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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 17:32

Les calvaires de Dirinon II. Le calvaire de la Croix-Rouge ou Creis Ru par l'atelier de Roland Doré (vers 1640).

 


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Voir la série sur Dirinon :

Les croix et calvaires : 

 

 

 

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"Quinze croix et calvaires sont disséminés sur le territoire communal, datant selon les cas du Moyen-Âge au XXe siècle ; Croas-ar-Vossen date du XVe siècle, de même que le calvaire de Kerminouarn ; la croix de Comenec'h date du XVIe siècle, celle de Kerménélec [lire : Kermélénec] des environs de 1550, celle de Kergavarec de 1595, Beg-ar-Groas (la Croix rouge) des environs de 1640, celle du cimetière du XVII, la Croix-de-Pencran date de 1743, celle de Kerliézec du XIXe siècle" (Wikipédia "Dirinon")

Les croix et calvaires sont décrites et numérotées 418 à 433 dans l'Atlas des Croix et Calvaires du Finistère.

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Situation :

Le lieu-dit La Croix Rouge se situe au nord-ouest du bourg, à proximité de la rive de l'Elorn (qui prend ici le nom de Rivière de Landerneau) sur une route venant  du Moulin du Roual et de Quillien, à une altitude de 110 m. La carte de Cassini (vers 1780) porte le toponyme de Creis Ru, qui se traduit, précisément par "Croix Rouge". Vers la carte de l'IGN et la carte de Cassini. La carte d'Etat-Major (1820-1866) porte le nom de Bec-ar-Groas, "Le promontoire de la croix", à ne pas confondre avec le lieu homonyme placé juste en face, sur l'autre rive de la Rivière de Landerneau. Les formes bretonnes Bec-ar-Groas et Creis-Ru témoignent d'une toponymie ancienne. Bec,  "Promontoire", peut faire allusion à une situation d'avant-garde, à l'ouest,  sur la colline où est établie Quillien, et qui culmine à 126 mètres.

N.B: Marc Patay-Lejean voit dans "Croix-Rouge" un indice d'une occupation gallo-romaine.

Cette croix ne marque pas aujourd'hui un croisement routier, mais l'embranchement de la route de la Croix-Rouge avec  un chemin vicinal. Par contre, la carte E-M montre une convergence en étoile de petites routes. Elle s'élève à proximité d'un hameau réduit à un ou deux feux (3 bâtiments sur la carte E-M, 4 sur la carte IGN). 

Nous verrons que cette croix honore des saints protecteurs de la peste et de la lèpre. Cela m'a incité à chercher sans succès, si ce lieu était connu comme une maladrerie, une "madeleine", un hospitalet, un lazaret et encore si ce nom de Creis ru (ou Croas ru)  pouvait faire référence à un village de cacous. Tout au plus peut-on penser à la croix rouge de l'Ordre hospitalier des Templiers ou Moines Rouges.

Notons que la croix la plus ancienne de la commune porte le nom de Croas-ar-Vossen, "Croix de la peste".

Le lieu tire-t-il son nom de sa croix, ou l'inverse? Le calvaire (qui ne porte aucune trace de couleur) était-il peint, ou a-t-il succédé à une croix vermillon ?

Ne retenons que deux choses : la proximité de Landerneau (où Roland Doré avait son atelier) et l'accès maritime aux carrières de kersantite, le "marbre" des calvaires bretons, autour de Loperhet.

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Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

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Le calvaire est décrit dans l'Atlas des Croix et Calvaires du Finistère sous la référence Dirinon n°420, avec son massif cubique en schiste, son fût à pans, son croisillon portant deux statues géminées, et sa croix à branches rondes et à fleurons godronnés.    

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Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

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Je débuterai par la face orientale, car elle était placée à l'ombre lors de ma visite méridienne. Je rappelle que la tradition catholique oriente le Christ en Croix face au couchant, et qu'on trouve au verso une Vierge à l'Enfant, une Vierge du Calvaire, ou un couple de saints. 

Ici, cette face orientale ne comporte aucun personnage à l'arrière du Crucifix ; à droite se tient saint Jean, et à gauche la Vierge éplorée, comme au pied des Calvaires des grandes Passions gothiques.

Jean, qu'on reconnaît à son visage imberbe et à ses cheveux longs, se tient bras croisés. Il est pieds nus, comme tout apôtre. L'attitude bras croisés se retrouve sur les calvaires de Roland Doré à Seznec(Plogonnec), Notre-Dame de Kerluan (Chateaulin), Commana, Saint-Nicodème (Ploéven), Tinduff (Plougastel-Daoulas), Saint-Vendal (Douarnenez)

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Saint Jean, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Saint Jean, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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La Vierge porte un grand manteau qui recouvre sa tête, et une robe serrée par une ceinture ; sa gorge est couverte par une guimpe. Ses yeux sont ouverts, son visage peu expressif ; seules ses mains,  jointes, doigts croisés, témoignent du caractère poignant de son affliction.

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La Vierge, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

La Vierge, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Face principale.

L'éclairage étant plus favorable, j'étudierai plus soigneusement la face occidentale.

1. Le Christ en Croix.
Il est barbu, les cheveux longs peignés comme ceux de Jean, les yeux fermés et la tête baissée, légèrement inclinée vers la droite. Il est vêtu d'un pagne. Les côtes, le nombril et la plaie du flanc sont figurées. Les pieds sont cloués par un seul clou à grosse tête polyédrique, pied droit sur le pied gauche.

Les caractéristiques de la manière de Roland Doré sont selon E. Le Seac'h :

a) la couronne d'épines aux deux brins enlacés en forme de carré

b) le pagne, noué sur le coté gauche, soigneusement croisé avec un rabat sur le haut du tissu, un pan sorti sur le coté gauche et rentré sur le coté droit.

c) le visage émacié, la barbe taillée en pointe; la moustache aux mèches fines ;  les veines du cou saillantes,

 d)le corps allongé, aux longs bras noueux,

e) le torse presque rectangulaire avec les muscles de l'abdomen en forme de poire

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Le Christ, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Le Christ, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Le titulus porte les lettres I.N.R.I, avec un point de séparation losangique .

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Le Christ, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Le Christ, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Saint Roch.

Il porte le chapeau à larges bords, la pèlerine et le bourdon des Romeux, car Roch se rendit en pèlerinage  de Montpellier à Rome avant d'exercer ses talents de médecin auprès des malades atteints de la peste bubonique. C'est sur le point de rentrer, à Plaisance, qu'il fut atteint à son tour par la peste noire. Il s'isola dans une forêt où un chien —le fameux Roquet — le nourrissait chaque jour d'un pain rond.

Comme dans toute son iconographie, Roch soulève sa robe et montre le bubon ou scrofule, ici largement ulcéré, de sa cuisse gauche. A sa droite, son chien (?), dont la tête est brisée, prend les allures d'un singe ou d'un diable à la longue queue et au large postérieur.

Il a ainsi mérité d'être invoqué non seulement contre la peste, mais aussi contre toutes les épidémies intitulées indistinctement de pestes, ou contre les épizooties. Bien que la ou les pestes , et la lèpre, soient des affections très différentes, saint Roch est aussi invoqué par les lépreux. Ainsi en 1622 à Saint-Pol-de-Léon, où, après une épidémie de peste dans le quartier de La Madeleine réservé aux  lépreux, une fontaine Saint-Roch et une chapelle Saint-Roch furent bâties . Ses statues abondent dans les chapelles et église bretonnes. (ici à Brennilis ; photo lavieb-aile)

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Saint Roch, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Saint Roch, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Saint Sébastien.

On connaît la tradition iconographique qui fait de ce saint protecteur de la peste (en raison des flèches qui le transpercèrent lors de son martyre) un jeune éphèbe apollinien triomphant par la foi des douleurs de ses blessures : c'est l'exemple même de la "belle indifférence" des grandes âmes à l'égard de la bave du crapaud, des chiens qui aboient ou des bourreaux qui s'échinent. Ce Sébastien-ci en est une spécimen parfait.

Mais, parce qu'il côtoie le Christ, il en devient un double spéculaire saisissant : le même traitement d'une  chevelure accentuant son androgynie (chevelure d'ailleurs semblable aussi à celle de Jean) en lignes parallèles de peignage , le même torse nu, le même pagne aux plis et nœuds inversés en miroir, et des jambes semblables....

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Saint Sébastien,  Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Saint Sébastien, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Une vue de coté permet de voir la corde qui lie ses mains derrière le dos, évoquant immédiatement le Christ à la Colonne.

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Saint Sébastien,  Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Saint Sébastien, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Saint Sébastien,  Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Saint Sébastien, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Saint Sébastien,  Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Saint Sébastien, Calvaire de la Croix Rouge, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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DISCUSSION.

1. Datation : je trouve les dates de 1630 (topic-topos), et 1640 (Atlas des Calvaires).

2. Restauration : elle a été consolidée en 1989.

3.Attribution. 

Roland Doré, le virtuose du kersanton, a dirigé un atelier à Landerneau pour satisfaire les commandes de plus de 82 paroisses de 1618 à 1663. E. Le Seac'h estime qu'il a créé 50 calvaires. C'est à cet atelier qu'Yves-Pascal Castel, puis Emmanuelle Le Seac'h attribue ce calvaire de Croix-Rouge.

"Les représentations du Christ

 

 

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1907, Notice sur les paroisses : Dirinon, in Bulletin Diocesain d'Histoire et d'Archéologie, Quimper.

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/bdd181929b72800d010461e5f4ff222d.pdf

—APEVE (Association pour la Promotion des enclos paroissiaux de la vallée de l'Élorn), 2013, "Dirinon", texte, photos, mise en page : François LE MEN, Jean PRZYGODA, Pierre CHAMARD-BLOIS.

— Infobretagne "Enclos paroissial de Dirinon" : http://www.infobretagne.com/enclos-dirinon.htm

—  CASTEL (Yves-Pascal), "Dirinon" Calvaire n°420,  Atlas des croix et calvaires du Finistère, Société Archéologique du Finistère, Quimper Atlas en ligne :

http://croixetcalvaires.dufinistere.org/commune/dirinon/dirinon.html

 — CASTEL (Yves-Pascal), 1980, Atlas des croix et calvaires du Finistère, Société Archéologique du Finistère, Quimper, 370 p.

— CASTEL (Yves-Pascal), 1993, Croix et calvaires de Dirinon, Progrès de Cornouaille /Courrier du Léon 9 mars 1993

0954 Dirinon, Croix et Calvaires... 03.09.93.,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 5 février 2017, https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/2456.

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71f7516bf9d58e7cc2eaa4246f072eb5.jpg

— COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988, "Dirinon" Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/DIRINON.pdf

—FALC'HUN (Chanoine François), 1986, Dirinon, Editions Ouest-France, 32 pages, pages 30 et 31.

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIIe siècle. Coll. "Art et Société" Presses Universitaires de Rennes.

— TOPIC-TOPOS :

http://fr.topic-topos.com/croix-rouge-dirinon

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Published by jean-yves cordier - dans Dirinon Calvaires
17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 21:13

Les calvaires de Dirinon I : la croix du bourg (XVe siècle).

 

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Voir la série sur Dirinon :

— Le culte de sainte Nonne : 

Les croix et calvaires de Dirinon :

 

 

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Rappel :

–"Croix" : monument qui a la forme d'une croix.

–"Calvaire" : à la croix s'ajoutent deux personnages sur des croisillons (souvent la Vierge et Jean) ou les deux croix des larrons, voire ("Calvaire monumental") les scènes historiées de la Passion.

Dirinon possède seize croix et calvaires, restaurés par les soins de recteur Guillermou entre 1956 et 1960 puis par la commune. Elles sont décrites par l'Atlas des croix et calvaires sous les n° 418 à 433.  Y-P. Castel distinguait en 1993 les croix simples (Croix de Mondragon n° 430, croix de Pen-ar-Run n°431, croix de Trébéolin n°432), les "Croix à Christ" (de Kerniouarn n°428, du bourg n°422, de Ty-Croas n°433, de Kermélénec n°424 et de Croas-Guénolé n°418), les six "Petits Calvaires" (de la Croix-Neuve n°419, de la Croix-Rouge n°420, du cimetière de l'enclos n°421, de la Grange ou Croas ar Vossen  n°423, de Lesquivit n°429), sans compter les 5 croix disparues signalées sur le cadastre.

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Situation :

N 48°.398056, O 4°.268148

Dans le bourg de Dirinon, devant la Bibliothèque, le restaurant ouvrier Le Relais du Roual, voisin de la mairie, à 20 mètres de l'entrée dans l'enclos paroissial. Voir photo aérienne et carte IGN. Voir Street View Maps 11 rue de l'église.

Description.

Il est décrit par l'Atlas en ligne et interactif des croix et calvaires du Finistère, "Dirinon", sous la référence 422 (un dessin, pas de photo, consulté le 20/02/2017) comme étant en granite (socle, fût) et kersanton (crucifix), haut de 4,80 m et datant du XVe siècle. Au dessus d'un emmarchement à trois degrés est posé le socle portant la date de 1896 (mission). Le fût à pans est coiffé d'un chapiteau. La croix à section hexagonale, fleuronnée porte vers l'ouest un crucifix, et vers l'est une Vierge à l'Enfant.

L'Atlas mentionne aussi "ange tenant le titulus" et "anges". Ce sont eux qui ont donné à ma visite tout son piment, et eux qui aimantaient mon regard, mais eux aussi qui m'ont mis en échec dans mon désir de les photographier. Aux pièges du contre-jour sur le ciel breton trop bleu s'est ajouté la prolifération des lichens.

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Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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I. LA FACE OCCIDENTALE : LE CHRIST EN CROIX.

Le Christ est représenté les yeux ouverts, la bouche étroite entrouverte, la tête très légèrement inclinée vers la droite et le bas, le menton triangulaire portant une barbe peu fournie, et ses cheveux longs, retombant en deux mèches devant les épaules, recouverts d'une couronne de deux brins tressés. 

Cette croix est datée du XVe siècle, je dois donc tenter de la comparer aux autres calvaires contemporains. Un certain nombre de ses caractéristiques s'écartent radicalement du calvaire de Rumengol (vers 1433-1457 ), qui sert de "type" pour le travail du premier atelier du Folgoët : le pagne court (croisé sur le devant avec le pan droit passé en dessous et le pan gauche au dessus) ; les pieds en rotation interne ; les genoux non fléchis. La taille est moins fine, les côtes sont très apparentes, horizontales. Les fleurons de la croix sont formés de pétales, mais moins souples et gracieux qu'à Rumengol. 

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Christ en croix, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Christ en croix, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Christ en croix, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Christ en croix, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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"L'Ange au geste bienveillant"

Emmanuelle Le Seac'h 2014 utilise ces termes pour désigner, sous le ciseau de l'atelier du Folgoët (1423-1509) un ou des anges qui se penchent au dessus de la tête du Christ ou de la couronne de Marie sur les calvaires de Rumengol, de Plougoulm, ou sur un gisant de Guengat. Puis,  elle décrit les "anges de douceur" de l'atelier de Tronoën (1470), qui retiennent le voile de la Vierge dans sept Pietà, ou retenant les cheveux du Christ (Calvaires du Béron et du Moustoir de Châteauneuf-du-Faou), avec de très nombreux exemples d'"héritiers de la gestuelle de l'ange" sur des Pietà de granite du XVIe siècle. (Voir la Pietà de Saint-Sauveur du Faou ici en fin d'article). 

Ici, un ange à la tête cerclée descend en un piqué impressionnant du fleuron sommital de la croix et tient ses petites mains devant ses épaules. Il ne tient pas réellement le titulus (inscription I.N.R.I en lettres gothiques), et il semble se précipiter avec sollicitude  au chevet du Fils. 

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Ange de sollicitude et Christ en croix, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Ange de sollicitude et Christ en croix, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Bien-sûr, on ne peut s'empêcher d'évoquer Proust visitant à l'Arena de Padoue les fresque de Giotto (1303-1305) : 

Dans ce ciel transporté sur la pierre bleuie volaient des anges que je voyais pour la première fois [...]. Hé bien, dans le vol des anges, je retrouvais la même impression d’action effective, littéralement réelle, que m’avaient donnée les gestes de la Charité ou de l’Envie. Avec tant de ferveur céleste, ou au moins de sagesse et d’application enfantines, qu’ils rapprochent leurs petites mains, les anges sont représentés à l’Arena, mais comme des volatiles d’une espèce particulière ayant existé réellement, ayant dû figurer dans l’histoire naturelle des temps bibliques et évangéliques. Ce sont de petits êtres qui ne manquent pas de voltiger devant les saints quand ceux-ci se promènent ; il y en a toujours quelques-uns de lâchés au-dessus d’eux, et comme ce sont des créatures réelles et effectivement volantes, on les voit s’élever, décrivant des courbes, mettant la plus grande aisance à exécuter des « loopings », fondant vers le sol la tête en bas à grand renfort d’ailes qui leur permettent de se maintenir dans des positions contraires aux lois de la pesanteur, et ils font beaucoup plus penser à une variété disparue d’oiseaux ou à de jeunes élèves de Garros s’exerçant au vol plané, qu’aux anges de l’art de la Renaissance et des époques suivantes, dont les ailes ne sont plus que des emblèmes et dont le maintien est habituellement le même que celui de personnages célestes qui ne seraient pas ailés." (Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, 

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Ange de sollicitude et Christ en croix, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Ange de sollicitude et Christ en croix, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Ange de sollicitude et Christ en croix, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Ange de sollicitude et Christ en croix, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Ange de sollicitude et Christ en croix, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

Ange de sollicitude et Christ en croix, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017.

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LA FACE ORIENTALE : LA VIERGE À L'ENFANT.

La Vierge porte au dessus de cheveux retombant sur les épaules une couronne à fleurons. Les yeux sont en amande, le visage rond. 

Le manteau est maintenu comme une cape par un fermail aux boutons de fixation entourés d'une rosette. Le pan droit tombe verticalement sans être brisé par le moindre pli, sauf dans sa partie basse. Le pan gauche, à l'opposé, trace une large courbe sous le coude gauche avant d'être maintenu par le poignet droit et de retomber en un bel éventail de plis. La robe est cintrée à la taille, ses manches sont plissées. 

L'Enfant est tenu sur l'avant-bras gauche de sa Mère, qui soutient aussi ses pieds de la main droite. Il est vêtu d'un manteau entrouvert sur ses jambes nues. Sa main droite est posée sur celle de sa mère.

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Vierge à l'Enfant, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

Vierge à l'Enfant, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

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Vierge à l'Enfant, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

Vierge à l'Enfant, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

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L'ange de sollicitude.

Ici encore, un ange est descendu des Cieux pour entourer de sa bienveillance la Vierge et son Fils. Il ne place pas, comme ailleurs, la couronne sur la tête de Marie, et ses mains tiennent une banderole, sans inscription.

Mais il rivalise de maîtrise aérienne dans sa figure de voltige. Et lui aussi est fleuri de lichens épilithiques (ou endolithiques ? peu importe, c'est pour le plaisir d'aider les termes poussiéreux à prendre l'air).

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Vierge à l'Enfant, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

Vierge à l'Enfant, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

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Vierge à l'Enfant, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

Vierge à l'Enfant, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

Les deux anges de sollicitude.  Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

Les deux anges de sollicitude. Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

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Vierge à l'Enfant, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

Vierge à l'Enfant, Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

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L'ange au pied de la croix.

Est-ce vraiment un ange ? Les deux volutes latérales sont-elles ses ailes ? Il tient ses mains sur son ventre comme s'il serrait un objet sur son aube plissée, mais je ne distingue rien.

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 Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

Croix du bourg, Dirinon. Photographie lavieb-aile février 2017

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Un accident de 1993 met à bas les anges gracieux.

Selon un article du Courrier du Léon de 1993 par Yves-Pascal Castel, un engin agricole a accroché sur le parking la croix en août 1993, pour la seconde fois puisqu'elle avait déjà été renversée en juin 1985. Une photographie  d'Annie Le Men montre les deux anges sculptés dans le même blog, à terre avec une aile brisée.

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SOURCES ET LIENS.

CASTEL (Yves-Pascal), "Dirinon", Atlas des croix et calvaires du Finistère.

http://croixetcalvaires.dufinistere.org/commune/dirinon/dirinon.html

 

Glossaire illustré sur les formes d’altération de la pierre

http://www.lrmh.fr/IMG/pdf/pier-cons-109.pdf

— https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01244642/document

 

— Laurence Galsomies 1995 Le rôle du facteur biologique dans l'altération des monuments historiques en granite (Bretagne)

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Dirinon Calvaires

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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