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17 mars 2021 3 17 /03 /mars /2021 12:24

La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Vestiges d'un calvaire, kersanton, Maître de Lambader, vers 1550 / ou Maître de Plougastel vers 1600.

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Mise à jour 22 mars 2021

 

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 Voir sur Lambader :

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PRÉSENTATION

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Dans la chapelle de Lambader à Plouvorn, le visiteur découvre dès son entrée par la porte nord un beau groupe de la Présentation au Temple, et de l'autre coté de l'allée centrale de la nef, une Fuite en Égypte dominée par une Vierge de l'Annonciation agenouillée à son prie-Dieu. Tout cela est en beau kersanton gris à grain fin et suscite son intérêt. Lorsqu'il fait le tour du jubé, il découvre ensuite, de belles statues de bois polychrome, mais aussi, à nouveau en kersanton, une Vierge pleurante aux sept douleurs, une sainte Marguerite sortant de son dragon, et un saint Jean l'évangéliste avec son aigle. Mais au fond de la nef, dans une obscurité que la lumière venant des baies ouest accentue encore par effet de contre-jour, il trouve assemblé du coté sud-ouest une dizaine de personnages formant une Nativité entourée des Bergers et des Mages, tandis qu'au nord-ouest, c'est un bric-à brac de statues reliées par le thème de la Passion qui ont été rassemblées. Sans parler des trois statues de saints posées sur des consoles contre les murs adjacents.

Sa curiosité s'embrase, et s'il consulte la "plateforme ouverte du patrimoine" Pop-culture liée à la base Mérimée, il apprend que l'Adoration des Mages et la Fuite en Égypte, classés depuis 2014, sont "en pierre" (sic) et datent du XVe siècle, après avoir été initialement datés du XVIe siècle.

Pour peu qu'il ait exploré les œuvres sculptées, en kersanton, issues des ateliers de Basse-Bretagne au XVe siècle, notamment les œuvres de l'atelier ducal du Folgoët, il peut  s'étonner d'une datation si précoce (la région ne conserve pratiquement pas de sculptures en kersanton antérieures à 1423), ce qui suscite le désir de découvrir des travaux consacrés à ce corpus assez exceptionnel, et dont les auteurs motiveraient leurs affirmations. Il se reporte aux écrits du chanoine Abgrall (" quelques vieilles statues en pierre représentant la nativité de Notre-Seigneur, l'adoration des bergers et des mages, Notre-Dame de Pitié, saint Goueznou, saint Divy, saint Patern et saint Guénolé."), de L. Le Guennec (dont la monographie sur la chapelle n'est hélas plus accessible) qui écrit "Au bas de la chapelle sont de nombreuses statues mutilées, en granit (sic), provenant de l'ancien Calvaire", de V.H. Debidour, de H. Pérennès, et de Le Seac'h, mais il ne récoltera que quelques bribes assez générales.

Dès 1838, Fréminville en constataient la présence " renversées et mutilées, leurs débris gisant sur le gazon dans le préau ou cour".

En 1864, Pol de Courcy écrit

"Vis-à-vis de Lambader se dresse une croix gothique dont les branches sont chargées des principaux personnages de la Passion. Plusieurs de ces statuettes, renversées par la tempête, ont été employés à macadamiser la route, d'autres jonchent aujourd'hui les douves de cette même route, sans que la fabrique de Plougourvest prenne souci de les rétablir sur leurs piédestaux."

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Que dit René Couffon, (auteur par ailleurs d'Evolution de la statuaire en kersanton) ? Il décrit  :

 "Statues en kersanton, dont plusieurs proviennent d'un calvaire monumental détruit : groupe de la Présentation au Temple, Fuite en Egypte, XVIè siècle (C.), Adoration des mages, XVIè siècle (C.), Vierge de l'Annonciation, Notre Dame des Sept Douleurs, Vierge Mère assise sur un trône, les trois Marie au Calvaire, sainte Marguerite, saint Jean l'Ev., saint Divy (S:DIVI), saint évêque (S.GOUYNIE), saint Gouesnou (S.GOUESNOU), saint Patern (S.PATERNE), Ange de l'Annonciation (décapité), Christ de calvaire (mutilé)". C'est pour l'instant  l'énumération la plus complète, avec une datation du XVIe siècle."

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Pour ma part, je viens de décrire le jubé de Lambader, et j'ai constaté que si sa datation la plus fréquemment mentionnée est celle de 1510-1520, on doit tenir compte d'une donation par Marc de Troërin en 1534 pour d'importants travaux de réfection du chevet et de réparations de l'ensemble du lieu. Dans le même ordre d'idée, la maîtresse-vitre datait de 1543, et la partie ancienne du calvaire est datée vers 1550. Le milieu du XVIe siècle est une période importante de créations, certes pour le gros-œuvre mais aussi pour le mobilier et sans doute la statuaire. 

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Après ces errances, j'accède enfin à deux descriptions d'Yves-Pascal Castel.

La première est la rubrique , datant de 1980, de son Atlas des Croix et Calvaires du Finistère :

"2385. Lambader, dans la chapelle, kersanton. Vers 1550, vestiges d’un calvaire dont certaines pièces sont placées à la croix de Spernen en Plougourvest (no 1977). Fuite en Egypte. Présentation au temple, Vierge de l’Annonciation, Vierge aux sept glaives, Nativité, saintes femmes, Crucifix, Vierge à l’Enfant. [YPC 1980]

 

La seconde a été publiée dans le Courrier du Léon  en 1995 :

"Dans l'église Notre-Dame de Lambader sont réunies un certain nombre de sculptures en pierre de kersanton. Certaines proviennent de toute évidence d'un calvaire, tel le nœud creusé d'une large cavité pour l'assemblage au fût, et d'un autre pour recevoir la croix. Le nœud orné d'anges est assorti d'une console pour porter une statue. L'écusson aux cinq plaies, deux mains, deux pieds et un cœur est parfois appelé le blason des carriers. Un Christ mutilé est rangé dans un angle de la chapelle. Ces vestiges sont à mettre vraisemblablement en relation avec les statues géminées de la Vierge et de la Madeleine, de Jean et de Pierre replacées sur le calvaire de l'enclos, à l'époque moderne (n° 2385) par une famille qui l'a timbré du blason aux trois tours de Crec'hquérault (?).

Des groupes conservés dans la chapelle, on peut se demander s'ils ont autrefois fait partie d'un calvaire. L'Annonciation, la Nativité, la Circoncision, la Fuite en Égypte, la Vierge des douleurs sont d'excellente facture, mais d'une main différente de l'atelier Prigent ? Découvrant ainsi un nouvel atelier de sculpture dans le domaine du kersanton, on peut légitimement attribuer ces sculptures à un maître anonyme que l'on nommera le maître de Lambader".

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Si nous ajoutons à ces vestiges ceux replacés sur la croix (voisine de la chapelle) de Croas-Lambader en Plougourvest, mais aussi  deux statues en kersanton venant de Lambader et ornant la façade de la chapelle Saint-Trémeur du château de Keruzoret, le corpus est de taille vraiment conséquente. Et même s'ils ne relèvent pas tous du même atelier, et ne proviennent  pas tous d'un calvaire, de moins les différents groupes de l'Enfance du Christ et de la Passion, qui forment un ensemble séquencé,  supposent au départ un calvaire monumental.

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Je présenterai ces statues selon la chronologie de la Vie de Marie, de l'Enfance du Christ et de la Passion.

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Annonciation

Nativité, Annonce faite aux Bergers, Adoration des Mages et des Bergers.

Présentation au Temple

Fuite en Égypte

Crucifixion

Nœud de calvaire : les Cinq Plaies.

Saintes Femmes

Vierge à l'Enfant, assise.

Vierge aux sept glaives.

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LA VIERGE DE L'ANNONCIATION.

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La Vierge est représentée devant son livre de prières ouvert sur le prie-Dieu, à coté du vase fleuri symbolisant sa féconde virginité. 

Son visage est rond, avec un front épilé,  des sillons naso-labiaux soulignés, un philtrum présents et une petite bouche au dessus d'un menton pointu. Ses cheveux non retenus (privilège des jeunes filles) descendent bas au dessus de son manteau. La main droite est posée sur la poitrine, indiquant son acceptation à l'Annonce de l'ange, tandis que la main gauche, posée sur le livre, peut signifier qu'ainsi se réaliseront les Écritures.

La robe  dont le col remonte au ras du cou est lisse et ajustée sur le buste, puis plissée en dessous d'une ceinture nouée.

Si nous comparons cette Vierge à celle des Annonciations que j'ai réuni en comparatif dans mon article sur l'Arc de triomphe de Saint-Thégonnec retrouve de nombreux points de parenté, mais aucune ressemblance convaincante avec un sculpteur en particulier.

Annonciation ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Annonciation ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.
Annonciation ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Annonciation ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.

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Vestige d'un Ange de l'Annonciation ?

Sous la baie nord-ouest du fond de la nef. La tête et les bras sont brisés, mais on identifie le personnage à sa position de chevalier servant un genou à terre ou à sa tunique recouverte d'un surplis.

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Ange ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Ange ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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DIEU LE PÉRE TENANT L'ORBE, SUR DES NUÉES.

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Il se trouve au fond de la nef coté nord, mais je le place ici par rapprochement avec celui de l'Annonciation de l'arc de triomphe de Saint-Thégonnec, ou du porche de Rumengol, ou du calvaire de Pleyben. Il porte une robe plissée, serrée par une ceinture nouée,  sous une chape fermée par un bouton rond, et il bénit de la main droite le globe terrestre.

Il est vraisemblable que cette Annonciation occupait un emplacement clef, un lieu de transition (porte, porche).

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Dieu le Père ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Dieu le Père ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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LA NATIVITÉ ET L'ADORATION DES BERGERS ET DES MAGES.

 

Au fond de la nef, au sud-ouest.

Sous l'ange de l'Annonce aux Bergers, les trois Rois et trois bergers sont réunis autour de la Vierge, de Joseph et de l'Enfant-Jésus.

Beaucoup de ces statues sont brisées à leur base.

 

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Nativité  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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La Nativité.

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L'Enfant-Jésus, nu, est à plat dos sur une crèche en osier tressé. La similitude avec l'Enfant de la Présentation au Temple (infra) est évidente, puisqu'il est représenté en Sauveur du Monde, bénissant de la main droite l'orbe tenu dans la main gauche.

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Nativité  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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La Vierge.

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La Vierge, agenouillée,  se penche vers lui, les mains jointes. Son visage est ovale, avec des yeux ourlés, et un nez droit dont les narines ne se développent en bulbe qu'à l'extrémité.

Elle porte un manteau dont les pans ne sont pas réunis par un fermail mais dont les angles supérieurs se maintiennent seuls devant les épaules en donnant l'impression d'une étoffe très ferme. Ce manteau se retrouve aussi dans la Vierge de la Présentation au Temple et de la Fuite en Égypte.

La robe, et la chemise, ont un col rond au ras du cou. Comme dans l'Annonciation, la robe est lisse et ajustée sur le buste, et plissée sur la jupe ; les manches sont également plissées, transversalement.

Les cheveux sont retenus par un voile que j'ai choisi de nommer bandeau occipital dans ce blog., car après avoir couvert l'arrière des cheveux, il passe devant eux, et derrière la nuque. Il tourne encore une fois autour des mèches de cheveux dans le dos de Marie. Ce bandeau occipital a une valeur de marqueur stylistique indiscutable  au XVIe et début XVIIe siècle en Basse-Bretagne, mais ne peut être attribué à un seul atelier de sculpture. On le voit par exemple, dans le comparatif déjà cité, sur l'Annonciation du porche de Pleyben (Prigent, vers 1555 ), mais aussi sur celle du porche de Saint-Thégonnec (Roland Doré, vers 1625-1635).

Sur le calvaire de Lambader (Prigent , v.1550), il retient les cheveux de Marie-Madeleine.

 

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Nativité  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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Saint Joseph.

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Agenouillé également, il tient son bâton de marche entre le bras gauche et le torse, et entre les deux mains, un objet cylindrique qui ne peut être qu'un cierge, si on se rapporte à l'iconographie des Nativités (ici, par Robert Campin).

Il n'est pas représenté comme un vieillard, mais comme un bel homme, à la barbe taillée et aux cheveux aux mèches peignées. La moustache part en V inversé du coin des narines, laissant libre le philtrum (à la différence du Maître de Plougastel et de Roland Doré (Saint-Thégonnec), où les moustaches démarrent sous les narines).

Sous un manteau assez semblable à celui de Marie, il porte une robe serrée par une ceinture, ouvert par devant par une courte fente fermée par deux boutons ronds.

 

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Nativité  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nativité ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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Les trois Mages.

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Melchior est agenouillé  tête nue et présente un récipient ouvert contenant l'or. Il a ôté sa couronne qui est posée sur sa robe entre ses genoux.

 

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Adoration des Mages ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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Adoration des Mages ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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Gaspard porte une couronne fleuronnée et perlée. Il  présente une coupe fermée par un couvercle, et qui, selon la tradition, doit contenir de l'encens.

Il est en armure (nous voyons les jambières) mais celle-ci est recouverte d'une tunique, d'un manteau, et d'un camail.

Derrière lui,  Balthazar, dont la tête manque, porte la myrrhe. Sa tunique est la plus courte. Il était souvent représenté avec un visage africain, imberbe, une boucle à l'oreille.

 

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Adoration des Mages ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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L'Annonce faite aux Bergers et l'Adoration des Bergers.

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Deux bergers, leur chien et quatre moutons sont sculptés dans le même bloc de kersantite. L'un des bergers tient sa houlette, bâton à l'extrémité dilatée et formant une crosse. Il est renversé en arrière et témoigne, par sa main ouverte, de sa stupeur devant l'apparition de l'ange du Seigneur. Il faut relire Luc:2 pour se souvenir de la frayeur suscitée par l'Annonce de la naissance d'un Sauveur :

"Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. "

À ses cotés, un autre berger joue d'une trompe, peut-être selon le chant traditionnel "jouez hautbois resonnez musettes", car de très nombreuses enluminures montre ce musicien (jouant souvent de la cornemuse). Grandes Heures d'Anne de Bretagne    Heures dites de Henri IV

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Annonce aux Bergers ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Annonce aux Bergers ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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Un berger debout.

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Son visage est proche de celui de Joseph. Il est vêtu d'un manteau fermé par un bouton rond, et il tient dans la main la houlette de berger. Il s'incline respectueusement, le chapeau rond maintenu contre la poitrine.

Des rides horizontales sont tracées en ligne gravées sur le front (comme le fait le Maître de Saint-Thégonnec).

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Adoration des Bergers ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Bergers ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Bergers ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Bergers ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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Une sage-femme (Zélomi ou Salomé).

Sur ce personnage fréquemment représenté sur les Nativités peintes, voir :

 

https://www.lavieb-aile.com/article-vierges-couchees-et-livres-d-heures-de-rennes-suite-113133129.html

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L'identification n'est bien-sûr pas certaine. La femme a la tête couverte d'un voile qui se confond avec le manteau ; elle porte une robe serrée à la taille par une ceinture nouée. Elle écarte ses deux bras, les deux paumes se faisant face.

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Sage-Femme  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Sage-Femme ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Sage-Femme  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Sage-Femme ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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Ces statues servent de crèche pour les fêtes de Noël.

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Crêche  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Crêche ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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II. PRÉSENTATION AU TEMPLE.

À gauche de la nef, en face de la porte d'entrée latérale (nord) contre un  pilier

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La table d'offrande coté nord.

Notre-Dame de Lambader est l'objet de pèlerinages depuis au moins  le XVe siècle (1432), et des femmes y affluaient, aux fêtes de la Vierge et le Lundi de Pentecôte, et en 1856, le curé témoignait encore : " Une des dévotions consisterait à demander l'usage de la parole aux petits enfants qui sont tardifs à parler. Les offrandes qui se donnent à la chapelle les jours où on y fait l'office, consistent en argent, vêtements de femmes, lin, cire, etc...". Ces offrandes étaient placées sur ces tables." Sur le porche ouest, deux panneaux montrent deux groupes de pèlerins (six hommes et six femmes) à genoux devant la Vierge.

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Cette table d'offrande en kersanton, de style Renaissance porte trois masques humains en moyen-relief entre deux volutes. Emmanuelle Le Seac'h a attribué cet autel au Maître de Plougastel (1570-1621) et a remarqué le sillon naso-labial et le philtrum apparent de ces masques.

Je note les yeux en amande ourlés d'un double trait, les cheveux écartés dégageant largement le front, et pour le personnage inférieur la double ride frontale entre les yeux.

Un probable blason a été martelé.

E. Le Seac'h ne précise pas sa datation de cet autel ; mais elle attribue (cf. infra) au même sculpteur la statue de saint Christophe provenant de la chapelle et qui porte par inscription la date de 1600.

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Table d'offrande ( kersanton, Maître de Plougastel vers 1600), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Table d'offrande ( kersanton, Maître de Plougastel vers 1600), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Table d'offrande ( kersanton, Maître de Plougastel vers 1600), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Table d'offrande ( kersanton, Maître de Plougastel vers 1600), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Table d'offrande ( kersanton, Maître de Plougastel vers 1600), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Table d'offrande ( kersanton, Maître de Plougastel vers 1600), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Table d'offrande ( kersanton, Maître de Plougastel vers 1600), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Table d'offrande ( kersanton, Maître de Plougastel vers 1600), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Table d'offrande ( kersanton, Maître de Plougastel vers 1600), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Table d'offrande ( kersanton, Maître de Plougastel vers 1600), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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La scène représente une Présentation au Temple, et non une Circoncision, comme en témoigne le panier contenant les deux colombes, offrande rituelle d'une Présentation. D'autre part, le grand prêtre tient l'Enfant dans ses bras mais ne tient aucun instrument.

« Quand arriva le jour fixé par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi présenter en offrande le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes.» Luc 2,21-40

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9sentation_de_J%C3%A9sus_au_Temple

https://fr.wikipedia.org/wiki/Circoncision_de_J%C3%A9sus

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Présentation au Temple  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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Saint Joseph tient à la fois un cierge et le panier d'osier tressé aux deux tourterelles (ou colombes).

Dans les peintures et enluminures, où les personnages sont plus nombreux, ce sont le plus souvent des servantes qui portent ces accessoires.

Joseph est vêtu d'un manteau à capuche et aux pans attachés par un bouton, et une robe à fente pectorale.

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Présentation au Temple  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.
Présentation au Temple  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.
La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.
La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.

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Le grand prêtre porte une mitre à fanons et une chape. Il dépose sur l'autel l'Enfant-Jésus, qui est nu, mais qui est figuré en Sauveur du Monde, bénissant l'orbe tenu en main gauche.

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Présentation au Temple  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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La Vierge qui porte le même manteau que dans la Nativité, tend la main droite dans un geste de présentation.

Le visage est ovale, le front épilé et très dégagé par les deux mèches de cheveux, les yeux ourlés, la bouche petite et concave au dessus d'un petit menton à fossette. Le philtrum est précisé.

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Présentation au Temple  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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LA FUITE EN ÉGYPTE.

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La scène occupe, à droite de la nef sur une table d'offrande et contre un pilier, une position symétrique à la précédente.

 

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Fuite en Égypte ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Fuite en Égypte ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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La Vierge, voilée, tient dans ses bras son enfant solidement emmailloté.

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Fuite en Égypte ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Fuite en Égypte ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Fuite en Égypte ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Fuite en Égypte ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Fuite en Égypte ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Fuite en Égypte ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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Joseph, en avant, tient l'extrémité du licol, et une canne coudée obliquement. Il porte le même manteau que dans la Présentation, mais dont la capuche recouvre la tête. Par contre, la robe a laissé place à une courte tunique serrée par une ceinture de cuir. Les jambes sont protégées par des houseaux et les pieds par de solides chaussures. Cette tenue se rapproche de celle des paysans bretons.

L'amande des yeux est dessinée par un trait gravé. La ride frontale verticale est marquée.

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La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.
Fuite en Égypte ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Fuite en Égypte ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.
Fuite en Égypte ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Fuite en Égypte ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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La table d'offrande présente deux possibles blasons, dont le dessin, identique à droite et à gauche,  a été partiellement martelé.

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La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.
La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.

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VESTIGES D'UN CHRIST EN CROIX.

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Christ en croix (vestiges) ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Christ en croix (vestiges) ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Christ en croix (vestiges) ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Christ en croix (vestiges) ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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VESTIGES D'UN NOEUD DE CROISILLON: LES CINQ PLAIES .

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Le nœud montre d'un coté un ange présentant une sorte de blason carré  muet, et de l'autre  les Cinq Plaies du Christ, celles des mains et des pieds qui ont été transpercés par les clous, et celle du cœur censé avoir été transpercé par le coup de lance de Longin (bien que le texte évangélique précise que ce coup ait été porté sur le flanc droit).

Ce motif relève de la dévotion du sang, des plaies et des souffrances du Christ lors de la Passion, qui est la raison même des calvaires.

https://www.lavieb-aile.com/2020/11/devotion-franciscaine-aux-plaies-du-christ-a-la-cour-ducale-de-bretagne-au-xve-siecle-l-exemple-d-isabelle-stuart.html

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Il a été reproduit sur le calvaire du placître de Lambader au XXe siècle.

Le calvaire (kersantite, XVIe siècle vers 1550, atelier Prigent, et anonyme, 1910)  de la chapelle de Lambader en Plouvorn.

 

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Nœud de calvaire  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Nœud de calvaire ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Blason aux sept plaies  ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Blason aux sept plaies ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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LES SAINTES FEMMES.

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Ces trois femmes sont, à la réflexion, d'interprétation difficile, car si deux d'entre elles sont voilées, celle du centre est tête nue, avec de longs cheveux. Ce serait Marie-Madeleine, mais qui tient ses mains jointes au lieu de tenir son attribut, le flacon d'aromates.

À ses cotés, ce serait Marie-Salomé et Marie-Jacobé, composant au total un groupe dit des Trois Marie.

La femme en retrait à notre gauche porte la guimpe et tient un chapelet, motif surprenant.

 

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Les Trois Marie ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Les Trois Marie ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Les Trois Marie ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Les Trois Marie ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Les Trois Marie ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Les Trois Marie ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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LA VIERGE À L'ENFANT ASSISE.

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La Vierge est assise sur une cathèdre et tient sur ses genoux son Fils figuré comme un enfant nu, dont la tête a été brisée.

La raideur de la posture de Marie me rappelle les groupes d'Anne trinitaire, où nous retrouvons ce type de siège, et, après tout, l'enfant pourrait être Marie dans les bras de sainte Anne. Néanmoins, je ne retiens pas cette hypothèse.

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Le visage de la  Mère et très rond pour sa moitié supérieure. Les yeux sont ourlés, la boche et le menton petits. Les pans du manteau sont réunis par une large patte.

La coiffure au bandeau occipital, déjà notée sur la Nativité, vient enrubanner chaque natte.

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Vierge à l'Enfant ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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LA VIERGE AUX SEPT GLAIVES (OU AUX SEPT DOULEURS).

 

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Au centre de la poitrine de Marie s'entrecroise sept glaives, symboles des sept douleurs de la Mère de Dieu, dont on trouve facilement la liste.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Notre-Dame_des_Douleurs

Des larmes s'écoulent des yeux de la Vierge, mais elles sont bien différentes des trois larmes que l'atelier Prigent a sculpté sous les yeux de Marie, de Jean et de Marie-Madeleine éplorés au pied de la Croix (calvaire de Lambader) ou sur leurs Déplorations.

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Vierge aux sept glaives ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Vierge aux sept glaives ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Vierge aux sept glaives ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

Vierge aux sept glaives ( kersanton, Maître de Lambader, vers 1550), de la chapelle de Lambader. Photographie lavieb-aile.

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DISCUSSION.

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I. À Plouvorn, certaines œuvres sculptées en kersanton du XVIe siècle ont été attribuées à des ateliers bien identifiés :

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L'atelier Prigent.

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1°). Un monument aux morts du cimetière de Plouvorn renferme une Vierge de Pitié dont les trois larmes font discuter une attribution à l'atelier Prigent.

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2°). Le calvaire de la chapelle de Lambader est attribué à l'atelier des Prigent et daté vers 1550.

Le calvaire (kersantite, XVIe siècle vers 1550, atelier Prigent, et anonyme, 1910)  de la chapelle de Lambader en Plouvorn.

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3°) Le calvaire de Croas Lambarder, à Plougourvest mais tout proche de la chapelle de Lambader sur la route qui y mène, est également daté vers 1550  par Y.-P. Castel et ses statues géminées (Vierge/Pierre et Jean/Madeleine) sont sans-doute de l'atelier Prigent par concordance des dates et présence des trois larmes sous les yeux de Marie, Jean et Marie-Madeleine comme sur le calvaire précédent.

https://societe-archeologique.du-finistere.org/croix/plougourvest.html

Par contre, probablement au XIXe siècle, il a accueilli sur son emmarchement deux groupes sculptés en kersanton qui, selon Y.-P. Castel repris par Tanguy, proviendraient de la chapelle de Lambader : une Vierge de Pitié, et un Jésus parmi les Docteurs.

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La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.

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La Vierge de Pitié (kersanton, vers 1550-1600) de Croas-Lambader.

Elle a la tête brisée. La forme générale de la Mère voilée dans son manteau est triangulaire, et elle soutient sur ses deux genoux écartés le corps de son Fils, par une main placée sous la tête et une autre sur la cuisse droite. Le Christ forme une diagonale oblique vers le haut et la gauche et ses plaies des mains sont exposées, le bras droit fléchi pend (un peu maladroitement) le long de la jambe maternelle tandis que le bras gauche repose le long du corps.

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La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.

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Jésus parmi les Docteurs (kersanton, vers 1550-1600) de Croas-Lambader.

L'interprétation de ce groupe est difficile, notamment car il est camouflé (comme la Pietà) par les rosaces blanches, gris-vert ou rosées de lichens. Mais Yves-Pascal Castel a raison d'y voir Jésus parmi les Docteurs, grâce à l'attitude émerveillée des assistants, et malgré l'absence de Jésus qui occupait sans doute la place la plus haute au centre.

Les quatre personnages, assis en tailleur devant un pupitre à degrés,  lèvent tous la tête et le regard vers le haut, et écartent les paumes vers l'orateur en signe d'admiration. Deux portent le chapeau conique des Juifs, tandis que deux autres portent le bonnet carré des docteurs en théologie du XVIe siècle (ou un bonnet à rabat). Trois sont barbus. Deux portent un manteau à large rabat sur le col.

Je ne peux être plus précis, car leur ghillie suit est terriblement efficace, tant pour mon regard que pour la capacité de discrimination de mon objectif photo.

La scène est rare dans la sculpture en kersanton (porche de La Martyre), mais on la trouve, dans une composition très différente, sur le calvaire monumental de Plougastel.

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La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.
La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.
La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.
La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.
La statuaire de la chapelle de Lambader en Plouvorn. I, Les vestiges d'un calvaire.

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L'atelier du Maître de Plougastel.

1°). La table d'offrande de la nef de la chapelle de Lambader, coté nord, est attribuée par E. Le Seac'h à l'atelier du Maître de Plougastel.

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2°). La façade ouest de la chapelle Saint-Trémeur du château de Keruzoret en Plouvorn montre, dans deux niches, les statues en kersanton de saint Trémeur tenant sa tête, et de saint Christophe.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:1156_Ch%C3%A2teau_de_Keruzoret_chapelle_Saint-Tr%C3%A9meur.jpg

Le socle de cette statue porte l'inscription S:XPÕFLE 1600 :E.I.

Or, cette statue provient de la chapelle de Lambader et a été donnée par l'évêque au début du XXe siècle en remerciement des travaux offerts par la famille de Menou pour l'église de Plouvorn.

"Saint Christophe, la tête rejetée sur le coté, s'appuie sur son bâton, les jambes nues pour traverser une rivière poissonneuse. L'Enfant-Jésus, assis sur ses épaules, tient un globe dans la main gauche. Son visage est lisse et rond avec des cheveux mi-longs. Celui du saint rappelle les Apôtres et Évangélistes rencontrés jusqu'ici. Elle est de la plus belle facture du Maître de Plougastel.

La niche centrale contient une statue de saint Pierre, mitré, un livre ouvert dans la main gauche et tenant une clé géante dans la main droite. Le contour des yeux creusé et le modelé arrondi du visage sont caractéristiques de l'atelier." (E. Le Seac'h p. 194)

J'identifie plutôt le personnage mitré comme un saint abbé (Guénolé ?) tenant sa crosse.

Il existe aussi dans la niche latérale gauche une statue en kersanton de saint Trémeur (saint éponyme de cette chapelle), portant l'inscription S : TREMER en lettres gothiques.

On trouve aussi, encadrant la porte, deux anges sous un culot, comme on en voit aux extrémités de croisillons des calvaires, notamment à Lambader.

Je remarque qu'un Christophe de Troërin, écuyer, né vers 1590 à Plouvorn, est attesté par les généalogistes.

https://gw.geneanet.org/jmgarion?n=de+troerin&oc=&p=christophe

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Saint Christophe (kersanton, 1600), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Saint Christophe (kersanton, 1600), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Saint Christophe (kersanton, 1600), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Saint Christophe (kersanton, 1600), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Saint Christophe (kersanton, 1600), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Saint Christophe (kersanton, 1600), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Saint abbé (kersanton), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Saint abbé (kersanton), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Saint abbé (kersanton), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Saint abbé (kersanton), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

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Saint Trémeur (kersanton), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Saint Trémeur (kersanton), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Saint Trémeur (kersanton), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Saint Trémeur (kersanton), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Saint Trémeur (kersanton), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Saint Trémeur (kersanton), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Anges, vestige de calvaire, (kersanton), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Anges, vestige de calvaire, (kersanton), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Anges, vestige de calvaire, (kersanton), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

Anges, vestige de calvaire, (kersanton), chapelle Saint-Trémeur, château de Keruzoret à Plouvorn. Photo lavieb-aile.

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II. Un calvaire de Plouvorn, celui de Kerzesquez, Kerzescouez,  date vers 1550 et comporte un  socle cantonné de petits masques, l'inscription  M.I. PEZRON, calice.

https://societe-archeologique.du-finistere.org/croix/plouvorn.html

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Au total.

Ces éléments montrent, si on admet les datations proposées mais jamais basées sur des inscriptions,  l'intervention à Plouvorn de l'atelier des Prigent (1527-1577) dans les années 1550, peu de temps après la restauration et le ré-aménagement de la chapelle de Lambader entre 1534 et 1543. 

Néanmoins, on ne retrouve sur les statues de kersanton conservées dans la chapelle aucun des caractères stylistiques des Prigent (par exemple le voile replié et rigide ou "coqué" de Marie, ou les trois larmes en goutte d'eau, même si ces dernières ne peuvent concerner que les saints personnages au pied de la croix).  Et l'un des meilleurs connaisseurs des ateliers de sculpture, Yves-Pascal Castel, n'en n'a pas proposé l'attribution.

D'autre part, E. Le Seac'h attribue au  Maître de Plougastel dont l'atelier a succédé, à Landerneau, aux Prigent dans la sculpture du kersanton, deux statues provenant de la chapelle, et une table d'offrande. Par contre,  Yves-Pascal Castel, qui connait très bien cet atelier pour en avoir le premier défini le style "hiératique" (Ann. Bret. 1983), n'a pas proposé cette attribution.

Si malgré tout, nous suivions Le Seac'h dans sa proposition, il faudrait sans doute envisager de l'étendre à l'ensemble de la statuaire de kersanton que je viens de décrire, et dont le style est homogène. Et, du même coup, attribuer à ce groupe la date de 1600 inscrite sur le Saint-Christophe.

Je ne retrouve  pas non plus les caractères du Maître de Saint-Thégonnec (comme les rides frontales horizontales, sauf dans un cas).

Le catalogue des œuvres attribuées au Maître de Plougastel par Le Seac'h est publié ici :

https://fr.qaz.wiki/wiki/List_of_the_works_of_the_Ma%C3%AEtre_de_Plougastel

J'ai décrit dans ce blog un certain nombre d'œuvres du Maître de Plougastel :

 

Yves-Pascal Castel écrit à son propos (Ann. Bret. 1983) : 

"Au début du XVIIe siècle on décèle deux ateliers que l'anonymat des créateurs oblige à classer sous les titres du maître de Plougastel-Daoulas et du maître de Saint-Thégonnec.

Le calvaire de Plougastel-Daoulas, 1602-1604, aux confins du Léon et de la Cornouaille affiche un hiératisme que d'aucuns estiment figé par rapport à l'exubérance de Guimiliau. Mais il fait école car nombre de calvaires dans le Léon, non datés, se rattachent au maître de Plougastel. Les monuments de Gouesnou, Guipronvel, Locmélar, La Roche et Saint-Sauveur, entre autres, participent de cette esthétique austère, acheminant le calvaire vers un certain classicisme qui n'exclut pas des schémas de convenance."

 

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Conclusion

On peut s'étonner que, depuis l'unique article de Castel sur cet ensemble de statues dans le Courrier du Léon de 1995, ses conclusions n'aient pas été discutées par d'autres auteurs, notamment par E. Le Seac'h.

Il semble certes prudent de reprendre la proposition d'Y.-P. Castel de voir dans ce riche corpus le travail d'un sculpteur distinct, nommé du nom de convention "Maître de Lambader", actif vers 1550, mais il faudrait alors re-discuter les attributions des 2 calvaires, celui de la chapelle et celui de Craos-Lambader, qui datent de la même période

Il me semble plus audacieux  de ne pas écarter la suggestion d'E. Le Seac'h, et de retarder la datation vers 1600.

Mais pourrions-nous nous accorder sur un certain nombre de caractères stylistiques propres au corpus des statues de kersanton de Lambader ? Je propose :

Un visage rond pour la moitié supérieure puis ovale s'achevant par un petit menton retroussé.

Les yeux en amande effilée aux deux extrémités, et aux paupières ourlées, avec un regard fixe et absent.

Des sourcils en arc haut situé. 

Une bouche petite et concave sous un philtrum creusé.

 Les cheveux écartés de part et d'autre du visage à partir d'une raie  médiane qui dégage le front très loin vers le vertex, comme s'il était épilé.

Des moustaches partant souvent du coin de la narine et formant un V inversé ou deux virgules.

Des barbes sculptées en mèches parallèles recourbées en hameçon plus ou moins accentué.

Des manteaux masculins fermés par une patte ronde boutonnée.

Des robes masculines seulement ouverts par une courte fente à 2 boutons

Des manteaux féminins à pans écartés formant des pointes

Des voiles féminins rigides formant un carré à peine adouci,  mais sans plis (à la différence des Prigent)

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La comparaison avec d'autres œuvres du même atelier est difficile en raison du grand nombre de calvaires du Catalogue, ou de séries d'apôtres et évangélistes alors que nous avons affaire ici à des scènes de l'Enfance du Christ. Nous pouvons nous rapporter aux scènes analogues du pourtour du Calvaire de Plougastel, mais il s'agit de bas-relief et non de statues en ronde-bosse. On trouve un Mariage de la Vierge, une Nativité, une Adoration des Mages, une Circoncision, une Fuite en Egypte (dont l'enfant emmailloté est semblable à celui de Lambader).

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N.B Je décrirai dans un autre article les statues des saints (Jean, Pattern et Gouesnou) que j'ai écarté de cet article, ainsi que la statue de Notre-Damme de Lanbader du porche ouest.

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SOURCES ET LIENS.

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— ABGRALL (Jean-Marie, L'Architecture bretonne

 

"Dans la paroisse de Plouvorn, la chapelle de LAMBADER a été entièrement reconstruite avec son clocher, en 1877- 1881,. et malgré cela on peut toujours la considérer comme ancienne, c.ar on a reconstitué aussi fidèlement que possible l'édifice primitif en se servant des anciens matériaux, de sorte que la chapelle, rajeunie et consolidée, possède cependant l'aspect digne et respectable d'un monument des vieux âges. Ce qui est le plus remarqué et le plus vanté à Lambader, c'est le clocher, dont la vanité locale ose presque faire un rival du Creisker. Comme détails particuliers d'architecture il y a à observer la porte sous le clocher, ornée de belles colonnettes, et dont l'archivolte à plein-cintre est composée de moulures et de tores avec dos de carpe; puis le petit porche Nord percé de deux portes ornées de colonnettes et séparées par un léger trumeau, au haut duquel est une Sainte-- Marguerite agenouillée sur son dragon. Au chevet, sous la -grande fenêtre, est une petite sacristie ou chambre du trésor, toute bâtie en pierres de taille, en y comprenant même le toit. A l'intérieur on est agréablement surpris à la vue des belles dimensions et des belles proportions de l'édifice, qui se compose d'une nef et de deux bas-côtés donnant une largeur de 13 m. 90 sur une longueur de 28 mètres, le tout divisé en huit travées."

CASTEL (Yves-Pascal), 1980, Atlas des croix et calvaires du Finistère Plouvorn n°2385 et 2386.

https://societe-archeologique.du-finistere.org/croix/plouvorn.html

2386. Lambader, placître, g. k. 6 m. XVIè, XIXè s. Trois degrés, corniche. Socle cubique. Fût rond, écots. Croisillon, statues géminées: Vierge-Madeleine, Jean-Pierre (décapitée). Croix, branches rondes, crucifix, écu. [YPC 1980]

2385. Lambader, dans la chapelle, k. Vers 1550, vestiges d’un calvaire dont certaines pièces sont placées à la croix de Spernen en Plougourvest (no 1977). Fuite en Egypte. Présentation au temple, Vierge de l’Annonciation, Vierge aux sept glaives, Nativité, saintes femmes, Crucifix, Vierge à l’Enfant. [YPC 1980]

— CASTEL (Yves-Pascal), 25 mars 1995, A la découverte des croix monumentales, Plouvorn. Courrier du Léon

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/3fb594a410e97c243be96830ef21eeda.jpg

— CASTEL (Yves-Pascal), 1983,  La floraison des croix et calvaires dans le Léon sous l'influence de Mgr Roland de Neufville (1562-1613), Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1983  90-2  pp. 311-319

https://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1983_num_90_2_3130

— COUFFON, (René), LE BARS, Alfred), 1988, "Plouvorn",  Diocèse de Quimper et de Léon. Nouveau répertoire des églises et chapelles. Quimper : Association Diocésaine, 1988.

https://www.diocese-quimper.fr/wp-content/uploads/2021/01/PLOUVORN.pdf

"Statues en kersanton, dont plusieurs proviennent d'un calvaire monumental détruit : groupe de la Présentation au Temple, Fuite en Egypte, XVIè siècle (C.), Adoration des mages, XVIè siècle (C.), Vierge de l'Annonciation, Notre Dame des Sept Douleurs, Vierge Mère assise sur un trône, les trois Marie au Calvaire, sainte Marguerite, saint Jean l'Ev., saint Divy (S:DIVI), saint évêque (S.GOUYNIE), saint Gouesnou (S.GOUESNOU), saint Patern (S.PATERNE), Ange de l'Annonciation (décapité), Christ de calvaire (mutilé)

— DANIEL (Tanguy), 1996, La chapelle de Lambader en Plouvorn,   Comptes rendus, procès-verbaux, mémoires - Association bretonne et union régionaliste bretonne,  Congrès de Saint-Pol-de-Léon juin 1996 tome CV p. 50.

"On remarquera aussi et surtout les restes d'un ancien calvaire monumental, présenté en désordre en quatre endroits de la partie basse de la nef : une Présentation au Temple, une Annonciation et une Fuite en Égypte, une Nativité, un Christ (mutilé) et les Trois Marie. Il est possible que d ' autres éléments de ce grand calvaire figurent sur la croix de Spernen ( dite aussi Croaz - Lambader ) , à Plougourvest . Aucune date ne figure sur ces sculptures dont le style est celui du milieu du XVIe siècle . » .

 

https://books.google.fr/books/about/Comptes_rendus_proc%C3%A8s_verbaux_m%C3%A9moires.html?id=Ka0iAQAAIAAJ&redir_esc=y

 

— DUCOURET (Jean-Pierre), 1971, Inventaire pour le Patrimoine dossier IA00005484

 

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/chapelle-notre-dame-lambader-plouvorn/8e820a5c-91e6-410a-9857-c05679006ec6

http://inventaire-patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/public/annexes/IA00005484_01.pdf

FRÉMINVILLE ((chevalier Christophe-Paulin de La Poix de Fréminville) 1832, Antiquités de la Bretagne: Finistère, Volume 1, Lefournier et Deperiers, 1832 p. 69

https://books.google.fr/books?id=d04bAAAAYAAJ&dq=lambader&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

"Plusieurs statues ornaient jadis l'église de Lambader, elles ont été renversées et mutilées, leurs débris gisent sur le gazon dans le préau ou cour du monastère. J'en remarquai une qui me frappa par le fini et la précision de son travail, elle représente un chevalier armé de toutes pièces , tenant l'épée nue sur l'épaule ; la forme de son armure indique la fin du quatorzième siècle. On remarque au bas de la cuirasse l'assemblage de pièces de lames transversales qui recouvre le défaut des cuissards et que l'on nommait tasseltes ou braconnière. La tête de cette statue a malheureusement été brisée ( Pour préserver cette statue de mutilations plus considérables, M. le marquis du Dresnay en a fait récemment l'acquisition et l'a fait transporter à Saint-Pol de Léon , où elle est placée dans son jardin. ) : je présume qu'elle représentait quelqu'un des commandeurs de Malte titulaires de la commanderie de Lambader. Ce ne peut être un templier, car, lors de la destruction de l'ordre du temple, les .chevaliers portaient encore le haubert ou armure entièrement en mailles, celle que l'on voit ici est celle de plaque et de lames adoptée au quatorzième siècle."

 

GALLIC (Kristian), Le jubé de Lambader

https://www.youtube.com/watch?v=R8v-UGsxanQ&ab_channel=DanielleRopars— LE GUENNEC (Louis), 1911, La chapelle de Lambader, Morlaix, Lajat brochure in-8°, 88 pages.

 — GALLIC (Kristian), PLOUVORN INFORMATION mars 2017 n°3 

https://fr.calameo.com/read/0047577681bc06131f887

LE GUENNEC (Louis), Le Finistère monumental tome 1,  Morlaix et sa région, page 308. Droits réservés. Ouvrage numérisé avec l'aimable autorisation de la Société des Amis de Louis Le Guennec.

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/9845

"On vénère à Lambader une belle statue en kersanton de Notre-Dame. Au bas de la chapelle sont de nombreuses statues mutilées, en granit, provenant de l'ancien Calvaire. La maîtresse vitre contenait un brillant vitrail de 1543, qui a été brisé vers 1845 et remplacé, dans sa partie basse, par une maçonnerie, et dans sa partie haute, par un voile rouge. On en voit quelques débris à la chapelle de Keruzoret, ainsi qu'un saint Christophe et un saint Trémeur portant sa tête entre ses mains."

— LE GUENNEC (Louis), 1911, La chapelle de Lambader, Morlaix, Lajat, in-8°, 88 pages. Non consulté.

"La plus ancienne mention de la chapelle se trouve dans un acte de 1333; les documents conservés aux Archives du Finistère, et que M. Le Guennec a savamment commentés, remontent à 1432 : ils lui ont permis d'écrire une histoire complète de cet intéressant monument."

 https://www.persee.fr/doc/abpo_0003-391x_1911_num_27_2_4166

 

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

— MIORCEC DE KERDANET (L.), 1837, Les vies des Saints de la Bretagne-Armorique De Albert LE GRAND ... Avec des notes et observations historiques et critiques par D. L. Miorcec de Kerdanet et revues par M. Graveran. Brest 1837 Page 502

https://books.google.fr/books?id=PIhhAAAAcAAJ&pg=PA502&dq=lanbader&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiF4dfrsr_vAhXH3oUKHbu0B1UQ6AEwA3oECAQQAg#v=onepage&q=lanbader&f=false

 

Texte principal : "Si vous entrez dans Ploumorn (Plouvorn), vous ne pouvez faire beaucoup de chemin , sans remarquer la belle Eglise priorale de N. D. de Lanbader tant pour l'excellence du bastiment, qu'à raison de la grande devotion du peuple qui y aborde de plusieurs endroits. Ceste chappelle est construicte non loin du bourc parrochial , sur la pente d'une colline , prés d'un agreable ruysseau qui fait moudre nombre de moulins, avant de se rendre à l'ocean. Ce lieu est fort consideré par les personnes devotieuses , &, estant limitrophe à plusieurs paroisses de cest Evesché, les pelerins y arrivent en affluence aux festes de la Vierge, & surtout le lundy de la Pentecoste."

Note de Kerdanet : "Cette église est construite dans le style de l'architecture gothique arabe : elle a huit arcades élégantes dans chacun de ses bas-cotés., son clocher est très beau, c'est une tour carrée, ornée d'une balustrade légère et surmontée d'une flèche élevée, de forme prismatique hexagonale, flanquée de quatre clochetons. Cette flèche, toute en pierres de taille, est travaillée à jour, ainsi que les clochetons qui l'accompagnent, dont l'un a été renversé par l'ouragan du 2 février 1836. Le clocher est supporté par des piliers formant trois arcades. Dans le fond est la porte d'entrée de l'église, couronnée d'une statue de la Vierge en kersanton avec ces mots : NOTRE DAME DE LANBADER ». À ses cotés, sont deux encadrements, l'un représentant six moines à genoux, sur trois lignes, et l'autre six religieuses dans la même position. Le dernier encadrement offre le millésime de 1598, et la légende : INTERCEDE P. DEVOTO FEIÕ SEXU » On remarque, de plus, autour de l'église, diverses statues curieuses, telles que celle de saint Christophe, ainsi désignée SXDÕPLE 1600 », et la statue de N.D de Pitié dans l'attitude la plus recueillie et la plus expressive.

Le jubé en bois de Lanbader est aussi fort renommé ; c'est un réseau de sculpture, presque aussi remarquable dans son genre que celui du Folgoët dans le sien : il a 16 pieds ½ de long sur 3 pieds , 9 pouces de large ; ses éventails ont 8 pieds 3 pouces de développement, et sa porte 4 pieds ½ d'ouverture ; son escalier tournant compte 22 marches ; le tout orné de petites statues d'anges, parmi lesquels vient figurer, on ne sait pourquoi, un joueur de biniou (musette)

M. de Fréminville pense que Lanbader était une ancienne commanderie ; il n'en n'est cependant fait aucune mention dans celles du duc Conan IV, de 1160 ; mais on trouvait autrefois, autour de cette chapelle, les propugnacula, turricula et alias munitiones dont parle Pierre Mauclerc das sa charte aux chevaliers du Temple. V. D. Morice, Pr. t. 1er col.638 et 850. Le gouvernement de Lanbader possédait, en 1790, 900 livres de revenu. »

— PENNEC (Cyrille) 1825, Le dévot pèlerinage de Notre-Dame du Folgoët Vatar-Jausions, 1825 - 122 pages

https://books.google.fr/books?pg=PA46&dq=lanbader&id=OQszcnHk2lEC&hl=fr&output=text

L'église de LANBADER, avec un très-beau clocher.

« On trouve en cet endroit plusieurs jolies statues en Kersanton, entre autres celle de S. Christophe, portant la date de 1600. Sur la porte étroite de la chapelle, on a figuré une petite assemblée de moines, et vis-à-vis des religieuses à genoux et les mains jointes, avec cette légende : Intercede pro devoto foemineo sexii ».

 

 

PÉRENNÈS (Henri) 1943 Plouvorn Monographie de la paroisse, Rennes, Imprimerie du Nouvelliste, 1943, 86p., Réédition Le Livre d'histoire-Lorisse, Paris, 2004, 83p., p. 50-51.

http://www.infobretagne.com/plouvorn-chapelle-lambader.htm

 

—  REALS (Vicomte de, 1890, "La restauration de Lambader", in Bulletin archéologique de l'Association bretonne, 31e congrès tenu à Saint-Pol-de-Léon du 10 au 15 septembre 1888, Troisième série, Vol.8, Saint-Brieuc, Imprimerie-Librairie R. Prud'homme, 1890, 202p., p. 54-58. 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2074856/f95.image

"Dans le fond de la chapelle on a recueilli une trentaine de statues en pierres de taille qui doivent être les débris d'un ancien calvaire. Plusieurs de ces statues ont beaucoup d'expression dans la physionomie ; malheureusement presque toutes ont été mutilées pendant la révolution. Elles ressemblent comme travail aux statues du calvaire de Guimiliau et doivent être de la même époque."

 

FAUJOUR (Marc), La chapelle Notre-Dame de Kerzéan à Plouescat, ARMMA-SAPRAT : les armoiries possibles d'Audren de Kermel.

https://armma.saprat.fr/monument/plouescat-chapelle-notre-dame-de-kerzean/

L'UNIVERS 27 septembre 1877 Inauguration de la chapelle restaurée sur l'initiative du recteur Hellard. Bénédiction par l'évêque en présence de la comtesse de Kerdrel. Promesse d'indulgence le jour du Pardon le lundi de Pentecôte.

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/chateau-de-keruzoret-plouvorn/0fabf1a2-bd3c-4ed6-ae2b-055ceffcfe5f

DIVERS, YOUTUBE

https://www.youtube.com/watch?v=CNQ221jkJZQ&ab_channel=ValentinDluz

https://www.youtube.com/watch?v=k9rsmv2Ih6g&ab_channel=XavierBoderiou

— DIVERS: ARCHIVE 1442.

Lettres et mandements de Jean V: duc de Bretagne, publiés ..., Volumes 4 à 5

Ordre de laisser les chapelains de Lambader et du Merzer jouir des dons qui leur ont été faits.

Vidimus du 10 oct. 1442 (Ar. Loire-Inf., E 83; anc. Ch. des comptes de Nantes).

A Redon, 1433, 13 mars. « Jehan... A nostre bien amé et feal conseiller Auffroy Guinot, nostre tresorier et receveur general, et aux fermiers de cest present impot par nous ordonné de XX s. par pipe estre levé en l'evesché de Leon, salut. De la partie de noz chappelains et orateurs dom Guillaume Baeleuc et dom Jehan le Saux, presbtres et gouverneurs des chapelles de Nostre Dame de Lanbader et du Merzer, nous a esté presentement exposé que, comme puix nagueres nous eussions donné en aulmosnes et de nostre devocion à lad. chapelle de Lambader, dont led. Guillaume est administrator, pour aider à l'eupvre et edifficacion d'icelle chapelle, la somme de quinze 1., à estre poiée sur et dud. impot, en mandant à vousd. fermiers d'en fere le paiement au desir de noz lettres sur ce données le vile jour de decembre darrein; mesmes à lad. chapelle du Merzer eussions voulu et octroié que tout le vin qui fust vendu en detaill en la maison de lad. chapelle par led. dom Jehan et ses commis, qui en est gouverneur, feust quicte de tout devoir d'impot, tant du temps que avenir, pour estre cellui devoir mis et emploié au bien et augmenttacion d'icelle chapelle, comme peust aparoir par noz lettres sur ce données en ceste nostre ville, dabtées du xuie jour de may, l'an mill mcc trante et un; ce neanmoinz, vousd. fermiers n'avez voulu oboir au contenu de nosd. lettres, ainczois les avez contrariées et contrariés, en disant icelles ne vous valoir pas descharge; par quoy lesd. suplians ne ont peu jouir de nosd. dons et octroitz, en grand retardement et prejudice du bien et augmentacion d'icelles chapelles... Pour ce est il que nous..., en ratiffiant nosd. premieres lettres..., octroions ausd. suplians et gouverneurs que ilz joissent desd. dons et octroiz... Et affin de se imformer du numbre desd. vins qui sont et seront venduz aud. lieu du Merzer..., avons commis nostre bien amé et feal conseiller Hervé le Ny, qui de ce vous baillera relacion... Si vous mandons, etc.

Ainxin signé, Par le duc, de sa main. - Par le duc, de son commandement et en son conseill, ouquel : Vous, l'evesque de Triguer, le president, le seneschal de Rennes, messire Pierres Eder et autres estoint. - J. PIRON. »

 


— WIKIPEDIA

Famille Audren de Kermel

https://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_Audren_de_Kerdrel

Chapelle Notre-Dame de Lambader

https://fr.wikipedia.org/wiki/Chapelle_Notre-Dame_de_Lambader

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Published by jean-yves cordier - dans Sculpture Kersanton Chapelles bretonnes. Maître de Plougastel
13 mars 2021 6 13 /03 /mars /2021 11:32

Le calvaire de Saint-Thégonnec. II, les croix (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec).

 

 


 

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Sur Saint-Thégonnec, voir :

 

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Sur les calvaires de Basse-Bretagne, voir :

Ateliers du XVe et début XVIe siècle :

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— atelier du Maître de Quilinen (vers 1500)

 

Atelier Prigent :

 

Atelier du Maître de Plougastel.

 

Atelier du Maître de Saint-Thégonnec (selon Castel et Le Seac'h)

 

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Atelier de Roland Doré.

 

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Divers ateliers.

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PRÉSENTATION.

Voir article partie I.

Si les 41 personnages du pourtour du socle se présentaient en costumes contemporains comme s'ils jouaient, non sans truculence, les scènes du Mystère de la Passion (et une Passion et Résurrection bretonne a été publiée en 1530 puis rééditée), la croix à deux croisillons où le Christ est entouré de ses disciples les plus proches relève d'une mystique du Sang versé, auquel répond l'effusion de larmes des témoins. Si on peut l'associer encore au texte de la Passion et Résurrection bretonne (qui devait être bien connu des paroissiens ayant demandé ce monument), c'est d'avantage le texte du Stabat Mater Dolorosa qu'il faut placer ici en contre-point : ce chant franciscain sera traduit en breton en 1622 par Tanguy Guéguen, chanoine à Morlaix.

Le duché de Bretagne, avant son annexion à la France, s'était montré très attaché au culte des Plaies du Christ : Voir Dévotion franciscaine aux Plaies du Christ à la cour ducale de Bretagne. La province de Bretagne, depuis Anne de Bretagne,  a poursuivi cette vénération, et a couvert le Léon du gris manteau d'un réseau de croix et de calvaires dans la belle pierre sombre de kersanton, extraite en Rade de Brest. L'atelier Prigent (1527-1577), à Landerneau, a sculpté des larmes en gouttes d'eau sous les paupières de Marie, la Mère du Christ, de Jean, son disciple préféré, et de Marie-Madeleine, la disciple auquel il réserva sa première apparition comme Ressuscité. Ces larmes, devenues visibles et presque charnelles, suscitent chez les paroissiens la même effusion. Et ces trois-là, de calvaire en calvaire, de Déploration en Mise au Tombeau, deviennent les médiateurs, pour les fidèles, de la participation émotionnelle aux souffrances endurées par le Sauveur, car les larmes magnifiées comme des diamants scintillent ensuite — mais bien plus rarement—sur les œuvres des autres ateliers, celui du Maître de Plougastel (sur le calvaire éponyme, dans la Montée au Golgotha) et, au XVIIe siècle, celui de Roland Doré. Ailleurs, ces larmes seront évoquées indirectement, sur les Déplorations, par le mouchoir dont Marie-Madeleine s'essuie les yeux.

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C'est donc en observant, sur la croix centrale, ces références au Sang et aux Plaies et celles aux Larmes que nous dépasserons une lecture descriptive du monument pour accéder à un partage de cœur et d'âme avec les paroissiens de Saint-Thégonnec et le sculpteur qu'ils avaient choisis.

 

 

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Schéma lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Schéma lavieb-aile.

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I. SAINTE MARIE-MADELEINE AU PIED DE LA CROIX. Kersanton, Maître de Saint-Thégonnec, 1610.

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Une statue de Marie-Madeleine est visible sur le socle au pied de la croix. Elle lève la tête vers le Crucifié. Son pot d'aromates, posé à coté d'elle, est caché par les personnages de la Passion. 

C'est la reprise de la Marie-Madeleine du calvaire de Pencran (1521), mais surtout de celle du placître de Pencran, sculptée vers 1553 par les Prigent dans la même posture, avec pareillement le manteau rejeté des épaules et tombé en un éventail de plis lourds derrière les reins. Ce motif a eu tant de succès qu'on le retrouve sur de nombreux calvaires du Finistère, soit encore à Pencran sur son calvaire nord, soit à Pleyben en 1555, toujours par les Prigent, soit à la chapelle Sainte-Marie-du-Ménez-Hom (1540 et v. 1630), puis à Lopérec vers 1552, mais aussi aux calvaires du bourg de Saint-Ségal et de la chapelle Saint-Sébastien de Saint-Ségal (celui-là étant attribué au Maître de Saint-Thégonnec), et par d'autres ateliers à Commana en 1585, ou, en Cornouaille,  isolée sur un contrefort de la chapelle Saint-Tugen à Primelin .

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Voir ma présentation ici :

https://www.lavieb-aile.com/2019/07/saint-segal-le-calvaire-du-bourg.html

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Celle-ci se distingue des autres par l'absence de bandeau occipital retenant la chevelure, par l'absence des 3 larmes de compassion, par la chemise plissée dont  le col et le poignets sont fraisés et tuyautés, par les manches (rapportées ?) bouffantes sur l'épaule , par la robe au décolleté carré , et non plissée et moulante sous la ceinture, ce qui souligne le doux volume du ventre.

On dira aussi les oreilles rondes  plaquées sur le crâne, le front épilé, les paupières ourlées, la délicieuse fossette du menton, et les narines pincées comme si elles inspiraient jusqu'à la suffocation l'extase mystique.

On remarquera que les deux paumes des mains de la sainte ne sont pas orientées vers le tronc écôté de la croix, figure de tous les arbres sacrés, de l'Arbre de la Connaissance jusqu'à l'Arbre de Vie : car l'une des paumes est tournée vers le sein, vers l'intimité du Moi, comme pour affirmer un lien privilégié  entre Marie de Magdala et son Rabbouni, son Maître, lien qui se révèlera en Jean 20:11-18.

Elle est la figure essentielle du calvaire (révérence gardée au Christ, bien entendu), celle à laquelle les fidèles peuvent s'identifier, dans leur piété individuelle ou devotio moderna, pour concilier leur nature peccamineuse et leur aspiration à ressentir dans leur cœur et dans leur chair cette participation émotionnelle aux souffrances endurées par le Rédempteur. Et elle reprend la figure de la poésie classique latine de la déréliction, et le "lamento magdalénien" déploie son esthétique de la lamentation amoureuse (Laurence Beck-Chauvard).

 

Nous l'avons déjà vu, en faisant le tour des saynètes de la plateforme, parmi les huit saints personnages entourant le Christ mort dans la Mise au Tombeau. On la retrouvera, avec le même costume, mais cette fois-ci en larmes, sur la Déploration du premier croisillon.

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J'ai découvert les sources de cette vénération envers Marie-Madeleine lors de mon étude sur le Puits de Moïse de la Chartreuse de Champmol (vers 1405), où Madeleine figurait également éplorée au pied de la croix : elle est extrêmement abondante et je ne citerai que le Polyptique Orsini, les Très Riches Heures du duc de Berry folio 156v, et la Crucifixion de Fra Angelico pour la cellule 25 de San Marco. Et au XVIe siècle, cette figure est repris dans presque toutes les maîtresse-vitres de la Passion du Finistère

Il ne me manque dans ce très ou trop riche corpus scripturaire et artistique qu'un écrit en moyen-breton équivalent de la Passion en Breton de 1530 et de la traduction bretonne du Stabat Mater, Ouz hars an croas centrée sur la figure de Marie.

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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LA CROIX À DEUX CROISILLONS.

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Les calvaires bretons peuvent être classées de différentes façons. J'ai présenté dans le premier article comment les auteurs avaient distingué parmi eux sept calvaires "monumentaux", et celui de Saint-Thégonnec est le dernier d'entre eux. La forme de leur socle fondait déjà une typologie.

Nous pourrions aussi dresser en une liste chronologique, malgré leur nombre et les incertitudes de datation. Mais leur silhouette permet facilement de distinguer ceux sans croisillon, à un croisillon (Pleyben, Guimiliau) et à deux croisillons.

Parmi ces derniers, nous pouvons, toujours du premier coup d'œil, remarquer comme le propose J.-S. Gauthier ceux dont les deux croisillons sont de taille égale avec une structure en U (Pencran, Plounéventer, Plougastel, Lopérec, Le Tréhou, L'Hôpital-Camfrout, Commana et Saint-Thégonnec),  ceux dont le croisillon supérieur est plus étroit, donnant une structure en sapin (Quimerc'h,  Loqueffret, Plonéour-Ménez, Sainte-Marie-du-Ménez-Hom, Plougonven, Locmélar, Saint-Sébastien en Saint-Ségal), et ceux dont au contraire le bras supérieur est plus large, avec une structure en V (Locmélar).

Nous pouvons aussi rechercher un schéma particulier où le Christ est entouré au croisillon supérieur des deux cavaliers du Golgotha, comme à Pencran, Sainte-Marie-du-Ménez-Hom, à Lopérec, Locmélar, Plougastel et Saint-Thégonnec.

Et mettre à part les calvaires où les gibets des larrons sont érigés séparément de la croix centrale.

 

Les calvaires à deux croisillons. Liste non limitative.

 

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  • Pencran nord, (1521 par inscription). Trois fûts. Marie-Madeleine agenouillée au pied de la croix. Deux cavaliers, Madeleine/ Yves,  Jean/Pierre. Pietà, Vierge à l'Enfant . Marie-Madeleine agenouillée au pied de la croix.

  • Plomodiern, chapelle Sainte-Marie-du-Ménez-Hom (1544, Prigent). Jean/Pierre et Madeleine/Yves. Pietà, Christ aux liens, Vierge à l'Enfant. Ange aux calices. Marie-Madeleine agenouillée au pied de la croix. Trois larmes.

  • Saint-Ségal, chapelle Saint-Sébastien (v.1541-1554, Prigent ou M° Saint-Thégonnec). Vierge et Jean  géminés avec des archers. Trois larmes.

  • Lopérec (1552) par l'atelier des Prigent ou de Fayet leur compagnon. Marie-Madeleine agenouillée au pied de la croix. Trois fûts . Deux cavaliers, Christ aux liens, Jean ?/Marie-Madeleine / et Vierge/Pierre, Christ ressuscité. Les trois larmes.

  • Plougonven, (1554), Henri et Bastien Prigent. Calvaire monumental.  Marie-Madeleine agenouillée au pied de la croix. les larrons sur des croix séparées (mais depuis le XIXe), saint Yves,  Vierge et Jean non géminés.

  • Loqueffret (1576?)

  • Plounéventer (1578)

  • Locmélar (vers 1600), par le Maître de Plougastel

  • Plougastel-Daoulas (1602-1604) par le Maître de Plougastel.

  • Saint-Thégonnec (1610)

 

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Au total, le calvaire de Saint-Thégonnec se définit par ses  trois croix (celles des larrons et celle du Christ), et sa croix centrale écôtée à deux croisillons au pied de laquelle Marie-Madeleine est agenouillée. Le croisillon inférieur porte les statues géminées de Jean/Yves, et de Pierre/Vierge, avec au centre la Vierge à l’Enfant à l'ouest, et la Vierge de Pitié à l'est. Le croisillon supérieur porte les cavaliers convertis du Golgotha (Longin et le Centurion) avec au centre la date de 1610 et 2 anges à l'ouest, et le Christ aux liens à l'est . Au sommet, sur la Croix à branches rondes et fleurons, le Christ, dont le sang est recueilli par des anges. Une colombe au sommet domine le titulus. 

 

 

 

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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II.  LE PREMIER CROISILLON DE LA CROIX, COTÉ OUEST. Kersanton, Maître de Saint-Thégonnec, 1610.

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Saint Jean et saint Pierre.

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Une anomalie saute aux yeux : alors que nous devrions trouver au pied du Crucifix, à la droite du Christ sa Mère la Vierge-Marie et à sa gauche saint Jean, en illustration des versets Jean 19:26-27 "Jésus, voyant sa mère, et près d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère "Femme, voici ton fils" puis il dit au disciple "Voici ta mère", nous voyons saint Jean placé à notre gauche, le nez en l'air, et à notre droite saint Pierre.

"Il suffirait" d'inverser les deux statues géminées (un personnage sur chaque face) pour replacer saint Jean à notre droite, regardant le Christ tout en exprimant sa foi et son émotion de recevoir les dernières paroles du Christ avec la main sur la poitrine.

 Et "il suffirait" de faire pivoter de 180° l'autre statue, pour tourner vers l'ouest la Vierge géminée avec saint Pierre.

Pas si simple ! D'après Castel et Le Seac'h, l'erreur datant d'un ancien remontage n'a délibérément pas été corrigée lors de la restauration de 1970 par Maimponte pour ne pas déséquilibrer l'édifice. Étonnant !

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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Saint Jean.

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Les cheveux longs et bouclés retombent sur la robe longue et pas même plissée sous l'effet d'une ceinture (dont la boucle et son aiguillon sont détaillés). Le manteau rejeté en arrière est soutenu par un pan sur l'avant-bras droit, tandis que l'autre pan est rassemblé dans le poing gauche. La jambe droite est avancée, comme pour soutenir la gestuelle expressive de la main droite. Le livre (des Evangiles) est tenu cavalièrement sous le coude.

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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Saint Pierre.

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Le sculpteur n'a pas oublié de représenter, outre la clef et le livre, le toupet qui subsiste en îlot sur la calvitie frontale.

Sous le bouton qui ferme le manteau, on aperçoit la fente de la robe, véritable leitmotiv du thème des apôtres repris par tous les ateliers de sculpture, et répété par exemple dans la série des apôtres du porche.

Enfin, nous remarquons les rides frontales gravées, petite signature du Maître de Saint-Thégonnec. 

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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La Vierge à l'Enfant.

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La statue posée sur une console semble faire corps avec le fût.

Sous une couronne à fleurons, le visage est rond avec un menton à fossette. La Vierge est vêtue d'une chemise plissée, au col ras du cou,  et d'une robe à décolleté carré. Le pan d'un manteau est retenu par une troussière au coté gauche (à la taille ou au poignet), près d'une ceinture fine.

Marie tient un objet semblable à un fruit . Son Fils, nu, est présenté en Sauveur du Monde, bénissant l'orbe.

E. Le Seac'h signale que cette statue est identique à celle, provenant d'un vestige de calvaire, placée au sommet de  l'arc de triomphe de Guimiliau. La position de la main droite diffère.

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Vierge à l'Enfant, kersanton, Maître de Saint-Thégonnec. Guimiliau, arc de triomphe. Photo lavieb-aile.

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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III.  LE PREMIER CROISILLON DE LA CROIX, COTÉ EST. Kersanton, Maître de Saint-Thégonnec, 1610.

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Des motifs Renaissance décorent les croix : les croisillons sont moulurés, et le croisillon inférieur est orné d'une frise de vagues ( "flots" ou  "postes").

Au centre, sous la Déploration,  une agrafe à demi soleil rayonnant domine un nœud  à godrons et d'oves.

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

 

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Sur le croisillon : Saint Yves et la Vierge.

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1. La Vierge éplorée. Du coté gauche du croisillon.

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C'est elle qui devait figurer sur la face ouest à droite du Crucifié. Elle témoigne de son chagrin en tordant ses bras vers la droite, les deux mains ayant les doigts  noués.

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La Vierge porte un manteau qui la voile et une robe plissée, à décolleté carré, serrée par une ceinture, et enfin une guimpe voilant la gorge. Un des genoux est fléchi et avancé.

Seul un examen attentif permet de déceler les trois larmes presque gravées sous chaque œil. C'est la reprise du motif des trois larmes en gouttes d'eau que les Prigent sculptaient (en plein, et non en creux) sous les yeux de Marie, de Jean et de Marie-Madeleine au Calvaire. Le Maître de Plougastel y eut recours à son tour, et Roland Doré ultérieurement. Le Maître de Saint-Thégonnec se contente de ces trois formes géométriques radiantes, en très léger relief ; on reconnaît aussi son style aux yeux un peu globuleux et aux paupières ourlées, mais aussi aux rides frontales en lignes horizontales gravées (comme sur de nombreux personnages de la plateforme).

Je n'ai pas retrouvé ces larmes sur le saint Jean du croisillon  ouest, mais elles ont peut-être échappé à mes clichés. On va les retrouver, par contre, sur le saint Jean de la Déploration.

L'importance de ces larmes est considérable pour comprendre le mouvement de piété  qui est à l'origine de ces calvaires. Cet écoulement, cette effusion des trois personnages majeurs du drame de la Passion est mise en parallèles avec l'écoulement du sang du Rédempteur et il exprime leur participation émotionnelle à ce drame. Le fidèle, en les regardant, est incité à les imiter comme médiateurs et initiateurs de leur dévotion.

Tout cet étage inférieur est consacré à cette mystique des larmes et du chagrin. 

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Extrait du Stabat Mater en breton :

Bras voa an poan hac an anuy

Hac an galchar an goar Mary

Pan guelas, allas, an casty

He map hon car e Caluary.

 

Pyou en heny, ma studyhe

En e calon, na estonhe,

Guelet hon mam à estlame,

Allas de buguel ez gouele ?

 

Pyou eu an Christen nep heny

A calon quen dyuelcony

Pan sonch e glachar à Mary,

Na ve queuzet, na lequet sy ?

 

Euit gueffret hon peched

Ez guelas, allas, e gloasou,

A dyou abrant bet en plantau

Cannet yvez gant scourgezau.

 

An guerches santel á guelas

He quer map e poan en langroas ;

Credit certen, pan tremenas,

Gant poan dazlaou ez caffauas." (Tanguy Guéguen 1622)

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"Immenses furent la peine et l’affliction

Et le chagrin de la douce Marie

Au spectacle, hélas, de la détresse.

De son fils, notre ami, au Calvaire.

 

Quel est l’homme, s’il y réfléchissait.

Sincèrement, qui ne serait ébranlé .

En voyant notre mère crier (de douleur),

Hélas, pleurant son enfant ?

 

Quel est le chrétien, quel qu’il soit,

Aussi frivole que soit son esprit,

Songeant à la souffrance de Marie,

Qui ne serait contrit, assurément ?

 

À cause nos péchés à tous

Elle vit, hélas, ses tourments ;

Des sourcils jusqu’aux pieds

Battu en outre par des fouets.

 

La sainte Vierge vit

Son fils chéri souffrant en croix ;.

Croyez bien, quand il expira,

Qu’elle gémit de douleur à en pleurer." (Traduction Yves Le Berre)

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec. II, les croix.

 

 

 

2. Saint Yves. Du coté droit du croisillon.

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Le saint patron de la Bretagne est présent ici comme il l'est sur de nombreux calvaires contemporains. On le voit notamment sur celui de Pencran, celui de Sainte-Marie-du-Ménez-Hom, et sur les deux calvaires de Saint-Ségal (celui du bourg et celui de la chapelle Saint-Sébastien).

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Il est coiffé de la barrette de docteur sous des cheveux courts sans doute tonsurés, et ce bonnet carré est recouvert du capuchon du camail qui recouvre ses épaules. Il porte le surplis au dessus de la cotte talaire, qui ne laisse voir que l'extrémité de solides chaussures.

Il tient d'une main son Traité de Droit, placé dans une reliure qui forme sac, et qu'il retient grâce à une boule terminale : voir sur ce "livre-ceinture" mon commentaire ici :

https://www.lavieb-aile.com/2020/08/le-calvaire-de-mellac.html

http://www.lavieb-aile.com/2020/07/le-calvaire-de-motreff.html

On  trouve aussi ce livre-ceinture parfois sur les statues de saint Jean (Mellac, Motreff, Quilinen), sur  les figures des apôtres (saint Philippe sur le Calendrier des Bergers 1498), et,  porté par Yves, sur le calvaire de Pencran et sur des vestiges d'un calvaire de Guipavas. Entre autre.

Dans la main gauche, il tient un rouleau de papier, comme la pièce d'un procès dont il a la charge.

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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La Déploration à quatre personnages.

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Nous les avons vu au pied du Crucifié, l'une en pleurs et les mains tordues après l'avoir entendu dire "Mère voici ton fils", l'autre maîtrisant son chagrin après avoir été désigné comme tuteur "Fils, voici ta mère", et la dernière effondrée étreignant la croix.

Le corps crucifié a été descendu de la croix, et, avant d'être placé sur la table d'embaumement (scène représenté sur la plateforme) puis descendu dans le tombeau creusé dans le roc, il a été remis aux siens, pour de brefs et poignants instants : la mère tient son fils  sur ses genoux, entourée de Jean qui soutient la tête et Marie-Madeleine qui place sa main sur les jambes. Chacun de ces trois là laisse aller ses larmes. 

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Les plaies du Christ sont visibles, celle du clou de la main droite et celle du coup de lance du flanc droit. Son corps forme une croix, avec le bras droit tombant et le bras gauche soutenu contre le sein maternel. Son visage est paisible.

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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Marie-Madeleine.

Son costume est la réplique de celui de la statue du pied de la croix, avec la même fraise du col, les mêmes manches bouffantes, la même chevelure dénouée, et aussi le manteau rejeté en plis serrés derrière les reins (comme cela se voit plus haut sur le cliché de la Vierge à l'Enfant). Ces deux représentations diffèrent par contre de celles du socle (Montée au Golgotha et Mise au Tombeau).

Au dessus des larmes en pétales de marguerite, les rides du front sont nettes. 

 Elle tient le pot d'aromates, mais un autre pot est posé sous la jambe du Christ. 

 

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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IV.  LE  CROISILLON SUPÉRIEUR, COTÉ OUEST . Kersanton, Maître de Saint-Thégonnec, 1610.

 

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Tout l'étage supérieur, crucifix inclus, est sous le signe du Sang versé et de la conversion.  Sang des plaies du Christ recueilli par des anges, sang s'écoulant du flanc droit et provoquant la conversion de Longin, sang versé pour la Rédemption et provoquant l'exclamation du Centenier, "Vraiment, celui-là était Fils de Dieu !".

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Il y a là une unité thématique, théologique et visuelle qui a débuté sur le calvaire de Pencran en 1521, s'est poursuivie à Plougonven (1554), à Pleyben (1555), Cléden-Poher, Lopérec (v.1552), à Locmélar (v.1600), et Plougastel-Daoulas (1602-1604).

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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A. LONGIN ET LE CENTURION, LES DEUX CAVALIERS CONVERTIS  DU GOLGOTHA.

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1. Le Centenier exprimant sa foi.

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Pour une raison inexpliquée, on trouve ce personnage désigné dans la littérature générale et sous la plume d'Y.-P. Castel et d'E. Le Seac'h sous le nom de Stéphaton. Ce nom n'est pas cité dans les Évangiles mais a servi a désigner dans la tradition médiévale le soldat Romain qui a tendu au Christ au bout d'un roseau (Matthieu 27:47) ou d'une branche d'hysope une éponge trempée dans un vase de vinaigre ou posca (Jean 19: 29).

Nous n'avons aucun motif pour valider cette hypothèse, et bien que l'éponge soit devenue l'un des Instruments de la Passion et une relique, ce Stéphaton n'a aucun titre de sainteté, et ce soldat n'est pas un exemple pour les Chrétiens lui permettant d'accompagner saint Longin au plus haut étage d'un calvaire. Bien au contraire, selon Marc 15:36, il accompagne son geste d'un défi de dérision : "à la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte: Éloï, Éloï, lama sabachthani? ce qui signifie: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" Quelques-uns de ceux qui étaient là, l'ayant entendu, dirent: "Voici, il appelle Élie". Et l'un d'eux courut remplir une éponge de vinaigre, et, l'ayant fixée à un roseau,  il lui donna à boire en disant "Laissez, voyons si Elie viendra le descendre!".

J'ajouterai qu'un simple soldat n'a aucun titre pour être un cavalier de l'armée romaine.

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Il en va tout autrement du Centenier qui, dans Matthieu 27:54, et Marc 15:39, s'exclame après avoir assisté à la mort du Christ dans un tremblement de terre, "Assurément cet homme était Fils de Dieu." Car cette exclamation est considéré comme un acte de foi exceptionnel. Dans les enluminures, les retables et peintures sur verre de la Passion, le Centenier est fréquemment représenté dans cette posture à la main levée ou à l'index tendu qui est, avec le phylactère VERE FILIUS DEI ERAT ISTE, son véritable attribut.

C'est donc cet officier, et donc cavalier, qui figure ici comme modèle de la foi en raison de sa brusque conversion .

S'il fallait un argument supplémentaire, et fort solide, il suffit de se référer au texte de la Passion de 1530 : juste après que Jésus ait remis son âme entre les mains de son Père, le Centurion, puis Longin entrent en scène, et concluent ce tableau de la Crucifixion. Quand à la scène de l'éponge de vinaigre, elle avait été décrite auparavant, de façon triviale, et attribuée à l'un des bourreaux nommé Dantard : "Je cois que j'ai une mixture de vinaigre, de myrrhe et de fiel, un tord-boyaux qu'on pourrait lui faire goûter tout de suite au moyen de cette éponge. Tiens, Jésus, ne discute pas, Bois tout sans faire d'histoires." Ce n'est certes pas lui qu'on aurait représenté à la droite du Christ tout en haut du calvaire.

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CENTURION

An den man, certen, me en toe,

Ayoa, hep quen tra a voe

Ha so map da Doe a croeas

An nef affet, na lequet mar,

An aelez ha den, me en goar,

An heaul, han loar, han douar bras

 

A huy na guel pebez synou

So hoaruezet en hon metou ?

An elementou, traou bras

Na pebez tra a gra Natur

Na pez glachar nagoa mar sur

Dreist musur da nep he furmas

Me cret an bet eshem detaill

Crenet en douar disparaill

Han mean heaul collet e sclaerder

Na loar ne gueler na steret. ( Passion bretonne de 1530 v. 3019-3037)

 

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LE CENTURION (voyant la terre trembler).

"Cet homme, j'en suis tout à fait persuadé,

Qui était, c'est certain, et qui fut,

Est assurément le fils du Dieu qui créa

Réellement le ciel

Et les anges et l'homme, j'en suis certain

Le soleil, la lune et la vaste terre.

Ne voyez-vous pas quels prodiges

Se produisent autour de nous

Dans les éléments, c'est inouï

Et comme la nature se manifeste ?

Mais aussi quelle douleur, et quel malheur certes

Immenses pour celui qui la créa !

Je crois bien que le monde se disloque ;

La terre est extraordinairement ébranlée

Et les pierres fendues par prodige.

L'obscurité a tout envahi ;

Le soleil a perdu sa clarté,

Et on ne voit ni lune ni étoiles. (Traduction Yves Le Berre)

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Ce texte de 1530, ou sa dramaturgie, que je suppose bien ancrée dans ma mémoire des paroissiens de 1610 (il a été réédité en 1609, puis à Morlaix en 1622) , place la Croix et les deux cavaliers dans ce moment glorieux d'ébranlement cosmique de suspension du Temps décrit par Matthieu 27 : 42-53, entre la 6ème et la 9ème heure, et qui précède immédiatement le verset  concernant le Centurion.  C'est la véritable acmé du drame; "Jésus poussa de nouveau un grand cri, et rendit l'esprit. Et voici, le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent, les sépulcres s'ouvrirent, et plusieurs corps des saints qui étaient morts ressuscitèrent. Étant sortis des sépulcres, après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte, et apparurent à un grand nombre de personnes."

Si nous avons en tête ce contexte littéraire (des Évangiles synoptiques et du Mystère breton), les silhouettes de la Croix se détachant dans le ciel entre les deux Cavaliers sont magnifiées par une aura surnaturelle, terrifiante et grandiose, épiphanie de la Puissance Divine. Et ces cavaliers acquièrent, au delà des personnages qu'ils figurent, une dimension archétypale réunissant les couples de cavaliers de la mythologie indo-européenne tels que les Ashvins védiques, les Dioscures grecs et leurs homologues romains et, bien-sûr,  les Cavaliers de l'Apocalypse.

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Description :

Barbu, aux longs cheveux, le Centenier porte un casque (ou une coiffure) conique à rabats et un capuche à gland frangé (par confusion avec un grand prêtre ?) et une cape au dessus d'une cuirasse. Une épée, témoin de son grade, est suspendu au coté gauche. Il est incliné vers le haut de la croix, où il regarde le Christ, et il accompagne son exclamation du geste de sa main droite.

Le cheval est soigneusement harnaché, le mors, les guides et étrivières sont détaillés,  sa crinière est tressée, sa queue est relevée par une sangle.

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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2. Le lancier Longin retrouvant la vue.

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Ce cavalier est le lancier, nommé Longin ou Saint Longin par la tradition qui a transpercé le flanc droit de Jésus pour en attester la mort. Là encore, la tradition iconographique des enluminures, retables et vitraux rendent compte du miracle que les textes apocryphes lui attribue. Le sang s'écoulant de la plaie le long de la hampe de la lance éclabousse le visage de Longin, qui est souvent guéri du trouble de la vue dont il était affecté. Ce miracle entraîne sa conversion.

C'est ainsi qu'on le reconnaît immédiatement à l'index qu'il porte à la paupière gauche.

Cet épisode associe le thème de la Foi et celui du Sang versé, d'où son importance au sommet du calvaire.

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Dans la Passion bretonne de 1530, le texte décrivant le miracle de Longin suit immédiatement celui du Centurion :

LONGIUS:

Sevet ma goaf en e saf sonn,

So lem ha moan, didan e bronn,

Ha men scoy en calon gronnet;

Pe tost, en he gres am deseu,

Ha querz ez guelhet, rac pret eu,

Pe ef so beu pe nac eu quet.

Chetu marvaill nomparailhaf

Rac ma guelet an pret quentaf

So roet ent scaf gant dif;

Allas am goall me so fallet

En e quefver, disemperet

Hac ennhaf pepret ez credif

Hac evel doe en avoeif,

Hac a glan coudet en pedif,

Her dre bevif, ne fillif pret,

A guyr calon dam pardonaf

Dren meur trugarez: anezaf

Rac amantaf ne gallaf quet. (Passion bretonne de 1530 v 3038-3055)

LONGIN.

 

"Si j'arrive à lever ma lance mince et acérée

Bien droit sous son sein,

Je frapperai le cœur enclos

Dans sa poitrine ou tout près, j'espère ;

Et on verra bien, car il en est temps,

S'il vit encore ou non.

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Miracle à nul autre pareil !

Ma vue, tout soudain,

Il me l'a parfaitement rendue.

Hélas, je suis par ma faute coupable

envers lui, désespéré ;

Et je croirai toujours en lui,

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Et je le reconnaîtrai comme Dieu,

Et je le prierai de tout mon cœur,

Tant que je vivrai, à tout instant,

De me pardonner sincèrement

Dans mon immense miséricorde

Car je ne puis réparer ma faute." (Traduction Yves Le Berre)

 

 

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Longin porte, comme le Centenier, la barbe, des cheveux longs, un bonnet conique entouré d'un bourrelet, une cuirasse à crête médiane recouverte d'une cape, une armure protégeant ses jambes, des éperons, une épée à son coté gauche. Mais la lance n'est pas visible dans la main droite au pouce dressé.

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Sa monture est également harnaché et paré avec soin, bien que la crinière soit plus simplement tressée.

Ces deux cavaliers sont très proches de ceux du calvaire de Saint-Sébastien en Saint-Ségal, attribué au même Maître de Saint-Thégonnec. Mais aussi à ceux de Pencran 1521 et de Sainte-Marie-du-Ménez-Hom, de Lopérec, de Plougonven et de Pleyben, Locmélar, Plougastel-Daoulas.

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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LE CHRIST EN CROIX ET LES ANGES HÉMATOPHORES.

http://patrimoine.du-finistere.org/art2/ypc_anges.html

Dans un vol gracieux, un ange recueille dans deux calices le sang s'écoulant de la paume droite du Christ et de son flanc.

Un autre ange recueille le sang de la plaie de la paume gauche.

Leurs corps forment un V qui donne plus d'élan à l'écartement des bras du condamné.

Deux anges se réunissent, sur le nœud du croisillon, pour recueillir le sang des pieds.

"La croix du Christ est garnie d'écots, symbolisant le tronc d'arbre que l'on vient d'ébrancher  pour en faire une potence. Le Crucifié paraît calme, les bras cloués sur des branches de croix décorées de boules godronnées. 

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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Le titulus Crucis.

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Son inscription INRI est étonnante par son archaïsme, puisqu'en cette fin de Renaissance, les lettres y sont gothiques, aux empattements fourchus, aux fûts perlés, avec un bel exemple de N rétrograde, et avec une ponctuation entre chaque lettres par le deux:points.

Mais si je me réfère à la façade et au clocher du Faou, c'est précisément en ce début du XVIIe siècle que se situe la transition entre les inscriptions lapidaires gothiques et celles en lettres romaines.

Au dessus de ce cartel, la croix est coiffé d'une colombe, symbole de l'Esprit de Dieu, dont le Plan du Salut s'accomplit par cette mort rachetant le Péché originel.

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec. II, les croix.
Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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VI.  LE  CROISILLON SUPÉRIEUR, COTÉ EST . Kersanton, Maître de Saint-Thégonnec, 1610.

 

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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LE CHRIST AUX LIENS.

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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VII. LES LARRONS SUR LEUR GIBET. Kersanton, Maître de Saint-Thégonnec, 1610.

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Ils sont liés par les bras sur la traverse, et par un seul pied sur le fût. Je pense que le fait de ne lier qu'une seule jambe permet au sculpteur de représenter l'autre jambe fléchie (et comme brisée), afin de rendre compte du verset de l'évangile de Jean 19:31-32 : "Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu'on enlève les corps après leur avoir bisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l'autre homme crucifié avec Jésus".

Ils sont torse nu, et portent une culotte bouffante (braie ou bragou) marquée de taillades ou de crevé, avec pour l'un une ostensible braguette rembourrée.

Le nœud des croix est en forme de pot à godrons évidé dans sa partie horizontale.

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Le Bon Larron.

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Il dirige sa tête et son regard vers Jésus pour témoigner de sa foi en son Royaume.

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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Le Mauvais Larron.

 

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Ses cheveux longs et bouclés sont retenus par un bandeau. Il baisse la tête et détourne le regard du Christ, et tire la langue, signifiant ainsi son refus du Salut.

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Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

Le calvaire de Saint-Thégonnec (kersanton, 1610, Maître de Saint-Thégonnec). Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

ABGRALL (chanoine Jean-Marie), 1902,  Les croix et les calvaires du Finistère, Bulletin monumental 66 pp. 176-209

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1902_num_66_1_11302

— CASTEL ( Yves-Pascal) 1956 Saint-Thégonnec, Renaissance du Haut-Leon, collection  Reflet de Bretagne , ed. Jos Le Doaré

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_137/Saint_Thegonnec_Renaissance_du_Haut-Leon_.pdf

— CASTEL ( Yves-Pascal) 1980, et contributeurs,  Atlas en ligne des croix et calvaires du Finistère

https://societe-archeologique.du-finistere.org/croix/saint_thegonnec.html

CASTEL (Yves-Pascal), 1997, En Bretagne croix et calvaires, Kroaziou ha kalvariou or bro, Minihi Levenez, Saint-Thonan, 1997, ISBN 2.908230.09.7

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/9374

— CASTEL (Yves-Pascal), 2005 (trad. Lorañs Stefan, Job an Irien, photogr. Jean Feutren), « Guide des sept grands calvaires bretons / Ar seizh kalvar braz », Minihi-Levenez Saint-Thonan, n°92.,‎ août 2005, p. 0-106 (ISSN 1148-8824)

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/f0824151eb305fc701d19c07bec6270b.pdf

CASTEL (Yves-Pascal), 1998, les larrons en Bretagne , articles du Progrès de Cornouaille / Courrier du Léon

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/a36ed6ce279ecec1b3fb8aff74cf6302.jpg

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/f102406c740df26fa859695c87b46090.jpg

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/512240fd9710421f0c9c5f3960a6a552.jpg

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred),  1988,  Répertoire des églises : paroisse de SAINT-THEGONNEC, Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, 

http://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/1039.

DEBIDOUR (Victor H.) 1954, Grands calvaires de Bretagne ed Jos Le Doaré.

 —DE L'ORME (A.), 1900, Saint-Thégonnec, in L'art Breton du XIIIe au XVIIIe siècle. Bulletin de la Société archéologique de Brest p.103 à 123. 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2076565/f100.item

— ÉLÉGOËT (Louis), 1996, Les Juloded Grandeur et décadence d'une caste paysanne en Basse Bretagne, Presses Universitaires de Rennes. 299 p.

https://books.openedition.org/pur/11548?lang=fr

ENLART (Camille), 1929, Manuel d'archéologie religieuse 1929 tome II et III

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k36492m.image

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3041444j/f12.item

GAUTHIER (Joseph Stany), 1944, Croix et calvaires de Bretagne.

— GRUYER Paul, 1930 ? Les calvaires bretons, Paris : H. Laurens (Paris), 64 p

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/57074072b6d66d3a38320a0005bb8854.pdf

 

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle Presses Universitaires de Rennes.

http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

— QUINIOU (François), 1909, Saint-Thégonnec. L’Église et ses annexes F. Paillard, 1909.

https://fr.wikisource.org/wiki/Saint-Th%C3%A9gonnec._L%E2%80%99%C3%89glise_et_ses_annexes/Texte_entier

Hélène Remeur a consacré un mémoire de maîtrise (UBO, Brest, 1997) à l'Étude des costumes dans les grands calvaires bretons. Mais je n'ai pu consulter ce document de deux volumes (120 +113 pages) illustrés.

— ROUDAUT (F.) (dir.), 1998, Saint-Thégonnec. Naissance et renaissance d'un enclos, Brest, CRBC, 183 p

Site  Les 7 calvaires monumentaux

http://www.7calvaires.fr/saint-thegonnec/

 

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I. Sur le Mystère de la  Passion en breton :

LA VILLEMARQUÉ. 1865, Le Grand mystère de Jésus, Passion et Résurrection, drame en breton.

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/7a2bf53ea6a74542a552585167e006b5.pdf

Le Mystère breton de la Passion, Aman ez dezrou an Passion  Paris 1530, Eozen Quilliveré.  BnF Res. Yn.11.

https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb33527847m

Le Mystère breton de la Passion de 1609 : A Man es dezrou an Passion, ha he Goude an Resurrection, Gant Treme︣van an Ytron Maria, ha he Pemzec levenez, hac en divez ezedi buhez mab den. E S. Malo, Gant Pierre Marcigay, imprimer, & librer. M. DC. IX. Bibliothèque Mazarine RES 8° 46623 

 

http://mshb.huma-num.fr/prelib/edition/1707/

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Le Mystère breton de la Passion, Aman ez dezrou an Passion annoté par  Tanguy Guéguen Morlaix 1622.  BnF Res. Yn.13.

http://mshb.huma-num.fr/prelib/edition/1927/

LE BERRE (Yves), 2011, La Passion et la Résurrection bretonnes de 1530, UBO CRBC.

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II. Sur les Mystères de la Passion en France :

ROY (Emile), 1905, Le Mystère de la Passion en France du XIVe siècle au XVIe siècle, Dijon-Paris,

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k118904x.texteImage

PARIS (Gaston) 1878, Le Mystère de la Passion d'Arnoult Gréban

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5510572p.texteImage

http://ebooks.unibuc.ro/lls/MihaelaVoicu-LaLiterature/Mystere%20de%20la%20Pasion.htm

Le Mystère de la Passion, attribué à Eustache Marcadé (v. 1425) ; 24 944 vers, 4 journées de représentation

La Passion, d'Arnoul Gréban (1452) ; 34 574 vers, 400 personnages, 4 journées de représentation

Le Mystère de la Passion de Jésus-Christ, par personnages  de Jean Michel (1486 ;  1493-1494) ; 65 000 vers,

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8626768z.image

La Résurrection, de Jean Michel ; 20 000 vers, 105 personnages, 3 journées de représentation

— La Passion et Résurrection de nostre saulveur et redempteur Jhesucrist, ainsi qu'elle fut juée en Valenchiennes, en le an 1547, par grace demaistre Nicaise Chamart, seigneur de Alsembergue, alors prevost de la ville... ». Texte composite, pour lequel on a surtout fait usage de la Passion de Greban, révisée et amplifiée par Jean Michel. — A la suite du texte sont des notes sur l'organisation de la représentation, les acteurs et la recette. Nombreuses figures peintes. BnF Fr. 12536

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55005970q.image


 

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Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes. Sculpture Calvaires
8 mars 2021 1 08 /03 /mars /2021 22:02

Le jubé (chêne non peint, 1534-1543 ? et Denis Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. 

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1. Voir sur Lambader :

 

2. Voir sur les jubés de Bretagne (ordre +/- chronologique) :

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3. Voir sur l'art des grotesques de la Renaissance :

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 Voir sur  l'art des grotesques de la Renaissance en Bretagne par ordre chronologique :

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GÉNÉRALITÉS : LES JUBÉS BRETONS.

 

Dans une église, le jubé est une tribune formant clôture de pierre ou de bois séparant le chœur liturgique de la nef, car suivant la conception médiévale, l'autel, lieu du mystère sacré, ne doit pas être directement visible. : le chœur était réservé au clergé, et les fidèles, installés dans la nef, écoutait la lecture et les prédications, chants liturgiques, et apercevait le chœur à travers la claire-voie.

 Il se compose de 3 parties :
- La clôture appelée chancel,, elle est à claire-voie et dotée d'une ou deux portes.
- Au-dessus la tribune (le véritable jubé), parfois en encorbellement, à laquelle on accédait pour prêcher ou chanter, par un ou deux escaliers.
- Et l'ensemble étant dominé par un groupe de crucifixion ou « tref » — du latin trabs (« poutre ») — .

Nous pouvons ajouter une quatrième partie, les autels latéraux destinés parfois à déposer des offrandes en nature (St-Herbot) ou à la célébration des messes à l'intention des fidèles, le maître-autel leur étant interdit.

La tribune est souvent ornée, coté nef, de douze panneaux figurant dans un but didactique les apôtres.

Au XVIe siècle, le concile de Trente (achevé en 1563) provoqua une évolution de la liturgie catholique en réponse au succès des églises protestantes. Le chœur devant désormais être visible pour les fidèles, les jubés étaient condamnés. Tandis que les chaires à prêcher les remplaçaient, ils seront déplacés ou détruits aux siècles suivants, quelquefois tardivement au XIXe siècle. Curieusement, plusieurs jubés bretons ont été construits pendant ou après le Concile de Trente.

La Bretagne conserve encore 12 jubés complets  et quelques chancels. Les panneaux des tribunes furent remontés ici ou là comme tribune d'orgue (Goulven) ou tribune de fond d'église, comme à Esquibien.

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LISTE  DES JUBÉS BRETONS.

 

Sur la centaine d'origine, il  subsiste douze jubés entiers en Bretagne  : j'ai tenté de les classer chronologiquement.

— église du Folgoët (29), un jubé en pierre. 

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/eglise-paroissiale-notre-dame-place-de-l-eglise-le-folgoet/5f4c4b00-49a8-4644-a69b-f36f08115031

chapelle St-Fiacre du Faouët (56) : c'est le plus ancien des jubés de bois bretons , puisqu'il a été réalisé vers 1480.

http://www.lavieb-aile.com/2016/01/le-jube-de-la-chapelle-saint-fiacre-du-faouet-i-le-cote-de-la-nef-ouest-b-la-tribune.html

— chapelle de Kerfons en Ploubezre (22), vers 1491-1495. 12 apôtres disposés comme dans le Calendrier des Bergers de 1493. 

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/jube-de-la-chapelle-de-kerfons/5c64208e-8ddc-4391-b955-0ff20004cab9

 

— chapelle St-Fiacre de Melrand (56), fin XVe (chapelle 1460). 12 apôtres disposés comme dans le Calendrier des Bergers 1493.

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/jube/f3d4975b-c112-4d60-b888-612dff2f546b

chapelle St-Pabu de Saint-Guen (22). 1501 ? Jubé gothique

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00089629

https://actu.fr/bretagne/mur-de-bretagne_22158/a-saint-guen-pres-mur-bretagne-tresor-patrimonial-va-etre-restaure_16545697.html

chapelle de Lambader à Plouvorn (29) : vers 1520 ou 1534 (discussion infra)

— chapelle Ste-Avoye de Pluneret (56), daté de 1555. 12 apôtres coté nef (Pierre-André-Jacques Philippe avec épée-Jean-Thomas avec équerre - Mathieu avec lance-Barthélémy=couteau -Jacques min. foulon - Jude+scie- Simon tourne le dos- Mathias hallebarde), Vertus et saints coté chœur

https://www.petit-patrimoine.com/fiche-petit-patrimoine.php?id_pp=56176_3

église St-Yves de La Roche Maurice (29), daté de 1570-1580. Apôtres coté nef.

Le jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice (29).I. La tribune.

—  chapelle St-Nicolas de Priziac (56)   achevé en 1580. Apôtres coté chœur. Pierre-André-Jacques Maj.-Jean-Thomas-Philippe-Matthieu-Barthélémy-Jude-Simon-Jacques min.-Mathias.

http://www.lavieb-aile.com/article-chapelle-st-nicolas-en-priziac-104337834.html

—   chapelle St-Herbot en Plonevez-du-Faou (29), seconde moitié du XVIe siècle. 12 apôtres coté nef.

—  chapelle ND de la Croix à Plélauff (22)  XVIe siècle.

http://www.plelauff.fr/decouvrir/la-chapelle-le-jube

chapelle de Locmaria en Belle-Isle-en-Terre (22)12 apôtres coté chœur, ordre recomposé. Après 1516.

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/chapelle-notre-dame-de-pendreo-locmaria-belle-isle-en-terre/728ce742-202f-4535-a9b4-e30a8442598c

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Les jubés en ré-emploi :

église de La Martyre (29) : chancel de pierre, XVe siècle.

église de Goulven (29) : la tribune d'orgue, ancien jubé du XVIe siècle. Décor Renaissance (dauphins, griffons, arabesques, masques)

église ND de Rochefort-en-Terre (56) : jubé transformé en tribune au XIXe siècle.

église de Loc-Envel (22) : ré-emploi en tribune. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jub%C3%A9_de_l%27%C3%A9glise_Saint-Envel_de_Loc-Envel 

"Le jubé présente trois styles différents. Les panneaux de la tribune et les baies du côté subsistant de la clôture sont de style gothique flamboyant. Les pilastres et les meneaux à décor d'écailles ou de rosettes, les nids-d'abeilles et les torsades des colonnes, de style Louis XIII, sont inspirés des décorations du château de Blois. Les panneaux de soubassement, où l'on reconnaît de fins oiseaux affrontés, des vases, des candélabres, des arabesques, datent de l'époque de la Renaissance italienne et sont l'œuvre d'un atelier morlaisien."

Cathédrale Saint-Paul Aurélien de Saint-Pol-de-Léon (29)

Lamballe (22) restes de jubé : tribune d'orgue

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/buffet-d-orgue-lamballe-fusionnee-en-lamballe-armor-en-2019/c3763869-0343-4347-a923-b59b5686e23a

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/jube-lamballe-fusionnee-en-lamballe-armor-en-2019/e970ddf1-22e2-4788-93a6-cafe584b86d5

Les Iffs (35): les 12 apôtres, 12 panneaux restant du jubé (deuxième moitié XVIe siècle), remontés dans un bâti :

http://inventaire-patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/public/annexes/IM35001291_01.pdf

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/jube/8a842632-bcbc-4f03-b37b-5f500aa5dd9f

 

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PRÉSENTATION : LES INCERTITUDES DE LA DATATION.

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L'article de Wikipédia me permettra d'exposer la difficulté de datation que pose ce jubé :

"Le jubé de la chapelle de Lambader est situé à la jonction des cinquième et sixième travées de l'édifice. Construit en bois de chêne, il affecte une architecture flamboyante. Cette œuvre sculptée présente des affinités certaines avec le jubé de la chapelle de Kerfons sise en Ploubezre. Dépourvu aujourd'hui de toute polychromie, il date du dernier quart du XVe siècle, voire du début du XVIe siècle. L'art de la Renaissance y fait une timide apparition, les panneaux de la galerie, enchâssés dans des arcs en accolade, s'ornant de vases, rinceaux et autres motifs italianisants."

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Chapelle_Notre-Dame_de_Lambader

En effet, les deux blasons de ce jubé, qui portent les armes de Troërin et de Kermellec, et sont attribuées à   Marc de Troërin et Isabeau de Kermellec, mariés en 1481, ont longtemps incité les chercheurs  à  estimer que le jubé fut donné en 1481

C'est le vicomte de Reals, propriétaire du château de Troërin, maire de Plouvorn à l'origine de la restauration de la chapelle, qui affirme :

"D'après les titres des Troërin, ce jubé fut donné à l'église en 1481, par Marc de Troërin, époux d'Isabeau de Kermellec; les armes du donateur sont soutenues par un ange formant l'un des pendentifs du jubé du côté du chœur; elles sont aussi reproduites, ainsi que celles de sa femme, au dessus de la porte du milieu." Mais il ajoute : " Les motifs multiples de ce jubé sont du style flamboyant et ils reproduisent le dessin de la maitresse vitre.". Or, ce vitrail porte la date de 1543.

D'autre part, argument faible contre l'hypothèse d'être en capacité de faire donation,  en 1481, Marc de Troërin n'était pas présent à la Montre de l'Évêché de Léon, à la différence de Guillaume de Troërin, son père a priori.

Mais V.-H. Debidour, en 1979, après une étude stylistique comparative des jubés bretons, proposait pour celui de Lambader la date de 1520, au vu des panneaux italianisants.
 

En 1976, Tanguy Daniel écrit dans un article de 4 pages sur ce jubé :

"De quand dater ce chef-d'œuvre ? Certaines analogies avec le jubé de Kerfons en Ploubezre, daté, lui aussi des années 1481-1485, ont poussé certains auteurs à faire remonter aussi celui de Lambader aux années 1480, d'autant qu'un écusson des donateurs, Marc de Troënin et Isabeau de Kermellec, vivant à cette époque, figure du coté du chœur tenu par un ange en pendentif. Cela peut correspondre à la partie flamboyante du jubé, mais la tribune, avec ses éléments décoratifs de la première Renaissance, ne peut remonter au delà des années 1510-1520. Quoiqu'il en soit, ce chef-d'œuvre fragile a été considérablement restauré en 1877 , au moment de la reconstruction de la chapelle, par Denis Derrien, sculpteur à Saint-Pol-de-Léon : il a refait bien des entrelacs de la claire-voie, et surtout remplacé la plupart des statues accolées à la tribune du coté du chœur. Il n'en reste pas moins que le jubé de Lambader, même s'il n'a pas — ou plus ? — de polychromie, est en Bretagne une œuvre majeure de la fin du flamboyant et du début de la Renaissance."

 De même en 1977,  Michel de Mauny, écrit dans Le Pays de Léon :

"La date se rapproche beaucoup plus de 1510-1520, en raison du décor Renaissance des panneaux de la tribune, comparables à ceux de Goulven : rinceaux, candélabres et chimères sous des accolades jumelées sont identiques. Par la délicatesse de ses découpures, ce jubé mérite d'être placé en parallèle avec les plus beaux jubés conservés de Bretagne, tels celui de Kerfons en Ploubezre avec lequel il a en commun certains détails, l'escalier notamment, celui de Locmaria en Belle-Isle-en-Terre, celui encore de Saint-Fiacre du Faouët."

 

C'est aussi l'évaluation des services du Patrimoine (base Palissy) qui donne la datation du "premier quart du XVIe siècle".

Les cartes de l'examen iconographique, stylistique et héraldique sont brouillés par l'importante réfection de novo et la restauration de 1877. Ainsi, les deux blasons, très bien conservé, semblent en relever.

 "En 1877, Denis Derrien sculpteur de Saint-Pol démonta et restaura ce jubé et l'état des statues détermina leur remplacement . Par un contresens aussi grossier que déplorable , dû à l'ignorance , on le remonta à l'envers, plaçant les statues  des apôtres face au chœur, au lieu de les remettre face à la nef où ils doivent obligatoirement se trouver puisqu'ils sont là pour  rappeler qu'ils figurent les portes par lesquelles on entre dans l'Eglise apostolique les deux portes de la Jérusalem céleste. Du coté opposé on a mis le pélican qui se perce le flanc, figure du Christ dont le sang vivificateur ressuscite à la vie spirituelle les hommes morts par le péché, allégorie en raison de laquelle il devrait se placer face au chœur. Des anges, portant les instruments de la Passion, terminent les pendentifs." (Michel de Mauny)

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Je peux donc, pour reprendre ces auteurs, poser ce postulat : la clôture de chœur est de style gothique flamboyant, tandis que la tribune relève de la Première Renaissance. Soit de façon contemporaine (comme cela se voit pour la clôture de chœur de la chapelle haute de Gaillon, 1502-1510), soit par deux chantiers distincts et successifs. 

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Rappel : On divise la Renaissance entre un Style Louis XII (1495-1525/1530) de transition avec le gothique, une Première Renaissance française (1515-1530/1540) et une Seconde Renaissance ou Classicisme (1540 à 1560/1590, incluant le Style Henri II) qui s'achève avec le Maniérisme. L'Ecole de Fontainebleau (1534-1539) y joue un rôle pivot, avec l'introduction dans l'ornementation des créations de Primatice, Rosso Fiorentino, et, pour les boiseries, de Scibec de Carpi.

Mais ces datations qui qualifient l'architecture française doivent être interrogées pour leur application à la sculpture en Bretagne.

  Les premières manifestations de la sculpture Renaissance en Bretagne se trouvent en Haute-Bretagne, à Dol-de-Bretagne en 1508, puis à Guerche-de-Bretagne (stalles, 1518-1525), à Notre-Dame de Vitré (vers 1530-1550) sous l'influence de Guy XV de Laval, puis à Champeaux (stalles, v.1530-1550) sous l'influence des familles d'Espinay et de Goulaine. Le style de la Seconde Renaissance ne s'introduit en Basse-Bretagne qu'en 1553-1559 à la chapelle de Kerfons, sous l'influence de Marquise de Goulaine, puis au château de Kerjean vers 1570 et au château de Maillé sous l'influence de Maurice de Carman et Jeanne de Goulaine, mariés en 1541. Ce sont ces familles d'Espinay, de Goulaine, de Carman, de Boutteville, de Montejean, de Vertus-d'Avaugour qui diffusèrent le style italianisant qui s'était développé à la Cour de France dans le Val-de-Loire.

D'où mon interrogation : les panneaux sculptés de Lambader (que je vais présenter en détail), de style Première Renaissance avec leurs rinceaux symétriques autour d'un axe vertical, leurs dauphins et dragons affrontés, leurs putti ailés, leurs oiseaux fabuleux buvant aux mêmes vasques, leurs candélabres, et leurs crânes animaux, comparables à ceux de Gaillon, Dol-de-Bretagne, La Guerche et Champeaux, mais sans aucun élément bellifontain comme les cartouches, cuirs découpés  et mascarons, ont-ils, si on accepte la datation de 1510-1520, précédé ceux des collégiales de Haute-Bretagne et sont-ils apparus, de façon presque virginale, en Basse-Bretagne sans y être introduit par un haut seigneur fréquentant le Val-de-Loire et la Cour?

Ne faut-il pas accorder un peu plus de temps à la Première Renaissance pour pénétrer le Léon ? 

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L'un des arguments que je propose est de remarquer que la chapelle fut victime d'une importante destruction du chevet, nécessitant de la part de Marc de Troërin une donation du 17 janvier 1534. 

"dans les papiers de la famille de Troërin, famille fondue dans la maison de Réals, nous trouvons un acte de 1534 par lequel le seigneur de Troërin, à l'occasion d'une reconstruction du pignon sud de l'église, donne au prieur de Lambader un champ sis au terroir de Kerguidal. L'acte n'indique pas à quel ordre appartenait le prieur de Lambader. En reconnaissance de ce don, le dit prieur reconnut au seigneur de Troërin le droit à trois tombes dans la chapelle, plus le droit à la troisième arcade, plus le droit de placer ses armes dans trois endroits différents de l'église. Diverses tombes ont été découvertes pendant la démolition ; mais aucune inscription n'a permis de reconnaître quels étaient les personnages que recouvraient ces sépultures." (Vicomte de Réals)

N.B Tanguy Daniel signale que ce don permit non seulement la reconstruction "du pignon suzain [haut, supérieur] d'icelle chapelle" mais aussi la réparation de la chapelle.

On peut déduire de cet acte que Marc de Troërin n'avait pas, avant 1534, droit à apposer ses armoiries dans la chapelle. On remarque que le nombre des blasons concédés par le prieur est le même que celui des écus qui existent aujourd'hui sur le jubé.  

Le nouveau chevet est achevé en 1543, puisqu'on y installa la maîtresse-vitre représentant une Passion (elle sera brisée en 1845) portant cette date. .

On ajoutera à cela  que le calvaire date de 1550 environ. La période 1534-1550 est celle d'une importante activité pour Lambader.

 

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Au total, j'incite les chercheurs à reconsidérer la datation du jubé (ou peut-être seulement de sa tribune) et, pour les motifs héraldiques et stylistiques exposés, de le retarder autour de 1534-1539 (avant la Galerie de François Ier de Fontainebleau) ou de 1534-1543.

Un autre élément de datation pourrait, comme Jérôme Lafeuille l'a si élégamment fait à Kerfons, se baser sur les statues des apôtres Credo apostolique. Mais celles-ci, qui ne forment pas un Credo apostolique,  sont dues au ciseau de Denis Derrien en 1877, et il faudrait , pour s'y fier, supposer qu'il s'est fondé, pour les réaliser, sur des modèles préexistants. Son orientation inhabituelle de la tribune, et l'étude de ces statues, n'encouragent pas à les inclure dans une iconographie comparative permettant une datation.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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LE JUBÉ VU DEPUIS LA NEF.

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Le jubé de la chapelle de Lambader est situé à la jonction des cinquième et sixième travées de l'édifice.

Nous voyons les trois arcades de la clôture  de style flamboyant, l'arcade du milieu étant ouverte en partie basse pour permettre un passage vers le chœur. Était-elle fermée par une porte ?

Au dessus des voûtains de ces arcades, la tribune se déploie, rythmée par 12 panneaux, un crucifix central et deux statues du XIXe siècle.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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I. LA TRIBUNE, COTÉ NEF.

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Sous une frise de fleurs et feuilles de chardons, douze arcatures jumelées deux à deux sont séparées par des  pinacles à crochets ou des pinacles suspendus. Ces arcatures imitent des baies gothiques avec un remplage chargé de choux frisés, découpant des mouchettes et marquées, comme des yeux, par  deux roses contiguës.

Cette dentelle flamboyante se répète sans varier, mais chacune des 12 arcades renferme un panneau rectangulaire, de style Renaissance, qui diffère à chaque fois. Je les présenterai de gauche à droite.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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LES DOUZE PANNEAUX "GROTESQUES".

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Premier panneau.

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Feuilles larges et fleurons dans un rinceau symétrique autour d'un axe vertical.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Deuxième panneau.

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Dans une symétrie autour d'un axe vertical formé par un candélabre, deux dauphins s'affrontent dans le réseau de rinceaux produisant des masques anthropomorphes de profil .

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Troisième panneau.

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L'axe vertical est un candélabre (ou vase, ou bassin) recevant la tête d'un putto ailé. Deux oiseaux fantastiques et hybrides viennent en mordre le bord. La tête, le corps, les ailes et la queue de ces oiseaux sont feuillagés, selon le procédé de métamorphose et effacement des limites entre monde animal et végétal.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Quatrième panneau.

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L'axe vertical est un encore un vase, contenant des fruits ronds que deux oiseaux viennent picorer. Ces oiseaux sont feuillagés comme les précédents.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Cinquième panneau.

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L'axe vertical est un candélabre (ou vase, ou bassin) auquel deux dauphins copieusement feuillagés viennent s'abreuver. Leur queue bascule du monde naturel vers le monde artificiel en adoptant la forme d'une lame marquée de I.  

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Sixième panneau.

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L'axe vertical est un candélabre supportant une tête plus animale qu'humaine, aux longues oreilles, aux yeux caves et au nez épaté. De part et d'autres, deux dragons (ou unicornes) s'ébattent, mais leur buste laisse vite place à des rubans de feuillages.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Septième panneau.

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Au dessus du candélabre central, une tête vaguement anthropomorphe, mais feuillagée, crachent trois rinceaux de chaque coté. L'un s'achève en feuillage, l'autre en corne, et le troisième est la queue d'un dauphin. Feuillagé, cela va de soit.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Huitième panneau.

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Deux dragons, qui reprennent la plupart des traits des animaux précédents, s'opposent de chaque coté du candélabre.

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Neuvième panneau.

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Deux oiseaux picorent un fruit rond trouvé sur la vasque du candélabre central.

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Dixième panneau.

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Deux dragons feuillagés autour d'un candélabre.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Onzième panneau.

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Le candélabre supporte un masque de forme lunaire; Il est gardé par deux dragons ailés, assis comme des sphinx.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Douzième panneau.

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Composition à feuilles larges creusées en cupules au centre.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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LES DEUX STATUES (1877).

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Elles occupent les deux consoles à godrons (d'origine ?) encadrant le Crucifix? Comme ce dernier, elles sont dues au ciseau de Denis Derrien, et il est très improbable que ce dernier se soit basé sur des statues antérieures ; le culte de saint Joseph s'est développé au XIXe siècle. Joseph et son fils, Anne et sa fille célèbrent les vertus des liens familiaux.

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1. Saint Joseph et l'Enfant-Jésus.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Sainte Anne éducatrice.

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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LES SEPT ANGES PRÉSENTANT LES INSTRUMENTS DE LA PASSION.

 

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1. Ange ayant perdu son attribut.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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2. Ange présentant la croix (traverse perdue)

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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3. Ange présentant le marteau et les tenailles du crucifiement.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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4. Ange présentant la couronne d'épines.

Le pélican dans une corbeille s'ouvre la poitrine pour nourrir ses petits de son sang. Allégorie de l'Eucharistie.

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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5. Ange présentant l'échelle de la Descente de croix.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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6. Ange présentant la lance de Longin.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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7. Ange volant (accessoire perdu ?).

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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II. LA CLÔTURE, COTÉ NEF.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Les montants de la porte présentent les statues de l'ange Gabriel et de la Vierge Marie, tandis qu'au centre un ange montrent le blason aux armes de Kermellec. Tout autour court un rinceau de vigne, avec ses grappes, symbole eucharistique au même titre que le pélican.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Ange présentant un blason.

Le blason porte, selon Pol de Courcy (1864) repris par  De Réals (1889) puis Abgrall (1897) les armes de la famille de Kermellec, d'or à une fasce de gueule, accompagnée de trois molettes d'éperon de même, deux en chef et une en pointe.

https://www.tudchentil.org/spip.php?article789

Selon les auteurs, Isabeau de Kermellec épousa Marc de Troërin en 1481.

Les meubles du blason, tout comme l'ange, ne montrent aucun signe d'altération : il s'agit sans doute d'une copie de 1877. Les molettes sont remplacées par des étoiles. La fasce porte des hachures verticales, comme dans le codage de représentation monochrome en héraldique, pour rendre la fasce de gueules.

L'affirmation de Pol de Courcy peut s'étayer sur les  informations réunis par le site d'Hervé Torchet,  La Pérenne :

http://www.laperenne-zine.com/articles.php?lng=fr&pg=616

a) Ysabeau de Kermellec est la fille de  Tanguy de Kermellec et de Constance de Coetanroch

1499, Partage : Guillaume de Cornouaille seigneur de Cornouaille sgr de Kerguern et de Coetanroch à Ysabeau de Kermellec, héritage de feus Tanguy de Kermellec et Constance de Coetanroch père et mère de ladite Ysabeau et aïeuls dudit Guillaume.
b) en 1505, ladite Ysabeau est femme de Marc Tuonquirin ( en marge Troerin)

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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L'Annonciation sur l'encadrement de la porte.

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J'ai remarqué récemment (Arc de triomphe de Saint-Thégonnec) combien les Annonciations étaient disposées à l'entrée des sanctuaires, sur les portes monumentales, les porches, et, ici, la porte de clôture.

Les statues sont placées dans une niche à dais gothique.

Gabriel qui ébauche une génuflexion, tient le lys, fleur pur et blanche symbolisant la conception virginale. Le phylactère de son message entoure la tige.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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La Vierge Marie.

Elle tient le livre des Écritures (qu'elle réalise) et fait le geste de son acceptation au plan divin de l'Incarnation.

Son front est largement épilé, ses cheveux ne sont pas voilés ou retenus, ses joues sont particulièrement rondes et pleines. Elle porte sur une chemise à col rond une robe à encolure carrée et un manteau. Le vase portant le lys est à ses pieds.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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LE JUBÉ VU DEPUIS LE CHOEUR.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

 

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I. LA TRIBUNE.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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LES DOUZE PANNEAUX "GROTESQUES".

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Nous trouvons plusieurs fois les mêmes motifs, déjà présents sur la face ouest, sans pouvoir affirmer si ces panneaux sont ceux d'origine, ou encore si Denis Derrien a complété des espaces manquants ou trop altéré.

Il me manque, pour l'ensemble des boiseries de ce jubé, une expertise des bois qui en daterait la réalisation. 

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Premier panneau.

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Un candélabre supporte un masque feuillagé qui crache des rinceaux, dont deux s'achève en tête de dragons.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Deuxième panneau.

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Un candélabre supporte un crâne animal (bucrâne? mais sans cornes) aux oreilles longues. Deux dragons ou unicornes voient leur queue s'empanacher en rinceaux.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Troisième panneau.

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Deux oiseaux huppés et feuillagés  boivent ou picorent le bord du vase central, lequel est dominé par une tête de putto ailé.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Quatrième panneau.

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Deux oiseaux feuillagés picorent les fruits ronds disposés sur la coupe d'un candélabre.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Cinquième panneau.

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Deux dauphins s'affrontent autour d'un candélabre, croisant le trajet de deux rinceaux qui s'épanouissent en masques anthropomorphes de profil.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Sixième panneau.

Rinceaux autour d'un candélabre.

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Septième panneau.

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Deux dauphins cornus s'ébattent sur la margelle d'un candélabre ; leur tête, leur corps et leur queue libèrent des volutes de feuillages.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Huitième panneau.

Rinceaux autour d'un vase et d'une fleur.

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Neuvième panneau.

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Semblable au 3ème panneau.

Deux oiseaux huppés et feuillagés  boivent ou picorent le bord du vase central, lequel est dominé par une tête de putto ailé.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Dixième panneau.

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Rinceaux autour d'un candélabre.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Onzième panneau.

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En registre supérieur, deux oiseaux fabuleux picorent les fruits ronds proposés sur un candélabre.

Au centre, un médaillon (aux bords marqués de I ) renferme un fleuron inscrit dans  par un losange.

En registre inférieur, deux dauphins autour d'un candélabre.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Douzième panneau.

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Identique au onzième.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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LES TREIZE STATUES , LES DOUZE APÔTRES.

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L'étude des 13 statues en ronde-bosse  s'est avérée décevante. Elles sont posées sur un culot, la plupart polyédrique, un seul à godrons) sous des dais gothiques. Une seule (saint Jacques), placée devant la porte de l'escalier, n'a pas de dais. 

Cette étude est décevante car la plupart des statues ont été crées par Denis Derrien en 1877 sans que nous ne sachions s'il disposait, ou non, de modèles. 

 

Elle est décevante, car nous ne retrouvons ni l'ordre traditionnel des Credo apostoliques (Pierre, puis André, puis Jacques le Majeur, puis Jean, etc.),  ni les phylactères portant l'article du Credo qui est leur est attribué. Or, cet ordre et ces phylactères sont présents dans les autres jubés "contemporains" (notion vague en raison du manque de consensus sur cette datation). À Kerfons en Ploubezre vers 1495 et Saint-Fiacre en Melrand les 12 apôtres suivent l'ordre du Credo du Calendrier des Bergers de 1493. 

Elle est décevante car ces apôtres sont tournés vers le chœur et non vers la nef comme dans les autre cas, ce qui amène Michel de Mauny à en rendre responsable Denis Derrien. Ce serait vraiment la preuve d'une grande incompétence ; mais cette orientation des apôtres se retrouve aussi à Saint-Nicolas en Priziac.

Elle est décevante car la représentation des apôtres semble fautive (par égard à l'iconographie traditionnelle). C'est ainsi que saint Jean est figuré en évangéliste (accompagné de l'aigle du Tétramorphe), au lieu de tenir en main gauche son attribut, le calice de poison. La main droite brisée ne permet pas d'en dire plus.

Et enfin elle est décevante car l'identification de nombreux apôtres nous plonge dans l'embarras.

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Que savons-nous de ce sculpteur de Saint-Pol-de-Léon?

Fils de Jean-François, menuisier à Saint-Pol, Jean-Denis Derrien (Saint-Pol,1816/ Saint-Pol, 1897) installa en 1854 dans une ancienne demeure du XVIe un atelier de sculpture religieuse au 5 rue Saint-Yves (ex Venelle-aux-poules), près de la cathédrale, où, pendant plusieurs décennies, une quinzaine d'ouvriers réalisèrent des statues, autels, retables pour les églises de la région. Il réalisa ainsi un autel et le baptistère (1897) de la cathédrale, pour l'église de Carantec la chaire à double escalier, trois confessionnaux et l'autel de Saint-Sacrement, les chaires du Folgoët et de La Feuillée, les stalles de la cathédrale de Quimper et de Saint-Brieuc, et les stalles de l'église de Rumengol (1874) . Et peut-être deux statues de saints (Corentin et Guénolé) à l'église de Rumengol vers 1886, tout comme la niche (1883) de la Trinité et celle de Notre-Dame de-Rumengol (1883). Il a travaillé aussi à Plounéventer et Carhaix.

Il est aussi entrepreneur (c'est sa qualification sur son acte de décès), et se chargea de la construction de l'église Saint-Pierre de Plounevez-Lochrist en 1871 sur les plans de Rivoalan, architecte de Brest.

On le trouve désigné aussi sous le terme "atelier Derrien-Pondaven", en association avec son concurrent Yves-Marie Pondaven, qui employait à la même époque jusqu'à 29 ouvriers dans son atelier de la Grand-Rue ; ce dernier réalisa les retables et autels de Plouvien, le reliquaire en acajou de Rumengol en 1855, deux autels et le maître-autel de Pleyber-Christ en 1869. Le reliquaire de Rumengol porte une inscription associant leurs deux noms : "gant D.M. Pondaven ha Derrien D. 

Au total, nous avons la certitude que ces statues du jubé sont sorties d'un atelier prestigieux et prolifique de Saint-Pol-de-Léon, mais cet atelier s'est illustré dans les créations de mobilier religieux neuf, et non dans les restaurations de monuments historiques. [Le jubé de Lambader est classé Mh depuis 1840].

Dernière remarque. Beaucoup d'auteurs pensent que ce jubé était, à l'origine, peint. Si cela était le cas, il ne subsiste pas la moindre trace de polychromie, ce qui supposerait de la part du restaurateur un décapage très sérieux. Les visiteurs qui ont décrit au XIXe siècle et avant 1877 le jubé "en bois sculpté" se sont tous extasiés sur "la finesse du travail et la multiplicité des détails qui pourraient le comparer à un ouvrage de dentelle brodé dans le chêne" et aucun n'en mentionne les couleurs. Certes ils recopient peu ou prou les Antiquités de Fréminville (1832-1835), mais cela m'amène à penser que ce jubé était alors en bois brut. 

Un autre sujet d'étonnement est qu'aucun de ces voyageurs ne signale, bien au contraire, le mauvais état de conservation des sculptures, y compris en 1864 dans la description de Pol de Courcy.

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Liste des statues. On a compris que les identifications sont plutôt des propositions ou interrogations destinées à susciter des échanges que des affirmations.

Saint Jacques le Majeur ?? Chapeau ; bâton. Statue ancienne ?

Saint Pierre. Clef ; livre ; toupet frontal

Saint Paul. Epée ; livre ; calvitie.

Saint André. Croix en X (?), livre.

Saint Jean. Imberbe, aigle du Tétramorphe, phylactère (évangile ?)

Saint Thomas. Équerre, livre.

Apôtre non identifié. Geste de bénédiction ; livre ; attribut en demi-lune près du pied droit.

Apôtre non identifié. Deux livres ?

Saint Barthélémy (couteau ?) ou Matthieu (hache ?). Livre.

Apôtre non identifié. Attribut brisé (manche  d'outil?) en main droite ; livre.

Saint Jacques le Majeur. Chapeau de pèlerin, coquille sur une courte pèlerine, bourdon (brisé) ; livre.

Apôtre non identifié. Attribut brisé en main droite ; livre. Statue plus ancienne ; le manteau est lacé par devant selon un motif rare.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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1. Saint Jacques le Majeur ?? Chapeau ; bâton. Statue ancienne ?

 

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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2. Saint Pierre. Clef ; livre ; toupet frontal

 

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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3. Saint Paul. Epée ; livre ; calvitie.

 

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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4. Saint André. Croix en X (?), livre.

Il me manque un cliché pour préciser l'objet tenu en main droite et que je suppose être la croix de Saint-André.

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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5. Saint Jean. Imberbe, aigle du Tétramorphe, phylactère (évangile ?).

 

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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6. Saint Thomas. Équerre, livre.

 

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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7. Apôtre non identifié. Geste de bénédiction ; livre ; attribut en demi-lune près du pied droit.

 

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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8. Apôtre non identifié. Deux livres ?

 

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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9. Saint Barthélémy (couteau de dépeçage ?) ou Matthieu (hache ?). Livre.

 

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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10. Apôtre non identifié. Attribut brisé (manche  d'outil?) en main droite ; livre.

 

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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11. Saint Jacques le Majeur. Chapeau de pèlerin, coquille sur une courte pèlerine, bourdon (brisé) ; livre.

 

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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12. Apôtre non identifié. Attribut brisé en main droite ; livre. Statue plus ancienne ; le manteau est lacé par devant selon un motif rare.

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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LES CINQ ANGES .

Quatre anges présentent des phylactères autour d'un ange tenant le blason de Marc de Troërin. ils sont décrits de gauche à droite.

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1. Ange volant, présentant un phylactère.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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2. Ange volant, présentant un phylactère.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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3. Ange volant, présentant un phylactère. Aile gauche brisée.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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4. Ange volant, présentant le blason de Marc de Troërin. Aile droite brisée.

Selon l'Armorial ou nobiliaire de l’évêché de Saint-Pol-de-Léon, en Bretagne, en 1443, par le marquis du Refuge, (BnF RES 8-LM2-124) ces armoiries de Troërin ou Traonvilin sont : d'azur à la fasce vivrée d'argent accompagnée de six besants de même.

Ici, le sculpteur a figuré une fasce simple, et non "vivrée", découpée en grandes dents de scie.

On trouve aussi ici  d'azur à la face ondée ... mais la fasce sculptée est parfaitement droite (mais marquée d'un croissant en bord inférieur, comme une moitié de besant).

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La chapelle a été restaurée à l'initiative du vicomte de Réals (cf. biblio), qui demeurait au château de Troërin. On peut penser qu'il a superviser le travail de restauration du sculpteur, et tout spécialement celui des blasons. En tout cas, le blason aux armes de Marc de Troërin et tenu par un ange du jubé est attesté, avant la restauration de 1877, par les voyageurs du XIXe siècle.

https://books.google.fr/books?id=yWQDAAAAQAAJ&pg=PA79&dq=lambader&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwjE3dm_-aDvAhVgA2MBHU8ZBew4ChDoATAAegQIARAC#v=onepage&q=lambader&f=false

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La famille de Troërin et son manoir. Selon Wikipedia :

"Montres et réformations du XVème siècle font mention d'une famille Tuonhirin ou Tuonquerin, dont le vocable a évolué dans la suite en « Troérin ». Sa descendance mâle s'est éteinte en la personne de M. de Troérin, chanoine et grand-chantre de Léon en 1789, dont la sœur, Marie, avait épousé, en 1770, François de la Tullaye, seigneur de Coëquelfen, capitaine de vaisseau. Leur fille fit passer le manoir, le 16 janvier 1796, dans la famille de Réals par son mariage avec Charles Boscat de Réals, ancien capitaine au régiment de Bresse.

Troérin est toujours possédé par cette famille de Réals.

Les archives du manoir contiennent les titres de la famille de Troérin, depuis le XVème siècle, et ceux des familles de Coëtquelfen, de la Tullaye, de Réals... On y voit également des notes sur Plouvorn, des extraits des anciens registres paroissiaux, et des, notices généalogiques sur plusieurs familles du pays, rédigées par le colonel de Réals."

"La famille de Troërin est connue depuis au moins le XIIe siècle : le sire Pierre Michel de Troërin est cité comme participant à l'assise du comte Geoffroy en 1185 et le sire Pierre Michel de Troërin participe à la première croisade de Saint-Louis à partir de 1248. La famille de Troërin, seigneurs du dit lieu (l'existence du manoir de Troërin est attestée dès 1413), de Kerjean, de Kergounan (en Lampaul-Ploudalmézeau, de Kerrannou (en Saint-Pol-de-Léon), présente aux montres de 1426 à 1534, fut reconnue d'ancienne extraction noble lors de la réformation de 1669, à la demande d'Anne de Troërin, épouse de Louis de Kerhoas, seigneur de Coatcoulouarn (en Saint-Thégonnec) et du Quellenec. En 1638, Charles de Troërin épousa à Lampaul-Ploudalmézeau Louise de Kerlec'hb. Leur petit-fils Jan de Troërinc fut lieutenant des maréchaux de France en Bretagne ; il transforma le manoir en château aux alentours de 1717 et fit faire par Isaac Robelin un nouvel aménagement paysager du parc.

 Le 16 janvier 1798, Henriette-Marie-Salomé de La Tullaye, fille de François-Henri de La Tullayed et de Marie-Anne-Corentine de Troërin, mariés le 20 octobre 1767 à Plouvorn, épousa Charles-Marie-Henri Boscal de Réalse, capitaine au régiment de Bresse en 1790, issu d'une famille originaire du Poitou. Depuis le château de Troërin appartient à la famille Boscal de Réals."

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/chateau-de-troerin-plouvorn/06f06d2a-a963-4976-b197-cd69d0a8bb95

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Marc de  Troërin.

Il est présent, équipé en brgiandine (*) à la  Montre de l'Evêché de Léon en 1503 ("Marc Truongirin").

(*) La Brigandine était selon Fréminville une cuirasse légère formée de bandes d'acier larges de deux ou trois doigts, assemblées transversalement et doublées d'un cuir de cerf.

On le trouve ensuite à celle de 1534 :

 Plouemorn
Le sieur de Penfentenyou, homme d'armes.
Le sieur de Kerounyant (Jean de Kergorlay), homme d'armes.
Le sieur de Créachquerault (Jean de Créachquerault), homme d'armes.
Le sieur de Coatudavel (Ulivier de Coatudavel) , archer .
Jan Kersainctgily, sieur de Keruzoret, archer à deux chevaux.
Marc Traouirin, sieur dudit lieu ou Troërin, archer en brigandine.

Etc

L. Le Guennec, "Convocation du ban et de l’arrière-ban de l’Evêché de Léon et de la chatellenie de Morlaix-Lanmeur (1534-1708)", Bull. SAF 1911 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207700g/f135.item

Son père (?) Guillaume Trouhirin ("Tnouhirin"), 20 livres de revenu, archer en brigandine est présent à la Montre de 1481 parmi 40 nobles de Plouvorn. Et à la Réformation de 1443 (base de l'Armorial du marquis du refuge), c'est Jean de Troërin ou de Traonvilin qui est mentionné.  

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Ajoutons que Troërin est le nom du ruisseau, affluent de l'Horn, qui passe  juste au sud de la chapelle de Lambader,  et alimente l'étang du château de Troërin. Un moulin de Troërisi  ou Troërin y était installé (Marteville et Varin 1853). 

 Le bourg de Plouvorn est situé sur une éminence, vers 80 mètres d'altitude, entre les vallées des deux ruisseaux de Troërin (au sud) et de Keruzoret (au nord).

Un simple coup d'œil sur les cartes permet de comprendre le lien entre la chapelle, et le manoir.

https://remonterletemps.ign.fr/comparer/basic?x=-4.041294&y=48.573442&z=16&layer1=GEOGRAPHICALGRIDSYSTEMS.ETATMAJOR40&layer2=GEOGRAPHICALGRIDSYSTEMS.MAPS.SCAN-EXPRESS.STANDARD&mode=doubleMap

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Voir  les Preuves de la noblesse de Tanguy-Marie de Troérin de Kerjan, réunies en 1774. 

https://www.tudchentil.org/spip.php?article1260

 

 

 

 

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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5. Ange volant, présentant un phylactère. Aile gauche brisée.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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L'ESCALIER À VIS.

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Entièrement en bois et construit autour d'un axe central qui le rend indépendant des piliers,  il se déploie sur un tour et quart pour accéder par une porte à la tribune.

On retrouve un tel escalier au jubé de Kerfons.

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Deux des soutiens verticaux qui l'étayent à l'extérieur sont ornés à l'extrémité de belles gueules de dragons avalant le montant comme des engoûlants d'entraits.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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Le joueur de cornemuse.

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Il remplace, à l'extrémité nord de la tribune, l'un des anges et, comme ces derniers, il est figuré volant jambes fléchies derrière lui et  vêtu d'une tunique plissée. Comme eux, il a le visage poupon et des cheveux bouclés. Mais il est coiffé d'un chapeau rond (mais évasé après l'étranglement du galon), et ses yeux sont mi-clos, comme un instrumentiste regardant son public placé plus bas. Jean-Luc Matte, qui n'a pas manqué de décrire l'instrument dans son Encyclopédie de la cornemuse signale le bourdon d'épaule brisé, le hautbois également brisé en dessous des mains du musicien, les dites mains étant presque à la même hauteur que le hautbois. Il ne dit rien du porte-vent, qui descend verticalement des lèvres du joueur et qui comporte une encoche. Les deux viroles par lesquelles le bourdon et le hautbois s'implantent dans le sac sont visibles.

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Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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II. LA CLÔTURE, COTÉ CHOEUR.

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Nous retrouvons la disposition symétrique du coté nef, mais au dessus du fleuron de la frise d'acanthes, et au lieu des armoiries d'Isabeau de Kermellec, nous trouvons celles de son mari Marc de Troërin, toujours très "restaurées" (ou remplacées) et dont la fasce n'est ni vivrée ni ondée.

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Jubé de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé  (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

Jubé (chêne, v. 1534 et Derrien 1877) de la chapelle de Lambader en Plouvorn. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

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ABGRALL (Jean-Marie), 1897, Le Livre d'or des églises de Bretagne,  Lambader, Berven, Lochrist, Goulven, illustrations de Charles Géniaux, Rennes pages 1-3.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_201/lambader__berven__lochrist__goulven.pdf

— COUFFON, René), LE BARS, Alfred), Notice sur Plouvorn,   Diocèse de Quimper et de Léon. Nouveau répertoire des églises et chapelles. Quimper : Association Diocésaine, 1988.

 

— COURCY (Pol de ), 1864, De Rennes à Brest et à Saint-Malo, itinéraire historique et descriptif, Hachette et Cie page 289

https://books.google.fr/books?id=3ueE6p-q1AYC&dq=lambader+%22ma%C3%AEtresse-vitre%22&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

La chapelle prieurale de Notre-Dame de Lambader (à 8 kil. au nord de Landivisiau), se recommandait, il y a peu d'années, par une tour du XIVe siècle. Cette tour était couronnée d'une flèche élancée, une des plus hautes et des plus belles du Finistère, bâtie à l'imitation du célèbre clocher de Creizker, à Saint-Pol de Léon. Classé au rang de monument historique, Lambader avait reçu de l'État une allocation destinée à sa consolidation; cette somme a été employée, en 1837, à descendre la flèche et les étages supérieurs de la tour, fortement ébranlée par la démolition d'un arc de triomphe qui lui servait de contre-fort au nord-ouest, et dont la fabrique a vendu les pierres. Il y aurait une bien triste énumération à faire des édifices détruits ou mutilés sous le prétexte de les restaurer, et ceux qui subsistent encore pourraient dire en défilant devant leurs juges, comme les gladiateurs devant la loge de César, lorsqu'ils allaient combattre dans l'amphithéâtre: Morituri te salutant!

La démolition de son clocher n'est pas le seul acte de vandalisme dont Lambader ait eu à souffrir; sa maitresse vitre, garnie d'une brillante verrière de 1543, a été maçonnée, les vitraux ont été dispersés et plusieurs statues en pierre renversées ou mutilées. Elles gisent aujourd'hui dans l'enclos du prieuré parmi les débris de la tour et de ses clochetons, les rosaces de la flèche et les quatrefeuilles de sa galerie, qu'on ne songe pas à relever, mais qu'on a cherché à vendre. Les murs, qui surplombent de tous côtés, ne tarderont pas à s'effondrer à leur tour.

La fontaine sacrée, qui coule au midi de la chapelle, est le but d'un pieux pèlerinage; mais la merveille de Lambader, depuis l'amputation dont son clocher a été victime, est un jubé en bois travaillé à jour, ainsi que la rampe de son escalier tournant. Cet ouvrage de dentelle, digne d'admiration pour l'élégance et la multiplicité de ses motifs flamboyants, est dû à la munificence de Marc de Troërin, époux, en 1481, d'Isabeau de Kermellec; les armes du donateur sont soutenues par un ange formant l'un des pendentifs du jubé du côté du chœur.

Un devant d'autel sur bois, dans la même chapelle, représente un martyr qu'à la mitre qu'il porte pour tout vêtement, on reconnait pour un évêque. Il est couché sur le dos, le ventre ouvert, et plusieurs soldats roulent, en riant, ses intestins autour d'un cabestan. On croit retrouver dans cet évêque saint Érasme, qui avait enduré le même genre de supplice. Les statues en kersanton de Notre-Dame de Pitié et de Notre-Dame de Lambader, sont reléguées dans des coins obscurs de l'église. Celle de ces statues qui surmontait le portail ouest, était accostée d'un groupe de 1598, qui n'a pas été déplacé, représentant six moines et six religieuses agenouillés.

Les statues de saint Christophe, portant l'enfant Jésus sur ses épaules, et de saint Trémeur, portant sa tête entre ses mains, ont été recueillies à la chapelle du château de Keruzoret, château où l'on conserve un riche cabinet du xviie siècle, à panneaux et à volets sculptés en ébène. Les sujets figurés sur ce beau meuble, qu'envierait le musée de Cluny, sont tirés du roman de l'Ariane, de Desmaretz, un des membres de l'Académie française à sa fondation, en 1635.

Vis-à-vis de Lambader se dresse une croix gothique dont les branches sont chargées des principaux personnages de la Passion. Plusieurs de ces statuettes, renversées par la tempête, ont été employés à macadamiser la route, d'autres jonchent aujourd'hui

les douves de cette même route, sans que la fabrique de Plougourvest prenne souci de les rétablir sur leurs piédestaux."

— DANIEL (Tanguy), 1996,  "La chapelle de Lambader en Plouvorn, le jubé XVe-XVIe siècle", Bulletin de l'Association bretonne et union régionaliste bretonne 123e Congrès à Saint Paul de Léon Kergournadec'h Cléder Lambader plouvorn Morlaix Léon Roscoff Saint Paul Aurélien Monsiegneur de la Marche Keremma Berven – 1 janvier 1996 C 1996, I 1997 pages 47-50

— DEBIDOUR (Victor-Henri), 1979 L'Art de Bretagne , Arthaud éditeur, pages 197-199.

"Dans la trentaine d'années qui suit [le jubé de Saint-Fiacre, commencé en 1480], le décor se modifie imperceptiblement. Les jubés ont traduit un peu plus tôt que le décor architectural de pierre les évolutions de style. Les panneaux, aveugles ou ajourés, continuent à agencer leurs flammes de cent façons, les anges à se cambrer au dessus du vide portant un blason ou les instruments de la Passion. Ainsi à la tribune de Rochefort-en-Terre ; mais à celle de Goulven, vers 1515, et à Lambader certains panneaux, sont déjà meublés de rinceaux et de candélabres à l'italienne.

Si Saint-Pabu et les reste de chancel de Kernitron se contentent de broder en tradition flamboyante, Kerfons, qui le fait aussi, introduit vers 1490 la torsade perlée sur les poteaux de soutien et les écailles sur les montants : détails "Louis XII" qui se retrouvent à Locmaria en Belle-Isle-en-Terre, à Loc-Envel, à Lamballe, à Saint-Roch en Lannion-Brélévenez. Pour l'iconographie, Kerfons inaugure aussi l'idée de l'alignement des douze apôtres : on les retrouve vers 1520 à Lambader (restauration de 1877) et pendant plusieurs générations. 

Après 1550, le goût nouveau a pleinement triomphé : les colonnettes sont en candélabres, les culots sont en toupie ; vases godronnées, coquilles, cartouches à enroulement, feuillages à profils humains se multiplient, têtes casquées dans les médaillons, bustes en demi-ronde bosse (Sainte-Croix en Plélauff, Rosquelfen, Saint-Jean en Guern, ancien dais à Rochefort-en-Terre, Brennilis, etc.).

À Sainte-Avoye, le jubé signé Bizoel (vers 1565) [1555] avec les apôtres d'un coté, des saints et les sept vertus de l'autre, n'a plus rien de gothique, et les voûtains de sa tribune  sont peints en faux marbre.

Beaucoup plus remarquable est celui de Saint-Nicolas de Priziac, achevé en 1580. La clairevoie a des masques grimaçants (plusieurs ont les yeux et la bouche percés) qui broutent des rinceaux. D'un coté les apôtres, de l'autre la légende de saint Nicolas : il défend la vraie foi au concile de Nicée, et meurt couché sur une planche, pleuré de ses clercs, dont un l'asperge d'eau bénite : les sept autres panneaux ont trait à des miracles : dès sa venue au monde, il se tient debout dans la cuvette de son bain [...] Et entre ces scènes toutes médiévales, ce sont cariatides et atlantes nus, dont les bras, quand ils ne tournent pas court en volutes, s'allongent pour cueillir des pommes au sommet des pilastres qui les gaines, ou dont les jambes serpentiformes s'enchevêtrent comme un caducée.

À La Roche-Maurice, dernière étape : la tribune n'est plus sur voûte, mais sur plafonds à caissons décorés d'entrelacs en "cuirs" avec des toupies pendantes ; de monstrueuses consoles animales, accroupies obliquement soutiennent ce plafond, les corniches sont à denticules et à grosses virgules, et les colonnes cannelées de la claire-voie montent par anneaux godronnés vers les chapiteaux corinthiens. La tradition ne se marque plus que par les rangées d'apôtres et de saints : si leurs douze dais sont à balustrades, ils ont encore sous les pieds six anges suspendus ...

De la même seconde moitié du XVIe siècle est le chancel de Saint-Herbot. Il est d'une extrême richesse  iconographique et ornementale. C'est une claire-voie faite de colonnettes tournées en candélabres  au dessus d'un buffet vêtu, ainsi que les montants de la porte, de reliefs légers, rubans enlacés et noués, vases, masques et mufles, guirlandes de feuillages et de fruits. Il est couronné d'une longue bande de panneaux historiés, somptueusement encadrés, et séparés par des figures engainées : apôtres, prophètes, sibylles et personnages laïcs. Vers l'intérieur, au dessus des stalles de bois ciré, court un baldaquin à caissons. Tout en haut d'une série de petits frontons triangulaires, festonnés de rinceaux à jour.

Le chancel de Berven est plus tardif encore : daté de 1601 — et même de 1720 pour le portique supplémentaire dont il a été doté, solennel et froid avec ses quatre grandes colonnes lisses —il offre vers la nef une claire-voie en pierre. Mais les faces latérales sont en bois avec des colonnettes cannelées prises jusqu'au tiers de leur hauteur dans des manchons feuillagés. Chapiteaux corinthiens, entablement à têtes ailées, tout l'ensemble est pleinement classicisant. Les saints et les saintes sont toujours là aux panneaux inférieurs, Catherine avec sa roue, Apolline avec sa tenailles serrant une molaire ; mais à coté d'elles, Lucrèce s'enfonce une épée dans le sein : "martyre " elle aussi de  sa pudicité, mais en bonne païenne, elle est figurée nue.

Mais au second quart du XVIIe siècle, c'était vraiment la fin des jubés et des chancels. Une conception toute nouvelle de l'aménagement et du décor des églises se faisait place : celle des retables monumentaux."

 

— DEBIDOUR (Victor-Henri), 1953 La sculpture bretonne

— FRÉMINVILLE ((chevalier Christophe-Paulin de La Poix de Fréminville) 1832, Antiquités de la Bretagne: Finistère, Volume 1, Lefournier et Deperiers, 1832 p. 69

https://books.google.fr/books?id=d04bAAAAYAAJ&dq=lambader&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 

"Eglise de de Lambader, ancienne maison de l'ordre des Templiers qui, après la spoliation des biens de cet ordre en 1314; passa en la possession des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ou de Malte. Cette église , assez vaste , est construite dans le style d'architecture gothique-arabe. Son clocher est très-beau ; c'est une tour carrée ornée en haut d'une balustrade légère et surmontée d'une flèche très-élevée, de forme prismatique hexagonale, flanquée de quatre clochetons. Cette flèche, toute en pierre de taille , est travaillée à jour ainsi que les clochetons qui l'accompagnent. Au pied du clocher est une porte donnant sur un petit porche qui précède l'église.

Presque tous les édifices appartenant aux Templiers portaient le cachet de l'esprit guerrier de leur institution, et leurs églises même avaient quelqu'apparence de forteresse; la commanderie de Lambader était environnée d'une forte muraille à plate-forme, on en voit encore une partie adjacente au clocher et dans laquelle est pratiquée la principale porte de ce monastère demi-couvent, demi-place de guerre. A droite de cette porte en est une autre plus petite ; une espèce de poterne ouverte au pied de l'escalier par où l'on monte sur la plate-forme.

· Entre le portail et le clocher on remarque quelques niches dans lesquelles étaient placées des statues de saints.

Dans l'intérieur de l'église , la boiserie gothique et travaillée à jour qui sépare la nef du choeur, est digne d'être admirée pour l'élégance et la multiplicité de ses détails, sa légèreté pourrait la faire comparer à un ouvrage de dentelle. Dans le choeur je vis suspendus à la muraille des fers tels qu'en portaient les esclaves : ils furent sans doute consacrés en ce lieu par quelque chevalier qui, ayant longtemps gémi captif chez les infidèles, les a apportés comme offrande à cette église après avoir recouvré sa liberté.

Les vitraux, bien conservés , sont d'une époque postérieure à l'édifice, les personnages qui y sont représentés, portent le costume et l'armure du seizième siècle. Ce sont, selon toute apparence, les seigneurs aux dépens desquels ces vitraux ont été faits.

Plusieurs statues ornaient jadis l'église de Lambader, elles ont été renversées et mutilées, leurs débris gisent sur le gazon dans le préau ou cour du monastère. J'en remarquai une qui me frappa par le fini et la précision de son travail, elle représente un chevalier armé de toutes pièces , tenant l'épée nue sur l'épaule ; la forme de son armure indique la fin du quatorzième siècle. On remarque au bas de la cuirasse l'assemblage de pièces de lames transversales qui recouvre le défaut des cuissards et que l'on nommait tasseltes ou braconnière. La tête de cette statue a malheureusement été brisée ( Pour préserver cette statue de mutilations plus considérables, M. le marquis du Dresnay en a fait récemment l'acquisition et l'a fait transporter à Saint-Pol de Léon , où elle est placée dans son jardin. ) : je présume qu'elle représentait quelqu'un des commandeurs de Malte titulaires de la commanderie de Lambader. Ce ne peut être un templier, car, lors de la destruction de l'ordre du temple, les .chevaliers portaient encore le haubert ou armure entièrement en mailles, celle que l'on voit ici est celle de plaque et de lames adoptée au quatorzième siècle."

 

 

GALLIC (Kristian), Le jubé de Lambader, vidéo.

https://www.youtube.com/watch?v=R8v-UGsxanQ&ab_channel=DanielleRopars

— LAFEUILLE (Jérôme), 2020, Un nouveau regard sur le jubé de Kerfons, Coll. Les cahiers de l'ARSSAT n°4.

— LE GUENNEC (Louis), 1911, La chapelle de Lambader, Morlaix, Lajat brochure in-8°, 88 pages.

 

LE GUENNEC (Louis), Le Finistère monumental tome 1,  Morlaix et sa région, page 308. Droits réservés. Ouvrage numérisé avec l'aimable autorisation de la Société des Amis de Louis Le Guennec.

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/9845

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/9845

 

Le magnifique jubé, « l'expression la plus parfaite du travail sur bois » fut démonté et reconstitué avec un goût parfait par Denis Derrien, de Saint-Pol-de-Léon. C'est de ses ateliers que sortent les statues des douze Apôtres qu'on y remarque. « Le jubé de Lambader, dit le chanoine Abgrall (Cours d'architecture bretonne professé au Grand Séminaire de Quimper), est une large galerie portée sur une sorte de cloison aux compartiments découpés et fouillés avec la plus grande finesse. L'habileté et l'imagination des huchers de l'époque flamboyante s'y sont donné libre champ. C'est un fenestrage compliqué et néanmoins harmonieux, c'est une dentelle avec dessins variés et toujours pleins de grâce. Sur les torsades des deux montants de la porte étaient gravées des hermines ; le ciseau des révolutionnaires les a toutes mutilées comme des emblèmes dangereux.  La galerie est soutenue en encorbellement de chaque côté de ce chancel, par des nervures et des demi-berceaux. Des pendentifs représentent les anges portant des instruments de la Passion, et au milieu est un beau pélican qui nourrit ses petits de son sang. Un écusson tenu par un ange en pendentif, du côté du chœur, indiquerait que cet admirable ouvrage serait dû à la munificence de Marc de Troerin, époux en 1481 d'Isabeau de Kermellec. La balustrade de la galerie est garnie de panneaux encadrés de beaux motifs flamboyants, tandis que la décoration des panneaux eux-mêmes est dans le genre de la Renaissance.  Et dans tout cet ensemble, ce qu'on devra encore plus admirer, c'est le petit escalier à vis, qui monte au jubé dans l'angle nord, compris et disposé avec une élégance parfaite, indiquant la spirale de ses marches au moyen de ses gracieuses colonnettes. »

LE GUENNEC (Louis), 1911, La chapelle de Lambader, Morlaix, Lajat, in-8°, 88 pages

La plus ancienne mention de la chapelle se trouve dans un acte de 1333; les documents conservés aux Archives du Finistère, et que M. Le Guennec a savamment commentés, remontent à 1432 : ils lui ont permis d'écrire une histoire complète de cet intéressant monument.

 — LE GUENNEC (Louis), 1911, "La chapelle de Lambader", in Vieux souvenirs bas-bretons, édition 1938 par Les Amis de Louis Le Guennec, Quimper.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_139/Vieux_Souvenirs_Bas_Bretons_.pdf

 

"On admire le magnifique jubé de chêne sculpté qui a fait le renom de Lambader. Sa large galerie, garnie de panneaux encastrés de motifs flamboyants, repose sur un chancel aux compartiments découpés et fouillés avec un art où l'habileté et l'imagination des huchiers de l'époque se sont donnés libre cours.

La présence des armoiries (une fasce ondée accompagnée de six besants) de Marc, seigneur de Troërin en 1481, sur ce splendide ouvrage ne prouve pas que ce personnage ait été le donateur . Le jubé de Lambader a très probablement été fait aux frais de la fabrique, et, si le seigneur de Troërin l'a timbré de son écusson, c'est au titre de simple prééminencier de la chapelle". (Le Guennec, Vieux souvenirs bas-bretons.)

 — LE GUENNEC (Louis), Morlaix et sa régionédité par Les Amis de Louis Le Guennec, Quimper.

"La célèbre chapelle de Lambader s'élève à un kilomètre au sud-ouest du bourg. La tradition y voit un établissement de moines Rouges ou de chevaliers Hospitaliers, qui auraient eu leur château à l'enceinte retranchée voisine de Castel-ar-Vouden, en Plouzévédé, mais l'abbé Guillotin de Corson, qui a publié, en 1896, dans le Bulletin de l'Association Bretonne, une intéressante étude sur la « Commanderie de La Feuillée et de ses annexes » en Cornouaille, Tréguier et le Léon, ne fait nulle mention de Lambader.

Le clocher de la chapelle de Lambader, haut de 57,48 mètres, est, des imitations du Creisker dans notre région, celle qui s'en rapproche le plus : aussi le dicton local s'exprime-t-il ainsi Ma vefe diskaret K re isker, Ne vo ket par da Lambader. Ce magnifique clocher, qui avait été mutilé par une tempête le 2 février 1836, et démoli l'année suivante, fut reconstruit en 1882, par Le Naour, entrepreneur à Quimper, qu'on a appelé le « bâtisseur de clochers». A la même époque, grâce aux dons généreux des familles Boscal de Réais et Audren de Kerdrel, on entreprit la restauration intérieure de la chapelle.

 

Le magnifique jubé, « l'expression la plus parfaite du travail sur bois » fut démonté et reconstitué avec un goût parfait par Denis Derrien, de Saint-Pol-de-Léon. C'est de ses ateliers que sortent les statues des douze Apôtres qu'on y remarque. « Le jubé de Lambader, dit le chanoine Abgrall (Cours d'architecture bretonne professé au Grand Séminaire de Quimper. ), est une large galerie portée sur une sorte de cloison aux compartiments découpés et fouillés avec la plus grande finesse. L'habileté et l'imagination des huchers de l'époque flamboyante s'y sont donné libre champ. C'est un fenestrage compliqué et néanmoins harmonieux, c'est une dentelle avec dessins variés et toujours pleins de grâce. Sur les torsades des deux montants de la porte étaient gravées des hermines ; le ciseau des révolutionnaires les a toutes mutilées comme des emblèmes dangereux. « La galerie est soutenue en encorbellement de chaque côté de ce chancel, par des nervures et des demi-berceaux. Des pendentifs représentent les anges portant des instruments de la Passion, et au milieu est un beau pélican qui nourrit ses petits de son sang. Un écusson tenu par un ange en pendentif, du côté du chœur, indiquerait que cet admirable ouvrage serait dû à la munificence de Marc de Troerin, époux en 1481 d'Isabeau de Kermellec. La balustrade de la galerie est garnie de panneaux encadrés de beaux motifs flamboyants, tandis que la décoration des panneaux eux-mêmes est dans le genre de la Renaissance. « Et dans tout cet ensemble, ce qu'on devra encore plus admirer, c'est le petit escalier à vis, qui monte au jubé dans l'angle nord, compris et disposé avec une élégance parfaite, indiquant la spirale de ses marches au moyen de ses gracieuses colonnettes. »

 

Aux murs du chœur sont suspendus des fers d'esclaves, ex-voto de croisés qui furent captifs chez les infidèles. On vénère à Lambader une belle statue en kersanton de Notre-Dame. Au bas de la chapelle sont de nombreuses statues mutilées, en granit, provenant de l'ancien Calvaire. La maîtresse vitre contenait un brillant vitrail de 1543, qui a été brisé vers 1845 et remplacé, dans sa partie basse, par une maçonnerie, et dans sa partie haute, par un voile rouge. On en voit quelques débris à la chapelle de Keruzoret, ainsi qu'un saint Christophe et un saint Trémeur portant sa tête entre ses mains."

PÉRENNÈS (Henri) 1943 Plouvorn Monographie de la paroisse, Rennes, Imprimerie du Nouvelliste, 1943, 86p., Réédition Le Livre d'histoire-Lorisse, Paris, 2004, 83p., p. 50-51.

http://www.infobretagne.com/plouvorn-chapelle-lambader.htm

—  REALS (Vicomte de, 1890, "La restauration de Lambader", in Bulletin archéologique de l'Association bretonne, 31e congrès tenu à Saint-Pol-de-Léon du 10 au 15 septembre 1888, Troisième série, Vol.8, Saint-Brieuc, Imprimerie-Librairie R. Prud'homme, 1890, 202p., p. 54-58. 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2074856/f95.image

LA RESTAURATION DE LAMBADER LETTRE De M. le Vicomte de Réals à M. le Vicomte DE LA VILLEMARQUÉ, Directeur

Troërin, le 3 septembre 1888.

MONSIEUR,

L'excursion archéologique, à laquelle vous devez consacrer une des journées du Congrès, vous conduira peut-être dans le voisinage de Plouvorn, et dans ce but je désire appeler votre attention sur notre ancienne chapelle de Lambader et son beau clocher, que nous regardons dans le pays comme digne d'intéresser le touriste. Que cette prétention soit fondée ou non, vous trouverez sans doute légitime que, administrateur de la commune de Plouvorn depuis de longues années, je tienne à effacer la mauvaise impression que peut laisser aux étrangers les reproches un peu vifs adressés par M. de Courcy, dans son excellent itinėraire de Nantes à Brest, à nos bons plouvorniens et à l'administration municipale de cette époque.

L'église priorale de Lambader, pourvue de huit arcades élégantes dans chacun de ses bas-côtés, est surmontée d'un clocher très beau, qui a beaucoup de ressemblance avec celui du Creisker à Saint-Pol-de-Léon. C'est une tour carrée, ornée d'une balustrade légère et surmontée d'une flèche élevée, de forme prismatique hexagonale, flanquée de 4 clochetons. La hauteur totale du clocher est de 57 mètres; il est absolument creux dans l'intérieur, et du sol on peut voir la pierre terminale ; l'escalier est à vis dans l'un des piliers.

Classée comme monument historique au commencement de ce siècle, la tour de Lambader dut être démolie en 1842, par mesure de sécurité publique. Un des clochetons était déjà tombé; la flèche elle-même était penchée et menaçait ruine. Pendant de longues années ses débris restèrent épars sur le sol ; la chapelle, toute lézardée et mal entretenue, ne semblait plus devoir résister longtemps aux outrages du temps, et le monument allait disparaître, lorsqu'en 1873, sur une demande du Conseil municipal que je présidais, l'évêque de Quimper, Mgr Nouvel, autorisa la reconstruction de l'édifice. Grâce à la pieuse générosité du clergé paroissial de Plouvorn et de ses habitants, tant châtelains que cultivateurs, grâce aussi à celle des nombreux prêtres nés dans la commune qui, à l'appel du recteur, M. Hillard, envoyèrent tous, sans exception, de belles offrandes, cette reconstruction a pu se faire presque uniquement au moyen de dons; et à part la restauration de la flèche, la fabrique n'y a contribué que pour une part très minime. Aussi les travaux, commencés en 1875, n'ont été terminés qu'en 1877 pour la chapelle et la base de la tour, et en 1881 pour la flèche .

La légende de Lambader est un peu obscure ; d'après la tradition populaire la plus accréditée, un seigneur breton, captif des Sarrasins, délivré par l'intercession de la sainte Vierge, aurait élevé la chapelle au lieu où il se trouva miraculeusement transporté sans savoir comment. Des chaines, que l'on voit encore suspendues des deux côtés du chour seraient celles du captif reconnaissant. D'après Fréminville, Lambader a été le siège d'une ancienne commanderie de Templiers. Il est en cela d'accord avec la tradition populaire qui rapporte que le prieuré de Lambader était autrefois occupé par des moines rouges. En effet, la chapelle n'était pas isolée, mais se rattachait, comme toutes les commanderies de templiers, à un ensemble de constructions dont les vestiges se retrouvent même aujourd'hui. C'est ainsi que, du côté ouest, une grande galerie, formant une voûte sous laquelle passait la route de Landivisiau à Saint-Pol-de-Léon et reliant la chapelle à une maison actuellement démolie, existait encore au commencement de ce siècle. Du côté nord, une deuxième galerie reliait aussi la tour avec une maison d'un style particulier, habitée maintenant par le sacristain. Cette deuxième galerie, qui n'a été détruite qu'en 1842, était terminée par deux anges avec exergue. Tout semble donc attribuer à Lambader une origine très ancienne. La dernière reconstruction en a fourni des preuves certaines. J'ai eu la direction de tous les travaux de Lambader ; j'ai ainsi suivi la démolition jour par jour et j'ai constaté que la chapelle était à sa quatrième reconstruction partielle ou totale. Dans les murs se trouvaient employés, comme moëllons, des fragments de pierres taillées pour former des pleins cintres du style roman grossier ; tandis qu'à côté se voyaient d'autres fragments du style gothique. Ni les uns, ni les autres de ces fragments n'avaient de rapport avec la chapelle que je faisais démolir; ils appartenaient à un édifice plus ancien encore. Dans deux autels en Kersanton, qui sont adossés aux piliers mitoyens de droite et de gauche de la nef, les ouvriers ont mis à découvert des ossements, et des pierres sur lesquelles étaient gravées, à l'un des autels la date de 1500, à l'autre celle de 1300. Enfin, dans les papiers de la famille de Troërin, famille fondue dans la maison de Réals, nous trouvons un acte de 1534 par lequel le seigneur de Troërin, à l'occasion d'une reconstruction du pignon sud de l'église, donne au prieur de Lambader un champ sis au terroir de Kerguidal. L'acte n'indique pas à quel ordre appartenait le prieur de Lambader. En reconnaissance de ce don, le dit prieur reconnut au seigneur de Troërin le droit à trois tombes dans la chapelle, plus le droit à la troisième arcade, plus le droit de placer ses armes dans trois endroits différents de l'église. Diverses tombes ont été découvertes pendant la démolition ; mais aucune inscription n'a permis de reconnaître quels étaient les personnages que recouvraient ces sépultures.

Dans l'intérieur de l'église, on remarque un jubé en bois de chêne, travaillé à jour, ainsi que la rampe de son escalier tournant qui est très admirée. C'est un réseau de sculptures et de fines dentelures du plus bel effet. Les motifs multiples de ce jubé sont du style flamboyant et ils reproduisent le dessin de la maitresse vitre. D'après les titres des Troërin, ce jubé fut donné à l'église en 1481, par Marc de Troërin, époux d'Isabeau de Kermellec; les armes du donateur sont soutenues par un ange formant l'un des pendentifs du jubé du côté du cheur; elles sont aussi reproduites, ainsi que celles de sa femme, au dessus de la porte du milieu.

Le corps du jubé qui fait face à l'autel, est orné de douze statues représentant les apôtres; sur la face opposée on remarque principalement un pélican qui, suivant l'allégorie connue, se perce le flanc; et, enfin, en forme de pendentifs, des anges portant les attributs de la passion.

A côté de la porte sud, la famille de Kerdrel a fait placer en 1876 un bénitier en Kersanton d'un joli travail : il porte les armes de la famille.

Dans le fond de la chapelle on a recueilli une trentaine de statues en pierres de taille qui doivent être les débris d'un ancien calvaire. Plusieurs de ces statues ont beaucoup d'expression dans la physionomie ; malheureusement presque toutes ont été mutilées pendant la révolution. Elles ressemblent comme travail aux statues du calvaire de Guimiliau et doivent être de la même époque.

Les pèlerins ne quittent jamais Lambader sans aller boire à la fontaine sise à deux mètres du pignon sud. La source, qui alimente cette fontaine, est située sous le maitre-autel.

Tels sont, Monsieur, les quelques renseignements que je puis fournir sur la chapelle de Lambader. Je serais heureux s'ils pouvaient vous être de quelque utilité. Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée."

Vicomte DE RÉALS.

 

— TUDCHENTIL, "Troërin de Kerjan, preuves pour la grande écurie (1744)

https://www.tudchentil.org/spip.php?article1260

 

— TUDCHENTIL, "Kermellec (de). Réformation de 1669.

http://www.tudchentil.org/spip.php?article949

L'UNIVERS. 27 septembre 1877 Inauguration de la chapelle restaurée sur l'initiative du recteur Hellard. Bénédiction par l'évêque en présence de la comtesse de Kerdrel. Promesse d'indulgence le jour du Pardon le lundi de Pentecôte.

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/chateau-de-keruzoret-plouvorn/0fabf1a2-bd3c-4ed6-ae2b-055ceffcfe5f

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— Wikipedia Chapelle Notre-Dame de Lambader

https://fr.wikipedia.org/wiki/Chapelle_Notre-Dame_de_Lambader

—Domaine de Troërin à Plouvorn

https://monumentum.fr/domaine-troerin-pa29000069.html

—Style des panneaux sculptés :

https://www.ecoutelebois.com/guide-amoureux-des-styles-de-mobilier-renaissance/

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Published by jean-yves cordier - dans Sculpture Chapelles bretonnes. Renaissance Jubé
26 février 2021 5 26 /02 /février /2021 12:20

L'arc de triomphe (1587, granite de Plounéour-Ménez et 1589, kersanton) de l'enclos paroissial de Saint-Thégonnec. Son Annonciation et son inscription en vers bretons.

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Sur cet enclos paroissial de Saint-Thégonnec, voir :

 

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PRÉSENTATION.

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Avant de partir pour Saint-Thégonnec, j'avais relu les bons auteurs.

— "Quatre grosses piles ornées de volutes ou consoles renversées que surmontent des lanternons à la fois trapus et  élégants. Les deux piles du milieu sont reliées par une arcade au-dessus de laquelle règne une galerie d’arcatures séparées par des pilastres à gaines et terminées par des frontons. À la hauteur de la galerie est la représentation du mystère de l’Annonciation ; d’un côté la Vierge agenouillée sur un prie-Dieu, de l’autre, l’archange Gabriel. Plus bas, dans la frise cette inscription : ITRON : MARIA . VIR . SICOVR NI . O . PET : HUANTEC. DON. RECOUR HUI.EN.QUENTAF. ADVOCADES EVIT. PECHER. HA. PECHE RES. - 1587. "Dame Marie de Vrai-Secours Nous vous prions ardemment de nous venir en aide. Vous êtes première avocate Pour pécheur et pécheresse"." (J.M. Abgrall 1904 , Architecture bretonne, p. 107.)

 

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Inscriptions gravées : Saint-Thégonnec J.M. Abgrall Congrès arch. France 1898 et Bull. SAF 1916 :

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— "L'arc triomphal, décoré de lanternons se compose de quatre pilastres formant trois ouvertures; la principale est surmontée de niches à frontons dont l'une contient la statuette du saint patron de la paroisse. Dans la frise centrale, on lit ce quatrain rimé, en moyen-breton, avec rimes internes, et la date 1587 : ITROVN MARIA. GVIR : SICOVR NI : HO. PET : CHV ANTEC : DON RECOVR HVI. EN : QVENTAF ADVOCADES EVIT : PECHER : HA : PECHERES. " (L. Le Guennec, Morlaix et sa région)

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"L'année qui précède l'entrée du duc de Merceur dans la Ligue contre Henri de Navarre, en 1587, la Porte Monumentale rompt définitivement avec les styles anciens : niches à coquilles, frontons triangulaires ou cintrés, volutes, lanternons à dômes, belles moulurations apportent à Saint-Thégonnec un esprit nouveau qui sera bridé un moment par les désordres de la Ligue. Mais après la pacification due à l'Edit de Nantes et à l'arrestation de brigands trop célèbres tels que Fontenelle, l'élan constructeur reprend. Les paysans de la région qui avaient pris prétexte des temps troublés pour faire justice de leurs griefs contre les nobles n'auront qu'un désir, bâtir leurs églises dans le style des châteaux." (Y.-P. Castel)

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— "Un élève du Maître de Guimiliau (1589). À frais nouveaux, la présente enquête commence du coté de la porte monumentale de l'enclos, dominée dans le ciel du fronton triangulaire par le Père Éternel. La date du monument, 1587, s'inscrit entre les cerfs de la légende de saint Thégonnec. Celui de gauche traîne une sorte de charrette. Une hache énigmatique se dresse près de celui de droite. L'inscription lapidaire entremêle selon l'usage breton assonances intérieures, rythmes et rimes : I[N]TRON. MARIA : GVIR SICOUR NI : HO : PET : HVANTEC : DON : RECO[VR] HVI ENQVE[NT]AF. ADVOCAD ES EVIT . PECHER : HA PECHERES. "Notre-Dame du Vrai-Secours , de tout cœur nous recourons à vous, la première avocate du péché et de la pécheresse".

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"À l'étage, on remarque peu l'Annonciation, l'ange Gabriel et la Vierge se faisant face de part et d'autre des niches centrales vides. Le groupe en pierre de kersanton ouvre la série statuaire de l'enclos. La date 1589, inédite à ce jour, gravée sur le pupitre de Marie, permet d'attribuer l'œuvre à l'atelier du Maître de Guimiliau, l'auteur du célèbre calvaire. Le Maître y travailla de 1581 à 1588, à en croire les dates gravées sur celui-ci. L'Annonciation de Guimiliau et celle de Saint-Thégonnec sont indubitablement de la même main. Les prie-Dieu sont identiques, les vases de fleurs ont les mêmes anses à large volutes, les panses sont ornées de canaux et de godrons similaires, les bouquets, dans leur stylisation, se ressemblent. Le traitement des visages ne laisse, lui non plus, aucun doute sur l'étroite parenté des deux groupes. Celui de Saint-Thégonnec, précisément daté avons-nous dit, de 1589, vient ainsi éclairer l'histoire du calvaire de Saint-Thégonnec et réfuter l'idée d'une réfection moderne importante avancée par différents auteurs, dont R. Couffon suivi par V.-H. Debidour." (Castel in Roudaut p. 81-83)

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"La porte triomphale — ou arc de triomphe —, à l’entrée de l’enclos, est un édifice de style Renaissance en granite de Plounéour-Ménez réalisé dans l’atelier du château de Kerjean entre 1587 et 1589. Elle est composée de quatre piliers massifs surmontés de lanternes cubiques et de lanternons. Deux échaliers relient les piliers extérieurs et l’entrée centrale est faite d’un arc en plein cintre fermé à l’époque par une grille. L’arc est orné de trois statues en Kersanton : à droite Notre-Dame du Vrai Secours, à gauche l’archange Gabriel et au centre Dieu le père entouré de deux canons.  L'arc de triomphe est classé monument historique depuis 1914. Le mur de cimetière attenant est, quant à lui, classé en 1928." (Wikipedia)

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"L'arc de triomphe date de 1587 et se compose d'une grande arcade entre deux pylônes. C'est l'un des premiers ouvrages de ce type destiné à donner une entrée monumentale au cimetière." (Base Mérimée)

 

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J'arrive donc un bon matin en me frottant les mains, car j'ai au menu une inscription lapidaire (moi qui adore ça), une Annonciation (que je pourrais comparer à celles que j'ai photographiées dans la même situation de chaque coté d'une porte monumentale ou d'un porche), et l'arc de triomphe lui-même, avec, là encore, des perspectives de comparaison stylistiques avec les mêmes monuments des enclos voisins.

Mais une visite touristique, vous savez ce que c'est, dépend beaucoup de l'heure, de la lumière, de l'humeur du visiteur et de l'éveil variable de son regard. Saurai-je voir ? Le soleil, l'ombre ou la pluie voudront-ils me montrer ce que recèlent les pierres ?

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Enclos paroissial de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Enclos paroissial de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Porte monumentale de l'enclos paroissial de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Porte monumentale de l'enclos paroissial de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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On lit souvent que les portes monumentales de nos enclos sont nommées en breton (à Sizun) Porz ar maro, "Porte de la mort", car elles marquent l'entrée du cimetière, mais avant d'en attribuer la présence  à je ne sais quel atavisme bas-breton, ou quelque réminiscence celte peut-être, on se souviendra que les architectes de la Renaissance, soucieux de s'inspirer des arcs de triomphe antique pour marquer l'entrée de leurs villes ou des châteaux, après que les peintres italiens comme Botticelli ou Mantegna aient réalisé des structures provisoires pour célébrer les entrées triomphales des princes et prélats dans leurs villes, ont créé de tels monuments, ou en ont proposé les modèles dans leurs traités. Les exemples sont nombreux. Philibert De L'Orme s'inspira de l'arc de triomphe de Septime Sévère pour le tombeau de François Ier et Claude de France à Saint-Denis (1558). Ou pour l'entrée du château d'Anet.

 

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Voici comment Yves Pauwels présente le Quinque et viginti exempla arcum ("25 exemples d'arcs") publié par Androuet du Cerceau en 1549 :

 

"Ce recueil de gravures compte parmi les publications les plus précoces de Jacques Androuet du Cerceau. Il a été composé dans le contexte de l’avènement de Henri II et des nombreuses entrées solennelles que le nouveau roi allait faire dans ses villes. Lyon avait donné l’exemple en 1548, et, en 1549, l’année même de la parution de l’ouvrage, c’est Paris qui offrait au jeune monarque une mémorable cérémonie. Les arcs de triomphe devenus indispensables au décorum de ces fêtes, il était plus qu’opportun d’en proposer des modèles. L’ouvrage donc se présente comme une anthologie d’exempla, variations sur le thème de l’arc de triomphe. De ce point de vue, il revêt une importance considérable, que peu d’historiens de l’art ont remarquée. En effet, en 1549, l’arc de triomphe vient à peine de faire son apparition dans l’architecture française. Le frontispice de l’aile principale d’Anet est encore en chantier, de même que les avant-corps de la cour du Louvre; ceux d’Écouen sont, au mieux, à l’état de projet. Mais de superbes exemples, sans doute dessinés par Serlio, avaient embelli les rues de Lyon en 1548, lors de l’entrée de Henri II. Et l’année même de la parution du recueil d’Androuet du Cerceau, Jean Martin et Jean Goujon préparaient pour les fêtes parisiennes plusieurs arcs inspirés de modèles serliens. L’arc à l’antique, par ses référents symboliques, historiques et culturels, était ainsi consacré comme le lieu commun par excellence d’une nouvelle architecture qui aspire au plus haut niveau de l’expression, celui du sublime. Or, 1549 est aussi l’année de la publication de la Défense et Illustration de la langue française par Joachim du Bellay ; celle du premier livre des Odes de Ronsard est imminente. La consécration du thème architectural va de pair avec celle d’une nouvelle poésie, celle de la Pléiade, dont l’ambition est la même : élever la littérature française au niveau du grand style, celui des odes ou de l’épopée. Avec une grande perspicacité, du Cerceau a senti l’évolution de l’art de bâtir, et son petit recueil s’inscrit parfaitement dans le grand mouvement de renouvellement qui bouleverse l’architecture française dans les années cruciales de l’avènement de Henri II." (Y. Pauwels 2007)

Dans cet ouvrage, après les arcs romains (arcs de Titus, de Septime-Sévère, de Constantin), et les arcs italiens (arcs d’Ancône, de Vérone, de Bénévent, de Pola, de Suse, de Ravenne), viennent les arcs « inventés » par du Cerceau, une suite de modèles classés selon la succession des ordres, trois doriques, deux ioniques, huit corinthiens, un « sus l’ordre corinthe » et deux de l’ordre salomonique. 

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Mais chacun de ces modèles voit son "ordre" déterminé par les caractères de ses colonnes, or, l'arc de triomphe que j'ai sous les yeux à Saint-Thégonnec ne présente aucune colonne. Seules deux consoles, de part et d'autre de l'arcature, sont cannelées comme des triglyphes doriques. La face nord est encore plus dépouillée.

 

"À la même époque, en 1587, s'élève à Saint-Thégonnec un arc très différent des précédents. Ici, quatre piliers de grande épaisseur sont amortis par de puissantes volutes en consoles renversées et couronnées de doubles lanternons. Ils déterminent trois passages, dont ceux des extrémités fermés par des échaliers, tandis qu'entre les deux piles centrales, formant l'entrée principale, est bandée une arcade à claveaux rustiques. Celle-ci supporte un attique décoré de quatre niches ornées de la coquille de Kerjean et séparées par des pilastres. Trois frontons surmontés, comme des lanternons, de nombreuses boules godronnées, le couronnent. De part et d'autre, ainsi qu'à La Martyre, se voit le groupe de l'Annonciation. L'ensemble, extrêmement lourd et d'une ornementation compliquée, ne manque cependant pas d'originalité et a probablement servi d'inspiration à l'entrée de Plounéour-Ménez où toute décoration a été bannie, exceptée les niches ornées de la coquille si particulière à Kerjean, et, plus tard mais très simplifiée et sans arcades, à celles de Bodilis et de Plouzévédé (1771).» (R. Couffon 1948)

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Pourtant, à Sizun,  quatre colonnes corinthiennes séparent les trois arcades de la porte monumentale (vers 1588) .

"À Sizun vers 1588 l'arc de Sizun également de style classique, est composé de trois arcades, en plein cintre et à claveaux rustiques, séparées par des colonnes corinthiennes. Celles-ci supportent un entablement correspondant à la coursière, qui subsiste et a conservé sont autel et son petit calvaire.. L'ensemble, bien qu'un peu lourd et de proportions moins bonnes que l'arc de Berven, ne manque cependant pas de caractère monumental et est le meilleur spécimen des portails complets de style classique subsistants en Léon." (R. Couffon)

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Arc de triomphe de Sizun photo yfernyen wikipedia

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L'arc de triomphe de Lampaul-Guimiliau, avec sa seule arcade, dispose aussi de deux colonnes corinthiennes.

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Arc de triomphe de Lampaul-Guimiliau (1668). Photo lavieb-aile.

 

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On comparera encore cette porte monumentale de Saint-Thégonnec avec l'entrée du château de Kerjean en Saint-Vougay, avec ses deux arches inégales et sa galerie couverte reliant la chapelle et la chambre des archives. Les deux portes (cochère et piétonne) sont flanquées de trois pilastres doriques cannelées, reposant sur des bases en saillie.

 

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Entrée du château de Kerjean (vers 1571). Photo lavieb-aile.

 

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L'arcade principale de la porte (1652) de l'enclos  d'Argol, en Presqu'île de Crozon, est également encadrée par deux pilastres cannelés

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Arc de triomphe d'Argol. Photo lavieb-aile.

 

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À la chapelle Notre-Dame de Berven en Plouzévédé, l'arc de triomphe a été réalisé entre 1575 et 1580 par l'atelier de Kerjean. Trois larges arcades en plein cintre, séparées par des colonnes corinthiennes, supportent une plateforme dont le couronnement n'a pas été achevé ou a été détruit.

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Arc de triomphe de N.-. de Berven. Photo Wikipedia.

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L'arc de Guimiliau, très modeste, est une large porte à arcade, surmontée d'un fronton courbe : une Vierge à l'Enfant le domine, entourée des deux cavaliers provenant d'un calvaire. Il est attribué (Le Seac'h) au Maître de Saint-Thégonnec, auteur du calvaire éponyme en 1610. Il est dépourvu de colonnes.

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Arc de triomphe de Guimiliau. Photo lavieb-aile.

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Très simple, sans colonne, mais à trois arches est l'arc de triomphe de Plounéour-Ménez.

 

 

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Porte d'entrée de Plounéour-Ménez. Photo Wikipedia.

 

 

 

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Enfin, l'arc d'entrée de La Martyre n'est citée que pour mémoire, puisque ce monument du début du XVIe siècle (v. 1520) est de style gothique flamboyant. 

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Après ce tour d'horizon comparatif, reprenons notre visite. Remarquons par exemple six niches à coquilles dépourvues de statues, mais aussi les canons qui font office de gargouilles, et qui sont plus habituels au sommet des tours de nos clochers.

 

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Porte monumentale de l'enclos paroissial de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Porte monumentale de l'enclos paroissial de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Porte monumentale de l'enclos paroissial de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Porte monumentale de l'enclos paroissial de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Porte monumentale de l'enclos paroissial de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Porte monumentale de l'enclos paroissial de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Porte monumentale de l'enclos paroissial de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Porte monumentale de l'enclos paroissial de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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Dans la niche centrale, Dieu le Père tient l'orbe. Kersanton, Émule du Maître de Guimiliau, 1589.

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Dieu le Père coiffé de la  tiare, barbu, vêtu de la chape sur une tunique plissé, bénit le globe, bien installé sur son nuage.

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Porte monumentale de l'enclos paroissial de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Porte monumentale de l'enclos paroissial de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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L'Ange de l'Annonciation. Kersanton, Émule du Maître de Guimiliau, 1589.

 

"La présence d'un groupe de l'Annonciation sur l'arc de triomphe est-elle symbolique ? Il est difficile de se prononcer à ce sujet, La Martyre étant dédiée à Notre-Dame et Saint-Thégonnec à Notre-Dame-du Vrai-Secours. Cependant, le fait que ce groupe surmonte certains porches, tels ceux de Pleyben, dont l'église est dédiée à Saint-Germain, ou de Bodilis, et que sur d'autres, tels que Landivisiau, où il n'y a pas d'arc de triomphe, on trouve l'invocation Memento Mei Mater Dei Pax Vobis parait en faveur d'un symbole. On sait que les prières de l'Annonciation sont une invocation à Dieu qui s'est incarnée dans le sein de la sainte Vierge  : Omnipotens sempiterne Deus, qui terrenis corporibus verbi tui veritatem per venerabilem  Mariam conjungui voluisti, petimus immensam clementiam tuam ut quod in ejus veneratione deposcimus, te propiciante, mereamur consequi." (R. Couffon)

 

"Saint-Thégonnec s'offre le luxe de deux Annonciations. La première est à l'entrée de l'enclos sur la corniche de la porte monumentale. La date de 1589, inscrite au bas du pupitre de la Vierge, de même que le style quelque peu fruste de la sculpture indiquent que l'oeuvre, qui fut commandée au temps du fabrique F. Mazé, est de la main de l'émule anonyme du Maître de Guimiliau." (Y.-P. Castel 2001)

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Les deux personnages de l'Annonciation sont installés un peu à l'étroit entre deux piliers cannelés, comme s'ils n'occupaient pas leur place initiale. 

Nous parvenons mal à lire l'inscription du socle : F : MAZE. Elle a été relevée par Y.-P. Castel .

Ce possible François Mazé était un donateur (ou le fabricien), et il appartenait peut-être à la même famille que Jean Mazé qui, avec son épouse Jeanne Inizan, ont offert la statue de saint Jean sculptée en 1625 pour la niche gauche du porche.

La date de 1585 est trop précoce pour trouver mention de ce François Mazé dans les registres paroissiaux. À défaut, voici une Françoise Mazé née vers 1585 à Saint-Thégonnec.

L'archange Gabriel, qui fléchit le genou en signe de salutation,  est vêtu d'une tunique plissée bouffante au dessus d'un cordon dissimulé. Sur cette tunique s'entrecroisent deux bandes dont je ne comprends pas l'utilité. La main droite (qui faisait le geste de salutation) est brisée, tandis que la main gauche tient le bâton ou rouleau sur lequel s'enroule un phylactère. Nous devinons son texte : AVE GRATIA PLENA.

Le visage, encadré par une chevelure frisée en boules (comme au bon vieux temps des anges du Maître du Folgoët au XVe siècle), est peu expressif, avec son front lisse, sa petite bouche triste, et ses yeux éteints. Ceux-ci, en amande, sont ourlés d'une paupière, signe qui distingue l'Émule du Maître de Guimiliau.

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Annonciation (kersanton, Émule du Maître de Guimiliau, 1589), porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (kersanton, Émule du Maître de Guimiliau, 1589), porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (kersanton, Émule du Maître de Guimiliau, 1589), porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (kersanton, Émule du Maître de Guimiliau, 1589), porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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La Vierge de l'Annonciation (kersanton, Émule du Maître de Guimiliau, 1589).

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Annonciation (kersanton, Émule du Maître de Guimiliau, 1589), porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (kersanton, Émule du Maître de Guimiliau, 1589), porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (kersanton, Émule du Maître de Guimiliau, 1589), porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (kersanton, Émule du Maître de Guimiliau, 1589), porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (kersanton, Émule du Maître de Guimiliau, 1589), porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (kersanton, Émule du Maître de Guimiliau, 1589), porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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COMPARATIF DES ANNONCIATIONS.

On remarquera que ces Annonciations sont souvent placées, comme ici à Saint-Thégonnec, sous un Père Éternel (Rumengol, calvaire de Pleyben, etc.).

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Annonciation du calvaire de Tronoën vers 1450.

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Annonciation du calvaire de Tronoën (v. 1450). Photo lavieb-aile.

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Le Faou, Porche de Rumengol.

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Annonciation du porche de Rumengol. Photo lavieb-aile.

 

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Landrévarzec, chapelle de Quilinen, tympan du porche.

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Annonciation de la chapelle de Quilinen, calcaire polychrome. Photo lavieb-aile.

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Groupe de La Martyre : les statues sont posées de chaque coté de l'arc triomphal.

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Ange de l'Annonciation (kersanton), arc de triomphe de La Martyre. Photo lavieb-aile.

 

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Vierge de l'Annonciation (kersanton)), arc de triomphe de La Martyre. Photo lavieb-aile.

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Pencran, contre un pilier à l'intérieur de l'église.

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Annonciation, Pencran. Photo lavieb-aile.

 

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Pleyben, porche sud, kersanton, atelier des Prigent vers 1555.

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Ange Gabriel, Porche de Pleyben. Photographie lavieb-aile.

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Vierge de l'Annonciation, porche de Pleyben. Photo lavieb-aile.

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Calvaire de Pleyben (kersanton, Prigent, 1555).

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Annonciation du calvaire (Prigent, 1555) de Pleyben. Photographie lavieb-aile.

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Annonciation du calvaire de Plougonven, Prigent 1554.

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Annonciation (kersanton, Prigent, 1554) du calvaire de Plougonven. Photo lavieb-aile.

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Annonciation du calvaire de Plougastel, Maître de Plougastel, 1602-1604.

https://www.lavieb-aile.com/2020/04/la-fin-d-une-epidemie-le-calvaire-monumental-de-plougastel.html

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Groupe de Bodilis, dans les niches du grand porche sud de Bodilis. Ange Gabriel :Maître de Plougastel, vers 1610. Vierge : Roland Doré.

 

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Ange de l'Annonciation (kersanton, Maître de Plougastel, vers 1610), porche de Bodilis. Photo lavieb-aile.

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Vierge de l'Annonciation (kersanton, Roland Doré), porche de Bodilis. Photographie lavieb-aile.

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A Bodilis, Roland Doré a sculpté à part le vase fleuri enrubanné des paroles de la Vierge : Ecce ancilla Domini [fiat mihi secun]dum verbum tuum.

 

Annonciation (kersanton, Roland Doré) du porche de Bodilis. Photo lavieb-aile.

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Porche de Saint-Thégonnec, Roland Doré, vers 1625-1630.

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Ange Gabriel (kersanton, Roland Doré, v. 1625-1630), porche de Saint-Thégonnec. Photo lavieb-aile.

 

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Vierge de l'Annonciation (kersanton, Roland Doré, v. 1625-1630). Photo lavieb-aile.

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L'inscription en breton. Granite de Plounéour-Ménez, 1587.

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Elle est de lecture ingrate, car elle est gravée sur le granite (et non sculptée en réserve sur le kersanton mieux résistant à l'altération), et qu'elle est répartie sur trois blocs de pierre en situation orthogonale, ce qui ne permet pas le meilleur éclairage, à jour frisant.

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1. Sous l'ange Gabriel :

ITRON MARIAG

VIR SICOVRNI : H

Nota bene : la lettre H a échappé à de nombreux auteurs, elle se poursuit sur le deuxième blog (HO).

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Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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2. Sur l'entablement.

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O : PET : HVANT/EC : DON ; RECO[VR]/  [-] /  HVI : EN : QVE[NT]AF : ADVOCAD 

 

(je n'ai pu vérifier l'exactitude de la ponctuation par les deux-points) .

 

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Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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a) du coté gauche :

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 O : PET : HVANT

EC : DON : RECO

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Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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b) Du coté droit :

 

VR HVI : EN : QVE

NTAF : ADVOCAD

La lecture de la partie gauche est fondée sur les témoignages du chanoine Abgrall, car je ne la déchiffre pas, sous l'éclairage de mon cliché.

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Y.-P. Castel a lu

HVI ENQVE

AF ADVOCAD 

et restitue les lettres manquantes : RECO // [VR] HVI ENQVE[ENT]AF ADVOCAD/ES EVIT

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Le relevé d'Abgrall publié par F. Loth puis E. Ernault (cf. Infra)  semble très précis, mais comporte plusieurs erreurs ou lacunes. 

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Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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c) Au centre : La date de 1587 entourée du chariot et du cerf de saint Thégonnec.

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1587 : §-  (il reste à déchiffrer les deux signes qui suivent le deux-points, là où Castel parle d'une sorte de hache).

La légende du cerf de saint Thégonnec est rapportée par Quiniou ; on retrouve le motif du chariot rempli de pierres pour la construction de l'église sous la statue du saint patron de la paroisse, en haut du porche sud, ainsi que sur la niche à volet de l'intérieur de l'église, bas-coté nord.

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Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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3. Sous la Vierge.

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ES EVIT : PECH

ER : HA : PECHEREZ

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Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Inscription, (granite de Plounéour-Ménez, 1587), de la porte monumentale de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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Au total, cette inscription se lit ainsi : Itron Maria gvir sicovr ni ho pet hvantec don recovr hvi en quentaf advocates evit pecher ha pecherez.

qui est transcrite ainsi pour souligner la  versification:

Itron Maria gvir sicour

ni ho pet huantec don recour

hui en quentaf advocatez

evit pecher ha pecherez

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"Dame Marie de Vrai-Secours

De tout cœur à vous nous avons recours.

Vous êtes première avocate

Du pécheur et de la pécheresse"

 

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Qui est "Dame Marie de Vrai-Secours ?"

Sainte Marie du Vrai Secours, ou Notre-Dame du Vrai-Secours,  est invoquée ou vénérée à diverses lieux et sous des vocables ou tournures bretonnes proches, telles que Itron Varia wir sikour, , Itron Varia 'wir Zikour, Itron Varia vir Zicour, etc.

Dans le Finistère.

-Elle est sans doute assimilable à Notre-Dame du Bon Secours, qui était vénérée à la chapelle de Pont-Christ. Cette chapelle étant tombée en ruine, la statue est conservée en l'église de La Roche-Maurice.

https://www.lavieb-aile.com/2017/09/le-retable-de-notre-dame-du-bon-secours-eglise-de-la-roche-maurice-29.html

-On sait qu'en 1518, Tanguy du Chastel avait fondé à Landunvez, au bourg de Kersent,  la collégiale Itron-Varia-Vir-Zikour, desservie par 6 chanoines. 

 

http://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/76512f46e94362f54f58a48512632e86.pdf

Abbé J.M. Gueguen, Landunvez en 1685,  BDHA 1924

- À Pleyben, existe la chapelle Notre-Dame-de-Vrai-Secours à Guenily

https://www.lavieb-aile.com/2019/08/la-chapelle-de-guenily-en-pleyben.html

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/chapelle-notre-dame-de-vrai-secours/a3d69028-8bf1-4168-b0f6-0611b06da852

-À Ploéven, la chapelle Saint-Nicodème renferme une statue en bois du XVIIe siècle de Itron Varia a Sikour.

https://www.lavieb-aile.com/2019/06/ploeven-xii-chapelle-saint-nicodeme-les-statues-de-la-vierge-et-de-saint-nicodeme.html

 

Chapelle Notre Dame de Bon Secours Quéven Chapel Itron-Varia Gwir-Sikour Kewenn vallée du Scorff

https://www.queven.com/wp-content/uploads/2018/11/2_ND_de_Bon_secours_Queven.pdf

Saint-Nicodème à Ploéven

 

https://books.google.fr/books?id=iL9HAQAAMAAJ&pg=PA242&lpg=PA242&dq=%22Varia+gwir+sikour%22&source=bl&ots=KNgH9cpscL&sig=ACfU3U24mOOIOq7TZii13BVxOGE3bt7nCw&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwj_ydn2ufnuAhX14uAKHXF0D384FBDoATAHegQICBAD#v=onepage&q=%22Varia%20gwir%20sikour%22&f=false

- À Pont-L'Abbé, le retable de la chapelle Saint-Jacques de l'église Notre-Dame des Carmes lui est dédiée avec l'inscription Itron Varia gwir Zicour pedit evidomp.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:074_Notre-Dame_des_Carmes_Autel_et_retable_de_la_chapelle_Saint-Jacques.JPG

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Côtes d'Armor.

On trouve là le célèbre pardon Itron Varia Gwir Sikour de la basilique de Guingamp, institué en 1650.

À  Plounez en Paimpol a lieu également un pardon qui lui est dédié.

https://saint-brieuc.maville.com/actu/actudet_-paimpol.-pardon-de-plounez-la-procession-en-video_5-3241251_actu.Htm

Dans les autres départements, l'enquête pourrait être plus approfondie, je ne citerai que la chapelle Notre-Dame de-Vrai-Secours de  Plouay (56), datant de la 1ère moitié du  XVIe, la chapelle Notre-Dame de Bon Secours (Itron Varia Gwir-Sikour de Quéven (vallée du Scorff), et la statue de l'église de Pluviner.

http://www.pluvigner.fr/eglise-paroissiale-saint-guigner/

https://www.queven.com/wp-content/uploads/2018/11/2_ND_de_Bon_secours_Queven.pdf

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/chapelle-notre-dame-de-vrai-secours/c87a19d4-b466-4646-9762-dbc022fa4a09

 

Voir plus largement:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Notre-Dame-de-Bon-Secours

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Étude linguistique.

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1°) Cette inscription a été étudiée par Emile Ernault dans L'ancien vers breton, exposé sommaire, H. Champion 1912, dans son paragraphe 36.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_163/LAncien_Vers_Breton__.pdf

 

Ernault §36.

« Mais il y a aussi des quatrains sur 2 rimes plates, où toutes les rimes internes sont indépendantes. Telle est l'inscription de Saint-Thégonnec, datée de 1587, en caractères épigraphiques. Tous les u sont écrits v, et la plupart des mots séparés par deux points.

M. Loth l'a transcrit et traduit ainsi (Annales de Bretagne, XI, 272) :

Itron Maria vir sicour

Ni o pet huantec don recour

Hui en quentaff advocades

Evit pecher ha pecheres.

« Madame Marie de vrai secours, nous vous prions ardemment de nous secourir, vous en premier avocate pour pécheur et pécheresse ».

Mais la rime et la grammaire exigent qu'on coupe les syllabes MARIA :

Itron Mari a a vir si-cour.

Vir ou wir est une mutation de guir amenée par la préposition a, et notée exceptionnellement ; cf. la rime de maru mort (marv ou marw) à mar gwenn si blanc (marv-enn ou mar w-enn), Mirouer, 316.Ilest très probable aussi que le 3ème vers veut dire : "Vous êtes la première avocate". Voir Rev. Celt. XVIII, 310-312 et plus loin §38."

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E. Ernault écrit effectivement dans son §38 un passage qui nous concerne:

"Les Heures (*) ont plusieurs vers de 9 syllabes, par exemple p. 45 :

Huy so en pep stat ad-uocad-ez

Eguit pep pechezr ha pechezrez

"Vous êtes de toute façon avocate pour tout pécheur et toute pécheresse."

Le premier vers peut n'avoir que 8 syllabes à cause de la rencontre des voyelles dans so en. C'est une variante, mieux rimée, de l'inscription du §36. Il y en a encore une,  page 170  du  Doctrinal (**)

Da pep pec'hezr ha pec'hezres

Ezeo haznad Advocates

"À chaque pécheur et pécheresse, elle est, comme on sait, avocate"

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(*) Les Heures bretonnes à l'usage de Quimper de Gilles de Kerampuil, v.1535 ?, curé de Cléden-Poher et chanoine de Carhaix, auteur du premier catéchisme en breton publié à Paris en 1576. Publiées selon Ernault à Calcutta par Whitley Stockes avec un glossaire et une traduction sous le titre Middle-Breton Hours en 1876.

(**)Le Doctrinal ar christenien est un recueil de cantiques publié par Malassis à Brest en 1688. (Selon J.-F. Courouau, les approbations datées de 1645 et 1646 peuvent faire penser à une édition antérieure réalisée dans l'atelier de Georges Allienne à Morlaix)

 

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2°) Emile Ernault me met sur la piste de l'article de M. Loth en 1896, Annales de Bretagne XII p.271-272, L'inscription bretonne de Saint-Thégonnec.

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"M. Pol de Courcy dans son volume De Rennes à Brest, p. 282, a lu et traduit ainsi qu'il suit l'inscription bretonne qui se trouve sur l'arc de triomphe à l'entrée du cimetière de Saint-

Thégonnec :

Itron Maria a guir sicour, ni o ped

C'huantec da récéo or hégen guenta

Advocates evit péc'her a péc'hérés

 

« Madame Marie de Bon-Secours, nous vous prions avec ardeur de recevoir notre premier bœuf , avocate pour le pécheur et la pécheresse. »

 

Ce don d'un bœuf et surtout d'un premier bœuf à la Vierge était passablement étrange, sans parler du breton qui ne pouvait être du XVIe siècle, époque de l'inscription. M. l'abbé Abgrall, l'archéologue bien connu, qui, comme il me l'écrit, s'était souvent demandé ce que le premier bœuf avait à faire dans cette histoire, passant dernièrement à Saint-Thégonnec, a voulu en avoir le cœur net. Voici la copie qu'il a bien voulu m'adresser de l'inscription telle qu'elle se trouve disposée :

Itron maria vir sicour

Ni o pet huantec don recour

Hui en quentaf advocades

Evit pecher ha pecheres.

 

« Dame Marie de vrai secour,

Nous vous prions ardemment (1) de nous secourir

Vous en premier avocate

Pour pécheur et pécheresse. »

 

Recour est employé en moyen-breton dans le sens de sauver et guérir. C'est un substantif en même temps qu'un verbe.

En quentaff est également très connu en moyen-breton.

Bon nombre d'inscriptions bretonnes ont été mal lues, et, par conséquent, mal comprises. Personne ne serait plus capable que M. I'abbé Abgrall de les reviser.

(1) Huantec, écrit aujourd'hui à la léonarde, c'hoantec signifie proprement avec envie, avec zèle : c'hoantec er grinn, je le ferai avec grand plaisir."

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3°) On peut lire aussi l'article d'Emile Ernault "La particule bretonne en, ent, ez" dans la Revue Celtique de 1870 page 308-314 :

https://archive.org/details/revueceltique18pari/page/310/mode/2up

Je le transcris ici, comme pour les deux articles précédents, depuis la publication originale (ceux qui se sont livrés à ce genre d'exercice savent son ingratitude monacale et le temps qu'on y consacre ; ou aux risques qui y sont pris de laisser passer une erreur). Cela a le mérite de montrer comment nos ancêtres sont su être attentifs à la valeur documentaire de l'inscription de Saint-Thégonnec :

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"LA PARTICULE BRETONNE EN, ENT, EZ

I . Dans son livre De Rennes à Brest, M. Pol de Courcy avait publié et traduit ainsi l'inscription bretonne qui se trouve sur un arc de triomphe daté de 1587, à l'entrée du cimetière de Saint-Thégonnec (arrondissement de Morlaix, Finistère) :

Itron Maria a guir sicour, ni o ped,

C'huantec da récèo or hegen guenta

Advocates evit pec'her a pèc'hèrés.

« Madame Marie de Bon-Secours, nous vous prions avec ardeur de recevoir notre premier bœuf, avocate pour le pécheur et la pécheresse. »

M. l'abbé Abgrall s'était souvent demandé ce que venait faire là ce « premier bœuf », qui n'est guère, en effet, moins fantastique que les « loups-garous » de l'inscription de Bon-Repos (voir Mélusine, III, 92, 93 ; Revue Celtique, VII, 278, 279; IX, 289; Annales de Bretagne, II, 259, 260).

Pour tirer la chose au clair, le savant archéologue breton a pris le bon parti de voir l'inscription de Saint-Thégonnec, et d'en envoyer une copie à M. Loth, qui vient d'en publier dans les Annales de Bretagne, XII, 271, 272, un fac-similé suivi d'une transcription courante et d'une traduction ; voici ces deux dernières :

Itron maria vir sicour

Ni o pet huantec don recour

Hui en quentaff advocades

Evit pecher ha pecheres.

« Dame Marie de vrai secours — nous vous prions ardemment de nous secourir — vous en premier avocate — pour pécheur et pécheresse. »

Les changements opérés par la transcription ont consisté à substituer l' u voyelle au v épigraphique dans sicour, huantec, recour, hui, quentaf, et à séparer les deux mots hui et en, entre lesquels le signe  : a été omis.

Ces changements sont justifiés, mais insuffisants. Si la langue exige qu'on coupe hvi : en, la versification ne demande pas moins impérieusement la leçon mari : a, ce qui donne au premier vers

Itron Mari a vir sicour avec rime intérieure régulière (Mari, si-cour).

Nous avons ici un nouvel exemple d'adoucissement noté dans l'écriture après la préposition a, contrairement à l'usage le plus général en moyen-breton (cf. Dict. étym., v. a 2).

Au 2ème vers, huantec est une nouvelle forme graphique de hoantec, désireux, ardent, les mots de cette famille sont écrits ainsi en moyen breton, sauf houantaat, désirer, houanta, il désire, dans les Middle-Breton Hours, 14, 15.

Au vers 3, la rime intérieure est constituée par deux syllabes du même mot, ad-vocad-es ; disposition relativement rare, cf. mon édition de Sainte-Barbe, p. vii; Rev. Celt., XIII, 233,237.

2. Le sens de ce 3ème vers me paraît être: « C'est vous la première avocate. » La forme en, combinaison de eu, e, c'est, avec an, le, la, les, est connue en breton moyen, on en trouvera trois exemples empruntés à trois sources distinctes, et un autre de la variante enn ,Dict. Etym., v. eu.

M. Loth dit que en quentaff « en premier » est « très connu en moyen-breton », ce qui me semble au moins exagéré. Je n'en ai noté aucun exemple. L'adverbe de quentaff était da quentaff, usité encore de nos jours : léon. da geñta, tréc. de géntañ, van. de getañ ; tandis que l'expression en quentaff n'a donné lieu à aucune forme moderne à moi connue. Je ne vois pas non plus qu'on ait jamais écrit * en eil comme en gall. yn ail, secondement; aujourd'hui on dit d'an cil, van. d'en eil.

Je ne nie pas la possibilité d'une locution adverbiale * en quentaff = gall. yn gyntaf; mais, jusqu'à ce qu'on en ait cité un exemple moins contestable, son existence me paraîtra douteuse. Comment une telle formule, qui fournissait aux poètes la précieuse ressource de deux rimes intérieures des plus commodes, en en ou ent, n'a-t-elle pas été plus souvent utilisée par eux, qui ont maintes fois mis da quentaff au bout de leurs vers ?

Ils avaient, en effet, pour la particule adverbiale, le choix entre les trois formes de même origine en, ent et ez (Gloss. moyen-bret., 2* éd., v. en 6).

3. Ce dernier point n'est pas admis par M. Loth, qui assimile ez au gallois ys, « il est », Chrestom. bret., 479 ; Rev. Celt., VIII, 16; XVII, 440, et même à ce dernier endroit l'écrit en conséquence es.

Je n'ai nulle part noté, ni vu noter avec référence cette variante *es, qui pourtant, si le mot est le v.-bret. is, devrait être, non l'exception, mais la règle.

Au point de vue du sens, le rapport signalé entre ez et le gallois ys n'a rien de convaincant, cf. Rev. Celt., XI, 356; des deux phrases galloises citées par M. Loth, il n'y en a qu'une où ys puisse être rendu en breton par ez, mais c'est une conséquence de la synonymie de deux expressions grammaticalement différentes: « oui, c'est vrai », et « oui, vraiment ». L'accord serait autrement étrange, s'il était fortuit, entre ez, particule ayant la propriété de changer un adjectif en adverbe, et ent, en, qui a exactement le même emploi ; cf. ent effn et ez effn, « directement »; enta et eza, « donc »; aujourd'hui en berr, em-berr et e-verr, « bientôt », etc.

Cette particule était en vieux-bret. int; c'est un cas de l'article, cf. Rev. Celt., II, 213 ; XV, 105, 106.

4. Quant au côté phonétique de la question, j'ai eu occasion d'en parler Rev. Celt., IX, 382; Zeitschrift für celtische Philologie, I, 42, 46; mais il n'est pas inutile d'y revenir.

Le breton conserve généralement devant t un ancien n, souvent nasalisé aujourd'hui. Pourtant cet n peut aussi tomber.

Dans les exemples cités Rev. Celt., XVI, 189, le son qui suivait nt est une voyelle; en voici où c'est r ou l ; moy.-bret. entre, et etre , auj. entre, et re; entroniez, « seigneurie », et ytron, « dame, maîtresse », léon. iñtroun et itroun, Grég., van. intron, l'A.; hetledan, « plantain », auj. hedkdan, vieux-bret. Haentletan = « voie large », comme en allemand Wegebreit, Gramm. Celtica, 2e éd., 1076, Zeitschr. f. celt. Philol., I, 19, 23.

En gallois ntr subsiste dans entraw, « maître, professeur », mais peut-être à la faveur d'une étymologie populaire d'après en +traw, cf. la décomposition de alltraw, « parrain », en all + traw, par M. S. Evans.

D'ordinaire, en cette langue, ntr donne thr : vieux-gall. ithr, entre ; mod. athraw, « maître, professeur. » M. Loth, Rev. Celt., XVII, 437, parait séparer ce mot de alltraw, qui répond au breton autrou, « maître », au XIIe siècle altro (Annales de Bret., VII, 243). Cependant il est bien difficile de ne pas identifier le moyen-breton Entroniez à son équivalent autroniez, et de ne pas voir dans iñtroun une formation voisine du vieux-breton eltroguen, « belle-mère », gall. elltreiwen, cornique altruan, avec le même changement phonétique que dans guëntle de guëltle, « grands ciseaux », Grégoire. La racine al, « nourrir, élever », permet de rendre compte des divers sens de ces mots. Le rapport d' athraw à alltraw rappelle celui du cornique kethel, « couteau », bret. moy. contell, auj. koñtel, du bas-lat. cuntellus, au cornique collel, gall. cyllell, de cultellus ; cf. en grec ----- etc. [1]

[I ]. On peut voir, sur athraw et intron, des explications différentes, Rev. Celt., XVIII, 239.

Un troisième traitement gallois de ntr consiste à faire disparaître le t: canrif, « siècle », de *cant-rim; canre, « suite, cortège », de *cant-reg, « à côté de » cathrain, « pousser, stimuler » (bret. moy. quantren, « fureur, » voir Gloss. moy.-bret., 2e éd., v. dazre), comme henllydan, « plantain », canlyn, canllyn, « suivre », en regard de cathl, mélodie = *cantlon, Rev. Celt., XVII, 443. Mais sans doute cette prononciation nr est due à l'influence analogique d'autres formes phonétiquement plus régulières, comme le simple can, gan, avec (bret.. gant').

Je crois qu'il en est de même du rapport des expressions ent effn et ezeffn en moy.-bret. La première est seule conforme à la phonétique ; l'autre est imitée de cas où ent, suivi de certaines consonnes, est devenu *elt, *eth, selon la règle qui a prévalu en gallois devant r et l.

5. Un autre mot où l'accord des deux langues sur ce point est difficile à nier est le bret. moy. et mod. ez dans ton = gall. yth, v.-irl. it_, de *in-t- ; ces formes se sont généralisées, même devant les voyelles.

On peut expliquer le bret. libour « petit lieu, poisson de mer », en haut Léon, D. Le Pelletier; m., en haut breton petit-lieu, espèce de merlan. Le Gonidec, comme une forme moderne de *libouzr, variante de *libountr = libontr « petit poisson de mer long de 5 ou 6 pouces, de la figure que l'on donne communément au dauphin, ou approchante », en bas Léon, appelé ailleurs touççec ar-môr, crapaud de la mer, Pel., liboñtr, m., Gon.

Le bret. moy. squezrenn, « éclat de bois », est parent du gall. moy. yskithyr, « dent, défense », qui est rapproché, avec doute, du lat. spinther, Z², 157. Ce dernier doit être tout différent; squezr- pourrait cependant venir de *squentr-, variante du bret. mod. skeltr, « éclat » (de bois, de pierre), skiltr, « éclat » (de la voix, des couleurs), etc. Mais ce n'est pas la seule explication possible; voir Gloss. moy. -bret, 2e éd., v. squezrenn, scoultr. »

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4°) Je remarque pour ma part qu' Émile Ernault,  linguiste et philologue de Saint-Brieuc, ne mentionne que la forme quentaff . Or Abgrall a relevé "QVENTAF". Mais le début du mot est peu lisible aujourd'hui, et F. Quiniou a lu la forme QUENTEF. Cette lecture de Quiniou a été reprise (mais sans doute pas vérifiée) par R. Couffon, par André Mussat en 1995 et par Michel Maury en 1997.

Il serait intéressant de vérifier cette graphie, car  quentef  serait alors une forme non attestée ailleurs de quentaf "premier, première", —qui est elle-même, on l'a vu,  une forme ancienne de  Gentan, Kentan, Ch'entan (Le Gonidec 1847 ; Favereau 2015) — .

Si on admet la graphie quentaf, il faut remarquer qu'elle se retrouve dans le Mirouer de la mort publié par Ernault en 1914,  et dans le Burzud braz Jezuz publié par La Villemarqué sous le titre "Le grand mystère de Jésus-Christ" en 1865. On le trouve encore, dès le titre, dans la "Vie de saint Gwénolé, premier abbé de Landévennec", An Buhez sant Gwenolé Abat quentaf [kentaf] eus a Lantevennec, rédigé à peu près en même temps que le Mirouer (Y. Le Berre) et publié par Ernault en 1932. Ou bien dans la "Vie de Sainte Nonne" Buhez santez Nonn, et dans la Vie de sainte Barbe Buhez Sante Barba (1557).

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Mais auparavant, elle se trouve dans le Catholicon : Qu~etaff [Quentaff], "premier". Or le Catholicon, premier dictionnaire trilingue breton-français-latin a été rédigé par Jehan Lagadeuc en 1464. Ce dernier était prêtre de la paroisse de Plougonven et serait né soit à Plougonven soit à Morlaix. 

http://www.catholicon.net/catholicon/catholicon-kemper/catholicon170.htm

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9067008f/f1.item

On retrouve le terme quentaff dans l'édition du Catholicon d'Yvon Quilleveré de 1521 :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k122841f/f261.item

 

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Le Mirouer de la mort (1519-1575) est un poème en langue bretonne de 3602 vers de préparation à la mort. Son original supposé (dont le manuscrit n'est pas conservé) a été écrit par "Maestre Iehan an Archer Coz" de Plougonven. Il a été publié en 1575 au couvent de Saint- François de Cuburien à Morlaix.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6528263n

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6528263n/f305.item.r=quentaf

https://www.persee.fr/doc/abpo_0003-391x_1932_num_40_1_1687

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Le Grand mystère de Jésus-Christ est un drame breton. Voir La Passion et la Résurrection bretonnes de 1530 publiées par Yves Le Berre d'après l'édition d'Eozen Quilliveré (BnF RES. Yn.11), CRBC, 2011. Eozen ou Yves Quillivéré est l'éditeur du Catholicon de 1521. L'édition de 1622 de cette Passion a été publiée par Georges Allienne de Morlaix, et corrigée par Tanguy Guéguen, prêtre et organiste natif du Léon.

Le terme quentaf y est présent 44 fois

https://books.google.fr/books?id=VfQIAAAAQAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

https://archive.org/stream/legrandmystrede01villgoog/legrandmystrede01villgoog_djvu.txt

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An Buhez sant Gwenolé

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/333e8af0159ca3bd1483ac6f51bdea5a.pdf

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/pdf_2015_10_01/lancien_mystere_de_saint_gwenole__emile_ernault_.pdf

https://www.persee.fr/doc/abpo_0003-391x_1932_num_40_1_1687

Le Buhez Santez Nonn

https://books.google.fr/books/about/Buhez_santez_Nonn_ou_Vie_de_sainte_Nonne.html?hl=es&id=w6wOAAAAQAAJ&redir_esc=y

On trouve les 2 formes quentaf et quentaff.

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Le Buhez Sante Barba.

La première version en breton du Mystère de sainte Barbe a été imprimée à Paris en 1557  pour Bernard de Léau habitant à Morlaix. Une édition de 1608 a été publiée à Saint-Malo, puis a été publiée une édition de 1647. Yves Le Berre en a donné une traduction annotée (CRBC 2018).

La recherche par mots trouve 94 fois "quentaff".

https://archive.org/stream/LeMystreDeSainte-barbe/breton_barbe_mystere_djvu.txt

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k736792/f10.item

https://www.brezhoneg.org/fr/livres/buhez-sante-barba-vie-de-sainte-barbe-de-1608

On trouve aussi la forme aduocades, "avocate".

https://books.google.fr/books/about/Buhez_santez_Nonn_ou_Vie_de_sainte_Nonne.html?hl=es&id=w6wOAAAAQAAJ&redir_esc=y

Dans l'Eloge funèbre de Nicolas Claude Fabri de Péreisc rédigé en moyen-breton tardif (1638) et , la forme quentaff est mutée en quenta

https://www.persee.fr/docAsPDF/ecelt_0373-1928_1979_num_16_1_1629.pdf

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Bien que cette recherche n'ait été que survolée, nous voyons que l'inscription versifiée bretonne de Saint-Thégonnec, précisément datée de 1587, utilise des formes qui se retrouvent dans d'autres poèmes bretons contemporains de celle-ci, et parfois rédigés dans le Léon, comme le Mirouer rédigé à Plougonven (20 km de Saint-Thégonnec) et publié à Morlaix (12 km de Saint-Thégonnec). Maps.

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SOURCES ET LIENS.

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— ABGRALL (Jean-Marie), 1914, Architecture bretonne. Etude des monuments du diocèse de Quimper, A. de Kerangal Quimper.

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/f20eb990fd763d232327db92aeeb6869.pdf

ABGRALL (Jean-Marie) 1916, Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments recueillies par M. le chanoine Abgrall (suite), Bulletin de la Société Archéologique du Finistère page 99.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077197/f160.item.zoom

ABGRALL (Jean-Marie) 1898, "Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments du Finistère", par M. l'abbé J.-M. Abgrall. Congrès archéologique de France : séances générales tenues à Morlaix et à Brest ... par la Société française pour la conservation des monuments historiques Société française d'archéologie. Derache (Paris), A. Hardel (Caen) 1898 page 157. 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k356651/f224.item

CASTEL ( Yves-Pascal), 1956, Saint-Thégonnec, Renaissance du Haut-Leon, collection  Reflet de Bretagne , ed. Jos Le Doaré

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_137/Saint_Thegonnec_Renaissance_du_Haut-Leon_.pdf

CASTEL ( Yves-Pascal), 2001,  Les anges dans les églises, Revue Minihy-Levenez n° 71-72, reproduit dans Patrimoine du Finistère.

http://patrimoine.du-finistere.org/art2/ypc_anges.html

COUFFON (René), 1948, "l'architecture classique au pays de Léon, l'atelier de l'Elorn, l'atelier de Kerjean",  Mémoires de la Société d'Histoire et d’Archéologie de Bretagne. 1948, 28.

De part et d'autre, ainsi qu'à La Martyre, se voit le groupe de l'Annonciation. Inscription bretonne sur la frise : " ITRON : MARIA : VIR : SICOUR / NI : O : PET : HUANTEC : DON : RECOUR :/HUI : EN : QUENTEF : ADVOCADES/EVIT : PECHER : HA : PECHEREZ/1587. " (Dame Marie du Vrai Secours, nous vous prions ardemment de nous secourir, vous la première avocate pour pécheur et pécheresse.)

https://www.shabretagne.com/document/article/2612/de-l-honneur-et-des-epices.php

COUFFON (René), LE BARS (Alfred),  1988,  Répertoire des églises : paroisse de SAINT-THEGONNEC,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, 

http://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/1039.

— ÉLÉGOËT (Louis), 1996, Les Juloded Grandeur et décadence d'une caste paysanne en Basse Bretagne, Presses Universitaires de Rennes. 299 p.

https://books.openedition.org/pur/11548?lang=fr

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

QUINIOU (François), 1909, Saint-Thégonnec. L’Église et ses annexes F. Paillard, 1909.

https://fr.wikisource.org/wiki/Saint-Th%C3%A9gonnec._L%E2%80%99%C3%89glise_et_ses_annexes/Texte_entier

QUINIOU (François), 1929, “Saint-Thégonnec : une paroisse bretonne sous la Révolution,” Presses libérales, Brest, 232 p.

http://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/3696

ROUDAUT (F.) (dir.), 1998, Saint-Thégonnec. Naissance et renaissance d'un enclos, Brest, CRBC, 183 p.

— SPREV

http://www.sprev.org/centre-sprev/saint-thegonnec-enclos-paroissial-de-saint-thegonnec/

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Wikipedia Liste des œuvres du Maître de Guimiliau

https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_the_works_of_the_Ma%C3%AEtre_de_Guimiliau

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes. Inscriptions Sculpture
18 février 2021 4 18 /02 /février /2021 11:46

Les statues (kersanton, Maître de Plougastel v. 1610 et Roland Doré 1625 et 1635)  du clocher-porche sud de l'église de Saint-Thégonnec.

 

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Peut-être ignorez vous, Monsieur, que dans notre pays on cultive les statues. (Jacques Abeille)

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Sur cet enclos paroissial de Saint-Thégonnec, voir :

 

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Sur les porches de Basse-Bretagne (ordre chronologique):

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PRÉSENTATION.

Entre le début de construction de l'église actuelle en 1563, pour son clocher ouest, jusqu'à 1716, la construction de l'enclos  a duré 153 ans. 

En 1587 s'élève l'entrée triomphale, inspirée des traités architecturaux de Serlio, Philibert de L'Orme ou d'Androuet du Cerceau, et de l'atelier du château de Kerjean (Saint-Vougay), tout proche.

En 1599 débute, comme en témoigne l'inscription du bénitier de l'intérieur du porche,  la construction d'un porche sud surmonté d'un clocher de 43 mètres de haut. En 1605 (inscription au dessus de l'agrafe) le porche proprement-dit est achevé, et l'année suivant, le premier étage est terminé, puisque le cadran solaire du contrefort oriental, à la hauteur de la statue de saint Thégonnec, porte le chronogramme 1606.

La construction de ce clocher s'achève en 1637. Deux contreforts en équerre (et non plus en diagonale ouvrant le porche en éventail comme à Pencran et Guimiliau) montent jusqu'à la plateforme. Les deux étages de colonnes sont surmontées, tel un arc de triomphe, par un fronton fait d'un oculus entouré de volutes. Huit niches à dais Renaissance, à étages de colonnes et lanternons, accueillaient des statues, mais quatre sont actuellement vides.

 

La tour est intégrée, entre 1652 et 1656, au bas-coté sud lors de l'élargissement de celui-ci.

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PLAN.

I. ATELIER DU MAÎTRE DE PLOUGASTEL (LANDERNEAU 1570-1621).

Saint-Thégonnec, niche centrale du porche extérieur, kersanton.

Saint Nicolas, niche centrale du contrefort droit du porche extérieur, kersanton.

Saint Pierre, première niche à gauche du porche intérieur, coté droit.

L'agrafe feuillagée du porche (hors atelier ?).

Les colonnes du porche (hors atelier ?).

 

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II. ATELIER DE ROLAND DORÉ (LANDERNEAU, 1618-1663)

Vierge de l'Annonciation, niche intérieure du contrefort gauche du porche extérieur, kersanton.

Ange de l'Annonciation, niche intérieure du contrefort droit du porche extérieur, kersanton.

Saint Jean l'Evangéliste, niche du contrefort gauche du porche extérieur, kersanton, 1625.

Saint Jean comme Apôtre, 6ème niche à gauche du porche intérieur, coté droit, kersanton.

Saint Jacques le Majeur,  6ème niche à gauche du porche intérieur, coté gauche, kersanton.

Saint Thomas,  1ère niche à gauche du porche intérieur, coté gauche, kersanton.

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L'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

L'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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Éléments de datation. 1599, 1605, 1606.

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Bénitier intérieur (kersanton, 1599) du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Bénitier intérieur (kersanton, 1599) du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Agrafe et date de 1605 du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Agrafe et date de 1605 du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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Cadran solaire (kersanton, 1606).

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Dans ce cadran carré, 15 rayons désignent les chiffres 7 6 5 4 3 2 1 (à droite)  et 5 6 7 8 9 10 11 12 (à gauche). Ces chiffres sont placés dans un cartouche périphérique délimité par une fine réglure.

Au sommet de ce cartouche, les chiffres 1.6.0.6. indiquent la date.

Le cadran occupe l'angle du oriental du contrefort.

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Cadran solaire (kersanton 1606) du contrefort oriental du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Cadran solaire (kersanton 1606) du contrefort oriental du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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I. ATELIER DU MAÎTRE DE PLOUGASTEL (LANDERNEAU 1570-1621).

Saint Thégonnec, niche centrale du porche extérieur, kersanton, vers 1610.

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Le saint patron de la paroisse est représenté en évêque, bénissant et marchant jambe droite en avant comme dans une procession épiscopale.

Ce qui le distingue de tout autre saint-évêque de Basse-Bretagne (où ils sont innombrables), c'est le chariot tiré par deux bœufs que nous voyons devant son pied droit.

On reconnaît la manière du Maître de l'atelier de Landerneau, qualifié d'hiératique ou d'austère : sous un grands front bombé, "les yeux globuleux participent à la gravité qui sacralise les visages" (Castel), tandis que la pose figée du personnage est accentuée par la rectitude des plis tuyautés du surplis.

Le nom de saint Thégonnec — Quonoc, Toquonoc, sanctus Tonochus, est attesté dès le IXe siècle, et la Vie de saint Pol Aurélien, écrite en 884, fait de lui l'un des principaux disciples du fondateur du diocèse de Léon. C'est une forme familière de Conoc, aujourd'hui Conec, qui a formé Plogonnec, Saint-Egonnec, Saint-Connec alias Saint-Conogan. (Bernard Tanguy)

Il est invoqué ici pour la préservation des récoltes, et une niche à volets de l'intérieur de l'église décrit les scènes de sa vie, et sur le volet de gauche se voient deux paysans amenant, chapeau à la main, un cerf attelé à une charrette.

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Niche à volets de la vie de saint Thégonnec, église de Saint-Thégonnec. Photo lavieb-aile

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Mais sur le calvaire de 1610, l'animal est un loup (et cette tradition a été reprise sur le vitrail de 1904 racontant "comment saint Thégonnec fit trainer par un loup des pierres pour la construction de son église").

Les deux bêtes à cornes (ou à longues oreilles pointues) sont attelées par un collier d'épaule (et non un joug) à un chariot à deux roues, qui porte un tombereau.

La date de 1610 pour cette statue est proposée par Y.-P. Castel, mais on peut suggérer aussi la date de 1606 indiquée par le cadran solaire. 

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Statue de saint Thégonnec, clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Statue de saint Thégonnec, clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Statue de saint Thégonnec, clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Statue de saint Thégonnec, clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Statue de saint Thégonnec, clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Statue de saint Thégonnec, clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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II. ATELIER DU MAÎTRE DE PLOUGASTEL (LANDERNEAU 1570-1621).

Saint Nicolas, niche centrale du contrefort droit du porche extérieur, kersanton, vers 1610.

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Ce saint Nicolas répond à l'iconographie traditionnelle où il est représenté en évêque (mitre, crosse, chape) avec à ses pieds le baquet d'où émergent les trois enfants (ou clercs) ressuscités, les mains jointes et le visage tourné vers le ciel.

Il est installé dans une niche polygonale à clocheton soutenue par deux colonnes (granite gris de Plounéour-Ménez. La niche de droite, identique, est vide. 

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Statue de saint Nicolas, clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Statue de saint Nicolas, clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Statue de saint Nicolas, clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Statue de saint Nicolas, clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Statue de saint Nicolas, clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Statue de saint Nicolas, clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Statue de saint Nicolas, clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Statue de saint Nicolas, clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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IIbis. L'agrafe feuillagée et les colonnes .

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Tous les porches du Léon, d'architecture classique et inspirés du traité d'architecture de Philibert De L'Orme comportent une agrafe feuillagée, mais aucune  n'est aussi belle que celle de Saint-Thégonnec, qui s'agrémente d'un masque féminin.

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Agrafe du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Agrafe du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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Les colonnes cannelées et baguées inspirées de Philibert De L'Orme, kersanton noir à grain très fin.

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Ces colonnes qu'on retrouve à Guimiliau suivent le modèle inventé par Philibert De L'Orme pour le palais des Tuileries en 1564 et publié dans le Livre d'architecture publié en 1567. Ces bagues avaient pour but de dissimuler les joints entre les tambours des colonnes, en accentuant la séparation entre chaque tambour, tout en  instituant un ordre de colonnes à la française, tel qu'il l'explique dans son Traité Livre VII chap. 13 :

« S'il a été permis aux anciens architectes, en diverses nations et pays, d'inventer nouvelles colonnes, ainsi que firent les Latins et Romains, la Toscane et composée les Athéniens l'Athénienne et longtemps devant les dits Latins et Romains, ceux de Dorie, la Dorique, de Ionie, la Ionique, et Corinthiens, la Corinthienne,, qui empêchera que nous Français n'en inventions quelques unes, et les appelions Françaises, comme pourraient être celles que j'inventai et fis faire pour le portique de la chapelle qui est dans le parc de Villiers coté Rets, du temps et règne de la majesté feu roi Henri ?

Vrai est que pour la nécessité ou je me trouvai de ne pouvoir recouvrer promptement, et sans grands frais, des colonnes toutes d'une pièce, je les fis faire de quatre ou cinq pièces, avec beaux ornements, et moulures, qui cachent leurs commissures ; de sorte qu'à les voir il semble qu'elles soient entièrement d'une pièce, se montrant fort belles, et de bien bonne grâce."

 

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Colonnes du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Colonnes du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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Chapiteau corinthien d'une des deux colonnes  du porche.

Le fût des colonnes est cannelée et rudentée.

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Chapiteau du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Chapiteau du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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III. ATELIER DU MAÎTRE DE PLOUGASTEL (LANDERNEAU 1570-1621).

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 Saint Pierre tenant sa clef, première niche à droite du porche intérieur.

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Statue de saint Pierre, intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Statue de saint Pierre, intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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IV. ATELIER DE ROLAND DORÉ (LANDERNEAU, 1618-1663).

Vierge de l'Annonciation, niche intérieure du contrefort gauche du porche extérieur, kersanton, v. 1625.

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Le groupe de l'Annonciation du porche de Saint-Thégonnec fait partie des statues les plus connues du sculpteur. 

Il reprend, en le métamorphosant mais avec une composition semblable, l'Annonciation de l'Arc de triomphe de 1587.

La Vierge est devant son prie-dieu, debout mais le genou fléchi comme si elle venait de se lever d'un bond, et la surprise que lui a causé l'irruption de l'ange est aussi marquée par l'envolée des plis du bas du manteau. 

La position de la main droite sur la poitrine signifie en même temps cette surprise ("qui ? Moi ?") et la réception confiante de l'annonce du messager (le "fiat" : "qu'il m'advienne selon ta Parole").

Le visage juvénile de Marie réunit toutes les caractéristiques du style de Roland Doré : les pupilles creusées dans des paupières ourlées, le nez droit, le délicieux sourire marqué par les fossettes des commissures, la petite lèvre inférieur, et le menton un peu pointu confèrent à ce visage une vie extraordinaire.

Les cheveux, qui tombent en nattes devant les épaules (privilège des jeunes filles) sont retenus par le bandeau occipital, plissé comme un "chouchou", dont j'ai très souvent signalé la valeur de marqueur iconographique, bien qu'il ne soit pas le propre de Roland Doré (on le trouve chez les ateliers qui le précédèrent, celui des Prigent et du Maître de Plougastel, ou dans les statues finistériennes en bois), ni le propre  de la Vierge (on le trouve sur les statues de sainte Anne et de Marie-Madeleine), mais il est "bien de chez nous" et bien propre au XVIe et XVIIe siècle de Basse-Bretagne.

https://www.lavieb-aile.com/2019/06/la-vierge-a-la-demone-de-la-chapelle-de-locmaria-lannn-a-plabennec.html

https://www.lavieb-aile.com/2019/06/la-chapelle-saint-sebastien-en-saint-segal-la-vierge-a-la-demone-et-le-retable-nord.html

Comme souvent, il s'agit d'avantage d'un voile qu'un bandeau ; la disposition de ces plis rend bien la qualité soyeuse de l'étoffe. Je l'ai qualifié d'occipital car il passe derrière  la nuque en débutant au ras du crâne, ou "occiput". Mais c'est un bandeau car il forme une boucle, non nouée.

La robe à encolure ronde est lisse au niveau du corsage, puis forme un bel éventail de plis sous l'effet de la fine ceinture, un éventail qui s'inverse vers le ventre et les jambes. 

Le pan droit du manteau est retroussé sous le poignet.

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Le fabricien qui a fait inscrire son nom, G. POVLIQVEN en caractères romain (l'écriture gothique est bien abandonnée) est fort répandu ici, puisque la base Geneanet classe Saint-Thégonnec en  deuxième place, presque à égalité avec Sizun dans les occurrences de ce patronyme. Mais pour la fourchette 1575-1625, cette base ne propose que Guillaume Pouliquen, qui ne peut être notre homme car il est né en 1624 (les registres paroissiaux semblent faire défaut avant 1610).

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Annonciation (kersanton, Roland Doré, v. 1625)  du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (kersanton, Roland Doré, v. 1625) du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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Annonciation (kersanton, Roland Doré, v. 1625)  du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (kersanton, Roland Doré, v. 1625) du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (kersanton, Roland Doré, v. 1625)  du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (kersanton, Roland Doré, v. 1625) du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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V. ATELIER DE ROLAND DORÉ (LANDERNEAU, 1618-1663). 

Ange de l'Annonciation, niche intérieure du contrefort droit du porche extérieur, kersanton v. 1625.

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 L'ange Gabriel lève la main droite, dans un délicat geste d'énonciation ou de bénédiction, les dernières phalanges des doigts II et III sont brisées), tandis qu'il porte dans la main gauche le bâton de messager où s'enroule l'Annonce AVE GRATIA PLENA. Il est vêtu d'un surplis (dalmatique ?) à col carré sur une tunique à col rond aux longues manches plissées

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Le nom du fabricien, :Y: GVILLERM, est moins fréquent que celui de Pouliquen, , et, là encore, Geneanet ne propose aucun individu nommé Yves Guillerm dans la période qui nous intéresse. 

Les noms de G. Pouliquen et de Y. Guillerm ne sont pas suivis de la lettre F. qui signalerait leur qualité de fabriciens. Ce sont peut-être des donateurs, et, nous allons le voir, peut-être même un couple de donateur.

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Annonciation (kersanton, Roland Doré, v. 1625)  contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (kersanton, Roland Doré, v. 1625) contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (kersanton, Roland Doré, v. 1625)  contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (kersanton, Roland Doré, v. 1625) contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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VI. ATELIER DE ROLAND DORÉ (LANDERNEAU, 1618-1663). 

Saint Jean l'Evangéliste, niche du contrefort gauche du porche extérieur, kersanton, 1625.

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Alors que les autres statues sont sculptées dans un kersanton noir grisâtre ou gris sombre, la statue de saint Jean est taillée dans un kersanton noir à grain fin (L. Chauris).

"Le saint Jean de Roland Doré est l'une des statues les plus abouties de Roland Doré. Le scribe penché sur le coté écrit dans un livre épais avec son stylet alors que l'aigle lui tend l'étui aux calames. La virtuosité du visage aux traits doux est remarquable. Les yeux des statues ont des sillons palpébraux creusés ainsi que leurs pupilles, ce qui crée une impression de mobilité au regard. Le saint Jean évangéliste regarde ainsi vers le bas." (Le Seac'h)

Une inscription en lettres capitales romaines se répartit sur les trois cotés du siège du saint. 

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Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, 1625)  contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, 1625) contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré,  1625)  contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, 1625) contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, v. 1625)  contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, v. 1625) contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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L'inscription.

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Elle est de qualité aussi remarquable que la statue elle-même, par son intitulé très complet, sa disposition sur les trois faces, par sa facture aux lettres conjointes et sa ponctuation en deux-points. Et elle est précieuse, par la signature du sculpteur.

La lecture peut débuter sur la face principale, ou sur les faces latérales. Sur l'avant nous lisons dans un cartouche séparé :

I : MAZE : IAN

NE : INIZAN : MA

FAICT : FAIRE

et dans le deuxième cartouche:

: S : IAN :

soit "I. Mazé Ianne Inizan m'a fait faire. Saint Ian" et par extrapolation "Jean Mazé et Jeanne Inizan m'ont fait faire. Saint Jean."

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Cette partie de l'inscription est étonnante car la plupart des sculptures antérieures, en kersanton, portent les noms des fabriciens (suivi de la lettre F. ou de la mention FABR.), surtout lorsque ces noms sont précédés de la mention "m'a fait faire" qui supposent un acte de commande et donc un pouvoir décisionnel. Nous nous attendrions à trouver ici les deux noms des fabriciens élus pour l'année, et nous trouvons en réalité un prénom féminin, "Jeanne", qui exclut cette hypothèse.

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Or, Roland Doré a réalisé aussi à Saint-Thégonnec un calvaire à Bodéniry en 1632 avec l'inscription ANNA BREST JEAN GVILLERM, et une croix à Hellin en 1638 avec l'inscription FRANCESA POVLIQVEN FRANCOIS BROUSTAIL. (Un François Broustail est attesté à Hellin, fils de Jean : ici ; le prénom Francesca est attesté alors à Saint-Thégonnec ici )

https://societe-archeologique.du-finistere.org/croix/saint_thegonnec.html

Toujours à Saint-Thégonnec, la croix de Pennavern sculptée en 1647 par Roland Doré, porte l'inscription LOVIS BROVSTAIL. F. COVLLONNIER.

Or, il s'agit d'un couple, Louis Broustail et Françoise Coloigner, parents de Françoise Broustail née le  8 août 1628. Louis Broustail est décédé le 6 juillet 1647 à Pennavern.

https://gw.geneanet.org/yguillerm?n=broustail&oc=1&p=francois

 

À La Martyre, Roland Doré a sculpté le calvaire de Kerlavarec (sd) portant l'inscription, proche de celle de ce saint Jean : BEATRICE CABOVN MA FAICT FAIRE. ROLLAND DORÉ MA FAICT.

https://societe-archeologique.du-finistere.org/croix/la_martyre.html

Enfin, à une date plus tardive (1681), nous trouvons à Saint-Thégonnec l'inscription émouvante et explicite quant à la qualité d'époux de la croix de Brogadéon : FAIT:PAR:Y: ET: M: MADEC :EPOUS :1681.

À Brogadéon sont nés ou mort à cette époque un François Broustail (1625-1687), un François Coat, un François Madec (1681-1739) fils de Guillaume Madec (+Bogadéon 1696) et de Françoise Bellec. Mais généanet ne signale pas un Yves Madec et son épouse.

Ainsi, à Saint-Thégonnec et dans les communes voisines (qu'il conviendraient d'explorer), les épouses obtinrent de faire mentionner leur nom sur les pièces sculptées religieuses dont leur couple fit donation. C'est évidemment un fait sociologique qui mériterait une étude spécifique: est-il restreint à un petit secteur de la vallée de l'Élorn ? Est-il lié à la personnalité du sculpteur Roland Doré ? Se retrouve-t-il sur des dotations de sculptures en bois ? D'orfèvrerie ?

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Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, 1625)  contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, 1625) contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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La deuxième partie de l'inscription débute sur le coté droit avec les mots : FAICT : LAN : 1625.

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On croit lire 1623, mais il manquerait alors la traverse haute du 3.

Roland  Doré a débuté sa carrière à Penmarc'h en 1618 et l'a achevé en 1662 à Saint-Thégonnec; Il semble que de 1618 à 1622, date à laquelle il sculpte la croix de Croslen à Saint-Thégonnec pour messire Henri Caro, prêtre, il soit encore un compagnon de l'atelier du Maître de Plougastel. Mais en 1621-1622, l'acte de réparation de la croix du cimetière, aujourd'hui Croas-ar-Huré, le qualifie de "maistre Rolland Doré", à la tête de "ses compagnons" : il a alors repris l'atelier du Maître de Plougastel. En 1624, lorsqu'il termine le chantier du porche de Guimiliau, son style atteint  la maturité, et cette statue de saint Jean le confirme.  Et c'est à Saint-Thégonnec qu'il recevra le plus de commandes, de 1625 à 1662, pour neuf monuments (contre cinq à Logonna-Daoulas, quatre à Plougastel, Plounéour-Ménez et Hanvec, trois à Guiclan, Irvillac et Lampaul-Guimiliau, deux à Cléden-Cap-Sizun, L'Hôpital-Camfrout, Landerneau, La Martyre, Plabennec, Pleyben, Plogonnec, Saint-Nic, Saint-Servais et Saint-Urbain).

 

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Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, 1625)  contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, 1625) contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré,  1625)  contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, 1625) contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, 1625)  contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, 1625) contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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Le coté  opposé du siège porte l'inscription R : DORE : MA : FAICT.

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Biographie.

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Roland Doré (Rollandus an Alaouret en latino-breton) est peut-être originaire de Plouédern. Il a signé le bénitier de l'église Saint-Edern de Plouedern avec l'inscription franco-latine "LAN 1641 R : LE : DORE : FECIT" précédée des noms du recteur et des deux fabriciens.

Il est également décédé à Plouédern, le 13 février 1663 et enterré dans l'église ; un document (Bull. SAF 2001p. 167) indique son nom sous la graphie "Rolland le Doree" et la mention "du plecismeur" (le Plessis-Meur, en breton Quinquis Meur): il serait décédé chez sa fille, dame Kerdelent.

Celle-ci, Françoise Doré, née avant 1619 épousa avant 1639 (date de naissance de leur fille Jeanne) Guillaume Kerdelent (+ 1663).

Roland Doré aurait épousé selon Couffon (souvent péremptoire) Jeanne Sanquer, fille de Jean et de Michèle Gérault, née le 29 août 1589. (je note qu'une Guillemette Sanquer née vers 1585 est cultivatrice à Quenquis Meur). Ils auraient eu trois enfants (?) baptisés à Saint-Houardon de Landerneau, prénommés selon les actes en latin Maria (°1612), Elisabeth (°1622) et Johannes (°1629) —ou selon Couffon,  Catherine (+1624) et Jean (°1629) — Ces liens familiaux ont leur part d'ombre, comme l'indique Y.-P. Castel qui parle d'une "biographie difficile à cerner".

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Signature.

Roland Doré a daté et signé cinq sculptures; outre le bénitier de Plouédern et le saint Jean de Saint-Thégonnec, il faut mentionner :

  • la croix Saint-Dodu de Guiclan : 1622 FAICT PAR R...
  • le calvaire de l'église de Commana : R : DORE : MA : FAIT : 1624
  • le vestige de croix de la forêt du Crannou à Hanvec : R: DORE : MA FAICT sur le fût et 1627 sur le socle.

Il a signé mais non daté :

  • le vestige de croix de Kerlavarec à La Martyre : ROLLAND : LE : DORE : MA : FAICT et BEATRICE : CABOVN : MA : FAICT : FAIRE
  • le vestige de croix de Landerneau (disparue) qui portait : LAN ... / ROLLAND : ... A FAIT CES ... / CROIS A SON DEV ... ("l'an ... Roland Doré a fait cette croix à son devis".

 

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— Sur les autres œuvres de Roland Doré dans ce blog.

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Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, 1625)  contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, 1625) contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, 1625)  contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, 1625) contrefort ouest du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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VII. ATELIER DE ROLAND DORÉ (LANDERNEAU, 1618-1663). 

Saint Jean comme Apôtre, 6ème niche à droite du porche intérieur, kersanton v. 1625.

 

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Le saint bénit de la main droite le calice de poison.

La statue porte sur son socle l'inscription (incomplète ?) IAN : GVILLOME.

Le patronyme Guillaume n'est pas attesté à Saint-Thégonnec à cette époque, même avec cette graphie.

 

 

 

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Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, v.1635)  intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, v.1635) intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, v.1635)  intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean l'évangéliste (kersanton, Roland Doré, v.1635) intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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VIII. ATELIER DE ROLAND DORÉ (LANDERNEAU, 1618-1663). 

Saint Jacques le Majeur,  1ère niche à gauche du porche intérieur, kersanton vers 1632.

 

 

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Saint Jacques tient comme tout apôtre le livre (référence aux Actes des Apôtres), mais aussi en main droite le bourdon des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, auquel est attachée la gourde en forme de coloquinte. Il porte aussi le chapeau aux larges bords frappé, au dessus du front, de la coquille emblématique. Remarquons ses autres attributs, comme la besace suspendu à un baudrier orné de coquilles, et la pèlerine, fermée par une dizaine de boutons ronds.

Les pupilles sont creusées , les paupières ourlées, le double pli frontal est froncé. Quand aux moustaches, elles ne partent plus des ailes des narines, mais des bords du philtrum, ce qui est plus physiologique.

Roland Doré a sculpté 89 statues pour 25 paroisses différentes, dont 54 apôtres. Deux séries sont complètes (Pleyber-Christ et Plestin-les-Grèves), celle de Trémaouézan est presque complète (11/12), et celle de Guimiliau se partage avec le Maître de Plougastel. À   Pleyben (photo infra), seuls Jean et Jacques le Majeur sont de Roland Doré.

 On peut donc comparer ce saint Jacques avec les statues homologues des autres sites.

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Saint Jacques le Majeur et saint Jean, kersanton, Roland Doré, porche de Pleyben. Photo lavieb-aile.

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Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, v. 1635)  intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, v. 1635) intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, v. 1635)  intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, v. 1635) intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, v. 1635)  intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, v. 1635) intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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Les inscriptions S : IACQ.  I : MAZE et IACQVES PICART.

Elles indiquent presque certainement, après le nom du saint, celui  des deux fabriciens de l'année, qui ont commandité cette (ou ces) statues. Ou bien le nom de deux donateurs.

On lit S : IACQ sur le socle, I: MAZE sur le pli de gauche et IACQVES / PICART sur le pli de gauche.

 

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1. I. Mazé.

L'initiale du prénom peut correspondre à Ian, "Jean". Geneanet ne propose rien d'autre que Jeanne.

Il faut remarquer néanmoins une Béatrice Mazé, car elle est décédée en 1690 à Bodéniry, Saint-Thégonnec : nous allons voir pourquoi je la retiens, bien qu'on ignore l'identité de ses parents.

La date n'est pas inscrite.

Bien entendu, la question se pose de savoir si ce I. MAZE est le même, ou est apparenté au J. MAZE de la statue de 1625 de Jean l'évangéliste.

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2. Jacques Picart.

Les généalogistes décrivent un Jacques Picart, qui épousa Catherine Mallegol. Leur fils Jacques Picart, né à Saint-Thégonnec le 10 mars 1616 et décédé au même lieu le 16 septembre 1690, épousa Marguerite Mallegol. Il décéda le 16 septembre 1690 à Bodeniry, Saint-Thégonnec.

 

Y.P. Castel désigne, sans citer ses sources (et avec une erreur de graphie Picard pour Picart), comme donateur de cette statue Jacques Picart demeurant à Bodinery, "dont on sait, par ailleurs, qu'il paie des rentes à l'église en 1650". 

Il faut aussi corriger le lieu-dit pour le repérer sur les cartes sous la forme Bodéniry ou Bodeniri, ou Bodenery sur la carte de Cassini à 5 km au sud du bourg. C'est un hameau d'une douzaine d'habitations sur la carte EM de 1820-1866,  à 131 m d'altitude,  sur le plateau entre le cours de la Penzé et celui du Coat Toulzac'h — comme toute la paroisse —. Les registres paroissiaux y déclarent, sous la graphie Bodenery, les naissances de François Maguet en 1655 et d'Yves Tanguy en 1650 ... mais aussi sous la forme Bodiniri le lieu  de décès de Marguerite Mallegol, époux de Jacques Picart. Cqfd.

Nous retrouvons, trois ou quatre générations plus tard, un Jacques PICART né à Bodéniry (vers 1670 ?) qui épousa le 26 juin 1690 Marguerite Pouliquen, dont deux filles, Jeanne et Barbe. Cette dernière, après avoir épousé en 1714 Yves Billon, décéda à Bodiniri le 19 décembre 1738.

 

Il existe à Bodéniry (cf. supra) deux croix, dont l'une porte l'inscription ANNA BREST IAN GVILLERM 1632 . Elle est sculpté par Roland Doré.

L'autre porte les armes de Marie-Anne de la Haye et Jean du Dresnay (1670).

https://societe-archeologique.du-finistere.org/croix/saint_thegonnec.html

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Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, v. 1635)  intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, v. 1635) intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, v. 1635)  intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, v. 1635) intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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IX. ATELIER DE ROLAND DORÉ (LANDERNEAU, 1618-1663).

  Saint Thomas, 6ème niche à gauche du porche intérieur, kersanton, 1632

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Le saint tient son attribut, l'équerre des architectes. Sa barbe est identique à celle de saint Jacques. Sur la robe à trois boutons, le manteau forme, à gauche, un spectaculaire bouillonnement de plis en volutes doubles, et, au centre, une séquence de cinq plis en bec.

Sur le phylactère se trouve l'inscription CARNIS RESVRRECTIONEM, qui prouve, si besoin était, que les apôtres du porche forment un Credo apostolique. Il s'agit de l'avant-dernier article, ce qui montre que les statues ont changé de niche (on le savait, puisque saint Jacques le Majeur occupe la 3ème place du Credo, et Jean la 4ème).

Sur le pli est inscrit : Y : RIVOAL 1632.

Les généalogistes mentionnent Yves Rivoal né en 1620 à Saint-Thégonnec. Ses parents ne sont pas connus. Le défaut d'information sur un Yves Rivoal antérieur à celui-ci est certainement dû à l'absence de données disponibles sur les registres paroissiaux.

Comparaison avec la statue de saint Thomas au Tréhou (porche daté de 1610, statue postérieure à 1618) :

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Saint Thomas (Roland Doré kersanton). Photographie lavieb-aile

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Saint Thomas Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, 1635)  intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Thomas Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, 1635) intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Thomas Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, 1635)  intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Thomas Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, 1635) intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Thomas Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, 1635)  intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

Saint Thomas Saint Jacques le Majeur (kersanton, Roland Doré, 1635) intérieur du clocher-porche de l'église de Saint-Thégonnec. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

 

CASTEL ( Yves-Pascal) 1956 Saint-Thégonnec, Renaissance du Haut-Leon, collection  Reflet de Bretagne , ed. Jos Le Doaré

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_137/Saint_Thegonnec_Renaissance_du_Haut-Leon_.pdf

CASTEL ( Yves-Pascal) 1988, Roland Doré et les enclos paroissiaux, exposition au Musée des Jacobins de Morlaix, conservatrice Françoise Daniel.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_233/roland__dore__et__les_enclos__paroissiaux.pdf

 

CASTEL ( Yves-Pascal), 1985, « Roland Doré, sculpteur du roi en Bretagne et architecte (première moitié du xviie siècle) », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tome 94, pages 97-116.

 

COUFFON (René), 1948, l'architecture classique au pays de Léon, l'atelier de l'Elorn, l'atelier de Kerjean,  Mémoires de la Société d'Histoire et d’Archéologie de Bretagne. 1948, 28.

https://www.shabretagne.com/document/article/2612/de-l-honneur-et-des-epices.php

COUFFON (René), LE BARS (Alfred),  1988,  Répertoire des églises : paroisse de SAINT-THEGONNEC,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, 

http://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/1039.

—DE L'ORME (A.), 1900, Saint-Thégonnec, in L'art Breton du XIIIe au XVIIIe siècle. Bulletin de la Société archéologique de Brest p.103 à 123. 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2076565/f100.item

— DE L'ORME (Philibert), 1567  Le premier tome de l'architecture de Philibert de L'Orme conseillier et aumosnier ordinaire du Roy, & abbé de S. Serge lez Angiers , Paris, Federic Morel

 

http://architectura.cesr.univ-tours.fr/traite/Notice/ENSBA_Les1653.asp?param=

http://architectura.cesr.univ-tours.fr/traite/Images/Les1653Index.asp

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k85636g/f1.double


 

— ÉLÉGOËT (Louis), 1996, Les Juloded Grandeur et décadence d'une caste paysanne en Basse Bretagne, Presses Universitaires de Rennes. 299 p.

https://books.openedition.org/pur/11548?lang=fr

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

 

QUINIOU (François), 1909, Saint-Thégonnec. L’Église et ses annexes F. Paillard, 1909.

https://fr.wikisource.org/wiki/Saint-Th%C3%A9gonnec._L%E2%80%99%C3%89glise_et_ses_annexes/Texte_entier

 

QUINIOU (François), 1929, “Saint-Thégonnec : une paroisse bretonne sous la Révolution,” Presses libérales, Brest, 232 p.

http://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/3696

ROUDAUT (F.) (dir.), 1998, Saint-Thégonnec. Naissance et renaissance d'un enclos, Brest, CRBC, 183 p

 

 

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13 février 2021 6 13 /02 /février /2021 22:17

Le porche de Pencran : les statues (kersanton, notamment v.1553, Prigent) des contreforts.  Quelques autres statues de l'atelier Prigent.

 

 

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Sur Pencran :

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Sur les porches de Basse-Bretagne (ordre chronologique):

 

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Sur les statues de l'atelier Prigent ailleurs que sur les porches:

 

et : La Déploration à 6 personnages de Plourin par les Prigent  Les 3 larmes.

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Attribution personnelle hors catalogue Le Seac'h :

Sur Wiki : https://fr.qaz.wiki/wiki/List_of_the_works_of_Bastien_and_Henry_Prigent.

 

RAPPEL (voir la présentation du porche ici).

Le porche sud de l'église de Pencran (ancienne trève de Ploudiry) est daté par inscription de 1553 (1552 à 1558 selon les lectures d'une inscription qui a été volée) et la quasi-totalité de ses sculptures en kersanton (pierre noire à grise très fine et très résistante à l'altération, extraite notamment en Rade de Brest) est attribuée à Bastien Prigent assisté de son frère Henry, actifs de 1527 à 1577. 

Les pièces les plus remarquables ont fait l'objet d'un article dédié  : les crossettes figurant un lion (à gauche) et un dragon (à droite) à la jonction du toit et des murs ; le pourtour de l'arc en plein-cintre avec ses trois moulures présentant des scènes bibliques et des anges ; le tympan conservant les reste d'une Adoration des Mages ; L'intérieur du porche avec les 12 apôtre d'un Credo, et un Christ Sauveur ; et cet article qui décrit les statues des contreforts.

L'ouverture du porche se fait en éventail dont chaque branche est équipé de bancs. Et c'est dans leur prolongement  que se trouvent les contrefort. Chacun est doté sus ses trois faces de niches à dais, mais sur ces six niches, seules quatre ont conservé leur statue.

Elles seront décrites de l'est vers l'ouest, et donc de l'extrême droite de l'entré du porche vers la gauche.

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Le porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Le porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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SAINTE ANNE ÉDUCATRICE. (Kersanton, Prigent v.1553).

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Niche extérieure du contrefort droit.

"Sainte Anne enseignant à la Vierge permet de comparer le style des deux sculpteurs [Bastien et Henry]. Ici, on retrouve les narines dilatées de la sainte Apolline de l'intérieur de l'église mais avec un visage plus plat. La tête a été recollée. Les chaussures sont plus carrées et les mains moins épaisses. Assise sur un petit tabouret, elle montre de l'index un livre ouvert à la Vierge, qui en saisit un angle. Elle est vêtue d'une robe recouverte d'un manteau ; le voile enserre comme un bandeau les mèches de cheveu." (E. Le Seac'h).

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Je retrouve une nouvelle fois le "bandeau occipital" si souvent remarquée dans la statuaire du Finistère, notamment de Marie ou de Marie-Madeleine, aux XVIe et XVIIe siècle, comme un trait auquel les trois ateliers de Landerneau restent attachés, mais qui diffuse en Basse-Bretagne .

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Sainte Anne éducatrice (kersanton, Prigent, v.1553), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Sainte Anne éducatrice (kersanton, Prigent, v.1553), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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Le même atelier est aussi l'auteur (selon E. Le Seac'h) d'une Anne éducatrice pour le porche de Landivisiau (1555), mais les différences sont notables entre les deux œuvres.

https://www.lavieb-aile.com/2017/01/le-porche-de-l-eglise-de-landivisiau.html

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Sainte Anne éducatrice (kersanton, Prigent, v.1553), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Sainte Anne éducatrice (kersanton, Prigent, v.1553), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Sainte Anne éducatrice (kersanton, Prigent, v.1553), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Sainte Anne éducatrice (kersanton, Prigent, v.1553), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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 SAINTE SUZANNE. (Kersanton, Prigent v.1553).

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Dans la niche médiane du contrefort droit, une imposante sainte porte l'inscription latine S : SUSSANNA  : ORA , "Sainte Suzanne priez [pour nous]".

Elle tient en main droite un court phylactère sans inscription et en main gauche un livre ouvert.

Le voile de son manteau est "coqué" (à plis rigides) — une caractéristique des statues des Prigent — et  laisse échapper sa longue chevelure dont seules deux mèches ondulées descendent sur le coté. Une chemise fine dépasse aux poignets et au col sous forme d'un petit plissé. La ceinture retient —sans doute par une agrafe  ou "troussoire" — le pan du manteau sous le poignet droit.  

 "Elle est vêtue d'une longue robe qui laisse à découvert des chaussures massives à bout rond. Le livre est décoré de marguerites plates et les manches de la robe sont plissées. Une chaîne à grosses mailles est terminé par un pendentif en forme de quadrilobe. Le col de la robe est ouvert par le milieu. Le visage et les draperies plus souples sont particuliers à Bastien Prigent [plus habile que son frère Henry]. Les pommettes sont saillantes et l'arête du nez très forte se poursuit avec un philtrum large et une fossette mentonnière prononcée. Les yeux semblent presque clos."(E. Le Seac'h)

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Sainte Suzanne de Rome est une vierge et martyre romaine du IIIe siècle fêtée le 11 août. 

Sur une statue conservée dans l'église de Sainte-Suzanne en Mayenne, elle tient également un livre dans la main gauche.

Plus près de nous, la chapelle Sainte-Suzanne en Sérent sa statue du XVIe siècle tient un long phylactère à son nom. Elle est coiffée d'un bandeau occipital.

À Uzel (Saint-Thélo), la statue du XVIIIe la représente tenant la palme du martyre, couronnée et voilée.

La chapelle Sainte-Suzanne de Mûr-de-Bretagne possède une statue en bois de la fin du XVe siècle : elle y tient un livre en main gauche et la palme en main droite et, comme ailleurs, elle porte une cape à fermail.

 

Sa présence de sainte Suzanne à Pencran, à coté de sainte Anne et de saint Pierre, est à rapprocher du fait que le musée du Louvre conserve les statues (Jean Guilhomet, début XVIe) de ces trois saints personnages, conçues pour la chapelle du château de Chantelle, et honorant les trois saints patrons d'Anne de Beaujeu — fille de Louis XI et régente du royaume de France de 1483 à 1492 — de Pierre de Beaujeu son époux et de Suzanne, leur fille unique. Cette statue du Louvre montre la sainte royalement vêtue (turban, robe cintrée, chape à fermail, ceinture en chaîne, nombreux bijoux) et tenant des deux mains un livre.

Suzanne de Beaujeu (1491-Châtellerault 1521) fut duchesse de Bourbon et d'Auvergne et comtesse de la Marche de 1503 à 1521, après avoir épousé en 1505 Charles de Bourbon.

https://www.persee.fr/doc/piot_1148-6023_1899_num_6_1_1164

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Sainte Suzanne (kersanton, Prigent, v.1553), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Sainte Suzanne (kersanton, Prigent, v.1553), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Sainte Suzanne (kersanton, Prigent, v.1553), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Sainte Suzanne (kersanton, Prigent, v.1553), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Sainte Suzanne (kersanton, Prigent, v.1553), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Sainte Suzanne (kersanton, Prigent, v.1553), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Sainte Suzanne (kersanton, Prigent, v.1553), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Sainte Suzanne (kersanton, Prigent, v.1553), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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LA VIERGE À L'ENFANT. (Kersanton, XVe siècle).

Contrefort droit, niche interne.

 

Cette Vierge à l'Enfant est manifestement du XVe siècle (chaussures à bouts pointues, posture fortement hanchée et devait être fort belle avant qu'on ne brise la tête de la mère et du fils. 

On en voit encore les longs cheveux qui ruissellent sur le manteau et sur le corsage. Le bras droit est également brisé et ne nous permet pas de présager si Marie présentait, d'un geste ample, un objet à son enfant. Le manteau fait retour sous le flanc gauche, dissimulant une éventuelle ceinture. L'Enfant est vêtu d'une tunique mais ses pieds sont nus.

On sait que l'église de Pencran possède une cloche de 1365, attestant la présence d'un sanctuaire au XIVe siècle ; et que la Déploration du retable du chœur date de 1517 : il est donc normal que nous trouvions des œuvres antérieures à la date de fondation du porche sud en 1553.

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Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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L'ange et son inscription

"Une Vierge à l'Enfant du XVe siècle repose sur un ange-console, qui déploie de chaque coté de son buste aujourd'hui presque brisé des bribes de ce qui pourrait être le milieu et la fin d'une inscription assez longue : OSCH [?] ET TYL[?]AIR / ROF FABR.

Si l'on admet que ET et TY sont deux mots, — cela veut dire en breton "chez", ce serait là la seule partie intelligible avec, à la fin, FABR , abréviation du mot "fabrique"." (E. Le Seac'h)

Je ne peux améliorer la lecture faite par Le Seac'h de façon cohérente. Je ne suis pas convaincu du tout  que "et ty" soit du breton. 

À l'intérieur de l'église, se trouvent deux anges porteurs de phylactère assez semblables et servant également de consoles : sous la statue de saint Yves, l'ange porte l'inscription en caractères gothiques : PAX : VOBIS, alors que sous la statue de saint Antoine de Padoue, le phylactère est brisé. 

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Ange-console de l'église de Pencran (kersanton, XVIe siècle). Photographie lavieb-aile 2017.
Ange (kersanton), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2017.

 

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Ange (kersanton), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2017.

 

 

 

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L'entrée du porche de Lampaul-Guimiliau (auquel les Prigent ont participé) est encadrée par deux anges portant chacun une longue inscription, l'une en latin et l'autre en français, alors qu'un couple d'anges de la voûte tient une troisième inscription en latin.

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Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Console de la Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Console de la Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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Le contrefort de gauche montre, sur sa face interne, une console dont la statue a été perdue. Cette console est également portée par un ange déployant un phylactère dont il manque la moitié, sans inscription lisible.

 

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Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, kersanton, XVe siècle, porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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LA VIERGE DU CALVAIRE. (Kersanton, Prigent v.1553).

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Elle est déplacée d'un autre site où elle encadrait, avec saint Jean, un Crucifié. Son buste est d'ailleurs tourné vers la gauche par rapport à l'axe des pieds.

On reconnait les trois larmes qui font la particularité (mais non spécificité, puisque les ateliers suivant leur ont parfois emprunté) des frères Prigent, et qu'ils réservent à la Vierge, à saint Jean et Marie-Madeleine au pied de la Croix ou en Déploration.

Nous retrouvons aussi le voile "coqué", faisant un pli au dessus du front, avant de s'intégrer au manteau, qui est un autre trait de l'atelier.

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Vierge (kersanton, Prigent, v.1553), contrefort de gauche du porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge (kersanton, Prigent, v.1553), contrefort de gauche du porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge (kersanton, Prigent, v.1553), contrefort de gauche du porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge (kersanton, Prigent, v.1553), contrefort de gauche du porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge (kersanton, Prigent, v.1553), contrefort de gauche du porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge (kersanton, Prigent, v.1553), contrefort de gauche du porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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LA VIERGE À L'ENFANT DU PORCHE. Kersanton.

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Elle n'est pas attribué aux Prigent. Sa tête très ronde est couronnée. Elle a perdu l'objet qu'elle tenait en main droite.

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Vierge à l'Enfant (kersanton), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant (kersanton), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant (kersanton), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant (kersanton), porche sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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SAINT PIERRE. Kersanton, XVIe siècle.

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Remarquez le blason (muet) du culot.

Cette statue presque trop neuve n'est pas attribuée aux Prigent (ni à quiconque) par Le Seac'h. Ses yeux ourlés en amande, ses moustaches qui partent du coin des narines, sa barbe aux mèches terminées par des boucles, le boutonnage en S de sa robe rappellent les apôtres du porche sud, ou le saint Luc des moulures du porche.

 

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Saint Pierre (kersanton), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Saint Pierre (kersanton), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Saint Pierre (kersanton), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Saint Pierre (kersanton), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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QUELQUES DAIS (kersanton, atelier Prigent, v. 1553).

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Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Dais des niches des contreforts (kersanton, Preigent, v.1553), porche nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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STATUE DE SAINT SÉBASTIEN (vestiges). Kersanton, Prigent, XVIe siècle.

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Mur ouest du transept. 

Le saint est attaché par deux liens à un tronc d'arbre en forme de croix : le bras droit passe derrière une branche, le bras gauche est lié au dessus de sa tête. Le saint regarde vers le bas et la droite avec tristesse.

Il est vêtu d'un pagne. Son ventre, son thorax et son bras portent les trous des flèches.

On peut le comparer à son homologue de Ploudiry, attribué également à l'atelier Prigent : la posture des bras et la direction du regard sont simplement inversés.

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Saint Sébastien, (XVIe siècle, kersanton, Bastien Prigent) niche du contrefort droit du Piédroits du porche sud de l'église Saint-Pierre de Ploudiry. Photographie lavieb-aile.

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On peut le comparer aussi au saint de l'arc de triomphe de la chapelle Saint-Sébastien de Saint-Ségal, et à celui du calvaire du bourg de Saint-Ségal.

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Saint Sébastien, kersanton, XVIe (Prigent ?). Arc de triomphe de la chapelle Saint-Sébastien en Saint-Ségal. Photographie lavieb-aile.

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Saint Sébastien, kersanton, XVIe (Prigent ?) Calvaire du bourg de Saint-Ségal. Photographie lavieb-aile juillet 2019.

 

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Le porche de Pencran : les statues des contreforts.

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STATUE DE SAINTE APOLLINE (kersanton polychrome, Henry Prigent v.1553).

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Sainte Apolline, vierge martyre dont les bourreaux ont arraché les dents (d'où la pince serrant une molaire qui est son attribut) est très vénérée  dans les églises et sur les Livres d'Heures (Livre d'Etienne Chevalier, de Jean de Montauban, etc. ), et ses statues sont au nombre de 20 dans le diocèse de Quimper et Léon (Couffon).

Elle est la co-patronne de l'église de Pencran, comme l'indique l'inscription de fondation.

"La première œuvre signée du seul Henry Prigent est, en 1555, une statue de sainte Apolline à Pencran. C'est elle qui permet de distinguer  les styles des deux hommes et de constater qu'Henry est le moins habile. La sainte, debout, tient dans le creux de la main gauche un livre ouvert et la tenaille de son supplice de la main droite. Son visage ovale est légèrement creusé au niveau des tempes. Le nez  massif avec les narines creuses attirent l'œil. Les yeux tombent, le menton est prédominent. Le teint de la sainte est surchargé en peinture ocre rouge, ce qui lui donne des pommettes carmin respirant la santé et le grand air. En comparaison, le style de Bastien est plus fin : il donne des coques au voile des femmes qu'il sculpte, aiguise les arcades sourcilières. Les yeux sont taillés en un petit losange horizontal. Les drapés sont fluides. De façon générale, la manière plus souple qu'il a de sculpter, qui produit un effet plus impressionniste, voire maniériste, contraste avec le hiératisme, la raideur des réalisations de Henry." (Le Seac'h p.139 )

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Sainte Apolline (kersanton polychrome, Prigent v.1553), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2017.

Sainte Apolline (kersanton polychrome, Prigent v.1553), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2017.

Sainte Apolline (kersanton polychrome, Prigent v.1553), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2017.

Sainte Apolline (kersanton polychrome, Prigent v.1553), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2017.

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L'inscription.

Le socle a été barbouillé de peinture noire et surchargé d'une indication superflue  STE APOLLINE, qui dissimule la précieuse inscription gothique de quatre lignes (qui sera restituée, à coup sûr, par la restauration en cours). Je peux lire CEST YMAIGE FUT FAI...  LE MERCIER ET R.

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Lucien Lécureux écrivait en 1915 :

"Dans le bas-côté sud se trouve la statue de sainte Appolline dont nous avons déjà eu l'occasion de parler à cause de la date qu'elle porte. Cette statue est en pierre, de facture maladroite. Elle a été grossièrement repeinte. Sur le socle se lit l'inscription suivante en relief d'une écriture cursive assez gauche :

CEST YMAIGE FUT FAICTE
ET CESTE CHAPELE NICHE AN
P[AR] O. LE MERCIER ET R. SCAN
LAN 1555.

L'inscription est évidemment fautive. La première ligne contient déjà une de ces libertés syntaxiques fréquentes à cette époque dans les inscriptions françaises de Bretagne, où nous trouvons constamment le masculin pour le féminin. Déjà deux inscriptions de Pencran, celle de 1553 sur un cube de pierre et celle de 1517 au bas du groupe de la descente de croix, nous ont fourni des exemples de ce genre de faute : fut fondé ceste chapele — cest histoire fut complet.

La fin de la seconde ligne est incompréhensible. On lit très nettement : niche an. Peut-être le premier mot doit-il être interprété : niché. A cette époque on ne peut s'attendre à trouver un accent sur la finale. Quant à la syllabe an c'est une graphie très répandue en Bretagne à cette époque et encore au XVIIème siècle pour la préposition française : en. On lit sur le calvaire de Plougastel : A[N] LA[N] 1602, sur une sablière de La Roche : A[N] LA[N] M V LXVII.

Maintenant faut-il joindre an au mot l'an qui commence la quatrième ligne. Faut-il supposer une autre transposition et comprendre ainsi les deux premières lignes :

CESTE YMAIGE FUT FAICTE
ET EN CESTE CHAPELE NICHÉE

(niché au lieu de nichée étant un exemple de plus de manque d'accord) ?

En tout cas l'inscription est fautive, et d'ailleurs il ne faut pas trop s'étonner de trouver des fautes dans les inscriptions françaises de Basse-Bretagne, exécutées par des ouvriers bretonnants qui devaient souvent reproduire sans les comprendre des modèles déjà incorrects.

Quant aux deux noms qui occupent la troisième ligne, ce sont des noms de fabriques. Nous avons trouvé un autre O. le Mercier dans l'acte de 1619 relatif à la réparation des orgues. C'est un des deux notaires de Landerneau devant lesquels est passé l'acte. Il se peut que le fabrique 0. le Mercier habitât déjà Landerneau puisqu'en 1550 Hervé Kerahès avait sa demeure dans cette ville."

E. LE Seac'h a lu (et cela semble plus fidèle) : CEST. YMAIGE . FVT. FAICTE / ET . CESTE . CHAPELLE . PAR . HENRY . P. G. LE MERCIER . ET . R. SCAF. F. LAN 1555.

Ces informations capitales pour l'historien méritent d'être à nouveau disponibles à la lecture après suppression de la lamentable peinture noire .

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1. Une signature d'Henry Prigent, sculpteur.

 

E. Le Seac'h interprète astucieusement l'inscription "cette ymaige fut faicte et  ceste chapelle par Henry P.G." comme une signature du sculpteur :  "cette image fut faite en cette chapelle par Henry Prigent".

Ce nom est attesté à coté de celui de son frère Bastien sur le calvaire de Plougonven un an auparavant : "BASTIEN ET HENRY PRIGE[N]T ESTOIE[N]T YMAGEURS 1554. La première œuvre datée et signée, par Bastien seul, est le bénitier de la chapelle Saint-Guévoc de Trédrez en 1545 : [...] CO[MPOSEE. A. PAR . BASTIEN . P[RI]GE[N]T Ma; FAITE . MVC.XLV.". Mais un document des comptes de paroisse de Lanhouarneau concernant la croix de Croas-ar-C'hor 

 

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2. Recherches généalogiques.

1°) LE MERCIER.

Geneanet propose 10 indications pour ce patronyme à Landerneau. Dont un Olivier Le Mercier :

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"Olivier, anobli en 1515, père de Jean, et celui-ci de Sébastien, vivant en 1538, marié à Marie de Kerroudault." (Pol Potier de Courcy)

De plus, un acte notarié du 15 septembre 1531, relatif à l'église Saint Ivy, mentionne "Maître Jan le Mercier sieur de Beaurepos". (Archives Le Forestier de Quillien)

Mercier (le), sr de Beaurepos et de Keroman, par. de Guipavas. Confirmé par lettres de 1673 et maint. au conseil en 1717, sept gén. ; montres de 1534 a 1538, par. de Lambezellec, ev. de Leon. D’azur au chevron d’argent, accomp. en chef de deux quintefeuilles de même, et en pointe d’une cloche d’or, bataillée de sable.

Olivier, anobli en 1515, père de Jean, et celui-ci de Sébastien, vivant en 1538, marié à Marie de Kerroudault. Fondu dans Fontaine de Mervé." (généalogie Cedric L'haridon) (Pol de Courcy)

Cet Olivier serait le père de Jean, mais aussi de François, marié avant 1537 avec Thomine LE CAM et dont les trois enfants Marguerite (1537-)Jean (1542-) et Catherine (1545-) sont baptisés à l'église Saint-Thomas de Landerneau.

Par contre, la base Geneanet n'offre aucun individu à Guipavas ou à Ploudiry (ou à Pencran) pour ce nom de Mercier ou Le Mercier.

Un Maître Jean Le Mercier et Pierre Le Mercier participent à la montre de l'évêché du Léon en 1534 pour Lambézellec.

Un Jean Le Mercier est mentionné dans les archives de la juridiction de Corlay.

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2°) R. SCANF.

Je pense qu'il faut comprendre "SCANF" ou SCANV derrière les leçons "SCAN" et "SCAF" (ou un tilde n'a peut-être pas été relevé). Albert Deshayes consacre un item de son Dictionnaire (p. 160) à "Le Scanv" et ses nombreuses variantes Le Scan, Scaff, Scaf,  An Scanff, Le Scanf, Le Scanve, Lescan, Le Scao correspondant au qualificatif moyen-breton "legier, non pesant". . On les trouve à Quimper, Plouguin, Ploudalmézeau, Daoulas, Plourin-Morlaix, mais non à Ploudiry ou Landerneau.

La base Geneanet les trouve aussi à Saint-Pol-de-Léon (++), Lannilis et Plouvien, Plougasnou.

Le Nobiliaire de Pol de Courcy localise un Le Scanf, seigneur de Kervelguen en Goëllo.

 

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Socle de 1555, kersanton, église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2017.

Socle de 1555, kersanton, église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2017.

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LA VIERGE DE PITIÉ  AUX TROIS LARMES : UNE OEUVRE DES PRIGENT ? Kersanton polychrome, XVIe siècle.

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Elle occupe un pilier sud de l'intérieur de l'église et fait l'objet de la restauration en cours.

Bien qu'elle n'est pas été placée par E. Le Seac'h dans son catalogue des œuvres attribuées aux frères Prigent, je peux suggérer cette attribution, puisque la Vierge montre sous chaque œil les trois larmes caractéristiques de cet atelier —mais qui seront reprises ponctuellement par le Maître de Plougastel (1570-1621) et par Roland Doré (1618-1663) —. Puisque l'atelier Prigent se signale à Pencran par de nombreuses sculptures, et que les deux autres ateliers sont plus tardifs, comme nous retrouvons les particularités stylistiques de l'atelier, comme le manteau qui forme un voile à plis rigides sur la tête, cela me semble (très) vraisemblable.

Ces larmes avaient été remarquées avant moi par Yves-Pascal Castel .

Voir la Vierge de Pitié de Tal-ar-Goas à Crozon : je fais la synthèse en fin d'article sur les Pietà des Prigent. Voir aussi la Vierge de Pitié du calvaire de Kerabri à Lothey, par les Prigent.

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La forme du groupe s'inscrit dans un triangle, et le manteau  de la Vierge englobe le corps de son Fils. Celui-ci, soutenu par la main droite de Marie sous la tête et sa main gauche sur le ventre, forme une diagonale orientée vers le haut et la gauche, mais il forme aussi une croix avec le bras droit (exposant la paume et sa plaie), et le bras gauche de la Vierge.

La Vierge de Pitié est assise, et ses jambes tournées vers sa droite et légèrement écartées soutiennent la tête et le flanc du Christ.

Les plaies des pieds, de la main droite et du flanc sont bien exposées, celles de la couronne d'épines seront à ré-examiner après restauration. Mais elles participent de la même dévotion aux Cinq Plaies, au Sang versé et aux souffrances endurées par le Rédempteur qui s'est développé en France (Bourgogne) et dans le Duché de Bretagne au XIV et XVe siècles, et qui ont suscité la floraison que l'on connait en Finistère des calvaires au XVIe siècle. Cette dévotion est indissociable de l'attachement aux larmes versées par les trois saints personnages au pied du calvaire (la Vierge, Saint Jean et Marie-Madeleine)et cette effusion des pleurs répondant par participation émotionnelle au versement du sang incite les fidèles à s'unir à ce geste de piété.

Voir Dévotion franciscaine aux Plaies du Christ à la cour ducale de Bretagne.

Cette dévotion n'est sans doute mieux attestée  qu'à Pencran, puisque ces larmes se retrouvent sur la Vierge du Calvaire (supra), sur cette Pietà, sur le visage de Marie-Madeleine au pied du calvaire (de 1521 ?), sur les trois personnages de ce calvaire autour de la croix, tandis que les visages attristés du retable de la Déploration de 1517 (sans larmes sculptées, mais avec mouchoir) relève de la même sensibilité.

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Vierge de Pitié, (kersanton polychrome, Prigent ?, XVIe siècle), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2017.

Vierge de Pitié, (kersanton polychrome, Prigent ?, XVIe siècle), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2017.

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STATUE DE MARIE-MADELEINE ÉPLORÉE, (kersanton, Prigent v. 1553).

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C'est une Marie-Madeleine au pied du calvaire, figure habituelle de l'atelier Prigent, mais qui a été séparée du calvaire d'origine, que nous ignorons, pour être placée sur un socle sur la pelouse du nord de l'église.

Elle est agenouillée, et lève la tête et le regard vers le Christ crucifié tout en levant les deux mains écartées en signe d'émotion. Elle porte une riche et épaisse robe, aux manches, plissées qui s'évasent aux poignet, au corsage ajusté et non plissé tandis que la jupe laisse tomber des plis tubulaires sous la ceinture nouée par une rosette. 

Le manteau est tombé des épaules et forme, entre les reins et les jambes, une masse en éventail.

Le flacon d'aromates ou d'onguents est posé à sa droite.

Sa tête est partiellement voilée par le fameux bandeau occipital (cf. Sainte Anne supra), plissé en éventail sur l'occiput avant de rassembler les nattes et de se nouer derrière la nuque. Les deux nattes descendent devant les épaules.

Le bloc de pierre est brisé (on dirait même scié) sous la taille, et cette statue a peut-être été retrouvée dans des décombles.

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Cette Marie-Madeleine éplorée au pied de la croix se retrouve, avec toutes ses caractéristiques, sur le calvaire monumental de Pleyben, datant de 1555 (exactement comme la sainte Apolline de Pencran), mais aussi au calvaire du bourg de Saint-Ségal, et avec toutes ou partie de ces caractéristiques, au calvaire de la chapelle Saint-Sébastien de Saint-Ségal, au calvaire de la chapelle du Ménez-Hom en Plomodiern, et enfin au calvaire de Lopérec (et encore sur un contrefort de la chapelle Saint-Tugen en Primelin). Voir ma présentation ici :

https://www.lavieb-aile.com/2019/07/saint-segal-le-calvaire-du-bourg.html

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Enfin nous ne pouvons ignorer que cette Marie-Madeleine éplorée au pied de la croix est présente au pied du calvaire nord de Pencran (1521 ?) et du calvaire sud (cimetière). Mais dans ces deux cas, les trois larmes de compassion sont absentes.

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Marie-Madeleine (kersanton), calvaire nord de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2019.

 

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Marie-Madeleine (kersanton), calvaire sud de l'église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2019.

 

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Marie-Madeleine éplorée  (kersanton, Prigent v. 1553), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2019.

Marie-Madeleine éplorée (kersanton, Prigent v. 1553), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2019.

Marie-Madeleine éplorée  (kersanton, Prigent v. 1553), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2019.

Marie-Madeleine éplorée (kersanton, Prigent v. 1553), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2019.

Marie-Madeleine éplorée  (kersanton, Prigent v. 1553), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2019.

Marie-Madeleine éplorée (kersanton, Prigent v. 1553), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2019.

Marie-Madeleine éplorée  (kersanton, Prigent v. 1553), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2019.

Marie-Madeleine éplorée (kersanton, Prigent v. 1553), église de Pencran. Photographie lavieb-aile 2019.

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SOURCES ET LIENS.

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— ABGRALL (Jean-Marie) 1915, Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments recueillies par M. le chanoine Abgrall, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère T. 42. page 189.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077163/f241.item

 

— ABGRALL (Jean-Marie) 1916, Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments recueillies par M. le chanoine Abgrall (suite), Bulletin de la Société Archéologique du Finistère page 95.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077197/f126.item

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077197/f155.item

 

— ABGRALL (Jean-Marie) 1898, Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments du Finistère, par M. l'abbé J.-M. Abgrall. Congrès archéologique de France : séances générales tenues à Morlaix et à Brest ... par la Société française pour la conservation des monuments historiques Société française d'archéologie. Derache (Paris), A. Hardel (Caen) 1898 page 155. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k356651/f222.image

 

ABGRALL (chanoine Jean-Marie), 1902, Le livre d'or des églises de Bretagne, Oberthür.

— APEVE

 http://www.apeve.net/spip/spip.php?article8

CHAURIS (Louis )  2010, Le kersanton. Une pierre bretonne, Presses universitaires de Rennes,

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Notice sur Pencran, Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/7f786fe0966306242750d6e111e8c78d.pdf

FAVÉ (abbé), 1899, Excursion..., Bulletin SAF

https://societe-archeologique.du-finistere.org/bulletin_article/saf1899_0452_0506.html

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207649z/f457.item

— LÉCUREUX (Lucien), 1915  Société Archéologique du Finistère - SAF 1915 tome 42 - Pages 139 à 156

https://societe-archeologique.du-finistere.org/bulletin_article/saf1915_0199_0218.html

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

— PÉRENNÈS (Henri), 1938 Notice de Pencran, BDHA 

http://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/3c650c05ef86fe15d59ddb6b528d5f93.pdf 

—DANIEL ( Tanguy ) 1987, La mort d' un mythe : un art breton sans artistes . Cahiers de Bretagne occidentale , n° 6 , 1987 , p . 75 - 84 ( Mélanges Yves Le Gallo ) 

http://www.gbv.de/dms/hebis-mainz/toc/013196308.pdf

 

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Published by jean-yves cordier - dans Sculpture Kersanton Prigent Chapelles bretonnes.
11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 11:52

Le porche de Pencran : les moulures et leurs scènes bibliques (kersanton, traces de polychromie ocre,  atelier Prigent, v. 1553).

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Sur Pencran :

L'enclos paroissial de Pencran I. Les crossettes du porche (1553). par l'atelier Prigent. 

Le porche de Pencran : les apôtres du Credo apostolique.

Le retable de la "Descente de Croix" de l'église de Pencran (29). (1517)

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Sur les porches de Basse-Bretagne (ordre chronologique):

 

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Sur les statues de l'atelier Prigent :