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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 10:18

Une pièce de la Tenture de l'histoire de Psyché (Sully-sur-Loire, >1609) : Psyché va chercher la laine d'or des brebis.

Exposition Le siècle de François Ier, Jeu de Paume, Chantilly.

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Le thème de Psyché, tiré du roman latin L'Âne d'or, de l'écrivain africain Apulée (IIème siècle après J.C.) connut un vif succès au moment de sa redécouverte au XVIème siècle. D'autant plus que le mythe de l'Amour et de Psyché se double d'une lecture allégorique et philosophique : Psyché signifie l'âme en grec et ses aventures symbolisent l'expiation, la rédemption et l'accession à l'immortalité de l'âme humaine. Ou de la façon dont l'Amour et la Beauté ont, pour l'être humain éphémère, quelque-chose d'impérissable. Dans une des péripéties de cette riche légende, Psyché est contrainte par Vénus, qui cherche la perte de cette humaine rivale, à récolter la laine de paisibles moutons, qui sont en réalité de terribles bêtes féroces si on les approche. Comment va-t-elle supporter cette épreuve ?

Vous le saurez en son temps, après avoir découvert les secrets de cette tapisserie. La résolution des épreuves initiatiques, cela se mérite.

Cette tenture de 3,60 m de haut et 5,10 m de large, en laine et soie, vient des appartements dits de Psyché du musée départemental du château de Sully-sur-Loire. Elle fait  partie d'un ensemble de six pièces ayant appartenu à l'épouse de Maximilien de Béthune II duc de Sully, et acquis par Gustave Lebaudy avec quelques souvenirs du ministre de Henri IV,  pour le château de Rosny-sur-Seine dont il était propriétaire depuis 1869. En 1994, elles ont été achetées après mise aux enchères de l'hôtel Drouot par  le Conseil Général du Loiret pour un montant de 910 000 Frs, et placées à Sully-sur-Loire. 

"Ayant figurées au château de Dizier (Loir-et-Cher), elles se trouvaient vers 1900 dans le hall d'entrée de l'hôtel Watel-Dehaynin, une grande demeure de la Belle-Époque, puis passa dix ans plus tard au château de Rosny, ancienne résidence de  sully (1559-1641) alors propriété de Paul Lebaudy.  C'est à ce même moment que la série fut étudiée par Max Petit-Delchet (1910)". (Vittet, 2009)

 

Ces tentures provenant d'un atelier parisien indeterminé et datée d'après 1609 (mariage du duc Maximilien de Béthune)  sont issues du retissage partiel d'une série de 26 pièces , d'une longueur totale de plus 126 mètres, qui a été acquis (et sans-doute tissé à son intention) par François Ier à des artisans flamands. Ces tapisseries contenaient des fils d'or et d'argent, ce qui a entraîné sous le Directoire leur destruction par le feu pour récupérer les métaux précieux...

La tenture de Sully-Crécy  qui nous occupe  a été datée par Jean Vittet vers 1609 grâce aux figures héraldiques visibles sur la bordure supérieure.  L'écu en losange signale que les armoiries sont celles d'une femme. Les armes en écartelé des familles de Béthune d'argent à la fasce de gueules  et de Créqui (ou Créquy) d'or, à un créquier de gueules attirent l'attention sur le mariage de Maximilien de Béthune II (1588-1634), le fils de "Sully" le ministre d'Henri IV , avec Françoise de Créquy : 

 Wikipédia : "Maximilien II de Béthune, marquis de Rosny, grand-maître de l'artillerie de France, fils du précédent ;  né en 1588, décédé le 1er septembre 1634, marquis de Rosny, prince d'Henrichemont, baron de Bontin, est un aristocrate français des xvie et xviie siècles.

Fils de Maximilien de Béthune, duc de Sully (1559-1641) et d'Anne de Courtenay (1564-1589), il fut Surintendant des fortifications et Grand maître de l'artillerie de France (1610) sous Louis XIII. Etant protestant, et beau-frère de Henri II de Rohan, il est démis de sa charge, en 1622.

Il épouse le 15 septembre 1609 Françoise de Créquy (morte le 23 janvier 1656), fille de Charles II de Créquy."

   

 

 

"Cette provenance semble confirmée par la présence du chiffre DB tissé en fils précieux sur la bordure inférieure, qui'il faut lire De Béthune, l'usage du XVIIe siècle étant parfois d'intégrer la particule dans le nom." (Vittet, 2009) Voir le chiffre de Henri de Béthune HDB relevée sur une reliure, et le chiffre  MPDH de Michel Particelli d'Hémery sur la tenture de Psyché du palais de Justice d'Orléans.

Néanmoins selon J. Vittet, la tenture n'apparaît pas à l'inventaire de Maximilien-François de Béthune (vers 1614-1661), fils unique de Maximilien II de Béthune et de Françoise de Créquy, alors qu'un ensemble de sept (et non de six) pièces d'une tenture de Psyché est mentionné dans l'hôtel parisien de Charles de Créquy, quai Malaquais, en 1687. Archives Nationales, Minutier central, CXIII, 135, 21 mars 1687 : Transcription des prisées du mobilier de l'inventaire dressé après le décès de "très haut et très puissant seigneur monseigneur Charles duc de Créquy, pair de France, prince de Poix ..." à la demande de sa veuve Armande de Lusignan, duchesse de Créquy", :

"Garde-meuble au dessus du grand escalier : 1 tenture racontant l'histoire de Psiché fabrique de Paris contenant sept pièces faisant vingt-cinq aulnes [20,50 m] sur 2 aulnes et demy [presque 3 m] de haut le tout ou environ doublé par bandes, prisé deux mil livres cy IIM livres."

Les six pièces de Sully mesurent, elles, 20,50 m sur 3,60 m.

Une série de six pièces.

La tenture de Sully-Créquy ne comporte, par rapport aux 26 pièces de son modèle appartenant à François Ier, que six pièces. Ce sont, pour reprendre les titres des gravures du Maître au Dé, :

  • Psyché desespéré par la fuite de l'Amour (fragment), 375 x 180 cm.
  • Psyché se jetant dans le fleuve, 365 x 240 cm.
  • Psyché raconte à ses sœurs son malheur, ou Les sœurs de Psyché la persuadent que son mari est un serpent, 360 x 340 cm.
  • Céres refuse d'aider Psyché, 368 x 320 cm
  • Psyché va chercher la laine d'or, 365 x 510 cm
  • Psyché sur la barque de Charon. 366 x 457 cm

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Armoiries parti Béthune et Créquy, tenture de Psyché, Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

Armoiries parti Béthune et Créquy, tenture de Psyché, Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

 

 

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On comparera la tenture à la gravure par le Maître au Dé du Musée du Louvre Inv. 4014, "Psyché allant sur l'ordre de Vénus chercher la Toison d'or" d'après un dessin perdu de  Michiel Coxie I, qui est une copie d'après Raffaello Santi, dit Raphael. 

 

 

 

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Pourtant, pour Jean Vittet, .les tapisseries de Sully-sur-Loire sont trop éloignées des gravures du Maître au Dé et de Veleziano pour accepter qu'elles aient inspiré les cartonniers. Il reprend donc l'hypothèse soulevée par Thomas Campbell, qui  voit dans le Flamand Pieter Coecke Van Aelst (1502-1550) l'auteur des cartons, en raison de la cohérence stylistique avec quatre autres tentures de Bruxelles réalisées pour les Habsbourg et les Médicis (les Poésies ; Vertumne et Pomone ; La Création du Monde ; La Conquète de Tunis). Pieter Coecke d'Alost , élève de Bernard Van Orley, accomplit un voyage en Italie avant de s'installer à Anvers en 1527 dans l'atelier de jan Van Dornicke, d'en épouser la fille et de succéder à son beau-père (inversement, sa propre fille épousera Pieter Brueghel l'Ancien). 

Comparer la Psyché présentée ici avec cette Ève : La Création du monde, Florence, Palazzo Putti avant 1551 : Dieu accuse Adam et Ève après la Chute. Tissée sous la direction de Jan de Kempeneer et Frans Ghieteels à Bruxelles Exposition Grand Design. Pieter Coecke van Aelst and Renaissance tapestry, Metropolitan Museum of Art, 2014-2015

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En somme, ces tentures n'ont pas la même source que les célèbres vitraux de la Galerie de Psyché à Chantilly, qui ont été exécutés de 1542 à 1544 pour décorer la galerie du château d'Ecouen, construit  pour le Connétable Anne de Montmorency (1493-1567), compagnon d'armes et ministre du roi François Ier, puis du roi Henri II. Les vitraux s'inspirent en-effet des gravures exécutées en Italie par Agostino dei Mussi, dit Veneziano (1490-1540) et Bernardo Daddi dit le Maître au Dé (actif de 1532 à 1550) d'après des dessins attribués à Raphaël, mais dus probablement au flamand Michiel Coxcie (1499-1592).  C'est un ensemble de 32 gravures (plus une planche non numérotée) édité pour la première fois par Antonio Salamanca – marque Ant Sal. exc.— vers 1530, légendés de vers en italien .

Raphael a peint les cartons de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina  (1516-1517) de Rome pour Agostino Ghigi, riche marchand siennois devenu banquier du Saint-Siège , et en laissa la réalisation à Guilio Romano et deux autres peintres. Plusieurs décors ont été réalisés ensuite sur le même thème en Italie dans la première moitié du XVIe siècle, à Naples par Polidoro da Caravaggio, ou au Palais du té de Mantoue par Guilio Romano. Ou à Gênes par Perino del Vaga pour la villa de Fassolo de   l'Amiral Andrea Doria, et à Rome par le même artiste au château Saint-Ange pour le pape Paul III.

En effet, le courant humaniste néoplatonicien florentin et ferrarais a interprété l'histoire de Psyché comme "la pleine communion de l'âme (Psyché) avec Dieu, l'adhésion parfaite de la volonté et de l'esprit à la vérité, qui en est l'objet." C'est ce qu'écrit Marsile Ficin, membre de l'Académie néoplatonicienne réunie à la villa Careggi,  dans le De Voluptate (1547).  Précisons que l'Histoire de Psyché s'achève par les noces d'Eros et de Psyché, et la naissance d'une petite Volupté.

AUTRES TENTURES DE PSYCHÉ VERS 1660.

Tenture de Psyché au château de Pau.

Un autre ensemble de tenture est conservé à Pau, depuis le XIXe siècle :

  "  Elle provient de l'atelier parisien de Raphaël de la Planche, Rue de la Chaise. Elle est composée de six pièces, dont cinq sont visibles dans le salon attenant à la chambre du roi, dit de ce fait, Salon Psyché. Le premier tableau montre une vieille fileuse contant l'histoire de Psyché à une jeune captive ; dans le deuxième, Psyché est amenée à son époux, le troisième représente le somptueux mais solitaire repas de la jeune épousée et le quatrième sa toilette, enfin dans le cinquième tableau, Psyché, désespérée d'avoir perdu son époux, implore l'aide de la déesse Cérès. Crdp Bordeaux  

Catalogue Joconde

Tenture à 8 fils d'or, laine et soie, haute lisse,   351 cm x 313 cm

La vieille raconte l'histoire de Psyché. (342 cm x 317 cm)

Le repas de Psyché (351 cm x 409 cm)

La toilette de Psyché

Psyché au temple de Céres. (353 cm x 212 cm)

Psyché portée sur la montagne

 

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Les tapisseries du palais de Justice d'Orléans. (Avant 1650)

Jusqu'en 2015, quatre tapisseries de l'Histoire de Psyché étaient conservées au  Palais de Justice d’Orléans où elles ont été installées après la Révolution FrançaiseElles portent en bordure le chiffre MPDH  de Michel Particelli d'Hémery, né à Lyon en 1596, contrôleur-général en 1643 sous Mazarin puis surintendant des Finances en 1648 sous la régence d'Anne d'Autriche. Elles ont ensuite constitué un des trésors du château du Duc de Penthièvre à Châteauneuf-sur-Loire. 

Le 6 septembre 2013, sur proposition de la Première Présidente de la Cour d’appel d’Orléans et du préfet de la Région Centre, l’Etat suggérait de les déposer au château de Sully . Le Département du Loiret, propriétaire du lieu, a accepté ce dépôt et s’est engagé à restaurer ces tapisseries classées Monument Historique depuis 1909. Un partenariat financier avec l’État a ainsi permis de sauver ces œuvres et de les présenter pour la première fois au public dans la chambre du roi du château de Sully, en juin 2015.  (magcentre.fr)

On y trouve notamment :

  • Psyché accueillie par Zéphyr dans le palais de l'Amour. 305 x 115 cm
  • Psyché raconte à ses sœurs son malheur (ou : Les sœurs de Psyché la persuadent que son mari est un serpent), 305 x 310 cm.
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Les tapisseries d'Azay-le-Rideau : vers 1560, Bruxelles, pour Giovanni Battista Castello pour son palais de Gênes,

  • Le repas de Psyché dans le palais de l'Amour.
  • Psyché reçoit ses sœurs dans le palais de l'Amour. Psyché découvrant l’Amour endormi ; Le sommeil de Psyché (?). 
  • Psyché et Cerbère.

(trois tapisseries de la même suite sont conservées à Londres et à Edimbourg).

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Les tapisseries du château de Cadillac (Gironde) :- scènes empruntées au   Maître au Dé, d’après Michel Coxcie, 1570-1580  Paris ou Fontainebleau.

 

  •  Zéphyr enlevant Psyché sur ordre de l’Amour
  • Psyché fait des présents à ses sœurs
  • Psyché regardant l’Amour endormi,
  • Psyché à la poursuite de Cupidon.

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Les tapisseries du château de Fontainebleau.

Elles comportent une bordure "à fonds orange marquetée de jaune, avec rinceaux entremeslez de crotesques. Les armes de France dans le milieu du haut,  et dans le milieu du bas deux L couronnés"" (inventaire général du Mobilier) et le n° d'inventaire 47. Elles sortent de l'atelier parisien de Sébastien-François de la Planche (fils de Raphaël,  et petit-fils de François), rue de la Chaise au Faubourg Saint-Germain. Il reste 4 pièces de la série originelle de 6.

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PSYCHÉ VA CHERCHER LA LAINE D'OR, TENTURE DE SULLY-SUR-LOIRE.

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Tenture de Psyché,  Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

Tenture de Psyché, Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

 


 

Tenture de Psyché,  Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

Tenture de Psyché, Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

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Il est temps d'entrer dans le vif du sujet. Que représente cette tenture ? Et, avant cela, que raconte l'Histoire de Psyché ? En voici un résumé :

"La légende de Psyché est une longue nouvelle enchâssée dans L’Âne d’or (ou Les Métamorphoses) d’Apulée (iie siècle après J-C). Dans ce célèbre roman, l’auteur raconte les aventures d’un certain Lucius transformé en âne pour avoir voulu percer les mystères de la magie. Condamné à errer à travers le monde, Lucius est confronté à plusieurs situations au cours desquelles lui sont narrés divers récits qui le conduisent peu à peu à la « purification » de son être. Sur sa route, il rencontre une vieille femme qui lui raconte le mythe de Psyché.

Psyché, dont la beauté était telle que la déesse Vénus elle-même en était jalouse, était la plus jeune des trois filles d’un roi. De tous côtés on accourait pour l’admirer et des temples lui étaient dédiés. Un jour, Vénus, ne supportant plus l’affront que lui faisait la divine beauté de cette mortelle, ordonna à son fils Cupidon de la blesser d’une de ses flèches afin qu’elle tombe amoureuse de l’homme le plus misérable qui soit. Mais dès qu’il vit Psyché, Cupidon s’éprit d’elle. Avec l’aide de Mercure, le dieu de l’amour enleva Psyché, la conduisit dans son palais et s’unit à elle dans l’obscurité. Il ne lui révéla pas son identité et lui fit jurer qu’elle n’essaierait jamais de découvrir son visage ou ils le paieraient tous deux de leur bonheur. Ainsi, des nuits durant, Psyché ne voit pas son mystérieux époux. Poussée par la curiosité et les mauvais conseils de ses sœurs, elle ne peut cependant résister à la tentation, et, une nuit, allume une lampe et contemple Cupidon endormi. Par mégarde, elle laisse tomber une goutte d’huile brûlante sur le corps de son époux qui se réveille et disparaît. Désespérée, et l’ayant cherché en vain, elle se résout à faire appel à Vénus. Indignée (de la désobéissance de son fils) et toujours furieusement jalouse, la déesse impose à la jeune mortelle une série d’épreuves. De son côté, malheureux et dévoré par l’amour, Cupidon ne peut demeurer éloigné de Psyché : il la rejoint et demande justice auprès de Jupiter afin que soient reconnus leur amour et leur mariage. Jupiter convoque alors les dieux de l’Olympe à une assemblée qui décidera du sort de la jeune femme. Au final, l’immortalité est accordée à la belle et le mythe se termine par un repas de noces."

Les quatre épreuves sont les suivantes (Wikipédia) :

"D'abord, elle doit trier, en une soirée, un énorme tas de grains de variétés différentes. Par bonheur, des fourmis, prises de pitié, l'aident à accomplir sa tâche, et le tas est trié à temps.

Ensuite, elle est contrainte de rapporter à Vénus de la laine de moutons à la toison d'or

Puis elle doit rapporter de l'eau du Styx

Enfin, la jeune femme doit mettre dans une boîte une parcelle de la beauté de Proserpine, la reine des Enfers."

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La tenture représente la deuxième épreuve. Je vous propose de lire le texte de l'Histoire de Psyché par Apulée, dans sa traduction française :

Deuxième épreuve : les brebis à la toison d'or (L'Âne d'or, Chapitre VI, 11, 3 - 13, 1).

"Cependant Cupidon, confiné au fond du palais, y subissait une réclusion sévère. On craint qu'il n'aggrave sa blessure par son agitation turbulente : surtout, on veut le séquestrer de celle qu'il aime. Ainsi séparés, bien que sous le même toit, les deux amants passèrent une nuit cruelle. Le char de l'Aurore se montrait à peine, que Vénus fit venir Psyché, et lui dit : Vois-tu ce bois bordé dans toute sa longueur par une rivière dont les eaux sont déjà profondes, bien qu'encore voisines de leur source ? Un brillant troupeau de brebis à la toison dorée y paît, sans gardien, à l'aventure: il me faut à l'instant un flocon de leur laine précieuse. Va, et fais en sorte de me le rapporter sans délai."

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Tenture de Psyché,  Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

Tenture de Psyché, Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

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(Apulée, L'Âne d'or, chap.VI, 12, 1-5) : la rencontre avec le Roseau.

"Psyché court, vole; non pour accomplir l'ordre de la déesse, mais pour mettre un terme à ses maux dans les eaux du fleuve. Or, voici que, de son lit même, un vert roseau, doux organe d'harmonie, inspiré tout à coup par le vent qui l'agite et qui murmure, se met à prophétiser en ces termes :  Pauvre Psyché, déjà si rudement éprouvée, garde-toi de souiller par ta mort la sainteté de mes ondes, et n'approche pas du formidable troupeau qui paît sur ce rivage.  Tant que le soleil de midi darde ses rayons, ces brebis sont possédées d'une espèce de rage. Tout mortel alors doit redouter les blessures de leurs cornes acérées, le choc de leur front de pierre, et la morsure de leurs dents venimeuses;  mais une fois que le méridien aura tempéré l'ardeur de l'astre du jour, que les brises de la rivière auront rafraîchi le sang de ces furieux animaux, tu pourras sans crainte gagner ce haut platane nourri des mêmes eaux que moi, et trouver sous son feuillage un sûr abri.  Alors tu n'auras, pour te procurer de la laine d'or, qu'à secouer les branches des arbres voisins, où elle s'attache par flocons. "

 

Tenture de Psyché,  Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

Tenture de Psyché, Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

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Psyché et le Roseau, Tenture de Psyché,  Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.
Psyché et le Roseau, Tenture de Psyché,  Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

Psyché et le Roseau, Tenture de Psyché, Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

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(Apulée, l'Âne d'or, chap. VI, 13, 1)

"Ainsi le bon roseau faisait entendre à Psyché de salutaires conseils. Elle y prêta une oreille attentive, et n'eut pas lieu de s'en repentir; car, en suivant ses instructions, elle eut bientôt fait sa collecte furtive, et retourna vers Vénus, le sein rempli de cet or amolli en toison. "

 

Tenture de Psyché,  Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

Tenture de Psyché, Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

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Les brebis.

Elles sont représentées à l'extrême droite de la tenture

Bordure à monogramme et les Brebis,  Tenture de Psyché,  Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

Bordure à monogramme et les Brebis, Tenture de Psyché, Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

Détail de la tenture : végétation.

Tenture de Psyché,  Psyché cherchant la laine d'or, (détail) Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

Tenture de Psyché, Psyché cherchant la laine d'or, (détail) Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

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Les détails de bordure.

Les monogrammes.

Ils sont surmontés de la couronne ducale. Jean Vittet y lit — "peut-être" — les lettres CCKK, "renvoyant hypothétiquement au nom de Françoise de Créqui, voire à celui de Charles de Créqui (mort en 1687) (Vittet, 2009), dit "le duc de Créquy" car il était duc de Poix"  . Il était ami de Louis XIV et ambassadeur. Il y aurait alors discordance entre le chiffre CCKK et les armoiries féminines. Le décryptage des lettres entrelacées reste hypothétique. J'y lis pour ma part deux L  et deux C en miroir, réunis par un entrelacs.

 

Monogramme, Tenture de Psyché,  Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

Monogramme, Tenture de Psyché, Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

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Les six pièces de tenture présentées à Sully-sur-Loire présentent une magnifique bordure à figures et guirlandes de fruits, imitant les stucs en reliefs, dans l'esprit des encadrements des fresques de Fontainebleau, notamment ceux que Primatice créa pour ce château. Les figures allongées sur la bordure supérieure des tapisseries se retrouvent d'ailleurs exactement sur un projet d'encadrement de stuc conçu par cet artiste avant 1540 (Paris, Mobilier national). (Six tapisseries offertes à Charles Quint par François Ier reproduisent les peintures du plafond de la Grande Galerie de Fontainebleau). Les stucs en poudre de marbre sculptée de la Grande Galerie sont dus à Rosso Fiorentino, entre 1535 et 1537, puis au  Primatice  à partir de 1540 .  Ils associent des guirlandes de fruits et de fleurs, des putti ailés, des personnages allongés aux postures alanguis et aux formes allongées , des cuirs aux capricieuses volutes, et ces stucs prennent une importance égale aux fresques qu'ils encadrent.

 

Bordures de la Tenture de Psyché,  Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.
Bordures de la Tenture de Psyché,  Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

Bordures de la Tenture de Psyché, Psyché cherchant la laine d'or, Musée de Sully-sur-Loire, photographie lavieb-aile.

 

 

Annexe : la vieille femme racontant l'Histoire de Psyché.

 

 

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=50170000771

SOURCES ET LIENS.

— BERTHON (Guillaume) 2014, « Psyché à la Renaissance ou les renaissances de Psyché ? », Acta fabula, vol. 15, n° 3, Notes de lecture, Mars 2014, URL : http://www.fabula.org/acta/document8510.php, page consultée le 05 novembre 2015.

— VITTET (Jean), 2009, L'énigme de « L'Histoire de Psyché », L'Objet d'Art hors-série n°43, mai 2009, pp.33-43. 

— FERRIGNO (Amélie) 2013,, « Agostino Chigi et le mythe de Psyché », Cahiers d’études romanes [En ligne], 27 | 2013, URL : http://etudesromanes.revues.org/4114

— LA FONTAINE, Les Amours de Psyché et Cupidon (1669)

 http://www.mediterranees.net/mythes/psyche/lafontaine/raphael/psyche10.htm

APULEE, Les Métamorphoses, ou l'Âne d'or, Bibliotheca Classica Selecta  La traduction française retenue ici est celle parue dans M. Nisard, Pétrone, Apulée, Aulu-Gelle. Oeuvres complètes, Paris, 1860, p. 266-414

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/Apul/meta0.html

— GRUBER (Gerlinde), VIREY WALLON ( Aude), 1995, –" Les tentures à sujets mythologiques de la grande galerie de Fontainebleau",  Revue de l'Art Volume 108  Numéro 1  pp. 23-31 

http://www.persee.fr/doc/rvart_0035-1326_1995_num_108_1_348198

MAILHO-DABOUSSI (Lorraine), 2010, Les tapisseries : étude d'une collection publique. In Situ n° 13. http://www4.culture.fr/patrimoines/patrimoine_monumental_et_archeologique/insitu/article.xsp?numero=13&id_article=mailho-507

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Published by jean-yves cordier - dans Chantilly
5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 13:15

Zoonymie (étude du nom) du papillon l'Azuré du Genêt Plebejus idas Linnaeus, 1758.

 

La zoonymie (du grec ζῷον, zôon, animal et ónoma, ὄνομα, nom) est la science diachronique  qui étudie les noms d'animaux, ou zoonymes. Elle se propose de rechercher leur signification, leur étymologie, leur évolution et leur impact sur les sociétés (biohistoire). Avec l'anthroponymie (étude des noms de personnes), et la toponymie (étude des noms de lieux) elle appartient à l'onomastique (étude des noms propres).

 

Elle se distingue donc de la simple étymologie, recherche du « vrai sens », de l'origine formelle et sémantique d'une unité lexicale du nom.

 

Voir :

Zoonymie du papillon l'Azuré de l'Ajonc Plebejus argus

 

Résumé. 

— Plebejus Kluk, 1780 :   du latin -plebeius, "plébéien, appartenant à la plèbe, le peuple romain". Les Plebeji figuraient parmi les six phalanges dans lesquelles Linné a réparti les papillons,  la cinquième, formée des  espèces plus petites et aux chenilles contractées par opposition  à la première phalange des Equites ou Chevaliers (nos Papilionides). Elle était alors divisée en Ruraux et Urbains,  Rurales  et  Urbicolae  qui formeront par la suite respectivement les Lycènes et les Hespéries.  Comme pour les genres  Nymphalis  et  Danaus, Kluk fut le premier à utiliser les noms de Linné d'une manière qui soit conforme aux règles de la future ICZN pour l'établissement des noms génériques. Il en est donc considéré comme l'auteur (Emmet, 1991).

 

 

idas (Linné, 1761) : ce nom a d'abord (1758) figuré parmi la sixième phalange des Barbari de Linné, où tous les noms sont ceux d'Argonautes. Idas est donc un des membres de l'expédition de Jason à la conquête de la Toison d'or, avec son frère Lyncée, pilote à bord de l'Argo. Ayant supprimé cette phalange, Linné a réattribué ce nom à une espèce de la phalange des Plebeii qu'il place juste après son  papilio Argus et qui lui permet de reprendre ses descriptions d'"argus fuscus" et "argus myops" de 1743. Tous ces "argus" ont, eux, une intention descriptive (celle de signaler la présence d'ocelles), et le nom idas  s'en trouve contaminé : un riche jeu se développe entre le nom  argus évoquant Argos, le géant aux cent yeux, le nom du navire Argo ou celui des Argonautes, ou le fait que Lyncée frère d'Idas soit réputé pour sa vue perçante (« de Lyncée », « de Lynx ») . Dans la 12eme édition du  Systema Naturae, Linné décrira  idas  comme la femelle du  papilio argus. Le nom disparut alors jusqu'en 1954, date à laquelle il ne fut validé par l'Opinion 269 de l'ICZN en 1954 qu'après invalidation du nom inusité  idas  Linnaeus, 1758 de l'ancien Barbarus.

Geoffroy utilisa en 1762 les noms d'"Argus brun" et d'"Argus myope" en reprenant ceux de Linné 1746. Latreille, Godart et Duponchel employèrent le seul nom de "Polyommate Argus" en suivant Linné qui faisait d'idas  la forme femelle d'argus. La plus grande confusion a régné jusqu'au milieu du XXe siècle dans la détermination scientifique des noms argus, aegon, argyrognomon, aegus, etc. Aussi, est-il difficile d'être plus précis jusqu'à la création par Gérard Luquet, en 1986, du nom d"'Azuré du Genêt" qualifiant à la fois la couleur bleue des ailes des mâles des Azurés, et le genre de l'une des plantes-hôtes,  Cytisus scoparius ou Genêt à balais.

 

               I. Nom scientifique.

 

1. Famille et sous-famille.

a) Famille des Lycaenidae, William Elford Leach, 1815. Les Lycénides ou Lycènes.

 

       Leach, William Elford, 1790-1836  "Insecta" pp. 329-336."Entomology". pp 646-747 in D. Brewster éditeur, Brewster's Encyclopaedia Edinburgh, [Edinburgh, volume 9, 1, 04/1815 pp. 57-172  : selon Sedborn 1937] [Philadelphia, E. Parker,1816? selon BHL Library]  page 718. [ Article publié anonymement et attribué à Leach, qui avait annoté son propre manuscrit]

La famille Lycaenidae tient son nom du genre Lycaena de Fabricius (1807). Elle comprend les Blues ou Azurés, les Coppers ou Cuivrés et les Hairstreaks ou Thécla, et nos Argus :

  • Sous-famille des Theclinae Butler, 1869 : [Thiéclines : Théclas ou Thècles et Faux-Cuivrés].
  • Sous-famille des Lycaeninae [Leach, 1815] : [Lycénines : Cuivrés].
  • Sous-famille des Polyommatinae Swainson, 1827 : [Polyommatines : Azurés, Argus et Sablés].

b) Sous-famille des  Polyommatinae Swainson, 1827.

Elle tient son nom du genre Polyommatus créé par  Latreille en 1804; "Tableau méthodique des Insectes" in Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle appliqué aux arts, principalement à l'Agriculture et à l'Économie rurale et domestique, par une Société de naturalistes et d'agriculteurs ; avec des figures des trois Règnes de la Nature, Paris : Deterville, an XII [1804] 24 (6) p. 185 et 200, espèce-type: Papilio icarus Rottemburg.

Polyommatus vient du grec polus "beaucoup", et omma, ommatos, "œil" : c'est un qualificatif du géant Argos qui disposait de cent yeux, dont cinquante étaient toujours ouverts. C'est lui que la jalouse Héra envoya surveiller Io, transformée en génisse après ses amours avec Zeus.

  Ce nom est en rapport avec les nombreux ocelles des ailes des papillons bleus.

Cette sous-famille contient, en France, 18 genres :

  •  Leptotes Scudder, 1876
  • Lampides Hübner, [1819]  
  • Cacyreus Butler, 1897
  • Cupido Schrank, 1801
  • Celastrina Tutt, 1906
  • Maculinea Eecke, 1915 
  • Pseudophilotes Beuret, 1958
  • Scolitantides Hübner, [1819]
  • Iolana Bethune-Baker, 1914
  • Glaucopsyche Scudder, 1872
  • Plebejus Kluk, 1780 
  • Aricia [Reichenbach], 1817
  • Plebejides Sauter, 1968
  • Eumedonia Forster, 1938
  • Cyaniris Dalman, 1816
  • Agriades Hübner, [1819]
  • Lysandra Hemming, 1933
  • Polyommatus Latreille, 1804.

 

    

2. Nom de genre : Plebejus, Kluk, 1780.

 

a) Description originale :

Plebejus [ou Plebeius] Kluk, 1780; Zwierz. Hist. nat. pocz. gospodWarszawa, 4: 89.

 Jean Christophe Kluk est un naturaliste polonais, né le 13 septembre 1739 et mort le 2 juillet 1796, qui vivait à Ciechanowiec, ville de l'est de la Pologne, où il était prêtre. Sa curiosité était universelle, mais portait en premier lieu sur l'étude naturaliste des régions de Podlaskie et Masovia. Ses talents de dessinateur et de graveur lui ont permis d'assurer lui-même l'illustration de ses publications. La Princesse Anna Jabłonowska lui donna accès à la grande bibliothèque et aux collections de son palais de Siemiatycze. Il décrivit plusieurs  genres de Lépidoptères, comme le genre Nymphalis, le genre Sud-américain Heliconius, et le genre Danaus auquel appartient le Monarque. Le titre exact de sa publication en quatre volumes est  Zwierząt domowych i dzikich, osobliwie krajowych historii naturalnej początki i gospodarstwo que je traduis approximativement par "Histoire naturelle des animaux sauvages et domestiques, particulièrement au niveau national (Pologne)" ; le tome 4 de 1780 contient page 89 la description de ce genre Plebejus riche d'une liste de 79 espèces, réparties en 57 Rurales ou Wiesniaki (paysans) et 22 Urbicolae ou Mieszczanie (citadins).

 

  • Zwierząt domowych i dzikich, osobliwie krajowych, historii naturalnej początki i gospodarstwo. Potrzebnych i pożytecznych domowych chowanie, rozmnożenie, chorób leczenie, dzikich łowienie, oswojenie, zażycie, szkodliwych zaś wygubienie:

    • t. 1: O zwierzętach ssących, Warszawa 1779; wyd. następne: Warszawa 1795; Warszawa 1809

    • t. 2: O ptastwie, Warszawa 1779; wyd. następne: Warszawa 1797; Warszawa 1813

    • t. 3: O gadzie i rybach, Warszawa 1780; wyd. następne: Warszawa 1798; Warszawa 1816

    • t. 4: O owadzie i robakach, Warszawa 1780; wyd. następne: Warszawa 1802; Warszawa 1823

      • przekł. litewski: fragmenty t. 4 – rozdz. o pszczołach: K. Niezabitowski: Surinkimas dasekimu par Mokintus żmonias senowias amziose tikray daritu apey bytes... Wilno 1823; wydane pod nazwiskiem brata: C. J. Niezabitowskiego

 

— Type spécifique: Papilio argus Linnaeus 

— Description : "Rodzay V. pospolitek (Plebejus) zawiera naypospolitsche dzienne Motyle, ktore iak wszedzie widziec sie daia, tak od wszystkich poprzedzaiacych mnieysze sz. Kolory na nich sa slabe. Jedne maia plamy ledwie znaczene, u drugich przechodza az na dolna strone skrzydel : pierwsze zowia sie rurales, albo Wiesniaki : drugie urbicolae, albo Mieszczanie." (transcription ne respectant pas les caractères propre à la langue).

 

— Ce genre renferme 2 sous-genres en France :

 

-Sous-genre Plebejus Kluk, 1780
  • Plebejus argus (Linnaeus, 1758) Azuré de l’Ajonc.
-Sous-genre Lycaeides Hübner, [1819] 

 

  • Plebejus argyrognomon (Bergsträsser, 1779) Azuré des Coronilles.
  • Plebejus bellieri (Oberthür, 1910)  Azuré tyrrhénien. 
  • Plebejus idas (Linnaeus, 1761) Azuré du Genêt.

 

 

 

 

Origine et signification du nom Plebejus .

 

 

— L. Glaser (1887) page 308 :

"Plebejer (plebs, -bis, gemeines Volk etc.,)"

— August Janssen (1980) page 43 :

"plebejer (in tegenstelling tot Patriciër) " .

—  A.M. Emmet (1991) page 150 :

"-plebeius, plebeian, belonging to the plebs, the Roman common people. The plebeji were the fifth of the six phalanges into wich Linnaeus divided the butterflies, a group including all the smaller species (blues and skippers). As with Nymphalis and Danaus, Kluk was the first to use the Linnean name in a way that complied  with future I.C.Z.N. rules for the establishment of generic names and is therefore deemed the author."

 

— Hans A. Hürter (1998):

      Deuntung : Die Bedeutung des Wortes Plebejus ist vorstehend hinreichend dargelegt ; es wird heute jedoch anders benutzt als vor etwa 200 jahren.V.Linné teilte die Arten in 5 Gattungen, deren fünfte er Plebeji nannte. 200 Jahre Forschung schufen zusätzliche Einteilungsbegriffe im Tierreich, nach F-W I S.181, für die Schuppenflügler/Schmetterlinge folgendermaßen (hier nur für in F-W II vorkommende Familien) : [...] Die Familie Hesperiidae findet sich in der Unterkohorte Pyralidiformes unter der überfamilie Hesperioidea. Der ehedem alle damals bekannten Lycaeniden umfassende Name Plebejus/Plebeji ist heute Gattungsname für nur noch 2 mitteleuropaïsche Arten : argus und pylaon

—Doux et Gibeaux (2007) page 224 :

     " Du latin plebeius, "propre à la plebs", c'est-à-dire au bas-peuple romain. Le terme Plebejus est repris du mot Plebeji, créé par Linné en tant que phalange dans lequel il réunissait tous les papillons de petite taille, les "modestes" (d'où l'allusion au bas-peuple), par comparaison avec ceux, plus "nobles", des autres phalanges (Equites, "chevaliers" pour les papilionides, par exemple)."

 

— Perrein et al (2012) page 268. 

" Étymologie : du latin plebeius, "commun, vulgaire", de plebs, plebis "peuple". Cinquième des six phalanges suivant lesquelles Linné subdivise les Papiliones ou papillons de jour, les Plebeji regroupent toutes les petites espèces dont les chenilles sont le plus souvent contractées, ("parvi : larva saepius contracta") : Rurales et Urbicolae qui deviendront par la suite respectivement les Lycènes et les Hespéries."

 

Discussion.

 

     Vingt-huit ans après la parution de la dixième édition du Systema Naturae de Linné de 1758, Jean-Christophe Kluk reprend, pour en faire un nom de genre, le nom de la cinquième "phalange" des Papilio de Linné, où celui-ci avait classé les papillons les plus petits ou les moins spectaculaires dans sa partition organisée autour du thème de la société grecque de la Guerre de Troie : loin des nobles Chevaliers (Equites), des divinités et Muses du mont Hélicon (Heliconi), des filles de Danaus ou des fils d'Aegyptos (Danai), des divinités des sources ou des bois (Nymphales), les Plebejus, du latin plebeius, "propre à la plebs", de plebs, plebis "peuple" rassemble le petit peuple des Blues et des Skippers anglais, nos Lycènes et nos Hespéries. Ce grand genre de 79 espèces de Kluk a fondu au fur et à mesure de son démembrement en nouveaux genres, pour ne plus contenir actuellement que les quatre espèces françaises, et un nombre divers selon les classifications d'espèces étrangères.

 

 

 

 

 3.  Nom d'espèce : Plebejus idas (Linnaeus, 1761).

 

a) Description originale

      Linnaeus, C. 1761. Fauna Svecica sistens animalia Sveciæ Regni: mammalia, aves, amphibia, pisces, insecta, vermes. Distributa per classes & ordines, genera & species, cum differentiis specierum, synonymis auctorum, nominibus incolarum, locis natalium, descriptionibus insectorum. Editio altera, auctior.. Stockholmiæ. (L. Salvii). 578 pp. page 284.

http://www.biodiversitylibrary.org/page/32170753#page/342/mode/1up

 

— Description : 

1075 Papilio Idas alis caudatis caeruelis : posticis fascia termilani rufa ocellari : subtus pupillis caeruleo-argentieis. Papilio hexapus, alis rotundatis integerrimis nigro fuscis : subtus ocellis numerosis. Fn. 804, 805.

Raj. Ins. 131 n.12 Papilio parva, alis supinis pullis cum linea s. ordine macularum lutearum ad imum marginem. Habitat in Ericetis.

Descr: Facies, magnitudo & color omnino praecedentis, a quo differt alarum lateris superioris colore, qui non, ut in illo, caeruleus, sed omnino nigro-fuscus ; Alae secundariae postice supra fascia obsoleta ex ocellis ferrugineis pupilla nigra. Subtus omnes alae similes praecedenti, sed pallidiores & fascia albida ante posticam ruffam ex ocellis caeruleo argenteis. An solo sexu a priori diversus ?

-Trad. : 

b) références données par Linné: (étudiées infra)

  • Fauna suecica 1746 
  • Ray, Historia insectorum, page 131 n°12 .

      Curieusement, Linné avait déjà utilisé ce nom Idas dans sa 10ème édition de Systema Naturae en 1758 pour un Papilio barbarus Idas, "habitat in Indiis".

 

c) Localité et description

— Localité-type : Suède, désignée par Honey & Scoble (2001) Honey, M. R. & Scoble, M. J. 2001. Linnaeus's butterflies (Lepidoptera: Papilionoidea and Hesperioidea). Zoological Journal of the Linnean Society, 132(3): 277-399, page 335

— Selon Dupont et al. 2013, cette espèce  est présente dans toute la région paléarctique, sauf en Afrique du Nord. Elle est signalée dans toute la France. Les chenilles se nourrissent principalement sur diverses espèces de Fabaceae.

 

d) synonymes (INPN) et sous-espèces.

 

Argus calliopis Boisduval, 1832 : Boisduval, J.-B. A. 1832-[1835]. Icones historiques des Lépidoptères nouveaux ou peu connus. Collection, avec figures coloriées, des Papillons d'Europe nouvellement découverts; ouvrage formant le complément de tous les Auteurs iconographes. 1. Rhopalocéres. Roret, Paris. 251 pp. page 58

 


Lycaeides argyrognomon gazeli Beuret, 1934 :Beuret, H. 1934. Contribution à l'étude de la variation géographique de Lycaeides argyrognomon Bergstr. (Lycaenidae).Lambillionea, 34: 99-123. page 108.
Lycaeides argyrognomon rauraca Beuret, 1934 . Contribution à l'étude de la variation géographique de Lycaeides argyrognomon Bergstr. (Lycaenidae).Lambillionea, 34: 99-123, page 119
Lycaeides idas calliopis (Boisduval, 1832)
Lycaeides idas haefelfingeri (Beuret, 1935)
Lycaeides idas idas (Linnaeus, 1761)
Lycaeides idas lapponicus (Gerhard, 1853)
Lycaeides idas magnagraeca (Verity, 1925)
Lycaeides idas (Linnaeus, 1761)
Lycaena aegon lapponica Gerhardt, 1853 Gerhard, B. [1850-1853]. Versuch einer Monographie der europaeischen Schmetterlingsarten Thecla, Polyomattus, Lycaena, Nemeobius als Beitrag zur Schmetterlingskunde. Hamburg. page 19
Lycaena argus alpina Berce, 1867 : Berce, J. E. 1867. Faune entomologique française. Lépidoptères. Description de tous les papillons qui se trouvent en France indiquant l'époque de l'éclosion de chaque espèce, les localités qu'elle fréquente, la plante qui nourrit la chenille, le moment où il convient de la chasser, précédées de renseignements sur la chasse, la préparation et la conservation, etc. Premier volume : Rhopalocères.. Deyrolle, Paris. 270 pp. page 134. 
Lycaena argus armoricana Oberthür, 1910 : Oberthür (1910) :. Etudes de lépidoptérologie comparée. Fascicule IV. Imprimerie Oberthür, Rennes. 691 pp. 189 :

 http://www.biodiversitylibrary.org/page/10531764#page/197/mode/1up 
Papilio idas Linnaeus, 1761
Plebeius idas magnalpina Verity, 1927
Plebeius idas (Linnaeus, 1761)
Plebejus idas alpina (Berce, 1867)
Plebejus idas armoricanus (Oberthür, 1910)
Plebejus idas calliopis (Boisduval, 1832)
Plebejus idas gazeli (Beuret, 1934)
Plebejus idas haefelfingeri (Beuret, 1935)
Plebejus idas idas (Linnaeus, 1761)
Plebejus idas lapponicus (Gerhard, 1853)
Plebejus idas magnagraeca (Verity, 1925)
Plebejus idas magnalpina Verity, 1927 Verity, R. 1927. La variation géographique dans l'Europe occidentale des Plebeius idas L. (= argus Schiff. = argyrognomon Berg.) et insularis Leech. Le nom du P. lycidas est de Meigen et non de Trapp. Annales de la société entomologique de France, 96: 1-16. page 10  [http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54627776/f7.image]

Plebejus idas rauracus (Beuret, 1934)  

 

 

 

 

c) Origine et histoire du nom idas. 

 

 Spuler (1903-1908) page  : 

 

— Luquet in Doux et Gibeaux (2007) page 226 

   "   idas : nom emprunté à la mythologie grecque, Idas, héros messénien, cousin des Dioscures, s'éprit de Marpessa, fille d'Événos, que lui disputa Apollon. Zeus intervint et laissa Marpessa libre de choisir : elle préféra Idas. Celui-ci prit part, avec son frère Lyncée, à l'expédition des Argonautes. Ils entreprirent ensuit, avec Castor te Pollux, une expédition en Arcadie. Mais, au cours d'une dispute pour le butin, Castor et Lyncée furent tués, Idas fut foudroyés par Zeus."

— Perrein et al. (2012) page 275:

     " Étymologie : D'Idas, héros messénien, habile chasseur de sangliers, qui participe à l'expédition des Argonautes aux cotés de Jason, enlève Marpessa aimèe d'Apollon sur un char ailé et se rend célèbre aussi par sa lutte avec ses cousins Castor et Pollux."

 

 

 

 L'identification de la chenille et de la plante-hôte. 

 

On se méfiera de prendre pour argent comptant les noms vernaculaires d'Azuré de l'Ajonc et d'Azuré du Genêt laissant croire que Plebejus argus pond sur l'Ajonc et non sur le Genêt, et inversement pour Plebejus Idas.  En 2014, les précisions sur les plantes hôtes attestées sont encore insuffisantes, et font l'objet d'études.  En Loire-Atlantique (Perrein et al. 2010), l'ajonc nain (Ulex minor) et la bruyère cendrée (Erica cinerea) sont attestées. En Bretagne, dans le cadre d'une prospection organisée par Donovan Maillard, une ponte a été documentée en juin 2014 sur l'Ajonc d'Europe (Ulex major).

 

La distinction de P. idas et de P. argus.

Source : Forum Bretagne Vivante

 Cette distinction apparaît, en 2014, difficile, et ne peut se fonder avec certitude sur des critères morphologiques. De ce fait, en Bretagne, une prospection des sites avec prélèvement de mâles et études des genitalia (Donovan Maillard) est en cours de mars en septembre 2014.  Les critères approximatifs cités dans la littérature se basent sur la disposition des ocelles en point d'interrogation et la largeur de la bande des ailes. La présence d'une épine tibiale sur la patte antérieure de P. argus est spécifique, mais l'examen des génitalia du mâle est encore plus fiable.

 Plebejus argus philonome vit sur les landes. (Emergence : une génération de mi-juin à mi-aout)
- Plebejus idas vit aussi sur les landes. (2 générations relativement disjointes, en juin et en aout).
- Plebejus argus plouharnelensis quant à lui, vit sur les dunes (à proximité des immortelles des sables, Helichrysum stoechas) (2 générations en continue, de mi-mai à début septembre). Il ne peut donc être trouvé que sur les zones littorales.  

 

https://dl.dropboxusercontent.com/u/251713/Presentation_Plebejus.pdf

                                        Illustrations :

      Esper, Planche , image Openlibrary.org

               

Jacob Hübner, Sammlung, fig 383-385 

 

 

 

 

 

 

              II. Noms vernaculaires.

 

 

 

I. Les Noms français. 

 

1. L, Geoffroy, 1762.

  Étienne Louis Geoffroy Histoire abrégée des Insectes qui se trouvent aux environs de Paris, Volume 2 page .

Papillons à six pieds. II, Les petits Porte-queues.

 

 

— Dans l'édition latine par Fourcroy en 1785 de l'Histoire des insectes de Geoffroy page , cette espèce est nommée 

 

 

 

2.  , Engramelle, 1779.

Jacques Louis Engramelle Papillons d'Europe, peints d'après nature, Volume 1 page  par J.J Ernst gravée par J.J. Juillet  1779.  

 

 

3. Polyommate argus Latreille et Godart 1819

Latreille et Godart Encyclopédie méthodiqueParis : Vve Agasse tome 9, page 684 n°212 .

Les auteurs considèrent le Papilio argus de Linné comme le mâle et P. idas comme la femelle.

Cet article permet de disposer de l'ensemble des références bibliographiques sur cette espèce, notamment par les auteurs germaniques, autrichiens ou suisses.

Latreille avait crée en 1804 le genre des Polyommates ("à plusieurs yeux", un équivalent d'Argus), défini par "des palpes inférieurs de longueur moyenne, ou courts". (Considérations générales sur l'ordre des insectes p. 355).

 

 

 

6. Le Polyommate argus , Godart 1821,

      Jean-Baptiste Godart, Histoire naturelle des lépidoptères ou papillons d'Europe, Paris : Crevot 1821/1823, page 215   planche 11  peinte par . 

 

 

                    

 

 Ce nom a été repris  par Hippolyte Lucas (1834) page 25, P.A. Duponchel et Guenée 1849 , par Le Borgne de Kermorvan en 1836 pour le Finistère (in E. Souvestre), Achille Pénot 1831 (Haut-Rhin), Henry Milne-Edward 1843,  Aristide Dupuis 1863.

 

 

La Chenille.

 

 Le (Duponchel, 1849).

P.A.J. Duponchel, 1849 Iconographie et histoire naturelle des chenilles page  planche  par Dumenil fig. 

 

                       

      

 

 

6. La revue des noms vernaculaires par Gérard Luquet en 1986.

       Dans la révision des noms vernaculaires français des rhopalocères parue dans la revue Alexanor en 1986, Gérard Christian Luquet propose comme nom principal "L'Azuré du Genêt", citant pour les réfuter "L'Azuré sagitté" cité par le suisse Raphy Rappaz en 1979, "l'Argus bleu-violet" et "l'Idas" cité par David Carter en 1984. Ces trois noms attirent les commentaires suivants de l'auteur :

"Les noms d'Argus sagitté" et d'Argus fléché" créés par Rappaz respectivement pour Plebejus idas et P. argyrognomon m'apparaissent sémantiquement trop apparentés pour exprimer une quelconque différence entre les deux espèces, et se révèlent de ce fait peu appropriés. Il convient d'en éviter l'emploi".

"L'emploi du nom "Argus bleu-violet "doit être prohibé, car il désigne selon les auteurs tantôt Glaucopsyche alexis, tantôt Plebejus argus, tantôt Plebejus idas."

 

 

 

7. Noms vernaculaires contemporains :

 

  Charles Oberthür et Constant Houlbert , dans leur Faune armoricaine de 1912-1921, utilisent le nom scientifique de 

—Bellmann / Luquet 2008 : non cité.

 

— Chinery / Luquet 2012  : non cité

— Doux & Gibeaux 2007 : "".

— Higgins & Riley /Luquet 1988 : "". 

— Lafranchis, 2000 : "L'Azuré du genêt" .

— Perrein et al., 2012 : "Azuré du Genêt".

— Tolman & Lewington / P. Leraut 2009 : "".

— Wikipédia : "L'Azuré du genêt ou Moyen argus ou Bleu nordique ou Argus sagitté ou Idas".

 

 

             Bibliographie, liens et Sources.

 

 

— Funet :   plebejus

— Inventaire national du patrimoine naturel (Muséum) : plebejus idas

— UK Butterflies : 

— lepiforum : plebejus idas

 

      Bibliographie générale des Zoonymies :   Zoonymie des Rhopalocères : bibliographie.

              

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Rhopalocères.
5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 10:00

Zoonymie (origine du nom) du papillon  La Petite Tortue Aglais urticae. (Linnaeus, 1758).

 

 

 

La zoonymie (du grec ζῷον, zôon, animal et ónoma, ὄνομα, nom) est la science diachronique  qui étudie les noms d'animaux, ou zoonymes. Elle se propose de rechercher leur signification, leur étymologie, leur évolution et leur impact sur les sociétés (biohistoire). Avec l'anthroponymie (étude des noms de personnes), et la toponymie (étude des noms de lieux) elle appartient à l'onomastique (étude des noms propres).

 

Elle se distingue donc de la simple étymologie, recherche du « vrai sens », de l'origine formelle et sémantique d'une unité lexicale du nom.

 

Résumé. 

 

— Aglais Dalman, 1816 vient du latin Aglaia, lui-même du grec ancien ἈγλαΐαAglaḯa, dérivé de ἀγλαΐαaglaḯa (« splendeur, brillance »), et  de ἀγλαός, aglaós (« splendide », « brillant »).  Aglaé est, dans la mythologie grecque, la plus jeune des trois Charites (Grâces chez les Romains), les autres étant Euphrosyne et Thalie. Messagère d’Aphrodite, elle est selon Hésiode l’épouse d’Héphaïstos. Elle représente la beauté dans ce qu’elle a de plus éblouissant, la « splendeur ».  Elle  donne déjà son nom à notre Grand Nacré, Argynnis aglaja [graphie ancienne d'aglaia], (Linné 1758)

 

urticae (Linnaeus, 1758)  Le terme urticae fait référence à la principale plante hôte de la chenille de ce papillon, Urtica dioica, la grande ortie.

 

 

— "La Petite Tortue", Geoffroy 1762. L' origine du nom se trouve dans le Musei de James Pétiver (1699), lequel crée le couple de noms anglais "The Greater Tortoise-shell" et The Lesser Tortoise-shell pour deux papillons de taille légèrement différente. Tortoise-shell ne désigne pas l'écaille des tortues,  mais un matériau de luxe, presque acajou,  veiné et nacré, fabriqué avec l'écaille de la tortue marine Eretmochelys imbricata. Sous l'influence de Réaumur qui, en 1734, écrit : "il est l'un de ceux à qui on a donné le nom de tortüe, à cause de la distribution de ses couleurs, qui imite en quelque sorte celles des taches de l'écaille",  Geoffroy abandonne le premier terme du nom Écaille-de-tortue et transforme la désignation d'un superbe matériau ambré très recherché en marqueterie en celle d'un animal lent et terne. (On comparera cela au remplacement du nom "Ivoire" par celui de "Éléphant"). Le nom "La Petite Tortue" est repris par Engramelle en 1779, puis par Godart en 1821, et enfin validé par Gérard-Christian Luquet en 1988. 

 

 

 

 

   I. Nom scientifique.

 

1. Famille et sous-famille.

a) Famille des Nymphalidae Rafinesque, 1815.

Cette famille comporte (Je suivrai Dupont & al. (2013) ) 7 sous-familles en France :

  • Sous-famille des Libytheinae Boisduval, Rambur, Dumesnil & Graslin, [1833]
  • Sous-famille des Danainae Boisduval, [1833] 
  • Sous-famille des Limenitidinae Butler, 1870
  • Sous-famille des Heliconiinae Swainson, 1822 
  • Sous-famille des Apaturinae Boisduval, 1840
  • .Sous-famille des Nymphalinae Swainson, 1827
  • Sous-famille des Charaxinae Doherty, 1886 

 

 

b)  Sous-famille des Nymphalinae Swainson, 1827

Cette Sous-famille comporte deux Tribus en France :

  • Tribu des Nymphalini Swainson, 1827
  • Tribu des Melitaeini Newman, 1870

c) Tribu des Nymphalini Swainson, 1827 :

Elle comporte 5 genres en France :

  • Genre Nymphalis Kluk, 1780 
  • Genre Aglais Dalman, 1816
  • Genre Vanessa Fabricius, 1807
  • Genre Polygonia Hübner, [1819]
  • Genre Araschnia Hübner, [1819]

 

 

 

    

2. Nom de genre : Aglais  Dalman, 1816.

 

a) Description originale : 

Dalman, J. W. 1816. Försök till systematisk Uppställning af Sveriges Fjärillar. (Fortsåttning). Kongliga Svenska Vetenskaps-Akademiens Handlingar, 1816(1): 48-101. page 56

  Johan Wilhelm Dalman (1787-1828) est un médecin et un naturaliste suédois qui, après des études à Lund et à Uppsala, se passionna pour l’entomologie et la botanique. Il reçoit son doctorat en 1817 à l’université d'Uppsala. C'est l'année suivante qu'il publie, à 29 ans ses Tentatives de présentation systématique des papillons de la Suède. Il donnera plus tard analecta entomologia 1823  BHL dans lesquels il proposera de nouveaux genres en entomologie . Il deviendra bibliothécaire de l’Académie des sciences de Suède, puis directeur du jardin zoologique, puis démonstrateur de botanique à l’institut Carolinska de Stockholm.

 

 

 

— Type spécifique: Aglais urticae

— Description : Quatre pattes fonctionnelles ; antennes rigides, etc... voir Dalman.

   — Ce genre renferme  3 espèces en France :

  • Aglais io (Linnaeus, 1758) (244). Paon-du-jour. 
  •  Aglais ichnusa (Hübner, [1824]) Petite Tortue de Corse*. 
  • Aglais urticae (Linnaeus, 1758). Petite Tortue.

* Dupont et al. 2013 : "En attendant des études complémentaires, intégrant des populations de Corse nous suivons FAUNA EUROPAEA et gardons le taxon ichnusa en tant qu’espèce décrivant les populations corses."

 

 Origine et signification du nom Aglais

— A. Spuler p. 30 :

"eine der 3 Grazien".

—A. Maitland Emmet (1991) page 153 : 

— Hans A. Hürter (1998) : 

 

—Doux et Gibeaux (2000) page 128

— Perrein et al. (2012) page 379 : 

Étymologie : d'Aglaé, la plus jeune des Trois Grâces, épouse de Vulcain , du grec aglaos "beau, orné" ou aglaia "beauté".

 

Discussion.

 

 Aglais vient du latin Aglaia, lui-même du grec ancien Ἀγλαΐα, Aglaḯa, dérivé de ἀγλαΐα, aglaḯa (« splendeur, brillance »), dérivé de ἀγλαός, aglaós (« splendide », « brillant »).

  Certes, Aglaé est, dans la mythologie, la plus jeune des trois Charites (Grâces), les autres étant Euphrosyne et Thalie. Messagère d’Aphrodite, elle est selon Hésiode l’épouse d’Héphaïstos. Elle représente la beauté dans ce qu’elle a de plus éblouissant, la « splendeur ». Mais elle  donne déjà son nom à notre Grand Nacré, Argynnis aglaja [graphie ancienne d'aglaia], (Linné 1758).

   Je retiens donc comme étymologie d'Aglais "splendide" (que ni le Paon du jour ni la Petite Tortue ne déméritent), et laisse au Grand Nacré celle liée à la Grâce Aglaé.

 

 

 

 

 

 3.  Nom d'espèce : Aglais urticae (Linnaeus, 1758)

a) Description originale

Protonyme Papilio urticae  Linnaeus, C. 1758. Systema naturæ per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Holmiæ. (Salvius). Tomus I: 824 pp. Page 477

 

http://www.biodiversitylibrary.org/item/10277]
Première description dans la Fauna suecica de 1746 page 233 sans nom. 

 

— Description :

P[apilio] N[ymphalis] [Phalerati] Alis angulatis fulvis nigro maculatis : primoribus prima punctis tribus nigris 

http://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/53754/tab/taxo 

— références données : 

  • Fauna suecica de Linné page 774 
  • Mouffet Insect. 101 fig. 5,6
  • Merian, Eur.2 t.2.
  • Goed. Ins. I t.21
  • List. Goed. 3 f.2
  • Blank ins. 13 . t1 f. L-Q
  •  
  • Petiver, Musei NON Cité dans le Syst. Nat. et cité comme anonyme anglais dans la Fauna suecica avec la bonne référence (page 34 n° 316 ) mais le nom érroné de testudinarius major (au lieu de t. minor)
  • John Ray, Hist. insect. 117 n.1
  • Robert icon. t.5
  • Hoffnagel . pict.2 f.16
  • Bradl. nat. t.27 f.2
  • Merian eur. I t.44
  • Albin Ins. t.4 f. 51
  • Swamm. bibl. t.35 f.12
  • Réaumur, Mémoires ins. I t.26 f.6-7
  • De Geer, Ins. I t.21 fig. 8 et 9.
  • Albin Ins.  t.55
  • Roesel Ins. Ipap 1 t.4.
  • Wilkes, Pap. 56 t.3 a 3 fig. inf.

— Habitat in Urtica vulgatissimus

 — Localité-type : Suède, désignée par Honey & Scroble   : Honey, M. R. & Scoble, M. J. 2001. "Linnaeus's butterflies (Lepidoptera: Papilionoidea and Hesperioidea)". Zoological Journal of the Linnean Society, 132(3): 277-399. page 390.

 

Selon Dupont & al. 2013, cette espèce est présente dans toute la région paléarctique sauf en Afrique du Nord. Elle est signalée dans toute la France. Les chenilles se nourrissent principalement sur Urtica dioica L.

 

 

 

c) Origine et signification du nom urticae. 

        

 Les interprétations des étymologistes :

— Gustav Ramann (1870-1876), page 

— Anton Spannert (1888), page 

— Arnold Spuler ( 1908) 1 page :

 

— A. Maitland Emmet (1991) page 153 :

 

 

 

 — August Janssen (1980) page 

— Doux et Gibeaux (2000) page  :

 

 

— Perrein et al. (2012) page 396 :

Étymologie : du latin urtica, "ortie", "de l'ortie" pour Linné.

— Hans-A. Hürter (1998) :

 

 

 

Discussion : 

 

 

 

 II.  Archéo-taxonomie.

      1. Le genre.

 

 

 Linné avait divisé ses Nymphalis en Gemmati et en Phalerati. Il a décrit la Petite Tortue sous le nom protonymique de Papilio (Nymphalis) urticae (n° 114) parmi les Phalerati à la page 477 de son Systema Naturae de 1758

  Le genre Nymphalis a été décrit en 1780 par  Jan Krzystof Kluk (1739-1796), naturaliste polonais Hist. nat. pocz. gospod. 4: 86.

L'année suivante le genre a été divisé en sept sous-genres :

• sous-genre Nymphalis Kurk, 1780 avec notre Grande Tortue Nymphalis polychloros, mais aussi N.californica et N. xanthomelas

• sous-genre Aglais Dalman, 1816, décrit dans K. svenska VetenskAkad. Handl., Stockholm 1816(1): 56, et  comprenant outre la Petite Tortue Aglais urticae  Aglais ichnusa (considérée aussi comme une sous-espèce) et 4  espèces.

• sous-genre Inachis Hübner, 1819 : c'est celui d'Inachis io, le Paon-du-jour.

 • sous-genre  Polygonia Hübner, 1819, où on trouve Robert-le-diable Polygonia-c-album, et treize autres espèces.

 • sous-genre Euvanessa Scudder, 1889, comprenant le Morio  Euvanessa antiopa, et R. cyanomelas.

 • sous-genre Kaniska Moore, 1899, comprenant Nymphalis canace

 • sous-genre Roddia Koshunov, 1995 où on   trouve place Roddia l-album la Vanesse du peuplier ou Tortue faux-gamma.

 

 Ceci explique que la Petite Tortue soit classée par le site  Funet parmi les Nymphalis. Encyclopedia of Life semble considérer Aglais comme un genre à part entière.

 

 

 

2. L'épithète spécifique.

 

 

 

 

La succession des différentes publications et des descriptions: 

§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§ 

  • Fauna suecica de Linné page 774 
  • Mouffet Insect. 101 fig. 5,6
  • Merian, Eur.2 t.2.
  • Goed. Ins. I t.21
  • List. Goed. 3 f.2
  • Blank ins. 13 . t1 f. L-Q
  •  
  • Petiver, Musei NON Cité Gde tortue 34 n°315
  •  
  • John Ray, Hist. insect. 117 n.1
  • Robert icon. t.5
  • Hoffnagel . pict.2 f.16
  • Bradl. nat. t.27 f.2
  • Merian eur. I t.44
  • Albin Ins. t.4 f. 51
  • Swamm. bibl. t.35 f.12
  • Réaumur, Mémoires ins. I t.26 f.6-7
  • De Geer, Ins. I t.21 fig. 8 et 9.
  • Albin Ins.  t.55
  • Roesel Ins. Ipap 1 t.4.
  • Wilkes, Pap. 56 t.3 a 3 fig. inf.

1. Mouffet 1634

Moffet (Thomas) 1634 Insectorum, sive, Minimorum animalium theatrum.  Londini : Ex officin typographic Thom. Cotes et venales extant apud Guiliel. Hope, 1634 page 101 n°11 :

 

Speciosam radiantium in caerulo margaritu(m) institam ostentat ; alae superiores ex flammeo flavescentes ignem referunt, sex nigerrimis pannis insecte : internarum radix anthracina, deinde flavo in igneu(m) coruscant : corpus fuscis capillamentis hirsutum, quem colorem cornicula cum pedibus imitantur.

Petite-Tortue-par-Mouffet-page-101-crop.png

 

2) James Pétiver,  Musei Petiveriani centuria prima page 34 n° 316  :

Papilio testudinarius minor THE  LESSER TORTOISE-SHELL BUTTERFLY [...]  This is frequently met with all the Summer

        Voir Zoonymie de la Grande Tortue Nymphalis polychloros pour la discussion sur ces noms : Pétiver a d'abord décrit cette espèce sous le nom de testudinarius major ("le grand testudinaire", de testudo, "tortue") et de The Greater Tortoise-shell Butterfly ("Le plus grand Papillon Écaille-de-tortue") le terme Tortoise-shell renvoyant à un matériau très luxueux issu de la carapace de tortues marines venant d'Asie , et que nous nommons "l'Écaille" ou "l'Écaille-de-tortue". Il se caractérise par ses marbrures veinant de sombre un fond jaune-miel qui deviendra, en marqueterie, rouge-acajou sous l'influence de la colle utilisée pour le placage. La comparaison avec ce matériau  souligne le coté flammé, jaune passé au feu que décrivait Mouffet en 1634.

Il reprend les même noms pour l'espèce suivante, dont il signale seulement la taille inférieure avec l'adjectif latin minor ("plus petit") et l'adjectif anglais lesser, de même sens. 

3) John Ray, Historia insectorum page 118 

§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Jacob Hübner, ami de Schiffermüller, a décrit en [1796] dans son Sammlung europäischer Schmetterlinge  et donne une illustration . 

 

 

 

Découverte de la chenille.

        La chrysalide était déjà représenté par Mouffet en 1634.

              III. Noms vernaculaires.

 

 

 

 

 

I. Les Noms français. 

 

0. Avant l'âge des noms.

   En France, aucun nom propre n'a été donné aux papillons avant Geoffroy. Mais James Petiver avait employé  et sans-doute créé à Londres pour celui-ci  le nom de Minor testudinarius, the Lesser Tortoise-shell dès 1699. Aussi, lorsque Réaumur écrit en 1734 que " Ce papillon est encore un de ceux à qui on donne le nom de tortüe, parce que les distributions des couleurs jaunes et noires du dessus de ses ailes imitent celles de quelques écailles",  il fait vraisemblablement référence à cette dénomination outre-Manche.

  Le propos de Réaumur n'était ni d'épingler les papillons ni de leur attribuer un nom, mais de les observer dans les secrets de leurs métamorphoses : il donne ici la première description en français des trois stades d'A. urticae et, comme toujours, son sens de l'observation est admirable.

 

Réaumur, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes I page  427.  Voir aussi la planche 26 .

   ...Mais on trouve fort communément sur l'ortie une espèce de chenilles épineuses différente des précédentes. Tant qu'elles sont petites, et jusques à ce qu'elles soient assez proches du temps de la métamorphose, elles vivent en société, plusieurs ensemble mangent la même feuille. Planche 26 fig.5,a et b. Cette chenille (Pl.26 fig.1) a sur le corps de larges raies d'un vert un peu brun, et d'autres raies brunes ; ni les unes ni les autres ne sont pourtant pas entièrement d'une même couleur : on voit dans les vertes des taches de brun, de jaune et de citron, et les raies brunes sont piquées de vert. Elle a huit épines sur chaque anneau du milieu du corps. Quand on tient un bon nombre de ces chenilles dans un poudrier, on s'aperçoit bientôt qu'elles sont grandes mangeuses, qu'il faut souvent leur redonner des feuilles ; mais celles de l'ortie ne sont pas rares. J'ai eu des sociétés de ces chenilles, qui se sont mises en chrysalides chez moi vers la mi-juillet, et j'en ai eu d'autres qui s'y sont mises plus tard, et d'autres plus tôt.

 

Assez communément leurs chrysalides sont dorées (Pl ; 26 fig.2, 3 et 4) . Le papillon ne reste sous une si belle enveloppe qu'environ quinze jours ; il appartient à la seconde classe des diurnes. (Pl. 26 fig.6). Tout c qui paraît en noir, dans la figure 6 ou en noir clair sur le dessous de ses ailes est brun ou noir. La grande place plus blanche, et marquée t, qui paraît sur le dessous des ailes supérieures, est d'une couleur passée de chamois ; mais la couleur qui domine sur le dessus des quatre ailes (Pl. 26 fig.7) est d'un aurore orangé : c'est par cette couleur que sont séparées les unes des autres des taches, pour la plupart noires. Les noires, plus proches du coté extérieur des ailes sont séparées par un jaune plus clair que celui des autres endroits. Les deux taches les plus proches de la tête, qu'on a laissées en blanc, sont bleues. Ce que ces ailes ont de plus beau, c'est leur bordure, dont le fond est noir, mais sur lequel il y a des taches bleues de diverses figures ; il y en a même de bleu nué qui forment de petits yeux. Ce papillon est encore un de ceux à qui on donne le nom de tortüe, parce que les distributions des couleurs jaunes et noires du dessus de ses ailes imitent celles de quelques écailles.  

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1. La  Petite Tortue Geoffroy, 1762.

 Étienne-Louis Geoffroy  1762. Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris: dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique ; Paris : Durand 1762 Tome second Planches XI à XXII  colorées à la main par Prévost gravées par Defehrt. 744p. page 38.

C'est donc le médecin Geoffroy, membre d'une famille de pharmaciens et de médecins passionnés par la botanique et es collections naturalistes, qui crée en 1762, quatre ans après la dixième édition du  Systema Naturae de Linné, le premier nom français de la Grande Tortue (Nymphalis polychloros) et de sa petite sœur la Petite Tortue.

  Geoffroy reprend en le traduisant le nom latin testudinarius minor de James Pétiver, qu'il cite dans ses références. Il ajoute : "On a donné à ce papillon le nom de "tortue", testudinarius, parce que ses couleurs imitent celles de l'écaille de tortue". Il ne parle pas du nom anglais The Lesser Tortoise-shell.

 Réaumur avait introduit la possibilité d'un contre-sens en abrégeant le "Tortoise-shell" de Petiver en "tortüe" : alors que Pétiver comparait ce papillon au matériau "écaille de tortue", par les reflets nacrés ou la marbrure des écailles de la Tortue marine Caret plutôt que par leur couleur d'un blond-miel souvent teinté de rouge, il pouvait laisser croire que le papillon ressemblait aux écailles de nos tortues, lesquelles sont ternes, concentriques, et en dôme.

"Nos tortues" ? Mais la France ne possède que trois espèces dont la seule terrestre, la Tortue d'Hermann n'est présente que dans le Var et en Corse ; la tortue commune était la tortue d'eau douce ou Cistude d'Europe, appréciée jadis dans les monastères car sa chair pouvait être consommée le vendredi. La tortue qui nous semble si familière n'a été importée en masse qu'à partir de 1880, c'est la Tortue Grecque Testudo graeca. La Fontaine ne connaissait sans-doute l'héroïne de sa Fable que par Ésope, ou par l'usage que les pharmaciens en faisaient.

Geoffroy a mal traduit le latin testudinarius de Pétiver, tout autant que son "Lesser Tortoise-shell".

Pourquoi n'a-t-il pas créé le nom de "L'Écaille-de-Tortue" ? L'une des raisons est qu' il a donné le nom d'Écaille à plusieurs papillons de nuit (Écailles mouchetée, marbrée, couleur-de-rose, hérissone, brune) et cette Écaille de Tortue n'appartenait pas à cette série et pouvait entraîner une confusion.

 Pourquoi n'a-t-il pas, alors, créé  "Le Testudinaire" ? Le nom n'est pas gracieux, mais il a été utilisé par Latreille en 1804 pour la Zophose testudinaire ou Érodie testudinaire. 

Ce choix du nom "La Petite Tortue" ne crée pas une métaphore stimulant l'imagination  poétique, et l'animal  champion de lenteur sous sa carapace grisâtre et froide  n'évoque en rien le papillon aux couleurs fauve et orange.

 

 

 

2. La  Petite Tortue,  Engramelle, 1779.

Jacques Louis Engramelle 1779 Papillons d'Europe, peints d'après nature, Volume 1 page 11 Planche n° IV  dessinée par  J.J Ernst .  

"Cette espèce de papillon, ainsi que celle de la planche IV, ont été nommées Tortues à cause de leur couleur, qui imite assez bien celle de l'écaille de la tortue."

Même confusion : si Engramelle se base, dans sa comparaison, sur le matériau écaille-de-tortue presque acajou plaqué peut-être sur son secrétaire, l'imitation est "assez bien" réussie. Mais il parle ici de l'écaille de LA tortue, et son texte entérine le contre-sens des auteurs français.

 

 

2.   De Villers, 1789

Charles de Villers, Caroli Linnaei Entomologia  page 

 

 3.  Latreille,

Nouveau dictionnaire d'Histoire naturelle tome 27 page .  

 

 

4. La Vanesse  , Latreille et Godart 1819

Latreille et Godart Encyclopédie méthodique, Paris : Vve Agasse tome 9, page 304 .

Cet article permet de disposer de l'ensemble des références bibliographiques sur cette espèce, notamment par les auteurs germaniques, autrichiens ou suisses.

 

 

5. Vanesse Petite-Tortue  , Godart 1821,

      Jean-Baptiste Godart, Histoire naturelle des lépidoptères ou papillons d'Europe, Paris : Crevot 1823, Catalogue méthodique page 41 n° 114 et page 91 n°29  planche 5 second peinte par Vauthier et gravée par Lanvin.

                         

        Image BHL

        n138_w346

 

              

 

 

6. La revue des noms vernaculaires par Gérard Luquet en 1986, et le nom vernaculaire actuel.

 

  Dans la révision des noms vernaculaires français des rhopalocères parue dans la revue Alexanor en 1986, Gérard Christian Luquet proposait comme nom principal "la Petite Tortue" et admettait néanmoins "La Vanesse de l'Ortie" et "Le Petit Renard", bien que ce nom, cité par l'auteur suisse Robert, ne soit que la traduction littérale du nom allemand de cette espèce "Kleiner Fuchs". 

 

7. Étude zoonymique des auteurs français :

— Doux et Gibeaux 2007  page 12 :

"Tortue" : allusion aux motifs des ailes, qui rappellent les écailles de certaines tortues (Réaumur, 1734).

 

— Perrein et al. 2012 page 396 : 

Calquée sur l'appelation anglaise, la Petite Tortue de Geoffroy (1762) fait le pendant de la Grande Tortue (voir Nymphalis polychloros).

8. Noms vernaculaires contemporains :

 

  Charles Oberthür et Constant Houlbert , dans leur Faune armoricaine de 1912-1921, utilisent le nom scientifique de  Vanessa urticae   puis citent dans leur texte page  le nom vernaculaire de "la  Vanesse Petite Tortue".

—Bellmann / Luquet 2008 : "" .

— Blab / Luquet 1988 : 

— Chinery / Leraut  1998  : 

— Doux & Gibeaux 2007 : " ".

— Higgins & Riley /Luquet 1988 : " ". 

— Lafranchis, 2000 : "" .

— Perrein et al. 2012 : " Petite Tortue".

— Tolman & Lewington / P. Leraut 2009 : "".

— Wikipédia : " La Petite tortue, la Vanesse de l'Ortie ".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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(Shakespeare, Romeo et Juliette, ActeIII, scène 5) 

 

 

 

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             Bibliographie, liens et Sources.

 

 

— Funet :  Nymphalis

— Inventaire national du patrimoine naturel (Muséum) : Aglais urticae

— UK Butterflies : urticae

 

— lepiforum : 

 —Images : voir les superbes dessins de Hübner .

HÜBNER, Jacob, 1761-1826 Das kleine Schmetterlingsbuch : die Tagfalter : kolorierte Stiche,  Insel-Bücherei ; . http://www.biodiversitylibrary.org/item/138312#page/35/mode/1up

 

                 I.  Zoonymie des lépidoptères :

 

— EMMET (Arthur Maitland) 1991. The Scientific Names of the British Lepidoptera: Their History and Meaning, Colchester, Essex, England : Harley Books, 1991,  288 p. : ill. ; 25 cm.

— GLASER L, 1887 Catalogus etymologicus Coleoperum et Lepidopterum. Erklärendes und verdeutschendes namensverzeichnis der Käfer und Schmetterlinge fûr Liebhaber und wissenschaftliche Sammler, R. Friehändler : Berlin 1887, 396 pages. BHL Openlibrary.

— GLASER, L, 1882 "Zur Nomenklatur des deutschen Tagfalter, in Entomologischen Nachrichten, Stettin 1882  pages 303-317,

  https://archive.org/stream/entomologischena81882berl#page/310/mode/2up/search/lycaena)

— Gozmány, László: Vocabularium nominum animalium Europae septem linguis redactum2 vols. Budapest: Akadémiai Kiadó, 1979. 

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  — HELLER (John Lewis) - 1983 -"Studies in Linnaean method and nomenclature", Marburger Schriften zur Medizingeschichte, Bd.1983;7:1-326.Frankfurt am Main ; New York : P. Lang,

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— ZIMMER, (Dieter E., rédacteur du mensuel Der Zeit) 2012 A guide to Nabokov's Butterflies and Moths et Butterflies and Moths in Nabokov's Published Writings , Web version 2012.

 

 

                           III. Boite à liens. 

      Liste des références d' auteurs avec les liens vers leurs publications:  http://www.ukbutterflies.co.uk/references.php

Taxonomie : Global Butterfly Information System :http://www.globis.insects-online.de/search

Les papillons du Systema Naturae de 1758  :   http://en.wikipedia.org/wiki/Lepidoptera_in_the_10th_edition_of_Systema_Naturae

Albin :http://gdz.sub.uni-goettingen.de/dms/load/img/?PPN=PPN477852769

Billberg http://www.biodiversitylibrary.org/item/105024#page/87/mode/1up

Boisduval chenille 1832 :   http://www.biodiversityheritagelibrary.org/bibliography/51588#/summary

Boisduval Tableau meth. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97190k/f1.image.pagination.r=Boisduval.langFR

Boitard, 1828. : http://books.google.fr/books?id=K3ShlXhmFsEC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

Dale https://archive.org/stream/historyofourbrit00dalerich#page/n5/mode/2up

Denis et Schiffermüller : http://gdz.sub.uni-goettingen.de/dms/load/img/?PPN=PPN574458115&IDDOC=441200

http://gdz.sub.uni-goettingen.de/dms/load/img/?PPN=PPN574458115&DMDID=&LOGID=LOG_0002&PHYSID=PHYS_0009

Google : http://books.google.fr/books?id=79BYAAAAcAAJ&printsec=frontcover&dq=verzeichniss+Denis+et+schifferm%C3%BCller&hl=

fr&sa=X&ei=AHYGU5vEAfC00QXu1IBo&ved=0CDIQ6AEwAA#v=

onepage&q=verzeichniss%20Denis%20et%20schifferm%C3%BCller&f=false

Doubleday & Westwood  http://www.biodiversitylibrary.org/item/49323#page/5/mode/1up

 

Duponchel, chenilles 1849 : BHL :  

 http://www.biodiversityheritagelibrary.org/bibliography/9410#/summary

Engramelle :    http://books.google.fr/books?id=em0FAAAAQAAJ

et https://archive.org/stream/papillonsdeurop00ernsgoog#page/n159/mode/2up

Engramelle vol. 2 : http://books.google.fr/books/about/Papillons_d_Europe_peints_d_apr%C3%A8s_natur.html?id=jbS5ocRuGsYC&redir_esc=y

Engramelle vol. 3 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84701433

Esper : http://www.biodiversitylibrary.org/item/53441#page/9/mode/1up

Fabricius :1775  http://www.biodiversitylibrary.org/bibliography/36510#/summary

Fabricius 1787 : 

http://www.animalbase.uni-goettingen.de/zooweb/servlet/AnimalBase/home/speciestaxon?id=25707

Fabricius 1793 Ent Sys em    https://archive.org/stream/magazinfrinsek06illi#page/280/mode/2up

Fabricius 1807 :  https://archive.org/stream/magazinfrinsek06illi#page/280/mode/2up

Frisch https://archive.org/stream/johleonhardfrisc01fris#page/n7/mode/2up

Fourcroy voir Geoffroy.

Fuessli    http://www.biodiversitylibrary.org/item/78769#page/11/mode/1up

 Geoffroy  :    http://www.biodiversityheritagelibrary.org/item/51067#page/9/mode/1up

Geoffroy latin par Fourcroy :  http://archive.org/stream/entomologiaparis02four#page/n3/mode/2up

De Geer :  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97151p/f1.image.r=.langFR

Goedart par Lister 1685 : http://docnum.unistra.fr/cdm/compoundobject/collection/coll13/id/64604/rec/1

Godart 1821 BHL :  http://www.biodiversityheritagelibrary.org/item/38004#page/256/mode/1up

Godart latreille 1819 :   http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58338273/f334.image.r=Godart.langFR

 https://archive.org/stream/encyclopdiem09metc#page/n3/mode/2up

Harris M. 1766 http://archive.org/stream/Aurelian00Harr#page/n7/mode/2up

1840 : http://www.biodiversitylibrary.org/item/120628#page/9/mode/1up

Hübner 1779 http://www.biodiversitylibrary.org/item/89180#page/1/mode/1up

Kirby  1871: http://www.biodiversitylibrary.org/item/64906#page/9/mode/1up

Latreille 1804 :           http://books.google.fr/books?id=xBsOAAAAQAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

Latreille 1810 :  http://www.biodiversitylibrary.org/item/47766#page/358/mode/1up

Leach : http://biodiversitylibrary.org/page/17493618#page/136/mode/1up

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Linné, Mantissa plantarum   http://bibdigital.rjb.csic.es/spa/Libro.php?Libro=947&Pagina=545

Linné fauna suecica 1746 :http://biodiversitylibrary.org/bibliography/63899#/summary

Linné fauna suecica 1761 : http://biodiversitylibrary.org/bibliography/46380#/summary

Linné S.N. 1767 :http://gdz.sub.uni-goettingen.de/dms/load/img/?PPN=PPN362053723&DMDID=DMDLOG_0001&LOGID=LOG_0001&PHYSID=PHYS_0002

Linné, Species Plantarum http://www.biodiversitylibrary.org/item/13829#page/1/mode/1up

Merian, Insectes d'Europe : http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/merian1683bd2

Moffet :    http://www.biodiversitylibrary.org/bibliography/60501#/summary

Moore, Lep. indic http://www.biodiversitylibrary.org/bibliography/8763#/summary

Oberthür, Études http://www.biodiversitylibrary.org/bibliography/8792#/summary

 1910 (4) http://www.biodiversitylibrary.org/page/10532070#page/299/mode/1up

Ochsenheimer 1808 http://archive.org/stream/dieschmetterling12ochs?ui=embed#page/180/mode/1up

Petiver James, Musei petiveriani centura prima 1695 digitalisé par Google  (accès partiel)

http://books.google.fr/books/about/Musei_Petiveriani_centuria_prima.html?id=vp05AAAAcAAJ&redir_esc=y

Petiver, Gazophylacii :books.google.fr/books?id=sp05AAAAcAAJ

Petiver, Papilionum brittaniae 1717  in Opera Books .google  

Ray  : https://archive.org/stream/historiainsector00rayj#page/n11/mode/2up

Réaumur : http://www.biodiversitylibrary.org/item/50298#page/11/mode/1up

Rösel : http://www.biodiversitylibrary.org/bibliography/7362#/summary

http://www.biodiversitylibrary.org/item/31182#page/138/mode/1up

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/roesel1746ga

Rottemburg : 

http://www.animalbase.uni-goettingen.de/zooweb/servlet/AnimalBase/home/speciestaxon?id=8326

Schneider 1787 http://books.google.fr/books?id=VnY-AAAAcAAJ&pg=PA241&lpg=PA241&dq=schwarzgestrichelter+schmetterling&source=bl&ots=c5RGnFNYx4&sig=-HkttVMLK2SZP6KRw5MXfvJCYxI&hl=fr&sa=X&ei=

AHwGU7m9LoLm7Abd7oGICg&ved=0CC8Q6AEwAA#v=onepage&q=schwarzgestrichelter%20schmetterling&f=false

Scopoli Entomologia carniolica 1763

   http://www.biodiversityheritagelibrary.org/bibliography/34434#/summary

Soddoffsky :http://www.archive.org/stream/bulletindelas10183768mosk#page/n82/mode/1up

Scudder http://biodiversitylibrary.org/page/3076769#page/269/mode/1up

Spuler : http://www.biodiversitylibrary.org/bibliography/9477#/summary

Tutt vol.1 1906 : http://archive.org/stream/naturalhistoryof08tutt#page/n8/mode/1up

Tutt vol.2 1908 : http://archive.org/stream/naturalhistoryof09tutt#page/n4/mode/1up

Tutt v3 1909 :http://archive.org/stream/naturalhistoryof10tutt#page/n4/mode/1up

Tutt v4 1914 : http://archive.org/stream/naturalhistoryof04tut#page/n4/mode/1up

 

 De Villers 1789 :  https://archive.org/stream/carolilinnaeient02linn#page/n11/mode/2up

Walckenaer : http://www.biodiversitylibrary.org/item/79375#page/289/mode/1up

Westwood et Humphreys 1841 : http://biodiversitylibrary.org/bibliography/12483#/summary

Wilkes, english moths and butterflies http://books.google.fr/books?id=x1xnr4VCDe0C&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false 

Goettingen animalbase : base de donnée : http://www.animalbase.uni-goettingen.de/zooweb/servlet/AnimalBase/search

Butterflies of America : http://butterfliesofamerica.com/polyommatus_icarus.htm

Références Bibliographiques en taxonomie : http://butterfliesofamerica.com/US-Can-Cat.htm

 Bestimmungshilfe für die in Europa nachgewiesenen Schmetterlingsarten :http://www.lepiforum.de/

— Un beau plaidoyer sur les noms de papillons :

 http://excerpts.numilog.com/books/9782759217045.pdf 

— Articles biographiques sur les taxonomistes entomologistes 

  http://gap.entclub.org/taxonomists/index.html 

   — http://www.reserves-naturelles.org/sites/default/files/fichiers/protocole-rhopalo-liste-especes.pdf

— site d'identification ;http://r.a.r.e.free.fr/interactif/photos%20nymphalidae/index.htm

 

 

 

 

                                          

 
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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Rhopalocères.
5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 09:57

Les amitiés furtives.

Thomas et Spiruline à l'Île Vierge, Morgat, Finistère.

Pêcheur sur la plage de Goulien, Crozon.

Je repense à Proust et à sa laitière. Le narrateur est derrière la vitre de son train — E' pericoloso  sporgersi— lorsqu'il voit passer la belle laitière. Il ne la hèle pas pour boire à ses lèvres ou au bol de lait qu'elle propose, le train assourdissant hurle et repart, c'est fini. Seul persiste le goût amer de la chance manquée. D'autres poètes ont chanté la douce douleur de ces fantômes du souvenir.

 



A celle qu'on voit apparaître 
Une seconde à sa fenêtre 
Et qui, preste, s'évanouit 
Mais dont la svelte silhouette 
Est si gracieuse et fluette 
Qu'on en demeure épanoui 

Alors, aux soirs de lassitude 
Tout en peuplant sa solitude 
Des fantômes du souvenir 
On pleure les lèvres absentes 
De toutes ces belles passantes 
Que l'on n'a pas su retenir

Georges Brassens

 

 

Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Charles Baudelaire.

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Nous restons si souvent dans l'aquarium désert de nos vitres, terrassés par la pulsion scopique, alors que l'échange révé a avorté.

La moitié des twett sont parait-il  rédigés — est-ce le terme ?— devant la télé, ou plutôt derrière les petits écrans.

Mon intention n'est pas du tout de me morfondre dans l'âcrité de ces propos, mais d'apporter à ces écrivains le contre-témoignage des rencontres, toutes aussi éphémères, mais qui ont su, par une effraction stupéfiante, crever l'écran.

Mon propos est de dire la force lumineuse et chaude de ces micro-rencontres, qui méritent le nom d' "amitiés furtives". 

Chacun a fait l'expérience de ces échanges inattendus où, souvent lors d'un voyage en train ou lors d' une traversée, l'étranger se transforme en confident, ou de ceux, plus brefs encore et plus superficiels, où des petits riens (sourire, regard, deux ou trois mots, un geste) ont brillés comme les astres de fraternités inopinées.

On n'en fera pas tout un plat, sous peine d'en rompre le charme. On présentera ces échappées d'écrans pour ce qu'elles sont, des bonheurs minuscules.

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I. Thomas le Végan et Spiruline.

C'est lors d'une balade à L'ïle Vierge de Morgat que je le découvre, en culotte courte, drapé dun drapeau breton et  en train de filmer une feuille de papier colorée qu'il a fixé à contre-jour sur le tronc d'un pin. Dans une main, celle qui ne tient pas le selfie-stick, il tient un ballon, qui se révèle être un globe terrestre. Son amie m'invite à les rejoindre.

Sur le papier, je lis les mots word green and blue. "la couleur de mes yeux !" explique-t-il, mais ces yeux là,  rieurs et même peut-être moqueurs,  reflètent des cieux idéaux.

Il explique qu'il s'appelle Thomas, de Quimper,  et qu'il est activiste du véganiste. Il intervient là où il peut pour combattre la consommation de produits animaux. Il a un grand projet, celui d'entreprendre la production de spiruline, cette algue riche en protéine. "Sur les toits des villes, pour exploiter les surfaces inutilisées".

C'est beau c'est généreux, c'est grand c'est magnifique, et, derrière lui, la Nature fait la queue de paon comme pour rejouer l'aurore du premier jour.

Son amie se contente de sourire. Elle ne veut pas faire de l'ombre à Nature. Elle lui vole un peu la vedette quand même.

Je les quitte dans leur paradis. N'ont-ils pas une place dans le mien, dans mon blog la-vie-est-belle ?

 

Thomas le Végan  devant l'Île Vierge, Morgat, novembre 2015.
Thomas le Végan  devant l'Île Vierge, Morgat, novembre 2015.

Thomas le Végan devant l'Île Vierge, Morgat, novembre 2015.

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II. Un pêcheur à pied de la plage de Goulien, Crozon.

Si le moment précédent était minuscule, celui-là serait microscopique. Mais pour combien de temps ces microbes du souvenir resteront-ils associés aux lieux de leur rencontre ? Ce temps là est incommensurable. Si la vie est belle, c'est par ces tout petits riens là, alors que les grands décors s'effondrent avec terreurs et fracas.

C'est, comme on dit, un monsieur. Il est penché sur l'estran et il y plante quelque chose. Nous nous rapprochons. 

Un monsieur, plage de Goulien, Crozon.

Un monsieur, plage de Goulien, Crozon.

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Ce sont des lignes de fonds avec leurs hameçons appâtès de tête de poisson ou de morceaux blancs. Voilà qui ne plairait pas à Thomas, mais nous avons laissé ce Petit Prince sur sa planète. Nous sommes sur la planète du monsieur qui plante dans le sable.

 

 

Un monsieur qui plante dans le sable, plage de Goulien, Crozon.

Un monsieur qui plante dans le sable, plage de Goulien, Crozon.

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La vitre de l'écran est brisée. Il nous explique qu'il pose ces lignes le soir. Il les relève quand la marée est descendu, avec parfois des daurades. ou des poissons plats. "Mais souvent rien".

Il a sa place sur lavieb-aile. Comme tout le monde, si l'occasion était offerte.

La Belle Occasion, chaleureuse et fugace.

 

Le monsieur qui plante dans le sable, plage de Goulien, Crozon.

Le monsieur qui plante dans le sable, plage de Goulien, Crozon.

Au loin les couples se tiennent par la main. Les surfers profitent des dernières vagues. On se sent bien.

Plage de Goulien en novembre, Crozon.
Plage de Goulien en novembre, Crozon.

Plage de Goulien en novembre, Crozon.

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Published by jean-yves cordier - dans Crozon
3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 18:52

L'Hélice de la Jeanne-d'Arc à Morgat : entre Babar et Moby Dick.

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Que faire de l'hélice du Porte-Hélocoptère Jeanne d'Arc après son désarmement en 2010 ? La placer sur la promenade littorale de la plage de Morgat, commune de Crozon.

 

Hélice de la Jeanne-d'Arc, plage de Morgat, Crozon, photographie lavieb-aile.

Hélice de la Jeanne-d'Arc, plage de Morgat, Crozon, photographie lavieb-aile.

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Hélice de la Jeanne-d'Arc, plage de Morgat, Crozon, photographie lavieb-aile.

Hélice de la Jeanne-d'Arc, plage de Morgat, Crozon, photographie lavieb-aile.

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Selon les angles par lesquelles on la regarde, elle ressemble parfois à une sculpture en bronze d'une baleine nous frôlant de son aileron en nous observant avec attention.

 

Hélice de la Jeanne-d'Arc, plage de Morgat, Crozon, photographie lavieb-aile.

Hélice de la Jeanne-d'Arc, plage de Morgat, Crozon, photographie lavieb-aile.

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D'autre fois, elle apparaît comme un éléphant élevant sa trompe, et s'éventant de ses larges oreilles.

 

 

Hélice de la Jeanne-d'Arc, plage de Morgat, Crozon, photographie lavieb-aile.

Hélice de la Jeanne-d'Arc, plage de Morgat, Crozon, photographie lavieb-aile.

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Hélice de la Jeanne-d'Arc, plage de Morgat, Crozon, photographie lavieb-aile.

Hélice de la Jeanne-d'Arc, plage de Morgat, Crozon, photographie lavieb-aile.

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Parfois encore, elle s'envole, et sa nageoire passe au dessus de nous comme l'aile d'un des Deux Oiseaux sur Fond Bleu de Georges Braque.

Hélice de la Jeanne-d'Arc, plage de Morgat, Crozon, photographie lavieb-aile.

Hélice de la Jeanne-d'Arc, plage de Morgat, Crozon, photographie lavieb-aile.

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Published by jean-yves cordier - dans Morgat-Crozon.
1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 21:01

La Laitière de Jean-Baptiste Huet et les laitières de Marcel Proust.

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Voir aussi :

Pan, pan, pan, pan : ce que contient le précieux petit pan de mur jaune de Proust.

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La Laitière (1769) de Jean-Baptiste Huet (1745-1811) a-t-elle pu inspirer à Marcel Proust ce personnage de la jolie laitière qui court en leitmotiv dans A la recherche du temps perdu comme la métaphore d'un plaisir auquel le narrateur aurait pu goûter, et qui s'éloigne ?

Non, sans-doute. Car mes recherches sur la toile ne retrouvent aucune réponse à l'interrogation Proust + "Jean-Baptiste Huet".

Traditionnellement, la laitière de Proust est mise en relation avec celle de Vermeer. Cela ne me semble guère convaincant.

La sage et concentrée bourgeoise ou domestique de Delft est un bel exemple de cette tranquillité qui naît de la vie humble aux travaux ennuyeux et faciles, du "cœur à l'ouvrage" suscitée par l'utilisation routinière des nourritures simples. Mais est-elle sexuellement attirante ?

Celle que Proust décrit est, d'abord, désirable. Ses laitières sont des objets du désir qui troublent le narrateur car elles lui semblent accessibles et faciles alors qu'elles lui échappent toujours. Comme les arbres d'Hudimesnil, elles résistent à la possession, à la captation.

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Aussi j'en viens à proposer aux proustophiles et proustomaniaques ce tableau de Jean-Baptiste Huet conservé actuellement (depuis 1929) au Musée Cognacq-Jay après avoir appartenu aux collections des propriétaires de la Samaritaine, Ernest Cognacq et Marie-Louise Jaÿ.

Le seul réel argument que je leur propose —et dont ils devraient je pense accepter la validité — est le très fort sentiment de reconnaissance, immédiat, que la vue du tableau a suscité chez moi : "Ah, — me suis-je dit— voici  la laitière que Marcel a vu apparaître alors qu'il était dans le train vers Balbec : "la grande fille que je vis sortir de cette maison et, sur le sentier qu'illuminait obliquement le soleil levant, venir vers la gare en portant une jarre de lait. ".

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D'où me venait cet émoi intérieur ? Ce plaisir délicieux de la certitude d'une retrouvaille ? Qu'est-ce qui suscitait cette puissance joie ? D'où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l'appréhender ? Plutôt que de scruter la toile de Huet, je me tourne vers mon esprit et j'y retrouve les phrases de La Recherche. 

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"Le paysage devint accidenté, abrupt, le train s'arrêta à une petite gare entre deux montagnes. On ne voyait au fond de la gorge, au bord du torrent, qu'une maison de garde enfoncée dans l'eau qui coulait au ras des fenêtres. Si un être peut être le produit d'un sol dont on goûte en lui le charme particulier, plus encore que la paysanne que j'avais tant désiré voir apparaître quand j'errais seul du côté de Méséglise, dans les bois de Roussainville, ce devait être la grande fille que je vis sortir de cette maison et, sur le sentier qu'illuminait obliquement le soleil levant, venir vers la gare en portant une jarre de lait. Dans la vallée à qui ces hauteurs cachaient le reste du monde, elle ne devait jamais voir personne que dans ces trains qui ne s'arrêtaient qu'un instant. Elle longea les wagons, offrant du café au lait à quelques voyageurs réveillés. Empourpré des reflets du matin, son visage était plus rose que le ciel. Je ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous prenons de nouveau conscience de la beauté et du bonheur.  [...] Telle, étrangère aux modèles de beauté que dessinait ma pensée quand je me trouvais seul, la belle fille me donna aussitôt le goût d'un certain bonheur (seule forme, toujours particulière, sous laquelle nous puissions connaître le goût du bonheur), d'un bonheur qui se réaliserait en vivant auprès d'elle. Mais ici encore la cessation momentanée de l'Habitude agissait pour une grande part. Je faisais bénéficier la marchande de lait de ce que c'était mon être complet, apte à goûter de vives jouissances, qui était en face d'elle. Je ne sais si, en me faisant croire que cette fille n'était pas pareille aux autres femmes, le charme sauvage de ces lieux ajoutait au sien, mais elle le leur rendait. La vie m'aurait paru délicieuse si seulement j'avais pu, heure par heure, la passer avec elle, l'accompagner jusqu'au torrent, jusqu'à la vache, jusqu'au train, être toujours à ses côtés, me sentir connu d'elle, ayant ma place dans sa pensée. Elle m'aurait initié aux charmes de la vie rustique et des premières heures du jour. Je lui fis signe qu'elle vînt me donner du café au lait. J'avais besoin d'être remarqué d'elle. Elle ne me vit pas, je l'appelai. Au-dessus de son corps très grand, le teint de sa figure était si doré et si rose qu'elle avait l'air d'être vue à travers un vitrail illuminé. Elle revint sur ses pas, je ne pouvais détacher mes yeux de son visage de plus en plus large, pareil à un soleil qu'on pourrait fixer et qui s'approcherait jusqu'à venir tout près de vous, se laissant regarder de près, vous éblouissant d'or et de rouge. Elle posa sur moi son regard perçant, mais comme les employés fermaient les portières, le train se mit en marche ; je la vis quitter la gare et reprendre le sentier, il faisait grand jour maintenant : je m'éloignais de l'aurore. [...] ; cette belle fille que j'apercevais encore, tandis que le train accélérait sa marche, c'était comme une partie d'une vie autre que celle que je connaissais, séparée d'elle par un liséré, et où les sensations qu'éveillaient les objets n'étaient plus les mêmes ; et d'où sortir maintenant eût été comme mourir à moi-même. Pour avoir la douceur de me sentir du moins attaché à cette vie, il eût suffi que j'habitasse assez près de la petite station pour pouvoir venir tous les matins demander du café au lait à cette paysanne. Mais, hélas ! elle serait toujours absente de l'autre vie vers laquelle je m'en allais de plus en plus vite et que je ne me résignais à accepter qu'en combinant des plans qui me permettraient un jour de reprendre ce même train et de m'arrêter à cette même gare, projet qui avait aussi l'avantage de fournir un aliment à la disposition intéressée, active, pratique, machinale, paresseuse, centrifuge qui est celle de notre esprit car il se détourne volontiers de l'effort qu'il faut pour approfondir en soi-même, d'une façon générale et désintéressée, une impression agréable que nous avons eue. Et comme d'autre part nous voulons continuer à penser à elle, il préfère l'imaginer dans l'avenir, préparer habilement les circonstances qui pourront la faire renaître, ce qui ne nous apprend rien sur son essence, mais nous évite la fatigue de la recréer en nous-même et nous permet d'espérer la recevoir de nouveau du dehors." A la recherche du temps perdu (Marcel Proust) II : A l'Ombre des Jeunes Filles en Fleurs II : Noms de pays : le pays

Nous voyons que la laitière de Proust, comme celle de Huet, regarde le narrateur. Qu'elle ne se trouve pas dans une cuisine ou un office de maison bourgeoise, dans un cercle familier. Elle surgit comme une apparition sauvage, étrangère, elle se lève avec l'aurore à laquelle elle s'identifie.

  J'ignore si Proust a connu ce tableau. Mais par contre, les liens —peut-être amoureux— qui l'unissait à Nissim de Camondo sont bien connus. (Et le héros de la Recherche Nissim Bernard en tire son nom) 

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Et alors ?

Nissim a vécu dans l'hôtel particulier de la Porte Monceau que son père le comte Moïse de Camondo, banquier et collectionneur d'art, avait fait construire en 1911 pour abriter ses collections. C'est actuellement le Musée Nissim de Camondo. On y trouve au rez-de-chaussée haut le "Salon des Huet" spécialement conçus pour recevoir les panneaux peints de scènes champêtres de Jean-Baptiste Huet. Ce grand cycle décoratif comprend sept compositions et trois dessus de porte et illustre les progrès de l’amour entre un berger et une bergère, grâce à la complicité d’un chien et d’une colombe. Jean-Baptiste Huet fut l’un des grands peintres animaliers du XVIIIe siècle et c’est en hommage à son cycle que le salon circulaire placé à la jonction des deux ailes de l’hôtel Camondo prit le nom de Salon des Huet.

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La Bouquetière de Jean-Baptiste Huet.

Notre laitière fait la paire avec une Bouquetière au corsage tout aussi généreux et à la fraîcheur délicieuse, qui propose ingénument les roses de son tablier et les bouquets de ses paniers d'osier

Une huile sur toile de 67,5 x 50,5, comme La Laitière, et, comme elle, conservée au Musée Cognacq-Jay (actuellement en restauration). Mais, à ma connaissance, Proust ne fait pas apparaître de bouquetière dans son œuvre.

http://museecognacqjay.paris.fr/fr/les-actualites/restauration-de-deux-oeuvres-peintes-par-huet-la-bouquetiere-et-la-laitiere

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/jean-baptiste-huet_la-bouquetiere_huile-sur-toile

 

 

Jean-Baptiste Huet, La Bouquetière, détail, Musée Cognacq-Jay (copie d'écran du site du musée)

Jean-Baptiste Huet, La Bouquetière, détail, Musée Cognacq-Jay (copie d'écran du site du musée)

 .

Une fausse piste.

Je consulte Le Musée retrouvé de Marcel Proust par Yann le Pichon (Stock, 1990, 1995), mais J-B. Huet ne figure pas dans le "musée imaginaire" composé par l'auteur. J'y trouve néanmoins une liste des peintres cités dans La Recherche, et , à la lettre H, je trouve "HUET (Jean-Baptiste), III, 1518". Le cœur battant, j'ouvre le tome III de mes volumes de la Pléiade à la page 1518. C'est une variante de la page 309 de Sodome et Gomorrhe, II.

..choses qu'elle possédait et qui pouvaient aisément se marier à cet intérieur, notamment de vieilles toiles françaises et des paravents de laque [...]. Surtout, Mme Verdurin poussant même jusqu'à des conséquences extrêmes un de ses axiomes qui était qu'on doit vivre fut-ce pour quelques mois au milieu des choses qu'on aime, avait rapporté à la Raspelière et placé des encadrements de vernis Martin, des chinoiseries décoratives Leprince, et de Huet (1), qui se mariaient aimablement aux paravents leurs voisins, comme l'Orient français des adaptations de Galland aux Mille et Une Nuits véritables. "

On voit que Proust ne fait pas allusion à Jean-Baptiste Huet, mais, bien évidemment, à son oncle Christophe Huet,(1663-1739),  peintre animalier célèbre pour sa décoration des salons de Chantilly nommés Grande et Petite Singerie : ce sont bien là  des "chinoiseries décoratives". 

Pourtant, ce n'est pas l'opinion d'Antoine Compagnon, qui accompagne la mention du nom Huet de cette variante d'une note (1) page 1518-1519 en précisant : Jean-Baptiste Huet (1745-1811), peintre réputé pour des paysages et des scènes animalières ; ses dessins gravés restèrent réputés". C'est cette note qui explique la mention de J-B. Huet dans la liste des peintres cités par Proust, dans le livre de Y. Le Pichon. 

En définitive, Marcel Proust ne mentionne pas Jean-Baptiste Huet dans son œuvre.

 

Annexe. Quelques laitières de La Recherche du Temps Perdu.

Il me reste, avant de lancer cette bouteille à la mer à destination d'une éventuelle âme sensible,  à chercher dans La Recherche d'autres apparitions de "la laitière", parfois qualifiée de "crémière".

 

 

"Si, sortant de mon lit, j'allais écarter un instant le rideau de ma fenêtre, ce n'était pas seulement comme un musicien ouvre un instant son piano, et pour vérifier si, sur le balcon et dans la rue, la lumière du soleil était exactement au même diapason que dans mon souvenir, c'était aussi pour apercevoir quelque blanchisseuse portant son panier à linge, une boulangère à tablier bleu, une laitière à bavette et manches de toile blanche, tenant le crochet où sont suspendues les carafes de lait, quelque fière jeune fille blonde suivant son institutrice, une image enfin que les différences de lignes, peut-être quantitativement insignifiantes, suffisaient à faire aussi différente de toute autre que pour une phrase musicale la différence de deux notes, et sans la vision de laquelle j'aurais appauvri la journée des buts qu'elle pouvait proposer à mes désirs de bonheur. Mais si le surcroît de joie, apporté par la vue des femmes impossibles à imaginer a priori, me rendait plus désirables, plus dignes d'être explorés, la rue, la ville, le monde, il me donnait par là même la soif de guérir, de sortir, et, sans Albertine, d'être libre. Que de fois, au moment où la femme inconnue dont j'allais rêver passait devant la maison, tantôt à pied, tantôt avec toute la vitesse de son automobile, je souffris que mon corps ne pût suivre mon regard qui la rattrapait et, tombant sur elle comme tiré de l'embrasure de ma fenêtre par une arquebuse, arrêter la fuite du visage dans lequel m'attendait l'offre d'un bonheur qu'ainsi cloîtré je ne goûterais jamais ! "

La Recherche V. La Prisonnière

 

  "Parfois, comme la voiture gravissait une route montante entre des terres labourées, rendant les champs plus réels, leur ajoutant une marque d'authenticité, comme la précieuse fleurette dont certains maîtres anciens signaient leurs tableaux, quelques bleuets hésitants pareils à ceux de Combray suivaient notre voiture. Bientôt nos chevaux les distançaient, mais après quelques pas, nous en apercevions un autre qui en nous attendant avait piqué devant nous dans l'herbe son étoile bleue ; plusieurs s'enhardissaient jusqu'à venir se poser au bord de la route et c'était toute une nébuleuse qui se formait avec mes souvenirs lointains et les fleurs apprivoisées.

Nous redescendions la côte ; alors nous croisions, la montant à pied, à bicyclette, en carriole ou en voiture, quelqu'une de ces créatures – fleurs de la belle journée, mais qui ne sont pas comme les fleurs des champs, car chacune recèle quelque chose qui n'est pas dans une autre et qui empêchera que nous puissions contenter avec ses pareilles le désir qu'elle a fait naître en nous – quelque fille de ferme poussant sa vache ou à demi couchée sur une charrette, quelque fille de boutiquier en promenade, quelque élégante demoiselle assise sur le strapontin d'un landau, en face de ses parents. Certes Bloch m'avait ouvert une ère nouvelle et avait changé pour moi la valeur de la vie, le jour où il m'avait appris que les rêves que j'avais promenés solitairement du côté de Méséglise quand je souhaitais que passât une paysanne que je prendrais dans mes bras, n'étaient pas une chimère qui ne correspondait à rien d'extérieur à moi, mais que toutes les filles qu'on rencontrait, villageoises ou demoiselles, étaient toutes prêtes à en exaucer de pareils. Et dussé-je, maintenant que j'étais souffrant et ne sortais pas seul, ne jamais pouvoir faire l'amour avec elles, j'étais tout de même heureux comme un enfant né dans une prison ou dans un hôpital et qui, ayant cru longtemps que l'organisme humain ne peut digérer que du pain sec et des médicaments, a appris tout d'un coup que les pêches, les abricots, le raisin, ne sont pas une simple parure de la campagne, mais des aliments délicieux et assimilables. Même si son geôlier ou son garde-malade ne lui permettent pas de cueillir ces beaux fruits, le monde cependant lui paraît meilleur et l'existence plus clémente. Car un désir nous semble plus beau, nous nous appuyons à lui avec plus de confiance quand nous savons qu'en dehors de nous la réalité s'y conforme, même si pour nous il n'est pas réalisable. Et nous pensons avec plus de joie à une vie où, à condition que nous écartions pour un instant de notre pensée le petit obstacle accidentel et particulier qui nous empêche personnellement de le faire, nous pouvons nous imaginer l'assouvissant. Pour les belles filles qui passaient, du jour où j'avais su que leurs joues pouvaient être embrassées, j'étais devenu curieux de leur âme. Et l'univers m'avait paru plus intéressant.

La voiture de Mme de Villeparisis allait vite. À peine avais-je le temps de voir la fillette qui venait dans notre direction ; et pourtant – comme la beauté des êtres n'est pas comme celle des choses, et que nous sentons qu'elle est celle d'une créature unique, consciente et volontaire – dès que son individualité, âme vague, volonté inconnue de moi, se peignait en une petite image prodigieusement réduite, mais complète, au fond de son regard distrait, aussitôt, mystérieuse réplique des pollens tout préparés pour les pistils, je sentais saillir en moi l'embryon aussi vague, aussi minuscule, du désir de ne pas laisser passer cette fille sans que sa pensée prît conscience de ma personne, sans que j'empêchasse ses désirs d'aller à quelqu'un d'autre, sans que je vinsse me fixer dans sa rêverie et saisir son coeur. Cependant notre voiture s'éloignait, la belle fille était déjà derrière nous et comme elle ne possédait de moi aucune des notions qui constituent une personne, ses yeux, qui m'avaient à peine vu, m'avaient déjà oublié. Était-ce parce que je ne l'avais qu'entr'aperçue que je l'avais trouvée si belle ? Peut-être. D'abord l'impossibilité de s'arrêter auprès d'une femme, le risque de ne pas la retrouver un autre jour lui donnent brusquement le même charme qu'à un pays la maladie ou la pauvreté qui nous empêchent de le visiter, ou qu'aux jours si ternes qui nous restent à vivre le combat où nous succomberons sans doute. De sorte que, s'il n'y avait pas l'habitude, la vie devrait paraître délicieuse à ces êtres qui seraient à chaque heure menacés de mourir – c'est-à-dire à tous les hommes. Puis si l'imagination est entraînée par le désir de ce que nous ne pouvons posséder, son essor n'est pas limité par une réalité complètement perçue dans ces rencontres où les charmes de la passante sont généralement en relation directe avec la rapidité du passage. Pour peu que la nuit tombe et que la voiture aille vite, à la campagne, dans une ville, il n'y a pas un torse féminin mutilé comme un marbre antique par la vitesse qui nous entraîne et le crépuscule qui le noie, qui ne tire sur notre coeur, à chaque coin de route, du fond de chaque boutique, les flèches de la Beauté, de la Beauté dont on serait parfois tenté de se demander si elle est en ce monde autre chose que la partie de complément qu'ajoute à une passante fragmentaire et fugitive notre imagination surexcitée par le regret.

Si j'avais pu descendre parler à la fille que nous croisions, peut-être eussé-je été désillusionné par quelque défaut de sa peau que de la voiture je n'avais pas distingué ? (Et alors, tout effort pour pénétrer dans sa vie m'eût semblé soudain impossible. Car la beauté est une suite d'hypothèses que rétrécit la laideur en barrant la route que nous voyions déjà s'ouvrir sur l'inconnu.) Peut-être un seul mot qu'elle eût dit, un sourire, m'eussent fourni une clef, un chiffre inattendus, pour lire l'expression de sa figure et de sa démarche, qui seraient aussitôt devenues banales. C'est possible, car je n'ai jamais rencontré dans la vie de filles aussi désirables que les jours où j'étais avec quelque grave personne que, malgré les mille prétextes que j'inventais, je ne pouvais quitter : quelques années après celle où j'allai pour la première fois à Balbec, faisant à Paris une course en voiture avec un ami de mon père et ayant aperçu une femme qui marchait vite dans la nuit, je pensai qu'il était déraisonnable de perdre pour une raison de convenances ma part de bonheur dans la seule vie qu'il y ait sans doute, et sautant à terre sans m'excuser, je me mis à la recherche de l'inconnue, la perdis au carrefour de deux rues, la retrouvai dans une troisième, et me trouvai enfin, tout essoufflé, sous un réverbère, en face de la vieille Mme Verdurin que j'évitais partout et qui, heureuse et surprise, s'écria : « Oh ! comme c'est aimable d'avoir couru pour me dire bonjour. »

A la recherche du temps perdu (Marcel Proust) II : A l'Ombre des Jeunes Filles en Fleurs II : Noms de pays : le pays

 

 

 

" Souvent avant cette soirée au théâtre, je faisais ainsi de petites sorties avant le déjeuner, quand le temps était beau ; s'il avait plu, à la première éclaircie je descendais faire quelques pas, et tout d'un coup, venant sur le trottoir encore mouillé, changé par la lumière en laque d'or, dans l'apothéose d'un carrefour poudroyant d'un brouillard que tanne et blondit le soleil, j'apercevais une pensionnaire suivie de son institutrice ou une laitière avec ses manches blanches, je restais sans mouvement, une main contre mon coeur qui s'élançait déjà vers une vie étrangère ; je tâchais de me rappeler la rue, l'heure, la porte sous laquelle la fillette (que quelquefois je suivais) avait disparu sans ressortir. Heureusement la fugacité de ces images caressées et que je me promettais de chercher à revoir les empêchait de se fixer fortement dans mon souvenir. N'importe, j'étais moins triste d'être malade, de n'avoir jamais eu encore le courage de me mettre à travailler, à commencer un livre, la terre me paraissait plus agréable à habiter, la vie plus intéressante à parcourir depuis que je voyais que les rues de Paris comme les routes de Balbec étaient fleuries de ces beautés inconnues que j'avais si souvent cherché à faire surgir des bois de Méséglise, et dont chacune excitait un désir voluptueux qu'elle seule semblait capable d'assouvir."

III. Le coté de Guermantes

 

": J'avais à peine le temps d'apercevoir, aussi séparé d'elles derrière la vitre de l'auto que je l'aurais été derrière la fenêtre de ma chambre, une jeune fruitière, une crémière, debout devant sa porte, illuminée par le beau temps, comme une héroïne que mon désir suffisait à engager dans des péripéties délicieuses, au seuil d'un roman que je ne connaîtrais pas."

 

 

Je venais de finir le mot de maman quand Françoise revint me dire qu'elle avait justement là la petite laitière un peu trop hardie dont elle m'avait parlé. « Elle pourra très bien porter la lettre de Monsieur, et faire les courses si ce n'est pas trop loin. Monsieur va voir, elle a l'air d'un petit Chaperon rouge. » [...] Elle était parée pour moi de ce charme de l'inconnu qui ne se serait pas ajouté pour moi à une jolie fille trouvée dans ces maisons où elles vous attendent. Elle n'était ni nue ni déguisée, mais une vraie crémière, une de celles qu'on s'imagine si jolies quand on n'a pas le temps de s'approcher d'elles ; elle était un peu de ce qui fait l'éternel désir, l'éternel regret de la vie, dont le double courant est enfin détourné, amené auprès de nous. [...] Je levai les yeux sur les mèches flavescentes et frisées, et je sentis que leur tourbillon m'emportait, le coeur battant, dans la lumière et les rafales d'un ouragan de beauté.

V : La Prisonnière

 

 353 Les petites porteuses de pain se hâtaient d'emfiler dans leur panier les flûtes destinées au « grand déjeuner » et, à leurs crochets, les laitières attachaient vivement les bouteilles de lait. La vue nostalgique que j'avais de ces petites filles, pouvais-je la croire bien exacte ? N'eût-elle pas été autre si j'avais pu garder immobile quelques instants auprès de moi une de celles que, de la hauteur de ma fenêtre, je ne voyais que dans la boutique ou en fuite ? Pour évaluer la perte que me faisait éprouver la réclusion, c'est-à-dire la richesse que m'offrait la journée, il eût fallu intercepter dans le long déroulement de la frise animée quelque fillette portant son linge ou son lait, la faire passer un moment, comme une silhouette d'un décor mobile entre les portants, dans le cadre de ma porte, et la retenir sous mes yeux, non sans obtenir sur elle quelque renseignement qui me permît de la retrouver un jour et pareille, cette fiche signalétique que les ornithologues ou les ichtyologues attachent, avant de leur rendre la liberté, sous le ventre des oiseaux ou des poissons dont ils veulent pouvoir identifier les migrations.
A la recherche du temps perdu (Marcel Proust)

 V : La Prisonnière

"Cette année-là à Balbec, au moment de ces rencontres, j'assurais à ma grand-mère, à Mme de Villeparisis qu'à cause d'un grand mal de tête il valait mieux que je rentrasse seul à pied. Elles refusaient de me laisser descendre. Et j'ajoutais la belle fille (bien plus difficile à retrouver que ne l'est un monument, car elle était anonyme et mobile) à la collection de toutes celles que je me promettais de voir de près. Une pourtant se trouva repasser sous mes yeux, dans des conditions telles que je crus que je pourrais la connaître comme je voudrais. C'était une laitière qui vint d'une ferme apporter un supplément de crème à l'hôtel. Je pensai qu'elle m'avait aussi reconnu et elle me regardait, en effet, avec une attention qui n'était peut-être causée que par l'étonnement que lui causait la mienne. Or le lendemain, jour où je m'étais reposé toute la matinée quand Françoise vint ouvrir les rideaux vers midi, elle me remit une lettre qui avait été déposée pour moi à l'hôtel. Je ne connaissais personne à Balbec. Je ne doutai pas que la lettre ne fût de la laitière. Hélas, elle n'était que de Bergotte qui, de passage, avait essayé de me voir, mais ayant su que je dormais m'avait laissé un mot charmant pour lequel le liftman avait fait une enveloppe que j'avais cru écrite par la laitière. J'étais affreusement déçu, et l'idée qu'il était plus difficile et plus flatteur d'avoir une lettre de Bergotte, ne me consolait en rien qu'elle ne fût pas de la laitière. Cette fille-là même, je ne la retrouvai pas plus que celles que j'apercevais seulement de la voiture de Mme de Villeparisis. La vue et la perte de toutes accroissaient l'état d'agitation où je vivais et je trouvais quelque sagesse aux philosophes qui nous recommandent de borner nos désirs (si toutefois ils veulent parler du désir des êtres, car c'est le seul qui puisse laisser de l'anxiété, s'appliquant à de l'inconnu conscient. Supposer que la philosophie veut parler du désir des richesses serait trop absurde). Pourtant j'étais disposé à juger cette sagesse incomplète, car je me disais que ces rencontres me faisaient trouver encore plus beau un monde qui fait ainsi croître sur toutes les routes campagnardes des fleurs à la fois singulières et communes, trésors fugitifs de la journée, aubaines de la promenade, dont les circonstances contingentes qui ne se reproduiraient peut-être pas toujours m'avaient seules empêché de profiter, et qui donnent un goût nouveau à la vie.

Mais peut-être, en espérant qu'un jour, plus libre, je pourrais trouver sur d'autres routes, de semblables filles, je commençais déjà à fausser ce qu'à d'exclusivement individuel le désir de vivre auprès d'une femme qu'on a trouvé jolie, et du seul fait que j'admettais la possibilité de le faire naître artificiellement, j'en avais implicitement reconnu l'illusion."

Nom de pays : le Pays

 

Le narrateur est dans le train qui le mène en villégiature à Balbec en compagnie de sa grand-mère. Il est triste d’avoir quitté sa mère et inquiet car il sent qu’il est au bord d’une crise d’étouffement. Soudain, la vue d’une belle jeune femme vendeuse de lait dans une petite gare lui redonne de l’espoir et le goût de vivre 

Le paysage devint accidenté, abrupt, le train s’arrêta à une petite gare entre deux montagnes. On ne voyait au fond de la gorge, au bord du torrent, qu’une maison de garde enfoncée dans l’eau qui coulait au ras des fenêtres. Si un être peut être le produit d’un sol dont on goûte en lui le charme particulier, plus encore que la paysanne que j’avais tant désiré voir apparaître quand j’errais seul du côté de Méséglise, dans les bois de Roussainville, ce devait être la grande fille que je vis sortir de cette maison et, sur le sentier qu’illuminait obliquement le soleil levant, venir vers la gare en portant une jarre de lait. Dans la vallée à qui ces hauteurs cachaient le reste du monde, elle ne devait jamais voir personne que dans ces trains qui ne s’arrêtaient qu’un instant. Elle longea les wagons, offrant du café au lait à quelques voyageurs réveillés. Empourpré des reflets du matin, son visage était plus rose que le ciel. Je ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous prenons de nouveau conscience de la beauté et du bonheur. (JF 655/224).

Les extraits :

*Cette année-là, à Balbec, au moment de ces rencontres, j’assurais à ma grand’mère, à Mme de Villeparisis qu’à cause d’un grand mal de tête, il valait mieux que je rentrasse seul à pied. Elles refusaient de me laisser descendre. Et j’ajoutais la belle fille (bien plus difficile à retrouver que ne l’est un monument, car elle était anonyme et mobile) à la collection de toutes celles que je me promettais de voir de près. Une pourtant se trouva repasser sous mes yeux, dans des conditions telles que je crus que je pourrais la connaître comme je voudrais. C’était une laitière qui vint d’une ferme apporter un supplément de crème à l’hôtel. Je pensai qu’elle m’avait aussi reconnu et elle me regardait, en effet, avec une attention qui n’était peut-être causée que par l’étonnement que lui causait la mienne. Or le lendemain, jour où je m’étais reposé toute la matinée quand Françoise vint ouvrir les rideaux vers midi, elle me remit une lettre qui avait été déposée pour moi à l’hôtel. Je ne connaissais personne à Balbec. Je ne doutai pas que la lettre ne fût de la laitière. Hélas, elle n’était que de Bergotte qui, de passage, avait essayé de me voir, mais ayant su que je dormais m’avait laissé un mot charmant pour lequel le liftman avait fait une enveloppe que j’avais cru écrite par la laitière. J’étais affreusement déçu, et l’idée qu’il était plus difficile et plus flatteur d’avoir une lettre de Bergotte, ne me consolait en rien qu’elle ne fût pas de la laitière. Cette fille-là même, je ne la retrouvai pas plus que celles que j’apercevais seulement de la voiture de Mme de Villeparisis. II, 203

 

*Souvent avant cette soirée au théâtre, je faisais ainsi de petites sorties avant le déjeuner, quand le temps était beau ; s’il avait plu, à la première éclaircie je descendais faire quelques pas, et tout d’un coup, venant sur le trottoir encore mouillé, changé par la lumière en laque d’or, dans l’apothéose d’un carrefour poudroyant d’un brouillard que tanne et blondit le soleil, j’apercevais une pensionnaire suivie de son institutrice ou une laitière avec ses manches blanches, je restais sans mouvement, une main contre mon cœur qui s’élançait déjà vers une vie étrangère; je tâchais de me rappeler la rue, l’heure, la porte sous laquelle la fillette (que quelquefois je suivais) avait disparu sans ressortir. Heureusement la fugacité de ces images caressées et que je me promettais de chercher à revoir les empêchait de se fixer fortement dans mon souvenir. […] Pourtant, au bout de quelques jours pendant lesquels le souvenir des deux jeunes filles lutta avec des chances inégales pour la domination de mes idées amoureuses avec celui de Mme de Guermantes, ce fut celui-ci, comme de lui-même, qui finit par renaître le plus souvent pendant que ses concurrents s’éliminaient; ce fut sur lui que je finis par avoir, en somme volontairement encore et comme par choix et plaisir, transféré toutes mes pensées d’amour. Je ne songeai plus aux fillettes du catéchisme, ni à une certaine laitière; et pourtant je n’espérai plus de retrouver dans la rue ce que j’étais venu y chercher, ni la tendresse promise au théâtre dans un sourire, ni la silhouette et le visage clair sous la chevelure blonde qui n’étaient tels que de loin. III

 

*Et puis ç’avait été fini. J’avais cessé mes sorties du matin, et si facilement que je tirai alors le pronostic, qu’on verra se trouver faux, plus tard, que je m’habituerais aisément, dans le cours de ma vie, à ne plus voir une femme. Et quand ensuite Françoise m’eut raconté que Jupien, désireux de s’agrandir, cherchait une boutique dans le quartier, désireux de lui en trouver une (tout heureux aussi, en flânant dans la rue que déjà de mon lit j’entendais crier lumineusement comme une plage, de voir, sous le rideau de fer levé des crémeries, les petites laitières à manches blanches), j’avais pu recommencer ces sorties. III

 

*Si, sortant de mon lit, j’allais écarter un instant le rideau de ma fenêtre, ce n’était pas seulement comme un musicien ouvre un instant son piano, et pour vérifier si, sur le balcon et dans la rue, la lumière du soleil était exactement au même diapason que dans mon souvenir, c’était aussi pour apercevoir quelque blanchisseuse portant son panier à linge, une boulangère à tablier bleu, une laitière à bavette et manches de toile blanche, tenant le crochet où sont suspendues les carafes de lait, quelque fière jeune fille blonde suivant son institutrice, une image enfin que des différences de lignes, peut-être quantitativement insignifiantes, suffisaient à faire aussi différente de toute autre que pour une phrase musicale la différence de deux notes, et sans la vision de laquelle j’aurais appauvri la journée des buts qu’elle pouvait proposer à mes désirs de bonheur. Mais si le surcroît de joie, apporté par la vue des femmes impossibles à imaginer a priori, me rendait plus désirables, plus dignes d’être explorés, la rue, la ville, le monde, il me donnait par là même la soif de guérir, de sortir, et, sans Albertine, d’être libre. V

 

*Les petites porteuses de pain se hâtaient d’enfiler dans leur panier les flûtes destinées au « grand déjeuner » et, à leurs crochets, les laitières attachaient vivement les bouteilles de lait. La vue nostalgique que j’avais de ces petites filles, pouvais-je la croire bien exacte ? N’eût-elle pas été autre si j’avais pu garder immobile quelques instants auprès de moi une de celles que, de la hauteur de ma fenêtre, je ne voyais que dans la boutique ou en fuite ? Pour évaluer la perte que me faisait éprouver la réclusion, c’est-à-dire la richesse que m’offrait la journée, il eût fallu intercepter dans le long déroulement de la frise animée quelque fillette portant son linge ou son lait, la faire passer un moment, comme une silhouette d’un décor mobile entre les portants, dans le cadre de ma porte, et la retenir sous mes yeux, non sans obtenir sur elle quelque renseignement qui me permît de la retrouver un jour et pareille, cette fiche signalétique que les ornithologues ou les ichtyologues attachent, avant de leur rendre la liberté, sous le ventre des oiseaux ou des poissons dont ils veulent pouvoir identifier les migrations. V

 

*Je me mis à lire la lettre de maman. À travers ses citations de Mme de Sévigné : «Si mes pensées ne sont pas tout à fait noires à Combray, elles sont au moins d’un gris brun ; je pense à toi à tout moment ; je te souhaite ; ta santé, tes affaires, ton éloignement, que penses-tu que tout cela puisse faire entre chien et loup ? » je sentais que ma mère était ennuyée de voir que le séjour d’Albertine à la maison se prolonger et s’affermir, quoique non encore déclarées à la fiancée mes intentions de mariage. Elle ne me le disait pas plus directement parce qu’elle craignait que je laissasse traîner mes lettres. Encore, si voilées qu’elles fussent, me reprochait-elle de ne pas l’avertir immédiatement, après chacune, que je l’avais reçue : «Tu sais bien que Mme de Sévigné disait : «Quand on est loin on ne se moque plus des lettres qui commencent par : j’ai reçu la vôtre.» Sans parler de ce qui l’inquiétait le plus, elle se disait fâchée de mes grandes dépenses : «À quoi peut passer tout ton argent ? Je suis déjà assez tourmentée de ce que, comme Charles de Sévigné, tu ne saches pas ce que tu veux et que tu sois «deux ou trois hommes à la fois», mais tâche au moins de ne pas être comme lui pour la dépense, et que je ne puisse pas dire de toi : «il a trouvé le moyen de dépenser sans paraître, de perdre sans jouer et de payer sans s’acquitter.» Je venais de finir le mot de maman quand Françoise revint me dire qu’elle avait justement là la petite laitière un peu trop hardie dont elle m’avait parlé. «Elle pourra très bien porter la lettre de Monsieur, et faire les courses si ce n’est pas trop loin. Monsieur va voir, elle a l’air d’un Petit Chaperon Rouge.» Françoise alla la chercher et je l’entendis qui la guidait en lui disant : «Hé bien, voyons, tu as peur parce qu’il y a un couloir, bougre de truffe, je te croyais moins empruntée. Faut-il que je te mène par la main ?» Et Françoise, en bonne et honnête servante qui entendait faire respecter son maître comme elle le respecte elle-même, s’était drapée de cette majesté qui anoblit les entremetteuses dans les tableaux de vieux maîtres, où, à côté d’elles, s’effacent, presque dans l’insignifiance, la maîtresse et l’amant.

Elstir, quand il les regardait, n’avait pas à se préoccuper de ce que faisaient les violettes. L’entrée de la petite laitière m’ôta aussitôt mon calme de contemplateur, je ne songeai plus qu’à rendre vraisemblable la fable de la lettre à lui faire porter, et je me mis à écrire rapidement sans oser la regarder qu’à peine, pour ne pas paraître l’avoir fait entrer pour cela. Elle était parée pour moi de ce charme de l’inconnu qui ne se serait pas ajouté pour moi à une jolie fille trouvée dans ces maisons où elles vous attendent. Elle n’était ni nue ni déguisée, mais une vraie crémière, une de celles qu’on s’imagine si jolies quand on n’a pas le temps de s’approcher d’elles; elle était un peu de ce qui fait l’éternel désir, l’éternel regret de la vie, dont le double courant est enfin détourné, amené auprès de nous. Double, car s’il s’agit d’inconnu, d’un être deviné devoir être divin d’après sa stature, ses proportions, son indifférent regard, son calme hautain, d’autre part on veut cette femme bien spécialisée dans sa profession, nous permettant de nous évader dans ce monde qu’un costume particulier nous fait romanesquement croire différent. Au reste, si l’on cherche à faire tenir dans une formule la loi de nos curiosités amoureuses, il faudrait la chercher dans le maximum d’écart entre une femme aperçue et une femme approchée, caressée. Si les femmes de ce qu’on appelait autrefois les maisons closes, si les cocottes elles-mêmes (à condition que nous sachions qu’elles sont des cocottes) nous attirent si peu, ce n’est pas qu’elles soient moins belles que d’autres, c’est qu’elles sont toutes prêtes; que ce qu’on veut précisément atteindre, elles nous l’offrent déjà; c’est qu’elles ne sont pas des conquêtes. L’écart, là, est à son minimum. Une grue nous sourit déjà dans la rue comme elle le fera près de nous. Nous sommes des sculpteurs, nous voulons obtenir d’une femme une statue entièrement différente de celle qu’elle nous a présentée. Nous avons vu une jeune fille indifférente, insolente, au bord de la mer; nous avons vu une vendeuse sérieuse et active à son comptoir, qui nous répondra sèchement, ne fût-ce que pour ne pas être l’objet des moqueries de ses copines; une marchande de fruits qui nous répond à peine. Hé bien! nous n’avons de cesse que nous puissions expérimenter si la fière jeune fille au bord de la mer, si la vendeuse à cheval sur le qu’en-dira-t-on, si la distraite marchande de fruits ne sont pas susceptibles, à la suite de manèges adroits de notre part, de laisser fléchir leur attitude rectiligne, d’entourer notre cou de leurs bras qui portaient les fruits, d’incliner sur notre bouche, avec un sourire consentant, des yeux jusque-là glacés ou distraits — ô beauté des yeux sévères — aux heures du travail où l’ouvrière craignait tant la médisance de ses compagnes, des yeux qui fuyaient nos obsédants regards et qui maintenant que nous l’avons vue seule à seul, font plier leurs prunelles sous le poids ensoleillé du rire quand nous parlons de faire l’amour. Entre la vendeuse, la blanchisseuse attentive à repasser, la marchande de fruits, la crémière — et cette même fillette qui va devenir notre maîtresse — le maximum d’écart est atteint, tendu encore à ses extrêmes limites, et varié par ces gestes habituels de la profession qui font des bras, pendant la durée du labeur, quelque chose d’aussi différent que possible comme arabesque de ces souples liens qui déjà, chaque soir, s’enlacent à notre cou tandis que la bouche s’apprête pour le baiser. Aussi passons-nous toute notre vie en inquiètes démarches sans cesse renouvelées auprès des filles sérieuses et que leur métier semble éloigner de nous. Une fois dans nos bras, elles ne sont plus ce qu’elles étaient, cette distance que nous rêvions de franchir est supprimée. Mais on recommence avec d’autres femmes, on donne à ces entreprises tout son temps, tout son argent, toutes ses forces, on crève de rage contre le cocher trop lent qui va peut-être nous faire manquer notre premier rendez-vous, on a la fièvre. Ce premier rendez-vous, on sait pourtant qu’il accomplira l’évanouissement d’une illusion. Il n’importe tant que l’illusion dure; on veut voir si on peut la changer en réalité, et alors on pense à la blanchisseuse dont on a remarqué la froideur. La curiosité amoureuse est comme celle qu’excitent en nous les noms de pays; toujours déçue, elle renaît et reste toujours insatiable.

Hélas! une fois auprès de moi, la blonde crémière aux mèches striées, dépouillée de tant d’imagination et de désirs éveillés en moi, se trouva réduite à elle-même. Le nuage frémissant de mes suppositions ne l’enveloppait plus d’un vertige. Elle prenait un air tout penaud de n’avoir plus (au lieu des dix, des vingt, que je me rappelais tour à tour sans pouvoir fixer mon souvenir) qu’un seul nez, plus rond que je ne l’avais cru, qui donnait une idée de bêtise et avait en tous cas perdu le pouvoir de se multiplier. Ce vol capturé, inerte, anéanti, incapable de rien ajouter à sa pauvre évidence, n’avait plus mon imagination pour collaborer avec lui. Tombé dans le réel immobile, je tâchai de rebondir; les joues, non aperçues de la boutique, me parurent si jolies que j’en fus intimidé, et pour me donner une contenance, je dis à la petite crémière : «Seriez-vous assez bonne pour me passer le Figaro qui est là, il faut que je regarde le nom de l’endroit où je veux vous envoyer.» Aussitôt, en prenant le journal, elle découvrit jusqu’au coude la manche rouge de sa jaquette et me tendit la feuille conservatrice d’un geste adroit et gentil qui me plut par sa rapidité familière, son apparence moelleuse et sa couleur écarlate. Pendant que j’ouvrais le Figaro, pour dire quelque chose et sans lever les yeux, je demandai à la petite : «Comment s’appelle ce que vous portez là en tricot rouge, c’est très joli.» Elle me répondit : «C’est mon golf.» Car, par une déchéance habituelle à toutes les modes, les vêtements et les mots qui, il y a quelques années, semblaient appartenir au monde relativement élégant des amies d’Albertine, étaient maintenant le lot des ouvrières. «Ça ne vous gênerait vraiment pas trop, dis-je en faisant semblant de chercher dansle Figaro, que je vous envoie même un peu loin ?» Dès que j’eus ainsi l’air de trouver pénible le service qu’elle me rendrait en faisant une course, aussitôt elle commença à trouver que c’était gênant pour elle. «C’est que je dois aller tantôt me promener en vélo. Dame, nous n’avons que le dimanche. — Mais vous n’avez pas froid, nu-tête comme cela ? — Ah! je ne serai pas nu-tête, j’aurai mon polo, et je pourrais m’en passer avec tous mes cheveux.» Je levai les yeux sur les mèches flavescentes et frisées, et je sentis que leur tourbillon m’emportait, le cœur battant, dans la lumière et les rafales d’un ouragan de beauté. Je continuais à regarder le journal, mais bien que ce ne fût que pour me donner une contenance et me faire gagner du temps, tout en ne faisant que semblant de lire, je comprenais tout de même le sens des mots qui étaient sous mes yeux, et ceux-ci me frappaient : «Au programme de la matinée que nous avons annoncée et qui sera donnée cet après-midi dans la salle des fêtes du Trocadéro, il faut ajouter le nom de Mlle Léa qui a accepté d’y paraître dans les Fourberies de Nérine. Elle tiendra, bien entendu, le rôle de Nérine où elle est étourdissante de verve et d’ensorceleuse gaîté.» Ce fut comme si on avait brutalement arraché de mon cœur le pansement sous lequel il avait commencé, depuis mon retour de Balbec, à se cicatriser. Le flux de mes angoisses s’échappa à torrents. Léa c’était la comédienne amie des deux jeunes filles de Balbec qu’Albertine, sans avoir l’air de les voir, avait un après-midi, au Casino, regardées dans la glace. Il est vrai qu’à Balbec, Albertine, au nom de Léa, avait pris un ton de componction particulier pour me dire, presque choquée qu’on pût soupçonner une telle vertu : «Oh non, ce n’est pas du tout une femme comme ça, c’est une femme très bien.» Malheureusement pour moi, quand Albertine émettait une affirmation de ce genre, ce n’était jamais que le premier stade d’affirmations différentes. Peu après la première, venait cette deuxième : «Je ne la connais pas.» En troisième lieu, quand Albertine m’avait parlé d’une telle personne «insoupçonnable» et que (secundo) elle ne connaissait pas, elle oubliait peu à peu, d’abord avoir dit qu’elle ne la connaissait pas, et, dans une phrase où elle se «coupait» sans le savoir, racontait qu’elle la connaissait. Ce premier oubli consommé et la nouvelle affirmation ayant été émise, un deuxième oubli commençait, celui que la personne était insoupçonnable. «Est-ce qu’une telle, demandais-je, n’a pas de telles mœurs ? — Mais voyons, naturellement, c’est connu comme tout!» Aussitôt le ton de componction reprenait pour une affirmation qui était un vague écho, fort amoindri, de la toute première : «Je dois dire qu’avec moi elle a toujours été d’une convenance parfaite. Naturellement, elle savait que je l’aurais remisée et de la belle manière. Mais enfin cela ne fait rien. Je suis obligée de lui être reconnaissante du vrai respect qu’elle m’a toujours témoigné. On voit qu’elle savait à qui elle avait affaire.» On se rappelle la vérité parce qu’elle a un nom, des racines anciennes; mais un mensonge improvisé s’oublie vite. Albertine oubliait ce dernier mensonge-là, le quatrième, et, un jour où elle voulait gagner ma confiance par des confidences, elle se laissait aller à me dire de la même personne, au début si comme il faut et qu’elle ne connaissait pas : «Elle a eu le béguin pour moi. Trois ou quatre fois elle m’a demandé de l’accompagner jusque chez elle et de monter la voir. L’accompagner, je n’y voyais pas de mal, devant tout le monde, en plein jour, en plein air. Mais, arrivée à sa porte, je trouvais toujours un prétexte et je ne suis jamais montée.» Quelque temps après, Albertine faisait allusion à la beauté des objets qu’on voyait chez la même dame. D’approximation en approximation on fût sans doute arrivé à lui faire dire la vérité, qui était peut-être moins grave que je n’étais porté à le croire, car, peut-être, facile avec les femmes, préférait-elle un amant, et, maintenant que j’étais le sien, n’eût-elle pas songé à Léa. En tous cas, pour cette dernière je n’en étais qu’à la première affirmation et j’ignorais si Albertine la connaissait. Déjà, en tous cas pour bien des femmes, il m’eût suffi de rassembler devant mon amie, en une synthèse, ses affirmations contradictoires pour la convaincre de ses fautes (fautes qui sont bien plus aisées, comme les lois astronomiques, à dégager par le raisonnement, qu’à observer, qu’à surprendre dans la réalité). Mais elle aurait encore mieux aimé dire qu’elle avait menti quand elle avait émis une de ces affirmations, dont ainsi le retrait ferait écrouler tout mon système, plutôt que de reconnaître que tout ce qu’elle avait raconté dès le début n’était qu’un tissu de contes mensongers. Il en est de semblables dans les Mille et une Nuits, et qui nous y charment. Ils nous font souffrir dans une personne que nous aimons, et à cause de cela nous permettent d’entrer un peu plus avant dans la connaissance de la nature humaine au lieu de nous contenter de nous jouer à sa surface. Le chagrin pénètre en nous et nous force par la curiosité douloureuse à pénétrer. D’où des vérités que nous ne nous sentons pas le droit de cacher, si bien qu’un athée moribond qui les a découvertes, assuré du néant, insoucieux de la gloire, use pourtant ses dernières heures à tâcher de les faire connaître.

N’importe, cela revenait au même. Il fallait à tout prix empêcher qu’au Trocadéro elle pût retrouver cette connaissance, ou faire la connaissance de cette inconnue. Je dis que je ne savais si elle connaissait Léa ou non; j’avais dû pourtant l’apprendre à Balbec, d’Albertine elle-même. Car l’oubli anéantissait aussi bien chez moi que chez Albertine une grande part des choses qu’elle m’avait affirmées. La mémoire, au lieu d’un exemplaire en double, toujours présent à nos yeux, des divers faits de notre vie, est plutôt un néant d’où par instant une similitude actuelle nous permet de tirer, ressuscités, des souvenirs morts; mais encore il y a mille petits faits qui ne sont pas tombés dans cette virtualité de la mémoire, et qui resteront à jamais incontrôlables pour nous. Tout ce que nous ignorons se rapporter à la vie réelle de la personne que nous aimons, nous n’y faisons aucune attention, nous oublions aussitôt ce qu’elle nous a dit à propos de tel fait ou de telles gens que nous ne connaissons pas, et l’air qu’elle avait en nous le disant. Aussi, quand ensuite notre jalousie est excitée par ces mêmes gens, pour savoir si elle ne se trompe pas, si c’est bien à eux qu’elle doit rapporter telle hâte que notre maîtresse a de sortir, tel mécontentement que nous l’en ayons privée en rentrant trop tôt, notre jalousie, fouillant le passé pour en tirer des indications, n’y trouve rien; toujours rétrospective, elle est comme un historien qui aurait à faire une histoire pour laquelle il n’est aucun document; toujours en retard, elle se précipite comme un taureau furieux là où ne se trouve pas l’être fier et brillant qui l’irrite de ses piqûres et dont la foule cruelle admire la magnificence et la ruse. La jalousie se débat dans le vide, incertaine comme nous le sommes dans ces rêves où nous souffrons de ne pas trouver dans sa maison vide une personne que nous avons bien connue dans la vie, mais qui peut-être en est ici une autre et a seulement emprunté les traits d’un autre personnage, incertaine comme nous le sommes plus encore après le réveil quand nous cherchons à identifier tel ou tel détail de notre rêve. Quel air avait notre amie en nous disant cela ? N’avait-elle pas l’air heureux, ne sifflait-elle même pas, ce qu’elle ne fait que quand elle a quelque pensée amoureuse et que notre présence l’importune et l’irrite? Ne nous a-t-elle pas dit une chose qui se trouve en contradiction avec ce qu’elle nous affirme maintenant, qu’elle connaît ou ne connaît pas telle personne ? Nous ne le savons pas, nous ne le saurons jamais; nous nous acharnons à chercher les débris inconsistants d’un rêve, et pendant ce temps notre vie avec notre maîtresse continue, notre vie distraite devant ce que nous ignorons être important pour nous, attentive à ce qui ne l’est peut-être pas, encauchemardée par des êtres qui sont sans rapports réels avec nous, pleine d’oublis, de lacunes, d’anxiétés vaines, notre vie pareille à un songe.

Je m’aperçus que la petite laitière était toujours là. Je lui dis que décidément ce serait bien loin, que je n’avais pas besoin d’elle. Aussitôt elle trouva aussi que ce serait trop gênant : «Il y a un beau match tantôt, je ne voudrais pas le manquer.» Je sentis qu’elle devait déjà aimer les sports et que dans quelques années elle dirait : vivre sa vie. Je lui dis que décidément je n’avais pas besoin d’elle et je lui donnai cinq francs. Aussitôt, s’y attendant si peu, et se disant que, si elle avait cinq francs pour ne rien faire, elle aurait beaucoup pour ma course, elle commença à trouver que son match n’avait pas d’importance. «J’aurais bien fait votre course. On peut toujours s’arranger.» Mais je la poussai vers la porte, j’avais besoin d’être seul, il fallait à tout prix empêcher qu’Albertine pût retrouver au Trocadéro les amies de Léa. Il le fallait, il fallait y réussir; à vrai dire je ne savais pas encore comment, et pendant ces premiers instants j’ouvrais mes mains, les regardais, faisais craquer les jointures de mes doigts, soit que l’esprit qui ne peut trouver ce qu’il cherche, pris de paresse, s’accorde de faire halte pendant un instant, où les choses les plus indifférentes lui apparaissent distinctement, comme ces pointes d’herbe des talus qu’on voit du wagon trembler au vent, quand le train s’arrête en rase campagne (immobilité qui n’est pas toujours plus féconde que celle de la bête capturée qui, paralysée par la peur ou fascinée, regarde sans bouger), soit que je tinsse tout préparé mon corps — avec mon intelligence au dedans et en celle-ci les moyens d’action sur telle ou telle personne — comme n’étant plus qu’une arme d’où partirait le coup qui séparerait Albertine de Léa et de ses deux amies. Certes, le matin, quand Françoise était venue me dire qu’Albertine irait au Trocadéro, je m’étais dit : «Albertine peut bien faire ce qu’elle veut», et j’avais cru que jusqu’au soir, par ce temps radieux, ses actions resteraient pour moi sans importance perceptible; mais ce n’était pas seulement le soleil matinal, comme je l’avais pensé, qui m’avait rendu si insouciant; c’était parce que, ayant obligé Albertine à renoncer aux projets qu’elle pouvait peut-être amorcer ou même réaliser chez les Verdurin, et l’ayant réduite à aller à une matinée que j’avais choisie moi-même et en vue de laquelle elle n’avait pu rien préparer, je savais que ce qu’elle ferait serait forcément innocent. De même, si Albertine avait dit quelques instants plus tard : «Si je me tue, cela m’est bien égal», c’était parce qu’elle était persuadée qu’elle ne se tuerait pas. Devant moi, devant Albertine, il y avait en ce matin (bien plus que l’ensoleillement du jour) ce milieu que nous ne voyons pas, mais par l’intermédiaire translucide et changeant duquel nous voyions, moi ses actions, elle l’importance de sa propre vie, c’est-à-dire ces croyances que nous ne percevons pas, mais qui ne sont pas plus assimilables à un pur vide que n’est l’air qui nous entoure; composant autour de nous une atmosphère variable, parfois excellente, souvent irrespirable, elles mériteraient d’être relevées et notées avec autant de soin que la température, la pression barométrique, la saison, car nos jours ont leur originalité, physique et morale. La croyance, non remarquée ce matin par moi et dont pourtant j’avais été joyeusement enveloppé jusqu’au moment où j’avais rouvert le Figaro, qu’Albertine ne ferait rien que d’inoffensif, cette croyance venait de disparaître. Je ne vivais plus dans la belle journée, mais dans une journée créée au sein de la première par l’inquiétude qu’Albertine renouât avec Léa, et plus facilement encore avec les deux jeunes filles, si elles allaient, comme cela me semblait probable, applaudir l’actrice au Trocadéro, où il ne leur serait pas difficile, dans un entr’acte, de retrouver Albertine. Je ne songeais plus à Mlle Vinteuil; le nom de Léa m’avait fait revoir, pour en être jaloux, l’image d’Albertine au Casino près des deux jeunes filles. Car je ne possédais dans ma mémoire que des séries d’Albertine séparées les unes des autres, incomplètes, des profils, des instantanés; aussi ma jalousie se confinait-elle à une expression discontinue, à la fois fugitive et fixée, et aux êtres qui l’avaient amenée sur la figure d’Albertine. Je me rappelais celle-ci quand, à Balbec, elle était trop regardée par les deux jeunes filles ou par des femmes de ce genre; je me rappelais la souffrance que j’éprouvais à voir parcourir, par des regards actifs comme ceux d’un peintre qui veut prendre un croquis, le visage entièrement recouvert par eux et qui, à cause de ma présence sans doute, subissait ce contact sans avoir l’air de s’en apercevoir, avec une passivité peut-être clandestinement voluptueuse. Et avant qu’elle se ressaisît et me parlât, il y avait une seconde pendant laquelle Albertine ne bougeait pas, souriait dans le vide, avec le même air de naturel feint et de plaisir dissimulé que si on avait été en train de faire sa photographie; ou même pour choisir devant l’objectif une pose plus fringante — celle même qu’elle avait prise à Doncières quand nous nous promenions avec Saint-Loup : riant et passant sa langue sur ses lèvres, elle faisait semblant d’agacer un chien. Certes, à ces moments, elle n’était nullement la même que quand c’était elle qui était intéressée par des fillettes qui passaient. Dans ce dernier cas, au contraire, son regard étroit et velouté se fixait, se collait sur la passante, si adhérent, si corrosif, qu’il semblait qu’en se retirant il aurait dû emporter la peau. Mais en ce moment ce regard-là, qui du moins lui donnait quelque chose de sérieux, jusqu’à la faire paraître souffrante, m’avait semblé doux auprès du regard atone et heureux qu’elle avait près des deux jeunes filles, et j’aurais préféré la sombre expression du désir, qu’elle ressentait peut-être quelquefois, à la riante expression causée par le désir qu’elle inspirait. Elle avait beau essayer de voiler la conscience qu’elle en avait, celle-ci la baignait, l’enveloppait, vaporeuse, voluptueuse, faisait paraître sa figure toute rose. Mais tout ce qu’Albertine tenait à ces moments-là en suspens en elle, qui irradiait autour d’elle et me faisait tant souffrir, qui sait si, hors de ma présence, elle continuerait à le taire, si aux avances des deux jeunes filles, maintenant que je n’étais pas là, elle ne répondrait pas audacieusement. Certes, ces souvenirs me causaient une grande douleur, ils étaient comme un aveu total des goûts d’Albertine, une confession générale de son infidélité contre quoi ne pouvaient prévaloir les serments particuliers qu’elle me faisait, auxquels je voulais croire, les résultats négatifs de mes incomplètes enquêtes, les assurances, peut-être faites de connivence avec elle, d’Andrée. Albertine pouvait me nier ses trahisons particulières; par des mots qui lui échappaient, plus forts que les déclarations contraires, par ces regards seuls, elle avait fait l’aveu de ce qu’elle eût voulu cacher, bien plus que de faits particuliers, de ce qu’elle se fût fait tuer plutôt que de reconnaître : de son penchant. Car aucun être ne veut livrer son âme.

Malgré la douleur que ces souvenirs me causaient, aurais-je pu nier que c’était le programme de la matinée du Trocadéro qui avait réveillé mon besoin d’Albertine ? Elle était de ces femmes à qui leurs fautes pourraient au besoin tenir lieu de charme, et autant que leurs fautes, leur bonté qui y succède et ramène en nous cette douceur qu’avec elles, comme un malade qui n’est jamais bien portant deux jours de suite, nous sommes sans cesse obligés de reconquérir. D’ailleurs, plus même que leurs fautes pendant que nous les aimons, il y a leurs fautes avant que nous les connaissions, et la première de toutes : leur nature. Ce qui rend douloureuses de telles amours, en effet, c’est qu’il leur préexiste une espèce de péché originel de la femme, un péché qui nous les fait aimer, de sorte que, quand nous l’oublions, nous avons moins besoin d’elle et que, pour recommencer à aimer, il faut recommencer à souffrir. En ce moment, qu’elle ne retrouvât pas les deux jeunes files et savoir si elle connaissait Léa ou non était ce qui me préoccupait le plus, bien qu’on ne dût pas s’intéresser aux faits particuliers autrement qu’à cause de leur signification générale, et malgré la puérilité qu’il y a, aussi grande que celle du voyage ou du désir de connaître des femmes, à fragmenter sa curiosité sur ce qui, du torrent invisible des réalités cruelles qui nous resteront toujours inconnues, a fortuitement cristallisé dans notre esprit. D’ailleurs, arriverions-nous à détruire cette cristallisation qu’elle serait remplacée par une autre aussitôt. Hier je craignais qu’Albertine n’allât chez Mme Verdurin. Maintenant je n’étais plus préoccupé que de Léa. La jalousie, qui a un bandeau sur les yeux, n’est pas seulement impuissante à rien découvrir dans les ténèbres qui l’enveloppent, elle est encore un de ces supplices où la tâche est à recommencer sans cesse, comme celle des Danaïdes, comme celle d’Ixion. Même si les deux jeunes filles n’étaient pas là, quelle impression pouvait faire sur elle Léa embellie par le travestissement, glorifiée par le succès ? quelles rêveries laisserait-elle à Albertine ? quels désirs qui, même refrénés, lui donneraient le dégoût d’une vie chez moi où elle ne pouvait les assouvir ?

D’ailleurs, qui sait si elle ne connaissait pas Léa et n’irait pas la voir dans sa loge ? et même, si Léa ne la connaissait pas, qui m’assurait que, l’ayant en tous cas aperçue à Balbec, elle ne la reconnaîtrait pas et ne lui ferait pas de la scène un signe qui autoriserait Albertine à se faire ouvrir la porte des coulisses ? Un danger semble très évitable quand il est conjuré. Celui-ci ne l’était pas encore, j’avais peur qu’il ne pût pas l’être, et il me semblait d’autant plus terrible. Et pourtant, cet amour pour Albertine, que je sentais presque s’évanouir quand j’essayais de le réaliser, la violence de ma douleur en ce moment semblait en quelque sorte m’en donner la preuve. Je n’avais plus souci de rien d’autre, je ne pensais qu’aux moyens de l’empêcher de rester au Trocadéro, j’aurais offert n’importe quelle somme à Léa pour qu’elle n’y allât pas. Si donc on prouve sa préférence par l’action qu’on accomplit plus que par l’idée qu’on forme, j’aurais aimé Albertine. Mais cette reprise de ma souffrance ne donnait pas plus de consistance en moi à l’image d’Albertine. Elle causait mes maux comme une divinité qui reste invisible. Faisant mille conjectures, je cherchais à parer à ma souffrance sans réaliser pour cela mon amour.

D’abord il fallait être certain que Léa allât vraiment au Trocadéro. Après avoir congédié la laitière en lui donnant deux francs, je téléphonai à Bloch, lié lui aussi avec Léa, pour le lui demander. Il n’en savait rien et parut étonné que cela pût m’intéresser. Je pensai qu’il me fallait aller vite, que Françoise était tout habillée et moi pas, et, pendant que moi-même je me levais, je lui fis prendre une automobile; elle devait aller au Trocadéro, prendre un billet, chercher Albertine partout dans la salle, et lui remettre un mot de moi. Dans ce mot, je lui disais que j’étais bouleversé par une lettre reçue à l’instant de la même dame à cause de qui elle savait que j’avais été si malheureux une nuit à Balbec. Je lui rappelais que le lendemain elle m’avait reproché de ne pas l’avoir fait appeler. Aussi je me permettais, lui disais-je, de lui demander de me sacrifier sa matinée et de venir me chercher pour aller prendre un peu l’air ensemble afin de tâcher de me remettre. Mais comme j’en avais pour assez longtemps avant d’être habillé et prêt, elle me ferait plaisir de profiter de la présence de Françoise pour aller acheter aux Trois-Quartiers (ce magasin, étant plus petit, m’inquiétait moins que le Bon Marché) la guimpe de tulle blanc dont elle avait besoin. V, 94-102

 

Un instant avant que Françoise m’apportât la dépêche, ma mère était entrée dans ma chambre avec le courrier, l’avait posé sur mon lit avec négligence, en ayant l’air de penser à autre chose. Et se retirant aussitôt pour me laisser seul, elle avait souri en partant. Et moi, connaissant les ruses de ma chère maman et sachant qu’on pouvait toujours lire dans son visage sans crainte de se tromper, si l’on prenait comme clef le désir de faire plaisir aux autres, je souris et pensai : «Il y a quelque chose d’intéressant pour moi dans le courrier, et maman a affecté cet air indifférent et distrait pour que ma surprise soit complète et pour ne pas faire comme les gens qui vous ôtent la moitié de votre plaisir en vous l’annonçant. Et elle n’est pas restée là parce qu’elle a craint que par amour-propre je dissimule le plaisir que j’aurais et ainsi le ressente moins vivement.» Cependant, en allant vers la porte pour sortir elle avait rencontré Françoise qui entrait chez moi, la dépêche à la main. Dès qu’elle me l’eut donnée, ma mère avait forcé Françoise à rebrousser chemin et l’avait entraînée dehors, effarouchée, offensée et surprise. Car Françoise considérait que sa charge comportait le privilège de pénétrer à toute heure dans ma chambre et d’y rester s’il lui plaisait. Mais déjà, sur son visage, l’étonnement et la colère avaient disparu sous le sourire noirâtre et gluant d’une pitié transcendante et d’une ironie philosophique, liqueur visqueuse que sécrétait, pour guérir sa blessure, son amour-propre lésé. Pour ne pas se sentir méprisée, elle nous méprisait. Aussi bien pensait-elle que nous étions des maîtres, c’est-à-dire des êtres capricieux, qui ne brillent pas par l’intelligence et qui trouvent leur plaisir à imposer par la peur à des personnes spirituelles, à des domestiques, pour bien montrer qu’ils sont les maîtres, des devoirs absurdes comme de faire bouillir l’eau en temps d’épidémie, de balayer ma chambre avec un linge mouillé, et d’en sortir au moment où on avait justement l’intention d’y rester. Maman avait posé le courrier tout près de moi, pour qu’il ne pût pas m’échapper. Mais je sentis que ce n’était que des journaux. Sans doute y avait-il quelque article d’un écrivain que j’aimais et qui, écrivant rarement, serait pour moi une surprise. J’allai à la fenêtre, j’écartai les rideaux. Au-dessus du jour blême et brumeux, le ciel était tout rose comme, à cette heure, dans les cuisines, les fourneaux qu’on allume, et cette vue me remplit d’espérance et du désir de passer la nuit et de m’éveiller à la petite station campagnarde où j’avais vu la laitière aux joues roses.

Pendant ce temps-là j’entendais Françoise qui, indignée qu’on l’eût chassée de ma chambre où elle considérait qu’elle avait ses grandes entrées, grommelait : «Si c’est pas malheureux, un enfant qu’on a vu naître. Je ne l’ai pas vu quand sa mère le faisait, bien sûr. Mais quand je l’ai connu, pour bien dire, il n’y avait pas cinq ans qu’il était naquis!»

J’ouvris le Figaro. Quel ennui ! VI, 107

 

À côté de nous, un ministre d’avant l’époque boulangiste, et qui l’était de nouveau, passait lui aussi, en envoyant aux dames un sourire tremblotant et lointain, mais comme emprisonné dans les mille liens du passé, comme un petit fantôme qu’une main invisible promenait, diminué de taille, changé dans sa substance et ayant l’air d’une réduction en pierre ponce de soi-même. Cet ancien président du Conseil, si bien reçu dans le faubourg Saint-Germain, avait jadis été l’objet de poursuites criminelles, exécré du monde et du peuple. Mais grâce au renouvellement des individus qui composent l’un et l’autre, et dans les individus subsistant des passions et même des souvenirs, personne ne le savait plus et il était honoré. Aussi n’y a-t-il pas d’humiliation si grande dont on ne devrait prendre aisément son parti, sachant qu’au bout de quelques années, nos fautes ensevelies ne seront plus qu’une invisible poussière sur laquelle sourira la paix souriante et fleurie de la nature. L’individu momentanément taré se trouvera, par le jeu d’équilibre du temps, pris entre deux couches sociales nouvelles qui n’auront pour lui que déférence et admiration, et au-dessus desquelles il se prélassera aisément. Seulement c’est au temps qu’est confié ce travail; et au moment de ses ennuis, rien ne peut le consoler que la jeune laitière d’en face l’ait entendu appeler «chéquard» par la foule qui montrait le poing tandis qu’il entrait dans le «panier à salade», la jeune laitière qui ne voit pas les choses dans le plan du temps, qui ignore que les hommes qu’encense le journal du matin furent déconsidérés jadis, et que l’homme qui frise la prison en ce moment et peut-être, en pensant à cette jeune laitière, n’aura pas les paroles humbles qui lui concilieraient la sympathie, sera un jour célébré par la presse et recherché par les duchesses. Et le temps éloigne pareillement les querelles de famille. Et chez la princesse de Guermantes on voyait un couple où le mari et la femme avaient pour oncles morts aujourd’hui, deux hommes qui ne s’étaient pas contentés de se souffleter mais dont l’un pour humilier l’autre lui avait envoyé comme témoins son concierge et son maître d’hôtel, jugeant que des gens du monde eussent été trop bien pour lui. Mais ces histoires dormaient dans les journaux d’il y a trente ans et personne ne les savait plus. Et ainsi le salon de la princesse de Guermantes était illuminé, oublieux et fleuri, comme un paisible cimetière. Le temps n’y avait pas seulement défait d’anciennes créatures, il y avait rendu possibles, il y avait créé des associations nouvelles. VII, 184

 

SOURCES ET LIENS.

http://lefoudeproust.fr/2014/08/fascinantes-laitieres/

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Published by jean-yves cordier - dans Proust
31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 16:05

La zoonymie (du grec ζῷον, zôon, animal et ónoma, ὄνομα, nom) est la science diachronique  qui étudie les noms d'animaux, ou zoonymes. Elle se propose de rechercher leur signification, leur étymologie, leur évolution et leur impact sur les sociétés (biohistoire). Avec l'anthroponymie (étude des noms de personnes), et la toponymie (étude des noms de lieux) elle appartient à l'onomastique (étude des noms propres).

 

Elle se distingue donc de la simple étymologie, recherche du « vrai sens », de l'origine formelle et sémantique d'une unité lexicale du nom.

 

Résumé. 

 

— Satyrium Scudder, 1876 :  l'auteur américain  donne l'explication du choix de son genre dans sa description originale en soulignant "la sobriété de ses marques et de sa  coloration , rappelant dans une certaine mesure le ton de couleur propre aux Oréades ou Satyrids, d'où le nom que je lui aie attribué". En effet, les ailes de l'espèce-type du genre, Satyrium fuliginosa ou "Western Sooty Hairstreak" sont d'un gris  uni  en dessous et d'un brun terne au dessus, qui peuvent rappeler les couleurs de quelques Satyrides. Le nom ne crée aucun rapport entre les espèces du genre, et les satyres de la mythologie.

—   pruni, du latin Prunus "Prunier". Cet adjectif spécifique a été créé par Linné dans le Systema naturae de 1758, cet auteur le justifiant  par la mention (qui concerne la chenille) Habitat in Pruno domestica "Vit sur le Prunier cultivé". En 1761 dans Fauna suecica, il se contentait de Habitat in Pruno , le Genre incluant ainsi entre autre le Prunellier. Ce qualificatif -pruni appartient aux 25 des 192 noms linnéens qui désignent la plante nourricière, dont 8 Plebejus betulae, pruni, quercus, rubi, caricae, virgaureae, bixae, malvae).

Le papillon a d'abord  été nommé "Le Porte-Queue brun à [deux] lignes blanches " par Geoffroy (1762) et par Engramelle (1779), — nom encore utilisé par Oberthür —,  puis "Polyommate du Prunier" par Latreille (1818) et Godard (1821), avant que G.C. Luquet ne propose en 1986  "La Thécla du Coudrier" puis en 2013 "La Thécla du Prunier".

 


 



 

 

               I. Nom scientifique.

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1.NOM DE FAMILLE.

 

1°) Famille des Lycaenidae, William Elford Leach, 1815. Les Lycènes.

       Leach, William Elford, 1790-1836  "Insecta" pp. 329-336."Entomology". pp 646-747 in D. Brewster éditeur, Brewster's Encyclopaedia Edinburgh, [Edinburgh, volume 9, 1, 04/1815 pp. 57-172  : selon Sedborn 1937] [Philadelphia, E. Parker,1816? selon BHL Library]  page 718. [ Article publié anonymement et attribué à Leach, qui avait annoté son propre manuscrit]

La famille Lycaenidae tient son nom du genre Lycaena de Fabricius (1807). 

  • Sous-famille des Theclinae Butler, 1869 : [Thiéclines : Théclas ou Thècles et Faux-Cuivrés]. Hairstreaks en anglais

  • Sous-famille des Lycaeninae [Leach, 1815] : [Lycénines : Cuivrés].

  • Sous-famille des Polyommatinae Swainson, 1827 : [Polyommatines : ; Azurés, Argus et Sablés]. Blues en anglais.

 

2°) Sous-famille des Theclinae Butler, 1869 : les Thèclas ou Thècles et les Faux-Cuivrés.

Les Theclinés se distinguent par la présence d'une courte queue sur les ailes postérieures. Ils portent le nom de Hairstreaks ["cheveux-stries] en anglais, en raison (W. Dale) des lignes fines qui traversent la face inférieure de leurs ailes.

Elle comprend trois tribus en France :

  • Tribu des Tomarini Eliot, 1973 (Genre Tomares ).

  • Tribu des Theclini Butler, 1869.

  • Tribu des Eumaeini Doubleday, 1847.

3°) Tribu des Eumaeini Doubleday, 1847

  •  Genre Satyrium Scudder, 1876

  • Genre Callophrys Billberg, 1820.

 

 

http://www.biodiversityheritagelibrary.org/item/38600#page/160/mode/1up


 

2. NOM DE GENRE :  Satyrium Scudder, 1876   

a) Description originale : 

        Satyrium Scudder, 1876; "Synonym list of the butterflies of North America, North of Mexico. Part 2. Rurales." Bulletin of the Buffalo Society of natural Sciences, Chicago, 1887  3 [18], page  106.

http://www.archive.org/stream/bulletinofbuffal03buffuoft#page/106/mode/1up

— Description : 

 "8. SATYRIUM Scudder.

Type : Lycaena fuliginosa Edw.

This genus which both Edwards and Boiduval referred to the Ephori is allied to Erora, but in the sobriety of its markings and coloration is in striking contrast to that group, recalling to a certain degree a tone of color common among Oreades or Satyrids, whence the name I have applied to it . The center of the eyes is thinly pilose ; the palpi, though slight, are longer than the eyes by the whole lenght of the terminal joint. The fore tibiae are three-fourths and the middle tibiae seven-eights the lengyh of the hind tibiae. The wings are broader than in Erora, resembling more those of Callipsyche, but, as in the former genus, the male has no discal stigma on the front pair, and the hind wings are scarcely excavated at the tip of the inner border ; the first superior subcostal nervule of the fore wings arise at or just before the middle of the cell, and the letter is a little less than half as long as the wing. In the markings of the under surface of the wings Satyrium resembles Callipsyche more closely than Erora, but in structure it seems nearly allied to the latter."

8. Satyrium Scudder.

Type: Lycaena fuliginosa Edw.

Ce genre que  Edwards et Boiduval placent tous les deux parmi les Ephori  est proche du genre Erora, mais par la sobriété de ses marques et de sa  coloration il entre en contraste frappant avec ce groupe, rappelant dans une certaine mesure le ton de couleur propre aux Oréades ou Satyrids, d'où le nom que je lui aie attribué. Le centre des yeux est finement velu; les palpes, si légers, sont plus longs que les yeux de toute la longueur de l'articulation terminal. Les tibias antérieures sont  trois quarts plus longs, et les tibias du milieu des sept huitièmes de la Longueur,  que le tibia postérieur. Les ailes sont plus larges que chez Erora, ressemblant plus ceux de Callipsyche, mais, comme chez le premier genre, le mâle n'a pas de tache discale sur la paire d'ailes antérieures et les ailes postérieures sont à peine creusée à la pointe de la bordure intérieure; le premier nervule sous-costale supérieure  des ailes antérieures se situe au niveau ou juste avant le milieu de la cellule, et la lettre est un peu moins longue que  la moitié de  l'aile. Dans les marques de la surface sous des ailes Satyrium ressemble à  Callipsyche plus étroitement que chez Erora, mais dans la structure elle semble presque appartenir à celle-ci.

N.B : pour comprendre cette description, il faut savoir que Scudder place ce genre entre le n°7 Erora , nom encore valide aujourd'hui pour des Theclinae Eumaeni américains, et le n°9 Callipsyche, également valide pour des Theclinae Eumaeni. Il faut aussi savoir que  le nom d' Ephori est synonyme (Herbst, 1793) ou analogue à la sous-famille des Theclinae. (Herbst avait divisé les Plebejus rurales de Linné en deux groupes, Vestales et Ephori).  En 1881, Scudder écrivait "Tribe Ephori Herbst =Theclides Kirby = Hairstreaks". On peut admettre l'équation Ephori = Thécla.)

 Enfin, les Oréades désignent un "Stirps" de Hübner, un rang taxonomique peut-être équivalent à nos Sous-familles, et qui renferme pour cet auteur des Papilio Danai gemmati de Linné soit les Satyri de Fabricius, donc la sous-famille des Satyrinae.

 — Type spécifique: Lycaena fuliginosa Edwards, 1861. Proc. Acad. nat. Sci. Philad. 13: 164.

— Noms juniors :

  • Chrysophanes ; Weidemeyer, 1864  Proc. ent. Soc. Philad. 2(4) : 536.
  • Chrysophanus Hübner, 1818 Zutr. Samml. exot. Schmett. 1 : 24. (publication précédant la seconde mention de ce nom par Hübner en [1819] dans Verzeichniss bekannter Schmettlinge page 72.
  Chrysophanes ou Chrysophanus peuvent se traduire par "Signe doré", le genre correspondant ayant été assimilé aux Coppers anglosaxons à l'acceptation plus large que nos Cuivrés (cf Hemming NHM) avant de s'inscrire dans le groupe des Hairstreak .

   — Ce genre renferme  6 espèces en France : 

  • Satyrium acaciae (Fabricius, 1787) Thécla de l’Amarel.
  • Satyrium esculi (Hübner, [1804]) Thécla du Kermès.
  • Satyrium ilicis (Esper, 1779) Thécla de l’Yeuse.
  • Satyrium w-album (Knoch, 1782) Thécla de l’Orme.
  • Satyrium pruni (Linnaeus, 1758) Thécla du Prunier 
  • Satyrium spini ([Denis & Schiffermüller], 1775)  Thécla des Nerpruns 

 

 

 Origine et signification du nom 

 

—A. Maitland Emmet (1991) page  148: 

"Saturos, a satyr, a mythical being associated with the worship of Bacchus, in art often depicted with the horns and tailo of a goat. The satyrs engaged in voluptuous dances with the nymphs and this name, like Ochlodes Scudder, draws attention to the spritely flight of the butterflies. Another possible source is a plant called saturion, which was used as an aphrodisiac. Derivation from Saturium, a town in southern italy, is unlikely, since the Latin "u" should not be changed to a "y"."

 

—Luquet in Doux et Gibeaux (2007) page 170:

" du grec Saturos, "Satyre". êtres mythiques  associés au culte de Bacchus, les Satyres se livraient à des danses voluptueuses avec les Nymphes, et le nom Satyrium semble faire allusion au vol sautillant de ces papillons. Ce nom de genre pourrait aussi dériver de Saturion, nom grec d'une plante censée posséder des pouvoirs aphrodysiaques."

— Perrein et al. (2012) page  : 

Étymologie : du latin satyrus, du grec satyros, "satyre" ; les satyres de la mythologie gréco-romaine sont des démons, compagnons de Dionysos —ou Bacchus pour les Latins—, représentés souvent cornus, avec une longue et large queue, et un membre viril toujours dressé et surdimensionné. La teinte sombre du recto des ailes des espèces du genre, ainsi que les petites queue des ailes  postérieures, a pu inspirer l'entomologiste américain, plutôt que leur vol dansant comme le suggère Emmet (1991).

— Arizzabalaga & al. 2012 :

  Satyrium :  Els satirs, divinitats gregues dels boscos 

.

Discussion.

        A. M. Emmet, recopié par Luquet (2007) et Perrein & al. (20013), interprète le mot Satyrium comme s'il s'agissait du mot Satyrus, et sans consulter la description originale de Scudder. Pourtant, l'auteur américain ne se réfère nullement aux personnages mythologiques du cortège de Dionysos, ni à leurs danses, ni à leurs queues, mais se réfère à la taxonomie des lépidoptères et il le dit très clairement : "par la sobriété de ses marques et de sa  coloration il [ce genre] entre en contraste frappant avec ce groupe [des Theclinae], rappelant dans une certaine mesure le ton de couleur propre aux Oréades ou Satyrids, d'où le nom que je lui ai attribué."

 

Satyrium prunii (Theclinae) à gauche, et Maniola jurtina (Satyrinae) à droite : (presque) la même "sobriété des marques et de la couleur".

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alt=Description de cette image, également commentée ci-après  alt=Description de cette image, également commentée ci-après

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Avec Satyrium prunii, la démonstration n'est pas spectaculaire, mais il faut se souvenir que Scudder prend comme espèce-type Satyrium fuliginosa, "fuligineux" — The Western Sooty Hairstreak—  qui, comme son nom l'indique, est particulièrement dépourvu de couleurs vives et dont les marques sont particulièrement sobres : 

   ©Kim Davis 2010                                           © 2008 Andrew Warren

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Lasiommata petropolitana ("Gorgone) :

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

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3. NOM D'ESPÉCE : Satyrium pruni, (Linnaeus, 1758).

.

 

a) Description originale
Papilio pruni Linnaeus, C. 1758. Systema naturæ per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Editio decima, reformata. Holmiæ. (Salvius). Tomus I: 1-824. page 482.

[http://www.biodiversitylibrary.org/item/10277#page/504/mode/1up​]

147. P.P alis subcaudatis supra fuscis, subtus fascia marginali fulva utrinque nigro punctata.

Habita in Pruno domestica.

Traduction mihi "Ailes à queue ébauchée, brunes sur le dessus, avec une bande marginale fauve au dessous avec des points noirs."

 b) Références données par Linné.

 

1°) Roesel. Insecten Belustigung I. pap. 2.t.7. 

2°) John Ray, Insect. 130. n° 9 ?

3°) James Petiver Gazophylacii II f.10

 c) localité et description.

  — Localité-type  : Allemagne, désignée par Verity, R. 1943. Le Farfalle diurne d'Italia 2. Divisione Lycaenida. Marzocco, Firenze. 2: 401 pp. Page 370.

 

 — Selon Dupont & al. (2013), "cette espèce a une répartition eurasiatique. Elle est signalée dans toute la France sauf dans le Massif Armoricain et dans le domaine méditerranéen. Il existe une population allopatrique en Provence Alpes-Côte d’Azur, principalement localisée dans les Préalpes de Digne. Les chenilles se nourrissent principalement sur Prunus spinosa L. ."

 

— Selon Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A8cle_du_prunier

C'est un petit papillon au dessus marron, avec une queue aux postérieures, et des taches orange submarginales, discrètes aux postérieures chez le mâle, aux postérieures et aux antérieures chez la femelle.

Le revers est de couleur marron orné d'une fine ligne blanche et de taches submarginales orange confluentes marquées d'un petit point noir.

La chenille, petite et trapue, possède une tête rétractile marron clair et un corps vert avec deux rangées de bosses dorsales blanchâtres et des stries obliques jaunâtres sur les flancs. Il vole en une génération, entre mi-juin et mi-juillet.

Il hiverne à l'état de chenille formée dans l'œuf pondu à la fourche des rameaux.

Sa plante hôte est le prunellier ou épine noire Prunus spinosa. Et aussi Prunus padus et d'autres Prunus.

Il est présent dans une grande partie de l'Europe, mais ni en Espagne, ni dans la majeure partie de l'Italie et de la Grèce, ni dans le nord. Il est aussi présent en Sibérie et jusqu'en Corée et auJapon.

En France métropolitaine il est présent dans la moitié est allant du sud-ouest au nord-est. Suivant d'autres sources il ne serait absent que de Bretagne, quelques départements du sud de la France et de Corse. C'est un lépidoptère des fourrés de prunelliers.

 

c) Origine et signification du nom  pruni

        

 

—  Les interprétations des auteurs antérieurs :

 

 

 — Arnold Spuler ( 1908) 1 page 53 :

   "Prunus, Gattungsname von Steinobstpflanzen.“

"Prunus, nom générique de Steinobstpflanzen."

 — A. Maitland Emmet (1991) page 148 :

 "— Prunus, the blackthorn genus ; correctly given by Linnaeus, although his references to earlier British authors show that at least in part he has confusing this species vith the previous one [w-album]. " 

Trad. (mihi) : "- Prunus, le genre Prunus ; Correctement donné par Linné, mais les références à des  auteurs britanniques antérieurs montrent qu'il a au moins dû confondre cette espèce en partie avec la précédente ".

— Hans Arnold Hürter (1998), page 299 :

 

" "Die Raupe lebt an schlehen, manchmal auch an Zwetschenbaümen "(F-W II, S.78, und Higgins S. ) zeigt, daß der deutsche Name "Pflaumen-zipfelfalter" nur zum geringen Teil korrekt ist, ein Merkmal leider vieler Namen in den Landesprachen. Der wissenschaftliche Name, von der Pflanzengattung abgeleitet, erfaßt sowohl Schlehe als auch Zwetschge."

Trad. (mihi) "La chenille vit sur les prunelles, parfois sur des pruniers "(FW II, p.78, et Higgins S.) montre que le nom allemand  "Pflaumen-zipfelfalter"  n'est correct que dans une faible mesure, ce qui est,  malheureusement, une caractéristique de beaucoup de noms dans les langues nationales . Le nom scientifique est dérivée de la plante du genre, incluant à la fois le prunellier et le prunier".

 — Luquet in Doux et Gibeaux (2007) page  176:

 "— pruni : genitif du mot Prunus, nom générique d'arbres fruitiers à noyau (divers Pruniers et Cerisiers, plantes nourricières attestées de cette espèce"

 — Perrein et al. (2012) page  : 

 "Étymologie : "du latin prunus, "du prunier" pour Linné, emprunté au grec proumnos ou prounos, ces derniers mots d'une langue anatolienne [Carnoy, 1959].

— Arizzabalaga & al. (2012) ; cette espèce n'est pas étudiée par ces auteurs.

 

— Discussion : 

 

  La seule "justification" du nom spécifique -pruni est sa création par Linné dans le Systema naturae de 1758, cet auteur expliquant cet adjectif par la mention Habitat in Pruno domestica.

Linné a décrit le Prunus domestica en 1753 dans Species Plantarum I, page 475, §9 :

http://www.biodiversitylibrary.org/item/13829#page/487/mode/1up

Fiche INPN Prunus domestica L. 1753 http://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/116067/tab/taxo

Fiche Telebotanica  Prunus domestica L.

On considère qu'il s'agit d'un hybride  Prunus spinosa x Prunus cerasifera

Le prunier ou prunier cultivé  est un arbre fruitier appartenant au genre Prunus, au clade Amygdalus-Prunus, section Prunus, de la famille des Rosaceae, cultivé pour ses fruits, les prunes. Il est plus rarement appelé prunier domestique.

En 1761, Linné se contentera d'indiquer, dans Fauna suecica, "Habitat in Pruno", sans préciser l'espèce de son genre Prunus. L'adjectif -pruni ne  renvoie plus seulement alors au Prunier domestique, mais au Prunellier Prunus spinosa.

 Sur les 192 espèces de rhopalocères nommées en 1758 par Linné, 25 portent le nom de leur plante nourricière : Aucun Equites, 2 Heliconii (ricini et psidii), 11 Danai (anacardii, crataegi, brassicae, rapae, napi,sinapis, cardamines, sennae, rhamni, cassiae, sophorae), 4 Nymphales (cardui, populi, urticae,  vanillae) et 8 Plebeji ( betulae, pruni, quercus, rubi, caricae, virgaureae, bixae, malvae).

 

Description par les auteurs. Etude et complément des références de Linné.

A. Références de Linné (replacées dans l'ordre chronologique)
) James Petiver 1702,  Gazophylacii II f.10 

Si cette référence est exacte, elle correspond à une chenille, eruca carnea

2°) John Ray, 1710  Historia insectorum page 130. n° 9 ?. Linné place un point d'interrogation, et effectivement, la description de cette espèce, qui ne mentionne pas l'existence d'un appendice caudé, ne semble pas convenir.  Pap. minor caerulescens, subtus striatus. John Ray renvoie à Petiver, Musei page 319.

 

) Roesel. Insecten Belustigung I. pap. 2.t.7.  (1740)

illustration ci-dessous :

 

1°) Roesel. Insecten Belustigung I. pap. 2.t.7. 

http://www.biodiversitylibrary.org/bibliography/7362#/summary

http://www.biodiversitylibrary.org/item/31182#page/138/mode/1up

2°) John Ray, Insect. 130. n° 9 ? https://archive.org/stream/historiainsector00rayj#page/n11/mode/2up

3°) Petiver Gazophylacii II f.10 books.google.fr/books?id=sp05AAAAcAAJ

 

Roesel von Rosenhof, Insecten Belustigung I, 1740, page 101 planche VII fig.3. Biodiversity Heritage Library

Roesel von Rosenhof, Insecten Belustigung I, 1740, page 101 planche VII fig.3. Biodiversity Heritage Library

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B. Références complémentaires données par Charles de Villers in Caroli Linnaei Entomologia... curante Carolo de Villers 1789

4°) Linné, Fauna suecica , 1761, n° 1071 page 283.

Linné indique désormais "habitat in Pruno" (et non in Pruno domestico), ce qui associe désormais le qualificatif -pruni avec l'ensembles des arbres du genre Prunus, notammet P. spinosa, le Prunellier. En outre, il ajoute un complément de description :

Alae omnes fuscae ; postice caudae & ante caudam maculis 2. f.3. Ferrugineis lunatis. Subtus omnes obscure cinereae : linea transversa. Secundariae intra marginem posticum fascia fulva, utroque margine nigro punctata.

5°) Scopoli, Entomologia Carniolica , 1763 page 459

6°) Réaumur, Mémoires pour servir à l'Histoire des  Insectes, 1734, . I. pl..28 fig 6-7.

Réaumur nomme (page 282) cette espèce par l'intermédiaire de sa chenille : "la chenille cloporte de l'orme". Les différents futurs Théclas ne sont pas encore différenciés.

7°) Schaeffer Icones insectorum  1779, . t.14  f.1-2 ; elem. t.94 f.15

 

Schaeffer Icones insectorum  1779, . t.XIV  f.1

Schaeffer Icones insectorum 1779, . t.XIV f.1

8°) Esper t.XIX fig .3 et  t.XXXIX f.1 a, b, var. 

9°) Fuessli Ins. n°592. http://www.biodiversitylibrary.org/item/78769#page/11/mode/1up

10°) Fabricius page 526

 

 

 

              III. NOMS VERNACULAIRES.

 

 

 I. Les Noms français. 

 

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1. [Le Porte-Queue brun à deux bandes de taches blanches ], Geoffroy, 1762. 

 Étienne-Louis Geoffroy  1762. Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris: dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique ; Paris : Durand 1762 Tome second Planches XI à XXII  colorées à la main par Prévost gravées par Defehrt page 60 n°28

 Papilio fuscus supra macula fulva, subtus fascia duplici, transversia macularum albicantium, alis secundariis lunularum ferruginearum serie, et in imo caudatis

Geoffroy donne se réfère dans son texte au Papilio pruni de Linné et reproduit les références de l'auteur suédois à J. Ray, à Petiver et à Roesel, mais il décrit un papillon à deux bandes de taches blanches, qui crée une confusion avec Thecla betulae, la Thécla du Bouleau. Il signale que la chenille se trouve sur l'orme (c'est la "chenille cloporte de l'orme " de Réaumur), par confusion avec Satyrium w-album . Pour ces raisons, je ne le considère pas parmi les nomenclateurs de l'espèce.

 

2. Le Porte-Queue brun à [deux] lignes blanches,  Engramelle, 1779.

Jacques Louis Engramelle, 1779 Papillons d'Europe, peints d'après nature, Volume 1 page 157 Planche 35  c-d et planche 36 a-f dessinées par  J.J Ernst . 

 L'ouvrage disponible à la consultation en ligne sur archiv.org reprend le même nom que celui de Geoffroy, se réfère à la description de Geoffroy, à celle de Roesel, celle de Linné, celle d'Esper, de Réaumur, de Scopoli et de Fuessli. Par contre, il ne décrit qu'une seule ligne blanche : "une ligne composée de petites taches blanches traverse les deux ailes". La chenille, une "cloporte" de Réaumur, vit sur l'orme...mais "Linné dit qu'elle mange aussi des feuilles de prunier". Enfin, l'illustration a été reconnue comme conforme à Satyrium pruni par les entomologistes qui ont eu accès aux planches originales.

Mais, et c'est assez curieux, ces entomologistes (Latreille et Godart, Oberthür) ont lu "Le Porte-Queue à lignes blanches", en escamotant le chiffre "deux" embarassant. Dès 1780, François Rozier cite ce nom dans cette version "corrigée". Pourtant, je vérifie que Engramelle n'a pas corrigé lui-même ce nom (in Additions et Corrections). Mieux encore, Ochsenheimer et Treitschke parlent en s'y référant,  d'un" Porte-Queue brun à une ligne blanche". Et enfin, Latreille et Godart reconnaisse le Papilio pruni dans les figures 72 c et d du tableau XXXV, celui qui porte chez Engramelle le nom de "Porte-Queue brun à taches aurores".

Dans cette version, le nom "Porte-Queue brun à lignes blanches" sera utilisé tout au long du XIXe siècle, à Colmar, dans le Doubs ou à Rouen et, par Oberthür, jusqu'en 1922. En 1868, Émile Blanchard utilise "Le Porte-Queue brun à ligne blanche", avec sa seule ligne blanche...

Après avoir écrit ces lignes, je découvre une édition de l'ETH-Bibliothek, Zürich Rar1316q http://www.e-rara.ch/zut/content/pageview/4154873, dont le texte est bien différent pour la page 157 planche XXXVI n°73 : l'espèce est nommée Le Porte-Queue brun à lignes blanches ; et on ne trouve plus que deux références, à Linné et à Roesel. C'est bien entendu cette édition qui a été consultée par les entomologistes postérieurs. La Planche XXXVI se trouve ici : http://www.e-rara.ch/zut/content/pageview/4155199

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Le Porte-Queue brun à bandes blanches, Engramelle, Papillons d'Europe, planche XXXVI fig. 73 a-f

Le Porte-Queue brun à bandes blanches, Engramelle, Papillons d'Europe, planche XXXVI fig. 73 a-f

Le Porte-Queue brun à taches aurores, Engramelle, Papillons d'Europe, planche XXXV fig. 72 c & d.

Le Porte-Queue brun à taches aurores, Engramelle, Papillons d'Europe, planche XXXV fig. 72 c & d.

   

 

 

3. Polyommate du Prunier  , Latreille et Godart 1819 

Latreille et Godart Encyclopédie méthodique, Histoire Naturelle . Entomologie, ou Histoire naturelle des crustacés, des arachnides et des insectes, par M. Latreille,, Papillon Paris : Vve Agasse tome 9, page 647 n° 111.

Cet article permet de disposer de l'ensemble des références bibliographiques sur cette espèce, notamment par les auteurs germaniques, autrichiens ou suisses.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58338273/f658.image.r=Godart.langFR

C'est la première description française cohérente avec nos connaissances. La chenille "vit sur le prunier sauvage".

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 5.  Polyommate du Prunier  , Godart 1821.

     Jean-Baptiste Godart, Histoire naturelle des lépidoptères ou papillons d'Europe, Paris : Crevot 1821,  page 184 planche IX fig. 2 peinte par Delarue et gravée par Duménil.

 

"Le dessus des deux sexes est d'un brun noirâtre, avec une rangée postérieure de taches fauves aux quatre ailes de la femelle, et seulement aux secondes ailes du mâle.

Le dessous est d'un brun un peu plus clair que le dessus, avec une ligne blanche, transverse, commune, et légè-rement interrompue ; puis une bande fauve, offrant le long de son coté interne une série de points noirs, bordés de blanc antérieurement. cette bande est plus vive aux ailes inférieures. Elle y est en outre appuyée sur un cordon de taches noires, triangulaires, lesquelles s'appuient à leur tour sur une ligne blanche,presque marginale. [...] La chenille vit sur le Prunellier.

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  Polyommate du Prunier, ♀, Godart, Planche IX fig.2                       

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6. "Polyommate du Prunier  ", la chenille, Duponchel, 1849     

 

Duponchel (Philogène Auguste Joseph) 1849 Iconographie et histoire naturelle des chenilles pour servir à de compléter une l'Histoire naturelle des lépidoptères ou papillons de France, de MM. Godart et Duponchel . Paris : Germer Baillère, 1849 page 76 n°26, 

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Chenille du Polyommate du Prunier, Planche VII fig. 26 a-b.©BHL :

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6. La revue des noms vernaculaires par Gérard Luquet en 1986 et le nom vernaculaire actuel.

 

  1°) Dans la révision des noms vernaculaires français des rhopalocères parue dans la revue Alexanor en 1986, Gérard Christian Luquet créait comme nom principal "La Thécla du Coudrier", comme nom accessoire "La Thécla du Prunier", et comme nom dont l'usage est à écarter "Le Porte-Queue brun à lignes blanches" d'Engramelle. Il accompagnait ce choix d'une note [39] :

[39] : "Le nom de "Thécla du Prunier" est tout-à-fait correct. Cependant pour éviter des confusions éventuelles avec l'espèce nommée "Thécla du Prunellier" (Satyrium spini), je propose "Thécla du Coudrier"

2°) Dans   Doux et Gibeaux (2007) page  176, G.C. Luquet écrit encore

"La Thécla du Coudrier, la Thécla du Prunier :  —Coudrier : Corylus avellana (Noisetier) l'une des plantes nourricières présumées de l'espèce. "

 

 Dans Dupont et al. 2013, on lit (sous la plume de G.C. Luquet sans-doute)

 

"Le nom « Thécla du Coudrier » (LUQUET, 1986 : [13]), naguère proposé pour remplacer celui de « Thécla du Prunier », trop proche de celui de l’espèce voisine alors désignée sous le nom de «Thécla du Prunellier » (Satyrium spini D. & S.), peut être écarté au profit du rétablissement de «Thécla du Prunier », Satyrium spini ayant reçu dans l’intervalle un nouveau nom commun en relation avec la véritable plante nourricière de sa chenille."

Et à propos de S. spini 

 "Parmi les anciens noms communs de cette espèce figuraient ceux de « Thécla du Prunellier » et de « Thécla de l’Aubépine », d’après les noms de deux Rosacées jadis considérées à tort comme plantes nourricières de cette Thécla. Diverses études ont montré que la chenille de ce Lycène se développait en réalité exclusivement sur les arbustes du genre Rhamnus. Un nouveau nom commun, Thécla des Nerpruns, a donc été proposé par P. LERAUT, puis repris dans la littérature entomologique (LUQUET, in RUCKSTUHL, 1977 : 228 ; LUQUET, in DOUX & GIBEAUX, 2007 : 178). "

 

7. Noms vernaculaires contemporains :

 

  Charles Oberthür et Constant Houlbert , dans leur Faune armoricaine de 1912-1921, utilisent page 188 le nom scientifique de  Thecla pruni suivi immédiatement du nom de "Porte-Queue brun à lignes blanches"  , répétant ce nom à la page suivante avec la mention "ainsi que le nomme Engramelle".

 

— Doux & Gibeaux 2007 : " La Thécla du Coudrier "..

— Perrein et al. 2012 : "Thécla du Prunier ".

— Wikipédia : "Thécle du prunier ou Thècle du coudrier ".

 

 SOURCES ET LIENS :

 

— Funet : Satyrium

— Inventaire national du patrimoine naturel (Muséum) : Satyrium pruni

— lepiforum : Satyrium pruni

 

 

BIBLIOGRAPHIE

Voir :          Zoonymie des Rhopalocères : bibliographie.

http://www.lavieb-aile.com/article-zoonymie-des-rhopaloceres-bibliographie-124969048.html

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Rhopalocères.
28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 11:47

Je fais ici de larges emprunts aux textes en ligne cités en référence infra.

 

L'ancien palais épiscopal de Beauvais, situé juste à côté de la cathédrale  est l'un des plus beaux bâtiments de la ville. Il abrite aujourd'hui le musée départemental de l'Oise. Il se situe dans des bâtiments du XIIe siècle, construits sur les anciens remparts gallo-romains de la ville. A la suite d'une émeute des bourgeois en 1305 protestant contre l'augmentation des taxes sur l’utilisation des moulins, le comte-évêque de la ville, Simon de Nesle (1301-1313), décida de renforcer la sécurité du lieu grâce à l'amende payée par les bourgeois de Beauvais. Il ajouta ainsi une porte d'entrée fortifiée  flanquée de deux importantes tours pour former un vrai châtelet

Simon de Clermont de Nesle 1301-1312, avait été transféré de Noyon à Beauvais en 1301. Il partagea avec Mathieu, abbé de Saint-Denis, l'administration du royaume pendant le voyage de Saint Louis à la deuxième croisade. Il fut du petit nombre des évêques qui soutinrent Philippe-le-Bel contre les prétentions de Boniface VIII.

Quatre sirènes musiciennes décorent une des voûtes au rez-de-chaussée de la salle située à l’arrière de la tour d’entrée nord de l’ancien palais épiscopalPeintes sur un enduit de chaux, dans une gamme restreinte de blanc, d’ocre rouge, d’ocre jaune et d’orange, cernées de noir, elles se détachent sur un fond ocre rouge semé de points noirs, censé représenter les fonds marins. Leur long corps sinueux s’ajuste parfaitement à la forme triangulaire des voûtains. Les ogives qui séparent les sirènes deux à deux sont quant à elles peintes de motifs décoratifs : quadrilobes, points, semis de fleurs de lys de couleur or sur fond bleu foncé. Les travaux de restauration entrepris en 2013 ont révélé des traces infimes de couleur sur les murs et les ébrasements de fenêtres qui permettent d’affirmer que l’intégralité de la salle était à l’origine ornée de peintures.

Je leur ai rendu visite après avoir admiré les 47 anges musiciens des voûtes de la chapelle axiale de la cathédrale du Mans, exécutés sur la commande de Gontier de Baigneux, évêque du Mans de 1367 à 1385, et peints sur un fond rouge soutenu assez proche de celui de Beauvais. Les anges du Mans chantent, dans un cadre sacré, les louanges de la Vierge.  J'avais vu ensuite les anges musiciens de Kernascléden, (vers 1440) sur une voûte timbrée des armes de Bertrand de Rosmadec, évêque de Quimper jusqu'en 1445. Ils chantaient une messe aragonaise. A Dives-sur-mer, l'évêque Guy de Harcourt (décédé en 1336) avait offert un vitrail aux 8 anges musiciens (chalumeau double, cornemuse, viole à archet, flûte de pan, guiterne à 3 cordes, orgue positif, claquebois, hautbois. ).

 Mais quelles étaient, à Beauvais, les fonctions des sirènes, ornant un édifice civil (mais épiscopal) ?

Quels étaient les instruments choisis par les sirènes ? Répondons déjà à cette question. Elles jouent l’une de la cornemuse, l’autre de la viole à archet, du tambour et de la flûte à une main pour une troisième, et enfin, pour la dernière, d’un instrument aujourd’hui disparu, la trompette marine.

Bien-sûr, chacun évoque les malfaisantes sirènes charmant de leurs chants les marins de l’Odyssée d’Homère, afin d'en échouer les navires sur les récifs. Mais ce ne sont pas des femmes-poissons, comme ici, mais des monstres marins mi-femmes, mi-oiseaux.  À l’époque médiévale, les sirènes perdent leurs ailes pour se doter d’une queue de poisson, mais elles gardent leur caractère maléfique. Elles symbolisent la malignité des femmes, ces êtres que l'on pensait alors lascifs et futiles, promptes à séduire les hommes pour les mener à leur perte. Ainsi, elles sont souvent représentées avec des instruments de musique ou se contemplant dans un miroir. La famille de Lusignan considère qu'ils descendent de Mélusine, une femme qui se transforme en dragon à queue de serpent et à ailes de chauve-souris lorsqu'elle se baigne en secret, chaque samedi. Si la Légende de Mélusine par  Jean d'Arras date de 1393, elle se base sur des éléments du XIIe siècle.

À Beauvais, cet aspect maléfique de la sirène semble être respecté. En effet, les consoles supportant les arcs sont sculptées d’une tête d’homme aux oreilles duquel sont placés deux démons tentateurs.

Pour Géraldine Victoir, les sirènes doivent  être comprises comme des éléments décoratifs

"La fonction des pièces dans les tours au début du XIVe siècle est inconnue, mais la présence de cheminées et de latrines suggère qu’elles servaient d’habitation – non pour l’évêque qui occupait le palais, mais probablement pour des membres de sa maison. . En compagnie d’animaux et d’hybrides variés, elles ornaient des objets et des espaces liés au milieu courtois . Simon de Nesle appartenait au monde courtois tant par sa prestigieuse carrière personnelle – le temporel de l’évêché de Beauvais était un des plus importants du royaume jusqu’à la Guerre de Cent Ans– que par sa riche et puissante famille. Il était le fils de Simon de Clermont, seigneur de Nesle et Comte de Breteuil, régent de France durant la deuxième croisade de Louis IX, et le frère de Guy de Nesle, maréchal de France et de Raoul de Nesle, connétable."

  "Ces êtres imaginaires peuvent être rapprochés des décorations marginales. Les hybrides envahissant la production artistique participaient d’une lecture espiègle, ambiguë et parfois scandaleuse du monde, peut-être pour tenter de le démystifier. [...]. À Beauvais, même si la décoration du palais est perdue, les sirènes, placées à l’entrée du complexe et topographiquement aux confins, peuvent être comprises comme un sujet marginal. Le thème de la musique était prisé dans les productions profanes, faisant écho aux fêtes courtoises accompagnées de ménestrels.[...]. À Beauvais, les élégantes sirènes rappellent irrésistiblement les anges musiciens, dont le succès grandissant sur les voûtes de chapelles privées ne pouvait avoir échappé à l’évêque et aux membres de sa maison. Non loin de là, à Flavacourt (Oise), un chœur d’anges peint vers 1330-1340 sur la voûte de la chapelle du seigneur témoigne de la diffusion de ce type d’images. Les sirènes étaient peut-être vues comme une caricature espiègle des messagers célestes, transformés en êtres charnels jouant de leurs charmes. Elles sont donc l’exemple parfait de sujet ornemental plaisant et à la mode, relevant plus de la fantaisie que de la morale, mais non dénué d’une certaine ambiguïté propre aux décors marginaux. Les sirènes de Beauvais , peintes dans des demeures d’ecclésiastiques, indiquent que ces hommes préféraient des thèmes en relation avec leur extraction et leur situation sociale plutôt qu’avec leur fonction dans le clergé. "(Géraldine Victoir, 2007) 

Très éprouvée par la canicule de 2012, cette peinture murale a été soigneusement restaurée entre avril et novembre 2013.

Quatre sirènes musiciennes, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

Quatre sirènes musiciennes, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

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I. Le premier voûtain : Cornemuse et viole.

 

 

 

 sirènes musiciennes, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

sirènes musiciennes, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

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1°) La joueuse de cornemuse

Jean-Luc Matte (Iconographie de la cornemuse en France)  décrit ainsi l'instrument :

"1 bourdon d'épaule extérieurement conique et s'évasant en pavillon. Le bourdon passant derrière la tête de la sirène, il n'est pas possible de savoir s'il est fait en plusieurs éléments. Deux traits à la base suggèrent une souche. Deux trait figurent également sur le pavillon. Tuyau mélodique conique s'évasant en un pavillon semblable à celui du bourdon, monté sur une souche en forme de tête de canard. Grosse poche dont la couture est visible et dotée d'un col de cygne. Porte vent conique à proximité de la bouche de la sirène. Sac et tuyaux sont de la même couleur jaune".  

La sirène est entièrement nue (ni coiffure, ni bijoux) hormis un pagne ultra court, de couleur orange. Sa dualité est compléte, opposant la partie supérieure humaine, et la moitié inférieure qui est résolument celle d'un posson, avec sa queue bifide, ses quatre nageoires, et ses écailles.

"Cette peinture murale présente  un style très graphique typique de la peinture gothique : comme la décoration en frise de quadrilobes qui les entoure, le trait  simple, non modelé, est typique de la première partie du XIVe siècle. Les figures sont longilignes, maniérées, ave une très belle forme de S. 

Les couleurs sont très tranchées, orange, noir, pas du tout pastel bien conformes à l'époque médiéval où on aime le rouge, le vert, les jaunes et les bleues." (V. Blanchard)

 

 

 Sirène joueuse de cornemuse, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.
 Sirène joueuse de cornemuse, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

Sirène joueuse de cornemuse, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

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2°) La joueuse de viole.

Elle tient son instrument sur l'épaule, et appuyé sur son cou et son occiput, incliné à 40° le long de son bras. Le corps de la viole est à peine cintré, sans échancrure, avec deux ouies en L ou C. On compte quatre cordes.

La tenue de l'archet est précisément représenté, entre le quatrième et cinquième doigt.

http://berry.medieval.over-blog.com/article-le-chapiteau-des-musiciens-eglise-de-bourbon-l-archambault-03-48957387.html

On comparera avec la viole du chapiteau de la nef de Bourbon-l'Archambault : la tenue de l'instrument est différente.

 

 Sirène joueuse de viole à archet, Beauvais,tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.
 Sirène joueuse de viole à archet, Beauvais,tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

Sirène joueuse de viole à archet, Beauvais,tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

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Le deuxième voûtain. Flûte et tambour, et trompette marine.

 

 Sirènes musiciennes, Beauvais,  tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

Sirènes musiciennes, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

La joueuse de flûte de tambourin.

La flûte de tambourin, à trois trous, se tient d'une main tandis que l'autre main frappe sur le tambour suspendu autour du cou. Elle porte aussi le nom de flûtet ou au XIXe siècle, de galoubet. 

Ici, la sirène joue (comme c'est la régle) de la flûte de la main gauche, mais l'instrument vient se poser sur l'avant-bras droit.

 

La flûte à une main et tambour consiste en l'union de deux instruments très différents pour n'en former qu'un seul. 

 

Joueuse de flute à une main et tambourin, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.
Joueuse de flute à une main et tambourin, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

Joueuse de flute à une main et tambourin, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

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2°) La joueuse de trompette marine.

C'est l'instrument le plus intéressant en raison de sa rareté. Je copie ici Wikipédia

Contrairement à ce que laisse penser son nom, l'instrument n'a pas de rapport avec la mer ni avec la famille des cuivres. L'épithète "marine" provient d'une déformation de l'adjectif marial, qui fait référence au culte catholique de la Vierge Marie. L'instrument semble associé au culte marial, caractéristique des couvents de religieuses. Cela est d'autant plus probable que la plupart des instruments conservés proviennent de couvents et qu'en allemand, l'instrument porte plusieurs noms, à savoir« Nonnengeige », ou violon de nonne, « Nonnentrompete » ou trompette de nonne, « Marientrompete » ou trompette de Marie. Officiellement présente dans l'inventaire de l'Écurie royale, elle n'est plus que rarement utilisée sous Louis XVI.

Facture, jeu et timbre ; Dérivée du monocorde médiéval, la trompette marine ne possède qu'une seule corde en général, que le joueur fait sonner en harmoniques. Cependant, d'aprèsPraetorius, cet instrument aurait pu posséder jusqu'à quatre cordes. Selon les cas, plusieurs cordes de sympathie peuvent être ajoutées à l'intérieur de la caisse de résonance.

La hauteur de l'instrument peut atteindre deux mètres. Sa caisse est comparable à celle d'une harpe, avec un manche dans le prolongement de la table. L'unique corde, frottée par un archet solide, repose sur un chevalet. Ce dernier a ceci de particulier, qu'il ne possède qu'un seul pied en pression sur la table. L'autre pied, (légèrement) détaché se met à percuter la table au gré des vibrations de celle-ci lorsque la corde vibre. Cet effet de percussion, similaire à la vielle à roue, est appelé effet trompette, car la parenté de son avec la trompette est remarquable.

L'analogie de son ne s'arrête pas qu'au timbre. La trompette marine est jouée sur les harmoniques naturelles de la corde, reprenant ainsi la gamme incomplète, parfois naturellement fausse (voir tempérament), des trompettes de l'époque, trompettes naturelles dépourvues de pistons. La ressemblance est saisissante.

Répertoire

Outre un répertoire original et plutôt rare, la trompette marine a été et est encore utilisée dans la musique de chambre baroque, mais aussi essentiellement comme coloration dans les airs d'opéras. Citons, à titre d'exemple, l'Air pour les matelots jouant des trompettes marines dans Xerxès de Jean Baptiste Lully.

Citations

« Il y faudra mettre aussi une trompette marine ! », Monsieur Jourdain, Le Bourgeois gentilhomme, Molière.

« Et l'unique cordeau des trompettes marines ». Cet alexandrin est la totalité du poème Chantre, dans le recueil Alcools de Guillaume Apollinaire. C'est, incidemment, l'un des plus courts poèmes de la tradition littéraire française."

https://www.youtube.com/watch?v=erIySs_6ZF8

Georges Kastner a décrit  en 1852 l'instrument de Beauvais en le désignant comme un Dicorde à cordes pincées.

"En cela il diffère de ceux qui nous ont occupés jusqu'ici. Sa forme , qui est pyramidale comme celle des Trummscheit ordinaires, est néanmoins plus svelte, élégante, plus dégagée que la leur. L'extrémité qui porte les chevilles est découpée en triangle comme une reproduction en petit du dessin de la base. Deux cordes égales sont tendues d'un bout à l'autre de l'instrument, qui paraît avoir à peu près les dimensions du trummscheit portatif du manuscrit de Bruxelles dont j'ai parlé plus haut. L'un et l'autre d'ailleurs sont du même temps, du XIVe siècle. "

Il fait remarquer en note que l'instrument n'a pas d'ouies. 

On notera que la sirène ne tient pas d'archet, mais que sa main droite (peu visible) pince les cordes : 

"À l'origine, les cordes étaient pincées ; mais, à partir du XVe siècle, on a utilisé un archet qui frottait les cordes entre les chevilles et l'emplacement où appuyait le pouce." (Encyclopedia Universalis)

Remarque.

Dans les présentations récentes (vidéo de V. Blanchard, cartel explicatif du musée), l'instrument est qualifié de "tympanon".

 

Sirène joueuse de trompette marine, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.
Sirène joueuse de trompette marine, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

Sirène joueuse de trompette marine, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

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Conclusion.

L'opinion argumentée et compétente de Géraldine Victoir, qui voit dans ces sirènes des éléments décoratifs semblables aux marginalia espiègles des manuscrits, dans une scène profane, est partagée par tous. 

 Selon Vincent Blanchard, directeur-adjoint du musée,la porterie devait, à l'origine, accueillir la famille de l'évêque : ce dernier privilégie son appartenance à l'aristocratie et choisit un décor profane plutôt qu'un thème religieux conforme à sa fonction : son appartenance de classe l'emporte. Les sirènes sont alors liées à la débauche, ou au plaisir.

Pourtant, dans la pièce organisée autour d'un pilier central, voûtee en croisée d'ogives gothiques,  les sirènes occupent  les voûtains (équivalents du Ciel) et non des structures marginales traditionnelement affectées aux "drôleries" (pignon, chapiteaux, sablières, miséricordes). D'autre part, ces sirènes ne sont pas, malgré leur nudité et leurs longs cheveux blonds, représentées comme des séductrices, symbolisant la tentation ni comme des débauchées, comme dans de nombreuses figures médiévales où elles tiennent le miroir et le peigne symbolisant leur coquetterie coupable. Elles n'ont aucun trait de monstruosité, pas d'avantage de caractère de malignité. Elles ont la grâce et l'allure idéale qui seront plus tard  celles des anges, dans les différentes voûtes d'anges musiciens (Le Mans, Kernascléden). Enfin,surtout la présence d'un instrument traditionnellement affecté au culte marial, la trompette marine, est troublante. Cela m'inciterait à ne pas écarter trop vite la possibilité d'une peinture sinon religieuse, du moins d'incitation à la méditation. S'agit-il d'une représentation d'un concert spirituel, où les sirènes, êtres surnaturels,  assimilées aux fées, deviennent les intermédiaires quasi-angéliques donnant accès à la musique divine ? S'agit-il d'une reflexion sur le caractère emminement ambiguë de la musique, qui procure à la fois le plaisir des sens (ouvrant le chemin de la perdition) et l'élévation vers le Beau idéal, donc vers Dieu ?  S'agit-il, pour le prélat et son clergé, d'une incitation à la vigilance impérieuse à l'égard des péchés de la chair ? On le voit, la peinture n'est pas forcément aussi profane qu'on a pu le croire.

S'agit-il, aussi, tout simplement, d'une transposition sur les murs du Bestiaire d'amours de Richard de Fournival ? S'il semble évident que l'ensemble des voûtes de la pièce étaient peints, l'absence de renseignements sur les scènes adjacentes ne permettent pas de conclure.

Cela me permet d'échapper à la diabolisation de ces "seraines", et de me laisser porter par leurs charmes et par la beauté de leurs instruments. Comme ils ne résonnent plus sous les voûtes, il sera inutile de m'attacher, tel un Ulysse, au pilier central.

 

 

 

DOCUMENTATION.

I. La peinture murale.

La peinture murale est souvent désignée sous le terme de "fresque". Or, ce dernier ne définit que l'une des techniques de la peinture monumentale, par opposition à la technique à sec. Ces deux techniques peuvent être associées, on parle alors de "technique mixte". 
A la fin du Moyen Âge, la plupart des peintures murales relèvent de la technique "à sec" sur badigeon.

La peinture à fresque, a fresco

Elle est réalisée sur un enduit frais à base de chaux sur lequel le peintre applique les pigments délayés dans de l'eau. En séchant, la carbonatation de la chaux permet aux pigments de se fixer dans l'enduit. Cette technique nécessite donc une exécution rapide et une parfaite maîtrise, mais confère à la peinture une grande solidité dans le temps.

La peinture à sec, a secco.

C'est le cas de cette peinture, des traces de casèine ont été retrouvées sur les murs de la porterie de Beauvais

Elle est exécutée sur un enduit sec et la fixation des couleurs est obtenue par l'addition, aux matériaux de base, de substances d'origine animale (caséine, collagène) ou végétale (huile de lin ou de noix), communément appelées "liants".
Une large palette de pigments pouvait être utilisée : les ocres rouge et jaune, le blanc généralement obtenu à partir de plomb, et le noir à partir de la fumée issue de la calcination de bois ou d'os. Les verts et les bleus les plus courants provenaient du cuivre, comme par exemple le résinate.

La peinture monumentale est constituée d'une succession de strates disposées sur un support (un mur, un lambris, une cloison en pan-de-bois ou bien les solives d'un plafond…).

Une couche d'enduit, à base de chaux ou de sable, y est posée. L'enduit peut également être composé de plâtre et de torchis parfois trouvés en mélange.
Un badigeon, directement appliqué sur le support ou sur l'enduit, est constitué de chaux plus ou moins délayée dans de l'eau ; des liants et des charges minérales peuvent lui être ajoutés. Généralement de couleur blanche, le badigeon est parfois recouvert d'un autre badigeon coloré, jaune, plus rarement rouge.
Sur ces couches, le peintre applique enfin les couleurs.

 

Iconographie.

Les sirènes ont probablement été peintes dans les années 1310-1320, peu de temps après l’érection des tours. Les visages allongés, les longs cheveux blonds et la poitrine pendante rappellent les sirènes du bestiaire d’Amour de Richard de Fournival, exécuté en Picardie au début du XIVe siècle Dijon, Bibliothèque municipale, ms. 526, fol. 23v°.

 Symbole de débauche et de tentation, les sirènes rappelaient dans les bestiaires la nature illusoire et trompeuse des vices.

"Il y a trois sortes de sirènes, deux sont moitié femme, moitié poisson. La troisième est moitié femme, moitié oiseau. Elles chantent toutes trois ensemble, l'une avec trompette, l'autre sur harpe, la troisième avec la voix. Et leur mélodie est tellement plaisante que personne ne les entend sans s'approcher. Et quand les hommes sont pris, elles les endorment. Et quand elles les trouvent endormis, elles les tuent."

"Tant estoit cil chanz douz et biaus, 
Qu’il ne sembloit pas chanz d’oissiaus
Ainz le poïst l’en aesmer
As chanz de sereines de mer, 
Qui par les voies qu’eles ont saines
Et series ont non seraines. "
(Il était si beau et doux, ce chant, qu’il ne semblait pas être un chant d’oiseaux, mais qu’on aurait pu le comparer au chant des sirènes de mer, que l’on appelle ainsi à cause de leur voix qu’elles ont claire et sereine.) 

Richard de Fournival, Bestiaire d'amours, Bnf Fr 15213 folio 70 :

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Richard de Fournival Bestiaire d'amours Bnf fr.412 folio 230v:

 

Bestiaire d’Amour de Richard de Fournival, Dijon, Bibliothèque municipale, ms. 526, fol. 23v°.
Bestiaire d’Amour de Richard de Fournival, Dijon, Bibliothèque municipale, ms. 526, fol. 23v°.

Bestiaire d’Amour de Richard de Fournival, Dijon, Bibliothèque municipale, ms. 526, fol. 23v°.

Les échecs amoureux, Bnf 143 folio 130, vers 1496

 

La sirène tenant le peigne et le miroir, attributs de Vénus témoignant de sa nature débauchée et des dangers de la séduction féminine. Bnf fr.411 vers 1480

 

  

 

 

 

SOURCES ET LIENS.

VICTOIR (Géraldine ) 2007,  , Doctorante au Courtauld Institute of Art, Londres Profane ou religiuex ? Le choix des sujets dans les demeures des laïcs et ecclésiastiques en Picardie au XIVe siècle, Journée d'étude de la Collégiale Saint-Martin, Le décor peint dans la demeure au Moyen-Âge. 16 novembre 2007.

http://expos.maine-et-loire.fr/culture/peintures_murales/medias/pdf/geraldine_victoir.pdf

— http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Beauvais/Beauvais-Musee-departemental-de-l-Oise.htm

BLANCHARD (Vincent) Les sirènes musiciennes, vidéo 

http://www.cndp.fr/crdp-amiens/cddpoise/actualites/autour-de-l-education/135-sirenes-musiciennes.html

— exposition Bnf : http://expositions.bnf.fr/lamer/bornes/feuilletoirs/sirenes/33.htm

Marie- Pasquine Subes  Un décor peint vers 1370-1380 à la cathédrale du Mans [compte rendu] Bulletin Monumental  Année 1998  Volume 156  Numéro 4  pp. 413-414 

http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1998_num_156_4_1850000

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Published by jean-yves cordier - dans Beauvais
27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 08:24

La lettre de Soliman le Magnifique à François Ier. Exposition Le siècle de François Ier au Jeu de Paume de Chantilly. Ma découverte des "Tughra".

Sur cette exposition, voir :

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La lettre en entier.

http://lionel.le.tallec.free.fr/2/TH/Enigme12/bismarklettre.jpg

Détail de la lettre.

 

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Il s'agit d'un rouleau de papier entoilé de 2,04 m de haut sur 35,5 cm de large  conservé à la Bnf sous la référence Supplément turc 822. Une succession de lignes d'écriture arabe tantôt à l'encre noire ou tantôt à la peinture dorée encadrent deux motifs calligraphiques bleus rehaussés de poudre d'or. Il porte la mention Istanbul, 14 serval 942 H6 avril 1536) 

L'élément bleu qui ressemble à une tête de crevette ou de shadok malicieux est le monogramme du sultan Soliman le Magnifique : le tughra (ou toghra). 

 

Ce document fait partie du groupe de lettres adressées par le sultan Soliman au roi de France François Ier entre 1525 et 1543. Le sultan entretenait aussi une correspondance avec différents éminents interlocuteurs européens, reflet du rôle de l’empire ottoman dans le Bassin méditerranéen au XVIe siècle. Dans le cadre de ces échanges diplomatiques, les drogmani (interprètes) jouaient un rôle de premier plan.  En 1536, l'ambassadeur Jean de la Forêt négocia des Capitulations, des accords commerciaux, sur le modèle de celles contractées entre la Sublime Porte et les villes de Venise (1540) et de Gênes. La première Capitulation a été conclue entre le vizir Ibrâhîm Pasha et l’ambassadeur.

Cette lettre avait été précédée d'une autre lettre de même format, datée de février 1526, dans laquelle le Sultan se déclarait prêt à aider François Ier, le Roi de France, emprisonné et son pays envahi, afin qu’il puisse en être libéré. (voir en annexe).

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La lettre.

L’administration, de plus en plus organisée sous le règne de Soliman (Süleyman  Kanuni, "le Législateur") , assiste le pouvoir central incarné par le sultan et le diwân, conseil suprême de l’État dirigé par le Grand Vizir. Une importante bureaucratie est au service de la chancellerie et la rédaction des documents officiels était confiée à des secrétaires oeuvrant par spécialité.  Les lettres sont toujours rédigées selon le même plan : invocation, titulature, contenu. 

a) Invocation et titulature.

La lettre  débute par une formule d’invocation et l’énoncé de la titulature du sultan :  quatre lignes dorées sont calligraphiées selon le mode  thuluth. Le thuluth (ثلث) est un style calligraphique inventé par Ibn Muqla pour les langues utilisant l'alphabet arabe. Considéré comme l'un des six styles canoniques de la calligraphie arabe, il se caractérise par de hautes hampes et est souvent utilisé pour les titres.

b) Le contenu

 Ses quatorze lignes sont rédigées en écriture dîwânî noire. L’écriture dîwânî, avec ses lettres serrées pour éviter les contrefaçons, est particulièrement utilisée pour les documents officiels. Le bilan de la campagne victorieuse d’Irak contre les Safavides est rapporté au roi de France. S’ensuit une partie consacrée à la réception de l’ambassadeur Jean de la Forêt par le diwânet à l’installation d’un ambassadeur permanent à Istanbul. (Jean de La Forest,  Abbé de Saint-Pierre-le-Vif à Sens, pro notaire et secrétaire du roi François Ier, il fut premier ambassadeur de France en Turquie de 1525 à 1538.)

c) La tughra.

Les Tuğra sont apparus à peu près en même temps que les signatures en Europe dans tous les États de culture turque, 

Le monogramme impérial ("Tuğra",  « tughra » ou « tugra » (en arabe : طغراء), ) enluminé en bleu et doré est apposé entre les deux parties du texte. Le nom du sultan rédigé en gros caractères naskhî vient occuper un large espace au-dessus des deux dernières lignes du texte. Les styles thuluth et naskhî appartiennent aux six styles de calligraphie (Aklâm-i sitta) apparus après la réforme mise en œuvre à l’époque abbasside, abondamment utilisés dans la calligraphie ottomane notamment dans les corans. 

L’élément le plus frappant de ce document est la tughra, qui ressort spectaculairement de la feuille.

La sere. est placé dans la partie basse. Elle comporte les lettres principales du nom du sultan, son titre, la kunya (« père de ») et, depuis  Mehmed II (1444-1481),  la formule al-Muzaffar da'iman « toujours victorieux ». On lit ici  Suleyman shah bin Selim shah han el-muzaffer daima  "Soliman, le fils de Selim, toujours victorieux".  La sere  est réalisée par un secrétaire spécialisé (tugrakes), d’après un dessin du nisanci, un membre titulaire du diwân. L’enluminure y apparaît dès le XVIe siècle pour les documents importants.

Ici, le sere bleu et or , un groupe de lettres formant le nom,  est décoré d’enroulements végétaux dorés ornés de petits motifs foliés et fleuris complétés par un semis de motifs en « s » évoquant des nuages tchi. On reconnaît le répertoire utilisé dans les ateliers ottomans dès le second quart du XVIesiècle, et qui apparaît abondamment sur la céramique d’Iznik. Le style « tughra » désigne d’ailleurs une série de pièces ornées de motifs concentriques bleus agrémentés de feuilles et de fleurs. Quant aux nuages tchi d’origine chinoise, abondamment représentés dans l’art timuride au XVe siècle, ils sont présents sur divers supports des arts décoratifs ottomans : céramique de la première moitié du XVIe siècle, textiles, reliures,...

La sere est complété par  :

  • les beyze (larges boucles à gauche du nom), en turc «œuf» ou "ovale". Selon certaines interprétations de la conception de la tughra , les beyze symbolisent les deux mers sur lesquelles les sultans exercent leur domaine: le cercle extérieur, plus large, est la mer Méditerranée et l'intérieur, plus petite, sur la mer Noire. 
  • les tugh ("hampes" ), sont les lignes verticales sur le haut de la tughra. Les trois tugh signifient l' indépendance. Les lignes en forme de S traversant les mâts sont appelés zülfe et elles rappellent que les vents soufflent de l'est à l'ouest, le mouvement traditionnel des Ottomans.
  •  les kol ou hancer  sont les deux lignes verticales représentant une épée ou un poignard,  symbole de pouvoir et de force. 

 

 

 

Source : http://www.bleublancturc.com/Turqueries/Soliman.htm /  Wikipédia.

 

 

http://www.offi.fr/expositions-musees/chateau-et-musee-de-la-renaissance-1798/francois-ier-et-soliman-le-magnifique-34900.html

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http://expositions.bnf.fr/montesquieu/albums/orient/

 

 

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Les photos que j'ai pu prendre lors de ma visite de l'exposition le 25 octobre 2015 se sont avérés de piètre qualité, notamment en raison du faible éclairage du document. Dire que les images sont disponibles sur Gallica ! Je l'ai découvert lorsque j'avais terminé cet article ! 

Néanmoins je  partagerai généreusement en ligne mes clichés...

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Le tughra de Soliman le Magnifique, 1536, Bnf Suppl. turc 822, photo lavieb-aile.

Le tughra de Soliman le Magnifique, 1536, Bnf Suppl. turc 822, photo lavieb-aile.

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La lettre comporte un autre élément calligraphique en encre ou peinture bleue, mais à propos duquel je n'ai pas trouvé d'informations.

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Lettre de Soliman le Magnifique, 1536, Bnf Suppl. turc 822, photo lavieb-aile.

Lettre de Soliman le Magnifique, 1536, Bnf Suppl. turc 822, photo lavieb-aile.

Les lignes d'écriture dîwânî noire .

 

Lignes 7 et 8 puis 9 et 10,  Lettre de Soliman le Magnifique, 1536, Bnf Suppl. turc 822, photo lavieb-aile.
Lignes 7 et 8 puis 9 et 10,  Lettre de Soliman le Magnifique, 1536, Bnf Suppl. turc 822, photo lavieb-aile.

Lignes 7 et 8 puis 9 et 10, Lettre de Soliman le Magnifique, 1536, Bnf Suppl. turc 822, photo lavieb-aile.

Lignes 12 et 13, Lettre de Soliman le Magnifique, 1536, Bnf Suppl. turc 822, photo lavieb-aile.
Lignes 12 et 13, Lettre de Soliman le Magnifique, 1536, Bnf Suppl. turc 822, photo lavieb-aile.

Lignes 12 et 13, Lettre de Soliman le Magnifique, 1536, Bnf Suppl. turc 822, photo lavieb-aile.

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Ligne 14, Lettre de Soliman le Magnifique, 1536, Bnf Suppl. turc 822, photo lavieb-aile.

Ligne 14, Lettre de Soliman le Magnifique, 1536, Bnf Suppl. turc 822, photo lavieb-aile.

Quelques Tughras.

 

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Document. La traduction de la lettre de février 1526 de Soliman à François Ier.

Lettre du Sultan Soliman le Magnifique dans laquelle il affirme être prêt à aider François Ier, le Roi de France, emprisonné et son pays envahi, afin qu’il puisse en être libéré.
1526

Allah le Très-Haut, Celui qui donne, Celui qui enrichit, Celui qui aide
Avec la diligence d’Allah gloire à Son Pouvoir, que Sa parole soit la plus haute,
Et avec les miracles du maître des Prophètes, le modèle du groupe des purs, Muhammad l’élu (SAAWS), celui qui est doté d’une barakah immense, avec le soutien des quatre âmes saintes, Abî Bakr, ‘Umar, ‘Uthmân et ‘Alî, qu’Allah soit satisfait d’eux tous et de tous les proches d’Allah.

Toghra [Monogramme İmpérial]
[Soliman, le fils de Selim, toujours victorieux]

Moi, qui suis le sultan des sultans, le souverain des souverains, le distributeur des couronnes aux monarques de la surface du globe, l'ombre de Dieu sur la terre, le sultan et le padichah de la Mer Blanche (Méditerranée), de la Mer Noire, de la Roumélie, de l'Anatolie, de la Province de Karaman, de la Province de Sivas, de la Province de Zülkadriye (Maraş), de la Province de Diyarbakir, du Kurdistan, de l'Azerbaïdjan, de la Perse (de l’Iran), de Damas, d’Alep, de l’Egypte, de Mecque, de Médine, de Jérusalem, de l’Arabie, du Yémen et de plusieurs autres contrées que mes nobles aïeux et mes illustres ancêtres conquirent par la force de leurs armes, et que mon auguste majesté a également conquises avec mon glaive flamboyant et mon sabre victorieux, sultan Suleiman-Khan (Sultan Soliman le Magnifique). Toi qui es François, le roi du pays de France. Vous avez envoyé une lettre à ma Porte, asile des souverains, par laquelle vous avez fait savoir que l'ennemi s'est emparé de votre pays, et que vous êtes actuellement en prison, et vous avez demandé ici aide et secours pour votre délivrance. Prenez donc courage, et ne vous laissez pas abattre. Il n'est pas étonnant que des empereurs soient défaits et deviennent prisonniers. Sachez que comme l’ont fait nos glorieux ancêtres et nos illustres aïeux ; moi aussi, ceint de mon sabre, je ne m’abstiens pas de faire des expéditions et des conquêtes. Je suis prêt en tout temps à guerroyer. Seule est exécutée, chose voulue par Allah. Vous apprendrez de votre agent (ambassadeur) ce que je ferais. 1526, İstanbul.

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ET APRÈS ?

Petits collés wikipédiesques à visée didactique :

 

EN 1532 : Antoine de Rincon / Janus Bey.

L'ambassadeur de France Antoine de Rincon semble avoir traité  avec Janus Bey, diplomate et interprète de Soliman le Magnifique  un sauf-conduit pour une ambassade du gouverneur ottoman d'Alger en 1532.

 

En 1538 : Antoine de Rincon, ( francisation de l'espagnol Antonio Rincón ) Seigneur de Germolles (Bourgogne), devient Ambassadeur de France auprès de la Sublime Porte  entre 1538 et 1541, chargé de renouveler l’alliance avec Soliman le Magnifique. Il est assassiné avec César Fregoso sur le Pô aux environs de Pavie sur ordre de l'empereur par le gouverneur du Milanais, Alfonso de Avalos (1502-1546), marquis del Vasto. Cet assassinat soulève une très grande émotion dans toutes les cours d'Europe.

 

Décembre 1541 :   François Ier décida alors d'envoyer auprès de Soliman Antoine Escalin des Aimars, dit Polin, né et mort à La Garde-Adhémar (1498?-1578) baron de La Garde-Adhémar, seigneur de Pierrelatte, Général des Galères du Roi de France, et commanditaire de la première Réale (vaisseau amiral de la flotte française). Il le charge de nouer avec lui une alliance militaire contre Charles Quint, dès décembre 1541, à la suite de la défaite de Charles-Quint au Siège d'Alger (1541).

Antoine Escalin se rend auprès de la Sublime Porte, porteur du projet de François Ier d'assaillir l'empereur Charles Quint de tous côtés, en « Ongrye », « Flandres », et « Espaigne ». Il convainc ainsi Soliman II d'envoyer auprès de François Ier Kheir-el-Din, dit Barberousse, en 1543.

Devenu le 21 mai 1542 « lieutenant général en […] l’armée de mer du Levant » du roi de France par lettre de chancellerie royale, il se retrouve de fait placé à la tête d'une entreprise qui choque toute la Chrétienté. Parti au printemps 1543 de Constantinople vers les côtes françaises, accompagné d'au moins 110 galères turques7 et de 27 000 hommes (Ottomans et de la régence d'Alger), il arrive au large de Cannes en juillet 1543. Afin de détourner la colère de Barberousse, furieux d'observer que rien n'avait été préparé sur place pour le confort de ses hommes, il obtient de François Ier la possibilité de mener à bien le siège de Nice, qui doit servir d'exutoire à la colère barbaresque.

À la suite de l'échec du siège de Nice, levé le 8 septembre 1543, il réquisitionne la ville de Toulon et en chasse les habitants : les hommes de Barberousse s'y installent jusqu'au printemps 1544.

Le chef barbaresque, plus furieux encore du fait que lui et ses hommes s'étaient vu refuser le droit de faire butin à Nice, exige d'Antoine Escalin qu'il le laisse rentrer auprès de son maitre, Soliman II, et qu'il l'accompagne. Antoine Escalin venait alors d'être nommé, en avril 1544, Général des Galères par le roi de France.

Cette dernière expédition à Constantinople nous est connue par un journal que tint l'aumônier de la Réale, navire amiral d'Antoine Escalin, nommé Jérôme Maurand, originaire d'Antibes.

Les Turcs pillèrent les côtes italiennes, avant que, par prudence, Antoine Escalin ne se détache de la flotte avec ses quelques bâtiments chrétiens afin de s'entretenir directement avec Soliman II avant l'arrivée de Barberousse à Constantinople. Il craignait que le rapport que ce dernier pourrait faire de son séjour en France n'entraine sur lui le courroux du sultan.

Les navires français quittèrent la capitale ottomane en septembre 1544.

 

 

— 28 décembre 1546, Compiègne, Aramon / Janus Bey.

 Lettre de François 1er au grand drogman « Janus Bei », Compiègne, 28 décembre 1546, Paris, Bibliothèque nationale de France, Ms. Occid. N.a.f. 7974, f. 1-2.Lettre  remise par Gabriel de Luetz. et contresignée par le secrétaire d'État Claude de L'Aubespine (coin en bas, à droite) 

Magnifique Seigneur par le Sr daramon n[ot]re conseiller et Maistre d'hostel ordinaire prñt porteur nous avons entendu la grande et bonne affection que avez envere nous et combien vous vous emploié..et de bon coeur. sieur Janus Bei, grant droguement du Grant Seigneur, 

1546 : Gabriel de Luetz.

Nommé officiellement par François Ier ambassadeur en 1546, en remplacement de son prédécesseur, Antoine Escalin des Aimars, Gabriel de Luetz connait déjà l'Empire ottoman en raison d'une mission antérieure en Turquie. C'est lui qui fit conclure, sous l'inspiration du pape Paul III, l'alliance entre Soliman II et le roi de France, contre laquelle Charles Quint poussa de si hauts cris. Il est resté célèbre parmi les diplomates français au Levant pour avoir accompagné Soliman le Magnifique dans sa longue et difficile campagne de Perse de 1548 à 1549, équipée relatée par un homme de sa suite, Jean Chesneau, dans son Voyage de Monsieur d'Aramon.

Gabriel de Luetz rejoint son poste à la Sublime Porte, accompagné par une vaste suite de scientifiques, Jean de Monluc, le botaniste Pierre Belon, le naturaliste Pierre Gilles d'Albi, le cosmographe André Thévet, le voyageur Nicolas de Nicolay qui publièrent leurs conclusions à leur retour au France et contribuèrent grandement au développement de la science en France pendant la Renaissance.

En 1547, lorsque Soliman le Magnifique attaque la Perse au cours de la deuxième campagne de la guerre entre Ottomans et Safavides, la France lui envoie l'ambassadeur Gabriel de Luetz pour l'accompagner dans sa campagne. Dans le cadre de l'Alliance franco-ottomane, Gabriel de Luetz donne des conseils militaires essentiels à Soliman, notamment lorsqu'il le conseille sur l'emplacement de l'artillerie au cours du siège de Van.

En 1551, le roi Henri II de France envoie l'ambassadeur Gabriel de Luetz depuis Marseille avec deux galères afin de rejoindre la flotte ottomane devant le port de Tripoli en Afrique du Nord. Officiellement il doit intervenir pour faire cesser le siège de la ville, tenue par l'Ordre de Malte, ce dernier n'étant pas alors reconnu comme ennemi de l'Alliance franco-ottomane contre les Hasbourg. Mais il ne peut qu'assister au siège de la ville et à sa prise par le grand amiral ottoman, Sinân Pacha. À cette occasion, l'ambassadeur obtint de ses alliés la grâce des Chevaliers de Malte qui avaient tenu la place. Son rôle sera par la suite très critiqué par Charles Quint et le pape Jules III, l'accusant d'avoir favoriser la chute de la ville.

À la fin de l'année 1551, Gabriel de Luetz, possédant une parfaite connaissance de l'Orient et ayant acquis une exceptionnelle expérience du pays et de ses gouvernants, rejoint la cour de Soliman à Edirne.

Gabriel de Luetz meurt en 1553 ou 1554 de retour en Provence, et son poste d'ambassadeur est transmis à .Michel de Codignac

SOURCES ET LIENS.

— Gallica : la lettre de Soliman, Supplément turc 822 :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84150019/f5.image.r=.langFR.zoom

http://www.qantara-med.org/qantara4/public/show_document.php?do_id=830

— Tughra : http://squarekufic.com/2015/05/07/tughra-the-unbearable-beauty-of-a-signature-and-its-custumization/

— Le site des tughra : http://tugra.org/en/index.asp

— http://cihanhukumdari.istanbul.edu.tr/Kanuni-Sultan-Suleyman-Fransa-Krali-Fransuva-Mektup.html

— https://fr.wikipedia.org/wiki/Alliance_franco-ottomane

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Published by jean-yves cordier - dans Chantilly
26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 23:22

Les Grecs du roy de Claude Garamont. Exposition Le siècle de François Ier du 7 septembre au 7 décembre 2015 au Jeu de Paume de Chantilly.

Claude Garamont ! Un nom qui éblouit les amoureux de typographie, un nom célèbre et qui, accolé en mot-valise à celui du vénitien Alde Manuce, a baptisé les "garaldes" ou elzévirs, ces polices typographiques à sérif (c'est à dire à empâtements) qui figurent dans votre logiciel de traitement de texte. La police dite "Garamond" (avec un -d) dérive des caractères romains que Claude Garamont (avec un -t) créa pour remplacer les caractères gothiques, et qui s'imposèrent à la cour du roi, puis dans l'Europe entière. C'était au début des années 1530 pour l'imprimeur Claude Chevallon, chez qui il travaillait, et vivait.

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Mais entre 1543 et 1555, à la demande de François Ier, il grava les caractères destinés à imprimer des textes en grec. Ses poinçons portent le nom légendaire de "Grecs du Roy", et ce sont eux, classés Monument historique (en 1946), que j'ai eu la chance d'admirer lors de ma visite de l'exposition Le Siècle de François Ier. Matrices et poinçons sont ordinairement conservés à l'Imprimerie Nationale (boîte 46 à 49).

n.b : j'ai bien-sûr utilisé la police Garamond pour cet article.

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Les 1327  poinçons  sont contenus en douze lignes dans une boîte en bois et comportent trois séries, pour trois tailles (on dit "trois corps") différentes : les corps 9, 16 et 20. Comprenez que l'œil du caractère (sa partie imprimante) et les espaces utiles du dessus et du dessous (talus de tête et talus de pied) valent 9, 16 et 20 points. Ces "points typographiques" de 0,376 mm par unité n'existaient pas alors, et il est préférable de dire que Garamont grava trois corps différents entre 1543 et 1550 : d'abord un corps moyen, ou « gros romain», puis  un petit corps, ou « cicéro », en 1546, et enfin un gros corps, ou « gros parangon », en 1550. 

Pour les dessiner, Garamont a suivi exactement le modelé de l’écriture grecque et les multiples ligatures d'Ange Vergèce, lettré et calligraphe crétois actif à Venise entre 1530 et 1538 puis en France où il est chargé de la collection royale des manuscrits grecs de Fontainebleau. Sous la supervision de Pierre Duchâtel, grand aumônier de François Ier et « maître de la librairie » (bibliothécaire du roi), cette collection passe sous le règne de François Ier d'une cinquantaine de volumes à plus de cinq cents. Le roi, conseillé par Guillaume Budé, voulait  faire de son pays le centre des études humanistes, et décida de faire imprimer ces manuscrits. Le Ier mai 1542, l'imprimeur du roi Robert Estienne reçut la somme de 225 livres tournois afin de la remettre à Claude Garamont en paiement de "poinsons de lettres grecques". Ces caractères, qui imitent l'écriture manuscrite, dépassaient largement, par leur beauté, les caractères grecs dessinés par Geoffroy Tory, ou ceux d'Alde Manuce. Ils se caractérisent par un nombre très important d'esprits, d'accents et de ligatures, qui les rendent très agréables à l'œil mais difficiles à composer.


 

 Si Pierre Duchâtel semble être intervenu au départ dans le choix des caractères, Claude Garamont travaille surtout sous la direction d’Ange Vergèce qui fixe le nombre et la grandeur des lettres, le travail de taille des poinçons et de frappe des matrices se faisant « sous la conduite et jugement» de l’« escripvain en lectre grecque pour le Roy ».

 

 

Page de titre de l'Hexameron copié par Ange Vergèce (Paris Maz. : Ms. 4452).

 

 

 

 

 

"Grecs du roy" de Claude Garamont, Imprimerie Nationale, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

"Grecs du roy" de Claude Garamont, Imprimerie Nationale, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

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Les lettres capitales sont influencées par les caractères romains déjà gravés par Garamont. Une des particularités de ces lettres est l’introduction des accents et des esprits à l’aide de lettres crénées. La virtuosité de Garamont est manifeste dans les ligatures et le traitement des abréviations.

 

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1. Le gros corps, ou « gros parangon » ou Palestine Gk150 de 1550 :

Première apparition dans le Novum Testamentum Graece 1550.

on y trouve les lettres capitales  à droite ΩΨXΦΥΤΣΡ*ΠΟΞΝΜΛΚΙΘΖΕΔΓΒΑ, les chiffres à gauche, et les ligatures en dessous.

 

 

 

"Grecs du roy" de Claude Garamont, Imprimerie Nationale, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.
"Grecs du roy" de Claude Garamont, Imprimerie Nationale, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

"Grecs du roy" de Claude Garamont, Imprimerie Nationale, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

"Gros parangon, "Grecs du roi" de Claude Garamont, in Vervliet 2008.

"Gros parangon, "Grecs du roi" de Claude Garamont, in Vervliet 2008.

Les poinçons des « Grecs du Roi » gravés, par Claude Garamont, à la demande de François Ier d'après le manuscrit d'Ange Vergèce.
Les poinçons des « Grecs du Roi » gravés, par Claude Garamont, à la demande de François Ier d'après le manuscrit d'Ange Vergèce.

Les poinçons des « Grecs du Roi » gravés, par Claude Garamont, à la demande de François Ier d'après le manuscrit d'Ange Vergèce.

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2. Le corps moyen (corps 16) ou "gros romain" de 1543, Gk 118: 

 

 

Gros Romain de Garamont, in Vervliet 2008

Gros Romain de Garamont, in Vervliet 2008

"Grecs du roi" de Claude Garamont, Imprimerie Nationale, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.
"Grecs du roi" de Claude Garamont, Imprimerie Nationale, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

"Grecs du roi" de Claude Garamont, Imprimerie Nationale, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

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"Le vol des Grecs du Roi

Gardien des matrices des Grecs du Roi, Robert Estienne en emporte un jeu complet à Genève. En 1569, son fils Robert II, en récompense de son retour à Paris et son abjuration de la foi protestante, se voit confier à son tour la garde des matrices. Mais, la tourmente des guerres de Religion efface bientôt leur trace en France. En revanche, à Genève, Henri II, autre fils d’Estienne, lourdement endetté, engage les matrices en sa possession contre 400 écus d’or.

Louis XIII, préoccupé de restaurer l’autorité royale, s’intéresse personnellement au destin des types royaux. Ses envoyés négocient le rachat des matrices avec Paul Estienne, fils d’Henri II, mais la surenchère de l’ambassade d’Angleterre fait échouer une première négociation. Un arrêt royal du 27 mars 1619, à la demande du clergé de France, réclame solennellement le retour des matrices en France ; une lettre de Louis XIII au conseil de la République de Genève vient appuyer cette requête. Enfin récupérées, après diverses autres péripéties, les matrices grecques sont confiées à l’Imprimerie royale, après 1640." 

http://www.garamond.culture.fr/fr/page/le_vol_des_grecs_du_roi

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"Grecs du roi" de Claude Garamont, Imprimerie Nationale, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

"Grecs du roi" de Claude Garamont, Imprimerie Nationale, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

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3. Le petit corps ou Cicero (1546),  Gk 80.

Cicero de Garamont 1546, Alphabetum graecum, in Vervliet 2008.

Cicero de Garamont 1546, Alphabetum graecum, in Vervliet 2008.

Cicero, "Grecs du roi" de Claude Garamont, Imprimerie Nationale, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.
Cicero, "Grecs du roi" de Claude Garamont, Imprimerie Nationale, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

Cicero, "Grecs du roi" de Claude Garamont, Imprimerie Nationale, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

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Le premier livre imprimé avec les types grecs de Garamont est un alphabet grec (Alphabetum gracecum) publié en 1543, véritable plaquette publicitaire où l’on retrouve toutes les lettres et toutes les ligatures correspondant au premier corps gravé, le corps moyen. Pour chaque nouveau corps gravé, Robert Estienne publie un alphabet : en 1548, pour le cicéro, en 1550 pour le gros parangon (avec les deux précédents). 

1550, Bnf

 

 

En 1544, Robert Estienne étrenne les nouveaux caractères du "gros romain" pour l'impression de  l’Histoire ecclesiastique d’Eusèbe de Césarée (Eusebius, Ecclesiasticae historiae, 1544). Robert Estienne y rédige une épître dédicatoire à François Ier : « … il a ordonné aux ouvriers les plus habiles d’exécuter des caractères de forme moderne et élégante. Avec ces caractères, les plus beaux ouvrages, imprimés avec soin et multipliés à l’infini, se répandront dans toutes les mains, et déjà nous en livrons au public un spécimen en langue grecque. »
Puis il publie la même année 1544 la 
Préparation évangélique, (Εὐαγγελικῆς Ἀποδείξεως Προπαρασκευή) également d'Eusèbe, en se basant sur les manuscrits conservés à Fontainebleau. Evangelicae praeparationis libri XV, ex Bibliotheca Regia.

Le visiteur de l'exposition peut admirer le livre XV de l'Evangelicae Praeparationis, issu de la bibliothèque et archives du château de Chantilly VIII-H-004 :

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Eusèbe de Césarée, Evangelicae praeparationis libri XV, ex Bibliotheca Regia, Paris Robert Estienne, 1544, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.
Eusèbe de Césarée, Evangelicae praeparationis libri XV, ex Bibliotheca Regia, Paris Robert Estienne, 1544, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

Eusèbe de Césarée, Evangelicae praeparationis libri XV, ex Bibliotheca Regia, Paris Robert Estienne, 1544, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

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 Dans la Préparation évangélique (Εὐαγγελικῆς Ἀποδείξεως Προπαρασκευή), un ouvrage en quinze livres, dont l'entièreté a été conservée, Eusèbe vise à prouver la supériorité du christianisme sur le paganisme d'un point de vue philosophique. L'auteur y passe en revue les théologies phénicienne, égyptienne, hellénique, les oracles, la philosophie, prenant les païens du passé à témoin de la supériorité du christianisme. L'œuvre est surtout un recueil d'extraits d'auteurs des siècles précédents, des textes qui sont souvent préservés seulement par Eusèbe. 

Cette pieuse publication peut cacher de la part de l'imprimeur un dessein contestataire. Robert Estienne penchait pour la Réforme, et malgré l'appui du roi, ses adversaires cherchaient à l'accuser d'hérésie, si bien qu'il dut partir en 1552 à Genève, où il embrassa pleinement la foi calviniste. Par sa publication d'Eusèbe, il donne accès à des textes philosophiques de l'Antiquité qui n'étaient pas disponibles auparavant. Notamment, un texte pyrrhonien (septicisme) avait été omis par Georges Trébizonde lorsque ce dernier avait traduit la Préparation évangélique d'Eusèbe en latin en 1470. Estienne publia l'intégralité du texte d'Eusèbe, et, plus tard, lui et sa famille publièrent les textes pyrrhoniens et participèrent à leur diffusion.

 

Pour le disciple de Pyrrhon, Timon de Phlionte (vers 280 av. J.-C.),

« Il faut demeurer sans opinions, sans penchants et sans nous laisser ébranler, nous bornant à dire de chaque chose qu'elle n'est pas plus ceci que cela ou encore qu'elle est en même temps qu'elle n'est pas ou bien enfin ni qu'elle est ni qu'elle n'est pas. Pour peu que nous connaissions ces dispositions, dit Timon, nous connaîtrons d'abord l' "aphasie" (c'est-à-dire que nous n'affirmerons rien), ensuite l' "ataraxie" (c'est-à-dire que nous ne connaîtrons aucun trouble) » (Eusèbe de Césarée, Préparation évangélique, XIV, 18, 2).

 

Eusèbe de Césarée, Evangelicae praeparationis libri XV, ex Bibliotheca Regia, Paris Robert Estienne, 1544, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.
Eusèbe de Césarée, Evangelicae praeparationis libri XV, ex Bibliotheca Regia, Paris Robert Estienne, 1544, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

Eusèbe de Césarée, Evangelicae praeparationis libri XV, ex Bibliotheca Regia, Paris Robert Estienne, 1544, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

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Eusèbe de Césarée, Evangelicae praeparationis libri XV, ex Bibliotheca Regia, Paris Robert Estienne, 1544, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.
Eusèbe de Césarée, Evangelicae praeparationis libri XV, ex Bibliotheca Regia, Paris Robert Estienne, 1544, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

Eusèbe de Césarée, Evangelicae praeparationis libri XV, ex Bibliotheca Regia, Paris Robert Estienne, 1544, photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

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L'exemplaire conservé à Chantilly est relié de maroquin rouge à décor doré et à tranches dorées et ciselées : reliure italienne (bolonaise ?) de 1546 :
Eusèbe de Césarée, Evangelicae praeparationis libri XV, ex Bibliotheca Regia, Château de Chantilly, , photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

Eusèbe de Césarée, Evangelicae praeparationis libri XV, ex Bibliotheca Regia, Château de Chantilly, , photographie lavieb-aile lors de l'exposition à Chantilly octobre 2015.

 

 

DOCUMENTATION.

Quelques découpages de la toile...

Ligatures

 

Les ligatures de l'alphabet grec sont des combinaisons graphiques de certaines lettres de cet alphabet. Fréquemment utilisées dans l'écriture manuscrite du grec au Moyen Âge et au début de l'imprimerie, leur usage a décliné à partir du XVIIe . Une ligature, c'est le fait de coller deux lettres pour réduire la place, pour l'esthétisme, pour changer la prononciation ou tout simplement pour éviter que les caractères en plomb ne s'entrechoquent et ne se brisent. Il y en a encore quelques-unes aujourd'hui, principalement fi et fl (et dans une moindre mesure ff, ffi et ffl). Le grec de l'époque avait beaucoup plus de ligatures que le latin (près de 200 chez Robert Granjon, près de 400 chez Claude Garamont). L'objectif était de se rapprocher au maximum du grec cursive/manuscrit. 

 

—ligatures de trois lettres :

  • Kai (Ϗ, ϗ) : ligature pour le terme grec καὶ (kaì, « et »). 
  •  men ;

— ligatures de deux lettres : 

  •   Stigma (Ϛ, ϛ) : ligature d'un sigma lunaire, C, et d'un tau, T, qui, en onciale, se traçait CT. 
  • Ou (Ȣ, ȣ) : ligature d'un omicron, ο, et d'un upsilon, υ, placés l'un sur l'autre.
  • epsilon-iota
  • delta-iota
  • etc...

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Imprimer le grec.

Longtemps, les passages ou mots grecs étaient écrits à la main après impression du texte en latin.

Les premiers caractères grecs firent leur apparition sous forme de quelques lignes dans un texte latin  à Mayence en 1465, imprimés par Johann Fust et Peter Schoeffer  dans le De officiis de Cicéron.

Le premier livre imprimé en grec est paru à Milan en 1476. Une police de caractères (connue en typographie informatique sous le nom de Milan Greck)  sortit des ateliers de typographie milanais. 

D'autres donnent la préséance au Batrachomyomachie de Tommasso Ferrando, paru à Brescia en 1474.

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La source des manuscrits grecs : l'empire byzantin ; le cardinal Bessarion.

La prise et le pillage de Constantinople par la 4ème croisade en 1204 creusa le fossé avec l’Occident, endommagea les bibliothèques survivantes et empêcha les érudits italiens de continuer à rapporter des manuscrits grecs vers l’Occident. Après la fin du royaume latin de Constantinople en 1261, la récupération des textes grecs reprit et dans les débuts de la Renaissance, des humanistes majoritairement italiens continuèrent à vider les bibliothèques byzantines, soutenus par les relations des empereurs de Byzance avec l’Italie, en particulier le Royaume Normand de Sicile où résidaient de très nombreux Grecs.

Jean Bessarion très engagé dans la défense du platonisme, doctrine apte à réconcilier l’héritage antique avec la pensée chrétienne, devint métropolite de Nicée en 1437. Partisan des plus convaincus de l’union des Églises, il accompagna l’empereur byzantin Jean VIII Paléologue (1425-1448) et le patriarche Joseph II au Concile de Ferrare-Florence en 1438-1439.  Unir la chrétienté divisée constituait à ses yeux la condition nécessaire pour conduire une croisade qui puisse libérer Byzance de la menace des Turcs ottomans. Son intervention incita le pape Eugène IV à l’élever au rang de cardinal de l’Église latine. À l’exception d’une visite en Grèce en 1443, le cardinal Bessarion passa le reste de sa vie en Italie et mourut à Florence en 1472.  Il fut nommé en 1463 patriarche latin de Constantinople. En parallèle de sa carrière d’ecclésiastique et de théologien, Bessarion était également un des maîtres de l’humanisme helléniste et un philosophe. Cet érudit était à la tête d’une académie de Rome au sein de laquelle de nombreux auteurs grecs anciens furent traduits. Mécène et collectionneur de manuscrits, Bessarion rassembla une documentation humaniste considérable. En 1468, il légua à la ville de Venise 482 manuscrits grecs, 264 manuscrits latins posant ainsi les bases de la fameuse Bibliothèque marcienne, où sa collection constitue la partie la plus précieuse du fonds grec.

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La politique culturelle de François Ier

Dès la fin des années 1510, quelques hommes de lettres proches de la cour, tels Guillaume Budé, Guillaume Cop, ou les évêques Étienne Poncher et Guillaume Petit, suggèrent à François Ier la création d’un collège de lecteurs royaux dans lequel on enseignerait à la fois le latin, le grec et l’hébreu.

La fondation du Collège des lecteurs royaux témoigne d’une véritable politique culturelle.

Ce n’est qu’en 1530 que sont désignés les quatre premiers lecteurs royaux, dont Pierre Danès et Jacques Toussain pour le grec. Le Collège – ancêtre immédiat de notre Collège de France – devient ainsi une véritable pépinière d’humanistes indépendante de l’Université.

La fondation du Collège des lecteurs royaux (1530) témoigne d’une véritable institutionnalisation de la culture. Ce processus concerne également la typographie. Dès 1531, un premier office d’« imprimeur du roi » est créé. C’est Geoffroy Tory qui en bénéficie initialement. En 1539, cet office est restreint aux seules impressions en langue française. En effet, à cette date, François Ier décide d’instituer une charge d’imprimeur du roi pour le grec. L’imprimeur désigné bénéficie de gages importants  et de la protection du souverain : chacune de ses publications est protégée d’un privilège pour cinq ans. Conrad Néobar est le premier nommé, mais il meurt dans l’année 1540 et se voit remplacé par Robert Estienne. Pierre Duchâtel passe commande à Claude Garamont de trois corps de caractères grecs cursifs destinés à l’usage exclusif des imprimeurs du roi.

 

Artiste passionné par la langue française, Geoffroy Tory fut le premier à porter le titre d'« imprimeur du roi » François Ier en 1531. Tour à tour enseignant, traducteur, écrivain, libraire et imprimeur, Geoffroy Tory est une des grandes figures de la Renaissance, fin lettré imprégné des nouvelles théories humanistes. Son ouvrage principal, le Champ fleury renouvelle l'art de la typographie en y introduisant les proportions idéales de la Rome antique 

Conrad Néobar est originaire de Kempis-Vost, diocèse de Cologne. Naturalisé le 17 janvier 1539, il est nommé le jour de sa naturalisation libraire-imprimeur du roi pour le grec au traitement de cent écus d’or soleil. Il meurt en 1540.. « Homme d’études et faisant profession de belles lettres », il est chargé de s’occuper spécialement de la typographie grecque, d’imprimer « correctement » pour le royaume « les manuscrits grecs source de toute instruction » avec un privilège de cinq ans pour les impressions de livres soit grecs soit latins et deux ans pour les réimpressions. 

En 1540, Pierre Duchâtel, conseiller et aumônier de François Ier commanda à Garamond les poinçons de trois sortes de caractères d’un alphabet grec aux frais de Robert Estienne (qui en fit usage pour ses éditions grecques, à partir de 1543). 

 Robert Estienne, né en 1503 à Paris et mort le 7 septembre 1559 à Genève, est un lexicographe et imprimeur français. Il fut nommé avant 1539, par le roi François Ier, imprimeur royal pour l'hébreu et le latin, auxquels s'ajouta le grec en 1544. 

Poinçons des grecs du roi, Imprimerie Nationale (exposition New-York)

 


 

 


 

 

 


 

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Les abréviations grecques dans Le jardin des racines grecques, Claude Lancelot, Paris 1783.

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Le jardin des racines grecques, Claude Lancelot, Paris 1783, pages IX et X.
Le jardin des racines grecques, Claude Lancelot, Paris 1783, pages IX et X.

Le jardin des racines grecques, Claude Lancelot, Paris 1783, pages IX et X.

SOURCES ET LIENS.

VERVLIET ( Hendrik D. L.) 2008, The Palaeotypography of the French Renaissance, Volume 1 Brill, 564 p;pages 392-395. En ligne Google

 

http://www.garamonpatrimoine.org/presse.html

http://www.typographie.org/gutenberg/garamond/garamond_2.html

http://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1852_num_13_1_445059

http://www.garamond.culture.fr/fr/page/l_oeuvre_i_les_types_grecs

http://www.garamond.culture.fr/en/page/garamont_s_early_career_the_grecs_du_roi

http://www.garamond.culture.fr/en/page/garamont_s_early_career_the_grecs_du_roi

http://www.garamond.culture.fr/fr/page/le_vol_des_grecs_du_roi

http://www.garamonpatrimoine.org/images/grec_vergece.jpg

http://tipografos.net/historia/garamond.html

Pinakes | Πίνακες Textes et manuscrits grecs http://pinakes.irht.cnrs.fr/presentation.html
Bnf http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ead.html?id=FRBNFEAD000020983

— François Ier pouvoir et image, exposition Bnf 2015 :

http://www.bnf.fr/documents/dp_francois_1er.pdf

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Published by jean-yves cordier - dans Chantilly.

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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