de-la-paroisse/ensemble-paroissial/34-rumengol

    Photographie des fonts par Henri Moreau en 2008 :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:175.Rumengol.Eglise.Le_baptist%C3%A8re.JPG

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    Published by jean-yves cordier - dans Rumengol Inscriptions Fonts baptismaux
    commenter cet article
    13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 19:54

    L'église Notre-Dame de Rumengol (29).  I. Les inscriptions lapidaires.

    Épigraphie lapidaire gothique XVIe siècle.

     

    Voir aussi :

     

     

    Et sur Rumengol :

     

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    J'explore ici les inscriptions visibles à l'extérieur de l'église de Rumengol.

     

    L'église Notre-Dame de Rumengol, lieu de pèlerinage attesté dès le 14e siècle, est un monument historique classé depuis 1985. La construction de l'édifice originel est attribuée au roi Grallon (5e siècle) et à saint Guénolé. La notice de la Base Mérimée PA00089926 © Monuments historiques, 1992 indique que   "L'édifice date du XVIe siècle (les deux porches, les portes et fenêtres, les murs du transept) par les Quelennec, vicomtes du Faou et fut largement reconstruite au XVIIIe siècle entre 1731 et 1754 (chœur, ajout des bras du double transept)."

    Pourtant, le calvaire porte des armoiries qui le font dater entre 1433 et 1457, et les sculptures du porche sud ont conduit A. Mussat puis E. Le Seac'h à le dater vers 1468.

    La première date inscrite sur l'église ne doit donc pas être considérée rapidement comme celle de sa fondation.

     

    I. L'INSCRIPTION DU REBORD DE FENÊTRE SUD. 1523.

     

    Sur la pente de l'appui de la fenêtre sud située à droite du porche, devant le calvaire,  on peut apercevoir une inscription en lettres onciales gothiques, dont la première ligne est en partie masquée par le grillage de protection du vitrail.

     : LAN : MIL :

    - Vcc XXIII [Q]A (ou plutôt VccXXIJ A = 1524, à )

    - H : GOUV  

    - DE C  : FIST -

    -- : C [3?]  : PIER

    CIL. 

    La lecture de cette inscription est incertaine. Sa transcription l'est encore plus . Le site Infobretagne donne : « L’an mil cinq cent vingt trois, Q(uéné)ah ( ?), gouverneur) de c(éans) tailla c(ette) pierre ». 

     

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    Inscription de la pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de la pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

    Pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

    Pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

    Pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

    Pente d'appui de la fenêtre sud, 1523, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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    II. L'INSCRIPTION DE FONDATION. 1536.

     

    Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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    La première chose qui apparaît avec évidence lorsqu'on la découvre, dans la lumière tamisée par les pins du placître, c'est sa beauté. Si on s'en approche, on pressent qu'il s'agit d' un chef-d'œuvre de sculpture. 

    1. Description.

    Je décrirai d'abord son installation dans une fausse porte en anse de panier, inscrite sous une arcature gothique. Un rinceau de vignes alterne une marge feuille et son cep avec une grappe à une dizaine de reprise.

    La pierre sculptée est rectangulaire, plus large que haute. C'est une pierre de  kersanton à grain fin, dont les caractères sont sculptés en réserve et donc en relief. On évalue sans peine la qualification nécessaire pour découper la pierre en préservant les fûts graciles des lettres. Elle comporte six lignes horizontales sans cadre, ni marges ni réglures,  d'une écriture gothique arrondie. Les quelques 75 à 78 lettres sont des majuscules gothiques pour la plupart, et seules les lettres D, G et H sont en onciales. Le style n'est pas le même pour les deux dernières lignes, dont les lettres sont moins hautes, plus épaisses et moins ornées. L'ensemble est, globalement, en très bon état de conservation, malgré quelques réserves qui seront faites plus loin.

    –Dimensions : 58 cm de long sur 47 cm de large.

    –Hauteur des lettres : 8 cm pour les 3 premières lignes. 5,5 cm pour les deux dernières.

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    Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation 1536, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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    Examinons les premières lettres : LA

    Le fût ou haste du L est perlé par l'adjonction d'une perle entière de chaque coté. Chaque extrémité du fût se termine en fourche dont chaque branche reçoit un empattement, ce qui forme à la base et au sommet un triangle à peine ouvert ou un losange. Ces extrémités  en losange évidé se retrouveront sur chaque lettre à la place des empattements habituels. Ces élargissements distaux évoquent aussi ceux de la croix dite "pattée".  Je les désignerai faute de mieux sous le nom de "patte en carreau" (de carte à jouer). 

     La traverse horizontale du L est remplacée par un crochet à deux  pattes à carreau.

    Le A est doté au niveau de sa pointe d'une traverse ou plateau débordant et d'une barre transversal à chevron. Ce chevron forme une boucle à son sommet. 

    Les fûts de ces lettres sont droits, mais leurs bases élargies par les "pattes à carreau" leurs donnent un aspect convexe. 

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    Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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    Ponctuation.

    Chaque mot est séparé du voisin par un deux-points. Sur la première ligne,  les deux points de ces derniers sont réunis par une ligne en "ouïe de violon" ou en "f", selon un procédé retrouvé aussi en la chapelle de Rocamadour à Camaret (1527), et à l'église Saint-Sauveur du Faou (1593). 

    Seulement, la ligne en question s'est brisée et n'apparaît plus qu'en pointillé. Cela s'est peut-être produit lors de la sculpture de la première ligne, amenant l'artisan à se contenter ensuite de d'un point en losange plein sur la seconde ligne, de retenter un eux-points en "ouïe de violon" en fin de ligne, puis d'y renoncer ensuite au profit d'un deux-points en losanges pleins.

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    Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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    Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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    Sur l'image précédente, j'ai cerclé aussi le caractère en forme de 3 que je lis comme une lettre Z gothique du mot CENTZ (voir Lecture infra), agrémentée de son empattement.

     

     

     

    Exemple de graphie : A deiz en deiz (Catholicon, 1521)

    L'orthographe "centz" se trouve dans l'Histoire de Bretaigne d'Argentré, ed. 1588. 

    Ou tout simplement sur la plaque de fondation de la chapelle de Bonne-Rencontre à Rohan, dans l'écriture du chiffre 1510  sous la forme" mill cinq centz X"

    .

    On comparera cette écriture gothique où prédominent les  majuscules en dentelle courbe, gracile et exubérante avec celle, beaucoup plus sobre  de la fondation par Jehan II de Rohan du Pont de Landerneau (1510), en minuscules gothiques aux fûts droits serrés, et réguliers mais non dépourvus d'ornementation, et avec celle de l'église toute proche de Saint-Sauveur du Faou, plus tardive (1593) , en minuscules gothiques à empattements très discrets, aux fûts également droits comme une gothique textura, mais dont les jambages s'envolent en courbes gracieuses.

    .

    .

    2. Sa lecture et son interprétation.

    Le XVIe siècle n'est pas si éloigné de nous. Pourtant, déchiffrer une inscription lapidaire, sur le mur d'une église bretonne, peut s'avérer un exercice plein d'embûches. Celle de Rumengol m'en offre un nouvel exemple. Malgré une similitude apparente des transcriptions des auteurs de référence en matière de description du patrimoine religieux du Finistère, un examen attentif montre des différences infimes, mais significatives.

    1°) Le premier sans doute à la relever fut le chevalier de Fréminville en 1832. Il écrit :

    "L'église de Rumengol, comme toutes les autres en ce pays, fut d'abord  en bois  ; celle qu'on y voit aujourd'hui bâtie en pierre le fut en 1536 : elle est grande et assez belle, et son intérieur est  décoré d'une profusion de sculptures de mauvais goût d'ailleurs, et toutes dorées. Le clocher élevé et travaillé à jour est d'un style élégant et hardie. Sur une pierre placée près de l'angle de sa façade, on lit cette inscription sculptée en lettres majuscules gothiques fleuronnées :

     

    L'an mil ciq cens trente  VI, le XIIII jour de may fust fundé. Guenolé go. H. Inisan Fabrique frt lors.

    Il faut la lire ainsi : L'an mil cinq cens trente six, le quatorzième jour de may fust fundé. Guenolé gouverneur et H. Inisan fabrique furent lors.

    Ce relevé est précis, les tildes sont figurées, mais il ajoute une apostrophe (L'an), écrit cens plutôt que centz,   et introduit une ponctuation arbitraire. Il lit "Inisan" et non "Inison". Il corrige les V en U. Dans sa transcription, il mélange les tournures et orthographes de moyen français avec sa propre lecture. Surtout, il détermine la phrase dans un sens particulier, qui va être suivi par les successeurs.

    2°) Le second à se donner la peine de relever ce texte fut le chanoine Abgrall, en 1896. Il publia son relevé en 1898 puis en 1916 (figure). 

     

     

     

     

     

     

     

    .

    Comme rien n'est facile, nous constatons un meilleur respect du texte (pas d'apostrophe, respect partiel de la ponctuation par deux-points). Mais le Z de centz est omis,  il lit aussi "Inisan" et surtout, il introduit une erreur de date en écrivant TRENTE VII au lieu de TRENTE VI. 

    .

    3°) René Couffon et Alfred Le Bars (1988) écrivent :

    Près du porche, une inscription en lettres gothiques fleuries donne la date du début des travaux : "LAN. MIL. CIQ / CENTS. TRENTE VI. /LE. XIIII. IOVR. DE/ MAY. FVST. FVNDE. / GVENOLE. GO. H. INISON / FABRIQVE. LORS."

    La lecture d'"Inison" est correcte. L'ancienne graphie V est reprise. Les deux-points sont réduits à un point. Les auteurs ne se risquent pas à une transcription.

    4°) Le site remarquable d'Infobretagne (consulté en 2016), avec un superbe dossier photo, écrit :

    " Lan Mil Ci(n)q cents trente VI, le XIIII jour de may fust funde Guenole Go. H. Inisan Fabrique lors ".

      (Gwénolé Gouverneur Hervay Inisan fabrique alors ». 

    Le relevé du texte est scrupuleux mais omet les deux-points, et reprend la faute sur Inisan. Surtout, la transcription attribue un prénom (Hervay) à cet Inisan sans l'argumenter. (Je découvrirai la source de cette transcription : la brochure de l'abbé Billant en 1924 p.38)

    5°) L'article Wikipédia propose

    « L'an mil ciq cens trente VI, le XIHI jour de may fust fundé. Guenolé go. H. Inisan Fabrique. »

    et achoppe donc sur la lecture de XIIII, les deux I aux fûts perlés en abusant pour un H.

    6°) Emmanuelle Le Seac'h (2014), très attentive et précise dans sa lecture des inscriptions, donne en note de sa description du porche le relevé suivant (p. 106) :

    "LAN :MIL :CI[N]Q / CENTS : TRENTE VI : / LE XIIII : IOUR : DE / MAY : FVST : FUNDE / GVENOLE : GO (VERNEUR) : H : INISON / FABRIQUE : LORS".

    Presque sans faute, malgré la modification du Z de CENTS et l'omission de 2 ou 3 signes entre FABRIQVE, et LORS.

    .

    Et maintenant, monsieur le donneur de leçon, voyons comment vous allez vous en tirer. 

    Je lis :

    LAN : MIL : CI[N]Q

    CENTZ :TRENTE . VI :

    LE : XIIII : IOVR : DE

    MAY : FVST : FVNDE

    GVENOLE : GO : H : INISON

    FABRIQVE T---LORS

    "L'an mil cinq cent trente six, le 14 jour de mai fut fondé Guénolé Go H. Inison fabrique -- lors".

    La date du 14 mai 1536 nous place sous le règne de François Ier, et cinq jours avant la décapitation d'Anne Boleyn par ordre de Henri VIII. Dans l'histoire de l'écriture et de la typographie, nous sommes 85 ans après le premier livre imprimé par Gutenberg (1451), 35 ans après les derniers incunables (1501) – parmi eux, le Catholicon de Jehan Lagadeuc date de 1499–, 7 ans après la parution du Champ Fleury de Gabriel Tory (1529),  mais avant la création des caractères typographiques de Claude Garamont, fils de l'imprimeur morlaisien Yvon Garamour. 

    Plus significativement, nous sommes alors 15 ans après la parution du Catholicon édité à Paris par Yvon Quillivéré (1521). Ce qui permet de comparer les lettres gothiques majuscules :

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    Si nous cherchons à situer cette inscription dans l'organisation de la sculpture sur pierre du Finistère mise au point par E. Le Seac'h, la date de 1536 peut correspondre :

    • à l'atelier de Landerneau de Bastien et Henry Prigent
    • à divers petits sculpteurs de la Renaissance bretonne de 1511 à 1542 (Toinas et Conci 1511, Maître de Cast v.1525, S. Coëtdeleu v.1527, ),

    mais exclut totalement le célébrissime sculpteur de kersanton Roland Doré (1618-1663).

    La date du 14 mai 1536, près d'un mois après Pâques, qui tombait alors le 16 avril, peut être celle de la pose de la première pierre de la nouvelle église ("fut fondée") plutôt que celle de sa dédicace. Soit cette date était fixée longtemps à l'avance, soit la pierre a été sculptée dans l'année ou les quelques années suivantes : le travail de sculpture peut dater de 1537-1538. 

    .
     

     

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    L'interprétation habituelle du texte peut être soumise à discussion. En effet, sa seconde partie est ambiguë. Dans son acceptation acceptée communément "L'an 1536, le 14ème jour de mai fut fondé Guénolé Gouverneur H. Inison Fabrique  lors", le verbe n'a pas de sujet.

    Dans les autres exemples suivants, le sujet n'est pas omis. :

    "Le 18e jour de mai l'an 1544, furent ces chapelles fondées J. Elez fabrique" (Saint-Sauveur, Le Faou)

    "Y. Quelfellec . fab. Ce pingnon fut parachevé lan mil cix cent quatre, le 8 juillet." (Rosnoën)

    "L'an 1527 fut fondée la chapelle Notre-Dame du roc" (Rocamadour, Camaret)

    "Y : VIGOVROVX : FF : FAICT : FAIRE : CETTE CHAPE(LLE) P 1581 " (chapelle Saint-Trémeur à Plougastel.

    " Y[ves] toux  procureur lan mil CCCC IIII XX  + cinq [1485] : au cõmenceme[n]t   de . ceste . chappele". (Église de Brennilis)

    Il est donc nécessaire d'envisager, ne serait-ce qu'une fois, la possibilité que "Guénolé" soit le sujet du verbe . Nous aurions "L'an 1536, le 14ème jour de mai fut fondé Guénolé  Go,  H. Inison Fabrique pour  lors". On sait que saint Guénolé est à l'origine, avec le roi Gradlon, de la fondation de Rumengol selon la légende, que sa statue se trouve sur la fontaine de pèlerinage, et son effigie sur un vitrail, certes tardif, de l'église. 

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    Enfin, il faut s'interroger sur les 2 ou trois derniers caractères qui précèdent LORS sur cette inscription, et dont le relevé est parfois omis. Juste après le E de FABRIQVE vient la lettre T, (j'ai cru d'abord à un P) dont la moitié gauche de la traverse est brisée  lecture est certaine. Puis vient un 3 auquel vient s'accoler un S inversé et informel. Ces deux caractères qui n'en forment peut-être qu'un échappent à mes tentatives de déchiffrement. 

    In fine, j'adopte la suggestion de l'abbé Billant, auteur d'une brochure de 1924 qui voit en ce Guénolé le gouverneur, et en Henri Inison le trésorier. D'où les deux lettres TR après FABRIQVE.

    Donc ma transcription est :

    "L'an 1536, le 14ème jour de mai (cette chapelle) fut fondé(e) (par) Guénolé Go(uverneur)  H. Inison fabrique tr(ésorier) lors".

     

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    Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation 1536 (détail), église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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    Discussion.

    Notons d'abord que le Finistère ne dispose pas de datations épigraphiques pour la période 1150-1420, que les seules dates épigraphiques du XIVe siècle se trouveraient sur une croix de Plogonnec (1305) et sur un calvaire à Plozévet (1400). Les inscriptions épigraphiques sont recensées sur le plan national par le Corpus des inscriptions de la France médiévale, mais le champ d'étude de ce dernier s'arrête au XIIIe siècle. Le volume 23 du Corpus, paru en 2008,  concerne les régions Bretagne et Pays de la Loire : sur les six départements, le Finistère ne totalise que 15 inscriptions (dont 8 disparues !), alors que la Vendée en compte 38 et la Loire-Atlantique 59.

    Un atlas iconographique de l'épigraphie lapidaire  du Moyen-âge tardif et de la Renaissance pour les 333 églises, 465  chapelles, et 23 ossuaires du Finistère, manque ici "cruellement". La meilleure source reste la liste du chanoine Abgrall dressée en 1896 et publiée en 1898; elle totalise 337 inscriptions relevées sur 86 paroisses et 149 monuments religieux ou civils. L'auteur la compléta en 1915-1916 avec un total de 505 inscriptions, du XVe siècle et au delà. 

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    III. LA DATE DE 1631 SUR LE COTÉ NORD-EST.

    La chambre forte au nord a été rajoutée en 1631.

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    1631, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

    1631, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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    IV. LE CADRAN SOLAIRE DE 1638 

    Le cadran solaire gravé sur ardoise.

    Inscription :

    A NOTRE DAME DE REMETOLL. 1638. IESVS AVE MARIA.

    Le mot REMETOLL vient du breton remed-holl qui signifie "tout remède". Le nom de Rumengol a été relu par l'étymologie populaire pour venir prier dans cet ancien sanctuaire druidique "Notre-Dame-de-tout-remède", qui guérit tout.

    Cf Olivier Escuder, "Paroles de soleil Devises des cadrans solaires en France" Tome I, , Edition Le manuscrit 2005.

    https://books.google.fr/books?id=T62V8zfcKtwC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

    Michel Laos, Cadrans solaires du Finistère

    http://michel.lalos.free.fr/cadrans_solaires/autres_depts/finistere/cs_finistere_chateaulin.php

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    Cadran solaire de 1638, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Cadran solaire de 1638, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    V. L'INSCRIPTION DE LA SACRISTIE. 1694.

    Elle est sculptée dans le linteau de la fenêtre à barreaux de la sacristie. Le texte est sculpté en relief sur deux lignes placées dans des cartouches en creux. Lettres capitales romaines (et b minuscule) et chiffres arabes. Ponctuation : deux-points. Langue latine pour la ligne supérieure. Non relevée par Abgrall.

    HANC  : F : CVRAVIT

    IAC : bALLAY : 1694

    "Jacques Ballay a surveillé en 1694 la construction de ceci."

    (Curavit vient du verbe curo, as, are : "avoir soin, veiller, s'occuper de, veiller à l'exécution (d'un pont par ex.)". Accessoirement car ce n'est pas le sens ici, le participe passé de curo, curatus, à donner le mot "curé", celui qui veille (sur les âmes). A l'ère gallo-romaine, la formule facere curavit, faciendum curavit  "a pris soin de faire"  était si courante qu'elle s'inscrivait sous forme d'initiales sur les monuments : F.C. ou, pour un autel, H.A.F.C Hanc aram faciendam curavit.

    La sacristie, avec toiture en carène renversée, date donc de 1694. 

    On trouve la famille Ballay ou Balay établie à Rosnoën et le Faou, avec des mentions d'un Jacques Ballay en 1697 (Jacques Ballet), 1699 et 1704 sur ce forum généalogique.

    http://www.cgf-forum.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=18525

    Jacques Ballay,  époux de Marguerite Le Jollec (née le 14-02-1667, du manoir de Kermorvan en Quimerch ) et père de Mathurin Ballay qui fut procureur à Châteaulin, demeurait à Pennanprat à Rumengol. Vivant en 1708 et en  1730 où il était témoin du mariage de son fils.

    Voir aussi Jacques Balay, né en 1670, demeurant à Penanprat, fils de Jean Balay et de Marguerite Cevaer, dans la généalogie Poulmarc'h/Le Bault par Joel Morvan :

    http://www.cgf-forum.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=20615

    Et voir dans ce blog  l'inscription des Fonts baptismaux de 1660 de l'église Notre-Dame de Rumengol : "Y : BAVT : F : 1660 :  A NOSTRE : DAME : DE : TOVT : REMEDE" incitant à découvrir les liens entre les familles LE BAULT et BALLAY. 

     

     

     

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    Sacristie 1660, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

    Sacristie 1660, église Notre-Dame de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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    Inscription de la sacristie, 1694, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    Inscription de la sacristie, 1694, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    VI. LE PORTAIL DU PORCHE OUEST. 1698.

    Je conviens qu'il ne s'agit pas d'une inscription lapidaire, mais je la cueille au passage. Il paraît incroyable que le portail en bois du porche ouest date de 1698. L'inscription a plutôt été recopiée sur la porte récente. On lit néanmoins : 

    - - L GVERMVR 1698.

    J'ai cru à une erreur pour Guermeur, mais un forum mentionne une Isabelle Le Guermur, marraine en 1712 d'un fils de meunier de Hanvec (tout proche de Rumengol qui en était la trève)

    BRELIVET Laurens né le 25/12/1725 au moulin de Bodellec à Hanvec fils de rené et SALAUN Isabelle. C'est également un fils de meunier. 
    Le couple BRELLIVET René x SALAUN Isabelle a eu d'autres enfants tous nés au moulin de Bodellec: 
    Le 22/08/1712 Salomon dont le parrain était Brellivet Salomon marraine Le Guermur isabelle   

    En 1628, un Jean Guermeur était gouverneur de l'église du Faou et y a apposé son nom.

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    VII. LE BONUS.

    Ce petit animal  à la tête de chauve-souris et la queue de serpent peut être aperçu sur le pignon sud du transept.

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    pignon sud du transept, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

    pignon sud du transept, église de Rumengol, photographie lavieb-aile.

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    SOURCES ET LIENS.

    — ABGRALL (Jean-Marie) 1915, Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments recueillies par M. le chanoine Abgrall, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère T. 42. page 189.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077163/f241.item

     

    — ABGRALL (Jean-Marie) 1916, Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments recueillies par M. le chanoine Abgrall (suite), Bulletin de la Société Archéologique du Finistère page 95.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077197/f126.item

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077197/f155.item

     

    — ABGRALL (Jean-Marie) 1898, Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments du Finistère, par M. l'abbé J.-M. Abgrall. Congrès archéologique de France : séances générales tenues à Morlaix et à Brest ... par la Société française pour la conservation des monuments historiques Société française d'archéologie. Derache (Paris), A. Hardel (Caen) 1898 page 155. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k356651/f222.image

     

    — BILLANT N Abbé .1924, Rumengol, son sanctuaire et son pélerinage Éditeur: Impr. de la Presse Libérale, 1924.

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/eb755cd60bfa806ccd9513f01749829c.pdf

     

    — CAMBRY (Jacques), SOUVESTRE (Emile), 1835,  Voyage dans le Finistère page 62.

    https://books.google.fr/books?id=Rm32310wpkIC&dq=%C3%A9tymologie+Rumengol&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

    — CASTEL (Yves-Pascal), 1991,.Essai d'épigraphie appliquée. Dates et inscriptions sur les croix et calvaires du Finistère du XVème au XVIIIème siècle Ouvrage: Charpiana : mélanges offerts par ses amis à Jacques Charpy..Fédération des Sociétés Savantes de Bretagne, 1991.

    — CHAMARD-BOIS Pierre ; HAMON Jean-Yves ; HERVE Gusti .2001,  Puiser à la source. Notre-Dame de Rumengol Éditeur: (s.n.), 2001.

    — COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

    http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FAOURUME.pdf

    — FAVREAU (Robert), 1979, Les inscriptions médiévales .Éditeur: Brepols, 1979. 

    — FRÉMINVILLE (Christophe-Paulin de la Poix, Chevalier de), 1832,  Antiquités de la Bretagne, Finistère. Brest. Volume I page 282.

    https://books.google.fr/books?id=d04bAAAAYAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

    — JADART 1898, Les inscriptions commémoratives de la construction d'églises dans la région rémoise et ardennaise, par MM. H. Jadart et L. Demaison
    Société française d'archéologie. Auteur du texte. Bulletin monumental / publié sous les auspices de la Société française pour la conservation et la description des monuments historiques ; et dirigé par M. de Caumont. 1834.1898 (SER7,T3 = VOL63).

    — LAGADEUC (Jeahan), 1521,  Catholicon, Yvon Quillévéré, 

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k122841f/f4.image

    LECLERC (Guy), 1996-97, Monuments et objets d'art du Finistère (année 1996) : Le Faou, églises Notre-Dame de Rumengol et Saint-Sauveur du Faou  Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (126, p. 145-149)

    LECLERC (Guy), 2000, Monuments et objets d'art du Finistère. Etudes, découvertes, restaurations (année 2000) : Le Faou, église Notre-Dame de Rumengol, porche méridional, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère 2000, (129, p. 59-62)

    — MUSSAT (André), 1957, article -Rumengol, in Société française d'archéologie. Congrés archéologique de France. CXVe Cession, 1957,  Cornouaille. page 165.  In-8° (23 cm), 285 p., fig., carte, plans. H. c.Orléans : M. Pillault, 37, rue du Pot-de-Fer (Nogent-le-Rotrou, impr. Daupeley-Gouverneur).

    — TREFFORT Cécile ; DEBIAIS Vincent ; FAVREAU Robert ; MICHAUD Jean ; BROUARD Jean-Pierre . 2008, Corpus des inscriptions de la France médiévale. : Côtes-d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan (région Bretagne), Loire-Atlantique et Vendée (région Pays de la Loire). Éditeur: CNRS Editions, 2008. 

     

    Notre-Dame de Rumengol Éditeur: s.n., s.d..

    Infobretagne :

    http://www.infobretagne.com/faou.htm

    Médiathèque des Monuments historiques

     

    http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/mdp_fr

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    7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 13:29

     

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    Le Faou (du latin fagus « hêtre ») s'étire depuis le XIe siècle en longue rue commerçante au fond d'une ria de la rade de Brest, sur la "rivière du Faou", en face de Landévennec  sur la route Brest-Quimper qui relie le pays de Léon à celui de la Cornouaille. Comme dans toutes les rivières maritimes, un pont s'est établi à la limite de la remontée du courant de flot. Là, dominant la rivière, trois églises au moins se sont succédé. 

    L'église Saint-Sauveur, à nef courte et  chevet plat   a été  achevée en pierre ocre de Logonna au milieu du XVIe siècle  et son porche sud a été érigé entre 1593 et 1613. Le massif occidental, la tour, et le clocher ajouré,  amorti de son dôme à lanternon furent construits entre 1628 et 1647. En 1677-1680, le  chevet plat d'origine a été transformé en chevet à pans multiples (chevet Beaumanoir), une  sacristie a été ajoutée au nord et les baies du chœur et du transept furent obstruées lors de la mise en place de retables et de lambris. C'est au 18e siècle quel le transept fut doublé avec remploi d'éléments datant du milieu du 16e siècle. Une sacristie fut construite en 1877 au sud, sur l'emplacement d'une sacristie datant de 1677. L'ossuaire qui datait de 1603 fut démantelé en 1892 lors de l'élargissement de la route. Une litre funéraire peinte couvrant les murs de la nef et figurant les armoiries de Nicolas Magon de la Gervaisis est encore en place au début du 20e siècle. Le site est classé depuis  le 9 juillet 1927.

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    Leclocher de l'église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.
    Leclocher de l'église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Leclocher de l'église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Pour chacun de ces travaux, une ou plusieurs inscriptions ont transmis une date, le nom d'un membre de la fabrique ou d'autres informations. Ce sont elles dont je propose la découverte dans cet article, afin de faire partager mon admiration et mon émotion devant ces messages que nous adressent nos prédécesseurs.

    Elles ont été relevées ou transcrites par Abgrall 1909,Castel et Deuffic 1983,  Leclerc 1991 à 2003, Danguy des Déserts 2001. 

    Je suivrai leur ordre chronologique .

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    1526. Le socle du Calvaire.

    Bien qu'il ne soit plus visible dans l'enclos paroissial, mais dans le cimetière communal où il a été déplacé, sa description trouve sa place ici. Ce sont les vestiges provenant de la croix de l'ancien cimetière désaffecté à partir de 1866. La date de 1876 correspond à la croix.

     

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     Croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

    Croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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    Il est décrit dans l'Atlas de Croix et Calvaires du Finistère sous le n° Le Faou 501 avec la lecture  "+ Y COZKELEC (?) FIT FAIRE LAN MIL V CTS XXVI "

    http://croixetcalvaires.dufinistere.org/commune/le_faou/le_faou.html

    L'Inventaire du Patrimoine relève " LAN 1526[?]Y.COZKERLEC FIT FAIRE."

    C'est un bloc de kersanton cubique de 66 cm de coté à la base, mais aux angles biseautés, si bien que l'inscription qui court sur son bord supérieur occupe les quatre faces et les quatre biseaux d'un octogone de 18 à 21 cm de coté. Les lettres gothiques minuscules (onciales) sont sculptées en bas-relief sur une seule ligne, avec un cartouche partiel de Y à  KLEC. Les deux-points sont  en losanges évidés (il semble abusif d'y voir "les macles des Rohan") reliés par une ligne en "ouïe de violon". On trouve aussi une ponctuation de séparation de mots par un point simple, losangique plein. Les lettres mesurent 9 cm de haut ou 15 cm pour les L de MILL.

      On lit d'abord un monogramme AX surmonté d'une croix et d'une ligne sinueuse, que je note [**], puis :

     

     [**] : Y : COZKLEC : FIT : FAIRE : LAN : MILL : Vcts : VI

    "Y[ves] Cozkerlec fit faire l'an 1526."

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    Chacun des six pans de pierre entraîne  des exclamations admiratives. Car chacun des lettres est différente, tracée par la main très sûre d'un maître tailleur de pierre calligraphe, qui dessine des caractères avec une élégance pleine de désinvolture nonchalante et d'humour . Or, en 1526, nous  sommes 13 ans avant l'inscription de fondation de Rumengol (1536), très belle mais qui, par comparaison, va paraître gracile, mièvre, compliquée voire laborieuse. Elle n'a pas non plus la rectitude presque mécanique (malgré ses ornementations) de l'inscription de fondation du Pont de Landerneau (1510). 

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    Premier pan. 

    L'inscription débute (ou s'achève) par un monogramme qui pourrait se lire comme un A et un X entrecroisé pour dessiner un losange, avec une croix plantée au centre, et une virgule en hameçon accolée à cette croix. 

    L'hypothèse la plus tentante est d'y voir la marque-signature du maître-tailleur de pierre, comme celles laissées sur la cathédrale de Strasbourg : non pas une marque identitaire de rémunération, mais une "marque de maître". Deux blasons de l'église de Rumengol ont des traits de ressemblance avec cette marque.

    Le A et le X ou le V peuvent faire allusion à l'entrecroisement du compas et de l'équerre, la croix et la virgule à une règle en T et à un "perroquet". Y-P. Castel voit ici "un copeau arraché sur une croix".

    Pour l'instant, je soumets cela à la sagacité des internautes.

    Puis  un cartouche en surépaisseur (bas-relief) haut de 12,5 cm, porte un  deux-points (encore sobre, aux losanges non évidés) et surtout le bel Y, vif et allègre, initial de quelque Yves ou Yvon.

     

    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile
    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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    Deuxième pan coupé.

    Voici le nom du commanditaire-donateur. 

    La formule "fit faire" indique que le patronyme désigne le commanditaire de ce socle (et de la croix qu'elle portait), et non l'artisan qui la réalisa.


    Si on lit COZKLEC en considérant, comme c'est fréquent, que la lettre K est abréviative pour KER, on obtient Coskerlec. Ma déduction rejoint celle d'Yves-Pascal Castel, qui lit ici "Yves Coskerlec".

    Mais le patronyme Coskerlec ou Cosquerlec n'est pas attesté. Le toponyme Cosquerlec et sa forme Cozquerlec est bien attesté, mais pas dans la région du Faou.

    En outre, la lettre qui a été lue comme un L jusqu'à présent n' a pas du tout la forme du L minuscule gothique, dont nous allons trouver un très bel exemple (MILL). 

    On pourrait lire donc aussi "COZKERT", ou "COZKERC". Il existe aujourd'hui un lieu-dit et un lotissement correspondant au toponyme "Le Cosquer" au Faou. On trouve mention de seigneurs du Cozker, ou de sieur du Cozker, ou de l'évêque de Tréguier Mathias de Cozker (Matthieu du Kosker, né à Lannion, 1417-1422), etc...

    Les lettres Z et K s'accordent comme un couple de danseurs. Le deux-points, aux losanges évidés, s'appuie sur un fût droit, peut-être la fin d'un cartouche.

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    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile
    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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    3ème pan 

    C : FIT

    Le cartouche qui avait débuté au 1er pan s'achève ici par une barre sur laquelle s'épaule un très beau deux-points en losanges évidés. 

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    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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    Quatrième pan coupé.

     

    Le mot FAIRE est écrit sans chichi, mais non sans renoncer à un clin d'œil à l'amateur de belles lettres : le f transforme sa barre en une petite bille bien ronde.

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    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile
    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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    Cinquième pan.

    Le Mot LAN vient abriter deux de ses lettres sous un préau.  

    Yves-Pascal Castel (1991) y  voit judicieusement  une marque professionnelle en forme de doloire (CNRTL : Cognée à taillant droit, à large lame plane dont le tranchant n'a qu'un seul biseau, oblique par rapport au manche court et un peu courbé), et imagine, en se livrant ici à des extrapolations, judicieuses mais non fondées sur des données attestées 

    "La doloire du cimetière du Faou pourrait appartenir à un charpentier naval, YVES COSKERLEC, constructeur de navires sur la rivière en 1526."

    Yves-Pascal Castel (1997) précise son idée :

    "L'arrachage d'un copeau sur la croix, la doloire, et les macles désignent Cozkerlec comme un charpentier ; peut-être constructeur de vaisseaux travaillant sous la mouvance des Rohan."

    On peut aussi penser à la signature parlante d'un tailleur de pierre nommé Calvez (patronyme signifiant "Charpentier"). C'est ainsi que l'imprimeur Calvez, dans son édition de 1499 du Catholicon, place dans une targe ses armes avec le J initial de son prénom Jehan suivi d'une équerre et d'une hache semblable à celle-ci. 

     

     

     

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    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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    Sixième pan.

    Le M de MILL en vaut mille. Les deux premiers fûts se referment en parenthèse, comme un compas, une brève traverse relie ces deux frères au troisième fût, qui, lui, s'offre un jambage qui fait la révérence.

    La lettre I, avant d'aligner son piquet, avec les L qui suivent, et de marquer la cadence par un empattement carré, prend appui sur le ventre du M, ou lui tape amicalement sur l'épaule. 

    Et les deux L s'élancent, pointant leurs fourches comme les cimes de deux peupliers, non sans avoir émis deux surgeons latéraux.

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    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile
    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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    Septième pan

    Un deux-points à losange évidé et ligne que je fais comparer pour changer au signe forte d'une partition :

     

     

     

     

    Tailler dans la pierre un tel signe, avec une telle régularité et de tels arrondis relève sans doute de la prouesse.

    Puis le V du chiffre romain cinq, dont le premier fût s'élance pour former une hampe inattendue, qui salue avec panache en une boucle et une goutte d'eau.

    Le mot "cent" est suscrit, associant un petit C, puis un E, un tilde, et un Z : "CENZ".

    Le deux-points suivant se paye le luxe d''une ligne de liaison fleuronnée par une petite barre.

    Notre maître sculpteur n'a rien à envier aux calligraphes des stèles chinoises (cf. Jean-François Billeter, L'art chinois de l'écriture, 1989). Nos yeux ressentent et transmettent à nos muscles le plaisir et la grâce du geste d'écriture qui a été tracé ici voici près de 500 ans.

     

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    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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    Voyez maintenant ces deux X qui se suivent sans se ressembler. Voyez la fusion presque naturelle du V et du J qui forme le chiffre 26. 

    Quelques remarques :

    a) le texte est en français, comme partout (et non en breton, qui fait exception dans l'épigraphie du temps, ou en latin). On n'a pas attendu l'ordonnance de Villers-Cotteret (1539)

    b) l'écriture est gothique :  Y-P. Castel n'a constaté, sur les croix et calvaires du Finistère, qu'une seule inscription en lettres romaines ( en 1511 à Plouguerneau) antérieure à notre date de 1526 . encore est-elle signée par deux Italiens, Toinas et Conci. Ce ne sera qu'à partir de 1562 que le gothique sera définitivement abandonné en épigraphie finistérienne sur les calvaires, et en 1628 dans le corpus des inscriptions lapidaire de l'enclos paroissial du Faou . Dans l'histoire de l'imprimerie, les caractères romains ont été créés à Venise  par Nicolas Jenson en 1470 dans son Eusèbe et dans son Epistolæ ad Brutum de Cicéron. Mais c'est en 1530 / 1540 que Claude Garamond créa les poinçons de ses caractères romains pour l'imprimeur Henri Estienne.  

    c) les chiffres sont romains. Les premiers chiffres arabes sont apparus sur les croix du Finistère en 1515, à Logonna-Daoulas. Sur les inscriptions lapidaire de l'enclos paroissial du Faou, les chiffres arabes s'introduisent en 1603. 

     

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    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile
    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

    Socle (1526) de la croix du cimetière du Faou, photographie lavieb-aile

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    La partie la plus ancienne de l'église porte le nom de Chapelle de la Dame. Elle est aujourd'hui intégrée au transept, et sa porte murée encadrée de colonnes en nids d'abeille est visible à droite du porche sud. Voici une inscription qui la concerne :

    1544. La deuxième inscription.

    En 1990, Yves-Pascal Castel annonçait dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère qu'en déplaçant une grande armoire de la sacristie [sud-est], une inscription avait été découverte. Comme la sacristie actuelle est plus haute que la précédente, la pierre sculptée se montrait autrefois à l'extérieur. II écrit : "Étalé sur cinq lignes, le travail du graveur a été effectué avec un soin particulier. La capitale romaine "fleuronnée" s'agrémente d'échancrures et de barres. Sans atteindre l'élégance du célèbre panneau de l'église voisine de Rumengol, 1536, celui du Faou, 1544, témoigne de l'habileté des tailleurs de pierre de kersanton. Jean-Luc Quentel nous a fait remarquer que le 18 mai, veille de la Saint-Yves, tombait, cette année-là, un dimanche. En revanche, on ne connaît pas le fabrique J. Elé, ni la signification du curieux symbole qu'accompagne son nom. Serait-ce une simple fleurette ?"

    Il propose la leçon suivante :  LE XVIII IEME IOVR / DE MAI L MVXL/ IIII FVRENT CETTES / CHAPPELLES FOVND / EES J. ELE FABRICQ

    Ce "curieux symbole aprés "I. ELE" est soit un Z, soit une abréviation, fréquente en épigraphie latine, mais plus étonnante sur un texte français. En outre, une lettre -c- (pour "cent") est inscrite à l'intérieur du V.

    J'en donne ici ma propre transcription :

    LE XVIII IEME IOVR

    DE MAI LMVcXL
    IIII FVRENT CETTES
    CHAPPELLES FOVND

    EES J. ELEZ FABRICQ

    "Le 18e jour de mai l'an 1544, furent ces chapelles fondées J. Elez fabrique."

    Je rapproche le nom J. Elez de celui qu'on découvrira sur une inscription de 1633 mentionnant un Auffroy Ellez sieur de Kovrin. 

    La lettre L qui précède la date MVcXL doit être interprétée comme une forme abrégée de LAN.

    L'article est illustré par une photographie, qui est reproduite sur le panneau explicatif que trouve le visiteur à l'intérieur de l'église. J'en reproduis à mon tour l'image.

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    1544. Inscription dans la sacristie. église Saint-Sauveur, Le Faou.

    1544. Inscription dans la sacristie. église Saint-Sauveur, Le Faou.

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    Le portail sud. 1593.

    Le portail sud fut débuté en 1593 mais sa construction fut interrompue en raison des guerres de la Ligue. La ville fut pillée en 1593 et 1595.

    "Anne de Sanzay, comte de la Magnane, lors marié à la dame de Penmarc'h en Léon, tenant le parti de l'union dite catholique, sous l'autorité du duc de Mercœur. Ayant quelques troupes de gens ramassés, arrive de nuit de devers Morlaix en la ville du Faou, qu'il prend et pille et y prit des prisonniers, et se tint là quatre à cinq jours attendant de trouver les moyens de passer la rivière de Châteaulin pour entrer en la juridiction de Quimper, où il savait le pillage être bon."  (chanoine Jean Moreau, publié en 1960 par Henri Wacquet , Mémoires du chanoine Jean Moreau sur les guerres de la ligue en Bretagne.)

     

    En octobre 1595, une troupe d'Anglais ravage la région. « Il y a eu toujours grand nombre de soldats, comme à Craouzon [Crozon], Douarnenez ou Le Faou, qui ordinairement viennent à l'abbaye [de Landévennec], ravagent et pillent tout ce qui s'y trouve, comme ils le font dans le plat pays, de façon que tout le canton est dénué des hommes qui y demeurent obstant la cruauté et tyrannie des gens de guerre, tellement que le cartier [quartier] est demeuré en friche sans estre semé, travaillé ny labouré».

    Pendant les guerres de la Ligue (1562-1598), Anne de Sanzay, comte de la Magnane, connu pour être « un bon voleur tant sur mer que sur terre »39 et qui était du parti de la Ligue, « profitant de la licence des guerres civiles pour exercer toutes sortes de brigandages », « pille Le Faou, bat les habitants des communes voisines, indignés de ses excès et leur tue plusieurs centaines d'hommes ». Il en tua même entre 1 400 et 1 500 en deux combats si l'on en croit Eugène Bonnemère. Il soumit aussi la ville du Faou à rançon. (Wikipédia, "Le Faou")

     

    La portail  fut terminé avec beaucoup plus de simplicité entre 1612 et 1613.

    L'inscription en lettres gothiques, la plus belle de l'édifice, occupe une pierre d'angle en kersanton dont les deux faces sont taillées. La taille est faite en relief ("en réserve"), ce qui favorise l'accrochage de la lumière. Selon l'heure du jour et l'ensoleillement, leur apparence et leur lisibilité va beaucoup changer, ce qui m'amène à multiplier les clichés.

     

    La face principale mesure 78 cm de long et 35 cm de haut. Elle est divisée en deux lignes par deux cartouches en creux préservant une marge de 1 cm en haut, et 3 cm en bas. Les lettres en onciales  mesurent 9 cm de haut et 4 cm de large (lettre A), les lettres à jambages 13 cm de haut (ceST). La ponctuation entre les mots se fait par le deux-points à losanges évidés,  réunis par un signe en "ouïe de violon" pour les trois premiers.

    La face latérale mesure 34,5 cm de long et 35 cm de haut. Elle est creusée d'un seule cartouche préservant une marge de 1 cm. Les lettres mesurent 5 cm pour le premier -e-, 8 cm pour le -g-.

    On y lit : 

     "LAN : MILL : V Cns : XCIII : FUST : FONDE : CEST : PORCHES.

    ESTÃT : LORS : G : LE : DERE / DEC : FABRIC / QUE".

    "L'an 1593 fut fondé ce porche, G. le Deredec étant alors fabricien".

    Je rappelle que (Wikipédia)  la fabrique d'une paroisse désigne un ensemble de « décideurs » (clercs et laïcs) nommés pour assurer la responsabilité de la collecte et l'administration des fonds et revenus nécessaires à la construction puis l'entretien des édifices religieux et du mobilier de la paroisse : église(s), chapelle(s), calvaire(s), argenterie, luminaire(s), ornement(s), etc. Les membres du conseil de fabrique sont donc des administrateurs désignés plus spécifiquement par les termes de marguilliers et de fabriciens. Les revenus de la fabrique provenaient des quêtes, offrandes, dons en nature, loyers et fermages, legs mais aussi de la location des places de bancs dans l'église qui fournissaient un revenu régulier (bien souvent perçu annuellement à date fixe) pour la fabrique. Le "fabrique", ou fabricien,  élu ou désigné pour l'année parmi les  paroissiens les plus honorables et les plus aisés devient ainsi le maître d'ouvrage des constructions ou reconstructions de l'église.

     

    On retrouve   dans les Extraits des Registres et Garants de l'église de Saint-Sauveur relevés par le chanoine Abgrall cette mention qui permet d'affirmer le prénom du fabricien :

    " 24 Août 1580: Fondation de 50 sols, par Guillaume Dérédec, marchand, bisaïeul maternel de la demoiselle de Lezuzar Flaman."

    Et plus tard dans le même Registre :

    "11 Juillet 1649 : Maître Jacques Le Baron et Yvonne Le Dérédec, sa femme, fondent 3 livres 4 sols, pour jouir de la tombe où fut enterré Missire Mathurin Le Baron, leur fils, recteur de Rosnoën"

    Le Faou était une trève de la paroisse de Rosnoën jusqu'en 1801.

    Le nom du recteur  est connu pour 1593 : il s'agissait de François Tanguy.

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    Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    La pierre utilisée, la kersantite extraite en Rade de Brest dans la Rivière de Daoulas, est le matériau de choix pour la finesse de son grain, sa facilité à être sculptée, et sa résistance à l'usure. Surtout, la couleur grise entre en contraste avec l'ocre de la pierre de Logonna, autre localité maritime voisine de la Rade. 

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    Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    L'inscription de 1593 après estampage humide.

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    Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Inscription lapidaire sur le porche sud (1593), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Au dessus et à gauche du porche sud : 1613. 

    Au haut du même contrefort qui porte l'inscription précédente, et placé sur les deux cotés de l'angle également, un lanternon ou pilastre en kersanton porte une date d'achèvement du porche. Abgrall y a lu au début du XXe siècle "Ce porchet fait achever en 1613".  Couffon et Le Bars 1988, comme Castel et Dieuffic 2003 proposent : "CE. PIGNON. FUST. ECHU. EN 1613. H. BECCAM. F." Je lis peut-être :

    "Cepignon /  fust achi|ver] en 1613 / h beccam f ."

    Notez que -gn- sont des lettres conjointes. La lettre qui suit "fust" est clairement un -a- , et celle qui suit "ach" est clairement un -i-, avec un point bien visible.

    L'orthographe achiver ou achiever est attestée dans Godefroy.

    Je propose la lecture suivante : Ce pignon fut achevé en 1613 par H. Beccam, f[abricien]

    Le nom "Le Beccam", avec cette orthographe, est attesté au Faou au XVIIe siècle.

    En 20 ans, la graphie de l'inscription s'est simplifiée mais conserve de l' élégance.

    On comparera cette pierre à celle de l'église de Rosnoën, datant de 1604 et qui dit : "Y. Quelfellec . fab. Ce pingnon fut parachevé lan mil cix cent quatre, le 8 juillet."

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    Inscription lapidaire sur le porche sud (1613), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Inscription lapidaire sur le porche sud (1613), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Inscription lapidaire sur le porche sud (1613), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Inscription lapidaire sur le porche sud (1613), église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    L'ossuaire (ou reliquaire) de 1603.

    Typiquement finistérien, l'enclos de Saint-Sauveur comportait un cimetière entourant l'église, un arc de triomphe ou Porz ar Maro, et un ossuaire dont les ouvertures cintrées étaient séparées par des pilastres en gaîne en fin kersanton. Cet ossuaire a été dressé en 1603 à l'angle sud-ouest de l'église. Il a été démoli en 1892 pour élargir la chaussée. La clef de voûte portant l'inscription en lettres minuscules, encore gothiques, est visible à la mairie. J'utilise ici la photographie exposée sur le panneau explicatif dans l'église.

    Ce relicquere : fust : faict /estant lors : o : flamanc : fabricq : 1603.

    "Ce reliquaire fut fait alors que O Flaman était fabrique en 1603."

    Les Registres et garants de l'église font mention deux fois à la famille Flaman : la première fois en 1580 pour signaler que Guillaume Dérédec est le bisaïeul maternel de la demoiselle de Lezuzar Flaman . La seconde fois le 18 Octobre 1625 : "En reconnaissance des services lui rendus, dame Hélène de Beaumanoir, vicomtesse du Faou, accorde au Sr. Sébastien Flaman et Jaouenne Le Gac, sa femme, Sr. et Dme. du Stang, deux tombes prohibitives à Christ dans la chapelle de La Dame. Sur lesquelles ils pourront apposer leurs armoiries."

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    1603. Clef de voûte de l'ossuaire,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1603. Clef de voûte de l'ossuaire, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Le clocher en quatre campagnes de travaux. 1628-1647

    Ces travaux eurent lieu sous le règne de Louis XIII (1610-1643) et sous la régence d'Anne d'Autriche (1643-1651).

    Pour suivre les quatre campagnes de construction de la tour du clocher entre 1628 et 1647, j'emprunte une illustration parue en 1982 dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère et reproduite dans l'église sur un panneau à la disposition des visiteurs :

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    Inscriptions du clocher de l'église Saint-Sauveur, Le Faou.

    Inscriptions du clocher de l'église Saint-Sauveur, Le Faou.

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    I. LA CAMPAGNE DE TRAVAUX 1628-1631.

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    1628. Massif  occidental servant de base à la tour au dessus du porche ouest. Deux inscriptions.

    Au dessus du porche de plein cintre souligné par une arcade gothique se trouvent trois carrés sculptés : les deux plus bas comportent des inscriptions. Le troisième contenait un blason qui a été martelé. On devine encore une couronne et un collier. En 1628, la vicomté du Faou est détenue par Marie-Françoise de Guémadeuc (De sable au léopard d'argent accompagné de six coquilles de même, 3 en chef et 3 en pointe, le tout d'argent.) mariée depuis 1626 à François II de Vignerot du Plessis de Richelieu («Écartelé : aux 1 & 4, d’or, à trois hures de sanglier de sable (Vignerot) ; aux 2 & 3, d’argent, à trois chevrons de gueules (du Plessis de Richelieu)»).

    Le curé (vicaire) est alors, de 1618 à 1628, Nouel  Abodès.

     

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    Porche occidental , église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Porche occidental , église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Porche occidental , église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Porche occidental , église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    1°)  A gauche :

    O QVAM. METVENDVS. EST. LOCVS / ISTE. VERE. NON / EST/ HIC ALIVD / NISI. DOMVS. DEI / ET/ PORTA. CELI .

    O quam metuendus est locus iste vere non est hic aliud nisi domus dei et porta celi.

    Il s'agit d'une citation partielle du verset 17 du chapitre 28 du Livre de la Genèse racontant comment Jacob passe la nuit à Béthel, prend une pierre comme chevet et y a la vision d’une échelle atteignant le ciel et de Dieu se tenant en haut de cette échelle.

     [pavensque quam terribilis inquit] est locus iste non est hic aliud nisi domus Dei et porta caeli

    "Jacob s'éveilla de son sommeil et il dit: Certainement, l'Éternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas! Il eut peur, et dit:

    Que ce lieu est redoutable! C'est ici la maison de Dieu, c'est ici la porte des cieux!

    Et Jacob se leva de bon matin; il prit la pierre dont il avait fait son chevet, il la dressa pour monument, et il versa de l'huile sur son sommet."

    https://bildsuche.digitale-sammlungen.de/index.html?c=viewer&bandnummer=bsb00072000&pimage=35&v=100&nav=&l=en

    Mais le remplacement de terribilis par metuendus ("redoutable") dans la forme inscrite ici  est retrouvée dans l'Antienne de la cérémonie de consécration ou dédicace d'une église (Bréviaire romain). Elle indique peut-être que la dédicace de l'église du Faou a eu lieu en 1629. Ou, plus banalement, elle incite le fidèle au respect du sanctuaire.

    Il se trouve que cette Antienne a été mis en musique sous la forme du motet en 1585 par Tomás Luis de Victoria (Motecta festorum n°33) et par Luca Marenzio  (Motectorum pro festis totius anni, Rome 1585) , par Jacob Handl (1550-1591) qui fut maître de chapelle de l'évêque d'Olomuc en Moravie de 1579 à 1585, et enfin par  Orlando de Lasso, maître de chapelle de Guillaume V de Bavière et dont le recueil   Cantiones quinque vocum fut publié en 1597 trois ans après sa mort.

    On peut en conclure, soit que le commanditaire de l'inscription était amateur de musique polyphonique sacrée, soit que cette Antienne était alors à la mode.

    La date qui figure sur la pierre voisine (19 mars 1628, jour de la Saint-Joseph, un peu avant Pâques qui tombait le 3 avril) ne correspond en tout cas pas à la Fête de la Dédicace de la basilique de Latran, célébrée le 9 novembre. Les diocèses célèbrent aussi la dédicace de leur cathédrale : le 22 octobre pour Quimper, le 6 mai pour Rennes, le 16 septembre pour Saint-Brieuc...mais le 17 mars pour Vannes.  

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    Inscription de dédicace, porche occidental,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de dédicace, porche occidental, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    2°)  à droite : 1628 :

    CESTE:THOVR:A/:ESTE:FONDEE:LE/:9:MARS:1628:ES/TANT:POVR:LORS:/GOVERNEVR:IAN/GVERMEVR

    "Ceste thour a esté fondée le 19 mars 1628 estant pour lors gouverneur Ian Guermeur."

    "Cette tour a été fondée le 19 mars 1628, Jean Guermeur étant alors Gouverneur."

    Le terme de "Gouverneur" peut être assimilé à celui de "fabricien" sur l'inscription de 1593.  Voir :

    http://www.lavieb-aile.com/article-l-eglise-saint-pierre-de-pleyber-christ-epigraphie-et-n-retrogrades-90588330.html

    Le patronyme Guermeur est mentionné au Faou sur un acte de baptême relevé par J.M. Abgrall : 

    " 17 Avril 1689 : Baptême de François-Marie, fils d'écuyer François de Keryvon, Sr. de Kervennic, Coatimoric, Keriliou, etc., et de dame Marie de Kerret, dame du dit lieu. Parrain et marraine, honnestes gens, Olivier Guermeur et Marie Pierrée, qui ne savent signer."

    Cet Olivier Guermeur serait le fils de Ian (Jean) Guermeur, comme l'indique ce fil d'un forum généalogiste : http://www.cgf-forum.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=11087

    " Jean Guermeur, veuf de Marie Quenquis qui dut mourir en 1647/1648 juste après la naissance de sa fille Perronnelle, s'est remarié avec Marguerite Desloges, dame de Launay, native de St Renan. De sa 1ère union il a eu au moins Jaouenne, Louise, Marguerite, Catherine, et probablement Alain époux Le Roy. Le couple HH Jean GUERMEUR et Marguerite DESLOGES se marie au Faou en 1648, et a ses enfants au Faou entre 1649 et 1662 ...  et de cette seconde épouse il a eu de nombreux enfants, dont Olivier baptisé le 08/02/1652, et Jacquette,"

     

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    Inscription de fondation de 1628, porche occidental,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de fondation de 1628, porche occidental, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    1629. Face ouest du premier étage de la tour.

    Juste au dessus du groupe des trois pierres sculptées précédentes, se lit l'Inscription sur pierre de Kersanton en lettres majuscules sur trois lignes :

    LAN:1629 HONORABLE:HOMME:IAN /

    DE:GOFF:GOVERNEVR:FABRIQVE: /

    A:FAICT:TRAVAILER:SVR:CETE:TOVR

       "L'an 1629  Honorable Homme Jean  Le Goff, gouverneur fabrique a  fait travailler sur cette tour." 

    Furetière indique non sans malice dans son Dictionnaire de 1690  :  "honorable homme est un titre que l'on donne dans les contrats à ceux qui n'en ont point d'autre". 

    Le Généadico du  Centre Généalogique du Finistere indique :

     

    "HONNETE HOMME, HONORABLE HOMME, NOBLE HOMME : - Le qualificatif employé servait à définir, selon l’état de la fortune, une certaine échelle sociale, une hiérarchie parmi les roturiers avec au sommet le « noble homme ». Il est ainsi donné à des petits bourgeois, des marchands, des artisans, des notaires, des procureurs fiscaux, des laboureurs un peu aisés, à des personnes sans charges honorifiques ni seigneuries afin de les distinguer. On souhaitait par l’un de ces qualificatifs marquer de la considération à une personne pour une raison ou pour une autre : notables locaux, reconnaissance dans une profession, instruction, situation de fortune, etc. Il ne désigne jamais en Bretagne un noble quand les termes « noble homme » sont utilisés"

     

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    Inscription de construction de 1629, face  occidentale de la tour,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de construction de 1629, face occidentale de la tour, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de construction de 1629, face  occidentale de la tour,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Inscription de construction de 1629, face occidentale de la tour, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    1630. Face sud du premier étage de la tour.

    Au dessus du toit, sur la face sud de la tour, on lit sur une longue pierre de Kersanton et une petite pierre initiale, une inscription en deux lignes .

     

     

    1630. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1630. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    1630. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1630. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    LAN // 1630 : IAN : LE : BRIZ : GOVERNEVR

    FABRIQVE : A : FAIT : bâTIR : SVR : CETE : TOVR

    "L'an 1630, Jean Le Bris gouverneur fabrique a fait bâtir sur cette tour."

    On voit encore dans le bourg une maison située 39, rue du Général-de-Gaulle et qui était la propriété de la famille Le Bris en 1660. Il s'agissait d'une famille de marchands de drap et de soie.

    http://fr.topic-topos.com/maison-de-pays-le-faou

     

    Cette inscription est écrite en caractères soignés (I perlé de IAN, point du I inclus dans le fût, signe du deux points en losange, fluidité adaptative qui permet d'inclure des lettres minuscules comme le b, le â et le t parmi les majuscules, convexité du fût de certains E, jovialité du Q ) à l'intérieur de deux cartouches en creux. La formulation est copiée sur la précédente mais elle est plus moderne (j'oserai "plus jeune") par l'abandon de la formule Honorable Homme, par la forme "fait" plutôt que "faict". 

    L'introduction du circonflexe de "bâtir" plutôt que "bastir" est remarquable. En 1558, Du Bellay écrivait bien-sûr encore Plus me plaist le seiour qu'ont basty mes ayeux . Jean Nicot écrit aussi bastir dans  Le Thresor de la langue francoyse  de 1606. On trouve les formes bastir, batir (sans accent) dans l'Invantaire des deus langues, françoise et latine de  Philibert Monet (Lyon, 1636) . En 1679, lorsque La Fontaine publie la fable Le Vieillard & les trois jeunes hommes, on y lit le vers fameux :

     Un octogenaire plantoit.
    Paſſe encor de baſtir ; mais planter à cet âge !

    Diſoient trois jouvenceaux enfans du voiſinage,

    Je trouve néanmoins "bâtir" en 1560 dans une édition de l'Amadis de Gaule, mais l'éditeur est Christophe Plantin, à Anvers. Il reste encore confidentiel de 1600 à 1630, malgré les 38 occurrences du mot dans Les triomphes de l'amour de Dieu, Paris, 1625.


     


     

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    1630. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1630. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    1631. Face sud du premier étage de la tour.

    Dans le même programme de construction, et sur la même face sud, on trouve sous la corniche en encorbellement une inscription :

    : M : Y :  DIROPP / G. FA 1631

    "Messire Y[ves] Diropp Gouverneur fabrique 1631."

    Les Archives du Finistère conservent les dossiers de Maître Diropp, Notaire au Faou 1600-1619.  

    Au 6 de la rue Général-de-Gaulle au Faou, on voit encore la maison où Françoise Diropp, veuve de Maître Lunven, établit en 1632 une fondation. 

    photo : http://fr.topic-topos.com/maison-du-xvie-siecle-le-faou

    Un "post" de Joel Morvan sur la généalogie Le Bault mentionne un couple Marie Le Bault / Yves Le Diropp, vivant au Faou, d'où trois enfants : Jan : o 1653 Le Faou ;   Marie : o 1657 Le Faou  ; Jacques Thomas : o 1660 Le Faou . On trouve dans le même échange de courriel la mention des noms Goff et Becam...

    http://www.cgf-forum.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=8917&start=15

     

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    1631. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1631. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    1631. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1631. Face sud du premier étage de la tour. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    II. LA DEUXIÈME CAMPAGNE DE TRAVAUX EN 1633. LE DEUXIÈME ÉTAGE DU CLOCHER.

    Elle permet de dresser la première chambre des cloches, à longues ouvertures.

     

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    Les  inscriptions lapidaires de l'église saint-Sauveur du Faou (29).

     

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    On y lit:

    1°) sur la chambre des cloches, côté sud, à gauche,

    "AVFROY : ELLEZ /

    Sr DE KOVRIN /

    MA. Ft MONTER. 1633"

    Comme je l'ai appris dans mon étude des inscriptions de l'église de Saint-Thurien à  Plogonnec, la lettre K est abréviative pour Ker, et il faut lire :

    Aufroy Ellez, sieur de Kerourin m'a fait monter 1633.  

    Aufroy est une variante d'Auffroy,  Auffray, etc, prénom qui est à l'origine des patronymes Auffray, Auffret, Auffredou.

    "Sieur" est un qualificatif précédant le nom de l'habitation d'un paroissien respectable. Le préfixe "Ker-" désigne un groupe de maison, un hameau voire un village.

    Kerourin n'est pas un lieu dit connu au Faou, mais le Registre et Garants de l'église mentionne à la date du  17 mars 1553 une fondation "sur Kerourien, en Rosnoën".

    1633. Première chambre des cloches, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1633. Première chambre des cloches, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    2°)   sous la corniche, au haut de la première chambre des cloches : 

     "IAN LE MENEZ.1637 (?)"

    "Jean Le Ménez. (1637)"

    1637 ?  Première chambre des cloches,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1637 ? Première chambre des cloches, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    III. TROISIÈME CAMPAGNE DE TRAVAUX. TROISIÈME ÉTAGE.

    En 1638, les finances permettent l'édification de la chambre haute des cloches, "audacieusement ouverte par de larges arcs en plein cintre (Castel & Deuffic), sous la direction de Moreau.

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    1638. chambre haute des cloches,église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1638. chambre haute des cloches,église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Face sud de la chambre haute des cloches, à gauche ;

    MOREAV 1638. 

    1638. Face sud de la  chambre haute des cloches, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1638. Face sud de la chambre haute des cloches, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    IV. QUATRIÈME TRANCHE DE TRAVAUX DU CLOCHER. LE DÔME .

    Le travail progresse, et peu à peu la tour s'élève, svelte et hardie dans son style classique, afin de culminer à 31 mètres par un dôme à lanternon encadré, aux quatre angles de la deuxième chambre de cloches, par des ornements en forme de canons.
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    "La pierre rejetée par les auteurs"...

    Sous la corniche du dôme, une inscription n'a pas été décrite. Elle est rongée par un beau lichen jaune d'or, mais on discerne quelques lettres.

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    Base du dôme à tambour, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Base du dôme à tambour, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Je discerne ceci :

    OVOV 3

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    Base du dôme à tambour, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Base du dôme à tambour, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Dôme à lanternon,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Dôme à lanternon, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Tambours octogonaux, dôme aux arêtes ponctuées de crochets, lanternon supérieur où se plante la croix.

    16 /M. DE MONVAL /46

    G.............................F

    1646. M. de Monval, Gouverneur fabrique.

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    1646, tambours du dôme ,  église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1646, tambours du dôme , église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    V. CINQUIÈME CAMPAGNE SUR LE CLOCHER. 1647.

    La touche finale du clocher consiste en la pose de la balustrade, car les échafaudages ne permettaient pas de la placer auparavant.

    On y voit sur la face ouest, à 14 mètres du sol, au dessus des cinq arcades droites l'inscription :

    "VENERABLE : PERSONNE : MISSIRE : MATTVRIN : LE : BARON : RECTEVR.

    FINIS CORONAVIT OPVS/ . NOBLE JACQVE DEN GV  /1647".

    Les chiffres 1, 6, 4 et 7 se trouvent sur la retombée des arcs des deux dernières balustrades.

    cf la mention déjà citée du Registre paroissial   11 Juillet 1649 : Maître Jacques Le Baron et Yvonne Le Dérédec, sa femme, fondent 3 livres 4 sols, pour jouir de la tombe où fut enterré Missire Mathurin Le Baron, leur fils, recteur de Rosnoën."

    Les mots latins Finis coronavit opus "Voici comment la fin vient couronner l'œuvre", est une formule utilisée en guise de conclusion , comme me l'indique le moteur de recherche pour des ouvrages littéraires datant de 1696, 1700. Sous la forme Finis coronat opus, je le trouve dans la Liste des locutions latines (Wikipédia) avec le commentaire : "« La fin couronne l'œuvre. » S'emploie en bonne ou en mauvaise part. Peut se comprendre, par exemple comme In cauda venenum, ou comme La fin justifie les moyens." Sur Wikionary, je lis "traditionnellement attribué à Ovide. La valeur réelle d'une entreprise ou d'une œuvre d'art ne peut pas être complètement discernée jusqu'à ce qu'il soit terminé."

    C'est l'occasion de se régaler d'un passage de "l'opus" de Jules Renard, afin de ne plus passer devant ce parapet sans penser à Poil de Carotte :


     

    "Coronat.

    Autrefois, il y a des années, le régisseur Hubert, jeune alors et plein de vie, ne manquait jamais de dire, à la fin de chaque repas :

    — Finis coronat opus.

    De ses courtes études au collège, il n’avait guère retenu que ces trois mots. Il pouvait les traduire exactement : Finis, la fin, coronat, couronne, opus, l’œuvre. Cela signifiait :

    — J’ai bien mangé, avec appétit, d’un bout à l’autre de mon déjeuner. La dernière bouchée ne valait pas moins que la première. La fin était digne du début.

    Longtemps cette maxime lui parut claire et commode. Il l’expliquait en famille, aux amis, sans se tromper, comme pour dire :

    — Vous le voyez, il me reste quelque chose du latin que j’ai appris.

    Ce fut le sens du mot opus qui s’obscurcit d’abord. Hubert ne trouvait qu’avec peine le mot correspondant. Il le perdit tout à fait. Opus n’était plus qu’un sou étranger, percé, cassé, rouillé, sans valeur.

    — Supprimons opus, se dit Hubert.

    Et il prit l’habitude de refuser une moitié de pomme, un verre de liqueur en ces termes :

    — Finis coronat !

    Cela suffisait. Personne ne regrettait le reste. On devinait encore qu’Hubert voulait dire :

    — Merci ; assez pour une fois. J’en ai jusque-là.

    Et ceux qui avaient la tête le plus dure, comprenaient au moins l’un des deux mots, le mot finis : finis, j’ai fini, ça va de soi, n’importe qui, un enfant saisirait. Quant au mot coronat, peu à peu inintelligible, il frappait par sa sonorité et son mystère. Quel sens lui donner ? À quoi servait-il ? Nul ne savait, mais chacun souriait de confiance, car il faisait bien à sa place.

    Il fit mieux encore, dès qu’Hubert s’avisa de le prononcer seul. Il rejeta décidément finis, inutile et banal, et ne garda que coronat.

    Et, aujourd’hui, la marque originale d’Hubert devenu vieux, ce qui le distingue des autres hommes du village, c’est de répondre à tout propos : Coronat, coronat.

    Il ne dit plus ni oui, ni bonjour, ni : ça va ? ni : au revoir ! il dit coronat. Il remue sa tête blanchie et pousse son coronat comme un grognement familier appris en classe ou en nourrice." (Bucoliques, 1905 : Gallica)


     


     

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    1647  face ouest de l'appui de la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1647 face ouest de l'appui de la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1647, face ouest de l'appui de la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1647, face ouest de l'appui de la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1647, face ouest de l'appui de la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1647, face ouest de l'appui de la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Les gargouilles encadrant la balustrade.

     

    Les gargouilles encadrant la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Les gargouilles encadrant la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Les gargouilles encadrant la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Les gargouilles encadrant la balustrade, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    1680. Pignon est.

     

    1680. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    1680. église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Au  Nord du chevet, à droite de la fenêtre murée.

    H.H.F /  CREVEN / GDSA

    Mad Danguy des Déserts parle au sujet de cette inscription d'un véritable rébus qu'elle déchiffre ainsi :

    Honorable Homme François Creven, Gouverneur de Saint-Antoine. 

    Elle explique qu'une chapelle dédiée à saint Antoine, patron de l'hôpital du Faou s'élevait au nord du chevet. La chapelle est mentionnée en 1643. Il existe encore un autel dédié à ce saint à gauche du chœur.

    On lit dans le registre de l'église :

    "1562 : Jane Monfort, veuve de Philippe Le Gac, fait fondation pour obtenir trois tombes prohibitives dans l'église de Christ, dont deux s'eutrejoignant, proche du marchepied du maître-autel, l'autre à l'entrée de la chapelle de Saint-Antoine."

     Le premier Janvier 1639 ... Je, Jan Le Gac, Sr. de Reuniou-Beuzit, Je donne ... A l'hôpital du Fou dédié à saint Antoine, 3 livres de rente et 3 livres aux pauvres du dit hôpital, le jour de mon enterrement. ». 

    Ce F[rançois] Creven est-il le fils de Charles Creven ? Ce dernier  épousa  Françoise Mallégol (née vers 1630), demeurant Kerlano à Rosnoën. Ils eurent  au moins cinq enfants : Louise (o 1651 au Faou), Marie (o 1656 au Faou) , Jean (né le 8.6.1663 à Rosnoën ) qui devient Prêtre, Jeanne (o 1666 Rosnoën) et ... François (témoin au décès de sa mère). Jean Creven (frère de François), prêtre à Rosnoën puis recteur à Sizun, est mentionné sur une inscription lapidaire que j'ai relevé sur l'église de Rosnoën avec la date de 1674. 

    http://famille.mallegoll.pagesperso-orange.fr/pageadditif.htm

    http://www.chtimiste.com/genealogie/bernard/dat1.htm


     

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    Inscription au nord du chevet, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Inscription au nord du chevet, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    La Vicomté du Faou.

    Dès le XIème siècle, les vicomtes du Faou tiennent une position enviable entre le Nord et le Sud de l´actuel département du Finistère. Ils s´appuient sur les sites fortifiés du Faou, de Daoulas et de La Roche Maurice et contrôlent l´arrière-pays qui va de la rade des monts d´Arrée entre les estuaires de l´Aulne et de l´Élorn.

    Autour de 1400, la vicomté s´étend sur dix-sept paroisses, mais en 1682, elle n´en comprend plus qu´une dizaine. Les Richelieu cèdent la vicomté en 1736 aux Rohan-Chabot qui, à leur tour, la vendent aux Magon de La Gervisais en 1762. Sous ce nom, Le Faou est érigé en marquisat en 1765.

     L´inventaire topographique du patrimoine architectural et mobilier du canton du Faou - Conseil régional de Bretagne 1997.

    http://poudouvre.over-blog.com/article-la-famille-de-beaumanoir-110903302.html

    Charles du Quélennec, baron du Pont, vicomte du Fou, épousa Catherine de Parthenay, dame de Soubise, il fut tué à la Saint-Barthélémy
    —Jeanne du Quélennec, héritière de son frère, épousa Jacques de Beaumanoir, vicomte du Besso,

    Jacques de Beaumanoir,  Chevalier, vicomte du Besso, de Médréac, seigneur de Villaines, échanson du roi Henri II et gentilhomme ordinaire du dauphin en 1559 & 1560 , il épousa en seconde noces le 12 février 1550 Jeanne de Quellenec, fille de Jean, baron du Pont et de Jeanne de la Maure. De ce second lit naquirent deux  autres enfants :  Toussaint de Beaumanoir , et Jacquemine de Beaumanoir,

    Toussaint de Beaumanoir (1554-1590) , Chevalier, vicomte du Besso, Baron du Pont, de Rostrenen. Marié à Anne de Guémadeuc, héritière de la seigneurie à Sévignac, il n'eut qu'une fille , Hélène de Beaumanoir.

     —Hélène de Beaumanoir, Baronne du Pont & de Rostrenen,  vicomtesse du Faou épousa successivement 1° René de Tournemine, Baron de la Hunaudaye puis 2° Charles de Cossé, marquis d'Acigné.

    Il n’hésita pas à prendre pour épouse Hélène, jeune et riche veuve. Mais, à peine marié, il se livra à de folles prodigalités, causant presque leur ruine.  Pour fuir ses violences, Hélène se réfugia dans sa baronnie de Rostrenen, non à Rostrenen même, le château n’ayant pas été relevé de ses ruines, (en effet, suite à la Ligue où Mercoeur le fit assiéger et après 4 sièges soutenus pendant 3 ans, il fut brûlé en 1593 en l’espace de 7 jours entiers), En 1621, le marquis d’Acigné redoubla de mauvais traitements envers elle, la séquestrant dans des places fortes, la forçant à s’engager dans des aliénations et des dettes, faisant abattre les arbres de ses terres, la menaçant même de mort. Elle trouva le moyen de faire porter ses plaintes au roi Louis XIII qui la fit mettre en liberté. En 1628, le marquis était banni du royaume par un arrêt du Parlement de Paris.

    En 1629, Hélène  laisse le soin de ses affaires à :

     Marie-Françoise de Guémadeuc,~1611 + ~1674 (Fille d’Honneur de la Reine Marie de Médicis) 
     sa nièce et héritière (de sable au léopard d'argent accompagné de six coquilles de même). Elle épousa en 1626  François de Vignerot (1609-1646) marquis de Pont-Courlay, général des galères (d'argent, à trois chevrons de gueules). Devenue veuve, elle épousa Charles Grivel de Gamache, comte d'Ourouer, qui porte d'or à la bande échiquetée de sable et d'argent à deux tires.

    Armand-Jean Vignerot du Plessis de Richelieu, 2e duc de Richelieu, né le 3 octobre 1629 au Havre de Grâce et mort le 20 mai 1715 à Paris.  Il est pair de France, prince de Mortagne, marquis du Pontcourlay, comte de Cosnac, de Barbezieux, de Cozes et Saujon, seigneur propriétaire de la juridiction et vicomté du Faou, Irvillac, Logonna et Villeneuve, baron du Pont. Officier de marine, il devint Général des galères Héritier d'un bien considérable, il dépense tout, et se retrouve bientôt criblé de dettes. En 1661, il vend pour 200 000 livres sa charge de général des galères. Il abandonne aussi son titre de gouverneur du Havre. En 1675, durant la révolte des Bonnets rouges, son château de Pont-l'Abbé est pillé, puis incendié . En 1685, il vend sa baronnie du Pont. 

    — Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis , duc de Richelieu (1696-1788)

    —  Les Richelieu cèdent la vicomté en 1736 au duc de Rohan-Chabot

    —  En 1756, aux décès du chevalier Louis Bretagne Charles de Rohan-Chabot, prince de Léon, et de sa sœur Gabrielle-Sophie de Rohan-Chabot, les terres et seigneuries du Faou, de la Villeneuve, de la châtellenie d'Irvillac et Logonna (aux paroisses de Rosnoën, Hanvec, Guimerch, Lopérec) revinrent aux familles de Châtillon, d'Enrichemont, de Broglie et de Poiryanne. Elles étaient louées, avec leurs greffes — de 1750 à 1759 — pour 16.750 livres à M. Le Roy, sieur du Pontois.

     

    Ces propriétés furent vendues le 11 septembre 1762 par les mêmes héritiers, au-dessous de la moitié de leur valeur, pour 83.336 livres à messire Nicolas Magon, seigneur de la Gervaisais et de la Gicquelaye, conseiller au Parlement, lieutenant général des armées du Roi (1671-1765). C'est alors qu'elles portèrent le nom de « marquisat de la Gervaisais et du Faou ».  Archives départementales 

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Magon_de_La_Gervaisais
    Décoré de l'Ordre de Saint-Louis. 

    Sur le crépis qui mure l'ancienne baie nord, on trouve un blason  qui associe sous la couronne de marquis les armoiries à mi-parties des Magon de la Gervaisais D'azur au chevron d'or acc en chef de deux étoiles du même et en pointe d'un lion aussi d'or couronné d'argent et de la Bourdonnaye  de gueules à trois bourdons d'argent posés en pal  (Bourdon = bâton de pèlerin muni de deux pommes -sphères-, l'une au trois quarts, l'autre au sommet). Voir ici la source de ces info et de l'image


    Ce sont donc les armes de Nicolas II Magon de la Gervaisais, fils de Nicolas I de la Gervaisais, (né le 21 août 1721 à Saint-Servan), marié le 28 avril 1762 à Rennes-Saint-Aubin avec Marie-Flore de la Bourdonnaye-Montluc (née vers 1735), conseiller-secrétaire du Roi près le Parlement de Bretagne, qui fut propriétaire depuis 1767 de la vicomté du Boschet en Bourg-des-Comptes.

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    Armoiries de Nicolas Magon de La Gervaisais, et de son épouse, Marie-Flore de La Bourdonnais, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Armoiries de Nicolas Magon de La Gervaisais, et de son épouse, Marie-Flore de La Bourdonnais, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Sculptures extérieures.

    Les  inscriptions lapidaires de l'église saint-Sauveur du Faou (29).
    Les  inscriptions lapidaires de l'église saint-Sauveur du Faou (29).
    Les  inscriptions lapidaires de l'église saint-Sauveur du Faou (29).
    Les  inscriptions lapidaires de l'église saint-Sauveur du Faou (29).
    Les  inscriptions lapidaires de l'église saint-Sauveur du Faou (29).
    Les  inscriptions lapidaires de l'église saint-Sauveur du Faou (29).

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    Je conclurai – finis coronat opus !– par la Vierge de Pitié de l'église. Datant du XVIe siècle, classée au titre d'objet le 05/09/1969, PM29000249, elle est remarquable notamment par la présence de trois angelots qui soutiennent, l'un le pied, l'autre la main, et le troisième la tête du Christ.

    Elle mériterait une restauration.


     

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    Vierge de Pitié, XVIe siècle, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vierge de Pitié, XVIe siècle, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Vierge de Pitié, XVIe siècle, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vierge de Pitié, XVIe siècle, église Saint-Sauveur, Le Faou. Photographie lavieb-aile.

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    SOURCES ET LIENS.

     

    —  Anonyme, Monuments et objets d'art du Finistère (année 1979) : Le Faou, église Saint-Sauveur Anonyme 1979 Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (107, p. 324-325)

    — CASTEL (Yves-Pascal), 1978, Monuments et objets d'art du Finistère (année 1979) : Le Faou, église Saint-Sauveur, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (106, p. 300-301)

    — CASTEL (Yves-Pascal) et DEUFFIC (Jean-Luc , 1983, La construction du clocher du Faou en quatre campagnes de travaux de 1628 à 1647, Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tome CXII, pages 117-122.

    — CASTEL (Yves-Pascal), 1990, Monuments et objets d'art du Finistère (année 1990) : Le Faou, église Saint-Sauveur Yves-Pascal Castel 1990 Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (119, p. 146)

    — CASTEL (Yves-Pascal), 1991,.Essai d'épigraphie appliquée. Dates et inscriptions sur les croix et calvaires du Finistère du XVème au XVIIIème siècle Ouvrage: Charpiana : mélanges offerts par ses amis à Jacques Charpy..Fédération des Sociétés Savantes de Bretagne, 1991.

    — CASTEL (Yves-Pascal), 1997, En Bretagne. Croix et Calvaires  / Kroaziou ha Kalvariou or Bro

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c7ab1cc53d0ef299b5bb65ed3764d18c.pdf

    — CENTRE GÉNÉALOGISTE DU FINISTÈRE . Les outils du généalogiste. 

    http://www.cgf.asso.fr/users/cgfadmin/lesoutils/

    COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

    http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FAOURUME.pdf

    — DANGUY DES DESERTS (Mad), 2001, avec la coll. de  Y-P Castel , Le Faou. L'église Saint-Sauveur 1544-1680. Edité par l'Association Ar Faou, Imprimerie Sofag, Le Faou, 32 pages.

    — DOUARD Chrystel, 1995, inventaire topographique, Inventaire général.

    http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_8=REF&VALUE_8=IA29000017

    — LECLERC (Guy), 1991,Monuments et objets d'art du Finistère (année 1991) : Le Faou, église Saint-Sauveur Guy Leclerc 1991 Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (120, p. 155-159 et p. 161-164) ;

    — LECLERC (Guy), 1996-97, Monuments et objets d'art du Finistère (année 1996) : Le Faou, églises Notre-Dame de Rumengol et Saint-Sauveur du Faou  Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (126, p. 145-149)

    — LECLERC (Guy), 2000, Monuments et objets d'art du Finistère. Etudes, découvertes, restaurations (année 2000) : Le Faou, église Notre-Dame de Rumengol, porche méridional, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère 2000, (129, p. 59-62)

    — LECLERC (Guy)  2003, Monuments et objets d'art du Finistère,  Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (132, p. 129-135)

    — MOREL  David, 2005, « Signes lapidaires, techniques et qualifications en Auvergne au XIIe siècle », Siècles [En ligne], 22 | 2005, mis en ligne le 07 juillet 2014, consulté le 24 novembre 2016. URL : http://siecles.revues.org/1952

     

    — PÉRON & ABGRALL (Jean-Marie), 1909, Notices... Le Faou, Bulletin de la Commission Diocésaine d'architecture et d'archéologie , Kerangal (Quimper), page 123:

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1099887/f121.image

    — RENARD (Jules), 1898, Bucoliques, P. Ollendorf, Paris, 1 volume 343 p. pages 152-154

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5445880d/f162.item.r=coronat.langFR

    — Ržiha (Franz ),1889, Studien über Steinmetz-Zeichen (1889, réédition allemande en 1983)  Études sur les marques de tailleurs de pierre (la géométrie secrète, l'histoire, les rites & les symboles des Compagnons tailleurs de pierre du Saint Empire Romain Germanique & de la Grande Loge de Strasbourg).

    Jean-Pierre Laurant, « Franz Ržiha, Études sur les marques de tailleurs de pierre, la géométrie secrète, l'histoire, les rites et les symboles des compagnons tailleurs de pierre du Saint-Empire romain germanique et de la Grande Loge de Strasbourg », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 156 | octobre-décembre 2011, document 156-99, mis en ligne le 17 février 2012, consulté le 24 novembre 2016. URL : http://assr.revues.org/23561  http://compagnonnage.info/blog/blogs/blog1.php/2010/12/03/rziha-etudessurlesmarquesdetailleursdepierre

    — VIOLLET-LE-DUC (Eugène) , "Clocher" in Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle. Edition Bance-Morel de 1854 à 1868.

    https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle/Clocher

    — Infobretagne :

    http://www.infobretagne.com/faou.htm

    — Topic-topos :

    http://fr.topic-topos.com/eglise-notre-dame-le-faou

    — Médiathèque des Monuments historiques

    http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/mdp_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=LMER,LPAL&VALUE_98=PA00089925

    — Marques de tailleurs de pierre :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Marque_de_t%C3%A2cheron

    http://www.compagnonnage.info/compagnons-tailleurs-de-pierre/reseaux.htm

    — Marques en la cathédrale de Strasbourg sous le règne du Maître d'Œuvre Hans Thomann Uhlberger (1565-1608)

    http://judaisme.sdv.fr/synagog/basrhin/a-f/bischhei/miqve.htm

    — Marques de la cathédrale de Strasbourg:

    http://www.strasbourgphoto.com/marque-des-tacherons/

    —http://www.compagnonnage.info/compagnons-tailleurs-de-pierre/traces.htm

    — http://www.editionsgaud.com/download/chantier.pdf

    — Yves Esquieu Andréas Hartmann-Virnich, Anne Baud Frédérique Costantini Rollins Guild Dominique, Pitte Daniel Prigent Isabelle ParronNicolas Reveyron Benjamin Saint-Jean-Vitus Christian Sapin Joëlle Fardieu, "Les signes lapidaires dans la construction médiévale : études de cas et problèmes de méthode" Bulletin Monumental  Année 2007  Volume 165  Numéro 4  pp. 331-358

    http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2007_num_165_4_1489

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    Published by jean-yves cordier - dans Inscriptions Le Faou
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    5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 16:27

    Les fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou (29).

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    La cuve baptismale de l'église Saint-Sauveur du Faou est, de l'avis général, d'un intérêt exceptionnel. Elle est classée par les Monuments historiques depuis le 10/11/1906 :

    http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/memoire_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_5=LBASE&VALUE_5=PM29000246

    Chrystel Douard, Inventaire général 1995 :

    http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palsri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=IM29003537

     

    Ces fonts baptismaux sont en pierre de kersanton, issue d'une carrière voisine en Rivière de Daoulas.

    Kersantite : Louis Chauris distingue 4 faciès de cette roche remarquable par sa facilité initiale  de taille, et sa dureté ultérieure: celui de Kersanton (Loperhet) de couleur noir verdâtre, c’est le plus tendre ; celui de Rosmorduc (Logonna-Daoulas) gris foncé, presque noir, grain très fin, très dur celui de la pointe du Château (Logonna-Daoulas) gris bleuté, grain fin, très dur ; et celui de Rhunvras (L’Hopital-Camfrout) gris bleu à gris vert, grain moyen et de bonne tenue à l’altération. C'est la pierre de prédilection des plus grands sculpteurs de calvaires et de statues de la région (Roland Doré et Julien Ozanne).

    Ils sont installés depuis le XIXe siècle au centre d'un baldaquin en bois, au pavement octogonal,  qui les mettent en évidence mais ne facilite pas leur examen. (C'est à quatre pattes dans l'étroit couloir que je terminerai ma visite). A contrario, une minuterie procure un éclairage efficace, et deux panonceaux explicatifs illustrés procurent les informations souhaitées. Elle résument les travaux d'un érudit local,  Guy Leclerc, Frère de la Congrégation des Frères de l'Instruction chrétienne de Ploërmel. Professeur d'histoire à la retraite (en 2006), auteur d'ouvrages et d'articles dans le domaine du patrimoine religieux. 

     Cette " cuve baptismale aux serpents" polychrome est grossièrement ovalaire, avec deux faces principales (sud et nord), à couple de serpents,  et deux faces plus étroites formant l'arrondi. Le décor de la face est (vers l'autel) a été martelée (armoiries ? on y relève encore des traces de polychromie et de dorure). Le coté opposé (vers le fond de l'église) est relié par un tuyau de plomb à un réservoir en granite qui sert de déversoir. Ces quatre faces sont centrées par de blonds et frisés chérubins.  Des banderoles portent des  inscriptions. 

    Vue de profil, elle est évasée de forme semi-ovoïde et est scellée à une base rapportée en granite, cylindrique. Ses dimensions sont les suivantes (Inventaire général 1995) :  hauteur = 92cm ; largeur 90cm ; profondeur 67 cm ; dimension du petit bassin 52 cm de haut. Socle rapporté de 53 cm de haut.  

    En réalité, il s'avère qu'il s'agissait de l'ancienne vasque de fontaine datant de la seconde moitié du 16e siècle et qui fut transformée, depuis une date non déterminée, en fonts baptismaux.  Selon Chrystel Douard, "Socle, cuve secondaire, parties en plomb et en bois pourraient être contemporains du baldaquin mis en place en 1881 ; l'inscription a été restaurée (ou mise en place ?) à la même époque. Le symbolisme des quatre fleuves et du paradis terrestre, pas nécessairement lié au baptême, pouvait déjà figurer sur ces vestiges de fontaine civile dont on ignore l'origine. Le léopard pourrait être une allusion héraldique à la famille du Faou dont les armoiries étaient d'azur au léopard d'or. Les quatre têtes d'angelots aux bouches percées (obstruées depuis l'usage en tant que fonts baptismaux) servaient à cracher l'eau."

     

    Rappel :

     

    Le terme fonts baptismaux est composé de deux mots : l’un emprunté au verbe grec baptizô signifiant "plonger, immerger", et l’autre au mot latin fons signifiant "source, fontaine", et donnant au pluriel fontes.

    Au cours des premiers siècles, on baptisait dans les rivières, les fleuves. Plus tard, le baptême s'effectua dans des fonts placés dans les églises d'abord  par immersion : c'est à dire en plongeant le catéchumène dans l'eau ; puis vers le XIIIe siècle  par infusion (ou effusion) : en versant de l'eau sur la tête (le front) du néophyte. Nous avons ici des Fonts baptismaux par infusion.  Les églises sont orientées d'ouest en est et les fonts baptismaux se trouvent, le plus souvent, à gauche de l'entrée principale, souvent protégés par une clôture en bois ou en fer. Les fonts baptismaux en pierre, en marbre, en cuivre, en fonte, en plomb, varièrent de forme et d'ornementation suivant les siècles.

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    Vue par l'est des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vue par l'est des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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    La vue de haut montre la vasque au bord habillée d'un couvercle en bois fixé par des tiges en fer, et ses deux couvercles de plomb correspondant à la grande cuve bipartite de plomb. L'un est destiné à conserver l'eau baptismale, et l'autre (qui se vide par le tuyau de plomb du coté ouest) permet l'évacuation de l'eau versée sur la tête du nouveau baptisé. Le couvercle oriental est lui-même doté d'un couvercle carré à anneau. La cuve est pourvue d'anneaux dont quatre ont disparu.  La petite cuve liée aux fonts par un déversoir en plomb qui, lors de la pose, a abîmé la bouche de l'angelot.

     

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    Face supérieure des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Face supérieure des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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    La lecture des phylactères débute par le coté droit de la face sud. Rédigée en lettres capitales, elle est disposée sur deux lignes interrompues par les replis de la banderole. On lit ainsi facilement :

    PHISON  CEST

    LA : TERRE DE

    Pour lire la suite, il faut, armé de son calepin, faire, accroupi comme un indien sur le chemin de la guerre,  le tour de la cuve. Je me suis plié (au sens littéral) à ce rituel, pour constater que le chanoine Abgrall, qui m'y avait précédé en 1896, n'avait rien omis, si ce n'est la ponctuation. Nous avons donc chacun  lu et remis dans l'ordre, et transcrit (ponctuation) ceci :

     

    "Phison c'est celuy qui environne toute la terre de Hévila, là où croist l'or —

    Gehon, c'est celui qui circuit toute la terre d'Ethiopie.

    Tigris, c'est le troisième fleuve, va vers l'Assyrie.

    Euphrates, c'est le quatrième fleuve."

    Chrystel Douard a lu plus précisément :  GEHON CEST CELUI QUI/ CIRCUIT PHISON CEST CELUY/QUI ENVIRONNE TOUTE/TOUTE LA TERRE D'ETHIOPIE LA/TERRE DE HEVILA LA OU/CROIST L'OR (face sud). EUPHRATES ET LE TIGRIS CESTUY/ VA VERS [LE] QUASTRIEME FLEUVE IHS/ASSURIE TROISIEME FLEUVE (face nord)

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    Sur cette photo, nous voyons aussi à gauche une autre partie de l'inscription.

    CELUI QUI /  CIRCUIT :

    D ETHIOPIE

     

     

    Le chérubin a —comme ses trois collègues –  la bouche ouverte, comme la gueule d'une fontaine, ce qui fait de lui l'allégorie d'un des quatre fleuves  du Paradis mentionnés sur les banderoles. 

    Deux serpents, allégories des puissances du Malin auxquelles le catéchumène va échapper par le baptême, croisent leurs queues, et dardent leur langue vers le texte biblique.

    Au dessus de l'ange, un oiseau en vol (une colombe si on veut) s'oppose aux serpents, qui relèvent des forces chthoniennes (souterraines). Il symbolise les forces aériennes, célestes –ouraniennes – et la victoire de l'âme libérée. De son bec, la colombe tient l'extrémité du rouleau d'écriture, mais aussi la tige d'un rameau d'olivier, évoquant bien-sûr ce symbole de la Paix et de l'Espoir qu'est devenue la colombe de Noé, de retour vers l'Arche pour annoncer la fin du Déluge et la nouvelle Alliance de Dieu avec l'Humanité. Elle évoque aussi la colombe qui vint se poser au dessus du Christ lors de son baptême, et, par là, l'Esprit-Saint :

     "voici que les cieux s'ouvrirent et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux une voix disait: " Celui-ci est mon Fils bien-aimé : en Lui j'ai mis tout mon amour."" (Matthieu chap. 3 versets 13 à 17)

     

     

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    Vue sud des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vue sud des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Sur la vue est, nous retrouvons un deuxième chérubin (le front peut-être orné d'une broche), au dessus de fleurs, à coté d'un serpent enroulé sur lui-même, et, à gauche, les inscriptions  suivantes :

    CELUY QVI / ENVIRONNE TOVTE

    HEVILA : LA OV /CROIST LOR:

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    Vue est des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vue est des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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    La vue nord montre d'abord la suite du serpent précédent, et l'inscription:

    EUPHRATES / ET LE

    E QVATRIESME / FLEVVE/

    IHS

    La langue du serpent est dardée vers le monogramme du Christ.

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    Vue nord-est des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vue nord-est des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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    La vue suivante montre le deuxième serpent de cette face, visant de la langue cette-fois l'aile de la colombe.

    L'inscription est ici :

    TIGRIS CEST V

    ASSYRIE

    L'angle de vue permet de constater que les fleurs et rinceaux déjà observés constituent en réalité un véritable arbre. Comment ne pas penser aux deux arbres de l'Eden, "l’arbre de vie au milieu du paradis, avec l’arbre de la science du bien et du mal."

     

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    Vue nord-ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vue nord-ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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    La vue ouest montre bien-sûr le quatrième chérubin, le tuyau d'évacuation du récipient d'eau bénite, le quatrième oiseau, et les inscriptions :

    IESME FLEVVE // GEHON

    TOVTE

    .

     

     

    Vue ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vue ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Puisque notre tour est (presque) achevé, il est temps de réfléchir au texte des quatre inscriptions. Il s'agit des versets 11, 13 et 14 du deuxième Chapitre de la Genèse  relatant la Création du Monde et décrivant l'Eden. Le Géhon, le Phison, le Tigre, et l'Euphrate sont les noms des quatre fleuves du paradis.  Tigre et Euphrate sont les fleuves de la Mésopotamie, et le Phison, et le Geon étaient identifiés au Moyen Âge comme le Nil et l'Indus. Ces verset suivent immédiatement ceux-ci :  " L'Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l'arbre de la vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras."

    Il s'agit de la traduction du texte latin : 

     nomen uni Phison ipse est qui circuit omnem terram Evilat ubi nascitur aurum [...] et nomen fluvio secundo Geon ipse est qui circuit omnem terram Aethiopiae  nomen vero fluminis tertii Tigris ipse vadit contra Assyrios fluvius autem quartus ipse est Eufrates.

    La relation entre ces quatre bras du fleuve primordial et l'immersion ou infusion du baptême est évidente. Au delà du Jourdain dans lequel le Christ fut baptisé, de la Mer Rouge dont la traversée fut fondatrice pour le peuple hébreu, du Jourdain que traverse l'Arche d'alliance  sous la conduite de Josué, le Fleuve de l'Eden représente une référence fondamentale, d'autant que sa division en quatre fleuves ouvre la symbolique du nombre quatre : quatre horizons, quatre Évangiles, mais surtout les quatre temps du signe de croix par lequel le fidèle fait profession de foi chrétienne. Les quatre fleuves peuvent représenter l'ensemble de l'univers, comme dans la mosaïque de l'ancien palais épiscopal de Die (Drôme). Leur figuration peut alors faire des fonts baptismaux  une délimitation d'un espace sacré cosmique au sein duquel le sacrement va se dérouler. 

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Accueil_principal

    On trouve ces quatre fleuves mentionné dans le rituel du baptême de l'Ordo Romanum. Ils servent de base aux fonts baptismaux d'Hildesheim en bronze, de 1226 : 

    Ces fonts, larges d'environ un mètre pour deux mètres de hauteur, comprennent deux parties, la cuve et le couvercle. À la base de la cuve sont représentés les quatre fleuves du paradis, qui sont mis en relation avec les quatre vertus cardinales, les quatre grands prophètes, les quatre évangélistes. Quatre scènes figurent sur la cuve : Vierge à l'Enfant avec le donateur, passage de la mer Rouge sous la conduite de Moïse, baptême de Jésus par Jean, Josué et l'arche d'alliance passant le Jourdain pour entrer en la Terre promise. Sur le couvercle on a les quatre genres de baptême : l'eau, le martyre, la pénitence et les bonnes œuvres. Quatre vers expliquent l'iconographie de la cuve et quatre celle du couvercle. Aux quatre points cardinaux les personnifications des fleuves «irriguent le monde» avec leurs jarres renversées d'où l'eau s'écoule. Au-dessus de chaque fleuve est associée étroitement, dans un médaillon, une vertu cardinale, ces vertus qui à leur tour «baignent les cœurs libérés du péché».  Phison est assimilé à la Prudence, Le Géon, ouverture de la terre, désigne la Tempérance, le Tigre rapide signifie la Force, et l'Euphrate  fertile indique la Justice».

    https://en.wikipedia.org/wiki/Baptismal_font_(Hildesheim)

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    Fonts baptismaux 'Hildesheim (Basse-Saxe) in Favreau http://www.persee.fr/docAsPDF/ccmed_0007-9731_1995_num_38_150_2609.pdf

    Fonts baptismaux 'Hildesheim (Basse-Saxe) in Favreau http://www.persee.fr/docAsPDF/ccmed_0007-9731_1995_num_38_150_2609.pdf

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    Ce sont eux que les spécialistes reconnaissent généralement dans les quatre bustes anthropomorphes qui ponctuent les angles de nombreux fonts baptismaux, notamment ceux réalisés en pierre bleue de Tournai au XIIe siècle :

    Ces fonts baptismaux peuvent être mis en relation avec une série d'œuvres similaires par la forme, le décor et l'utilisation de la pierre calcaire de Tournai dite pierre bleue et sont datables de la 2e moitié du 12e siècle ou du début du 13e siècle. De nombreuses églises en Thiérache conservent de semblables fonts, ainsi à Jeantes, Bancigny, Saint-Clément ou Martigny. Ces œuvres ont été exécutées dans le cadre des centres de production du Nord de la France et de la vallée mosane du 12e siècle. Elles sont parmi les créations les plus originales de la sculpture romane du 12e siècle. Le décor de têtes anthropomorphes sous un réseau d'arcatures, d'animaux fabuleux affrontés et de rinceaux a fait l'objet de plusieurs interprétations iconographiques et symboliques, le combat des deux animaux seraient ainsi une allusion à la lutte du Bien et du Mal.  (Inventaire Général de Picardie)

    DATATION.

    Le panonceau de l'église indique : "L'église est rebâtie entre 1544 et 1680. Classée en 1996 (? Erreur, le classement date de 1906) , cette cuve date probablement du début du XVIe siècle et se trouvait dans l'église précédente dont il reste quelques traces."

    Cette datation n'est pas approuvée par Chrystel Douard, ingénieur d'études au ministère de la Culture et ensuite à la région Bretagne au service de l'inventaire du Patrimoine dans sa mission de 1995. Elle propose de  dater la vasque de fontaine de la seconde moitié du XVIe siècle, soit 1550-1599, et sa transformation en fonts à une date non déterminée. 

    Si on considère que les inscriptions sont authentiques, je voudrais faire remarquer que leur texte procure des informations importantes.

    En effet, ce texte est une traduction en français de la bible latine.

    a) La première Bible imprimée fut celle de Lefèvre d'Étaples en 1530. J'y lis, pour les versets incriminés, ceci :

    A ung est nommé Physon. Cest celuy qui environne toute la terre de Evilath la ou croist lor. Et le second fleuve est nommé Geon, cestuy est lequel environne toute la terre de l'Ethiope. Et le nom du troisième fleuve est Tigris : cestuy va contre les Assyriens." La Saincte Bible, Martin Lempereur, Anvers sur  Gallica

    b) En 1535 paraît La Bible qui est toute la saincte escriture en laquelle sont contenus, le Vieil Testament et le Nouveau, translatez en Francoys, par Olivétan. Au verso du titre se trouve une épître latine de Calvin (alors âgé de vingt-cinq ans) : À tous empereurs, rois, princes et peuples soumis à l'empire de Christ. Dans cette épître, Calvin revendique pour chacun le droit de lire l'Écriture.

    A lung est nom Phison. Cest cestuy qui environne toute la terre de Hevilach làou croist lor. Let le nom du second fleuve est Gehon : cestuy est qui circuit toute la terre de Ethiope. Et le nom du troysiesme fleuve est Hidekel : cestuy va vers Assyrie. Et le quatriesme fleuve est Euphrates

    c)  En 1550, nous disposons de la "Bible louvaniste" :La Saincte Bible nouvellement translatée de latin en françois, selon l'édition latine, dernièrement imprimée à Louvain, reveue, corrigée & approuvée par gens sçavants, à ce députez : à chascun chapitre sont adjouxtez les sommaires, contenants la matière du dict chapitre, les concordances, & aucunes apostilles aux marges par Bartholomy de Grave (Louvain)  Anthoine Marie Bergagne (Louvain) et Jehan de Uvaen (Louvain) 1550

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k53708d/f17.item.zoom

    Le texte n'est pas non plus celui du Faou :

    A ung est nom Phison. C'est celuy qui environne toute la terre de Hevilath, là où croist l'or.Et le nom du second fleuve est Gehon. C'estuy est, lequel environne toute la terre d'Ethiopie. Et le nom de troisiesme fleuve est Tigris. Cestuy va contre les Assyriens

    d) La Bible de Jean de Tournes de 1561 doit être écartée également. Certes on trouve: "qui circuit toute la terre d'Ethiopie" Mais aussi "Et le nom du troisiesme fleuve est Hiddecel".

    e) Par contre La Bible publiée par Jean de Tournes à Lyon en 1557 est très proche de notre texte faouiste (je voulais le placer) :  

    L'un est nommé Phison : c'est c'il qui environne la terre d'Hevilach, là où croist l'or. Le nom du second fleuve est Gehon : c'est celui qui circuit toute la terre d'Ethiopie. Le nom du troisieme fleuve est Tigris : cestui va vers Assyrie. Et le quatrième fleuve est Euphrates

    Je le confronte au texte des banderoles :

    "Phison c'est celuy qui environne toute la terre de Hévila, là où croist l'or —

    Gehon, c'est celui qui circuit toute la terre d'Ethiopie.

    Tigris, c'est le troisième fleuve, va vers Assyrie.

    Euphrates, c'est le quatrième fleuve."

    Il n'y a pas identité, mais la plupart des caractéristiques sont réunies.

     

    f) Par contre il faut écarter  La bible qui est toute la sainte escripture. etc. (Les pseaumes mis en rime francoise par Clement Marot et Theodore de Beze.)- Geneve, Sebast. Honorati  parue en 1570 et qui parle d'"Hidekel"

    L'un est nommé Phison : c'est celuy qui environne toute la terre d'Hevilath, là où croist l'or . Et le nom du second fleuve est Gehon : c'est celuy qui circuit toute la terre d'Ethiopie. Et le nom du troisième fleuve est Hidekel : c'estuy-la va vers l'Orient d'Assyrie. Et le quatrième fleuve est Euphrates.

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    En conclusion, il me parait possible d'affirmer que les inscriptions sont celles de la vasque d'origine, et qu'elles ont trouvé leur source dans une bible en français traduite vers 1557 ; et peut-être même adaptée de la Bible de Jean de Tournes parue à Lyon en 1557. Une date plus tardive est moins probable, puisque les traductions abandonnent les formes troisiesme, quatriesme, cestuy, etc et  introduisent les c et l apostrophes .

    Cette démarche abonde dans le sens de Chrystel Douard et propose une fourchette plus resserrée entre 1555 et 1570. 

    Mais surtout, cela fait apparaître un élément essentiel : les inscriptions de la vasque se réfèrent au mouvement de traduction du latin en français qui est celui des humanistes (le catholique Jacques Lefèvre d'Étaples, 1450-1537) puis de la Réforme (Olivétan, 1506-1538, cousin de Jean Calvin). L'imprimeur lyonnais Jean II de Tournes (1539-1615) , Imprimeur du Roi, était un protestant huguenot dot les presses furent saccagées en 1564 lors des Guerres de Religion tandis qu'il était emprisonné durant deux mois. Il fut emprisonné à nouveau en 1572, mais échappa à la Saint-Barthélémy. En 1585, il s'installa à Genève.

    Or, il est intéressant de noter que les vicomtes du Faou appartenaient à la famille du Quélennec. La seigneurie du Fou est une très ancienne vicomté en l’évêché de Cornouaille en Basse-Bretagne, les seigneurs d’icelle portaient le nom de leur terre et en armes d’azur au léopard d’or.  Quels sont les seigneurs vers 1550-1600 ?

    a) Jean V du Quélennec (né vers 1520), seigneur du Quélennec, baron du Pont, et de Rostrenen, vicomte du Faou et de Coëtmeur, mariée en 1538 à Jeanne de Maure. Or, cette dernière était protestante : "et habite son manoir de la Clarté avec ses enfants. Elle vient parfois en l'église de Cornillé assister au prêche. Elle le fait faire par un ministre qu'elle amène avec elle et fait monter en chaire, usant du droit que lui donne la qualité de son fief d'y faire exercer son culte." (Wikipédia)

    b) Charles II du Quélennec, dit de Soubise (1548 † Assassiné le 24 août 1572 - Paris, pendant les Massacres de la Saint-Barthélémy peu après l'Amiral de Coligny), seigneur du Quélennec, vicomte du Faou, baron du Pont, et de Rostrenen. Il embrasse la religion réformée, chasse les chapelains de la chapelle de Saint-Tudy en son château du Pont, et fait faire des prédications par le pasteur protestant Claude Charretier. Il prend le nom de Soubise après son mariage avec l'héritière des Parthenay, mais il est fait prisonnier à Jarnac. Il s'évade et reprend le combat sous les ordres de René de Rohan, mais il est accusé d'impuissance par son épouse ; menacé d'un procès, il l'enferme dans son château de pont avant de trouver la mort au Louvre après avoir combattu vaillamment en étant défenestré. Marié le 20 juin 1568 (Château du Parc - Mouchamps) à Catherine de Parthenay-L'Archevêque (22 mars 1554 - Parc en Poitou † 26 octobre 1631 - Parc en Poitou), dame de Soubis  e. Veuve à 18 ans,  celle-ci se remarie en 1575 avec René II de Rohan, élevé dans le culte réformé , et aménage les principales résidences des Rohan (Blain, Pontivy et Josselin) tout en y développant des églises protestantes.

    c) Jane du Quélennec, héritière de son frère Charles, épousa Jacques de Beaumanoir, vicomte du Besso.

    Pendant les guerres de la Ligue (1562-1598), Le Faou fut pillée  et soumise à rançon par Anne de Sanzay, comte de la Magnane, notamment en novembre 1593.

    La vasque de kersanton fut donc sculptée dans la seconde moitié du XVIe siècle, alors que les versets de la Genèse qui y furent gravés en français étaient copiés de Bible issues de la Réforme, et  au moment même où les vicomtes du Faou étaient protestants. Leur blason d'azur au léopard d'or figurait  peut-être sur la vasque, là où la pierre a été martelée.

    Qu'en conclure ? Je l'ignore... mais ce léopard d'or me fait me souvenir qu'un lion figure, selon les commentateurs, sur ces fonts, et que je n'y ai pas prêté garde. Mais, j' y pense, ne parlaient-ils pas aussi d'un chien ? Et d'un cerf ?

    Vite, j'y retourne.

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    OÙ JE ME LANCE À QUATRE PATTES SUR LA PISTE D'UN LION, D'UN CHIEN ET D'UN CERF.

    Je trouve le lion assez facilement. Il m'attendait, dressé sur ses pattes de derrière, à la gauche de la face sud. Il est rampant et non passant, c'est à dire qu'en terme héraldique il n'est nullement léopardé et n'a rien à voir avec le meuble du blason des vicomtes du Faou. Par sa langue et par sa queue au pinceau de poil particulièrement touffue, il semble se défendre contre l'attaque du serpent. Par contre, ces pattes avant tiennent un phylactère qui devait être plus lisible avant l'adjonction d'un déversoir. On y lirait alors JESUS / MARIA / ANNA, la banderole étant tenue de l'autre coté par  une main coupée.

    Le panonceau de l'église  suggère que l'inscription devait être différente jadis.

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    Vue sud des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vue sud des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Émile Mâle a écrit de belles choses sur le Lion, symbole de résurrection, en raison de la croyance commune dans les Bestiares du Moyen Âge  que la lionne mettait bas des petits qui semblaient morts-nés. Pendant trois jours, les lionceaux ne donnaient aucun signe de vie, mais le troisième jour, le lion venait et les ranimait de son souffle puissant. Ainsi, la mort apparente du lionceau s'apparentait au séjour du Christ dans son tombeau, avant sa Résurrection tertia die. Voir Sancti Epiphani ad Physiologus,  Christophe Plantin, Anvers 1588

     

    Vue sud des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vue sud des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Pour voir le chien, il faut repérer sa queue en crochet rougeâtre sous la patte avant du lion. Lorsque vous la tenez, ne la lâchez plus et accroupissez-vous dans la poussière. Vous comprenez que ce que vous preniez pour la tête d'un bouquetin sont les pattes arrières en pleine course d'un chien de chasse. 

    Ce n'est pas le moment de faiblir.

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    Vue sud-ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vue sud-ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Vue ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vue ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Vue ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vue ouest des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Coincé dans un minuscule espace entre la balustrade du dais, la cuve, et le déversoir, vous allez devoir maintenant passer de l'autre coté du tuyau, où il est devenu évident que vous allez découvrir le cerf. Mais l'éclairage de la minuterie laisse cette partie dans l'ombre, et l'affaire se transforme en une équipée spéléologique dans des grottes rupestres . De fantastiques images se dévoilent en ocre sur la paroi de calcite et vous admirez comment, voici des millénaires, l'artiste a su profiter des reliefs naturels de la cuve pour faire frémir le flanc de l'animal qui, haletant, vous jette un regard complice (oxyde de manganèse et charbon de bois ?).

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    Vue depuis le point vernal  des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vue depuis le point vernal des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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    Vue depuis le point nemo  des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vue depuis le point nemo des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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    A bout de souffle, vous tentez l'impossible pour obtenir sur le même cliché le chien et le cerf. Vous installez votre appareil entre le tuyau de plomb et la cuve et tentez d'accéder au commutateur. Clic.

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    Vue acrobatique des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Vue acrobatique des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Longtemps, les aboiements de la meute ont retenti à ses oreilles (c'est le sens du grec katêkhéô, « faire retentir aux oreilles» ​​​​​​, qui a donné catéchumène). Le cerf a traversé à la nage le fleuve Géhon dont le nom signifie en hébreu "l'impétueux". Il est sauvé. Il devient un magnifique symbole de la renaissance et de la libération spirituelle. Pour d'autres, Géhon ou Gi'hôn vient du sumérien GIEN qui signifie "Les grands Ancêtres". Ce passage initiatique  à travers les eaux lustrales, primitives et ancestrales font de lui un Éveillé.

     

     

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    Chérubin des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

    Chérubin des fonts baptismaux de l'église Saint-Sauveur du Faou. Photographie lavieb-aile.

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    SOURCES ET LIENS.

    Sur les fonts de l'église du Faou :

    — Topic-topos.

    http://fr.topic-topos.com/cuve-baptismale-le-faou

    — ABGRALL (Jean-Marie), 1898,  "Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments du Finistère recueillies par M. l'Abbé J-M. Abgrall, Chanoine honoraire". In Congrès archéologique de France; LXIIIe séssion. Séances générales du  tenues à Morlaix et à Brest en 1896 par la Société française d'archéologie Paris, Caen 1898, page 123

    https://archive.org/stream/seancesgenerales1896cong#page/122/mode/2up/search/phison

    — COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

    http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FAOURUME.pdf

    — http://pormenaz.free.fr/Le-faou.php

    Sur les fonds baptismaux :

    — Dossier pdf "Cuves baptismales et fonts baptismaux : évolution formelle avant le XVIe siècle"

    http://www.culture.gouv.fr/documentation/memoire/CATALOGUES/fontsbapt/fontsbapt_histav16e/html/fontsbapt_histav16e.html

    — Dossier pdf "Cuves baptismales et fonts baptismaux : environnement des fonts"

     http://www.culture.gouv.fr/documentation/memoire/CATALOGUES/fontsbapt/fontsbapt_envir/html/fontsbapt_envir_image_1.html

    — https://fr.wikipedia.org/wiki/Fonts_baptismaux

    — Les Fonts baptismaux d'Hildesheim (Ier tiers XIIIe) :

    La bande la plus basse montre quatre figures humaines, qui soutiennent toute la cuve. Ce sont des personnifications des quatre fleuves du jardin d'Eden ( Genèse 2: 10-14 ). Chacun d'eux se déverse sur l'eau de la vie: Les quatre figures sont clairement distinctes par les vêtements, la posture, et la coiffure et symbolisent les différentes classes et phases de la vie. Dans une petite zone au- dessus de leurs têtes, ils sont identifiés par les vertus cardinales : la modération, le courage, la justice et la sagesse. 

    https://en.wikipedia.org/wiki/Baptismal_font_(Hildesheim)

    — Les fonts de Saint-Clément (Aisne) :

    https://inventaire.picardie.fr/dossier/fonts-baptismaux-cuve-baptismale-a-infusion/395d3f40-a71e-4372-88ef-07dc9b844074

    — A_Twelfth_Century_Baptismal_Font_from_Wellen_The_Metropolitan_Museum_Journal_v_44_2009 (1).pdf

    Baptismal font. Wellen, Limburg, Belgium, 1155–70. Bluestone . The Metropolitan Museum of Art, The Cloisters Collection

    In the Ordo romanus, the ritual of blessing the baptismal water alludes to the four rivers of Paradise—the Gehon, the Phison, the Tigris, and the Euphrates—that “water all of the earth,” like the waters of holy baptism. Patrologia Latina, vol. 78, “Romani Ordines,” 21, cols. 1015–16, and 42, col. 956. In early Christian iconography, the rivers of Paradise, associated with the Evangelists in the prayers of Saint Cyprian (ca. 200–258) and by Saint Augustine in the City of God,( Ibid., vol. 3, col. 1110, and vol. 31, col. 395) issue from human or lions’ heads. The four human heads on the Cloisters font are homogeneous enough in design to permit an interpretation of them as personifications of the rivers of Paradise, but the diversity among the heads on a number of other fonts prevents any such generalization. Despite their rather reassuring features, the heads may also have served an apotropaic function.

    FAVREAU (Robert), 1995, Les inscriptions des fonts baptismaux d'Hildesheim, Baptême et quaternité Cahiers de civilisation médiévale  Année 1995  Volume 38  Numéro 150  pp. 116-140

    http://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1995_num_38_150_2609

    — MÂLE ( Émile), 1922 L'art religieux du XIIe siècle en France : étude sur les origines de l'iconographie du moyen age

    https://archive.org/details/lartreligieuxdux00mluoft

    — MÂLE ( Émile),  L'art religieux du XIIIe siècle en France: étude sur l'iconographie du Moyen ... 1898

    https://archive.org/stream/lartreligieuxdu00mlgoog#page/n7/mode/2up

    page 20 : https://archive.org/stream/lartreligieuxdu00mlgoog#page/n45/mode/2up/search/lion

    page 55 Honorius d'Autin  :https://archive.org/stream/lartreligieuxdu00mlgoog#page/n79/mode/2up/search/lion

    page 149 Fonts baptismaux 4 fleuves https://archive.org/stream/lartreligieuxdu00mlgoog#page/n175/mode/2up/search/fonts

    —MÂLE ( Émile), 1922, L'art religieux de la fin du Moyen Age en France : étude sur l'iconographie du Moyen Age et sur ses sources d'inspiration, 1922,

    https://archive.org/stream/lartreligieuxdel00mluoft#page/n7/mode/2up

    — BOGAERT (P-M.) J.-Fr. Gilmont La première Bible française de Louvain (1550)  Revue théologique de Louvain  Année 1980  Volume 11  Numéro 3  pp. 275-309

    http://www.persee.fr/doc/thlou_0080-2654_1980_num_11_3_1779

    REUSENS, (Edmond Henri Joseph),1885, Éléments d'archéologie chrétienne :

    https://archive.org/stream/lmentsdarchologi01reus#page/178/mode/2up/search/fleuves

    — Fonts baptismaux de la Somme :

    http://www.richesses-en-somme.com/patrimoine-des-%C3%A9glises/fonts-baptismaux/fonts-bapt-du-10e-au-13e-si%C3%A8cle/

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