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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 10:45

L'ossuaire (microdiorite quartzique, 1639-1640) de l'enclos de La Roche-Maurice.

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Sur La Roche-Maurice, voir :

 

—  sur l'église Saint-Yves  :

 

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— Voir sur les autres monuments de la commune :

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— Sur les ossuaires, voir :

 

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PRÉSENTATION.

Où je cède la parole aux bons auteurs :

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"L’ossuaire, placé en face du porche, porte les dates de 1639 et de 1640 gravées sur le fronton de la porte et sur le pignon sud. On y retrouve les mêmes dispositions qu'à l’ossuaire de Pencran, mais avec plus d'élégance.

Au-dessus de la porte centrale de la façade est inscrite une sentence latine. A gauche se trouve, sous une niche en accolade, un bénitier orné d'un buste de la Mort que tient, non pas la faux classique, ruais l'aiguillon élue lui prête l'iconographie du moyen âge. Le phylactère qui contourne l'accolade de la niche porte ces mots : Je vous tue tous.

Sur la partie inférieure de la façade, un cartouche, du côté droit, porte une tête de mort, un autre des ossements, un autre des entrelacs. Sur tous les autres cartouches se détachent des personnages à mi-corps : un paysan la bêche sur l'épaule ; une jeune fille tenant une fleur ; un homme de loi un rouleau à la main ; un mendiant, un prêtre, un bourgeois. Cette série d'images des diverses conditions humaines rappelle les danses macabres. On trouve une série analogue à l'ossuaire de Ploudiry." (Lécureux)

 

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"À La Roche-Maurice, en 1639-1640, on aboutit à la formule définitive des grands ossuaires et à l'édifice le plus parfait de l'atelier. À l'étage inférieur, les baies sont séparées par des colonnes corinthiennes qui reposent sur un stylobate décoré de panneaux semblables à ceux de Ploudiry. Ces colonnes supportent non plus un cordon, mais un entablement bien marqué avec une corniche sur laquelle s'appuient les niches du second étage séparées par des pilastres. Outre la porte de la façade principale, encadrée comme précédemment par deux colonnes servant d'appuis à un entablement amorti par un fronton triangulaire, une seconde porte semblable, mais encastrée de pilastres, s'ouvre dans le pignon sud." Couffon 1948)

"C'est l'édifice le plus parfait de l'atelier de l'Elorn. Il est de plan rectangulaire. [...] Au-dessus de la porte de la façade, une inscription : " MEMOR : ESTO : IV - 1639 - DICII : MEI : SIC : ERIT : ET : TVVM : MIHI : HODIE : TIBI : CRAS : " Dans la frise de la porte du pignon : " MEMENTO : HOMO : QVIA : PVLVIS : ES : 1640. " Au-dessus du bénitier d'angle, l'Ankou brandit un dard, et le phylactère faisant office d'accolade porte l'inscription : " IE : VOVS : TVE : TOVS. " " (R. Couffon 1988)

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« L’ossuaire. Placé, comme dans d’autres paroisses, sous le vocable de sainte Anne, l’ossuaire porte la date de 1639 au-dessus de la porte de la façade principale et celle de 1640 au-dessus de la porte du pignon sud. Faut-il voir une coïncidence avec le décès en 1638 d’Henri II, duc de Rohan, seigneur prééminencier de l’église Saint-Yves ? Rien ne l’indique. La vocation funèbre de l’édifice est affirmée dans trois inscriptions : la principale au-dessus de la porte de la façade : MEMOR. ESTO. IVDICII. MEI. SIC. ERIT ET TUUM. MIHI. HODIE. TIBI. CRAS. (Rappelle-toi mon jugement, tel sera aussi le tien, aujourd’hui moi, demain toi.), au-dessus de la porte du pignon on lit : MEMENTO : HOMO : QUIA : PVLVIS : ES : (Souviens-toi homme que tu n’es que poussière). L’unique bénitier de la façade est surmonté du buste d’un squelette qui tient une flèche et déclare sur une accolade en rubans : « Je vous tue tous ». Aucune de ces inscriptions ne fait référence à l’espérance chrétienne, elles soulignent le caractère inéluctable de la mort. » (G. Leclerc)

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"Élément constitutif des enclos, il porte ici des dates bien lisibles : 1639-1640. Il est donc bien postérieur aux œuvres jusqu’ici considérées. C’est sans doute l’indice du changement de statut de l’église. Chapelle du château, elle serait devenue église paroissiale.
L’ossuaire, comme son nom l’indique, est construit pour mettre les « ossements du peuple », comme inscrit au fronton du carnel de Pencran.
Depuis des temps immémoriaux, en Bretagne Occidentale, les morts de toute condition sociale, étaient enterrés dans l’église. Quand on allait à l’église « on allait sur sa tombe ». Lorsque les tombes étaient remplies, se déroulait une cérémonie de transfert des ossements dans l’ossuaire. A Guimiliau nous avons l’ossuaire d’attache dans sa forme la plus ancienne. Dans la Vallée de l’Elorn nous avons essentiellement des « ossuaires-chapelles ». Le plus ancien de style Renaissance est à Sizun (1585).
Celui de La Roche est l’un des fleurons de cette lignée. Sur la façade, au-dessus de la porte, une inscription latine :
Memor esto judicii Sic erit et tuum mihi hodie tibi cras « Mémorise mon jugement ainsi sera le tien, à moi aujourd’hui, à toi demain. » C’est le mort qui s’adresse au passant de façon particulièrement abrupte.
Les niches, destinées sans doute aux douze apôtres, comme on le voit à Sizun, sont vides ici." (APEVE)

 

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

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LA PORTE DU PIGNON SUD.

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La porte de plein-cintre  est édifiée dans une belle pierre jaune de Logonna (microdiorite quartzique) extraite en Rade de Brest dans un appareillage de moellons de schiste. Deux colonnes cannelées  à chapiteaux droits servent d'appuis à un entablement amorti par un fronton triangulaire,  centré par un cartouche à cuir découpé renfermant une tête de mort. La clef de voûte s'enfle en une volute généreuse.

L'inscription  de l'architrave est sculptée en réserve, en lettres majuscules entre deux angelots. Elle énonce : MEMENTO : HOMO : QVIA : PVLVIS : ES : 1640. , soit :  "Souviens-toi, homme, que tu es poussière. 1640".

Dans sa forme complète Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris , elle  traduit un passage du Livre de la Genèse (Gn 3:19) où Yahvé s'adresse à Adam après sa chute  : "C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre, d'où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière."

Surtout, elle rappelle au fidèle la formule prononcée par le prêtre lors de l'imposition des cendres du mercredi des Cendres alors qu'il trace une croix avec de la cendre sur son front.

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

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LA PORTE DE LA FAÇADE ORIENTALE.

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La porte de plein-cintre  est édifiée, comme la porte sud, dans la pierre jaune de Logonna (microdiorite quartzique). Deux colonnes à demi-cannelées s'achèvent par des chapiteaux corinthiens. Ils  servent d'appuis à l'entablement amorti par un fronton triangulaire,  dont le décor central entre deux palmes (sans doute un blason) a été martelé.

L'inscription latine déclare :

" MEMOR : ESTO : IV / 1639 / DICII : MEI : SIC : ERIT : ET : TVVM : MIHI : HODIE : TIBI : CRAS : "

 

Elle  se déchiffre ainsi Memor esto judicii ; sic erit et tuum mihi hodie tibi cras
« Souviens-toi du jugement (du sort) qui fut le mien ; c'est le mien aujourd'hui, ce sera le tien demain. »

Ce n'est ni Dieu, ni la Mort, mais bien l'un des défunts, l'un des proches des familles qui s'adresse au passant pour le convaincre de la perspective funeste qui l'attend.  Ce qui, pour un chrétien, est une exhortation à une vie juste et à une pratique du culte et des Sacrements.

-judicium,ii : sentence, jugement, décision, arrêt. D'où : "Souviens-toi de la sentence à laquelle j'ai été condamnée : ce sera la tienne demain."

La finale, mihi hodie cras tibi est une formule très fréquente sur les sépultures.

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

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LE BÉNITIER D'ANGLE ET SON ANKOU. Microdiorite quartzique

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Au-dessus de la cuve à godrons du bénitier d'angle, l'Ankou, squelette personnifiant la mort, brandit une flèche. Il est assis  à cheval sur une double volute  portant l'inscription :  IE : VOVS : TVE : TOVS.  

Ce bénitier rappelle celui, en kersantite, de l'ossuaire (1619) de La Martyre qui tient également une flèche tout en maintenant la tête d'un défunt. 

Il est souvent photographié sorti de son contexte, qui est, ici, le registre inférieur de la façade vers laquelle il dirige sa flèche, et, en fait, également son avertissement " Je vous tue  tous". En effet, c'est la succession des huit personnages qui y sont sculptés en bas-relief qui lui donne tout son sens. Ceux-ci résument toutes les conditions sociales de l'humanité, depuis le pouvoir le plus élevé (le Pape) jusqu'à la situation la plus humble (le Mendiant).

Il mène ainsi un équivalent de ronde infernale et la séquence de l'Ankou et des huit états de la société humaine est une forme des Danses macabres où les squelettes viennent inviter le Pape, l'Archevêque, le Roi, le Noble, le Bourgeois, le Moine, le Bourgeois le Paysan et l'Infirme à les suivre vers le séjour des Morts; comme à Locmaria-an-Iskuit en Plouha, et à Kernascéden.

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Le parallèle s'impose avec l'ossuaire de Ploudiry, réalisé 4 ans auparavant, également en pierre de Logonna, où le squelette tourne sa flèche vers le Paysan, la Femme à la fleur,  le Juge et le Roi tandis que l'ange du bénitier dit : "Bonnes gentz qui par icy passez, priez Dieu pour les trépassez"

 

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

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LES DIX PANNEAUX AUX HUIT PERSONNAGES VISÉS PAR L'ANKOU.

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La représentation des huit personnages emblématiques vise à souligner la vanité de l'attachement aux biens, aux valeurs et aux activités terrestres, et à les soumettre avec dérision au regard transperçant de la Mort, comme dans les Roues de la Fortune. Le Plaisir des sens et la Beauté éphémère, l'attrait pour le Pouvoir temporel, et bien-sûr la recherche de Richesse sont dénoncés par l'ironie habituelle aux moralistes. Mais cette dévalorisation est plus radicale, et moins proprement chrétienne peut-être, puisqu'elle vise également  le Labeur (du Paysan), la Loi, ou la  Théologie. Et même le Malheur est désacralisé et relativisé par la Mort qui  s'apparente moins au regard  de Dieu (Les premiers seront les derniers...) qu'à celui du Temps.

L’homme ne connaît même pas son heure : comme le poisson pris au filet fatal, comme l’oiseau pris au piège, ainsi en est-il des fils d’Adam surpris par le moment fatal qui tombe sur eux à l’improviste. Ec 9:12

 

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1. Le Paysan (sa bêche sur l'épaule).

2. La Femme (tenant une fleur).

3. Le Juge ou Docteur  en droit, (au geste d'argumentation, rouleau en main).

4.  Le Miroir (panneau vide).

5. Le Pape.

6. La Mort (Tête de mort et fémurs croisés).

7. Le Pauvre (le Mendiant infirme).

8. Le Prêtre (ou docteur en théologie).

9. Le Riche (tenant une pièce puisée dans son aumônière).

10. Entrelacs.

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

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1. Le Paysan (sa bêche sur l'épaule).

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 "PAROLES de Qohèleth,   fils de David, roi de Jérusalem.

 Vanité des vanités disait Qohèleth. Vanité des vanités, tout est vanité !

Quel profit l’homme retire-t-il de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ?

Une génération s’en va, une génération s’en vient, et la terre subsiste toujours.

Le soleil se lève, le soleil se couche ; il se hâte de retourner à sa place, et de nouveau il se lèvera."

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En effet, que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ?

Tous ses jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n’a pas de repos. Cela aussi n’est que vanité.

Mieux vaut une pleine main de repos que deux pleines poignées d’efforts à la poursuite du vent. Ec 4:6

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La même figure sur l'ossuaire de Ploudiry :

Ossuaire (1635) de Ploudiry. Photographie lavieb-aile.

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

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2. La Femme (tenant une fleur).

 

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La même figure à Ploudiry :

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Ossuaire (1635) de Ploudiry. Photographie lavieb-aile.

 

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

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3. Le Docteur  en droit, ( en bonnet carré, au geste d'argumentation, rouleau du procès en main).

 

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Une figure semblable à Ploudiry :

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Ossuaire (1635) de Ploudiry. Photographie lavieb-aile.

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

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4. Le Miroir (panneau vide).

Comme le suggère l'APEVE, devant cette figure manquante, "notre désir est grand de combler le vide. II suffit, au matin du jour, de laisser le soleil y projeter son ombre. Nous trouvons alors en bonne compagnie entre le savant docteur et le pape avec sa tiare. "

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

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5. Le Pape.

Il est coiffé de la tiare, tient son bâton pastoral, et trace une bénédiction.

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

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6. La Mort (Tête de mort et fémurs croisés).

 

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

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7. Le Pauvre (le Mendiant infirme, ou L'Aveugle).

Il porte du bissac (une besace) et un bâton, dans une main difforme ou couverte d'une moufle. Sa tête inclinée et fléchie témoigne de sa posture blessée et humble.

La figure de l'Aveugle est présente dans diverses danses macabres européennes.

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

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8. Le Prêtre (ou : l'Official,  docteur en théologie).

Il est coiffé de la barrette de docteur, il élève la main gauche d'un air docte, et tient en main droite un objet que je ne détermine pas. Il porte sur les épaules et devant la poitrine un camail à capuchon frappé d'hermines. Il évoque les statues de saint Yves dans son rôle d'official ou juge ecclésiastique du diocèse de Tréguier, et notamment celle qui se trouve sur la façade ouest de l'église de La Roche-Maurice, exactement en face de ce panneau. Néanmoins, la présence du saint breton n'aurait aucun sens ici, et il est plus logique d'y voir la figure de l'Official dans l'exercice et l'autorité de sa charge.

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

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9. Le Riche (tenant une pièce puisée dans son aumônière).

 

Les ossuaires sont construits, comme déjà les enclos paroissiaux, lors d'une période de prospérité économique liée à la production agricole et à la manufacture des toiles de lin, les créés (breton krez, chemise d'enfant) du Léon. La situation de Landerneau, abrité au fond de la Rivière de l'Elorn, comme celle de Morlaix, permet de participer à la commercialisation en Europe (Espagne et Portugal, Angleterre, Flandre). Les maisons buandières ou kanndi permettent alors le blanchiment du lin, véritable or bleu du Léon. Les paysans-marchands deviennent fortunés.

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 "J’ai entrepris de grands travaux : je me suis bâti des maisons et planté des vignes.

 Je me suis aménagé des jardins et des vergers ; j’y ai planté toutes sortes d’arbres fruitiers.

 J’ai creusé pour moi des bassins dont les eaux irriguent des pépinières.

 J’ai eu des serviteurs et des servantes, leurs enfants nés dans ma maison, ainsi qu’une abondance de gros et petit bétail, plus que tous mes prédécesseurs à Jérusalem.

 J’ai encore amassé de l’argent et de l’or, la fortune des rois et des États. J’ai eu des chanteurs et des chanteuses et ce plaisir des fils d’Adam : une compagne, des compagnes…

Je me suis agrandi, j’ai surpassé tous mes prédécesseurs à Jérusalem, et ma sagesse me restait.

Rien de ce que mes yeux convoitaient, je ne l’ai refusé. Je n’ai privé mon cœur d’aucune joie ; je me suis réjoui de tous mes travaux, et ce fut ma part pour tant de labeur.

 Mais quand j’ai regardé tous les travaux accomplis par mes mains et ce qu’ils m’avaient coûté d’efforts, voilà : tout n’était que vanité et poursuite de vent ; rien à gagner sous le soleil !" (L'Ecclésiaste 2:4-11)

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Qui aime l’argent n’a jamais assez d’argent, et qui aime l’abondance ne récolte rien. Cela aussi n’est que vanité.

Plus il y a de richesses, plus il y a de profiteurs. Que va en retirer celui qui les possède, sinon un spectacle pour ses yeux ?

 Le travailleur dormira en paix, qu’il ait peu ou beaucoup à manger, alors que, rassasié, le riche ne parvient pas à dormir.

Voici un triste cas que j’ai vu sous le soleil : une fortune amassée pour le malheur de son maître.

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

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10. Entrelacs.

 

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

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LES DIX CARTOUCHES SCULPTÉS DES BASES DES COLONNES.

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"Les petites sculptures, au bas des colonnes, sur le cartouche, peuvent intriguer. II s’agit ici, comme ailleurs, de l’insigne donné au compagnon lors de son chef-d’œuvre et qui lui sert de signature." (APEVE)

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L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.

L'ossuaire (1639-1640, microdiorite quartzique) de l'enclos de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile.


 

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ANNEXE.

L'importance du culte des morts trouve en Bretagne des racines profondes.  Mais c'est au début du XVIe siècle, en 1519, que fut rédigé à Plougonven   Le Mirouer de la Mort de Jehan an archer coz (Jehan Larcher), poème en breton de 3602 vers rédigé en 1519  et publié en 1575 au couvent des Cordeliers de Cuburien près de Morlaix. Ce Mirouer aborde le thème des quatre fins dernières de l'homme, la mort, le jugement dernier, l’enfer ou le paradis. 

La présence de la Mort était d'autant plus forte que le Finistère connut, notamment à la fin du XVIe siècle, des épidémies dites de peste, des famines par mauvaise récolte et rudesse du climat, ainsi que des guerres comme celle de la Ligue en 1588-1598.

Les paroissiens ont longtemps privilégié de placer leur sépulture à l'intérieur de l'église. Plus ou moins rapidement confrontés à un manque de place, ils se firent enterrés autour de l'église, puis les ossements durent être rassemblés dans des ossuaires permettant aux familles de leur prodiguer respect, aspersion d'eau bénite   et prières.

On distingue les ossuaires ou reliquaires d'attache, appuyés ou enclavés à l'église, et les monuments indépendants du sanctuaire, et placés généralement contre le mur du cimetière au sud-ouest de l'enclos. Ils sont pour la plupart de forme rectangulaire et orientés nord-sud. Dans certains, une chapelle funéraire précède l'espace réservé aux ossements, comme à Pencran et Lanhouarneau . Ils comportent un, ou deux , bénitiers destinés à asperger d'eau bénite les ossements, accessible par les ouvertures non vitrées. La porte est généralement de plein-cintre couronné d'un fronton triangulaire. Plusieurs sont dédiées à sainte Anne, comme à La Roche-Maurice, Landivisiau, Guimiliau, Lannédern, Plourin-Ploudalmézeau et Saint-Hernin.

Ils sont parfois accolés à l'Arc de Triomphe, ou Porte des Morts, Porz ar Maro, qu'emprunte le cercueil à son entrée dans l'enclos.

L'Ankou est présent à Braspart, armé d'une faux, et à Ploudiry, La Roche-Maurice et Landivisiau, armé d'une flèche.

Les inscriptions en français,  latin ou breton appelant les fidèles au souvenir de la Mort sont présents dans 22 ossuaires de Bretagne, dont 16 dans le Finistère.

Les plus anciens ne sont pas antérieurs au XVe siècle, mais c'est généralement au XVIIe siècle que les églises édifiées près d'un siècle plus tôt entreprennent leur construction : de ce fait, ils offrent au visiteur de très beaux exemples de l'architecture de la Renaissance, notamment introduite en Finistère vers 1570 au château de Kererjean en Saint-Vougay (au nord de Landivisiau) après la parution des recueils d'architectures de Sébastiano Serlio (Livre III, 1540)  et de Philibert Delorme (Le premier tome de l'architecture, 1567).

 

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Les ossuaires du Léon : liste chronologique (Couffon): les enclos de la vallée de l'Elorn sont en rouge.

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Cléden-Poher, v.1575

Lanhouarneau v.1582, par l'atelier du château de Kerjean. 

Landivisiau v.1585, chapelle Sainte-Anne transporté au cimetière. Vallée de l'Élorn

Sizun 1585-1588. Credo des Apôtres.

[Daoulas v. 1581-1598 détruit pour construire la sacristie actuelle. Situé en Cornouaille

Pencran 1594.  Deux étages, le 2ème équipé de niches. Vallée de l'Élorn

Le Faou, 1603, détruit au XIXe

Kernilis 1609 (disparu)

La Martyre 1619. Kersantite. Vallée de l'Élorn

Roscoff, v. 1619. Deux étages,

Landerneau, Saint-Thomas 1635. Granite. Vallée de l'Élorn

Ploudiry 1635. Kersantite. L'Ankou et ses victimes. Vallée de l'Élorn.

La Roche-Maurice (1639-1640). Deux étages, le 2ème équipé de niches. L'Ankou et ses victimes. Vallée de l'Élorn.

Saint-Servais 1643

Plouzévédé 1645

Guimiliau 1648 (chapelle Sainte-Anne). Granite. Vallée de l'Élorn

Hanvec 1653 chapelle Saint-Jean

Loc-Eguiner 1657

Locmélar 1660, chapelle saint-Gouezou, détruit en 1920.

Lampaul-Guimiliau 1667-1669, chapelle de la Trinité inspirée de La Roche-Maurice. Crypte avec Mise au Tombeau. Deux étages, le 2ème équipé de niches. Vallée de l'Élorn

Commana 1677-1687

Saint-Thégonnec (1676-1682) Crypte avec Mise au Tombeau. Deux étages, le 2ème équipé de niches. Vallée de l'Élorn.

Goulven 1709

Pleyber-Christ 1738 sur édifice de 1573.

Sibiril 1743

Plabennec 1745

Guicquelleau 1790

Plougar, XVIIe

 

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Ossuaire du Léon et du nord de Cornouaille, in Couffon.La vallée de l'Élorn en bleu.

Ossuaire du Léon et du nord de Cornouaille, in Couffon.La vallée de l'Élorn en bleu.

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SOURCES ET LIENS.

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— ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, p.67

— APEVE

http://www.apeve.net/spip/spip.php?article239

— CIAP Enclos

https://www.ciap-enclos.fr/le-pays-des-enclos/#Enclos-de-La-Roche-Maurice

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, La Roche-Maurice, in Nouveau répertoires des églises et chapelles du diocèse de Quimper

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/ROCHEMAU.pdf

— COUFFON (René), 1948, L'architecture classique au pays du Léon. L'atelier de l'Elorn. L'atelier de Kerjean. Mémoires de la SHAB, page 67

https://www.shabretagne.com/scripts/files/51ebaffb02bf24.03861061/1948_02.pdf

— LE BARS (Alfred), 1961, Les ossuaires bretons, Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne SHAB

https://www.shabretagne.com/scripts/files/5283732d24ffc6.63778332/1961_04.pdf

— LE GUENNEC (Louis), 1981, Le Finistère monumental II, Brest et sa région page 501

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/eacd0a2ed3929e4b775beec287004c84.pdf

— LECLERC (Guy), 2012, La Roche-Maurice, église Saint-Yves et ossuaire,  Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne , Congrès de Brest SHAB pages 699-711. En ligne :

http://www.shabretagne.com/scripts/files/58e3e365148ef0.21808328/2012_31.pdf

— LÉCUREUX (Lucien), 1914, Congrès archéologique de France.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4224131z/f218.image

— LÉCUREUX, Lucien, La Roche-Maurice, Congrès archéologique de France à Brest et à Vannes., Paris, Société française d’archéologie, 1919, p. 123-127.

http://www.infobretagne.com/roche-maurice-eglise-ossuaire.htm

— MUSSAT (André), La Renaissance en Bretagne.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_150/La_Renaissance_en_Bretagne_.pdf


 

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Published by jean-yves cordier - dans Sculpture Chapelles bretonnes. Ossuaire
24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 14:41

L'abbaye du Relec à Plounéour-Ménez : le Jésus à la ceinture de la statue (calcaire polychrome, XVIe) de Notre-Dame-du-Relec.

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Voir les œuvres en tuffeau :


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L'abbaye cistercienne du Relec à Pounéour-Ménez accueillait le 23 juin dernier "Voix en chœur" qui réunissait  cinq chorales  sous la direction artistique de  Laure Leyzour : le Chœur du Kador de Crozon, l’ensemble A Cappello de Morlaix, l’ensemble vocal Choréa d’Ys de Brest, le Chœur Harmonia de Guesnou et le Chœur Voilà Voilà de Quimperlé.

Pendant cette prestation, chacun pouvait admirer, posée sur une petite estrade au centre du chœur, une très belle Vierge à l'Enfant. Une feuille épinglée en donnait le nom : NOTRE DAME DU RELEG  ; renvoyant au nom breton du sanctuaire Itron Varia ar Releg, dont la pardon avait lieu traditionnellement le 15 août.

En tout cas, malgré le spectacle exceptionnel qui m'était offert par les choristes, mon regard,  moins absorbé et charmé  que mon ouïe, revenait sans cesse vers le visage de cette Vierge, comme vers celui d'une femme qui vous aurait troublé par son charme.

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Notre-Dame du Releg, Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Notre-Dame du Releg, Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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Hélas, je n'ai trouvé que de très parcellaires informations sur cette œuvre remarquable. C'est très certainement elle qui est décrite en 1938 par Henri Pérennès, mais elle occupait alors, au dessus du tabernacle, le centre d'un très riche retable du XVIIe, entre deux cariatides et deux vertus théologales (Force et Prudence). L'auteur en souligne bien alors la valeur exceptionnelle :

"Sur le socle, soutenue par les vertus et les cariatides, repose la statue en pierre de la Vierge, grandeur nature. Le front ceint d'un diadème, vêtue d'un riche manteau d'azur, elle se révèle par sa pose "hanchée" caractéristique comme une œuvre du XVe siècle. La Vierge Marie porte sur son bras l'Enfant Jésus, le front couronné, et vêtu d'une toge verte. Il tient une banderole dorée, dont les longues branches se déroulent sur l'habit de sa mère."

 

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Par chance, une carte postale conservée dans les collections du Musée de Bretagne nous montre ce retable. Elle n'est pas datée, mais c'est l'une des  cartes éditées par les frères Neurdein, dont l'activité cessa en 1918.

http://leonc.fr/cpa/WordPress/category/neurdein/collections-nd-phot/

http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo192401

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CP Neurdein 327 - De MORLAIX à HUELGOAT. Le Relecq. Notre-Dame du / Relecq, vierge miraculeuse Doc. Banéat

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Mais en comparant cette description de Pérennès, et cette carte, avec l'œuvre exposée, on constate vite que cette dernière a perdu son bras droit, qui tenait un long sceptre (ajouté au XIXe avec les couronnes). L'extrémité du bras est démanché de son tenon, soit qu'il soit conservé à part en l'attente d'une restauration (à laquelle la statue se destine à l'évidence), soit qu'il ait été perdu.

La statue n'a rien perdu par contre de sa peinture très dix-neuvième, aux motifs de croix, de rinceaux et de fleurons de perles.

Le chanoine Pérennès n'a bien sûr pas pu examiner de près la statue, ni en faire le tour. Il aurait pu constater qu'elle est sculptée dans une pierre blanche, probablement un calcaire ou "tuffeau", ce qui indique donc une origine hors de Bretagne, le plus souvent en vallée de la Loire.

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Surtout peut-être, il n'aurait pas commis une erreur d'interprétation concernant un "détail" qui lui donne, à mes yeux, toute son originalité.

En effet, regardons l'Enfant Jésus. Il se tient en faux-profil , le corps s'écartant selon une ligne oblique de celui de la Vierge, qu'il ne regarde pas.  Il  ne porte pas "une toge verte" mais il est nu et enveloppé dans le manteau maternel ; sa main droite est tendrement posée sur la poitrine de Marie. Il a perdu le diadème dont la dévotion du XIXe siècle l'avait coiffé. Blond, cheveux bouclés, visage rond, il a tout du divin poupin qu'on attend ici. 

Mais il   tient dans la main, non pas "une banderole", mais un ruban doré qui descend ensuite devant le ventre puis la cuisse droite de la Vierge et s'achève en une pointe sagittée.  Ce n'est rien d'autre que l'extrémité libre de la ceinture de la Vierge !

Quelle idée charmante ! quelle trouvaille touchante de la part de l'artiste pour témoigner de la grâce enfantine de Jésus, qui, comme tout enfant, joue avec l'objet attirant de la toilette de sa mère !

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Notre-Dame du Releg, Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Notre-Dame du Releg, Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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Notre-Dame du Releg, Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Notre-Dame du Releg, Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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Il est alors amusant de suivre des yeux le trajet de la ceinture, mais on en perd un peu la trace en amont de la main de l'enfant. Elle longe l'auriculaire de la Vierge, avec lequel on la confond, et son origine entre le petit pied et la main adulte (d'ailleurs un peu malhabile) est moins précise : j'ai cru un instant qu'il en manquait un morceau, mais non.

En somme, cette ceinture irréaliste (elle serait beaucoup trop longue si elle n'était au service d'une pensée symbolique) entoure le ventre — virginal — de Marie puis  forme une boucle autour de la jambe et de l'aine du Fils, tout en passant dans le creux de sa main.

Est-ce symboliquement Jésus qui tient en main la clôture du ventre virginal, celui par qui sa Mère est jardin clos hortus conclusus et fons signatus selon la lecture typologique " ortus conclusus et fons signatus significat mariam" du Speculum humanae salvationis et Porte close d'Ezéchiel Ezechielis porta Clausa pertransitur

La statue inviterait alors à une méditation mystique sur le thème de l'Immaculée Conception au même titre que d'autres œuvres plus explicite :

 

 

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Notre-Dame du Releg, Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Notre-Dame du Releg, Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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Un autre détail est singulier. La jambe gauche de l'Enfant-Jésus est fléchie, faisant pointer les petits orteils nus devant nous. Mais où est la jambe droite ? 

La question ne s'impose pas : notre esprit imagine cette jambe dissimulée entre le bras et la hanche de la mère.

Mais l'artiste a cru bon de faire réapparaître le pied droit, à l'arrière de la hanche de Marie. C'est cette poche rose incongrue qui pend comme un accessoire dont on tente de comprendre ce qu'il fait là.

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Alors, on examine la statue de 3/4 arrière, et le  peton est là, souris rose et dodue accouchant de cinq souriceaux après avoir percé la poche d'une reine.

Mais il semble bien trop bas, d'autant que la continuité de la cuisse et de la jambe a été perdue parmi les plis d'étoffe bleue dont les décors d'or semblent s'ingénier, par leur brisure, à imiter le camouflage Dazzle.

S'il y a là une "erreur" d'anatomie, on la pardonnera comme on pardonne à Ingres l'interminable dos de la Grande Odalisque  ses trois lombaires de trop, comme mon maître Jean-Yves Maigne nous y incite.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1079534/

Notre-Dame du Releg, Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Notre-Dame du Releg, Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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Après avoir décrit ces deux singularités de cette œuvre, — pour inciter les amateurs éclairés à en signaler d'autres exemples — il est temps de considérer à nouveau cette Vierge à l'Enfant. En premier lieu, son hanchement, ou contrapposto, rendu naturel par la nécessité de porter l'enfant. Le corps souple, élancé, dont l'abdomen est (légèrement ) saillant.  La jambe droite, à peine avancée. Les souliers noirs pointus. 

Le manteau mi-long, dont les plis imposés par l'avancée du bras droit dessinent trois bandes horizontales. 

La robe, à l'encolure ronde, serrée  avec la ceinture très haute. Et la poitrine, plate, aux volumes peu ou pas soulignés.

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Notre-Dame du Releg, Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Notre-Dame du Releg, Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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La tête couronnée est couverte d'un voile en coque carrée aux trois plis souples symétriques.

Le visage est carré dans sa moitié haute et triangulaire en partie basse, sous des pommettes en pomme. La petite bouche fermée domine un petit menton.

Le front et les sourcils sont épilés, les boucles de la chevelure brune couvrent le haut des épaules.

Le regard de Marie est grave, pensif, comme celui de son Fils, mais l'impression du visage, une fois le spectateur placé à distance raisonnable, se transforme. La Mère de Dieu apparaît comme une jeune femme franche, accueillante, souriante, tempérant la conscience de la gravité de sa fonction par une disponibilité entière à son rôle d'intercession : c'est le regard d'une mère tenant son enfant plus jeune tout en observant les aînés avec bonté.

En conclusion, nous avons ici toutes les caractéristiques d'une Vierge à l'Enfant fidèle à l'idéal de beauté de l'art gothique, un chef d'œuvre  dont nous aimerions entendre les spécialistes nous dirent l'époque (XIVe ou XVe ?), et l'origine (ateliers du Val de Loire, de Normandie ou du bassin parisien ?). 

(*) Elle daterait en réalité (administration de l' abbaye du relec) du XVIe !

Le Finistère (dont les sculpteurs ont taillé le kersanton surtout à partir du XVe siècle)  ne conserve pas beaucoup de sculptures religieuses anciennes en pierre calcaire. 

J'ai décrit la Vierge allaitant son Fils (XIVe) de la chapelle de Languivoa à Plonéour-Lanvern ; la Pietà de la chapelle Saint-Herbot de Plonévez-du-Faou  ; le cénotaphe de Thomas James à Dol (1507) ; le retable et la Sainte Apolline de La Houssaye près de Pontivy (vers 1510, atelier d'Amiens ?) ; la Mise au tombeau de Quimperlé (vers 1500). 

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Notre-Dame du Releg, Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Notre-Dame du Releg, Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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COMPLÉMENTS.

1. Jalons de datation.

L´abbaye cistercienne  du Relec, fille de Bégar (22), fut fondée le 30 juillet 1132 et dédiée à Notre Dame.  Des modifications notables ont eu lieu sous l´abbatiat de Guillaume Le Golès (ou Goalès, ou Le Goalès de Mézaubran), en charge de l´abbaye entre 1462 et 1472 . Entre 1680 et 1694, le prieur de l´abbaye, Jean-Baptiste Moreau, est à l'origine d'importants travaux : dans la partie nord du transept de l´église, il fait supprimer une chapelle afin de mettre en place, en 1691, dans l'aile nord un escalier monumental en pierre donnant accès au dortoir des moines . L'inscription suivante, en dessous du cadran d'horloge, dans une fenêtre, aujourd'hui murée, de l'escalier des moines, peint au dessus de l'escalier, en rappelle le souvenir .

Enfin, et surtout eu égard au culte marial, des peintures murales ont été récemment restaurées (2019), datant du XIIe au XVe siècle. Selon Joseph Le Bigot en 1884 puis H Pérennès, on y voyait dans la chapelle entourant le chœur  la Vierge entourée d'abbés, ce qui ne s'est pas confirmé. 

 

"Géraldine Fray, restauratrice, explique le côté remarquable des peintures. « Nous avons trouvé des fragments de peinture datant du XIIe siècle, puis d’autres datant des périodes successives jusqu’au XVe siècle. Ce qui est exceptionnel et très rare en France, ce sont ces décors peints dans une abbatiale cistercienne car cet ordre monastique se caractérise par le dépouillement et une certaine austérité architecturale. Le fait d’avoir ici des motifs peints datant de cette période est vraiment une grande chance car on peut dire qu’elles reviennent de loin !  »

Sur les murs des deux chapelles se dessinent des scènes bibliques, de type figuratif, peintes à base de pigments de terres aux couleurs ocre rouge et ocre jaune. « Nous n’en sommes qu’au début, mais on peut distinguer six ou sept périodes différentes. Les peintures sont très fragiles et nécessitent un grand soin de la part de toute l’équipe. » (Ouest-France

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" MONASTERII. AERE. REPARATA. SUNT. AUCTA. ET. ORNATA. TECTA. AETATE. CASURA. JOANNIS. BAPT(IS)TAE. CURA. ARCHIMANDRITAE. 1691.

AUX FRAIS DU MONASTÈRE ET PAR LES SOINS DU CURÉ ET ARCHIMANDRITE JEAN-BAPTISTE [MOREAU] SONT RÉPARÉS, AGRANDIS ET DÉCORÉS LES BÂTIMENTS EN MAUVAIS ÉTAT, 1691.

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Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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L'horloge.

 " EX MOMENTO PENDET AETERNITAS. "

"D'UN MOMENT DÉPEND L'ÉTERNITÉ."

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Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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Les Peintures murales. 

 

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1°) Inscription datée : invocation.

Sur cartouche bicolore ocre rouge et blanc, au dessus de carrés à décor floral (pochoir ?). 

 

E IGER PRV DE

PRIEZ POVR NOVS

160-

 

 

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Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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2°) Trois anges musiciens : instrument à vent et instrument à corde ( voûte  nord) et à percussion (mur sud).

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Sur les peintures murales (rares en Finistère) et sur les anges musiciens,   voir  :

 Bretagne :

Hors Bretagne :

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Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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Joueur de chalémie ??

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Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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Ange joueur de mandole ?

Je ne vois pas d'archet : cordes frottées.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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Deux anges dont un joue du tambour.

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Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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Ange Gabriel de l'Annonciation (mur nord).

 

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Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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Lion ou lionceau devant le bras d'un personnage.

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Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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Visitation.

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Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

Abbaye du Relec à Plounéour-Ménez. Photographie lavieb-aile 23 juin 2019.

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SOURCES ET LIENS.

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/eac06580cade2ea04093dc8ef7a6a695.pdf

 

Couffon, Répertoire des églises : paroisse de PLOUNEOUR-MENEZ,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 24 juin 2019, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/980.

Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

— MORICE (Pierre-Hyacinthe)

https://books.google.fr/books?id=Ze0DAAAAQAAJ&pg=PA547&lpg=PA547&dq=%22Notre+Dame+du+Releg%22&source=bl&ots=ztGZpdQIVm&sig=ACfU3U3N9V2Ec35WSC6c_AjLfqMQMTUcsw&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwjvjZyp3oHjAhXqAmMBHerlD6gQ6AEwBHoECAkQAQ#v=onepage&q=%22Notre%20Dame%20du%20Releg%22&f=false

— PÉRENNÈS (Henri), 1932, “Notre-Dame du Relec en Plounéour-Ménez : une vieille abbaye bretonne,”, Quimper

http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo192401

— PATRIMOINE : INVENTAIRE GENERAL.

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/ancienne-abbaye-de-cisterciens-le-relecq-plouneour-menez/79bbf8e4-f56c-4fbf-88dd-254cba7957d6

— BLOG DIDIERLEBRESTOIS (photo de la statue)

http://www.didier-le-brestois.com/2017/03/l-abbatiale-monument-historique-du-relecq.html

— OUEST-FRANCE 

https://www.ouest-france.fr/bretagne/plouneour-menez-29410/plouneour-menez-des-peintures-remarquables-l-abbaye-cistercienne-du-relec-6137929

— PRIGENT, Christiane. 1981, Etude de quelques sculptures bretonnes influencées par les modes venues des pays nordiques. Dans : Bulletin de la société archéologique du Finistère, t. CVIII, 1981.

 — PRIGENT, Christiane, 1982, . Les statues des vierges à l'enfant de tradition médiévale: XVe- XVe siècles dans l'ancien diocèse de Cornouaille  Prigent, Christiane. - [Université de Rennes] (1982)

 

— Comparez avec

https://www.louvre.fr/oeuvre-notices/vierge-lenfant-de-la-sainte-chapelle

Notre-Dame de Bonne-Garde, Église Notre-Dame de Parigné (35), tuffeau, peinte polychrome, XIVe siècle.

http://patrimoine-mobilier.archives.ille-et-vilaine.fr/pages/chantiers/fiches_restauration/StatueNotreDame.ht

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Published by jean-yves cordier - dans sculpture
27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 09:27

Le gisant (kersanton, 1460) de Jean de Kerouzéré en l'église de Sibiril (Finistère) par le Maître du Folgoët (1423-1509).

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 "Les tombeaux de saints très populaires et de membres de l'entourage princier témoignent de la volonté du pouvoir ducal sous Jean V de mettre l'art à son service. On peut penser que les commandes adressées en ces circonstances laissent une faible marge de manœuvre aux artistes" (Le Seac'h p. 91)

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— Sur les gisants, voir aussi ici :

et aussi :

-- Le gisant du seigneur de Liscoët en Botquélo (22), limite XIV-XVe.

-- Le gisant de Perronelle de Boutteville et Bertrand de Trogoff (église Notre-Dame-de-l'Assomption au Faouët par l'atelier du Folgoët.  Début XVe, granite, h. 1,70, 1. 0,86. Gisants représentés sur un lit funéraire : à gauche, personnage masculin (Bertrand de Trogoff?), coiffé en calotte, vêtu d'une armure; à droite, personnage féminin (Perronnelle de Boutteville,?) portant une coiffure à cornes.

-- Le tombeau de saint Ronan dans la chapelle du Pénity de l'église de Locronan, partiellement par l'atelier du Folgoët.

-- Le tombeau de saint Jaoua à Plouvien par l'atelier du Folgoët.

--Le tombeau du chanoine de Nantes Laurent Richard en l'église de Plouvien vers 1555.

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— Sur les réalisations de l'atelier ducal  du Folgoët entre 1423 et 1509, voir :

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Ce tombeau a été superbement décrit par Emmanuelle Le Seac'h dans sa thèse, publiée en 2014. Je ne saurai mieux rendre hommage à la qualité de son travail qu'en citant sa description (en retrait et entre guillemets), qui est un modèle du genre.

PRÉSENTATION.

C'est "un tombeau à élévation droite sur lequel repose un gisant, mesurant  0,95 m de haut, 2,21 m de long et 0,50 m de profondeur" (inventaire général du patrimoine). Il occupe le coté sud de l'église de Sibiril, à 1 km au sud du château de Kerouzéré (Maps). On demandera les clefs à la Mairie. Mais si, comme moi, vous oubliez votre matériel photo après avoir glissé les clefs dans la boite à lettre de la mairie en fin de journée, sachez qu' une habitante demeurant sur la place en possède un double. Merci à la très aimable bouchère-charcutière qui m'a donné ce renseignement et m'a permis de récupérer mon pied télescopique.

 

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"À Sibiril, dans l'église Saint-Pierre, qui est très commune, se cache un tombeau du premier atelier du Folgoët [1423-1468] d'une excellente facture. Appuyé contre un pilier séparant la nef du bas-coté sud, il est constitué d'une dalle qui repose sur un coffre formé de deux plaques latérales divisées chacune en quatre panneaux et d'une petite sous la tête du gisant. [...] Le tombeau s'inspire de celui du seigneur de Liscoët à Boquého, paroisse près de laquelle Jean de Kerouzéré avait hérité de la terre d'Avaugour en Plésidy (Copy, 1986)" (Le Seac'h)

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Jean de Kerouzéré, mort en 1460 sans héritier mâle, était échanson de duc Jean V. Il participa au siège de Champtoceaux le 5 juillet 1420. En récompense, il reçut les faveurs du duc.

Néanmoins, cette attribution communément admise a été réfutée en 2020 par Paul-François Broucke sur la base ARMMA sur de solides arguments : il s'agit en réalité du gisant d'Éon (ou Yvon) de Kerouzéré, père de Jean II et décédé en 1435 ou un peu avant. Mon article de vulgarisation, rédigé en 2017, est désormais caduque, et je renvoie à la notice de l'ARMMA :

https://armma.saprat.fr/monument/sibiril-eglise-saint-pierre-gisant-deon-de-kerouzere/

On y trouvera une passionnante analyse héraldique, stylistique et historique.
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a) Le duc Jean V captif à  Champtoceaux . 

Le 13 février 1420, la famille de Penthièvre invite son rival Jean de Montfort (le duc Jean V) sur ses terres et l'enlève. Le duc est détenu à Champtoceaux, puis promené en France de prison en prison.

Durant la Guerre de Succession de Bretagne entre Penthièèvre et Montfort, Marguerite, fille du connétable Olivier V de Clisson et dame de Champtoceaux est la prétendante des Penthièvre. Elle aspire au titre de duchesse de Bretagne, et avec l'aval du dauphin, le futur Charles VII, elle capture Jean V de Bretagne par la ruse et l'enferme dans la Tour du Diable de sa citadelle de Châmptoceaux.  Le siège de 1420 de Champtoceaux  s'étalant sur près de 3 mois,  se termine par la victoire de l'armée du duc de Bretagne. Au terme du siège, le château et la ville sont totalement rasés par les forces bretonnes. Le prisonnier libéré fera démanteler totalement la citadelle avec interdiction de reconstruire à l'intérieur de l'enceinte. 

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b) Le duc Jean V récompense les membres de la noblesse qui lui ont assuré leur appui et ont permis sa délivrance.

La petite noblesse se caractérise dans son ensemble par sa fidélité aux Montfort. Par le domaine ducal, le duc est parfaitement implanté dans tout le duché et possède de très nombreux vassaux. Par ailleurs, les faibles revenus d'une grande partie de la petite noblesse l'obligent à servir le duc pour rehausser son niveau de vie, dans la garde, l'armée et l'administration. (Coativy) Parmi les anoblis ou les familles fraîchement enrichis par la faveur ducale, on compte les Kerouzéré.  En l'espace de deux générations, cette famille passa de la moyenne à la haute noblesse, grâce aux faveurs du duc et se paye un château de pierre, une haute justice (1445) et des foires. En 1457, le duc Arthur III donne ainsi "congé au sire de Kérouzéré de fortifier la place et la maison de Kérouzéré". Puis en 1459 et 1468, François II accorde deux mandements ducaux relatifs à la fortification de Kérouzéré.

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Preuves de Dom Morice coll. 1094 Donation faite par le Duc à Jean de Kerouzéré, son eschanson: 

"Jehan par la grâce de Dieu Duc de Bretaigne, comte de Montfort et de Richemond...salut. Comme aucunes fois nous bien acertennez des bons & notables services que nous avaient faictz nostre bien amé & féal Conseiller Eon de Kerouzeré nostre President, & nostre bien amé & féal Escuier & Eschanson Jean de Kerouzéré filz dudit Eon, & en special au faict du recouvrement de nostre personne prinse & empeschée par très-faulce & desloyale trahison par Olivier de Blays, & Charles son frère, & au vengement de celle trahison, scavoir ledit Eon en conseillant & adverissant & faisant les dilligences qu'il pouvait faire, & ledit Jean employant son corps en péril & adventure, lui accompagné de plusieurs de ses amis en guerre que avoeint faicte nos bons, vrais & loyaux cousins, féaux subjectz de nos Barons, Chevaliers & Escuyerrs ausd. De Blays, & à leur mère soustenant ceste trahison, tellement mercy à Dieux que par les dilligences que avoeint faicyte nos dits cousins, féaux & subjectz la delivrance de nostre personne s'estoit ensuivie, desquelz services & à bon droicts nous nous tenions pour bien contens, & encore faisons : ...desirant l'avancement de nostredit Escuyer & Eschanson, à luy & à ses hoirs masles procréés ou à procréer en mariage en perpetuel à jamais à héritaige cinquante livres de rente, vallentes & levantes chacun an à jamais sans faillir ; & avecques cinquante livre de rente vallentes et levantes chacun an à la vie dudit Jean tant seulement à estre assises et assignées audit Jean en la chatellenie de Chastelaudren en heritaiges qui furent audit Olivier de Blays....A Vannes le 2 jour de juin l'an 1421."

"Olivier de Blays" désigne Olivier de Blois, comte de Penthièvre.

Voir aussi l'Histoire de Bretagne d'Argentré.

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c) Armorial et Nobiliaire :

 

"Kerouzéré (de), baron dudit lieu et sr. de Kersauson, en Sibiril, — de Kerménaouet et de Menfantet, en Cléder, — de Trogoff, en Plouescat, — de Kerandraon et de Keraliou, en Plouguerneau, — de Kerdrein, — de Kernavallo, — de Kerangomar, en Taulé, — de Trévéhy et de Tromanoir, en Plouénan. Réformes et montres de 1426 à 1534, dites paroisses, évêché de Léon. Blason : De pourpre, au lion d'argent. Devise : List, list (laissez, laissez).

Kerouzéré a produit :

— Eon, président universel de Bretagne en 1390.

— Jean, son fils, échanson du duc Jean V, qui bâtit le château de Kerouzéré, épousa Constance Le Barbu, dame de Trévéhy.

— Yvon, conseiller et chambellan du duc François II, en 1462.

La branche aînée fondue, en 1527, dans Kerimel de Coëtnizan, d'où la baronnie de Kerouzéré a passé par alliance aux Bois-Eon. "

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d) les titres de Jean de Kerouzéré

Échanson : ou Premier échanson, puisque les ducs de Bretagne n'eurent que des premiers écuyers et premiers échansons : voir la liste des échansons sur Infobretagne. 

Écuyer : "Les plus grands seigneurs (du duché de Bretagne) ne prenaient pas d'autre titre que celui d'écuyer, avant d'être parvenus aux honneurs de la chevalerie."  

Homme d'armesOn doit à Charles VII la constitution de la première armée de métier permanente en Europe, par la grande ordonnance de 1445 qui crée les compagnies d'ordonnance pour former la cavalerie de l'armée de campagne. Sont alors créées 15 compagnies de 100 lances, une lance étant un groupe de 6 hommes : un homme d'armes, qui dirige la lance, un coutillier (fantassin armée d'une coutille, dague qui peut être fixée à une hampe) , trois archers et un page.

Un homme d'armes est un cavalier : pour combattre, il monte un cheval de guerre ou  coursier, mais il doit posséder aussi un cheval de somme, le sommier, pour porter ses bagages. 

Pour être homme d'armes, il fallait être bon gentilhomme et avoir au moins quatre quartiers de noblesse.  Une ordonnance de Pierre de Bretagne de 1450 précise les équipements requis pour la montre, selon les richesses estimées allant de 140 à 500 livres de rentes : au minimum, être " en estat et appareil d’homme d’armes pour sa personne, bien armé son corps et bon cheval, avec un coustilleur et un page montez, les chevaulx compétantz,", pour d'autres "brigandines, bonnes salades ou à tout le moins bons paletocs armés de nouvelle façon, sans manches à lesches de fer ou mailles sur le bras, avec bons jusarmes ou arcz s’ils s’en scavent aider" et pour les plus fortunés, trois archers, un jusarmier, un coustilleur et un page " 

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Dalle du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Dalle du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La partie supérieure (dalle ou gisant).

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"L'homme d'armes se tient les mains jointes, à plat, les manches serrées. Le col de son bliaud remonte haut sur le cou, rigide et échancré au niveau de la pomme d'Adam. Il porte sur les épaules un camail, petite cape sans manches, dont les plis en volutes richement travaillés s'arrêtent au niveau du coude." (Le Seac'h)

Il me semble que le "bliaud" et le "camail" sont en réalité un seul vêtement, la  "cotte d'armes", ou tabard, sorte de tunique mise au dessus de l'armure et portant des armoiries : Selon Wikipédia, "Aux XVe et XVIe siècles, la cotte trouve sa forme classique, composée de quatre pans inégaux de tissu : deux grands et deux petits, formant les manches. À cette époque, on voit apparaître des cottes à la finalité clairement somptuaire, faites de draps d'or, satins et damas de soie, richement brodées et frangées; cela a pour principale conséquence de rendre le vêtement lourd, rigide et peu commode sur les champs de bataille. De fait, au XVIe siècle, on le retrouve plus dans l'iconographie que sur le front. C'est ainsi le vêtement par excellence du chevalier se faisant représenter en donateur dans les œuvres de dévotion, tableaux, et vitraux."

La chemise ou la tunique, très ajustée aux poignets, n'apparaît que sous le coude, et au niveau du bassin, sous forme de pointes triangulaires.

L'écuyer ne porte ni casque, ni gants, ni éperons.

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La tête du gisant.

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"La tête du gisant repose sur un coussin dont le moelleux est rendu par une house aux motifs quadrillés. Quatre pompons sphériques dont deux ornés de pampille, parachèvent la décoration soignée.

Les cheveux du gisant sont coiffés à la manière du Folgoët. Ils partent d'un point sur le haut du crâne et s'étalent en mèches ondulées puis tombent en boucles sur les cotés du visage et s'arrêtent à hauteur de mâchoire.

Le front est ceint d'un mince bandeau torsadé. Le visage est taillé en ovale avec le philtrum et la fossette mentonnière creusés. Le sillon naso-génien est légèrement creusé. Le nez est droit avec la pointe épaisse. Les yeux bridés en amande sont surlignés de paupières et les arcades sourcilières sont nettes." (Le Seac'h)
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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Les anges.

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"Deux anges assis posent leurs mains sur le crâne avec délicatesse . Ils sont vêtus d'une aube et d'un manteau dont les pans superposés forment des plis fluides qui laissent à découvert le bout de leurs pieds. Leurs ailes sont repliées dans le dos en forme de coquillage.

Les deux anges sont coiffés pareillement avec aussi un mince bandeau qui leur enserre le crâne. Leur visage est empreint d'une douceur enfantine avec des joues pleines et rondes, le nez camus. Les lèvres sont sculptées en une moue plus triste pour celui de gauche du gisant, à droite, elle est plus gourmande." (Le Seac'h)

 

 

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le geste de compassion et de tendresse des deux anges.

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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L'ange de gauche.

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le milieu du corps.

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"Le gisant est revêtu d'un bliaud dentelé et aiguisé dans le bas, resserré à la taille par une ceinture de chevalerie à boucle carrée imitant le métal et décoré sur son pourtour de la devise de la famille inscrite en caractères gothiques : « LIST, LIST » qui signifie « Laissez, laissez »." (Le Seac'h)

Je trouve dans le dictionnaire de Le Gonidec le verbe leuskel ou lezel « laisser, abandonner » ou encore dilezel, « abandonner, quitter, céder, se désister » :   https://books.google.fr/books?id=YYkCAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=dictionnaire+breton&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjPx8iSsffVAhWCVBoKHeDPC4MQ6AEIJzAA#v=onepage&q=laisser&f=false

Faut-il le comprendre comme un cri de guerre adressé à l'adversaire : "Abandonne ! Abandonne ! " ou bien, ce qui semble mal convenir et être anachronique, comme une injonction personnelle de lâcher-prise ?

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La ceinture et la devise.

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Les armes.

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"Il est équipé de genouillères et de solerets et est fortement armé avec une épée sur la hanche gauche, dans son fourreau, maintenue par une lanière passée dans la boucle de la ceinture, un sabre posé à plat entre ses jambes et une dague glissée sous la ceinture du coté droit dans une bélière* ronde qui en accueille la garde ." (Le Seac'h)

* bélière : "Anneau servant à suspendre ..., un sabre ou encore la courroie servant à attacher le sabre au ceinturon."

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Emile Souvestre  emploie en 1836 le terme d'épée portée au coté, de "jacquemart" placée au centre,  "dague" ou "miséricorde" dans sa description du gisant.

Les deux épées ne diffèrent que par leur taille (plus courte au centre) et par leur garde (avec pommeau en cœur à gauche). Elles sont toutes les deux à double tranchant (excluant le terme sabre, lame à un seul tranchant). La garde est recourbée aux extrémités. Ces lames à profil triangulaire à tranchants larges sont celles d' épées du XVe siècle,  adaptées à l'estoc et à la taille .(l'estoc est l'acte de frapper l'adversaire par la pointe de l'arme, pour le transpercer et menacer ses organes vitaux. la taille est l'acte de frapper avec le tranchant de la lame, et de causer de longues entailles).

L'une des deux épées  est peut-être plutôt une épée d'estoc, plus longue et  qui fait office de lance, et l'autre l'épée d'armes pour frapper de taille. "Les hommes d'armes des compagnies d'ordonnance avaient l'estoc accroché à un arçon de la selle, la masse d'armes à l'autre, l'épée d'armes à la ceinture, et la lance au poing" (René de Belleval, La panoplie du XVe au XVIIIe)

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L'épée est portée à gauche, comme le veut l'usage. Je distingue le fourreau et sa chappe (partie haute, triangulaire)   La lanière est bien visible, elle passe dans deux trous de la ceinture. 

 

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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L'épée placée entre les jambes.

Emile Souvestre la désigne sous le nom de "jacquemart", synonyme rare de braquemard ou braquemart, nom d'une "épée large et courte à deux tranchants" devenu synonyme d'épée depuis Montaigne.

[Le mot braquemard apparaît au Moyen Âge et proviendrait du mot néerlandais désignant un couteau. Celui-ci devait ainsi être robuste avec une lame courte, large et forte. Il prend la signification d’épée dans la langue française grâce à Michel de Montaigne, qui emploie le mot braquemart pour traduire l’épée des escrimeurs allemands. Par extension, le mot a servi à désigner le pénis en argot.]

Cette épée très proche de celle portée à gauche mesure une soixantaine de centimètres. Ce qui est particulier, c'est la manière dont la poignée retrousse le bas de la cotte d'armes en deux plis qui lui forment un pavillon. Je ne m'éternise pas.


 

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Les pieds chaussés de solerets posés sur un lion tenant un os.

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"Les pieds s'enroulent autour du corps d'un lion couché qui regarde vers lui, les pattes antérieures posées sur un os.

Cette façon d'enrouler les pieds et le geste des anges posant leurs mains avec sollicitude sur le cousin  et les bras du gisant se retrouvent aussi sur les tombeaux de Haute-Bretagne comme celui du seigneur Guillaume Le Voyer, mort en 1415, inséré dans le nu d'un mur de l'église de Trégomar dans les Côtes d'Armor." (Le Seac'h)

 

Ce lion est stéréotypé : avec sa gueule débonnaire, sa crinière méchée jusqu'à mi-corps, sa queue passant dans l'entre-pattes et étalant sur le dos son extrémité à trois pointes, et surtout l'os placé entres ses antérieures, c'est le "lion de crossettes", celui qui, à coté du dragon ou de l'Ankou, montre aux fidèles, sur le toit des églises et chapelles, que la mort menace chaque homme, qui doit veiller à s'assurer qu'il ne meure pas en état de péché.

Cet os n'a rien à voir avec celui qu'aurait dérobé un chien : il affirme la fonction psychopompe du lion, veillant à guider les défunts. 

Ce lion n'a rien à voir, non plus, avec le meuble héraldique des armes des Kerouzéré, puisqu'on le trouve au pieds de tous les gisants, depuis que l'art funéraire nobiliaire  a été établi par les sculpteurs des tombeaux des ducs de Bourgogne à Champmol.

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Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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LE SOUBASSEMENT ET ES ARMOIRIES.

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"Sur ses plaques sont figurées, en alternance, les armoiries de la famille — « de pourpre, au lion d'argent », — un casque orné de lambrequins et d'un cygne pour cimier surmontant un écusson couché figuré d'un lion. L'ensemble figure dans le même ordre des deux cotés, le lion en écu puis le casque, en partant de la tête du gisant. Le lion se retrouve ainsi à onze reprises sur le tombeau, neuf fois sur les trois faces visible du coffre du tombeau, le dixième aux pieds du tombeau, le dernier en bas-relief sur le bliaud de l'homme d'armes." (Le Seac'h)

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Le coté droit (par rapport au gisant).

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Coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le premier motif : le blason au cygne.

 

Il est décrit par Le Seac'h comme "un casque orné de lambrequins et d'un cygne pour cimier surmontant un écusson couché figuré d'un lion". Il reste à remarquer la présence du tortil au dessus du casque, et les étoiles timbrant le lambrequin.

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Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le deuxième motif : le lion

On regrette l'absence de couleur, car celle du champ du blason des Kerouzéré, le pourpre, est très rare :  elle ne se retrouve en Bretagne que dans trois cas : Kerangomar, Kerouzéré, et Tromanoir.

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Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

 

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2°) Le coté gauche du gisant.

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Le coté gauche du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Le coté gauche du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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3°) Le petit panneau du soubassement, coté tête.

Il porte le même blason incliné sous un heaume à cygne.

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Petit coté  du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

Petit coté du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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SOURCES ET LIENS.

— Base Palissy : objet classé Monuments historiques 1922/01/28.

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palsri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=IM29000914

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palsri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PM29001134

— BROUCKE (Paul-François), Sibiril, église Saint-Pierre, gisant d'Éon de Kerouzéré; base ARMMA

https://armma.saprat.fr/monument/sibiril-eglise-saint-pierre-gisant-deon-de-kerouzere/

— COPY (Jean-Yves, 1986, Art, société et politique au temps des ducs de Bretagne : les gisants hauts-bretons. Aux amateurs de livre, 294 pages, page 140.

— INFOBRETAGNE, "Sibiril":

http://www.infobretagne.com/sibiril.htm

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle , 1 vol. (407 p.) - 1 disque optique numérique (CD-ROM) : ill. en coul. ; 29 cm ; coul. ; 12 cm . Note : Index. - Notes bibliogr., bibliogr. p. 373-395 Rennes : Presses universitaires de Rennes , 2014 Éditeur scientifique : Jean-Yves Éveillard, Dominique Le Page, François Roudaut. Pages 91-92.

— Bulletin SAF 1914 page 18 :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207714b/f81.image

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Published by jean-yves cordier - dans Gisants kersanton Sculpture
15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 17:31

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Ce porche est en partie semblable à celui de La Martyre, en vallée de l'Élorn, et daté vers 1450-1468. Ils sont tous les deux en pierre de kersanton, ils disposent tous les deux, au dessus d'une porte en arc déprimé, d'un tympan représentant une scène de l'Enfance du Christ (Nativité à La Martyre, Adoration des Rois à Rumengol), tous les deux (mais comme partout) d'un Credo apostolique à l'intérieur, et enfin, ce tympan et ces Apôtres sont tous les deux issus du même atelier, actif au Folgoët entre 1423 et 1468.  Ces datations, comme celle du calvaire (entre 1433 et 1457) montrent qu'une partie de l'église date du XVe siècle, et est est antérieure à la date de fondation de 1531 qu'indique l'inscription gothique placée à sa gauche.

 Par contre, à Rumengol,  un tympan intérieur au dessus d'une double porte montre une remarquable Annonciation de pierre , qui ne sortirait pas de cet atelier du Folgoët bien qu'elle soit comparable à celle de La Martyre, et témoigne du grand courant e l'influence ligérien qui traversa alors la Bretagne et n'est absent d'aucun de ses grands sanctuaires" (Mussat 1957) 

Les armoiries qui en ornaient l'intérieur et l'extérieur (sommet et à droite de l'arcade) ont été martelées à la Révolution, mais si on se rapporte à l'écusson du calvaire, ou aux éléments héraldiques les plus anciens des vitraux, on obtient des indices sur la famille du Quélennec, vicomtes du Faou, dans leur alliance avec les Poulmic et les du Chastel. Or, Jean III du Quélennec a épousé Marie de Poulmic en 1433, leur fils Guyon, marié en 1440 avec Jeanne de Rostrenen mourut en 1478, laissant son titre à son fils Jean VI, auquel succède Charles Ier du Quélennec, mariée le 7 février 1518 à Gilette du Chastel. Ces éléments donnerait pour la datation du porche une fourchette de 1433-1518, et  c'est bien l'étude stylistique de la sculpture qui le date de la seconde moitié du XVe siècle.

Je décrirai donc :

1. L'Adoration des Mages (vers 1470).

2. La galerie des Apôtres (vers 1468).

3. L'Annonciation.

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Sous un fronton au gable orné de crochet et fleuron (et d'un cadran de 1638), une arcade gothique surligne le tympan ogival qui surmonte la porte en arc déprimé. 

A droite de l'arcade, un blason est martelé, mais il reste suffisamment lisible pour y distinguer les armes de la famille  de la Bourdonnaye  de gueules à trois bourdons d'argent posés en pal  (Bourdon = bâton de pèlerin muni de deux pommes -sphères-, l'une au trois quarts, l'autre au sommet). Elles sont aussi visibles sur le pignon de l'église du Faou . Voir ici la source de ces info et de l'image

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Ce sont donc les armes de Marie-Flore de la Bourdonnaye-Montluc (née vers 1735) épouse de Nicolas II Magon de la Gervaisais, et Vicomte du Faou . (Louis-Armand de Richelieu, héritier de la Vicomté du Faou, la vendit en 1736 au duc de Rohan, prince de Léon. Les Rohan revendirent en 1762 la vicomté au sieur Magon de la Gervaisais, conseiller au Parlement, en faveur duquel la vicomté du Faou fut érigée en marquisat en 1768 

 

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Porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Armoiries martelées de la famille de la Bourdonnaye, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Armoiries martelées de la famille de la Bourdonnaye, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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I. L'ADORATION DES MAGES (vers 1470).

 

 

Le tympan extérieur est limité en bas par une corniche, soulignée par une frise de feuilles d'acanthe ; en haut par les voussures de l'arc ogival, qui s'ornent d'une étoile et de deux anges thuriféraires. L'ensemble est en pierre de kersanton, mais conserve des traces de polychromie.

En effet, le porche a été repeint dans ses couleurs initiales – comme le calvaire– par le peintre et doreur Ollivier Grall de Landerneau entre 1723 et 1730. Le contrat précisait que le peintre devait faire les personnages "de la mesme forme qu'ils ont été ci-devant, scavoir les robes et les manteaux dorés et le tout de bonne couleur appliqué suivant l'art".

  La couleur rouge du fond et même des personnages pourrait être en rapport avec l'une des étymologies possibles de Rumengol , le breton Ru men goulou (deiz), "la pierre rouge de la couleur du point-du- jour" . Cf Rémungol (56) in H. Abalain. Cette idée de "pierre rouge" et ces mots bretons men ru, mean ruz  évoquent des sacrifices druidiques sanglants dédiés à Toutatès, repris dans le cantique de pèlerinage  Itron Varia Rumengol composé par Guillou Merrer: Var ar mean ruz e skuillet goad, Hag er Chrannou e kreiz ar cboat, A zindan derven Teutatès, Tud veze lazet eb truez. ("Sur la pierre rouge, en tuant sans pitié vous apaisez Teutatès au milieu de la forêt du Crannou").

L'Adoration des Mages illustre le texte de l'évangile de Matthieu 2:1-12 , commémoré lors de l'Épiphanie:

Jésus étant né à Bethléhem en Judée, au temps du roi Hérode, voici des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem, et dirent: Où est le roi des Juifs qui vient de naître? car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer.

Le texte de la Vulgate emploie le terme de magi, issu du texte  grec qui emploie  μάγος . Un mage désigne à l'origine un prêtre perse ou mède (par exemple, originaire de Babylone), réputé pour sa connaissance en astronomie et astrologie. Leur nombre va se fixer à trois, symbolisant les trois âges de la vie. Le plus âgé sera toujours le premier, agenouillé devant l'enfant et lui offrant de l'or.  Pour Bède le Vénérable,  Mystice autem tres Magi tres partes mundi significant, Asiam, Africam, Europam, sive humanum genus, quod a tribus filiis Noe seminarium sumpsit.  :  selon le sens mystique, les trois mages  représentent aussi les trois parties du monde : l'Asie, l'Afrique et l'Europe, c'est à dire le genre humain, qui est issu des trois fils de la semence de Noé". C'est à partir de ces trois fils que la toute la terre fut peuplée, selon le récit de la Genèse (IX, 18-19)

 

 Cette interprétation sera reprise au XIVe siècle, le vieillard Melchior offrant l'or de la royauté du Christ figure l'Europe, alors que le jeune et imberbe Gaspard, qui porte l'encens de la fonction sacerdotale du Christ, figure l'Inde et que Balthazar au teint sombre, qui porte la myrrhe de l'embaumement rappelant l'humanité mortelle de Jésus, figure l'Afrique.

http://www.lexilogos.com/epiphanie.htm

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Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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A gauche, nous trouvons d'abord saint Joseph, de face, barbu et tenant un bâton pour signifier son grand âge. Il est coiffé d'un bonnet évasé.

Puis vient la Vierge, assise, de profil, vêtu d'un manteau qui recouvre sa tête et retombe en plis à volutes. Elle tient l'Enfant-Jésus vêtu d'un petit pagne, légèrement penché vers Melchior qu'il regarde. La chevelure de l'Enfant, en masse arrondie plus épaisse sur les cotés est caractéristique. 

Melchior, selon un mode souvent retrouvé en iconographie, a enfilé sa couronne autour de son poignet gauche. Agenouillé, il regarde l'Enfant et lui présente un coffret. Selon E. Le Seac'h, ses cheveux sont tressés en bandeau et le reste du crâne est lisse, mais je vois plutôt ici un bonnet royal à turban. Sa barbe témoigne de son âge.

La position des deux animaux, de face, en hauteur,  évoque la Nativité du porche de La Martyre :

 

 

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Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Le roi Balthazar, couronné, barbu, vêtu d'une robe serrée par une ceinture, désigne l'étoile de la main droite et tient un ciboire de la main gauche.

Ce mage est proche du Balthazar du porche du Folgoët (1423).

http://a141.idata.over-blog.com/3/43/88/27/epigraphie-tilde/le-folgoet/le-folgoet-4334c.jpg

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Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Le roi Gaspard (l'ordre a-t-il été inversé lors de la repose ? Non, puisqu'on le retrouve au Folgoët), couronné, jeune, imberbe, de face mais les pieds dirigés vers la gauche, tient la cassolette à couvercle de l'encens. Il est vêtu d'une tunique courte mais épaisse serrée par une ceinture.

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Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Dans les voussures, sont représentés deux anges thuriféraires, et l'étoile qui a guidé les Mages. Là encore, il est intéressant de les comparer à ceux du porche de La Martyre. 

Dans la liturgie, un thuriféraire est l'acolyte qui tient et se sert de l'encensoir, récipient contenant l'encens fumant, et qui a été rempli à partir de la navette tenue par un autre servant de messe, le naviculaire. "Le thuriféraire tenant l'encensoir de la main droite par le haut des chaînes, lui donne d'abord de la main gauche un léger mouvement vers la chose ou la personne qu'il encense ; il élève aussitôt après l'encensoir en le lançant devant lui ; puis, le retirant à soi, il le ramène sous le bras droit, observant entre chaque coup d'ostensoir une pause convenable." Cérémonial à l'usage de l'Église du Puy, 1836 .

A La Martyre, les anges tiennent à la fois les chaînes de l'encensoir de la main droite, et la navette de la main gauche : ils sont thuriféraires ET naviculaires. Leur brûle-parfum est représenté en hauteur, lors du geste du lancer.

http://a141.idata.over-blog.com/3/43/88/27/epigraphie-tilde/la-martyre/la-martyre-1922.JPG

Ici, ils ne tiennent que l'encensoir, qu'ils balancent devant leurs jambes. L'un le tient de la main droite, l'autre de la main gauche. L'encensoir ressemble  à une raquette dotée d'une poignée en T.

Ils sont vêtus de l'amict (autour du cou), d'un surplis court, et d'une aube. Ils reposent sur des petits nuages. 

Il est très instructif d'examiner leur chevelure : elle est sculptée en trois macarons (l'un frontal, les autres temporaux) à stries en spirale. Proche de celle de saint Jean sur le calvaire de Rumengol, et assez proche de celle de trois anges du porche de La Martyre.  Emmanuelle Le Seac'h en a fait l'un des traits stylistiques de l'atelier ducal du Folgoët ("autel des Anges" de la basilique), qui aurait été inspiré du tombeau de l'évêque de Quimper Gatien du Monceau, mort en 1416. Ces coiffures flamboyantes, exubérantes, témoigneraient-elles — comme les "cornes" de Moïse — de l'emprise de l'inspiration divine ? 

 

 

 

 

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Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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II. LE CREDO APOSTOLIQUE.

Voir aussi :

Le credo apostolique de l'ossuaire de Sizun. (1585).

Les statues des douze apôtres, d'un mètre de haut, sont contenues dans des niches à coquilles sous des dais gothiques au pinacle élevé pour huit d'entre eux. En 1793, trois apôtres furent décapités et la série fut déplacée.

Saint Pierre est reconnaissable à droite près de la porte d'entrée (c'est sa place habituelle) grâce à sa clef , et il permettra de les décrire en les numérotant en lui attribuant le numéro 1.

Les statues de kersanton ont été peintes, mais il persiste aujourd'hui surtout la couleur blanche, et des teintes roses ou parfois ocres, de rares lèvres carmin, et des verts qu'il est difficile de distinguer de moisissures verdâtres des murs. Il en résulte, sur les photographies, ces allures fantomatiques et surexposées.

 Ils sont tous pieds-nus (c'est une caractéristique des apôtres), tous sont barbus (sauf Jean), et tous ont les cheveux longs. Cinq (quatre à droite) ont une houppette implantée, comme deux tortillons, sur le front dégarni, un privilège habituellement propre à Pierre et à Paul. Certains tiennent en main un attribut qui permet de les identifier alors que cinq autres tiennent un livre et restent anonymes. Ils sont vêtus d'un manteau, et d'une robe qui, pour les six de droite et un de gauche, est serrée par une ceinture. Les plis sont variés, serrés à la verticale, ou en volutes, à bec. La forme des yeux, mieux détectacle lorsque la polychromie est effacée, est en amande avec des paupières ourlées. 

 Chacun tient aussi une banderole où est inscrit un des douze articles du Symbole des apôtres, parfois nommé plus ou moins à tort Credo. Comme l'attribution de chaque article est fixée par la tradition chrétienne, la lecture des banderoles est un autre moyen de connaître le nom de son titulaire... mais il existe une variation des attributions des ... attributs et des articles qui complique les choses. Un autre moyen est de comparer ces statues aux groupes d'apôtres clairement identifiés d'autres églises et chapelles bretonnes, comme sur l'ossuaire de Sizun.

Les apôtres reconnaissables sont :

à droite

  • le numéro 1, saint Pierre,

  • le numéro 4, saint Jean (il est toujours imberbe) 

  • le numéro 6 : il tient une lance :  saint Thomas (Saint Matthieu pour E. Le Seac'h).

à gauche,

  • le numéro 7 : il tient un coutelas, c'est saint Barthélémy.

  • le numéro 8 tient une croix en X, c'est saint André.

  • Le numéro 10 porte un bourdon et un chapeau à coquille, c'est Saint Jacques le Majeur.

Ils ne sont pas placés dans l'ordre qu'ils devraient adoptés dans la succession des articles. Certes, Pierre porte sur son phylactère des bribes du 1er article Credo in Deum Patrem omnipotentem, creatorem coeli et terrae, mais le 2ème article [Et in ] JESVM CHRISTVM FILIVM EIVS VNICVM [Dominvm nostrvm]  est enrubanné autour de Saint André, notre n° 8. Ce 2ème article est bien attribué selon la tradition à André. Il y a lieu de penser que la disposition initiale suivait la tradition établie, et qu'André 'était jadis le voisin de Pierre. 

Si ce prémisse est admis, les versets déchiffrés sur les banderoles des apôtres non identifiés pourraient nous aider à connaître leur nom. Mais comme les inscriptions ne sont pas gravées, mais peintes, elles n'attestent pas du texte d'origine. Des tentatives de correction ont entraîné des mots peints par dessus les autres. Le résultat, c'est que l'ordre et les identités des apôtres ne nous sont plus accessibles.

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Porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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A. Le coté droit du porche.

 

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Apôtres de droite, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Apôtres de droite, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Apôtres de droite, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Apôtres de droite, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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1. Saint Pierre.

Il tient par une courroie deux énormes clefs pendues à son poignet.

On lit des bribes de son verset 

Credo in Deum Patrem omnipotentem, creatorem coeli et terrae.

"Je crois en Dieu le Père tout-puissant créateur du ciel et de la terre".

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Saint Pierre,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Pierre, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint ---

– Son phylactère indique : DESCENDIT AD INFEROS (tertia die RESVRREXIT A MORTVIS . 

C'est le cinquième article, attribué à saint Matthieu (à Rome à la fin du XVe sous le coupole de l'Hôpital du Saint-Esprit de Rome), ou à saint Thomas (E. Mâle, calendrier des Bergers).

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Deuxième Apôtre , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Deuxième Apôtre , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Deuxième Apôtre , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Deuxième Apôtre , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint Jean.

– Identification : par l'absence de barbe.

– Inscription : Et passus SVB PONTIO PILATO CRVCIFIXVS Mortvvs  Article n°4 . Attribution conforme à la tradition (Calendrier des Bergers)

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Saint Jean,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Jean, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint ? Simon.

– Identification par l'inscription : Article n° 10 : REMISSIONEM PECCATORVM

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Cinquiième Apôtre , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Cinquiième Apôtre , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint Matthieu ? Thomas ?.

 — La lance : est l'attribut de saint Matthieu, mais aussi de saint Thomas (Calendrier des Bergers).

–deux inscriptions superposées en sens inverse :

ASCENDIT AD COELOS SEDET AD DEXTERAM PATRIS OMNIPOTENTEM  traditionnellement confié à  Jacques le mineur

VNDE VENTVRVS EST IVDICARE  VIVOS ET MORTVOS  traditionnellement confié à Philippe.

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Cinquième apôtre (Thomas ?),  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Cinquième apôtre (Thomas ?), porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Les apôtres du coté gauche.

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Apôtres du coté gauche , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Apôtres du coté gauche , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Dais gothique polychrome, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Dais gothique polychrome, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint Barthélémy ?

— Identification : par le coutelas, instrument du dépeçage, mode de supplice de Barthélémy.

Pas d'inscription.

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Apôtre Barthélémy,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Apôtre Barthélémy, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint André.

– Identification : par la croix en X, dite de Saint-André.

– et confirmé par l'inscription de l'article n° 2 : [Et in ] JESVM CHRISTVM FILIVM EIVS VNICVM [Dominvm nostrvm].

 

L'apôtre André , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

L'apôtre André , porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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6. Saint Jacques le Mineur.

— Il tient  un livre beaucoup plus épais que les autres.

— Je lis les lettres AS : 

ASCENDIT AD COELOS SEDET AD [dexteram Dei patris omnipotentem]  qui permettent l'identification (Calendrier des Bergers).

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Saint Jacques le Mineur, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Mineur, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint Jacques le Majeur.

– Identification : par les attributs : chapeau à coquille sur le rabat, bourdon.

– Inscription cohérente avec l'attribution traditionnelle (E. Mâle) du Credo apostolique donnant à saint Jacques le Majeur le 3eme article :QVI CONCEPVS EST DE SPIRITVO SANCTO NATUS EX DE MARIA VIRGINE.

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Saint Jacques le Majeur,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Saint Jacques le Majeur,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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12. Saint Matthias.

– Identification : par la banderole :  Il s'agit de l'article n°12 qui termine le Symbole des Apôtres :  VITAM AETERNAM  AMEN

Il devait donc occuper la dernière place.

 

 

Saint Matthias,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Matthias, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Matthias,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint Matthias, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Dernière statue.

– Inscription : superposition de lettres en partie effacées.

 

Saint apôtre,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint apôtre, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint apôtre,  porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Saint apôtre, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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III. L'ANNONCIATION.

Ce groupe occupe l'intrados de l'arcade ogivale au dessus de la double porte d'entrée du porche sud.

Le thème est parfaitement logique pour un grand sanctuaire de pèlerinage dédié à la Vierge, témoignant de son élection, de sa virginité, et, pour beaucoup, de sa conception immaculée. Ce thème figure aussi en bas-relief de la fontaine miraculeuse. L' Annonciation est aussi une fête liturgique, le 25 mars, et cette date était (est) celle d'un des quatre grands pardons de Rumengol avec le jour de la Trinité (le dimanche après la Pentecôte), l'Assomption (15 août), la Nativité de la Vierge (8 septembre) et la Conception de la Vierge ou Immaculée Conception (8 décembre) .

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

L'ensemble en pierre polychrome est sobrement composé de trois "personnages" et d'un meuble central.

En haut, porté par les circonvolutions des nuées,  Dieu Le Père, couronné,  tient le globus cruciger dans la main gauche et trace une bénédiction de la main droite. Ce qui est remarquable, c'est que, de sa bouche, se frayant un trajet au sein de la divine barbe et y laissant un sillage, l'Esprit-Saint, sous sa forme habituelle de colombe, prend son envol et se dirige vers Marie. Ainsi est illustré le fait que c'est la Parole de Dieu, le Verbe, qui va féconder la Vierge, bien que cette formulation ne soit peut-être pas théologiquement correcte.

Plus bas, "sur terre", Marie est agenouillée, à notre gauche, devant son prie-dieu face à l'ange Gabriel qui a fait irruption dans sa chambre. Au milieu, un vase contient un lys à trois boutons dont un seul est ouvert, réunissant ainsi deux symboles de la virginité, le vase (utérin) qui resta clos et la fleur immaculée et qui n'a pas d'étamine, vierge avant, pendant et après l'enfantement. (Virgo concipit, virgo gravida, virgo  cum parturit,/  virgo ante partum, in partu, post partum).

(Saint Augustin, Sermo XXV, Oeuvres T X, )

 

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Dieu le Père et le Saint-Esprit.

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Comme pour la série des apôtres, la décoloration de la polychromie, la perte des ors, l'affaiblissement des rouges, des ocres et des lilas transforme la scène en une apparition évanescente, presque onirique, irréelle, irradiée de blancheur et de silence. 

Dans cette absence de décor et de couleurs, la Vierge a la gravité éloquente d'un pantomime et le Fiat que ne prononce pas sa bouche est proclamé par le geste parfait de ses deux mains. 

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Inutile de tenter de lire la banderole aux lettres humaines et dérisoires alors que l'index angélique est posé, comme sur des lèvres, pour délivrer le message de l'Ave Gratia Plena.

J'ignore encore, au moment où j'écris, quelle est la datation proposée par les experts pour cette Annonciation, et à quel atelier est attribué cette sculpture en pierre de Loire. Mais je suis frappé d'y retrouver la chevelure en mèches entortillées, en petites cornes tressées, qui est celle des anges de kersanton du Folgoët, du porche sud de la cathédrale de Quimper (1424-1442), de celui de La Martyre (1450-1468), de l'Adoration des Mages de Rumengol (v.1468), et dont le modèle fut le tombeau de Gatien du Monceaux :

"Probablement importé, [ce tombeau] daterait des années 1420 et a été réalisé par un sculpteur important qui a copié les anges sculptés par André Beauneveu pour le duc de Berry. Taillé dans le calcaire de la Loire, il a contribué à la diffusion de l'art ligérien en Bretagne. L'atelier du Folgoët s'est à son tour inspiré de ces anges, a intégré leur chevelure et en a fait une marque stylistique qui a à son tour été copiée par un artiste local pour le tombeau d'Alain de Lespervez par un sculpteur local." (E. Le Seac'h, 2014, p. 61).

Comparer aussi cette Annonciation à celle de La Ferrière (22) : la coiffure de l'Ange y est aussi méchée et ébouriffée qu'à Rumengol. Ce serait, réalisé entre 1423 et 1468, une autre réalisation d l'atelier du Folgoët) :

 

http://a398.idata.over-blog.com/3/43/88/27/epigraphie-tilde/La-Ferriere/statues/statues-4154c.jpg

http://www.lavieb-aile.com/article-l-arbre-de-jesse-de-l-eglise-de-la-ferriere-107329857.html

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Nous pouvons aussi nous livrer à une autre comparaison avec l'Annonciation du porche de La Martyre. La Vierge est représentée dans la même posture d'acceptation, le prie-dieu est le frèere jumeau de celui de Rumengol, mais un détail de l'ange Gabriel, sa tunique à manche fendue, est encore plus convaincant : les deux tuniques sont parfaitement semblables. De même, la tenue de la banderole est très comparable. L'auteur de l'Annonciation de La Martyre (vers 1450) aurait pu prendre modèle sur celle de Rumengol ...ou réciproquement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

 

— ABALAIN (Hervé), 2000, Noms de lieux bretons. Ed Gisserot.

https://books.google.fr/books?id=IG0fUrAqvMAC&dq=Ru+men+goulou+deiz&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 

— BILLANT (Abbé Nicolas)  Rumengol, son sanctuaire et son pèlerinage, 1924, sn.  Brest, Imprimeries de la Presse Libérale.

(L'abbé Billant de Saint-Urbain fut recteur de Rumengol de 1920 à ? après avoir été recteur de l'Île Tudy.)

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/eb755cd60bfa806ccd9513f01749829c.pdf

 

 ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, Quimper, Ar de Kerangal.

https://archive.org/details/architecturebre00abgrgoog

— CASTEL (Yves-Pascal), 1991,.Essai d'épigraphie appliquée. Dates et inscriptions sur les croix et calvaires du Finistère du XVème au XVIIIème siècle Ouvrage: Charpiana : mélanges offerts par ses amis à Jacques Charpy..Fédération des Sociétés Savantes de Bretagne, 1991.

— COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FAOURUME.pdf

 

— LECLERC (Guy), 1996-97, Monuments et objets d'art du Finistère (année 1996) : Le Faou, églises Notre-Dame de Rumengol et Saint-Sauveur du Faou  Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (126, p. 145-149)

— LECLERC (Guy), 2000, Monuments et objets d'art du Finistère. Etudes, découvertes, restaurations (année 2000) : Le Faou, église Notre-Dame de Rumengol, porche méridional, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère 2000, (129, p. 59-62)

MUSSAT (André), 1957, article -Rumengol, in Société française d'archéologie. Congrés archéologique de France. CXVe Cession, 1957,  Cornouaille. page 165.  In-8° (23 cm), 285 p., fig., carte, plans. H. c.Orléans : M. Pillault, 37, rue du Pot-de-Fer (Nogent-le-Rotrou, impr. Daupeley-Gouverneur).

—Inventaire du Patrimoine architectural. Région de Bruxelles (Glossaire)

http://www.irismonument.be/fr.p.glossary.14.html

—  Rumengol son sanctuaire et son pélerinage, 1924, Brest, Presses de la Presse Libérale, .

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/eb755cd60bfa806ccd9513f01749829c.pdf

— Infobretagne :

http://www.infobretagne.com/faou.htm

— Médiathèque des Monuments historiques

 http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/mdp_fr

— La fontaine : 

http://fontaines.bretagne.free.fr/view.php?id=72&total=367

—— Sur le Credo  apostolique :

 

— Grant Kalendrier et compost des bergiers , 1529, imprimé à Troyes.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86095054/f89.item.zoom

 

 Émile Mâle http://patrimoine.amis-st-jacques.org/documents/000135_e_male_credo_des_apotres_2.pdf

 

— DIDRON Adolphe Napoléon et ,Edouard, ,Xavier Barbier de Montault, 1855,  Annales archéologiques, Volume 15 :page 239 : le Credo du tambour de la coupole de l'Arcispedale Santo Spirito  de Rome

https://books.google.fr/books?id=gbKfAAAAMAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

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Published by jean-yves cordier - dans Rumengol Sculpture

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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