Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 01:30

.

Après mon étude baie par baie des cinq "saint Christophe" de la cathédrale de Quimper, je les réunis ici dans une synthèse facilitant la comparaison des lancettes entre elles.

 

Plan de la cathédrale avec les vitraux représentant saint Christophe.

Plan de la cathédrale avec les vitraux représentant saint Christophe.

 

La Baie 113, bras nord du transept.

 

Baie 113, bras nord du transept, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile

Baie 113, bras nord du transept, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile

Baie 114. Transept, bras sud. 

.

.

Baie 115, bras nord du transept.

 

Baie 115, bras nord du transept, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Baie 115, bras nord du transept, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

.

Baie 126, nef sud.

 

Baie 126, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile

Baie 126, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile

.

Baie 128, nef sud.

.

 

Baie 128, nef sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Baie 128, nef sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

.

Les six baies accueillant des lancettes consacrées à saint Christophe se trouvent dans les bras du transept pour trois d'entre elles (n° 113, 115 et 116), et dans le coté sud de la nef pour deux autres (n°126 et 128), la sixième qui occupait la façade occidentale (n°0100) ayant été détruite. Aucune n'occupe le chœur, qui avait été vitré trois-quart de siècle auparavant, entre 1417 et 1417. 

Ces verrières datent toutes de la même époque, la fin du XVe siècle (vers 1495-1497), sous le règne de Charles VIII et d'Anne de Bretagne et sous l'épiscopat de Raoul Le Moël (1493-1501), et elles ont toutes été restaurées, ou complétées par Antoine Lusson entre 1869 et 1874. Elles ont été (sans-doute) offertes par des donateurs qui se sont fait représentés , présentés par un saint qui intercède pour eux. Les donateurs qui ne peuvent être identifiés que par des armoiries, sont soit des chanoines du chapitre cathédrale, soit des seigneurs d'une des grandes familles nobles du diocèse, avec leur épouse. Les saints et saintes sont choisis soit en raison du prénom des donateurs, soit parmi les grands intercesseurs. 

I. INFORMATIONS APPORTÉES PAR LES LANCETTES ADJACENTES.

Les saints et donateurs présents dans les autres lancettes des cinq baies étudiées apportent-elles des indices pour mieux comprendre le culte rendu à saint Christophe ?

Les saints invoqués.

La Vierge à l'Enfant est représentée sur deux baies. Outre saint Christophe, sur ces cinq lancettes sont réunis 12 saints, 1 saint évêque et 2 saintes, . Parmi eux, 10 sont identifiables de manière fiable, Saint Jean-Baptiste 4 fois, saint Jean l'Évangéliste 2 fois, Saint Pierre, Saint Michel, saintes Barbe et Marguerite chacun 1 fois. Les autres identifications sont proposées par les auteurs du XIXe siècle : saint Corentin patron de la cathédrale, saint Maurice, saint Ronan et saint Vincent Ferrier. 

Les donateurs.

Ils sont au nombre de 13, dont trois femmes.Trois familles sont identifiées par leur armoiries (Le Baillif, Lezongar, Kerguelenen), une autre n'est que suspectée par leurs armoiries (de Poulpiquet). On compte 5 chanoines, trois couples de la noblesse bretonne, et 2 autres  chevaliers. 

– Les chanoines : ce sont  Jean Le Baillif, Jehan Le Baillif, chanoine de la cathédrale de 1468 à 1494,  Jean de Kerguelenen, chanoine  de la cathédrale de Quimper entre 1489 et 1498 et trois autres non identifiés.

– Les familles de la noblesse bretonne.

Il s'agit de trois membres de la famille de Lezongar, seigneur de Pratanras ; d'un couple de la famille de Kerguelenen, et d'un couple portant des armoiries d'azur à trois oiseaux compatible avec la famille de Poulpiquet.

En conclusion, l'élément le plus signifiant est sans-doute la forte association avec les deux saints Jean, mais surtout avec Jean-Baptiste, précurseur du Christ qui baptisait par immersion dans le Jourdain. En effet, saint Christophe est représenté les pieds dans les eaux du fleuve dont il est le passeur, au moment où il est frappé par le bouleversement de sa connaissance/reconnaissance de l'Enfant Sauveur du Monde, et qu'il se convertit. Les deux saints mettent donc en avant la valeur de la conversion, et le rôle des eaux comme métaphore d'un passage, d'un renversement, d'une renaissance, d'une rédemption. La présence dans deux baies d'une Vierge à l'Enfant, où l'Enfant bénit (deux cas) et porte le globe crucigère (dans un cas) participe de cette démonstration puisque c'est bien l'enfant Sauveur du Monde (Salvator Mundi) qui est dans les bras maternels.

II. RENSEIGNEMENTS APPORTÉS PAR LA COMPARAISON ICONOGRAPHIQUE;

Les cinq saints Christophe sont conformes au modèle iconographique diffusé à la même époque dans les enluminures des livres d'Heures dans les sculptures et les vitraux. Dans les cinq cas, Christophe traverse le fleuve, ses pas étant dirigés de la droite vers la gauche, ses jambes nues représentées dans l'eau (sauf n°114) ; des poissons y sont visibles dans un cas. La présence d'un bâton de marche est constante , vertical dans un cas, légèrement ou fortement oblique dans l'axe de la marche dans les quatre autre cas. Ce bâton n'est jamais porteur de feuillages (sauf peut-être dans la baie 128), le miracle de la reverdie attestant de la fiabilité de la parole de l'Enfant étant ici négligé. Le bandeau frontal, qui est le bandeau des martyrs, est présent dans quatre cas (et peut-être aussi dans le dernier, n°128). Dans trois cas, la tunique adopte la couleur verte qui témoigne du statut de Géant Vert, de divinité animiste païenne  (celle des eaux et des bois) qui se place au service de la nouvelle religion. Dans les deux autres cas, la couleur verte n'apparaît que par citation dans les revers de l'habit (n°128) et dans le fermail (n°115).

L'Enfant est figuré comme Salvator Mundi dans les cinq cas.  Il porte des cheveux longs blonds et bouclés, sauf dans la baie 114 où les cheveux sont ras. Il est à califourchon dans trois cas, sur l'épaule gauche dans un cas (n°113), la position étant douteuse dans la baie n°115. Il se tient droit et regarde devant lui, sauf dans la baie 128 où il se penche vers le saint. Inversement, Christophe tourne son visage vers le haut et la droite vers l'Enfant, sauf dans les deux baies où il présente un donateur (n°114 et 126).

Les aléas  des détériorations des verres d'origine  l'absence de données sur l'état des vitraux avant la Révolution et la faiblesse de la documentation sur la restauration par Lusson (les verres anciens étant refaits à neuf "à l'identique", puis revendus à des antiquaires) ne permettent pas d'approfondir d'avantage cette analyse dans le cadre qui est le mien (celui d'un amateur).

.

III. COMPARAISON AVEC LES AUTRES EXEMPLES ICONOGRAPHIQUES.

1°) Les œuvres antérieures à celles de Quimper : influences ?

a) XIVe siècle.

—Si je cherche dans mon blog les œuvres qui précèdent celles de Quimper, je trouve pour le XIVe siècle la fresque de la cathédrale de Burgos, où Christophe est encore présenté frontalement,  dans sa fonction apotropaïque : on trouvait dans les cathédrales d'Espagne, peintes près d'une entrée, des figures monumentales de saint Christophe qui possédaient un pouvoir apotropaïque, c'est-à-dire protecteur contre la mort sans confession, les épidémies de pestes ou les dangers des voyages ou même tout franchissement périlleux de seuil (gué, pont, passage épineux) par la seule vision de son image et, en particulier, de son regard frontal, associé à la récitation ou la lecture d'une formule latine ou vernaculaire en vers léonin exprimant la réalité de cette protection.  Iconographie de saint Christophe : la cathédrale de Burgos. Fresque du XIVe siècle

—Je trouve aussi la fresque de la Collégiale de Sémur-en-Auxois, vers 1372, premier exemple du Christophe en marche dans sa traversée et sa conversion.   Iconographie de saint Christophe : Semur-en-Auxois (c.1372). ​

b) XVe siècle.

— Ma série des Christophe du XVe siècle concerne l'Ouest de la France. Elle débute à la cathédrale d'Angers où André Robin a peint en 1451 un saint qui mérite d'être comparé à celui de notre baie n°113 :

Iconographie de Saint Christophe : les vitraux de la cathédrale d'Angers, II. La baie 117 (1451)  /  Iconographie de saint Christophe à la cathédrale d'Angers II. La baie 117 d'André Robin. Saint Eustache et la traversée de rivière. (1451)

.

Iconographie de saint Christophe dans les vitraux de la cathédrale de Quimper. I. La baie n°113.

 

.

Puis j'arrive en Bretagne, où deux vitraux sont réalisés en 1470 (Tonquédec) et en 1480 (Ploermel), témoignant de l'importance que prend alors cette dévotion à la fin du XVe siècle auprès des commanditaires, les seigneurs et le clergé des paroisses concernées. 

 

Là encore, les parentés entre ces œuvres et celles de Quimper sont nombreuses, soit lorsque le saint présente une donatrice (Tonquédec, évêché de Tréguier), soit lorsqu'il est figuré seul (Ploermel, diocèse de Saint-Malo). 

.

Saint Christophe, Ploermel, Baie 1, 1480, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, Ploermel, Baie 1, 1480, photographie lavieb-aile.

.

En 1493, juste au moment où ces vitraux des baies de la cathédrale de Quimper sont commandées, un linteau de la chapelle du château d'Amboise montre saint Christophe franchissant le gué : ses commanditaires sont Charles VIII et Anne de Bretagne, couple royal dont la souveraineté s'étend maintenant sur Quimper : cela incite à réfléchir sur l'influence de la dévotion envers saint Christophe de la Duchesse de Bretagne.

Le linteau du château d'Amboise (1493)

Enfin, avant de quitter le XVe siècle citons le tableau conservé à Séville pour le chapitre de l'Ordre de Calatrava en 1480. 

Petite iconographie de Saint Christophe à Séville. I : le retable du couvent San Benito de Calatrava. (vers 1480)

On peut en conclure que saint Christophe a été choisi comme protecteur et intercesseur par les chanoines du chapitre de Quimper et seigneurs bretons en lien avec un mouvement plus général, attesté dans l'Ouest de la France, atteignant l'entourage de la Duchesse Anne ou du roi Charles VIII. On peut en rechercher le sens soit comme un recours face à un sentiment de peur à l'égard de  maladies ou de guerres, de mutation ou de déplacement sur les routes du pays (épidémies ; début des Guerres d'Italie), soit comme une réflexion spirituelle sur l'importance de la Foi, de la Conversion et du Baptème, puisque saint Christophe le passeur de gué protège des dangers des passages de fleuve et de pont, du franchissement de portes et de seuils, protège les pèlerins et les voyageurs lors de leurs parcours, mais étend sa protection aux grandes transitions, que ce soit celle de la naissance, celle du passage de la vie à la mort (dangers de la mort sans viatique), où celle des revirements de l'âme. Le recours concommitant et plus important encore à saint Jean-Baptiste —qui n'est pas un Saint Auxiliaire  protecteur des grands dangers— m'incite à donner plus de poids à cette dernière hypothèse et à envisager dans le choix du décor religieux de la cathédrale au seuil du XVIe siècle la possibilité d'une grande réflexion théologique sur le Salut.

Une autre possibilité, que j'ai envisagé lors de l'analyse du vitrail de la cathédrale de Beauvais par Engrand Le Prince, réalisé moins de trente ans plus tard pour un proche de la cour royale, est de considérer que saint Christophe est invoqué par l'élite quimpéroise des années 1590 comme un magnifique exemple de rencontre du Christ en face à face. Certes, le développement des Ecce Homo des Passions et des Christ de douleur sur des petits tableaux à usage de dévotion personnelle permettait une participation empathique aux souffrances du Christ, dans une évolution de la vie intérieure vers l'Imitatio Christi, mais on peut deviner combien le face à face d'un Christ enfant, et à la fois sauveur, peut orienter la réflexion et la sensibilté spirituelle vers un enrichissement de ces perspectives.
Le vitrail d'Engrand Leprince de la cathédrale de Beauvais : vitrail dit "de Roncherolles" dans la chapelle du Sacré-Cœur. Baie 25. II. Saint Christophe dévisagé. (1522)

 

 

.

CONCLUSION.

Les vitraux de la cathédrale de Quimper ont été décrits de façon parfaite par les meilleurs spécialistes, mais il me semble qu'une reflexion sur le sens et les raisons des choix des thèmes iconographiques peut  être désormais entreprise, pour mieux comprendre la mentalité de nos prédecesseurs, de leurs croyances, de leur vision du monde, de leurs espérances ou de leurs frayeurs, juste avant la survenue de l'an 1500. Cela suppose une autre ampleur de vue que mes balbutiements . Serais-je l'index désignant la cible à atteindre ? A d'autres !

.

SOURCES ET LIENS.

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820. 

A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)

 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770,Registre de BoisbillyArch. Dioc. Quimper,  ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— CUFFON . Buletin SAF, t.LXXXIX. 1963, p.xcvii et suivantes. 

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

— GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.,La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes.  Les baies n'y sont pas numérotées et distribuées en cinq lieux : Vitraux de la chapelle des fonts, vitraux de la Nef, vitraux du transept, vitraux du chœur, vitraux de la chapelle terminale. 

Concernant la baie 113, nous trouvons (J-P. L.B):

 un personnage debout, imberbe, coiffé d'une toque verte à plume blanche, portant une armure et pardessus une cotte d'azur à la croix d'or cantonnée de quatre fleurs de lys de même. Il tient de la main gauche une lance à banderole blanche et s'appuyant de la droite sur un bouclier blasonné comme la cotte. Ne serait-ce pas saint Louis ? Il s'agit de l'écuyer de Prat ar Rouz
Saint Michel vainqueur du démon ; saint évêque bénissant, décrit comme saint Corentin par Aymar de Blois, saint Christophe passant l'eau avec le Christ sur son épaule,

— LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe."Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-7003763.html

et baie 114 :

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-5710978.html

 LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.243-244,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,  p.117,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

  THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 16:02

Iconographie de saint Christophe dans les vitraux de la cathédrale de Quimper. V .La baie n°128 , verrière dite "aux oiseaux". Nef, troisième travée, mur sud.

.

L'intention de cette série de mon blog est de replacer chaque œuvre dans un ensemble iconographique étudiant les variations et les reprises du thème de saint Christophe traversant le gué en portant le Christ enfant sur ses épaules. Et de faire apparaître l'importance de ce culte au XVe et XVIe siècle.

A Quimper, le but est de souligner combien ce culte avait une place prépondérante, et d'inciter à réfléchir à sa signification, qui dépasse de loin l'image de saint-pour-porte-clef-et-garagiste qu'on pourrait avoir.

Saint Christophe sur les vitraux de la cathédrale de Quimper :

Autres exemples iconographiques :

.

.

 

Introduction.

Les vitraux de la cathédrale de Quimper comptaient 6 représentations de saint Christophe, dont 5 sont encore visibles actuellement. Le saint porteur de l'Enfant-Christ vient ainsi à la sixième position des saints personnages représentés, après le Christ (25 occurences), la Vierge (13), de saints évêques (10), Jean-Baptiste (10), saint Jean (7), saint Pierre (7). Il précède saint Michel ou saint Jacques, saint Paul et sainte Catherine, et même saint Corentin, le patron de Quimper, qui sont figurés 4 fois chacun.

Cette sixième place est inattendue, car le culte voué à Christophe ne semble pas avoir eu une telle importance. Le prénom de Christophe est rarement rencontré parmi les noms des seigneurs bretons. Nous devons reconsidérer nos a priori et prendre toute la mesure de l'honneur qui a été rendu à ce saint, notamment au  XVe siècle, lorsque la cathédrale fut vitrée. Ajoutons que, outre ces six verrières, saint Christophe disposait d'une chapelle à son nom, décrite par R-F. Le Men .

Les vitraux de la cathédrale de Quimper ont été considérablement restaurés, ou même reconstruits au XIXe et au XXe siècle. Nous devrons être vigilants pour distinguer les verres d'origine, et les restaurations.

Les six verrières sont les suivantes :

  • Baie 0100. Offerte par  Alain Le Maout, évêque de 1484 à 1493. Détruite peu après 1821, et donc non décrite ici. Elle était décrite ainsi par Aymar de Blois : : ".. au milieu un crucifix, à sa droite Notre-Dame, et à sa gauche saint Jean l’Évangéliste ; à droite de Notre-Dame, saint Pierre à gauche de saint Jean, saint Paul ; sous le crucifix, saint Corentin et son poisson à ses pieds ; à sa droite saint Cosme et à sa gauche saint Christophe. Deux effigies d’évêques à genoux, mitrés, tenant leurs crosses d’argent, revêtus de chapes bleues, et beaucoup plus grandes que celles des saints, se font face l’une à l’autre à droite et à gauche, et remplacent, avec leur prie-Dieu, l’espace depuis la hauteur du milieu des saints du deuxième rang, jusqu’aux ornements peints qui forment la base du vitrail. L’écusson que l’on voit sur les prie-Dieu, est le même pour les deux figures qui se ressemblent. Il est d’argent au chevron d’azur liseré d’or ; ce sont les armes d’Alain Le Mout ou Le Maout, évêque de l’an 1484 à 1493." . Cette composition montre combien saint Christophe tenait l'une des premières places parmi les saints vénérés à Quimper à la fin du XVe siècle. 

  • Baie 113 . Transept bras nord, coté est. Vitrail de Jean le Baillif. Fin XVe siècle et vers 1874.

  • Baie 114. Transept bras sud, coté est. Vitrail de Pratanras. Fin  XVe et vers 1870.

  • Baie 115. Transept, bras nord. Baie du Gloria. Fin XVe et 1873.

  • Baie  126. Nef 2ème travée sud. Vitrail de Kerguelenen.  Fin XVe et vers 1870.

  • Baie 128.  Nef 3ème travée sud. Verrière  dite "aux oiseaux. Fin XVe, vers 1870, et 1999.

Alors que les vitraux du chœur ont été posés sous l'épiscopat de Bertrand de Rosmadec, entre 1417 et 1419, les verrières de la nef et du transept furent posées entre 1495 et 1497, alors que l'évêque était Raoul le Moël (1493-1501). La Bretagne était alors gouvernée par Anne de Bretagne, peu après qu'elle soit devenue reine de France en épousant (1491) Charles VIII. La disposition générale des 20 fenêtres du transept et de la nef est proche de celle adoptée pour le chœur au début du XVe, avec des niches gothiques, des saints intercesseurs (debout) et des donateurs ou commanditaires (à genoux). Ceux-ci sont en majorité des chanoines du chapitre cathédrale. Ce dernier était composé au XVe siècle d'un Doyen qui était, de Droit, l'Abbé de l'Abbaye de Daoulas, Ordre de St Augustin, qui, lorsqu'il était présent, avait son siège dans le choeur, en face de celui de l'Evêque. De cinq autres Dignitaires, qui étaient le Grand Archidiacre ou de Cornouaille, le Grand Chantre, le Trésorier, l'Archidiacre de Poher, et le Théologal ; de douze Chanoines qui avaient des Paroisses à leur présentation, et du Bas Choeur. Outre les chanoines, les grandes familles nobles sont aussi représentées sous forme de couples, identifiés par leurs armoiries. Les armes des donateurs figurent dans les lancettes, dans les tympans, et parfois sur les voûtes.

Ces verrières occupent les fenêtres hautes de la cathédrale, ce qui ne les rend ni bien visibles, ni facilement photographiables, d'autant que, au sol, des chaises en rang serrés interdisent l'accès aux bras du transept.

.

Les verrières contenant saint Christophe. la baie 128 est cerclée. D'après un plan par Chaussepied in notice diocèse.

Les verrières contenant saint Christophe. la baie 128 est cerclée. D'après un plan par Chaussepied in notice diocèse.

La nef est éclairée  en partie haute par dix baies dont huit datent des années 1494 à 1500. Du coté sud, deux baies voisines renferment un saint Christophe : elles portent les numéros 126 et 128.

  La baie n° 128 comporte cinq lancettes désignées par les lettres A à E,  et un tympan à 9 ajours, recrée vers 1872. Hauteur 7,50 m, largeur 4,00 m. Elle est entièrement moderne (Lusson, 1869-1874), sauf quelques pièces.

J'utilise dans ma description les publications de R-F. Le Men (1877) page 140,  Françoise Gatouillat, (2005 page 181,  et 2013), et Yves-Pascal Castel (Daniel, 2005) page 128.

 .

Historique : 

Les verrières de la nef ont été restaurées par l'atelier manceau d'Antoine Lusson fils (le restaurateur de la Sainte-Chapelle)  de 1869 à 1874.  Les verrières hautes de la cathédrale ont été déposées en 1942, et reposées entre 1950 et 1964 par l'atelier Gruber sans modification notable.  Les baies ont été restaurées en 1992-93 par l'atelier Jean-Pierre Le Bihan.

La première description disponible est celle d'Aymar de Blois p.32 qui la situe alors (vers 1820) "2e vitre de la nef, coté évangile". Ce document permet d'attesté que Lusson a refait les vitres, mais en a respecté les sujets :

1°) L'image de saint Jean-Baptiste.

2°) Saint Christophe

3°) Un chanoine présenté par un saint qu'on n'a pas su distinguer.

4°) Un seigneur dont la cotte d'armes est blanche chargée de 3 oiseaux d'or ou d'argent. Il parait que ce sont les armes de Clécunan ou de Kernechulan, 

5°) Sa femme habillée, moitié des armes de son mari et moitié des siennes qui sont d'azur au cornet ou petit cor de chasse entre 3 besants le tout d'argent".

–Description (après restauration par Lusson ) de René-François Le Men 1877 page 140 :

 N° 90. Troisième fenêtre (sud). Cinq panneaux.

1er Panneau. — Saint Jean-Baptiste. On l’a placé à tort dans le cinquième panneau.

2e Panneau. — Saint Christophe.

3e Panneau. — Un chanoine en chape, à genoux devant un prie-dieu et présenté par un saint qu’on n’a pu reconnaître. il y a sur les drapées du prie-dieu un écusson portant d’azur, à trois oiseaux d’argent.

4e Panneau. — Un chevalier à genoux vêtu d’une cotte d’armes d’azur chargée de trois oiseaux d’argent. Présenté par saint Vincent-Ferrier.

5e Panneau. -— Une Dame à genoux dont la robe d’azur porte trois oiseaux d’argent et un greslier aussi d’argent accompagné de trois besants de même. Elle est présentée par saint Jean-Baptiste Le peintre a supprimé le greslier et remplacé les besants d’argent par des besants d’or. Ce panneau qui devait être le cinquième, a été mis a tort le premier. 

–En 1892, l'abbé A. Thomas donne page 123 une description semblable. Couffon la suit également. Gatouillat et Hérold 2005 précisent les verres anciens : quelques fragments dans la chape de la 3ème lancette ; dais de la 4ème "du même type qu'en baie 124" .

.

Baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

 

– Pascal-Yves Castel donne plusieurs renseignements complémentaires :

Il fait remarquer le sol carrelé d'un damier noir et blanc des lancettes a, c, d, e, et les dais très riches à trois étages, aux bases de forme triangulaire.

Il mentionne "un cartouche avec un texte encadré de damas : " Elie Maillard août 1870" (peintre ou cartonnier de chez Lusson ? Ses initiales E et M apparaissent dans d'autres baies."

L'inscription se trouve en réalité sur le livre posé devant le chanoine de la lancette C (voir photo infra). Je lis le mot ANNÉE plutôt que le mot août.  On trouve dans Les graveurs du 19e siècle; guide de l'amateur d'estampes modernes une étude de tête par Alphonse Legros du "peintre Elie Maillard (qui se suicidera en 1887), in-4.". Et ailleurs (liste des peintres exposants au Salon de 1864)  la note suivante : " ELIE-MAILLARD (Auguste), né à Saint-Phal (Aube), élève de M. Lecoq, Rue de l'Est, 33"

.

Signature d'Elie-Maillard année 1870, Lancette C, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Signature d'Elie-Maillard année 1870, Lancette C, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

Lancette A. Saint Jean-Baptiste présentant une donatrice.

Rappel : Selon R-F. Le Men, qui tient compte de la description d'Aymar de Blois en 1822, "Une Dame à genoux dont la robe d’azur porte trois oiseaux d’argent et un greslier aussi d’argent accompagné de trois besants de même. Elle est présentée par saint Jean-Baptiste Le peintre a supprimé le greslier et remplacé les besants d’argent par des besants d’or. Ce panneau qui devait être le cinquième, a été mis a tort le premier." Aymar de Blois avait décrit la lancette D avec son donateur , puis " 5°) Sa femme habillée, moitié des armes de son mari et moitié des siennes qui sont d'azur au cornet ou petit cor de chasse entre 3 besants le tout d'argent"."

Discussion sur l'identification.

Le problème est donc d'identifier d'une part le propriétaire des armoiries aux trois oiseaux d'argent, et d'autre part la famille de la donatrice, au grelier d'argent.

a) Pour le donateur, Aymar de Blois indique "il paraît que ce sont les armes de Clécunan ou Kernerchulan". Les Clécunan (paroisse d'irvilac) portent de sable à trois huppes d'argent, becquées de gueules. Potier de Courcy indique : Clécunan (de), sr dudit lieu, par. d'Irvillac, — de Keranhoat, par. de Loperhet. Réf. et montres de 1426 à 1536, par. d'Irvillac, év. de Cornouaille. De sable à trois huppes d'argent, becquées de gueules, comme Kerguern. Fondu dans Rosnyvinen."

 Si on veut bien prendre ces oiseaux pour des huppes, on peut déplorer ici que la couleur de l'écu soit d'azur, et non de sable. Les armoiries des Poulpiquet sont d'azur à trois palerons ou pies de mer d'argent, bequées et membrées de gueules. Elles sont illustrées par les armoiries épiscopales de Jean-Marie de Poulpiquet de Brescanvel, évêque de Quimper de 1823 à 1840. Voir aussi dans D'Hozier

 

 

Ce sont donc les armoiries de Poulpiquet qui sont le plus conformes à celles qui figurent sur le vitrail. Le fief de cette famille se trouve à Locmaria-Plouzané (29).

b) pour l'épouse et donatrice, aucune armoiries ne sont d'azur à un greslier  d’argent accompagné de trois besants de même. La formule la plus proche me semble être celle des Kermorial de KermorvanD'azur à un greslier d'argent, accompagné de trois fleurs de lis du même, 2 en chef et 1 en pointe :

KERMORIAL (DE), Sr dudit lieu, par. de Baye, de Kermorvan, par. de Cuzon, de Poulfos, de la Porte-Neuve, par. de Riec, de Kervéno.

Anc. ext., réf. 1669, six gén.; réf. et montres de 1426 à 1562, par. de Baye, Saint-Colomban de Quimperlé et Querrien, év. de Cornouailles.

D'azur au greslier d'argent, accomp. de trois fleurs de lys de même. Devise : Sot ouc'h sot. (Sot contre sot.)

Thomas, vivant en 1481, père de Pierre, marié à Catherine Perrault; Jean, auteur de la branche de Kervéno, vivant en 1535, épouse Louise Louarnec; un lieutenant des maréchaux de France à Quimper en 1740.

La paroisse de Cuzon tient son nom d'un  plateau dominant la vallée de l'Odet, au nord-est de Quimper. Cuzon etait paroisse independante de Kerfeunteun jusqu'à la Révolution. . http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

.

Description du vitrail.

Saint Jean-Baptiste est identifiable par son vêtement en poil de chameau et par l'agneau qu'il présente ici sur un livre rouge.

Son voisinage avec saint Christophe était déjà notée dans la baie 113, et les rapports entre les deux saints ont été discutés à propos de la baie 115. J'avais alors signalé que Jean-Baptiste est représenté sur 10 vitraux anciens de la cathédrale, au troisième rang après le Christ et la Vierge. 

La donatrice est représentée avec tout le faste que le XIXe siècle sait conférer dans ces pastiches d'œuvres médiévales. On notera l'étoffe pourpre qui recouvre le prie-dieu, car au centre du cartouche en écu dont elle est décorée se déchiffre à l'envers des lettres qui évoquent le nom du peintre Elie-Maillard.

.

 

 

Baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B. Saint Christophe.

Bien qu'il soit impossible de savoir à quoi ressemblaient les verres anciens qu'Aymar de Blois a brièvement décrit, on peut penser que Lusson en a repris la disposition générale, car celle-ci est conforme au schéma traditionnel que j'ai eu a décrire constamment dans cette iconographie, et par lequel Christophe dont les jambes sont résoluement tournées vers la gauche, tournoie sur lui-même et lève son visage vers l'Enfant qu'il porte à califourchon. Ses jambes nues, l'eau du fleuve, et (cas unique sur les 5 vitraux étudiés à Quimper) la rive à atteindre sont représentées. Le saint est vêtu d'une tunique courte dorée et damassée, à revers verts, et d'un manteau rouge. En dessous, il porte un tricot rayé. Son visage est barbu et souriant. Le bandeau frontal n'a pas été peint.

Le bâton est dessiné en diagonale, parallèle à l'axe épaule droite / jambe gauche.

L'Enfant porte le nimbe crucifère, bénit et tient le globe, comme dans les 4 autres vitraux, mais pour la première fois, il se penche (légèrement) vers le saint et leurs regards se croisent. 

L'élément insolite est celui-ci : le saint, au lieu de maintenir le bâton, lève la main et tend l'index vers l'Enfant. Deux pièces de verre blanc aux rayures grises  partent de la face latérale de l'index et se dressent en V.

S'agit-il d'un oiseau ? Mais que vient-il faire là ?

Je pense que le verrier restaurateur a mal compris le dessin du XVe siècle et a tenté de s'en débrouillé. Il pouvait s'agir initialement :

--soit d'un feuillage s'élevant de l'extrémité du bâton pour témoigner de sa reverdie, comme dans de nombreux exemples.

--soit des extrémités du bandeau frontal nouées derrière la tête.

.

Saint Christophe, lancette B, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, lancette B, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

 

Saint Christophe, lancette B, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, lancette B, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C. Chanoine présenté par saint Jean (?).

Le saint n'a pas été identifié par nos prédecesseurs, mais trois indices plaident pour y voir saint Jean : son visage imberbe ; son allure d'éphèbe ; son livre (Jean est l'auteur de son évangile, mais aussi de l'Apocalypse). Ajoutons que le trio Jean-Baptiste + Jean l'Évangéliste + saint Christophe est déjà réuni baie 115. 

Le donateur est un chanoine, de la famille de Poulpiquet si on tient compte des armoiries du prie-dieu haut placé dans la hiérarchie ou la dignité puisqu'il porte une chape aux bordures historiées qui, à elle seule, vaut une fortune. Il serait passionnant de savoir si elle était déjà présente telle quelle sur le vitrail du XVe. 

Cette chape m'évoque celle d'un vitrail de l'église de Saint-Nic (29) ; le donateur est également présenté par saint Jean. J'avais envisagé l'hypothèse d'y voir Jean de Largez, abbé de Daoulas de 1502 à 1519, et, par ce titre, doyen du chapitre cathédrale (armoiries d'argent au lion de sable, armé, lampassé de gueules). Il administra le diocèse de Quimper de 1501 à 1518 à la place de l'évêque en titre, Claude de Rohan, simple d'esprit. Il mourut le 6 novembre 1533 et fut enterré en son abbaye, où sa plaque tombale se trouve toujours. 

La chape de ce vitrail est en damas d'or, bordée de soie blanche brodée au fil d'or traçant un décor de niches réservées à des pieux personnages : cinq sont visibles à gauche et un à droite, ce sont des saints (nimbes) et des évêques ou abbés (crosses et mitres).

Une chape aussi somptueuse est représentée en baie n°121, mais, là encore, l'identité de celui qui la porte est inconnue. Même observation pour la baie 129 (avec saint Pierre et saint Paul dans les niches). En baie 116, Geoffroy de Treanna porte une chape portant sur l'orfroi Ave Maria Gratia Plena .

Les armoiries aux trois oiseaux ont pu être placées sur le prie-dieu pour se conformer aux armes des lancettes A et D.

 

Baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

 

Lancette C (détail), baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C (détail), baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

 

Lancette D. Donateur présenté par un saint.

Un saint tonsuré et tenant un livre , où on a pensé reconnaître le dominicain espagnol Vincent Ferrier (inhumé dans la cathédrale de Vannes), présente un jeune chevalier agenouillé en armure, et dont le tabard porte les armoiries d'azur à trois oiseaux d'argent que nous avons rapproché de celles de la famille de Poulpiquet. 

.

Lancette D, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

 

Le donateur, lancette D, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Le donateur, lancette D, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

 

Lancette E. Saint Jean-Baptiste.

 

Jean-Baptiste est représenté une nouvelle fois, ce qui signale encore l'importance de la vénération dont il était l'objet de la part des chanoines du chapitre de Quimper, et le lien étroit qui l'associe à saint Christophe. Vêtu de sa fameuse tunique en poil de chameau de pilis camelorum, il porte sur un coussin rouge l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. L'index droit, dirigé ici  vers l'Agneau, évoque immanquablement l'index peint par Léonard de Vinci en 1513 .

 

.

 

 

 

Lancette E, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette E, baie n°128, troisième travée sud de la nef, cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

 

.

 SOURCES ET LIENS.

 

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne province de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

 

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820.  Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 . Le folio 25 concerne la baie 114.

AncreAncre A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)

 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— COUFFON . Bulletin SAF, t.LXXXIX. 1963, p.xcvii et suivantes. 

— COUFFON http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

— GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.,La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203, 

 GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes.  Les baies n'y sont pas numérotées et distribuées en cinq lieux : Vitraux de la chapelle des fonts, vitraux de la Nef, vitraux du transept, vitraux du chœur, vitraux de la chapelle terminale. 

 

 

— LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

 

— LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog  

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-5674011.html

— LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.243-244,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,  p.123,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 15:39

Iconographie de saint Christophe dans les vitraux de la cathédrale de Quimper. IV.

La baie n°126 ou Verrière de Kerguelenen. Nef, deuxième travée, mur sud.

.

L'intention de cette série de mon blog est de replacer chaque œuvre dans un ensemble iconographique étudiant les variations et les reprises du thème de saint Christophe traversant le gué en portant le Christ enfant sur ses épaules. Et de faire apparaître l'importance de ce culte au XVe et XVIe siècle.

A Quimper, le but est de souligner combien ce culte avait une place prépondérante, et d'inciter à réfléchir à sa signification, qui dépasse de loin l'image de saint-pour-porte-clef-et-garagiste qu'on pourrait avoir.

.

Saint Christophe sur les vitraux de la cathédrale de Quimper :

Autres exemples iconographiques :

.

.

La nef est éclairée  en partie haute par dix baies dont huit datent des années 1494 à 1500. Du coté sud, deux baies voisines renferment un saint Christophe : elles portent les numéros 126 et 128.

 

 La baie n° 126 comporte cinq lancettes désignées par les lettres A à E,  et un tympan à 9 ajours, recrée vers 1872. Hauteur 7,50 m, largeur 4,00 m.

 

J'utilise dans ma description les publications de R-F. Le Men (1877),  Françoise Gatouillat, (2005 et 2013), et Yves-Pascal Castel (Daniel, 2005).

Les vitraux anciens occupent les fenêtres hautes. Très très hautes pour le touriste photographe. 

 

 .

Historique : 

 

Les verrières de la nef ont été restaurées par l'atelier manceau d'Antoine Lusson fils (le restaurateur de la Sainte-Chapelle)  de 1869 à 1874.  Les verrières hautes de la cathédrale ont été déposées en 1942, et reposées entre 1950 et 1964 par l'atelier Gruber sans modification notable.  Les baies ont été restaurées en 1992-93 par l'atelier Jean-Pierre Le Bihan.

Seule la lancette centrale C (celle qui m'intéresse !) est encore partiellement de la fin du XVe.

 

Description de R-F. Le Men 1877 page 139 :

 — 1er Panneau. — Notre-Dame.

 — 2e Panneau. — Un chanoine en chape à genoux, devant un prie-dieu, dont les draperies portent un écusson armorié d’azur au lion d’argent chargé d’une macle d’or. Il est présenté par saint Julien, en ermite. Ce chanoine est N. de Kerguelenen, chanoine de Quimper, de 1489 à 1497. Les mêmes armes sont dans la voûte vis-à-vis de cette vitre (Voir p.125, n° 56 : Écu triangulaire : d’azur au lion rampant d’argent chargé d’une macle d’or, armé et lampassé de gueules. — Jean de Kerguelenen, chanoine de la cathédrale en 1489 et 1498, et recteur de la paroisse de Grandchamp. Il avait fondé dans la cathédrale, une chapellenie dont le patronage appartenait en 1540 à Alain de Kerguelenen, chevalier. La seigneurie de Kerguelenen était dans la paroisse de Pouldergat près Douarnenez. ).

 — 3e Panneau. — Un chevalier à genoux, présenté par saint Christophe, et portant sur sa cotte d’armes bleue, un lion d’argent armé et lampassé de gueules, chargé d’une macle d’or.

 — 4e Panneau. — Une dame à genoux présentée par sainte Barbe. Elle porte sur sa robe bleue un lion d’argent chargé d’une macle d’or, et un léopard d’or.

 — 5e Panneau. — On avait recommandé d’y placer saint Yves, M. Lusson en a fait un évêque (panneau neuf)."

En 1892, l'abbé A. Thomas donne une description semblable, sous le titre de Vitrail de Kerguelenen.

Couffon ajoute la précision suivante :  "-signé Lusson 1870 dans un prie-Dieu de Kerguelenen" 

 

Je trouve les renseignements suivants sur la famille de Kerguelenen :

   a) La famille :

  Jehan de Kerguélénen, décédé en 1483, avait eu de Béatrice du Hirgars (d'or à 3 pommes d'azur) deux fils dont de cadet fut chanoine de Quimper (1489-1509). L'aîné, Jehan de Kerguélénen, marié en 1474 à Marie Tuonmelin, fille d'Alain Tuonmelin, sgr de Botpodern (d’azur au lévrier passant d’argent) mourut en 1497, laissant plusieurs enfants. Alain de Kerguélénen qui lui succéda, vécut jusqu'en 1547. L'ancien manoir de Kerguelenen se situait à Pouldergat, paroisse dont l'église Saint-Ergat porte encore le blason familial sculpté dans la pierre.

 Entre 1489 et 1498, 

 

Potier de Courcy indique (Nobiliaire et Armorial Tome II, p. 93) : Kerguelenen, seigneur du Penquer, de Pennanneac'h, de Kerollain et de Kerstrat en la paroisse de Pouldergat.

b) Le chanoine Jean  :

– Jean de Kerguélénen, chanoine  de la cathédrale de Quimper entre 1489 et 1498, est également prieur de l'île Tristan à Douarnenez, ses armes figurant sur l'une des vitres de l'ancienne chapelle Sainte-Hélène, devenue chapelle prieurale.

–Documents : VILLE DE QUIMPER (Département du Finistère) REPERTOIRE NUMERIQUE DETAILLE DES ARCHIVES COMMUNALES ANTERIEURES A 1790 Série CC. FINANCES, IMPOTS ET COMPTABILITE. page 18 :  CC 59 1 cahier, parchemin, 14 fol. Couverture velin ancien manuscrit en réemploi

 

  1481* Apurement des comptes des miseurs : - compte de Jehan Le Baud naguère receveur des deniers de devoirs de billot en l’évêché de Cornouaille et miseur des murs, achèvements, réparations des édifices de la ville de Quimper Corentin conclus au mois de juin 1481. Dont apurement donné en la maison d’Olivier Le Baud en la Terre au Duc, clos et signé le 14 août 1500 par noble homme Hervé du Juch seigneur de Pratanroux capitaine dudit Quimper Corentin, maître Hervé de Lezongar, Jehan de Kerguelenen chanoine de l’église cathédrale de Monsieur Saint Corentin, maître Yves Dongoallen, Vincent de Kerguenozal, François Marion, Alain Rolland, Alain Le Garz, Henry Le Baud, Julien Morel, Prigent de Coetenezre, Jehan Le Douzic, Yvon Madec et plusieurs autres nobles et bourgeois de cette ville et tenu par Morice de Kerloaguen, Auditeur et François Le Saux, gens des comptes dudit duc de Bretagne. 

–On trouve dans le Cartulaire de Quimper  deux pages signées de Jean de Kerguelenen: in Bulletin diocèsain d'Histoire et d'Archéologie du Diocèse de Quimper Edité en 1906, page 151

 

 

.

 

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette A. La Vierge à l'Enfant.

Oeuvre de l'atelier Lusson;

 

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

Lancette B. Saint Julien l'Hospitalier présentant le chanoine Jehan de Kerguelenen.

Création de Lusson (1869 à 1874). Le saint, vêtu en ermite, est identifié comme saint Julien par René-François Le Men (1824-1880), archiviste du Finistère qui écrit en 1877, juste après la création du vitrail : non seulement il a du obtenir les renseignement du maître-verrier, mais il semble qu'il ait participé aux consignes qui lui furent données. 

Le chanoine, revêtu d'une chape damassée à large orfroi, est agenouillé devant un prie-dieu drapé des armoiries d'azur au lion d'argent chargé d'une macle d'or (Kerguelenen).

.

 

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

Lancette C. Saint Christophe présentant un seigneur de Kerguelenen.

Parmi les éléments traditionnels de l'iconographie, on note :

–L'Enfant à califourchon sur les épaules du saint, tenant l'orbe crucigère et bénissant . 

– la couleur verte de la tunique du saint

– son bandeau frontal blanc.

– sa barbe et ses cheveux longs témoignant d'une ancienne nature d'homme des bois.

– son bâton, ici horizontal et particulièrement noueux et donc rustique. Ce bâton ne reverdit pas, et, comme les autres bâtons du saint sur les vitraux de Quimper, il ne témoigne donc pas de la reverdie miraculeuse qui attestera de la validité de la promesse faite par l'enfant au saint.

– la ceinture. On en profite pour remarquer le verre rouge gravé et doublé (la gravure est responsable des motifs blancs). Le même type de gravure est visible dans la bande qui passe derrière la tête de l'Enfant.

Par contrel la posture tête basse de Christophe est aypique : est-elle due à un restaurateur, ou bien s'explique-t-elle par l'attitude du saint présentant son protégé ?

De même, la moitiè inférieure permet de voir une jambe gauche nue, mais ne montre pas —ou de façon très simplifié— le cours d'eau traversé.

Le donateur.

Tête nue (cheveux coiffés selon la mode du temps), agenouillé devant le livre d'heures posé sur le prie-dieu, il porte l'armure de chevalier, sur laquelle il a endossé le tabard à ses armes. Le lion d'argent est parfaitement dessiné, rampant, et sa langue rouge montre qu'il est "  lampassé de gueules". 

.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

Lancette D. Sainte Barbe présentant la donatrice.

Sainte Barbe n'a pas un visage très féminin, et on la confondrait facilement avec saint Jean (avec son manteau rouge), si elle ne tenait pas son attribut, la tour percée des trois fenêtres attestant de sa foi dans le dogme de la Trinité.

La donatrice porte sur sa robe les armes de Kerguelenen (le lion rampant et la macle d'or), mais cette macle contient un lion léopardé d'or. 

 

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette E. Un saint évêque.

Renè-François Le Men laisse transparaître son mécontentement, car "on" (il ?) avait demandé au verrier de "faire" un saint Yves, et c'est un saint évêque parfaitement lambda qui a été réalisé, avec l'attirail des poncifs qui s'y attachent : mitre, crosse, chape et nimbe. C'est bien pieux, mais cela ne mène à rien, et cela n'a rien de breton. C'est pas grave, c'est bien peint quand même.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 126, troisième travée sud de la nef de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

 SOURCES ET LIENS.

 

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne province de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

 

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820.  Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 . Le folio 25 concerne la baie 114.

AncreAncre A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)

 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— COUFFON . Bulletin SAF, t.LXXXIX. 1963, p.xcvii et suivantes. 

— COUFFON http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/Quimper.pdf

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

— GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.,La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203, 

 GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes.  Les baies n'y sont pas numérotées et distribuées en cinq lieux : Vitraux de la chapelle des fonts, vitraux de la Nef, vitraux du transept, vitraux du chœur, vitraux de la chapelle terminale. 

 

 

— LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

 

— LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog  

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-5674011.html

— LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.243-244,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,  p.123,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

 


 

 

— LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

 
Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 14:28

Iconographie de saint Christophe dans les vitraux de la cathédrale de Quimper.

III. La baie n°115. Vitrail du Gloria . Transept, bras nord, mur est.

.

L'intention de cette série de mon blog est de replacer chaque œuvre dans un ensemble iconographique étudiant les variations et les reprises du thème de saint Christophe traversant le gué en portant le Christ enfant sur ses épaules. Et de faire apparaître l'importance de ce culte au XVe et XVIe siècle.

A Quimper, le but est de souligner combien ce culte avait une place prépondérante au XVe siècle (cinq vitraux et une chapelle), et d'inciter à réfléchir à sa signification, qui dépasse de loin l'image de saint-pour-porte-clef-et-garagiste qu'on pourrait avoir.

.

Saint Christophe sur les vitraux de la cathédrale de Quimper :

Autres exemples iconographiques :

.

Le mur est du bras nord du transept est éclairé par deux baies, n° 113 et n°115, qui toutes les deux consacrent une lancette à saint Christophe. Dans le bras sud, dans une position symétrique, saint Christophe occupe aussi la baie n°114.

Cette baie comporte six lancettes désignées par les lettres A à F,  et un tympan à 11 ajours, recrée vers 1872. Hauteur 6 m, largeur 4,30 m. Une place à part est réservée à saint Christophe dans la lancette F à l'extrême gauche, alors que les cinq autres lancettes sont organisées symétriquement autour de la Vierge à l'Enfant (lancette C), vénérée de part et d'autre par deux chanoines des lancettes B et D, chacun présenté par l'un des deux saints Jean dans la lancette voisine. L'unité de ces cinq lancettes est assurée par le fait que les bras des saints "traversent" le meneau pour présenter leur protégé dans la lancette voisine.

 

J'utilise dans ma description les publications de Françoise Gatouillat, (2005 et 2013), Yves-Pascal Castel (Daniel, 2005) mais aussi le blog de Jean-Pierre Le Bihan (2007). C'est le travail d'un  maître-verrier quimpérois et historien-chercheur de la cathédrale. Sa description, argumentée par le recours aux archives et aux auteurs cités ici en bibliographie, s'avère si attentive, si réfléchie et si qualifiée (J-P. Le Bihan a restauré de très nombreux vitraux finistériens dont ceux de la cathédrale) que j'ai pris le parti d'en citer le texte. J'espère que cela ne sera pas considéré comme un emprunt indélicat, mais comme un hommage. 

Les vitraux anciens occupent les fenêtres hautes. Très très hautes pour le touriste photographe. 

Surtout la baie 115. Pour la photographier,

 Ave ! Bonum diem !

 .

Historique : 

 

Le bras nord du transept a été érigé vers 1480, ses voûtes peintes en 1486. La baie n°115 du mur est du bras nord,  comme les autres fenêtres du transept et de la nef, a été obstruée par des cloisons de bois (entre 1469 et 1475) avant d'être vitrée entre 1495 et 1497, donc sous le règne de Charles VIII et Anne de Bretagne, et lors de l'épiscopat de Raoul Le Moël (1493-1501). La disposition générale des 20 fenêtres du transept et de la nef est proche de celle adoptée pour le chœur au début du XVe, avec des niches gothiques, des saints intercesseurs (debout) et des donateurs ou commanditaires (à genoux). Ceux-ci sont en majorité des chanoines du chapitre cathédrale. Ce dernier était composé au XVe siècle de 15 à 16 chanoines, dont quatre dignitaires : deux archidiacres —pour les deux subdivisions du diocèse, les archidiaconés de Poher et de Cornouaille — , un trésorier et un chantre. Outre les chanoines, les grandes familles nobles sont aussi représentées sous forme de couples, identifiés par leurs armoiries. Les armes des donateurs figurent dans les lancettes, dans les tympans, et parfois sur les voûtes.

 

Les verrières du transept ont été restaurées par l'atelier manceau d'Antoine Lusson fils (le restaurateur de la Sainte-Chapelle)  de 1869 à 1874.  Les verrières hautes de la cathédrale ont été déposées en 1942, et reposées entre 1950 et 1964 par l'atelier Gruber sans modification notable.  Les baies ont été restaurées en 1992-93 par l'atelier Jean-Pierre Le Bihan.

— Description  par R-F. Le Men (1877), qui n'y décrit pas saint Christophe.

"[p. 134] N° 81. Quatrième fenêtre (côté est). Six panneaux.

1er Panneau — Un chanoine en chape à genoux, présenté par N.-S.-J.-C., qui tient la croix de résurrection [Confusion avec saint Christophe ??].

2e Panneau. — Un chanoine en surplis à genoux.

3e Panneau. — Notre-Dame.

4e Panneau. — Un chanoine.

5e Panneau. — Saint Jean l’Évangéliste, tenant un calice.

6e Panneau. — Saint Jean-Baptiste vêtu d’une peau et d’un manteau. "

 

— Description en 1892 par A. Thomas, dans un ordre différent, et qui identifie saint Christophe ; la disposition des lancettes est celle que nous connaissons. Les inscriptions ne sont pas déchiffrées:

 

"1°) Saint Jean-Baptiste.

2°) Un chanoine vêtu d'une chape et agenouillé ;

3°) Notre-Dame ;

4°) Un chanoine vêtu d'un surplis et agenouillé ;

5°) Saint-Jean apôtre ;

6°) Saint Christophe.

Le troisième panneau [lancette] a occupé une des baies des fenêtres latérales de l'abside (1837-1873).

Le tympan est moderne, il représente dans les trois compartiments du centre les Trois Personnes Divines, avec cette particularité que le Saint-Esprit figure ici sous forme d'un jeune homme. [...]".

.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

.

Par exception, je débuterai par la lancette F, celul qui m'intéresse aujourd'hui.

 

Lancette F. Saint Christophe.

Je donnerai d'abord la parole à J-P. Le Bihan :

 

 

Saint Christophe.
"Dans cette baie, ce personnage se trouve à l’extrémité droite de cette baie que l’on voie dans  la façade est du bras nord du transept .
 Le torrent qu’il traverse coule de gauche à droite, ce qui n’est pas exceptionnel dans ses représentations. Ce qui est plus c’est la représentation  de deux poissons, traités au jaune d’argent (nitrate d’argent). qui glissent dans cette eau. Ici, l’auteur les a peints sur la face extérieure du verre dans le but de donner l’impression  qu’ils sont vraiment dans l’eau.

  Le vitrail présentée plus haut est dans l'état après restauration; la vue suivante le présente avant tout travail avec un manque de lisibilité dû aux  plombs de casse. [voir images sur le blog]

Saint Christophe avance, les mains, la droite à la hauteur de l’épaule, la gauche à la hauteur du genou, serrées sur un tronc d’arbre équeutée. Penché et courbé, l’effort, transcrit par la diagonale du tronc,  indique bien qu’il porte tout le poids du monde en la personne de cet enfant Jésus. Pour accentuer cette effort, et par manque de place, l’auteur a bousculé les piliers et fait ressortir cette composition du cadre de la niche.
Sa tête d’origine, milieu XV°, au cou fort, est encadrée d’une barbe légère qui remonte jusqu’aux cheveux retenus par un foulard plié et noué dont une houppe rebelle s’échappe. 
La mèche de droite suit le mouvement du personnage tandis que l’autre se devine sur le côté du visage. Le nimbe jaune, à la bordure unie et au champ ornementé de courbes et perles, agrandi encore ce visage au nez camus et aux yeux surmontés de sourcils épais et noirs dont le regard repose sur le globe.
Sa robe, ou tunique, brune violacée, très courte aux longues manches, apparaît sous un lourd manteau blanc, fermé au col par un gros bouton vert dont le motif de grisaille a disparu. Un ruban large, décoré de grains de café et de perles, court sur les parties visibles du manteau dont la doublure au dessin, fait de successions de courbes, est la même que celle de saint Jean-Baptiste.

L’enfant Jésus.

L’enfant Jésus est assis sur les épaules de saint Christophe, la jambe gauche seule visible sous la  robe rouge dont le collet au jaune d’argent fait partie intégrante de la pièce de verre comportant le cou, la tête et le nimbe crucifère. 
Les branches de la croix  de ce nimbe sont pattées et arrondies aux extrémités. 

Deux grands yeux noirs, au dessin très pur, animent ce visage, et portent leur regard du côté inverse de saint Christophe. Des cheveux rehaussés au jaune d’argent couronnent ce visage. Sa main droite bénit presque horizontalement, comme voulant indiquer une direction que suivraient ses yeux.
 La main gauche ne soutient pas, comme cela est habituel, mais prend par l’extérieur, le globe surmonté d’une croix à fanion blanc rehaussé d’une seconde croix au jaune d’argent. L’implantation de la croix au milieu de la partie haute de ce globe est exemplaire. Elle ne peut qu’être plantée dans la terre, la partie basse étant parcourue de vagues. 
Il n'est pas rare de trouver un globe terrestre dont la mer est présente dans le bas.
Quant au rideau qui ferme cette scène il est d’un violet bleu aux damas intérieurs exécutés au pochoir et se terminant par une frette de bâtonnets calée par deux filets." 
(Jean-Pierre Le Bihan)

.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

.

Commentaires personnels.

Selon les auteurs du Corpus Vitrearum, ce Saint Christophe traversant le fleuve est "assez bien conservé". Jean-Pierre Le Bihan ne signale pas non plus de parties manifestement modernes. On peut donc estimer que cette lancette est assez fidèle au vitrage d' origine. Or, certains éléments sont conformes à la tradition iconographique , tels que les jambes et pieds nus visibles dans les flots traversés, les petits poissons qui y nagent, la diagonale tracée par le bâton, et la giration de 180° du corps entre les pieds dirigés vers l'avant et la tête qui se tourne vers l'Enfant. Ou encore l'Enfant figuré comme Salvator Mundi, bénissant et tenant le globe crucigère. Ou le bandeau de martyr autour du front du saint. Par contre, la couleur rouge (et non verte) de la tunique, et le caractère solennel de la cape orfroyée sont atypiques, ce qui explique que Le Men ait vu ici (certainement lors d'un examen dans de mauvaises conditions ou sur une vitre très encrassée) un chanoine.

Le visage du saint est magnifique par son expression de détresse, d'interrogation ou de doute anxieux, et d'effort (il succombe sous le poids du Monde porté par l'Enfant), et il se rapproche de celui du Christ de douleur. Christophe est figuré comme un homme âgé, barbu, dont les mêches grises s'échappent en éléments rebelles. Mais sa face est tourné vers le haut, dans un sursaut d'espérance et de spiritualité, et son regard rencontre, non celui de l'Enfant divin, mais le globe doré où flotte triomphalement l'étendard de la victoire sur la Mort.

Nous allons maintenant découvrir que ce saint christophore, apparemment isolé dans sa lancette, est intégré dans un vaste tableau théologique sur l'avènement du Christ comme Rédempteur. Avec un "fil rouge", ici blanc et or, l'oriflamme et la croix. 

.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.
Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

 .

Lancette A et B . Saint Jean-Baptiste présentant un donateur.

Tête du saint restaurée. Lancette B en partie restaurée. Le saint est vêtu de la même chape à bande d'orfroi que saint Christophe, chape toute aussi inhabituelle dans le cas de saint Jean-Baptiste que dans celui du géant barbu. En effet, le "Précurseur" dont la voix "crie dans le désert" s'habille de peaux de bêtes, et ce sont d'ailleurs elles qui pendent sur les jambes en dessous de la chape. Depuis Matthieu 3:4, chacun doit savoir que "Jean avait un vêtement de poils de chameau, (Iohannes habebat vestimentum de pilis camelorum) et une ceinture de cuir autour des reins (et zonam pelliciam circa lumbos suos). Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage."  ​  Le caractère inhabituel de ces deux parures doit nous mettre sur la piste d'une intention délibérée et signifiante, réunissant Jean-Baptiste et Christophe. Mais en réalité, à un exception, tous les personnages de ce vitrail portent ce manteau : la Vierge (bleu à orfroi), saint Jean l'Evangéliste (simple voile blanc) et le donateur (rouge à orfroi).

Le donateur présenté par Jean-Baptiste est un clerc (tonsuré) ; il est agenouillé devant un prie-dieu à décor gothique, mains jointes. Le décor de la bordure dorée et brodée de son manteau est simple, géométrique et répétitif. 

Il s'agit soit d'un chanoine (mais particulièrement honoré par ce vêtement), soit d'un évêque, et il pourrait porter le prénom Jean du saint qui le présente :  on peut penser à l'évêque Jean de Lespervez (1451-1471), commanditaire de la croisée du transept, bien que ce vitrail postérieur à 1496 l'honorerait de manière posthume. Une hypothèse plus crédible verrait ici le chanoine Jean Le Baillif, dont les armes ornent la baie 113 : en 1479, tout le chapitre l'avait nommé évêque, mais cette nomination ne fut pas ratifiée par le duc François II.

Une banderole se déploie au dessus des mains de ce digne chanoine, et on y lit en lettres gothiques :   " : DOMINE : IHS XPE FILII."

Pour Yves-Pascal Castel y voit "une citation libre d'un des versets du Gloria rituel Domine Filii unigenite Jesu Christe, ce qui justifie qu'il donne à cette verrière le nom de "Baie du Gloria", mais cela suppose l'introduction du mot unigenite et l'éclatement de la séquence des termes latins. D'autre part, rien d'autre dans cette baie ne se réfère au Gloria, et notamment pas le contexte général, et, enfin, la seconde inscription, lancette D, n'est pas tirée du Gloria. Le même texte se retrouve dans la lancette D de la baie 122 du bras sud du transept : domino ihs xpo filio au dessus de l'évêque Raoul Le Mouel, dans une baie du XIXe siècle. 

La séquence exacte peut être respectée dans différentes formules

 (Domine iesu christe fili dei miserere mei peccatoris ; Domine iesu xpe fili dei patris omnipotentis tu qui es deus angelorum ; Domine Jesu Christe, Fili Dei vivi, qui es verus omnipotens Deus ;Domine Jesu Christe, Filii Dei vivi, qui ex voluntate Patris, Domine Jesu Christe, Fili Dei vivi, qui uterum beatae Virginis Maria mirabiliter) mais cela n'a pas beaucoup d'importance pour l'interprétation de la verrière si l'authenticité du texte n'est pas affirmée, et que ce début d'oraison est due à l'invention de l'atelier Lusson.

Je m'intéresserai d'avantage à la main de saint Jean-Baptiste. Elle tient un livre (c'est inhabituel) à reliure verte, sur lequel se tient un agneau à nimbe crucifère ; une croix fleuronnée sert de hampe à l'oriflamme blanc portant la croix d'or . Cet agneau pascal est l'attribut principal de Jean-Baptiste et se réfère aux paroles qu'il a prononcé selon Jean 1:29 : Ecce Agnus Dei qui tollit peccatum mundi "Le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit: Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde". Comme ici l'agneau tient dans la patte gauche la hampe, nous sommes autorisés, ce qui fait chic, à parler l'agneau vexillifère. Et crucifère.

Or, l'étendard de la Résurrection tenu ici par l'Agneau répond à celui  tenu par L'Enfant juché sur les épaules de Christophe. 

Rappellons-nous : Christophe lors de sa traversée du fleuve se trouve soudain terrassé par le poids inattendu du bambin qu'il s'est proposé de passer sur l'autre rive, et, levant les yeux, comprend que cet enfant porte le Monde où se dresse l'étendard de la croix. Autrement dit, c'est le poids du Péché du Monde (peccatum mundi) qui l'enfonce dans les sables du fleuve. Sa conversion, sa foi en le Christ comme Sauveur du monde, le sauve, et il reprend sa progression.  Le lien entre cette scène, et la prophétie du Baptiste Ecce Agnus Dei devient clair. Le monde succombe sous le poids du péché, et Jésus enlève ce péché, et sauve l'humanité. Christophe et Jean-Baptiste en témoignent comme deux piliers du dogme de la Rédemption. 

En tout cas, pour moi, c'est clair. Surtout que dans les deux cas nous avons deux saints qui sont des Forces de la Nature, l'un comme géant sauvage et inculte (incapable de prier ou de faire jeûne, il met au service des autres sa capacité à les porter pour passer un gué), l'autre comme nazir  voué à ne boire ni vin ni liqueur ennivrante (Luc 1:13) et, sans-doute, à ne pas se couper les cheveux et à vivre en ascèse.

Mais il y a un autre point commun entre les deux saints : le baptème. Pour Jean-Baptiste, qui baptisa le Christ, et qui pratique le baptème par immersion dans le Jourdain, c'est évident. Mais si on réfléchit deux secondes, c'est évident aussi pour Christophe, dont la conversion lors de la traversée d'un fleuve, les deux jambes, dans l'eau aux dangereux poissons symbolisant les péchés, est bien un baptème. C'est pour cette raison que Christophe est un des saints intercesseurs : il protège du danger de mort subite en état de péché mortel.

En résumé, la baie 115 est encadrée par deux figures majeures du christianisme en relation avec le baptème et la rémission des péchés : ce sont deux héros du Christ Sauveur du monde par la victoire de la Croix, et l'oriflamme de cette victoire est présent dans les deux cas.

Dans le retable dit "de la perle du Brabant" de Dirk Bouts (Alte Pinakothek , 1470), réalisé pour un commanditaire privé autour d'une Adoration des Mages, les deux volets réunissent saint Jean Baptiste à gauche et saint Christophe à droite :

.

Ajoutons que saint Jean-Baptiste occupe, parmi les 89 saints personnages des vitraux du XVe siècle de la cathédrale, la 4ème place, avec 10 représentations juste après le Christ (25), la Vierge (13) et les saints évêques. Il précède Jean l'évangéliste (7), Pierre (7) et Christophe (6). 

 

 

 

.

Saint Jean-Baptiste et donateur, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Saint Jean-Baptiste et donateur, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

.

Lancette C. La Vierge à l'Enfant.

La Vierge est couronnée et nimbée, et porte sur une robe vieux rose (à col et manches dorés)  un manteau bleu à bordure brodée d'or avec inclusion de perles et de pierres. Ses cheveux blonds retombent sur ses épaules.   

C'est l'Enfant qui me réserve une surprise. Par sa robe verte au dessus d'une longue chemise blanche ? Par son nimbe crucifère travaillé comme une pièce d'orfèvrerie ? Par ses cheveux courts ? Non, mais bien parce que j'y retrouve le geste de bénédiction et le globus cruciger qui reproduisent ceux de de la lancette F où l'Enfant était porté par saint Christophe. 

Autrement dit, cet Enfant est ici figuré en Sauveur du Monde : le thème de la Rédemption, du poids du Péché et de son abolition par la Croix est donc repris ici une troisième fois.

.

 

Vierge à l'Enfant, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Vierge à l'Enfant, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Lancette D. Clerc, et banderole.

Il date entièrement du XIXe siècle, et ne permet donc pas d'enrichir notre réflexion sur la signification initiale de la baie.

Ce clerc porte le même surplis à la partie basse évasée et plissée que son confrère de la lancette B. Il est enrubanné d'une banderole où se lise les mots :

 

 

SANCTA MARIA VIRGINIS [mater] DEI

Clerc en surplis, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Clerc en surplis, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

.

 

 

Clerc en surplis, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Clerc en surplis, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

.

 

Lancette E. Saint Jean l'Evangéliste.

Il présente d'une main sûre le personnage de la lancette D en traversant le meneau. Vêtu d'une robe verte , bordé d'or, et d'un simple manteau blanc à revers d'or, seulement brodé à l'encolure. Nimbe aux rayons d'or. Il tient son attribut habituel, la coupe de poison. 

La réunion  des deux saint Jean autour de la Vierge à l'Enfant est très fréquente. 

 

 

.

Saint Jean l'Évangéliste, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Saint Jean l'Évangéliste, Baie 115, Cathédrale de Quimper, Bras nord du transept, photo lavieb-aile.

Le tympan

 Moderne, il montre la Trinité avec le Saint-Esprit sous forme d'un homme barbu tenant un livre ; six anges portant des phylactères, et deux phylactères isolées. 

.

 

.

SOURCES ET LIENS.

 

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne province de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820.  Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 . Le folio 25 concerne la baie 114.

 A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)

 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— CUFFON . Bulletin SAF, t.LXXXIX. 1963, p.xcvii et suivantes. 

— COUFFON  http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/ERGUEGAB.pdf

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

— GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.,La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203, 

 GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes.  Les baies n'y sont pas numérotées et distribuées en cinq lieux : Vitraux de la chapelle des fonts, vitraux de la Nef, vitraux du transept, vitraux du chœur, vitraux de la chapelle terminale. 

 

— LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog  baie 114 :

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-5710978.html

— LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.243-244,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

 LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,  p.117,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, xv, 97 pages, p.51

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 15:59

Iconographie de saint Christophe dans les vitraux de la cathédrale de Quimper.

II. La baie n°114. Vitrail de Pratanras . Transept, bras sud, mur est, coté.

.

L'intention de cette série de mon blog est de replacer chaque œuvre dans un ensemble iconographique étudiant les variations et les reprises du thème de saint Christophe traversant le gué en portant le Christ enfant sur ses épaules. Et de faire apparaître l'importance de ce culte au XVe et XVIe siècle.

A Quimper, le but est de souligner combien ce culte avait une place prépondérante, et d'inciter à réfléchir à sa signification, qui dépasse de loin l'image de saint-pour-porte-clef-et-garagiste qu'on pourrait avoir.

Saint Christophe sur les vitraux de la cathédrale de Quimper :

Autres exemples iconographiques :

.

J'utilise dans ma description les publications de Françoise Gatouillat, (2005 et 2013), Yves-Pascal Castel (Daniel, 2005) mais aussi le blog de Jean-Pierre Le Bihan (2007). C'est le travail d'un  maître-verrier quimpérois et historien-chercheur de la cathédrale. Sa description, argumentée par le recours aux archives et aux auteurs cités ici en bibliographie, s'avère si attentive, si réfléchie et si qualifiée (J-P. Le Bihan a restauré de très nombreux vitraux finistériens dont ceux de la cathédrale) que j'ai pris le parti d'en citer le texte. J'espère que cela ne sera pas considéré comme un emprunt indélicat, mais comme un hommage. 

Les vitraux anciens occupent les fenêtres hautes. Très très hautes pour le touriste photographe.

 

 

Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

.

 

 La baie n°114. Vitrail de Pratanras . 

  Vitrail de quatre lancettes désignées A, B, C et D de gauche à droite, et un tympan à 7 ajours. Hauteur 6,90 m, largeur 3,00 m. 

Le bras sud du transept a été érigé sous l'épiscopat de Jean de Lespervez (1451-1471), il a reçu sa charpente en 1467. La baie n°114 du mur est du bras sud,  comme les autres fenêtres du transept et de la nef, a été obstruée par des cloisons de bois (entre 1469 et 1475) avant d'être vitrée entre 1495 et 1497, donc sous le règne de Charles VIII et Anne de Bretagne, et lors de l'épiscopat de Raoul Le Moël (1493-1501). La disposition générale des 20 fenêtres du transept et de la nef est proche de celle adoptée pour le chœur au début du XVe, avec des niches gothiques, des saints intercesseurs (debout) et des donateurs ou commanditaires (à genoux). Ceux-ci sont en majorité des chanoines du chapitre cathédrale. Ce dernier était composé au XVe siècle de 15 à 16 chanoines, dont quatre dignitaires : deux archidiacres —pour les deux subdivisions du diocèse, les archidiaconés de Poher et de Cornouaille — , un trésorier et un chantre. Outre les chanoines, les grandes familles nobles sont aussi représentées sous forme de couples, identifiés par leurs armoiries. Les armes des donateurs figurent dans les lancettes, dans les tympans, et parfois sur les voûtes.

Historique

   Seules les lancette B et C datent de la fin du XVe siècle. Le nom du vitrail ("de Prat-Ar-Raz") a été attribué par Aymar de Blois vers 1820, et celui-ci signale que seule la lancette de saint Christophe figure dans la baie, celle de sainte Marthe (lancette C) ayant été transportée dans la chapelle de la Victoire, et les deux premiers panneaux (A et D) ayant été détruits.  Ces lancettes A et D ont été créées au XIXe siècle par l'atelier manceau d'Antoine Lusson fils (le restaurateur de la Sainte-Chapelle)  de 1869 à 1874.  Les verrières hautes de la cathédrale ont été déposées en 1942, et reposées entre 1950 et 1964 par l'atelier Gruber sans modification notable.  La baie a été restaurée en 1992-93 par l'atelier Jean-Pierre Le Bihan.

 

Nous disposons des description vers 1822 par Aymar de Blois, de l'archiviste Le Men en 1877, de l'abbé Thomas en 1892 (p. 106), de Françoise Gatouillat en 2005, de l'abbé Yves-Pascal Castel en 2005, du maître-verrier Jean-Pierre le Bihan en 2007, de Françoise Gatouillat en 2103.

"Le vitrail représente un seigneur à genoux (seconde lancette actuelle) revêtu de sa cotte d'armes bleue, à la croix d'or, une fleur de lys de même couleur au quartier droit. Il est présenté par saint Christophe; on croit que c'est un Lezongar, sieur de Prat ar Raz .
Sa femme (troisième lancette actuelle) est derrière lui présentée par sainte Marthe. Sa robe est moitié des armes de son mari, moitié des siennes propres, qui sont rouges à trois macles d'argent. Ce sont celles de Kermeno en Vannes. Les deux premiers panneaux sont détruits. Sainte Marthe est reconnaissable par la Tarasque, espèce de dragon qui l'accompagne : ce panneau de vitrail a été transporté dans la chapelle de la Victoire" (Aymar de Blois)


     Le Men, 1837, nous offre une autre description.

 

" –1er Panneau. — Une dame à genoux présentée par sainte Marthe. Sa robe est partie des armes de son mari représenté dans le deuxième panneau, et des siennes propres qui sont : de gueules à trois macles d’argent. — Ce sont les armes de la maison de Kermeno, dans l’évêché de Vannes.

 –2e Panneau (neuf). — Un chevalier à genoux portant pour armes : d’azur à la croix d’or cantonnée à dextre d'une fleur de lys de même, présenté par Saint-Ronan, ermite. — Ronan de Lezongar, seigneur de Pratanras. 

–3e Panneau. — Un chevalier à genoux vêtu d’une cotte bleue sur laquelle est une croix d’or. Il est présenté par saint Christophe. — Christophe de Lezongar.

 

–4e Panneau (neuf) [actuellement disparu] . — Écuyer portant une bannière écartelée : au 1, d’azur à la croix d’or cantonnée à dextre d’une fleur de lys de même (Pratanras) ; au 2, de sable a une fasce échiquetée d’argent et de gueules ; au 3, d’azur à sept macles d’argent (Le Saux, seigneur de Pratanros, en la paroisse de Penhars) ; au 4, d’azur à trois mains d’argent en pal 2 et 1, chargées d’une cotice de gueules (Guengat).

J'ai fait rétablir cette verrière d'après un aveu fourni au roi, le 4 avril 1731, par François Dorval, seigneur de Kergos" (R-F. Le Men 1877)


— Troisième inventaire par l'abbé Alexandre Thomas en 1892 (in blog Le Bihan):

1)   Saint Pierre présentant un seigneur qui porte les armes écartelées : 1° de Pratanras, 2° armes inconnues, 3° de Pratanros, 4° de Guengat. ;

2) Saint Christophe présentant Christophe de Lézongar ( ou Pratanras) ;

3) Sainte Marthe, présentant la femme du précédent, née de Kermeno ;
4) Ronan de Lézongar présenté par saint Ronan vêtu en ermite ( Ce détail montre que ce panneau est moderne, car autrefois l'on donnait toujours à saint Ronan les attributs épiscopaux.)

.

 

.

 

" –1er Panneau. — Une dame à genoux présentée par sainte Marthe. Sa robe est partie des armes de son mari représenté dans le deuxième panneau, et des siennes propres qui sont : de gueules à trois macles d’argent. — Ce sont les armes de la maison de Kermeno, dans l’évêché de Vannes. –2e Panneau (neuf). — Un chevalier à genoux portant pour armes : d’azur à la croix d’or cantonnée à dextre d une fleur de lys de même, présenté par Saint-Ronan, ermite. — Ronan de Lezongar, seigneur de Pratanras. (R-F. Le Men 1877)

–3e Panneau. — Un chevalier à genoux vêtu d’une cotte bleue sur laquelle est une croix d’or. Il est présenté par saint Christophe. — Christophe de Lezongar.(R-F. Le Men 1877)

–4e Panneau (neuf). — Écuyer portant une bannière écartelée : au 1, d’azur à la croix d’or cantonnée à dextre d’une fleur de lys de même (Pratanras) ; au 2, de sable a une fasce échiquetée d’argent et de gueules ; au 3, d’azur à sept macles d’argent (Le Saux, seigneur de Pratanros, en la paroisse de Penhars) ; au 4, d’azur à trois mains d’argent en pal 2 et 1, chargées d’une cotice de gueules (Guengat). J'ai fait rétabli cette verrière d?après un aveu fourni au roi, le 4 avril 1731, par François Dorval, seigneur de Kergos" (R-F. Le Men 1877)

Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

.

Lancette A: Ecuyer présenté par saint Pierre.

Moderne (1869-1874), par A. Lusson.

Saint Pierre tenant sa clef.  Ecuyer en armure agenouillé, les mains jointes, portant sur sa cotte violette pour armes parti d'azur à la croix d'or cantonnée à dextre d'une fleur de lys de même (Lezongar) et de sable déchiquetée d'argent et de gueules (non identifié).  

.

Saint Pierre et un donateur, Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Saint Pierre et un donateur, Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette B. Christophe de Lezongar présenté par Saint Christophe.

Tête du saint refaite, Enfant bien conservé. Buste du donateur bien conservé, partie inférieure moderne.

 

 

L'analyse de Jean-Pierre Le Bihan (2007).

    "Saint Christophe présentant Christophe de Lézongar.   (Deuxième lancette, b)
Les trois panneaux composant ce tableau sont quasiment anciens, et de la fin du XVe siècle, si ce n'est le socle. C'est la première fois dans cette étude sur les vitraux anciens de la cathédrale que nous rencontrons la disparition de ces socles. Nous verrons par la suite que, dans la nef, elle est due, semble-t-il à une nouvelle pente de la toiture des bas côtés, postérieure à la pose des vitraux.

note :   de Lezongar seigneur de Prat ar Raz, ou Pratanras. Seigneurie de la paroisse de Penhars, commune aujourd'hui englobée dans le grand Quimper. Du château primitif se voyait encore, le siècle dernier, XIXe, une tour hexagonale et des ruines d'un colombier. En 1780, le nabab René Madec racheta les titres et les lieux. Cette famille était déjà représentée dans le choeur de la cathédrale dans la baie 109, (1417-1419), où saint Julien portait sur sa cotte et sur son bouclier les armoiries de cette maison. Une autre baie, la 106, toujours dans le choeur, leur est attribuée, ainsi qu'un écu de la voûte. Dans la nef dont ils furent probablement commanditaire, si ce n'est donateur, de la baie 114, avec Ronan et Christophe de Lezongar, chevaliers vers 1495. Leurs possessions s'étendaient sur les paroisses de Penhars, Pluguffan, Ploneïs. Celles-ci comprenaient une soixantaine de manoirs, villages, maisons, champs ou sillons de terres isolées répartis sur 29 autres paroisses ou trêves dans Quimper, Plogastel-Saint-Germain- Pont-l'Abbé, Pont-Croix, Douarnenez, Locronan et Quemenéven. Ils avaient aussi le droit de hautes justices. En 1533, un Rolland de Lézongar est cité comme seigneur. Vers 1535, Hervé de Lézongar est chanoine et trésorier et chanoine de Cornouaille. En 1538, mort de Jeanne du Fresne, première épouse de Rolland, qui laisse deux filles, Jeanne et Marguerite. L'année suivante, Rolland se remarie avec  Claude du Juch. Ils ont un fils prénommé Rolland

Les colonnes,

 Ces colonnes, que l'on trouve sur les côtés,soutenant le dais que l'on relève ici, et dont il ne reste que de petits éléments, dégâts dus aux déposes successives pour restauration ou pour protection, lors de la dernière guerre, ne seront pas souvent présentent dans les baies, du moins anciennes, du transept et de la nef, deux fois pour cette dernière et autant pour ce transept. Dans le choeur, elles furent quasiment toutes présentes et de plus grandes largueurs. 
  C'est 
sur un fond de tenture rouge à gros damas posés sur la face intérieure, dont certaines pièces de verre dépassent les quarante centimètres de long; dans le manteau de saint Christophe nous  trouvons une autre pièce de trente huit centimètres ( 2), que l'auteur inconnu pose ses trois personnages, trois, car nous oublions trop souvent l'enfant Jésus dans la présentation. Ce dernier n'étant plus mis qu'au titre d'attribut de saint Christophe, comme l'arbre déraciné ou l'eau. 

(2.) Ces dimensions nous permettent une approche des dimensions des fours de cuisson de ce siècle ; Pour cuire une pièce de quarante centimètres, le verre étant posé à plat sur une plaque, il faut donc utiliser une plaque d'une dimension  sensiblement supérieure, ce qui, en laissant une aération tout autour de cette dernière pour une meilleure chauffe, environ cinq centimètres de chaque côté, donne une surface de sole de 0,50 sur 0,50. Nous verrons plus tard qu'ils superposaient plusieurs étages de pièces sur une même plaque.

L'enfant Jésus.

Ici,  cependant, comme dans beaucoup de cas, c'est lui, l'enfant Jésus, qui domine et qui, de sa main au doigt levé, donne une âme à cette pose par trop statique, où trois visages suivent la même oblique qui fait la liaison entre les mains jointes du donateur et celle de l'enfant. Cet enfant Jésus est posé, bien à cheval, sur le dos de saint Christophe, un pied à droite, un pied à gauche, vêtu d'une robe ample d'une teinte violet parme,  robe agrémentée d'un collet ornée de perles et autres graphismes.
Le visage,  présenté de trois quarts vers sa droite, comme les autres personnages,  et sur lequel les cheveux de grisaille noire courent en vagues de boucles colorées au jaune d'argent,  a été pris, ainsi que les deux mains et les pieds, dans un verre incolore, Il en est de même du collet. Cette pièce de verre est, sur la face extérieure, mangée de cratères là où le jaune d'argent n'a pas été posé.
 

Le globe terrestre

Tandis que la main droite, levée à la hauteur du visage, bénit, la main gauche retient la base du globe terrestre,  traité au jaune d'argent posé sur un verre incolore, surmonté de la croix, elle aussi en verre incolore.

Un galon jaune avec texte A droite et à gauche de cet enfant Jésus, le galon jaune de la tenture offre, à gauche, entouré d'une succession de perles jumelées, un texte dont seul est compréhensible les trois premières lettres : S A I N puis I V L I.E.N.

Les six dernières, de l'autre côté des épaules de l'enfant Jésus, aux graphismes très libres, ne nous donnent au premier abord rien d'approchant de ce qu'il aurait du être tout ou partie d'un : CHRISTOPHE. 

La lecture de la deuxième partie par Y.P. Castel, pourrait donner J U L I E N .

De quel saint Julien s'agirait-il ? Dans la même cathédrale, dans la baie 109, un saint Julien porte sur sa cotte d'azur une croix d'or, et tient une bannière et un bouclier armoriés  des mêmes armes, celles de la maison de Lézongar. Il rappelle l'écuyer de la baie 113, mais porte cuissards, genouillères, jambière et solerets. Il s'agit de Julien dit le Pauvre ou l'Hospitalier, qui avait été militaire, mais qui a aussi une analogie avec saint Christophe. Avec sa femme sainte Basilisse ils font passer un fleuve dans leur barque. Une fois, c'est le Christ, caché sous la figure d'un pauvre lépreux. Un vitrail du XIVe siècle  de la cathédrale de Rouen narrait cette légende. A Chartres, baie 121, 1215-1225, une lancette raconte l'histoire de ce saint. Il en est de même à Guérande, église Saint-Aubin, baie 2, avec banderoles et inscriptions. A Sonzay, Indre et Loire, il accompagne un donateur XVIe Chez Jacques de Voragine, l'histoire est un peu différente. Le pauvre est devenu un étranger lépreux, à demi mort de froid qu'il accueille dans son hôpital après lui avoir fait traversé le fleuve. Celui-ci se transforma en un ange. Dans les deux cas, Rouen et Voragine, il tue ses parents dormant dans son lit, les prenant pour sa femme avec un amant.  Dans le Vie des saints Bretons d'Albert Le Grand le même thème du passage d'une rivière est repris : « Le  saint roi Judicaêl voulant aller prier devait traverser un gué. Sur la rive il y avait Notre-Seigneur en lépreux qui voulait passer. Judicaêl retint son cheval et monta  derrière le lépreux. »

Existance d'édifices patronnés par Saint-Julien.

Au XVIe siècle il existait une chapelle Saint-Julien au Pouldu en Clohars-Carnoët, une seconde mais existante encore et de la même époque, à Guilligomarc'h. A  Landerneau, c'est auprès de l?Elorn, sur la rive gauche, qu'au XVIe fut édifiée une chapelle puis église tréviale sous le patronage de  Saint-Julien. Deux hôpitaux, toujours à la même époque prirent son nom, à Landerneau et Quimper, ainsi qu'à cette dernière, une paroisse et un autel à la cathédrale.

  
  D
eux chapelles aux voûtes bleues  

 Encadrant la tête de l'enfant, on peut relever deux chapelles aux voûtes bleues avec chacune une baie  à deux lancettes trilobées surmontées d'un écoinçon. Ce dernier, comme les têtes de lancettes a une forme  proche d'une pointe de flèche. Pour ces baies de la chapelle, il a été posé une grisaille grise très dense sur un verre incolore. Un enlevé à la brosse permet de faire apparaître les meneaux.

Le saint Christophe
Il ne porte pas de nimbe.   Quant à son visage, il est malheureusement du XIXème siècle. Cette perte de la tête XVe nous interroge sur le fait de savoir si, à l'origine, il dialoguait, la tête tournée vers l'enfant Jésus, qui lui possède son nimbe jaune. Habitude iconographique, il s'appuie de la main droite sur un frêle tronc d'arbre, tiré d'un verre jaune dont la face extérieure est cratérisée. Ce verre, plusieurs fois utilisé dans cette baie, présentera toujours les mêmes défauts. 

La main de l'intercesseur.

Pour la main droite, comme la main gauche, qui, ici dans un geste d'accompagnement et d'intercession, repose contre le dos du donateur, c'est un verre de couleur rose plaquée sur un bleu très clair qui a été choisi. C'est la condensation, en étoilant de petits cratères  le rose de la surface intérieure du verre, qui nous permet de connaître la composition du placage, sans avoir recours à un écaillage désastreux.
Tête du saint.

De la tête originelle, il reste cependant un élément, en plus d'une indication de cheveux, c'est un foulard tourné et noué, qui flotte sur sa gauche, direction prise dans les crucifixions par le linge recouvrant le bas ventre du Christ. Mais ici, il n'y a pas de rapport. Ce foulard accentue simplement le mouvement d'avancé du passeur qu'est saint Christophe. Il prend ici, vu le sujet, une pose statique, rendu  obligatoire par son rôle  d'intercesseur vers la vie éternelle.

Le manteau de Christophe

Il porte un manteau vert, à galon orné de perles blanches, dont la doublure rouge, agrémentée d'un bouton jaune, apparaît avec un élément du col rabattu à l'échancrure du cou. Un damas égaie ce manteau. A l'opposé de celui que l'on trouve sur les rideaux de fond, ce damas est posé du côté extérieur. 
Nous avons relevé à la cathédrale, sur les pièces de vêtement, une dominante de pose de damas sur la face extérieure du verre, mais nous ne pouvons en faire une règle. Malheureusement, comme c'est le cas pour ce manteau, la grisaille, donnant le dessin, qui n'a pas été enlevée lors du travail au pochoir, est le champ d'une culture de cratères.

Note sur les damas : A Locronan, chapelle du Pénity, les damas sur les fonds sont exécutés sur les faces extérieures et au pochoir. Sur la robe de la sainte Catherine, c'est à la main et du côté intérieur. Certains historiens donnent la date de 1480 comme date d'apparition du pochoir en cuivre

L'eau et les vaguelettes

Derrière le donateur, et un peu en retrait, la jambe gauche du saint Christophe, malheureusement XIXe, entre dans l'eau. Verre bleu gris où la grisaille et le trait dessinent des vaguelettes d'une chute d'eau  faites de boucles successives, proches du motif d'ornementation appelé flots grecs.

Christophe de Lézongar

Christophe de Lézongar prend la pose de tout donateur, en orant, à genoux, sur un coussin rouge à l'unique pompon,  aux  motifs  de fleurs et de feuillages. Cette pièce a été diminuée, au cours des ans, d'une bonne partie.  Dessous, le sol  de couleur verte  reçoit diverses petites plantes dessinées aux traits de grisaille.
Le prie-dieu et le livre saint

Sur le prie Dieu, jaune,  où s'ébauche une perspective pas encore au point, repose, directement sur le bois, et posé de biais, le livre ouvert sur des écritures, dont six traits de grisaille veulent imiter, sur la page de gauche, le texte. La tranche de ce livre, travaillée au jaune d'argent, est balayée d'une suite de X en enlevés. 

L'utilisation de verre rose.

Quant à la page de droite, elle est à moitié cachée par les deux mains jointes du donateur. Un verre rose terne, le même que celui  des mains du saint Christophe, est ici utilisé, avec un  trait noir pour dessiner les doigts. Le médius et le petit doigt de la main gauche portent chacun une bague. Il en est de même pour l'index de l'autre main.
Ce verre rose est aussi utilisé pour le visage, dont les cheveux, très bouclés, sont dessinés avec un pinceau très fin. Ceux ci se terminent très fournis à l'arrière, prenant la forme d'un chignon. Ce verre rose est malheureusement, pour cette pièce, un champ de culture pour de gros cratères, dûs, comme nous l'avons déjà vu, à la pose sur la face extérieure d'une grisaille ombrée.

L'armure du donateur

Ce donateur revêt une cotte d'armes bleue dont le collet a trois niveaux. Sur cette cotte il porte une croix d'or cantonnée à dextre d'une fleur de lys de même.
Un canon d'avant-bras,  en deux éléments, apparaît sur le bras gauche, au dessus de l'épée dont seuls apparaissent la poignée rouge et les quillons recourbées vers le bas. La lame est dans un  fourreau de couleur  violette. Cette enveloppe est faite dans une pièce de verre de trente-neuf centimètres de long. 
Cinq centimètres d'une cotte de mailles dépassent en deux endroits sur sa cotte bleue,  nous permettant de découvrir deux tassettes. 
Les jambes sont protégées par des cuissards, genouillères, jambières. lacées, et solerets. Ces pièces d'armures sont exécutées en  un verre incolore grisaillé et dépoli au dos. Des rivets ou écrous, animent ces pièces. 


 

 
Saint Christophe , Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.
Saint Christophe , Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Saint Christophe , Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

.

Mes propres commentaires !

a) J'ai un doute sur la validité de la lecture de l'inscription SAIN / IVLIEN, et je vois plutôt (malgré mon éloignement de cette haute fenêtre) des traits (décoratifs ?) à extrémité bifide.

b) Des éléments cruciaux relèvent de la tradition iconographique, et en premier, le "foulard" (P-Y Castel) qui est le "bandeau de martyr" rappelant que dans la Légende dorée, saint Christophe, après sa conversion, a subi le martyre à Lycie. La façon dont l'extrémité de ce bandeau est emporté par le vent —vent apparent lié à la vive allure du passeur— est, elle aussi conforme à la tradition. 

c) de même, la couleur verte de la tunique (déjà notée en baie 113) constitue un véritable attribut du saint, au même titre que son bandeau frontal. Cette couleur verte, constante depuis les premiers exemples de représentation, indique qu'avant sa conversion, Reprobus (son ancien nom) est un géant, une Force de la Nature

d) L'allure générale du saint est celle du marcheur pressé de gagner la rive opposée : saint Christophe est un saint dynamique, toujours montré en action (même si sa foulée et son élan se trouvent brusquement brisés par le désarroi qui le submerge et qui précède sa conversion). A la différence de tous les autres saints représentés sur ces verrières comme s'ils posaient, immobiles en tenant leur attribut, Christophe se distingue comme une figure de la traversée entre deux temps distincts.

e) L'axe du bâton de marche est vertical, comme dans la baie 113, et non oblique : il n'est pas pris dans cette dynamique de la progression en avant.

f) Comme la tête a été refaite, nous ne savons pas si, comme cela était superbement le cas dans la baie 113, saint Christophe ne regardait pas, à l'origine, l'Enfant.

g) Ce dernier est porté à cheval sur les épaules du saint, un pied de chaque coté du cou. Son geste de bénédiction et son globe crucigère est parfaitement conforme au schéma traditionnel. Les traits de son visage sont d'une finesse remarquable.

h) Sur la baie 113, l'ermite guidant les pas du passeur était absent. Ici, c'est non seulement l'ermite, mais les rives du fleuve, le cours d'eau et les jambes nues du saint qui manquent.

.

Un Christophe de Lezongar est attesté lors des Réformations de 1536 en Cornouaille (sur le site Tudchentil) pour la paroisse de Pluguffan : "Christophe de Lezongar Sieur de la Boexière-Lezongar et Cosker, de Trebren de Kleonezre". La date est postérieure à celle du vitrail (ca 1497), et les recherches généalogiques ou historiques resteront donc vaines, ou, du moins, elles ne doivent pas nous détourner de l'essentiel : à la fin du XVe siècle, l'intercession de Saint Christophe par les chanoines ou les seigneurs donateurs était très sollicitée.

.

 

Saint Christophe , Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Saint Christophe , Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Lancette C. Donatrice présentée par Sainte Marthe. 

Selon Thomas (1903), panneau installé dans la chapelle absidiale  entre 1837 et 1875. Pour Le Bihan, les panneaux C1 et C2 sont anciens, les mains de la donatrice, le nimbe de la sainte et le sol sont modernes. Pour Gatouillat 2005, la sainte est bien conservée, la jupe armoriée de la donatrice est douteuse. Cet élément est important, car ce sont ces armoiries qui ont déterminé l'identification, sur des bases assez faibles. 

On identifie habituellement la donatrice comme une certaine "Marthe de Kermeno, épouse de Christophe de Lezongar, armes de Kermeno de gueules à trois macles d'argent."

Les généalogistes donnent plutôt comme mère de Christophe  de Lezongar Françoise de Kermeno, fille de Jean de Kermeno et de Catherine de Languéouëz, et décédée le 29 janvier 1493 à Quimper. Christophe de Lezongar épousa Marie de Kerguelenen et eut une fille, Jeanne de Lezongar dame de la Bouëxière.

La généalogie serait celle-ci :

Roland de Lezangar / Alix Le Saux —> Roland de Lezangar / Françoise de Kermeno —>deux enfants, Rolland, seigneur de Lezangar et Christophe Seigneur de la Bouëxière . Ce dernier épousa une dame X et eut un fils, "Christophe" ou Jacques Seigneur de la Bouëxière qui épousa Marie de Kerguelenen.

Je n'ai pas trouvée aucune mention de "Marthe de Kermeno". Mais les commanditaires ou donateurs ne se faisaient pas toujours représenter par le saint ou la sainte correspondant à leur prénom, mais aussi par un saint tutélaire dont la protection semble particulièrement importante. Il existe une Marguerite de Kermeno (décédée en 1599).

 

C'est à Aymar de Blois que l'on doit l'identification de la sainte comme étant Sainte Marthe, car il qualifie le dragon visible derrière elle comme  la Tarasque, bête dont elle aurait débarassé la région de Tarascon où elle s'était installée après son débarquement aux Saintes Maries de la Mer. Beaucoup d' auteurs ont repris cette hypothèse, mais La Vallée (1847), Pol de Courcy, Augustin André (1878) et enfin Françoise Gatouillat et Michel Hérold,  y voient une sainte Marguerite. 

A mon avis, rien n'autorise à voir ici une "Tarasque", et par conséquent une sainte Marthe. Par contre, j'ai trois arguments à proposer pour voir ici sainte Marguerite.

1. Sainte Marguerite est une sainte dont le rôle comme intercesseur est majeur, tant dans les suffrages des Livres d'heures que dans la statuaire et les vitraux de Bretagne au XV et XVIe siècle. Avec sainte Catherine et sainte Barbe, elle appartient aux trois saintes du groupe des "14 saints auxiliaires" (groupe dans lequel se trouve saint Christophe). La présence de sainte Marthe dans les vitraux du XVe-XVIe siècle est rarissime, si tant est qu'elle soit attestée. Sainte Marguerite assure une protection à l'égard des dangers de la délivrance lors d'une naissance, protection cruciale pour une femme en âge de procréer, et, à fortiori pour une femme de la noblesse, dont le rôle essentiel est de donner un héritier mâle à la lignée.

2. Sainte Marguerite est représentée par deux attributs : son dragon (du ventre duquel elle est sortie après  avoir été avalée), mais aussi son crucifix, qui a servi de scalpel lors de sa délivrance. Or, ces deux attributs sont réunis ici.

3. Un vitrail parfaitement comparable existe dans l'église d'Erguè-Gabéric ( à 5 km de Quimper) et j'ai déjà exposé ce raisonnement d'identification à son propos. Mais sur ce dernier (daté de 1515), la queue du dragon vient s'enrouler devant les mains de la donatrice. La croix est identique, la couleur de la robe de la sainte, ou sa coiffure sont les mêmes, etc..

http://www.lavieb-aile.com/article-les-vitraux-anciens-de-l-eglise-d-ergue-gaberic-123229458.html

 

.

N.B On admirera un détail technique du dragon de la vitre de Quimper : l'œil, coloré au jaune d'argent, est monté en chef-d'œuvre, c'est à dire que la pièce de verre est sertie au sein de la pièce principale bleu-gris. Une prouesse.

.

Donatrice présentée par sainte Marguerite, Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.
Donatrice présentée par sainte Marguerite, Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Donatrice présentée par sainte Marguerite, Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

.

 

Lancette D. Chevalier présenté par saint Ronan.

Création moderne (1869-1874) d'Antoine Lusson. 

On a identifié le saint comme étant saint Ronan selon l'inscription du bandeau jaune SAIN / NAN) et les armoiries comme étant celles de Lezongar, et on a conclue à "Ronan de Lezongar présenté par saint Ronan". Existe-t-il un "Ronan de Lezongar" ? Hervé Trochet cite un extrait Couffon de Kerdellec'h  : "Ronan de Lezongar sgr de Pratanras. Lui ou son fils = Kermeno". Mais cet auteur ne se base-t-il pas lui-même sur le vitrail ?

.

 

 

Donateur présenté par saint Ronan, Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

Donateur présenté par saint Ronan, Baie n°114, fenêtre haute du transept sud, cathédrale de Quimper, photo lavieb-aile.

 

 

 

 

TYMPAN.

Moderne (par Lusson), mais selon un aveu de 1731.

Selon R-F. Le Men 1877 : "–Dans le premier compartiment dit tympan de la fenêtre sont les armes de Bretagne, en supériorité. Dans le deuxième et dans le troisième : d’azur à la croix d’or cantonnée à dextre, d’une fleur de lys de même ; l’écusson timbré d’un casque (Lezongar-Pratanras). Dans le quatrième : parti de Pratanras et de sable à une fasce échiquetée d’argent. Dans le cinquième : parti de Pratanras et d’azur à trois mains d’argent en pal 2 et 1, chargées d’une cotice de gueules (brisure de Guengat). Dans le sixième : parti de Pratanras et d’azur à sept macles d’argent (Le Saux). Dans le septième : parti de Pratanras et de gueules à trois macles d’argent (Kermeno). C'est après cette description du tympan, et peut-être à son propos, que R-F Le Men ajoute  : "J’ai rétabli cette verrière d’après un aveu fourni au roi, le 4 avril 1731, par François Derval, seigneur, de Kergoz. "  

Mais actuellement, nous constatons que les écus des deux ajours symétriques portent d'azur à la croix d'or cantonnée de quatre fleurs de lys, version erronée des armes de Lézongar (ou "Pratanras") déjà remarquée en baie 113. De même, les armoiries de Pratanras mentionnées par Le Men deviennent d'azur à la croix d'or, sans fleur de lys, celles de Le Saux deviennent d'azur à HUIT macles d'argent.

.

SOURCES ET LIENS.

ANDRÉ (Augustin), 1878, De la verrerie et des vitraux peints de l'ancienne rpovince de Bretagne, Rennes, Plihon, in-8°, 281 p.  (Extr. des Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, t. XII.) page 299-304.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077642/f326.image

— AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820.  Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 . Le folio 25 concerne la baie 114.

A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)

 

— BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de Boisbilly, Arch. Dioc. Quimper, 8 L1 ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

— CUFFON . Buletin SAF, t.LXXXIX. 1963, p.xcvii et suivantes. 

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.,La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203, 

 GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

— GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes.  Les baies n'y sont pas numérotées et distribuées en cinq lieux : Vitraux de la chapelle des fonts, vitraux de la Nef, vitraux du transept, vitraux du chœur, vitraux de la chapelle terminale. 

 

— LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII

LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog  baie 114 :

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-5710978.html

— LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.243-244,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

LA VALLÉE, 1847,  "Essai sur les vitraux existant dans les églises du canton de Quimper", Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t.I, p. 263-277.

— THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,  p.117,

 — THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 12:46

Iconographie de saint Christophe dans les vitraux de la cathédrale de Quimper. I. La baie n°113.

Vitrail de Jean Le Baillif. Transept, bras nord, mur est, coté est.

L'intention de cette série de mon blog est de replacer chaque œuvre dans un ensemble iconographique étudiant les variations et les reprises du thème de saint Christophe traversant le gué en portant le Christ enfant sur ses épaules. Et de faire apparaître l'importance de ce culte au XVe et XVIe siècle.

A Quimper, le but est de souligner combien ce culte avait une place prépondérante, et d'inciter à réfléchir à sa signification, qui dépasse de loin l'image de saint-pour-porte-clef-et-garagiste qu'on pourrait avoir.

.

Introduction.

 

Les vitraux de la cathédrale de Quimper comptaient 6 représentations de saint Christophe, dont 5 sont encore visibles actuellement. Le saint porteur de l'Enfant-Christ vient ainsi à la sixième position des saints personnages représentés, après le Christ (25 occurrences), la Vierge (13), de saints évêques (10), Jean-Baptiste (10), saint Jean (7), saint Pierre (7). Il précède saint Michel ou saint Jacques, saint Paul et sainte Catherine, et même saint Corentin, le patron de Quimper, qui sont figurés 4 fois chacun.

Cette sixième place est inattendue, car le culte voué à Christophe ne semble pas avoir eu une telle importance. Le prénom de Christophe est rarement rencontré parmi les noms des seigneurs bretons. Nous devons reconsidérer nos a priori et prendre toute la mesure de l'honneur qui a été rendu à ce saint, notamment au  XVe siècle, lorsque la cathédrale fut vitrée. Ajoutons que, outre ces six verrières, saint Christophe disposait d'une chapelle à son nom, décrite par R-F. Le Men :

CHAPELLE DE SAINT-CHRISTOPHE, de 1498 à 1760. — Elle n’a pas eu d’autre vocable. C’était la chapelle de la seigneurie du Plessix-Ergué, de laquelle relevait la plus grande partie de la paroisse d’Ergué-Armel, près Quimper. Les armes de la famille de Plœuc, qui fut, pendant plusieurs siècles, propriétaire de cette seigneurie, se voient dans la vitre, au-dessus du pilier qui sépare la nef du transept du côté du nord, pilier contre lequel l’autel de cette chapelle était appuyé. Les seigneurs de Plœuc et de Kerguegant y avaient un banc armorié des armes du Tymeur (écartelé de Plœuc et de Kergorlay). 

Le seul auteur qui a constaté cette prévalence de saint Christophe est l'abbé A. Thomas, qui écrivait en 1892 :

 

"On aura peut-être remarqué combien souvent saint Christophe apparaît dans les vieux vitraux de la cathédrale de Quimper. Bien qu'il y figure deux fois comme protecteur de nobles chevaliers, cet illustre martyr était, dit-on, honoré au Moyen-Age comme protecteur spécial des classes populaires, des hommes de peine ; ceux qui connaissent la légende de saint Christophe portant sur ses épaules l'Enfant Jésus et succombant sous le fardeau, comprendront pourquoi lui incombait ce patronage. Jusque vers 1865, une très laide mais très curieuse peinture murale représentait dans l'église de Locmaria saint Christophe passant une rivière et se.servant d'un arbre en guise de bâton. Les critiques se sont beaucoup moqués de la croyance à la taille gigantesque de saint Christophe ; il est fâcheux pour eux que les prodigieuses dimensions des reliques du saint martyr renversent leurs savantes théories. Conservées dans plusieurs églises d'Espagne et de France, elles montrent que si l'on a vu en lui un géant cela ne vient pas seulement de son nom de Christophe : qui porte le Christ. "

Les vitraux de la cathédrale de Quimper ont été considérablement restaurés, ou même reconstruits au XIXe et au XXe siècle. Nous devrons être vigilants pour distinguer les verres d'origine, et les restaurations.

Les six verrières sont les suivantes :

  • Baie 0100. Offerte par  Alain Le Maout, évêque de 1484 à 1493. Détruite peu après 1821, et donc non décrite ici. Elle était décrite ainsi par Aymar de Blois : : ".. au milieu un crucifix, à sa droite Notre-Dame, et à sa gauche saint Jean l’Évangéliste ; à droite de Notre-Dame, saint Pierre à gauche de saint Jean, saint Paul ; sous le crucifix, saint Corentin et son poisson à ses pieds ; à sa droite saint Cosme et à sa gauche saint Christophe. Deux effigies d’évêques à genoux, mitrés, tenant leurs crosses d’argent, revêtus de chapes bleues, et beaucoup plus grandes que celles des saints, se font face l’une à l’autre à droite et à gauche, et remplacent, avec leur prie-Dieu, l’espace depuis la hauteur du milieu des saints du deuxième rang, jusqu’aux ornements peints qui forment la base du vitrail. L’écusson que l’on voit sur les prie-Dieu, est le même pour les deux figures qui se ressemblent. Il est d’argent au chevron d’azur liseré d’or ; ce sont les armes d’Alain Le Mout ou Le Maout, évêque de l’an 1484 à 1493." . Cette composition montre combien saint Christophe tenait l'une des premières places parmi les saints vénérés à Quimper à la fin du XVe siècle. 

  • Baie 113 . Transept bras nord, coté est. Vitrail de Jean le Baillif. Fin XVe siècle et vers 1874.

  • Baie 114. Transept bras sud, coté est. Vitrail de Pratanras. Fin  XVe et vers 1870.

  • Baie 115. Transept, bras nord. Fin XVe et 1873.

  • Baie  126. Nef 2ème travée sud. Vitrail de Kerguelenen.  Fin XVe et vers 1870.

  • Baie 128.  Nef 3ème travée sud. Verrière  dite "aux oiseaux. Fin XVe, vers 1870, et 1999.

Alors que les vitraux du chœur ont été posés sous l'épiscopat de Bertrand de Rosmadec, entre 1417 et 1419, les verrières de la nef et du transept furent posées entre 1495 et 1497, alors que l'évêque était Raoul le Moël (1493-1501). La Bretagne était alors gouvernée par Anne de Bretagne, peu après qu'elle soit devenue reine de France en épousant (1491) Charles VIII. 

Ces verrières occupent les fenêtres hautes de la cathédrale, ce qui ne les rend ni bien visibles, ni facilement photographiables, d'autant que, au sol, des chaises en rang serrés interdisent l'accès aux bras du transept.

 

.

LA BAIE 113. VITRAIL DE JEAN LE BAILLIF. 

 

Bras nord du Transept, coté est.

Il comporte 5 lancettes trilobées et un tympan de 9 ajours, et mesure 6 m de haut sur 3,60 m de large.

Les lancettes sont occupées de gauche à droite par :

  • Saint Corentin (?)

  • Saint Michel

  • Saint Maurice (?)

  • Saint Christophe.

  • Saint Jean-Baptiste et le chanoine Jean Le Baillif.

.

Françoise Gatouillat  en commente le style ainsi en 2013:

"Au bras nord du transept, en baie 113, saint Corentin (?), saint Michel, saint Maurice (ou Julien), et saint Christophe se singularisent par la douceur de leur modelés obtenus par un jeu de hachures brunes ; on est tenté d'en attribuer la paternité à Laurent et Olivier Le Sodec, peintres en même temps que verriers, en regard des vitraux qu'ils ont signés vers 1510 à l'église de Plogonnec et vers 1520 à Notre-Dame-de-Kerfeunteun de Quimper. La donation de Jean Le Baillif serait en ce cas la première œuvre connue d'un atelier local dont le succès se pérennisa jusque vers 1550.""

Voir sur la réalité de ces "signatures" (un mélange de lettres disséminées parmi d'autres) ici :

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de Kerfeuteun à Quimper.

Le vitrail de la Passion de Saint-Thurien à Plogonnec.

.

La description de Jean-Pierre Le Bihan (2007).

J'ai d'abord décrit chaque lancette, puis j'ai découvert les articles d'un blog que je fréquente depuis 2009, celui du maître-verrier quimpérois et historien-chercheur de la cathédrale, Jean-Pierre Le Bihan. La description, argumentée par le recours aux archives et aux auteurs cités ici en bibliographie, s'avère si attentive, si réfléchie et si qualifiée (J-P. Le Bihan a restauré de très nombreux vitraux finistériens dont ceux de la cathédrale) que j'ai pris le parti d'en citer le texte. J'espère que cela ne sera pas considéré comme un emprunt indélicat, mais comme un hommage.

Je citerai d'abord sa présentation générale.

" Cette baie, la première du côté Est du bras Nord du transept, est composée de cinq lancettes trilobées de vitraux de la fin du  XVe siècle. Chaque lancette  possédant  4 panneaux de vitraux.
Cette estimation peut être confirmée, tout d?abord par la datation  de la construction des trois  voûtes du transept en 1486, puis par la construction de ce croisillon qui est signalée en 1477 et 1478 .   Le troisième élément confortant cette proposition est la présence de 1468 à 1494, en tant que chanoine de la cathédrale de Quimper, de Jehan Le Baillif, archidiacre du Désert, au diocèse de Rennes, que l'on voit en donateur dans cette verrière. 
On peut  aussi affirmer que cette fenêtre est bien à  sa place d'origine et cet argument est renforcé par la présence d?un écusson, visible sur la voûte vis-à-vis, et qui est identique à celui qui s'étale sur le prie-Dieu de ce  chanoine donateur..
 Les descriptions des historiens du XIXième.
  Les descriptions qu'offrent, R.-F. Le Men en 1877, et l'abbé Alexandre Thomas en 1892(3), se correspondent. Celle du second étant plus succincte : "1. Un saint évêque ; 2. Saint Michel : 3. Un écuyer ; 4. Saint Christophe : 5. Saint Jean-Baptiste, présentant Jean Le Baillif, chanoine de Quimper, (1468-1494). Armes de Jean Le Baillif : écartelé d'or et de gueules."
Pour Aymar de Blois, il ne voit à l'époque de son relevé de 1820, "que quatre des panneaux restant de ce vitrail" De plus,  il signale que l'évêque est "Saint Corentin remarquable par son poisson". Quant à ce poisson, dont la présence n'est pas signalée par les deux historiens de la cathédrale, cités plus haut, nous  en avons cherché en vain un emplacement possible parmi les pièces  qui sont toutes anciennes et bien à leur place.
Autre désaccord  que nous relevons et cela à propos du chanoine donateur présenté par saint Jean-Baptiste. "L'écusson qu'on remarque sur son prie-Dieu, et qui est écartelé rouge et or, indique qu'il était de la maison du Boisberthelot. On voit les mêmes armes sculptées sur la nervure de la voûte aux environs" écrit Aymar de Blois.  Il est vrai que les deux armoiries correspondent et cela peut prêter à confusion, et  même mettre le doute.  A cette époque, il y a bien dans le clergé, un Boisberthelot, mais il est abbé de l'abbaye de Bon-Repos, où il est signalé en 1484. La composition, telle que l'a relevé Aymar de Blois, et qui se trouve être la plus ancienne, avec un écuyer central entouré de saint Michel et saint Christophe, le saint Corentin relayé avec le donateur aux extrémités, ne nous satisfaisait pas entièrement. Nous aurions aimé proposer une autre, avec saint Corentin au milieu, ayant à sa droite le donateur et saint Michel à sa gauche, l'écuyer et le saint Christophe prenant les extrémités.  Mais aucun élément d'archives ne pouvait soutenir notre réflexion. Nous l'avons donc purement et simplement annulée, bien que nous ne comprenons toujours pas la place de cet écuyer au centre de cette baie." J-P. Le Bihan)

La description de R-F. Le Men (1870)

"N° 89. Cinquième fenêtre (côté est). Vitre de Jean Le Baillif. Cinq panneaux.

1er Panneau. — Un saint évêque.

2e Panneau. — Saint Michel, archange, terrassant le démon.

3e Panneau. — Écuyer, coiffé d’une toque verte à plumet blanc, tenant une bannière. Il est vêtu d’un justaucorps bleu chargé d’une croix d’or cantonnée de quatre fleurs de lys de même. Sa main droite s’appuie sur un bouclier aux mêmes armes, qui rappellent celles de Lézongar, et de la seigneurie de Pratanras, en la paroisse de Penhars,

4e Panneau.— Saint-Christophe portant le Christ sur ses épaules.

5e Panneau. — Un chanoine en chape à genoux devant un prie-dieu, sur lequel est un écusson écartelé d’or et de gueules. — Jehan Le Baillif, chanoine de la cathédrale de 1468 à 1494 (voir page 124, n° 48). Il est présenté par saint Jean-Baptiste. Un écusson semblable se voit dans la voûte vis à vis de ce vitrail. "

.


 

Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

1°) Lancette de gauche. Saint Corentin.

Saint évêque bénissant. Crosse refaite. Corentin était autrefois (par Aymar de Blois) identifié par son attribut, le poisson. Bague portée au pouce droit, à l'annulaire gauche, quoique les mains soient gantées des chirothèques avec plaque de métal précieux sur le dos de la main. Chasuble rouge à orfroi, mitre en soie blanche, or et perles. Sol à carrelage jaune. 

 

  "  Saint Corentin, première lancette.
 Pour ce saint évêque, nous maintenons la proposition d' Aymar de Blois, qui y voyait un saint Corentin. Un autre saint Corentin, il s'agit là d'une proposition de Le Men, intercède pour  Bertrand de Rosmadec en la baie 105 du choeur.

 Sur fond d'une tenture bleu à damas intérieur, au semis d'étoiles à 8 branches, soutenue et tendue par un galon en jaune XIIIe, décorée d'une frette, notre évêque se dresse, dans un geste d'accueil et de bénédiction, debout sur un sol de carreaux jaunes dont la trame des joints s'inscrit dans une perspective de profondeur. 

Un nimbe d'un brun rouge-carmin encadre une mitre, malheureusement pas d'origine, ce qui est le cas aussi de la crosse de son bâton pastoral. Le visage, heureusement d'origine, en verre rose plaquée  a perdu une grande partie de son dessin. On  peut cependant y relever l'expression d'une certaine paix. 
Le collet d'une aube dont nous retrouverons la manche droite et le bas traînant sur le sol, laissant apparaître le soulier gauche, s'échappe d'une chasuble réversible rouge et verte décorée d'un orfroi, en forme de croix, pour lequel il est utilisé un verre incolore et du jaune d'argent. Cette chasuble est portée sur une tunique, ouverte sur les côtés. Le mouvement du bras et de la main droite relève cette chasuble, ce qui est bien indiqué par l'élément horizontal de la croix. Cette chasuble, peut être à cause du  poids de l'étoffe et la pose plus basse de l'autre bras, tombe plus bas de ce côté, en dévoilant sa doublure de couleur verte.
Les deux mains et les bras, seul celui de droite est visible, sont habillés de gants exécutés  dans un verre bleu clair et plaqué sur verre blanc. Ce plaquage de bleu a permis de dessiner des bijoux,  après la dépose de la plaque de bleu  et l'ajout sur le verre blanc de jaune d'argent, Il s'agit, sur le pouce de la main droite, d'une bague et, sur l'autre main, en plus d'une bague sur le médius, d'une incrustation sur le dos du gant de cinq pierres montées en croix ." (J-P. Le Bihan)

.

Saint Corentin, Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Saint Corentin, Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

2°) Lancette B. Saint Michel.

L'archange a revêtu son armure et lève son glaive sur le démon, découpé dans un verre rouge sombre qui a mal résisté à la corrosion (yeux gravés ?). Inscription Michael Archange sur le bandeau jaune.

Il me semble que l'archange porte sur le front un bandeau où culmine une étoile.

.


 


    Saint Michel, seconde lancette.
   "Il est revêtu d'une armure, réalisée en verre d'un bleu gris clair, , le même que celui des gants de saint Corentin. Le casque est absent. Le même verre est utilisé pour le bouclier, les gantelets. Malheureusement do la grisaille a disparu. Cela est dû, semble-t-il, à la qualité de ce verre.
 Cet archange, portant serre-tête avec petite croix et nimbe rouge, se dresse  sur des jambes écartées.
   L'une de ces jambes foulent un monstre à cornes,  traité avec un verre d'une couleur de cendre brûlante. Il s'agit ici d'un verre plaqué dont la couche colorée posée sur la face intérieure a été attaquée par la condensation. Ce qui laisse apparaître une nuée de points blancs.
Quant au monstre, renversé sur le sol, le bâton de la croix dans la gueule,  il essaie, avec ses dents et d'une patte aux doigts crochus d'en freiner la rentrée.
La composition  de cette lancette, comparée à celles de saint Corentin, du donateur ou de l'écuyer, offre, avec celle de saint Christophe, un dynamisme apporté par les divers éléments dont elle est composée : le démon la tête en avant; les jambes de saint Michel, sa croix, le bras droit ouvert tenant l'épée aux quillons recourbés; le gauche ramené sur la croix.
 Ces éléments, épée, bras, guident notre regard le long de la croix  jusqu'à la bête. Le tout sur un fond de tenture que déchire à droite et à gauche les ailes aux ramiges violettes et couvertures vertes et un sol, en verre incolore au dessin très effacé, semé de cailloux et de plantes colorés au jaune d'argent.
Le visage de saint Michel, en verre incolore mais bien effacé, révèle quand même une pose un peu penchée d'un quart sur sa droite, vers le démon. Ses cheveux, bien séparés et coupés aux épaules, tombent des deux côtés. Sur le bandeau jaune apparaît le texte MIKAEL : ARCHANGE." (J-P. Le Bihan)


 



 


 

Lancette B. Saint Michel . Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette B. Saint Michel . Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

3°) Lancette C. [Saint Georges ? Saint Maurice ?].

On le présente comme "un écuyer," toque verte à large plume, oriflamme en main, s'appuyant sur un bouclier qui est timbré, comme la cotte couvrant la cuirasse, d'armes d'azur à la croix d'or cantonnée de quatre fleurs de lis . On retrouve aussi ces armoiries à la pointe du réseau (moderne), et il s'agit vraisemblablement d'une adaptation de quelque restaurateur moderne" (Daniel, 2005), bien qu'elles évoquaient à  R-F. Le Men celles de Lézongar et de la seigneurie de Pratanras, en la paroisse de Penhars. Elles sont ignorées par le Nobiliaire et Armorial de Potier de Courcy.

La Baie 114, que j'étudierai par la suite, est précisément nommée "vitrail de Pratanras" ; sur la 1ère lancette  figure un écuyer portant d'azur à la croix d'or cantonnée à dextre de fleur de lys de même (Lezongar) , et la 2ème lancette un chevalier aux même armes présentées par saint Christophe. Or, selon J.P. Le Bihan on y lit en inscription le mot IULIEN. D'autre part, une lancette de la baie 109 montre un saint chevalier aux mêmes armoiries de Lézongar, identifié comme saint Julien.

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-5710978.html

Il serait donc possible que cet "écuyer", qui est forcément un saint car seuls ceux-ci sont figurés debout, soit plus vraisemblablement saint Julien que saint Maurice.

Saint Julien est, selon Le Bihan, impliqué dans le dilemne de la Traversée de la rivière comme  saint Christophe.

Pour ma part,  en partant du principe qu'il s'agit d'un saint, et d'un saint chevalier (cuirasse + écu + lances) portant comme armes la croix (un Croisé ?) et les fleurs de lys, j'y verrais volontiers saint Georges (les pièces vertes mélangées aux verres bleus en partie basse ne seraient-elles pas des fragments d'un dragon ?) ou saint Louis , mais aucune solution n'est satisfaisante à part entière.

 

L'écuyer, troisième lancette.

  Gentilhomme qui accompagne un chevalier et porte son écu, ou jeune noble non encore armé chevalier. 
Quant à moi, je pencherais pour la première définition. Il s'agit bien d'un chevalier, il porte bien l'écu. Qui est-il?  Le Men y voit les armes qui rappellent celles de Lezongar  de la seigneurie de Pratanras, en la paroisse de Penhars, actuellement en Quimper. 
Ces armes devraient être d'azur chargé d'une croix d'or cantonnée à dextre d'une fleur de lys de même, ce qui n'est pas le cas ici avec trois autres fleurs de lys. Ce blason est inconnu au Nobiliaire et Armorial de Bretagne. Ces armes se retrouveront dans la baie 114, avec Ronan de Lezongar ( mais XIXe) ainsi que dans la baie du choeur 106 avec un probable Paul de Lezongar. Quant à la place, au centre, de cet écuyer, nous ne pouvons que la constater. Est-ce une idée de Le Men ou du restaurateur XIXe, ici Lusson ou Lefèvre.    
Au-dessous du choeur à la voûte rouge, le bandeau  jaune, aux enlevés au bois dessinant des motifs floraux, tend un rideau couleur lie de vin sur lequel se détache l'écuyer. Il est coiffé d'une toque verte au graphisme de feuilles proche d'une couronne de lauriers, d'où s'échappe un panache blanc. De la main gauche, non protégée comme l'autre par des gantelets, cet homme tient une lance, dont la partie finale est identique à celle que Mantegna met dans la main de saint Georges et dont le haut se pavoise ici d'une oriflamme à deux pans qui prend le même sens que le plumet de l'écuyer.
 Visage, en verre rose plaquée sur blanc et d'origine, aux longs cheveux au jaune d'argent et aux enlevés à la pointe. Yeux très noirs, perdus dans le vague, qui donnent un regard froid à ce visage encore jeune, et très légèrement tourné vers sa droite; nez fort,  double menton. 
Un collet en cotte de mailles sort d'un justaucorps bleu, non serré à la taille, aux manches courtes, où règne les armes des possibles de Lezongar. Armes que l'on retrouve sur le bouclier posé à terre, et qu'il tient de la main gauche. Les jambes protégées par des cuissards, genouillère et jambières, et les pieds par des solerets, reposent sur un sol bleu-vert, aux multiples plans. (J-P. Le Bihan)

 

Lancette C. Saint Maurice. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette C. Saint Maurice. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

4°) Lancette D. Saint Christophe.

Voilà la lancette qui m'intéresse. J'y retrouve tous les poncifs : les deux rives rocheuses, Christophe se dirigeant résolument de la droite vers la gauche, la jambe droite en avant, bien de profil, puis la giration qui s'amorce, le bassin encore de trois-quart, le thorax de face, la tête tournée vers le haut et vers l'arrière, et les yeux accentuant cette pulsion qui arrête le passeur dans son élan et l'entraîne à interroger l'enfant qu'il porte sur son épaule gauche. L'opposition entre le mouvement bien décidé des jambes, et l'angoisse lévogyre face à ce poids inattendu sous lequel le géant succombe. L'ancien Reprobus qui cherchait le maître du Monde pour se mettre à son service à trouvé plus fort que lui. 

Moment d'arrêt. Toutes les certitudes établies s'effondrent. 

Milieu du gué. Transition. 

Puis la con-version du corps se complète par la conversion spirituelle, sous l'effet d'un double échange instantané, celui des mots prononcés, mais surtout l'échange des regards.

Ici, cet échange est incomplet, parce que l'enfant ne se penche pas vers le saint. Il regarde devant lui, il bénit le monde dont il tient la maquette, le globus cruciger. Mais le regard de saint Christophe est tellement intense qu'il compense ce manque de réciprocité apparente. C'est un mélange indissociable d'incertitude, d'interrogation et de confiance. Les croyants y verront un regard de Foi.

 

 Saint Christophe.quatrième lancette. 

"Alors que le saint Christophe de la baie 115 lutte contre le courant, les deux mains sur le tronc d'arbre, celui-ci est trapu, solide, les jambes bien plantées dans le torrent qui coule, de gauche à droite. Son arbre bâton y est bien planté, la main droite le prenant tout en haut au pied de la fourche. De la gauche il maintient l'Enfant Jésus, dont le pied gauche est probablement dans cette main.
    La composition de ce personnage, sur fond rouge lie de vin, à damas, révèle un auteur qui semble appliquer une construction du dessin faite d'obliques se succédant. La main droite, le visage, la seconde main suivent une droite qui rencontre à angle droit une seconde, donnée par le manteau blanc et le genou. Cette oblique est de plus reprise par la jambe droite qui semblent, sous l'eau, rejoindre la gauche, dessinant un Z que l'on retrouve dans le haut du saint Michel. 
   Cette composition est calée par le bâton dont la verticalité annonce celle de l'enfant Jésus dont les doigts de la main droite sont ici levés. La jambe gauche, jusqu'au mollet dans l'eau, répète en bas cette verticalité. L'eau du ruisseau, dont  il ne reste du dessin, que le négatif d'un courant dressent des vagues aux crêtes d'écume
    On peut, en voyant ce saint Christophe, sans nimbe, penser à Hercule, qui comme lui est né pour servir, mais aussi à toutes les représentations de ce saint, parfois géantes, que le clergé du XVIIIe jugeait tout juste digne d'amuser les enfants et qu'il fit détruire, lui que le peuple venait implorer pour éviter la mort subite, en tant que patron du passage en l'au-delà.
   Robe verte, courte et ouverte sur le devant, fermée par deux boutons sur le côté droit, manteau blanc jeté autour de la taille et sortant par-dessus le bras gauche. Visage d'origine en verre rose, barbe fournie, cheveux avec  de larges crans, nez fort, vu du dessous, yeux profonds et noirs sans iris, qui se tournent vers l'enfant dont la main gauche présente le globe terrestre, en jaune d'argent sur verre incolore, surmonté de la croix, en verre incolore comme le visage et le nimbe crucifère et dont le visage, encadré de cheveux sur jaune d'argent, est éclairé par deux petits yeux regardant dans le lointain. " (J-P. Le Bihan)

Je rebondis sur la phrase "La composition de ce personnage révèle un auteur qui semble appliquer une construction du dessin faite d'obliques se succédant." Il me semble que cette construction n'est pas propre à l'artiste, mais à l'image élaborée au XVe siècle, et dans laquelle l'axe du corps, l'axe du bâton, la diagonale du cours d'eau, et parfois les pans de vêtement emportés par le vent ou l'élan sont des parties constituantes de la scène et expriment par le mouvement extérieur la révolution (au sens littéral) qui se joue sur le plan spirituel.

.

Lancette D. Saint Christophe. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.
Lancette D. Saint Christophe. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D. Saint Christophe. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

On peut s'amuser aussi à retrouver la présence du bandeau blanc entourant les cheveux, bandeau propre au géant Reprobus. Ou bien la couleur de la tunique, d'un vert qui est aussi l'une des caractéristiques les plus constantes et tenaces du saint . Ou rechercher sur le bâton du passeur des traces de la reverdie qui attesteront du miracle promis par l'enfant, mais que l'artiste n'a pas figuré ici. 

P.Y. Castel a lu dans l'inscription mi-effacée S. CHRISTOPHORUS, mais je lis --dEINA / -----ETA

 

Lancette D. Saint Christophe. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D. Saint Christophe. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D. Saint Christophe (détail). Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette D. Saint Christophe (détail). Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Iconographie :

— Saint Christophe figure dans l'un des Livres d'Heures d'Isabeau d'Ecosse, deuxième épouse du duc  François I et qui est décédée en 1494: le Bnf latin 1369 au folio 310v.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501939c/f320.item

On recense au moins deux autres livres d'heures ayant appartenu à Isabelle Stuart dont deux à la Bnf : l'un à l'usage de Nantes et Paris, datant des années 1460-1465 ( Bnf Lat 1369), et un autre à l'usage de Rome (Bnf, NAL 588). Un troisième, daté de 1417 est conservé au Fitzwilliam Museum MS.62 

http://webapps.fitzmuseum.cam.ac.uk/explorer/index.php?oid=90393

On remarque dans cette enluminure malgré l'inversion de l'orientation, la disposition générale des personnages, la tunique verte de Christophe, le bâton horizontal, mais nous constatons aussi quelques différences (nimbe de Christophe, manteau rouge), la principale étant la présence de l'ermite guidant le passeur grâce à sa lanterne. L'étroitesse de la lancette justifie sans-doute cette absence.

— Le saint figure aussi dans le Livre d'Heures de Pierre II, duc de Bretagne en 1457 en succession du duc  François Ier : Bnf Latin 1159 folio 157 , mais l'enluminure n'est pas consultable en ligne.

— Saint Christophe figure aussi dans les Grandes Heures d'Anne de Bretagne au folio 117v, mais la scène est bien différente, et il est représenté parmi les saints martyrs.

 

 

Livre d'Heures d'Isabeau de Stuart, duchesse de Bretagne, Bnf Lat. 1369 folio 310 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501939c/f320.item

Livre d'Heures d'Isabeau de Stuart, duchesse de Bretagne, Bnf Lat. 1369 folio 310 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501939c/f320.item

.

5°) Lancette E. Saint Jean-Baptiste et le chanoine Jean Le Baillif.

— Le Men  décrit cette lancette ainsi : Un chanoine en chape à genoux devant un prie-dieu, sur lequel est un écusson écartelé d’or et de gueules. — Jehan Le Baillif, chanoine de la cathédrale de 1468 à 1494 . Il est présenté par saint Jean-Baptiste. Un écusson semblable se voit dans la voûte vis à vis de ce vitrail.". A la page 124, le même auteur ajoute :  Jean Le Baillif, archidiacre du Désert au diocèse de Rennes, et chanoine de la cathédrale de 1468 à 1494. À la mort de Thebaut de Malestroit, évêque de Quimper, en 1479, il fut élu par le chapitre pour lui succéder, mais ce choix ne fut pas agréé par le duc de Bretagne, qui n’avait pas été consulté sur son élection. Jean Le Baillif avait fondé deux obits dans la cathédrale, pour la somme de « onze vingt seze ecus d’or veil du coin roial de France pesant ensemble 3 marcs 6 onces demi-gros ». 

 Lobineau cite le nom de Maistre Jehan Le Baillif  comme Maître des Requêtes du Duc en 1459, puis dans les comptes des conseillers du Parlement de Bretagne en 1466-67. Un enfeu à ses armes et à son nom est signalé à Lamballe. ,  Ajoutons qu'un receveur de Lesneven signale son nom (ou celui d'un homonyme) pour des dépenses de "Vins pour faitis" entre 1419 et 1422 (Tudchentil) : le chanoine était alors jeune !

— Pol Potier de Courcy donne dans son Nobiliaire et Armorial de Bretagne page 35 

–Baillif (Le) :  seigneur de Kersimon et de Kerouledic, paroisse de Plouguin.  Références et monstres de 1427 à 1503 à la dite paroisse de Plouguin, évéché du léon. Ecartelé d'or et de gueules.

 

 

—Jean Le Baillif est présenté par saint Jean Baptiste, et sans-doute est-ce là l'indice qui, associé à ses armoiries, a permis de l'identifier. L'orientation du panneau est logique, puisque le chanoine est tourné vers le centre du transept, mais on s'attendrait à le trouver à l'extrémité gauche, précédé par les saints qu'il a choisi comme intercesseur.

—Y-P. Castel confirme et précise ces données et nous présente le chanoine Jean Le Baillif comme un personnage important du duché, titulaire de nombreux bénéfices par ses postes de recteur de Plesguen, chanoine de Tréguier, archidiacre du Désert au diocèse de Rennes; il élargit les dates de son canonicat à Quimper à la période de  1447 à 1494. "Maître des Requêtes et conseiller du duc François II depuis 1466, il fut chargé par celui-ci et par les papes de plusieurs missions. Le 19 septembre 1472, il reçut la charge de sigillifer ou "porte-scel" à Quimper."   Il était selon Y-P. Castel l'un des familiers du cardinal Alain IV de Coëtivy (1407-1474), celui qui fut surnommé le Cardinal d'Avignon mais qui fut surtout cardinal de Saint-Praxède à Rome. (je trouve surtout un lien entre Yvon Le Baillif, seigneur de Kersimon, et Alain de Coëtivy). 

— Selon Jean-Pierre Le Bihan :

 

"La scène se déroule sur fond de tenture à damas, de couleur  bleue, identique à celles de saint Corentin et saint Michel, et galon jaune XIIIe avec texte, coupé par le nimbe rouge de saint Jean, où l'on peut lire VN AVE : MTDOVE. Au-dessus, le choeur offre ses voûtes couleur vieux rose.
 L'on voit ici le premier couple chanoine donateur et saint patron intercesseur du transept. Cet exemple de chanoine donateur se répétera autant dans ce transept que dans la nef, et cela dans la continuité des baies hautes côté Nord du choeur. "

  "  Il est donc là ce chanoine donateur, en orant, à genoux devant son prie-Dieu recouvert d'un tissu vert  décoré de son écusson écartelé d'or et de gueules. Le livre de prière, ouvert et à tranche dorée, porte l'indication de neuf lignes sur la page de gauche et dix sur celle de droite.
 La tête et les mains sont exécutés dans un verre rose plaquée, dont la fabrication en plateau est signalée par des courbes concentriques visibles sur le verre. Pour la chape, très longue et ample, l'auteur utilise le jaune XIIIe sur lequel il pose un dessin à grand damas. Les pièces de verre sont assez grandes, et l'on peut comprendre pourquoi l'une n'a pas la même teinte ni la même qualité de grisaille bien qu'elle soit  ancienne,  possible restauration postérieure.
 L'orfroi, en verre incolore, présente sur les bords un filet de perles blanches entourant  un motif central  répétitif composé  de deux amandes opposées tête-à-tête et encadrées de couples de perles. Les ombres portées sont posées à la grisaille. Un fermail, ou plutôt mas de chape, décoré d'un grand losange,  maintient les deux pans de cet habit, dont la doublure violette apparaît dans le plis du bas, tandis qu'un élément de l'orfroi, en forme de demi-écu, apparaît au dos, orné d'une niche avec un saint, sans attribut visible. Un élément de surplis encadre les mains jointes. "

Le visage, aussi en verre rose, vu de trois quart, comme le personnage, vit de deux yeux noirs sans iris, typiques de cette baie. Le nez fin est pointu, le menton fort, l'oreille gauche se devine sous les cheveux ramenés sur le devant et portant une large tonsure.
  Manteau rouge, découvrant l'épaule droite d'une robe lie de vin, aux manches courtes, ici encore un verre plaqué, la main gauche posée sur le chanoine, l'autre tenant son attribut, voici saint Jean-Baptiste, saint patron du donateur et intercesseur. "
"L'agneau au nimbe crucifère, la tête tournée vers saint Jean et allongé dans l'autre sens sur le livre de biais, est dominé par la croix à l'étendard qu'il doit tenir entre ses pattes. La ferrure séparant les deux panneaux a facilité à l'auteur l'absence de recherche de dessin. Cette croix aurait du être tenue par une de ces pattes, mais ici, seule une patte, celle du train avant, est visible.  Pour l'exécution de cette pièce, un verre verdâtre a été choisi." (J-P. Le Bihan)

.

.

 

Lancette E. Saint Jean-Baptiste et le chanoine Jean Le Baillif.  Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

Lancette E. Saint Jean-Baptiste et le chanoine Jean Le Baillif. Baie 113, cathédrale Saint-Corentin de Quimper, photographie lavieb-aile.

.

Pour continuer à profiter du texte de Jean-Pierre Le Bihan, je donne ici le texte par lequel il étudie les socles, les dais et la peinture. 

LES SOCLES.

 

"Au nombre de cinq, un par lancette, ils offrent trois faces, dont la principale est coupée dans une pièce de verre incolore de 33 sur 21 centimètres. 
Le socle repose sur deux contreforts angulaires, dont la perspective, en les présentant de biais, augmente leur puissance.  Deux autres contreforts, bien plus légers, effet dû à la perspective, soutiennent eux aussi cette architecture répétitive, percée de quatre ouvertures longilignes et cintrées, sous une moulure comportant un bandeau et un boudin encadrant un congé décoré de feuillages au Jaune d'argent. 
Un pignon ornemental et pointu, agrémenté et couronné de fleurons, surmonte une ouverture à contre-courbe, et découvre une croisée d'ogives, au-dessus d'un sol de couleur bleu-vert dont les traits de grisaille dessinent des volutes qui se serrent en avançant vers le fond. Aucune colonne ne monte de ce socle vers le dais" . 
(J-P. Le Bihan)

.
LES DAIS.

 

 " Edifice de soixante six pièces, en verre incolore sur ciel, tour à tour de couleur lie de vin, pour le premier et la dernière lancette, puis bleu pour la seconde et la troisième, et rouge pour la centrale. La lumière qui anime les éléments d'architecture vient du Nord. Nous sommes ici, comme nous l'avons indiqué, avec une baie est du bras Nord du transept. 
Dans la nef et le choeur, cette lumière dans la presque totalité, vient de l'Ouest, que cela soit pour les baies du côté Nord ou Sud.
 Le clocher tour, dont seules trois faces à petit pignon sont visibles, se termine par un gros fleuron de verre de couleur que deux pinacles encadrent. Le jaune d'argent côté extérieur, et le trait de grisaille face intérieure, sur un lavis tamponné avec enlevés au bois et à la brosse, sont omniprésents aux trois étages de cet édifice, dont le second offre ses volés, ces arcs-boutants, ses pinacles, ses claires voies sur le ciel de couleur. Au-dessus du choeur, le premier étage offre des gables ornementaux, pointus aux courbes parallèles et concaves encadrant un écoinçon, le tout entouré de deux choux. Deux culées maintiennent la poussée de l'ensemble, tandis que deux cules de lampes annoncent deux colonnes se terminant en pinacle au deuxième étage.
Cette fin du  XVe est en plein dans "l'apprentissage des lois de la perspective."
, et ces architectures, de toutes ces baies de la nef et du transept, offrent les premiers balbutiements."(J-P. Le Bihan)

 

.

LES VERRES ET LA PEINTURE.


    "La palette de couleurs de cette baie est assez riche, surtout dans les verts. Cela est peut-être due à la diversité de teintes dans une même feuille, ce qu'il est possible de relever dans l'herbe au-dessous du saint Christophe, ou dans la doublure de la chape de saint Corentin. Il en est de même pour les bleus, bleu de l'écuyer et bleus des rideaux. Les plaqués se trouvent avec les rouges, plus ou moins forts  et qui ont bien tenu, le violet cendre du démon plus fragile, dû à l'épaisseur du placage, comme c'est le cas de la robe de  saint Jean, les roses des visages, mains et jambes, ici ayant bien traversé les âges. Est-ce à cause de la qualité du verre ou de la grisaille, ou d'une mauvaise cuisson que le visage du saint Corentin est devenu si pâle?  Nous ne saurons y répondre. Présence omniprésente du Jaune XIIIe. Parmi les verres incolores des dais, nous avons trouvé certaines de ces pièces bombées, effet plutôt dû à la cuisson, et portant des taches de jaune d'argent provenant d'une superposition, là aussi dans le four lors de la cuisson, la pellicule de plâtre les séparant devant être trop fine. Ce défaut, si l'en est un,  nous l'avions aussi trouvé dans les baies hautes du choeur. On peut relever une trame horizontale et parallèle de 21 et 22 centimètres de haut est portée sur toutes les lancettes.
    Les gravures de repères  posées du côté extérieur sont peu nombreuses et se trouvent essentiellement sur les verres de couleurs des ciels et des fleurons supérieurs des dais en a4 et d4.
 Une autre gravure répétitive, verticale et de trois centimètres, toujours du côté extérieur, se trouve au milieu du panneau d4, et sur plusieurs pièces. Indique-t-elle que le panneau était mis en plomb, la face peinte, qui est posée du côté intérieur de l'édifice, sur la table de montage. Ce trait permettrait d'établir des côtés parallèles lors du montage? Cette gravure nous le retrouverons sur d'autres baies.
La coupe des verres est dans l'ensemble assez facile, cela étant du à la simplicité du dessin, qui montre une certaine maîtrise du métier de la part de l'auteur. 
La grisaille employée est un mélange de brun et de noir, à quantité égale, et très intense lors de l'application au trait. Après la dépose en lavis, elle est tamponnée du côté intérieur, tandis qu'elle n'est juste posée qu?en lavis sur l'autre face, ombrant certains endroits Les enlevés sont au bois et à la pointe. Des hachures aux traits de grisaille et en enlevés se retrouvent autant sur les vêtements que sur les visages, mais avec une certaine sensibilité et sans démesure. La sanguine n'est pas  encore employée.
Le jaune d'argent est posé régulièrement, avec les changements de tons qu'apporte la cuisson et le verre. 
Les cratères, petits comme des têtes d'épingles, exemple : démon, et robe de saint Jean, plus importants sur certaines couleurs, sont  nombreux sur la face intérieure et quasiment absent sur l'autre face ."
(J-P. Le Bihan)
 





    

 

SOURCES ET LIENS.

AYMAR DE BLOIS (1760-1852), vers 1820. On doit à ce neveu du chanoine de Boisbilly une description des vitraux vers 1820. 

A. de Blois, héritant de ce registre de Boisbilly, en fait don à l'évêque André, le 5 janvier 1804, mais le ré-annote en 1820 et 1821 et donne alors la description des vitraux et leur état. Il le remit de nouveau à l'évêque de Quimper, Mgr Graveran, le 5 septembre 1842 "pour l'usage de la cathédrale ". Il rajoute  "malade d'une fluxion, charge son fils Louis de le remettre à l'évêque". (J-P. Le Bihan)

 

BOISBILLY (Jean-Jacques-Archibald le Provost de la Boexière ,Chanoine de), vers 1770, Registre de BoisbillyArch. Dioc. Quimper,  ,

 Jean-Jacques Archambault Provost de Boisbilly (1735-1786). Docteur en théologie de la Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rennes, il était abbé commandataire du Tronchet et chanoine de Quimper. Il possédait une des plus érudites bibliothèques de Quimper et on lui doit par ailleurs un plan de la cathédrale dressé en 1770 qui est une des sources les plus importantes sur la cathédrale avant la Révolution. Il avait dessiné l'architecture des fenêtres de la cathédrale en pleine page de 1770 à 1772. Ce travail  devait être complété par la suite avec les dessins des vitraux, mais il fut malheureusement appelé à d'autres fonctions.

"La cathédrale de Quimper, qui figure au nombre des Monuments historiques du département du Finistère, n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune publication de quelque importance. Vers l’année 1770, l’abbé de Boisbilly, syndic du chapitre de Quimper, avait, en vue d’une histoire de ce monument, réuni de nombreuses notes, et fait dresser un plan de l’église avec ses chapelles et ses autels. Dans sa réunion générale du 14 mai 1772, le chapitre le « pria de continuer l’ouvrage qu’il avait commencé sur la description détaillée de l’église cathédrale, » et décida « qu’il en serait fait un registre particulier. » (1)1 Sur ces entrefaites, l’abbé de Boisbilly fut appelé à Rennes pour prendre part aux travaux de la Commission intermédiaire des États de Bretagne dont il faisait partie. Les affaires importantes et multipliées de la Province ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise. Ses notes furent perdues, et il n’est resté comme souvenir du projet qu’il avait formé, qu’un registre grand in-folio, qui contient avec le plan de la cathédrale, les dessins au trait de ses fenêtres, dessins qui devaient être complétés par la peinture des vitraux. M. de Blois (de Morlaix), neveu de l’abbé de Boisbilly, a fait hommage de ce registre à Mgr l’évêque de Quimper, le 5 septembre 1849. Avant de s’en dessaisir, il avait pris le soin d’écrire au-dessous des dessins des fenêtres, une description sommaire des vitraux qu’elles contenaient encore en 1820 et 1821, mais à cette époque beaucoup étaient entièrement détruits. " (R-F. Le Men)

 

— BONNET (Philippe) 2003, Quimper, la cathédrale, Zodiaque, Paris 

 COUFFON (René), 1963,  « Etat des vitraux de la cathédrale Saint-Corentin au milieu du XIXe siècle par le baron de Gulhermy », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, tome LXXXIX, p. XCVII-CII

— DANIEL (Tanguy), (dir.), Anne Brignandy, Yves-Pascal Castel, Jean Kerhervé et Jean-Pierre Le Bihan, 2005,  sous la direction de, Les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper,  Presses Universitaires de Rennes / Société Archéologique du Finistère,  287 p. (ISBN 978-2-7535-0037-2).

— GALLET (Yves), Les ducs, l’argent, les hommes ? Observations sur la date présumée du chevet rayonnant de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper (1239) p. 103-116 http://books.openedition.org/pur/5315

 — GATOUILLAT (Françoise), 2013,  "Les vitraux de la cathédrale" , in Quimper, la grâce d'une cathédrale, sous la direction de Philippe Bonnet et al.,La Nuée Bleue, Strasbourg, page 185-203

GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 172.

GUILHERMY (Ferdinand de), 1848-1862,  Notes sur les diverses localités de France, Bnf, Nouv. acquis. française 6106 folio 335v et suivantes.

Le baron de Guihermy, membre de la Commission des Arts, visita Quimper le 2 octobre 1848 et rédigea un mémoire d'après ses notes. Nommé membre de la Commission des Monuments Historiques en 1860, il entreprit un voyage en France et séjourna à Quimper du jeudi soir 28 octobre 1862 au samedi 30 à midi et compléta alors ses premières notes.  Les baies n'y sont pas numérotées et distribuées en cinq lieux : Vitraux de la chapelle des fonts, vitraux de la Nef, vitraux du transept, vitraux du chœur, vitraux de la chapelle terminale. 

Concernant la baie 113, nous trouvons (J-P. L.B):

 un personnage debout, imberbe, coiffé d'une toque verte à plume blanche, portant une armure et pardessus une cotte d'azur à la croix d'or cantonnée de quatre fleurs de lys de même. Il tient de la main gauche une lance à banderole blanche et s'appuyant de la droite sur un bouclier blasonné comme la cotte. Ne serait-ce pas saint Louis ? Il s'agit de l'écuyer de Prat ar Rouz
Saint Michel vainqueur du démon ; saint évêque bénissant, décrit comme saint Corentin par Aymar de Blois, saint Christophe passant l'eau avec le Christ sur son épaule,

LE BIHAN (J.-P.), J.-F. Villard (dir.), 2005,  Archéologie de Quimper. Matériaux pour servir l’histoire, t. 1 : De la chute de l’Empire romain à la fin du Moyen Âge, Quimper, 2005.

— LE BIHAN (J.-P.) 1993,, -"Gravures de repère sur les vitraux bretons des XVe et XVIe." Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, T.CXXII

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 2007,  Blog 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-7003763.html

et baie 114 :

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-5710978.html

 LE MEN (René-François), 1877, Monographie de la cathédrale de Quimper [XII-XVe siècle], Quimper. p.243-244,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1e08593c46eb46336af146045b16d0f4.pdf

THOMAS (Abbé Alexandre), 1892, Visite de la cathédrale de Quimper. Arsène de Kerangal, 170 pages,  p.117,

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/c9d5dca31c276caf2782d0a4b99a85ce.pdf

  THOMAS (Abbé Alexandre) 1904,  La cathédrale de Quimper, 1904, J. Salaun, 97 pages, p.51

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 08:12

Iconographie de saint Christophe : le vitrail (vers 1520) de l'église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant (29).

.

Les transepts de l'église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant sont éclairés par deux vitraux du début du XVIe siècle, dont, au sud, en baie 2, la verrière qui nous intéresse.

Haute de 2,30 m et large de 1,00 m, elle comprend deux lancettes trilobées et un tympan à un oculus et deux écoinçons.

Elle résulte d'un don du seigneur de Botigneau. En 1505, la seigneurie appartenait à l'écuyer Pierre de Botigneau, et en 1541 à son fils Jean. En 1665, la terre de Botigneau fut vendue à Jean de Penfentenyo. Les seigneurs de Botigneau sont fondateurs de l'église paroissiale, et aussi des chapelles Saint-Jean et Saint-Guénolé qui leur appartenaient privativement ; ils possédaient leur tombe dans le chœur, et leurs armoiries d'azur à l'aigle éployée d'or à deux têtes becquées et membrées de gueules dans les deux vitraux éclairant chacune des chapelles latérales. Les vitraux du transept ont sans-doute été déplacés depuis ces chapelles.

La lancette de gauche est consacrée à une Vierge de pitié. La lancette de droite représente saint Christophe portant l'Enfant. Un soubassement porte une inscription signalant la restauration de Lucien-Léopold Lobin, qui dirigeait alors l'atelier de verrier de Tours, fondé rue des Ursulines par son père Julien-Léopold. Cette intervention a été financée par les Penfeunteniou de Cheffontaines, qui y ont fait apposer leur blason en sommité. Le tympan porte donc les armes de leur ancêtre l'évêque Christophe de Penfeunteniou [Penfentenyo] de Cheffontaines, qui usurpe ici un chapeau de cardinal.

.

Baie 2 (vers 1520), église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant, photographie lavieb-aile.

Baie 2 (vers 1520), église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant, photographie lavieb-aile.

.

Authenticité des verres.

Roger Barrié en propose le schéma suivant : les zones hachurées sont celles qui sont restaurées.

.

Schéma d'authenticité de la baie 2 de l'église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant d'après R. Barrié 1977 : en hachuré les verres restaurés.

Schéma d'authenticité de la baie 2 de l'église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant d'après R. Barrié 1977 : en hachuré les verres restaurés.

.

Lancette A : Vierge de pitié.

1,80 m  x 0,43 m.

Selon le Corpus Vitrearum, "les panneaux sont peu restaurés mais le fond de paysage urbain [évoquant Jérusalem] est moderne". Selon R. Barrié, "le tiers inférieur du panneau du bas, tout le fond rouge, les rochers derrière la Vierge et quelques parties de son vêtement bleu sont modernes. Il ne fait pas de doute que c'est à cette occasion [de la restauration par Lobin] que la carnation du corps du Christ, en verre légèrement blanchâtre, fut ravivé par application de sanguine."

On comparera ces panneaux à ceux de la baie 0 de la chapelle de Lannélec à Pleyben pour constater que le même carton a été repris ici, à la même échelle.

Voir

     Vierges allaitantes VII Chapelle Notre-Dame de Lannelec à Pleyben. Chapel Itron Varia Lanneleg. Les vitraux

 mais le vitrail de Clohars-Fouesnant, qui a été estimé dater de 1525 par Roger Barrié qui se fonde sur les armoiries, se place sous un dais Renaissance plus tardif que la niche gothique de Lannelec : cela confirme que le vitrail de Lannelec date du tout début du XVIe siècle. A cette date, Hervé de Lezongar est à la fois recteur de Pleyben et de Clohars-Fouesnant, ce qui rend logique la circulation des cartons ou des artistes entre les deux chantiers.

.

 

Pietà,  baie 0 de la chapelle de Lannélec à Pleyben

.

Vierge de pitié, Baie 2 (vers 1520), église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant, photographie lavieb-aile.

Vierge de pitié, Baie 2 (vers 1520), église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant, photographie lavieb-aile.

.

Lancette B : Saint Christophe.

"panneau supérieur bien conservé, panneau inférieur complété en 1870", Corpus Vitrearum.

Saint Christophe est représenté selon tous les canons de l'iconographie du XV-XVIe siècle, traversant le fleuve, les jambes – dans l'eau jusqu'au mollet– dirigées vers la gauche tandis que le corps se vrille pour présenter le tronc de face et que le visage se tourne vers le haut et la droite, c'est-à-dire vers l'Enfant. Tout aussi conventionnelle est la posture de l'Enfant-Jésus, blond, nimbé, tenant le globe crucifère qui le désigne comme Sauveur du Monde, et bénissant de la main gauche (c'est la seule atypie, car la bénédiction s'effectue de la main droite). Le front du saint porte un bandeau (jaune d'argent) traditionnel ; la robe verte est serrée par une ceinture blanche.  La couleur rouge du manteau est également une tradition, de même que son pan emporté par le vent et l'élan vers la droite.  Le pan du manteau pourpre de Jésus est, avec une certaine incohérence expliquée par les impératifs du dessin, emporté dans le sens inverse. 


 

Le bâton qui aide le passeur dans sa progression trace une diagonale vers le haut et la gauche, parallèle à l'effort du corps entre la jambe gauche et le bras droit. On sait que le Christ, qui vient de dévoiler son identité au géant terrassé par le poids insolite du gamin, est en train d'annoncer, pour renforcer Christophe dans sa foi, que ce bâton reverdira une fois qu'il sera rentré chez lui.

  Bref, nous trouvons ici une image semblable à celle élaborée dans les enluminures des livres d'Heures, puis les statues et les vitraux, mais ce vitrail en donne un parfait exemple. Cette iconographie rassemble toute son énergie dans l'échange des regards, qui concentre dans ce rapport invisible tout le mystère de la conversion ; or, à Clohars-Fouesnant, l'intensité et l'éloquence de cet échange sont parfaitement rendus. Le visage de Reprobus (l'ancien nom du géant mercenaire avant qu'il ne devienne Christo-phorus, "porteur du Christ") mélange la surprise avec la confiance, tandis que l'attitude attentive du Christ porte avec elle toute la capacité de Jésus de susciter cette adhésion à le suivre. Ce saint protecteur des passages, transitions, seuils, ponts, des voyages et des pèlerinages est aussi le saint de la rotation radicale de l'âme (latin verto, versus "tourner"), de la con-version, du boule-verse-ment, du chavirement de l'être après une rencontre, après un face-à-face avec une épiphanie ou manifestation du divin. Christophe porte non seulement l'Enfant, il porte aussi avec lui toutes les scènes de rencontres individuelles du Christ  avec un interlocuteur (souvent une interlocutrice) dans les Évangiles, qui sont des rencontres de tutoiements et de regards.

Ce n'est pas sans émotion qu'après avoir écrit ces lignes, j'ai lu le texte de Roger Barrié qui écrit : "Autour du point essentiel que constitue la rencontre des regards de l'homme et de l'enfant, la scène s'organise selon deux obliques symétriques, accentuées par les masses symétriques du mantelet de l'enfant et de la cape du saint."... Puis, je découvre que cet auteur a lui aussi remarqué que ces pans de vêtement sont d'habitude situés du même coté. Et quelques lignes plus loin, il constate la bénédiction christique donné de la main gauche, et l'attribue "peut-être à l'inversion due à l'adaptation réalisée pour le carton du vitrail".

 Soucieux d'établir une filiation entre l'art de la peinture sur verre en Bretagne et les relations économiques de l'ancien duché avec la Flandre, il étudie l'iconographie dans les gravures germano-flamandes "qui véhiculèrent les modèles iconographiques affectionnés un peu avant 1500" :

"La royauté de l'enfant tenant le globe du monde surmonté d'une croix, par ailleurs attestée dès le XIVe siècle dans la miniature, s'affirme à partir de 1460 dans les estampes allemandes, telles celles du Maître de Saint-Sébastien de Cologne. Peu après cette date apparaît aussi une disposition qui rejoint, avec saveur, celle de la "sacra conversazione" : au beau milieu de la rivière, le saint tourne la tête vers l'enfant qui se fait reconnaître, comme le montre les gravures du Maître de Saint Jean-Baptiste, du monogrammiste E.S de Constance, et celle, plus tardive, du monogrammiste HS de Nuremberg. Enfin, c'est entre 1480 et 1503 que des maîtres plus tournés encore vers les Flandres que ceux de l'Allemagne du sud, le  monogrammiste néerlandais  FVB et Israhel van Meckenem de Westphalie ajoutent un autre trait de pittoresque : la brise soulève et fait bouillonner un pan du mantelet de l'enfant ainsi que la cape du saint...Le vitrail exploite donc toute la richesse picturale du thème tel qu'il arrivait au début du XVIe siècle dans les pays de l'Ouest".

Cette réflexion aux conclusions si proches des miennes a suivi un autre chemin que ma récolte d'exemples bretons et français du thème de saint Christophe, et vient donc la compléter à bon escient.

En effet, cette réussite graphique n'est pas le seul intérêt de ces panneaux. Par leur date estimée (v. 1520), ils précèdent de peu le vitrail de Roncherolles de la cathédrale de Beauvais (1522), et leur thème peut procéder du culte rendu par Anne de Bretagne à saint Christophe, culte dont témoigne tant ses livres d'Heures (Grandes Heures, 1503-1508) que le linteau du château d'Amboise (1493). A Saint-Armel de Ploermel, le vitrail de saint Christophe est plus précoce (1480). A Tonquédec, le vitrail représentant Jeanne du Pont présenté par saint Christophe date de 1470. A Forêt de Bercé (Pruillé-l'Eguillé, Sarthe), on le trouve sur une verrière de 1525. Mais à Semur-en-Auxois, dès les années 1375, le modèle est déjà attesté, en peinture murale, par un artiste flamand au service de Charles V, Jean de Bruges. On voit que "la brise soulevant le pan du mantelet" n'a pas attendu les artistes allemands de la fin de XVe siècle.

 


On notera l'absence de poissons et de monstres aquatiques nageant dans la rivière à Clohars-Fouesnant ; on peut parier que ceux-ci étaient présents dans la verrière d'origine. 



 


 

.

 

 

 

Saint Christophe,  Baie 2 (vers 1520), église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, Baie 2 (vers 1520), église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant, photographie lavieb-aile.

.

Les dais architecturés.

En 1977, ils ont retenu l'attention de Roger Barrié, qui préparait alors sa thèse sur les vitraux de Cornouaille. En effet, il les a rapproché judicieusement de ceux de la chapelle Sainte-Barbe au Faouët (56) et de ceux de la chapelle Saint-Exupère de Logispar à Dinéault (29), ces derniers étant conservés au Musée Départemental Breton de Quimper.

Les baies de Sainte-Barbe datent de 1510-1515, ceux de Dinéault de c.1530.  

Les personnages sont figurés devant des tentures damassées (à Dinéault), ou devant le ciel (à Clohars-Fouesnant et au Faouët), dans des niches à coquilles surmontés de dais à putti musiciens, alors que les socles sont, à Dinéault, ornés de médaillons de têtes à l'antique.

A Clohars-Fouesnant, Roger Barrié décrit page 32 ces dais ainsi :

"L'entablement de l'arc triomphal est couronné d'une coquille cernée d'un rang d'oves et d'un ruban de billettes dont les extrémités s'enroulent sur elles-mêmes ; le tout terminé par un fleuron non éclos. La guirlande végétale, dont le motif central est ici une fleur, prend naissance dans deux oculus percés au dessus des piles et présentant un réseau losangé de vitrerie. Le claveau de l'arcature surbaissée, démesurément allongé aussi, est orné d'une étroite fenêtre aveugle et aux épaules très resserrées ; la conjonction de cette réminiscence de la grammaire gothique et du décor à l'antique tel qu'en abuse naïvement la Première Renaissance indique l'influence du décor lombard, normale au demeurant à partir de 1500, sur les modèles européens qui ont pu influencer le peintre verrier".

Dans les trois cas, les anges associés en encadrement deux à deux jouent en bas de la cornemuse, et en haut de la flûte à bec. Ils sont installés à califourchon sur un motif de feuilles d'acanthes liées

Ce motif d'acanthes constitue l'élément de base de la décoration du Jugement dernier de Plogonnec, de l'Arbre de Jessé de Kerfeunten, de la Pentecôte de Sainte-Barbe du Faouët, etc..

.


 

Clohars-Fouesnant, Dais de la lancette A, Baie 2 (vers 1520), église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant, photographie lavieb-aile.

Clohars-Fouesnant, Dais de la lancette A, Baie 2 (vers 1520), église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant, photographie lavieb-aile.

.

 

Clohars-Fouesnant, , Dais de la lancette B, Baie 2 (vers 1520), église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant, photographie lavieb-aile.

Clohars-Fouesnant, , Dais de la lancette B, Baie 2 (vers 1520), église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant, photographie lavieb-aile.

.

A Dinéault (Musée Breton de Quimper).

 

Ange joueur de cornemuse, Dinéault, dais de droite, in Roger Barrié 1977.

Ange joueur de cornemuse, Dinéault, dais de droite, in Roger Barrié 1977.

.

Au Faouët, chapelle Sainte-Barbe :

 

Le Faouët, dais du vitrail de la Transfiguration, chapelle sainte-Barbe.

Le Faouët, dais du vitrail de la Transfiguration, chapelle sainte-Barbe.

.

 

Le Faouët, dais du vitrail de la Transfiguration, chapelle sainte-Barbe.

Le Faouët, dais du vitrail de la Transfiguration, chapelle sainte-Barbe.

.

Roger Barrié, en soulignant les rapprochements entre les vitraux de Dinéault, de Clohars-Fouesnant et de Sainte-Barbe du Faouët, suggérait d'y voir le témoignage de l'activité d'un atelier de peinture sur verre en Cornouaille vers 1535.

Mais l'étude des vitraux de Bretagne crée un vaste réseau de citations, de ré-emplois de cartons, de correspondances historiques et héraldiques qui enrichit et densifie cette réflexion en la faisant rayonner vers de nombreuses autres paroisses. La Pietà de Clohars-Fouesnant reprend un carton de la chapelle de Lannélec en Pleyben. La Transfiguration de Sainte-Barbe de Faouët est reliée à celle de l'église de Plogonnec. Les Passions des maîtresses-vitres de Plogonnec ou de Genguat se retrouvent dans d'autres églises du Finistère. La présence de lettres souvent énigmatiques peintes sur les galons des robes et manteaux des personnages se retrouve à Plogonnec, à Sainte-Barbe du Faouët, à Kerfeuten, à Confort-Meilars, etc.. Ce réseau réunissant les verrières bretonnes en rend la découverte passionnante.

.

 

SOURCES ET LIENS.

ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1906,  Notices du diocèse de Quimper, 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/68e44d4982e68d65583712db5573df22.pdf

— BARRIÉ (Roger), 1978, Etude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle, Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper : Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper  ; sous la direction d' André Mussat / [S.l.] : [s.n.] ,  Thèse, Université de Haute Bretagne, Rennes. 

— BARRIÉ (Roger), 1977, "Un atelier de peinture sur verre en Cornouaille vers 1535", in Le vitrail breton. Arts de l'Ouest, numéro 3 (Centre de recherches sur les arts anciens et modernes de l'Ouest de la France, U. E. R. des arts, Université de Haute-Bretagne, Rennes)

BARRIÉ (Roger), 1976 Les verres gravés et l'art du vitrail au XVIe siècle en Bretagne occidentale. In: Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest. Tome 83, numéro 1, 1976. pp. 35-44.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/abpo_...

— BARRIÉ (Roger), 1989, "Le vitrail breton et les Flandres" in  Edité par Musée Départemental Breton

 

BRISAC ( Catherine) 1978, "Le vitrail breton. Arts de l'Ouest, numéro 3 (Centre de recherches sur les arts anciens et modernes de l'Ouest de la France, U. E. R. des arts, Université de Haute-Bretagne, Rennes)"  Bulletin Monumental Volume   136 pp. 370-371  

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bulmo_0007-473x_1978_num_136_4_5758_t1_0370_0000_2

—  http://fr.slideshare.net/fouesnant/au-detourdesparoissesfouesnantphpk-uxynl

Pierre tombale des Botigneau dans le transept nord : http://fr.topic-topos.com/pierre-tombale-clohars-fouesnant

— Déploration du XVIe siècle, transept nord : http://fr.topic-topos.com/la-deploration-clohars-fouesnant

— Christophe de Penfentenyo (1512-1595) (Christophorus a capite fontium) , Ministre Principal de l'Ordre des Frères mineurs observants, archevèque de Césarée, évêque auxiliaire de Sens (1578),  : http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.wikitau.org%2Findex.php5%3Ftitle%3DChristophe_de_Cheffontaines

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 13:47

Le linteau du portail de la Chapelle Saint-Hubert du château d' Amboise (1493). Saint Christophe et saint Hubert. Une erreur d'interprétation y identifie "saint Antoine" depuis la fin du XIXe siècle. Un modèle pour Louis de Roncherolles à Bourges ?

.

Plan :

I. Présentation : le château d'Amboise et sa Chapelle Royale. Plans d'époque.

II. Description du portail de la chapelle. Documents graphiques (gravures et photographies anciennes).

III. Description du linteau du portail.

1°) Saint Hubert.

2°) Saint Christophe.

IV. Motivations du choix iconographique.

V. "Saint Antoine", une erreur d'interprétation bête et tenace du linteau ?

VI. Hypothèse : le linteau de la Chapelle d'Amboise (1496), source du vitrail de Roncherolles de la cathédrale de Beauvais (1522) ?

VII. Documents.

I. PRESENTATION GÉNÉRALE : LE CHATEAU D'AMBOISE ET LA CHAPELLE ROYALE.

.

 Le château d'Amboise entre dans le domaine royal en 1434.

"Le château d'Amboise dresse ses vestiges sur un éperon rocheux en bordure de la Loire. La partie la plus fortifiée désignée sous le nom de "Donjon" sous Louis XI se situait à l'extrémité ouest isolée par un fossé de la basse cour où s'élevait la collégiale Saint-Florentin. Le logis royal rénové par Louis XI occupait le côté sud du Donjon. Charles VIII franchit le fossé pour agrandir sa demeure dans l'avant-cour. Au sud il éleva le logis des Sept Vertus, disparu, au nord le bâtiment magnifique qui domine toujours la Loire. Ses successeurs ont continué d'étendre le château vers l'est.  François Ier termina l'aile qui borde le jardin de Charles VIII.  Henri II la doubla par une construction parallèle. 

 Dès le début de son règne Louis XI transforme le château d' Amboise pour le rendre plus habitable. Il élève une maison neuve avec une salle des galeries et une cour. Ce logis est certainement construit dans le Donjon, là où habite Charles VIII au début des années 1490. Devenu roi à l'âge de treize ans, Charles VIII fut placé sous la tutelle de sa sœur Anne de Beaujeu, régente de France. À vingt-et-un ans (1491), il se marie à Anne de Bretagne, préparant ainsi l'union du duché de Bretagne au royaume de France. Dès 1489 il entreprend son tour des travaux à Amboise. Il aménage un logis et construit la chapelle actuellement dite "Saint-Hubert" et appelée "chapelle du roi" dans les documents. Le décor sculpté  de celle-ci date de 1495-1496. A la même époque des bâtiments sont réaménagés. Dès la fin de année 1493 le roi et la reine s'installent dans le logis rénové et la chapelle est mise en service alors même que le décor est pas terminé." (Evelyne Thomas).

Néanmoins, dans l'étude du choix de décoration de la chapelle, il faut noter que Charles VIII était, de août 94 à mai 1495, en Italie, ne revenant à Lyon qu'en novembre 1495. En l'absence du roi, Anne de Bretagne réside plus rarement à Amboise qu'à Tours, Lyon, Grenoble et surtout Moulins sous la surveillance des Beaujeu.

 

.

— Androuet du Cerceau, "Amboyse, le plan de tout le lieu".

La chapelle y apparaît avec sa nef à une travée, son transept et son abside à trois pans. Elle fait saillie sur une construction en longueur, correspondant aux logis royaux (actuellement détruits) construits par Charles VIII et que le roi et la reine occupèrent dès 1493. Juste dans son axe, un passage conduisant à son portail sépare le rez de chaussée en deux ensembles : à l'ouest, les logements de la reine (Anne de Bretagne), sont formés d'une salle, d'une chambre et de pièces plus petites. Une ouverture dans le mur sud de la salle donne un accès direct à la chapelle. 

Le roi occupe, à l'étage, des appartements qui se superposent à ceux de la reine et qui communiquent avec ceux-ci par un escalier en vis à la partie ouest. "Du coté sud, la salle communiquait avec une terrasse qui mène sur une tribune ouvrant sur la chapelle et à un petit escalier en vis par où le roi pouvait descendre à la chapelle" (E. Thomas).

Plus à gauche, sous le titre AMBOYSE, on voit le "Logis des Sept Vertus", qui fut achevé en 1495-1498 et où se trouvait alors la chambre du roi et celle de la reine, au même étage autour d'une salle centrale. (E. Thomas)

Au centre du château, on remarque aussi la collégiale Saint-Florentin (détruite). 

http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1595/zoom1024/LES1595_21.jpg

 

 

.

.

— Androuet du Cerceau, Levée de l'élévation du costé de la forest" : la chapelle se reconnait à son clocher.

.

http://architectura.cesr.univ-tours.fr/traite/Images/LES1595Consult.asp?numfiche=23&numtable=&mode=

.

— Androuet du Cerceau, "Eslevation du costé de la rivière".

 

 

 

 

.

Androuet du Cerceau, plan du château d'Amboise. La chapelle = flèche. Photo prise lors de la visite du château.

Androuet du Cerceau, plan du château d'Amboise. La chapelle = flèche. Photo prise lors de la visite du château.

.

 

Androuet du Cerceau, plan en élévation du château d'Amboise.

Androuet du Cerceau, plan en élévation du château d'Amboise.

.

 

Androuet du Cerceau, plan du château d'Amboise. La chapelle = flèche.

Androuet du Cerceau, plan du château d'Amboise. La chapelle = flèche.

.

 

Le château d'Amboise et la chapelle, photo lavieb-aile.

Le château d'Amboise et la chapelle, photo lavieb-aile.

.

 

La Chapelle Royale vue de la tour Heurtault, photo lavieb-aile.

La Chapelle Royale vue de la tour Heurtault, photo lavieb-aile.

Selon l'abbé L.A. Bossebœuf, la chapelle, qu'il désigne sous le vocable de Saint-Blaise avait été précédée sous Louis XI par un oratoire placée "dans un obscur souterrain" dans le soubassement du sanctuaire actuel. On notera que saint Blaise de Sébaste est l'un des 14 saints Auxiliateurs, particulièrement efficaces face aux périls graves, comme d'ailleurs saint Christophe et saint Eustache (proche de saint Hubert). Chacun a sa spécificité. Saint Blaise est invoqué lors des épizooties. mais aussi lors des "pestes" humaines, car "Devant Saint-Blaise, tout mal s'apaise". Il soigne aussi les maux de gorge. Il est fêté le 3 février, grande date de réveil de la nature et du retour du soleil après l'arrêt hivernal des croissances.

Sous Louis Philippe le lieu porta le nom de chapelle de Saint-Louis.

 

.

La Chapelle Royale du château d'Amboise, photo lavieb-aile.

La Chapelle Royale du château d'Amboise, photo lavieb-aile.

.

  Dans le logis du "Donjon" (nom du premier édifice sous Louis XI)  le roi Charles VIII éprouve le besoin d'édifier une chapelle à proximité de ses appartements et de ceux de la reine, trop éloignés de la collégiale Sainc-Florentin.  "La chapelle mesure 3 m. 73 de large et 12 mètres de long; la nef est divisée en quatre sections de 1 mètre chacune. Les bras du transept débordent de 2 m. 80 sur la nef et renferment [chacun] une cheminée. Le sanctuaire, qui est rectangulaire à la partie inférieure, se termine par un chevet à trois pans. Dix fenêtres y répandent la lumière, tamisée par des vitraux modernes de facture et de style." (Bossebœuf, 1897)

Les vitraux du XIXe avaient été conçus par Viollet-le-Duc et Devéria en 1840-1843 et réalisés en 1847 par la manufacture de Sèvres dirigée par Brongniart. Ils étaient traités comme les pages d'un livre d'Heures.

©Ministère de la Culture (France) - Médiathèque de l'architecture et du patrimoine - diffusion RMN

 http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/memoire_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=APMH00012647

.

Détruits lors de la dernière guerre, ils ont été remplacés en (vers) 1956 par des verrières dessinés par Max Ingrand sur le thème de la vie de saint Louis.

Dans le bras gauche du transept ont été rassemblés un certain nombre d'ossements recueillis dans les décombres de la collégiale Saint-Florentin, à l'emplacement du tombeau de Léonard de Vinci.

 

 

La Chapelle Royale du château d'Amboise, photo lavieb-aile.

La Chapelle Royale du château d'Amboise, photo lavieb-aile.

.

.

.

II. DESCRIPTION DU PORTAIL.

Le portail se compose de deux portes en anse de panier à peine cintrée séparées par un pilier central, d'un linteau et d'un tympan. Comme le reste de la chapelle, elle relève du style gothique flamboyant.

L'encadrement des portes et le pilier central forment trois éléments semblables, alternant de bas en haut un socle, deux moulures, puis une niche occupée par un tronc écoté avec ses racines, et enfin une niche vide. Seule la niche supérieure porte un ange gracieux dont le phylactère indique "Gloria in excelsis Deo".

Le motif des troncs écotés se retrouve repris sur les ébrasement de deux fenêtres de l'étage du logis royal  du coté est : ceux-ci y sont sculptés d'un tapis de fleurs de lis et d'hermines, encadrés par des bâtons de pèlerins munis d'aumônières qui ressemblent à des arbres écotés encore munis, sur l'une des fenêtres, de leurs racines.

— Voir la photographie du XIXe siècle  de Séraphin-Médéric Mieusement (1840-1905) dans les collections de l'INRA, n°447 : http://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/7493-amboise-chapelle-du-chateau-portail/

— Voir la photographie de 1923 de Fernand Préfontaine :

http://www.mnbaq.org/collections/oeuvre/portail-de-la-chapelle-saint-hubert-du-chateau-d-amboise-france-600041581

Portail de la chapelle royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

Portail de la chapelle royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

.

 

Portail (détail) de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

Portail (détail) de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

Le tympan.

Le tympan est divisée en trois lancettes trilobées. Dans la lancette centrale se tient  la Vierge à l'Enfant, couronnée et nimbée, dans une mandorle de roses, entourée de quatre anges thuriféraires. Ses pieds sont posés sur une base surmontant un pilier hexagonal, alors que deux anges présentent un phylactère portant les mots AVE MARIA, et présentent les armes du duché d'Orléans (trois fleurs de lys posées 2 et 1  avec un lambel en chef). Ces armes témoignent de la restauration complète de la chapelle décidée par le duc d'Orléans, héritier du duc de Penthièvre, soit pendant la Restauration (1815-1830) soit sous son règne sous le nom de Louis-Philippe Ier (1830-1846), et poursuivie par le comte de Paris.

Ce nouveau tympan  aurait été conçu  selon Bossebœuf par Victor Ruprich-Robert, dont l'intervention  à Amboise débute avec la restauration de la Salle des États date de 1873-1879 sous la commande du comte de Paris. Une planche de Victor Ruprich-Robert représentant le portail date de 1885 : (source : ebay)

.

.

Du XIXe siècle date aussi le clocher orné de quatre bois de cerfs, et, dans la même idée, l'appellation de "Chapelle Saint-Hubert". Evelyne Thomas précise que ce nom n'est pas employé antérieurement, mais que la chapelle était désignée dans les comptes de construction comme "chapelle du Donjon", et dans les documents du XVIIe siècle comme "chapelle du roy" (A.D Indre et Loire 1632). A l'intérieur de l'édifice se trouvait une autre chapelle, la chapelle Saint-Michel.

Les commanditaires de la chapelle sont figurés dans la posture de donateurs dans les lancettes latérales : Charles VIII avec le blason aux armes de France, et Anne de Bretagne avec un blason à six mouchetures d' hermines (détruit lors de ma visite mais visible sur les photos d'archive), tous les deux devant une tenture aux motifs de fleurs de lis et d'hermines.

 

 

 

Tympan du Portail  de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

Tympan du Portail de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

.

L'abbé Bossebœuf a donné en 1897 une vue de la façade de la chapelle avant la restauration ; cette gravure permet de s'assurer que dans cette façade, seul le tympan a été modifié.

.

.

Gravure non datée mise en vente ; on y remarque que saint Christophe tenait un bâton dans la main gauche ; que saint Hubert portait une épée (plus longue que la dague actuelle). 

L'ange du pilier central.

Ange du pilier central. Portail (détail) de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

Ange du pilier central. Portail (détail) de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

 

 

.

III. DESCRIPTION DU LINTEAU.

.

Le linteau de 3,20 m de long et 0,60 m de haut est divisé en deux scènes de taille asymétrique, une "chasse de saint Hubert" à droite occupant les deux-tiers de la longueur, et une "traversée du gué par saint Christophe" à gauche occupant le tiers restant. En transition entre les deux, un monticule faisant office de décor de montagne sert d'élément commun aux deux scènes. 

La chapelle a été construite en 1491-1493, mais son décor sculpté a été réalisé entre 1495 et 1496, et les comptes de construction précisent selon E. Thomas que :

 " Dans le dernier trimestre de l'année 1495 Pierre Minart exécute des sculptures pour la chapelle (L de Grandmaison pp. 41-42 art 236). Dans les trois trimestres suivants il reçoit trente livres pour avoir fait des ymages de pierre tant à la chapelle que allieur  (idem). Sont cites également la même époque Casin d'Utrecht qui travaille avec Minart et Cornille de Nesve pour avoir taillé en pierre en tache ung petit ymaige de Dieu tenant en une main ung monde et faisant une benediction de l'autre, mise sur la porte de la chapelle du Danjon dud.chastel  ( ibid. p.42 art 238). Cette description très précise s'applique au Christ porté par saint Christophe sur le linteau de la chapelle. Le même artiste est cité pour avoir parachevé en tache ung ymaige de Sainct Thomas en pierre estant en lad. chapelle (ibid.) "

S'il est clair que Casin de Trect (probablement d'Utrecht) est un artiste flamand, on considère que c'est aussi le cas de Cornille de Nesve, et de Pierre Minart, dont le nom francisé correspondrait à Minaert. Louis de Grandmaison précise page 14 que ce dernier était qualifié de maître-ymagier et était payé la somme considérable de 10 livres tournois par mois* pour faire des images en pierre, tant à la chapelle qu'ailleurs, suivant le marché passé avec lui comme appert par les roolles précédans, et qu'il avait sous sa direction Casin du Trect, payé 7 livres par mois. Cornille de Nesve ou de Neuf est payé 10 livres pendant le premier trimestre pour son ymaige de Dieu.

* Raymond de Drezet, conseiller du roi et Trésorier de France, recevait 20 livres tournois par mois pour la conduite des travaux (L. de Grandmaison p.5). Une livre tournois vaut 20 sous : les maîtres-maçons étaient payès 6 sous 3 deniers par jour, et le maître-charpentier à peu près autant, autrement dit ils percevaient moins de 10 livres tournois par mois.

https://books.google.fr/books?id=YosVAAAAYAAJ&q=%22pierre+minart%22+sculpteur&dq=%22pierre+minart%22+sculpteur&hl=fr&sa=X&ved=0CCoQ6AEwAmoVChMIhtPbv7qyxwIVDHIUCh09_AK6, 

Linteau du portail  de la Chapelle royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

Linteau du portail de la Chapelle royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

.

Une carte postale permet de voir des éléments du linteau actuellement brisés : les mains de l'ermite ; le bâton de saint Christophe ; la croix du globe crucifère ; l'épée de saint Hubert.

Cette carte semble reprendre une photo de la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine "prise entre 1851  et 1914"  - diffusion RMN  ©Ministère de la Culture  - http://www.commune-mairie.fr/photos-monuments-historiques/amboise-37003/

 

 

http://www.cparama.com/forum/amboise-t4090.html 

.

Dans ces images d'archives, une photo du portail est datée de 1862,  et une autre est datée du 1er mai 1868, toutes deux avec l'ancien tympan, alors qu'une autre, datée entre 1882 et 1893 montre le nouveau tympan.:

.

http://www.commune-mairie.fr/photos-monuments-historiques/amboise-37003/

 

.

.

.

 

 

1°) La chasse de saint Hubert.

 

 

Rappelons rapidement les termes de la légende de saint Hubert illustrée ici (Wikipédia) : 

"Le seigneur Hubert était si passionné de chasse qu'il en oubliait ses devoirs. La légende rapporte qu'il n'avait pu résister à sa passion un Vendredi saint, et n'ayant trouvé personne pour l'accompagner, était parti chasser sans aucune compagnie. À cette occasion, il se trouva face à un cerf extraordinaire. En effet, celui-ci était blanc et portait une croix lumineuse au milieu de ses bois.

Hubert se mit à pourchasser le cerf mais celui-ci parvenait toujours à le distancer sans pour autant se fatiguer. Ce n’est qu’au bout d’un long moment que l'animal s’arrêta et qu’une voix tonna dans le ciel en s’adressant à Hubert en ces termes :

Hubert! Hubert! Jusques à quand poursuivras-tu les bêtes dans les forêts? Jusques'à quand cette vaine passion te fera-t-elle oublier le salut de ton âme ?

Hubert, saisi d'effroi, se jeta à terre et humblement, il interrogea la vision :

Seigneur ! Que faut-il que je fasse ?"

Dans un décor forestier et rocailleux, nous voyons ici Hubert de Liège accompagné de quatre de ses chiens au moment même de sa rencontre avec le cerf blanc crucifère : bouleversé par cette apparition, il tombe à genoux, tout en maintenant son cheval de la main gauche. Il porte les cheveux longs et bouclés, il est vêtu d'une tunique arrivant  aux genoux, remarquable par ses longues manches pendantes. Il porte à la ceinture son cor de chasse (octogonal) et une épée (à la lame brisée), et son bonnet est tombé sur le sol devant lui. Un ange le survole et tient un objet partiellement détruit qui peut correspondre à une couronne de végétaux tressés. Le saint tient dans la main droite un objet que j'interprète comme un coussin sur lequel est posée l'étole que l'ange lui a remis. L'étole de soie brodée d'or fut, selon la légende, remise par un ange adressée par la Vierge,  lorsque Hubert, s'étant rendu à Rome en pèlerinage, y parvint le jour où le Pape Sergius devait désigner un successeur pour saint Lambert, évêque de Maestricht. L'étole de saint Hubert était dotée du pouvoir de guérir de la rage. L'ange amena aussi en même temps  les habits sacerdotaux et  le bâton pastoral de Lambert, puis saint Pierre remit à Hubert pendant la célébration de la messe de son sacre une clef d'or, aussi miraculeuse que l'étole. L'abbaye bénédictine de Saint-Hubert en Belgique conserva la relique de cette étole. 

.

Les chiens représentés par le sculpteur sont tous de même type, lourds et massifs, au poil ras, au grand nez et à la gorge profonde, à la longue queue en sabre et attachée haut, aux longues oreilles tire-bouchonnées (cf. la tête vue de face de l'animal le plus haut) . Bref, ils ont toutes les caractéristiques du Chien de Saint-Hubert, ou Bloodhound ("chien de sang"). Ce chien de meute à l'odorat exceptionnel appartenait, dans les chenils, aux chiens courants qu'on découplait sur la voie d'un cerf. On trouvait aussi des épagneuls, des lévriers , des "chiens bauds". Selon Lucien-Jean Bord et Jean-Pierre Mugg (La chasse au Moyen-Âge) les meutes des rois de France comportait à la fin du Moyen-Âge des saint-hubert, des chiens gris, des fauves de Bretagne et des courants d'Alençon.

 

Chasse de saint Hubert, Portail de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

Chasse de saint Hubert, Portail de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

.

 


Saint Christophe est aussi présent dans le Livre de prière de Claude de France, fille d'Anne de Bretagne : (Pierpont Morgan Library, New-York, Ms M 1166 folio 32v), qui date de 1517. On trouve la Vision de saint Hubert représenté quelques pages plus loin.

http://www.quaternio.ch/fr/le-livre-de-prieres-de-claude-de-france

.

IV.  DISCUSSION : LES RAISONS DU CHOIX DU MOTIF DU LINTEAU.

Nous ne disposons d'aucun témoignage et d'aucun document permettant de savoir ce qui a conduit à placer les scènes de la Vision de saint Hubert et de la traversée du gué par saint Christophe à la place principale de la chapelle du roi du château d'Amboise. On peut donner libre cours aux suppositions.

a) Une filiation avec l'ancienne dénomination de Chapelle Saint-Blaise, Blaise étant invoqué contre les maladies des animaux et étant lié, en Bretagne, avec le loup ?

b) Recherche d'une protection contre les périls extrêmes, ceux de la rage et des dangers de la chasse (saint Hubert), et ceux des voyages, pélerinages, croisades, passages de gué et de pont (saint Christophe ) ? Saint Christophe est toujours représenté sur les seuils et points d'entrée des églises, afin de conférer sa protection lors du passage entre le monde naturel et le monde spirituel. Le passage sous le linteau peut avoir un rôle apotropaïque, et le caractère superstitieux de la pratique religieuse d'Anne de Bretagne est bien connu.

c) Influence des aumoniers et du confesseur de la reine, influence qui se devine aussi dans le choix des oraisons, suffrages et enluminures du Grand Livre d'Heures d'Anne de Bretagne et du surtout du Petit livre de prières d'Anne de Bretagne (réalisé avant 1495) ainsi que du Livre de prière de sa fille Claude de France, où saint Hubert est invoqué contre la rage.

d) Choix proposé par les sculpteurs flamands Pierre Minart, Casin d'Utrecht et Cornille de Nesve 

(un homonyme Cornille de Neve est attesté à Bruges en 1635), qui auraient pu prendre connaissance à Bruges, ou à la cour de Philippe le Bon, ou auprès de David Aubert ou de Loyset Liédet de la Légende de saint Hubert, et de l'enluminure du manuscrit de Hubert Le Prouvost.

e) Un motif plus spirituel peut être évoqué : les deux scènes représentent, comme je l'ai montré dans mon étude du vitrail de Roncherolles, deux scènes de conversion par un face à face bouleversant avec le visage du Christ. La dévote Anne de Bretagne chercherait ainsi à lutter contre l'impiété des seigneurs de son temps. Cette hypothèse, que rien ne vient appuyer (il faudrait étudier les sermons contemporains) peut se coupler avec celle d'un motif plus politique. Ces deux scènes de conversion d'un noble chasseur impie (Hubert) et d'un géant mercenaire païen (Christophe) peuvent participer d'une politique royale cherchant à établir un "savoir-vivre curial" (Sylvain Chaumet), à lutter contre les mœurs grossières et violentes de la noblesse, selon les nouveaux idéaux de raffinement et d'esprit que Castiglione illustrera dans son Livre du Courtisan. En d'autres termes, le pouvoir royal s'appuyerait sur une hagiographie que le Concile de Trente réprouvera bientôt pour s'assurer le monopole de la violence.

f) une influence directe de Louis de Gruuthuse ou de Louis de Halewyn qui aurait fait connaître à Charles VIII la Vision de saint Hubert récemment écrite en français.

 

V. "SAINT ANTOINE" ; UNE ERREUR BÊTE ET TENACE D'INTERPRÉTATION DU LINTEAU. 

 

Dans la remarquable Notice de visite distribuée au visiteur du château, on lit : "Sur le linteau extérieur au dessus de la porte de la chapelle : St-Antoine (sic) d'Alexandrie en ermite ; St-Christophe (sic) portant l'Enfant-Jésus, conversion de St-Hubert (sic) (fin XVème siècle)".

La guide, tout aussi remarquable, qui nous faisait profiter de son érudition lors de ma visite m'expliqua ensuite qu'effectivement, c'est ainsi que le linteau était interprété, en s'appuyant sur les descriptions des savants du XIXe siècle. Au lieu de se désolidariser de ces illustres prédécesseurs, elle fit observer que l'ermite était identifié par son cochon, dont on sait qu'il est, avec le bâton en tau et la cloche, l'un des attributs de saint Antoine. "On n'en  voit que l' arrière-train, mais les deux jambons ne laissent aucun doute !" Je rétorquais en m'étonnant que ce "cochon" ait une longue queue velue et fournie. "C'est un cochon, mais avec une queue un peu raide" me répondit-elle, peut-être avec une pointe d'humour.  J'appris ainsi que, jadis, les porcs vivaient dans des terriers.

Je me dépêchais de consulter les bons auteurs, et, en effet, je vis que tant Adolphe Joanne en 1899  (Itinéraire général de la France: la Loire , page 33 ) que Louis de Fourcaud en 1892 identifiaient ici l'anachoréte Antoine le Grand, fondateur de l'érémitisme chrétien. Dès 1840, un auteur, membre de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire remarque ici dans les volumes 20 et 21 des Annales de cette Société " l'ermite saint Antoine et son inséparable compagnon".

Comme je l'ai rapporté, c'est Louis-Augustin Bossebœuf qui donna ses lettres de noblesse à cette thèse  en décrivant  " puis saint Antoine au désert avec, à la partie supérieure, la reine de Candie; mais il s'agit ici d'un désert d'un genre tout particulier : le solitaire se montre sous un charmant édicule Renaissance, édifié sur un rocher dans lequel l'inséparable compagnon de l'ermite trouve un abri."  

La perle de l'identification d'une "reine de Candie" n'a pas été transmise au XXI siècle. Vous chercherez en vain (hormis dans la Revue de l'Anjou de 1889 qui décrit "saint Philippe baptisant l'eunuque de la reine de Candie", un lapsus pour Candace, reine d'Ethiopie) sous ce nom un autre personnage que celui dont parle Plutarque : 'Adda, reine de Candie, ayant obtenu la protection de ce prince contre Orondonbate, seigneur persan, crut pouvoir lui marquer sa reconnoissance en lui envoyant toutes sortes de mets exquis, & les meilleurs cuisiniers qu'elle put trouver; mais Alexandre lui renvoya le tout, & lui répondit qu'il n'avoit aucun besoin de ces mets si délicats, & que Léonidas son gouverneur lui avoit autrefois donné de meilleurs cuisiniers que tous ceux de l'univers, en lui apprenant que pour dîner avec plaisir il falloit se lever matin & prendre de l'exercice; & que pour souper avec plaisir, il falloit dîner sobrement."

Il est évident, pour celui qui connaît la figure de saint Christophe, qu'il est accompagné d'un ermite présentant le fanal de la foi , et que celui-ci se retrouve sur chaque enluminure, chaque peinture, chaque vitrail et chaque texte décrivant le géant portant le Christ. Il est évident par conséquent qu'il ne s'agit pas, à Amboise, de saint Antoine, même si ce dernier est son voisin dans le retable de San Benito de Calatrava ou dans les Grandes Heures d'Anne de Bretagne. Me sentant un peu seul devant cette conjuration des Antonins (Charles Urseau 1912 ; Marcel Montmarché 1917 ; La Vie du rail 1952 ; Sylvain Knecht 1961 ; Guy Monrosty 1991 ),  je reçus le coup de grâce lorsque je lus sous la plume de Gustave Flaubert, grand pourchasseur de la Bêtise, les lignes suivantes : 

Ancre

  " La chapelle : délicieuse, ouvrage de fouillure de ciselé, d’élégance,et dont le style fait  penser aux fraises à laMédicis à cause de ses broderies, de ses boutons et de ses découpures. —Sur la porte un saint Hubert descendu de cheval, à genoux ; un ange vient mettre une  couronne sur son bonnet, le saint est agenouillé devant le cerf qui porte un crucifix entre ses  cornes ;  les chiens sont à côté et jappent ; un serpent rampe sur une montagne où l’on aperçoit des  cristaux, on voit sa tête plate de vipère au pied des arbres, l’arbre dévot, théologique des bibles, petit et sec de feuillage, mais large de branches. 

 

Saint Christophe porte Jésus ; saint Antoine est dans sa cellule, son cochon rentre, on ne lui  voit  que le derrière, cela fait parallèle à un autre animal (lièvre ?) dont la tête sort. "  Voyage en Bretagne : Par les champs et par les grèves, page 33.

 

 

 

 

Mais je fus réconforté par Paul Vitry :

"Diverses scènes sont juxtaposées dans ce bas-relief suivant une habitude encore fréquente ; mais il faut en remarquer surtout l'aspect de tableau un peu encombré et manquant d'air, la composition d'un pittoresque voulu, avec des accessoires multiples ingénieusement disposés pour remplir tout le champ. La sculpture très profondément fouillée, presque en ronde bosse pour les personnages principaux, rappelle absolument celle des retables flamands. Tout le paysage conventionnel, avec sa forêt formée de petits arbres en raccourci perchés sur de gros rocs conventionnels, nous paraît un souvenir évident de compositions du même genre, exécutées en bois par les huchiers flamands. Les types sont trapus, les figures un peu lourdes et vulgaires, d'un réalisme minutieux : l'équipement du saint Hubert notamment, et le harnachement de son cheval, sont détaillés avec amour; le cerf et les chiens sont d'un modelé vigoureux et précis.

A gauche enfin, le saint Christophe barbu, les cheveux ceints d'un ruban, appuyé sur un long bâton, avec un manteau dont un pan flotte au vent derrière lui, la tête brusquement relevée vers l'Enfant Dieu qu'il porte sur ses épaules, nous offre un type que les peintres, les graveurs et les imagiers flamands ont répété à satiété, exactement dans les mêmes formules ; à Anvers surtout, saint Christophe était le patron des mariniers et des porteurs de tourbe ; et l'on y rencontre encore des séries de bois reproduisant le même type avec de plus en plus de fantaisie, d'allure dramatique et cavalière ; le manteau est de plus en plus cassé et voltigeant, la pose de plus en plus contournée, à mesure que l'on avance dans le temps.

Quant au personnage de l'extrême gauche, on le désigne quelquefois comme un saint Antoine ; c'est tout simplement le moine ou l'ermite qui, sur la rive du fleuve, de la porte de sa petite chapelle, guide le passager une lanterne ou une clochette en main *, et ce personnage nous le retrouvons également dans tous les tableaux flamands où celte scène est représentée. Sa chapelle se compose ici d'un petit édicule en forme de dôme, orné de chapiteaux composites, et couronné de petits angelots nus qui tiennent des guirlandes ; c'est l'exemple d'un de ces motifs accessoires à la mode italienne qui s'étaient glissés dans la miniature française avec Jean Fouquet, qui pénètrent en Flandre un peu plus tard avec Quentin Metsys, sans altérer du reste le style fondamental de l'un ou de l'autre artiste. On peut même remarquer que le petit édicule en question est plus proche de la façon dont les Flamands interprètent le style de la renaissance italienne que de la manière un peu plus régulière, même à l'origine, de nos compatriotes.

Note : Nous ne voyons pas ce qui peut représenter pour l'abbé Bossebœuf, au-dessus de l'oratoire de l'ermite, « la reine de Candie ». Quant au petit animal qui disparaît dans un trou, ce n'est ni le « compagnon de saint Antoine », ni le « rat des champs », c'est un accessoire pittoresque et naturaliste ajouté là par l'artiste pour compléter son tableau."


Élaboration de la légende (Vita) de saint Hubert. Synthèse  chronologique.

Le but de cette synthèse est de montrer que si le lien de saint Hubert avec la chasse et les chasseurs, ainsi que les pouvoirs de l'étole miraculeuse contre la rage  sont  établis dès le XIe  siècle, les éléments qui figurent sur le linteau (rencontre du cerf crucifère, couleur blanche du cerf) n'apparurent que progressivement dans la légende du saint durant le XVe siècle par contagion de la légende de saint Eustache, et que la première compilation de la Légende de saint Hubert en langue profane (en français) a été  rédigée en 1459 à Bruges par Hubert Le Prouvost, le manuscrit lui-même étant daté de 1470-1480 : lors du choix du décor d'Amboise réalisé en 1495, ce texte était extrêmement récent.

— VIIe siècle : Hubert, comte du palais en Aquitaine sous le roi Théodoric, devient le disciple de saint Lambert,à Maestricht puis le premier évêque et saint patron de Liège.

— 743 : première translation des restes du saint à Ambra (Andain)

— vers 743-750, le Vita I ( Vita sancti Hugberti ) (numérotation des Vita d'après les Bollandistes et le père de Smedt, 1887)

— En 817, à Andage, au cœur de la forêt d'Ardenne (actuellement dans la Province du Luxembourg en Belgique), une abbaye bénédictine est crée à l'initiative de l'évêque de Liège Walcaud . En 825, Andage changea de nom à l'occasion de la translation de la dépouille de saint Hubert de Liège à cette abbaye qui devient l'abbaye Saint-Pierre-Saint-Paul de Saint-Hubert.

— 825 : translation des reliques du saint de Liège à Andage

— Vers 825 le Vita Huberti II par Jonas évèque d'Orléans. qui fut chargé, par l'évêque Walcaud, de remanier le style littéraire du premier récit, sans modifier le fond. BnF, Manuscrits, Latin 5609 fol. 2v-3 http://expositions.bnf.fr/carolingiens/grand/046.htm

— Avant 850 le Premier livre des Miracles Miracula S. Huberti. Description de huit miracles.

— Le culte de saint Hubert, fêté le 3 novembre, se développe, autour du tombeau du saint à l'abbaye de Saint-Hubert.

— À partir du Xe siècle au moins les moines se font un nom en développant et dressant une race particulière de chiens de chasse à l’odorat singulièrement développé. Outre la chasse, les robustes et endurants chiens de Saint-Hubert étaient utilisés pour la recherche de voyageurs perdus dans la forêt. Annuellement l’abbaye en offrait trois paires avec 3 couples d'oiseaux de proie ou de parc au roi de France. 

— vers 1050 récit du chanoine Anselme, doyen de Saint-Lambert.

– Le moine Lambert le jeune rédige la Chronique de Saint Hubert, dite Cantatorium. Mention du pouvoir de saint Hubert contre la rage :« A cause de ses mérites devant Dieu, le saint jouit en effet du privilège souvent éprouvé d’arracher à une mort certaine les personnes mordues par un chien, par un loup ou par tout autre animal enragé, lorsqu’accourant au lieu de sa sépulture, elles y sont taillées et qu’elles se conforment aux prescriptions qui accompagnent la taille. » (de Robaulx de Soumoy, Cantatorium, §28, page 51). « Un fermier du village de Luchy, prés de Saint-Hubert, ayant été mordu par un loup enragé, et se sentant en danger de mort, eut recours à saint Hubert. Après qu'on lui eut introduit dans le front, selon la coutume, une parcelle de la sainte étole et qu'on lui eut dicté les prescriptions à observer, cet homme retourna chez lui et obtint une parfaite guérison » (Deuxième Livre des Miracles)

AncreAncre — vers 1090 Deuxième Livre des Miracles ou Miracula S. Huberti par un moine proche de Lambert le jeune, qui porte à une trentaine le nombre des prodiges attribués à l'intercession du saint. Il y est question de la dévotion de saint Hubert par les chasseurs, de la guérison de la rage , et de la pratique de la par saint Hubert lui-même : « C'était une ancienne coutume, chez les grands de l'Ardenne d'offrir tous les ans à saint Hubert les prémices ainsi que la dîme de leur chasse, et tous ceux qui se livrent à cet exercice le font sous leur patronage ». « Ce saint, avant de changer l'habit du siècle contre celui d'une vocation plus haute, avait été lui-même amateur de cet exercice ».

— Après 1343 : le Vita III, extrait de la Vita Sancti Lamberti du chanoine Nicolas, prévôt de Saint-Denis. Il rapporte que saint Hubert fut sacré à Rome par le pape Sergius, miraculeusement averti de la mort de saint Lambert.

AncreAncre — Fin du XIVe siècle Jean d'Outremeuse (Vita VI).

— XVe siècle le Vita IV : première mention de la rencontre du cerf crucifère, par fusion du récit de la conversion de saint Eustache, dont la fête tombait, également, le 2 ou le 3 novembre. Mention du fait que l'étole miraculeuse a été tissé par la Vierge elle-même.

— XVe siècle, le Vita V (développement du précédent). L'auteur reprend le récit de la rencontre du cerf, mais la situe au diocèse de Tongres un Vendredi Saint et rapporte un long dialogue entre le Christ en croix et Hubert. Il se convertit et distribue ses biens aux pauvres.

— v. 1459-1463 et 1470-1480 :    Hubert Le Prouvost Vie de saint Hubert,  auquel je consacre un paragraphe distinct infra.

— 1520 : La Vie de monseigneur sainct Hubert d'Ardeine. Paris (vers 152o), in-8. 

— 1526 le Vita VI et VII, compilations d'Adolphe Happart, moine de Saint-Hubert. Première mention du « répit », attouchement du front contre la rage.

.

 

.

.

Vu l'importance dans l'analyse du linteau du texte de Hubert le Prouvost, je lui consacre une étude plus approfondie :

 Hubert Le Prouvost ou Le Prévost, Vie de saint Hubert, 1459-1463

Selon le site http://expositions.bnf.fr/flamands/grand/fla_218.htm,

"La Vie de saint Hubert est un texte compilé par Hubert le Prévost, originaire de Lille. Le prologue précise qu’il a, par dévotion pour son saint patron, collecté en 1459 des documents relatifs à la vie du saint en divers endroits : Saint-Hubert en Ardenne, Tirlemont, Bruxelles et Bruges (f. 2). Le prologue signale aussi qu’il fit traduire la légende du latin en français.
Parmi les quatre manuscrits dont l’existence est attestée, deux sont aujourd’hui perdus : l’exemplaire de l’auteur et un autre, richement illustré, qu’il donna à l’abbaye de Saint-Hubert et qui seul mentionnait Colard Mansion comme traducteur. Les deux exemplaires illustrés qui subsistent ont appartenu aux deux plus grands bibliophiles de l’ère bourguignonne. L’un fut commandité en 1463 par Philippe le Bon à David Aubert et illustré par Loyset Liédet de treize miniatures (La Haye, KB, ms. 76 F 10). L’autre fut réalisé quelques années plus tard pour Louis de Gruuthuse qui confia l’illustration au Maître de Marguerite d’York, l’un des principaux artistes ayant travaillé pour le seigneur brugeois. Ce volume, présenté ici [Bnf Ms fr. 424], s’ouvre par une exceptionnelle scène de présentation où Louis de Bruges, portant le collier de la Toison d’or, est accompagné de sa femme Marguerite de Borselen et de leurs enfants (f. 1). L’auteur lui offre son ouvrage dont le contenu est explicitement évoqué dans une saynète peinte à l’arrière-plan montrant saint Hubert en prière devant la vision du cerf. 
Cette scène de conversion est l’image la plus répandue de la légende du saint. Elle est amplement mise en valeur dans la miniature suivante (f. 9). Descendu de sa monture, le jeune seigneur, agenouillé au centre de l’image, est en adoration devant le cerf de couleur blanche qu’il poursuivait un instant auparavant. Une croix portant le Crucifié, dressée entre les bois de l’animal, envoie un faisceau de rayons dorés vers Hubert, converti par cette vision miraculeuse et déjà auréolé. Le cheval et les chiens restent indifférents à la scène. 
Le cycle des miniatures relate d’autres épisodes de la Vita : l’apparition de l’ange au pape Serge pour lui remettre le bâton pastoral de saint Lambert auquel succédera Hubert (f. 14), l’ange apportant l’étole pour la consécration (f. 16 v), le miracle de la guérison de possédés (f. 26), la mort de saint Hubert (f. 43), l’exhumation de son corps en présence de Charlemagne (f. 49), la translation de la châsse (f. 55 vo), l’adoration des reliques et la guérison des malades à l’aide d’une fibre de l’étole posée sur leur front (f. 60). Le choix des scènes reflète parfaitement le culte et la dévotion envers l’un des principaux évêques de Liège. Les hauts lieux de son culte (l’abbaye de Saint-Hubert, Liège ou Tervuren) conservent des témoignages d’une large et intense vénération du saint, devenu le patron populaire des chasseurs et qui prémunit de la rage. 
Les armoiries du commanditaire [Louis de Gruuthuse] étaient peintes dans l’initiale de la page frontispice (f. 1). Elles ont été grattées et remplacées au moment de l’arrivée de la collection brugeoise dans celle du roi de France, Louis XII. Seules quelques traces du collier de la Toison d’or subsistent."

 

 

Il existe donc deux manuscrits de cette Vie de saint Hubert datant du milieu du XVe siècle  : Un premier manuscrit est possédé par la Bnf sous la cote ms. fr. 424 , ancien 7025 et a été publié et annoté par  par Edouard Fétis en 1846, puis  par Ferdinand Carel de Rooy en 1958. Il a été écrit à Bruges en 1459 par Hubert le Prouvost pour Louis de Bruges, seigneur de  Gruuthuse ou de Gruthuyse. L’ouvrage comporte  neuf miniatures . Ces dernières  sont attribuées au  Maître de Marguerite d'York  en collaboration avec Philippe de Mazerolles, deux enlumineurs de Bruges. Le Maître de Marguerite de York, nommé ainsi en raison d' un livre de dévotion qu'il a décoré pour Marguerite d'York, épouse du duc Charles le Téméraire,  a  travaillé en réalité beaucoup plus pour le seigneur Louis de Gruuthuse pour qui il a peint une quinzaine de manuscrits. et dont il réalisa à cinq reprises son portrait ou celui de sa famille. Un autre historien de l'art, Ottokar Smital, a pu le nommer "Maître de Louis de Bruges".

 C'est un volume in folio parvo de 74 feuillets, sur vélin, à lignes longues (24 lignes par pages entières), écrit en anciennes grosses bâtardes, avec 9 miniatures de 135 sur 117 mm, vignettes et initiales, relié en maroquin rouge aux armes de France. Il vient de la bibliothèque de Louis de Bruges, seigneur de Gruthuyse. Dans son prologue, Hubert Le Prouvost donne la date de 1459 pour la rédaction du texte, mais la première miniature représente l'auteur remettant son manuscrit à Louis de Bruges encore jeune, mais portant le collier de la Toison d'Or, qu'il a reçu dans un chapitre que tint Philippe Le Bon à St-Omer en 1461.  

En voici le prologue :

folio 1v : Comme ainsi que dit lappostre nous nayons icy nulle cite permanable mais en querons une autre auvenir cest a scavoir la supernele en laquelle le roy des Roys est seigneur des seignourissans dieu tout puissant reside en cayere glorieusement...[...]

folio 2v : Par cette consideration doncques un Hubert le prouuost en lan mil cccc lix ayant en monseigneur sainct Hubert son especial parein et intercesseur tres singuliere deuotion et desirant en ses sainctes oeuures et doctrines par example et amendement de vie prouffiter et obtenir grace enuers notre seigneur a ses jours passez a lonneur de lui aussi adfin quil soit par ses merites a lui plus enclin prins et mis paire diligence de trouuer sa legende et apres pluseurs parquisions il a trouue une partie delle et la moindre ou monastere ou quil son sainct coprs gist et repose en Ardenne une autre partie a Thielemont une autre a Bruxelles et une autre en ceste ville de Bruges.

.

Gallica propose la consultation numérique de ce manuscrit...en noir et blanc ; Mandragore donne accès aux images en couleurs.

– Bnf fr.424 folio 1 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90591262/f3.image

– Bnf fr.424 folio 9 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90591262/f11.image

– Bnf fr.424 folio 14 :  l’apparition de l’ange au pape Serge pour lui remettre le bâton pastoral de saint Lambert auquel succédera Hubert ; http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90591262/f16.image

– Bnf fr.424 folio 16 l’ange apportant l’étole pour la consécration (f. 16 v)  : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90591262/f19.image

– Bnf fr.424 folio 26 :  le miracle de la guérison de possédés

– Bnf fr.424 folio 43 :  la mort de saint Hubert (f. 43),

– Bnf fr.424 folio 49 : l’exhumation de son corps en présence de Charlemagne ou "Invention" de saint Hubert.

– Bnf fr.424 folio 55 : la translation de la châsse

– Bnf fr.424 folio 60 , l’adoration des reliques et la guérison des malades à l’aide d’une fibre de l’étole posée sur leur front .

 

 

 

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf fr.424 folio 1v.

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf fr.424 folio 1v.

.

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf fr.  424 folio 1v (détail).

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf fr. 424 folio 1v (détail).

. Bnf fr. 424 Folio 9v : saint Hubert face au cerf crucifère.

.

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf  424 folio 14v fr.

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf 424 folio 14v fr.

.

 

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf 424 fr.  folio 26.

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf 424 fr. folio 26.

.

 

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf fr. 424  folio 43.

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf fr. 424 folio 43.

.

 

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf  fr. 424 folio 49.

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf fr. 424 folio 49.

.

 

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf  fr. 424 folio 55.

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf fr. 424 folio 55.

.

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf fr. 424 folio 60

Hubert Le Prouvost , Vie de saint Hubert, Bnf fr. 424 folio 60

.

— Le second manuscrit du récit de Hubert Le Prouvost est conservé à la Bibliothèque royale (Koninklijke Bibliotheek) de la Haye, sous la cote Ms 76 F10, après avoir appartenu   au duc de Bourgogne Philippe le Bon. Le copiste en est David Aubert, copiste de Philippe le Bon, et les miniatures proviennent de l'atelier de Loyset Liédet , qui décéda à Bruges en 1479. Il est daté de 1463. Le miracle du cerf, le sacre à Rome et la guérison des meurtriers repentis de saint Lambert figurent aux enluminures des  folios  9r, 14r et 25v .

 

 

La question qui se pose est de savoir si Charles VIII et Anne de Bretagne, ou leur entourage, ont pu avoir connaissance de l'un de ces manuscrits, en l'ocurence le Ms fr. 424 puisqu'il rejoignit les collections royales de Louis XII.  Nous devons donc nous intéresser à son premier propriétaire Louis de Bruges.

.

Louis de Bruges (1422-1492), ou Lodewijk van  Gruuthuse  [ de la Gruthyuse] , prince de Stenhuyse, comte de Winchester. Mécène et diplomate flamand bibliophile.

 

  .

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64653116/f13.image

C'est après s'être enrichie dans le monopole du commerce de la ""gruut"", mélange d'herbes aromatiques entrant alors dans la composition de la bière, qu'une riche famille brugeoise, les Van Brugghe, prit le nom de ""seigneurs de Gruuthuse"" . Fils de Jean IV de Bruges, Louis de Bruges est devenu l'écuyer et l'échanson de Philippe le Bon et a suivi celui-ci à la cour de Bourgogne au contact des nobles et princes les plus distingués d'Europe. Lors de la Guerre du sel avec la ville de Gand, il a été nommé gouverneur de Bruges. Le 23 juiillet 1453, il a été annobli lors de la victoire de Gavere contre Gand. Puis il participa comme conseiller  à la préparation du mariage de Charles de Charolais (futur Charles le Téméraire) avec Marguerite d'York. Entre 1463 et 1477 il est stadtholter de la Haye, et gouverneur de Holande, de Zeelande et de Frise. Edouard IV le nomme comte de Wincester. Il devient le conseiller de Charles le Téméraire, puis de sa fille Marie.Ses dernières années sont assombries par un conflit avec Maximilien.

Son épouse se nomme Margaret van Borselen : http://expositions.bnf.fr/flamands/grand/fla_400.htm

C'est un bibliophile exceptionnel, le plus important de son époque après Philippe le Bon, et sa collection de 190 manuscrits illuminés par les meilleurs artistes flamands dépassait de deux fois celle de la couronne d'Angleterre.  Elle contenait notamment une copie des Chroniques de Froissart en quatre volumes richement illustrés, par Loiset Lyédet et par le Maître de Marguerite d'York, ces quatre volumes étant actuellement conservé à la Bnf français 2643 à 2646. Les premiers manuscrits ont été commandés vers 1460, et les derniers vers 1470-1480. Dès 1474, il favorise l'implantation à Bruges de l'imprimerie du libraire et traducteur Colard Mansion.

Son hôtel particulier, aujourd'hui transformé en musée, se visite  à Bruges.

En 1471, Jean de Bruges (143?-1512) fils de Louis, s'attacha (en même temps que Jacques de Halewyn, bailli de Bruges)  au service de Louis XI, puis à celui de Louis XII jusqu'à sa mort en 1512. Voir van Praet page 64. "Créé chevalier par Maximilien d'Autriche avant  la bataille de Guinegatte qui se donna le 7 août 1479, où il devint prisonnier des Français avec un grand nombre d'autres seigneurs flamands parmi lesquels Louis de Walewyn [Halewyn], qui avait épousé Jeanne de Ghistelles, fille de Jeanne de Gruthuyse, tante de Jean ; et Jacques de Halewyn, bailli de Bruges, oncle de Louis de Gruthuyse, père de Jean, qui y périt."

Cette parenté entre la famille de Gruthuyse et la famille de Halewyn m'intéresse puisque a)  Louis de Halewyn, seigneur de Piennes est le commanditaire vers 1500 d'un Livre d'Heures Huntington HM 1171 (où figure saint Christophe), et que b) il est le beau-père de Louis de Roncherolles, commanditaire d'une Chapelle Saint-Hubert, du vitrail de Beauvais associant saint Hubert et saint Christophe (cf. infra) et possesseur d'un Livre d'Heures où figurent saint Christophe et saint Hubert,  que c) son beau-père Jean de Ghistelles était grand-veneur de Flandres. La trajectoire de Louis de Halewyn est proche de celle de Jean de Bruges, puisqu' en 1474, Louis de Halewyn, alors qu'il était  chambellan et capitaine de cinquante lances au service de Charles le Téméraire,  fut  fait prisonnier à Saint-Omer par Louis XI, auquel il se rallie un peu plus tard. Le roi le prend alors comme chambellan, le fait capitaine de Montlhéry (1480). Il est ensuite proche de Charles VIII à qui il revend en 1495 son hôtel parisien d'Hercule de la rue des Charités-Saint-Denis.  « Avec son cousin d'Esquerdes, il rentre à la tête de l'armée française dans Gand en 1485, et protège la frontière nord du royaume, lors des guerres de Bretagne. Charles VIII lui donne le gouvernement de Béthune en 1486. En 1489 on le retrouve chargé de l'escorte du roi Charles VIII, qui se rend en pèlerinage à Embrun. Bien qu'il soit nommé en 1492 gouverneur de Béthune, il est souvent à la cour où le roi le charge de quelques missions diplomatiques telle, cette même année, celle où il conduit au roi les ambassadeurs milanais, venus demander l'alliance de la France contre le roi de Naples ; c'est le début des guerres d'Italie. En 1494, il accompagna le roi Charles VIII à son voyage de Naples, et à la bataille de Fornoue , il fut un des six chevaliers que le roi choisit pour combattre auprès de sa personne, revêtus d’habits semblables aux siens. Le 10 octobre 1496 il est nommé gouverneur des villes de Péronne, Roye et Montdidier. » D. Barbier. Il  fut chevalier de l'Ordre de Saint-Michel (1495), Maître des cérémonies lors du couronnement de Charles VIII à Naples (22 février 1495), et aux obsèques de Charles VIII, il tient  avec trois autres chambellans,  le drap d'or au-dessus du cercueil du roi. Louis XII le fait gouverneur et Lieutenant-général de Picardie.

En résumé, ces éléments rendent possible la transmission du contenu et des enluminures de la Légende de saint Hubert  rédigé par Hubert le Prouvost, de Louis de Gruthuyse à son fils Jean de Gruthuyse puis, directement, au roi Charles VIII ou à son entourage ; ou bien, indirectement, par Louis de Halewyn, oncle de Jean de Gruthuyse et proche du roi. 

Une autre possibilité est que les sculpteurs flamands aient trouvé eux-mêmes à Bruges la source de leur inspiration et en aient proposé le thème lorsque la décoration de la chapelle du château d'Amboise leur fut confiée.

 

 

 

Iconographie : 

Les exemples retrouvés ne permettent pas de préciser une source éventuelle pour le linteau de la chapelle, d'autant que la datation des ouvrages est parfois imprécise (avant ou après la rédaction du manuscrit d'Hubert le Prouvost ?), mais on peut remarquer un regroupement autour de la fin du XVe et du début du XVe siècle, ainsi qu'un lien avec Bruges (Arsenal Ms 639) ou de l'entourage d'Anne de Bretagne.

Le thème de la chasse miraculeuse suivie du pèlerinage et du sacre à Rome est développé dans un des vitraux (1510) de l’église bourguignonne de Saint-Bris-le-Vineux (Yonne). Voir  aussi sur le site ndoduc les vitraux de la Baie 8 de la cathédrale de Paris, et de  la baie 20 de l'église Saint-Pierre de Monfort-Lamaury, 

Dans les Livres d'Heures :

a) Livre d'Heures du Maître-aux-fleurs Arsenal ms 638-639,  sans-doute pour un commanditaire breton ( le calendrier contient 14 saints bretons) : L'illustrateur est actif à Bruges à la fin du XVe siècle. Dans le ms 639 on trouve, après les oraisons aux deux saints Jean et à Pierre et Paul, les suffrages  à neuf saints et saintes dont l'intercession est jugée particulièrement précieuse : ce sont saint Christophe folio 103v / saint Antoine folio 105r  / Saint Hubert folio 106r, saint Georges, saint Fiacre, sainte Catherine, sainte Barbe, sainte Madeleine et sainte Marguerite, sur laquelle s'achève le volume. On remarque donc la place prédominante de saint Christophe et de saint Hubert, dans ce Livre illustré à Bruges à la même époque que le linteau d'Amboise lui-même dû à des artistes flamands.

L'enluminure possède des points communs avec le linteau, mais le jeune seigneur Hubert porte un chaperon, une tunique au col et aux manches fourrées, sans les manches larges d'Amboise, il tient dans ses deux mains un objet mauve qui est peut-être son bonnet (mais le port d'un chaperon est contradictoire), et l'ange est absent.

 

 Arsenal 638 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55008559f

Arsenal 639 : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ead.html?id=FRBNFEAD000079847

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55008564m/f210.image

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55008564m/f215.image

http://blog.pecia.fr/post/2011/03/10/Les-Heures-du-%22Ma%C3%AEtre-des-Fleurs%22-%3A-un-commenditaire-breton

.

.

b) Livre d'Heures de la Bibliothèque d'Amiens Ms 0200 folio 159v  au début du suffrage de saint Hubert (vers 1460) :

.

 

.

c) Bibliothèque d'Amiens Ms 206 Livre d’Heures selon l’usage de Sainte-Waudru de Mons entre 1474 et 1501.

 

.

— d) Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne (1503-1508), folio 191v. Ce  livre d'heures, commandé par la reine Anne de Bretagne à l'enlumineur Jean Bourdichon, dans les premières années du xvie siècle   est conservé au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France à la cote Ms lat. 9474.  Les chiens de l'enluminure sont assez comparables à ceux du linteau d'Amboise. Autre détail similaire,  la trompe de chasse est également octogonale. 

http://gallicalabs.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52500984v/f391.item.zoom., 

Traduction de l'oraison latine page 361 https://books.google.fr/books?id=1xZKAAAAcAAJ&pg=PA334&lpg=PA334&dq=%22saint+christophe%22+%22anne+de+bretagne%22&source=bl&ots=BXnLrj2a4V&sig=YJI5U26YtZDe8ng-HK5X8qgVwbo&hl=fr&sa=X&ved=0CG8Q6AEwDmoVChMI3PP4kcOzxwIVhDwUCh3Drg43#v=onepage&q=%22saint%20christophe%22%20%22anne%20de%20bretagne%22&f=false

.

.

 

.

L'enluminure de la Vision de saint Hubert est aussi présente dans un autre livre de prières d'Anne de Bretagne :

Livre de prière d'Anne de Bretagne, Pierpont Morgan Library, New-York, Ms M.50 folio 29, enluminure de Jean Proyer, actif à Tours. L'intérêt de ce manuscrit est que sa datation (1492-1495) précède celle du linteau et témoigne que la dévotion à saint Hubert était déjà présente dans l'entourage religieux de la reine. Ce livre de prières a été commandé par Anne de Bretagne, pour l'éducation chrétienne de son fils, le dauphin Charles-Orland (1492-1495) en guise de cathéchisme. La Vision de saint Hubert est l'une des dernières enluminures, et la dernière des invocations des saints et saintes, ce qui lui donne une place singulière. La prière est la même que celle du Grand Livre d'Heures, et son texte confirme que le saint est invoqué spécifiquement contre la rage : pestifera rabie.

O quam magnificandus et domine  deus omnium creator fortis et iustus et misericors qui solus rex bonus sanctificasti confessorem tuum electum hubertum custodi populum tuum a pestifera rabie ut sciant gentes quia tu es deus noster.

(Dans le Grand Livre d'Heures : -- qui magnificandus et : domine deus omnium creator : fortis iustus et misericors. qui sanctificatsti confessorem tuum hubertum custodi populum tuum a pestifera rabie : ut sciant gentes quia tu es deus noster.)

 

 

http://www.themorgan.org/collection/prayer-book-of-anne-de-bretagne/25

Conversion de saint Hubert, Portail de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

Conversion de saint Hubert, Portail de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

Mon attention a été un moment attiré sur l'intérêt du vitrail de la cathédrale d'Angers représentant côte à côte saint Christophe et saint Eustache (l'alter ego de saint Hubert). Néanmoins, la scène représentée n'est pas la rencontre de saint Eustache avec le cerf crucifère, mais celle du franchissement d'une rivière.

Comme dans diverses autres œuvres étudiées, saint Christophe est ici caractérisé par sa grande taille (comparer avec celle de l'ermite), sa barbe, son bandeau retenant de longs cheveux bouclés, son bâton refleuri (attesté dans les documents d'archive), ses pieds et jambes nues, et la torsion de son corps dont l'axe des jambes est dirigé vers la gauche alors que sa tête est tournée en arrière (vers la droite) et en haut pour dévisager l'enfant qu'il a accepté de transporter. Tout aussi traditionnellement, l'Enfant est représenté de face, bénissant de la  main droite et portant le globe crucifère (dont la croix est aujourd'hui détruite) de la main gauche ; c'est le Sauveur du Monde.C'est encore selon les conventions iconographiques que le manteau de Christophe et celui du Christ sont emportés par un élan dynamique vers la droite. Les détails plus spécifiques sont l'élégante tunique s'arrétant au dessus du genou et laissant apparaîte, aux poignets, des manches bouffantes, ainsi que les chausses nouées sous le genou par une fine aiguillette rappelant un détail analogue de la peinture murale de la cathédrale de Séville.

Tout aussi classique est la présence de l'ermite qui, sur la rive, guide le géant en élevant une lanterne. Celle-ci a aujourd'hui disparue, mais la posture des deux mains est parfaitement cohérente avec son existence initiale. Cet ermite est abrité ici, derrière sa palissade en osier, dans un ermitage qui tient à la fois de la tour ou de la porte d'enceinte d'une ville, ou d'une gloriette coiffée d'un campanile inattendu. Aux coins de la muraille, deux animaux présentent des blasons lisses, alors que trois trois garçonnets potelés aux visages plus simiesques qu'angéliques supportent une guirlande. Tout aussi composite est la "montagne" sur lequel est érigé cet édifice, puisqu'il s'agit d'une rocaille évoquant les grottes qui seront à la mode un peu plus tard dans les jardins. Outre des fleurs et des racines, un lézard et, peut-être, une tête de serpent, on y voit un terrier dans lequel s'engage un animal à longue queue que j'identifie comme un renard (la queue du blaireau est beaucoup plus courte).

Dernier détail cocasse, un escalier à sept degrés donne un accès commode vers le saint homme.

 

Saint Christophe portant l'Enfant Sauveur du Monde, Portail de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

Saint Christophe portant l'Enfant Sauveur du Monde, Portail de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

.

 

Saint Christophe portant l'Enfant Sauveur du Monde, Portail de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

Saint Christophe portant l'Enfant Sauveur du Monde, Portail de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

.

Dans les Grandes Heures d'Anne de Bretagne, saint Christophe apparaît au folio 171v parmi les Saints Martyrs. Mais nous sommes loin du modèle amboisien.

.

 

 

 

 

.

Saint Christophe est aussi présent dans le Livre de prière de Claude de France, fille d'Anne de Bretagne : (Pierpont Morgan Library, New-York, Ms M 1166 folio 32v), qui date de 1517. On trouve la Vision de saint Hubert représenté quelques pages plus loin.

http://www.quaternio.ch/fr/le-livre-de-prieres-de-claude-de-france

.

IV.  DISCUSSION : LES RAISONS DU CHOIX DU MOTIF DU LINTEAU.

Nous ne disposons d'aucun témoignage et d'aucun document permettant de savoir ce qui a conduit à placer les scènes de la Vision de saint Hubert et de la traversée du gué par saint Christophe à la place principale de la chapelle du roi du château d'Amboise. On peut donner libre cours aux suppositions.

a) Une filiation avec l'ancienne dénomination de Chapelle Saint-Blaise, Blaise étant invoqué contre les maladies des animaux et étant lié, en Bretagne, avec le loup ?

b) Recherche d'une protection contre les périls extrêmes, ceux de la rage et des dangers de la chasse (saint Hubert), et ceux des voyages, pélerinages, croisades, passages de gué et de pont (saint Christophe ) ? Saint Christophe est toujours représenté sur les seuils et points d'entrée des églises, afin de conférer sa protection lors du passage entre le monde naturel et le monde spirituel. Le passage sous le linteau peut avoir un rôle apotropaïque, et le caractère superstitieux de la pratique religieuse d'Anne de Bretagne est bien connu.

c) Influence des aumoniers et du confesseur de la reine, influence qui se devine aussi dans le choix des oraisons, suffrages et enluminures du Grand Livre d'Heures d'Anne de Bretagne et du surtout du Petit livre de prières d'Anne de Bretagne (réalisé avant 1495) ainsi que du Livre de prière de sa fille Claude de France, où saint Hubert est invoqué contre la rage.

d) Choix proposé par les sculpteurs flamands Pierre Minart, Casin d'Utrecht et Cornille de Nesve 

(un homonyme Cornille de Neve est attesté à Bruges en 1635), qui auraient pu prendre connaissance à Bruges, ou à la cour de Philippe le Bon, ou auprès de David Aubert ou de Loyset Liédet de la Légende de saint Hubert, et de l'enluminure du manuscrit de Hubert Le Prouvost.

e) Un motif plus spirituel peut être évoqué : les deux scènes représentent, comme je l'ai montré dans mon étude du vitrail de Roncherolles, deux scènes de conversion par un face à face bouleversant avec le visage du Christ. La dévote Anne de Bretagne chercherait ainsi à lutter contre l'impiété des seigneurs de son temps. Cette hypothèse, que rien ne vient appuyer (il faudrait étudier les sermons contemporains) peut se coupler avec celle d'un motif plus politique. Ces deux scènes de conversion d'un noble chasseur impie (Hubert) et d'un géant mercenaire païen (Christophe) peuvent participer d'une politique royale cherchant à établir un "savoir-vivre curial" (Sylvain Chaumet), à lutter contre les mœurs grossières et violentes de la noblesse, selon les nouveaux idéaux de raffinement et d'esprit que Castiglione illustrera dans son Livre du Courtisan. En d'autres termes, le pouvoir royal s'appuyerait sur une hagiographie que le Concile de Trente réprouvera bientôt pour s'assurer le monopole de la violence.

f) une influence directe de Louis de Gruuthuse ou de Louis de Halewyn qui aurait fait connaître à Charles VIII (dont la passion pour la chasse est attestée) lors du Voyage à Naples la Légende de saint Hubert récemment écrite en français.

 

V. "SAINT ANTOINE" ; UNE ERREUR BÊTE ET TENACE D'INTERPRÉTATION DU LINTEAU. 

 

Dans la remarquable Notice de visite distribuée au visiteur du château, on lit : "Sur le linteau extérieur au dessus de la porte de la chapelle : St-Antoine (sic) d'Alexandrie en ermite ; St-Christophe (sic) portant l'Enfant-Jésus, conversion de St-Hubert (sic) (fin XVème siècle)".

La guide, tout aussi remarquable, qui nous faisait profiter de son érudition lors de ma visite m'expliqua ensuite qu'effectivement, c'est ainsi que le linteau était interprété, en s'appuyant sur les descriptions des savants du XIXe siècle. Au lieu de se désolidariser de ces illustres prédécesseurs, elle fit observer que l'ermite était identifié par son cochon, dont on sait qu'il est, avec le bâton en tau et la cloche, l'un des attributs de saint Antoine. "On n'en  voit que l' arrière-train, mais les deux jambons ne laissent aucun doute !" Je rétorquais en m'étonnant que ce "cochon" ait une longue queue velue et fournie. "C'est un cochon, mais avec une queue un peu raide" me répondit-elle, peut-être avec une pointe d'humour.  J'appris ainsi que, jadis, les porcs vivaient dans des terriers.

Je me dépêchais de consulter les bons auteurs, et, en effet, je vis que tant Adolphe Joanne en 1899  (Itinéraire général de la France: la Loire , page 33 ) que Louis de Fourcaud en 1892 identifiaient ici l'anachoréte Antoine le Grand, fondateur de l'érémitisme chrétien. Dès 1840, un auteur, membre de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire remarque ici dans les volumes 20 et 21 des Annales de cette Société " l'ermite saint Antoine et son inséparable compagnon".

Comme je l'ai rapporté, c'est Louis-Augustin Bossebœuf qui donna ses lettres de noblesse à cette thèse  en décrivant  " puis saint Antoine au désert avec, à la partie supérieure, la reine de Candie; mais il s'agit ici d'un désert d'un genre tout particulier : le solitaire se montre sous un charmant édicule Renaissance, édifié sur un rocher dans lequel l'inséparable compagnon de l'ermite trouve un abri."

La perle de l'identification d'une "reine de Candie" n'a pas été transmise au XXI siècle. Vous chercherez en vain (hormis dans la Revue de l'Anjou de 1889 qui décrit "saint Philippe baptisant l'eunuque de la reine de Candie", un lapsus pour Candace, reine d'Ethiopie) sous ce nom un autre personnage que celui dont parle Plutarque : 'Adda, reine de Candie, ayant obtenu la protection de ce prince contre Orondonbate, seigneur persan, crut pouvoir lui marquer sa reconnoissance en lui envoyant toutes sortes de mets exquis, & les meilleurs cuisiniers qu'elle put trouver; mais Alexandre lui renvoya le tout, & lui répondit qu'il n'avoit aucun besoin de ces mets si délicats, & que Léonidas son gouverneur lui avoit autrefois donné de meilleurs cuisiniers que tous ceux de l'univers, en lui apprenant que pour dîner avec plaisir il falloit se lever matin & prendre de l'exercice; & que pour souper avec plaisir, il falloit dîner sobrement."

Il est évident, pour celui qui connaît la figure de saint Christophe, qu'il est accompagné d'un ermite présentant le fanal de la foi , et que celui-ci se retrouve sur chaque enluminure, chaque peinture, chaque vitrail et chaque texte décrivant le géant portant le Christ. Il est évident par conséquent qu'il ne s'agit pas, à Amboise, de saint Antoine, même si ce dernier est son voisin dans le retable de San Benito de Calatrava ou dans les Grandes Heures d'Anne de Bretagne. Me sentant un peu seul devant cette conjuration des Antonins (Charles Urseau 1912 ; Marcel Montmarché 1917 ; La Vie du rail 1952 ; Sylvain Knecht 1961 ; Guy Monrosty 1991 ),  je reçus le coup de grâce lorsque je lus sous la plume de Gustave Flaubert, grand pourchasseur de la Bêtise, les lignes suivantes :

Ancre

  " La chapelle : délicieuse, ouvrage de fouillure de ciselé, d’élégance,et dont le style fait  penser aux fraises à laMédicis à cause de ses broderies, de ses boutons et de ses découpures. —Sur la porte un saint Hubert descendu de cheval, à genoux ; un ange vient mettre une  couronne sur son bonnet, le saint est agenouillé devant le cerf qui porte un crucifix entre ses  cornes ;  les chiens sont à côté et jappent ; un serpent rampe sur une montagne où l’on aperçoit des  cristaux, on voit sa tête plate de vipère au pied des arbres, l’arbre dévot, théologique des bibles, petit et sec de feuillage, mais large de branches. 

 

Saint Christophe porte Jésus ; saint Antoine est dans sa cellule, son cochon rentre, on ne lui  voit  que le derrière, cela fait parallèle à un autre animal (lièvre ?) dont la tête sort. "  Voyage en Bretagne : Par les champs et par les grèves, page 33.

 

 

 

 

Mais je fus réconforté par Paul Vitry :

"Diverses scènes sont juxtaposées dans ce bas-relief suivant une habitude encore fréquente ; mais il faut en remarquer surtout l'aspect de tableau un peu encombré et manquant d'air, la composition d'un pittoresque voulu, avec des accessoires multiples ingénieusement disposés pour remplir tout le champ. La sculpture très profondément fouillée, presque en ronde bosse pour les personnages principaux, rappelle absolument celle des retables flamands. Tout le paysage conventionnel, avec sa forêt formée de petits arbres en raccourci perchés sur de gros rocs conventionnels, nous paraît un souvenir évident de compositions du même genre, exécutées en bois par les huchiers flamands. Les types sont trapus, les figures un peu lourdes et vulgaires, d'un réalisme minutieux : l'équipement du saint Hubert notamment, et le harnachement de son cheval, sont détaillés avec amour; le cerf et les chiens sont d'un modelé vigoureux et précis.

A gauche enfin, le saint Christophe barbu, les cheveux ceints d'un ruban, appuyé sur un long bâton, avec un manteau dont un pan flotte au vent derrière lui, la tête brusquement relevée vers l'Enfant Dieu qu'il porte sur ses épaules, nous offre un type que les peintres, les graveurs et les imagiers flamands ont répété à satiété, exactement dans les mêmes formules ; à Anvers surtout, saint Christophe était le patron des mariniers et des porteurs de tourbe ; et l'on y rencontre encore des séries de bois reproduisant le même type avec de plus en plus de fantaisie, d'allure dramatique et cavalière ; le manteau est de plus en plus cassé et voltigeant, la pose de plus en plus contournée, à mesure que l'on avance dans le temps.

Quant au personnage de l'extrême gauche, on le désigne quelquefois comme un saint Antoine ; c'est tout simplement le moine ou l'ermite qui, sur la rive du fleuve, de la porte de sa petite chapelle, guide le passager une lanterne ou une clochette en main *, et ce personnage nous le retrouvons également dans tous les tableaux flamands où celte scène est représentée. Sa chapelle se compose ici d'un petit édicule en forme de dôme, orné de chapiteaux composites, et couronné de petits angelots nus qui tiennent des guirlandes ; c'est l'exemple d'un de ces motifs accessoires à la mode italienne qui s'étaient glissés dans la miniature française avec Jean Fouquet, qui pénètrent en Flandre un peu plus tard avec Quentin Metsys, sans altérer du reste le style fondamental de l'un ou de l'autre artiste. On peut même remarquer que le petit édicule en question est plus proche de la façon dont les Flamands interprètent le style de la renaissance italienne que de la manière un peu plus régulière, même à l'origine, de nos compatriotes.

Note : Nous ne voyons pas ce qui peut représenter pour l'abbé Bossebœuf, au-dessus de l'oratoire de l'ermite, « la reine de Candie ». Quant au petit animal qui disparaît dans un trou, ce n'est ni le « compagnon de saint Antoine », ni le « rat des champs », c'est un accessoire pittoresque et naturaliste ajouté là par l'artiste pour compléter son tableau."

 

.

L'ermite guidant saint Christophe de sa lanterne (détruite), Portail de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

L'ermite guidant saint Christophe de sa lanterne (détruite), Portail de la Chapelle Royale, château d'Amboise, photo lavieb-aile.

.

VI. HYPOTHÈSE : LE LINTEAU DE LA CHAPELLE D'AMBOISE (1496), SOURCE DU VITRAIL DE RONCHEROLLES A BEAUVAIS (1522) ?

 

 .

Louis de Roncherolles (décédé en 1538) a fait réaliser en la cathédrale de Beauvais par Engrand Leprince un vitrail  qui le représente en donateur avec son épouse, sous une représentation de saint Hubert face au cerf crucifère, à gauche d'une Crucifixion centrale, et de saint Christophe portant l'Enfant, à droite. Ce vitrail est daté de 1522. 


 

L'association dans une même œuvre de la figure de saint Hubert et de celle de saint Christophe est suffisament rare (je n'ai pas pu en découvrir d'autres exemples) pour s'interroger si le linteau d'Amboise a pu servir de modèle au vitrail de Beauvais. Bien-entendu, nous ne trouverons pas de réponse formelle à cette interrogation, mais un faisceau de présomptions. Le réseau de liens qui se dégagera, sans permettre de conclure, viendra enrichir notre connaissance.

a) Nous pouvons commencer en remarquant que Pierre de Roncherolles, (-1503), le père de Louis, fut conseiller et chambellan de Louis XI et de Charles VIII ; il accompagna ce dernier dans son "voyage" à Naples en 1494, et combattit à la bataille de Fornoue le 6 juillet 1495. On peut noter que cette bataille se déroula sur les rive du Taro à un endroit guéable, et que ce moment dangereux de traversée d'un gué incitait à invoquer saint Christophe. [Mais l'hypothése est affaiblie par le fait que l'armée française longeait la rive du Taro, passant à découvert devant les troupes de la Ligue rangées sur la rive opposée, et que ce sont ces dernières, menées par François de Gonzague au centre, et de Fortebraccio à l'arrière-garde, qui franchirent le gué et furent reçues par l'arrière-garde française de La Trémoille renforcée par l'élite entourant le roi.]

 Pierre de Roncherolles avait épousé Marguerite de Chatillon en 1452, et celle-ci lui apporta en dot la terre d'Ecouis, puis, à la mort de son beau-frère Artus, le titre de seigneur de Chatillon.

b) C'est alors le moment de rappeler que Louis de Halewyn, le beau-père de Louis de Roncherolles, fut également chambellan du roi, et qu'il accompagna le roi Charles VIII à son voyage de Naples. Son poste à la bataille de Fornoue est plus prestigieux que celui de Pierre de Roncherolles puisqu'il  fut un des six chevaliers que le roi choisit pour combattre auprès du roi, revêtus d’habits semblables aux siens. 

Pour tisser d'autres liens, signalons que le flamand Philippe de Commynes,  grand chroniqueur de Louis XI et Charles VIII, était présent aussi à la bataille de Fornoue, où il fut envoyé en pourparlers avant l'affrontement. Or les deux familles étaient apparentées (mariage de Jean II de Halewyn (décédé en 1473) avec  Jeanne de La Clyte, dame de Comines, décédée en 1512.

c) Rapprochons maintenant Louis d'Halewyn de Louis de la Gruthuyse, le commanditaire de la Vie de saint Hubert de Hubert le Prouvost : "Assiégé dans Saint-Omer dont il est le capitaine, Louis d'Halluin est fait prisonnier et connait les prisons de Louis XI comme son parent Louis de Bruges-la-Gruthuse. Comme lui, il se rallie à ce prince dont le grand talent était de séduire les sujets des princes ses rivaux . Le roi attira celui-ci à son service et fit son chambellan" (D. Barbier)

Ainsi, les liens sont établis entre Charles VIII,  Pierre de Roncherolles, les flamands de Bruges Louis d'Halewyn et Louis de la Gruthuyse, ,...et par ce dernier avec le manuscrit de la Légende de saint Hubert. 

d) Tous les biographes indiquent que Louis de Roncherolles fut "chambellan et conseiller du roi", sans indiquer quel souverain il servit. La validation de ces titres ne me paraît pas assurée avec autant de certitude que dans le cas de son père Pierre, et ce n'est pas sur sa biographie que nous pouvons nous appuyer dans notre recherche, mais sur ses œuvres, et sur son alliance avec  Françoise d'Halewyn, fille de Louis d'Halewyn.

– d1  Soit par une passion pour la chasse (plus tard, un comte de Roncherolles figure parmi les grands louvetiers normands), soit par dévotion envers le saint patron de Liège, Louis de Roncherolles avait fondé, à perpétuité, en 1507, , en son manoir du Grand-Roncherolles en Cuverville (Eure) une chapelle consacrée à saint Hubert. Cette dévotion lui venait peut-être de son épouse.

d2. Il est le commanditaire d'un Livre d'Heures (Arsenal Ms 1191 réserve) dans lequel le folio 102 est consacré aux oraisons et antiennes envers saints Cosme et Damien, Louis et Hubert, alors que des enluminures représentent folio 83v saint Christophe portant l'Enfant et guidé par l'ermite, et que les folio 102 et 103 montrent saint Louis présentant Louis de Roncherolles agenouillé (102v) devant la Vision de saint Hubert (103r)


 

.


 

.

Les armoiries qui entourent la Vision de saint Hubert sont celles de Louis d'Halewyn et celles de Jeanne de Ghistelles, ce qui incite à penser (ou confirme l'idée)  que la dévotion de saint Hubert provient de la famille de son épouse Françoise d'Halluin, fille de Louis d'Halewyn et de Jeanne de Ghistelles.

d3. Il est le père de deux jumeaux né le 17 décembre 1510 et prénommés Françoys et Hubert. (ils ont été précédés par Adrien, Pierre, Loys, Phlippes) et précèdent Laurens et Jehan.

  Au total, on peut suggérer que Louis de Roncherolles (1472-1538) a été initié au culte de saint Hubert par son épouse Françoise d'Halluin et surtout par son beau-père Louis d'Halluin ou de Hallewyn, seigneur de Piennes, (v.1450-1519), lui-même apparenté par son père à la famille de Bruges-La-Gruthuse, et donc à Louis de La Gruuthuse (c.1422-1492), commanditaire du manuscrit de la Légende de saint Hubert . Ces deux personnages, Louis d'Halewyn et Louis de La Gruuthuse, Mais l'association sur le vitrail de Beauvais de saint Hubert et de saint Christophe suggère que Louis de Roncherolles a été influencé par le linteau de la chapelle du château d'Amboise, ce qui  est plausible étant donné que son père Pierre de Roncherolles et son beau-père Louis d'Halewyn ont été tous deux chambellans du roi, et ont participés avec Charles VIII à la bataille de Fornoue (1495).


 


 

 

 

La Vision de saint Hubert, et saint Christophe portant l'Enfant, Verrière de Roncherolles, cathédrale de Beauvais, 1522.

La Vision de saint Hubert, et saint Christophe portant l'Enfant, Verrière de Roncherolles, cathédrale de Beauvais, 1522.

 

.

DOCUMENTS :

 

Document 1.  : description par Louis-Augustin Bossebœuf (1897) .  La chapelle de Saint-Blaise

  "Les hauts suzerains et les rois de France avaient tenu, sinon à doter leur chastel de quelque nouvel oratoire, du moins à agrandir ou embellir les édifices religieux qu'ils avaient reçus des ancêtres. Charles VII, en particulier, fit, dit-on, construire la chapelle de Saint-Michel, qui altenait à la collégiale, et dans laquelle Louis XI aurait institué l'Ordre de Saint-Michel. A son tour Louis XI, qui toute sa vie, et spécialement à ses derniers moments, devait se réclamer de « Mgr saint Biaise », construisit une chapelle en l'honneur de son protecteur; celle-ci dépendait de la collégiale et servait d'ordinaire de lieu de réunion pour les chanoines.

Charles VIII avait hérité de son père une vive dévotion pour saint Biaise, qui d'ailleurs jouissait à cette époque d'une grande popularité, et Anne de Bretagne ne pouvait qu'entretenir le roi dans ces pieux sentiments. Le roi et la reine décidèrent de bâtir, sur le bord méridional du plateau, une nouvelle chapelle dédiée à saint Biaise qui, par l'élégance des proportions et le charme de l'ornementation, ferait oublier la première. Le gros œuvre était achevé en 1493, époque à laquelle on s'occupait de l'ameublement. Dans son ordonnance du 1"' octobre de cette année, Charles VIII dit, en effet, qu'il a naguère commencé de « reparer, reddifier et de nouvel bastir noz chappelles estans en notre chastel d'Amboise ». Cette dernière désignation de chapelle nouvellement bâtie s'applique évidemment à la chapelle de Saint- Biaise que nous étudions.

L'édifice a survécu aux vicissitudes diverses éprouvées par le château et profile ses lignes harmonieuses sur le ciel, qui lui sert de cadre : on ne saurait imaginer plus ravissant décor pour les yeux et plus attachant sujet pour l'imagination.

La partie inférieure, qui a été remaniée, présente une sorte de nef avec deux espèces d'enfeux à droite. Au-dessus, et formant comme la crypte de la chapelle, est un petit oratoire bâti en brique, dans lequel paraissent des traces de peinture. Cet oratoire, en forme de T, se rattache vraisemblablement à l'époque de Louis XI, auquel on attribue la construction d'une chapelle souterraine. La chapelle proprement dite, bâtie en pierre de taille, repose sur un soubassement formant avant-corps, dont les murs et les contreforts plongeaient jadis dans les douves. Elle a été l'objet d'importantes restaurations, sous la direction de M. Ruprich-Robert père, précédemment architecte du château; elle mesure 12 mètres de longueur sur 3 m. 75 de largeur. •

La façade est un type achevé du gothique fleuri de la fin du XVe siècle. Le tympan, jadis transformé en rosace, a été restitué par M. Ruprich-Robert et orné d'une Vierge avec l'Enfant, assise dans une gloire et encensée par les anges, et ayant à ses pieds les fondateurs, Charles VIII et Anne de Bretagne; ce travail remonte à une date récente. L'entrée est formée de deux portes à arc surbaissé, séparées par un pilier central, et dont chacune a 1 mètre de largeur et 2 m. 55 de hauteur. Les portes anciennes, en bois, sont composées symétriquement d'un double compartiment avec arcatures ogivales flamboyantes. De chaque côté, une niche avec dais et console, reposant sur un pied en forme de tronc d'arbre noueux, renfermait une statue qui a disparu : peut-être celles de saint Biaise et de sainte Anne. Le pilier central offre également une niche vide, dont le socle est décoré de sculptures dans lesquelles, au milieu des feuilles de chardon, de chêne et de vigne, se montrent des écureuils, des lombrics et des limaçons ; le baldaquin recouvre un ange tenant une banderole sur laquelle on lit : Gloria in excelsis Deo, en caractères gothiques. Celte niche renfermait sans doute une figure de la sainte Vierge. La corniche, d'une délicate légèreté, est décorée de feuilles de chardon et d'animaux, et aussi de feuilles de chêne et d'anges.

Au-dessus de la porte et au-dessous du tympan, dans le trumeau, se déroule un remarquable bas-relief, encadré d'arcatures de style flamboyant, qui mesure 3 m. 20 de longueur sur 0 m. 60 de hauteur. Le bas-relief comprend trois sujets distincts, mais ne constituant qu'un seul trumeau. Le principal est la Vision de saint Hubert. Le gentilhomme, descendu de son cheval, qu'il tient par la bride, se prosterne devant le crucifix qui lui apparaît au milieu des cornes d'un cerf, près duquel les chiens eux-mêmes s'arrêtent, saisis d'étonnement et de respect. A la partie supérieure , un ange descend du ciel , apportant une couronne. Le fond du sujet est occupé par une forêt de laquelle le cerf semble sortir, tout auprès d'un rocher boisé où s'abritent quelques animaux, parmi lesquels un rat. — sans doute le rat des champs. L'entraînement des princes et gentilshommes pour la chasse a porté les artistes à illustrer cette légende de la vie de saint Hubert. On voit, dans l'église de Bridoré, un remarquable bas-relief du xvi° siècle qui reproduit le même prodige avec des accessoires un peu différents. La suite du « tableau » de pierre de la chapelle de Saint-Biaise — à peu près le tiers — figure saint Christophe portant sur ses épaules l'Enfant Jésus , qui tient le globe ; puis saint Antoine au désert avec , à la partie supérieure, la reine de Candie; mais il s'agit ici d'un désert d'un genre tout particulier : le solitaire se montre sous un charmant édicule Renaissance, édifié sur un rocher dans lequel l'inséparable compagnon de l'ermite trouve un abri.

Il est superflu de chercher longtemps pour trouver l'atelier auquel il convient d'attribuer cet ouvrage remarquable. Ce bas-relief, par ses qualités et aussi par ses défauts de facture, appartient à l'école de Michel Colombe.

On y rencontre, d'une part, la naïveté un peu raide, l'ordonnance un peu encombrée et privée d'air et de perspective, le faire encore quelque peu timide par lequel l'artiste tient encore au moyen âge, surtout dans celte première période ; on y salue, d'autre part, une conception neuve et un sentiment plus vrai de la nature, une noble élégance qui sait donner une forme harmonique aux objets, et une rare habileté de main : ce sont bien là les caractères du » tailleur d'ymaiges » Michel Colombe.

Le rapprochement du cadre, qui est formé d'arcatures flamboyantes, et du gracieux édicule Renaissance de saint Antoine, accuse bien l'époque de transition de la fin du xv" siècle dans la statuaire, période dont l'atelier de Colombe fut l'initiateur sur les bords de la Loire. Anne de Bretagne, qui se montra une protectrice fidèle des arts, n'aura pas manqué de s'adresser, pour la décoration de sa chapelle, à son sculpteur préféré, au Breton qui lui rappelait le souvenir de son duché, cher entre toutes les provinces de France. D'ailleurs, pour trouver des frères à ce saint Hubert, à ces figures de saint Christophe et de saint Antoine, l'on n'a qu'à songer aux anges du tombeau des enfants de Charles VIII, dans la cathédrale de Tours, et aux statuettes qui décorent l'enfeu de la Mise au tombeau du Christ, à Solesmes, que la critique attribue si justement au grand sculpteur. Par ce bas- relief, exécuté vraisemblablement vers 1493, Colombe préludait à Y Ensevelissement du Christ, avec son important enfeu, à Solesmes, achevé en 1496; au tombeau de François II de Bretagne et de Marguerite de Foix, le père et la mère d'Anne de Bretagne, à Nantes, terminé en 1506, ainsi qu'au tombeau des enfants de la reine, dans la cathédrale de Tours." La Touraine historique et monumentale,  pages 157-161

N.b : l'attribution à Michel Colombe n'est pas confirmée par les connaissances actuelles.

.

 Document 2 : Le culte de saint Hubert invoqué contre la rage : pratiques de guérison de l'abbaye de Saint-Hubert. Hervé Bazin :

"Les pèlerinages à l’abbatiale de Saint-Hubert dans les Ardennes belges, ont eu, au cours des siècles, une renommée certaine. Certains pèlerins accomplissaient ce pieux devoir en vue de mériter le paradis, d’autres étaient des personnes mordues ou « roulées » par des animaux enragés ou supposés l’être. Pour ces derniers, il y avait deux types d'opérations possibles : l'une curative appelée « la taille » pour les mordus à sang, l’autre, nettement plus simple, dite « le répit ». Enfin, les pèlerins ordinaires pouvaient solliciter l’imposition de la sainte Etole pour une intention particulière. Les pratiques de Saint-Hubert contre la rage donnent une place centrale à l’ « Etole miraculeuse ». Dans le rituel de l’église catholique, l’étole est le vêtement liturgique réservé au clergé : diacres, prêtres et évêques. Signe du pouvoir spirituel, elle n’est portée que dans l’exercice de fonction liturgique : cérémonies, bénédictions ou prières d’intercession. Elle peut être imposée sur la tête de ceux qui demandent une protection particulière ou une intervention divine. Cette pratique consistait à insérer un très petit morceau de l'étole du saint sous (dans ?) la peau du front du pèlerin, recouvert immédiatement d’un bandeau blanc ou noir. L’invocation à réciter avant de commencer la neuvaine était : « Dieu tout puissant et éternel qui, par les mérites et l’intercession du glorieux Pontife Hubert, accordez à vos créatures un remède salutaire et surnaturel contre le cruel mal de la rage… » (Réjalot, 1934, page 124). L’opération achevée, l’officiant inscrivait le nom et l’adresse de la personne taillée (voir annexe) et lui remettait des instructions à suivre les jours suivants. Il s’agissait, pendant neuf jours, de se confesser et de communier, de se coucher seul dans des draps blancs ou tout habillé si les draps n’étaient pas blancs, de boire dans un verre ou un vase et de ne jamais se baisser pour boire aux fontaines ou aux rivières, sans que ce point soit capital pour le succès de la neuvaine. La personne pouvait boire du vin mêlé d’eau ou de l’eau pure. Elle pouvait manger du pain blanc ou autre, de la chair de porc d’un an ou plus, de chapons ou de poules, des poissons portant écailles… des œufs cuits durs, toutes ces choses devant être mangées froides, le sel n’étant pas défendu. Elle pouvait se laver les mains… l’usage étant de ne pas se faire la barbe. Il ne fallait pas se peigner les cheveux pendant quarante jours, la neuvaine y comprise. Le dixième jour on devait faire délier son bandeau par un prêtre, le faire brûler et en mettre les cendres dans la piscine (sic - les fonts baptismaux ?). L’observance de la fête annuelle de saint Hubert était requise. Si la personne était mordue de nouveau jusqu’au sang par quelque animal enragé, elle devait faire abstinence l’espace de trois jours. Enfin, elle avait le pouvoir de donner le répit à toutes personnes blessées par quelque animal enragé. »

« Le répit est un simple attouchement de la tête, au nom de Dieu et de la Sainte Vierge, fait par les aumôniers de la chapelle de Saint-Hubert ou par les personnes taillées en vue surtout de retarder les effets de la morsure jusqu’au moment où les personnes atteintes pourraient se rendre au lieu de guérison, ou en vue de prévenir chez celles qui ne sont pas dans des conditions d’âge ou autres voulues pour l’accomplissement des exercices religieux... » (Roucher, 1866, page 290). Celui qui demande le répit doit se mettre à genoux et dire : « Je vous demande répit, au nom de Dieu… » et la personne, qui en a le pouvoir, accorde la grâce demandée… Le plus ancien auteur connu qui aborde le sujet du répit est Dom Adolphe Happart, au commencement du XVI° siècle. C’était un simple attouchement du front donné aux personnes non mordues jusqu’au sang ou aux enfants n’ayant pas fait leur première communion. Il se donnait pour quarante jours et pouvait être renouvelé. Aux enfants mordus à sang, on donnait un répit à terme de quinze à trente ans suivant leur âge. L’enfant, avant la fin du délai accordé, devait aller à Saint-Hubert pour le faire renouveler. Ce deuxième répit dit à vie, était de 99 ans. Le répit se donnait aux personnes mordues à sang par un animal seulement suspect d’être enragé, aux personnes mordues ou contusionnées par un animal enragé, sans avoir été pénétrées jusqu’à la chair vive et enfin aux personnes se croyant infectées... Après le répit, les personnes devaient effectuer une neuvaine de cinq Pater et cinq Ave avec une invocation à saint Hubert. Le répit de 40 jours pouvait être accordé par les personnes taillées et les officiants de l’abbaye de Saint-Hubert. Ces derniers avaient, seuls, le pouvoir d’accorder les répits à terme ou à vie. »

Miracle de saint Hubert » tiré de La légende de saint Hubert par Hubert Le Prévost (vers 1475-1500) L’image de ce miracle de saint Hubert est accompagnée de la légende suivante : « s ’ensieuvent les miracles que fist Monseigneur Sainct Hubert en sa vye, et prumièrement comment il guérit de rage tous ceulx… » On y aperçoit l’évêque Hubert imposant son étole sur un enragé dont le démon s’enfuit au dessus de sa tête tandis qu’un second enragé/possédé, encore furieux, attend d’être débarrassé du sien qui est toujours dans sa tête.

Un rite secondaire , mais probablement le plus en usage dans le cadre du pèlerinage de Saint-Hubert, était celui d’imposer sur le front de pèlerins qui le demandaient un reliquaire contenant un fragment de la sainte Etole, accompagné d’une bénédiction.

Les animaux et la marque des clés ou cornets de Saint Hubert.

Les animaux pouvaient être protégés de la rage après une morsure d’animal enragé ou même contre une rage future due à une contamination à venir, grâce à l’intercession de saint Hubert. La pratique principale était une cautérisation à l’aide d’un clou de fer monté sur un manche et/ou logé dans un étui, ayant été béni et ayant touché la sainte Etole. L’instrument, lui-même, était appelé « clé » ou « cornet » de saint Hubert. L’opération pouvait être faite à même la ou les plaies de l’animal ou sur son front. L’appareil est assez léger, rapidement chauffé à blanc mais aussi vite refroidi, il ne paraît pas apte à exécuter une cautérisation sérieuse. Sa forme, elle-même, était faite plus pour marquer que pour cautériser une plaie profonde."

 

 

 

 

.

Document 3 

Sint Hubert, patron des chasseurs et guérisseur de la rage, par Alain Dierkens Professeur à l'Université Libre de Bruxelles

http://tresordeliege.be/publications/pdf/023.pdf

Hubert est évêque du diocèse de [Tongres-] Maastricht [-Liège] des environs de 706 jusqu’à sa mort, le 30 mai 727. Membre d’une riche famille austrasienne et très vraisemblablement proche parent de la femme du maire du palais Pépin II de Herstal, Hubert est nommé évêque à la mort de son maître, Lambert, assassiné à Liège dans le cadre d’une vendetta le 17 septembre d’une année non précisée, entre 703 et 706 (en 705?). La source principale de notre connaissance d’Hubert est la Vita sancti Huberti prima, rédigée vers 750 par un religieux proche du saint évêque. Grâce à cette Vie quasiment contemporaine, nous connaissons l’action missionnaire d'Hubert en Brabant, en Toxandrie et en Ardenne, ainsi que l’événement le plus célèbre de sa carrière épiscopale : la translation du corps de Lambert, de Maastricht à Liège, peut-être en 718. Ce transfert des reliques de Lambert sur le lieu de son assassinat est souvent considéré comme l’illustration du déplacement du siège de l’évêché, mais cette interprétation semble abusive puisque ce n’est qu’au tout début du IXe siècle que Liège devient le siège principal du diocèse. Hubert meurt dans sa résidence de Fura, probablement Tervueren, dans la forêt de Soignes, au diocèse de Cambrai ; son corps est solennellement ramené à Liège. Son fils Floribert lui succède comme évêque. L’élévation de ses reliques, c'est-à-dire la première étape de la dévotion officielle, a lieu le 3 novembre 743, en présence du maire du palais Carloman. Dès ce moment, apparaît une des constantes du discours hagiographique relatif au saint : le corps d’Hubert est resté intact et préservé de toute corruption. L’étape majeure du culte de saint Hubert se place en 825. En cette année, les reliques corporelles du saint évê- que – le corps intact dans son sarcophage (?) – quittent Liège pour être placées au milieu de la forêt d’Ardenne, à Andage, ancienne abbaye qui venait d'être restaurée à l’initiative de l’évêque Walcaud. Les circonstances précises de cette nouvelle translation sont connues grâce à une œuvre d’un des plus fameux représentants de la Renaissance carolingienne, Jonas d'Orléans. Les deux recueils de Miracles de saint Hubert Peu de temps après la rédaction du récit de Jonas, un premier recueil de Miracles est constitué par un auteur anonyme des années 850. Dans ce recueil sont consignés huit miracles, dont le premier, relatif à la guérison d’un aveugle, a lieu en 825, lors de la translation du corps dans l’abbaye d'Andage (qui prend de plus en plus souvent le nom de Saint-Hubert). Dans les années 1100, est achevé un second livre de Miracles dans lequel sont réécrits et actualisés les miracles du livre I, et consignés de nombreux autres miracles datant du milieu du X e siècle à la fin du XIe siècle. La comparaison des deux versions de Miracula est naturellement fort instructive, notamment parce qu’elle met l'accent sur l’apparition de nouveaux aspects religieux. Vers 1100, est également rédigée à Saint-Hubert une importante chronique monastique, connue sous le nom de Cantatorium Sancti Huberti, dans laquelle une place importante est réservée à saint Hubert, protecteur de l’abbaye. Dans les miracles anciens, Hubert est un saint “généraliste” comme tant d’autres, avec une prépondérance d’exorcismes ainsi que de guérisons d'aveugles et de paralytiques. Mais dans les parties originales du second recueil et dans le Cantatorium, à côté de guérisons et de visions inspirées par le saint, sont décrits des miracles plus spécifiques, dont la grande majorité concerne la protection du temporel de l'abbaye et la punition des usurpateurs ou des seigneurs non respectueux de leurs promesses. Mais on y trouve aussi les premières mentions relatives à la protection offerte par Hubert contre la rage et à la guérison d’enragés ; d’autres chapitres font allusion à la chasse. Saint Hubert et la rage Un premier miracle (Miracula Huberti II, 14) raconte l’histoire d’un intendant de l’abbaye dans un domaine voisin de Saint-Hubert, à Luchy. Mordu par un loup enragé, il se rend au monastère et, conformément à la coutume, s’y fait “ tailler ”. C’est la première mention connue de la “taille”, pratiquée à Saint-Hubert jusqu’au début du XXe siècle ( ! ) : selon l’usage, un fil d’or provenant de l’étole du saint est inséré dans une lé- gère entaille pratiquée sur le front de l’enragé ; le respect de prescriptions pieuses garantit le succès de l’opération. Comme la sainte étole aujourd'hui conservée dans la basilique de Saint-Hubert n’est pas antérieure à la fin du XIe siècle, il faut supposer qu'une autre étole, prétendument “donné ” à Hubert par un ange et aujourd'hui disparue, était alors conservée dans l’abbatiale. Deux autres miracles du même ordre font également allusion à la “taille” administrée par les moines de SaintHubert. L’un (Miracula Huberti II, 21) concerne le noble Gosbert de Marle et un prieuré de Saint-Hubert, situé à Évernicourt près de Laon, donc à quelque 135 kilomètres de l'abbaye ardennaise. Gosbert, mordu par un chien enragé, se rend au monastère pour s’y faire guérir ; il y est taillé et se voit préciser les pratiques à observer. Un an après, il ne respecte pas une donation foncière qu’il avait faite ; il est possé- dé par le diable, mord le visage de sa femme et en arrache un morceau de chair ; malgré ses vociférations, il est pris, lié et conduit à Saint-Hubert où, aussitôt délivré de ses liens, il se fracasse la tête contre un mur. Seul peut venir à bout de sa folie un traitement de choc : il est plongé dans un récipient d'eau froide à laquelle avait été mêlée de la poudre provenant du tombeau de saint Hubert ; un exorcisme parachève la guérison. Quant à sa femme, elle doit également être taillée de more. Un troisième miracle (Miracula Huberti II, 29) a été porté à la connaissance de l'hagiographe par l'abbé de Waulsort-Hastière, Lambert, donc dans le troisième quart du XIe siècle. Un homme, mordu par un chien enragé, se rend à Saint-Hubert ; il y est taillé et est ainsi efficacement protégé. Trente ans après, en se lavant, il arrache maladroitement avec son peigne le fil d'or inséré dans son front. Le lendemain matin, ses cheveux noirs sont devenus blancs ; il décide alors de se faire réinsérer le fil de l'étole. Ce miracle prend un sens supplémentaire quand on se rappelle que c'est sous Godescalc, le successeur de Lambert († vers 1075), que l'abbaye de Waulsort tente un moment de “doubler” Saint-Hubert en utilisant l’étole d’un de ses saints abbés, Forannan, de la même façon que celle d'Hubert. À ces trois miracles consignés dans le Liber secundus Miraculorum, s'en ajoute un quatrième, rapporté par le Cantatorium (chap. XIX) : le chambrier de la comtesse d'Arlon, mordu par un chien enragé, se rend à Saint-Hubert, y est taillé, suit les règles imposées, est guéri et décide de devenir sainteur de l'abbaye. Ce récit est interrompu par une longue incise dans laquelle sont vantés les privilèges de l'abbaye de Saint-Hubert pour guérir toute personne mordue par un chien, un loup ou n’importe quel animal malade : le taillé qui observe les prescriptions échappe à la mort. L'auteur précise aussi que, de son temps, il a vu deux jeunes gens mordus par un chien enragé et qui, influencés par un prêtre indigne, refusèrent d’aller à SaintHubert : pris de maux et d'accès de fureur, ils hurlèrent comme des loups et aboyèrent comme des chiens. Amenés trop tard à Saint-Hubert, ils moururent à leur arrivée. Ces miracles contiennent déjà tous les éléments constitutifs du culte de saint Hubert comme protecteur contre la rage et guérisseur des enragés. Dans cette fonction antirabique, Hubert exercera un quasi-monopole en Basse-Lotharingie puis dans les PaysBas bourguignons et espagnols. Les techniques de guérison font intervenir non le saint corps mais un fil de l'étole miraculeuse : la disparition du corps de saint Hubert lors des guerres de religion en 1568 n’entravera donc en aucune façon les pèlerinages à Saint-Hubert et la pratique de la taille, encore attestée après la suppression de l'abbaye en 1797 et après les découvertes de Pasteur en 1885. Les seules modifications significatives concernent l'accueil des pèlerins, la préparation spirituelle du futur taillé et la définition précise des instructions à suivre après la taille. Saint Hubert et la chasse Les mêmes textes des environs de 1100 font également allusion à la place d’Hubert dans la protection de la chasse en forêt d’Ardenne. Le livre II des Miracula (II, 15) précise ainsi que, si l’abbaye bénéficie de droits de chasse particuliers, c'est parce que saint Hubert, avant de devenir évê- que, était un chasseur émérite : “depuis longtemps, en effet, les grands de toute l’Ardenne doivent, selon une coutume confirmée, payer chaque année à saint Hubert les pré- mices de la chasse et les dîmes de toutes les sortes de bêtes sauvages, parce que ce même saint, avant de quitter le siècle pour rentrer dans la vie religieuse, fut passionné par cet exercice. C'est pour cette raison et pour d’autres que les nobles de la région chassent au nom du saint  Les historiens d'aujourd'hui préfèrent inverser la relation causale suggérée par l’hagiographe : c’est parce que l’abbaye se trouve au centre de vastes domaines de chasse et, à ce titre, dispose du droit de chasse sur ses terres, qu'elle en reporte l’origine sur son saint patron. Quoi qu’il en soit, tant les Miracula Huberti que le Cantatorium soulignent à l’envi que de grands personnages des X e et XIe siècles étaient amateurs de chasse en Ardenne : les ducs de Lotharingie Fré- déric († 1065) et Godefroid le Barbu († 1069), le comte Thierry d'Ardenne et son frère Aleran (vers 900 ?), le comte Albert III de Namur († 1102) (Miracula Huberti II, 15 ; Cantatorium, XVI et LVIII). L’auteur du Cantatorium rapporte même qu’il a vu Frédéric de BasseLotharingie, accompagné de ses chasseurs, porter la tête d’un sanglier sur ses propres épaules et déposer sa proie par dévotion devant l'autel principal de l’abbaye (Cantatorium, LVIII). Il ajoute que le duc Godefroid le Barbu s’acquitta un jour de la coutume selon laquelle il convient d’offrir à l’abbaye les prémices de la chasse, en donnant à l'abbaye cinq cerfs (avec leur peau) et un loup, apporté vivant (Cantatorium, LVIII). Mais cet aspect de la dévotion à Hubert reste secondaire jusqu'au début du XVe siècle, quand un épisode fameux de la légende de saint Eustache (l’apparition d’un cerf crucifère entraînant la conversion du chasseur) est intégré à l’histoire de saint Hubert : Hubert, chasseur invété- ré, aurait opté pour la carrière ecclésiastique après avoir vu un cerf crucifère. Du XVe au XVIIIe siècle, les deux aspects du culte d'Hubert (protecteur contre la rage, patron de la chasse et des chasseurs) se développent conjointement. L'iconographie (sculptures, peintures, gravures, insignes de pèlerinages, mé- dailles pieuses, etc.) révèle clairement cette dualité : Hubert est représenté soit en saint évêque, éventuellement associé à un cor ou à un cerf, soit en chasseur, fré- quemment au moment de sa “conversion”. Au XIXe siècle, c'est comme patron des chasseurs et, par extension, comme protecteur des animaux liés au chasseur (chien, cheval) puis, tout récemment, de tous les animaux domestiques que le culte de saint Hubert connaît – et continue à connaître – une ampleur inouïe partout en Europe. En guise de conclusion Saint Hubert a d'abord bénéficié d'un culte comme saint évêque “généraliste” ; la dévotion se spécialisa ensuite. Si l'on prend en compte, dans le livre II des Miracles ou dans le Cantatorium, des expressions comme “selon la coutume”, “ comme d'habitude ” (de more, ex consuetudine, etc.), on en arrive à placer les origines de cette double spécialisation au X e siècle, peut-être dans la première moitié de ce siècle. De nouvelles datations ont été proposées pour les principales reliques indirectes de saint Hubert (à Liège, une clé ouvragée ; à Saint-Hubert, l'étole, un cor de chasse, le crosseron à tête animale – serpent ou plutôt cheval ? – d’une crosse épiscopale en ivoire et, peut-être, un peigne liturgique) : ces objets seraient contemporains de la rédaction du second livre de Miracles et du Cantatorium. Ce qui suggère qu’à la fin du XIe et au début du XIIe siè- cle, le processus de relance du culte de saint Hubert fut beaucoup plus vaste et plus cohérent qu'on ne l’avait cru. Mais jusqu’à la fin du Moyen Âge, Hubert fut surtout un saint antirabique. Ses liens avec la chasse, les seuls que l'on connaisse encore aujourd'hui, ne se développèrent véritablement qu’au XVe et, surtout, aux XVIIIe et XIXe siècles.    BLOC-NOTES – N° 23 – Juin 2010 

 

 

.

SOURCES ET LIENS.

.

 

 

— Livre d'Heures de Loys de Halewyn Huntington HM1711 :

 http://bancroft.berkeley.edu/digitalscriptorium/huntington/HM171.html

http://blog.pecia.fr/post/2012/01/12/Les-Heures-de-Louis-d-Halluin-(-1519)-%3A-San-Marino,-Huntington-Library,-H-1171

 

— ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), 1576-1579, "Premier [et Second] volume des plus excellents bastiments de France...", Paris, s.n., 1576-1579 , second volume

 BABELON (Jean-Pierre) , Le Château d'Amboise, Arles, Actes Sud, 2004, 189 p.

— BARBIER (D) 2007, Louis, seigneur de Piennes, Bugenhoule et Maignelais, http://maison.omahony.free.fr/ascendants/fiche%20halluin%20%20louis%20V3.pdf

 

— BAZIN (Professeur Hervé), 2007, Saint Hubert, guérisseur de la rage de l'homme et des animaux, Bull.Soc.Hist.Méd.Sci.Vét., 2007, 7 : 104-126 104 

— Site très complet sur saint Hubert :  http://perso.infonie.be/liege06/02deux02.htm

On y trouve la transcription des textes de Sylvain Baleau, de la Bibliographie nationale, de J. Coenen, J. Daris, T. Gobert.

http://sfhmsv.free.fr/SFHMSV_files/Textes/Activites/Bulletin/Txts_Bull/B7/08_Bazin_Bull07.pdf 

— BOSSEBOEUF (abbé Louis-Augustin), PALUSTRE (Léon), 1897 , La Touraine Historique Et Monumentale. Amboise; Le Chateau, La Ville Et Le Canton Tours, L. Péricat Mémoires de la Société archéologique de Touraine, [T. 4]

CHAUMET (Sylvain)2012, Les décors à dôlerie du château d'Amboise, ed. Fondatio Saint-Louis.

— COENEN (Chanoine J.), 1927,  Saint Hubert, le fondateur de Liège, Liége

http://perso.infonie.be/liege06/pdf/Saint%20Hubert.pdf 

 

— DIERKENS (Alain) 2010, Saint Hubert, patron des chasseurs et guérisseur de la rage Bloc-Notes, Bulletin du  Trésor de la cathédrale de Liège, Liège, n°23,

http://tresordeliege.be/publications/pdf/023.pdf 

 

 

DOUCET (Jean-Marie), 2011, La légende de saint Hubert à la Gemäldegalerie de Berlin, un chef d'œuvre méconnu du peintre Cornélis van Oostsanen (1470-vers 1533), Bloc-Notes, Bulletin du  Trésor de la cathédrale de Liège, Liège, n°28, septembre 2011  http://tresordeliege.be/publications/pdf/028.pdf

 

— ​GRANDMAISON (Louis de), 1912, Compte de construction du château royal d'Amboise  ,ed.  H. Champion 

https://archive.org/stream/comptedelaconstr00granuoft#page/n5/mode/2up

— LE PREVOST (Hubert), Vie de saint Hubert, 1459 ou 1462, édition précédée d'une préface et annotée par Edouard Fétis, 1846.

https://books.google.fr/books?id=yKJaAAAAQAAJ&dq=%22saint+hubert%22+%22saint+christophe%22&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 —  PARIS (Paulin), 1841, Les manuscrits francois de la Bibliothèque du Roi leur histoire et ..., Volume 4 page 75-77 

https://books.google.fr/books?id=awIVAAAAQAAJ&pg=PA75&lpg=PA75&dq=hubert+gruthuyse&source=bl&ots=7x3tyvbHFf&sig=TMXrZa-H1vdVomKDzxFOH-GdcuM&hl=fr&sa=X&ved=0CD4Q6AEwCGoVChMIu-i4n8q4xwIVyX8aCh2mjwTP#v=onepage&q=hubert%20gruthuyse&f=false

— PRAET (Joseph-Basile van)  1831, Recherches sur Louis de Bruges, seigneur de Gruuthuse, Parijs, 1831 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64653116

THOMAS (Evelyne), 1993, "Les logis royaux d'Amboise",  Revue de l'Art  Volume   100 pp. 44-57

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rvart_0035-1326_1993_num_100_1_348038#

— VITRY (Paul), 1914, Michel Colombe et la Sculpture Française de son Temps. Paris, Librairie Centrale des Beaux-Arts.

https://archive.org/stream/michelcolombeet00vitrgoog#page/n284/mode/2up

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 09:41

Saint Christophe reconsidéré.

   Ayant pris la mesure, pour ce vitrail,  du contexte religieux (dévotion au Christ souffrant et à la Mater Dolorosa), du contexte social et historique de Beauvais (guerre, famine et épidémies. Construction du transept de la cathédrale) et des éléments biographiques du ou des deux donateurs Louis de Roncherolles et son épouse (culte de saint Hubert, union de deux familles vouées au service du roi ; investissement dans un coûteux Livre d'Heures ; décès de Louis d'Halluin ; testament de Françoise d'Halluin), ainsi que de l'inscription comportant outre la date les mots Famine et Mort, je ré-examine la figure de saint Christophe. 

Je vais d'abord relire le texte de la Légende Dorée de Jacques de Voragine :

"Christophe leva donc l’enfant sur ses épaules, prit son bâton et entra dans le fleuve pour le traverser. Et voici que l’eau du fleuve se gonflait peu à peu, l’enfant lui pesait comme une masse de plomb ; il avançait, et l’eau gonflait toujours, l’enfant écrasait de plus en plus les épaules de Christophe d'un poids intolérable, de sorte que celui-ci se trouvait dans de grandes angoisses et, craignait de périr. Il échappa à grand peine. Quand il eut franchi la rivière, il déposa l’enfant sur la rive et lui dit : Enfant, tu  m’as exposé à un grand danger, et tu  m’as tant pesé que si j'avais eu le monde entier sur moi, je ne sais si j'aurais eu plus lourd à porter. » L'enfant lui répondit : « Ne t'en étonne pas, Christophe, tu n'as pas eu seulement tout le monde sur toi, mais tu as porté sur les épaules celui qui a créé le monde : car je suis le Christ ton roi, , auquel tu as en cela rendu service; et pour te prouver que je dis la vérité, quand tu seras repassé, enfonce ton bâton en terre vis-à-vis ta petite maison, et le matin tu verras qu'il a fleuri et porté des fruits, " 

.

Alors que les exemples iconographiques précédents montrent Christophe en géant débonnaire portant joyeusement l'Enfant au milieu du fleuve ou posant déjà le pied sur la rive à atteindre, c'est-à-dire après l'épreuve initiatique, Engrand Leprince le représente ici lors du moment d'angoisse et d'accablement. Nous sommes très loin du jeune et riche Christophe souriant et serein de San Benito de Calatrava. Le géant Reprobus prend ici les traits d'un vieillard saisi par le désarroi et dont la progression est arrêtée. Au dessus de lui, l'Enfant n'est pas nimbé et ne porte pas, à la différence de tous les autres exemples, le globe terrestre surmonté de la croix. Il n'est, à l'instant représenté, pas encore identifiable car Christophe ne l'a pas encore identifié comme le Prince de ce monde au service duquel il aspire de se placer.

Nous sommes dans cet instant précis où il est envahi par la peur de la mort. Au comble de sa détresse. Mais aussi au moment précis où l'Enfant se penche pour lui parler. C'est un instant particulier où la rencontre avec le Sauveur n'a pas encore été rédemptrice, mais où elle est en train d'opérer. Sur le fil du rasoir entre l'avant et l'après de la conversion.

Christophe est interloqué. Il perd pied, il est en train de sombrer. Il cesse de tourner les yeux vers son but sur la rive opposé, il hésite à faire demi-tour, et son visage est figé dans cette position neutre entre les deux directions. Il pose le poing sur sa hanche gauche et cherche appui sur sa perche. 

Dans cette posture, torse nu, où son manteau blanc et or est tombé sur ses reins et flotte comme un perizonium, où sa tête s'incline, ses traits ressemblent  au Christ de la Passion, à l' Ecce Homo (1473) d'Antonello de Messine. 

Et son corps prends la forme d'une croix.

 

 

.

Saint Christophe, Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Saint Christophe, Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Saint Christophe, Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Saint Christophe, Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

.

 Reprobus, l'ancien Hercule en mal d'exploit qui, par volonté de puissance, refusait de mettre sa force au service de qui ne règne pas sur le Monde, voit son univers de mercenaire narcissique s'écrouler et découvre la réalité de ce Monde : réalité terriblement pesante, qui est celle du Mal. Il est comme celui qui, quittant la tranquillité de ses occupations, découvrirait pour la première fois  un Journal Télévisé et assisterait, effaré, au mal que  l'homme fait aux autres hommes, aux animaux et à la planète. Le voile qui se déchire lui révèle une vision pascalienne ou augustinienne du monde et de sa nature pécamineuse.

Mais son visage n'est pas seulement marqué par l'effarement ; il est aussi bouleversé par la Révélation, qui n'est sans-doute pas ici celle d'une théologie de l'Histoire et d'une sotériologie, mais celle d'une rencontre. Il se métamorphose,car  il était le passeur du gué transportant allègrement un gamin et  il devient celui qui porte le Christ : christo-phoros. Nous saississons ce changement d'état au moment où celui-ci passe comme une vague sur le visage, reflet de l'âme. Le face-à-face avec le Christ induit ici un volte-face par lequel le regard halluciné de Christophe vient croiser le notre.

.

 

 

.

Ce que peint Engrand Leprince, rompant avec les peintures anecdotiques des enlumineurs qui "illustraient" la fiction légendaire en reproduisant ses poncifs, c'est l'aventure intérieure de la rencontre individuelle et intime avec le Christ de  la Croix, dans sa double articulation des souffrances de la Passion et de la gloire de la Rédemption. Ce sont ce bouleversement sensible et cette transformation mimétique que recherchent le chrétien du XVIe siècle dans sa pratique de la contemplation de retables portatifs ou de gravures de la Vierge de Pitié et de la Passion.  

Si je me laisse moi-même contaminer, dans cette analyse critique d'une œuvre d'art, par l'emphase théologique d'un prédicateur, c'est que ce thème du face-à-face individuel avec le Christ crucifié et la transformation corporelle (physique, matérielle) qu'elle engendre semble bien le thème organisateur du vitrail.

Autour de la Passion et de la Pietà,  nous trouvons :

  • Saint Christophe arrêté net par son contact avec le Christ Sauveur du Monde (Salvator Mundi)
  • Saint Hubert face au crucifix apparu dans les bois du cerf blanc;
  • Saint François à genoux devant le crucifix et  recevant les stigmates,
  • Louis de Roncherolles méditant devant la Pietà,  
  • Françoise d'Halluin méditant devant la Pietà,  

 

.

Le Seigneur Hubert pris par sa passion de la chasse jusqu'à la pratiquer un Vendredi-Saint chevauchait dans les bois lorsqu'il aperçoit un cerf blanc (donc surnaturel) portant dans sa ramure un crucifix. C'est même, sur le vitrail, le Christ crucifié lui-même qui est porté par le cerf et qui, la tête couronnée d'épines (en jaune d'argent flamboyant), se penche du haut de sa croix vers le chasseur. Hubert est (comme saint Paul à Damas) jeté bas de son cheval. Il tombe à genoux et lève les mains jointes. Il se rend. Il se rend à l'évidence dévoilée.

Saint Hubert,  Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.Saint Hubert,  Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Saint Hubert, Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

.

Saint François est saisi dans la profondeur de sa prière méditative face au Christ du crucifix. Il est frappé et blessé physiquement par les stigmates.

Saint François, Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Saint François, Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Les deux Christ des crucifix précédents ont la même posture que le Christ en croix de la scène centrale du registre supérieur. 

.

Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Les deux donateurs fixent du regard la Vierge de Pitié, qui regarde elle-même le visage de son Fils. 

Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

.

Dans ce vitrail, si le visage des saints Hubert et François ou ceux des donateurs sont tournés vers celui du Christ, seul celui de Christophe est tourné vers le spectateur.

Seul ? 

 Ce serait oublier le crâne dont les orbites nous dévisagent également. Sa place au pied de la lancette médiane en fait celui du vieil Adam, et témoigne de la victoire de la croix du Christ sur le Péché et sur la Mort. Sa présence (à coté d'un autre crâne) parmi les fleurs des champs témoigne des cycles de mort et de renaissance à l'œuvre dans la nature. Deux autres os crâniens se cachent au pied de la croix du registre supérieur. 

 

Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

.

CONCLUSION.

Dans l'iconographie de saint Christophe, la position frontale du saint était liée, au XIVe siècle, à la nécessité pour le fidèle de croiser son regard , regard souligné par la taille accentuée des yeux et qui possédait les vertus magiques (ou saintes) de protection contre le "mauvais œil", la "mauvaise mort" (inopinée sans confession ni sacrements), et la maladie. Cette vertu apotropaïque a fait de lui le protecteur des voyageurs et des pèlerins. Au XVIe siècle, les artistes représentent Christophe la tête levée vers le haut et la gauche échangeant un regard complice et confiant avec l'Enfant. Il est l'image, surtout après le Concile de Trente, de la Foi récompensée. Mais Engrand Leprince, en reprenant le mode ancien de la frontalité du visage et du regard, lui donne un sens radicalement novateur, par lequel la rencontre du regard du saint, rempli d'humanité tragique, avec celui du fidèle incite celui-ci à participer à la nouvelle dévotion de contemplation empathique des souffrances endurées par le Christ pour le Salut et la victoire sur la Mort. Cette intention de haute valeur spirituelle est aussi celle qui gouverne l'organisation de tout le vitrail.

.

Saint Christophe, Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Saint Christophe, Vitrail "de Roncherolles (1522), cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 15:36

.

Le  vitrail de Roncherolles à Beauvais : des révélations passionnantes ! 

Dans la cathédrale de Beauvais, le vitrail que je recherche se trouve dans la Chapelle du Sacré-Cœur — anciennement chapelle Sainte-Barbe—, dans le Transept nord. Réalisée en 1522, il est attribué, par son style reconnaissable, au maître-verrier  Engrand Le Prince dont d' autres réalisations sont à admirer dans l'église Saint-Étienne de Beauvais. 

Venu enquêter sur saint Christophe, je constaterais vite que nous étions ici devant la mise en scène muette d'un drame où se mêlent les famines et les épidémies, des cerfs apparaissant au fond des bois pour délivrer un message, des noyades miraculeusement évitées en traversant un gué, des plaies transmises à distance, et d'indicibles secrets.

  Des crânes à la mandibule grimaçante, de mystérieuses armoiries, des mots partiellement déchiffrés autour d'une tête, servaient d'indices pour comprendre les messages d'un réseau de gestes et de regards. La découverte d'un vieux manuscrit au fond de la bibliothèque d'un Arsenal m'apporta des éléments d'importance capitale. Mais quelque chose m'échappait.

C'est alors que j'arrivais à la fin de mes recherches, et que j'allais conclure sur mes pauvres trouvailles, que j'ai trouvé dans ma boîte à lettres un épais document intitulé "Pourquoi Louis de Roncherolles a-t-il commandé un vitrail pour Beauvais en 1522 ?".   Un Indiana Jones m'avait précédé pour fouiller ces tombes, et il se nommait COTHREN. Le Professeur Michael W. Cothren.

 

 

.

http://www.swarthmore.edu/Humanities/art/Faculty/mwc/mcothren.html

 

.

Derrière ces lunettes se cache le regard infaillible d'un des meilleurs spécialistes du vitrail gothique français, notamment pour les verrières de Saint-Denis, Rouen et Beauvais. Tandis qu'il prétend enseigner l'histoire de l'art à  Swarthmore College, U.S.A,  et  occuper le poste de  commissaire consultatif de vitraux médiévaux auprès du Musée de Glencairn (Bryn Athyn, Pennsylvanie), ou tandis qu'il feint de relire son livre sur les verrières du 13ème et 14ème siècle  de Beauvais pourtant publié en  2006, ou de s'intéresser aux  bols peints préhistoriques de la culture de Mimbres au sud-ouest du Nouveau-Mexique, c' est plutôt un shérif occupé à résoudre, derrière les piliers de la cathédrale de Beauvais,  les ténébreuses énigmes qui s'y cachent, avant de les raconter en bon adepte du storytelling. Car, à la différence de la plupart des chercheurs modernes de vitraux qui adoptent —selon lui— un angle de vue synchronique, découpant dans le rôti du Temps une fine tranche pour la contextualiser ensuite, Cothren  choisit une approche diachronique, retraçant l'histoire d'une verrière d'un monument particulier telle qu'elle a évolué à travers le temps, et en donnant un vrai récit d'aventure de l'édification d'un site.

Beauvais se prête volontiers à ce jeu de piste, car sa construction a commencé après l' incendie de 1225, qui détruisit totalement l'ancien chœur. Après une interruption dans les années 1230, le chœur ne fut achevé que dans les années 1260, et le 3 octobre 1272, les vêpres sont chantées dans le nouveau chœur . Peu de temps après, en 1284,  la rupture de l'arc-boutant supérieur provoque l'effondrement des voûtes et le chœur a été restauré ou  largement reconstruit entre les années 1290 et les années 1340. Les bras du transept n'ont été ajoutés au chœur que pendant la première moitié du XVIe siècle, mais depuis l'effondrement de la tour de croisée (construit dans les années 1560) a renversé en 1573, la cathédrale est reste inachevée et privée de nef.

 

Ancre

.

Un beau jour de juillet 1982, ce digne disciple de Jane Hayward, de Gloria Gilmore House et de Catherine Brisac, cet auteur d'une thèse intitulée "The Thirteenth- and Fourteenth-Century Glazing of the Choir of the Cathedral of Beauvais". Ph.D. Diss. Columbia University, 1980,  était en train de déchiffrer le fil de l'histoire de Beauvais dans les vitraux du XVIe siècle du transept, eut une chance inespérée : il découvrit un échafaudage posé devant le vitrail de Roncherolles du transept nord.

Celui qui est entré un jour dans la chapelle du Sacré-Cœur pour admirer le vitrail de Roncherolles a constaté l' exiguïté des lieux, qui n'autorise pas le recul nécessaire, alors que la verrière est vue en contre-plongée . En-outre, le vitrail éclaire l'autel et son retable, dont l'accès est barré par une grille. Le problème s'aggrave si une fidèle trop dévote, plongée (mais trop peu) dans ses prières, vous lance des regards furibonds. Toutes mes photos, a fortiori celles du tympan, seront affectées par des distorsions pénalisantes.

 

Sur cette image du site http://www.cathedrale-beauvais.fr/, le vitrail est à l'extrême gauche : 

.

On comprend donc M.A.Cothren lorsqu'il aperçut l'échafaudage que lui envoyait la Providence :

" Lors d'une visite à Beauvais le 10 Juillet 1982, je découvris un échafaudage érigé directement en face de la baie de Louis de Roncherolles dans la chapelle du transept nord-ouest. Face à ce qui est habituellement une situation unique dans une vie, sans me poser de questions, je sautais la barrière de la chapelle et me précipitais jusqu'à l'échelle. L'impression que ce vitrail fit sur moi à partir de ce point de vue rapproché était écrasante. La qualité technique de la peinture était étonnante. Cet Engrand Le Prince —- l'artiste à qui cette fenêtre est universellement attribuée — était un virtuose du vitrail reconnu par tous,  mais je ne m'étais jamais retrouvé assez proche de son travail pour en  évaluer la réputation. Comme je montais dans le monde de la verrière, toutefois, ce sont les figures de sa fiction plutôt que la virtuosité de son exécution qui me parlait le plus puissamment, qui me fit impression la plus durable, et qui me posait les questions les plus fascinantes. Je fus d'abord captivé par  le visage terreux et presque absent du donateur , Louis de Roncherolles, qui semblait raide et mal à l'aise, plus préoccupé par sa tenue héraldique, qu' au livre qui, devant lui, était censé être diriger ses prières. Son délicat et gracieux saint patron, le richement vêtu  Saint Louis semblait même plus distant, et semblait presque s'ennuyer . La femme de Louis, Françoise d'Halluin, cependant, m'est apparue plus calme, élégant, forte, même très à l'aise. Elle maîtrisait mieux sa posture, son costume, même son livre de prières. Son blason se distinguait parmi les nombreux autres qui parsèment la fenêtre par sa plus grande taille et son format inhabituel. Son patron, Saint François, n'a pas été un insipide mentor courtois, mais un saint homme passionné, adorant le Crucifix ailé après sa stigmatisation, impliqué dans le récit de sa propre vie plutôt que détaché pour participer à la sienne. Ma concentration sur ce côté de la fenêtre a été renforcé par ma fascination pour la représentation détaillée de la cathédrale de Beauvais dans l'arrière-plan ainsi que par une inscription énigmatique tournant en spirale dans le nimbe brillamment coloré au jaune d'argent de François. Mais je rencontrais la surprise la plus convaincante en haut de la verrière, où l'artiste avait situé la cathédrale une seconde fois, nichée dans l'arrière-plan, peint dans une délicate et délicieux grisaille. Je me suis vite rangé à la conclusion vertigineuse que cette image de la réalisation terrestre de la Jérusalem céleste avait été placée ici pour représenter la cité céleste elle-même dans une fenêtre qui était, elle-même, une partie de l'édifice représenté. Au moment où je suis descendu de l'échafaud, la parcelle de temps qui me séparait de Louis et de Françoise me semblait aussi insignifiant que celle qui les séparait de leurs patrons médiévaux dans la fiction de l'artiste. Paradoxalement, cependant, je sentais en même temps un réel besoin d'expliquer leur histoire à travers une meilleure compréhension de son contexte historique: une préoccupation certes synchronique, plutôt que diachronique ." (Traduction personnelle, au risque de mon incompétence).

 

 

 

Il est manifeste que Cothren a éprouvé sur son échafaudage, ce 10 juillet 1982, une collision temporelle semblable à celle que Freud décrivit lors de son malaise sur l'Acropole ou que Stendhal ressentit après sa visite de Santa Croce à Florence

[« J'étais dans une sorte d'extase, par l'idée d'être à Florence, et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J'étais arrivé à ce point d'émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j'avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. »].

Je dois témoigner du fait que les troubles de ce "syndrome de Cothren" sont ressentis non seulement sur les échafaudages, mais aussi lorsqu'une œuvre d'art est auscultée à l'aide de jumelles ou d'un fort téléobjectif, et que l'on semble emporté par le vortex d'une chute vers les antipodes avant que le temps ne s'arrête comme pour l'heure du thé, où trempe une madeleine. 

 

  Descendu de ces hauteurs, Cothren rédigea un rapport de 14 pages avec la précision d'un médecin légiste et l'intuition d'un spirite. Il y développait la conviction que Louis de Roncherolles avait fait construire cette verrière à l'occasion du décès de sa chère Françoise. L'article est paru en 2001, élégamment introduit en exergue par cet incipit d'Alice au Pays des Merveilles où l'héroïne se demande : 

"...and what is the use of a book without pictures or conversations? .

.

Je revendique mon statut de dilettante ; je picore ici ou là un bon morceau ; mais j'apprécie le travail professionnel radical, qui laisse derrière lui un os nettoyé à blanc, la moelle sucée, la vaisselle faite. Et une citation de Lewis Carroll en prime. 

Monté sur les épaules de cet américain qui m'a précédé, je  vais tenter, tout en faisant mon miel de son travail, de présenter mon grain de sel cristallisé lors de ma rencontre très rapprochée  avec le regard du saint Christophe de ce vitrail, et du trouble visionnaire qui m'a saisi . Ce sera ma seconde partie (II). Mais auparavant, je dois faire de longues présentations. C'est l'objet de cette première partie.

 

 



 

 

Dans la cathédrale de Beauvais, le vitrail que je recherche se trouve dans la Chapelle du Sacré-Cœur — anciennement chapelle Sainte-Barbe—, dans le Transept nord. Réalisée en 1522, il est attribué, par son style reconnaissable, au maître-verrier  Engrand Le Prince dont d' autres réalisations sont à admirer dans l'église Saint-Etienne de Beauvais. 

La verrière est montée dans une baie de 11 mètres de haut et 3 mètres de large, à trois lancettes trilobées juxtaposées et un tympan ajouré. Chaque lancette comprend douze panneaux superposés (têtes de lancettes comprises). Elle a été commanditée par  Louis de Roncherolles, conseiller et chambellan du roi gouverneur de Péronne, Roye et Montdidier, et par son épouse Françoise d'Halluin, : on y trouve donc leurs  figures en donataires agenouillés sur leur prie-dieu et  présentés respectivement par leur patron  saint Louis et  saint François. Le seigneur de Roncherolles devait être, comme les autres nobles, un chasseur acharné, et, comme tel, particulièrement dévoué à saint Hubert à qui il dédia une chapelle dans son château de Roncherolles dans le Vexin près de Rouen. Il décéda en 1538 et fut inhumé à Ecouis.

Une monographie de D. barbier consacrée à Louis Halluin indique :

Elle mourut vers 1523, date à laquelle ses entrailles furent inhumées dans le choeur de l'église de Maignelay. Son corps reposait avec celui de son mari dans la collégiale d'Ecouis (Eure) où ils étaient encore représentés en gisants mais le sarcophage était cette fois-ci décoré de vertus et très italianisant. Ce couple nous a laissé encore deux témoignages de son mécénat ; d'abord un livre d'heures enluminé (Arsenal, mss 1191), dans lequel, au folio 103, nous trouvons une très belle représentation des armes de la famille d'Halluin de Piennes et des armes des Ghistelles et enfin un vitrail à la cathédrale de Beauvais, chapelle du Sacré-Coeur où malheureusement les restaurateurs ont remplacé les armes des d'Halluin par celles du chapitre de Beauvais, tout en conservant l'écu de Piennes qu'ils ont placé au milieu de la composition... 

On distingue commodément deux registres iconographiques. Dans le registre inférieur, une Pietà est encadrée par les donateurs présentés par leur saint patron : saint Louis (à gauche), portant son manteau fleurdelisé et le collier de l'ordre de Saint-Michel, présente Louis de Roncherolles agenouillé en prière et vêtu d'une armure ; saint François d'Assise (à droite) présente Françoise d'Halluin agenouillée en prière devant un livre. En arrière-plan se trouve une ville figurée en grisaille.

Dans le registre supérieur de la lancette centrale, se trouve un Christ en croix  entre la Vierge  et saint Jean. A gauche se trouve la représentation de l'apparition à saint Hubert d'un cerf blanc portant dans ses bois la croix du Christ ; il est entouré de ses chines et de son cheval.

C'est à droite que se trouve le saint Christophe qui suscite ma curiosité. en prière (à gauche), accompagné d'un ange portant une étole et des attributs relatifs à sa passion pour la chasse (un cor de chasse, trois chiens, un cheval et un cerf) ; et saint Christophe (à droite) portant le Christ enfant sur ses épaules, ainsi qu'une branche de palmier.

Le tympan accueille le Couronnement de la Vierge. 

La datation est établie grâce à l'inscription lisible sur l'auréole de saint François : L'AN MIL VC XXII DURANT LA FAMINE CAGR... E... ANT MORT CESTE VERRIERE.

Nombreuses armoiries (description en annexe), notamment : armes de Louis de Roncherolles en bas à gauche, de Françoise d'Halluin en bas à droite, armes de l'évêché et du chapitre de Beauvais.

Les armoiries présentes dans le vitrail

A. Lancettes

Registre inférieur :

- A gauche : armes de Louis de Roncherolles (écu 1) : écartelé, aux 1 et au 4 d'argent à deux fasces de gueules ; aux 2 et 3 d'argent à la croix de gueules chargée de cinq coquilles d'or ; sur le tout, d'or au lion de sable.

- A droite : armes de son épouse, Françoise d'Halluin (écu 2) : mi-parti, au 1 : écartelé, en a : d'argent à deux fasces de gueules, en b : d'argent à la croix de gueules chargée de cinq coquilles d'or (armes de son époux) ; au 2 : d'argent à deux lions de sable, en abîme : demi-écu d'azur à la fasce d'or. Ce demi-écu est abîmé, il faut sans doute restituer : d'azur à la fasce d'or accompagnées de (n) billettes du même, la moitié 2 de l'écu formant alors les armes de Louis d'Halluin (armes d'Halluin et de Piennes en abîme), père de la donatrice.

Registre supérieur :

A gauche (près de saint Hubert), deux écus :

- écu 3 : écartelé, aux 1 et au 4 d'argent à deux fasces de gueules ; aux 2 et 3 d'argent à la croix de gueules chargée de six coquilles d'or ; sur le tout, de gueules à trois pals d'argent, au chef d'or.

- écu 4 : de gueules à trois pals de vair, au chef d'argent. A l'origine le chef était probablement d'or, le jaune d'argent s'étant perdu. On peut donc restituer ici les armes des Châtillon (Marguerite de Châtillon était la mère de Louis de Roncherolles).

A droite (près de saint Christophe), trois écus :

- écu 5 : de gueules à la croix d'or cantonnée de quatre clés du même (armes du chapitre de la cathédrale).

- écu 6 : d'azur à la fasce d'or, accompagnée de six billettes (?) du même, 3 en chef et 3 en pointe (armes de Piennes).

- écu 7 : de gueules au chevron d'hermine, à une étoile d'argent en pointe. Il faut restituer : à trois étoiles d'argent (cf. Barraud, p. 54) qui sont les armes de Lorgeril, ou : à trois étoiles d'or (avec la perte du jaune d'argent), qui sont les armes de Jeanne de Gistelles, mère de Françoise d'Halluin.

Au sommet des trois lancettes :

- écu 8 (moderne) : d'azur à deux fasces d'argent (armes de la famille de Marigny : cf. Barraud, p. 52).

- écu 9 : d'or à la croix de gueules cantonnée de quatre clés du même (armes de l'évêché de Beauvais).

B. Tympan

- Écu 10 (moderne) : écartelé, aux 1 et 4 : de gueules au sautoir d'argent, aux 2 et 3 : d'or à la croix de sable.

- Écu 11 : d'azur semé de billettes d'or, à deux bars adossés d'argent. Écu également moderne d'après l'abbé Barraud (p. 54) qui l'identifie comme armes de la famille de Rouville.

A GAUCHE. Le vitrail d'Engrand Le Prince, qui fait la fierté de cette chapelle, date de 1522. Les donateurs du vitrail entourent une Vierge de Pitié. Au-dessus, le Calvaire entouré de saint Hubert et saint Christophe.
A DROITE. La donatrice, Françoise d'Halluin, accompagnée de son saint protecteur saint François d'Assise (1522)

Vitrail (1522) de la chapelle du Sacré-Cœur
Le donateur, Louis de Roncherolles, est accompagné de son saint protecteur, saint Louis.

https://inventaire.picardie.fr/dossier/verriere-hagiographique-dite-vitrail-de-roncherolles-baie-25/1494d3c9-e418-4d16-b85d-0ad72bce2b9c

Verrière hagiographique dite vitrail de Roncherolles (baie 25) - Vue du registre inférieur de la lancette droite : saint François et la donatrice Françoise d'Halluin.

https://inventaire.picardie.fr/dossier/verriere-hagiographique-dite-vitrail-de-roncherolles-baie-25/1494d3c9-e418-4d16-b85d-0ad72bce2b9c/illustration/4

Plan de la cathédrale indiquant le vitrail dit de Roncherolles ou Baie 25. Plan Chanoine Marsaux, "Beauvais," Congres Archeologique 72 [1905]: in Cothren,

Plan de la cathédrale indiquant le vitrail dit de Roncherolles ou Baie 25. Plan Chanoine Marsaux, "Beauvais," Congres Archeologique 72 [1905]: in Cothren,

.

PRÉSENTATION.

La verrière  a été commanditée par  Louis de Roncherolles (v.1472-1538), conseiller et chambellan du roi, dont l' épouse était Françoise d'Halluin, : on y trouve donc leurs  figures en donataires agenouillés sur leur prie-dieu et  présentés respectivement par leur patron  saint Louis et  saint François. Le seigneur de Roncherolles devait être, comme les autres nobles, un chasseur acharné, et, comme tel, particulièrement dévoué à saint Hubert puisqu'il fonda à perpétuité  une chapelle sous le nom et titre de saint Hubert dans son château de Roncherolles dans le Vexin près de Rouen.  Saint Hubert figure donc au dessus de son portrait. C'est Saint Christophe, l'un des 14 saints Auxiliateurs protecteurs contre les dangers des voyages, mais aussi contre les épidémies, qui surplombe Françoise d'Halluin du coté droit. Mais pourquoi tout cela ? 

.

CONTEXTE HISTORIQUE:

.

Le vitrail est daté de 1522 par une inscription.

Cette date correspond au règne de François Ier (1515-1547) ; au pontificat d'Adrien II (1522-1523) et de Clément VII (1523-1534) ; à la  période de vacance qui a suivie l'épiscopat de Louis de Villiers de l'Isle-Adam (1497-1521) suivi avant la nomination d'Antoine Lascaris de Tende (1523-1530).

Dans le roman à épisode de la construction de la cathédrale,  après l'édification du chœur achevé en 1347, le début du XVIe siècle correspond à une reprise des travaux sous l'impulsion du comte-évêque Louis de Villiers de L'Isle-Adam et sous la direction de l'architecte Martin Chambiges, afin de donner enfin un transept à ce sanctuaire. Notre période correspond donc précisément à la construction du transept dans lequel se trouve le vitrail. La chapelle Sainte-Barbe, au nord, n'a été terminée qu'en 1517, et la chapelle des Morts, au sud, en 1519., 

 [Ensuite, une fois le transept érigé (entre 1500 et 1548), on décidera de construire la flèche la plus haute de toute la chrétienté. Les travaux commencent en avril 1563 et se terminent en 1569, elle atteint alors 153 m de hauteur. Le 30 avril 1573 est un jour noir dans l'histoire de la cathédrale : alors que les fidèles sortent de la célébration de l'Ascension, la flèche et les trois étages du clocher s'effondrent. La reconstruction des voûtes du transept prive la cathédrale des fonds nécessaires pour édifier la nef. La cathédrale reste depuis inachevée. ]

 

 

.

 Louis de Roncherolles II, né le 20 décembre 1472 et décédé en 1538, était conseiller et chambellan du roi, gouverneur de Péronne, Roye et Montdidier, chevalier de l'ordre du roi, baron de Heuqueville et de Saint-Pierre,  Il fut fut inhumé à Ecouis. Son grand-père Louis de Roncherolles I avait été chambellan de Charles VI. Son père Pierre de Roncherolles, décédé en 1503 et inhumé à la Collégiale d'Ecouis,  chambellan de Charles VII et de Louis XI, avait épousé Marguerite de Châtillon.

«Mons. Lovs de Roncerolles baron de Heugueville et du Pont S. Pierre fut né à Chatillon-sur-Marne le xxe jour de décembre mil IIIIc LXXII et le tint sur fons mons. Loys de Laval Sgr de Chastillon en Bretaigne, Jehan de Roncerolles son frère et damoiselle Agnès de Vauldray, et espousa madamoiselle Françoise de Hallewin cy après escripte le pénultième jour d'avril l'an mil cinq cens et quatre. Le xixe jour de décembre le vendredi des quatre temps au soir à ix heures l'an mil IIIIc IIIIxx et XIII madamoiselle Francoise de Hallewin fut née à Passy près Paris et furent ses parrains et marraines mons. de Vandosmes madamoiselle Marie de Ghistelle sa tante et madame Jehane de Hallewin sa sœur. Adrian de Roncerolles premier fils des dessus dits fut né dudit Roncherolles le mardi xxve de mars environ viii heures du soir l'an mil cinq cens et cinq et furent ses parrains et marraines mons. de Piennes père de la dite damoiselle Françoise pour principal parrain lequel le fit tenir par mons. de Buguenon son filz ainsné et mons Descrebècgs son filz puisné son second parrain et ses marraines madame de Piennes sa grant-mère et madamoiselle du Neufbourg sa tante sa seconde marraine et fut baptizé en la chapelle de Roncerolles par maistre Phle Lebouteiller curé et chanoine de Nostre Dame d'Escouys. Pierre de Roncerolles second filz des dessus dis fut né audit Roncerolles le jour de Pasques entre trois et quatre heures du matin xiie jour d'apvril l'an mil cinq cens et six et furent ses parrains et marraines mons. d'Amyans frère de ma dite damoiselle Françoise de Hallewin, mons. de Rambure, madame de Rambures et madamoiselle de Buguenon ...»  (Livre d'Heures  de Louis de Roncherolles, Source E. Pattou 2015)

Il épousa Françoise d'Halluin le 30 avril 1504 : Il eut douze enfants de son premier mariage  : Adrien, Pierre, Louis, Philippe, Marie, François et Hubert, Laurent,  Jean , Suzanne et Madeleine. 

Adrien (25/03/1505 + 1523 ), l'aîné, élevé enfant d'honneur du roi François Ier, fut envoyé en otage par le roi jusqu'au paiement complet de la somme due pour la ville de Tournay. Il fut fait Gentilhomme ordinaire de la Chambre à son retour, et envoyé en Italie, où il fut tué en 1523 pendant le siège d'Arona. 

 Pierre de Roncherolles (° 12/04/1506) seigneur d’Esquaquelan épousa Jeanne de Houdetot (fille de Jacques, écuyer, seigneur de Herville, et de Péronne Chenu, d’Yvetot)

Louis (né le 12 mars 1507 : mort jeune ?)

 Philippe de Roncherolles (né le 1er mai 1508,  + 4 mars 1570)  succéda à son père comme seigneur de Roncherolles : Gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, capitaine de 50 hommes d'armes de son ordonnance, Gouverneur successif de Pontoise, Caen et Beauvais, il se marie en 1527 avec  Suzanne de Guisencourt   , puis en 1558 avec Renée d'Espinay. Pendant les Guerres de Religion, Charles IX eut tant de confiance en lui qu'il voulut toujours l'avoir auprès de sa personne. Il mourut le 4 mars 1570 au retour d'un voyage à Tours.

Marie, née le 26 octobre 1509, épousa en 1526 Jean de la Rivière

Les jumeaux François et Hubert, nés le 17 décembre 1510. 

Laurent (né le 20 juillet 1512)

Jean (né le 31 janvier 1514), abbé commendataire des abbayes du Gard et de Mortemer.

Suzanne, née le 16 mai 1516, épousa en 1527 Louis de la Haye

Madeleine, née le 4 février 1518, épousa en 1531 Antoine Payen et en 1537 Jean de la Mothe.

Anne, née le 18 octobre 1519.

 

Devenu veuf en 1523, Louis de Roncherolles épousa en 1524 Marie de Cormeilles, sans enfant, et en 1527 Marguerite de Guisencourt, sans enfant.

La façon dont le seigneur de Roncherolles fit don à la cathédrale d'un vitrail  est consignée dans les Registres du Chapitre de la cathédrale, à la date du 13 juin 1522 :

« Le 13 juin 1522, M. d'Heuqueville de Ronquerolles ayant fait remise des droits seigneuriaux dus pour des biens sis à Auneuil ; légués à l'église par feu Jean Bellin, à condition qu'à sa volonté, et sur les dessins qu'il en donnerait, serait faite une verrière de même valeur, c'est-à-dire de cent livres, à quoi montaient les dits droits de relief, le chapitre prend la résolution de faire faire ledit vitrail que l'on voit encore actuellement à la chapelle de Sainte-Barbe, en laquelle ledit seigneur d'Auneuil et sa femme, leurs patrons et leurs armes se voient désignés à coté d'un christ descendu de la croix, et le tout au dépens de l'église » (P.C. Barraud, 1860 p. 59)

 

Ancre

L'abbé Barraud a repris ici, mais en les adaptant, les termes d'un document cité par Cothren :

Registres Capitulaires, Collection Bucquet-aux Cousteaux, vol. 28, 253:

"13 juin 1522 M. d'Hucqueville [de Roncherolles] fait remise au chapitre des droits seigneuriaux alui dus pour des biens seis à Auneuil legues a l'Eglise par feu jean belin, a condition qu'a sa volunté et sur le dessein quil en donneroit seroit fait une verriere de meme valeur cest adire de 100 l.t. le chapitre fait faire le vitrage que Ion voit encore actuellement ala chapelle de Ste barbe [pres la porte dela gallerie qui conduit a  l'Eveché] en laquelle verriere led seigr d'Auneuil et sa femme leurs patrons et leurs armes sont representés a cote d'un christ."

 

Jean Belin ou Jean de Blin est un chanoine de la cathédrale de Beauvais décédé en 1521, et présenté comme "le bienfaiteur de l'église de Beauvais, ce qui est prouvé par un dénombrement fourni le 3 février 1528 par les doyens, chanoines et chapitre de l'église cathédrale de Beauvais, comme donataires dudit de Belin, pour deux fiefs sis en la paroisse d'Auneuil, à noble et puissant seigneur Louis de Roncherolles, seigneur d'Auneuil." (Nicolas Viton de Saint-Allais,1817, Nobiliaire universel de France: recueil général des généalogies historiques page 457).

Il faut réaliser l'importance de ce document, qui indique le prix du vitrail, sa localisation, mais surtout qui atteste que le choix du dessin a été décidé directement et avec précision par Louis de Roncherolles. On notera aussi que seul le registre inférieur est ici décrit.

.

 

Louis de Roncherolles présenté par saint Louis :

 

Louis de Roncherolles présenté par saint Louis. Photo lavieb-aile

Louis de Roncherolles présenté par saint Louis. Photo lavieb-aile

.

Louis de Roncherolles. Photo lavieb-aile

Louis de Roncherolles. Photo lavieb-aile

–  Françoise d'Halluin    née le 29 décembre 1492 et décédée vers  1523, épousa Louis de Roncherolles le 5 mars 1503, ou le 30 avril 1504, par contrat du 16 février 1500 (?).

C'était la fille de Louis de Halwin, seigneur de Piennes, et d'Isabeau de Ghistelles.

 

Louis de Halwin ou d'Halluin , décédé en 1519, fut un personnage considérable de son temps :  seigneur de Piennes, chevalier de l'ordre du roi (promotion de 1495), capitaine de 100 hommes d'armes de son Ordonnance,  conseiller et chambellan du roi Louis XI puis du roi Charles VIII, Capitaine de Montllhery, Bailli et Gouverneur de Péronne, Montdidier et de Roye en 1496 et  Gouverneur et Lieutenant-général de Picardie en 1512.

Selon Jean-Luc Deuffic, :

"La famille flamande van Halewijn, francisée en d’Halluin, tire son origine de la ville de ce nom près de Lille.

Né vers 1450, Louis d'Halluin, fils de Josse, bailli de Flandres, et de Jeanne de la Trémouille, s'attacha aux cours des ducs de Bourgogne Philippe le Bon et de Charles le Téméraire. De par son père, il était lié à la famille de Bruges-la Gruthuse, une des plus puissantes du comté, et, par alliance, au célèbre Philippe de Commynes. Il épouse en effet vers 1475 Jeanne de Ghistelles, fille de Jean, seigneur d'Esquelbecq, grand veneur de Flandre et de Jeanne de Bruges-la Gruthuse (de gueules au chevron d'hermines, accompagné de trois étoiles d’or, deux en chef et une en pointe), qui décédera avant lui. En 1474, Louis de Halluin est chambellan et capitaine de cinquante lances au service du dernier duc de Bourgogne. Assiégé dans Saint-Omer dont il est capitaine, Louis d'Halluin est fait prisonnier par Louis XI, auquel il se rallie un peu plus tard. Le roi le prend alors comme chambellan, le fait capitaine de Montlhéry (lettre du 14 mars 1480). [...] En 1494, il accompagne le roi Charles VIII à son voyage de Naples, et à la bataille de Fornoue (Fornovo), il fut un des six chevaliers que le roi choisit pour combattre auprès de sa personne, revêtus d’habits semblables aux siens.  Maître des cérémonies lors du couronnement de Charles VIII à Naples (22 février 1495). Louis d'Alluin [est] fait chevalier de l'Ordre de Saint-Michel en 1495.

Aux obsèques de Charles VIII, le seigneur de Pienne, avec trois autres chambellans, tient le drap d'or au-dessus du cercueil du roi.
Le 6 juillet 1498 il achète d'Arthus de Villequier la seigneurie de Maignelay en Beauvaisis (aujourd'hui Maignelay-Montigny), dont il reconstruisit l’église et l'antique forteresse dans un style puisé de ses voyages italiens.
En juillet, lors de l'entrée de Louis XII à Paris, Louis d'Halluin est à sa droite. Le nouveau roi l’honore en lui confiant plusieurs missions diplomatiques, comme celle de la négociation en Allemagne, en 1501, ou de l'investiture du duché de Milan reçue du roi des romains.  
Louis XII le fait gouverneur et lieutenant général de la Picardie en 1512.
Sous Louis XII enfin, Louis d'Hallewyn, seigneur de Piennes, avait offert sa propre effigie, en argent, prosternée devant l'image (Hist. de N. D. de Boul. par Ant. Le Roy) "

Son troisième fils François d'Halluin fut nommé en 1502 évêque d'Amiens.

 

Une monographie de D. Barbier consacrée à Louis Halluin indique à propos de sa fille Françoise :

 

"Elle mourut vers 1523, date à laquelle ses entrailles furent inhumées dans le chœur de l'église de Maignelay. Son corps reposait avec celui de son mari dans la collégiale d'Ecouis (Eure) où ils étaient encore représentés en gisants mais le sarcophage était cette fois-ci décoré de vertus et très italianisant. "

 

Son testament (cité par Cothren) figure dans les Pièces Originales du Cabinet des titres , provenant des anciennes archives de la Chambre des Comptes  conservées à Paris, BNF fr. 29023, folios. 116r-116v.

 Il est daté du 27 février 1522 et est rédigé lors de la phase finale de sa maladie, alors qu'elle résidait, avec son fils aîné Adrien,  à Amiens dans le palais épiscopal de son frère François d'Halluin. Elle laisse à son mari une relique en or venant de son père et un diamant venant de sa belle-mère. Elle confie son jeune fils Jean à la garde de François d'Halluin évêque d'Amiens avec le souhait qu'il devienne prêtre à son tour. Elle lui destine une peinture de saint Jean, et le calice et ornements sacerdotaux de ses futures fonctions. Jean, né le 31 janvier 1514, deviendra effectivement prêtre. Un mois avant que Françoise ne conclue son testament, son fils Adrien demanda au roi que son frère , de 10 ans plus jeune, soit nommé chanoine de la Sainte-Chapelle. [Le 7 janvier 1522 Adrien, qualifié de "panetier ordinaire du roi"-demanda au roi d'accepter son frère  Jean de Roncherolles comme chanoine de la Ste-Chapelle: Catalogue des actes de François ler, vol. 7, 108-9, no. 23749.] Ultérieurement il deviendra abbé commendataire  des abbayes du Gard (en 1539)  et de Mortemer. Enfin, Françoise D'Halluin confie ses filles à la garde de sa sœur Jeanne d'Halluin, qui avait épousé André de Rambures

116r: "Elle laisse aud. Sgr son mari une image d'or qui avais touche au St Suaire qui avoir ete donne alad. De testatrice par feu Mgr de Piennes son pere, avec un diamant ou il y avoir 2.1. et 2.m. que feu Madme de Chastillon Belle-mere de lad. De testatrice lui avoir donne." Ibid: "de Jean quelle prie son mari de laisser aupres de Mr l'Eveque d'Amiens, esperant que ledit Sgr Eveque lui fera vrai oncle.... elle donne a Jean aussi son fils une image de StJean et s'il est pretre elle lui donne pour le jour quil chantera un calice et des ornemens." 

 "Elle suplie son mari de metter les demoiselles leurs filles sous la conduite de la De de Ramburer, soeur de lad. testatrice, la supliant de vouloir les regarder et elever comme ses filles, et s'il plaisoir aud. Sgr. son mari de les mettre avec Madelle Made soeurs de lui, elle recommande auxd. Delles ses filles de leurs obeir." Ibid., fol. 116v: "Ce testament passe a Amiens en l'hotel Episcopale ou lad. De etoit malade en presence de Nobles et snnr Sgnr R S. en Dieu Mgr l'Eveque d'Amiens, Mgr Jean de Hallwin, nobles hommes adrien de Roncherolles, Mre Guillaume de Hamel, Chancelier de N. De d'Amiens, Louis de Brequin, Antoine de Lievin Euyern, discretu passoer Wagner MeJean Willemat, docteur en autres, devant Martin le Febvre Pretre et notaire apostoliquejure."

 

.

 

La date du décès de Françoise d'Halluin ne semble pas être connue avec précision, et D. Barbier la fixe "vers 1523". Si elle a suivi d'assez près la rédaction du testament (27 févier 1522), et qu'elle est survenue dès mars 1522, alors il est plausible que Louis de Roncherolles ait décidé de construire un vitrail en raison de cette mort, puisque la mention de ce vitrail par le Chapitre de la cathédrale date de juin 1522. 

Françoise d'Halluin présentée par saint François Source image :

.

 

.

Françoise d'Halluin, photo lavieb-aile.

Françoise d'Halluin, photo lavieb-aile.

Une famine en 1522 ?

Une inscription lisible sur l'auréole de saint François dit : L'AN MIL VC XXII DURANT LA FAMINE CAGR... E... ANT MORT CESTE VERRIERE. 

M.W. Cothren (note 34) suggère d'en moderniser la forme en : "L'an 1522, durant la famine, sa grande mort, cette verrière,", et qualifie cette inscription de "simple, mais (intentionnellement ?) énigmatique".

Cette date corrobore le document daté du 13 juin 1522 qui mentionne le don de la verrière par Louis de Roncherolles. 

 

La réalité de cette famine peut être expliquée par l'état de guerre puisque André Delettre signale dans son Histoire du diocèse de Beauvais qu'en 1523 , l'ennemi (les Anglais et les Impériaux de Charles Quint) était aux portes de Beauvais et que le roi levait de nouveaux impôts pour le repousser. Plus précisément, cet auteur mentionne aussi,  en 1530-1533, la reprise d'une épidémie "qui avait frappé tant de victimes les années précédentes" : en mai 1522, "les hospices étaient encombrés de malades dénués de toutes ressources. L'Hôtel-Dieu en avait près de trois cent, non compris les orphelins et les indigents. On se trouvait dans une telle détresse qu'il fallut ordonner des quêtes dans tout le diocèse pour pouvoir subvenir à tant de besoins". En 1524, il précise encore "La crainte de manquer de vivres empêcha d'approvisionner les marchés et fit hausser le prix du blé, à tel point que le plus grand nombre d'habitants, hors d'état de s'en procurer,  se voyait condamné à mourir de faim "(page 175).

Cothren cite également un extrait des archives du Chapitre dans la  Collection Bucquet-aux Cousteaux , vol. 26, 360. :"6 mai 1522. assemblee extraordinaire a l'Eveché avec les maire et pairs pour pourscoir aux necessiter du peuple de la ville et du diocece qui couroit risque de perir par la famine." . En août 1522, mais déjà en 1519 1520,   les reliques de saint Germer avaient été menées en procession à travers la ville pour tenter d'interrompre une épidémie de "peste". (Collection Bucquet-aux Cousteaux , vol. 26, 360. Ibid., 359. ) Selon Fauqueux page 82   ,un rapport mentionne 1.800 décès entre Octobre 1522 et juin 1523.

Dés lors que cette famine de 1522, par la disette, par la guerre et par les effets des épidémies, est attestée, et que le vitrail, dont la composition a été ordonnée par le commanditaire, la mentionne dans son inscription, il est justifié d'y voir un principe organisateur réunissant la présence des saints du registre supérieur. Saint Hubert était connu pour ses pouvoirs de guérison, notamment auprès des nobles chasseurs contre la rage, parfois surnommé "le mal Saint-Hubert" . Saint Christopher est encore plus célèbre en tant que saint qu'il faut invoquer en cas de de peste. Enfin sainte Barbe, à qui la chapelle était dédiée, faisait partie des quatorze Saints Auxiliateurs protégeant, comme Christophe, des périls de la mort soudaine sans confession.  

Dans une situation de disette, de saturation d'accueil des hôpitaux, de forte augmentation des décès, et de risque de révoltes populaires, l'axe central s'élevant des crânes grimaçant parmi les fleurs vers le corps sans vie du Christ, puis, traversant la silhouette de la cathédrale, vers la Croix, avant de culminer en la Vierge Intercetrice apporte la réponse chrétienne à ce drame.

 

 

.

CONTEXTE TECHNIQUE.

Le vitrail fut restauré par Jules Houilles en 1918-24, et ce dernier en a alors réuni les deux parties . En effet, avant la Première Guerre mondiale, il était disposé en deux baies différentes, celle-ci (baie 25) et la baie voisine qui domine l'autel (baie 23). Dans la description donnée en 1885 par l'abbé Louis Pihan, la baie 25 contient le registre inférieur et le tympan alors que la baie 23, partiellement cachée par le retable d'autel, renferme  le registre supérieur. Quelle était la disposition originale ? Les chercheurs se sont divisés en deux camps :  certains se prononçaient sur l'existence de deux fenêtres dès le début (Rayon,, Grodecki, Bonnet-Laborderie). Les autres croyaient à l'authenticité de la fenêtre actuelle unifié (Barraud, Desjardins, Leblond, Lafond).  M.W. Cothren estime (note 36)  que  la comparaison de l'incohérence flagrante de l'état précédent la Première Guerre mondiale, dont il détaille les exemples,  avec la cohérence formelle, iconographique et héraldique  de l'installation actuelle  soutient de façon convaincante  la validité de la deuxième option: les panneaux formaient dès l'origine un seul ensemble, semblable à ce que nous voyons aujourd'hui, dans le mur ouest de la chapelle.

 

Maître-verrier.

 

Le vitrail est attribué (Pierre Le Vieil, L'art de la peinture sur verre et de la vitrerie (Paris: Imprimerie de L.-F. Delatour, 1774), 35 ;  Lafond, Grodecki , etc.) à Engrand Leprince, que j'ai présenté dans mon article sur l'Arbre de Jessé de l'église Saiint-Etienne de Beauvais (cf. lien supra). Rappellons que la virtuosité picturale d'Engrand Leprince , notamment dans son emploi du jaune d'argent, en fait l'un des meilleurs artistes verriers du XVIe siècle ( Lafond,  "Essai historique sur le jaune d'argent," in Trois etudes sur la technique du vitrail (Rouen: Imprimerie Laine, 1943). Françoise Perrot a pu écrire dans Le vitrail à Rouen (Rouen: Imprimerie Lecerf, 1972), qu'il s'agissait peut-être du plus grand maître-verrier ayant jamais existé.

Il est classique de citer  Lucien Magne, (L'Œuvre des peintres verriers français, 1888) : « Je reconnaîtrais partout un vitrail d'Engrand Le Prince à la liberté du dessin, à l'indication large des modelés, aux touches légères de jaune d'argent qui brillent comme l'or dans la lumière des étoffes blanches, aux oppositions justes des tons les plus éclatants. »

Michael W. Cothren décrit son admiration ainsi (page 14) : 

  "It is the large, free brushstrokes, energized with self-confident spontaneity, that most cleanly separate Engrand's painting not only from that of his many contemporaries but also from the work of members of his own glass-painting family. His windows are also notable for the subdued, clear blue of the backgrounds and their delicately detailed architectural renderings, both of real and fictive cityscapes. Dense blocks of landscape, evoked through several shades of dark and saturated green, are juxtaposed with these atmospheric renderings, overlapping them with a delicate and continual fringe of dark leaves painted on the blue glass itself. Engrand's figures are infused with artificiality and grace. They usually take on bloated, mannerist proportions, with small heads and swaggering, curvilinear poses. For instance, Saint Christopher's transportation of the infant Jesus in this window is conceived as a courtly dance; the Virgin adores the body of her dead son with grandiloquent pathos. Most figures are clothed in rich and fanciful costumes of billowing, sumptuous fabric, elaborately accessorized. But what is perhaps most distinctive about Engrand's work-here and elsewhere-is his unparalleled technical virtuosity, especially in the use of silver stain, employed not only to enliven the chromatic composition but also to color, highlight, and shade its figures and their fabulous costumes."

 

.

DESCRIPTION DE LA VERRIÈRE DE LA BAIE 25.

.

Elle prend place dans une baie de 11 mètres de haut et 3 mètres de large, à trois lancettes trilobées juxtaposées et un tympan ajouré. Chaque lancette comprend douze panneaux superposés (têtes de lancettes comprises). 

On distingue aisément dans ces trois lancettes deux registres iconographiques, supérieur et inférieur, chaque registre étant divisé selon les lancettes en une partie centrale lié à la Passion, et deux parties latérales, soit six compartiments thématiques. Le pied et la tête des  lancettes latérales portent des armoiries, ainsi que le septième de leur douze panneaux.

– Dans le registre inférieur, l'axe central accueille une Pietà (dont le Christ est inspiré d'une gravure de Dürer),  encadrée de chaque coté par les donateurs présentés par leur saint patron : saint Louis (à gauche), portant son manteau fleurdelisé et le collier de l'ordre de Saint-Michel, présente Louis de Roncherolles II agenouillé en prière et vêtu d'une cotte d'armes recouverte d'un manteau et d'un tabard à ses armes. Louis de Roncherolles est ainsi incité à participer émotionnellement à la scène de la Vierge de Pitié contemplant le cadavre de son fils.   Saint François d'Assise (à droite) recevant les stigmates dans sa contemplation du crucifix,  présente Françoise d'Halluin agenouillée en prière devant son  Livre d'Heures. Une inscription se lit dans le nimbe de saint François (cf.).

En arrière-plan se trouve des bâtiments  figurés en grisaille, dans lesquels on a reconnu la cathédrale de Beauvais avec ses arc-boutants à double niveau et ses pinacles à crochets. Elle permet au  vitrail d'échapper à un flottement dans les universalités d'un monde intemporel, et de monter les tréteaux de la scène dramatique dans la réalité historique d'un lieu sacré particulier : Beauvais.

 

 

– Dans le registre supérieur se trouve dans la lancette centrale  un Christ en croix  entre la Vierge  et saint Jean. A gauche se trouve la représentation de l'apparition à saint Hubert d'un cerf blanc portant dans ses bois la croix du Christ, alors qu'il était parti à la chasse un Vendredi Saint ; il est entouré de ses chiens et de son cheval. Un ange descend en tenant une étole dorée brodée de croix blanches, et ce détail est important pour identifier le saint comme Hubert et non comme Eustache, autre chasseur à qui apparaît un cerf crucifère. En effet, dans un autre épisode plus tardif de sa Vita, ce manipule symbolisant ses fonctions sacerdotales fut envoyée à Hubert par la Vierge pour vaincre ses réticences à accepter la charge d'évêque de Maastricht. en succession de saint Lambert. Notez, sur la gibecière de Seigneur Hubert, deux lettres en perles blanches, TM.

C'est à droite que se trouve le saint Christophe qui suscite ma curiosité,  portant le Christ enfant sur ses épaules.

Le tympan accueille, au dessus de deux armoiries, l'apothéose de la Vierge : elle apparaît, mains jointes et cheveux dénoués, au centre de rayons de feu et de nuées. Les trois personnes de la Trinité la reçoivent, le Père Éternel à gauche tenant l'orbe crucifère, le Christ en manteau de gloire tenant la croix, et la colombe de l'Esprit-Saint au dessus d'elle. Plus haut, l'ange de droite tend une couronne de fleurs, celui de gauche tient une verge, 

.

Datation.

La datation est établie grâce à l'inscription lisible sur l'auréole de saint François : L'AN MIL VC XXII DURANT LA FAMINE CAGR... E... ANT MORT CESTE VERRIERE.

 

.

Héraldique.

On trouve les  armes de Louis de Roncherolles en bas à gauche, de Françoise d'Halluin en bas à droite, et les armes de l'évêché et du chapitre de Beauvais. On en trouve diverses description, et une synthèse par l'Inventaire de Picardie :

A. Lancettes

Registre inférieur :

Ancre - A gauche : armes de Louis de Roncherolles  présentées par trois lions : écartelé, aux 1 et au 4 d'argent à deux fasces de gueules ; aux 2 et 3 d'argent à la croix de gueules chargée de cinq coquilles d'or ; sur le tout, d'or au lion de sable.

 C'est l'association de trois armoiries différentes : celles de Roncherolles, d'argent à deux fasces de gueules ,dont Louis a hérité de son père Pierre à son décès en 1503 celles des Hangest   (d'argent à la croix de gueules chargée de cinq coquilles d'or), et celles de Léon (d'or au lion de sable).

 

 

- A droite : armes de son épouse, Françoise d'Halluin (écu 2) : mi-parti, au 1 : écartelé, en a : d'argent à deux fasces de gueules, en b : d'argent à la croix de gueules chargée de cinq coquilles d'or (armes de son époux) ; au 2 : d'argent à deux lions de sable, en abîme : demi-écu d'azur à la fasce d'or. Ce demi-écu est abîmé, il faut sans doute restituer : d'azur à la fasce d'or accompagnées de (n) billettes du même, la moitié 2 de l'écu formant alors les armes de Louis d'Halluin (armes d'Halluin et de Piennes en abîme), père de la donatrice.

Registre supérieur :

A gauche (près de saint Hubert), deux écus :

- écu 3 : écartelé, aux 1 et au 4 d'argent à deux fasces de gueules ; aux 2 et 3 d'argent à la croix de gueules chargée de six coquilles d'or ; sur le tout, de gueules à trois pals d'argent, au chef d'or.

- écu 4 : de gueules à trois pals de vair, au chef d'argent. A l'origine le chef était probablement d'or, le jaune d'argent s'étant perdu. On peut donc restituer ici les armes des Châtillon (Marguerite de Châtillon était la mère de Louis de Roncherolles).

A droite (près de saint Christophe), trois écus :

- écu 5 : de gueules à la croix d'or cantonnée de quatre clés du même (armes du chapitre de la cathédrale).

- écu 6 : d'azur à la fasce d'or, accompagnée de six billettes (?) du même, 3 en chef et 3 en pointe (armes de Piennes).

- écu 7 : de gueules au chevron d'hermine, à trois étoiles d'or (avec la perte du jaune d'argent), qui sont les armes de Jeanne de Gistelles, mère de Françoise d'Halluin.

Au sommet des trois lancettes :

- écu 8 (moderne) : d'azur à deux fasces d'argent (armes de la famille de Marigny .

- écu 9 : d'or à la croix de gueules cantonnée de quatre clés du même (armes de l'évêché de Beauvais).

B. Tympan

- Écu 10 (moderne) : écartelé, aux 1 et 4 : de gueules au sautoir d'argent, aux 2 et 3 : d'or à la croix de sable.

- Écu 11 : d'azur semé de billettes d'or, à deux bars adossés d'argent. Écu également moderne d'après l'abbé Barraud (p. 54) qui l'identifie comme armes de la famille de Rouville.

 


 

 

Vitrail de Roncherolles, chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Vitrail de Roncherolles, chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

.

Vitrail de Roncherolles, 1522, chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Vitrail de Roncherolles, 1522, chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Vitrail de Roncherolles, 1522, chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Vitrail de Roncherolles, 1522, chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

.

 

SAINT CHRISTOPHE PORTANT L'ENFANT, ET L'ERMITE.

.

L'attitude globale du saint est celle des peintures et vitraux du XVIe siècle déjà observés, la jambe gauche en avant de la droite, l'allure de marche dirigée, dans la traversée du fleuve,  vers la rive située à gauche. Le bassin est tourné vers la droite et se présente à nous presque de face ; cette présentation frontale se complète au niveau du thorax. Mais alors que jusqu'à présent le saint poursuivait la rotation ainsi amorcée et tournait le visage et les yeux vers l'Enfant, ici, Engrand Leprince  représente le visage de face, de telle sorte que Christophe nous regarde . C'est un retour au regard fixant le fidèle qui caractérisait les peintures du XIVe siècle, alors que l'on prêtait à la rencontre des regards une vertu magique de protection, dite apotropaïque, et qui se renforçait par la prononciation d'une formule parfois écrite sur le support. 

 

 Mais le géant, parce qu'il prend un appui très haut sur son bâton de marche, s'incline automatiquement  vers la gauche, ce qui incline aussi son visage et l'axe des deux yeux. Cela n'est pas anodin, car depuis l'Antiquité cette posture est celle de la Mélancolie, et nous la décryptons inconsciemment comme telle. La noblesse du visage à la longue barbe blanche de Neptune ou de Dieu-le-Père  est alourdie par cette gite  du port de tête, et la gravité triste qui s'en dégage est accentuée par la ligne tombante du coin des lèvres. Rien à voir avec l'attitude gaillarde et enjouée des Christophe de Séville. L'Enfant semble d'ailleurs s'inquiéter et  se pencher vers lui pour lui demander : ça va pas ?  Saint Christophe a interrompu sa marche pour nous dévisager et sonder notre âme.

Saint Christophe, Vitrail de Roncherolles, 1522, chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.522,

Saint Christophe, Vitrail de Roncherolles, 1522, chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.522,

.

Cela n'empêche pas le miracle de la reverdie du bâton de survenir dans les règles, et trois feuilles certes un peu chiches mais résolument vertes s'affichent à l'extrémité de tendres rameaux. Tout va bien.


 

 

 

Saint Christophe portant l'Enfant, Engrand Leprince, Vitrail de Roncherolles, chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Saint Christophe portant l'Enfant, Engrand Leprince, Vitrail de Roncherolles, chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

.

Tout va d'autant mieux que, à force de le chercher comme dans le jeu "Où est Charlie?", j'ai fini par trouvé l'ermite. Sa lanterne faisait pourtant un éclat bien repérable! 

Ermite à la lanterne, in Saint Christophe portant l'Enfant, Engrand Leprince, 1522, Vitrail de Roncherolles, chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Ermite à la lanterne, in Saint Christophe portant l'Enfant, Engrand Leprince, 1522, Vitrail de Roncherolles, chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

.

Les Livres d'Heures, modèles du commanditaire pour sa verrière ?

 

Mon étude du saint Christophe de la cathédrale d'Angers m'avait permis de suggérer que le Maréchal de Rohan avait pu trouver dans sa bibliothèque les enluminures de Christophe et des Apôtres afin de procurer au maître-verrier un modèle de ce qu'il souhaitait pour sa chapelle.  J'ai voulu tenter de savoir si, dans le Livre d'Heures de Louis de Roncherolles, saint Christophe était représenté et avait pu servir de source d'inspiration pour le vitrail qu'il commandait à Engrand Leprince. Ce Livre d'Heures est conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal sous la cote Ms 1191 et il est daté de 1495-1500. L'enluminure m'attendait au folio 83v, tel que l'avait peinte le "Maître des Entrées parisiennes", avec son Enfant sur les épaules, son bâton, et l'ermite, et la lanterne. Il se dirigeait vers le sens opposé, mais cela peut arriver à tout le monde.

Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus, Livre d'Heures de Louis de Roncherolles  (1495-1500) Arsenal Ms 1191 folio 83v  Maître des entrées parisiennes

Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus, Livre d'Heures de Louis de Roncherolles (1495-1500) Arsenal Ms 1191 folio 83v Maître des entrées parisiennes

J'ai ensuite trouvé dans le même Livre d'Heures, au folio 102v   Louis de Roncherolles présenté par saint Louis, Presque comme sur le vitrail ! 

Dans les marges se trouvent trois armoiries :

a) Celles du haut :  écartelé : aux 1 et 4 d'argent à deux fasces de gueules (Roncherolles, reçues à la mort de son père Pierre III ), aux 2 et 3 d'argent à la croix de gueules chargée de cinq coquilles d'or (Hangest, armes qui passèrent dans la famille après le mariage en 1367 de Jean de Roncherolles avec Isabelle de Hangest). Sur le tout d'or au lion de sable. (Léon, signalant le mariage de Guillaume V de Roncherolles (d. 1415) avec Marguerite de Léon). Elle se retrouvent a la base de la lancette de gauche.

 

b) celles du milieu  de gueules à trois pals de vair, au chef d'or, est de Châtillon-sur-Marne

c) Celles du bas reprend, dans sa moitié gauche, celui du haut, mais il s'associe en parti avec les armes d'Halluin d'argent à trois lions de sable armés, couronnés et lampassés d'or, posés 2 et 1  et de Piennes d'azur à la fasce d'or ace. de six billettes du même, trois en chef, trois en pointe, rangées en fasce.

Soit " parti : au I coupé d'argent à deux fasces de gueules (Roncherolles) et d'argent à la croix de gueules chargée de cinq coquilles d'or (Hangest); au II d'argent à trois lions de sable (Hallewin). Sur le tout, écu parti d'or au lion de sable et d'azur à la fasce d'or ace. de six billettes du même, trois en chef, trois en pointe, rangées en fasce (Piennes).

 

Elles notifient donc l'alliance  de la famille de Roncerolles avec celle de Louis d'Halluin, seigneur de Piennes, par le mariage de Louis avec Françoise d'Halluin. On le retrouve, mais dans un écu en losange, à la base de la lancette de droite, celle de Françoise d'Halluin.

 

 

.

 

.

.

Au folio 103r (source image) se trouve  l'enluminure montrant saint Hubert face au cerf crucifère. Les armes centrales  sont celles de Louis d'Halluin seigneur de Piennes : d'argent à trois lions de sable (Halluiin); en abîme écusson d'azur à la fasce d'or ace. de six billettes du même, 3 en chef, 3 en pointe, rangées en fasce (qui est Piennes, depuis le mariage au XIVe siècle de  Wautier II avec Péronne de saint-Omer, dame de Piennes). L'écu est entouré du collier de l'ordre de Saint-Michel.


 

Le blason en losange (donc celui d'une femme) porte les armes de Jeanne de Ghistelle (de gueules au chevron d'hermine,  à trois molettes (ou étoiles)  d'argent), ce qui indique que ce manuscrit est postérieur à 1503-1504, date du mariage de Françoise D'Halluin.

Ces  armes de Ghistelle sont retrouvées, dans le vitrail, sous la figure de saint Christophe

Notez sur les deux pages,  les initiales  L. et F. (Louis et Françoise) associées aux R., entourant les encadrements à fleur de lys.

Comparez avec les Grandes Heures d'Anne de Bretagne par Jean Bourdichon vers 1503, folio 191v : on y retrouve les mêmes éléments. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52500984v/f391.item

Voir encore la Conversion de saint Hubert dans la Vie de saint Hubert par  Hubert le Prévost, enluminure du  Maître de Marguerite d’York, vers 1470-1480. Paris, B.n.f. Mss, fr. 424, folio  9

http://expositions.bnf.fr/flamands/grand/fla_218.htm

 

 

 

 

.

En réalité, les deux feuillets 102v et 103r se trouvent l'un en face de l'autre lorsque le livre est ouvert, et ils composent un ensemble, où saint Louis introduit Louis de Roncherolles à la contemplation de la vision de saint Hubert . C'est ce que montre l'illustration suivante, empruntée à M. Cothren. 

 Livre d'Heures de Louis de Roncherolles, Bibliothèque de l'Arsenal Ms 1191 folio 102r-103v in COTHREN (Michael W.), 2001

Livre d'Heures de Louis de Roncherolles, Bibliothèque de l'Arsenal Ms 1191 folio 102r-103v in COTHREN (Michael W.), 2001

 

Le manuscrit de la Bibliothèque de l' Arsenal Ms 1191 est richement illustré de 22 grandes enluminures , de 67 petites enluminures et d'encadrements ou bordures à toutes les pages.  A quelques pages, dans la bordure, on lit : « Louis de Roncerolles » ou « Ronceroles » ; et à un grand nombre de pages, les initiales « L. D. R. ».Il comporte un calendrier en français avec 24 miniatures, Passages des quatre évangiles, suivis des oraisons Obsecro te et O intemerata, Heures de la Vierge , Les sept psaumes pénitentiels et les litanies. Dans les litanies : SS. Mellon, Godard et Médard, Romain, Ouen, Sever, Lô, Eloi, Gilles, Julien, Tau [...], Vigiles des morts, Antiennes et oraisons, Oraisons en français ;l' Oraison à la Vierge, en vers français, Oraison latine, Oraisons et antiennes des SS. Cosme et Damien, Louis, Hubert

Il a appartenu à la collection de Roger de Gaignieres (don de Nicolas Fremont d'Ablancourt), puis au marquis de Paulmy. Voir  Leopold Delisle, Le cabinet des manuscrits de la bibliotheque imperiale, vol. 1 (Paris: Imprimerie Imperiale, 1868), 349-50 (qui publie la propre description de Gaignères). Voir aussi  Henry Martin, Catalogue des manuscrits de la Bibliotheque de lArsenal, vol. 1 (Paris: E. Plon, Nourrit, 1886), 338-40 (avec une description partielle); and Jean Lafond, in Manuscrits à peinture de l'ecole de Rouen par Georges Ritter and Jean Lafond (Rouen: A. Lestringant, 1913), 28, 58 (avec plusieurs illustrations).

Voir surtout la Notice de la Bnf en ligne .

Ce Livre d'Heures se termine aux folios 103v-105 le Journal ou "Livre de famille"  de Louis de Roncherolles, contenant les dates de naissance et de mariage de lui, Louis de Roncherolles et de sa femme, Françoise de Halluin, et les dates de naissance et de baptême, avec les noms des parrains et marraines, de ses douze enfants : « Adrian », 25 mars 1505 ; « Pierre », 12 avril 1506 ; Loys », 21 mars 1506 [1507] ; « Phlippes », 1er mai 1508 ; « Marie », 26 octobre 1509 ; « Françoys et Hubert, frères d'une ventrée », 17 décembre 1510 ; « Laurens », 20 juillet 1512 ; « Jehan », 31 janvier 1513 [1514] ; « Susanne », 16 mai 1516 ; « Magdalene », 4 février 1517 [1518] ; « Anne », 18 octobre 1519.  Çà et là, dans le volume, au bas des pages, quelques notes de la main de différents membres de la famille de Roncherolles.

 

.

Livre d'Heures de Louis de Roncherolles (vers 1500) Arsenal Ms 1191 folio 87r par le Maître des Entrées parisiennes : Saint François recevant les stigmates :

 

http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Daguerre&O=7814598&E=JPEG&NavigationSimplifiee=ok&typeFonds=noir

Image Bnf http://images.bnf.fr/jsp/index.jsp?contexte=accueil&destination=accueil.jsp

.

Livre d'Heures de Louis de Roncherolles (vers 1500) Arsenal Ms 1191 folio 9r par le Maître des Entrées parisiennes : Pietà

Image Bnf http://images.bnf.fr/jsp/index.jsp?contexte=accueil&destination=accueil.jsp

 

.

Livre d'Heures de Louis de Roncherolles (vers 1500) Arsenal Ms 1191 folio 42v  par le Maître des Entrées parisiennes : Crucifixion. Voir aussi Crucifixion folio 15

.

.

Livre d'Heures de Louis de Roncherolles (vers 1500) Arsenal Ms 1191 Couronnement de la Vierge folio 43 v

Cette enluminure a pu inspirer au commanditaire le motif  du tympan.

.

Il paraît donc envisageable que ce Livre d'Heures ait servi de modèle, —pour les sujets mais non pour le style incomparable d'Engrand Leprince—, au projet de vitrail de la cathédrale de Beauvais, notamment pour la lancette de gauche (folio 102r et 103v) et pour la partie supérieure de la lancette de droite (folio 83v).

.

ANNEXES

I.  Tombeau de Louis de Roncherolles et de Françoise d'Halluin à Ecouis 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k118788k/f271.image.r=Tr%C3%A9sors%20et%20tombeaux.langFR

Avant sa mort Louis fit construire  une tombe élaborée à Ecouis, qui fut détruite à la Révolution, mais , mais qui nous est connue par une  gravure de  Aubin-Louis Millin, Antiquites nationales, ou Recueil des monuments pour servir a l'histoire generale de particuliere de l'empire francois, vol. 3 (Paris: Chez M. Drouhin, 1791), pl. 4. Elle est reproduite par  Regnier. : 

 

Tombeau de Louis de Roncherolles et de Françoise d'Halluin à Ecouis, in COTHREN (Michael W.), 2001

Tombeau de Louis de Roncherolles et de Françoise d'Halluin à Ecouis, in COTHREN (Michael W.), 2001

II. Albrecht Dürer, Saint-Eustache

Estampe, 1501, Bnf, Département des Estampes Res. CA.4, 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6951256m

Engrand Leprince a pu s'inspirer pour son saint Hubert de cette gravure de Dürer.

.

.

N.B Le petit-fils et héritier de Louis d'Halluin, Antoine de Hallwin (1500-1553) sera Grand Louvetier du roi, et un de ses ancêtres avait été Grand Veneur. ce qui témoigne que la passion de la chasse était partagée par les deux famille de Ronquerolles et d'Halluin.

.

III. Dürer, Mise au tombeau (1509-1511).


Dürer Série de "La Petite Passion", sur bois (1509-1511) Strasbourg ; cabinet des estampes et des dessins, © Service des musées de France, 2013 

http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0719/m001302_0020243_1.jpg

Le modèle pour le Christ de la Pieta est ici clair.

DISCUSSION.

En 1522, lors du chantier de construction du transept de la cathédrale de Beauvais, 5 ans après que le bras nord ou "chapelle Sainte-Barbe" ait été achevée mais non vitrée, Louis, seigneur de Roncherolles, âgé de 50 ans, commanda un vitrail pour la baie nord-ouest en échange de renoncements de ses droits seigneuriaux d'une valeur de 100 livres. Il posait comme condition qu'il puisse posséder la maîtrise des sujets qui y seraient représentés, et il demandait de s'y trouver peint, avec son épouse Françoise D'Halluin, selon la représentation traditionnelle du donateur, agenouillés à un prie-dieu devant le Livre d'Heures, et présentés par leur saint patron respectif, saint Louis et saint François, devant une Vierge de Pitié saisi de douleur devant le cadavre de son Fils déposé de la Croix.

La contemplation de la Pietà  correspond à un exercice spirituel en vigueur entre les années 1350-1500, période très marquées par de graves périodes d'épidémies et de pandémies de peste noire, et par des conflits.  Elle s'inscrit dans une forme de dévotion individuelle, comme d'ailleurs les Livres d'Heures qui en sont le support, par l'association d'oraison avec des méditations participatives, empathiques et émotionnelles sur les souffrances acceptées par le Christ (Imitatio Christi)  et de sa Mère. La lecture (par les lèvres et par le cœur) d'un poème comme celui du Stabat Mater Dolorosa appartient à ce type de dévotion.  Le thème de la Mater Dolorosa, dont l'affliction est le thème central,  s'inscrit aussi dans l'explosion de la dévotion mariale, promue notamment par l'ordre franciscain.

[...] Ô Mère, source de tendresse,

Fais-moi sentir grande tristesse
Pour que je pleure avec toi.

Fais que mon âme soit de feu
Dans l'amour du Seigneur mon Dieu :
Que je Lui plaise avec toi.

Mère sainte, daigne imprimer
Les plaies de Jésus crucifié
En mon cœur très fortement.

[...]

Je désire auprès de la croix
Me tenir, debout avec toi,
Dans ta plainte et ta souffrance.

Vierge des vierges, toute pure,
Ne sois pas envers moi trop dure,
Fais que je pleure avec toi.

.

Il est peut-être significatif que Ignace de Loyola ait commencé la rédaction de ses Exercices Spirituels (l'ouvrage archétypale de cette pratique ascétique) entre 1522 et 1523. Mais la rédaction de De Imitatione Christi 

 

par Thomas a Kempis date de 1400 et la diffusion de ses quatre Livres, commencée en 1427, est déjà très forte en 1450. Cet ouvrage, où la Croix est omniprésente, est d'un pessimisme anthropologique radical : il  souligne " l'universalité de la souffrance, provenant du caractère incertain et décevant du monde. Mais après avoir montré la souffrance inséparable de la nature, il présente, en Jésus, la grâce inséparable de la souffrance. Pour se préparer à recevoir cette grâce, il s'agit de renoncer à soi-même, c'est-à-dire refuser toute complicité avec la faiblesse humaine, et d'imiter Jésus-Christ, c'est-à-dire s'offrir à lui aussi totalement qu'il s'est offert au Père. (Wikipedia) 

La diffusion de gravures sur les souffrances du Christ durant la Passion (Dürer, Martin Schongauer) facilite cette pratique, tout en fournissant des modèles aux autres artistes, notamment les verriers.

Il est possible que le couple formé par Louis et Françoise de Roncherolles ait été engagé dans ces pratiques et imprégné de la spiritualité qui les accompagnent depuis longtemps. Il est aussi possible que des événements propres au diocèse de Beauvais, comme les épidémies et les famines, aggravées par la guerre entre François Ier et Charles Quint  aient accru la conscience du Mal et de la Mort, et aient rendu plus impérieux le recours aux différentes formes de prières. Et il est encore possible que ce couple ait ressenti avec une acuité douloureuse les deuils qui les frappaient, comme le décès de Louis d'Halluin le 12 décembre 1519, la perte en bas-âge de cinq de leurs douze enfants (Louis, François et Hubert, Laurent, Anne) et, en 1523, la mort de leur fils aîné Adrien. Françoise d'Halluin a pu, elle-même, vouloir traduire sa douleur de mère par un geste, la donation d'un vitrail, qui exposait au public, à tous les fidèles de la cathédrale, les enluminures dont elle avait, avec son mari, un usage privé dans son Livre d'Heures.

Certes, Louis de Roncherolles a pu vouloir témoigner de sa souffrance, et l'élever à un niveau universel,  après le décès de son épouse, survenu après la rédaction du testament de celle-ci, daté du 27 février 1522.

Ou bien encore, plus prosaïquement, il a pu seulement souhaiter vouloir remplacer la jouissance d'un droit seigneurial auquel il était contraint de renoncer par l'exercice d'un autre droit, celui de placer ses armoiries dans un vitrail.

S'il était —comme chacun alors— préoccupé par sa vie dans l'au-delà, il a pu désirer que son éffigie soit présentée dans la chapelle, afin que fidèles prient pour son âme. 

Dans tous les cas, les mots qui sont déchiffrés dans la seule inscription du vitrail DURANT LA FAMINE --GRANT-- MORT  associent avec certitude cette verrière avec la souffrance, le tragique et la mort.

Les deux registres supérieur et inférieur ont été, au moins au XIXe siècle, un temps, posés comme deux verrières indépendantes, et peuvent, malgré leur profonde  unité de style et de thème, fonctionner indépendamment.

Dans le registre supérieur, on peut dénombrer deux croix, et même plutôt trois, une dans chaque lancette, faisant de la contemplation bouleversante de la croix le thème fondamental. Hubert interrompt sa chasse impie et tombe à genoux, saisi par l'apparition de la croix dans le bois du cerf (cerf crucifère). Christophe, parti pour une banale traversée du gué, s'immobilise devant le poids excessif de l'Enfant, car il porte le Monde et la Croix (globe crucifère, ici absent ou virtuel). La croix est ici figurée par la position de corps de Christophe, et par le bois refleuri qu'il tient. Au centre, le Christ meurt sur la croix, entre sa Mère et son Disciple préféré, Jean. 

 

 .

 Engrand Leprince, 1522, Vitrail de Roncherolles registre inférieur, chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Engrand Leprince, 1522, Vitrail de Roncherolles registre inférieur, chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

.

Dans le registre inférieur, deux croix sont présentes : celle du Christ au centre, et le crucifix contemplé par saint François à droite. 

 Engrand Leprince, 1522, Vitrail de Roncherolles Registre supérieur, , chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

Engrand Leprince, 1522, Vitrail de Roncherolles Registre supérieur, , chapelle "du Sacré-Cœur", cathédrale de Beauvais, photo lavieb-aile.

.

Les conclusions à tirer de ces considérations feront l'objet de mon second article, qui sera, je l'espère, plus bref.

 

.

SOURCES ET LIENS :

— Inventaire de Picardie ; Verrière hagiographique dite vitrail de Roncherolles (baie 25)

https://inventaire.picardie.fr/dossier/verriere-hagiographique-dite-vitrail-de-roncherolles-baie-25/1494d3c9-e418-4d16-b85d-0ad72bce2b9c

https://inventaire.picardie.fr/dossier/verriere-hagiographique-dite-vitrail-de-roncherolles-baie-25/1494d3c9-e418-4d16-b85d-0ad72bce2b9c

Verrière hagiographique dite vitrail de Roncherolles (baie 25) - Vue du registre inférieur de la lancette droite : saint François et la donatrice Françoise d'Halluin : 

https://inventaire.picardie.fr/dossier/verriere-hagiographique-dite-vitrail-de-roncherolles-baie-25/1494d3c9-e418-4d16-b85d-0ad72bce2b9c/illustration/4

https://inventaire.picardie.fr/recherche/globale?ou=Beauvais&texte=Mons+Jean-Baptiste+Marie+Fran%C3%A7ois-Xavier+de

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=PERS&VALUE_98=Roncherolles%20Louis%20de%20&DOM=Tous&REL_SPECIFIC=1

— Photographies de Walwyn sur Flickr : https://www.flickr.com/photos/overton_cat/5816343002/in/photostream/

— Famille de Halewi(j)n (Haelwyn, Halluin)

http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Halluin.pdf

 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bulmo_0007-473x_1998_num_156_2_1783000

—  Médiathèque de Beauvais, Bibl. mun. Beauvais, collection Bucquet-Aux Cousteaux [ désormais: Bucquet],  « Cathédrale de Beauvais, archives capitulaires, 1355-1650». 

Victor Leblond, Inventaire sommaire de la collection Bucquet-Aux Cousteaux, comprenant 95 volumes de documents manuscrits et imprimés rassemblés au XVIIIe siècle sur Beauvais et le Beauvaisis, Paris : Honoré Champion, Beauvais : Société académique de l'Oise, s.d. [1906], xxii-360 p En ligne 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Collection_Bucquet-Aux_Cousteaux

Bnf  Français 29023 (Pièces originales 2539) Roncherolles, Chambre des Comptes.  -  Cabinet des Titres, Pièces originales du Cabinet des Titres. Département des Manuscrits. Collections généalogiques - Cabinet des titres. Français 26485-29545-(Pièces originales 2539) Français 31776 (Chérin 214) PIECES ORIGINALES du Cabinet des titres , provenant des anciennes archives de la Chambre des Comptes. 68,460 dossiers, reliés en 3061 volumes.XIVe-XVIIIe siècle. 

 

BALCON (Sylvie ) 1998 "Les vitraux de Beauvais"    Bulletin Monumental   Volume  156-2   pp. 199-200

 BALCON (Sylvie) 1996,  "La portée politique d'un vitrail à Beauvais au XIIIe siècle"  Bulletin Monumental   Volume   154  pp. 87-88

— BARRAUD (Abbé) Description des vitraux des chapelles, p.4 et Description des vitraux des hautes fenêtres du chœur, p. 19 ; — Société Académique d'Archéologie, Sciences et Arts du Département de l'Oise, Beauvais Mémoires, Volume 3 pages 51-59 https://books.google.fr/books?id=QrtLAAAAMAAJ

— BARRAUD (Pierre Constant) 1860 Description des Vitraux des hautes fenêtres du choeur de la Cathédrale de Beauvais, contenant en abrégé la vie des principaux saints du diocèse de Beauvais, 39 pages

BARBIER (D) 2006-2007 Louis de Halluin 

http://maison.omahony.free.fr/ascendants/fiche%20halluin%20%20louis%20V3.pdf

 — CAMBRY (Jacques de), Description du département de I'Oise, vol. 2 (Paris: Imprimerie de P. Didot, 1803), 214;

 

— COTHREN (Michael W.), 2001« Why did Louis de Roncherolles commission a stained-glass window for Beauvais in 1522? », The Art Bulletin, Volume 83, Issue 1. 7-31. . http://www.jstor.org/stable/3177188?seq=1#page_scan_tab_contents 

— COTHREN (Michael W.), 1996, « Restaurateurs et créateurs de vitraux à la cathédrale de Beauvais dans les années 1340 » Revue de l'Art  Volume   111 pp. 11-24

 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rvart_0035-1326_1996_num_111_1_348248

 

— COTHREN (Michael Watt.),  [2006] Picturing the Celestial City : the medieval stained glass of Beauvais Cathedral  Princeton, N.J. : Princeton University Press,  .xii, 276 p. : ill. (some col.), map ; 29 cm.

— DELETTRE (André) 1843, Histoire du diocèse de Beauvais page 169.

https://books.google.fr/books?id=kG9-SdyzG6sC&pg=PA39&dq=famine+beauvais&hl=fr&sa=X&ei=Q5OVVcq1DIGaygOVrp7wDg&ved=0CC0Q6AEwAg#v=onepage&q=famine%20beauvais&f=false

—  DESJARDINS (Gustave), 1865,  Histoire de la cathédrale de Beauvais

page https://books.google.fr/books?id=QiKLGfdRjQAC&pg=PA51&dq=St-Etienne+de+Beauvais.+engrand+famine&hl=fr&sa=X&ei=VtuXVb-PBIHiUdKHj8AH&ved=0CCAQ6AEwAA#v=onepage&q=St-Etienne%20de%20Beauvais.%20engrand%20famine&f=false

— DEUFFIC (Jean-Luc) 2012, Les Heures de Loys de Halewyn (Louis d'Halluin, + 1519), chambellan de Louis XI : San Marino (CA), Huntington Library, HM 1171

http://blog.pecia.fr/post/2012/01/12/Les-Heures-de-Louis-d-Halluin-(-1519)-%3A-San-Marino,-Huntington-Library,-H-1171#sthash.Mv0j7YTt.dpuf

Voir aussi : http://bancroft.berkeley.edu/digitalscriptorium/huntington/HM171.html

 — FAUQUEUX (Charles) 1938 , Beauvais : son histoire (des origines à nos jours) ouvrage illustré de 126 gravures, dont 15 cartes et plans et 4 hors-textes / Ch. Fauqueux / Beauvais : Imprimerie centrale administrative.

 — FRANCE. Corpus Vitrearum Medii Aevi. Les vitraux de Paris, de la Région parisienne, de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais. Recensement des vitraux anciens de la France, vol. 1. Paris : éditions du CNRS, 1978. p. 179

— GILBERT (Albert-Pierre-Marie), 1829, Notice historique et descriptive de l'église cathedrale de Saint-Pierre de Beauvais (Beauvais: Moisand, 1829), 25;

GRODECKI (Louis) 1953 , Vitraux de France (Paris: Musee des Arts Decoratifs, 1953), 96-97;

GUILHERMY (François de) 1858, "Description des localites de la France," 1858, Paris, BNF, ms nouv. acq. fr. 6096, fol. 153r-153v;

LEBLOND (Victor) 1924  , Beauvais, petite ville d'art (Beauvais: Prevot, 1924), 88-89;

— LEBLOND (Victor) 1926, La cathédrale de Beauvais, Petites monographies des grands édifices de la France (Paris: H. Laurens, 1926), 71-72; 

OTTIN (L.) 1896, Le vitrail: Son histoire, ses manifestations a travers les ages et les peuples (Paris: H. Laurens, 1896), 184.

PATTOU (Etienne), 2015, Maison des Roncherolles, 

http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Roncherolles.pdf

— PECQUEUR (Marguerite) , 1956,  Répertoire des manuscrits de la Bibliothèque de l'Arsenal peints aux armes de leur premier possesseur (XIIIe-XVIe siècles)    Bulletin d'information de l'Institut de Recherche et d'Histoire des Textes  Volume   4    Numéro   4-1955    pp. 107-176 

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rht_0073-8204_1956_num_4_1955_938#

— PIHAN (Louis)  Beauvais: Sa cathedrale, ses principaux monuments (Beauvais: H. Trezel, 1885), page 86

https://archive.org/stream/beauvaissacathd00pihagoog#page/n97/mode/2up/search/christophe

— RAYON E. "Inventaire des vitraux de l'Oise (1926-27)," Bibliotheque de la Direction du Patrimoine 4? DOC 9, pp. 144-47;

 

WOILLEZ (Emmanuel), 1838 Description de la cathédrale de Beauvais accompagnee du plan, des vues et des details remarquables du monument, et precedee d 'une resume des principaux evenements qui s 'y rattachent (Paris: Deracho, Caux-Porquier, 1838), 15;

 

— Livre d'Heures de Louis de Rocherolles Arsenal Ms 1191

http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ead.html?id=FRBNFEAD000079218

http://images.bnf.fr/jsp/index.jsp?contexte=accueil&destination=accueil.jsp (mot de recherche : "Roncherolles".

— Maître des entrées parisiennes : http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Daguerre&O=7814592&E=JPEG&NavigationSimplifiee=ok&typeFonds=noir

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.

Présentation

  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
  • Contact

Profil

  • jean-yves cordier
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)

Recherche