Comptant parmi les cardinaux les plus fortunés de son temps, le cardinal Hippolyte II d'Este (1509-1572), collectionneur insatiable d'antiquités et d'œuvres d'art de toutes sortes, était issu d'une famille à forte tradition d'érudition et de mécénat. Il avait reçu de Fulvio Pellegrino Morato et Celio Calcagnini une éducation humaniste traditionnelle et avait été élevé dans l'appréciation de l'art et de la musique. Il s'était nourri de la lecture d'Aristote, Thucydide, Xénophon, Ésope, César, Cicéron, Tite-Live, Martial, Appien, Virgile, et Horace, etc. Son intérêt pour l'archéologie de la Rome Antique l'amena à s'intéresser aux fouilles menées sur la Villa d'Hadrien, et son Théâtre d'Hercule. C'est l'auteur de ces fouilles, Pirro Ligorio, qu'il choisit comme architecte de sa villa d'Este. Il étudiait avec enthousiasme l'astronomie et les instruments, et possédait la Géographie de Ptolémée, en grec, les Ephémérides de Luca Gaurico, deux ouvrages de Sebastian Münster ( Organum uranicum ; Horologiographia ), quatre d'Oronce Finé Parmi sa collection de cartes se trouve « La descriptione del mondo in carta pecora scritta a mano miniata » du cartographe dieppois Pierre Desceliers, datée de 1543.
Grand protecteur des arts, il était le mécène des musiciens Adrien Willaert et Palestrina.
Le Salon d'Hercule.
Tout le décor et la conception de la villa d'Este —notamment ses jardins— étaient consacrés à Hercule, ancêtre mythique de la famille d'Este, et Tivoli était désignée par le nom de "ville d'Hercule", Herculei Tiburis.
La salle célèbre donc Hercule, associé à la création mythologique de Tivoli et l'ancêtre légendaire de la famille d'Este.
La partie inférieure du plafond en voûte est divisée en quatre sections ornées de figures grotesques par des corniches et des bandeaux en stuc blanc et or. On y trouvent 12 scènes tirées des aventures du héros et notamment des 12 travaux d'Hercule. Elles sont inspirées du Genealogia Deorum gentilium libri de Boccace ou Généalogie des Dieux et héros païens, rédigés à la fin du XIVe siècle, ouvrage dont Hippolyte II d'Este possédait une copie dans sa bibliothèque, riche de 200 volumes selon un inventaire réalisé à Tivoli en 1555.
La légende d'Hercule joue un rôle central dans la conception du plan iconographique de la villa, qui renvoie au Jardin des Hespérides, où poussaient les pommes d'or, gages d'immortalité.
Le lien entre Hercule et le cardinal d'Este est renforcé par ses armes, présentées dans des blasons en stuc aux quatre coins du plafond supportées par deux cupidons ailés sous le chapeau de cardinal.
La fresque centrale montre l'épilogue de la vie d'Hercule, lorsque qu'après avoir accompli ses 12 travaux, il est accueilli parmi les dieux de l'Olympe. Il fait face à Jupiter et Junon.
Mais le salon lui-même, en faisant abstraction du plafond, est, comme le salon de la Fontaine, un espace illusoire, et, alors qu'il n'est ouvert vers les jardins que par deux portes fenêtres, il laisse croire au visiteur qu'il se trouve dans une pièce agrémentée de tous les côtés par des paysages de la campagne et des monts de Tivoli avec ses villas antiques et sa rivière, l'Aniène.
LE PLAFOND : LES TRAVAUX D'HERCULE
A. Hercule et le Lion de Némée.
B : au centre : Hercule capture le bétail de Géryon
C : Hercule et l'Hydre de Lerne
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
D : Hercule combat le Minotaure
E : Hercule et la toison de Nessus (au centre)
F : Hercule et les oiseaux du lac Omphale
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
G. Hercule se saisit des colonnes fermant le détroit de Gibraltar
H : Hercule devient fou lorsqu'il apprend la mort de ses enfants et de Mégara.
I : Hercule soutient le globe terrestre pour relayer Atlas.
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
L : Hercule combat le chien à trois têtes Cerbère qui garde les Enfers.
M : Hercule triomphe d'Antée en le soulevant de terre (cartouche du centre)
A la poursuite des pommes d'or, Héraclès rencontre en Libye Antée, fils de Poséidon et de la Terre. Lutteur acharné, Antée obligeait les voyageurs à se mesurer à lui, sachant que, si l'un d'eux réussissait à lui faire toucher la terre, sa mère lui donnait de nouvelles forces. Héraclès, pour une fois, comprit l'avantage de son adversaire, et l'étouffa en le maintenant au-dessus du sol.
N : Hercule combat le Centaure.
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
O: L'apothéose d'Hercule sur le mont Olympe.
Cliché wikipédia
P : Les vertus cardinales.
Prudence (Sagesse) tenant un miroir et un serpent
Justice tenant un glaive et une balance
Force tenant un sceptre fleuri
Tempérance tenant un mors attaché à des rênes.
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
II. LES PEINTURES EN TROMPE L'OEIL DE LA SALLE.
Le Salon d'Hercule communique par trois portes avec le Salon de la fontaine, avec le Salon de la Noblesse, et, à l'arrière, avec le long corridor. Deux fenêtres donnent sur le jardin.
Une succession élégante de faux pilastres corinthiens encadrent des fausses portes et des fausses fenêtres en fausses encoignures peintes de grotesques, reprenant l'art illusionniste maniériste déjà décrit dans le Salone della Fontana. Au centre des murs, au dessus de marbres feints ou sous de fausses tentures suspendues, les paysages avec des ruines antiques et des architectures rustiques ont été peints par Girolamo Muziano.
Il est évident que le but de ces trompe-l'œil
mur sud-est (donnant sur le corridor).
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
Mur nord-est mitoyen avec le Salon de la Fontaine)
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
Mur sud-ouest (mitoyen avec le Salon de la Noblesse)
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
Le paysage est une vue de Tivoli, où serpente l'Aniène, avec un moulin dominant une cascade, et, au fond le temple de Vesta. Ce point de vue pourrait correspondre à celui qui donne sur la Petite et la Grande Cascatelle, où il est dit qu'un moulin avait été établi sur les ruines de la villa de Mécène ou villa Mecenate. Mais je n'ai pas les compétences d'un Denis Ribouillault pour aller plus loin dans cette suggestion.
Cette vue de l'Aniène complète les vues de la rivière et de ses ponts, peints dans le Salon de la Fontaine juste voisin.
Peinture (1565, G. Muziano) du Salon d'Hercule, villa d'Este, Tivoli. Cliché lavieb-aile 2024.
SOURCES ET LIENS
—RIBOUILLAULT (Denis), 2011, Toward an Archaeology of the Gaze: Perception and Function of Garden Views in Italian Renaissance Villas, in Clio in the Italian garden : twenty-first-century studies in historical methods and theoretical perspectives, Éditeur Dumbarton Oaks Research Library and Collection.
— RIBOUILLAULT (Denis), 2006 ‘Paesaggio dipinto, Paesaggio reale’ : notes sur une fenêtre de la Villa d’Este à Tivoli, Actes du colloque international (Ferrare, Castello Sforzesco, 2006). Collection : Ferrara Paesaggio estense ; 4
Le Salone della fontana de la Villa d'Este à Tivoli était destiné à accueillir les somptueux banquets organisés par le cardinal Hippolite II d'Este pour sa cour de poètes et de lettrés. Le Festin des dieux représenté sur la voûte célébrait le rôle de Rome et honorait le cardinal et ses invités.
Les colonnes torsadées des murs, inspirées des colonnes « salomoniques » de la basilique Saint-Pierre-et-Saint-Paul, reproduisaient l'architecture illusionniste d'une loggia ouverte sur le paysage et ornée de guirlandes de fruits, de fleurs et de légumes.
Les scènes panoramiques (restaurées après 1920 et entièrement restaurées en 1949) furent conçues par Girolamo Muziano (*) dans le style vénitien et offraient des vues simultanées sur le territoire tiburtin et les somptueuses résidences du cardinal. La scène principale représente la Villa d'Este et ses jardins d'après les plans de 1565.
Girolamo Muziano est un peintre né à Brescia et à qui Hyppolite d'Este avait confié en 1560 les peintures de sa Villa du Quirinal. Selon les livres de comptes, il dirigea une équipe de six peintres dans la Sala della Fontanina et le Salon d'Hercule entre 1565 et 1566. (M. Hochmann). Ils furent remplacés en 1567 par une équipe dirigée par Federico Zuccari. Ce dernier peignit les fresques au centre des voûtes.
La fontaine rustique, conçue par le graveur Curzio Maccarone (achevée en 1568 par Paolo Calandrino de Bologne et embellie en 1570 par Molino), accentue l'effet théâtral de ce jardin artificiel, en lien direct avec les espaces extérieurs. La petite fontaine est ornée de mosaïques et d'émaux polychromes et abrite, dans sa niche, une représentation du temple de la Sibylle de Tibur.
Cette grande salle fut la première à être décorée, en même temps que la salle d'Hercule adjacente, à partir de 1565. Les travaux furent menés par une équipe de six artistes sous la direction de Girolamo Muziano. La fausse loggia à colonnes, qui amplifie l'illusion d'espace, fut probablement ajoutée par le Siennois Matteo Neroni en 1565.
A : Fontaine rustique.
B : La fontaine ovale de la Villa d'Este.
C : Résidence de Montecavallo sur la colline du Quirinal à Rome, propriété d’Hippolyte d'Este
D : Vue de la Villa d'Este et de son jardin, basé sur un dessin de 1565
E : Viviers et fontaine de l'Orgue de la Villa d'Este dans sa version primitive (repeint en 1949)
F : Fontaine de l'Orgue dans son aspect originel.
I. LE PLAFOND.
G : Pluton, Neptune, Junon et Jupiter
H: Couple de dieux supportant l'emblème des aigles de la famille d'Este : Jupiter et Junon ; Mercure et Minerve ; Mars et Venus ; Bacchus et Cérès.
I : Sacrifices en l'honneur d'Apollon, de Diane, de Cérès et de Bacchus
L : Le Festin des dieux accueillant Hercule.
Le Festin des dieux, Federico Zuccari v. 1565.
Federico Zuccari est l'un des maîtres romains du maniérisme romain dans la seconde moitié du XVIe siècle. Il venait de peindre le Casino du pape Pie IV.
La scène centrale du plafond est une première illustration de l'art illusionniste du Maniérisme , car elle donne l'impression d'être située dans un étage supérieur, soutenue par des colonnades qui laissent apercevoir des mosaïques ou panneaux de marbres.
Dans l'art maniériste italien de la réinterprétation d'un modèle antique à partir de sources écrites, le Salone, pièce principale de l'appartement de représentation, a été conçu comme une loggia-belvédère ouvrant sur les jardins et le paysage. Cette ouverture se fait ici vers le haut, vers les espaces factices d'un atrium romain, laissant apercevoir dans les nuées une scène céleste.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
On voit Hercule, de dos, sa massue contre son siège, être accueilli par les dieux de l'Olympe, dont Jupiter et Junon, au centre.
"Au centre de la voûte, la scène du Festin des dieux auquel est convié le héros Hercule apparaît comme une allusion supplémentaire à la double fonction de la salle et au prestige qu'elle recouvrait dans la vie de la villa La scène est inspirée de la célèbre fresque des Noces de Psyché de Raphaël dans la loggia homonyme de la villa Farnesina à Rome. Poursuivant sur le thème de la salle à manger antique, le peintre, probablement Federico Zuccari, a représenté là une véritable accubatio, c'est-à-dire un dîner où les personnages semi couchés à la mode antique et entourés de danseurs et de musiciens, discutent et se restaurent. En s'inspirant de l'architecture et de la décoration antiques pour leurs villas et palais, les cardinaux romains du XVIe siècle comme Hippolyte d'Este cherchaient à recréer un décor mais aussi une organisation sociale romaine basée sur le cérémonial et la représentation. C'est dans cette pièce que, à l'exemple des anciens, Hippolyte divertissait ses invités par des spectacles de danse, de musique, de théâtre ou de poésie. Offrant au regard des convives attablés la scène du Festin des dieux, le cardinal faisait preuve de magnificence, attitude appropriée à son rang, et d'un sens aigu de la flatterie, dont ses hôtes, rompus au jeu de l'imprese et du symbole, lui savaient sûrement gré." (D. Ribouillault)
Le banquet de noces de Psyché accueillie parmi les dieux de l'Olympe, Raphaël, 1518, Loggia de Psyché, Palais Parnesina. Cliché lavieb-aile
"Le Salone est conçu comme la récréation d'une salle à manger antique, et dans la description de la villa par Umberto Foglietta en 1569, la salle était désignée par le terme explicite de triclinio, c'est-à-dire salle à manger antique. La fonction de salle à manger du Salone, dans le contexte du revival de l'antiquité qui qualifie la villa d'Este, dépasse de beaucoup une simple définition typologique des pièces d'un palais cardinalice : elle donne au Salone un statut de prestige et d'apparat et conditionne la forme de sa décoration, son rapport au paysage et son iconographie.
À l'époque antique, l'événement central de toute réunion entre membres de la haute société était le banquet. Que l'on commence par se rendre aux bains ou que l'on s'exerce à la chasse, le banquet venait toujours couronner la journée par un cérémonial bien défini. Les auteurs anciens, de Cicéron racontant la réception qu'il offrit à Jules César dans sa villa de Puteoli (Ad Att., 13,52) jusqu'à Sidoine Apollinaire relatant cinq siècles plus tard son séjour agreste en Gaulle (Ep., 2, 9), s'accordent à placer le banquet au centre du concept d'hospitalité. ". (D. Ribouillault)
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
La partie périphérique du plafond est encore consacrée aux dieux romains, mais sans effet d'illusion. Par contre, l'artiste place les médaillons et grands cartouches de stuc sur un fond blanc egayé de tout le vocabulaire de l'art grotesque inspiré — depuis le début du XVIe siècle, notamment par Raphaël au Vatican— de la Domus aurea de Néron.
Parmi les vues murales, peintes en 1568 par Matteo Neroni da Siena, certaines sont particulièrement importantes pour l'histoire de la Villa d'Este, car elles représentent des paysages ou des détails du jardin et des fontaines ; ainsi, la grande fresque du mur nord-est témoigne de l'avancement des travaux du palais en 1568, avant l'ajout des ailes latérales, et montre le jardin « tel qu'il aurait dû être » selon A. Del Re.
Les médaillons ovales.
Dans les cadres ovales des bordures, quatre peintures de dieux sur des chars symbolisent les quatre éléments : Neptune l'eau, Jupiter l'air, Pluton le feu et Junon la terre. Aux angles, les armoiries en stuc du Cardinal se trouvent près de couples de dieux : Bacchus et Cérès, Jupiter et Junon, Mars et Vénus, Minerve et Mercure, ce dernier étant probablement un autoportrait de Gerolamo Muziano.
Les médaillons nous présentent donc Pluton sur son char armé de son bident , Neptune dont le char, vu de face jaillit des flots sous la fougue de ses chevaux, , Junon sur un char mené par ses paons et Jupiter à cheval sur un aigle et brandissant, bien-sûr, la foudre.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Les sacrifices en l'honneur d'Apollon, de Diane, de Cérès et de Bacchus.
Au centre des quatre côtés de la voûte, des édicules en stuc représentent des scènes offrant des sacrifices à Apollon, Diane, Cérès et Bacchus. J'en présenterai deux.
1 Le sacrifice offert à Bacchus.
Sous le regard d'une tête couronnée de lauriers posée sur une colonne, trois bergers offrent à la statue de Bacchus (buvant à une coupe et tenant une grappe) un bouc, et une plante. À droite, trois faunes foulent le raisin.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
2. Le sacrifice offert à Diane.
J'hésite avec Cérès en raison des gerbes de blé. On retrouve la composition avec une tête posés sur une colonne, une statue dorée de l'idole (tenant un arc), le sacrifice d'une biche, et trois hommes offrant des gerbes de blé et un main, ou un fruit.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Le décor à la grotesque.
Toujours dans le cadre d'une ornementation illusionniste, mais sans souci de trompe-l'œil d'e rapport avec la réalité, le peintre reprend pour l'arrière-plan des médaillons et cartouches le style découvert dans les fresques de la Domus aurea de Néron et répandu depuis 1480 par Ghirlandaio ou Pinturicchio puis suprbement mis en scène par Giovanni da Udine sur les pilastres de la Loggia de Raphaël du Vatican en 1516 ou sur le plafond de la Villa Madama de Rome vers 1520-1521.
Suspendus par de fins rubans à des guirlandes d'étoffes, sous des bucranes et autres têtes animales, ou simplement posés sur le fond blanc, toutes sortes d'objets votifs, de putti, d'animaux, de nymphes ailées crééent ce décor de lignes courbes léger et onirique dans lequel l'imagination flotte avec délice. Certains personnages sont feuillagés en dessous du tronc, voisinant avec des chimères, tandis que d'autres prennent des poses théâtrales sans aucune justification. La vie est un songe, le monde une scène de théâtre, mais un théâtre fait de rêves éphémères, dépourvus de toute logique.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
II. LES MURS DU SALON : UN PIÈGE VISUEL.
Parmi les quatre murs de la pièce, un seul, celui du nord-ouest, est ouvert vers le jardin et la longue perspective de l'Axe d'Hercule par trois porte-fenêtres. Sur les deux murs latéraux, une porte donne accès à gauche au Salon d'Hercule, et à droite à la première Stanze Tiburtine.
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Mais les quatre murs sont peints en trompe-l'œil de 11 fausses ouvertures qui créent l'illusion que la pièce est placée à l'extérieur, dans le jardin, dans un édifice de colonnades. En outre, une vraie fontaine occupe le centre de la paroi nord-est. Des peintures de paysages se succèdent sur les quatre côtés et font croire que nous les apercevons à travers les colonnes. Porur renforcer l'effet, un paon est représenté devant le parapet d'une loggia fictive sur le mur sud-ouest, et se trouve donc compris dans l'espace du spectateur, « à l'intérieur » de la salle.
La conception suit donc la tradition du triclinum romain :
"Toutes les sources s'entendent pour faire du rapport entre intérieur et extérieur et de l'importance de la vue sur le jardin et le paysage les caractéristiques principales de ce type de pièces. En effet, le triclinium pouvait être ouvert sur l'extérieur au moyen d'une rangée de colonnes ou situé directement en plein air, la végétation jouant alors le rôle d'architecture grâce à des tonnelles ou des pergolas 8. Souvent, dans les pièces fermées et là où de véritables baies étaient impossibles, les murs étaient décorés de peintures illusionnistes qui en rompaient la continuité. Cette ouverture sur l'extérieur permettait d'y installer des fontaines, des cascades, ou même de véritables cours d'eau qui reliaient l'espace domestique à l'espace du jardin." (D. Ribouillault)
Mais l'examen des paysages fictifs montrent, selon D. Ribouillault, que le Salon est une représentation du jardin d'Este et du territoire entre Tivoli et Rome : tout comme dans le jardin avec la succesion Fontana dell Ovato/ allée des cents fontaines/ Fontana di Rometta , il est traversé métaphoriquement par l'écoulement de l'Aniene vers le Tibre.
"Paysage réel et paysage peint forment donc un tout continu, un paysage panoramique dans le véritable sens du terme. La continuité du paysage peint est soulignée plus avant par un expédient théâtral classique consistant à encadrer chacune des vues par des arbres placés au tout premier plan, créant ainsi, au-delà des colonnes de la loggia fictive, une rangée régulière d'arbres qui entoure littéralement « l'extérieur » de la pièce. Dans le jardin, on retrouve en outre certains motifs comme les colonnes torses ornées de vignes et de putti utilisées par le peintre dans le Salone . En bref, le même vocabulaire architectonique et décoratif qualifie les jardins et le Salone. Le Salone apparaît ainsi comme la transposition de la réalité topographique du jardin lui-même, de son orientation géographique et partant, de son fonctionnement iconographique. Sa forme rectangulaire reproduit celle du jardin qu'il surplombe immédiatement et dont il est pour ainsi dire l'antichambre, les deux entités Salone et jardin étant géométriquement parallèles et unifiées par leurs positions analogues sur Taxe d'Hercule."(D. Ribouillault)
1. Villa d'Horace à Tivoli
2. Villa de Macio Vopisco à Tivoli
3. Porte feinte au courtisan (ou courtisane)
4. Fontaine de l'Ovale et allée des cent fontaines au jardin de la Villa d''Este
5. Villa d'Hippolyte d'Este sur le mont Quirinal de Rome (de Montecavallo)
6. Vue d'un pont sur l'Aniène
7. Le Ponte Lucano traversant l'Aniène à Tivoli
8. Le Ponte Cornuto traversant l'Aniène
9. Porte feinte que franchit un homme, sans doute le cardinal Hippolyte d'Este
10. Grande vue de la Villa d'Este et de son jardin, avec l'Aniène coulant vers Rome, basé sur un dessin de 1565
11 : Villa d'Auguste (?) à Tivoli
12 : Viviers et fontaine de l'Orgue de la Villa d'Este .
13 : Villa d'Hippolyte d'Este de Belriguardo sur le Pô, avec ses viviers.
14 : Fontaine de l'Orgue dans sa version primitive.
(identification des sites par Denis Rigouillault)
La fontanina.
Nous pouvons débuter la description de la pièce par son mur nord-est centré par la petite fontaine, qui donne son nom au Salon, et qui occupe une niche encadrée de rinceaux de vignes.
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La fontanina est une réduction ou citation métonymique de la topographie de Tivoli avec son temple de la Sibylle de Tibur, ses monts et sa fameuse cascade. Elle est placée au nord-est du salon, tout comme la fontaine réelle se trouve dans l'angle est du jardin.
Elle est ornée de céramiques et de sculptures polychromes, incrustées de fragments de verre, de coquillages et de pierres précieuses, et surmontée de l'aigle blanc de la famille d'Este. Elle fut achevée en 1568 par Paolo Calandrino.
Sa vasque repose sur de gros poissons ou dauphins, figurant le cours d'eau s'épanchant dans l'espace de la pièce. Elle a la forme des barges qui ornent le canal supérieur de l'Allée des Cent Fontaines dans les jardins.
Le Salon est donc métaphoriquement baigné par les eaux de l'Aniene tout comme l'est concrètement le jardin et le territoire. Débouchant depuis la petite fontaine rustique à une extrémité de la salle, la rivière réapparaît dans la fresque sur la paroi opposée, la Vue de la Villa d'Este, un rappel des cours d'eaux traversant les triclinia antiques dont parlent les sources classiques mentionnées plus haut.
On la doit peut-être au peintre Matteo da Sienna et daterait de 1568. Elle est encadrée par deux supports anthropomorphes ou cariatides, deux statues identiques d'allégories féminines.
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Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Les peintures en trompe-l'œil encadrant la fontanina.
Elles sont consacrées à des vues de paysage de villas romaines de Tivoli. Elles ont été identifiées par D. Ribouillault comme représentant peut-être la Villa d'Horace à gauche et la Villa romaine de Mancio Vopisco, à droite.
1. La villa d'Horace à Tivoli.
Je ne distingue pas grand chose de la vue de la villa d'Horace. Pour accroître l'effet d'illusion, qulques fruits sont peints sur le sol.
Entre les deux colonnes salomoniques, la vue de la villa de Mancio Vopisco me montre surtout les temples de la Vesta et de la Sibylle, dans une direction nord-est par rapport à la Villa d'Este. Mais une illustration de D. Ribouillault 2009, décidémment incontournable, nous offre une image plus précise.
D. Ribouillault 2009
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
3. La porte feinte au courtisan.
Cette porte aux vantaux entrouverts laisse imaginer une communication avec la salle voisine, ou Stanze Tiburtina. De l'autre côté, l'endroit correspond aussi à une fausse porte, aux vantaux fermés
La décoration de cette Première Salle Tiburtine, réalisée en 1569 par une équipe d'artistes dirigée par Cesare Nebbia, est dédiée à la fondation et à la construction de la ville de Tivoli qui, selon la légende, fut fondée avant Rome par Tiburtus, Corax et Catillus, trois frères grecs descendants des Sept Rois de Thèbes.
Ce courtisan en habit coordonné de soie turquoise et or et portant une fraise fait face, du côté opposé, à une porte feinte semblable où arrive un homme.
Mais ce courtisan a un visage jeune et imberbe et une chevelure féminine. Verena Hake s'est interrogée à son propos.
cliché V. Hake
"Enfin, la question se pose de savoir qui pourrait être l’autre personnage représenté en fresque grandeur nature dans la fausse porte orientale, face à « Ippolito ». L’hypothèse de Coffin, selon laquelle il pourrait s’agir d’un page, n’est pas convaincante compte tenu de l’importance des fausses portes décrites précédemment. De plus, les traits physionomiques décrits dans la section III.2 permettent d’envisager qu’il puisse s’agir d’une figure féminine (malgré les vêtements « masculins »). Une possibilité est qu’il s’agisse d’une femme proche d’Ippolito II d’Este, avec laquelle il aurait entretenu une liaison. Outre ses relations avec Diane de Poitiers et Madame d’Étampes, déjà mentionnées dans la section consacrée à la Loggia, Violante Lampugnano figurait peut-être parmi les amantes d’Ippolito, dont il y en eut certainement d’autres. Selon la programmation ornementale du Salone della Fontana, il serait logique que la figure s’approche de lui depuis la Fontana dell’Ovato, près de la Grotta di Venere, et donc depuis la partie du jardin dédiée à Volupta.
De plus, elle tourne la tête précisément vers cette vue en trompe-l’œil, peinte sur une fresque, qui représente exactement cette fontaine. Cette interprétation concorderait également avec la programmation palatiale du Salone proposée au point III.4, car dans l’aile est du palais, d’où le trompe-l’œil « pénétre » dans la pièce, se trouve une Sala di Venere.
Cependant, si l'on se souvient du trompe-l'œil de la Villa Barbaro à Maser, il semble également plausible que le trompe-l'œil oriental représente un membre (peut-être une femme) de la famille d'Ippolito. Sa fille, Renée d'Este, est-elle représentée ici ? Bien que Renée soit décédée en 1555, elle avait donné naissance peu avant à une petite-fille prénommée Ippolita, portant ainsi le nom de son grand-père. Renée, en tant que descendante illégitime, rencontre-t-elle ici son père déguisée ? Ou bien Ippolita avec son grand-père ? Dans cette interprétation, il s'agit d'une réunion familiale symbolique qui, à l'instar de la Villa Barbaro à Maser, pourrait symboliser la continuité dynastique et la perpétuation d'Ippolito II d'Este dans la génération suivante. Si l'on considère la Loggia comme une architecture de la rencontre, il convient de se demander si le Salone della fontana, l'antichambre du jardin, représente la rencontre de deux personnes qui, de là, progressent dans une séquence chorégraphiée d'approche et de départ, descendent dans le jardin par le chemin décrit au début, passent devant la double loggia, descendent les marches en cascade et pénètrent dans le Vialone." (V. Hake 2024)
La porte feinte, côté Stanze Tiburtina
4. Dans l'angle gauche de la paroi nord-ouest, les deux colonnes laissent voir une vue de la Fontaine de l'Ovale à Tivoli et de l'allée des cent fontaines.
Ribouillault 2011 fig. 8.5
5. La villa de Montecavallo sur le mont Quirinal.
Cette vue représente les jardins et la villa de Montecavallo, propriété du cardinal sur le mont Quirinal considérée par ses contemporains, Hondius, Boissard ou Vasari, comme une des merveilles de Rome. L'air frais et sain du Quirinal y attirait les aristocrates et les familles papales qui y construisirent des villas à l'emplacement des anciens jardins de Salluste. En 1550, parallèlement à la réalisation des jardins de sa Villa d’Este, à Tivoli, le cardinal Hippolyte II d’Este, fils du duc de Ferrare et de Lucrèce Borgia, fit réaliser d’importants travaux dans les jardins du Quirinal , à la suite du renouvellement pour quinze ans du bail de propriété qui lui fut accordé (1550-1565). Au début des années 60, Hippolyte d'Este devait construire au Quirinal des pavillons s'inspirant d'édifices sacrés -le baptistere Saint- Jean et la coupole de Santa Maria del Fiore de Florence (S. Frommel).
Cette vue constitue la seule représentation de la villa avant la construction par le pape à l'époque où les travaux d'aménagement furent relancés. Sa fontana del Bosco commencée en 1560 1561 et achevée en 1565, fut décorée par Girolamo Muziano. Dans la partie sud, un nouveau tracé des allées du jardin en trident fit converger les allées vers la fontaine. Muziano aurait peint sa vue pour le Salon vers 1565-1566, avant ces modifications.
Une visite à la villa du cardinal Luigi d'Este, héritier d'Hippolyte, en 1573 convainquit le pape Grégoire XIII de commencer la construction d'une résidence d'été l'année suivante.
C.L. Frommel 1999C.L. Frommel 1999
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
6. Paysage non déterminé. Un pont sur l'Aniène. Lugano ?
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Il est situé entre les Thermes de Tivoli et la villa d'Hadrien, au pied des hauteurs de Tivoli?£. Son site archéologique comprend sur la rive gauche une grosse tour ronde, datant du 1er siècle av. J.C, et bardée d'inscriptions, le mausolée des Plautii.
"Au centre de la paroi ouvrant sur le cryptoportique, on peut aisément reconnaître le fameux ponte Lucano, clairement dessiné avec ses cinq arches originales, le troisième pont à enjamber l'Aniene près de Tivoli en aval dela rivière . Le mausolée des Plauzi, imposant monument circulaire à l'extrémité du pont auquel le peintre a rendu son dôme originel, est aisément identifiable et la disposition de l'ensemble correspond fidèlement aux nombreuses gravures du site réalisées aux XVIIIe et XIXe siècles ainsi qu'aux photographies modernes . On reconnaît de surcroît au fond à droite dans le paysage la route qui mène aux anciennes carrières romaines de travertin avec, se détachant bien visiblement sur le ton blanc des pierres, les arches de l'aqueduc antique qui y conduisait les eaux sulfureuses de Vaqua Albula, sans doute pour actionner les scies nécessaires à la découpe des blocs. En comparant la vue avec la carte du site, on constate que le peintre a reproduit avec une grande précision les linéaments de la rivière, qui disparaît dans l'arrière-plan à l'endroit où elle forme une boucle. Au loin, le profil du col Cesarano est parfaitement reconnaissable.
Il est probable que la représentation dans le Salone de cette zone autour du ponte Lucano devait faire allusion, au-delà du thème central de l'Aniene, à la réserve de chasse, ou Barco, que le cardinal avait créé à cet endroit entre les sources sulfureuses de Vaqua Albula et le ponte Lucano, là où la via Tiburtina traverse le fleuve. La zone fut entourée à partir de 1564 d'un long mur de clôture et on y introduisit de nombreux animaux sauvages, en particulier des faisans. Le fait que la plupart des terres que le cardinal s'était approprié pour son Barco, appartenaient à la commune, le rendit extrêmement impopulaire. Cette question fut débattue lorsqu'une action en justice fut intentée par la commune contre les abus du cardinal en 1568. L'année suivante cependant, les terres lui furent concédées." (D. Ribouillault)
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
8. Le Ponte Cornuto traversant l'Aniène.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
9. Porte feinte franchie par un homme, identifié comme étant peut-être Hippolyte d'Este, apparaissant sur la « scène » de son propre théâtre-salle à manger.
À gauche de la vue panoramique de la Villa d'Este se trouve une fausse porte ornée de fresques, à travers les vantaux desquels s’ouvre un personnage masculin grandeur nature qui semble entrer sur la scène du Salone della fontana. Il a les cheveux gris coupés courts, une barbe, et est représenté en costume profane d’époque, portant un pourpoint à taillades et sans manches sur un gilet rouge et une chemise blanche une pantalon bouffante et des chausses. Le visage de cette figure fantomatique présente des zones indistinctes, parfois abîmées, mais on reconnaît clairement qu'elle regarde, les sourcils levés, vers la porte qui mène du salon à la double loggia et donc au jardin. Dans sa main gauche, elle tient une rapière, dans sa main droite une chaîne auquel est attaché un singe assis à ses pieds. Et elle aussi tourne la tête vers le jardin.
S'agit-il du cardinal Hippolyte II d'Este ?
C'est du moins la thèse de Verena Hake : qui d’autre aurait-il voulu être représenter de façon si ostentatoire dans cette pièce, la plus importante du palais, sinon lui-même ? À qui d’autre aurait-il accordé cette visibilité extraordinaire et l’attention qui en découle ? Ces fausses portes font partie d’une enfilade de fausses portes, et on les retrouvent dans le Salon d'Hercule adjacent (au dos de celle-ci), et, nous l'avons vu, dans la Stanze Tiburtine, alignées de la même manière. "En suivant cet alignement, on arrive directement au généreux escalier en colimaçon qui relie le piano nobile à l’étage supérieur, l’Appartamento Ippolito. On peut donc conclure que notre pseudo-« Ippolito » « entre » dans le Salone par un Salon dédiée à son alter ego mythologique – Hercule – (et donc, en pratique, à lui-même), et qu’il « entre » également dans le Salon, au sens large, depuis son appartement privé. Outre la programmation topographiquement correcte du Salone della Fontana par rapport aux axes du jardin, telle qu’identifiée par Denis Ribouillaut, il convient dès lors de se demander si l’apparition d’« Ippolito » depuis l’appartement susmentionné implique également une programmation palatiale de l’espace. Ribouillaut estime également que, dans la partie centrale de la fresque du plafond du Salone, on peut discerner une représentation d’Hippote II d’Este – ici sous la forme d’un portrait déguisé en Hercule. Selon son interprétation de la fresque du plafond située sur l’axe d’Hercule et celle de la fausse porte occidentale proposée ici, l’Hippote II d’Este « mythologique » serait ainsi réuni à l’Hippote II d’Este « réel » du Salone." (V. Hake)
Plan du rez-de-chaussée de l'étage noble. L'enfilade feinte est schématisé en pointillés (V. Hake). Les flèches montrent la rencontre du couple peint dans le Salon de la Fontaine.
Les fresques du Salone della Fontana n’ont été découvertes qu’en 1949 et restaurées par la suite, et les traits du visage de la fausse figure occidentale sont mal conservés, ce qui rend son identification formelle difficile.
"Néanmoins, une comparaison avec les représentations d’Ippolito II d’Este s’avère pertinente : l’un des portraits les plus connus d'Hippolyte d'Este figure sur une fresque de la Sala dei fasti Farnesiani du Palazzo Farnese à Caprarola . Il le représente de profil, avec un nez proéminent et des cheveux clairsemés. Une représentation moins fréquente d’Hippolite est son portrait publié en 1777 dans les « Memorie istoriche di lefèreti ferraresi » de Giannandrea Barofi ; celui-ci est particulièrement intéressant pour notre étude car ses caractéristiques biométriques essentielles – notamment les distances respectives entre le sommet du crâne, les yeux, le bout du nez et le menton – correspondent à la tête ou aux traits du visage conservés du mannequin de Tivoli "(V. Hake).
Comparaison des portraits d’Hippolite II d’Este provenant de la Sala dei fasti Farnesiani du Palazzo Farnese à Caprarola et des « Memorie istoriche di letterati Ferraresi » de Giannandrea Barotti (reproduit ici en miroir) avec la tête/le visage de la pseudo-figure occidentale de Tivoli . Ces deux derniers portraits présentent de nombreuses similitudes biométriques frappantes. in Verena Hake
On peut s'étonner de ses vêtements civils, mais il faut imaginer le cardinal d'Este comme un "prince" de la Renaissance, avide de bénéfices ecclésiastiques pour financer non seulement son mécénat, mais ses chasses, ses fêtes, ses bals, et ses banquets, et lui permettre de mener une vie dissolue, voire extravagante bien documentée ; par exemple, il possédait une collection exceptionnellement importante et sans cesse croissante de vêtements principalement civils, et il affectionnait des couleurs peu appropriées à son rang de cardinal comme le « lionato », un orange foncé. Sur le dessin du Primatice "Un Turc" conservé à la Bibliothèque de Florence, dans des costumes peut-être réalisés pour la turquerie faite à Blois le 16 mars 1541, François Ier, le cardinal de Lorraine, Hippolyte d’Este et Charles d’Angoulême apparaissent "vêtus de belles livrées de diverses couleurs et coiffés de turbans".
Dans le salon de la Fontaine de sa résidence d'Este, dominé par le Banquet d'Hercule, se tenaient des réceptions qui, assurément, dégénéraient fréquemment en excès . . Dans le Salon "della Gloria", située trois salons plus à l'ouest et également ornée de fresques en trompe-l'œil sur toutes ses faces,son chapeau de cardinal est négligemment à côté d'une mitre blanche, au rayon des accessoires et posée sur la fausse étagère représentée sur le mur ouest, à côté d'ouvrages érudits.
Villa d'Este, Salon de la Gloire. Cliché lavieb-aile.
On peut dès lors imaginer que Hippolyte se dirige vers la jeune femme : le Salon de la Fontaine devient le milieu d'une rencontre annoncée, suspendue, attendue.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
10. Le grande vue du Jardin de la Villa d'Este.
Sous des guirlandes suspendues aux colonnes salomoniques, accentuant comme ailleurs le côté décor de théâtre, et le cartouche HIP CAR FER (Hippolyte cardinal de Ferrare), la vue de la Villa, de la partie haute en pente du jardin puis de sa partie basse, montre dans le lointain et la lumière du couchant l'Aniène qui serpente vers Rome.
Réalisée alors que le chantier n’était pas encore terminé, car basée sur un dessin de 1565, cette fresque est une vue de profil de l’ensemble du site. Au centre, un arbre dédié à Jupiter marque symboliquement la construction de l’image qu’il divise en deux parties distinctes : une surface plane et un plan fortement incliné, sur la gauche de l’image, offert au regard comme une sorte d’écritoire. Une troisième partie est constituée par le ciel - où l’on distingue des oiseaux - et un horizon lointain. La fresque est dessinée depuis le flanc intérieur de la colline à laquelle s’adosse le plateau du jardin, sa face oblique et le bâtiment qui domine l’ensemble, comme une coupe. "Le choix de ce point de vue fait en effet porter le regard vers Rome, à l’ouest, donc vers le soleil couchant, ces deux horizons se confondant avec le point de fuite de la fresque. La construction de la fresque rend possible une manipulation, un jeu de l’esprit, un jeu sur et avec les sens, certains points de vue de la villa in situ offrant également une telle jouissance spectaculaire. Si l’on ne connaît pas l’orientation du site ou, plus subtilement, si l’on en suspend volontairement la géographie objective, plus encore, si l’on abandonne son attention à la puissance magique et flottante, ambiguë, d’une rêverie éveillé par le lieu, l’on peut imaginer que la lumière venant frapper la face dressée obliquement est celle d’un soleil qui se lève sur une nouvelle création, non celle d’un soleil qui se couche sur Rome. Les signes semblent alors pouvoir s’inverser et tournoyer dans l’air du soir, comme la promesse d’une aube nouvelle : ce n’est plus Rome qui domine le monde, c’est le cardinal qui semble dominer Rome en attirant à lui toute la force conquérante de la ville éternelle." (Philippe Nys)
Rappel : "En fonction de la structure du terrain, le jardin fut divisé en trois sections distinctes : une première partie abrupte (30 mètres de profondeur et 15 mètres de dénivelé) est suivie d'une seconde en pente douce (60 mètres de profondeur et 15 mètres de dénivelé), se terminant par une troisième section plane de 85 mètres de profondeur. Le motif géométrique du plan, basé sur un module carré (30 mètres sur 30), est clairement évident dans les deuxième et troisième sections, divisées en carrés réguliers par plusieurs chemins rectilignes perpendiculaires.
Ce motif est moins évident dans la section la plus élevée, car elle est traversée par une série de chemins diagonaux destinés à faciliter l'ascension. L'axe perpendiculaire au palais, partant de l'ancienne entrée du jardin située Via del Colle, constitue la ligne de perspective principale du plan et est donc appelé « Viale della Prospettiva » (Chemin de la Perspective). Un thème architectural récurrent, mis en évidence par la perspective mentionnée ci-dessus, est celui de la loggia, réinterprétée avec différents niveaux de complexité compositionnelle, de la Fontana dei Draghi (Fontaine des Dragons) au palais : la succession de loggias représente en effet le seul élément reliant le volume du palais au jardin en contrebas." (Unesco)
Rappelons la présence du paon, accentuant le trompe-l'œil en déambulant queue trainante entre le fond du renfoncement factice organisé par les quatre colonnes, et le plancher. C'est encore un rappel du décor des maisons romaines et dominant au VIe siècle ap. J.C, notamment à Pompei et dans le Latium. Il était mis en relation avec le thème du renouveau et de la renaissance, car ses plumes caudales repoussent chaque année, et il était devenu, en Grèce, l'attribut d'Héra entre le VIe et le Ve siècle av. J.C avant d'acquérir une dimension eschatologique, médiateur entre le ciel et la terre, l'humain et le divin (Raphaël Démes 2017)
On en voitr un exemple sur une fresque de la Villa de Poppée à Pompéi.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
11. Vue de la villa d'Auguste à Tivoli.
angle gauche de la façade ouvrant sur le jardin. Pas de photo. D. Ribouillault a publié cette figure :
Denis Rigouillault 2009
12. Vue de la fontaine de l'Orgue et des trois bassins à poissons dans le jardin de la Villa d'Este.
Aux deux extrémités du mur donnant sur le jardin se trouvent deux vues de la Fontana dell'Organo, dont celle de droite représente la fontaine avant les modifications du XVIIe siècle et celle de gauche, retouchée à plusieurs reprises, son état actuel.
Un oiseau est posé sur la guirlande de fruits.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
13. Vue de la Delizia de Belriguardo sur le Pô, propriété d'Hippolyte d'Este.
Bâtie en 1435 par Nicolas d'Este, la Délice de Belriguardo, au sud de Voghiera, fut la première demeure construite en dehors des remparts de Ferrara. Ce fut l'une des plus grandes et des plus somptueuses résidences nobiliaires de la Renaissance. Lucrèce Borgia, mère d'Hippolyte d'Este, y séjournait fréquemment.
Un peu après qu'Hercule d'Este eut construit au début des années 1540 la Montagna di Sotto avec des viviers et fossés faisant de l'eau l'élément principal du décor, la célèbre villa de Belriguardo fut agrémentée d'un réseau de fossés assurant fraicheur et encadrant les grands parterres de surfaces cristallines (S. Frommel)
14. Fontaine de l'Orgue à la villa d'Este.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
CONCLUSION.
Grâce à des auteurs comme Denis Rigouillault et Verena Hake entre 2005 et 2025, la compréhension du décor peint du Salon de la Fontaine a fortement progressé, mettant en évidence les volontés de l'architecte et du commanditaire d'imiter les anciens (triclinum romain, grotesques de la domus aurea, divinités romaines), et de répondre aux principes maniéristes de théatralité et de jeu avec le spectateur, dans un très savant réseau de références au génie du lieu (la Sibylle...), à la rivière (l'Aniène), à l'espace environnant et à ses monuments antiques, à l'ancêtre mythique de la famille d'Este (Hercule), et aux propriétés du cardinal Hippolyte II d'Este. Que ces auteurs soient remerciés de nous faire approcher de la complexité savante de la conception de la Villa d'Este.
SOURCES ET LIENS.
— FROMMEL (Sabine), 2008. Hippolyte d'Esté à Chaalis. In: Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, tome 87, 2008. pp. 143-172;
—HAKE (Verena), 2024, Transition et rencontre, dissolution et connaissance : La Loggetta dans le jardin d’eau de la Villa d’Este à Tivoli Avec des remarques sur les fausses portes du Salone della Fontana, INSITU – Zeitschrift für Architekturgeschichte
—RIBOUILLAULT (Denis), 2005,« Le Salone de la Villa d'Este à Tivoli : un théâtre des jardins et du territoire » Studiolo : revue d'histoire de l'art de l'Académie de France à Rome Année 2005 3 pp. 65-94 Fait partie d’un numéro thématique : Arts visuels et théâtre.
—RIBOUILLAULT (Denis), 2009, Le ville dipinte del cardinale Ippolito d’Este a Tivoli : l’architettura di fronte all’antico, la tradizione ferrarese, e un nuovo documento su Belriguardo 2009, Delizie estensi. Architetture di villa nel Rinascimento italiano ed europeo, F. Ceccarelli, M. Folin, ed., Florence, Olschki.
—RIBOUILLAULT (Denis), 2011, Toward an Archaeology of the Gaze: Perception and Function of Garden Views in Italian Renaissance Villas, in Clio in the Italian garden : twenty-first-century studies in historical methods and theoretical perspectives, Éditeur Dumbarton Oaks Research Library and Collection.
— RIBOUILLAULT (Denis), 2006 ‘Paesaggio dipinto, Paesaggio reale’ : notes sur une fenêtre de la Villa d’Este à Tivoli, Actes du colloque international (Ferrare, Castello Sforzesco, 2006). Collection : Ferrara Paesaggio estense ; 4
Symbolisme. La Villa d'Este fut créée selon un programme iconographique d'une grande érudition, conçu par Pirro Ligorio, le cardinal Hippolyte II d'Este et son conseiller et secrétaire dévoué, l'humaniste Marc-Antoine Muret. Ce programme visait à ennoblir la demeure et le cardinal lui-même en exaltant ses vertus et sa lignée, et en conférant une signification profonde à son œuvre architecturale. Fondé sur une connaissance intime des mythes et thèmes classiques, même les plus insolites et les plus ésotériques, ce programme tisse des récits à travers les différents espaces de la Villa, tissant des liens entrelacés aux niveaux de signification de plus en plus complexes et sophistiqués. Les significations symboliques, allégoriques et festives furent développées par l'ensemble des éléments du complexe architectural : des innombrables fontaines aux allées et jeux d'eau, de l'agencement de la végétation aux décorations picturales intérieures, jusqu'aux statues antiques qui ornaient à l'origine le palais et le jardin. La forte unité et la cohérence entre le contenu symbolique et l'apparence extérieure du jardin du XVIe siècle s'atténuèrent progressivement après la mort du cardinal, pour finalement disparaître en raison des modifications apportées à la décoration du jardin au cours des siècles suivants. De ce fait, il est aujourd'hui assez difficile de reconstituer les différents niveaux de signification symbolique.
Les allégories et les symboles de la villa peuvent être interprétés selon deux parcours différents, de haut en bas et inversement. Le premier parcours, « logique et destiné au public » (Madonna, 1979), est ascendant et débute par la porte de la Via del Colle, empruntée par les invités du cardinal. Au cours de l'ascension, parfois éprouvante, vers le palais, la succession des terrasses et le plan géométrique du jardin permettaient au visiteur de percevoir la structure spatiale et le contenu allégorique de la villa de manière ordonnée et logique. Tout au long de l'allée ascendante, le visiteur découvrait la succession de représentations du mythe d'Hercule, le symbole le plus évident du jardin, explicitement mentionné dans les deux épigrammes de Marc-Antoine Muret : « La fatigue n'eut pas raison d'Hercule, ni le plaisir voluptueux – l'âme du chaste Hippolyte – enflammé par l'amour de ces deux vertus – à Hercule et Hippolyte, Hippolyte dédia ces jardins.» « Les pommes d'or qu'Hercule déroba au dragon endormi appartiennent désormais à Hippolyte – reconnaissant de ce don, il voulut que celui qui l'avait offert soit dédié aux jardins qu'il avait plantés ici.» La figure centrale du programme iconographique « public » est donc Hercule, auquel la villa est liée par une double relation : il est à la fois l'un des dieux protecteurs de la région et le fondateur légendaire de la Maison d'Este. De même, la Villa célèbre le cardinal de Ferrare qui, à l'instar de son ancêtre mythique, dut accomplir des travaux mémorables pour créer son jardin et reçut ainsi les pommes d'or volées par Hercule au dragon Ladon, le gardien des Hespérides.
À ce mythe est dédiée la Fontaine des Dragons, située au centre du jardin où Hercule, et en son nom son héritier, le cardinal de Ferrare, et actuel propriétaire des pommes des Hespérides, représente le protecteur des vertus et des qualités morales léguées depuis l'Antiquité et actuellement gardées dans les jardins mythiques de la Villa d'Este. Le mythe s'est développé le long de la succession de loggias de l'étage supérieur : la Loggia di Hercole (où, dans la niche centrale, se trouvait à l'origine la statue d'un Hercule au repos), et la Loggia del Cardinale (avec la statue d'Hercule à la massue, qui faisait alors face au jardin). La série de statues d'Hercule le représentant à différentes étapes de sa légende symbolisait le développement espéré des vicissitudes personnelles d'Hippolite II : la lutte, la victoire, l'immortalité. Une salle du rez-de-chaussée du palais est dédiée aux travaux d'Hercule, et il figure également parmi les figures mythologiques représentées dans la première salle tiburtine, illustrant le mythe de la fondation de Tivoli.
Lié à Hercule est aussi le thème du choix entre la Vertu et le Vice (Hercule à la croisée des chemins), que la « Descrittione Anonima» place dans la grotte de Vénus « dédiée aux plaisirs voluptueux » et celle de Diane« dédiée aux plaisirs honnêtes et à la charité ». Dans cette grotte, située au sommet d'une pente abrupte, la statue de Diane est placée côte à côte avec celle du mythique Hippolyte, qui porte le nom du cardinal et auquel ce dernier s'identifie. Hippolyte est un emblème de chasteté, ayant préféré la mort à l'inceste avec sa belle-mère Phèdre. Il fut ramené à la vie par Esculape grâce à l'intercession de Diane, pour être réincarné en Virbius latin. Hippolyte était également le protagoniste du récit qui aurait été représenté sur les seize tapisseries conçues par Pirro Ligorio lui-même pour les salles du Piano Nobile.
La voie descendante propose un itinéraire antithétique, du palais au jardin, à la fois exotérique et alogique,destiné à une élite exclusive d'initiés capables de décrypter les différentes strates de signification héodonique, avec une« relecture globale des lieux comme une cosmogonie d'origine hésiodique, resématisée par l'orphisme néoplatonicien, et historicisée pour célébrer le génie de Joci » (Madonna, 1979).
La fontaine située dans la cour du palais, avec la statue d'une Vénus couchée plongée dans un sommeil néoplatonicien prédisposant à un niveau de connaissance supérieur, marque le début d'un voyage initiatique vers les mystères les plus profonds de la nature, ouvrant la voie à la rencontre avec la Sibylle de Tibur et son monde hermétique.
Vénus est ici représentée comme la Nimpha Loci, la gardienne sacrée de la première source qui alimente le jardin. L' identification de Vénus à la Nimpha Loci s'effectue par l'intermédiaire de l'élément eau, car toutes deux incarnent la fécondation et la nourriture vitale. Dans le jardin de Tivoli, Vénus ne doit pas être perçue comme la déesse de la luxure, mais comme Vénus Génératrice, le principe vital d'où naissent tous les éléments naturels, et vers qui ils retournent tous.
De nombreuses fontaines lui sont dédiées, de la grotte du Giardino Segreto à celle de l'enceinte de l'Ovato, en passant par la fontaine de la terrasse de l'Organo ; plusieurs statues la représentant ornaient autrefois les salles du palais, la loggia principale et diverses niches du jardin. Vénus émergeant des eaux est représentée au centre d'un mur de la seconde salle Tiburtine, où est représentée la représentation du mythe de l'une des principales divinités de Tivoli, à savoir la Sibylle Albunea, sous ses diverses personnifications : Ino, Leucothea, la Sibylle Tiburtine, Mater Natura, Diane d'Éphèse, Déesse de la Nature.
La figure de Vénus, allégorie de la vie et du mystère de la naissance, de la mort et de la régénération dans le cycle naturel, préfigure en effet la Sibylle, avec laquelle elle partage plusieurs caractéristiques. Ces caractéristiques peuvent être plus facilement comprises en revenant brièvement sur le mythe, décrit à plusieurs reprises par Pirro Ligorio dans son « Libro dell'Antichità » (Madonna, 1979-1981) : Vénus est la mère d'Harmonie, Concordia discors, qui, à son tour, engendra Ino et Cadmos, roi de Thèbes. Afin d'échapper à la folie de son époux Athamas, Ino se jeta à la mer avec son fils Mélicerte ; elle fut ramenée à la vie grâce à l'intercession de Vénus et de Bacchus, dont elle était la mère nourricière, et, transformée en Leucothée, elle fut accueillie parmi les Néréides, devenant déesse de la mer et protectrice des marins, tandis que son fils devint Palémon, dieu des ports. Entraînée avec Palémon par les eaux du Tibre jusqu'à Rome, devant l'île Tibérine, elle fut attaquée par les Bacchantes et sauvée par Hercule Saxanus. Tous deux trouvèrent réfugié auprès de la déesse Carmenta, qui prophétisa leur transformation en Mater Matuta et Portunus.
On ignore encore à quelle phase du mythe il convient d'attribuer sa personnification en la Sibylle Albunea Tiburtina, qui, entre autres, prophétisa la ruine de Rome (« urbs mollis, iniqua nefanda ») et, selon la tradition, l'avènement du Christ.
Le lien entre le mythe et l'élément principal de la villa, à savoir l'eau, est très clair. La mort symbolique d'Ino et sa métamorphose ont lieu dans l'eau. De sauvée, elle devient la protectrice des marins et la déesse de la mer, cette dernière étant à la fois l'origine et la fin de toutes les eaux. Leucothea entreprend alors son voyage initiatique et arrive à Rome par les eaux du Tibre, « symbolisant cette fois la détresse et le risque » (Madonna, 1980), et devient ici Mater Matuta, « la mère de toutes les eaux, la mère de la nature, la mère, c’est-à-dire l’origine, de toutes les activités » (Madonna, 1979).
On peut rattacher au mythe de la Sibylle tous les thèmes développés dans les trois fontaines principales, situées au même niveau, à mi-hauteur de la colline : le thème de la nature physique, le thème de l’exotérisme et de la nature mystique, le thème des éléments féminins (l’eau et la terre), le thème de la musique… le thème de la Grèce antique » (Madonna, 1979). Les trois fontaines marquent également les étapes du voyage initiatique de la déesse-prophétesse « comme une allégorie du transport physique de l'eau depuis l' Aniene » (Madonna, 1979). La Fontana di Tivoli, dominée
par la grande statue d'Albunea, est la représentation symbolique de ses multiples rôles : source, rivière,
montagne sacrée, forêt. Dans l'enceinte de la fontaine, le double secours apporté par Vénus et Bacchus est commémoré, avec la grotte et les deux petites fontaines qui leur sont dédiées. Le mystère du voyage initiatique de la Sibylle est symbolisé par le long chemin de la Cento Fontane, marqué par les Métamorphoses d'Ovide, une allégorie des changements opérés par le temps. La barque au centre de la fontaine de Rometta fait référence à l'Isola Tiberina, le lieu où Leucothea a débarqué, et à toute la scène théâtrale
La scène rappelle la malédiction de la Sibylle contre Rome. Le mythe s'achève à la Fontana dell'Organo, avec la glorification de la Sibylle comme Grande Mère, la Mater Matuta, représentée par la statue de Diane d'Éphèse déesse de la Nature, qui se dressait autrefois devant la grande niche centrale ; la déesse, par l'eau jaillissant de ses seins, est un être créateur de vie et produit les sons de la Musique et de l'Art. La clé d'interprétation du spectacle unique offert au XVIe siècle par la fontaine réside dans la
représentation des principales forces transformatrices de la Nature par la combinaison de quatre
éléments : la Terre, symbolisée par la statue de la déesse créatrice ; l'Air, qui donnait le souffle aux instruments de musique et reproduisait les cris des animaux ; Le Feu, évoqué par les miroirs qui, au XVIe siècle, furent disposés le long de la perspective afin de refléter les rayons du soleil, et l'Eau, qui coulait partout pour donner la vie au monde.
Les étonnantes métamorphoses de la nature provoquées par la Sibylle - Matuta, par son mystérieux pouvoir cosmogonique, sontégalement symbolisées par les trois Grottes des Sibylles situées sous la terrasse de la Fontaine de l'Organe. Le rugissement assourdissant de la cascade qui dévale de la grotte centrale, symbole du sein de la Grande Mère, ne peut manquer de rappeler que la voix prophétique de la Sibylle se métamorphose ici en le rugissement hermétique et terrifiant de la Terre Mère.
À la Sibylle, figure centrale du parcours exotérique, source de toute connaissance et de toute créativité, peut également être rattaché au thème de la Vertu, développé non seulement dans le jardin, mais aussi dans les décorations picturales des salles du Piano Nobile du palais. « La Vertu peut être comparée à la Sibylle, indiquant aux Romains le chemin du salut »(Fagiolo, 1979) : le paganisme peut être christianisé en opposant le chemin de la Vertu à celui de Volupté, représentée par la Rometta, emblème de la tromperie et des valeurs négatives. Le thème du choix entre la Vertu et le Vice, attribué par l'interprétation « publique » à Hercule, est en réalité rapporté à la Sibylle. Dans l'iconographie du XVIe siècle, la Sibyle de Tivoli est souvent accompagnée du Y pythagoricien, préfiguration de la croix, symbole d'Hercule à un carrefour, et, par analogie, du Cardinal lui-même. Comme les autres figures clés de l'iconographie de la Villa, de Vénus génératrice à Hercule et Hippolyte, Virbius, la Sibyle poétesse, vierge et mère, fait référence au Cardinal de Ferrare qui s'était arrogé le même rôle d'ordonner le monde à Tivoli et dans le jardin qu'il avait créé.
En effet, le Cardinal est symbolisé par la Sibylle dans ses activités de gouvernance et de réglementation, ainsi que sa nature de prêtresse et sa virginité.
L'ambiguïté apparente inhérente à la coexistence de natures opposées dans la figure de la Sibylle de Tibur (Vierge et Terre Mère) est à attribuer au syncrétisme de la culture de l'époque, se traduisant par l'
attitude mentale de « l'intellect supérieur » selon laquelle une vérité cachée se trouve dans la synthèse de significations opposées. En conséquence, la contradiction, ou plutôt la double signification des valeurs attribuées à Rome dans la fontaine qui porte son nom, peut être perçue : à la célébration de son image triomphante, lieu où les mythes et les vertus de l'antique Tibur se renouvellent et où coulent les eaux purificatrices de cette dernière, but convoité du parcours de vie du cardinal, s'oppose la condamnation implicite du rôle négatif de Rome, cité de la tromperie, corruptrice des âmes et objet d'ambitions sans bornes.
Le Salon de la Fontaine
Le salon principal central est appelé la Sala della Fontana diTivoli, en raison de la petite fontaine rustique placée contre le mur nord-est (n° 8), commencée par le graveur de fontaines Curzio Maccarone et achevée en 1568 par Paolo Calandrino. Entièrement recouverte de mosaïques et d'émaux, la fontaine est dédiée à la ville de Tivoli, représentée de manière synthétique dans le bas-relief de la niche centrale par les deux éléments paysagers les plus représentatifs de la ville, à savoir les ruines antiques, avec le temple de la Sibylle, et les eaux qui, coulant entre les rochers de tartre aujourd'hui disparus, se déversaient supposément dans le bassin en contrebas. La décoration picturale de cette salle, comme celle de la salle voisine d'Hercule, fut réalisée – à partir de 1565 – par six artistes sous la direction de Gerolamo Muziano, qui, en 1567, furent remplacés par une équipe dirigée par Federico Zuccari. Ce dernier peignit les fresques au centre des voûtes. Les peintures agrandissent l'espace de manière illusionniste, non seulement le long du périmètre des murs – une fausse loggia à colonnes torsadées s'ouvrant sur des vues du paysage –, mais aussi vers le haut, où une colonnade en perspective encadre le ciel en arrière-plan, le théâtre du « Banquet des Dieux », une fresque inspirée de celle de Raphaël à la Farnesina.
Au centre des quatre côtés de la voûte, ornés de figures grotesques, des édicules en stuc représentent des scènes allant des sacrifices à Apollon, Diane, Cérès et Bacchus. Dans les cadres ovales des bordures, quatre peintures de dieux sur des chars symbolisent les quatre éléments : Neptune l'eau,
Jupiter l'air, Pluton le feu et Junon la terre. Aux angles, les armoiries en stuc du Cardinal se trouvent près de couples de dieux : Bacchus et Cérès, Jupiter et Junon, Mars et Vénus, Minerve et Mercure, ce dernier étant probablement un autoportrait de Gerolamo Muziano. Parmi les vues murales, peintes en 1568 par Matteo Neroni da Siena, certaines sont particulièrement importantes pour l'histoire de la Villa d'Este, car elles représentent des paysages ou des détails du jardin et des fontaines ; ainsi, la grande fresque du mur nord-est témoigne de l'avancement des travaux du palais en 1568, avant l'ajout des ailes latérales, et montre le jardin « tel qu'il aurait dû être » selon A. Del Re.
Les 10 personnages sculptés (poteaux d'huisseries, bois, vers 1500) de la façade de la maison à pondalez de Morlaix dite "Maison de la Duchesse Anne". Les sculptures intérieures.
PRÉSENTATION.
Morlaix a été envahie et en grande partie détruite par les troupes du roi anglais Henri VIII, en 1522. Lors de sa reconstruction, la ville est refaite dans un style très contemporain, de la Renaissance. La mode des maisons à lanterne émerge alors : la lanterne ne désigne pas ici une lampe mais une cour intérieure couverte chauffée par une très haute cheminée.
Ces habitations appartenaient à des nobles, qui avaient abandonné leur titre et quitté leur manoir en campagne, préférant profiter du commerce florissant du lin. À l'époque, des marchands d'Angleterre, d'Espagne ou du Portugal accostaient dans le port de Morlaix. Le lin était vendu sur les étales, devant les maisons, sous forme de rouleau de toile de 120 m sur 70 cm. Seules restent en place cette "maison de la Duchesse-Anne" et l Maison à Pondalez/Musée de Morlaix " de 9 Grand-Rue. Deux maisons dont l'escalier à pondalez est partiellement en place se trouvent rue Ange de Guernisac. Des poteaux corniers sculptés de saints et saintes sont conservés dans la Grand-Rue
Autour de 1530, cet hôtel particulier, haut de trois étages, est construit dans la rue des Nobles (actuelle rue du Mur), au dessus des Halles. Il sera dénommé "de la Duchesse-Anne" au XIXe siècle par souci publicitaire.
La Maison de la Duchesse-Anne, rue des Nobles. En bleu, le confluent du Jarlot et du Queffleuth. Plan de Morlaix par Del Michal, avant 1733.
Dans ses éléments les plus marquants, il compte une cheminée monumentale et un escalier en chêne richement sculpté dont la colonne principale, haute de 10 mètres, a été construite dans un tronc d’un seul tenant. C'est ce pilier central, sur lequel s'appuie toute la charpente, qui est LA particularité de ces maisons à pondalez : une vraie prouesse architecturale, presque propre à Morlaix (un exemple à Tréguier, Maison Saint-Pierre vers 1490, un autre à Landerneau, Maison des treize lunes).
L’hôtel particulier a été construit pour Yves Pinart de Kerverziou, docteur es droits, qui fut notamment sénéchal du nord du Léon et du Goëlo, sénéchal de Pordic (1507), de Langarzeau (1511), de Plouha et d'Yvias (1516) ou de Coëtmen (1522) et conseiller au Parlement de Bretagne. Il épousa successivement Jeanne du Boisgelin dame de la Noëverte, Marguerite de Kerbuzic, dame héritière de Keranglas et de Kerlaouënan, et après 1562, Jeanne de Kersauzon.
À l'extérieur, la façade sur rue repose sur un rez de chaussée en granit ; les étages supérieurs sont structurés autour de pans de bois dont les interstices étaient initialement rempli avec un mélange d'argile. La façade de la maison donnant sur la rue (33 du Mur à Morlaix) est décorée de 10 statues : ses quatre poteaux corniers reçoivent des personnages religieux (deux saints et deux saintes), tandis que 3 de ses poteaux d'huisseries sont sculptés de personnages profanes souvent irrévérencieux :
-Poteaux corniers :
Saint Jacques
Saint Yves
Sainte Barbe
Sainte Catherine
-Poteaux d'huisserie :
Homme sauvage tenant un bâton écoté
Fou et sa marotte
Homme en position d'atlante
Homme accroupi, coiffé d'un chapeau de pèlerin
Homme tirant la langue
Vieil homme songeur.
Il m'a paru intéressant de les présenter en détail, notamment pour les confronter aux statues, crossettes, blochets des édifices religieux contemporains, largement documentés dans ce blog, pour constater qu'on y trouve la même iconographie associant les personnages religieux et les thèmes profanes fabuleux ou imaginaires. Ainsi, les saints Jacques et Yves sont très représentés dans les églises et chapelles bretonnes, tandis que les saintes Barbe et Catherine sont les premières du catalogue des représentations sculptées bretonnes du XVe-XVIe siècle. Dans le domaine profane, on trouve plus souvent dans les églises et chapelles des animaux (lions, dragons), puis viennent les acrobates et les sirènes ou femmes serpents ; l'homme sauvage s'y retrouve souvent, notamment comme tenant d'écus armoriés.
Mais les œuvres sculptées des maisons à pondalez ne différent guère, dans leur facture, de celles des église et chapelles bretonnes, et, notamment, de celles des églises Saint-Mélaine et Saint-Mathieu de Morlaix.
Rappel :
1)Le poteau cornier est une pièce maîtresse de la structure de la maison à pan de bois.
A l’origine, il était réalisé d’une seule pièce du sol au toit (bois long). Il est situé à l’extérieur dans l’angle formé par le pignon sur rue et le mur gouttereau donnant sur la cour.
Cette poutre angulaire symbolisait à la fois la propriété et le soutien de la demeure paysanne. Il n’est donc pas étonnant que cette pièce de bois, située à un emplacement stratégique, soit fréquemment dotée d’inscriptions côté rue : date de construction, inscriptions patronymiques, symboles chrétiens, emblèmes et inscriptions ayant un rapport étroit avec la vie professionnelle et affective du propriétaire.
2) les maisons à pondalez sont des demeures de négociants en toile de lin ou crées, spécialité du Léon. Elles sont à pans de bois, datant du premier quart du XVIe siècle. Elles se caractérisent par un imposant escalier à vis qui soutient les « ponts d’allée » galeries intérieures. Beaucoup ont disparu, mais deux maisons morlaisiennes, témoins de cette époque florissante, sont ouvertes au public : la Maison à Pondalez au 9 Grand Rue et la Maison dite de la Duchesse Anne, rue du Mur.
Elles se composent d’un grand rectangle divisé en trois parties : un corps de bâtiment sur rue avec sa façade en encorbellement sur la rue, un corps de bâtiment sur jardin (ou sur le rempart) avec sa façade également en encorbellement sur l’extérieur, et, entre les deux, un espace couvert : éclairée par le toit sur l’iconographie du XIXe siècle, cette « lanterne » est le lieu privilégié de la maison.
LES SCULPTURES EXTÉRIEURES
La Maison de la Duchesse Anne à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La Maison de la Duchesse Anne à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La Maison de la Duchesse Anne à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
L'écu, non gravé, est présenté non par un ange aux ailes déployées comme je le pensais, mais par un aigle, comme l'indique Daniel Leloup qui a remarqué la pointe du bec et les griffes des serres.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
LE PREMIER ÉTAGE.
1. Saint Jacques le Majeur.
Sous un dais à indentation, il est coiffé du fameux chapeau à larges bords des pèlerins de Compostelle. Il tient un livre ouvert dans la main gauche, tandis que sa main droite a perdu le bourdon qu'il tenait jadis. Sa robe est serrée par une ceinture, où on ne voit pas la classique besace.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
2. L'Homme sauvage tenant un bâton écoté.
L'homme sauvage, qui s'impose dans l'art occidental à partir du XIIIe siècle, est un personnage ambiguë : il est recouvert dans les textes comme dans les images d'une pilosité surabondante dont le caractère animal est attesté dans toutes les sources écrites (littérature, encyclopédisme, médecine). Il est une figure légendaire, folklorique et parfois héraldique couverte de poils et souvent armée d'un gourdin. Cet être anthropomorphe fait le lien entre l'humanité et l'animalité, entre le sauvage et le civilisé, et ces transitions ou transgressions de frontières, ces formes marginales entre humanité, régne animal et monde végétal fascinent les commanditaires d'églises et de chapelles, de manoirs et de châteaux, qui les réservent précisément aux espaces de transitions : sablières à la liaison entre le mur et la charpente à l'intérieur, crossettes entre mur et charpentes à l'extérieur, miséricordes et appuis-mains des stalles, charpente et boiseries intérieures et extérieures des maisons
Les trois régnes sont bien réunis, puisque le personnage est anthropomorphe, sa toison est animale, et le bâton est en bois écoté, brut de toute finition.
C'est ce même principe de métamorphose, très diffusé par l'œuvre d'Ovide, qui explique la profusion des êtres hybrides comme le dragon, la sirène, la femme-oiseau, les masques feuillus, les animaux feuillagés, et tant d'autres figures du vocabulaire ornemental médiéval et Renaissance.
La force de la nature sauvage doit être canalisée, domestiquée (par des rituels), mais ne perd jamais sa menace d'explosion violente. La figure du chasseur ne se contrôlant plus et oubliant toute civilité, tout respect des règles — religieuses— apparaît dans la légende de saint Julien, de saint Eustache ou de saint Hubert.
Le bois écoté rappelle aussi l'importance de la forêt, source de revenus, et lieu de chasse, mais aussi lieu où, dans les Romans bretons, le héros accède au merveilleux du monde féerique.
On trouve à l'intérieur de la maison un écu présenté par deux hommes sauvages à genoux.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
3. Le Fou et sa marotte.
La proximité du Sauvage et du Fou est bien réelle puisque la folie est le franchissement de la frontière de la raison. Mais rien n'est simple, et c'est ce qui fascine : la raison la plus sage peut se dissimuler dans les dérèglements de l'esprit, et l'apparence humaine est si préservée que le fou nous tend un miroir où nous sommes troublés de nous reconnaître, ou charmés d'un monde poétique ou, là encore, merveilleux. On pensera aussi à l'ambiguïté des bouffons des cours seigneuriale.
Ce Fou a tous les attributs que l'iconographie a fixés à la fin du moyen-âge, lors des fêtes des fous ou des carnavals, renversement des valeurs, ou depuis la parution en français de la Nef des Fous , traduction du Narrenschiff de Sébastian Brant en 1494 : le bonnet à longues oreilles d'âne, se prolongeant en capuche à bords crantés ; les manches aux coudes ornés de glands à fanfreluches (dissimulant sans doute un grelot) qu'on retrouve aussi à la pointe pectorale de la capuche ; les extrémités des manches et des quartiers des chaussures également crantées (s'opposant aux bords droits autant que l'esprit s'écarte de la rectitude de la logique); et, bien sûr la marotte, ce spectre de dérision présentant à l'aliéné son visage spéculaire. Le Fou le serre ici contre sa poitrine comme une poupée et appuie son index contre le menton, geste où nous pouvons hésiter à reconnaître celui de la risette, où celui de la leçon de morale...
Enfin, remarquons le sourire grimaçant, montrant les dents.
Ces sculptures des maisons étaient certainement peintes, et on peut parier que les vêtements du Fou étaient bariolés, mi-partis.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
4. L'homme en robe, soutenant le corbeau, en position de chevalier servant.
Ce personnage accroupi, peut-être un clerc ou un bourgeois, est figuré en atlante.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
5. Saint Yves.
Saint Yves, qui fut Official à Rennes puis Tréguier et recteur de Trédrez (Côtes d'Armor) avant de mourir en 1303, est largement vénéré en Finistère. Il est, on le sait, patron des juristes et des avocats et défenseur de droits des pauvres. Sa statue est bien abîmée. Il est assis sur un siège droit, comme une cathèdre, et est coiffé de la barrette de docteur recouverte de la capuche du camail qui recouvre ses épaules. Ses mains brisées ne fournissent plus les indices habituels : tenait-il un rouleau de parchemin? un livre de droit. Opposait-il pouce et index dans un geste d'argumentation juridique ?
Yves Pinart avait plusieurs raison de faire représenter saint Yves : non seulement c'était son saint patron, mais il tenait son prénom de deux de ses ancêtres Yvon Pinart seigneurs du Val depuis le XIVe siècle. En outre, saint Yves de Kermartin était le patron des juristes, et il était docteur en droit. Et encore, la rue des Nobles se prolongeait par la rue Saint-Yves.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
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II. LE DEUXIÈME ÉTAGE.
6. Sainte Barbe tenant sa tour.
Sainte Barbe propose les édifices de la foudre, et les fidèles des risques d'explosion, ou, plus largement, de mort subite. C'est une sainte majeure de nos églises et chapelles, incontournable avec sainte Catherine dans les Livres d'Heures. Elle est reconnaissable à son attribut, la tour à trois fenêtres : elle fut enfermée en raison de sa foi chrétienne dans une tour, mais elle l'a fit percer de trois fenêtres pour affirmer son attachement au dogme de la Trinité.
Le sculpteur a souligné sa beauté et sa richesse de princesse par sa robe ajustée, son fin visage et sa longue chevelure, tandis qu'en la coiffant d'un turban il indiquait son origine orientale : elle vivait au IIIe siècle à Nicomédie, dans la Turquie actuelle.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
"Les trois personnages profanes qui occupent le second étage sont d’une catégorie différente de celle de leurs coreligionnaires du premier étage. Certains détails plaident pour une installation largement postérieure à la date de construction de l’hôtel particulier. À l’exception du vieillard endormi, à droite, elles détonnent par leur facture nettement inférieure à celle des trois statues profanes du premier étage, qui sont d’une grande unité stylistique. L’espace occupé par ces trois statues devait à l’origine contenir une ornementation plus simple, comme des « choux fleuris »."
7. Homme accroupi, coiffé d'un chapeau large.
Ce personnage ne paye pas de mine avec son visage très fruste engoncé sous son chapeau. Il porte un vêtement chaud sur les épaules, une tunique courte et des bottes basses. Il fait fonction d'atlante.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
8. Homme en tunique, tirant la langue, en position de chevalier servant.
Ce jeune homme est une figure de la dérision puisqu'il grimace les bras croisés en tirant la langue. Son tablier indique-t-il qu'il est un artisan?
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
9. Homme barbu dans l'attitude du songeur, posture du chevalier servant.
On a proposé qu'il s'agisse de Jessé, père de David et d'un emprunt à un édifice religieux doté d'un Arbre de Jessé.
"Le vieillard endormi doit correspondre à un élément d’arbre de Jessé. Ses dimensions excédant la hauteur « standard » expliquent qu’il ne repose pas sur une console. L’individu bras croisés du milieu ne tire pas gratuitement la langue aux passants, comme cela a été écrit, mais montre par son expression le poids qu’il porte sur ses épaules. Avec son chapeau au large bord relevé au-dessus de sa tête et sa cape, le personnage de gauche échappe à toute identification.
Soulignons que les consoles sur lesquelles reposent ces deux dernières statues sont identiques, alors que l’artiste ou l’atelier qui réalisa les autres statues de la façade prit soin d’en varier les motifs et les dimensions. Cet élément supplémentaire plaide pour un apport postérieur. Remarquons que la Maison dite de la duchesse Anne hébergeait au début des années 1880 la boutique d’un antiquaire, contexte favorable à une telle modification de la façade. Des éléments de maisons démolies à cette époque ont pu être récupérés pour « compléter » la décoration. La statue de Jessé doit par contre provenir d’un édifice religieux." (source)
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
10. Sainte Catherine, sa roue brisée et son épée.
Sous un dais bien préservé, elle porte une couronne à fleurons, un manteau couvrant une robe de princesse, et ses attributs : l'épée de sa décollation et la roue brisée de son supplice.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
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11. Le décor des autres poteaux.
Les poteaux intermédiaires alternent leurs ornements en rangs de perles, en feuilles, ou en tuiles, et en écailles.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
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La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
Selon Daniel Leloup, ces fûts à décor d'écailles est une constante du vocabulaire des maîtres sculpteurs morlaisiens. On les retrouvent sur le poteau de jonction de l'escalier conservé au Victoria et Albert Museum :
La façade de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
LES SCULPTURES INTÉRIEURES.
Il est difficile de rendre compte des volumes de la demeure en raison du manque de recul, et pourtant, c'est l'organisation spatiale qui est passionnante à découvrir. Les galeries, qui déservent aux étages les pièces de réception des clients venus acquérir des créées, ou toiles de lin du Léon, s'appuient sur un seul pilier central monoxyle, comme celui conservé au Victoria et Albert Museum de Londres : Il s'élève sans être appuyé à son extrémité supérieure, qui est sculptée (ici d'un Jean-Baptiste). Placer ce pilier et l'étayer était le premier acte de la construction, sur lequel venait s'étager du bas vers le haut des échafaudages, et même le colombage des façades.
Galeries présumées du 17 Grand'Rue à Morlaix. V&A Museum, Londres
Cet escalier occupait un hall central fermé et reliait les pièces donnant sur la rue à celles de l'arrière, donnant sur une cour. Le poteau d'escalier décalé, bien visible, est orné d'un mélange de motifs de la fin du Moyen Âge et représente un évêque, saint Clément, un roi de France et saint Jean-Baptiste (en haut), peut-être le saint patron du premier propriétaire. Les balustrades encadrent des panneaux à plis de serviette, très répandus en Europe du Nord entre 1460 et 1550, et sont surmontées de figures représentant sainte Catherine, des paysans et des animaux dont des dragons. Richement sculptés et faiblement éclairés par le bas, ces escaliers devaient créer un effet magnifique dans cet espace haut et étroit.
J'emprunte cet écorché au site Baie de Morlaix : le pan manquant est celui ou s'élève l'immense cheminée qui chauffe tout le hall.
Voir aussi une maquette au 1/10e réalisée par des élèves du lycée de Quintin:
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
Je décrirai deux ensembles d'éléments sculptés : les sculptures du pilier et des galeries, en bois. Et celles, en pierre, des deux frises de la cheminée.
I. LES SCULPTURES EN BOIS.
On trouve sur le pilier, de bas en haut :
un ange à écusson
un prêcheur sur une chaire dressée sur trois crânes
une tête isolé
saint Yves, assis, tenant un phylactère
saint Roch et son Roquet (1ère galerie)
Ornements croisés intermédiaire. Un ange à écusson
un saint tenant un bâton avec un enfant à ses pieds (saint Nicolas?) (2ème galerie)
Ornements croisés intermédiaire. Un ange à écusson
saint Christophe (3ème galerie).
Saint Michel (3ème étage couronnement de la poutre centrale)
Sur les galeries :
un acrobate tenant un tonnelet
un homme buveur.
un homme sauvage portant un écu
Sur les murs :
un crucifix
Samson et le lion
Un prêcheur sur une chaire dressée sur trois crânes puis une tête isolée.
Remarquez les gardes-corps à panneaux de serviettes plissées.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
Ce motif m'a beaucoup intrigué mais hélas je n'ai pu l'élucider, car le personnage occupant la chaire est partiellement détruit. Globalement, il m'a évoqué les scènes de Renart prêchant aux poules, mais c'est à l'évidence autre chose. Les crânes font-ils allusion aus prédications de saint Vincent Ferrier sur la mort. Sur le garde-corps de ce que j'appelle la chaire, on voit une série de barres qui peuvent évoquer les doigts d'une main.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
Je ne m'explique pas non plus cette tête sans corps. La série de références codées m'échappent. Un saint dont la tête fut tranchée? Un saint céphalophore? Denis? Mélar ? La tête d'un roi piétinée par sainte Catherine??
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
Un clerc tenant un phylactère : saint Yves.
Ce personnage partage avec saint Yves la coiffure (barrette de docteur), le camail recouvrant la tête, et la cotte talaire. Il ressemble au saint Yves de la façade extérieure.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
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Un ange présentant un écusson.
Les armoiries d'Yves Pinart étaient un fascé ondé d'or et d'azur de six pièces au chef de gueules chargé d'une pomme de pin d'or. Mais Daniel Leloup a montré que depuis 1451-1456, les nobles de Morlaix, lorsqu'ils se consacraient au commerce, appartenaient alors à la "noblesse dormante" et abandonnaient leurs prérogatives, comme celle d'afficher les armes. Ils n'étaient plus exemptés d'impôts.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
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Poteau de jonction de l'escalier du 1er étage. Saint Roch montrant le bubon pesteux de sa cuisse droite, que désigne un ange ; son chien roquet lui amène un morceau de pain.
Le saint protecteur de la peste, barbu, est coiffé du chapeau des pèlerins vers Rome, dont il tient le bourdon et dont il porte la pèlerine.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
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Ornements intermédiaires. Un ange tenant un écusson.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
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Un saint tenant un bâton avec un enfant à ses pieds (saint Nicolas?) (2ème galerie)
Saint Nicolas est le patron des marins, et donc des armateurs et du commerce maritime. On retrouve sa statue en façade du 9 Grande Rue à Morlaix (en évêque avec les 3 enfants dans le chaudron). Au 17 Grande-Rue, c'est le pape saint Clément également patron des marins qui est représenté tenant une ancre.
Victoria & Albert Museum
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
Saint Christophe portant l'Enfant-Jésus et traversant le gué, s'appuyant sur son bâton.
Saint Christophe est le patron des voyageurs.
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Je ne présenterai pas de cliché du Saint Michel terrassant le dragon du couronnement du poteau, car l'accès au troisième étage n'est pas autorisé aux visiteurs. Voici saint Jean-Baptiste, sculpture sommitale du 17 rue du Mur (V&A Museum).
LES AUTRES ÉLÉMENTS SCULPTÉS.
1°) Sur les autres montants des galeries.
Poteau d'huisserie du 1er étage. Un acrobate tirant la langue et tenant un tonnelet.
Le motif de l'acrobate est très répandu sur les sablières, crossettes des églises, ou en ornement des manoirs et châteaux. Le thème du buveur l'est tout autant. Mais il est rare que les deux soient associés.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
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Un homme en position de chevalier servant, coiffé d'un chapeau rond et buvant à une bouteille.
Le chapeau est ornementé d'un gland de passementerie. Le nez du personnage est épaté. Autre dénonciation du vice de l'ivresse.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
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Deux hommes sauvages à genoux, gourdin en main, tenant un écu non gravé.
Nous retrouvons le thème de l'homme sauvage remarqué sur la façade extérieure.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
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Les poteaux de jonction sont ornés de feuilles quadrilobées et de rubans à incrustations de perles.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
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2°) sur les murs.
Samson et le lion.
Il s'agit sans doute d'une pièce de collection d'antiquaire d'origine exogène.
"Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
"Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
"Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
"Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
"Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
Homme supportant le corbeau (atlante)
La "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
La "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
Pièce à l'étage de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
L'escalier à pondalez de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
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LA CHEMINÉE DE LA COUR INTÉRIEURE.
Cette cheminée est ornée de deux frises, l'une sur le manteau, l'autre à mi-hauteur. Ces frises montrent des vignes (les feuilles alternent avec des grappes) dont les tiges partent de la bouche ou des mains de masques grotesques aux yeux exorbités qui en occupent les angles.
Cheminée de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
Cheminée de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
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Cheminée de la "Maison de la Duchesse-Anne" à Morlaix. Cliché lavieb-aile.
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"La ville de Morlaix, fréquentée dès l’époque romaine, n’est au XIIe qu’une simple bourgade de pêcheurs qui entre définitivement dans le Duché de Bretagne en 1187. Ville prospère grâce à ses actifs armateurs, elle subit de nombreuses invasions et pillages jusqu’à la construction, au XVIè siècle, du Château du Taureau pour protéger la baie. La Grand rue garde, dans sa configuration actuelle, l’image de la riche cité médiévale telle qu’elle a perduré au-delà de la Renaissance, même si aucune des constructions qui la bordent n’est antérieure au XVIè siècle.
Il semblerait, que dès le XVè siècle, on voit à Morlaix, se construire des maisons d’un genre particulier qu’on ne rencontre dans aucune autre ville de Bretagne et qui, dans cette ville, est, dès le XVIè siècle, très répandu.
Construites par des marchands, des négociants en toiles de lin, fines toiles appelées crées, spécialité du Léon, ces maisons à pans de bois, se composent d’un grand rectangle divisé en trois parties :
-un corps de bâtiment sur rue avec sa façade en encorbellement sur la rue,
-un corps de bâtiment sur jardin (ou sur le rempart) avec sa façade également en encorbellement sur l’extérieur
-et, entre les deux, un espace couvert : éclairée par le toit sur l’iconographie du XIXè siècle, cette « lanterne » est le lieu privilégié de la maison.
Une grande cheminée en pierre richement moulurée occupe un des murs mitoyens sur la hauteur de plusieurs étages, tandis que, lui faisant face dans un angle du vide central, l’escalier représente une permanence du genre : il est composé d’une vis, ensemble de marches pleines, assemblées sur un noyau cylindrique et d’une série de passerelles accrochées à l’escalier par l’intermédiaire d’un poteau d’angle, élément sculpté qui caractérise la maison et se termine par une représentation du saint patron, protecteur du propriétaire. Des passerelles, ou « ponts d’allée », permettent d’aller de l’escalier à la partie arrière."
La Maison dite de la duchesse Anne, à Morlaix, en Bretagne, offre un exemple particulièrement bien conservé de maison à lanterne, principe architectural emblématique de la ville à la Renaissance.
Le visiteur y découvre la lanterne – cour intérieure couverte – abritant une cheminée monumentale et un escalier en vis, en chêne richement sculpté, qui garantit le passage entre les pièces de l’avant et celles de l’arrière, ainsi sur trois étages.
Le 28 mai 1883, Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, signait le décret de classement « au nombre des Monuments historiques » de la Maison dite de la duchesse Anne. Le premier monument morlaisien à bénéficier de cette mesure de sauvegarde et le seul de tout le 19e siècle.
Demeure de famille noble, bâtie vers 1530, la Maison dite de la duchesse Anne a échappé in extremis à la destruction programmée dans le cadre de lourds travaux d’urbanisme. Elle doit sa sauvegarde à l’intérêt suscité par sa cour couverte – sa lanterne – qui abrite son remarquable escalier sculpté.
Cet escalier unique en son genre, objet d’admiration, a suscité ce commentaire élogieux de Prosper Mérimée, alors inspecteur général des Monuments historiques, le découvrant lors de sa visite de la ville en 1835 :
« Dans une maison de la rue des Nobles (aujourd’hui rue du Mur) on voit un magnifique escalier gothique, en bois, du quinzième siècle, parfaitement conservé, quoique d’un usage journalier. Ses ornements, variés à chaque étage, sont d’une délicatesse inouïe. Je n’avais jamais rien vu de plus parfait et de meilleur goût. »
Aux yeux des urbanistes, cette notoriété ne devait pas préserver l’édifice de la démolition. Tout au plus imaginait-on démonter l’escalier pour en assurer au moins la conservation. Ce fut le mérite d’Henri de Lestang du Rusquec de saisir toute l’importance du maintien de l’escalier en l’état, sur place, dans l’écrin constitué par la maison.
Henri de Lestang du Rusquec (1822-1906), maire de Sibiril, propriétaire du château de Kerouzéré, qui fut classé le même jour que la Maison dite de la duchesse Anne, en fit l’acquisition en octobre 1882 et obtint son classement huit mois plus tard.
Quelle ironie que celle de ce « crime d’avancer de quelques cinquante centimètres sur l’alignement imposé », soulignée par l’illustrateur et romancier Albert Robida, heureux de constater que « ce beau spécimen des riches maisons du Morlaix d’autrefois » ait pu finalement être préservé et restauré.
Pour le plus grand plaisir des amateurs du patrimoine, de l’art et de son histoire, la Maison dite de la duchesse Anne commet toujours ce crime. Elle devrait le commettre encore de très nombreuses années grâce aux travaux de restauration programmés qui permettront d’ouvrir de plus larges espaces à la visite tout en assurant sa pérennité.
La Maison est ouverte du jeudi au samedi, de 14 h à 17 h, jusqu’aux vacances de Pâques.
A partir du 8 avril, la Maison sera ouverte du mardi au samedi, de 14 h à 18 h, même les jours fériés.
Infos pratiques 33, rue du Mur, 29600 Morlaix Téléphone : 02 98 88 23 26
La Maison dite de la duchesse Anne, fleuron du patrimoine de Morlaix (Finistère) situé dans l’ancien quartier des halles, a été bâtie vers 1530. Il s’agit du plus bel exemple conservé de maison à lanterne, type d’architecture caractéristique du Morlaix de la Renaissance. Le terme de lanterne désigne la cour couverte au centre de l’édifice, à l’origine éclairée par une suspension. Cette cour est ici particulièrement remarquable par sa hauteur de seize mètres, son escalier à galeries « à pondalez » tout en chêne, richement sculpté, haut de onze mètres et sa cheminée monumentale. Le terme « pondalez » désigne à Morlaix les galeries menant de l’escalier à vis vers les pièces de l’arrière. Cet ensemble unique par sa qualité justifia la préservation in extremis de l’édifice par son classement au titre des monuments historiques dès 1883. Il est ouvert à la visite de façon continue depuis 1983.
— LELOUP (Daniel), 2015, Demeures remarquables en Bretagne. Les maisons à pondalez du siècle d'or, Morlaix. Ed Skol Vreizh
Chacune de ces maisons, construites en bois, nécessitait d'abattre un hectare de forêt de chêne. Un matériel robuste et moins inflammable que d'autres essences. Dans la maison à Pondalez, chaque marche pèse 80 kg. Le pilier qui tient l'escalier est réalisé en un seul tenant, dans un tronc de plus de 10 mètres.
Derrière le viaduc, blottie dans une vallée, la ville de Morlaix a conservé ses maisons à pans de bois ou à colombages. Certaines sont à pondalez. Elles datent du XVIe siècle. Les deux plus connues et les mieux conservées sont la maison dite de la duchesse Anne, rue du Mur, et la maison à Pondalez, Grand rue, qui fait partie du musée de Morlaix.
Pour constater la particularité de ces habitations, il faut y rentrer. À l'intérieur, une pièce principale, dont la hauteur de plafond représente une dizaine de mètres, et un escalier en vis, menant aux chambres. « Pondalez signifierait en breton corridor ou pallier. En français, on disait le pont pour aller d'un côté et de l'autre de l'habitation », explique un des guides du musée de Morlaix, Philippe Pogam. La grande cheminée centrale est aussi un élément marquant de leur architecture.
Ces habitations appartenaient à des nobles, qui ont abandonné leur titre et quitté leur manoir en campagne, préférant profiter du commerce florissant du lin. À l'époque, des marchands d'Angleterre, d'Espagne ou du Portugal accostaient dans le port de Morlaix. « Le lin était vendu sur les étales, devant les maisons, sous forme de rouleau de toile de 120 m sur 70 cm », décrit Philippe Pogam.
La maison de la duchesse Anne était à l'origine un hôtel particulier. Elle a appartenu à plusieurs propriétaires avant d'être en possession de la famille Lahellec. Elle a été habitée jusqu'en 1983. Un étage sur trois et la grande salle sont ouverts au public. Les propriétaires aimeraient ouvrir les cuisines et les jardins. Ils font des recherches sur la date de construction de l'édifice.
Au plus fort de la période, il y en aurait eu une centaine à Morlaix. Au fil des années et des successions, elles ont été modifiées ou détruites. À la crêperie Atypik Bilig, place de Viarmes, et au bar le Ty Coz, place Alliende, l'escalier est encore visible. Il y en a aussi rue Longue, rue Basse, rue Ange de Guernisac. "
Commandée à Jehan Le Texier dit Jehan de Beauce vers 1510 , la clôture de chœur dit "tour du chœur" de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, est une œuvre réalisée en pierre entre 1521 et 1535, se dressant à plus de 6 m de hauteur sur une longueur d'environ cent mètres, ayant pour objet d’isoler le choeur liturgique auquel les laïcs n’avaient pas accès. À la mort de Jehan de Beauce en 1529, le chœur est clos, et Mathurin Delaborde prend le relais comme maître d'œuvre, avant d'être nommé en 1531 maître des maçons de la ville et de ses environs.
Formant la transition entre l'art gothique (pour les 2 premières travées) et le style de la Première Renaissance française, cette clôture de chœur de style Louis XII est classée, en totalité et pour chacune de ses parties, au titre des objets monuments historiques depuis 1862.
Au dessus d'un soubassement à médaillons, précédemment décrit ici, une claire-voie communiquait jadis avec le chœur. Elle est surmontée de niches où se déroulent les scènes de la Vie de Marie et de Jésus : ces scènes font l'objet de descriptions détaillées, alors que les bas-reliefs sont moins décrits.
Toute l'ornementation en bas-relief du soubassement et des claire-voies porte dans des cartouches les dates de 1521, 1525, 1526 et 1529, ce qui indique qu'elle est postérieure à celle du pavillon de l'Horloge du même Jehan de Beaune, de 1520 ; mais elle relève comme elle du style Première Renaissance d'influence italienne, influence ramenée des campagnes de Louis XII et de François Ier.
Ce décor italianisant témoigne de la pénétration en France de l'influence de la Renaissance italienne, comme déjà en Normandie au château de Gaillon ou à Rouen sous l'influence du cardinal Georges d'Amboise vers 1509, ou à Dol-de-Bretagne sous celle de l'évêque James en 1507 et encore sur l'escalier de l'aile Longueville du château de Châteaudun en 1518 (à 50 kms au sud de Chartres), commandé par Jean de Longueville alors archevêque de Toulouse.
Un peu plus tard en 1528, sera réalisée avec le même décor la clôture de chœur de l'abbaye de la Trinité de Vendôme , qui complète le jubé et le tombeau livré par Jean Juste en 1530.
Pour jouer au jeu iconographique des comparaisons et recherches d'influences, je propose d'examiner la frise supérieure de la claire-voie de la sixième travée, sous l'actuelle Transfiguration sculptée en 1611 par Thomas Boudin .
Cette frise appartient à l'encadrement des lancettes de la claire-voie, qui comporte trois parties : a) une frise de guirlandes de fruits dans des spires enrubannées, où se nichent des amours, des oiseaux et des escargots ; b) un alignement de coquilles suspendues à des anneaux ; et c) le bas-relief à rinceaux.
On y trouve, affrontés souvent autour de candélabres :
— comme ailleurs, des oiseaux picorant les fruits de cornes d'abondances ; des aigles aux ailes éployées
— des chimères à tête de cheval et à corps ailé, ou feuillagé, qualifiés de "chevaux marins".
— des amours ailés, en équilibre,
— des têtes d'angelots, ailés
—des putti au buste greffés sur des prolongements feuillagés, parfois tirant à l'arc, parfois musiciens (trompes, traverso)
— un faune ou hybride à tête barbue, assis de face sur un vase, ses jambes velues écartées.
Tout ce répertoire, qui se retrouve sur les monuments qui précède ce Tour de chœur, notamment à Châteaudun, et est largement repris et amplifié sur toutes les surfaces disponibles des soubassements et de la claire-voie des travées, mais sans répétition et avec au contraire une grâce dans les variations et avec une imagination constante, formant le plus beau des ensembles ornemental de la Première Renaissance en France. On y trouvera avec une inépuisable luxuriance parmi les rinceaux et candélabres, les rubans et les guirlandes, des naïades et des satyres, des animaux fabuleux, des dauphins et des oiseaux, des petits musiciens ou des instruments noués par paires, des masques et des médaillons, des trophées d'armes ou des armes (arquebuse, arcs et carquois) et des gibecières, des tournebroches, des forces de tonte, des suspensions de vases ou burettes liturgiques, des Gants de saint Béthaire, etc., etc. et, ici ou là, la Chemise de la Vierge, relique principale de la cathédrale.
Cet article souhaite donné un avant-goût de cette richesse.
Ce Tour de chœur a été remarquablement restauré récemment.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
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Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
—ensemble des 36 bas-reliefs du soubassement du Tour du choeur : scènes de l'Ancien Testament, travaux d'Hercule, scènes mythologiques et personnages à l'antique Notice IM28000456
"Les candélabres qui ornent la claire-voie du Tour de chœur de Chartres sont inspirés des candélabres gravés par Giovanni Antonio da Brescia (ca. 1505-1507). Ils n’ont toutefois pas été copiés tels quels mais enrichis de différents motifs, tirés de gravures de Nicoletto da Modena (ca. 1507), comme les têtes de bovidés affrontées et l’ange tenant une guirlande de fleurs, ou de médailles comme le Cupidon endormi de Fra Antonio da Brescia (ca. 1500).
Dans la région, cette dernière a aussi été sculptée dans le décor de la clôture de chœur de la Trinité de Vendôme (ca. 1525) et atteste l’échange de modèles entre ces deux chantiers. En outre, le portrait de Jules César a inspiré un portrait sculpté sur la jouée d’une des stalles de la collégiale Notre-Dame de Montrésor (ca. 1530). La diffusion des formes du Tour de chœur s’observe jusqu’à Limoges, où deux hybrides adossés sont sculptés dans le décor du jubé de la cathédrale Saint-Étienne (ca. 1530)."
—BEUVIER (Jean), L'ornementation, in La restauration du tour de choeur - Cathédrale Notre-Dame de Chartres (28) Collection "Patrimoines en région Centre-Val de Loire" Patrimoine restauré n°29, juin 2022, 86 p.
— JOUANNEAUX (Françoise), 2000, Le tour du choeur de la cathédrale de Chartres, Orléans, Direction de l'Inventaire du patrimoine et Françoise Jouanneaux (Rédactrice),(photogr. Robert Malnoury), AREP-Centre, coll. « Images du patrimoine » (no 204), 2000, 63 p., ill. en noir et en coul.,
— ROSER Répertoire de l'Ornement Sculpté des Édifices de la Renaissance 2019
"Les descendants de Jean Dunois, les seigneurs de Longueville, complètent le château construit par Jean de Dunois en ajoutant une aile au nord, côté Loir, entre 1509 et 1518. Commencée par François Ier de Longueville et son épouse Agnès de Savoie, pour les soubassements, elle fut élevée par ses petit-fils. La façade sur cour de l’aile Longueville contraste par la richesse de son décor avec la sobriété de la construction du xve siècle et constitue l’un des premiers témoignages de l’influence italienne à l’extrémité Nord du Val de Loire. La verticalité marquée par les hautes toitures conservent à l’édifice un caractère médiéval tandis que la relative symétrie de la composition et le répertoire ornemental de la cage d’escalier annoncent la Renaissance. Comme sur le mur de l’aile Dunois, un soubassement mouluré marquent les horizontales. De grandes croisées à double traverse ouvrent largement la façade. Leurs montants se prolongent en guirlandes de feuillage sur les linteaux, dont les culots sculptés et les trilobes rappellent les ornements de l’aile Louis xii de Blois. Une balustrade ajourée surmonte une corniche : ce motif décoratif évoque la Renaissance. Les deux niveaux de combles éclairés par des lucarnes à double fenêtres superposées, aujourd’hui disparues, amplifiaient encore la verticalité de l’ensemble." (Centre des monuments nationaux)
Les parties hautes, lucarnes et garde-corps, très endommagés, furent démolis en 1770, dont une restitution partielle a été réalisée au XXe siècle.
Aile de Longueville, château de Châteaudun, relevé de H.L. Dériré Devrez en 1879. Archives-map
L'aile Longueville du château de Châteaudun (4) est réputée pour ses deux escaliers (6 et 7 sur l'aquarelle de Devrez).
Celui de gauche, de style flamboyant, daté vers 1470, insére un escalier en vis à l'intérieur du bâtiment. De larges paliers, permettant de voir et d'être vu, s'intercalent entre la vis et la façade largement ajourée. Celle-ci porte un décor de motifs flamboyant jusqu'au sommet des lucarnes, ornées d'immenses fleurs de lys, rappelant que Dunois, bien que bâtard, est fils de Louis d'Orléans, frère de Charles VI.
Escalier flamboyant (1470) de l'aile de Longueville.
Celui de droite de style Renaissance dont l'ouverture des baies forme loggia, est orné de motifs italianisants. C'est celui qui motive ma visite.
En effet, ce décor italianisant témoigne de la pénétration à Châteaudun de l'influence de la Renaissance italienne, comme déjà en Normandie au château de Gaillon ou à Rouen sous l'influence du cardinal d'Amboise vers 1509, ou à Dol-de-Bretagne sous celle de l'évêque James en 1507.
Le décor de cet escalier a pu inspirer , à la cathédrale de Chartres, celui de la Tour d l'Horloge (1520) et du Tour de chœur (1527-1529), deux chantiers dirigés par le même architecte Jehan Le Texier, dit de Beauce.
À la même époque, en 1528, est réalisée avec le même décor la clôture de chœur de l'abbaye de la Trinité de Vendôme , qui complète le jubé et le tombeau livré par Jean Juste en 1530.
Je vais donc visiter cet escalier en portant tout mon intérêt sur ces décors, souvent en bas-reliefs.
Description générale
"Comme pour la demeure de Dunois, l’escalier est l’élément décoratif majeur de l’aile nord. Cet escalier est plus monumental que celui de l’aile Dunois mais sa conception est identique : une vis en œuvre précédée de paliers formant loggia, ici surmontée d’une salle haute accessible par un petit escalier en vis dans une tourelle en encorbellement. L’ensemble est coiffé d’une haute toiture en pavillon. Des contreforts à niches surmontés de dais cantonnent les deux travées et portent un riche décor flamboyant. De grandes baies couvertes d’arcs surbaissés laissent pénétrer le regard vers les paliers dont les balustrades italianisantes annoncent le décor intérieur." (Centre des monuments nationaux)
Les commanditaires de l'escalier Renaissance : la famille de François de Longueville et Françoise d'Alençon ? Le cardinal de Longueville ? Louis d'Orléans-Longueville (1510-1537), duc de Longueville?
Petit-fils du comte Jean de Dunois, fils de François Ier d'Orléans-Longueville et d'Agnès de Savoie , François II de Longueville (1478-1513) hérite des titres de son père à sa mort en 1491.
On notera qu'il accompagna le roi Charles VIII à la conquête du royaume de Naples et qu'il suivra ensuite le roi Louis XII en Italie en 1502.
Il obtint la charge de grand chambellan de France (1504–1512) et de gouverneur de Guyenne. Il épousa le 6 avril 1505 Françoise d'Alençon (1490-1550). Ils eurent deux enfants, morts prématurément :
En mai de cette même année 1505, François fut élevé duc de Longueville par le roi Louis XII lorsque la terre de Longueville fut érigée en duché.
À son décès en février 1513, François II d’Orléans fut inhumé dans la basilique Notre-Dame de Cléry-Saint-André, comme l'avait été avant lui le roi Louis XI en 1483. Françoise d'Alençon (qui devait survivre 37 années à François de Longueville) se remaria avec Charles IV de Bourbon, duc de Vendôme.
Jean de Longueville intervient en 1518 ou en 1516-1518.
Jean d'Orléans-Longueville (né à Parthenay en 1484 et mort à Tarascon le 24 septembre 1533) est le troisième fils de François 1er d'Orléans, comte de Dunois et duc de Longueville. Élu archevêque de Toulouse en 1503 et nommé évêque d'Orléans en 1521, il est crée cardinal en 1533. Il fit construire pà l'ouest de la demeure de Jean de Dunois un logis seigneurial à Beaugency (Loiret) entre 1518 et 1524, y faisant construire des voûtes dans l’escalier en vis du château. Ses armoiries, dans une couronne de houx et soutenues par deux béliers (emblème des Longueville), accompagnées de celles de son père François et de son frère Louis, sont sculptées sur la façade de l'Hôtel de ville de Beaugency, et peintes sur le cabinet de la tourelle du logis seigneurial de Dunois.
Or, on remarque sur le décor de la loggia du deuxième palier deux blasons dans des guirlandes, avec des armes à trois lys , traversées en pal par une croix d'archevêque. On les retrouvera sur le plafond à caisson à l'intérieur de cette loggia.
Effectivement; P.G. Girault écrit : "Les ornements du faîtage furent posés en 1518 sous le contrôle du cardinal d'Orléans, Jean de Longueville, alors archevêque de Toulouse "
Précision :
"L’art de la première Renaissance qui s’épanouit sur la façade de l’hôtel de ville [de Beaugency, achevé avant 1526] ne peut s’expliquer sans son apparition une dizaine d’années auparavant à l’hôtel-Dieu et sa poursuite sur le logis de Jean d’Orléans-Longueville au château peu après. Ainsi, un acte notarié du 25 janvier 1515 (n. st.) nous informe que Pierre Gadier et Olivier Chollet, maîtres maçons et tailleurs de pierre qui avaient travaillé sur le prestigieux chantier du château de Châteaudun, propriété principale des Orléans-Longueville, devaient édifier un escalier en vis sur la façade du bâtiment principal
Peu avant 1516, Jean d’Orléans fit encore appel à Pierre Gadier pour agrandir la cave de son futur logis en face de celui de Dunois son aïeul [à Beaugency]. Mais, entre 1513 et 1516, ses deux frères aînés, Louis le premier du nom de la lignée et François II, disparurent. Peu avant sa mort, Louis avait été fait prisonnier par les Anglais et libéré contre une forte rançon, tandis que la fille de François II décédait à son tour en bas âge. Jean arrêta alors les travaux de Beaugency durant deux années pour aider Jeanne de Hochberg, sa belle-sœur, mère de quatre enfants en bas âge [épouse de Louis Ier, comte puis duc de Longueville, gouverneur de Provence ], à régler une succession complexe et achever l’aile Longueville à Châteaudun. Les travaux du logis reprirent ensuite à Beaugency en 1518 avec deux nouveaux maîtres maçons et tailleurs de pierre orléanais, Pierre Chausse et Pierre Biard, et se prolongèrent jusqu’à la fin de 1520. " (https://books.openedition.org/pufr/8313#anchor-completeplanhttps://books.openedition.org/pufr/8313#anchor-completeplan)
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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Les deux guirlandes armoriées de Jean de Longueville, alors archevêque de Toulouse (1518).
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Ma visite (attention, j'irais lentement et m'arrêterais souvent!)
Sitôt parvenu près de l'entrée, je cherche les motifs sculptés.
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La frise à tige de chêne tenu d'un côté par un monstre à bonnet de fou et de l'autre par une chimère à cornes de bélier est encore de style XVe siècle (j'en ai vu en quantité sur les porches bretons).
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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Ah, voilà !
Sur un chapiteau, deux putti chevauchant des feuilles encadrent un premier rinceau, charmant, surmonté par deux dauphins affrontés et centré par un personnage les pieds posés sur la tête d'autres dauphins. Là, c'est un enfant nu, ici un garçon portant une tunique plissée et courte. Puis voici un angelot et des cornes d'abondance. Ça, y est, je suis à pied d'œuvre!
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En levant la tête; je vois au plafond quatre panneaux. Deux, aux extrémités, portent des rayons lumineux, que l'on retrouvent à l'identique peints au logis seigneurial de Beaugency dans un décor emblématique et héraldique de Jean de Longueville et de sa famille. L'autre un bouquet de feuilles de houx autour d'un bouton. Le troisième est un cuir en losange enrubanné dans un cercle de feuilles de houx (emblème des Longueville). Ils sont encadrés de banderoles en spire autour de grappes de fruits ronds.
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En entrant dans l'escalier par l'une des deux arches à galeries, un panneau "suite de la visite" dirige le visiteur, qui s'apprétait à gravir les marches, à pousser une porte. Mais avant de l'ouvrir, il est amené à en admirer son linteau, bel exemple de bas-reliefs Renaissance.
Il débute par un médaillon de profil d'un homme aux cheveux bouclés ceints par un ruban, inspiré d'un chef de guerre florentin ou d'un empereur romain. Au centre un masque de face, crachant les rinceaux, dans une guirlande est entouré des rinceaux animés par des chérubins et des putti tenant une ligne d'olives.
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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Un autre linteau lui répond en symétrie à droite, avec un médaillon féminin. Le motif est beaucoup plus simple et répétitif.
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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La cheminée Renaissance.
Cette porte de droite donne accès à une salle dotée d'une cheminée très riche en décor Première Renaissance, tant sur ses montants que sur toutes les faces du linteau.
La cheminée de la salle (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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1. Le blason
Au centre, un blason mi-parti est entouré du collier de l'Ordre de Saint-Michel et surmonté d'une couronne ducale. Les armes de l'époux, à gauche, sont celles des Longueville, car on voit encore le lambel, et la bande. Le collier est celui à la cordelière (et non aux aiguillettes, deveni caduc en 1515) mais les coquilles saint-Jacques ont été bûchées.
François Ier de Longueville, fils héritier de Jean de Dunois, hérite du blason de son père d'azur à trois fleurs de lys d'or brisé en chef d'un lambel d'argent et d'une barre d'argent brochant sur le tout . "Mais contrairement à ce dernier, il n’est pas un fils illégitime. Il peut donc inverser la barre qui devient une bande. Son blason se lit donc ainsi : d'azur à trois fleurs de lys d'or brisé en chef d'un lambel d'argent et d'une bande d'argent brochant sur le tout ."
Source: château de Blandy
Si on tient compte du décor du logis seigneurial de Beaugency, où le collier de Saint-Michel entoure les armes de François II de Longueville et de Louis Ier de Longueville, on peut hésiter entre les deux frères. François II est duc de Longueville depuis 1505 (mais porte la couronne comtale à Beaugency), Louis lui succède à ce titre après la mort de François en 1515.
"Beaugency :
"A l'ouest se sont les armes de François II, aîné de la famille, dont l'écu est surmonté d'une couronne comtale et d'un heaume à lambrequin tourné à dextre amorti d'un cimier effacé qui devait représenter un bélier, animal emblématique des chefs de famille des Orléans-Longueville depuis Dunois. Deux aigles forment supports et des branches de houx sont visibles sous les armoiries. Au nord, nous avons les armes de Louis I et au sud celles de leur mère. Les écus de François et de Louis sont entourés de l'ordre de Saint-Michel et ceux de Louis, Jean et Agnès d'une couronne de houx. Celui de cette dernière est en outre entouré de la cordelière de Savoie à noeuds en 8. Les armoiries des trois frères sont identiques : d'azur à trois fleurs de lys posées deux et un, au lambel d'argent et au bâton en bande de même." (Palissy 45001026)
Les armes de l'épouse, si on parie sur Louis Ier, seraient celles de son épouse Jeanne de Hochberg. Mais ce que l'on devine des armes en 2 ne correspond pas exactement :
Armoiries mi parti en 1 de Longueville et en 2 de Jeanne de Hochberg, duchesse de Longueville. Тѳм277 - Elements by Sodacan — Travail personnel
Je conserve l'hypothèse de voir ici les armes mi-parti de Louis de Longueville et de Jeanne de Hochberg.
La cheminée de la salle (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
2. Le décor.
Parmi les rinceaux — auxquels il va falloir s'habituer, car ils sont constants—, et les candélabres — autre motif incontournable— , on se plait à découvrir des oiseaux picorants, des putti triomphants, et toute une gamme de fruits, de grappes, d'épillets, ou de fleurs.
En se baissant, on voit que ces rinceaux se poursuivent à la partie inférieure, avec des bucranes .
Les montants sont tout aussi sculptés.
La cheminée de la salle (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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Sortons de cette salle et préparons-nous à emprunter le fameux escalier de Longueville, que nous avons déjà entrevu.
Nous pouvons examiner les coupes relevées en 1878 par Devrez, mais sans oublier qu'il s'agit d'un projet de restauration qui n'a pas été réalisé.
Désiré Devrez (1824-1896), est cité dans une note administrative de 1898 parmi les grands architectes diocésains disparus, aux côtés de E. Viollet-le-Duc, P. Abadie, V. Ruprich-Robert et E. Boeswillwald . Entré à l'École des beaux-arts en 1844, il fut architecte diocésain d'Orléans (1857), puis de Meaux (1874) et enfin de Paris (1886). Attaché à la commission des Monuments historiques en 1866, il fut nommé architecte de la ville de Paris en 1871. Il présenta en 1885 onze relevés après la restauration menée en 1866 par Frédéric Debacq pour le compte du duc Théodore de Luynes, propriétaire du château. Les baies du grand escalier furent réouvertes et les meneaux des croisées de l'aile furent rétablies. Il proposa un projet de restauration de la façade de Longueville touchée par les bombardements prussiens de 1870, mais celui-ci ne fut pas exécuté. Un autre architecte, Abel Boudier, a proposé de son côté un projet de restauration en 1888.
Les rapprochements entre l'aile de Longueville et les châteaux de Blois, d'Ambroise et de Gaillon ont été soulignés par différents auteurs. P.G Girault souligne des rapprochements avec le château du Verger en Anjou, ou la tour nord de la cathédrale de Bourges avant de suggérer l'intervention à Châteaudun de l'architecte Colin Biart.
Le couronnement du grand escalier a été restauré à la fin du XXe siècle : on lira à ce propos l'article de P.G. Girault.
Quoiqu'il en soit, je n'ai pas trouvé d'informations laissant penser que les bas-reliefs Renaissance que je documente ici par ces clichés ne soient pas des œuvres originales.
relevé de Désiré Devrez 1878.
L'escalier : première volée, du rez-de-chaussée vers le premier étage.
Escalier de l'aile de Longueville, rez-de-chaussée, relevé Désiré Devrez v.1878. Médiathèque du patrimoine.
"C’est le décor intérieur de la cage qui introduit à la Renaissance : le noyau de calcaire blanc est décoré de candélabres.
Des colonnes couronnées de chapiteaux aux décors variés ornent les murs de la cage. Des caissons de pierre rythment les plafonds plats des paliers. Les linteaux des portes sont sculptés de motifs italianisants, cantonnés de médaillons. La qualité du décor sculpté n’est pas toujours égale, mais les sculpteurs locaux n’ont pas hésité à exécuter des décors à la variété débridée. On remarque des personnages anthropomorphes tels que sirènes ou hommes-poissons, des putti parfois ailés jouant de la trompette ou sortant de cornes d’abondance, au détour d’un chapiteau on identifie une silhouette casquée vêtue d’un drapé à l’antique, et même un enfant portant un bonnet d’âne." (Centre des monuments nationaux)
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Une colonne engagée et son chapiteau.
Deux jeunes hommes sont accroupis autour du candélabre. L'un d'eux porte le costume des fous (très diffusé au XVe siècle), avec une cagoule à longues oreilles coiffé d'un grelot.
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Autre colonne engagée et son chapiteau. Deux oiseaux à ailes rabattus contre le corps.
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Le pilier central.
À partir de la deuxième marche, une colonne centrale, sculptée d'une moulure en guise de rampe, est rythmée par un jeu de nervures et de niches trilobées. Ce sont elles qui reçoivent le décor en bas-relief à rinceaux et candélabres, jusqu'au palier. Là encore s'ébattent les dauphins, les oiseaux, ou des enfants tenant les fleurs des tiges. Certains sont coiffés d'un casques et vêtus d'une tunique.
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La première galerie.
C'est à ce niveau que le plafond est sculpté des emblèmes de la famille de Longueville témoignant de l'influence de Jean, archevêque de Toulouse (puis cardinal).
Cette loggia offre de jolies vues sur la cour, sur la grosse tour et sur la Sainte-Chapelle de Dunois.
L'escalier ne s'interrompt pas, et sa frise extérieure se poursuit, interrompue de colonnes suspendues à chapiteaux.
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Violet-le-Duc donne une figure de l'escalier de Châteaudun dans son Dictionnaire raisonné, article Escalier :
"Il existe une disposition d’escalier absolument semblable à celle-ci dans le château de Châteaudun. Mais dans la vis de Châteaudun les trompes d’angle arrivent du carré à l’octogone, et des culs-de-lampes posés aux angles de l’octogone portent la corniche spirale, dont la projection horizontale étant un cercle parfait soutient les bouts des marches.
Une vue prise à la hauteur de la première révolution de l’escalier de Châteaudun, figure 17, là où cette révolution coupe le portique du rez-de-chaussée dans sa hauteur, fait saisir l’arrangement des trompes, des culs-de-lampes, de la corniche en spirale et des marches délardées en dessous. Cet arrangement est d’ailleurs représenté en projection horizontale dans le plan (18).
Violet-le-duc, Dictionnaire, fig.18
Les trompes de la vis de Châteaudun sont appareillées ; ce sont des plates-bandes légèrement inclinées vers l’angle ; cet escalier était d’un assez grand diamètre pour exiger cet appareil."
Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle/Escalier, fig 17.
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Sur le pilier, deux oiseaux picorent le cœur des fleurs des rinceaux. Sur le candélabre, deux garçons jouent avec , ou soufflent dans, des instruments ou outils dilatés à l'extrémité.
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Le premier étage.
Escalier de l'aile de Longueville, premier étage, relevé Désiré Devrez v.1878. Médiathèque du patrimoine.
L'escalier vers le deuxième étage.
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La porte vers la droite (corps principal de l'aile), et son linteau.
Le linteau débute, à gauche, par un candélabre au dessus d'une tête ailée d'ange. L'absence de panneau symétrique à droite s'explique par le fait que ce linteau trouve son complément sur la porte opposée.
Deux oiseaux, une patte dressée, et se répondant par symétrie, viennent picorer des friandises (graines ou fruits) dans une coupe qui leur est présentée.
Les deux chimères qui leur proposent ces coupes sont placées de part et d'autre d'un vase contenant des fleurs (tulipes).
À droite, la chimère a un buste féminin, avec une tête gracieuse aux cheveux longs dénoués. Ce buste se greffe sur un corps de bouc (sabots, touffe de poils) doté d'une queue qui pourrait être celle d'un coq. C'est une faunesse (à peine cornue).
À gauche, c'est le même assemblage, mais avec un buste masculin barbu et cornu : c'est un faune.
Au total : faune et faunesse offrant des mets à deux oiseaux.
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Le plafond et ses panneaux armoriés.
On y remarque dans un cuir au centre d'une guirlande les armoiries de Jean de Longueville avec, en pal, la croix d'archevêque (donc datable de 1503 à 1521). Le lambel et la bande sont bien conservés.
Les armoiries en losange de l'autre caisson sont celles d'une femme, dans une couronne de roses et entrelacées de rubans. On y distingue des lignes qui devraient peut-être permettre une identification avec un éclairage approprié.
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Autre ensemble : un cuir, sans motif apparent.
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La porte vers la gauche, et son linteau.
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À droite : un trophée d'armes.
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Au centre : deux oiseaux à crète, plumage et queue feuillagés, picorant des fruits dans une vasque contenant des épis de blés et des épillets.
Dans l'écoinçon supérieur droit : oiseau se lissant l'aile.
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Reprenons la montée de notre escalier vers le deuxième étage. L'escalier est couronné par une voûte octogonale à huit voûtains.
L'escalier de Longueville, deuxième étage. Relevé Désiré Devrez v.1878. Médiathèque du patrimoine.
Fin de l'escalier :
relevé de Désiré Devrez 1878.
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Le dernier étage n'est pas accessible au visiteur.
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— BONTEMPS (Daniel), 2017 L’hôtel de ville de Beaugency au début du XVIe siècle, in Hôtel de ville, Presses universitaires François-Rabelais p. 177-178
—CHÂTENET (Monique), 1970, La château de Châteaudun, mémoire de maîtrise, 1970, non consulté
— GIRAULT (Pierre-Gilles), 1998, "Le couronnement du grand escalier du château de Châteaudun. À propos d'une restauration récente" In: Bulletin Monumental, tome 156, n°4, année 1998. pp. 355-367;
—HABLOT (Laurent),2016 , « L'héraldique au service de l'histoire. Les armoiries des bâtards à la fin du Moyen Âge, études de cas », dans Carole Avignon (dir.), Bâtards et bâtardises dans l'Europe médiévale et moderne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2016, 560 p.
https://books.openedition.org/pur/44762?lang=fr
—ROSER (base), Jean Beuvier, 2019, Ornementation de l'aile Longueville du château de Châteaudun
La baie n°5 de la chapelle St-Piat de la cathédrale de Chartres, un vitrail composite : les quatre Arts libéraux (Jehan Périer, 1415) et une Vierge à l'Enfant au chanoine donateur (Jacques le Tonnelier vers 1520).
Situé à l'est du chevet de la cathédrale de Chartres, la chapelle Saint-Piat est une salle capitulaire de quatre travées voûtées d’ogives datant de 1323-1350 et qui fut dotée d' une chapelle pour y placer la châsse de saint Piat, évêque de Tournai. Cette chapelle était desservie par un collège de douze chanoines, distincts des chanoines de la cathédrale. Parée d’un magnifique ensemble de verrières anciennes , elle a été, des années 1970 au début des années 2000, l’écrin réunissant les œuvres précieuses et rares qui constituent le trésor connu depuis 1323. Ce trésor a rouvert en 2024, après 23 ans de fermeture et 7 ans de travaux. Datées pour les plus anciennes d’entre elles du milieu du XIVe siècle, les verrières ont été restaurées et ont bénéficié de la pose de verrières de doublage pour assurer leur protection et leur parfaite conservation.
La baie 5 (directement à gauche en entrant) est datée, selon ces sources, de la fin du 14e siècle et fut complétée au début du 16e siècle. Elle fut restaurée en 2017 par Claire Babet.
La baie 5, comme la baie 6, n'a pas été bâtie pendant la même campagne de travaux que les autres. "La travée à laquelle elles appartiennent a été ajoutée à l'édifice quelques années après sa construction, entre 1350 et 1358. Elles durent être vitrées aussitôt, au moins provisoirement, mais elles semblent n'avoir rien
conservé en fait de vitraux de cette époque. Tous les panneaux ou fragments qui s'y trouvent, ceux du moins qui ne viennent pas d'ailleurs, ne paraissent pas remonter plus haut que le XVe siècle." (Y. Delaporte)
Cette baie à 4 lancettes trilobées et un tympan à 3 roses quadrilobées et écoinçons accueille sur les 2 lancettes centrales une Vierge à l'Enfant vénérée par un donateur ; la partie basse des 4 lancettes est occupée par 4 panneaux consacrés aux Arts libéraux. Le reste des lancettes est occupée par une vitrerie losangée avec des bordures bleues à couronnes et fleurs de lys couleur or. Deux des roses du tympan sont dédiées à Marie, la rose supérieure à Jean-Baptiste.
Baie 5 de la chapelle Saint-Piat de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
DESCRIPTION DES LANCETTES
I. LE REGISTRE INFÉRIEUR : Quatre Arts Libéraux. Dialectica, Arithmetica, Rhetorica, Geometrica. Jehan Périer, 1415, ancienne librairie
5 panneaux de 31 cm sur 21 cm. Cadre jaune complété par Lorin en 1920
C. Lautier décrivait en 1998 un cinquième panneau de même dimension, un personnage assis sur une cathèdre et replacé dans le grand triangle d'écoinçon du centre du tympan, où on le retrouve effectivement, portant un phylactère.
À la Géométrie, l'Arithmétique, la Dialectique, et la Rhétorique, s'ajoutait jadis la Musique, Musica (panneau relevé par Ferdinand de Lasteyrie et disparu au XIXe siècle, qui comportait une harpe et l'inscription sonus citharizantium), pour former les arts libéraux . Selon Y. Delaporte, deux noms manquent à cette liste pour qu'elle concorde avec celle des connaissances appartenant au Trivium et au Quadrivium : ceux de la Grammaire et de l'Astronomie, dont les figures, sans aucun doute, ont fait partie de la même suite. Par contre, il existe, dans la même fenêtre deux fragments semblant avoir fait partie du même ensemble, qui aurait ainsi possédé l'image d'autres personnifications ou allégories (les Vertus et les Vices).
Claudine Lautier a révélé que ces panneaux faisaient partie de l'ancienne bibliothèque capitulaire, dite "librairie" qui était parallèle au côté sud de la chapelle Saint-Piat. Sa construction décidée en 1411 fut achevée en 1415, et les comptes de 1415 ont enregistré le versement de sommes à Jehan Perier pour les verrières de la librairie.
Présentation des Arts libéraux à Chartres.
Les Arts libéraux, hérités de l’Antiquité, étaient enseignés par les ecclésiastiques, notamment dans les écoles des cathédrales.
Ils se divisent en deux degrés : le trivium et le quadrivium.
Le trivium, ( les trois voies ou matières d'études ), concerne le « pouvoir de la langue ». Il se divise en : grammaire ; dialectique ; et rhétorique.
Le quadrivium, (les quatre voies au-delà du trivium), se rapporte au « pouvoir des nombres ». Il se compose de : l'arithmétique ; la musique ; la géométrie ; l'astronomie.
L'École de la cathédrale de Chartres connaît sa renommée à partir du XIe siècle grâce à son fondateur Fulbert de Chartres.On venait y étudier de partout en Europe, avant la création des universités. Elle atteint son apogée au XIIe siècle, sous l’impulsion de plusieurs philosophes et théologiens, auteurs d’études philosophiques savantes basées sur Platon, menées principalement par Yves de Chartres, Bernard de Chartres, Gilbert de La Porrée, Thierry de Chartres, Guillaume de Conches, Jean de Salisbury (qui avait étudié à Chartres) et Bernard Silvestre.
Ce qui retint le plus l’école chartraine ce furent les thèses pythagoriciennes de Platon, et les Chartrains vont ainsi s’emparer des arts libéraux, puisque les sciences du Quadrivium sont déjà connues des pythagoriciens. C’est sur ce fond que les sculpteurs illustreront, sous forme d'allégories féminines et d'auteurs latins, les arts libéraux dans les voussures du tympan du portail de droite de la façade (l'une des portes du portail royal), lors de la première reconstruction de la cathédrale de Chartres vers 1145-1155. Mais les représentations (féminines) des Arts Libéraux, sont disposées autour de la Vierge trônant, affirmant ainsi l’assujétissement de la Connaissance à la Foi.
Iconographie des allégories des sept arts libéraux.
Voir le travail de Georges Fleury. Les Arts libéraux sont décrits, avec divers attributs non spécifiques, par Martianus Capella (De Nuptiis Philologiae et Mercurii) au Ve siècle ou par Alain de Lille au XIIe siècle, et représentés dans des enluminures, notamment dans l'Hortus Déliciarum, composé au XIIe siècle par Herrade de Landsberg. Selon E. Mâle, les sept arts sont sculptés non seulement à Chartres, mais à Auxerre, Rouen, Soissons, Laon, Sens ou Clermont ou de Fribourg.
On retrouve ainsi, pour la Dialectique, qui tient habituellement un serpent, la tête de dragon ou de "chien" (portail de Chartres, Hortus Deliciarum) qui devient, sur les vitraux de Chartres et la fresque du Puy, un couple de "lézards" se mordant réciproquement. De même, le compas de la Géométrie des vitraux de Chartres se retrouve dans la figure de l'Hortus Deliciarum, ou à l'abbatiale de Déols.
Une bordure royale.
Baie 5 de la chapelle Saint-Piat de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
1. Dialetica, la Dialectique.
Dans une pose très hanchée, la Dialectique- Dialectica, tient deux dragons ou lézards ou basilics qui luttent entre eux, se mordant symétriquement le cou, sans espoir que l'un triomphe sur l'autre, symbole des argumentations subtiles de l'École médiévale.
Sa robe, très ajustée à la taille, et à l'encollure rectangulaire, est ornée d'un galon d'or orné de fleurettes, tout comme son manteau, posé sur ses épaules et dont le pan droit est accroché au poignet par une troussière. L'extrémité d'une chaussure pointue dorée sort sous la robe.
Son visage carré et peu amène est encadré d'une chevelure blonde retombant sur les épaules.
Elle se détache sur une tenture damassée verte.
Baie 5 de la chapelle Saint-Piat de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
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2. Arithmetica, l'Arithmétique.
L'Arithmétique (ARI[THM]E[TI]C[A] se détache sur un drap rouge ornée de fleurs d'églantine doubles et de cages à mouches. Son manteau blanc à fleurs liées d'or cache presque entièrement sa robe, dont seul le décolleté rectangulaire est visible. Le front haut de son profil fin est encadré opar les rouleuax de sa chevelure blonde, retenue par un bandeau perlé. Elle écrit sur une tablette posée devant elle. La lecture des mots et des chiffres tracés sur cette tablette est assez difficile mais on arrive à lire presque entièrement l'inscription de la tablette.
Y. Delaporte, BnF gallica
Il y a d'abord un distique : Hic algorismus presens ars dicitur, inquam,
Talibus Indorum fruitur bis quinque figuris
« L'art ici représenté est l'Algorisme; il fait usage de ces dix signes empruntés aux Indiens. »
Mais le mot algorismus n'est guère reconnaissable.
Les signes de numération, en chiffres arabes sont tracés au-dessous des deux vers latins. On les lit de droite à gauche, sur une première ligne, de 1 à 9; une deuxième ligne renferme les suivants : 1, 0 2, 3, 4. Le zéro, suivant l'usage du moyen âge, est barré à la manière du 0 grec.
Baie 5 de la chapelle Saint-Piat de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
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3. Rethorica, la Rhétorique.
"A droite, la Rhétorique — Rethorica (sic) — écrit d'une main, et de l'autre fait un geste oratoire . Sa pose rappelle celle de l'Arithmétique, mais elle regarde du côté opposé. Son profil se détache sur le fond bleu sombre du panneau. Le livre sur lequel elle écrit contient une inscription qui, cachée en grande partie par sa main, serait inintelligible si la comparaison avec une fresque à peu près contemporaine n'en rendait la lecture certaine. Cette fresque se trouve dans la salle capitulaire du Puy ; la Rhétorique y est accompagnée du vers suivant : Est michi dicendi ratio cum flore loquendi
« J'enseigne par mes discours à parler un langage fleuri. »
C'est bien ainsi qu'il faut compléter l'inscription du vitrail de Saint-Piat, dont les premiers et les derniers mots sont parfaitement lisibles." (Y. Delaporte)
Se détachant sur une tenture bleue damassée de longues fleurs, la dame se présente de trois-quart, jambe droite en avant, car elle se tourne vers le pupitre où est posé un cahier afin d'y écrire sa déclaration, tout en comptant sur les doigts de sa main gauche en repliant l'annulaire vers le pouce, selon le procédé du comput digital de l'argumentatio.
Ses cheveux ondulés sont coiffés d'un fin diadème de perles réunies en fleurs. Son manteau est broché de fleurettes dorées, et le pan droit fait retour pour s'attacher sous le poignet gauche. Le sol est également fleuri. Nul doute que ces éléments floraux illustrent son art de "parler un langage fleuri" grâce aux figures de rhétorique.
Le fait que la même formule versifiée se retrouve à Chartres dans le premier quart du XVe siècle et au Puy-en-Velay au dernier quart du même siècle (entre 1482 et 1492) montre, comme le souligne C. Lautier, la permanence de la tradition iconographique.
On retrouve ce vers inclus dans un ensemble de 9 vers dans les manuscrits médiévaux de Helmstedt Die Helmstedter Handschfriten: Codex guelf. 501 Helmst. bis 1000 Helmst Volume 2 , Herzog August Bibliothek 29) f. 151.
Arbor artium liberarium necnon scientiarum.
Daneben stehen die Verse:
Me pueris primum tradidit natura ministrum, ,
Frustra doctores sine coluere sorores, Est michi dicendi ratio cum flore loquendi,
Explico per numerum que sit proportio rerum,
Rerum mensuras et earum signo figuras,
Invenire vocum per me modulamina vocum,
Astra viasque poli varias michi vendico soli.
"La nature m'a d'abord donné le don d'être ministre auprès des enfants,
En vain les enseignants vénèrent-ils les sœurs sans vénération,
J'ai une façon de parler avec une éloquence raffinée,
J'explique par les nombres la proportion des choses,
Les mesures des choses et leurs figures par les signes,
Je trouve en moi les mélodies des mots,
Je m'approprie les étoiles et les diverses trajectoires du ciel."
Baie 5 de la chapelle Saint-Piat de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
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4. Geometria, la Géométrie.
"Dans la partie gauche de la fenêtre, au centre du quatrefeuille, la figure de la Géométrie — Geometria — se détache sur un fond rose. Elle tient d'une main une équerre, de l'autre un grand compas au moyen duquel elle semble tracer des figures sur le sol."
"La Géométrie se tient devant une tenture mauve damassée de palmettes disposées en quinconces sur un fond de cages à mouches. Vêtue d'un manteau galonné d'or qui s'évase en corolle sur ses pieds, elle manie au sol un grand compas de la main droite et tient une équerre jaune de la main, tout en comptant sur ses doigts" (C. Lautier)
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" Telles sont aujourd'hui les quatre seules figures auxquelles on puisse attribuer avec certitude le nom d'un art libéral. Une cinquième existait autrefois; elle se trouvait probablement dans la partie gauche du quatrefeuille, actuellement close d'un verre blanc barbouillé de peinture.
Ce panneau a disparu, dit-on, il y a un peu plus de vingt ans |vers 1900]. Par bonheur, il en existe une assez bonne reproduction en couleur, de la grandeur de l'original, dans l'Histoire de la Peinture sur verre, de F. de Lasteyrie. La Musique —Musica — était représentée sous la forme d'une femme drapée de longs vêtements et jouant de la harpe. A sa gauche, était une inscription où le texte était accompagné de notes de musique; on y lisait : Sonus cytharizantium. Le fond était bleu, avec une décoration de fleurs de lis inscrites dans les losanges d'un treillage. (Y. Delaporte)
II. LE REGISTRE PRINCIPAL : Vierge à l'Enfant au chanoine donateur.
Les deux personnages sont placés dans une architecture Renaissance à arcades vitrées, et devant des tentures damassées, verte et rouge. Les pilastres et la niche à coquille sont surmontés d'angelots, dont des anges musiciens.
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Le chanoine et l'oraison du phylactère.
Le chanoine est agenouillé en posture de donateur devant son prie-dieu où est ouvert son livre de prières. Il est âgé, ses cheveux sont blanc et ses mains noueuses.
Il porte l'habit de chœur des chanoines, avec l'aumusse de fourrure, le surplis blanc et la robe rouge. Un anneau d'or est passé à son index droit.
Devant lui, pour exprimer l'idée de paroles sortant de sa bouche, un phylactèe porte l'inscription, encadrée du deux-points : V----- toy : suis : pret~edãt : --couers : ton filz grace: attendent.
Cette inscription a été comprise ainsi : "Vierge de toi suis (le) prétentant. Secours ton fils grâces attendent."
(*)Prétendant : "Homme qui aspire à la main ou aux faveurs d'une femme." (CNRTL)
Cette partie centrale de la baie a été décrite par Maurice Jusselin en 1925 et en 1936 :
"On admire depuis quelques mois dans la première fenêtre de gauche de la chapelle Saint-Piat nouvellement restaurée deux panneaux conçus dans le style en honneur au temps de Louis XII (1498-1515). Longtemps égarés dans la première forme de la grande verrière de la chapelle Vendôme, ces morceaux ont retrouvé leur emplacement d'origine, grâce aux études de MM. d'Armancourtl et Yves Delaporte. Ils représentent, sous un ornement très riche en forme de dais, un chanoine de Chartres revêtu de la soutane rouge et du surplis, portant l'aumusse, à genoux devant un oratoire et adressant à la Vierge avec l'Enfant, figurée vis-à-vis, la charmante prière : V[ierge de. toy suis prete[dan]t [Secou]ers ton filz grace attendent. Nous eûmes déjà l'occasion de parler de ces panneaux dans le Bulletin monumental et nous leur assignâmes une date très voisine de celle de la construction d'un petit jubé à Saint-Piat, en 1517. « Ce beau travail »— l'expression est de M. le chanoine Delaporte, bon juge en la matière —, doit être attribué à Maugarnier le Tonnelier, ainsi qu'une grisaille fermant la première fenêtre de droite de cette même chapelle Saint-Piat et la bordure d'une verrière du croisillon sud de la cathédrale, ornée, comme celle de la grisaille précitée, d'une alternance de fleurs de lys et de couronnes. « Jacquet Tonnelier, dit Maugarnier », car il est cité sous cette forme aussi bien que sous celle de Maugarnier Tonnelier, vivait encore le 25 juin 1526, mais était mort avant le 12 septembre 1528 puisque sa veuve, Simone, et ses enfants, louent ce jour-là, à un vigneron de la paroisse Saint-Barthélémy un bien familial consistant en un quartier de vignes au clos « Feré1 » sur le chemin de Chartres à Oysème."
En 1925, Maurice Jusselin avait justifié par des documents d'archives le fait que les chanoines de Chartres portaient sous le surplis blanc une soutane ou robe rouge lors des fêtes solennelles. Il ajoutait : " S'il fallait mettre un nom sur ce portrait, le plus vraisemblable serait celui du chanoine Laurent Pommeraye, mort entre le 24 juillet et le 28 août 1522. II fait une fondation à Saint-Piat le 14 février 1519 et la confirme
le 18 juin 1521 . Son frère Nicole était chanoine de Saint-Piat et fit lui-même une fondation le 29 octobre 1522."
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La Vierge est assise sur une cathèdre, tenant sur la cuisse droite son fils qui ouvre ses bras au donateur. Les rayons d'or au dessus de la couronne relèvent de la technique du verre rouge gravé.
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DESCRIPTION DU TYMPAN
1. La rose quadrilobée du sommet : Jean-Baptiste vénéré par deux anges.
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La rose quadrilobée de gauche : la Vierge allaitant, vénérée par quatre anges.
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Les qutre anges présentent des phylactères où s'inscrit le texte suivant qui a été lu ainsi :
O gloriosa femina (ange du haut) Excelsa supra sydera,
Qui te creavit provide
Lactans sacrato ubere. ? Je lis LANCTARS, voire LANCTANS
O femme de nom glorieux !
Et plus haute que tous les Cieux !
A celui-là qui t'a creée,
Tu tends ta mammelle sacrée.
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L'écoinçon au dessus du quadrilobe : Dieu le Père.
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La rose quadrilobée de droite : Vierge (XIXe) vénérée par quatre anges.
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L'écoinçon au dessus de la couronne : le Christ couronné d'épines.
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J'ai omis de photographier correctement le panneau entre les roses. Il complétait les figures des arts libéraux. Ce personnage barbu et nimbé, assis sur une cathèdre a un phylactère portant l'inscription Divinis servio prudentes---exercet.
Pourrait-il s'agir de saint Augustin, qui conduisait les sept arts libéraux sur une tapisserie de 1380 appartenant à Charles V ?
SOURCES ET LIENS
—Cely (Alejandro), 2020, Les Arts libéraux du Puy-en-Velay : une œuvre de Pedro Berruguete ?
—CHARRON (Pascale), Les Arts libéraux dans la tapisserie à la fin du Moyen Âge : entre iconographie savante et pratiques d’atelier. Université de Tours-CESR/UMR 7323
— DELAPORTE (chanoine Yves.) (1915 - 1922) - Les vitraux de la Chapelle Saint-Piat Mémoires de la Société Archéologique d'Eure-et-Loir vol. 15 (1915/22) p. 33-58
— FLEURY (Georges) Allégorie des arts libéraux. Académie de Touraine.
http://academie-de-touraine.com/gerard-fleury-allegories-des-arts-liberaux/#sdfootnote15anc—LAUTIER (Claudine), 1998, Les Arts libéraux de la "librairie" capitulaire de Chartres, Gesta Vol. 37, No. 2, Essays on Stained Glass in Memory of Jane Hayward (1918-1994), pp. 211-216 (6 pages), edité par The University of Chicago Press
https://www.jstor.org/stable/767261
— JUSSELIN (Maurice), 1936, "Les peintres-verriers à Chartres au XVIe siècle", Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir, Volumes 16 à 17 page 170.
—MASSON, (André), 1958 « Les arts libéraux du Puy et la décoration des bibliothèques à la fin du Moyen Âge » Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 102-2 pp. 150-170
"La salle capitulaire qui remonte à 1323 existe encore, elle est surmontée d'une chapelle, à laquelle on accède par un escalier construit en 1358, la chapelle Saint-Piat. L'édifice est flanqué de deux tours rondes utilisées par les chanoines comme prison et comme dépôt d'archives. Parallèlement à la chapelle Saint-Piat, et dans la prolongation de la dernière chapelle dans l'axe du bas-côté sud, les chanoines avaient construit au xive siècle une salle connue sous le nom de Prétoire, où ils exerçaient leurs droits de justice. C'est au-dessus de cette dernière salle que, par délibération capitulaire du 7 août 1411, il fut décidé de construire la bibliothèque super domum Pretorii in quo consueverunt teneri pladta coram offlciale capituli.
La bibliothèque, située par conséquent au premier étage, mesurait environ 13 mètres sur 6 et était éclairée par dix fenêtres, cinq de chaque côté. Les comptes de l'OEuvre de 1414 et 1415 parlent « des armoires, des verrières, des serrures et surtout des chaînes avec lesquelles on attachait les livres de peur qu'ils ne fussent dérobés.Un plan du XVe siècle conserve la trace des dispositions intérieures, qui furent modifiées lors de l'agrandissement en 1730, date à laquelle furent percées de nouvelles fenêtres et où furent démontés sans doute les vitraux réutilisés dans la chapelle Saint-Piat. Ce sont des petits panneaux de verre, mesurant seulement 31 sur 21 centimètres, en grisaille rehaussé de jaune, se détachant sur un fond damassé. Avant leur remise en plomb, qui date de 1915, ils avaient été disposés sans ordre, manifestement pour boucher les trous, l'un d'eux étant même placé à l'envers, le côté peint vers le dehors."
Ces stalles ont été réalisées en 1522 par Richard Falaize ou Faleze, menuisier à Paris qui fut rémunéré 450 livres parisis. On les transporta de Paris à Melun par la Seine, puis de Melun à Champeaux par chariots. Leurs 54 sièges dépassaient de loin le nombre des chanoines (12 à l'origine puis 24, mais le plus souvent 13) et devaient accueillir aussi l'archevêque de Paris ou ses représentant car la collégiale dépendait du diocèse de Paris), les membres de la noblesse (ceux qu'on retrouvent comme donateurs des vitraux) mais aussi les enfants de chœur et les chantres ou maîtres de musique.
Elles ont certainement été réaménagées après la suppression des jubés, à la fin du XVIIe. Une grille fut installée pour fermer le chœur.
En 1787, elles échappèrent à leur destruction qui avait été ordonnée par l'archevêque de Paris, Antoine Léonor Léon Le Clerc de Juigné, qui enjoignait les chanoines de "faire changer le plutôt possible les figures bisarres et singulières " qui s'y trouvaient. Mais les chanoines choisirent plutôt de les faire recouvrir d'une épaisse couche de peinture ocre.
Le corpus des miséricordes comportait pourtant douze illustrations de l'histoire de Job, exhortant les chanoines à la Foi en la rédemption malgré les épreuves, mais aussi les figures christiques du Pélican nourrissant ses petits de son propre sang et du Phénix renaissant des flammes, les figures de sainte Catherine, de Dieu chargé des péchés du Monde, les anges portant les Instruments de la Passion, ou donnant d'autres exemples de vertus chrétiennes comme l'aumône.
Mais les chanoines étaient aussi attachées aux drôleries et allusions aux proverbes et sentences de leurs sièges, porteurs d'une sagesse populaire qui nourrit cet ensemble.
Les stalles échappèrent aussi à la Révolution ; Amédée Aufauvre et le peintre Charles Fichot les décrirent soigneusement en 1858 et en donnèrent une planche entière d'illustrations. Néanmoins, Amédée Aufauvre, journaliste, historien polygraphe et rédacteur en chef du journal » Le Propagateur » se déclare choqué par la licence des saynètes, lui, qui pourtant, "Dieu merci, ne fait pas de pruderie" : y'a de l'abus !
"On reste confondu de la hardiesse des contrastes que les sujets offrent entre eux. La fantaisie du sculpteur a passé du profane au sacré, avec une liberté du ciseau que rien ne saurait justifier. On
comprend les grotesques de la rue, les sculptures hardies que les artistes du XVI e siècle imposaient aux sablières, aux brasseaux, aux bouts de poutres, aux façades. La liberté des mœurs et le choc des opinions religieuses devaient trouver alors au dehors, des caricaturistes à la hauteur de toutes les fantaisies de l’époque; mais dans une église, au chœur d’une collégiale, sur les sièges mêmes des prêtres, de pareilles singularités sont inexplicables. Dieu merci, nous ne faisons pas de pruderie ; nous savons que les arts ont des droits à une large indépendance et qu’il faut accorder aux caprices une très-grande latitude. Cependant, à Champeaux, la licence a dépassé les limites extrêmes de la mode, de l’habitude et de l’influence des usages. L'église n’a pas inspiré au sculpteur plus de circonspection que le plus profane des édifices : on en va juger par le simple énoncé des sujets et par le pêle-mêle qui les caractérise.
Les stalles datent du commencement delà Renaissance, époque de témérités de tout genre, dans les arts auxiliaires ou imitateurs par la caricature, de l’esprit de discussion et de ses ironies. Les écarts sont d’ailleurs innombrables quand une transformation artistique se produit, et c’est ce qui explique, jusqu’à un certain point, l’abus que nous signalons. Il se faisait alors une confusion étrange entre l’antique travesti et les sévérités du gothique : on mariait deux contrastes. Il n’est pas surprenant que les artistes d’un ordre inférieur aient outré les conséquences du nouveau système."
Elles furent classées le 11 avril 1902, et Jean Messelet reprit leur description dans le Bulletin monumental de 1925 . On les débarrassa de leur couche de peinture, et elles figurent aujourd'hui parmi les meilleurs exemples de l'art des hûchiers alliant la truculence du Moyen-Âge et les décors Renaissance.
Numérotation
Je reprends le principe adopté par Florence Piat dans sa thèse sur les stalles de Tréguier, débutant la numérotation par les stalles hautes côté sud, depuis l'entrée, poursuivant par les stalles basses sud en revenant vers la nef, redémarrant par les stalles nord hautes de la nef vers l'est, et revenant enfin par les stalles basses vers la nef.
Soit, ici :
Stalles SH sud hautes n°1 à 14
Stalles SB sud basses n° 15 à 27
Stalles NH nord hautes n° 28 à 41
Stalles NB nord basses n° 42 à 54.
La jouée nord-ouest : candélabre et rinceaux à deux profils anthropomorphes feuillagés et deux têtes d'oiseaux.
Miséricorde de la stalle n°28 : un faune armé d'un gourdin luttant contre un dragon.
A. Aufauvre y voit "un hercule luttant contre un monstre". Mais si on observe bien, on voit que le personnage, barbu, athlétique et quasi-nu hormis une collerette de poils, a des sabots de bouc, et que ses pattes sont velues. Les oreilles sont-elles longues et pointues ? On ne sait, elles sont cachées par la chevelure. Dans tous les cas, c'est là un beau face-à face. Le glissement entre le végétal, l'animal et l'humain, grand principe des métamorphoses de la Renaissance, s'observe peut-être aussi sur le gourdin, qui s'achève comme un os fémoral, à deux condyles.
Miséricorde de la stalle n°29 : Pélican nourrissant ses petits de son sang, en se blessant la poitrine.
On sait qu'il s'agit là d'une figure christique et un symbole eucharistique.
A. Aufauvre : "Pélican dans l'attitude qu'on lui donne prête pour nourrir ses petits."
Miséricorde de la stalle n°30 : homme assis, de face, vêtu d'une robe longue, coiffé d'un chapeau à larges bords, déroulant un phylactère.
Il n'a rien d'un chanoine, rien d'un prophète ou d'un apôtres (ces habitués des phylactères), et le texte de sa banderole est perdu.
A. Aufauvre : "un personnage déroulant une légende". C'est pas faux.
Le panneau intérieur du dais NW.
Miséricorde de la stalle n°31 : la Grappe de Canaan : deux hommes portant sur leurs épaules une perche où est suspendue une grappe de raisins disproportionnée à leur taille.
Les hommes portent la même tunique courte serrée par une ceinture, la même coiffure dont le rabat est relevé dans un cas, et protège les oreilles dans l'autre. Ils sont saisis dans l'allure de la marche, le pied levé pour le second, le corps penché en avant pour le premier.
A. Aufauvre : "la grappe de la Terre Promise, portée par deux hommes".
"Moïse les envoya pour explorer le pays de Canaan. Il leur dit : Montez ici, par le midi ; et vous monterez sur la montagne. Vous verrez le pays, ce qu’il est, et le peuple qui l’habite, s’il est fort ou faible, s’il est en petit ou en grand nombre ; ce qu’est le pays où il habite, s’il est bon ou mauvais; ce que sont les villes où il habite, si elles sont ouvertes ou fortifiées ; ce qu’est le terrain, s’il est gras ou maigre, s’il y a des arbres ou s’il n’y en a point. Ayez bon courage, et prenez des fruits du pays.
C’était le temps des premiers raisins. ...Ils arrivèrent jusqu’à la vallée d’Eschcol, où ils coupèrent une branche de vigne avec une grappe de raisin, qu’ils portèrent à deux au moyen d’une perche ; ils prirent aussi des grenades et des figues. On donna à ce lieu le nom de vallée d’Eschcol, à cause de la grappe que les enfants d’Israël y coupèrent. " (Nombres 13 :23-24)
"Bien qu'archaïque et dépassé depuis 1492, le monde triparti sert encore d'image du monde, en lien avec la partition du monde entre les trois fils de Noé. Rattaché au champ des symboles religieux par ses origines scripturaires , cette figure trine signifie que le monde ne cesse d'être à l'image de son créateur. Or c'est ce monde achevé avec la création ( Gen. 2 , 1 ) , qui est voué à la vanité des hommes , à la course du temps qui ronge tout et aux vices rongeurs . Rongé des rats , le monde a l'aspect d'un « fromage de Hollande » troué par les mulots qui l'attaquent . Le fromage est l'attribut du fou, et , comme dit le proverbe , « à fol fromage ». L'orbe réduit à l'état de fromage est sans doute l'une des premières transformations données à l'image du monde au début du XVI siècle . Vidé de sa substance , transparent entre les mains du Salvator mundi , il peut être traversé comme bulle de savon selon les auteurs des miséricordes de Bosward et de Walcourt , en Belgique . Il n'est plus qu'un signe plastique d'équivalence linguistique pour dire simplement « le monde ». (d'après Sylvie Bethmont-Gallerand : Le monde et le moine : essai de reconstitution et d’interprétation de l’iconographie des stalles de l’église de Gassicourt, Yvelines, Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2005, Numéros 31 à 32 page 102.)
"Ce motif de la « boule aux rats » est apparu à la fin du Moyen Age, en marge du grand art religieux. Les sculptures de stalles en forment le principal réservoir mais de nombreux exemples subsistent dans les marginalia des livres pieux et sur le décor extérieur des églises du gothique tardif. Ce motif ne se livre à l’intelligence qu’à la suite d’un patient détour par chacun des éléments qui le composent. Si la source semble en être une unique expression proverbiale, ses nombreuses occurrences dans l’art doivent être étudiées en fonction de leurs contextes respectifs. Ainsi se dégagent les caractéristiques d’une imagerie modeste accompagnant les grandes expressions de la foi dans la période de la pré-Réforme; des images auxquelles est souvent attribué, faute de mieux, un caractère populaire. Pourtant les commanditaires et les lieux d’élection de ces boules aux rats les font plutôt participer à l’oraison savante qu’à la piété des simples. Une oraison dirigée vers la moralisation, qui englobe tous les aspects de la vie civile, les aléas de l’histoire contemporaine, comme les travers des contemporains clercs et paroissiens, au sein de motifs non dénués d’humour." Sylvie Bethmont-Gallerand, Le motif de la boule aux rats dans la sculpture et la peinture (XVe–XVIe siècles) Reinardus, Volume 14, Issue 1, Jan 2001, p. 39 - 54
Le globe triparti apparaissait déjà sur la miséricorde n°6 (sud, stalles hautes, Dieu tenant le monde devant Satan), n° 53 (stalles basses nord, Deux hommes jouant au ballon avec le globe terrestre) et apparaîtra dans ces stalles nord hautes dans les miséricordes n° 34 et 39. C'est en souligner l'importance, mais la même clef d'interprétation (Le monde trompeur ou corrompu) fonctionne difficilement pour les quatre scènes. Pour réunir ces cinq exemple, il faut se contenter d'y voir une image du monde créé par Dieu.
Miséricorde de la stalle n°33 : Renart prêchant aux poules.
Renart s'est installé en chaire et, dans un geste d'éloquence inspiré, il prêche la bonne parole aux poules (ou du moins à des volailles) prosternées ou fascinées. Ici, il n'a pourtant pas pris la peine de se déguiser en moine prêcheur. Et sa queue qui s'échappe des arcades de la chaire pourrait le trahir, si les dévotes étaient moins aveuglées par le beau parleur.
Le thème du renard prêchant aux poules est très ancien, déjà présent dans la Haute-Antiquité puisqu’il apparaît sur des papyrus égyptiens. Comme d’autres motifs, il connaît un véritable succès au Moyen Âge, aidé en cela par la littérature, via la diffusion des Fables d’Ésope et, plus tard, du Roman de Renart. Le thème de Renart le bestourné (Rutebeuf, 1261), Renart Contrefait (Clerc de Troyes, 1319-1342) est également très populaire et représenté à de nombreuses reprises sur différents supports, manuscrits ( Livre de Prières de Marie de Clèves, les Heures de Marie de Bourgogne, ou encore les Heures de Montbéron, manuscrit breton du XVe siècle, conservé à la BM de Nantes), sculpture en pierre (culots), ou en bois (sablières, jubé, miséricordes).
Sur les miséricordes, Renart prêchant est très présent, à Saint-Lucien, Beauvais (Oise), Saint-Claude (Jura), à Bletterans, (Jura) , Saint-Taurin d'Evreux (Eure) , à Walcourt, Louvain, à Hoogstraeten, en la Nativité Sainte-Marie de Kempen, Allemagne (vers 1500) à la cathédrale da Se da Funchal, Madère, à Etchingham, East Sussex , à la Cathédrale d’Ely ou à Beverley Minster (vers 1520), et à l'église Sainte Marie de Beverley, dans le Yorkshire (vers 1445).
Voir :
—Renart dans le sculpture en bois bretonne dans mes articles d'iconographie commentée :
—Dominique Chancel, 2015, Renart déguisé en moine, prêchant de volailles pour mieux les séduire. Une revue iconographique exhaustive à propos du château de l’Arthaudière à Saint-Bonnet-de-Chavagne en Isère.
—Sophie Duhem, 1998, "«Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle" Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest Année 1998 Volume 105 Numéro 1 pp. 53-69
Miséricorde de la stalle n°34 : un docte viellard chûte sous le poids du Monde (globus cruciger) accablant ses reins.
Nouxs retrouvons le globe triparti marqué de la croix de la miséricorde n° 32. Mais cette image du Monde pèse sur le dos d'un viellard, coiffé du même bonnet à rabats adopté par les autres personnages de ces stalles, vêtu d'une robe longue, mais dont la dignité est contredite à la fois par ses pieds nus, et à la fois par sa posture de renversement, de chute. Est-ce Dieu portant sur son dos le poids du monde chargé de péché (D. Kraus) ? Un Docteur qui perd la boule devant le spectacle de Nef des Fous (S. Brant 1494) du monde ? Ou, comme le voyait Aufauvre, un acrobate jonglant avec un globe ?
Dans tous les cas, cette sphère du Monde semble porteuse, comme pour la Boule aux rats, d'une leçon de morale face à un déclin.
A. Aufauvre : "un Atlas burlesque marchant sur ses mains et portant un globe cerclé".
Miséricorde de la stalle n°35 : deux aigles présentant un blason.
C'est le seul blason de ces stalles, et on l'aurai attendu sur l'emplacement le plus honorifique, les stalles 38-39 ou 8-9. Il devait porter des armoiries, peut-être l'une de celles qui sont multiples sur les vitraux, peut-être celles d'un évêque de Paris. Mais les meubles héraldiques ont été bûchées.
A. Aufauvre : "écusson becqueté par deux oiseaux affrontés".
Miséricorde de la stalle n°36 : une femme marchant comme à l'aveuglette, devant une tortue dressée de profil sur ses pattes arrières. Au dessus, un objet (corde, bâton ?) est partiellement effacé.
A. Aufauvre : "deux femmes séparées par un personnage (aujour'hui brisé) qu'elles semblent se disputer".
Miséricorde de la stalle n°37 : homme allongé sur le côté et dormant, relevant sa robe sur son genou gauche.
Ivresse de Noé??
A. Aufauvre : "Un homme en robe dans l'attitude du sommeil".
Miséricorde de la stalle n°38 : un musicien coiffé d'une toque à plumet jouant de la chalemie devant un globe crucifère.
A. Aufauvre : un joueur de trompe, en tunique, coiffée d'une toque empanachée, en avant d'u globe crucifère"
Voir la Fiche n°85 NH11 de Musicastallis :
"Un page sonnant l'éveil à la terre chrétienne". L'instrument est assez proche de la chalemie représentée dans la miséricorde SH-12 du même ensemble [Job devant deux musiciens]. En l'absence de toute possibilité de voir les trous de jeu, l'aérophone peut être trompe ou chalemie. Le musicien, vêtu d'un costume et d'un béret à plume souvent attribués aux ménétriers, joue d'une longue trompe mutilée. Illustration du proverbe : "tromper le monde" ?
Scène(s) associée(s): L’association du globe terrestre et de la trompe symbolise le jugement dernier (voir fiche n°323) mais la stalle SH-07 "il faut être fou pour porter le monde" pourrait accréditer l’hypothèse du dicton "je trompe le monde chrétien"
Miséricorde de la stalle n°39 : Un riche couple encadrant un récipient à couvercle. La femme semble y jeter un objet (bûché), l'homme s'apprête à dégainer son poignard.
A. Aufauvre : "un couple autour d'une marmite".
Miséricorde de la stalle n°40 : un lion dévorant un loup (ou un chien).
A. Aufauvre : "un lion dévorant un quadrupède".
Miséricorde de la stalle n°41 : un homme (robe logue, bonnet à rabats) est assis à l'envers sur un quadrupède et tend l'index droit vers son arrière-train tout en lui soulevant la queue. L'animal a les antérieurs fléchis. Il pourrait s'agir d'un taureau.
A. Aufauvre : "un cavalier au rebours, sur une bête fantastique".
Panneau intérieur du dais. Rinceaux à têtes de poisson et de bélier.
Les culs-de-lampe du dais.
Chanoine priant.
Homme barbu déroulant un phylactère.
Ange tenant une lance (instrument de la Passion).
Femme richement vêtue tenant des binocles.
Ange tenant des verges (instrument de la Passion).
Femme tenant un objet cylindrique.
Ange déroulant un phylactère.
Les 7 panneaux à claire-voie en couronnement du dais.
Corbeille + faune
Corbeille + 2 angelots chevauchant des griffons.
Pentacle + corne d'abondance à visage anthropomorphe.
Candélabre et rinceaux à femme-feuille et tête de dauphins.
— AUFAUVRE (Amédée), FICHOT (Charles), 1858, Les monuments de Seine-et-Marne : description historique et archéologique et reproduction des édifices religieux, militaires et civils du département : Collégiale de Champeaux, Paris, 1858, 407 p. page 44
— LEBEUF (Jean), 1883, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris : Tome cinquième, Paris, Librairie de Fechoz et Letouzey (réédition), 1883, 478 p. p. 407-420
— BLOCK (Elaine C.), 2003, Corpus of medieval misericords. France. XIII - XVI century, Turnhout, Brepols,444 p. âges 159-162.
Le Corpus des Miséricordes Médiévales (XIIIe-XXVIe siècles) se compose de cinq volumes. Les quatre premiers sont consacrés aux miséricordes et aux sculptures de stalles de chœur associées, dans des régions spécifiques d'Europe. Le cinquième volume comprend un index iconographique exhaustif des thèmes communs à différents pays, ainsi que des thèmes propres à chaque pays. Le premier volume de cette série, « Miséricordes Médiévales en France », recense environ 300 églises qui conservent des miséricordes gothiques ornées de figures sculptées et de récits inspirés des traditions orales (proverbes, contes populaires), mais aussi des annotations marginales de manuscrits, des chapiteaux romans, des bibles illustrées, des gravures, des cartes à jouer… Une vaste fresque de la vie médiévale – activités rurales, métiers urbains, relations conjugales, vie monastique – est présentée dans ces sculptures, sous les sièges des stalles, aux côtés des costumes d'époque, de l'architecture urbaine et collégiale, et des mécanismes. Des jeux de mots et des rébus s'entremêlent souvent à ces thèmes, créant des énigmes à la fois comiques et mystérieuses pour le regard du XXIe siècle. La perspective globale des miséricordes, généralement négligée dans les études sur l'art médiéval, est ici présentée comme une base multidisciplinaire pour de futures recherches menées par des sociologues, des historiens, des archéologues et d'autres médiévistes. Les volumes suivants traitent des miséricordes en Ibérie, en Flandre et dans le nord de l'Europe, ainsi qu'en Grande-Bretagne.
—KRAUS (Dorothy et Henry Kraus) 1986 Le monde caché des miséricordes: Suivi du répertoire de 40 stalles d'églises en France, Les éditions de l'amateur. p. 119 à122 et p.195.
Ces stalles ont été réalisées en 1522 par Richard Falaize ou Faleze, menuisier à Paris qui fut rémunéré 450 livres parisis. On les transporta de Paris à Melun par la Seine, puis de Melun à Champeaux par chariots. Leurs 54 sièges dépassaient de loin le nombre des chanoines (12 à l'origine puis 24, mais le plus souvent 13) et devaient accueillir aussi l'archevêque de Paris ou ses représentant car la collégiale dépendait du diocèse de Paris), les membres de la noblesse (ceux qu'on retrouvent comme donateurs des vitraux) mais aussi les enfants de chœur et les chantres ou maîtres de musique.
Elles ont certainement été réaménagées après la suppression des jubés, à la fin du XVIIe. Une grille fut installée pour fermer le chœur.
En 1787, elles échappèrent à leur destruction qui avait été ordonnée par l'archevêque de Paris, Antoine Léonor Léon Le Clerc de Juigné, qui enjoignait les chanoines de "faire changer le plutôt possible les figures bisarres et singulières " qui s'y trouvaient. Mais les chanoines choisirent plutôt de les faire recouvrir d'une épaisse couche de peinture ocre.
Le corpus des miséricordes comportait pourtant douze illustrations de l'histoire de Job, exhortant les chanoines à la Foi en la rédemption malgré les épreuves, mais aussi les figures christiques du Pélican nourrissant ses petits de son propre sang et du Phénix renaissant des flammes, les figures de sainte Catherine, de Dieu chargé des péchés du Monde, les anges portant les Instruments de la Passion, ou donnant d'autres exemples de vertus chrétiennes comme l'aumône.
Mais les chanoines étaient aussi attachées aux drôleries et allusions aux proverbes et sentences de leurs sièges, porteurs d'une sagesse populaire qui nourrit cet ensemble.
Les stalles échappèrent aussi à la Révolution ; Amédée Aufauvre et Charles Fichot les décrirent soigneusement en 1858 et en donnérent une planche entière d'illustrations, elles furent classées le 11 avril 1902, et Jean Messelet reprit leur description dans le Bulletin monumental de 1925 . On les débarrassa de leur couche de peinture, et elles figurent aujourd'hui parmi les meilleurs exemples de l'art des hûchiers alliant la truculence du Moyen-Âge et les décors Renaissance.
A. Aufauvre 1858, Gallica BnF
Le répertoire du côté nord diffère de celui du côté sud, et ce n'est pas un hasard si Amédée Aufauvre choisit, parmi les 14 miséricordes figurées sur la planche (dessinée et lithographiée par Charles Pichot), 13 du côté nord, plus pittoresques, plus savoureuses : le caractère populaire et médiéval y est mieux représenté, avec d'avantage de références (parfois énigmatiques pour nous), aux fabliaux, sentences et proverbes et au monde du merveilleux et du fantastique. Est-ce que les chanoines (ou les invités) du côté nord était moins collet-montés que ceux de l'autre côté du lutrin ? Quelle était la moyenne d'âge des nordistes, leur revenu (c'est-à-dire le nombre de prébendes dont ils disposaient dans leur portefeuille), leurs titres nobiliaires, en comparaison des sudistes? Toute une étude sociologique nous manque...Notons néanmoins que les graffiti se retrouvent au nord, et non au sud.
Numérotation
Je reprends le principe adopté par Florence Piat dans sa thèse sur les stalles de Tréguier, débutant la numérotation par les stalles hautes côté sud, depuis l'entrée, poursuivant par les stalles basses sud en revenant vers la nef, redémarrant par les stalles nord hautes de la nef vers l'est, et revenant enfin par les stalles basses vers la nef.
Soit, ici :
Stalles hautes sud n°1 à 14
Stalles basses sud n° 15 à 27
Stalles hautes nord n° 28 à 41
Stalles basses nord n° 42 à 54.
Numérotation lavieb-aile des stalles nord.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
La jouée est : deux chiens affrontés.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle 42 (la dernière du côté est) : un Triton.
A. Aufauvre : "une syrène nue, les cheveux au vent".
On peut y voir une sirène, car dotée d'une queue de poisson au dessous du tronc (la réunion entre les deux parties étant ornée d'un collerette), mais sa poitrine peu marquée, son visage et même sa chevelure incitent à y voir un personnage masculin, et donc, comme le propose la base Palissy "un triton, desinit in piscem" (*). Il/Elle ouvre les bras largement, mais ses mains et poignets sont brisés.
Si on admet qu'il s'agisse de Triton, c'es alors un emprunt, non plus au répertoire merveilleux médiéval, mais à la mythologie greco-latine, comme pour Hercule.
(*) Au début de l'Art poétique, Horace compare une œuvre d'art sans unité à un beau buste de femme qui se terminerait en queue de poisson : Desinit in piscem mulier formosa superne (De sorte que le haut soit d'une femme aimable, et le bas représente un poisson effroyable). Se dit des choses dont la fin se termine en queue de poisson, ne réalisant pas les promesses du début.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle 43 : trois visages dans la même capuche de fous aux oreilles d'âne.
Allusion à une expression qui serait perdue, " trois têtes de fou dans un même bonnet" ?
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Appui-main : animal fabuleux sortant d'une coquille et la dévorant.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle 44 : un homme en robe ouverte, coiffé d'un bonnet, urine dans un van.
Un van est un tamis servant ... à vanner les céréales, "du latin vannus , ustensile servant à séparer le grain d'impuretés plus légères".
Il s'agit d'un calembour pour illustrer le proverbe "Petite pluie abat grand vent", il suffit (parfois) de peu de chose pour calmer une grande querelle.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Graffiti des dorsaux.
ALLAN (stalle 45)
Une autre inscription non relevée sur le dossier.
On notera que, selon Aufauvre, "Au bas-côté nord est une inscription consacrée à Nicolas Allan, chanoine de Champeaux, donateur de 460 livres au profit de l’Eglise paroissiale, à la charge de divers services. Le contrat date du 12 mai 1636."
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
stalle 46 : graffiti effacés ou peu lisibles LANEE (?) 1697 -TAT
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalle 44 : graffiti non lisibles, lettres Q et N.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle 45 : deux joueurs de volant.
comparer à la stalle n°17, côté sud.
Les deux joueurs, en tunique courte et chausses ajustées, sont coiffés d'un bonnet sur leurs cheveux mi-longs, ils se détachent sur un fond qui peut corresponbdre à un paysage champêtre (champs cultivés).
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Appui-main: homme assis, lisant ; tête (recouverte d'une capuche) au visage bûchée.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle 46 : un homme ou enfant nu, monté sur un quadrupède, lui tire la queue alors qu'il tient les rènes.
A. Aufauvre : "un homme sur un chameau dont il tire la queue et la bride".
La miséricorde n°17, en vis à vis, montrait un singe monté sur un griffon, soit une scène assez proche, bien que l'animal n'ait pas, ici, de crinière, et soit harnaché.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Appui-main: figure fabuleuse aux formes globuleuses.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle 47 : un enfant nu, monté sur un cheval, lève un ustensile à manche.
A. Aufauvre : "un cavalier nu armé d'une pelle.".
On peut discuter de l'animal (âne, mulet), de ses pattes (pas de sabots mais des sortes d'orteils), de sa pelle, et de l'usage qu'il en fait (frapper sa monture? participer à un jeu ?).
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
La stalle s'interrompt pour permettre le passage vers les stalles hautes. Les deux jouées sont décorées d'une archère et d'un archer.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Jouée est : un jeune athlète nu et crépu bandant un arc en dansant.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Jouée opposée : une jeune femme presque nue, cheveux au vent, armée d'un arc et tenant une flèche. Elle esquisse une danse.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle 48 : homme faisant cuire dans un chaudron un couple d'êtres grotesques et simiesques, dont un dragon ailé.
A. Aufauvre : "un homme regardant deux diables ailés, dans une chaudière".
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Appui-main : un homme coiffé d'un chaperon, lèchant un fruit (?) ou vomissant dans une coupe (?).
A. Aufauvre : "homme vomissant dans un plat à barbe."
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle 49 : un diable (cornu, griffu, velu) tenant un bâton ou une planche ou une porte, tenu par la queue et suivi par une femme en robe longue et coiffe serrée sous le menton.
La queue a été bûchée.
Allusion à l'expression "tirer le diable par la queue".
A. Aufauvre : "un singe ou un démon fuyant armé d'un bâton, devant un homme qui défend un objet (aujourd'hui brisé).
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle 50 : un homme faisant l'aumône à un infirme.
L'homme, un riche bourgeois vêtu d'un ample manteau (serré par une ceinture) et coiffé d'un bonnet, imberbe, cheveux mi-longs, pose une pièce dans la sébille d'un pauvre infirme, amputé au genou de la jambe gauche, appareillé d'un pilon, s'aidant d'une canne, et peut-être en outre aveugle car son visage barbu est tourné vers le ciel. De sa main gauche, le Riche referme son aumônière suspendue à sa ceinture.
A. Aufauvre : "un homme faisant l'aumône à un infirme."
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle 51 : sainte Catherine d'Alexandrie.
La sainte, vierge et martyre est couronnée et tient un livre et une épée. Elle est encadrée de deux moitiés d'une roue, allusion à l'épreuve de la roue à lames acérées, dont elle sortit vainqueur par le miracle du bris de cette roue, qui alla blessr les bourreaux.
Sainte Catherine est représentée plusieiurs fois sur les vitraux. Son culte était alors de première importance . Elle était vénérée par les filles à marier (les catherinettes du 25 novembre), par les femmes en général et surtout pour être protégé des périls mortels.
C'est la seule miséricorde à thème religieux de cette rangée.
A. Aufauvre : "une sainte Catherine".
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Retour d'angle : deux figures faisant fonction d'appui-main.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Homme assis, vêtu d'une robe longue, coiffé d'un chaperon, écrivant sur un phylactère.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Enfant accroupi, l'index sur les lèvres.
Est-ce une figure du Silence, déjà rencontré, sinon dans les stalles canoniales, mais en milieu monastique (Brou ; Naples) ? mais l'index n'est pas posé verticalement. Ou une figure d'Harpocrate? Ou un homme se faisant vomir? etc.
Amédée Aufauvre : "homme qui s'ouvre la bouche et se gratte le pied".
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Appui-main : animal fabuleux de type dragon à pattes feuillagé.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle 52 : un cochon jouant de la cornemuse pour l'un de ses petits.
Cette miséricorde figure (bien sûr) dans l'encyclopédie de Jean-Luc Matte qui décrit ici le bourdon d'épaule, tandis que le hautbois et la partie supérieur du sac sont brisés.
Voir aussi la notice de la base Palissy (erronée, datation "du 11ème siècle") qui donne en légende "Une truie qui file ou joue de la cornemuse ou amusant son petit", à une photographie antérieure à 1896.
Le cochon (on ne voit pas les mamelles qui permettrait d'affirmer qu'il s'agit d'une truie) est assis sur ses pattes arrière. Le porcelet est assis sur un rocher et le regarde.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle 53 : deux hommes jouant au ballon avec le globe terrestre.
On peut y voir (base Palissy) "le monde livré à la dispute des savants". Mais les deux hommes ne sont pas habillés comme des docteurs médiévaux, en robe longue fourrée et coiffés d'une barrette, au contraire, même si l'un est coiffé d'un bonnet, leur tunique courte, et la tenue "sportive" et désinvolte du second ne permet pas de voir là des savants.
Les gestes des bras montrent qu'ils s'envoient et se renvoient le globe.
A. Aufauvre : "Deux hommes s'envoyant le globe terrestre, comme un ballon".
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle 54 : deux hommes frappent avec des maillets un petit homme allongé sur une enclume.
Légende de la base Palissy : "entre le marteau et l'enclume".
La sculpture conserve pour moi un côté énigmatique.
Le "petit homme" est peut-être un enfant ; il est coiffé d'une capuche à oreilles, qui pourrait être un bonnet de fou, mais qui ressemble à la coiffure de l'homme barbu de gauche. La collerette de son habit peut aussi appartenir au costume du Fou.
Les deux hommes ont l'aspect et la posture des bourreaux, notamment cette façon de dégager la cuisse droite de tout vêtement pour ne pas entraver le mouvement du bras.
A. Aufauvre : "deux maréchaux frappant sur une enclume le personnage de la Folie."
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Stalles basses nord de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
— AUFAUVRE (Amédée), FICHOT (Charles), 1858, Les monuments de Seine-et-Marne : description historique et archéologique et reproduction des édifices religieux, militaires et civils du département : Collégiale de Champeaux, Paris, 1858, 407 p. page 44
— LEBEUF (Jean), 1883, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris : Tome cinquième, Paris, Librairie de Fechoz et Letouzey (réédition), 1883, 478 p. p. 407-420
—KRAUS (Dorothy et Henry Kraus) 1986 Le monde caché des miséricordes: Suivi du répertoire de 40 stalles d'églises en France, Les éditions de l'amateur. p. 119 à122 et p.195.
Les 54 stalles (chêne, 1522, Richard Falaise) de la collégiale de Champeaux en Seine et Marne, le côté sud. Ib, les 13 stalles basses. Miséricordes, appui-mains, jouées.
Ces stalles ont été réalisées en 1522 par Richard Falaize ou Faleze, menuisier à Paris qui fut rémunéré 450 livres parisis. On les transporta de Paris à Melun par la Seine, puis de Melun à Champeaux par chariots. Leurs 54 sièges dépassaient de loin le nombre des chanoines (12 à l'origine puis 24, mais le plus souvent 13) et devaient accueillir aussi l'archevêque de Paris ou ses représentant car la collégiale dépendait du diocèse de Paris), les membres de la noblesse (ceux qu'on retrouvent comme donateurs des vitraux) mais aussi les enfants de chœur et les chantres ou maîtres de musique.
Elles ont certainement été réaménagées après la suppression des jubés, à la fin du XVIIe. Une grille fut installée pour fermer le chœur.
En 1787, elles échappèrent à leur destruction qui avait été ordonnée par l'archevêque de Paris, Antoine Léonor Léon Le Clerc de Juigné, qui enjoignait les chanoines de "faire changer le plutôt possible les figures bisarres et singulières " qui s'y trouvaient. Mais les chanoines choisirent plutôt de les faire recouvrir d'une épaisse couche de peinture ocre.
Le corpus des miséricordes comportait pourtant douze illustrations de l'histoire de Job, exhortant les chanoines à la Foi en la rédemption malgré les épreuves, mais aussi les figures christiques du Pélican nourrissant ses petits de son propre sang et du Phénix renaissant des flammes, les figures de sainte Catherine, de Dieu chargé des péchés du Monde, les anges portant les Instruments de la Passion, ou donnant d'autres exemples de vertus chrétiennes comme l'aumône.
Mais les chanoines étaient aussi attachées aux drôleries et allusions aux proverbes et sentences de leurs sièges, porteurs d'une sagesse populaire qui nourrit cet ensemble.
Les stalles échappèrent aussi à la Révolution ; Amédée Aufauvre et Charles Fichot les décrirent soigneusement en 1858, elles furent classées le 11 avril 1902, et Jean Messelet, en reprenant leur description dans le Bulletin monumental de 1925, en donna une planche entière d'illustrations. On les débarrassa de leur couche de peinture, et elles figurent aujourd'hui parmi les meilleurs exemples de l'art des hûchiers alliant la truculence du Moyen-Âge et les décors Renaissance.
VUES GÉNÉRALES
Vue de la collégiale de Champeaux depuis la nef. Cliché lavieb-aile 2025.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Numérotation adoptée.
Je reprends le principe adopté par Florence Piat dans sa thèse sur les stalles de Tréguier, débutant la numérotation par les stalles hautes côté sud, depuis l'entrée, poursuivant par les stalles basses sud en revenant vers la nef, redémarrant par les stalles nord hautes de la nef vers l'est, et revenant enfin par les stalles basses vers la nef.
Soit, ici :
Stalles hautes sud n°1 à 14
Stalles basses sud n° 15 à 27
Stalles hautes nord n° 28 à 41
Stalles basses nord n° 42 à 54.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Haut de la jouée sud-est : deux dragons affrontés.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle n°15 : combat de 2 enfants nus, l'un tenant un bouclier rond, l'autre un bouclier rectangulaire.
A. Aufauvre : "Deux enfants ayant chacun un bouclier; l’un d’eux tient un bâton".
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle n°16 : centaure tenant son épée à l'abri de son bouclier rond.
A. Aufauvre : "Un corps d’homme armé, sur des pattes de bipède".
La tête est coiffée d'une capuche, le torse est vêtu d'une tunique.
Ce type de bouclier rond avec bulbe central ou umbo déviant les coups se nomme à l'époque médiévale "bocle", il est utilisé pour l'escrime. Voir aussi "rondache" ou rouelle, et "targe"
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle n°17 : deux jeunes hommes jouant dans un bois, l'un s'apprête à frapper avec une batte ou raquette.
Les deux hommes se ressemblent, mais celui qui est armé de la raquette porte un chapeau.
A. Aufauvre : "Un jeune homme présentant ses fesses à un individu armé d’une batte".
Ce siège se trouve presque en face de la miséricorde 45, où deux hommes jouent au volant, armés de la même "batte". Ne peut-on imaginer qu'ici, l'un des joueurs n'a pas pu rattraper le volant, et qu'il parte à sa recherche?
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle n°18 : un semeur à la volée, un sac de grain près de lui.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle n°19 : un singe monté sur un griffon.
Un griffon est une créature légendaire qui a ici un bec d'aigle, des oreilles de cheval, un corps de lion dont il a la crinière, et des serres d'oiseau.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle n°20 : un homme propose une charge (bûche) à un paysan déjà lourdement chargé d'une hotte pleine de buches.
Il s'agit sans doute de l'illustration d'un proverbe.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Jouée est de l'accès aux stalles hautes. Un médaillon d'un homme de profil, casqué, et décor de rubans Renaissance.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Jouée ouest de l'accès aux stalles hautes. Un médaillon d'un homme de profil, coiffé d'un chapeau, et décor Renaissance d'angelot et de rubans .
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle n°21 : un cavalier portant sur son épaule un lourd sac (grains? farine?).
La scène, relevant des proverbes, dictons et sentences, dénonce la stupidité de l'homme qui croit épargner sa monture en portant ainsi le sac, plutôt que de le poser sur l'encollure.
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Miséricorde de la stalle n°22 : un singe à cheval sur un lion à tête de cheval.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Appui-main. animal hybride feuillagé.
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Miséricorde de la stalle n°23 : un sagittaire.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle n°24 : un centaure tenant un bâton et se protégeant derrière son bouclier.
La partie humaine est celle d'un personnage barbu et coiffé d'une cagoule, elle se réunit à la partie équine par une collerette detouffes de poils. Le bouclier est de type bocle.
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Angle des deux parties des stalles basses. Deux créatures hybrides.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Créature hybride à tête d'angelot, à corps sphérique, avec collerette feuillagée.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Dragon ailé.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle n°25 : homme à faciès vultueux tournant le dos à un singe tenant une pelle.
A. Aufauvre : "Deux singes se battant à coup de pelle et de pierres et se tirant la queue".
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Appui-main.
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Miséricorde de la stalle n°26 : deux chiens rongeant le même os.
Illustration d'un proverbe "deux chiens pour un seul os ne s'entendent pas", dénonçant la passion ou l'envie. Mais pour D. Krausz, l'artisan détourne le sens premier en sculptant un os si grand qu'il semble satisfaire les deux chiens.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Miséricorde de la stalle n°27 : Phénix renaissant des flammes
A. Aufauvre : Le phénix sur son bûcher.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
La jouée ouest : candélabre Renaissance.
Les stalles basses sud de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
— AUFAUVRE (Amédée), FICHOT (Charles), 1858, Les monuments de Seine-et-Marne : description historique et archéologique et reproduction des édifices religieux, militaires et civils du département : Collégiale de Champeaux, Paris, 1858, 407 p. page 44
— LEBEUF (Jean), 1883, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris : Tome cinquième, Paris, Librairie de Fechoz et Letouzey (réédition), 1883, 478 p. p. 407-420
—KRAUS (Dorothy et Henry Kraus) 1986 Le monde caché des miséricordes: Suivi du répertoire de 40 stalles d'églises en France, Les éditions de l'amateur. p. 119 à122 et p.195.
"Les remarquables vitraux figurent parmi les réalisations artistiques notables des XVe siècle et XVIe siècle en région parisienne." (Wikipedia)
D'après l'inventaire des vitraux par le chanoine Martin Sonnet en 1653, soixante-douze panneaux de verre peints décoraient la collégiale et garnissaient quarante fenêtres parmi les cinquante-deux que compte la collégiale, le transept et les parties hautes du chœur, côté sud n'ayant jamais possédé que du verre blanc.
Outre saint Martin, patron de la collégiale, saint Nicolas était particulièrement invoqué. On trouve aussi une invocation à saint Victor, patron de l'abbaye qui avait des droits, à l 'origine, sur Champeaux.
"Des cinquante-deux fenêtres de la collégiale, une quarantaine étaient enluminées à l'époque de la Révolution. Aujourd'hui, moins d'une vingtaine conservent des débris plus ou moins complets, des fragments dont il est parfois impossible de deviner les motifs. La plupart de ces vitraux étaient de bonne facture. Quelques-uns dataient de la fin du XVe siècle, mais le plus grand nombre appartenaient au XVIe siècle, à l'époque de la Renaissance... Chaque verrière aurait coûté 4 à 5 livres. " (G. Leroy, 1896)
Les comptes ou Chartier du Chapitre de 1519 à 1528 conservés aux archives départementales de Seine-et-Marne, mentionnent les noms des verriers Nicolas Maçon de Melun, et Allain Courjon .
"Les vitraux de Champeaux n’ont plus aujourd’hui l’importance qu’ils avaient encore en 1790. Nul doute que des dévastations, et plus encore la négligence de la fabrique ancienne n’aient entraîné leur perte. Ils sont presque tous mutilés." (Amédée Aufauvre)
Nonobstant cet état de conservation lacunaire, certains comptent parmi les chefs-d'œuvre du gothique flamboyant finissant ou de la Renaissance. Leur style et leur technique les apparentent étroitement aux vitraux champenois. (Wikipedia)
Y sont représentés les chanoines donateurs, et les blasons des familles civiles qui ont participé au financement.
A. Aufauvre 1858, Gallica BnFcliché lavieb-aile 2025.
I. LES BAIES BASSES.
Plan de numérotation personnel (principe de numérotation du Corpus vitrearum).
Numérotation des baies basses de la collégiale de Champeaux
Les baies 1 et 2
Elles sont vitrées de verre blanc.
La baie 3. Chapelle d'angle nord-est, fenêtre est. L'Arbre de Jessé.
Dans la lancette B, qui présentait jadis un saint Denis (*), seul est visible aujourd'hui le sommet d'une architecture avec deux lions portant chacun, accroché par des sangles à leur poitrine, un blason muet.
(*) et une scène de donation : "un "cavalier" [ou chevalier?] dans l'attitude de la prière, disant Jesu fili David miserere dei", la référence à David étant approprié au thème de Jessé. "À ses côtés cinq enfants, et derrière lui une femme priant accompagnée de six filles" (G. Leroy)
Baies basses de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Lancette A : un Arbre de Jessé (fragment)
Il était jadis caché par un retable et A. Aufauvre ne l'a pas vu ; G. Leroy se contente d'en citer le sujet.
Jessé est absent, on ne peut que parier sur sa présence, plongé dans son songe, tandis qu'un arbre naît de sa poitrine. Mais on voit bien l'arbre au tronc vert, sur les branches duquel sont installés les 12 rois de Juda. Le bas de leur corps est escamoté au profit d'une collerette florale, qui leur donne naissance. Ils tiennent chacun leur sceptre et portent la couronne royale. seul est identifiable, par sa harpe, le roi David, mais c'est Salomon qui doit être à ses côtés.
Au sommet de l'arbre, Marie émerge d'un bouton rouge, elle est couronnée et tient l'Enfant.
Fond bleu azur. Bordure : couronnes et fleurs de lys.
Baies basses de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Baies basses de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
La rose : une Crucifixion.
La rose accueille un Christ en croix, entre sa mère et saint Jean sur fond de remparts. Autour, les quatre animaux du Tétramorphe tenant le nom de l'un des 4 des évangélistes, et enfin saint Martin partageant son manteau et saint Nicolas bénissant les 3 clercs.
Les bordures sont de fleurs de lys fleuronnées rappelant celels des baies hautes.
Baies basses de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Baies basses de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
Deux blasons montrent des armoiries épiscopales traversées par une crosse en pal.
D'argent au chef d'azur chargé de trois étoiles en chef, et à la bande de sinople, chargé de 3 coquilles d'or, accompagné de 3 roses de gueules. Ces armoiries se retrouvent dans les baies hautes baies 103 et 101. Le blason de droite est exact, celui de gauche est son image en miroir.
Baies basses de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
La baie 4. Chapelle d'angle sud-est, fenêtre est. Saint Michel terrassant le dragon (fragment) et Jean l'évangéliste + chanoine donateur.
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Lancette A : l'archange saint Michel terrassant le dragon (fragment).
Bordure : couronne et rameau fleuri.
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Lancette B : saint Jean rédigeant l'Apocalypse ; chanoine donateur (fragment).
Le phylactère indique JOH[AN]NES SEPTEM ECCLIIS CAM PETT, nous orientant vers le chapitre 7 de l'évangile de saint Jean. Celui-ci, de profil, nimbé, imberbe, lève les yeux pour recevoir l'inspiration divine. En arrière-plan, les remparts d'une ville, et des palmiers. On voyait encore en 1896 l'aigle de saint Jean tenant son écritoire, et les mots GRATIA ET PAX sur le phylactère (G. Leroy).
La consultation du texte de la Vulgate Je:7 n'a pas permis de déchiffrer eccliis cam pett, qui échappe aussi à une traduction à partir du latin.
Il s'agirait alors plutôt de Jean rédigeant sur l'île de Patmos le Livre de l'Apocalypse, renvoyant au passage où Jean entend une voix forte lui dictant "ce que tu vois, écris-le dans un livre, et envoie-le aux sept Églises, à Éphèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicée. L'inscription du phylactère aurait été mal restaurée et renverrait à septem ecclesiam ou mieux à Ap 1:11 :Quod vides, scribe in libro: et mitte septem ecclesiis, quae sunt in Asia, Epheso, et Smyrnae, et Pergamo, et Thyatirae, et Sardis, et Philadelphiae, et Laodiciae.
Le tympan va confirmer cette hypothèse.
Au dessous, un chanoine mains jointes, en posture de donateur. Il était accompagné jusqu'en 1896 de ses armes d'azur à six besants d'or, au chef de même et d'une inscription ou devise LE MONDE ME PLAIST (G. Leroy)
Bordure : couronne et rameau fleuri.
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Tympan : rose aux sept églises de l'Apocalypse ; anges thuriféraires.
Les sept églises d'Éphèse, de Smyrne, de Pergame, de Thyatire, de Sardes, de Philadelphie et de Laodicée sont peintes au jaune d'argent sur un tracé de grisaille.
Je corrige donc l'interprétation L. Michelin (1841) et de E. Liébert (1869), couramment reprise, qui voyait là "une allusion aux sept églises paroissiales qui formaient le doyenné de Champeaux. Ces sept églises sont représentées dans la rose. On sait qu'il s'agissait des paroisses de Notre-Dame de Champeaux, saint Jean-Baptiste d'Andrezel, Saint-Martin de La Chapelle-Gauthier, Saint-Merry de Saint-Merry-les-Vallées, Saint-Martin de Quiers, Saint-Louis de L'Etang-de-Vernouillet,et Sainte-Marie-Madeleine de Fouju .
Mais la rose est correctement interprétée sur le site églisesduconfluent.
Bien-sûr, les chanoines ont parfaitement pu établir un parallèle entre les sept églises de leur Doyenné et les sept églises d'Asie.
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La baie 5. Chapelle d'angle nord-est, fenêtre nord. Annonciation.
Les deux panneaux ont été restaurés, notamment les visages.
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Dans la lancette A, un blason d'azur à la fasce d'argent et aux cinq losanges d'or, trois en chef et deux en pointe. Armes des donateurs de la baie 7.
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La baie 6. 5ème travée du collatéral sud. Résurrection des morts (rose) et Marie priant.
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Rose : dans 3 lobes, résurrection des morts.
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écoinçon : un chevalier en donateur.
Ce chevalier en armure porte un tabard à ses armes, d'azur à la fasce d'argent et aux losanges d'or, correspondant au blason de la baie 7. Une inscription contient des lettres peu explicites.
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Dans l'autre écoinçon, un forme fantôme (la donatrice ?) mains jointes libère le phylactère FAE ME SICUT UNVM DE MERCENARIIS TVIS, citation de Luc 15:9 "[je ne suis plus digne d'être appelé ton fils;] traite-moi comme l'un de tes mercenaires".
L'inscritpion en bande contient un fragment VNQVAM(?)
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La baie 7. 5ème travée du collatéral nord. Épisodes de la Vie de Marie.
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Lancette A : Baiser d'Anne et de Joachim devant la Porte Dorée. Présentation de Marie au Temple. Boutique de changeurs.
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Le baiser d'Anne et de Joachim devant la Porte Dorée de Jérusalem, baiser d'où découle la chaste conception de la Vierge.
Baies basses de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
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Présentation de Marie au Temple, conduite par ses parents Anne et Joachim (à gauche).
Le grand prêtre s'apprête à l'accueillir. les murs du Temple sont ornés de trois gueules de lion en macarons. Deux femmes sont visibles, regardant par les fenêtres.
On sait que la Présentation de Marie n'est pas décrite dans les évangiles, mais qu'elle provient du Protoévangile de Jacques chapitre 6 à 10.
"Et l'enfant atteignit l'âge de trois ans et Joachim dit : « Appelez les vierges sans tache des Hébreux et qu'elles prennent des lampes et qu'elles les allument» et que l'enfant ne se retourne pas en arrière et que son esprit ne s'éloigne pas de la maison de Dieu. » Et les vierges agirent ainsi et elles entrèrent dans le temple. Et le prince des prêtres reçut l'enfant et il l'embrassa et il dit : « Marie, le Seigneur a donné de la grandeur à ton nom dans toutes les générations, et, à la fin des jours, le Seigneur manifestera en toi le prix de la rédemption des fils d'Israël. » Et il la plaça sur le troisième degré de l'autel, et le Seigneur Dieu répandit sa grâce sur elle et elle tressaillit de joie en dansant avec ses pieds et toute la maison d'Israël la chérit. Et ses parents descendirent, admirant et louant Dieu de ce que l'enfant ne s'était pas retournée vers eux."
L'artiste a bien placé Marie sur le troisième degré de l'escalier. Elle est résolument tournée vers le Temple, et ses parents peuvent être rassurés, elle ne se retournera pas.
À gauche, blason d'azur à la fasce d'argent, accompagnée de cinq losanges d'or, 3 en chef et 2 en pointe" , déjà observé en baie 5 et 6. Cette famille a joué un rôle important dans le financement des vitraux du début du XVIe siècle.
À droite, blason mi-parti associant en 1 le précédent et en 2, de gueules à 3 croissants d'or, 2 en chef, 1 en pointe. Il s'agit donc d'un blason désignant précisément un couple.
Baies basses de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
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L'atelier des changeurs.
Il est facile de décrire ici ce qu'on voit, mais plus difficile de l'expliquer, et je crois qu'aucun auteur ne s'y est risqué, au delà de cette proposition d'y voir "un atelier de changeurs". Pourquoi cette scène est-elle insérée dans cette Présentation de Marie au Temple ?
On voit une table dressée sur des tréteaux, et couverte d'une nappe brodée d'or. Si l'un des deux personnages, qui compte des pièces, pourrait être un Juif (bonnet conique), l'autre est un chanoine ou du moins un clerc (tonsure, surplis blanc), il tient une bourse. Sur la table se trouvent des piècesde monnaie, mais aussi des objets liturgiques, dont des bougeoirs et des objets de dévotion. Un donateur a-t-il voulu se faire figurer dans son rôle de trésorier ou de responsable des achats?
Existe-il un rapport avec les blasons?
Baies basses de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
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Détail de la bordure à couronne royale, fleur de lys et sarment.
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La lancette B. La naissance de la Vierge. Le mariage de la Vierge.
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La naissance de la Vierge.
Anne, la mère, est couchée dans son lit et reçoit d'une servante le brouet, un espèce de bouillon au lait et au sucre, son premier repas après l'accouchement.
Son mari Joachim est assis à son chevet, appuyé sur sa canne.
Deux femmes (une sage-femme et une servante?) prennent soin de l'enfant et lui donne son premier bain.
Un foyer en brique, en arrière-plan laisse penser que la pièce est bien chauffée.
Baies basses de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
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Le mariage de la Vierge.
La scène est classique, mais l'originalité est ici de représenter (mais comme dans l'huile de Raphaël, 1504), non seulement les deux époux Marie et Joseph devant le grand prêtre, mais aussi, la scène de l'élection de Joseph devant les autres prétendants. Ceuc-ci tiennent sur l'épaule la baguette, mais seule celle de Joseph a fleuri. En fait, la floraison de la baguette de Joseph n'est pas visible, son extrémité se fond dans la robe verte du prêtre.
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Le tympan
L'Annonciation dans les deux écoinçons.
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La rose : la Vierge de l'Immaculée-Conception.
La Vierge à l'Enfant a les pieds posés sur un croissant de lune, et elle est placée au centre d'un mandorle jaune rayonnant, dans des nuées où volent en file des chérubins multicolores. C'est la Vierge de l'Apocalypse.
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La baie 9. 4ème travée nord du collatéral du choeur. Adoration des Mages.
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La lancette A : les rois Gaspar et Balthazar.
Balthazar a traditionnellement la peau noire, ou les traits d'un maure ; il en a ici le cimeterre, et la boucle d'oreille. Il vient en dernier et offre la myrrhe. Il désigne de la main l'étoile qui les a guidés.
Ses manches a crevé incitent à dater ce vitrail du début du XVIe siècle. Il porte aussi une tunique courte (au dessus des genoux) et à revers d'hermines, et des chausses ajustées comme nos collants.
Des lettres sont inscrites sur le galon de son manteau jaune, lettres sans signification, comme c'est la tradition depuis le XVe siècle.
Gaspar est barbu, et il offre l'encens. Il est coiffé , comme Balthasar, d'un bonnet de velours rouge qui supporte la couronne. Il porte une aumônière, une collier de maillons d'or, et un lourd manteau doublé d'hermines.
Les deux rois évoluent dans un paysage de ruines antiques.
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La lancette B
Le roi Melchior, le plus âgé, est agenouillé devant Marie et son Fils et présente à l'enfant la coupe d'or. Sa couronne est posée à terre.
On voit encore Joseph, l'âne et le bœuf, l' étable , lles murailles de Bethléem, et, dans le ciel, l'étoile à queue de comète.
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Le tympan.
Dans la rose est représentée la Fuite en Égypte, et dans les lobes l'épisode de la chûte des idoles païennes, ou le miracle du champ de blé qui dissimule la Sainte Famille aux soldats d'Hérode, qui la recherche. On voit aussi deux scènes du Massacre des Innocents, et un soldat avertissant Hérode de la naissance de Jésus.
Deux anges adorateurs, en chape , sont agenouillés sur des petits nuages.
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La baie 10: travée du côté sud.
Seul le tympan a conservé ses vitraux. Les lancettes contenaient encore en 1896 les débris informes d'un Baptème du Christ par saint Jean , Dieu le Père et le Saint-Esprit, et sainte Barbe.
On y voit, entre deux anges thuriféraires des écoinçons, saint Nicolas bénissant les clercs dont l'un enjambe le baquet, mais aussi Adam de Ève d'abord réuni autour de l'arbre de la Tentation, puis expulsés du Paradis terrestre, tandis que l'ange, l'aigle, le taureau et le lion du Tétramorphe portent un phylactère portant le nom de l'évangéliste correspondant, Matthieu, Jean, Luc et Marc.
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La baie 11. 3ème travée nord du collatéral du choeur. Le Christ de la Parousie. Crucifixion.
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Lancette A : Le Christ Sauveur du Monde.
Ses pieds sont posés sur le globe du monde, il est assis sur l'arc-en-ciel de l'Alliance, il porte, sur son corps nu marqué par es stigmates, le manteau glorieux de sa victoire sur la Mort, et l'épée de la justice divine qui est dirigé vers sa joue se transforme, à droite, en un bouquet de fleurs de miséricorde. Les anges volent dans l'azur, soufflant dans les trompes de la Parousie et énonçant les paroles inscrites dans les phylactères disent : Surgite mortui venite ad Judicem Levez-vous les morts et venez au jugement.
Le phylactère In te dominum speravi non confundar in aeternum provenait jadis de la bouche des donateurs, au registre inférieurs.
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Lancette B: la Crucifixion entre les larrons.
Le Christ en croix et les larrons (restaurés) se détachent sur le ciel bleu-nuit au dessus des remparts de Jérusalem.
À droite de la Croix, Marie, soutenue par Jean, une sainte femme, Marie-Madeleine les mains jointes et le regard tourné vers la Croix. Derrière eux, deux cavaliers, dont Longin qui vient de transpercer le flanc droit de Jésus de sa lance.
À gauche, dans une foule plus confuse avec insertion de pièces exogènes, un ou deux cavaliers et, remplacé par un visage barbu ahaut en couleurs, le Centenier s'esclamant "Celui-ci est vraiment le fils de Dieu".
En partie inférieure, deux soldats se disputent avec leur poignard la tunique qu'ils ont tiré aux dès.
Un chanoine (robe rouge sous le surplis, aumusse dont les six queues d'écureuil sont détaillées ) est en posture de donateur, agenouillé sur son prie-dieu à ses armes, un fascé d'azur et d'argent de six pièces.
G. Leroy indique, "dans les segments, à gauche, la lune et les étoiles. À droite, le soleil avec ces armes d'or, au sautoir engreslé de sable cantonné de quatre arbalètes de gueules. Jean et Nicolas Arbalète, frères, 1513. Ces personnages appartenaient à la famille des Arbalète, vicomtes de Melun en partie, seigneurs de la Borde, localité voisine de Champeaux."
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Baie 11, le tympan.
Dans la rose, Dieu le Père, entouré de chérubins dans les lobes. Dans les écoinçons, la lune et le soleil.
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La baie 13. Deuxième collateral nord du chœur. Saint Nicolas ; saint Georges terrassant le dragon.
Cette baie a été offerte en 1508, (après le mariage de Louis XII et d'Anne de Bretagne en 1499, —ce qui explique la bordure de lys, de couronnes et d'hermines,—) par Nicolas Sauvaige, chanoine de Champeaux et procureur, mort le 15 septembre 1522 et inhumé dans la chapelle Saint-Nicolas, existant originellement dans la travée où se trouve la verrière.
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La lancette A, à gauche : saint Nicolas et un chanoine donateur.
Dans une niche architecturée et devant une tenture damassée rouge, Saint Nicolas, en évêque, bénit les trois clercs qui sortent du baquet, miraculeusement ressuscité de leur salaison. À gauche, le chanoine Nicolas Sauvaige est agenouillé dans la posture du donateur, et porte l'aumusse des chanoines au bras droit. G. Leroy décrit un chanoine "vêtu d'une robe rouge", sous les armoiries d'azur, au tronc d'arbre naturel en pal, accosté à senestre d'un gland et d'une feuille de sinople, à dextre d'un croissant de gueules et d'une feuille de chêne de sinople".
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Les armoiries (présentes dans les deux lancettes).
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La lancette B : saint Georges terrassant le dragon devant une bergère.
G. Leroy a vu dans la bergère en robe rouge accompagnée d'un agneau une sainte Agnès priant. C'est bien entendu une erreur, et l'iconographie s'attache à être fidèle à la Légende dorée, selon laquelle c'est la fille du roi qui sans l'intervention du saint chevalier, était condamnée à être dévorée par le dragon. On voit d'ailleurs, peint en grisaille, les remparts de la ville de Silène, en Lybie, du haut duquel le roi et la reine (couronnés et vêtus de manteau à larges manches fourrées) suivent le combat.
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Baie 13 : le tympan et sa rose.
Le motif de la rose est perdu, G. Leroy le décrivait encore en 1896 comme le sacre d'un évêque ( a priori St Nicolas) assisté de 2 prélats et autres ecclésiastiques. Les 6 lobes ont été conservés, contenant des anges chantant un hymne au texte indiqué par leur phylactère : Sospitati dedit egros olei perfusio /Nicolaus naufragantium affuit presidio /revelatur a defunctis defunctus in bivio /baptizatur auro viso Judeus indicio/vas in mari mersum patri redditur cum filio /O quam probat sanctum dei faris augmentatio /
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Dans les écoinçons, les anges tiennent des phylactères : Auro per eum virginum tollitur infamia / atque patris earundem levatur inopia.
Il s'agit d'une "prose sur saint Nicolas" conservé dans le manuscrit BR ms 184 folio 51 verso du XIe siècle et publiée par Edélestand du Méril en 1843. Nommé également Séquence de Saint Nicolas (6 décembre) avec la mention : cette séquence du XIIe siècle est attribuée à Adam de St Victor (Patrol. t CXCVI p.1470)
Inutile d'insister sur la valeur de ces inscriptions.
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La baie 14.
La rose
La rose contenait Dieu le Père et saint Victor à cheval avec les paroles vicisti beate victor vicisti . Il ne reste que les anges aux phylactères : Vicit carnem. Vicit mundum. Vicit hostem furibundum. Fide vicit omnia.
Il s'agit d'un extrait de la Séquence de saint Victor : voir Sequencia de Sancto Victore Paris, B.N. lat. 15045, f. 84V-85V.
"On trouve que dès l'an 1124 cette collégiale étoit du nombre de celles dont cet évêque avoit accordé les annuels à l'abbaye de Saint-Victor; ce qui fut confirmé l'année suivante par Louis-le-Gros. Il semble que cette abbaye de Saint-Victor eût, environ l'an 1138 ou 1140, des vues pour obtenir totalement l'église de Champeaux et en faire une maison de chanoines réguliers." (L. Michelin)
Dans les écoinçons sont figurés en couple donateur une femme en robe rouge et coiffe, et un homme ayant devant lui trois pièces de monnaie, et un outils qui serait selon G. Le Roy propre aux tonnelliers.
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La baie 15. 1ère travée nord du collatéral du choeur. Donateur, Marie-Madeleine, évêque.
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Lancette A : un chanoine donateur.
isolé sur la vitrerie losangée, un chanoine en posture de donateur, en robe rouge sous le surplis blanc, et portant l'aumusse canoniale. G. Leroy signale que le chanoine accompagnait jadis saint Nicolas, avec les lettres I.E inscrites dans un écusson .
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Lancette B: Marie-Madeleine ; un évêque.
sainte Marie-Madeleine portant le pot d'aromates, et un évêque bénissant
Bordure de fleurs de lys, de couronnes et d'hermines, donc datation du début du XVIe siècle.
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Tympan de la baie 15.
Au centre de la rose, selon G. Leroy, "Charles VIII jeune, tenant la main de justice et vêtu d'un manteau fleurdelysé avec des hermines de Bretagne." On peut peut-être dire simplement que le manteau royal azur est fourré d'hermines au revers. Diamètre 0,48 m.
La base Palissy y voit saint Louis. Mais elle voyait dans le saint Georges de la baie 13 un saint Michel !
Tous les lobes sont fleurdelysés dans les bandes entrecroisées bleues avec une bordure circulaire rouge à fleurs de lys et hermines.
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La baie 21. 4ème travée nord du collatéral de la nef. Saint Michel, sainte Geneviève et chanoine donateur.
De cette lancette, il ne reste qu'un registre, se détachant sur la vitrerie losangée, et la bordure à couronnes et fleurs de lys. Et même dans ce registre, il manque le panneau central supérieur. On ne peut que présumer qu'il représentait la Vierge, dont on voit le manteau bleu, et vers qui les trois autres personnages sont tournés. Le fond est rouge, c'est un drap d'honneur damassé.
À gauche, saint Michel, en armure d'archange, terrasse le dragon et le menace de son épée, levée.
À droite, c'est sainte Geneviève tenant un livre ouvert, qu'on identifie à son cierge q'un diablotin tente d'éteindre avec son soufflet. Il manque, en contre-point, l'ange qui le rallume.
Sainte Geneviève présente le chanoine donateur qui est agenouillé à ses pieds. Ce qu'on voit de sa robe et de son col est noir, et non rouge. Il porte l'aumusse en fourrure de petit-gris (écureuil) dont les queues pendent à l'extrémité. Autant de queues, autant de peaux d'écureuil gris Sciurus vulgaris d'Europe du Nord, et autant de prestige pour le chanoine, dont l'aumusse répondait, ailleurs du moins , à des règles précises. L'usage du blanc de l'hermine était réservé aux fonctions plus élevées, mais on pouvait imposer l'utilisation pour l'aumusse des seules peaux grises du dos de l'animal (petit-gris) ou autoriser d'associer celles-ci en damier avec la peau du ventre blanc (vair). Nous avons vu en baie 11 un chanoine dont l'aumusse, plus large, était de six peaux.
Une inscription précise :
[MESTRE MICHIEL ] PAIEN, CHANOINE
[DE CHAMPEAUX], A FAIT FAIRE CEST
[VERRIÈRE DIEU] ET L'AME DE LIEU.
...que G. Leroy a lu ainsi : Messire Michiel Paien chanoine de Champeaux a fait faire ceste verrière Dieu ayt l'ame de luy".
Le chapitre de Champeaux était composé de 12 chanoines, puis de 24 jusqu'à la fin du XVIe siècle ; il était dirigé par un prévôt, et disposait d'enfants de chœur et d'un maître de musique.
Baies basses de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
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La baie 23. 3ème travée nord du collatéral de la nef. Messe de saint Martin.
La lancette ne conserve que 4 panneaux de vitraux, et sa bordure. Ces panneaux ont été très restaurés. La scène se passe dans une église. À gauche, quatre fidèles, dont une femme voilée. Au centre, un prêtre en chasuble célèbre l'eucharistie, au mome,nt de l'élévation de l'hostie, devant un enfant de chœur tenant un cierge. Le célébrant lève les yeux, et Dieu le Père lui apparaît dans des nuées, tandis qu'un ange lui remet une étole.
Sur le panneau de droite, un homme lève la main, comme s'il révélait cette scène à son auditoire. Rien ne permet de l'identifier, si ce n'est, détail significatif, un cœur rouge sur la poitrine.
Est-ce réellement, comme c'est admis, une "messe de saint Martin" , celle lors de laquelle le saint, qui, ayant donné ses vêtements à un pauvre et n'est que partiellement vêtu, voit son dénuement masqué, lors de l'élévation, par une boule de feu au dessus de sa tête symbolisant sa charité ?
Il ne peut s'agir d'une Messe de saint Grégoire, car ce serait le Christ de la Passion qui apparaîtrait.
Une Messe de saint Martin de Simone Martini, fresque de Saint-François à Assise datant de 1280, montre l'enfant de chœur et son cierge, et deux anges apportant une sorte d'étole, mais pas la vision de Dieu le Père.
G. Leroy indique cette inscription : "Messire Macé Comnaux et Louis Vierne, chanoine, ont donné ceste verrière"et ajoute que Macé Comnaux est mentionné comme chanoine de Champeaux dans un registre de 1491.
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Un évêque.
Panneau isolé. Un évêque, peut-être saint Nicolas, tenant un livre, se détache sur une tenture damassée rouge.
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LES BAIES HAUTES DU CHŒUR.
1°) Les 4 baies de l'abside, Description de gauche à droite :
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La baie n° 103 : fragments.
Fragments d'un donateur dont on ne voit que le bas de la robe et le blason, aux armes déjà rencontrées en baie 3, d'argent au chef d'azur chargé de trois étoiles en chef, et à la bande de sinople, chargé de 3 coquilles d'or, accompagné de 3 roses de gueules.
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La baie n° 101 : fragments plus complets d'une Crucifixion du Christ entre Marie et Jean.
Les trois visages sont en pleurs.
Soubassements de niches architecturées.
On retrouve le blason épiscopal d'argent au chef d'azur chargé de trois étoiles en chef, et à la bande de sinople, chargé de 3 coquilles d'or, accompagné de 3 roses de gueules, a priori d'un évêque de Paris, comme en baie 3. Mais je n'ai pas retrouvé ces armes parmi celles des évêques et archevêques de Paris de 1439 à 1622.
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La baie n° 102 : fragments d'une Charité de saint Martin.
Saint Martin, à cheval, en armure, fend en deux son manteau. On ne voit du pauvre que le visage.
Soubassements de niches architecturées.
Blason : semé de France à la crosse d'or en pal . Ce sont les armes des archevêques de Paris .(La Chesnaye, "Saint-Cloud").
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La baie n° 104 : fragments d'un saint Nicolas ressuscitant les 3 clercs.
Il s'y trouvait aussi jadis un donateur agenouillé, et les mêmes armes qu'en baie 101 et 3.
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La baie 105 (au nord) : fragments d'un saint Denis portant sa tête coupée.
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La baie 107 (au nord) : fragments d'une sainte Catherine .
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La baie 109 (au nord) : fragments d'une sainte Geneviève.
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La baie 111 (au nord) : fragments d'une sainte Barbe .
La sainte s'identifie à la palme de martyre, à son livre de théologie, et surtout à la tour aux trois fenêtres défendant le dogme de la Trinité.
Blason d'azur au tronc d'arbre naturel en pal, accosté à senestre d'un gland et d'une feuille de chêne de sinople, à dextre d'un croissant de gueules et d'une feuille de chêne de sinople, comme en baie 13 lancette A.
Baies hautes de la collégiale de Champeaux. Cliché lavieb-aile 2025.
SOURCES ET LIENS
—Vitraux , notice PM77000274, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Palissy, ministère français de la Culture.
— AUFAUVRE (Amédée), FICHOT (Charles), 1858, Les monuments de Seine-et-Marne : description historique et archéologique et reproduction des édifices religieux, militaires et civils du département : Collégiale de Champeaux, Paris, 1858, 407 p. page 44
— LEBEUF (Jean), 1883, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris : Tome cinquième, Paris, Librairie de Fechoz et Letouzey (réédition), 1883, 478 p. p. 407-420
—LEROY ( G. ), 1896, , « Vitraux de la collégiale Saint-Martin à Champeaux-en-Brie : restitués d'après d'anciens documents », Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, Paris, p. 101-115 (ISSN 0071-8394,
— LIÉBERT (Eugène), 1869, "Vitrerie de l'église collégiale de Champeaux", Bulletin de la société archéologique, sciences, lettres et art de Melun vol. V page 247
:
1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
"Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)