Les vitraux, et leur grillage de protection ont été restaurés en 2020-2022. Je présente ici les photographies de 2012 et celles d'août 2022 : certains plombs de casse ont été remplacés par un collage.
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PRÉSENTATION.
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La baie d'axe mesure 6 mètres de haut et 2,65 m. de large. Elle est divisée en 4 lancettes trilobées, et renferme parmi de la vitrerie blanche losangée 4 scènes de la Vie de la Vierge, ou de l'Enfance du Christ, posées à l'initiative de Guillaume de Penhoët (mort après 1470), après que sa seigneurie de Coëtfrec eut été érigé en baronnie en 1451.
On pourra comparer le style de cet artiste à celui de la maîtresse-vitre de Notre-Dame-de-la-Cour à Lantic (Olivier Le Coq et Jehan Le Lavanant, vers 1460-1470), ou ceux de Saint-Nicolas-du-Pélem ou de Tonquédec, selon un regroupement stylistique suggéré par Gatouillat et Hérold 2005.
Je m'intéresse surtout aux larges visages féminins au front épilé très en arrière, aux yeux en fente étroite (surtout pour la Vierge) encadrée par d'épaisses paupières et au menton très court. Ces yeux-bananes ou en fente effilée confère un air exotique particulier à ce groupe d'œuvres.
Mais on peut aussi noter le surcot clos blanc qui apparaît sous le manteau bleu de Marie, à son décolleté arrondi et qui est fortement cintré très haut sous la poitrine (par une ceinture dans la Présentation). Ou les cheveux des hommes, partagés par le milieu.
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Attribution par F. Gatouillat et M. Hérold à Olivier Le Coq et Jean Le Lavenant, peintres-verriers de la maîtresse-vitre de Lantic (22).
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Dans Les Vitraux de Bretagne, volume VII du Corpus vitrearum, ces deux auteurs définissent les caractéristiques stylistiques des deux peintres verriers qui ont apposé peur signature sur la maîtresse-vitre de Lantic, puis retrouvent celles-ci dans un groupe de verrières des décennies 1460-1480 , notamment le Credo apostolique de Quemper-Guézennec, la maîtresse-vitre de la chapelle de Cohazé à Saint-Thuriau
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"La verrière de Lantic, authentifiée avec exactitude, est une grande composition narrative à registres superposés, chaque scène et chaque lancette étant encadrée et couronnée de grandes niches d'architecture aux dais très développés, qui donnent à l'œuvre une tonalité fort claire. Sols dallés et fonds damassés — qui éclipsent toute mention de paysage — portent des personnages assez trapus mais non dénués d'élégance ; parmi les caractéristiques principales, on note les larges visages féminins, les yeux petits et très marqués, les chevelures roulées en arrière et partagées par le milieu des hommes barbus, dégageant des fronts très hauts, les expressions intériorisées de toutes ces figures et, pour le décor, les tissus ornés de motifs géométriques et les galons larges, souvent repris au jaune d'argent.
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Ces caractères existent dans d'autres verrières des décennies 1460 à 1480, dont plusieurs pourraient émaner du même groupe d'artistes.
À Ploubezre, les scènes de l'Enfance du Christ de la chapelle Notre-Dame de Kerfons, posés à l'initiative de Guillaume de Penhoët présentent des équivalents du vitrail de Lantic, mais suivant une formulation graphique légèrement postérieure.
Le Credo apostolique de l'église de Quemper-Guézennec peut lui aussi être attribué au groupe Le Coq-Le Lavenant, tant est frappante la parenté avec la verrière de Lantic.
Dans le Morbihan, la "Vie du Christ", don de l'évêque de Vannes Yves de Pontsal (1449-1476) à la maîtresse-vitre de la chapelle de Cohazé à Saint-Thuriau, se rattache directement à la façon de l'atelier Le Coq, comme la Crucifixion de Saint-Anne-de-Boduic à Cléguérec.
Parmi les œuvres contemporaines de la verrière de Lantic se détache Notre-Dame-du-Roncier de Josselin, qui ne conserve plus que des lambeaux d'un vitrage autrefois somptueux, malheureusement dégradé et fort complété par les soins diligents de l'atelier Huché. Dispersés en quatre baies, les panneaux anciens réalisés vers 1470-1480 sont d'une lecture difficile mais répondent clairement aux principes formels décrits à Lantic, dominés par la tonalité blanche accordée aux niches importantes et complexes. [...]
On citera parmi cinq autres dans les Côtes d'Armor les vitraux (1500-1520) déposés de la chapelle Saint-Pabu de Saint-Guen."
Gatouillat et Hérold 2005 , p. 30-31.
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Quelques balises : place au sein des vitraux bretons du XVe siècle.
Je m'inspire très largement dans ma description de celle de F. Gatouillat et M. Hérold.
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1. Visitation.
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Panneau de 0,90 cm sur 0,60 cm, restauré dans le deuxième quart du XVIe siècle, avec une bordure faite de troncs écotés.
La scène a été très refaite, avec de nombreux bouche-trous, et avec un soubassement moderne conçu pour s'accorder à ceux des lancettes voisines.
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Visitation, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.
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Visitation, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.
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Visitation, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Visitation, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
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2. Nativité.
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Importantes restaurations : encadrement architectural, tête de Joseph, buste du Christ, une partie des animaux et du toit de la crèche, une partie du fond rouge.
La comparaison entre la tête de Joseph, récente, et celle de la Vierge permettra de souligner les caractéristiques stylistiques de l'atelier du XVIe siècle. Le peintre n'utilise la grisaille qu'avec parcimonie soit pour le tracé, limité au dessin très dépouillé de l'ovale, des yeux, du nez et de la bouche, soit pour quelques indications de modelé des sourcils, paupières, narines, lèvres ou de la mâchoire, uniquement par ombrage en grisaille diluée, sans aucune hachure ni aucun "enlevé".
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Nativité, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.
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Nativité, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.
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Nativité, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Nativité, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Nativité, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
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3. Adoration des Mages.
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L'encadrement a été refait, à l'exception d'une pièce, mais la scène centrale est bien conservée. La Vierge est assise, portant l'Enfant debout sur ses genoux. Melchior, à la longe barbe, est agenouillé, il a posé la couronne devant lui et présente le vase contenant l'or à l'Enfant, qui l'accepte et qui bénit. Puis vient Gaspar, à la barbe courte, levant les yeux et tendant l'index vers l'étoile que Balthasar, imberbe, luis désigne en levant le bras droit. Cette composition est parfaitement conforme à l'iconographie, où les trois Mages témoignent des trois âges de la vie. Balthasar au doigt tendu vers l'étoile se retrouve sur les sculptures des tympans des chantiers ducaux du début du XVe siècle, comme à Le Folgoët et La Martyre.
Le plomb de casse qui barrait le visage de Melchior en 2012 a été remplacé par un collage bord à bord.
Le gros plan sur les yeux des Mages permet d'étudier le rendu des iris en trois cercles noir, gris et blanc, et de la pupille dont le reflet cornéen est variable selon les visages.
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Adoration des mages, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.
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Adoration des mages, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.
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Adoration des mages, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Adoration des mages, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Adoration des mages, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Adoration des mages, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Adoration des mages, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
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4. Présentation de Jésus au temple.
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L'encadrement a été refait. En 2020-2022, le plomb de casse divisant le corps de Jésus a été remplacé. La Vierge et Joseph sont en face du prêtre, qui tend les mains vers l'Enfant. Une servante, à gauche, apporte le panier contenant l'offrande des deux tourterelles, et une autre servante, à droite, semble distraite.
Nous retrouvons les mêmes yeux en fente effilée presque orientale de la Vierge, et la même parcimonie dans l'emploi de la grisaille, qui
renforce la blancheur (alors très recherchée comme critère d'élégance, mais aussi ici critère de pureté) de son visage. Les mains sont joliment rendues, avec des doigts longs et fins et des gestes gracieux.
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Présentation de Jésus au temple, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.
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Présentation de Jésus au temple, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2012.
Présentation de Jésus au temple, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Présentation de Jésus au temple, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Présentation de Jésus au temple, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Présentation de Jésus au temple, verrière de la Vie de la Vierge (1480-1490), baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
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5. Le tympan.
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La tête du Christ a été refaite dans le groupe d'ajours sommitaux. Les motifs végétaux des autres ajours ont été en grande partie refaits.
Huit anges (aux yeux caractéristiques de l'atelier) portent des phylactères dont je n'ai pu déchiffrer les inscriptions gothiques (Te gloria ms apostolorum ? Sunt ...).
Selon un procès-verbal de 1770, les armoiries de Guillaume de Penhoët et de son épouse Béatrix de Coëtmen se trouvaient dans ce tympan pour affirmer les prééminences de ce seigneur. On les voyaient dans la partie haute entourée d'anges et d'une colombe du Saint-Esprit (selon Guillotin de Corson en 1903).
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Tympan de la baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Tympan de la baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Tympan de la baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Tympan de la baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Tympan de la baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Tympan de la baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Tympan de la baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Tympan de la baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Tympan de la baie 0, chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
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La baie sud.
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Baie de la chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
Baie de la chapelle Notre-Dame de Kerfons. Photographie lavieb-aile 2022.
— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Inventaire général du patrimoine culturel ; Rennes : Presses universitaires de Rennes , impr. 2005
SOURCES ET LIENS.
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—COUFFON, René, 1939, « Répertoire des églises et chapelles de Saint-Brieuc et Tréguier. Second fascicule », Société d’émulation des Côtes-du-Nord. Bulletins et mémoires, 71, 1939, p. 141.
— COUFFON (René), 1948, l'architecture classique au pays de Léon, l'atelier de l'Elorn, l'atelier de Kerjean, Mémoires de la Société d'Histoire et d’Archéologie de Bretagne. 1948, 28.
— JOUBERT (Solen), 2003, Audace et renommée : un réseau de la noblesse bretonne, vecteur d'échanges culturels et artistiques pendant la Renaissance. SHAB pages 205-
— LE LOUARN, Geneviève. 1983 "La chapelle Notre-Dame de Kerfons". Rennes, Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne, t. 60, 1983, p. 301-305.
L'art de la Renaissance en Bretagne : les supports anthropomorphes et zoomorphes (vers 1559) du clocheton et de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre.
2. Cet article appartient à une série sur les Termes gainés, cariatides et atlantes (ou "supports anthropomorphes") , et, plus généralement, sur l'introduction de la Seconde Renaissance en Bretagne:
Le bénitier du porche de Guimiliau. (kersanton, traces de polychromie, Maître de Plougastel, v.1606) du porche sud de Guimiliau, son ange aux goupillons et ses termes gainés.
. INTRODUCTION GÉNÉRALE : LES TERMES GAINÉS, INDICE DE LA SECONDE RENAISSANCE.
Les Termes, cariatides et atlantes peuvent peut-être caractériser la pénétration en Bretagne de l'art architectural classique (Seconde Renaissance), apparu en France à partir de 1540 sous l'influence des traités d'architecture de Vitruve , de Serlio, d'Androuet du Cerceau et de Philibert Delorme. Ce motif architectural peut servir de marqueur facile à repérer, et on le trouve dans la traduction de Vitruve par Giovanni Giocondo (Venise 1511), dans les modèles architecturaux de Serlio ou encore d'Androuet du Cerceau qui lui consacre en 1549 une série de 12 planches (36 types de termes).
Puis on trouve en 1559, mais en Côtes d'Armor, les 4 Termes du campanile de Kerfons à Ploubezre. Ils coiffent la chapelle sud ou chapelle Saint-Yves rebâtie en 1559 par Claude de La Touche et dans laquelle repose Marquise de Goulaine (1500-1531), épouse de Renaud de La Touche-Limousinière et surtout fille de Christophe II de Goulaine.
Cette introduction précoce de l'art classique trouve ses modèles dans la Porte Dorée de Fontainebleau datée de 1528 (pour la porte à encadrement de colonnes et agrafe à l'italienne en forme de S), dans les termes gainés du frontispice de Serlio (Venise 1537), dans les niches à la Philibert Delorme. Or, Marquise de Goulaine est la demi-sœur de Louise de Goulaine, toutes les deux étant les filles de Christophe II de Goulaine (1445-1530).
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On peut suivre la trace de l'influence de cette famille de Goulaine dans la pénétration de la Renaissance en Bretagne dans le château de Maillé à Plounevez-Lochrist, puisque deux cartouches issus des modèles d'Androuet du Cerceau y montrent les armes de Maurice Carman (ou Kermavan) et de Jeanne de Goulaine, mariés en 1541. Mais l'aile Renaissance de ce château construit sous l'influence de Philibert Delorme ne présente pas, à ma connaissance, de cariatides.
Il était important de souligner le rôle de cette famille de la noblesse, dont les attaches en Touraine et Val-de-Loire sont notables, dans l'importation en Bretagne de la Renaissance, puisque, dans le Finistère et en particulier dans le Léon, c'est l'atelier du château de Kerjean (vers 1571-1590) qui introduisit, dans l'architecture religieuse, les décors inspirés de Serlio, Delorme et Du Cerceau.
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Après la chapelle de Kerfons, ce motif se retrouve, dans une pénétration d'est en ouest, en Finistère à l'entrée du château de Kerjean (v.1570-1595), puis au fronton du porche de Lanhouarneau (1582), puis nous admirons les cariatides de la porte d'entrée du manoir de Trebodennic (1584) en Ploudaniel, les termes de l'ossuaire de Sizun (1585), les 14 cariatides et atlantes de l'intérieur du porche de Bodilis (1570-1601), le couple cariatide-atlante de l'intérieur du porche sud de Saint-Thégonnec (1599-1605), celui en kersantite surmontant le porche sud de Saint-Houardon à Landerneau (1604), avant de découvrir les six termes de l'ossuaire de Landivisiau (1610-1620), le couple de termes et la cariatide de l'ossuaire de La Martyre (1619), et enfin le couple de la porte de l'ossuaire (1676) de Saint-Thégonnec. Entourant, comme à La Martyre, une statue de saint Pol-de-Léon, ce dernier a tant de points communs avec ce site qu'il semble en être une copie, inférieure à l'original.
On les comparera aussi, pour la sculpture en bois aux 14 cariatides et atlantes du jubé de La Roche-Maurice, et à ceux du jubé de Saint-Nicolas en Priziac.
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Glossaire
— SUPPORT ANTHROPOMORPHE.
Parmi les décors figurés des supports verticaux (colonnes, piliers, pilastres, fût), ce vocable inscrit au thésaurus réunit les cariatides et les atlantes, canéphores ou non. Il reste à introduire le vocable de "support zoomorphe" lorsque les sujets sculptés sont animaux.
Dans l'antiquité, borne qui marquait la limite d'un terrain, d'un champ, qui matérialisait une frontière. Terminus est une divinité romaine qui est le gardien des bornes. Il fut d'abord représenté sous la figure d'une grosse pierre quadrangulaire ou d'une souche puis, plus tard, on lui donna une tête humaine placée sur une borne pyramidale (un terme) qui servait de limite aux particuliers ou à l'État. Il était toujours sans bras et sans pieds, afin qu'il ne pût changer de place.
Architecture. Statue représentant un buste d'homme ou de femme dont la partie inférieure se termine en gaine et qui sert d'ornement.
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— ATLANTE.
En architecture, figure d'homme soutenant un entablement.
—CARIATIDE
Une cariatide est une statue de femme drapée et debout, dont la tête sert de support à un entablement, une architrave ou une corniche.
Dans un ensemble architectural ou dans un meuble, elle s'emploie à la place d'une colonne ou d'un pilastre.
Parfois leurs bras ne sont figurés que par des tronçons : le bas du corps se termine souvent en gaine. Lorsque les cariatides portent sur la tête une corbeille formant un chapiteau, on les appelle canéphores.
Lorsque le personnage est représenté par un homme, la cariatide prend le nom d'Atlante ou de Télamon, sorte d'Hercule soutenant l'architrave sur ses épaules courbées.
Le nom, féminin, apparaît dans notre langue en 1546 (Caryatide) comme substantif ou comme adjectif qualifiant des colonnes dans l'Hypnerotomachie ou Discours du Songe de Poliphile de J. Martin, folio 14r (Caryatides canelees). Ces colonnes encadrent une porte dont l'architecture est minutieusement décrite.
1. Ma venue à la chapelle de Kerfons faisait suite à sa réouverture après son importante restauration. L'un de mes buts était, on l'a compris, d'étudier le décor sculpté Renaissance de la chapelle Saint-Yves construite sous le mécénat de la puissante famille Goulaine entre 1553 et 1559. ["première Renaissance bretonne" selon Lécuiller : on notera que cela correspond sur le plan chronologique à la Seconde Renaissance française, 1540-1564, sous l'influence de Serlio, et à l'apparition des cariatides et atlantes dans le décor architectural].
"Bâtie pour la puissante famille de Goulaine, la chapelle de Kerfons illustre dans la pierre un vocabulaire décoratif d’avant-garde : porte en plein cintre encadrée de colonnes surmontée d’un fronton triangulaire, modernité et simplicité du dessin des fenestrages, contreforts en forme de tourelle, niches à statues ou original campanile carré flanqué de quatre personnages."
"Les gouverneurs étaient responsables de l’entretien et de la réparation des chapelles. A Kerfons, la chapelle dédiée à Notre-Dame était gérée par un gouverneur unique au cours d'un mandat d'un an non renouvelable. Fiacre Le Bihan et Rolland de Trongoff, tous deux gouverneurs, ont organisé le chantier de construction de l'aile sud à partir de 1553 : "ils emploient des carriers, des tailleurs de pierre, des forgerons, des vitriers et des peintres. Ils mettent en place un important charroi et fournissent la nourriture des gens et des bêtes"." (Lécuiller)
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L'extérieur de cette chapelle, et notamment les quatre cariatides et atlantes de son campanile, fera l'objet de la première partie de cet article.
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2. Mais la visite de l'intérieur de la chapelle Saint-Yves révèle, non seulement un autel de style Renaissance à fronton triangulaire centré par un buste, mais aussi , dans la charpente, une série de 20 termes gainés, renforçant et ornant les nervures. Ce sont pour la moitié des supports zoomorphes à tête de lion et pour 4 d'entre eux, des supports anthropomorphes à type de cariatides.
Ces très belles sculptures en bois feront l'objet de ma deuxième partie.
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3. En clin d'œil, on remarquera les termes gainés en forme d'ange de l'autel du XVIIe siècle. D'où ma troisième partie.
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I. LES CARIATIDES ET ATLANTES DU CAMPANILE. LE DÉCOR RENAISSANCE.
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A. Préambule : Les Goulaine et la Renaissance.
1°) Louise de Goulaine (ca 1505-1567).
Si l'art de la Renaissance s'est introduit en Bretagne en 1507 avec le cénotaphe de Thomas James à Dol-de-Bretagne, puis en 1518-1535 à Guerche-de-Bretagne avec les stalles, suivi dans la même collégiale en 1536-1567 par les vitraux, sous l'influence de la famille d'Alençon, il faut ici donner toute son importance au chantier commandité à Champeaux (35) par Guy III d'Espinay et Louise de Goulaine.
En effet, Guy III d'Espinay épousa Le 17 septembre 1528 Louise de Goulaine, fille de Christophe II de Goulaine, gentilhomme ordinaire du roi Louis XII et de Renée Aménard. Le couple, qui éprouvait pour l'art nouveau de la Renaissance un véritable engouement (Christophe II de Goulaine a fait reconstruire l'aile de son château de Goulaine en Loire-Atlantique en style début Renaissance), s'attacha à embellir l'église de Champeaux de vitraux, d'un jubé, et vers 1530 de stalles, dont chaque dossier supérieur, chaque miséricorde étant sculptés avec goût et imagination . Louise commanda pour son mari un tombeau en 1553 dans le plus pur style Seconde Renaissance, et pour sa fille un monument de même style en 1554.
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Arbre Alain de Carné Geneanet
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Le même couple exerça son goût pour le style Renaissance à Louvigné-de-Bais (à 17 km au sud de Champeaux) entre 1536 et 1562.
2°) Marquise de Goulaine (vers 1500-1531) et sa fille Claude (ca 1525->1559.).
Marquise de Goulaine est la sœur aînée de Louise de Goulaine. Elle épousa en 1522 Renaud de la Touche-Louzinière, fils de François de la Touche et de Jeanne de Penhoët, dame héritière de Coëtfrec et Kerfons. Elle eut 2 filles Françoise et Claude ou Claudine
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Arbre Alain de Carné Geneanet
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Au XVe siècle, la chapelle de Kerfons appartenait à la famille de Penhoët.
"La branche des Penhoët-Coatfrec se fond en 1492 dans la famille de La Touche-Limousinière en Loire-Atlantique. Un des fils épouse en 1522 un membre d 'une des plus grandes familles bretonnes, Marquise de Goulaine qui meurt en 1531 et est enterrée dans la chapelle Saint-Yves de Kerfons, c'est-à-dire dans la chapelle sud du transept. En 1533, leur fille Françoise de La Touche est inhumée dans la même chapelle aux cotés de sa mère et leur deuxième fille Claude fera rebâtir en 1559 la chapelle funéraire de la famille. Ces travaux nécessitent la surélévation de la nef avec des modillons et l'aménagement d'une sacristie au bas de la nef.
Le rôle et la personnalité des fondateurs sont essentiels pour expliquer l'originalité de cette chapelle des Goulaine où repose Marquise, belle-sœur de Gui III d'Espinay, seigneur de Champeaux. On connaît depuis les travaux de René Couffon sur la collégiale de Champeaux le rôle primordial joué par les d'Espinay pour la diffusion des idées humanistes et des arts renaissants en Bretagne. Ils sont justement célèbres pour leur commande à l'architecte angevin Jean de l'Espine d'un tombeau érigé en 1553. Le goût pour la nouvelle expression artistique s'est ainsi répandu dans les parages de Coatfrec.
En effet la chapelle Saint-Yves n'a pas de parenté évidente avec d'autres monuments "Renaissance" de la région. Ici l'architecte a éliminé tout le décor si prisé à Notre-Dame de Guingamp ou à Notre-Dame de Bulat-Pestivien où s'épanouissent coquilles, rinceaux, arabesques, puni et candélabres, Kerfons est sans doute la première expression bretonne du classicisme naissant, affirmé par la pureté d'un style totalement épuré où seules apparaissent les grandes directrices architecturales. Le décor n'occupe en effet que les parties secondaires de l'ouvrage : un buste en costume Henry II, des angelots dans les écoinçons (réminiscences des bustes inscrits dans des médaillons), une niche d'inspiration florentine, des niches à coupoles sur les contreforts et un amortissement du pignon en forme de campanile orné de personnages à demi nus sur des termes imitant le tempietto italien.
Les références architecturales sont savantes et prestigieuses : Porte Dorée de Fontainebleau pour la porte à encadrement de colonnes et agrafe à l'italienne en forme d'S, gaines du frontispice de l'ouvrage de Serlio, niches à la Philibert de l'Orme, remplages comparables à ceux de Saint-Eustache de Paris de vingt ans son aînée. Cependant l'artiste n'a pas freiné sa fantaisie notamment dans les chapiteaux de la porte où l'inspiration corinthienne est totalement dépassée et recomposée. Seule note "locale" dans toutes ces références lointaines, les nervures rayonnantes de l'embrasure de la porte. Ces moulures qui n'ont aucune raison d'être architectonique, paraissent visualiser les sommiers de l'arc. Elles simulent un effet de perspective comme pour marquer une profondeur factice telle une voussure très profonde que l'on découvre sur les dessins d'arcs de triomphe des traités d'architecture de la deuxième moitié du 16e siècle. Cet artifice décoratif avait déjà été utilisé à Bulat-Pestivien dès 1522 et à Guingamp dès 1537. Plus au sud on les observe à Saint-Servais. En 1585, elles sont encore sculptées sur une porte de Saint-Jean-du-Baly à Lannion." (Le Louarn)
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B. La chapelle Saint-Yves (1553-1559).
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La date de 1559 sur un pilier de la chapelle Saint-Yves.
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Cliché Bernard Bègne Inventaire 2014.
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Le chronogramme est inscrit dans un cartouche à cuir découpé à enroulement, typique de la Seconde Renaissance bellifontaine.
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Contrefort du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Le bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2012.
Le bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile 2012.
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La porte et son fronton triangulaire centré par un personnage en buste.
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La porte elle-même, de plein-cintre, mais aux moulures baguées, est encadrée par deux colonnes soutenant un entablement et un fronton triangulaire, selon le modèle diffusé par le premier Livre de Serlio (1540) et repris par Androuet du Cerceau (1559-1561).
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La porte du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
La porte du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Le buste d'un seigneur en costume Henri II. On verra (en fin d'article) la correspondance avec l'autel-tombeau de l'intérieur de la chapelle, où c'est un homme âgé et nu qui est sculpté en buste sur un fronton analogue.
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La porte du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Blason et collier de Saint-Michel de l'élévation est ; masque et inscription énigmatique.
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Pignon sud du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Pignon sud du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Pignon sud du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Le campanile : ses deux atlantes et ses deux cariatides.
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Les termes soutiennent l'entablement entre deux colonnes corinthiennes. Les deux cariatides ont les bras croisés sous leur généreuse poitrine. Elles portent un turban. Les deux atlantes sont identiques, ont les bras croisés sur leur torse nu et portent la barbe pointue très fournie et bouclée, et une couronne. La base est tronquée, réalisée par un appareillage de pierres de granite.
On trouve des modèles de ces termes chez Agostino Veneziano (infra) dès 1536, ou chez Androuet du Cerceau.
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Agostino Veneziano,Maître de Die (graveur),deux hommes,série de Hermae,Budapest, Musée of Fine Arts, Inv 5215,figure à droite
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Le campanile du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Le campanile du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Le campanile du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Le campanile du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Le campanile du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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II. LES FIGURES ENGAINÉES DE LA CHARPENTE DE LA CHAPELLE SAINT-YVES. CARIATIDES, AMAZONES, ATLANTES ET LIONS.
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La charpente ancienne de la chapelle est remarquable par ses entraits à nœud central et engoulants, ses sablières, ses blochets sculptés, et ses nervures à "cerce" sculptés en termes gainés.
Note. On nomme Cerce ou cherche des "Courbe à plusieurs centres qui donne le profil de certaines parties cintrées d'une construction`` (Delorme, Archit., III, 4 ds Gdf.). Le terme est utilisé par Lécuiller en légende des figures correspondant à ces cariatides. Dans la littérature décrivant les charpentes anciennes, on trouve le terme "cerces moulurées" associé à celui de "liernes", ces nervures parallèles soutenant le lambris. Je n'ai trouvé aucun exemple de "cerces" à sculptures figuratives.
Un exemple de charpente. Celle de Kerfons est plus complexe, notamment pour la structure des liernes.
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Église de Mesnil-sous-Vienne. Charpente de la nef, XVIe s.
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Une vue générale de la charpente montre les deux poutres transversales ou entraits, les blochets des quatre angles, les dix arcs de nervures ("liernes" si on veut)... et les cariatides (au sens large). Sans compter les deux rangs d'abouts de poinçon.
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La charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Ici la partie nord en 2012, avant restauration.
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La charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2012.
La charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
La charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Au milieu de la poutre surplombant les deux arcs permettant l'entrée depuis le chœur, une sculpture de Dieu le Père, en tiare et tenant l'orbe, préside à l'ensemble ornemental.
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La charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Une paire d'abouts de poinçon : le décor est géométrique et non figuratif.
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La charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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IIA. LES DIX FIGURES DU CÔTÉ OUEST.
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A1. Support zoomorphe : un lion.
Débutons la description de ces fameuses figures engainées (on ne sait plus comment les nommer) en partant de l'angle nord-ouest. C'est un lion. Sa tête supporte, par l'intermédiaire d'une volute, la charpente. On constate des restes de polychromie, ici jaune ou blanche, ailleurs bleue ou rouge, qui laisse imaginer la splendeur initiale.
Seule la tête est animale, tout le reste du support forme une ample volute feuillagée.
On voit en dessous la tête de l'ange formant blochet.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A2. Support zoomorphe : un lion.
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On voit le talent du sculpteur pour varier son sujet, conservant une fidélité au modèle anatomique tout en l'intégrant aux formes géométriques d'une volute (en forme complexe de "perroquet" de traçage de courbes et contre-courbes) et d'un support à guirlande de fruits nouée d'un ruban et grille.
Le ruban sort d'un (faux) trou, comme dans les cartouches à cuir découpé alors en vogue.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A3. Support zoomorphe : une lionne.
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Ce motif est surprenant, puisque la tête de l'animal surplombe un sein, très généreux mais unique, qui coiffe le sommet de la courbe du support. Ce sein semble s'intégrer avec le buste de l'animal, et est clairement séparé de la partie sous-jacente, géométrique et feuillagée.
Comment l'interpréter ? Par volonté de symétrie avec les figures suivantes? Clin d'œil humoristique ?
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A4. Support zoomorphe : un lion.
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Un lion royal, à la belle crinière qui se transforme en plumage puis en deux larges feuilles formant la volute du support.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A5. Support zoomorphe : un lion.
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Ce lion indiscutable est ailé. Il domine la feuille formant la volute.
Le principe que je relève dans l'ensemble de la sculpture Renaissance et dont les termes engainés sont un parfait exemple est celui de la confusion des "genres" ou "ordres", humain, animal, végétal et géométrique, comme pour introduire le spectateur dans un monde déstabilisé, renversé, non-naturel et, sans doute, enchanté. L'univers de l'artefact artistique.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A6. Support anthropomorphe : une cariatide.
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Je veux bien que cela soit une charmante cariatide, aux longs cheveux bouclés, à l'ovale parfait et à la petite bouche qui esquisse un baiser, mais elle n'a qu'un seul sein (ici buché). Je l'ai associé d'abord aux amazones, dont on dit qu'elle se coupaient le sein droit pour mieux tirer à l'arc.
https://journals.openedition.org/pallas/14209
En réalité, les deux seins sont réunis, comme on va le voir, dans le volume d'une seule poitrine et ne se distinguent que par la petite saillie mamelonnaire.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A7. Support anthropomorphe : une cariatide.
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La mono-mamelle peut-être bi-mamelonnée déborde ou dégorge d'une sangle qui délimite, comme les ceintures portées jadis très haut, le support feuillagé.
Les cheveux sont rassemblés par une perle.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Stop ou encore ? Au point où nous en sommes, je crois discerner un unanime "Encore !".
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A8. Support anthropomorphe : une cariatide.
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Amazone ou victime d'une malformation, arrangez-vous comme vous voudrez avec ces difficultés mammaires. Mais c'est une bien belle femme.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A9. Support anthropomorphe féminin (cariatide) très détérioré.
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Support feuillagé.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A10. Support anthropomorphe féminin très détérioré.
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L'ovale du visage, l'amorce d'une chevelure et le volume mammaire permettent de voir ici une cariatide.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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IIB. LES DIX FIGURES DU CÔTÉ EST.
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B10. Support anthropomorphe féminin très détérioré.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B9. Support anthropomorphe : une cariatide.
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Le sculpteur semble avoir progressé dans sa connaissance de l'anatomie féminine, mais ce n'est pas encore tout à fait ça. Le volume mammaire est divisé en deux par une sangle verticale.
La chevelure soigneusement peignée est retenue par un médaillon frontal, d'où part un ruban qui se faufile sous des mèches, revient sur les côtés, passe derrière la nuque avant de se nouer : c'est une variante de "mon" "bandeau occipital".
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B8. Support zoomorphe : un lion (ailé).
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B7. Support zoo-anthropomorphe : tête d'homme moustachu dans la gueule d'un lion.
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Cet homme aux yeux bleus est encapuchonné par la tête de lion. Son buste se projette en avant, faisant saillir ses pectoraux (gynécomastiques) et le ventre.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B6. Support zoomorphe : un lion.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B5. Support zoomorphe : un lion.
tête de lion sur un buste féminin à robe de feuillages ?
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B5. Support anthropo-zoomorphe : la tête d'un homme barbu dans la gueule d'un lion.
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je m'y perds un peu. Est-ce un homme coiffé d'une tête de lion ? D'un homme croqué par un lion, mais où est la mandibule? Peut-être derrière?
Est-ce une lionne, à la poitrine humaine ? Ou bien ce relief bi-mamelonné est à attribuer à la lèvre inférieure de l'animal ?
Le but de l'artiste est clair : nous faire perdre la tête, et nos repères.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B4. Support zoomorphe : un lion .
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B3. Support zoomorphe : un lion à barbiche pointue.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B2. Support zoomorphe : un lion à barbiche ronde.
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Sur le support, isolé de la tête animale par un "collier", une poitrine féminine, puis, à nouveau séparé par une sangle-ceinture, une feuille.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B1. Support anthropomorphe : une cariatide canéphore.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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III. LES QUATRE BLOCHETS.
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Blochet n°1. Angle sud-est.
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Cliché Bernard Bègne 2014 pour l'Inventaire.
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Blochets de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Blochets de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Blochet n°2. Angle sud-ouest.
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Blochets de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Blochets de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Blochet n°3. Angle nord-ouest.
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Cliché Bernard Bègne pour Inventaire général.
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Blochet n°4. Angle nord-est.
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Cliché Bernard Bègne 2014 pour Inventaire général.
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Blochets de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Blochets de la chapelle latérale nord de la chapelle de Kerfons.
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Ils se caractérisent par des ailes multicolores.
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Blochet n°1.
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Blochets de la charpente du bras nord du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Blochets de la charpente du bras nord du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Blochet n°2.
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Blochets de la charpente du bras nord du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Blochets de la charpente du bras nord du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Blochet n°3.
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Blochets de la charpente du bras nord du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Blochet n°4.
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Blochets de la charpente du bras nord du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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IV. QUELQUES SABLIÉRES.
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Sablières de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Sablières de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Sablières de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Sablières de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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V. LES NOEUDS DES ENTRAITS DE LA CHAPELLE SAINT-YVES. DEUX ANGES PRÉSENTANT UN BLASON ? UN CARTOUCHE ?
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Nœud d'un entrait de la chapelle Saint-Yves (1559) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Nœud d'un entrait de la chapelle Saint-Yves (1559) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Nœud d'un entrait de la chapelle Saint-Yves (1559) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Nœud d'un entrait de la chapelle Saint-Yves (1559) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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V. LES ANGES-CARIATIDES DE L'AUTEL DU XVIIe SIÈCLE.
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Autel (XVIIe) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Autel (XVIIe) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Autel (XVIIe) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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À L'INTÉRIEUR DE LA CHAPELLE SAINT-YVES (1559), L'AUTEL RENAISSANCE AU FRONTON TRIANGULAIRE.
Nous y trouvons de nombreux éléments du nouveau vocabulaire Renaissance : les colonnes à chapiteaux corinthiens, la niche à coquille et à masques, et le buste d'homme décharné et âgé sculpté au milieu du fronton.
Cet autel est-il un monument funéraire des Goulaine, avec son tombeau à godrons ?
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Autel-tombeau (?) de la chapelle Saint-Yves (1559) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Autel-tombeau (?) de la chapelle Saint-Yves (1559) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Autel-tombeau (?) de la chapelle Saint-Yves (1559) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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SOURCES ET LIENS.
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—COUFFON, René, 1939, « Répertoire des églises et chapelles de Saint-Brieuc et Tréguier. Second fascicule », Société d’émulation des Côtes-du-Nord. Bulletins et mémoires, 71, 1939, p. 141.
— COUFFON (René), 1948, l'architecture classique au pays de Léon, l'atelier de l'Elorn, l'atelier de Kerjean, Mémoires de la Société d'Histoire et d’Archéologie de Bretagne. 1948, 28.
— JOUBERT (Solen), 2003, Audace et renommée : un réseau de la noblesse bretonne, vecteur d'échanges culturels et artistiques pendant la Renaissance. SHAB pages 205-
— LE LOUARN, Geneviève. 1983 "La chapelle Notre-Dame de Kerfons". Rennes, Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne, t. 60, 1983, p. 301-305.
—ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), 1559 Livre d’architectvre de Jaques Androvet du Cerceau, contenant les plans et dessaings de cinquante bastimens tous differens : pour instruire ceux qui desirent bastir, soient de petit, moyen, ou grand estat. Auec declaration des membres & commoditez, & nombre des toises, que contient chacun bastiment, dont l’eleuation des faces est figurée sur chacun plan..., Paris, s.n., 1559.
—ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), Second Livre d’architecture, par Iaqves Androvet Du Cerceau. Contenant plusieurs et diverses ordonnances de cheminées, lucarnes, portes, fonteines, puis et pavillons, pour enrichir tant le dedans que le dehors de tous edifices. Avec les desseins de dix sepultures toutes differentes, Paris, André Wechel, 1561.
—ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), 1582, Livre d’architecture de Jaques Androuet Du Cerceau, auquel sont contenues diverses ordonnances de plants et élévations de bastiments pour seigneurs, gentilshommes et autres qui voudront bastir aux champs ; mesmes en aucuns d’iceux sont desseignez les bassez courts... aussi les jardinages et vergiers..., Paris, pour Iaques Androuet du Cerceau, 1582. de l’Orme (Philibert), Le Premier tome de l’architecture, Paris, Frédéric Morel, 1567.
— DELORME (Philibert), 1567 Le premier tome de l'architecture de Philibert de L'Orme conseillier et aumosnier ordinaire du Roy, & abbé de S. Serge lez Angiers , Paris, Federic Morel
— DE GRANDE (Angelo), 2014, "De Fontainebleau vers la Lorraine: l’ordre anthropomorphe de la maison «des Sept Péchés capitaux» à Pont-à-Mousson" in Gravures d'architecture et d'ornement au début de l'époque moderne : processus de migration en Europe (sous la direction de S, Frommel et E. Leuschner), pp.205-218, 2014.
— FROMMEL (Sabine), 2018 Supports anthropomorphes peints de la Renaissance italienne, in Frommel, Sabine – Leuschner, Eckhard – Droguet, Vincent – Kirchner, Thomas (dir.) Construire avec le corps humain/ Bauen mit dem menschlichen Korper. Les ordres anthropomorphes et leurs avatars dans l'art europèen de l'antiquité à la fin du XVIe siècle/ Antropomorphe Stùtzen von der Antike bis zur Gegenwart, Campisano Editore 2 volumes pp 618, 40 ill.
"Rares sont les motifs architecturaux qui témoignent d'une persistance telle que les ordres anthropomorphes, depuis l'Antiquité jusqu'à la période actuelle, en passant par le Moyen Âge. Leur évolution s'articule par de subtiles interactions entre les domaines sculptural, architectural et pictural, alors qu'une fortune théorique durable a été instaurée par la description détaillée par Vitruve des "Perses" et des "Caryatides" dans son traité De architectura libri decem. Contrairement aux ordres architecturaux canoniques, ce " sixième ordre " invite à des interprétations et des variations plus souples et plus personnelles. Il put ainsi assimiler des traditions locales très diverses lors de son parcours triomphal dans toute l'Europe. Si la signification originelle de soumission et de châtiment de ces supports reste valable, les valeurs narratives ne cessèrent de s'enrichir et de s'amplifier, en faisant de ce motif un protagoniste abondamment présent dans de multiples genres artistiques, des meubles aux monuments les plus prestigieux, et qui révèle les mutations typologiques et stylistiques au fil du temps. Les contributions réunies dans ces deux volumes fournissent un large panorama européen de ces occurrences, offrant un large éventail de synergies et d'affinités révélatrices."
—SAMBIN ( Hugues), 1572 Oeuvre de la diversité des termes dont on use en architecture reduict en ordre : par Maistre Hugues Sambin, demeurant à Dijon, publié à Lyon par Jean Marcorelle ou par Jean Durant. Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 126685.
—SERLIO (Sebastiano ), 1551 Liure extraordinaire de architecture, de Sebastien Serlio, architecte du roy treschrestien. Auquel sont demonstrees trente Portes Rustiques meslees de diuers ordres. Et vingt autres d’oeuvre delicate en diverses especes, Lyon, Jean de Tournes, 1551.
Le premier livre d’architecture et Le second livre de perspective de Sebastiano Serlio furent publiés par Jean Martin pour la première fois à Paris en 1545; le troisième livre, fut publié à Anvers, en 1550 chez Pieter Coecke qui en 1542 avait publié une version pirate du Quatrième livre. Le quinto libro d’architettura traduit en françois par Jean Martin fut édité à Paris en 1547 par Michel de Vascosan ; le Livre extraordinaire le fut àLyon par Jean de Tournes en 1551.
—SERLIO (Sebastiano ), 1540 Il terzo libro ... Venise F. Marcolini
La Regola delli cinque ordini d’architettura de Vignole sans cesse ré-éditée depuis 1562, fut publiée en édition quadrilingue in-folio (italien, néerlandais, français et allemand) en 1617 par Willem Jansz Blaeu à Amsterdam et, ensuite, en français en très nombreuses éditions parisiennes : Regles des cinq ordres d’architecture de Vignolle / Reveuee (sic) augmentees et reduites de grand en petit par le Muet , Paris, chez Melchior Tavernier, 1631-1632 ; chez Pierre Mariette en1644-55 ; 1702 ; chez Nicolas Langlois, s.d. ; Seconde édition, 1657,1658, 1684 ;Reigle de cinq ordres d’architecture éd.par Pierre Firens,s.d. [1620-1630] ; chez Pierre Mariette, 1662, 1665 ; chez Nicolas Bonnart, 1665 ; éd. Jean Le Pautre, chez Gérard Jollain, 1671, 1691,1694.
— VITRUVE, 1511, De architectura M. Vitruvius per Jocundum solito castigatior factus cum figuris et tabula, traduit par Fra Giovanni Giocondo en 1511 à Venise chez G. da Tridentino avec 136 gravures sur bois
Voir les 29 Passions des verrières du Finistère au XVIe siècle dont beaucoup sont dues à l'atelier Le Sodec à Quimper. Le Corpus Vitrearum VII permet d'en dresser une chronologie :
3e quart XVIe siècle (vers 1560), Quéménéven église Saint-Ouen : Attribuable à l'atelier Le Sodec . Cartons communs (Le Bihan) avec Guengat, Gouezec et Guimiliau, ou La Martyre et La Roche-Maurice (Gatouillat).
3e quart XVIe siècle Tréguennec ; Attribuable à l'atelier Le Sodec. 5 lancettes dont une Grande Crucifixion centrale.
3e quart XVIe siècle : Ploudiry. 3 lancettes consacrées à une Grande Crucifixion, proche de celles de La Roche-Maurice, La Martyre, etc.
4e quart XVIe : Pont-Croix. Attribuable à l'atelier Le Sodec. 6 lancettes de la Vie du Christ à un couple de donateurs (Rosmadec).
Parmi les Passions finistériennes il faut distinguer les verrières comportant ou bien des scènes de la Vie du Christ dont la Passion, ou bien des scènes de la Passion, ou bien de Grandes Crucifixions soit centrales au centre d'autres scènes, soit occupant toute la vitre. La maîtresse-vitre du Juch appartient à ces dernières.
On la comparera donc avec intérêt aux verrières de La Roche-Maurice, La Martyre et Tourc'h — et Saint-Mathieu de Quimper qui en est la copie—, mais surtout avec celles de Guengat, Guimiliau, Gouezec, Quéménéven et Ploudiry.
Tous ces vitraux sont attribués à l'atelier Le Sodec de Quimper. Ils ont, outre cette composition, et leur proximité géographique, des points communs temporels (entre 1535 et 1560 environ) et stylistiques.
On notera en particulier la fréquence des inscriptions de lettres, souvent edépourvues de sens, sur les galons des vêtements et les harnachements, et d'autre part, la représentation de larmes sous les yeux de Marie, Jean et Marie-Madeleine au pied du calvaire, sur laquelle je m'attarderai.
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Cette seule appartenance à un ensemble thématique et stylistique suffirait à donner à la maîtresse-vitre du Juch une grande valeur, mais nous verrons que la maîtrise de la peinture sur verre s'y révèle remarquable.
Pourtant, René Couffon la décrivit comme "une œuvre exécutée à bon marché".
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René Couffon est celui qui, en 1945, dans son article "La peinture sur verre en Bretagne. Origine de quelques verrières au XVIe siècle", étudie et dénombre les Grandes Crucifixions du Finistère où la Crucifixion occupe une superficie six fois plus importante que celle des autres scènes.
Il en décrit un premier groupe qualifié de prototype, associant la maîtresse-vitre de La Martyre, choisit comme type, de La Roche-Maurice (1535), de Saint-Mathieu de Quimper et de Tourc'h. Auquel il ajoute les vitres aujourd'hui perdues, mais connues par description, de l'abbaye de Daoulas (vers 1530), et de Trémaouezan (v. 1555).
Il y reconnait l'influence des peintres des Pays-Bas et de Dürer, et prétend lire le nom de Jost à La Martyre, nom qu'il relit à Jost de Negker, qui travailla à Anvers et puis à Augsbourg.
Depuis, cette inscription n'a pas été retrouvée, mais l'attribution de cette verrière à ce Jost de Negker est encore reprise en copié-collé d'auteurs en auteurs. Au contraire, ces vitraux sont aujourd'hui attribués à un atelier quimpérois.
De même, il attribue la verrière de La Roche-Maurice à Laurent Sodec, verrier quimpérois, sur la simple constatation des "initiales" L.S sur un galon.
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À ce premier groupe il associe les vitres "aux costumes rajeunies" de Ploudiry, Le Juch et La Véronique à Bannalec [malgré sa date de 1622], puis celles de Gouezec (1571), Guengat (1571), Lababan en Pouldreuzic (1573), Langolen (1575), Pleyben, et Tréflénevez (vers 1590).
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Depuis cet article de 1945, aucune étude critique et approfondie de cette trentaine de Crucifixions n'a été conduite, et aucun travail de synthèse sur l'atelier quimpérois qu'on s'accorde à nommer Le Sodec n'a été publié.
L'ensemble des articles de ce blog souhaite y contribuer, mais chaque découverte d'un site pas encore visité, ou chacune des re-visites d'un site déjà étudié, montre combien il faut approfondir l'examen, et, a contrario, combien il faut se laisser saisir par l'enthousiasme admiratif. Revenir souvent. Varier les heures et condition d'éclairage, s'ouvrir à la surprise.
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La Passion (XVe siècle. Vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle. Vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle. Vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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LA LANCETTE A (PREMIÈRE À GAUCHE).
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La Passion (XVe siècle. Vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les dais.
Les dais des hauts des lancettes sont peints en grisaille sur verre blanc avec rehaut au jaune d'argent. Ils associent trois gables à crochets et fleuron, aérés d'un quatre-feuilles, et des pinacles, dans le style gothique.
Ils datent selon Gatouillat et Hérold de la fin du XVe siècle.
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La Passion (XVe siècle. Vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Buste d'un saint diacre : saint Maudet ? Vers 1540.
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Il était autrefois placé à côté de la donatrice que décrit Abgrall en lancette B. Et c'est Abgrall qui l'assimile à saint Maudet "en dalmatique rouge".
Saint Maudez ou Maudet est le co-patron, après Notre-Dame, de l'église du Juch. Ce saint bien vénéré en Côte d'Armor serait venu d'Irlande au Ve siècle pour évangéliser la région et fonder un ermitage. Il est souvent représenté en évêque.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint_Maudez
Ici, rien ne permet de préciser son identité, mais il est tête nue, tonsuré, portant une étole sur sa dalmatique. La tête a été restaurée à la fin du XVIe siècle, en associant grisaille avec le jaune d'argent pour les ombres et les cheveux. Le visage est finement hachuré par le passage d'un pinceau large.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Marie-Madeleine, la Vierge et Jean en pleurs au calvaire.
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C'est une scène culte qui se retrouve dans la plupart des Crucifixions, mais par inversion du carton, Jean se trouve soit à droite soit à gauche de la Vierge.
Les trois personnages sont nimbés d'un disque d'or rayonnant. La Vierge au centre, tête inclinée, voilée de son grand manteau bleu, portant la guimpe blanche, et vêtue d'une robe mauve, serrée par une ceinture nouée, croise les mains devant la poitrine.
Le galon de son manteau porte les lettres TCR et MOB---, en haut et NS/ONPRI/IN en bas
Le galon de la robe porte les lettres REOM.
On voit que ces lettres sont dépourvues de sens. Il est tentant pour certains esprits amateurs d'ésotérisme d'y rechercher un sens caché, ou uns signature, mais la répétition de ces lettres aléatoires sur l'ensemble du corpus de l'atelier quimpérois montre que le parti-pris est bien de créer une illusion d'inscriptions sacrées.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Sainte Marie-Madeleine essuyant ses larmes.
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Marie-Madeleine (ou du moins une sainte femme, car nous ne pouvons identifier le personnage par son attribut, le flacon d'aromates ; mais les larmes lui est un second attribut ) a ses beaux cheveux blonds recouverts d'un voile qui fait retour devant sa poitrine. Et c'est sans doute de ce voile qu'elle essuie son œil gauche.
Elle porte aussi un manteau rouge et une robe verte.
En fait, un examen attentif montre que le flacon d'aromates est bien présent, mais qu'il se confond avec la robe verte. C'est bien Marie-Madeleine.
Ce geste par lequel elle essuie ses pleurs avec un linge se retrouve sur beaucoup de Déplorations finistériennes, et certainement sur des enluminures et peintures de façon générale : ce geste est encore l'un de ses attributs.
Ce premier portrait (le vitrail en recèle un grand nombre) et de portrait en pleurs (quatre au total) mérite toute notre attention. Les clichés doivent être sous-exposés pour révéler les trésors de virtuosité. Nous avons affaire à une œuvre de peinture sur verre de première force.
Le premier cliché, trop clair, montre l'élégance du trait en grisaille sombre.
Le deuxième cliché permet de les nuances d'utilisation de la sanguine (ou Jean Cousin) pour les carnations. Les cheveux sont rendus par des lignes en enlevé sur une grisaille sombre, peinte ensuite au jaune d'argent.
Le modelé du visage tient au fond ocre rose de sanguine, affaibli par estompage au dessus des pommettes, ou rehaussé par hachurage sur les joues, le menton et les ailes du nez.
Des lignes ocres soulignent les rides du front, ou l'arête du nez.
Les yeux associent le trait (de grisaille et de sanguine), les ombrages, et l'enlevé.
C'est cette technique de l'enlevé, du bout du pinceau ou avec une autre pointe, du fond de sanguine qui est utilisée pour les larmes.
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Les trois larmes.
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Cette tradition se retrouve constamment sur les Crucifixions finistériennes, mais encore faut-il la rechercher avec soin, aux jumelles puissantes ou au zoom, en ne laissant pas la lumière dissimuler ces traits blancs.
Elle est contemporaine de l'attachement de l'atelier Prigent de Landerneau (1527-1577) de placer, sous les mêmes personnages (Jean, la Vierge, Marie-Madeleine, et aussi Marie-Madeleine agenouillée au pied de la Croix) de leurs calvaires en kersanton trois larmes de pierre, fines mais s'épaississant en une goutte terminale.
Les calvaires et Déplorations de l'atelier Prigent :
Les larmes de la peinture sur verre ont le même nombre, et la même forme que celles des sculpteurs sur pierre : un long filet s'achève par une gouttelette, tout cela en blanc par enlevé de la sanguine.
Mais le peintre ajoute un très discret détail que le sculpteur peine à rendre : il trace, toujours par enlevé, un petit lac lacrymal sur la paupière inférieure en blanchissant la conjonctive.
Notre premier exemple, celui de Marie-Madeleine, n'est pas typique car seules deux larmes sont visibles. Mais les exemples suivants confirmeront ma description.
Soue l'œil gauche, l'artiste a peint la paupière humide et le début de l'écoulement d'une larme avant que le mouchoir ne vienne la tamponner.
Pour peu qu'on veuille se donner la peine de les observer, ces détails sont là, intacts depuis 500 ans, et éminemment émouvants.
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J'ai déjà signalé dans ce blog combien cette effusion lacrymale relève, non pas seulement d'un souci de réalisme, mais d'une mystique de la participation aux souffrances du Christ, où la contemplation méditative du sang versé par le Rédempteur doit susciter, en retour, chez le fidèle, le versement des larmes. Et J'ai montré comment Marie-Madeleine était le modèle proposé à l'adepte de cette devotio moderna et d'abord, avant tout, aux moines des couvents franciscains pour l'initier à une Imitation à l'empathie et à la gratitude, non pas cérébrale, mais émotionnelle.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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La Vierge éplorée.
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Le dessin au trait à la grisaille.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les nuances à la sanguine.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les trois larmes, et la paupière inférieure noyée.
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Ces clichés peuvent aussi permettre d'étudier combien le peintre est attentif au reflet cornéen, jamais stéréotypé, mais s'adaptant à la direction du regard.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Saint Jean.
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Le dessin au trait de grisaille.
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Notez aussi, parce que ce détail est presque constant en sculpture sur kersantite pour les apôtres, la fente de la robe, et son bouton.
Jean est vêtu d'un manteau rouge et d'une robe violette serrée par une ceinture. Il soutient la Vierge en enlaçant son épaule droite tandis que sa main gauche se tend, en symétrie avec le geste de Marie-Madeleine, vers le genou de Marie et le pan de son manteau.
Au dessus de son pied, on lit les lettres NORT.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Le modelé à la sanguine. Les cheveux sont tracés par enlevé de grisaille.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les trois larmes.
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Le regard, comme chaviré, est emporté par l'émotion vers le haut.
Le reflet cornéen forme un arc, renforcé (sublime souci du détail infime) par une virgule blanche.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Schéma lavieb-aile juillet 2022.
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Etude comparative de saint Jean dans quelques Crucifixions.
Les larmes sont plus ou moins bien visibles, mais sont toujours là. Le même carton, ou du moins le même modèle, est réutilisé par l'atelier, parfois en le retournant. La démonstration pourrait être étendue aux autres Crucifixions avec le même résultat.
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Guimiliau
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La Roche-Maurice
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Saint-Gouezec.
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Les inscriptions du galon du manteau bleu et de la robe vieux-rose de la Vierge.
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Sur le manteau (sous réserve) :
TOR ---AOB H
NS --IONPRI --NS
NORT
sur la robe :
RL---
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Au total, comme c'est si souvent le cas sur les vitraux de Le Sodec que cela ne peut être un hasard ou un mauvaise transcription, ces séquences de lettres sont dépourvues de sens et ont une visée ornementale de trompe-l'œil.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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La macédoine de la partie inférieure.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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LA LANCETTE B : LE BON LARRON.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Le Bon Larron tourne son visage vers le Christ pour témoigner de sa foi : un ange emporte son âme vers les Cieux.
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Là encore, la proximité avec les calvaires sculptés, notamment, par l'atelier Prigent est évidente, par la forme de la traverse, la façon de lier les larrons par les bras, mais de n'attacher qu'une seule jambe, l'autre étant brisée par les soldats. Ou encore par la culotte à crevés et par l' importante braguette nouée par des aiguillettes.
Un cavalier romain, en armure, assure la garde, la lance en main.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Tête de saint Pierre (détail isolé de la scène où Pierre tranche l'oreille du serviteur du grand prêtre).
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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LA LANCETTE C : LE CHRIST EN CROIX ET MARIE-MADELEINE EN PLEURS.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Dans le dais de la fin du XVe siècle, un fragment d'inscription.
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ES NON HREI
IS TUI
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Le Christ en croix sous le titulus INRI entre les lances, un oriflamme, et la hampe portant l'éponge de vinaigre.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les détails du visage (rides, cheveux, barbe ) sont traités en enlevé sur la grisaille et la sanguine.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Le sang des plaies est soigneusement représenté à la sanguine.
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L'importance de ces représentations est considérable, car ces Crucifixions ne se comprennent que dans une dévotion aux souffrances du Christ, à leur contemplation et leur participation mystique. Au sang versé doit répondre l'écoulement des larmes, écoulement dévotionnel dont Marie-Madeleine est l'initiatrice.
Chacun de personnages représenté ici est essentiel : ceux qui font verser le sang, celui qui saigne, et les quatre saints personnages qui pleurent.
Il existe des lignes de force qui parcourent la verrière : elle vont d'une part des instruments contendants et aux gestes blessants vers les plaies, des plaies vers le sang qui s'écoule le long de la croix, et de ce sang vers le visage en larmes de Marie-Madeleine. Elles vont aussi du visage des cavaliers (qui vont se convertir) vers celui du Christ.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Sur son cheval au harnachement à inscriptions, l'officier romain Longin transperce le flanc droit du Christ de sa lance.
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Longin porte sur le galon de sa tunique les lettres NOSM.
Il semble coiffé d'un turban.
Sous son bras, un morceau de verre rouge gravé.
Un fois de plus, nous pouvons admirer la maîtrise du portrait, les pommettes et le dessus des sourcils clairs et brillants, les nuances de la carnation rendues par de fines hachures, les cils détaillés, et le reflet cornéen savant sans oublier la moustache et la barbe où deux "couches" de traits blancs se superposent.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Détail du harnachement doté de grelots. René Couffon les signalaient sur les verrières prototypes.
La tête du cheval est perdue. Les bandes rouges portent les lettres FNROM, sans signification.
Noter un verre rouge gravé parmi les pièces en réemploi, et un visage.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Du côté droit, le deuxième cavalier lève les yeux vers le Christ. C'est le Centenier converti, celui qui s'écrit "Celui-ci était vraiment le fils de Dieu". Il porte l'armure et le casque des officiers romains.
Ces deux cavaliers sont très fréquemment représentés de part et d'autre de la croix sur le premier croisillon des calvaires bretons contemporains. Mais alors, Longin porte un doigt à la paupière, témoignant de la guérison d'un trouble de la vue, tandis que le Centenier lève la main de façon éloquente. Ces détails sont absents sur ces verrières. Ils forment un couple emblématique, tout comme leurs montures.
Le cheval porte l'inscription INS, sans signification.
Son mors crénelé et en C ou en S se retrouve sur tous les vitraux, mais aussi sur les calvaires. Tous les chevaux de l'atelier quimpérois donnent l'impression d'être hilares.
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Néanmoins, dans la lancette D, un autre cavalier fera peut-être un Centenier plus convaincant que ce personnage en grisaille sur verre bleu clair, avec rehaut de jaune d'argent.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Marie-Madeleine éplorée agenouillée au pied de la croix.
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Elle étreint la croix de ses bras et de ses jambes et lèvent les yeux vers les pieds du Christ et vers le sang qui s'en écoule.
Elle est somptueusement habillée et coiffée, même si l'état fragmentaire du vitrail exige de nous un peu d'attention.
On remarquera d'abord le manteau rouge rejeté en arrière, puisque ce manteau est si caractéristique sur les calvaires des Prigent où Marie-Madeleine reprend exactement la même posture : à Pencran, Sainte-Marie-du-Ménez-Hom, Saint-Sébastien de Saint-Ségal, Dinéault, Saint-Divy, etc, etc. Et ces verrières peuvent nous permettre d'imaginer l'état de ces calvaires lorsqu'ils conservaient leur polychromie.
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Calvaire de la chapelle Sainte-Marie-du-Ménez-Hom.
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Elle porte une robe voilette (réemploi) dont les galons des manches portent les inscriptions, pour une fois presque cohérentes NISERV MARIAM.
Puis viennent des manches vertes rapportées, à crevées, une chemise fine dont le col frise sous la dentelle, une broche perlée au centre du décolleté, et enfin une coiffe (rappelant le bonnet d'Anne de Bretagne), perlée également, mais qui ne retient pas entièrement la chevelure blonde dont l'exubérance est presque un attribut de la sainte.
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J'espère que vous distinguerez sur mon cliché que les yeux sont noyés de larmes, et que celles-ci s'écoulent, exactement comme sur les trois portraits de Marie, Marie-Madeleine et Jean , sous forme de trois traits blancs partant de chaque paupière, par la technique de l'enlevé sur fond du réseau de hachures de sanguine.
Enfin, et c'est essentiel, le regard de la sainte est dirigé, non vers le sommet de la Croix, mais vers les pieds du Christ, et surtout sur le sang qui coule le long du bois.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Comme pour les autres scènes, cette représentation de Marie-Madeleine est semblable à celle des autres Crucifixions, par reprise du même carton d'atelier ou du même modèle. Mais le hasard qui a présidé à la préservation ou à la détérioration des verrières, et à leurs restaurations plus ou moins invasives, nous donne une quantité de versions de la même scène. Ici, le bonnet perlé est moins visible.
Prenons l'exemple de la verrière de La Martyre :
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Marie-Madeleine au pied de la Croix, baie 0, chœur de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.
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LA LANCETTE D : LE MAUVAIS LARRON.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Un diable rouge aux ailes vertes emporte l'âme damnée (non conservée) du mauvais larron vers les Enfers.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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La braguette Renaissance sur les chausses à crevés, et le système d'attache de cette braguette.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Au pied du gibet, un cavalier Juif (turban, oreillettes, barbe longue) tient une lance ; il esquisse un geste vers le deuxième cavalier.
À ses côtés, un autre Juif (turban et barbe), et trois soldats romains en armure.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les chevaux.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les grelots des sangles.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La fenêtre absidale est garnie d'une maîtresse-vitre ancienne où les dais de couronnement sont de dessin gothique. La scène principale figure le Calvaire : Notre Seigneur en croix, les deux larrons, juifs, bourreaux, cavaliers. Dans la première baie, on voit la Sainte Vierge à moitié assise, saint Jean et.la Madeleine. Derrière se trouve saint Maudet en dalmatique rouge. Une donatrice à genoux est vêtue dune robe et d'un manteau armoriés : d' azur au lion d'argent, armé et lampassé de gueules, qui est Juch ; — d'or au lion passant de gueules-, Pont-l'Abbé
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Voici quel était l'état des armoiries dans cette église, en 1678 :
« Dans l'église tréviale du Juch, ès principale vitre, il y a en éminence et en supériorité, les armes de France et de Bretagne, et plus bas, joignant les dites armes, un écusson au franc canton d'azur et un lion rampant dargent armé et lampassé de gueules, qui sont les armes de la seigneurie du Juch, quoique la dite fenêtre soit à présent au seigneur marquis de Molac
« Le reste des vitres de la dite église sont armoyées des armes du dit Juch et de ses alliances sans qu'il y ait autres écussons ny armoiries, ès dites vitres.
« Du côté de l'Epitre, joignant le petit balustre, est le banc et accoudoir du dit Le Juch armoyé de ses armes.
« Au-dessus de la porte faisant l'entrée du chantouer et supportant le dôme, il y a un écusson du dit Juch en bosse.
« Au haut du dit dôme et au niveau de la poutre, il y a un écusson des armes de Rosmadec.
« ll y a aussi au-dessus de la fenêtre de la chambre de l'église, au second pignon du midy, un écusson des armes du Juch en bosse."
— CASTEL (Yves-Pascal), 1979, Les vases acoustiques.
"Vitraux : Verrière du chevet consacrée à la Crucifixion, XVIè siècle, oeuvre exécutée à bon marché, refaite en partie (C.) ; donatrice en vêtements armoriés (Juch et Pont-l'Abbé)."
— COUFFON (René), 1945, La peinture sur verre en Bretagne, Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne (SHAB) pages 27 à 64.
"Ce vitrail atypique peut sembler désordonné de premier abord. Cette grande crucifixion des années 1540 a été déplacée dans le chœur lors de sa reconstruction en 1688. Son aspect particulier est dû à son installation dans un emplacement qui ne lui était pas destiné et à son ré-assemblage avec d’autres vitraux. Au XXe siècle l’ensemble a été démonté pendant l’occupation allemande pour le protéger et n’a pas été remonté correctement. Il a été restauré en 1950 par Jean-Jacques Gruber, célèbre verrier de l’École de Nancy.
Les parties les plus anciennes sont les éléments architecturaux en grisaille surplombant la scène de la crucifixion (dais). Au tympan se trouvaient autrefois les armoiries des seigneurs du Juch remplacées par des pièces de vitrail éparses. Auparavant la donatrice, aux armes de Pont-l’Abbé, apparaissait en bas des lancettes ; aujourd’hui ne subsistent que quelques fragments du portrait de son époux.
La scène centrale représente la Vierge accompagnée de saint Jean et d’une sainte femme aux pieds du Christ crucifié et des deux larrons."
— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 183.
— INFOBRETAGNE, Ploaré :
http://www.infobretagne.com/ploare.htm
—INFOBRETAGNE, La Jaille :
http://www.infobretagne.com/famille-jaille.htm
— LE MOIGNE (Gérard),1997, « La baronnie du Juch » Bull. Société Archéologique du Finistère, Quimper, 1997, 27 p.
Le calvaire de Guengat est remarquable par son ancienneté puisqu'il date du XVe siècle. Alors que les sculpteurs de l'atelier ducal du Folgoët utilisait alors déjà le kersanton (porches de la cathédrale de Quimper 1424-1433) , il est en granite, ce qui le rattache (E. Le Seac'h) à la production de l'atelier qui a réalisé vers 1470, en granite et kersanton, le calvaire monumental de Tronoën à Saint-Jean-Trolimon en Cornouaille, à 25 km plus au sud.
Mais ce rattachement n'est pas étroit, et le sculpteur de Guengat, à qui ce seul calvaire est attribué, est qualifié par Le Seac'h de "suiveur de Tronoën" — comme celui du calvaire de Quéménéven et de Langonnet, ou des croix de Guiscriff et Quéménéven — sans qu'on y retrouve, notamment, les "anges de compassion" et "anges eucharistiques" très caractéristiques de l'atelier de Tronoën (mais qu'il a pu emprunter au calvaire de Rumengol issu de l'atelier du Folgoët). La Déploration de Guengat, par exemple, n'a pour moi pas grand chose à voir avec la Vierge de Pitié de Tronoën, malgré l'assertion de Le Seac'h jugeant que son " style est inspiré de l'atelier de Tronoën". Mais on retrouvera peut-être d'autres traits stylistiques, comme "les têtes rondes" et, malgré l'érosion du granite, les "barbes au menton glabre et qui s'arrête au philtrum" (Joseph d'Arimathie et Nicodème ?).
Il n'y a pas non plus beaucoup de trait commun, hormis le matériau, entre la Déploration à 6 personnages de Guengat et celle, à 4 personnages, de Guengat, bien plus compacte.
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Denis Parcou, "Le Maître de Tronoën", Wikipedia. Le calvaire de Guengat n'y figure pas.
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Il a été restauré par le chanoine Abgrall au XIXe siècle (date ? Abgrall a reconstruit le clocher en 1892). En 1891, Diverrès avait décrit "les débris d'un ancien calvaire" dont le Christ en croix était déjà moderne, les deux larrons, et la Déploration, sans mentionner d'autres statues. La statue de saint Fiacre a été ajoutée après 1908 (photos et tableaux).
En 1911, Abgrall écrivait :
"Dans le cimetière, assez près du porche, se trouve un calvaire de granit comprenant : la croix de Notre-Seigneur, travail de la fin du XIX siècle. — Sujets anciens : les deux larrons; Notre-Dame-de-Pitié et les trois Marie; sur un angle, l'Ecce-Homo; derrière, saint Jean-Baptiste et saint Fiacre. — Autrefois, on y voyait aussi saint Michel, qui a été renversé et brisé."
On trouve une description antérieure à celle de Le Seac'h dans l'Atlas des croix et calvaires du Finistère d'Yves-Pascal Castel n°600 : il en indique la taille (7,40 m) et la date (XVe) avant de décrire le massif architecturé complexe sur lequel se dressent les croix des larrons, la croix centrale et des statues: groupe de N.-D. de Pitié, Christ roi avec une croix à écots, statue de saint Fiacre. Et la Croix centrale au fût à pans, à chapiteau et à croix fleuronnée portant crucifix (moderne).
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Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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LA FACE PRINCIPALE ORIENTÉE VERS L'OUEST.
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Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Le Christ en croix (moderne).
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Le calvaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Les larrons sur leur gibet.
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Par une erreur probable de restauration, les deux larrons regardent vers le Christ (alors qu'en règle, le Mauvais Larron se reconnaît à ce qu'il détourne la tête et le regard du Sauveur). Ils ont chacun une jambe repliée (pour rappeler le passage de l'Evangile où il est indiqué qu'on leur brisa les jambes pour achever leur agonie) et l'autre jambe liée par une corde au gibet, et ils adoptent une position symétrique, le Bon Larron ayant la jambe gauche repliée et le Mauvais, la jambe droite. Une autre corde fixe en même temps les bras, sous la traverse, et la jambe repliée. Ils portent un pagne à l'entrejambe généreux ; l'un a les cheveux longs et bouclés, et l'autre est coiffé d'un curieux turban lisse.
On remarquera que les Larrons de Tronoën, en kersanton, n'ont pas la jambe repliée.
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Le Bon Larron à droite du Christ.
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Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Le Mauvais Larron à gauche du Christ.
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Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Sur le massif architecturé au pieds des croix : le Christ Sauveur, le groupe de la Déploration, et saint Fiacre.
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Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Le Christ Sauveur ou Christ-Roi, couronné, bénissant, et tenant un bâton écoté (une croix brisée ?).
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Il est pieds nus, vêtu d'un grand manteau, et la couronne pourrait être la couronne d'épines, ce qui explique qu'on ait pu y voir un Ecce Homo. Mais le geste de bénédiction n'est pas cohérent avec cette hypothèse. Le tronc écoté pose problème, ne permettant pas d'y voir la colonne de la Flagellation.
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Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Saint Fiacre du coté gauche.
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Cette statue est signalée en 1911 par le chanoine Abgrall, mais du coté est du calvaire, à côté de saint Jean-Baptiste. Effectivement, les tableaux et photographies du début du XXe siècle (vers 1908) du calvaire, face principale, ne la montre pas tandis qu'elle apparait sur les documents et descriptions de 1980 (Castel puis Couffon).
Le saint patron de l'église est représenté en habit monastique, tête nue et tonsurée, tenant la bêche en main droite et le livre en main gauche.
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Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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La Déploration à six personnages. Joseph d'Arimathie, Jean, Marie, Marie-Madeleine, Nicodème autour du Christ.
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Voir (classé par ordre chronologique approximatif) :
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Joseph d'Arimathie soutient la tête du Crucifié. En arrière-plan, Jean assiste Marie.
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Joseph d'Arimathie, membre respecté du Sanhédrin, ayant réclamé à Pilate le corps de Jésus afin de le déposer dans un tombeau avant le repos pascal, a acheté un linceul pour envelopper le corps. (Marc 15:42-47). Le sculpteur indique l'appartenance de Joseph aux notables Juifs par la barbe, les cheveux longs, le chapeau (une toque), le camail et la robe descendant jusqu'aux pieds.
Il soutient le corps défunt par une main droite placée sous la tête. L'autre main soutient le bras gauche sous l'aisselle.
La barbe forme comme deux favoris descendant assez bas et s'interrompant sur le menton et entre les lèvres supérieures (le "philtrum"), un trait stylistique du Maître de Tronoën, qui se retrouve sur Nicodème. L'érosion du granite (ou la médiocrité de mes photos) ne me laissent qu'un léger doute. Je compare avec le Christ de la Flagellation de Tronoën :
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Calvaire de Tronoën. Photo lavieb-aile
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Saint Jean est peu visible, mais suffisamment pour que nous puissions vérifier qu'il est imberbe : c'est bien lui.
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Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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La vierge, la tête recouverte d'un long voile, place une main sous le thorax de son Fils et place la main gauche au dessus ; elle est légèrement penchée et tournée vers la droite, et donc vers le visage de Jésus. Il est impossible de dire si elle est debout, ou demi-assise pour mieux soutenir le corps sur ses cuisses.
Nous ne discernons pas de guimpe. Le corsage est, selon la mode du temps, très ajusté aux volumes de la poitrine, tandis que la jupe retombe en plis parallèles jusqu'aux pointes des chaussures.
Le corps du Christ est émacié, ses côtes sont encore visible malgré l'usure de la pierre. La tête s'incline franchement sur le coté droit. La barbe, très érodée, ne permet pas d'y rechercher les particularités tronoënesques...
Le bras droit tombe horizontalement tandis que le bras gauche, vertical est soutenu par Nicomède. Les plaies des mains et des pieds sont visibles, ainsi que celle du flanc droit.
Les jambes, sous le pagne, forment une diagonale rejoignant les pieds de Nicodème. Les jambes ne sont pas croisées et restent parallèles, mais le pied droit recouvre le pied gauche, tourné vers l'intérieur.
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Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Juste après la Vierge, et en retrait, vient Marie-Madeleine. Tient-elle, sur le côté droit, derrière la Vierge, le flacon d'aromates, comme l'un de mes clichés me le laisse penser ?
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Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Enfin, Nicodème, le corps un peu incliné sur sa gauche, soutient la main gauche de Jésus. Lui aussi est, comme Joseph, représenté en Juif, avec chapeau, cheveux longs, barbe, robe serrée par une ceinture, et, détail significatif, l'aumônière.
On sait que dans les Dépositions, c'est lui qui, armé de tenailles, ôte les clous de la Croix. On a cru que le sculpteur avait représenté de (longue) tenailles passées à sa ceinture, dans son dos. Mais c'est à mon sens le nœud de sa ceinture. J'appuierai mon avis sur ce détail de la Mise au tombeau (attribué au Maître de Jouvenel) des Heures à l'usage d'Angers (1450-1455) BnF NAL 3211 : c'est clairement une ceinture nouée à l'arrière qui y est peinte.
D'ailleurs les prétendues tenailles forment une boucle, et non deux mors distincts.
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Nicodème, Mise au Tombeau (Maître de Jouvenel, v. 1450-1455), Heures à l'usage d'Angers BnF NAL 3211.
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Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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LA FACE ORIENTÉE VERS L'EST.
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Seuls les personnages disposés sur la plateforme nous retiendront, puis le côté oriental de la croix n'est pas peuplé de figures.
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Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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1. Saint Jean-Baptiste.
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Il est vêtu d'un manteau fermé sous le menton par une attache, et d'une robe, dont le bord inférieur irrégulier sur les pieds nus cherche à évoquer le vêtement en poils de chameau de l'homme du désert. Il désigne de son index l'agneau posé sur un livre, illustrant ainsi les paroles Ecce Agnus Dei, Voici l'Agneau de Dieu, voici celui qui ôte le péché du monde de l'Évangile de Jean (Jn,1:29), tandis que le livre, dont les 7 sceaux ne sont pas figurés, renvoient au livre de l'Apocalypse (de Jean l'Evangéliste) où l'Agneau immolé et rédempteur est la figure centrale.
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Jean-Baptiste a sans doute été le premier patron, ou le co-patron de la paroisse, avec saint Divy et le patron actuelle saint Fiacre, puisque le Baptême du Christ par Jean figure au tympan du porche, que Jean-Baptiste est peint sur le cabochon de la croix processionnelle, et que sa statue est actuellement placée dans la niche du chœur, côté épître tandis que saint Fiacre occupe la niche la plus honorable côté de l'évangile.
La barbe semble bien montrer ce V inversé dégageant les lèvres et le menton qui confirme l'attribution proposée par Le Seac'h.
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Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Saint Michel archange terrassant le dragon.
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En 1911, la statue était brisée. Elle a été remontée (par qui ?) mais on lui a attribué une tête qui n'est peut-être pas la sienne. Avec son turban, ses cheveux longs et son visage poupon, elle conviendrait plus à Marie-Madeleine. Tenant son flacon.
Ce qu'il reste de l'archange porte sous une vaste cape l'armure, tient une hampe, pose le pied droit sur la bête du Mal et en comprime la gorge avec le bord de son bouclier. Rebondissement, le dragon saisit ce dernier et redresse la tête. Comment ce combat finira-t-il ?
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Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Les bustes d'un saint évêque et de Marie-Madeleine.
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Le saint est mitré (les fanons retombent sur ses épaules), il bénit et et porte la crosse épiscopale. Puisque nous sommes à Guengat, qui voue un culte ancien à saint Divy, pourquoi ne pas l'identifier ici ?
À ses côtés pour les besoins de la restauration, la sainte ne peut être que Marie-Madeleine, puisqu'elle tient son attribut, le flacon d'aromates ?
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Toutes ces statues sont de la même pierre, un granite clair (leucogranite) à grain moyen. Les visages sont ronds, et tout particulièrement ceux de ce côté est.
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Le calvaire (granite, fin XVe siècle "suiveur de l'atelier de Tronoën") de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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CONCLUSIONS.
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L'examen attentif de ce calvaire me convainc de la justesse de détermination d'Emmanuelle Le Seac'h, et de sa datation à la fin du XVe siècle. Il m'apprend à mieux en estimer la valeur.
Espérons que la municipalité et les autorités de tutelle sauront le préserver des lichens et des mousses vertes qui, déjà, en altèrent la lecture.
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DOCUMENTS ICONOGRAPHIQUES.
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Ecole Française début Xxème « Calvaire de Guengat », miniature à l’aquarelle, monogrammée « HC » bas droite, située bas gauche et datée « 24 janvier 1908 », 13 x 4,5 cm (sous verre 19,5 x 10 cm). Quimper.enchères.com
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Carte postale E. Hamonic, cliché Jean-Marie Le Doaré 1906-1909 :
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Fin XIXe-début XXe. Coll. chanoine Abgrall.
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Liens :
Photographie du XXe siècle au Musée départemental breton:
"Notre-Seigneur en croix (travail nouveau). Les deux larrons. Notre-Dame-de-Pitié et les trois Marie. Sur un angle, Ecce Homo. Derrière, saint Jean-Baptiste et saint Fiacre. Autrefois saint Michel qui a été renversé et brisé."
—CASTEL (Yves-Pascal, 1980-1984 : Notice IA00005871 et IA00005871-01 de l'Inventaire Général
— JOUIN (Christian), s.d, Tout sur l'histoire de Guengat.
https://www.guengat.com/
http://www.guengat.com/8/eglise05.html.
—LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculptures sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIIe siècle, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2014. pages 128 et 323.
—PÉRENNÈS (Henri), 1941 : Guengat (Rennes) non consulté
— WAQUET (Henry ), 1957, Guengat (S.F.A. - Congrès archéologique de France CXVe session 1957 Cornouaille.) -
I. LE PORCHE. LE BAPTÊME DU CHRIST. Granite, XVIe siècle.
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Aucune inscription ne permet de dater ce porche. L'ossuaire qui s'y adosse à l'ouest porte l'inscription en lettres gothiques Respice finem 1557. Je postule donc pour le porche la première moitié du XVIe siècle.
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La porte de plein cintre à trois rangs de moulures est soulignée par une accolade à crochets et pilastres gothiques. À la place du fleuron, un groupe de deux anges portant un écu et deux phylactères sert de console à un Baptême du Christ. Jean Baptiste se tient à gauche, barbu, pieds nus, vêtu d'un manteau et d'une robe, tient un livre ; le bras droit, qui devait s'élever pour verser l'eau du Jourdain, est absent. Le Christ mains jointes, vêtu d'un pagne, est plus bas, car plongé jusqu'aux cuisses dans le fleuve. Un ange ailé tient sur ses avants bras la robe du Christ.
À droite de l'accolade, un ange tient un glaive enflammé, tandis qu'à gauche, un dragon ailé montre ses dents.
Dans l'aisselle de l'accolade est sculpté une tête de jeune homme, coiffé par un bonnet "florentin".
Un écu muet occupe l'intersection des huit nervures de la voûte, mais on trouve aussi sur ces nervures des sortes d'écus très allongés.
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Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
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À L'INTÉRIEUR DE L'ÉGLISE : LES STATUES.
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LA VIERGE À L'ENFANT. Granite polychrome, XVIe siècle.
Saint Vincent Ferrier (Sant Visant en breton), moine dominicain, est honoré à Vannes. Le prénom Visant vient de "vincere" qui en latin signifie vaincre . Il est vêtu de la robe blanche des dominicains et du scapulaire brun. Il tient un bojet (un cœur) dans la main droite et un livre dans la main gauche. On y lit Ecce Agnus Dei miserere nobis.
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Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
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SAINT ROCH.
Le saint pèlerin (bourdon, chapeau frappé de la coquille, pèlerine), atteint par l'épidémie, et qui s'est isolé, est assisté par un ange qui lui apporte un pain rond, et par un chien, le fidèle Roquet.
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Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
L'archange menace de son épée le dragon qu'il terrasse sous son pied.
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Sculptures figuratives de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile.
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JEAN-BAPTISTE. Pierre polychrome.
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Dans sa niche, à droite du maître-autel de l'église.
Saint Jean-Baptiste porte sous le bras gauche le livre sur lequel est couché l'agneau. La statue mesure 1,37 m de haut, 47 cm de large et 41 cm de profondeur.
- en pierre polychrome : saint Fiacre (chevet) calcaire , coiffé, en robe et scapulaire et tenant une bêche - 1 m -, Vierge à l'Enfant voilée et couronnée qui tient son enfant sur le bras gauche - 1 m.-,
le Christ "Saint Sauveur" du monde provenant de la chapelle détruite du Saint Sauveur : couronné d'épines, barbe longue, manteau rouge, tient contre lui un globe surmonté d'une croix et lève l'index droit - 1 m.4O -,
saint Herbot, cheveux et barbe ondulés, forte corpulence, tient un livre de la main gauche - 1 m.75 -
saint Michel terrassant le dragon : de la main droite il brandit une épée, de la gauche il tient son écu sur le cou du monstre,
sainte Catherine - O m.65 -;
- en bois polychrome : groupe du Christ en croix entre la Vierge et saint Jean - Christ 1 m.80 aux bras horizontaux et à la chevelure retombant sur l'épaule droite, Vierge inclinant la tête à droite, retenant son manteau d'une main et désignant son fils de l'autre et Jean levant le visage vers le Christ, tenant son manteau d'une main et son livre de l'autre. 1 m.2O - (cf la Crucifixion d'Ergué-Gabéric) ,
Pietà, XVIe siècle ; la Vierge porte sur ses genoux le Christ au torse dressé, à la tête rejetée, le bras droit pendant; elle le tient sous l'aisselle droite et lui prend le bras gauche -1 m.10 (C.),
autre Vierge à l'Enfant à la longue chevelure ondulée et au grand manteau; de la main droite elle présente à son fils un fruit (pomme ou grenade) - 1 m. -,
saint Jean-Baptiste (chevet) - 1 m.10 -,
saint Roch au chapeau sans rebord orné d'une coquille, cheveux longs et barbe, manteau et bottes, tient un bâton; un ange en dalmatique agenouillé touche la plaie de sa cuisse droite; un chien assis à sa gauche lève la tête vers lui - 1 m.15 -,
Sainte Barbe (XVIe siècle) à la coiffure retenue par un turban qui revient sous le menton, tresses, robe au drapé élégant, ceinture, tient un livre ouvert de la main droite et s'appuie sur sa tour - 0 m.7O - ,
saint Ivy en évêque - 1 m.50 -,
saint Vincent Ferrier dit "Sant Visant" en robe avec scapulaire qui tient un livre et lève le bras droit - 1 m.20 -.
Autres statues : sainte Marguerite, saint Joseph, sainte Thérèse, sainte Anne, Notre-Dame de Lourdes (plâtres)
— DILASSER (Maurice), 1979 : Locronan et sa région (Paris, 1979)
—DIVERRÈS (Henri), 1891, "Monographie de la commune de Guengat ", Bull. S. A. F., pages 42-61).
La Bretagne conserve dans ses églises un certain nombre d'armoires permettant le rangement et la protection des bannières paroissiales lorsque celles-ci n'étaient pas utilisées lors des processions (fêtes et pardons) ou pour pavoiser le chœur.
L'Inventaire Général et la base Palissy en recensent plusieurs, toutes globalement sur le même plan, celui d'une armoire à deux battants.
À Locmélar, ce sont deux armoires qui sont côte à côte.
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Elles ne semblent pas très différentes des autres armoires conservées en Normandie, Pays de Loire, ou Rhône-Alpes sur la base Palissy.
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Leur recensement n'est pas complet, et il n'est pas rare d'en découvrir lors de nos visites. J'en ai donné la photographie de quelques-unes ici (Dirinon). Il faudrait en dresser une typologie, et le premier critère que je me forge est de séparer des autres celles qui ont, en soubassement, un long coffre plus ou moins étroit et vertical où se logent les hampes, comme à Sizun ou Moutiers. Le meuble a alors une forme en T.
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Armoire à bannière de Locmélar. Photo lavieb-aile.
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Dans les autres cas, soit elles reposent sur le sol, ou au dessus d'un coffre, soit elles sont suspendues. Elles sont équipées de crémones, et de serrures.
Elles sont parfois très banales comme à Moulins (35).
Leurs panneaux sont souvent à caissons, ou sont peints (Saint-Tugen) et portent très rarement, comme celle que nous allons découvrir, des sculptures figuratives. Celle de Cornillé comporte l'inscription Vexii ia regis pro devnt.
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En fait, je n'ai trouvé jusqu'à présent aucune armoire à panneaux en bas-reliefs comparables à celle de Guengat.
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L'armoire à bannière de Guengat daterait de la deuxième moitié du XIXe siècle, et serait ainsi presque contemporaine des confessionnaux de 1840 et de la chaire à prêcher de 1843 (dont les panneaux subsistent dans l'autel face au peuple) dont le nom du menuisier a été conservé, Vincent Garrec. Comme ces derniers, l'armoire est remarquable par ses panneaux soigneusement sculptés en bas-relief. Elle a été classée au titre d'objet le 15 juin 1999 et fait l'objet d'une notice PM29004858.
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Elle mesure 2,10 m de haut, 1,80 m de large et 44 cm de profondeur. L'essence utilisée est très probablement le chêne. Elle est soutenue par deux supports en équerre. Les hampes passent par un évidement du fond jusqu'à terre. Elle est adossée au mur nord de la "chapelle de Lanascol", au bas-côté nord, à côté du confessionnal n°2.
Il existe une deuxième armoire à bannière, dans l'ossuaire (fermé au public) avec des bannières de moindre valeur.
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Armoire à bannière (XIXe) de l' église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
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Les panneaux supérieurs : dessin inspiré de baies gothiques à six lancettes et tympan.
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C'est un rappel stylisé de la baie axiale de Guengat et de ses six lancettes, mais avec des différences notables dans le remplage de la baie, et l'adjonction de rangs de quadrilobes.
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Armoire à bannière (XIXe) de l' église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
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Le panneau sculpté en bas à gauche : la croix processionnelle de 1584.
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La logique du sculpteur (ou du commanditaire, la fabrique ou le recteur) est évidente : évoquer les processions avec en tête la croix, suivie de la bannière du saint patron de l'église Saint-Fiacre.
Ces processions avaient lieu lors des fêtes les plus marquantes (deux processions du Saint-Sacrement) et lors des six pardons.
« Il y a foire à Guengat une fois par an, le dernier lundi de Février.
Les pardons sont : Saint-Yvi, le deuxième dimanche de mai ; Saint-Jean, le 24 juin ; la fête patronale, le dernier dimanche d'août ; Saint-Fiacre, le dimanche qui suit le 3 septembre ; et celui du Rosaire, le premier dimanche d'octobre. Il y a aussi le pardon de la chapelle de Sainte-Brigitte, qui se célèbre le deuxième dimanche d'octobre." (H. Diverrès)
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« Il n'y a à Guengat que deux processions du Saint-Sacrement. Le premier dimanche la procession va à un quart de lieue du bourg et là il y a un reposoir. Le second dimanche la procession va à trois quarts de lieue d'une chapelle dédiée à sainte Brigitte et sur la route il y a toujours deux reposoirs. La bannière que l'on porte est rouge et porte d'un coté l'image de la sainte Vierge et de l'autre l'image de saint Fiacre.
Confréries. Il n'y a à Guengat que la confrérie du Rosaire qui est suivie avec ferveur et la confrérie des trépassés. La confrérie du Rosaire remonte à 1830 à l'occasion d'une mission. (Abbé Jean Keranguéven, recteur de Guengat, “Enquête diocésaine sur le culte marial en 1856 : réponse de la paroisse de Guengat)
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Le sculpteur a représenté de façon fidèle la croix processionnelle de 1584 conservée dans le "trésor", ou armoire vitrée sécurisée de l'église. Il y a associé l'image d'un chapelet, entourant la croix, certainement pour rappeler l'importance du culte du Rosaire à Guengat. Ce culte a été diffusé par le dominicain breton Alain de la Roche dès 1473, en Flandres, entrainant le développement de confréries, sous l'effet de larges indulgences accordées par le pape Sixte IV. Le pape Pie V attribua à Notre-Dame du Rosaire sa victoire inattendue sur les Ottomans à Lépante en 1571. Son importance a pu se développer en Bretagne avec l'implantation du couvent dominicain de Quimperlé, et après le "vœu de Louis XIII" en 1638. Mais rien n'indique qu'une confrérie du Rosaire existait à Guengat au XVIe siècle lorsque la croix fut offerte à la paroisse.
Outre ce chapelet, des lacs à glands de passementerie sont placés dans les angles.
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La croix cylindrique à extrémités en boules à godrons est fidèlement représentée, ainsi que le croisillon en chandelier portant la Vierge et Jean (moins identifiable bien-sûr que sur le modèle) et le médaillon qui en occupe le nœud (avec une ressemblance avec le crâne et les ossements entrecroisés évoquant le Golgotha). Le soubassement à trois étages est également conforme, avec ses deux niches, bien que les saints personnages que celles-ci abritent ne soient pas identifiables ici.
Voir infra les clichés de la croix elle-même.
La croix est encadrée en bas par deux ceps portant feuilles de vigne et grappes, en un évident symbole eucharistique.
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Armoire à bannière (XIXe) de l' église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Armoire à bannière (XIXe) de l' église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Armoire à bannière (XIXe) de l' église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Armoire à bannière (XIXe) de l' église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Armoire à bannière (XIXe) de l' église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Armoire à bannière (XIXe) de l' église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Armoire à bannière (XIXe) de l' église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Armoire à bannière (XIXe) de l' église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
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Le panneau sculpté en bas à droite : la bannière de saint Fiacre.
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La bannière est figurée de façon réaliste avec son motif (le saint patron tenant sa bêche et son livre, dans une niche) et ses rinceaux, avec sa hampe, avec sa traverse à extrémités pommées, ses trois lambrequins frangés, et ses sept glands de passementerie. Elle est entourée de trois fleurs de lys et de six hermines.
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Armoire à bannière (XIXe) de l' église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Armoire à bannière (XIXe) de l' église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Armoire à bannière (XIXe) de l' église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Armoire à bannière (XIXe) de l' église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
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La croix processionnelle de 1584. Argent doré repoussé et âme de bois.
Classée au 18 janvier 1891.
René Couffon la décrit ainsi : "Croix processionnelle de type finistérien, en argent doré ( 1 m.32 ), tige et bras cylindrique, portant les statuettes de la Vierge et de saint Jean sur des consoles; au-dessous un gros noeud formé de deux étages de niches à coquilles occupées par les 12 apôtres; au pied du Christ , un médaillon ovale avec un gros cabochon. Elle est marquée du poinçon Y.S. et, au haut de la niche de la face antérieure, de la date de 1584. Cette dernière, postérieure au décès de l'amiral Alain de Guengat, prouve que celui-ci n'en fut pas le donateur, ainsi qu'il est souvent répété."
Les initiales Y.S. également présentes sur un reliquaire de Lennon (F. Salet 1965) n'ont pu être attribuées à un orfèvre.
La notice Palissy : https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29000322
"Bras cylindriques, terminés par de grosses boules, garnis de deux consoles latérales qui portent les figures de la Vierge et saint Jean, portant une clochette, suspendue à chaque bras et reposant sur un noeud hexagone à deux étages. La face de la croix est ornée du Christ couronné d'épines, fixé par trois clous. Sur le revers, un saint évêque est fixé sur la hampe sous un dais. Date (au-dessus de la niche de la face antérieure) : 1584. Poinçon non identifié : les initiales YS. H = 132 ; la = 77."
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On consultera :
—Yves-Pascal Castel, Denise Dufief-Moirez, Jean-Jacques Rioult et al., Les orfèvres de Basse Bretagne, Rennes, Association pour l'Inventaire de Bretagne, coll. « Inventaire générale des monuments et richesses artistiques de la France, Région de Bretagne », 1994, 440 p
— Wikipedia, "Croix de procession finistériennes". https://fr.wikipedia.org/wiki/Croix_de_procession_finist%C3%A9rienne
— L'excellente description de Christian Jouin, Tout sur l'église de Guengat
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Je n'ai pas trouvé en ligne comment les occupants des niches ont été identifiés. Je propose ici quelques pistes.
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La croix processionnelle de 1584. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
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Le médaillon et sa peinture polychrome : saint Jean-Baptiste et l'inscription IOANNES BAPTISTA.
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Cliché C. Jouin
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La croix processionnelle de 1584. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
La croix processionnelle de 1584. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
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Saint Pierre. La date de 1584.
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La croix processionnelle de 1584. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
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Saint Jacques le Majeur tenant le bourdon et la pèlerine.
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Mais l'objet tenu dans la main gauche reste à déterminer. Un livre selon ce site. Ce qui est plausible.
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La croix processionnelle de 1584. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
La croix processionnelle de 1584. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
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Saint Jean identifié par la coupe de poison qu'il bénit. Poinçon YS.
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La croix processionnelle de 1584. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
La croix processionnelle de 1584. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
La croix processionnelle de 1584. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
La croix processionnelle de 1584. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
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Saint André doit se trouver à proximité de saint Pierre sur une autre face.
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Sur les niches du rang supérieur. Pas de suggestion d'identification.
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La croix processionnelle de 1584. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
La croix processionnelle de 1584. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
La croix processionnelle de 1584. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
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LES BANNIÈRES DE PROCESSION.
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Les bannières de Guengat ne sont pas classées Mh, et ne présentent aucun élément de datation facile, tel que des armoiries épiscopales ou papales. La bannière principale ou "banniel braz", associant sur une face la figure de saint Fiacre et sur l'autre celle du Rosaire, date néanmoins sans doute du XIXe siècle, puisque l'enquête de Monseigneur Sergent sur les bannières de son évêché en 1856 la mentionne (Guillou 2013 page 209). Et les visites canoniques de 1847 indiquent 3 bannières en 1847 dont deux passées, et en 1852 2 bannières usées. En outre, l'abbé Abbé Jean Keranguéven, recteur de Guengat, mentionne en 1856 que "La bannière que l'on porte est rouge et porte d'un coté l'image de la sainte Vierge et de l'autre l'image de saint Fiacre.".
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LA BANNIÈRE DE SAINT FIACRE.
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Saint Fiacre est le patron de la paroisse, et des statues (dans le chœur, sur le calvaire, etc.), des statuettes des autels, des bas-reliefs des sablières, lui sont consacrés, ainsi qu'une fontaine datée de 1666 , où sa statue porte un écu sur le bas de la robe.
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Les archives de l'évêché conservent deux cantiques en breton dédiés à saint Fiacre, la Gwerz Sant Fiakr et Meuleudi ha peden da zant Fiacr.
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Il est possible (C. Jouin) qu'il ait succédé comme saint patron à saint Jean-Baptiste, qui est représenté baptisant le Christ sous le porche du XVIe siècle.
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Croquis de la fontaine Saint-Fiacre par Yves-Pascal Castel. Courrier du Léon.
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Croquis de l'écu du saint, en la fontaine Saint-Fiacre par Yves-Pascal Castel. Courrier du Léon.
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Cette bannière est de velours rouge, principale couleur des "banniel braz". Le saint, en motif peint sur étoffe rapporté au centre, occupe un médaillon entouré de rinceaux brodés au fil d'or, et de l'inscription en breton SANT FIAKR PATRON AR BARREZ SIKOURIT AC'HANOMP :"Saint Fiacre patron de la paroisse secourez-nous".
Les trois lambrequins (où des clochettes étaient traditionnellement dissimulées) sont frangés de cannetille dorées. Les deux bras sont terminés par des glands frangés.
Il s'agit sans doute d'une production semi-industrielle, où, sur un schéma de base, la figure du saint est rapportée, et l'inscription est adaptée. Cette figure est peinte sur tissu (visage, mains jointes) sur un corps en étoffe rembourrée et ponctuée de rouelles dorées. La cape qui entoure ses épaules est rare dans son iconographie, où seule l'habit monastique de bure ceint d'une cordelière est habituelle.
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Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
C'est à la fois une bannière mariale, et une bannière de confrérie :
" Il n'y a à Guengat que la confrérie du Rosaire qui est suivie avec ferveur et la confrérie des trépassés. La confrérie du Rosaire remonte à 1830 à l'occasion d'une mission." Abbé Jean Keranguéven, recteur de Guengat, 1856.
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Ses couleurs sont celles de la Vierge, le blanc et le bleu, et elle est frappée en bas du monogramme MA.
Au centre, la Vierge, les pieds sur des nuées, remet un chapelet du Rosaire à saint Dominique, agenouillé, tandis que son Fils en remet un à sainte Catherine de Sienne, selon une iconographie très habituelle. Les personnages sont placés dans une niche dorée et entourée des 15 médaillons des Mystères joyeux, douloureux et glorieux du Rosaire, dans des rinceaux aux fleurs à cinq pétales.
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Leur dénomination se succède en français dans des médaillons : L'Annonciation. La Visitation. La Nativité. La Présentation. Le Recouvrement. L'Agonie. La Flagellation. Le Couronnement d'Epines. Le Portement de Croix. Le Crucifiement. La Résurrection. L'Ascension. La Pentecôte. L'Assomption. Le Couronnement de la Vierge.
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Deux anges volent mains jointes au dessus de la scène du Don du Rosaire.
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Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Le culte de saint Divy (nommé par certains Yvi) est ancien à Guengat, puisqu'à Pont Kervern, une Fontaine de saint Divy y porte la date de 1560 ainsi que les armoiries de Jacques de Guengat et Jeanne de Talhouët dame de Langueouez, qui se sont mariés en 1529.
Fontaine de saint Divy à Guengat. Croquis d'Yves-Pascal Castel.
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Armoiries Guengat/Talhouët sur la fontaine (1560) de Saint-Divy. d'azur à trois mains dextres appaumées d'argent ; à senestre armories famille de Langueouez : fascé ondé d'or et d'azur au chef de gueules .Croquis Y.-P. Castel.
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Certains y voient le premier patron de la paroisse. J. Gaultier du Mottay, en 1869, signale qu'il existait une chapelle qui était dédiée à saint Yvi. Ce serait une "chapelle" votive de l'intérieur de l'église. Le co-patronage Fiacre/Divy expliquerait qu'en 2011, nous trouvions dans les niches du chœur à gauche (côte de l'Evangile, côté noble) saint Fiacre, et du côté de l'épître à droite saint Divy, en évêque comme sur la bannière. Sa statue a été mise au rebut (dans un coin de la chapelle du Rosaire) et remplacée par celle de Jean-Baptiste.
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Statue de saint Divy en évêque, chœur de l'église. Photo lavieb-aile.
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La bannière de velours rouge porte le monogramme SD sur le lambrequin central, brodé al d'or parmi des rinceaux.
Une inscription en breton indique SANT DIVY PEDIT EVIDOMP, "Saint Divy priez pour nous".
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Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
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J'ai dans mes archives une photo plus ancienne (15-11-2011) d'une bannière assez proche.
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Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2011 .
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LA BANNIÈRE DES JEUNES FILLES. LA VIERGE (IMMACULEE CONCEPTION ?).
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Drap blanc, rinceaux, personnage traité comme le saint Fiacre de la bannière.
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Bannières de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022 .
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SOURCES ET LIENS.
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— ABGRALL (Jean-Marie), 1911, Notice sur la paroisse de Guengat, Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie, BDHA, Quimper
— CASTEL (Yves-Pascal), 1982, Pèlerinage aux sources. Fontaines à Guengat, Courrier du Léon du 4 septembre 1982.
“0114 Pèlerinages aux Sources - Fontaines à Guengat. 4.09.82.,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 23 janvier 2022, https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/1594.
— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Notice sur les paroisses,...
— JOUIN (Christian), s.d, Tout sur l'histoire de Guengat.
https://www.guengat.com/
http://www.guengat.com/8/eglise05.html.
— KERANGUÉVEN (Jean), 1856, “Enquête diocésaine sur le culte marial en 1856 : réponse de la paroisse de Guengat,”, Abbé Jean Keranguéven, recteur de Guengat, Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 23 janvier 2022, https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/10332.
Le mobilier de l'église de Guengat : le confessionnal de 1840, l'autel "face aux fidèles" et ses panneaux de 1843, et leurs inscriptions en "ancien breton".
En 1840, le menuisier Vincent Garrec construisit un confessionnal pour l'église de Guengat, et orna les panneaux de sculptures et d'inscriptions en français et en "ancien breton" énigmatique.
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Trois ans plus tard, le menuisier Vincent Garrec, de Guengat, sculpta les panneaux d'une chaire à prêcher avec un corpus d'inscription en "ancien breton" et les data de 1843. Aucun auteur ne décrit cette chaire, mais René Couffon signale que ses panneaux furent réutilisés pour "l'autel face au peuple" (qu'imposèrent les nouvelles règles liturgiques du concile Vatican II à partir de 1965). Le corpus d'inscriptions de cet autel, qui se répartit sur quatre panneaux, permet de mieux comprendre les inscriptions du confessionnal. C'est pourquoi je le décrirai en premier.
Christian Jouin me communique deux clichés de cette chaire :
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Cliché communiqué par C. Jouin.
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I. L'AUTEL FACE AUX FIDÈLES DU XXe SIÈCLE ET SES PANNEAUX DE 1843.
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Panneau (1843) de l'autel (XXe siècle) de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Panneau (1843) de l'autel (XXe siècle) de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Panneau (1843) de l'autel (XXe siècle) de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Panneau (1843) de l'autel (XXe siècle) de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Panneau (1843) de l'autel (XXe siècle) de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Panneau (1843) de l'autel (XXe siècle) de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Les inscriptions.
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L'abbé Yves-Pascal Castel, du Service de l'Inventaire Général, les a étudiées et ses conclusions ont été publiées paru dans le Courrier du Léon du 12 mai 1986.
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"Il y a sur le maître-autel de l'église de Guengat une inscription étrange qui a attiré récemment l'attention des chercheurs de l'Inventaire général de Rennes. Pendant un certain temps, l'énigme que posaient les caractères sybilliens (sic) demeurèrent indéchiffrables. Mais grâce à la publication d'un dessin dans le bulletin de la Société archéologique du Finistère, les éclaircissements arrivèrent de toute part. On aurait pu s'épargner un tel déploiement de force !
À Guengat même, quelqu'un connaissait le sens des signes gravés sur l'autel : Jérôme Garrec en avait soigneusement fait le relevé par la méthode du frottis et communiqué depuis longtemps au cercle de ses intimes la signification des caractères mystérieux. Il le savait par tradition familiale, étant le petit-fils de Vincent Garrec, le menuisier lettré qui exerçait son art au bourg de Guengat au milieu du XIXe siècle.
Vincent GARREC ne manquait pas de talent. La chaire à prêcher et le confessionnal qu'il fournit en 1840 et 1843 à l'église paroissiale sont dans le pur style rocaille florissant au XVIIIème siècle et dont l'engouement se prolongea, on le voit ici, jusque dans le milieu du XIXème siècle. Le témoignage le plus ancien attestant des signes mystérieux utilisés par le menuisier de Guengat se trouve consigné dans la Grammaire du Père MAUNOIR, datée de 1659 qui l'appelle l'Alphabet des anciens Bretons Armoriques. D'après MAUNOIR, il est tiré « partie d'un ancien calice de l'abbaye de Landévennec, partie de quelques anciens bâtiments et monuments de la Bretagne ». (Castel 1986)
"Alphabet des Anciens Bretons Armoriques, tiré d'un ancien Calice de l'abbaye de Landevenec, d'une Croix de Pierre en Plou-Sané, à deux lieues de Breft, du Château de Lezafcoët près de Doüarnenez, dans les pierres de taille que j'ai vu en place en 1701 étoient toutes marquées de ces Caractères & de quelques autres Anciens monuments de la Bretagne."
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Julien Maunoir, 1659, Grammaire page 4
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"On voudrait bien en savoir plus sur ce fameux alphabet, dont on ne trouve de traces gravées que par Vincent Garrec deux siècles plus tard.
Entre temps, les auteurs de Dictionnaires bretons, Grégoire DE ROSTRENEN en 1732, et Dom LE PELLETIER en 1752 , ont redonné l'alphabet armoricain, dans leurs ouvrages. Par chance, le premier indique, pour ce qui est des monuments sur lesquels on le trouve, en plus du calice disparu, les pierres du château de Lezarscouet près de Douarnenez, affirmant qu'il les avaient vues en 1702."
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Dictionnaire françois celtique ou françois breton... par le P. F. Grégoire, de Rostrenen, 1732 page 30
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"Si l'on ne possède aucune description des caractères du calice de Landévennec, BACHELOT DE LA PYLAIE donne le dessin des glyphes de Lezarscouët, comme il les appelle dans les planches ses « Études archéologiques et géographiques ».
Or ces glyphes ne ressemblent guère aux tableaux donnés par Grégoire DE ROSTRENEN ou Louis LE PELLETIER. Ce sont tout simplement des marques de tailleurs de pierre. Les glyphes ressemblent fort aux signes relevés par nous sur les pierres de taille des façades du manoir de Moëlien, en Plonévez-Porzay. Il n'y a guère de doute et chacun peut en faire la vérification lui-même.
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BACHELOT DE LA PYLAIE , glyphes de Lezarscoët relevés en 1845, planches « Études archéologiques et géographiques ».
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Ainsi l'on n'est guère à notre connaissance très documenté sur ce curieux sujet de l'alphabet armoricain.
Mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est de savoir comment Vincent GARREC de Guengat a pu être au courant de ces caractères, dits armoricains. Est-ce le fait d'un recteur érudit qui possédait dans sa bibliothèque la Grammaire de MAUNOIR ou bien l'un des dictionnaires que nous avons cité plus haut, qui aurait communiqué au menuisier local l'alphabet ?
En examinant le relevé que nous donnons on remarquera que GARREC en use très librement. Pour certaines lettres, il utilise l'alphabet romain qui est, tout simplement, le nôtre. Par exemple, le MU de l'abréviation du mot menuisier est parfaitement compréhensible pour nous... Cet intérêt de Vincent GARREC pour l'alphabet armoricain témoigne d'un goût pour un ésotérisme, qui a toujours fasciné, à toutes époques et que nos contemporains, avides de mystères au milieu d'un monde en proie à la rationalité, sont en train de redécouvrir." (CASTEL (Y.P.) :Esotérisme ? L'Alphabet Armoricain. Une curiosité peu connue - In Progrès de Cornouaille - 12/V/1986.). https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/27060aae6f0ed8a6bcba4b01005569a4.jpg
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Yves-Pascal Castel donne la transcription suivante des signes gravés sur la chaire à prêcher de 1843 transformée en autel :
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Yves-Pascal Castel 1986
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Traduction de la première inscription.
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PHILIPPE GUEGUEN
ADJOINT TRESORIER
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Il faut sans doute comprendre : "PHILIPPE, adjoint. GUEGUEN, trésorier". En effet, les généalogistes ne mentionnent aucun Philippe Guéguen, mais par contre, de nombreux habitant de Guengat portent le patronyme PHILIPPE au XIXe siècle. Enfin, une inscription de 1838 à la voûte du chœur indique : "MARCHAND, Recteur. LE QUÉAU, Maire. PHILIPPE, adjoint. GUÉGUEN, trésorier 1660-1838".
Panneau (1843) de l'autel (XXe siècle) de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Traduction de la deuxième inscription.
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LE QUEAU MAIRE.
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Cette inscription mentionne le nom de Jean-Louis LE QUÉAU, né le 17 mai 1801 à Le Merdy, Guengat, et décédé le 9 avril 1849 à Guengat. Il fut maire de Guengat de 1836 à 1846.
Panneau (1843) de l'autel (XXe siècle) de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Traduction de la troisième inscription :
. GARREC VINCENT MU [MENUISIER] 1843.
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Vincent Garrec est le fils de Guillaume Le Garrec, (Plonéis,1785-1840), menuisier (acte de mariage 1831) et de Marie Anne Perrine Jugeau (1787-1866). Il est né à Lezmel, Plogonnec le 22 juin 1807 et est décédé le 8 février 1878 à Lestraon, Guengat. Sa profession de menuisier est précisée dès son premier acte de mariage en 1831. Il épousa en 1831 Marie Catherine Coadou 1797-1836, dont il eut deux enfants Marie-Anne et Vincent, puis il épousa le 19 septembre 1836, à Guengat, Marie Catherine Lozachmeur ?1814-1887 dont huit enfants.
Panneau (1843) de l'autel (XXe siècle) de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Traduction de la quatrième inscription :
MARCHAND RECTEUR.
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Cette inscription renvoie à Clet-Marie MARCHAND, de Cléden-Cap-Sizun, recteur de Guengat de 1834 à 1849 (Abgrall). Il peut être assimilé au prêtre Clet Marchand, Trouguer en Cléden-Cap-Sizun 25 juillet 1799/ Bourg de Cléden-Cap-Sizun 9 août 1884.
Panneau (1843) de l'autel (XXe siècle) de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Panneau (1843) de l'autel (XXe siècle) de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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II. LE CONFESSIONNAL DE 1840.
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Le confessionnal de 1840, classé au titre d'objet au 15-06-1999 a été décrit en 1984 par Yves-Pascal Castel qui en a déchiffré les inscriptions. La base Palissy le décrit comme "confessionnal n°2" dans sa notice PM290004857, en indique les mensurations avec sa hauteur de 3,90 m, sa largeur de 2,50 m et sa profondeur de 1,30 m. Il a été restauré en 1992.
Il est placé contre le mur nord de la chapelle du bas-côté nord, à côté de l'armoire à bannières.
Il est de cette forme à trois pans, traditionnelle en France, où une loge centrale équipée d'un siège et réservée au prêtre est accessible par une porte. Elle est entourée de deux compartiments ouverts, équipés d'une tablette (et jadis d'un prie-Dieu). Les compartiments communiquent, au gré du confesseur, avec l'isoloir par un double guichet grillagé à volet d'obturation coulissant, sorte de "boîte à lettres de la conscience". Il est couronné par un demi-dôme.
La porte est ornée de deux panneaux sculptés dont le principal est ajouré. Les montants latéraux et supérieurs de la porte sont aussi décorés, tout comme le dôme.
Les inscriptions mentionnent en français le nom du fabrique, du recteur et du maire, et en alphabet "ancien breton" celui du menuisier Vincent Garrec avec la date de 1840.
L'église conserve deux confessionnaux, dont un au fond de la nef. Jadis, l'un était réservé aux femmes et l'autre aux hommes, mais j'ignore si cet usage répandu est attesté à Guengat. Je présenterai, pour être complet, le confessionnal "n°1" en fin d'article.
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Confessionnal n°2 de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Confessionnal n°2 de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Le panneau ajouré de la porte : le monogramme christique IHS sur un cœur et sous un pavillon frangé.
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Confessionnal n°2 de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Confessionnal n°2 de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Composition aux feuilles de chêne.
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Confessionnal n°2 de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Les inscriptions en français.
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Sur le bâti du coté gauche :
PHILIPPE ADJOINT FABRIQUE
soit, en s'aidant de l'inscription de la chaire, "Philippe , adjoint au Maire et membre de la fabrique" ?
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Sur le haut de la porte, du coté gauche :
MARCHAND : RECTEUR.
Cette inscription présente en "ancien breton" sur la chaire renvoie à Clet-Marie MARCHAND, de Cléden-Cap-Sizun, recteur de Guengat de 1834 à 1849 (Abgrall)
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Sur le haut de la porte, du coté :
JEAN : LOIUS [sic] : LE QUÉAU : MAIRE.
Cette inscription présente en "ancien breton" sur la chaire mentionne le nom de Jean-Louis LE QUÉAU, né le 17 mai 1801 à Le Merdy, Guengat, et décédé le 9 avril 1849 à Guengat. Il fut maire de Guengat de 1836 à 1846.
— CASTEL (Yves-Pascal), 1984, " Eglise Saint-Fiacre, inscriptions sur un confessionnal et sur l'autel" Bull. Société archéologique du Finistère page 327.
— CHUTO (Pierrick), 2010, «Le maître de Guengat».
"Au hameau de la Croix de mission, René Kéraval, le forgeron vit avec sa femme et ses sept enfants aux âges très rapprochés. Comme si cela ne suffisait pas, le couple accueille trois enfants de l'hospice. Cette pratique est courante à Guengat et permet aux ménages de gagner quelque argent.
À Lestraon, Vincent Garrec, menuisier et sa seconde femme, Catherine Lozachmeur, élèvent cinq enfants. Celle-ci a accouché d'Hervé le petit dernier, à 41 ans. Elle allaite également Marie-Louise Philomène, nourrisson abandonné à Quimper. "
"Nouvel autel face au peuple, fait de panneaux provenant de la chaire à prêcher de 1843 ; l'inscription subsiste, en alphabet artisanal, dont le nom du recteur Marchand, du maire Le Quéau, de l'adjoint Philippe, du trésorier Guéguen et du menuisier, Vincent Garrec Mu. Ces noms se retrouvent dans une inscription peinte sur la voûte pour signaler une réfection du lambris.
Deux confessionnaux du XIXe siècle ; celui du sud porte la date de 1840 et une inscription dans les mêmes caractères que l'ancienne chaire."
— DILASSER (Maurice), 1979 : Locronan et sa région (Paris, 1979)
—DIVERRÈS (Henri), 1891, "Monographie de la commune de Guengat ", Bull. S. A. F., pages 42-61).
Contre la porte de la sacristie précédant la chapelle Saint-Roch au nord du chevet, un enfeu est occupé par un gisant.
En position symétrique du coté sud (chapelle Saint-Michel) se trouve un autre enfeu, vide, et dont, comme ici, l'accolade à crochets et fleurons s'appuie sur deux écus muets (sans doute martelé à la Révolution).
On attribue, en toute logique, ces enfeus (déverbal d'"enfouir") à chacune des principales familles de la paroisse, Guengat et Saint-Alouarn. Et selon l'Aveu de Jacques de Kergorlay, héritier des prééminences après le mariage de son père René avec Louise de Guengat, l'enfeu "du côté de l'évangile" donc au nord est celui des seigneurs de Guengat (cf. Sources).
Ce n'est qu'au XXe siècle que l'enfeu nord reçut le monument funéraire qu'on y trouve aujourd'hui, et que les armoiries attribuent à la famille de Saint-Alouarn.
Celui-ci est l'un des rares gisants doubles (couple) de Bretagne avec celui d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, un siècle auparavant.
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Les tribulations du gisant de Saint-Alouarn.
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Ce gisant proviendrait des ruines du manoir (?) de Saint-Alouarn à Guengat, lequel disposait d'une chapelle seigneuriale, et fut vendu à la Révolution après la fuite de la famille à Jersey.(H. Torchet )
Selon Christian Jouin, qui cite toutes ses sources, il fut placé ensuite dans la chapelle Lanascol (bas-côté nord), puis dans le cimetière jusqu'en 1881, puis dans l'ossuaire attenant à l'église juste avant le porche. Une photo de Jos Doaré datant de 1968 (site POP. Culture) le montre, posé au sol, sans soubassement, contre le mur d'un local qui est sans-doute l'ossuaire. https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29000324. C'est donc vers le dernier quart du XXe siècle qu'il fut placé dans cet enfeu.
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Description.
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L'enfeu associe à l'accolade gothique à crochets et fleurons retombant sur deux écus martelés une pierre plus haute (réemploi ??) où deux anges portent un écu également muet.
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Le gisant est a priori celui de Jean de Saint-Alouarn et son épouse Marie de Trégain . On identifie clairement la famille par le griffon du blason placé entre les époux et qui renvoie aux armes d'azur au griffon d'argent de Saint-Alouarn. L'animal est dressé, toutes griffes dehors, ses ailes sont visibles ainsi qu'une queue hérissée de spicules.
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SanglierT — Travail personnel Wikipedia
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Entre les deux époux, deux anges ont placé ce blason parfaitement lisible. De l'autre main, ils caressent les cheveux des défunts, et nous incitent à observer ces coiffures du XVIe siècle. Mais le plus admirable est la robe de la défunte, très ajustée, aux plis réguliers ne débutant que sous le bassin, mais dont le pli médian remonte sous forme d'une tresse serpentine jusqu'à l'amorce des seins.
Jehan de Saint-Alouarn est en armure. La ceinture est décorée de cabochons losangiques. La cuirasse est recouverte d'un tabard frangé à l'extrémité basse. Le bras droit est en bonne partie brisé, tout comme la hanche droite. Le seigneur ne porte pas d'épée, mais c'est peut-être un poignard qui a été brisé sur la hanche.
Ses pieds sont posés sur un lion (ce qui est conforme à un usage répandu) tandis que ceux de son épouse reposent sur un chien, dans lequel on peux imaginer l'habituel lévrier malgré les destructions.
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Données biographiques.
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Pol Potier de Courcy indique :
Saint-Alouarn (de) : seigneur dudict lieu et de Kervéguen, paroisse de Guengat . Référence et montres de 1423 à 1536 pour la dite paroisse, évêché de Cornouaille. D'azur au griffon d'argent (Armorial de l'Arsenal). Fondue dans Alleno.
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Cette fusion avec Alleno date de 1550, par le mariage de Claudine , nièce de René de Saint-Alouarn (présent à la montre de 1536) avec Pierre Alléno de Kersalic, conseiller du roi au Présidial de Quimper.
Dans cette famille, on connaît Daniel et Guillaume (montre de 1356), Jean (capitaine de Concarneau en 1393, René (1420), Hervé (montre de 1426), Jean (1470), Prigent (fondateur d'une chapelle Notre-Dame de Guengat en 1502, maître d'hôtel de Claude de Rohan en 1488), René (montre de 1536) et Daniel ( dernier abbé de l'abbaye de Quimperlé à partir de 1521, décédé en 1553).
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Le couple Jehan de Saint-Alouarn et Marie Trégain.
-Leur promesse de mariage date du 28 novembre 1471. Le 28/11/1471 mariage d'Alain de Kerraoul avec Marie du Fou fille d'Hervé du Fou. (Le même jour : promesse de mariage de Jehan le fils âgé de moins de 14 ans d'Alain de Kerraoul de Sainct Alouarn avec Marie Tregayn la fille aînée de Jehan de Trégayn et Marie du Fou."
"Aveux de Kerraoul: Jean Trégain décédé avant 1471 époux de Marie du Fou ( qui se remariera avec Alain de Kerraoul)
D’ou Catherine de Trégain épouse d’Hervé Mazéas." et Marie épouse en 1479 Jan de Kerraoul de St Alouarn, né en 1558.
-Le manuscrit BnF 22318 indique page 172 que Marie Trégain est veuve en 1510 (évocation de Prigent de Saint-Alouarn contre Marie Trégain veuve de Jehan de Saint-Alouarn).
Le même manuscrit indique page 214 que Marie Trégain est encore vivante en 1517 ("1517, Marie Trégain contre Guillaume de Trégain son frère aîné sur la succession de leur père).
Elle est également vivante, sauf homonymie, en 1524 : id. page 723 : 1/X/24, Marie Trégain contre Guillaume Trégain.
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Datation.
-Selon les documents :
-La date la plus précoce serait celle du mariage : 1479
-La date plus probable, si le monument est commandé par la veuve, qui s'y fait figurer (ce n'est pas rare) est celle qui suit le décès de Jean de Saint-Alouarn : peu avant 1510
-La adte la plus probable est celle qui suit le décès de sa veuve : après 1524.
-Selon les armoiries : celles-ci ne donnent aucune précision en dehors de la désignation de la famille du défunt.
-Selon les costumes : ces informations sont à prendre avec précaution, les défunts se faisant représenter selon des conventions, dans leur âge et leurs atours idéaux. Néanmoins des spécialistes des armures, ou de l'habillement féminin, pourraient apporter d'utiles précisions.
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L'enfeu nord, et le gisant (granite, après 1524 ?) de Jean de Saint-Alouarn et Marie de Trégain dans l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
L'enfeu nord, dans l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
L'enfeu nord dans l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
L'enfeu nord, et le gisant (granite, après 1524 ?) de Jean de Saint-Alouarn et Marie de Trégain dans l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le gisant (granite, après 1524 ?) de Jean de Saint-Alouarn et Marie de Trégain dans l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le gisant (granite, après 1524 ?) de Jean de Saint-Alouarn et Marie de Trégain dans l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
Le gisant (granite, après 1524 ?) de Jean de Saint-Alouarn et Marie de Trégain dans l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile janvier 2022.
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Document : Musée départemental breton (non exposé) R. 2001.15.1 et 2.
Une pierre en deux morceaux est conservée au Musée. Sur la première moitié de la pierre, un écusson est sculpté représentant un animal ailé de profil à tête d'aigle et pattes de lion (griffon) . Un blason entier et un demi se trouvent sur la deuxième moitié.
"Catalogue du Musée Archéologique et du Musée des Anciens Costumes Bretons de la ville de Quimper" / SERRET (A.).- Quimper : éd.Société Archéologique du Finistère ; Quimper, imprimerie Cotonnec, 1901. p.109, n°19-24
"Bulletin de la Société Archéologique du Finistère", 1894, tome XX, Séances du 22 février et 26 avril 1894 : "une troisième pierre porte à chaque extrémité un écusson aux armes de Saint-Alouarn : d'azur au griffon d'argent."
Pierre aux armoiries des Saint-Alouarn - Fragment de pierre tombale. Granit, XVIe siècle.
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SOURCES ET LIENS.
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— ABGRALL (Jean-Marie), 1911, Notice sur la paroisse de Guengat, Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie, BDHA, Quimper
"Au bas, la nef latérale Nord s'élargit sur l'espace de trois travées, de manière à former une vaste chapelle, autrefois chapelle seigneuriale des Lanascol ou Quimper. On y trouvait une tombe de cette famille avec deux gisants, couchés côté à côte, qui représentent, selon M. Pol de Courcy (Bret. Cont.) Hervé de Saint-Alouarn et sa femme, vivant en 1426. Cette tombe est maintenant transportée dans l'ancien ossuaire, au bas du collatéral sud."
—CHUTO (Pierrick), 2010, Le manoir de Saint-Alouarn de 1792 à 1834 à Guengat en Basse-Bretagne.
"Le 30 mars 1792, un décret confisque les biens des ennemis de la Révolution. Le 27 juillet, un autre décret en ordonne la vente. La famille Aléno de Saint-Alouarn, propriétaire d’un immense domaine à Guengat, petite commune rurale à deux lieues environ de Quimper, émigre à Jersey. Depuis de nombreuses années, la famille ne séjournait que rarement au manoir. Le superbe hôtel de la rue Saint-Mathieu à Quimper et le manoir de La Villeneuve en Plomeur avaient ses préférences.
Deux jours de suite, ils parcourent les terres. Avant de quitter les lieux, ils entrent dans la salle au rez-de-chaussée de la maison de Saint-Alouarn, donnant à gauche de l’entrée et « aperçoivent au-dessus de la cheminée, les armes imprimées de morceaux de grappes blanches de la ci-devant noblesse ». François Morvan est chargé de monter sur une échelle et d’enlever les armes à l’aide d’un levier de fer. Il les a en garde jusqu’au moment où Laurent Ollivier se charge de les faire transporter par charrette à Quimper."
— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Notice sur les paroisses,...
— JOUIN (Christian), s.d, Tout sur l'histoire de Guengat.
https://www.guengat.com/
— KERGORLAY (Jacques de), 1681, Extrait de l'aveu de Jacques DE KERGORLAY :1681 : [AN P/1689] - Quimper (Finistère, France) - Terriers | 1678 - 1682 - Geneanet
« A cause de laquelle terre et Seigneurie de guengat cy devant déclarées ledit Seigneur déclarant est patron fondateur et le premier préminancier de l'églize parroissialle de guengat, laquelle parroisse a tousiours porte le nom de la Maison de guengat comme estants Véritablement les seigneurs patrons et fondateurs d'Icelle, ainsy qu'il Se Justiffie par la déclaration cy devant où l'on a employé plusieurs tenues Situées audit bourg appartenantes audit Seigneur déclarant, en laquelle Église parroissialle de guengat tant en la maistresse Vitre aux plus haults Soufflets tant en la Maistresse Vitre, qu'aux autres Vitres de ladite Église et chapelles d'Icelle, mesme en bosse et relief autour des murailles tant par dehors que au dedans en plusieurs endroicts et en la tour et clocher d'Icelle Sont les arbres timbrés et alliances de ladite Maison de guengat et dans le coeur & chanceau de ladite Église, au milieu proche le balustre du grand autel est Un tumbeau de pierre de taille Enlevé de terre d'Environ deux pieds et demy armoyé par dessus et à l'entour des Armes et timbres de ladite Maison de guengat, Lequel tumbeau est l'ancienne Sépulture et Enfeu prohibitif des Seigneurs de guengat proche duquel tumbeau du costé de l'Évangille est Un banc à queue et Accoudouers Aussy Armoyé des Armes de ladite Maison appartenant audit Seigneur déclarant lequel et Ses prédécesseurs Seigneurs de guengat Sont En droict et possession Immémorialle de faire mettre Une ceinture et Lizière avec leurs Armes tant par dedans que par dehors à l’entour d'Icelle Églize parrochialle de guengat à chaque décéds des Seigneurs de guengat"
—PÉRENNÈS (Henri), 1941 : Guengat (Rennes) non consulté
— Site Tout sur l'église : http://www.guengat.com/8/eglise07.html
— Site Infobretagne : http://www.infobretagne.com/guengat.htm
http://www.guengat.fr/patrimoine/leglise
— Bull. SAF 1968 ...sition de fonds qui appartenoit à la Maison de St Alloarn ) les armoiries de la Maison de Saint - Alouarn et le ... Et le soufflet du milieu au plus bas desdits soufflets a aussy un griffon des armes de Saint - Alouarn les autres vitrages estans de verres peints et en assez bon estat a l'exception de deux petits trous qu'il faut reparer , avons ..
— Daniel de Saint-Alouarn, dernier abbé régulier de l'abbaye de Quimperlé vers 1538, mort en 1553 :
La charpente sculptée ( sablières, engoulants et abouts de poinçons) de l'église Saint-Fiacre de Guengat.
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Sans craindre le travers de la méticulosité, nous avons plutôt tendance à penser que seule la minutie est vraiment amusante. Thomas Mann, "La montagne magique", 1924.
Si les premières mentions de scènes des sablières de Guengat datent de 1891 avec la tentative d'interprétation de H. Diverrés qui y voient des armes parlantes (Lièvre blanc = Guengat, sanglier pistant un renard = Saint Alouarn), puis de 1911, date à laquelle le chanoine Abgrall reprend ces interprétations, et décrit les scènes les plus remarquables, et si ces sablières ont été ensuite rapidement décrites par Couffon en 1959 (réed. 1988) et étudiées mais non décrites par Sophie Duhem dans sa thèse générale sur les sablières de Bretagne (17 références dans l'index), leur première description exhaustive, et prudente dans ses interprétations, est donnée par Christian Jouin dans son remarquable site "Tout sur Guengat". Mon article de 2014 tendait vers l'exhaustivité (sans y parvenir), reprenait comme argent comptant les interprétations de la littérature, et donnait aux internautes un premier relevé photographique du corpus. En 2019, un album sur les Trésors cachés des sablières de Bretagne proposait, pour les scènes les plus pittoresques, quatre photographies rutilantes d' A. P. Standford.
Je souhaite aujourd'hui donner un nouveau relevé photographique, cette fois-ci complet et détaillé, des pièces sculptées, et y associer les autres éléments sculptés figuratifs de la charpente que sont les engoulants du bas-côté nord et les abouts de poinçon du chœur.
Je veux aussi, après avoir décrit une trentaine de sablières de Bretagne, reprendre d'un œil plus critique les interprétations qui en sont données.
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Datation.
"Fin XVIe-début XVIIe siècle" selon S. Duhem. J'aurai opté pour une datation plus précoce, en raison du bestiaire très médiéval, de la quasi absence d'influence de la Renaissance, et de la ressemblance des dragons avec ceux du Maître de Plomodiern (vers 1564), mais sur un mode moins poussé. On rêve d'une étude dendrologique.
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Restauration (sous réserve).
-En 1838 (d'après C. Jouin)
-En 1991.
-En 2010 par l'entreprise Savina de Plouhinec.
-Hiver-printemps 2012, restauration complète de la charpente de la chapelle du Rosaire par Le Ber (Sizun). Dossier iconographique 25 clichés.
-En 2021, "mise en place d'une étude sur la rénovation du mobilier" demandée par la DRAC, Matthieu Bargain, conseiller au patrimoine, pour 17 statues classées (priorité pour saint Ivy et sa niche), un retable, un panneau peint et divers mobiliers.
Toute la charpente est lambrissée et peinte en bleu clair avec des nervures soulignées d'un bleu plus foncé et sculptées en frise de motifs géométriques rouges et noirs.
Les pièces de sablière sculptées se trouvent des deux cotés de la nef, dans une chapelle sud dédiée au Rosaire (quatre pièces) et dans la chapelle Saint-Roch (deux pièces) au nord du chœur.
Remarque : D'une façon générale, nous ne pouvons nous fier aux couleurs actuelles, qui ne doivent pas être les couleurs d'origine. Il nous faudrait un rapport d'expertise dressé lors d'une restauration.
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Description.
Je débuterai par la périphérie et le coté sud...
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. I. LES SABLIÈRES DE LA CHAPELLE DU ROSAIRE OUVRANT DANS LE BAS-CÔTÉ SUD.
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Les deux côtés est et ouest de la chapelle sont ornés de sablière. De chaque côté, un entrait engoulé sépare les sablières en deux pièces.
Chaque pièce est soulignée à sa partie inférieure par une frise de godrons rythmée par des têtes d'angelots ailés.
D'après le dossier de l'atelier Le Ber, la part de la restauration de novo en 2012 est considérable, tant pour la charpente proprement dit que pour les éléments sculptés ornementaux, mais j'ignore quels sont les relevés de l'état pré-restauration.
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LE COTÉ OUEST.
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Le côté ouest, première pièce. Quatre "chevaux" autour d'une rosace.
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Le blochet en forme de volutes est sculpté de manière non figurative.
Quatre animaux entourent une rosace centrale. Malgré une facture grossière, on reconnaît à gauche deux chevaux, séparés par une cloison de stalle d'écurie ; celui de droite semble doté d'un panier dont rien n'indique qu'il est suspendu à la tête, mais qui peut faire office de mangeoire à grains.
Les deux queues sont différentes, celle de l'animal de gauche est excessivement longue, celle de celui de droite est retroussée.
Les oreilles sont dressées et longues à gauche.
Le ventre du cheval de droite, dilaté, pourrait indiquer une jument ; le sexe de celui de gauche n'est pas représenté.
Aucune pièce d'harnachement n'est figurée.
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Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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De l'autre coté de la rosace, nous pouvons hésiter entre chevaux, ânes ou mulets. Les robes sont différentes. Le "cheval" de droite est un mâle. Les pattes postérieures de celui de gauche sont à demi fléchies, ce qui a pu inciter à voir là une scène d'accouplement.
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Conclusion.
Nous ne pouvons tirer de ces quatre "chevaux" aucune interprétation renvoyant à une saynète, un proverbe, une légende, etc. La réunion de ces quatre équidés n'a aucun sens, elle est une décoration animalière, tout au plus à visée de distraction des fidèles en rapport avec leur environnement rural.
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Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Le côté ouest, deuxième pièce. Un homme (chasseur ?), un chien (de chasse ?), une oie (?) / Un taureau et une vache.
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Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Du coté gauche de la rosace. Un homme portant un objet allongé et un chien.
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Les vêtements de l'homme ne sont pas détaillés. Il pourrait être nu, mais à cela s'oppose le fait qu'il semble chaussé de sabots. Il est imberbe et porte les cheveux longs, couleur auburn. Sa jambe gauche est avancée, dans l'attitude de la marche.
L'objet qu'il tient est élargi en crosse à l'extrémité tenue par la main droite. L'autre extrémité est soutenu par la main gauche. L'hypothèse d'un fusil est plausible. Ce serait alors un chasseur, accompagné par son chien.
Le chien ne porte pas de collier, ce qui est conforme au style général où les détails d'habillement et harnachement sont absents. Les oreilles longues sont cohérentes avec l'hypothèse d'un chien de chasse.
Ce chien fait face à une oie (ou à un gibier d'eau, palmipède, mais l'attitude face à face ne plaide pas pour une poursuite ou à un arrêt).
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Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Du coté droit de la rosace, un taureau et une vache ; un lapin (ou lièvre).
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Aucune suite logique avec la partie de gauche, hormis le thème animalier. Aucune cohérence non plus dans la confrontation de la vache avec un lapin.
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Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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LE COTÉ EST.
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Le blochet sud-est. Un homme aux bras écartés.
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Le personnage est remarquable et pittoresque, mais il est néanmoins impossible de l'identifier. Cet homme barbu, cheveux longs, aux mains écartées comme un "ravi" de crèche, nous intrigue par son chapeau semblable à un fez oriental. Ce chapeau, la tunique mi-longue et les braies sont rouges, seuls deux boutons et un col sont verts.
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Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Première pièce à l'est. Arabesque de feuillages autour d'un masque d'homme barbu.
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Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Deuxième pièce à l'est. Animaux et blason des Guengat.
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Coté droit. Un coq mangeant un tas de [grains ?] ; un animal [renard ??] mangeant un objet [poisson ? poule ?].
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On pense à un coq en raison de la queue aux plumes faisant éventail. Il se penche sur un objet pyramidal marron.
Le quadrupède est doté d'une queue très long s'achevant par une boucle. La peinture forme des taches sombres sur cette queue et des rayures sur la crinière. Les oreilles sont longues et dressées. L'animal aux pattes postérieures fléchies tient par ses antérieures une proie qui ressemble autant à une poule (si c'est un renard) ou un poisson. En réalité, les caractéristiques sont trop incohérentes pour identifier un animal précis si on ne s'aide pas, avec les risques que cela comporte, de son intuition.
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Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Le blason des Guengat.
L'indentification est assurée, car les trois paumes caractéristiques s'inscrivent dans un écu, et que ces armes sont bien connues ici tout comme à Plogonnec. Ce sont celles des seigneurs de Guengat, d'azur à trois mains dextres appaumées d'argent en pal. Mais les couleurs du fond (marron et non bleu) et des paumes (rose chair et non blanches) ne respectent pas les données de l'héraldique.
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Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Coté gauche. Un animal sonnant de la trompe. Une croix pommée verte et jaune à l'extrémité d'un "calvaire" vert à trois degrés.
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L'animal est identique à celui du coté droit. Ceux qui ont opté alors pour un renard peuvent reprendre ici leur interprétation. Il souffle dans une trompe qui peut être rapprochée, si on veut, d'une trompe de chasse.
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Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Engoulant de l'entrait.
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Engoulant de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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About de poinçon faisant fonction de poulie.
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About de poinçon de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
About de poinçon de la chapelle du Rosaire de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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II. LA CHAPELLE DE SAINT-MICHEL AU SUD DU CHOEUR.
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Sablière du coté oriental. Frise végétale semblable à la première pièce orientale de la chapelle du Rosaire, mais dont des parties ont été remplacées par des panneaux peints d'écu à motif floral, fantaisiste.
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Pièces de charpente de la chapelle Saint-Michel de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Blochet sud-est. Tête d'homme coiffé d'un bonnet et montrant les dents.
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Pièces de charpente de la chapelle Saint-Michel de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Blochet sud-ouest. Masque de deux têtes masculines jumelées, bouche ouverte sur une langue rouge.
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La partie haute ou "bonnet" forme presque un culot.
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Pièces de charpente de la chapelle Saint-Michel de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Sablière du coté occidental. Frise végétale symétrique à la pièce orientale : deux feuilles d'acanthe encadrent, de part et d'autre de l'entrait engoulé, des panneaux peints d'écu à motif floral, fantaisiste.
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Pièces de charpente de la chapelle Saint-Michel de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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About de poinçon : une tête de dragon montrant les dents.
Tous les abouts de poinçon de la charpente sont peints en bleu dans la même teinte que le lambris.
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Pièces de charpente de la chapelle Saint-Michel de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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. III. LA SABLIÈRE ET L'ENTRAIT DE LA CHAPELLE DE SAINT-ROCH AU NORD DU CHOEUR.
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Au dessus de l'arcade séparant le chœur de la chapelle Saint-Roch se trouve une première pièce. Il s'agit d'un entrait à engoulant, transformé et intégré à la cloison. Un masque d'homme barbu crache des rinceaux serpentiformes délimitant des loges à éventails floraux.
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Entrait de la chapelle Saint-Roch de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Entrait de la chapelle Saint-Roch de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Entrait de la chapelle Saint-Roch de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Entrait de la chapelle Saint-Roch de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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La sablière du mur ouest de la chapelle : deux dragons à queue céphalisée menacent de dévoration une femme nue aux cheveux blonds.
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Les dragons au corps verruqueux (coups de gouge en V) sont dotées de pattes-nageoires et d'appendices supérieures en plume. Le museau de leur gueule largement ouverte sur une copieuse dentition est retroussé. La langue est tendue vers la proie. Les oreilles sont rondes. La queue se transforme en une deuxième tête identique à la tête principale.
Tous ces caractères sont ceux des dragons des sablières du Finistère, et notamment de celles de l'atelier du Maître de Plomodiern actif à Plomodiern, Saint-Nic, Pont-Croix et Cap-Sizun au milieu du XVIe siècle, mais tous les traits stylistiques de cet atelier (cartouches ...) ne se retrouvent pas à Guengat, et les transformations végétales des dragons sont ici plus timides.
La partie basse du buste du personnage central est détruite. La tête est rasée mais une natte (ou corde ?) l'entoure du côté gauche. On peut deviner un bras gauche dressé et les épaules.
Les personnages dont la tête est placée entre les gueules de deux dragons abondent dans la production du Maître de Plomodiern et autres sculpteurs de sablières, et on en trouve aussi un très bel exemple sur le coté sud de la nef.
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Sablière de la chapelle Saint-Roch de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablière de la chapelle Saint-Roch de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablière de la chapelle Saint-Roch de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablière de la chapelle Saint-Roch de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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IV. SABLIÈRES DE LA NEF ET DU CHOEUR, CÔTÉ NORD.
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Description du chevet vers la nef, et donc de la droite vers la gauche.
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Frise de rinceaux fleuris (roses ?) sculptée ou en partie peinte. Quatrefeuilles peint.
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Note. Les quatrefeuilles se retrouvent à intervalles réguliers, toutes les quatre nervures, et me semblent peints sur les sections d'anciennes poutres (entraits) qui auraient été supprimées, puisqu'on les retrouve au même endroit du coté sud.
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Sablières nord du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Deux licornes affrontées autour d'un feuillage stylisé en arbre.
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Ces deux licornes, qu'on retrouve en vis à vis du coté sud, sont encadrées par des feuillages stylisés en petits arbres(come sur les peintures sur verre et enluminures médiévales), et s'affrontent de part et d'autre d'une tige fleurie, dotée de deux branches repliées en bras, autour d'un ovale. Cette tige, légèrement anthropomorphe, ou évoquant un emblème symbolique, peut être vue comme un arbre de la symbolique médiévale, comme celui du Paradis, et, du moins, interpelle par ses particularités.
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Dans son ouvrage, Sophie Duhem décrit la présence de ce thème des licornes sur les sablières bretonnes :
"Ce que nous avons observé pour la sirène [ provenant de l'imagerie bas-médiévale européenne] s'avère valable pour les centaures et les licornes.
Ces dernières apparaissent sur une trentaine de sablières sous l'apparence commune de chevaux dotés de cornes frontales. Si quelques licornes sont représentées isolées (chapelle Saint-Hervé à Gourin, Malestroit, Plouaret, chapelle Saint-Eloi en Saint-Nicolas-du-Pélem, chapelle de Burtulet en Saint-Servais ), la plupart sont insérées dans des saynètes classiques de l'iconographie médiévale.
L'image de la licorne affrontée au lion, qui apparaît par exemple sur la célèbre tapisserie conservée au Musée de Cluny, orne également les sablières bretonnes : à Châtelaudren, Grâces-Guingamp, Trémeur et Locmalo (Ch. De Kerlénat). Le thème est toujours d'actualité un siècle plus tard, repris en 1652 à Ploërdut par l'artiste de la chapelle de Crénénann. Sur quelques poutres, le lion est remplacé par une hydre ou un dragon, comme à Kerpert, Grâces-Guingamp et Saint-Gilles-Pligeaux (Ch. Saint-Laurent) .Une autre variante existe à Lanmérin, sous la forme d'une licorne pourchassée par une meute de chiens.
Les artisans actifs autour de Kerlénat ont préféré la représentation moins classique de deux licornes affrontées, disposées de part et d'autre d'un homme en buste tenant leur barbiches.
Ce thème est illustré sur les charpentes de Locmalo, de Bieuzy, de Baud, de Guern (Chapelle Saint-Jean), et il semble qu'il ait également inspiré les sculpteurs de Cléguérec (chapelle de la Trinité), de Melgven (chapelle de la Trinité), de Guengat et du Tréhou. La plupart des représentations sont donc relativement stéréotypées, et conformes aux sujets en circulation à partir de la fin du XVe siècle. Deux exemples, qu'il faut rattacher aux nouveautés du répertoire renaissant, s'écartent des modèles habituels : à Confort-Meilars, l'animal sort d'une corne d'abondance, et, à Pleyben, son corps est végétalisé. "(S. Duhem p. 169 et notes p. 199)
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Remarques :
—Je n'ai pas su voir de licorne sur les sablières lors de ma visite de l'église Saint-Gilles de Malestroit. Je doute de sa présence à Confort-Meilars où je ne l'ai pas reconnue. La "licorne " de Pleyben est en réalité un cheval dont l'oreille est saillante.
—Une très belle scène d'affrontement de deux licornes attelées est présente sur les sablières de Bodilis.
— Je peux reprendre ici ce que j'ai écrit à propos des licornes affrontées des sablières de Le Tréhou :
"Je remarque que cette scène n'a rien de commun avec le thème (religieux ou mystique issu du Physiologus) de la Licorne de l'Annonciation, ni avec celui de la Chasse de la Licorne, tous deux en relation avec la croyance que la licorne, pour être chassée, devait être "appâtée" par une jeune fille vierge.
Au contraire, nous sommes ici dans le domaine profane et ornemental qui recherche dans les créatures chimériques, imaginaires ou exotiques des sujets distrayants propres à séduire l'imagination. Malgré notre avidité à trouver du sens à ces images, et malgré notre réticence à accepter que le sacré voisine avec les drôleries (ou les obscénités), nous sommes invités à accepter les changements de point de vue et à découvrir ceux de nos ancêtres : ce n'est pas la moindre des aventures auxquelles la visite d'une église bretonne nous convie."
Sablières nord du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Un sanglier, un chien et un lapin blanc devant un feuillage.
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C'est ce groupe qui a incité H. Diverrès en 1891 à décrire "un lièvre blanc, par allusion au nom de Guengat" puis "un sanglier suivant un renard à la piste" en considérant qu'il s'agit "d'une plaisanterie du nom de saint Alouarn, l'un des seigneurs de l'endroit, qui portait des hures de sanglier San ar louarn ("sent le renard").
Ces propositions ont été reprises par tous les auteurs.
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Pourtant, la première proposition doit être tempérée par le fait qu'on trouve des lapins blancs sur d'autres sablières (comme à Trémalo) sans qu'ils ne trouvent leurs justifications sur un jeu de mots : c'est une figure courante du bestiaire de l'iconographie. D'autre part, je ne suis pas sûr que les seigneurs de Guengat aient apprécié ce jeu. L'étymologie du toponyme Guengat serait bien fantaisiste, et Deshayes indique que le nom est composé avec le terme -cat, "combat".
Pour l'autre proposition, la principale critique , outre qu'il est rare que les sangliers pistent les renards, est que le deuxième animal est un chien. Même chez un sculpteur animalier aussi peu enclin à s'inspirer des modèles naturalistes, comme nous l'avons vu sur le bas-côté sud, un renard se reconnaît à sa queue, longue (70% de la longueur de son corps), épaisse, duveteuse et touchant le sol lorsqu'il est debout. Ajoutons à ce portrait-type le pelage roux, les oreilles dressées et pointues et le museau fin.
L'animal ici présent est de pelage fauve (clair) tacheté de noir, son museau est carré, ses oreilles arrondies, et, surtout, sa queue est dressée en fouet au dessus de son dos. Ses pattes portent une fourrure. C'est un mâle (comme le "lapin" d'ailleurs).
Même le "sanglier" est fort étonnant. Au lieu d'une queue de cochon, sa queue est longue et traîne presque jusqu'au sol. Surtout, son échine est hérissée de spicules, jusqu'à la queue, comme certaines représentations de dragons, mais sans rapport avec les soies des sangliers.
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Je n'ai pu trouver l'expression" sant al louarn" attestée en langue bretonne. F. Favereau donne pour sant : 1 "saint" et 2. "Sensation".
Le chanoine Abgrall, pourtant très averti, aggrave les choses en parlant des deux grands seigneurs de la paroisse, dont "Guengat, dont les armes portaient des hures de sanglier", ce qui est erroné.
Couffon recopie Diverrès : "On y distingue en effet au nord des animaux affrontés, un lièvre blanc (Guengat) un sanglier (armes des Saint-Alouarn : hures de sangliers) poursuivant un renard ("sant al louarn" "sur la piste du renard" ).
Sophie Duhem écrit "Une des sablières, sculptée en 1660 par Yan Hamoun, représente un lièvre blanc (en breton Gwen Gat, à l'origine du nom de la paroisse) flairant l'arrière-train d'un renard".
Christian Jouin est à la fois plus précis et plus prudent : "-Un sanglier. Il peut être une allusion aux ALÉNO, seigneur de SAINT-ALOUARN, qui blasonnait : « D'argent à trois hures de sanglier de sable, arrachées de gueules »,- Un renard. Il peut être une allusion aux SAINT-ALOUARN : « louarn » en breton = renard, - Un lièvre. Il peut être une allusion aux DE GUENGAT : en breton « gwenn » = blanc et « gad » = lièvre. "
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En outre, il ne me semble pas que les seigneurs, très scrupuleux sur leur renom, sur la figuration de leurs armes sur les vitraux, au titre de leurs prééminences, ou sur leurs gisants et sur les multiples écus placés sur les lieux stratégiques du sanctuaire, puissent admettre que leur nom, ou les meubles de leurs armes, soient détournées pour amuser la galerie, surtout sur un lieu aussi peu noble que les sablières.
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Émile Mâle, dans L'art religieux du XIIIe siècle en France, page 64 nous a jadis avertis « Il ne faut pas chercher partout des symboles ...Jamais nos vieux artistes ne furent aussi ingénieux que leurs exégètes modernes. ». En tout cas, nous constatons que les "exégèses" des érudits les dispensent d'une description attentive des œuvres, et qu'elles fonctionnent de façon virale en se reproduisant d'auteur en auteur sans remise en cause.
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Nous devons nous contenter de décrire ici une séquence de trois animaux (ou cinq pour l'ensemble de la pièce), naturels ou fantastiques, pas toujours identifiables et encore moins en terme naturaliste (lièvre ou lapin ?), dont rien n'indique un contexte cynégétique ou une relation signifiante réunissant les animaux.
Au mieux, lorsque sera constitué un corpus iconographique complet des motifs sculptés des sablières, numérisé et indexé, que les traits stylistiques pourront définir, précisément ou non, des ateliers, que ce corpus pourra être comparé à une recension identique du bestiaire des sculptures sur pierre (crossettes par exemple), nous pourrons repérer (comme S. Duhem l'a fait pour les licornes) des répétitions de motifs identiques et leurs réunions en saynètes signifiantes.
Nous avons affaire à Guengat, jusqu'à preuve du contraire, à la juxtaposition d'éléments isolés d'un bestiaire commun aux ymagiers (donc ne trouvant pas sa justification au niveau local), et où nos rares clefs solides d'interprétation basées sur les fables et les proverbes ne fonctionnent pas.
Il nous faut apprendre à observer avant d'interpréter, et à admirer et être touché par le cœur plus que par l' intelligence raisonneuse, qui fait obstacle à nos sens.
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Sablières nord du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières nord du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières nord du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières nord du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Pièce suivante. Cinq personnages et un tonneau. Inscription.
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Cette pièce, la plus connue, semble vouloir me donner tort dans ma prudence d'interprétation. Et pourtant, il faut soumettre les écrits des auteurs de référence à une critique semblable.
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Un des éléments remarquables, et pleins de promesse, et l'inscription gravée IAN HAMOUN.
Il s'agit bien évidemment d'un patronyme, et IAN renvoie à notre Jean moderne. On pense à un Jean Hamoun, forme peut-être de Jean Hamon.
Sophie Duhem considère que les noms inscrits sur les sablières sont ceux des sculpteurs. Cette opinion est largement reprise (Monumentum, Wikipedia, Maurice Dilasser, C. Jouin ...). Pourtant, je ne peux la suivre que dans les cas où le nom est suivie d'une mention explicite de sa profession, ou de sa revendication ("a fait", "a sculpté"), car en sculpture sur pierre, les noms sont le plus souvent ceux des fabriciens, et après le XVIe siècle, parfois de leurs recteurs.
Ici, il me semble prudent de ne pas qualifier ce Ian Hamoun de sculpteur (il faudrait retrouver son nom sur d'autres œuvres, ou dans les archives, ou dans une pièce paroissiale précisant sa profession), mais sans aller plus loin pour lever le doute.
Les données généalogiques ne donnent aucune donnée à Guengat ou à Plogonnec avant le XVIIIe siècle avec le patronyme Hamon ou celui d'Hamoun.
En élargissant au Finistère, on obtient avec Jean Hamon 28 données.
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Albert Deshayes ne mentionne pas la forme HAMOUN en Bretagne, mais HAMON, HAMOUNIC (dans le Léon), HAMONOU.
En conclusion, cette inscription ouvre à plus d'incertitudes que de renseignements.
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Sablières nord du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Le tonneau est de belle taille (longueur =deux fois celle des humains), c'est (?) un foudre (800 à 1000 litres), ses douelles sont entièrement cerclés aux collets — comme ceux du bas-relief de Colonzelle (Drôme)— par des gaulis généralement en noisetier. Le robinet inséré dans le trou de perce, visible à droite, est bizarrement placé en haut du récipient. Il est légitime de penser que ce tonneau est rempli de vin.
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Un homme en costume traditionnel se tient face à nous, main droite sur la hanche mais la main gauche placé contre le fond du foudre. Il est coiffé d'un chapeau rond noir, porte une veste bleue, cintrée et courte, et des hauts de chausse (les fameux bragou braz) noirs, plissés et bouffants descendant sous les genoux. On imagine ensuite des housseaux et on voit bien les sabots noirs.
Je peux, au mieux, imaginer qu'il se livre ici à une farce : l'homme, en obturant la bonde de son doigt, dissimulé par le ventre du tonneau, empêche la femme de remplir son pichet. Ce serait très comique, mais est-ce plausible ?
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Sablières nord du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières nord du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Une femme remplit un broc métallique au robinet en se penchant légèrement. Elle porte la coiffe courte et blanche, un gilet bleu à manches longues, et une robe plissée blanche, sans le tablier traditionnel. Elle est chaussée de sabots (ou de souliers noirs ?).
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On comparera cette scène au tonneau, non pas aux multiples buveurs à tonnelets, mais à la sablière nord de l'église Saint-Thomas de Landerneau et de Bodilis , ainsi qu'à la chapelle du Grouanec à Plouguerneau, où , dans les trois cas, une truie tente de débonder le foudre.
Mais ici, comme si toute la production de ce sculpteur se voulait être issue d'une pensée blanche, objective se dérobant à toute interprétation, il n'y a aucune anecdote, aucune leçon ou description d'ivrognerie, aucune narration.
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Sablières nord du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Vient en suite un deuxième homme, de face comme le premier, et de tenue assez analogue ; mais ses cheveux sont longs, il porte une petite barbiche, et tient la poignée de son épée, suspendue au côté gauche. En outre, il n'a pas de bragou braz, mais des hauts de chausse ajustés au dessus de bas rouge. C'est donc un seigneur.
R. Couffon a vu "un sac d'écus", que je ne vois pas.
Il n'accomplit aucune autre action que celle de nous regarder, comme un acteur qui se présente ; encore une fois, il ne participe à aucune narration. Il est là.
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Sablières nord du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Son voisin est un prêtre, puisqu'il tient son attribut, le calice, et son bréviaire, et qu'il porte la barrette des recteurs, ou bonnet carré des docteurs en théologie. Lui aussi tient sa place dans cette galerie de personnages.
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Sablières nord du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Enfin, fermant le rang, le dernier personnage est saint Fiacre, patron de l'église. Il s'identifie non seulement à sa bêche (ce pourrait être un jardinier), mais aussi à sa tonsure monastique, à son épais livre relié, et à sa robe, serrée par une ceinture.
Toujours pas d'autre action, il se montre afin que nous le reconnaissions.
Christian Jouin fait remarquer que cette galerie est celle des trois Etats (le couple de paysans ou bourgeois représentant le Tiers-État, puis la Noblesse, et enfin le Clergé). C'est en tout cas une condensé de la paroisse et de ses notables derrière son saint patron.
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Sablières nord du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières nord du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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V. SABLIÈRES DE LA NEF ET DU CHOEUR, CÔTÉ SUD.
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Description de l'est vers l'ouest, du chœur vers la nef.
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Sablières sud du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Première pièce. Frise de rinceaux produisant des épillets (ou grappes) sculptée. Quatrefeuilles peint.
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La pièce est identique à celle du nord, mais les "roses" que j'y voyais sont des grappes ou épillets.
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Sablières sud du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Deuxième pièce. Deux licornes affrontées. Lapin blanc crachant un feuillage. Un chien ; un sanglier.
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Cette pièce est la copie (ou inversement) de son homologue au nord, mais on peut jouer au jeu des sept erreurs. Le lapin "crache" les feuillages ; le chien a un museau plus proche de celui d'un renard (mais toujours sa queue en fouet). Le "sanglier" n'a plus l'échine dentelé (mais sa queue est toujours longue et non en tire-bouchon).
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Sablières sud du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières sud du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières sud du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières sud du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Troisième pièce. Tête d'un homme, dont les oreilles sont menacées par les gueules de deux dragons.
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Nous retrouvons le motif de a sablière de la chapelle Saint-Roch, mais la femme laisse la place à un homme, imberbe, coiffé d'un chapeau noir. Ses oreilles sont protégées de la dentition gloutonne des monstres par une épaisse tignasse. Le chapeau en tronc de cône explique un peu mieux la forme en fez du blochet de la chapelle du Rosaire.
Les dragons ont une queue longue et effilée, mais non céphalique. Les écailles du corps sont traitées soigneusement par des "pointes de diamant". Les échines sont hérissées de dent (comme le "sanglier" du nord). Le sourcil du dragon de droite est délicatement sculpté de fines rides.
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Sablières sud du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières sud du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
Sablières sud du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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Dernière pièce. Frise géométrique centrée par des médaillons d'entrelacs.
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C'est l'un des rares motifs trahissant l'influence de la Renaissance, comme l'indique Sophie Duhem : " influence possible d'un maître italien tel que Nicoletta da Modena [1480-1538], apprécié des ornemanistes."
Sablières sud du chœur de l'église de Guengat. Photographie lavieb-aile 2022.
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VI . LES ABOUTS DE POINÇONS DU CHOEUR.
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Parmi la douzaine d'abouts de poinçon de la nef et du chœur, les premiers sont des feuillages. Puis vient une rosace délicatement travaillée, puis un support de poulies dont l'extrémité est sculpté en mâchoires se fermant sur une tête d'enfant , puis un écu au lion rampant, puis un dernier abouts dont l'écu porte les trois paumes des de Guengat. La nervure médiane s'achève au dessus de la maîtresse-vitre sur une tête d'homme.
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Abouts de poinçon du chœur. Photographie lavieb-aile 2022.
Abouts de poinçon du chœur. Photographie lavieb-aile 2022.
Abouts de poinçon du chœur. Photographie lavieb-aile 2022.
Abouts de poinçon du chœur. Photographie lavieb-aile 2022.
Abouts de poinçon du chœur. Photographie lavieb-aile 2022.
Abouts de poinçon du chœur. Photographie lavieb-aile 2022.
Abouts de poinçon du chœur. Photographie lavieb-aile 2022.
On attendrait ici plutôt le griffon de la famille de Saint-Alouarn (d'azur au griffon d'argent), bien visible sur le gisant de l'enfeu nord. Mais les ailes du griffon ne sont pas visibles.
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Abouts de poinçon du chœur. Photographie lavieb-aile 2022.
Abouts de poinçon du chœur. Photographie lavieb-aile 2022.
Abouts de poinçon du chœur. Photographie lavieb-aile 2022.
Abouts de poinçon du chœur. Photographie lavieb-aile 2022.
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VII . LES ENTRAITS ENGOULÉS DU BAS-CÔTÉ NORD.
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Entraits engoulés du bas-côté nord. Photographie lavieb-aile 2022.
Entraits engoulés du bas-côté nord. Photographie lavieb-aile 2022.
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LES SABLIÈRES ET BLOCHETS : SYNTHÈSE.
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Les blochets :
Le blochet sud-est. Un homme aux bras écartés.
Blochet sud-est. Tête d'homme coiffé d'un bonnet et montrant les dents.
Blochet sud-ouest. Masque de deux têtes masculines jumelées, bouche ouverte sur une langue rouge.
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Chapelle du Rosaire au sud.
Le côté ouest, première pièce. Quatre "chevaux" autour d'une rosace.
Le côté ouest, deuxième pièce. Un homme (chasseur ?), un chien (de chasse ?), une oie (?) / Un taureau et une vache.
Première pièce à l'est. Arabesque de feuillages autour d'un masque d'homme barbu.
Deuxième pièce à l'est. Animaux et blason des Guengat.
Coté droit. Un coq mangeant un tas de [grains ?] ; un animal [renard ??] mangeant un objet [poisson ? Poule ?].
Coté gauche. Un animal sonnant de la trompe. Une croix pommée verte et jaune à l'extrémité d'un "calvaire" vert à trois degrés.
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La chapelle Saint-Michel au sud-est.
Sablière du coté oriental. Frise végétale semblable à la première pièce orientale de la chapelle du Rosaire, mais dont des parties ont été remplacées par des panneaux peints d'écu à motif floral, fantaisiste.
Sablière du coté occidental. Frise végétale symétrique à la pièce orientale : deux feuilles d'acanthe encadrent, de part et d'autre de l'entrait engoulé, des panneaux peints d'écu à motif floral, fantaisiste.
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La chapelle Saint-Roch au nord-est
Au dessus de l'arcade séparant le chœur de la chapelle Saint-Roch se trouve une première pièce. Il s'agit d'un entrait à engoulant, transformé et intégré à la cloison. Un masque d'homme barbu crache des rinceaux serpentiformes délimitant des loges à éventails floraux.
La sablière du mur ouest de la chapelle : deux dragons à queue céphalisée menacent de dévoration une femme nue aux cheveux blonds.
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Nef et chœur, coté nord (du chœur vers la nef)
Frise de rinceaux fleuris (roses ?) sculptée ou en partie peinte. Quatrefeuilles peint.
Deux licornes affrontées autour d'un feuillage stylisé en arbre.
Un sanglier, un chien et un lapin blanc devant un feuillage.
Cinq personnages et un tonneau : un homme, une femme, un « seigneur », un prêtre, et saint Fiacre. Inscription non datée Ian Hamoun.
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Nef et chœur, coté sud (du chœur vers la nef)
Frise de rinceaux produisant des épillets (ou grappes) sculptée. Quatrefeuilles peint.
Deux licornes affrontées autour d'un feuillage stylisé en arbre.
Lapin blanc crachant un feuillage. Un chien ; un sanglier.
Tête d'un homme, dont les oreilles sont menacées par les gueules de deux dragons.
Frise géométrique centrée par des médaillons d'entrelacs.
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Décompte.
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25 animaux au total :
-11 Animaux domestiques :
4 chevaux. 3 chiens ; une oie ; un taureau ; une vache ; un coq ;
-2 Animaux sauvages :
2 sangliers.
-4 animaux non classés :
2 quadrupèdes (renards ou chiens ou autre ?). 2 lapins (domestiques ou sauvages?)
-8 animaux fantastiques
4 licornes . 4 dragons ;
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10 personnages sur les sablières:
5 hommes ( 1 chasseur, un homme près du tonneau ; un seigneur ; un prêtre ; saint Fiacre)
1 femme près du tonneau
trois têtes d'hommes, dont deux masques
un buste de femme.
3 têtes d'hommes et un homme en pied sur les blochets.
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5 frises végétales
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Un écu armorié identifiable (Guengat.
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Conclusion.
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On peut conclure à la prévalence des animaux sur les humains et les végétaux.
Les 8 animaux fantastiques composent des tableaux où ils sont affrontés par paires spéculaires, les 4 dragons participant à des tableaux de menace de dévoration autour d'un humain.
Les deux séquences sangliers-chiens-lapins peuvent difficilement s'intégrer à des scènes cynégétiques, vu l'ordre de poursuite. À l'inverse, le chien qui suit un homme armé d'un fusil semble participer à une chasse, mais à laquelle les animaux suivants ( oie, vache et taureau) sont étrangers.
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Si on excepte la "scène de village" autour du tonneau (qui n'est néanmoins pas limpide), et les scènes de dévoration par les dragons (souvent retrouvées ailleurs), les autres compositions résistent à une interprétation honnête. Ce sont des éléments d'un discours muet, soit de façon délibérée dans un souci seulement ornemental, soit parce qu'ils se réfèrent à des mythes, des schèmes narratifs que nous ignorons.
Dans tous les cas, malgré la présence de saint Fiacre, ce monde principalement animalier reste totalement étranger au culte catholique, à sa liturgie, à son Histoire Sainte et à ses traditions. Ce lieu de transition entre ciel (toiture) et terre (murs) est un Autre Monde, dont l'Enigme est sans doute l'identité principale, qui se briserait de vouloir être résolue.
Surtout, l'étude de ces éléments sculptés présuppose avant toute interprétation leur relevé photographique exhaustif et numérisé, rassemblé en une base de donnée indexée, au minimum régionale.
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SOURCES ET LIENS.
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— ABGRALL (Jean-Marie), 1911, Notice sur la paroisse de Guengat,Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie, BDHA, Quimper
"Les sablières du chœur sont ornées de sculptures assez grossières, dans lesquelles on reconnaît un lièvre blanc, guen gad, jeu de mot sur le nom de la paroisse. On y voit également : 1° un sanglier poursuivant un renard, allusion aux deux grands seigneurs de la paroisse, Guengat, dont les armes portaient des hures de sanglier, et saint Alouarn, al louarn, le renard ; 2° Un prêtre tenant d'une main un livre et de l'autre un calice ; saint Fiacre, portant un livre et une pelle ; 3° Un homme portant un sac d'écus ; 4° Un tonneau en perce des deux bouts ; d'un côté, une femme emplit un broc, de l'autre, un homme emplissant le même office."
— ARLAUX (Claire), 2019, Trésors cachés des sablières de Bretagne. Photographies Andrew Paul Standford. Impressions du Ponant Equinoxe, 150 pages.
— CASTEL (Yves-Pascal), 1984, " Eglise Saint-Fiacre, inscriptions sur un confessionnal et sur l'autel" B.S.A.F. .
— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Notice sur les paroisses,...
"L'église, du type à nef obscure, est lambrissée, sans entraits, avec sablières sculptées d'un grand intérêt. On y distingue en effet au nord des animaux affrontés, un lièvre blanc (Guengat) un sanglier (armes des Saint-Alouarn : hures de sangliers) poursuivant un renard ("sant al louarn" "sur la piste du renard" ), saint Fiacre et sa bêche, un prêtre tenant un calice (clergé), un homme avec une épée et un sac d'écus (noblesse), un homme et une femme autour d'un tonneau en perce (tiers état) et l'inscription : "IAN. HAMOUN.". Au sud, chevaux affrontés, lièvre blanc, renard, sanglier, tête entre deux crocodiles."
— DILASSER (Maurice), 1979 : Locronan et sa région (Paris, 1979)
—DIVERRÈS (Henri), 1891, "Monographie de la commune de Guengat ", Bull. S. A. F., pages 42-61).
— DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne (XVe-XVIIe s.), Presses universitaires de Rennes, 1997 - 385 pages, pages 2 ;12 (descriptions précoces) ; 62 (illustration) ; 169 (un paragraphe et la fig. 88 : les licornes) ; 179 (nudité d'une femme accroupie qui a été varlopée) ; 191-192 (les vitraux) ; 195 (frise de motifs géométriques, figure 121, influence possible d'un maître italien tel que Nicoletta da Modena [1480-1538], apprécié des ornemanistes); 209 (« Quelques factures originales. Les décors des sablières de Trémeur, de Guengat et de la chapelle des Cieux à Huelgoat sont étonnants, constitués d'un enchevêtrement d'entrelacs et de motifs qu'on a parfois du mal à décrypter." ) ; 222; 231-234 (fig. 152 : le Noble, le Prêtre et le Paysan (ou saint Fiacre ?)) . Vêtement des laboureurs, une tunique longue serrée par une ceinture; 241 ("des chevaux s'accouplent à Guengat"); 269 (fig. 159 : figure avalée par deux dragons comme à Bieuzy, Plouhinec, Pont-Croix, etc.); 291 (figures de saints, rares sur les sablières, comme celles de "Guengat (1660) avec un saint Fiacre et une sainte Véronique").
Page 231, S. Duhem considère que IAN HAMOUN est le nom de l'artiste : "À Guengat, Ian Hamoun, sculpteur à Guengat, fait exception en choisissant de faire le portrait des représentants de la paroisse" etc.
— DUHEM (Sophie), 1998, « Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest Année 1998 105-1 pp. 53-69
— DUHEM (Sophie), 2012 Impudeurs et effronteries dans l'art religieux breton (xve siècle - xviiie siècle), éditions Le Télégramme, 2012.
"Une des sablières, sculptée en 1660 par Yan Hamoun, représente un lièvre blanc (en breton Gwen Gat, à l'origine du nom de la paroisse) flairant l'arrière-train d'un renard".
— DUHEM (Sophie), 2013, Introduction, "Passeurs des âmes, passeurs des arts", Presses universitaires du Midi.
https://books.openedition.org/pumi/31428
— JOUIN (Christian), s.d, Tout sur l'histoire de Guengat.
https://www.guengat.com/
—PÉRENNÈS (Henri), 1941 : Guengat (Rennes) non consulté
— WAQUET (Henry ), 1957, Guengat (S.F.A. - Congrès archéologique de France CXVe session 1957 Cornouaille.) -
" Il y a des raisons de conjecturer que Guengat, quoique portant un nom qui était un nom d’homme, au pays de Galles, n’est pas une paroisse primitive, et qu’elle dépendit d’abord de la vaste paroisse de Plogonnec. Ainsi la 1e église n’aurait été qu’une chapelle de dévotion. Le château, aujourd’hui complètement ruiné, de la seigneurie de Guengat, s’élevait très près de la limite actuelle des 2 communes. Le seigneur comptait parmi les principaux de Cornouaille. L’un d’eux, Alain, chambellan du Roi, vice-amiral de Bretagne, capitaine de la ville et du château de Brest, combattait à Pavie au côté de François 1er ; et partagea sa captivité.
A la fenêtre à 3 meneaux, du bras sud, du faux transept, se voient entremêlées des scènes de la vie du Christ, (divers saints), présentant des donateurs et donatrices, seigneurs et dames des familles de Kérigny, de Kerdrein, et de Bruère-Ducran. Malheureusement les incertitudes des généalogies de ces familles ne permettent pas de proposer fermement une date ; il faut s’en tenir à une approximation : environ l’an 1500."
Voici un article qui est parfaitement inutile voire déplacé, puisque ces stalles ont été parfaitement décrites par Florence PIAT dans une thèse de 2012 intégralement disponible en ligne, et que ses photographies, bien plus complètes et attentives que les miennes, sont numérisées et disponibles dans son article de l'Inventaire du patrimoine culturel en Bretagne.
Voici un article qui est un plagiat ou un patchwork de copier-coller du travail de Florence Piat.
Après ce coup de gourdin envers mon article, il me reste à lui tendre la main pour le défendre un peu. D'une part, il rendra hommage aux sites en ligne de cette auteure. D'autre part, il viendra compléter mes articles précédents sur les stalles bretonnes, et ma série sur la chapelle Saint-Herbot. Et puis le site de l'Inventaire, remarquable comme je l'ai dit, nécessite de cliquer séparément sur chaque stalle sans pouvoir en faire dérouler l'ensemble. Enfin, mon article sera associé à la description de la clôture elle-même. Tout cela pour ne pas avouer que j'éprouve du plaisir à le publier avec mes propres photos : c'est bien bas. Et je m'en excuse auprès de madame Piat.
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PRÉSENTATION (D'APRÈS F. PIAT).
"L’ancien duché de Bretagne conserve aujourd’hui dix ensembles de stalles, majoritairement situés dans la partie nord de la région : celles de la cathédrale de Dol-de-Bretagne (77 stalles), de la collégiale de La Guerche-de-Bretagne (18), de la collégiale de Champeaux (54), de la cathédrale de Tréguier (48), de l’église de Boquého (8), de la chapelle Saint-Quay de Plélo (8), de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon (66), celles provenant du château de Kerjean (6), celles conservées dans l’église SaintSymphorien de Couëron et provenant de l’abbaye Notre-Dame de Buzay (10), et enfin, celles de l’église Saint-Herbot de Plonévez-du-Faou (15) . Ces dix groupes, réalisés entre la fin du XIVe siècle et le premier quart du XVIe siècle, offrent un aperçu qualitatif original de ce mobilier liturgique à la fin du Moyen Âge." (F. Piat, thèse)
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Ces 15 stalles font partie d'un chancel à claire-voie et balustres tournés, précédemment décrit, et surmonté d'une crucifixion ;elles sont disposées en U à l'intérieur de ce chancel, mais le tombeau de saint Herbot occupe l'emplacement d'une stalle, sur le côté Nord de l'entrée Ouest du chancel ; tous les appui-mains sont identiques (arabesque ou volute à l’intérieur de laquelle se trouve une tête à feuilles ) et les dossiers portent un décor en cuvette.
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Les stalles se trouvant dans la chapelle Saint-Herbot sont les plus tardives du corpus des stalles de Bretagne étudié par Florence Piat, avec une datation comprise entre 1550 et 1570. (Les dix groupes recensés sur le territoire de l’ancien duché de Bretagne se caractérisent par une relative homogénéité dans leur période de réalisation. En effet, si les stalles de Dol-de-Bretagne, de Buzay et de Boquého sont les plus anciennes, conçues entre la fin du XIVe siècle et le milieu du XVe siècle, les sept autres groupes ont tous été commandés et confectionnés dans le premier quart du XVIe siècle, exception faite des stalles de Saint-Herbot qui datent du milieu de ce même siècle.)
Leur style appartient complètement au répertoire de la Renaissance et une commande seigneuriale pourrait être à l´origine de leur réalisation. Cette chapelle, auparavant église, était le lieu d´un pèlerinage important en raison de la présence du tombeau de saint Herbot, saint que l´on invoquait - et que l´on invoque toujours - pour la protection des troupeaux. Des autels votifs sont ainsi disposés devant le chancel à balustres tournées qui clôture le chœur et dans lequel sont intégrées les quinze stalles de cette chapelle. L´ensemble est surmonté d´une Crucifixion qui fut rajoutée en 1659. Les portes et le couronnement du chancel sont sculptés de motifs totalement renaissants avec des putti, des grotesques, des masques, mais aussi les douze Sibylles et les Apôtres.
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Pénétration du vocabulaire de la Renaissance, plus tardive en Basse-Bretagne (Saint-Herbot) qu' Champeaux et LaGuerche de Bretagne.
Le répertoire décoratif italien est expérimenté en Bretagne sensiblement à la même époque que dans le royaume de France, ce dont témoigne des œuvres telles que le tombeau de Thomas James (1507), son missel (1484), le portail de la chapelle du Saint-Sacrement à Vannes (1515-1531), ainsi que la présence, dans la péninsule, d’artistes venus expressément des régions transalpines pour travailler auprès de mécènes influents. Comme dans beaucoup d’autres régions, ce nouveau vocabulaire s’intègre et se mêle jusqu’aux années 1520-1530 à l’architecture et aux images médiévales, sans pour autant profondément modifier les structures issues du Gothique. Dans les stalles de l’ancien duché, le tournant s’opère effectivement en l’espace d’une décennie et, alors qu’un ensemble comme celui de Tréguier réalisé au début des années 1510 présente encore toutes les caractéristiques iconographiques médiévales, les stalles de La Guerche-de-Bretagne, réalisées à la fin de cette même décennie développent largement de nouveaux motifs directement inspirés de l’art italien. En l’espace d’une dizaine d’années, ces thèmes pénètrent donc le vocabulaire décoratif et iconographique des sculpteurs sous l’action combinée de grands mécènes, comme les Laval et Espinay, la diffusion de gravures provenant de Flandres, d’Allemagne et également du bassin ligérien.
Cependant, cette arrivée des thèmes de la Renaissance ne se fait pas au même rythme partout en Bretagne et une distinction entre la partie occidentale et orientale du duché doit être faite. En effet, si l’on constate que les exemples de stalles situés en Haute-Bretagne et plus généralement le long des marches de Bretagne accueillent ces motifs dès les années 1515-1520, il semble qu’en Basse-Bretagne, ce répertoire ne s’implante véritablement que dans la seconde moitié de ce même siècle, par le biais de la seconde Renaissance comme dans la chapelle de Saint-Herbot. Ainsi, quatre groupes de stalles bretons présentent des éléments décoratifs empruntés à ce nouveau répertoire, cependant associés à des motifs déjà employés dans les exemples de la fin du XVe siècle : les stalles de la chapelle Saint-Quay de Plélo, celles de la collégiale de La Guerche-de-Bretagne, de la collégiale de La Madeleine de Champeaux et, enfin, celles de la chapelle de Saint-Herbot. (F. Piat)
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Ces quinze stalles constituent probablement l’ensemble le plus complet du corpus breton grâce à la présence de ce chancel. Cependant, il n’est pas exclu qu’une partie d’entre elles aient été remaniées à la fin du XVIe siècle, au fur et à mesure de la construction de la clôture ou encore au moment où le tombeau en granit de saint Herbot fut élevé en table, monté sur quatre piliers et accolé à l’entrée du chancel, occupant ainsi la première stalle N.O . (Le sol de cette chapelle fut exhaussé au XVIIIe siècle et il est probable que les piliers aient été ajoutés à cette occasion. Cependant, la tombe, datant du XVe siècle a été délibérément intégrée au chancel car côté nef, on constate que le panneau du soubassement lui correspondant est monté sur des charnières (d’origine). Cette ouverture permettait aux fidèles de toucher le gisant du saint. Avant la construction de ce chancel, ce tombeau se trouvait à l’extérieur de la clôture. J.-J. RIOULT, « Plonévez-du-Faou, chapelle Saint-Herbot », in Congrès Archéologique de France. Finistère, 2007, p. 203-208. )
Plusieurs des quinze miséricordes représentent des vases ornementaux, tous différents. Une femme et un homme sont également représentés en buste sur deux miséricordes. Il pourrait s´agir des commanditaires de l´ouvrage bien que leurs bras, se finissant en feuillages, indiqueraient plutôt qu´il s´agit de silvani. Un autre personnage masculin, torse nu et allongé, tient dans sa main un fruit et enfin, une des miséricorde montre un Maure, coiffé d´un turban extravagant, des grelots aux oreilles, en train de chanter. Cette dernière miséricorde justifie à elle seule l´inclusion de cet ensemble dans le corpus des stalles « médiévales » de l´ancien duché de Bretagne. En effet, ce motif du Maure chantant est également présent sur les ensembles de La Guerche-de-Bretagne, de Saint-Pol-de-Léon et sur les stalles provenant de Kerjean et conservées à Saint-Pol. Les stalles de Saint-Herbot permettent donc d´apprécier la diffusion d´un motif, d´un modèle à travers une région.
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Ces sièges étaient réservé aux prêtres carmes qui desservaient la chapelle (qui serait un ancien prieuré ducal des Carmes de Rennes, attiré par les seigneurs de Rusquec), et que dirigeait un prêtre-gouverneur.
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Les stalles forment un ensemble plutôt bien conservé et entretenu, malgré des problèmes sur plusieurs charnières des battants des sièges (manquantes ou cassées), polychromie dans la partie supérieure du chancel.
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Sur le bord intérieur du chancel, faisant face à l'autel du chœur, un rang médian du coté ouest, doté de 7 sièges (5 à 11) de part et d'autre de la porte principale de la clôture, est encadré par deux bras latéraux, nord et sud, de quatre sièges chacun.
On accède aussi au chœur par des portes latérales : une jouée basse débute la série (coté externe de la stalle n°1) est sculpté sur toute sa hauteur d'un saint André portant sa croix, tandis que la jouée nord, sur le coté externe de la stalle n°15, est sculpté d'unn saint Pierre tenant une clef à longue hampe.
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Plan par Florence Piat.
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I. Stalles situées sur le côté sud du chancel : n°1 à 4.
Dans ce deuxième exemple de vase à deux anses en forme de S, la base est faite de feuillages finement dentelés tout comme le sommet, tandis que le corps est composé de deux renflements, celui du bas étant comme entouré d'une bande de tissu, comme les turbans. Les formes sont soigneusement polies, et les anses, ou le corps, est orné de rouelles par marquage avec un outil rond.
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Les 15 stalles (chêne ciré, vers 1560-1575) de Saint-Herbot et leurs miséricordes. Photographie lavieb-aile.
Les 15 stalles (chêne ciré, vers 1560-1575) de Saint-Herbot et leurs miséricordes. Photographie lavieb-aile.
"Un homme est représenté en buste, tourné vers sa droite. Il est barbu, les cheveux courts et bouclés, et porte une sorte de toge, nouée sur l'épaule gauche et dont l'extrémité flotte derrière lui. Ses bras ont été remplacés par des feuillages. Il lève les sourcils et son front est barré d'une grande ride. Une arabesque s'enroule derrière lui, au-dessus de son épaule droite." (F. Piat)
On retrouve l'usage de poinçon en O. Il s'agit d'un personnage hybride associant des traits humains et des accessoires végétaux, (voire animaux si "l'écharpe " est vue comme une aile de chiroptère ), thème typiquement Renaissance en rapport avec le goût de l'époque pour les métamorphoses, et déjà très présent à La Guerche-de-Bretagne et à Champeaux.
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Les 15 stalles (chêne ciré, vers 1560-1575) de Saint-Herbot et leurs miséricordes. Photographie lavieb-aile.
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Miséricorde de la stalle n°4. Bouc crachant des feuillages et fruits.
"Tête de bouc mangeant des herbes et des fruits. L'animal possède de longues cornes recourbées aux extrémités et qui occupent toute la longueur de la miséricorde. Son front est recouvert de poils frisés et son museau est fin et allongé." (F. Piat)
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Les fruits (poires, coings) ou légumes piriformes sont issus des décors en stuc et en bois (Scibec de Capri) de la salle François Ier à Fontainebleau.
"Les cornes d'un bucrane stylisé sont remplacées par deux têtes de lions qui viennent mordre des feuillages sortant des yeux du bovin. Les têtes de lions et la courbure des feuillages forment deux cercles de chaque côté du bucrane." (F. Piat)
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C'est encore un bel exemple du goût pour les métamorphoses, et les compositions chimériques entre règne animal et végétal. Le passage entre le bucrane et les deux petites têtes de lions (ou de boucs ?) est très progressif, tout comme celui entre le bord du crâne et les feuilles. On peut même voir, dans les lanières ponctuées de l'extérieur, l'introduction d'un autre "règne", celui des artéfacts ou productions de l'artisanat humain.
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Les 15 stalles (chêne ciré, vers 1560-1575) de Saint-Herbot et leurs miséricordes. Photographie lavieb-aile.
"Vase ou urne à deux anses en forme de S. La base est faite de feuillages tout comme le sommet. Le corps est composé de deux renflements qui semblent contenus par des bandes de tissu et resserrés au milieu." (F. Piat)
Voir la miséricorde n°2.
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Les 15 stalles (chêne ciré, vers 1560-1575) de Saint-Herbot et leurs miséricordes. Photographie lavieb-aile.
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Miséricorde de la stalle n°7. Visage d'homme barbu.
"Un homme est vu en buste, de face. Il est barbu, a la bouche entrouverte et regarde vers le bas. Les pupilles sont creusées. Il porte un chapeau plat orné d'une plume et un costume à manches bouffantes, à la mode sous François Ier. Deux volutes se développent derrière lui, l'enroulement tourné vers sa tête. Des feuilles et des fruits sont sculptés derrière ses épaules." (F. Piat)
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C'est, par une ambiguïté subtile, un décor intermédiaire entre la métamorphose humain/feuillage, et un buste seulement orné de feuillages.
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Chapelle Saint-Herbot : stalle 07 - Miséricorde : homme en buste. Cliché F. Piat.
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Miséricorde de la stalle n°8.
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Les 15 stalles (chêne ciré, vers 1560-1575) de Saint-Herbot et leurs miséricordes. Photographie lavieb-aile.
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COTE OUEST, au nord de la porte à coté du gisant de saint Herbot
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Miséricorde de la stalle n°9. Un chanteur moresque.
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F. Piat identifie ici un "chanteur moresque" qu'elle rapproche du Maure du jeu de cartes de Jean Le Dale (Lyon, dernier quart XVe siècle), et qui est représenté aussi sur les stalles de Saint-Pol-de-Léon (n°65), de Kerjean (n°2) et de La Guerche-de-Bretagne (n°15), ce qui "rattache encore ce groupe de stalles à une certaine tradition médiévale et à des exemples plus anciens".
Elle se base sur le nez épaté, le bandeau (mais qui est peut-être le bord d'un bonnet à plume) et la bouche entrouverte.
Mais les grelots suspendus à chaque oreille ne pourraient-ils pas aussi nous orienter vers la piste du Fou?
"Dans tous ces exemples, même si le traitement varie, des caractéristiques inamovibles peuvent être repérées. Ainsi, seule la tête est sculptée à chaque fois, le personnage porte un turban, ses traits sont africains et il ouvre toujours la bouche, laissant voir ses dents. De notre point de vue, ce personnage est en train de chanter, ce qui pourrait le rapprocher des morisques, ces danseurs et chanteurs professionnels qui se produisaient lors des grandes fêtes et foires. Vêtus d’habits bigarrés, ils pouvaient également porter des grelots, à l’image de l’homme représenté sur la miséricorde de Saint-Herbot dont les oreilles sont ornées de deux gros grelots. C’est d’ailleurs ainsi qu’Erasmus Grasser le représente, vers 1480, dans la série de danseurs morisques conservée au Stadtmuseum de Munich. Présent sur quatre des dix ensembles de stalles bretons, le motif du chanteur moresque étonne par sa pérennité qui n’a de pair que l’adaptation iconographique dont il est l’objet. Car, de prime abord, il est malaisé de faire le lien entre la sobriété de la miséricorde de La Guerche et l’exubérance du costume du chanteur de Saint-Herbot. Si des caractères généraux restent donc employés dans toutes ces figures, le traitement du sujet semble revenir au choix du sculpteur" (F. Piat)
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Les 15 stalles (chêne ciré, vers 1560-1575) de Saint-Herbot et leurs miséricordes. Photographie lavieb-aile.
"Vase ou urne à deux anses en forme de S. La base est faite de feuillages tout comme le sommet. Le corps est composé d'un renflement qui semblent contenus par des bandes de tissu. Le centre et le sommet du corps sont composés d'une partie du fût et du chapiteau d'une colonne polygonale." (F. Piat)
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Les 15 stalles (chêne ciré, vers 1560-1575) de Saint-Herbot et leurs miséricordes. Photographie lavieb-aile.
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Miséricorde de la stalle n°11. Bouc mangeant des feuillages.
"Tête de bouc mangeant des herbes et des fruits. L'animal possède de longues cornes recourbées aux extrémités et qui occupent toute la longueur de la miséricorde. Son front est recouvert de poils frisés et son museau est fin et allongé. Sur le rebord de la sellette, des pointillés sont creusés en arrondi au-dessus de sa tête." (F. Piat)
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Les 15 stalles (chêne ciré, vers 1560-1575) de Saint-Herbot et leurs miséricordes. Photographie lavieb-aile.
"Vase ou urne à deux anses en forme de S. La base est faite de feuillages tout comme le sommet. Le corps est composé de deux renflements qui semblent contenus par des bandes de tissu et resserrés au milieu." (F. Piat)
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Les 15 stalles (chêne ciré, vers 1560-1575) de Saint-Herbot et leurs miséricordes. Photographie lavieb-aile.
"Un homme barbu, torse nu est représenté couché sur le flanc, tourné vers la droite de la miséricorde. Il porte une culotte bouffante à crevées et à la braguette protubérante. Il appuie sa tête sur sa main gauche et tient un fruit ou une fleur dans sa main droite. Ses jambes sont repliées derrière lui de manière acrobatique, de sorte que les dessous des deux pieds sont visibles. Les cheveux de l'homme sont courts et bouclés." (F. Piat)
" Le personnage possède de larges crevées. S’arrêtant à mi-cuisses, la braguette ou brayette est très proéminente, détail qui renvoie à la mode des années 1550."
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Les 15 stalles (chêne ciré, vers 1560-1575) de Saint-Herbot et leurs miséricordes. Photographie lavieb-aile.
Les 15 stalles (chêne ciré, vers 1560-1575) de Saint-Herbot et leurs miséricordes. Photographie lavieb-aile.
"Une femme est représentée en buste, de face. Elle est richement vêtue d'une robe à décolleté carré, mais dont la poitrine est recouverte par un voilage plissé. Les manches semblent bouffantes mais ses bras ont été remplacés par des végétaux. Elle est coiffée d'un casque ou d'un chapeau à larges rebords en forme d'oreille. Quelques mèches de cheveux dépassent et viennent onduler le long du visage. Deux grandes gerbes de feuilles et de fleurs jaillissent derrière elle, au niveau de son cou. Son visage est joufflu et elle ne sourit pas." (F. Piat)
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C'est encore une figure hybride, humaine/végétale, malgré la richesse de sa coiffure et de sa robe.
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Les 15 stalles (chêne ciré, vers 1560-1575) de Saint-Herbot et leurs miséricordes. Photographie lavieb-aile.
"Vase ou urne à deux anses en forme de S. La base est faite de feuillages tout comme le sommet. Le corps est composé de deux renflements qui semblent contenus par des bandes de tissu et resserrés au milieu." (F. PIat)
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Les 15 stalles (chêne ciré, vers 1560-1575) de Saint-Herbot et leurs miséricordes. Photographie lavieb-aile.
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SOURCES ET LIENS.
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Source principale :
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—PIAT (Florence), 2006, Ensemble de stalles dans la chapelle Saint-Herbot (côté Ouest, Nord et Sud du choeur, contre les parois intérieures du chancel) Dossier IM29005184 réalisé en 2006
— ABGRALL, J.-M. Le mobilier artistique des églises bretonnes. Bulletin de la Société Archéologique du Finistère. Tome 25, Quimper : S.A.F., 1898, pp. 3-13.
— COUFFON, René, LE BARS, Alfred. Diocèse de Quimper et de Léon, Nouveau Répertoire des Eglises et Chapelles. Quimper : Association Diocésaine de Quimper, 1988.
— COUFFON, René. L'église de Saint-Herbot, in Bulletin Monumental, tome CXI, 1953, pp. 37-50.
— COUFFON (René), 1953, L'église de Saint-Herbot. In: Bulletin Monumental, tome 111, n°1, année 1953. pp. 37-50
"De la seconde moitié du xvie siècle, il clôt le chœur sur trois côtés et comprend une série de panneaux sculptés en haut et en bas, séparés par des balustres tournés formant claire-voie. Les panneaux du bas sont décorés d'arabesques Renaissance. Sur ceux du haut regardant la nef sont figurés les douze apôtres en dix panneaux séparés par des cariatides et, sur les faces latérales, au nord les petits prophètes, au sud les sibylles. A l'intérieur, seize stalles font corps avec le chancel. Les panneaux qui les surmontent sont décorés, dans la partie centrale, de douze saints et saintes en dix panneaux séparés par des cariatides et, sur les côtés, de motifs décoratifs. Les jouées d'extrémité des stalles supportent un entablement formant baldaquin décoré de dix-huit bustes des évangélistes, des prophètes et des docteurs. En avant du chancel, deux tables de pierre servent à déposer les offrandes le jour du pardon, d'un côté les crins, de l'autre les mottes de beurre. Une restauration récente a mis au jour l'inscription suivante se rapportant à la Crucifixion qui le couronne : [.'AN 1659 O VOS OMNES QUI TRANSITIS PER VIAM ATTENDITE ET VIDETE SI EST DOLOR SICu(t) DOLOR Me(us) O : VOUS TOUS PASSANS ARRESTEZ VOUS E VOYEZ SIL EST UNE DOULEUR SEMBLABLE A LA MIENNE : LAM..."
— COUFFON (René), 1959, Notice de Plonévez-du-Faou, Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper
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— RIOULT (Jean-Jacques), 2009, « Plonévez-du-Faou, chapelle Saint-Herbot », Congrès archéologique de France « Finistère 2007 », 2009, p. 203-208
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Kristiane Lemé-Hébuterne, Les stalles de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens, Paris, Picard, 2007, 28 cm, 248 p., 213 fig. en n. et b. et en coul., carte, plans, dessin. – ISBN : 978-2-7084-0792-3
— JOURDAIN (Edouard) et DUVAL (Charles) : Les stalles de la cathédrale d'Amiens. Extrait des Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie. Amiens, Duval et Herment 1843.
:
1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
"Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)