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28 avril 2026 2 28 /04 /avril /2026 18:30

Les fresques (peinture Taddeo Zuccari & Prospero Fontana et atelier ; stuc Federico Brandani, 1553)  de la Salle des sept collines de la Villa Giulia /Musée Étrusque de Rome. L'emblématique du pape Jules III.

Voir :

 Sur les pergolas illusionnistes, voir dans ce blog :

 

 

PRÉSENTATION

Située aujourd'hui dans le Musée National Étrusque de la Villa Giulia, la Salle des sept collines offre au visiteur, en frise supérieur des murs, huit vues urbaines de Rome, ou veduta, représentation des sept collines de Rome et de la Villa Giulia, assimilée ainsi par le pape Jules III Del Monte à la huitième colline. Ces vues s'insèrent dans un conséquent ensemble de sculpture en stuc voué aux emblèmes revendiqués par le commanditaire,  à ses armoiries présentées par quelques uns des Arts libéraux, et par des divinités romaines. 

La salle , ainsi que la salle nord voisine, s'ouvre sur le hall d'entrée, et leur décor propose aussi aux quatre angles des voûtes des Vertus cardinales (salle nord) et des Vertus théologales, auxquelles s'ajoute l'allégorie de la Religion (salle sud) ( F. Montuori)

La première partie de l'article passera en revue les veduta elles-mêmes des "huit" collines de Rome. Les emblèmes, les divinités, les allégories des Arts libéraux entourant les armoiries papales et les Vertus viendront ensuite .

 

LES HUIT COLLINES

 Sur les 7 "monte" ou collines de Rome  s’étaient établies, sur les ruines des monuments antiques , les familles romaines les plus anciennes et les plus prestigieuses. Aux vues de  celles-ci, Jules III ajoute celle de sa propre villa.

 

I. LA VUE DE LA VILLA GIULIA

Dans les années précédant son élection, Jules III avait exprimé à plusieurs reprises son désir d'agrandir le vignoble familial. Aussi, en 1551, il chargea son frère Baudouin d'acquérir des terres supplémentaires.

La vue ne montre pas la Villa elle-même, ni sa façade extérieure , ni son hémicycle, mais son accès depuis le Tibre et la Via Flaminia. 

Elle est proche, par son point de vue depuis la Via Flaminia, de la vue correpondante du palais du Vatican, et lorsqu'elle fut peinte, en 1550-1551, le palais lui-même n'était qu'à l'état de projet.

 

Façade extérieure de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile.
Façade intérieur avec l'hémicycle. Cliché lavieb-aile.

Comme au Vatican, elle ne montre la villa que dans le lointain et en hauteur, pour représenter la Fontana Publica, et la voie qui mène, par une montée, à la villa.

 

"L’idée que le domaine papal vienne compléter la liste des illustres collines repose évidemment sur le nom du pape Monte, signifiant mont ou colline. Les vers composés par Annibal Caro jouaient sur cette homonymie, comme plus tard d’innombrables poèmes et fresques célébrant le pape. Le rapport entre le pape del Monte et les sept collines de Rome avait été exploité une première fois dans le prologue d’une comédie composée pour le couronnement de Jules III en février 1550 par son secrétaire Anton Francesco Rainerio. Les sept collines y sont décrites comme sette monti, devenues avec le temps stériles et mal cultivées, et peu à peu dépassées par un huitième monte, aujourd’hui devenu leur seigneur9. Comme chez Annibal Caro, le huitième monte désignait le pape, mais aussi le mont Parioli, la colline escarpée au pied de laquelle le casino de la villa Giulia était en train d’être construit. Le pape était personnifié par son propre domaine – comme l’attestera aussi, en 1553, une médaille associant le portrait du pape et l’image de sa villa –, tandis que la topographie la plus illustre de la ville annonçait et célébrait son avènement. Grâce à ses « armes parlantes », l’image du pape était « enracinée » dans la topographie et l’histoire de la Rome antique, dont la villa devait égaler et surpasser la magnificence. (Denis Ribouillault)

La première suite des huit collines de Rome commandées par Jules III se trouve dans ses anciens appartements à la villa du Belvédère au Vatican (*). Datée vers 1551, elle se compose, comme à la Villa Giulia, de huit vues de Rome, de figures allégoriques et des armes du pape. Attribuées à Prospero Fontana et à son atelier, s ept vues figurent les célèbres collines de la ville avec leurs monuments antiques les plus remarquables. La huitième montre le domaine de la villa Giulia (construite entre 1551 et 1553), célébrée comme ottavo monte, huitième colline de Rome, flanquée, à gauche, par l’allégorie de la Fortune et, à droite, par les trois monts des armes de Jules III del Monte. Quelques années plus tard, un décor presque identique fut peint dans le salon principal de la villa Giulia, la salle dite « des Sept Collines » .

(*) Situées dans des salles depuis longtemps privées du palais du Vatican, aujourd’hui appartement de la Guardia Nobile  dans l’angle sud-est de la grande cour du Belvédère. (Ribouillault 2011)

La vue présentée par des putti est entourée des figures de la Fortune et de la Prudence (cf. infra)

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Le point de vue de la veduta (fleche rouge). Plan restitué , in Ribouillault 2012, de la vigna Giulia (d’après Stanislao Cocchia, Alessandra Palminteri, Laura Petroni, « Villa Giulia : un caso esemplare della cultura e della prassi costruttiva nella metà del Cinquecento », Bollettino d’arte, 42, 1987, p. 47-90).

 

En 1552, deux fontaines furent construites à l'angle de la Via Flaminia et de la Via Iulia Nova (aujourd'hui Via di Villa Giulia, l'avenue menant à la Villa Giulia) : une fontaine monumentale, La Fontana Pubblica et un abreuvoir pour animaux (conçu par Vignola et Ammannati). Alimentée par l'Aqueduc  de la Vierge  (Acqua Vergine)​ et destinée à « l'utilité publique » (« PVBLICAE COMMODITATI »), la Fontana Pubblica rappelait les jeux d'eau de l'époque romaine : statues, sculptures antiques, pyramides et colonnes ornaient l'œuvre, qui s'inscrivait dans un cadre scénographique majestueux.

La peinture indique clairement l'inscription en latin gravée sur la fontaine : IVLIVS III PO. MAXIMVS ANO III, soit Julius III pontifex optimus maximus anno III, version abrégée de l'inscription réelle JULIUS III PONT. MAX. PUBLICÆ COMMODITATI ANNO III. Le titre de Pontifex Maximus est une référence à celui des grands prêtres de la Rome antique, et plus précisément à celui que porta Jules César de -63 à - 44, le pape se plaçant par son nom papal sous le parrainage de ce dernier en s’inscrivant au sein de la généalogie julio-claudienne, la prestigieuse gens Julia et en  rattachant sa mémoire à celle de son illustre prédécesseur Jules II. "Anno III" correspond-il à la troisième année du pontificat de Jules III, élu pape en 1550 ? 
 

 

"Lorsque ce pontife, élu en 1550, décida de construire une maison de plaisance sur le vignoble de la Via Flaminia, hérité de son oncle, le cardinal Monte l'Ancien, il acquit les propriétés voisines auprès de divers propriétaires terriens, si bien que son domaine s'étendit finalement du Tibre vers l'est, remontant la Valle Giulia et les pentes adjacentes du Monte Parioli. Les limites méridionales n'ont pas encore été entièrement définies, mais celles du nord s'étendaient jusqu'à la chapelle Saint-André, un charmant petit édifice érigé par Vignola pour commémorer la délivrance du pape Jules (alors cardinal Monte) des soldats lors du sac de Rome en 1527.

La Via Flaminia était alors l'avenue à la mode. Bordée de belles villas et de palais, elle est qualifiée par Amannati de « belle Via Flaminia ». 

Le pape Monte (Jules III appartenait à la famille romaine des Monte) quittait le Vatican par le passage menant au château Saint-Ange, y prenait une magnifique barge et remontait le Tibre jusqu'à l'embarcadère au pied de l'Arco Oscuro. Là, un bel escalier menait à une pergola voûtée qui traversait les champs entre le Tibre et la Via Flaminia. La pergola, véritable havre de verdure, se terminait par un élégant bâtiment et une porte donnant sur la rive tibétaine de la Via Flaminia. Il fallait traverser la grande voie pour entreprendre l'ascension de l'Arco Oscuro, qui menait directement à sa nouvelle ville. La route était poussiéreuse et la montée longue et abrupte ; le pape décida donc d'y aménager un lieu de repos. 

Il avait commencé très tôt à creuser pour trouver de l'eau, tout en cultivant son vignoble, « sans jamais avoir eu le moindre indice qu'on puisse en trouver à cet endroit ». Finalement, il parvint à ses fins en s'emparant des eaux de fuite de l'aqueduc de la Vierge (Acqua Vergine) pour alimenter son vignoble. Ces « fuites » s'apparentaient davantage à un détournement, et la méthode employée était, d'une certaine manière, autoritaire et répréhensible. Le pontificat de Jules III ne dura que cinq ans ; mais dès l'année suivant sa mort, l'aqueduc de la Vierge avait cessé d'alimenter la ville, et ses successeurs, Pie IV, Pie V et Grégoire XIII, furent contraints d'entreprendre et de mener à bien une restauration et un agrandissement systématiques et complets de l'aqueduc. Pour Jules III, cette eau merveilleuse n'était qu'un privilège, un « don précieux de la papauté », et il consacra son court pontificat à son exploitation et à son embellissement, étouffant peut-être ses scrupules en pensant que la construction d'une fontaine publique sur cette voie justifiait la manière dont il se la procurait.

Aux deux angles opposés de la Via Flaminia et de l'Arco Oscuro, là où commençait l'ascension vers sa villa, il fit ériger deux fontaines, adoucissant l'extrémité aiguë de chaque angle par une façade d'où jaillissait l'eau. La fontaine de droite servait d'abreuvoir pour les chevaux, tandis que celle de gauche était l'une des plus belles et des plus intéressantes de toute Rome. Elle fut l'œuvre de Bartolomé Amannati, peut-être assisté de Vignola ; et le jeune Domenico Fontana dut l'étudier à maintes reprises, car la célèbre « Fontaine Fontana » n'est qu'une modification de cette œuvre d'une grande beauté, témoin de la fin de la Renaissance.

Il est à noter que la fontaine d'Amannati n'est ni un jubé ni une porte ; son bassin se détache sur un fond uni, flanqué de deux ailes d'une grande sobriété, de même hauteur, disposées en angle. Cet exemplaire est en pierre de taille corinthienne, les colonnes soutenant un entablement et un fronton classiques de belle facture. Le sommet du fronton était surmonté d'une statue colossale de Neptune, et ses angles se terminaient par deux piédestaux portant, l'un une Minerve, l'autre une Rome. Entre ces deux figures et Neptune se trouvaient deux piédestaux plus petits marquant la fin architecturale de la grande partie centrale de la fontaine, sur lesquels se dressaient deux petits obélisques, un élément repris par Fontana pour sa fontaine de Moïse. L'arc du corps central soutenait, entre ses piliers corinthiens, l'immense dalle carrée portant l'inscription : JULIUS III PONT. MAX. PUBLICÆ
COMMODITATI ANNO III

Les niches de part et d'autre de cette dalle abritaient autrefois des statues, l'une représentant le Bonheur et l'autre l'Abondance, un motif repris deux siècles plus tard à l'arrière-plan de la fontaine de Trevi. Le bassin destiné à recueillir l'eau ne s'étendait pas sur toute la largeur de l'élément central, mais était, et est toujours (car il subsiste encore), un noble bassin en granit blanc, situé au pied du corps central, sous l'inscription. Il était initialement alimenté par une magnifique tête antique d'Apollon. Tout ceci est décrit dans une lettre écrite par l'architecte lui-même, Amannati, de Rome en 1555, suivie d'une description de l'arcade située derrière la fontaine. Celle-ci se compose de trois loggias à colonnes corinthiennes, formant un plan semi-hexagonal et supportant une voûte ornée de peintures et de stucs d'une grande finesse. C'est là que « sa Sainteté trouvait le repos sans gêner le public », lequel, de l'autre côté du mur, se désaltérait avec ses bêtes de somme à la fontaine publique. Les colonnes étaient reliées par une balustrade, et la colonnade à trois côtés abritait un grand bassin à poissons agrémenté de jets d'eau. Au-delà de cette merveille architecturale s'étendaient de longues allées bordées d'arbres fruitiers et d'espaliers, et c'est sur ces chemins que le Pape, reposé après son long voyage depuis le Vatican et impatient de voir le travail accompli par ses ouvriers durant la nuit, se rendait enfin à la villa sur la colline."

La construction de l'immense villa de Jules III, commencée en 1551, fut le fruit d'un travail d'équipe complexe, auquel participèrent Giorgio Vasari, Michel-Ange, Vignola et Bartolomeo Ammannati. La présence souterraine de l'aqueduc de la Vierge permit l'aménagement d'un magnifique nymphée (dans le bâtiment principal) et de plusieurs fontaines le long de la Via Flaminia. Ces aménagements furent cependant financés par les contribuables, qui virent ainsi le débit d'eau de l'ancienne fontaine publique de la place de Trevi, alimentée par l'aqueduc de la Vierge, diminuer.

Via Flaminia. Fontaine monumentale de la Villa Giulia (dessin de 1553).

 

Aujourd'hui, la fontaine apparaît parfaitement intégrée à la structure du Palazzo Borromeo, propriété de l'État italien et siège de l'ambassade d'Italie près le Saint-Siège.

 

https://www.turismoroma.it/fr/places/la-fontaine-de-jules-iii-de-laqua-virgo-dans-la-flaminia

 

 

 

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LES SEPT COLLINES DE ROME

Sur ce plan des sept collines, dont trois dominent le Tibre, la Villa Giulia est tout au nord, en dehors de la carte.

Par Cassius Ahenobarbus, Wikipédia

 

L'AVENTIN

Inscription : Aventinus

On voit sur la colline l'église Santa-Maria de Aventino, prieuré de l'Ordre de Malte, et des fortifications. Le Tibre coule au pied de la colline. En bas à gauche, un homme presque nu et sortant d'une grotte tire un taureau par la queue, fait référence à Aventinus, fils d’Hercule et de la prêtresse Rhéa, ou plus précisément à l'épisode suivant:

Le géant Cacus vit dans une caverne située au sommet du mont Aventin, aux détours multiples et si bien cachée qu'elle est difficile à trouver, même pour les bêtes sauvages.

Or un jour, comme il s'en revient avec les bœufs dérobés à Géryon, Hercule met le pied sur son territoire. Fatigué, le héros ne tarde pas à s'endormir. Cacus profite de son sommeil pour détacher quatre taureaux et autant de génisses. Afin d'effacer toutes traces, il tire jusqu'à son antre les bêtes par la queue.

 

 

L'Aventin, gravure d'Étienne Dupérac, de 1569-1575 environ
Bartolomeo Pinelli, L'Aventin, gravure. 1825

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LE CAPITOLE

Inscription Capitolinus.

Elle est présentée par deux putti, entre les peintures des dieux Zeus (avec la foudre) et Neptune (avec son trident).

Comparez avec la peinture correspondante du Palais du Vatican in Ribouillault figure 12a

La vue du Capitole est clairement séparée en deux « monts » par une dépression  avec d’un côté le Capitolium avec le temple de Jupiter Capitolin restitué pour l’occasion, et de l’autre l’Arx, la citadelle dont s’emparèrent les Sabins grâce à la trahison de Tarpeia, la fille du commandant de la garnison, figurée au premier plan. La colline était aussi désignée comme monte Tarpeo à la Renaissance, mais elle était aussi connue sous le nom de monte Caprino, d'où les chèvres qu'on voit brouter sur les pentes. Les marches de l'Escalier aux Gémonies, où les corps des suppliciés étaient exposés publiquement avant d’être jetés dans le Tibre, donne accès à l'Ars.

Le buste monumental au premier plan fait allusion à celui de Constantin II, et à sa statue colossale (haute de 13 mètres)  dont les fragments avaient été installés au Capitole en 1486. Il serait représenté sous les traits de Jupiter, dont les fondations du temple se trouvent au sommet de la colline

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LE CELIO OU CAELIUS

Inscription "Coelius"

 Dans la vue du mont Caelius, peinte depuis le nord, le peintre a représenté au premier plan le Colisée,  et sur la colline un portique arrondi soutenu par des cariatides, ainsi que, selon Ribouillault, un ancien réservoir (castellum) et les ruines d’un aqueduc.

 

 

 

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

L'ESQUILIN

Inscription "Exquilinus".

 

On remarque les trois monts  des armes du pape, qui s'intègrent dans la forme d'une fontaine,  dans un bassin, reposant sur ce qui semble être un chapiteau corinthien ; au-dessus, l'eau jaillit d'une couronne d'olivier : les trois monts apportent l'eau et la fertilité. C'est peut-être un rappel du fait que l'Esquilein est composé de trois collines, Cispian, Oppian et Fagutal.

En arrière se voit une autre fontaine dominée par une statue d'un dieu, dans une niche. Allusion au  Nymphaeum Alexandri ou Trofeo di Mario ?? "Dans la vue de l’Esquilin, à côté de la reconstruction fantastique de la Domus Aurea de Néron, le nymphée avec les « Trophées de Marius » apparaît comme la mostra de l’ancienne Acqua Giulia et constituait une allusion supplémentaire à Jules César qui avait restauré le monument (il est identifié comme mostra de l’Acqua Giulia dans le plan de la Rome antique de Pirro Ligorio de 1561). La curieuse fontaine en forme du trimonzio papal qui lui est accolée fait très certainement référence à ces homonymies." (D. Ribouillault)

 

Cliché Sailko, détail. Wikipedia


On reconnaît, au centre, sur une terrasse,  le groupe du Laocoon, qui avait été découvert en 1506 sur l'Esquilin avant d'être acheté par Jules II.

L'Esquilin abritait  les jardins de Mécène, la tombe de Marcus Vergilius Eurysaces, la Domus aurea de Néron, ou le grand gymnase du Ludus Magnum.

 

 

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LE VIMINAL

Inscription : Viminalis. La colline tire son nom du latin vimen "osier" en raison du saule des vanniers qui poussait sur ses pentes.

Dans la vue du Viminal, centrée sur les thermes de Dioclétien, on voit en bas à gauche un nymphée avec des statues de dieux-fleuves, qui fait écho au nymphée de la villa Giulia avec les statues du Tibre et de l’Arno. À côté, une statue en marbre de Zeus tenant la foudre et de son aigle.

 

 

 

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LE QUIRINAL

Inscription : Quirinalis

La colline du Quirinal est également connue sous le nom de Monte Cavallo (colline aux chevaux) en raison de ses imposantes statues de chevaux . On reconnaît les statues des Dioscures et de leurs chevaux, hautes de 5,6 mètres,  des dresseurs de chevaux, autrefois appelés Castor et Pollux (les Dioscures). Elles  pourraient provenir d'un ancien temple de Sérapis situé à proximité, mais  ont cependant été découvertes dans les thermes de Constantin. Entre 1469 et 1470, le pape Paul II les fit restaurer. En 1588, le pape Sixte V les fit transférer à la Fontaine de Monte Cavallo nouvellement créée.

En arrière-plan les ruines des Thermes de Constantin, qu'on peut comparer à la vue qu'en donnait Etienne Dupérac en 1575.

Thermes de Constantin, Etienne Duperac, 1575

 


 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LE PALATIN

Inscription : Palatinus

 

Le paysage  du Palatin, montre  le Tibre qui serpenteà droite du Mont : la vue serait alors prise du Capitole, sauf si on croit reconnaitre au loin l'île Tiberine, et son temple de Jupiter.

En bas à droite, le peintre a représenté la grotte du fameux Lupercale, avec Romulus et Remus allaités par la Louve.

Sur la colline, les ruines seraient celles du palais impérial d'Auguste; et au premier plan les trois colonnes sont celles de l'Aedes Castoris ou Temple de Castor, sur le Forum Romanum

En 1550, les jardins Farnèse sont créés sur la partie nord de la colline, provoquant les excavations du terrain antique et les fouilles destinées à enrichir les collections de sculptures.

 

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LES ARMOIRIES DES QUATRE ANGLES ET LEURS ALLÉGORIES

Les armes du pape Jules III del Monte sont présentées aux quatre coins, avec ses trois monts d'or sur fond de gueules, entourés de deux branches d'oliviers, dans un cartouche ovale en cuir découpé encadré de deux supports anthropomorphes (deux femmes de profil à la poitrine dénudée). Au sommet, un crâne de bouc, et en bas un masque de comédie, grimaçant.

On les retouve aussi dans la salle voisine parmi les grotesques de la Salle des Arts et des Sciences du piano nobile.

Moins visibles et à vocation essentiellement décorative, les armoiries papales  apparaissent également dans les fresques de la Loggia, dans les stucs des grottes, dans les quelques carreaux de majolique subsistants du sol de la Loggia de Vénus du nymphée.

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Chacun de ces cartouches armoriés est présenté par deux femmes qui sont des allégories. 

Dans un cas, on reconnaît avec certitude la Géométrie, brandissant une équerre devant un rouleau où sont inscrites des figures géométriques, et l'Astronomie, assise sur un globe terrestre et tenant une sphère armillaire. Ces deux Arts libéraux appartiennent, avec l'Arithmétique et la Musique, au Quadrivium : nous sommes donc incités à  chercher ces deux derniers Arts.

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Dans un autre angle, une femme tient un grande feuille couverte d'écriture, ce pourrait être alors la Grammaire, un autre Art Libéral appartenant au trivium, ou, mais les indices manquent, à l'Arithmétique. 

Devant elle, une allégorie tient une trompe, ou du moins une longue tige qui se termine par un bref pavillon : la Musique?

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Dans le troisième angle, une femme tient, pointé vers le sol, une sorte de sceptre se terminant par un évasement pyramidal, tandis que sa voisine, qui tend ses bras en arrière, tient un objet arrondi (vase ? Miroir ?) que je n'identifie pas.

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Enfin, deux autres se contentent de sourire en prenant dans leurs mains la tête féminine du support  du cartouche. 

Cliché par Sailko, Wikipédia

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Ce thème des Arts libéraux, qui est peint aussi sur les murs du piano nobile de la Villa d'Este à la même époque, se retrouve dans une autre salla, la salle D photographiée par Sailko pour Commons wikimedia.

L'Astronomie, Sala D, cliché Sailko modifié
Géométrie, Sala D, cliché Sailko modifié
Musica, Sala D, cliché Sailko modifié
Grammatica ? Sala D, cliché Sailko modifié

 

LES EMBLÈMES  

I. LA FORTUNE

Elle figure à gauche de la peinture de l'Esquilin : elle est en équilibre instable sur une sphère et tient une grande voile gonflée par le vent. Une figure semblable illustre le Dialogo de Fortuna d'Antonio Fregoso, paru à Venise en 1521.

Cet emblème de la Fortune se retrouve ailleurs, notamment sur les panneaux à l'antique de la Loggia, associée à la Prudence tenant un miroir, témoignant de son importance pour Jules III.

 

Antonio Fregoso 1521

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

De l'autre côté de la vue de l'Esquilin, une figure allégorique représente une femme entourée d'un voile. Elle lève la main droite, qui tient l'extrémité du voile, et  regarde un objet qu'elle tient mais que je ne distingue pas. La Prudence ?

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Sur le mur opposé, centré sur la vue de la villa Giulia, se retrouve la même figure, à droite.

À gauche, c'est encore Fortuna qui tient une voile ferlée à une vergue, mais elle a ici les pieds posés sur un dauphin nageant dans la mer. Une longue mèche est emportée par le vent. Cet emblème se retrouve sur des médailles italiennes vers 1495, attribuées au "médailleur de la Fortune"

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LES DIVINITÉS.

 

ZEUS ET NEPTUNE

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

MERCURE ET MARS.

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LES PUTTI 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

COMPLÉMENT.

Les quatres médaillons allégoriques de ce salon des Sept Collines , dont deux représentent la Fortune, doivent être rapprochés des sculptures en stuc de Federico Brandani réalisés pour les plafonds des deux salles qui s'ouvrent sur le hall d'entrée, l'une au nord et l'autre au sud, la Salle à Manger et la Salle de bal.

Chacun de ces plafonds rectangulaires est centré par une représentation sculptée de la Fortune saisissant l'Occasion par les cheveux. En périphérie, les angles sont ornés de médaillons sculptés des 4 Vertus cardinales et des 3 vertus théologiques, séparant des peintures mythologiques.

Les photos sont celles de Commons Wikimedia, recentrées sur le motif.

A. La Salle à Manger (Salone de pranzo) ou salle nord, ou salle des Vertus cardinales.

Les peintures montrent Bacchus et des Bacchanales.

 

Salle à manger ornée de stucs de Federico Brandani d'Urbino et de fresques de Taddeo Zuccari et Prospero Fontana.Wikimediacommons cliché Sailko

1. Fortuna saisissant l'Occasion par les cheveux. 

Kairos, ou l'Occasion (la Bonne fortune) tient les deux extrémités de la voile fermée, tandis qu'une femme (Fortuna), couronnée, s'en apporche, et attrape la mèche de cheveux de Kairos.

 Kairos/Occasion (féminine ici),  c'est l'opportunité propice qu'il faut savoirssaisir rapidement, sans laisser passer le moment opportun. Ripa écrit : « Les cheveux, tous dirigés vers le front, nous enseignent qu' il faut anticiper l'opportunité, l'attendre discrètement, et non la suivre, pour la saisir lorsqu'elle nous a tourné le dos, car elle passe rapidement.» Mais ici, le sculpteur ne s'est pas attaché à montre que Kairos est chauve par derrière.

Parfois, Fortuna est assimilée à Kairos, comme sur cette enluminure :

Michele Riccio, Changement de fortune en toute prospérité, entre 1507 et 1509 – Bibliothèque nationale autrichienne ; Cod. 2625, fol. 2v, détail

Mais ici, son côté instable (en équilibre précaire sur une roue qui tourne) n'est pas retenu, au profit de sa valeur de Bonne Fortune, promesse d'Abondance et de Réussite. Nous avons vu que dans les niches de la Fontaine Publique de la Villa Giulia était présentés le Bonheur et l'Abondance.

La Fortune saisissant l'Ocasion, Villa Giulia, salle à manger avec stucs de Federico Brandani d'Urbino et fresques de Taddeo Zuccari et Prospero Wikimedia cliché Sailko

 

2. Médaillon : Allégorie de la Force, vertu cardinale.

Son attribut, la colonne, est associé au lion.

 

La Force (F. Brandani, 1553), villa Giulia, salle à manger. Commons Wikimedia cliché Sailko (détail)

 

3. Médaillon : Allégorie de la Prudence, vertu cardinale.

La Prudence se reconnaît à ses deux visages, l'un jeune qu'elle regarde dans le miroir, et l'autre âgé. Elle tient également dans l'iconographie traditionnelle, deux serpents, mais ici ils s'enroulent autour du manche du miroir, et ce manche est ailé pour lui donner l'apparence du caducée de Mercure. Francesca Montuori en indique l'origine dans l'emblème d'Alciat publié en 1550, où la Virtuti fortuna comes  est associée à l’image d’un caducée avec le pétase, la coiffe ailée de Mercure, et deux cornes d’abondance. "Comme l'indique l'épigramme qui l'accompagne, la Fortune récompense les hommes à l'esprit fort et à la parole éloquente, c'est-à-dire ceux qui possèdent les vertus changeantes que sont l'ingéniosité et l'éloquence."

L La Prudence (1553, F. Brancani), Villa Giulia, salle à manger.

 

 

4: Allégorie de la Tempérance, vertu cardinale.

Sa représentation est classique, avec le geste de verser de l'eau d'un premier récipient vers un second, pour en tempérer le contenu.

 

La Tempérance, 1553, salle à manger de la Villa Giulia, Federico Brandani. Cliché Commons Wikimedia cliché Sailko (détail)

 

5. Médaillon : Allégorie de la Justice, vertu cardinale.

Justice tenait une épée, aujourd'hui brisée.

 

La Justice, 1553, Villa Giulia, salle à manger, cliché Commons Wikimedia cliché Sailko (détail)

 

B. La Salle de la danse (Salone della danza) ou salle sud salle des Vertus théologales.

Les peintures sont consacrées à Diane et à ses nymphes dansant autour d'elle.

 

1. Fortuna saisissant la voile de l'Occasion, qu'elle maintient par les cheveux. 

Fortune domine Kairos, l'Occasion, qui a un genou à terre. Tout en tenant la mèche de cheveux, elle s'empare de la voile gonflée du vent favorable. Kairos tient encore la vergue mais a laché l'extrémité libre de la voile. C'est la victoire de la Bonne Fortune.

Selon Matteo Procaccini l'emblème de la Fortune et de la Vertu (la Prudence) avait  été adopté par Jules III dès les années précédant son pontificat, durant son mandat de vice-légat à Bologne (1534-1537). On le retrouve en effet au revers de deux de ses médailles, créées par le Bolonais Giovanni Zacchi, l'une à l'occasion de sa nomination comme vice-légat (1534), l'autre entre sa nomination comme cardinal et la fin de son mandat à Bologne (1536-1537).

Francesca Montuori donne en illustration une médaille du pape Jules III de 1550 (lors de son accession à la tiare)  par  Giovanni Antonio De’ Rossi et une autre de 1552-1553 d' Alessandro Cesati qui soulignent l'importance de cet figure de Fortune poursuivant l'Occasion pour le pape. Dans les deux cas le miroir-caducée de Prudence y est associé, comme si Jules III fondait la conduite de sa vie, qui visait la réussite, dans une attitude prudente et avisée. Il existe trois autres médailles semblables d'A. Cesati durant le pontificat.

 

La Fortune s'emparant de la voile de l'Occasion, 1553, Villa Giulia, salon de la danse avec stucs de F. Brandani, peinture de Prospero Fontana aidé de Taddeo Zuccari . Commons Wikimedia cliché Sailko

3. Médaillon : une vertu théologale, l'Espérance.

Elle lève les mains vers le ciel.

 

L'Espérance, (1553),

 

2. Médaillon : une vertu théologale, la Charité.

Représentation classique, où la femme prend soin de trois enfants.

 

La Charité (1553), Villa Giulia, salle de danse.

 

4. Médaillon : une vertu théologale, la Foi.

Une femme verse le liquide d'une coupe sur la tête d'un enfant nu agenouillé à ses pieds, tandis qu'elle tient haut le vase sacré. Ce geste d'onction rappelle le baptême.

 

Commons Wikimedia cliché G. Saverio

 

5. Médaillon : allégorie de la Religion.

Ce médaillon porte sur les clichés le titre de "La Loi mosaïque", mais on peut penser à la Religion tenant d'un côté l'Ancienne Loi et de l'autre la Nouvelle Loi.

La Religion (1553), Villa Giulia, salle de danse. Commons Wikimedia cliché Sailko (détail)

 

DISCUSSION.

Au total, les choix de décor pictural et sculptural de la Villa Giulia par Jules III et ses conseillers sont les suivants :

—L'eau, source de fécondité  : la villa est fondé sur la dérivation de l'Acqua Virgo pour ailmenter le nymphée et la Fontana Publica. Pour D. Ribouillault 2020, le programme est entièrement subordonné à l'eau.

— Les plaisirs de la nature : fleurs et fruits —jasmin, roses liées à Vénus et raisin lié à Bacchus— , tant dans l'aménagement des jardins que dans les  pergolas factices, oiseaux des volières  et des fresques. C'est ce que montre avec érudition et brio N. Nonaka.

— Les plaisirs du corps : putti érotiques ou transgressifs de la Loggia, putti encadrant les stucs de la villa, surprises architecturales et lieux dissimulés, bains. C'est l'éclairage passionnant apporté par la lecture de l'article de N. Pezzella, qui sait montrer que cet érotisme n'est pas seulement en lien avec les mœurs du pape, mais aussi à la notion d'Eros néoplatonicien, aux écrits d'Ovide de Catulle ou de Martial, ou aux décors découverts à la Domus aurea.

— revendication du titre de sa villa comme Huitième colline de Rome.

— référence à la Rome antique, tant celle de Jules César (choix du nom de Jules III) que celle des riches propriétaires de villa, et celle de Néron par le choix de grotesques inspirés de la Domus aurea, ou par la profusion de putti malicieux, mais aussi référence à la mythologie romaine et à ses divinités, parmi lesquelles Vénus et Bacchus surtout ne sont pas oubliés. 

—référence aux thèmes alors inévitables parmi les Princes de l'Église, ceux des Arts Libéraux, des Vertus cardinales et théologales, basés sur un riche corpus littéraire.

— Complexes héraldiques

— théâtralité, art de l'illusion et de l'expérience sensorielle immersive :

 "Le nymphée, le cœur architectural central du complexe était initialement destiné aux banquets d'été, où l'eau de l'acqua Virgo créait des jeux d'eau qui baignaient les invités de jets d' intensité variable, induisant ces « chocs perceptuels » que le chercheur Fausto Testa a décrits comme élément essentiel de l'expérience de la villa. Ces banquets n'étaient pas de simples réunions, mais de véritables rites de sociabilité exclusive où nourriture, vin, musique, jeux d'eau et décorations érotiques se combinent pour créer une expérience unique totalisante.

Les fresques du portique faisaient partie de cette orchestration sensorielle : les chérubins des tableaux dialoguaient avec de vrais enfants jouant d'instruments de musique, les oiseaux peints avec les plantes vivantes dans les cages, les plantes peintes avec les vraies plantes qui poussaient dans le jardin. Tout contribuait à créer une illusion de continuité entre l'art et la vie, entre la représentation et la réalité, où le le visiteur perdait la capacité de distinguer ce qui relevait de la fiction de ce qui était une expérience directe. [...]  la Villa d'Este à Tivoli, la Villa Lante à Bagnaia, la Villa Farnese à Caprarola : toutes ces résidences ont développé des programmes décoratifs complexes où jardins, fontaines, grottes artificielles et fresques s'harmonisaient pour créer des parcours symboliques à travers le où le visiteur était guidé d'un thème à l'autre, d'un état émotionnel à l'autre. " (N. Pezzella)

 

Aucun de ces thèmes ne peut être vraiment privilégié, et on ne peut omettre ni sous-estimer l'émulation rivalitaire de chaque pape vis à vis de ses prédécesseurs, de chaque cardinal et de chaque fils et "neveux" des grandes familles. Jules III imite dans les pergolas fictives celle de Léon XIII au Vatican, chacun veille à créer son propre nymphée, à afficher sa maîtrise hydraulique. Les Arts libéraux et les sept Vertus se retrouvent à la Villa d'Este d'Hippolyte II d'Este.

La rivalité s'exerce aussi dans l'art de l'illusion et de la théâtralité, du trouble naissant du mélange entre objet de la nature et objet peint ou sculpté, entre bruit de la nature et bruit né d'un artéfact.

Mais la présence insistante de Fortuna, présente sur les peintures à l'antique de la Loggia et dans les trois salles, présentées ici, de la Villa, ou sur ses médailles, semble révéler l'importance majeure qu'elle eut pour Jules III, soit sur sa forme en équilibre sur une sphère (renvoyant à une morale hédoniste de "La roue tourne profite aujourd'hui de ton sort" et au sentiment de la fragilité du bonheur), soit surtout, puisqu'elle prédomine, sous la forme de Fortune arrachant à Kairos la voile gonflée par le Vent favorable, presque toujours associée à la vertu de la Prudence : l'art du choix avisé, rapide et heureux. C'est Fortune qui est, à deux reprises, au sommet de la voûte des plafonds, au dessus des Vertus.

 

 

 

 

 

 

SOURCES ET LIENS

— GRANT (Katrina), 2022, Landscape and the Arts in Early Modern Italy, Theatre, Gardens and Visual Culture , Amsterdam University Press

https://www.academia.edu/102266006/Landscape_and_the_Arts_in_Early_Modern_Italy

—MAC VEAGH (Charles), 1915, Fountains of papal Rome

https://www.gutenberg.org/files/75707/75707-h/75707-h.htm

—MONTUORI (Francesca) simboli ed emblemi di papa giulio iii

https://www.horti-hesperidum.com/hh/wp-content/uploads/2024/10/12.HH_.20231-Villa-Giulia_compressed.pdf

—NATSUMI NONAKA, 2013, Green Architecture at the Villa Giulia: The Pergola as Leitmotiv

https://www.academia.edu/9644903/Green_Architecture_at_the_Villa_Giulia_The_Pergola_as_Leitmotiv?sm=b&rhid=39490082799

—PEZZELLA (Nicolas) 2025, La fresque érotique des putti de la villa Giulia : symbolisme et transgression dans le jardin idéal de Jules III, pages Édition Pezzella Arte

https://www.academia.edu/144700927/LAFFRESCO_EROTICO_DEI_PUTTI_A_VILLA_GIULIA_SIMBOLOGIA_E_TRASGRESSIONE_NEL_GIARDINO_IDEALE_DI_GIULIO_III

 

— PROCACCINI (Matteo), 2019, Federico Brandani «eccellentissimo plasticatore»: tra l’Urbe, la Marca e il ducato di Savoia

https://www.horti-hesperidum.com/hh/wp-content/uploads/2020/02/15.Procaccini.HH-2019-1Stucchi.pdf

https://iris.unito.it/retrieve/handle/2318/1848884/961607/HH-2019-1(Stucchi)%20ULTIMO_compressed.pdf

—RIBOUILLAULT (Denis),  2011, Jeux de mots et d’images : les frises peintes de l’appartement de Jules III au Vatican (vers 1550 – 1553), in  Frises peintes. Les décors des villas et palais au Cinquecento, colloque.

https://www.academia.edu/30836854/Jeux_de_mots_et_dimages_les_frises_peintes_de_lappartement_de_Jules_III_au_Vatican_vers_1550_1553_

—RIBOUILLAULT (Denis), 2012, La villa Giulia et l’âge d’or augustéen, in Le miroir et l'espace du prince dans l'art italien de la Renaissance Morel, Philippe, éditeur Presses universitaires François-Rabelais, Presses universitaires de Rennes, 2012,

https://books.openedition.org/pufr/7877

—RIBOUILLAULT (Denis), 2013, "Rome en ses jardins. Paysage et pouvoir au XVIe siècle", Paris, INHA-CTHS, 2013 

https://www.academia.edu/31770107/Rome_en_ses_jardins_Paysage_et_pouvoir_au_XVIe_si%C3%A8cle_Paris_INHA_CTHS_2013_PRE_PROOF_VERSION_

—RIBOUILLAULT (Denis),  2020, La fortune poétique du nymphée de la Villa Giulia, in Jardins en images. Stratégies de représentation au fil des siècles, ed. Michael Jakob & Jacques Berchtold, Geneva, MētisPresses, 2020, p. 98-157.

https://www.academia.edu/44840345/La_fortune_po%C3%A9tique_du_nymph%C3%A9e_de_la_Villa_Giulia

— Autres liens

https://www.innamoratidiroma.it/2021/04/11/le-fontane-di-via-flaminia/

—WIKIMEDIA

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Villa_Giulia_(Rome)_-_Frescos_by_Taddeo_Zuccari_and_Prospero_Fontana

https://commons.wikimedia.org/w/index.php?search=villa+giulia+piano+nobile+sala+A&title=Special%3AMediaSearch&type=image

— VIDEO : VILLA GIULIA Taddeo Zuccari & Prospero Fontana Ceiling frescoes and stucco work by Federico Brandani 2024

https://www.youtube.com/watch?v=EpCYGgNvfuY

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8 avril 2026 3 08 /04 /avril /2026 10:23

Le décor peint (Federico Zuccari, 1566-1567) du Salon de la Noblesse de la Villa d'Este de Tivoli. Un art de l'illusion et de la théâtralité.

 Voir : 

 

 

PRÉSENTATION

Dans l'enfilade des salles de l'étage de la Villa, le Salon de la Noblesse vient après le Salon de la Fontaine et le Salon d'Hercule.

La Sala della Nobiltà (Salle ou Salon de la Noblesse) fut peinte par Federico Zuccari et ses assistants en 1566. Sur les murs, le décor s'inspire des fresques romaines antiques, avec des bandeaux et des encadrements au centre desquels se détachent des figures féminines sur un fond rouge pompéien, ce qu'on retrouvera dans le Salon de la Gloire.

En partant du nord-est et en tournant dans le sens des aiguilles d'une montre, on y voit des allégories de l'Amitié et de la Tempérance, puis de la Prudence et  de la Géométrie.

Au-dessus de portes réelles et factices sont peints les bustes de philosophes et de législateurs grecs comme Platon, Socrate, Diogène, Pythagore ou Solon.

Sur la voûte ornée de figures grotesques, des cadres ovales renferment les personnifications de l'Honneur et de Rerum Natura, ou Diane d'Éphèse, tandis que des cadres rectangulaires contiennent l'Opulence et l'Immortalité. Dans le panneau central sont représentées trois autres personnifications des Vertus : la  Noblesse entourée de la Libéralité, et de la Générosité.

 

 

 

 

 

 

I. LES PEINTURES DES MURS.

A. Les quatre allégories.

Elles occupent les murs nord-est et sud-ouest. Je suis frappé par le manque de cohérence du programme iconographique, du moins si on s'en tient aux interprétations admises. À la différence des autres salles, ces quatre personnifications ne composent aucune série.

 

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

L'Amitié ?

C'est ainsi qu'est interprété ce tableau qui réunit trois femmes nues, couronnées, aux voiles transparents, et tenant des bouquets, assises en se tenant par les épaules au dessus de deux putti. J'y verrai trois Muses, ou les trois Grâces.

 

fotografia.cultura.gov.it

 

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La "Tempérance", tenant une baguette ou lance, et une cruche qui se vide.

La Tempérance est représentée, avec trois autres Vertus cardinales, dans le Salon de la Gloire, mais avec ses attributs que sont le mors, et le geste de verser de l'eau d'un récipient dans un autre. Ici, le personnage féminin se contente de faire couler de l'eau vers le sol. Ne peut-on penser plutôt à l'allégorie d'une rivière (un Fleuve est représenté dans cette salle sur le retour de la fenêtre donnant vers le jardin) ?

Allégorie d'un Fleuve. fotografia.cultura.gov.it

 

 

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

Le mur opposé : la Géométrie et la "Prudence".

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La Géométrie.

C'est à coup sûr la personnification d'un des quatre arts libéraux du Quadrivium, la Géométrie, puisqu'elle tient en main droite une feuille où sont tracées des figures géométriques et en main gauche une équerre et un compas. Le globe (terrestre?) qui est devant elle renvoie peut-être à la cartographie. 

On aurait aimé qu'elle soit accompagnée de l'Arithmétique, de l'Astronomie et de la Musique, pour compléter le Quadrivium. En tout cas, on retrouve parmi les références aux auteurs antiques (comme au portail de Chartres et au Puy-en-Velay) celle de Pythagore dans les bustes des autres murs.

Voir :

 

Buste de Pythagore, Salon de la Noblesse. fotografia.cultura.gov.it

 

 

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

La Prudence (?)

Qu'est-ce qui justifie cette identification? La Prudence, l'une des quatre Vertus cardinales, est représentée au Salon de la Gloire, mais avec tous ses attributs, alors qu'ici, nous somme devant une femme assise, les pieds sur des ouvrages reliés, et tenant en main un recueil. Il s'agit manifestement d'un recueil de partitions de musique. Alors, n'est-ce pas Musica, l'un des quatre arts libéraux du Quadrivium? Hippolyte II était le mécène de Palestrina et d'Adrien Willaert.

Motettorum quae partim quinis, partim senis, partim octonis vocibus concinnantur. Palestrina 1577 BnF

 

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

La Justice ??.

Retour de la fenêtre donnant sur le jardin. Cette femme nue semble plutôt une déesse qu'une allégorie, ce pourrait être Vénus accompagné d'Eros, mais pourquoi tient-elle une balance? La chèvre sur laquelle elle pose la main tandis qu'un enfant nu la tête pourrait être Amalthée, nourrice de Zeus.

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Quelques bustes.

SOCRATE, fotografia.cultura.gov.it

 

PLATONE, fotografia.cultura.gov.it

 

SOLON, fotografia.cultura.gov.it

 

 

LE PLAFOND

Aux quatre coins du plafond, des cartouches tenus par des putti montrent soit les armes du cardinal Hippolyte II d'Este, —frappées de son chapeau cardinalice et portant en pal la croix d'archevêque—, soit seulement l'aigle blanc emblématique, accompagné de la devise Ab insomni non custodita draccone, une allusion au onzième des travaux d'Hercule, la cueillette des pommes d'or du Jardin des Hespérides, que gardait Ladon. 

 

fotografia.cultura.gov.it

 

 

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Un article de La Nuova Ferrara commente cette devise :

"La devise « Ab insomni non custodita dracone » fait allusion à l'un des travaux d'Hercule, le héros bien-aimé de la famille d'Este, qui, par sa ruse, obtint les précieuses pommes d'or gardées par le dragon Ladon (qui ne dormait jamais) dans le jardin paradisiaque habité par les belles Hespérides. Parmi les nombreuses versions du mythe, la nature des fruits d'or fait débat : coing, agrumes, grenade et pêche se disputent la première place. Ce passage est tiré d'Ovide ( Métamorphoses IX, 190) dans la version disponible au XVIe siècle, différente de celle que nous connaissons aujourd'hui, où l'on lit « concustodita » (bien gardée) et non noncustodita, et donc avec une signification opposée.

Mais pour Hippolyte II d'Este, la première interprétation était la bonne. Il ne s'agit nullement d'un emblème héraldique à connotation galante et amoureuse, comme on l'interprète parfois ; en réalité, c'est tout le contraire. C’est ce qu’affirme Pirro Ligorio, antiquaire et conseiller artistique au service de la famille d’Este du milieu du XVIe siècle jusqu’à sa mort à Ferrare en 1583. Parmi ses manuscrits d’une grande érudition, on lit qu’Hercule (et donc Hippolyte), grâce aux pommes, « vainquit les trois penchants qui troublent l’homme : la colère, l’avidité et le plaisir, par la philosophie, représentée par la massue, symbole de sa force d’esprit. La peau du lion et le dragon tué symbolisent la maîtrise des appétits sensuels » ( Antiquités romaines , Bibliothèque biblique de Naples, ms. XIII.B.7, c.41v). Dans le même écrit (c.112r), Ligorio décrit une sculpture sur ce thème, ornant la porte de la résidence du cardinal romain de Monte Giordano. Une fois en possession, les trois pommes confèrent « calme, tranquillité et joie », qualités convenant à la chaste Diane, bien qu'associées à Vénus dans d'autres cas ( Antiquités romaines , livre XII, Archives d'État de Turin, vol. 11, cc. 26r-30r). Le poète français Muret chantait souvent la chasteté (idéale plutôt que réelle) d'Hippolyte II, son protecteur, par opposition à celle du mythique Hippolyte qui, portant le même nom, résista à la passion de sa belle-mère Phèdre ." (La Nuova Ferrara, 2011)

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

Dans le panneau central est représentée sous un dais tenu par des putti  la  Noblesse entourée de la Libéralité, et de la Générosité.

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

Rerum Natura, la Diane d'Ephèse.

Cette peinture représente la Diane ou Artemis d'Éphèse symbolisant la Mère Nature, dont la statue du 2ème siècle ap. J.C appartenait aux collections Farnése, aujourd'hui au Musée archéologique de Naples. Le titre fait allusion au poème de Lucrèce, De rerum Natura, "De la nature des choses", reflet de l'épicurisme.

Jardin de la Villa d'Este, Statue de la Diane d'Ephèse par Gillis Van den Vliete en 1568. Cliché lavieb-aile .

Ici, la déesse  aux multiples seins, symbole de fertilité, tient une corne d'abondance.

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

Salon de la Noblesse, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile.

Autres cartouches.

L'Opulence

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L'Honneur.

 

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L'Immortalité.

 

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SOURCES ET LIENS.

 —BARISI (Isabella), 2003,Guide, De Lucca

https://archive.org/details/guidetovilladest0000isab/page/n1/mode/2up

— DESNOYERS (Gérard), 2015, la Villa d'Este ou le songe d'Hippolyte, ed Mirobolan page 73 et suiv.

https://books.google.fr/books?id=wvd0BgAAQBAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

—Ministère italien  de la culture:

https://fotografia.cultura.gov.it/va-ve/resource/IT-ICCD-PHOTO-0157-000318

— UNESCO World Heritage Centre

https://whc.unesco.org › document pdf

https://whc.unesco.org/uploads/nominations/1025.pdf

 

 

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tivoli,_Villa_d%27Este,_Stanza_della_Nobilt%C3%A0.jpg

https://personalitascritturaartefantasia.blogspot.com/2019/04/iii-parte-villa-deste-in-tivoli-le.html

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans XVIe siècle. Arts libéraux. Emblématique Villa d'Este
9 mars 2026 1 09 /03 /mars /2026 11:52

Thierry de Chartres et les Arts libéraux (v. 1145) du porche droit du portail royal de Chartres.

Voir sur les 7 Arts libéraux :

 

Voir aussi sur Chartres :

 

 

PRÉSENTATION.

Les écoles cathédrales.

Nées sous l'influence des écrits de saint Augustin (De doctrina christiana) défendant les sept arts libéraux (Grammaire, Rhétorique et Dialectique ;  Arithmétique, Géométrie, Astronomie et Musique)  afin de mieux défendre le christianisme, les  écoles cathédrales assurent initialement la formation supérieure des candidats du diocèse à l'état clérical  mais ont, peu à peu, elles ont accepté des étudiants laïcs afin de former des administrateurs civils, pour des études supérieures après les études de base assurées dans les paroisses et les couvents. Systématisées par Charlemagne, elles se créent à Lyon, Chartres, Orléans, Reims, Paris, Laon, Rouen ou Langres. Au XIe siècle, elles passent à la charge des chanoines de la cathédrale et dépendent du chapitre dirigé par son doyen. Dépendant du chapitre des chanoines elles prennent également le titre d'«école capitulaire». Les étudiants mènent une vie commune, chantent les psaumes et textes liturgiques sous la conduite du chantre, et suivent des études religieuses, mais aussi l'étude des Arts libéraux, le Trivium, et le Quadrivium. Ces écoles capitulaires ont été à la base de la renaissance culturelle et philosophique du XIIe siècle et ont précédé la fondation des universités au XIIIe siècle.

L'École de Chartres.

L'École épiscopale de Chartres  connaît sa renommée à partir du XIe siècle grâce à son fondateur Fulbert de Chartres (écolâtre renommé et évêque de Chartres en 1006 puis atteint son apogée au XIIe siècle, sous l’impulsion de plusieurs philosophes et théologiens, auteurs d’études philosophiques savantes basées sur de Platon, dont beaucoup sont chanceliers du chapitre, ou écolâtres, et dirigent l'enseignement. Ces enseignants sont principalement  Yves de Chartres (spécialiste du droit canonique et évêque de Chartres en 1090, le breton Bernard de Chartres ou de Moélan (chancelier v. 1120 et évêque de Quimper mort en 1167), Gilbert de La Porrée (chancelier en 1126), Thierry de Chartres (frère possible de Bernard, chancelier et archidiacre en 1121), son élève Clarembaud d'Arras et  son autre élève le grammairien Guillaume de Conches (auteur de Gloses sur Martianus Capella, Boéce, Priscien et Platon), Jean de Salisbury (qui avait étudié à Chartres) et Bernard Silvestre (commentateur des Noces de Martianus Capella et auteur de la Cosmographia,  variation poétique sur les thèmes pythagoriciens grâce à l’herméneutisme égyptien). Tous étudient les textes de Platon, et les thèses pythagoriciennes de son Timée Augustin, Macrobe, Chalcidius, Boèce et Martianus Capella.

L'École de Chartres et les Arts libéraux : Thierry de Chartres.

Ce Portail Royal est daté vers 1145, et son programme iconographique est certainement l'expression des choix et de la pensée du chapitre épiscopal, et de son École. Or, le chancelier (à qui les sceaux sont confiés, le numéro 3 du chapitre après le Doyen et le Chantre) est alors Thierry de Chartres. On doit rechercher les bases du décor de ce portail dans sa pensée. Avec les trois porches, celui de gauche (Ascension) exposant la mesure du Temps (zodiaque et activités des Mois) celui du centre (Christ glorieux) présentant une scène du Livre de l'Apocalypse avec 24 vieillards musiciens, et celui de droite (Vierge à l'Enfant) montrant les sept Arts libéraux et les sept auteurs de l'antiquité grecque et romaine qui fondent ces Arts.

Or, Thierry de Chartres est connu pour être l'auteur de l'Heptateuchon, et il écrit dans son pologue qu'il voit dans l'étude (compréhension intellectus et analyse interpretatio) des septs arts libéraux "le seul et simple instrument de toute philosophie".

Thierry est chancelier de la cathédrale de Chartres en 1141 ; avant cette date, Jean de Salisbury l'a eu pour maître à Paris. Il est un des esprits les plus actifs et les plus avancés du XIIe siècle, de plain-pied avec le savoir nouveau qui affluait à son époque. Hermann le Dalmate lui dédie en 1143 sa traduction du Planisphère de Ptolémée. Auteur d'un manuel des sept arts libéraux, l'Heptateuchon, son ambition est d'unir le trivium (arts du langage : grammaire, dialectique, rhétorique) et le quadrivium (arts mathématiques : arithmétique, géométrie, musique, astronomie) pour en faire résulter une culture philosophique neuve. Platonicien comme bien d'autres de ses contemporains, il l'est d'une façon qui lui est propre, faisant penser au Platon pythagorisant dont certains passages du Timée lui proposaient l'exemple. Appliquant la mathématique à la théologie, il exprime au moyen de l'arithmétique la fécondité divine : Dieu est unité, et les rapports de l'unité à elle-même donnent une image des rapports trinitaires ; en outre, la production des nombres à partir de l'unité représente la création, puisque tout être est en tant qu'il est un (Boèce), c'est-à-dire en tant qu'il participe de cette « forme d'être » qu'est l'unité : « La création des nombres est la création des choses ». Mais il dit tout aussi bien que « les noms donnent leur essence aux choses »  montrant qu'il liait le platonisme et la grammaire. (Jean Jolivet)

L'Heptateuchon de Thierry de Chartres.

Pour montrer que le portail est l'illustration de l'ouvrage de Thierry de Chartres, associant à chacun des sept arts les auteurs de l'antiquité compilé dans l'Heptatheucon, je produit ici trois copiés-collés :

"Somme encyclopédique de l'enseignement des arts libéraux, l'Heptateuchon est composé par le maître chartrain, si l'on en croit Alexandre Clerval , entre les années 1130 et 1140, et l'on y trouve principalement un florilège de textes de référence pour l'enseignement de chacune des sept disciplines du trivium et du quadrivium réunis : Donat, Priscien, Cicéron, Severianus le rhéteur, Martianus Capella, Porphyre, Aristote, Boèce, Adélard de Bath, Isidore de Séville, Frontin, Columelle, Gerbert d'Aurillac, Gerland le computiste, Hygin le grammairien et Ptolémée. Cet ouvrage, qui ne fait à l'heure actuelle l'objet d'aucune édition critique (à l'exception de son prologue et d'un autre extrait), nous est parvenu sous la forme d'un unique manuscrit en deux volumes , le premier de 349 folios à deux colonnes, le second de 246 folios à deux colonnes également, tous de relativement bonne exécution. Ces manuscrits ont malheureusement été presque intégralement perdus lors de l'incendie de la bibliothèque de Chartres du 26 mai 1944, consécutif à un accidentel bombardement américain. Nous devons toutefois beaucoup à la prévoyance du Pontifical Institute of Mediaeval Studies de Toronto ainsi qu'à l'abbaye du Mont César à Louvain pour avoir effectué des microfilms de ces manuscrits par lesquels le texte est sauf. En ajoutant à cela les récents travaux de Dominique Poirel, Claudia Rabel et Joanna Fronska qui ont permis de mettre au jour quelques fragments sauvés des flammes, nous sommes en mesure de reconstituer ce texte et d'en offrir une édition critique. L'objectif de ce projet est ainsi double : éditer l'Heptateuchon d'une part, rendant alors accessible un témoin important de l'enseignement à l'école de Chartres, le commenter d'autre part afin de comprendre ce qu'il nous dit de la nature de la formation du philosophe à la renaissance du XIIe siècle. Il s'agit donc d'un travail philologique d'une part et spéculatif de l'autre." Louis JANSEN, 2025, projet thèse Generosae nationis philosophorum propago ; L'Heptateuchon de Thierry de Chartres comme témoin de la formation du philosophe au XIIe siècle

https://theses.fr/s428278

Les manuscrits de l'Heptateuchon :

 "Mais nous possédons aussi, en plus d’un microfilm d’avant-guerre, les fragments de l’Heptateuchon de Thierry de Chartres (mss 497- 498), l’ouvrage emblématique de l’école de Chartres du xiie siècle. Dans cette bibliotheca inédite des sept arts libéraux, Thierry avait regroupé les textes — notamment d'auteurs antiques et arabes — fondant un programme d’enseignement encyclopédique. Une de ses sources dut être le ms. 214, un recueil aujourd’hui détruit de traités astronomiques et mathématiques, dont nous avons découvert un dessin, celui d’un astronome utilisant un nocturlabe ." Dominique Poirel, Claudia Rabel La lettre de l’inshs,  mars 2014 La Renaissance virtuelle des manuscrits sinistrés de Chartres en 1944 https://shs.hal.science/halshs-00139736v1

https://portail.biblissima.fr/ark:/43093/mdata37533227147282ef9ff5091a18162f6b327f225a

Voir le fac similé du Ms 498 : https://archive.org/details/heptateuchon00unse/page/n1/mode/2up

Wikipedia ? :

"L' Heptateucon (du grec επτα-τεῦχος, «sept recueils») est une grande encyclopédie d' œuvres anciennes relatives aux sept arts libéraux , distinguées sur la base de leurs différents domaines de connaissance , mais toutes convergeant vers une compréhension globale de la connaissance, capable avant tout de rendre accessible le sens philosophique des Saintes Écritures . Dans le Prologue, Thierry ne le présente pas comme son propre ouvrage, mais comme une transcription de textes anciens, rassemblés selon les deux instruments fondamentaux de la philosophie, l’ intellectus et l’ interpretatio , c’est-à-dire la raison et l’exégèse , dont l’union, symbolisée par le mariage de Mercure et de la Philologie selon une image tirée de Marciano Capella , représente le contenu spirituel du quadrivium qui devient expression à travers le trivium.

 En particulier, si le quadrivium est la « science de la nature », incluant les sujets mathématiques et scientifiques, le trivium est la « science des mots » :  parmi les trois disciplines de cette dernière, il accorde la plus grande importance à la grammaire , bien que ses recherches les plus pertinentes concernent la rhétorique , dans laquelle il propose un précieux commentaire du De inventione de Cicéron . Concernant également la dialectique , Thierry fut le premier à réintroduire en Occident les Premiers Analytiques et les Listes sophistiques d’ Aristote dans une version latine, malgré son platonisme . 

Parmi les sources du quadrivium, il s'est plutôt inspiré des tables du philosophe persan al-Khwārizmī , traduites en latin par Adélard de Bath , comme référence pour le sujet de l'astronomie ."

 

LE PORCHE DE DROITE DU PORTAIL ROYAL.

Je décrirai d'abord les 14 figures  des voussures du porche consacrées aux 7 arts libéraux et aux sept auteurs de l'antiquité compilés par Thierry de Chartres dans son Heptatheucon.

Puis je décrirai les sujets complémentaires 15 et 16, puis les anges de la voussure.Pour être complet, je décrirai ensuita la Vierge à l'Enfant du tympan, et les deux linteaux consacrés d'abord à la Présentation au Temple, puis aux scènes de l'Incarnation, l'Annonciation, la Visitation, la Nativité et l'Annonce aux Bergrs.

Je terminerai rapidement par les statues colonnes.

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

1. Aristote associé à la Dialectique (2).

Aristote est assis, et porte sur ses genoux un écritoire rectangulaire formant pupitre,  à l'angle duquel un encrier  de corne est inséré. Le calame qu'il tenait dans sa main droite est perdu. Dans sa main gauche,  il tient un grattoir qui lui permet de corriger éventuellement son parchemin et aussi de retailler ses roseaux. Trois calames arciformes bien taillés sont suspendus sur un ratelier  près de lui, ainsi qu'un objet ressemblant à une éponge. On remarque aussi à droite  une règle suspendue à un clou, dont un côté se découpe pour former un "pistolet" de dessinateur.

Au VIIe siècle, Isidore de Séville avait proclamé Aristote"père de la dialectique". C'est dans les Topiques, cinquième livre de l'Organon (« outil » ou « instrument » en grec ancien), nom scolastique utilisé pour désigner un ensemble de traités  de logique d'Aristote, que le philosophe grec aborde  la dialectique, ou art du dialogue argumentatoire entre deux personnes ayant des points de vue différents.

Thierry de Chartres est un des premiers à avoir connu des œuvres logiques d'Aristote jusque-là oubliées , les Premiers Analytiques, les Réfutations sophistiques et ... les Topiques.

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

2. DIALECTICA, personnification de la Dialectique (Trivium).

Voussure II, côté gauche figure 2. Restaurée.

Dialectica est assise, la tête et le corps couverts d'un voile, et elle tient  dans la main gauche un vase fleuri tandis qu'une sorte de dragon, posé sur sa main droite, monte vers son épaule grâce à ses pattes griffues. Ce "dragon" a une gueule aux dents acérées et aux oreilles longues et pointues, une échine hérissée de dents, des ailes, et une queue longue qui se perd entre les jambes de l'allégorie. C'est bien là son attribut,  qui était chez Martianus Capella (Ve siècle) un serpent symbole du sillogisme ou de la ruse des sophismes, un scorpion chez Alain de Lille (XIIe siècle), une tête de chien  (inscription caput canis) dans l'Hortus Deliciarum de Herrade de Landsberg (XIIe siècle), c 'est parfois un basilic (coq serpent), un serpent sur le porche de la Collégiale de Loches (milieu XIIe) ou à la façade ouest de la cathédrale de Laon (XIIe) où le serpent est enroulée en guise de ceinture (comme à Auxerre), ou encore sur la chaire de la cathédrale de Pise (entre 1302 et 1311), un livre à la cathédrale de Clermont, un scorpion et un lézard sur la peinture murale du Puy-en-Velay  (dernier quart XVe), un couple de lézards encore (affrontement d'arguments opposés)  sur la verrière de la chapelle Saint-Piat de Chartres (1415), et un scorpion noir sur  la Fresque des arts libéraux de Botticelli au Louvre  (1483-1486). 

La fleur (ou sceptre d'aspect végétal)  suggére la sève et donc la vie, mais aussi l'art de plaire ou la beauté séduisante et puissante du langage.

 

 

 

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

3. Cicéron associé à la Rhétorique (4).

http://e-chastel.huma-num.fr/xmlui/handle//123456789/359219

Si ce n'est Cicéron, l'avocat, homme d'Etat et écrivain romain auteur de discours, de lettres, et de traité de l'Art de l'Orateur (De Orator), et la Rhétorique à Herennius, celui de savoir parler pour prouver, convaincre, et plaire, ce pourrait être Quintilien, rhéteur, pédagogue et avocat du 1er siècle,  auteur de l'œuvre majeure qu'est l'Institution oratoire. C'est en tout cas Cicéron qui est nommé au Puy-en-Velay à la fin du XVe siècle. Et Thierry de Chartres le lisait, puisque le De Oratore de Cicéron était étudié, à Chartres comme ailleurs, par quiconque voulait acquérir l'art de l'éloquence, et puisqu'il a laissé un commentaire du De inventione.

Cicéron est assis devant un pupitre posé sur ses genoux (comme Aristote et tous les autres auteurs) devant son ratelier de calames. Il lève la main gauche dans un geste d'éloquence, mais il tient un livre (?) de la main droite.  Le sculpteur, emporté par son habitude de représenter des Grecs barbus, a oublié que Cicéron, comme généralement les Romains, était rasé.  Mais il n'a pas omis de représenter une régle suspendue à sa gauche.

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

4. la Rhétorique (Trivium).

Rhétorique fait un geste d’orateur, bras droit demi étendu vers la gauche et poing serré, bras gauche soulevant un pan de son habit dans un spectaculaire effet de manches. Sa tête est tournée vers  le geste rhétorique de la main gauche pour le renforcer, sa bouche est ouverte. Elle est drapée dans un manteau-voile à bords brodés.

Elle est représentée à la cathédrale de Laon avec le même geste de la main gauche levée, mais avec la paume ouverte.

Car si la  rhétorique est l’art de l’éloquence, elle se base sur l'apprentissage du geste et de la posture. Elle comportait cinq parties : l’inventio (invention ; art de trouver des arguments et des procédés pour convaincre), la dispositio (disposition ; art d’exposer des arguments de manière ordonnée et efficace), l’elocutio (élocution ; art de trouver des mots qui mettent en valeur les arguments ), la memoria (procédés pour mémoriser le discours), mais aussi l’actio (la scansion, les gestes de l’orateur plaçant dans l'espace son verbe, le comput des arguments sur les doigts de la main) . 

Elle fait appel au sensible plutôt qu'au spéculatif, elle est ornement plus que vérité :

" La Rhétorique antique avait survécu dans les traditions de quelques écoles romaines de la Gaule et chez quelques rhéteurs gaulois, dont Ausonius (310- 393), grammaticus et rhetor à Bordeaux, et Sidoine Apollinaire (430-484) évêque d'Auvergne. Charlemagne inscrit les figures de rhétorique dans sa réforme scolaire, après que Bède le Vénérable (673-735) eut entièrement christianisé la rhétorique (tâche amorcée par saint Augustin et Cassiodore), en montrant que la Bible est elle-même pleine de « figures ». La rhétorique ne domine pas longtemps ; elle est vite « coincée » entre Grammatica et Logica : c'est la parente malheureuse du Trivium, promise seulement à une belle résurrection lorsqu'elle pourra revivre sous les espèces de la « Poésie » et d'une façon plus générale sous le nom de Belles-Lettres. Cette faiblesse de la Rhétorique, amoindrie par le triomphe des langages castrateurs, grammaire (rappelons-nous la lime et le couteau de Martianus Capella) et logique, tient peut-être à ce qu'elle est entièrement déportée vers l'ornement, c'est-à-dire vers ce qui est réputé inessentiel — par rapport à la vérité et au fait." Mais elle est utile aux prêcheurs pour leurs sermons (Artes sermocinandi ) : sermones ad populum (pour le peuple de la paroisse), écrits en langue vernaculaire et sermones ad clerum (pour les Synodes, les écoles, les monastères), écrits en latin.  

 

Thierry de Chartres a écrit un traité sur la Rhétorique,  Accessus circa artem rhetoricam , "Approche de l'art de la rhétorique", en se référant à Cicéron, à Boèce et à Quintilien. Les traités d'Aristote sur la rhétorique ne seront traduits qu'en 1270.

 

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

5. Euclide associé à la Géométrie (6).

Voussure II, côté gauche figure 5.

http://e-chastel.huma-num.fr/xmlui/handle//123456789/359221

Portail royal, portail droit, voussoir : Euclide, l'art de la géométrie

Euclide d'Alexandrie (vers vers 300 avant notre ère) est l'autorité de l'Antiquité classique dans l'art de la géométrie par son ouvrage Les Éléments.

Il est représenté comme les autres auteurs de référence, assis penché sur son pupitre posé sur ses genoux et dont l'encrier en corne occupe le coni gauche. Il est en train d'effectuer un tracé, comme absorbé par quelque problème géométrique. Il tient un objet rectangulaire en main droite, et un grattoir en main gauche.

Les Éléments d'Euclide furent connus en Occident médiéval par des traductions  arabes, hébraïques ou latines et notamment par la Recension de Campanus en 1260, et l'Heptameron de Thierry de Chartres en est imprégné :  19 textes sont consacrés à la géométrie. (M. Lejbowicz)

 

 

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

6. La Géométrie (Quadrivium).

 

http://e-chastel.huma-num.fr/xmlui/handle//123456789/359223

Voussure II, côté gauche figure 6 .

Cette figure féminine représentant la géométrie, voilée comme ses compagnes,  a une tablette sur les genoux , sur laquelle sa main gauche, et notamment son index pointé, sont posés. Sa main droite a disparu, mais on peut imaginer qu'elle maniait un compas comme dans les Noces de Martianus Capella, ou sur le dessin du XIIe siècle de l'Hortus Deliciarum (le Jardin des Délices). Sur ce dessin, elle tient aussi un étalon pour mesurer le monde.

Hortus Deliciarum

C'est encore un compas qu'elle tient à la Collégiale de Loches, à la cathédrale de Laon, à Notre-Dame de Paris, à la cathédrale de Sienne, à celle de Clermont, d'Auxerre,  (en sculpture et sur un vitrail de 1260), sur la baie 103 de la cathédrale de Soissons, à l'église Notre-Dame de Sémur-en-Auxois. Sur la baie 5 de la chapelle Saint-Piat de Chartres, elle tient le compas et l'équerre.

La Géométrie est alors "l'art de mesurer les surfaces et les lignes" (Grégoire de Tours) et dans la description d'Alain de Lille (Anticlaudianus v. 1120) elle mesure le monde avec une aune et fabrique une roue.

 

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

7. L'Arithmétique(Quadrivium).

Voussure II, côté droit, figure 7.

La figure féminine représentant l'Arithmétique est assise, la tête et le corps voilés, ses manches sont amples, ses chaussures pointues. Elle tient en main gauche deux livres, mais son visage est penché vers un objet qu'elle tenait en main droite et qui est brisé. Si l'on se réfère au manuscrit Hortus Deliciarum , elle pouvait se servir d'une corde sur laquelle sont fixées des boules formant graduation .

Calque de l'Hortus Deliciarum.

La science de l'arithmétique est "de connaître les fonctions des nombres" (Grégoire de Tours). Dans la description d'Alain de Lille, elle tient la table de Pythagore. À Loches, elle tient un livre, à Laon  elle tient des groupes de boules dans ses deux mains, à Pise elle compte sur ses doigts, à Clermont elle compte sur un boulier, à Sémur-en-Auxois elle a des boules dans la main droite, et sur la baie 103 de Soissons, elle désigne du doigt une tablette sur laquelle sont inscrits douze chiffres romains.

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

8. Boèce associé à l'Arithmétique.

Voussure II, côté droit, figure 8.

Boèce, philosophe et homme politique latin contemporain de Cassiodore, vers 480-524, et très célèbre pour sa Consolation de Philosophie écrits en prison à la fin de sa viea publié entre autre un traité De arithmetica

Il avait traduit  l’Organon d'Aristote accompagné de gloses grecques, ainsi que l’Isagogè de Porphyre de Tyr, rédigé une introduction à la logique aristotélicienne et un commentaire sur les Topiques de Cicéron. Il eut une très forte influence sur la scholastique des écoles médiévales, sur Alcuin, Jean Scot Érigène, les écoles d'Auxerre et de Reims au IXe siècle,  et sur Gilbert de Poitiers et les commentateurs de l'école de Chartres au XIIe siècle.

On retrouve les caractéristiques déjà notés pour les autres auteurs antiques comme la position assise, le ratelier avec ses calames et son éponge, et le pupitre posé sur les genoux.  Un coude appuyé sur son accoudoir, Boèce se tourne sur sa gauche, comme pour répondre à un interlocuteur ou observer un objet, celui qu'il tenait dans la main gauche et qu'il élevait, coude plié. Mais cet objet a disparu.

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

9. L'Astronomie (Quadrivium).

Voussure II, côté droit, figure 9

Cette figure féminine assise et voilée qui observe les étoiles représente l'astronomie. Elle a la tête levée vers le ciel et les mains ouvertes, projetées en avant dans une attitude d'admiration (ou de déduction?). C'est ainsi que la décrivait Alain de Lille, mais tenant une sphère ; la main gauche ne tient-elle pas un objet, peut-être un globe comme le suggère Gérard Fleury ? Sur la figure de l'Hortus Deliciarum,  Astronomie montre les étoiles en les pointant de son index droit et elle tient un seau rempli d’eau ou un miroir.

Astronomia, Hortus Deliciarum

À Loches, elle  montre deux étoiles. À Laon, elle élève des deux mains un astrolabe, à Notre-Dame de Paris elle montre le ciel d’une baguette dans la main gauche, à Sienne elle montre un disque de la main gauche, à Pise elle élève un astrolabe au niveau de son œil avec le bras gauche et elle montre du doigt un cahier posé sur son genou droit, sur le vitrail d'Auxerre elle regarde le ciel, à Sémur-en-Auxois elle présente un astrolabe, sur la fresque des Arts libéraux de Botticelli au Louvre elle tient un sextant dans sa main gauche, sur la baie 103 de Soissons elle porte et contemple un disque ou une sphère, dans laquelle il faut voir un astrolabe ou une sphère armillaire.

Sur les conceptions de Thierry de Chartres sur les rotations des sphères célestes, influencé par Macrobe et par les péripatéticiens,  voir son écrit Opusculum de opere sex dierum analysé par  Pierre Duhem.

 

 

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

On remarquera que sur le porche central, parmi les 12 anges qui entourent le Christ, cinq tiennent de astrolabes en désignant le ciel, ce qui est assez extraordinaire. Un sixième tient un instrument (qui n'est peut-être qu'un livre ceinture.

Ange à astrolabe, porche centrail du Portail Royal de Chartres, cliché lavieb-aile.
Ange à astrolabe, porche centrail du Portail Royal de Chartres, cliché lavieb-aile.
Ange à astrolabe, porche centrail du Portail Royal de Chartres, cliché lavieb-aile.

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

10. Ptolémée associé à l'Astronomie (9).

Voussure II, côté droit, figure 10

Ptolémée (100-168 ap. J.C) est  l'autorité de l'Antiquité classique choisie comme référence dans l'art de l'astronomie. Il fit des observations astronomiques à la Grande Bibliothèque d'Alexandrie et  est l'auteur de l'Almageste, traité  d'astronomie qui nous est parvenu complet, et du Tetrabiblos, traité d'astrologie, c'est-à-dire de l'influence des astres sur le monde sublunaire et sur les destinées humaines. Pour lui, la Terre est  sphérique, immobile au centre de l’Univers et les cieux eux-mêmes sont sphériques.  Ptolémée reprend sous l’influence d’Aristote  l’idée d’un monde supra-lunaire fait d’éther. Il compléte le catalogue d’Hipparque, qui décrivait 850 étoiles , et en identifie 1028, en utilisant  pour cela l’astrolabe armillaire (à ne pas confondre avec l’astrolabe plan) qu'il nomme son astrolabon. Le mot astrelabe (du grec astrolabios, "preneur d'étoile") apparaît dans notre langue en 1155, précisément la date où furent sculptés ces Arts libéraux.

On retrouve le schéma habituel d'un personnage  barbu assis, portant sur ses genoux le pupitre avec on encrier en corne, les quatre calames sur le ratelier, une règle suspendue au mur. Il tient en main gauche ce qui doit être un livre, et de la main droite une sphère qu'il observe.  Pour B. Coquet, "l'objet qu'il tenait sur son pupitre est presque entièrement disparu. Était-ce un boisseau ? En effet, on admet que les astronomes regardaient l'image des constellations réfléchie dans un boisseau empli d'eau : ce qui avait pour avantage de limiter le champ d'observation."

 

L'époque médiévale dispose de deux sortes de sphères armillaires, soit portative tenue avec un manche à la main, soit fixe et orientée vers le pôle.

Représentation par V. Naboth (1573) du modèle astronomique géo-héliocentrique d'Héraclide transmis par Martianus Capella

Thierry de Chartres est lecteur de Ptolémée et Hermann le Dalmate lui dédie en 1143 sa traduction du Planisphère de Ptolémée. On connaissait alors le Liber de astrololabio de Gerbert, écrit avant 999 où cet auteur devient le pape Sylvestre II. 

Dans son Heptateuchon, Thierry de Chartres insère ainsi les premières tables astronomiques provenant du Preceptum Canonis Ptolemei du VIe siècle, conservé à Chartres sous le nom de Ptolémée. (I. Draelants)

Une des sources de Thierry de Chartres pour son Heptateuchon  dut être, selon C. Rabel et D. Poirel,  le ms. 214 de la Bibliothèque Municipale de Chartres, des Sententiae astrolabii attribué éventuellement à Gerbert (Sylvestre II) , un recueil aujourd’hui détruit de traités astronomiques et mathématiques, dont  ils ont découvert un dessin, celui d’un astronome utilisant un nocturlabe (Un nocturlabe est un instrument utilisé pour déterminer l'écoulement du temps en fonction de la position d'une étoile dans le ciel nocturne ).

 

Astronome utilisant un astrolabe. Traités astronomiques et mathématiques, 2e quart du XIIe siècle, in Claudia Rabel, Dominique Poirel INHS CNRS Lettre info 2014. (Chartres, BM, ms. 214 ; ms. détruit, dessin reproduit par H. Michel, « Les tubes optiques avant le télescope », dans Ciel et Terre, Bulletin de la Société belge d’astronomie, de météorologie et de physique du globe, 70, 1954, p. 175-184, ici p. 177 fig.

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

11. La Grammaire (Trivium).

Voussure II, côté droit, figure 11. Restaurée.

 La figure féminine représentant la Grammaire, assise et voilée comme les autres, présente un grand livre ouvert et brandit de sa main droite une férule ; un petit garçon, sa tête frisée à demi-couverte par sa capuche, est assis sur un siège bas et se penche sur le livre qu'il tient ouvert sur ses genoux ; il sourit, la tête appuyée sur sa main, peut-être pour se protéger. Son camarade, assis sur les talons, a posé son livre grand ouvert sur sa cuisse ; il lève les yeux vers la Grammaire et il lui tend sa main, paume ouverte posée sur la chevelure de son voisin ; il a le torse nu et l'on pourrait supposer d'abord qu'il a été fouetté, n'était l'échange de regards paisibles entre l'enfant et la femme. Une interprétation de Georges Bonnebas est qu'il s'agirait d'un enfant pauvre, qui contraste avec le garçon de droite, abondamment couvert de beaux habits très riches : l'intention serait alors de montrer que la même instruction est dispensée à l'un et l'autre . Pour G. Fleury, celui qui est situé à droite courbe la tête, tandis que celui de gauche tend la main droite pour recevoir sa punition.

SElon Grégoire de Tours, Grammaire est celle qui apprnd à lire. Dans le Ier Livre des Noces de Martianus Capella, Grammaire est revêtue de la paenula (manteau ordinaire des sénateurs romains), et porte à la main une trousse médicale pour guérir les vices du langage : encre, plumes, tablettes, limes à 8 traits (8 parties du discours « classique »), un martinet pour l’autorité et un scalpel pour opérer dents et langues. Dans le 3ème Livre, Grammaire  apparaît sous les traits d'une femme assez vieille, mais qui possède encore du charme. Originaire d'Égypte, elle est passée en Grèce puis à Rome. Elle porte une boîte contenant une plume et un encrier, instruments qui lui sont nécessaires pour enseigner la grammaire aux enfants, car celle-ci passe par l'écrit. Elle commence par enseigner les lettres, en indiquant les combinaisons possibles de voyelles et de consonnes et les façons de les prononcer, puis expose les différentes sortes de syllabes. Elle passe ensuite au genre des mots et aux accords, puis aux verbes et aux adverbes. En terminant, elle signale une longue liste d'exceptions, montrant que la formation des mots ne suit pas des règles absolument régulières et qu'il faut respecter l'usage. Le livre se termine en signalant que l'assemblée des dieux s'est copieusement ennuyée durant cet exposé et en invitant Grammaire à ne pas s'étendre sur les solécismes, barbarismes et autres fautes de langage.

Pour Alain de Lille, Grammaire, douce et sévère, tient la férule (*) et le scalpel. Elle travaille au timon du char y gravant le portrait des grammairiens : Donat — Ælius Donatus, grammairien latin, vers 320-380, auteur d’un traité de grammaire — et Aristarque de Samothrace, grammairien grec (IIe siècle av. J.-C.).

(*) Férule : étymologiquement : faisceau de branches, mais aussi « Petite palette de bois ou de cuir, à l'extrémité plate et élargie, autrefois utilisée comme instrument de discipline pour frapper les mains des écoliers fautifs ».

Sur la roue de l'Hortus Deliciarum, elle  tient un livre et une férule. Une inscription près du fouet SCOPE9, renvoie sans doute au latin scopula, ae "petit balai".

Grammatica, calque de l'Hortus Deliciarum.

À Loches, Grammaire se découvre par la férule qu’elle applique des deux mains, comme une arme, sur l’épaule. À Laon, Grammaire est représentée avec un écolier (ou deux, sur le vitrail), sans férule (sauf peut-être sur le vitrail), l’air débonnaire. À Pise, elle allaite deux enfants qu’elle tient sur ses genoux, c’est la mère nourricière. À Auxerre, elle fait face à un enfant. Sur le Portail des Libraires de la cathédrale de Rouen  elle est  en train de fouetter un personnage nu, à genoux et implorant. À Sémur-en-Auxois, Grammaire tient une férule de la main droite, elle fait suivre d’un doigt sur un livre ouvert sur ses genoux un jeune écolier assis devant elle.

Sur la fresque du Puy-en-Velay, Grammaire lève les mains et Priscien (alors que c’est Donat qui est habituellement invoqué) suit sur un livre ouvert sur ses genoux.

Sur la baie 103 de Soissons, Grammaire, de trois-quarts, tient une clef à la main droite (la clef de l'art du langage) et lit dans un livre ouvert dans lequel est inscrit l'alphabet.

 

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

12. Donat, associé à la Grammaire (11).

Voussure II, côté droit, figure 12.

Les  autorités de l'Antiquité classique faisant référence alors dans l'art de la grammaire sont Donat ou Priscien. On pense plutôt voir ici  Donat car celui-ci était tenu en grande estime par Thierry de Chartres, l'inspirateur probable de ces sculptures. Donat comme Priscien étaient auteurs d'une grammaire latine (pour Donat : Ars Donati grammatici urbis Romae, débutant par un Ars minor ou version abrégée et suivi des trois livres de l'Ars maior).

La Bibliothèque de Chartres possédait un manuscrit du XIIe siècle (vers 1100) réunissant l'Opuscula de Priscien, l'Ars major de Donat, (BM Ms 497) et des Opuscules de Cicéron et Aristote.

 

 

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.
Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

Pythagore et Donat.

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

13. Pythagore, associé à la Musique (14).

Voussure I, côté droit, figure 13.

Le philosophe présocratique grec décédé vers 495 avant J.C ressemble ici comme un frère jumeau au grammairien Donat du 4ème siècle après J.C. Comme les femmes des Arts libéraux, ce ne sont pas des portraits, mais des figures. Lui aussi est assis, penché sur son pupitre à encrier en corne, un calame et un grattoir en main, sous le ratelier porte-plumes où sont posées deux éponges.

Cette figure représente la pensée de l'école pythagoricienne, et notamment pour Thierry de Chartres, son arithmétique (le fameux théorème), sa cosmogonie, et son idée que "les choses sont nombres", le nombre est la matière des êtres, ce qui leur donne forme et les rend intelligibles. Connaître le nombre d’une chose revient à connaître la chose elle-même. pour les pythagoriciens, ce sont les nombres entiers qui sont à la racine des choses, le Cosmos est littéralement régi par eux. Et la musique est au cœur de cette représentation car en musique les intervalles de ton sont des rapports de nombre.

Source Philharmonie de Paris : 

 Voilà comment Guido d’Arezzo (~992-~1050), le moine bénédictin à l’origine du système de notation musicale encore en vigueur, rapporte l’événement au dernier chapitre de son ouvrage Micrologus (vers 1020) :

"Un certain Pythagore, grand philosophe, voyageait d’aventure ; on arriva à un atelier où l’on frappait sur une enclume à l’aide de cinq marteaux. Étonné de l’agréable harmonie qu’ils produisaient, notre philosophe s’approcha et, croyant tout d’abord que la qualité du son et de l’harmonie résidait dans les différentes mains, il interchangea les marteaux. Cela fait, chaque marteau conservait le son qui lui était propre. Après en avoir retiré un qui était dissonant, il pesa les autres et, chose admirable, par la grâce de Dieu, le premier pesait douze, le second neuf, le troisième huit, le quatrième six de je ne sais quelle unité de poids. Il connut ainsi que la science de la musique résidait dans la proportion et le rapport des nombres."

Pierre le Mangeur (1100?-1179? Pythagore et les forgerons, illustration extraite du Petri Manducatoris sermones, BSB Clm 2599. München - Bayerische Staatsbibliothek

Cette expérience s’avère fondamentale pour les pythagoriciens, car elle corrobore l’intuition de base de leur philosophie : tout ce qui existe est nombre, y compris des phénomènes aussi peu matériels que les intervalles musicaux. Son importance est telle qu’elle figure dans la plupart des traités musicaux ou arithmétiques du Moyen Âge et de la Renaissance.

NB. Sur la peinture des Arts libéraux de Puy-en-Velay, Musica est accompagnée de "Tubal" (Jubal) qui frappe une enclume avec deux marteaux.

Afin de faire « entendre les nombres », Pythagore cherche rapidement à transposer cette découverte sur un instrument : le monocorde.

Le monocorde est de constitution très simple : il s’agit juste d’une corde tendue sur une caisse de résonance munie d’un chevalet mobile placé sous la corde et permettant de diviser celle-ci en deux parties. Ce n’est pas un instrument de musique à proprement parler, c’est un instrument pour l’expérimentation et un support pédagogique. On en trouve la première trace indubitable dans l’ouvrage d’Euclide.

En déplaçant le chevalet du monocorde, nous observons que plus la longueur de corde que l’on fait vibrer est courte plus le son qu’elle émet est aigu, c’est-à-dire plus sa fréquence de vibration est élevée. Nous pouvons en conclure la loi importante que la fréquence de vibration de la corde est inversement proportionnelle à sa longueur. Pythagore prouve ainsi, grâce au monocorde, que les intervalles musicaux reconnus comme les plus consonants sont identifiables à des fractions simples construites avec la suite des 4 premiers entiers 1, 2, 3 et 4, désignée par le terme tetraktis. Les pythagoriciens pensent enfin avoir découvert les fondations de l’harmonie dans l’Univers. Avec sa corde unique, son chevalet mobile et sa règle graduée, le monocorde fait se rejoindre les notes et les nombres, les intervalles et les rapports, la perception sensorielle et la raison mathématique. Le monocorde fait ainsi « entendre les nombres » et « voir les sons ». Plus encore, par l’acte même de mesurer des longueurs de corde (géométrie) pour les associer à des rapports de nombres entiers (arithmétique) liés aux intervalles musicaux, le monocorde fait converger deux domaines pourtant strictement séparés dans les mathématiques grecques.

Par cette découverte fondamentale, la musique devient ainsi une branche des mathématiques. 

 

Pythagore et la Musique, titre des traités ed. Augsbourg, 1500. Gallica-BnF

 

Or, nous allons découvrir maintenant, dans le quatrième art du Quadrivium, Musica ... un monocorde.

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

14. La Musique (Quadrivium).

Voussure I, côté droit, figure 14

La Musique est, comme les autres Arts, assise, voilée, et vêtue sous le manteau-voile d'une robe à bords brodés, mais elle est entourée de quatre instruments : trois instruments à cordes et un instrument à percussion. Les yeux vers le ciel, les lèvres entrouvertes, elle semble attentive et concentrée sur l'écoute des harmonies.

 Elle est considérée comme une science des nombres à part entière comme la géométrie, l'arithmétique ou l'astrologie : "La mathématique possède quatre espèces : l’arithmétique, la musique, la géométrie, l’astronomie." GUuillaume de Conches, Accessus ad Timaeum, § 5-6

"Voici donc les quatre espèces mathématiques. L’arithmétique traite des nombres, la musique, de la proportion, la géométrie, de l’espace, l’astronomie, du mouvement. L’élément de l’arithmétique est l’unité, celui de la musique, l’unisson, celui de la géométrie, le point, celui de l’astronomie, l’instant. C’est pourquoi, l’arithmétique est la science des nombres. La musique est l’harmonie de plusieurs sons dissemblables se réunissant en un tout. La géométrie est la discipline de la grandeur immobile et la description contemplative des formes. L’astronomie est la discipline de la grandeur mobile " Vincent de Beauvais, Speculum doctrinale, XVI, 3 (De speciebus mathematicae), début XIIIe siècle.

Rappellons que l'évêque Fulbert, fondateur de l'École de Chartres, était un compositeur estimé, auteur de poèmes liturgiques et de trois Repons de la Nativité.

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

a) le tintinnabulum.

On voit trois cloches suspendues à une tringle. Musica frappe la dernière cloche avec un marteau, tandis que sa main gauche tient le manche d'un autre marteau (j'ai d'abord pensé qu'elle saisissait le battant de la cloche voisine). 

Voir André Bonjour, Instrumentarium de Chartres, les idiophones.

https://www.instrumentariumdechartres.fr/data/IndeXysBibliothequeHTML/1ca9c331-d85b-410c-8917-4c385631ff1f/LES-DOSSIERS/MA123-p.62-69.pdf

https://www.apemutam.org/wp-content/uploads/2024/02/03-Chartres-Les-percussions.pdf

Le carillon est l'un des principaux attributs de la Musique dès l'art roman et au début de l'art gothique, à Autun (chapiteau de la cathédrale), Rouen (Portail des Libraires).

*) à Autun, le sculpteur a représenté les deux manières de faire sonner une cloche, le tintement par le marteau ou la volée par le balancement du battant,  sont représentées.

 

La Musique, chapiteau de la cathédrale d'Autun, 1125-1135. Cliché lavieb-aile.

**) à Rouen au portail des Libraires : Le portail du transept nord, dit le « portail des libraires » de la cathédrale de Rouen a été construit autour de 1300. Il possède un riche décor et en particulier des sculptures en faible relief sur les jambages des ébrasements et du trumeau. Sur le trumeau, quatre quadrilobes concernent les arts libéraux  avec , de gauche à droite : Géométrie, Musique, Astronomie, Grammaire. La Musique tient un tintinnabulum (de 4 cloches) assez proche de la Musique de Laon. Elle frappe les cloches suspendues à une tringle inclinée avec deux marteaux.

***) à la cathédrale de Laon, sculpture, XIIe siècle. On compte 5 cloches ; la tringle est inclinée.

****) cathédrale de Laon,  vitrail de la rose nord: 3 cloches sont représentées

La Musique, rose (vers 1200) des Arts libéraux de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile

 

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

b) le monocorde.

Lire : 

https://www.instrumentariumdechartres.fr/les-310-representations/cordes-pincees/le-monocorde.php

https://www.instrumentariumdechartres.fr/les-instruments/cordes-pincees-1/le-monocorde.php

https://pad.philharmoniedeparis.fr/pythagore-entendre-les-nombres.aspx?_lg=fr-FR

Les Arts libéraux du portail royal de Chartres.

c) la vièle en huit.

https://www.instrumentariumdechartres.fr/les-310-representations/cordes-frottees/les-vieles-en-huit.php

L'instrument est sculpté avec toute la précision souhaitée. On le comparera aux vièles tenues par les Vieillards de l'Apocalypse sur le porche central.

 

Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.

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d) le psaltérion.

https://www.instrumentariumdechartres.fr/les-310-representations/cordes-pincees/les-psalterions/les-psalterions-du-portail-royal/la-representation-porte-sud-la-musique.php

LES AUTRES SCULPTURES DES VOUSSURES INTERIEURES (VOUSSURE I)

La voussure I débute, à gauche, par deux motifs qui sont parfois considérés comme des signes du Zodiaque (comme sur le portail de l'Ascension à gauche), les Poissons et les Gémeaux, ce qui est peu vraisemblable (il n'y a qu'un seul poisson ; les Gémeaux ne tiennent pas de bouclier).

 

Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.

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15  : un poisson, des arbres et des oiseaux (à droite d'Aristote).

On peut suggérer que ce motif, placé à la base de la voussure I aux côtés d'Aristote, est une figure de la Nature illustrant la volonté  des chartrains d'expliquer les phénomènes par des processus naturels et de porter intérêt aux  sciences des choses, dans un large courant d'idées dont l'un des premiers représentants fut Adélhard de Bath, qui fut un des introducteurs en Occident de la science arabe, et dont les Questions naturelles datent du début du XIIe siècle.

" L' Hexaeméron interprète la Genèse en se référant au « Timée » de Platon . Ce texte constitue une défense raisonnée de l'existence de Dieu, s'appuyant sur la philosophie naturelle platonicienne et la logique aristotélicienne pour expliquer la création du monde.  Thierry établit que le moment de la création divine fut le commencement même du temps, et qu'ensuite, la création s'est développée naturellement par la combinaison des quatre éléments (le feu, l'air, l'eau et la terre). Selon Thierry, Dieu créa les quatre éléments au premier instant. Le feu, en mouvement perpétuel, tournoya et illumina l'air, engendrant ainsi le premier jour et la première nuit. Le deuxième jour, le feu réchauffa l'eau, la faisant monter vers le ciel et former les nuages. La diminution du volume d'eau permit l'apparition de la terre le troisième jour. Le réchauffement continu des eaux au-dessus du firmament entraîna la formation des corps célestes le quatrième jour. Le réchauffement continu de la terre permit l'apparition de la vie végétale, animale et humaine les cinquième et sixième jours.

L'explication de Thierry sur la création du monde est basée sur une interprétation théologique des quatre causes d' Aristote , qu'il identifie aux trois personnes de la Trinité plus la matière (composée des quatre éléments ) : le Père est la cause efficiente , le Fils est la cause formelle , le Saint-Esprit est la cause finale et les quatre éléments sont la cause matérielle .

Selon Thierry, l'acte de création divine se limite à la création des quatre éléments, qui évoluent ensuite d'eux-mêmes, se mélangent selon des proportions mathématiques et constituent le monde physique." (en.wikipedia)

L'histoire de la création est racontée dans la Genèse, et Thierry s'efforce de  rendre compte de la Création de la Genèse selon les lois d'une physique cohérente : par exemple, les animaux aquatiques sont apparus au cinquième jour, à la suite de la pénétration dans les eaux de la chaleur résultant du mouvement des étoiles. (Jean Jolivet). Il est l'auteur de In Hexaéméron ou De sex dierum operibus glosant sur les six jours de la Création biblique par des éxégèses selon des lectures littérales et historiques, écartant les lectures morales et allégoriques. (De septem diebus et sex operum distinctionibus primam Geneseos partem secundum physicam et ad litteram ego expositurus . . . Postea vero ad sensum litterae historialem exponendum veniam, ut et allegoricam et moralem lectionem . . . ex toto praetermittam . "Je vais expliquer la première partie de la Genèse, concernant les sept jours et la distinction des six œuvres selon le sens physique et littéral… Mais j’en viendrai ensuite à expliquer le sens historique de la lettre, afin de pouvoir omettre complètement l’interprétation allégorique et morale…") (W. Ciweski)

Cet intérêt pour la nature sera reprise par Guillaume de Conches.

 

 

 

Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.

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16. Deux soldats derrière leur bouclier (à droite de la Dialectique).

Malgré leur apparente géméllité, j'écarte les hypothèses d'y voir les saints Protais et Gervais ou Côme et Damien, à qui la baie 118 est consacrée.

 

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Les six anges de la voussure I.

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LA VIERGE À L'ENFANT DU TYMPAN.

Elle est selon la tradition romane, hiératique , assise frontalement sur une cathèdre. Elle est entourée de deux anges thuriféraires, dont les encensoirs sont encore visibles, l'un devant la cuisse droite de l'ange de gauche, l'autre suspendu en l'air devant celui de droite, les détails des chaînes ayant disparu.

 

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LE REGISTRE SUPÉRIEUR DU LINTEAU : SCÉNES DE LA VIE DE LA VIERGE.

 

 

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La Présentation de Jésus au Temple avec dix personnages porteurs des couples de tourterelles et d'offrandes.

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LE REGISTRE INFÉRIEUR DU LINTEAU: L'Annonciation, la Visitation, la Nativité et l'Annonce aux Bergers.

Remarquez les yeux creusés, caractère stylistique qui ne se retrouve pas sur les statues-colonnes ce ce porche ni sur les personnages des voussures. Étaient-ils jadis comblés par des pierres colorées ?

 

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L'Annonciation.

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La Visitation.

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La Nativité : Joseph

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La Nativité : Marie couchée sur son lit d'accouchée, et l'Enfant-Jésus au dessus.

Voir mes commentaires  et ma revue iconographique sur le thème des Vierges couchées à Chartres :

... et à propos de la baie n° 2 de la cathédrale de Laon :

La Vierge a l'attitude des songeurs inspirés (Jessé, etc), la main droite sous la joue. Elle regarde sans doute l'Enfant emmailloté dans son berceau.

Des amorces sur la façade au dessus de l'Enfant indiquent que des  sujets ont été brisés : étoile? âne et bœuf? ange? lampe?

Comparez à la scène analogue du Portail nord, réalisé entre 1210 et 1225 :

Nativité, Linteau du portail nord de Chartres. Cliché lavieb-aile

 

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L'Annonce aux Bergers.

Précédés par un ange qui leur en a fait l'annonce, les bergers des environs de Béthlém arrivent à la crèche où est né le Messie. Le premier berger désigne de son index l'étoile (non visible) qui les a guidé. Il tenait dans la main gauche un objet (instrument ?) qui est brisé, mais qui ne peut correspondre à la houlette, ni à la cornemuse habituelle.

De même, l'animal qui l'accompagnait à ses pieds est brisé : un chien probablement.

Derrière viennent six moutons.

 

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Le berger jouant du frestel ou flûte de Pan

https://www.instrumentariumdechartres.fr/les-310-representations/les-vents/frestel.php

On constate la proximité de ces scènes avec celles de la baie n°2 de la cathédrale de Laon, certes plus tardive car datant de 1220 environ. Sur cette baie, l'un des bergers joue du frestel.

Berger jouant du frestel. Baie n°2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile

Ce berger qui tient la houlette en main droite se tourne vers nous, et approche ses lèvres de cet instrument qu'André Bonjour a si bien analysé et fait restituer.

 

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LES STATUES COLONNES.

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SOURCES ET LIENS

— BARTHES (Roland)

http://palimpsestes.fr/textes_philo/barthes/articles/ancienne-thetorique.pdf

— BULTEAU (abbé) 1872, Petite monographie de la cathédrale de Chartres

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k991684d/f58.item

—CHARRON (Pascale), Les Arts libéraux dans la tapisserie à la fin du Moyen Âge : entre iconographie savante et pratiques d’atelier. Université de Tours-CESR/UMR 7323

https://shs.hal.science/halshs-00948535v1/document

https://shs.hal.science/halshs-00948535

—COQUET (Béatrice ) 06/12/2012 Notice : Chartres, Notre-Dame - Portail royal, portail droit, Portail de l'Incarnation, voussure : les arts libéraux. Révision scientifique : Iliana Kasarska Ressources numériques du Centre André Chastel

http://e-chastel.huma-num.fr/xmlui/handle//123456789/359230

— FLEURY (Gérard), 2021 Allégories des Arts libéraux de Martianus Capella (Ve siècle) jusqu'au XXe siècle. Académie de Touraine.  (++)

http://academie-de-touraine.com/wp-content/uploads/2021/03/Les-all%C3%A9gories-des-arts-lib%C3%A9raux-R.pdf

—  KNÄBLE (Philip), 2014, "L’harmonie des sphères et la danse dans le contexte clérical au Moyen Âge", Médiévales.

http://journals.openedition.org/medievales/7202

—MÂLE ( Émile), 1899, L’art religieux du XIIIe siècle, Paris, 1899, p. 102-117.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9326593/f114.item

—MÂLE ( Émile), « Les arts libéraux dans la statuaire du moyen âge », Revue archéologique, T. 17, 1881, p. 334- 346. Cité par G. Fleury

—OHMANN ( Isabelle ) 2009, L’enseignement des Arts Libéraux, le portail royal de Chartres

https://isabelle-ohmann.over-blog.com/article-l-enseignement-des-arts-liberaux-le-portail-royal-de-chartres-40165175.html

—VERDIER (Philippe), 1967, "L’iconographie des arts libéraux dans l’art du Moyen Âge jusqu’à la fin du quinzième siècle". Verdier, P. In Arts libéraux et philosophie au Moyen Âge. Actes du 4e congrès international de philosophie médiévale (Montréal, 1967), pages 305–332. Montréal, 1969. Non consulté.

— VIOLLET-LE-DUC , Dictionnaire raisonné…, tome II, article « Arts libéraux »

https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle/Arts_(lib%C3%A9raux)

— SITE DE LA CATHEDRALE

https://www.cathedrale-chartres.org/cathedrale/monument/les-sculptures/le-portail-royal/

— SITE AUTRE

https://www.la-vie-au-grand-art.com/medias/files/portails-de-chartres.pdf

https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM28000099

— WIKIPEDIA : Thierry de Chartres

https://it.wikipedia.org/wiki/Teodorico_di_Chartres

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Published by jean-yves cordier - dans XIIe siècle. Arts libéraux. Chartres.
13 février 2026 5 13 /02 /février /2026 13:50

La baie 235 ou rose nord des Arts libéraux (v.1200 à 1210) de la cathédrale de Laon.

Voir aussi sur la cathédrale de Laon:

Voir sur le thème des Arts libéraux :

PRÉSENTATION

"La cathédrale actuelle fut construite à l'emplacement d'un édifice roman incendié lors de l'insurrection communale survenue le jeudi 25 avril 1112. Son édification commença en 1155 sous l'épiscopat de Gautier de Mortagne et continua jusqu'en 1235.
Elle est l'un des premiers édifices majeurs de style gothique en France. Postérieure à l'église abbatiale de Saint-Denis, à la cathédrale Notre-Dame de Noyon et à la cathédrale Saint-Étienne de Sens, elle est contemporaine de Notre-Dame de Paris. La construction débuta par le chœur et le grand transept afin de recevoir les nombreux pèlerins. Entre 1170 et 1175, une deuxième campagne de construction porta sur le fond du croisillon nord.
Entre 1175 et 1185, une troisième campagne mena à l'édification du transept avec ses deux portails, la tour-lanterne d'inspiration anglo-normande, ainsi que les cinq dernières travées de la nef. Durant cette campagne, on construisit également les tours du transept. Vers 1180 on posa les vitraux de la rose nord (dite des arts libéraux).
La quatrième campagne se termina vers 1200 par l'achèvement de la nef et de la façade occidental."

La baie 235, la rose des Arts Libéraux,  est constituée d'un médaillon central,  et de huit médaillons périphériques.

Ces 9 médaillons représentant les sept figures allégoriques des 7 arts libéraux plus la médecine, enseignés au Moyen Age à l'école épiscopale de Laon (dont le prestige était dû au célèbre Anselme de Laon), entourent le motif central symbolisant la Philosophie ou Théologie issue de cet enseignement.

(*) "Anselme de Laon enseigna vers 1076 avec un grand succès à l'école cathédrale de Paris, où, avec Guillaume de Champeaux, il combattit du côté des réalistes dans la Querelle des Universaux.

Plus tard il se retira dans sa ville natale et fut maître des écoles de Laon, avec son frère Raoul, de 1090 environ jusqu'à sa mort. Son école de théologie et d’exégèse devint rapidement la plus réputée en Europe. En 1113 il en chassa Abélard.

Il fut le doyen et le chancelier de Laon à partir de 1109 environ et l'archidiacre à partir de 1115."

Les matières enseignées sont  les droits (droit canon, droit civil), le droit canon, la médecine, les mathématiques, la logique ou la philosophie, auxquels s'ajoutent les arts libéraux (plus développés que les premiers) :

Ces Arts libéraux se répartissait en Trivium (mot latin signifiant "les trois voies"), les trois arts liés au langage écrit ou oral, la Grammaire (enseignant les mécanismes de la langue), la Rhétorique (art de persuader) et la Dialectique (art d'analyser les arguments), et en Quadrivium, les quatre arts liés aux chiffres et au calcul, l'Arithmétique (étude du nombre pur), la Géométrie (étude du nombre dans l'espace), l'Astronomie (étude du nombre dans l'espace et le temps) et la Musique (étude du nombre dans le temps). Ces sept sciences étaient basées sur les connaissances acquises des savants grecs ou latins (Pythagore, Euclide, Ptolémée, Cicéron, Quintilien, ...), transmises souvent par les Arabes, et sur les écrits de saint Augustin, discutés par des esprits brillants comme Alcuin (fondateur de l'Université de Tours au VIIIe siècle), dans les universités de Paris (1229), Montpellier (1220), Toulouse (1229), Oxford (1167), Cambridge (1209), Salamanque (1218),  Valladolid (1241) ou Padoue (1220) et  Bologne (1098).

Ces universités du XIIe siècle avaient été précédées depuis le VIe siècle par les "écoles cathédrales", fondées depuis la réforme carolingienne dans chaque évêché : les plus importantes ont été celles de Chartres, Orléans, Reims, Paris, Laon, Rouen et Langres. Elles dépendèrent au XIe siècle des chanoines des cathédrales et étaient dirigées par l'écolâtre. Sur l'école cathédrale de Laon, voir wikipedia , mais notons que Gautier de Mortagne , après avoir été chanoine de la cathédrale de Laon en 1150, puis doyen, devint écolâtre de l'école de Laon avant d'être évêque de Laon de 1153 à 1174. C'est sous son épiscopat que démarra l'édification de la cathédrale de Laon.

Ces Arts étaient couronnés par la Théologie, « reine » médiévale des sciences dans les universités.

Iconographie des Arts libéraux

(d'après G. Fleury, voir les illustrations sur son article)

Emile Mâle a montré que c'est Martianus Capella qui est à l'origine de ce thème iconographique, dans son  De Nuptiis Philologiae et Mercurii, du Ve siècle.

A. Les représentations sculptées

  • Abbatiale de Déols (Indre). milieu du XIIe siècle
  • Le porche de la collégiale Notre-Dame de Loches du milieu du XIIe siècle
  • Portail royal de Chartres, porte sud (vers 1160).
  •  Nord de la façade ouest de la Notre-Dame de Paris. Les arts libéraux prennent place au trumeau du portail du Jugement dernier, détruit en 1771, reconstitué au XIXe siècle sous l’inspiration de Viollet-le-Duc, et copiés manifestement sur les sculptures de Laon et de Sens.
  • Cathédrale de Sens. soubassement de l’embrasure gauche du portail central
  • Cloître d’Autun et chapiteau de Vienne (St-André-le-Bas), milieu du XIIe siècle . À Autun les deux piliers figurés qui étaient probablement dans le cloître de la cathédrale Saint-Nazaire d’Autun ont été déposés au musée Rollin de la même ville.
  • Chapiteau d’Elne, présenté au château de Villevêque. la fin du XIIe siècle ou de la première moitié du XIIIe
  • Cathédrale de Sienne. Les allégories sont représentées sur la base de la colonne centrale de la chaire de la cathédrale de Sienne sculptée en 1265-1268 par Nicola Pisano (1220-1284) et son fils Giovanni (1245- 1320).
  • Cathédrale de Pise. Les allégories sont sculptées sur les huit panneaux de la base du pilier central de chaire sculptée entre 1302 et 1311 par Giovani Pisano (1248-1315).
  • Cathédrale de Clermont. Les allégories, représentées jusque-là sous les traits de belles jeunes femmes, sont remplacées par les « savants » qui leur sont associés, représentés avec les attributs classiques. Cette façade nord du transept est datée du XIVe siècle. La mise en place est identique à celle d’une rose, comme à Laon. Les « savants » représentés ont des visages allongés, chevelus et barbus. Ils sont couronnés. Le médaillon central est l’équivalent d’une allégorie de la géométrie (donc c’est une représentation d’Euclide).
  • Cathédrale d’Auxerre,  portail sud de la façade ouest, seconde partie du XIIIe siècle (1260 est la date de construction de ce portail de droite de la façade ouest)
  • Le portail du transept nord, dit le « portail des libraires » de la cathédrale de Rouen, construit autour de 1300. Le portail du transept nord, dit le « portail des libraires », construit autour de 1300, possède un riche décor et en particulier des sculptures en faible relief sur les jambages des ébrasements et du trumeau. Sur le trumeau, quatre quadrilobes concernent les arts libéraux  avec , de gauche à droite : Géométrie, Musique, Astronomie, Grammaire. La Musique tient un tintinabulum assez proche de la Musique de Laon.

B. Vitrail

  • Auxerre, rose de la baie 102 du chœur. Le chœur est daté de 1215-1230, avec montage des vitraux dans les décennies qui ont suivi.

 

La représentation des Arts libéraux en la cathédrale de Laon : sculpture et vitrail.

La cathédrale de Laon propose deux représentations des arts libéraux. Elles sont présentées sous forme de sculptures dans la seconde voussure de la fenêtre gauche de la façade ouest (datée vers 1200), et sous forme de verrières à la rose du transept nord (datée vers 1200-1210 ).  Les deux représentations utilisent pratiquement la même gestuelle et les mêmes attributs, on peut donc se demander si elles ne dérivent pas d’un même dessin ou si l’une n’est pas la transcription de l’autre.

DESCRIPTION

On trouve dans les sens des aiguilles d'une montre en partant du haut :

TRIVIUM

—1. La Rhétorique avec les livres des discours des anciens ;

—2. la Grammaire brandissant ses verges au dessus de ses enfants ;

—3. la Dialectique levant les bras avec véhémence ;

QUADRIVIUM

—4. l'Astronomie, où Uranie tient un astrolabe

—5. l'Arithmétique montrant les pions de l'abaque dans les mains ;

—6. la Médecine ajoutée aux sept arts mirant le contenu d'un urinal ou matula (cet accessoire est alors l'attribut des médecins, tout comme le sthétoscope aujourd'hui)

—7. la Géométrie  traçant un dessin avec un compas

—8. la Musique frappant d'un marteau le tintinnabulum.

AU CENTRE

—9. a Sagesse ou Philosophie porte dans la main gauche les livres saints et dans la droite le sceptre royal. Cet ensemble (rose) composé d'un occulus central et de huit occuli plus petits, fut exécuté vers 1180.

Restauration.

Cinq des médaillons sont datables des années 1200 à 1210, soit 20 à 30 ans après la construction du transept ; les quatre derniers (philosophie, rhétorique, musique, médecine) ont été réalisés en 1865 par le peintre-verrier Adolphe Charles Edouard Steinheil qui prit comme modèles les sculptures de la seconde  voussure de la façade occidentale de Laon consacrée aux Arts libéraux.

Les P.P Cahier et Martin ont reproduit la rose dans son état antérieur à l'intervention de Steinheil dans leur Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature tome IV de 1856, avec les quatre médaillons d'origine , mais dans un ordre différent. On voit des différences notables, par exemple pour Grammaire, qui est figurée tissant , fuseau en main (ce devait être une férule), devant 3 enfants. Géométrie trace un cercle avec un compas  sur une planche posée sur ses genoux. Astronomie élève un instrument bien différent de l'astrolabe de Steinheil.

Cahier et Martin, Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature tome IV de 1856 Planche VIII

 

Chaque allégorie du vitrail sera précédée  par le dessin du livre de Viollet-le-Duc  du claveau sculpté correspondant de la façade ouest de la cathédrale de Laon.

 

 

 
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

https://www.google.fr/books/edition/Les_vitraux_de_la_cath%C3%A9drale_de_Laon/Q_FZAAAAYAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=rose+nord+laon+steinheil&pg=RA3-PA58&printsec=frontcover

1. Au centre : la  Philosophie ou Théologie. Coffetier et Steinheil 1865

Elle est  assise, la tête dans les nuages, avec une échelle appuyée sur son torse, et tenant  un livre ouvert. En main droite, elle tient un sceptre. Sur la sculpture, elle tient deux livres, et un manche qu'on peut peut-être deviner sur la sculpture dans la main gauche.

D’après Émile  Mâle, il s’agit de Philosophie et non de Théologie . Cette personnification étant due à Boèce dans sa Consolation philosophique : l’échelle correspondrait aux degrés qui permettent d’accéder de la philosophie pratique (π) à la philosophie « spéculative » (θ) comme indiqué dans le texte. Les lettres grecques ont été reproduites à Sens. (G. Fleury).

Mais la proximité de la Philosophie (aristotélicienne en particulier) et de la Théologie permet de garder les deux figures.

 

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

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Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

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2. la Rhétorique. Coffetier et Steinheil 1865

 

Sur la sculpture, Rhétorique écarte les bras dans un geste d'orateur.  Sur le vitrail elle écrit sur une tablette (mauvaise interprétation du XIXe siècle ?).

 

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

3. La Grammaire ou gramatica. v.1210

Grammaire est représentée l'index posé sur le livre que tient  un écolier sur la voussure sculptée, tandis que sur le vitrail, elle tient un fuseau fleuri, devant deux enfants dont l'un tient une tablette à deux battants.

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

3. la Dialectique. v.1210

Dialectique lève les bras et pointe un doigt de la main droite, par un geste d'éloquence opposant les arguments. Sur la sculpture, un serpent s’enroule autour de sa taille, ce qui ne se voit pas sur le vitrail, dont les verres rouges sont devenus noirs.

 

 

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

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4. l'Astronomie. v. 1210.

 

Astronomie présente un disque muni d’une zébrure horizontale, c'est à dire une astrolabe, comme sur le portail central de la cathédrale de Sens au XIIe siècle

L'astrolabe est un instrument de calcul qui emploie une représentation de la voûte céleste et de la terre combinée à un calendrier. Il a été conçu dans l'Antiquité, a été grandement employé et perfectionné dans la sphère islamique avant de passer dans le monde chrétien au 12e siècle où son usage se répand ensuite rapidement.

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

5. l'Arithmétique. v.1210

Arithmétique tient des groupes de boules dans ses deux mains.  

 

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

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Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

7. la Géométrie. v.1210

Géométrie manipule un compas sur une tablette. Sur la sculpture, elle forme un octogone. 

 

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

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8. la Musique. Coffetier et Steinheil 1865

Musique, assise sur une banquette (ou sur une cathédre dans la sculpture) et coiffée d'un voile, frappe avec un manche l'une des trois cloches d'un tintinnabulum ; on en compte cinq sur la sculpture.

 

La représentation très célèbre d'un des chapiteaux de la cathédrale d'Autun (1160) montre un homme tenant sur l'épaule une traverse où 6 cloches sont suspendues : il en tient deux par l'anse , et une autre cloche pend à sa robe. Deux musiciens  sont accroupis, l'un d'eux frappe une cloche avec un marteau, tandis qu'il tient une huitième cloche, qu'il fait peut-être sonner. Son compagnon met en action le battant de la quatrième cloche. 

 

 

Chapiteaux d'Autin, cliché lavieb-aile.

 

On trouve aussi des représentations romanes de tintinabulum au  portail central  de Notre-Dame de Paris, au portail de la Vierge de la cathédrale de Chartres. Et parmi les Arts libéraux du portail des Libraires de Rouen.

 

 

 

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.

SOURCES ET LIENS.

https://www.levitrailfrancais.com/post/cathedrale-de-laon-la-rose-des-arts-liberaux

https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM02000155

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Rose_Nord_Cath%C3%A9drale_de_Laon_181008_05.jpg

https://eglisesduconfluent.fr/Pages/VIT-02Laon-CathNotreDame.php

—CHARRON (Pascale), Les Arts libéraux dans la tapisserie à la fin du Moyen Âge : entre iconographie savante et pratiques d’atelier. Université de Tours-CESR/UMR 7323

https://shs.hal.science/halshs-00948535v1/document

https://shs.hal.science/halshs-00948535

—DEROUSSEN DE FLORIVAL Adrien-Maurice, MIDOUX, Étienne , 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon Paris. Didron – 1882 page 58

https://www.google.fr/books/edition/Les_vitraux_de_la_cath%C3%A9drale_de_Laon/Q_FZAAAAYAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=rose+nord+laon+steinheil&pg=RA3-PA58&printsec=frontcover

— FLEURY (Gérard) (*) Allégories des Arts libéraux de Martianus Capella (Ve siècle) jusqu'au XXe siècle. Académie de Touraine.

(*) Professeur de mathématiques au lycée public de Loches durant toute sa carrière, spécialiste de l’art religieux du Moyen Âge, plus particulièrement l’architecture et la sculpture d’inspiration romane, Gérard Fleury est décédé en 2023

http://academie-de-touraine.com/wp-content/uploads/2021/03/Les-all%C3%A9gories-des-arts-lib%C3%A9raux-R.pdf

—MÂLE ( Émile), 1899, L’art religieux du XIIIe siècle, Paris, 1899, p. 102-117.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9326593/f114.item

—MÂLE ( Émile), « Les arts libéraux dans la statuaire du moyen âge », Revue archéologique, T. 17, 1881, p. 334- 346. Cité par G. Fleury

—VERDIER (Philippe), 1967, "L’iconographie des arts libéraux dans l’art du Moyen Âge jusqu’à la fin du quinzième siècle". Verdier, P. In Arts libéraux et philosophie au Moyen Âge. Actes du 4e congrès international de philosophie médiévale (Montréal, 1967), pages 305–332. Montréal, 1969. Non consulté.

— VIOLLET-LE-DUC , Dictionnaire raisonné…, tome II, article « Arts libéraux »

https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle/Arts_(lib%C3%A9raux)

"  Une des plus belles collections des arts libéraux figurés se voit au portail occidental de la cathédrale de Laon (de 1210 à 1230), dans les voussures de la grande baie de gauche, au-dessus du porche. Là, les figures sont au nombre de dix.

La première, à gauche, représente la Philosophie ou la Théologie. Cette statuette tient un sceptre de la main gauche, dans la droite un livre ouvert ; au-dessus un livre fermé. Il est à présumer que le livre fermé représente l’ancien Testament, et le livre ouvert le nouveau. Sa tête n’est pas couronnée comme à Sens, mais se perd dans une nuée ; une échelle part de ses pieds pour arriver jusqu’à son col, et figure la succession de degrés qu’il faut franchir pour arriver à la connaissance parfaite de la reine des sciences. La seconde, au-dessus, représente la Grammaire . La troisième, la Dialectique ; un serpent lui sert de ceinture. La quatrième, la Rhétorique . La cinquième, l’Arithmétique ; la statuette tient des boules dans ses deux mains.

La première figure à droite représente la Médecine (probablement) ; elle regarde à travers un vase . La seconde, la Peinture ; c’est la seule statue qui soit figurée sous les traits d’un homme dessinant avec un style en forme de clou, sur une tablette pentagonale. La troisième, la Géométrie. La quatrième, l’Astronomie. Il est à propos de remarquer que le disque que tient cette statue de l’Astronomie est coupé par un double trait brisé ; même chose à Sens. À Chartres, des anges tiennent également des disques coupés de la même façon. Est-ce une manière de figurer les solstices ? C’est ce que nous laissons à chacun le soin de découvrir.

La cinquième, la Musique. "

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Published by jean-yves cordier - dans Arts libéraux. XIIIe siècle

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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