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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 20:27

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J'emprunte le plan de situation (avec la numérotion MH) au site http://quercus49.over-blog.fr/article-la-cathedrale-d-angers-les-vitraux-54448736.html, mais j'utiliserais la numérotation du Corpus Vitrearum :

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La Baie 117 : n° 15 du plan ci-dessus, mais MH 14.

Façade ouest du Transept nord

Voir http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Angers/Angers-zeStMaurice_14.htm

 

Il s'agit d'un vitrail d'André Robin daté vers 1451, comportant une lancette de 8,50 mètres de haut et 2 mètres de large, à deux registres. La datation, l'attribution à André Robin, la taille de la lancette et la composition sont les mêmes que pour les autres baies de ce transept, la baie 115 (Plan 14, M.H .15) et  la baie 109 (M.H 18). Ces baies ont en commun une "composition architecturale en grisaille et jaune d'argent, à grande tour percée à deux niveaux de niches tendues de damas et couvertes de voûtes à clefs pendantes abritant des figures, avec couronnement relié par des arcs-boutants aux pinacles" (Callias Bey & al.) Le registre supérieur est occupé par saint Christophe (inscription S. xystofor-) et par saint Eustache (inscription St Eutachii), alors que saint Rémi et sainte Marie-Madeleine occupent le registre inférieur.

De Farcy en donne la description page 158 sous le n°14 et précise que le chapitre avait demandé dans son marché passé en 1451 avec le vitrier « du vairre blanc, à ymages revestues de chappiteaulx ».

André Robin était le peintre verrier chargé de l'entretien des vitraux de la cathédrale d'Angers depuis 1434. On lui doit la réalisation des deux grandes rosaces des transepts de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers. Il reçut commande de l'évêché d'Angers pour ces vitraux, à la suite de l'incendie accidentel de la cathédrale survenu le 7 juillet 1451. Les travaux durèrent deux années. Ensuite il restaura les autres vitraux endommagés par l'incendie. Il travailla sur le chantier de la cathédrale en même temps que le maître d'œuvre Guillaume Robin. (Wikipédia)

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2°) Baie 117 :

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Angers/Angers-zeStMaurice_14.htm

à coté de saint Eustache-- dans la baie 117. St Eutachii

Vitrail d'André Robin vers 1451 ; saint Rémi et sainte Marie-Madeleine au registre inférieur.

hampe non fleurie (ou feuillage non conservé)

Manteau rouge, habit bleu et vert

André Robin, maître verrier angevin du XVe siècle.

André Robin était le peintre verrier chargé de l'entretien des vitraux de la cathédrale d'Angers depuis 1434.

On lui doit la réalisation des deux grandes rosaces des transepts de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers. Il reçut commande de l'évêché d'Angers pour ces vitraux, à la suite de l'incendie accidentel de la cathédrale survenu le 7 juillet 1451. Les travaux durèrent deux années.

La rosace nord représente le Jugement dernier, avec quinze signes de la fin du monde, entouré des Travaux des mois. La rosace sud représente le Christ entouré des vieillards de l'Apocalypse au milieu des signes du zodiaque.

Ensuite il restaura les autres vitraux endommagés par l'incendie. Il travailla sur le chantier de la cathédrale en même temps que le maître d'œuvre Guillaume Robin.

Après 1452, André Robin reçut d'autres propositions de vitraux pour des monuments de la ville d'Angers. Il présenta un certain nombre de projets qu'il réalisa, notamment, en 1466, les vitraux de la grande lucarne de la bibliothèque de la cathédrale d'Angers, ceux de la chambre des comptes du château d'Angers ainsi que ceux de l'Abbaye Saint-Serge d'Angers.

Louis de Farcy, Jane Hayward et Gloria Gilmore-House sont les seuls chercheurs avant Karine Boulanger ayant publié une thèse sur la vitrerie de la cathédrale d’Angers. Avec Les Vitraux de la cathédrale d’Angers, l’auteur s’est penché à son tour sur une particularité du grand édifice : certains points n’avaient jamais été élucidés jusqu’alors. Aussi, après un lourd travail de recherche, elle apporte des éléments nouveaux sur les créations et leurs datations, ainsi que sur la production de chaque atelier depuis les années 1190 jusqu’au deuxième quart du XIIIe siècle. Retour dans le savoir-faire des maîtres verriers et dans l’histoire de la cathédrale d’Angers.

Karine Boulanger est déjà auteur de nombreuses études sur le vitrail au Moyen Age, notamment Le vitrail et les traités du Moyen Age à nos jours (Actes du XXIIIe colloque international du Corpus Vitrearum) et L'art du vitrail vers 1400 (CTHS, 2008). C’est avec le pleine connaissance de son sujet que l’auteur a analysé le rébus des œuvres restaurées, déplacées ou recomposées et souvent mal compris, afin de redonner aux vitraux d’Angers leur place dans l’histoire de l’Art.

Une entreprise délicate au regard de l’histoire même de la cathédrale. Elle a ainsi fait appel aux responsables des archives de Maine et Loire et des manuscrits de la bibliothèque municipale d’Angers, de la conservation des antiquités et objets d’arts, des archives diocésaines et du musée, entre-autres. La mise à plat des données historiques, matérielles et techniques mais aussi l’expertise des pièces par les restaurateurs contemporains fut aussi une aide précieuse pour l’auteur dans la compréhension même de l’iconographie.

Retrouver les emplacements d’origine

Ce n’est qu’après la reconstitution de l’histoire de l’édifice marquée notamment par les incendies de 1451 et de 1533, les destructions du XVIIIe siècle, la première restauration de 1858 et la bombe qui explosa tout près en 1944, sans omettre les déplacements de panneaux, que Karine Boulanger a pu analyser l’ensemble des décors vitrés. Grâce aux archives, aux fonds graphiques et iconographiques et par l’observation des œuvres, l’auteur a retrouvé l’emplacement d’origine d’un certain nombre de panneaux de la fin du XIIe siècle et de la première moitié du XIIIe siècle.

Elle nous révèle que les évêques et le chapitre ont beaucoup investi dans la création des vitraux de la cathédrale. Ils sont Hugues de Semblançay dont le don permis la fabrication de la presque totalité des vitraux de la nef à la fin du XIIe siècle, Raoul de Beaumont, à qui on doit les chefs-d’œuvre les plus célèbres du XIIIe siècle, Guillaume de Beaumont, son neveu ou Richard de Tosny. L’auteur nous renseigne aussi sur les conditions de fabrication des vitraux et de leur entretien, ainsi que sur le métier de peintre-verrier et sur le fonctionnement de la fabrique, mise en place dès le début du XIIIe siècle. Un livre dense qui vaut aussi pour sa partie iconographique de qualité, facilitant une meilleure compréhension de l’étude2°) Baie 117 :

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Angers/Angers-zeStMaurice_14.htm

à coté de saint Eustache-- dans la baie 117. St Eutachii

Vitrail d'André Robin vers 1451 ; saint Rémi et sainte Marie-Madeleine au registre inférieur.

hampe non fleurie (ou feuillage non conservé)

Manteau rouge, habit bleu et vert

André Robin, maître verrier angevin du XVe siècle.

André Robin était le peintre verrier chargé de l'entretien des vitraux de la cathédrale d'Angers depuis 1434.

On lui doit la réalisation des deux grandes rosaces des transepts de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers. Il reçut commande de l'évêché d'Angers pour ces vitraux, à la suite de l'incendie accidentel de la cathédrale survenu le 7 juillet 1451. Les travaux durèrent deux années.

La rosace nord représente le Jugement dernier, avec quinze signes de la fin du monde, entouré des Travaux des mois. La rosace sud représente le Christ entouré des vieillards de l'Apocalypse au milieu des signes du zodiaque.

Ensuite il restaura les autres vitraux endommagés par l'incendie. Il travailla sur le chantier de la cathédrale en même temps que le maître d'œuvre Guillaume Robin.

Après 1452, André Robin reçut d'autres propositions de vitraux pour des monuments de la ville d'Angers. Il présenta un certain nombre de projets qu'il réalisa, notamment, en 1466, les vitraux de la grande lucarne de la bibliothèque de la cathédrale d'Angers, ceux de la chambre des comptes du château d'Angers ainsi que ceux de l'Abbaye Saint-Serge d'Angers.

Louis de Farcy, Jane Hayward et Gloria Gilmore-House sont les seuls chercheurs avant Karine Boulanger ayant publié une thèse sur la vitrerie de la cathédrale d’Angers. Avec Les Vitraux de la cathédrale d’Angers, l’auteur s’est penché à son tour sur une particularité du grand édifice : certains points n’avaient jamais été élucidés jusqu’alors. Aussi, après un lourd travail de recherche, elle apporte des éléments nouveaux sur les créations et leurs datations, ainsi que sur la production de chaque atelier depuis les années 1190 jusqu’au deuxième quart du XIIIe siècle. Retour dans le savoir-faire des maîtres verriers et dans l’histoire de la cathédrale d’Angers.

Karine Boulanger est déjà auteur de nombreuses études sur le vitrail au Moyen Age, notamment Le vitrail et les traités du Moyen Age à nos jours (Actes du XXIIIe colloque international du Corpus Vitrearum) et L'art du vitrail vers 1400 (CTHS, 2008). C’est avec le pleine connaissance de son sujet que l’auteur a analysé le rébus des œuvres restaurées, déplacées ou recomposées et souvent mal compris, afin de redonner aux vitraux d’Angers leur place dans l’histoire de l’Art.

Une entreprise délicate au regard de l’histoire même de la cathédrale. Elle a ainsi fait appel aux responsables des archives de Maine et Loire et des manuscrits de la bibliothèque municipale d’Angers, de la conservation des antiquités et objets d’arts, des archives diocésaines et du musée, entre-autres. La mise à plat des données historiques, matérielles et techniques mais aussi l’expertise des pièces par les restaurateurs contemporains fut aussi une aide précieuse pour l’auteur dans la compréhension même de l’iconographie.

Retrouver les emplacements d’origine

Ce n’est qu’après la reconstitution de l’histoire de l’édifice marquée notamment par les incendies de 1451 et de 1533, les destructions du XVIIIe siècle, la première restauration de 1858 et la bombe qui explosa tout près en 1944, sans omettre les déplacements de panneaux, que Karine Boulanger a pu analyser l’ensemble des décors vitrés. Grâce aux archives, aux fonds graphiques et iconographiques et par l’observation des œuvres, l’auteur a retrouvé l’emplacement d’origine d’un certain nombre de panneaux de la fin du XIIe siècle et de la première moitié du XIIIe siècle.

Elle nous révèle que les évêques et le chapitre ont beaucoup investi dans la création des vitraux de la cathédrale. Ils sont Hugues de Semblançay dont le don permis la fabrication de la presque totalité des vitraux de la nef à la fin du XIIe siècle, Raoul de Beaumont, à qui on doit les chefs-d’œuvre les plus célèbres du XIIIe siècle, Guillaume de Beaumont, son neveu ou Richard de Tosny. L’auteur nous renseigne aussi sur les conditions de fabrication des vitraux et de leur entretien, ainsi que sur le métier de peintre-verrier et sur le fonctionnement de la fabrique, mise en place dès le début du XIIIe siècle. Un livre dense qui vaut aussi pour sa partie iconographique de qualité, facilitant une meilleure compréhension de l’étude

2°) Baie 117 :

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Angers/Angers-zeStMaurice_14.htm

à coté de saint Eustache-- dans la baie 117. St Eutachii

Vitrail d'André Robin vers 1451 ; saint Rémi et sainte Marie-Madeleine au registre inférieur.

hampe non fleurie (ou feuillage non conservé)

Manteau rouge, habit bleu et vert

André Robin, maître verrier angevin du XVe siècle.

André Robin était le peintre verrier chargé de l'entretien des vitraux de la cathédrale d'Angers depuis 1434.

On lui doit la réalisation des deux grandes rosaces des transepts de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers. Il reçut commande de l'évêché d'Angers pour ces vitraux, à la suite de l'incendie accidentel de la cathédrale survenu le 7 juillet 1451. Les travaux durèrent deux années.

La rosace nord représente le Jugement dernier, avec quinze signes de la fin du monde, entouré des Travaux des mois. La rosace sud représente le Christ entouré des vieillards de l'Apocalypse au milieu des signes du zodiaque.

Ensuite il restaura les autres vitraux endommagés par l'incendie. Il travailla sur le chantier de la cathédrale en même temps que le maître d'œuvre Guillaume Robin.

Après 1452, André Robin reçut d'autres propositions de vitraux pour des monuments de la ville d'Angers. Il présenta un certain nombre de projets qu'il réalisa, notamment, en 1466, les vitraux de la grande lucarne de la bibliothèque de la cathédrale d'Angers, ceux de la chambre des comptes du château d'Angers ainsi que ceux de l'Abbaye Saint-Serge d'Angers.

Louis de Farcy, Jane Hayward et Gloria Gilmore-House sont les seuls chercheurs avant Karine Boulanger ayant publié une thèse sur la vitrerie de la cathédrale d’Angers. Avec Les Vitraux de la cathédrale d’Angers, l’auteur s’est penché à son tour sur une particularité du grand édifice : certains points n’avaient jamais été élucidés jusqu’alors. Aussi, après un lourd travail de recherche, elle apporte des éléments nouveaux sur les créations et leurs datations, ainsi que sur la production de chaque atelier depuis les années 1190 jusqu’au deuxième quart du XIIIe siècle. Retour dans le savoir-faire des maîtres verriers et dans l’histoire de la cathédrale d’Angers.

Karine Boulanger est déjà auteur de nombreuses études sur le vitrail au Moyen Age, notamment Le vitrail et les traités du Moyen Age à nos jours (Actes du XXIIIe colloque international du Corpus Vitrearum) et L'art du vitrail vers 1400 (CTHS, 2008). C’est avec le pleine connaissance de son sujet que l’auteur a analysé le rébus des œuvres restaurées, déplacées ou recomposées et souvent mal compris, afin de redonner aux vitraux d’Angers leur place dans l’histoire de l’Art.

Une entreprise délicate au regard de l’histoire même de la cathédrale. Elle a ainsi fait appel aux responsables des archives de Maine et Loire et des manuscrits de la bibliothèque municipale d’Angers, de la conservation des antiquités et objets d’arts, des archives diocésaines et du musée, entre-autres. La mise à plat des données historiques, matérielles et techniques mais aussi l’expertise des pièces par les restaurateurs contemporains fut aussi une aide précieuse pour l’auteur dans la compréhension même de l’iconographie.

Retrouver les emplacements d’origine

Ce n’est qu’après la reconstitution de l’histoire de l’édifice marquée notamment par les incendies de 1451 et de 1533, les destructions du XVIIIe siècle, la première restauration de 1858 et la bombe qui explosa tout près en 1944, sans omettre les déplacements de panneaux, que Karine Boulanger a pu analyser l’ensemble des décors vitrés. Grâce aux archives, aux fonds graphiques et iconographiques et par l’observation des œuvres, l’auteur a retrouvé l’emplacement d’origine d’un certain nombre de panneaux de la fin du XIIe siècle et de la première moitié du XIIIe siècle.

Elle nous révèle que les évêques et le chapitre ont beaucoup investi dans la création des vitraux de la cathédrale. Ils sont Hugues de Semblançay dont le don permis la fabrication de la presque totalité des vitraux de la nef à la fin du XIIe siècle, Raoul de Beaumont, à qui on doit les chefs-d’œuvre les plus célèbres du XIIIe siècle, Guillaume de Beaumont, son neveu ou Richard de Tosny. L’auteur nous renseigne aussi sur les conditions de fabrication des vitraux et de leur entretien, ainsi que sur le métier de peintre-verrier et sur le fonctionnement de la fabrique, mise en place dès le début du XIIIe siècle. Un livre dense qui vaut aussi pour sa partie iconographique de qualité, facilitant une meilleure compréhension de l’étude

Baie 117 (1451), registre supérieur, Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

Baie 117 (1451), registre supérieur, Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

Baie 117 (1451), registre inférieur, , Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

Baie 117 (1451), registre inférieur, , Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

On retrouve ici les éléments les plus habituels de l'iconographie de Saint Christophe, comme le manteau rouge dont un pan est emporté par le vent, la tunique courte (verte et bleue), le bandeau de martyr serré autour des boucles d'une foisonnante chevelure grise, la barbe elle-aussi grisonnante témoignant de l'âge du saint. L'Enfant, blond, à califourchon sur le géant, porte un manteau bleu sur une robe rouge. Il tient le globe crucifère de la main gauche et trace une bénédiction de la main droite. Son col, ses poignets et même sa cheville droite sont ornés de bijoux (collier, bracelets, etc.) à cercles d'or.

Le saint tient un bâton dont la hampe n'est pas fleurie (ou bien le feuillage n'a pas été conservé). Il traverse le cours d'eau figuré par du verre blanc à lignes concentriques de grisaille, sans présence de poissons ou d' êtres fabuleux. Alors que ses jambes se dirigent vers notre gauche, son corps se tourne et il lève les yeux vers Jésus, avec lequel il s'entretient sans-doute. Le verre blanc (visages, jambes, bâton, rivière) est rehaussé de jaune d'argent, mais aussi de sanguine (visage du saint).

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Saint-Christophe, Baie 117 (1451), André Robin , Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

Saint-Christophe, Baie 117 (1451), André Robin , Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

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Saint-Christophe, Baie 117 (1451), André Robin , Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

Saint-Christophe, Baie 117 (1451), André Robin , Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

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Si on le compare au saint Christophe de la baie 105, réalisé un siècle plus tard (vers 1550), on constate que la posture générale des deux figures est assez semblable dans les deux verrières, et que les éléments du récit sont identiques :

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Saint Eustache au milieu du fleuve.

Ce qui retiendra, dans ce saint Christophe de la baie 117 d'Angers, mon intérêt, ce sera son voisinage avec saint Eustache. Car on remarquera que sur le vitrail les deux saints trempent leurs pieds dans les mêmes eaux dont les tourbillons semblent emporter le flot du panneau gauche vers le panneau droit. Saint Eustache ne fait pas partie de mes saints familiers, je ne souhaite sa fête (le 20 septembre) à aucun Eustache et je ne trouve aucun nom célèbre portant ce prénom. A la différence de son voisin, il n'a pas accompagné ma jeunesse sous forme de porte-clefs ou de badge de tableau de bord sur ma Maserati, et nulle médaille d'Eustache ne s'est pendue à mon cou. Il ne possède aucun garage.

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De Saint-Eustache, en vérité, je ne connaît que les Orgues, et d'Eustache, que la Trompe. Ou bien, pour l'avoir mentionné quelques fois dans ce blog, j'en fais un de ces saints cynégétiques comme saint Hubert et saint Julien, ceux qui apercoivent  un cerf portant dans ses bois la croix du Christ qui va les mener au repentir et à la conversion.  En somme, pas du tout un saint "pieds-dans-l'eau".

C'est un tort. Je découvre, avec ce frémissement ravi qui accompagne les grandes révélations, que saint Eustache est, du moins en iconographie, très proche de saint Christophe, car on le représente très volontiers en train de traverser une rivière, comme sur ce vitrail, accompagné de ses deux fils. Il possède un autre point commun avec Christophe, car comme lui il appartient au cercle étroit des Quatorze Auxiliateurs.

Les images ont une fonction différente des textes dont elles dérivent. et, alors que dans la Vie de saint Eustache l'épisode de la rivière n'est pas le plus important, les illustrations confèrent à l'épreuve de la Traversée un rôle essentiel, isolé de son contexte. Les vignettes enluminées qui illustrent la Vie de saint Eustache sont classées par la base Mandragore de la Bnf selon huit items :  s. eustache chassant ; s. eustache devant le temple ; s. eustache épargné par le lion ; s. eustache et trajan ; s. eustache naviguant ; s. eustache nommé chef d'armée ; s. eustache perdant ses enfants ; s. eustache retrouvant les siens . Dans "s. eustache perdant ses enfants" , le saint est représenté au milieu des flots, les jambes dans l'eau, dans une situation d'entre-deux, alors que l'un de ses fils est attaqué, sur la rive où il l'a déposé, par un lion, alors que sur la rive de départ,  son second fils est saisi par un loup. Nous avons affaire ici à un typique "problème de passage de rivière"  ou un "Flussüberquerungsrätsel", autrement dit un " River Crossing Puzzle", ou "川渡り問題", ou un "Quebra-cabeça de travessia de rio" , ou comme on dit aussi un "ردشدن از رودخانه" comme celui du fermier, du loup, de la chèvre et du choux, bref il s'agit d'un 渡河問題. Casse-tête universel par lequel Dieu met à l'épreuve son serviteur, comme Homer le fut dans l'épisode Maggie s'éclipse, et que l'abbé de Cantorbéry  Alcuin a le premier soumis à notre sagacité au IXe siècle dans ses Propositiones ad acuendos juvenes. 

 Lorsque vous vous serez débattu avec le renard, l'oie et le sac de haricots, entrainez-vous sur lproblème de maris jaloux , dans lequel trois couples doivent traverser une rivière avec un bateau qui ne peut détenir plus de deux personnes,avec la contrainte qu'aucune femme ne peut être en présence d'un autre homme sauf si son mari est également présent. 

Puis, passez au  problème de cannibales et des missionnaires, où trois missionnaires et trois cannibales doivent traverser une rivière, avec la restriction qu' à tout moment lorsque les deux missionnaires et des cannibales sont debout sur ​​les deux rives, le nombre de cannibales ne peut pas dépasser les missionnaires.

Mais dans la Vie de saint Eustache,  le problème, au lieu d'être résolu,  s'expose au contraire sous le versant de son échec, et de la situation de désespoir entrainée par la situation aporétique du joueur paralysé. Le renard a mangé l'oie, la chêvre a mangé le chou et a été mangée par le loup, le mari est cocu et le missionnaire, en mauvaise position, est dans la marmite du cannibale. Eustache (qui est en réalité mis à l'épreuve dans sa foi  par Dieu qui lui refait le coup de Job), s'arrache les cheveux, ce que le vitrail montre fidèlement.

Lisons le cas auquel est confronté Eustache selon la Légende Dorée :

"Parvenu sur les bords d'un fleuve, il n'osa le passer avec ses deux fils à la fois, parce qu'il y avait beaucoup d'eau; mais en en laissant un sur la rive, il se mit en devoir de transporter l’autre; quand il eut passé le fleuve à gué, il posa par terre l’enfant qu'il avait porté, et se hâta de venir prendre l’autre. Il était au milieu du fleuve, lorsqu'un loup accourut tout à coup, saisit l’enfant qu'il venait de mettre sur la rive, et s'enfuit dans la forêt. Eustache, qui n'espérait pas le sauver, courut à l’autre : mais en y allant survint un lion qui s'empara du petit enfant et s'en alla. Or, comme il ne pouvait l’atteindre, puisqu'il n'était encore qu'au milieu du fleuve, il se mit à gémir et à s'arracher les cheveux. Il se serait laissé noyer, si la divine providence ne l’eut retenu. Des bergers, qui virent le lion emporter un enfant vivant, le poursuivirent avec leurs chiens, et Dieu permit que l’animal lâchât sa proie sans lui avoir fait aucun mal. D'un autre côté, des laboureurs se mirent à crier après le loup et délivrèrent de sa gueule l’autre enfant aussi sain et sauf. Or, bergers et laboureurs, tous étaient du même village et ils nourrirent les enfants chez eux. Eustache de son côté ignorait cela ; alors il s'en alla bien triste. " 

Dans la version en ancien français du Miroir historial de Vincent de Beauvais traduit par Jean de Vignay, cela donne à peu près (la transcription est périlleuse) ceci :

"Il delaissa la reine et prist ses enfanz et vint a tres grant pleur a un fleuve. Et pour le seuron dennit de lyaue il nosa entrer ou fleuve a tout les .II. enfans. Mais en laissa .I. a la rive et lautre porta outre. Et li rive il revenoit arriere pour lautre porter outre , il fust en uuvu le fleuve et avoit lautre laissie de lautre p[er]t Vez ci que .I. lyon le ravi et l'emporta el lui. Et il desespere retourna pour esperance de l'autre. Mais li rive il sen aloitvez ci un lou et emporta lautre semblablement et sen ala. Et pour ce que il estoit ou un lieu du fleuve ne il ne pot avoir icelui. Il nsi ca a pleurer et plaindre et tirer ses cheveux et rompre. Et se voult gerer en lyaue. Mesme sue retint la pensee qui veoit avaut les cixses a venir. Et les pasteurs escoustrent lenfant au lyon avec leurs chiens. Et les areurs osterent aussi lautre au lou. Et ainsi les .II. enfans furent nourriz en une vue. Mais vraiement eustace ne le sotnne. Mais s'en ala a pleurs et a lermes en une ville et la garda par .XV. ans les champs des hommes."

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Lorsque je regarde à nouveau la verrière de la baie 117, je distingue désormais l'œil, l'oreille, puis le pelage blanc du loup près de l'enfant de droite, mais aussi la fourrure fauve du lion au dessus de l'enfant de gauche.

 

Saint Eustache, Baie 117, Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

Saint Eustache, Baie 117, Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

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Je peux comparer ce vitrail aux enluminures de la Bnf :

— Nouvelle acquisition française 15941 fol. 18, Miroir historial de Vincent de Beauvais traduit par Jean de Vignay, 1370-1380

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8449688c/f43.item

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S. Eustache perdant ses enfants . Nouvelle acquisition française 15941 fol. 18, Miroir historial

S. Eustache perdant ses enfants . Nouvelle acquisition française 15941 fol. 18, Miroir historial

— Bnf Français 50 folio 371v, Vincent de Beauvais traduit par Jean de Vignay, 1463

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S. Eustache perdant ses enfants  , Bnf Français 50 folio 371v, Vincent de Beauvais traduit par Jean de Vignay, 1463

S. Eustache perdant ses enfants , Bnf Français 50 folio 371v, Vincent de Beauvais traduit par Jean de Vignay, 1463

 

 

Arsenal 5080    fol. 125,  Miroir historial par  Vincent de Beauvais   trad. Vignay  vers 1335 

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S. Eustache perdant ses enfants , Arsenal 5080    fol. 125,  Miroir historial par Vincent de Beauvais   trad. Vignay  vers 1335

S. Eustache perdant ses enfants , Arsenal 5080 fol. 125, Miroir historial par Vincent de Beauvais trad. Vignay vers 1335

 

Bnf Français 185 : « La Legende des Sains » [de Jacques de Voragine], traduction de « Jehan Belet »  folio 120r ci conmence la vie monseingneur saint eustace et de sa fame et de ses enfans Paris 2e quart 14ème siècle Jeanne de Montbaston

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84260029/f243.image

 

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S. Eustache perdant ses enfants, Bnf Français 185 : « La Legende des Sains » [de Jacques de Voragine], traduction de « Jehan Belet »  folio 120r  Paris 2e quart 14ème siècle

S. Eustache perdant ses enfants, Bnf Français 185 : « La Legende des Sains » [de Jacques de Voragine], traduction de « Jehan Belet » folio 120r Paris 2e quart 14ème siècle

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Français 241 folio 288v : Richard de Monbaston, Légende dorée de Jacques de Voragine traduit par Jean de Vignay, 1348

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S. Eustache perdant ses enfants, Français 241 folio 288v : Richard de Monbaston, Legende dorée de Jacques de Voragine traduit par Jean de Vignay, 1348

S. Eustache perdant ses enfants, Français 241 folio 288v : Richard de Monbaston, Legende dorée de Jacques de Voragine traduit par Jean de Vignay, 1348

 

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CONCLUSION.

La juxtaposition sur la même vitre et dans le même fleuve de saint Christophe et de saint Eustache par André Robin  incite à considérer avec plus de recul les deux épisodes de traversée de rivière de leur hagiographie. 

Sur le plan de l'iconographie chrétienne, ces figures pieds dans l'eau font évoquer au premier lieu le Baptème du Christ par Jean-Baptiste dans le Jourdain, soulignant que ces traversées sont initiatiques : soit de manière heureuse par la conversion du géant Reprobus en chrétien ou christo-phore, soit de manière éprouvante pour Eustache ("beaux épis, fécond") qui s'est fait auparavant baptisé avec sa femme Théopistie et ses deux fils Agapet et Théopiste, et qui perd successivement ses proches.

Il est inévitable d'y rapprocher la Traversée de la Mer Rouge par le peuple Hébreu guidé par Moïse, avec le caractère irrévocable d'un passage qui est une affiliation. Indirectement, les Traversées du désert peuvent aussi être évoquées. Mais à ces grands tableaux, je préfère la petite musique adjacente de Tobie, descendu sur la rive du fleuve le Tigre.

 

La situation d'entre-deux des protagonistes de l'iconographie prend ainsi une valeur propre  parce que les images sont des instantanés parcellaires, à la différence d'un épisode d'une légende scripturaire, et possèdent leur autonomie. Dégagés du contexte, souvent méconnu ou oublié, de leur récit de vie, ces personnages entre deux rives deviennent les représentants de situations psychiques particulières. 

Christophe sera, par sa force herculéenne, et par le succès de son franchissement de gué, le héros protecteur des passages de seuil, des portes, des ponts. La lecture des textes en ancien ou moyen français permet de retrouver, par la verdeur du vocabulaire, les forces mobilisées par ces moments ; ainsi dans l'expression "passer outre" utilisée là où nous dirions "passer de l'autre coté, sur l'autre rive". Cet "outre" sent encore le parfum de sa racine latine ultra et évoque un au-delà plus lointain et plus radical que le simple "autre coté". Le voyageur qui prend le train, le marin qui largue ses amarres, l'habitant qui franchit la frontière et s'expatrie, le pèlerin qui quitte l'étape pour la suivante, savent qu'ils vivent une aventure intérieure qui dépasse la simple notion de trajet. Ces mouvances de l'âme associent la joie ambiguë qui accompagne tout départ, l'angoisse et les incertitudes de toute navigation, la constante impatience d'atteindre l'escale, et la conscience que quelque chose, une fois le but atteint, aura été perdu. 

Christophe marche d'un bon pas : parmi tous les saints adeptes de l'ascèse, de la retraite, de l'abstinence, parmi toutes les vierges qui se refusent à leurs prétendants, parmi tous les martyrs qui subissent, le supplice passif de leur Passion, parmi les contemplateurs et les méditatrices priant devant le crâne et la bougie fumeuse, cet athlète fend la mer et les flots, cet énergumène porte un enfant sur ses épaules, et sa vitalité fait refleurir son bâton de marche. Nous aimons nous souvenir des moments où, nous aussi, nous avons, en riant, joué les bons géants en portant qui la petite sœur, qui le petit-fils, qui le jeune cousin à traverser le ruisselet qui lui semblait un fleuve.

Eustache est plus tragique car sa situation est bloquée. Il reste au milieu du fleuve, condamné à la passivité de l'impuissance. C'est l'élan qui se brise, l'accident qui fige soudain l'existence. Envahi par la culpabilité et le sentiment de déréliction, il s'arrache les cheveux. Il lui reste les yeux pour pleurer. On n'a pas envie d'être à sa place. Mais ces états d'âme dramatiques existent dans notre psychisme, soit mémorisés, soit redoutés, quand ils ne nous sont pas servis par une sombre prémonition.   

 

 

SOURCES ET LIENS.

http://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/5012-inventaire-general-des-richesses-d-art/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Anagnorisis#Anagnorisis_et_titillation_.C3.A9rotique_:_Abraham_et_sa_ni.C3.A8ce_Marie

 

Mystère de saint Eustache 1504

https://books.google.fr/books?id=4_lFsXAbh1IC&pg=PA17&dq=agapit+eustache&hl=fr&sa=X&ei=i_SUVaPqM4zZU9bDg7AM&ved=0CEQQ6AEwBw#v=onepage&q=agapit%20eustache&f=false

 

 Site Patrimoine-histoire :

 http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Angers/Angers-Saint-Maurice.htm

— Site The Medieval stained glass , Painton Cowen :

http://www.therosewindow.com/pilot/Angers/table.htm

 

— Inventaire général des richesses d'art de la France, Volume 4. 1907, Commission de l'inventaire général des richesses d'art de la France, E. Plon et cie. page 50-51 : en ligne INRA 

http://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/5012-inventaire-general-des-richesses-d-art/

— BOULANGER (Karine), 2001, Les vitraux de la cathédrale d'Angers, 303, Arts, recherches et créations, n° 70 Ed. Conseil régional des Pays de la Loire, Nantes, pp. 75-83

— BOULANGER (Karine), 2009, "Les Vitraux de la cathédrale d’Angers", Corpus vitrearum – France, « Monographies » III, Paris, CTHS, non consulté.

— CALLIAS BEY (Martine) , ‎Louis Grodecki, ‎Françoise Perrot - 1981 - ‎Les Vitraux du Centre et des Pays de la Loire page 292

— FARCY (Louis de), Monographie de la cathédrale d'Angers : Les immeubles ; pages 155 et 

http://1886.u-bordeaux3.fr/viewer/show/9604#page/n250/mode/1up

— GILMORE-HOUSE (Gloria) 1982, The mid-fifteenth century stained glass by André Robin in Saint-Maurice Cathedral, Angers, France xii, 336 p. : ill., maps. Bibliography: p. [199]-[211]. Thesis (Ph. D.)--Columbia University, 1982. Non consulté.

— GILMORE-HOUSE (Gloria), 1984, "Angers Cathedral : an early twentieth-century restoration of mid-fifteenth-century glass", Journal of Glass Studies Vol. 26 (1984), pp. 77-85  Non consulté.

 http://www.jstor.org/stable/24188800?seq=1#page_scan_tab_contents

— HAYWARD (J.) et GRODECKI (Louis), 1966, Les vitraux de la cathédrale d'Angers.  Bulletin Monumental, T. CXXIV, Jan.-Mars 1966. 8vo, pgs. 7-67,

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Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 10:23

La cathédrale Saint-Maurice  d'Angers renferme actuellement deux vitraux dans lesquels figure saint Christophe, la baie 105 (MH 26) du XVIe siècle,  et la baie 117  (M.H 15)

 

J'emprunte le plan de situation (avec la numérotation MH) au site http://quercus49.over-blog.fr/article-la-cathedrale-d-angers-les-vitraux-54448736.html, mais j'utiliserais la numérotation du Corpus Vitrearum :

 

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I. LA BAIE 105 (Baie 26 M.H).  

C'est une lancette à trois registres mesurant 7,75 m de haut et 1,35 m de large, restaurée en 1931. Cette une baie étroite à l'entrée de l'hémicycle du chœur  est associée à la baie 106 (MH 42, ou 34 sur le plan) de même taille, de même date (vers 1550) et de même provenance. Elle associe de façon composite un soubassement et une bordure du XIXe siècle, quatre panneaux très restaurés en registres inférieur  de bustes d'apôtres sous des arcades (saints Pierre, André, Barthélémy et Paul), et dans son registre supérieur la grande figure de saint Christophe sous une arcade ornée de motifs végétaux.  

La représentation de Christophe est conforme aux images contemporaines du XVIe siècle : sous un ciel bleu — notez l' étoile "en chef-d'œuvre" au dessus de la tête du saint —, le saint à taille de géant porte sur l'épaule gauche  l'Enfant en Sauveur du Monde (geste de bénédiction et globus cruciger) tandis qu'il s'aide d'une perche pour progresser dans la traversée du gué dont il est le passeur. La hampe est tenue main gauche en supination, ce qui est plaisant par évocation de la technique professionnelle assurée d'un nautonier.  La rive à atteindre se présente comme une falaise abrupte. Je retrouve les divers éléments déjà observés dans mes articles sur Séville. Ici, le saint a le visage d'homme mûr ou de vieillard, non nimbé, avec une longue barbe. La couleur de son manteau rouge à fermail est parfaitement conventionnel. Il recouvre une tunique bleue en haut et blanche en bas resserrée par une ceinture jaune. L'eau est figurée par du verre bleu, sans détail de dragons, de sirènes ni de poissons.

On peut ajouter que, comme dans les autres exemples iconographiques du XVIe siècle, la représentation n'est plus celle, frontale au regard apotropaïque, du XIVe, mais qu'elle est animée par une torsion qui démarre par les pieds de profil dirigés vers la rive, se poursuit par le bassin et les épaules qui se présentent de trois-quarts, et s'achève par le visage et le regard dirigé vers le haut et l'arrière, c'est à dire vers l'Enfant. aux traits trop restaurés pour savoir s'il regardait lui-aussi le saint.

En 1921, le chanoine Charles Urseau avait trouvé dans les traits du saint un je-ne-sais-quoi grossièrement canin qui l'avait conduit à y voir un Christophe cynocéphale, ce qui pouvait traduire des influences byzantines ou du moins primitives de l'hagiographie. Mais pour ma part, je ne lui trouve, à ce saint Christophe d'Angers, tout au plus que  le bon regard d'un brave toutou.

L'intérêt principale que je trouve dans cette baie tient en deux points, d'ailleurs liés l'un à l'autre. D'abord, bien formé à l'iconographie par mes précédents articles, je note une absence remarquable, celle du dévot ermite qui, ailleurs, éclaire de la lumière de la Foi saint Christophe dans la périlleuse aventure de sa conversion au Christ, en agitant sa lanterne sur la rive à atteindre. Point d'anachorète ici ? Si-fait, mais égaré dans une autre baie par les hasards du remontage de panneaux. Or, cette baie est la baie 106, dont nous savons qu'elle est la jumelle de la 105 . Le second intérêt est que ces deux baies proviennent du prieuré de Sainte-Croix-du-Verger. A suivre...après les photos.

 

 

 

 

Baie 105, Saint Christophe, saint Pierre et saint André, cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

Baie 105, Saint Christophe, saint Pierre et saint André, cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

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Baie 105, Saint Christophe, cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

Baie 105, Saint Christophe, cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

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Baie 105, Saint Christophe (détail)  cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

Baie 105, Saint Christophe (détail) cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

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La baie 106 et l'ermite à la lanterne.

 

La Baie 106, date également de ca.1550 et mesure également 7,75 x 1,35m. Elle adopte la même composition avec une figure principale en registre supérieur ( saint Pierre sous une arcade surmontée de deux anges tenant une coquille) et quatre bustes d'apôtres dans deux registres médians, saint Thomas et saint Jacques le Mineur (partie haute du registre médian) , saint Jean et saint Jacques le Majeur (partie basse du registre médian). Il est vraisemblable que le même artiste soit l'auteur de saint Christophe et de saint Pierre. Mais à la différence de la baie 105, on trouve ici en  registre inférieur un ermite portant une lanterne et saint évêque. Sans l'associer précisément à la figure de saint Christophe, Martine Callias Bey & al. indiquent que cet ermite "provient de la baie 105".

Le moine solitaire tient ici un bâton, ce qui en fait un pèlerin ou un marcheur, mais s'écarte du schéma habituel.

 

Il semble donc nécessaire d'associer, dans notre esprit, le saint Christophe de la baie 105 et l'ermite de la baie 106 dans une verrière initialement plus large, accueillant peut-être les douze apôtres.

 

Baie 106, cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile

Baie 106, cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile

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Saint Pierre, Baie 106, cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile

Saint Pierre, Baie 106, cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile

Saints Jean et Jacques le Majeur. vers 1550, Baie 106, cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile
Saints Jean et Jacques le Majeur. vers 1550, Baie 106, cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile

Saints Jean et Jacques le Majeur. vers 1550, Baie 106, cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile

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Ermite tenant une lanterne et un bâton, vers 1550, Baie 106, cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile

Ermite tenant une lanterne et un bâton, vers 1550, Baie 106, cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile

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La provenance des deux baies : la chapelle du prieuré de Sainte-Croix-du-Verger.

 

Les deux baies  105 et 106 étaient occupées au XIXe siècle par les vitraux de saint Maurice et de la Vierge, mais le chapitre s'est plaint au conseil de fabrique en 1852 que le chœur se trouvait assombri de la pose très récentes de ces verres trop fortement colorés, et demanda des modifications pour que les chantres puissent lire sans bougie durant les offices en plein jour. On déplaça donc ces vitraux pour les remplacer en 1895 par le Saint Christophe et le Saint Pierre actuel. (De Farcy page 155).

Ces deux verrières provenaient de la chapelle du prieuré de Sainte-Croix-du-Verger,  et avaient été placées, après la destruction du château du Verger en 1776-1783,   dans l'abside du chœur, parmi les lancettes du XIIIe siècle, ce qui faisait "le plus mauvais effet". En 1895, on mis à la place la "Vie de Jésus" du XIIIe.

Ces baies 105 et 106 rassemblent donc des verres qui proviennent de la chapelle du  prieuré de Sainte-Croix-du-Verger à Seiches-sur-le-Loir (Maine-et-Loire), chapelle consacrée par Jean de Rély, confesseur de Charles VIII et évêque d'Angers, en 1494.

De la même chapelle provenaient aussi deux autres verrières de la cathédrale, occupant les baies 122 et 130 et représentant saint Maurice et une Crucifixion, décrites par de Farcy pages 152-153, avant d'être détruites par un bombardement de 1944.

Selon de Farcy page 153, les biens de cette chapelle furent mis en vente, et certains vitraux furent acquis par le vitrier en charge de l'entretien de la cathédrale, et/puis vendus par son successeur le vitrier Tournon à des collectionneurs comme  Grille (un vitrail représentant un évêque et un ange debout l'un face à l'autre, vendu en 1829 ; 23 panneaux de cette chapelle dans le cabinet Grille) et Mordret (dont un qui représentait le Maréchal de Gié agenouillé, se situait jadis près du maître-autel).

Le grand collectionneur et dessinateur de vitraux Gaignières en donne deux exemples, dans le fonds conservé par la Bnf et disponibles sur Gallica : 

 

  • Vitrail de la chapelle du château du Verger, du coté de l'Évangile proche le grand autel dans le chœur, où est représenté un chevalier à genoux portant une cotte armoriée de Rohan Gié : c'est Pierre de Rohan]  : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6934915g

     

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  • Vitrail de la chapelle du château du Verger, du coté de l'épître, sur lequel est représentée une dame agenouillée : c'est Françoise de Penhoët, première femme de Pierre de Rohan . http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69349179.r=Vitrail+de+la+chapelle+du+ch%C3%A2teau+du+Verger.langFR

 Les vitraux sont donc antérieurs au 15 juin 1503, date du mariage de Pierre de Rohan avec Marguerite d'Armagnac, après la mort de Françoise de Penhoët qu'il avait épousée en 1476. 

Selon Bernard de Monfaucon, "les mêmes vitres nous font voir les trois fils du Maréchal de Gié et de Françoise de Penhoët, à genoux et priant Dieu, savoir Charles de Rohan, qui fut seigneur de Gié et continua la postérité ; François de Rohan, qui fut archevêque de Lyon ; et Pierre de Rohan, qui se maria et eut des enfants". Thrésors des Antiquitez de la couronne de France, p. 20.  ,

Au total, en ajoutant  les trois précédentes verrières du chœur consacrées au donateur et à sa famille les deux baies 105 et 106 de la cathédrale (issues peut-être d'une seule verrière) et les deux baies 122 et 130 de la cathédrales aux vitres détruites en 1944, ce sont sept baies qui viennent préciser notre documentation.  Martine Callias Bey & al. signalent aussi page 309 un Calvaire, une Vierge, saint Jacques, comme autant d'éléments perdus. Je mélange peut-être à tort la "chapelle du château du Verger" et la "chapelle du prieuré de Sainte-Croix-du-Verger".  Deux vitraux actuellement dans la chapelle du Lord Maire de Bristol représentent un faucon et un chien avec écu de Rohan-Gueméné..

Le château, et non plus la chapelle, possédait aussi ses vitres "de cristal" (Gaignères) :

  • Vitrail où sont rassemblées des armoiries et des devises http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6937701p.r=%22ch%C3%A2teau+du+Verger%2C%22.langFR

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  • Vers 1512, Charles de Rohan, fils de Pierre de Rohan, commanda pour le chœur de la chapelle une tenture en cinq pièces des Anges aux instruments de la Passion, aujourd'hui conservée au chœur de la chapelle du château d'Angers.​ Cela montre la magnificence de la chapelle.

  •  

 

 


Rappel : glané sur la toile (cf. sources et liens)

 

  • ....Au xve siècle, Pierre de Rohan fera édifier à Seiches-sur-le-Loir, Maine-et-Loire, un grand château, le château du Verger, qui sera par la suite, en partie détruit par le cardinal de Rohan : Il a été construit durant la deuxième moitié du xve siècle et la première moitié du xvie siècle par Pierre de Rohan-Gié, maréchal de France, et l'architecte Colin Biart. Le domaine et le château ont été construits pour le maréchal de Gié à son retour d'Italie. Après 1504, le maréchal néglige ses autres domaines pour embellir le Verger. C'est là que fut signé le Traité du Verger stipulant que l’héritière du duché de Bretagne ne peut se marier sans l’accord du roi de France. De 1776 à 1783, le château est démantelé par le cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg. (Wikipédia)

    •  ...il l’avait fait bâtir peu de temps après avoir acquis, le 9 mars 1482, le vieux castel du Verger, sis en la paroisse de Seiches, résidence qui par ses soins et ses larges dépenses devint bientôt la plus imposante du pays. (J.L. Deuffic)

      ....Le nom apparaît pour la première fois en 1274 (Célestin Port). Ce serait en 1320 que la chapelle aurait été fondée par un des seigneurs de la région. A quelques mètres du château du Verger, cet édifice avait été intégré au prieuré Sainte Croix du Verger (Prieuré fondé par Pierre de Rohan lors de la construction du château en 1493, et où il fut enterré). La dernière restauration de la chapelle date de 1985".

      ...Le 2 août 1791, le district de Baugé procéda à la vente du mobilier du prieuré du Verger 

      ... Prieuré de l'ordre des Mathurins...

      ...Dotée de précieuses reliques...

    • Un lien entre la Bibliothèque de Rohan et le vitrail de saint Christophe ?

  •    L'étude de la baie 105, déjà intéressante sur le plan iconographique, a vu son intérêt s'accroître lors de l'ajout du motif de l'ermite à la lanterne de la baie 106, puis de la découverte de la richesse du Prieuré de Sainte-Croix-du-Verger, et de l'inventaire partiel de sept à dix témoignages de ses vitraux. Outre Pierre de Rohan,  Jeanne de Penhoët et leurs trois fils Charles, François et Pierre, on remarque la grande figure de saint Pierre, bien compréhensible puisque elle se réfère au prénom du fondateur, et la non moins grande figure de saint Christophe, à coté de huit apôtres. 

    Une hypothèse permet peut-être d'éclairer ces derniers motifs  à la lumière de l'inventaire dressé par Jean-Luc Deuffic de la bibliothèque de Rohan Soubise. En effet, l'ouvrage suivant, du XVe siècle y est signalé :

    Histoire de la Bible & de plusieurs saints, entr'autres des Apôtres ; de s. Christophe, en vers ; s. Georges, en vers ; le Trou de s. Patrice, & la patience de Griselidis, marquise de Salmes (sic, pour Saluces) ; sainte Julienne, en vers, (de la fin du quatorzième siècle). In-f° Ms sur vélin, avec des miniatures à chaque sujet. 78 miniatures par un suiveur du Maître de l'Apocalypse de Berry.

    Outre la proximité, dans le titre, de "entr'autres des Apôtres ; de s. Christophe" qui évoque le contenu des baies 105 et 106, ce qui est intéressant est la mention d'une légende versifiée de saint Christophe. Ne peut-on suggérer que la possession d'un tel poème  a incité le Maréchal de Gié à en donner une illustration en vitrail, éventuellement inspiré de l'enluminure correspondante de son manuscrit ? Cette légende occupe les 12 pages des folios  f. 174 à f. 186 . Christophe. « Seigneurs Jay oy dire souvent en aucuns lieux // Que a bien commencier on doit appeler dieux  // Et la vierge sa mere qui a le cuer piteux … » .

    Or, cet incipit Seigneurs j'ay oy dire souvent en aucuns lieux  est connu (P. Meyer p. 344) comme appartenant à une Vie de saint Christofle de 746 vers en quatrains d'alexandrins, du XIVe siècle notamment contenu dans Bnf fr. 25549. Ce manuscrit de 108 feuillets contient une Bible Abrégée, la Vengeance Vespasien, les Enseignements Saint Louis, la Vie de Saint Louis, la Vie de Saint Christofle (ff. 70-90) et le Purgatoire Saint Patrice

     

      Meyer cite deux autres versions versifiées de l'hagiographie, l'une en octosyllabes du XIIIe siècle En nom de sainte Trinité, et l'autre, de 200 vers environ, du XIVe siècle, Bnf  fr.1555 f. 126v Poy a de bien en ceste siecle mortal.

     

    Les légendes en prose sont contenues dans des recueils de Vies de saints. Paul Meyer cite le Bnf nouv. acquis. fr 10128 fol. 96 Mout puet estre liez a qui Nostre Sires donc tant de sa grace qu'il ne li desplest mie a oïr les paroles qui de lui sont et les vies des seinz martyrs . Dans ce recueil de 42 légendes, la Vie de saint Christophe vient en 17ème position après celle des apôtres, seulement précédée par les légendes des saints Longin, Sébastien, Georges et Vincent, ce qui souligne son importance. Cette place se retrouve dans les autres manuscrits étudés par P. Meyer page 407, 410, 412, 417, 436 et 439. Dans une Notice sur le Ms Bnf 6447 traduisant divers livres de la Bible et divers vies de saints, P. Meyer donne l'extrait suivant : (Fol. 182) Ci commence li vie et li martyres monsignor S. Cristofie. Molt puet estre liés a cui Nostre Sires donc tant de sa grasce qu'il ne li desplaist mie a oïr les paroles ki de lui sont et les vies des sains martirs qui mort rechurent por essaucier la sainte loi et la sainte creance Nostre Signor. En cel tans ke sainte Eglise conmença a montepliier et li saint home preechoient de novel, estoit uns hom ki Cristofles estoit apielés, sages de toutes doctrines et poissans de toutes vertus. Cil hom estoit nés de Genoragie, une contrée, et si estoit dessamblables a tous cels dou pais de cors et de viaire et de parole, et por ce fu il envoiés par nostre signor Jhesucrist en la terre de Syre preechier et amonester les gens qu'il se baptizaissent. Mais premiers fu baptiziés et reçut la grâce Nostre Signor qu'il autrui renouvelast eu la sainte ewe de baptesme. ..

Si je pouvais consulter le texte du poème de l'ouvrage de la bibliothèque de Rohan au château du Verger, ou, à défaut, celui du manuscrit Bnf Fr 25549 qui lui est identique si on en juge sur l'incipit, je pourrais dresser un parallèle entre le texte, et le vitrail. Mais je n'ai pas trouvé accès à ces textes. J'utiliserai un moyen indirect : selon Graham Runnalls, ce poème, initialement écrit "dans la première moitié du XIVe siècle, peut-être même plus tôt" a servi de modèle à la rédaction d'un Mystère de saint Christofle" rédigé dans la seconde moitié du XIVe siècle, et publié entre 1515 et 1517 à Paris par la veuve de Jehan Trepperel. Deux exemplaires de l'édition de ce Mystère, c'est-à-dire cette pièce de théatre, sont conservées à la Bnf sous la cote Réserve Yf1606 , et le texte en a été établi et annotè par  G. Runnals. Cet auteur remarque que le Mystère, et donc le Poème qui lui sert de source, ne sont pas une versification de la Vie de saint Christophe qui apparaît dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine, et dans sa traduction par Jean de Vignay : tout en suivant de près la Légende Dorée,     Le Mystère de Saint Christofle  "suit le conte de Jean de Vignay non seulement dans ses grandes lignes, mais aussi dans quelques détails. Pourtant, il y a suffisamment de divergences entre notre mystère et le conte de la Légende Dorée pour nous empêcher d'affirmer que notre dramaturge ait employé Jean de Vignay comme source. Par exemple, certains éléments de la légende traditionnelle sont modifiés: le roi est effrayé par une tempête (dans la Légende Dorée, c'est un jongleur qui l'effraye, en répétant le nom du diable); le texte de Yf 1606 ne fait aucune allusion aux scènes de la Légende Dorée où le roi, et ensuite le diable, refusent de révéler à Rebrèbe le nom de la personne dont ils ont peur; l'ermite recommande à Rebrèbe de prier et de se faire baptiser (dans la Légende Dorée, I'ermite lui recommande de prier et de jeûner, mais Rebrèbe s'y refuse); la voix du Christ se fait entendre une seule fois (trois fois dans la Légende Dorée); et on peut relever d'autres changements et différences. Il est évident qu'il faut chercher ailleurs la source du Mystère de Saint Christofle."

 

: je vais donc y lire le passage consacré à la Traversée du gué : 

 http://www.sites.univ-rennes2.fr/celam/cetm/christof/chritxt1.htm

 

Saint Michel remonte au Ciel; Christofle revient à l'ermite.

316 Baptesme, ce debvés sçavoir

320 Sans que je diray avant.

324 Qui a ton col passer vouldront

328 Et se tu le faiz vrayement, 
     Celluy verras visiblement

332 Je y vois et n'en partiray

336  En allant la.

340 S'il te plaist dysie (?)

344 Sus mon col monte.

348 Pour vray le dy.

352  Tu ne me sembles qu'une pelote. 

356Enfant, je ne sçay vrayement

360 Et les jambes, tant es pesant.
                                        Dieu

364  Si doibs sçavoir.

368 Mais quant m'oultre passé auras.

372 Puisque de l'eaue sommes hors.

376 A mon advis.

380 Et si as tu; scais tu comment ?

384 Et vint sa bas en une vierge,

388La fut homs Dieu, c'est verité;

392 Ensemble tous communement

396  Je vueil que plus cy ne demeures,

400  Devant contes, devant roys, 

404 Adieu, mon pere esperitable,

408  De Paradis.

412 Ma voulenté et mon desir

416  Sire, impetre moy eloquance,

  • Beau pere, j 'ay prins vrayment 

    • S. Cristofle

    Or me faictes celuy vëoir 
    Dont mon cueur a tant desir. 

    Christofle, il te fault assavoir,

    • L ' ermite

    Vois tu celle riviere grant? 
    Ilec demours yras 
    Et tous ceulx oultre passeras

    Et qui pour Dieu te requerront. 
    Tien cest bourdon; metz en ta main 
    Si t'en apoye a ton besoing. 

    Que tu demandes.

    Sire, puisque tu le commandes,

    • S. Cristofle

    Jamais, tant que veü l'auray. 
    Icy vouldray faire un mesnaige; 
    De celuy seray le passaige,

    Christofle s'installe près de la rivière; bientôt Dieu arrive, 
    sous la forme d'un enfant qui veut traverser.

    • Christofle amy, de venir sa, 
      Pour Dieu, te vueilles avancer, 
      Et moy oultre l'eaue passer,

      • Dieu

    Actens, ne t'en ennuie mye. 
    Je m'en vois a toy par dela, 
    Et toy, qui veulx passer deça,

    • S. Cristofle

    Christofle, ne puis a brief conte, 
    Car tu es mallement hault.
    Aulcun lieu amonter me fault;

    • Dieu

    -Adonc flechit son corps.

    • Je te monteray; sié toy ci, 
      Qui m'as donné ceste avanture.

      • S. Cristofle

      A ! com es povres de charnure; 

    Deulx vingz come toy en une hotte
    Emporteray, ce m'est advis. 
    Je m'en vois sans long devis. 

    Si tu joues d'enchantement, 
    Mais tu poises come pelon en masse. 
    Advis rn'est que le dos me casse

    Ne t'en va mye merveillant, 
    Christofle, se grant sens t'abonde, 
    Quant sur toy portes tout le monde;

    Comment puis tant force avoir ? 
    Saincte Marie !

    Ne le te diray ore mye,

    • S. Cristofle

      Dieu

    Bien apercevoir tu t'en pourras,
    Certainement.

    Dessens, dessens, inellement,

    • S. Cristofle

    Oncques mais cuivre, ors 
    Aportez tant ne me greva, 
    Ne si pesant ne me sembla,

    Christofle, il t'est bien advis, 
    Je t'ay desja bien enhorté, 
    Car tout le monde as porté, 

    • Dieu

    Je suis celluy certainement 
    Qui ciel et terre et mer crea, 
    Qui pour toy es cieulx trespassa,

    Que feis de deïté consierge.
    Car en la vierge descendy, 
    De qui virginement nasqui.

    Ne la chair ne fut deïté 
    Ne la deïté chair aussi, 
    Tant furent comprinsez ci

    En Crist de sauvabtent ( ?) 
    Je suis des fors honoré et prins,
    Pourquoy tu as baptesme prins.

    Mais veulx qu'aultrement labeures.
    Je vueil que mon nom prescher voises 
    Devant bourgois, devant bourgoises,

    Et que par le tourment des roys, 
    Que te fera* pour moy sentir, 
    Tu puisses la vie digne offrir. 

    Pour avoir gloire perdurable 
    Je te donne ma benisson, 
    Et si m'en vois en la maison

    -Adonc se mest a genouIx.

    • S. Cristofle

      A ! Sire, a toy louer tousdis 
      Doy bien mettre mon intention; 
      Certes, toute ma façon,

    Sont et seront a toy servir. 
    Je vois pour ton nom* exaulcer 
    En celle ville la prescher.

    Dieu remonte au Ciel; Christofle quitte 
    la rivière et s'approche d'une ville.

    • Et me donne telle fïance 
      Que ta loy puisse estre exaulcee 
      Par moy et l'ambe avancee. (?)

      -Adonc va prescher.

 

Dans ce texte, à la différence de celui de Jean de Vignay, Jésus n'annonce pas à Christophe que son bâton va fleurir lorsqu'il sera revenu dans sa "maisonnette". Le miracle de la verge refleurie ne survient qu'au vers 540, plus de cent vers après la traversée, tandis que Christophe prie Dieu et lui demande un signe. Une femme qui l'observe constate la refleurie miraculeuse. Elle court à la ville pour en témoigner devant la foule, et devant les chevaliers de l'empereur Dagus. Voici les vers 531-563 :

S. Cristofle : Sy me fault mettre a genouillons / En aourant mon createur. /Sire Jesus, par vo doulceur / Vous m'avez cy reconforté. / Ce baston sec cy ay planté / En ceste place devant moy. /Tresdoulx Dieu, se c'est vostre otroy / Que vostre nom voise preschant, / Et la vostre foy exaulsant,/ Si me monstrez en ceste place  / Vertus qui soit, de vostre grace, / Que ce baston sec puist florir / Par devant moy, et reverdir./ Hé! Sire, Dieu, de cueur louer / Vous doy je bien et reclamer. / Or scay je bien que vous m'aymés, / Quant les vertus vous me monstrez./ Jamais ne tourment ne martire : Ne doubteray, c'est au vray dire, / La montance* d'ung vieil coudray. / Ainçois tous apresté seray / De tout souffrir.

La femme : Meshuy roses ne quiers cueillir / Ains m'en iray tantost sans guille / Plus tost que pourray a la ville/ Ceste vertu manifester. Doulce gent, vueillez escouter / La noble vertu qu'ay veüe. / À un baston tout sec planté ;/Mais tantost quant son Dieu prïé, /Il porta fueilles et reverdist. / Ce bel miracle pour luy fist /  Son Dieu, qui est roy souverain.

Bien qu'elle ne soit pas mentionnée comme telle par G.A. Runnalls, il s'agit, pour l'iconographie, d'une différence de taille avec la Légende Dorée, car alors, sur l'image dans laquelle Christophe porte l'Enfant et franchit le fleuve, il tient en main un simple bourdon ou une perche de passeur, et non un tronc coiffé d'une sommité verte, ou un palmier, comme dans les peintures d'Espagne présentées jusqu'ici. Or, à Angers, c'est un bâton sec sans feuillage qui figure sur le vitrail de la baie 105. J'avais d'abord pensé que le vitrail avait été amputé de l'extrémité du bâton, mais j'y vois maintenant un argument pour penser que la source de ce vitrail est le poème en vers, et non le texte en prose de la Légende Dorée en français.

Dans le second Mystère Saint Christofle, celui de Chevalet de 1527, le "signe" du bâton miraculeux est traité comme dans la Légende Dorée, annoncé juste après la traversée dans les vers 8012-8020, et qui est exposé dans les vers 8434-8437.

 

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Il me semble que j'ai été, une fois de plus, fort long. Je reporte l'étude du second vitrail dédié à saint Christophe — la baie 117 d'André Robin —  à un deuxième article.

SOURCES ET LIENS.

— Site Patrimoine-histoire :

 http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Angers/Angers-Saint-Maurice.htm

Site The Medieval stained glass , Painton Cowen :

http://www.therosewindow.com/pilot/Angers/table.htm

Sainte-Croix-du-Verger : http://start1g.ovh.net/~matheflo/verger.htm

— Inventaire général des richesses d'art de la France, Volume 4. 1907, Commission de l'inventaire général des richesses d'art de la France, E. Plon et cie. page 50-51 : en ligne INRA 

http://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/5012-inventaire-general-des-richesses-d-art/

— Université de Rennes II : Mystère de saint Cristofle selon Bnf Réserve Yf 1606, texte établi et présenté par Graham A. Runnalls

http://www.sites.univ-rennes2.fr/celam/cetm/christof/Chri_int.htm

BOULANGER (Karine), 2001, Les vitraux de la cathédrale d'Angers, 303, Arts, recherches et créations, n° 70 Ed. Conseil régional des Pays de la Loire, Nantes, pp. 75-83

 BOULANGER (Karine), 2009, "Les Vitraux de la cathédrale d’Angers", Corpus vitrearum – France, « Monographies » III, Paris, CTHS, non consulté.

— CALLIAS BEY (Martine) , ‎Louis Grodecki, ‎Françoise Perrot - 1981 - ‎Les Vitraux du Centre et des Pays de la Loire page 292

DEUFFIC (Jean-Luc), 2015 : Essai de reconstitution d'une collection de manuscrits médiévaux‎ > ‎

La bibliothèque de Rohan Soubise 

https://sites.google.com/site/bibliothequerohan/home/v-identifications

— ERLANDE-BRANDENBURG (Alain) 1974, À propos d'une exposition. La tapisserie de chœur des anges porteurs des instruments de la Passion, dans la chapelle du château d'Angers Journal des savants 1974   Volume   1 pp. 62-69

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jds_0021-8103_1974_num_1_1_1296#

—   LE MYSTÈRE DE SAINT CHRISTOFLE  (Bibliothèque Nationale,  Réserve Yf 1606 ; entre 1512 et 1517) Texte établi et présenté par  Graham A. Runnalls, Textes littéraires, collection dirigée par Keith Cameron XI  En ligne sur le site de l'Université de Rennes http://www.sites.univ-rennes2.fr/celam/cetm/christof/Chri_int.htm

— FARCY (Louis de), Monographie de la cathédrale d'Angers : Les immeubles ; pages 155 et 

http://1886.u-bordeaux3.fr/viewer/show/9604#page/n250/mode/1up

— GILMORE-HOUSE (Gloria) 1982, The mid-fifteenth century stained glass by André Robin in Saint-Maurice Cathedral, Angers, France xii, 336 p. : ill., maps. Bibliography: p. [199]-[211]. Thesis (Ph. D.)--Columbia University, 1982. Non consulté.

— GILMORE-HOUSE (Gloria), 1984, "Angers Cathedral : an early twentieth-century restoration of mid-fifteenth-century glass", Journal of Glass Studies Vol. 26 (1984), pp. 77-85  Non consulté.

 http://www.jstor.org/stable/24188800?seq=1#page_scan_tab_contents

HAYWARD (J.) et GRODECKI (Louis), 1966, Les vitraux de la cathédrale d'Angers.  Bulletin Monumental, T. CXXIV, Jan.-Mars 1966. 8vo, pgs. 7-67,

 — MEYER ( Paul), 1906,., Les Légendes Hagiographiques en Français dans l'Histoire Littéraire de la France, vol.33, pp. 328-458, Paris . 1906.   page 344 : https://archive.org/stream/histoirelittra33riveuoft#page/344/mode/2up 

URSEAU (Chanoine Charles-Théodore -  ,1860-1940) , 1921, "Contribution à l'iconographie de saint Christophe", Actes du Congrès d'Histoire de l'Art (1921), Presses Universitaires de France, Paris, 1924 p. 168-169: à propos d'un saint Christophe cynocéphale du XVIe siècle à la cathédrale d'Angers.

— URSEAU (Chanoine Charles-Théodore -  ,1860-1940) , 1921 A propos d'un vitrail de la cathédrale d'Angers  - In: Mémoire de la Société d'Agriculture Sciences et Arts d'Angers Ser. 5, vol. 24 (1921) p. 17-27

 

 

 

http://www.therosewindow.com/pilot/Angers/table.htm
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Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 13:26

Iconographie de saint Christophe : la cathédrale de Burgos.

Voir :

 

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Lorsque j'ai présenté le San Cristobal du retable de San Benito de Calatrava dans mon premier article, j'en ai profité pour faire un tour d'horizon des représentations du saint en Espagne, et j'avais mentionné la présence de deux peintures à la cathédrale de Burgos, une fresque du XIVe siècle, et une huile du XVIIIe (?) siècle. Me voici rendu sur place pour les admirer.

Elles sont situées dans le transept sud, à l'intérieur du Portail du Sarmental, soit l' indice 1 (entrada)  du plan proposé par Wikipédia :

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A vrai dire, l'œuvre la plus ancienne est assez ingrate à photographier à cause de l'obscurité, de sa grande taille, des conditions imposées aux touristes (pas de flash, pas de pied)  et de son état peu spectaculaire. Encadrée par deux colonnes, elle est tracée sur toute la hauteur du mur, sur 8 mètres de haut. Voici mon cliché : je mise sur votre compréhension.

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Fresque de saint Christophe, XIVe siècle, Cathédrale de Burgos. Photo lavieb-aile.

Fresque de saint Christophe, XIVe siècle, Cathédrale de Burgos. Photo lavieb-aile.

 

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Cette fresque monumentale n'a été découverte qu'en 2005,  et elle avait perdu la polychromie de son état d'origine. Comme elle était placée juste à coté de l'immense toile de saint Christophe que nous allons ensuite découvrir, on en a déduit que le chapitre avait voulu, après les directives de la Contre-Réforme, remplacer cette œuvre trop païenne par une œuvre religieusement correcte. Il est intéressant de noter que selon l'historien de la cathédrale Martinez y Sanz, "depuis des temps immémoriaux" se trouvait sous la peinture un banc portant le nom de "Banc de Saint-Christophe" (Poyo de San Cristobal) et qui servait à rendre la justice.

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Description.

La partie toute supérieure est effacée. Le saint est présenté frontalement, et son regard fixe le spectateur. Il est nimbé, barbu (non sans une ressemblance christique). Il tient une perche dont nous ne pouvons savoir si elle se termine par les feuillages de palmier de la légende. Il porte comme pèlerine le manteau court (jusqu'aux genoux) traditionnel, au dessus d'une chemise, mais, détail plus original, il porte aussi des manchettes à quatorze boutons.

L'Enfant, pour ce que l'on en voit, est également présenté frontalement, et devait aussi fixer le fidèle. Il porte le globus cruciger, et devait tracer une bénédiction.

Il n'est peut-être pas exclu que la peinture ait porté jadis une inscription à visée protectrice. Je n'ai trouvé aucune étude scientifique ou aucun article sur cette peinture.

Je n'en aurai même pas fait état si je ne m'étais attaché à retrouver des exemples de la pierre meulière et des pèlerins accrochés à la ceinture du saint, motifs que j'ai explorés en détail après les avoir découverts au Musée des Beaux-Arts de Séville. Or, un agrandissement de mon image permet de discerner ces éléments à Burgos :

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D'abord, la meule de moulin. 

Selon J. Hernado Garrigo , outre à Burgos, des images de San Cristobal doté d'une pierre de moulin peuvent être vues à Madrid dans un retable du XIVe siècle du Musée du Prado (collection Varez Fisa), à Salamanque sur les peintures murales de San Marcos et de la vieille cathédrale ( à la sortie du cloître), à Rejas de San Esteban (Soria), paroisse de Saint-Martin, à Ségovie à San Juan de los Caballeros, à Tordesillas à l'entrée ( chapelle mudéjar ) de l'église de Santa Clara , à Séville au Musée des Beaux-Arts, ou au monastère de Santa Paula , à Barcelone au Musée Mares  une image gothique exemptés de San Cristobal de Entreviñas (Zamora) conservés au Musée Marès à Barcelone, en province de Zamora en l'église  de Santa Maria del Azogue  de Benavente  — cf. photo infra —, et, sous forme d'une sculpture du XVI siècle, sur la façade de San Andrés de Cotillo (Cantabria). Il faut ajouter à cette liste la peinture monumentale découverte récemment à Séville dans l'église paroissiale Santa Maria de la Oliva de Lebrija, et a été restaurée par l'équipe de  Blanca Guillen de la Faculté des Beaux-Arts  de Séville. (Voir pour les images mon article de la Petite iconographie I). Soit une douzaine d'exemples en Espagne.

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Selon l'interprétation édifiante de Pacheco, cette roue de moulin représente "le contrepoids et le lest de l'humilité" ( «el contrapeso y lastre de la humildad»).   

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Fresque de saint Christophe, XIVe siècle (détail), Cathédrale de Burgos. Photo lavieb-aile.

Fresque de saint Christophe, XIVe siècle (détail), Cathédrale de Burgos. Photo lavieb-aile.

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Puis les trois "pèlerins", comme on les désigne. Mais ici, leur tenue vestimentaire est particulière ; l'un, qui porte un scapulaire à capuchon, tient un bâton que l'on peut, certes, considérer comme un bourdon de pèlerin. Il semble discuter avec ses compagnons en faisant un geste avec l'index. Je restais sur ma faim, attendant de trouver une explication mieux fondée sur leur présence, jusqu'à ce que je découvre l'article de Grau-Lobo (1994-95) qui en recense les exemples iconographiques, en donne les illustrations, et fait de saint Christophe un Homo viator sur les chemins de pérégrination.

 

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Fresque de saint Christophe, XIVe siècle (détail), Cathédrale de Burgos. Photo lavieb-aile.

Fresque de saint Christophe, XIVe siècle (détail), Cathédrale de Burgos. Photo lavieb-aile.

.La partie basse de la peinture a son importance :  l'eau (à défaut de la couleur qui a disparu) n'est visible que par la présence d'un trait horizontal, mais six poissons nagent dans l'eau du fleuve autour des pieds nus. Au dessus de la ligne horizontale, des formes en étoile représentent sans-doute des plantes. Le fait que l'eau soit clairement représenté montre que cette peinture illustre la version du corpus légendaires incluant la traversée du gué (et non une version plus primitive où l'accent est mis sur son martyre).

Avec cette peinture, nous avons la preuve de ce que nous avions appris à la cathédrale de Séville sans avoir accès à la peinture ancienne : on trouvait dans les cathédrales d'Espagne, peintes près d'une entrée, des figures monumentales de saint Christophe qui possédaient un pouvoir apotropaïque, c'est-à-dire protecteur contre la mort sans confession, les épidémies de pestes ou les dangers des voyages ou même tout franchissement périlleux de seuil (gué, pont, passage épineux) par la seule vision de son image et, en particulier, de son regard frontal, associé à la récitation ou la lecture d'une formule latine ou vernaculaire en vers léonin exprimant la réalité de cette protection. Liées à des héritages de superstitions ou de croyances pré-chrétiennes et aux légendes de géants, ces peintures qui tombaient trop facilement sous le coup des critiques des Protestants furent remplacées, à partir du XVIe siècle, par des  peintures qui supprimaient le regard frontal du saint grâce à une rotation élégante du tronc et de la tête, qui débarrassaient Christophe des attributs trop féeriques, comme la meule et les pèlerins transportés à la ceinture, et qui excluaient les formules "magiques" de protection. 

 

Juste à coté de la fresque précédente, nous trouvons un grand tableau placé au dessus d'une porte et consacré également au même sujet. Malgré la taille du tableau, le saint ne mesure pas plus de la moitié de son alter ego voisin.

La peinture, de 5 mètres de haut, a été réalisée par Pedro de Reoyo en 1677 pour 62.764 maravedis :

 

 "En el brazo del crucero á la parte del mediodia hay un cuadro de San Cristóbal notable por su magnitud. Hubo antes otro del mismo Santo que pintó en 1677 Pedro de Reoyo por 62,764 maravedises: estaba ya muy ajado y en 1771 obtuvo un devoto licencia para renovarle, la que el Cabildo le otorgó á condición de que se hiciese una cosa buena y decente: probablemente los artistas juzgarán que no se cumplió la condición. Debajo del cuadro estuvo de inmemorial lo que se llamaba el poyo de San Cristóbal: hablaré de él en la parte segunda, porque suscita recuerdos históricos (XX). Mas allá del poyo de San Cristóbal estuvo la capilla de Santa Marina, de la que se dará alguna noticia cuando se hable de su fundador Obispo Don García, y también en el número XXI" Martinez y Sanz page 93-94

"Debajo del cuadro estaba el poyo de San Cristóbal, como se llamaba de inmemorial; y en él tenian en tiempos muy remotos su audiencia los jueces del Cabildo, que, como es sabido, tuvo hasta el Concordato de 1851 la jurisdicción civil y criminal, con ciertas limitaciones, respecto á los individuos de la iglesia. Es creíble que el poyo ó banco estuviera de alguna manera resguardado ó adornado; pues en escrito de 1393 se habla de uno de los pilares del poyo de San Cristóbal. También los Alcaldes de Burgos tenian su audiéncia en la iglesia ó edificios adyacentes."  Martinez y Sanz page 272

— Traduction Google améliorée ! "Dans le transept du côté sud, il ya une peinture de Saint-Christophe notable pour son ampleur. Il était autrefois l'un des Saint-même peint en 1677 par Pedro de Reoyo 62,764 maravedises: il était en très mauvais état et a obtenu en 1771 une licence consacrée à renouveler, dont le Conseil a accordé à la condition qu'une bonne et décente chose ferait: sans doute artistes jugé que la conversion n'a pas été atteint condition. Sous l'image était de immémoriaux ce qu'on a appelé le banc de San Cristobal: Je vais parler de lui dans la deuxième partie, parce qu'elle soulève souvenirs historiques (XX). [...] Sous la peinture était le banc de San Cristobal, comme on l'appelait depuis les temps immémoriaux; et il avait dans l'ancien temps les juges d'audience du Chapitre, qui, comme on le sait, a pris le Concordat de 1851, la juridiction civile et criminelle, avec certaines limitations à l'égard de personnes dans l'église. Est-il crédible que le banc ou dans une banque abri a été ornés ou deux; puis en 1393 écrit que nous parlons de l'un des piliers du banc de San Cristobal. Le Maire de Burgos a également tenu son audience dans l'église ou bâtiments adjacents."

 

Description.

 

Saint Christophe est vu de face, mais tourne son visage et son regard vers l'Enfant, qui le regarde également. Hasard ou pas, les couleurs traditionnelles du XIVe siècle (rouge pour le manteau ou la tunique et vert pour témoigner de la puissance de renouveau) laissent la place au bleu et à l'ocre. Le bâton n'est pas non plus miraculeusement reverdi et a perdu sa houppe de feuillage ou de palmes, dont le jaillissement fécond a peut-être semblé trop explicite aux yeux attentifs des chanoines du Chapitre. Bien-sûr, la meule de géant gargantuesque n'a pas été admise, pas plus que les bonshommes serrés derrière la ceinture. Il persiste seulement, dans l'eau, une baleine qui a pu paraître innocente mais qui est une cousine des dragons et monstres aquatiques que le saint a affronté. Une autre tête sort de l'eau entre les jambes de Christophe, rappellant celle du "poisson" de la peinture du XIVe siècle, ou rappellant surtout la sirène se peignant dans un miroir, exactement au même emplacement entre les jambes du San Cristóbal, dans une peinture murale (XVIes) du transept sud de Santa María del Azogue de Benavente (Zamora). Les redoutables poissons et baleines des eaux troubles du fleuve ont quelque chose à voir avec la féminité, la sexualité et le péché mortel qui y est lié.

 

L'Enfant porte l' attribut du Sauveur du monde (globe surmonté de la croix) et bénit le Monde ; il n'est pas nimbé, pas plus que Christophe. Son manteau rose pâle est déployé comme un pétale ou une coquille sur sa gauche.

L'Église est bien présente. D'abord par la tour à quatre clochetons et le clocher de la cathédrale ; ensuite par la façade d'une autre église en contrebas ; et encore par  l'ermite guidant les pas du saint en tenant une lanterne, symbolisant les lumières de la Foi.

Enfin, à droite, on voit le géant, portant une besace, et des gens agenouillés devant lui. 

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Saint Christophe portant l'Enfant, XVII siècle, Cathédrale de Burgos. Photo lavieb-aile.

Saint Christophe portant l'Enfant, XVII siècle, Cathédrale de Burgos. Photo lavieb-aile.

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Source des images de Santa María del Azogue de Benavente (Zamora)

 http://epmencia.blogspot.fr/2011/07/san-cristobal-patron-de-los-conductores.html

Dialnet-AguaPasadaQueMueveMolino-4151949.pdf

San Cristóbal (détail),  Santa María del Azogue de Benavente (Zamora).  Première moitié du XVIe siècle.
San Cristóbal (détail),  Santa María del Azogue de Benavente (Zamora).  Première moitié du XVIe siècle.

San Cristóbal (détail), Santa María del Azogue de Benavente (Zamora). Première moitié du XVIe siècle.

 

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SOURCES ET LIENS.

cathédrale de Leon : http://www.diariodeleon.es/noticias/cultura/san-cristobal-llega-otra-orilla_849527.html 

— GRAU LOBO, Luis (1994-1995): “San Cristóbal, Homo Viator en los caminos bajomedievales: avance hacia el catálogo de una iconografía particular”, a Brigecio, 4-5, p. 167-184. http://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=1402347

— JUAN CORDERO RUIZ. San Cristóbal, pintura mural 

Juan Cordero Ruiz, Lebrijano y Catedrático Emérito de la Univerisidad de Sevilla 

http://www.lebrijadigital.com/web/secciones/27-museo-de-arte/175-san-cristobal-pintura-mural

HERNANDO GARRIDO (José Luis), 2012, Agua pasada que mueve molino...: notas sobre iconografía y cultura tradicional About mills: note on culture and traditional iconography Museo Etnográfico de Castilla y León Studia Zamorensia, Vol. XI, 2012 255-278, ISSN 0214-376X  

dialnet.unirioja.es/descarga/articulo/4151949.pdf

HERNANDO GARRIDO, (José Luis) 2012. “Sobre el San Cristobalón de Santa María del Azogue en Benavente (Zamora): ¿Pero hubo alguna vez sirenas en los ríos Órbigo y Esla a inicios del siglo XVI”. RF, 2012, 366, pp. 3-32. http://www.funjdiaz.net/folklore/07ficha.php?ID=3662

— LLOMPART (Gabriel), 1965, «San Cristóbal como abogado popular de la peregrinación medieval », RDTP, XXI, 1965, 293-313 (Non consulté)

— MARTINEZ Y SANZ (Manuel), 1866, Historia del Templo Catedral de Burgos : escrita con arreglo a documentos de su archivo / por el Dr. Manuel Martínez y Sanz Burgos : Imprenta de don Anselmo Revilla, 1866 . XIV, 320 p. ; 17 cm page 93.

https://archive.org/stream/historiadeltemp00sanzgoog#page/n112/mode/2up/search/+cristobal

— MUELA (Juan Carmona ) Iconografía de los santos pages 92-95 https://books.google.fr/books?isbn=8470904418 

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Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 08:50

Dans ce tableau (huile sur toile) dont je n'ai pour l'instant trouver ni la datation, ni l'auteur, ni la provenance, mais dont on peut deviner qu'elle est  du XVIIe siècle, le saint est saisi en plein mouvement, au moment où il pose le pied sur la rive après avoir franchi le fleuve, comme à la cathédrale de Séville (1584) ou à celle de Burgos (XVIIe). Le San Cristobal de Mateo Perez d'Alesio à la cathédrale de Séville a sans-doute servi de modèle, puisque les points communs sont très nombreux : même position des pieds (pied droit, postérieur,  de profil, et pied gauche antérieur et  de face), même tunique fermée par les mêmes rubans, même manteau disposé semblablement, même visage jeune et beau de Christophe, même Enfant dont la robe tourbillonne en arche autour de la tête, même bâton qui fleurit en palmier, etc... Au jeu des sept différences, nous noterons la couleur de la tunique, blanche et non rose, et la couleur des cheveux et de la barbe, chatains foncé et non blonds. Le bandeau a perdu sa belle couleur verte. L'Enfant est finement nimbé. L'arrière-plan diffère aussi, et si on discerne l'ermite, il est plus discret, placé plus bas, et sans que l'on sache si il tient encore une lanterne. 

 

"Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus", Alcazar, Séville.

"Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus", Alcazar, Séville.

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"Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus", Alcazar, Séville.

"Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus", Alcazar, Séville.

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"Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus", Alcazar, Séville.

"Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus", Alcazar, Séville.

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Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 07:02

Petite iconographie de Saint Christophe à Séville, III. Le vitrail d'Arnaud de Flandres fils de la cathédrale (1546). Baie 55.

 Iconografía de San Cristóbal en Sevilla III :  Arnao de Flandes Hijo,  la vitrales de San Cristóbal (1546) sobre la portada de Campanillas en la catedral. Vidrieras n° 55.

Voir :

​Je poursuis mon examen des images de saint Christophe à Séville et, après avoir visité le Musée des Beaux-Arts, puis la grande peinture murale de la cathédrale, je lève les yeux vers les verrières où m'attend en baie 55 (numérotation du Corpus Vitrearum), au dessus de la Porte de Campanillas (repère n°5 du plan Wikipédia), l'œuvre d'Arnaud de Flandres. Réalisé en 1546, ce vitrail me place donc à mi-parcours entre les deux œuvres précédentes de 1480 et 1584, en pleine Renaissance, sous le règne de Charles Quint (1516-1556), et pendant le Concile de Trente (1545-1563). 

 

https://ca.wikipedia.org/wiki/Catedral_de_Sevilla#/media/File:Planocatsevilla.jpg

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Description.

La baie ogivale de 7,80 m de haut et 2,16 m. de large est découpée par deux barlottières verticales et huit barlottières horizontales en vingt-sept panneaux, consacrés à deux registres : en haut, en médaillon de tympan la Vierge à l'Enfant, et en sujet principal saint Christophe portant l'Enfant-Jésus. les deux registres prennent place dans un encadrement d'éléments Renaissance avec des colonnes cannelées à chapiteau corinthien, des entablements antiques, des pots-à-feu, des crossettes et des têtes de chérubins, des frises d'orbes, tous essentiellement en verre blanc rehaussé de jaune d'argent. Les couleurs sont le rouge, le bleu et le vert, rarement le parme, peut-être le vieux-rose (l'éclairage artificiel de la baie crée des reflets qui faussent les couleurs naturelles).

 

 

Vitrail de saint Christophe par Arnaud de Flandres (1546), cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

Vitrail de saint Christophe par Arnaud de Flandres (1546), cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

La Vierge à l'Enfant.

Le médaillon du tympan se détache sur un fond de verre rouge : la Vierge, vêtue de la conventionnelle robe bleue, les cheveux blonds dénoués tombant sur les épaules, se penche sur l'Enfant endormi, nimbé, et dont la nudité est légèrement recouverte par un voile tenue par sa mère. Les deux personnages sont entourés d'une irradiation dorée cernée par des nuées bleues. 

Vitrail de saint Christophe par Arnaud de Flandres (1546), cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

Vitrail de saint Christophe par Arnaud de Flandres (1546), cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

Saint Christophe

Par contraste avec la taille de la Vierge,  la taille de géant de saint Christophe est immédiatement perceptible. Comme les deux autres œuvres avec lesquelles je le compare, il est vu de trois-quart gauche, et non dans l'ancienne et hiératique frontalité du corps et du regard, en plein mouvement de traversée du fleuve, dans une rotation de plus de 120° du corps puisque le pied droit est de profil, pointé vers la rive de gauche, et que le visage, et ancore plus le regard, sont orientés vers l'arrière. La perche qui lui sert de bâton trace une diagonale très dynamique, mais le miracle de sa reverdie est peu distinct, le feuillage vert de son extrémité étant masqué par le cintre supérieur. A la différence des deux autres œuvres, Christophe porte une barbe longue et blanche et des cheveux blancs qui  font de lui un vieillard digne, et non un jeune et fringant gaillard. Il est nimbé, et porte au dessus d'une courte tunique verte et d'une chemise bleue, un manteau rouge vif dont les pans soulignent la vivacité de sa détermination.

L'Enfant, nimbé également, trace la bénédiction et porte le globe surmonté d'une croix, éléments qui le qualifie comme Salvator Mundi. Il semble regarder vers le saint, et, comme au Musée des Beaux-Arts, les deux regards ont des directions opposés.

En arrière-plan se voient des murailles et un clocher dans un paysage montagneux. Dans les eaux du fleuve s'observent des roseaux, mais surtout un animal à la queue fourchue et à la tête de dragon, apparenté à d'autres poissons et sirènes similaires signalés dans l'iconographie et considérés comme témoignant des dangers affrontés par le saint. C'est peut-être le détail le plus original de cette image, et celui qui relève du légendaire populaire dont la Contre-Réforme cherchera à épurer le culte.

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Vitrail de saint Christophe par Arnaud de Flandres (1546), cathédrale de Séville.Photo lavieb-aile.

Vitrail de saint Christophe par Arnaud de Flandres (1546), cathédrale de Séville.Photo lavieb-aile.

Le maître-verrier : Arnaud de Flandres Fils".

Cette vitre est étudiée par Victor Manuel Nieto Alcaide aux pages 120-121 de son ouvrage sur Les Vitriers de la cathédrale de Séville, Corpus Vitrearum 1969. Il signale que le maître-verrier Arnao de Flandes reçut le 23 septembre 1546 la somme de 41 650 maravedis pour l'exécution de cette vitre

 Son père Arnao de Flandre, natif de  Flandre, s'était établi en 1480-1490 à Burgos où il épousa Inés de Vergara. Il a fondé un atelier actif de vitraux auquel ont collaboré leurs trois enfants: Arnao Vergara, Arnao de Flandre Fils et Nicolas de Vergara. Ce dernier a été à son tour le père de Nicolas de Vergara el Mozo , sculpteur et verrier installé à Tolede et le dernier représentant connu de la famille. 

En 1525, Arnao Vergara s'est installé à Séville et a repris le travail de réalisation des vitraux de la cathédrale. En 1536, après plusieurs désaccords avec le chapitre de la cathédrale de Séville, il a déménagé à Grenade, ville où il s' installe définitivement. Son frère Arnao de Flandre restait cependant à Séville, assurant la poursuite du programme iconographique des vitraux de la cathédrale.

La succession des verriers de la cathédrale de Séville est la suivante :  Enrique Alemán 1478-1483 ; Juan Jacques1510-1520 ;  Arnao de Vergara 1525-1538 ;  Arnao de 1657 ; Anónimos 1600-1800.

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Vitrail de saint Christophe par Arnaud de Flandres (1546), cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

Vitrail de saint Christophe par Arnaud de Flandres (1546), cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

http://www.uv.es/glassac/10%20Exhibition/Palencia.pdf

ALCAIDE (Víctor Manuel Nieto) 1969 Las vidrieras de la Catedral de Sevilla, Corpus vitrearum Medii Aevi España I, Laboratorio de arte de la universidad de Sevilla Instituto Diego Velasquez del C.S.I.C. Page 111

https://books.google.fr/books?id=i194XyMWorcC&pg=PA71&lpg=PA71&dq=vidrieras+catedral+sevilla+cristobal&source=bl&ots=6ZD1B3AZEQ&sig=XFbwiphi7_qGxo4pAJ0vj6YQO-M&hl=fr&sa=X&ei=9WqGVb2YEsriUe6EgLAO&ved=0CCkQ6AEwAQ#v=onepage&q=vidrieras%20catedral%20sevilla%20cristobal&f=false

— LA CARTUJA DE MIRAFLORES III · LAS VIDRIERAS, CUADERNOS DE RESTAURACIÓN DE IBERDROLA XIII http://www.iberdrola.es/webibd/gc/prod/es/doc/cartuja_vidrieras.pdf

 

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Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
18 juin 2015 4 18 /06 /juin /2015 12:01

Petite iconographie de Saint Christophe à Séville. II : La cathédrale : la Peinture murale de Saint Christophe (1584) par Mateo Perez de Alezio.

Suite de :

​Petite iconographie de Saint Christophe à Séville. I : le retable du couvent San Benito de Calatrava. Au Musée des Beaux-Arts.

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La représentation de saint Christophe la plus visible à la cathédrale de Séville est la grande peinture murale du Portail des Princes (ou Portail de Saint-Christophe), à coté du mausolée de Christophe Colomb. Elle est l'œuvre, en 1584, du peintre maniériste italien Matteo da Leccio (Alezio 1547-Lima 1616). Elle est donc postérieure de près d'un siècle au retable Renaissance de San Benito de Calatrava (vers 1480), ce qui permet d'étudier l'évolution de l'iconographie, caractérisée notamment par la disparition du motif de la meule de moulin et des pèlerins portés à la ceinture. Outre l'image du saint, on y trouve deux autres éléments dignes d'intérêts : une inscription en vers latin d'une part, et un perroquet tenant le cartel où le peintre signe son œuvre, d'autre part. Enfin on découvre que cette peinture succéda à une autre, de l'ancienne cathédrale gothique (1401-1528), disparue, mais dont la fonction apotropaïque est clairement attestée par une inscription.

 

Mateo Pérez de Allesio : https://books.google.fr/books?id=fE6LBfhjrnkC&pg=PA124&lpg=PA124&dq=%22saint+christophe%22+s%C3%A9ville&source=bl&ots=7MZy00dbKW&sig=0svnTKJ2WXEEwDm0NqbDV-n752E&hl=fr&sa=X&ved=0CEcQ6AEwB2oVChMIjcCv4dKExgIVgcAUCh3wMABz#v=onepage&q=%22saint%20christophe%22%20s%C3%A9ville&f=false

 

 

 

 

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Situation : 

La peinture occupe toute la hauteur du mur délimitant le transept droit, transept qui s'ouvre par la Porte des Princes, ou Portail de saint Christophe (1887). Dans les descriptions du XVIIIe siècle, cette porte est désignée comme Puerta  de la Lonja, du nom des Archives générales des Indes ou Casa Lonja de Mercaceres . Ce bâtiment, situé en face de la cathédrale, a été construit en 1584, (donc la même année pendant laquelle le San Cristobal a été peint) sur la demande du chapitre excédé de voir les transactions marchandes se dérouler sur les marches de l'église. Ce bras du transept accueille aujourd'hui, mais seulement depuis la fin du XIXe siècle, le mausolée de Christophe Colomb, créant un lien entre le navigateur, et son saint patron.

 

https://es.wikipedia.org/wiki/Catedral_de_Santa_Mar%C3%ADa_de_la_Sede_de_Sevilla#/media/File:Sevilla_cathedral_-_tomb_of_christopher_columbus.jpg

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Plan de la cathédrale ( Wikipédia). La Puerta de San Cristobal correspond au chiffre 4.

: https://es.wikipedia.org/wiki/Catedral_de_Santa_Mar%C3%ADa_de_la_Sede_de_Sevilla#/media/File:Planocatsevilla.jpg

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Sur cet autre plan, la peinture se trouve immédiatement au dessus du chiffre n°6, correspondant au mausolée de Christophe Colomb.

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Voir l'environnement de façon plus complète sur les photos du site

Ancre  http://leyendasdesevilla.blogspot.fr/2011/02/visitando-la-catedral-v.html

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Vue d'ensemble de la fresque de saint Christophe, et du monument funéraire de Christophe Colomb. Photo lavieb-aile.

Vue d'ensemble de la fresque de saint Christophe, et du monument funéraire de Christophe Colomb. Photo lavieb-aile.

 La relation entre la peinture murale de saint Christophe et Christophe Colomb n'est pas immédiate, puisque  le navigateur est décédé le 20 mai 1506 à Valladolid où il fut enterré, avant d'être transféré quelques années plus tard, au monastère de la Cartuja à Séville. En 1541, conformément à ses vœux, sa dépouille  fut inhumée dans la cathédrale Notre-Dame de l'Incarnation de l'île de de Saint-Domingue. Elle fut transférée à Cuba, colonie espagnole, en 1795 lorsque Saint-Domingue est devenue française. Puis en 1898, quand Cuba devient indépendante après la guerre hispano-américaine, les restes de Colomb reviennent en Espagne et ce n'est qu'alors qu'un tombeau monumental fut construit dans la cathédrale de Séville.

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 Mateo Perez d'Alesio a été actif à Rome où il a peint en 1571 la Dispute des anges et des démons autour du corps de Moïse, placé en face du Jugement Dernier de Michel-Ange sur le mur d'entrée de la Chapelle Sixtine.  En 1573, il devint membre de l'Académie de Saint-Luc à Rome. En 1576, il partit pour Naples où il rencontra son assistant Pablo Moron, puis devint , à Malte, le peintre officiel de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem., et réalisa les 13 panneaux de la fresque de la victoire des chevaliers sur les Ottomans lors du siège de Malte en 1565. C'est en 1583 qu'il partit pour Séville, qui était à l'époque un centre commercial et culturel de premier plan. (Le désastre de l'expédition de l'Invinsible Armada de Philippe II date de 1588). Un an après l'arrivée de Mateo Pérez d'Alesio à Séville, le chapitre de la cathédrale lui demanda cette peinture. Il peignit aussi Saint Jacques à la bataille de Clavijo (1587) pour l'église de Santiago de Séville,  En 1589, le peintre partit à Lima au Pérou, où il mourut en 1616. Il avait peint pour la cathédrale de Lima une copie du San Cristobal de Séville, mais cette œuvre disparut lors d'un tremblement de terre en 1746.  

 

 

Description.

La peinture est monumentale (environ 8 mètres), occupant toute la hauteur du pan de mur ; en largeur, son bord gauche est rectiligne, alors que le bord droit suit au plus près la ligne de la porte des Princes et d'une petite porte amputant son coin inférieur. Elle est divisée en trois registres, portant d'abord deux anges présentant  sept étoiles blanches au dessus d'un vase, puis la figure de Saint Christophe à l'Enfant, et enfin, en bas, un cartouche circulaire portant un poème votif.

Le caractère de géant de Saint Christophe est perceptible par la taille de la peinture elle-même, par sa carrure athlétique,  par la proportion relative du saint avec l'Enfant, mais surtout par le contraste avec la taille de l'ermite de gauche, et de l'oiseau de droite. Il a les traits d'un bon et jeune géant dans la force de l'âge, portant une barbe blonde, taillée et bouclée. Ses cheveux sont retenus par un bandeau vert. D'une main, il tient le bâton qui atteste du miracle accompli par l'Enfant car il a reverdi et a donné un palmier. L'autre main, posée sur la hanche, semble d'une facture maladroite témoignant d'une reprise.

L'artiste l'a saisi à la fin de la traversée du gué, au moment où il pose le pied sur la rive : d'où un beau mouvement de rotation du corps, très serpentin selon les goûts maniéristes, le pied droit, dirigé vers sa droite, faisant un angle de 150° avec le visage  et le regard, dirigés vers sa gauche. Il s'agit d'une rupture avec les Cristobal géants des cathédrales du XIVe siècle, figés dans la frontalité du corps et du regard.

Alors que le manteau ocre qui le couvre, et la chemise aux larges manches blanches  sont esquissées rapidement (rien à voir avec le soigneux damas de Cristobal du Musée de Séville), l'artiste s'attachant surtout à en rendre la dynamique vultueuse des plis, la tunique rose attire le regard par sa coquetterie. On s'amuse qu'un tel géant puisse se plaire à choisir ces rubans de soie bleue, ces boutons à pompons, ces lacets axillaires, ou cette ceinture bleu tendre nouée à la diable sur son embonpoint bon enfant. 

L'Enfant est un bambino jovial dont la solennité  de Sauveur du monde (bénissant et tenant le globe) est atténuée par la fraîcheur des traits et surtout par le mouvement aérien des plis libres de la robe rose. Le pli qui dessine au dessus de lui une arche est emprunté aux peintures de déesses grecques ou romaines, et fait office de nimbe.

 

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Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus, Mateo Pérez de Alesio, 1584, Cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus, Mateo Pérez de Alesio, 1584, Cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

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Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus, Mateo Pérez de Alesio, 1584, Cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus, Mateo Pérez de Alesio, 1584, Cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

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Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus, (détail)  Mateo Pérez de Alesio, 1584, Cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus, (détail) Mateo Pérez de Alesio, 1584, Cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

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Christophe a quitté un rivage dont le relief tourmenté est rendu par volutes  de couleur gris-vert ; il parvient à un pré vert, mais c'est un moine, monté au sommet d'une falaise (pour parvenir à la hauteur du nombril du géant) qui le guide par un fanal. C'est le fameux ermite de la Légende Dorée de Jacques de Voragine, ici dans la traduction de Jean de Vignay 

  "Et quant il eut longuement quis et demande qui lui enseigneroit celui crist : il vint en la parfin en ung desert a ung hermite lequel lui prescha iesucrist et le introduyt en la foy de dieu diligemment et lui dist . Le roy a qui tu desires servir requiert le service de jeuner souvent. Et cristofle lui dist : requiers moy autre chose car ceste ne pourray ie faire. Et lhermite lui dit donc te conviendra il veiller et faire moult doraisons et cristofle lui dist ie ne scay que cest : ne je pourroye faire telle chose . Lors lermite lui dist : Scay tu tel fleuve Et cristofle lui dist Moult de gens y passent qui y perissent. Et lhermite lui dist. Tu es de noble stature et fort et vertueux se tu demouroies des coste ce fleuve et passoies tous les gens : ce seroit moult agreable chose a dieu. Et iay esperance que celuy a qui tu couvoyetes servir se apparaytroit a toy. Et cristofle luy dist, certes ce service puie ie bien faire : et si te prometz que ie le feray. Adonc sen alla cristofle a ce fleuve et fist la ung habitacle pour luy, et portoit une grande perche en lieu de baston et se appuyait en leaue dicelle et portoit oultre toutes gens sans cesser. Et la fut plusieurs iours. Et sicomme il se dormoit en sa maisonnette : il oyt la voix dun enfant qui lappelloit et disoit. cristofle, viens hors a me portes oultre. Et lors se esveilla et yssit hors, mais il ne trouva ame et quant il fut en sa maison il ouyt arriere une mesme voix, si courut hors et ne trouva nully, tiercement il fut appelle et vint la si trouva ung enfant de coste la rive du fleuve qui lui pria doulcement quil le portast oultre leaue. Et lors cristofle le leva lenfant sur ses espaules et print son baston et entra au fleuve pour le passer oultre. Er leaue senfla petit a petit et l'enfant pesoit tres grievement comme plomb, et de tant comme il alloit plus avant de tant croissoit plus leaue : et lenfant pesoit de plus en plus sur ses espaulles, si que cristofle avoyt moult grant angoisse, et se doubtoit formement de noyer. Et quant il fut eschappe a grant paine : et il fut passe oultre il mist lenfant sur la rive et lui dist, Enfant tu mas mis en grant peril, et pesoies tant que ie eusse eu tout le monde sur moy. : ie ne sentisse a peine greigneur fais. Et l'Enfant respondist : cristofle ne ten esmerveilles pas : car tu nas pas tant seullement eu tout le monde sur toy, mais celuy qui crea le monde tu as porte sur tes espaulles. Je suys crist ton roy a qui tu sers en ceste œuvre : et afin que tu saiches que ie dist vray quant tu seras passe : fiche ton baston en terre de coste ta maisonnette, et tu verras demain quil portera fleur et fruyt. Et tantost il sesvanouyt de ses yeulx. Lors cristofle alla et ficha son baston en terre, et quant il se leva au matin il le trouva ainsi comme ung palmier portant fueilles et fruyt."

 (Transcription par mes soins du livre édité en 1499 par Nicolas de la Barre pour Simon Vostre (Paris) Bnf Res. H-1120  feuillet 147r-148v. Des erreurs de transcription sont possibles. Cette version imprimée est proche de celle du manuscrit Bnf Fr. 242 folio 149r  (vers 1400) mais était plus facile à transcrire. 

On voit que le texte de la Légende Dorée fait bien intervenir un vieil ermite, mais pour conseiller à Christophe de s'installer comme passeur, et non pour le guider avec sa lanterne. Mais en iconographie, le détail de l'ermite et de son fanal apparaît , dans ma consultation des 75 exemples d'enluminures de Christophe portant l'Enfant de la base de données des bibliothèques françaises ENLUMINURE, au plus tôt dans les Heures à l'usage de Besançon antérieures à 1398 (BM Vesoul Ms 0027), puis dans cinq autres manuscrits des Heures à l'usage de Paris (Amiens BM ms 0201 f. 135, fin 15e ; Aix-en-Provence, BM ms 0016 p.276 , vers 1480-1490), des Heures à l'usage de Bayeux ( Aurillac, BM Ms 002 f. 015, vers 1430-1440), des  Heures à l'usage d'Amiens (Amiens BM ms 0200 f.146, vers 1460 ;), ou des Heures à l'usage de Sarum (BM Riom, ms 0076 f. 063, 15e-16e siècle). On le trouve aussi dans une gravure de Martin Schongauer (1450?-1491) : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6951498n, qui a pu constituer une source d'inspiration pour Mateo Pèrez d'Alesio.


 

 

L'ermite représenté sur le Saint Christophe de la cathédrale de Séville s'appuie sur une canne en T ou plutôt en Tau, dont on sait qu'il s'agit d'un attribut de saint Antoine le Grand, fondateur de l'érémitisme chrétien, 

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Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus, (détail : l'ermite)  Mateo Pérez d'Alesio, 1584, Cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus, (détail : l'ermite) Mateo Pérez d'Alesio, 1584, Cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

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LE CARTELLINO portant la signature du peintre.

 Rappel : Le cartellino (mot d'origine italienne) est la représentation peinte en trompe-l'œil dans le tableau, par l'artiste lui-même, d'un feuillet comportant un texte explicatif avec la date et sa signature. 

Bien que le premier exemple connu se rencontre au XVe siècle dans une Madone de Filippo Lippi, le thème du cartellino semble être né à Padoue autour de l'atelier de Francisco Squarcione (Mantegna : Sainte Euphémie, 1454), puis fut importé, par Mantegna, à Venise, où il connut une faveur extrême et où il devint l'un des traits iconographiques typiques de l'école vénitienne chez  B. Vivarini , G. Schiavone, Zoppo, Antonello de Messine ++, Giovanni Bellini ++, Carpaccio, Cima da Conegliano . Certains peintres allemands marqués par l'exemple italien utilisent le cartellino , comme Dürer  ou Holbein . (Encyclopédie Larousse )

http://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/cartellino/151483.

  Ici, le peintre a simulé en trompe-l'œil un perroquet  qui serait venu se poser sur le cadre  en (faux) marbre encadrant une porte située à droite (elle mène, sauf erreur, à un escalier en colimaçon de la sacristie). L'oiseau, au bec puissant,  est principalement rouge (tête, dos, ventre) avec une zone blanche autour de l'œil, des ailes blanches à reflets verts et une longue queue rouge et argent (certaines couleurs comme le bleu ont pu perdre leur éclat). Il s'agit peut-être d'un Ara rouge ou Ara macao des forêts brésiliennes et péruviennes, ou l'espèce similaire nommée Ara de Guadeloupe Ara guadeloupensis, que Christophe Colomb décrit, dans le récit de ses voyages :" (...) Ils apportèrent des perroquets de deux ou trois sortes et particulièrement de cette grande espèce qu'on trouve dans l'île de la Guadeloupe, et qui ont une longue queue (...)". Plus tard, le  Père Du Tertre (1654, 1658, 1667, 1671) le décriré comme " le plus beau et le plus grand de tous les perroquets des Isles " : "(...) Il a la teste, le col, le ventre et le dessus du dos, de couleurs de feu : ses aisles sont meslées de plumes jaunes, de couleur azur, et de rouge cramoisy : sa queüe est toute rouge et longues d'un pied et demy"(...). Ce perroquet témoigne peut-être de l' intérêt que le peintre portait alors pour l'Amérique s'il envisageait déjà son départ pour le Pérou.

Sur la feuille de papier qu'il tient dans sa patte, l'artiste a écrit  MATTHAEVS Perez de Aleciu ITALVS faciebat Anno. DNI. MDLXXXIIII, "Matthieu Perez d'Alesio Italien a fait ceci l'année du Seigneur 1584".  

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Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus, (détail)  Mateo Pérez de Alesio, 1584, Cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus, (détail) Mateo Pérez de Alesio, 1584, Cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

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LE CARTOUCHE INFÉRIEUR.

Dans la partie inférieure le peintre a fait croire à des plinthes accueillant des panneaux de marbre, autour d'un médaillon central empiétant sur son cadre. Ce cartouche circulaire porte , par une inscription alternant avec un peu de fantaisie les lettres capitales et les minuscules, un texte aujourd'hui un peu fatigué mais où on peut encore lire  

DEO SACRUM / Christ Fer est Fortisqve Gigas / cui Lucete Nti / INTENEb OPEROSA fides lar. / VASQVE MINACES / Et ATQVE RERVM IM-/ Mersabilis Vndis / VSQVE DEO : LALEMTE MAXIM DIVV / CREDIMVS A –E—SE--/ Ad LIMINA Templi Pon---s et ME ---A MVS Bosoles Eclesiae Patria / Annonc- / Anno Domini MDLXXXIV.

Soit :

Deo sacrum.

Christifer est, fortisque Gigas, cui lucet eunti In tenebris operosa fides , larvasque minaces Non timet, atque ullis rerum immersabilis undis Nititur usque Deo : talem te maxime Divum Credimus, exemplumque piis ad limina templi Ponimus, et merito aris adolemus honores Eclesiae Patria Annonc.. Anno Domini MDLXXXIV

 

Cette transcription ne rend pas le texte latin plus facile à traduire en français. Je crois comprendre que le saint y est décrit comme un géant robuste porteur du Christ (Christifer fortisque Gigas) qui traversant des ténèbres (du paganisme) a atteint  la lumière d'une foi efficace, qui ne craignait pas les ombres, ni les menaces (non timet minaces), ni d'être submergé par la vague énorme des choses, car il se dirigeait vers Dieu.  Puis vient la séquence Credimus...Ponimus...Adolemus honores,  "Nous croyons" (en toi, le plus grand des saints)..."nous te plaçons" au seuil du temple comme exemple de piété ..."nous te rendons les honneurs" mérités à ta cause.

 

Ce poème a été composé par le chanoine du chapitre de Séville Francesco Pacheco, oncle et pédagogue du peintre du même nom, qui le cite dans son Traité de peinture. Il  fut ensuite traduit en espagnol par Francisco de Rioja :

Cristoval, i fortisimo gigante,

es, a quien, caminando en las tinieblas,

La Fe, de maravillas obradora,

Amanece : no teme de las sombras

Las vanas amenazas, ni anegarse

En las ondas inmensas de las cosas :

Estriba siempre en Dios. Tal te creemos

O grande entre los Santos ; i del templo

Te ponemos, exemplo á los piadosos,

En los sácros umbrales, i á tus aras

 

Ofrecemos honores merecidos.

https://archive.org/stream/poesias00rioj#page/276/mode/2up

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Cette inscription a été étudiée et citée par les épigraphistes,  comme le chanoine de Séville Juan de Loaysa y Gonzalez de Leon (1633-1709) dans son manuscrit  Memorias sepulcrales de esta Santa Iglesia Patriarcal de  Sevilla  publié par José Antequera Luengo. Il cite l'inscription, puis ajoute que selon D. Pablo Espinoza dans son Historia de Sevilla la peinture avait coûté 4000 ducats. On lit ensuite ceci :

"En un libro escrito en el siglo XV, de Estatutos y Memorias de esta Santa Iglesia, y esta en los estantes de la secretaria del cabildo en la contaduria mayor, hay unos antiguos versos leoninos, los que parece estaban escritos al pie del San Cristobal que habia en la iglesia antigua, del que solo resta la cabeza que esta sobre la puerta que sale al Hospital des Rey, junto al quarto de los Peones actual y antes des Sastres. Pongolos aqui para que no se perdian : 
 [...]
Con el derribo de todas las oficinas de fabrica y puerta que sale a la plaza de la Lonja, se deshizo la pintura de la cabeza de San Cristobal, que ya con el temporal estaba ya desfigurada su hermosa pintura. "

 

Une ancienne peinture murale de San Cristobal et son inscription.

Ainsi, si je comprends bien, selon un livre écrit au XVe siècle sur les Statuts et Mémoires de la cathédrale, on trouvait,  au secrétariat du conseil des comptes, de vieux vers léonins qui auraient été semble-t-il écrits au pied d'une ancienne peinture murale de Saint Christophe dans l'ancienne cathédrale, peinture dont il ne restait plus que la tête encore visible à la Porte allant à l'Höpital Royal. Avec la démolition de tous les bureaux et annexes  et de la porte qui allait à la Place de la Lonja, la peinture de Saint Christophe, déjà détériorée, est tombée en morceau. Néanmoins, les vers ont été conservés : 

Xristofori collo, sedeo, qui crimina tollo, 

 Xpofori sancti speciem quicumque tuetur,

 Illo nempe die, nullo languore tenetur,

Set defendetur per eum qui cuncta tuetur : 

 Solis de sanctis formam tenet iste gigantis, 

 qui Corpus Xpi. Dignus portare fuisti, 

 qui deferis humeris Xpum xofore latis,

Corpora Xpofore fac nostra carere dolore.

Vigio Xpofori magna est inimica doloris (dede leerse dolorum).

 

Ces vers peuvent être rapprochés de ceux que qui sont inscrits sur une fresque de saint Christophe, peinte par Paolo da Visso en 1474 pour le monastère bénédictin de Santo Liberatore  du village de Castelsant'Angelo sul Nera, petit village entre Visso et Norcia (G. Bartocci 2011) : 

Xristofori collo sedeo qui tot crimina tollo / Xristofori picturam cernidit qui gnorat figuram

Si devote intueris nullo morbo murieris / Nam semper letus ibit nec mala morte peribit

Cum solus de santis / Tenet ipse formam iagantis.

"Je suis assis sur l'épaule de Christophe qui vous libère de tous les maux. L'image peinte de Christophe [...] Si vous le regardez, vous ne périrez d'aucun mal, mais vous serez toujours heureux, et vous ne pourrez mourir de mâle mort Parce qu'il est le seul parmi tous les saints qui a la stature d'un géant."

Plus encore, l'inscription de Séville est à rapprocher d'un corpus réunit par Robert Favreau , éminent épigraphiste français, dans son étude de l'inscription de la  tour Ferrande de Pernes-les-Fontaines (Vaucluse) :

Christofori collo sedeo qui crimina tollo 

Christofori sancti speciem quicumque tuetur

Illa namque die nullo languore tenetur

"je m'assieds au cou de Christophe, moi qui enlèves les crimes [du monde]. Quiconque voit l'image de saint Christophe, n'est tenu ce même jour par aucune maladie."

Robert Favreau écrit :

"Ces deux derniers vers de l'inscription de Pernes accompagnent très souvent la gigantesque représentation de Christophe à partit du XIIIe siècle. Ils figurent au début de ce siècle sur une peinture murale à Rossura (canton du Tessin, Italie), et on le trouve sur une mosaïque du saint sous le porche de Saint-Marin à Venise, et près d'une miniature dans un manuscrit de la Laurentiana de la fin du XIIIe siècle. On le rencontre au XVe siècle , avec quelques variantes, à de nombreuses reprises, gravure sur bois la plus ancienne connue, à la Bibliothèque nationale à Paris au début du siècle, autres gravures sur bois à Bâle, et à Cologne, gravure sur cuivre, statuette en argent du trésor de la Sainte-Chapelle à Paris, statue du cœur de la collégiale Saint-Pierre-le-Vieux à Strasbourg en 1531, etc. […] Un bréviaire manuscrit de Tolède, du XIVe siècle, renferme un hymne à saint Christophe dont les premier, troisième et quatrième vers correspondent à un mot près — nempe au lieu de namque— à l'inscription de la tour Ferrande. De la même époque, les Heures de Sarum contiennent un hymne à saint Christophe où figurent, en cinquième et sixième vers, les deux derniers hexamètres de l'inscription de Pernes, que l'on retrouve dans un manuscrit de Londres au XVe siècle. » 

Dans les exemples cités, plusieurs reprennent au troisième vers la forme illo nemque de l'inscription sevillane.

On remarquera dans cette inscription le verbe latin tueor dans sa forme tuetur . Ce verbe prend en-effet les sens suivants :

  1. Avoir sous les yeux, regarder (avec attention, longuement, fixement), considérer, observer.

    • tueri (= intueri) terribiles oculos, regarder les yeux effrayants.

    • tueri transversa, Virgile : regarder de travers.

    • torva tueri, Virgile : regarder farouchement, lancer des regards farouches.

  2. Avoir à l’œil, veiller sur, garder, défendre, protéger, prendre soin de, entretenir, maintenir.

    • tueri ad (adversus) + acc. (tueri ab + abl.) : protéger contre.

3. Pratiquer avec soin, administrer, commander (une aile, le centre d'une armée).

4. (Sens passif) Être protégé, être défendu, être maintenu.

Comme on le constate, les 3 premiers exemples de l'acceptation  1 ( tueri  terribiles oculos, tueri transversa, torva tueri,), évoquent le mauvais œil, les dangers d'un regard hostile, alors que les acceptations 2, 3 et 4 témoignent d'un effet protecteur du regard. C'est cet effet protecteur magique qui définit "l'œil apotropaïque" ( Du grec ancien ἀποτρόπαιος (« protecteur, tutélaire »), de ἀποτροπή (« action de détourner, d’empêcher ») qui détourne le mauvais sort ou, sur le plan religieux, qui protège du risque de mourir en état de péché, sans les secours des sacrements, ou d'être frappé par une maladie épidémique (peste). Nous pouvons donc être certain que la peinture qui a précédé la fresque actuelle de saint Christophe possédait cette fonction apotropaïque, et donc que, comme dans d'autres cathédrales espagnoles et comme dans d'autres sanctuaires du XIV-XVe siècle en France, Italie et Allemagne, le saint se présentait frontalement et que ses yeux fixaient le fidèle.

Les vers  5 à 9 de l'inscription sont plus difficiles à corréler ; le vers 6  Solis de sanctis formam tenet iste gigantis est cité par Guido de Pise dans son Commentaire de l'Enfer de Dante : il mentionne qu'il l'a vu au pied d'une peinture de saint Christophe à Rome.

La poursuite de ma recherche me permet de découvrir dans Analecta hymnica medi aevi  de Clemens Blume 1899 page 68 la source exacte de l'inscription de Séville, sous forme de l'hymne Sancto Christoforo d'un  Bréviaire manuscrit de Tolède du XIVe siècle (Brev. ms Toletanum saec. 14 Cod. Mariten Ff 147 et  Orat. ms. Ferdinandi Mariten. 14 saec.15.)

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Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus, (cartouche)  Mateo Pérez de Alesio, 1584, Cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus, (cartouche) Mateo Pérez de Alesio, 1584, Cathédrale de Séville. Photo lavieb-aile.

CONCLUSION.
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Par rapport au San Cristobal du Musée des Beaux-Arts de Séville, une huile sur bois appartenant au retable de San Benito de Calatrava daté de 1480, cette peinture murale de 1584 possède  des caractères de modernité témoignant de la Contre-Réforme et de la suppression des éléments archaïques comme la meule de moulin passée au bras gauche et les pèlerins voyageant accrochés à la ceinture du saint. Par rapport à des peintures du XIVe siècle, les deux œuvres bénéficient  de l'apport de la Renaissance, et dans les deux cas le corps du saint est en mouvement, soit en contrapposto pour la peinture des Beaux-Arts, soit en rotation du bassin, du visage et des yeux pour celle de la cathédrale. mais cette dernière trahit la formation maniériste de son auteur, par la couleur rose de la tunique et par le bleu acide des revers et de la passementerie,  par le perroquet exotique en trompe-l'œil ou par la présence du cartellino. Pourtant, l'emplacement de la peinture murale au seuil de l'édifice, choisi pour que le saint soit  facilement regardé, l'accent mis sur le gigantisme de Christophe amenuisant par contraste la taille du religieux tenant sa lanterne et le caractère monumental (huit mètres) de la fresque témoignent de la persistance silencieuse du thème primitif et païen des pouvoirs apotropaïques de cet Hercule ou de ce Polyphème du christianisme, dont la seule vision matinale mettait le fidèle, le pèlerin ou le voyageur à l'abri du danger de mâle mort durant la journée. Certes, l'ancienne peinture du XIVe siècle et ses vers léonins qui garantissaient cette protection a disparu, mais, dans les esprits, saint Christophe garde toute sa puissance. Pour les doctes chanoines, il est l'exemple d'un être que la foi dans le Christ a sauvé, lors de la dangereuse traversée vers la solidité de la Foi, grâce aux lumières de l'Église. Mais l'image l'emporte sur les textes et sur les sermons, et Christophe continue à être le grand frère du Christ, son double musclé et joyeux qui refuse la voie de l'ascèse pénitentielle et de la prière pour choisir celle de l'entraide fraternelle et concrète : tournant le dos au monachisme et à la prêtrise, il est bien placé pour fournir l'image d'un jeune Père à l'enfant, seul contre-point masculin face à la Mère à l'enfant après la disqualification de Joseph.

Une autre interprétation pourrait être développée : à Séville, devenue après la découverte des Indes par Christophe Colomb la Babylone moderne où l'or et l'argent du Nouveau Monde convergent, Christophe peut aussi symboliser l'Homme nouveau dégagé des peurs et asservissements du Moyen-Âge pour seconder Dieu dans son œuvre créatrice : portant le Christ qui porte lui-même le Monde, Christophe participerait alors activement à la fonction de Sauveur du Monde. Interprétation hérétique, qui ne saurait être écrite, mais dont l'image peut être un support tacite. Le Nouvel Homme est en marche, "comme maître et possesseur de la nature" (Descartes) et "créateur de lui-même" (Pic de la Mirandole) : il s'apprête ici à poser le pied sur la rive des Temps Modernes.

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SOURCES ET LIENS.

http://www.funjdiaz.net/folklore/07ficha.php?ID=3662

Comparaison avec la légende de Julien l'hospitalier par Marcel Schwob:

http://flaubert.univ-rouen.fr/etudes/saint_julien.php

ANTEQUERA LUENGO (Juan José), Memorias sepulcrales de la Catedral de Sevilla. Los manuscritos de Loaysa y González de León page 132

https://books.google.es/books/about/Memorias_sepulcrales_de_la_Catedral_de_S.html?id=UvBnS6GYuFYC&hl=fr

— BARTOCCI (Goffredo) 2011, "Medieval enchantment techniques: St Christopher and the Siren" World Cultural Psychiatry Research Review 2011, 6 (1): 84-92 . © 2011 WACP ISSN: 1932-6270 

http://www.wcprr.org/wp-content/uploads/2012/03/images-in-CP-vol-6-n.-1-1.pdf

BLUME (Clemens) 1899, Analecta Hymnica medii aevi, tome XXXIII  Leipzig n°75 page 67-68, 

https://archive.org/stream/analectahymnicam33drev#page/68/mode/2up/search/fuisti

FAVREAU ( Robert ) 1995 Etudes d'épigraphie médiévale: recueil d'articles de Robert Favreau, Volume 2

https://books.google.fr/books?id=HxZr7pcpURQC&pg=PA77&dq=christofori+collo+sedeo&hl=fr&sa=X&ei=uQ2FVda0OsrnUrvvg-AE&ved=0CCIQ6AEwAA#v=onepage&q=christofori%20collo%20sedeo&f=false

— FAVREAU Robert,   1976 "L'inscription de Saint Christophe à Pernes-les-Fontaines. Un apport à l'histoire du sentiment religieux" Bulletin Archéologique du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques Paris 1976, no12-13, pp. 33-39

Résumé : Historique du culte de saintChristophe du Haut Moyen Age au XIIIs. Ce n'est qu'au milieu du XIIs. qu'apparaît l'image d'un saint géant, portant l'Enfant Jésus. Quelques vers latins accompagnant les statues ou les images du saint (France, Italie, Suisse, Allemagne). L'inscription latine accompagnant la gigantesque figure de saintChristophe à la tour Ferrande de Pernes-les-Fontaines (peinture murale, fin XIIIs.). Origine de la "spécialité" de ce saint (guérison, protection contre les maladies): son culte se propage en même temps que l'élévation de l'hostie lors de la messe| voir l'hostie, c'est être en sécurité pour la journée| de même, voir saint Christophe. Culte favorisé par les grandes épidémies de peste. L'inscription elle-même se retrouve textuellement dans la liturgie (bréviaire de Tolède).

http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=12771961

— HERNANDO GARRIDO, José Luis, 2012, Sobre el San Cristobalón de Santa María del Azogue en Benavente (Zamora):¿pero hubo alguna vez sirenas en los ríos Órbigo y Esla a inicios del siglo XVI? Revista de Folklore número 366

http://www.funjdiaz.net/folklore/07ficha.php?ID=3662

 PONZ (Antonio) 1780, Viage de España: En que se da noticia de las cosas mas apreciables, y dignas de saberse,

 

 

 

 

 

Memorias sepulcrales de la Catedral de Sevilla. Los manuscritos de Loaysa y ...

 Par Juan José Antequera Luengo

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.
7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 19:48

San Cristobal iconografia en Sevilla. I. Museo Bellas Artes de Sevilla.

PETITE ICONOGRAPHIE DE SAINT CHRISTOPHE A SÉVILLE.

Voir :

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I. Le retable de quatre tableaux du couvent de Saint-Benoît de Calatrava (San Benito de Calatrava) (vers 1480). Musée des Beaux-Arts, Salle I. Artiste anonyme de l'école de Séville, cercle de Juan Sanchez de Castro, XVe siècle.

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1°) L'Ordre Militaire de Calatrava. (Wikipédia)

"Au milieu du XIIe siècle, la plaine du Campo de Calatrava est le théâtre de luttes incessantes entre chrétiens et musulmans. Suite à la Bataille de Las Navas de Tolosa où ils prirent part les moines guerriers firent construire Calatrava la Nueva entre 1213 et 1217 par des prisonniers de guerre . En 1147, le roi de Castille, Alphonse VII l'empereur conquiert la forteresse musulmane de Qal’at Rabah (en espagnol : Calatrava), bâtie au bord du fleuve Guadiana, et la confie aux Templiers. Dix ans plus tard, incapables de la défendre face à l'offensive des Almohades, les Templiers renoncent et la remettent à son successeur Sanche III.

Face à une situation critique, en particulier pour la ville de Tolède, ce dernier réunit ses conseillers et ses proches et offre la forteresse à celui qui se sentirait capable de la défendre. À la surprise et sous les moqueries des présents, Raymond, abbé du monastère cistercien de Santa María la Real de Fitero, en Navarre, petite-fille de l'abbaye de Morimond, relève le défi. Conseillé par Diego Velázquez, un ancien guerrier devenu moine, il y installe quelques chevaliers le 1er janvier 1158. À eux deux, et avec l'aide de l'abbaye de Fitero, ils arrivent à constituer une armée de 20 000 moines-soldats. Les Musulmans refusent la bataille et se retirent plus au sud.

La communauté mise en place pour la défense de la forteresse est érigée en ordre militaire par une bulle du pape Alexandre III en date du 14 septembre 1164.

Lors de l'offensive almohade de 1195, le roi Alphonse VIII de Castille est battu par Abu Yusuf Yaqub al-Mansur à la bataille d'Alarcos et l'ordre doit abandonner sa forteresse et se retirer à Ciruelos, dans la province de Tolède. Par un audacieux coup de main, quelques chevaliers de l'ordre réussissent à prendre le château de Salvatierra, aux confins de la Sierra Morena, et à le conserver jusqu'en 1211 bien qu'isolé de tout secours extérieur. C'est ainsi que durant ces années, l'ordre prend temporairement le nom d'ordre de Salvatierra.

Comme d'autres ordres militaires, Calatrava participe à la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212 et, l'ordre, redevenu maître de la région, décide d'installer son siège dans une nouvelle forteresse bâtie non loin de Salvatierra, et qui prendra le nom de Calatrava la Nouvelle. La forteresse d'origine de l'ordre, désormais désignée comme Calatrava la Vieille, devient une commanderie.

Ayant reçu de larges donations de terres qu’ils organisent en commanderies (en espagnol encomiendas) selon le modèle templier, l'ordre bénéficie vite d'un grand pouvoir politico-militaire. L'ordre règne sur de nombreux châteaux le long de la frontière de Castille et sur des milliers de vassaux ; il est capable d'aligner 2 000 chevaliers sur un champ de bataille, ce qui constitue à l'époque une troupe considérable. Cette force et son autonomie - l'ordre ne reconnaît que l'autorité du pape, ainsi que celle, plus spirituelle, de l'abbé de Morimond - provoqueront quelques heurts avec la monarchie espagnole…

La règle reçue du pape et de Cîteaux par Dom García, le premier Grand Maître de l'ordre, est très stricte. En plus des vœux religieux habituels - obéissance, chasteté et pauvreté -, les chevaliers doivent garder le silence dans le dortoir, le réfectoire et l'oratoire, jeûner quatre jours par semaine, dormir en armure et n'être vêtu que de la robe blanche cistercienne agrémentée de la croix fleur-de-lysée noire (qui deviendra rouge au xvie siècle).

En 1487, le roi Ferdinand le Catholique obtient d'être nommé Grand Maître de l'ordre par une bulle papale, nomination qui sera confirmée pour tous ses successeurs. L'ordre participe en 1492 à la prise de Grenade, dernière étape de la Reconquista. À partir de cette date, l'ordre perd petit à petit son esprit militaire et son âme religieuse, pour ne s'occuper plus que de gérer ses revenus et conserver ses reliques.

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2°) Le Monastère San Benito de Séville.

Au XVIe siècle, les Commanderies de Calatrava sont complétées par des Couvents et Prieurés : San Benito de Jaén , San Benito de Séville, San Benito de Valence, San Benito de Tolède, San Benito de Grenade, San Benito de Zuqueca, San Benito de Zorita.

San Benito de Calatrava de Séville est un prieuré fondé en 1397 ; Séville possède aussi une commanderie. Le Maître de l'Ordre était alors (d'abord en 1395, puis de 1407 à 1443,) Luis Gonzalez de Guzman (d. Almagro , 1443 ), gentilhomme castillan, vassal du roi Juan II de Castille.

Le monastère a été fermé, et seule persiste aujourd'hui l'église San Benito de Calatrava, devenue une dépendance du Collège Nuestra Señora de los Reyes, rue Calatrava à Séville,

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3°) Le Grand Retable du Couvent de San Benito de Calatrava.

Anónimo Escuela Sevillana (Círculo de Juan Sánchez de Castro). Pintura sobre Tabla
168,5 x 117 cm. Procedencia : Convento de San Benito de Calatrava. Sevilla. Museo Bellas Artes de Sevilla, Sala I.

Le Chapitre des Chevaliers des Ordres Militaires du Prieuré était orné d'un grand Retable. Au milieu du XVIIe siècle, il a été remplacé par une œuvre de Juan de Valdés Leal ; l'ancien retable a été offert au Musée des Beaux-Arts de Séville en 1908 par décision du roi, Grand-Maître des Ordres Militaires.

Il s'agit d'un ensemble de quatre tableaux, daté de ca. 1480, intitulé par J. Gestoso Perez "Divers Saints du XVe siècle appartenant au Chapitre de Chevaliers des Ordres Militaires" (ou Tablas del Retablo mayor del Convento de San Benito de Calatrava de Sevilla) par le Musée) et peint sur bois par un peintre anonyme de l'école de Séville, proche de Juan Sánchez de Castro. Cet ensemble a été restauré entre 2003 et 2008, et il est exposé dans la première salle du Musée consacrée à l'art médiéval espagnol.

L'auteur de ce retable de qualité exceptionnelle pourrait être désigné sous le nom de "Maître du Retable de San Benito de Calatrava". On le rapproche de Juan Sanchez de Castro, "le patriarche de la peinture sévillane ", qui était un peintre de style gothique tardif ou hispano-flamand, actif à l' Alcazar de Séville en 1478 : son travail est empreint de tendresse, la grâce et la douceur, avec une influence du style méditerranéen. Voir la Vierge allaitante , au Musée national d'art de Catalogne et de la Vierge de Grâce à la cathédrale de Séville

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Les quatre tableaux représentent huit saints appariés, en pied, sur un fond bleu ciel à motif de grenades de Damas doré. Chaque personnage est isolé dans une niche dessinée par deux arcs en accolade de bois sculpté, dorés, polylobés, s'appuyant au centre sur une colonne cannelée, et dont l'apex se termine en un fleuron trilobé à feuilles d'acanthes. Le fond doré de chaque niche est travaillé par un quadrillage à la roulette, les carreaux recevant des motifs en quinconce de cercles tracés par des poinçons de différents diamètres. Le tiers inférieur du tableau figure le sol, est représenté par un carrelage sans effet de perspective ; ce carrelage est une alternance très simple de carreaux tricolores dans deux cas, et un assemblage de motifs géométriques complexes dans quatre cas. Cette disposition en niches gothiques, fond doré et bande inférieure carrelée rappelle celle des enluminures des livres. Le tableau d'origine a été renforcé lors de la restauration par un support en acajou.

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Les huit saints sont les suivants :

  • Saint Jérôme et saint Antoine de Padoue. (San Geronimo y san Antonio de Padua)

  • Saint André et saint Jean-Baptiste. (San Andres y san Juan Bautista)

  • Saint Antoine et saint Christophe. (San Antonio abad y san Cristobal)

  • Saint Catherine et saint Sébastien. (San Catalina y san Sebastian)

La cohérence du choix de ces saints est difficile à percevoir puisque nous y trouvons un ermite pénitenciel et Père de l'Église du IVe siècle (saint Jérôme), un franciscain portugais du XIIIe siècle luttant contre les hérésie (saint Antoine de Padoue), un apôtre et martyr (saint André), l'ascète Précurseur et Annonciateur du Christ (Jean-Baptiste), un anachorète du III-IVe siècles invoqué dans la cure du Mal des Ardents (saint Antoine), un saint christophore patron de voyageurs (Christophe), un Vierge et Martyre du III-IVe siècle, érudite en théologie, figure du mariage mystique et invoquée par les femmes enceintes (Catherine d'Alexandrie), et enfin un archer martyr du IIIe siècle, patron des soldats et protecteur de la peste (Saint Sébastien). Deux d'entre eux appartiennent aux 14 saints intercesseurs (ou auxiliateurs), Christophe et Catherine, protecteurs de la mort soudaine –sans confession ni sacrement– et trois autres sont thaumaturges (les deux Antoine, et Sébastien). On note, dans le couvent de saint Benoît, l'absence de ce saint, et, dans le prieuré d'un ordre de moines-guerriers, l'absence des saints de la chevalerie Michel et Georges.

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4°) Le troisième tableau : Saint Antoine et saint Christophe.

 

M useo de Bellas Artes de Sevilla, Inv. DO0017P. Antonio Abad y San Cristóbal. 1480[ca] (Siglo XV). Convento de San Benito de Calatrava, Sevilla (Andalucía, España) : Retablo Mayor Tablas del Retablo mayor del Convento de San Benito de Calatrava de Sevilla.

 

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Description.

 Peinture sur bois, sur un support de cinq planches de chêne verticales encadrées de bois de pin, mesurant 168,3 X 116,2 cm. Restauration entre 2003 et 2008. 

Un cartel fixé au dos du tableau porte l'inscription : "Con la autorización de su majestad el rey d. Alfonso XIII, gran maestre de las Órdenes Militares, acordaron los caballeros de las mismas residentes en Sevilla, que estas cuatro tablas de su pertenencia fueran depositadas en este museo conservando siempre su propiedad, lo que verifico el 17 de febrero de 1908".
 

Les saints sont figurés debout, de trois quarts, tournés légèrement vers la gauche.
Dans la niche de gauche est représenté Saint Antoine Abbé, avec ses attributs : la canne en forme de Tau, la cloche, et le cochon (noir comme l'étaient les cochons de l'époque). Ces deux derniers attributs se référent aux Antonins, qui soignaient les malades frappés d'ergotisme causé par l'ingestion de seigle contaminé par un champignon. Leurs soins empiriques consistaient à assurer aux victimes du mal des Ardents ou Feu de Saint-Antoine une nourriture diversifiée et carnée : ils avaient seuls le droit de permettre à leurs porcs de se nourrir des déchets urbains.  Saint Antoine apparaît comme un homme âgé le crâne tonsuré, et la  barbe touffue. Il est vêtu d'un grand manteau de bure brune frappé du Tau noir et d'une tunique blanche ; il  porte dans ses mains un livre ouvert. Sur le nimbe doré se lit, en relief, "SANTO:ANTON:ERMITANO" "Saint Antoine, ermite". Le carrelage, assemblant des éléments géométriques complexes de cinq couleurs, peut évoquer les motifs hispano-mauresques des azulejos.

L'association de saint Antoine abbé à saint Christophe n'est pas fortuite, puisque Dominique Rigaux (1996) en a signalé page 244 la fréquence dans les sanctuaires alpins : la vertu des saints se renforcent mutuellement.


 


 

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http://es.wikipedia.org/wiki/Juan_S%C3%A1nchez_de_Castro#/media/File:San_Antonio_Abad_y_San_Cristobal.jpg

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5°) Le Saint Christophe du Maître du Retable de San Benito de Calatrava.

Je parviens maintenant à l'objet de cet article. J'éprouve une admiration toute particulière pour ce saint Christophe, le plus beau de ceux qu'il m'a été donné d'observer. 

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Nous reconnaissons vite saint Christophe, ce patron des voyageurs que nous identifions par l'Enfant-Jésus qu'il porte pour l'aider à traverser un gué : l'enfant juché sur l'épaule, le bâton, le cours d'eau traversé sont trois indices nécessaires et suffisants pour poser notre diagnostic avec assurance. Souvent, nous ne connaissons de ce saint que les rudiments de sa légende, mais notre plaisir de retrouver un personnage familier et sympathique se passe bien de la nécessité d'en apprendre d'avantage. Pourtant, ici, nous sommes intrigués par des éléments inhabituels. D'une part, nous sommes devant un jeune homme fringant vêtu comme un seigneur , d'autre-part il tient en main un véritable arbre et non une canne, mais encore il a passé une roue de pierre à son bras gauche, et deux sortes de marionnettes s'agitent à sa ceinture. Qu'est-ce que cela veut dire ? Y a-t-il d'autres exemples de ces particularités?  Ces questions vont être l'aiguillon de ma curiosité et la mise en bouche de ma visite.

Auparavant, voici ma propre photo, prise au Musée en juin 2015.

 

Saint Christophe , Retable de San Benito de Calatrava (1480) Musée des Beaux-Arts de Séville, photo lavieb-aile.

Saint Christophe , Retable de San Benito de Calatrava (1480) Musée des Beaux-Arts de Séville, photo lavieb-aile.

La partie supérieure.
 

Saint Christophe est représenté ici comme un beau gaillard, luxueusement vêtu,  traversant la rivière, en portant l'enfant Jésus sur son épaule gauche. Comme il est de la même taille que son voisin saint Antoine, on ne remarque pas immédiatement qu'il s'agit d'un géant. Le Petit-Jésus est assis, tendrement et étroitement serré contre la tête du saint. Il porte le nimbe , dont l'observation rapprochée révèle la finesse d'exécution avec 10 lignes concentriques dont deux en relief et les autres poinçonnées aux empreintes rehaussées de peinture bleue ; le rouge des trois triangles dessinant le motif crucifère a l'inhomogénéité des facettes de grenats. 

Le bandeau qui ceint la chevelure de Christophe (issu du bandeau des martyrs d'une strate antérieure de la légende)  en laissant échapper trois mèches en coquilles est noué hâtivement sur la tempe droite, mais le brin libre flotte avec légèreté sur le coté ; sa couleur, alors d'un gris clair, prend progressivement une teinte bleutée avec l'ombre qui affecte aussi la joue gauche, ce qui permet une transition très douce et  une continuité presque complice avec le manteau de l'Enfant. Le revers de ce dernier est en effet d'un gris-bleu plombé et soyeux, traversé par des plis d'un bleu profond, alors que l'endroit du tissu est d'or, avec des brocarts en grenade bleu nuit. Deux pans s'envolent avec fantaisie comme des oiseaux, comme si deux danseurs amorçaient des mouvements en symétrie avec leur collègue du bandeau de gauche. Après avoir suivi leurs signes aériens, le regard revient sur le fermail qui unit, devant le manubrium, les deux coins du manteau.

L'orbe, ou globus cruciger,  confère à l'Enfant le titre de Salvator Mundi, de Sauveur du monde. Là encore, une contemplation attentive de l'image est récompensée par la découverte de tous les détails témoignant du travail d'orfèvre du peintre. Les bras de la croix sont fleuronnés, et chaque fleurons reçoit quatre pierres précieuses, mêlant des teintes ponceau et corail avec des roussissures métalliques.

Ce globe est, par cette science des rappels internes, d'un bleu semblable aux précédents, mais il s'éclaire d'une opalescence d'iris. Il est divisé, comme c'est la règle, en trois compartiments qui sont les trois continents indiqués ASIA, EUROPA, et AFRICA. La calligraphie est à la hauteur de la peinture, et les minuscules gothiques sont ornées par le jambage fourchu du f, par les deux-points en Z prolongés d'hameçons, ect.

La main droite de Jésus trace une bénédiction. 

Il faut observer aussi le mouvement charmant des pieds de l'enfant ; ou la bouche entrouverte du saint, les petites touches ivoire des incisives, l'arc de cupidon de la lèvre garance ; les poils adolescents d'une courte barbe taillée en W sous le menton. Mais cette promenade vagabonde de l'attention sera vite interrompue, captée par les regards des deux amis. Christophe tourne les yeux vers la gauche, comme s'il venait de remarquer un je-ne-sais-quoi, mais sans se départir d'une douce et tranquille maîtrise, alors que Jésus, regardant sans regarder vers sa droite, médite. On les sent tous les deux plongés dans le chaud envoûtement d'un moment d'entre-deux, de la traversée d'entre les deux rives, d'un charme à ne pas briser encore, car on le sait éphémère. C'est le regard flottant d' écoute des mouvements intérieurs de l'âme.

Pour ne pas briser ce cercle magique, on pénétrera dans les ondes concentriques du nimbe du saint : le site du Musée prétend y lire "San Cristobal", mais les lettres majuscules et romaines indiquent plutôt ST XCRISTOVbALc, avec la mini-énigme des lettres conjointes Vb, et celle des deux dernières lettres masquées par le nimbe crucifère (Xcristobalo ? cf. Cristobalón ). Le nom espagnol ne dérive pas du grec Christo-ballos et du verbe grec  βαλλειν, ballein "lancer" , mais d'une altération du grec christo-phoros, "porteur du Christ", du verbe  φέρω, ferô (« porter »), d'où φορός, phorós (« porteur »). Je remarque que selon le dictionnaire d'Anatole Bailly, phoros signifie "qui porte en avant, qui pousse, propice, favorable" (ex. : un vent) et au sens figuré "qui porte vers, qui dispose à" ; de même, le latin fero dans son senns de "porter (des fruits) a donné fertilis, "fertile". Il y a donc une notion de croissance (végétale ou vitale) et une valeur dynamique et bienfaisante de cette action de "porter" qui n'a rien de passive.

Le verbe pherein et le latin fero proviennent d'un radical Indo-européen *bʰer- qui a donné de nombreux dérivés en -b, comme le vieil irlandais : berid, le breton : aber, le gaélique  beir, abair, l' anglais : bear, l'allemand : gebären, néerlandais : baren, le suédois : bära, le danois et le norvégien: bære. Le -b du Cristobal espagnol se rapporte peut-être aussi à ce lointain ancêtre.

 

A cette notion de croissance productive, je veux rattacher l'arbre que porte le saint.

L'arbre-canne de saint Christophe.

Cristobal tient en main droite une hampe très longue qui se termine par plusieurs branches à feuillage vert semblable à un vrai chêne. A sa partie inférieure, élargie, qui trempe dans l'eau, on distingue des radicelles, qui sont plutôt deux petits arbustes sans feuille. Cet ensemble n'est donc ni réellement un arbre proportionné, ni une lance ou une canne, pas plus qu'un bourdon (le bâton de pélerin), c'est une chimère végétale. En théorie, c'est-à-dire selon la légende alors en vigueur (l'hagiographie de saint Christophe est passé par plusieurs versions), celle de la Légende Dorée de Jacques de Voragine du XIIIe siècle,  cet arbre se réfère à l'épisode central suivant : 

Un ermite conseille à Christophe, en quête de trouver le Christ, d'utiliser sa force pour servir de passeur. Le géant s'installe donc au bord du fleuve qu'il fait traverser, appuyé sur un bâton. Après bien des jours un petit enfant lui demande à son tour de l'aider à passer la rivière, mais son poids se fait à chaque pas plus pesant si bien que Christophe arrive à grand peine sur l'autre rive. L'enfant lui révèle alors qu'il est le Christ. A l'appui de ses dires, il lui conseille de planter son bâton devant sa maison et, le lendemain, Christophe « trouva que sa perche avait poussé des feuilles et des dattes comme un palmier » . Bousculant le temps de la narration, selon un procédé habituel, l'image médiévale montre le saint dans l'eau appuyé sur le bâton déjà fleuri, signe de l'accomplissement de la promesse divine.

Beaucoup de peintures montrent effectivement dans la main du saint un palmier, ou, du moins, une tige à feuillage à cinq ou six digitations aux allures de palmes ou de digitations. Mais l'image, ici comme ailleurs, n'illustre pas le texte de la légende, mais s'en libère pour montrer ce qui lui est sous-jacent : un personnage moins religieux que surnaturel, issu du monde fée et de croyances pré-chrétiennes. Si le texte était respecté, Christophe tiendrait encore, dans sa traversée du gué, un simple bâton, et ce serait sur une autre image qu'on le verrait, sur l'autre rive, avec son bâton transformé portant des feuilles et des fruits. 

 « Dans sa grande étude sur les origines du culte et de la légende de saint Christophe, Hans Friedrich Rosenfeld [...] constate que l'image est antérieure au texte. Car le succès du culte de Christophe, en Occident du moins, est un succès en image et par l'image. » (D. Rigaux)

Tel qu'il est représenté ici, il figure comme une divinité de la Nature dans sa croissance productive, un géant vert favorable (pherein) au développement végétal. Cela évoque une célèbration du réveil des forces vitales au début du printemps, ce qui m'incite à lire avec intérêt les lignes où D. Rigaux mentionne que  "comme l'a bien montré Jean Haudry, la traversée de l'eau correspond à un scheme littéraire indo-européen connu ... Les versions allemandes de la légende occidentale ajoutent un détail que confirme souvent l'iconographie des XIVe et XVe siècles : la traversée a lieu de nuit et même, dit le texte du milieu du XIVe siècle, une nuit d'hiver, «in einer winternacht». La « traversée de l'eau de la ténèbre hivernale » débouche naturellement sur le retour des beaux jours que figure le miracle du bâton. " Pour Rigaux, la traversée est une « épreuve qualifiante » avant l'épreuve finale du martyre, mais elle est aussi une traversée temporelle dans le cycle annuel affrontant la nuit et l'hiver et assurant la victoire de la lumière et du renouveau. Cette confrontation angoissante de l'humanité à l'arrêt de la production végétale et au déclin du soleil, puis cette reprise annuelle des productions végétales et donc des sources alimentaires, possède, bien-sûr, son équivalent dans le cours de l'existence humaine, avec l'angoisse de la mort et l'espérance en la résurrection.

Le géant porteur de Christ est un héros de l'anti-ascèse : dans la légende, face à l'ermite qui lui propose de se mettre au service du Christ par le jeûne, il déclare que cela lui est absolument impossible. Il porte en lui les valeurs opposées à la privation de nourriture, il est, par essence, floride et fécond. C'est ainsi qu'il rétorque : 

Jeuner est une vie aux chiens

Pour leur faire prendre la rage. […]

mais quant j'ay fain, il fault menger

Et boyre bien a plaine pance

Voyla toute la penitence

De ma vie quotidienne (Mystère de Sainct Christofle, vv 7255-70).

 

Pour D. Rigaux "l'aventure de Christophe montre qu'il existe, parallèlement à l'ascétisme et à la contemplation, une troisième voie vers la sainteté, celle de l'héroïsme" ; mais il me paraît plus vraisemblable que la figure de ce saint permette une expression "religieusement correcte" des forces joviales de la consommation et du dynamisme vital réprimées par les prédications pénitentielles et les pratiques liturgiques de jeûne. Si héroïsme il y a, ce serait dans le sens où la tige fructueuse et féconde arborée par Christophe en font un héros de l'exubérance vitale.

Remarquons aussi comment se déroule la traversée du fleuve : 

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"Christophe leva donc l’enfant sur ses épaules, prit son bâton et entra dans le fleuve pour le traverser. Et voici que l’eau du fleuve se gonflait peu à peu, l’enfant lui pesait comme une masse de plomb ; il avançait, et l’eau gonflait toujours, l’enfant écrasait de plus en plus les épaules de Christophe d'un poids intolérable, de sorte que celui-ci se trouvait dans de grandes angoisses et, craignait de périr. Il échappa à grand peine. Quand il eut franchi la rivière, il déposa l’enfant sur la rive et lui dit : Enfant, tu  m’as exposé à un grand danger, et tu  m’as tant pesé que si j'avais eu le monde entier sur moi, je ne sais si j'aurais eu plus lourd à porter. » L'enfant lui répondit : « Ne t'en étonne pas, Christophe, tu n'as pas eu seulement tout le monde sur toi, mais tu as porté sur les épaules celui qui a créé le monde : car je suis le Christ ton roi, , auquel tu as en cela rendu service; et pour te prouver que je dis la vérité, quand tu seras repassé, enfonce ton bâton en terre vis-à-vis ta petite maison, et le matin tu verras qu'il a fleuri et porté des fruits, " 

Voir Bnf Fr. 242 folio 149v pour le texte original (transcrit par mes soins):

"Lors Christofle leva l'enfant sur ses espaules et prist son baston, et entra ou fleuve pour passer et l'eau du fleuve s'enfloit petit a petit,et l'enfant pesoit tres guesment comme plon, et de tant comme il aloit plus avant de tant croissoit l'eaue, et l'enfant pesoit plus sur ses espaules si que Christophe avoit mult grant angoisse, & se doutoit forment se noyer ; et quant il fu esschapez a grant peine et il fu passez oultre et mis l'enfant à la rive, il lui dist : enfant, tu mas mis en grant peril et pesoies tant que se jeusse tout le monde sur moy je sentisse a peines gueiguem faius. Et l'enfant respondi Christofle Ne te etonne, car tu nas pas tant seulement eu tout le monde sur toy mais celui qui crea tout le monde as tu porte sur tes espaules. Je suy cist ton roy a qui tu sers en ceste einue et pour ce que tu sasches que je die voir quant tu seras repassez fiche ton baston en terre de lez ta maisonnette et tu verras demain quil portera fleur et fruit et tanstot sesvanoy de ses yeux. Et dont vint Christofle et ficha son baston en terre et quant il se leva au matin il le trouva aussi comme un palmier portant fleur et fruit."

Si on retient souvent que c'est le poids de l'Enfant-roi qui s'oppose à la progression du passeur, on voit aussi que la Légende Dorée témoigne aussi de la puissance d'une crue du fleuve : autre aspect de la pulsion vitale et de la pression des forces fécondatrices qui sont potentiellement destructrices si elles ne sont pas maîtrisées (comme dans les traditions du Réveil de l'Ours le 2 février dans les Pyrénées après l'hibernation). 

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Saint Christophe et l'Enfant, Bnf fr. Ms 242 folio 149r  Légende dorée traduite en français par Jean de Vignay, (Gallica)

Saint Christophe et l'Enfant, Bnf fr. Ms 242 folio 149r Légende dorée traduite en français par Jean de Vignay, (Gallica)

Christophe, figure de la paternité et de la fraternité.

 On ne peut observer le visage du Christophe de San Benito de Calatrava sans remarquer le caractère christique de ses traits : c'est un double du Christ. Or, les représentations du Christ adulte dans sa "Vie Publique" sont rares dans l'iconographie médiévale ou de la Renaissance  si on les compare à celles de son Enfance ou celles de sa Passion, ce qui prive les fidèles d'une image tonique, dynamique, rayonnante et charismatique, et, a fortiori, d'une image virile de leur Rédempteur : Christophe permet par un dédoublement, de combler ce manque, dans le cours d'une action physique (traversée d'un fleuve), et hors de tout contexte de souffrance et de martyr (à la différence de saint Sébastien, dont les traits apolliniens procurent pourtant une image de puissance et de maîtrise). Dans le retable de san Benito, cet aspect est d'autant plus franc que le saint n'est pas représenté laid, vieux ou effrayant avec une longue barbe noire, mais au contraire dans l'éclat de sa jeunesse.

Mais une autre comparaison vient aussi à l'esprit.Le Christo-phoros est la figure masculine de la Vierge à l'Enfant, une figure de substitution puisqu'il ne peut y avoir (en dehors des Trônes de gloire) de représentation dans la religion chrétienne du "Père à l'enfant" comme il en existe de la "Mère à l'enfant". Dieu le Père n'est bien-sûr jamais représenté portant l'Enfant-Jésus, ce qui serait une sorte de contre-sens, et Joseph, dont la paternité est profondément disqualifiée pour ne pas créer de concurrence délicate, reste dans l'ombre et l' arrière-plan.

 

C'est ainsi que le jeune, et radieux Christophe portant l'Enfant sur son épaule offre une image positive de la paternité, sous la justification ou le prétexte d'une traversée de gué et d'une conversion. 

Saint Christophe (détail), Retable de San Benito de Calatrava (1480) Musée des Beaux-Arts de Séville, photo lavieb-aile.

Saint Christophe (détail), Retable de San Benito de Calatrava (1480) Musée des Beaux-Arts de Séville, photo lavieb-aile.

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San Cristobal (détail), Retable de San Benito de Calatrava (1480) Musée des Beaux-Arts de Séville, photo lavieb-aile.

San Cristobal (détail), Retable de San Benito de Calatrava (1480) Musée des Beaux-Arts de Séville, photo lavieb-aile.

 


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La partie médiane.

Dans ce tiers moyen de la peinture, le manteau damassé or s'écarte largement sous le fermail rouge et donne à voir son revers vert (de la même couleur que le feuillage de l'arbre) ; celui-ci forme ainsi un fond quadrangulaire sur lequel se détache la superbe tunique courte damassée d'or sur fond bleu, dont le revers est rouge, couleur habituelle de la tunique dans l'iconographie du saint. Ce vert qui découpe ses ailes élégantes, cet or pénétré par des arabesques bleues, le rouge des pans et des emmanchures aigües comme des faux sont du plus bel effet, mais ce n'est pas cela qui retient surtout notre attention. Ces somptuosités vestimentaires cèdent la vedette à trois éléments : la posture en contrapposto ; la meule portée en guise de bracelet ; et les deux personnages qui s'agitent dans la ceinture.

Le déhanché est obtenu par une flexion du genou droit sans équin du pied, mais il tient sa grâce de ce qu'il s'associe à une rotation du corps : tandis que l'axe des deux pieds est tourné de 45° vers la droite, et que cette orientation se poursuit encore dans le bassin (la hanche gauche est vue de 3/4), le tronc et les épaules se tournent et le saint nous fait face. Cette torsion, comme celle de la Mona Lisa, confère au personnage une souplesse désinvolte si prisée dans les cours de la Renaissance où une certaine façon retenue de sembler rester à distance des sujets est le comble du chic courtisan , de la sprezzatura, selon Baldassar Castiglione. Même avec de l'eau jusqu'aux mollets, portant le poids du monde à gauche, un chêne déraciné à droite, et, en guise de handicap, une roue de pierre pour corser l'affaire, ce type d'homme conserve un sourire affable et interrompt sa traversée pour vous permettre de le photographier, sans la moindre impatience. En espagnol, c'est la desenvuelto.

La meule de moulin passé nonchalamment au bras gauche m'a fait rechercher sans succès l'épisode ou l'anecdote de légende en qui elle trouve son origine. A défaut, je l'interprète comme une façon d'indiquer ostensiblement que cet homme fait partie des géants et que pour lui, tel Obélix, une pierre meulière n'est qu'une parure portée par caprice. Puisque nous ne disposons pas d'éléments comparatifs qui puissent servir d'échelle pour apprécier la taille de Cristobal, et que les visages respectifs de Jésus, de Christophe et de son voisin saint Antoine sont proportionnés, cette pierre est le meilleur indice attestant le gigantisme du saint, et de son caractère surnaturel, légendaire. Ce Christophe est de la race de Gargantua et des géants populaires — comme ceux de Catalogne—plutôt que des fils de Gaïa et Ouranos de la mythologie grecque. 

Ce qui va être passionnant sera d'utiliser ce détail comme fil conducteur vers des parentés et filiations iconographiques.

La ceinture du saint attire aussi l'attention : en cuir noir, elle est régulièrement cloutée de pièces métalliques en forme de demi-sphères et se termine par un passant doré ; mais, bien-sûr, ce sont  les deux personnages qu'elles retient fermement qui nous intéressent. Ils semblent bien vivants, et, comme la pierre meulière, ils soulignent la taille gigantesque du saint, qui atteint douze coudées dans une légende carolingienne, soit plus de cinq mètres (une coudée = 45 cm). Les commentateurs les désignent habituellement sous le nom de "pèlerins", et je reprends volontiers ce qualificatif, qui supposerait que Christophe les a passé ainsi à sa ceinture pour les protéger ou leur faire profiter de sa foulée digne des bottes de sept lieues des contes de Perrault. Pourtant, ils gesticulent avec impatience : l'un (qui porte le même bandeau que le saint) se penche comme s'il appelait à l'aide, et l'autre, qui repousse la meule d'un bras, tient un récipient de fer blanc ou d'étain qu'il semble agiter. tandis qu'il maintient son chapeau sous le coude. Quel est le sens de cette mascarade de marionnettes ? Il me semble probable que ce détail cocasse n'est pas seulement destiné à souligner le gigantisme de Christophe, où à illustrer combien ce saint protège les pèlerins et autres voyageurs, mais qu'il est relié aux anecdotes d'une légende populaire ; néanmoins, je n'ai pas retrouvé d'éléments en faveur de cette notion.

En conclusion, cet étage médian de l'image est bien différent de l'étage supérieur : aux éléments Renaissance de celui-ci, avec des visages fins, humains, et réalistes, succèdent des caractères hérités des légendes médiévales et d'une iconographie faisant appel à des fonctions primitives voire magiques de la sainteté telles que le pouvoir apotropaïque : c'est ce que la recherche des sources iconographiques va m'apprendre.

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San Cristobal (détail), Retable de San Benito de Calatrava (1480) Musée des Beaux-Arts de Séville, photo lavieb-aile.

San Cristobal (détail), Retable de San Benito de Calatrava (1480) Musée des Beaux-Arts de Séville, photo lavieb-aile.

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La partie basse .

On y voit dans une dominance ocre, des rochers, et  l'eau du fleuve animée de vaguelettes et d'ondes  autour des pieds du saint. Une dizaine de petits poissons, dont un poisson plat, sont dessinés à la peinture brune. Enfin, la perche sur laquelle Christophe s'appuie s'évase légèrement dans sa partie inférieure avant de se terminer par une fine image radiculée.

 Cela suscite peu de commentaires, mais les auteurs font mention, dans d'autres tableaux, de représentations d'animaux aquatiques ou de sirènes qui illustreraient le caractère redoutable de l'épreuve initiatique de la traversée.

 

 

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San Cristobal (pieds ), Retable de San Benito de Calatrava (1480) Musée des Beaux-Arts de Séville, photo lavieb-aile.

San Cristobal (pieds ), Retable de San Benito de Calatrava (1480) Musée des Beaux-Arts de Séville, photo lavieb-aile.

II. La recherche des sources iconographiques.

Nous avons donc au Musée de Séville un saint Christophe nimbé jeune portant une courte barbe et de riches vêtements,  traversant le fleuve, l'Enfant-Jésus en Sauveur du Monde sur son épaule gauche, s'appuyant sur un bâton déjà miraculeusement "fleuri" sous forme d'un arbuste aux allures de chêne, avec une meule de moulin au bras gauche et deux "pèlerins" passés à la ceinture, alors que de petits poissons nagent dans l'eau claire qu'il traverse. C'est une peinture à l'huile sur bois, de taille (168 cm) inférieure à la grandeur nature. Signalons aussi que saint Christophe regarde vers la droite et ne fixe pas le spectateur. Le tableau provient du chapitre du prieuré de l'Ordre militaire de Calatrava.

En effet, nous allons retrouver dans l'iconographie :

  • des peintures murales, le plus souvent de grande ou très grande taille proche de 4 mètres de haut, ou plus,  pour représenter un géant . Ces images sont placées dans un sanctuaire public (cathédrale, église) de telle sorte qu'il soit rapidement visible par les fidèles (protection par la simple vision de l'image) 

  • des exemples où l'image du saint est associée à une inscription dont la lecture assurera au lecteur une protection (protection par le texte).

  • Des exemples où le saint aux yeux dilatés regarde devant lui et fixe donc le spectateur (protection par le regard croisé).

  • des exemples où le saint est âgé, doté d'une longue barbe de couleur sombre, parfois laid, ou effrayant.

  • des exemples où se rencontrent, comme ici, une pierre de meule et/ou des personnages portés à la ceintures.

La recherche  peut s'effectuer par thèmes (tous les exemples à pierre de meule, tous les exemples à regard droit, etc...), par localisation géographique soit à proximité de Séville, soit dans l'Andalousie, dans l'Espagne etc..., soit par époque du XIIe au XVI ou XVIIe siècle, et ce choix n'est pas facile.  Dominique Rigaux a exploré l'iconographie dans la région alpine ; Ester Bergozzi celle de Lombardie autour de Crémone et de Lodi ; en Espagne,  Santiago Manzarbeitia Valle a étudié la peinture de San Cebrian de Muda (Province de Palencia) et l'a comparé à d'autres œuvres, dont celle du Musée de Séville. Le site Consultatodo propose de nombreux San Cristobal hispaniques.  Dégagé de toute contrainte par mon statut de blogeur, j'irai pour ma modeste part par sauts et gambades, par les associations crées par ma curiosité. Je vais déjà constituer ma petite liste de course espagnole :

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1. A Séville, je peux admirer :

  • Au Musée des Beaux-Arts, un San Cristobal de Francisco Varela de 1638. Pas de regard frontal, pas de pierre, pas de pèlerins.

  • à la Cathédrale de Séville : la monumentale peinture murale. Pas de regard frontal, pas de pierre, pas de pèlerins.

  •  à la Cathédrale de Séville: un vitrail. Ni pierre ni pèlerins

  • au Monastère de San Isidoro del Campo à Santisponce : un tableau.  Pas de regard frontal, pas de pierre, pas de pèlerins.

  • au Couvent de Saint-Paul : peinture murale, XVIIe. Pas de regard frontal, pas de pèlerins, mais la pierre de meule

  • à l'église de Saint-Sauveur ( Iglesia del Salvador), un retable sur une image originale de   Juan Martínez Montañés (1597), et/ou une statue dans la chapelle baptismale .

  • à l'église Sainte-Marie de la Oliva à Lebrija : une peinture murale : Pierre de meule ; regard frontal.

  • AncreAncreAncre A Triana, église Sainte-Anne, peinture murale d'Alonso Vasquez, XVIe siècle, pas de regard frontal, pas de pierre, pas de pèlerins.

  • Un reste de fresque représentant la partie supérieure de saint Christophe portant l'Enfant à la chapelle Sainte-Madeleine du monastère  de Santa María de las Cuevas permet de constater la présence de la pierre de meule. Voir la photographie.

     

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Ancre 2. Au Musée du Prado de Madrid, un retable anonyme du XIVe siècle, je touche le tiercé regard frontal, pierre de meule, et deux pèlerins à la ceinture. Dimensions: 2,66 x 1,84 m.

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3. Ailleurs en Espagne :

— Burgos (Castille-et-Léon)- Cathédrale: peinture murale du XIVe siècle : Regard frontal, Pierre au bras gauche, pèlerins à la ceinture

— Burgos (Castille-et-Léon)- Cathédrale: peinture du XVIIe siècle. Ni regard frontal, ni pierre, ni pèlerins.

— Salamanque (Castille-et-Léon), Cathédrale ancienne. Peinture murale. Meule au bras gauche, pèlerins.

— Salamanque (Castille-et-Léon), Eglise de San Marcos. Peinture murale, 3 mètres de haut, XIVe siècle. Regard frontal, pierre au bras gauche, trois pèlerins à la ceinture. Représenté à coté de saint Jacques.

— Zamora (Castille-et-Léon, 65 km au nord de Salamanque) , Cathédrale, Peinture murale par Blas de Oña. XVIe siècle., grande taille, pas de regard frontal, pas de pierre, pas de pèlerins.

— Zamora  (Castille-et-Léon) - Église de Sainte-Marie la Neuve. Peinture murale de 3,5 mètres de haut, très détériorée. meule de moulin.

—  León (Castille-et-Léon), cathédrale, chapelle Sainte-Thérèse,  peinture murale de  Nicolás Francés. (1434-1468) restaurée en 2008, 8 mètres de haut, 3 mètres de large,  XVe. Pas de regard frontal, pas de pierre, pas de pèlerins.  http://www.diariodeleon.es/noticias/cultura/san-cristobal-llega-otra-orilla_849527.html / http://www.diariodeleon.es/noticias/cultura/catedral-busca-mecenas-salvar-obra-nicolas-frances_388872.html

— León (Castille-et-Léon), cathédrale, haut relief, roue de moulin et trois pèlerins à la ceinture.

— León (Castille-et-Léon), Musée d'Art Sacré de la cathédrale et du diocèse de León, Retable de saint Christophe venant de Nuestra-Señora del Mercado  ancienne paroisse de Santa-Maria del Camino (cité par L. Grau-Lobo) "Tabla protogótica de san Cristóbal, pintada al temple, recientemente descubierta en la Iglesia del Mercado,oculta debajo de un Ecce Horno del siglo XVI.". Roue de moulin, trois pèlerins à la ceinture et deux dans une poche.

— Barcelone, Musée Mares,  statue de saint Christophe venant de San Cristóbal de Entreviñas (province de Zamora, Castille-et-Léon), cité par Grau-Lobo.Meule, trois pèlerins.

— Ségovie (Castille-et-Léon), église San Millán, peinture murale de saint Christophe à tête cinocéphale, quatre pèlerins à la ceinture.

 

— Tolède (Castille-la-Manche) Cathédrale  : Peinture murale de 11 mètres de haut, du XVIIe siècle. Ni regard frontal, ni meule, ni pèlerins. Il y est le patron des portefaix  où sa statue colossale recevait leurs hommages),

—  Cotillo-Anievas (Cantabrie), Eglise de Saint-André , statue en pierre du  XIVe siècle. Position frontale ; meule de moulin ; quatre pèlerins à la ceinture. 

— Valence (Communauté valencienne)- Cathédrale:  Dans la chapelle dédiée à Saint-Graal, peinture murale attribuée à  Gonçal Peris (1380-1451)  Dim. approx.  4 x 1,5 m. Pas de regard frontal, pas de pierre, pas de pèlerins.

 

 

Au total, sur 23 peintures et 2 statues  de Saint Christophe en Espagne du XIV-XVIIe siècle, 14 (plus de 50%) présentent au moins l'un des deux attributs accessoires que sont la pierre de meule et les pèlerins à la ceinture, alors que je n'ai pas encore trouvé d'exemple dans les autres pays (France, Italie, Allemagne, Suisse).

 

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Une brève histoire de l'image de saint Christophe.

Je procède ici à de larges emprunts à la publication de Dominique Rigaux et au compte-rendu par Grumel de la publication de Rosenfeld , mais je recommande la consultation de ces textes.

1. Cette histoire débute en Orient :  D'après les légendes orientales, les plus anciennes,  Christophe, qui se nommait Reprobus avant d'être baptisé, était un monstre cynocéphale. Soucieux de se mettre au service du maître le plus puissant, il met sa force au service de son roi, puis du diable quand il s'aperçoit que le souverain craint le malin, et enfin du Christ vainqueur du mal.. Il se convertit à la foi chrétienne. Arrêté sous l'empereur Dèce, il refusa d'apostasier et subit de nombreux supplices avant d'être décapité. Le culte est attesté en Asie mineure dès le milieu du Ve siècle. Le plus ancien témoignage reste l'inscription connue des environs de Chalcédoine, datée du 22 septembre 452, et mentionnant le début de la construction d'un martyrion de saint Christophe au 3 mai 450. 

 

La Passio Christophori tire manifestement son origine de la légende gnostique des «  actes de Barthélémy, du pays des Ichthyophages, alla chez les Parthes, et les miracles qu'il y accomplit avec André et Christianus le Cynocéphale ». Dans cette légende, Barthélémy et André apparaissent comme des martyrs à la vie indestructible ; Dieu leur envoie en aide un cynocéphale géant, anthropophage, nommé le Maudit, qui, baptisé par un ange, a reçu l'usage de la parole et le nom de Christianus. Or, tel est bien le signalement du Christo- phorus de la Passio. C'est aussi un géant cynocéphale, anthropophage, nommé Reprobus. baptisé par l'intervention céleste, et qui reçoit alors l'usage de la parole humaine et le nom de Christophore. Presque tous les éléments de la Passio Christophori sont tirés de la légende gnostique de saint Barthélémy. L'épisode dû bâton qui verdit et fleurit, qui y manque, a pu être emprunté à une autre légende, celle de Mathieu à Myrne, ou tout simplement à la Bible.

En Orient, la représentation primitive du saint ignore pareillement le thème du porte-Christ. Les plus anciennes peintures connues, celles de Cappadoce, montrent le saint comme un jeune homme imberbe, avec le bâton verdoyant à la main. Il y a tendance en Orient à représenter saint Christophe en guerrier. Ainsi à Saint-Luc en Phocide {XIe siècle), dans un ménologe du XIIIe siècle, sur un reliquaire commandé par Michel Ducas (1067-1078), au Protaton de l'Athos au début du XIVe siècle. Toujours il est représenté comme un jeune homme, avec une figure imberbe, presque féminine, et souvent avec une longtue chevelure bouclée tombant sur les épaules.

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 2.  De l'Orient, le culte est passé en Occident, où il devait connaître une fortune inouïe. Les plus anciens témoignages sont : en Sicile, un monastère mentionné par saint Grégoire le Grand; à Rome, une inscription de 687-688; aux environs de Ravenne, une basilique de saint Christophore mentionné par le Liber Ponticalis en 743 ; en Espagne, la présence de reliques au VIIe siècle à Tolède ; en France, l'existence à Reims d'une chapelle de saint Christophe à la mort de saint Rémi (535). La course triomphale de ce culte se poursuit à travers l'Occident à partir surtout du VIIIe siècle, en Italie, en Allemagne, en France, dans la péninsule ibérique. La fête du saint au 25 juillet, date indiquée dans le calendrier hiéronymien, coïncidant avec celle de saint Jacques le Majeur, si vénéré par les pèlerins à Compostelle, y a certainement contribué et l'a fait considérer, la constatation en est faite dès le XIIe siècle, comme le patron des pèlerins. Le motif de la tête de chien disparaît dans la plupart des formes occidentales de la légende . De « canin » Christophe devient « Cananéen ». Au  IX-XIe siècle, saint Christophe est présenté comme un martyr juvénile et imberbe subissant  le feu, les flèches et finalement la décapitation. Ex: fresques lombardes de l'église de S. Vincenzo à Galliano,  (XIe- XIIe s.). Pour l'instant, il n'est pas question d'un saint portant le Christ, ni d'une traversée de fleuve. L'histoire du Porte-Christ est une pure construction médiévale, la rencontre d'un inextricable tissu de légendes orientales et occidentales, où le nom Christo-phorus (qui qualifie initialement le Chrétien ou Christianus qui porte en lui le Christ) est ensuite pris au pied de la lettre et génère une image de portation.  Dans sa grande étude sur les origines du culte et de la légende de saint Christophe, Hans Friedrich Rosenfeld a établi  deux points essentiels à  partir d'un vaste corpus de peintures murales qui proviennent essentiellement des régions alpines et subalpines dans lesquelles le savant allemand voit un des principaux lieux d'émergence de la légende et le carrefour de la diffusion de son image . D'abord l'historien allemand démontre que la légende du bon géant portant l'Enfant Jésus sur son épaule pour lui faire traverser un cours d'eau est une création littéraire occidentale que l'on ne saurait dater d'avant le XIIe siècle. Ensuite il constate que l'image est antérieure au texte.. Car le succès du culte de Christophe, en Occident du moins, est un succès en image et par l'image.

3. C'est ainsi qu'apparaissent au XIIe  les premières représentations du saint portant le Christ. Mais c'est d'abord le Christ adulte : sur les premiers exemples du XIIe siècle dans le Sud Tyrol, le saint est figuré, immobile sur la terre ferme, portant dans ses bras, et parfois contre sa poitrine, le Christ adulte en train de bénir.   Il s'agit ici de ce que l'on pourrait appeler une image « mystique » qui re-présente, au sens littéral du terme, la présence vivante du Christ dans le martyr. Il porte le bandeau des martyrs, et une courte tunique rouge. Au geste de bénédiction du Christ, qui tient de l'autre main un livre fermé, symbole de la Bonne Nouvelle à laquelle le saint va se convertir, répond la longue diagonale du bâton chargé de feuilles et de fruits .

4. Dans la littérature, c'est à partir du milieu du XIIIe siècle qu'apparaît le motif de  Christophe portant l'Enfant pour lui faire traverser la rivière. Le Speculum Historiale de Vincent de Beauvais l'ignore encore (Vincent de Beauvais, Speculum historiale, livre Xm, chap. 24 et 26 (éd. Douai, 1625, p. 514). Vincent ne parle que de la procerissimae staturae de Christophe. On rencontre cette histoire dans une ancienne version allemande de la légende de Christophe, mais c'est la Legenda aurea de Jacques de Voragine, composée vers 1261-1266, qui assura le succès de cette version en lui donnant une diffusion sans précédent .  La représentation du Christ sous les traits d'un enfant, assis sur l'épaule du saint se diffuse à partir du milieu du XIIIe siècle, et c'est seulement autour de 1300 que les principales composantes de l'image sont désormais fixées : la taille gigantesque du saint, barbu, le bâton fleuri, l'enfant sur l'épaule. Ce dernier ne tient plus le livre, mais un phylactère déroulé qui sert de support à la traditionnelle prière d'invocation justifiant les dimensions colossales données aux représentations de Christophe, dont la vue écarte tout danger. C'est le début  du pouvoir merveilleux qu'on prêtait à l'image du saint capable de protéger de la mort subite   celui qui la regardait ou qui lisait ou prononçait les formulettes inscrites sur les  phylactères . Ces formules, qui accompagnent régulièrement les représentations monumentales de Christophe à partir du début du XIIIe siècle, constituent un sorte de petit vade-mecum de protection contre toutes sortes de maux à commencer par le plus redouté : la mâle mort, sans confession.    Christophorum videas posîea tutus eas ("Vois Christophe, et puis va en sûreté") ,  Chris tofori sancti speciem quicumque tuetur, Mo namque die nullo languore tenetur et surtout, Cristofori collo sedeo qui crimina tollo, ou  Christophori per viam cernit cum quisque figuram/ tutus tune ibit subita nec morte peribit. La position de l'inscription sur une peinture qui occupe toute la hauteur du mur souligne la volonté de mettre l'écrit à la portée du regard des fidèles dans un but prophylactique à l'égard des voyageurs ( images apotropaïques). 

 5.  L'image de Christophe et les dictons qui l'accompagnent s'annoncent efficaces contre tout type de péril, particulièrement contre l'épidémie qui s'impose en ces derniers siècles du Moyen Age : la peste. Le saint martyr qui a subi victorieusement le supplice de flèches devient un des recours les plus fréquemment invoqués contre ce fléau. . De nombreuses confréries de Saint-Christophe se sont multipliées à cette époque en raison des épidémies de peste. Les dictons, destinés à être lus à haute voix ou récités de mémoire en regardant l'image, sont composés sous forme de vers, généralement des hexamètres léonins à rimes riches, pour faciliter la mémorisation et la répétition. Ils sont indissociables de la lecture de l'image à laquelle ils confèrent son efficacité.  

6. La suggestion du regard :

 A l'insistance du regard des fidèles répond le regard des images elles- mêmes. Le traitement des yeux joue un rôle décisif dans la puissance expressive de l'image aussi bien que dans l'exercice de son « pouvoir magique ». Trois critères peuvent permettre d'évaluer l'intensité du regard : la taille de la pupille souvent exacerbée, le dessin des sourcils et la forme des paupières, sans que l'on puisse cependant ordonner géographiquement ou chronologiquement ces diverses possibilités formelles. Naturellement l'efficacité de l'image est renforcée parce que le regard paraît s'adresser au spectateur qu'il interpelle, accompagné de la formule ego sum lux mundi, "Je suis la lumière du monde". Ce sont les larges paupières gonflées qui dessinent le cercle orbital donnant une impression de « gros yeux ». L'image apotropaïque fixe les hommes « droit dans les yeux ».

7. Le patron des voyageurs

Si l'image de Christophe était capable d'apporter un secours aussi autorisé, on comprend bien le succès qu'elle rencontra sur les routes où pèlerins et voyageurs étaient particulièrement exposés à toutes sortes de dangers, sous forme de ces images gigantesques, en parfaite frontalité, placés dans un endroit facilement visible du sanctuaire, notamment dans les chapelles gardant un col périlleux ou une voie de circulation. D'abord peinte à l'intérieur de l'église, généralement près de l'entrée, l'image du saint est ensuite  portées à l'extérieur de l'édifice, dès le XIIIe siècle, sur la façade, sur le campanile ou, lorsque le sanctuaire est isolé, sur le mur le mieux orienté par rapport au village. La place de prédilection accordée aux représentations de Christophe, sur la façade de l'église, en contiguïté avec la porte du bâtiment ecclésial, ne répond pas à un simple souci de visibilité mais participe d'un véritable rite de passage. En écho au mouvement du fidèle qui franchit le seuil du sanctuaire, le géant se charge du poids du Christ que la tradition chrétienne désigne comme la véritable « Porte ». Le motif de la traversée du fleuve enrichit encore l'idée de passage, ce qui renforce le lien avec le thème de la porte et rappelle la dimension rédemptrice de l'épisode. Comme l'a bien montré Jean Haudry, la traversée de l'eau correspond à un schème littéraire indo-européen connu, celui de l' épreuve qualifiante . La « traversée de l'eau de la ténèbre hivernale » débouche naturellement sur le retour des beaux jours que figure le miracle du bâton reverdi, le pécheur purifié par son épreuve renaît au sortir de l'eau et le bâton fleuri illustre sa conversion. Pour le héros chrétien qu'est Christophe, il s'agit bien d'une « épreuve qualifiante » avant l'épreuve finale du martyre. Les images mettent en scène cette épreuve en peuplant les eaux du fleuve de monstres en tout genre, et de sirènes à double queue symboles des forces maléfiques que le saint anéantit en les traversant. L'aventure de Christophe montre qu'il existe, parallèlement à l'ascétisme et à la contemplation, une troisième voie vers la sainteté, celle de l'héroïsme. De plus la « traversée de l'eau de la ténèbre hivernale », image de la traversée de la seconde mort, conduit à l'immortalité c'est-à-dire initialement à la survie physique d'abord, dans la mémoire ensuite.  L'iconographie de la traversée du fleuve transforme le saint lui-même en voyageur. On constate à partir du XIVe siècle que cette attribution affecte son vêtement. En effet, à partir de cette époque on rencontre de plus en plus fréquemment notre saint en tenue de voyage, c'est à dire portant un vêtement court (le plus souvent une tunique), les reins ceints et la cape sur les épaules. Le bâton fleuri du miracle sert aussi à la marche. 

Cette exaltation du thème du voyageur rend l'image propice à l'action de grâce.  Ainsi, parallèlement à l'image apotropaïque, monumentale, qui s'adresse surtout au regard collectif des passants, se diffusent à l'intérieur d'édifices prestigieux, des représentations du saint voyageur qui sont de véritables peintures votives. Aux  grandes œuvres « apotropaïques » figées et frontales succèdent des images où Christophe est représenté  de trois quart en train de marcher dans l'eau avec une vivacité et un souci de mouvement innovateurs.

8. Puis viendra, avec la multiplication des xylographies, celle des effigies de Christophe  cousues dans les vêtements des voyageurs et des pèlerins,  collées dans des coffrets de voyage,  ou sur la page de garde des livres avec  deux vers latins un usage quotidien : Christofori faciem die quacumque tueris / Ma nempe die morte mala non morieris. dont l'usage quotidien est préconisé.

9. Saint Christophe détracté.

Dans la seconde moitié du XVIe siècle, la Réforme puis le Concile de Trente (1542-1563) condamnent une dévotion jugée aussi excessive que dangereuse, ce qui entraîne de nombreuses destructions d'images et l'arrêt de la réalisation de nouvelles œuvres. Parallèlement, théologiens et humanistes avaient  classé sa dévotion  dans la catégorie des superstitiosus imaginum Cultus. Déjà en 1511, dans son  Encomium Moriae  ou Eloge de la Folie, Erasme de Rotterdam la  jugeait comme une superstition absurde et se moquaient de la naïveté de ceux qui se croient protégés après avoir fait un signe de croix devant ce qu'il  appelle le "Polyphème chrétien". 

Des éléments comme le gigantisme des peintures, la fonction apotropaïque de la représentation frontale du saint et de son regard, la meule de pierre ou les pèlerins à la ceinture, disparaissent alors complètement. 

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En conclusion, si j' écarte les premières images où le saint est à sec (ne traversant pas le fleuve), martyrisé, ne portant pas le Christ, ou portant le Christ adulte — images que je n'ai pas rencontré dans mon petit parcours—,   nous avons plusieurs types qui se différencient par 

  • la taille du support : peinture de plus de 3 mètres de haut, visant la visibilité optimale, ou tableau d'autel, ou tableau à usage privé.

  • La taille apparente du saint : gigantisme mis en évidence, ou non.

  • L'emplacement de l'image, soit extérieure, soit intérieur sur un point clef de passage (portail, porte, entrée, escalier), soit dans le chœur ou en retable d'autel.

  • La présence de la pierre de meule au bras gauche, et/ou la présence de pèlerins passés à la ceinture, soulignant le gigantisme du saint.

  • La frontalité et représentation figée du saint immobile, ou, au contraire, vue de 3/4, contraposto, et saint figuré en train de marcher.

  • La frontalité du regard, qui fixe le spectateur, à fonction atropopaïque, ou regard et visage dirigé sur le coté, vers le haut ou plus rarement vers le bas.

  • La présence d'inscription dans des cartouches, des phylactères ou un cadre, et parmi ces inscriptions, celles qui correspondent à des prières en latin ou en langue vernaculaire ou à des vers léonins promettant la protection du saint au lecteur qui les prononce.

  • La figuration du bâton reverdi comme un feuillu, ou comme un palmier.

  • L'apparence du saint, soit laid, ou vieux, avec une barbe sombre et fournie, soit beau, juvénile, imberbe ou avec une courte barbe.

  • L'existence ou l'absence d'un nimbe.

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Selon ces critères, nous pouvons déduire quelle est la fonction de l'image :

 

  • Christianisation d'un ancien culte ou de légendes païennes du Géant.

  • Protection des voyageurs (col, route) ou des pèlerins en association éventuelle avec saint Jacques.

  • Protection contre la mort soudaine sans confession.

  • Protection contre les épidémies (globalement nommées "pestes") à coté ou à la place de saint Sébastien et de saint Roch (qui est aussi un saint des pèlerins).

  • Dévotion collective (Tolède qui en détient les reliques), professionnelle (portefaix de Tolède), ou privée.

  • Dévotion par un personnage prénommé Christophe, Cristobal, Cristoforo, Christopher, etc... : San Cristobal de Séville près du tombeau de Christophe Colomb.

  • Dévotion christique et imitation christique.

  • incitation pénitentielle et de conversion (Christophe peinant à traverser le fleuve car l'Enfant porte le monde, et ses péchés).

  • etc...

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ANNEXE à ce chapitre : extrait de l'aricle de V. Grumel présentant les travaux de Rosenfeld :

 

"Puisque le motif de saint Christophe porte-Christ se trouve dans l'iconographie bien avant de paraître dans la littérature, on rencontre en effet cette représentation déjà vers 1150, — Rosenfeld estime avec raison que c'est de ce côté qu'il faut diriger la recherche avant de se perdre en hypothèses. Rien de plus instructif en effet que cet examen.

Antérieurement au motif du porte-Christ, on trouve une représentation de notre saint,, et c'est la plus ancienne que l'on connaisse, à Sainte-Marie l'Antique à Rome. On la fait remonter communément au Xe siècle. Le nom dont il est désigné est CRISTOFARUS. Dans l'image, malgré le mauvais état de conservation, se reconnaît un reste de bâton verdoyant stylisé, qui rappelle manifestement le miracle de la Passio ; la taille gigantesque n'est pas marquée. Elle n'est pas marquée non plus dans plusieurs images postérieures, comme la miniature du Corveyer Fraternitätsbuch, où, tenant à la main une palme comme un sceptre, le saint ne se distingue aucunement des autres martyrs, et un vitrail de Chartres, où, tenant un livre de la main gauche, il esquisse de la main droite un geste d'enseignement ou de bénédiction. Pour la première fois, en 1007 ou peu après, à S. Vincenzo di Galliani près de Corne, est marquée la stature de géant, et cela, doublement : d'abord à côté de l'image centrale, où le saint est représenté jeune, avec le bâton stylisé à la main, se lit une inscription indiquant 12 coudées; puis, dans les scènes environnantes qui concernent les épisodes de la Passio, où la taille du héros est plus grande, quoique de peu, que celle des autres personnages. Dans les miniatures du monac. lot. 13074 {vers 1170-1180), copiées sans nul doute sur quelque modèle, car elles ne correspondent pas toujours à la Prose qu'elles illustrent, le saint est représenté barbu, sans bâton, en géant. Sur le reliquaire d'Arbe en Dalmatie, il apparaît jeune, en habit de qualité, le bâton stylisé à la main. Dans ces cas, et dans plusieurs autres qu'on rencontre jusqu'au XIIIe siècle, le thème du porte-Christ est absent. Le profil de la tête de chien apparaît isolément dans une miniature allemande du XIIIe siècle.

[...] Ainsi donc, l'iconographie occidentale et l'orientale concordent dans les origines à caractériser le saint par le bâton verdissant. Ensuite, au début du XIIe siècle, il s'y ajoute la haute stature. Vers 1150 enfin, en deux points très éloignés l'un de l'autre, à Hocheppan dans le Tyrol sud, et à Rio Mau en Portugal, apparaît le motif du porte-Christ. Est-ce un reflet 'du récit de la Légende dorée ? Non, car, dans le premier cas, le saint, qui est géant, se présente de front, sur la terre ferme, et porte le Sauveur dont le visage est détruit, sur un bras, tandis que de l'autre main, il tient d'une touche légère le bâton verdoyant ; dans l'autre cas, le saint, dans une attitude paisible, sur la terre ferme également, tient le Sauveur dans ses deux bras, et celui-ci n'est pas un enfant mais un homme adulte, portant la barbe. La caractéristique du Sauveur barbu porté par saint Christophe n'est pas chose isolée. L'auteur en cite plusieurs exemples jusqu'au début du quatorzième siècle. On trouve aussi le Sauveur porté sans barbe, non pas enfant, mais adulte, jusqu'au début du XIIIe siècle.

C'est donc un fait significatif : les plus anciennes représentations de saint Christophe porte-Christ ignorent absolument le thème du porte-Christ tel qu'il apparaît dans la Légende dorée : elles en sont complètement indépendantes. C'est donc ailleurs qu'elles s'originent. Et ici intervient l'explication de Rosenfeld.

Selon lui, nous avons simplement affaire à un de ces cas d'explication du mot ou du texte par l'image si fréquents au moyen âge. On s'en servait particulièrement pour montrer l'étymologie du mot. Sainte Agnès était représentée avec un agneau, sainte Lucie avec une lampe, etc. Il est tout naturel de penser qu'il en fut de même pour notre saint, et c'est sans doute pourquoi le Christ porté est représenté à sa manière ordinaire, c'est-à-dire comme adulte, non comme enfant. La signification du nom de Christophore avait déjà été exploitée dans des poésies. Les plus anciennes images du porte-Christ semblent avoir voulu réaliser l'idée exprimée dans ce vers en faisant porter le Christ du côté gauche, sur le coœur ou près du cœur. Peu à peu, dans la suite, le Christ gagne de la hauteur et monte sur l'épaule.

De la région du sud des Alpes où il semble bien avoir pris naissance, le type du porte-Christ se répand rapidement le long de la route des Alpes, dans la vallée du Rhin, dans la péninsule italique, en Angleterre, dans les pays Scandinaves, en France. Il s'étend aussi en Orient,, et influence l'art serbe et bulgare.

La raison d'une telle expansion est dans la croyance à la vertu de préservation attachée à la vue de l'image du saint. Cette croyance est à rapprocher de la Passio, où le martyr demande à Dieu de préserver de diverses calamités la terre qui conservera son corps, et surtout d'une recension du XIIe siècle, où une voix céleste promet au saint cette vertu de préservation sans limitation de lieu : vbi est corpus tuum et vibi non est, mais on peut se demander si cette Recension n'est pas un écho d'une confiance déjà établie. Elle n'explique pas en tout cas la vertu attachée à la vue de l'image. Le plus ancien témoignage d'une telle croyance est une inscription de l'église de Biasca (vers 1220), vers hexamètre où le nom du saint est brisé : XKIS(T)O VISA FORI MANV E. INIMICA DOLORI. Ici, c'est le mal en général qui est censé écarté par la vue de l'image; mais ailleurs, on trouve des précisions : c'est la faim,, c'est la peste, et, le plus souvent, la mort subite.

La croyance en l'efficacité de la vue de l'image est toujours liée à la préférence pour la représentation colossale du saint. La grandeur de l'image s'explique par la Passio mais ceux qui ne connaissaient pas cette source, croyaient qu'on ne faisait le saint si grand qu'afin qu'il fût mieux vu, cette vue devant leur être avantageuse. Comment cela ? Ici, notre auteur fait intervenir en guise d'explication un sentiment mystique du moyen âge, le désir de voir l'hostie. Au XIIe siècle se répand la conviction que la vue de l'hostie non seulement remplace la communion, mais préserve le même jour de la mort subite. Il circule en outre de nombreux récits de miracles eucharistiques où Jésus apparaît sous la forme d'un enfant. Il y avait une ressemblance pour les fidèles entre le prêtre qui montre le Sauveur dans l'hostie et saint Christophe portant et montrant le Christ. La vue de l'hostie préservait de la mort : la vue du Christ porté par saint Christophe ou de saint Christophe portant le Christ devait opérer la même protection. Notre auteur remarque que c'est la même contrée, la région du sud des Alpes, qui est à la fois la patrie de la représentation du géant porte-Christ et de la croyance à l'efficacité de la vue de son image.

Comme le contraste était grand entre le géant porteur et le Christ porté, la tentation était proche, quand celui-ci était représenté sans barbe, de le considérer comme un enfant, puisque des historiens modernes de l'art s'y sont trompés. De là, l'occasion d'une nouvelle légende. En ne reconnaissant plus dans l'image une illustration du nom, en y voyant un épisode épique, on a dû se poser la question : pourquoi le saint porte-t-il le Sauveur ? Un esprit inventif, familier avec les légendes et la culture du temps y répondit.

Que le Christ soit porté, c'est qu'il a besoin d'être porté. Au moyen âge, le besogneux,, mendiant ou pèlerin, tient la place du Christ. Des vies de saints montrent le Sauveur apparaissant sous la figure du pauvre ou du pèlerin. La légende de saint Julien l'Hospitalier transportant un enfant et reconnaissant ensuite en lui le Sauveur, légende déjà bien établie dès le XIIe siècle, et connue de Jacques de Voragine, a certainement fourni une idée et des traits à la légende du passeur porte-Christ. Quant au phénomène de la pesanteur surnaturelle qui intervient dans cette dernière, il était déjà connu par diverses vies de saints, v. g., celle de sainte Lucie.

La préhistoire de saint Christophe, elle aussi, a son antécédent hagiographique. La légende de saint Cyprien martyr rapporte que celui-ci, d'abord serviteur du démon, s'était converti et livré au Christ quand il eut reconnu que le Christ était le plus fort. De même, le géant païen ne veut servir que le maître le plus puissant.

On le voit, les divers éléments existent pour la légende du passeur porte-Christ. Il n'a suffi pour les assembler que d'une imagination un peu vive excitée et intriguée par la représentation iconographique du saint arrivée au dernier stade de l'évolution ci-dessus expliquée. La patrie de la légende est la région du sud des Alpes et le Nord de l'Italie où saint Julien jouissait d'une culte populaire, où la dévotion à saint Christophe comme patron des pèlerins était la plus vive et devait favoriser l'éclosion d'un récit où ce saint passait pour avoir exercé de son vivant la charité envers eux, où enfin la liturgie ambrosienne parlait d'une apparition admirable de Jésus-Christ au saint martyr, allusion à la Passio, mais que l'iconographie invitait à comprendre autrement. L'époque de la création de la légende est le premier quart du ΧΙΙΓ siècle. La plus ancienne expression iconographique s'en trouve dans une miniature de peu postérieure à 1230 (Psautier de Hildesheimer). La plus ancienne composition littéraire qui l'expose est une poésie allemande d'entre 1230 et 1239. " V. Grumel.

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COLLECTE SUR LA TOILE DE QUELQUES EXEMPLES ICONOGRAPHIQUES ESPAGNOLS.

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Musée des Beaux-Arts de Séville. Saint Christophe par Francisco Varela, 1638.

Inv. CE0944P .100 cm x 52 cm Provenance : Retable de Saint Jean l'Evangéliste, monastère de  las Monjas de la Pasión à Séville.

http://ceres.mcu.es/pages/Viewer?accion=4&AMuseo=MBASE&Ninv=CE0944P

http://ceres.mcu.es/pages/Main

GESTOSO; PÉREZ, José. Catálogo de Pinturas y Esculturas del Museo Provincial de Sevilla. 1912. p. 76; Madrid. Nº Cat. 181 

 http://www.bibliotecavirtualdeandalucia.es/catalogo/consulta/registro.cmd?id=1040246

 

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 Valence


http://www.consultatodo.com/sanCristobal/sanCristobal1.htm#incunable 

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 Musée du Prado à Madrid 

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http://www.mozarabia.es/retablo-de-san-cristobal-ascetica-y-mistica/

  

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  Séville Monastère de Saint-Paul.
XVIIe siècle. Quoique manifestement inspiré de la peinture de la cathédrale de Séville, elle s'en distingue ar la roue de moulin du bras gauche.

 

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Santiponce (près de Séville),  Monastère de San Isidoro del Campo (Saint-Isidore-des-Champs)

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Sevilla - Triana. église de Sainte Anne,

 peinture murale de San Cristobal de Alonso Vazquez XVIe siècle.

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Seville, eglise de Santa Maria de la Oliva à Lebrija. XVe

http://www.pueblos-espana.org/andalucia/sevilla/lebrija/39799/




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Séville, Eglise Saint-Sauveur 


pas de photo 

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Tolède, cathédrale. XVIIe.

 

Église de San Millan, Ségovie 

cliquez ici .... ou ici 

http://manuelblastres.blogspot.fr/2014/08/iglesia-de-san-millan-en-segovia.html

http://laluzdelmedievo-mercedesyzquierdo.blogspot.fr/2014_01_01_archive.html

Église de San Martin (Soria). Peinture murale.

http://romanicodemiguel.blogspot.fr/2012/01/san-gines-y-san-martin-de-rejas-de-san.html

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Zamora, cathédrale.

http://es.wikipedia.org/wiki/Crist%C3%B3bal_de_Licia

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Zamora   - Église de Sainte-Marie-la-Nouvelle.

 3,5 x 2 m.

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 Burgos - Cathedrale: porte sud.

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Burgos, cathédrale, porte sud.

 

 

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Eglise Saint-André de  Cotillo-Anievas (Cantabria)

statue du  XIVe siècle. Trois pélerins à la ceinture

 

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Saragosse, église San-Esteban 

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Salamanque : vieille cathédrale1330.

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Salamanque Eglise de San Marcos, 1398. Dimensions approximatives: 3 x 1,5 m.

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Tordesillas, Monastère de Sainte-Claire (El real monasterio  de Santa Clara). XIVe, 3 x 2 m .

http://www.consultatodo.com/sanCristobal/sanCristobal1.htm#salamancaMonteMayor

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 San Cebrian de Muda, église : peinture murale. 1480-1495. 4 mètres de haut.
 

http://www.romaniconorte.org/es/contenido/?idsec=5039

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 León - Catedral: XVIIe siècle ; 8 x 3 m.

http://www.consultatodo.com/imagenes/sanCristobal/sanCristobalCatLeonPW.jpg

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Musée des Beaux-Arts de Séville .Saint Christophe par Francisco Varela, 1638.

Inv. CE0944P .100 cm x 52 cm Provenance : Retable de Saint Jean l'Evangéliste, monastère de  las Monjas de la Pasión à Séville.

http://ceres.mcu.es/pages/Viewer?accion=4&AMuseo=MBASE&Ninv=CE0944P

http://ceres.mcu.es/pages/Main

GESTOSO; PÉREZ, José. Catálogo de Pinturas y Esculturas del Museo Provincial de Sevilla. 1912. p. 76; Madrid. Nº Cat. 181 

 http://www.bibliotecavirtualdeandalucia.es/catalogo/consulta/registro.cmd?id=1040246

 

RÉCOLTE D'EXEMPLES ICONOGRAPHIQUES extra-hispaniques sur la toile (Wikipédia et autre)

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  • Hans Memling, Triptyque Moreel (vers 1484), Groeningemuseum, Bruges. 

  • Hans Memling, Saint Estève et saint Christophe (vers 1480), musée d'art de Cincinnati, Ohio. 

  • Dirk Bouts (vers 1470), Alte Pinakothek, Munich.

 

  • Jérôme Bosch (1496-1505), musée Boijmans Van Beuningen, Rotterdam . 

  • Konrad Witz (1435), Kunstmuseum, Bâle. 

  • Maître de Saint Christophe (1500-1520), Alte Pinakothek, Munich. 

  • Joachim Patinir (1520-1524), Monasterio de San Lorenzo, Escurial. 

  • Lucas Cranach l'Ancien (1518-1520), Detroit Institute of Arts, Détroit.

  • Leonhard Beck (1510-1515), musée d'histoire de l'art, Vienne. 

  • Jan Wellens de Cock (attribution) (1495-1528), lieu inconnu.

Renaissance, baroque et rococo

  • Jacopo Bassano, date inconnue, musée national des beaux-arts de Cuba. 

  • Claude Bassot (1607), église de Jésonville. 

  • Giovanni Bellini (1464-1468), Polyptyque de San Vincenzo Ferreri, basilique de San Zanipolo, Venise.

  • Bernardo Strozzi, début xviie siècle, lieu inconnu. 

Cranach l'ancien

 

Giovanni Bellini 

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Domenico Ghirlandaio. XVe.

 

 

 

 

Dirk Bouts

 

Konrad Witz

Tommaso del Mazza. XVe.

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SOURCE ET LIENS.

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http://leyendasdesevilla.blogspot.fr/2011/08/el-museo-de-bellas-artes-de-sevilla-ii.html

http://www.amigosmuseobbaasevilla.com/PDF_estables/Datos%20tecnicos%20restauracion.pdf

 http://www.amigosmuseobbaasevilla.com/restauraciones.html

—Site Consuta Todo : 

http://www.consultatodo.com/sanCristobal/sanCristobal1.htm

— 17 exemples d'iconographie sur le site : http://hodiemecum.hautetfort.com/archive/2008/07/25/25-juillet-saint-christophe-ou-christophore-martyr-en-lycie.html

— Peintures du couvent San Benito : http://www.laquintaangustia.org/pinturas.swf

— Le Mystère de Saint Christophe http://www.sites.univ-rennes2.fr/celam/cetm/christof/Chri_int.htm#intro3

— http://symposium.over-blog.fr/article-vie-et-martyre-de-saint-christophe-en-latin-manuscrit-de-fulda-53717234.html

Bibliographie: Museo del Prado municipal nª 46: Le Retable de San Cristobal "de Fernando Gutierrez Bains.professeur Javier Morales Vallejo à la Faculté de Théologie de San Damaso de Madrid.

.

Bibliographie 

— BERTOZZI (Ester) s.d, Iconografia di S. Cristoforo nel territorio locale. Trace della devozione al Santo che sconfisse il drago del Gerundo, 

http://www.comune.crema.cr.it/sites/default/files/web/File/FDMuseo/Insula_Fulcheria/35/ESTER_BERTOZZI_-_Iconografia_di_S._Cristoforo_nel_territorio_locale._Tracce_della_devozione_al_Santo_che_sconfisse_il_drago_del_Gerundo.pdf

 

— CAMÓN AZNAR, J.. Summa Artis. 1961. P.658.; Ed. Espasa-Calpe. Madrid. (citée par le Musée des Beaux-Arts) 

— GESTOSO; PÉREZ, José. Catálogo de Pinturas y Esculturas del Museo Provincial de Sevilla. 1912. pág.106, Nº291; San Jerónimo, San Antonio de Padua, SanAntón, San Cristóbal, San Andrés, San Juan Bautista, Santa Catalina y SanSebastián. Lienzo 
"Proceden de la extinguida Iglesia de San Benito de Calatrava, de esta ciudad, y son anteriores a 1492. Pertenecen al capítulo de Caballeros de las Órdenes Militares, y fueron depositadas en este lugar al año 1908 por disposición de S.M. el rey, testimoniando así nuestro Augusto Monarca su exquisita cultura y su celo en pro de los intereses artísticos; Madrid. "

http://www.bibliotecavirtualdeandalucia.es/catalogo/consulta/registro.cmd?id=1040246

— GRAU LOBO, Luis (1994-1995): “San Cristóbal, Homo Viator en los caminos bajomedievales: avance hacia el catálogo de una iconografía particular”, a Brigecio, 4-5, p. 167-184. http://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=1402347

 GRUMEL (V.) 1938, "Rosenfeld (Hans-Friedrich). Der hl. Christophorus, Seine Verehrung uns seine Legende. Eine Untersuchung zur Kultgeographie und Legendenbildung des Mittelalters"  Échos d'Orient Volume 37 Numéro   191-192pp. 464-470

 

  http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_1146-9447_1938_num_37_191_3006_t1_0464_0000_2#

— GUDIOL RICART, J.. Historia General del Arte Hispánico. Pintura Gótica. 1955. P.389.Il.334.; Ars Hispanie. T.IX. Ed. Plus Ultra. Madrid. (citée par le Musée des Beaux-Arts) 

— IZQUIERDO, Rocío; MUÑOZ, Valme. Museo de Bellas Artes. Inventario de Pinturas. 1990. p. 19. (citée par le Musée des Beaux-Arts).

 IZQUIERDO (Francisco Fernández)  La orden militar de Calatrava en el siglo XVI: infraestructura institucional .

— GUENEBAULT Louis Jean 1850,  Dictionnaire iconographique des figures, légendes et actes des saints ... https://books.google.fr/books?id=tRAGAAAAQAAJ&pg=RA2-PT42&dq=%22saint+christophe%22+meule&hl=fr&sa=X&ei=EAh2VdPfC8yvU_2RgqgK&ved=0CCgQ6AEwAg#v=onepage&q=%22saint%20christophe%22%20meule&f=false

— MANZARBEITIA VALLE (Santiago), Universidad Complutense de Madrid, 2010,  "El mural de San Cristobalón en la iglesia de San Cebrián de Muda. Pintura medieval y devoción popular: del mítico Cinocéfalo al Polifemo cristiano"  Anales de Historia del Arte 293 2010, Volumen Extraordinario 293-309.   

http://revistas.ucm.es/index.php/ANHA/article/viewFile/ANHA1010010293A/30823


— MAYER, A.. La Pintura Española. 1926. P.75.; Col. Labor. Ed. Labor. Barcelona-Buenos Aires. (citée par le Musée des Beaux-Arts) 

— PARAVENTI, Marta, 1997, San Cristoforo, protettore dei viandanti e dei viaggiatori : l'iconografia in Europa, in Italia e nelle Marche con particolare riferimento al sec. XVI, <8> p. de pl.; 13 ill. (11 col.) , ISBN 8839204334   non consulté.
— RIGAUX (Dominique)1996,  "Une image pour la route. L'iconographie de saint Christophe dans les régions alpines {XIIe-XVe siècle)"  Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public Volume 26  pp. 235-266 

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/shmes_1261-9078_1996_act_26_1_1681 

 

— VALDIVIESO GONZÁLEZ (Enrique), 1993. La pintura en el Museo de Bellas Artes de Sevilla. 1993. p. 24 - 27.; (citée par le Musée des Beaux-Arts) 

— VORAGINE (Jacques de) 1261, ou IACOPO DA VARAZZE, Legenda aurea, traduite en français par JEAN DE VIGNAY sous le titre de Légende des Sains au plus tard en 1348.

Bnf Fr. 242 folio 149r Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8426005j/f313.image

Bnf fr. 244-245 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8442920n/f1.image

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Saint Christophe.

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  • : Le blog de jean-yves cordier
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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