L'église Saint-Cuffan de Pluguffan (29) : les vitraux du XVIe siècle (fragments d'une Crucifixion, vers 1525-1530), le porche sud (1587) et le calvaire du XVIe siècle.
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I. LES VITRAUX DE LA BAIE AXIALE : ÉLÉMENTS D'UNE CRUCIFIXION DE 1525-1530.
PRÉSENTATION.
L'église possédait en sa maîtresse-vitre une Crucifixion dont il ne persiste que des fragments. Ceux-ci ont été restaurés en 1938 par Jean-Jacques Gruber et accompagnés de vitreries colorés par l'atelier Rault. L'un des panneaux originaux, comprenant les têtes des personnages assistant au drame, a été détruit en 1958 mais a été restitué plus récemment.
Cette verrière avait été restaurée et complétée en 1846 par Guillaume Cassaigne, qui est l'auteur du tympan (croix de Malte, étoiles, triangle symbolique).
La baie mesure 3,90 m de haut et 2,00 m de large et est divisée en trois lancettes trilobées et un tympan à une rose.
On lira dans les références bibliographiques la description et l'analyse du maître-verrier quimpérois Jean-Pierre Le Bihan.
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—Voir les 29 Passions des verrières du Finistère au XVIe siècle dont beaucoup sont attribuées à l'atelier Le Sodec à Quimper. Le Corpus Vitrearum VII permet d'en dresser une chronologie :
3e quart XVIe siècle (vers 1560), Quéménéven église Saint-Ouen : Attribuable à l'atelier Le Sodec . Cartons communs (Le Bihan) avec Guengat, Gouezec et Guimiliau, ou La Martyre et La Roche-Maurice (Gatouillat). Larmes de compassion (une seule femme). Pas d'inscription ni de verres gravés.
3e quart XVIe siècle Tréguennec ; Attribuable à l'atelier Le Sodec. 5 lancettes dont une Grande Crucifixion centrale.
3e quart XVIe siècle : Ploudiry. 3 lancettes consacrées à une Grande Crucifixion, proche de celles de La Roche-Maurice, La Martyre, etc.
4e quart XVIe : Pont-Croix. Attribuable à l'atelier Le Sodec. 6 lancettes de la Vie du Christ à un couple de donateurs (Rosmadec).
La maîtresse-vitre de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
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La lancette centrale.
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La maîtresse-vitre de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
La maîtresse-vitre de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
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Le Christ en croix (vers 1525-1530).
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Seuls sont anciens la tête et les bras du Christ, avec le fond rouge, la croix, l'inscription INRI ainsi que les lances, les bannières et hallebardes, tandis que le torse et le perizonium (pagne) ont été complétés.
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La maîtresse-vitre de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
La maîtresse-vitre de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
La maîtresse-vitre de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
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Le panneau inférieur : tête des spectateurs de la Crucifixion (soldats) , 1958.
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La maîtresse-vitre de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
La maîtresse-vitre de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
La maîtresse-vitre de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
La maîtresse-vitre de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
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Les lancettes latérales : deux profils féminins (vers 1525-1530).
Ces deux femmes levant la tête pourrraient être des saintes femmes au pied de la croix.
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Lancette A (à gauche) : un profil très restauré.
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La maîtresse-vitre de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
La maîtresse-vitre de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
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Lancette C (à droite) : femme levant la tête, de profil .
Ce personnage évoque celui de Marie-Madeleine agenouillée au pied de la Croix, avec ses cheveux blonds dénoués, sur les Crucifixions finistériennes du XVIe siècle.
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La maîtresse-vitre de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
La maîtresse-vitre de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
La maîtresse-vitre de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
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Photos de complément.
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L'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
L'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
L'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
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II. LE PORCHE SUD (1587).
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Porche sud (1587) de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
Porche sud (1587) de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
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Le porche est voûté d'ogives. La porte cintrée est surmontée d'une accolade gothique à feuilles d'acanthe et fleuron tandis que les piédroits sont prolongés par des pinacles. Un dragon ailé, à gauche, et un homme au visage cadavérique tenant un rameau, à droite, retiennent notre attention.
Nous pouvons rapprocher ce décor sculpté de celui du porche sud de l'église de Guengat (à moins de 10 km au nord). On y trouve un dragon ailé, et un personnage brandissant un rameau, très semblables à ceux de Pluguffan.
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Porche sud (1587) de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
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À gauche, un dragon ailé.
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Porche sud (1587) de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
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À droite, un personnage (la Mort ?) tenant un rameau.
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À Guengat, j'avais considéré son homologue comme un ange tenant un glaive enflammé. Ici, dans la même posture horizontale, le personnage aux yeux caves et au visage stylisé en crâne, évoque la Mort. Tient-il un rameau, une torche, ou un glaive de feu ?
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Porche sud (1587) de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
Porche sud (1587) de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
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III. LE CALVAIRE DU XVIe SIÈCLE.
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Ce calvaire situé à gauche de l'entrée, sur l'ancien cimetière, est daté du XVIe siècle par Yves-Pascal Castel. Je me rapprocherais d'avantage de l'avis de René Couffon, qui le date de la fin du XVe ou début du XVIe siècle.
En effet, je remarque une scène du Jugement Dernier qui se retrouve sur les calvaires finistériens du XVe (Tronoën, Notre-Dame de Châteaulin, Argol).
Il n'est plus "orienté", c'est-à-dire avec le Crucifix tourné vers l'ouest.
Il mesure 4,50 m de haut et est en granite.
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Cliché Breizh up 2016
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Croquis Yves-Pascal Castel 1980
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Au dessus du fût à pans, un "chapiteau" octogonal est sculpté d'une Sortie du Tombeau en face principale (jadis côté ouest) et d'un Jugement dernier de l'autre côté.
Puis vient la Croix, élément monolithique à quatre faces dont la base cubique présentant le Crucifié, entouré des larrons, puis sur la face opposée la Vierge de Pitié, sur une console.
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Le Christ en croix et la Sortie du tombeau.
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Calvaire de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
Calvaire de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
Calvaire de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
Calvaire de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
Calvaire de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
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La Vierge de Pitié et le Jugement dernier.
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Calvaire de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
Calvaire de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
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Le Jugement dernier.
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C'est l'élément le plus intéressant à mes yeux, en raison de sa rareté dans le décor des calvaires bretons, mais paradoxalement, la scène a échappé aux différents auteurs.
Malgré la dégradation du granite, on le reconnaît par la partie basse et centrale : une boule surmontée d'un demi-cercle : cette boule est la Terre (le Monde) et le demi-cercle est l'arc-en-ciel.
On reconnaît alors le thème largement représenté dans les peintures et enluminures, du Christ du Jugement dernier, assis sur l'arc-en-ciel (rappel de l'arche de l'Alliance), Christ ressuscité, vêtu du manteau glorieux et montrant ses plaies en plaçant ses paumes vers le spectateur.
Rogier van der Weyden Jugement Dernier, 1443-1452, retable des Hospices de Beaune. Photo lavieb-aile.
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Calvaire de l'église de Pluguffan. Photographie lavieb-aile juin 2023.
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Sur ce calvaire de Pluguffan, le Christ du Jugement (ou de la Parousie) est encadré par deux anges tourné vers lui et tenant une lance et un étendard.
Voir également le même thème sur le calvaire de Tronoën (1450-1470), où il est plus difficile à discerner (voir le croquis) sur le registre inférieur de la face sud :
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Calvaire de Tronoën en Saint-Jean-Trolimon. Photo lavieb-aile.
"Le choeur a deux bas-côtés dont chacun est formé de colonnes avec chapiteaux ornés de sujols grossièrement exécutés, et d'arcades toujours dans le même style. Le vitrail du chevet, belle et grande fenêtre ogivale du XVème siècle, est très élégant de forme : la partie supérieure est composée d'une rosace ; la partie inférieure est divisée par deux meneaux formant trois baies trilobées, dont les vitraux représentent Notre-Seigneur en Croix, la Vierge et saint Jean. Au fond du choeur, se dresse le maître hôtel en marbre blanc, d'exécution récente, et dont le devant est orné d'un médaillon sur lequel repose l'agneau nimbé. Les coins de l'autel sont garnis d'anges adorateurs. Les deux autels des bas-côtés ornementés dans le style du XVIIIème siècle se trouvent placés sur le même plan."
"La plus ancienne des croix du cimetière remonte à la fin du XVIème siècle ; les deux larrons, les principaux personnages et instruments de la passion y sont représentés. "
—CASTEL (Yves-Pascal), 1980, Atlas des croix et calvaires du Finistère.
2464. Pluguffan, église no 1, g. 4,50 m. XVIè s. Trois degrés. Socle octogonal allongé. Fût à pans, chapiteau historié: Christ ressuscité, au revers, Christ lié. Croix, branches rondes, larrons appuyés de chaque côté, crucifix, Vierge de Pitié. [YPC 1980]
ÉGLISE SAINT-CUFFAN (C.) Elle comprend une nef de quatre travées avec bas-côtés séparée par un puissant arc diaphragme d'un choeur de deux travées avec bas-côtés. Au droit de la quatrième travée de la nef, deux chapelles en ailes forment faux transept. Le clocher est construit sur l'arc diaphragme. Reconstruite presque totalement au XVe siècle et agrandie au XVIE siècle, elle conserve d'un édifice antérieur les quatre arcades séparant le choeur de ses bas-côtés; celles-ci sont très nettement inspirées de Languidou en Plovan et datent du XIIIE siècle. En 1847, l'architecte Joseph Bigot allongea la nef d'une travée et reconstruisit la façade ouest.
Le remplage de la fenêtre axiale, des premières années du XVe siècle, est identique à celui éclairant le bas-côté de la façade ouest des Carmes de Pont-l'Abbé et très proche de ceux des fenêtres axiales de Beuzec-CapCaval, de Tronoën et de Lanvern.
Le clocher, à un beffroi sans galerie, est amorti par une haute flèche octogonale; sa tourelle d'accès est semblable à celle de Saint-Germain en Plogastel. D'après l'inscription du linteau de la chambre des cloches, il a été construit en 1558. Foudroyé en 1841, il a été remonté en 1855-1856, d'après les comptes de fabrique, par Bertran, maître maçon, et Hervé Marc'hadour, maître charpentier.
Le porche, surmonté d'une salle de délibérations, est voûté sur ogives avec liernes longitudinale et transversale; il porte la date de 1587.
La nef obscure est lambrissée; ses grandes arcades en tiers-point aigu pénètrent directement dans les piliers. Pas de sablières ni d'entraits. Mobilier Contre le chevet plat, autel latéral à décor de fleurs et de fruits.
- Transept nord, autel en bois polychrome, surmonté d'un retable à pilastres. Confessionnal à demi-dôme style XVIIIe siècle. Statues en bois polychrome : Vierge à L'Enfant et saint Cuffan dans les niches du chevet, Christ en croix, autre Vierge à L'Enfant, saint Blaise, saint Sébastien.
Vitraux : Au chevet, panneau du Christ en croix, provenant d'une Crucifixion ancienne. - Dans le transept, deux vitres des ateliers Lobin : le Sacré-Coeur (1892) : et la Vierge du Rosaire (1895).
* Porte monumentale d'entrée du placitre (C.). De style gothique, elle date de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle. Calvaire de la même époque (C.) : larrons en bas-relief sous les bras du Christ.
— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les vitraux de Brtetagne, Corpus vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes edition, page 165.
— LE BIHAN (Jean-Pierre), 20 mars 2008, blog. "Pluguffan les restes d'une Passion et deux Sibylles".
II s'agit des restes d’une Passion, qui a été restaurée en 1641, puis en 1841, après la chute du clocher, puis par le peintre vitrier Quimpérois Cassaigne,auteur du tympan. En 1935, apport de vitrerie sur les lancettes.
Les deux autres panneaux avec des Sibylles peuvent provenir d’une autre baie.
Après la chute du clocher, la vitre aux armes de Coatfao est trouvée dans les décombres. Le recteur Michel Riollay l’avait toujours vu à la fenêtre du chevet. Ces armoiries n'ont pas reparues!
Autres travaux sur les vitraux de l'église, certains sans spécification du lieu : En 1618, restauration d’Ambroise Le Garo, peintre vitrier à Quimper. En 1630, Claude Conan répare les vitraux.En 1632, remise en plomb des vitres de monsieur saint Blaise ( bras sud du transept)et aveu d'avoir fait de neuf la grande vitre; Coût 27 livres 4 sols, plus en collation au vitrier et à son garçon, 1 livre et 11 sols.
DESCRIPTION DE LA MAITRESSE VITRE
Baie à 4 lancettes trilobées de 3 panneaux de 58x180 et un réseau composé de 2 trèfles, 4 écoinçons et 6 quadrilobes entourant un oculus à 6 lobes.
Restauration par le peintre vitrier Quimpèrois Cassaigne, en 1841, des éléments du vitrail XVIe ainsi que la fourniture de la vitrerie blanche des lancettes et le montage kaléidoscope du réseau
Cette vitrerie blanche est remplacée un peu plus tard par une vitrerie géométrique de couleurs.
Dans ce réseau, triangle blanc de la Sainte Trinité, d’où partent six rayons blancs sur fond violet. Dans les quadrilobes, croix de Malte sur fond violet, marguerite blanche à centre rouge sur rond violet et quatre points rouges sur fond blanc à rayons, étoile blanche à 4 pointes cintrées terminée par perles blanches sur fond bleu clair, étoile rouge à cinq branches sur fond blanc et rayons rouges dans lobes sur fond violet.
Les éléments XVIe
Ils se résument à une Crucifixion composée du Christ en croix entouré de 6 personnages et à 2 sibylles. Le Christ a des bras très réduit lors des diverses restaurations, dont une au XIXe par Cassaigne, cité plus haut,
Une dépose est signalée en 1938, et ces éléments resteront plusieurs années sur Paris avant d’être reposés après restauration en 1955.
Quant au buste intacte jusqu’en 1958, la pièce détruite par vandalisme fut refaite par l'atelier parisien de Jean-Jacques.Gruber en 1980.
La tête du Christ
Elle est présentée de face , un peu penchée sur sa droite et est bien plus ancienne que celles des personnages qui l’accompagnent.
Les yeux sont demis clos, les sourcils relevés, la bouche fine est entrouverte,
le menton disparaît sous une barbe banche à une seule pointe,
les cheveux tombent sur les épaules, une couronne d’épines le coiffe, sa croix est fait d’un bois arrondi. Le titulus INRI est ici un court phylactère.
Au dessous, il a été posé des pieds aux Christ; Il s'agit des siens, mais non percés, provenant probablement d’une descente de croix, d'époque plus tardive, scène reconnaissable aux barreaux de l'échelle éléments d’une échelle.
Les personnages de la Passion.
Sur la gauche, un personnage de trois quart droite moustache en pointe, chapeauté, lève son visage vers le Christ. De sa main gauche, il pose une question tandis que la droite est ouverte comme s’il avait reçu quelque chose. Il s’agit probablement de Longin.
Près de lui, un personnage a le visage de face, un peu écrasé, un troisième se montre derrière lui. Sur la droite des pieds, du Christ, on voit ,de profil gauche, un visage d’homme au turban, aux nez crochu de juif, à la bouche ouverte surmontée d’une moustache. Lui aussi regarde le Christ.
Derrière deux autres hommes semblent se parler. Une lance à la quelle est accroché un pavillon avec SPQR se pointe sous le bras droit du Christ, de l’autre côté, un bambou porte bien droit une éponge.
Ces témoins de la Crucifixion fin XVIe aux sourcils « à la banane » peuvent être rapprochés des soldats de la Passion de Gouézec, mais sans barbe. Ils peuvent nous rappeler les joueurs de flûte dans « la Danse » de Breughel.
Les sibylles.
Les deux personnages féminins sont agenouillés , le visage de profil, richement vêtus . Prophétesses païennes, en vogue aux XV et XVIe siècle, elles sont inspirées de Dieu lorsqu’elles rendent leurs oracles relatives à la venue de Jésus et à sa Passion.
La fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern : buste de Christ en croix, saint Marc en évangéliste, saint Nicolas, kersantite, XVIe siècle .
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PRÉSENTATION.
Dans la descente de la rue de la Gare à Plomodiern, sur la droite juste après l'intersection avec la rue de la fontaine, l'automobiliste aperçoit, souvent trop tard, un édicule flanqué de statues en kersanton.
La fontaine se trouvait jadis de l'autre côté de la rue.
La carte IGN indique au nord une station de pompage, au sud une station d'épuration, donc la fontaine devait être alimenter par le petit ruisseau qui se jette dans la rivière de Kerharo.
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Les statues de kersanton ont été manifestement rassemblées ici à partir d'un autre lieu. Un buste de Christ provient d'un calvaire, et les deux autres statues de saint pourraient en provenir également, occupant le soubassement.
Le calvaire près de l'église, du XVe siècle, a déjà été décrit sur ce blog.
Je ne trouve pas beaucoup de documentation sur ces statues. Emmanuelle Le Seac'h ne les mentionne pas. Yves-Pascal Castel dans son Atlas des croix et calvaires du Finistère, signale seulement, à juste titre, le buste du Christ, et le date du XVIe siècle. Il en relève le schéma.
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Jacques Thomas (Plomodiern en Porzay, 1966, p.101) indique la date de la fontaine en 1841 , et la présence des statues "en granit" des saints Marc et Nicolas.
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Un dossier de Claudie Boissé pour l'Inventaire général IA00005885 date de 1969. Il donne quatre clichés, ainsi que les mensurations de l'édicule, puis reprend la date de construction en 1841 "remlployant des sculptures de provenance inconnue".
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La fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern : buste de Christ en croix, saint Marc en évangéliste, saint Nicolas, kersantite, XVIe siècle . Photographie lavieb-aile 2023.
La fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern : buste de Christ en croix, saint Marc en évangéliste, saint Nicolas, kersantite, XVIe siècle . Photographie lavieb-aile 2023.
La fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern : buste de Christ en croix, saint Marc en évangéliste, saint Nicolas, kersantite, XVIe siècle . Photographie lavieb-aile 2023.
La fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern : buste de Christ en croix, saint Marc en évangéliste, saint Nicolas, kersantite, XVIe siècle . Photographie lavieb-aile 2023.
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SAINT MARC ÉVANGÉLISTE AVEC SON LION. Kersantite, XVIe siècle.
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Le saint est assis, écrivant grâce à un stylet son évangile qui est posé sur ses genoux ; il tient l'encrier de la main gauche. Un phylactère (sur lequel était peut-être inscrit l'incipit) débute dans la gueule de son lion et entoure ses jambes.
Il est barbu, porte un chapeau rond à rabat éversé au centre et à fanons (intermédiaire entre un bonnet carré de docteur et une mitre) et une chape sur une tunique fermée sous le menton par un bouton réunissant les bords d'une courte fente.
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Le calvaire de la chapelle Saint-Exupère comporte, au pied de la croix, un Saint-Marc évangéliste à la fois comparable, et différent.
La fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern : saint Marc en évangéliste, kersantite, XVIe siècle . Photographie lavieb-aile 2023.
La fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern : saint Marc en évangéliste, kersantite, XVIe siècle . Photographie lavieb-aile 2023.
La fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern : saint Marc en évangéliste, kersantite, XVIe siècle . Photographie lavieb-aile 2023.
La fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern : saint Marc en évangéliste, kersantite, XVIe siècle . Photographie lavieb-aile 2023.
La fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern : saint Marc en évangéliste, kersantite, XVIe siècle . Photographie lavieb-aile 2023.
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. LE CHRIST EN CROIX, FRAGMENT D'UN CALVAIRE. Kersantite, XVIe siècle.
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Il est couronné d'épines à spires régulières et parallèles, la tête inclinée, les yeux clos, la bouche entrouverte. La barbe est peignée, les cheveux sont longs tombant en mèche devant l'épaule droite et derrière l'épaule gauche.
Le tronc et le bassin forment un cylindre, les cotes sont horizontales, le nombril est en large bouton. Le pagne est croisé sur l'avant.
La plaie du flanc est visible mais tend à se confondre avec la ligne des cotes.
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Christ en croix, kersantite, XVIe siècle, fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern . Photographie lavieb-aile 2023.
Christ en croix, kersantite, XVIe siècle, fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern . Photographie lavieb-aile 2023.
Christ en croix, kersantite, XVIe siècle, fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern . Photographie lavieb-aile 2023.
Christ en croix, kersantite, XVIe siècle, fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern . Photographie lavieb-aile 2023.
Christ en croix, kersantite, XVIe siècle, fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern . Photographie lavieb-aile 2023.
Christ en croix, kersantite, XVIe siècle, fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern . Photographie lavieb-aile 2023.
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. SAINT NICOLAS EN ÉVÊQUE ET LES TROIS ENFANTS DANS LE SALOIR. Kersantite, XVIe siècle.
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Saint Nicolas est représenté en évêque mais la main droite (qui bénit) et la crosse sont brisés et perdus. La tête brisée a été rescellée, les traits du visage sont particulièrement altérés. Les pans de la chape sont réunis par un fermail orné d'un médaillon et de deux fleurons, au dessus d'une dalmatique frangée.
Les trois enfants (ou jeune gens) sont nus et se réveillent à la vie en levant leurs bras.
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Saint Nicolas, kersantite, XVIe siècle, fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern . Photographie lavieb-aile 2023.
Saint Nicolas, kersantite, XVIe siècle, fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern . Photographie lavieb-aile 2023.
Saint Nicolas, kersantite, XVIe siècle, fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern . Photographie lavieb-aile 2023.
Saint Nicolas, kersantite, XVIe siècle, fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern . Photographie lavieb-aile 2023.
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Le panonceau.
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Panonceau de la fontaine Saint-Mahouarn de Plomodiern. Photographie lavieb-aile 2023.
Emmanuelle Le Seac'h, dans le Catalogue raisonné de Sculpteurs sur pierre de Basse-Bretagne (p. 317), attribue les calvaires de Rumengol et de Plomodiern au Premier atelier ducal du Folgoët (1423-1468), tout comme les vestiges du calvaire disparu du Folgoët (vers 1443), dont il ne reste que les statues du cardinal Alain de Coëtivy et de son saint patron.
Elle donne une description si précise de ce calvaire de Plomodiern que je ne peux que la reproduire.
"Le calvaire de Rumengol a inspiré celui qui se trouve à coté de l'église de Plomodiern dans l'évêché de Cornouailles. Il est à dater de la même période, soit entre 1433 et 1457. Le sculpteur du Folgoët produit ici un second calvaire très ressemblant du point de vue stylistique même s'il est dépourvu de larrons. Les deux structures, par contre, varient. L'emmarchement est constitué ici de trois degrés, soit un de plus qu'à Rumengol. Le socle cubique reçoit un fût rond alors qu'il est à pans coupés dans cette dernière paroisse. Il supporte un bloc monolithique avec une Crucifixion traditionnelle sur l'avers avec des fleurons carrés. Ils sont formés de végétaux à Rumengol. "
Malgré la présence au revers d'un Christ du Jugement assis sur un arc-en-ciel, sujet très rarement représenté sur les calvaires sauf à Argol et à Châteaulin, elle réfute l'attribution de ce calvaire à un "Maître de Châteaulin" (Castel 1980) auteur du calvaire du XVe siècle de la chapelle Notre-Dame de Châteaulin. Et elle date le calvaire d'Argol de 1593, plus d'un siècle plus tard.
L'existence d'un dais gothique, rectangulaire à accolade, coiffant le sommet de la croix se retrouve à Rumengol, à Châteaulin, à Argol, et à Plougoulm.
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I. LA FACE PRINCIPALE : LE CRUCIFIX, LA VIERGE ET SAINT JEAN. LA VIERGE DE PITIÉ.
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Le calvaire a été déplacé, car son emplacement actuel, au nord-est de l'église, dans un terre-plein quadrangulaire adossé à un hangar, est pour le moins inhabituel.
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Photo Geoportail
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De plus, il n'est plus orienté, au sens médiat du terme, "tourné vers l'orient" ou plutôt, avec la face principale portant le Christ mort sur la croix face à l'occident, au soleil couchant, tandis que la face opposée portant le Christ ressuscité revenant juger "les vivants et les morts" se tourne vers la direction du lever du soleil et du renouveau.
Des cartes-postales le montrent jadis sur un terre-plein plus vaste, la "place centrale", devant le chevet et situé dans l'axe O-E de l'église.
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Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.
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La face principale, orientée sud-est pour faire face au parking, et souvent ombragée, porte le Crucifié sous le dais gothique, entouré de sa mère Marie et de son disciple préféré Jean, Jean l'évangéliste.
On portera son attention au caractère monolithique du calvaire, au fait que la croix avec sa traverse ne forme qu'un seul bloc, où le Christ est sculpté sur le fût, et que les saints personnages ne sont pas des statues indépendantes placées sur les bras d'un croisillon, mais qu'elles sont ancrées sur un arc, celui qui, de l'autre côté, se révélera comme l'arc en ciel du Jugement.
Le pagne flottant du Crucifié, les cheveux tombants sur les épaules et la couronne tressée sont identiques à ce qu'on observe à Rumengol.
Le titulus n'est pas gravé, les lettres INRI devaient être peintes. Les fleurons de la traverse sont rapportés.
Le calvaire de Rumengol en comparaison :
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Calvaire de Rumengol, Le Faou.
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Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.
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La Vierge plongée dans le chagrin montre un visage souffrant sous le voile du manteau. Les mains sont croisées sur la poitrine. Elle ne porte pas cette élégante robe ajustée, ce travail des plis et les pans cassés du voile qui, à Rumengol, attirait le regard.
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Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.
Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.
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De même, saint Jean n'a pas la finesse d'expression du visage, la posture souple et la recherche vestimentaire de Rumengol. La Vierge et Jean sont figés dans une posture hiératique. D'ailleurs, le grain du kersanton est moins fin et plus sombre. Globalement, c'est une œuvre de moins belle facture, et, ceci étant peut-être lié à cela, on n'y trouve pas l'écu en bannière aux armes d'un haut officier ducal comme à Rumengol.
Saint Jean tient son Livre (Evangile selon saint Jean) et lève la main droite pour nous en présenter la paume : ce geste, qui n'est pas une bénédiction, témoigne de sa réaction d'émotion participative face au drame de la Crucifixion : on pourrait imaginer qu'il s'associe à un léger recul du corps, par stupéfaction et sentiment d'être dépassé par ce qui se noue et se dénoue par cette mort.
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Mais ce qui est intéressant, c'est le type de coiffure de Jean, qui forme, au dessus d'un front dégarni, une couronne de rayons semblable à un soleil stylisé. En observant mieux, ces rayons sont des cônes torsadés comme des macarons, exactement comme à Rumengol, reprenant là une des caractéristiques les plus frappantes du Maître du Folgoët pour la chevelure des anges, notamment au Folgoët, sur le portail sud de Quimper ou de Saint-Herbot.
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Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.
Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.
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L'un des motifs les plus singuliers, parmi l'ensemble des calvaires bretons, de celui de Plomodiern, c'est la Vierge de Pitié. En effet, le voile de Marie forme un dôme qui se prolonge à droite vers le socle de Jean et vers la gauche pour couvrir dans un englobement tendre, l'épaule du Fils. Ce voile fait corps avec la Croix comme s'il en était une expansion mystique assurant protection de sollicitude à la Mère.
Là dessous, comme sous un pavillon, la tête et le corps de la Vierge dessine un petit personnage très fin. Une main se pose maternellement sur la cuisse , l'autre sur l'épaule du Crucifié.
Celui-ci, étendu sur le socle en demi-sphère, ne montre pas clairement ses plaies. Mais, point remarquable, ses cheveux forme une longue tresse, mais pas exactement une couronne d'épines, en reprenant le style du sculpteur du Folgoët avec ses mèches torsadées.
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Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.
Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.
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II. LA FACE SECONDAIRE : LE CHRIST DU JUGEMENT.
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C'est une très belle figure, qui confère au calvaire toute sa valeur. Valeur thématique, nous l'avons vu, puisque ce Christ du Jugement vêtu du manteau glorieux et exposant les plaies de ses mains, de ses pieds et de son flanc en témoignage de sa victoire sur la Mort ne se retrouve pas ailleurs sauf à Argol et Châteaulin.
Valeur esthétique puisque l'équilibre de la composition de sa station assise sur l'Arc-en-ciel (sa Parousie est un évènement cosmique) et les pieds sur la demi-sphère du Monde est parfaitement réussi.
"Au revers, le Christ du Jugement Dernier est assis en majesté sur un arc-en-ciel. Il est drapé d'un manteau fermé sous le cou, les plis formant tablier sur le devant : il laisse à découvert son ventre rond au nombril creux. Il lève les bras, les coudes collés au corps, montrant ses plaies. Son visage est carré, aux traits nets et francs, le nez droit, les yeux ourlés de doubles paupières. Les lèvres sont entrouvertes. Les cheveux sont méchés et ondulés, séparés en deux au milieu du crâne. Les grandes oreilles à l'anthélix très large ressemblent elles aussi à celles que réalisent ordinairement le maître du Folgoët. Le cou épais et les lèvres fines sont semblables à ceux de la Vierge à l'Enfant du calvaire de Rumengol. Ici aussi, l'œuvre parait inachevé. Le cou n'est pas complètement dégagé de sa gangue de pierre." (E. Le Seac'h p. 94)
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On remarque un trou, sur le socle, où un accessoire (orbe terrestre ?) devait être fixé.
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Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.
Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.
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Comparaison avec le Christ du Jugement de Châteaulin :
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Calvaire (kersantite, XVe siècle) de l'église Notre-Dame de Châteaulin. Photographie lavieb-aile.
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SOURCES ET LIENS.
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—CASTEL (Yves-Pascal), 1980, Atlas des croix et calvaires du Finistère.
1606. Plomodiern, église no 1, g. k. 4,50 m. XVè s. Deux degrés. Socle octogonal. Fût rond, petites griffes en haut. Croix monolithe à branches rondes, fleurons carrés, dais, crucifix, Jean, la Vierge, Pietà sous les pieds du crucifix, Christ du Jugement. [YPC 1980]
—COUFFON (Renné), LE BARS (Alfred), 1988, notice sur Plomodiern, Nouveau répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper
". Près de l'église paroissiale, la croix qui rappelle l'ancien cimetière, est remarquable par la finesse du travail. Au haut d'un long fût elle présente un dais de couronnement comme celle de Kroaz Paol en Lampaul-Guimiliau. En avant le Christ en croix entre Saint Jean et une sainte femme ; à ses pieds une Pieta. En arrière un Ecce homo. Cette croix est du début du 19' siècle."
2. Au milieu du cimetière, la grande croix qui domine les tombes est du modèle ordinaire des ateliers de Landerneau il y a 70 ans. On y lit : 1875, Celton recteur, Balcon Maire, S. Colin Trésorier. Elle rappelle la bénédiction du nouveau cimetière."
Fragments d'un calvaire (statue géminée de Jean et Pierre) et statue d'un évêque, sculptées par Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650, restitués par les Douanes à la commune de Crozon.
En 2014, dans Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, Emmanuelle Le Seac'h publiait le catalogue raisonné du sculpteur du Roi Roland Doré, actif, exclusivement dans la taille du kersanton de 1618 à 1663 à Landerneau pour plus de 82 paroisses, principalement de Cornouailles et du Léon. Elle dénombrait 89 statues pour 25 paroisses, parmi lesquelles 54 apôtres sous les porches, et les personnages d'une petite centaine de croix et calvaires, mais aussi des fontaines, des fonts baptismaux et des gisants.
Pour les calvaires, elle prenait pour type celui de Seven-Léhart et ses 18 personnages. Je renvoie à ma description qui permettra de comparer les deux statues présentées ici.
Dans un paragraphe "Vestiges de croix et clavaires", elle écrivait : "Dans les presbytères (Cast, Châteaulin, Crozon, Douarnenez-Tréboul), ossuaires (Pleyben, Sizun), les vestiges de croix disparues ne manquent pas." Précisément, page 341, elle mentionnait:
Crozon. Presbytère. Vestige de calvaire, saint Pierre, kersanton.
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Néanmoins, cette statue de saint Pierre n'était pas mentionnée dans le remarquable Atlas des croix et calvaires du Finistère d'Yves-Pascal Castel, premier vulgarisateur (après R. Couffon, cf. bibliographie) enthousiaste de l'œuvre de Roland Doré.
Lorsque j'ai dressé pour ce blog mon inventaire photographique commenté de ce corpus, à partir de 2017, je me suis rendu au presbytère de Crozon, mais celui-ci était en travaux pour une restauration approfondie, et je n'ai pas pu consacrer à ce patrimoine de Crozon un article sur ce saint Pierre, dont aucune description et aucune photographie n'était alors disponible.
Mais le 15 février 2022, les Douanes françaises restituaient à la commune deux statues de kersanton, dont l'une, géminée, était consacrée aux saints Jean et Pierre, et l'autre à un saint évêque. Voir ANNEXE.
Dés lors, cette statue "de saint Pierre" signalée par E. Le Seac'h se révélait appartenir à un calvaire (les statues géminées, sculptées d'un personnage différent sur chaque face, ne sont présentes que sur les calvaires), ce qui affirmait — donnée ignorée— l'existence d'un calvaire à Crozon, sans doute dressé au milieu du cimetière de l'église... Saint-Pierre.
Mais aucune trace de ce calvaire n'est conservée. Parmi les 13 croix et calvaires de la presqu'île, deux (croix de Saint-Gildas et croix de Run Leïdez) dateraient du XVe siècle. Le calvaire de Tal ar Groas est le mieux conservé, et j'ai attribué sa Vierge de Pitié en kersanton à l'atelier Prigent de Landerneau (1527-1577).
On peut parier que ce calvaire suivait les canons habituels : la statue géminée était placée, sur un croisillon, à gauche du Christ en croix, tournée pour présenter vers l'ouest la représentation de saint Jean tandis que la Vierge éplorée occupait le bras droit du croisillon. Vu du côté opposé qui était tourné vers l'est, on voyait saint Pierre sur la gauche tandis que, dans le dos de la Vierge, un autre personnage , sans doute Marie-Madeleine tenant le flacon d'aromate, était présent.
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Repère chronologique pour l'église de Crozon.
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L'église actuelle date de 1900, et le clocher de 1866. Elle succéda à un édifice du XVIe siècle dont elle conserve le porche sud. Sous la tour du clocher on lit une inscription de 1602 (A.P. KERAUDREN FABRIQUE / A. SENECHAL P. ANIBRAS R. GALLOU ) et sur le campanile une inscription de 1615 ( H. LE DU FABRIQUE . J : LE BRAZ . BE : GRENOU L'AN 1615).
L'objet le plus ancien est le reliquaire des dix-mille martyrs, daté du premier quart du XVIe siècle (il a été fait faire par "Gouzien", et on sait que Hervé Gouzien était recteur de Crzozon en 1516). Sans doute à la même époque fut réalisé le retable des dix-mille martyrs.
Des missions du Père Maunoir ont été prêchées entre 1654 et 1683, et le père Julien Maunoir a alors composé un Cantiques des Dix-mille martyrs.
Le retable du Rosaire a été exécuté par Maurice Le Roux en 1664.
L'orgue a été réalisé à Quimper par Thomas Dallam vers 1680-1690.
La chaire de 1679-1680, faite par Louis Bariou et son gendre, menuisiers à Quimper, est également conservée, avec ses panneaux dédiés à la vie de saint Pierre.
Les fonts baptismaux en granite porte la date de 1742.
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Un inventaire patrimonial de 1978 par Louis Calvez.
En 1978, le recteur Louis Calvez a dressé un inventaire des biens patrimoniaux de l'église et des chapelles de la presqu'île. Il n'y décrit ni calvaire, ni fragment de calvaire, ni statue de saint Pierre ou de saint Jean en kersanton... mais il signale un saint évêque en kersanton à la sacristie, mesurant 70 cm de haut.
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Présence des statues à l'Arc-en-Ciel ?
Certains se souviennent d'avoir vus ces statues dans le local de l'accueil paroissial L'Arc-en-Ciel, construit vers 1990 à côté du presbytère.
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Stockées pendant les travaux.
Pendant les travaux de restauration du presbytère, les statues ont été stockées dans un hangar adjacent au bâtiment. C'est là qu'elles furent dérobées, sans qu'on s'en aperçoive : le vol n'avait pas été ni constaté ni signalé lorsque les Douanes les retrouvèrent.
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VUE D'ENSEMBLE.
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Les deux statues sont photographiées ici placées, le temps de ces clichés, contre le mur nord de l'église.
La statue géminée porte les marques blanches en disques de lichens incrustants, qui témoignent d'un séjour à l'extérieur.
Le kersanton (kersantite, bien différent du granite qui s'altère avec le temps), gris sombre, est d'un faciès moyen ou fin.
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Statue géminée de Jean et Pierre et statue d'un évêque (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de Jean et Pierre et statue d'un évêque (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de Jean et Pierre et statue d'un évêque (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
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I. LA STATUE GÉMINÉE D'UN CALVAIRE : SAINT JEAN (kersanton, Roland-Doré, milieu XVIIe siècle).
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Les personnages de Roland Doré se reconnaissent à leurs yeux dont l' amande presque losangique est soulignée d'un trait creux et dont les pupilles en drupe sont souvent creusées. Les visages sont ronds au dessus d'un étage inférieur triangulaire à petit menton rond. La bouche, très caractéristique, est fine, figée en demi-sourire énigmatique, avec des commissures creusées en fossettes.
Saint Jean accompagne la Vierge sur les croix et calvaires. Sa gestuelle varie peu : soit les deux mains sont , comme ici, posées sur la poitrine, (Seznec à Plogonnec, N.D de Kerluan à Châteaulin, Commana, Saint-Nicodème à Ploéven (1637), Tinduff à Plougastel, Saint-Vendal à Douarnenez), soit une seule main est sur la poitrine, l'autre étant cachée sous sa tunique (Sainte-Anne-la-Palud à Plonévez-Porzay). Plus rarement, il serre le pan de sa tunique et appuie un livre fermé contre sa poitrine (Coatnan à Irvillac) . Parfois il joint les mains, les doigts entrelacés (Plogonnec) ou il tient un livre dans le creux formé par sa main gauche (Cast, 1660). Sa physionomie est partout similaire. Le seul changement appréciable se voit dans sa chevelure qui est soit lisse (Seznec ou Saint-Pierre à Plogonnec, Commana, Tinduff à Plougastel, à l'ouest de l'église de Plounéour-Ménez en 1641, soit, comme ici, bouclée (Saint-Nicodème à Ploéven en 1637, Coatnan à Irvillac en 1644, Saint-Vendal à Douarnenez (1655) , Sainte-Anne-la-Palud à Ploénevz-Porzay, Saint-Nic, Cast) comme elle l'est sur les gisants. Cette différence dans le traitement de la chevelure se fait d'une manière aléatoire sans que l'on puisse repérer une évolution chronologique : on ne peut en déduire un élément pour dater la statue de Crozon.
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En tout cas, ce saint Jean de Crozon est tout à fait typique, et l'attribution à Roland Doré est évidente. Le creusement des pupilles est moins accentué que pour les deux autres statues, mais est réel.
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Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
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. II. LA STATUE GÉMINÉE D'UN CALVAIRE : SAINT PIERRE (kersanton, Roland-Doré, milieu XVIIe siècle).
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Saint Pierre s'identifie par sa clef et par la houppe de sa calvitie frontale, et, comme apôtre à son livre et à ses pieds nus.
Les pupilles sont très clairement creusées sur des globe en drupe.
Les boutons de la robe, ici au nombre de trois, sont parfois moins nombreux.
Pierre est le saint qui revient le plus souvent sous le ciseau de Doré. Il apparaît à Locmélar d'Irvillac, à Dinéault, sur les calvaires de la chapelle Saint-Guénolé et de la chapelle Saint-Claude (1630) de Plougastel,de la chapelle de Sainte-Anne-la-Palud, de celle de Saint-Nicodème en Ploéven et de celle de Landrevet à Esquibien. Mais aussi à Crozon ; à Irvillac sur le calvaire (1644) avec deux bras courbes situé devant la chapelle Notre-Dame-de-Lorette au lieu-dit Coatnan ; à Plogonnec sur le calvaire (1644) de la chapelle Saint-Pierre ; à Plounéour-Ménez sur le calvaire (1641) de l'église ; et à Saint-Thégonnec, sur le calvaire de Bodéniry (1632). Ou encore à Dinéault sur le calvaire de Croaz-Moudennou.
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Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
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. III. LA STATUE DU SAINT ÉVÊQUE (kersanton, Roland-Doré, milieu XVIIe siècle)..
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Cette statue est de taille inférieure à la statue géminée précédente. Elle ne porte pas d'incrustations de lichens.
L'évêque porte les attributs épiscopaux, que sont la mitre, la crosse tenue à gauche, et le geste de bénédiction paume en avant. Aucun attribut ne permet de l'identifier parmi les nombreux saints évêques bretons.
Ses cheveux sont longs et tombent sur les épaules. Son visage est d'un ovale peu allongé. Les yeux aux pupilles creusées sont comme deux olives dénoyautées entre les paupières saillantes. L'arête du nez est fine. Le philtrum est à peine souligné. Le sourire doréen, se reconnaît aux deux fossettes qui creusent les commissures, tandis que les deux lèvres sont avancées.
La chape, ou manteau, tombe jusqu'au sol, et ses pans sont réunis par un fermail comparable à une sangle, dont le mors est un cabochon prismatique. Il recouvre le surplis, un deuxième vêtement un peu plus long , et une cotte talaire également plissée. Le saint, en avançant à peine la jambe droite, fait apparaître en museau de souris la courbe arrondie d'une solide chaussure.
Les fanons de la mitre ne sont pas (ou pas clairement) détaillés.
La crosse est brisée au dessus du nœud, et des coulées de cire montre qu'on a jadis placé un cierge dans le creux du nœud.
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Là encore, l'attribution à l'atelier de Roland Doré ne se discute pas tant le style se reconnaît immédiatement.
On peut, pour s'en convaincre, le comparer aux saints évêques des statues géminées du cimetière de La Forest-Landerneau, de celui de Rosnoën, du Passage à Plougastel, de Locmélar d'Irvillac, de Saint-Vendal à Pouldavid-Douarnenez (où un poisson permet d'identifie saint Corentin), de Saint-Nicodème de Ploéven et de la chapelle Seznec de Plogonnec (voir liens supra).
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Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
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LES TRACES D'UNE RESTAURATION AU CIMENT-PIERRE.
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De nombreuses marques claires témoignent de réparations à ce qui ressemble à du ciment-pierre, reconstituant la continuité des plis ou de la hampe de la crosse, ou restaurant la corne de la mitre, tandis que l'aspect plus sombre de certains endroits (main droite) trahit d'autres interventions.
Les clichés de détail montrent ces interventions.
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Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers 1630-1650) à l'église Saint-Pierre de Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.
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CONCLUSION.
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On mesure la valeur considérable des statues retrouvées, et on ne peut que louer et remercier les Douanes de leur vigilance.
À mon sens, il est nécessaire de les classer au titre d'objet pour mieux les protéger.
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ANNEXE I. LA RÉCUPÉRATION PAR LA DOUANE DES STATUES VOLÉES.
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"La douane de Bretagne remet deux statues volées à la paroisse de Crozon
La douane de Bretagne a restitué le 14 décembre 2022, à la paroisse de Crozon, deux statues volées à l’occasion d’un chantier de rénovation du Presbytère ayant eu lieu en décembre 2018.
La cérémonie, s’est tenue en présence des agents de la brigade des douanes de Roscoff ayant bloqué la première statue à sa sortie de France et d’officiers de douane judiciaire du Service d’enquêtes judiciaires des finances (SEJF) ayant réalisé l’enquête qui a permis de retrouver la seconde. L’occasion de revenir sur les circonstances de cette heureuse issue.
Lors du contrôle des passagers à l’embarquement d’un ferry à destination de Plymouth, le 22 octobre 2019, les agents des douanes de Roscoff découvrent une statue sculptée en pierre. Le ressortissant britannique qui la détient, indique l’avoir achetée 1 500 € à un antiquaire de la région. Il ne peut présenter aucun document autorisant la sortie de France de cet objet, les douaniers bloquent donc la statue en attendant son expertise.
L’experte, conservatrice au ministère de la culture, confirme quelques jours plus tard qu’il s’agit d’une sculpture du XVIIème siècle, réalisée dans un bloc de kersantite, une roche proche du granit, provenant de la région de Brest. Cette pièce géminée représente Saint-Pierre et Saint-Jean l’Évangéliste. Elle a probablement été réalisée par le sculpteur Roland Doré (1618-1660) dont les œuvres sont très répandues dans les enclos paroissiaux bretons. Provenant d’un calvaire du XVIIème siècle, la statue correspond bien à la définition de « bien culturel » au sens du code du patrimoine. Pour quitter la France, elle est soumise à la présentation d’un certificat délivré par le ministère chargé de la culture.
Les faits sont dénoncés au parquet de Brest, qui saisit le SEJF pour mener l’enquête judiciaire. En effet, le non-respect des formalités relatives aux biens culturels constitue à la fois un délit douanier et un délit pénal.
L’enquête diligentée par le SEJF révèle que la statue a été volée à l’occasion d'un chantier de rénovation du presbytère de Crozon. Le voleur, qui a également dérobé une deuxième statue, est identifié. Un antiquaire de la région est mis en cause dans cette affaire. Il avait vendu la première statue à un autre antiquaire pour une exportation en Angleterre et la deuxième statue à un particulier français.
L’auteur du vol a été condamné par le tribunal judiciaire de Brest, le 4 juillet 2022 à une peine d’emprisonnement de 3 mois avec sursis et au paiement de dommages et intérêts au bénéfice de la paroisse de Crozon. L’antiquaire a également été condamné à une peine de 3 mois d’emprisonnement avec sursis et au paiement d’une amende douanière de 800 euros.
Fidèle à sa devise, « Agir pour protéger », la douane française lutte contre les trafics de biens culturels. En 2021, les services douaniers français ont réalisé 36 constatations en matière de trafics de biens culturels et saisi 6377 objets. Au terme des procédures, ces objets sont rendus à leurs légitimes propriétaires s’ils ont pu être identifiés, à des musées ou aux pays étrangers dont ils sont être originaires."
Le sculpteur landernéen dont l'atelier de taille du kersanton est le plus renommé du XVIIe siècle a travaillé pour 82 paroisses (Finistère, Côtes d'Armor) essentiellement pour la sculpture religieuse (et 9 gisants). Il a réalisé les séries d'apôtres de 4 églises, partiellement de 4 autres et quantité de statues isolées. Selon E. Le Seac'h, il a réalisé 97 croix, calvaires ou vestiges dont 21 croix, 50 calvaires, 26 vestiges. Seuls 12 croix et 15 calvaires sont encore complets. 41 croix et calvaires sont datés, entre 1618 à Penmarc'h et 1662 à Saint-Thégonnec.
Voici une liste de 75 croix et calvaires dont beaucoup décrits dans ce blog)
Brennilis : croix de calvaire du cimetière (vers 1625) . Ange, Crucifix, Pietà,
Briec de l'Odet, Croix de la chapelle de Trolez (Seul le crucifix est de Roland Doré)
Cast, calvaire de l'église Saint-Jérôme : (1660), GLINEC, recteur, Jacob CROISSANT, fabricien. Vierge, Madeleine, crucifix, Jean, saint au livre.
Châteaulin, calvaire (1639) de la chapelle de Kerluan : Vierge, crucifix, Jean (et sur le fût saint Sébastien et saint Roch, hors atelier).
Cléden-Cap-Sizun : calvaire (1630) de la chapelle Saint-They. Vierge, Jacques le Majeur en haut du fût .
Cleder, croix de Kerzuoc'h (1625), Messire PRISER, procureur
Commana : calvaire du cimetière (1624), signé. Vierge/saint Hervé et son guide ; crucifix ; moine au livre ; Jean/moine, écu martelé
Crozon, presbytère, vestige de calvaire, saint Pierre.
Dinéault, calvaire (1648 et 1650), A. LE BUILLER, L. GARO fabriciens. Crucifix, Christ aux liens.
Dirinon, calvaire de la Croix-Rouge, Jean/saint Roch ; crucifix, Vierge/Sébastien
Douarnenez, calvaire de la chapelle Saint-Vendal (1655), GAVRANT, recteur de Pouldregat, I. LE BIAN. Vierge/Corentin ; crucifix ; Vierge à l'enfant/Jean ; évêque
Douarnenez-Tréboul, vestige de calvaire, Jean/Corentin, Vierge/Nicolas
Esquibien : calvaire de Landrevet Jean/ saint indéterminé ; crucifix /Vierge à l'Enfant ; Pierre/Vierge
Le Folgoët, croix du Champ de Foire. Crucifix
Guiclan, croix de Kerizamel
Guiclan, calvaire de Kerlaviou (1622)
Guiclan, calvaire de Pen-ar-Feuteun (1642), [Jean/Yves par Yan Larhantec 1889] ; crucifix ; Vierge/Catherine.
Hanvec : croix de la forêt du Cranou (1627), vestige. Il appartenait à la chapelle Saint-Conval mais il ne subsiste que le fût portant l'inscription : « R. Dore : ma : faict : 1627 ».
Hanvec, Croas-ar-Huré (1621-1622) M. MICHEL, P. BRIS CVRE. Crucifix, écu au calice, anges à phylactères.
Hanvec, calvaire de Quillafel (1638), NICOLAS JACQUES, prêtre
Hanvec, croix de Lanvoy ; seul le crucifix /Vierge à l'enfant est de Roland Doré
L'Hôpital-Camfrout, Croix du Run (1627), Crucifix/Vierge à l'Enfant
L'Hôpital-Camfrout, Calvaire du Troan, vestiges : anges au calice
Irvillac : calvaire (1644) avec deux bras courbes situé devant la chapelle Notre-Dame-de-Lorette au lieu-dit Coatnan. Larrons, Vierge/Yves ; Jean/Pierre
Irvillac, calvaire de Clénunan (1640), Messire Jean LIDOU.
Irvillac, calvaire (1628) de la chapelle de Locmélar : Jean/Pierre ; Vierge/évêque
Kersaint-Plabennec, calvaire de Laven , crucifix. (En complément du travail du maître de Plougastel qui a réalisé les couples Vierge/Yves ; Jean/Etienne).
Lampaul-Guimiliau, calvaire (1621) de Cosquer-Bihan dit Croaz-Kernevez : crucifix/Vierge à l'enfant.
Lampaul-Guimiliau, calvaire de Kerjaffrès (1626), Mathieu LIVINEC fabricien, Y. KERBRAT, fabricien
Lannilis, calvaire de Kerosven. Vierge ; crucifix/Jean-Baptiste, Jean
Lantic, calvaire de l'église Notre-Dame-de-la-Cour. Crucifix/Vierge à l'enfant. Armoiries des Rosmadec et Gouarlot.
Loc-Éguiner-Saint-Thégonnec, calvaire du cimetière, crucifix (en complément du travail du Maître de Plougastel :Vierge/sainte Femme Pietà/Madeleine ;
Logonna-Daoulas, Croix de Cléménéhy (?), Salomon Pierre de Porsan . Crucifix/Vierge à l'enfant.
Logonna-Daoulas, calvaire de Rulivet. Crucifix. [Saint Nicodème sur le fût, saint Jean, blason des Rosmorduc, hors atelier.]
Loqueffret, calvaire de Bilirit (1625), Y. et Louis Belerit, fraires. Crucifix/Vierge à l'Enfant ; [et Yves ; Geneviève ; Edern, hors atelier].
La Martyre, vestige (fût) du calvaire de Kerlavarec (?), Béatrice CABOUN.
Penmarc'h, croix de Lescors (1618), crucifix.
Plabennec, calvaire de Scaven, crucifix.
Pleyber-Christ, calvaire de Kervern (1647), Yvon INISAN et Marie MADEC. Vierge/Marguerite
Plogonnec : calvaire (1644) de la chapelle Saint-Pierre. Vierge/Paul ; Jean/Pierre
Plogonnec : calvaire (1641) de la chapelle Seznec, Guillaume TOULGUENGAT, recteur de 1624 à 1642, René SEZNEC, recteur de 1643 à 1697.
Plomodiern calvaire de la chapelle Sainte-Marie-du Ménez-Hom, tête de la Vierge de la Pietà et Vierge à l'Enfant, tout le reste étant hors atelier.
Plonévez-Porzay : calvaire de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud [1630-1656], Guillaume VERGOZ, recteur de 1630 à 1656, lucas BERNARD, fabricien ? Vierge/Pierre, Crucifix/Pietà ; Jean/Jacques
Ploubazlanec, calvaire de l'ancienne chapelle de Loguivy-de-la-Mer. Vierge et Jean
Ploudiry, calvaire (1633) de l'église : Crucifix et Marie-Madeleine
Plougastel-Daoulas, Le Passage, calvaire (1622), Jean GUIGORUS, fabricien. François d'Assise/Vierge ; crucifix/Pietà ; évêque/Jean.
Plougastel-Daoulas, calvaire (v.1630) de la chapelle Saint-Claude. Vierge/Yves, Pietà ; Jean/Pierre
Plougastel-Daoulas, calvaire (1654) de la chapelle Saint-Guénolé. Vierge/Guénolé, crucifix/Vierge à l'Enfant ; Jean/Pierre
Plougastel-Daoulas, calvaire (1639) du Tinduff : Le Seac'h p. 228. n. 78 et 79.
Ploumilliau (22), calvaire (1622) de Coz-Douar. Crucifix/Vierge à l'Enfant.
Plounéour-Ménez : le calvaire (1641) de l'église . Vierge/Pierre et Jean/Paul.
Plounéour-Ménez : croix de Kersimonnet. Vierge à l'Enfant
Plourin-les-Morlaix Vestiges d'un calvaire sur le mur de l'enclos. 15 personnages dont Yves, Marie-Madeleine, les 4 évangélistes, saint Grégoire, une Piétà et une Fuite en Égypte
Port-Launay, calvaire (1651) de Lanvaïdic. Crucifix, culots vides.
Poullan-sur-Mer, calvaire (1640) de Kervignac vestiges
La Roche-Maurice, croix (1625) de Penmarc'h. Crucifix, macles des Rohan.
Rosnoën : calvaire (1648) de l'église Pierre/évêque ; Crucifix/Vierge à l'Enfant (hors atelier) ; Paul/évêque
Saint-Nic, calvaire de la chapelle Saint-Côme : crucifix.
Saint-Nic, calvaire de l'église Vierge/diacre ?; Crucifix ; Jean/diacre ?
Saint-Renan, croix de Quillimerrien ( ?), ADENOR AR COR et IVET AR COR, Vierge
Saint-Sauveur : croix de Kerbouzard Crucifix.
Saint-Ségal, calvaire du bourg : Vierge, Marie-Madeleine et Jean sur le socle
Saint-Servais, calvaire de l'église. Crucifix/Christ aux liens.
Saint-Servais, croix (1640) de Bréties dite Croas-Vossoc. Crucifix.
Saint-Thégonnec, grand calvaire de l'enclos paroissial ; Christ aux outrages
Saint-Thégonnec, calvaire de Bodéniry (1632), Anna BREST et Jean GUILLERM. Vierge/François d'Assise ; Jean/Yves
Saint-Thégonnec, croix du Broustou (1662); Crucifix
Saint-Thégonnec, croix de Coslen. Crucifix/Saint Joseph et l'Enfant
Saint-Thégonnec, croix de Hellin, 1638, Crucifix / Vierge à l'Enfant écu sur le nœud lion et calice
Saint-Thégonnec, croix (1629) de Pennalan. Crucifix/Vierge , écu au calice et M.H.C.P.
Saint-Thégonnec, croix du Keff, Vierge à l'Enfant de la niche.
Saint-Thégonnec, croix (1647) de Pennavern. Crucifix/Vierge à l'Enfant, écu avec fasces des Chastel en alliance avec des armoiries indéterminées.
Saint-Urbain : calvaire du Quinquis. Crucifix
Senven-Léhart : calvaire près de l'église Notre-Dame de Senven. 18 personnages.
Trézilidé, calvaire de l'église. Bon Larron, Pierre, Pietà, Mauvais Larron.
Roland Doré a sculpté uniquement dans le kersanton. Son style dépouillé, facilement reconnaissable et proche de l'épure, a contribué à établir sa réputation. Il se distingue par son souci de replacer la réalité des formes dans l'espace en allant à l'essentiel. Sa virtuosité à sculpter les visages doux de ses Vierges ou à donner un tempérament à ses œuvres profanes en fait un sculpteur d'exception. Il a débuté comme compagnon dans l'atelier du Maître de Plougastel (1585-1617) puis a entrepris une carrière prolifique à Landerneau.
— Le Christ :
Les représentations du Crucifié sont caractérisés par des corps allongés, aux longs bras noueux et aux torses presque rectangulaires avec les muscles de l'abdomen en forme de poire. Les veines du cou sont saillantes. Les Christ penchent la tête du coté droit, les yeux clos. Leurs pagnes plats sont noués sur le coté gauche. Les visages sont presque émaciés, les joues creuses mangées par une barbe et une moustache aux mèches fines. Les crucifix courts dont le canon est à cinq têtes se différencient des crucifix longs à sept têtes (Y-P. Castel).
La couronne d'épines est caractéristique, aux deux brins entrelacés en forme de carré.
— Les Vierges à l'Enfant : elles portent leur enfant sur le bras gauche, la main droite tenant une pomme. Elles ont le visage poupin , les yeux en amande au sillon palpébral bien dessiné. et arborent le fin sourire « doréen ».
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SOURCES ET LIENS.
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—ABGRALL, (Jean-Marie). PEYRON, Paul. 1905, Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper et de Léon. Quimper, vol. 2.
— CALVEZ (Louis, curé doyen de Crozon), 1975, La presqu'île de Crozon, histoire, art, nature, Nouvelle Librairie de France, Paris.
— CALVEZ (Louis), 1978, Etat de l'église et des chapelles de la presqu'île de Crozon aux environs de 1978, tapuscrit.
— CASTEL (Yves-Pascal), 1983, La floraison des croix et calvaires dans le Léon sous l'influence de Mgr Roland de Neufville (1562-1613), Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest Année 1983 90-2 pp. 311-319
— CASTEL (Yves-Pascal), 1985, Roland Doré, sculpteur du roi en Bretagne et architecte (première moitié du XVIIè siècle) , Bulletin de la Société archéologique du Finistère, Pages 97 à 156.
— CASTEL (Yves-Pascal), 1996, Du nouveau sur Roland Doré
— CASTEL in DANIEL, (Françoise), 1988, Roland Doré et les enclos paroissiaux : [exposition, Morlaix, Musée des Jacobins, juillet 1988] / [exposition conçue et réalisée par Françoise Daniel] Jacobins, juillet 1988] 1 vol. (56 p.) : ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. ; 30 cm D'après les travaux d'Yves-Pascal CASTEL .
"Doré s'est forgé un style si reconnaissable que certains amateurs se refusent à y déceler ces variations, subtiles mais réelles, qui font d'un simple praticien un artiste véritable qui s'attache à renouveler sa manière.
Les anatomies des personnages se cachent sous des étoffes lourdes, les mains sont stylisées, les pieds nus dépassant la tombée des plis des tuniques se réduisent à un rang de billes inégales... Tout cela pourrait faire illusion sur le talent de l'artiste encore que nous le verrons, on repère des exceptions.
Mais il y a les visages !
Fronts bombés, lisses ou creusés de rides, selon l'âge ou le sexe des personnages, ligne des arcades sourcilières larges et franches, pommettes pleines et arrondies, un visage de Doré se reconnaît presque toujours.
Les yeux, où se réfugient la manière et les intentions de l'artiste, tout comme ses manies et ses tics, sont particulièrement typés. Les paupières en amande ont le sillon palpébral toujours indiqué. En ceci, Doré se démarque franchement du maître du calvaire de Plougastel-Daoulas, qui , supprimant tout sillon, donne toute l'importance au globe oculaire. Au contraire, dans une option naturaliste, Doré concentre l'intérêt sur l'iris. Il marque la pupille d'un creux expressif, dont la direction invite le regard de l'observateur à une mobilité qui participe à la vie de ces faces minérales.
Le sillon naso-labial est creusé, plus ou moins, s'articulant sur des lèvres relativement fines.
L'étonnant, dans ce traitement des visages, est qu'il contraste, mis à part les traits incisifs des chevelures et des barbes, avec l'agencement des drapés des vêtements et de leurs plis.
Des étoffes opaques qui masquent les corps, nous l'avons dit, dissimulant les anatomies, en quoi Doré s'engage dans un hiératisme qui l'éloigne du style de l'époque dans laquelle il s'insère. Encore que certaines grandes pièces, telle la Vierge de l'Annonciation de Saint-Thégonnec, invitent à tempérer ce jugement.
Les drapés, calmes et amples, se déploient en pans sculpturaux soulignant la majesté des volumes, tels ceux de la Madeleine du groupe de Notre-Dame-de Pitié si fascinant de Senven-Lehart.
Si les drapés sont stylisés, l'origine de leurs plis n'en demeure pas moins naturelle, structurant, en les animant tout à la fois, les silhouettes. Les plis, formés sur des étoffes épaisses et fermes, captent avec vigueur les ombres d'une sculpture destinée à vivre en plein vent, plus qu'à habiller des corps qui se font oublier.
Plis en becs caractéristiques sur les flancs des blocs sculptés. Plis en volutes, simples ou composés, aux lisières latérales. Plis en volutes simples à queue d'aronde, à étages et bouillonnants dans les pans des manteaux rebrassés. Plis couchés et repassés se chevauchant les uns les autres. Plis en accordéon, sur les manches ajustées. Plis en éventail sur les bras qui portent le manteau."
— COUFFON (René), Le Bars (Alfred), 1988, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper.p. 78-79.
— COUFFON, René, 1961, L'évolution de la statuaire en Bretagne après la guerre de succession du Duché - In: Mémoires. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord vol. 97 (1961) p. 1-16
— DOUANES FRANÇAISES. 15 décembre 2022. "La douane remet deux statues volées à la paroisse de Crozon" – 14 décembre 2022
Le calvaire monumental de Pleyben fait la réputation de cet enclos paroissial. Il appartient aux sept calvaires monumentaux de Bretagne, avec par exemple celui de Plougastel sculpté par le Maître de Plougastel vers 1602. Celui de Plougonven a été sculpté en 1554 par Bastien et Henry Prigent "en l'honneur de Dieu et Notre Dame de Pitié et monseigneur saint Yves).
Ils commencèrent en 1555 celui de Pleyben "en l'honneur de Dieu et Notre Dame et Monsieur Saint-Germain". À Pleyben, la mention "Notre-Dame de Pitié" n'est pas explicitement développée, sa présence de cette précision à Plougonven indique l'importance du culte rendu à la Vierge de douleur tenant dans ses bras le corps de son Fils après sa déposition de la Croix. Sa statue est, à Plougonven, au pied de la croix centrale, c'est un déploration à quatre personnages, et la Vierge est représentée par Bastien Prigent avec les trois larmes caractéristiques sous la paupière inférieure. On sait que son atelier très productif taillé et sculptait la pierre de Kersanton (kersantite) extrait de la rade de Brest en leur atelier de Landerneau.
À Pleyben, l'importance de la Vierge de Pitié est réelle, puisque deux autres statues de la Vierge de Pitié, dont l'une en larmes, sont placées sur l'arc de triomphe ou porte monumentale du côté ouest, daté de 1725. Mais la Vierge de Pitié du calvaire n'est pas due aux Prigent, et il a été réalisé en 1738. En effet, de 1738 à 1743, le calvaire a été déplacé vers le sud-ouest sous le rectorat de Julien Le Bornic : sur les contrefort sont inscrits les noms du prêtre et des fabriciens des années correspondantes.
Notamment, sur le contrefort nord-ouest, sous la Pietà, l'inscription qui amène E. Le Seac'h à la dater de 1738 : H.I. LE BORGNE 1738 H.I.B. LE MOULIN F[abricien] 1739.
On lit sur les autres contreforts H.G. POSTEC. F. 1740, H.M, H.N FRABOLOT . 1741, et, , H.H. BAVT. F 1742.
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N.B : le calvaire des Prigent était-il dépourvu de Vierge de Pitié ou de Déploration ? Cela semble surprenant. Le groupe sculpté par les Prigent a-t-il été placé sur l'arc de triomphe de 1725, ce qui aurait conduit les restaurateurs de 1738 à en sculpter un nouveau? Ce qui est sûr, c'est que le dais de la niche est de la main des Prigent.
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Le soubassement (ou "mace") en granite du calvaire de Pleyben a la forme d'un tétrapyle, soit quatre portes cintrées, comme autant d'arches de triomphe appuyées sur de solides contreforts. Les scènes de la Vie de la Vierge (Annonciation, Visitation) de la vie de Jésus (Nativité, Mages, Fuite en Egypte etc.) et de sa Passion y occupent soit sur les bords verticaux du soubassement, soit sur la plate-forme, sans souci de l'ordre chronologique du récit. C'est sur le contrefort nord-ouest qu'est placée la Vierge de Pitié, et la couleur gris sombre du kersanton contraste agréablement avec la teinte jaune du granite.
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L'un des intérêts remarquables de cette sculpture est qu'elle est placée sous un dais, également de kersanton. Celui-ci est parfaitement représentatif du style et des habitudes de l'atelier Prigent, et, par ses trois personnages, de leur sensibilité aux apports de la Renaissance.
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1. La Vierge de Pitié de 1738.
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Sa composition, la position en diagonale du Christ, celle de ses bras, la façon dont la Vierge soutient la tête de son Fils, le voile ou la guimpe de la Mère sont assez proche de la Vierge de Pitié du côté ouest de l'arc de triomphe, et l'artiste du XVIIIe siècle s'en est sans doute inspiré, sans toutefois reproduire les fameuses trois larmes qui restent ainsi une sorte de signature des Prigent. Le kersanton est d'un beau faciès, à grain fin et lisse. Le visage est idéalisé, dégagé de cette mise en scène de la douleur, et du sang versé par le Rédempteur. De même, les plaies des mains et des pieds ne sont pas représentées.
Mais les auteurs officiels et patentés (Le Seac'h en particulier) n'ayant pas étudié les pietà de l'arc triomphal, et mon attribution de la Vierge de Pitié ouest aux Prigent restant de l'ordre de l'hypothèse, cette comparaison entre la sculpture du XVIe siècle et celle du XVIIIe, reflet des spiritualités contemporaines, n'est développé ici que sur la pointe des pieds...
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La Vierge de Pitié (1738) et le dais (Prigent, 1555) du calvaire de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2022.
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En comparaison, la Vierge de Pitié de l'arc triomphal :
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Vierge de Pitié (kersanton, XVIe siècle ?) du cotè ouest de la porte ouest de l'enclos. Photo lavieb-aile.
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La Vierge de Pitié (1738) et le dais (Prigent, 1555) du calvaire de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2022.
La Vierge de Pitié (1738) et le dais (Prigent, 1555) du calvaire de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2022.
La Vierge de Pitié (1738) et le dais (Prigent, 1555) du calvaire de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2022.
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LE DAIS (Kersantite, Bastien Prigent, 1555).
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Le tambour à niches de ce dais est orné de trois bustes dont les regards convergent vers la Vierge.
Au centre, un buste masculin, barbu, coiffé d'un bonnet à plume, et vêtu d'une cape, a la tête légèrement inclinée vers sa gauche.
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À sa droite, une femme dont l'élégance est extraordinaire, avec sa coiffe laissant s'échapper quelques mèches, ses pommettes saillantes et son petit menton, le ruban qui entoure son cou, et sa robe à décolleté carré.
À sa gauche, une autre femme est plus jeune, c'est peut-être la fille du couple. Sa tenue est plus simple, mais sa coiffe est néanmoins recherchée, formant sur le côté des volutes.
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On notera aussi les contreforts sculptés de losanges fleuris, les rosaces des écoinçons, mais surtout, au dessus et au dessous, les rubans noués entre eux au centre par un anneau, et que crachent, à droite et à gauche, des mascarons. C'est un véritable plaisir de retrouver ici toutes ces façons de faire, répétées d'œuvre en œuvre, des Prigent, que ce soit sur les dais des apôtres de leurs porches, sur les dais de bénitier de La Roche-Maurice, Landivisiau et de Saint-Houardon à Landerneau, voire sur l'enfeu de La Martyre.
L'homme au bonnet à plume est constant sur le tambour des dais des bénitiers.
1477. Pleyben,enclos no 2, grand calvaire, g. k. 7 m. 1555, 1742. Par l’atelier des frères Henry et Bastien Prigent, auteurs du calvaire de Plougonven (1550) et par Ozanne (1650). Grand massif architecturé, arcades, avec contreforts: IA.I. LE BORGNE 1738/H.I.B.LE. MOVLIN. F. 1739/H.G. POS 1740. H.M./H.H. BAVT. R. 1742. Massif postérieur aux groupes qui, la plupart, datent de 1550, selon l’inscription de la statue de saint Germain au porche de l’église: EN L’HONNEUR DE DIEV ET (NOTRE) DAE ET MONSIEUR S GERMAIN CESTE CROIX FVST COMECE 1555. Les groupes se suivent sur la frise basse, de gauche à droite, de manière chronologique: Annonciation, Visitation, Nativité, Adoration des Mages, Fuite en Egypte, Jésus au milieu des Docteurs, Entrée à Jérusalem: OSANNA FILII DAVID. Cène: FAIST A BREST PAR M I V OZANNE ARCHETECTE. Lavement des pieds: TV MIHI LAVAS PEDES 1650, Marché de Juda, Agonie, Arrestation, Jésus emmené, Jugement de Pilate, Christ aux outrages, Repentir de Pierre, Flagellation, Couronnement d’épines. La séquence est interrompue par une Vierge de Pitié. La série des groupes supérieurs commence à l’opposé de l’Annonciation et va dans le sens inverse, de droite à gauche: Pilate se lave les mains, Jésus conduit au supplice, Portement de croix, Soldats au calvaire, Crucifixion, Mise au tombeau, Descente aux enfers et Résurrection. Sur les contreforts, se mariant avec la scène des trois croix, cavalier et personnage au phylactère: TOLLE TOLLE CRVCIFIGE EVM. Les larrons portent leurs noms GISMAS et DISMAS, le premier en caractères gothiques, le second en capitales romaines, différence que l’on constate dans les inscriptions de Plougonven; leurs âmes sont emportées par un ange et par un démon. Fût central orné d’écots. Croisillon, culots feuillagés, statues: Vierge, Jean. Croix, branches rondes, écot, fleurons-boules, crucifix, anges aux calices. Un ange au sommet prend l’âme de Jésus, au revers, Christ ressuscité. [YPC 1980]
— CASTEL (Yves-Pascal), 2001, Les Pietà du Finistère.( Revue bilingue breton-français Minihy-Levenez n°69 de juillet-août 2001)
— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Notice de Pleyben, Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.
—— COUFFON R., 1961, "L'évolution de la statuaire en kersanton" Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc t. LXXXIX, 1961 p. 1-45.
Lorsqu'on arrive par la route devant l'enclos c'est la chaire-calvaire hexagonale du XVe siècle qui se présente à la vue devant la façade sud de l'église, à l'angle sud-ouest de l'ancien cimetière.
Il s'agit d'une chaire à prêcher extérieure, qui était utilisée par les prêtres lors des fêtes de Notre-Dame en raison de l’affluence des pèlerins, et dont l'ouverture jadis fermée par une porte se fait sur un pan, du côté nord. Cette ouverture en anse de panier est encadrée de chaque côté par des colonnettes, et l'écu de la famille de Kernechriou couronne l'arcade. Le prédicateur se trouvait dans la cuve hexagonale, derrière le parapet et sa corniche moulurée.
Un banc de pierre ceinture le monument.
Au centre de cette cuve s'élève la base, elle aussi hexagonale, du calvaire. Chacun de ses pans est couronné par une série de trois dais gothiques.
De la base jaillissent trois colonnes : sur les côtés, les croix latérales des deux larrons, et au centre, plus élevée, la croix du Christ. Au revers du crucifix est sculptée une Vierge de Pitié.
Cette composition peut peut-être évoquer, à une bien moindre ampleur, le Puit de Moïse de Champmol, datant de 1405.
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A la fin du 19e siècle, les trois croix qui le surmontaient ont été déposées et remplacées par une croix en fonte qui s'est brisée au milieu du 20e siècle. Les trois croix ont été alors replacées. La chaire-calvaire est classée depuis le 4 décembre 1951.
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La famille de Kernechriou.
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Les armoiries écartelées d'argent et de sable de la famille de Kernechriou sont présentes également sur la maîtresse-vitre de 1423, et sur la façade sud de 1437-1438. Le Barzic donne la graphie Crec'hriou (de creac'h "colline" et riou "roi").
Alain (v. 1380-après 1426 à Runan) est le père de Jean de Kernechriou seigneur de Lestrezec, né à Runan vers 1418 et décédé en 1496. Celui-ci [ou bien Raoul?] épousa Catherine de Botloy, d'où Rolland (ou Charles), sieur de Lestrezec et Raoul, seigneur de Kermarquer et de Kernechriou, décédé en 1524.
Un mandement de 1439 reproche à Rollant de Kernechriou, aîné de la famille, d'avoir placé ses armes sur la façade sud à la place de celles de Keramborgne. L'acte mentionne son frère Philippe, ou leur oncle Alain.
Ce Rollant pourrait-être le fils d'Olivier, qui fit une fondation pour deux messes en la cathédrale de Tréguier. Il y avait son gisant et sa tombe. (Infobretagne)
Les membres de cette famille étaient enterrés dans l'église, comme l'atteste l'acte de décès en 1584 de Guillaume de Kernechriou, seigneur de Keramapelou.
Cliché GO69 Wikipédia, recadré pour détail de la cuve, de sa porte et du blason.
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Cliché Norbert Lambart Copyright Inventaire général
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Les chaires extérieures de Bretagne ont été répertoriées par divers auteurs. La plus proche est celle de Pleubian. On a pu mettre leur fréquence en rapport avec l'importance donnée à la prédication des foules par Vincent Ferrier, fort soutenu par le duc Jean V. Si on considère que Vincent Ferrier est mort à Vannes en 1419, et que l'édification de la chaire est contemporaine des travaux de l'église vers 1420 puis vers 1437, cette remarque n'est pas dénuée d'intérêt.
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Vues générales.
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La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
La chaire-calvaire (granite, XVe siècle vers 1420-1440) de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
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II. LES 4 GARGOUILLES DE LA FAÇADE NORD DE L'ÉGLISE.
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Je ne trouve pas d'informations sur leur datation. Ne sont-elles pas l'œuvre des restaurateurs de la fin du XIXe siècle ?
Ce ne sont pas stricto sensu des crossettes, mais faut-il parler ici de gargouilles, puisque des figures ont la bouche ouverte, alors que leur raccordement à l'évacuation des eaux pluviales n'est pas visible ? Et, si elles datent du XIXe siècle, ne pourrait-on en trouver les modèles ? En effet, elles sont parfaitement représentatives
Il est moustachu, coiffé d'un chapeau rond, et sa trogne est mémorable avec son menton en galoche. Il tient un verre à la main gauche et une bouteille à la main droite, et, la bouche ouverte, il semble vouloir nous offrir à boire.
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Les gargouilles de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Les gargouilles de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
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2. L'aigle.
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Les gargouilles de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
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2. Le lion.
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Les gargouilles de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
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4. le griffon s'appuyant sur un bâton.
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Les gargouilles de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
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Consoles du porche ouest.
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Le porche ouest de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Le porche ouest de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Le porche ouest de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
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Les fonts baptismaux.
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Les fonts baptismaux de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Les fonts baptismaux de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
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Le bénitier de 1769.
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Ce bénitier en granite du fond de la nef, au sud, devant la chapelle des fonts baptismaux est presque circulaire. Sur la cuve se lit une inscription en deux lignes :
Transcription : "présent fait par Yves Derriennic"
Michel Lascaux y voit un fabricien, ce qui est vraisemblable.
Le patronyme DERRIENNIC (diminutif de "Derrien") est encore bien attesté à Runan aujourd'hui. La base Geneanet en retrouve la présence à Runan dès 1653, et signale au moins deux individus portant ce nom à Runan au milieu du XVIIIe siècle :
Un document cité par l'abbé Louis Monnier indique que deux membres de cette famille furent fabriciens de Runan au XVIIIe siècle : Jean Derriennic Le Vieil en 1702 et Marc en 1720.
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« Nous, frère Victor Tambonneau, chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, commandeur de La Feuillée, Palacret, Pont-Melvez, et autres membres en dépendants, en conséquence, de notre ordonnance du huit juin dernier, rendu en notre cours de visite faite en l'église treffiale de Runan, ledit jour procédant à l'apurement des anciens reliquats de comptes, tant de la fabrice de ladite église, que des confréries y établies, après avoir vu les comptes de laditte fabrice, sçavoir : celui fourny en 1699 par Charles Ernault et Jean-Olivier-Henry, en 1702 par Jean Derriennic le Vieil et Bertrand Le Pennec. En 1703 par Jean Le Layec et Laurens Le Bouil, en 1704 par Yves Nicolas et Pierre Durand, et ainsy jusqu'à la présente année. Vu aussy les comptes-rendus pour la confrérie du Rosaire : en 1720 par Marc Derriennic ;
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Le bénitier de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Le bénitier de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
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La crédence et son masque.
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Crédence de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Crédence de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
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Les consoles de l'intérieur.
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Console de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Crédence de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
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La statue de saint Loup.
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Crédence et statue de saint Loup de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
Crédence et statue de saint Loup de l'église de Runan. Photo lavieb-aile.
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SOURCES ET LIENS.
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—BLANCHARD (René), 1895, Lettres et mandements de Jean V, duc de Bretagne: étude sur les sources du recueil. n°. 2218 et 2371
— COUFFON (René), 1950, « Runan », Congrès archéologique de France, Société française d'archéologie « 107e session, 1949, Saint-Brieuc », 1950, p. 150-164.
"Dans le cimetière, assez mal entretenu, de Runan, le touriste visite avec admiration deux créations artistiques paraissant, l'une et l'autre, appartenir au quinzième siècle. C'est d'abord, au milieu d'une enceinte en maçonnerie formant balustrade, un superbe Calvaire dont la base a 6 pans et supporte trois croix d'inégales grandeurs. Ce monument, de même que l'église, était chargé d'armoiries et de riches sculptures ; mais le marteau des mauvais jours de notre révolution de 1789 a laissé là des témoignages nombreux de la fièvre de destruction qui fut un des traits caractéristiques de cette terrible époque."
— LASCAUX (Michel), 1987, Runan l'église des Chevaliers de Malte.
— LEMAÎTRE (Stéven), 2015, « Runan, église Notre-Dame-de-Miséricorde », Congrès archéologique de France, Société française d'archéologie « Monuments des Côtes d'Armor, le « Beau Moyen Âge », 173e session, 2015 », 2017, p. 313-326.
La chapelle de Trévarn à Saint-Urbain : encore quelques photos.
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PRÉSENTATION.
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En juillet 2021, j'avais consacré une série d'articles d'étude du patrimoine monumental de la chapelle de Trévarn.
À l'occasion de l'ouverture de cette chapelle pour un concert de l'ensemble baroque Viva Voce dirigé par Catherine Walmetz, j'ai complété mon album photo. Je les livre ici, pour une fois, sans aucun commentaire.
Senven-Léhart est un démembrement de l’ancienne paroisse primitive de Plésidy . Le nom de la localité est attesté sous la forme Saint Neven en 1543 : Senven-Léhart vient du breton Néven (vieux breton Numin) et de Léhart, nom du fief des seigneurs de Léhart, eux-mêmes juveigneurs de la maison d'Avaugour.
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Le calvaire de Senven-Léhart est un calvaire en granite et kersantite datant du milieu du XVIIe siècle. Il est classé monument historique depuis le 12 octobre 1964.
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Avec le calvaire de Senven-Léhart, Roland Doré réalise une œuvre importante sans renouer avec la tradition du grand calvaire monumental (Plougonven, Pleyben, Plougastel, ...) dont l'époque est révolue. "Il peut, avec ses 18 personnages, être qualifié de calvaire de taille moyenne" (Le Seac'h) ; on le comparera aux vestiges du calvaire de Plourin-lès-Morlaix, dont 15 statues sont conservées.
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Premières descriptions : deuxième moitié du XIXe et début du XXe.
— JOLLIVET (Benjamin ) 1856, Les Côtes-du-Nord: histoire et géographie, Page 221
« On admire, dans le cimetière, un magnifique calvaire en pierre de Kersanton, sur lequel sont sculptés dix-huit ou vingt personnages d'une assez grande dimension. On a eu la malencontreuse idée de badigeonner de rouge ce calvaire, de telle sorte que vu à quelques pas seulement, il semble fait de bois peint, ce qui détruit évidemment tout l'intérêt qui s'attache à ce monument. Nous conseillons de le faire gratter par un ouvrier intelligent ; ce sera une opération peu coûteuse, dont la paroisse ne refusera certainement pas de faire les frais."
— Société archéologique et historique des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc · 1884, Mémoires de la Société archéologique et historique des Côtes du Nord.. - Page 48
"Ajoutons que le nombre des statues qui décorent le calvaire de Senven-Lehart est exactement de 12 et non de 18 ou 20, comme dit Jollivet. « Quant au badigeon dont il est question chez cet auteur, m'écrit M. l'abbé Le Febvre, les morsures du temps lui ont bien fait perdre de sa crudité... En 93, craignant pour leur calvaire, les habitants détachèrent Christ, larrons, chevaliers et statues et les enterrèrent dans un champ près de la chapelle. Le monument, quoique fort beau, ne porte que trop de traces de cet enlèvement . précipité: les deux chevaux et quatre des statues ne tiennent que par le ciment qui relie leurs parties brisées; l'un des chevaux est littéralement noyé jusqu'au ventre dans le ciment ".
— DESPORTES (P. ), 1914, Ma Bretagne: de la Rance au Douron - Page 72
"Après le calvaire de Lanrivain , le plus monumental des Côtes - du - Nord , il faut citer celui de Senven-Léhart que décorent une douzaine de personnages , dont deux statues équestres . En 1793 , les habitants enlevèrent eux - mêmes les statues de leur calvaire, pour les mettre à l'abri des démolisseurs. Mais il reste des traces malheureuses de cet de cet enlèvement trop hâté ."
— STANY-GAUTHIER (Joseph) 1950, Les calvaires bretons - Page 26.
"SENVEN - LÉHART Conçu suivant un parti différent , il présente un soubassement très simple avec trois croix aux fûts cylindriques portant d'intéressantes figures mais le morceau sculptural capital est la Pietà placée au pied du fût central. A la base des croix des larrons il y a, d'un côté la Madeleine, de l'autre une Sainte-Femme [sic]. Aux deux extrémités du socle se dressent les cavaliers."
— La description la plus complète est celle des pages 212-214 d'Emmanuelle LE SEAC'H dans son ouvrage sur les sculpteurs en pierre de Basse-Bretagne paru en 2014, et illustré de plusieurs clichés détaillés.
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Décompte des 18 personnages.
Il est écrit partout, y compris dans les articles officiels, ou de référence (Le Seac'h) que le calvaire ne conserve que 11 , ou 12 (C. Le Goffic) statues contre 19 à l'origine. Mais personne ne cite la source de ce décompte initial ("Seules onze statues demeurent sur les dix-neuf qu'il comporte à l'origine. La disposition actuelle des personnages sculptés serait due à une reconstruction après la Révolution." Wikipedia). D'autre part, je compte aujourd'hui (juin 2022) 17 personnages. 13 sur la face ouest (ne pas oublier les deux anges) et quatre sur la face est. On peut ajouter un ange au calice agenouillé placé sous les pieds du Christ sur un culot sur la face occidentale du fût. Lors de ma visite, et donc sur mes clichés, le culot était vide, comme sur le cliché du site monumentum.fr. Mais il est décrit par Le Seac'h p. 212), et on le voit sur les CPA et autres documents photographiques récents dont celui de Le Seac'h. Si on compte ce personnage, cela porte le total à 18. Donc proche du chiffre donné par le premier descripteur, Jollivet, qui indiquait 18 à 20 personnages.
L'ange au calice, actuellement manquant, avait été scellé par un procédé sensible au gel et sa fixation n'était plus assuré : le maire de la commune, monsieur Gilbert Burlot, l'a placé en lieu sûr et le fera remettre en place avant la fin 2022 (communication personnelle).
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Reconstitution.
Ce calvaire adoptait-il jadis la composition, habituelle, d'un calvaire à un croisillon ( avec Marie et Jean de chaque côté) ou à deux croisillons (les deux cavaliers occupant le second) ? On peut objecter que, dans ce cas, les statues de la Vierge et de Jean seraient géminées respectivement à celle des saints Pierre et Yves.
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Commanditaire.
Le commanditaire pourrait être selon Le Seac'h (*) Maurice de Perrien de Crénan qui a érigé la chapelle de Léhart [celle de Saint-Tugdual en Pen Léhart ?] en église tréviale en 1614. La seigneurie de Léhart appartenait aux Nepvou, une branche lointaine des ascendants des Perrien, depuis 1565 environ.
(*)Le Noir de Tournemine (H.), Aperçu de l'histoire de Crénan, Saint-Brieuc 1911, réimp. Paris 2003 p. 250.
Pourquoi ne pas penser plutôt à Pierre de Perrien (1616-1670), son fils, seigneur de Léhart et marquis de Crénan ? Grand échanson du roi et maréchal de camp en 1649, gouverneur de la Bretagne, il épousa en 1644-1645 Madeleine du Bueil.
En effet, c'est probablement lui qui commanda à Roland Doré (après 1645) les quatre sculptures en kersanton conservées dans la cour du château de Trécesson à Campénéac, où le comte Henri de Pontbriant, descendant de la famille de Perrien de Crénéan les installa. Elles provenaient du parc du château de Crénan au Fœil près de Quintin. Les quatre statues en pied seraient celles de Pierre de Perrien et de son épouse, ainsi que de ses parents Maurice, et Anne d'Urvoy. Les visages aux pupilles creusées sont typiques du sculpteur, au même titre que les statues de ce calvaire.
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Le sculpteur.
Je ne reviens pas sur la biographie et le corpus des œuvres de Roland Doré, installé à Landerneau et actif de 1618 à 1663, puisque ce blog s'attache à en découvrir les sculptures si caractéristiques les unes après les autres et a déjà donné toutes ces précisions. J'ai l'habitude de le surnommer le Michel-Ange du kersanton, certes avec exagération mais pour souligner l'importance, dans l'art monumental de Bretagne, de celui qui, obtint le sculpteur royal, et a travaillé, uniquement en kersantite extrait en Rade de Brest, pour plus de 82 paroisses une centaine de croix et de calvaires, 54 apôtres et une kyrielle de statues de saints et de saintes.
Je renvoie à CASTEL et à LE SEAC'H.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Roland_Dor%C3%A9
Ici, seuls les personnages sont en kersantite, les fûts, leurs socles et le soubassement étant en granite.
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Présentation.
Édifié sur le placître de l'église paroissiale, le calvaire est constitué d'un massif en pierre de granite local avec un autel ou table d'offrande sur le côté ouest. Trois croix jaillissent de la plateforme, celles du Christ entouré des Larrons. Sur le socles au pied des fûts des Larrons, les statues de Jean et de la Vierge encadrent une Déploration adossée au fût central. Les deux cavaliers de la Passion (Longin et le Centenier) sont placés sur le dernier degré du soubassement.
"Les expressions des personnages varient, passant de la sérénité pour le Christ, à l'affliction pour les saintes Femmes, sans oublier la caricature grotesque pour le mauvais larron. Le sculpteur fait preuve ici d'un indéniable talent dans la représentation des sentiments humains.
Les traits fins des personnages et la maîtrise des drapés font de ce calvaire une œuvre majeure dans le catalogue du sculpteur." (Le Seac'h p.213)
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DESCRIPTION.
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— LE CÔTÉ OUEST.
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Sur la croix principale dont il manque le sommet (et le titulus INRI) depuis le XXe siècle (elle est intacte sur les CPA), le Christ est entouré de deux anges au calice, taillés dans le même bloc, ou du moins solidaire de celui-ci. Un autre ange au calice était posé plus bas sur la console du fût. L'ange à la droite du Christ tient deux calices, l'un pour le sang de la main droite, l'autre pour l'eau (aqua lateris) du flanc droit.
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Les croix des larrons en forme de tau encadrent le crucifié. Le Bon Larron, les bras liés à la traverse, regarde vers le centre du calvaire. Il est vêtu de chausses plissées et dont la braguette proéminente est dotée de deux ou trois languettes arrondies et de deux boutons ronds . Le Mauvais Larron, lié de la même façon, détourne le regard et tire la langue. Ses chausses sont à crevés (*), la braguette est à trois boutons. Tous les deux sont barbus et ont les cheveux longs, mais le Bon Larron porte une barbe peignée à moustache horizontale alors que le Mauvais Larron a une barbe Louis XIII ou Richelieu (moustache et barbichette pointue) portée vers 1635. L'une des jambes est fléchie, —mais moins que sur les calvaires du XVIe siècle — pour rappeler que selon les évangiles les soldats leur brisèrent les jambes pour mettre un terme à leur agonie.
(*) La mode des crevés est propre au XVIe siècle (François Ier, Henri II) et témoigne d'un anachronisme délibéré de la part du sculpteur et du maintien des traditions hérités des calvaires bretons des ateliers landernéens du XVIe siècle, celles des Prigent (1527-1577) et du Maître de Plougastel (1570-1621) notamment, mais aussi de l'atelier de Brasparts (fin XVe), de Saint-Thégonnec (1550-1610) et de Guimiliau (1575-1589).
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La statue de la Vierge est placée contre le fût du gibet du Bon Larron, et celle de Jean contre celui du Mauvais Larron. Entre eux, contre le fût de la croix, une Déploration à quatre personnages (le terme de "pietà" sera évité, et réservé à la Vierge portant le corps de son Fils, sans autre personnage) associe à Marie une Sainte Femme et Marie-Madeleine, selon le thème des "trois Marie".
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Le cavalier de notre gauche, devant la Vierge, tient en main droite le manche d'une lance, dont la hampe est perdue (mais son trou de fixation atteste de son existence). Il porte l'index de la main gauche sous sa paupière. C'est donc Longin, le cavalier et lancier de l'évangile Jean 19:34, promu centurion dans la tradition médiévale et qui transperça le flanc droit du Christ pour s'assurer de sa mort en faisant jaillir de la plèvre le liquide ("eau" mêlé de sang) d'un épanchement.
Selon la tradition, ce liquide, en s'écoulant le long de la lance ou par projection, vint atteindre l'œil du lancier, qu'il guérit d'un trouble de la vision (taie ?), métaphore de sa conversion à la foi chrétienne : il fut considéré comme un saint : voir Jean de Vignay, traduction (1348) de la Légende dorée de Jacques de Voragine chap. 50 :
Le cavalier à notre droite n'est pas Stéphaston, comme on le lit trop souvent, mais le Centurion converti, celui qui s'est écrié lors de la Passion Vere filius Dei erat iste, "vraiment celui-ci était le fils de Dieu", la première déclaration de foi cité par les évangiles après la mort du Christ Mt 27:54. On le trouve représenté, en symétrie de l'axe de la croix avec Longin, dans les enluminures et les verrières peintes de la Passion, avec souvent le visage et le doigt levé vers le Christ, et un phylactère qui cite ses paroles. Dans Marc ou Luc il s'écrie Vere hic homo justus erat :
Matthieu 27 :54 A la vue du tremblement de terre et de ce qui venait d'arriver, l’officier romain et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus furent saisis d'une grande frayeur et dirent: «Cet homme était vraiment le Fils de Dieu.» Centurio autem, et qui cum eo erant, custodientes Jesum, viso terraemotu, et his quae fiebant, timuerunt valde, dicentes: Vere Filius Dei erat iste. (Vulgata)
Luc 23 47 Le centenier, voyant ce qui était arrivé, glorifia Dieu, et dit: Certainement, cet homme était juste. Videns autem centurio quod factum fuerat, glorificavit Deum, dicens: Vere hic homo justus erat. (Vulgata).
Marc 15:39 : Le centenier, qui était en face de Jésus, voyant qu'il avait expiré de la sorte, dit: Assurément, cet homme était Fils de Dieu. Videns autem centurio, qui ex adverso stabat, quia sic clamans expirasset, ait: Vere hic homo Filius Dei erat.
Malgré la constance de cette figure du cavalier au phylactère qui l'identifie avec certitude, je ne parviens pas à lutter contre Stéphaston, que des auteurs éminents reconnaissent ici. Je pourrais produire les liens vers touts mes études des Passions du Finistère que je serai impuissant contre ce virulent virus, ce mème qui contamine les mémoires, les livres et la toile.
Un seul exemple : sur le calvaire monumental de Plougonven (Prigent), les mots vere filius dei erat sont sculptés sur le côté gauche du cavalier.
Je clame en vain dans le désert. Seule une projection divine saurait laver les yeux des savants prompts à reproduire les dires de leurs pairs.
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Notre cavalier est bien un officier : son armure et son manteau en atteste. Mais, et c'est là encore une tradition iconographique médiévale très établie, des détails suggèrent qu'il ne s'agit pas d'un militaire romain, mais d'un soldat Juif : son scapulaire, mais surtout sa barbe et ses cheveux longs, et plus encore son turban (détail qui, en iconographie de l'époque, indique aux contemporains une origine orientale) sur un chapeau vaguement conique, mais bien différent d'un casque. Il associe les traits d'un centurion et ceux d'un grand prêtre.
Le texte grec, donc originel, utilise le terme hekatontarches, "chef d'une centaine", un officier romain, un centurion. Il n'y a pas d'ambiguïté dans le texte évangélique sur l'appartenance de cet officier à l'armée romaine.
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Les pièces de harnachement des chevaux sont rendus avec un goût moins prononcé pour ces détails que sous le burin des Prigent. L'extrémité de la queue des chevaux est tressée.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Le Christ sur la croix.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Les anges hématophores.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Le bon Larron .
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Le Mauvais Larron .
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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La Vierge au calvaire .
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Saint Jean au calvaire.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Longin tenant sa lance et portant son index sous l'œil gauche.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Le Centenier convaincu de la divinité du Christ.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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La Déploration à quatre personnages.
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Voir les Déplorations de Bretagne (classé par ordre chronologique approximatif) :
De Roland Doré, on retiendra la Déploration, bien différente, du calvaire de Brennilis, et celle, plus proche, de l'église de Châteaulin (avec saint Jean et Marie-Madeleine). Ses Vierges de Pitié (ou pietà) sont plus fréquentes, à Cast, Sainte-Anne-la-Palud, Saint-Claude en Plougastel, Plourin-lès-Morlaix.
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La Déploration (kersanton, Roland Doré, milieu XVIIe siècle) de l'église Saint-Idunet de Châteaulin. Photographie lavieb-aile août 2021.
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Ici, la construction générale est plus proche d'un trapèze que d'un triangle, et le Christ est presque allongé, le tronc cambré sur le chevalet du genou droit de Marie. Les deux bras forment avec le corps une croix. La Sainte Femme soutient la tête et le bras gauche, la Vierge a les mains croisées, et Marie-Madeleine, qui tient le flacon d'aromates de l'embaumement, a la tête baissée vers les pieds de son Maître (Rabouni) : on sait le lien privilégié qu'elle a, dans les évangiles ou la tradition iconographique, avec les pieds du Christ.
Les visages (surtout les deux premiers) sont figés, inexpressifs, intériorisés : le groupe est comme plongé dans le silence du chagrin inexprimable.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Une Sainte Femme (Marie Salomé ou Marie Cleophas).
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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La Vierge Marie.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Marie-Madeleine.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Le Christ.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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II. LE CÔTÉ EST.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Saint Yves, le livre-ceinture et le signe d'argumentation juridique.
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a. Le costume.
Saint Yves porte la "barrette" ou bonnet carré (de recteur ou de docteur), le camail dont la capuche est rabattue, et le surplis au dessus de la cotte talaire.
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b. Le livre-ceinture.
Un livre (l'ouvrage de droit canon, condensé des Décrétales, qu'il doit posséder comme Official, c'est à dire comme juges aux affaires ecclésiastiques du diocèse de Tréguier) est suspendu à son poignet droit) car il est enveloppé dans un étui de transport dont il est relié, et suspendu par un lien s'achevant par une boule.
Cet accessoire est désigné aujourd'hui en histoire de l'art sous le terme de "livre ceinture".
Voir mes commentaires sur celui-ci ici :https://www.lavieb-aile.com/2020/07/le-calvaire-de-motreff.html
On trouve aussi ce livre-ceinture parfois sur les statues de saint Jean (Mellac, Motreff, Quilinen), sur les figures des apôtres (saint Philippe sur le Calendrier des Bergers 1498), et, porté par Yves, sur le calvaire de Pencran, sur celui de Saint-Thégonnec et sur des vestiges d'un calvaire de Guipavas. Entre autre.
On le trouve également, sculpté par Roland Doré, sur le calvaire de Plourin-lès-Morlaix.
Yves de Kermartin pose la pulpe de l'index sur celle du pouce, geste précis, qui est repris dans de nombreuses représentations du saint, si bien qu'il devient un véritable attribut, le symbole de ses compétences dans la défense juridique et de sa maîtrise de la rhétorique et de l'éloquence.
Roland Doré a représenté saint Yves sur les calvaires d'Irvillac (Coatnan), de la chapelle Saint-Claude à Plougastel, de Plourin-lès-Morlaix et de Bodeniry à Saint-Thégonnec. La statue de la chapelle Saint-Claude (v.1630) est très proche de celle-ci, mais les pouvoirs publics y laissent prospérer les lichens.
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Calvaire (Kersanton, 1630, Roland Doré) de la chapelle Saint-Claude à Plougastel. Photographie lavieb-aile.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Vue sur le positionnement de la pulpe de l'index sur celle du pouce.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Gros plan sur les iris aux pupilles creusées.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Un roi couronné tenant la main de justice. Saint Louis ? Un saint roi breton (Mélar, Judicaël ou Salomon)?
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Il est impossible de départager les tenants des différentes hypothèses face à ce roi, couronné, tenant la main de justice et vêtu d'une armure et d'une cape.
On se souvient, en admirant la précision avec laquelle sont détaillées les pièces des jambières, que Roland Doré excelle aussi dans l'art funéraire des gisants. Les plaques articulées superposées et rivetées des cuissots, genouillères, grèves et solerets (à bouts ronds) est remarquable.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Le Christ de dérision (Ecce Homo).
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Le Christ, dont les soldats se moquent d'une prétention à être "roi des Juifs" a les poignets liés devant la poitrine, la main gauche tient le roseau dont les bourreaux l'ont affublé en guise de sceptre, et on lui fait porter, sur le corps ensanglanté par la flagellation, un manteau "royal" tandis qu'on l'a couronné d'épines. Les pieds nus témoignent de son dénuement. C'est dans cette tenue que, selon Jean 16:5, Pilate l'a présenté au peuple en s'écriant Ecce Homo, "Voici l'homme!".
Il est très fréquent de voir, sur les calvaires bretons, une Vierge de Pitié (ou une Déploration) placée du côté ouest, et en correspondance du côté est, un Christ aux liens, ou un Ecce Homo.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Saint Pierre tenant sa clef et le livre (Acte des Apôtres).
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Saint Pierre se reconnaît à sa clef, mais aussi à son "toupet", touffe de cheveux isolés sur la calvitie frontale, que les sculpteurs n'omettent jamais de figurer. Comme tous les apôtres (Roland Doré en a sculpté un grand nombre aux porches des églises), il est barbu (seul Jean est imberbe), il tient un livre, ses pieds sont nus, et il porte une robe boutonnée de boutons ronds.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart. Photographie lavieb-aile juin 2022.
ANNEXE
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ROLAND DORÉ ET SES 50 CALVAIRES.
Le sculpteur landernéen dont l'atelier de taille du kersanton est le plus renommé du XVIIe siècle a travaillé pour 82 paroisses (Finistère, Côtes d'Armor) essentiellement pour la sculpture religieuse (et 9 gisants). Il a réalisé les séries d'apôtres de 4 églises, partiellement de 4 autres et quantité de statues isolées. Selon E. Le Seac'h, il a réalisé 97 croix, calvaires ou vestiges dont 21 croix, 50 calvaires, 26 vestiges. Seuls 12 croix et 15 calvaires sont encore complets. 41 croix et calvaires sont datés, entre 1618 à Penmarc'h et 1662 à Saint-Thégonnec.
Voici une liste de 75 croix et calvaires (en gras : décrits dans ce blog)
Brennilis : croix de calvaire du cimetière (vers 1625) . Ange, Crucifix, Pietà,
Briec de l'Odet, Croix de la chapelle de Trolez (Seul le crucifix est de Roland Doré)
Cast, calvaire de l'église Saint-Jérôme : (1660), GLINEC, recteur, Jacob CROISSANT, fabricien. Vierge, Madeleine, crucifix, Jean, saint au livre.
Châteaulin, calvaire (1639) de la chapelle de Kerluan : Vierge, crucifix, Jean (et sur le fût saint Sébastien et saint Roch, hors atelier).
Cléden-Cap-Sizun : calvaire (1630) de la chapelle Saint-They. Vierge, Jacques le Majeur en haut du fût .
Cleder, croix de Kerzuoc'h (1625), Messire PRISER, procureur
Commana : calvaire du cimetière (1624), signé. Vierge/saint Hervé et son guide ; crucifix ; moine au livre ; Jean/moine, écu martelé
Crozon, presbytère, vestige de calvaire, saint Pierre.
Dinéault,calvaire (1648 et 1650), A. LE BUILLER, L. GARO fabriciens. Crucifix, Christ aux liens.
Dirinon, calvaire de la Croix-Rouge, Jean/saint Roch ; crucifix, Vierge/Sébastien
Douarnenez, calvaire de la chapelle Saint-Vendal (1655), GAVRANT, recteur de Pouldregat, I. LE BIAN. Vierge/Corentin ; crucifix ; Vierge à l'enfant/Jean ; évêque
Douarnenez-Tréboul, vestige de calvaire, Jean/Corentin, Vierge/Nicolas
Esquibien : calvaire de Landrevet Jean/ saint indéterminé ; crucifix /Vierge à l'Enfant ; Pierre/Vierge
Le Folgoët, croix du Champ de Foire. Crucifix
Guiclan, croix de Kerizamel
Guiclan, calvaire de Kerlaviou (1622)
Guiclan, calvaire de Pen-ar-Feuteun (1642), [Jean/Yves par Yan Larhantec 1889] ; crucifix ; Vierge/Catherine.
Hanvec : croix de la forêt du Cranou (1627), vestige. Il appartenait à la chapelle Saint-Conval mais il ne subsiste que le fût portant l'inscription : « R. Dore : ma : faict : 1627 ».
Hanvec, Croas-ar-Huré (1621-1622) M. MICHEL, P. BRIS CVRE. Crucifix, écu au calice, anges à phylactères.
Hanvec, calvaire de Quillafel (1638), NICOLAS JACQUES, prêtre
Hanvec, croix de Lanvoy ; seul le crucifix /Vierge à l'enfant est de Roland Doré
L'Hôpital-Camfrout, Croix du Run (1627), Crucifix/Vierge à l'Enfant
L'Hôpital-Camfrout, Calvaire du Troan, vestiges : anges au calice
Irvillac : calvaire (1644) avec deux bras courbes situé devant la chapelle Notre-Dame-de-Lorette au lieu-dit Coatnan. Larrons, Vierge/Yves ; Jean/Pierre
Irvillac, calvaire de Clénunan (1640), Messire Jean LIDOU.
Irvillac, calvaire (1628) de la chapelle de Locmélar : Jean/Pierre ; Vierge/évêque
Kersaint-Plabennec, calvaire de Laven , crucifix. (En complément du travail du maître de Plougastel qui a réalisé les couples Vierge/Yves ; Jean/Etienne).
Lampaul-Guimiliau, calvaire (1621) de Cosquer-Bihan dit Croaz-Kernevez : crucifix/Vierge à l'enfant.
Lampaul-Guimiliau, calvaire de Kerjaffrès (1626), Mathieu LIVINEC fabricien, Y. KERBRAT, fabricien
Lannilis, calvaire de Kerosven. Vierge ; crucifix/Jean-Baptiste, Jean
Lantic, calvaire de l'église Notre-Dame-de-la-Cour. Crucifix/Vierge à l'enfant. Armoiries des Rosmadec et Gouarlot.
Loc-Éguiner-Saint-Thégonnec, calvaire du cimetière, crucifix (en complément du travail du Maître de Plougastel :Vierge/sainte Femme Pietà/Madeleine ;
Logonna-Daoulas, Croix de Cléménéhy (?), SALOMON PIERRES DE PORS AN . Crucifix/Vierge à l'enfant.
Logonna-Daoulas, calvaire de Rulivet. Crucifix. [Saint Nicodème sur le fût, saint Jean, blason des Rosmorduc, hors atelier.]
Loqueffret, calvaire de Bilirit (1625), Y. et Louis BELERIT, fraires. Crucifix/Vierge à l'Enfant ; [et Yves ; Geneviève ; Edern, hors atelier].
La Martyre, vestige (fût) du calvaire de Kerlavarec (?), Béatrice CABOUN.
Penmarc'h, croix de Lescors (1618), crucifix.
Plabennec, calvaire de Scaven, crucifix.
Pleyber-Christ, calvaire de Kervern (1647), Yvon INISAN et Marie MADEC. Vierge/Marguerite
Plogonnec : calvaire (1644) de la chapelle Saint-Pierre. Vierge/Paul ; Jean/Pierre
Plogonnec: calvaire (1641) de la chapelle Seznec, Guillaume TOULGUENGAT, recteur de 1624 à 1642, René SEZNEC, recteur de 1643 à 1697.
Plomodiern calvaire de la chapelle Sainte-Marie-du Ménez-Hom, tête de la Vierge de la Pietà et Vierge à l'Enfant, tout le reste étant hors atelier.
Plonévez-Porzay: calvaire de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud [1630-1656], Guillaume VERGOZ, recteur de 1630 à 1656, lucas BERNARD, fabricien ? Vierge/Pierre, Crucifix/Pietà ; Jean/Jacques
Ploubazlanec, calvaire de l'ancienne chapelle de Loguivy-de-la-Mer. Vierge et Jean
Ploudiry, calvaire (1633) de l'église : Crucifix et Marie-Madeleine
Plougastel-Daoulas, Le Passage, calvaire (1622), Jean GUIGORUS, fabricien. François d'Assise/Vierge ; crucifix/Pietà ; évêque/Jean.
Plougastel-Daoulas, calvaire (v.1630) de la chapelle Saint-Claude. Vierge/Yves, Pietà ; Jean/Pierre
Plougastel-Daoulas, calvaire (1654) de la chapelle Saint-Guénolé. Vierge/Guénolé, crucifix/Vierge à l'Enfant ; Jean/Pierre
Plougastel-Daoulas, calvaire (1639) du Tinduff : Le Seac'h p. 228. n. 78 et 79.
Ploumilliau (22), calvaire (1622) de Coz-Douar. Crucifix/Vierge à l'Enfant.
Plounéour-Ménez : le calvaire (1641) de l'église . Vierge/Pierre et Jean/Paul.
Plounéour-Ménez : croix de Kersimonnet. Vierge à l'Enfant
Plourin-les-Morlaix Vestiges d'un calvaire sur le mur de l'enclos. 15 personnages dont Yves, Marie-Madeleine, les 4 évangélistes, saint Grégoire, une Piétà et une Fuite en Égypte
Port-Launay, calvaire (1651) de Lanvaïdic. Crucifix, culots vides.
Poullan-sur-Mer, calvaire (1640) de Kervignac vestiges
La Roche-Maurice, croix (1625) de Penmarc'h. Crucifix, macles des Rohan.
Rosnoën : calvaire (1648) de l'église Pierre/évêque ; Crucifix/Vierge à l'Enfant (hors atelier) ; Paul/évêque
Saint-Nic, calvaire de la chapelle Saint-Côme : crucifix.
Saint-Nic, calvaire de l'église Vierge/diacre ?; Crucifix ; Jean/diacre ?
Saint-Renan, croix de Quillimerrien ( ?), ADENOR AR COR et IVET AR COR, Vierge
Saint-Sauveur : croix de Kerbouzard Crucifix.
Saint-Ségal, calvaire du bourg : Vierge, Marie-Madeleine et Jean sur le socle
Saint-Servais, calvaire de l'église. Crucifix/Christ aux liens.
Saint-Servais, croix (1640) de Bréties dite Croas-Vossoc. Crucifix.
Saint-Thégonnec, grand calvaire de l'enclos paroissial ; Christ aux outrages
Saint-Thégonnec, calvaire de Bodéniry (1632), Anna BREST et Jean GUILLERM. Vierge/François d'Assise ; Jean/Yves
Saint-Thégonnec, croix du Broustou (1662); Crucifix
Saint-Thégonnec, croix de Coslen. Crucifix/Saint Joseph et l'Enfant
Saint-Thégonnec, croix de Hellin, 1638, Crucifix / Vierge à l'Enfant écu sur le nœud lion et calice
Saint-Thégonnec, croix (1629) de Pennalan. Crucifix/Vierge , écu au calice et M.H.C.P.
Saint-Thégonnec, croix du Keff, Vierge à l'Enfant de la niche.
Saint-Thégonnec, croix (1647) de Pennavern. Crucifix/Vierge à l'Enfant, écu avec fasces des Chastel en alliance avec des armoiries indéterminées.
Saint-Urbain : calvaire du Quinquis. Crucifix
Senven-Léhart : calvaire près de l'église Notre-Dame de Senven. 18 personnages.
Trézilidé, calvaire de l'église. Bon Larron, Pierre, Pietà, Mauvais Larron.
Roland Doré a sculpté uniquement dans le kersanton. Son style dépouillé, facilement reconnaissable et proche de l'épure, a contribué à établir sa réputation. Il se distingue par son souci de replacer la réalité des formes dans l'espace en allant à l'essentiel. Sa virtuosité à sculpter les visages doux de ses Vierges ou à donner un tempérament à ses œuvres profanes en fait un sculpteur d'exception. Il a débuté comme compagnon dans l'atelier du Maître de Plougastel (1585-1617) puis a entrepris une carrière prolifique à Landerneau.
— Le Christ :
Les représentations du Crucifié sont caractérisés par des corps allongés, aux longs bras noueux et aux torses presque rectangulaires avec les muscles de l'abdomen en forme de poire. Les veines du cou sont saillantes. Les Christ penchent la tête du coté droit, les yeux clos. Leurs pagnes plats sont noués sur le coté gauche. Les visages sont presque émaciés, les joues creuses mangées par une barbe et une moustache aux mèches fines. Les crucifix courts dont le canon est à cinq têtes se différencient des crucifix longs à sept têtes (Y-P. Castel).
La couronne d'épines est caractéristique, aux deux brins entrelacés en forme de carré.
— Les Vierges à l'Enfant : elles portent leur enfant sur le bras gauche, la main droite tenant une pomme. Elles ont le visage poupin , les yeux en amande au sillon palpébral bien dessiné. et arborent le fin sourire « doréen ».
— Les personnages de Roland Doré se reconnaissent aussi à leurs yeux dont l' amande presque losangique est soulignée d'un trait creux et aux pupilles creusées. Les visages sont ronds au dessus d'un étage inférieur triangulaire à petit menton rond. La bouche, très caractéristique, est fine, figée en demi-sourire énigmatique, avec des commissures creusées en fossettes.
— Saint Jean accompagne la Vierge sur les croix et calvaires. Sa gestuelle varie peu : les deux mains posées sur la poitrine, (Seznec à Plogonnec, N.D de Kerluan à Châteaulin, Commana, Saint-Nicodème à Ploéven (1637), Tinduff à Plougastel, Saint-Vendal à Douarnenez) ou simplement une seule main, l'autre étant cachée sous sa tunique (Sainte-Anne-la-Palud à Plonévez-Porzay). Plus rarement, il serre le pan de sa tunique et appuie un livre fermé contre sa poitrine (Coatnan à Irvillac) . Parfois il joint les mains, les doigts entrelacés (Plogonnec) ou il tient un livre dans le creux formé par sa main gauche (Cast, 1660). Sa physionomie est partout similaire. Le seul changement appréciable se voit dans sa chevelure lisse (Seznec ou Saint-Pierre à Plogonnec, Commana, Tinduff à Plougastel, à l'ouest de l'église de Plounéour-Ménez en 1641) ou bouclée (Saint-Nicodème à Ploéven en 1637, Coatnan à Irvillac en 1644, Saint-Vendal à Douarnenez (1655) , Sainte-Anne-la-Palud à Ploénevz-Porzay, Saint-Nic, Cast) comme sur les gisants mais d'une manière aléatoire sans que l'on puisse repérer une évolution chronologique.
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SOURCES ET LIENS.
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— CASTEL (Yves-Pascal), 1983, La floraison des croix et calvaires dans le Léon sous l'influence de Mgr Roland de Neufville (1562-1613), Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest Année 1983 90-2 pp. 311-319
— CASTEL (Yves-Pascal), 1985, Roland Doré, sculpteur du roi en Bretagne et architecte (première moitié du XVIIè siècle) , Bulletin de la Société archéologique du Finistère, Pages 97 à 156.
— CASTEL (Yves-Pascal), 1996, Du nouveau sur Roland Doré
— COUFFON, René, 1961, L'évolution de la statuaire en Bretagne après la guerre de succession du Duché - In: Mémoires. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord vol. 97 (1961) p. 1-16
— CASTEL in DANIEL, (Françoise), 1988, Roland Doré et les enclos paroissiaux : [exposition, Morlaix, Musée des Jacobins, juillet 1988] / [exposition conçue et réalisée par Françoise Daniel] Jacobins, juillet 1988] 1 vol. (56 p.) : ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. ; 30 cm D'après les travaux d'Yves-Pascal CASTEL .
"Doré s'est forgé un style si reconnaissable que certains amateurs se refusent à y déceler ces variations, subtiles mais réelles, qui font d'un simple praticien un artiste véritable qui s'attache à renouveler sa manière.
Les anatomies des personnages se cachent sous des étoffes lourdes, les mains sont stylisées, les pieds nus dépassant la tombée des plis des tuniques se réduisent à un rang de billes inégales... Tout cela pourrait faire illusion sur le talent de l'artiste encore que nous le verrons, on repère des exceptions.
Mais il y a les visages !
Fronts bombés, lisses ou creusés de rides, selon l'âge ou le sexe des personnages, ligne des arcades sourcilières larges et franches, pommettes pleines et arrondies, un visage de Doré se reconnaît presque toujours.
Les yeux, où se réfugient la manière et les intentions de l'artiste, tout comme ses manies et ses tics, sont particulièrement typés. Les paupières en amande ont le sillon palpébral toujours indiqué. En ceci, Doré se démarque franchement du maître du calvaire de Plougastel-Daoulas, qui , supprimant tout sillon, donne toute l'importance au globe oculaire. Au contraire, dans une option naturaliste
, Doré concentre l'intérêt sur l'iris. Il marque la pupille d'un creux expressif, dont la direction invite le regard de l'observateur à une mobilité qui participe à la vie de ces faces minérales.
Le sillon naso-labial est creusé, plus ou moins, s'articulant sur des lèvres relativement fines.
L'étonnant, dans ce traitement des visages, est qu'il contraste, mis à part les traits incisifs des chevelures et des barbes, avec l'agencement des drapés des vêtements et de leurs plis.
Des étoffes opaques qui masquent les corps, nous l'avons dit, dissimulant les anatomies, en quoi Doré s'engage dans un hiératisme qui l'éloigne du style de l'époque dans laquelle il s'insère. Encore que certaines grandes pièces, telle la Vierge de l'Annonciation de Saint-Thégonnec, invitent à tempérer ce jugement.
Les drapés, calmes et amples, se déploient en pans sculpturaux soulignant la majesté des volumes, tels ceux de la Madeleine du groupe de Notre-Dame-de Pitié si fascinant de Senven-Lehart.
Si les drapés sont stylisés, l'origine de leurs plis n'en demeure pas moins naturelle, structurant, en les animant tout à la fois, les silhouettes. Les plis, formés sur des étoffes épaisses et fermes, captent avec vigueur les ombres d'une sculpture destinée à vivre en plein vent, plus qu'à habiller des corps qui se font oublier.
Plis en becs caractéristiques sur les flancs des blocs sculptés. Plis en volutes, simples ou composés, aux lisières latérales. Plis en volutes simples à queue d'aronde, à étages et bouillonnants dans les pans des manteaux rebrassés. Plis couchés et repassés se chevauchant les uns les autres. Plis en accordéon, sur les manches ajustées. Plis en éventail sur les bras qui portent le manteau."
— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.
Le beau calvaire de Plourin-lès-Morlaix, de mémoire d'homme, n'a jamais été connu que sous la forme des diverses statues qui le composaient, d'abord éparpillées, puis regroupées pour six d'entre elles (qui ont conservées leur polychromie) dans l'ancien ossuaire, et pour les autres, sur le mur d'enceinte de l'enclos. Il avait été détruit à la Révolution, et le crucifix "a été soustrait par un particulier" (Castel).
Mais le style du sculpteur est si facilement identifiable (notamment sur les deux Vierges) qu'on peut l'attribuer au meilleur sculpteur breton de kersantite (une roche remarquable par la finesse de son grain et sa résistance à l'altération), Roland Doré, actif de 1618 à 1663, et auteur d'une petite centaine de croix et calvaires des paroisses de Léon, de Cornouaille et du Trégor.
Nos calvaires ne font presque jamais l'objet d'études monographiques, si on excepte les calvaires monumentaux comme ceux de Pleyben, Plougonven ou Plougastel. A fortiori lorsque ces calvaires sont réduits à l'état de vestiges.
C'est bien dommage, puisqu'à Plourin-Lès-Morlaix sont conservées de très belles pièces : trois des quatre groupes géminés, soit six personnages, qui occupaient les croisillons (la Vierge / saint François d'Assise, Marie-Madeleine / saint Paul, et saint évêque / saint Yves [groupe qui n'est pas signalé par Le Seac'h 2014 mais qui est décrit par Castel :les personnages ont été désunis, saint Yves étant conservé dans la nef et l'évêque (?) dans l'ossuaire], six statues en ronde-bosse (les quatre évangélistes, saint Grégoire et un saint évêque), deux groupes qui occupaient sans doute les nœuds des croisillons (la Vierge de Piété et la Fuite en Égypte).
Soyons juste, Yves-Pascal Castel consacre 4 doubles pages de son catalogue d'exposition Roland Doré et les enclos paroissiaux aux photographies de ces statues, et y signale leurs mensurations en légende.
C'est bien dommage que ces œuvres n'aient pas été étudiées et décrites une par une, mais cela m'a permis d'apporter mon grain de sel (ou de sénevé), et de découvrir un détail truculent sur la Fuite en Égypte. Et il faut bien que mon blog ait un peu de grain à moudre, non ?
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Les deux cartels explicatifs (pléonasme?) sont néanmoins remarquables, et fournissent de précieux renseignements.
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Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
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Le père Y.-P. Castel avait publié une proposition de reconstitution, avec deux croisillons (afin de placer les statues géminées) et une console pour la Fuite en Égypte, tandis qu'il imaginait que les quatre évangélistes encadraient le piètement du fût . Il signale des "corrections" auxquelles je n'ai pas eu accès.
Le Seac'h indique une reconstitution dessinée par Jean-Michel Le Goff, et en donne une illustration partielle, qui ne diffère pas du schéma de Castel.
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CASTEL (Yves-Pascal) 1985, La reconstitution du calvaire de Plourin-Lès-Morlaix, . articles du Progrès de Cornouaille / Courrier du Léon 2 11 85.
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I. SUR LE MUR D'ENCEINTE, À DROITE DU MONUMENT AUX MORTS.
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1. LA FUITE EN ÉGYPTE À LA VIERGE ALLAITANTE.
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Kersanton . H= 67 cm, l = 67 cm, pr = 25 cm.
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La Vierge est assise transversalement sur le bât de l'âne, les pieds appuyés sur un repose-pieds. Elle est recouverte d'un manteau très couvrant, laissant à peine voir l'extrémité des chaussures, et formant entre les jambes des plis en V. Elle est coiffée de ce qui semble être une couronne.
Son visage très rond et les fossettes des commissures labiales, sont caractéristiques de Roland Doré, et on retrouve cela sur le visage de l'Enfant. Le hiératisme de l'ensemble rappelle de l'artiste est un élève du Maître de Plougastel.
La Mère ne regarde pas son enfant, mais chacun d'eux fixe le lointain, devant eux. Pourtant, le geste de la main droite, qui présente le mamelon du sein dénudé entre index et majeur, permet de constater qu'elle s'apprête à allaiter son Fils.
Ce thème, un épisode de la Fuite, est connu depuis le XVIe siècle, et répond au titre de "Le Repos pendant la Fuite en Égypte".
On peut créer une sous-division de ce thème sous le titre : "La Vierge allaitant pendant le Repos (la Halte) de la Fuite en Égypte". Il est très représenté en peinture, et le dossier Wikipédia réunit 71 fichiers en rapport avec ce sujet.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
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2. LA VIERGE AU PIED DU CALVAIRE (Géminée avec Saint François d'Assise).
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Kersanton . H= 67 cm, l = 24 cm, pr = 24 cm.
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La Vierge, qui occupait un croisillon à la droite du crucifix, est voilée, et porte la guimpe. Sa tête est légèrement inclinée vers la droite, et ses mains sont croisées sur la poitrine (mais la main gauche n'est pas sculptée).
Son manteau forme un pan qui tombe horizontalement du côté droit, tandis que le pan gauche est repliée en dessinant un S.
La robe est plissée et serrée par une ceinture.
Le visage est typique du style de Roland Doré, très rond malgré un menton pointu, avec un nez dont la crête acérée s'achève par des narines dilatées, et des yeux en amande dont la paupière inférieure est ourlée. Les iris sont comme des cerises, et les pupilles en sont creusées, ce qui est un trait stylistique vraiment caractéristique du maître sculpteur.
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Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
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3. SAINT FRANÇOIS D'ASSISE (géminé avec la Vierge).
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Kersanton . H= 67 cm, l = 24 cm, pr = 24 cm.
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Le saint est identifié par sa bure franciscaine, sa ceinture en corde à nœuds "de capucin", et surtout par sa posture présentant les paumes trouées par les stigmates.
Nous retrouvons les caractéristiques du visage rolandéen , les yeux sont ici ourlées s'un double trait sur les deux paupières. Le creusement des pupilles est bien apparent. La bouche a ce demi-sourire crispé caractéristique, qu'encadre des sillons naso-géniens accentués, permettant d'indiquer la masculinité de son personnage.
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Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
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II. SUR LE MUR D'ENCEINTE, À GAUCHE DU MONUMENT AUX MORTS.
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4. LA VIERGE DE PITIÉ (FRAGMENT).
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Kersanton . H= 65 cm, l = 35 cm, pr = 20 cm.
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Ce groupe est très curieux. Il est difficile de dire si la Vierge est debout, ou plutôt assise comme à la chapelle Saint-Claude de Plougastel, dont la Pietà attire la comparaison. Par contre, il est clair que le Christ est assis sur le genou gauche de sa mère (la chaussure gauche apparaît sous la jambe de la Vierge, qui est bizarrement assimilable à une colonne, un montant). Marie le tient ainsi, appuyé flanc contre flanc, en le soutenant sous l'aisselle par sa main gauche. Elle soutient avec une tendre sollicitude le bras droit du Christ par une élégante prise du poignet.
Cette disposition verticale du Christ, contraire à la tradition où la Mère tient le cadavre du Fils entre ses bras, se retrouve, je l'ai dit, à la chapelle Saint-Claude, ainsi qu'à la chapelle de Sainte-Anne-La-Palud de Plonévez-Porzay. Les trois œuvres sont de Roland Doré, et sont datés par estimation vers 1630, ou vers 1642 pour Sainte-Anne-la-Palud. Également de Roland Doré, la Vierge de Pitié de Cast reprend la même disposition, mais elle pose un genou à terre, et la tête de son Fils est placée plus bas que dans les autres exemples.
Dans tous les cas, la Vierge est penchée sur son Fils, qu'elle entoure dans l'arc de son buste et de sa tendresse.
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Calvaire (Kersanton, 1630, Roland Doré) de la chapelle Saint-Claude à Plougastel. Photographie lavieb-aile.
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Le calvaire (kersanton, vers 1642, Roland Doré) de Sainte-Anne-la-Palud. Photographie lavieb-aile juin 2020.
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La Pietà (kersantite, Roland Doré, 1660) du calvaire de Cast. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Le Christ diffère des autres groupes (et de nombreuses Pietà) car il est placé à la gauche de sa mère. En outre, il présente ici une particularité intrigante.
Sa main gauche repose sur un volume rectangulaire qui pourrait en abuser pour un livre. C'est en réalité l'extrémité du pan du pagne, noué à gauche.
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Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
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5. SAINTE MARIE-MADELEINE TENANT LE FLACON D'AROMATES.
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Kersanton . H= 67 cm, l = 22 cm, pr = 27 cm.
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On remarquera l'élégance du manteau, dont l'épaisse étoffe est presque palpable, et dont les pans descendent en plis symétriques sous la manche droite.
Mais on remarquera aussi le bandeau occipital, ici large et à deux plis, cette coiffure assez propre aux sculpteurs de Basse-Bretagne au XVe-XVIIe siècle, sculpteurs qui la réservent sauf exception à la Vierge et à Marie-Madeleine, en équivalent de nos "chouchous".
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Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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6. SAINT PAUL ET SON ÉPÉE.
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Kersanton .
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Chacun appréciera selon son point de vue la propagation des lichens sur nos statues. Quand à moi, je continue à être choqué par la manière dont ces dartres (c'est l'étymologie de "lichen") défigurent les saints personnages de notre patrimoine.
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Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
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III. DANS L'ANCIEN OSSUAIRE.
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Six des statues de kersanton polychromes (on corrigera le texte du cartel qui parle de granite) ont été placées dans chacune des arcades de l'ancien ossuaire, derrière des vitres, excellente protection contre les lichens et autres dégradations, et belle idée d'animation de l'ossuaire. Mais cela ne fait pas l'affaire du photographe, qui doit ruser et fractionner ses clichés.
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Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
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7.UN SAINT ÉVÊQUE.
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Kersanton polychrome. H= 85 cm, l = 26 cm, pr = 18 cm. Revers sculpté, trou de fixation.
Comme tous les personnages suivants, ce saint est en train d'écrire un livre. Si on pense aux Pères de l'église, dont les textes sont fondateurs, on peut suggérer saint Augustin ou saint Ambroise. Si on veut y voir un des grands saints évêques bretons (Corentin, Pol-Aurélien), peu sont réputés être l'auteur d'ouvrages notables.
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Les six personnages de l'ossuaire. Photo Castel, in Daniel 1988.
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Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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8.L'ÉVANGÉLISTE SAINT MATTHIEU ET SON ANGE.
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Kersanton polychrome. H= 84 cm, l = 39 cm, pr = 20 cm. Revers sculpté, trou de fixation.
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Chaque évangéliste est représenté en train d'écrire avec un crayon sur un phylactère. Ceux-ci portent des inscriptions peintes, qui ne correspondent peut-être pas aux textes initiaux, mais parfois à l'incipit (premiers mots) de leur évangile.
Chacun est accompagné de son attribut, l'un des quatre éléments du Tétramorphe.
Ici, Matthieu est accompagné de l'ange. On lit : PASIO DOMI[NI], renvoyant à la Passion selon saint Matthieu, (Passio Domini nostri Jesu Christi secundum Evangelistam Matthaeum).
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Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
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9.L'ÉVANGÉLISTE SAINT MARC ET SON LION.
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Kersanton polychrome. H= 83 cm, l = 35 cm, pr = 23 cm.
Le texte correspond à Sequentia sancti Evangelii secundum [Marcum. In illo tempore..]., "Suite de l'évangile selon saint [Marc. En ce temps là].
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Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
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10.L'ÉVANGÉLISTE SAINT LUC ET SON TAUREAU.
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Kersanton polychrome. H= 85 cm, l = 40 cm, pr = 20 cm. Revers sculpté, trou de fixation.
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Sur le phylactère : IN ILLO TEMP [ORE].
In illo tempore (En ce temps-là) n'est pas l'incipit de Luc, qui est Quoniam quidem multi conati. Mais on trouve la formule dans les évangiles, notamment de Luc, notamment dans la séquence "En ce temps là Jésus dit à ses apôtres".
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Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
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11.L'ÉVANGÉLISTE SAINT JEAN ET SON AIGLE.
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Kersanton polychrome. H= 82 cm, l = 34 cm, pr = 20 cm. Revers sculpté, trou de fixation.
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Inscription : IN ILLO TEMP[O]RE CUM ESS[ET]
Il s'agit d'une citation de l'évangile de Matthieu 3: In illo tempore. Cum esset desponsata Mater Jesu Maria Joseph. Ou de Luc In illo tempore cum esset Iehsu in una civitatum. Ou, plutôt ici, de Jean : In illo tempore cum esset sero die illo una sabbatorum.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
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12.SAINT GRÉGOIRE PÉRE DE L'ÉGLISE EN PAPE.
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Kersanton polychrome. H= 85 cm, l = 40 cm, pr = 20 cm. Revers sculpté, trou de fixation.
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Le pape Grégoire Ier (vers 540-604) est l'un des quatre pères de l'église d'Occident avec saint Amboise, saint Augustin et saint Jérôme. Le chant grégorien a été nommé en son honneur
Il est également figuré, comme les évangélistes, en train d'écrire. Le livre qu'il tient ouvert dans sa main gauche ne porte pas de titre ; je choisis son Moralia in Job.
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Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
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IV. STATUES CONSERVÉES DANS L'ÉGLISE
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13. SAINT YVES ET LE GESTE D'ARGUMENTATION.
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— Voir sur les groupes de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre :
Kersanton polychrome. Statue géminée avec une sainte femme : h = 66 cm, l = 27 cm, pr = 20 cm.
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a. Le costume.
Saint Yves porte la "barrette" ou bonnet carré (de recteur ou de docteur), le camail noir à revers rouge dont la capuche est rabattue, et le surplis au dessus de la cotte talaire.
b. Le livre-ceinture.
Un livre (l'ouvrage de droit qu'il doit posséder comme Official, c'est à dire comme juges aux affaires ecclésiastiques du diocèse de Tréguier) est suspendue à sa ceinture ou à son poignet gauche car il est enveloppé dans un étui de transport dont il est relié.
Cet accessoire est désigné aujourd'hui en histoire de l'art sous le terme de "livre ceinture".
Voir mes commentaires sur celui-ci ici :https://www.lavieb-aile.com/2020/07/le-calvaire-de-motreff.html
On trouve aussi ce livre-ceinture parfois sur les statues de saint Jean (Mellac, Motreff, Quilinen), sur les figures des apôtres (saint Philippe sur le Calendrier des Bergers 1498), et, porté par Yves, sur le calvaire de Pencran, sur celui de Saint-Thégonnec et sur des vestiges d'un calvaire de Guipavas. Entre autres.
Yves de Kermartin pose la pulpe de l'index sur celle du pouce, geste précis, qui est repris dans de nombreuses représentations du saint, si bien qu'il devient un véritable attribut, le symbole de ses compétences dans la défense juridique et de sa maîtrise de la rhétorique et de l'éloquence.
— Saint Yves et le geste de l'argumentation, etc. :
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile mai 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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Cliché Castel in Daniel 1988 p.13
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Photo (éclaircie) Y.-P. Castel in Daniel 1988 p. 13.
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14. SAINTE FEMME.
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Kersanton (sans polychromie). Statue géminée avec saint Yves . Photo d'Yves-Pascal Castel dans Daniel 1988 page 13, où la légende indique "saint évêque".
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Cliché Castel in Daniel 1988.
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Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile juin 2022.
Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix. Photographie lavieb-aile juin 2022.
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15. SAINT ANNE TRINITAIRE.
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Kersanton polychrome. H= 79 cm, l = 30 cm, pr = 18 cm. Revers évidé, trou de fixation.
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Je ne reviens pas sur ce thème iconographique que j'ai largement développé dans ce blog. Ici, nous avons sainte Anne, de taille "vraisemblable", qui tient dans ses bras et assise sur le berceau de son coude gauche sa fille Marie, couronnée, mais de la taille d'une poupée. Celle-ci tient sous les aisselles le petit Jésus, seulement vêtu d'un pagne, et dont les pieds sont soutenus par la grand-mère.
Les visages, et notamment les yeux, sont à nouveau parfaitement représentatifs du style de Roland Doré.
2319. Plourin-lès-Morlaix, église, mur d’enclos et intérieur de l’église, k. Vers 1630, par Roland Doré. Ensemble de statues dont Vierge de Pitié, statues géminées: Madeleine-Paul, Vierge-François d’Assise (mur d’enclos). Statue géminée: Yves-évêque, statues: quatre évangélistes, sainte Anne, saint Grégoire (niches dans le haut du mur de la nef, intérieur église). De cet ensemble, le crucifix a été soustrait par un particulier. [YPC 1980]
— CASTEL (Yves-Pascal) 1985, La reconstitution du calvaire de Plourin-Lès-Morlaix, . articles du Progrès de Cornouaille / Courrier du Léon 2 11 85.
— CASTEL (Yves-Pascal), 1983, La floraison des croix et calvaires dans le Léon sous l'influence de Mgr Roland de Neufville (1562-1613), Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest Année 1983 90-2 pp. 311-319
— CASTEL (Yves-Pascal), 1985, Roland Doré, sculpteur du roi en Bretagne et architecte (première moitié du XVIIè siècle) , Bulletin de la Société archéologique du Finistère, Pages 97 à 156.
— CASTEL (Yves-Pascal), 1996, Du nouveau sur Roland Doré
— COUFFON, René, 1961, L'évolution de la statuaire en Bretagne après la guerre de succession du Duché - In: Mémoires. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord vol. 97 (1961) p. 1-16
— DANIEL, (Françoise), 1988, Roland Doré et les enclos paroissiaux : [exposition, Morlaix, Musée des Jacobins, juillet 1988] / [exposition conçue et réalisée par Françoise Daniel] Jacobins, juillet 1988] 1 vol. (56 p.) : ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. ; 30 cm D'après les travaux d'Yves-Pascal CASTEL .
"Doré s'est forgé un style si reconnaissable que certains amateurs se refusent à y déceler ces variations, subtiles mais réelles, qui font d'un simple praticien un artiste véritable qui s'attache à renouveler sa manière.
Les anatomies des personnages se cachent sous des étoffes lourdes, les mains sont stylisées, les pieds nus dépassant la tombée des plis des tuniques se réduisent à un rang de billes inégales... Tout cela pourrait faire illusion sur le talent de l'artiste encore que nous le verrons, on repère des exceptions.
Mais il y a les visages !
Fronts bombés, lisses ou creusés de rides, selon l'âge ou le sexe des personnages, ligne des arcades sourcilières larges et franches, pommettes pleines et arrondies, un visage de Doré se reconnaît presque toujours.
Les yeux, où se réfugient la manière et les intentions de l'artiste, tout comme ses manies et ses tics, sont particulièrement typés. Les paupières en amande ont le sillon palpébral toujours indiqué. En ceci, Doré se démarque franchement du maître du calvaire de Plougastel-Daoulas, qui , supprimant tout sillon, donne toute l'importance au globe oculaire. Au contraire, dans une option naturaliste
, Doré concentre l'intérêt sur l'iris. Il marque la pupille d'un creux expressif, dont la direction invite le regard de l'observateur à une mobilité qui participe à la vie de ces faces minérales.
Le sillon naso-labial est creusé, plus ou moins, s'articulant sur des lèvres relativement fines.
L'étonnant, dans ce traitement des visages, est qu'il contraste, mis à part les traits incisifs des chevelures et des barbes, avec l'agencement des drapés des vêtements et de leurs plis.
Des étoffes opaques qui masquent les corps, nous l'avons dit, dissimulant les anatomies, en quoi Doré s'engage dans un hiératisme qui l'éloigne du style de l'époque dans laquelle il s'insère. Encore que certaines grandes pièces, telle la Vierge de l'Annonciation de Saint-Thégonnec, invitent à tempérer ce jugement.
Les drapés, calmes et amples, se déploient en pans sculpturaux soulignant la majesté des volumes, tels ceux de la Madeleine du groupe de Notre-Dame-de Pitié si fascinant de Senven-Lehart.
Si les drapés sont stylisés, l'origine de leurs plis n'en demeure pas moins naturelle, structurant, en les animant tout à la fois, les silhouettes. Les plis, formés sur des étoffes épaisses et fermes, captent avec vigueur les ombres d'une sculpture destinée à vivre en plein vent, plus qu'à habiller des corps qui se font oublier.
Plis en becs caractéristiques sur les flancs des blocs sculptés. Plis en volutes, simples ou composés, aux lisières latérales. Plis en volutes simples à queue d'aronde, à étages et bouillonnants dans les pans des manteaux rebrassés. Plis couchés et repassés se chevauchant les uns les autres. Plis en accordéon, sur les manches ajustées. Plis en éventail sur les bras qui portent le manteau."
— LE GUENNEC(Louis), 1979, l'église de Plourin-lès-Morlaix, in Morlaix et sa région, p.60
" On remarque, en outre, plusieurs curieuses statues anciennes, dont un groupe triple de sainte Anne, saint Yves argumentant, saint Sébastien, les Evangélistes, saint Fiacre en jardinier, sainte Marguerite, etc. Le cimetière, dont les piliers d'entrée sont surmontés des statuettes mutilées d'un ancien calvaire, possède une petite chapelle, ancien ossuaire, dont la façade est percée d'une porte et d'une série d'arcades. A l'intérieur, on remarque les statues de sainte Barbe avec sa tour et de saint Mathurin, costumé en prêtre."
Le calvaire de l'église de Rosnoën.Le calvaire (kersanton,1893), et les fragments de calvaire (kersanton, 1648, Roland Doré) intégrés au Monument aux morts, de l'église de Rosnoën.
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Voir sur ce blog d'autres calvaires du Finistère (liste en désordre et incomplète):
L'histoire des calvaires de la commune est mouvementée, et montre que l'attachement à ces monuments patrimoniaux et au respect de leur intégrité ou de leur emplacement n'a pas toujours été vif.
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1. L'ancien calvaire du cimetière (XVe-XVIe siècle, Maître de Brasparts).
On en connaît peu de choses : ses fragments auraient été enterrés dans le jardin du presbytère et découverts en 1920 par François-Marie Bramoullé, alors séminariste. Après la guerre, il fut restauré et transféré en 1947 à Vesly (Eure), dont F.-M. Bramoullé était devenu le curé depuis 1937
Un article de Paris-Normandie 2017 nous donne les informations suivantes, mais sujettes à caution car je ne parviens pas à les vérifier (notamment sur le site MemorialGenWeb) :
"Paris-Normandie 23/11/2017 à 23:12
Plus de 5,50m de haut, tout en granit breton, le calvaire, posté en marge de la commune de Vesly, est unique en son genre. Il attire de nombreux visiteurs et curieux de la région.
Ses origines bretonnes détonnent avec le paysage eurois. Ce monument religieux a fait couler beaucoup d’encre, tant par sa provenance que par les débats qu’il a suscités. Surnommé également «le calvaire de la peste», il a été construit au XVIe siècle. Il était censé protéger les habitants du fléau qui sévissait alors.
Découvert en 1920 par le futur curé de Vesly, il était à l’origine construit en bois et retravaillé par la suite en granit de Bretagne. Ce calvaire est disposé sur un pylône de même matière, avant d’orner la ville et de la symboliser.
François-Marie Bramoullé, curé emblématique de Vesly, de 1937 à 1971, est à l’origine de son implantation et de sa réfection, en 1947. Cet édifice chrétien, très visité de nos jours encore, sert également, fait incongru, de monument aux morts sur lequel sont inscrits les noms des Veslysiens tombés durant la Seconde Guerre mondiale.
Surnommé depuis le calvaire de la Libération, il se voit honorer chaque année et fait la fierté de la ville."
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Le père Yves-Pascal Castel, auteur de l'Atlas des croix et calvaires du Finistère, l'a peut-être examiné, puisqu'il l'attribue au Maître de Brasparts :
" Au maître de Quilinen, [auteur du calvaire éponyme] on attribuera Motreff, modeste, Mellac, fortement charpenté et Saint-Hernin, rafistolé comme on a pu.
Proche de Quilinen dans le temps, moins remarquée, la manière du Maître de Brasparts, sonne plus "breton" aux yeux des amateurs, comme si la manière des autres l'était moins. Sans doute issus du ciseau du maître de Brasparts, les calvaires de Loqueffret, de Plouénan, timbré des armoiries des Kersauzon et des Keranguen, et de Vesly, dans l'Eure, étonnant sous le ciel normand, où il a été transporté il y a seulement quelques décennies. » (Castel 1980 page 125)
Cette attribution, qui donnerait à ce monument une forte valeur iconographique, est adoptée par Emmanuelle Le Seac'h, mais apparemment par citation d'Y.-P. Castel sans qu'elle ne l'ait examiné.
Frédéric de Frias me communique les photos suivantes :
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Google maps. Calvaire de Saint-Divy (kersanton, fin XVe ?) déplacé à Vesly (Eure) en 1947.
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Calvaire de Saint-Divy (kersanton, fin XVe ?) déplacé à Vesly (Eure) en 1947.
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CP site Delcampe. Calvaire de Saint-Divy (kersanton, fin XVe ?) déplacé à Vesly (Eure) en 1947.
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Note : en 1901, le chanoine Abgrall décrivait 2 croix sur le placître, l'une à l'ouest (celle de 1562) et l'autre au nord datant de 1506 au dessus d'un petit ossuaire aujourd'hui disparu :
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2. Une croix de missionen bois de 1882...
... occupa ensuite le milieu du cimetière, mais dans les années 1960, "elle menaçait de s'écouler". (APEVE)
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3. Le calvaire de Kerdalaes transporté devant l'église de Saint-Divy en 1967.
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Ce calvaire était érigé jadis près du bourg de Kerdalaes à l'orée du manoir de La Haye.
Le manoir a été acheté en 1966 par Edouard Leclerc, et en 1967, la municipalité a, dans un contexte conflictuel, déplacé ce calvaire pour le placer au centre du cimetière de Saint-Divy, laissant sur place l'emmarchement de granite.
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Description.
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Le calvaire occupe le cimetière d’enclos de Saint-Divy, parmi les tombes.
Un socle cubique à chanfrein en kersanton est posé sur un emmarchement de granit à deux degrés. Ce socle porte la date 1.6.5.2. (avec des points de séparation losangique) sur le chanfrein de son côté est.
Le fût à pans en kersanton porte un croisillon à culots dont le nœud, côté est, est sculpté d'un écu, tandis que les bras portent l'inscription gravée en lettres romaines MATER ECCE FILIVS TVVS, "Mère, voici ton fils" (Jean 19:26).
Le croisillon porte les statues de Marie, à droite, et de Jean, à gauche.
La statue de la Vierge a été brisée en son milieu. La Mère du Christ est voilée, et porte la guimpe, ses mains sont jointes. Le visage est rond, peu expressif mais envahi par les inévitables lichens. Le corps est long et fin, la silhouette élancée est accentuée par le drapé essentiellement vertical et parallèle. Seul le bout rond des chaussures est visible.
La tête de la statue de Jean, au visage défiguré plus encore par les lichens que les autorités laissent prospérer, est brisée. Les cheveux sont longs et bouclés. Le raccord entre la tête et le tronc est singulier, marqué par une forme en biais devant la gorge.
La main droite est posée sur la cuisse, qui est fléchie. La main gauche rejoint la taille, tenant peut-être un livre ou un objet en pain de sucre. Là encore, le corps est élancé, le drapé sobre et parallèle.
La croix à branches rondes terminées par des fleurons-boules à godrons torsadés, porte le Christ à la tête fléchie et inclinée sur sa droite. Le titulus semble (lichens) porter les lettres INRI en caractères gothiques. Un crâne est sculpté au pied de la croix.
La face nord du croisillon porte l'inscription FRANCOIS TONCQVES.
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Le calvaire dit de 1652 du cimetière de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile.
Le calvaire dit de 1652 du cimetière de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile.
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Le calvaire dit de 1652 du cimetière de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile.
Le calvaire dit de 1652 du cimetière de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile.
Le calvaire dit de 1652 du cimetière de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile.
Le calvaire dit de 1652 du cimetière de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile.
Le calvaire dit de 1652 du cimetière de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile.
Le calvaire dit de 1652 du cimetière de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile.
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Le calvaire dit de 1652 du cimetière de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile.
Le calvaire dit de 1652 du cimetière de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile.
Le calvaire dit de 1652 du cimetière de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile.
Le calvaire dit de 1652 du cimetière de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile.
Le calvaire dit de 1652 du cimetière de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile.
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Le blason : Yves de la Marche et Marie Kersaintgilly.
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L'identification de ce blason longtemps mystérieux a été donnée par Frédéric de Frias (Association des Amis du manoir du Froutven), et confirmée par Michel Mauguin. Voir également le forum cgf.bzh de juin 2021, et les illustrations du site APEVE.
C'est un blason mi-parti, d'alliance entre deux familles. On peut commencer par la moitié droite (senestre en héraldique), côté de l'épouse, et si on parvient à y discerner des feuilles de trèfle, et non des ronds. Soit deux trèfles entiers et deux demi-trèfles. Les experts y ont reconnu les armes de Kersaintgilly de sable à six trèfles 3,2,1.
Le parti de gauche (à dextre) est plus complexe à déchiffrer. Une trangle le divise horizontalement, délimitant un "chef" en partie haute. Si on l'associe à la large séparation entre les deux partis, on y verrait alors la moitié d'une croix. Mais, à la différence du parti senestre, celui-ci est délimité par une bordure, signe de juveignerie.
Au total, Michel Mauguin reconnaît là le blason d'un cadet de la famille de la Marche, de gueules au chef d'argent.
Un couple répond à cette alliance, celui d'Yves de la Marche, écuyer, seigneur de Kerfors, fils cadet, marié le 22 novembre 1600 à Morlaix à Marie de Kersaintgilly. Son frère aîné est René de la Marche époux de Françoise du Plexis. Leur père est Guillaume de la Marche. La mère de René est Jeanne du Chastel de Kerlec'h, celle d'Yves Thébaude de la Bouexière.
Copyright M. Mauguin & Association des Amis du Froutven
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Le couple Yves de la Marche/Marie de Kersaintgilly eut un fils, également prénommé Yves (*), qui épousa Urbaine Thébaud et en 1652 Jeanne Frollo. (*) seigneur de Kerfors, du Squiriou, de Penhelen et de Coztymen Conseiller du Roi, Lieutenant civil et criminel au siège présidial de Quimper-Corentin.
Le fils d' Yves et d'Urbaine Thébaud, Jean de la Marche devint chef d'armes après que la branche aînée soit tombée en quenouille, et la bordure des armes d'Yves ne sera plus justifiée.
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la généalogie officielle fournie par Jean de La Marche lors de la réformation de la noblesse en 1670. BnF Dossiers bleus
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Le manoir de Kerdalaës, propriété de Kersaintgilly.
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Saint-Divy, La Haye, Kerdalaes, et les moulins (roue dentée).
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Le manoir appartient à Guillaume KERSAINTGILY dans cette réformation non datée :
En 1600, Maurice de Kersaintgilly, sieur du Faou, est sieur de Kerdalaes :
https://www.tudchentil.org/spip.php?article1242
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Alors qu'on insistait jusqu'à présent sur la proximité de ce calvaire avec le manoir de La Haye, propriété alors de Sébastien de Penfeutenyo et de ses descendants (René, sieur de Mesgrall), cette identification du blason amène à constater, grâce à une étude des archives, que Marie de Kersaintgilly possédait le manoir de Kerdalaës, et l'a apporté à la famille de la Marche. Les deux manoirs de Kerdalaes et de La Haye sont voisins, et leurs propriétaires sont parfois en conflit.
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En effet, on lit dans le compte facebook de l'AGIP un post de Miliau Kermarrec, signalant un procès du 26 août 1650 au sujet d’une franchise entre le moulin de Kerdalaës et la montagne (la motte) avec le vieux château. Les protagonistes de ces documents sont l’honorable François Toncques, négociant à Landerneau, propriétaire du manoir noble de Kerdalaës appartenant auparavant en 1633 à Marie de Kersaintgilly, et René de Penfentenyo, sieur de Mesgrall (Saint-Divy), au sujet d’une franchise entre le moulin de Kerdalaës et la montagne (la motte) avec le vieux château.
Au procès verbal du 26 août 1650, le litige porte sur la propriété du terrain situé près du moulin où d’anciens meuniers et paysans avaient fait abattre des arbres pour réparer le moulin et laissé pâturer des animaux. Tous affirment alors que la franchise appartient bien au manoir de Kerdalaës.
Un bail à terme de 1633 pour le manoir de Kerdallaiz est signé entre Marie de Kersaintgilly dame de Kerfors, et François et Michel Corre.
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En conclusion, le calvaire porte les armoiries d'une alliance datée de 1600 ; or selon M. Mauguin c'est généralement lors des noces que les monuments sont gratifiés des armoiries d'un couple noble.
Le calvaire ne peut être postérieur, au plus tard, à 1650, date à laquelle le manoir de Kerdalaës a changé de propriétaire.
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Donc, quatre conséquences :
1. Le calvaire n'a pas de rapport avec le manoir de La Haye (et avec sa chapelle dédiée à Jean-Baptiste)
2. La date de 1652 portée sur le socle n'est pas contemporaine de la réalisation du calvaire, qui peut dater de 1600.
3. L inscription FRANCOIS TONCQUES a été ajoutée dans un second temps à l'arrière du bras du croisillon , et sans doute en même temps que la date de 1652.
4. Ses caractères stylistiques sont à comparer à ceux des ateliers de sculpture du début du XVIIe siècle au lieu d'être abusé par la date du socle. Ce n'est évidemment pas une œuvre des Prigent (actifs de 1527 à 1577) ni de Roland Doré ( actif de 1618 à1663), au style si reconnaissable.
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Le calvaire dit de 1652 du cimetière de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile.
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L'inscription FRANCOIS TONCQVES au revers du bras du croisillon.
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On notera sur la photo que le nœud du bras forme un culot, godronné, susceptible de recevoir une statue. Selon des sources, il aurait pu s'agir d'un Christ aux liens, ce qui est parfaitement vraisemblable par référence aux autres calvaires de Basse-Bretagne, quand ce n'est pas une Vierge de Pitié
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L'acte de 1650 nous indique que l’honorable François TONCQUES , négociant à Landerneau, est alors le propriétaire du manoir noble de Kerdalaës appartenant auparavant en 1633 à Marie de Kersaintgilly : il a peut-être acquis ce manoir et son moulin en 1633, précisément ?
Le dossier 99 J 103 des Archives départementales est consacré aux terres de Kerdalaes, et François Toncques y est cité à de nombreuses reprises.
Deux actes de baptême de 1649 à Landerneau et Guipavas citent comme parrain "François DONCQUES, sieur de Kerdalaes".
On trouve aussi la graphie TOUCQUES.
Il épousa Marie DERIEN puis Marie BERNARD en1664. Il décède en 1670.
"Le paiement des droits suite à la succession de Francois TOUCQUES passera devant le parlement de Bretagne. Un avis d'époque est en ligne https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k ... f/f61.item Il mentionne ses deux mariages et un décès vers 1670 (avant le remariage de son épouse à Landerneau). Le manoir passera aux enfants LEON de celle-ci. Un héritier est nommé : Yves ABHERVE." (forum CGF)
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Le calvaire dit de 1652 du cimetière de l'église de Saint-Divy. Photographie lavieb-aile.
L'histoire des calvaires de la commune est faite d'une série de déplacements, réaménagements, appropriation par un prêtre pour sa nouvelle paroisse normande, démembrement des monuments, captation en "coup de main" et affrontement, et surtout méconnaissance et/ou désintérêt pour la recherche historique, artistique et d'archive.. Aucune équipe ne semble avoir été envoyée à Vesly pour dresser un inventaire détaillé du calvaire des années 1500, voire pour en négocier la restitution... ou en réaliser un précieux fac-similé.
L'inscription du calvaire de 1562 reste encore non déchiffrée, le Christ de ce calvaire a été installé orienté vers l'est en dépit des règles de base, et sa situation, dictée par des impératifs d'aménagement urbain, le rend très mal visible car très ombragé.
Un projet de "restauration" du calvaire de Kerdalaes.
Aujourd'hui (février 2022), la municipalité associée à l'AGIP (Association Guipavas Identité Patrimoine) a levé une souscription auprès de la Fondation du Patrimoine pour restaurer le "calvaire de Kerdalaes" (ou ce qui en reste), au printemps ou été 2022 :
"Le calvaire sera restauré afin de rendre son identité et son histoire au village de Kerdalaes à la limite Est de Guipavas et aux abords du manoir de la Haye à Saint-Divy. La statuaire reconstruite recevra sur la console Est une nouvelle statue dédiée à Saint Jean-Baptiste dont la chapelle du manoir de la Haye lui est dédiée. C’est la statuaire déplacée au cimetière de Saint-Divy qui servira de modèle à la nouvelle réalisation. Pour mettre en valeur ce patrimoine, une plaque avec QR Code rappelant l’histoire de ce calvaire sera fixée à son pied et un livre sur le patrimoine de la vallée de Mesgrall et des manoirs de Kerdalaes et de La Haye sera réédité en 2022. Le calvaire de Kerdalaes sera également inscrit dans le cadre des journées du patrimoine des communes. " (Fondation du Patrimoine)
C'est le sculpteur Joël Kerhervé qui réalisera la statue moderne.
On voit que l'appel au don fait état de données non historiquement fondées (référence au manoir de La Haye et non de Kerdalaes). On peut se demander quelles informations historiques seront proposées par le QR code, alors que les travaux de recherche n'ont pas été menées par la commune de façon approfondies concernant ce calvaire, et que les connaissances exposées ici proviennent de recherches privées, ou de l'association de Guipavas. Aucune évaluation stylistique et iconographique n'est disponible en ligne, ni signalée ou exposée par la Fondation.
2695. Saint-Divy, cimetière d’enclos, g. k. 1652. Degrés. Socle cubique, chanfrein: 1.6.5.2. Fût à pans. Croisillon à culots, écu: MATER ECCE FILIVS TVVS. FRANCOIS TONCQVES., statues: Vierge, Jean. Croix, branches rondes, fleurons-boules, godrons torsadés, crucifix, tête de mort sous les pieds. Le monument a été transféré en 1966 de Kerdalaës, limite des communes de Guipavas et de Saint-Divy. [YPC 1980]
— COUFFON (René), Le Bars (Alfred), 1988,,Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, ,
A l'entrée du cimetière, semblable à celles de La Roche-Maurice et de Pencran, croix en kersanton timbrée des armes de Rohan : Marie Madeleine au pied de la croix, croisillon sans statues, Vierge de Pitié au revers du Crucifix, XVIè siècle.
- Autre croix de l'enclos, transférée de Kerdalaës en 1966 : socle daté 1652, Vierge et saint Jean sur le croisillon.
— DOSSIERS BLEUS. BnF français 29970 ; mémoires, notes et documents généalogiques, classés par ordre alphabétique de noms de personnes, au Cabinet des titres, dans le cours du XVIIIe siècle. Marcellanges-Marck.
:
1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
"Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)