Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
1 novembre 2018 4 01 /11 /novembre /2018 20:05

Iconographie de saint Christophe : La peinture murale de saint Christophe à Louviers (vers 1510).


 

 

 

.

— Sur les peintures murales, utiliser l'onglet "rechercher"

Sur l'iconographie de saint Christophe : Voir :

 

 

.

.

Lorsque je me suis rendu à Louviers pour visiter l'église Notre-Dame, j'ai passé un très long moment près des fonts baptismaux — la première chapelle à droite de l'entrée— d'une part pour attendre la fin de l'office alors en cours, puis pour photographier les baies 24 et 26. J'eus donc largement le temps d'observer les lieux. Pourtant, ce n'est qu'au moment de quitter l'église que je m'avisais que le fond très sombre de la chapelle des Fonts  était occupé par une peinture dont je devinais vaguement les formes. Focalisant mon attention, j'y reconnus avec émotion un monumental saint Christophe, semblable à celui que j'avais observé, dans des conditions d'éclairage à peine meilleure, et dans la même situation à droite de l'entrée, dans la cathédrale de Burgos.

N'ayant aucun éclairage à ma disposition, je photographiai cette paroi obscure en sensibilité maximum.

.

 

La peinture murale de saint Christophe à Louviers : au secours !

.

Une fois rentré chez moi, j'ai consulté les données disponibles en ligne, pour m'apercevoir que les rares clichés (trois sur le même site de la SEDLR) de cette peinture murale étaient tous aussi sombres que les miens. La fresque est dans un état déplorable et rien n'est fait pour la mettre en valeur. 

Le GRPM — Groupement de Recherche en Peinture Murale— s'en est-il ému ? Je ne trouve en ligne que ses mentions de peinture de saint Christophe en Champagne (à Arsonval, Cussangy, Metz-Robert, Nogent-en-Orthe, Chappes), en Rhone-Alpes à Saint-Antoine-l'Abbaye.

D'autres sont découvertes en  Bourgogne sous des badigeons à Asnois et Diennes-Aubigny (Nièvre). D'autres encore attendaient sous le badigeon à Montferrand-du-Périgord, à Saint-Christophe-sur-le-Nais, en Charente-Maritime à Archingeay,  en Charente à Saint-Artémy de Blanzac, en Vienne à Civaux et à Thollet,  en Belgique à Malines .

Mon but n'est pas ici d'en dresser un inventaire, mais de souligner que partout, elles font l'objet de restaurations, d'attention et d'études, et d'émerveillement.

L'état d'abandon de la peinture de Louviers  était déjà signalé en 1893, lorsque Charles Dubourg en donna la première description  (et la seule à ma connaissance) pour attirer l'attention sur son intérêt.

.

Quelques données :

Selon le Congrès archéologique de France 1984, la peinture a été offerte vers 1519 par Jehan de Challenge, écuyer, licencié es droit, bailli de Louviers, membre d'une éminente famille lovérienne d’hommes de loi enrichis et anoblis, et qui offrit en 1526 à son église un vitrail. Guillaume de Chalenge, bailli de Louviers en 1407 avait édifié une chapelle où figure ses armes de gueules à trois soleils d'or.

La peinture a  été recouverte par un badigeon à la fin du XVIIIe siècle, redécouverte au XIXe et a longtemps été masquée par un tableau, copie de la Vierge de Foligno de Raphaël.


 

Deux donateurs (un couple ?) sont agenouillés au pied de la peinture, accompagné à gauche d'un blason d'azur à la croix (engreslée ?) d'argent.  [Daillon : d'azur à la croix engrêlée d'argent : donateur d'un vitrail à Gisors].

La taille monumentale du saint (souvent 3 à 4 mètres) rappelle que Christophe est, dans la Légende, un Géant. Cette tradition correspond au début des représentations iconographiques et disparaîtra ensuite.

L' emplacement à la droite immédiate de l'entrée, soulignent sa valeur de protection lors du franchissement des seuils, les passages, les transitions et donc les voyages.

La situation près des fonts baptismaux est très fréquente et relève de la même symbolique du passage, mais aussi de la conversion du saint : par son baptême, le chrétien est appelé à devenir christophore, porteur du Christ. 

Signalement par le n°14 sur le plan d'un circuit de découverte où elle est qualifiée de "fresque noircie":

 

 

 

.

Droits réservés Office du Tourisme Seine-Eure

 

.

Description générale.

 

Le saint marche vers la gauche, pieds dans l'eau car  traversant un gué, portant le Christ enfant sur ses épaules et s'aidant d'un bâton. Il est guidé par un ermite dont nous ne voyons bien que sa lanterne, à droite ; son ermitage doit correspondre à la grande église qui se détache sur l'horizon. Tous ces éléments sont conformes à l'iconographie établie à cette époque en France. L'ensemble est surmonté, en haut de l'ogive, par Dieu le père au milieu d'une gloire.

.

Je vais présenter mes mauvaises photos, en multipliant les vues de détails un peu plus explicites;

.

Vue générale. 

Premier repère : le bâton tenu en haut par la main droite du saint. J'indique la tête du géant et celle de l'Enfant.

Il m'est impossible de voir si le bâton est refleuri, selon le miracle et la métaphore de la reverdie/conversion.

.

Saint Christophe traversant le gué, 1519, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

Saint Christophe traversant le gué, 1519, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

.

Les donateurs.

Une inscription est visible (un euphémisme) sur une seule ligne à la base de la peinture OFFERTE--.

Rien ne peut être dit des donateurs, sauf qu'ils sont agenouillés, mains jointes, et que celui de droite est peut-être un clerc car une capuche est rabattue dans son dos.

Des armoiries, nous ne voyons que la croix blanchâtre. J'ai déjà évoqué les armes de la famille Daillon. ans mes recherches, je note que les armoiries de Jumièges sont  D'azur, à la croix d'argent , avec une crosse en pal, cantonnée de quatre clefs tournées à dextre.

.

Nous en profitons pour examiner les jambes nues du saint qui traverse la rivière, et le sol où poussent des joncs et d'autres plantes aquatiques. Je ne discerne ni vaguelettes, ni poissons. Peut-être une barque, si ce n'est pas un artefact.

.

Saint Christophe traversant le gué, 1519, chapelle des Fonts, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

Saint Christophe traversant le gué, 1519, chapelle des Fonts, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

Saint Christophe traversant le gué, 1519, chapelle des Fonts, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

Saint Christophe traversant le gué, 1519, chapelle des Fonts, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

.

Il me semble compter en réalité trois blasons.

.

Saint Christophe traversant le gué, 1519, chapelle des Fonts, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

Saint Christophe traversant le gué, 1519, chapelle des Fonts, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

.

L'examen de la tranche suivante  de la peinture, en forçant les paramètres, montre que le saint est vêtu d'un pagne bleu frangé d'or, et que le bâton écoté donne naissance à quelques feuilles.

Le manteau rouge descend en diagonale vers la droite, après un pan qui descend à gauche, tenu par la main qui tient le bâton.

 

 

 

.

Saint Christophe traversant le gué, 1519, chapelle des Fonts, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

Saint Christophe traversant le gué, 1519, chapelle des Fonts, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

.

C'est au même niveau que j'ai découvert la fameuse lanterne si fréquemment représentée ailleurs entre les mains du bon ermite.

.

Saint Christophe traversant le gué, 1519, chapelle des Fonts, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

Saint Christophe traversant le gué, 1519, chapelle des Fonts, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

.

À l'église Saint-Jean de Malines, c'est sur l'autre rive qu'il attend le voyageur.

.

Peinture murale de Malines . Droits réservés Marjan Buyle et Anna Bergmans

 

.

Saint Christophe traversant le gué, 1519, chapelle des Fonts, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

Saint Christophe traversant le gué, 1519, chapelle des Fonts, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

.

La tranche suivante nous montre :

une ligne d'horizon avec paysage rocheux à gauche et église à droite.

la main de Christophe tenant le bâton qui se termine par une (sorte de ) croix.

La tête du saint. Son front est entouré du bandeau si important dans l'iconographie. Les traits de son visage sont grossiers, vultueux, soulignant la nature du Géant à la force jusque là non jugulée. La bouche est entrouverte. Les yeux sont tournés vers l'arrière, mais non vers le Christ. Je crois voir une barbe, bien probable.

Le Christ juché sur les épaules : cf infra.

Dieu le père, barbu, bénissant, tenant un livre (inscription) et envoyant depuis ses nuées les rayons de son approbation et de sa puissance.

 

.

 

 

Saint Christophe traversant le gué, 1519, chapelle des Fonts, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

Saint Christophe traversant le gué, 1519, chapelle des Fonts, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 27 août 2018.

.

Le Christ enfant est représenté bénissant, tenant le globus cruciger à longue hampe, vêtu du manteau rouge de la Résurrection, et nimbé de rayons sinueux.

Les pans du manteau qui s'envolent en vagues sur les cotés relèvent, comme les éléments précédents mais de façon encore plus évidente, d'une fidélité aux modèles du XVe siècle.

Je place en annexe quelques descriptions de peintures murales qui montreront comment cette représentation du saint christophore est codifiée.

.

.

La peinture murale de saint Christophe à Louviers : au secours !


 

.

 

 

 

 

Le bailli Jehan de Challenge fit exécuter vers 1519 la fresque de saint Christophe à la chapelle des fonts baptismaux

Jehan Challange

à Louviers, un acte de 1526 précise que feuJehan Challenge, membre d'une éminente famille lovérienne d'hommes

à Louviers, un acte de 1526 précise que feu Jehan Challenge, membre d’une éminente famille lovérienne d’hommes de loi enrichis et anoblis, avait payé « une vitre en l’église de la ville » et que, selon un accord passé, la ville devait payer une ferraille pour protéger le vitrail105.

Vitraux Rouen 394 de Tilly, Le Roux d'Esneval et de Challenge; il datait du premier quart du XVr s. ChristopheLe Picart de Radeval et son épouse Anne Basset avaient offert la verrière de la baie sud de l'abside, dont un ... renouvelle en 1888 les encadrements ornementaux des verrières de la Passion et de la Vie de saint Jean-Baptiste

Jehan Challenge, escuier, licencié en loix, bailly dudit Loviers, 

 

 

                                    

 Louis du Vivier D'azur à la croix d'argent cantonnée de quatre aigles du

 

.

ANNEXE I. LA DESCRIPTION DE CHARLES DUBOURG (1893)

 

SAINT CHRISTOPHE

        " II existe dans l'église Notre-Dame de Louviers, vis-à-vis les fonds baptismaux, une vieille peinture murale, apparaissant comme à travers un voile, et représentant un géant habillé dans le goût du XVe siècle. L'artiste, qui a exécuté cette déco­ration, a pris pour sujet la légende de Saint Christophe.

        Ce fut sans doute aussitôt après la construction de cette partie de l'église, c'est-à-dire vers 1500, qu'elle fut faite(1). C'était le moment où ce saint était le plus en honneur.

        Du reste, la manière dont l'artiste a traité son sujet, indique la fin du XVe siècle. Le saint, vêtu d'une tunique à plis garnie de fourrure, est armé d'un bâton noueux et tient sur sa puissante épaule l'enfant Jésus, qui appuie sur la tête du géant le globe du monde surmonté d'une croix très longue. Tout en haut de l'ogive, Dieu le père, au milieu d'une gloire, contemple la scène. Dans le lointain se trouvent encore les traces d'un paysage très compliqué et notamment à droite on aperçoit une église parfaitement dessinée, dans le goût du XVe siècle.

       M. Barbe a signalé comme se trouvant visible encore en 1877 le portrait des donateurs : une mère et son fils. Les armoiries étaient, autant qu'on pouvait les contrôler, d'azur à la croix d'argent.

       Nous avons remarqué des analogies avec quelques autres fragments de peinture murale, qui se trouvent dans plusieurs parties de l'église, et nous supposerions volontiers que tout l'inté­rieur a dû être décoré vers cette époque.

       Les plis du vêtement ne sont plus drapés, comme au com­mencement du siècle ; ils sont droits et sentent, pour ainsi dire, la Renaissance, dont l'aurore se lève.

       Le culte du saint ne date, en effet, que du Moyen-Age. Sa figure, regardée par le P. Martin comme la plus ancienne, et attribuée au XIIe siècle, est une peinture sur verre de la cathédrale de Strasbourg, dans le transept méridional.

       Les premiers essais connus de la gravure en relief antérieurs et précurseurs de l'imprimerie représentent des Saints Christo­phe (2). Le plus ancien est daté de 1418 et un autre de 1423.

        La légende actuelle du saint est relativement récente. Il ne s'en trouve aucune trace, ni dans le ménologe de l'empereur Bazile, ni dans la lithurgie Hispano-Gothique, d'où il faut con­clure que les monuments écrits n'en sont pas la vraie source. Le nom du martyr et sa haute stature fournirent aux artistes la donnée principale ; un géant portant l'enfant Jésus, le Kristojos  des Grecs, devint au Moyen-âge Christoferus ou Christum fereus, se trouvant par là traduit aux gens pour l'Occident comme pour l'Orient (Documents fournis par M. Georges ROHAUT  DE  FLEURY.).

        Les plus célèbres figures de ce saint datent surtout des derniers temps du Moyen-Age. L'intention des artistes qui les exécutaient, n'était pas seulement de rappeler la stature presque monstrueuse de Saint Christophe, mais aussi de le rendre plus visible de loin à tous les regards.         Il paraît avoir été reçu vers le XVe siècle, que voir Saint Christophe, c'était une garantie contre tout accident fâcheux durant la journée mais surtout un préser­vatif assuré contre le danger de mort subite ou de rage : On disait :  

Christophorum videas pastea tutus eris.

 

        Primitivement, on plaçait ces colosses en dehors des églises pour qu'on puisse les apercevoir de loin, mais lorsque, sans doute pour éviter les dégradations, on les fit entrer dans l'intérieur des édifices, on les mit au bas de la nef, c'est ainsi que les repré­sentent du moins quelques vieilles estampes assez  rares (4).

        La place qui leur fût assignée au bas de la nef, semblait assez bien correspondre à celle d'où on était forcé de les retirer pour les mettre à l'abri des injures du temps et surtout des hommes.

        Parmi les plus célèbres statues, il faut citer celle d'Auxerre qui datait de 1539 et que le chapitre fit démolir en 1768, et celle de la cathédrale de Paris qui fut condamnée par le chapitre en 1784 et qui datait de 1413. Le premier de ces colosses avait vingt-neuf pieds de haut et seize de largeur d'une épaule à l'autre.

       Le sort des images de saint Christophe subit à une époque un cruel revers de fortune : « Une véritable guerre d'extermination » s'éleva contre ces curieux vestiges d'une civilisation mal appréciée du reste par ceux qui faisaient leur procès. Ces gigantesques figures, restées sans défenseurs, tombèrent sous l'accusation de barbarie superstitieuse, et si leur cause ne fut pas suffisamment instruite peut-être, il y a du moins ceci à la décharge des juges et des destructeurs, c'est que les peuples n'étaient plus  en état de rien comprendre à ces colossales figures. » (5)

        Ce n'est pas à dire que nous regrettions tout ce que le Moyen-Age a rêvé, pensé et surtout exécuté sans exception, jusqu'à ces figures fantastiques et hideuses, qui le sont encore plus depuis que nous ne savons plus ce qu'elles signifient, mais nous regret­tons les destructions, les prétendues améliorations, les répa­rations maladroites et inintelligentes. Pourquoi dénaturer, pourquoi défigurer un monument d'une époque quelle qu'elle soit ? C'est le fait de préventions, de passions en délire ou d'une ignorance impardonnable. On doit respecter tout : vitraux, jubés, statues, gargouilles, sculptures, peintures, ameublements, tout doit rester à sa place et être entretenu avec une religieuse exactitude. Détruire ou dénaturer sont deux actes de barbarie à peu près semblables, et nous oserions presque avancer qu'il vaudrait mieux détruire que défigurer. Les ruines n'empêchent pas de retrouver parfois tout ou partie des formes primitives, mais un monument défiguré, dénaturé, ne peut plus servir ni à l'étude, ni à l'histoire de l'art.

Il n'y a pas eu de procès fait en règle contre les images de saint Christophe pas plus que contre bien d'autres objets à nous légués par le Moyen-Age.

        Ceux qui, les premiers, mirent le marteau sur les monuments, furent des iconoclastes furibonds qui invoquaient la religion pour tromper la multitude ignorante et lui montraient du doigt ce qu'il fallait détruire sous le spécieux mot de ralliement : à bas la superstition ! La raison du plus fort fut toute l'instruction et la destruction générale fut sérieusement méditée et arrêtée (6).

        Nous ne savons si les chanoines de l'église de Louviers connaissaient la guerre d'extermination entreprise contre le saint, mais ils ne se préoccupaient certes pas de conserver son image et lors du badigeonnage général de l'église, à la fin du siècle dernier, il disparut ainsi que les peintures polychromes dont les traces subsistent dans diverses parties de l'église. Toute­fois, grâce à la différence du procédé d'exécution, nous devons la conservation de la peinture primitive exécutée soit à la détrempe, soit à la cire; celle-ci était plus solide et le badigeon s'effritant, nous laissa le saint Christophe à peu près intact.

       Pendant longtemps, il fut caché presque entièrement par la copie de la Vierge de Foligno, de Raphaël, aujourd'hui reléguée dans la chapelle des Chalenge.

       En signalant à la Société d'Etudes diverses, cette figure colossale, nous espérons que longtemps encore, nous pourrons contempler ce curieux spécimen de la peinture décorative de la fin du XVe siècle."

1 - La construction de cette partie de l'église fut achevée en 1496. — L. MARCEL Les Rues de Louviers, page 198

2 - Vicomte Henry DELABORDE (gravure).

3 - Documents fournis par M. Georges R.OHAUT  DE  FLEURY.

4 - Molanus, Hilfor. imag, sacr,, page 319.

5 - Vitraux de Bourges. P. cahier, i vol. in-fol..Notes.

6 - Guénébault. Dictionnaire d'Iconographie religieuse, édit. par l'abbé Migne.

 

.

.

ANNEXE II. QUELQUES DESCRIPTIONS DE PEINTURES MURALES.

.


Saint-Jean de Malines

https://journals.openedition.org/ceroart/2822#tocto2n3

 

"Sur ce pan de mur se dessine la figure monumentale de saint Christophe, sur un fond rouge ponctué de fleurs colorées, appliquées au pochoir. Outre ce fond abstrait, on distingue également des détails assez naturalistes, comme l’environnement pittoresque,  les rives rocheuses, la rivière au milieu -encore à peine visible-, la chapelle dont sort l'ermite et quelques arbres isolés, à droite.

Le saint traverse la rivière avec l’enfant Jésus sur les épaules. Christophe est représenté très grand (plus de 4 mètres de haut!). La légende nous raconte en effet qu’il était un géant. Il porte une tunique rouge à manches longues et un manteau blanc avec une doublure verte, qui flotte élégamment au vent. Son visage est serein, avec de grands yeux expressifs, une longue barbe et des cheveux ondulés, tenus par un bandeau blanc. Il se retourne vers l'enfant Jésus, qu’il porte sur son épaule et dont il tient le pied gauche. L'enfant porte une tunique bleue et lève la main droite en un geste de bénédiction. Sa main gauche repose sur un globe et il tient également un étendard en forme de croix. À gauche de la scène, l'ermite sort de sa petite chapelle. Il a l’habit d’un moine et une lanterne allumée. Il porte à sa ceinture un couteau dans une cuissarde et un petit sac rectangulaire."

.

PEINTURES MURALES www.culture.gouv.fr/content/download/110023/1276677/.../Peintures+murales.pdf

 

Archingeay (Charente Maritime)

Plus énigmatique - et difficile à dater - est le tableau peint à fresque mis au jour au droit des fonts baptismaux et consolidé d’urgence tant l’enduit était dégradé et décollé de la maçonnerie. Dans un cadre orné de fleurettes, bien distincts, une église et un arbre dépouillé de son feuillage encadrent un personnage central que son état de conservation ne permet pas de nommer avec certitude. S’agit-il d’une Charité de saint Martin, titulaire de l’église ?

C’est possible mais l’attitude du personnage et son environnement pourraient davantage correspondre à un épisode de la légende de saint Christophe. La présence de saint Christophe près des fonts n’est d’ailleurs pas saugrenue : par son baptême, tout chrétien est appelé à devenir un porteur du Christ un... christophore.

.

Saint-Arthemy de Blanzac (Charente) :

À l’entrée de l’église, sur le mur sud, le visiteur est accueilli par une immense figure (trois mètres de haut) de saint Christophe, qui se détache sur un fond paysager composé d’une église au premier plan, de végétation et d’animaux. Le saint, figuré à gauche, est barbu, nimbé et vêtu d’une grande cape rouge ; les plis des vêtements indiquent qu’il est en marche en s’aidant d’un gigantesque bâton. Il porte l’Enfant sur son épaule gauche ; son nom signifiant, en grec, le porte-Christ ou « celui qui porte le Christ dans son coeur », a induit un glissement vers un sens plus matériel dans les représentations. La tradition, popularisée au XIIIe siècle par la Légende Dorée, a conduit à imaginer saint Christophe portant le Christ sur ses épaules comme un géant, sorte d’Hercule chrétien. Il était réputé protéger les hommes de la mort subite sans confession, la « male mort » : il suffisait alors d’avoir contemplé l’image du saint dans la journée pour éloigner tout risque.

Cette croyance populaire peut expliquer le choix de l’emplacement de cette figure, ici à l’entrée de l’édifice. La partie inférieure du décor est manquante : on pourrait imaginer un cours d’eau que le saint, selon la légende, fait traverser aux pèlerins et voyageurs, tel un passeur. Dans la tradition picturale, une

rivière est souvent représentée avec, sur la rive opposée, une chapelle où un ermite tient une torche allumée pour guider saint Christophe dans sa traversée. La représentation de saint Christophe, dans l’église de Blanzac, suit toutes les conventions picturales des XVe-XVIe siècles, en adoptant un style assez naïf ou archaïque.

.

Thollet (Vienne)

Sur le mur sud, la découverte la plus intéressante réside dans la mise au jour d’une figure monumentale :

un saint Christophe portant sur ses épaules le Christ enfant. Les personnages sont placés dans un décor végétal, au milieu d’arbustes à feuilles longues et nervées. Réalisée en teinte ocre jaune et rouge, cette composition s’inscrit dans un cadre peint dont on voit la trace dans la partie haute. La figure de saint Christophe est particulièrement belle avec son visage aux traits réguliers, son expressivité, sa barbe

longue et sa chevelure abondante retenue par un bandeau blanc. Elle n’est pas sans évoquer l’atelier qui a travaillé dans la première moitié du XIVe siècle au décor de la nef de Notre-Dame d’Antigny.

.

 

.

SOURCES ET LIENS.

https://journals.openedition.org/insitu/10805

http://sedlouviers.pagesperso-orange.fr/patrimoine/stchristophe.htm

http://givernews.com/2007/10/05/saint-christophe/

http://www.tourisme-seine-eure.com/images/06-QUE-FAIRE/1-culture-patrimoine/B1.2-ND-Louviers/Circuit-Bilingue-EGLISE-ND-LOUVIERS.pdf

— DUBOURG (Charles), 1893, Le Saint Christophe de N.-D. Bulletin de la Société d'Etudes Diverses de Louviers et de sa région, Imp. E. Izambert., 1894 page 35 et suiv. .

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441316k/f32.image

— LE MERCIER (E.)  Monographie de l'église Notre-Dame de Louviers Ch. Hérissey et fils, 1906 - 212 pages page 149

"On avait surtout recours à l'intercession de saint Christophe en temps de peste, ce qui fut probablement le cas, à l'occasion d'une de ces terribles épidémies qui ont affligé Louviers notamment en 1521, 1552 et 1694.

Primitivement, on plaçait ces colossales figures en dehors des églises, pour qu'on put les apercevoir de loin, tel le saint Christophe de la cathédrale d'Auxerre, qui avait vingt-neuf pieds de haut et datait de 1539, tel celui de la cathédrale de Poitiers, tel celui de Notre-Dame de Paris, qui avait vingt-huit pieds et  avait été élevé en 1413, par Antoine des Essarts, pour remercier le saint de l'avoir sauvé de la fureur des Bourguignons, tel encore celui de Notre-Dame des Andelys, dont on voyait naguère le piédestal, consistant en un massif de pierre de forme pyramidal, qui intriguait les touristes et mettait à l'épreuve la sagacité des érudits.

Plus tard, on fit entrer les images de saint Christophe dans l'intérieur des églises, pour éviter, sans doute, les dégradations, et on les plaça au bas de la nef et souvent dans la chapelle des fonts baptismaux, qui était dédiée à ce saint ou à saint Jacques '. Puis arriva une époque où l'on fit à toutes ces images une véritable guerre d'extermination et longtemps avant la Révolution, le clergé, lui-même, les faisait disparaître sous le badigeon, n'y voyant plus que des vestiges d'une grossière superstition."

.

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe. Peintures murales
20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 11:29

Iconographie de saint Christophe : la lancette de saint Christophe, baie n°1, (vers 1500-1510) à l'église Notre-Dame de Brennilis.

—–Sur l'église de Brennilis, voir :

 

—–Sur Saint Christophe, voir aussi :

— Saint Christophe en Bretagne :

— En Espagne :

— En France :

.

.

L'église Notre-Dame est une ancienne chapelle tréviale de Loqueffret devenue église paroissiale en 1849. Une inscription en lettres gothiques à droite du maître-autel en indique la date de fondation : " Y[ves] toux  procureur lan mil CCCC IIII XX  + cinq [1485] : au cõmenceme[n]t   de . ceste . chappele". Le terme de "procureur" indique la fonction d'Yves Toux comme fabricien, chargé de gérer le temporel d'une paroisse, c’est-à-dire ses biens et ses revenus, et de décider et surveiller les travaux de construction.  Dans les petites paroisses rurales, la fabrique est constitué d’une seule personne  nommé "procureur fabricien".

 

La verrière d'axe ou baie 0, datée vers 1500,conserve les armoiries de Louise de Berrien et de son époux Olivier de Quélen baron du Vieux-Chastel, décédé en 1521. On y trouve aussi les armoiries des parents et grands parents de Louise de Berrien, seigneurs de Brennilis : Henri de Berrien (marié à Louise du Juch) et Yvon de Berrien  (père d'Henri, marié en 1443 à Jeanne de Lezongar). 

La baie n°1, placée à gauche du chevet plat, était autrefois cîmée des mêmes armes de Berrien plein.

.

 

.

 

Inscription de fondation, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.
Inscription de fondation, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

.

Situation de la verrière.

La baie n°1 se situe à gauche du chœur, sur le mur oriental du bras nord du transept. Elle éclaire un autel et est encadrée par une statue de saint Divy, et par le groupe de saint Yves entre le riche et le pauvre.

.

 

Situation de la Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Situation de la Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

.

 

Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

.

Le vitrail.

La baie 1 mesure 2,50 m de haut et 0,90 m de large et est datée par Françoise Gatouillat et Michel Hérold (Corpus Vitrearum) de 1500-1510 ; ses 2 lancettes en plein cintre comportent chacune deux registres, consacrés à sainte Anne et saint Christophe à gauche, à un motif perdu et à saint Fiacre à droite. Dans le tympan, un soufflet (blason de Bretagne) est entouré de deux mouchettes (Saint Michel et sainte Marguerite). Elle a été restaurée par Gruber en 1967. 

.

Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

.

Le panneau inférieur de la lancette A : Saint Christophe.

Dans une niche architecturée à fond rouge, le saint traverse un cours d'eau entre deux rives escarpées, par un gué figuré en gris clair. Alors qu'il se déplace de la droite vers la gauche, s'aidant de son bâton de marche, il se retourne pour observer l'enfant qu'il porte sur son épaule gauche. Celui-ci se révèle à lui comme le maître et sauveur du monde, dont il tient le globe crucifère dans la main gauche.

Lancette  de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Lancette de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

.

L'inscription de donation.

Elle se poursuit sur le registre inférieur de la lancette B et doit se lire : RO ...DE BERYEN PECTR  DE PLEYBEN OD FAG ...C VITRARE ISTAS FENESTRZ

soit "Roland de Beryen, recteur de Pleyben fit faire vitrer cette fenêtre".

Lecture de 1849 : No. de Bezyen Prestre de Pleyben O faict vitrare istas fenestras

La mention "Ro ... de Bezien" est extrapolé "Roland de Bezien" car l'existence d'un vicaire perpétuel, c'est-à-dire recteur de Pleyben portant ce nom est attestée pour la période de 1492 à 1498, sous les orthographes  Rolland de Berryen ou Beryen." Il eut des démêlés avec les fabriciens de Pleyben touchant l’attribution des offrandes, dons et legs faits à l’église, qu’il voulait se réserver. Une bulle d'Alexandre VI, conservée aux archives paroissiales, en date du 19 Février 1498, confirme pour 25 ans un accord survenu entre Rolland et ses paroissiens à ce sujet. Ce fut sous le rectorat de Berryen que fut construite, en 1490, la chapelle de Lannélec" (H. Pérénnes, 1939). On notera que le recteur de Pleyben qui lui succéda en 1512-1519 sera Hervé de Lezongar, dit le Jeune,  également recteur de Ploaré, Clohars-Fouesnant, et Penhars. 

 

 

 

Panneau  de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Panneau de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Panneau de saint Fiacre, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Panneau de saint Fiacre, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

.

Or, l'un des vitraux de la chapelle de Lannelec, dans la paroisse de Pleyben, porte une inscription comparable à celle-ci : il s'agit de la baie n°2 , où,  à coté les armoiries de la famille Berrien, d'argent à trois jumelles de gueules au franc-canton d'or chargé d'un loin de sable  l' ange de droite porte un phylactère avec l'inscription RO O DE B[E]RIEN. Ce vitrail est daté par les auteurs du Corpus Vitrearum de  1500. 

http://www.lavieb-aile.com/article-vierges-allaitantes-vii-lannelec-a-pleyben-100361239.html

.

 

 

Chapelle de Lannelec à Pleyben photographie lavieb-aile.

Chapelle de Lannelec à Pleyben photographie lavieb-aile.

.

Saint Christophe et le Christ;

Le saint présente un visage fort, barbu, avec des cheveux cours et drus . Son front est ceint d'un bandeau. Il porte un manteau mauve pâle dont les pans sont fixés par un fermail, et une tunique bleue au dessus d'un pagne blanc. Il s'appuie d'une main sur la hanche, tandis que la main gauche tient le bâton de marche. Celui-ci, une branche écotée inclinée selon une diagonale supérieure droite, se termine par une courte fourche mais n'est pas fleuri. 

L'Enfant bénit l'univers de la main droite et tient le globus cruciger de la main gauche. Il se tient de face et regarde devant lui, la tête inclinée vers la gauche. Mais la tête et le nimbe sont dus à une restauration récente.

.

 

Lancette  de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Lancette de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

.

La tête de saint Christophe est une belle réalisation de peinture sur verre associant un dessin par apport de grisaille, une soustraction de peinture noire par "enlevé" (cheveux), et des rehauts de sanguine sur les pommettes et les lèvres.

Saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

.

La partie basse du panneau permet d'observer comment le peintre a traité le motif de la rivière. On n'y trouve aucun poisson, aucune créature aquatique, mais quelques plantes, et, sur la rive verte, peut-être une libellule.

 

Saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

.

DISCUSSION.

 Étude iconographique.
Par rapport au schéma traditionnel complet, nous retrouvons :

  • les deux rives escarpées 

  • la progression de la droite vers la gauche;

  • les jambes orientées vers la rive de gauche, mais la rotation du tronc présenté de face, poursuivi par la rotation de la tête vers le haut et la droite,

  • la stature de géant du saint (peu soulignée)

  • le caractères de sauvagerie du personnage : barbe et cheveux drus.

  • le bandeau "de (futur) martyr" autour du front

  • L'Enfant porté sur l'épaule gauche, bénissant et tenant le globe.

Par contre sont ici absents :

  • l'ermite guidant le saint par sa lanterne sur la rive de gauche

  • les poissons et monstres aquatiques dans la rivière,

  • l'échange de regards entre Christophe et le Christ.

  • la représentation du fleurissement miraculeux du bâton de marche.

  • les couleurs rouge et verte des vêtements.

  • l'axe en diagonale supérieure gauche du bâton (et de l'effort de progression).

 

.

Iconographie comparée.

J'ai décrit précédemment  12 autres vitraux dédiés à saint Christophe en France, dont 8 en Bretagne. Ils ont été réalisés entre 1451 et 1550, et, pour les exemples bretons, dans l'étroite fourchette de  1470 et 1497. Celle-ci correspond, partiellement et sans corrélation directe, avec la période où Anne de Bretagne était duchesse de Bretagne (1589) et reine de France comme épouse de Charles VIII (1491-1598). Celle-ci correspond aussi, pour le diocèse de Quimper, au programme de vitrage des baies hautes de la cathédrale où les principales familles de la noblesse se firent représenter, puis au programme de vitrage des chapelles et églises, où les mêmes familles veillèrent à placer leurs armoiries et à affirmer leurs privilèges. 

 

  La liste des vitraux bretons, avec les donateurs, est la suivante :

 

  • cathédrale de Quimper,  baie n°113. (vers 1495-1497). Le chanoine Jean Le Baillif.

  • cathédrale de Quimper,baie n°114.  (vers 1495-1497). Un membre de la famille de Lezongar, Sr de Pratanras présenté par saint Christophe

  • cathédrale de Quimper, baie n°115.  (vers 1495-1497).

  • cathédrale de Quimper, baie n°126.  (vers 1495-1497).  Un seigneur de Kerguelenen présenté par saint Christophe.

  • cathédrale de Quimper, baie n° 128.  (vers 1495-1497).

  • Vitrail de saint Christophe (1480), église de Ploermel. ​Seigneur de Botigneau.

  • Panneau de Jeanne du Pont présentée par Saint Christophe à Tonquédec (1470)

  • la baie 2 (vers 1520) de l'église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant (29).

La comparaison se fait aisément entre le panneau de Brennilis, et les baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant, car dans ces 5 cas,  le donateur n'est pas représenté, et saint Christophe apparaît "en pied". 

.

 

 

Saint Christophe dans les  baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant
Saint Christophe dans les  baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant
Saint Christophe dans les  baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant
Saint Christophe dans les  baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant

Saint Christophe dans les baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant

.

On peut conclure qu'en Cornouaille, suivant l'exemple du duc de Bretagne Jean II, principale mécène de la cathédrale de Quimper, et de sa fille la duchesse Anne, une vive émulation amena les seigneurs des différentes paroisses à se faire représenter en donateurs sur les vitrails couronnés de leurs armoiries afin d'imposer la marque de leur pouvoir, de défendre leurs droits prééminenciers dans les lieux de culte, de s'assurer, par leurs dons, de garanties pour leur vie dans l'au-delà. Face aux dangers du corps (foudre, guerre, maladie, et —pour les épouses— dangers de l'accouchement) et de l'âme (mort en état de péché), ils puisèrent dans leurs Livres d'Heures pour bénéficier du patronage des saints réputés protecteurs de ces périls, l'un des 14 saints auxiliateurs comme  Acace, Blaise, Christophe, Denis, Eustache (bientôt remplacé par saint Hubert), Gilles, Georges, Sébastien ou, pour les femmes, Barbe, Catherine et Marguerite. Mais aussi sainte Anne, sainte Ursule, sainte Madeleine, sainte Hélène ; et saint Nicolas, saint Antoine, saint Hervé, saint Julien saint Fiacre ou saint Éloi. 

Voir ici le Livre d'Heures de Charles VIII folio 106r

Dans ce seul vitrail, nous trouvons évoqué saint Christophe et saint Fiacre, mais aussi saint Anne et son époux, sainte Marguerite, alors qu'en baie 2 sont invoqués saint Michel et saint Jacques (ou saint Roch). 

Mais que parmi les saints et saintes invoqués, saint Christophe fut choisi bien plus souvent que tous les autres, du moins en la cathédrale de Quimper (6 fois). Est-ce comme figure mythique du géant protecteur des voyageurs et pèlerins ? Est-ce comme grande figure de la foi portée au Christ ? 

.

Saint Christophe et la famille de Lezongar.

Dans la baie 114 de Quimper, saint Christophe présente un seigneur portant les armoiries d'azur à la croix d'or cantonnée à dextre d'une fleur de lys  de la famille de Lezongar, seigneurs de Pratanras.

Or, Roland de Berrien, recteur de Pleyben et donateur du vitrail que nous étudions, est selon les généalogistes le fils d'Yvon de Berrien et de Jeanne de Lezongar, elle-même fille de Rolland II de Lezongar, seigneur de Pratanroz en Penhars (ca 1400-1440).

Roland de Berrien est donc le frère d'Henri de Berrien, seigneur de Coatanezre, et il est l'oncle de Louise de Berrien, donatrice de la maîtresse-vître (et petite-fille de Jeanne de Lezongar). 

.

 

 

 

.

SOURCES ET LIENS.

—Blog du maître-verrier Jean-Pierre Le Bihan. mars 2007

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6197893.html

— Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

— Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

— ABGRALL, Notices, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 et 318-319. :

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

— COMBOT (recteur de Brennilis) Note sur l'église de Brennilis, 1856, cité dans BDHA— COUFFON (René) , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

— PÉRÉNNES (Henri), 1939, Pleyben le Clergé, BDHA 

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1939.pdf

—PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

— Bulletin Société archéologique du Finistère 1993.

.

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe. Brennilis.
19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 10:42

Iconographie de saint Christophe : dans le chœur et les chapelles rayonnantes de la cathédrale de Fribourg (Freiburg im Breisgau). 1512-1524. Chorfenster ; Freiburger Münsterchores ; Hochchor; Kapellenkranz.

.

Voir :

— Sur Fribourg-en-Brisgau :

— Sur saint Christophe :

.

.

I. Huitième Fenêtre haute du chœur, coté nord. Baie n°7. 

Huitième fenêtre du coté nord du chœur. 215 x 268 cm. Vers 1512-1520 ?? Travail attribué "probablement" par C. Hermans à Hans Gittsmann, alias Meister Hans von Ropstein  (ou Raperstein).

La 4e fenêtre nord du chœur  datée de 1512 porte le nom de  Ropstein der Glaser ; une autre est datée  de 1511-1513 et on y  lit les noms de "meister Hansen von Ropstein und Jakob Wechtlin und Diedrich Fladenbacher glaser.". Une troisième est datée de Pâques 1310, une autre porte le nom de «Jacob Wechtlin» (membre de la famille du célèbre peintre Wechtlin). Les vitraux ont été posés peu de temps après que le  chœur ne soit terminé et avant même son investiture. 

On y voit sainte Marie-Madeleine, saint Christophe, saint Jean et l'apôtre saint Jacques le Majeur.

 

https://archive.org/stream/dasfreiburgermun00kemp#page/144/mode/2up

Saint Christophe, Fenêtre haute du chœur, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, Fenêtre haute du chœur, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

.

Quatre blasons de donateurs.

Inscription : "Sigmund von Valckenstein und Christoph von Valkenstein und Ursula von Embs sin ehlich gemahl, denen Gott gnad."

— Voir la famille suisse Falckenstein sur Wikipédia : https://de.wikipedia.org/wiki/Falkenstein_(schweizerisches_Adelsgeschlecht)

Sigmund von Falkenstein (1477-25 juin1533),  fils du second mariage de Thomas de Falkenstein avec Amelia von Weinsberg, appartient à la branche installé en Brisgau et en Alsace.  Il possédait en 1499-1506 le château de Sneeburg  en Ebringen (aujourd'hui Breisgau-Hochschwarzwald). En 1506 , il épousa  la veuve Helena, fille de Hans von Hohenems. Le dernier représentant mâle de la famille, Johann Christoph von Falkenstein était l'un des trois enfants  de Sigmund et de Veronika von Embs, la veuve de Georg von Eberstein  (Maximilien, Jean-Christophe et Anne) ; il a été d' abord mentionné en 1523. Il était conseiller impérial, président du gouvernement autrichien devant Ensisheim et gouverneur suprême du Sundgau et Breisgau. Il est décédé en 1559. (données sous réserve)

— Voir la famille von Embs, de Franconie, sur Wikipédia :

https://de.wikipedia.org/wiki/Embs

En 1523, la famille possédait le château de Berolzheim.

 

.

Blasons de la 8e Fenêtre haute du nord du chœur, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Blasons de la 8e Fenêtre haute du nord du chœur, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

.

La lancette de saint Christophe.

S. CRISTOFERUS

Bien que saint Christophe soit représenté, pour des raisons évidentes, à la même échelle que les autres saints, sa nature de géant apparaît par des traits de sauvagerie : pieds et jambes nues (alors que l'eau du gué n'est pas figurée), pieds larges, musculature forte, prise manuelle solide des poignets (main droite en supination, main gauche en pronation), visage fort, barbe non taillée, tunique nouée à la ceinture par une bande de tissu.

Exception rare dans l'iconographie, le saint passeur et son petit passager ne sont pas représentés de profil, en progression vers la gauche, mais de face, comme observés depuis la rive qu'ils doivent atteindre, d'où ces jambes écartées, ce pied droit en ouverture prononcée, cette diagonale du bâton qui participent à témoigner de l'effort en cours. 

Le bourdon est semblable à un arbre arraché, tout aussi sauvage et brut que son maître, et il ne présente encore aucun signe de la reverdie miraculeuse que le divin Enfant est en train d'annoncer pour attester de son pouvoir sur la nature, et, par métonymie, sur le Monde.

.

.

 

Saint Christophe, Fenêtre haute du chœur, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, Fenêtre haute du chœur, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

.

 

Saint Christophe, Fenêtre haute du chœur, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, Fenêtre haute du chœur, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

.

II. Fenêtre de la quatrième chapelle rayonnante du chœur. 1524.

Chapelle des Lichtenfels et des Krozingen.

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01299726/document

 

Saint Christophe, Fenêtre  de la chapelle Krozingen, v.1524, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, Fenêtre de la chapelle Krozingen, v.1524, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

.

Inscription "Christophorus de Crotzingen anno 1524".

Le donateur est agenouillé devant saint Christophe. Il porte le surplis et l'aumusse en pelisse des chanoines. Il était vicaire de la cathédrale.  Les armoiries associent la roue noire sur fond blanc des Krozingen, et les ailes rouges du maréchal von Delsberg, famille de la mère du donateur.

Saint Christophe, Fenêtre  de la chapelle Krozingen, v.1524, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, Fenêtre de la chapelle Krozingen, v.1524, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

.

 

Saint Christophe, Fenêtre  de la chapelle Krozingen, v.1524, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, Fenêtre de la chapelle Krozingen, v.1524, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

.

Saint Jacques présentant le donateur Trudbert von Krozingen et ses épouses.

Trudbert von Krozingen, le frère du chanoine Christophe, est agenouillé avec ses deux épouses Anna Bechtoldin et Margareta von Graben. Inscription : «Truprecht von Krozingen und Anna Bechtoldin und  frow Margareta von Graben sin elige gemahel 1524.»

.

 


 

Saint Jacques présentant le donateur à saint Christophe, Fenêtre  de la chapelle Krozingen, v.1524, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Saint Jacques présentant le donateur à saint Christophe, Fenêtre de la chapelle Krozingen, v.1524, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

.

 

Saint Jacques présentant le donateur à saint Christophe, Fenêtre  de la chapelle Krozingen, v.1524, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Saint Jacques présentant le donateur à saint Christophe, Fenêtre de la chapelle Krozingen, v.1524, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

.

La partie droite de la quatrième chapelle : la famille Lichtenfels.

A gauche le chanoine Corneille de Lichtenfels (décédé en 1535) agenouillé devant saint Germain, abbé au VIIe siècle de Moutier-Grandval (Jura); Une inscription précise : «Cornelius de Lichtenfels, ecclesiae Basileensis- scholasticus  et canonicus». Sa tombe se trouve dans la chapelle. Ses armes associent celles des Lichtenfels et celles de sa mère, la roue des Krozingen. 

Armoiries des Lichtenfels :  les ailes et la hache d'or sur fond noir .

"Lichtenfels, Cornelius I de (?- 7 août 1535) a été le prévôt du chapitre de Moutier-Grandval de 1511 à 1535 et plusieurs fois vice-doyen du chapitre cathédral de Bâle entre 1505 et 1531. Fils de Wofgang de Lichtenfels (Wurtemberg). A deux fils, Wilhelm et Cornelius (prévôt de 1539 à 1564). Décédé le 7/8 septembre 1535. Etudes à Fribourg (1479) et à Tübingen (1493). Chanoine de Bâle dès 1488. En 1504, il est mentionné comme remplaçant à Moutier de Jean Burckard, et en 1507 de Jean Lib. En 1511, ce dernier résigne sa charge de prévôt en faveur de L. qui est nommé par le pape la même année. C'est à son époque qu'a lieu le déménagement du chapitre de Moutier à Delémont (printemps 1534), suite à la Réforme. La première mention en tant que vice-doyen du chapitre de Bâle date du 11 juillet 1505. D'autres suivront sous les décanats de Pierre de Hertenstein (1506?-1515) et de Nicolas de Diesbach (1516-1531). Ecolâtre du chapitre (1509-1535) probablement en 1509 déjà, il dut alors faire face à deux provisi nommés par le pape (mais qui n'entrèrent jamais en possession de cette fonction), contre lesquels il s'imposa totalement après le 4 mai 1511. En 1528, dispute avec Paracelse. En 1533, le chapitre s'oppose à une nouvelle nomination de L., alité, comme vice-doyen pour Lib." Dict. du Jura, https://diju.ch/f/notices/detail/3985

.

Saint Germain et le Christ Sauveur, Fenêtre  de la chapelle Lichtenfels, v.1524, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Saint Germain et le Christ Sauveur, Fenêtre de la chapelle Lichtenfels, v.1524, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

.

A droite, le donateur Hans von Lichtenfels, ses épouses Maria von Landegg et  Anastasia Pfewin von Riepur   agenouillés devant le Christ Sauveur. 

Inscription : «Hans von Lichtenfels und frow Maria von Landegg, und frou Anastasia Pfewin von Riepur, sin elyge gemach.»

Les armoiries de Maria von Landeck, première épouse, est le blason des Schnewlin. Celles d'Anastasia  Pfauin von Rüppurr, sont deux clefs d' argent sur fond rouge.

.

Fenêtre  de la chapelle Lichtenfels, v.1524, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Fenêtre de la chapelle Lichtenfels, v.1524, cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

.

SOURCES ET LIENS.

 — Die Schützengesellschaften zu Freiburg im Breisgau 1846 https://books.google.fr/books?id=dh5mAAAAcAAJ&dq=christoph+von+Krozingen&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— HERMANS (Clara et Claus), 2014,  Die Glasgemälde des Freiburger Münsterchores und ihr Meister Hans von Ropst https://books.google.fr/books?id=gk6QAwAAQBAJ&dq=Christophorus+de+Krozingen&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

—  KEMPF ( Friedrich), SCHUSTER ( Karl), 1906, Freiburger Münster : ein Führer für Einheimische und Fremde, Freiburg, Herdersche Verlagshandlung.

https://archive.org/stream/dasfreiburgermun00kemp#page/n7/mode/2up

— MÜLLER (Johann Nepomuk), 1839, Führer durch die erzbischöfliche Dom- und Münsterkirche zu Freiburg im Breisgau. 

https://books.google.fr/books?id=8ac5AAAAcAAJ&dq=Ursula+von+Embs&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— SCHOLZ (Harmut) BECKSMANN (Rüdiger), 2010, Die mittelalterlichen Glasmalereien in Freiburg im Breisgau

— SCHREIBER (Par Johann Heinrich) 1826 Das Münster zu Freiburg im Breisgau page 28

https://books.google.fr/books?id=BehhAAAAcAAJ&dq=Christophorus+de+Crotzingen&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe. Fribourg Vitraux
18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 13:09

Iconographie de saint Christophe : la verrière des Cordonniers de la cathédrale de Fribourg (Freiburg im Breisgau), 1320.

Freud et saint Christophe.

.

.

.

I. La verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster) du bas-coté sud de la nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320).

Cette verrière est faite de quatre lancettes ogivales.  La première est toute entière occupée par saint Christophe, alors que les trois autres sont chacune découpées en trois médaillons consécrés à la Passion (la dernière Cène, le Christ sur le Mont des Oliviers, son arrestation, le Christ devant le roi Hérode, la Flagellation, le Couronnement d'épines, la Croix, la Crucifixion et la Mise au tombeau . Enfin, chaque lancette porte en registre inférieure une marque de donation répétée deux fois : deux ours d'or de chaque coté, et deux bottes noires au centre. Ces bottes, à lacet rouge, sur un blason d'or forment  l'insigne de la guilde des Cordonniers, comme le spécifie l'inscription : DER. SCHUMACHER. ZUNFT. ZE. DEM. GULDIN. BERN  soit "La Guilde des Cordonniers --A l'Ours d'Or --"

Les blasons latéraux sont de sable à l'ours d'or passant (dressé sur ses pattes, de profil) armé et lampassé de gueules (ses griffes et sa langue sont d'un émail rouge), à la chaîne et au collier d'azur Ces blasons, ainsi que les mots "ze dem guldin bern"  m'ont intrigué longtemps, avant que je n'apprenne que les panneaux latéraux sont de création récente (20e siècle) et qu'ils représentent l'enseigne de la taverne "A l'Ours d'or" où la Guilde tenait ses réunions. 

Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster) ,  nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.

Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster) , nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.

.

 

Guilde des Cordonniers, Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster), nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.

Guilde des Cordonniers, Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster), nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.

.

 

 Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster), nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.

Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster), nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.

.

 

Lancettes de la  Passion,  Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster), nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.
Lancettes de la  Passion,  Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster), nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.

Lancettes de la Passion, Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster), nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.

.

LA LANCETTE DE SAINT CHRISTOPHE.

J'ignore si saint Christophe était considéré par les cordonniers comme leur patron, en plus de frères martyrs Crépin et Crépinien. Saint Christophe est le patron des pèlerins et plus largement des voyageurs, c'est à dire de gens qui usent leurs souliers.

Quoiqu'il en soit, le fait qu'il occupe à lui seul (avec son passager) l'ensemble des trois panneaux , cas presque unique dans la nef où les autres lancettes sont découpées en médaillons, témoigne de ce que le gigantisme du saint n'est pas escamoté, mais que, au contraire, il  est mis en valeur comme l'un de ses caractères essentiels. On sait que selon la Légende Dorée (1261-1266), Christophe était un géant païen nommé Reprobus, qui ne prit son nom de "Porteur de Christ" qu'après sa conversion lors du passage du guè. 

La date de la verrière (1320) place ce saint Christophe en tête de la chronologie de ma série iconographique, et peu de temps après que, selon D. Rigaux, se mettent en place les principales composantes de l'image. Ainsi, dès le début du XIVe siècle, nous trouvons ici :

  • la traversée du fleuve de la droite vers la gauche.
  • L'Enfant porté sur l'épaule gauche.
  • L'Enfant tenant le globe crucigère et bénissant,
  • La rotation du bassin puis du tronc du saint
  • L'orientation rétrograde de son regard vers le haut et l'arrière, cd'est à dire vers l'Enfant.
  • Le bâton de marche qui fleurit (ou qui reverdit)
  • Les pieds dans l'eau, et les poissons et êtres aquatiques malfaisants. 

.

Saint Christophe portant le Christ,  Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster), nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.

Saint Christophe portant le Christ, Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster), nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.

.

Le regard de la Foi.

Je retrouve aussi dans ce vitrail ce regard de saint Christophe si particulier et si propre à cette iconographie, par lequel, saisi par le tourment (il succombe sous le poids incompréhensiblement lourd du bambin qu'il doit mener sur l'autre rive)  il se détourne soudain, lève les yeux, et, par l'échange de deux phrases, réalise qu'il porte le Maître du Monde. L'axe de son regard s'oppose à l'horizontalité de sa progression et accède à la fois à la verticalité et au renversement, à la con-version. L'Enfant-Christ regarde, lui, dans la direction de sa main qui bénit. 

A ces axes se mêlent ceux du bâton de marche, ici d'abord vertical comme une hampe, mais qui s'incline, à la fois pour épouser la courbe ogivale du sommet de lancette, mais aussi pour témoigner du changement de nature qui s'opère. La rigidité orgueilleuse et  ligneuse devient flexibilité, adaptation, mouvement d'un feuillage habile à se courber sans rompre, humilité, mais aussi vigueur animée par la sève, la vie. 

.

 

Saint Christophe portant le Christ,  Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster), nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.
Saint Christophe portant le Christ,  Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster), nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.

Saint Christophe portant le Christ, Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster), nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.

.

Les pieds dans l'eau.

Le changement de milieu (air / eau) est rendu par des ondulations en grisaille, selon des directions différentes pour chaque pièce. Sur le plan spirituel, il s'agit d'indiquer que la traversée du fleuve est un temps de rupture et d'exposition aux risques. L'eau est l'élément étranger, dangereux, celui de la perte des repères et de la stabilité, celui où l'on peut perdre pied et être emporté par l'impulsivité de tous ces courants représentés en lignes sombres. L'eau est en relation avec les forces démoniaques, profondes, basses, en relation avec les forces démoniaques, et, pour le souligner, le peintre-verrier à dessiné d'une part un gros poisson (imaginons un brochet) qui en dévore un autre plus petit, et d'autre part un véritable dragon à queue de serpent, ailé comme un hibou et à tête de diable.

 

 

int Christophe portant le Christ,  Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster), nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.
int Christophe portant le Christ,  Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster), nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.

int Christophe portant le Christ, Verrière des Cordonniers (Schuhmacherfenster), nef de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau. (1320). Photographie lavieb-aile.

.

 

.

DIGRESSION ET SABLES MOUVANTS. "Le Saint Christophe allemand".

     En 1896, Konrad Richter fit paraître dans le vol. V. I des  Acta Germanica, Organ für deutsche philologieBerlin, Mayer und Müller,  son article  de 243 pages sur « Der deutsche St. Christoph », où il menait une enquête parfaitement érudite et exhaustive sur le saint Christophe Allemand, et les bases et évolutions des textes de la Légende ou de l'iconographie christophienne en Allemagne. Il serait abusif de prétendre que je l'ai lu, malgré le vif désir que j'ai éprouvé de le faire ;  je fus peut-être rebuté par l'absence de toute illustration et par l'appareil proliférant des notes de bas de page ou note de pied (Fußnote ), mais surtout par mon absence de compréhension aisée de l'allemand

Il m'est impossible de deviner par quels hasards, par quelle boulimie de lecture, Sigmund Freud a pu lire cet indigeste pavé jusqu'à la page 223 ; mais peut-être, en 1920, après avoir écrit Au delà du principe du plaisir, souhaitait-il proposer à son psychisme un matériau aléatoire, et s'était-il donné comme consigne de se saisir, dans une bibliothèque, du premier ouvrage écrit l'année de la mort de son père, de l'ouvrir à la page 223 en fonction de calculs de numérologie hébraïque issue de la Gematria, et de lire la ligne 18 pour d'autres raisons encore. Toujours est-il qu'il prit connaissance de la note 1) de cette page 223, ou d'une partie seulement de cette note, et qu'il la cita dans le chapitre IV de son article Massenpsychologie und Ich-Analyse de 1921. Si on lit la traduction française de S. Jankélévitch paru en 1926, Psychologie collective et analyse du moi, en pensant qu'on comprendra mieux ainsi le rapport entre saint Christophe et "Suggestion et libido" (le titre du chapitre IV), prévenons rapidement le lecteur d'une possible désillusion.

Lorsqu'à un malade qui se montrait récalcitrant on criait : « Que faites-vous ? Vous vous contre-suggestionnez !», je ne pouvais m'empêcher de penser qu'on se livrait sur lui à une injustice et à une violence. L'homme avait certainement le droit de se contre-suggestionner, lorsqu'on cherchait à se le soumettre par la suggestion. Mon opposition a pris plus tard la forme d'une révolte contre la manière de penser d'après laquelle la suggestion, qui expliquait tout, n'aurait besoin elle-même d'aucune explication. Et plus d'une fois j'ai cité à ce propos la vieille plaisanterie : « Si saint Christophe supportait le Christ et si le Christ supportait le monde, dis-moi : où donc saint Christophe a-t-il pu poser ses pieds ? [Note 1 « Christophorus Christum, sed Christus sustulit orbem. Constiterit pedibus die ubi Christophorus? » Konrad Richter : Der deutsche St. Christoph, Berlin, 1896. Acta Germanica, V, 1.] ». 

Dans l'article original de Freud, nous avions :

Ich wiederholte mit Bezug auf sie die alte Scherzfrage [Fußnote]:

Christoph trug Christum,

Christus trug die ganze Welt,

Sag', wo hat Christoph

Damals hin den Fuß gestellt?"

Finalement, il semble plus simple de lire Konrad Richter directement, et sa note de la page 223, qui, par contraste, semble limpide. C'est lui qui parle de la blague bien connue (bekannte scherz) citée en latin, Christophorus Christum, sed Christus sustulit orbem. Constiterit pedibus die ubi Christophorus? et qui cite son auteur, Johannes Heidfeld, et son ouvrage, paru en 1600, le Sphinx théologico-philosophique. Limpide ? Pas tant que ça, car ce n'est qu'après cette citation en latin du texte (allemand) de Heidfeld que Richter donne le texte cité par Freud (Christoph trug Christum, [...] Damals hin den Fuß gestellt?"), texte écrit sur une "image" (une peinture murale ?) du saint à Tölz en Haute-Bavière et relevée à la page 13 d'un livre d'aphorismes et d'apoptegmes écrit par W. Hertz en 1882 Deutsche Inschriften an Haus und Geräth: Zur epigrammatischen Volkspoesie -(Bessersche Buchhandlung), Berlin, 237 pages !!

Konrad Richter s'est peut-être lui-même inspiré de Der Große Christoph, de Ferdinand Hautal,  (pseudonyme de J.F. Francke) paru à Berlin en en 1843 : voyez la page 44. 

Encore un effort : cherchons le texte original de J. Heidfeld.

Johannes Heidfeld (Heidfeldius), né à Waltrop près de Cologne en 1563, pasteur d'Ebersbach,  fut le premier professeur de théologie protestante au lycée d' Herborn. Il a publié Sphinx theologica-philosophica en huit éditions de 1600 à 1631   dans huit éditions, et son ouvrage a été extrèmement populaire. Il a été mis à l'Index dès 1616. Il a été écrit par un co-auteur, Johann Flitner

Je pars à la recherche de ce Sphinx :

Heidfeldius, Joannes, Waltorffensis. Sextium renata, renovata, ac longe ornatius etiam, quam unquam antea exculta Sphinx theologìco-philosophica. Adornavit, recensuit, et in theatrum totius orbis europaei ex parentis voluntate produxit Godefridus Heidfeldius Johannis F. Nassovius . Herborn, Christoph Rab (Corvinus), 1612, in-8°, [31], 823 p.

Je le trouve dans une édition de 1624 : voyez le chapitre XL  page 771 :

https://books.google.fr/books?id=RMdIAAAAcAAJ&dq=Sphinx+theolog%C3%ACco-philosophica.&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

C'est, comme la mention du Sphinx l'indique, une succession d'énigmes, de devinettes posées en chausses-trapes pour l'esprit, dans le domaine religieux. On trouve ainsi : "Est-ce le Christ qui porta la Croix, ou la Croix qui porta le Christ ?" (Hat Christus das Creutz / oder das Creutz Christum getragen) ou, juste avant le distique sur saint Christophe, un rébus sur les lettres du nom IEJUS. 

J'accède enfin au texte original :

Christum Sanct Christophorus tregt/

Christus sich mit der Welt belegt /

Drauff ist die Frag / sag du mirs nun 

Worauf denn der Christträger stundt.

https://archive.org/stream/derdeutscheschr00richgoog#page/n231/mode/2up

https://archive.org/stream/derdeutscheschr00richgoog#page/n231/mode/2up

En résumé, Freud a cité le texte allemand relevé à Tölz, et cité par Richter, mais il a donné en note de bas de page dans sa référence à Richter 1896 un texte latin attribué à Heidfeld 1600, alors que celui-ci a écrit en allemand !

Tout lecteur est comme un pèlerin qui, mené par la foi en l'Auteur, avance rapidement vers son but, sa Rome, son Compostelle, la fin du livre, sans réaliser que son âme ne gagnera le salut que par les pierres du chemin. C'est (les cordonniers de Fribourg le savaient !) l'usure des souliers qui fait le pèlerin et lui procure ses gages, et non sa présence finale dans les Lieux Saints. Or le lecteur trop pressé, s'il achoppe sur un passage, tourne la page car il est convaincu que l'Auteur, dans sa grande sagesse, va le mener vers la révélation du Sens. Parfois pourtant, il doit interrompre sa marche et se retourner vers l'Auteur : Que veux-tu dire ?

Que signifient  les quatre vers de Heidfeld ? C'est une simple plaisanterie sur la polysémie du mot Welt, le Monde.  Le Christ ne porte pas "le Monde", mais sa représentation,  le globe terrestre, la mappemonde avec, en son sommet, la croix : le globus cruciger. C'est le symbole de son pouvoir sur l'univers, ou aussi du poids du Péché du Monde, puisque la figure renvoie à la déclaration de saint Jean-Baptiste Ecce Agnus Dei, qui tolli peccata mundi, (Jn 1:29) "Voici l'Agneau de Dieu, qui soulève (qui enlève, qui ôte)  le Péché du monde". Le verbe tollo, is, ere signifie lever, soulever, enlever.

Dans sa traduction en latin, Richter traduit Welt (Monde) par le mot orbem (l'orbe) et affaiblit ainsi la blague assimilant Mappemonde et Monde.

Au delà de la plaisanterie, on peut voir, comme le fait Freud, une illustration de la difficulté à trouver un fondement, un point d'appui (comme Archimède : donnez-moi un point d'appui et un levier, et je soulèverai le monde !). Si Atlas porte le Monde (en réalité, le globe céleste), dis-moi sur quoi il prend appui ! Si le savant observe le Tout, dis-moi où est son point de vue ! Si Christophorus "qui porte le Christ", porte le Monde, où se situe-t-il lui-même ! Dans l'hypnose, si  les thérapeutes croient que la Suggestion est un Tout qui n'a besoin d'aucune explication, comment la justifier si elle échoue car le patient se contre-suggestionne ? Dans tout système de pensée totalitaire, qui se justifie par lui-même et dont la Fin justifie les moyens, dis-moi où est l'appui d'une justice ?

.

En illustration, un tableau du Maître de  Meßkirch vers 1562 au Kunstmuseum de Bâle, image Andreas Praefcke, Wikipédia 

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hl_Christophorus_1562_Kunstmuseum_Basel.jpg

.

.

 

 

.

.

SOURCES ET LIENS.

http://www.freiburgermuenster.info/html/content/die_fenster.html?t=55dfc6c14d149648d3240d2a789fb62b&tto=4a0b081b

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Schuhmacherfenster_(M%C3%BCnster_Freiburg)_jm2369.jpg

http://blogs.sciences-po.fr/recherche-icones-globe/2010/12/09/le-paradoxe-de-saint-christophe/

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe. Fribourg Vitraux
12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 01:30

.

Après mon étude baie par baie des cinq "saint Christophe" de la cathédrale de Quimper, je les réunis ici dans une synthèse facilitant la comparaison des lancettes entre elles.

 

Plan de la cathédrale avec les vitraux représentant saint Christophe.

Plan de la cathédrale avec les vitraux représentant saint Christophe.

 

La Baie 113, bras nord du transept.

 

Baie 113, bras nord du transept, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile

Baie 113, bras nord du transept, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile

Baie 114. Transept, bras sud. 

.

.

Baie 115, bras nord du transept.

 

Baie 115, bras nord du transept, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Baie 115, bras nord du transept, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

.

Baie 126, nef sud.

 

Baie 126, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile

Baie 126, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile

.

Baie 128, nef sud.

.

 

Baie 128, nef sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Baie 128, nef sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

.

Les six baies accueillant des lancettes consacrées à saint Christophe se trouvent dans les bras du transept pour trois d'entre elles (n° 113, 115 et 116), et dans le coté sud de la nef pour deux autres (n°126 et 128), la sixième qui occupait la façade occidentale (n°0100) ayant été détruite. Aucune n'occupe le chœur, qui avait été vitré trois-quart de siècle auparavant, entre 1417 et 1417. 

Ces verrières datent toutes de la même époque, la fin du XVe siècle (vers 1495-1497), sous le règne de Charles VIII et d'Anne de Bretagne et sous l'épiscopat de Raoul Le Moël (1493-1501), et elles ont toutes été restaurées, ou complétées par Antoine Lusson entre 1869 et 1874. Elles ont été (sans-doute) offertes par des donateurs qui se sont fait représentés , présentés par un saint qui intercède pour eux. Les donateurs qui ne peuvent être identifiés que par des armoiries, sont soit des chanoines du chapitre cathédrale, soit des seigneurs d'une des grandes familles nobles du diocèse, avec leur épouse. Les saints et saintes sont choisis soit en raison du prénom des donateurs, soit parmi les grands intercesseurs. 

I. INFORMATIONS APPORTÉES PAR LES LANCETTES ADJACENTES.

Les saints et donateurs présents dans les autres lancettes des cinq baies étudiées apportent-elles des indices pour mieux comprendre le culte rendu à saint Christophe ?

Les saints invoqués.

La Vierge à l'Enfant est représentée sur deux baies. Outre saint Christophe, sur ces cinq lancettes sont réunis 12 saints, 1 saint évêque et 2 saintes, . Parmi eux, 10 sont identifiables de manière fiable, Saint Jean-Baptiste 4 fois, saint Jean l'Évangéliste 2 fois, Saint Pierre, Saint Michel, saintes Barbe et Marguerite chacun 1 fois. Les autres identifications sont proposées par les auteurs du XIXe siècle : saint Corentin patron de la cathédrale, saint Maurice, saint Ronan et saint Vincent Ferrier. 

Les donateurs.

Ils sont au nombre de 13, dont trois femmes.Trois familles sont identifiées par leur armoiries (Le Baillif, Lezongar, Kerguelenen), une autre n'est que suspectée par leurs armoiries (de Poulpiquet). On compte 5 chanoines, trois couples de la noblesse bretonne, et 2 autres  chevaliers. 

– Les chanoines : ce sont  Jean Le Baillif, Jehan Le Baillif, chanoine de la cathédrale de 1468 à 1494,  Jean de Kerguelenen, chanoine  de la cathédrale de Quimper entre 1489 et 1498 et trois autres non identifiés.

– Les familles de la noblesse bretonne.

Il s'agit de trois membres de la famille de Lezongar, seigneur de Pratanras ; d'un couple de la famille de Kerguelenen, et d'un couple portant des armoiries d'azur à trois oiseaux compatible avec la famille de Poulpiquet.

En conclusion, l'élément le plus signifiant est sans-doute la forte association avec les deux saints Jean, mais surtout avec Jean-Baptiste, précurseur du Christ qui baptisait par immersion dans le Jourdain. En effet, saint Christophe est représenté les pieds dans les eaux du fleuve dont il est le passeur, au moment où il est frappé par le bouleversement de sa connaissance/reconnaissance de l'Enfant Sauveur du Monde, et qu'il se convertit. Les deux saints mettent donc en avant la valeur de la conversion, et le rôle des eaux comme métaphore d'un passage, d'un renversement, d'une renaissance, d'une rédemption. La présence dans deux baies d'une Vierge à l'Enfant, où l'Enfant bénit (deux cas) et porte le globe crucigère (dans un cas) participe de cette démonstration puisque c'est bien l'enfant Sauveur du Monde (Salvator Mundi) qui est dans les bras maternels.

II. RENSEIGNEMENTS APPORTÉS PAR LA COMPARAISON ICONOGRAPHIQUE;

Les cinq saints Christophe sont conformes au modèle iconographique diffusé à la même époque dans les enluminures des livres d'Heures dans les sculptures et les vitraux. Dans les cinq cas, Christophe traverse le fleuve, ses pas étant dirigés de la droite vers la gauche, ses jambes nues représentées dans l'eau (sauf n°114) ; des poissons y sont visibles dans un cas. La présence d'un bâton de marche est constante , vertical dans un cas, légèrement ou fortement oblique dans l'axe de la marche dans les quatre autre cas. Ce bâton n'est jamais porteur de feuillages (sauf peut-être dans la baie 128), le miracle de la reverdie attestant de la fiabilité de la parole de l'Enfant étant ici négligé. Le bandeau frontal, qui est le bandeau des martyrs, est présent dans quatre cas (et peut-être aussi dans le dernier, n°128). Dans trois cas, la tunique adopte la couleur verte qui témoigne du statut de Géant Vert, de divinité animiste païenne  (celle des eaux et des bois) qui se place au service de la nouvelle religion. Dans les deux autres cas, la couleur verte n'apparaît que par citation dans les revers de l'habit (n°128) et dans le fermail (n°115).

L'Enfant est figuré comme Salvator Mundi dans les cinq cas.  Il porte des cheveux longs blonds et bouclés, sauf dans la baie 114 où les cheveux sont ras. Il est à califourchon dans trois cas, sur l'épaule gauche dans un cas (n°113), la position étant douteuse dans la baie n°115. Il se tient droit et regarde devant lui, sauf dans la baie 128 où il se penche vers le saint. Inversement, Christophe tourne son visage vers le haut et la droite vers l'Enfant, sauf dans les deux baies où il présente un donateur (n°114 et 126).

Les aléas  des détériorations des verres d'origine  l'absence de données sur l'état des vitraux avant la Révolution et la faiblesse de la documentation sur la restauration par Lusson (les verres anciens étant refaits à neuf "à l'identique", puis revendus à des antiquaires) ne permettent pas d'approfondir d'avantage cette analyse dans le cadre qui est le mien (celui d'un amateur).

.

III. COMPARAISON AVEC LES AUTRES EXEMPLES ICONOGRAPHIQUES.

1°) Les œuvres antérieures à celles de Quimper : influences ?

a) XIVe siècle.

—Si je cherche dans mon blog les œuvres qui précèdent celles de Quimper, je trouve pour le XIVe siècle la fresque de la cathédrale de Burgos, où Christophe est encore présenté frontalement,  dans sa fonction apotropaïque : on trouvait dans les cathédrales d'Espagne, peintes près d'une entrée, des figures monumentales de saint Christophe qui possédaient un pouvoir apotropaïque, c'est-à-dire protecteur contre la mort sans confession, les épidémies de pestes ou les dangers des voyages ou même tout franchissement périlleux de seuil (gué, pont, passage épineux) par la seule vision de son image et, en particulier, de son regard frontal, associé à la récitation ou la lecture d'une formule latine ou vernaculaire en vers léonin exprimant la réalité de cette protection.  Iconographie de saint Christophe : la cathédrale de Burgos. Fresque du XIVe siècle

—Je trouve aussi la fresque de la Collégiale de Sémur-en-Auxois, vers 1372, premier exemple du Christophe en marche dans sa traversée et sa conversion.   Iconographie de saint Christophe : Semur-en-Auxois (c.1372). ​

b) XVe siècle.

— Ma série des Christophe du XVe siècle concerne l'Ouest de la France. Elle débute à la cathédrale d'Angers où André Robin a peint en 1451 un saint qui mérite d'être comparé à celui de notre baie n°113 :

Iconographie de Saint Christophe : les vitraux de la cathédrale d'Angers, II. La baie 117 (1451)  /  Iconographie de saint Christophe à la cathédrale d'Angers II. La baie 117 d'André Robin. Saint Eustache et la traversée de rivière. (1451)

.

Iconographie de saint Christophe dans les vitraux de la cathédrale de Quimper. I. La baie n°113.

 

.

Puis j'arrive en Bretagne, où deux vitraux sont réalisés en 1470 (Tonquédec) et en 1480 (Ploermel), témoignant de l'importance que prend alors cette dévotion à la fin du XVe siècle auprès des commanditaires, les seigneurs et le clergé des paroisses concernées. 

 

Là encore, les parentés entre ces œuvres et celles de Quimper sont nombreuses, soit lorsque le saint présente une donatrice (Tonquédec, évêché de Tréguier), soit lorsqu'il est figuré seul (Ploermel, diocèse de Saint-Malo). 

.

Saint Christophe, Ploermel, Baie 1, 1480, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, Ploermel, Baie 1, 1480, photographie lavieb-aile.

.

En 1493, juste au moment où ces vitraux des baies de la cathédrale de Quimper sont commandées, un linteau de la chapelle du château d'Amboise montre saint Christophe franchissant le gué : ses commanditaires sont Charles VIII et Anne de Bretagne, couple royal dont la souveraineté s'étend maintenant sur Quimper : cela incite à réfléchir sur l'influence de la dévotion envers saint Christophe de la Duchesse de Bretagne.

Le linteau du château d'Amboise (1493)

Enfin, avant de quitter le XVe siècle citons le tableau conservé à Séville pour le chapitre de l'Ordre de Calatrava en 1480. 

Petite iconographie de Saint Christophe à Séville. I : le retable du couvent San Benito de Calatrava. (vers 1480)

On peut en conclure que saint Christophe a été choisi comme protecteur et intercesseur par les chanoines du chapitre de Quimper et seigneurs bretons en lien avec un mouvement plus général, attesté dans l'Ouest de la France, atteignant l'entourage de la Duchesse Anne ou du roi Charles VIII. On peut en rechercher le sens soit comme un recours face à un sentiment de peur à l'égard de  maladies ou de guerres, de mutation ou de déplacement sur les routes du pays (épidémies ; début des Guerres d'Italie), soit comme une réflexion spirituelle sur l'importance de la Foi, de la Conversion et du Baptème, puisque saint Christophe le passeur de gué protège des dangers des passages de fleuve et de pont, du franchissement de portes et de seuils, protège les pèlerins et les voyageurs lors de leurs parcours, mais étend sa protection aux grandes transitions, que ce soit celle de la naissance, celle du passage de la vie à la mort (dangers de la mort sans viatique), où celle des revirements de l'âme. Le recours concommitant et plus important encore à saint Jean-Baptiste —qui n'est pas un Saint Auxiliaire  protecteur des grands dangers— m'incite à donner plus de poids à cette dernière hypothèse et à envisager dans le choix du décor religieux de la cathédrale au seuil du XVIe siècle la possibilité d'une grande réflexion théologique sur le Salut.

Une autre possibilité, que j'ai envisagé lors de l'analyse du vitrail de la cathédrale de Beauvais par Engrand Le Prince, réalisé moins de trente ans plus tard pour un proche de la cour royale, est de considérer que saint Christophe est invoqué par l'élite quimpéroise des années 1590 comme un magnifique exemple de rencontre du Christ en face à face. Certes, le développement des Ecce Homo des Passions et des Christ de douleur sur des petits tableaux à usage de dévotion personnelle permettait une participation empathique aux souffrances du Christ, dans une évolution de la vie intérieure vers l'Imitatio Christi, mais on peut deviner combien le face à face d'un Christ enfant, et à la fois sauveur, peut orienter la réflexion et la sensibilté spirituelle vers un enrichissement de ces perspectives.
Le vitrail d'Engrand Leprince de la cathédrale de Beauvais : vitrail dit "de Roncherolles" dans la chapelle du Sacré-Cœur. Baie 25. II. Saint Christophe dévisagé. (1522)

 

 

.

CONCLUSION.

Les vitraux de la cathédrale de Quimper ont été décrits de façon parfaite par les meilleurs spécialistes, mais il me semble qu'une reflexion sur le sens et les raisons des choix des thèmes iconographiques peut  être désormais entreprise, pour mieux comprendre la mentalité de nos prédecesseurs, de leurs croyances, de leur vision du monde, de leurs espérances ou de leurs frayeurs, juste avant la survenue de l'an 1500. Cela suppose une autre ampleur de vue que mes balbutiements . Serais-je l'index désignant la cible à atteindre ? A d'autres !

.

SOURCES ET LIENS.

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820. 

A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)

 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770,Registre de BoisbillyArch. Dioc. Quimper,  ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— CUFFON . Buletin SAF, t.LXXXIX. 1963, p.xcvii et suivantes. 

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

— GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.,La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes.  Les baies n'y sont pas numérotées et distribuées en cinq lieux : Vitraux de la chapelle des fonts, vitraux de la Nef, vitraux du transept, vitraux du chœur, vitraux de la chapelle terminale. 

Concernant la baie 113, nous trouvons (J-P. L.B):

 un personnage debout, imberbe, coiffé d'une toque verte à plume blanche, portant une armure et pardessus une cotte d'azur à la croix d'or cantonnée de quatre fleurs de lys de même. Il tient de la main gauche une lance à banderole blanche et s'appuyant de la droite sur un bouclier blasonné comme la cotte. Ne serait-ce pas saint Louis ? Il s'agit de l'écuyer de Prat ar Rouz
Saint Michel vainqueur du démon ; saint évêque bénissant, décrit comme saint Corentin par Aymar de Blois, saint Christophe passant l'eau avec le Christ sur son épaule,

— LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe."Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-7003763.html

et baie 114 :

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-5710978.html

 LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.243-244,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,  p.117,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

  THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 16:02

Iconographie de saint Christophe dans les vitraux de la cathédrale de Quimper. V .La baie n°128 , verrière dite "aux oiseaux". Nef, troisième travée, mur sud.

.

L'intention de cette série de mon blog est de replacer chaque œuvre dans un ensemble iconographique étudiant les variations et les reprises du thème de saint Christophe traversant le gué en portant le Christ enfant sur ses épaules. Et de faire apparaître l'importance de ce culte au XVe et XVIe siècle.

A Quimper, le but est de souligner combien ce culte avait une place prépondérante, et d'inciter à réfléchir à sa signification, qui dépasse de loin l'image de saint-pour-porte-clef-et-garagiste qu'on pourrait avoir.

Saint Christophe sur les vitraux de la cathédrale de Quimper :

Autres exemples iconographiques :

.

.

 

Introduction.

Les vitraux de la cathédrale de Quimper comptaient 6 représentations de saint Christophe, dont 5 sont encore visibles actuellement. Le saint porteur de l'Enfant-Christ vient ainsi à la sixième position des saints personnages représentés, après le Christ (25 occurences), la Vierge (13), de saints évêques (10), Jean-Baptiste (10), saint Jean (7), saint Pierre (7). Il précède saint Michel ou saint Jacques, saint Paul et sainte Catherine, et même saint Corentin, le patron de Quimper, qui sont figurés 4 fois chacun.

Cette sixième place est inattendue, car le culte voué à Christophe ne semble pas avoir eu une telle importance. Le prénom de Christophe est rarement rencontré parmi les noms des seigneurs bretons. Nous devons reconsidérer nos a priori et prendre toute la mesure de l'honneur qui a été rendu à ce saint, notamment au  XVe siècle, lorsque la cathédrale fut vitrée. Ajoutons que, outre ces six verrières, saint Christophe disposait d'une chapelle à son nom, décrite par R-F. Le Men .

Les vitraux de la cathédrale de Quimper ont été considérablement restaurés, ou même reconstruits au XIXe et au XXe siècle. Nous devrons être vigilants pour distinguer les verres d'origine, et les restaurations.

Les six verrières sont les suivantes :

  • Baie 0100. Offerte par  Alain Le Maout, évêque de 1484 à 1493. Détruite peu après 1821, et donc non décrite ici. Elle était décrite ainsi par Aymar de Blois : : ".. au milieu un crucifix, à sa droite Notre-Dame, et à sa gauche saint Jean l’Évangéliste ; à droite de Notre-Dame, saint Pierre à gauche de saint Jean, saint Paul ; sous le crucifix, saint Corentin et son poisson à ses pieds ; à sa droite saint Cosme et à sa gauche saint Christophe. Deux effigies d’évêques à genoux, mitrés, tenant leurs crosses d’argent, revêtus de chapes bleues, et beaucoup plus grandes que celles des saints, se font face l’une à l’autre à droite et à gauche, et remplacent, avec leur prie-Dieu, l’espace depuis la hauteur du milieu des saints du deuxième rang, jusqu’aux ornements peints qui forment la base du vitrail. L’écusson que l’on voit sur les prie-Dieu, est le même pour les deux figures qui se ressemblent. Il est d’argent au chevron d’azur liseré d’or ; ce sont les armes d’Alain Le Mout ou Le Maout, évêque de l’an 1484 à 1493." . Cette composition montre combien saint Christophe tenait l'une des premières places parmi les saints vénérés à Quimper à la fin du XVe siècle. 

  • Baie 113 . Transept bras nord, coté est. Vitrail de Jean le Baillif. Fin XVe siècle et vers 1874.

  • Baie 114. Transept bras sud, coté est. Vitrail de Pratanras. Fin  XVe et vers 1870.

  • Baie 115. Transept, bras nord. Baie du Gloria. Fin XVe et 1873.

  • Baie  126. Nef 2ème travée sud. Vitrail de Kerguelenen.  Fin XVe et vers 1870.

  • Baie 128.  Nef 3ème travée sud. Verrière  dite "aux oiseaux. Fin XVe, vers 1870, et 1999.

Alors que les vitraux du chœur ont été posés sous l'épiscopat de Bertrand de Rosmadec, entre 1417 et 1419, les verrières de la nef et du transept furent posées entre 1495 et 1497, alors que l'évêque était Raoul le Moël (1493-1501). La Bretagne était alors gouvernée par Anne de Bretagne, peu après qu'elle soit devenue reine de France en épousant (1491) Charles VIII. La disposition générale des 20 fenêtres du transept et de la nef est proche de celle adoptée pour le chœur au début du XVe, avec des niches gothiques, des saints intercesseurs (debout) et des donateurs ou commanditaires (à genoux). Ceux-ci sont en majorité des chanoines du chapitre cathédrale. Ce dernier était composé au XVe siècle d'un Doyen qui était, de Droit, l'Abbé de l'Abbaye de Daoulas, Ordre de St Augustin, qui, lorsqu'il était présent, avait son siège dans le choeur, en face de celui de l'Evêque. De cinq autres Dignitaires, qui étaient le Grand Archidiacre ou de Cornouaille, le Grand Chantre, le Trésorier, l'Archidiacre de Poher, et le Théologal ; de douze Chanoines qui avaient des Paroisses à leur présentation, et du Bas Choeur. Outre les chanoines, les grandes familles nobles sont aussi représentées sous forme de couples, identifiés par leurs armoiries. Les armes des donateurs figurent dans les lancettes, dans les tympans, et parfois sur les voûtes.

Ces verrières occupent les fenêtres hautes de la cathédrale, ce qui ne les rend ni bien visibles, ni facilement photographiables, d'autant que, au sol, des chaises en rang serrés interdisent l'accès aux bras du transept.

.

Les verrières contenant saint Christophe. la baie 128 est cerclée. D'après un plan par Chaussepied in notice diocèse.

Les verrières contenant saint Christophe. la baie 128 est cerclée. D'après un plan par Chaussepied in notice diocèse.

La nef est éclairée  en partie haute par dix baies dont huit datent des années 1494 à 1500. Du coté sud, deux baies voisines renferment un saint Christophe : elles portent les numéros 126 et 128.

  La baie n° 128 comporte cinq lancettes désignées par les lettres A à E,  et un tympan à 9 ajours, recrée vers 1872. Hauteur 7,50 m, largeur 4,00 m. Elle est entièrement moderne (Lusson, 1869-1874), sauf quelques pièces.

J'utilise dans ma description les publications de R-F. Le Men (1877) page 140,  Françoise Gatouillat, (2005 page 181,  et 2013), et Yves-Pascal Castel (Daniel, 2005) page 128.

 .

Historique : 

Les verrières de la nef ont été restaurées par l'atelier manceau d'Antoine Lusson fils (le restaurateur de la Sainte-Chapelle)  de 1869 à 1874.  Les verrières hautes de la cathédrale ont été déposées en 1942, et reposées entre 1950 et 1964 par l'atelier Gruber sans modification notable.  Les baies ont été restaurées en 1992-93 par l'atelier Jean-Pierre Le Bihan.

La première description disponible est celle d'Aymar de Blois p.32 qui la situe alors (vers 1820) "2e vitre de la nef, coté évangile". Ce document permet d'attesté que Lusson a refait les vitres, mais en a respecté les sujets :

1°) L'image de saint Jean-Baptiste.

2°) Saint Christophe

3°) Un chanoine présenté par un saint qu'on n'a pas su distinguer.

4°) Un seigneur dont la cotte d'armes est blanche chargée de 3 oiseaux d'or ou d'argent. Il parait que ce sont les armes de Clécunan ou de Kernechulan, 

5°) Sa femme habillée, moitié des armes de son mari et moitié des siennes qui sont d'azur au cornet ou petit cor de chasse entre 3 besants le tout d'argent".

–Description (après restauration par Lusson ) de René-François Le Men 1877 page 140 :

 N° 90. Troisième fenêtre (sud). Cinq panneaux.

1er Panneau. — Saint Jean-Baptiste. On l’a placé à tort dans le cinquième panneau.

2e Panneau. — Saint Christophe.

3e Panneau. — Un chanoine en chape, à genoux devant un prie-dieu et présenté par un saint qu’on n’a pu reconnaître. il y a sur les drapées du prie-dieu un écusson portant d’azur, à trois oiseaux d’argent.

4e Panneau. — Un chevalier à genoux vêtu d’une cotte d’armes d’azur chargée de trois oiseaux d’argent. Présenté par saint Vincent-Ferrier.

5e Panneau. -— Une Dame à genoux dont la robe d’azur porte trois oiseaux d’argent et un greslier aussi d’argent accompagné de trois besants de même. Elle est présentée par saint Jean-Baptiste Le peintre a supprimé le greslier et remplacé les besants d’argent par des besants d’or. Ce panneau qui devait être le cinquième, a été mis a tort le premier. 

–En 1892, l'abbé A. Thomas donne page 123 une description semblable. Couffon la suit également. Gatouillat et Hérold 2005 précisent les verres anciens : quelques fragments dans la chape de la 3ème lancette ; dais de la 4ème "du même type qu'en baie 124" .

.

Baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

 

– Pascal-Yves Castel donne plusieurs renseignements complémentaires :

Il fait remarquer le sol carrelé d'un damier noir et blanc des lancettes a, c, d, e, et les dais très riches à trois étages, aux bases de forme triangulaire.

Il mentionne "un cartouche avec un texte encadré de damas : " Elie Maillard août 1870" (peintre ou cartonnier de chez Lusson ? Ses initiales E et M apparaissent dans d'autres baies."

L'inscription se trouve en réalité sur le livre posé devant le chanoine de la lancette C (voir photo infra). Je lis le mot ANNÉE plutôt que le mot août.  On trouve dans Les graveurs du 19e siècle; guide de l'amateur d'estampes modernes une étude de tête par Alphonse Legros du "peintre Elie Maillard (qui se suicidera en 1887), in-4.". Et ailleurs (liste des peintres exposants au Salon de 1864)  la note suivante : " ELIE-MAILLARD (Auguste), né à Saint-Phal (Aube), élève de M. Lecoq, Rue de l'Est, 33"

.

Signature d'Elie-Maillard année 1870, Lancette C, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Signature d'Elie-Maillard année 1870, Lancette C, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

Lancette A. Saint Jean-Baptiste présentant une donatrice.

Rappel : Selon R-F. Le Men, qui tient compte de la description d'Aymar de Blois en 1822, "Une Dame à genoux dont la robe d’azur porte trois oiseaux d’argent et un greslier aussi d’argent accompagné de trois besants de même. Elle est présentée par saint Jean-Baptiste Le peintre a supprimé le greslier et remplacé les besants d’argent par des besants d’or. Ce panneau qui devait être le cinquième, a été mis a tort le premier." Aymar de Blois avait décrit la lancette D avec son donateur , puis " 5°) Sa femme habillée, moitié des armes de son mari et moitié des siennes qui sont d'azur au cornet ou petit cor de chasse entre 3 besants le tout d'argent"."

Discussion sur l'identification.

Le problème est donc d'identifier d'une part le propriétaire des armoiries aux trois oiseaux d'argent, et d'autre part la famille de la donatrice, au grelier d'argent.

a) Pour le donateur, Aymar de Blois indique "il paraît que ce sont les armes de Clécunan ou Kernerchulan". Les Clécunan (paroisse d'irvilac) portent de sable à trois huppes d'argent, becquées de gueules. Potier de Courcy indique : Clécunan (de), sr dudit lieu, par. d'Irvillac, — de Keranhoat, par. de Loperhet. Réf. et montres de 1426 à 1536, par. d'Irvillac, év. de Cornouaille. De sable à trois huppes d'argent, becquées de gueules, comme Kerguern. Fondu dans Rosnyvinen."

 Si on veut bien prendre ces oiseaux pour des huppes, on peut déplorer ici que la couleur de l'écu soit d'azur, et non de sable. Les armoiries des Poulpiquet sont d'azur à trois palerons ou pies de mer d'argent, bequées et membrées de gueules. Elles sont illustrées par les armoiries épiscopales de Jean-Marie de Poulpiquet de Brescanvel, évêque de Quimper de 1823 à 1840. Voir aussi dans D'Hozier

 

 

Ce sont donc les armoiries de Poulpiquet qui sont le plus conformes à celles qui figurent sur le vitrail. Le fief de cette famille se trouve à Locmaria-Plouzané (29).

b) pour l'épouse et donatrice, aucune armoiries ne sont d'azur à un greslier  d’argent accompagné de trois besants de même. La formule la plus proche me semble être celle des Kermorial de KermorvanD'azur à un greslier d'argent, accompagné de trois fleurs de lis du même, 2 en chef et 1 en pointe :

KERMORIAL (DE), Sr dudit lieu, par. de Baye, de Kermorvan, par. de Cuzon, de Poulfos, de la Porte-Neuve, par. de Riec, de Kervéno.

Anc. ext., réf. 1669, six gén.; réf. et montres de 1426 à 1562, par. de Baye, Saint-Colomban de Quimperlé et Querrien, év. de Cornouailles.

D'azur au greslier d'argent, accomp. de trois fleurs de lys de même. Devise : Sot ouc'h sot. (Sot contre sot.)

Thomas, vivant en 1481, père de Pierre, marié à Catherine Perrault; Jean, auteur de la branche de Kervéno, vivant en 1535, épouse Louise Louarnec; un lieutenant des maréchaux de France à Quimper en 1740.

La paroisse de Cuzon tient son nom d'un  plateau dominant la vallée de l'Odet, au nord-est de Quimper. Cuzon etait paroisse independante de Kerfeunteun jusqu'à la Révolution. . http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

.

Description du vitrail.

Saint Jean-Baptiste est identifiable par son vêtement en poil de chameau et par l'agneau qu'il présente ici sur un livre rouge.

Son voisinage avec saint Christophe était déjà notée dans la baie 113, et les rapports entre les deux saints ont été discutés à propos de la baie 115. J'avais alors signalé que Jean-Baptiste est représenté sur 10 vitraux anciens de la cathédrale, au troisième rang après le Christ et la Vierge. 

La donatrice est représentée avec tout le faste que le XIXe siècle sait conférer dans ces pastiches d'œuvres médiévales. On notera l'étoffe pourpre qui recouvre le prie-dieu, car au centre du cartouche en écu dont elle est décorée se déchiffre à l'envers des lettres qui évoquent le nom du peintre Elie-Maillard.

.

 

 

Baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B. Saint Christophe.

Bien qu'il soit impossible de savoir à quoi ressemblaient les verres anciens qu'Aymar de Blois a brièvement décrit, on peut penser que Lusson en a repris la disposition générale, car celle-ci est conforme au schéma traditionnel que j'ai eu a décrire constamment dans cette iconographie, et par lequel Christophe dont les jambes sont résoluement tournées vers la gauche, tournoie sur lui-même et lève son visage vers l'Enfant qu'il porte à califourchon. Ses jambes nues, l'eau du fleuve, et (cas unique sur les 5 vitraux étudiés à Quimper) la rive à atteindre sont représentées. Le saint est vêtu d'une tunique courte dorée et damassée, à revers verts, et d'un manteau rouge. En dessous, il porte un tricot rayé. Son visage est barbu et souriant. Le bandeau frontal n'a pas été peint.

Le bâton est dessiné en diagonale, parallèle à l'axe épaule droite / jambe gauche.

L'Enfant porte le nimbe crucifère, bénit et tient le globe, comme dans les 4 autres vitraux, mais pour la première fois, il se penche (légèrement) vers le saint et leurs regards se croisent. 

L'élément insolite est celui-ci : le saint, au lieu de maintenir le bâton, lève la main et tend l'index vers l'Enfant. Deux pièces de verre blanc aux rayures grises  partent de la face latérale de l'index et se dressent en V.

S'agit-il d'un oiseau ? Mais que vient-il faire là ?

Je pense que le verrier restaurateur a mal compris le dessin du XVe siècle et a tenté de s'en débrouillé. Il pouvait s'agir initialement :

--soit d'un feuillage s'élevant de l'extrémité du bâton pour témoigner de sa reverdie, comme dans de nombreux exemples.

--soit des extrémités du bandeau frontal nouées derrière la tête.

.

Saint Christophe, lancette B, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, lancette B, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

 

Saint Christophe, lancette B, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, lancette B, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C. Chanoine présenté par saint Jean (?).

Le saint n'a pas été identifié par nos prédecesseurs, mais trois indices plaident pour y voir saint Jean : son visage imberbe ; son allure d'éphèbe ; son livre (Jean est l'auteur de son évangile, mais aussi de l'Apocalypse). Ajoutons que le trio Jean-Baptiste + Jean l'Évangéliste + saint Christophe est déjà réuni baie 115. 

Le donateur est un chanoine, de la famille de Poulpiquet si on tient compte des armoiries du prie-dieu haut placé dans la hiérarchie ou la dignité puisqu'il porte une chape aux bordures historiées qui, à elle seule, vaut une fortune. Il serait passionnant de savoir si elle était déjà présente telle quelle sur le vitrail du XVe. 

Cette chape m'évoque celle d'un vitrail de l'église de Saint-Nic (29) ; le donateur est également présenté par saint Jean. J'avais envisagé l'hypothèse d'y voir Jean de Largez, abbé de Daoulas de 1502 à 1519, et, par ce titre, doyen du chapitre cathédrale (armoiries d'argent au lion de sable, armé, lampassé de gueules). Il administra le diocèse de Quimper de 1501 à 1518 à la place de l'évêque en titre, Claude de Rohan, simple d'esprit. Il mourut le 6 novembre 1533 et fut enterré en son abbaye, où sa plaque tombale se trouve toujours. 

La chape de ce vitrail est en damas d'or, bordée de soie blanche brodée au fil d'or traçant un décor de niches réservées à des pieux personnages : cinq sont visibles à gauche et un à droite, ce sont des saints (nimbes) et des évêques ou abbés (crosses et mitres).

Une chape aussi somptueuse est représentée en baie n°121, mais, là encore, l'identité de celui qui la porte est inconnue. Même observation pour la baie 129 (avec saint Pierre et saint Paul dans les niches). En baie 116, Geoffroy de Treanna porte une chape portant sur l'orfroi Ave Maria Gratia Plena .

Les armoiries aux trois oiseaux ont pu être placées sur le prie-dieu pour se conformer aux armes des lancettes A et D.

 

Baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

 

Lancette C (détail), baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C (détail), baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

 

Lancette D. Donateur présenté par un saint.

Un saint tonsuré et tenant un livre , où on a pensé reconnaître le dominicain espagnol Vincent Ferrier (inhumé dans la cathédrale de Vannes), présente un jeune chevalier agenouillé en armure, et dont le tabard porte les armoiries d'azur à trois oiseaux d'argent que nous avons rapproché de celles de la famille de Poulpiquet. 

.

Lancette D, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

 

Le donateur, lancette D, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Le donateur, lancette D, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

 

Lancette E. Saint Jean-Baptiste.

 

Jean-Baptiste est représenté une nouvelle fois, ce qui signale encore l'importance de la vénération dont il était l'objet de la part des chanoines du chapitre de Quimper, et le lien étroit qui l'associe à saint Christophe. Vêtu de sa fameuse tunique en poil de chameau de pilis camelorum, il porte sur un coussin rouge l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. L'index droit, dirigé ici  vers l'Agneau, évoque immanquablement l'index peint par Léonard de Vinci en 1513 .

 

.

 

 

 

Lancette E, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette E, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

 

.

 SOURCES ET LIENS.

 

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne province de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

 

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820.  Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 . Le folio 25 concerne la baie 114.

AncreAncre A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)

 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— COUFFON . Bulletin SAF, t.LXXXIX. 1963, p.xcvii et suivantes. 

— COUFFON http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

— GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.,La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203, 

 GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes.  Les baies n'y sont pas numérotées et distribuées en cinq lieux : Vitraux de la chapelle des fonts, vitraux de la Nef, vitraux du transept, vitraux du chœur, vitraux de la chapelle terminale. 

 

 

— LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

 

— LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog  

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-5674011.html

— LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.243-244,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,  p.123,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 15:39

Iconographie de saint Christophe dans les vitraux de la cathédrale de Quimper. IV.

La baie n°126 ou Verrière de Kerguelenen. Nef, deuxième travée, mur sud.

.

L'intention de cette série de mon blog est de replacer chaque œuvre dans un ensemble iconographique étudiant les variations et les reprises du thème de saint Christophe traversant le gué en portant le Christ enfant sur ses épaules. Et de faire apparaître l'importance de ce culte au XVe et XVIe siècle.

A Quimper, le but est de souligner combien ce culte avait une place prépondérante, et d'inciter à réfléchir à sa signification, qui dépasse de loin l'image de saint-pour-porte-clef-et-garagiste qu'on pourrait avoir.

.

Saint Christophe sur les vitraux de la cathédrale de Quimper :

Autres exemples iconographiques :

.

.

La nef est éclairée  en partie haute par dix baies dont huit datent des années 1494 à 1500. Du coté sud, deux baies voisines renferment un saint Christophe : elles portent les numéros 126 et 128.

 

 La baie n° 126 comporte cinq lancettes désignées par les lettres A à E,  et un tympan à 9 ajours, recrée vers 1872. Hauteur 7,50 m, largeur 4,00 m.

 

J'utilise dans ma description les publications de R-F. Le Men (1877),  Françoise Gatouillat, (2005 et 2013), et Yves-Pascal Castel (Daniel, 2005).

Les vitraux anciens occupent les fenêtres hautes. Très très hautes pour le touriste photographe. 

 

 .

Historique : 

 

Les verrières de la nef ont été restaurées par l'atelier manceau d'Antoine Lusson fils (le restaurateur de la Sainte-Chapelle)  de 1869 à 1874.  Les verrières hautes de la cathédrale ont été déposées en 1942, et reposées entre 1950 et 1964 par l'atelier Gruber sans modification notable.  Les baies ont été restaurées en 1992-93 par l'atelier Jean-Pierre Le Bihan.

Seule la lancette centrale C (celle qui m'intéresse !) est encore partiellement de la fin du XVe.

 

Description de R-F. Le Men 1877 page 139 :

 — 1er Panneau. — Notre-Dame.

 — 2e Panneau. — Un chanoine en chape à genoux, devant un prie-dieu, dont les draperies portent un écusson armorié d’azur au lion d’argent chargé d’une macle d’or. Il est présenté par saint Julien, en ermite. Ce chanoine est N. de Kerguelenen, chanoine de Quimper, de 1489 à 1497. Les mêmes armes sont dans la voûte vis-à-vis de cette vitre (Voir p.125, n° 56 : Écu triangulaire : d’azur au lion rampant d’argent chargé d’une macle d’or, armé et lampassé de gueules. — Jean de Kerguelenen, chanoine de la cathédrale en 1489 et 1498, et recteur de la paroisse de Grandchamp. Il avait fondé dans la cathédrale, une chapellenie dont le patronage appartenait en 1540 à Alain de Kerguelenen, chevalier. La seigneurie de Kerguelenen était dans la paroisse de Pouldergat près Douarnenez. ).

 — 3e Panneau. — Un chevalier à genoux, présenté par saint Christophe, et portant sur sa cotte d’armes bleue, un lion d’argent armé et lampassé de gueules, chargé d’une macle d’or.

 — 4e Panneau. — Une dame à genoux présentée par sainte Barbe. Elle porte sur sa robe bleue un lion d’argent chargé d’une macle d’or, et un léopard d’or.

 — 5e Panneau. — On avait recommandé d’y placer saint Yves, M. Lusson en a fait un évêque (panneau neuf)."

En 1892, l'abbé A. Thomas donne une description semblable, sous le titre de Vitrail de Kerguelenen.

Couffon ajoute la précision suivante :  "-signé Lusson 1870 dans un prie-Dieu de Kerguelenen" 

 

Je trouve les renseignements suivants sur la famille de Kerguelenen :

   a) La famille :

  Jehan de Kerguélénen, décédé en 1483, avait eu de Béatrice du Hirgars (d'or à 3 pommes d'azur) deux fils dont de cadet fut chanoine de Quimper (1489-1509). L'aîné, Jehan de Kerguélénen, marié en 1474 à Marie Tuonmelin, fille d'Alain Tuonmelin, sgr de Botpodern (d’azur au lévrier passant d’argent) mourut en 1497, laissant plusieurs enfants. Alain de Kerguélénen qui lui succéda, vécut jusqu'en 1547. L'ancien manoir de Kerguelenen se situait à Pouldergat, paroisse dont l'église Saint-Ergat porte encore le blason familial sculpté dans la pierre.

 Entre 1489 et 1498, 

 

Potier de Courcy indique (Nobiliaire et Armorial Tome II, p. 93) : Kerguelenen, seigneur du Penquer, de Pennanneac'h, de Kerollain et de Kerstrat en la paroisse de Pouldergat.

b) Le chanoine Jean  :

– Jean de Kerguélénen, chanoine  de la cathédrale de Quimper entre 1489 et 1498, est également prieur de l'île Tristan à Douarnenez, ses armes figurant sur l'une des vitres de l'ancienne chapelle Sainte-Hélène, devenue chapelle prieurale.

–Documents : VILLE DE QUIMPER (Département du Finistère) REPERTOIRE NUMERIQUE DETAILLE DES ARCHIVES COMMUNALES ANTERIEURES A 1790 Série CC. FINANCES, IMPOTS ET COMPTABILITE. page 18 :  CC 59 1 cahier, parchemin, 14 fol. Couverture velin ancien manuscrit en réemploi

 

  1481* Apurement des comptes des miseurs : - compte de Jehan Le Baud naguère receveur des deniers de devoirs de billot en l’évêché de Cornouaille et miseur des murs, achèvements, réparations des édifices de la ville de Quimper Corentin conclus au mois de juin 1481. Dont apurement donné en la maison d’Olivier Le Baud en la Terre au Duc, clos et signé le 14 août 1500 par noble homme Hervé du Juch seigneur de Pratanroux capitaine dudit Quimper Corentin, maître Hervé de Lezongar, Jehan de Kerguelenen chanoine de l’église cathédrale de Monsieur Saint Corentin, maître Yves Dongoallen, Vincent de Kerguenozal, François Marion, Alain Rolland, Alain Le Garz, Henry Le Baud, Julien Morel, Prigent de Coetenezre, Jehan Le Douzic, Yvon Madec et plusieurs autres nobles et bourgeois de cette ville et tenu par Morice de Kerloaguen, Auditeur et François Le Saux, gens des comptes dudit duc de Bretagne. 

–On trouve dans le Cartulaire de Quimper  deux pages signées de Jean de Kerguelenen: in Bulletin diocèsain d'Histoire et d'Archéologie du Diocèse de Quimper Edité en 1906, page 151

 

 

.

 

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette A. La Vierge à l'Enfant.

Oeuvre de l'atelier Lusson;

 

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

Lancette B. Saint Julien l'Hospitalier présentant le chanoine Jehan de Kerguelenen.

Création de Lusson (1869 à 1874). Le saint, vêtu en ermite, est identifié comme saint Julien par René-François Le Men (1824-1880), archiviste du Finistère qui écrit en 1877, juste après la création du vitrail : non seulement il a du obtenir les renseignement du maître-verrier, mais il semble qu'il ait participé aux consignes qui lui furent données. 

Le chanoine, revêtu d'une chape damassée à large orfroi, est agenouillé devant un prie-dieu drapé des armoiries d'azur au lion d'argent chargé d'une macle d'or (Kerguelenen).

.

 

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

Lancette C. Saint Christophe présentant un seigneur de Kerguelenen.

Parmi les éléments traditionnels de l'iconographie, on note :

–L'Enfant à califourchon sur les épaules du saint, tenant l'orbe crucigère et bénissant . 

– la couleur verte de la tunique du saint

– son bandeau frontal blanc.

– sa barbe et ses cheveux longs témoignant d'une ancienne nature d'homme des bois.

– son bâton, ici horizontal et particulièrement noueux et donc rustique. Ce bâton ne reverdit pas, et, comme les autres bâtons du saint sur les vitraux de Quimper, il ne témoigne donc pas de la reverdie miraculeuse qui attestera de la validité de la promesse faite par l'enfant au saint.

– la ceinture. On en profite pour remarquer le verre rouge gravé et doublé (la gravure est responsable des motifs blancs). Le même type de gravure est visible dans la bande qui passe derrière la tête de l'Enfant.

Par contrel la posture tête basse de Christophe est aypique : est-elle due à un restaurateur, ou bien s'explique-t-elle par l'attitude du saint présentant son protégé ?

De même, la moitiè inférieure permet de voir une jambe gauche nue, mais ne montre pas —ou de façon très simplifié— le cours d'eau traversé.

Le donateur.

Tête nue (cheveux coiffés selon la mode du temps), agenouillé devant le livre d'heures posé sur le prie-dieu, il porte l'armure de chevalier, sur laquelle il a endossé le tabard à ses armes. Le lion d'argent est parfaitement dessiné, rampant, et sa langue rouge montre qu'il est "  lampassé de gueules". 

.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

Lancette D. Sainte Barbe présentant la donatrice.

Sainte Barbe n'a pas un visage très féminin, et on la confondrait facilement avec saint Jean (avec son manteau rouge), si elle ne tenait pas son attribut, la tour percée des trois fenêtres attestant de sa foi dans le dogme de la Trinité.

La donatrice porte sur sa robe les armes de Kerguelenen (le lion rampant et la macle d'or), mais cette macle contient un lion léopardé d'or. 

 

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette E. Un saint évêque.

Renè-François Le Men laisse transparaître son mécontentement, car "on" (il ?) avait demandé au verrier de "faire" un saint Yves, et c'est un saint évêque parfaitement lambda qui a été réalisé, avec l'attirail des poncifs qui s'y attachent : mitre, crosse, chape et nimbe. C'est bien pieux, mais cela ne mène à rien, et cela n'a rien de breton. C'est pas grave, c'est bien peint quand même.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

 SOURCES ET LIENS.

 

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne province de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

 

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820.  Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 . Le folio 25 concerne la baie 114.

AncreAncre A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)

 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— COUFFON . Bulletin SAF, t.LXXXIX. 1963, p.xcvii et suivantes. 

— COUFFON http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

— GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.,La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203, 

 GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes.  Les baies n'y sont pas numérotées et distribuées en cinq lieux : Vitraux de la chapelle des fonts, vitraux de la Nef, vitraux du transept, vitraux du chœur, vitraux de la chapelle terminale. 

 

 

— LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

 

— LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog  

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-5674011.html

— LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.243-244,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,  p.123,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

 


 

 

— LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

 
Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 14:28

Iconographie de saint Christophe dans les vitraux de la cathédrale de Quimper.

III. La baie n°115. Vitrail du Gloria . Transept, bras nord, mur est.

.

L'intention de cette série de mon blog est de replacer chaque œuvre dans un ensemble iconographique étudiant les variations et les reprises du thème de saint Christophe traversant le gué en portant le Christ enfant sur ses épaules. Et de faire apparaître l'importance de ce culte au XVe et XVIe siècle.

A Quimper, le but est de souligner combien ce culte avait une place prépondérante au XVe siècle (cinq vitraux et une chapelle), et d'inciter à réfléchir à sa signification, qui dépasse de loin l'image de saint-pour-porte-clef-et-garagiste qu'on pourrait avoir.

.

Saint Christophe sur les vitraux de la cathédrale de Quimper :

Autres exemples iconographiques :

.

Le mur est du bras nord du transept est éclairé par deux baies, n° 113 et n°115, qui toutes les deux consacrent une lancette à saint Christophe. Dans le bras sud, dans une position symétrique, saint Christophe occupe aussi la baie n°114.

Cette baie comporte six lancettes désignées par les lettres A à F,  et un tympan à 11 ajours, recrée vers 1872. Hauteur 6 m, largeur 4,30 m. Une place à part est réservée à saint Christophe dans la lancette F à l'extrême gauche, alors que les cinq autres lancettes sont organisées symétriquement autour de la Vierge à l'Enfant (lancette C), vénérée de part et d'autre par deux chanoines des lancettes B et D, chacun présenté par l'un des deux saints Jean dans la lancette voisine. L'unité de ces cinq lancettes est assurée par le fait que les bras des saints "traversent" le meneau pour présenter leur protégé dans la lancette voisine.

 

J'utilise dans ma description les publications de Françoise Gatouillat, (2005 et 2013), Yves-Pascal Castel (Daniel, 2005) mais aussi le blog de Jean-Pierre Le Bihan (2007). C'est le travail d'un  maître-verrier quimpérois et historien-chercheur de la cathédrale. Sa description, argumentée par le recours aux archives et aux auteurs cités ici en bibliographie, s'avère si attentive, si réfléchie et si qualifiée (J-P. Le Bihan a restauré de très nombreux vitraux finistériens dont ceux de la cathédrale) que j'ai pris le parti d'en citer le texte. J'espère que cela ne sera pas considéré comme un emprunt indélicat, mais comme un hommage. 

Les vitraux anciens occupent les fenêtres hautes. Très très hautes pour le touriste photographe. 

Surtout la baie 115. Pour la photographier,

 Ave ! Bonum diem !

 .

Historique : 

 

Le bras nord du transept a été érigé vers 1480, ses voûtes peintes en 1486. La baie n°115 du mur est du bras nord,  comme les autres fenêtres du transept et de la nef, a été obstruée par des cloisons de bois (entre 1469 et 1475) avant d'être vitrée entre 1495 et 1497, donc sous le règne de Charles VIII et Anne de Bretagne, et lors de l'épiscopat de Raoul Le Moël (1493-1501). La disposition générale des 20 fenêtres du transept et de la nef est proche de celle adoptée pour le chœur au début du XVe, avec des niches gothiques, des saints intercesseurs (debout) et des donateurs ou commanditaires (à genoux). Ceux-ci sont en majorité des chanoines du chapitre cathédrale. Ce dernier était composé au XVe siècle de 15 à 16 chanoines, dont quatre dignitaires : deux archidiacres —pour les deux subdivisions du diocèse, les archidiaconés de Poher et de Cornouaille — , un trésorier et un chantre. Outre les chanoines, les grandes familles nobles sont aussi représentées sous forme de couples, identifiés par leurs armoiries. Les armes des donateurs figurent dans les lancettes, dans les tympans, et parfois sur les voûtes.

 

Les verrières du transept ont été restaurées par l'atelier manceau d'Antoine Lusson fils (le restaurateur de la Sainte-Chapelle)  de 1869 à 1874.  Les verrières hautes de la cathédrale ont été déposées en 1942, et reposées entre 1950 et 1964 par l'atelier Gruber sans modification notable.  Les baies ont été restaurées en 1992-93 par l'atelier Jean-Pierre Le Bihan.

— Description  par R-F. Le Men (1877), qui n'y décrit pas saint Christophe.

"[p. 134] N° 81. Quatrième fenêtre (côté est). Six panneaux.

1er Panneau — Un chanoine en chape à genoux, présenté par N.-S.-J.-C., qui tient la croix de résurrection [Confusion avec saint Christophe ??].

2e Panneau. — Un chanoine en surplis à genoux.

3e Panneau. — Notre-Dame.

4e Panneau. — Un chanoine.

5e Panneau. — Saint Jean l’Évangéliste, tenant un calice.

6e Panneau. — Saint Jean-Baptiste vêtu d’une peau et d’un manteau. "

 

— Description en 1892 par A. Thomas, dans un ordre différent, et qui identifie saint Christophe ; la disposition des lancettes est celle que nous connaissons. Les inscriptions ne sont pas déchiffrées:

 

"1°) Saint Jean-Baptiste.

2°) Un chanoine vêtu d'une chape et agenouillé ;

3°) Notre-Dame ;

4°) Un chanoine vêtu d'un surplis et agenouillé ;

5°) Saint-Jean apôtre ;

6°) Saint Christophe.

Le troisième panneau [lancette] a occupé une des baies des fenêtres latérales de l'abside (1837-1873).

Le tympan est moderne, il représente dans les trois compartiments du centre les Trois Personnes Divines, avec cette particularité que le Saint-Esprit figure ici sous forme d'un jeune homme. [...]".

.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

.

Par exception, je débuterai par la lancette F, celul qui m'intéresse aujourd'hui.

 

Lancette F. Saint Christophe.

Je donnerai d'abord la parole à J-P. Le Bihan :

 

 

Saint Christophe.
"Dans cette baie, ce personnage se trouve à l’extrémité droite de cette baie que l’on voie dans  la façade est du bras nord du transept .
 Le torrent qu’il traverse coule de gauche à droite, ce qui n’est pas exceptionnel dans ses représentations. Ce qui est plus c’est la représentation  de deux poissons, traités au jaune d’argent (nitrate d’argent). qui glissent dans cette eau. Ici, l’auteur les a peints sur la face extérieure du verre dans le but de donner l’impression  qu’ils sont vraiment dans l’eau.

  Le vitrail présentée plus haut est dans l'état après restauration; la vue suivante le présente avant tout travail avec un manque de lisibilité dû aux  plombs de casse. [voir images sur le blog]

Saint Christophe avance, les mains, la droite à la hauteur de l’épaule, la gauche à la hauteur du genou, serrées sur un tronc d’arbre équeutée. Penché et courbé, l’effort, transcrit par la diagonale du tronc,  indique bien qu’il porte tout le poids du monde en la personne de cet enfant Jésus. Pour accentuer cette effort, et par manque de place, l’auteur a bousculé les piliers et fait ressortir cette composition du cadre de la niche.
Sa tête d’origine, milieu XV°, au cou fort, est encadrée d’une barbe légère qui remonte jusqu’aux cheveux retenus par un foulard plié et noué dont une houppe rebelle s’échappe. 
La mèche de droite suit le mouvement du personnage tandis que l’autre se devine sur le côté du visage. Le nimbe jaune, à la bordure unie et au champ ornementé de courbes et perles, agrandi encore ce visage au nez camus et aux yeux surmontés de sourcils épais et noirs dont le regard repose sur le globe.
Sa robe, ou tunique, brune violacée, très courte aux longues manches, apparaît sous un lourd manteau blanc, fermé au col par un gros bouton vert dont le motif de grisaille a disparu. Un ruban large, décoré de grains de café et de perles, court sur les parties visibles du manteau dont la doublure au dessin, fait de successions de courbes, est la même que celle de saint Jean-Baptiste.

L’enfant Jésus.

L’enfant Jésus est assis sur les épaules de saint Christophe, la jambe gauche seule visible sous la  robe rouge dont le collet au jaune d’argent fait partie intégrante de la pièce de verre comportant le cou, la tête et le nimbe crucifère. 
Les branches de la croix  de ce nimbe sont pattées et arrondies aux extrémités. 

Deux grands yeux noirs, au dessin très pur, animent ce visage, et portent leur regard du côté inverse de saint Christophe. Des cheveux rehaussés au jaune d’argent couronnent ce visage. Sa main droite bénit presque horizontalement, comme voulant indiquer une direction que suivraient ses yeux.
 La main gauche ne soutient pas, comme cela est habituel, mais prend par l’extérieur, le globe surmonté d’une croix à fanion blanc rehaussé d’une seconde croix au jaune d’argent. L’implantation de la croix au milieu de la partie haute de ce globe est exemplaire. Elle ne peut qu’être plantée dans la terre, la partie basse étant parcourue de vagues. 
Il n'est pas rare de trouver un globe terrestre dont la mer est présente dans le bas.
Quant au rideau qui ferme cette scène il est d’un violet bleu aux damas intérieurs exécutés au pochoir et se terminant par une frette de bâtonnets calée par deux filets." 
(Jean-Pierre Le Bihan)

.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

.

Commentaires personnels.

Selon les auteurs du Corpus Vitrearum, ce Saint Christophe traversant le fleuve est "assez bien conservé". Jean-Pierre Le Bihan ne signale pas non plus de parties manifestement modernes. On peut donc estimer que cette lancette est assez fidèle au vitrage d' origine. Or, certains éléments sont conformes à la tradition iconographique , tels que les jambes et pieds nus visibles dans les flots traversés, les petits poissons qui y nagent, la diagonale tracée par le bâton, et la giration de 180° du corps entre les pieds dirigés vers l'avant et la tête qui se tourne vers l'Enfant. Ou encore l'Enfant figuré comme Salvator Mundi, bénissant et tenant le globe crucigère. Ou le bandeau de martyr autour du front du saint. Par contre, la couleur rouge (et non verte) de la tunique, et le caractère solennel de la cape orfroyée sont atypiques, ce qui explique que Le Men ait vu ici (certainement lors d'un examen dans de mauvaises conditions ou sur une vitre très encrassée) un chanoine.

Le visage du saint est magnifique par son expression de détresse, d'interrogation ou de doute anxieux, et d'effort (il succombe sous le poids du Monde porté par l'Enfant), et il se rapproche de celui du Christ de douleur. Christophe est figuré comme un homme âgé, barbu, dont les mêches grises s'échappent en éléments rebelles. Mais sa face est tourné vers le haut, dans un sursaut d'espérance et de spiritualité, et son regard rencontre, non celui de l'Enfant divin, mais le globe doré où flotte triomphalement l'étendard de la victoire sur la Mort.

Nous allons maintenant découvrir que ce saint christophore, apparemment isolé dans sa lancette, est intégré dans un vaste tableau théologique sur l'avènement du Christ comme Rédempteur. Avec un "fil rouge", ici blanc et or, l'oriflamme et la croix. 

.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.
Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

 .

Lancette A et B . Saint Jean-Baptiste présentant un donateur.

Tête du saint restaurée. Lancette B en partie restaurée. Le saint est vêtu de la même chape à bande d'orfroi que saint Christophe, chape toute aussi inhabituelle dans le cas de saint Jean-Baptiste que dans celui du géant barbu. En effet, le "Précurseur" dont la voix "crie dans le désert" s'habille de peaux de bêtes, et ce sont d'ailleurs elles qui pendent sur les jambes en dessous de la chape. Depuis Matthieu 3:4, chacun doit savoir que "Jean avait un vêtement de poils de chameau, (Iohannes habebat vestimentum de pilis camelorum) et une ceinture de cuir autour des reins (et zonam pelliciam circa lumbos suos). Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage."  ​  Le caractère inhabituel de ces deux parures doit nous mettre sur la piste d'une intention délibérée et signifiante, réunissant Jean-Baptiste et Christophe. Mais en réalité, à un exception, tous les personnages de ce vitrail portent ce manteau : la Vierge (bleu à orfroi), saint Jean l'Evangéliste (simple voile blanc) et le donateur (rouge à orfroi).

Le donateur présenté par Jean-Baptiste est un clerc (tonsuré) ; il est agenouillé devant un prie-dieu à décor gothique, mains jointes. Le décor de la bordure dorée et brodée de son manteau est simple, géométrique et répétitif. 

Il s'agit soit d'un chanoine (mais particulièrement honoré par ce vêtement), soit d'un évêque, et il pourrait porter le prénom Jean du saint qui le présente :  on peut penser à l'évêque Jean de Lespervez (1451-1471), commanditaire de la croisée du transept, bien que ce vitrail postérieur à 1496 l'honorerait de manière posthume. Une hypothèse plus crédible verrait ici le chanoine Jean Le Baillif, dont les armes ornent la baie 113 : en 1479, tout le chapitre l'avait nommé évêque, mais cette nomination ne fut pas ratifiée par le duc François II.

Une banderole se déploie au dessus des mains de ce digne chanoine, et on y lit en lettres gothiques :   " : DOMINE : IHS XPE FILII."

Pour Yves-Pascal Castel y voit "une citation libre d'un des versets du Gloria rituel Domine Filii unigenite Jesu Christe, ce qui justifie qu'il donne à cette verrière le nom de "Baie du Gloria", mais cela suppose l'introduction du mot unigenite et l'éclatement de la séquence des termes latins. D'autre part, rien d'autre dans cette baie ne se réfère au Gloria, et notamment pas le contexte général, et, enfin, la seconde inscription, lancette D, n'est pas tirée du Gloria. Le même texte se retrouve dans la lancette D de la baie 122 du bras sud du transept : domino ihs xpo filio au dessus de l'évêque Raoul Le Mouel, dans une baie du XIXe siècle. 

La séquence exacte peut être respectée dans différentes formules

 (Domine iesu christe fili dei miserere mei peccatoris ; Domine iesu xpe fili dei patris omnipotentis tu qui es deus angelorum ; Domine Jesu Christe, Fili Dei vivi, qui es verus omnipotens Deus ;Domine Jesu Christe, Filii Dei vivi, qui ex voluntate Patris, Domine Jesu Christe, Fili Dei vivi, qui uterum beatae Virginis Maria mirabiliter) mais cela n'a pas beaucoup d'importance pour l'interprétation de la verrière si l'authenticité du texte n'est pas affirmée, et que ce début d'oraison est due à l'invention de l'atelier Lusson.

Je m'intéresserai d'avantage à la main de saint Jean-Baptiste. Elle tient un livre (c'est inhabituel) à reliure verte, sur lequel se tient un agneau à nimbe crucifère ; une croix fleuronnée sert de hampe à l'oriflamme blanc portant la croix d'or . Cet agneau pascal est l'attribut principal de Jean-Baptiste et se réfère aux paroles qu'il a prononcé selon Jean 1:29 : Ecce Agnus Dei qui tollit peccatum mundi "Le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit: Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde". Comme ici l'agneau tient dans la patte gauche la hampe, nous sommes autorisés, ce qui fait chic, à parler l'agneau vexillifère. Et crucifère.

Or, l'étendard de la Résurrection tenu ici par l'Agneau répond à celui  tenu par L'Enfant juché sur les épaules de Christophe. 

Rappellons-nous : Christophe lors de sa traversée du fleuve se trouve soudain terrassé par le poids inattendu du bambin qu'il s'est proposé de passer sur l'autre rive, et, levant les yeux, comprend que cet enfant porte le Monde où se dresse l'étendard de la croix. Autrement dit, c'est le poids du Péché du Monde (peccatum mundi) qui l'enfonce dans les sables du fleuve. Sa conversion, sa foi en le Christ comme Sauveur du monde, le sauve, et il reprend sa progression.  Le lien entre cette scène, et la prophétie du Baptiste Ecce Agnus Dei devient clair. Le monde succombe sous le poids du péché, et Jésus enlève ce péché, et sauve l'humanité. Christophe et Jean-Baptiste en témoignent comme deux piliers du dogme de la Rédemption. 

En tout cas, pour moi, c'est clair. Surtout que dans les deux cas nous avons deux saints qui sont des Forces de la Nature, l'un comme géant sauvage et inculte (incapable de prier ou de faire jeûne, il met au service des autres sa capacité à les porter pour passer un gué), l'autre comme nazir  voué à ne boire ni vin ni liqueur ennivrante (Luc 1:13) et, sans-doute, à ne pas se couper les cheveux et à vivre en ascèse.

Mais il y a un autre point commun entre les deux saints : le baptème. Pour Jean-Baptiste, qui baptisa le Christ, et qui pratique le baptème par immersion dans le Jourdain, c'est évident. Mais si on réfléchit deux secondes, c'est évident aussi pour Christophe, dont la conversion lors de la traversée d'un fleuve, les deux jambes, dans l'eau aux dangereux poissons symbolisant les péchés, est bien un baptème. C'est pour cette raison que Christophe est un des saints intercesseurs : il protège du danger de mort subite en état de péché mortel.

En résumé, la baie 115 est encadrée par deux figures majeures du christianisme en relation avec le baptème et la rémission des péchés : ce sont deux héros du Christ Sauveur du monde par la victoire de la Croix, et l'oriflamme de cette victoire est présent dans les deux cas.

Dans le retable dit "de la perle du Brabant" de Dirk Bouts (Alte Pinakothek , 1470), réalisé pour un commanditaire privé autour d'une Adoration des Mages, les deux volets réunissent saint Jean Baptiste à gauche et saint Christophe à droite :

.

Ajoutons que saint Jean-Baptiste occupe, parmi les 89 saints personnages des vitraux du XVe siècle de la cathédrale, la 4ème place, avec 10 représentations juste après le Christ (25), la Vierge (13) et les saints évêques. Il précède Jean l'évangéliste (7), Pierre (7) et Christophe (6). 

 

 

 

.

Saint Jean-Baptiste et donateur, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Saint Jean-Baptiste et donateur, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

.

Lancette C. La Vierge à l'Enfant.

La Vierge est couronnée et nimbée, et porte sur une robe vieux rose (à col et manches dorés)  un manteau bleu à bordure brodée d'or avec inclusion de perles et de pierres. Ses cheveux blonds retombent sur ses épaules.   

C'est l'Enfant qui me réserve une surprise. Par sa robe verte au dessus d'une longue chemise blanche ? Par son nimbe crucifère travaillé comme une pièce d'orfèvrerie ? Par ses cheveux courts ? Non, mais bien parce que j'y retrouve le geste de bénédiction et le globus cruciger qui reproduisent ceux de de la lancette F où l'Enfant était porté par saint Christophe. 

Autrement dit, cet Enfant est ici figuré en Sauveur du Monde : le thème de la Rédemption, du poids du Péché et de son abolition par la Croix est donc repris ici une troisième fois.

.

 

Vierge à l'Enfant, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Lancette D. Clerc, et banderole.

Il date entièrement du XIXe siècle, et ne permet donc pas d'enrichir notre réflexion sur la signification initiale de la baie.

Ce clerc porte le même surplis à la partie basse évasée et plissée que son confrère de la lancette B. Il est enrubanné d'une banderole où se lise les mots :

 

 

SANCTA MARIA VIRGINIS [mater] DEI

Clerc en surplis, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Clerc en surplis, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

.

 

 

Clerc en surplis, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Clerc en surplis, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

.

 

Lancette E. Saint Jean l'Evangéliste.

Il présente d'une main sûre le personnage de la lancette D en traversant le meneau. Vêtu d'une robe verte , bordé d'or, et d'un simple manteau blanc à revers d'or, seulement brodé à l'encolure. Nimbe aux rayons d'or. Il tient son attribut habituel, la coupe de poison. 

La réunion  des deux saint Jean autour de la Vierge à l'Enfant est très fréquente. 

 

 

.

Saint Jean l'Évangéliste, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Saint Jean l'Évangéliste, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Le tympan

 Moderne, il montre la Trinité avec le Saint-Esprit sous forme d'un homme barbu tenant un livre ; six anges portant des phylactères, et deux phylactères isolées. 

.

 

.

SOURCES ET LIENS.

 

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne province de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820.  Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 . Le folio 25 concerne la baie 114.

 A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)

 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— CUFFON . Bulletin SAF, t.LXXXIX. 1963, p.xcvii et suivantes. 

— COUFFON  http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/ERGUEGAB.pdf

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

— GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.,La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203, 

 GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes.  Les baies n'y sont pas numérotées et distribuées en cinq lieux : Vitraux de la chapelle des fonts, vitraux de la Nef, vitraux du transept, vitraux du chœur, vitraux de la chapelle terminale. 

 

— LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog  baie 114 :

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-5710978.html

— LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.243-244,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

 LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,  p.117,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, xv, 97 pages, p.51

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 15:59

Iconographie de saint Christophe dans les vitraux de la cathédrale de Quimper.

II. La baie n°114. Vitrail de Pratanras . Transept, bras sud, mur est, coté.

.

L'intention de cette série de mon blog est de replacer chaque œuvre dans un ensemble iconographique étudiant les variations et les reprises du thème de saint Christophe traversant le gué en portant le Christ enfant sur ses épaules. Et de faire apparaître l'importance de ce culte au XVe et XVIe siècle.

A Quimper, le but est de souligner combien ce culte avait une place prépondérante, et d'inciter à réfléchir à sa signification, qui dépasse de loin l'image de saint-pour-porte-clef-et-garagiste qu'on pourrait avoir.

Saint Christophe sur les vitraux de la cathédrale de Quimper :

Autres exemples iconographiques :

.

J'utilise dans ma description les publications de Françoise Gatouillat, (2005 et 2013), Yves-Pascal Castel (Daniel, 2005) mais aussi le blog de Jean-Pierre Le Bihan (2007). C'est le travail d'un  maître-verrier quimpérois et historien-chercheur de la cathédrale. Sa description, argumentée par le recours aux archives et aux auteurs cités ici en bibliographie, s'avère si attentive, si réfléchie et si qualifiée (J-P. Le Bihan a restauré de très nombreux vitraux finistériens dont ceux de la cathédrale) que j'ai pris le parti d'en citer le texte. J'espère que cela ne sera pas considéré comme un emprunt indélicat, mais comme un hommage. 

Les vitraux anciens occupent les fenêtres hautes. Très très hautes pour le touriste photographe.

 

 

Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

.

 

 La baie n°114. Vitrail de Pratanras . 

  Vitrail de quatre lancettes désignées A, B, C et D de gauche à droite, et un tympan à 7 ajours. Hauteur 6,90 m, largeur 3,00 m. 

Le bras sud du transept a été érigé sous l'épiscopat de Jean de Lespervez (1451-1471), il a reçu sa charpente en 1467. La baie n°114 du mur est du bras sud,  comme les autres fenêtres du transept et de la nef, a été obstruée par des cloisons de bois (entre 1469 et 1475) avant d'être vitrée entre 1495 et 1497, donc sous le règne de Charles VIII et Anne de Bretagne, et lors de l'épiscopat de Raoul Le Moël (1493-1501). La disposition générale des 20 fenêtres du transept et de la nef est proche de celle adoptée pour le chœur au début du XVe, avec des niches gothiques, des saints intercesseurs (debout) et des donateurs ou commanditaires (à genoux). Ceux-ci sont en majorité des chanoines du chapitre cathédrale. Ce dernier était composé au XVe siècle de 15 à 16 chanoines, dont quatre dignitaires : deux archidiacres —pour les deux subdivisions du diocèse, les archidiaconés de Poher et de Cornouaille — , un trésorier et un chantre. Outre les chanoines, les grandes familles nobles sont aussi représentées sous forme de couples, identifiés par leurs armoiries. Les armes des donateurs figurent dans les lancettes, dans les tympans, et parfois sur les voûtes.

Historique

   Seules les lancette B et C datent de la fin du XVe siècle. Le nom du vitrail ("de Prat-Ar-Raz") a été attribué par Aymar de Blois vers 1820, et celui-ci signale que seule la lancette de saint Christophe figure dans la baie, celle de sainte Marthe (lancette C) ayant été transportée dans la chapelle de la Victoire, et les deux premiers panneaux (A et D) ayant été détruits.  Ces lancettes A et D ont été créées au XIXe siècle par l'atelier manceau d'Antoine Lusson fils (le restaurateur de la Sainte-Chapelle)  de 1869 à 1874.  Les verrières hautes de la cathédrale ont été déposées en 1942, et reposées entre 1950 et 1964 par l'atelier Gruber sans modification notable.  La baie a été restaurée en 1992-93 par l'atelier Jean-Pierre Le Bihan.

 

Nous disposons des description vers 1822 par Aymar de Blois, de l'archiviste Le Men en 1877, de l'abbé Thomas en 1892 (p. 106), de Françoise Gatouillat en 2005, de l'abbé Yves-Pascal Castel en 2005, du maître-verrier Jean-Pierre le Bihan en 2007, de Françoise Gatouillat en 2103.

"Le vitrail représente un seigneur à genoux (seconde lancette actuelle) revêtu de sa cotte d'armes bleue, à la croix d'or, une fleur de lys de même couleur au quartier droit. Il est présenté par saint Christophe; on croit que c'est un Lezongar, sieur de Prat ar Raz .
Sa femme (troisième lancette actuelle) est derrière lui présentée par sainte Marthe. Sa robe est moitié des armes de son mari, moitié des siennes propres, qui sont rouges à trois macles d'argent. Ce sont celles de Kermeno en Vannes. Les deux premiers panneaux sont détruits. Sainte Marthe est reconnaissable par la Tarasque, espèce de dragon qui l'accompagne : ce panneau de vitrail a été transporté dans la chapelle de la Victoire" (Aymar de Blois)


     Le Men, 1837, nous offre une autre description.

 

" –1er Panneau. — Une dame à genoux présentée par sainte Marthe. Sa robe est partie des armes de son mari représenté dans le deuxième panneau, et des siennes propres qui sont : de gueules à trois macles d’argent. — Ce sont les armes de la maison de Kermeno, dans l’évêché de Vannes.

 –2e Panneau (neuf). — Un chevalier à genoux portant pour armes : d’azur à la croix d’or cantonnée à dextre d'une fleur de lys de même, présenté par Saint-Ronan, ermite. — Ronan de Lezongar, seigneur de Pratanras. 

–3e Panneau. — Un chevalier à genoux vêtu d’une cotte bleue sur laquelle est une croix d’or. Il est présenté par saint Christophe. — Christophe de Lezongar.

 

–4e Panneau (neuf) [actuellement disparu] . — Écuyer portant une bannière écartelée : au 1, d’azur à la croix d’or cantonnée à dextre d’une fleur de lys de même (Pratanras) ; au 2, de sable a une fasce échiquetée d’argent et de gueules ; au 3, d’azur à sept macles d’argent (Le Saux, seigneur de Pratanros, en la paroisse de Penhars) ; au 4, d’azur à trois mains d’argent en pal 2 et 1, chargées d’une cotice de gueules (Guengat).

J'ai fait rétablir cette verrière d'après un aveu fourni au roi, le 4 avril 1731, par François Dorval, seigneur de Kergos" (R-F. Le Men 1877)


— Troisième inventaire par l'abbé Alexandre Thomas en 1892 (in blog Le Bihan):

1)   Saint Pierre présentant un seigneur qui porte les armes écartelées : 1° de Pratanras, 2° armes inconnues, 3° de Pratanros, 4° de Guengat. ;

2) Saint Christophe présentant Christophe de Lézongar ( ou Pratanras) ;

3) Sainte Marthe, présentant la femme du précédent, née de Kermeno ;
4) Ronan de Lézongar présenté par saint Ronan vêtu en ermite ( Ce détail montre que ce panneau est moderne, car autrefois l'on donnait toujours à saint Ronan les attributs épiscopaux.)

.

 

.

 

" –1er Panneau. — Une dame à genoux présentée par sainte Marthe. Sa robe est partie des armes de son mari représenté dans le deuxième panneau, et des siennes propres qui sont : de gueules à trois macles d’argent. — Ce sont les armes de la maison de Kermeno, dans l’évêché de Vannes. –2e Panneau (neuf). — Un chevalier à genoux portant pour armes : d’azur à la croix d’or cantonnée à dextre d une fleur de lys de même, présenté par Saint-Ronan, ermite. — Ronan de Lezongar, seigneur de Pratanras. (R-F. Le Men 1877)

–3e Panneau. — Un chevalier à genoux vêtu d’une cotte bleue sur laquelle est une croix d’or. Il est présenté par saint Christophe. — Christophe de Lezongar.(R-F. Le Men 1877)

–4e Panneau (neuf). — Écuyer portant une bannière écartelée : au 1, d’azur à la croix d’or cantonnée à dextre d’une fleur de lys de même (Pratanras) ; au 2, de sable a une fasce échiquetée d’argent et de gueules ; au 3, d’azur à sept macles d’argent (Le Saux, seigneur de Pratanros, en la paroisse de Penhars) ; au 4, d’azur à trois mains d’argent en pal 2 et 1, chargées d’une cotice de gueules (Guengat). J'ai fait rétabli cette verrière d?après un aveu fourni au roi, le 4 avril 1731, par François Dorval, seigneur de Kergos" (R-F. Le Men 1877)

Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

.

Lancette A: Ecuyer présenté par saint Pierre.

Moderne (1869-1874), par A. Lusson.

Saint Pierre tenant sa clef.  Ecuyer en armure agenouillé, les mains jointes, portant sur sa cotte violette pour armes parti d'azur à la croix d'or cantonnée à dextre d'une fleur de lys de même (Lezongar) et de sable déchiquetée d'argent et de gueules (non identifié).  

.

Saint Pierre et un donateur, Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Saint Pierre et un donateur, Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B. Christophe de Lezongar présenté par Saint Christophe.

Tête du saint refaite, Enfant bien conservé. Buste du donateur bien conservé, partie inférieure moderne.

 

 

L'analyse de Jean-Pierre Le Bihan (2007).

    "Saint Christophe présentant Christophe de Lézongar.   (Deuxième lancette, b)
Les trois panneaux composant ce tableau sont quasiment anciens, et de la fin du XVe siècle, si ce n'est le socle. C'est la première fois dans cette étude sur les vitraux anciens de la cathédrale que nous rencontrons la disparition de ces socles. Nous verrons par la suite que, dans la nef, elle est due, semble-t-il à une nouvelle pente de la toiture des bas côtés, postérieure à la pose des vitraux.

note :   de Lezongar seigneur de Prat ar Raz, ou Pratanras. Seigneurie de la paroisse de Penhars, commune aujourd'hui englobée dans le grand Quimper. Du château primitif se voyait encore, le siècle dernier, XIXe, une tour hexagonale et des ruines d'un colombier. En 1780, le nabab René Madec racheta les titres et les lieux. Cette famille était déjà représentée dans le choeur de la cathédrale dans la baie 109, (1417-1419), où saint Julien portait sur sa cotte et sur son bouclier les armoiries de cette maison. Une autre baie, la 106, toujours dans le choeur, leur est attribuée, ainsi qu'un écu de la voûte. Dans la nef dont ils furent probablement commanditaire, si ce n'est donateur, de la baie 114, avec Ronan et Christophe de Lezongar, chevaliers vers 1495. Leurs possessions s'étendaient sur les paroisses de Penhars, Pluguffan, Ploneïs. Celles-ci comprenaient une soixantaine de manoirs, villages, maisons, champs ou sillons de terres isolées répartis sur 29 autres paroisses ou trêves dans Quimper, Plogastel-Saint-Germain- Pont-l'Abbé, Pont-Croix, Douarnenez, Locronan et Quemenéven. Ils avaient aussi le droit de hautes justices. En 1533, un Rolland de Lézongar est cité comme seigneur. Vers 1535, Hervé de Lézongar est chanoine et trésorier et chanoine de Cornouaille. En 1538, mort de Jeanne du Fresne, première épouse de Rolland, qui laisse deux filles, Jeanne et Marguerite. L'année suivante, Rolland se remarie avec  Claude du Juch. Ils ont un fils prénommé Rolland

Les colonnes,

 Ces colonnes, que l'on trouve sur les côtés,soutenant le dais que l'on relève ici, et dont il ne reste que de petits éléments, dégâts dus aux déposes successives pour restauration ou pour protection, lors de la dernière guerre, ne seront pas souvent présentent dans les baies, du moins anciennes, du transept et de la nef, deux fois pour cette dernière et autant pour ce transept. Dans le choeur, elles furent quasiment toutes présentes et de plus grandes largueurs. 
  C'est 
sur un fond de tenture rouge à gros damas posés sur la face intérieure, dont certaines pièces de verre dépassent les quarante centimètres de long; dans le manteau de saint Christophe nous  trouvons une autre pièce de trente huit centimètres ( 2), que l'auteur inconnu pose ses trois personnages, trois, car nous oublions trop souvent l'enfant Jésus dans la présentation. Ce dernier n'étant plus mis qu'au titre d'attribut de saint Christophe, comme l'arbre déraciné ou l'eau. 

(2.) Ces dimensions nous permettent une approche des dimensions des fours de cuisson de ce siècle ; Pour cuire une pièce de quarante centimètres, le verre étant posé à plat sur une plaque, il faut donc utiliser une plaque d'une dimension  sensiblement supérieure, ce qui, en laissant une aération tout autour de cette dernière pour une meilleure chauffe, environ cinq centimètres de chaque côté, donne une surface de sole de 0,50 sur 0,50. Nous verrons plus tard qu'ils superposaient plusieurs étages de pièces sur une même plaque.

L'enfant Jésus.

Ici,  cependant, comme dans beaucoup de cas, c'est lui, l'enfant Jésus, qui domine et qui, de sa main au doigt levé, donne une âme à cette pose par trop statique, où trois visages suivent la même oblique qui fait la liaison entre les mains jointes du donateur et celle de l'enfant. Cet enfant Jésus est posé, bien à cheval, sur le dos de saint Christophe, un pied à droite, un pied à gauche, vêtu d'une robe ample d'une teinte violet parme,  robe agrémentée d'un collet ornée de perles et autres graphismes.
Le visage,  présenté de trois quarts vers sa droite, comme les autres personnages,  et sur lequel les cheveux de grisaille noire courent en vagues de boucles colorées au jaune d'argent,  a été pris, ainsi que les deux mains et les pieds, dans un verre incolore, Il en est de même du collet. Cette pièce de verre est, sur la face extérieure, mangée de cratères là où le jaune d'argent n'a pas été posé.
 

Le globe terrestre

Tandis que la main droite, levée à la hauteur du visage, bénit, la main gauche retient la base du globe terrestre,  traité au jaune d'argent posé sur un verre incolore, surmonté de la croix, elle aussi en verre incolore.

Un galon jaune avec texte A droite et à gauche de cet enfant Jésus, le galon jaune de la tenture offre, à gauche, entouré d'une succession de perles jumelées, un texte dont seul est compréhensible les trois premières lettres : S A I N puis I V L I.E.N.

Les six dernières, de l'autre côté des épaules de l'enfant Jésus, aux graphismes très libres, ne nous donnent au premier abord rien d'approchant de ce qu'il aurait du être tout ou partie d'un : CHRISTOPHE. 

La lecture de la deuxième partie par Y.P. Castel, pourrait donner J U L I E N .

De quel saint Julien s'agirait-il ? Dans la même cathédrale, dans la baie 109, un saint Julien porte sur sa cotte d'azur une croix d'or, et tient une bannière et un bouclier armoriés  des mêmes armes, celles de la maison de Lézongar. Il rappelle l'écuyer de la baie 113, mais porte cuissards, genouillères, jambière et solerets. Il s'agit de Julien dit le Pauvre ou l'Hospitalier, qui avait été militaire, mais qui a aussi une analogie avec saint Christophe. Avec sa femme sainte Basilisse ils font passer un fleuve dans leur barque. Une fois, c'est le Christ, caché sous la figure d'un pauvre lépreux. Un vitrail du XIVe siècle  de la cathédrale de Rouen narrait cette légende. A Chartres, baie 121, 1215-1225, une lancette raconte l'histoire de ce saint. Il en est de même à Guérande, église Saint-Aubin, baie 2, avec banderoles et inscriptions. A Sonzay, Indre et Loire, il accompagne un donateur XVIe Chez Jacques de Voragine, l'histoire est un peu différente. Le pauvre est devenu un étranger lépreux, à demi mort de froid qu'il accueille dans son hôpital après lui avoir fait traversé le fleuve. Celui-ci se transforma en un ange. Dans les deux cas, Rouen et Voragine, il tue ses parents dormant dans son lit, les prenant pour sa femme avec un amant.  Dans le Vie des saints Bretons d'Albert Le Grand le même thème du passage d'une rivière est repris : « Le  saint roi Judicaêl voulant aller prier devait traverser un gué. Sur la rive il y avait Notre-Seigneur en lépreux qui voulait passer. Judicaêl retint son cheval et monta  derrière le lépreux. »

Existance d'édifices patronnés par Saint-Julien.

Au XVIe siècle il existait une chapelle Saint-Julien au Pouldu en Clohars-Carnoët, une seconde mais existante encore et de la même époque, à Guilligomarc'h. A  Landerneau, c'est auprès de l?Elorn, sur la rive gauche, qu'au XVIe fut édifiée une chapelle puis église tréviale sous le patronage de  Saint-Julien. Deux hôpitaux, toujours à la même époque prirent son nom, à Landerneau et Quimper, ainsi qu'à cette dernière, une paroisse et un autel à la cathédrale.

  
  D
eux chapelles aux voûtes bleues  

 Encadrant la tête de l'enfant, on peut relever deux chapelles aux voûtes bleues avec chacune une baie  à deux lancettes trilobées surmontées d'un écoinçon. Ce dernier, comme les têtes de lancettes a une forme  proche d'une pointe de flèche. Pour ces baies de la chapelle, il a été posé une grisaille grise très dense sur un verre incolore. Un enlevé à la brosse permet de faire apparaître les meneaux.

Le saint Christophe
Il ne porte pas de nimbe.   Quant à son visage, il est malheureusement du XIXème siècle. Cette perte de la tête XVe nous interroge sur le fait de savoir si, à l'origine, il dialoguait, la tête tournée vers l'enfant Jésus, qui lui possède son nimbe jaune. Habitude iconographique, il s'appuie de la main droite sur un frêle tronc d'arbre, tiré d'un verre jaune dont la face extérieure est cratérisée. Ce verre, plusieurs fois utilisé dans cette baie, présentera toujours les mêmes défauts. 

La main de l'intercesseur.

Pour la main droite, comme la main gauche, qui, ici dans un geste d'accompagnement et d'intercession, repose contre le dos du donateur, c'est un verre de couleur rose plaquée sur un bleu très clair qui a été choisi. C'est la condensation, en étoilant de petits cratères  le rose de la surface intérieure du verre, qui nous permet de connaître la composition du placage, sans avoir recours à un écaillage désastreux.
Tête du saint.

De la tête originelle, il reste cependant un élément, en plus d'une indication de cheveux, c'est un foulard tourné et noué, qui flotte sur sa gauche, direction prise dans les crucifixions par le linge recouvrant le bas ventre du Christ. Mais ici, il n'y a pas de rapport. Ce foulard accentue simplement le mouvement d'avancé du passeur qu'est saint Christophe. Il prend ici, vu le sujet, une pose statique, rendu  obligatoire par son rôle  d'intercesseur vers la vie éternelle.

Le manteau de Christophe

Il porte un manteau vert, à galon orné de perles blanches, dont la doublure rouge, agrémentée d'un bouton jaune, apparaît avec un élément du col rabattu à l'échancrure du cou. Un damas égaie ce manteau. A l'opposé de celui que l'on trouve sur les rideaux de fond, ce damas est posé du côté extérieur. 
Nous avons relevé à la cathédrale, sur les pièces de vêtement, une dominante de pose de damas sur la face extérieure du verre, mais nous ne pouvons en faire une règle. Malheureusement, comme c'est le cas pour ce manteau, la grisaille, donnant le dessin, qui n'a pas été enlevée lors du travail au pochoir, est le champ d'une culture de cratères.

Note sur les damas : A Locronan, chapelle du Pénity, les damas sur les fonds sont exécutés sur les faces extérieures et au pochoir. Sur la robe de la sainte Catherine, c'est à la main et du côté intérieur. Certains historiens donnent la date de 1480 comme date d'apparition du pochoir en cuivre

L'eau et les vaguelettes

Derrière le donateur, et un peu en retrait, la jambe gauche du saint Christophe, malheureusement XIXe, entre dans l'eau. Verre bleu gris où la grisaille et le trait dessinent des vaguelettes d'une chute d'eau  faites de boucles successives, proches du motif d'ornementation appelé flots grecs.

Christophe de Lézongar

Christophe de Lézongar prend la pose de tout donateur, en orant, à genoux, sur un coussin rouge à l'unique pompon,  aux  motifs  de fleurs et de feuillages. Cette pièce a été diminuée, au cours des ans, d'une bonne partie.  Dessous, le sol  de couleur verte  reçoit diverses petites plantes dessinées aux traits de grisaille.
Le prie-dieu et le livre saint

Sur le prie Dieu, jaune,  où s'ébauche une perspective pas encore au point, repose, directement sur le bois, et posé de biais, le livre ouvert sur des écritures, dont six traits de grisaille veulent imiter, sur la page de gauche, le texte. La tranche de ce livre, travaillée au jaune d'argent, est balayée d'une suite de X en enlevés. 

L'utilisation de verre rose.

Quant à la page de droite, elle est à moitié cachée par les deux mains jointes du donateur. Un verre rose terne, le même que celui  des mains du saint Christophe, est ici utilisé, avec un  trait noir pour dessiner les doigts. Le médius et le petit doigt de la main gauche portent chacun une bague. Il en est de même pour l'index de l'autre main.
Ce verre rose est aussi utilisé pour le visage, dont les cheveux, très bouclés, sont dessinés avec un pinceau très fin. Ceux ci se terminent très fournis à l'arrière, prenant la forme d'un chignon. Ce verre rose est malheureusement, pour cette pièce, un champ de culture pour de gros cratères, dûs, comme nous l'avons déjà vu, à la pose sur la face extérieure d'une grisaille ombrée.

L'armure du donateur

Ce donateur revêt une cotte d'armes bleue dont le collet a trois niveaux. Sur cette cotte il porte une croix d'or cantonnée à dextre d'une fleur de lys de même.
Un canon d'avant-bras,  en deux éléments, apparaît sur le bras gauche, au dessus de l'épée dont seuls apparaissent la poignée rouge et les quillons recourbées vers le bas. La lame est dans un  fourreau de couleur  violette. Cette enveloppe est faite dans une pièce de verre de trente-neuf centimètres de long. 
Cinq centimètres d'une cotte de mailles dépassent en deux endroits sur sa cotte bleue,  nous permettant de découvrir deux tassettes. 
Les jambes sont protégées par des cuissards, genouillères, jambières. lacées, et solerets. Ces pièces d'armures sont exécutées en  un verre incolore grisaillé et dépoli au dos. Des rivets ou écrous, animent ces pièces. 


 

 
Saint Christophe , Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.
Saint Christophe , Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Saint Christophe , Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

.

Mes propres commentaires !

a) J'ai un doute sur la validité de la lecture de l'inscription SAIN / IVLIEN, et je vois plutôt (malgré mon éloignement de cette haute fenêtre) des traits (décoratifs ?) à extrémité bifide.

b) Des éléments cruciaux relèvent de la tradition iconographique, et en premier, le "foulard" (P-Y Castel) qui est le "bandeau de martyr" rappelant que dans la Légende dorée, saint Christophe, après sa conversion, a subi le martyre à Lycie. La façon dont l'extrémité de ce bandeau est emporté par le vent —vent apparent lié à la vive allure du passeur— est, elle aussi conforme à la tradition. 

c) de même, la couleur verte de la tunique (déjà notée en baie 113) constitue un véritable attribut du saint, au même titre que son bandeau frontal. Cette couleur verte, constante depuis les premiers exemples de représentation, indique qu'avant sa conversion, Reprobus (son ancien nom) est un géant, une Force de la Nature

d) L'allure générale du saint est celle du marcheur pressé de gagner la rive opposée : saint Christophe est un saint dynamique, toujours montré en action (même si sa foulée et son élan se trouvent brusquement brisés par le désarroi qui le submerge et qui précède sa conversion). A la différence de tous les autres saints représentés sur ces verrières comme s'ils posaient, immobiles en tenant leur attribut, Christophe se distingue comme une figure de la traversée entre deux temps distincts.

e) L'axe du bâton de marche est vertical, comme dans la baie 113, et non oblique : il n'est pas pris dans cette dynamique de la progression en avant.

f) Comme la tête a été refaite, nous ne savons pas si, comme cela était superbement le cas dans la baie 113, saint Christophe ne regardait pas, à l'origine, l'Enfant.

g) Ce dernier est porté à cheval sur les épaules du saint, un pied de chaque coté du cou. Son geste de bénédiction et son globe crucigère est parfaitement conforme au schéma traditionnel. Les traits de son visage sont d'une finesse remarquable.

h) Sur la baie 113, l'ermite guidant les pas du passeur était absent. Ici, c'est non seulement l'ermite, mais les rives du fleuve, le cours d'eau et les jambes nues du saint qui manquent.

.

Un Christophe de Lezongar est attesté lors des Réformations de 1536 en Cornouaille (sur le site Tudchentil) pour la paroisse de Pluguffan : "Christophe de Lezongar Sieur de la Boexière-Lezongar et Cosker, de Trebren de Kleonezre". La date est postérieure à celle du vitrail (ca 1497), et les recherches généalogiques ou historiques resteront donc vaines, ou, du moins, elles ne doivent pas nous détourner de l'essentiel : à la fin du XVe siècle, l'intercession de Saint Christophe par les chanoines ou les seigneurs donateurs était très sollicitée.

.

 

Saint Christophe , Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Saint Christophe , Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette C. Donatrice présentée par Sainte Marthe. 

Selon Thomas (1903), panneau installé dans la chapelle absidiale  entre 1837 et 1875. Pour Le Bihan, les panneaux C1 et C2 sont anciens, les mains de la donatrice, le nimbe de la sainte et le sol sont modernes. Pour Gatouillat 2005, la sainte est bien conservée, la jupe armoriée de la donatrice est douteuse. Cet élément est important, car ce sont ces armoiries qui ont déterminé l'identification, sur des bases assez faibles. 

On identifie habituellement la donatrice comme une certaine "Marthe de Kermeno, épouse de Christophe de Lezongar, armes de Kermeno de gueules à trois macles d'argent."

Les généalogistes donnent plutôt comme mère de Christophe  de Lezongar Françoise de Kermeno, fille de Jean de Kermeno et de Catherine de Languéouëz, et décédée le 29 janvier 1493 à Quimper. Christophe de Lezongar épousa Marie de Kerguelenen et eut une fille, Jeanne de Lezongar dame de la Bouëxière.

La généalogie serait celle-ci :

Roland de Lezangar / Alix Le Saux —> Roland de Lezangar / Françoise de Kermeno —>deux enfants, Rolland, seigneur de Lezangar et Christophe Seigneur de la Bouëxière . Ce dernier épousa une dame X et eut un fils, "Christophe" ou Jacques Seigneur de la Bouëxière qui épousa Marie de Kerguelenen.

Je n'ai pas trouvée aucune mention de "Marthe de Kermeno". Mais les commanditaires ou donateurs ne se faisaient pas toujours représenter par le saint ou la sainte correspondant à leur prénom, mais aussi par un saint tutélaire dont la protection semble particulièrement importante. Il existe une Marguerite de Kermeno (décédée en 1599).

 

C'est à Aymar de Blois que l'on doit l'identification de la sainte comme étant Sainte Marthe, car il qualifie le dragon visible derrière elle comme  la Tarasque, bête dont elle aurait débarassé la région de Tarascon où elle s'était installée après son débarquement aux Saintes Maries de la Mer. Beaucoup d' auteurs ont repris cette hypothèse, mais La Vallée (1847), Pol de Courcy, Augustin André (1878) et enfin Françoise Gatouillat et Michel Hérold,  y voient une sainte Marguerite. 

A mon avis, rien n'autorise à voir ici une "Tarasque", et par conséquent une sainte Marthe. Par contre, j'ai trois arguments à proposer pour voir ici sainte Marguerite.

1. Sainte Marguerite est une sainte dont le rôle comme intercesseur est majeur, tant dans les suffrages des Livres d'heures que dans la statuaire et les vitraux de Bretagne au XV et XVIe siècle. Avec sainte Catherine et sainte Barbe, elle appartient aux trois saintes du groupe des "14 saints auxiliaires" (groupe dans lequel se trouve saint Christophe). La présence de sainte Marthe dans les vitraux du XVe-XVIe siècle est rarissime, si tant est qu'elle soit attestée. Sainte Marguerite assure une protection à l'égard des dangers de la délivrance lors d'une naissance, protection cruciale pour une femme en âge de procréer, et, à fortiori pour une femme de la noblesse, dont le rôle essentiel est de donner un héritier mâle à la lignée.

2. Sainte Marguerite est représentée par deux attributs : son dragon (du ventre duquel elle est sortie après  avoir été avalée), mais aussi son crucifix, qui a servi de scalpel lors de sa délivrance. Or, ces deux attributs sont réunis ici.

3. Un vitrail parfaitement comparable existe dans l'église d'Erguè-Gabéric ( à 5 km de Quimper) et j'ai déjà exposé ce raisonnement d'identification à son propos. Mais sur ce dernier (daté de 1515), la queue du dragon vient s'enrouler devant les mains de la donatrice. La croix est identique, la couleur de la robe de la sainte, ou sa coiffure sont les mêmes, etc..

http://www.lavieb-aile.com/article-les-vitraux-anciens-de-l-eglise-d-ergue-gaberic-123229458.html

 

.

N.B On admirera un détail technique du dragon de la vitre de Quimper : l'œil, coloré au jaune d'argent, est monté en chef-d'œuvre, c'est à dire que la pièce de verre est sertie au sein de la pièce principale bleu-gris. Une prouesse.

.

Donatrice présentée par sainte Marguerite, Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.
Donatrice présentée par sainte Marguerite, Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Donatrice présentée par sainte Marguerite, Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

.

 

Lancette D. Chevalier présenté par saint Ronan.

Création moderne (1869-1874) d'Antoine Lusson. 

On a identifié le saint comme étant saint Ronan selon l'inscription du bandeau jaune SAIN / NAN) et les armoiries comme étant celles de Lezongar, et on a conclue à "Ronan de Lezongar présenté par saint Ronan". Existe-t-il un "Ronan de Lezongar" ? Hervé Trochet cite un extrait Couffon de Kerdellec'h  : "Ronan de Lezongar sgr de Pratanras. Lui ou son fils = Kermeno". Mais cet auteur ne se base-t-il pas lui-même sur le vitrail ?

.

 

 

Donateur présenté par saint Ronan, Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Donateur présenté par saint Ronan, Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

 

 

 

 

TYMPAN.

Moderne (par Lusson), mais selon un aveu de 1731.

Selon R-F. Le Men 1877 : "–Dans le premier compartiment dit tympan de la fenêtre sont les armes de Bretagne, en supériorité. Dans le deuxième et dans le troisième : d’azur à la croix d’or cantonnée à dextre, d’une fleur de lys de même ; l’écusson timbré d’un casque (Lezongar-Pratanras). Dans le quatrième : parti de Pratanras et de sable à une fasce échiquetée d’argent. Dans le cinquième : parti de Pratanras et d’azur à trois mains d’argent en pal 2 et 1, chargées d’une cotice de gueules (brisure de Guengat). Dans le sixième : parti de Pratanras et d’azur à sept macles d’argent (Le Saux). Dans le septième : parti de Pratanras et de gueules à trois macles d’argent (Kermeno). C'est après cette description du tympan, et peut-être à son propos, que R-F Le Men ajoute  : "J’ai rétabli cette verrière d’après un aveu fourni au roi, le 4 avril 1731, par François Derval, seigneur, de Kergoz. "  

Mais actuellement, nous constatons que les écus des deux ajours symétriques portent d'azur à la croix d'or cantonnée de quatre fleurs de lys, version erronée des armes de Lézongar (ou "Pratanras") déjà remarquée en baie 113. De même, les armoiries de Pratanras mentionnées par Le Men deviennent d'azur à la croix d'or, sans fleur de lys, celles de Le Saux deviennent d'azur à HUIT macles d'argent.

.

SOURCES ET LIENS.

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne rpovince de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820.  Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 . Le folio 25 concerne la baie 114.

A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)

 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— CUFFON . Buletin SAF, t.LXXXIX. 1963, p.xcvii et suivantes. 

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.,La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203, 

 GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes.  Les baies n'y sont pas numérotées et distribuées en cinq lieux : Vitraux de la chapelle des fonts, vitraux de la Nef, vitraux du transept, vitraux du chœur, vitraux de la chapelle terminale. 

 

— LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII

LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog  baie 114 :

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-5710978.html

— LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.243-244,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,  p.117,

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 12:46

Iconographie de saint Christophe dans les vitraux de la cathédrale de Quimper. I. La baie n°113.

Vitrail de Jean Le Baillif. Transept, bras nord, mur est, coté est.

L'intention de cette série de mon blog est de replacer chaque œuvre dans un ensemble iconographique étudiant les variations et les reprises du thème de saint Christophe traversant le gué en portant le Christ enfant sur ses épaules. Et de faire apparaître l'importance de ce culte au XVe et XVIe siècle.

A Quimper, le but est de souligner combien ce culte avait une place prépondérante, et d'inciter à réfléchir à sa signification, qui dépasse de loin l'image de saint-pour-porte-clef-et-garagiste qu'on pourrait avoir.

.

Introduction.

 

Les vitraux de la cathédrale de Quimper comptaient 6 représentations de saint Christophe, dont 5 sont encore visibles actuellement. Le saint porteur de l'Enfant-Christ vient ainsi à la sixième position des saints personnages représentés, après le Christ (25 occurrences), la Vierge (13), de saints évêques (10), Jean-Baptiste (10), saint Jean (7), saint Pierre (7). Il précède saint Michel ou saint Jacques, saint Paul et sainte Catherine, et même saint Corentin, le patron de Quimper, qui sont figurés 4 fois chacun.

Cette sixième place est inattendue, car le culte voué à Christophe ne semble pas avoir eu une telle importance. Le prénom de Christophe est rarement rencontré parmi les noms des seigneurs bretons. Nous devons reconsidérer nos a priori et prendre toute la mesure de l'honneur qui a été rendu à ce saint, notamment au  XVe siècle, lorsque la cathédrale fut vitrée. Ajoutons que, outre ces six verrières, saint Christophe disposait d'une chapelle à son nom, décrite par R-F. Le Men :

CHAPELLE DE SAINT-CHRISTOPHE, de 1498 à 1760. — Elle n’a pas eu d’autre vocable. C’était la chapelle de la seigneurie du Plessix-Ergué, de laquelle relevait la plus grande partie de la paroisse d’Ergué-Armel, près Quimper. Les armes de la famille de Plœuc, qui fut, pendant plusieurs siècles, propriétaire de cette seigneurie, se voient dans la vitre, au-dessus du pilier qui sépare la nef du transept du côté du nord, pilier contre lequel l’autel de cette chapelle était appuyé. Les seigneurs de Plœuc et de Kerguegant y avaient un banc armorié des armes du Tymeur (écartelé de Plœuc et de Kergorlay). 

Le seul auteur qui a constaté cette prévalence de saint Christophe est l'abbé A. Thomas, qui écrivait en 1892 :

 

"On aura peut-être remarqué combien souvent saint Christophe apparaît dans les vieux vitraux de la cathédrale de Quimper. Bien qu'il y figure deux fois comme protecteur de nobles chevaliers, cet illustre martyr était, dit-on, honoré au Moyen-Age comme protecteur spécial des classes populaires, des hommes de peine ; ceux qui connaissent la légende de saint Christophe portant sur ses épaules l'Enfant Jésus et succombant sous le fardeau, comprendront pourquoi lui incombait ce patronage. Jusque vers 1865, une très laide mais très curieuse peinture murale représentait dans l'église de Locmaria saint Christophe passant une rivière et se.servant d'un arbre en guise de bâton. Les critiques se sont beaucoup moqués de la croyance à la taille gigantesque de saint Christophe ; il est fâcheux pour eux que les prodigieuses dimensions des reliques du saint martyr renversent leurs savantes théories. Conservées dans plusieurs églises d'Espagne et de France, elles montrent que si l'on a vu en lui un géant cela ne vient pas seulement de son nom de Christophe : qui porte le Christ. "

Les vitraux de la cathédrale de Quimper ont été considérablement restaurés, ou même reconstruits au XIXe et au XXe siècle. Nous devrons être vigilants pour distinguer les verres d'origine, et les restaurations.

Les six verrières sont les suivantes :

  • Baie 0100. Offerte par  Alain Le Maout, évêque de 1484 à 1493. Détruite peu après 1821, et donc non décrite ici. Elle était décrite ainsi par Aymar de Blois : : ".. au milieu un crucifix, à sa droite Notre-Dame, et à sa gauche saint Jean l’Évangéliste ; à droite de Notre-Dame, saint Pierre à gauche de saint Jean, saint Paul ; sous le crucifix, saint Corentin et son poisson à ses pieds ; à sa droite saint Cosme et à sa gauche saint Christophe. Deux effigies d’évêques à genoux, mitrés, tenant leurs crosses d’argent, revêtus de chapes bleues, et beaucoup plus grandes que celles des saints, se font face l’une à l’autre à droite et à gauche, et remplacent, avec leur prie-Dieu, l’espace depuis la hauteur du milieu des saints du deuxième rang, jusqu’aux ornements peints qui forment la base du vitrail. L’écusson que l’on voit sur les prie-Dieu, est le même pour les deux figures qui se ressemblent. Il est d’argent au chevron d’azur liseré d’or ; ce sont les armes d’Alain Le Mout ou Le Maout, évêque de l’an 1484 à 1493." . Cette composition montre combien saint Christophe tenait l'une des premières places parmi les saints vénérés à Quimper à la fin du XVe siècle. 

  • Baie 113 . Transept bras nord, coté est. Vitrail de Jean le Baillif. Fin XVe siècle et vers 1874.

  • Baie 114. Transept bras sud, coté est. Vitrail de Pratanras. Fin  XVe et vers 1870.

  • Baie 115. Transept, bras nord. Fin XVe et 1873.

  • Baie  126. Nef 2ème travée sud. Vitrail de Kerguelenen.  Fin XVe et vers 1870.

  • Baie 128.  Nef 3ème travée sud. Verrière  dite "aux oiseaux. Fin XVe, vers 1870, et 1999.

Alors que les vitraux du chœur ont été posés sous l'épiscopat de Bertrand de Rosmadec, entre 1417 et 1419, les verrières de la nef et du transept furent posées entre 1495 et 1497, alors que l'évêque était Raoul le Moël (1493-1501). La Bretagne était alors gouvernée par Anne de Bretagne, peu après qu'elle soit devenue reine de France en épousant (1491) Charles VIII. 

Ces verrières occupent les fenêtres hautes de la cathédrale, ce qui ne les rend ni bien visibles, ni facilement photographiables, d'autant que, au sol, des chaises en rang serrés interdisent l'accès aux bras du transept.

 

.

LA BAIE 113. VITRAIL DE JEAN LE BAILLIF. 

 

Bras nord du Transept, coté est.

Il comporte 5 lancettes trilobées et un tympan de 9 ajours, et mesure 6 m de haut sur 3,60 m de large.

Les lancettes sont occupées de gauche à droite par :

  • Saint Corentin (?)

  • Saint Michel

  • Saint Maurice (?)

  • Saint Christophe.

  • Saint Jean-Baptiste et le chanoine Jean Le Baillif.

.

Françoise Gatouillat  en commente le style ainsi en 2013:

"Au bras nord du transept, en baie 113, saint Corentin (?), saint Michel, saint Maurice (ou Julien), et saint Christophe se singularisent par la douceur de leur modelés obtenus par un jeu de hachures brunes ; on est tenté d'en attribuer la paternité à Laurent et Olivier Le Sodec, peintres en même temps que verriers, en regard des vitraux qu'ils ont signés vers 1510 à l'église de Plogonnec et vers 1520 à Notre-Dame-de-Kerfeunteun de Quimper. La donation de Jean Le Baillif serait en ce cas la première œuvre connue d'un atelier local dont le succès se pérennisa jusque vers 1550.""

Voir sur la réalité de ces "signatures" (un mélange de lettres disséminées parmi d'autres) ici :

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de Kerfeuteun à Quimper.

Le vitrail de la Passion de Saint-Thurien à Plogonnec.

.

La description de Jean-Pierre Le Bihan (2007).

J'ai d'abord décrit chaque lancette, puis j'ai découvert les articles d'un blog que je fréquente depuis 2009, celui du maître-verrier quimpérois et historien-chercheur de la cathédrale, Jean-Pierre Le Bihan. La description, argumentée par le recours aux archives et aux auteurs cités ici en bibliographie, s'avère si attentive, si réfléchie et si qualifiée (J-P. Le Bihan a restauré de très nombreux vitraux finistériens dont ceux de la cathédrale) que j'ai pris le parti d'en citer le texte. J'espère que cela ne sera pas considéré comme un emprunt indélicat, mais comme un hommage.

Je citerai d'abord sa présentation générale.

" Cette baie, la première du côté Est du bras Nord du transept, est composée de cinq lancettes trilobées de vitraux de la fin du  XVe siècle. Chaque lancette  possédant  4 panneaux de vitraux.
Cette estimation peut être confirmée, tout d?abord par la datation  de la construction des trois  voûtes du transept en 1486, puis par la construction de ce croisillon qui est signalée en 1477 et 1478 .   Le troisième élément confortant cette proposition est la présence de 1468 à 1494, en tant que chanoine de la cathédrale de Quimper, de Jehan Le Baillif, archidiacre du Désert, au diocèse de Rennes, que l'on voit en donateur dans cette verrière. 
On peut  aussi affirmer que cette fenêtre est bien à  sa place d'origine et cet argument est renforcé par la présence d?un écusson, visible sur la voûte vis-à-vis, et qui est identique à celui qui s'étale sur le prie-Dieu de ce  chanoine donateur..
 Les descriptions des historiens du XIXième.
  Les descriptions qu'offrent, R.-F. Le Men en 1877, et l'abbé Alexandre Thomas en 1892(3), se correspondent. Celle du second étant plus succincte : "1. Un saint évêque ; 2. Saint Michel : 3. Un écuyer ; 4. Saint Christophe : 5. Saint Jean-Baptiste, présentant Jean Le Baillif, chanoine de Quimper, (1468-1494). Armes de Jean Le Baillif : écartelé d'or et de gueules."
Pour Aymar de Blois, il ne voit à l'époque de son relevé de 1820, "que quatre des panneaux restant de ce vitrail" De plus,  il signale que l'évêque est "Saint Corentin remarquable par son poisson". Quant à ce poisson, dont la présence n'est pas signalée par les deux historiens de la cathédrale, cités plus haut, nous  en avons cherché en vain un emplacement possible parmi les pièces  qui sont toutes anciennes et bien à leur place.
Autre désaccord  que nous relevons et cela à propos du chanoine donateur présenté par saint Jean-Baptiste. "L'écusson qu'on remarque sur son prie-Dieu, et qui est écartelé rouge et or, indique qu'il était de la maison du Boisberthelot. On voit les mêmes armes sculptées sur la nervure de la voûte aux environs" écrit Aymar de Blois.  Il est vrai que les deux armoiries correspondent et cela peut prêter à confusion, et  même mettre le doute.  A cette époque, il y a bien dans le clergé, un Boisberthelot, mais il est abbé de l'abbaye de Bon-Repos, où il est signalé en 1484. La composition, telle que l'a relevé Aymar de Blois, et qui se trouve être la plus ancienne, avec un écuyer central entouré de saint Michel et saint Christophe, le saint Corentin relayé avec le donateur aux extrémités, ne nous satisfaisait pas entièrement. Nous aurions aimé proposer une autre, avec saint Corentin au milieu, ayant à sa droite le donateur et saint Michel à sa gauche, l'écuyer et le saint Christophe prenant les extrémités.  Mais aucun élément d'archives ne pouvait soutenir notre réflexion. Nous l'avons donc purement et simplement annulée, bien que nous ne comprenons toujours pas la place de cet écuyer au centre de cette baie." J-P. Le Bihan)

La description de R-F. Le Men (1870)

"N° 89. Cinquième fenêtre (côté est). Vitre de Jean Le Baillif. Cinq panneaux.

1er Panneau. — Un saint évêque.

2e Panneau. — Saint Michel, archange, terrassant le démon.

3e Panneau. — Écuyer, coiffé d’une toque verte à plumet blanc, tenant une bannière. Il est vêtu d’un justaucorps bleu chargé d’une croix d’or cantonnée de quatre fleurs de lys de même. Sa main droite s’appuie sur un bouclier aux mêmes armes, qui rappellent celles de Lézongar, et de la seigneurie de Pratanras, en la paroisse de Penhars,

4e Panneau.— Saint-Christophe portant le Christ sur ses épaules.

5e Panneau. — Un chanoine en chape à genoux devant un prie-dieu, sur lequel est un écusson écartelé d’or et de gueules. — Jehan Le Baillif, chanoine de la cathédrale de 1468 à 1494 (voir page 124, n° 48). Il est présenté par saint Jean-Baptiste. Un écusson semblable se voit dans la voûte vis à vis de ce vitrail. "

.


 

Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

1°) Lancette de gauche. Saint Corentin.

Saint évêque bénissant. Crosse refaite. Corentin était autrefois (par Aymar de Blois) identifié par son attribut, le poisson. Bague portée au pouce droit, à l'annulaire gauche, quoique les mains soient gantées des chirothèques avec plaque de métal précieux sur le dos de la main. Chasuble rouge à orfroi, mitre en soie blanche, or et perles. Sol à carrelage jaune. 

 

  "  Saint Corentin, première lancette.
 Pour ce saint évêque, nous maintenons la proposition d' Aymar de Blois, qui y voyait un saint Corentin. Un autre saint Corentin, il s'agit là d'une proposition de Le Men, intercède pour  Bertrand de Rosmadec en la baie 105 du choeur.

 Sur fond d'une tenture bleu à damas intérieur, au semis d'étoiles à 8 branches, soutenue et tendue par un galon en jaune XIIIe, décorée d'une frette, notre évêque se dresse, dans un geste d'accueil et de bénédiction, debout sur un sol de carreaux jaunes dont la trame des joints s'inscrit dans une perspective de profondeur. 

Un nimbe d'un brun rouge-carmin encadre une mitre, malheureusement pas d'origine, ce qui est le cas aussi de la crosse de son bâton pastoral. Le visage, heureusement d'origine, en verre rose plaquée  a perdu une grande partie de son dessin. On  peut cependant y relever l'expression d'une certaine paix. 
Le collet d'une aube dont nous retrouverons la manche droite et le bas traînant sur le sol, laissant apparaître le soulier gauche, s'échappe d'une chasuble réversible rouge et verte décorée d'un orfroi, en forme de croix, pour lequel il est utilisé un verre incolore et du jaune d'argent. Cette chasuble est portée sur une tunique, ouverte sur les côtés. Le mouvement du bras et de la main droite relève cette chasuble, ce qui est bien indiqué par l'élément horizontal de la croix. Cette chasuble, peut être à cause du  poids de l'étoffe et la pose plus basse de l'autre bras, tombe plus bas de ce côté, en dévoilant sa doublure de couleur verte.
Les deux mains et les bras, seul celui de droite est visible, sont habillés de gants exécutés  dans un verre bleu clair et plaqué sur verre blanc. Ce plaquage de bleu a permis de dessiner des bijoux,  après la dépose de la plaque de bleu  et l'ajout sur le verre blanc de jaune d'argent, Il s'agit, sur le pouce de la main droite, d'une bague et, sur l'autre main, en plus d'une bague sur le médius, d'une incrustation sur le dos du gant de cinq pierres montées en croix ." (J-P. Le Bihan)

.

Saint Corentin, Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Saint Corentin, Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

2°) Lancette B. Saint Michel.

L'archange a revêtu son armure et lève son glaive sur le démon, découpé dans un verre rouge sombre qui a mal résisté à la corrosion (yeux gravés ?). Inscription Michael Archange sur le bandeau jaune.

Il me semble que l'archange porte sur le front un bandeau où culmine une étoile.

.


 


    Saint Michel, seconde lancette.
   "Il est revêtu d'une armure, réalisée en verre d'un bleu gris clair, , le même que celui des gants de saint Corentin. Le casque est absent. Le même verre est utilisé pour le bouclier, les gantelets. Malheureusement do la grisaille a disparu. Cela est dû, semble-t-il, à la qualité de ce verre.
 Cet archange, portant serre-tête avec petite croix et nimbe rouge, se dresse  sur des jambes écartées.
   L'une de ces jambes foulent un monstre à cornes,  traité avec un verre d'une couleur de cendre brûlante. Il s'agit ici d'un verre plaqué dont la couche colorée posée sur la face intérieure a été attaquée par la condensation. Ce qui laisse apparaître une nuée de points blancs.
Quant au monstre, renversé sur le sol, le bâton de la croix dans la gueule,  il essaie, avec ses dents et d'une patte aux doigts crochus d'en freiner la rentrée.
La composition  de cette lancette, comparée à celles de saint Corentin, du donateur ou de l'écuyer, offre, avec celle de saint Christophe, un dynamisme apporté par les divers éléments dont elle est composée : le démon la tête en avant; les jambes de saint Michel, sa croix, le bras droit ouvert tenant l'épée aux quillons recourbés; le gauche ramené sur la croix.
 Ces éléments, épée, bras, guident notre regard le long de la croix  jusqu'à la bête. Le tout sur un fond de tenture que déchire à droite et à gauche les ailes aux ramiges violettes et couvertures vertes et un sol, en verre incolore au dessin très effacé, semé de cailloux et de plantes colorés au jaune d'argent.
Le visage de saint Michel, en verre incolore mais bien effacé, révèle quand même une pose un peu penchée d'un quart sur sa droite, vers le démon. Ses cheveux, bien séparés et coupés aux épaules, tombent des deux côtés. Sur le bandeau jaune apparaît le texte MIKAEL : ARCHANGE." (J-P. Le Bihan)


 



 


 

Lancette B. Saint Michel . Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B. Saint Michel . Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

3°) Lancette C. [Saint Georges ? Saint Maurice ?].

On le présente comme "un écuyer," toque verte à large plume, oriflamme en main, s'appuyant sur un bouclier qui est timbré, comme la cotte couvrant la cuirasse, d'armes d'azur à la croix d'or cantonnée de quatre fleurs de lis . On retrouve aussi ces armoiries à la pointe du réseau (moderne), et il s'agit vraisemblablement d'une adaptation de quelque restaurateur moderne" (Daniel, 2005), bien qu'elles évoquaient à  R-F. Le Men celles de Lézongar et de la seigneurie de Pratanras, en la paroisse de Penhars. Elles sont ignorées par le Nobiliaire et Armorial de Potier de Courcy.

La Baie 114, que j'étudierai par la suite, est précisément nommée "vitrail de Pratanras" ; sur la 1ère lancette  figure un écuyer portant d'azur à la croix d'or cantonnée à dextre de fleur de lys de même (Lezongar) , et la 2ème lancette un chevalier aux même armes présentées par saint Christophe. Or, selon J.P. Le Bihan on y lit en inscription le mot IULIEN. D'autre part, une lancette de la baie 109 montre un saint chevalier aux mêmes armoiries de Lézongar, identifié comme saint Julien.

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-5710978.html

Il serait donc possible que cet "écuyer", qui est forcément un saint car seuls ceux-ci sont figurés debout, soit plus vraisemblablement saint Julien que saint Maurice.

Saint Julien est, selon Le Bihan, impliqué dans le dilemne de la Traversée de la rivière comme  saint Christophe.

Pour ma part,  en partant du principe qu'il s'agit d'un saint, et d'un saint chevalier (cuirasse + écu + lances) portant comme armes la croix (un Croisé ?) et les fleurs de lys, j'y verrais volontiers saint Georges (les pièces vertes mélangées aux verres bleus en partie basse ne seraient-elles pas des fragments d'un dragon ?) ou saint Louis , mais aucune solution n'est satisfaisante à part entière.

 

L'écuyer, troisième lancette.

  Gentilhomme qui accompagne un chevalier et porte son écu, ou jeune noble non encore armé chevalier. 
Quant à moi, je pencherais pour la première définition. Il s'agit bien d'un chevalier, il porte bien l'écu. Qui est-il?  Le Men y voit les armes qui rappellent celles de Lezongar  de la seigneurie de Pratanras, en la paroisse de Penhars, actuellement en Quimper. 
Ces armes devraient être d'azur chargé d'une croix d'or cantonnée à dextre d'une fleur de lys de même, ce qui n'est pas le cas ici avec trois autres fleurs de lys. Ce blason est inconnu au Nobiliaire et Armorial de Bretagne. Ces armes se retrouveront dans la baie 114, avec Ronan de Lezongar ( mais XIXe) ainsi que dans la baie du choeur 106 avec un probable Paul de Lezongar. Quant à la place, au centre, de cet écuyer, nous ne pouvons que la constater. Est-ce une idée de Le Men ou du restaurateur XIXe, ici Lusson ou Lefèvre.    
Au-dessous du choeur à la voûte rouge, le bandeau  jaune, aux enlevés au bois dessinant des motifs floraux, tend un rideau couleur lie de vin sur lequel se détache l'écuyer. Il est coiffé d'une toque verte au graphisme de feuilles proche d'une couronne de lauriers, d'où s'échappe un panache blanc. De la main gauche, non protégée comme l'autre par des gantelets, cet homme tient une lance, dont la partie finale est identique à celle que Mantegna met dans la main de saint Georges et dont le haut se pavoise ici d'une oriflamme à deux pans qui prend le même sens que le plumet de l'écuyer.
 Visage, en verre rose plaquée sur blanc et d'origine, aux longs cheveux au jaune d'argent et aux enlevés à la pointe. Yeux très noirs, perdus dans le vague, qui donnent un regard froid à ce visage encore jeune, et très légèrement tourné vers sa droite; nez fort,  double menton. 
Un collet en cotte de mailles sort d'un justaucorps bleu, non serré à la taille, aux manches courtes, où règne les armes des possibles de Lezongar. Armes que l'on retrouve sur le bouclier posé à terre, et qu'il tient de la main gauche. Les jambes protégées par des cuissards, genouillère et jambières, et les pieds par des solerets, reposent sur un sol bleu-vert, aux multiples plans. (J-P. Le Bihan)

 

Lancette C. Saint Maurice. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C. Saint Maurice. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

4°) Lancette D. Saint Christophe.

Voilà la lancette qui m'intéresse. J'y retrouve tous les poncifs : les deux rives rocheuses, Christophe se dirigeant résolument de la droite vers la gauche, la jambe droite en avant, bien de profil, puis la giration qui s'amorce, le bassin encore de trois-quart, le thorax de face, la tête tournée vers le haut et vers l'arrière, et les yeux accentuant cette pulsion qui arrête le passeur dans son élan et l'entraîne à interroger l'enfant qu'il porte sur son épaule gauche. L'opposition entre le mouvement bien décidé des jambes, et l'angoisse lévogyre face à ce poids inattendu sous lequel le géant succombe. L'ancien Reprobus qui cherchait le maître du Monde pour se mettre à son service à trouvé plus fort que lui. 

Moment d'arrêt. Toutes les certitudes établies s'effondrent. 

Milieu du gué. Transition. 

Puis la con-version du corps se complète par la conversion spirituelle, sous l'effet d'un double échange instantané, celui des mots prononcés, mais surtout l'échange des regards.

Ici, cet échange est incomplet, parce que l'enfant ne se penche pas vers le saint. Il regarde devant lui, il bénit le monde dont il tient la maquette, le globus cruciger. Mais le regard de saint Christophe est tellement intense qu'il compense ce manque de réciprocité apparente. C'est un mélange indissociable d'incertitude, d'interrogation et de confiance. Les croyants y verront un regard de Foi.

 

 Saint Christophe.quatrième lancette. 

"Alors que le saint Christophe de la baie 115 lutte contre le courant, les deux mains sur le tronc d'arbre, celui-ci est trapu, solide, les jambes bien plantées dans le torrent qui coule, de gauche à droite. Son arbre bâton y est bien planté, la main droite le prenant tout en haut au pied de la fourche. De la gauche il maintient l'Enfant Jésus, dont le pied gauche est probablement dans cette main.
    La composition de ce personnage, sur fond rouge lie de vin, à damas, révèle un auteur qui semble appliquer une construction du dessin faite d'obliques se succédant. La main droite, le visage, la seconde main suivent une droite qui rencontre à angle droit une seconde, donnée par le manteau blanc et le genou. Cette oblique est de plus reprise par la jambe droite qui semblent, sous l'eau, rejoindre la gauche, dessinant un Z que l'on retrouve dans le haut du saint Michel. 
   Cette composition est calée par le bâton dont la verticalité annonce celle de l'enfant Jésus dont les doigts de la main droite sont ici levés. La jambe gauche, jusqu'au mollet dans l'eau, répète en bas cette verticalité. L'eau du ruisseau, dont  il ne reste du dessin, que le négatif d'un courant dressent des vagues aux crêtes d'écume
    On peut, en voyant ce saint Christophe, sans nimbe, penser à Hercule, qui comme lui est né pour servir, mais aussi à toutes les représentations de ce saint, parfois géantes, que le clergé du XVIIIe jugeait tout juste digne d'amuser les enfants et qu'il fit détruire, lui que le peuple venait implorer pour éviter la mort subite, en tant que patron du passage en l'au-delà.
   Robe verte, courte et ouverte sur le devant, fermée par deux boutons sur le côté droit, manteau blanc jeté autour de la taille et sortant par-dessus le bras gauche. Visage d'origine en verre rose, barbe fournie, cheveux avec  de larges crans, nez fort, vu du dessous, yeux profonds et noirs sans iris, qui se tournent vers l'enfant dont la main gauche présente le globe terrestre, en jaune d'argent sur verre incolore, surmonté de la croix, en verre incolore comme le visage et le nimbe crucifère et dont le visage, encadré de cheveux sur jaune d'argent, est éclairé par deux petits yeux regardant dans le lointain. " (J-P. Le Bihan)

Je rebondis sur la phrase "La composition de ce personnage révèle un auteur qui semble appliquer une construction du dessin faite d'obliques se succédant." Il me semble que cette construction n'est pas propre à l'artiste, mais à l'image élaborée au XVe siècle, et dans laquelle l'axe du corps, l'axe du bâton, la diagonale du cours d'eau, et parfois les pans de vêtement emportés par le vent ou l'élan sont des parties constituantes de la scène et expriment par le mouvement extérieur la révolution (au sens littéral) qui se joue sur le plan spirituel.

.

Lancette D. Saint Christophe. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.
Lancette D. Saint Christophe. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D. Saint Christophe. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

On peut s'amuser aussi à retrouver la présence du bandeau blanc entourant les cheveux, bandeau propre au géant Reprobus. Ou bien la couleur de la tunique, d'un vert qui est aussi l'une des caractéristiques les plus constantes et tenaces du saint . Ou rechercher sur le bâton du passeur des traces de la reverdie qui attesteront du miracle promis par l'enfant, mais que l'artiste n'a pas figuré ici. 

P.Y. Castel a lu dans l'inscription mi-effacée S. CHRISTOPHORUS, mais je lis --dEINA / -----ETA

 

Lancette D. Saint Christophe. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D. Saint Christophe. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D. Saint Christophe (détail). Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D. Saint Christophe (détail). Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Iconographie :

— Saint Christophe figure dans l'un des Livres d'Heures d'Isabeau d'Ecosse, deuxième épouse du duc  François I et qui est décédée en 1494: le Bnf latin 1369 au folio 310v.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501939c/f320.item

On recense au moins deux autres livres d'heures ayant appartenu à Isabelle Stuart dont deux à la Bnf : l'un à l'usage de Nantes et Paris, datant des années 1460-1465 ( Bnf Lat 1369), et un autre à l'usage de Rome (Bnf, NAL 588). Un troisième, daté de 1417 est conservé au Fitzwilliam Museum MS.62 

http://webapps.fitzmuseum.cam.ac.uk/explorer/index.php?oid=90393

On remarque dans cette enluminure malgré l'inversion de l'orientation, la disposition générale des personnages, la tunique verte de Christophe, le bâton horizontal, mais nous constatons aussi quelques différences (nimbe de Christophe, manteau rouge), la principale étant la présence de l'ermite guidant le passeur grâce à sa lanterne. L'étroitesse de la lancette justifie sans-doute cette absence.

— Le saint figure aussi dans le Livre d'Heures de Pierre II, duc de Bretagne en 1457 en succession du duc  François Ier : Bnf Latin 1159 folio 157 , mais l'enluminure n'est pas consultable en ligne.

— Saint Christophe figure aussi dans les Grandes Heures d'Anne de Bretagne au folio 117v, mais la scène est bien différente, et il est représenté parmi les saints martyrs.

 

 

Livre d'Heures d'Isabeau de Stuart, duchesse de Bretagne, Bnf Lat. 1369 folio 310 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501939c/f320.item

Livre d'Heures d'Isabeau de Stuart, duchesse de Bretagne, Bnf Lat. 1369 folio 310 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501939c/f320.item

.

5°) Lancette E. Saint Jean-Baptiste et le chanoine Jean Le Baillif.

— Le Men  décrit cette lancette ainsi : Un chanoine en chape à genoux devant un prie-dieu, sur lequel est un écusson écartelé d’or et de gueules. — Jehan Le Baillif, chanoine de la cathédrale de 1468 à 1494 . Il est présenté par saint Jean-Baptiste. Un écusson semblable se voit dans la voûte vis à vis de ce vitrail.". A la page 124, le même auteur ajoute :  Jean Le Baillif, archidiacre du Désert au diocèse de Rennes, et chanoine de la cathédrale de 1468 à 1494. À la mort de Thebaut de Malestroit, évêque de Quimper, en 1479, il fut élu par le chapitre pour lui succéder, mais ce choix ne fut pas agréé par le duc de Bretagne, qui n’avait pas été consulté sur son élection. Jean Le Baillif avait fondé deux obits dans la cathédrale, pour la somme de « onze vingt seze ecus d’or veil du coin roial de France pesant ensemble 3 marcs 6 onces demi-gros ». 

 Lobineau cite le nom de Maistre Jehan Le Baillif  comme Maître des Requêtes du Duc en 1459, puis dans les comptes des conseillers du Parlement de Bretagne en 1466-67. Un enfeu à ses armes et à son nom est signalé à Lamballe. ,  Ajoutons qu'un receveur de Lesneven signale son nom (ou celui d'un homonyme) pour des dépenses de "Vins pour faitis" entre 1419 et 1422 (Tudchentil) : le chanoine était alors jeune !

— Pol Potier de Courcy donne dans son Nobiliaire et Armorial de Bretagne page 35 

–Baillif (Le) :  seigneur de Kersimon et de Kerouledic, paroisse de Plouguin.  Références et monstres de 1427 à 1503 à la dite paroisse de Plouguin, évéché du léon. Ecartelé d'or et de gueules.

 

 

—Jean Le Baillif est présenté par saint Jean Baptiste, et sans-doute est-ce là l'indice qui, associé à ses armoiries, a permis de l'identifier. L'orientation du panneau est logique, puisque le chanoine est tourné vers le centre du transept, mais on s'attendrait à le trouver à l'extrémité gauche, précédé par les saints qu'il a choisi comme intercesseur.

—Y-P. Castel confirme et précise ces données et nous présente le chanoine Jean Le Baillif comme un personnage important du duché, titulaire de nombreux bénéfices par ses postes de recteur de Plesguen, chanoine de Tréguier, archidiacre du Désert au diocèse de Rennes; il élargit les dates de son canonicat à Quimper à la période de  1447 à 1494. "Maître des Requêtes et conseiller du duc François II depuis 1466, il fut chargé par celui-ci et par les papes de plusieurs missions. Le 19 septembre 1472, il reçut la charge de sigillifer ou "porte-scel" à Quimper."   Il était selon Y-P. Castel l'un des familiers du cardinal Alain IV de Coëtivy (1407-1474), celui qui fut surnommé le Cardinal d'Avignon mais qui fut surtout cardinal de Saint-Praxède à Rome. (je trouve surtout un lien entre Yvon Le Baillif, seigneur de Kersimon, et Alain de Coëtivy). 

— Selon Jean-Pierre Le Bihan :

 

"La scène se déroule sur fond de tenture à damas, de couleur  bleue, identique à celles de saint Corentin et saint Michel, et galon jaune XIIIe avec texte, coupé par le nimbe rouge de saint Jean, où l'on peut lire VN AVE : MTDOVE. Au-dessus, le choeur offre ses voûtes couleur vieux rose.
 L'on voit ici le premier couple chanoine donateur et saint patron intercesseur du transept. Cet exemple de chanoine donateur se répétera autant dans ce transept que dans la nef, et cela dans la continuité des baies hautes côté Nord du choeur. "

  "  Il est donc là ce chanoine donateur, en orant, à genoux devant son prie-Dieu recouvert d'un tissu vert  décoré de son écusson écartelé d'or et de gueules. Le livre de prière, ouvert et à tranche dorée, porte l'indication de neuf lignes sur la page de gauche et dix sur celle de droite.
 La tête et les mains sont exécutés dans un verre rose plaquée, dont la fabrication en plateau est signalée par des courbes concentriques visibles sur le verre. Pour la chape, très longue et ample, l'auteur utilise le jaune XIIIe sur lequel il pose un dessin à grand damas. Les pièces de verre sont assez grandes, et l'on peut comprendre pourquoi l'une n'a pas la même teinte ni la même qualité de grisaille bien qu'elle soit  ancienne,  possible restauration postérieure.
 L'orfroi, en verre incolore, présente sur les bords un filet de perles blanches entourant  un motif central  répétitif composé  de deux amandes opposées tête-à-tête et encadrées de couples de perles. Les ombres portées sont posées à la grisaille. Un fermail, ou plutôt mas de chape, décoré d'un grand losange,  maintient les deux pans de cet habit, dont la doublure violette apparaît dans le plis du bas, tandis qu'un élément de l'orfroi, en forme de demi-écu, apparaît au dos, orné d'une niche avec un saint, sans attribut visible. Un élément de surplis encadre les mains jointes. "

Le visage, aussi en verre rose, vu de trois quart, comme le personnage, vit de deux yeux noirs sans iris, typiques de cette baie. Le nez fin est pointu, le menton fort, l'oreille gauche se devine sous les cheveux ramenés sur le devant et portant une large tonsure.
  Manteau rouge, découvrant l'épaule droite d'une robe lie de vin, aux manches courtes, ici encore un verre plaqué, la main gauche posée sur le chanoine, l'autre tenant son attribut, voici saint Jean-Baptiste, saint patron du donateur et intercesseur. "
"L'agneau au nimbe crucifère, la tête tournée vers saint Jean et allongé dans l'autre sens sur le livre de biais, est dominé par la croix à l'étendard qu'il doit tenir entre ses pattes. La ferrure séparant les deux panneaux a facilité à l'auteur l'absence de recherche de dessin. Cette croix aurait du être tenue par une de ces pattes, mais ici, seule une patte, celle du train avant, est visible.  Pour l'exécution de cette pièce, un verre verdâtre a été choisi." (J-P. Le Bihan)

.

.

 

Lancette E. Saint Jean-Baptiste et le chanoine Jean Le Baillif.  Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette E. Saint Jean-Baptiste et le chanoine Jean Le Baillif. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

Pour continuer à profiter du texte de Jean-Pierre Le Bihan, je donne ici le texte par lequel il étudie les socles, les dais et la peinture. 

LES SOCLES.

 

"Au nombre de cinq, un par lancette, ils offrent trois faces, dont la principale est coupée dans une pièce de verre incolore de 33 sur 21 centimètres. 
Le socle repose sur deux contreforts angulaires, dont la perspective, en les présentant de biais, augmente leur puissance.  Deux autres contreforts, bien plus légers, effet dû à la perspective, soutiennent eux aussi cette architecture répétitive, percée de quatre ouvertures longilignes et cintrées, sous une moulure comportant un bandeau et un boudin encadrant un congé décoré de feuillages au Jaune d'argent. 
Un pignon ornemental et pointu, agrémenté et couronné de fleurons, surmonte une ouverture à contre-courbe, et découvre une croisée d'ogives, au-dessus d'un sol de couleur bleu-vert dont les traits de grisaille dessinent des volutes qui se serrent en avançant vers le fond. Aucune colonne ne monte de ce socle vers le dais" . 
(J-P. Le Bihan)

.
LES DAIS.

 

 " Edifice de soixante six pièces, en verre incolore sur ciel, tour à tour de couleur lie de vin, pour le premier et la dernière lancette, puis bleu pour la seconde et la troisième, et rouge pour la centrale. La lumière qui anime les éléments d'architecture vient du Nord. Nous sommes ici, comme nous l'avons indiqué, avec une baie est du bras Nord du transept. 
Dans la nef et le choeur, cette lumière dans la presque totalité, vient de l'Ouest, que cela soit pour les baies du côté Nord ou Sud.
 Le clocher tour, dont seules trois faces à petit pignon sont visibles, se termine par un gros fleuron de verre de couleur que deux pinacles encadrent. Le jaune d'argent côté extérieur, et le trait de grisaille face intérieure, sur un lavis tamponné avec enlevés au bois et à la brosse, sont omniprésents aux trois étages de cet édifice, dont le second offre ses volés, ces arcs-boutants, ses pinacles, ses claires voies sur le ciel de couleur. Au-dessus du choeur, le premier étage offre des gables ornementaux, pointus aux courbes parallèles et concaves encadrant un écoinçon, le tout entouré de deux choux. Deux culées maintiennent la poussée de l'ensemble, tandis que deux cules de lampes annoncent deux colonnes se terminant en pinacle au deuxième étage.
Cette fin du  XVe est en plein dans "l'apprentissage des lois de la perspective."
, et ces architectures, de toutes ces baies de la nef et du transept, offrent les premiers balbutiements."(J-P. Le Bihan)

 

.

LES VERRES ET LA PEINTURE.


    "La palette de couleurs de cette baie est assez riche, surtout dans les verts. Cela est peut-être due à la diversité de teintes dans une même feuille, ce qu'il est possible de relever dans l'herbe au-dessous du saint Christophe, ou dans la doublure de la chape de saint Corentin. Il en est de même pour les bleus, bleu de l'écuyer et bleus des rideaux. Les plaqués se trouvent avec les rouges, plus ou moins forts  et qui ont bien tenu, le violet cendre du démon plus fragile, dû à l'épaisseur du placage, comme c'est le cas de la robe de  saint Jean, les roses des visages, mains et jambes, ici ayant bien traversé les âges. Est-ce à cause de la qualité du verre ou de la grisaille, ou d'une mauvaise cuisson que le visage du saint Corentin est devenu si pâle?  Nous ne saurons y répondre. Présence omniprésente du Jaune XIIIe. Parmi les verres incolores des dais, nous avons trouvé certaines de ces pièces bombées, effet plutôt dû à la cuisson, et portant des taches de jaune d'argent provenant d'une superposition, là aussi dans le four lors de la cuisson, la pellicule de plâtre les séparant devant être trop fine. Ce défaut, si l'en est un,  nous l'avions aussi trouvé dans les baies hautes du choeur. On peut relever une trame horizontale et parallèle de 21 et 22 centimètres de haut est portée sur toutes les lancettes.
    Les gravures de repères  posées du côté extérieur sont peu nombreuses et se trouvent essentiellement sur les verres de couleurs des ciels et des fleurons supérieurs des dais en a4 et d4.
 Une autre gravure répétitive, verticale et de trois centimètres, toujours du côté extérieur, se trouve au milieu du panneau d4, et sur plusieurs pièces. Indique-t-elle que le panneau était mis en plomb, la face peinte, qui est posée du côté intérieur de l'édifice, sur la table de montage. Ce trait permettrait d'établir des côtés parallèles lors du montage? Cette gravure nous le retrouverons sur d'autres baies.
La coupe des verres est dans l'ensemble assez facile, cela étant du à la simplicité du dessin, qui montre une certaine maîtrise du métier de la part de l'auteur. 
La grisaille employée est un mélange de brun et de noir, à quantité égale, et très intense lors de l'application au trait. Après la dépose en lavis, elle est tamponnée du côté intérieur, tandis qu'elle n'est juste posée qu?en lavis sur l'autre face, ombrant certains endroits Les enlevés sont au bois et à la pointe. Des hachures aux traits de grisaille et en enlevés se retrouvent autant sur les vêtements que sur les visages, mais avec une certaine sensibilité et sans démesure. La sanguine n'est pas  encore employée.
Le jaune d'argent est posé régulièrement, avec les changements de tons qu'apporte la cuisson et le verre. 
Les cratères, petits comme des têtes d'épingles, exemple : démon, et robe de saint Jean, plus importants sur certaines couleurs, sont  nombreux sur la face intérieure et quasiment absent sur l'autre face ."
(J-P. Le Bihan)
 





    

 

SOURCES ET LIENS.

AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820. 

A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)

 

BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de BoisbillyArch. Dioc. Quimper,  ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

 COUFFON (René), 1963,  « Etat des vitraux de la cathédrale Saint-Corentin au milieu du XIXe siècle par le baron de Gulhermy », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, tome LXXXIX, p. XCVII-CII

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

— GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.,La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203

GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes.  Les baies n'y sont pas numérotées et distribuées en cinq lieux : Vitraux de la chapelle des fonts, vitraux de la Nef, vitraux du transept, vitraux du chœur, vitraux de la chapelle terminale. 

Concernant la baie 113, nous trouvons (J-P. L.B):

 un personnage debout, imberbe, coiffé d'une toque verte à plume blanche, portant une armure et pardessus une cotte d'azur à la croix d'or cantonnée de quatre fleurs de lys de même. Il tient de la main gauche une lance à banderole blanche et s'appuyant de la droite sur un bouclier blasonné comme la cotte. Ne serait-ce pas saint Louis ? Il s'agit de l'écuyer de Prat ar Rouz
Saint Michel vainqueur du démon ; saint évêque bénissant, décrit comme saint Corentin par Aymar de Blois, saint Christophe passant l'eau avec le Christ sur son épaule,

LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-7003763.html

et baie 114 :

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-5710978.html

 LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.243-244,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,  p.117,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

  THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.

Présentation

  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
  • Contact

Profil

  • jean-yves cordier
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)

Recherche