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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 08:41

Les vitraux de Notre-Dame-du-Crann (Intron Varia ar C'Hrann) à Spézet : l'oculus du Christ sortant du tombeau (XVe siècle).

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Voir aussi :

Les retables de la Vierge et de la Trinité (XVIe) de la chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet (Finistère).

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Ce fragment d'un vitrail de la seconde moitié du XVe siècle, le plus ancien de la chapelle, a été remonté en 1912 par Albert Bonnot dans l'oculus du pignon occidental, de 0,60 m . Il provient soit de l'édifice précédent, soit de l'une des sept chapelles de Spézet, en ruine au début du XXe siècle. On y voit le Christ tenant l'étendard de la Victoire sur la Mort, nimbé de rouge, et bénissant. Il franchit la cuve du tombeau entre les lances des soldats endormis. Son manteau ou linceul blanc ourlé d'or (jaune d'argent) laisse voir la plaie de son flanc droit. La tête de l'un des soldats endormis a été restaurée.

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Oculus du Christ ressuscité, chapelle Notre-Dame du Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

Oculus du Christ ressuscité, chapelle Notre-Dame du Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

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Oculus du Christ ressuscité, chapelle Notre-Dame du Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

Oculus du Christ ressuscité, chapelle Notre-Dame du Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

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Oculus du Christ ressuscité, chapelle Notre-Dame du Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

Oculus du Christ ressuscité, chapelle Notre-Dame du Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

 —ABGRALL (chanoine Jean-Marie), 1909, Chapelle de N.-D. du Crann en Spézet, Quimper, Leprince, 1909,  et Société Archéologique du Finistère - 1909 tome 36 - Pages 244 à 254.

http://soc.archeo.dufinistere.org/bulletin/index.php?gr=1909&art=saf1909_0294_0304#

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, paroisse de SPEZET, Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1f826f4f6843f882615f0b205d5a0d99.pdf

PERENNES (chanoine), 

http://www.saintgoazec.com/public/upload/file/bd129a3e102efe309069ffc860992d51.pdf

ARLAUX (Claire),  1991, 2006,  La chapelle de Notre-Dame du Krann à Spézet, Keltia graphic, Spézet, 46 p.

— Site infobretagne :

http://www.infobretagne.com/spezet-chapelle-notredameducrann.htm

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Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes. Vitraux
26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 22:14

Les peintures murales de la chapelle de Locmaria er Hoët à Landévant (56). Sa charpente polychrome armoricaine, ses statues, et sa cloche.

Peintures murales : voir sur ce blog :

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Monsieur Jean-Jacques RIOULT, Conservateur en chef du patrimoine, Responsable du pôle connaissance-expertise du Service de l'Inventaire général du patrimoine culturel de Rennes, nous a fait découvrir le 26 septembre 2015 la chapelle de Locmaria er Hoët, avec les derniers développement des recherches concernant les peintures murales récemment mises à jour et restaurées, et de la charpente peinte, du type "Charpente armoricaine". L'Association de la chapelle, et madame l'Adjointe au Maire chargée des affaires culturelles, nous accueillaient avec sourires, gâteaux et café...

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J'en donnerai quelques images. Toutes les erreurs du texte doivent m'être attribuées.

J'ai emprunté aussi des documents parmi ceux qui sont affichés en documentation dans la chapelle.

La chapelle de Locmaria-er-Hoët, inscrite au titre des Monuments Historiques, est le plus ancien édifice religieux de la commune de Landévant. Elle a été édifiée au XIIe siècle et remaniée aux XVIe et XVIIe siècles, avant de devenir une étape du Tro-Breizh et du pèlerinage vers Sainte-Anne-d'Auray . Le village était jadis le lieu le plus peuplé de l'actuel territoire landévantais à en juger par de nombreux vestiges (briques) dans son sol. Certaines de ces briques sont encore inclus dans la base des murs de la chapelle. Ce site dominait la voie romaine de Nantes à Quimper. Le nom de Locmaria n'apparaît qu'au XIe siècle, mais indique une dévotion à la Vierge. Aucun saint breton n'est honoré dans cette chapelle. Au nord de la chapelle, se dresse une croix de granit qui daterait de 1732.

En 2009, la couverture a été refaite et les décors de la charpente ont été reconstitués à l'identique grâce aux traces de peinture conservées. Cette charpente et ses peintures du XIVe et XVe siècle sont considérées comme exceptionnelles.

Puis, jusqu'en 2012, les peintures murales furent restaurées avec des pigments naturels par Joël Marie, venant de Saint-Gilles (50), et Jimmy Corso, venant de Nantes .

" Il s'agit d'un édifice en forme de croix latine avec chœur à chevet plat qui a subi en 1638 [?] une restauration qui a profondément transformé la nef, où pourtant ont subsisté d'importants vestiges de la construction romane. Chaque croisillon est séparé du carré par une double arcade brisée reposant au milieu sur une courte colonne à chapiteau formé de plusieurs tores et tailloir décoré, et de chaque côté sur des colonnes engagées. Une seule arcade identique, mais plus large sépare la nef du transept. Du côté du choeur, les colonnes engagées marquent seules la séparation. Deux contreforts d'angle cernés de larmiers saillants épaulent le mur du chevet. Le chevet est percé d'une grande fenêtre à réseau flamboyant. Subdivisé en quatre lancettes trilobées, le nouveau vitrail posé en 1992 représente un arbre de Jessé. Les armoiries du vitrail sont celles des familles Kerdevenez, Kaer, et Le Val. Les quadrilobes du tympan sont datés du XVème siècle. Dans le mur du choeur se trouve une crédence du XVème siècle en arc brisé.. On y remarque une piscine du XVème siècle et les autels de pierre des croisillons, également du XVème siècle" (d'après Infobretagne)

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Visite de la chapelle le 26 septembre 2015. Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Visite de la chapelle le 26 septembre 2015. Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Visite de la chapelle le 26 septembre 2015. Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Visite de la chapelle le 26 septembre 2015. Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Visite de la chapelle le 26 septembre 2015. Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

I. Vue générale.

 

 Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
 Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

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II. Les sculptures des chapiteaux ; la polychromie des arcades moulurées.

Les arcades moulurées viennent retomber sur des colonnes par l'intermédiaire de chapiteaux.

La peinture utilise trois couleurs naturelles : l'ocre rouge, l'ocre jaune et le blanc (chaux). Dans les moulures, l'ocre rouge enfonce les creux alors que l'ocre jaune souligne les reliefs en les faisant ressortir. Le noir, absent ici, est utilisé avec beaucoup de parcimonie, est issu du charbon de bois.

Un chapiteau porte des têtes animales et humaines qui témoignent d'un remploi des chapiteaux romans de l'ancienne chapelle, car, sur le visage humain, la façon de dessiner l'œil par le volume du nez enforme de corne est forcément antérieur au XIVe siècle.

Chapiteaux,  Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Chapiteaux,  Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Chapiteaux,  Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Chapiteaux,  Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Chapiteaux,  Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Chapiteaux,  Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Chapiteaux,  Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Chapiteaux, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

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III. Les peintures murales.

Les plus anciennes dateraient, selon l'avis de Christian Davy, spécialiste des peintures murales au Service de l'Inventaire des Pays de la Loire, de la fin du XIIIe siècle, ou du début du XIVe. Au XVe siècle, la chapelle a été modifiée : le chœur a été agrandi par prolongation des murs goutterreaux originaux. De cette époque date le deuxième cycle, celui du chœur.

Les peintures sont consacrées à des scènes de la Vie de Jésus et de Marie, ou à des scènes théologiques comme la Réssurection des morts. Le cycle est très incomplet car il manque très approximativement 75% du décor.

 

  • Repas de Jésus chez Simon (ou ? La Cène) : croisée du transept, sud. Début XIVe.
  • Entrée de Jésus dans Jérusalem : chapelle nord. Début XIVe.
  • Réssurection des morts, mur diaphragme ouest. Début XIVe.
  • Miracle du champ de blé. (chœur) : XVe. 
  • Fuite en Egypte. (chœur) : XVe
  • Couronnement de Marie.(chœur) : croisée du transept, ouest. XVe.

 

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1°) La peinture de la chapelle nord, au revers de l'arcature jumelle la séparant de la croisée du transept. Entrée du Christ à Jérusalem.

Jean-Jacques Rioult fait remarquer "les très beaux drapés très souples". Il détaille l'emploi de trois valeurs de dégradés d'ocres : L'ocre rouge saturé est presque brun ; l'ocre moins chargé est bordeaux, puis on trouve un ocre rouge délavé. de même l'ocre jaune saturé est orangé, l'ocre jaune moyen est jaune, la teinte délavée est jaune pâle.

La scène de l'Entrée triomphale et solennelle de Jésus dans Jérusalem est quasi constante dans les enluminures des  Bibles et se retrouve aussi dans les vitraux. Elle se base sur le récit des Évangiles synoptiques  de Matthieu 21,1 - 9, Marc 11,1 - 10, Luc 19, 28 - 40, et de l'Évangile de Jean 12, 12 - 15. Elle est célébrée dès le IXe siècle dans la liturgie le Dimanche des Rameaux. Les textes rapportent qu'à proximité de la fête de la Pâque juive, Jésus décide de faire une entrée solennelle à Jérusalem, et organise son entrée en envoyant deux disciples chercher à Bethphagé un ânon (selon saint Matthieu, Jésus précise que l'ânon se trouve avec sa mère l'ânesse, précision qui ne se retrouve pas dans les évangiles selon saint Marc et saint Luc). Il entre à Jérusalem sur une monture pour se manifester publiquement comme le messie que les juifs attendaient. C'est une monture modeste comme l'avait annoncé le prophète pour montrer le caractère humble et pacifique de son règne. Une foule nombreuse venue à Jérusalem pour la fête l'accueille en déposant des vêtements sur son chemin et en agitant des branches coupées aux arbres, ou rameaux.

L'iconographie l'associe avec l'épisode de Luc 19:1-10 où Zachée, chef des collecteurs d'impôt,  se juche dans un sycomore pour voir Jésus passer ; interpellé par celui-ci, il s'engage à donner la moitié de ses biens aux pauvres et à réparer quatre fois les torts qu'il a pu commettre à autrui.

Nous ne voyons ici que les pieds de douze personnages (les apôtres, et saint Pierre en premier), puis les pattes de l'ânon (et les jambes de Marie ?) et la partie inférieure du Christ, puis un habitant de Jérusalem étendant un vêtement. Il s'agit d'une tunique, dont la partie basse est ornée de fleurs.

Voir une synthèse de l'iconographie ici : 

http://cedidoca.diocese-alsace.fr/bible-en-images/nouveau-testament/le-cycle-de-la-passion/lentree-a-jerusalem/

On y trouve notamment deux peintures murales françaises : a)  Nohant-Vic (Indre), église Saint-Martin. Fresque du mur sud du Chœur. XIIè siècle. b) , peinture murale de l’église Saint-Quentin à Tournai (vers 1375-1400). Tournai, Musée d’histoire et d’archéologie. 

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Croquis des peintures, affiché dans la chapelle. Droits réservés.

Croquis des peintures, affiché dans la chapelle. Droits réservés.

Entrée de Jésus dans Jérusalem, chapelle nord, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Entrée de Jésus dans Jérusalem, chapelle nord, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Entrée de Jésus dans Jérusalem, chapelle nord, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Entrée de Jésus dans Jérusalem, chapelle nord, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Entrée de Jésus dans Jérusalem, chapelle nord, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Entrée de Jésus dans Jérusalem, chapelle nord, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

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                  Les peintures du chœur.

Chaire à prêcher suspendue et son escalier en échelle de meunier) et les premières peintures du mur septentrional.

Chaire à prêcher suspendue et son escalier en échelle de meunier) et les premières peintures du mur septentrional.

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Croquis des peintures, affiché dans la chapelle. Droits réservés.

Croquis des peintures, affiché dans la chapelle. Droits réservés.

 

 

2°) Les peintures du chœur. Le miracle du champ de blé.

La légende dite du champ de blé, de la moisson,  ou du moissonneur  est un épisode apocryphe très populaire jusqu'au Concile de Trente, de l'enfance cachée du Christ dont la source littéraire reste aujourd’hui encore inconnue. Ni Vincent de Beauvais ni Jacques de Voragine ne la reprenne.  Il a inspiré les enlumineurs et les verriers, les sculpteurs et les peintres. Emile Mâle, qui n'en retrouve le récit que dans un incunable tardif  (XVe), en signale les enluminures dans Bnf Lat . 1158 et 921.( (E. Mâle, L'art religieux du XIIIe siècle en France, 4ème édition, p.285-287).

 

–Voir :Joseph Vendryes "Le miracle de la moisson en Galles"   Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres  Année 1948  Volume 92  Numéro 1  pp. 64-76 http://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1948_num_92_1_78220. Ce texte donne trois peintures murales présentant ce miracle, à Lanslevillard (Savoie) vers 1470, à Grézillé (Maine-et-Loire) et à Saint-Maurice-sur-Loire (Loire) . Ce dernier exemple date de la fin du  XIIIe siècle et est placé "sur l'intrados de deux arcades".

–Voir : http://classes.bnf.fr/ema/grands/ca064.htm

Ludolphe de Saxe, Vita Christi, atelier de Jean Colombes, région de Bourges, avant 1486Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 177, fol. 45 
Selon le "Miracle du moissonneur", la Sainte Famille, dans sa fuite, rencontre un paysan en train de semer. L'Enfant Jésus met la main dans le semoir et jette une poignée de blé dans le champ. Le blé lève miraculeusement. Lorsque des soldats d'Hérode interrogent le paysan, faucille en main, pour savoir s'il a vu une femme qui portait un enfant, il répond l'avoir croisée lorsqu'il ensemençait son champ. En entendant cette réponse, les poursuivants renoncent à rattraper les fugitifs qu'ils supposent déjà bien loin.

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– En Bretagne, le thème est illustré, plus tard que dans cette peinture de Landévant, dans le Livre d'Heures du duc François II qui date de 14701, et dans les Grandes Heures d'Anne de Bretagne par Bourdichon, folio 76v..

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– Basilique d'Avioth (Meuse) : http://www.bernardrobert.fr/2012/06/

Portail sud de l'église Notre-Dame, fin XIVe

 

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Joachim Patinir, Repos pendant la Fuite en Egypte, Minneapolis.

http://artifexinopere.com/?p=4469

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– Joachim Patinir, Patinir. Le repos pendant la fuite en Egypte (v. 1520). Huile sur bois, 121 × 177 cm, Musée du Prado:

http://www.rivagedeboheme.fr/medias/images/patinir..le.repos.pendant.la.fuite.en.egypte.-v..1520-.jpg

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–  Joachim  Patinir. La fuite en Egypte (v. 1524). Huile sur bois, 51 × 96 cm, musée de L'Hermitage, Saint-Pétersbourg : http://www.rivagedeboheme.fr/pages/arts/peinture-15-16e-siecles/joachim-patinir.html

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Miracle de la moisson, in La Fuite en Egypte, Grandes Heures d'Anne de Bretagne, folio 76v, par Jean Bourdichon. Image Gallica

Miracle de la moisson, in La Fuite en Egypte, Grandes Heures d'Anne de Bretagne, folio 76v, par Jean Bourdichon. Image Gallica

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Miracle du champ de blé, chœur,  Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Miracle du champ de blé, chœur,  Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Miracle du champ de blé, chœur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

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3°) Les peintures du chœur. La Fuite en Égypte.

 

"L’évangéliste Matthieu raconte qu’à Bethléem, sous le règne du roi Hérode, Marie, femme de Joseph, mit au monde son fils Jésus, conçu de l’Esprit Saint, et que « les mages d’Orient » reconnurent en lui « le roi des Juifs ». Ils vinrent alors l’adorer et lui offrir des présents (Matthieu 1, 18-2, 12). L’évangéliste poursuit : 
Après leur départ, voici que l’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, et fuis en Egypte ; restes-y jusqu’à nouvel ordre, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » Joseph se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Egypte. Il y resta jusqu’à la mort d’Hérode (Matthieu, 2, 13-15).
Le roi Hérode comprit qu’il avait été trompé et craignant pour son pouvoir, il ordonna de tuer tous les enfants à Bétel et dans les alentours. Joseph et sa famille restèrent alors en Egypte, jusqu’à ce que l’ange lui ordonnât, après la mort d’Hérode : 
« Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, et mets-toi en route pour la terre d’Israël » (…) Joseph se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, et il entra dans la terre d’Israël. (Matthieu 2, 20-21) 
Il n’est pas nécessaire d’être un connaisseur en histoire de l’art pour se rendre compte que la majorité des « Fuites en Egypte » telles que nous les connaissons dans l’art européen depuis le haut Moyen Age jusqu’à nos jours, diffère par la diversité des scènes représentées et la richesse de leurs détails, de la description austère de l’évangile de Matthieu. Alors que le haut Moyen Age cherchait lentement et difficilement, un schéma visuel représentant avec clarté et lisibilité le texte biblique (mosaïque de l’église Santa Maria Maggiore à Rome ; peintures murales de Castelseprio), celui-ci se fixa dans une forme stable vers le 8e siècle. Un groupe formé par Marie avec Jésus sur l’âne, et Joseph ouvrant ou fermant la marche, avance, généralement de gauche à droite. Ainsi sont représentées toute une série de « fuites en Egypte » du 9e au 12e siècles, comme le relief en bois de l’église Sainte-Marie-du-Capitole à Cologne, du milieu du 11e siècle. Ces œuvres restent caractéristiques dans leur composition qui laissent apparaître une divergence entre l’orientation du groupe (parallèle à la surface de la peinture ou du relief) et celle de la Madone avec l’enfant (tournée de face). Il provient de l’opposition entre le tableau de culte et la recherche narrative, représentée par l’âne vu de profil ; autrement dit, c’est la vision frontale cultuelle contre le profil de la narration." 

http://www.unhcr-centraleurope.org/czech/vystava/2fr_text.htm

 

Le  décor d'arrière-plan à losanges rouges tracés au double trait d'or et ornés de rosaces évoque celui des enluminures contemporaines. Marie et son Fils sont portés par l'âne, qui est guidé par Joseph. Les troits personnages sont nimbés, mais, si les couleurs sont fidèles, une discrimination affecte le nimbe de Joseph, lequel n'a pas obtenu l'or.

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La Fuite en Égypte, chœur,  Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

La Fuite en Égypte, chœur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

 

 4°)  Les peintures du chœur. Le couronnement de la Vierge.

Comparer avec :

Cossé-en-Champagne (Mayenne), église paroissiale, chapelle méridionale. Le Couronnement de la Vierge. Phot. Davy, Christian. © Christian Davy, 2012.

Couronnement de la Vierge, chœur,  Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Couronnement de la Vierge, chœur,  Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Couronnement de la Vierge, chœur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

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5°) Les peintures du chœur. Fragment .

La partie basse était également peinte, comme en témoigne ce fragment au réseau de damassé.

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Fragment du registre inférieur, mu gauche du chœur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Fragment du registre inférieur, mu gauche du chœur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

 

6°)  Le Repas chez Simon, Croisée du transept sud.

Cène, ou Repas chez Simon, Croisée du transept sud, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Cène, ou Repas chez Simon, Croisée du transept sud, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Cène, ou Repas chez Simon, Croisée du transept sud, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

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7°) Le Jugement Dernier.

Pour le découvrir, le fidèle ou le visiteur assis dans le transept doit se retourner et lever les yeux vers le mur séparant le transept de la nef, le "mur diaphragme ouest". Cet emplacement semble curieux, mais  j'en trouve l'explication sur Wikipédia :

"Le thème du Jugement dernier n'apparaît guère avant le xie siècle  et n'occupe la première place qu'au xiiie siècle. En Occident, on le trouve d'abord au revers des façades, comme un avertissement aux fidèles. Puis il occupe les rosaces occidentales, c'est-à-dire celles dominant les portails d'entrée de la façade principale des églises orientées (comme à la cathédrale de Chartres ou à la cathédrale de Laon, etc.). "

La chapelle fut délibérement divisée en trois espaces cloisonnés : le chœur, seulement éclairé par la maîtresse-vitre, était réservé au clergé. Le transept, séparé par une cloison de bois dont l'ancrage est encore visible dans les piliers latéraux, était l'espace des nobles. Il incluait le bras nord aménagé en chapelle préminencière ou privative pour la famille Du Val. Enfin, l'arc diaphragme ouest séparait le transept de la nef, qui accueillait le peuple. Le tableau à visée pédagogique s'adresse donc aux familles nobles, afin de leur rappeler qu'ils devront rendre compte de leur conduite sur terre.

Pourtant, on ne trouve pas ici de représentation du Jugement lui-même : Saint Michel n'est pas représenté, avec la pesée des âmes, pas plus que l'accueil des élus par les anges, et des damnès par les démons. Le thème en est plutôt la Réssurection des morts, d'après divers textes :

"Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : "Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges." Mt 25, 41

 "J’ai vu aussi les morts, les grands et les petits, debout devant le trône. On ouvrit des livres, puis encore un autre livre, le livre de la vie. Les morts furent jugés selon ce qu’ils avaient fait, d’après ce qui était écrit dans les livres. (Apocalypse 20, 12)"

"... quand retentira le signal au dernier jour. Il retentira, en effet, et les morts ressusciteront, impérissables, et nous serons transformés" (1 Co 15, 52) 

Comparer avec :

Ruillé-sur-Loir (Sarthe), église paroissiale, nef, mur occidental. Peintures murales cachées par la construction de voûtes à l’époque moderne. Phot. Giraud, Patrice. © Conseil régional des Pays de la Loire, service du patrimoine, 2004. IVR52_20047200492NUCA

http://insitu.revues.org/docannexe/image/10792/img-22.jpg

 

On peut  décrire cette peinture selon deux registres horizontaux.

Croquis des peintures, affiché dans la chapelle. Droits réservés.

Croquis des peintures, affiché dans la chapelle. Droits réservés.

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Jugement Dernier, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Jugement Dernier, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Registre supérieur : En sommité, le Christ en gloire adoré par deux personnages.

Le Christ, aux cheveux longs et au visage barbu ceint du nimbe crucifère, étend les bras. Il est nu sous le manteau de gloire, et la plaie de la lance de Langin marque son flanc droit, alors que les plaies des mains ne sont pas visibles. Les yeux sont dessinés mais les pupilles ne le sont pas, ce qui confère lui un aspect troublant, mi-endormi et mi-mystique. La bouche concave, les plis du front et le nez droit et fort donnent une impression sévère.

Des étoiles à quatre branches placent la scène dans les Cieux. Deux personnages sont agenouillés sur les cotés, mains jointes. Seule la moitié du visage de celui de droite est conservée, avec une chevelure ramassée latéralement où l'ocre rouge trace des boucles et des mèches. Cet homme imberbe peut correspondre à saint Jean, et, dès lors, le personnage situé à gauche ne peut nêtre que la Vierge. 

Jugement Dernier, registre supérieur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Jugement Dernier, registre supérieur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Jugement Dernier, registre supérieur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

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Le registre inférieur. La Réssurection des morts.

De chaque coté, mais seulement bien visible à droite, deux anges buccinateurs réveillent de leurs longues trompes les morts, qui sortent de leurs tombeaux et se dressent sur leur séants.

 

Jugement Dernier, registre inférieur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Jugement Dernier, registre inférieur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Jugement Dernier, registre inférieur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Jugement Dernier, registre inférieur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

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Résurrection des morts, Registre inférieur, scène centrale.

Cette scène résiste à ma tentative de compréhension. Certes, les quatre personnages inférieurs sont, clairement, des "morts" qui sortent de leur tombeau à l'appel des anges. Mais les deux anges sont plus énigmatiques. L'un tient un bâton ou un montant de bois de la main gauche, et une sorte de piquet de bois de la main droite. L'autre tient un marteau doté d'un pied-de-biche ("marteau de coffreur") dans la main gauche, et élève la main droite. Derrière lui, deux montants en bois, disposés perpendiculairement, forment une sorte de portique.

Jean-Jacques Rioult suggère, en se référant à Louis Réau, Iconographie de l'art chrétien, T. II vol. 2, que les anges sont en train de préparer le trône du Jugement.

Neanmoins, j'ai parcouru la base Enluminures du site http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr,

...avec les entrées "Résurrection des morts", ou "Jugement Dernier", ou "marteau", sans trouver une image d'anges construisant un portique ou un trône. Par contre, j'ai trouvé de nombreuses enluminures du XIIIe et XIVe siècle dans lesquelles le Christ en gloire, entouré de Marie à sa droite et Jean à sa gauche, est accompagné de deux anges : l'un tient une lance, et l'autre une croix. La réunion de la lance et de la croix forme grossièrement un "portique". Cette lance et cette croix appartiennent aux "instruments de la Passion", et   ces anges tiennent dans leur autre main soit trois clous, soit la couronne d'épine. 

Certes, dans les images de Christ en gloire, je n'ai  trouvé un ange tenant un marteau que dans une seule enluminure (Carpentras). Cet instrument, qui apparaît constamment dans les mains de Nicodème dans les Descentes de croix et Dépositions, figure aussi parfois dans les Instruments de la Passion.

Bien que le montant de bois de droite ne soit pas exactement une croix, je propose néanmoins de voir ici deux anges tenant, à gauche les clous de la Passion et la lance de Longin, et à droite le marteau de la crucifixion, et la croix, tronquée.

Cette fois-ci, je vais présenter la peinture murale d'abord, et les rapprochements iconographiques ensuite.

 

, registre inférieur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.Résurrection des morts,

, registre inférieur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.Résurrection des morts,

, registre inférieur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.Résurrection des morts,
, registre inférieur, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.Résurrection des morts,

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Quelques enluminures : succesivement en diorama:

  • Beaune, BM ms 0039 f.174v, Psautier-heures, milieu XIIIe
  • Besançon, BM ms 0054 f.21 vers 1260
  • Besançon BM ms 0579 f.002v Mystère de Jour du Jugement , XIVe
  • Carpentras, BM ms 0057 f.071, Heures, vers 1400-1410. (Le marteau et les clous sont entourés d'un repère rouge).
  • Bibl. Mazarine, 0870 f.044 Somme-le-Roi, 1295.
  • Bibl. Ste-Geneviève ms 0021 f.112 Bible Historiale, entre 1320 et 1337.

 

Résurrection de morts avec instruments de la Passion.
Résurrection de morts avec instruments de la Passion.
Résurrection de morts avec instruments de la Passion.
Résurrection de morts avec instruments de la Passion.
Résurrection de morts avec instruments de la Passion.
Résurrection de morts avec instruments de la Passion.
Résurrection de morts avec instruments de la Passion.

Résurrection de morts avec instruments de la Passion.

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IV. LA CHARPENTE.

Image http://www.detourdartenpaysdauray.com/visite-%C3%A0-la-carte/land%C3%A9vant/

 

Une grande partie de l'exposé de Mr Rioult fut consacrée à la charpente polychrome.

La famille Du Val.

Proche de la route de Landévant à Baud, le château du Val daterait de la fin du XVème siècle.

 Cette famille est présente à Landévant au XIVème siècle.  Les armoiries de la famille du Val  sont « d’argent à deux fasces de sable à la bordure de gueules besantée d’or ». Les deux fasces de sable rappellent les armoiries de la famille du Garo (« D’argent à deux fasces de sable ») et les besants d’or la famille de Camarec (De gueules à cinq besants d’or au chef d’hermines ») ou celle des Malestroit (« De gueules à neuf besants d’or »). La bordure serait donc une brisure adoptée par un cadet du Garo.

On trouve ces armoiries à l'extrémité du rampant du pignon oriental.

Dans l’ancienne église de Landévant, l’autel nord  dédié à Saint Martin était la possession des seigneurs du Val. 

Jean-Jacques Rioult émet l'hypothèse que la décoration de la charpente, à une époque médiévale où tout est codé selon une sémiologie qui nous échappe, peut très bien reprendre les armes des Du Val, avec leurs fasces de sable , c'est-à-dire des traits noirs, sur un fond d'argent, c'est-à-dire blanc, et à la bordure de gueules, c'est-à-dire rouge.

Armoiries de la famille Du Val, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Armoiries de la famille Du Val, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Sur des photographies de 1921 (coll. privé), on voit que la charpente avait reçu un lambris masquant la partie haute : celui-ci a été déposé.

 

Photographies de 1921 exposées dans la chapelle ; droits réservés.
Photographies de 1921 exposées dans la chapelle ; droits réservés.

Photographies de 1921 exposées dans la chapelle ; droits réservés.

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Un diaporama a présenté les travaux universitaires de Corentin Olivier,

  Les charpentes armoricaines : inventaire, caractéristiques et mise en œuvre d'un type de charpente méconnu.

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La charpente de Locmaria est classée par Corentin Olivier comme une "Charpente armoricaine" , "à fermes et à pannes", par opposition aux charpentes "à chevrons formant fermes". Les secondes, très courantes, et aux arbalétriers très rapprochées, donnent un aspect "en carène de bateau". Le voligeage y est posé directement sans l'intermédiaire de pannes (pièces longitudinales horizontales). Au contraire, dans les charpentes "à fermes et pannes", utilisées à partir du milieu du XIVe siècle (dendrochronologie) et jusqu'au milieu du XVIesiècle,  les arbalétriers donnent appui à des pannes qui épaulent des chevrons. Deux jambes de force relient les arbalétriers à l'entrait, et composent avec un faux-entrait cintré une forme en voûte caractéristique. Jambes de forces et faux-entraits exercent des forces de compression.

On distingue les formes :

  • à poinçon long et faux-entraits cintrés,
  • à poinçon long et faux-entraits droits, comme ici dans le chœur de Locmaria,
  • à poinçon court et faux entraits droit, comme ici dans la nef à Locmaria.

En Bretagne, on  trouve les charpentes armoricaines surtout en Haute-Bretagne dans le diocèse de Rennes (avec une majorité d'église) et dans le diocèse de Vannes (avec une majorité de chapelles). Dans le Finistère, où cette charpente se retrouve principalement sur une bande littorale, les chapelles prédominent au sud, et les édifices civils au nord.

 Voici le texte d'une présentation disponible en ligne : 

"Le bois est le matériau du Moyen Âge. Il est présent à chaque instant de la vie des gens de l’époque, quel que soit leur niveau social ou leur corps de métier. Il n’est donc pas étonnant de voir que l’architecture médiévale dans le nord-ouest de la France lui consacre une place primordiale. Le matériau est employé sous toutes ses formes pour chacune des étapes de la construction. De fait, le charpentier tient une place aussi importante que celle du maçon. Cependant comme le rappelle Frédéric Epaud1 notre perception du bois dans l’architecture reste limitée car le matériau occupe bien souvent dans notre culture latine une position secondaire par rapport à la pierre2 . Pourtant l’étude des charpentes est essentielle pour comprendre l’histoire d’un édifice et son évolution dans le temps, notamment par la dendrochronologie. Par ailleurs, les charpentes dans l’architecture médiévale, de par leurs formes et leurs techniques de mises en œuvre, nous éclairent sur le niveau social des propriétaires, les fonctions des pièces qu’elles couvrent, leurs évolutions technologiques, les différenciations régionales, etc. L’inventaire et l’étude des charpentes armoricaines fait suite à un travail de mémoire universitaire de master archéologie de deux années. Ce système de couvrement à fermes et pannes, appelé charpente armoricaine, se retrouve dans des édifices de hauts rangs comme les chapelles, églises et manoirs de la fin du XIVe au début du XVIe siècle dans l’ensemble du Massif armoricain. Tout comme il existe des édifices plus riches et imposants que d’autres, les charpentes armoricaines partagent ces disparités. Ces charpentes en chêne se distinguent par l’emploi de bois de fortes sections, utilisant des bois courbes et présentant toujours un intrados. La richesse de leurs décors finement sculptés nous prouve qu’elles étaient faîtes pour être vues. Elles avaient donc une fonction ostentatoire et de prestige indéniable. L’étude des charpentes armoricaines permet en combinant l’archéologie du bâti et la dendro-archéologie d’éclairer nos connaissances sur l’histoire d’un bâtiment et son évolution dans le temps." Corentin Olivier  Master 2, Université Rennes 2 UMR 6566 « CReAAH »  http://www.creaah.univ-rennes1.fr/IMG/pdf/journee_umr_mars_2015.pdf

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Ferme de charpente armoricaine, d'après Corentin Olivier (Copyright C. Olivier)

Ferme de charpente armoricaine, d'après Corentin Olivier (Copyright C. Olivier)

 L'entrait est soumis à des forces qui tendent à le fléchir, alors que le poinçon est soumis à une traction qui tend à le détacher de l'entrait. Certains charpentiers choisissaient pour l'entrait des arbres de talus, concaves, et ils les plaçaient avec la convexité vers le haut pour s'opposer au fléchissement (Ex. Saint-Nicolas en Penvénan, 22) 

"Le choix entre le système à chevrons-porteurs et celui à fermes et à pannes peut résulter de plusieurs facteurs tant culturels que techniques. S'il est possible de voir dans le choix de la charpente à chevrons-porteurs une plus grande facilité pour lambrisser les combles et ainsi imiter la voûte de pierre en berceau brisé, l'influence de la matière première a pu également être un facteur déterminant. Elle utilise un nombre de bois important mais de section réduite où chaque pièce correspond à un jeune chêne. A l'opposé, la charpente à fermes et à pannes emploie en principe un moindre nombre de billes mais de plus forte section. Ces billes qui devraient être plus âgées et d'un volume important, semblent avoir été plus difficiles à obtenir pendant le Moyen Age. Les charpentes à fermes et à pannes libèrent plus facilement l'espace, dégageant de toutes pièces intermédiaires un volume de stockage ou de logement. Toutefois, la mise en place d'un lambris ou d'un hourdis nécessite dans ce cas l'installation d'une structure complémentaire.

Le problème du choix culturel se ressent beaucoup mieux en Bretagne. En effet, on y constate l'emploi à la même période de charpentes à chevrons-porteurs sur la plupart des églises tandis que la totalité des maisons urbaines et des manoirs est quant à elle couverte par des charpentes à fermes et à pannes (Raynaud, 1987 ; Douard et al, 1993 ; Leloup, 1996, 2002). Cette divergence en fonction du type d'édifice peut résulter d'un modèle importé ou de constructions plus prestigieuses" Jean-Yves Hunot , 2004

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Après s'être assuré que l'auditoire avait bien assimilé la distinction entre ces deux types de charpente, Jean-Jacques Rioult a poursuivi la lecture du diaporama de C. Olivier qui détaillait les types d'assemblage, à tenon et mortaise ou en assemblage à mi-bois bloqués par un ergot, ce qui a permis à chacun de savourer les termes techniques d'entures entre les pannes, (les pannes atteignent une vingtaine de mètres), de chaperon sur pied de poinçon. Le vocabulaire s'enrichit aussi avec la liste des outils (cognée, doloire, herminette, scies, plane, départoire, tarière à cuillère, ciseaux, bisaigüe (?), tandis que des images montrent que les traces des outils sont encore visible sur les fermes à lumière rasante.

Les pièces de bois étaient marquées lors du préassemblage au sol pour guider l'assemblage en hauteur. On utilisait la "rainette" :

Voir sur ce forum les photos et   "l'alphabet du charpentier" :

http://www.forum-outils-anciens.com/t5765-RAINETTE-BAILLE-VOIE.htm

 

 

De beaux exemples de charpentes à fermes et à pannes ont été découverts récemment, parfois lors de la déposition de lambris :

  • Notre-Dame de Penhors à Pouldreuzic (29), avec une spendide rosace à quatre lobes, véritable chef-d'œuvre de charpentier, et avec quatre types de fermes différents.
  • Locmaria de Ploemel (Ria d'Etel, 56)
  • Locmaria de Nostang (Ria d'Etel, 56)
  • Saint Cado , Nostang
  • Bieuzy, Nostang
  • Saint-Cado, Belz : abside.
Charpente polychrome, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Charpente polychrome, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

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V. LA CLOCHE.
"JE M'APPELLE JULES-MARIE" . Elle  a été fondue par Paul --- à Villedieu-les-Poëles en 1847. Son parrain est JULIEN LE FORMAL et sa marraine ANNE-MARIE PR---. Elle pèserait 86 kg.

La cloche Jules-Marie,  Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

La cloche Jules-Marie, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

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VI. QUELQUES STATUES.

Lors de ma visite, j'ai admiré les deux Vierges à l'Enfant, et le Christ en croix.

Vierge à l'Enfant, entrée nord, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, entrée nord, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, bras sud du transept. 

Tête de l'Enfant restaurée. Beau déhanché de la Vierge. Elle est couronnée, les cheveux retenus par un voile particulier auqule j'ai consacré un article.

http://www.lavieb-aile.com/article-vierges-allaitantes-le-bandeau-de-cheveu-101326653.html

La Vierge tenait dans la main un objet : fleur ?. Elle est vêtu d'un manteau bleu doublé d'hermines, sur une robe dorée à encolure ronde.

 

 

 

Vierge à l'Enfant, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Vierge à l'Enfant, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

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Christ en croix.

Christ, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Christ, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

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Saint Augustin et saint Louis,  Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.
Saint Augustin et saint Louis,  Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

Saint Augustin et saint Louis, Chapelle de Locmaria er Hoët, Landévant. Photographie lavieb-aile.

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ANNEXES. REVUE DE PRESSE.

Voir l'ensemble du dossier sur http://carolanco.free.fr/Carolan&C/Locmaria.html

 

— http://www.bretagne.bzh/upload/docs/application/pdf/2012-04/patrimoine_bati_et_paysages_la_ria_detel.pdf

 

— http://www.ouest-france.fr/les-peintures-murales-de-la-chapelle-locmaria-restaurees-1150044

Les peintures murales de la chapelle Locmaria restaurées

Landévant - 19 Novembre 2012

De gauche à droite : M. Le Neillon, maire ; M.Cardin, architecte ; M. Goas, maître d'oeuvre ; Yolande Hémon, trésorière du comité de la chapelle ; Joël Marie, restaurateur ; Fay Hurley, élue et Jimmy Lothoré, adjoint à la culture. |

Trois tranches de travaux

La chapelle Locmaria er Hoët fait partie de ces perles du patrimoine pour lesquelles le public n'a pas fini de s'émerveiller. Les récents travaux de restauration de ses peintures murales devraient inciter les visiteurs, amateurs et spécialistes, à revenir sur les lieux de ces si belles découvertes. La persévérance des membres du comité de la chapelle pour remettre en valeur le lieu et partir en quête de ses secrets les mieux enfouis a porté ses fruits. « Les trois tranches de travaux s'élèvent à 384 446 €. Le conseil général, le conseil régional et la Drac ont apporté leur soutien financier à hauteur de 77 %. La charge pour la commune représente 22 %, soit 72 053 € » précise Jean-François Le Neillon, maire.

Peintures murales

« Nous sommes allés assez loin dans la restauration des peintures murales. Il faut que cela soit compréhensible par le plus grand nombre, sinon cela ne concerne que les érudits »explique Léo Goas-Straaijer, architecte. M. Cardin, architecte des Bâtiments de France, a aussi assisté à la réception des travaux.

Quelques élus, Joël Marie, restaurateur des peintures murales avec Jimmy Corso et Yolande Hémon, trésorière du comité de la chapelle, ont redécouvert l'ensemble et ont discuté du meilleur éclairage à poser maintenant pour mettre en valeur les fresques. Le dégagement de celles-ci a eu lieu il y a deux ans et les restaurateurs ont ensuite oeuvré pendant quatre mois. La couleur envahit le choeur. En 2009, les peintures de la charpente avaient aussi été refaites.

La fuite en Egypte

« L'autorisation de restituer les cadres a permis aux restaurateurs de donner l'ampleur du décor » raconte M. Goas, face à cette scène sur le mur nord du choeur, peinte autour de 1510-1520, lorsqu'ils ont déplacé le mur du chevet pour faire un coeur plus grand. La scénographie de la fuite en Egypte se termine par le couronnement de la Vierge.

Par ailleurs, les drapés sous ce décor n'ont pas été restitués et le registre supérieur a laissé lui aussi des traces. « Pendant notre travail, nous trouvions toujours des écailles de recouvrement. Nous avions la base et puis nous avancions en peaufinant pour en retrouver le maximum » explique Joël Marie, passionné par ce travail de fourmi.

http://www.ouest-france.fr/les-secrets-de-la-chapelle-locmaria-se-revelent-peu-peu-1354745

Ouest-France 23 août 2012. Les secrets de la chapelle Locmaria se révèle peu à peu.

Les Amis de la chapelle Locmaria-er-Hoët organisent leur pardon dimanche 26 août. À une époque pas si lointaine, celui-ci durait une journée et demi, avec jeux de boules, chapiteaux, etc. « Et puis la formule a été allégée », raconte Yolande Hémon, trésorière de l'association depuis 1996 et voisine de l'édifice, qu'elle aime faire découvrir aux visiteurs de passage. « Je suis rentrée de plain-pied dans le côté patrimoine », dit-elle. À l'époque des travaux de charpente, en 2009, elle pressent même que la chapelle, dont elle a toujours apprécié l'atmosphère particulière, a encore des secrets à livrer.

La résurrection des morts

Les peintures murales du XIIIe siècle révélées et dégagées par la suite lui donnent aujourd'hui raison. Les deux restaurateurs à l'oeuvre depuis plusieurs semaines en ont vu d'autres. « Mais là, nous sommes sur de l'exception, surtout en Bretagne ! La Sarthe, l'Anjou et la Mayenne sont plus riches dans ce style de peintures », explique Joël Marie. En effet, s'il n'était pas rare que les églises aient toujours un minimum de décor à l'époque, c'est d'en trouver aujourd'hui qui l'est plus. La thématique elle-même est rare. La mode des pierres apparentes, par exemple, a fait des dégâts.

Venu de Saint-Gilles, dans la Manche, Joël exerce cette activité depuis bientôt trente ans, surtout en peinture monumentale. 98 % de l'activité de ces deux restaurateurs de peintures murales s'applique au patrimoine religieux. Jimmy Corso, de Nantes, a aussi beaucoup fait dans le statuaire : « Quand on restaure, on imite la matière usée. Cela n'a rien à voir avec le décor. »

 Rénover, c'est remettre à neuf et c'est justement ce que ne font pas Joël et Jimmy. Avec leurs pigments naturels, il leur faudra encore une semaine après le pardon pour terminer la peinture du mur diaphragme ouest représentant la résurrection des morts. Après les concertations entre les différents partenaires de ce chantier de restauration, « c'est la peinture qui dirige », raconte Jimmy, qui, s'il est un artiste dans l'âme, s'en remet complètement aux éléments laissés par le passé. « Si nous n'avons pas de traces, nous n'inventons pas. » Dans une prochaine étape, les restaurateurs s'intéresseront aux deux fragments dans le coeur sur les thèmes de la fuite en Égypte et du couronnement de la Vierge.

 


 

Photo copyright Ouest-France

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SOURCES ET LIENS.

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Jean-Jacques RIOULT est l'auteur de :

 

 Canton de Malestroit, Morbihan / Ministère de la culture et de la communication, Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France [Service régional Bretagne] ; [réd. par Marie-Dominique Menant et Jean-Jacques Rioult] / Rennes : Institut culturel de Bretagne , 1989 

L'hôtel de Blossac à Rennes / Jean-Jacques Rioult / Rennes : Service régionnal de l'inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France , 1989 

Rennes médiéval [Texte imprimé] / [Dominique Irvoas-Dantec, Jean-Jacques Rioult] / Rennes : Ed. "Ouest-France" , 1991 

 L'hôtel de la Préfecture à Rennes [Texte imprimé] / [publ. par la]Direction régionale des affaires culturelles de Bretagne, Service régional de l'Inventaire ; texte : Jean-Jacques Rioult ; photographies : Guy Artur et Norbert Lambert / Paris : Inventaire général , 2001 

Les orfèvres de basse Bretagne [Texte imprimé] / [Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, Région de Bretagne] ; [réd. par] Yves-Pascal Castel, Denise Dufief-Moirez, Jean-Jacques Rioult... [et al.] ; avec la collab. de Jacques Berroyer, Stéphane Caroff, Colette Dréan ; photogr., Guy Artur, Norbert Lambart / Rennes : Association pour l'Inventaire de Bretagne , DL 1994 

Bretagne d'or et d'argent : les orfèvres de basse Bretagne : [exposition], Abbaye de Daoulas, [2] juillet-[15] septembre 1994, Paris, Musée du Luxembourg, 7 octobre 1994-1er janvier 1995 / [textes Jean-Jacques Rioult, Denise Dufief-Moirez] ; [photogr. Guy Artur, Norbert Lambart] / [Rennes] : Association pour l'Inventaire de Bretagne , cop. 1994 

 Les orfèvres de haute Bretagne [Texte imprimé] / Jean-Jacques Rioult et Sophie Vergne ; avec la participation de Denise Dufief-Moirez ; sous la direction scientifique de Catherine Arminjon et Francis Muel / Rennes : Presses universitaires de Rennes , impr. 2006, cop. 2006 

Bretagne gothique [Texte imprimé] : l'architecture religieuse / Philippe Bonnet et Jean-Jacques Rioult / Paris : Picard , impr. 2010

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Christian Davy est l'auteur de :

 

— DAVY (Christian) 2012, « Le cheval et son cavalier dans la peinture murale des XIe-XIIIesiècles », In Situ [En ligne], 18 | 2012, mis en ligne le 31 juillet 2012, consulté le 27 septembre 2015. URL : http://insitu.revues.org/9724 ; DOI : 10.4000/insitu.9724

— DAVY (Christian) 2013,« La prospection des peintures murales des Pays de la Loire », In Situ [En ligne], 22 | 2013, mis en ligne le 15 novembre 2013. URL : http://insitu.revues.org/10792 

 

Bibliographie :

 

— HUNOT (Jean-Yves),2004, L'évolution de la charpente de comble en Anjou : XIIe - XVIIIe siècles [article] Revue archéologique de l'ouest  Année 2004  Volume 21  Numéro 1  pp. 225-245.

http://www.persee.fr/doc/rao_0767-709x_2004_num_21_1_1180

— HUNOT (Jean-Yves), 2009, « Frédéric Épaud, De la charpente romane à la charpente gothique en Normandie. Évolution des techniques et des structures de charpenterie aux XIIe-XIIIe siècles » [compte rendu] Bulletin Monumental  Année 2009  Volume 167  Numéro 4  pp. 402-403

http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2009_num_167_4_7371_t34_0402_0000_2

Extrait :

"La troisième partie, consacrée à l’évolution architecturale des charpentes, met en évidence deux grands ensembles découlant de principes très différents : la charpente dite romane à laquelle succéda la charpente dite gothique. La structure à chevrons-formant-fermes de la charpente romane se compose de fermes indépendantes identiques pourvues d’un entrait. Les raidisseurs au sein des fermes reportent les charges sur l’entrait. Les fermes, espacées d’un mètre environ, induisent une charge sur toute la longueur des murs. La pente de toit, en moyenne de 44°, va progressivement atteindre 52° à la fin du XIIe siècle. L’assemblage à mi-bois en demi-queue d’aronde, le seul utilisé dans la première moitié du XIIe siècle, est doté d’un ergot au milieu de ce siècle. Au même moment, l’assemblage à tenon et mortaise est réservé au pied de chevron. Pour compenser la transmission des charges sur l’entrait et non sur les murs, la section de ce dernier est renforcée. Ces charpentes étaient masquées au regard par un plafond, dont seules subsistent les rainures d’insertion du lattis hourdé, comme à la chapelle Saint-Lazare de Gisors (1224) ou l’abbatiale de Boscherville. La charpente gothique apparaît dès le milieu du XIIe siècle et cohabite avec la romane. Aucune filiation n’apparaît entre les deux principes. La charpente gothique pourrait être liée à la nouvelle architecture qui tend à concentrer les charges sur des supports. Ainsi, la charpente gothique n’est plus la juxtaposition de fermes identiques mais constitue des structures tramées maillées de fermes principales dotées d’un entrait espacées de 4 à 6 m. Les travées ainsi formées sont dotées de fermes secondaires régulièrement réparties. Aucun contreventement longitudinal ne stabilise ces charpentes dont les versants atteignent progressivement 60° à la fin du XIIIe siècle. Les fermes secondaires sont plus rapprochées avec un entraxe moyen de 62 cm. L’assemblage à mi-bois en demi-queue d’aronde disparaît, en même temps que les écharpes, vers 1250 au profit de l’assemblage à tenon et mortaise. D’autres évolutions sont apportées aux assemblages avec l’embrèvement simple ou avec tenon en demi-queue d’aronde pour reprendre les efforts à la base du poinçon. Avec ces structures gothiques, apparaît la charpente voûtée de profil polygonal, en plein cintre ou en arc brisé. Pour l’auteur il ne s’agit pas d’une «voûte du pauvre » mais d’une solution technique répondant aux disponibilités locales. Dans ces charpentes gothiques, différentes dispositions, comme les écharpes, sont testées pour reporter les charges sur les murs. La section des entraits est réduite. Les charpentiers tentent, dès le milieu du XIIIe siècle, de contenir son fléchissement au moyen d’un faux poinçon comme à Bayeux (1224-1225). Toutefois, depuis la fin du XIIe siècle, des fermes sont déjà bien triangulées telle à la nef de Rouen (1195). Ces premières charpentes gothiques restent dépourvues de contreventement. À Gisors, en 1224 ou dans la nef de Rouen (1227-1232), des liernes reliant les poteaux des fermes sont censées reporter les charges sur les fermes principales. Les premiers contreventements sous forme de liens obliques apparaissent dans les années 1225. La chapelle de la Vierge de la cathédrale de Rouen (1315-1316) témoigne de l’apparition de la faîtière dans les premières décennies du XIVe siècle dans les charpentes à chevrons-formant-fermes.

F. Épaud aborde ensuite la question de l’origine des pannes : genèse régionale ou héritage antique ? Les premières pannes sont introduites dans les charpentes à chevrons-formant-fermes des granges comme celle de la commanderie Sainte-Vaubourg (1216-1220) ou des halles de Saint-Pierre-sur-Dives (vers 1220-1230). À la même époque, les premières charpentes à fermes et à pannes sont attestées sur la grange abbatiale de Bonport (1228) ou celle de Heurteauville (1237-1243). Il est difficile de voir un éventuel lien entre ces dernières et les charpentes à chevrons-formant-fermes dotées de pannes. Ainsi la triangulation des fermes de la grange de Bonport ne trouve aucune filiation avec les charpentes antérieures et encore moins avec les modèles antiques qui auraient perduré dans le sud de la France. Sans l’apport de la dendrochronologie, ces structures médiévales à fermes et à pannes, contreventées par une faitière et de grands liens, auraient été attribuées au XVIe ou au XVIIe siècle. Il en est de même des granges et halles sur poteaux. Au-delà de l’évolution formelle, les facteurs ayant influencé le choix entre le système à chevrons-formant-fermes roman puis gothique et celui à fermes et à pannes sont abordés au travers de l’économie des bois. La charpente romane utilise une grande part de bois de faible diamètre et un moindre nombre de grosses sections. Dans la charpente à chevrons-formant-fermes gothique, la proportion de grosses sections est plus réduite. Le volume de bois des charpentes à fermes et à pannes, particulièrement celui de forte section, varie énormément d’une structure à l’autre. Ces éléments, comme le souligne l’auteur, incitent à rester prudent quant aux déterminismes ayant conduit au développement des charpentes à fermes et pannes. C’est sans doute la quantité de bois disponibles qui a guidé le choix."

OLIVIER (Corentin), 2014,   Les charpentes armoricaines : inventaire, caractéristiques et mise en œuvre d'un type de charpente méconnu. Master 2 d'archéologie  Université de Rennes 2.

http://www.bretagne.bzh/upload/docs/application/pdf/2015-03/2e_ap_patrimoine_olivier.pdf

 ROSENZWEIG (Louis), 1863, Répertoire archéologique du Département du Morbihan rédigé sous les auspices de la Société Polymathique de ce Département par M. Rosenzweig. Paris, Imprimerie Impériale, 1863. page 45-46, « Landévant».

 

ROSENZWEIG (Louis), 1863, Répertoire archéologique page 46

ROSENZWEIG (Louis), 1863, Répertoire archéologique page 46

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Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes.
25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 08:26

La chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual (56).

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Voir :

L'arbre de Jessé de la chapelle Saint-Guen en Saint-Tugdual (56).

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La chapelle Saint-Guénael, au village de Saint-Guen,est située à 3 kilomètres au sud-ouest du bourg de Saint-Tugdual. Elle était le siège d'une trève avant la Révolution.

Datation : 1540, sous le règne d' Henri II, un peu avant le concile de Trente.

Seigneurs fondateurs (prééminenciers ?) : les seigneurs de Kersalic et de Kerminizic :

— Alleno, sr de Kersalic, par. de Saint-Tugdual, — du Guern, par. de Gourin, — de * Saint-Alouarn, par. de Guengat, — de Kerguignen, — de Trogoazien, — de Trévien, par. de Theix, — du Lindreuc, par. de Noyal-Pontivy, — de Penmené, par. de Baud, — de Kersperlan par. de Pluméliau.

Anc. ext. réf. 1669, huit gén. réf et montres de 1448 à 1562, par. de Pluméliau et Saint-Tugdual, év. de Vannes, Gourin, Éliant et Moëlan, év. de Cornouailles.

D’argent à trois hures de sanglier de sable, arrachées de gueules. Devise : Mad é quélen é peb amzer. (Un conseil est bon en tout temps.)

Geoffroy, sr de Kersperlan, épousa vers 1460 Catherine de Guernarpin, dont Louis, marié en 1487 à Jeanne le Grand, dame de Kersalic.

Pol Potier de Courcy Nobiliaire et armorial de Bretagne 1890 (1, pp. 4-515).

— Beaujouan, sr de Kermadio, par. de Kervignac, — de Kerminizic, par. de Saint-Tugdual, év. de Vannes.

De sinople à cinq coquilles d’argent. (Arm. 1696).

Un auditeur des comptes en 1588 et un maître en 1661 ; un sénéchal d’Hennebont en 1597.

La branche de Kerminizic fondue vers 1600 dans Lagadec puis Talhouèt de Severac.

https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Potier_de_Courcy_-_Nobiliaire_et_armorial_de_Bretagne,_1890,_tome_1.djvu/93

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I. Présentation générale.

 Il s'agit d'un édifice en forme de croix latine, en style ogival du XVIème siècle avec chœur peu profond, à chevet plat. Un clocheton carré, amorti d'une flèche octogonale, et percé de baies à linteaux droits, s'élève sur le pignon occidental. Un escalier extérieur, au sud, y conduit à la chambre des cloches. Celle-ci est éclairée de baies à linteaux sur corbelets surmontés de gargouilles d'angle et de pinacles.  La décoration extérieure est toute flamboyante, et les rampants sont ornés de crochets.

 Au Sud, un petit ossuaire, daté du XVIème siècle, est accolé à la chapelle. Une sacristie a été ajoutée après le Concile de Trente dans l'angle méridional entre le chevet et le bras sud du transept

 

La chapelle est couverte d'une charpente aux sablières grossièrement sculptées de personnages et d'animaux. 

 
Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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L'ossuaire s'ouvre par une large baie divisée par quatre arcades s'appuyant sur des balustres sculptés.

 

Ossuaire, Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.
Ossuaire, Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Ossuaire, Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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II. La cloche.

 

JE ME NOMME LOUISE JE ME NOMME / LEON XIII PAPE

PARRAIN : JEAN-MARIE ---/ JEAN-MARIE BECEL EVEQUE

MARRAINE : LOUISE SIVY-- / LOUIS HELLEGOUARCH MAIRE

FRANCOIS LE GOUCEC RECTEUR / PIERRE JAFFRE PRESIDENT

 St TUGDUAL 1895 / LOUIS LE RAVALLEC TRESORIER

Fonderie CH. DROUOT DOUAI NORD

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Je n'ai pas trouvé mention ni du maire Louis Hellegouarch, ni du recteur  François Le Goucec. Louis Le Ravallec est le triste héros de la Gwerz de Louis de Ravallec, qui raconte son meurtre, mais cela n'a rien n'a voir avec cette cloche, ni avec le trésorier de la paroisse.

Les Drouot sont une grande famille de  fondeurs de cloches du Bassigny actifs dès la fin du XVIIIe siècle, très actifs en Belgique (gros bourdon de Tournai), 
Une biographie des Drouot du Bassigny est disponible sur le site 

 http://tchorski.morkitu.org/13/drouot.htm

On y lit :

 

 

Les Drouot perpétuent depuis l’aube de la tradition campanaire en Bassigny une coutume de fonte en itinérance, comme les Hemony, les Causard, les Farnier. Ils passent de village en village à la recherche de commandes auprès des fabriciens et des évêchés. C’est ainsi que Paul commence le métier, alors âgé de 17 ans, aux côtés de son père Joseph Drouot. Ces voyages s’établiront jusqu’en 1855, où des cloches d’assez faibles tonnages voient le jour. L’avènement des chemins de fer le poussera au choix judicieux d’établir une fonderie à Douai, au faubourg Notre-Dame. Auparavant, son père y avait acheté un lopin de terre, dans le clair espoir de sédentariser un atelier. Cette petite usine sera finalement assez rapidement installée à Sin-Le-Nôble, une petite ville du pourtour de Douai, pour des raisons de praticité. Sans pour autant posséder d’acte écrit, il est certain qu’en 1857, cet atelier était fonctionnel.

Joseph Drouot abandonnant le métier en 1862, les travaux mèneront par nécessité vers une courte collaboration avec son frère Charles-Clément ; Par la suite et dès 1863, la fonderie sera dirigée seul et de main de maître jusqu’en 1883. Les années s’échelonnant au gré de commandes toujours plus pressantes, d’autres collaborations auront lieu de manière éparse, dont celle avec son neveu Charles Drouot. L’activité sans cesse grandissante provoque un certain nombre de bouleversements majeurs imminents, la fonderie de Sin-Le-Nôble devant peu à peu exigüe

En 1886, une succursale est crée à Tournai, elle était située à la rue du Nord. Pleinement investi en ce projet, c’est en cette période que la fonderie de Sin-Le-Nôble sera cédée à Charles Drouot. 

 

Charles, représentant de la quatrième et dernière génération des Drouot, est mort on 1901, après avoir dirigé une dizaine d'années la fonderie de Douai. 

 

D'autres cloches bretonnes sont sorties de ces fonderies, dont deux des trois cloches de la chapelle Saint-Tugen à Primelin (29), datant de 1895 et portant la signature de H. Drouot.

 

 

 

 

Cloche La Louise de la fonderie Charles Drouot de Douai, 1895. Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Cloche La Louise de la fonderie Charles Drouot de Douai, 1895. Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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Cloche La Louise de la fonderie Charles Drouot de Douai, 1895. Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Cloche La Louise de la fonderie Charles Drouot de Douai, 1895. Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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III. Inscription de fondation.

Une inscription extérieure au croisillon Nord stipule :"Le VIIIe jour de aout l'an mil Vc karante fut dedié ceste chapelle -------".

Inscription de fondation du 8 août 1540,  Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation du 8 août 1540, Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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IV.Les sculptures extérieures.

1°) En façade Sud, la nef s'ouvre sur une fenêtre à pignon triangulaire, souligné de piliers reposant sur des reliefs figurant respectivement un lion et un dragon.

 

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Fenêtre sud, Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Fenêtre sud, Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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Le dragon, ailé, semble avaler son aile de sa gueule. Sa queue forme une boucle sur elle-même avant de se terminer sous la forme d'une tête tirant la langue ou crachant le feu. Une queue céphalophore pourrions-nous dire.

On remarquera que ce dragon est enchaîné au rampant par une laisse de gros maillons sphériques. Cette chaîne en collier de perle se retrouve à l'identique autour du corps des autres animaux posté sur le bord de la toiture.

 

 

Dragon de la fenêtre sud, Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.
Dragon de la fenêtre sud, Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Dragon de la fenêtre sud, Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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Son vis-à-vis est un lion, aux yeux globuleux et à l'arrière-train fin.

 

Lion de la fenêtre sud, Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Lion de la fenêtre sud, Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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Les chiens-lion du pignon est.

Du chien, ils ont la gueule, mais leur queue particulièrement longue est celle du lion.

L'un porte un harnachement complexe. L'autre a des pattes qui ressemblent à des racines, et une queue effrontément phalloïde. Le troisième, qui grimpe le long du rampant, nous tourne le dos. 

 

Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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2°) Saint Michel psychopompe.

Une statue de Saint-Michel terrassant le dragon domine le chevet Saint Michel. Elle est datée par approximation de la fondation de la chapelle. 

Elle présente l'intérêt remarquable d'inclure la figure d'un jeune personnage qui se hisse vers le saint à son coté gauche, en prenant appui sur un socle. On considère qu'il s'agit de l'âme d'un élu. En effet, l'archange est celui qui, lors du Jugement Dernier, pèse les âmes et le poids de leurs péchés pour ne livrer accès au paradis qu'aux âmes élues et pour livrer les autres, damnées, aux tourments de l'enfer.

Dans ce rôle, il remplit donc une fonction "psychopompe", qui guide les âmes vers l'au-delà.

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Du pied, il terrasse le dragon, mais je discerne mal le détail de cet animal.

Saint Michel psychopompe, Chapelle Saint-Guen,  Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Saint Michel psychopompe, Chapelle Saint-Guen, Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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Saint Michel psychopompe, Chapelle Saint-Guen,  Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Saint Michel psychopompe, Chapelle Saint-Guen, Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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V. Les statues intérieures.

Ce sont des statues en bois polychrome du XVIe ou XVIIe siècle :

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1°) Dans le chœur.

a) Saint Adrien de Nicomédie, à gauche.1er quart 16e siècle.

Classé MH 02 octobre 1951

 Selon la notice de l'Inventaire, "Il tient l'enclume, et terrasse un dragon". Mais il s'agit plutôt d'un lion.

Voir ici ma photo de la statue de saint Adrien avec son enclume en la chapelle Saint-Adrien, commune de Saint-Barthélémy, 56:  La chapelle Saint-Adrien à Plougastel (2) Les statues. Le culte de saint Adrien pour la santé de ses intestins.

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Voir aussi l'enclume et le lion d'Adrien à Saint-Vaast de Boran-sur-Oise :

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lancette (2) ; mouchette (3) ; écoinçon (2)

 

dimensions

dimensions non connues

iconographie

figures (saint Christophe : portant : Enfant Jésus : ruisseau, sainte Barbe, sainte Catherine, saint : homme : attribut : cierge) ; en encadrement : décor d'architecture ; figures bibliques (ange : orant, I.H.S., ange : musicien : assis) ; figures bibliques (Dieu le Père, ange, musicien, phylactère) Description : Dieu le Père et les anges musiciens dans les mouchettes ; l'un des personnages, celui avec un cierge, au cours d'un remaniement fut refait et couronné abusivement ; sauf saint Christophe, les personnages portent un livre avec des inscriptions. inscription concernant une restauration : RESTAURE L'AN 1903 MR LE MAGUET RECTEUR ET VINCENT SIVY TRESORIER

commentaire iconographique

 

état

oeuvre restaurée

inscription

inscription concernant une restauration

précision inscription

inscription concernant une restauration : RESTAURE L'AN 1903 MR LE MAGUET RECTEUR ET VINCENT SIVY TRESORIER

 


lancette (2) ; mouchette (3) ; écoinçon (2)

 

dimensions

dimensions non connues

iconographie

figures (saint Christophe : portant : Enfant Jésus : ruisseau, sainte Barbe, sainte Catherine, saint : homme : attribut : cierge) ; en encadrement : décor d'architecture ; figures bibliques (ange : orant, I.H.S., ange : musicien : assis) ; figures bibliques (Dieu le Père, ange, musicien, phylactère) Description : Dieu le Père et les anges musiciens dans les mouchettes ; l'un des personnages, celui avec un cierge, au cours d'un remaniement fut refait et couronné abusivement ; sauf saint Christophe, les personnages portent un livre avec des inscriptions. inscription concernant une restauration : RESTAURE L'AN 1903 MR LE MAGUET RECTEUR ET VINCENT SIVY TRESORIER

commentaire iconographique

 

état

oeuvre restaurée

inscription

inscription concernant une restauration

précision inscription

inscription concernant une restauration : RESTAURE L'AN 1903 MR LE MAGUET RECTEUR ET VINCENT SIVY TRESORIER

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

groupe sculpté : saint Joseph et l'Enfant Jésus

1er quart 18e siècle

 

 

 

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

statue (petite nature, d'applique) : saint Adrien

1er quart 16e siècle

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

statue (petite nature) : saint Guen (?)

17e siècle (?)

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

statue (petite nature, d'applique) : saint Tremeur

16e siècle

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

statue (petite nature) : saint Barthélémy

1er quart 16e siècle

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

statue (petite nature) : saint Sébastien

16e siècle

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

croix : Christ en croix, crucifix

1er quart 17e siècle

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

statue (petite nature, d'applique)

16e siècle

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

statue : saint Jean l'Evangéliste (?)

2e moitié 17e siècle

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

statuette d'applique

limite 15e siècle 16e siècle

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

statue : saint Michel terrassant le dragon

2e quart 16e siècle

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

Le mobilier de la chapelle Saint-Guénaël

 

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

bénitier

2e quart 18e siècle

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

niche : Arbre de Jessé

16e siècle

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

sablière, blochet

16e siècle

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

verrière (verrière à personnages)

16e siècle

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

verrière (verrière figurée)

16e siècle

 

 

56

Saint-Tugdual

chapelle Saint-Guénaël

verrière (verrière héraldique)

16e siècle

 

Saint Adrien, Chapelle Saint-Guen,  Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Saint Adrien, Chapelle Saint-Guen, Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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b) Saint Guen ? 17e siècle

Classé MH 1982/01/26 . Revers plein ; h = 120 ; figure (saint : moine, lecture, livre : ouvert) ; Sujet non identifié : saint Guen ou saint Guenael, moine cistercien ou bénédictin, revêtu d'une robe à ceinture, petit capuchon de couleur sombre. Manque main droite et attribut, fentes sur la base, écaillage de la polychromie

 

 

 

 

Saint Moine,  Chapelle Saint-Guen,  Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Saint Moine, Chapelle Saint-Guen, Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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2°) Dans les bras nord du transept.

a) saint Jean l'Evangéliste (?) 2e moitié 17e siècle

b) Saint Sébastien. Classé MH 16 mars 1996 H=1,10 m

 

Bras nord du transept,  Chapelle Saint-Guen,  Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Bras nord du transept, Chapelle Saint-Guen, Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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 Saint Jean, Chapelle Saint-Guen,  Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Saint Jean, Chapelle Saint-Guen, Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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Saint Sébastien, Chapelle Saint-Guen,  Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Saint Sébastien, Chapelle Saint-Guen, Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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3°) Dans le bras sud du transept.

On remarquera le superbe oculus flamboyant, à quatre mouchettes, deux soufflets et quatre écoinçons. Etait-il vitré ? En 1863, Rosenzweig signale "aujourd'hui bouché".

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Je ne suis pas parvenu à identifier les statues. La base Palissy signale :

a) Saint Trémeur statue brûlée en 2006.

b) Saint Simon, h = 1,30 m

c)  saint Barthélémy 1er quart 16e siècle ; Classé MH 16 mars 1996

attribut couteau, livre. H=1,20 m

Transept sud,  Chapelle Saint-Guen,  Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Transept sud, Chapelle Saint-Guen, Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Saint, Chapelle Saint-Guen,  Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Saint, Chapelle Saint-Guen, Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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Saint, Chapelle Saint-Guen,  Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Saint, Chapelle Saint-Guen, Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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Saint, Chapelle Saint-Guen,  Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Saint, Chapelle Saint-Guen, Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

 

 

VI. Les vitraux anciens.

 

Après l'incendie, la chapelle a reçue des vitraux contemporains dont le carton est dû à Michel Caron.

Un article paru dans Ouest-France le 11 septembre 2008 sous la plume de Christian Gouérou donne les informations suivantes :

"La chapelle profanée retrouve ses vitraux. Ouest-France 11 septembre 2008 :

http://www.ouest-france.fr/la-chapelle-profanee-retrouve-ses-vitraux-191991

"Charpente effondrée, murs noircis exposés au vent et à la pluie, l'incendie et la profanation de la chapelle Saint-Guen à Saint-Tugdual avaient choqué le public. Détruit dans la nuit du 29 au 30 janvier 2006, l'édifice bâti en 1540 a été reconstruit à l'identique. Saint-Guen retrouve son éclat. Dimanche, jour du pardon, elle aura retrouvé quatre vitraux sur les cinq baies qui la composent.

Michel Caron, artiste plasticien de 60 ans, ancien enseignant de l'art du vitrail à Chartres, a dû plusieurs fois remettre l'ouvrage sur le métier. Il a commencé son travail de création en 2005. Au moment de l'incendie, deux vitraux sont en place. Deux autres attendent dans la sacristie. Les quatre baies créées par l'artiste ne résistent pas aux flammes. Pas plus que le vitrail historique de la cinquième fenêtre et quelques fragments historiques de vitraux anciens. « J'ai donc recommencé mon travail de 2005 avec un nouveau projet. »

Ce printemps, l'artiste doit encore reprendre sa création : la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) lui demande d'intégrer des fragments historiques de l'ancien vitrail, en partie sauvés des flammes. « Une première fenêtre a été posée pour l'inauguration de la reconstruction en juillet 2007. En septembre 2007 alors que l'exécution des baies suivantes est en cours, il y a eu une interruption due à la possibilité de sauvegarder certains des panneaux historiques », explique Michel Caron. « Le processus a repris fin février 2008. Cette réinstallation a nécessité de décaler une partie de la composition et de refaire certains panneaux. »

Loin des vitraux d'antan

À quelques jours du pardon, l'artiste se demande quel regard le public portera sur sa création ? On est loin des vitraux d'antan qui avaient vocation à raconter l'histoire religieuse. Michel Caron a un parti pris « minimaliste » qui peu dérouter. Il n'a travaillé qu'avec des verres transparents industriels sur lesquels il peint au jaune d'argent un ensemble inspiré d'une crucifixion du XVe, relevée dans un édifice en Bretagne. « Avant l'incendie, je me souviens de la première impression que m'a laissée la chapelle, son espace intérieur lumineux dû en partie à l'absence de vitraux ! » Cette transparence inspire sa recherche.

« Il s'agit d'une commande pour édifice public historique. L'échange de début ne peut pas se faire avec la totalité des futurs interlocuteurs, le public, les fidèles », justifie le plasticien. « C'est un travail qui tient compte du sacré, du style, de la fonction, du contemporain, de l'histoire. Mais, la réflexion de l'artiste se heurte le plus souvent au regard surpris ou désorienté de l'interlocuteur. »

Ni figurative ni abstraite, la création contemporaine se fond dans la chapelle de 1540. Les baies parlent toujours d'une même histoire : le triomphe de la lumière sur les ténèbres." Christian GOUEROU.

 

 

 Les fenêtres sont en ogive, avec des meneaux en flammes et en fleurs de lis . Dans ce réseau de style flamboyant  se voyaient encore avant l'incendie  quelques fragments de vitraux du XVIème siècle, représentant dans la nef l'Annonciation avec devises gothiques et saint Christophe, et dans le chœur diverses armoiries des Aléno et des Rouxel ("écusson écartelé au 1 et 4 d'argent à trois hures de sanglier de sable, au 2 et 3 d'azur au lion ailé d'argent". Rosenzweig, 1863). Le vitrail de la fenêtre Sud est restauré en 1903 et représentait saint Louis, saint Christophe, sainte Barbe et sainte Catherine. Un fragment de vitrail du chevet représentait Jésus au milieu des docteurs de la Loi.

Le vitrail de la baie Sud a été restauré après 2006, et devrait, grâce aux efforts de l'Association, être remis en place en 2016. Il est décrit ainsi sur le site de la base Palissy :

figures (saint Christophe : portant : Enfant Jésus : ruisseau, sainte Barbe, sainte Catherine, saint : homme : attribut : cierge) ; en encadrement : décor d'architecture ; figures bibliques (ange : orant, I.H.S., ange : musicien : assis) ; figures bibliques (Dieu le Père, ange, musicien, phylactère) Description : Dieu le Père et les anges musiciens dans les mouchettes ; l'un des personnages, celui avec un cierge, au cours d'un remaniement fut refait et couronné abusivement ; sauf saint Christophe, les personnages portent un livre avec des inscriptions. inscription concernant une restauration : RESTAURE L'AN 1903 MR LE MAGUET RECTEUR ET VINCENT SIVY TRESORIER."

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Une image est disponible sur le site Topic-topos :

http://fr.topic-topos.com/vitraux-saint-tugdual

 

 

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VII. Bénitier 

 On  remarque une piscine flamboyante et un curieux bénitier en granit à huit pans du XVIème siècle. La cuve en est divisée en neuf compartiments troués à leur base par des orifices permettant la circulation de l'éventuelle eau bénite qui y était versée. Mais est-ce réellement un bénitier ? Deux visages humains coiffés d'un bonnet en ornent les angles. Une inscription sur un coté de la margelle mentionne la date de 1737.

L'objet est classé Mh depuis le 3 octobre 1994. La base Palissy le décrit ainsi sous la référence PM56001187 :

"Bénitier creusé dans un chapiteau ? Cuve quadrangulaire aux angles abattus, les deux pans antérieurs ainsi formés étant décorés d'une tête grossière. L'intérieur de la cuve est divisé en neuf cuvettes dont cinq, en croix, sont carrées et les quatre restantes en forme de triangle. Pied mouluré. h = 52 ; la = 69 "

Rosenzweig signalait en 1863 : "grande analogie avec les bénitiers de Locmaria et de Saint-Fiacre en Melrand"

Chapelle Saint-Guen,  Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Chapelle Saint-Guen, Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Autres éléments.

 

Chapelle Saint-Guen,  Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Chapelle Saint-Guen, Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Chapelle Saint-Guen,  Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Chapelle Saint-Guen, Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Sablières, Chapelle Saint-Guen,  Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

Sablières, Chapelle Saint-Guen, Saint-Tugdual, photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

 

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— http://pays.carnac.free.fr/lucopdf/saint-tugdual.pdf

LA TULLAYE (Hélène de), Saint-Tugdual

 http://sauvegardeartfrancais.fr/photos_realisations/NoticeSAINT-TUGDUAL.PDF 

— ROSENZWEIG, 1863,  Répertoire archéologique du Département du Morbihan rédigé sous les auspices de la Société polymathique dude ce Département par M. Rosenzweig. Paris, Imprimerie Impériale, 1863. page 110, « Saint-Tugdual »

— L' Association des Amis de Saint-Guen, actuellement présidée par Madame Christine Bernard organise le pardon annuel le deuxième dimanche de septembre, et invite des artistes à exposer leurs œuvres, par exemple lors des Journées du Patrimoine. Elle assure aussi des visites commentées ou conférences.

Exposition 2015 :

http://www.ouest-france.fr/lart-lhonneur-la-chapelle-saint-guen-3714708

— Base Palissy :

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=RETROUVER_TITLE&LEVEL=1&GRP=0&REQ=((Saint-Tugdual)%20%3ALOCA%20)&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=3&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Saint-Tugdual&SYN=1&IMAGE_ONLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=200&DOM=Tous

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Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes.
20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 21:08

La Tribune des péchés capitaux de la chapelle Saint-Yves à Priziac (56).

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Voir dans ce blog :

a) sur le sculpteur Alphonse Le Brun :

Les églises des îles du Ponant VI. Eglise Notre-Dame-la-Blanche, île d'Hoedic.

L'église de Langonnet

b) sur les chapelles de Priziac :

La chapelle Saint-Nicolas à Priziac

c) dans la même veine :

Formidable ! Les blochets de l'église Saint-Edern à Plouedern.

d) sur les Missions du père Maunoir :

Église Saint-Germain à Kerlaz : des vitraux édifiants.

e) sur les tableaux de mission :

Douze tableaux de mission de l'évêché de Quimper ; la série de Plouguerneau 1. XVIIIe siècle

J'étais passé plusieurs fois devant cette chapelle sans jamais la trouver ouverte. Mais son style néogothique ne m'incitait pas à la découvrir, d'autant que la notice de la base Mérimée ne me laissait pas en espérer des découvertes extraordinaires :

 "1882 Lebrun (maître de l'oeuvre)  inscrit MH : 1975/10/29 :Cette chapelle est un bon exemple d'architecture néogothique de la fin du 19e siècle. Elle remplace l'ancienne chapelle du manoir de Kergoat, détruite en 1881. C'est un édifice en croix latine avec chevet plat et transepts peu saillants. Le mur pignon s'ouvre par un portail à arc en tiers-point surmonté d'un vitrail circulaire. A l'intérieur, la tribune exécutée par Lebrun comporte une frise qui évoque les sept péchés capitaux. Dans les écoinçons des arcs sont représentés des personnages signifiant les vices. Voûte en berceau de bois avec section d'arc en tiers-point. Les voûtes du carré du transept sont montées sur ogives de bois. Haut clocher à entablement avec deux étages d'ouvertures et gâbles ouvragés".

L'article Wikipédia ajoutait :

"L'édifice, de style néo-gothique, s'inspire pour la structure et le décor des édifices du xve siècle et du xvie siècle mais emprunte au xixe siècle son exceptionnel développement en hauteur et la sécheresse de ses formes. " (Wikipédia)

La porte étant fermée, j'avais fait le tour du bâtiment et j'étais reparti.

Le 20 septembre dernier, lors de mes pélégrinations de la Journée Européenne du Patrimoine, je trouvais la porte ouverte, et, sans conviction, je m'arrêtais. "La sècheresse de ses formes", me rebutait.

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 Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
 Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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Plus perspicace, j'aurais remarquer combien, autour des deux chambres de cloche, se menait dans les hurlements et aboiements sauvages une chasse folle, comme si les bêtes qui s'y poursuivaient étaient, par leur charivari, les gardiennes d'un lieu...très particulier. 

 
 Clocher à double étage de cloche, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
 Clocher à double étage de cloche, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
 Clocher à double étage de cloche, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
 Clocher à double étage de cloche, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
 Clocher à double étage de cloche, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
 Clocher à double étage de cloche, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
 Clocher à double étage de cloche, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
 Clocher à double étage de cloche, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
 Clocher à double étage de cloche, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
 Clocher à double étage de cloche, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
 Clocher à double étage de cloche, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
 Clocher à double étage de cloche, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
 Clocher à double étage de cloche, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
 Clocher à double étage de cloche, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

Clocher à double étage de cloche, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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A l'intérieur, je ne vis d'abord que le triste tableau d'une chapelle typique du XIXe siècle, aux boiseries pseudo-gothiques sombres, aux statues sulpiciennes, aux murs peints de fausses pierres, et aux bancs de bois verni accueillants comme des pensum. La maîtresse-vitre n'avait qu'un mérite, celui de laisser entrer de la lumière pour réchauffer cette antre humide.

 

Le chœur et la moitié orientale de la nef, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

Le chœur et la moitié orientale de la nef, Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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Je me retournais pour partir lorsque je vis, sous la rosace occidentale, une tribune où six personnages debout me regardaient. 

Me rapprochant, j'allais découvrir le plus truculent pastiche de l'art de nos imagiers médiévaux. Je n'en compris pas tout de suite la distribution, et mon regard était happé par les couleurs vives (des verts anis et des rouges framboise) et les singulières allures des protagonistes perchés à deux ou trois  mètres du sol.

 

La tribune. Vue occidentale de la Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
La tribune. Vue occidentale de la Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

La tribune. Vue occidentale de la Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

La tribune reposait sur trois arcades au cintre à peine brisé, et cinq colonnes à chapiteaux où prospérait l'acanthe. Deux hommes et deux femmes s'étaient installés à l'aisselle des arcs. Dans l'entablement qui suivait, on voyait une frise de sept personnages  accroupis, gênés de devoir trouver place dans un espace si exigu. L'étage de la tribune était fermé par une clôture aussi ajourée qu'un moucharabieh, où deux musiciens menaient la danse de l'étrange assemblée. 

Je venais d'admirer, sur une sablière de  la chapelle Saint-Sébastien du Faouët, le diable et un musicien encadrant une chaîne de danseurs et danseuses. Et j'avais vu, dans chaque chapelle bretonne, les représentations du démon prendre mille formes dans les parties hautes des édifices. 

Sablière, Chapelle Saint-Sébastien, Le Faouët (56) 

 

Je compris donc que je me trouvais devant un tableau dans lequel, comme sur les taolennoù ancien, les fidèles trouvaient la dénonciation de leurs vices, et les formes cachées des œuvres du Mâlin.

Manifestement, le sculpteur, promu maître d'œuvre de la reconstruction de la chapelle, s'était fait plaisir, et, las de voir les réalisations des lointains prédécesseurs qu'il admirait être mangées par les vers, perdre leurs couleurs ou sommeiller dans des recoins obscurs, il avait voulu réunir de façon bien visible toutes les drôleries anciennes. Peut-être avait-il obéi aussi aux demandes du recteur de Priziac soucieux de l'édification de ses ouailles ?

Mais il est temps d'entrer, à notre tour, dans la danse.

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I. LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX.

Les sept péchés capitaux sont, pour l'Église et sans hiérarchie,  la luxure , la paresse, l’orgueil, l’envie, la gourmandise, la colère , et  l’avarice.  Les retrouvons-nous ici ? 

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1°) La Luxure. Le Bouc.

Le premier personnage est un homme-bouc, dont seul le visage hirsute conserve des traits humains. Il tient serrée dans la main gauche une bourse. Cela pourrait être l'Avarice, ou bien le Diable achetant de ses deniers les âmes vulnérables. Mais selon une tradition qui remonte au XVIIe siècle, le bouc est associé à la Luxure.
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Je compris donc que je me trouvais devant un tableau dans lequel, comme sur les taolennoù ancien, les fidèles trouvaient la dénonciation de leurs vices, et les formes cachées des œuvres du Mâlin.

Manifestement, le sculpteur, promu maître d'œuvre de la reconstruction de la chapelle, s'était fait plaisir, et, las de voir les réalisations de ses lointains prédécesseurs qu'il admirait être mangées par les vers, perdre leurs couleurs ou sommeiller dans des recoins obscurs, il avait voulu réunir de façon bien visible toutes les drôleries anciennes.

Mais il est temps d'entrer, à notre tour, dans la danse.

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I. Les sept péchés capitaux.

Les sept péchés capitaux sont pour l'Église  l’orgueil,L’avarice. l’envie, la colère , la luxure , la gourmandise, la paresse, 

1°) 

 

Le Diable,   ou la Luxure, Tribune des Péchés capitaux,  (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

Le Diable, ou la Luxure, Tribune des Péchés capitaux, (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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2°) La Paresse. La Tortue. 

Un homme est étendu sur son lit (on voit le drap) et s'étire en baillant. Il est associé à la Tortue, qui se cache partiellement derrière sa tête.

Ce paresseux porte les cheveux longs (comme les paysans bretons du XIXe), un chapeau de feutre à large bord sans galon, un gilet blanc sur une chemise blanche au haut col cassé, un pantalon bleu à trois boutons à la cheville, et une paire de sabots.

Le costume.

Priziac appartient au "pays Pourlet", (voir carte) aussi nommé "pays de Guéméné-sur-Scorff" ou Bro Mil Bouton [Pays des Mille Boutons]. En 1882, les paroissiens de Priziac portent donc le costume masculin réputé pour ses très nombreux boutons, dont Alphonse Le Brun nous  donne différents exemples.

 

Je trouve les descriptions suivantes : http://endrohanterdro.blogspot.fr/2012/03/pourleth-pourlet.html

 

"En 1920, les hommes portent le costume noir dit des Mille boutons de 1920 ; en laine Mérinos presque entièrement recouvert de bandes de velours. C'est typiquement le costume du Pays Pourlet .
Le gilet dont les deux côtés se croisent sur la poitrine est garni de deux rangées de boutons argentés très serrés, la veste est également garni de 2 rangées de boutons si rapprochés les uns des autres que cette particularité à fait donner à la mode pourleth le nom de Mille Boutons. 
Le costume homme aux Mille Boutons est l’un des plus riche de Bretagne

En 1870-1900, nous retrouvons les hommes portant le costume de lin blanc et le bragou berr (pantalon long) ou aussi, plus souvent, un pantalon gris cendré la plupart du temps porté avec des guêtres en laine et une ceinture en laine ou en cuir ornée d’un fermoir. Le chapeau rond était en velours à larges guises arrière sans boucle.

Style et influences des costumes masculins du pays pourlet du XIXè siècle.

Le chupenn (veste) de Guémené : ses larges godrons évasés par le bas sont un souvenir de la Renaissance. Peu à peu le chupenn a diminué de longueur , mais son ampleur s’est maintenue.

 

En pays pourlet, les premiers chupenn et gilets que nous connaissions sont coupés dans un gros droguet de laine blanche, brute et piquée sur une forte toile intérieure. Une large tresse de coton noir entoure le col du chupenn et celui du gilet, soulignée par deux bandes larges de velours noir. De chaque côté de la poitrine s’aligne une rangée de boutons de métal blanc se touchant ou se recouvrant partiellement les uns les autres."

J'ai déjà décrit, sous le sobriquet de "mouton blanc", ce costume dans mes articles :

Brulat-Pestivien : un lutrin anthropomorphe en costume breton "Mouton Blanc"

Guiscriff : un lutrin anthropomorphe en costume breton.

Ici, nous voyons, sur le chupenn, quatre rangées de huit boutons, plus les six boutons sur les manches fendues. 

On peut se demander si la carapace de la tortue, traitée comme des alignements de pastilles rondes et vertes, n'est pas une allusion spéculaire ironique à cette tenue vestimentaire. Mais non, cette moitié de grosse noix adepte de la petite vitesse sert d'attribut au péché de paresse depuis des lustres. Elle partage (on l'aurait deviné)  ce privilège avec l'escargot, mais je n'ai pas assez bien cherché ce gastéropode lors de ma visite. Esprit d'escalier, va !

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La Paresse, Tribune des Péchés capitaux,  (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

La Paresse, Tribune des Péchés capitaux, (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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3°) L'Orgueil. Le Paon.

L’Orgueilleux est accompagné de son animal emblématique, le Paon. 

Il porte un costume Mil Bouton noir aux boutons jaunes, mais il est curieusement pieds-nus. Au dessus de cet habit, il porte une courte mais ostentatoire cape rouge fixée sur l'épaule, comme une épitoge, par un fermail. La fraise qui entoure son cou comme un Pierrot Gourmand semble se prolonger en un jabot plissé. Le comique vient du bicorne, au panache rubicond, car sa forme est imitée par celle des moustaches.

 

Quelqu'un saura peut-être dire à quelle tenue vestimentaire, ou à quelle fonction ce déguisement correspond. Ce n'est pas, malgré le bicorne, celle d'un bedeau ou "Suisse" des églises de jadis. Ni le Gendarme de Guignol.

 

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L'Orgueil, Tribune des Péchés capitaux,  (1882),  Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

L'Orgueil, Tribune des Péchés capitaux, (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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4°) L'Envie. Le Serpent.

Cette femme forme avec l'Orgueilleux un couple qui se fait face au centre de l'entablement. Monsieur était accompagné du Paon, elle s'entoure du Serpent, un animal vert et jaune aux yeux rougeoyants qui darde sa langue bifide vers son sein droit.

Elle porte, en symétrie avec son compagnon, un voile rose attaché à son épaule gauche par un fermail rubis. Cette grosse cerise dans la crème chantilly trouve son double un peu plus bas, dans les sous-vêtements blancs, en position ambiguë. Le métonyme d'un Tout ?

Malgré mon absence de connaissance, ne peut-on reconnaître sur sa tête une coiffe plissée recouverte d'un capot  ? Je lis qu'à ce kapot ribot était fixé à l'arrière un large mantelet triangulaire rouge. 

Le serpent évoque trop la malignité de la tentation à laquelle Adam et Ève ont succombé pour ne pas voir là une allusion au péché de la chair, et donc à la luxure. Malgré la sage coiffe , la chemise n'est-elle pas ouverte en un décolleté éloquent ? 

Lors d'une exposition au Palais du Luxembourg consacrée à "Fragonard amoureux. Galant et Libertin",Guillaume Faroult soulignait la valeur des plis comme métaphore des voluptés et des tourments des émotions en proie à la morsure du désir, détaillant sur les toiles  le plissé sensuel des étoffes, l'éblouissement blanc des draps en désordre balafré d'un plissement rose. Mais regardons ici les torsions en orbe du serpent et, surtout, les flammes agitées de l'étoffe rose : Alphonse Le Brun y exprime quelque-chose d'analogue.

 

Pourtant, selon le catéchisme des Péchés enseigné par les Tableaux de Mission (cf. infra), et son bestiaire,  le serpent n'est pas associé à la Luxure, mais à l'Envie.

 

 

L'Envie, Tribune des Péchés capitaux,  (1882),  Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

L'Envie, Tribune des Péchés capitaux, (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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5°) La Gourmandise. Le Cochon.

Le Glouton a eu les yeux plus gros que le ventre ; il dévore pourtant de bel appétit une grappe de raisin. Sa queue de cochon trahit son péché mignon, mais hélas terriblement mortel , Gula, la Gourmandise.

 

 On retrouve ici le chapeau noir, la veste Mil Bouton blanche, porté avec des bragou braz (pantalon plissé s'arrêtant au genou) sur des guêtres de laine et des sabots de bois de hêtre (Botoù koad ou Botez koëd ?). Ou bien faut-il parler de brageu ber de bure marron pour le pantalon, et de guêtres de berlinge brune ou chaucheu ? C'est compliqué.

La Gourmandise, Tribune des Péchés capitaux,   (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

La Gourmandise, Tribune des Péchés capitaux, (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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6°) La Colère. Le Lion.

Colère s'arrache les cheveux et piétine la vaisselle (verre et assiette sur une nappe). Son visage  est le centre de l'explosion radiale d'une crinière de cheveux et de poils, car l'animal associé à son vice est le lion irascible. La couleur de son costume à boutons est sans-doute choisie pour se rapprocher du pelage léonin, et la nudité de ses pieds complète la métamorphose animale. 

 

On retrouve l'étoffe (une sorte de cravate) rouge emportée par le vent incontrôlable de sa fureur.

 

La Colère, Tribune des Péchés capitaux,   (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

La Colère, Tribune des Péchés capitaux, (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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7°) L'Avarice.

Son visage exprime l'anxiété de la perte. De quoi s'est-il coiffé ? De lingots ? De liasses de billets ? Pour lui aussi, la métamorphose animale est bien avancée, puisque la moitié inférieure de son corps est transformée (bœuf ?) et que ses favoris sont taillés comme deux cornes inversés.

 

L'animal associé à l'avarice est, dans la tradition des prédicateurs bretons, le crapaud. C'est ici le seul écart à cette tradition. L'Avarice était aussi (bien-sûr) associé au Chameau, mais le postérieur de notre personnage n'est pas celui d'un camélidé.

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L'Avarice, Tribune des Péchés capitaux,   (1882),  Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

L'Avarice, Tribune des Péchés capitaux, (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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II. LES QUATRE ALLÉGORIES DES VICES.

Sur leur piliers, quatre personnages nous présentent leur leçon de morale.

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1°) Le Diable Rouge.

Il est torse-nu sous sa veste provocatrice. Il a délaissé les sabots pour des botoù ler, des chaussures en cuir. Pas de bagou braz bouffant, mais une culotte ajustée au plus près du corps. Son visage est, comme celui de Monsieur Colère, le centre d'une crinière solaire. Son sourire est une grimace prête à rugir. Il tient à l'envers et de la main gauche un crucifix, et il piétine le Livre Saint. C'est l'ennemi du clergé, un athée pourfendeur de la religion, un "Rouge"


 

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Le Diable Rouge, Tribune des Péchés capitaux,  (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

Le Diable Rouge, Tribune des Péchés capitaux, (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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2°) La Mauvaise mère. Reniement.

Comment interpréter ce que nous voyons ? Une femme soigneusement habillée, portant la coiffe aux longues ailes, lève les yeux au ciel et semble protester de son innocence par un geste de la main gauche. Mais en même temps, sa main droite est posée sur la tête d'un enfant qu'elle semble repousser. Nie-t-elle être sa mère ?

La Mauvaise mère, Tribune des Péchés capitaux, (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

La Mauvaise mère, Tribune des Péchés capitaux, (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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3°) L'Intempérant. Alcool, tabac et jeu.

Ici, tout est facile à comprendre. Ce jeune homme est gris, tout-à-fait gris. En Bretagne, on dirait qu'il est bu. Ses yeux glauques se ferment à moitié. Il tient son pichet de vin, certainement vide, mais aussi sa pipe de terre, et laisse filer son jeu (dix de pique, dix de cœur, dix de carreau, et as de trèfle).

 

C'est encore un "mouton blanc".

L'Intempérant,  Tribune des Péchés capitaux,  (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
L'Intempérant,  Tribune des Péchés capitaux,  (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

L'Intempérant, Tribune des Péchés capitaux, (1882), Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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4°) La Menteuse. Duplicité.

Sous sa coiffe à longues ailes, elle se démasque : mais son œil gauche dément ce que dit le droit. Elle tient un voile brun. A son coté gauche, un chat nous fixe de ses yeux rouges. Rien, ici, n'est honnête. Elle est la Duperie.

La Duperie,  Tribune des Péchés capitaux,  (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

La Duperie, Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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III. LE GARDE-CORPS DE LA TRIBUNE ET SES DEUX MUSICIENS.

Les deux musiciens qui animent la fête sont bien connus, car ils ont été étudiés par les musicologues de l'association Dastum et par Jean-Luc Matte. Le couple de sonneurs évoque bien-sûr pour nous les fest-noz ou la danse, mais pour l'Église et les fidèles, il évoquait surtout les débauches, le renversement des valeurs, la corporéité et donc l'animalité. Aussi le joueur de bombarde est-il souvent représenté en sculpture sous forme animale d'un lièvre, âne, bouc ou cochon. Ici, cette transformation concerne le joueur de "biniou". 

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1°) Le sonneur, ou  joueur de bombarde, à tête de chien.

 

Costume : identique aux précédents, avec chapeau rond, cheveux longs, veste de droguet blanc à "mille" boutons d'argent, bragou , guêtres, sabots.

Il était représenté dans l'exposition Dastum (cf. infra)

 http://www.dastum.org/panorama/fete/exposition/Salle_3/Fete_Exposition_E01S03P03b.htm

Joueur de bombarde, Tribune des Péchés capitaux,  (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
Joueur de bombarde, Tribune des Péchés capitaux,  (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

Joueur de bombarde, Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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2°) Le joueur de cornemuse.

Il figure dans l'inventaire de l'iconographie de la cornemuse menée par Jean-Luc Matte : "Biniou assez réaliste, chalumeau assez long pour un biniou (à petit pavillon) mais en proportion avec la bombarde. Bourdon d'épaule."

 

Il illustrait , dans l'exposition organisée par Dastum, la salle "Mauvaise réputation de la cornemuse et des sonneurs" :

"Mais c'est surtout au cours du XVIIème siècle que l'Eglise entreprend un vaste mouvement de réforme morale et religieuse.

Les occasions de danses et de rencontre sont suspectées d'atteinte à la morale et la pression hostile aux danseurs et plus encore aux sonneurs devient forte à partir du milieu du XVIIème siècle.

Les « cartes du monde » et les « tableaux de mission » (taolennoù) constituent un matériel pédagogique, mis en œuvre à cette époque par les prédicateurs bas-bretons, en vue d'évangéliser les fidèles par l'image, afin de leur indiquer le chemin à suivre pour gagner leur salut.

Les images de la cornemuse ou du hautbois, au même titre que celles du violon ou de l'accordéon au XXème siècle, instruments évoquant trop précisément les plaisirs du corps, sont utilisées pour dénoncer la danse et la luxure, la débauche et l'alcoolisme.

 

A partir du XIXème siècle, la cornemuse figure en bonne place dans les tableaux de mission, entourée d'autres symboles, pour dénoncer les vices ou l'orgueil censés être caractéristiques des sonneurs."

Joueur de cornemuse, Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
Joueur de cornemuse, Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

Joueur de cornemuse, Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

Alphonse Le Brun, qui avait participé entre 1862 et 1869 à la restauration du fameux jubé de Saint-Fiacre au Faouët, s'est peut-être inspiré du couple de sonneur qut en occupe un angle du coté du chœur. C'est de ce coté que sont figurés certains péchés capitaux et vices, comme le vol (de fruit dans un arbre), l'ivresse (un homme vomissant un porc), la luxure (un homme et une femme). Des acrobates tête en bas et des animaux grotesques y sont largement représentés.

Sonneurs, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, 1480-1492, photographie lavieb-aile.

Sonneurs, Jubé de Saint-Fiacre, Le Faouët, 1480-1492, photographie lavieb-aile.

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3°) Têtes de Diable et d' animaux.

Les deux joueurs de musique sont entourés d'un peuple de 16 bêtes menaçantes issues d'un bestiaire diabolique.  Au centre, entre les deux musiciens, un aigle-hibou aux yeux de braise étend ses ailes. Sous la rambarde du garde-corps ajouré trouvent place 6 têtes sculptées aux yeux rouges, dont celles d'un diable, d'un chien, d'un lion verdâtre. Le long des montants descendent six serpents verts et jaunes tenant dans leur gueule une pomme.  Au pied du garde-corps rampent de gauche à droite un lézard, un serpent, un crapaud, et un lézard.

Garde-corps de la  Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
Garde-corps de la  Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

Garde-corps de la Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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Garde-corps de la  Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
Garde-corps de la  Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

Garde-corps de la Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

Garde-corps de la  Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.
Garde-corps de la  Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

Garde-corps de la Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

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Garde-corps de la  Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

Garde-corps de la Tribune des Péchés capitaux, (1882) Chapelle Saint-Yves, Priziac, photographie lavieb-aile.

IV. DISCUSSION.

 

 

Introduction.

La chapelle était  "probablement" (Inventaire général) une dépendance de la seigneurie proche de Kergoat [de Kergoët] et portait encore au XVIIe siècle les armes du Dréors et de Crémenec en Priziac au-dessus de la porte ouest. Héritière après 1850 des terres de Kergoat , Charlotte Anne Sidonie Harrington en fait entreprendre la reconstruction  selon les plans du sculpteur lorientais Alphonse Le Brun (ou Lebrun). J'ignore qui décida du programme de décoration intérieure : la propriétaire  (dont j'ignore tout) ? Le sculpteur ? Le  recteur de Priziac ?

a) Sidonie Harrington et sa famille.

Sidonie Harrington s'est mariée avec Paul Roussin (né le 18 août 1841 - Nantes (44), décédé le 13 juillet 1886 à l’âge de 44 ans), Officier de marine, maire de Combrit en 1874. Paul Roussin est le fils du peintre Victor Roussin et de Sophie Adamson.

Elle même  est la fille de Armand Harrington .et de Sidonie Radegonde Marie Le Mintier (mariage le 22 mai 1849 à Rennes). 

Elle est la petite fille de Armand Joseph Harringtondirecteur des contributions indirectes à Châteaulin et de son épouse Anne Louise de Carné-Marcein, et l'arrière-petite fille de Louis Joseph Harrington, établi à Dinan Saint-Sauveur.

Le frère d'Armand Joseph (le grand-oncle de Sidonie) est  Emmanuel Calixte Harrington  ( époux de Catherine Lowell et fils d' Henriette Renée Grignard de Champsavoy), acquéreur en 1822 du château de Lanniron, ancienne résidence d'été des évêques de Cornouaille sur les bords de l'Odet. Ce gentilhomme d'origine britannique  mort à Londres le 3 juin 1833 est décrit comme  joueur, noceur et buveur., mais aussi comme un homme de goût qui entreprit la reconstruction du château  et lui donna son aspect actuel. " Il remodela le manoir, fit disparaître les tourelles et réduisit le bâtiment du XVe siècle, ajouta l’aile orientale de la façade et édifia la terrasse avec son harmonieuse colonnade et son double escalier et donna ainsi à l’ensemble d’élégantes proportions s’alliant à une simplicité distinguée et néo-classique [napoléonien]." .http://lanniron.com/le-domaine-en-bretagne/histoire/

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Elle est la nièce de Mélanie Harrington, née à Ploneis en 1792, laquelle épousa à 22 ans Auguste Felix du Marc'h Allac'h, propriétaire du château de Pérennou dans l'anse de Combrit. Le mariage ut célébré dans l’église de Plonéis. : Quarante ans plus tard, en souvenir de cette union, Auguste fit don à cette église d’un vitrail, qui se trouve au chevet, du côté de l’épître, et porte les armes des du Marc'hallac'h et des Harrington. Ils eurent trois enfants.  Après la mort de sa femme et de trois enfants, Auguste Felix du Marc'hallac'h, en 1851, entra au Séminaire de Quimper, et trois ans plus tard, le 30 Juillet 1854, il reçut la prêtrise des mains de Monseigneur Graveran . Il  fut vicaire général, du diocèse de Quimper, Protonotaire apostolique (1808-1891) ,recteur des Glénans, paroisse dont il avait obtenu la création, de  1871 à 1883, De 1873 à sa mort en 1891 il fut vice-président de la Société Archéologique du Finistère.  Il mourut le 16 Août 1891 et fut inhumé au cimetière de Plomelin. Sur sa tombe se dresse un beau monument en fin granit, armorié de son blason : d’or à trois arceaux de gueule. . Il fonda le Bulletin de l’enseignement, transformé par ses soins en 1886 en Semaine religieuse du diocèse de Quimper et de Léon. Mgr du Marc’hallac’h, fut maire de Plomelin de 1806 à 1830.

Voir :

  • http://www.infobretagne.com/plomelin.htm
  • http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1617d9f95b96e0a6453d5ef48a594318.pdf
  •  http://pdbzro.com/pdf/penanros.pdf page 283.
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste_du_Marhallac%27h

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b) Alphonse Le Brun.

Alphonse Le Brun a procuré les meubles et les statues de l'église de l'île d'Hoedic. Il a sculpté en 1858 le cheval du roi Gradlon et une statue en granité grisâtre, de demi-relief dans la cathédrale de Quimper. En 1888, il exécuta sur les plans de l'architecte parisien Madeline la tribune de l'église d'Arzon (56). On lui doit aussi  à Saint-Marcel (56) les statues en bois polychrome de la Vierge à l'enfant et du pape saint Marcel, la chaire, les boiseries du chœur, et la grille des fonts baptismaux.

Alphonse le Brun a travaillé à la décoration des navires de la Marine. Il a travaillé aux églises de  Baden, Priziac, Pont-Scorff, Guidel, Guéméné, Saint-Avé, Séné, Theix, Meilars, à la production de statues ou de mobilier (tribune, chaire à prêcher) au 4ème quart du XIXe siècle.

 


​Ces éléments ne nous nous éclairent guère sur la compréhension du programme de cette tribune. J'ai d'abord cru à une plaisanterie, une "drôlerie" comme on en trouve dans les marges des pieux manuscrits médiévaux, ou sur les sablières des chapelles bretonnes. Les artistes n' hésitent pas, sous prétexte de représenter les dangers qui guettent les âmes si elles s'éloignent de l'espace sacré du chœur, à sculpter des scènes grivoises ou scatologiques  ou des fables animalières. Mais non. Malgré la verve du sculpteur, nous avons ici une pure leçon de morale, une catéchèse en image,  directement issues des traditions des prédicateurs bretons. Ce sont elles que nous devons maintenant découvrir.

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Un péché, un animal.

L'association, dans l'iconographie, d'un péché et d'un animal est ancienne, puisqu'elle remonte aux Pères de l'Église, et s'enracine sur des versets bibliques. Néanmoins, elle a été systématisée à partir du XIVe siècle lorsque l’Eglise catholique lance sa grande entreprise de culpabilisation. En Bretagne, elle est traditionnellement attribuée à Michel Le Nobletz (Plouguerneau, 1577-1652) et à son successeur Julien  Maunoir (1606-1683)  lors de ses quelque 500 missions à travers la Bretagne . Ces deux jésuites soucieux d'évangélisation utilisèrent des cartes, supports pédagogiques graphiques simples , proches de la bande dessinée, d'abord conçus comme des cartes de navigation spirituelle.

L'Église possède déjà une longue tradition d'utilisation de l'image à fin d'enseignement  par les sculptures des portails et des calvaires ou par les vitraux. Et en Bretagne, déjà Vincent Ferrier a inspiré au fidèle par ses prédications l'horreur du péché, et a décrit avec des termes imagés et des torrents de larmes les peines de l'enfer. Mais tout change avec le Concile de Trente (1545-1563) qui, face au protestantisme, insiste sur la mission pastorale du clergé.

1°) Les premières cartes  inventées par le père Michel Le Nobletz 

Les cartes de Dom Le Nobletz ne sont pas réellement des tableaux de mission, même s'ils en sont les précurseurs et qu'ils portent le même type de message. Ils s'en distinguent par plusieurs aspects : par leur utilisation, non dans un cadre de mission à proprement parler, mais pour un usage familier. Les archives conservées attestent de l'usage qu'il en faisait, en tout petit comité devant des paroissiens, et notamment des dévotes soigneusement choisies pour diffuser elles-mêmes le message, devant un public familier. Ils se distinguent également des tableaux de mission par leur variété de niveau d'illustration des chemins de la foi, en fonction du type de public visé, par la variété de leurs types iconographiques, correspondant à des utilisations diverses, et par les conditions de leur fabrication, totalement artisanale et individuelle, répondant à une commande extrêmement précise jusque dans ses moindres détails. Les cartes à dominante géographique portent la patte des cartographes du Conquet, comme Alain Lestobec, qui en a signé plusieurs ; une autre, Françoise Troadec, a vraisemblablement réalisé les premières cartes. D'autres collaborateurs, peut-être plus occasionnels, ont recopié les cartes d'origine ; la deuxième version du Désirant, la carte mêlée, le Pater, sont des copies assez maladroites. Les cartes subsistantes ne donnent qu'une faible idée d'une production qui semble avoir été très abondante, malgré un temps d'utilisation assez restreint (entre 1625 et 1639 environ). Le recensement des textes de Dom Le Nobletz permet d'évaluer à 70 le nombre de cartes réalisées. De ce corpus subsistent actuellement 14 cartes,.  . Le seul évêché de Quimper a conservé 14 cartes (sans que l'on puisse déterminer avec certitude si ces exemplaires sont réellement des originaux), représentant 12 sujets différents (deux étant desdoubles,  copies de l'époque). Les cartes conservées sont toutes sur des peaux de moutons, mais à l'origine elles semblent, au moins certaines, voir été peintes sur du bois.

 

Elles   auraient été peintes entre 1613 et 1639. Elles furent peintes par les cartographes  Françoise Troadec, ou Allain Lestobec (qui en signe trois), appartenant à l'"Ecole de cartographie du Conquet".

Rappel : L'école de cartographie du Conquet est une authentique pépinière de cartographes maritimes précurseurs en leur domaine, et dont l'un des fondateurs fut Guillaume Brouscon , l'auteur d'un manuscrit intitulé Traité de navigation datant de 1543, d'un Manuel de pilotage à l'usage des pilotes bretons datant de 1548, ainsi que de  quatre Almanachs pour marins (Un almanach est un calendrier où l'on peut connaître les phases lunaires ou encore la durée des jours). Le Conquet tirait son importance de son voisinage avec l'abbaye de Saint-Matthieu, et de l'importance du commerce de la Bretagne ducale avec l'Europe du Nord ; ce commerce perdra de son importance au XVIIe siècle.

  Dr  L. Dujardin-Troadec. — Les cartographes bretons du Conquet. La navigation en images 1543-1651 

Voir mon article sur la carte de Bretagne d'Argentré.

Parmi ces cartes se trouve L'Exercice quotidien pour tout homme chrétien qui désire parvenir à la vie éternelle, signé d'Alain Lestobech = 92,5 ; la = 73,5. 1633. Parchemin (mouton) peint. .Evéché de Quimper. Cette carte est divisée en 30 rectangles représentés sur cinq colonnes. Elle se lit horizontalement à partir de la première case en haut à droite, et comprend trois séries successives, visuellement séparées par des colonnes. Outre une échelle, une roue de la fortune, vingt cases sont occupées par des cœurs. Les sept péchés mortels y sont personnalisés dans les dernières cases, avec un animal emblématique  : 

 

  • Le Péché d'Envie : un chien et un crâne

  • Edvarice

  • Le Vice de Luxure : le bouc

  • Superbite 

  • Gourmandise : le cochon

  • Paresse : l'âne [et la tortue selon Roudaut et al.]

  • Cholère : le loup 

 

N.b le mot breton superbite est mentionné comme synonyme d'orgueil dans la Meditation var an Orgouil de Claude Guillaume Marigo dans son Abrege eus an aviel gant meditationou, Quemper, 1832.

“ Ces sept animaux symbolisent les sept péchés mortels. Le paon symbolise l’orgueil, le crapaud l’avarice, le bouc la luxure, le serpent l’envie, le porc la gourmandise, le lion la colère, l’escargot la paresse ” (Kerneau, f° 9 r°).

“ Le crapaud symbolise l’avaricieux. Cette bête laide vit toujours dans la terre et de la terre ; et l’homme avare ne pense qu’aux choses terrestres ” (Kerneau, f° 12 r°). “ La luxure (…) Ce péché abject est symbolisé par le bouc qui est le plus puant et le plus paillard des animaux ” (Kerneau, f° 14 r°).

“ L’envie (…) Elle est représentée par le serpent, parce que c’est sous cette apparence que le démon vint tenter Eve au Paradis terrestre ” (Kerneau, f° 15 v° et 16 r°).

“ On compare l’homme gourmand au porc qui ne cherche que l’occasion de contenter son corps ” (Kerneau, f° 16 r°). 

“ Avec raison, l’homme coléreux est comparé à un lion en fureur. Noli esse in domo tuâ, sicut leo evertens domesticos tuos (Eccli : 4) (…). Un homme en colère ne connaît personne ; il perd la raison ; il est semblable au serpent qui est constamment prêt à mordre, et au lion qui n’attend que d’être attaqué pour se battre. Beaucoup de personnes coléreuses sont aussi en apparence tranquilles, mais pour peu qu’on les offense, elles commencent à écumer comme des chiens enragés ” (Kerneau, f° 17 r°). 

Les péchés mortels, in Exercice quotidien pour tout homme chrétien,  (détail), Carte de Michel Le Nobletz, XVIIe siècle.

Les péchés mortels, in Exercice quotidien pour tout homme chrétien, (détail), Carte de Michel Le Nobletz, XVIIe siècle.

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2°) Les taolennoù ou Tableaux de mission. Vincent Huby (1608-1693).

Plus tard, en 1655, Vincent Huby, jésuite né à Hennebont,  devenu Supérieur d'une "maison de retraite" (un Centre où on se rend pour méditer et approfondir sa foi) à Vannes, s'inspirera de ces cartes comme outils de reconquête spirituelle, sa prédication se donnant à partir d'une série de douze " images morales" dont quatre représentent les fins dernières (mort du pécheur, enfer, mort du juste, paradis) et huit des cœurs allégoriques.  Ces 12 "tableaux énigmatiques" ou  taolennoù (souvent attribués au père Maunoir) utilisent fréquemment des représentations d'animaux pour mieux faire passer le message religieux à destination d'un public populaire souvent analphabète. Il s'agit d'estampes en taille douce de 44 cm sur 58,5 cm imprimées à Paris. Plus petites que les cartes de Le Nobletz, elles sont néanmoins  lisibles de loin pour un public plus nombreux, mais, par leur recours à l'abstraction et au symbolisme, elles ne s'inscrivent plus dans la culture maritime et bretonne. En effet, elles trouveraient leur source, pour les Vices, les Passions et les Vertus, dans l'Iconologia de Cesare Ripa (1593), et, pour les tableaux des Fins dernières, dans les Artes Morendi.

Bien que le succès de ces tableaux ait largement dépassé la Bretagne, c’est pourtant dans la région, et surtout auprès des fidèles bretonnants, qu’il a été important et durable. Jusqu’au milieu du XXe siècle, lors des missions bretonnes, des taolennerien (“ tableauteurs ”) ont continué de commenter diverses séries de tableaux.

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3°) Une série de 12 tableaux dite de Plouguerneau 1 (XVIIIe)

La bibliothèque de l'évêché de Quimper conserve une série de 12 taolennou, dite de Plouguerneau 1, datée du XVIIIe siècle, et classée MH au 14 avril 2005. Les reproductions de ces tableaux ont été exposés en été 2015 à la chapelle de Ty-Mamm-Doué de Quimper. Comme les images ne sont pas disponibles en ligne, je leur consacre un article à suivre.

Douze tableaux de mission de l'évêché de Quimper ; la série de Plouguerneau 1. XVIIIe siècle

Le second tableau nous montre, sous l'incitation d'un ange garden qui lui présente un crâne sur lequel méditer, et grâce à l'intervention de l'Esprit Saint, un homme, barbu, tourne ses yeux vers le bas en introspection. Un œil (la conscience) s'entrouvre dans son cœur rose qui s'enflamme de flammèches inspiratrices. Sous la conduite d'un diable dépité, les sept péchés, représentés par sept animaux, s'écartent de façon centripète. Ce sont :

  • le crapaud pour l'avarice,
  • le serpent pour l'envie,
  • le lion pour la colère,
  • la tortue pour la paresse,
  • le cochon pour la gourmandise,
  • le bouc pour la luxure,
  • le paon pour l'orgueil. 

 

2. L'attrition. Douze tableaux de mission de l'évêché de Quimper ; la série de Plouguerneau 1., photographie lavieb-aile

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4°) Les taolennou commentés par François Kerleau, recteur de Plougonven en 1783.

Il s'agit d'un manuscrit récemment déposé au Centre de Recherche Bretonne et Celtique  et daté de 1783. Ces “ Notes pour l’explication des tableaux des missions et retraites ” sont entièrement en breton à l’exception de leur titre.

 “ Ces sept animaux symbolisent les sept péchés mortels. Le paon symbolise l’orgueil, le crapaud l’avarice, le bouc la luxure, le serpent l’envie, le porc la gourmandise, le lion la colère, l’escargot la paresse ” (Kerneau, f° 9 r°).

“ Le crapaud symbolise l’avaricieux. Cette bête laide vit toujours dans la terre et de la terre ; et l’homme avare ne pense qu’aux choses terrestres ” (Kerneau, f° 12 r°).

“ La luxure (…) Ce péché abject est symbolisé par le bouc qui est le plus puant et le plus paillard des animaux ” (Kerneau, f° 14 r°).

“ L’envie (…) Elle est représentée par le serpent, parce que c’est sous cette apparence que le démon vint tenter Eve au Paradis terrestre ” (Kerneau, f° 15 v° et 16 r°).

“ On compare l’homme gourmand au porc qui ne cherche que l’occasion de contenter son corps ” (Kerneau, f° 16 r°).

 “ Avec raison, l’homme coléreux est comparé à un lion en fureur. Noli esse in domo tuâ, sicut leo evertens domesticos tuos (Eccli : 4) (…). Un homme en colère ne connaît personne ; il perd la raison ; il est semblable au serpent qui est constamment prêt à mordre, et au lion qui n’attend que d’être attaqué pour se battre. Beaucoup de personnes coléreuses sont aussi en apparence tranquilles, mais pour peu qu’on les offense, elles commencent à écumer comme des chiens enragés ” (Kerneau, f° 17 r°).

5°) Paul Peyron.

Parmi les "tableauteurs" figure le chanoine Paul Peyron (1842-1920), à qui est attribuée une série de onze tableaux retrouvée à Combrit, et qui fut dans-doute utilisée lors des missions paroissiales de 1919 et 1924.

L'article Wikipédia donne les images de sept tableaux en couleur 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Tableaux_de_mission#/media/File:019_Julien_Maunoir_taolennou_1_L%27attrition_du_p%C3%AAcheur.JPG.

 

 6°) Les Taolennou ar Mission de l'abbé Balanant.

L'abbé François-Marie Balanant (1862-1930), prédicateur finistérien,

Source : http://bibnum.univ-rennes2.fr/items/show/21

I. Er pec'hed marvel.

L'homme en état de péché mortel. Les sept animaux sont les mêmes que précedemment, mais l'escargot remplace la tortue. 

Notez les attributs des Vices, qui complètent les sept animaux :

  • le miroir
  • la cornemuse
  • les cartes à jouer
  • la table avec la nourriture, et la boisson.

L'ange et l'Esprit-Saint préparent le siège de ce cœur pêcheur en l'entourant des flammes de l'inspiration spirituelle.

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II. Ann Atrision.

"Au cours des siècles les théologiens développèrent une distinction entre la 'contrition' qui est un repentir motivé par l’amour de Dieu, et l’'attrition', repentir motivé par des raisons humaines (en particulier la crainte du châtiment divin). Autrement dit : la ‘contrition parfaite’ et la ‘contrition imparfaite’ (ou ‘attrition’)." (Wikipédia)

Notez la présence de la table (de cabaret), de la bouteile et des verres, et des cartes à jouer.

 

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III. Ar gwir Gontrision. 

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V. Ann ene o tristei d'ar pec'hed.

.Les animaux sont attaquées par les flammes du Saint-Esprit ; le couple lubrique est séparé par les démons. Sous l'œil évéillé de la conscience et sous l'étoile, le cœur purifié accueille la croix christique et les instruments de la Passion. 

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En couleur.

L'exposition Les Missions bretonnes, Tableaux de mission en Bretagne du XVIIe au XXe siècle.présentées en 2015 à Ty-Mamm-Doué montrait des tableaux attribués à l'abbé Balanant . On y trouve, en plus des animaux symboliques, des illustrations des vices comme un masque, des romans et des journaux .

 

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 Tableaux présentés à l'exposition Tableaux de Mission" 2015 (Commissaire Françoise Oudin). 1. L'état de péché. 2. L'attrition.
 Tableaux présentés à l'exposition Tableaux de Mission" 2015 (Commissaire Françoise Oudin). 1. L'état de péché. 2. L'attrition.

Tableaux présentés à l'exposition Tableaux de Mission" 2015 (Commissaire Françoise Oudin). 1. L'état de péché. 2. L'attrition.

Tableaux présentés à l'exposition Tableaux de Mission" 2015 (Commissaire Françoise Oudin). 3. l'attrition. 4. La contrition.
Tableaux présentés à l'exposition Tableaux de Mission" 2015 (Commissaire Françoise Oudin). 3. l'attrition. 4. La contrition.

Tableaux présentés à l'exposition Tableaux de Mission" 2015 (Commissaire Françoise Oudin). 3. l'attrition. 4. La contrition.

Tableaux présentés à l'exposition Tableaux de Mission" 2015 (Commissaire Françoise Oudin). 8. L'enfer. 7, la mort du pêcheur.
Tableaux présentés à l'exposition Tableaux de Mission" 2015 (Commissaire Françoise Oudin). 8. L'enfer. 7, la mort du pêcheur.

Tableaux présentés à l'exposition Tableaux de Mission" 2015 (Commissaire Françoise Oudin). 8. L'enfer. 7, la mort du pêcheur.

Tableaux présentés à l'exposition Tableaux de Mission" 2015 (Commissaire Françoise Oudin).  9. La dévotion. 10, la persévérance.
Tableaux présentés à l'exposition Tableaux de Mission" 2015 (Commissaire Françoise Oudin).  9. La dévotion. 10, la persévérance.

Tableaux présentés à l'exposition Tableaux de Mission" 2015 (Commissaire Françoise Oudin). 9. La dévotion. 10, la persévérance.

 Tableaux présentés à l'exposition Tableaux de Mission" 2015 (Commissaire Françoise Oudin).11, la mort du juste.12, Le Salut.
 Tableaux présentés à l'exposition Tableaux de Mission" 2015 (Commissaire Françoise Oudin).11, la mort du juste.12, Le Salut.

Tableaux présentés à l'exposition Tableaux de Mission" 2015 (Commissaire Françoise Oudin).11, la mort du juste.12, Le Salut.

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7°) Le témoignage de leur utilisation au XXe siècle.

Du XVIIe au XXe siècle, de nombreux recteurs 'tableauteurs" et membres de congrégations utilisèrent les tableaux de Vincent Huby, les commentèrent par des "explicacion an tolennou" les copièrent en les modernisant et les adaptèrent. 

Pierre Jakez Hélias, Mission de 1923 en pays bigouden.

En 1923, l’enfant Pierre-Jakez Hélias est fortement impressionné, lors d’une mission donnée dans sa paroisse, par la présentation des taolennou, les tableaux utilisés lors des missions et des retraites : “ Chacune porte le dessin d’un grand cœur surmonté d’une tête […]. La tête revêt diverses expressions selon le contenu du cœur. Sur le premier tableau, celui-ci est occupé par le paon de l’orgueil, le bouc de la luxure (qu’est-ce que c’est donc, la luxure ?), le cochon de la gourmandise, la tortue de la paresse, le tigre de la colère, la vipère de l’envie et le crapaud de l’avarice, les sept bêtes entourant un diable ailé, cornu, barbu, griffu, penaud, avec une fourche pour sceptre ”Pierre-Jakez Hélias, Le cheval d’orgueil. Mémoires d’un breton du pays bigouden, Paris, Plon, 1975, p. 144-145. 

. Évoquant la mission de 1923, il écrit : “ Au travers du chœur, attachées à une corde comme des linges raides et bariolés, se balancent doucement devant nous les douze Tables du Père Maunoir ”Cité par Roudaut et al.

 
 Pierre-Jakez HÉLIAS , 1975,   "Le cheval d’orgueil. Mémoires d’un breton du pays bigouden", Paris, Plon, 1975, p. 144-145.

Pierre-Jakez HÉLIAS , 1975, "Le cheval d’orgueil. Mémoires d’un breton du pays bigouden", Paris, Plon, 1975, p. 144-145.

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Les recteurs bretons, la musique et les sonneurs.

 

La musique, les recteurs n'ont rien contre. Bien souvent, ils en composent, ou écrivent les paroles, comme le faisait le père Maunoir lui-même, qui écrivit de nombreux cantiques. Mais leurs bêtes noires, ce sont les couples de sonneurs. Ouvrons encore le Cheval d'orgueil

«— Attention ! Voilà le recteur de Landudec !

Le recteur de la paroisse voisine est un homme terrible qui ne supporte pas que l'on danse après la nuit tombée car le diable, dit-il, se glisse alors parmi les danseurs. Même quand une noce se fait dans une ferme éloignée de son église, il épie le biniou et la bombarde qui s'entendent au moins sur un quart de lieu. Si le bruit persiste après le coucher du soleil, il se rue hors de son presbytère, se hâte vers l'aire de danse, la soutane retroussée, et disperse furieusement les danseurs. Notre recteur à nous ne va pas jusque-là, mais il interdit les danses de nuit sous peine de damnation éternelle. Il en veut surtout au jabadao, réputé immodeste. Les prêtres,en général, tiennent à l'œil les sonneurs que condamnait déjà la Vieille Coutume de Bretagne. Ils sont toujours aussi bons chrétiens qu'ils semblent l'être, les recruteurs jurés du Diable. » Pierre-Jakez Hélias, 1975.

Plus tard, les prêtres n'apprécieront pas non plus l'accordéon, qu'ils surnommeront la boest an diaoul, "la boite du diable". 

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Conclusion.

 

On voit que la tribune de la chapelle Saint-Yves n'est pas due au talent de caricaturiste d'un sculpteur cherchant à amuser la galerie par un pastiche haut en couleur des drôleries médiévales que recèlent les sablières, mais que son programme obéit à une tradition pastorale bien implantée dans le clergé breton, celle des tableaux de mission. Alphonse Le Brun a réussi à transformer les images peintes des taolennoù de Vincent Huby en leur donnant par le relief plus de force de conviction, et plus de pouvoir didactique. Il a repris à son compte des tableaux de mission de la fin du XIXe siècle, qui associait à la figure animale des sept péchés mortels la représentation des vices de l'alcoolisme, du tabagisme, des jeux, ou de la dissimulation trompeuse. L'ancienne dénonciation de la débauche qui accompagnait les bals menés par les sonneurs a trouver sous ses ciseaux à bois une forme exemplaire. Enfin le "diable rouge" témoigne de la participation de l'Église du XIXe siècle à des choix politiques opposés à l'athéisme républicain et, à fortiori, aux avancées du socialisme. Aujourd'hui, on peut  admirer la force expressive de cette tribune, et  y voir le témoin d'un  moment historique particulièrement "daté".

SOURCES ET LIENS.

— Site officiel de la mairie de Priziac. 15 photos.

http://www.priziac.com/asp/histoire/default.asp?idx=2&idhistoire=175

Site Topic-topos :

  •  http://fr.topic-topos.com/chapelle-saint-yves-priziac
  • http://fr.topic-topos.com/tribune-priziac
  • http://fr.topic-topos.com/detail-de-la-tribune-priziac

Base Mérimée :

  • http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PA00091591

— Daouzek taolen ANN TAD MANER Tableaux symboliques composés pour les missions bretonnes par D. Michel Le Nobletz et le P. Maunoir. Tours, Alfred Cattier éditeur, 1897.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/bc1d63f9f436db6887747369183b7a94.pdf

Exposition Dastum.

http://www.dastum.org/panorama/fete/exposition/Salle_3/Fete_Exposition_E01S03P03.htm

— Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Morbihan: cantons Le Faouët et Gourin : texte et illustration. Commission régionale de Bretagne - 1975

—  PIROTTE Jean, SAPPIA Caroline et SERVAIS Olivier (dir.) Images et diffusion du christianisme. Expressions graphiques en contexte ...

— BALANANT (Abbé A.) 1899, Taolennou ar mission / displeget gand ann aotrou Balanant http://bibnum.univ-rennes2.fr/items/show/21

  

—  DELUMEAU (Jean), 1983, Le péché et la peur. La culpabilisation en Occident XIIe-XVIIIe siècles, Paris, Fayard, 1983, p. 167. 

HÉLIAS ( Pierre-Jakez), 1975,   Le cheval d’orgueil. Mémoires d’un breton du pays bigouden, Paris, Plon, 1975, p. 144-145. 

MATTE (Catherine et Jean-Luc), Iconographie de la cornemuse,

 http://jeanluc.matte.free.fr/invpbis.htm#priziac

OUDIN (Françoise); 2015, Les Missions bretonnes, Tableaux de mission en Bretagne du XVIIe au XXe siècle.Exposition, dont Françoise Oudin est l'instigatrice,  à la chapelle de Ty-Mamm-Doué de Quimper

 ROUDAUT (Fãnch), CALVEZ ( Ronan), 2003, "Les animaux dans les taolennou. Une image globalement négative. Regards étonn´es : de l’expression de l’altérité à la construction de l’identité". Mélanges offerts au Professeur Gaël Milin, Association les Amis de Gaël Milin, pp.27-40, 2003. https://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-00441825/document

Version en breton : https://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-00441827/document

—  ROUDAUT ( Fañch), CROIX ( Alain), BROUDIC (Fañch) , 1988, Les chemins du Paradis / Taolennou ar Baradoz, Douarnenez, Le Chasse-Marée.

—  ROUDAUT ( Fañch), 2002, “ Jean-François Grall, curé de Crozon, tableauteur ”, Avel Gornog, Crozon, n°10, juillet 2002, p. 27-32. 22. 

 

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes.
4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 06:03

 

  La chapelle Notre-Dame de Lannelec à Pleyben : Deuxième partie : Sainte-Barbe .

 .


Voir :

Vierges allaitantes VII. Chapelle Notre-Dame de Lannélec à Pleyben. Première partie : Présentation ; La Vierge.

 

 

Cet article appartient à la série consacrée à Pleyben et ses chapelles :

 

L'église

 

Les chapelles :

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3°) Voir aussi :

Voir sur sainte Barbe :


 


 

 

 

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  Sainte-Barbe apparaît à Lannélec comme la patronne en second de la chapelle, bien qu'aucun document ne l'atteste. En effet, c'est pour elle qu'est dressée en face de Notre-Dame de Lannélec (ou de Misericorde) une niche dévotionnelle à droite de l'autel. C'est aussi elle qui figure sur le vitrail de la maîtresse-vitre.

  Alors que je rédigeais cet article, j'ai réussi à avoir accès au  site d'Alain Ménard kergranit.free.fr, et j'y ai découvert le rapport entre cette Sainte, habituellement considérée comme protectrice de la foudre (voir :  Église Saint-Thurien à Plogonnec II : une inscription du tonnerre!.) et les Mamm al lez ou Vierges au lait. Je commence par décrire la statue, puis j'en arrive à ce point passionnant :

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1. La niche et la statue de Sainte Barbe.

  La niche gothique est identique à celle que j'ai décrit pour Notre-Dame de Lannelec, mais sa partie supérieure est mieux conservée, et elle possède ses deux volets. Elle porte l'inscription GRANDE . et . PVISSANte . Ste BARBE . 

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 La statue de pierre polychrome du XVIe siècle grandeur nature présente  Sainte Barbe avec ses attributs habituels : la tour à trois fenêtres, dont celle qu'elle a fait percer en l'honneur de la sainte Trinité ; le livre, astucieusement placé à la base de la tour comme s'il était dans une salle de lecture ; et la palme du martyre.

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ste-barbe 9307c 

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   Elle est vêtue d'un manteau rouge doublé de bleu et dont la bordure, bleue également, porte des éléments carrés et dorés qui descendent jusqu'à  l'inscription d'une date, 1578. Je rappelle qu'à cette date, toute la région est embrasée par la guerre de la Ligue entre le catholique et ambitieux duc de Monfort, et l'ex-protestant Henri IV qui cherche à reprendre le contrôle de la Bretagne.

   Cette date m'apparaît très intéressante si on considère que cette statue et sa niche s'établissent en vis-à-vis de la statue de Notre-Dame de Lannélec, qui, elle, n'est pas datée. Les deux niches sont identiques, les deux statues paraissent de la même taille et de la même facture, leurs  costumes sont très semblables, et, détail à mes yeux significatif, on retrouve chez Sainte Barbe la même chevelure retenue par un bandeau occipital que j'ai observé sur 6 des 7 Vierges allaitantes et sur Sainte Gwen. Or, aucune des Vierges allaitantes n'est datée. Si on accepte d'attribuer la même date à N.D. de Lannélec qu'à sa voisine Sainte Barbe, cela donne une indication sur la datation de toute la série des Vierges au Lait : au dernier quart du seizième siècle, avant et pendant la Ligue. 

   Cette date de 1578 est exactement celle de la statue de St Venec, placée en vis-à-vis de le Vierge allaitante à la chapelle St-Venec en Briec. Nous avons donc :(sd = sans date)

 

Vierge allaitante socle vierge saint patron socle saint
Tréguron Gouezec :sd 1654 saint Eloi sd 1584
Kergoat : sd sd    
Quillidoaré : sd sd    
Kerlaz : sd  1566 Saint Germain  
St Venec : sd 1592 Saint Venec :  1578
Kerluan :sd pas de socle ---  
Lannélec : sd socle : sd Sainte Barbe : 1578  

   Si on écarte le socle de Tréguron en l'estimant non contemporain de la statue qu'il accueille, on obtient la fourchette de datation de 1566-1592 pour les vierges au lait de Cornouaille.

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ste-barbe 9213x

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Chapelle de Lannélec à Pleyben. Photographies lavieb-aile.

Chapelle de Lannélec à Pleyben. Photographies lavieb-aile.

Chapelle de Lannélec à Pleyben. Photographies lavieb-aile.

Chapelle de Lannélec à Pleyben. Photographies lavieb-aile.

       

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.Outre ce manteau, le reste du costume retrouve les éléments que l'on trouvait sur les Vierges allaitantes, à l'exception bien-sûr du corselet d'allaitement à ouverture à soufflet frontal.

  La longue chevelure ruisselante est un autre point commun avec les Vierges ; je la considérais comme métaphorique de l'écoulement du lait, et nous verrons qu'ici encore cette interprétation n'est pas à écarter.

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ste-barbe 9220c

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       le culte de Sainte Barbe en Europe.

Sainte Barbe, ou Sainte Barbara, Santez Barba en Breton, est une sainte martyre qui aurait vécu au IIIe siècle à Heliopolis.

Les premières versions du Mystère de sainte Barbe apparaissent au VIIe siècle en Orient, d'où des reliques sont rapportées en de nombreuses villes d'Europe (Burano à Venise, à Plaisance en Italie, Abbaye de Sainte-Barbe-en-Auge en 1050, cathédrale de Liège, aux Feuillants à Paris,  etc...) La fête catholique est instituée le 4 décembre  dès le XIIe siècle à Rome. Vincent de Beauvais mentionne la sainte dans son Speculum Historiale de 1258, Jacques de Voragine donne le récit de sa vie dans la Legenda aurea en 1261-1266 (traduction française en 1476) mais les principaux témoignages iconographiques de son culte datent du XVe siècle en Flandre puis en Italie : peintures de Jan Van Eyck en 1437 ( Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers), de Robert Campin en 1438, Cosimo Rosselli en 1468 (Musée des Offices, Florence), de Hans Memling en 1479 (Metropolitan Museum de New York), de Lorenzo Lotti en 1524.

L' église de Savigny (Manche) possède un cycle de peintures murales du XIVe.

  Le récit de Jacques de Voragine ici page 296 : link

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 2. Culte de Sainte Barbe en Bretagne

ou : les éléments apportés par le site d'Alain Ménard kergranit.free.fr: Dans sa description de la chapelle de Lannélec, remarquable par la qualité des photographies et l'art de faire jouer la lumière, je commence par lire une présentation très bien rédigée des divers éléments que j'ai pu trouver dans la Notice de 1938 d'Henri Pérennés ou dans d'autres sources. Mais j'y trouve surtout  un texte d'Anatole le Braz, auquel je n'avais pas eu accès, Les saints bretons d'après la tradition populaire en Cornouaille, 1893-1894. L'extrait qui y est cité, et que je trouve aussi ici :link m'apporte trois éléments :

  • une description de Lannélec vers 1883, que j'ignorais
  • la mention d'un "mystère de Sainte Barbe de 1557 réédité par Ernault",
  • La mention d'une sainte Barbe protectrice des femmes enceintes dans la citation suivante :

  "Ce qu'on oublie parfois, c'est qu'elle tient aussi sous sa sauvegarde les femmes enceintes. "Elles me sont plus particulièrement chères, dit-elle à Dieu en mourant ; faites-en des mères joyeuses ! Que leurs enfants viennent à bien, pour recevoir la grâce du baptême !" Ainsi s'explique qu'on ait placé sa statue, dans l'église de Lanneléc, en face de celle de Notre-Dame. Les femmes sur le point d'accoucher s'agenouillent devant l'une, et devenues mères, n'ont qu'à passer à l'autre. "

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  Il me reste à explorer ces pistes :

Emile Ernault (1852-19838)

   Ce professeur de langue et littérature classique (latin et grec ancien) à l'Université de Poitiers, né à Saint-Brieuc et membre actif de la Société d'émulation des Côtes du Nord s'est  avant tout consacré à l'étude le la langue bretonne : il a étudié et édité des cartulaires et gloses en vieux-breton et des mystères médiévaux en moyen-breton.

  En 1885, il donne la première édition française du Mystère de Sainte Barbe de 1557 :

Le Mystère de Sainte Barbe, tragédie bretonne, texte de 1557, publié avec traduction française, introduction  et dictionnaire étymologique du breton moyen, Société de Bibliophiles bretons et de l'histoire de Bretagne, Nantes 1885 404 p, in 4° :link

  C'est en réalité La Villemarqué qui est à l'origine de cette publication, car c'est lui qui a initialement recopié un exemplaire de 1557 appartenant à M. de Saint-Prix  et qui a commencé à le traduire avant de confier la suite du travail à Ernault.

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Le Mystère de Sainte Barbe en breton.

   a) les mystères bretons et le contexte historique .

     J'apprends dans un article de Jean-François Courrouau, L'imprimé religieux en langue bretonne (1526-1660), Ann. Bret. Pays de l'Ouest, 115-3, 2008, 57-79, link que ce Mystère est la première Vie de Saint éditée en breton, précédée par le Catholicon (1499), le Missel breton (1526) et le Mystère de la Passion (1530). Viendront ensuite une Vie de Sainte Catherine ( 1576) et la Vie de Saint-Yves (1623). Mais il faut adjoindre à ces livres imprimés  les manuscrits qui ne seront parfois édités qu'au XIXe siècle, et imaginer la tradition orale, attestée par les mentions de mystères joués dans les églises puis à l'extérieur.Je complète par les éléments que je peux glaner pour donner cette liste (non qualifiée) enrichie de repères historiques (source :Kervarker link )

  • fin XVe : manuscrit de Buhez santez Nonn, la vie de sainte Nonne écrit probablement par un moine de l'abbaye de Daoulas et édité en 1837 par Le Gonidec, puis récemment par l'équipe du CRBC.
  • 1499 : Catholicon  de Jehan Lagadeuc publié à Tréguier (dictionnaire trilingue)
  • 1500 (vers) : vitrail de Sainte Barbe à Lannelec.
  •  1530 : publication en un seul ouvrage de deux poèmes chrétiens,Tremenuan an Ytron Guerches maria et Pemzek Levenez Maria.
  • 1530 : mystère de la Passion publié à Paris : Aman ez dezrou an Passion ha goude an Resurrection [...], e Paris a neuet imprimet...(Ici commence la Passion ...publié à nouveau à Paris) réédité à Morlaix en 1622 puis par La Villemarqué en 1865.
  • 1532 : Réunion de la Bretagne et de la France.
  • 1539 : Edit de Villers-Cotteret imposant le français comme langue officielle (documents administratifs)
  • 1544 :Le mystère breton Dismantr Jerusalem est composé par le léonard Fiekr Mezanstourm. 
  • 1545-1563 : Concile de Trente.
  • 1557 : Mystère vie de sainte Barbe
  • 1575 : publication du Miroer Mort  en breton
  • 1576 : Vie de sainte Catherine : Buhez an Itron sanctes Cathell
  • 1576 : Cathechisme,
  • 1578 : statue de sainte-Barbe à Lannelec,
  • 1609 : Mystère de la Passion, ed. Marciguay à Saint-Malo
  • 1636 : Albert Le Grand de Morlaix publie à Nantes en français Les Vies, gestes, mort et miracles des saints de la Bretagne Armorique.
  • 1650 : Nouelou Ancien ha devot par Tangui Gueguen

Il faudrait y ajouter les cantiques imprimés sur feuille volante ou seulement mémorisés, qui reprenaient la trame des Mystères : ainsi, le canticou Histor eus a vuez Santez Barba, Morlaix, sd, cité par Ernault.

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  b) le Mystère et Vie de Sainte Barbe .

Il y eut deux éditions ; La Villemarqué a travaillé sur une copie incomplète de la première, et  Ernault a complété cette copie à partir de la 2ème édition.

1. Aman ez dezrou buhez sante Barba dre rym euel maz custumer he hoary en goelet breiz, Imprimet E Paris euilt Bernard de Léau pe huy a chom e Mouutroulez var pont bourret en Bloez [15]57, British Library : C.40.b.49

2. Aman ez dezraou buhez santes Barba dre rym, eues maz custumer he hoary en goelet Breiz. Gant euriou an itron sanctes Barba hac he Officou amplamant, E Montroulez, gant Ian Hardouyn, 1647 (BnF : Res Yn-16). Ed. Ernault, 1885

  Ce titre signifie : "Ici commence la vie de Sainte Barbe en vers, comme on a coutume de la jouer en Basse-Bretagne, Avec les heures de Madame Sainte Barbe et les offices, tout au long."

  "comme on a coutume de la jouer" : en effet, les mystères étaient joués par des groupes parfois réunis dans des confréries. A Rennes, la première représentation attestée a lieu le 25 mai 1430 jour de l'Ascension, pour donner devant le duc Jean V le Mystère de la Passion. La confrérie du saint Sacrement se consacre dès le XIVe et jusqu'en 1520 à l'exécution scénique du mystère. Des confréries de Sainte Barbe (attestée à Rouen)  furent constituées, peut-être dans le même but. S'il semble que les premiers mystères produit soient des mystères "sacrés" tirés de la Bible, en premier lieu le mystère de la Passion ( dès le XIe siècle), les mystères "religieux" tirés de la vie des saints sont également donnés, comme le Mystère de saint Martin. En langue français, deux manuscrits de Mystère de sainte Barbe ont été conservés, l'un du XVe siècle, l'autre du XVIe. Le premier, riche de 20 000 vers, met en scène cent personnages parlants. 

  Selon E. Ernault, le Mystère de Sainte Barbe fut, après le Mystère de la Passion, l'oeuvre la plus jouée. Cette sainte était invoquée contre la mort subite, et on relatait les miracles où un homme victime d'un accident mortel priait la sainte : celle-ci intervenait pour maintenir en vie l'agonisant jusqu'à l'arrivée d'un prêtre qui administrait les saints sacrements et évitait au malheureux un séjour éternel en enfer. Le succes de sainte Barbe se comprend à la lumière de la mentalité des hommes du Moyen-Âge terrorisés par la hantise de mourir sans confession.

  •   En juin 1476, on joua à Compiègne un mystère (français) de Sainte Barbe donné en trois jours (Emile Ernault)
  • En 1493, il est signalé que la Vie et histoire de Madame Sainte Barbe fut jouée à Laval.
  • Au XVIe siècle, le Parlement de Bretagne interdit les représentations publiques des mystères à la suite de rixe mortelle durant un Mystère de Sainte Barbe à Domolain près de Guerches de Bretagne ( le Parlement de Paris prononça la même interdiction le 18 novembre 1548) 
  • Le Concile de Trente interdit également la représentation des Mystères.

 

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      c) Culte de sainte Barbe en Bretagne : édifices et  iconographie.

Dans le but de situer la statue de Sainte Barbe de Lannelec sur le plan historique, je recueille encore quelques dates :

  • 1489 : construction de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët
  • 1538 : vitrail du cycle de Sainte Barbe à Montcontour
  • 1578  : Sainte Barbe à Lannélec
  • 1619 : chapelle Sainte-Barbe de Roscoff

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Les volets historiés de la niche.

  Ils illustrent la légende de Saint Barbe, que j'avais déjà évoquée ici :

Église Saint-Thurien à Plogonnec II : une inscription du tonnerre!.

Ils se lisent de bas en haut.

  Rappelons que Sainte Barbe, libanaise d'Heliopolis au IIIe siècle, persiste dans sa foi chrétienne et dans sa détermination à refuser tout mariage et résiste aux ordres pressants de son père, le satrape Dioscore, qui l'enferme dans une tour avant de partir en voyage. A son retour, il constate une troisième fenêtre qui n'était pas dans ses plans :  

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1. Sainte Barbe, Dioscore et la tour.

      ste-barbe 9226c

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Ier épisode : Dioscore amène sa fille devant la tour qu'il a fait bâtir pour y mettre à l'abri sa virginité :

          DIOSCORE           

 

199. Barba, ma merch net he derch ha guerch glan,

Denesset lem dirac ma dem breman,

Huy heu noman dreis pep hunan ganet

Ma holl esper singulier ha querhaff

Ham holl buhez noz dez seul maz vezaff

Ac e caraff muyhaff nen nachaff quet.

 

200. Rac se seder emeux sclaer prederet

Ober fournis flam dam guis diuizet

Un tour flour net doz miret hep quet sy

Enn haff affet secret ez vihet plen

Perguen eno na no guelo neb den

Bezet certen bizhuyquen nep heny

 

              SANTE BARBA

201. Ma tat quer, pebez pridirit

Na pe dre dezen eu dihuy

Na pez ouz eux huy studiet

Ma lacat gardis en prison,

Priuet a gracc en pep faczon?

Re diraezon ez sarmonet.

 

                DIOSCORE

 

Barbe, ma fille, pure et chaste vierge,

approchez à l'instant en ma présence;

c'est vous qui êtes en ce monde, plus que personne,

mon espoir le plus cher, ma vraie vie, nuit et jour,

tant que j'existerai . Je vous aime par dessus tout, 

je ne vous le cache pas.

 

 C'est pourquoi j'ai songé sérieusement

à faire une tour épaisse, belle,

disposée à mon gré,

une tour élégante pour vous y  bien garder.

Vous y serez parfaitement au secret et à votre aise, 

et personne ne vous verra plus désormais, soyez-en sûre.

 

                  SAINTE BARBE

  Mon cher père, quel souci prenez-vous,

quelle est votre intention? A quoi songez-vous,

de me mettre dans une dure prison,

privée de tout agrément ? 

Je n'ai nullement méritée d'être emprisonnée, croyez-moi.

 

 

      

 

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    2ème épisode : Le panneau sculpté en bas-relief montre plutôt l'épisode  où Dioscore rentre de son voyage, pressé de découvrir si la tour qu'il a ordonné avant son départ est conforme à ses souhaits et où il découvre tout-de-suite la fenêtre que Sainte-Barbe a fait ajouter aux deux ouvertures prévues sur les plans. Aussi suspicieux et aussi jaloux que Marcel face à Albertine prisonnière, il apprend du contremaître que l'ordre a été donné par la fille ; tandis que l'entrepreneur, traité de Diot, sotin, babouin, mastin quy (imbécile, sot, babouin, fils de chien), s'enfuit sans attendre le réglement de sa facture, Barbe est intérrogée : elle répond que "trois donne plus de clarté que deux", que "c'est maintenant la mode", que  Try frenest en re onestaff Da sclaerhat muyhaff, ne raff sy "trois fenêtres, c'est ce qu'il y a de plus convenable, pour éclairer mieux, je le sais", avant de déclarer enfin :

 Rac tri person tron onest

En un test en un maieste

A un coudet, a un edit

Un ster, un esper, un merit,

Un apetit, un deite :

" Parce qu'il y a trois personnes dans le ciel brillant, qui ont une seule nature,une seule majesté, une seule pensée,  une seule puissance, une seule dignité, un seul désir, une seule vertu, une seule volonté, une seule divinité".

  C'est le moment représenté par l'artiste : Barbe désigne à la fois les trois fenêtres de la tour et le ciel brillant avec les trois personnes qui s'y trouvent, pendant que le malheureux paternel qui est sur des charbons ardents s'arrache les cheveux. Il n'est pas au terme de son supplice puisqu'il va avoir droit à un exposé de théologie avant d'entendre sa Barbie chérie traiter ainsi  les dieux qu'il vénère : "Je leur cracherais bien à la face si j'en trouvais l'occasion ; je les détruirais en tout lieu ces sales démons puants et maudits odieusement fabriqués pour la superstition par des réprouvés !" (strophe 316 : Crachet oar tro en ho face ) . Et il s'arracherait la barbe par surcroit (à défaut d'arracher sa Barbe aux influences néfastes qui l'ont ainsi pervertie) s'il apprenait ce que les spectateurs du Mystère ont découvert tout à l'heure sur les tréteaux dréssés sur le placître de Pleyben : en son absence, sa fille  a adressé un messager à Origène en personne, qui lui a envoyé d'Alexandrie son jeune diacre Valentin. Lorsqu'il est reparti, elle en savait plus qu'un docteur en Théologie sur les trois hypostases du Dieu unique, la consubstantialité, les errements du subordinatianisme. Et elle vous récitait Polycarpe de Smirne comme votre grand-mère récitait ses départements, leur préfecture et leurs sous-préfectures !

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2 . Le miracle de la fontaine : 

  La scène se place entre le moment où Barbe est conduite dans sa prison, et le retour de son père :

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ste-barbe 9225c

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Mystère de sainte Barbe, strophes 255 à 258 : sainte Barbe se rend à la fontaine "car son âme a envie de boire" mais elle la trouve tarie. Elle se met à genoux et implore le Seigneur ; quand elle se relève, elle la trouve remplie. link

  L'image montre Dieu-le-père, coiffé de sa tiare préférée et tenant en main gauche le monde crucifère dont il ne se sépare pas, qui apparaît dans les nuées à Santez Barba pour la bénir.

   Dieu partage avec la Bretagne ce point commun de n'apparaître que dans les nuages ; c'est comme ça, on ne les changera pas.

258. Huy goar en mar dre hoz caret

Emeux ent espres dileset

An bet ; recevet ma pedenn

Ha reit diff dont mat en stat man

Evit enaff anezaff glan

Quent monet breman ahanenn.

 

Vous savez sans-doute que par amour pour vous

j'ai complètement abandonné le monde

recevez ma prière

et donnez-moi à l'instant

de bonne eau pure, pour que j'en boive

avant de m'éloigner de ce lieu.

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3 La grande colère de Dioscorus.

   Le satrape (c'est le titre et la fonction du père de Barbe, qui gouverne une satrapie, une province de l'empire Perse) vient d'entendre la profession de foi de sa fille et a perdu ses longs cheveux. Il avait donné la meilleure éducation à sa fille, l'avait entourée (au sens propre) de son affection, la promettait aux joies ineffables du mariage, et il découvre qu'elle tient des discours antisociaux, qu'elle a un comportement alimentaire déviant (ne buvant l'eau que d'une certaine fontaine à l'exclusion de toute autre, se nourrissant de baies et d'herbes cueillies autour de cette source), qu'elle se détourne ainsi des circuits économiques traditionnels, qu'elle   voue à la numérologie consacrée au chiffre trois une vénération inconsidérée, qu'elle s'isole en suivant les préceptes anorexigènes d'un gourou d'Alexandrie et qu'à l'âge où toutes ses amies jouent avec leur poupée Mademoiselle (ann Nemezell) passe son temps le nez fourré dans les ouvrages d'un certain Justin (de Naplouse),  d'un Ignace (d'Antioche) et d'un Irénée (de Lyon). Il n'est pas content content :

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ste-barbe 9224c

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                  Dioscorus

357. A ! paillardes ! pautres esou

Penauz ez den yen az guenou

Blasfemaff ma doeou louen

Hac y heb goall dre ho gallout

ouz gouvernn an bet heb quet dout

Hac en pep rout oz ma souten.

 

358. Me ray dit cruell meruell yen ; 

En place man breman oar en men

Ez renty dyen da eneff

An despet dan stinn az lignez

Mez lamo pep tu a buhez,

Me toe dam fez, gant ma clezeff.

 

(Santa Barba a pet doe di difenn,

ha neuse un men bras en em digoras

hac he euzas ouz he tat a predere

neuse he lazaff )

 

357 Ah, coquine, fille dévergondée,

comment ta bouche ose-t-elle blasphémer

froidement mes dieux bienheureux

eux qui sans faute, par leur puissance,

gouvernent évidemment le monde,

et me soutiennent de toute façon!

 

358. Je te ferai cruellement sentir 

la froide mort, en ce lieu même

A l'instant, sur cette pierre tu vas rendre l'âme

Malgré ta naissance et ta race

je t'enléverai complétement la vie,

Je le jure par ma foi, avec mon épée.

 

( Sainte Barbe prie Dieu de la défendre,

et alors une grande pierre s'ouvrit et la cacha

à son pére, qui voulait la tuer).

 

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    4. La mammectomie bilatérale,  ou le supplice de Sainte Barbe:

Cette scène ne survient qu'après une cinquantaine de pages du Mystère de Sainte Barbe où sont relatés les faits suivants : Ayant perdu de vue sa fille, le père aveuglé de fureur part à sa recherche pour la tuer ; deux bergers l'ont vu passer, le bon berger Rivallen nie l'avoir vu mais le méchant Gueguen révèle sa cachette et Dioscore s'empare de sa fille. Il la menace puis l'emprisonne avant de se rendre auprès du Grand Prévot pour la faire châtier. 

 

  Le Prévôt fait convoquer Sainte Barbe et l'exorte d'un ton bonhomme à répudier ses convictions coupables, mais devant son refus, il appelle les bourreaux ( ce sont Les sieurs Loupant , Agripant, Claudin et Glouton) pour une surenchère de supplices successifs : strophes 450 à 490

Mettez-la à nue et attachez la

Promenez la en la battant qu'il ne reste machoire ni lèvre qui ne soit vigoureusement frappées.

Procurez-vous de durs bâtons et des nerfs de boeufs solides

Et des fléaux, et de nouveaux fouets aux noeuds durs

Placez-la dans un tonneau pour y danser, plantez-y mille clous, et roulez-la à travers la ville

Sus, sus, faites qu'elle sente le supplice, avancez vite, je la veux transpercée et harassée,

les membres disloqués. Froids vilains, est-ce un jeu que vous avez fait? Fustigez-la !

Vos batons et des fouets bien durs ! Remplissez ses plaies de sel ! Frottez-la promptement, dur et serré !

Habillez-la d'une robe de crin et jetez-la en prison pour qu'elle soit déchirée mutilée chair et peau.

En prison, Sainte Barbe reçoit la visite et la consolation de Jésus et des anges. Ses plaies guérissent miraculeusement. Convoquée à nouveau devant le Prévôt, elle continue à refuser d'adorer "les idoles, stupides épouvantails faits par l'artifice de vils fripons", et son martyre reprend : elle est brûlée par des torches, frappée avec des marteaux, avec des bâtons, et enfin, strophe 593 page 138 : link : on trouve la didascalie :

                         Aman ez troucher e diu bron, "Ici on coupe les mamelles".

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 ste-barbe 9227c

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593. Squegiett diff astriff e diu bronn

Quen disaczun ha da un gonn

Digoar he poull calon gronnet

Mar guelher frost he holl costou

Gant travell hac he bouzellou

Gruet hv ent re dou badouet

 

593. Arrachez-moi violemment ses mamelles,

sans plus de façon qu'à une truie. Tirez-les

de sa poitrine, qu'on voit toutes ses côtes

à nu et ses entrailles, que la douleur

la fasse défaillir.

    .

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  Agripant possède un bon couteau pour tailler dans les mamelles, celui de Loupant n'est pas mauvais non plus, mais Claudin propose son braquemart et voilà Barbe mutilée et bien punie, mais la Sainte pense § 601 à son Dieu, son roi et son créateur, son souverain et son rédempteur, son protecteur si bienveillant, son maître si cher et si puissant, sa joie, sa pensée unique en ce monde, et tout le reste l'indiffère parfaitement. 

    N.B :     Le texte ne parle pas de cette abominable paire de tenaille particulièrement cruelle et pénible à regarder, mais simplement d'honnêtes couteaux aiguisés (contell) et de braquemarts (braquemar) bien tranchants, capables "de les couper parfaitement, tranquillement et en un clin d'oeil", "tout net et séparés" : de la belle ouvrage, pas ce travail de cochon qu'on nous donne ici à voir et qui déprécie le métier.

Remarque : j'ignore quelle est la raison d'être du pot de fleur noir qui est placé en équilibre sur l'auréole bien méritée de Barbe.

  Barbe  est ensuite condamnée à être promenée nue et à exposer son triste état d'amastozoaire à la foule. Mais Jésus en son infinie compassion envoie ses anges qui couvrent (§ 628) la vierge martyre d'un voile blanc. Elle épuise ses bourreaux qui sont éreintés et déshonorés de voir les plaies qu'ils infligent guérir comme des bobos. Le Grand Prévôt a administré la question ordinaire, la question extraordinaire et les tortures additionnellles mais n'a pas encore la science des Dominicains de l'Inquisition avec le "bouc des sorcières", l'écartèlement, l'estrapade, les grésillons ou la poire d'angoisse : il rend son tablier, il renvoie la fille (aussi fraiche et intacte, aussi vierge de toute blessure qu'à son arrivée) à son père.

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      5. Barbe traînée par les cheveux par le cheval de son père.

ste-barbe 9218c

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   J'éviterai de plaisanter sur ce satrape barbu sur son cheval barbe attrapant sa Barbe par la queue de cheval, car nous avons affaire ici à ce drame pathétique qui se répète de générations en générations, celui où l'amour insensé d'un père pour sa fille se transforme en une haine insensée.

       Dans le texte (page 93), cette scène n'apparaît en réalité que comme une menace verbale, avant que Dioscore ne sollicite la justice et ses bourreaux.

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394. En amguin me haz trahino

E ry an blev hac az blevo

Me promeno ne vezo sy

me rayguiridic da quic noaz

Maz yeno gant poan hac anoaz

Quent evit henvoaz da goazy

Je te trainerai par les cheveux

et te briserai le corps

je te promènerai ainsi

je ferai souffrir ta chair nue

Si bien qu'avant cette nuit

tes veines se glaceront de peine

et d'angoisse.

.

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  6. Barbe décapitée et sa vengeance posthume.

 

      ste-barbe 9219c

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        Résumer les trente pages de la fin du Mystère de Sainte Barbe (p. 158-187) par une image ou quelques phrases semble aussi dérisoire que, pour un mélomane, de "raconter" le troisième acte de la Traviata en citant sans les costumes, l'orchestre et la Diva, l'aria Ah, gran Dio, morir de Violetta.

  De la strophe 684 à la strophe finale 812, le spectateur a assisté au long débat de Dioscore et de sa fille, les amers reproches d'un père effondré  alternant avec les amers reproches d'une fille exaltée, aux atermoiements de Dioscore conscient de l'absurdité de son geste mais acculé par l'intensité de sa hainamour à le commettre. Comme cela a été annoncé au lecteur par la didascalie " Ici les diables excitent Dioscore à se hater de tuer sa fille",  il a assisté à l'intervention de Satan et de Bezlebut (sic) pressés d'en finir, puis aux débats interminables entre Conscience et Bezlebut, et au malheur du père. Nous sommes très loin de la Légende simplifiée où un roi foncièrement cruel tue sa fille sans regret, et aucun mouvement, aucun battement, aucun trésaillement de cette âme paternelle n'est omis :

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738. Ma coudet so quen tristidic

ma em guelet quen reusidic

Quen louidic quen milliguet

Ha bezaff suget affet pur

Da muntraff ma goat ham natur

A maleur ezouff furmet.

738. Mon coeur est si triste

qu'on me voit misérable,

infâme et maudit, exposé

à être le meurtrier de mon sang 

et de ma race.

Ah, je suis bien malheureux !

  .

Après ce long débat de conscience, la mort dans l'âme, Dioscore excité presque en vain par les deux démons finit par s'exécuter et décapite sa fille (§781). Jésus intervient et s'adresse au démon : 

     790. "Écoute, Satan, chef criminel des démons, ouvre à l'instant l'abîme plein d'amertume et de glace horrible ; dévore de ton feu ardent Dioscore ce voleur glouton, ce tyran cruel et odieux, ce chien envieux, ce perfide sans excuse."

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             Sathan

793. Ordrenaff tizmat en stat man

Foult ha curun dre fortun glan

Quemesquet a tan breman scaff

Hac et presant gant tourmant bras

De dirumpaff an quentaff pas

Dann iffern diblas az gassaff.

                  Satan

793. Je veux qu'à l'instant même

la foudre et le tonnerre mélés de feux

le précipitent avec grande violence

dans l'enfer horrible et odieux.

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   C'est le bouquet final pour le spectateur impressionné par tout un appareil dramaturgique de Daemon ex machina, tout un vacarme et une pétarade exécutée en coulisse, des éclairs, un spectacle de pyrotechnie  et  de la fumée à travers laquelle Dioscore foudroyé disparaît  tel Dom Juan dans l'acte V du Festin de pierre.

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Épilogue :

Le prêtre Valentin vient enterrer la Sainte et lui promet de construire une chapelle sur sa tombe ; tout son désir est de finir ses jours à y prier, et on comprend qu'il en était secrètement amoureux lorsqu'il donne la dernière réplique de la pièce, strophe 813 :

Hac an place man da vianhaf Pan duy an dez finuezaff Ez desiraff nen nachaff quet Bout neterret en hoz metou Mar plig gant doe guir roen ploeou reiff diff e gracou golouet.

   "C'est ici encore que je désire, quand viendra mon dernier jour, être enterré auprès de vous si Dieu, le vrai roi des hommes, veut bien m'éclairer de sa grâce".

Le rideau tombe sur Valentin pleurant sur la tombe, il pleut sans-cesse sur Pleyben comme sur Brest, et les gens disent que venant de la scène on entendit crier ton nom :

                                      Barbara !

 

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Sainte Barbe et le culte de la fécondité.

  Comme Anatole le Braz le rappelait, la présence de Sainte Barbe face à la Vierge allaitante de Lannélec se justifiait par le fait que cette sainte n'était pas seulement la patronne des mineurs, des artificiers, des pompiers, de l'US.Navy ou de la R.AF, mais qu'elle était aussi invoquée par les femmes souhaitant des enfants ou demandant du lait pour nourrir ces enfants. En Géorgie, c'est l'attribution principale de Santa Barbaroba que de guérir les enfants ou de donner un coup de main à la conception.

   Dans le texte du Mystère et Vie de Sainte Barbe, c'est lors de la belle prière que la sainte adresse à Dieu au moment de mourir qu'elle se déclare protectrice des mères: § 661 :

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661. Han groaguez espres brasesou

An re so nez ma caresou

Gruel y gant gnou mammou louen

Maz duy leal ho bugalez

Da quempret an stat a badez

Dre trugarez ma ne uez quen.

 

661.Et surtout les femmes enceintes

qui sont particulièrement mes amies,

faites-en devant tout le monde

des mères joyeuses ;

que leurs enfants viennent à bien

pour recevoir la grâce du baptème.  

Par pitié, du moins, accordez-le moi.

    .

C'est surtout les fontaines dédièes à la Sainte qui reçoivent les dévotions de jeunes filles en mal de mari et qui viennent jeter dans le bassin des épingles ou des pièces de monnaie, au Faouët bien-sûr où cette pratique est célèbre, à Quistinic (56),à Trémorel (22), Plestin-les-Grèves, Noroy-le Baud, Pont-Point (Oise), Le Relecq-Kerhuon (29), Berrien (29), et Moustoir-Ac où la fontaine jumelle les statues de Sainte Barbe et de la Vierge.

   Enfin un auteur ancien signale qu'on trouvait dans plusieurs couvents surtout en Italie des fioles de "lait de Sainte Barbe".

 

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 Analyse de la versification :

  La grande partie de la littérature bretonne du XVIe siècle qui nous est parvenue découle de la tradition orale et est écrite en vers (à l'exception de la Vie de sainte Catherine et du Cathéchisme de 1576), et elle obéit à une technique de versification qui n'est pas attestée en français, et qui disparaîtra en 1650 : celle des rimes internes qui fait rimer la dernière syllabe du vers avec celle se trouvant généralement avant la césure. Il s'agirait très probablement d'une technique d'origine galloise introduite en Armorique avec l'émigration des Bretons au plus tard au VIe siècle,pour perdurer pendant 1000 ans ce qui ne peut s'expliquer sans écoles locales d'art poètique, hélas non retrouvées.

  Source : Gwennolé Le Menn, Bilinguisme et trilinguisme en Bretagne, Bull. Assoc. étude humanisme 1982, 15-1, pp. 30-37. link

 

  Émile Ernault avait déjà parfaitement analysé la versification du Mystère de Sainte Barbe, en la comparant à celle du Mystère de la Passion et de la Vie de Sainte Nonne ; il y a relevé des octosyllabes et des décasyllabes ainsi que des vers de 5 pieds, réunis en strophes de six vers. Il note le reprise de la rime du dernier vers d'une strophe au début de la strophe suivante. Il précise la régle des rimes internes en signalant que la finale des deux premiers vers d'une strophe (ou d'une demi-strophe) doit rimer avec l'avant-dernière syllabe du troisième : j'ai surligné cela en rouge.

J'ai donc tenté de retrouver ces rimes internes dans le texte que j'ai cité en premier :   

   .

199. Barba, ma merch net he derch ha guerch glan,

Denesset lem dirac ma dem breman,

Huy heu noman dreis pep hunan ganet

Ma holl esper singulier ha querhaff

Ham holl buhez noz dez seul maz vezaff

Ac e caraff muyhaff nen nachaff quet.

 

200. Rac se seder emeux sclaer prederet

Ober fournis flam dam guis diuizet

Un tour flour net doz miret hep quet sy

Enn haff affet secret ez vihet plen

Perguen eno na no guelo neb den

Bezet certen bizhuyquen nep heny

 

              SANTE BARBA

201. Ma tat quer, pebez pridiry

Na pe dre dezen eu dihuy

Na pez ouz eux huy studiet

Ma lacat gardis en prison,

Privet a gracc en pep faczon?

Re diraezon ez sarmonet.

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 Bilinguisme en Bretagne au XV et XVIe siècle: il est singulier de constater qu' à la même époque où les habitants de Cornouaille et du Léon assistent à des Mystères en breton, lisent des missels et des catéchismes dans cette langue, dans laquelle ils écoutent les sermons et prédications, c'est en français qu'ils font graver les inscriptions votives et de construction sur les murs et sur les socles des statues de leurs sanctuaires.

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Rubrique culinaire : la Sliqua.

   Sainte Agathe avait ses Minni di vergine ou Seni di vergine, et ses Olivette di sant'Agata...

Sainte Gwen avait ses pupazza frascatana... Vierges allaitantes V : Saint-Venec à Briec : sainte Gwen Trois-mamelles et ses fils

Sainte Lucie ses biscotti di Santa Lucia,

et Sainte Barbe a la Sliqua

  La Sainte-Barbe tombe le 4 décembre, tous les pompiers et artilleurs le savent. Pour les chrétiens orthodoxes, c'est le 17 décembre, et ce jour-là, en Géorgie, on sert la Lobiani, une pâtisserie à base de haricots. En Macédoine, on  nomme Sainte Barbe Varsava, et on désigne aussi de ce nom le plat de fête à base de céréales proche du koliva rituel qui est un symbole de résurrection.

Mais au Liban, la Sainte Barbe, Eid-il-Burbara est une fête particulièrement célébrée (fériée au Liban, en Palestine, en Syrie et en Jordanie)  ; c'est surtout la veille du 4 décembre que les enfants miment la fuite de Barbe hors de sa tour, en se déguisant et en allant quémander de quoi subsister, en l'occurrence plein de friandises. C'est aussi une fête des céréales ( argument supplémentaire pour relier ce culte à une fête de la fécondité, comme la fête romaine de Bona Dea les 3 et 4 décembre, réservée aux femmes, et consacrée à la fertilité féminine), et pour "faire barbara", les libanaises préparent une bouillie de blé, sucrée, parfumée à l'anis et garnie de graines de fruits secs, ou de graines de grenade (grand symbole de fécondité à nouveau) : voilà le plat que l'on nomme la Sliqua (photo infra).

  Le culte lié aux céréales, et qui veut aussi qu l'on plante alors toutes sortes de graines de lentille, de haricot ou de pois pour les voir germer pour Noël où elles décoreront la crèche, est lié à une version de la légende où c'est un champ de blé qui a dissimulé la jeune fugitive à son père en poussant magiquement, et non un simple menhir comme dans la version bretonne.

voir : http://www.traiteur-a-domicile.net/4-categorie-10158473.html

L'image de la Sliqua est empruntée à :http://www.christelleisflabbergasting.com/2010_12_01_archive.html

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Published by jean-yves cordier - dans Pleyben Chapelles bretonnes.

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Théraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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