Le décor sculpté (leucogranite : navires, poissons, Sheela na gig, cheval etc.) de la Tour Carrée (1489) de Penmarc'h.
1°) Sur Penmarc'h, voir :
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PENMARC'H Les vitraux de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h (29). (vers 1510 : fin XIe et 1996)
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PENMARC'H : Ensemble de deux verrières (baies 0 et 2, 1966, 34 m²) de Jacques Le Chevallier pour le chœur de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h (Finistère 29. Bretagne). Une verrière (baie 13, 1975, 8,30 m², composition colorée) de Jacques et Guy Le Chevallier pour les Fonts baptismaux de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h (Finistère 29. Bretagne).
2°) Sur les bas-reliefs maritimes du Cap-Sizun/région de Penmarc'h.
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Les poissons du porche sud (1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h.
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à l'église Saint-Collodan de Plogoff (leucogranite, v. 1547).
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à l'église Saint-Hervé de Ploaré (Douarnenez) (poissons et Fou de Bassan) en 1550.
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L'église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun et ses navires sculptés sur pierre. (v. 1561)
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Les navires sculptés (début XVIIe) de l'église Saint-Raymond-Nonnat d'Audierne.
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Le porche de l'église d'Esquibien (poissons)
liste qui sera à compléter par :
- l'église de Plouhinec (ex Poulgoazec)
-la chapelle Saint-Julien de Poulgoazec
-Chapelle Saint-Yves (moitié du XVIIe) de Plogoff .
-Chapelle Saint-Trémeur, (façade, deux barques)
-église de Goulien (barque de pêche à 3 marins).
-église Saint Codoan de Poullan-sur-mer
Voir aussi dans la même région du Cap Sizun mes articles sur les embarcations de pêche sculptées en bois sur les sablières :
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Et sur la tribune de l'église d'Esquibien.
Voir aussi à Roscoff:
PRÉSENTATION
La Tour Carrée est classée monument historique par décret du 7 février 1916. Elle témoigne de l'existence jadis ici de l'église tréviale de Saint-Guénolé dont la construction s'achève en 1489, et qui comportait, à l'ouest de cette Tour, une nef de 38 m de long à l'est avec un seul bas-côté. Comme les autres églises des paroisses du Cap Sizun, elle est contemporaine alors de cette époque de grande prospérité économique où les capitaines marchands et amateurs participaient largement à leur financement, et le signalaient en faisant sculpter sur les porches les silhouettes de leurs navires hauturiers (les carvelles) et des poissons, source de leur richesse. C'est en effet depuis le XIIIe siècle mais surtout aux XVe et XVIe siècle que fleurit l’industrie des pêcheries, des sécheries et fumures de poissons exportés (sardines, maquereaux, congres, juliennes et surtout merlus) et que se développa le commerce maritime.
L'église était en ruine dès 1700. Elle est réunie à Penmarc'h en 1802. Une petite chapelle accolée à la tour date de 1845.
La ressemblance de cette tour, surmontée de guérites en pierre, et ornées de clochetons gothiques avec celui de Saint-Nonna en Penmarc'h a été soulignée. Le porche, entre deux solides contreforts, est le même, avec ses deux portes, la baie à trois lancettes qui le surmonte est identique. Le porche sud de la tour, hélas, a été démantelé pour la construction d’une chapelle, dans la propriété d' Armand de Chatellier, le château de Kernuz, près de Pont-l'Abbé. Nous ne pouvons donc le comparer avec celui de Saint-Nonna, mais nous allons voir qu'on retrouve à la Tour Carrée des éléments sculptés propre aux porches de l'église Saint-Nonna, notamment ses poissons. La comparaison des deux monuments va nous permettre d'identifier ou de rapprocher leurs divers éléments sculptés
Voici d'abord trois vues permettant de comparer les deux tours.
I. LE PORCHE OUEST DE LA TOUR CARRÉE.
Ses portes cintrées géminées sont séparées par un trumeau, les voussures de l'archivolte sont sommés d'un gable qui s'appuie sur deux pinacles. Dans le tympan, une niche est soutenue par un culot figuré. Plus haut, une fenêtre à réseau flamboyant de trois lancettes cintrées est soulignée par un arc en accolade.
1. Au centre du tympan au dessus du trumeau. L'écuyer de bienvenue.
Il est très érodée, et ce n'est qu'en le comparant avec la figure occupant le même emplacement sur les porches ouest et sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h que je l'identifie : cet écuyer porte la main à son bonnet en guise de salutation, et il tient un phylactère. C'est un personnage très fréquent sur les édifices de la région, où on peut lire encore sur son phylactère les mots PAX VOBIS.
J'en ai recensé quelques-uns dans mon article sur Ty Mamm Doué de Quimper. On le trouve 3 fois à Saint-Nonna de Penmarc'h (sur les deux porches surtout le portail sud, mais aussi en crossette), mais aussi du côté droit du portail Saint-Herbot en Plonévez-Porzay (page saluant en touchant son bonnet du haut d'un rempart), puis à Saint-Tugen en Primelin (page saluant en touchant son bonnet du haut d'un rempart) ou à Plogoff (page saluant en touchant son bonnet), sur le porche sud de Lampaul-Guimiliau (vers 1533 sur le culot d'un apôtre, et présenté par un page la main sur son bonnet à l'entrée) et sous le porche de Landivisiau, tenue par un ange, et enfin à Ty Mamm Doué, ou le page en habit noble salue le visiteur de l'inscription de bienvenue de sa banderole et faisant le geste de courtoisie de se préparer à ôter son bonnet.
Exemples :
2. Les poissons des moulures du porche.
Ils sont en tout point comparables à ceux du porche ouest et du porche sud de Saint-Nonna de Penmarc'h
a) du côté droit.
b) du côté gauche.
Les culots des niches (vides de statue)
3. Culot de la niche gauche du porche : une femme nue .
Elle est représentée de face, la généreuse poitrine projetée en avant, les deux jambes écartées proche de l'accroupissement. Son entrejambe est gonflé et percé d'un orifice, et cette vulve dilaté la classe parmi les Sheela na gig. Mais ses deux bras tendus en arrière tiennent des objets. Dans sa main droite, la forme m'évoque un oiseau au ventre plein. La forme triangulaire à quatre cavités du côté de la main gauche est moins évocateur, il pourrait s'agir d'une feuille (en comparaison avec le culot n°4 à droite). On peut penser à une Maîtresse des animaux. Voir la dernière image de mon article sur Châtelaudren
Ce n'est en tous cas ni une sirène ni une femme serpent.
On la comparera au trumeau du porche sud de Saint-Nonna :
4. Culot de la niche de droite. Un acrobate ? Un page ?
Ce que je vois le mieux, c'est, outre la tête, le plissement d'une tunique. Une ceinture peut-être. Et des bras écartés.
Voir :
5. Autre culot à droite : un masque crachant les tiges des rinceaux ?
6. Les deux carvelles du côté droit du porche.
Leurs images sont souvent publiées mais elles ont été peu décrites. Certains ne portent qu'un mât central, avec une hune pour le gabier ou veilleur, un seul bras de hunier (dont on distingue les étais), les autres ont également deux autres mâts. On voit souvent bien le château avant et le château arrière, et, dans ces deux carvelles du côté droit, deux espars obliques (dont un beaupré très apiqué, comme ailleurs), et à l' étrave et à la proue, de solides avancées .
7. Les deux carvelles et les poissons du côté gauche.
La première est la mieux conservée de l'érosion, et c'est le bâtiment le plus imposant, avec un rang de batteries, doublée sur les deux châteaux. La poupe tombe tout droit sous la légère avancée du château arrière, mais on ne voit pas de gouvernail. Les trois mâts sont très épais, disproportionnés. L'étrave nous échappe en partie.
Comparez avec la carvelle de l'ossuaire de Roscoof :
Sous le navire, on peut se demander si les trois animaux, au corps très fuselés, sont bien des poissons, ou si ce ne sont pas des cétacés... pour ne pas dire des cachalots. À débattre !
Sur ce troisième exemple, on retrouve une forme en sabot avec poupe verticale, un grand-mât et son hunier, mais aussi un mât de misaine également pourvu d'un hunier. La superstructure de l'étrave se prolonge en une sorte de curieux bec de canard.
LA FRISE À MI-HAUTEUR ET SES CROSSETTES .
Partant de la base de la baie ouest, une corniche à frise de motifs végétaux fait le tour de l'édifice (elle s'interrompt à l'est) et s'orne de crossettes.
Les deux premières crossettes représentent des femmes nues les bras rejetés en arrière pour se retenir à la corniche.
8. La première crossette, une femme nue.
9. La deuxième crossette, une femme nue.
10. La troisième crossette.
Un homme portant un animal ??
11. La quatrième crossette, un homme nu.
Du côté nord-est, la frise reprend, et la première crossette représente un homme (?)nu aux bras écartés vers la corniche, aux jambes écartés et au pubis dilaté. Il adopte une posture d'acrobate avec les genoux hyper fléchis, et ses pieds sont liés avec ses poignets.
12. La cinquième crossette, une tête de cheval ?.
Cette crossette à la forme singulière n'est pas aisée à interpréter, et je ne propose d'y voir une tête et l'encolure d'un cheval que par comparaison avec les deux têtes de la tour de Saint-Nonna. Et en imaginant le même animal emblématique de Penmarc'h dépourvu de ses oreilles, et de ses pattes.
13. La dernière crossette, un homme aux mains jointes.
Il semble se pencher du dessus de la corniche.
13. masque d'un pinacle.
14. les armoiries du côté est.
Les armes en bannière (forme rectangulaire) sont un fascé de six pièces qu'on attribue à la famille Tanguy du Chastel (fascé d'or et de gueules). Mais mon cliché me montre trois "jumelles". Ne s'agit-il pas plutôt des armes de la famille de Lespervez, Seigneurs dudit lieu, paroisse de Plonéour, portant de sable à trois jumelles d'or ?
Les armes des Lespervez sont deux fois à la cathédrale de Quimper, soit dans le blason épiscopal de Jean de Lespervez, évêque de Quimper de 1451 à 1472, soit sur la baie 120.
L'écu en bannière est couronné d'un casque (ce n'est pas un heaume) ceint d'un tortil de baron et sommé d'un lionceau (ou d'un chien?). En guise de lambrequin, un cordon à glands espacés se termine par un gland de passementerie.
15. le calvaire devant le porche ouest.
Il porte le n°1403 de l'Atlas des croix et calvaires du Finistère. et est décrit ainsi : granite, 5 m. XVIè, XXè s. Soubassement, corniche. Socle à deux étages, cubique et octogonal. Vierge de Pitié, anges, encadrée par autre ange et saint Guénolé. Fût, croix récente de section carrée en marbre. [Yves-Pascal Castel 1980]
Une Vierge à l'Enfant est sulptée au revers du Christ en croix. Le saint identifié comme saint Guénolé (patron de la paroisse d'origine de la Tour) tient une canne coudée en main droite plutôt qu'une vraie crosse d'abbé.
À l'opposé, un homme vêtu d'une tunique longue présente un écu muet.
FIN
SOURCES ET LIENS.
—COUFFON (René), 1988, “Couffon, Répertoire des églises : paroisse de PENMARCH,” Collections numérisées Diocèse de Quimper et Léon
https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/939
—QUINIOU (François),1925, Penmarc'h : son histoire, ses monuments, ed.Le Goaziou (Quimper)
https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/9733
— QUINIOU (François), 1925, Penmarc'h : église et chapelles, ed.Bargain (Quimper)
https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/14967
https://saint-guenole.net/tour-carree/
https://www.ex-voto-marins.net/pages/lieupage29Penmarch.htm
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