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9 mars 2026 1 09 /03 /mars /2026 11:52

Thierry de Chartres et les Arts libéraux (v. 1145) du porche droit du portail royal de Chartres.

Voir sur les 7 Arts libéraux :

 

Voir aussi sur Chartres :

 

 

PRÉSENTATION.

Les écoles cathédrales.

Nées sous l'influence des écrits de saint Augustin (De doctrina christiana) défendant les sept arts libéraux (Grammaire, Rhétorique et Dialectique ;  Arithmétique, Géométrie, Astronomie et Musique)  afin de mieux défendre le christianisme, les  écoles cathédrales assurent initialement la formation supérieure des candidats du diocèse à l'état clérical  mais ont, peu à peu, elles ont accepté des étudiants laïcs afin de former des administrateurs civils, pour des études supérieures après les études de base assurées dans les paroisses et les couvents. Systématisées par Charlemagne, elles se créent à Lyon, Chartres, Orléans, Reims, Paris, Laon, Rouen ou Langres. Au XIe siècle, elles passent à la charge des chanoines de la cathédrale et dépendent du chapitre dirigé par son doyen. Dépendant du chapitre des chanoines elles prennent également le titre d'«école capitulaire». Les étudiants mènent une vie commune, chantent les psaumes et textes liturgiques sous la conduite du chantre, et suivent des études religieuses, mais aussi l'étude des Arts libéraux, le Trivium, et le Quadrivium. Ces écoles capitulaires ont été à la base de la renaissance culturelle et philosophique du XIIe siècle et ont précédé la fondation des universités au XIIIe siècle.

L'École de Chartres.

L'École épiscopale de Chartres  connaît sa renommée à partir du XIe siècle grâce à son fondateur Fulbert de Chartres (écolâtre renommé et évêque de Chartres en 1006 puis atteint son apogée au XIIe siècle, sous l’impulsion de plusieurs philosophes et théologiens, auteurs d’études philosophiques savantes basées sur de Platon, dont beaucoup sont chanceliers du chapitre, ou écolâtres, et dirigent l'enseignement. Ces enseignants sont principalement  Yves de Chartres (spécialiste du droit canonique et évêque de Chartres en 1090, le breton Bernard de Chartres ou de Moélan (chancelier v. 1120 et évêque de Quimper mort en 1167), Gilbert de La Porrée (chancelier en 1126), Thierry de Chartres (frère possible de Bernard, chancelier et archidiacre en 1121), son élève Clarembaud d'Arras et  son autre élève le grammairien Guillaume de Conches (auteur de Gloses sur Martianus Capella, Boéce, Priscien et Platon), Jean de Salisbury (qui avait étudié à Chartres) et Bernard Silvestre (commentateur des Noces de Martianus Capella et auteur de la Cosmographia,  variation poétique sur les thèmes pythagoriciens grâce à l’herméneutisme égyptien). Tous étudient les textes de Platon, et les thèses pythagoriciennes de son Timée Augustin, Macrobe, Chalcidius, Boèce et Martianus Capella.

L'École de Chartres et les Arts libéraux : Thierry de Chartres.

Ce Portail Royal est daté vers 1145, et son programme iconographique est certainement l'expression des choix et de la pensée du chapitre épiscopal, et de son École. Or, le chancelier (à qui les sceaux sont confiés, le numéro 3 du chapitre après le Doyen et le Chantre) est alors Thierry de Chartres. On doit rechercher les bases du décor de ce portail dans sa pensée. Avec les trois porches, celui de gauche (Ascension) exposant la mesure du Temps (zodiaque et activités des Mois) celui du centre (Christ glorieux) présentant une scène du Livre de l'Apocalypse avec 24 vieillards musiciens, et celui de droite (Vierge à l'Enfant) montrant les sept Arts libéraux et les sept auteurs de l'antiquité grecque et romaine qui fondent ces Arts.

Or, Thierry de Chartres est connu pour être l'auteur de l'Heptateuchon, et il écrit dans son pologue qu'il voit dans l'étude (compréhension intellectus et analyse interpretatio) des septs arts libéraux "le seul et simple instrument de toute philosophie".

Thierry est chancelier de la cathédrale de Chartres en 1141 ; avant cette date, Jean de Salisbury l'a eu pour maître à Paris. Il est un des esprits les plus actifs et les plus avancés du XIIe siècle, de plain-pied avec le savoir nouveau qui affluait à son époque. Hermann le Dalmate lui dédie en 1143 sa traduction du Planisphère de Ptolémée. Auteur d'un manuel des sept arts libéraux, l'Heptateuchon, son ambition est d'unir le trivium (arts du langage : grammaire, dialectique, rhétorique) et le quadrivium (arts mathématiques : arithmétique, géométrie, musique, astronomie) pour en faire résulter une culture philosophique neuve. Platonicien comme bien d'autres de ses contemporains, il l'est d'une façon qui lui est propre, faisant penser au Platon pythagorisant dont certains passages du Timée lui proposaient l'exemple. Appliquant la mathématique à la théologie, il exprime au moyen de l'arithmétique la fécondité divine : Dieu est unité, et les rapports de l'unité à elle-même donnent une image des rapports trinitaires ; en outre, la production des nombres à partir de l'unité représente la création, puisque tout être est en tant qu'il est un (Boèce), c'est-à-dire en tant qu'il participe de cette « forme d'être » qu'est l'unité : « La création des nombres est la création des choses ». Mais il dit tout aussi bien que « les noms donnent leur essence aux choses »  montrant qu'il liait le platonisme et la grammaire. (Jean Jolivet)

L'Heptateuchon de Thierry de Chartres.

Pour montrer que le portail est l'illustration de l'ouvrage de Thierry de Chartres, associant à chacun des sept arts les auteurs de l'antiquité compilé dans l'Heptatheucon, je produit ici trois copiés-collés :

"Somme encyclopédique de l'enseignement des arts libéraux, l'Heptateuchon est composé par le maître chartrain, si l'on en croit Alexandre Clerval , entre les années 1130 et 1140, et l'on y trouve principalement un florilège de textes de référence pour l'enseignement de chacune des sept disciplines du trivium et du quadrivium réunis : Donat, Priscien, Cicéron, Severianus le rhéteur, Martianus Capella, Porphyre, Aristote, Boèce, Adélard de Bath, Isidore de Séville, Frontin, Columelle, Gerbert d'Aurillac, Gerland le computiste, Hygin le grammairien et Ptolémée. Cet ouvrage, qui ne fait à l'heure actuelle l'objet d'aucune édition critique (à l'exception de son prologue et d'un autre extrait), nous est parvenu sous la forme d'un unique manuscrit en deux volumes , le premier de 349 folios à deux colonnes, le second de 246 folios à deux colonnes également, tous de relativement bonne exécution. Ces manuscrits ont malheureusement été presque intégralement perdus lors de l'incendie de la bibliothèque de Chartres du 26 mai 1944, consécutif à un accidentel bombardement américain. Nous devons toutefois beaucoup à la prévoyance du Pontifical Institute of Mediaeval Studies de Toronto ainsi qu'à l'abbaye du Mont César à Louvain pour avoir effectué des microfilms de ces manuscrits par lesquels le texte est sauf. En ajoutant à cela les récents travaux de Dominique Poirel, Claudia Rabel et Joanna Fronska qui ont permis de mettre au jour quelques fragments sauvés des flammes, nous sommes en mesure de reconstituer ce texte et d'en offrir une édition critique. L'objectif de ce projet est ainsi double : éditer l'Heptateuchon d'une part, rendant alors accessible un témoin important de l'enseignement à l'école de Chartres, le commenter d'autre part afin de comprendre ce qu'il nous dit de la nature de la formation du philosophe à la renaissance du XIIe siècle. Il s'agit donc d'un travail philologique d'une part et spéculatif de l'autre." Louis JANSEN, 2025, projet thèse Generosae nationis philosophorum propago ; L'Heptateuchon de Thierry de Chartres comme témoin de la formation du philosophe au XIIe siècle

https://theses.fr/s428278

Les manuscrits de l'Heptateuchon :

 "Mais nous possédons aussi, en plus d’un microfilm d’avant-guerre, les fragments de l’Heptateuchon de Thierry de Chartres (mss 497- 498), l’ouvrage emblématique de l’école de Chartres du xiie siècle. Dans cette bibliotheca inédite des sept arts libéraux, Thierry avait regroupé les textes — notamment d'auteurs antiques et arabes — fondant un programme d’enseignement encyclopédique. Une de ses sources dut être le ms. 214, un recueil aujourd’hui détruit de traités astronomiques et mathématiques, dont nous avons découvert un dessin, celui d’un astronome utilisant un nocturlabe ." Dominique Poirel, Claudia Rabel La lettre de l’inshs,  mars 2014 La Renaissance virtuelle des manuscrits sinistrés de Chartres en 1944 https://shs.hal.science/halshs-00139736v1

https://portail.biblissima.fr/ark:/43093/mdata37533227147282ef9ff5091a18162f6b327f225a

Voir le fac similé du Ms 498 : https://archive.org/details/heptateuchon00unse/page/n1/mode/2up

Wikipedia ? :

"L' Heptateucon (du grec επτα-τεῦχος, «sept recueils») est une grande encyclopédie d' œuvres anciennes relatives aux sept arts libéraux , distinguées sur la base de leurs différents domaines de connaissance , mais toutes convergeant vers une compréhension globale de la connaissance, capable avant tout de rendre accessible le sens philosophique des Saintes Écritures . Dans le Prologue, Thierry ne le présente pas comme son propre ouvrage, mais comme une transcription de textes anciens, rassemblés selon les deux instruments fondamentaux de la philosophie, l’ intellectus et l’ interpretatio , c’est-à-dire la raison et l’exégèse , dont l’union, symbolisée par le mariage de Mercure et de la Philologie selon une image tirée de Marciano Capella , représente le contenu spirituel du quadrivium qui devient expression à travers le trivium.

 En particulier, si le quadrivium est la « science de la nature », incluant les sujets mathématiques et scientifiques, le trivium est la « science des mots » :  parmi les trois disciplines de cette dernière, il accorde la plus grande importance à la grammaire , bien que ses recherches les plus pertinentes concernent la rhétorique , dans laquelle il propose un précieux commentaire du De inventione de Cicéron . Concernant également la dialectique , Thierry fut le premier à réintroduire en Occident les Premiers Analytiques et les Listes sophistiques d’ Aristote dans une version latine, malgré son platonisme . 

Parmi les sources du quadrivium, il s'est plutôt inspiré des tables du philosophe persan al-Khwārizmī , traduites en latin par Adélard de Bath , comme référence pour le sujet de l'astronomie ."

 

LE PORCHE DE DROITE DU PORTAIL ROYAL.

Je décrirai d'abord les 14 figures  des voussures du porche consacrées aux 7 arts libéraux et aux sept auteurs de l'antiquité compilés par Thierry de Chartres dans son Heptatheucon.

Puis je décrirai les sujets complémentaires 15 et 16, puis les anges de la voussure.Pour être complet, je décrirai ensuita la Vierge à l'Enfant du tympan, et les deux linteaux consacrés d'abord à la Présentation au Temple, puis aux scènes de l'Incarnation, l'Annonciation, la Visitation, la Nativité et l'Annonce aux Bergrs.

Je terminerai rapidement par les statues colonnes.

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

1. Aristote associé à la Dialectique (2).

Aristote est assis, et porte sur ses genoux un écritoire rectangulaire formant pupitre,  à l'angle duquel un encrier  de corne est inséré. Le calame qu'il tenait dans sa main droite est perdu. Dans sa main gauche,  il tient un grattoir qui lui permet de corriger éventuellement son parchemin et aussi de retailler ses roseaux. Trois calames arciformes bien taillés sont suspendus sur un ratelier  près de lui, ainsi qu'un objet ressemblant à une éponge. On remarque aussi à droite  une règle suspendue à un clou, dont un côté se découpe pour former un "pistolet" de dessinateur.

Au VIIe siècle, Isidore de Séville avait proclamé Aristote"père de la dialectique". C'est dans les Topiques, cinquième livre de l'Organon (« outil » ou « instrument » en grec ancien), nom scolastique utilisé pour désigner un ensemble de traités  de logique d'Aristote, que le philosophe grec aborde  la dialectique, ou art du dialogue argumentatoire entre deux personnes ayant des points de vue différents.

Thierry de Chartres est un des premiers à avoir connu des œuvres logiques d'Aristote jusque-là oubliées , les Premiers Analytiques, les Réfutations sophistiques et ... les Topiques.

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

2. DIALECTICA, personnification de la Dialectique (Trivium).

Voussure II, côté gauche figure 2. Restaurée.

Dialectica est assise, la tête et le corps couverts d'un voile, et elle tient  dans la main gauche un vase fleuri tandis qu'une sorte de dragon, posé sur sa main droite, monte vers son épaule grâce à ses pattes griffues. Ce "dragon" a une gueule aux dents acérées et aux oreilles longues et pointues, une échine hérissée de dents, des ailes, et une queue longue qui se perd entre les jambes de l'allégorie. C'est bien là son attribut,  qui était chez Martianus Capella (Ve siècle) un serpent symbole du sillogisme ou de la ruse des sophismes, un scorpion chez Alain de Lille (XIIe siècle), une tête de chien  (inscription caput canis) dans l'Hortus Deliciarum de Herrade de Landsberg (XIIe siècle), c 'est parfois un basilic (coq serpent), un serpent sur le porche de la Collégiale de Loches (milieu XIIe) ou à la façade ouest de la cathédrale de Laon (XIIe) où le serpent est enroulée en guise de ceinture (comme à Auxerre), ou encore sur la chaire de la cathédrale de Pise (entre 1302 et 1311), un livre à la cathédrale de Clermont, un scorpion et un lézard sur la peinture murale du Puy-en-Velay  (dernier quart XVe), un couple de lézards encore (affrontement d'arguments opposés)  sur la verrière de la chapelle Saint-Piat de Chartres (1415), et un scorpion noir sur  la Fresque des arts libéraux de Botticelli au Louvre  (1483-1486). 

La fleur (ou sceptre d'aspect végétal)  suggére la sève et donc la vie, mais aussi l'art de plaire ou la beauté séduisante et puissante du langage.

 

 

 

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

3. Cicéron associé à la Rhétorique (4).

http://e-chastel.huma-num.fr/xmlui/handle//123456789/359219

Si ce n'est Cicéron, l'avocat, homme d'Etat et écrivain romain auteur de discours, de lettres, et de traité de l'Art de l'Orateur (De Orator), et la Rhétorique à Herennius, celui de savoir parler pour prouver, convaincre, et plaire, ce pourrait être Quintilien, rhéteur, pédagogue et avocat du 1er siècle,  auteur de l'œuvre majeure qu'est l'Institution oratoire. C'est en tout cas Cicéron qui est nommé au Puy-en-Velay à la fin du XVe siècle. Et Thierry de Chartres le lisait, puisque le De Oratore de Cicéron était étudié, à Chartres comme ailleurs, par quiconque voulait acquérir l'art de l'éloquence, et puisqu'il a laissé un commentaire du De inventione.

Cicéron est assis devant un pupitre posé sur ses genoux (comme Aristote et tous les autres auteurs) devant son ratelier de calames. Il lève la main gauche dans un geste d'éloquence, mais il tient un livre (?) de la main droite.  Le sculpteur, emporté par son habitude de représenter des Grecs barbus, a oublié que Cicéron, comme généralement les Romains, était rasé.  Mais il n'a pas omis de représenter une régle suspendue à sa gauche.

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

4. la Rhétorique (Trivium).

Rhétorique fait un geste d’orateur, bras droit demi étendu vers la gauche et poing serré, bras gauche soulevant un pan de son habit dans un spectaculaire effet de manches. Sa tête est tournée vers  le geste rhétorique de la main gauche pour le renforcer, sa bouche est ouverte. Elle est drapée dans un manteau-voile à bords brodés.

Elle est représentée à la cathédrale de Laon avec le même geste de la main gauche levée, mais avec la paume ouverte.

Car si la  rhétorique est l’art de l’éloquence, elle se base sur l'apprentissage du geste et de la posture. Elle comportait cinq parties : l’inventio (invention ; art de trouver des arguments et des procédés pour convaincre), la dispositio (disposition ; art d’exposer des arguments de manière ordonnée et efficace), l’elocutio (élocution ; art de trouver des mots qui mettent en valeur les arguments ), la memoria (procédés pour mémoriser le discours), mais aussi l’actio (la scansion, les gestes de l’orateur plaçant dans l'espace son verbe, le comput des arguments sur les doigts de la main) . 

Elle fait appel au sensible plutôt qu'au spéculatif, elle est ornement plus que vérité :

" La Rhétorique antique avait survécu dans les traditions de quelques écoles romaines de la Gaule et chez quelques rhéteurs gaulois, dont Ausonius (310- 393), grammaticus et rhetor à Bordeaux, et Sidoine Apollinaire (430-484) évêque d'Auvergne. Charlemagne inscrit les figures de rhétorique dans sa réforme scolaire, après que Bède le Vénérable (673-735) eut entièrement christianisé la rhétorique (tâche amorcée par saint Augustin et Cassiodore), en montrant que la Bible est elle-même pleine de « figures ». La rhétorique ne domine pas longtemps ; elle est vite « coincée » entre Grammatica et Logica : c'est la parente malheureuse du Trivium, promise seulement à une belle résurrection lorsqu'elle pourra revivre sous les espèces de la « Poésie » et d'une façon plus générale sous le nom de Belles-Lettres. Cette faiblesse de la Rhétorique, amoindrie par le triomphe des langages castrateurs, grammaire (rappelons-nous la lime et le couteau de Martianus Capella) et logique, tient peut-être à ce qu'elle est entièrement déportée vers l'ornement, c'est-à-dire vers ce qui est réputé inessentiel — par rapport à la vérité et au fait." Mais elle est utile aux prêcheurs pour leurs sermons (Artes sermocinandi ) : sermones ad populum (pour le peuple de la paroisse), écrits en langue vernaculaire et sermones ad clerum (pour les Synodes, les écoles, les monastères), écrits en latin.  

 

Thierry de Chartres a écrit un traité sur la Rhétorique,  Accessus circa artem rhetoricam , "Approche de l'art de la rhétorique", en se référant à Cicéron, à Boèce et à Quintilien. Les traités d'Aristote sur la rhétorique ne seront traduits qu'en 1270.

 

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

5. Euclide associé à la Géométrie (6).

Voussure II, côté gauche figure 5.

http://e-chastel.huma-num.fr/xmlui/handle//123456789/359221

Portail royal, portail droit, voussoir : Euclide, l'art de la géométrie

Euclide d'Alexandrie (vers vers 300 avant notre ère) est l'autorité de l'Antiquité classique dans l'art de la géométrie par son ouvrage Les Éléments.

Il est représenté comme les autres auteurs de référence, assis penché sur son pupitre posé sur ses genoux et dont l'encrier en corne occupe le coni gauche. Il est en train d'effectuer un tracé, comme absorbé par quelque problème géométrique. Il tient un objet rectangulaire en main droite, et un grattoir en main gauche.

Les Éléments d'Euclide furent connus en Occident médiéval par des traductions  arabes, hébraïques ou latines et notamment par la Recension de Campanus en 1260, et l'Heptameron de Thierry de Chartres en est imprégné :  19 textes sont consacrés à la géométrie. (M. Lejbowicz)

 

 

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

6. La Géométrie (Quadrivium).

 

http://e-chastel.huma-num.fr/xmlui/handle//123456789/359223

Voussure II, côté gauche figure 6 .

Cette figure féminine représentant la géométrie, voilée comme ses compagnes,  a une tablette sur les genoux , sur laquelle sa main gauche, et notamment son index pointé, sont posés. Sa main droite a disparu, mais on peut imaginer qu'elle maniait un compas comme dans les Noces de Martianus Capella, ou sur le dessin du XIIe siècle de l'Hortus Deliciarum (le Jardin des Délices). Sur ce dessin, elle tient aussi un étalon pour mesurer le monde.

Hortus Deliciarum

C'est encore un compas qu'elle tient à la Collégiale de Loches, à la cathédrale de Laon, à Notre-Dame de Paris, à la cathédrale de Sienne, à celle de Clermont, d'Auxerre,  (en sculpture et sur un vitrail de 1260), sur la baie 103 de la cathédrale de Soissons, à l'église Notre-Dame de Sémur-en-Auxois. Sur la baie 5 de la chapelle Saint-Piat de Chartres, elle tient le compas et l'équerre.

La Géométrie est alors "l'art de mesurer les surfaces et les lignes" (Grégoire de Tours) et dans la description d'Alain de Lille (Anticlaudianus v. 1120) elle mesure le monde avec une aune et fabrique une roue.

 

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

7. L'Arithmétique(Quadrivium).

Voussure II, côté droit, figure 7.

La figure féminine représentant l'Arithmétique est assise, la tête et le corps voilés, ses manches sont amples, ses chaussures pointues. Elle tient en main gauche deux livres, mais son visage est penché vers un objet qu'elle tenait en main droite et qui est brisé. Si l'on se réfère au manuscrit Hortus Deliciarum , elle pouvait se servir d'une corde sur laquelle sont fixées des boules formant graduation .

Calque de l'Hortus Deliciarum.

La science de l'arithmétique est "de connaître les fonctions des nombres" (Grégoire de Tours). Dans la description d'Alain de Lille, elle tient la table de Pythagore. À Loches, elle tient un livre, à Laon  elle tient des groupes de boules dans ses deux mains, à Pise elle compte sur ses doigts, à Clermont elle compte sur un boulier, à Sémur-en-Auxois elle a des boules dans la main droite, et sur la baie 103 de Soissons, elle désigne du doigt une tablette sur laquelle sont inscrits douze chiffres romains.

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

8. Boèce associé à l'Arithmétique.

Voussure II, côté droit, figure 8.

Boèce, philosophe et homme politique latin contemporain de Cassiodore, vers 480-524, et très célèbre pour sa Consolation de Philosophie écrits en prison à la fin de sa viea publié entre autre un traité De arithmetica

Il avait traduit  l’Organon d'Aristote accompagné de gloses grecques, ainsi que l’Isagogè de Porphyre de Tyr, rédigé une introduction à la logique aristotélicienne et un commentaire sur les Topiques de Cicéron. Il eut une très forte influence sur la scholastique des écoles médiévales, sur Alcuin, Jean Scot Érigène, les écoles d'Auxerre et de Reims au IXe siècle,  et sur Gilbert de Poitiers et les commentateurs de l'école de Chartres au XIIe siècle.

On retrouve les caractéristiques déjà notés pour les autres auteurs antiques comme la position assise, le ratelier avec ses calames et son éponge, et le pupitre posé sur les genoux.  Un coude appuyé sur son accoudoir, Boèce se tourne sur sa gauche, comme pour répondre à un interlocuteur ou observer un objet, celui qu'il tenait dans la main gauche et qu'il élevait, coude plié. Mais cet objet a disparu.

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

9. L'Astronomie (Quadrivium).

Voussure II, côté droit, figure 9

Cette figure féminine assise et voilée qui observe les étoiles représente l'astronomie. Elle a la tête levée vers le ciel et les mains ouvertes, projetées en avant dans une attitude d'admiration (ou de déduction?). C'est ainsi que la décrivait Alain de Lille, mais tenant une sphère ; la main gauche ne tient-elle pas un objet, peut-être un globe comme le suggère Gérard Fleury ? Sur la figure de l'Hortus Deliciarum,  Astronomie montre les étoiles en les pointant de son index droit et elle tient un seau rempli d’eau ou un miroir.

Astronomia, Hortus Deliciarum

À Loches, elle  montre deux étoiles. À Laon, elle élève des deux mains un astrolabe, à Notre-Dame de Paris elle montre le ciel d’une baguette dans la main gauche, à Sienne elle montre un disque de la main gauche, à Pise elle élève un astrolabe au niveau de son œil avec le bras gauche et elle montre du doigt un cahier posé sur son genou droit, sur le vitrail d'Auxerre elle regarde le ciel, à Sémur-en-Auxois elle présente un astrolabe, sur la fresque des Arts libéraux de Botticelli au Louvre elle tient un sextant dans sa main gauche, sur la baie 103 de Soissons elle porte et contemple un disque ou une sphère, dans laquelle il faut voir un astrolabe ou une sphère armillaire.

Sur les conceptions de Thierry de Chartres sur les rotations des sphères célestes, influencé par Macrobe et par les péripatéticiens,  voir son écrit Opusculum de opere sex dierum analysé par  Pierre Duhem.

 

 

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

On remarquera que sur le porche central, parmi les 12 anges qui entourent le Christ, cinq tiennent de astrolabes en désignant le ciel, ce qui est assez extraordinaire. Un sixième tient un instrument (qui n'est peut-être qu'un livre ceinture.

Ange à astrolabe, porche centrail du Portail Royal de Chartres, cliché lavieb-aile.
Ange à astrolabe, porche centrail du Portail Royal de Chartres, cliché lavieb-aile.
Ange à astrolabe, porche centrail du Portail Royal de Chartres, cliché lavieb-aile.

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

10. Ptolémée associé à l'Astronomie (9).

Voussure II, côté droit, figure 10

Ptolémée (100-168 ap. J.C) est  l'autorité de l'Antiquité classique choisie comme référence dans l'art de l'astronomie. Il fit des observations astronomiques à la Grande Bibliothèque d'Alexandrie et  est l'auteur de l'Almageste, traité  d'astronomie qui nous est parvenu complet, et du Tetrabiblos, traité d'astrologie, c'est-à-dire de l'influence des astres sur le monde sublunaire et sur les destinées humaines. Pour lui, la Terre est  sphérique, immobile au centre de l’Univers et les cieux eux-mêmes sont sphériques.  Ptolémée reprend sous l’influence d’Aristote  l’idée d’un monde supra-lunaire fait d’éther. Il compléte le catalogue d’Hipparque, qui décrivait 850 étoiles , et en identifie 1028, en utilisant  pour cela l’astrolabe armillaire (à ne pas confondre avec l’astrolabe plan) qu'il nomme son astrolabon. Le mot astrelabe (du grec astrolabios, "preneur d'étoile") apparaît dans notre langue en 1155, précisément la date où furent sculptés ces Arts libéraux.

On retrouve le schéma habituel d'un personnage  barbu assis, portant sur ses genoux le pupitre avec on encrier en corne, les quatre calames sur le ratelier, une règle suspendue au mur. Il tient en main gauche ce qui doit être un livre, et de la main droite une sphère qu'il observe.  Pour B. Coquet, "l'objet qu'il tenait sur son pupitre est presque entièrement disparu. Était-ce un boisseau ? En effet, on admet que les astronomes regardaient l'image des constellations réfléchie dans un boisseau empli d'eau : ce qui avait pour avantage de limiter le champ d'observation."

 

L'époque médiévale dispose de deux sortes de sphères armillaires, soit portative tenue avec un manche à la main, soit fixe et orientée vers le pôle.

Représentation par V. Naboth (1573) du modèle astronomique géo-héliocentrique d'Héraclide transmis par Martianus Capella

Thierry de Chartres est lecteur de Ptolémée et Hermann le Dalmate lui dédie en 1143 sa traduction du Planisphère de Ptolémée. On connaissait alors le Liber de astrololabio de Gerbert, écrit avant 999 où cet auteur devient le pape Sylvestre II. 

Dans son Heptateuchon, Thierry de Chartres insère ainsi les premières tables astronomiques provenant du Preceptum Canonis Ptolemei du VIe siècle, conservé à Chartres sous le nom de Ptolémée. (I. Draelants)

Une des sources de Thierry de Chartres pour son Heptateuchon  dut être, selon C. Rabel et D. Poirel,  le ms. 214 de la Bibliothèque Municipale de Chartres, des Sententiae astrolabii attribué éventuellement à Gerbert (Sylvestre II) , un recueil aujourd’hui détruit de traités astronomiques et mathématiques, dont  ils ont découvert un dessin, celui d’un astronome utilisant un nocturlabe (Un nocturlabe est un instrument utilisé pour déterminer l'écoulement du temps en fonction de la position d'une étoile dans le ciel nocturne ).

 

Astronome utilisant un astrolabe. Traités astronomiques et mathématiques, 2e quart du XIIe siècle, in Claudia Rabel, Dominique Poirel INHS CNRS Lettre info 2014. (Chartres, BM, ms. 214 ; ms. détruit, dessin reproduit par H. Michel, « Les tubes optiques avant le télescope », dans Ciel et Terre, Bulletin de la Société belge d’astronomie, de météorologie et de physique du globe, 70, 1954, p. 175-184, ici p. 177 fig.

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

11. La Grammaire (Trivium).

Voussure II, côté droit, figure 11. Restaurée.

 La figure féminine représentant la Grammaire, assise et voilée comme les autres, présente un grand livre ouvert et brandit de sa main droite une férule ; un petit garçon, sa tête frisée à demi-couverte par sa capuche, est assis sur un siège bas et se penche sur le livre qu'il tient ouvert sur ses genoux ; il sourit, la tête appuyée sur sa main, peut-être pour se protéger. Son camarade, assis sur les talons, a posé son livre grand ouvert sur sa cuisse ; il lève les yeux vers la Grammaire et il lui tend sa main, paume ouverte posée sur la chevelure de son voisin ; il a le torse nu et l'on pourrait supposer d'abord qu'il a été fouetté, n'était l'échange de regards paisibles entre l'enfant et la femme. Une interprétation de Georges Bonnebas est qu'il s'agirait d'un enfant pauvre, qui contraste avec le garçon de droite, abondamment couvert de beaux habits très riches : l'intention serait alors de montrer que la même instruction est dispensée à l'un et l'autre . Pour G. Fleury, celui qui est situé à droite courbe la tête, tandis que celui de gauche tend la main droite pour recevoir sa punition.

SElon Grégoire de Tours, Grammaire est celle qui apprnd à lire. Dans le Ier Livre des Noces de Martianus Capella, Grammaire est revêtue de la paenula (manteau ordinaire des sénateurs romains), et porte à la main une trousse médicale pour guérir les vices du langage : encre, plumes, tablettes, limes à 8 traits (8 parties du discours « classique »), un martinet pour l’autorité et un scalpel pour opérer dents et langues. Dans le 3ème Livre, Grammaire  apparaît sous les traits d'une femme assez vieille, mais qui possède encore du charme. Originaire d'Égypte, elle est passée en Grèce puis à Rome. Elle porte une boîte contenant une plume et un encrier, instruments qui lui sont nécessaires pour enseigner la grammaire aux enfants, car celle-ci passe par l'écrit. Elle commence par enseigner les lettres, en indiquant les combinaisons possibles de voyelles et de consonnes et les façons de les prononcer, puis expose les différentes sortes de syllabes. Elle passe ensuite au genre des mots et aux accords, puis aux verbes et aux adverbes. En terminant, elle signale une longue liste d'exceptions, montrant que la formation des mots ne suit pas des règles absolument régulières et qu'il faut respecter l'usage. Le livre se termine en signalant que l'assemblée des dieux s'est copieusement ennuyée durant cet exposé et en invitant Grammaire à ne pas s'étendre sur les solécismes, barbarismes et autres fautes de langage.

Pour Alain de Lille, Grammaire, douce et sévère, tient la férule (*) et le scalpel. Elle travaille au timon du char y gravant le portrait des grammairiens : Donat — Ælius Donatus, grammairien latin, vers 320-380, auteur d’un traité de grammaire — et Aristarque de Samothrace, grammairien grec (IIe siècle av. J.-C.).

(*) Férule : étymologiquement : faisceau de branches, mais aussi « Petite palette de bois ou de cuir, à l'extrémité plate et élargie, autrefois utilisée comme instrument de discipline pour frapper les mains des écoliers fautifs ».

Sur la roue de l'Hortus Deliciarum, elle  tient un livre et une férule. Une inscription près du fouet SCOPE9, renvoie sans doute au latin scopula, ae "petit balai".

Grammatica, calque de l'Hortus Deliciarum.

À Loches, Grammaire se découvre par la férule qu’elle applique des deux mains, comme une arme, sur l’épaule. À Laon, Grammaire est représentée avec un écolier (ou deux, sur le vitrail), sans férule (sauf peut-être sur le vitrail), l’air débonnaire. À Pise, elle allaite deux enfants qu’elle tient sur ses genoux, c’est la mère nourricière. À Auxerre, elle fait face à un enfant. Sur le Portail des Libraires de la cathédrale de Rouen  elle est  en train de fouetter un personnage nu, à genoux et implorant. À Sémur-en-Auxois, Grammaire tient une férule de la main droite, elle fait suivre d’un doigt sur un livre ouvert sur ses genoux un jeune écolier assis devant elle.

Sur la fresque du Puy-en-Velay, Grammaire lève les mains et Priscien (alors que c’est Donat qui est habituellement invoqué) suit sur un livre ouvert sur ses genoux.

Sur la baie 103 de Soissons, Grammaire, de trois-quarts, tient une clef à la main droite (la clef de l'art du langage) et lit dans un livre ouvert dans lequel est inscrit l'alphabet.

 

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

12. Donat, associé à la Grammaire (11).

Voussure II, côté droit, figure 12.

Les  autorités de l'Antiquité classique faisant référence alors dans l'art de la grammaire sont Donat ou Priscien. On pense plutôt voir ici  Donat car celui-ci était tenu en grande estime par Thierry de Chartres, l'inspirateur probable de ces sculptures. Donat comme Priscien étaient auteurs d'une grammaire latine (pour Donat : Ars Donati grammatici urbis Romae, débutant par un Ars minor ou version abrégée et suivi des trois livres de l'Ars maior).

La Bibliothèque de Chartres possédait un manuscrit du XIIe siècle (vers 1100) réunissant l'Opuscula de Priscien, l'Ars major de Donat, (BM Ms 497) et des Opuscules de Cicéron et Aristote.

 

 

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

Pythagore et Donat.

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13. Pythagore, associé à la Musique (14).

Voussure I, côté droit, figure 13.

Le philosophe présocratique grec décédé vers 495 avant J.C ressemble ici comme un frère jumeau au grammairien Donat du 4ème siècle après J.C. Comme les femmes des Arts libéraux, ce ne sont pas des portraits, mais des figures. Lui aussi est assis, penché sur son pupitre à encrier en corne, un calame et un grattoir en main, sous le ratelier porte-plumes où sont posées deux éponges.

Cette figure représente la pensée de l'école pythagoricienne, et notamment pour Thierry de Chartres, son arithmétique (le fameux théorème), sa cosmogonie, et son idée que "les choses sont nombres", le nombre est la matière des êtres, ce qui leur donne forme et les rend intelligibles. Connaître le nombre d’une chose revient à connaître la chose elle-même. pour les pythagoriciens, ce sont les nombres entiers qui sont à la racine des choses, le Cosmos est littéralement régi par eux. Et la musique est au cœur de cette représentation car en musique les intervalles de ton sont des rapports de nombre.

Source Philharmonie de Paris : 

 Voilà comment Guido d’Arezzo (~992-~1050), le moine bénédictin à l’origine du système de notation musicale encore en vigueur, rapporte l’événement au dernier chapitre de son ouvrage Micrologus (vers 1020) :

"Un certain Pythagore, grand philosophe, voyageait d’aventure ; on arriva à un atelier où l’on frappait sur une enclume à l’aide de cinq marteaux. Étonné de l’agréable harmonie qu’ils produisaient, notre philosophe s’approcha et, croyant tout d’abord que la qualité du son et de l’harmonie résidait dans les différentes mains, il interchangea les marteaux. Cela fait, chaque marteau conservait le son qui lui était propre. Après en avoir retiré un qui était dissonant, il pesa les autres et, chose admirable, par la grâce de Dieu, le premier pesait douze, le second neuf, le troisième huit, le quatrième six de je ne sais quelle unité de poids. Il connut ainsi que la science de la musique résidait dans la proportion et le rapport des nombres."

Pierre le Mangeur (1100?-1179? Pythagore et les forgerons, illustration extraite du Petri Manducatoris sermones, BSB Clm 2599. München - Bayerische Staatsbibliothek

Cette expérience s’avère fondamentale pour les pythagoriciens, car elle corrobore l’intuition de base de leur philosophie : tout ce qui existe est nombre, y compris des phénomènes aussi peu matériels que les intervalles musicaux. Son importance est telle qu’elle figure dans la plupart des traités musicaux ou arithmétiques du Moyen Âge et de la Renaissance.

NB. Sur la peinture des Arts libéraux de Puy-en-Velay, Musica est accompagnée de "Tubal" (Jubal) qui frappe une enclume avec deux marteaux.

Afin de faire « entendre les nombres », Pythagore cherche rapidement à transposer cette découverte sur un instrument : le monocorde.

Le monocorde est de constitution très simple : il s’agit juste d’une corde tendue sur une caisse de résonance munie d’un chevalet mobile placé sous la corde et permettant de diviser celle-ci en deux parties. Ce n’est pas un instrument de musique à proprement parler, c’est un instrument pour l’expérimentation et un support pédagogique. On en trouve la première trace indubitable dans l’ouvrage d’Euclide.

En déplaçant le chevalet du monocorde, nous observons que plus la longueur de corde que l’on fait vibrer est courte plus le son qu’elle émet est aigu, c’est-à-dire plus sa fréquence de vibration est élevée. Nous pouvons en conclure la loi importante que la fréquence de vibration de la corde est inversement proportionnelle à sa longueur. Pythagore prouve ainsi, grâce au monocorde, que les intervalles musicaux reconnus comme les plus consonants sont identifiables à des fractions simples construites avec la suite des 4 premiers entiers 1, 2, 3 et 4, désignée par le terme tetraktis. Les pythagoriciens pensent enfin avoir découvert les fondations de l’harmonie dans l’Univers. Avec sa corde unique, son chevalet mobile et sa règle graduée, le monocorde fait se rejoindre les notes et les nombres, les intervalles et les rapports, la perception sensorielle et la raison mathématique. Le monocorde fait ainsi « entendre les nombres » et « voir les sons ». Plus encore, par l’acte même de mesurer des longueurs de corde (géométrie) pour les associer à des rapports de nombres entiers (arithmétique) liés aux intervalles musicaux, le monocorde fait converger deux domaines pourtant strictement séparés dans les mathématiques grecques.

Par cette découverte fondamentale, la musique devient ainsi une branche des mathématiques. 

 

Pythagore et la Musique, titre des traités ed. Augsbourg, 1500. Gallica-BnF

 

Or, nous allons découvrir maintenant, dans le quatrième art du Quadrivium, Musica ... un monocorde.

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14. La Musique (Quadrivium).

Voussure I, côté droit, figure 14

La Musique est, comme les autres Arts, assise, voilée, et vêtue sous le manteau-voile d'une robe à bords brodés, mais elle est entourée de quatre instruments : trois instruments à cordes et un instrument à percussion. Les yeux vers le ciel, les lèvres entrouvertes, elle semble attentive et concentrée sur l'écoute des harmonies.

 Elle est considérée comme une science des nombres à part entière comme la géométrie, l'arithmétique ou l'astrologie : "La mathématique possède quatre espèces : l’arithmétique, la musique, la géométrie, l’astronomie." GUuillaume de Conches, Accessus ad Timaeum, § 5-6

"Voici donc les quatre espèces mathématiques. L’arithmétique traite des nombres, la musique, de la proportion, la géométrie, de l’espace, l’astronomie, du mouvement. L’élément de l’arithmétique est l’unité, celui de la musique, l’unisson, celui de la géométrie, le point, celui de l’astronomie, l’instant. C’est pourquoi, l’arithmétique est la science des nombres. La musique est l’harmonie de plusieurs sons dissemblables se réunissant en un tout. La géométrie est la discipline de la grandeur immobile et la description contemplative des formes. L’astronomie est la discipline de la grandeur mobile " Vincent de Beauvais, Speculum doctrinale, XVI, 3 (De speciebus mathematicae), début XIIIe siècle.

Rappellons que l'évêque Fulbert, fondateur de l'École de Chartres, était un compositeur estimé, auteur de poèmes liturgiques et de trois Repons de la Nativité.

 

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a) le tintinnabulum.

On voit trois cloches suspendues à une tringle. Musica frappe la dernière cloche avec un marteau, tandis que sa main gauche tient le manche d'un autre marteau (j'ai d'abord pensé qu'elle saisissait le battant de la cloche voisine). 

Voir André Bonjour, Instrumentarium de Chartres, les idiophones.

https://www.instrumentariumdechartres.fr/data/IndeXysBibliothequeHTML/1ca9c331-d85b-410c-8917-4c385631ff1f/LES-DOSSIERS/MA123-p.62-69.pdf

https://www.apemutam.org/wp-content/uploads/2024/02/03-Chartres-Les-percussions.pdf

Le carillon est l'un des principaux attributs de la Musique dès l'art roman et au début de l'art gothique, à Autun (chapiteau de la cathédrale), Rouen (Portail des Libraires).

*) à Autun, le sculpteur a représenté les deux manières de faire sonner une cloche, le tintement par le marteau ou la volée par le balancement du battant,  sont représentées.

 

La Musique, chapiteau de la cathédrale d'Autun, 1125-1135. Cliché lavieb-aile.

**) à Rouen au portail des Libraires : Le portail du transept nord, dit le « portail des libraires » de la cathédrale de Rouen a été construit autour de 1300. Il possède un riche décor et en particulier des sculptures en faible relief sur les jambages des ébrasements et du trumeau. Sur le trumeau, quatre quadrilobes concernent les arts libéraux  avec , de gauche à droite : Géométrie, Musique, Astronomie, Grammaire. La Musique tient un tintinnabulum (de 4 cloches) assez proche de la Musique de Laon. Elle frappe les cloches suspendues à une tringle inclinée avec deux marteaux.

***) à la cathédrale de Laon, sculpture, XIIe siècle. On compte 5 cloches ; la tringle est inclinée.

****) cathédrale de Laon,  vitrail de la rose nord: 3 cloches sont représentées

La Musique, rose (vers 1200) des Arts libéraux de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile

 

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b) le monocorde.

Lire : 

https://www.instrumentariumdechartres.fr/les-310-representations/cordes-pincees/le-monocorde.php

https://www.instrumentariumdechartres.fr/les-instruments/cordes-pincees-1/le-monocorde.php

https://pad.philharmoniedeparis.fr/pythagore-entendre-les-nombres.aspx?_lg=fr-FR

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

c) la vièle en huit.

https://www.instrumentariumdechartres.fr/les-310-representations/cordes-frottees/les-vieles-en-huit.php

L'instrument est sculpté avec toute la précision souhaitée. On le comparera aux vièles tenues par les Vieillards de l'Apocalypse sur le porche central.

 

Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.

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d) le psaltérion.

https://www.instrumentariumdechartres.fr/les-310-representations/cordes-pincees/les-psalterions/les-psalterions-du-portail-royal/la-representation-porte-sud-la-musique.php

LES AUTRES SCULPTURES DES VOUSSURES INTERIEURES (VOUSSURE I)

La voussure I débute, à gauche, par deux motifs qui sont parfois considérés comme des signes du Zodiaque (comme sur le portail de l'Ascension à gauche), les Poissons et les Gémeaux, ce qui est peu vraisemblable (il n'y a qu'un seul poisson ; les Gémeaux ne tiennent pas de bouclier).

 

Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.

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15  : un poisson, des arbres et des oiseaux (à droite d'Aristote).

On peut suggérer que ce motif, placé à la base de la voussure I aux côtés d'Aristote, est une figure de la Nature illustrant la volonté  des chartrains d'expliquer les phénomènes par des processus naturels et de porter intérêt aux  sciences des choses, dans un large courant d'idées dont l'un des premiers représentants fut Adélhard de Bath, qui fut un des introducteurs en Occident de la science arabe, et dont les Questions naturelles datent du début du XIIe siècle.

" L' Hexaeméron interprète la Genèse en se référant au « Timée » de Platon . Ce texte constitue une défense raisonnée de l'existence de Dieu, s'appuyant sur la philosophie naturelle platonicienne et la logique aristotélicienne pour expliquer la création du monde.  Thierry établit que le moment de la création divine fut le commencement même du temps, et qu'ensuite, la création s'est développée naturellement par la combinaison des quatre éléments (le feu, l'air, l'eau et la terre). Selon Thierry, Dieu créa les quatre éléments au premier instant. Le feu, en mouvement perpétuel, tournoya et illumina l'air, engendrant ainsi le premier jour et la première nuit. Le deuxième jour, le feu réchauffa l'eau, la faisant monter vers le ciel et former les nuages. La diminution du volume d'eau permit l'apparition de la terre le troisième jour. Le réchauffement continu des eaux au-dessus du firmament entraîna la formation des corps célestes le quatrième jour. Le réchauffement continu de la terre permit l'apparition de la vie végétale, animale et humaine les cinquième et sixième jours.

L'explication de Thierry sur la création du monde est basée sur une interprétation théologique des quatre causes d' Aristote , qu'il identifie aux trois personnes de la Trinité plus la matière (composée des quatre éléments ) : le Père est la cause efficiente , le Fils est la cause formelle , le Saint-Esprit est la cause finale et les quatre éléments sont la cause matérielle .

Selon Thierry, l'acte de création divine se limite à la création des quatre éléments, qui évoluent ensuite d'eux-mêmes, se mélangent selon des proportions mathématiques et constituent le monde physique." (en.wikipedia)

L'histoire de la création est racontée dans la Genèse, et Thierry s'efforce de  rendre compte de la Création de la Genèse selon les lois d'une physique cohérente : par exemple, les animaux aquatiques sont apparus au cinquième jour, à la suite de la pénétration dans les eaux de la chaleur résultant du mouvement des étoiles. (Jean Jolivet). Il est l'auteur de In Hexaéméron ou De sex dierum operibus glosant sur les six jours de la Création biblique par des éxégèses selon des lectures littérales et historiques, écartant les lectures morales et allégoriques. (De septem diebus et sex operum distinctionibus primam Geneseos partem secundum physicam et ad litteram ego expositurus . . . Postea vero ad sensum litterae historialem exponendum veniam, ut et allegoricam et moralem lectionem . . . ex toto praetermittam . "Je vais expliquer la première partie de la Genèse, concernant les sept jours et la distinction des six œuvres selon le sens physique et littéral… Mais j’en viendrai ensuite à expliquer le sens historique de la lettre, afin de pouvoir omettre complètement l’interprétation allégorique et morale…") (W. Ciweski)

Cet intérêt pour la nature sera reprise par Guillaume de Conches.

 

 

 

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16. Deux soldats derrière leur bouclier (à droite de la Dialectique).

Malgré leur apparente géméllité, j'écarte les hypothèses d'y voir les saints Protais et Gervais ou Côme et Damien, à qui la baie 118 est consacrée.

 

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Les six anges de la voussure I.

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LA VIERGE À L'ENFANT DU TYMPAN.

Elle est selon la tradition romane, hiératique , assise frontalement sur une cathèdre. Elle est entourée de deux anges thuriféraires, dont les encensoirs sont encore visibles, l'un devant la cuisse droite de l'ange de gauche, l'autre suspendu en l'air devant celui de droite, les détails des chaînes ayant disparu.

 

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LE REGISTRE SUPÉRIEUR DU LINTEAU : SCÉNES DE LA VIE DE LA VIERGE.

 

 

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La Présentation de Jésus au Temple avec dix personnages porteurs des couples de tourterelles et d'offrandes.

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LE REGISTRE INFÉRIEUR DU LINTEAU: L'Annonciation, la Visitation, la Nativité et l'Annonce aux Bergers.

Remarquez les yeux creusés, caractère stylistique qui ne se retrouve pas sur les statues-colonnes ce ce porche ni sur les personnages des voussures. Étaient-ils jadis comblés par des pierres colorées ?

 

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L'Annonciation.

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La Visitation.

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La Nativité : Joseph

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La Nativité : Marie couchée sur son lit d'accouchée, et l'Enfant-Jésus au dessus.

Voir mes commentaires  et ma revue iconographique sur le thème des Vierges couchées à Chartres :

... et à propos de la baie n° 2 de la cathédrale de Laon :

La Vierge a l'attitude des songeurs inspirés (Jessé, etc), la main droite sous la joue. Elle regarde sans doute l'Enfant emmailloté dans son berceau.

Des amorces sur la façade au dessus de l'Enfant indiquent que des  sujets ont été brisés : étoile? âne et bœuf? ange? lampe?

Comparez à la scène analogue du Portail nord, réalisé entre 1210 et 1225 :

Nativité, Linteau du portail nord de Chartres. Cliché lavieb-aile

 

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L'Annonce aux Bergers.

Précédés par un ange qui leur en a fait l'annonce, les bergers des environs de Béthlém arrivent à la crèche où est né le Messie. Le premier berger désigne de son index l'étoile (non visible) qui les a guidé. Il tenait dans la main gauche un objet (instrument ?) qui est brisé, mais qui ne peut correspondre à la houlette, ni à la cornemuse habituelle.

De même, l'animal qui l'accompagnait à ses pieds est brisé : un chien probablement.

Derrière viennent six moutons.

 

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Le berger jouant du frestel ou flûte de Pan

https://www.instrumentariumdechartres.fr/les-310-representations/les-vents/frestel.php

On constate la proximité de ces scènes avec celles de la baie n°2 de la cathédrale de Laon, certes plus tardive car datant de 1220 environ. Sur cette baie, l'un des bergers joue du frestel.

Berger jouant du frestel. Baie n°2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile

Ce berger qui tient la houlette en main droite se tourne vers nous, et approche ses lèvres de cet instrument qu'André Bonjour a si bien analysé et fait restituer.

 

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LES STATUES COLONNES.

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SOURCES ET LIENS

— BARTHES (Roland)

http://palimpsestes.fr/textes_philo/barthes/articles/ancienne-thetorique.pdf

— BULTEAU (abbé) 1872, Petite monographie de la cathédrale de Chartres

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k991684d/f58.item

—CHARRON (Pascale), Les Arts libéraux dans la tapisserie à la fin du Moyen Âge : entre iconographie savante et pratiques d’atelier. Université de Tours-CESR/UMR 7323

https://shs.hal.science/halshs-00948535v1/document

https://shs.hal.science/halshs-00948535

—COQUET (Béatrice ) 06/12/2012 Notice : Chartres, Notre-Dame - Portail royal, portail droit, Portail de l'Incarnation, voussure : les arts libéraux. Révision scientifique : Iliana Kasarska Ressources numériques du Centre André Chastel

http://e-chastel.huma-num.fr/xmlui/handle//123456789/359230

— FLEURY (Gérard), 2021 Allégories des Arts libéraux de Martianus Capella (Ve siècle) jusqu'au XXe siècle. Académie de Touraine.  (++)

http://academie-de-touraine.com/wp-content/uploads/2021/03/Les-all%C3%A9gories-des-arts-lib%C3%A9raux-R.pdf

—  KNÄBLE (Philip), 2014, "L’harmonie des sphères et la danse dans le contexte clérical au Moyen Âge", Médiévales.

http://journals.openedition.org/medievales/7202

—MÂLE ( Émile), 1899, L’art religieux du XIIIe siècle, Paris, 1899, p. 102-117.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9326593/f114.item

—MÂLE ( Émile), « Les arts libéraux dans la statuaire du moyen âge », Revue archéologique, T. 17, 1881, p. 334- 346. Cité par G. Fleury

—OHMANN ( Isabelle ) 2009, L’enseignement des Arts Libéraux, le portail royal de Chartres

https://isabelle-ohmann.over-blog.com/article-l-enseignement-des-arts-liberaux-le-portail-royal-de-chartres-40165175.html

—VERDIER (Philippe), 1967, "L’iconographie des arts libéraux dans l’art du Moyen Âge jusqu’à la fin du quinzième siècle". Verdier, P. In Arts libéraux et philosophie au Moyen Âge. Actes du 4e congrès international de philosophie médiévale (Montréal, 1967), pages 305–332. Montréal, 1969. Non consulté.

— VIOLLET-LE-DUC , Dictionnaire raisonné…, tome II, article « Arts libéraux »

https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle/Arts_(lib%C3%A9raux)

— SITE DE LA CATHEDRALE

https://www.cathedrale-chartres.org/cathedrale/monument/les-sculptures/le-portail-royal/

— SITE AUTRE

https://www.la-vie-au-grand-art.com/medias/files/portails-de-chartres.pdf

https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM28000099

— WIKIPEDIA : Thierry de Chartres

https://it.wikipedia.org/wiki/Teodorico_di_Chartres

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Published by jean-yves cordier - dans XIIe siècle. Arts libéraux. Chartres.
13 février 2026 5 13 /02 /février /2026 13:50

La baie 235 ou rose nord des Arts libéraux (v.1200 à 1210) de la cathédrale de Laon.

Voir aussi sur la cathédrale de Laon:

Voir sur le thème des Arts libéraux :

PRÉSENTATION

"La cathédrale actuelle fut construite à l'emplacement d'un édifice roman incendié lors de l'insurrection communale survenue le jeudi 25 avril 1112. Son édification commença en 1155 sous l'épiscopat de Gautier de Mortagne et continua jusqu'en 1235.
Elle est l'un des premiers édifices majeurs de style gothique en France. Postérieure à l'église abbatiale de Saint-Denis, à la cathédrale Notre-Dame de Noyon et à la cathédrale Saint-Étienne de Sens, elle est contemporaine de Notre-Dame de Paris. La construction débuta par le chœur et le grand transept afin de recevoir les nombreux pèlerins. Entre 1170 et 1175, une deuxième campagne de construction porta sur le fond du croisillon nord.
Entre 1175 et 1185, une troisième campagne mena à l'édification du transept avec ses deux portails, la tour-lanterne d'inspiration anglo-normande, ainsi que les cinq dernières travées de la nef. Durant cette campagne, on construisit également les tours du transept. Vers 1180 on posa les vitraux de la rose nord (dite des arts libéraux).
La quatrième campagne se termina vers 1200 par l'achèvement de la nef et de la façade occidental."

La baie 235, la rose des Arts Libéraux,  est constituée d'un médaillon central,  et de huit médaillons périphériques.

Ces 9 médaillons représentant les sept figures allégoriques des 7 arts libéraux plus la médecine, enseignés au Moyen Age à l'école épiscopale de Laon (dont le prestige était dû au célèbre Anselme de Laon), entourent le motif central symbolisant la Philosophie ou Théologie issue de cet enseignement.

(*) "Anselme de Laon enseigna vers 1076 avec un grand succès à l'école cathédrale de Paris, où, avec Guillaume de Champeaux, il combattit du côté des réalistes dans la Querelle des Universaux.

Plus tard il se retira dans sa ville natale et fut maître des écoles de Laon, avec son frère Raoul, de 1090 environ jusqu'à sa mort. Son école de théologie et d’exégèse devint rapidement la plus réputée en Europe. En 1113 il en chassa Abélard.

Il fut le doyen et le chancelier de Laon à partir de 1109 environ et l'archidiacre à partir de 1115."

Les matières enseignées sont  les droits (droit canon, droit civil), le droit canon, la médecine, les mathématiques, la logique ou la philosophie, auxquels s'ajoutent les arts libéraux (plus développés que les premiers) :

Ces Arts libéraux se répartissait en Trivium (mot latin signifiant "les trois voies"), les trois arts liés au langage écrit ou oral, la Grammaire (enseignant les mécanismes de la langue), la Rhétorique (art de persuader) et la Dialectique (art d'analyser les arguments), et en Quadrivium, les quatre arts liés aux chiffres et au calcul, l'Arithmétique (étude du nombre pur), la Géométrie (étude du nombre dans l'espace), l'Astronomie (étude du nombre dans l'espace et le temps) et la Musique (étude du nombre dans le temps). Ces sept sciences étaient basées sur les connaissances acquises des savants grecs ou latins (Pythagore, Euclide, Ptolémée, Cicéron, Quintilien, ...), transmises souvent par les Arabes, et sur les écrits de saint Augustin, discutés par des esprits brillants comme Alcuin (fondateur de l'Université de Tours au VIIIe siècle), dans les universités de Paris (1229), Montpellier (1220), Toulouse (1229), Oxford (1167), Cambridge (1209), Salamanque (1218),  Valladolid (1241) ou Padoue (1220) et  Bologne (1098).

Ces universités du XIIe siècle avaient été précédées depuis le VIe siècle par les "écoles cathédrales", fondées depuis la réforme carolingienne dans chaque évêché : les plus importantes ont été celles de Chartres, Orléans, Reims, Paris, Laon, Rouen et Langres. Elles dépendèrent au XIe siècle des chanoines des cathédrales et étaient dirigées par l'écolâtre. Sur l'école cathédrale de Laon, voir wikipedia , mais notons que Gautier de Mortagne , après avoir été chanoine de la cathédrale de Laon en 1150, puis doyen, devint écolâtre de l'école de Laon avant d'être évêque de Laon de 1153 à 1174. C'est sous son épiscopat que démarra l'édification de la cathédrale de Laon.

Ces Arts étaient couronnés par la Théologie, « reine » médiévale des sciences dans les universités.

Iconographie des Arts libéraux

(d'après G. Fleury, voir les illustrations sur son article)

Emile Mâle a montré que c'est Martianus Capella qui est à l'origine de ce thème iconographique, dans son  De Nuptiis Philologiae et Mercurii, du Ve siècle.

A. Les représentations sculptées

  • Abbatiale de Déols (Indre). milieu du XIIe siècle
  • Le porche de la collégiale Notre-Dame de Loches du milieu du XIIe siècle
  • Portail royal de Chartres, porte sud (vers 1160).
  •  Nord de la façade ouest de la Notre-Dame de Paris. Les arts libéraux prennent place au trumeau du portail du Jugement dernier, détruit en 1771, reconstitué au XIXe siècle sous l’inspiration de Viollet-le-Duc, et copiés manifestement sur les sculptures de Laon et de Sens.
  • Cathédrale de Sens. soubassement de l’embrasure gauche du portail central
  • Cloître d’Autun et chapiteau de Vienne (St-André-le-Bas), milieu du XIIe siècle . À Autun les deux piliers figurés qui étaient probablement dans le cloître de la cathédrale Saint-Nazaire d’Autun ont été déposés au musée Rollin de la même ville.
  • Chapiteau d’Elne, présenté au château de Villevêque. la fin du XIIe siècle ou de la première moitié du XIIIe
  • Cathédrale de Sienne. Les allégories sont représentées sur la base de la colonne centrale de la chaire de la cathédrale de Sienne sculptée en 1265-1268 par Nicola Pisano (1220-1284) et son fils Giovanni (1245- 1320).
  • Cathédrale de Pise. Les allégories sont sculptées sur les huit panneaux de la base du pilier central de chaire sculptée entre 1302 et 1311 par Giovani Pisano (1248-1315).
  • Cathédrale de Clermont. Les allégories, représentées jusque-là sous les traits de belles jeunes femmes, sont remplacées par les « savants » qui leur sont associés, représentés avec les attributs classiques. Cette façade nord du transept est datée du XIVe siècle. La mise en place est identique à celle d’une rose, comme à Laon. Les « savants » représentés ont des visages allongés, chevelus et barbus. Ils sont couronnés. Le médaillon central est l’équivalent d’une allégorie de la géométrie (donc c’est une représentation d’Euclide).
  • Cathédrale d’Auxerre,  portail sud de la façade ouest, seconde partie du XIIIe siècle (1260 est la date de construction de ce portail de droite de la façade ouest)
  • Le portail du transept nord, dit le « portail des libraires » de la cathédrale de Rouen, construit autour de 1300. Le portail du transept nord, dit le « portail des libraires », construit autour de 1300, possède un riche décor et en particulier des sculptures en faible relief sur les jambages des ébrasements et du trumeau. Sur le trumeau, quatre quadrilobes concernent les arts libéraux  avec , de gauche à droite : Géométrie, Musique, Astronomie, Grammaire. La Musique tient un tintinabulum assez proche de la Musique de Laon.

B. Vitrail

  • Auxerre, rose de la baie 102 du chœur. Le chœur est daté de 1215-1230, avec montage des vitraux dans les décennies qui ont suivi.

 

La représentation des Arts libéraux en la cathédrale de Laon : sculpture et vitrail.

La cathédrale de Laon propose deux représentations des arts libéraux. Elles sont présentées sous forme de sculptures dans la seconde voussure de la fenêtre gauche de la façade ouest (datée vers 1200), et sous forme de verrières à la rose du transept nord (datée vers 1200-1210 ).  Les deux représentations utilisent pratiquement la même gestuelle et les mêmes attributs, on peut donc se demander si elles ne dérivent pas d’un même dessin ou si l’une n’est pas la transcription de l’autre.

DESCRIPTION

On trouve dans les sens des aiguilles d'une montre en partant du haut :

TRIVIUM

—1. La Rhétorique avec les livres des discours des anciens ;

—2. la Grammaire brandissant ses verges au dessus de ses enfants ;

—3. la Dialectique levant les bras avec véhémence ;

QUADRIVIUM

—4. l'Astronomie, où Uranie tient un astrolabe

—5. l'Arithmétique montrant les pions de l'abaque dans les mains ;

—6. la Médecine ajoutée aux sept arts mirant le contenu d'un urinal ou matula (cet accessoire est alors l'attribut des médecins, tout comme le sthétoscope aujourd'hui)

—7. la Géométrie  traçant un dessin avec un compas

—8. la Musique frappant d'un marteau le tintinnabulum.

AU CENTRE

—9. a Sagesse ou Philosophie porte dans la main gauche les livres saints et dans la droite le sceptre royal. Cet ensemble (rose) composé d'un occulus central et de huit occuli plus petits, fut exécuté vers 1180.

Restauration.

Cinq des médaillons sont datables des années 1200 à 1210, soit 20 à 30 ans après la construction du transept ; les quatre derniers (philosophie, rhétorique, musique, médecine) ont été réalisés en 1865 par le peintre-verrier Adolphe Charles Edouard Steinheil qui prit comme modèles les sculptures de la seconde  voussure de la façade occidentale de Laon consacrée aux Arts libéraux.

Les P.P Cahier et Martin ont reproduit la rose dans son état antérieur à l'intervention de Steinheil dans leur Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature tome IV de 1856, avec les quatre médaillons d'origine , mais dans un ordre différent. On voit des différences notables, par exemple pour Grammaire, qui est figurée tissant , fuseau en main (ce devait être une férule), devant 3 enfants. Géométrie trace un cercle avec un compas  sur une planche posée sur ses genoux. Astronomie élève un instrument bien différent de l'astrolabe de Steinheil.

Cahier et Martin, Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature tome IV de 1856 Planche VIII

 

Chaque allégorie du vitrail sera précédée  par le dessin du livre de Viollet-le-Duc  du claveau sculpté correspondant de la façade ouest de la cathédrale de Laon.

 

 

 
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

https://www.google.fr/books/edition/Les_vitraux_de_la_cath%C3%A9drale_de_Laon/Q_FZAAAAYAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=rose+nord+laon+steinheil&pg=RA3-PA58&printsec=frontcover

1. Au centre : la  Philosophie ou Théologie. Coffetier et Steinheil 1865

Elle est  assise, la tête dans les nuages, avec une échelle appuyée sur son torse, et tenant  un livre ouvert. En main droite, elle tient un sceptre. Sur la sculpture, elle tient deux livres, et un manche qu'on peut peut-être deviner sur la sculpture dans la main gauche.

D’après Émile  Mâle, il s’agit de Philosophie et non de Théologie . Cette personnification étant due à Boèce dans sa Consolation philosophique : l’échelle correspondrait aux degrés qui permettent d’accéder de la philosophie pratique (π) à la philosophie « spéculative » (θ) comme indiqué dans le texte. Les lettres grecques ont été reproduites à Sens. (G. Fleury).

Mais la proximité de la Philosophie (aristotélicienne en particulier) et de la Théologie permet de garder les deux figures.

 

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

2. la Rhétorique. Coffetier et Steinheil 1865

 

Sur la sculpture, Rhétorique écarte les bras dans un geste d'orateur.  Sur le vitrail elle écrit sur une tablette (mauvaise interprétation du XIXe siècle ?).

 

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

3. La Grammaire ou gramatica. v.1210

Grammaire est représentée l'index posé sur le livre que tient  un écolier sur la voussure sculptée, tandis que sur le vitrail, elle tient un fuseau fleuri, devant deux enfants dont l'un tient une tablette à deux battants.

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

3. la Dialectique. v.1210

Dialectique lève les bras et pointe un doigt de la main droite, par un geste d'éloquence opposant les arguments. Sur la sculpture, un serpent s’enroule autour de sa taille, ce qui ne se voit pas sur le vitrail, dont les verres rouges sont devenus noirs.

 

 

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

4. l'Astronomie. v. 1210.

 

Astronomie présente un disque muni d’une zébrure horizontale, c'est à dire une astrolabe, comme sur le portail central de la cathédrale de Sens au XIIe siècle

L'astrolabe est un instrument de calcul qui emploie une représentation de la voûte céleste et de la terre combinée à un calendrier. Il a été conçu dans l'Antiquité, a été grandement employé et perfectionné dans la sphère islamique avant de passer dans le monde chrétien au 12e siècle où son usage se répand ensuite rapidement.

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

5. l'Arithmétique. v.1210

Arithmétique tient des groupes de boules dans ses deux mains.  

 

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

7. la Géométrie. v.1210

Géométrie manipule un compas sur une tablette. Sur la sculpture, elle forme un octogone. 

 

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

8. la Musique. Coffetier et Steinheil 1865

Musique, assise sur une banquette (ou sur une cathédre dans la sculpture) et coiffée d'un voile, frappe avec un manche l'une des trois cloches d'un tintinnabulum ; on en compte cinq sur la sculpture.

 

La représentation très célèbre d'un des chapiteaux de la cathédrale d'Autun (1160) montre un homme tenant sur l'épaule une traverse où 6 cloches sont suspendues : il en tient deux par l'anse , et une autre cloche pend à sa robe. Deux musiciens  sont accroupis, l'un d'eux frappe une cloche avec un marteau, tandis qu'il tient une huitième cloche, qu'il fait peut-être sonner. Son compagnon met en action le battant de la quatrième cloche. 

 

 

Chapiteaux d'Autin, cliché lavieb-aile.

 

On trouve aussi des représentations romanes de tintinabulum au  portail central  de Notre-Dame de Paris, au portail de la Vierge de la cathédrale de Chartres. Et parmi les Arts libéraux du portail des Libraires de Rouen.

 

 

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

SOURCES ET LIENS.

https://www.levitrailfrancais.com/post/cathedrale-de-laon-la-rose-des-arts-liberaux

https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM02000155

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Rose_Nord_Cath%C3%A9drale_de_Laon_181008_05.jpg

https://eglisesduconfluent.fr/Pages/VIT-02Laon-CathNotreDame.php

—CHARRON (Pascale), Les Arts libéraux dans la tapisserie à la fin du Moyen Âge : entre iconographie savante et pratiques d’atelier. Université de Tours-CESR/UMR 7323

https://shs.hal.science/halshs-00948535v1/document

https://shs.hal.science/halshs-00948535

—DEROUSSEN DE FLORIVAL Adrien-Maurice, MIDOUX, Étienne , 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon Paris. Didron – 1882 page 58

https://www.google.fr/books/edition/Les_vitraux_de_la_cath%C3%A9drale_de_Laon/Q_FZAAAAYAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=rose+nord+laon+steinheil&pg=RA3-PA58&printsec=frontcover

— FLEURY (Gérard) (*) Allégories des Arts libéraux de Martianus Capella (Ve siècle) jusqu'au XXe siècle. Académie de Touraine.

(*) Professeur de mathématiques au lycée public de Loches durant toute sa carrière, spécialiste de l’art religieux du Moyen Âge, plus particulièrement l’architecture et la sculpture d’inspiration romane, Gérard Fleury est décédé en 2023

http://academie-de-touraine.com/wp-content/uploads/2021/03/Les-all%C3%A9gories-des-arts-lib%C3%A9raux-R.pdf

—MÂLE ( Émile), 1899, L’art religieux du XIIIe siècle, Paris, 1899, p. 102-117.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9326593/f114.item

—MÂLE ( Émile), « Les arts libéraux dans la statuaire du moyen âge », Revue archéologique, T. 17, 1881, p. 334- 346. Cité par G. Fleury

—VERDIER (Philippe), 1967, "L’iconographie des arts libéraux dans l’art du Moyen Âge jusqu’à la fin du quinzième siècle". Verdier, P. In Arts libéraux et philosophie au Moyen Âge. Actes du 4e congrès international de philosophie médiévale (Montréal, 1967), pages 305–332. Montréal, 1969. Non consulté.

— VIOLLET-LE-DUC , Dictionnaire raisonné…, tome II, article « Arts libéraux »

https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle/Arts_(lib%C3%A9raux)

"  Une des plus belles collections des arts libéraux figurés se voit au portail occidental de la cathédrale de Laon (de 1210 à 1230), dans les voussures de la grande baie de gauche, au-dessus du porche. Là, les figures sont au nombre de dix.

La première, à gauche, représente la Philosophie ou la Théologie. Cette statuette tient un sceptre de la main gauche, dans la droite un livre ouvert ; au-dessus un livre fermé. Il est à présumer que le livre fermé représente l’ancien Testament, et le livre ouvert le nouveau. Sa tête n’est pas couronnée comme à Sens, mais se perd dans une nuée ; une échelle part de ses pieds pour arriver jusqu’à son col, et figure la succession de degrés qu’il faut franchir pour arriver à la connaissance parfaite de la reine des sciences. La seconde, au-dessus, représente la Grammaire . La troisième, la Dialectique ; un serpent lui sert de ceinture. La quatrième, la Rhétorique . La cinquième, l’Arithmétique ; la statuette tient des boules dans ses deux mains.

La première figure à droite représente la Médecine (probablement) ; elle regarde à travers un vase . La seconde, la Peinture ; c’est la seule statue qui soit figurée sous les traits d’un homme dessinant avec un style en forme de clou, sur une tablette pentagonale. La troisième, la Géométrie. La quatrième, l’Astronomie. Il est à propos de remarquer que le disque que tient cette statue de l’Astronomie est coupé par un double trait brisé ; même chose à Sens. À Chartres, des anges tiennent également des disques coupés de la même façon. Est-ce une manière de figurer les solstices ? C’est ce que nous laissons à chacun le soin de découvrir.

La cinquième, la Musique. "

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Published by jean-yves cordier - dans Arts libéraux. XIIIe siècle

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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